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5O

CLÉS POUR COMPRENDRE L’


ARCHITECTURE
P H I L I P
WILKINSON

Traduit de l’anglais par Daniel Gouadec


table des matières

Introduction 3 Le modernisme de par le monde


25 Le gratte-ciel 100
De la grèce antique à la renaissance
26 Le futurisme 104
01 Les ordres 4
27 L’expresssionisme 108
02 Le génie romain 8
28 De Stijl (le style) 112
03 Le gothique 12
29 Le constructivisme 116
04 La Renaissance 16
30 Le Bauhaus 120
05 Le palladianisme 20
31 Le style international 124
06 Le baroque 24
32 Le minimalisme 128
Le changement et le goût 33 L’Art déco 132
07 Le Grand Tour 28 34 L’architecture organique 136
08 L’architecture industrielle 32 35 La Dymaxion 140
09 Le goût 36 36 L’urbanisme de séparation 144
10 Le rococo 40 37 Le patrimoine 148
38  e brutalisme 152
L
11 L’esprit du lieu 44
12 Le pittoresque 48 nouvelles orientations
13 Le néoclassicisme 52 39 Le néo-rationalisme 156
14 La raison 56 40 Archigram 160
15 L’orientalisme 60 41 L’architecture métaboliste 164
16 La restauration 64 42 Le paysage urbain 168
43 Le structuralisme 172
Les renouveaux
44 Le régionalisme 176
17 Le renouveau 68
45 Le postmodernisme 180
18 La préfabrication 72
46 Le classicisme contemporain 184
19 Le style beaux-arts 76 47 Le high-tech 188
20 Arts and Crafts (arts et artisanats) 80 48 L’architecture alternative 192
21 La conservation 84 49 Le déconstructivisme 196
22 Le City Beautiful (la belle ville) 88 50 L’architecture écologique 200
23 L’Art nouveau 92
24 La cité-jardin 96 Glossaire 204

Index 206
Introduction 3

introduction
Couvrant des domaines qui vont de la technologie à la décoration, de la plani-
fication à l’artisanat, et de l’interprétation du passé à la prospective, le présent
ouvrage analyse les concepts clés qui ont sous-tendu l’architecture de l’Occi-
dent depuis la Grèce antique. Il analyse, avec la même efficacité et la même
pertinence, les mouvements intellectuels qui ont donné naissance au gothique,
les notions fondatrices de la cité-jardin et les innovations technologiques qui
ont permis la construction des gratte-ciel.

La première moitié de l’ouvrage couvre le très riche passé de l’architecture,


depuis la Grèce antique jusqu’à la révolution architecturale de la fin du
19e siècle. Elle montre que les architectes et bâtisseurs n’ont pas seulement
créé des styles (du classique au gothique) mais ont aussi engendré des idées
(préfabrication ou cité-jardin) qui continuent d’influencer l’architecture et
l’urbanisme.

La seconde moitié de l’ouvrage commence avec le renouveau du 20e siècle. Le


modernisme du début du 20e siècle s’est développé par un feu d’artifices d’idées
qui, pour l’essentiel, supprimaient les décorations adventices et mettaient en
œuvre des matériaux comme le béton, le verre et l’acier. Des formes sculptu-
rales des expressionnistes au béton et à l’acier des bâtiments fonctionnalistes
du style international dépouillé, les architectes tournaient le dos au passé. D’où
l’incroyable richesse et la profusion des idées architecturales des années 1920
et 1930.

De réactions en réinterprétations, les dernières décennies ont vu foisonner de


nouveaux concepts et de nouvelles orientations architecturales qui ont donné
les formes agressives d’Archigram et du déconstructivisme, l’ironie et l’allusion
du postmodernisme, et les voies nouvelles de l’architecture « verte ». La diversité
des styles témoigne d’un pluralisme architectural sain : l’architecture a rarement
fait preuve d’une telle variété et d’un tel potentiel qu’aujourd’hui.
4 50 clés pour comprendre l’architecture

01 Les ordres
Dans la Grèce antique, probablement vers le 6e siècle avant Jésus-Christ, les
architectes et tailleurs de pierre ont défini un système de règles et de guides
applicable à toute construction à colonnes. Ces règles et ces guides, devenus
les « ordres », ont très fortement influencé la Grèce antique et Rome, mais
aussi toute l’histoire de l’architecture en Europe, en Amérique, et au-delà.

