Fondamentaux du Droit de la Concurrence
Fondamentaux du Droit de la Concurrence
LES FONDAMENTAUX DU
DROIT DE LA
CONCURRENCE I
Pratiques anticoncurrentielles
Louis Vogel
Vogel Édition - 30 avenue d’Iéna, 75116 Paris
ISBN 978-2-37768-046-7
Un code annoté
Code de la concurrence
- droits européen et français
LES FONDAMENTAUX
SOMMAIRE
INTRODUCTION
PARTIE I
Ententes et abus de domination
TITRE I
Domaine d’application
CHAPITRE I Conditions d’application
TITRE II
Ententes
INTRODUCTION
CHAPITRE I Principe
CHAPITRE II Applications
TITRE III
Abus de domination
INTRODUCTION
CHAPITRE I Abus de position dominante
TITRE IV
Incidence des droits de propriété intellectuelle
CHAPITRE I Principe
CHAPITRE II Applications
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LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
TITRE V
Procédure de concurrence
SOUS-TITRE I
Procédure européenne
INTRODUCTION
CHAPITRE I Compétence
SOUS-TITRE II
Procédure française
INTRODUCTION
CHAPITRE I Enquête
PARTIE II
Concentrations
TITRE I
Droit européen
CHAPITRE I Domaine du contrôle
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LES FONDAMENTAUX
TITRE II
Droit français
CHAPITRE I Domaine du contrôle
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LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
DROIT DE LA CONCURRENCE I
Pratiques anticoncurrentielles
Droit de la concurrence I, consacré au droit des pratiques anticoncurrentielles, regroupe
l’ensemble des règles qui ont pour objet d’assurer la liberté de la concurrence sur le mar-
ché et répriment les comportements des agents économiques qui se trouvent à l’origine
des défaillances du marché.
INTRODUCTION
I. Finalités du droit de la concurrence
II. Du contrôle du pouvoir de monopole à celui de la puissance d’achat
III. Des comportements aux effets
IV. Le droit de la concurrence à l’ère du numérique
A. Les nouveaux outils
B. Les réponses apportées à ce jour par les autorités de contrôle
C. Faut-il faire évoluer les règles de concurrence ?
V. Historique et structure du droit de la concurrence
D. Droit européen
E. Droit français
VI. Les autorités de contrôle
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LES FONDAMENTAUX
INTRODUCTION
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LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
efficace, ils n’ont pas hésité, lorsqu’ils l’ont jugé nécessaire, à rejeter le dogme de la théo-
rie des prix et à faire des choix positifs en faveur de certains schémas de consommation.
Dans l’arrêt Metro, le juge européen déclare que «la concurrence non faussée visée aux
articles 3 et 85 du Traité CE [devenu 101 TFUE] implique l’existence sur le marché
d’une concurrence efficace (workable competition), c’est-à-dire de la dose de concurrence
nécessaire pour que soient respectées les exigences fondamentales et atteints les objectifs
du Traité...» (CJCE, 25 octobre 1977, Metro SB-Grossmarkete GmbH & Co. KG, aff. 26-
76, LawLex024119). En conséquence, les autorités européennes et françaises préfèrent
parfois à la concurrence par les prix, la concurrence par la qualité, et ne considèrent
pas que la protection de l’environnement, de l’emploi ou du petit commerce, ou la lutte
contre les abus de puissance d’achat des grands distributeurs à l’égard de leurs four-
nisseurs sont des préoccupations extraconcurrentielles. L’opposition entre la politique
européenne de concurrence et la théorie économique n’est cependant pas si absolue car
les fins extérieures au raisonnement concurrentiel sont aussi des facteurs de coût qu’une
analyse économique plus globale devrait prendre en considération.
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LES FONDAMENTAUX
Le rôle grandissant des effets par rapport aux comportements affecte l’ensemble des règles
de concurrence. Les autorités de contrôle ne poursuivent plus certaines ententes dès lors
que les entreprises parties ne sont pas suffisamment puissantes, c’est-à-dire ne dépassent
pas un seuil de minimis. Inversement, des accords ne produisant en eux-mêmes qu’une
restriction de concurrence minime sont néanmoins prohibés lorsqu’ils s’inscrivent dans
un faisceau d’accords parallèles similaires conclus par des opérateurs tiers.
La situation générale du marché peut donc faire condamner une entente intrinsèque-
ment peu nocive. Le comportement de l’entreprise n’est plus qu’un facteur de déclen-
chement du contrôle dont l’objet est en réalité la structure concurrentielle du marché
sur lequel ce comportement intervient : l’entreprise est condamnée du fait d’autrui. Les
grands principes juridiques - égalité devant la loi et prévisibilité de la sanction - sont
sacrifiés, mais l’efficacité du contrôle y gagne.
De même, en droit de la domination, la notion d’«abus» a été progressivement inter-
prétée de façon de plus en plus objective, au point qu’aujourd’hui pratiquement tout
comportement, quelles que soient ses caractéristiques intrinsèques, est considéré comme
abusif, s’il a pour objet ou pour effet de maintenir ou de renforcer la position dominante
de l’entreprise. En réalité, ce n’est plus l’abus qui est contrôlé, mais la position dominante
elle-même. Le contrôle se déporte, très légitimement d’un point de vue économique, de
l’appréciation du comportement de l’entreprise vers celle de son pouvoir de marché,
c’est-à-dire vers les effets de ce comportement sur le marché. Pour le juriste, cette évolu-
tion signifie que la sanction n’est plus déclenchée par un comportement fautif (que l’on
10
LES FONDAMENTAUX
peut éviter en se conformant à la norme), mais par une structure de marché, peut-être
inévitable.
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LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
12
LES FONDAMENTAUX
2. Blockchain
La blockchain ou « chaîne de blocs » constitue un mode d’enregistrement de données
produites en continu, sous forme de blocs liés les uns aux autres dans l’ordre chrono-
logique de leur validation, dans lequel chacun des blocs et leur séquence sont protégés
contre toute modification. Une fois intégrées à une chaîne, les données sont gravées dans
le marbre : elles acquièrent date certaine et ne peuvent plus être modifiées. Leur fiabilité
est garantie par leur vérification par la communauté des ordinateurs reliés au réseau et
non par une entité extérieure, étatique ou non. Les données stockées dans une blockchain
peuvent notamment servir de support à un « smart contract », logiciel programmé pour
automatiser les différentes étapes de la vie d’un contrat, auquel il se superpose.
Par son effet amplificateur de la transparence du marché, la blockchain recèle inévi-
tablement un risque de coordination des comportements de ses utilisateurs. Dans les
relations horizontales, les smart contracts pourraient être utilisés par des concurrents
qui ont préalablement convenu des modalités d’une entente de prix pour assurer l’exé-
cution de celle-ci et empêcher toute tentative de comportement déviant. Comme pour
les algorithmes, dont ils ne constituent qu’une variante, les smart contracts se réduisent
dans cette hypothèse au rôle de véhicule d’une entente préalable, et pourront, lorsque
celle-ci vise à coordonner le comportement de ses participants, être sanctionnés avec
elle. Les smart contracts peuvent également être utilisés pour assurer l’exécution d’une
entente verticale de prix en garantissant au fournisseur que les distributeurs ne dévieront
pas des prix programmés. Privant les distributeurs de toute autonomie dans la fixation de
leurs prix, ils tombent nécessairement sous le coup de l’article 4 du règlement restrictions
verticales.
Si elle facilite la mise en œuvre des ententes, la blockchain, par un effet boomerang, peut
également constituer un outil très utile pour les services d’instruction des autorités de
concurrence. En fixant définitivement les éléments de l’accord de prix et en leur donnant
date certaine, la blockchain permet de débusquer et prouver les comportements anti-
concurrentiels beaucoup plus facilement, d’autant que dans l’hypothèse de blockchains
fermées, l’article L. 450-3, alinéa 5, du Code de commerce permet à l’Autorité d’exiger
le décryptage des données. En outre, la blockchain peut être utilisée par les autorités de
concurrence pour se partager des informations sur les affaires en cours ou déjà traitées,
dans l’esprit de collaboration préconisé par le règlement 1/2003. Enfin, la blockchain
peut être mise en œuvre pour surveiller le respect des engagements pris par les entre-
prises dans le cadre des procédures négociées ou des injonctions de l’autorité de concur-
rence.
Sur le terrain de l’abus de position dominante, la blockchain pourrait permettre à une en-
treprise dominante d’imposer des conditions tarifaires inéquitables ou discriminatoires
à ses clients en utilisant la technique du «pricing personnalisé» qui, grâce à des algo-
rithmes, permet de moduler le prix d’un produit, en fonction des revenus et des habitu-
des de consommation des internautes : compte tenu de ses revenus, une personne paiera
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LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
moins cher un produit tandis qu’une autre, identifiée comme payant habituellement plus
cher sur internet, paiera un prix plus élevé pour le même produit, de façon à compenser
le manque à gagner. Un autre risque pourrait résulter du fait que certaines plateformes
numériques créent leur propre blockchain privée, pour stocker leurs données, afin de
mieux en refuser l’accès à leurs concurrents.
Au-delà des risques anticoncurrentiels identifiés liés à l’utilisation de ces nouveaux ou-
tils, la structure et les caractéristiques du secteur du digital posent un certain nombre de
questions.
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LES FONDAMENTAUX
15
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
16
LES FONDAMENTAUX
sine au fond.
En matière de contrôle des concentrations, l’Autorité propose de mettre à jour les critères
de l’analyse concurrentielle de sorte que l’impact d’une concentration dans l’économie
numérique soit examiné au regard de différents paramètres pertinents pour le consom-
mateur, tels que le pluralisme, la diversité ou la qualité du service offert, sans se limiter
aux seuls effets sur les prix. Elle préconise d’améliorer les outils de mesure du pouvoir
de marché de l’entité issue de la concentration lorsqu’il résulte de la détention de vastes
données ou de larges communautés d’utilisateurs, ainsi que de recourir davantage aux
engagements comportementaux, plus souples et adaptables que les engagements struc-
turels, pour restaurer les conditions d’une concurrence effective. Par ailleurs, pour re-
médier au vide juridique concernant les acquisitions prédatrices, l’Autorité propose un
recours plus fréquent au mécanisme de renvoi prévu à l’article 22 du règlement 139-
2004, qui permet à une autorité nationale de concurrence de renvoyer à la Commission
une concentration non notifiable, que ce soit au regard des seuils nationaux comme
européens, dès lors qu’elle menace d’affecter de manière significative la concurrence sur
son territoire.
A côté de ces adaptations du droit existant, une autre voie pourrait consister à compléter
le droit de la concurrence avec des règles spécifiques à l’industrie du numérique.
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LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
L’intensité avec laquelle le droit européen s’applique varie selon que le rapport
juridique concerne :
• les Traités ou l’accord sur l’EEE ;
• des Etats membres ou des Etats tiers ;
• des secteurs spéciaux ou non.
1. Les Traités
A RETENIR
Les Traités de Rome signés le 25 mars 1957 ont respectivement institué la Commu-
nauté économique européenne (CEE), devenue Communauté européenne (CE) depuis
le Traité de Maastricht, et la Communauté européenne de l’énergie atomique (CEEA
ou Euratom). Ils généralisaient ainsi, à l’échelle de l’économie dans son ensemble, les
principes fondamentaux - suppression des restrictions aux échanges, réglementation
de la concurrence et politique économique commune - posés par le Traité de Paris du
8 avril 1951 (CECA) pour le secteur du charbon et de l’acier.
Bien que distinctes, les trois organisations ont été dotées d’institutions communes par le
Traité de Bruxelles du 8 avril 1965. À l’expiration du Traité CECA le 23 juillet 2002, les
compétences de la CECA ont été transférées à la Communauté européenne.
Le Traité de Lisbonne, qui constitue, depuis le 1er décembre 2009, le nouveau socle
de l’Union européenne, modifie les dispositions du Traité de l’Union (TUE) et celles
du Traité instituant la Communauté européenne, celui-ci devenant le Traité sur le
fonctionnement de l’Union européenne (TFUE).
Il introduit des changements institutionnels importants, tels que la création d’un pré-
sident permanent et d’un représentant qui conduit la politique étrangère. La répartition
des voix entre les États membres est modifiée, les pouvoirs de la Commission sont éten-
18
LES FONDAMENTAUX
Les règles de concurrence de l’EEE, qui sont mises en œuvre par l’Autorité de surveillance
de l’AELE, peuvent être directement invoquées devant les juridictions nationales des États
membres de l’Union européenne.
L’article 56 de l’Accord sur l’EEE fixe les règles de répartition des compétences entre
la Commission et l’Autorité de surveillance de l’AELE. Lorsque seul le commerce entre
États membres de l’Union européenne est affecté, la Commission est exclusivement com-
pétente. Le même principe s’applique, réciproquement, pour l’Autorité de surveillance de
l’AELE, en cas d’affectation exclusive du commerce entre États de l’EEE ou de l’AELE.
En cas d’affectation du commerce entre États membres de l’UE et de l’EEE, la Commis-
sion est compétente pour appliquer les deux corps de règles lorsque le chiffre d’affaires
réalisé par les entreprises concernées sur le territoire de l’AELE est inférieur à 33 % de
leur chiffre d’affaires dans l’EEE.
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LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
20
LES FONDAMENTAUX
Enfin, une procédure bilatérale de consultations est instituée, mais l’accord ne prévoit au-
cun mécanisme de conciliation. Depuis 2013, les États-Unis et l’Union européenne négo-
cient un nouvel accord de libre-échange : le TAFTA (traité de libre-échange transatlantique)
ou TTIP (partenariat transatlantique de commerce et d’investissement), qui vise à créer un
marché unifié de 820 millions de consommateurs, mais les discussions sont en sommeil
depuis le Brexit décidé par le Royaume-Uni.
La mondialisation du droit de la concurrence s’est notamment traduite en 2008 par la
création d’un réseau international des autorités de concurrence (International Competition
Network - ICN) réunissant à ce jour plus d’une centaine de membres.
5. Secteurs spéciaux
A RETENIR
Certains secteurs peuvent être dits spéciaux parce que le droit de la concurrence ne s’y
applique pas, ou pas avec la même intensité qu’ailleurs.
Parfois, le Traité prévoit lui-même, pour des raisons de politique générale, nationale ou
«commune», de véritables exceptions à l’application des règles de concurrence, comme
dans le cas des industries de défense ou de l’agriculture. Dans d’autres hypothèses, c’est la
logique économique du secteur qui entraîne l’application de tempéraments, comme dans
le domaine des transports, où l’activité appelle, pour des raisons d’efficacité, à une coordi-
nation importante des comportements des entreprises.
B. Droit français
A RETENIR
Le décret d’Allarde des 14-17 mars 1791, renforcé par l’article 419 du Code pénal qui
sanctionnait les coalitions entre distributeurs d’une même marchandise en vue d’en-
traîner une baisse des prix, a posé le principe de libre concurrence. Mais la première
réglementation de la concurrence n’est apparue qu’après la Seconde Guerre mondiale.
Le droit de la concurrence était entièrement conçu à cette époque comme un instru-
ment de la politique économique de l’État, plus précisément de la politique des prix.
Le décret du 9 août 1953, remplacé par celui du 24 juin 1958, introduisait dans l’ordon-
nance 45-1483 du 30 juin 1945 sur les prix la prohibition des ententes et de certaines
pratiques dites individuelles (refus de vente, pratiques discriminatoires, ventes liées). La
loi du 2 juillet 1963 interdit les abus de position dominante. La loi du 19 juillet 1977
établit un contrôle des concentrations. L’ordonnance du 1er décembre 1986, complétée
par le décret du 29 décembre 1986, a ensuite abrogé les textes antérieurs tout en s’en
inspirant fortement sans remettre en cause la théorie de la concurrence déloyale.
L’ordonnance 2000-912 du 18 septembre 2000 a abrogé celle de 1986 et l’a intégrée
au nouveau Code de commerce, à l’exception de quelques dispositions éparses (article
58, alinéa 3, fixant la procédure relative aux prix des transports routiers, et article 61,
22
LES FONDAMENTAUX
sans limites. D’abord, il faut que les effets de la pratique se soient produits sur le territoire
européen, qu’elle ait été mise en œuvre sur le marché intérieur et qu’elle affecte de ma-
nière sensible le commerce entre États membres pour que la Commission se reconnaisse
compétente.
En outre, le règlement 1-2003 a mis en place un régime décentralisé pour l’applica-
tion des règles européennes de concurrence qui confère une compétence parallèle
aux autorités nationales de concurrence, qui forment, avec la Commission, un réseau
d’autorités.
Le principe de subsidiarité ainsi mis en œuvre implique que l’autorité la plus compé-
tente applique les règles européennes, et non seulement les autorités européennes elles-
mêmes. Les autorités compétentes des États membres sont chargées de veiller à l’appli-
cation et au respect du droit européen dans leur ordre juridique national (art. 5 TUE).
Chaque membre du réseau conserve toute latitude pour décider d’enquêter ou non sur
une affaire. Dans ce cadre, les affaires sont traitées soit par une seule autorité nationale,
éventuellement avec le concours d’autorités d’autres États membres, soit par plusieurs
autorités nationales agissant en parallèle, soit par la Commission. Toutefois, une réattri-
bution peut s’avérer nécessaire pour garantir l’efficacité de la procédure. Cette réattribu-
tion s’effectue selon le principe de «l’autorité la mieux placée» pour connaître de l’affaire.
Un rapport étroit entre l’infraction et le territoire de l’État membre doit exister pour que
l’autorité de concurrence d’un État membre reçoive cette qualification.
La Commission est considérée comme l’autorité la mieux placée :
- lorsqu’un ou plusieurs accords ou pratiques, y compris les réseaux d’accords ou pra-
tiques similaires, ont des effets sur la concurrence dans plus de trois États membres ;
- si l’affaire est étroitement liée à d’autres dispositions européennes susceptibles d’être
exclusivement ou plus efficacement appliquées par la Commission, ou si l’intérêt euro-
péen exige l’adoption d’une décision de la Commission pour développer la politique de
concurrence européenne lorsqu’un problème de concurrence nouveau se pose ou qu’une
application efficace des règles l’exige.
B. Droit français
A RETENIR
Le texte précise que l’Autorité veille au libre jeu de la concurrence. Elle comprend un
collège de dix-sept membres nommés pour cinq ans, renouvelables, par le ministre de
l’Économie. Six sont membres ou anciens membres du Conseil d’État, de la Cour des
comptes, de la Cour de cassation ou des autres juridictions administratives ou judiciaires.
Cinq sont des personnalités désignées en raison de leur compétence en matière éco-
nomique ou de concurrence et de consommation. Les cinq autres membres sont des
24
LES FONDAMENTAUX
personnalités exerçant ou ayant exercé leurs activités dans les secteurs de la production,
de la distribution, de l’artisanat, des services ou des professions libérales. Les quatre
vice-présidents sont nommés parmi les membres du collège, deux d’entre eux étant choi-
sis parmi les dix personnalités le composant. Le président est nommé en raison de ses
compétences dans les domaines juridiques et économiques après avis des commissions
du Parlement compétentes en matière de concurrence. Le président et les vice-présidents
exercent leurs fonctions à temps plein et sont soumis aux règles d’incompatibilité pré-
vues pour les emplois publics. L’Autorité de la concurrence est assistée d’un rapporteur
général, d’un ou plusieurs rapporteurs généraux adjoints auxquels celui-ci peut déléguer
tout ou partie de ses attributions et de rapporteurs, qui préparent les affaires qui lui sont
soumises.
L’Autorité de la concurrence possède d’abord un rôle consultatif général en matière
de concurrence. Les commissions parlementaires compétentes en matière de concurrence
peuvent entendre le président de l’Autorité de la concurrence et consulter celle-ci sur toute
question relevant de son champ de compétence (art. L. 461-5 C. com.). Elle donne son avis
sur toute question de concurrence à la demande du Gouvernement. Elle peut également
donner son avis sur les mêmes questions à la demande des collectivités territoriales, des
organisations professionnelles et syndicales, des organisations de consommateurs agréées,
des chambres d’agriculture, des chambres de métiers ou des chambres de commerce et
d’industrie territoriales, de la Haute autorité pour la diffusion des pour la diffusion des
œuvres et la protection des droits sur internet et des présidents des observatoires des prix,
des marges et des revenus des collectivités ultramarines en ce qui concerne les intérêts dont
ils ont la charge. L’Autorité de la concurrence peut également être consultée par les juridic-
tions d’instruction et de jugement sur les pratiques anticoncurrentielles définies aux articles
L. 420-1, L. 420-2, L. 420-2-1, L. 420-2-2 et L. 420-5 du Code de commerce et relevées
dans les affaires dont elles sont saisies (ententes, abus de position dominante ou de dépen-
dance, droits exclusifs d’importation dans les DROM et les COM, prix abusivement bas ;
art. L. 462-3 du Code de commerce). A toute juridiction qui la consulte ou lui demande de
produire des pièces qui ne sont pas déjà à la disposition d’une partie à l’instance, l’Autori-
té peut transmettre «tout élément qu’elle détient concernant les pratiques anticoncurren-
tielles concernées, à l’exclusion des pièces élaborées ou recueillies au titre du IV de l’article
L. 464-2», c’est-à-dire à l’exclusion des pièces recueillies dans le cadre d’une procédure de
clémence. Cette transmission peut également avoir lieu lorsqu’elle produit des observations
de sa propre initiative devant une juridiction. L’Autorité de la concurrence est obligatoire-
ment consultée par le Gouvernement sur tout projet de texte réglementaire instituant un
régime nouveau ayant directement pour effet de soumettre l’exercice d’une profession ou
l’accès à un marché à des restrictions quantitatives, d’établir des droits exclusifs dans cer-
taines zones, d’imposer des pratiques uniformes en matière de prix ou conditions de vente
(art. L. 462-2). Les décrets d’exemption par catégorie en matière d’ententes sont pris après
avis conforme de l’Autorité de la concurrence (art. L. 420-4).
L’article L. 462-4 prévoit que l’Autorité de la concurrence peut prendre l’initiative de don-
ner son avis sur toute question concernant la concurrence. Elle a également la possibilité
de recommander au ministre de l’Économie ou chargé du secteur concerné de prendre les
mesures nécessaires à l’amélioration du fonctionnement concurrentiel des marchés.
25
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
PLAN
26
LES FONDAMENTAUX
PARTIE I
Ententes et abus de domination
PLAN
TITRE I
Domaine d’application
INTRODUCTION
Droit européen et droit français définissent leur champ d’application dans l’espace.
L’article 101 TFUE prohibe les ententes qui ont pour objet ou pour effet de restreindre la
concurrence «à l’intérieur du marché intérieur», l’article 102 TFUE interdit l’exploitation
abusive d’une position dominante «sur le marché intérieur ou une partie substantielle
de celui-ci». De même, l’article L. 420-1 du Code de commerce - auquel renvoie l’article
L. 420-2 pour les abus de domination - prohibe les pratiques collusives qui faussent le
jeu de la concurrence sur un marché, «même par l’intermédiaire direct ou indirect d’une
société du groupe implantée hors de France».
A RETENIR
Les textes font ainsi dépendre leur applicabilité de la localisation d’un élément consti-
tutif de l’infraction sur le territoire de l’Union ou le territoire français. En outre, du
fait de la superposition de l’Union aux Etats membres, l’application des articles 101 et
102 TFUE suppose qu’un second critère soit satisfait : l’affectation du commerce entre
États membres. La distinction entre les deux conditions qui se recoupent partiellement
est purement fonctionnelle : alors que la première a pour objet de délimiter la compé-
tence de l’Union par rapport aux États tiers, la seconde vise à la définir par rapport aux
États membres.
PLAN
Nous distinguerons :
• les conditions d’application des règles (Chapitre 1) ;
• le champ d’application des règles (Chapitre 2).
27
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
SECTION 1
Localisation des effets anticoncurrentiels
I. La théorie de l’effet
II. La théorie de l’imputation
III. La théorie de la mise en œuvre / La théorie de l’effet qualifié
SECTION 2
Affectation du commerce entre États membres
I. Notion de commerce entre États membres
II. Notion d’affectation
A. Probabilité raisonnable d’effet
B. Influence sur les courants d’échanges entre Etats membres
III. Condition de sensibilité
28
LES FONDAMENTAUX
SECTION 1
Localisation des effets anticoncurrentiels
PLAN
I. La théorie de l’effet
Selon cette doctrine, les règles de concurrence s’appliquent aux entreprises dès lors que
les effets des accords ou des pratiques incriminés auxquels elles ont participé sont res-
sentis au sein de l’Union. Peu importe, dans ce cas, que certaines des entreprises auteurs
des comportements anticoncurrentiels aient leur siège à l’extérieur. À l’inverse, une en-
tente nouée entre des entreprises de l’Union qui ne produit des effets que sur les mar-
chés extérieurs échappe à l’application du texte. Les premières décisions de la Cour de
justice ont consacré cette théorie dite de «la territorialité objective» à laquelle se rallie
toujours l’Autorité de la concurrence (V. CJCE, 16 déc. 1975, Suiker Unie, aff. 40-73,
LawLex024127).
de ne la retenir que sous la forme d’un «effet qualifié», c’est-à-dire substantiel, direct
et prévisible. Aussi, les autorités de contrôle ont-elles substitué au critère de l’effet celui,
plus restrictif, de la mise en œuvre : pour que le droit européen soit applicable, il faut
non seulement que les effets se soient produits dans l’Union mais encore que les en-
treprises participantes aient «mis en œuvre» les pratiques anticoncurrentielles sur le
territoire européen.
A RETENIR
SECTION 2
Affectation du commerce entre États membres
L’application des articles 101 ou 102 TFUE suppose que les comportements ou pra-
tiques visés soient «susceptibles d’affecter le commerce entre États membres». La Com-
mission a adopté des Lignes directrices relatives à la notion d’affectation du commerce
entre États membres figurant aux articles 101 et 102 du Traité, qui exposent les prin-
cipes dégagés par la jurisprudence et donnent des orientations sur l’application de la
notion d’affectation dans les cas les plus courants.
A RETENIR
Pour qu’elle affectation du commerce entre Etats membres puisse être consta-
tée, il suffit que deux conditions soient satisfaites :
• il doit exister une probabilité raisonnable que le commerce entre Etats
membres soit affecté ;
• la pratique doit être apte à influencer le courant des échanges entre Etats
membres.
31
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
les courants commerciaux entre États membres de leur orientation naturelle probable en
son absence.
32
LES FONDAMENTAUX
SECTION 1
Quels sont les sujets du droit de la concurrence ?
I. La notion d’entreprise : critère
II. La notion d’entreprise : portée
SECTION 2
Quelles sont les activités couvertes par le droit de la concurrence ?
I. Qu’est-ce qu’une activité économique ?
II. Les actes étatiques peuvent-ils relever des règles européennes de concur-
rence ?
III. Les personnes publiques relèvent-elles des règles de concurrence ?
A. Droit européen
B. Droit français
IV. Les accords collectifs relèvent-ils des règles de concurrence ?
33
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
SECTION 1
Quels sont les sujets du droit de la concurrence ?
C’est l’activité consistant à offrir des biens ou des services sur un marché donné qui
caractérise l’entreprise. La commercialisation de produits ou de prestations de services
constitue dès lors un indice déterminant de son existence. La qualité d’entreprise a ainsi
été attribuée à un artiste commercialisant ses prestations ou à un inventeur, personne
physique, qui, en concédant une licence de brevet, a exploité son invention. Elle a éga-
lement été reconnue aux associations d’entreprises ou aux associations d’associations
d’entreprises dont l’absence d’activité commerciale propre n’exclut pas l’applicabilité des
règles de concurrence, dès lors que celle développée par leurs membres produit des effets
restrictifs ou aux associations nationales de football, dont l’activité sportive est suscep-
tible de revêtir un caractère économique. Ni l’appartenance d’un opérateur économique
à une profession libérale strictement encadrée ou à un secteur soumis à une réglemen-
tation spécifique, ni le caractère intellectuel, technique ou spécialisé de la prestation
fournie ne permettent d’exclure l’application des règles européennes de concurrence.
Peu importe qu’il s’agisse d’une personne physique ou morale, d’une personne de droit
public ou de droit privé, d’une personne poursuivant ou non un but lucratif, ou d’un
groupement ne disposant pas de la personnalité juridique. Un État, un organisme public,
une collectivité locale ne sont pas des entreprises au sens du droit de la concurrence
lorsqu’ils mettent en œuvre des prérogatives de puissance publique. Il en est de même
des organismes de sécurité sociale dont l’objet n’est pas économique, mais qui assurent
une fonction de caractère exclusivement social, exercent une activité, fondée sur le prin-
cipe de la solidarité nationale, dépourvue de tout but lucratif et versent des prestations
légales indépendantes du montant des cotisations (CJCE, 17 févr. 1993, aff. C-159-91,
Poucet et Pistre, LawLex023919). En revanche, un organisme à but non lucratif, gérant
34
LES FONDAMENTAUX
SECTION 2
Quelles sont les activités couvertes par le droit de la concurrence ?
A RETENIR
Ainsi, les associations nationales de football, qui, selon les statuts de la FIFA, sont tenues
de participer aux compétitions organisées par elle, doivent lui reverser un pourcentage
de la recette brute de chaque match international et sont reconnues propriétaires des
droits exclusifs de diffusion et de transmission des manifestations sportives concernées,
exercent une activité économique. Il en est de même pour l’activité d’agent de joueurs de
football qui consiste à mettre en rapport régulièrement et contre rémunération un joueur
et un club, en vue de la conclusion d’un contrat de travail, ou deux clubs, en vue de la
conclusion d’un contrat de transfert ou pour l’organisme privé qui délivre des certificats
en contrepartie d’une rémunération sur la base de la demande réelle du marché, sans dis-
poser d’aucun pouvoir décisionnel susceptible de se rattacher à l’exercice de prérogatives
de puissance publique.
En principe, les articles 101 et 102 TFUE ne visent que les entreprises. Il ressort tou-
tefois de la combinaison de ces textes avec les articles 3, b) TFUE (établissement de
règles de concurrence nécessaires au fonctionnement du marché intérieur) et 4 TUE
(abstention de mesure susceptible de mettre en péril la réalisation des objectifs de
l’Union), qu’un État membre ne peut prendre ou maintenir en vigueur des mesures,
qu’elles soient de nature législative ou réglementaire, qui élimineraient l’effet utile des
articles 101 et 102. Contraires au droit européen, ces réglementations sont dépourvues
35
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
d’efficacité. Un État ne saurait donc faciliter l’exploitation abusive d’une position domi-
nante, favoriser la conclusion d’une entente ou renforcer les effets d’un comportement
anticoncurrentiel. Les autorités européennes condamnent également les actes par
lesquels un État retire à sa propre réglementation son caractère étatique en déléguant
à des opérateurs privés la responsabilité de prendre des décisions d’intervention éco-
nomique.
Le sort des personnes publiques est réglée de façon distincte en droit européen
et en droit français :
• l’article 106 TFUE soumet les entreprises publiques aux règles de concur-
rence, tout en leur réservant un traitement de faveur ;
• l’article L. 410-1 du Code de commerce prévoit l’application des règles de
concurrence à toutes activités économiques «y compris lorsqu’elles sont le fait
de personnes publiques, notamment dans le cadre de conventions de déléga-
tion de service public» mais l’article L. 420-4 prévoit l’exemption des pratiques
«qui résultent de l’application d’un texte législatif ou d’un texte réglementaire
pris pour son application (v. infra).
36
LES FONDAMENTAUX
A. Droit européen
A RETENIR
L’article 106, paragraphe 1, TFUE dispose que les États membres ne doivent pas édic-
ter ou maintenir en faveur des entreprises publiques ou titulaires de droits spéciaux ou
exclusifs des mesures contraires aux règles du traité.
Ce principe de prohibition est tempéré par l’article 106, paragraphe 2, TFUE, qui sous-
trait partiellement certaines entreprises publiques au domaine d’application du droit
de la concurrence. Il s’agit des entreprises chargées de la gestion de services d’intérêt
économique général ou présentant le caractère d’un monopole fiscal lors de «l’accom-
plissement en droit ou en fait de la mission particulière qui leur a été impartie».
L’article 106 TFUE, paragraphe 3, donne à la Commission le pouvoir de veiller à l’ap-
plication par les États membres des dispositions de l’article 106 TFUE et lui permet de
leur adresser des décisions ou des directives en cas de non-respect.
La Commission dispose donc d’un large pouvoir d’appréciation qui lui laisse la possibi-
lité de choisir entre l’action en manquement et la décision sur le fondement de l’article
106 TFUE, paragraphe 3, sans commettre de détournement de procédure. La Commis-
sion n’est pas tenue d’exercer, à la demande d’un particulier, le pouvoir de surveillance
du respect des règles de concurrence par les États membres, qu’elle tient de l’article 106
TFUE, paragraphe 3.
PLAN
Il suffit qu’un abus réel ou potentiel soit susceptible de résulter de la mesure étatique en
cause. Si le simple fait de créer une position dominante par l’octroi de droits exclusifs,
au sens de l’article 106, paragraphe 1, TFUE n’est pas incompatible avec l’article
102, un État membre enfreint les interdictions posées par ces deux dispositions lorsque
l’entreprise en cause est amenée, par le simple exercice des droits exclusifs qui lui sont
conférés, à exploiter sa position dominante de façon abusive ou lorsque ces droits sont
susceptibles de créer une situation dans laquelle cette entreprise est amenée à commettre
de tels abus. Ainsi, une réglementation nationale, qui confère des droits exclusifs à une
entreprise, est incompatible avec l’article 106 TFUE, lorsqu’elle la place nécessairement
37
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
dans une situation de conflit d’intérêts, implique une rupture de l’égalité des chances à
son profit ou crée une situation dans laquelle cette entreprise n’est manifestement pas en
mesure de satisfaire la demande, même si cette incapacité n’est pas de nature structurelle.
De même, elle ne doit pas permettre à une entreprise, détentrice de droits exclusifs, d’ap-
pliquer des conditions discriminatoires ou de monopoliser un marché connexe de celui
sur lequel elle détient une position dominante.
Pour que les règles du Traité ne soient pas applicables à une entreprise chargée d’un
service d’intérêt économique général, il suffit que l’application de ces règles fasse
échec à l’accomplissement, en droit ou en fait, des obligations particulières qui in-
combent à cette entreprise.
La dérogation aux règles de concurrence prévue par l’article 106, paragraphe 2, s’in-
terprète strictement. L’entreprise doit gérer un service d’intérêt économique général en
vertu d’un acte de puissance publique. La notion de service d’intérêt économique général
désigne une activité qui présente des caractères qui la distinguent d’autres activités de la
vie économique. Seules les obligations, qui présentent un lien avec la mission d’intérêt
économique général dont est chargée l’entreprise, et qui visent directement à contribuer
à la satisfaction de cet intérêt, justifient une dérogation aux règles de concurrence. L’en-
treprise n’est cependant pas tenue d’établir que l’application des règles de concurrence
aurait nécessairement pour effet de compromettre sa viabilité. L’État membre, sur lequel
pèse la charge de la preuve de la réunion des conditions d’application de l’article 106
TFUE n’a pas non plus à démontrer positivement que seules les mesures qu’il a prises
étaient de nature à permettre à l’entreprise d’accomplir sa mission.
La restriction doit être proportionnée à l’objectif à atteindre : elle doit seulement
permettre à l’entreprise en cause d’accomplir sa mission dans des conditions écono-
miquement équilibrées. Une entreprise chargée d’un service d’intérêt général peut ainsi
imposer le paiement d’une taxe à des opérateurs privés si les recettes dégagées n’excèdent
pas le montant nécessaire pour compenser les pertes de l’exploitation du service, et si elle
y est elle-même assujettie lorsqu’elle fournit le même service. En revanche, elle ne peut
se réserver une exclusivité à des fins uniquement commerciales. La dérogation n’est pas
non plus applicable lorsque les pratiques adoptées par l’entreprise chargée d’une mission
d’intérêt économique général affectent le développement des échanges dans une mesure
contraire à l’intérêt de l’Union.
B. Droit français
A RETENIR
38
LES FONDAMENTAUX
PLAN
1. Compétence réservée
A RETENIR
Le juge administratif considère que les actes relatifs à l’organisation du service public
échappent aux autorités de concurrence et relèvent de la compétence exclusive des
juridictions administratives.
Les actes ressortissant à la compétence réservée comprennent, en dehors des actes d’or-
ganisation du service public au sens strict, les actes de police administrative, les actes de
gestion du domaine public, les actes de dévolution d’un marché public et, plus générale-
ment, l’ensemble des actes s’inscrivant dans le cadre de l’exécution d’une mission de ser-
vice public. Il en va ainsi, notamment, des décisions de refus d’inscription d’infirmiers au
tableau de l’ordre, prises par des conseils départementaux dans le cadre des missions de
service public du conseil de l’ordre des infirmiers, au moyen de prérogatives de puissance
publique. En revanche, dès lors que la personne publique ou chargée d’une mission de
service public intervient dans le secteur concurrentiel, la compétence des autorités de
39
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
2. Actes détachables
A RETENIR
Le Conseil d’État distingue ainsi entre les actes qui, tendant à l’organisation du service
public, mettent en cause des prérogatives de puissance publique, qui relèvent de la com-
pétence des juridictions administratives, et ceux qui sont «détachables» de la mission de
service public, qui ressortissent de l’Autorité de la concurrence sous le contrôle du juge
judiciaire.
La frontière entre acte détachable et acte couvert par le pouvoir d’organisation du service
public est assez imprécise. Les autorités de contrôle n’adoptent pas toujours la même
définition de l’acte détachable : tantôt elles font prévaloir les modalités de l’acte, tantôt
les finalités qu’il poursuit. Ainsi, le Conseil de la concurrence a considéré que l’activité de
fourniture de renseignements météorologiques, parce qu’elle s’effectue en contrepartie
du versement d’un prix, relève de sa compétence. La Cour d’appel parvient à la même
conclusion en soulignant que la direction de la météorologie nationale est un fournisseur
exclusif de renseignements météorologiques. En revanche, la Cour de cassation a exclu la
compétence judiciaire en considérant que l’information en cause a pour objet d’assurer
la sécurité des passagers et n’est pas commercialisée auprès du grand public.
Quelques lignes de fond se dégagent toutefois. Les effets anticoncurrentiels d’une pra-
tique prouvent parfois par eux-mêmes son caractère détachable. L’Autorité de la concur-
rence et les juridictions judiciaires considèrent généralement que lorsque l’activité
en cause s’effectue contre rémunération, implique la conclusion de contrats de droit
privé, relève d’une activité de service et implique de prendre position sur une ques-
tion marchande ou s’exerce par son financement et les moyens mis en œuvre dans
les mêmes conditions qu’une entreprise privée offrant un service financé par la pu-
blicité et le partenariat d’entreprise, elle relève de leur compétence. Enfin, le Tribunal
des conflits et le Conseil d’État attachent en principe une plus grande importance aux
conditions d’adoption de l’acte, ce qui les conduit à retenir assez facilement qu’un acte
40
LES FONDAMENTAUX
Les accords conclus dans le cadre de négociations collectives entre partenaires so-
ciaux en vue d’atteindre des objectifs de politique sociale ne relèvent pas, en raison de
leur nature et de leur objet, des règles de concurrence.
Tel est le cas, en droit européen, lorsqu’ils prévoient l’affiliation obligatoire à un régime
de remboursement complémentaire de frais de soins de santé pour l’ensemble des entre-
prises du secteur concerné sans dispense possible ou se limitent strictement à régir les
conditions d’emploi et de travail. En droit français, la qualification d’acteur économique
est, selon la jurisprudence, exclue lorsque les syndicats parties à une entente n’exercent
sur le marché qu’une activité ponctuelle. En revanche, les autorités de contrôle sou-
mettent sans ambiguïté au droit de la concurrence les accords non négociés ou conclus
entre d’autres organisations, ou encore qui poursuivent une autre finalité que l’améliora-
tion des conditions d’emploi et de travail.
41
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
TITRE II
Ententes
INTRODUCTION
I. Système de contrôle
II. Règles françaises spécifiques
A. Départements et territoires d’outre-mer
B. Transports public particulier de personnes
42
LES FONDAMENTAUX
TITRE II
Ententes
INTRODUCTION
I. Système de contrôle
A RETENIR
L’article 101 TFUE déclare «incompatibles avec le marché intérieur et interdits tous
accords entre entreprises, toutes décisions d’associations d’entreprises et toutes pra-
tiques concertées [...] qui ont pour objet ou pour effet de restreindre ou de fausser le
jeu de la concurrence à l’intérieur du marché intérieur [...]». L’article L. 420-1 du Code
de commerce prohibe toutes les formes de concertation qui «ont pour objet ou peuvent
avoir pour effet d’empêcher, de restreindre ou de fausser le jeu de la concurrence sur
un marché [...]».
Le principe général est illustré par une liste, non limitative, d’exemples. Les ententes sont
prohibées notamment lorsqu’elles tendent à fixer les prix, limiter la production, répartir
les marchés, appliquer des conditions discriminatoires, imposer des contrats liés ou res-
treindre l’accès au marché.
Ce principe d’interdiction n’est pas absolu. Lorsque les autorités de contrôle constatent
que l’entente renforce la concurrence ou contribue suffisamment au progrès écono-
mique, elles écartent la prohibition (art. 101 TFUE, paragraphe 3 ; art. L. 420-4 C. com.)
A RETENIR
43
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
A RETENIR
Comme la loi Lurel avant elle, la loi du 29 décembre 2016 relative à la régulation du
secteur du transport public particulier de personnes prohibe à l’article L. 420-2-2 une
nouvelle pratique anticoncurrentielle sans qu’il soit nécessaire de démontrer son objet
ou son effet anticoncurrentiel. Le texte, applicable depuis le 1er mars 2017, y compris
aux accords conclus avant son entrée en vigueur, interdit tant les accords et les pra-
tiques concertées que les pratiques unilatérales qui ont pour objet ou pour effet «d’in-
terdire ou de limiter substantiellement la possibilité pour une entreprise qui exécute
des prestations de transport public particulier de personnes ou des services occasion-
nels de transport collectif de personnes effectués au moyen de véhicules légers : 1°
de recourir simultanément à plusieurs intermédiaires ou acteurs de mise en relation
avec des clients en vue de la réalisation de ces prestations ; 2° [...] de commercialiser
sans intermédiaire les services de transport qu’elle exécute ; 3° de faire la promotion,
au moyen de signes extérieurs sur le véhicule, d’une ou plusieurs offres de transport,
y compris celles qu’elle commercialise sans intermédiaire».
44
LES FONDAMENTAUX
A l’instar de l’article L. 420-2-1, le texte pose une interdiction de principe, mais l’assortit
d’une faculté d’exemption, lorsque les parties peuvent justifier que les accords ou pra-
tiques en cause «sont fondés sur des motifs objectifs tirés de l’efficacité économique et
qui réservent aux consommateurs une partie équitable du profit qui en résulte» (C. com.,
art. L. 420-4, III). La loi du 29 décembre 2016 ajoute par ailleurs un deuxième alinéa
au sein du III de l’article L. 420-4 pour permettre aux ministres de l’Economie et des
Transports, par arrêté conjoint, de reconnaître que les accords ou pratiques qui ont pour
objet de favoriser l’apparition d’un nouveau service, sont fondés sur des motifs objectifs
tirés de l’efficacité économique et réservent aux consommateurs une partie équitable du
profit qui en résulte, pour une durée ne pouvant excéder cinq ans.
PLAN
45
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
CHAPITRE I Principe
SECTION 1
Prohibition
I. Restriction de concurrence
A. Existence d’une concurrence susceptible d’être restreinte
B. Définition du marché concerné
C. Objet ou effet anticoncurrentiel
D. Seuil de sensibilité
II. Concertation
A. Accord
B. Décision d’association d’entreprises
C. Pratique concertée
D. Infraction complexe
E. Preuve de la concertation
III. Pluralité d’entreprises
A. Participants à l’entente
B. Accords intragroupe
C. Accords de représentation et de sous-traitance
SECTION 2
Exonération
I. Droit européen
A. Règle de raison
B. Exemption
II. Droit français
A. Règle de raison
B. Exemption
46
LES FONDAMENTAUX
CHAPITRE I Principe
SECTION 1
Prohibition
PLAN
I. Restriction de concurrence
PLAN
Tel est le cas lorsque le jeu de la concurrence est éliminé par l’effet de l’intervention pu-
blique. Une législation nationale, qui exclut toute possibilité de concurrence, constitue,
selon la Cour de justice, une cause exonératoire de responsabilité.
Même lorsqu’elle a, par nature, un objet manifestement contraire à l’article 101 TFUE,
une entente ne peut être sanctionnée qu’à la condition que la loi ait laissé subsister une
«dose de concurrence» suffisante sur le marché. En effet, dès lors qu’il subsiste, en dépit
de l’intervention publique, une zone de concurrence réelle, actuelle ou potentielle, sur
ce marché ou sur des marchés voisins, l’entente tombe sous le coup de la prohibition.
Il en est ainsi :
47
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
novation.
La seule absence de monopole légal sur un marché ne suffit pas à conclure à l’existence
d’une concurrence susceptible d’être restreinte : encore faut-il qu’il existe des possibilités
réelles et concrètes - et non seulement théoriques et abstraites - pour les entreprises de
se faire concurrence ou pour un nouvel entrant de pénétrer le marché et concurrencer les
entreprises qui y sont établies. Toutefois, il n’est pas nécessaire de démontrer la certitude
d’une telle entrée ni que celle-ci sera couronnée de succès.
