Lycée Louis-Le-Grand, Paris Pour le 03/11/2015
MPSI 4 – Mathématiques
A. Troesch
DM no 5 : Complexes
Les élèves classés au-delà de la 35-ième place au dernier devoir pourront se contenter de traiter le problème 1.
Le problème 1 et la partie I du problème 2 sont obligatoire pour tous les autres.
La fin du problème 2 est fortement conseillée, si vous avez le temps. Elle est obligatoire pour les élèves classés dans
les 10 premiers au dernier devoir.
Problème 1 – Résolution des équations de degré 3 et 4
2iπ
On note j = e 3 .
Partie I – Équation de degré 3 (formules de Cardan)
Soit a, b et c des nombres complexes. On cherche à résoudre l’équation x3 + ax2 + bx + c = 0.
1. Montrer qu’à l’aide d’un changement de variable du type y = x − α, on peut se ramener à la résolution d’une
équation y 3 + py + q = 0. Expliciter α, p et q en fonction de a, b et c.
2. On cherche les solutions de l’équation y 3 + py + q = 0 sous la forme y1 = u + v, y2 = uj + vj 2 et y3 = uj 2 + vj.
Montrer que pour que y1 , y2 et y3 soient solution de l’équation y 3 + py + q = 0, il faut et il suffit que u et v
vérifient :
p = −3uv et q = −(u3 + v 3 ).
p3
3. Posons U = u3 et V = v 3 . Montrer que U et V les sont solutions de l’équation z 2 + qz − 27 = 0.
Vu la symétrie en U et V , on peut prendre pour U n’importe laquelle des deux racines de ce polynôme. On fixe
donc U et V .
4. Montrer que parmi les (au plus) 9 couples (u, v) obtenus par l’équation précédente, au plus 3 vérifient l’égalité
p = −3uv, et que les (au plus) 3 couples obtenus donnent les mêmes racines y1 , y2 et y3 , à permutation près.
5. Appliquer la méthode ci-dessus pour résoudre dans C l’équation x3 + 3x2 + 3(1 − 2j)x + 2(3j 2 − 1) = 0. On
exprimera les solutions à l’aide de j.
6. À l’aide du polynôme (X − 1)(X 2 + X + 2), montrer que
√ √ √ √ √
q q
3 3
3 = 2 7 + 3 3 − 2 7 − 3 3.
4p3
7. On suppose maintenant que p et q sont des réels. On note ∆ = q 2 + 27 .
(a) Montrer que si ∆ > 0, l’équation x3 + px + q = 0 admet une unique solution réelle, et deux solutions
√
complexes conjuguées, qu’on exprimera à l’aide de j et de ∆.
(b) Montrer que si ∆ < 0, l’équation x3 + px + q = 0 admet 3 racines réelles distinctes.
Remarquez que c’est dans le cas où le polynôme admet 3 racines distinctes qu’on ne peut pas résoudre l’équation avec
des radicaux réels : la résolution passe par l’utilisation d’une racine de ∆ qui est négatif ; même si les racines sont
réelles, il est nécessaire d’utiliser les nombres complexes pour les exprimer. La théorie de Galois permet de montrer
qu’il est impossible d’exprimer en général les racines à l’aide de radicaux réels dans cette situation.
Partie II – Trisection de l’angle
La possibilité de la trisection de l’angle (couper l’angle en 3) par la règle et le compas a longtemps été une question
ouverte. Le problème est lié à la résolution des équations du troisième degré. On dit qu’un réel x est constructible à
la règle et au compas à partir d’une certaine donnée initiale, si on peut construire à la règle et au compas un segment
dont la longueur est égale à x.
1
1. Montrer que la possibilité de trisecter de l’angle à la règle et au compas équivaut à la constructibilité de cos( θ3 )
à partir de 1 et de cos(θ).
2. Soit a = cos(θ). Montrer que cos θ3 est solution de l’équation u3 − 34 u − a4 = 0.
3. En admettant la remarque de la fin de la partie I, en déduire que cos 3θ ne peut pas s’exprimer à l’aide de
radicaux réels.
Ceci implique qu’en général, la trisection de l’angle à la règle et au compas est impossible. En effet, si c’était le cas, on
pourrait construire cos θ3 à la règle et au compas ; les équations de cercle étant de degré 2, cela amèrait la possibilité
d’exprimer cos θ3 à l’aide de radicaux (carrés) réels.
On voit ci-dessous comment on peut se servir des fonctions circulaires et leur réciproque pour résoudre les équations
de degré 3 du type x3 + px + q = 0 dans le cas où p et q sont réels, et ∆ < 0 (ce qu’on suppose désormais)
4. Montrer qu’avec les hypothèses données, on a p < 0.
5. Montrer qu’à l’aide d’un changement de variable y = λx (avec λ > 0), on peut se ramener une équation du
type
3 a
y 3 − y − = 0. (1)
4 4
Expliciter λ et a.
6. Justifier que |a| < 1.
7. En déduire les racines de (1) à l’aide de la fonction cos, et de la fonction Arccos, réciproque de la restriction de
cos à [0, π].
Partie III – Résolution des équations de degré 4 par la méthode de Ferrari
On voit dans cette partie la méthode employée par Ferrari au XVIe siècle pour résoudre les équations du quatrième
degré
z 4 + αz 3 + βz 2 + γz + δ = 0, (2)
pour (α, β, ,̧δ) ∈ R4 .
1. Montrer comment, par un changement de variable simple, se ramener à la résolution d’une équation
x4 + ax2 + bx + c = 0.
On exprimera a, b, et c en fonction de α, β, γ et δ.
