Feuille Tage
Feuille Tage
Index 206
Introduction 3
introduction
Couvrant des domaines qui vont de la technologie à la décoration, de la plani-
fication à l’artisanat, et de l’interprétation du passé à la prospective, le présent
ouvrage analyse les concepts clés qui ont sous-tendu l’architecture de l’Occi-
dent depuis la Grèce antique. Il analyse, avec la même efficacité et la même
pertinence, les mouvements intellectuels qui ont donné naissance au gothique,
les notions fondatrices de la cité-jardin et les innovations technologiques qui
ont permis la construction des gratte-ciel.
01 Les ordres
Dans la Grèce antique, probablement vers le 6e siècle avant Jésus-Christ, les
architectes et tailleurs de pierre ont défini un système de règles et de guides
applicable à toute construction à colonnes. Ces règles et ces guides, devenus
les « ordres », ont très fortement influencé la Grèce antique et Rome, mais
aussi toute l’histoire de l’architecture en Europe, en Amérique, et au-delà.
Les ordres se caractérisent surtout par leurs colonnes, et notamment les cha-
piteaux couronnant ces colonnes. Les trois ordres grecs sont le dorique (cha-
piteaux lisses et style épuré), l’ionique (chapiteaux à volutes) et le corinthien
(chapiteaux à feuilles d’acanthe). L’ordre dorique, dont beaucoup de spécia-
listes pensent qu’il est dérivé des constructions en bois, est apparu en premier.
Les temples doriques, comme le temple d’Héraion à Olympie, datent de 590
avant J.-C. L’ordre ionique est apparu peu après et l’ordre corinthien au 5e siècle
avant J.-C.
chronologie
c. 590 av. J.-C. c. 450 av. J.-C. 447-432 av. J.-C.
Construction du temple Construction du temple d’Apollon Construction du Parthénon
d’Héraion à Olympie (ordre Epicurius à Bessae (style dorique à à Athènes (le plus célèbre
dorique) l’extérieur, ionique à l’intérieur, plus col- des temples doriques)
onne corinthienne unique à l’intérieur)
Les ordres 5
Les ordres se caractérisaient aussi par leurs proportions : pour obtenir un bon
équilibre visuel, il fallait respecter un rapport précis entre la hauteur de la
colonne et son diamètre. Ainsi, la hauteur des colonnes doriques était généra-
lement égale à 4 à 6 fois leur diamètre à la base (le diamètre de la colonne se
réduisait légèrement de la base au sommet) et ainsi de suite. Des paramètres
complémentaires spécifiaient, par exemple, la profondeur de l’entablement par
rapport au diamètre de la colonne, et ainsi de suite.
427 av. J.-c. 334 av. J.-c. c. 48 av. J.-c. c. 25 av. J.-c.
Construction du temple Construction du monument choré- Construction Vitruve écrit
de Niké Apteros gique de Lysicrate de la tour des Vents De architectura
(Victoire sans ailes) à à Athènes (l’une des plus grandes à Athènes
Athènes (ordre ionique) structures corinthiennes) (ordre corinthien)
6 50 clés pour comprendre l’architecture
Cependant, les ordres n’étaient pas autre chose que des guides, que divers
architectes et constructeurs appliquaient diversement en faisant varier le
détail des volutes ioniques d’un temple à l’autre, les tailleurs de pierre
proposant des interprétations différentes du chapiteau corinthien. Même
les proportions du si simple ordre dorique pouvaient varier considérable-
ment. Les architectes de l’Antiquité grecque et romaine développèrent ainsi
un système de règles et de proportions applicable, avec de nombreuses
variantes créatives, à une grande diversité d’édifices publics. Ce système
leur a été bien utile et a produit un style homogène reconnaissable au pre-
mier coup d’œil aujourd’hui.