PLAN
a. Nécessité
A RETENIR
Il suffit que le secteur en cause soit délimité avec assez de précision pour qualifier les
comportements observés et les imputer aux opérateurs qui les ont mis en œuvre.
Toutefois, la définition du marché est nécessaire :
- pour apprécier le pouvoir économique d’une entente, qui est directement fonction
de la part de marché contrôlée par ses participants, afin de vérifier si la pratique qui
produit un effet sensible sur la concurrence (V. infra) ;
- pour vérifier si des pratiques, qui, isolément n’affectent pas le jeu de la concurrence
de manière suffisamment significative, ne sont pas susceptibles d’aboutir à un tel
résultat par un effet cumulatif ;
- pour déterminer le degré de responsabilité de chaque participant, notamment en cas
d’infraction complexe (V. infra).
Cependant, une pratique qui revêt en soi un objet anticoncurrentiel (V. infra) relève au-
tomatiquement de la prohibition sans qu’il soit nécessaire de définir de manière précise
les marchés en cause.
48
LES FONDAMENTAUX
b. Relativité
L’existence de différentes définitions de marché possibles n’empêche pas la constata-
tion d’une entente illicite dès lors que les participants à la concertation détiennent une
position forte, voire très forte, sur chacun de ces marchés. De même, la segmentation du
marché est inutile lorsque la restriction demeure sensible quelles que soient les défini-
tions retenues.
c. Définition du marché et élasticité de la demande
Selon la Communication du 9 décembre 1997 sur la définition du marché concerné, le
marché de produits en cause comprend tous les produits et/ou services que le consom-
mateur considère comme interchangeables ou substituables en raison de leurs caracté-
ristiques, de leur prix et de l’usage auquel ils sont destinés. Parmi les méthodes dispo-
nibles pour mesurer l’interchangeabilité, les autorités européennes utilisent parfois le test
d’élasticité croisée de la demande, qui consiste à mesurer le rapport existant entre la fluc-
tuation du prix d’un produit et les ventes d’un autre. La question posée est de savoir si les
consommateurs se tourneraient vers des produits de substitution facilement accessibles
ou vers des fournisseurs implantés ailleurs, en cas d’augmentation légère (de 5 à 10 %),
mais permanente, des prix des produits considérés dans les territoires concernés (test du
monopoleur hypothétique ou SSNIP - small but significant and non transitory increase
in price -). Le prix à prendre en considération est le prix courant sur le marché considéré.
d. Définition du marché et élasticité de l’offre
La substituabilité peut également s’analyser du côté de l’offre lorsque celle-ci a des effets
équivalents à ceux de la substitution du côté de la demande en termes d’immédiateté et
d’efficacité. Des produits sont substituables du côté de l’offre lorsque les fournisseurs
ont la faculté de réorienter leurs productions vers les produits ou services des offreurs
concernés, sans coût ou risque insupportable. Si de lourds investissements ou des ré-
visions stratégiques sont nécessaires pour y parvenir, la substituabilité sera écartée. La
conversion doit, en outre, pouvoir s’effectuer dans un délai raisonnable.
PLAN
Les critères les plus fréquemment retenus pour définir un marché de produits
ou de services sont :
• la nature du produit ou du service ;
• ses conditions d’utilisation ;
• sa méthode de commercialisation.
49
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
Un produit ou un service se définit par ses qualités, ses propriétés, son prix, ses condi-
tions ou normes de fabrication et son image. Ces caractéristiques ne sont pas appré-
ciées en elles-mêmes mais compte tenu des comportements concrets des consom-
mateurs. Des produits qui répondent à des besoins différents appartiennent à des
marchés distincts.
Le degré d’interchangeabilité en vue d’un même usage se mesure eu égard aux carac-
téristiques objectives des produits en cause. Le format, la qualité de reproduction, la
maniabilité et la gamme d’accessoires, le niveau de couverture proposé, la longueur, le
type de carrosserie et la puissance, notamment celle du moteur, la vitesse, la robustesse
et le triage, ou les capacités de stockage et de livraison, ainsi que les services auxiliaires
constituent des qualités objectives, qui permettent de délimiter le marché pertinent.
Les caractéristiques techniques ne suffisent pas toujours pour conclure que deux pro-
duits appartiennent ou non au même marché. Lorsqu’il existe un lien suffisamment fort
entre des produits, au point de pouvoir les considérer comme complémentaires, ils
peuvent, malgré leurs différences, appartenir au même marché. Le concept de «cuisine
intégrée» délimite un marché spécifique car il représente un tout pour le consomma-
teur. L’ensemble des prestations funéraires, y compris la marbrerie, appartient au même
marché dans la mesure où le comportement réel des utilisateurs ou des offreurs rend
indissociables ces prestations de services distinctes. Ces décisions demeurent cependant
exceptionnelles et les autorités de concurrence ont généralement tendance à distinguer
autant de marchés que de produits, même lorsque ces derniers sont associés à la satisfac-
tion d’un même besoin. Ainsi, le fait que des produits alimentaires liquides nécessitent
des modes de conditionnement et des appareillages propres, que des vaccins répondent à
des utilisations différentes, que la vente de glace au détail suppose de posséder un congé-
lateur fourni gratuitement par le fabricant suffit à identifier des marchés de produits dis-
tincts. Pareillement, en dépit de l’appartenance de l’activité d’émission au marché biface
des systèmes de paiement, les services d’émission et d’acquisition diffèrent et s’adressent
à des clientèles distinctes. En effet, dans le cadre d’un marché biface, l’une des faces peut
constituer le marché pertinent et l’autre un marché connexe distinct, l’interaction entre
elles ne constituant qu’un élément de contexte à prendre en considération pour l’analyse
des effets anticoncurrentiels sur le marché pertinent. De même, les autorités de contrôle
ne peuvent décider que le marché des montres de luxe ou de prestige et celui de leurs
pièces de rechange constituent un même marché sans démontrer qu’une augmentation
modérée des prix des pièces de rechange par un producteur déterminé provoquerait un
déplacement de la demande vers les montres des autres producteurs, rendant une telle
augmentation non rentable.
Le prix constitue une caractéristique essentielle du produit. La différence des prix pra-
tiqués permet ainsi de distinguer le marché de l’itinérance mobile nationale de celui de
l’itinérance internationale.
La technique de production utilisée peut également représenter un facteur d’identifi-
50
LES FONDAMENTAUX
cation du marché. Tel est le cas sur le marché des glaces où les glaces individuelles, qui
sont des produits finis nécessitant technologie et savoir-faire, se distinguent des glaces en
boîte, produits semi-finis qui n’acquièrent leurs caractéristiques propres qu’au moment
de la division en portion. De même, les produits commercialisés sous label ne sont pas
substituables aux autres produits dans la mesure où ils répondent à des normes très
strictes de qualité et ne se situent pas dans la même gamme de prix. Plus spécifiquement,
les autorités de concurrence considèrent que chaque lot d’un marché public soumis à
une procédure d’appel d’offres constitue un marché distinct. Toutefois, la différence de
technique de production ne suffit à distinguer deux marchés de référence qu’à la condi-
tion qu’elle soit déterminante pour le consommateur.
Le goût d’un produit constitue un élément de différenciation. Le cantal qui présente a
priori les mêmes caractéristiques que l’edam, le gouda ou la tomme de Savoie, n’appar-
tient pas au même marché car il n’a pas le même goût.
L’image de marque du produit ou sa notoriété permettent aussi dans certains cas
d’identifier un marché distinct. L’investissement du fabricant en termes de publicité
et de qualité de distribution peut conférer à ses produits une aura d’exclusivité et de
prestige qui les rend différents de produits comparables. Ainsi, les produits cosmétiques
de luxe, les droits de diffusion des compétitions de football ou les appareils photogra-
phiques reflex à miroir de format moyen constituent des marchés spécifiques en raison
de leur image et de leur réputation.
Enfin, l’existence de barrières réglementaires à l’entrée d’un produit ou d’un service
donné constitue un critère de délimitation du marché concerné. Il en est ainsi pour
le marché des services ferroviaires, qui caractérise un sous-marché distinct au sein des
transports ferroviaires en raison de son cadre réglementaire spécifique ou du marché de
gros de l’accès à l’itinérance nationale pour les services de communication pour lequel
une licence est obligatoire.
b. Conditions d’utilisation du produit ou du service
A RETENIR
Des produits, qui servent au même usage, sont destinés aux mêmes clients et distri-
bués dans des présentations identiques appartiennent en principe au même marché.
Toutefois, des produits similaires peuvent caractériser des marchés distincts selon les
utilisations auxquelles ils sont destinés.
51
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
3. Marché géographique
PLAN
a. Critères
A RETENIR
Le marché géographique doit être circonscrit à la zone qui présente des conditions
de concurrence homogènes et similaires, notamment au regard de la demande, des
dispositions tarifaires et du coût du transport des produits.
52
LES FONDAMENTAUX
conférer à un marché une dimension mondiale, alors que la part importante du coût du
transport dans le prix, comme dans le cas du sucre cristallisé industriel en Grande-Bre-
tagne ou du ciment, conduit à définir un marché national ou régional.
Enfin, les dimensions du marché peuvent varier sous l’influence de barrières réglemen-
taires. Ainsi, les politiques administratives ou d’approvisionnement qui fixent les prix des
médicaments, ou imposent des quotas sur le marché du sucre, confèrent aux marchés
concernés une dimension nationale.
b. Étendue
La Communication du 9 décembre 1997 concernant la définition du marché en cause
aux fins du droit européen de la concurrence n’identifie pas un espace minimal en deçà
duquel un territoire ne peut constituer un marché géographique de référence. Générale-
ment, le marché retenu en droit européen sera de dimension soit nationale, soit euro-
péenne. Ainsi, les coûts de transport supplémentaires générés pour traverser la Manche,
la majoration de prix standard requise pour couvrir le coût du transport maritime vers
l’Irlande du Nord, et l’absence d’installation de raffinage et de production dans cette
région limitent le marché géographique du sucre blanc cristallisé industriel et au détail à
la Grande-Bretagne.
De même, l’article L. 420-1 du Code de commerce, qui ne comporte aucune précision
quant à l’étendue du marché concerné, est susceptible de s’appliquer à des marchés géo-
graphiques très restreints. Une délimitation plus étroite que le marché national est pos-
sible, en particulier lorsque des compétences réglementaires et budgétaires sont exercées
au niveau local dans la plupart des États membres. En droit français, le marché sera le
plus souvent local ou national. Un marché de la boulangerie limité à une petite agglo-
mération (en l’espèce, une localité de 13 500 habitants) peut constituer un marché perti-
nent. De même, le déménagement portant sur des opérations individualisées de faible ou
moyenne importance, les prestations de travail temporaire résultant de l’aménagement
des sites olympiques ou les prestations de manutention portuaire, bien qu’effectués à une
échelle purement locale, ont été retenus comme marchés de référence. En revanche, le
marché de la labellisation des gîtes et chambres d’hôtes en milieu rural est national, car
le label est accordé par des organismes nationaux ou qui disposent de filiales en France,
couvrant l’ensemble du territoire.
Plus rarement, les autorités de concurrence ont retenu un marché de dimension mon-
diale. Tel est le cas pour les tubes de sondage en acier sans soudure en raison de la
faiblesse des coûts de transport par rapport au prix, de l’existence d’un seul standard
mondial pour chaque type de produit et de l’importance du commerce entre l’Europe et
le reste du monde.
L’article 101 TFUE, paragraphe 1, prohibe les ententes qui ont «pour objet ou pour
effet» de restreindre la concurrence. L’article L. 420-1 diffère de l’article 101 TFUE en
ce qu’il prohibe non pas les pratiques ayant pour objet ou pour effet de restreindre la
concurrence, mais celles ayant pour objet ou pouvant avoir pour effet d’entraîner une
53
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
restriction. La différence des règles ne conduit pas à une différence de résultat. L’alter-
native ainsi posée revêt une double signification, procédurale et substantielle. D’abord,
il n’est pas nécessaire que les autorités de contrôle attendent qu’un comportement
restrictif ait produit son effet pour déclencher la prohibition. La règle vaut quelle que
soit la nature de la pratique en cause. Ensuite, elle revêt, dans certains cas, une si-
gnification spécifique : certains comportements sont jugés si anticoncurrentiels qu’ils
justifient une prohibition per se, c’est-à-dire automatique.
PLAN
1. Double signification
PLAN
a. Signification procédurale
Les autorités de concurrence ne distinguent pas toujours entre les conditions d’objet
et d’effet anticoncurrentiel, et soulignent leur caractère alternatif. Parfois, elles ont paru
établir un ordre de priorité entre elles. Lorsque l’objet de l’accord ne présente pas un
degré de nocivité suffisant à l’égard de la concurrence, compte tenu du contexte écono-
mique dans lequel il doit être appliqué, l’appréciation de sa validité s’effectuera au regard
des effets (CJCE, 30 juin 1966, aff. 56-65, Société Technique Minière (L.T.M.) contre
Maschinenbau Ulm, LawLex024155). Cet ordre n’a cependant rien d’absolu. Tout dé-
pend de la méthode utilisée : lorsque les autorités de contrôle recourent à une preuve
inductive, comme c’est généralement - mais pas nécessairement - le cas en matière de
pratique concertée, elles constatent les effets restrictifs avant même d’établir l’existence
de la concertation ; en revanche, lorsque les agissements anticoncurrentiels sont forma-
lisés dans une convention, elles utilisent une méthode déductive et examinent d’abord et
parfois même exclusivement les clauses du contrat.
L’accord est illicite dès lors que son objet est anticoncurrentiel, que les restrictions
soient ou non effectives. Le fait qu’il n’ait pas été mis à exécution importe peu.
L’identification d’une pratique anticoncurrentielle par son objet permet aux autorités
européennes d’intervenir à son encontre, sans attendre que l’entente ait produit un effet
sur le marché (CJCE, 13 juillet 1966, aff. 56-64, Consten et Grundig, LawLex024154).
Dans ce cas, l’appréciation des effets potentiels de l’infraction permet seulement de fixer
le montant de l’amende en tenant compte des répercussions du comportement sur le
54
LES FONDAMENTAUX
marché concerné. Plus généralement, les effets concrets produits par un accord anti-
concurrentiel permettent d’apprécier la gravité d’une infraction incriminée sur le seul
fondement de son objet anticoncurrentiel.
1) Objet anticoncurrentiel
Pour déterminer si un accord relève de la prohibition, il y a lieu de s’attacher à la te-
neur de ses dispositions et aux buts objectifs qu’il vise à atteindre. Un accord peut donc
être considéré comme ayant un objet restrictif même s’il n’a pas pour seul objectif de
restreindre la concurrence, mais poursuit également d’autres objectifs légitimes. L’objet
anticoncurrentiel d’un accord dépend de circonstances objectives, comme sa teneur ou
ses modalités concrètes de mise en œuvre, et non des intentions subjectives des parties.
L’objet de la pratique est anticoncurrentiel dès lors que la concertation est concrète-
ment apte, compte tenu du contexte économique et juridique dans lequel elle s’inscrit,
à empêcher, restreindre ou fausser le jeu de la concurrence sur le marché intérieur. La
question de savoir si et dans quelle mesure un tel effet se produit réellement ne peut avoir
d’importance que pour calculer le montant des amendes et évaluer le droit à des dom-
mages-intérêts. L’objet anticoncurrentiel peut exister en l’absence de volonté de porter
atteinte à la concurrence. La démonstration de l’intention anticoncurrentielle ne néces-
site donc pas que les parties aient eu conscience d’enfreindre les règles de concurrence,
dès lors qu’elles ne pouvaient ignorer la nature anticoncurrentielle de leur conduite. Les
parties doivent avoir voulu l’entente, mais il n’est pas nécessaire qu’elles aient eu l’inten-
tion de porter atteinte à la concurrence ; il suffit qu’elles n’aient pu ignorer le caractère
anticoncurrentiel de leur conduite.
2) Effet anticoncurrentiel
L’effet anticoncurrentiel s’apprécie dans le cadre d’un marché. Toutefois, une restric-
tion de concurrence peut être constatée même si l’effet se produit sur un marché dif-
férent de celui sur lequel l’entreprise est établie. Ainsi, l’entreprise dont le rôle consiste
à organiser des réunions ou à fournir des services dans le cadre d’accords anticoncur-
rentiels peut relever de la prohibition en qualité de facilitateur d’entente, même si les
participants à l’entente sont actifs sur un marché distinct de celui sur lequel elle opère
elle-même.
Pour tomber sous le coup de la prohibition, il n’est pas nécessaire que la restriction porte
atteinte à une situation de concurrence existante (concurrence actuelle), il suffit qu’elle
empêche le jeu d’une concurrence future (concurrence potentielle). Ainsi, la preuve de
l’existence d’effets sensibles potentiels ou réels sur la concurrence d’un accord de rè-
glement amiable et sa qualification de «restriction par effet» n’implique pas qu’il soit
constaté que, en l’absence de celui-ci, soit le fabricant de médicaments génériques partie
à cet accord aurait probablement obtenu gain de cause dans la procédure relative au
brevet de procédé en cause, soit les parties auraient probablement conclu un accord de
règlement amiable moins restrictif. Il existe différents degrés de probabilité d’atteinte à la
concurrence potentielle. L’atteinte à la concurrence potentielle est toujours sanctionnée
lorsqu’elle est certaine. Il en va généralement ainsi en cas de création ab initio d’une
concession exclusive : à moins de supposer qu’aucune autre entreprise n’aurait pu assurer
la distribution de ses produits, le producteur qui fait appel à un distributeur exclusif porte
nécessairement atteinte à la concurrence qui aurait pu exister entre distributeurs.
55
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
Les autorités de contrôle définissent les restrictions par objet comme des restrictions
qui sont tellement susceptibles d’avoir des effets négatifs sur la concurrence, qu’il est
inutile de démontrer qu’elles ont des effets concrets sur le marché car elles ont, par
nature, la capacité de restreindre le jeu de la concurrence.
Selon la Cour de justice, les restrictions par objet sont celles qui, intrinsèquement, pour-
suivent un objectif dont la nature même revêt une gravité ou un degré de nocivité tel que
leur impact négatif sur le fonctionnement de la concurrence apparaît sans aucun doute
possible et, donc, sans qu’il soit nécessaire d’en mesurer les effets potentiels, ni a fortiori
sensibles sur le marché (CJCE, 11 sept. 2014, aff. C-382-12 P, Groupement des cartes
bancaires). Relèvent de cette catégorie les «ententes injustifiables» ou «hardcore cartels»
visés par la Recommandation de l’OCDE de 1998, c’est-à-dire les accords, pratiques
ou arrangements entre concurrents «visant à fixer des prix, procéder à des soumissions
concertées, établir des restrictions ou des quotas à la production, ou à partager ou diviser
des marchés par répartition de la clientèle, de fournisseurs, de territoires ou de lignes
d’activité». Dans sa Communication sur l’application de l’article 81, paragraphe 3, CE
[101, paragraphe 3, TFUE], la Commission énumère plusieurs exemples de restrictions
par objet : la fixation des prix et le partage du marché, ainsi que les «restrictions caracté-
risées» interdites par les règlements d’exemption et leurs lignes directrices.
Pour constater une restriction par objet, le juge de l’Union se fonde avant tout sur l’ex-
périence qui révèle que certains comportements collusoires entraînent nécessairement
des réductions de la production et des hausses de prix, aboutissant à une mauvaise
répartition des ressources au détriment des consommateurs. Néanmoins, même en
l’absence d’expérience en la matière, comme pour les pratiques nouvelles telles que les
accords de «pay for delay» dans le domaine pharmaceutique, il demeure possible, pour
56
LES FONDAMENTAUX
EXEMPLES
• les boycotts, même s’ils ne produisent qu’un impact limité sur le marché ;
• les offres de couverture ;
• les ententes de répartition de marchés ;
• les stratégies de dénigrement qui visent à retarder l’arrivée sur le marché de mé-
dicaments génériques ;
• les accords de pay-for-delay lorsque les transferts de valeurs qu’ils prévoient n’ont
d’autre contrepartie que l’engagement du génériqueur de ne pas entrer sur le marché
et de cesser sa contestation du brevet ;
• les pratiques de différenciation tarifaire ou de blocage et de surveillance des im-
portations tendant à empêcher des revendeurs alternatifs de se développer et de faire
jouer la concurrence par les prix ;
• les ententes horizontales de prix ;
• les échanges d’informations sur les prix futurs ;
• les pratiques verticales d’imposition de prix de revente ;
• les conditions d’accès et d’exclusion discriminatoires, non transparentes et non
objectives au sein d’un groupement professionnel ;
• les accords de commercialisation entre concurrents au sein d’une structure com-
mune qui donne lieu à des accords de prix, des échanges d’informations et de répar-
tition de marchés ;
• l’interdiction des ventes passives ou des ventes par internet ;
• l’interdiction d’exporter ;
• l’exigence d’un diplômé en pharmacie présent sur les lieux de vente pour la com-
mercialisation de produits dermo cosmétiques.
2) Régime
A RETENIR
57
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
lequel s’inscrit une restriction de concurrence par objet n’a pas à être détaillé et peut
se limiter à ce qui est strictement nécessaire à la preuve de son existence.
Lorsque des entreprises se prévalent des effets pro-concurrentiels de leur accord, le juge
doit en tenir compte en tant qu’élément du contexte de cet accord aux fins de la quali-
fication de restriction par objet, dans la mesure où ils sont susceptibles de remettre en
cause l’appréciation globale du degré suffisamment nocif de la pratique concernée à la
condition d’être avérés, pertinents, propres à l’accord et suffisamment importants.
Par principe, la restriction caractérisée est exclue de l’exemption par catégorie. Est-elle
cependant susceptible, dans certaines circonstances, de bénéficier d’une exemption in-
dividuelle ? La Commission apporte une réponse nuancée à la question. L’accord qui
contient une restriction caractérisée étant présumé relever de l’article 101, paragraphe
1, elle estime qu’il est peu probable qu’il remplisse les conditions de l’article 101, para-
graphe 3. Toutefois, elle réserve aux entreprises «la possibilité de démontrer l’existence
d’effets favorables à la concurrence en vertu de l’article 101, paragraphe 3, dans un cas
donné».
Les autorités de contrôle françaises écartent la qualification de restriction par objet au
titre de la règle de raison même lorsque la pratique porte sur la fixation des prix ou la
répartition du marché, dès lors qu’elle poursuit un objectif légitime. Selon l’Autorité de
la concurrence, le caractère éventuellement opaque et discriminatoire des conditions de
référencement de fournisseurs au sein du réseau mis en place par des organismes com-
plémentaires d’assurance maladie ne relève pas de l’article L. 420-1, dès lors qu’elles sont
objectivement justifiées par des considérations légitimes, consistant dans la fourniture
aux assurés de produits et services de qualité à des prix compétitifs. Cependant, après
avoir considéré que l’adoption par l’ensemble des banques françaises d’une commission
interbancaire pour le traitement des chèques ne caractérisait pas une restriction par objet
dès lors qu’elle poursuivait un objectif légitime, la compensation des pertes de trésorerie
résultant de l’accélération du traitement des chèques, la Cour d’appel de Paris est reve-
nue sur cette position. Elle a considéré qu’à la date de la négociation de la commission,
les banques ne mesuraient pas l’effectivité des pertes invoquées pour la fonder, de sorte
qu’elles ne pouvaient justifier d’un intérêt légitime, et que le coût de la commission était
nécessairement répercuté sur les prix. La Cour de cassation a censuré cette approche :
selon elle, la recherche du maintien des équilibres financiers entre les banques ne consti-
tue une restriction de concurrence par objet que si elle conduit à une cristallisation de la
structure du marché. En outre, le constat d’une restriction par objet ne peut, en l’absence
d’expérience acquise en matière de commissions interbancaires, reposer sur un principe
général de répercussion, par tout opérateur économique, de tout élément de coût sur les
prix finals. En revanche, dans le cadre d’un contrat de distribution sélective, la Cour d’ap-
pel de Paris a refusé de reconnaître que les propriétés des produits dermocosmétiques,
le souci d’assurer un conseil personnalisé au consommateur ou celui de lutter contre
la contrefaçon ou les phénomènes de parasitisme, puissent légitimer l’interdiction de
vendre sur internet.
58
LES FONDAMENTAUX
2. Contexte de la restriction
a. Principe
A RETENIR
Lors de cette appréciation, les Lignes directrices concernant l’application de l’article 81,
paragraphe 3, du Traité [101, paragr. 3, TFUE] imposent d’appliquer le «counterfactual
test», en examinant «le jeu de la concurrence dans le cadre réel où il se produirait à défaut
de l’accord litigieux». Selon la Commission, il convient de vérifier (1) si l’accord restreint
la concurrence réelle ou potentielle qui aurait existé en son absence (concurrence in-
termarques) et/ou (2) si l’accord restreint la concurrence réelle ou potentielle qui aurait
existé en l’absence de la ou des restrictions contractuelles en cause (concurrence intra-
marque). L’examen du jeu de la concurrence en l’absence des mesures en cause doit être
effectué sur le même marché que celui sur lequel la Commission a constaté l’existence
d’effets restrictifs, et non sur un marché connexe. En outre, le principe d’interprétation
d’un accord en fonction de son contexte et de ses objectifs ne doit pas conduire la Com-
mission à apprécier un contrat dont le libellé est suffisamment clair. Enfin, lorsque la
Commission a établi que l’accord en cause revêt un objet restrictif, elle n’est pas tenue
d’apprécier la situation concurrentielle en son absence, à plus forte raison lorsque le scé-
nario proposé s’apparente à une appréciation des effets de l’accord sur le marché.
b. Théorie de l’effet cumulatif
A RETENIR
59
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
fet cumulatif a été consacré par la Commission. La Communication sur les accords d’im-
portance mineure prévoit que les accords d’un distributeur ou d’un fournisseur dont la
part de marché n’excède pas 5 % ne contribuent pas significativement à un effet cumula-
tif de verrouillage résultant d’accords conclus par plusieurs fournisseurs ou distributeurs.
Pour apprécier la contribution d’un accord à l’effet de fermeture du marché, les autorités
de contrôle tiennent compte de l’effet produit par l’ensemble du réseau du fournisseur.
La position de marché du fournisseur, le degré de dépendance a priori des points de
vente, la nature et la durée des accords restrictifs constituent autant de facteurs d’appré-
ciation du caractère significatif de la contribution d’un accord à un effet cumulatif. Sur
les marchés de la distribution de carburant ou de la fourniture de bière, seuls les contrats
qui excèdent la durée moyenne des contrats habituellement conclus sur le marché ont
ainsi été jugés anticoncurrentiels. Parfois, les autorités de contrôle fractionnent le réseau
d’un même fournisseur pour ne sanctionner que les contrats qui contribuent significati-
vement au cloisonnement du marché.
La doctrine de l’effet cumulatif tend à renforcer l’efficacité du contrôle, dans la mesure où
elle permet de faire varier la sévérité de celui-ci en fonction du degré de concentration du
marché sur lequel l’entente intervient. D’un point de vue juridique, la méthode employée
est toutefois critiquable, même si le juge européen a tempéré sa portée en exigeant, pour
que la prohibition s’applique, que l’accord qui lui est soumis contribue suffisamment
à l’effet cumulatif constaté. D’abord, elle est un facteur d’insécurité juridique dans la
mesure où elle place les entreprises parties à une entente dans l’impossibilité de prévoir
exactement les conséquences juridiques de leur engagement, sauf à se livrer à un examen
de l’ensemble du marché, par définition aléatoire. Ensuite, elle peut conduire à traiter de
façon différente des comportements similaires du seul fait qu’ils interviennent sur des
marchés distincts ou sur le même marché à des dates différentes. Ces conséquences sont
difficilement conciliables avec une norme qui ne viserait qu’à policer le comportement
des entreprises. Elles traduisent la «structuralisation» du droit des ententes, le comporte-
ment des entreprises étant de plus en plus réduit à n’être que le facteur de déclenchement
d’un contrôle ayant pour objet le maintien de la structure concurrentielle du marché sur
lequel ce comportement intervient.
D. Seuil de sensibilité
1. Contenu
a. Droit européen
A RETENIR
Aux termes de ce texte, les accords entre entreprises qui affectent le commerce entre États
membres ne restreignent pas sensiblement la concurrence au sens de l’article 101 TFUE,
paragraphe 1 :
60
LES FONDAMENTAUX
a) si la part de marché cumulée détenue par les parties à l’accord ne dépasse 10 % sur
aucun des marchés en cause affectés par ledit accord, lorsque l’accord est passé entre
des entreprises qui sont des concurrents existants ou potentiels sur l’un quelconque
de ces marchés (accords entre concurrents), ou
b) si la part de marché détenue par chacune des parties à l’accord ne dépasse 15 % sur
aucun des marchés en cause affectés par l’accord, lorsque l’accord est passé entre des
entreprises qui ne sont pas des concurrents existants ou potentiels sur aucun de ces
marchés (accords entre non-concurrents).
La Commission assortit ces seuils de deux exceptions :
- les seuils sont abaissés à 5 % lorsque, sur le marché en cause, la concurrence est res-
treinte par l’effet cumulatif de verrouillage de réseaux parallèles d’accords similaires, que
ces accords soient horizontaux ou verticaux. L’effet cumulatif de verrouillage n’est vrai-
semblable que si plus de 30 % du marché en cause est couvert par des accords similaires.
- le dépassement de 2 points au cours de deux années civiles successives des seuils indi-
qués (5, 10 et 15 %) n’a aucun effet restrictif.
La part de marché contrôlée par les participants à l’accord ne constitue pas le seul in-
dice de mesure de la sensibilité. La Communication ne s’applique pas lorsque l’accord
en cause constitue une restriction par objet tel que définie par la Cour de justice. Il
s’agit notamment, aux termes de la Communication, des accords, qui, directement ou
indirectement, ont pour objet la fixation des prix pour la vente des produits aux tiers ;
la limitation de la production ou des ventes ; la répartition des marchés ou des clients.
Sont également exclues du champ de la Communication les restrictions caractérisées
énumérées dans les règlements d’exemption par catégorie que la Commission considère
comme des restrictions par objet.
Par entreprises «parties à l’accord», il faut entendre non seulement les entreprises par-
ties mais aussi celles qui leur sont liées, c’est-à-dire celles qui disposent d’un pouvoir
de contrôle sur les parties (entreprises contrôlantes), celles qui sont contrôlées par les
parties (entreprises contrôlées) et celles dans lesquelles plusieurs de ces entreprises dis-
posent d’un contrôle commun. Le seuil de sensibilité tend ainsi à saisir, au-delà de l’im-
portance des effets restrictifs de l’accord concerné, la puissance économique des groupes
auxquels les entreprises parties à l’accord appartiennent, ainsi que le degré de concentra-
tion du marché sur lequel l’entente est mise en œuvre.
b. Droit français
A RETENIR
L’article L. 464-6-1 crée un non-lieu à poursuivre facultatif pour les ententes qui ne
concernent pas un marché public, et lorsque la part de marché cumulée des parties à
l’accord ou à la pratique ne dépasse pas :
61
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
Ces seuils sont identiques à ceux fixés par la Commission européenne dans sa Commu-
nication du 30 août 2014. Le texte français ne comporte pas en revanche le seuil de 5 %
prévu par la Communication en cas d’effet cumulatif de verrouillage.
Des exceptions qui concernent des restrictions de concurrence caractérisées sont défi-
nies à l’article L. 464-6-2 du Code de commerce. La règle de minimis ne s’applique pas
aux accords de prix, aux accords limitant la production ou les ventes, aux accords de
répartition de marchés ou de clients, aux interdictions de ventes passives. La distribution
sélective fait l’objet, en outre, de deux dispositions particulières. Pour que la règle de mi-
nimis s’applique, les distributeurs ne doivent pas subir de restrictions de ventes en tant
que détaillants à l’exception de celles concernant la commercialisation à partir d’un lieu
non autorisé, et les livraisons croisées doivent être permises, que les distributeurs soient
situés au même stade ou à un stade différent du commerce. Ces dispositions étant plus
favorables aux entreprises, elles sont d’application immédiate.
L’ordonnance 2008-1161 du 13 novembre 2008 portant modernisation de la régulation
de la concurrence a fixé un seuil de sensibilité propre aux affaires de faible importance.
Lorsque les pratiques anticoncurrentielles affectent un marché de dimension locale et ne
sont pas susceptibles d’affecter le commerce entre États membres, que le chiffre d’affaires
individuel n’excède pas 50 millions d’euro et que le chiffre d’affaires cumulé est inférieur
à 100 millions d’euro, le ministre de l’Économie peut enjoindre à ces entreprises de ces-
ser l’infraction et leur proposer une transaction dont le montant ne peut être supérieur
à 75 000 euro ou 5 % du dernier chiffre connu en France si cette valeur est plus faible.
La loi Hamon a porté le seuil de chiffre d’affaires cumulé à 200 millions d’euro, et le
montant maximum de la transaction à 150 000 euro.
La Cour d’appel de Paris estime que l’emploi du verbe «peut» dans l’article L. 464-6-1
ainsi que la faculté pour les autorités nationales de ne pas appliquer la communication
de minimis en raison de son défaut de force contraignante permettent à l’Autorité de la
concurrence de poursuivre des pratiques sans avoir à se justifier sur les parts de marché
détenues par les entreprises.
2. Portée
A RETENIR
II. Concertation
PLAN
À la différence du TFUE, le Code de commerce ne vise pas de façon spécifique les dé-
cisions d’associations d’entreprises. En droit français, les décisions collectives adoptées
par des groupements professionnels sont purement et simplement assimilées à des pra-
tiques collusives, les organes de direction desdits groupements étant considérés comme
les mandataires de leurs membres. Il ne fait aucun doute que les consignes, directives ou
recommandations adressées par des syndicats professionnels à leurs adhérents ou même
à des entreprises tierces représentent des ententes au sens de l’article L. 420-1 au même
titre que les accords conclus entre les entreprises dans le cadre de ces organisations
professionnelles. Il en va de même des décisions ou recommandations diffusées par les
instances ordinales, du moins lorsqu’elles «ne constituent pas des actes de puissance
publique [...] susceptibles, à ce titre, de recours devant le juge administratif».
Tant en droit européen que français, la pratique a ajouté aux catégories légales une no-
63
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
PLAN
A. Accord
PLAN
Pour qu’un accord existe au sens des règles de concurrence, deux conditions
doivent être satisfaites :
• un consentement réel ;
• un consentement libre.
1. Consentement réel
A RETENIR
Un accord au sens des règles de concurrence est un concours de volontés par lequel
l’un des participants au moins renonce à son autonomie de comportement sur le mar-
ché. La forme de l’accord est indifférente : il peut être bilatéral ou multilatéral, écrit
ou oral, exprès ou tacite. Il en va de même de sa nature juridique : peu importe qu’il
s’agisse d’un contrat de vente, d’entreprise, de société, d’une transaction...
Pour que l’accord existe, il faut que le consentement des participants soit réel, c’est-
à-dire manifeste de façon certaine l’adhésion des parties à l’accord. Il n’est pas néces-
saire que l’accord constitue un contrat obligatoire et valide, ni qu’il soit juridiquement
contraignant à l’égard des parties et sanctionné par des procédures d’exécution, dès lors
que les participants se considèrent tenus, juridiquement, factuellement ou moralement,
d’adopter le comportement qu’ils ont défini. Le défaut d’exécution ou de respect de l’ac-
cord est sans incidence sur sa nature anticoncurrentielle : la participation, même passive,
à des réunions périodiques entre concurrents peut suffire à établir l’accord, lorsqu’elle
laisse entendre que l’entreprise souscrit à l’objet des discussions et se comportera en
conséquence. Il est indifférent que le représentant de l’entreprise qui a signé l’accord
soit incompétent, ne dispose pas d’un mandat formel, travaille pour deux structures ou
n’ait pas informé les associés ou gérants de ses actions, dès lors qu’il était autorisé à agir
pour son compte. En revanche, lorsque le représentant de l’entreprise est un prestataire
indépendant, celle-ci ne peut être tenue de ses actes que s’il a agi sous sa direction ou son
contrôle ou si elle avait connaissance des objectifs anticoncurrentiels poursuivis par ses
concurrents et le prestataire et entendait y contribuer par son propre comportement, ou
si elle pouvait raisonnablement les prévoir et était prête à en accepter le risque.
64
LES FONDAMENTAUX
et les autres membres du réseau. Si les juges parisiens n’ont pas, dans ces décisions,
considéré que l’«accord» présentait un caractère anticoncurrentiel, soit parce qu’il ne
poursuivait pas d’objet anticoncurrentiel mais caractérisait simplement la sanction d’une
faute contractuelle, soit parce qu’il ne produisait pas, par son caractère isolé, d’effet an-
ticoncurrentiel, un risque de condamnation existait. Saisie de la question, l’Autorité de
la concurrence s’est alignée sur la position de la Cour d’appel de Paris. Cette solution,
qui s’affranchit du standard de preuve du consentement à l’entente imposé par la juris-
prudence européenne la plus récente, ne peut être approuvée. C’est sans doute la raison
pour laquelle la Cour d’appel de Paris estime aujourd’hui qu’un refus d’agrément ne
relève pas du droit des ententes en l’absence de preuve d’un accord de volontés entre la
tête de réseau et ses distributeurs tendant à l’éviction du candidat. Selon le juge, le refus
d’agrément revêt bien la nature d’un acte unilatéral.
2. Consentement libre
A RETENIR
Qu’il soit ou non tacite, l’accord de volontés qui caractérise l’entente suppose que le
consentement des participants soit libre. Aucun accord de volontés n’existe lorsque la
concertation n’est que la conséquence d’une réglementation publique ou de son exé-
cution et si, à défaut de celle-ci, «la coopération litigieuse, ou bien n’aurait pas eu lieu,
ou bien aurait eu lieu sous une forme différente».
L’accord doit être imposé par les autorités publiques, par l’exercice de pressions irrésis-
tibles, telles que la menace de l’adoption de mesures étatiques susceptibles de leur faire
subir des pertes importantes, auxquelles les parties ne doivent pas pouvoir échapper pour
que l’absence de restriction de concurrence soit reconnue. La consultation préalable,
l’approbation, ou la ratification de l’accord par l’Administration n’ont aucune incidence
sur l’existence de l’accord. Le fait que la concertation ait été encouragée ou menée direc-
tement avec les autorités nationales n’est pas non plus susceptible de justifier la conclu-
sion d’accords contraires aux règles européennes de concurrence.
A RETENIR
De même, l’accord n’est pas formé lorsque les participants agissent sous la menace
d’une violence économique d’origine privée, à condition toutefois que les pressions
exercées soient irrésistibles.
Tel est le cas des entreprises en position de dépendance économique qui adoptent sous
l’effet de pressions un comportement contraire à leur propre intérêt.
La liberté du consentement a longtemps été présumée dans le cadre d’un réseau de dis-
tribution. Les pressions exercées à l’encontre des distributeurs ne faisaient pas obstacle
à l’existence de l’accord. Seule une opposition expresse de la part des distributeurs des-
tinataires de l’injonction était susceptible de renverser la présomption d’accord. L’accord
entre le distributeur et la tête de réseau ne peut désormais être constaté en l’absence de
preuve d’une communication de la politique restrictive aux membres du réseau et de
preuve de sa mise en application.
66
LES FONDAMENTAUX
1. Forme de l’association
Peu importe qu’elle rassemble des personnes physiques ou morales, regroupe d’autres
associations d’entreprises, ou participe à l’exécution d’une mission de service public.
Ni l’appartenance d’un opérateur économique à une profession libérale strictement en-
cadrée, ni le caractère intellectuel, technique ou spécialisé de la prestation fournie ne
permettent d’exclure l’application des règles de concurrence.
Pour qu’une association ou une association d’associations relève de la prohibition, il
n’est pas nécessaire qu’elle ait une activité commerciale propre : il faut et il suffit que les
effets répréhensibles visés par le texte soient susceptibles de découler de l’activité de ses
membres.
2. Notion de décision
Une décision d’association d’entreprises constitue plus une modalité d’accord qu’une
forme particulière de concertation. Les autorités de contrôle différencient nettement
les statuts, qui caractérisent des accords entre entreprises, du règlement intérieur et des
mesures contraignantes, qui constituent des décisions d’association d’entreprises. Les
circulaires et recommandations émises dans le cadre d’associations d’entreprises sont
des décisions, indépendamment de leur nature juridique et de leur caractère obligatoire,
dès lors qu’elles sont conformes aux statuts, portées à la connaissance des membres de
l’association, acceptées et appliquées par ces derniers.
C. Pratique concertée
1. Notion
A RETENIR
À côté des accords et des décisions d’associations d’entreprises, l’article 101 TFUE vise
de façon spécifique, mais sans les définir, les pratiques concertées. L’article L. 420-
1 prohibe quant à lui les «actions concertées». L’étymologie des termes «pratique
67
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
2. Manifestations
A RETENIR
Tel est le cas lorsque la réunion traduit la volonté commune des entreprises en cause
de se comporter sur le marché d’une manière déterminée, influence le comportement
de chacun sur le marché et dévoile le comportement que chaque producteur envisage
d’adopter. Il en va de même de la réunion au cours de laquelle aucun accord n’a été
conclu, mais un accord préalable évoqué. La faiblesse du nombre de réunions entre les
entreprises concernées ne constitue pas un élément déterminant. La participation d’une
entreprise à une seule réunion, statutaire ou non, établit son adhésion aux pratiques. Il
n’est pas nécessaire, pour qualifier une entreprise de partie à l’entente, qu’elle ait connu
68
LES FONDAMENTAUX
l’objet réel d’une réunion avant sa tenue, qu’elle ait activement participé aux réunions, ni
que celles-ci soient suivies d’effet, car seule une distanciation publique du contenu des
rencontres peut permettre à une entreprise de s’exonérer de sa responsabilité.
La participation à la collusion n’implique aucun engagement formel d’adopter un
comportement particulier. L’incitation peut être implicite et être déduite de la simple
transmission de plaintes d’un autre intervenant du marché. En effet, il n’est pas néces-
saire, pour établir une pratique concertée, de démontrer qu’un participant s’est formel-
lement engagé, à l’égard d’un ou plusieurs autres, à adopter tel ou tel comportement
ou que les concurrents ont fixé en commun leur comportement futur sur le marché ; il
suffit qu’à travers sa déclaration d’intention le participant ait éliminé ou, à tout le moins,
substantiellement réduit l’incertitude quant au comportement à attendre de sa part sur
le marché.
La finalité collusive de la pratique concertée peut consister dans le fait de récolter
des informations sur le comportement décidé ou envisagé des concurrents. Aussi les
échanges d’informations entre concurrents constituent-ils l’une des manifestations es-
sentielles de cette forme de collusion. Ils sont contraires aux règles de concurrence lors-
qu’ils correspondent à un mécanisme de coordination du comportement d’opérateurs
concurrents, grâce à l’élimination de toute incertitude sur le comportement futur suivi
par chacun d’eux. Les entreprises qui participent à de tels échanges sont présumées, sauf
preuve contraire, tenir compte des informations échangées pour adapter leurs comporte-
ments respectifs, dès lors qu’elles demeurent actives sur le marché considéré.
Enfin, un alignement sur un comportement qu’elle sait concerté manifeste une adhésion
suffisante pour que l’entreprise concernée puisse être considérée comme partie à l’en-
tente.
D. Infraction complexe
A RETENIR
Des pratiques concertées et des accords qui s’inscrivent dans le cadre d’une concer-
tation globale, concrétisée en particulier par une succession de réunions entre en-
treprises concurrentes, caractérisent une «infraction complexe» unique, qui peut être
qualifiée d’accord et de pratique concertée.
La double qualification n’implique pas que les comportements en cause présentent si-
multanément et cumulativement les caractères d’un accord et d’une pratique concertée.
L’infraction complexe permet de saisir un ensemble d’éléments de fait, les uns pouvant
être qualifiés d’accord, les autres, de pratique concertée. La notion d’infraction complexe
facilite la tâche des autorités de contrôle qui n’ont pas à qualifier ni à imputer séparé-
ment les différents comportements s’inscrivant dans le cadre d’un accord d’ensemble.
Elle a aussi l’avantage de maintenir la distinction figurant dans les textes entre l’accord
et la pratique concertée. Elle rend, en revanche, la défense des entreprises beaucoup plus
difficile et institue, dans certains cas, une véritable responsabilité du fait d’autrui.
69
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
PLAN
1. Infraction unique
A RETENIR
L’entente complexe désigne non seulement le plan global de ce qui a été convenu, mais
aussi sa mise en œuvre, sur la base d’un mécanisme et d’un objectif communs. Dès
lors qu’ils ont le même objet anticoncurrentiel, concernent les mêmes produits ou ser-
vices, s’étendent au même champ géographique, utilisent les mêmes procédures et
réunissent les mêmes opérateurs, les réunions, tables rondes, contacts bilatéraux ou
multilatéraux réguliers et en principe secrets qui en constituent le cadre caractérisent
une infraction unique, qui, généralement, se poursuit sur une longue durée.
Il n’est pas nécessaire de vérifier si les différents comportements qui composent l’in-
fraction complexe présentent un lien de complémentarité, même si l’existence d’un tel
lien entre des échanges distincts peut constituer un indice de leur inscription dans un
plan d’ensemble. Il importe peu également que les pratiques aient lieu sur deux marchés
distincts ou que les participants ne soient pas concurrents les uns des autres sur tous
les marchés concernés par l’infraction, dès lors qu’elles s’insèrent dans un plan global. Il
n’est pas non plus indispensable que le moment de l’adhésion ou du retrait de l’accord
soit le même pour tous les opérateurs. Enfin, les incidents, modifications ou variations
d’intensité de la concertation, qui peuvent survenir au cours de la mise en œuvre de
l’entente, n’en altèrent pas le caractère continu. L’infraction ne cesse qu’au moment où
prend fin le dernier engagement convenu d’un commun accord. L’infraction unique peut
être continue ou répétée.