Les ordres se caractérisent surtout par leurs colonnes, et notamment les cha-
piteaux couronnant ces colonnes. Les trois ordres grecs sont le dorique (cha-
piteaux lisses et style épuré), l’ionique (chapiteaux à volutes) et le corinthien
(chapiteaux à feuilles d’acanthe). L’ordre dorique, dont beaucoup de spécia-
listes pensent qu’il est dérivé des constructions en bois, est apparu en premier.
Les temples doriques, comme le temple d’Héraion à Olympie, datent de 590
avant J.-C. L’ordre ionique est apparu peu après et l’ordre corinthien au 5e siècle
avant J.-C.

Les Romains ajoutèrent deux nouveaux ordres : l’ordre toscan, dépouillé, et


l’ordre composite, élaboré, combinant une base ionique, un fût de colonne
dorique et un chapiteau ionique (volute) et corinthien (avec feuille d’acanthes).

Entablement et proportions Les ordres ne se limitent pas aux


colonnes et aux chapiteaux : ce que la colonne soutient appartient également
à l’ordre. Au sommet de la colonne se trouve le linteau fait de trois bandes
horizontales : l’architrave, généralement dépouillée, la frise, qui peut inclure
des sculptures ornées, puis la corniche, section moulée assurant la transition
entre la partie horizontale de l’ordre et le toit ou le pignon. Ensemble, ces trois
bandes forment l’entablement.

chronologie
c. 590 av. J.-C. c. 450 av. J.-C. 447-432 av. J.-C.
Construction du temple Construction du temple d’Apollon Construction du Parthénon
d’Héraion à Olympie (ordre Epicurius à Bessae (style dorique à à Athènes (le plus célèbre
dorique) l’extérieur, ionique à l’intérieur, plus col- des temples doriques)
onne corinthienne unique à l’intérieur)
Les ordres 5

Vitruve et les ordres


Au premier siècle avant J.-C.,
le Romain Vitruve écrit De archi-
tectura (De l’architecture), un
guide pratique en dix volumes Entablement
à l’usage des architectes, trai-
tant de divers aspects de la
construction (des matériaux
aux types de constructions
spécifiques). Vitruve traite Colonne
longuement des ordres, de
leurs origines, des propor-
tions, des détails et de leur
application à la construction Base
de temples, par exemple. Ordre Ordre Ordre
Dans un passage mémorable, dorique ionique corinthien
il explique en quoi les ordres
grecs (dorique, ionique et
corinthien) représentent, respectivement, la beauté de l’homme, de la femme et de la jeune
fille. Abondamment réédité et traduit à partir de la Renaissance, l’ouvrage de Vitruve a exercé
une profonde influence sur les architectes qui, plusieurs siècles plus tard, ressuscitèrent le style
classique.

Les ordres se caractérisaient aussi par leurs proportions : pour obtenir un bon
équilibre visuel, il fallait respecter un rapport précis entre la hauteur de la
colonne et son diamètre. Ainsi, la hauteur des colonnes doriques était généra-
lement égale à 4 à 6 fois leur diamètre à la base (le diamètre de la colonne se
réduisait légèrement de la base au sommet) et ainsi de suite. Des paramètres
complémentaires spécifiaient, par exemple, la profondeur de l’entablement par
rapport au diamètre de la colonne, et ainsi de suite.