2. Que dire du cas où b = 0 ? On suppose désormais que b 6= 0. Soit y ∈ R. Montrer qu’il existe des réels m et n
tels que
2
1
∀x ∈ R, x4 + ax2 + bx + c = x2 + y − (mx + n)2
2
si et seulement si y est solution réelle supérieure à a de l’équation
y 3 − ay 2 − 4cy + 4ac − b2 = 0.
Justifier qu’une telle solution existe toujours. Soit y0 > a une telle solution.
3. Exprimer m et n en fonction de a, b, c et y0 .
4. Exprimer une condition nécessaire et suffisante pour que (2) admette 4 solutions réelles, et donner ces solutions
en fonction de y0 , m et n.
Problème 2 – (Racines primitives et polynômes cyclotomiques)
Le but de ce problème est d’introduire la notion de racine primitive, et de polynôme cyclotomique. Nous en voyons
quelques propriétés élémentaires, en terminant par une application au calcul d’un produit de sinus et d’un produit de
cosinus. Ce problème n’est qu’un point de vue très étroit sur le monde très riche des polynômes cyclotomiques, et n’est
à voir que comme une introduction.
2
Partie I – Racines primitives de l’unité
Soit n ∈ N∗ , on note ξn la racine n-ième de 1 de plus petit argument strictement positif, c’est-à-dire :
2iπ
ξn = e n .
On notera comme il en est l’usage j = ξ3 .
On appelle racine n-ième primitive de 1 un élément ω ∈ Un tel ω k 6= 1 pour tout k ∈ [[1, n − 1]]. On note Pn l’ensemble
des racines n-ièmes primitives de 1
Étant donnés deux entiers n et m, on notera n ∧ m le pgcd de m et n. On rappelle le théorème de Bézout : si d = n ∧ m,
alors il existe des entiers u et v tels que d = un + vm, la réciproque étant également vraie lorsque d = 1.
On note ϕ(n) le nombre d’entiers k de [[1, n]] premiers avec n, c’est-à-dire tels que k ∧ n = 1. Il s’agit de l’indicatrice
d’Euler.
1. Soit n ∈ N∗ . Montrer que ξn est racine n-ième primitive de 1. Pouvez-vous en donner une autre lorsque n > 2 ?
2. Soit ω ∈ Un .
(a) Montrer que ω ∈ Pn si et seulement si {ω k , k ∈ [[1, n]]} = Un .
(b) Montrer que ω ∈ Pn si et seulement s’il existe un entier ℓ ∈ N tel que ω ℓ = ξn
(c) En déduire que ω ∈ Pn si et seulement s’il existe k ∈ [[1, n]] tel que ω = ξnk et k ∧ n = 1. Quel est le cardinal
de Pn ?
3. (a) Décrire en fonction de j l’ensemble P6
(b) Décrire l’ensemble Pp lorsque p est un nombre premier.
(c) Décrire l’ensemble Pn lorsque n est une puissance de 2.
4. Soit ω ∈ Un , et k ∈ [[1, n]] tel que ω = ξnk
(a) Soit d un diviseur de n. Montrer que ω ∈ P nd si et seulement si k ∧ n = d.
G
(b) En déduire que Un = P nd , l’union étant prise sur l’ensemble des diviseurs de n, et l’union étant disjointe.
d|n
X
(c) En déduire que n = ϕ(d).
d|n
5. Montrer que pour n > 2, ϕ(n) est pair.
X
6. On note, pour tout n ∈ N∗ , Sn = k
k∈[[1,n]]
k∧n=1
(a) Justifier que pour tout n ∈ N∗ , on a :
n
X X
k= dS nd .
k=1 d|n
1 1 1
(b) En raisonnant par récurrence, en déduire que S1 = ϕ(1) + , et que pour tout n > 1, Sn = nϕ(n).
2 2 2
Partie II – Polynômes cyclotomiques
Soit n ∈ N. On note Φn le polynôme :
Y Y
Φn (X) = (X − ω) = (X − ξnk )
ω∈Pn k∈[[0,n−1]]
tq k∧n=1
1. Quel est le degré de Φn ?
2. (a) Déterminer Φ3 , Φ6 .
(b) Déterminer Φp lorsque p est premier
(c) Déterminer Φn lorsque n est une puissance de 2.
3. Soit q un entier impair différent de 1.
(a) Montrer que ω ∈ P2q si et seulement si −ω ∈ Pq .
3
(b) En déduire que Φ2q (X) = Φq (−X).
Partie III – Calcul de Φn (1)
1. Soit p un nombre premier et k > 1. Montrer que
k
Xp − 1
Φpk = .
X pk−1 − 1
2. Montrer que si p est un nombre premier, pour tout k > 1, Φpk (1) = p
3. (a) Montrer que pour tout n ∈ N∗ : Y
Φd (X) = X n − 1.
d|n
(b) Soit P et Q deux polynômes à coefficients entiers. On suppose de plus que le coefficient dominant de Q est
égal à 1. Montrer que s’il existe R tel que P = QR, alors R est à coefficients entiers (on pourra raisonner
par l’absurde)
(c) Montrer que Φn est à coefficients entiers
Y
4. Montrer que pour tout n ∈ N∗ , Φd (1) = n.
d|n
d6=1
5. En considérant la décomposition primaire de n, en déduire que si n n’est pas une puissance d’exposant stricte-
ment positif d’un nombre premier p, alors Φn (1) = 1.
Partie IV – Un produit de sinus
Avec les résultats des parties précédentes, montrer les deux égalités suivantes :
1. Pour tout entier n > 2 différent d’une puissance d’un nombre premier :
Y kπ 1
sin = ϕ(n) .
n 2
k∈[[1,n]]
k∧n=1
2. Pour tout n entier positif impair différent de 1,
ϕ(n)
Y kπ (−1) 2
cos = .
n 2ϕ(n)
k∈[[1,n]]
k∧n=1