L’infraction est continue lorsque les entreprises n’ont pas interrompu leur participa-
tion à la pratique. La Commission peut présumer que la participation d’une entreprise à
l’infraction ne s’est pas interrompue, même si elle ne détient pas de preuves de l’entente
pour certaines périodes déterminées, dès lors que les différents actes qui en constituent la
manifestation poursuivent une même finalité et s’inscrivent dans un plan commun. Ainsi,
l’absence de preuve de la participation d’une entreprise aux réunions anticoncurrentielles
au cours d’une année de la période infractionnelle, n’empêche pas de considérer qu’elle
n’a pas interrompu sa participation à l’infraction lorsqu’elle a assisté à la réunion de l’an-
née précédente, dont les effets se sont poursuivis au cours de l’année en cause, ainsi qu’à
celle de l’année suivante, sans se distancier publiquement des discussions illicites qui se
sont tenues. De même, la poursuite d’arrangements régionaux ou nationaux pendant une
phase de suspension du volet paneuropéen de l’entente permet de conclure à l’absence
d’interruption de l’infraction, dès lors que chacun de ces volets fait partie du même plan
d’ensemble. Le fait que les manifestations de l’entente interviennent à des périodes diffé-
rentes, éventuellement séparées par des laps de temps plus ou moins longs, ne remet pas
70
LES FONDAMENTAUX
en cause l’existence de l’infraction continue. Ainsi, l’écoulement de neuf mois entre deux
réunions n’équivaut pas à une interruption de l’infraction. Toutefois, les réunions ne
doivent pas être trop espacées : l’infraction perd son caractère continu lorsque les deux
séries de réunions auxquelles une entreprise a assisté sont séparées par un intervalle de
temps de presque seize mois. En matière d’accords de partage de marché, le juge retient
que l’absence de manifestations de l’accord pendant de longues périodes n’exclut pas la
qualification d’infraction continue, dès lors qu’à la différence des accords de prix ce type
d’accord ne nécessite pas de réunions régulières. Lorsque ses conditions sont réunies, la
notion d’infraction continue permet d’infliger une amende pour l’ensemble de la période
infractionnelle, même si la participation d’une entreprise n’est pas établie sur un certain
laps de temps, dès lors qu’à aucun moment elle ne s’est distanciée publiquement du
contenu des accords. Dans tous les cas, le fait que les contacts et réunions qui constituent
le support des pratiques poursuivies aient eu lieu dans un espace de temps relativement
court n’affecte pas la qualification d’infraction unique et continue.
L’infraction est répétée lorsqu’elle s’est interrompue, puis a repris selon les mêmes
caractéristiques. Ainsi, lorsqu’une entreprise a interrompu sa participation à l’entente
pendant deux années, sans que l’autorité de contrôle ne dispose d’aucun élément suscep-
tible d’établir la continuité des échanges au cours de cette période, l’infraction doit être
qualifiée de répétée s’il existe un objectif unique poursuivi par elle avant et après l’inter-
ruption, qui peut être déduit de l’identité des objectifs des pratiques en cause, des pro-
duits concernés, des entreprises qui ont pris part à la collusion, des modalités principales
de sa mise en œuvre, des personnes physiques impliquées pour le compte des entreprises
et du champ d’application géographique des pratiques. Dans l’hypothèse d’une absence
de participation de l’entreprise aux réunions collusoires pendant une ou des durées si-
gnificatives, la Commission ne peut constater l’existence d’une infraction continue en se
fondant uniquement sur son absence de distanciation : elle pourra néanmoins retenir la
qualification d’infraction répétée en cas de reprise du comportement infractionnel. Dans
ce cas, les autorités de contrôle ne pourront pas imposer d’amende pour la période pen-
dant laquelle l’infraction a été interrompue.
Pour qu’une entreprise soit tenue responsable d’une entente globale, il faut établir soit
qu’elle a participé directement, pendant la période considérée, à tous les éléments de
l’entente, soit, si elle n’a participé directement qu’à un ou plusieurs éléments consti-
tutifs, qu’elle savait ou devait nécessairement savoir que sa participation à certains
éléments de l’entente s’inscrivait dans un plan global dont elle connaissait la portée
ou qu’elle pouvait raisonnablement prévoir tout en étant prête à en accepter le risque.
71
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
par chacune d’elles de l’existence des éléments d’une infraction unique à laquelle elles
n’ont pas participé, car leur connaissance découle de leur intégration économique. Une
entreprise ne peut en revanche être réputée avoir participé à une infraction unique, com-
plexe et continue, même si elle était présente à des réunions anticoncurrentielles, lorsqu’il
n’est pas établi qu’elle avait connaissance des autres volets de l’entente. Ainsi, l’entreprise
qui n’a participé qu’à des accords bilatéraux ne peut voir sa responsabilité engagée au
titre d’une entente globale lorsqu’elle pouvait tout au plus suspecter des pratiques anti-
concurrentielles ponctuelles, mais non l’existence d’un objectif général de stabilisation
du marché concerné. De même, la seule identité d’objet entre l’entente globale et des
réunions ou contacts bilatéraux auxquels une entreprise a participé ou le fait qu’elle a
eu des contacts avec des entreprises impliquées, ne suffisent pas à démontrer qu’elle
en a eu connaissance. L’autorité de concurrence ne peut déduire la participation d’une
entreprise à un volet de l’entente du seul fait que des informations la concernant ont été
évoquées au cours d’une réunion, dès lors que celles-ci peuvent constituer des estima-
tions réalisées par les participants à partir de données dont ils disposaient ensemble ou
qu’ils ont pu recueillir auprès de leurs clients. Cependant, si l’absence de connaissance,
par une entreprise, de tous les volets d’une infraction globale exclut qu’elle puisse en être
tenue responsable dans son ensemble, cette circonstance n’empêche pas de lui imputer
la responsabilité des comportements auxquels elle a pris part.
Seule une distanciation publique permettrait à l’entreprise qui a participé à des réunions
anticoncurrentielles de s’exonérer de sa responsabilité.
EXEMPLES
En revanche :
• lorsque l’entente n’est pas conclue dans le cadre d’une réunion, mais au travers
d’un système informatique, l’entreprise n’est pas tenue de se distancier à l’égard de
72
LES FONDAMENTAUX
tous les participants, qu’elle ne connaît pas nécessairement, mais peut se contenter
d’adresser une objection claire et explicite à l’administrateur du système.
L’entreprise doit clairement faire savoir qu’elle prend ses distances vis-à-vis de l’entente
notamment en la dénonçant aux autorités administratives ou démontrer qu’elle a indi-
qué à ses concurrents qu’elle participait à ces réunions dans une optique différente de la
leur et que son retrait a été compris comme étant définitif par les autres participants à
l’entente. Tel n’est pas le cas lorsqu’ils continuent de l’inviter à des réunions après la dé-
claration invoquée pour justifier son retrait du mécanisme infractionnel ou interprètent
son affirmation selon laquelle les accords n’ont plus de sens pour elle comme le signe de
sa volonté de parvenir à de nouvelles modalités d’entente.
Cependant, lorsque l’entreprise se voit reprocher non sa participation à des réunions
anticoncurrentielles individuelles, mais à une infraction qui s’étend sur plusieurs années,
l’absence de distanciation publique ne constitue qu’un élément parmi d’autres à prendre
en considération pour établir qu’elle a effectivement continué de participer à une infrac-
tion ou, au contraire, cessé de le faire.
3. Responsabilité collective
A RETENIR
L’entreprise partie à une entente globale est individuellement responsable des com-
portements mis en œuvre par les autres participants, quels que soient la durée et le
degré de sa propre participation.
L’absence de certains opérateurs à certaines réunions, le fait de ne pas avoir pris l’initia-
tive des contacts anticoncurrentiels, le non-respect de l’entente, les rivalités, voire les tri-
cheries, n’empêchent pas de constater leur égale implication dans une infraction globale :
les entreprises sont responsables du fait d’autrui. Le degré, variable, de participation à
l’entente n’est pris en considération qu’au stade de la sanction. Néanmoins, des entre-
prises arrivées tardivement dans le cercle des réunions anticoncurrentielles, à un moment
où les discussions en cause présentaient un caractère quasi public, à plus forte raison
lorsque celles-ci ne les concernaient que très marginalement, ne peuvent être considérées
comme ayant participé à une infraction complexe.
E. Preuve de la concertation
PLAN
73
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
74
LES FONDAMENTAUX
qu’une entreprise ne soit pas mentionnée dans un document n’empêche pas de prouver
sa participation à une entente dès lors que celle-ci est établie par d’autres documents.
A l’inverse, la seule mention d’une entreprise dans les notes prises par un tiers au cours
d’une réunion anticoncurrentielle ne suffit pas à en faire une participante à l’infraction.
A défaut de preuves documentaires, ce qui est fréquent dans le cas des cartels secrets,
l’existence de l’infraction peut, selon la formule rituelle, être établie à partir d’un «fais-
ceau d’indices graves, précis et concordants». La preuve résulte de la concordance des
indices, quelle que soit la valeur de chacun pris isolément. Un engagement d’abstention
réciproque entre deux producteurs concurrents peut ainsi être constaté à partir d’un
ancien accord exprès de répartition des marchés, de leurs relations complètes de coo-
pération, de la nécessité pour chacun d’appliquer la même politique que l’autre et de
l’existence de contacts fréquents en vue de coordonner leur stratégie globale.
La preuve peut être apportée par des conversations téléphoniques, des témoignages ou
les déclarations faites par les entreprises elles-mêmes. Dans cette hypothèse, la juris-
prudence européenne accorde une valeur probante particulièrement élevée à celles qui,
cumulativement : i) sont fiables, ii), sont faites au nom d’une entreprise, iii) proviennent
d’une personne tenue de l’obligation professionnelle d’agir dans l’intérêt de cette entre-
prise, iv) vont à l’encontre des intérêts du déclarant, v) proviennent d’un témoin direct
des circonstances qu’elles rapportent et, iv) ont été fournies par écrit, de manière délibé-
rée et après mûre réflexion. Si selon le juge, une certaine méfiance est de mise à l’égard
de dépositions volontaires des principaux participants à une entente illicite, étant donné
la possibilité que ces derniers minimisent l’importance de leur contribution à l’infraction
et maximisent celle des autres, le fait d’introduire une demande de clémence ne crée pas
nécessairement une incitation à présenter des éléments de preuve déformés. En effet,
toute tentative d’induire l’autorité de concurrence en erreur pourrait remettre en cause
la sincérité ainsi que la qualité de la coopération apportée par le demandeur et affecter
l’issue de la demande. Le fait que l’autorité considère ultérieurement que le demandeur
de clémence ne mérite pas la réduction maximale du montant de l’amende ne signifie
pas que les preuves qu’il a fournies ne sont pas fiables, mais seulement qu’elles n’ont
pas apporté une valeur ajoutée significative par rapport à d’autres déjà en sa possession.
De même, le fait qu’une entreprise lui ait remis de nouveaux documents à un stade très
avancé de la procédure administrative ne constitue ni un indice ni une preuve de leur
absence d’authenticité, mais témoigne au contraire de sa coopération tout au long de la
procédure. La crédibilité des pièces et déclarations fournies par une entreprise dans le
cadre d’une demande de clémence n’est pas davantage remise en cause par le fait que
celle-ci soit présentée après l’échec d’une procédure de transaction. La valeur probante
d’une déclaration est particulièrement élevée lorsqu’il s’agit d’une réponse donnée au
nom de l’entreprise en tant que telle, et non par un membre de son personnel, et qu’elle
résulte d’une investigation interne menée par l’entreprise et a été soumise par un avocat
qui avait l’obligation professionnelle d’agir dans l’intérêt de cette entreprise.
75
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
2. Parallélisme de comportement
A RETENIR
Ainsi, la seule coïncidence entre des rabais accordés à certains grossistes par des produc-
teurs concurrents n’établit pas la concertation. De fait, des facteurs tels que la volatilité
du cours des matières premières ou la transparence du marché, lorsqu’elle permet une
veille concurrentielle permanente par les opérateurs, peuvent expliquer des hausses si-
milaires de prix à des dates proches, résultant de stratégies individuelles. De même, le
simple alignement sur les prix d’un concurrent ne suffit pas à établir l’existence d’une
pratique concertée, notamment lorsque les conditions proposées à la clientèle diffèrent
sensiblement quant à leur contenu et à leur calendrier. En revanche, le parallélisme de
comportement constitue un indice sérieux de pratique concertée, qui permet d’établir
l’existence d’une entente lorsqu’il est corroboré par d’autres facteurs.
3. Facteurs corroborants
A RETENIR
marché, soit, plus généralement, qu’elle ne correspond pas à l’intérêt individuel des entre-
prises. En matière de prix, le parallélisme de comportement ne saurait, selon la Commis-
sion, résulter de décisions autonomes lorsque les intérêts des opérateurs en cause sont
divergents, voire opposés. Toutefois, la preuve de l’entente n’est pas apportée lorsque
l’explication du parallélisme de comportement par la concertation n’est pas la seule plau-
sible. Ainsi, un échange d’informations sur les quantités livrées ne suffit pas à démontrer
une entente de quotas lorsque l’existence d’un contrat de licence de brevet le justifie.
L’existence d’une explication alternative ne suffit à contester la qualification de l’infrac-
tion que lorsque la Commission ne s’est appuyée que sur la conduite des entreprises sur
le marché pour parvenir à cette conclusion. La présomption selon laquelle les entreprises
ayant participé à une concertation et demeurant actives sur le marché tiennent compte
des informations échangées avec leurs concurrents pour déterminer leur comportement
sur ce marché ne peut être renversée par la seule production de données relatives aux
volumes de vente et aux prix pratiqués par l’entreprise concernée ou établissant la di-
minution des prix durant la période infractionnelle. Le recours à la preuve de l’absence
d’autre explication a connu de nouveaux développements depuis la réception, par les
autorités françaises, de la théorie des prix prédateurs. Dans la décision Béton prêt à
l’emploi (LawLex023036), le Conseil de la concurrence considère que la pratique paral-
lèle de prix de prédation constitue en elle-même une preuve suffisante de l’entente car,
n’étant pas compatible avec l’intérêt individuel des entreprises qui la mettent en œuvre,
elle ne peut s’expliquer autrement que par une concertation : une entreprise qui choisit
de vendre un produit à un prix inférieur à son coût variable augmente délibérément ses
pertes par rapport à celles qu’elle enregistrerait si elle s’abstenait de vendre le produit.
L’on ne saurait se cacher que l’admission de la non-correspondance à l’intérêt individuel
des entreprises au titre de preuve complémentaire d’un parallélisme de comportement
constitue un procédé probatoire ambigu et extrêmement dangereux pour la sécurité ju-
ridique des entreprises.
4. Charge de la preuve
A RETENIR
En cas de litige sur l’existence d’une infraction aux règles de concurrence, il appartient
en principe à la Commission d’apporter la preuve des infractions qu’elle constate. Tou-
tefois, la charge de la preuve peut être aisément renversée. Les autorités de concur-
rence se fondent parfois sur une présomption simple d’objet illicite pour établir la
concertation.
77
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
A. Participants à l’entente
A RETENIR
Lorsqu’un groupement est partie à une entente, il convient d’identifier les entreprises
auxquelles sera imputé le comportement anticoncurrentiel. L’imputation de l’entente
aux membres du groupement peut être automatique.
B. Accords intragroupe
A RETENIR
78
LES FONDAMENTAUX
A RETENIR
Selon la Cour de justice, les agents ne constituent pas, en principe, des entreprises au
sens de l’article 101, paragraphe 1, à moins qu’ils n’agissent en toute indépendance.
Un agent automobile qui assume des risques substantiels indissociables de cette activité
est un intermédiaire indépendant soumis au respect des règles européennes de concur-
rence au même titre que l’exploitant d’une station-service, autonome par rapport à son
fournisseur s’il assume une proportion non négligeable de risques financiers et commer-
ciaux concernant la vente des carburants. Au contraire, l’agent qui ne supporte pas les
risques associés au défaut de livraison, aux livraisons défectueuses ou à l’insolvabilité
des clients, ne finance pas les stocks et n’engage pas d’investissements spécifiques, même
s’il assume certains frais accessoires, négligeables ou limités, forme une unité avec son
mandant (TPICE, 15 sept. 2005, aff. T-325-01, Daimler Chrysler AG, LawLex059900).
L’exercice d’une double représentation par un agent ne suffit pas à remettre en cause
l’unité économique qu’il constitue avec l’un de ses mandants, lorsqu’il ne se livre pas
personnellement à des transactions considérables sur le marché concerné en qualité de
négociant indépendant.
Dans ses lignes directrices sur les restrictions verticales, la Commission déclare l’article
101, paragraphe 1, inapplicable aux contrats d’agence par lesquels l’agent commercial
s’engage à négocier ou conclure des contrats, pour le compte d’une personne - le com-
mettant -, soit en son nom propre, soit au nom de cette personne, à condition que l’agent
n’ait pas la charge des risques financiers ou commerciaux et qu’il ne soit pas propriétaire
des biens contractuels et ne fournisse aucun service contractuel lui-même. Le fait que
l’agent supporte les risques propres au contrat laisse supposer qu’il possède la qualité de
distributeur indépendant. Les lignes directrices énumèrent les critères dont il doit être
tenu compte pour déterminer si l’agent n’assume aucun risque financier ou commercial.
La présence de certaines clauses au contrat constitue un indice de la dépendance de
l’agent : limitations quant au territoire sur lequel l’agent peut vendre ces biens ou ser-
79
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
vices, limitations quant aux clients auxquels l’agent peut vendre ces biens ou services,
fixation par le commettant des prix et conditions auxquels l’agent doit vendre ou ache-
ter ces biens ou services. Toutefois, même si le commettant assume tous les risques, le
contrat d’agence recèle un risque de collusion, notamment lorsqu’un certain nombre de
commettants font appel aux mêmes agents et empêchent collectivement d’autres com-
mettants de recourir à ces mêmes agents, ou se servent de ces agents pour s’entendre sur
une stratégie commerciale ou pour s’échanger des informations sensibles sur le marché.
A RETENIR
Les autorités européennes estiment que les règles de concurrence sont également
inapplicables aux contrats de sous-traitance lorsque le sous-traitant «n’apparaît pas
comme un offreur indépendant sur le marché».
Tel est notamment le cas lorsque l’exécution du contrat de sous-traitance implique l’uti-
lisation par le sous-traitant de droits de propriété industrielle, connaissances techniques
ou procédés de fabrication détenus par le donneur d’ordres. Toutefois, dans la mesure où
le sous-traitant est en principe une entreprise indépendante, seules les clauses justifiées
par la relation de dépendance existant entre le sous-traitant et le donneur d’ordres sont
susceptibles de bénéficier de l’immunité.
A RETENIR
SECTION 2
Exonération
PLAN
La prohibition est écartée tant en droit européen qu’en droit français lorsque le
bilan de l’entente est positif :
• soit au terme d’une appréciation effectuée dans le cadre de la règle de rai-
son ;
• soit en vertu d’une exemption octroyée sur le fondement de l’article 101, pa-
ragraphe 1, TFUE ou L. 420-4 du Code de commerce.
A RETENIR
Si l’exemption jour un rôle essentiel en droit européen alors que la règle de raison se
voit de plus en plus contestée, la situation est inverse en droit français où la règle de
raison a connu un développement très important au détriment de l’exemption qui ne
80
LES FONDAMENTAUX
I. Droit européen
A. Règle de raison
1. Développement et contestation
Depuis la fin des années 1970, en particulier après l’arrêt Metro (CJCE, 25 oct. 1977,
aff. 26-76, LawLex024119), on a vu se développer en droit européen un système d’ap-
préciation extrêmement favorable de certaines restrictions de concurrence que les au-
teurs ont baptisé «règle de raison», à l’instar de la rule of reason américaine. Identique
dans son principe, la règle de raison revêt cependant une portée très différente de son
homologue américaine, puisqu’elle n’est pas d’application générale, mais se limite à cer-
tains cas particuliers.
A RETENIR
Seulement, ce raccourci n’est possible que dans la mesure où il apparaît très clairement
que l’atteinte à la concurrence constatée est compensée par les effets bénéfiques déter-
minés par l’entente, et à la condition également que l’accord ne contienne pas de restric-
tions patentes, comme la fixation des prix, la répartition du marché, ou le contrôle des
débouchés.
Le Tribunal semble avoir voulu porter un coup d’arrêt au développement de la règle
de raison en affirmant que «l’existence d’une telle règle n’a, en tant que telle, pas été
confirmée par le juge communautaire» (TPICE, 18 sept. 2001, aff. T-112-99, Me-
tropole Television, LawLex023535). Selon le juge européen, la reconnaissance de la
règle de raison remettrait en cause la structure normative de l’article 101 TFUE, dont
le paragraphe 3 perdrait tout effet utile. L’examen du caractère objectivement nécessaire
d’une restriction de concurrence ne saurait impliquer une mise en balance de ses effets
pro- et anticoncurrentiels, hors du cadre de l’article 101, paragraphe 3. Dès lors, la ju-
risprudence, qui semble appliquer la règle de raison, s’inscrirait plutôt dans un courant
d’appréciation in concreto de l’accord, qui implique, au-delà de l’analyse de ses clauses,
de tenir compte du cadre réel dans lequel l’accord produit ses effets. La prétendue règle
de raison se réduirait à la prise en considération du contexte économique et juridique.
L’affirmation du Tribunal, récemment approuvée par la Cour de justice (CJUE, 30 janv.
2020, aff. C-307/18, Generius (UK) Ltd, LawLex20132), ne rend pas compte de la ré-
alité : indépendamment du fait qu’une appréciation contextuelle de la restriction peut
en elle-même déjà être considérée comme une manifestation de la règle de raison, il est
incontestable qu’une telle règle a été consacrée par les autorités européennes qui n’ont
pas hésité à justifier des restrictions de concurrence sur le fondement de la théorie des
81
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
2. Contenu
PLAN
a. Restrictions accessoires
A RETENIR
En droit européen, la notion de restriction accessoire vise toute restriction qui est di-
rectement liée et nécessaire à la réalisation d’une opération principale. La nécessité s’ap-
précie de manière objective et implique un contrôle de proportionnalité. Selon la Cour
de justice, l’opération principale doit s’avérer impossible et non seulement plus diffi-
cilement réalisable ou moins profitable sans la restriction accessoire (CJUE, 11 sept.
2014, C-382-12 P, Groupement cartes bancaires, LawLex14878). Une restriction mise
en œuvre non dans le cadre de l’accord principal ni même à l’occasion de sa conclusion,
mais plusieurs années après celle-ci, ne peut donc être considérée comme accessoire.
Pour réfuter le caractère accessoire d’une restriction, la Commission peut procéder à une
analyse contrefactuelle consistant à vérifier l’existence d’alternatives réalistes et moins
attentatoires à la concurrence que la restriction en cause. La durée et le champ d’applica-
tion matériel et géographique de la restriction ne doivent, en outre, pas excéder ce qui est
nécessaire pour la réalisation de l’opération principale. Ainsi, une clause de non-concur-
rence qui est nécessaire au transfert de la valeur commerciale d’une entreprise ou à la
période de démarrage d’une entreprise commune et qui est limitée dans le temps et dans
l’espace constitue une restriction accessoire. Il en est de même pour les clauses d’exclusi-
vité ou de priorité. En revanche, une clause de non-concurrence ne peut être qualifiée de
restriction accessoire lorsqu’elle subsiste en dépit de la renonciation des parties à la mise
en œuvre de l’opération principale ou n’est pas nécessaire à sa réalisation en raison d’un
cadre légal suffisamment protecteur. De même, des clauses de non-contestation et de
non-commercialisation ne peuvent être considérées comme des restrictions accessoires
à un accord de règlement amiable en matière de brevet que si elles reflètent la reconnais-
sance de la validité du brevet par chacune des parties et à condition que leur portée se
limite à celle du brevet en cause.
82
LES FONDAMENTAUX
Une réelle menace doit peser sur l’entreprise et sa survie ne doit pas pouvoir être assurée
par un autre moyen. Les autorités de concurrence se montrent plus réticentes à l’égard
des cartels de crise, qui ne pourraient éventuellement être exonérés que dans le cadre
d’une exemption individuelle, mais qui sont susceptibles de constituer une circonstance
atténuante en cas d’infliction d’amende.
c. Bilan économique
A RETENIR
La règle de raison ne peut en principe pas s’appliquer à une entente qui, par nature, a
un objet anticoncurrentiel, quels que soient les objectifs poursuivis. Elle ne peut être
mise en œuvre que dans la mesure où il apparaît très clairement que l’atteinte à la
concurrence constatée est compensée par ses effets bénéfiques.
accessoire par rapport à l’objectif légitime dont elle permet la réalisation. La distribution
sélective constitue le domaine d’élection de la règle de raison. Le fondement de son
application est ici spécifique : la distribution sélective ne contribue pas à augmenter la
concurrence sur le marché, mais à améliorer le service rendu au consommateur grâce
à la sélection des distributeurs par le fournisseur. Dans son dernier état, cette règle de
raison «à l’européenne» a fini par revêtir une forme très différente de la règle de raison
américaine, les critères utilisés visant plus à assurer l’objectivité de la sélection des distri-
buteurs qu’à mesurer l’impact de la restriction de concurrence. L’adoption du règlement
d’exemption par catégorie concernant l’application de l’article 101 TFUE, paragraphe 3,
aux accords verticaux ne produit, en théorie, aucune conséquence sur la règle de raison :
un règlement ne peut abroger une jurisprudence. Il demeure néanmoins que la règle de
raison aura vraisemblablement moins l’occasion de s’appliquer spécialement en dessous
du seuil de 30 % de part de marché qui définit le domaine de l’exemption par catégorie.
B. Exemption
PLAN
1. Exemption individuelle
A RETENIR
84
LES FONDAMENTAUX
PLAN
85
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
86
LES FONDAMENTAUX
ses avantages du point de vue de l’efficacité économique immédiate, telle que la réduc-
tion des coûts, mais tiennent parfois compte de considérations plus générales, telles que
la protection du petit commerce, de la santé, de l’éthique sportive, de l’environnement
ou de l’emploi, l’existence d’une crise dans le secteur, la capacité d’innovation, l’intérêt
public ou la lutte contre le parasitisme.
b. Profit réservé aux utilisateurs
L’entente ne peut bénéficier d’une exemption qu’à la condition de «[réserver] aux utili-
sateurs une partie équitable du profit qui en résulte». L’exigence signifie que la contribu-
tion au progrès économique ne doit pas être appréciée uniquement du point de vue des
entreprises participantes - le plus souvent les producteurs -, mais qu’elle doit également
tenir compte des effets de l’accord au niveau de la demande exprimée par les entreprises
clientes ou les consommateurs finals.
Il ne suffit donc pas que l’accord entraîne des gains de productivité pour que l’exo-
nération soit octroyée ; il faut encore que ceux-ci se traduisent par une baisse des
prix, actuelle ou même potentielle. Des prix plus bas ne représentent toutefois pas le
seul moyen d’accroître la satisfaction de l’utilisateur. La mise sur le marché de produits
nouveaux, l’amélioration des produits ou des conditions de distribution, l’extension et
la densification du réseau, une meilleure information des consommateurs, la création
d’un service après-vente ou une réduction des délais de livraison peuvent également être
pris en considération. La condition de profit réservé aux utilisateurs, au sens de l’article
101 TFUE, paragraphe 3, peut être remplie même si tous les membres de la catégorie de
consommateurs pertinente ne bénéficient pas de la pratique litigieuse, ou si les effets bé-
néfiques se sont produits dans d’autres États membres que ceux dans lesquels les parties
à l’entente sont établies.
Plus la restriction de concurrence est grande, plus les gains d’efficacité et leurs réper-
cussions sur les consommateurs doivent être importants. La mesure du profit réservé
aux utilisateurs peut être fondée sur des projections et se satisfaire de simples présomp-
tions. Dans le cas d’accords de restructuration, les autorités de contrôle admettent ainsi la
compensation des pertes immédiates (hausse des prix, fermeture d’unités de production)
par les profits escomptés (disponibilité de ressources supplémentaires, assainissement
du secteur). De même, elles considèrent que l’intensification du jeu de la concurrence
par la pénétration de nouveaux concurrents entraîne en principe un accroissement de la
satisfaction du consommateur. Plus généralement, la seule constatation d’une pression
concurrentielle sur le marché concerné ou de la puissance d’achat des partenaires de l’en-
tente conduit les autorités de contrôle à conclure que les parties à l’entente ne peuvent
retenir par-devers elles les profits dérivés de celle-ci. La Commission considère qu’il est
davantage probable que les consommateurs perçoivent une partie équitable des gains
d’efficacité réalisés sur les coûts lorsque ceux-ci concernent les coûts variables plutôt
que les coûts fixes. L’entente ne serait toutefois pas considérée comme procurant un
avantage suffisant aux utilisateurs si certains consommateurs de l’Union étaient privés
des bénéfices qu’elle procure, ou si elle entraînait une suppression totale de la concur-
rence par les prix même en cas de maintien de la concurrence par le service. Dans une
telle hypothèse, le consommateur n’aurait en effet plus le choix entre l’achat du produit
au prix le plus bas et son acquisition à un prix plus élevé incluant la rémunération du ser-
87
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
vice. Selon la Commission, si un accord restrictif est susceptible d’entraîner une hausse
des prix, celle-ci doit être entièrement compensée par un relèvement de la qualité.
c. Caractère indispensable de la restriction
Une restriction qui a pour objectif d’améliorer la production, la distribution ou de pro-
mouvoir le progrès économique bénéficie de l’exemption de l’article 101 TFUE, para-
graphe 3, lorsqu’elle s’avère non seulement indispensable à la réalisation d’un tel but
mais encore nécessaire. Cette condition implique que non seulement l’accord restrictif
proprement dit soit raisonnablement nécessaire pour réaliser les gains d’efficacité,
mais aussi chacune des restrictions de concurrence qui en découlent.
Une restriction de concurrence revêt un caractère nécessaire si davantage de gains d’ef-
ficacité sont générés avec l’accord ou la restriction qu’en son absence. Il ne doit pas
exister d’autre moyen économiquement réalisable et moins restrictif permettant de les
réaliser. Il est également tenu compte du degré d’indépendance des parties : la restric-
tion est indispensable si les parties individuellement ne peuvent pas obtenir les mêmes
gains. Ainsi, l’accord qui permet de réaliser un gain de temps ou une réduction des coûts
ou qui améliore la qualité peut être jugé nécessaire. Il en est de même de l’accord qui
assure la rationalisation des activités dans un secteur atteint par de graves surcapacités
structurelles. En revanche, l’accord qui a pour objet d’évincer un concurrent du marché
ne peut être exempté au motif qu’il contribuerait au progrès économique en faisant obs-
tacle à l’exercice prétendument illégal d’une activité économique, dès lors qu’il existe des
moyens moins restrictifs pour aboutir à ce résultat, tel le dépôt d’une plainte auprès des
autorités compétentes. De même, des accords entre grands constructeurs et fournisseurs
qui limitent les remises accordées aux petits constructeurs imposent des restrictions non
indispensables à la réalisation des avantages économiques recherchés et ne peuvent bé-
néficier d’une exemption individuelle. Enfin, selon le juge de l’Union, la diffusion d’in-
formations trompeuses relatives à un médicament ne saurait être considérée comme «
indispensable «, au sens de l’article 101, paragraphe 3, TFUE. La restriction doit en outre
être proportionnée.
Une fois le caractère nécessaire de l’accord constaté, les autorités de concurrence ap-
précient la nature indispensable de chacune des restrictions accessoires. La condition
est remplie si l’absence de la restriction supprime ou réduit substantiellement les gains
d’efficacité qui résultent de l’accord ou rend leur réalisation improbable. L’appréciation
s’effectue dans le cadre réel de l’accord et doit notamment tenir compte de la structure
du marché, des risques économiques liés à l’accord et des incitations qu’ont les parties.
Ainsi, une clause de non-concurrence revêt un caractère accessoire lorsqu’elle a pour
objet d’empêcher la fuite des idées et stratégies en cours de développement d’une en-
treprise commune, de partager le savoir-faire ou les risques liés à des investissements
conséquents, et que sa durée est limitée à ce qui est nécessaire au but poursuivi.
d. Absence d’élimination de la concurrence
L’article 101, paragraphe 3, TFUE apporte une précision importante : en aucun cas, une
entente ne peut bénéficier d’une exemption lorsqu’elle donne aux entreprises concernées
la possibilité, pour une partie substantielle des produits en cause, d’éliminer la concur-
rence. Les textes déterminent ainsi un seuil de prohibition au-delà duquel l’exemption
88
LES FONDAMENTAUX
ne peut jamais être accordée, alors même que l’accord concerné remplirait les autres
conditions de la dérogation.
Bien que la disposition rattache formellement l’absence de possibilité d’élimination de
la concurrence à l’entente, l’appréciation s’effectue en réalité par rapport à la puissance
économique des entreprises qui y sont parties, c’est-à-dire à la part de marché qu’elles
contrôlent, ce qui implique de procéder à la définition du marché concerné. L’examen
de la pratique des autorités de contrôle révèle que les décisions qui concluent à l’exis-
tence d’une possibilité d’élimination de la concurrence visent en principe des ententes
dont les membres contrôlent ensemble des parts de marché supérieures à 70 %, se
situant le plus souvent entre 80 et 90 % du marché concerné. Le seuil de puissance
économique ainsi défini ne revêt toutefois qu’une portée relative. Aux yeux de la Com-
mission, la détention d’une part de marché sensiblement inférieure à 70 % peut dans
certains cas entraîner une élimination de la concurrence. À l’inverse, il est possible que,
même en dépassant ce seuil, une entente puisse bénéficier d’une exemption. Les tempé-
raments pris en considération sont tirés soit du comportement des entreprises, soit de la
structure du marché.
La Commission tempère parfois la portée du seuil de prohibition en procédant à une
évaluation qualitative de l’importance de la restriction fondée sur les caractéristiques
intrinsèques de l’entente. Dans de nombreuses décisions, les autorités européennes
contrebalancent les conclusions tirées de l’importance de la part de marché contrôlée
par les membres de l’entente par la prise en considération du degré de nocivité des
clauses de l’accord. Bien que l’entente regroupe des entreprises contrôlant la quasi-to-
talité d’un marché, la Commission considère qu’elle n’entraîne aucune élimination de la
concurrence dès lors que les clauses de l’accord ne suppriment pas complètement leur
liberté d’action. Tel est le cas lorsque l’accord conduit à une différenciation des produits
existants, que la protection territoriale n’est pas absolue, que subsiste une liberté dans
la fixation des prix, ou que l’accès des tiers sur le marché reste libre. C’est ainsi que, à
propos d’une entente visant à l’organisation exclusive de foires et regroupant la plupart
des membres d’une profession, la Commission conclut à l’absence d’élimination de la
concurrence en relevant que l’exposition en cause n’est que biennale et que les partici-
pants peuvent dans certaines conditions obtenir l’autorisation d’exposer ailleurs au cours
de l’année pendant laquelle elle se tient. De même, la Commission estime que le rempla-
cement d’une clause d’exclusivité d’achat par un engagement de couverture à 25 % suffit
à écarter le risque d’élimination de la concurrence bien que les membres du groupement
d’achat en cause contrôlent 80 % du marché concerné. À l’inverse, elle considère qu’une
clause de protection territoriale absolue, qui interdit aux concessionnaires et grossistes
établis en dehors d’un territoire d’écouler les produits couverts par l’exclusivité sur ce
territoire, serait susceptible d’éliminer la concurrence indépendamment de la position de
marché des entreprises concernées.
Dans certaines décisions, les autorités européennes atténuent la portée des conclusions
tirées de l’importance de la part de marché des entreprises parties à l’entente en prenant
en considération le degré de concentration du marché sur lequel l’entente intervient. La
Commission souligne ainsi que deux entreprises contrôlant moins de 25 % du marché
n’ont pas la possibilité d’éliminer la concurrence non seulement parce que leur propre
89
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
puissance économique est limitée, mais également du fait qu’il existe sur ce marché, à
côté d’environ vingt-cinq petits producteurs, plusieurs fabricants en mesure d’exercer
une concurrence effective dont l’un détient une part de marché presque double de celle
de l’entente. De même, elle estime qu’une entente, loin de favoriser une élimination de
la concurrence sur le marché considéré, peut conduire à une diminution de son degré
de concentration lorsqu’elle réduit les conséquences de l’asymétrie des tailles respectives
des entreprises présentes sur ce marché. À l’inverse, les autorités européennes consi-
dèrent qu’une entente ne regroupant que des entreprises peu puissantes tend à éliminer
la concurrence lorsqu’elle intervient sur un marché fortement concentré et participe d’un
effet cumulatif. L’exemption est accordée à l’accord conclu sur un marché sur lequel
subsiste un nombre suffisant de concurrents forts, disposant d’un savoir-faire équivalent,
d’une capacité financière assise, et qui conservent la faculté d’agir de façon autonome,
mais refusée à l’accord de prix entre producteurs concurrents, qui conduit à supprimer
la concurrence pour une partie substantielle des produits en cause, compte tenu de la
structure concentrée du marché composé de vingt-neuf producteurs dont au moins dix-
neuf dépendent les uns des autres par le jeu de liaisons financières.
L’accord vertical réciproque entre concurrents n’entraîne pas d’élimination de la concur-
rence lorsqu’il ne se substitue à aucune concurrence existante mais est axé sur le dévelop-
pement d’un service nouveau. Appliquant la théorie des industries juvéniles au droit de
la concurrence, la Commission accepte parfois que, sur le marché d’un produit nouveau,
la concurrence actuelle soit entièrement supprimée afin de permettre à des entreprises
qui n’y auraient pas eu accès d’y pénétrer et de devenir des concurrents à l’échéance de
l’entente ; dans ce cas, la concentration provisoire du marché devient le moyen de sa
déconcentration future.
Dépassant le cadre du marché concerné par l’entente, la Commission étend parfois son
analyse aux marchés se trouvant en rapport avec celui-ci, en tenant compte du contre-
poids éventuel que les partenaires commerciaux de l’entente sont susceptibles de lui
opposer. Elle considère ainsi qu’une entente entre offreurs contrôlant entre 70 et 80 %
d’un marché n’équivaut pas à une élimination de la concurrence dès lors que «du côté de
la demande, on est en présence d’une structure très serrée».
Enfin, l’importance des formes de concurrence affectées est parfois susceptible de modi-
fier l’appréciation. Aussi, lorsque la concurrence par les prix est complètement éliminée
pour une partie des produits en cause, la Commission vérifie-t-elle si «les autres éléments
sur lesquels s’exerce la concurrence, tels que les stocks, la spécialisation, le service et
l’exécution des commandes» ne sont pas de nature à contrebalancer cette appréciation,
alors même que l’entente en cause regroupe des entreprises contrôlant environ 70 à
80 % du marché concerné. Plus généralement, les autorités européennes estiment que le
maintien de la concurrence par la qualité pourrait pour certains types de produits com-
penser une élimination de la concurrence par les prix à condition toutefois que celle-ci
ne soit pas totale.
90
LES FONDAMENTAUX
A RETENIR
Tous ces règlements comportaient des caractéristiques communes. D’abord, ils subor-
donnaient souvent l’exemption à la condition que les entreprises participant à l’entente
ne dépassent pas certains seuils de puissance économique. Ensuite, ils distinguaient
généralement trois types de clauses contractuelles : les clauses noires, blanches et
grises.
Les premières ne bénéficiaient pas de l’exemption par catégorie (par ex. accords d’achat
exclusif, de distribution exclusive ou de franchise conclus entre fabricants concurrents,
clauses de protection territoriale absolue insérées dans certains contrats de distribution
qui interdisent les importations parallèles de territoire à territoire, ou clauses limitant
la liberté de fixation des prix du franchisé ou du licencié). Les clauses blanches étaient
celles qui ne portaient pas atteinte à la concurrence (par exemple celles visant à main-
tenir l’identité et la réputation du réseau dans le cadre d’une franchise, ou justifiées par
l’exploitation du brevet dans un accord de licence de brevet). Les clauses grises repré-
sentaient l’ensemble des clauses qui, comme la clause d’exclusivité ou d’interdiction de
concurrence active en dehors de la zone concédée, sont restrictives de concurrence mais
bénéficient de l’exemption par catégorie. Ces règlements ont été progressivement jugés
trop lourds, trop directifs et, finalement, trop «juridiques».
b. Règlements «nouvelle génération»
Conscientes des difficultés soulevées par les règlements traditionnels, qui s’apparentaient
parfois à de véritables contrats-types, les autorités européennes ont décidé d’élaborer
des règles d’exemption plus souples en supprimant les clauses blanches et grises ainsi
que la fameuse règle du «tout ou rien» (selon laquelle une clause anticoncurrentielle non
exemptée suffisait à faire tomber l’exemption) et en les remplaçant par des seuils de puis-
sance économique, calculés en parts de marché, en deçà desquels l’accord est exempté.
A RETENIR
91
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
ensemble.
PLAN
1) Restrictions verticales
Le 22 décembre 1999, a été adopté le règlement 2790-1999 sur l’application de l’article
81, paragraphe 3, du Traité CE à des catégories d’accords verticaux qu’accompagnaient
des Lignes directrices. Ce règlement constituait un premier aboutissement de la réforme
des règles de concurrence entreprise par la Commission en vue d’améliorer la sécurité
juridique des entreprises et d’alléger la charge de travail des autorités européennes.
Le champ d’application du règlement était très large puisqu’il visait virtuellement tous
les accords verticaux, c’est-à-dire tous les accords entre entreprises situées à des niveaux
différents de la chaîne de production et de distribution et dont l’objet était l’achat, la
vente ou la revente de certains biens et services. Il remplaçait les règlements d’exemp-
tion 1983-83, 1984-83 et 4087-88 concernant respectivement la distribution exclusive,
l’approvisionnement exclusif et la franchise, couvrait les accords relatifs aux biens et
services non destinés à la revente, et faisait tomber la distribution sélective - qui rele-
vait jusque-là exclusivement de la règle de raison - dans son champ d’application. Seule
la distribution automobile en était exclue, les spécificités du secteur justifiant, selon la
Commission, le maintien d’un régime particulier. Le nouveau règlement donnait plus
de liberté aux entreprises. Le retour à la liberté contractuelle était cependant un facteur
d’incertitude juridique. Pour apprécier la validité de leur accord, les entreprises étaient
tenues de se référer aux lignes directrices, bien que celles-ci, comme l’a rappelé la Cour
de justice, n’aient aucune valeur juridique.
A RETENIR
En d’autres termes, le règlement pose une présomption de légalité pour ces accords.
92
LES FONDAMENTAUX
Au-delà de ce seuil, s’il n’est pas possible de présumer qu’un accord vertical entraîne
généralement des avantages objectifs de nature à compenser les inconvénients qui en
résultent pour la concurrence, un tel accord ne peut pas non plus être présumé relever
du paragraphe 1 de l’article 101 ou ne pas remplir les conditions du paragraphe 3 (Règl.
330-2010, cons. 9). La position de la Commission s’assouplit aussi à l’égard des res-
trictions caractérisées. Si la présence de telles restrictions au sein d’un accord peut lais-
ser présumer son caractère anticoncurrentiel, cette présomption est désormais réfutable
(Lignes directrices, pt 47). L’exemption sera accordée s’il est établi que l’introduction
d’une clause noire dans l’accord produit des gains d’efficacité et que les conditions po-
sées à l’article 101 TFUE, paragraphe 3, sont réunies. La prohibition des prix minimum
imposés n’est plus absolue. Un prix de vente imposé peut, selon les lignes directrices, ne
pas avoir pour effet de restreindre la concurrence et produire des gains d’efficacité (pt
223). Cependant, selon la Cour, il n’y a pas lieu de donner une interprétation large aux
dispositions faisant entrer un accord dans le champ de l’exemption par catégorie dès lors
que l’entreprise peut toujours demander une exemption individuelle.
Si la restriction des ventes sur internet demeure interdite, la Commission reconnaît aux
promoteurs de réseaux de distribution sélective le droit d’imposer des normes de qualité
pour l’utilisation du site internet comme pour la vente en magasin ou la publicité.
Par ailleurs, les redevances d’accès initial versées par les fournisseurs qui permettent d’ac-
céder au réseau et rémunèrent les services rendus par le distributeur pendant une cer-
taine période sont exemptées en deçà du seuil de 30 %. Au-delà, elles sont susceptibles
de conduire à une éviction anticoncurrentielle car elles incitent le fournisseur à n’écouler
ses produits que par l’intermédiaire d’un seul distributeur et constituent une barrière à
l’entrée pour les autres distributeurs (pts 204 s.). Il en est de même pour les accords de
gestion par catégorie ou de category management (pts 209 s.).
Si les entreprises détiennent plus de 30 % de parts de marché, l’accord ne pourra bénéfi-
cier que d’une exemption individuelle. L’exemption est désormais rétroactive et vaut dès
la conclusion de l’accord. Lorsque le règlement n’est pas applicable, les lignes directrices
doivent permettre aux entreprises de vérifier la compatibilité de leur accord avec les dis-
positions de l’article 101, paragraphe 1.