427 av. J.-c. 334 av. J.-c. c. 48 av. J.-c. c. 25 av. J.-c.
Construction du temple Construction du monument choré- Construction Vitruve écrit
de Niké Apteros gique de Lysicrate de la tour des Vents De architectura
(Victoire sans ailes) à à Athènes (l’une des plus grandes à Athènes
Athènes (ordre ionique) structures corinthiennes) (ordre corinthien)
6 50 clés pour comprendre l’architecture

« Ainsi furent inventés ces deux genres


de colonnes : l’un emprunta au corps
de l’homme sa noblesse et sa simplicité,
l’autre à celui de la femme, sa délicatesse,
ses ornements, sa grâce… La troisième,
qu’on nomme corinthienne, représente toute
la grâce d’une jeune fille, à laquelle un âge
plus tendre donne des formes plus déliées,
et dont la parure vient encore
augmenter la beauté.
Vitruve, De l’architecture
»
Un ensemble de règles de base Les ordres ont fourni aux archi-
tectes de l’Antiquité un ensemble complet de règles applicables à la
construction de tout édifice à colonnes, soit, pour les Grecs, des temples,
des monuments et autres édifices publics importants. Les Romains ont
appliqué les ordres différemment, mais en respectant les mêmes conven-
tions, à divers types d’édifices comme les basiliques et les thermes.

Cependant, les ordres n’étaient pas autre chose que des guides, que divers
architectes et constructeurs appliquaient diversement en faisant varier le
détail des volutes ioniques d’un temple à l’autre, les tailleurs de pierre
proposant des interprétations différentes du chapiteau corinthien. Même
les proportions du si simple ordre dorique pouvaient varier considérable-
ment. Les architectes de l’Antiquité grecque et romaine développèrent ainsi
un système de règles et de proportions applicable, avec de nombreuses
variantes créatives, à une grande diversité d’édifices publics. Ce système
leur a été bien utile et a produit un style homogène reconnaissable au pre-
mier coup d’œil aujourd’hui.
Les ordres 7

Origines des ordres Il est


possible que les ordres découlent Qualités
architecturales
des méthodes de construction
utilisées en charpenterie avant

essentielles
que les Grecs n’apprennent à
construire en pierre. L’ordre
dorique, par exemple, comporte
des détails en forme de dalles
Vitruve est également célèbre pour sa
appelés « mutules », ressem-
définition des qualités que tout édifice
blant aux extrémités de chevrons
doit présenter : firmitas (solidité ou dura-
dépassant de l’entablement. Ils
bilité), utilitas (utilité) et nenustas (beauté)
ressemblent d’autant plus à du
– prescription que respectent encore
bois qu’ils présentent des détails
aujourd’hui les architectes lorsqu’ils
sculpturaux en forme de gouttes
conçoivent leurs bâtiments.
semblables aux chevilles utilisées
par les charpentiers avant l’inven-
tion des clous. Selon Vitruve, « les
mutules sont, dans les édifices en
pierre et marbre, inclinés vers le bas, comme les chevrons principaux ». Il est
également possible que les premiers maçons grecs aient été influencés par
l’architecture égyptienne. Certaines colonnes de temples égyptiens comme le
tombeau d’Anubis au temple de Hatshepsout à Dar al-Bahari ressemblent par
bien des aspects à des colonnes doriques.

Une influence qui perdure Quelle qu’en soit l’origine, la méthode


de construction selon les ordres a exercé une influence considérable.
Les architectes de la Renaissance italienne, les Palladiens de l’Angleterre du
17e siècle et les architectes néoclassiques des 18e et 19e siècles dans le monde entier
se sont inspirés des ordres grecs et, à ce jour, des architectes néoclassiques conti-
nuent à les utiliser.

Idée clé
Règles de base pour les colonnes
8 50 clés pour comprendre l’architecture

02 Le génie romain


Ce qui distingue l’architecture de Rome, c’est l’application de compétences
élevées en ingénierie à la construction d’édifices de taille importante :
aqueducs, temples, amphithéâtres et autres structures, dont beaucoup sont
parfaitement conservés. Les Romains ont utilisé des matériaux comme le
mortier et des structures innovantes comme les voûtes et les dômes.

Ils ont emprunté librement à la culture, et bien entendu à l’architecture,


grecque. Ils ont construit des temples ressemblant à des temples grecs et
les ont entourés de colonnes fidèles aux ordres classiques. Mais ils ont
surtout progressé dans les domaines de l’ingénierie et des technologies de
construction, donnant naissance à quelques-unes des idées architecturales
les plus pérennes.