Les ordres 7
essentielles
que les Grecs n’apprennent à
construire en pierre. L’ordre
dorique, par exemple, comporte
des détails en forme de dalles
Vitruve est également célèbre pour sa
appelés « mutules », ressem-
définition des qualités que tout édifice
blant aux extrémités de chevrons
doit présenter : firmitas (solidité ou dura-
dépassant de l’entablement. Ils
bilité), utilitas (utilité) et nenustas (beauté)
ressemblent d’autant plus à du
– prescription que respectent encore
bois qu’ils présentent des détails
aujourd’hui les architectes lorsqu’ils
sculpturaux en forme de gouttes
conçoivent leurs bâtiments.
semblables aux chevilles utilisées
par les charpentiers avant l’inven-
tion des clous. Selon Vitruve, « les
mutules sont, dans les édifices en
pierre et marbre, inclinés vers le bas, comme les chevrons principaux ». Il est
également possible que les premiers maçons grecs aient été influencés par
l’architecture égyptienne. Certaines colonnes de temples égyptiens comme le
tombeau d’Anubis au temple de Hatshepsout à Dar al-Bahari ressemblent par
bien des aspects à des colonnes doriques.
Idée clé
Règles de base pour les colonnes
8 50 clés pour comprendre l’architecture
chronologie
c. 15 75-80 110-112
Construction de l’aqueduc du Construction du Colisée Construction du marché
pont du Gard de Trajan à Rome
Le génie romain 9
Construction de voûtes
Pour réaliser avec précision les courbes des pris, que l’on peut retirer les étais. Le béton
voûtes en utilisant uniquement de lourdes permet d’utiliser un cintrage plus léger et
pierres et du mortier ordinaire, il faut mettre simplifie la mise en place de la voûte sur le
en place des étais de cintrage en bois, tailler cintrage. Comme il prend plus vite, le cin-
chaque pierre avec rigueur et précision, et trage peut être retiré plus tôt et la voûte est
disposer les pierres très soigneusement sur plus vite réalisée.
les étais en appliquant le mortier. C’est seu-
lement bien plus tard, une fois le mortier
courbes (dômes et voûtes) tant prisées des Romains. Et les Romains ont
développé un mortier hydraulique à prise rapide, idéal pour les piles de
ponts.
Le Panthéon
L’un des plus grands bâtiments de Rome pas pu être construit. Les constructeurs ont
est le Panthéon, un temple dédié à tous les ainsi, notamment, varié l’agrégat utilisé
dieux, construit au cœur même de Rome. Il dans le béton : travertin et tufeau pour les
s’agit d’un édifice circulaire couronné d’un fondations et les murs jusqu’à la première
dôme à caissons (renfoncements carrés) corniche, puis brique et tufeau, puis brique
d’une beauté stupéfiante. Sans l’utilisa- seule, puis un matériau encore plus léger,
tion soigneuse du béton romain, principal la ponce, au sommet du dôme.
matériau du dôme, le Panthéon n’aurait
Le génie romain 11
Les Grecs avaient construit des dômes et des voûtes bien avant les Romains,
mais pas à la même échelle. Le béton romain permettait de s’attaquer à des
projets surdimensionnés comme le dôme du Panthéon. En fait, les Romains
ont construit des dômes et des voûtes de plus en plus importants et impo-
sants et tiré parti du potentiel de ce type de structures pour créer des monu-
ments magnifiques qui ont radicalement transformé l’architecture.
Idée clé
La résistance du béton
12 50 clés pour comprendre l’architecture
03 Le gothique
Au milieu du 12e siècle, l’abbé de Saint-Denis, Suger, décida de transformer
son abbatiale. La nouvelle abbatiale comportait des ogives et des vitraux,
des voûtes élancées et des arcs-boutants. Ce nouveau style se répandit dans
toute l’Europe et domina l’architecture de l’Occident pendant 300 ans. Il prit
le nom de « style gothique ».
En fait, Suger avait un goût très marqué pour les vitraux aux couleurs flam-
boyantes, le métal étincelant, les reliquaires richement rehaussés de pierres
précieuses et les riches décorations. Pour beaucoup, pareille ostentation
était déplacée, car les moines faisaient vœu de pauvreté mais, pour Suger,
tout ceci était écrit dans la Bible.