Enfin, outre une faculté de retrait ou de déclaration d’inapplicabilité à l’initiative de la
Commission, le règlement 1-2003 permet aux États membres de retirer une exemp-
tion sur leur propre territoire dès lors que ce dernier constitue un marché géographique
distinct et que l’accord exempté comporte des effets incompatibles avec les conditions
prévues par l’article 101, paragraphe 3, notamment lorsque la concurrence est restreinte
de manière significative du fait d’un effet cumulatif. Ce pouvoir de retrait national risque
de conduire à une application variable du droit de la concurrence.
La Commission a renoncé à substituer purement et simplement le nouveau règle-
ment général au règlement automobile 1400-2002, qui est arrivé à expiration le 31
mai 2010. Elle a préféré appliquer des régimes juridiques différents à la distribution
(prorogation du règlement automobile pour trois ans, puis application du règlement
général) et à l’après-vente. Selon la Commission, l’existence d’un marché distinct de
l’après-vente automobile, sur lequel une concurrence effective est fonction du degré d’in-
93
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
teraction entre les réparateurs agréés dépendant d’un réseau et les opérateurs agréés in-
dépendants, oblige à prévoir des conditions d’exemption particulières, notamment pour
assurer la sécurité des utilisateurs finals et garantir l’accès des réparateurs à des intrants
essentiels, tels que les pièces de rechange et les informations techniques (cons. 13). Ces
spécificités nécessitent d’imposer «des exigences plus strictes concernant certains types
de restrictions graves de la concurrence susceptibles de limiter l’approvisionnement et
l’utilisation de pièces de rechange sur le marché de l’après-vente automobile «(cons.
15). Aussi a-t-elle adopté, dans le nouveau règlement automobile 461-2010 du 27 mai
2010, une solution originale qui consiste à soumettre, pour l’essentiel, l’après-vente aux
conditions du règlement général 330-2010 et à des dispositions spécifiques au secteur
de l’automobile. Autrement dit, les accords qui portent sur l’après-vente doivent, pour
bénéficier de l’exemption par catégorie, satisfaire aux conditions décrites au règlement
330-2010 et ne pas contenir de restrictions caractérisées énumérées à l’article 5 du
règlement 461-2010. En pratique, les contrats de réparation agréée bénéficieront rare-
ment de l’exemption par catégorie car, selon la Commission, chaque marque possède sur
le marché des pièces et de l’après-vente une part de marché supérieure à 30 %, à l’ex-
ception des véhicules utilitaires et des poids lourds, pour lesquels la Commission semble
admettre qu’il pourrait n’exister qu’un seul marché de la vente et de l’après-vente dans la
mesure où les acheteurs se déterminent généralement en fonction du coût global d’achat
et d’entretien des biens professionnels concernés.
2) Restrictions horizontales
Dans le même temps, la Commission a également révisé les textes relatifs aux accords ho-
rizontaux en adoptant deux règlements relatifs, l’un aux accords de spécialisation, l’autre
aux accords de recherche et développement, ainsi que des lignes directrices. Ces textes,
qui reflètent la nouvelle politique de la Commission en matière d’exemption par catégo-
rie, ont été remplacés par deux nouveaux règlements - le règlement 1217-2010 du 14
décembre 2010, relatif aux accords de recherche et développement (R&D), le règlement
1218-2010 du 14 décembre 2010, relatif aux accords de spécialisation - complétés
par des Lignes directrices sur l’applicabilité de l’article 101 aux accords de coopération
horizontale.
A RETENIR
Comme les précédents, ces règlements posent une présomption de légalité en faveur
des accords entre concurrents en deçà d’un seuil de part de marché de 25 % pour les
accords de R&D et de 20 % pour les accords de spécialisation.
Au-delà de ces seuils, les accords horizontaux ne sont pas présumés contraires à l’article
101, paragraphe 1. Les textes déterminent, également, les restrictions qui ne sont pas
exemptées. Constituent notamment des clauses noires : pour les accords de spéciali-
sation, les clauses de prix, de limitation de la production ou des ventes, de répartition
de marché et de quotas de produits (Règl. 1218-2010, art. 4) ; pour les accords de
recherche et développement, les clauses limitant les activités, les clauses de non-contes-
tation, de fixation de prix et de répartition de marchés (Règl. 1217-2010, art. 5).
Les lignes directrices s’appliquent aux accords qui n’entrent pas dans le champ d’applica-
94
LES FONDAMENTAUX
tion des règlements, ainsi qu’à certaines autres formes de coopération entre concurrents
(par ex. : achats groupés, commercialisation en commun). Comme pour les restrictions
verticales, elles doivent permettre aux parties d’apprécier la compatibilité de l’accord avec
l’article 101, paragraphe 1, TFUE compte tenu du contexte économique, du pouvoir de
marché des parties, ainsi que de facteurs structurels permettant de mesurer l’effet d’une
coopération entre entreprises. Elles définissent ainsi un cadre analytique applicable à
l’appréciation de chaque accord (pt 1.2). Les accords horizontaux étant fréquemment
l’occasion d’échanges d’informations, ceux-ci font désormais l’objet d’un traitement
spécifique dans les lignes directrices qui posent des principes généraux d’appréciation,
transposables à l’analyse de toute restriction horizontale (pt 2). En vertu des lignes direc-
trices, il n’est pas nécessaire d’examiner les effets réels sur la concurrence des accords qui
ont pour objet de restreindre la concurrence par la fixation des prix, la limitation de la
production ou encore la répartition des marchés ou des clients, dès lors que ceux-ci sont
présumés produire des effets négatifs sur le marché.
3) Portée
Un règlement par catégorie confère de plein droit le bénéfice de l’exemption aux ententes
qui tombent dans son champ d’application. Un accord doit affecter le commerce entre
États membres pour relever d’un règlement d’exemption. Tel n’est pas le cas lorsqu’il
se situe en deçà des seuils fixés par la Commission. En revanche, un accord qui relève
de l’interdiction de l’article 101 TFUE, paragraphe 1, en raison de l’effet cumulatif de
l’ensemble des accords similaires, est susceptible de bénéficier d’une exemption par ca-
tégorie.
A RETENIR
Si un contrat couvert par le règlement comporte des clauses non visées par ce dernier,
une seule conclusion logique s’impose : ces clauses ne bénéficient pas de l’exemption par
catégorie. Elles ne sauraient cependant être nulles que dans la mesure où elles seraient
effectivement anticoncurrentielles.
95
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
1. Bilan économique
A RETENIR
96
LES FONDAMENTAUX
le client, lorsque ces services peuvent être fournis au travers d’un service d’assistance
spécialisé en ligne. Enfin, si une obligation de prise en main appliquée aux produits
dangereux peut être considérée comme appropriée et apte à garantir leur bon usage et la
sécurité des utilisateurs et constitue un moyen, pour les fabricants qui l’imposent, de se
démarquer de leurs concurrents par le nombre et la qualité des services offerts au mo-
ment de la vente, une telle obligation va au-delà de ce qui est nécessaire à leur commer-
cialisation lorsqu’elle s’applique également aux utilisateurs avertis et aux professionnels,
alors que la condition qu’elle soit assurée personnellement pourrait être remplacée par
des accords de sous-traitance entre revendeurs et que la démonstration des conditions
d’utilisation des produits peut s’effectuer en ligne, par des animations ou vidéos.
À l’actif du bilan dressé par l’Autorité de la concurrence, figurent non seulement l’aug-
mentation du nombre de concurrents, mais également l’accroissement de l’intensité de la
concurrence. Une clause d’exclusivité qui porte atteinte à la concurrence à l’intérieur du
réseau de distribution (concurrence intra-marque) est susceptible d’être rachetée grâce
au surcroît de concurrence qu’elle crée entre réseaux (concurrence inter-marques). Un
groupement d’entreprises concurrentes en vue de répondre à un appel d’offres est jugé
licite lorsqu’il est motivé par la recherche mutuelle d’une complémentarité économique
et technique. Le fait pour une société gestionnaire d’un réseau de santé de communiquer
spontanément aux clients des organismes qui lui sont affiliés les coordonnées de prati-
ciens adhérents susceptibles de leur proposer des tarifs moins élevés que les devis émis
par des non-adhérents ne viole pas l’article L. 420-1 du Code de commerce dès lors que
la réduction du prix des services constitue l’un des objectifs du libre jeu de la concur-
rence. Les autorités de concurrence ont souvent utilisé le règlement restrictions verticales
comme guide d’analyse, pour apprécier la licéité d’ententes verticales dans le cadre de la
règle de raison, alors même que le droit européen n’était pas applicable.
Au-delà de l’accroissement de la concurrence, l’amélioration directe de la satisfaction du
consommateur représente une conséquence favorable susceptible d’être aussi prise en
considération.
2. Restrictions accessoires
A RETENIR
97
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
dès lors qu’elle n’est pas objectivement nécessaire à son adoption, comme le démontre le
fait que le principe et le montant de la commission ont été définis sans analyse préalable
des pertes et gains liés à la dématérialisation et qu’à la date de sa conclusion, il n’est pas
établi que l’une au moins des banques concernées pouvait raisonnablement envisager
qu’elle subirait effectivement des pertes.
De même, un accord de répartition de marchés n’a pas été considéré comme une restric-
tion accessoire à la constitution d’un groupement coopératif, qui, s’il implique la mise
en place d’un maillage territorial, ne requiert pas l’institution de zones d’exclusivité, les
parties pouvant se contenter d’exiger que tout adhérent qui souhaite développer son ac-
tivité en dehors de la zone pour laquelle il a été agréé justifie préalablement qu’il dispose
des moyens suffisants pour y proposer des services d’une qualité conforme aux standards
du réseau.
Par ailleurs, des restrictions notifiées et autorisées dans le cadre d’une opération de
concentration ne peuvent, en application de la théorie des droits acquis, être examinées
postérieurement au regard du droit des pratiques anticoncurrentielles.
B. Exemption
PLAN
98
LES FONDAMENTAUX
application». Peuvent être invoqués une loi, un décret ou un arrêté à condition, pour ces
deux derniers textes, qu’ils aient été pris pour l’application d’une loi.
99
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
L’entreprise qui entend justifier une pratique en invoquant un progrès économique doit
en démontrer la réalité et l’importance, notamment en versant au dossier des éléments
probants et vérifiables. En outre, l’examen du caractère exemptable d’un accord doit être
conduit au regard de la situation concrète du marché et des éléments connus des parties
au moment où il a été conclu. L’identité des termes employés en droit de l’Union et en
droit français masque des réalités fort différentes. Alors que les autorités européennes
n’hésitent pas à appliquer l’article 101, paragraphe 3, le texte français n’a été appliqué
qu’en de rares occasions.
Selon l’Autorité de la concurrence, les dispositions de l’article L. 420-4, I, 2º sont
d’interprétation stricte. Le progrès économique doit être un progrès pour la collectivi-
té dans son ensemble et non seulement pour les entreprises intéressées. Il doit être la
conséquence directe des pratiques en cause, ne doit pas pouvoir être obtenu par d’autres
voies et doit être suffisamment important pour justifier les atteintes à la concurrence.
Le progrès économique recherché doit être identifié de façon claire, objective et mesu-
rable, de sorte qu’il soit possible de vérifier ex post que l’objectif annoncé a effectivement
été atteint. Comme les autorités européennes, l’Autorité de la concurrence adopte l’ap-
proche dite de l’échelle mobile pour évaluer le profit tiré par les utilisateurs du progrès
économique allégué. Plus la restriction constatée est grande, plus les gains d’efficacité et
leur répercussion sur les utilisateurs doivent être importants. Lorsque les effets restric-
tifs d’un accord sont relativement limités et les gains d’efficacité substantiels, une partie
équitable des réductions des coûts sera assurément répercutée sur les consommateurs.
Enfin, l’accord doit être raisonnablement nécessaire à la réalisation des gains d’efficacité
allégués. Ainsi, l’instauration d’une commission interbancaire pour l’échange d’images-
chèques n’a pas été jugée nécessaire au progrès économique constitué par le passage à
un nouveau système de traitement dématérialisé des chèques dès lors que son principe
et son mode de calcul ont été décidés sans analyse préalable des pertes et gains liés à la
dématérialisation et sans qu’il soit établi qu’à la date de la conclusion de l’accord, l’une
au moins des banques concernées pouvait raisonnablement envisager qu’elle subirait
effectivement des pertes.
L’article L. 420-4 du Code de commerce, depuis la loi du 1er juillet 1996, mentionne la
possibilité d’exempter individuellement des pratiques «qui peuvent consister à organiser,
pour les produits agricoles ou d’origine agricole, sous une même marque ou enseigne,
les volumes et la qualité de production ainsi que la politique commerciale, y compris
en convenant d’un prix de cession commun». De plus, des accords spécifiques peuvent
100
LES FONDAMENTAUX
désormais aussi bénéficier d’une exemption par décret. Enfin, la loi NRE a ajouté une
référence expresse à la création et au maintien d’emploi, qui représente peut-être un acte
d’affirmation d’une volonté politique, mais ne modifie pas réellement la portée du texte.
S’inspirant du droit européen, l’article L. 420-4, dernier alinéa, prévoit que «certaines
catégories d’accords [...] peuvent être reconnues comme satisfaisant [aux] condi-
tions [de l’article L. 420-4, I, 2º] par décret pris après avis conforme de l’Autorité de la
concurrence».
À titre indicatif, le texte cite, parmi les catégories d’accords pouvant faire l’objet d’une
exemption, ceux qui «ont pour objet d’améliorer la gestion des entreprises moyennes ou
petites». En dépit de certaines ressemblances, le dispositif français est très différent de
celui mis en place au plan européen dans la mesure où il confie le pouvoir d’exemption
à une autorité distincte de celle à laquelle incombe la mission de contrôle. Afin d’assurer
une certaine harmonie entre la pratique décisionnelle de l’Autorité et les options du
pouvoir réglementaire, les décrets d’exemption ne peuvent cependant être édictés que
sur l’avis conforme de l’Autorité de concurrence. Deux décrets d’exemption ont été
publiés : le premier relatif aux labels agricoles, le second aux situations de surcapacité
dans le secteur agricole. Comme le montre la rareté des décrets d’exemption, le droit
français demeure relativement hostile à ce type d’approche administrée. Ainsi, à la diffé-
rence des règlements d’exemption européens, les deux décrets français ne dispensent pas
de la notification des accords concernés.
101
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
CHAPITRE II Applications
SECTION 1
Restrictions horizontales
I. Ententes de prix
A. Conditions de la prohibition
B. Formes de l’entente
II. Ententes de répartition de marché
A. Conditions de la prohibition
B. Formes de l’entente
III. Boycotts
A. Conditions de la prohibition
B. Formes de l’entente
IV. Dénigrement
V. Soumissions concertées
A. Offres concertées
B. Offres de couverture
C. Devis de couverture
D. Groupements momentanés d’entreprises
E. Accords de sous-traitance
VI. Échanges d’informations
VII. Syndicats / Associations professionnels
A. Accès et exclusion
B. Règles et usages
VIII. Accords de coopération
A. Accords sur les conditions commerciales
B. Accords de limitation de la production
C. Accord de commercialisation
D. Accords de vente en commun
E. Accords d’achat en commun
F. Accords de normes/certification
G. Accords de production
H. Accords de spécialisation
I. Accords de recherche-développement
IX. Groupements d’entreprises
A. GIE
B. Sociétés en participation
C. Coopératives
X. Entreprises communes
A. Qualification
B. Conditions de licéité
102
LES FONDAMENTAUX
SECTION 2
Restrictions verticales
I. Conditions générales de vente et accords de coopération commerciale
A. Droit européen
B. Droit français
II. Référencement
III. Obligation d’exclusivité
IV. Approvisionnement exclusif / Fourniture exclusive
A. Conditions de la prohibition
B. Exonération
V. Distribution exclusive
A. Conditions de la prohibition
B. Exonération
VI. Distribution sélective
A. Droit européen
B. Droit français
VII. Franchise
A. Protection des signes distinctifs et du savoir-faire
B. Clauses et pratiques restrictives
C. Exemption / Règle de raison
103
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
CHAPITRE II Applications
SECTION 1
Restrictions horizontales
A RETENIR
Des accords de prix, de répartition de marché, de boycott, qui constituent des ententes
pures et simples, seront donc logiquement jugés beaucoup plus sévèrement que des ac-
cords de coopération, en particulier lorsque ceux-ci se traduisent par la création d’une
entreprise commune.
La Commission a adopté deux règlements d’exemption relatifs aux accords de coopé-
ration, le premier concernant les accords de spécialisation, le second les accords de
recherche et de développement. Ces textes sont accompagnés de lignes directrices qui
doivent permettre aux entreprises d’apprécier la validité de leurs accords si ceux-ci ne
relèvent pas des règlements d’exemption, selon une analyse systématique précisément
définie qui se déroule en trois temps : (1) vérification de l’existence d’une restriction de
la concurrence du fait de l’objet de l’accord, ou à défaut, (2) d’un effet restrictif sensible
sur la concurrence, puis (3) appréciation au titre de l’article 101, paragraphe 3, des gains
d’efficacité.
PLAN
104
LES FONDAMENTAUX
I. Ententes de prix
A. Conditions de la prohibition
A RETENIR
Les articles 101, paragraphe 1, a), TFUE et L. 420-1 du Code de commerce prohibent
respectivement les accords qui consistent à «fixer de façon directe ou indirecte les prix
d’achat ou de vente ou d’autres conditions de transaction» ou «à faire obstacle à la
fixation des prix par le libre jeu du marché en favorisant artificiellement leur hausse ou
leur baisse». Un tel accord ou pratique présente une particulière gravité, car la liberté
de fixation des prix est une composante essentielle de la libre concurrence. Les en-
tentes de prix sont celles qui sont jugées les plus nocives et leur objet manifestement
anticoncurrentiel suffit à établir leur illicéité, sans qu’il soit nécessaire d’examiner
leurs effets réels. Peu importe si les prix fixés ont ou non été respectés en pratique.
L’entente peut avoir pour objet le prix lui-même - prix minimum ou maximum imposé,
alignement entre concurrents, maintien d’un prix défini en commun, commission, tarif
commun, redevance -, ou l’une de ses composantes - coût du produit ou du service,
marges ou remises. L’interdiction des ententes de prix concerne aussi les concertations
portant sur la fixation d’une partie du prix final.
La prohibition per se des accords portant sur les prix est écartée dans certains cas. Les
autorités européennes accordent l’exemption à un accord de prix, lorsqu’il s’avère indis-
pensable pour l’obtention de certains avantages, tels qu’une amélioration des services
au profit des utilisateurs ou une économie substantielle des frais de fonctionnement.
Encore faut-il qu’il n’élimine pas la concurrence pour une part importante des services
concernés. En droit français, lorsque le prix est uniquement conseillé, c’est-à-dire n’est
pas imposé par le biais de pressions directes ou indirectes, l’accord n’est pas illicite. De
même, des prix uniques promotionnels et temporaires peuvent être fixés entre commer-
çants indépendants regroupés au sein d’une coopérative. L’Autorité de la concurrence
estime cependant que la fixation d’un prix maximum, admissible dans une relation ver-
ticale, est susceptible d’être prohibée dans le cadre d’une entente horizontale, dès lors
qu’un prix plus élevé que le prix maximum imposé permettrait d’offrir un meilleur service
au consommateur ou de donner à l’entreprise des ressources l’autorisant à proposer un
autre produit à un prix plus bas ou de meilleure qualité. Les clauses qui fixent le taux de
la remise consentie par les adhérents d’une mutuelle peuvent également inciter ceux-ci à
limiter la concurrence par les prix lorsqu’il n’est pas précisé que la remise consentie a un
caractère minimum.
105
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
B. Formes de l’entente
A RETENIR
L’accord des parties peut revêtir les formes les plus diverses : barèmes, soumissions
concertées, clause rebus sic stantibus. L’intensité de l’obligation souscrite par les par-
ticipants à l’accord ne revêt aucune importance : une simple recommandation de prix
suffit à réaliser l’entente.
La fixation d’un prix, même seulement indicatif, est restrictive de concurrence car elle
permet à tous les participants de prévoir avec un degré raisonnable de certitude quelle
sera la politique de prix poursuivie par leurs concurrents et vise à imposer un compor-
tement uniforme et coordonné. Les clauses d’un accord qui, bien que présentées comme
destinées à empêcher des agissements déloyaux, donnent aux participants la possibilité
d’une action conjuguée contre des formes normales de concurrence, ont un objet anti-
concurrentiel. Ainsi, les mesures anti-dumping et les engagements de bonne conduite
inscrits dans un accord entre entreprises, qui visent à intervenir tant sur les prix que sur
le marché, caractérisent une entente de prix illicite au regard de l’article 101, paragraphe
1, TFUE.
Sans passer d’accord formel, des opérateurs peuvent mener une politique conjointe de
prix allant au-delà d’un simple parallélisme de comportement. Sous couvert d’une trans-
parence des prix, les compagnies pétrolières s’échangeaient, sur les autoroutes françaises,
de manière très régulière, leurs prix et chaque station-service ajustait le prix du carburant
en fonction de l’information reçue de ses concurrentes. Le Conseil de la concurrence a
lourdement condamné cette pratique jugée préjudiciable aux intérêts de consommateurs
captifs. La Cour d’appel de Paris est revenue sur cette solution, estimant que l’alignement
des prix était licite car il était la conséquence naturelle des caractéristiques du marché. La
politique tarifaire commune peut aussi être orchestrée par une organisation profession-
nelle, notamment lorsque celle-ci inclut dans ses statuts une clause imposant une concer-
tation sur les tarifs applicables dans le secteur concerné. De même, les grilles de marges,
les recommandations d’honoraires ou les études de prix caractérisent une entente illicite.
Mais un parallélisme de prix entre plusieurs entreprises indépendantes regroupées au
sein d’une enseigne commune ne suffit pas à établir l’existence d’une entente, notam-
ment lorsque des éléments objectifs tels que les conditions identiques ou très proches
d’approvisionnement ou d’exploitation expliquent cette uniformité.
Le barème de prix diffusé par une organisation professionnelle, une association ou un
syndicat, à l’intention de ses adhérents constitue, en France, la forme la plus courante
d’entente sur les prix. Les autorités de concurrence ont condamné les barèmes car ils
dissuadent les destinataires de fixer leurs prix de manière autonome. Peu importe qu’ils
visent à déterminer directement des tarifs ou à servir de simple élément de référence.
Même la diffusion d’un barème indicatif de prix est anticoncurrentielle car elle incite les
membres de l’organisation à aligner leurs tarifs sur le barème. La solution est identique
lorsque la pratique en cause consiste en l’émission, par un ordre professionnel, d’une
nomenclature qui fixe de manière détaillée les prix des prestations facturées par les adhé-
rents ou d’un barème de temps, qui, même s’il n’est qu’indicatif, détourne les membres de
l’organisation de l’appréhension directe de leurs coûts et de la détermination autonome
106
LES FONDAMENTAUX
des prix de vente. Dans tous les cas, les autorités de concurrence condamnent le fait
d’inciter des entreprises situées sur un même marché à appliquer des prix identiques sans
tenir compte des données spécifiques qui les caractérisent.
Les autorités de concurrence ont précisé que l’établissement d’une mercuriale n’est
pas en soi contraire aux règles de la concurrence, lorsqu’elle se limite à la publication
des prix effectivement constatés pendant une période déterminée et relevés selon des
méthodes scientifiques. Toutefois, si l’état des prix permet de disposer des «valeurs de
référence de prestations constituées de plusieurs éléments de coût de revient estimés
à partir de valeurs moyennes», la qualification de mercuriale est exclue. Tel est le cas
lorsqu’un groupement de référencement exerce des pressions sur des fabricants sous la
forme de menace de déréférencement pour qu’ils ne livrent pas directement certains cir-
cuits de distribution ou leur accordent des conditions commerciales discriminatoires. De
même, lorsque la mercuriale indique la moyenne des taux horaires de main-d’œuvre les
plus bas, les plus élevés ou moyens pratiqués, l’entente est constituée dès lors que, sur un
marché comme celui de la réparation automobile, où les offreurs sont de taille modeste
et peuvent difficilement accroître leur offre, les opérateurs n’ont pas une connaissance
suffisante de leurs propres coûts et sont susceptibles de suivre les prix mentionnés.
Les accords de répartition de marché qui tendent à maintenir la position des entre-
prises en place et sont habituellement le fait d’entreprises dominantes, souvent lea-
ders ou bénéficiaires d’une exclusivité, tombent presque systématiquement sous le
coup de la prohibition. En effet, la répartition des marchés ou des clients réduit le choix
des utilisateurs et provoque une augmentation des prix, voire une réduction de la pro-
duction. Il n’est pas nécessaire d’apprécier ses effets réels sur le marché pour consta-
ter l’infraction.
Toutefois, si les parties apportent la preuve qu’un accord de coopération horizontale, qui
contient une répartition des marchés, améliore la production ou présente un caractère
indispensable, une exonération peut lui être accordée. Tel n’est pas le cas de l’accord
de partage des marchés nationaux et de limitation des exportations entre producteurs
concurrents situés dans deux États membres différents qui provoque l’élimination pure
et simple d’un concurrent.
B. Formes de l’entente
Une entente de répartition de marché peut revêtir des formes diverses : réponse concer-
tée à un appel d’offres, partage d’activités entre membres d’un groupement, engagement
de non-concurrence, accords de pay-for-delay, diffusion d’informations trompeuses.
107
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
EXEMPLES
108
LES FONDAMENTAUX
III. Boycotts
A. Conditions de la prohibition
A RETENIR
La mise en place d’une politique commerciale qui réserve les produits ou services à des
clients agréés afin de lutter contre le commerce parallèle peut également caractériser un
boycott. De simples menaces de boycott peuvent même suffire. Le boycott constitue
l’une des infractions les plus graves aux règles de la concurrence car il entraîne l’élimina-
tion d’un concurrent du marché. Son caractère anticoncurrentiel peut donc être constaté
en raison de son seul objet. L’infraction peut être imputée à une entreprise sans qu’elle ait
participé effectivement ou même mis en œuvre les mesures de boycott. Sa constatation
ne nécessite pas que ses auteurs soient en situation de concurrence avec les entreprises
évincées. Le boycott peut être direct, la mise à l’index étant décidée par les participants au
boycott eux-mêmes, ou indirect, lorsque ces derniers font pression sur un tiers afin qu’il
ne contracte pas avec l’entreprise objet du boycott. Toutefois, seule l’action délibérée en
vue d’évincer un opérateur du marché est condamnable : la seule intention de limiter la
part de marché d’un concurrent ne suffit pas. En aucun cas, le comportement illicite des
concurrents victimes du boycott ne peut justifier une telle pratique anticoncurrentielle.
B. Formes de l’entente
Le boycott peut revêtir différentes formes. Il peut résulter de consignes émanant des
syndicats, organisations ou groupements professionnels, qui incitent leurs adhérents
à ne pas contracter avec l’entreprise désignée. Il en est ainsi lorsqu’un syndicat incite
ses membres à boycotter un réseau d’assureurs complémentaires afin d’empêcher le rem-
boursement intégral des lunettes de vue délivrées sans ordonnance médicale, même si
cette pratique est contraire aux dispositions du Code de la santé publique. Le syndicat
outrepasse dans ce cas la mission de protection de l’intérêt collectif qui lui incombe. Le
fait d’empêcher l’accès de certains opérateurs à des manifestations ou salons profession-
nels peut être qualifié de boycott dès lors que cette exclusion a pour objet ou pour effet
de restreindre leur capacité concurrentielle.
Le boycott peut se limiter à des menaces, des pressions, voire des mises en garde. Des
détaillants adoptent un comportement anticoncurrentiel lorsqu’ils font pression sur leurs
fournisseurs afin qu’ils ne livrent pas leurs concurrents qui pratiquent des prix inférieurs.
L’exclusion peut aussi prendre la forme d’un déréférencement. Toutefois, cette pratique
n’est contraire à l’article L. 420-1 du Code de commerce que si elle est assimilable à un
boycott des produits du fournisseur. De même, le regroupement au sein d’une centrale
de référencement ne s’identifie pas en soi à un boycott ; pour être répréhensible, il faut
qu’il ait pour objet de l’organiser.
109
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
IV. Dénigrement
A RETENIR
Acte de concurrence déloyale par excellence, le dénigrement peut devenir une pratique
anticoncurrentielle soumise à la compétence de l’Autorité de la concurrence lorsqu’il
est mis en œuvre de manière concertée par plusieurs entreprises pour discréditer un
concurrent.
Tel est le cas du fabricant et de son licencié qui arrêtent une communication dénigrante
auprès des médecins et pharmaciens afin de retarder ou décourager l’entrée de médica-
ments génériques sur le marché. Néanmoins, pour relever de l’article L. 420-1 du Code
de commerce, le dénigrement doit non seulement procéder d’une entente susceptible
d’affecter le fonctionnement du marché, mais aussi présenter tous les caractères requis
par la jurisprudence civile, notamment l’absence d’objectivité. Ainsi, une circulaire de
mise en garde rédigée par un syndicat professionnel, qui laisse entendre que seule la
marque NF est à même de garantir la conformité d’extincteurs aux exigences réglemen-
taires n’est pas dénigrante pour les fabricants et importateurs d’extincteurs certifiés par
les organismes d’autres Etats membres, dès lors qu’elle est diffusée avec le texte intégral
de l’arrêté qui déclare valables d’autres types de certifications de conformité. De même,
des propos qui ne font que relayer objectivement les prises de position des autorités
administratives en charge de la santé et de la sécurité des produits ainsi que les résultats
d’études menées par divers comités scientifiques, qui sont vérifiables et conformes au
cadre juridique en vigueur, ne peuvent donner lieu à une condamnation au titre d’un
dénigrement anticoncurrentiel.
V. Soumissions concertées
PLAN
A RETENIR
La connaissance par le maître d’ouvrage des liens unissant les sociétés membres d’un
groupement est sans incidence, dès lors qu’il ignore leur connivence.
Au-delà, le fait que le maître d’ouvrage ait eu connaissance de l’existence de la concer-
tation ou qu’il en ait été le complice n’efface pas l’illicéité de la soumission concertée.
Dans ce cas, le maître d’ouvrage est cependant susceptible d’exposer sa responsabi-
lité.
110
LES FONDAMENTAUX
A. Offres concertées
La réponse aux appels d’offres qui émanent principalement du secteur public consti-
tue le support privilégié de l’entente horizontale. Le caractère artificiel de la procédure
d’appel d’offres incite en effet les entreprises soumissionnaires à s’entendre afin de
se partager le marché. La soumission concertée consiste, lors de l’appel d’offres, à dé-
signer à l’avance l’entreprise la moins-disante tout en organisant un dépôt d’offres de
couverture par les autres. Ces offres, apparemment distinctes et émanant d’entreprises
concurrentes, sont en réalité concertées et induisent en erreur le maître d’ouvrage. La
soumission concertée s’accompagne souvent d’un échange d’informations préalable par
lequel les parties se concertent sur les prix, les quantités à produire, la répartition des lots
ou le recours à des accords de sous-traitance.
Les autorités de concurrence ont très tôt jugé que le fait de se concerter pour présenter
une offre de principe ou «carte de visite» constitue une pratique anticoncurrentielle. La
Cour d’appel de Paris a également condamné l’échange d’informations sur les candidats
et les lots convoités préalablement à la remise des plis en vue de permettre aux soumis-
sionnaires concurrents de déposer une seule offre utile par lot. Les autorités de concur-
rence ont par la suite précisé leur position en distinguant l’offre de principe ou «carte de
visite» et l’offre de couverture. Le dépôt d’une offre de principe n’est pas en soi illicite. Il
le devient dès lors qu’il résulte d’une concertation, ou ne s’explique que par un échange
d’informations, et est de nature à tromper le maître d’ouvrage sur l’étendue et la réalité
de la concurrence. La soumission présentée par une entreprise déjà connue du maître de
l’ouvrage ne peut s’analyser en une offre «carte de visite».
B. Offres de couverture
La pratique des «offres de couverture» consiste, pour des entreprises soumissionnaires
à un marché public, à se concerter afin de déterminer celle d’entre elles qui sera la
moins-disante, et qui aura par conséquent le plus de chances de l’emporter, les autres
entreprises présentant des offres dites de couverture, car moins attrayantes pour le
maître d’ouvrage. L’intérêt de cette pratique collusive réside dans sa réciprocité : les
entreprises qui déposent des offres de couverture espèrent bénéficier à leur tour de ce
service lors d’appels d’offres ultérieurs.
La pratique des offres de couverture est jugée anticoncurrentielle par son objet même,
lorsqu’il s’agit d’un marché public : selon l’Autorité de la concurrence, l’offre de couver-
ture résulte, nécessairement, d’une concertation. Peu importe que l’appel d’offres ait été
déclaré infructueux ou que l’offre de couverture déposée par un tiers n’ait pas permis
à l’entreprise de remporter le marché. La preuve de leur caractère illicite n’exige pas la
démonstration d’une réciprocité des offres car les contreparties accordées, par nature
occultes, peuvent emprunter des formes multiples.
Le dépôt unilatéral d’une offre dite «carte de visite» s’assimile à une offre de cou-
verture lorsqu’il procède d’un échange préalable d’informations. De même, les simili-
tudes des projets de soumissionnaires concurrents, les liens personnels et le rapport de
donneur d’ordres à sous-traitant existant entre eux, les liens structurels unissant leurs
sociétés et le caractère élevé de l’une des offres constituent un faisceau d’indices pré-
cis, graves et concordants qui établit la preuve d’une offre de couverture. La parfaite
111
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
C. Devis de couverture
Comme les offres, les devis de couverture sont illicites. L’Autorité de la concurrence
décide qu’il est contraire aux règles de la concurrence de se concerter entre entreprises
soumissionnaires en échangeant du papier à en-tête vierge ou en se communiquant
des informations aux fins d’établir des devis au profit de l’entreprise désignée comme
la moins-disante. Il importe peu que les sociétés en cause soient de bonne foi. La pra-
tique du devis de couverture est anticoncurrentielle autant par son objet que par son
effet. Ces pratiques ont non seulement pour effet de tromper le maître d’ouvrage sur la
réalité de la concurrence et sur les prix, mais entraînent aussi une répartition artificielle
du marché entre les entreprises soumissionnaires préalablement au dépôt de leurs offres.
Leur généralisation entre toutes les entreprises du marché concerné ne peut les justifier
quand bien même elles n’entraîneraient pas de hausse des prix. La complicité du client,
qui aurait demandé la rédaction de ces devis, est sans incidence sur le caractère anti-
concurrentiel de la pratique.
112
LES FONDAMENTAUX
E. Accords de sous-traitance
Lorsque les entreprises soumissionnaires envisagent de nouer des relations de
sous-traitance, le dépôt d’offres distinctes n’est licite que si elles font part de leurs
intentions au maître d’ouvrage. La solution est identique lorsque les parties envisagent
de recourir à la co-traitance. Par ailleurs, le donneur d’ordres étant tenu de faire accepter
par le maître d’ouvrage chaque sous-traitant, le non-respect de cette obligation revêt un
caractère anticoncurrentiel lorsqu’il a pour conséquence d’induire en erreur le maître
d’ouvrage sur la nature et l’étendue de ses choix. L’accord tacite de sous-traitance ou les
concertations consistant à organiser la sous-traitance des travaux aux soumissionnaires
non retenus, à l’insu du maître de l’ouvrage, constituent des pratiques anticoncurren-
tielles. Il en va ainsi, en particulier, lorsque plusieurs sociétés du même groupe pré-
sentent des offres concertées en vue d’une sous-traitance ultérieure du marché à l’une
d’elles, afin de contourner la règle de limitation des lots attribués à une seule entreprise
posée par le pouvoir adjudicateur. En revanche, il n’est pas illicite de recourir à davantage
de sous-traitants ou à d’autres que ceux initialement prévus dans l’offre du soumission-
naire lorsque la nature de l’activité et une suractivité ponctuelle l’exigent.
L’échange d’informations n’est pas en soi contraire aux règles de concurrence. Pour
qu’il soit prohibé, il faut qu’il ait pour objet ou pour effet de restreindre la concurrence.
La jurisprudence européenne a consacré une distinction entre l’échange d’informa-
tions anticoncurrentiel en soi et celui qui tombe sous le coup de la prohibition car il
constitue le moyen de faire fonctionner une autre entente, par exemple de répartition
de marché. La jurisprudence française s’est inspirée de cette distinction mais l’a appli-
quée de façon particulièrement sévère en retenant qu’un accord pouvait être condam-
nable à la fois en soi, parce qu’il portait sur des données jugées concurrentielles, et en
ce qu’il permettait de faire fonctionner une entente de répartition de marché.
L’échange d’informations sur les prix ou sur toutes autres informations stratégiques
est prohibé car il détourne les opérateurs d’une appréhension normale des conditions
de concurrence sur un marché devenu excessivement transparent. Plus généralement,
l’échange d’informations qui porte sur des données confidentielles, précises et actuelles,
a lieu avec une certaine régularité et périodicité, concerne un nombre restreint d’opéra-
teurs et se déroule sur un marché fortement concentré a toutes les chances de tomber
sous le coup de la prohibition, même si certaines des données échangées sont fausses.
113
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
Cependant, il n’est pas nécessaire que le marché soit oligopolistique pour que l’échange
soit proscrit : il suffit que l’offre ne soit pas atomisée. De même, un échange entre four-
nisseurs qui porte sur des données non individualisées ou sur des données segmentées
est tout aussi condamnable dès lors qu’il a pour objet de préparer des négociations avec
la grande distribution qui se fondent sur des évolutions globales et ne se déroulent pas
produit par produit. Enfin, le fait que les données soient publiques est également sans
incidence. En effet, un échange d’informations sur des prix déjà connus par les clients de-
meure condamnable, dès lors que leur obtention sur le marché aurait été plus complexe,
moins exhaustive et moins immédiate.
EXEMPLES
En revanche :
• on ne peut présumer à partir du seul caractère oligopolistique du marché et de
données abstraites qu’un échange régulier d’informations est de nature à altérer sen-
siblement la concurrence.
l’espèce. Ainsi, des informations confidentielles passées telles que des chiffres d’affaires
individualisés ou le nombre de contrats conclus par chaque entreprise ne présentent
pas nécessairement de caractère stratégique même si elles ne sont pas disponibles sur le
marché. La preuve d’un échange d’informations illicite est en revanche apportée lorsque
les données globales échangées présentent en elles-mêmes un intérêt stratégique par leur
grande actualité et la périodicité rapprochée des communications sur une longue période
de temps et ont été utilisées concrètement par les opérateurs pour définir leur politique
commerciale.
A. Accès et exclusion
A RETENIR
115
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
B. Règles et usages
A RETENIR
Les codes de bonne conduite établis par une organisation professionnelle caractérisent
ainsi des décisions d’association d’entreprises illicites lorsqu’ils limitent la liberté d’ac-
tion de ses membres. Toutefois, la restriction de concurrence présente un caractère indis-
pensable lorsqu’elle est la condition de l’exercice correct de la profession.
EXEMPLES
Quelles sont les conditions qu’une association professionnelle ne peut pas imposer à
ses membres sans enfreindre les règles de concurrence ?
• un ordre national des pharmaciens dépasse les limites du cadre légal lorsqu’il en
adopte systématiquement l’interprétation la plus défavorable à l’entrée de nouveaux
opérateurs sur le marché ;
• une organisation syndicale de pharmaciens, qui est autorisée par le législateur à
déterminer avec ses adhérents les permanences d’ouverture, ne peut empêcher un
pharmacien d’ouvrir son officine les jours de garde alors qu’il n’est pas lui-même de
permanence ;
116
LES FONDAMENTAUX
Un accord entre concurrents sur les conditions commerciales n’emporte pas les
mêmes effets restrictifs de concurrence qu’un accord de prix ou de répartition du mar-
ché.
Ainsi, un accord entre banques qui a pour seul objet les horaires d’ouverture de certains
services bancaires ne produit pas d’effet suffisamment sensible sur le marché pour en-
traîner la prohibition. La restriction peut même parfois s’avérer indispensable. Tel est
le cas de la fixation commune et uniforme des commissions et dates de valeur entre
différentes institutions financières, dans la mesure où elle permet une compensation
centralisée sans laquelle les frais de fonctionnement seraient considérablement augmen-
tés. En revanche, la qualification d’entente sera retenue lorsque la fixation commune des
conditions commerciales entraîne de graves distorsions de concurrence, en particulier
lorsqu’elle restreint la quantité de biens ou de services offerts sur le marché.
Les conditions générales entrent dans le champ d’application des Lignes directrices sur
les accords de coopération horizontale lorsqu’elles fixent des conditions types de vente
ou d’achat de biens ou de services entre concurrents et consommateurs pour des pro-
duits substituables. La Commission cite à titre d’exemple de secteurs où ce type de condi-
tions existe la banque ou les assurances.
117
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
Aussi les accords qui limitent la production sont-ils, sauf dans des cas exceptionnels,
considérés comme particulièrement dangereux pour la concurrence. Tel est le cas des
accords par lesquels des producteurs concurrents mettent en œuvre des interdictions
de production, fixent en commun des volumes à produire, des quotas de livraison,
contrôlent ou limitent la capacité de production, les investissements ou les sources d’ap-
provisionnement. De même, les interdictions générales d’importation et d’exportation,
les obligations d’acheter, ou les accords qui empêchent de fournir une technologie à des
concurrents sont prohibés.
Toutefois, un tel accord constitue exceptionnellement un progrès économique et tech-
nique, notamment parce qu’il permet de lutter contre des surcapacités ou répond à un
objectif de protection de l’environnement, et peut bénéficier d’une exonération. Tel est
le cas des accords de restructuration ou de rationalisation de la production ou de l’inter-
diction de produire ou d’importer des lave-linges techniquement anciens, dans le but de
privilégier l’essor sur le marché d’un modèle plus récent et moins polluant.
C. Accords de commercialisation
A RETENIR
Les accords passés entre concurrents pour organiser conjointement la vente, la distri-
bution ou la promotion de leurs produits peuvent revêtir plusieurs formes. Il peut s’agir
de vente groupée (V. infra), qui entraîne la détermination en commun de tous les as-
pects commerciaux de la vente du produit, prix compris, ou d’accords plus limités, qui
portent sur un seul aspect de la commercialisation, comme la distribution, le service
après-vente ou la publicité.
Selon les Lignes directrices sur l’applicabilité de l’article 101 TFUE aux accords de coo-
pération horizontale, les accords réciproques et non réciproques de distribution entre
concurrents doivent d’abord être analysés dans le cadre des dispositions relatives aux
accords horizontaux. Lorsque la coopération est autorisée, les conséquences verticales
de celle-ci doivent être appréciées dans le cadre des règles applicables aux restrictions
verticales. Le texte distingue également les accords de commercialisation en commun
de ceux dans lesquels la commercialisation est liée à une autre forme de coopération,
comme la production en commun. Dans ce cas, l’appréciation porte sur cette dernière.
L’accord de commercialisation en commun n’est soumis aux dispositions de l’article 101
TFUE, paragraphe 1, que si la part cumulée de marché des parties dépasse 15 %. Lors de
son appréciation, la Commission tient compte du degré de concentration du marché et
des parts de marché détenues. Un niveau élevé de concentration incite souvent les parties
à échanger des informations sur les prix et stratégies de commercialisation pour réduire
la marge d’incertitude.
118
LES FONDAMENTAUX
EXEMPLES
En revanche :
• rien ne s’oppose à ce que des concurrents mènent une politique commerciale com-
mune, dès lors qu’elle n’altère pas leur indépendance et que la fixation des prix ne
soit pas le fait d’entreprises en situation de se faire concurrence ou se situant dans
les mêmes zones de chalandise, où seuls des prix conseillés ou maximum de revente
sont possibles.
119
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
Des accords de vente en commun entre producteurs concurrents ont pour effet propre
de restreindre la concurrence, notamment lorsqu’ils impliquent la volonté concertée
de ne pas se concurrencer sur le marché ou instituent un monopole de fait sur celui-ci.
Ainsi, l’organisation d’un système de distribution exclusif des produits, qui ne laisse pas
de place à d’autres formes de distribution, adoptées individuellement, induit une struc-
ture de vente rigide restrictive de concurrence. Une obligation de livraison exclusive et
l’imposition d’indemnités de départ excessives prévues dans les statuts d’une coopérative
peuvent constituer des restrictions de concurrence, en particulier sur un marché sur le-
quel opère un nombre réduit d’opérateurs puissants pratiquant des clauses comparables.
En revanche, l’accord de coopération n’est pas restrictif de concurrence lorsqu’il porte
sur des biens spécialisés non concurrents, ou que la restriction est indispensable.
Les accords d’achat groupé sont conclus entre des entreprises qui sont au moins en
concurrence sur les marchés d’achat des produits. Selon la Commission, l’article 101
TFUE, paragraphe 1, n’est pas, en principe, applicable à l’accord passé entre des entre-
prises qui n’opèrent pas sur le même marché aval. Son application ne fait aucun doute,
en revanche, si le groupement des achats constitue le véhicule d’une entente déguisée
interdite, telle qu’une entente de prix ou de répartition de marché.
120
LES FONDAMENTAUX
F. Accords de normes/certification
La normalisation permet de définir des exigences techniques ou de qualité des produits,
processus ou méthodes de production, actuels ou futurs. Les normes peuvent être défi-
nies soit par des entreprises privées, soit sous l’égide d’organismes publics ou chargés de
la gestion de services d’intérêt économique général. Selon la Commission, les accords de
normes sont susceptibles de produire des effets sur quatre marchés : celui des produits
ou services concernés, celui des technologies en cause, celui des activités normatives et
celui des essais et de la certification.