Béton (mortier) romain L’invention la plus marquante est sans


doute le mortier ou « béton romain », une invention bien plus ancienne
qu’on ne l’imagine généralement. En fait, les Grecs et les habitants de
Campanie (la région du sud de l’Italie où les Grecs et les Étrusques se sont
implantés) utilisaient déjà du mortier pour la construction de leurs murs
de pierre au 4e siècle avant J.-C. Mais les Romains se sont emparés de l’idée
et l’ont fait fructifier.

Le « béton romain » était le matériau idéal pour un empire en expansion


rapide, où il fallait construire énormément et très vite. Pour construire
rapidement des murs épais et solides, les bâtisseurs romains utilisaient un
mélange de moellons et de mortier qu’ils paraient de briques ou de pierres
de taille, obtenant ainsi, en un minimum de temps, des constructions très
solides et bon marché. Le béton convenait particulièrement pour les formes

chronologie
c. 15 75-80 110-112
Construction de l’aqueduc du Construction du Colisée Construction du marché
pont du Gard de Trajan à Rome
Le génie romain 9

Construction de voûtes
Pour réaliser avec précision les courbes des pris, que l’on peut retirer les étais. Le béton
voûtes en utilisant uniquement de lourdes permet d’utiliser un cintrage plus léger et
pierres et du mortier ordinaire, il faut mettre simplifie la mise en place de la voûte sur le
en place des étais de cintrage en bois, tailler cintrage. Comme il prend plus vite, le cin-
chaque pierre avec rigueur et précision, et trage peut être retiré plus tôt et la voûte est
disposer les pierres très soigneusement sur plus vite réalisée.
les étais en appliquant le mortier. C’est seu-
lement bien plus tard, une fois le mortier

courbes (dômes et voûtes) tant prisées des Romains. Et les Romains ont
développé un mortier hydraulique à prise rapide, idéal pour les piles de
ponts.

Pouzzolane Le béton romain était un mélange d’agrégat (sable plus


pierres), de liant et d’eau donnant une masse dure. Les Romains avaient
découvert un liant particulièrement efficace fait d’un mélange de chaux et
d’un type de cendre volcanique du nom de « pouzzolane ».

La pouzzolane, qui provenait des collines entourant la baie de Naples, dans


la région connue sous le nom de « Pouzzoles », faisait l’admiration des
Romains. Ses propriétés sont décrites dans les écrits des deux Pline et de
Vitruve qui, dans son traité, insiste sur ses qualités particulières. Mélangée
à de la chaux et des moellons, dit-il, la pouzzolane renforce la solidité des
bâtiments mais présente surtout l’avantage de permettre de construire des
ouvrages (moles et jetées) s’avançant dans la mer. Ses qualités sont telles
que le cœur de nombreux édifices est toujours en place alors que les pare-
ments de pierre ont été arrachés ou emportés par les intempéries.

118-128 135 212-216 298-306


Construction Construction Construction des thermes de Construction des thermes de
du Panthéon à Rome du temple de Vénus et Caracalla à Rome Dioclétien à Rome
de Rome à Rome
10 50 clés pour comprendre l’architecture

Le Panthéon
L’un des plus grands bâtiments de Rome pas pu être construit. Les constructeurs ont
est le Panthéon, un temple dédié à tous les ainsi, notamment, varié l’agrégat utilisé
dieux, construit au cœur même de Rome. Il dans le béton : travertin et tufeau pour les
s’agit d’un édifice circulaire couronné d’un fondations et les murs jusqu’à la première
dôme à caissons (renfoncements carrés) corniche, puis brique et tufeau, puis brique
d’une beauté stupéfiante. Sans l’utilisa- seule, puis un matériau encore plus léger,
tion soigneuse du béton romain, principal la ponce, au sommet du dôme.
matériau du dôme, le Panthéon n’aurait
Le génie romain 11

Bâtisseurs de ponts Le béton à pouzzolane convenait tout particuliè-


rement à la construction de ponts de pierre, qui exigeait un mortier à prise
rapide. En fait, la plupart des ponts construits avant les Romains étaient
soit de petits ponts faits de dalles de pierre, soit des ponts de bois à durée
de vie limitée. Le béton romain a radicalement changé la donne.