Écrit dans la Bible Suger analysa la Bible et les écrits des pères fonda-
teurs à la recherche des descriptions du temple de Salomon dans l’Ancien
Testament et de descriptions des propriétés spirituelles de l’imagerie reli-
gieuse dans les écrits des saints et des premiers chrétiens. Et il relut sans
doute maintes fois des passages comme l’épître de saint Paul aux Éphésiens,
où les chrétiens sont considérés comme « concitoyens des saints, gens de
la maison de Dieu ». Pour lui, son église devait être à l’image du royaume
de Dieu. Restait à savoir comment cette image pouvait se traduire sur terre.
Suger s’inspira des auteurs chrétiens décrivant Dieu en termes de lumière.
chronologie
1122 1140 1144
Suger est élu abbé de Consécration de la façade Fastueuses cérémonies marquant la
Saint-Denis ouest de Saint-Denis consécration du nouveau chœur de
Saint-Denis, qui devient le modèle
du style gothique
Le gothique 13
«
arches, le sommet des vitraux et les nervures des voûtes étaient en ogive,
Arcs-boutants
La coupe transversale d’une cathé-
drale gothique montre comment
la maçonnerie massive de l’arc-
boutant à l’extérieur de l’édifice
compense le poids de la voûte de
pierre et sa poussée extérieure. Les
demi-arches de chaque arc-bou-
tant convertissent la poussée vers
l’extérieur en une poussée verticale
s’exerçant vers le bas, vers le sol.
Les arcs-boutants sont invisibles
depuis l’intérieur de l’édifice, où
apparaissent seulement les ogives
et les grandes fenêtres.
Le gothique 15
Idée clé
Une architecture
aspirant au paradis
16 50 clés pour comprendre l’architecture
04 La Renaissance
Le mouvement de la Renaissance (de l’italien Rinascimento) est né de la
volonté d’artistes de se détourner du monde médiéval et de puiser leur
inspiration dans la civilisation de la Grèce et de la Rome antiques. Né en
Italie, le mouvement a envahi l’Europe, remplaçant le gothique par diverses
formes de classicisme.
La Renaissance est l’un des mouvements les plus larges de tous les temps.
Il est né en Italie lorsque, encouragés par une nouvelle classe aisée de mar-
chands, d’aristocrates et de guildes, des artistes rompirent avec le passé
récent et commencèrent à faire revivre les valeurs artistiques classiques
de l’Antiquité. On assista alors, dans les nouvelles villes italiennes du
15e siècle et d’abord à Florence, à une révolution dans la peinture, la sculp-
ture et l’architecture.
Dans le domaine des arts visuels, ceci s’est traduit par un nouveau natura-
lisme de représentation qui, combiné à un nouvel « humanisme », plaçait
l’homme au centre du monde. Ceci ne signifiait pas l’abandon des valeurs
chrétiennes, bien au contraire, mais la reconnaissance du fait que les êtres
humains pouvaient apporter au monde une contribution digne d’intérêt :
des œuvres d’art dignes, harmonieuses, bien proportionnées et ainsi de
suite.
chronologie
1420-1436 1430 1452
Construction du dôme de Début de la construction Publication de la première
la cathédrale de S. Spirito à Florence version de De re aedificatoria
de Florence (Filippo Brunelleschi) de Leon Battista Alberti
(Filippo Brunelleschi)
La renaissance 17
Davantage centrée sur l’homme, cette approche s’est appuyée sur des
études théoriques ambitieuses et éclairantes de sujets tels que la perspec-
tive et les proportions géométriques. En architecture, cela s’est traduit par
un retour à une version du style classique et une nouvelle perception des
écrits classiques sur l’architecture, les proportions, la construction et les
sujets connexes et, en particulier, de l’œuvre de Vitruve.