A RETENIR
Ainsi, pour être licite, l’accord de normes ou de certification doit être totalement ouvert et
ne pas exclure, sans justifications objectives, les entreprises non certifiées qui apportent
des garanties équivalentes, ni limiter le développement technique, la production et les
débouchés des autres systèmes par le biais d’accords de licence. Selon la Commission, la
participation à la définition de la norme ne doit faire l’objet d’aucune restriction, sa pro-
cédure d’adoption doit être transparente, les accords ne doivent fixer aucune obligation
quant au respect de la norme et permettre d’y accéder dans des conditions équitables,
raisonnables et non discriminatoires. De même, le Conseil de la concurrence considère
qu’un organisme de certification n’excède pas les limites de sa mission de recherche de
l’amélioration de la qualité dans le «bâtiment» en procédant à des tests de qualité, même
sans y être habilité par son règlement intérieur, dès lors que la qualification délivrée sur
121
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
G. Accords de production
Des entreprises concurrentes se rapprochent parfois pour grouper leur production. L’ac-
cord de production est, selon le règlement 1218-2010, celui par lequel deux ou plusieurs
parties acceptent de fabriquer certains produits conjointement. La concertation peut de
facto prendre la forme d’un accord de production conjointe au travers d’une structure
commune ou d’un accord de spécialisation ou de sous-traitance, par lequel chaque partie
s’engage à réaliser une partie de la production ou une étape du processus de fabrication
122
LES FONDAMENTAUX
en fonction de sa spécialité.
A RETENIR
Bien que les articles 101 TFUE et L. 420-1 du Code de commerce prohibent les accords
qui ont pour objet ou pour effet de limiter ou contrôler la production, de tels accords
peuvent échapper à l’interdiction, dès lors qu’ils n’ont pas d’autre objet que de per-
mettre aux entreprises de rationaliser leur production ou de leur éviter d’entreprendre
des fabrications pour lesquelles elles ne sont pas compétitives, tout en permettant à
chacune d’elles de proposer à la clientèle une gamme complète de produits.
H. Accords de spécialisation
Les accords de spécialisation dans le domaine de la production permettent aux entre-
prises concernées de concentrer leur activité sur la fabrication de certains produits, tra-
vailler de façon plus efficace et offrir les produits en cause à des prix plus avantageux.
La spécialisation, qui porte sur la production et sur la fourniture réciproque des articles
de producteurs concurrents, est susceptible de modifier le courant des échanges des
produits en cause. Elle restreint la liberté d’action présente et future des parties dans
la mesure où chaque contractant renonce, pendant une période indéterminée, à toute
activité d’investissements et de production dans le domaine de spécialisation du parte-
naire. La spécialisation peut être unilatérale ou réciproque. Le règlement 1218-2010 du
14 décembre 2010, relatif à l’application de l’article 101, paragraphe 3, du Traité sur le
fonctionnement de l’Union européenne à des catégories d’accords de spécialisation, vise
les deux formes de spécialisation (art. 1er).
A RETENIR
L’accord est exempté dès lors que la part de marché cumulée des entreprises parti-
cipantes n’excède pas 20 % du marché en cause (Règl. 1218-2010, art. 3). L’exemp-
tion par catégorie s’applique aux restrictions accessoires à la spécialisation, telles que
l’obligation d’achat exclusif et/ou de fourniture exclusive (art. 2).
La part de marché est calculée sur la base de la valeur des ventes réalisées sur le marché,
ou, à défaut, sur la base d’estimations fondées sur d’autres informations fiables, comme
le volume des ventes, pour l’année civile précédente (art. 5). Si la part de marché initia-
lement inférieure à 20 % excède ce seuil sans dépasser 25 %, l’exemption est maintenue
123
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
durant les deux années qui suivent le premier dépassement. Si le seuil initialement in-
férieur à 20 % dépasse ensuite 25 %, l’exemption reste applicable pendant une année
suivant celle où le seuil de 25 % a été franchi la première fois. Le règlement fixe des
clauses noires qui excluent l’exemption : fixation de prix, répartition de marché ou limi-
tation de la production (art. 4). Ne sont toutefois pas concernées les clauses qui fixent
la quantité convenue des produits dans le cadre d’accords de spécialisation unilatérale
ou réciproque ou les capacités et le volume de production d’une entreprise commune de
production dans le cadre d’un accord de production conjointe.
Avant l’entrée en vigueur du premier règlement d’exemption, la Commission a affirmé
qu’un accord de spécialisation entre producteurs concurrents peut être plus efficace que
la concurrence elle-même pour réduire la capacité et améliorer le taux d’utilisation car
les effets bénéfiques sont perçus immédiatement. Aussi a-t-elle accordé l’exemption aux
accords entre concurrents, qui ont permis de rationaliser efficacement les activités dans
un secteur atteint par de graves surcapacités structurelles, laissé la possibilité aux parties
à l’entente d’offrir à la vente un assortiment complet dans toutes les gammes de prix, ou
facilité le développement des recherches permettant une amélioration de la qualité du
produit. L’actuel règlement confirme ce régime de faveur en précisant dans l’exposé des
motifs que les accords de spécialisation contribuent à l’amélioration de la production
ou de la distribution des produits ou services, lorsque les parties possèdent des compé-
tences, des actifs ou des activités complémentaires.
I. Accords de recherche-développement
Le règlement 1217-2010 du 14 décembre 2010, concernant l’application de l’article
101, paragraphe 3, du Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne à des caté-
gories d’accords de recherche et de développement, définit cette activité comme «l’ac-
quisition d’un savoir-faire relatif à des produits, des technologies ou des procédés, ainsi
que la réalisation d’analyses théoriques, d’études ou d’expérimentations systématiques, y
compris la production expérimentale, les tests techniques de produits ou de procédés, la
réalisation des installations nécessaires et l’obtention de droits de propriété intellectuelle
pour les résultats obtenus» (Règl. 1217-2010, art. 1er). La recherche et le développe-
ment ou l’exploitation des résultats sont effectués de manière «conjointe» lorsque les
tâches y afférentes sont (i) exécutées par une équipe, une organisation ou une entre-
prise commune, (ii) confiées en commun à un tiers, ou (iii) réparties entre les parties en
fonction d’une spécialisation dans la recherche, le développement, la production ou la
distribution.
L’article 101 TFUE est inapplicable aux accords de recherche-développement lorsque les
parties soit procèdent à la recherche et au développement en commun de produits ou
de procédés et exploitent en commun leurs résultats, soit effectuent l’une de ces activités
isolément (art. 1er). L’exemption concerne également la recherche et le développement
qui ne seraient pas l’objectif premier de l’accord en cause, mais directement liés et néces-
saires à sa mise en œuvre (art. 2). Lorsque les parties ne sont pas concurrentes, l’exemp-
tion est accordée pour toute la durée de la recherche et du développement. L’exemption
continue de s’appliquer pendant une période de sept ans à compter de la date de pre-
mière mise dans le commerce des produits contractuels à l’intérieur du marché intérieur
124
LES FONDAMENTAUX
A RETENIR
Elle est calculée sur la base de la valeur des ventes réalisées sur le marché, l’année civile
précédente (art. 7). À l’issue de l’accord ou de la période de sept ans, les parties conti-
nuent de bénéficier de l’exemption tant que la part de marché ne dépasse pas 25 %.
Il faut dans tous les cas que les résultats des travaux de recherche et de développement
en commun soient accessibles à toutes les parties pour des recherches complémentaires
ou leur libre exploitation. Seuls des résultats protégés par des droits de propriété intel-
lectuelle ou qui caractérisent un savoir-faire contribuant de façon notable au progrès
technique ou économique peuvent faire l’objet d’une exploitation en commun. Ces ré-
sultats doivent en outre être essentiels pour la fabrication des produits contractuels ou
l’utilisation des procédés contractuels. Une obligation de livrer les parties à l’accord de
recherche-développement pèse sur l’entreprise chargée de la fabrication de ces produits
(art. 3).
Le texte prévoit un certain nombre de clauses noires (art. 5) : outre la limitation de la pro-
duction ou des ventes, la fixation des prix ou la répartition de la clientèle, habituellement
prévues par les règlements d’exemption par catégorie, il comprend d’autres restrictions
caractérisées. Les entreprises parties doivent demeurer libres de poursuivre la recherche
et le développement dans le domaine visé par l’accord, dans un domaine lié ou sans
rapport. La liberté de contester la validité des droits de propriété intellectuelle, après la
réalisation des travaux de recherche et de développement, ne doit pas être restreinte.
L’interdiction de procéder à des ventes passives ou actives, de concéder à des tiers des
licences de fabrication des produits contractuels ou d’utilisation des procédés contrac-
tuels, de pratiquer des livraisons croisées ou les mesures faisant obstacle à la théorie de
l’épuisement des droits (V. infra) constituent des clauses restrictives qui font obstacle
au bénéfice de l’exemption. Le règlement 1217-2010 prévoit également désormais des
clauses rouges qui s’opposent à l’exemption d’une obligation déterminée sans remettre
en cause l’exemption du contrat dans son ensemble. L’article 6 exclut ainsi l’obligation
de ne pas contester la validité des droits de propriété intellectuelle détenus par les parties
dans le marché intérieur et utiles à la recherche et au développement et l’obligation de
subordonner l’octroi de licences des technologies contractuelles à des tiers à l’exploita-
tion, au sein du marché intérieur, par au moins une des parties des résultats des activités
conjointes ou rémunérées de recherche et de développement.
125
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
A. GIE
A RETENIR
EXEMPLES
B. Sociétés en participation
La société en participation constitue une forme sociale très souple. Elle n’est ni obliga-
toirement immatriculée, ni soumise à publication. Elle se prouve par tous moyens (art.
1871 et s. C. civ.). Cette souplesse séduit les entreprises qui souhaitent s’associer mo-
mentanément sans aller jusqu’à créer une filiale commune.
126
LES FONDAMENTAUX
A RETENIR
L’association d’entreprises concurrentes n’est pas en soi illicite. Ce sont les pratiques
et comportements adjacents ou sous-jacents à cette association qui sont susceptibles
de tomber sous le coup des règles de concurrence.
Ainsi, la Cour d’appel de Paris a affirmé que l’existence d’une société en participation ne
constitue pas par elle-même un indice d’entente illicite.
En revanche, des entreprises ayant constitué une société en participation pour soumis-
sionner à un appel d’offres en commun ne peuvent présenter des offres distinctes, dont
l’une moins-disante, sans porter à la connaissance du maître de l’ouvrage la convention
qui les lie. Lorsque l’association n’a d’autre justification qu’une «connivence» en vue de
fausser le libre jeu de la concurrence, la création d’une société en participation est illicite.
Il en irait autrement si les entreprises n’effectuaient leur regroupement qu’après l’attribu-
tion du marché. De même, la réunion de fabricants au sein d’une société en participation
pour grouper leurs moyens de production ne doit pas être l’occasion pour ceux-ci d’un
engagement de fourniture auprès de cette structure commune.
C. Coopératives
A RETENIR
Des concurrents se regroupent au sein d’une société coopérative afin de mener une
politique commerciale fondée sur une enseigne unique. Il leur est loisible dans ce
cadre de déterminer des formules de vente en adéquation avec l’image de marque de
l’enseigne. Ce système, assez proche dans son esprit, d’un accord vertical de distribu-
tion, n’est pas en soi anticoncurrentiel.
EXEMPLES
Quelles sont les clauses qu’une coopérative peut licitement imposer à ses membres :
• une exclusivité d’achat ou de livraison à condition qu’elle ne soit pas assortie d’in-
demnités de départ excessives ;
• l’exclusion de la publicité de la vente à emporter ou l’interdiction d’appartenance
à plusieurs réseaux dans la mesure où elles fortifient l’image de la coopérative ;
• la clause pénale qui prévoit le paiement d’une indemnité en cas de départ anticipé
d’une coopérative de distributeurs réunis sous la même enseigne ;
• l’organisation par les coopérateurs sous leur enseigne d’une campagne publicitaire
127
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
temporaire portant sur un prix promotionnel unique dès lors qu’il s’agit d’un prix
maximum conseillé et qu’il n’existe pas de pressions directes ou indirectes en impo-
sant l’application ;
• un engagement de non-réaffiliation post-contractuelle dès lors que l’ancien adhé-
rent conserve la possibilité de poursuivre ses relations commerciales avec la clientèle
acquise et d’exercer ainsi une certaine pression concurrentielle.
X. Entreprises communes
A RETENIR
Les entreprises communes pouvant relever soit du droit des ententes soit du contrôle
des concentrations, il est nécessaire, avant d’examiner leurs conditions de licéité, de
procéder à leur qualification.
A. Qualification
L’entreprise commune est une entreprise soumise au contrôle conjoint de deux ou plu-
sieurs autres entreprises économiquement indépendantes les unes des autres. La créa-
tion d’une entreprise commune à laquelle plusieurs entreprises confient une partie de
leur activité et dont la direction est assurée par elles sur un pied d’égalité tient autant de
l’entente que de la concentration. On distingue traditionnellement l’entreprise commune
coopérative, susceptible de tomber sous le coup des articles 101 TFUE et 420-1 du Code
de commerce, de l’entreprise commune concentrative, qui relève des règles relatives aux
concentrations.
A RETENIR
128
LES FONDAMENTAUX
Cette entreprise commune de plein exercice opère «sur un marché, en y accomplissant les
fonctions qui sont normalement exercées par les autres entreprises présentes sur ce mar-
ché», possède «un personnel d’encadrement se consacrant à ses activités quotidiennes»
et a accès «à toutes les ressources nécessaires, en termes de financement, de personnel et
d’actifs (corporels et incorporels), pour exercer son activité de manière durable à l’inté-
rieur de la zone prévue à cet effet dans l’accord d’entreprise commune». Les comporte-
ments d’une telle entreprise qui sont détachables de sa création continuent d’être soumis
aux règles de l’article 101 TFUE.
A RETENIR
Les comportements d’une telle entreprise qui sont détachables de sa création continuent
d’être soumis aux règles de l’article L. 420-1. A contrario, une entreprise commune qui
ne serait pas de plein exercice relève, tant en droit européen qu’en droit français, du droit
des ententes.
Une entreprise commune est assimilable à une entente entre ses sociétés mères lorsque
l’assistance qu’elles dispensent à tous les stades de son activité ne se limite pas à une
phase initiale normale de lancement. Il en est ainsi de l’entreprise qui ne dispose pas des
ressources nécessaires pour exercer une activité économique durable, est tributaire de
ses sociétés mères, et qui agit sur le marché selon des modalités proches de celles d’un
comptoir de vente en commun, ou qui ne bénéficie pas d’un transfert d’actifs, et dont les
sociétés mères ne se sont pas retirées du marché.
B. Conditions de licéité
La création d’une filiale commune coopérative n’est pas à elle seule constitutive d’une en-
tente illicite. Son illicéité tient soit à l’objet anticoncurrentiel qui a présidé à sa création,
soit au fait qu’elle constitue le véhicule d’une entente.
Dès son rapport pour l’année 1987, le Conseil de la concurrence soulignait que les sys-
tèmes de distribution sélective ne sont pas nécessairement contraires aux dispositions
de l’article L. 420-1 du Code de commerce mais peuvent bénéficier d’une exonération
au titre de la règle de raison. Si la sélection a pour conséquence de limiter le nombre de
détaillants admis à commercialiser le produit en cause et peut être de nature à diminuer
l’intensité de la concurrence par les prix, elle est également une source de concurrence.
Au fil des années, l’Autorité de concurrence a adopté une approche souple mettant l’ac-
cent sur l’ambivalence des accords de distribution qui réduisent la concurrence entre
membres du réseau (concurrence intramarque), mais augmentent en principe la concur-
rence entre réseaux (concurrence inter-marques). Ils doivent donc être appréciés au re-
gard du contexte dans lequel ils sont mis en œuvre.
Lorsque la restriction produit des effets limités au territoire national (ce qui rend le
règlement en principe inapplicable), l’autorité de concurrence française estime que les
règles européennes peuvent servir de guide d’analyse dans le cadre de la règle de raison.
129
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
A RETENIR
De même, l’entente n’est pas illicite lorsque les entreprises concernées n’auraient pu
entrer seules sur le marché et que l’opération est de nature à accroître la concurrence
en créant un nouveau concurrent dans un segment en expansion rapide ou lorsqu’elle
favorise l’entrée d’un nouvel opérateur sur un marché récemment libéralisé caractérisé
par une forte pression de l’opérateur historique.
L’entreprise commune bénéficie de l’exonération au titre de la règle de raison ou de
l’exemption prévue à l’article 101, paragraphe 3, TFUE lorsqu’elle contribue au progrès
économique en réservant une partie équitable du profit aux utilisateurs. Les restrictions
imposées aux entreprises participantes doivent, en outre, être indispensables pour at-
teindre ces objectifs, et ne pas conduire à une élimination de la concurrence. Tel est le cas
lorsque la création de l’entreprise commune améliore la fréquence du service, la qualité,
la quantité et la diversité des produits, à des coûts compétitifs, réduit les frais de com-
mercialisation et d’administration au profit des utilisateurs, permet de réaliser un gain de
temps, rentabilise un risque financier important ou donne lieu à des économies d’échelle
conséquentes, ou, enfin, favorise une synergie des connaissances et le développement de
nouvelles technologies que les opérateurs n’auraient pu réaliser individuellement.
PLAN
1. Effet de groupe
La constitution d’une entreprise commune entre des opérateurs concurrents peut entraî-
ner un «effet de groupe» (spill-over effect), qui se définit comme l’ensemble des restric-
tions de concurrence attachées à la création ou au fonctionnement d’une entreprise com-
mune du fait des rapports que les sociétés mères entretiennent entre elles ou avec leur
filiale. L’effet de groupe peut être apprécié dans le cadre du contrôle des concentrations
lorsque l’entreprise commune est de «plein exercice» ou au regard des articles 101 TFUE
et L. 420-1 du Code de commerce, dans le cas contraire. Il peut résulter d’engagements
exprès des sociétés mères et de l’entreprise commune ou être déduit des liens organiques
et opérationnels qu’elles ont noués. En pratique, un effet de groupe a toutes les chances
de se produire si les différents opérateurs interviennent sur le même marché ou sur des
marchés proches, géographiquement ou matériellement. Au contraire, le retrait des socié-
130
LES FONDAMENTAUX
2. Effet de réseau
La création d’une entreprise commune entre des opérateurs concurrents déjà liés par
un réseau d’entreprises communes accroît l’atteinte portée au libre jeu de la concur-
rence. Les distorsions de concurrence susceptibles de résulter d’un réseau d’entreprises
communes concurrentes sont multiples. L’influence exercée par un associé commun sur
leur comportement sur le marché ou la dépendance technologique liée à la détention de
droits de propriété intellectuelle sont autant de liens qui laissent présumer une absence
de comportement véritablement concurrentiel entre les différents opérateurs. Toutefois,
lorsque ces restrictions sont d’une durée limitée et indispensables à la création d’un pro-
duit nouveau, de haute technicité, l’exemption individuelle peut être accordée.
131
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
3. Restrictions accessoires
La création et le bon fonctionnement d’une entreprise commune peuvent être assortis
de restrictions accessoires qui suivent le régime de l’accord portant création de celle-
ci, telles que des engagements de non-concurrence. Les restrictions accessoires à la
constitution d’une entreprise commune sont licites dès lors qu’elles sont indispensables
et ne vont pas au-delà de ce que la création de l’entreprise commune exige. Tel est le cas
de la clause par laquelle une entreprise commune s’engage à traiter ses associés à égalité
de conditions par rapport aux clients tiers, de l’exclusivité de distribution accordée à
l’entreprise commune, de l’obligation de s’approvisionner exclusivement auprès de la
filiale commune, de la concession de licence exclusive ou des restrictions d’établissement
postcontractuelles.
SECTION 2
Restrictions verticales
A RETENIR
Les restrictions verticales résultent généralement d’accords conclus entre des opé-
rateurs situés à des stades différents du processus économique. Les accords de dis-
tribution constituent leur domaine d’élection. Les accords verticaux font l’objet d’une
certaine indulgence dans la mesure où, à la différence des accords horizontaux, ils en-
traînent en principe un accroissement de la concurrence intermarques. De plus, alors
que, dans les relations horizontales, le pouvoir de marché de l’une des entreprises
peut inciter ses concurrents à adopter un comportement anticoncurrentiel, dans les
relations verticales, il y a en principe neutralisation du pouvoir de marché.
Lorsque le marché n’est pas concentré et que les entreprises sont nombreuses, on peut
considérer que les restrictions verticales ne produiront pas d’effets négatifs. Selon la
Commission, les restrictions verticales ne suscitent de difficultés, du point de vue de
la concurrence, que lorsque la concurrence est insuffisante à un ou plusieurs stades du
commerce, c’est-à-dire lorsqu’il existe un certain pouvoir de marché au niveau du four-
nisseur, à celui de l’acheteur ou à ces deux niveaux. Après avoir, dans un premier temps,
analysé les restrictions verticales uniquement dans le cadre de l’article 101, paragraphe 3,
les autorités européennes ont admis que certaines restrictions pouvaient être nécessaires
au fonctionnement même du système de distribution. Ces restrictions échappaient par
conséquent à l’article 101, paragraphe 1. Sur habilitation du Conseil, la Commission
avait, en outre, adopté plusieurs règlements d’exemption par catégorie, qui couvraient les
principaux accords de distribution.
Les difficultés soulevées par l’application de ces différents règlements ont conduit la
Commission à modifier sa politique d’exemption en élaborant des règlements plus
souples et orientés vers une approche résolument économique. Le règlement 2790-
1999 du 22 décembre 1999 sur l’application de l’article 81, paragraphe 3, du Traité
à des catégories d’accords verticaux est le premier de ces règlements «nouvelle géné-
ration». Il est remplacé, depuis le 20 avril 2010, par le règlement 330-2010 concer-
nant l’application de l’article 101, paragraphe 3, du Traité sur le fonctionnement de
132
LES FONDAMENTAUX
PLAN
Les accords verticaux, qui ont pour objet la fixation des conditions générales de vente,
ne produisent pas d’effets négatifs sur la concurrence, s’ils préservent la liberté du
distributeur et ne sont pas discriminatoires.
133
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
Les conditions générales de vente ne doivent pas limiter la liberté d’action économique
des partenaires et empêcher les initiatives individuelles tendant à attirer plus de clients
et à renforcer la concurrence.
L’influence exercée par un fabricant sur la politique commerciale de ses revendeurs, qui
est tolérée lorsqu’elle s’insère dans le fonctionnement normal d’un réseau de distribution
(franchise, distribution sélective, distribution exclusive, approvisionnement exclusif), ne
va pas jusqu’à permettre l’imposition d’un prix plancher. Les prix doivent pouvoir être
librement fixés par le distributeur en fonction de ses propres coûts. Des conditions gé-
nérales de vente, qui font interdiction aux détaillants de fixer leurs prix de revente, sont
donc anticoncurrentielles. Les clauses de prix imposé constituent d’ailleurs une restric-
tion caractérisée, au sens du règlement 330-2010, qui exclut l’exemption. L’application,
à l’égard de partenaires commerciaux, de conditions inégales à des prestations équiva-
lentes en leur infligeant de ce fait un désavantage dans la concurrence est également
prohibée par l’article 101, paragraphe 1, TFUE. Dès lors, si les conditions de vente
peuvent différer selon les acheteurs, le traitement différencié ne doit pas permettre une
attribution discriminatoire des remises, faire obstacle au commerce parallèle ou exclure
une forme de distribution. Enfin, de façon plus spécifique, des conditions de vente ne
peuvent avoir pour effet d’isoler le marché de chaque État membre et de soustraire à la
concurrence, à partir d’un ou plusieurs autres États membres, les prix appliqués dans
chacun de ces marchés. Aussi la clause des conditions générales de vente d’un fournis-
seur qui interdit aux distributeurs d’exporter les produits contractuels a-t-elle un objet
anticoncurrentiel. L’interdiction de rétrocessions est assimilée à une interdiction indi-
recte d’exporter prohibée.
B. Droit français
A RETENIR
Les accords verticaux ayant pour objet la fixation de prix de vente ou qui imposent des
conditions discriminatoires sont contraires à l’article L. 420-1 du Code de commerce.
Mais le régime juridique des conditions générales de vente et accords de coopération
commerciale n’est pas toujours dénué d’ambiguïté.
134
LES FONDAMENTAUX
distributeurs auxquels ils sont accordés et de résister aux demandes des distributeurs qui
n’en bénéficient pas. En cela, les accords de coopération commerciale peuvent contribuer
à la fixation d’un prix minimum contraire à l’article L. 420-1 du Code de commerce. L’on
observe que l’Autorité a tendance à condamner sur le fondement du droit des ententes
les accords qui ne lui paraissent pas justifiés au regard du droit de la transparence (ré-
munération confidentielle, avantage pour progression du chiffre d’affaires), et à exonérer
ceux qui lui paraissent conformes à ces règles (rémunération d’un service répondant aux
conditions de la coopération commerciale).
PLAN
Les conditions générales ne doivent pas conférer au prix un caractère artificiel imposé
au revendeur.
EXEMPLES
135
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
prix n’est pas absolue et que tous les produits concernés ne sont pas offerts à la
vente ;
• lorsque par le jeu d’une clause pénale les remises de coopération commerciale
peuvent être supprimées et une marge minimale imposée ;
• lorsque l’intégration de remises différées même conditionnelles dans les prix est
interdite ;
• lorsque le fabricant a la possibilité de supprimer les remises s’il estime qu’il y a
revente à perte ;
• lorsque la clause d’un contrat de distribution conclu entre un producteur et ses
grossistes plafonne le niveau des remises que ces derniers sont susceptibles d’accor-
der aux distributeurs ;
• lorsque les conditions générales de vente du fabricant imposent aux grossistes
sous peine de sanction pécuniaire un prix de revente correspondant à celui fixé dans
une liste ainsi qu’une obligation de police ou de surveillance des prix pratiqués par
les détaillants ;
• lorsque des remises faussement conditionnelles sont octroyées de manière quasi
systématique sans réel contrôle du respect des objectifs commerciaux fixés et dispro-
portionnées par rapport au service rendu ;
• lorsque l’entreprise et ses distributeurs ont signé une charte par laquelle ils ont
convenu des prix de revente sur internet.
Un alignement des prix peut également révéler l’existence d’une entente. L’alignement
ne doit pas répondre à un comportement commercial autonome, le parallélisme de
comportement n’établissant pas en soi la concertation. Pour démontrer le consente-
ment des distributeurs à la politique de prix du fournisseur, l’Autorité de la concur-
rence a développé, dans l’affaire des parfums (Cons. conc. 13 mars 2006, n° 06-D-04,
LawLex06762), un test en trois temps (triple test) en utilisant la méthode du faisceau
d’indices. L’échange des consentements existe dès lors (1) que les prix de vente pu-
blics ou les taux de remise maximum ont été évoqués par le fournisseur, (2) que des
dispositifs de police des prix ont été mis en place et (3) que les prix conseillés ont été
appliqués de manière significative.
Des prix peuvent être «évoqués» sans qu’il soit nécessaire qu’ils aient été négociés avec les
distributeurs ni même discutés oralement. L’évocation des prix s’entend de tout procédé
par lequel le fournisseur fait connaître à son distributeur les prix de détail, et non de gros,
auxquels il souhaite vendre son produit.
136
LES FONDAMENTAUX
EXEMPLES
L’alignement des prix n’est pas condamnable lorsqu’il s’explique par une autre cause que
l’évocation des prix par le fournisseur, comme la forte transparence du marché due à la
publication de relevés de prix publics pratiqués par les grandes enseignes.
La police des prix se manifeste non seulement par l’exercice de pressions, menaces de
rétorsions et représailles effectives de la part du fournisseur, comportements qui appar-
tiennent à une catégorie extrême dans l’éventail des mesures de police, mais également
par des interventions moins importantes comme des demandes de remontées de prix de
vente ou de simples témoignages de distributeurs faisant état d’interventions pressantes du
fournisseur pour les inciter à corriger les anomalies constatées dans leur politique de prix.
L’Autorité de la concurrence considère enfin qu’un taux de respect des prix publics indi-
catifs d’au moins 80 % fait présumer l’application effective des prix. En deçà, l’analyse doit
être complétée par la prise en considération de la dispersion des prix relevés, en observant
directement la concentration des prix à proximité du prix public indicatif. La représenta-
tivité des relevés peut s’avérer insuffisante pour conclure à l’existence d’une pratique de
respect des prix imposés. Ainsi, en l’absence d’autres éléments probants, la preuve de la
participation des distributeurs à une entente verticale de prix imposé n’est pas apportée
lorsque les relevés de prix établissent un taux de respect se situant autour de 50 %. De
même, les relevés effectués par l’Administration pour une période de temps limitée n’ont
pas nécessairement force probante pour une période de temps plus étendue. En effet, pour
établir l’application effective, les relevés doivent être en nombre suffisant, porter sur une
région géographique assez étendue et concerner plusieurs produits dans des points de
vente relevant de modes de distribution diversifiés, alors en outre que les parties ont signé
un contrat de coopération commerciale impliquant le respect de la politique commerciale
du fabricant par les revendeurs dans leurs publicités. Enfin, lorsque le fabricant a diffusé
des prix conseillés variables selon le secteur de mise sur le marché, l’Administration doit
137
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
préciser les lieux où ont été relevés les prix qu’elle invoque. La Cour de cassation a précisé
que les relevés de prix ne constituent qu’un indice parmi d’autres et que le prix affiché en
magasin constitue le prix effectivement pratiqué, sans qu’il y ait lieu de tenir compte des
remises effectuées en caisse.
Selon la Cour de cassation, la preuve de la restriction verticale imputée au fournisseur
n’exige pas l’identification de tous les distributeurs ayant participé à l’entente, a fortiori
lorsque l’infraction n’est pas retenue à l’encontre de tous les distributeurs des différents
réseaux concernés, mais seulement à celui des membres des trois plus grandes enseignes
mises en cause. Enfin, lorsqu’il existe des preuves documentaires directes d’une entente
verticale sur les prix de vente, telle qu’une clause de prix imposée, il n’est pas nécessaire
de vérifier que les éléments du triple test sont réunis (Cons. conc. 11 juin 2013, affaire
des parfums, LawLex13942).
La jurisprudence française en matière de prix imposés demeure cependant critiquable à
la fois dans ses modalités et dans son principe. Elle se contente toujours d’indices limités
pour considérer que chaque critère du triple test est rempli. Il suffit que certains points
de vente aient été victimes de pressions pour caractériser une police des prix bien que la
majorité des membres du réseau n’en aient pas été victimes : le degré d’intervention sur les
prix requis apparaît beaucoup plus faible qu’en droit européen. Plus fondamentalement,
la condamnation générale et per se des prix imposés ne correspond plus à l’état actuel
de l’analyse économique ni même au droit positif des pays les plus avancés en droit de la
concurrence. La science économique souligne en effet que les prix imposés peuvent être
légitimes dans certaines circonstances, notamment à l’occasion du lancement d’un nou-
veau produit dont le prix a été signalé à la clientèle. Adoptant une analyse plus moderne,
la Cour suprême des États-Unis a opéré un revirement de jurisprudence en substituant
à la condamnation per se des pratiques de prix imposés entre fabricants et distributeurs
une appréciation au cas par cas fondée sur la règle de raison (US Supreme Court, 28 juin
2007, Leegin). Le maintien d’un prix minimum de revente peut stimuler la concurrence
inter-marques et compenser un affaiblissement de la concurrence intramarque. Les lignes
directrices relatives aux restrictions verticales semblent se ranger en partie à cette analyse :
désormais les prix imposés peuvent ne pas avoir pour effet de restreindre la concurrence et
produire des gains d’efficience.
Des partenaires commerciaux placés dans une situation identique pour des presta-
tions équivalentes doivent bénéficier du même traitement.
138
LES FONDAMENTAUX
minatoires est couverte par le règlement 330-2010 lorsque le fournisseur détient moins
de 30 % de part de marché.
3. Remises quantitatives
A RETENIR
Une clause par laquelle un fournisseur choisit de rémunérer les prestations et avan-
tages commerciaux que lui fournit une chaîne de magasins arborant une enseigne
commune n’est pas en elle-même contraire à l’article L. 420-1 du Code de commerce.
4. Remises qualitatives
A RETENIR
Il est loisible à un fournisseur d’octroyer des avantages qualitatifs s’il estime que les
consommateurs apprécient les services rendus par les distributeurs et peut espérer
ainsi maintenir ou conforter son image de marque ce qui, par voie de conséquence,
développera ses ventes et intensifiera la concurrence avec les autres marques.
Les remises qualitatives octroyées par un fournisseur aux distributeurs offrant des presta-
tions spécifiques ne tombent pas sous le coup de l’article L. 420-1 du Code de commerce
lorsqu’elles ne s’accompagnent d’aucune sélection quantitative des distributeurs, qu’elles
sont définies de manière objective, qu’elles ne sont pas appliquées de façon discrimina-
toire et qu’elles n’ont ni pour objet ni pour effet de limiter la liberté des commerçants
de déterminer de façon autonome leur politique de prix de revente. Leurs conditions
de licéité sont ainsi alignées sur celles de la distribution sélective. Aussi, l’attribution
de remises qualitatives dérogeant sans contrepartie et sans justification aux conditions
générales de vente du fournisseur constitue-t-elle une entente illicite dès lors qu’elle a
pour effet de favoriser un mode particulier de distribution au détriment de distributeurs
concurrents, notamment en empêchant le distributeur exclu de pratiquer une politique
de bas prix sur les produits en cause.
139
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
Des services tels que la démonstration des produits à la demande des clients ou l’assistan-
ce technique au consommateur (services de réparation et de livraison) sont susceptibles
de justifier l’octroi de remises qualitatives. Le caractère spécifique des services rémunérés
permet en outre l’attribution de remises différentes selon la qualité du distributeur.
II. Référencement
A RETENIR
140
LES FONDAMENTAUX
Des raisons objectives tenant à la qualité des produits ou à leur prix peuvent justifier l’ex-
clusion de ceux qui ne correspondent pas à la politique d’enseigne de la centrale d’achat.
Le déréférencement devient en revanche contraire à l’article L. 420-1 du Code de com-
merce, lorsqu’il ne résulte pas des caractéristiques du produit mais a pour objet le boycott
d’un fournisseur ou de l’un ou plusieurs de ses produits ou lorsque l’accord de référen-
cement a pour conséquence de créer une opacité tarifaire artificielle sur les conditions
accordées à un groupe de distributeurs afin de placer ses fournisseurs dans une position
plus favorable pour résister aux prétentions tarifaires des distributeurs concurrents.
A RETENIR
Elle peut produire des gains d’efficacité de nature quantitative (réduction des coûts),
mais également qualitative (accroissement de la qualité des produits ou services). Les
gains d’efficacité doivent être répercutés sur les consommateurs et la restriction revê-
tir un caractère indispensable. Le caractère indispensable de l’obligation d’exclusivité
dépend notamment de sa durée, qui doit être fonction des raisons économiques qui la
justifient. Enfin, l’obligation d’exclusivité ne doit pas éliminer la concurrence. Sa licéité
dépend du maintien d’une certaine accessibilité au marché, qui doit rester ouvert à court
terme.
EXEMPLES
141
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
A RETENIR
Si l’accord d’approvisionnement exclusif n’est pas en soi constitutif d’une entente illi-
cite, il peut présenter un caractère anticoncurrentiel par ses effets dès lors qu’il limite
l’accès au marché des concurrents du fournisseur.
Ainsi, l’accord d’achat exclusif entre une coopérative de production et ses membres,
assorti d’une obligation pécuniaire en cas de démission ou d’exclusion, et qui réunit
plus de 90 % des producteurs d’un même État membre, a un effet sensible restrictif de
concurrence. Il en est de même de l’accord qui oblige le fournisseur à verser une compen-
sation au distributeur en cas de ventes directes dépassant un certain taux et comprend
une clause de contingentement, ou interdit les importations et exportations
La théorie de l’effet cumulatif consiste à apprécier les effets d’un contrat au regard des
effets cumulés d’un ensemble d’accords similaires sur le même marché (CJCE, 12 déc.
1967, aff. 23-67, Brasserie de Haecht, LawLex024153). Un accord d’approvisionne-
ment exclusif, qui, en lui-même, n’affecte pas sensiblement le commerce entre États
membres, peut être incriminé lorsqu’il contribue de manière significative à l’effet
cumulatif de fermeture du marché résultant de l’ensemble des contrats considérés
(CJCE, 28 févr. 1991, aff. C-234-89, Delimitis, LawLex023996). Pour apprécier le
caractère significatif de la contribution à l’effet cumulatif, les autorités de contrôle se
fondent notamment sur la durée des contrats d’achat exclusif ; si celle-ci est excessive par
rapport à la durée moyenne des contrats généralement conclus sur le marché concerné,
142
LES FONDAMENTAUX
le contrat en cause tombera sous le coup de la prohibition. Elles vérifient également s’il
existe des possibilités réelles et concrètes d’accès et tiennent compte du nombre et de la
taille des opérateurs présents, ainsi que du degré de saturation du marché et de la fidélité
des consommateurs aux marques existantes.
B. Exonération
1. Exemption par catégorie
Le règlement 2790-1999 et ses lignes directrices visent tous les accords entre entre-
prises situées à des niveaux différents de la chaîne de production et de distribution et
dont l’objet est l’achat, la vente ou la revente de certains biens et services.
A RETENIR
la clause insérée dans un contrat de bail d’un local destiné à l’exploitation d’un débit de
boissons pour une durée de neuf années renouvelable. La Cour de cassation a par ailleurs
précisé les champs d’application respectifs des règles françaises et européennes quant à
la durée de l’exclusivité. Selon elle, le règlement européen, qui limite à cinq ans la durée
des contrats de bière, est inapplicable à un accord auquel ne participent que des entre-
prises d’un même État membre et qui concerne la revente de produits à l’intérieur de
celui-ci, du fait de l’absence d’affectation du commerce entre États membres. Un contrat
d’approvisionnement exclusif n’affecte pas le commerce entre États membres dès lors
qu’il n’interdit pas au distributeur de s’approvisionner, directement ou indirectement,
dans d’autres États membres. En conséquence, un accord, qui s’échelonne sur six années
contrairement aux exigences européennes, n’est pas nécessairement prohibé. Sa nullité
ne pourra être prononcée, le cas échéant, que s’il est établi qu’il a pour objet ou pour
effet d’empêcher, de restreindre ou de fausser le jeu de la concurrence à l’intérieur du
marché intérieur. Par ailleurs, la clause d’une durée supérieure à cinq ans tolérée par
le règlement 330-2010 peut faire l’objet d’une exemption individuelle dès lors que
les produits qu’elle concerne constituent un élément de la transmission du savoir-faire
et participent au développement de la notoriété, de la marque et de l’enseigne et que
son débiteur ne démontre pas qu’elle ne serait pas indispensable à la protection du sa-
voir-faire et à la préservation de l’identité et de la réputation du réseau.
V. Distribution exclusive
Le contrat de distribution exclusive est celui par lequel «le fournisseur accepte de ne
vendre sa production qu’à un seul distributeur en vue de la revente sur un territoire
déterminé». Ce contrat est très fortement marqué par l’intuitus personae. L’exclusivité de
fourniture mise à la charge du fournisseur est essentielle pour différencier la distribution
exclusive de la distribution sélective. Le distributeur exclusif bénéficie, contrairement au
revendeur agréé, d’un véritable monopole de vente des produits fournis sur le territoire
concédé. Le fournisseur s’interdit d’approvisionner sur ce territoire d’autres distribu-
teurs ou clients, sous la seule réserve de la clientèle qu’il aurait pu se réserver. À l’inverse,
les distributeurs sélectifs sont soumis à la concurrence illimitée des autres membres du
réseau. Cependant, l’exclusivité dont bénéficie le distributeur exclusif n’est pas absolue.
Ainsi, bien qu’à l’abri des ventes actives des autres distributeurs du réseau sur son terri-
144
LES FONDAMENTAUX
toire, il est exposé à leurs ventes passives, c’est-à-dire à celles qui répondent à la demande
de consommateurs de son territoire, sans que ceux-ci aient été démarchés par les reven-
deurs concurrents. Enfin, alors que par définition, le distributeur sélectif s’interdit toute
vente à des non-membres du réseau, le distributeur exclusif n’est pas soumis à une telle
limitation de ses ventes, sauf lorsque la tête de réseau a opté pour une combinaison des
distributions exclusive et sélective.
A RETENIR
145
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
concurrence estiment que les systèmes de distribution sélective/exclusive ne sont pas an-
ticoncurrentiels dès lors que les critères de choix ont un caractère objectif, n’ont pas pour
objet ou pour effet d’exclure par nature une ou des formes déterminées de distribution
et ne sont pas appliqués de façon discriminatoire. En revanche, le refus d’agrément d’un
candidat à un réseau de concession exclusive justifié par des motifs d’opportunité écono-
mique, par l’intérêt des consommateurs et celui des concessionnaires en place, est licite.
A. Conditions de la prohibition
PLAN
1. Prix imposés
L’accord vertical entre le distributeur exclusif et le fournisseur ne doit pas restreindre la
liberté commerciale du revendeur, qui doit pouvoir fixer librement ses prix de revente.
L’imposition directe ou indirecte de prix mimima de revente au consommateur est
traditionnellement considérée comme une grave entorse aux règles de concurrence.
La clause de prix imposé constitue une restriction de concurrence par son seul objet et
ne peut en principe être exemptée. Un fournisseur adopte donc un comportement an-
ticoncurrentiel lorsqu’il impose la fixation de prix de revente ou de remises à un niveau
déterminé. Toutefois, l’illicéité ne concerne que l’imposition d’un prix minimum. Une
limite maximale peut être fixée par le fournisseur. De même, la communication d’un prix
conseillé n’est pas en soi contraire à l’article 101 TFUE. À la différence des prix maxima
ou conseillés, l’imposition d’un prix minimum constitue une clause noire au sens du
règlement 330-2010 (art. 4, a)).
146
LES FONDAMENTAUX
Le juge a estimé qu’un accord d’exclusivité est anticoncurrentiel lorsqu’il a pour effet de
cloisonner le marché, notamment par sa combinaison avec une législation nationale qui
considère comme un acte de concurrence déloyale le fait pour un tiers de se livrer à des
importations parallèles. De même, la clause par laquelle le fournisseur réserve sa garantie
fabricant aux seuls produits acquis par les clients de ses concessionnaires exclusifs, à l’ex-
clusion des produits commercialisés par le biais d’importateurs parallèles, est restrictive
de concurrence. Les autorités de contrôle adoptent une approche finaliste, portée davan-
tage sur l’effet de la clause contractuelle que sur son objet, ce qui leur permet d’appré-
hender aussi des restrictions indirectes. Ainsi, un contrat de distribution exclusive qui ne
comportait aucune interdiction de réexportation a été considéré comme constituant une
entente anticoncurrentielle dès lors que les parties au contrat s’étaient concertées afin de
restreindre les importations parallèles destinées à un revendeur non agréé.
En revanche, une clause qui n’a pas pour effet de décourager les exportations ne saurait
être prohibée. Il en est ainsi de la clause par laquelle le distributeur exclusif s’engage, en
cas de vente en dehors de son territoire, à payer une commission de service après-vente
au distributeur territorialement compétent, dont le montant est convenu entre eux et, à
défaut, déterminé par le fabricant sur la base de critères objectifs correspondant à une
évaluation réaliste du coût du service.
ventes des distributeurs. Lorsque le système de distribution est à la fois exclusif et sélec-
tif, elle est contraire au principe de liberté des rétrocessions entre membres du réseau
inhérente à la distribution sélective. Le règlement 330-2010 qualifie l’interdiction des
rétrocessions entre distributeurs sélectifs de restriction caractérisée.
Ainsi, la clause qui interdit seulement les ventes passives à des distributeurs non agréés,
mais qui est comprise par les distributeurs comme s’appliquant plus généralement à toute
vente, y compris aux autres revendeurs agréés ou au consommateur final, présente un
objet anticoncurrentiel, car elle limite les sources d’approvisionnement des distributeurs
exclusifs et fait obstacle aux livraisons croisées.
148
LES FONDAMENTAUX
où le règlement ne concerne pas l’activité des tiers, il ne peut servir de fondement à une
éventuelle condamnation de ceux-ci. Il ne s’ensuit pas une légalisation de l’activité de
revente hors réseau. En outre, le règlement 330-2010 prévoit expressément la possibilité
d’interdire la revente hors réseau par les membres d’un réseau de distribution sélective à
des distributeurs non agréés sur les marchés où la distribution sélective est pratiquée (art.
4). Cette interdiction est cependant écartée en cas de distribution exclusive.
B. Exonération
1. Exemption par catégorie
A RETENIR
149
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
A RETENIR
La Commission tient compte, pour évaluer les gains d’efficacité apportés par un ac-
cord de distribution exclusive, des investissements réalisés pour protéger ou bâtir
l’image de marque, de la diminution des coûts de logistique générés par les économies
d’échelle relatives au transport et à la distribution, et de l’effet de l’affaiblissement de
la concurrence intramarque sur la concurrence intermarques.