« Ils étaient naturellement enclins


à construire et c’était là
la prodigalité favorite des riches.
J.C. Stobart, The Grandeur that was Rome
»
Arches et dômes Plus encore, le béton romain a permis de relever des
défis que ne pouvaient même pas imaginer les Grecs anciens. Il a notam-
ment permis de construire des structures incurvées. Il a grandement facilité
la construction des édifices à dôme (comme le Panthéon de Rome ou les
imposants thermes impériaux) et des édifices voûtés (comme les grandes
basiliques romaines et tous les bâtiments comportant des arches).

Les Grecs avaient construit des dômes et des voûtes bien avant les Romains,
mais pas à la même échelle. Le béton romain permettait de s’attaquer à des
projets surdimensionnés comme le dôme du Panthéon. En fait, les Romains
ont construit des dômes et des voûtes de plus en plus importants et impo-
sants et tiré parti du potentiel de ce type de structures pour créer des monu-
ments magnifiques qui ont radicalement transformé l’architecture.

Idée clé
La résistance du béton
12 50 clés pour comprendre l’architecture

03 Le gothique
Au milieu du 12e siècle, l’abbé de Saint-Denis, Suger, décida de transformer
son abbatiale. La nouvelle abbatiale comportait des ogives et des vitraux,
des voûtes élancées et des arcs-boutants. Ce nouveau style se répandit dans
toute l’Europe et domina l’architecture de l’Occident pendant 300 ans. Il prit
le nom de « style gothique ».

Élu abbé de Saint-Denis, au nord de Paris, le moine Suger décida de faire


reconstruire son abbatiale en commençant par la partie est. Il dota le
nouvel édifice d’un chœur et de sept chapelles rayonnant autour de la
partie est. Chacune des chapelles était décorée de deux vitraux étincelants.
Le nouveau style architectural ainsi créé se caractérisait par la présence
d’ogives, de voûtes de pierre, d’arcs-boutants et de grands vitraux colorés.
On ne tarda pas à copier les innovations de Suger dans toute la France et
dans le reste de l’Europe.

En fait, Suger avait un goût très marqué pour les vitraux aux couleurs flam-
boyantes, le métal étincelant, les reliquaires richement rehaussés de pierres
précieuses et les riches décorations. Pour beaucoup, pareille ostentation
était déplacée, car les moines faisaient vœu de pauvreté mais, pour Suger,
tout ceci était écrit dans la Bible.

Écrit dans la Bible Suger analysa la Bible et les écrits des pères fonda-
teurs à la recherche des descriptions du temple de Salomon dans l’Ancien
Testament et de descriptions des propriétés spirituelles de l’imagerie reli-
gieuse dans les écrits des saints et des premiers chrétiens. Et il relut sans
doute maintes fois des passages comme l’épître de saint Paul aux Éphésiens,
où les chrétiens sont considérés comme « concitoyens des saints, gens de
la maison de Dieu ». Pour lui, son église devait être à l’image du royaume
de Dieu. Restait à savoir comment cette image pouvait se traduire sur terre.
Suger s’inspira des auteurs chrétiens décrivant Dieu en termes de lumière.

chronologie
1122 1140 1144
Suger est élu abbé de Consécration de la façade Fastueuses cérémonies marquant la
Saint-Denis ouest de Saint-Denis consécration du nouveau chœur de
Saint-Denis, qui devient le modèle
du style gothique
Le gothique 13

L’Apocalypse, ou Livre des


Révélations, décrit Dieu
comme un arc-en-ciel de À mesure que les
lumière et de cristal et les maçons perfection-
écrits du Pseudo-Denys naient leurs nou-
l’Aréopagite assimile velles techniques,
toutes les choses visibles ils créaient des
à des lumières reflétant la fenêtres de plus
lumière de Dieu. en plus grandes,
divisées par des
Construire avec de meneaux en pan-
la lumière L’abbé neaux dans lesquels
exigea donc une église les maîtres verriers
inondée de lumière inséraient les vi-
colorée tombant de traux. Le travail de
vitraux tellement impor- la pierre prit le nom
tants qu’il ne restait vir- de « dentelle de
tuellement plus de murs pierre » (les motifs étant dessinés à la craie sur le sol puis
et si hauts que l’essen- transférés sur des gabarits de bois que les maçons trans-
tiel de l’édifice n’était posaient ensuite). La complexité de la dentelle ne cessa
que verre du sol au pla- de croître au fil du Moyen Âge.
fond. Une fois terminée,
l’abbatiale était inondée
de lumière par l’est
et l’ouest, créant une clarté
jusque-là inconnue.