La position détenue sur le marché par le fournisseur et ses concurrents est à cet égard
particulièrement importante. Si les concurrents sont forts, l’affaiblissement de la concur-
rence intramarque sera compensé par la concurrence intermarques. En revanche, si les
concurrents détiennent des parts de marché similaires et sont en faible nombre sur le
marché, un risque de collusion existe. Le nombre de marques distribuées à titre exclusif
par le revendeur est alors déterminant : plus la part de marché cumulée des marques
distribuées est élevée, plus la concurrence intermarques est faible. De plus, le territoire
réservé ne doit pas être trop étendu afin de préserver le choix du consommateur final.
Certaines combinaisons de restrictions sont susceptibles d’empêcher l’exemption. Ainsi,
le monomarquisme ne peut être combiné à la distribution exclusive que si l’effet de ver-
rouillage du marché n’est pas sensible. L’accord qui associe achat et distribution exclusive
a peu de chances d’être exempté, à moins qu’il ne produise des gains d’efficacité propor-
tionnels, tels qu’une baisse des prix pour tous les consommateurs finals.
Les accords qui comprennent des clauses aujourd’hui qualifiées de restrictions caracté-
risées par les autorités européennes ont peu de chance de bénéficier d’une exemption
individuelle. Il en est ainsi des accords qui interdisent les ventes passives ou empêchent
les importations parallèles. De même, le fait de réserver à des grossistes qui ne livrent que
certains détaillants, à l’exclusion des simples détaillants et des grandes surfaces, la dis-
tribution de produits ne présentant pas de propriétés spécifiques ne peut être exempté.
b. Droit français
L’accord de distribution exclusive n’est pas en soi anticoncurrentiel. Il le devient unique-
ment s’il limite abusivement la liberté commerciale du distributeur. L’application de la
règle de raison a été étendue à la distribution exclusive, mais d’une manière plus limitée
qu’en matière de distribution sélective. Cette approche permet de valider les systèmes
de distribution exclusive, qui, tout en contenant des clauses potentiellement restrictives
de concurrence, n’empêchent pas l’arrivée de nouveaux concurrents. En effet, dans la
mesure où l’exclusivité s’accompagne d’une sélection des distributeurs et où ces clauses
renforcent la concurrence et ne sont pas discriminatoires, elles échappent à la prohibi-
tion sans même qu’il soit nécessaire qu’elles bénéficient d’une exemption.
A RETENIR
Lorsque les critères de choix ont un caractère objectif, n’ont pas pour objet ou pour
effet d’exclure par nature une ou des formes déterminées de distribution et ne sont
pas appliqués de façon discriminatoire, un système de distribution exclusive est licite.
À ces conditions, il convient d’ajouter aujourd’hui celles figurant dans le règlement
restrictions verticales que les autorités de concurrence françaises appliquent à titre
de guide d’analyse.
150
LES FONDAMENTAUX
A RETENIR
151
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
justifiée par la qualité des produits, sélection des distributeurs selon des critères objectifs
fixés de manière uniforme et appliqués de façon non discriminatoire (CJCE, 25 oct.
1977, aff. 26-76, Metro LawLex024119) et respect du critère de proportionnalité.
La sélection quantitative des candidats à l’entrée du réseau de distribution sélective est,
en revanche, plus restrictive dans la mesure où elle ajoute d’autres restrictions telles que
l’imposition d’un niveau de vente minimal ou maximal ou une limitation directe du
nombre de revendeurs agréés. Une certaine sélection quantitative des candidats à l’entrée
dans un réseau de distribution sélective est cependant admissible. En effet, il peut être
justifié de limiter le nombre de revendeurs afin de dimensionner le réseau par rapport
aux conditions de confrontation de l’offre et de la demande. De même, le souci légitime
du fournisseur de contrôler la densité et la répartition géographique de son réseau lui
permet d’interdire à ses distributeurs agréés d’opérer à partir d’un lieu d’établissement
non autorisé. La Cour de justice a précisé la nature des critères requis pour qu’un système
de sélection quantitative bénéficie de l’exemption par catégorie dans son arrêt Auto 24/
Jaguar (CJUE, 14 juin 2012, aff. C-158-11, LawLex12871). La Cour a dit pour droit que
les critères définis au sens du règlement 1400-2002 doivent seulement être des «critères
dont le contenu précis peut être vérifié», sans qu’il soit «nécessaire qu’un tel système
repose sur des critères qui sont objectivement justifiés et appliqués de façon uniforme et
non différenciée à l’égard de tous les candidats à l’agrément».
A RETENIR
La présomption de légalité ne joue que si les distributeurs agréés peuvent procéder à des
ventes actives et passives entre eux et vers les consommateurs finals : la limitation des
ventes actives ou passives aux utilisateurs finals, professionnels ou consommateurs, est
prohibée par le règlement (Règl. 330-2010, art. 4). Ainsi, l’interdiction de la vente en
ligne constitue une limitation des ventes passives prohibée par l’article 4, qui ne relève
pas de l’exception permettant au fournisseur d’interdire la vente à partir d’un lieu d’éta-
blissement non autorisé (CJUE, 13 oct. 2011, aff. C-439-09, Pierre Fabre Dermo-Cos-
métique, LaxLex111588). Cependant, même si elle restreint une forme particulière de
vente sur internet, l’interdiction faite aux membres d’un réseau de distribution sélective
de recourir de façon visible à des plateformes tierces ou places de marché pour la vente
sur internet de produits de luxe ne constitue ni une restriction de la clientèle, au sens de
l’article 4, sous b), du règlement 330/2010, ni une restriction des ventes passives aux uti-
lisateurs finals, au sens de l’article 4, sous c), dès lors que le fournisseur ne prohibe pas en
soi le recours à internet comme mode de commercialisation des produits contractuels et
que les clients sont normalement en mesure de trouver l’offre internet des distributeurs
agréés, en utilisant les moteurs de recherche en ligne (CJUE, 6 déc. 2017, aff. C-230-16,
Coty, LawLex172002). De même, les livraisons croisées entre distributeurs du réseau
doivent être autorisées. Ceux-ci doivent demeurer libres d’acheter les biens contractuels
aux autres revendeurs agréés du réseau, qu’ils se trouvent au même stade de commerce
152
LES FONDAMENTAUX
ou à un niveau différent. Aucune restriction ne peut donc être imposée aux grossistes
désignés concernant leurs ventes aux détaillants désignés. Les clauses restreignant la
capacité de livraisons croisées entre distributeurs agréés sont considérées comme des
restrictions flagrantes susceptibles d’affecter sensiblement la concurrence (Règl. 330-
2010, art. 4. d)).
Lorsque le seuil de part de marché de 30 % n’est atteint ni par le fournisseur ni par le dis-
tributeur, le règlement restrictions verticales permet le cumul de la distribution exclusive
et sélective avec imposition d’une localisation du distributeur sous réserve de la liberté
des ventes actives et passives, lorsque ces accords ne produisent pas un effet cumulatif
restrictif de concurrence. Au-delà de 30 %, la combinaison de la distribution sélective et
de la distribution exclusive est contraire à l’article 101, paragraphe 1, même si les ventes
actives sont autorisées entre territoires. Elle ne pourrait être justifiée que sur le fonde-
ment de l’article 101, paragraphe 3, à condition qu’elle soit indispensable à la protection
d’importants investissements propres à la relation contractuelle.
2. Règle de raison
A RETENIR
La Cour de justice a énoncé pour la première fois les conditions de licéité de la distri-
bution sélective au regard de l’article 101 TFUE, paragraphe 1, dans l’arrêt Metro. Elle a
ainsi affirmé que ce mode de distribution échappe à la prohibition - sans même néces-
siter une exemption - à la condition que «le choix des revendeurs s’opère en fonction
de critères objectifs de caractère qualitatif, relatifs à la qualification professionnelle du
revendeur, de son personnel et de ses installations, que ces conditions soient fixées
d’une manière uniforme à l’égard de tous les revendeurs potentiels et appliquées de
façon non discriminatoire».
Le Tribunal de l’Union a précisé dans des décisions ultérieures que le caractère restrictif
des critères de sélection ne doit pas aller au-delà de ce qui est nécessaire, qu’une amélio-
ration doit être apportée à la concurrence, et que l’intérêt du consommateur doit être pris
en considération. En effet, les critères de sélection ne revêtent un caractère objectif que
dans la mesure où ils ne sont pas disproportionnés par rapport aux besoins de conseil
et de service du consommateur. L’exigence de proportionnalité implique que ces critères
soient directement tirés de la nature du produit et varient en fonction de celle-ci. Sont
visés non seulement les produits de haute qualité ou de haute technicité, mais aussi tous
les produits dont les particularités justifient un mode de distribution spécifique ou les
systèmes de réparation sélectifs. S’agissant en particulier des produits de luxe, la Cour
de justice a estimé qu’un système de distribution sélective qui vise, à titre principal, à
préserver l’image de luxe des produits est conforme à l’article 101, paragraphe 1, TFUE,
pour autant que le choix des revendeurs s’opère en fonction de critères objectifs de ca-
ractère qualitatif, fixés d’une manière uniforme à l’égard de tous les revendeurs potentiels
et appliqués de façon non discriminatoire, et que les critères définis n’aillent pas au-delà
de ce qui est nécessaire. En application de ces principes, elle a estimé que l’interdiction
faite par un fournisseur à ses distributeurs agréés de recourir de façon visible à des
plateformes tierces ou places de marché pour la vente sur internet de ses produits de
luxe était appropriée pour garantir que ces produits soient exclusivement rattachés aux
153
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
distributeurs agréés dans l’esprit des consommateurs. Une telle interdiction constitue
également un moyen approprié pour le fournisseur de contrôler que ses produits seront
vendus en ligne dans un environnement qui correspond aux conditions qualitatives qu’il
a fixées, en l’absence de relation contractuelle avec les plateformes lui permettant d’en
exiger le respect. Enfin, elle ne dépasse pas ce qui est nécessaire pour atteindre l’objectif
de préservation d’une image de luxe lorsque le fournisseur ne prohibe pas de manière
absolue la vente sur internet des produits contractuels, mais seulement le recours à des
plateformes tierces qui opèrent de façon visible à l’égard des consommateurs. En re-
vanche les autorités européennes ne considèrent pas l’étanchéité du réseau de distribu-
tion sélective comme une condition de sa validité, parce que la finalité de l’article 101
TFUE s’opposerait aux systèmes rigides et fermés.
Avec l’entrée en vigueur du règlement 2790-1999 du 22 décembre 1999, s’est posée la
question du devenir de la règle de raison. En raison de l’applicabilité de l’exemption par
catégorie à tous les accords verticaux, celle-ci est-elle purement et simplement suppri-
mée ou peut-elle encore exercer une influence à côté d’une exemption aussi large ? Bien
qu’elle devrait logiquement s’appliquer avant d’envisager la question de l’exemption, à
tous les accords, quelle que soit la part de marché contrôlée par les entreprises parti-
cipantes, il est vraisemblable qu’elle n’aura plus l’occasion de jouer que si l’accord ne
bénéficie pas de la présomption de licéité posée par le règlement restrictions verticales.
3. Exemption individuelle
Lorsque le système en cause n’entre pas dans le champ d’application de la règle de raison
et qu’il dépasse le seuil de 30 % fixé par le règlement d’exemption, il peut éventuellement
bénéficier d’une exemption individuelle. La jurisprudence a identifié un certain nombre
de clauses restrictives exemptables. Par ailleurs, les lignes directrices contiennent des di-
rectives relatives à l’appréciation de la situation concurrentielle au-delà du seuil de 30 %.
a. Clauses exemptables
La licéité de contrats formant un système de distribution sélective a été reconnue par la
Commission, car ils permettent d’organiser un «approvisionnement continu et amélioré
des utilisateurs» et que les restrictions qu’ils entraînent ont «pour effet d’assurer que les
produits ne sont distribués que par des commerçants qui remplissent certaines condi-
tions techniques et professionnelles et qui consentent un effort particulier pour la vente
des articles de ce fabricant».
EXEMPLES
En revanche :
• l’obligation pour des distributeurs agréés de respecter la politique de prix de l’ini-
tiateur du réseau est restrictive de concurrence ;
• l’agrément ne peut pas être soumis à l’obligation de s’engager à pratiquer des prix
garantissant une marge bénéficiaire élevée.
La limitation de la concurrence par les prix est cependant inhérente à tout système de
distribution sélective. Aussi l’obligation faite aux revendeurs agréés de maintenir un cer-
tain niveau de prix peut-elle être licite ou au moins remplir les conditions d’exemption
de l’article 101, paragraphe 3, TFUE lorsqu’elle répond à la préoccupation du maintien,
dans l’intérêt du consommateur, de la possibilité pour ce canal de distribution de sub-
sister à côté de formes de distribution nouvelles axées sur une politique concurrentielle
de nature différente ou pour compenser la charge économique découlant de la reprise
des invendus. Par ailleurs, l’interdiction des rétrocessions n’est pas admissible dans un
système de distribution sélective. Il en est de même de l’interdiction des ventes actives
ou des ventes passives.
b. Bilan concurrentiel
La distribution sélective risque principalement d’affaiblir la concurrence intramarque.
Cet affaiblissement est sans incidence pour la concurrence si la concurrence inter-
marques n’est pas limitée. Aussi la position du fournisseur et de ses concurrents sur le
marché revêt-elle une importance déterminante pour apprécier les éventuels effets pré-
judiciables à la concurrence. Une forte position du fournisseur sera compensée par une
forte présence des concurrents. Le nombre de réseaux de distribution sélective existant
sur le même marché est également primordial. S’il n’existe qu’un fournisseur qui pratique
la distribution sélective, l’accord ne peut pas produire d’effets négatifs. Au contraire, la
multitude de systèmes de distribution sélective peut provoquer un affaiblissement de la
concurrence intramarque, une possible éviction de certains types de distributeurs et un
risque de collusion entre fournisseurs. L’effet cumulatif de réseaux de distribution sélec-
tive parallèles s’oppose à l’exemption. En revanche, l’éviction de distributeurs est peu
probable si les concurrents du fournisseur n’appliquent pas la distribution sélective et
possèdent une forte position sur le marché. Une sélection quantitative peut par ailleurs
créer des barrières à l’entrée. En effet, la distribution sélective est le fait de fabricants de
produits de marque et réclame des investissements considérables et beaucoup de temps
pour s’implanter sur le marché. Les détaillants exclus ont donc peu de chance de lancer
leur propre marque ou d’obtenir auprès d’autres fournisseurs des produits compétitifs.
La puissance d’achat des revendeurs agréés peut également conduire à l’éviction d’un
type de distributeurs, en leur permettant d’imposer au fournisseur des critères de sélec-
tion les avantageant.
155
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
B. Droit français
Selon la définition adoptée traditionnellement par la Cour de cassation, le contrat de
distribution sélective est celui par lequel «le fournisseur s’engage à approvisionner dans
un secteur déterminé un ou plusieurs commerçants qu’il choisit en fonction de critères
objectifs de caractère qualitatif, sans discrimination et sans limitation quantitative injus-
tifiée, et par lequel le distributeur est autorisé à vendre d’autres produits concurrents». Il
a principalement pour effet d’interdire, tant aux distributeurs sélectionnés qu’aux four-
nisseurs, de vendre les produits contractuels à des distributeurs n’appartenant pas au
réseau (étanchéité juridique du réseau).
La distribution sélective peut entraîner une restriction de concurrence au sens de l’ar-
ticle L. 420-1 du Code de commerce. Toutefois, eu égard à la faiblesse de ses effets an-
ticoncurrentiels, ce type de distribution fait l’objet d’un régime de faveur de la part des
autorités de contrôle. En effet, si ce système ne permet pas un accroissement substantiel
de la concurrence inter-marques, il est moins nocif qu’un accord réservant l’exclusivité
territoriale qui cloisonne les marchés nationaux. En outre, la limitation du nombre des
revendeurs qu’entraîne la sélection est compensée par une amélioration du service rendu
à l’utilisateur final. Dès lors, il suffit qu’un ensemble de critères soit réuni pour que le
réseau de distribution soit déclaré licite au regard des règles de concurrence.
A RETENIR
La distinction théorique entre ces deux types de critères de sélection semble claire. En
pratique, les choses ne sont pas si simples. Tel critère quantitatif peut se révéler qualitatif,
alors qu’au contraire des critères qualitatifs aboutissent parfois à une sélection quan-
titative indirecte. Ainsi, dans l’arrêt Vichy, le Tribunal de l’Union a relevé qu’un critère
en apparence qualitatif - la qualité de pharmacien d’officine - peut devenir, par l’effet
d’une réglementation nationale, d’ordre quantitatif (TPICE, 27 févr. 1992, aff. T-19-91,
LawLex023959).
À la différence des autorités européennes avant l’entrée en vigueur du règlement restric-
tions verticales, les autorités de contrôle françaises n’ont pas hésité à faire bénéficier la
sélection quantitative d’une appréciation au titre de la règle de raison, dès lors qu’elle
était économiquement justifiée.
156
LES FONDAMENTAUX
EXEMPLES
Le fabricant peut également «rester maître de la détermination du nombre total des re-
vendeurs qu’il désire intégrer dans son réseau en fonction des objectifs de production, eu
égard aux structures du marché, aux caractéristiques des produits en cause, au degré de
concurrence entre les marques». Le critère de sélection quantitative fondé sur les possibi-
lités locales de vente des produits est, en revanche, trop général et a été jugé subjectif et
discriminatoire. La jurisprudence s’est longtemps montrée réservée à l’égard des critères
quantitatifs. Ainsi, il a été jugé qu’aucune sélection quantitative ne saurait être admise
lorsque les possibilités locales de vente sont en nette augmentation et que le nombre de
revendeurs agréés est en diminution. L’utilisation du règlement d’exemption relatif aux
restrictions verticales en tant que guide d’analyse en droit interne devrait logiquement
conduire le juge à accueillir plus favorablement les critères quantitatifs dès lors que le
règlement les exempte lorsque la part de marché du fournisseur est inférieure à 30 %
dans le cadre du règlement 330-2010. Cette solution a d’ailleurs reçu une consécra-
tion remarquable avec l’arrêt de la Cour de justice du 14 juin 2012, qui a validé les
systèmes de distribution sélective quantitative fondés sur des critères définis «dont le
contenu précis peut être vérifié», sans qu’il soit «nécessaire qu’un tel système repose
sur des critères qui sont objectivement justifiés et appliqués de façon uniforme et non
différenciée à l’égard de tous les candidats à l’agrément» (CJUE, 14 juin 2012, aff.
C-158-11, Auto 24 / Jaguar, LawLex12871). La charge de la preuve de la licéité des
critères de sélection quantitatifs incombe au fournisseur.
1. Conditions de licéité
PLAN
157
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
a. Critères qualitatifs
La sélection qualitative doit être justifiée par la nature du produit dont elle permet de
préserver la qualité ou d’assurer le bon usage ou la distribution adéquate. La distribution
sélective ne vise donc que des produits spécifiques, comme les produits de luxe ou haut
de gamme ou les produits de haute technicité. La seule image du produit de marque ne
suffit toutefois pas à fonder la sélection. Il faut également établir qu’il réclame, en raison
de ses propriétés, une distribution sélective.
La nature spécifique du produit implique une commercialisation présentant certaines qua-
lités. L’exigence relative à la qualité de la distribution doit cependant être proportionnée.
Aucun mode de distribution ne peut a priori être exclu par le promoteur d’un réseau
de distribution sélective. La spécialisation commerciale doit demeurer dans des limites
raisonnables. Pratiquement, il ne faut pas que cette spécialisation combinée avec les autres
critères de sélection conduise à refuser d’agréer des types de commerce prédéterminés qui
seraient capables de distribuer les produits contractuels en cause dans de bonnes condi-
tions. Dès lors, si la clause interdisant au distributeur agréé de vendre les produits par cor-
respondance consacre l’exclusion d’une forme de distribution, elle peut être licite compte
tenu de la nature spécifique du produit en cause.
Si un espace spécifique, adapté à la nature et à l’image du produit, est indispensable,
il ne peut en principe s’agir d’un espace clos et isolé. Seul un environnement immédiat
qui ne nuise pas à l’image de marque des produits peut être imposé. Les autorités de
concurrence estiment, en revanche, qu’exiger une vitrine extérieure n’est pas justifié «dès
lors qu’il n’est nullement démontré qu’une vitrine intérieure ne pourrait, dans le cadre de
certains commerces d’une grande surface, jouer un rôle d’attraction des consommateurs
similaire à celui joué, dans d’autres formes de commerce, par les vitrines extérieures».
Le promoteur du réseau ne peut imposer au distributeur de réserver une surface mini-
male de vente aux produits contractuels. Ainsi, «l’exigence d’une surface minimum de
vente, si elle peut constituer une barrière à l’entrée dans la distribution des produits en
cause pour certains types de commerce ne saurait être considérée comme une condition
nécessaire à la distribution adéquate des produits cosmétiques et d’hygiène corporelle».
La qualité de l’enseigne ne constitue un critère de sélection licite que si la clause est
précise et objective. Pour être validé, ce critère doit se référer à la seule perception ac-
tuelle de l’enseigne par les consommateurs. L’exclusion des grandes surfaces n’est donc
pas justifiée lorsqu’elles ont développé de nouveaux procédés de vente pour valoriser le
commerce de luxe, a fortiori si elles ont créé des sous-enseignes spécialisées. Le critère de
l’enseigne ne doit pas non plus être utilisé pour écarter systématiquement des magasins
pratiquant des prix réduits dès lors qu’ils respectent des conditions valorisantes pour le
produit.
La sélection peut s’opérer selon une liste d’attente. Cependant, elle ne peut reposer sur
des critères géographiques flous, qui ne permettent pas de déterminer s’il existe une liste
d’attente par zone ou si le classement sur cette liste suit réellement l’ordre de réception
des candidature.
La sélection du distributeur peut enfin dépendre de sa qualification professionnelle ou
de celle de son personnel. Dans tous les cas, les éléments pris en considération pour
158
LES FONDAMENTAUX
EXEMPLES
En revanche :
• la limitation quantitative des points de vente d’un réseau de distribution sélective
en raison des objectifs de production n’est pas justifiée lorsqu’elle aboutit à assurer
une exclusivité territoriale à un seul distributeur agréé.
Le plus souvent, la sélection quantitative est indirecte. Elle prend la forme de clauses
particulières, comme les obligations de stockage, d’achat minimal ou de chiffre d’affaires.
EXEMPLES
En revanche :
• la clause d’approvisionnement minimal tombe sous le coup de la prohibition
159
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
lorsque les quantités imposées au distributeur ne sont pas justifiées par la réalisation
d’objectifs commerciaux ou lorsqu’elle est excessive.
Pour maîtriser les ouvertures de nouveaux points de vente, le promoteur du réseau met
souvent en place une procédure d’admission qui consiste à inscrire toute nouvelle can-
didature sur une liste d’attente. La gestion de cette liste ne doit pas conduire à écarter
abusivement les distributeurs répondant aux critères de sélection. Ainsi, il a été considéré
que des risques de manipulation étaient à craindre lorsque chaque demande était traitée
en fonction de l’ordre chronologique d’inscription sur la liste mais que la décision de
satisfaire aux demandes recevables n’intervenait que lorsque l’ouverture d’un nouveau
compte était considérée par le fabricant comme justifiée eu égard au potentiel écono-
mique de la zone considérée.
Enfin, la limitation quantitative du nombre de distributeurs peut reposer sur les facteurs
locaux de commercialité ou la densité de la population. Selon la Cour d’appel de Paris, si
la référence à la densité locale de distribution par rapport à la densité moyenne nationale
de distribution des produits est inacceptable, tel n’est pas le cas du taux de densité de la
population ou des facteurs locaux de commercialité, qui sont des critères objectifs. L’im-
précision du critère reposant sur les possibilités locales de vente des produits empêche
également sa validation par les autorités de concurrence. Tel est le cas lorsque n’est précisée
aucune définition objective des zones de chalandise, aucune méthode pour l’application du
taux maximum de densité des distributeurs ou relative à l’antériorité des demandes selon
la zone concernée. Enfin, le promoteur du réseau ne peut pas opposer l’argument tiré des
possibilités locales de vente lorsqu’il est démontré que le chiffre d’affaires réalisé est en aug-
mentation en dépit de la réduction du nombre de points de vente. Lorsque la candidature
d’un distributeur est rejetée, celui-ci a le droit d’exiger la communication des modalités
quantitatives de détermination du nombre d’agréments maximum par zone géographique,
afin de vérifier qu’elles sont transparentes, objectives et non discriminatoires.
c. Absence de discrimination
L’application objective des critères de sélection suppose une certaine précision dans leur
définition. En effet, seule la fixation de critères précis permet au distributeur potentiel
d’en contrôler l’existence et d’apprécier sa possibilité d’intégration dans le réseau. Le
Conseil de la concurrence, comme la Cour d’appel de Paris, ont estimé que la généralité
des termes utilisés par un fournisseur s’oppose au caractère objectif d’un critère de na-
ture qualitative en l’absence de toute précision sur la manière dont la preuve doit être
apportée. La référence à des exigences de «notoriété et d’image de marque du magasin»,
de «produits haut de gamme», de «qualification professionnelle» et de «conseil et de ser-
vices de vente» est, en particulier, trop imprécise et générale pour satisfaire à la condition
d’objectivité propre à garantir une application uniforme des critères de sélection en cause
à tous les distributeurs.
Les mêmes critères doivent être appliqués à tous les distributeurs placés dans une si-
tuation comparable au regard de la commercialisation des produits contractuels. Cela
ne signifie pas que le fabricant est tenu d’appliquer un modèle de sélection unique à
tous les distributeurs potentiels. Le fournisseur est en effet libre de fixer les critères de
160
LES FONDAMENTAUX
sélection objectifs qui correspondent à la qualité de ses produits et qui peuvent différer
selon les spécificités de chaque circuit de distribution. Le refus d’agréer un candidat ne
peut constituer une pratique anticoncurrentielle lorsque ce dernier ne satisfait pas aux
critères qualitatifs applicables à l’ensemble des membres du réseau. La Cour d’appel de
Paris va aujourd’hui plus loin et estime que la tête de réseau n’est pas non plus tenue
d’agréer des distributeurs qui rempliraient les critères de sélection (Paris, 19 oct. 2016,
Elysées Shopping c. Rolex, LawLex161737). Une telle solution se fonde sur l’abrogation
de l’incrimination du refus de vente entre professionnels par la loi Galland et celle des
pratiques discriminatoires par la loi LME. Ces solutions ont paru être remises en cause
pour un courant de jurisprudence qui a estimé qu’un refus d’agrément caractérisait un
accord entre la tête de réseau et ses distributeurs. Si en définitive, le juge ne reconnaissait
jamais le caractère anticoncurrentiel de cet accord, soit qu’il l’estimait dépourvu d’objet
anticoncurrentiel, soit qu’il le considérait sans effet, un risque de condamnation existait.
Fort heureusement, la Cour d’appel de Paris est revenue sur cette position et considère
aujourd’hui qu’un refus d’agrément ne relève pas du droit des ententes en l’absence de
preuve d’un accord de volontés entre la tête de réseau et ses distributeurs tendant à l’évic-
tion d’un candidat : le refus d’agrément revêt la nature d’un acte unilatéral. Par ailleurs,
en vertu d’une jurisprudence constante depuis l’adoption des règlements d’exemption de
nouvelle génération, le refus d’agrément opposé à un ancien distributeur, serait-il discri-
minatoire ou constitutif d’une entente avec ses autres revendeurs, demeure couvert par
le règlement 330-2010 lorsque le fournisseur détient moins de 30 % de part de marché.
Enfin, la contestation d’un refus d’agrément ne peut pas être fondée sur l’obligation de
bonne foi, qu’il s’agisse d’un réseau de distribution sélective quantitative ou qualitative.
En effet selon le juge, l’obligation de bonne foi n’impose pas à la tête de réseau de sélec-
tionner ses revendeurs sur la base de critères définis et objectivement fixés et appliqués
de manière non-discriminatoire.
Les critères de sélection ne doivent pas être eux-mêmes disproportionnés. L’exclusion
a priori de toute forme de commercialisation, même répondant aux critères de sélec-
tion, autre que le circuit auquel est réservée la distribution, constitue une restriction
discriminatoire, non proportionnée aux nécessités de la distribution des produits en
cause. L’exclusion de la vente sur internet illustre particulièrement la question de l’ab-
sence de discrimination aujourd’hui. L’animateur d’un réseau de distribution sélective
peut-il réserver la vente de ses produits sur internet à une catégorie de distributeurs ?
Les autorités de contrôle ont d’abord répondu affirmativement lorsque la part de marché
du promoteur du réseau se situe en deçà de 30 %, tout en exigeant que les obligations
soient proportionnées à l’objectif visé. Calquant sa position sur celle de la Cour de jus-
tice, l’Autorité de la concurrence estime désormais que l’interdiction de facto des ventes
sur internet, imposée par l’animateur d’un réseau de distribution sélective de matériels
hi-fi et home cinéma à ses distributeurs agréés, qui résulte de la combinaison des termes
du contrat de distribution et d’une circulaire, constitue une restriction caractérisée qui
ne saurait bénéficier de l’exemption par catégorie. La même solution s’applique à l’obli-
gation de mise en mains d’outils de motoculture dangereux (Aut. conc., 24 oct. 2018,
n° 18-D-23, Stihl). De même, le promoteur d’un réseau ne peut soumettre la faculté de
distribuer les produits contractuels sur internet à des obligations lourdes en termes de
moyens humains, financiers et techniques, sans nécessité eu égard à leur nature.
161
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
d. Clauses restrictives
L’article L. 420-1 du Code de commerce prohibe les accords qui ont pour objet ou pour
effet de faire obstacle à la fixation des prix par le libre jeu du marché en favorisant arti-
ficiellement leur hausse ou leur baisse. Un accord de distribution sélective constitue une
entente contraire à cette disposition lorsque les revendeurs perdent leur autonomie dans
la fixation des prix. Tel est le cas lorsque le fabricant impose un prix de revente par l’ap-
plication d’un coefficient multiplicateur minimum à un prix d’achat déterminé. De même,
la clause subordonnant l’agrément des distributeurs à l’acceptation de prix minimum de
revente, l’obligation pour les revendeurs agréés de pratiquer les prix de revente déterminés
par le fournisseur ou l’interdiction de pratiquer des prix discount sous peine de résilia-
tion immédiate s’identifie à une pratique de prix imposés restrictive de concurrence. En
revanche, si la diffusion de tarifs indicatifs ne constitue pas un comportement contraire
à l’article L. 420-1, en l’absence de pressions exercées sur les distributeurs, l’application
effective par les distributeurs de prix évoqués par le fournisseur, ainsi que l’exercice d’une
police des prix, établissent l’entente illicite.
Outre le prix, le fournisseur ne peut imposer à ses distributeurs d’obtenir son ac-
cord pour procéder à des livraisons croisées au sein du réseau. Les clauses restreignant
la capacité de livraison croisée entre distributeurs relèvent d’ailleurs des restrictions
flagrantes au sens tant de la Communication sur les accords d’importance mineure que
du règlement relatif aux restrictions verticales. Le fournisseur ne peut pas non plus in-
terdire les ventes passives. La clause cloisonnant les marchés nationaux est contraire à
l’article L. 420-1 du Code de commerce et constitue une restriction flagrante au sens du
règlement relatif aux restrictions verticales.
L’interdiction de vente sur internet stipulée dans un contrat de distribution sélective à
l’égard des distributeurs agréés disposant d’un point de vente physique doit être assi-
milée à une limitation des ventes actives et passives, dans la mesure où elle a nécessai-
rement un objet restrictif. Saisie d’une question préjudicielle par le juge allemand dans
l’affaire Coty, la Cour de justice (CJUE, 6 déc. 2017, aff. C-230-16, LawLex172002)
estime que pour les produits de luxe, un système de distribution sélective qui vise, à titre
principal, à préserver l’image de luxe des produits est conforme à l’article 101, para-
graphe 1, TFUE, pour autant que le choix des revendeurs s’opère en fonction de critères
objectifs de caractère qualitatif, fixés d’une manière uniforme à l’égard de tous les re-
vendeurs potentiels et appliqués de façon non discriminatoire, et que les critères définis
n’aillent pas au-delà de ce qui est nécessaire. En application de ces principes, l’interdic-
tion faite par un fournisseur à ses distributeurs agréés de recourir de façon visible à des
plateformes tierces ou places de marché pour la vente sur internet de ses produits de luxe
apparaît appropriée pour garantir que ces produits soient exclusivement rattachés aux
distributeurs agréés dans l’esprit des consommateurs. Une telle interdiction constitue
également un moyen approprié pour le fournisseur de contrôler que ses produits seront
vendus en ligne dans un environnement qui correspond aux conditions qualitatives qu’il
a fixées, en l’absence de relation contractuelle avec les plateformes lui permettant d’en
exiger le respect. Enfin, elle ne dépasse pas ce qui est nécessaire pour atteindre l’objectif
de préservation d’une image de luxe lorsque le fournisseur ne prohibe pas de manière
absolue la vente sur internet des produits contractuels, mais seulement le recours à des
162
LES FONDAMENTAUX
2. Exonération
a. Règle de raison / Exemption individuelle
La distribution sélective constitue l’un des principaux domaines d’application de la règle
de raison. Les autorités de contrôle ont formalisé les éléments constitutifs du contrôle
de proportionnalité.
A RETENIR
A RETENIR
164
LES FONDAMENTAUX
conditions soient satisfaites : distribution justifiée par la qualité des produits, sélection
des distributeurs selon des critères objectifs et respect du critère de proportionnalité. La
sélection quantitative ajoute d’autres critères de sélection qui limitent plus directement
le nombre de revendeurs agréés, notamment en imposant des niveaux de vente minimal
ou maximal, ou en limitant le nombre de distributeurs agréés. En deçà du seuil de 30 %,
la nature de la sélection importe peu, et l’accord bénéficie de la présomption de licéité
posée par le règlement d’exemption par catégorie, à la condition de ne pas comporter de
clauses noires ou rouges.
VII. Franchise
Le contrat de franchise a d’abord été défini par la Cour de justice comme celui par
lequel «une entreprise qui s’est installée dans un marché comme distributeur et qui a
ainsi pu mettre au point un ensemble de méthodes commerciales accorde, moyennant
rémunération, à des commerçants indépendants, la possibilité de s’établir dans d’autres
marchés en utilisant son enseigne et les méthodes commerciales qui ont fait son succès.
Plutôt que d’un mode de distribution, il s’agit d’une manière d’exploiter financièrement,
sans engager de capitaux propres, un ensemble de connaissances. Ce système ouvre par
ailleurs à des commerçants dépourvus de l’expérience nécessaire l’accès à des méthodes
qu’ils n’auraient pu acquérir qu’après de longs efforts de recherche et les fait profiter de la
réputation du signe. Les contrats de franchise de distribution se différencient en cela des
contrats de concession de vente ou de ceux liant des revendeurs agréés dans un système
de distribution sélective qui ne comportent ni utilisation d’une même enseigne, ni appli-
cation de méthodes commerciales uniformes, ni paiement de redevances en contrepartie
des avantages consentis» (CJCE, 28 janv. 1986, aff. 161-84, Pronuptia, LawLex024058).
Par la suite, l’article 1er, paragraphe 3, du règlement 4087-88, abrogé par le règlement
2790-1999, a repris des éléments de cette définition en disposant que le contrat de fran-
chise est celui par lequel «une entreprise, le franchiseur, accorde à une autre, le franchisé,
en échange d’une compensation financière directe ou indirecte, le droit d’exploiter un
ensemble de droits de propriété industrielle ou intellectuelle, concernant des marques,
noms commerciaux, enseignes, dessins et modèles, droits d’auteur, savoir-faire ou brevet,
destinés à être exploités pour la revente de produits ou la prestation de services détermi-
nés à des utilisateurs finals».
Le règlement 330-2010, qui a remplacé par le règlement 2790-1999, adopte comme
ce dernier une approche moins catégorique de la franchise. Il ne reprend donc pas ces
définitions. Les lignes directrices sur les restrictions verticales définissent les accords de
franchise comme les accords verticaux comportant «une licence de droits de propriété
intellectuelle relatifs à des marques ou à des signes distinctifs ou à un savoir-faire pour
l’utilisation et la distribution de biens ou de services. Outre une licence de droits de pro-
priété intellectuelle, le franchiseur fournit normalement au franchisé, pendant la période
d’application de l’accord, une assistance commerciale et technique». La Commission re-
prend cette définition dans la brochure relative aux règles de concurrence applicables aux
accords de fourniture et de distribution.
165
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
A RETENIR
Ces restrictions ne doivent pas, autrement dit, dépasser ce qui est nécessaire à la pro-
tection du savoir-faire et à la sauvegarde de l’identité du réseau.
PLAN
1. Prix imposés
A RETENIR
Si par le passé, l’entente n’était établie que lorsque les franchisés destinataires des
consignes étaient situés sur la même zone de chalandise, la Cour d’appel de Paris estime
désormais que l’infraction est constituée que les zones de chalandise des franchisés se
recoupent ou non.
Toutefois, le franchiseur peut valablement communiquer à ses franchisés des prix indi-
catifs dès lors qu’il ne porte pas atteinte à la liberté des franchisés de fixer leur prix de
revente. Cette pratique est admise par les autorités de contrôle, dans le cas de prix maxi-
ma conseillés, à la condition qu’aucune pratique visant à leur application effective ne soit
constatée. Lorsque les parts de marché du fournisseur et du distributeur n’excèdent pas
30 %, le règlement exempte la pratique de prix de vente conseillé. Au-delà, la Commis-
sion précise dans ses lignes directrices que plus la position du fournisseur est forte sur le
166
LES FONDAMENTAUX
marché, plus le risque d’alignement des revendeurs est élevé. Dans ce cas, le prix conseillé
est susceptible de conduire à la fixation d’un niveau de prix uniforme et donc de tomber
sous le coup de l’article 101 TFUE, paragraphe 1.
EXEMPLES
A RETENIR
Les autorités de concurrence estiment en effet que le franchisé doit être libre de répondre
aux commandes spontanées d’utilisateurs finals qui ne seraient pas situés sur son terri-
toire. De même, chaque franchisé doit pouvoir satisfaire les demandes d’autres franchi-
sés. Le règlement 330-2010 ne prévoit expressément la prohibition de l’interdiction des
livraisons croisées qu’à l’intérieur des systèmes de distribution sélective et de distribution
167
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
3. Clause de non-concurrence
Le contrat de franchise contient souvent une clause de non-concurrence qui concerne
principalement la période postcontractuelle.
A RETENIR
A RETENIR
A RETENIR
Une clause d’approvisionnement exclusif n’est pas anticoncurrentielle lorsqu’elle a pour ob-
jet d’assurer la cohérence du fonctionnement de la franchise, une certaine homogénéité
du réseau et une bonne diffusion des produits. Selon la Cour de cassation, dès lors qu’elle
constitue un élément décisif pour préserver l’image et l’identité du réseau, une clause d’ap-
provisionnement exclusif ou de non-concurrence nécessaire pour trouver chez chacun des
franchisés une uniformité de qualité et de goût des produits fabriqués selon un cahier des
charges et un procédé propres au fournisseur, ne constitue pas une restriction de concur-
rence, même si elle est conclue à durée indéterminée. Au contraire, l’interdiction de se fournir
directement auprès de fournisseurs distribuant des produits substituables à ceux distribués
par la centrale d’achat du franchiseur est restrictive de concurrence, lorsque l’identité du
réseau n’en dépend pas. Sont également illicites les clauses d’approvisionnement prioritaire,
169
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
lorsqu’elles sont interprétées et appliquées par les franchisés comme des clauses d’approvi-
sionnement exclusif.
EXEMPLES
restrictions».
A RETENIR
Le règlement 330-2010 pose une présomption de légalité pour les accords qui ne
contiennent pas de restrictions caractérisées dès lors que les parts de marché déte-
nues par le fournisseur et le distributeur ne dépassent pas 30 % du marché pertinent
(Règl. 330-2010, art. 3, paragr. 1). Au-delà, l’accord ne peut être exonéré qu’au titre de
la règle de raison ou de l’exemption individuelle.
Les clauses de prix imposés, d’interdiction des ventes parallèles ou d’interdiction des
ventes passives constituent des restrictions caractérisées, dites clauses noires, qui privent
l’accord en son entier de l’exemption par catégorie. L’obligation de non-concurrence
post-contractuelle (ou obligation de non-rétablissement) ou contractuelle est qualifiée
de clause rouge par le texte : sa validité est soumise à certaines conditions, qui, si elles ne
sont pas remplies, excluent la clause du bénéfice de l’exemption. L’exclusivité territoriale
ne peut avoir qu’une portée limitée : elle ne peut être associée à la sélection des distribu-
teurs (et donc à l’interdiction de revente hors réseau) que si les ventes actives et passives
ne sont pas restreintes, sauf en ce qui concerne la clause de localisation qu’il est toujours
possible d’imposer au distributeur.
2. Règle de raison
L’adoption d’un règlement restrictions verticales, qui met en place un mécanisme
d’exemption automatique en deçà du seuil de 30 % de part de marché rend, en principe,
le recours à la règle de raison inutile lorsque l’accord entre dans son champ d’applica-
tion. Dans le cas contraire, la validité de certaines obligations demeure soumise à leur
caractère indispensable à la protection du réseau. Aussi les règles dégagées par la juris-
prudence européenne sur l’obligation d’approvisionnement exclusif ou sur l’obligation
de non-concurrence post-contractuelle conservent-elles leur portée dans ce cadre.
A RETENIR
3. Exemption individuelle
Les accords de franchise sont susceptibles de bénéficier d’une exemption individuelle
lorsque leur licéité ne résulte ni de l’application de la règle de raison ni de celle du règle-
171
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
ment 330-2010.
Selon la Commission, les restrictions verticales qui réduisent la concurrence inter-
marques sont en règle générale plus nocives que celles qui limitent la concurrence in-
tramarque. Il en est ainsi des obligations de non-concurrence. Celles-ci peuvent en effet,
en excluant d’autres marques, leur fermer l’accès au marché, tandis que la distribution
exclusive n’empêche pas le produit concerné d’atteindre le consommateur final, même si
elle restreint la concurrence intramarque. En revanche, le transfert d’un savoir-faire subs-
tantiel, comme dans le contexte de la franchise, justifie le plus souvent une obligation
de non-concurrence pour toute la durée de l’accord de fourniture. Dès lors, l’obligation
d’approvisionnement exclusif auprès du franchiseur ou d’un autre franchisé du réseau
peut se justifier au regard de la nature, de la qualité des produits ou de la nécessité de
préserver l’homogénéité de l’image de la marque. De même, les clauses de non-concur-
rence contractuelles, inhérentes aux contrats de franchise, qui n’excèdent pas la durée
de l’accord ou les clauses de non-concurrence post-contractuelles limitées dans le temps
et dans l’espace, à une zone géographique stricte et à une durée maximale d’un an, sont
justifiées.
Le souci de préserver la réputation du réseau peut également légitimer l’insertion d’une
clause qui subordonne à l’assentiment préalable du franchiseur toute publicité effectuée
par le franchisé, dans la mesure où elle ne concerne que la nature de la publicité et non
les prix de revente.
Enfin, le droit d’exploiter les signes distinctifs et le savoir-faire du franchiseur est sou-
vent accordé pour un territoire limité. Bien qu’elle ne soit pas de l’essence du contrat
de franchise, l’exclusivité territoriale peut être essentielle à l’économie du contrat. Elle
conforte les investissements réalisés par le franchisé pour mettre en œuvre le savoir-faire
du franchiseur. Les clauses d’exclusivité territoriale, qui aboutissent à un partage des
marchés entre franchisés, ou entre franchisés et franchiseur, peuvent ainsi bénéficier
de l’exemption individuelle au titre de l’article 101 TFUE, paragraphe 3, dès lors que le
franchisé demeure libre de fixer les prix de vente et de procéder à des rétrocessions au
sein du réseau et à des ventes passives.
172
LES FONDAMENTAUX
TITRE III
Abus de domination
INTRODUCTION
A RETENIR
PLAN
173
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
SECTION 1
Position dominante
I. Marché concerné
A. Principes
B. Marché de produits ou de services
C. Marché géographique
II. Position dominante individuelle
A. Part de marché
B. Autres indices
III. Position dominante collective
A. Liens entre entreprises
B. Structure du marché
SECTION 2
Abus
I. Définition
A. De l’abus de comportement à l’abus de structure ou d’exclusion
B. Applications de l’abus de structure ou d’exclusion
II. Régime
A. Incrimination
B. Exonération
C. Cumul d’infractions
174
LES FONDAMENTAUX
A RETENIR
En pratique, objet et condition du contrôle se sont inversés : alors que dans un premier
temps (celui des textes), la position dominante constituait la condition d’un contrôle
dont l’abus faisait l’objet, dans un second (celui de la jurisprudence), ce dernier ne
représente plus que la condition d’un contrôle qui porte en réalité sur la position do-
minante.
La sanction n’est plus déclenchée par un comportement fautif, que l’on peut éviter en se
conformant à la norme, mais par une situation de marché, qui peut être inévitable. Dès
lors, le contrôle perd peu à peu tout caractère normatif : un même comportement consti-
tue ou non un abus, selon la taille de l’entreprise et la structure du marché.
Dans un troisième temps, le juge est revenu à une position plus protectrice de la sécu-
rité juridique des entreprises. Tout comportement d’une entreprise dominante n’est pas
abusif. Pour être prohibé, encore faut-il qu’il soit anormal, c’est-à-dire qu’il dépasse ce
qui est nécessaire à la protection des intérêts légitimes de l’entreprise en cause. Le critère
économique est alors réapparu au sein même du contrôle de proportionnalité. D’abord
apprécié au regard des caractéristiques intrinsèques du comportement de l’entreprise
dominante - certaines pratiques étant alors considérées comme abusives per se -, le dé-
passement de l’intérêt légitime de l’entreprise dominante est aujourd’hui évalué compte
tenu des effets de son comportement sur le marché.
175
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
SECTION 1
Position dominante
I. Marché concerné
A. Principes
La détermination du marché ne représente qu’une technique parmi d’autres pour mesu-
rer l’importance du pouvoir de marché d’une entreprise.
PLAN
176
LES FONDAMENTAUX
1. Relativité
A RETENIR
Il n’est pas nécessaire de choisir entre différentes définitions de marché possibles si,
quelle que soit la délimitation retenue, l’entreprise en cause se trouve en position do-
minante.
En outre, l’appréciation du marché peut différer pour un même secteur selon qu’elle est
menée dans le cadre des pratiques anticoncurrentielles ou des concentrations : dans le
premier cas, l’analyse concerne un marché existant alors que dans le second, elle revêt un
caractère prospectif. Il en est de même de la définition du marché retenue par la Com-
mission dans le cadre du contrôle des aides d’État.
Selon la Cour d’appel de Paris, deux produits appartiennent au même marché du point de
vue de la demande lorsqu’ils sont suffisamment substituables. Le degré d’interchangeabi-
lité ou de substituabilité s’apprécie au regard des caractéristiques des produits concernés
(performances, prix...), telles que perçues par les utilisateurs. La communication n’exige
pas que la Commission suive un ordre hiérarchique rigide dans l’appréciation des diffé-
rentes sources d’information ou différents types d’éléments de preuve.
L’approche descriptive est parfois complétée par une analyse économétrique. Parmi les
méthodes disponibles, le test de l’élasticité croisée de la demande est le plus souvent
utilisé. Il consiste à mesurer le rapport existant entre la fluctuation du prix d’un produit
et les ventes d’un autre. Deux biens peuvent être tenus pour des substituts lorsqu’une
augmentation du prix de l’un entraîne une augmentation des ventes de l’autre. La Com-
munication concernant la définition du marché précise ainsi que : «du côté de la de-
mande, l’examen de la substituabilité suppose d’abord l’analyse des caractéristiques
des produits ou services et l’usage auxquels ils sont destinés, ainsi que l’étude de l’effet
de substitution sur le marché dans un passé récent qui peut exister notamment dans
l’hypothèse d’une légère modification de prix de l’ordre de 5 à 10 %» (test du mo-
nopoleur hypothétique ou SSNIP - small but significant and non transitory increase in
price). Si le SSNIP est profitable, cela signifie que la demande est inélastique et qu’un
marché de produit distinct a été identifié. Dans le cas contraire, il faut élargir le marché
de produit. Il s’applique indépendamment du degré de sensibilité au prix des acheteurs.
Le test de l’élasticité croisée n’est pas à lui seul décisif mais doit plutôt être considéré
comme faisant partie d’un faisceau d’indices. Le SSNIP est en réalité rarement appliqué,
177
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
les autorités de contrôle lui préférant la méthode descriptive traditionnelle. Dans certains
cas, il n’existe pas de prix de marché. En outre, si les entreprises en cause disposent d’un
certain pouvoir de monopole, elles pratiqueront des prix supérieurs au prix de concur-
rence, ce qui conduira les autorités de concurrence à inclure dans la définition du mar-
ché des produits en réalité non substituables (théorie dite de la «Cellophane Fallacy»,
du nom d’une affaire fameuse jugée en 1956 par la Cour suprême des États-Unis). La
Cour de justice a ainsi précisé que le caractère graduel ou inerte de l’augmentation des
ventes d’un produit nouveau se substituant à un produit existant ne revêt une impor-
tance pour la définition du marché que s’il peut indiquer que le produit existant exerce
une contrainte concurrentielle significative sur le nouveau produit.
178
LES FONDAMENTAUX
4. Dimensions du marché
A RETENIR
179
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
exclues du calcul des parts de marché - sont à prendre en considération dans l’analyse du
pouvoir de marché de l’entreprise concernée.
Selon les autorités de concurrence, il est possible d’isoler un sous-marché au sein d’un
marché global et de le considérer comme un marché distinct lorsqu’il possède des carac-
téristiques spécifiques du point de vue de la demande et de l’offre et propose des pro-
duits ou des services indispensables et non interchangeables avec ceux du marché plus
général dont il fait partie. Enfin, l’autoconsommation qui consiste pour une entreprise
à produire un bien ou à se rendre un service nécessaire à son activité n’a pas à être prise
en considération dans la définition du marché.
PLAN
a. Caractéristiques techniques/Fonctions
Les qualités d’un produit sont un facteur essentiel de définition du marché concer-
né dans la pratique des autorités de contrôle. Des produits sont peu interchangeables
lorsque leurs différences techniques créent des conditions de demande nettement dis-
tinctes. Lorsqu’un même produit remplit différentes fonctions, seule sa fonction princi-
pale doit, ainsi, être prise en considération. Au-delà des caractéristiques techniques, la
qualité du service offert constitue un élément de différenciation.
Pour définir le marché par produits ou services, les autorités européennes ne se limitent
pas à des caractéristiques purement objectives. Ainsi, l’image d’un produit ou d’un ser-
vice peut entraîner un attachement qui le rend spécifique. De même, le goût, les quali-
tés olfactives, la ligne éditoriale, le caractère artisanal peuvent conduire les autorités de
concurrence à distinguer un produit bien que d’autres produits présentent des caracté-
ristiques techniques similaires.
Des produits ou services proches peuvent, selon le cas, appartenir au même marché ou
à des marchés distincts. Lorsque l’offre et la demande émanent d’opérateurs différents et
portent sur des produits ou services spécifiques, les différents paliers du même processus
180
LES FONDAMENTAUX
EXEMPLES
181
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
182
LES FONDAMENTAUX
2. Conditions d’utilisation
Selon l’arrêt Continental Can (CJCE, 21 fevr. 1973, 6-72) des produits qui présentent
des caractères objectifs similaires peuvent appartenir à des marchés distincts parce
qu’ils correspondent à des usages différents. Les autorités de concurrence considèrent
plus rarement que des produits techniquement différents puissent appartenir au même
marché du seul fait de leur usage. Lorsqu’elles envisagent l’usage du produit, les autori-
tés de la concurrence tiennent compte des préconisations techniques et des utilisations
effectives et retiennent, parmi plusieurs utilisations possibles, celles correspondant à la
fonction principale du produit.
Les conditions d’utilisation permettent soit de regrouper différentes familles de produits
au sein d’un même marché, soit de différencier des groupes d’utilisateurs situés au même
stade du processus économique. Ainsi, des économies de champ («economies of scope»)
peuvent favoriser le regroupement de biens complémentaires au sein d’un même mar-
ché. Une entreprise réalise des économies de champ lorsque l’offre de plusieurs biens
ou services ensemble lui revient moins cher que de les proposer séparément. Ainsi, bien
que chaque outil réponde à un besoin spécifique et ne soit pas substituable à un autre,
l’outillage à main doit être envisagé comme un marché unique, dès lors que le grossiste
propose au distributeur un échantillonnage complet d’outils répondant aux différents
besoins des consommateurs.
EXEMPLES
sentent sous des formes distinctes (par injection ou par voie transdermique).
3. Méthode de commercialisation
Les autorités de contrôle déduisent parfois l’existence d’un marché de produits distinct
de la spécificité du circuit de distribution.
EXEMPLES
184
LES FONDAMENTAUX
C. Marché géographique
PLAN
1. Critères
A RETENIR
La nature du produit ou du service constitue l’un de ces critères. Ainsi, les quarante et
un aéroports espagnols n’étant interchangeables que dans une mesure limitée, notam-
ment à cause de la distance existant entre eux, chacun a été considéré comme constituant
un marché géographique distinct. De même, les services de pilotage du port de Gênes
caractérisent à eux seuls un marché spécifique. La capacité d’assurer, dans un bref délai,
l’appui technique en cas de panne a permis de délimiter le marché régional de la fourni-
ture de traction ferroviaire. Le béton prêt à l’emploi, en raison de sa nature pondéreuse
et non stockable, ou le carburéacteur, dont la nature empêche les emports de carburant,
constituent nécessairement des marchés locaux.
Plus généralement, les coûts de transport représentent le facteur essentiel de délimitation
du marché dans l’espace puisqu’ils limitent la possibilité de vente au-delà d’un certain
rayon géographique dans le cas notamment de produits pondéreux et de faible valeur
intrinsèque. Plus leur valeur absolue ou relative par rapport au prix du produit est grande,
plus le pouvoir de marché de l’entreprise est important. Même lorsqu’ils ne font pas obs-
tacle à la distribution du produit, les coûts de transport sont des facteurs unificateurs du
marché qui doivent être pris en considération dans sa délimitation géographique.
La localisation des opérateurs et des clients de l’entreprise en cause joue également un
rôle important dans la délimitation de la zone géographique concernée. Ainsi, le marché
auxiliaire des sons et images revêt un caractère national dans la mesure où les conditions
de fonctionnement du marché principal des paris se caractérisent par des liens de proxi-
mité géographique étroits entre les parieurs et les agences hippiques présents au niveau
de l’État membre. En revanche, pour les systèmes d’exploitation pour PC clients, les
systèmes d’exploitation pour serveurs de groupe de travail et les lecteurs multimédias, la
localisation des opérateurs et consommateurs confère au marché une dimension mon-
diale, car ces systèmes sont fabriqués par un grand nombre de sociétés opérant à l’échelle
mondiale et sont vendus dans le monde entier.
Enfin, la définition du marché géographique s’effectue également compte tenu de l’exis-
tence de barrières réglementaires, qu’elles soient nationales ou européennes. Les dimen-
sions du marché géographique peuvent varier d’un niveau à l’autre du même processus
économique. Ainsi, il convient de distinguer, dans le secteur des pompes funèbres, les re-
lations que le prestataire de services entretient avec les clients de celles qui l’unissent aux
185
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
communes. Dans le premier cas, le prestataire de services étant titulaire d’un monopole
territorial en vertu d’un texte légal, chaque commune ou groupe de communes constitue un
marché géographique distinct. Dans le second, l’ensemble des communes dans lesquelles
l’entreprise est active forme un marché unique.
Adoptant une approche globale, les autorités de concurrence soulignent que le marché
géographique correspond à la zone dans laquelle les conditions objectives de concur-
rence du produit ou du service sont «similaires» ou «suffisamment homogènes» pour les
opérateurs économiques. L’homogénéité existe du point de vue de l’offre lorsque, dans
une zone définie, les caractéristiques des produits, la réglementation administrative, les
offreurs et le degré de maturité du marché sont identiques ou que le volume des échanges
et le taux de substituabilité de l’offre sont importants. S’agissant de la demande, les au-
torités de concurrence tiennent compte en particulier des comportements de consom-
mation, de l’organisation de la distribution, de la structure de la demande, des politiques
d’approvisionnement et de l’importance des importations. L’absence de différence de
prix entre les produits au sein d’une zone géographique donnée est considérée comme
un indice essentiel de l’homogénéité de celle-ci.
Les autorités de contrôle complètent parfois ces critères objectifs par des appréciations
d’ordre psychosociologique pour mieux tenir compte des inélasticités caractérisant un
marché déterminé. Ainsi, la langue et les préférences culturelles des consommateurs, les
usages locaux et les habitudes de consommation des utilisateurs, telle la préférence pour
certains conditionnements ou marques de cigarettes, peuvent constituer des facteurs de
délimitation du marché géographique. Compte tenu de la langue et des préférences des
consommateurs, l’Autorité de la concurrence estime que le marché de la publicité télévi-
sée revêt une dimension nationale. La Cour d’appel de Paris souligne, dans l’affaire Tuiles
d’Alsace (Paris, 21 mars 1991, LawLex023229), qu’en l’état du comportement des ache-
teurs dans cette région, des techniques et habitudes des professionnels et de la spécificité
architecturale alsacienne, les tuiles d’Alsace ne sont en concurrence que sur le marché
alsacien bien qu’elles soient également vendues dans d’autres régions. Se référant aux
usages de la clientèle à Paris et en banlieue, l’Autorité de la concurrence considère que le
marché de la distribution de disques comprend Paris intra-muros et la banlieue en souli-
gnant que la clientèle du disque à Paris, qui habite essentiellement en Île-de-France, peut
se livrer à une comparaison des prix auprès des hypermarchés proches de son domicile.
2. Étendue
A RETENIR
Les articles 102 TFUE et L. 420-2 du Code de commerce prohibent l’exploitation abu-
sive d’une position dominante sur le marché intérieur ou sur une partie substantielle
de celui-ci. La condition de substantialité ne définit en réalité qu’une limite très théo-
rique : une région d’un État membre ou une ville ou un quartier peuvent constituer une
partie substantielle du marché intérieur dès lors qu’ils revêtent une certaine impor-
tance économique au regard du marché intérieur dans son ensemble.
Tel est le cas lorsque les transactions qui s’effectuent dans la zone considérée exercent un
effet directeur sur les prix et les conditions de vente de l’ensemble du marché. Il n’existe
186
LES FONDAMENTAUX
A. Part de marché
A RETENIR
Même si elle considère que la position détenue par l’entreprise sur le marché ne
constitue théoriquement qu’un «facteur» de la position dominante, la Cour de justice
estime que «l’existence de parts de marché d’une grande ampleur est hautement si-
gnificative». Les autorités françaises considèrent que lorsque la part de marché de
l’entreprise revêt une certaine importance, elle peut constituer un indice suffisant de
l’existence d’une position dominante.
188
LES FONDAMENTAUX
189
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
Il en est de même de l’entreprise qui contrôle 33,28 % d’un marché contre 29,75 % à
son principal concurrent, ou de celle dont la part de marché atteint 27,9 % alors que son
concurrent contrôle 17 % du marché et les marques de distribution, 82,4 %. Enfin, sauf
circonstances particulières déterminantes d’une position dominante collective, l’exis-
tence d’un concurrent d’une puissance équivalente à la sienne ne permet pas à une en-
treprise d’adopter le comportement indépendant caractérisant une position dominante.
B. Autres indices
A RETENIR
PLAN
1. Structure du marché
L’intensité de la concurrence existant sur le marché et la possibilité pour les concurrents
d’y accéder constituent des critères essentiels de définition de la position dominante.
L’absence de concurrence potentielle et le faible contrepoids représenté par les princi-
paux concurrents peuvent confirmer l’existence d’une position dominante. L’incapacité
des principaux concurrents à exercer une concurrence efficace ajoutée à des obstacles
s’opposant à la pénétration du marché en cause suffit à qualifier de leader une entreprise
détenant une part de marché intermédiaire. Cependant, l’existence d’une concurrence,
même vive, sur un marché donné, n’exclut pas la constatation d’une position dominante
sur ce même marché, celle-ci étant essentiellement caractérisée par la capacité de se com-
porter sans avoir à tenir compte, dans sa stratégie de marché, de cette concurrence et
sans pour autant subir des effets préjudiciables du fait de cette attitude.
L’importance des investissements publicitaires et commerciaux exigés pour atteindre
une taille optimale peut également constituer un obstacle à l’entrée d’un nouveau concur-
rent sur un marché déterminé. Il en est ainsi lorsqu’une entreprise contrôle 85 % du
marché concerné et est la seule à disposer de la possibilité de mettre en œuvre des sub-
ventions croisées alors que tout entrant est confronté à la nécessité d’effectuer de lourds
investissements ou lorsqu’il existe d’importants effets de réseau et liens de connexité
commerciaux et techniques sur le marché.
Les barrières structurelles à l’entrée d’un marché peuvent trouver leur origine hors du jeu
naturel de ce dernier. Ainsi, les contraintes réglementaires peuvent ériger des barrières
190
LES FONDAMENTAUX
2. Structure de l’entreprise
Parmi les indices permettant de corroborer la position dominante de l’entreprise, les
autorités de concurrence retiennent son leadership, sa qualité d’opérateur historique
ou son image de marque. La disproportion des moyens financiers d’un opérateur avec
ses concurrents ou les facilités d’approvisionnement peuvent également constituer
un facteur d’appréciation de la position dominante. La puissance financière résulte
notamment de l’appartenance à un groupe, qui est en elle-même un indice de position
dominante. La détention de droits de propriété intellectuelle ou d’un droit spécial ou
exclusif constitue également un facteur de position dominante. Il en va de même de la
large diffusion des produits de l’entreprise sur l’ensemble d’un territoire ou du fait de
disposer d’une organisation commerciale vaste et sophistiquée ou d’une gamme de pro-
duits étendue et diversifiée, ou d’une base de données exhaustive et régulièrement mise
à jour nécessitant un investissement important et continu. Enfin, l’entreprise qui réalise
des économies d’échelle, est intégrée verticalement, dispose d’une avance technologique
ou tient ses partenaires dans sa dépendance est susceptible de détenir une position pré-
éminente sur le marché concerné.
3. Comportements
Certains types de comportements ne sauraient être adoptés qu’à la condition que
l’entreprise dispose de suffisamment de puissance économique pour les imposer aux
autres participants au marché, ou seraient irrationnels si leur auteur ne se trouvait pas
dans une position de domination. Certaines conditions contractuelles ne peuvent être
imposées que par une entreprise en position dominante. De même, le fait pour plusieurs
entreprises de transport de proposer dans une grille de prix des taux variant d’un produit
à l’autre en fonction de la valeur du produit alors que cette valeur n’a aucune influence
sur le coût du transport caractérise l’existence d’une position dominante. Plus générale-
ment un abus peut être un indice de domination.
Au lieu d’être envisagés comme des indices, les comportements adoptés par l’entreprise
sont parfois appréhendés comme la cause de la domination. La position de fournisseur
exclusif ou quasi exclusif constitue ainsi un facteur de domination.
4. Performances
Les droits européen et français de la concurrence se montrent extrêmement réticents
à utiliser les critères de performance. Si les autorités de concurrence admettent tradi-
tionnellement que le maintien de la part de marché peut être révélateur d’une position
dominante, l’érosion progressive de celle-ci ne peut constituer, en elle-même, la preuve
191
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
de l’absence de position dominante, dès lors que la part détenue reste très importante.
De même, la baisse de prix ne contredit pas nécessairement l’existence d’une position
dominante dans la mesure où elle peut résulter d’une politique de prix librement choisie
sans être due à la pression de la concurrence. Les autorités européennes considèrent
même «qu’une marge bénéficiaire réduite ou même des pertes temporaires ne sont pas
incompatibles avec une position dominante tout comme des bénéfices élevés peuvent
être compatibles avec une situation de concurrence effective». Les pertes enregistrées et
la rentabilité temporairement nulle d’une entreprise n’excluent donc pas l’existence d’une
position dominante. Enfin, l’augmentation du chiffre d’affaires du principal concurrent
ne suffit pas à caractériser une absence d’indépendance de comportement et ne saurait
exclure la position dominante d’une entreprise. De même, un opérateur dont la part de
marché dépasse 80 %, ne peut invoquer, pour contester sa position dominante, la pro-
gression de son principal concurrent.
192
LES FONDAMENTAUX
B. Structure du marché
1. Droit européen
A RETENIR
Dans cette décision, le juge européen a clairement affirmé que la domination collective
pouvait constituer un instrument de contrôle des situations de marché oligopolistiques :
«on ne saurait exclure, par principe, que deux ou plusieurs entités économiques indépen-
dantes soient, sur un marché spécifique, unies par des liens économiques et que, de ce
fait, elles détiennent ensemble une position dominante par rapport aux autres opérateurs
sur le même marché». Il a toutefois ajouté que «cette conclusion s’impose davantage
dans le contrôle des concentrations»... que dans celui de l’abus de position dominante.
La raison en est simple. Le contrôle des concentrations est un contrôle purement struc-
turel alors que celui de l’abus de domination est par nature comportemental. Or, on ne
saurait, dans le cadre d’un contrôle comportemental, se satisfaire d’un lien «involontaire»
résultant de la seule structure du marché, en identifiant le lien économique à la relation
d’interdépendance existant entre les membres d’un oligopole.
2. Droit français
A RETENIR
L’Autorité de la concurrence va plus loin que les autorités européennes et admet qu’une
situation de marché peut dans certains cas suffire à caractériser une domination col-
lective.
Citant l’arrêt du Tribunal de première instance, Gencor (TPICE, 25 mars 1999, aff. T-102-
96 LawLex023656), elle considère qu’un oligopole restreint peut suffire à caractériser
une position dominante collective, en relevant : - que si l’une des sociétés mères d’une
filiale commune devait emporter un marché en concurrence avec une filiale commune,
l’autre société mère en serait, compte tenu de la structure du marché, forcément informée ;
- que dans les zones où opère une entreprise commune, les comportements des sociétés
mères sont parallèles et prévisibles, la décision de l’une d’elles, de répondre à un appel
à candidatures afin d’évincer une entreprise commune pouvant entraîner des réactions
de représailles de l’autre société-mère ; - enfin, que le produit qu’elles commercialisent
est homogène et sa demande inélastique à son prix, et qu’elles opèrent sur un marché
faiblement contestable. Cette solution rappelle celle adoptée par le juge européen dans
la décision Airtours (TPICE, 6 juin 2002, aff. T-342-99, LawLex023474), qui affirme
que la domination collective peut être inférée de la seule structure du marché sous trois
conditions : - transparence du marché ; - ligne d’action commune et police de l’oligopole ;
- absence de contestation de la ligne d’action par des concurrents actuels, potentiels ainsi
que par les consommateurs. Statuant sur renvoi, la Cour d’appel de Paris (Paris, 15 avr.
2010, LawLex10468) a toutefois censuré une décision de l’Autorité de la concurrence qui
193
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
s’était fondée simultanément sur la jurisprudence Airtours et les conditions plus classiques
de liens structurels et de stratégie commerciale commune. Selon elle, pour établir une do-
mination collective, il faut non seulement que des liens structurels, une stratégie commune
ou les caractéristiques oligopolistiques du marché soient caractérisés, mais aussi qu’il soit
démontré que les entreprises en cause disposent en commun de la possibilité de se com-
porter, dans une mesure appréciable, de manière indépendante sur le marché, vis-à-vis des
concurrents, des clients et des consommateurs.
SECTION 2
Abus
PLAN
I. Définition
A RETENIR
La notion d’abus n’est définie pas plus par le Traité que par le Code de commerce.
L’analyse de la jurisprudence révèle l’adhésion des autorités de concurrence à deux
conceptions différentes de l’exploitation abusive qui, loin de s’exclure l’une l’autre,
coexistent dans la pratique décisionnelle ou la jurisprudence. Aux actions illicites réali-
sées au détriment d’agents économiques définis avec lesquels l’entreprise dominante
est en rapport, que l’on peut désigner comme des «abus de comportement» ou «abus
d’exploitation», s’opposent les actes considérés comme illégitimes parce qu’ils portent
atteinte à la structure de la concurrence, qui constituent des «abus de structure» ou
«abus d’exclusion».
194
LES FONDAMENTAUX
- Les pratiques de prix abusives : stratégies de prix imposés, prix excessivement éle-
vés ou excessivement bas ; offres provoquant un effet de ciseau tarifaire ; stratégie
de prix prédateurs.
Les pratiques de ciseau tarifaire, qui sont le fait d’entreprises intervenant simultanément
à deux niveaux d’un même processus économique, se rencontrent principalement en
matière de téléphonie. L’approche des autorités européennes est similaire.
A RETENIR
dominant pour la prestation de ses propres services aux abonnés sur le marché aval.
Pour établir que la compression de marges est susceptible d’être contraire à l’article 102
TFUE, il n’y a pas lieu de démontrer que l’entreprise dominante impose des prix excessifs
pour ses produits de gros d’accès indirect ou des prix prédateurs pour ses produits de dé-
tail. Une telle pratique est susceptible de produire un effet d’éviction, même en l’absence
de caractère indispensable du produit de gros pour la fourniture du produit de détail, et
même si la marge des concurrents reste positive, dès lors qu’en raison d’une réduction
de rentabilité elle est susceptible de rendre au moins plus difficile l’exercice des activités
de ces derniers sur le marché concerné. Les autorités de contrôle recourent au test du
concurrent aussi efficace (AEC) en se fondant en priorité sur les tarifs et les coûts de
l’entreprise dominante, et non sur la situation spécifique de ses concurrents, actuels ou
potentiels, car «l’utilisation de tels critères d’analyse permet de vérifier si une entreprise
en position dominante aurait été suffisamment efficace pour proposer ses prestations
de détail aux clients finals autrement qu’à perte, si elle avait été préalablement obligée
d’acquitter ses propres prix de gros pour les prestations intermédiaires». Enfin, pour
constituer un abus de position dominante, une pratique de ciseau tarifaire doit produire
un effet anticoncurrentiel, qui n’a pas nécessairement besoin d’être actuel. La preuve
d’un effet anticoncurrentiel potentiel de nature à évincer les concurrents au moins aussi
efficaces que l’entreprise dominante est suffisante.
A RETENIR
Depuis l’arrêt Brook Group vs Brown Williamson Tobacco Corp., la Cour suprême amé-
ricaine complète le test Areeda-Turner par le «test de récupération des pertes» (recoup-
ment test) aux termes duquel une stratégie de prédation ne peut pas être considérée
comme rationnelle, et doit donc être exclue, en l’absence de possibilité pour l’entreprise
dominante de récupérer ses pertes. Les autorités européennes adoptent une approche
inverse puisqu’elles affirment expressément que la possibilité de récupération des pertes
ne constitue pas un préalable à la constatation de prix prédateurs.
La position des autorités européennes a connu par la suite une certaine évolution qui
n’a pas manqué d’influencer les autorités françaises. Le test de coût, applicable tant en
matière de prédation que de pratiques d’éviction, doit en principe être mené en exa-
minant les seuls coûts de l’entreprise dominante. Dans ses lignes directrices relatives
196
LES FONDAMENTAUX
aux abus d’exclusion, la Commission définit la prédation par un test destiné à évaluer
si un concurrent hypothétique aussi efficace que l’entreprise dominante risque de se
voir exclu par des pratiques de prix abusives, et notamment de prédation. Même si la
Commission ne se réfère pas au coût moyen variable ou au coût moyen total de l’arrêt
Akzo auxquels elle préfère le coût moyen évitable (CME) et le coût marginal moyen
à long terme (CMMLT), la différence n’est que relative. Le test de prix d’éviction est
positif lorsque le coût moyen évitable ou le coût marginal moyen à long terme n’est
pas couvert par le prix de vente pratiqué par l’entreprise en position dominante. En
principe, seule la fixation de prix inférieurs au CMMLT est considérée comme sus-
ceptible d’évincer des concurrents aussi efficaces du marché. Toutefois, la prédation
sera aussi établie lorsque la preuve est apportée que l’entreprise dominante supporte
des pertes ou renonce à des bénéfices à court terme délibérément, afin d’évincer ou de
pouvoir évincer un ou plusieurs de ses concurrents réels ou potentiels, en vue de ren-
forcer ou de maintenir son pouvoir de marché. A cette fin, la Commission cherchera à
démontrer que l’entreprise concernée a consenti un sacrifice ou poursuivi une stratégie
de prédation qui ont produit des effets d’éviction anticoncurrentiels préjudiciables aux
consommateurs. Selon la Commission, un comportement prédateur peut se manifester
de différentes manières, notamment par construction d’une réputation d’agressivité : le
prédateur, qui craint l’entrée de plusieurs concurrents sur des marchés distincts, choisit
parmi eux une proie et met en œuvre une politique de prix agressive en tarifant très en
dessous de ses coûts, afin de dissuader les concurrents potentiels d’entrer sur les autres
marchés, par crainte que le prédateur y adopte le même comportement agressif. La Cour
de cassation estime que l’adoption d’une stratégie de prédation par construction d’une
réputation d’agressivité sur un marché autre que le marché dominé n’est pas établie en
l’absence de circonstances particulières de nature à établir un lien entre le comportement
abusif et la position dominante.
A RETENIR
Dans le cas particulier d’une entreprise chargée d’un service public mais exerçant si-
multanément une activité concurrentielle, «le concept de coût pertinent à prendre en
compte pour évaluer si le prix des prestations offertes en concurrence est abusif est
celui du coût incrémental», c’est-à-dire les dépenses supplémentaires dues à l’exer-
cice de l’activité concurrentielle.
Qu’il s’agisse d’apprécier l’existence d’un prix prédateur ou d’une pratique tarifaire ayant
un effet d’éviction, la mise en œuvre du test de coût Akzo impose de s’assurer qu’il n’y
ait pas de surdimensionnement des moyens alloués à la mission de service public, qui
permettrait de financer des prix artificiellement bas pour l’activité concurrentielle. Le
fait que les prix pratiqués par l’entreprise en position dominante se situent à un niveau
inférieur aux coûts totaux moyens, mais supérieurs aux coûts incrémentaux moyens, affé-
rents à l’activité, ne peut être considéré comme abusif que si cette politique conduit, sans
justification objective, à l’éviction effective ou probable de ses concurrents. Il convient
de déterminer si la disparition de concurrents relève d’une mauvaise politique de gestion
interne ou de facteurs extérieurs, ou si elle est imputable à la pratique tarifaire mise en
œuvre par l’entreprise dominante dans la mesure où ces concurrents seraient considérés
197
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
Le Tribunal de l’Union (TUE, 12 juin 2014, Intel Corp, aff. T-286-09, LawLex142086)
distingue trois catégories de rabais : les rabais quantitatifs, liés au volume des achats
effectués qui ne sont pas illicites en soi, les rabais de fidélité dont l’octroi est lié à une
condition d’approvisionnement exclusif ou quasi-exclusif et qu’il qualifie de rabais d’ex-
clusivité, et les rabais dont l’octroi n’est pas lié à un approvisionnement exclusif ou quasi
exclusif, mais qui peuvent revêtir un effet fidélisant.
A RETENIR
Les rabais d’exclusivité ont, par leur nature même, la capacité de restreindre la
concurrence. Il est dès lors inutile d’établir un effet potentiel d’éviction au vu des cir-
constances : en octroyant des rabais d’exclusivité, l’entreprise dominante peut utiliser
son pouvoir économique sur la part non disputable de la demande du client comme
un levier pour s’approprier la part disputable et ainsi barrer au concurrent l’accès au
marché. Il n’est pas non plus nécessaire d’examiner si le système de rabais contraint
le concurrent aussi efficace à facturer des prix négatifs.
La Cour de justice (CJUE, 6 sept. 2017, aff. C-413-14 Intel Corp., LawLex171362)
rejoint le Tribunal sur ce terrain : l’application du critère du concurrent aussi efficace
ne constitue pas une condition indispensable pour constater le caractère abusif d’un
système de rabais.
A RETENIR
En revanche, dans l’affaire Intel, la Cour a précisé que, lorsqu’une entreprise en po-
sition dominante soutient, au cours de la procédure administrative, preuves à l’appui,
que le système de rabais de fidélité lié à une condition d’approvisionnement exclusif
qu’elle a mis en œuvre, n’a pas eu la capacité de restreindre la concurrence, la Com-
mission se doit non seulement d’apprécier l’importance de la position dominante de
l’entreprise sur le marché pertinent, le taux de couverture du marché par la pratique
contestée, ainsi que les conditions et les modalités d’octroi des rabais en cause, leur
durée et leur montant, mais aussi l’existence éventuelle d’une stratégie visant à évin-
cer les concurrents au moins aussi efficaces.
Dans cette hypothèse, le recours au test du concurrent aussi efficace - as efficient com-
petitor test (AEC) - est déterminant pour apprécier la capacité d’un système de rabais de
fidélité relevant en principe de l’interdiction de l’article 102 TFUE, de produire un effet
d’éviction. Dans l’affaire TDF (Paris, 21 déc. 2017, LawLex172125), se référant aux ar-
rêts Hoffman Laroche (CJCE, 13 févr. 1979, aff. 85-76, LawLex024107), et Intel (CJUE,
6 sept. 2017, aff. C-412-14P, LawLex024107), la Cour d’appel de Paris relève que «les
rabais d’exclusivité, dont l’octroi est lié à la condition que le client - quel que soit par ail-
198
LES FONDAMENTAUX
A RETENIR
Les remises de couplage ne sont pas prohibées per se. Pour qu’elles soient jugées il-
licites, il faut apporter la preuve de leur objet ou de leurs effets anticoncurrentiels.
Lorsque la remise de couplage procure un avantage au consommateur, l’abus de posi-
tion dominante n’est pas caractérisé.
Telle est la position adoptée par la Commission dans ses Lignes directrices relatives aux
abus d’exclusion, qui posent le principe selon lequel une pratique de vente liée peut pro-
duire des gains d’efficacité (pts 47 et s.). En contradiction avec la Commission, la Cour
d’appel de Paris a, cependant, estimé que des pratiques de rabais sur une offre couplée
mises en œuvre par un offreur en situation de monopole sur le marché amont de la
fourniture du produit faussent nécessairement la concurrence, au moins potentiellement.
La Cour semble considérer que lorsqu’un opérateur, en position dominante sur le mar-
ché d’un produit «liant», subordonne, de façon obligatoire, la vente de ce produit, jugé
indispensable, à la vente d’une autre produit «lié», cette pratique de couplage est, sauf
circonstances particulières, constitutive d’un abus de position dominante.
- Les refus de vente ou de prestation : une entreprise peut limiter l’accès à ses pro-
duits de gros en proposant des conditions contractuellement désavantageuses, en re-
tardant le processus de négociation, en limitant pour des motifs formels et techniques
l’accès à son réseau et à ses lignes d’abonnés et en refusant de fournir des information
générales exactes et fiables indispensables.
A RETENIR
Selon le Tribunal, un refus de fourniture ne peut être abusif que s’il existe un risque
d’élimination de toute concurrence effective.
199
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
Un refus d’accès est abusif s’il porte sur un produit ou un service objectivement néces-
saire pour exercer une concurrence efficace sur un marché aval et risque de conduire à
l’élimination d’une concurrence effective sur le marché aval et de léser le consommateur.
A RETENIR
Tel est le cas du fichier créé par l’opérateur historique gazier dans le cadre de son ancien
monopole, qui n’est pas réplicable par ses concurrents, dans des conditions raisonnables
de coût et de temps. En revanche, le déploiement des réseaux en fibre optique par des
opérateurs alternatifs atteste de la possibilité de répliquer le réseau FttH d’Orange dans
des conditions non déraisonnables, de sorte que cette infrastructure ne peut-être qua-
lifiée d’essentielle. Les autorités de concurrence appliquent la notion d’infrastructure
essentielle non seulement à des installations matérielles (héliport, port, réseau...), mais
aussi à des biens immatériels impossibles à reproduire par des moyens raisonnables, qui
constituent de ce fait des «ressources essentielles». Depuis l’arrêt IMS Health (CJCE, 24
avr. 2004, aff. C-418-01, LawLex04941)Le refus d’une entreprise titulaire d’un droit
d’auteur de donner accès à un produit ou à un service indispensable pour exercer une ac-
tivité déterminée est abusif dès lors qu’il fait obstacle à l’apparition d’un produit nouveau
pour lequel il existe une demande potentielle des consommateurs, qu’il est dépourvu de
justification et de nature à exclure toute concurrence sur un marché dérivé.
200
LES FONDAMENTAUX
A RETENIR
201
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
II. Régime
A RETENIR
Dans ce document, elle indique qu’elle adoptera désormais dans ce cadre une approche
entièrement économique, fondée sur les effets des comportements appréhendés avec le
souci de protéger la concurrence - et donc les consommateurs -, mais non les concur-
rents.
La ligne de démarcation entre position dominante et abus se trouve en conséquence for-
tement atténuée puisque conjointement aux preuves directes de stratégie d’exclusion, des
facteurs directement liés à la domination, tels que la position de l’entreprise soupçonnée
de domination, des concurrents, des clients ou des fournisseurs, les barrières à l’entrée
et facteurs de mobilité, l’impact de l’abus ou les indices de performance, sont pris en
considération pour constater l’abus.
A RETENIR
L’entreprise dominante peut justifier son comportement en prouvant qu’il est objective-
ment nécessaire ou qu’il entraîne des gains d’efficacité de nature à compenser ses effets
restrictifs.
A RETENIR
Pour démontrer la réalité des gains d’efficience, l’entreprise dominante devra établir
avec une probabilité raisonnable et sur la base de preuves vérifiables que quatre condi-
tions cumulatives sont remplies :
- les gains d’efficience résultent du comportement en cause ;
- il n’existe aucun moyen alternatif moins restrictif pour les réaliser ;
- les gains d’efficience compensent les atteintes à la concurrence et au bien-être du
consommateur sur les marchés concernés ;
- le comportement n’élimine pas une concurrence effective en supprimant la totalité
ou la plupart des sources existantes de concurrence actuelle ou potentielle.
position dominante se doit de démontrer cumulativement que les gains d’efficience sus-
ceptibles d’en résulter neutralisent les effets préjudiciables probables sur le jeu de la
concurrence et les intérêts des consommateurs sur les marchés affectés, que ces gains
d’efficience ont été ou sont susceptibles d’être réalisés grâce audit comportement, que ce
dernier est indispensable à la réalisation de ceux-ci et qu’il n’élimine pas une concurrence
effective en supprimant la totalité ou la plupart des sources existantes de concurrence
actuelle ou potentielle.
A la différence du droit européen, et même si le texte est rarement appliqué, les abus de
position dominante sont aussi susceptibles de bénéficier en droit français d’une exemp-
tion individuelle, comme les ententes. Ainsi, les pratiques émanant d’un opérateur en po-
sition dominante et qui tombent sous le coup de l’article L. 420-2 du Code de commerce
sont justifiées, dès lors qu’elles résultent de l’application d’un texte législatif ou d’un texte
réglementaire pris pour son application. L’exemption peut aussi être accordée lorsque
la pratique abusive a pour effet d’assurer un progrès économique. Tel est le cas, selon
la Cour de cassation, lorsque l’abus est la conséquence de la mise en place d’un service
après-vente de qualité ou d’un réseau de franchisage spécialisé dans la présentation et la
mise en valeur d’articles de luxe.
A. Incrimination
PLAN
Un certain nombre de questions juridiques ont été soulevées devant les auto-
rités de concurrence à l’occasion de l’incrimination d’abus de position domi-
nante :
• l’atteinte à la concurrence doit-elle être sensible ?
• la tentative d’abus peut-elle être réprimée ?
• une infraction complexe peut-elle exister ?
• un lien de causalité entre la position dominante et l’abus est-il requis ?
• un lien de connexité entre marché dominé et marché sur lequel l’abus est
réalisé est-il nécessaire ?
• comment sanctionner l’abus commis par un groupe d’entreprises ?
203
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
trois accords de report d’entrée (Pay for Delay) pris ensemble, conclus par un fabricant
de médicament princeps avec ses concurrents génériqueurs, « produisent des effets cu-
mulatifs d’accords restrictifs parallèles de nature à renforcer sa position dominante », et
à rendre la stratégie contractuelle mise en oeuvre par celle-ci abusive.
Lorsqu’elle examine si une discrimination de prix produit ou est susceptible de produire
un désavantage concurrentiel, l’Autorité de la concurrence ou la juridiction nationale
compétente est tenue de prendre en compte toutes les circonstances du cas qui lui est
soumis et, partant, d’apprécier, la position dominante de l’entreprise, le pouvoir de né-
gociation en ce qui concerne les tarifs, les conditions et les modalités d’imposition de
ceux-ci, leur durée et leur montant, ainsi que l’existence éventuelle d’une stratégie visant
à évincer du marché aval l’un de ses partenaires commerciaux au moins aussi efficace
que ses concurrents.
La notion de désavantage dans la concurrence vise, dans l’hypothèse où une entreprise
dominante applique des prix discriminatoires à des partenaires commerciaux sur le mar-
ché aval, la situation dans laquelle ce comportement est susceptible d’avoir pour effet une
distorsion de la concurrence entre ces partenaires, la constatation d’un tel désavantage
ne requérant pas la preuve d’une détérioration effective et quantifiable de la position
concurrentielle, mais se fondant sur une analyse de l’ensemble des circonstances qui
doit permettre de conclure que ce comportement a une influence sur les coûts, sur les
bénéfices, ou sur un autre intérêt pertinent d’un ou de plusieurs des partenaires de sorte
qu’il est de nature à affecter leur position. Ainsi, lorsque l’incidence d’une différenciation
tarifaire sur les coûts supportés par l’opérateur qui s’estime lésé, ou encore sur la rentabi-
lité et les bénéfices de cet opérateur, n’est pas significative, il peut en être déduit que cette
différenciation tarifaire n’est pas susceptible d’avoir un quelconque effet sur la position
concurrentielle dudit opérateur.
L’absence de but anticoncurrentiel n’empêche pas de retenir l’abus de position domi-
nante. L’effet anticoncurrentiel d’une pratique doit exister, mais ne doit pas nécessai-
rement être concret, la démonstration d’un effet anticoncurrentiel potentiel de nature
à évincer les concurrents au moins aussi efficaces que l’entreprise dominante étant
suffisante. La Commission s’est ainsi fondée sur une analyse d’effets probables pour
établir l’existence d’une pratique abusive de compression de marges, en constatant que
le comportement de l’entreprise en cause avait probablement renforcé les barrières à
l’entrée et à l’expansion sur le marché, et qu’en l’absence de distorsions résultant du
ciseau tarifaire, la concurrence aurait probablement été plus vive, ce qui aurait profité
aux consommateurs en termes de prix, de choix et d’innovation. Cette démonstration
n’est pas nécessaire, selon le Tribunal, lorsqu’il s’agit de rabais d’exclusivité qui, par leur
nature même, recèlent une capacité d’éviction et qui peuvent être qualifiés d’abusifs in-
dépendamment d’une analyse des circonstances de l’espèce qui viserait à établir un effet
potentiel. La Cour de justice, dans le cas d’un système de rabais qui ne prévoyait pas
d’obligation formelle d’exclusivité mais revêtait un caractère fidélisant, a considéré qu’il
suffisait qu’il produise un effet anticoncurrentiel probable, sans qu’il soit nécessaire d’en
démontrer le caractère grave ou notable. Peu importe la mauvaise foi ou le comportement
délibéré de l’entreprise. La démonstration d’un élément intentionnel n’est pas requise
pour déterminer l’existence d’un abus. Une éventuelle intention anticoncurrentielle ne
204
LES FONDAMENTAUX
constitue que l’une des circonstances factuelles susceptibles d’être prises en considéra-
tion pour déterminer l’existence d’un abus de position dominante. Inversement, une in-
tention d’exercer une concurrence fondée sur les mérites, à la supposer établie, ne saurait
démontrer l’absence de pratiques abusives.
Les autorités françaises de concurrence ont d’abord estimé que lorsqu’il est le fait d’une
entreprise en position dominante, un abus affecte nécessairement le jeu de la concur-
rence de façon suffisamment importante pour tomber sous le coup de l’incrimination.
Leur position a évolué depuis lors. Tout comme la Cour d’appel de Paris, l’Autorité de
la concurrence considère qu’en l’absence d’effet sensible ayant affecté le marché, des
pratiques susceptibles d’entraver la concurrence au sens de l’article L. 420-2 ne sau-
raient être qualifiées d’abusives. Selon la Cour de cassation, la pratique ou le comporte-
ment reproché à l’entreprise dominante doit, pour constituer un abus, causer un préju-
dice matériel et/ou moral et produire un effet sensible. Cependant, il suffit, pour établir
l’effet sensible, de démontrer que le comportement abusif d’une entreprise dominante est
de nature à ou susceptible de produire un effet anticoncurrentiel sur les marchés concer-
nés, sans qu’il soit nécessaire d’apporter la preuve d’un effet concret.
Pour incriminer des pratiques anticoncurrentielles multiples, qui se sont déroulées conco-
mitamment et dont il est difficile d’isoler les effets propres à chacune d’elles, constater
qu’elles ont eu des effets, soit réels, soit potentiels, sur la concurrence, est suffisant .
L’effet d’éviction est d’autant plus sensible lorsque, comme dans le cas des télécommu-
nications, il est démultiplié par un effet de réseau particulier, dit «effet club» incitant les
consommateurs victimes de l’abus à coordonner leur choix au sein du groupe auquel
ils appartiennent (famille, entreprise, amis...) pour concentrer leurs abonnements sur le
réseau de l’entreprise dominante. Ces «effets club» se produisent en matière de télépho-
nie mobile lorsque les tarifs de l’opérateur en position dominante en faveur des appels
émis par ses clients au sein de son propre réseau (appel «on net»), par rapport aux appels
hors réseau (appels «off net») incitent les consommateurs qui peuvent coordonner leur
choix à concentrer leurs abonnements sur le plus grand des réseaux, tout en donnant des
concurrents une image défavorable de réseaux chers. Parce qu’il renforce mécaniquement
l’opérateur contrôlant un important parc de clients au détriment de concurrents dispo-
sant d’un réseau de plus petite taille ou d’entrants potentiels qui peuvent difficilement se
faire une place durable sur le marché et atteindre la taille critique permettant de ne pas
souffrir de l’effet de réseau, l’»effet club» emporte un effet anticoncurrentiel. Des marchés
marqués par des effets de réseau importants peuvent aboutir à la création de positions
fortes liées à un phénomène de concentration autour d’acteurs dominants (effet «boule
de neige»). L’effet sensible a été également retenu pour les pratiques tarifaires de France
Télécom sur le marché de l’ADSL, qui ont eu pour effet de dissuader les investisseurs
prêts à fournir aux opérateurs alternatifs les moyens de développer leur activité ADSL,
alors que leur intervention financière était absolument nécessaire, causant ainsi à l’un de
ces opérateurs la perte d’une chance d’accéder au marché.