L’effet saisissant ainsi obtenu découlait de la nouvelle technique de


construction. Auparavant, les arches étaient en demi-cercle, comme chez
les Romains. À Saint-Denis et dans les églises médiévales qui ont suivi, les

«
arches, le sommet des vitraux et les nervures des voûtes étaient en ogive,

L’œuvre noble resplendit, mais que cette œuvre


qui brille dans sa noblesse illumine les esprits afin
qu’ils aillent, à travers de vraies lumières, vers la vraie
lumière où le Christ est la vraie porte.
abbé suger
»
c. 1150 1175 1194-1220
Début de la construction de Début de la reconstruction Construction de la cathédrale de
Notre-Dame de Paris de la cathédrale de Canterbury – Chartres
le gothique est bien établi en Angleterre
14 50 clés pour comprendre l’architecture

donnant l’impression de s’élancer vers le ciel dans un mouvement haute-


ment symbolique.

Les ogives présentaient également un avantage structurel. La portée des


anciennes arches semi-circulaires ne pouvait pas dépasser deux fois leur
hauteur. Le rapport portée/hauteur des ogives, au contraire, peut varier,
permettant de créer plus aisément des voûtes dans des espaces rectangu-
laires ou irréguliers.

Un squelette de pierre La pierre constitue ainsi, dans le gothique,


un élégant squelette à ogives fait de piliers, de fûts, de meneaux de fenêtres
et de nervures de voûtes. Tout, ogives, façades, moulures, est à l’unisson et
crée une parfaite harmonie de structure. Les espaces entre les éléments des
murs sont remplis de verre (vitrail) et les espaces entre les nervures sont
remplis de pierre. L’ensemble crée une structure aérienne, magique.

Arcs-boutants
La coupe transversale d’une cathé-
drale gothique montre comment
la maçonnerie massive de l’arc-
boutant à l’extérieur de l’édifice
compense le poids de la voûte de
pierre et sa poussée extérieure. Les
demi-arches de chaque arc-bou-
tant convertissent la poussée vers
l’extérieur en une poussée verticale
s’exerçant vers le bas, vers le sol.
Les arcs-boutants sont invisibles
depuis l’intérieur de l’édifice, où
apparaissent seulement les ogives
et les grandes fenêtres.
Le gothique 15

Mais il y avait un problème : un fin réseau de piliers et de fûts est un bien


piètre support pour un plafond à voûte de pierre dont le poids exerce une
poussée vers l’extérieur tendant à écarter les sommets des murs et, sauf
intervention, à faire s’écrouler l’édifice. La brillante invention de l’arc-­
boutant a vite permis de résoudre le problème.

« Ainsi donc, vous n’êtes plus des étrangers,


ni des gens du dehors ; mais vous êtes
concitoyens des saints, gens de la maison
de Dieu. Vous avez été édifiés sur le fondement
des apôtres et des prophètes, Jésus-Christ
lui-même étant la pierre angulaire.
Saint Paul, Épître aux Éphésiens 2,19-20
»
Un style qui perdure Le style gothique est né de la conjonction
d’une vision spirituelle et d’impressionnantes avancées dans les techniques
de construction. Il s’est vite répandu en France, en Angleterre et dans le
reste de l’Europe continentale. Les maçons ont conçu divers moyens de
le mettre en œuvre. Il a perduré, sous diverses formes, jusqu’à la fin du
15e siècle et a été repris aux 18e et 19e siècles. Nombreux sont, aujourd’hui
encore, ceux qui considèrent que la vision de l’abbé Suger correspond véri-
tablement à ce que devrait être une église.

Idée clé
Une architecture
aspirant au paradis
16 50 clés pour comprendre l’architecture

04 La Renaissance
Le mouvement de la Renaissance (de l’italien Rinascimento) est né de la
volonté d’artistes de se détourner du monde médiéval et de puiser leur
inspiration dans la civilisation de la Grèce et de la Rome antiques. Né en
Italie, le mouvement a envahi l’Europe, remplaçant le gothique par diverses
formes de classicisme.

La Renaissance est l’un des mouvements les plus larges de tous les temps.
Il est né en Italie lorsque, encouragés par une nouvelle classe aisée de mar-
chands, d’aristocrates et de guildes, des artistes rompirent avec le passé
récent et commencèrent à faire revivre les valeurs artistiques classiques
de l’Antiquité. On assista alors, dans les nouvelles villes italiennes du
15e siècle et d’abord à Florence, à une révolution dans la peinture, la sculp-
ture et l’architecture.

Une nouvelle approche des classiques L’étude du passé était


une pratique ancienne. Les classes éduquées (surtout les prêtres et les
moines) avaient lu les écrits de leurs aînés et utilisaient le latin comme
langue du savoir et de la communication internationale. Après s’être prin-
cipalement intéressés aux aspects philosophiques et théologiques des écrits
anciens, ils commencèrent, à l’époque de la Renaissance, à manifester de
l’intérêt pour l’art en tant que tel.

Dans le domaine des arts visuels, ceci s’est traduit par un nouveau natura-
lisme de représentation qui, combiné à un nouvel « humanisme », plaçait
l’homme au centre du monde. Ceci ne signifiait pas l’abandon des valeurs
chrétiennes, bien au contraire, mais la reconnaissance du fait que les êtres
humains pouvaient apporter au monde une contribution digne d’intérêt :
des œuvres d’art dignes, harmonieuses, bien proportionnées et ainsi de
suite.

chronologie
1420-1436 1430 1452
Construction du dôme de Début de la construction Publication de la première
la cathédrale de S. Spirito à Florence version de De re aedificatoria
de Florence (Filippo Brunelleschi) de Leon Battista Alberti
(Filippo Brunelleschi)
La renaissance 17

Vitruve revu et corrigé


Persuadés que l’œuvre de Vitruve se servit de certaines idées de
manquait de cohérence, les l’auteur romain pour clarifier et
auteurs de la Renaissance y ont structurer ses propres théories.
pris ce qu’ils croyaient le plus Alberti insiste particulièrement
utile et tenté de le présenter de sur les trois qualités essentielles,
manière plus cohérente. Ainsi, selon Vitruve, de tout édifice :
par exemple, Alberti, ayant utilitas (utilité), firmitas (force/
construit son propre ouvrage en résistance/solidité) et venustas
dix livres à l’imitation de Vitruve, (beauté).

Davantage centrée sur l’homme, cette approche s’est appuyée sur des
études théoriques ambitieuses et éclairantes de sujets tels que la perspec-
tive et les proportions géométriques. En architecture, cela s’est traduit par
un retour à une version du style classique et une nouvelle perception des
écrits classiques sur l’architecture, les proportions, la construction et les
sujets connexes et, en particulier, de l’œuvre de Vitruve.

Écrivains et imprimeurs La Renaissance a coïncidé avec l’invention


de l’imprimerie, qui a permis de multiplier les éditions et les traductions de
Vitruve et de populariser ses écrits. L’ajout d’illustrations à des « versions
corrigées » a permis de clarifier les choses mais aussi de les moderniser pour
tenir compte des besoins du 15e siècle.

Aux traducteurs, il faut ajouter les artistes, architectes et savants qui


publièrent leur propre vision de l’architecture et de la construction. Le
premier a été Leon Battista Alberti, grand architecte, peintre, écrivain,
mathématicien et savant, qui a également traité de peinture et de sculpture.
Son ouvrage sur l’architecture, De re aedificatoria (L’art d’édifier), composé
vers 1450 mais publié après sa mort en 1485, est organisé en dix volumes

1470 1506 1511 1521


Début Donato Bramante reçoit Publication de l’édition Première traduction
de la construction mission de remodeler « corrigée » de Vitruve complète de Vitruve
de S. Andrea à Mantoue Saint-Pierre de Rome (avec gravures sur bois) par par l’artiste et architecte
(Alberti) Fra Giovanni Cesare Cesariano
Gioconda da Verona

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