Pour autant, le constat que la concurrence s’est développée pendant la période couverte
par la pratique abusive n’est pas exclusif d’un effet d’éviction, lorsqu’à défaut de cette
pratique, le développement de la concurrence aurait pu être plus important. Le fait que
la part de marché d’un concurrent ait augmenté ou soit restée stable ne signifie pas plus
205
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
qu’une pratique abusive soit dénuée d’effet. De même, la réaction des tiers n’exclut pas
la responsabilité de l’entreprise en position dominante, dès lors qu’il est établi que son
comportement est objectivement de nature à restreindre la concurrence.
L’Autorité de la concurrence recourt fréquemment à des tests économiques pour me-
surer l’atteinte à la concurrence, tels que le test du concurrent aussi efficace ou plus
rarement celui de l’absence de sens économique, selon lequel des pratiques sont anti-
concurrentielles dès lors qu’elles n’ont aucun sens économique pour l’entreprise que
celui de la réduction ou de l’élimination de la concurrence. Selon la Cour d’appel de Pa-
ris, le concurrent aussi efficace est un concurrent théorique qui se définit exclusivement
par référence aux coûts de l’entreprise dominante verticalement intégrée, de sorte qu’il
est, littéralement, l’entreprise verticalement intégrée placée, contrairement à sa situation
réelle, dans l’obligation de supporter ses propres prix de gros, sans qu’aucune des parti-
cularités empruntées aux concurrents réels de l’entreprise dominante n’ait à être prise en
compte sauf à fausser le résultat du test. Toutefois, ces tests ne peuvent, pour déterminer
le caractère anticoncurrentiel des pratiques examinées, se substituer à l’analyse concrète
de leur objet ou effet réel ou potentiel.
2. Tentative
La tentative est prohibée au même titre que l’acte. Lorsque plusieurs entreprises en po-
sition dominante tentent par leurs comportements d’évincer un de leurs concurrents, le
fait que le but recherché ne soit pas atteint n’exclut pas la qualification d’abus de position
dominante au sens de l’article 102 TFUE. Toutefois, le défaut de résultats peut dans cer-
tains cas établir l’absence d’abus. Tel est le cas lorsque les mesures destinées à neutraliser
la concurrence potentielle revêtent la forme d’une incitation à entrer sur le marché en
tant que membre d’une conférence maritime et non de mesures destinées à restreindre
la capacité des concurrents éventuels à entrer sur le marché. En revanche, même si elle a
été infructueuse dans certains pays, la stratégie d’ensemble qui tend pour une entreprise
en position dominante à garder indûment les fabricants de produits génériques à l’écart
du marché par le biais de l’obtention de certificats complémentaires de protection en
violation du cadre réglementaire qui les a institués est abusive.
3. Infraction complexe
Les autorités européennes ont développé en droit des ententes la théorie de l’infrac-
tion complexe ou infraction unique et continue qui permet de saisir un ensemble d’élé-
ments de fait sans avoir à qualifier ni à imputer séparément les différents comportements
s’inscrivant dans le cadre d’un accord global. La notion d’infraction unique et continue
s’applique à un ensemble d’actions qui s’inscrivent dans un plan d’ensemble, en rai-
son de l’identité de leur objet, les différents comportements en cause présentant un lien
de complémentarité, chacun d’entre eux étant destiné à faire face à une ou à plusieurs
conséquences du jeu normal de la concurrence, et contribuant, par leur interaction, à
la réalisation des objectifs visés dans le cadre de ce plan global. Retenue une première
fois en matière d’abus de position dominante dans l’affaire AstraZeneca (TUE, 1er
juil. 2010, AstraZeneca, aff. T-321-05 LawLex10782), la notion d’infraction unique
et continue a été consacrée dans l’affaire Intel (TUE, 12 juin 2014, Intel Corp, aff.
T-321-05, LawLex10782) dans laquelle une entreprise a été condamnée pour avoir
206
LES FONDAMENTAUX
octroyé des rabais d’exclusivité à ses clients dans le cadre d’une stratégie d’ensemble
qui visait à évincer son seul concurrent important. La preuve de l’existence d’une telle
stratégie peut, selon le Tribunal, être apportée par un faisceau d’indices, tels que la conti-
nuité temporelle entre les pratiques, leur caractère comparable et leur complémentarité,
ou encore la volonté de dissimuler le caractère anticoncurrentiel des relations avec ses
clients par la conclusion d’accords informels. A la suite du Tribunal de l’Union, l’Autorité
de la concurrence reconnaît désormais la notion d’infraction unique et continue en ma-
tière d’abus de position dominante. Elle l’a récemment appliquée à deux pratiques qui se
distinguaient l’une de l’autre, non seulement par la forme - l’une consistant en une inter-
vention juridiquement infondée auprès d’une autorité de santé et l’autre en une stratégie
de dénigrement auprès de professionnels de santé -, mais aussi par le stade auquel elles
intervenaient - la première, au moment de la libéralisation du marché, pour faire obstacle
à la commercialisation des génériques ; la seconde, après cette libéralisation, pour retar-
der la pénétration des génériques sur le marché -, dans la mesure où, complémentaires,
elles relevaient d’un même plan d’ensemble, dont l’objectif commun était l’éviction des
génériques concurrents, ou à tout le moins la préservation d’une position de marché
prédominante du princeps.
4. Lien de causalité
Pour être prohibée, il n’est pas nécessaire que l’entrave à la concurrence soit créée direc-
tement ou uniquement par le comportement abusif. Selon les autorités européennes,
dès lors qu’il y a atteinte à une structure de concurrence effective, l’abus est constitué,
quels que soient les moyens employés à cet effet et indépendamment de l’existence
d’un quelconque lien de causalité entre la position dominante et l’abus. L’Autorité de
la concurrence requiert au contraire dans tous les cas qu’il existe un lien de causalité
entre la position dominante et l’abus. Un tel lien peut être constaté lorsqu’une entre-
prise tire parti du fait qu’elle contrôle plus de 50 % du marché concerné pour imposer
ses agissements.
5. Marchés connexes
Un abus peut être retenu sur un marché distinct de celui sur lequel l’entreprise est en
position dominante. Il doit dans cette hypothèse exister un lien de connexité étroit
entre les deux marchés et une situation de prééminence sur le marché connexe.
Une entreprise en position dominante sur un premier marché détient-elle une position
dominante automatique sur le marché secondaire ? Après avoir apporté une réponse
positive à cette question, les autorités de concurrence semblent être revenues à une ap-
proche plus stricte, plus économique. Il ne suffit plus que le fabricant d’un produit pri-
maire soit le seul producteur de pièces détachées pour ses produits pour le déclarer en
position dominante mais il faut qu’un véritable pouvoir de marché soit caractérisé sur le
marché secondaire.
Selon les autorités françaises, aucun lien de causalité ne peut normalement pas être re-
levé lorsqu’une pratique abusive est mise en œuvre sur un marché distinct du marché
dominé. Toutefois, un abus peut être retenu sur un marché distinct de celui sur lequel
l’entreprise est en position dominante, lorsqu’il existe un lien de connexité suffisant entre
207
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
les deux marchés et un rapport de causalité entre la domination de l’un et les pratiques
relevées sur l’autre. La connexité entre deux marchés peut provenir d’un lien de nature
verticale, mais aussi de la similitude des agents économiques, notamment des clients, ou
encore de la complémentarité entre les produits. Cependant, le lien de connexité ne ré-
sulte pas nécessairement des caractéristiques des marchés en cause, mais peut aussi être
la conséquence de l’action de l’entreprise dominante. Tel est le cas, lorsque l’entreprise
utilise la rente dégagée sur un marché où elle détient un monopole légal pour financer les
surcoûts salariaux de sa filiale sur un marché connexe, en lui permettant d’appliquer des
prix inférieurs à ses coûts variables ou lorsqu’une entreprise met en œuvre une pratique
abusive sur un marché qu’elle ne domine pas pour renforcer sa position dominante sur
un autre marché, ou lorsque les marchés en cause présentent des liens de connexité si
étroits qu’une entreprise se trouve dans une situation assimilable à la détention d’une
position dominante sur l’ensemble de ces marchés. L’existence d’un lien de connexité
s’apprécie au cas par cas à partir d’un faisceau d’indices tirés non seulement de la nature
des marchés concernés, mais aussi de la stratégie de l’entreprise dominante qui établit un
lien entre deux marchés dès lors qu’elle y intervient. Selon la Cour de cassation, une en-
treprise en position dominante n’est pas fondée à soutenir l’absence de lien de connexité
entre le marché dominé des bases de données d’informations médicales sur lequel elle
a opposé un refus de vente à la plaignante et le marché non dominé des logiciels CRM
dans le secteur de la santé sur lequel cette pratique a causé à cette dernière un désavan-
tage en termes de coûts et d’image par rapport à ses concurrents, dès lors que ce lien se
déduit de l’interdépendance fonctionnelle de ces logiciels et des bases de données, les
logiciels CRM ne pouvant fonctionner sans base de données.
6. Groupe d’entreprises
Lorsque l’abus met en cause un groupe d’entreprises, il suffit que celui-ci ait été mis
en œuvre par l’une des sociétés du groupe et il n’est pas nécessaire qu’il soit le résultat
d’une stratégie élaborée par les instances dirigeantes du groupe. La notion de position
dominante collective n’exige pas que les entreprises concernées se trouvent dans un
rapport de concurrence, ni que leur abus, pour être sanctionné, soit le fait de tous les
participants.
B. Exonération
1. Mise en œuvre de la règle de raison en droit européen
A RETENIR
Les autorités de contrôle ont vite estimé que lorsqu’une entreprise dominante utilise
des «procédés normaux de concurrence», ses activités ne sont pas répréhensibles.
Pour apprécier l’anormalité du comportement de l’entreprise, le juge européen ap-
plique, selon une règle de raison, un contrôle de proportionnalité : l’action de l’entre-
prise dominante est considérée comme «anormale» dès lors qu’elle dépasse ce qui est
nécessaire à la protection de ses intérêts légitimes.
En effet, la position dominante ne prive pas l’entreprise du droit de préserver ses propres
intérêts commerciaux lorsque ceux-ci sont menacés, à condition que cette protection soit
208
LES FONDAMENTAUX
fondée sur des critères d’efficacité économique et présente un intérêt pour les consom-
mateurs. Tel est le cas des mesures visant à assurer le bon fonctionnement interne de
l’entreprise ou dictées par des nécessités techniques, ou des politiques de qualité. L’en-
treprise en position dominante doit démontrer que son comportement est objectivement
nécessaire ou que l’effet d’éviction qu’il entraîne peut être contrebalancé, voire surpassé,
par des avantages en termes d’efficacité qui profitent également aux consommateurs. Des
stratégies légitimes en elles-mêmes peuvent devenir abusives lorsqu’elles sont poursui-
vies conjointement à des pratiques dépassant la sauvegarde des intérêts commerciaux.
En outre, sous peine de vider l’article 102 TFUE de sa substance, un comportement
ne saurait perdre son caractère abusif au motif qu’il constitue la pratique généralement
suivie dans un secteur déterminé. En particulier, le titulaire d’un droit d’auteur dont
l’exercice ne constitue pas un abus de position dominante en soi outrepasse la légitime
protection de ses droits lorsqu’il refuse l’accès à un produit ou à un service indispensable
pour exercer une activité déterminée dès lors qu’il existe une demande potentielle des
consommateurs, que ce refus est dépourvu de justification et qu’il est de nature à exclure
toute concurrence sur un marché du produit ou service dérivé. Par ailleurs, la prise en
considération des gains d’efficacité des pratiques concernées ne saurait dépendre des
objectifs éventuellement poursuivis par leur auteur ni du point de savoir si ceux-ci sont
le fruit d’une volonté délibérée ou au contraire, uniquement fortuits ou non intention-
nels. Enfin, il est également tenu compte de l’importance de l’effet anticoncurrentiel. La
Cour de justice adopte cette approche dans l’arrêt Intel, lorsqu’elle relève que tout effet
d’éviction ne porte pas nécessairement atteinte au jeu de la concurrence, dès lors que,
par définition, la concurrence par les mérites peut conduire à la disparition du marché
ou à la marginalisation des concurrents moins efficaces et donc moins intéressants pour
les consommateurs du point de vue notamment des prix, du choix, de la qualité ou de
l’innovation.
Par conséquent, l’analyse de la capacité d’éviction de concurrents au moins aussi ef-
ficaces est pertinente pour apprécier si un système de rabais relevant en principe de
l’interdiction de l’article 102 TFUE peut être objectivement justifié par des avantages en
termes d’efficacité qui profitent aux consommateurs. De même, lorsqu’une partie subs-
tantielle de la demande demeure satisfaite ou qu’il existe des solutions alternatives pour
le consommateur, l’abus n’est pas constitué. Au contraire, le verrouillage partiel du mar-
ché ne peut être justifié par le caractère suffisant de la partie restant à conquérir pour un
nombre limité de concurrents. L’utilisation d’une «règle de raison» aboutit, finalement, à
réduire la liberté d’action de l’entreprise dominante proportionnellement à l’importance
de son pouvoir de domination. Plus le pouvoir de l’entreprise dominante est important
relativement au marché sur lequel elle se situe, plus son autonomie de comportement est
réduite.
209
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
L’Autorité met ainsi en balance, dans le cadre d’une règle de raison, l’intérêt légitime de
l’entreprise et les effets anticoncurrentiels entraînés par son comportement. Si une clause
d’exclusivité n’est pas illégale en soi, elle le devient dès lors qu’elle est disproportionnée et
s’étend à des marchés autres que ceux sur lesquels intervient l’entreprise dominante. À l’in-
verse, la mise en place d’un service après-vente de qualité peut justifier un abus de position
dominante. Les décisions les plus récentes reflètent la volonté des autorités de contrôle
d’accorder une plus grande place aux incidences économiques du comportement dans le
cadre de cette appréciation.
EXEMPLES
Quels sont les comportements qui peuvent être justifiés au titre de la règle de raison ?
• une remise de couplage, même si elle est supérieure au montant de l’économie que
le couplage a permis de réaliser ;
• un refus de livrer son produit à un opérateur qui ne le recherche qu’à la condition
que son prix, fixé par les pouvoirs publics, lui permette une revente profitable sur des
marchés étrangers ;
• une offre globale à une collectivité à un prix plus intéressant, si l’attribution de
plusieurs lots permet à l’entreprise de réaliser des économies d’échelle ou une opti-
misation de sa production ;
• sur le marché de la publicité liée aux moteurs de recherche sur internet, une mo-
dification unilatérale de la politique contractuelle de l’entreprise pour interdire la
publicité en faveur de «produits dont la finalité principale est de contourner les
contrôles routiers» dès lors que cette interdiction répond au souci de tenir compte
de la législation du pays où la publicité est diffusée ;
• une rupture des relations commerciales avec un annonceur si la rupture est justi-
fiée par l’adoption d’une politique de contenus guidée par la protection de l’intérêt
des consommateurs ;
• une politique d’intégration verticale menée par une entreprise publique, sous ré-
serve d’une efficacité commerciale équivalente, qui lui permet de se réserver la tota-
lité des revenus commerciaux, n’est pas non plus abusive.
• le fait pour une entreprise publique détentrice d’un monopole légal d’entrer sur
un marché relevant du secteur concurrentiel à condition de maintenir une sépara-
tion étanche - juridique, matérielle, comptable, financière et commerciale - entre les
activités liées au monopole et celles relatives à la diversification ;
• le fait pour la filiale d’une entreprise publique présente sur un marché libéralisé
de faire référence à son appartenance en tant qu’argument technique ou commercial
dès lors que la libéralisation est amorcée depuis plusieurs années, que le marché s’est
développé à partir d’une technologie spécifique pour laquelle l’opérateur historique
ne dispose pas de compétences particulières et que des opérateurs entrants durant la
période considérée exercent une concurrence effective.
210
LES FONDAMENTAUX
En revanche :
• le fait d’être ou de se sentir agressé par un concurrent utilisant des moyens dé-
loyaux ne saurait justifier une quelconque rétorsion, sous forme de pratique anti-
concurrentielle, de la part de l’entreprise en position dominante ;
• un fournisseur en position dominante ne saurait justifier l’imposition d’obliga-
tions d’achat exclusif à ses distributeurs par la volonté de minimiser le risque de
parasitisme commercial ;
• l’entreprise ne peut pas, de sa propre initiative, prendre des mesures destinées à
éliminer les produits d’un concurrent qu’elle considère comme dangereux ou d’une
qualité inférieure à ses propres produits, sauf circonstances très exceptionnelles ;
• une entreprise dominante ne peut justifier son immixtion dans le processus déci-
sionnel d’une autorité publique par l’exercice du droit fondamental d’agir en justice,
dès lors qu’une telle intervention ne constitue ni une action judiciaire, ni un recours
hiérarchique ou gracieux formé contre une décision administrative ;
• s’il est loisible à une entreprise d’attirer l’attention d’un syndicat sur les agisse-
ments de l’un de ses adhérents au regard des règles de conduite qu’il préconise, l’en-
treprise dominante, à qui il n’appartient pas de se substituer aux missions dévolues
aux autorités administratives compétentes pour vérifier le respect, par sa concur-
rente, de son obligation d’auto-contrôle de la qualité sanitaire de ses produits, va
au-delà lorsqu’elle remet gravement en cause les qualités substantielles des produits
de cette dernière.
C. Cumul d’infractions
A RETENIR
L’application des articles 101 TFUE ou L. 420-1 du Code de commerce à un accord n’en-
traîne pas l’inapplicabilité des article 102 TFUE ou L. 420-2 du Code de commerce, dès
lors que les conditions d’application de chaque disposition sont remplies.
Les notions d’entente et d’abus de position dominante ne sont pas exclusives l’une de
l’autre, notamment lorsque l’abus se manifeste par la conclusion d’un accord. La mise
en œuvre de conditions commerciales discriminatoires ou une clause d’exclusivité ou les
procédés dilatoires employés par deux entreprises en position dominante afin de s’oppo-
ser à l’utilisation, par un nouveau concurrent, des infrastructures essentielles qu’elles sont
les seules à détenir, sont contraires aux règles relatives aux ententes et à celles régissant
les abus de position dominante. Le fait que des opérateurs soumis à une concurrence
effective aient participé à une pratique autorisée au titre du droit des ententes n’implique
pas que l’adoption de cette même pratique par une entreprise en position dominante ne
puisse pas constituer un abus de cette position. Un même acte ou une même opération
peut constituer à la fois une entente et un abus de position dominante. Le constat d’un
abus de position dominante suppose une atteinte à la structure concurrentielle du mar-
ché dépassant les seuls effets propres à chacun des accords concernés et sanctionnés au
titre de l’article 101 TFUE (CJUE, 30 janv. 2020, aff. C-307-18, LawLex20132). L’octroi
d’une exonération au titre de la règle de raison ou d’une exemption sur le fondement
211
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
de l’article 101 TFUE, paragraphe 3, n’empêche pas non plus l’application des articles
102 TFUE ou L. 420-2 du Code de commerce. Une entente, légitime ou exemptée, peut
même être considérée comme la source d’une position dominante occupée en commun.
Les opérations de concentration sont également régies par un ensemble de règles
propres qui diffèrent du droit des pratiques anticoncurrentielles. Une concentration ne
peut constituer, en elle-même, un abus de position dominante en application des articles
102 TFUE et de l’article L. 420-2 du Code de commerce, même dans l’hypothèse ou
à défaut de franchir les seuils définis par les articles L. 430-2 du Code de commerce
et 1er du règlement 139-2004, elle n’a pas été soumise à notification obligatoire de-
vant l’Autorité ou la Commission. Toutefois, en droit interne les dispositions relatives au
contrôle des concentrations ne font pas obstacle à l’application des règles relatives aux
pratiques anticoncurrentielles lorsque les comportements poursuivis sont détachables de
la concentration en elle-même, mais permis par elle. Ainsi, le fait pour deux opérateurs
économiques de créer une entreprise commune et de lui laisser le soin de répondre à
l’appel à concurrence lancé par une collectivité constitue un comportement détachable
de la création de la filiale commune en elle-même.
212
LES FONDAMENTAUX
SECTION 1
Dépendance économique
I. Principe
A. Dépendance économique du fournisseur à l’égard du distributeur
B. Dépendance économique du distributeur à l’égard du fournisseur
II. Critères
A. Absence de solution équivalente
B. Importance de la relation
III. Régime
A. Condition d’existence de relations commerciales
B. Caractères de la dépendance
C. Preuve de la dépendance
SECTION 2
Abus
I. Comportement abusif
II. Objet ou effet anticoncurrentiel
213
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
A RETENIR
L’article L. 420-2, alinéa 2, n’a connu qu’un succès très relatif. D’abord, il n’a pas ré-
pondu aux vœux de ses promoteurs. Imaginé à l’origine pour protéger les fournisseurs
contre certaines pratiques abusives des grandes surfaces, il a en réalité surtout été in-
voqué par des distributeurs victimes de refus de vente ou de pratiques discriminatoires
mis en œuvre par leurs fournisseurs. Surtout, le texte s’est révélé très peu efficace :
depuis 1987, les conditions de la prohibition ont rarement été réunies. Les causes de
l’échec sont multiples : rareté des plaintes déposées par les entreprises dépendantes
par crainte de représailles, impossibilité de preuve de la dépendance, exigence que
l’abus produise un effet restrictif sur le marché...
Pour les résoudre, le législateur a créé en 1996 des cas de dépendance ne requérant ni
la preuve d’un état de dépendance économique, ni la démonstration que l’abus dénoncé
214
LES FONDAMENTAUX
produit des effets restrictifs sur le marché dans son ensemble, et a prévu que l’action,
qui relève de la compétence exclusive des juridictions judiciaires, pourra être introduite
par le parquet. Il est intervenu à différentes reprises par la suite pour préciser les cas
d’abus de dépendance et rendre leur sanction plus efficace. Parallèlement, il a apporté
une retouche à l’article L. 420-2 en atténuant la condition d’atteinte au marché et en
supprimant la référence à l’absence de solution équivalente.
SECTION 1
Dépendance économique
Bien que l’état de dépendance économique ne se constate pas sur un marché, mais dans
les relations entre deux entreprises, il est nécessaire pour évaluer la dépendance écono-
mique et vérifier si, comme le requiert le texte, le fonctionnement ou la structure de la
concurrence sont affectés, de déterminer le marché pertinent. La notoriété de la marque
peut constituer un des critères de la définition du marché de produit concerné. Néan-
moins, elle doit alors être suffisamment importante pour rendre le produit insubstituable.
Tel n’est pas le cas d’un jeu dont le succès peut n’être qu’éphémère, le marché étant par-
ticulièrement versatile.
I. Principe
PLAN
215
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
216
LES FONDAMENTAUX
II. Critères
PLAN
217
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
veaux clients d’importance équivalente. Dans tous les cas, la solution est équivalente lors-
qu’elle peut être trouvée dans des délais acceptables, emprunte des circuits économiques
comparables et n’entraîne pas de coûts prohibitifs.
B. Importance de la relation
La notoriété des produits constitue un facteur de caractérisation de la situation de
dépendance du distributeur vis-à-vis du fournisseur. En revanche, elle n’est pas un cri-
tère déterminant de la dépendance du fournisseur. Ainsi, le Conseil de la concurrence a
refusé d’admettre la dépendance à l’égard d’une centrale d’achats d’entreprises régionales
qui arguaient de la faible notoriété de leurs produits. De même, l’importance des parts
de marché détenues par un fournisseur liée à la notoriété de sa marque exclut sa dépen-
dance vis-à-vis d’une grande enseigne de la distribution alors en outre que sa puissance
financière lui a permis de suspendre ses livraisons pendant de longues périodes. La noto-
riété des produits du fournisseur est toutefois un facteur insuffisant, en l’absence d’autres
justifications, pour caractériser la dépendance économique du distributeur. Celle-ci est
également exclue lorsqu’il existe sur le marché plusieurs marques de notoriété équiva-
lente, substituables entre elles.
L’importance du chiffre d’affaires réalisé avec le partenaire peut être un critère déter-
minant de la dépendance à moins qu’il ne s’explique par une politique commerciale
délibérée de la part de l’entreprise dépendante. Par ailleurs, l’existence de solutions
équivalentes exclut la dépendance même lorsque la part du chiffre d’affaires s’élève à
50 %. Enfin, le producteur, qui contrôle d’importantes parts de marché, n’est pas dé-
pendant d’une grande enseigne de la distribution. Il en va de même d’un distributeur à
l’égard d’un fournisseur dont les parts de marché sont voisines, voire inférieures à celles
de ses concurrents.
La stipulation d’une clause d’exclusivité dans les rapports entre un fournisseur et son
distributeur ou un entrepreneur et son sous-traitant est susceptible de placer son débi-
teur dans une situation de dépendance, car elle l’empêche en principe de diversifier ses
sources d’approvisionnement ou ses activités. La situation de dépendance ne se déduit
toutefois pas automatiquement de la clause d’exclusivité. Lorsqu’elle ne concerne qu’un
type d’activité, l’exclusivité n’exclut pas toute faculté de diversification.
III. Régime
PLAN
218
LES FONDAMENTAUX
B. Caractères de la dépendance
La dépendance doit être objective. Le distributeur qui se plaint d’un état de dépendance
doit établir que celui-ci résulte de facteurs qui lui sont extérieurs tels que les caractéris-
tiques techniques du produit, sa notoriété ou sa position sur le marché. Le chiffre d’af-
faires réalisé par le distributeur avec un produit ne doit pas résulter d’un choix de stra-
tégie commerciale, le distributeur concentrant délibérément ses achats auprès du même
fournisseur plutôt que de chercher d’autres sources d’approvisionnement.
La dépendance ne peut pas être collective. Les situations de dépendance économique
s’inscrivent dans le cadre de relations bilatérales entre deux entreprises et doivent être
évaluées au cas par cas et non pas globalement pour toute une profession ou entre l’en-
semble des distributeurs et l’ensemble des fournisseurs. Ainsi, un distributeur ne peut
invoquer aucune dépendance collective vis-à-vis de trois fournisseurs sans établir de
coordination entre les comportements de ces derniers à son égard.
C. Preuve de la dépendance
La dépendance économique s’apprécie en tenant compte de l’importance du partenaire
dans le chiffre d’affaires ou encore de la part des livraisons réalisée avec lui, de la notorié-
té de sa marque, de l’importance de sa part de marché et de l’impossibilité de trouver un
débouché ou un approvisionnement à des conditions identiques. Les critères permettant
de déterminer l’existence d’une solution de substitution doivent être appuyés d’éléments
chiffrés relatifs au niveau des marges ou à l’importance des excédents de capacité dans les
différents secteurs d’activité concernés. Si l’absence d’éléments chiffrés n’empêche pas
de caractériser la situation du fournisseur, il est toutefois indispensable que les indices
retenus soient convergents pour qu’il soit possible de caractériser un état de dépen-
dance économique. Il n’est cependant pas nécessaire, pour établir une présomption de
dépendance, que tous les critères pouvant être pris en considération aillent dans le même
sens. Il suffit qu’un nombre suffisant d’entre eux soit réuni.
La charge de la preuve de l’état de dépendance économique pèse sur celui qui l’invoque.
219
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
SECTION 2
Abus
Les pratiques d’une entreprise à l’égard d’une entreprise dépendante ne sont prohibées
que si «d’une part, elles restreignent le jeu de la concurrence sur un marché et si, d’autre
part, elles sont abusives, c’est-à-dire, notamment, reflètent un comportement que l’en-
treprise n’aurait pas pu avoir si elle ne disposait pas d’une situation de domination de
l’entreprise qui est dans sa dépendance».
PLAN
Pour qu’un abus de dépendance économique existe, il faut que deux éléments
constitutifs soient réunis :
• un comportement abusif ;
• un objet ou un effet anticoncurrentiel.
I. Comportement abusif
A RETENIR
220
LES FONDAMENTAUX
A RETENIR
221
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
222
LES FONDAMENTAUX
A RETENIR
La loi du 1er juillet 1996 a créé une incrimination nouvelle : l’interdiction des offres ou
pratiques de prix abusivement bas (art. L. 420-5 C. com.). La disposition est destinée
à compléter l’arsenal législatif, puisqu’elle concerne notamment des hypothèses dans
lesquelles ni la prohibition de la revente à perte, ni la théorie des prix prédateurs ne
sont applicables.
I. Champ d’application
A RETENIR
Toutefois, sont seules susceptibles de relever de l’article L. 420-5, les pratiques émanant
d’entreprises ayant le pouvoir d’éliminer d’autres entreprises du marché dans la mesure
où elles disposent de moyens d’action supplémentaires tenant à leurs capacités finan-
cières, leur force commerciale ou leur structure d’activité. La prohibition des prix abusi-
vement bas est strictement encadrée dans son champ d’application.
Dans sa lettre, l’article L. 420-5 vise les «prix de vente aux consommateurs». Une in-
terprétation littérale conduirait donc à ne l’appliquer qu’aux contrats de vente, qui, ju-
ridiquement, ne peuvent porter que sur des produits, ce qui exclurait les prestations de
services. Mais l’avis rendu par le Conseil de la concurrence le 2 mai 1996 sur saisine de
la Commission de la production et des échanges se réfère «aux produits ou services visés
par l’interdiction des prix abusivement bas». Fondée sur une conception économique de
la vente, l’interprétation de l’autorité de concurrence semble plus conforme à l’esprit du
droit de la concurrence.
La notion de vente aux consommateurs n’est pas définie. Faut-il recourir à la défini-
tion du droit de la consommation, ou faire prévaloir un concept autonome ? On sait
que, traditionnellement, le droit français de la consommation oppose au professionnel le
consommateur et le professionnel qui contracte en dehors du cadre de son activité pro-
fessionnelle. La disposition pourrait-elle, dans ces conditions, s’appliquer à certains pro-
fessionnels ? Une réponse négative semble s’imposer, en particulier parce que l’intention
du législateur est de lutter contre certaines pratiques de la grande distribution au détri-
223
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
II. Abus
PLAN
Pour qu’une pratique de prix abusivement bas existe, il faut que deux éléments
constitutifs soient réunis :
• un comportement abusif ;
• un objet ou un effet anticoncurrentiel.
A. Comportement abusif
A RETENIR
Un prix de prédation est un prix inférieur à la moyenne des coûts variables ou à la moyenne
des coûts totaux lorsque l’intention de prédation est démontrée. La volonté d’éviction ne
peut être déduite des seuls alignements de prix sur ceux d’un concurrent pratiquant des
tarifs de base inférieurs. La pratique d’un prix coûtant ne présume pas de l’effet d’éviction,
qui doit être étayé par des éléments suffisamment probants.
224
LES FONDAMENTAUX
La charge de la preuve du caractère abusivement bas des prix pratiqués par un concurrent
pèse sur l’entreprise qui s’en prétend victime. La partie saisissante doit en effet «fournir
des éléments tenant par exemple à ses coûts d’achat, aux coûts de production des pro-
duits en cause, à sa situation financière, au lien entre sa situation et la pratique dénoncée,
ainsi que des éléments susceptibles de démontrer la volonté d’un concurrent de l’élimi-
ner». Comme l’a souligné le Conseil de la concurrence, la communication de publicités
de prix est manifestement insuffisante pour établir que les éléments de l’infraction sont
réunis.
La vente à prix abusivement bas doit, pour être sanctionnée, avoir un objet ou un effet
anticoncurrentiel. Selon l’autorité de concurrence, «seule est susceptible de revêtir
un caractère abusif une pratique de prix bas qui présente un caractère suffisamment
permanent et étendu, de telle sorte que l’on puisse en déduire qu’elle fait partie d’une
stratégie de détournement de la clientèle d’un concurrent et d’éviction de celui-ci».
225
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
TITRE IV
Incidence des droits de propriété intellectuelle
Les droits de propriété intellectuelle, qui confèrent des monopoles d’exploitation à leurs
titulaires, peuvent être perçus du point de vue du droit de la concurrence et des règles
relatives à la liberté de circulation comme des exceptions à son application ou au moins
des facteurs de perturbation de la décision.
PLAN
226
LES FONDAMENTAUX
CHAPITRE I Principes
SECTION 1
Distinction existence/exercice des droits de propriété intellectuelle
SECTION 2
Objet spécifique des droits de propriété intellectuelle
SECTION 3
Fonction essentielle des droits de propriété intellectuelle
227
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
CHAPITRE I Principes
A RETENIR
228
LES FONDAMENTAUX
A RETENIR
Tel est le rôle des notions d’objet spécifique et de fonction essentielle du droit de pro-
priété intellectuelle. D’abord destinées à concilier droits exclusifs et principe de libre
circulation, ces notions ont aussi été utilisées par la suite dans le domaine du droit de
la concurrence. Dès lors que l’abus de position dominante n’était plus condamné per se,
mais seulement en cas de comportement disproportionné, elles pouvaient en effet ici
aussi servir de principe de conciliation.
PLAN
SECTION 1
Distinction existence/exercice des droits de propriété intellectuelle
A RETENIR
Le droit européen ne peut remettre en cause, aux termes de l’article 345 TFUE, l’exis-
tence d’un droit de propriété, et plus particulièrement de propriété intellectuelle, ré-
gulièrement acquis en vertu de règles nationales. En l’absence d’acte de volonté an-
ticoncurrentiel, l’existence d’un tel droit ne saurait caractériser une infraction per se
aux articles 101 et 102 TFUE, malgré la restriction de concurrence qu’entraîne tout
droit exclusif.
229
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
A RETENIR
En revanche, l’exercice d’un droit de propriété intellectuelle entraîne une violation des
règles de concurrence lorsque, dépassant les droits légitimes de son titulaire, il s’ac-
compagne d’un comportement ou s’inscrit dans un schéma anticoncurrentiel.
Tel est le cas lorsque, combiné avec un accord reconnaissant au licencié la qualité de
distributeur exclusif, l’exercice d’un droit de propriété intellectuelle assure à ce dernier
une protection territoriale absolue. De même, l’exercice du droit sur la marque peut
tomber sous le coup de la prohibition si les effets de la concertation dépassent ceux atta-
chés au droit de marque. Enfin, des accords amiables conclus en matière de brevets, qui
ne sont pas affectés dans leur existence par l’article 101, paragraphe 1, TFUE, peuvent
néanmoins relever de l’interdiction édictée par ce texte lorsque les conditions de leur
exercice ont pour objet de retarder l’entrée sur le marché de produits concurrents de
ceux brevetés.
SECTION 2
Objet spécifique des droits de propriété intellectuelle
A RETENIR
«Le titulaire d’un droit de propriété industrielle et commerciale protégé par la législation
d’un État membre ne saurait invoquer cette législation pour s’opposer à l’importation ou
la commercialisation d’un produit qui a été écoulé licitement, sur le marché d’un État
membre, par le titulaire du droit lui-même, avec son consentement ou par une personne
unie à lui par des liens de dépendance juridique ou économique» (CJCE, 14 septembre
1982, Keurkoop, aff. 144-81, LawLex033150). Dans ce cadre, l’exercice des droits de
propriété intellectuelle ne doit pas entraver le libre jeu de la concurrence au-delà de ce
qu’exige la sauvegarde des droits qui constituent l’objet spécifique d’une telle protection.
L’objet spécifique dépend de la nature du droit protégé. Ainsi, l’objet spécifique du droit
de brevet consiste dans le droit exclusif d’utiliser une invention en vue de la fabrication
et de la première mise en circulation de produits industriels sur le territoire européen,
soit directement, soit par l’octroi de licences à des tiers, ainsi que le droit de s’opposer à
toute contrefaçon. En revanche, ce droit ne peut avoir pour objet de garantir une protec-
tion de son détenteur contre les actions en contestation de sa validité, car il est d’intérêt
public d’éliminer tout obstacle à l’activité économique qui pourrait découler d’un droit
délivré à tort. L’objet spécifique du droit de marque réside dans le droit exclusif pour son
titulaire d’utiliser la marque pour la première mise en circulation d’un produit et de le
protéger contre les concurrents qui voudraient abuser de la position et de la réputation
de la marque en vendant des produits revêtus de celle-ci. L’objet spécifique du droit sur
un modèle protégé est la faculté pour son titulaire d’empêcher des tiers de fabriquer et
230
LES FONDAMENTAUX
SECTION 3
Fonction essentielle des droits de propriété intellectuelle
A RETENIR
Pour tenir compte des intérêts de l’Union, les autorités européennes ont été conduites
à réduire les droits des titulaires en conditionnant leur objet spécifique à la sauvegarde
de leur fonction essentielle. Seules les prérogatives relevant de l’objet spécifique, qui
correspondent à la fonction essentielle du droit, sont alors considérées comme licites
au regard du principe de libre circulation des marchandises.
La fonction essentielle du droit «réalise» son objet spécifique. Comme l’objet spécifique,
la fonction essentielle diffère selon les droits protégés. La fonction essentielle du brevet
est de garantir à son titulaire la récompense de son effort d’inventeur en lui permettant
d’empêcher la commercialisation de produits fabriqués dans un autre État membre par le
bénéficiaire d’une licence obligatoire portant sur un brevet parallèle détenu par ce même
titulaire. La fonction essentielle de la marque consiste à garantir au consommateur ou
à l’utilisateur final l’identité d’origine du produit, en lui permettant de distinguer, sans
confusion possible, ce produit de ceux qui ont une autre provenance. Le droit d’obten-
tion végétale a pour fonction essentielle de garantir l’obtenteur contre toute manipula-
tion défectueuse des variétés de semences de base qu’il a mises au point. Enfin, le droit
d’auteur garantit à son titulaire la protection morale de l’œuvre et la rémunération de
l’effort créateur.
231
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
CHAPITRE II Applications
SECTION 1
Ententes
I. Droits de propriété intellectuelle et libre concurrence
II. Accords de transfert de technologie
SECTION 2
Abus de position dominante
SECTION 3
Principe de libre circulation des marchandises
I. Brevet
II. Marque
III. Dessins et modèles
IV. Droits d’auteur/Droits voisins
232
LES FONDAMENTAUX
CHAPITRE II Applications
SECTION 1
Ententes
Le droit du titulaire d’un brevet ne peut ainsi être appréhendé par l’article 101 TFUE
en l’absence de concertation. Il en va autrement lorsque le titulaire du brevet passe un
accord de «pay for delay» avec des concurrents qui n’est pas objectivement nécessaire à
la protection de son droit, puisqu’il pourrait atteindre ce résultat en intentant des actions
en contrefaçon ou en négociant un règlement amiable avec eux sans entraîner leur exclu-
sion du marché. De même, les actions d’un fabricant de logiciels, qui visent à empêcher
l’importation de copies de ses produits, ne constituent pas un accord ou une pratique
concertée avec ses revendeurs, dès lors qu’elles caractérisent l’exercice de droits d’auteur
sur ces produits. L’obligation pour le licencié de respecter le savoir-faire du donneur
de licence n’est pas davantage anticoncurrentielle dès lors qu’elle n’est pas exclusive,
n’est qu’accessoire à l’objet principal de l’accord et permet de garantir que la technologie
concédée sera exploitée de manière satisfaisante sur le plan technique. De même, l’obli-
gation faite au licencié de payer une redevance pour l’utilisation d’une technologie breve-
tée pendant toute la période d’effectivité de l’accord de licence, en cas d’annulation ou de
non-contrefaçon du brevet en cause, n’est pas contraire à l’article 101 TFUE pour autant
que le licencié demeure libre de résilier le contrat moyennant un préavis raisonnable.
Dans tous les cas, la règle de raison permet de valider les restrictions de concurrence qui
sont justifiées par la qualité des produits, la préservation de la bonne réputation de la
marque, la protection du secret du savoir-faire ou la destination des obtentions végétales.
De même, lorsque la licence accordée est ouverte et limitée aux rapports de droits entre
le licencié et le titulaire du droit, l’exclusivité n’est pas en soi incompatible avec l’article
101 TFUE.
EXEMPLES
Quelles sont les obligations incluses dans un accord de licence contraires à l’article
101 TFUE ?
Les accords de transfert de technologie font l’objet d’une appréciation favorable par les
autorités de concurrence car ils «améliorent généralement l’efficience économique et fa-
vorisent la concurrence dans la mesure où ils peuvent réduire la duplication des actions
de recherche-développement, mieux inciter les entreprises à lancer de nouvelles actions
de recherche-développement, encourager l’innovation incrémentale, faciliter la diffusion
des technologies et susciter de la concurrence sur les marchés de produits». Ils encou-
ragent l’innovation, accroissent la diffusion des technologies, réduisent les coûts de pro-
duction et de recherche développement. Les accords de recherche et développement ne
relèveront du nouveau règlement que si les règlements d’exemption par catégorie relatifs
aux restrictions verticales (330-2010), aux accords R&D (1217-2010) et aux accords
de spécialisation (1218-2010) ne sont pas applicables. De même, les accords portant
sur des achats de matières premières ou d’équipements seront couverts, seulement s’ils
234
LES FONDAMENTAUX
par l’effet cumulatif de réseaux parallèles d’accords restrictifs similaires, ou lorsque les
parties, sans raison valable, n’exploitent pas la technologie concédée. La Commission
peut également, par une décision de non-application, exclure du champ d’application
du règlement les accords de transfert de technologie qui comportent des restrictions
spécifiques concernant un marché couvert à plus de 50 % par des réseaux d’accords de
transferts de technologie similaires.
Selon les lignes directrices, certaines clauses incluses dans des accords de licence conclus
dans le cadre d’accords de règlements sont susceptibles d’être anticoncurrentielles. La
Commission rappelle, en outre, que les accords de création de regroupements de techno-
logies ou « pools de brevets », tout comme la concession de licences à partir de ceux-ci,
ne peuvent, en tant qu’accords multilatéraux, bénéficier d’une exemption automatique
au titre du règlement. Les pools de brevet devront remplir six conditions pour que leur
mise en place et leur fonctionnement soient considérés licites. Enfin, les lignes directrices
précisent que les clauses de non-contestation et les clauses de non-résiliation incluses
dans un accord de transfert de technologie entre les parties à un accord de regroupement
et des tiers tombent vraisemblablement sous le coup de l’article 101, paragraphe 1 (pt.
272).
SECTION 2
Abus de position dominante
A RETENIR
L’application de l’article 102 TFUE suppose l’existence d’une position dominante et l’ex-
ploitation abusive de celle-ci. La seule existence d’un droit de propriété intellectuelle
ne suffit pas à conférer à son titulaire une position dominante, ni, a fortiori, à constituer
un abus.
236
LES FONDAMENTAUX
Indépendamment des abus commis par des intermédiaires (ex. société collective de ges-
tion), l’exercice d’un droit d’auteur par son titulaire peut, dans des circonstances excep-
tionnelles, donner lieu à un comportement abusif. Tel est le cas lorsque l’exercice du
droit de propriété intellectuelle excède ce qui est nécessaire à la réalisation de la fonction
essentielle de ce droit. Dans l’affaire Magill, semblant sacrifier complètement le droit
d’auteur au droit de la concurrence, le Tribunal (TPICE, 10 juil. 1991, aff. T-69-89 et
T-76-89, LawLex023984 et 023985) , approuvé par la Cour de justice (CJCE, 6 avril
1995, Radio Telefis Eireann, aff. C-241-91 P, LawLex023826), avait considéré qu’en
se réservant l’exclusivité de la publication de ses grilles de programmes protégées par
un droit d’auteur, une société de télévision abuse de sa position dominante. En réalité,
ce n’est pas l’exercice du droit de propriété intellectuelle qui était purement et simple-
ment identifié à un abus de position dominante, mais le comportement de l’entreprise
dominante considéré comme abusif car il faisait obstacle à l’entrée sur le marché d’un
produit nouveau et excluait toute concurrence potentielle sur un marché dérivé. Ces
limites ont ensuite été précisées par l’arrêt Ladbroke, qui a posé le principe selon lequel
«le refus opposé à la requérante ne pourrait relever de l’interdiction de l’article 82 CE
[art. 102 TFUE] que s’il concernait un produit ou un service qui se présente soit comme
essentiel pour l’exercice de l’activité en cause, en ce sens qu’il n’existe aucun substitut
réel ou potentiel, soit comme une demande potentielle spécifique constante et régulière
de la part des consommateurs». Enfin, dans l’arrêt IMS Health (CJCE, 29 avril 2004, aff.
C-418-01, LawLex04941), la Cour de justice a clairement énoncé les conditions de la
qualification d’abus de position dominante.
Le refus d’octroyer une licence pour l’utilisation d’un produit ou service indispen-
sable à l’exercice d’une activité déterminée constitue un abus de position dominante
lorsque trois conditions sont réunies :
SECTION 3
Principe de libre circulation des marchandises
A RETENIR
237
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
Si l’existence des droits de propriété intellectuelle n’est pas mise en cause par les articles
34 et s. TFUE, leur exercice ne doit pas entraver la libre circulation au-delà de ce qu’exige
la sauvegarde des droits qui constituent l’objet spécifique d’une telle protection. L’ob-
jet spécifique consiste à garantir au titulaire l’usage du droit de propriété intellectuelle
pour la première mise en circulation sur le marché intérieur. L’usage du droit exclusif se
limite à cette première mise en circulation à l’intérieur du marché intérieur. Lorsque les
produits ont été commercialisés par le titulaire du droit de propriété intellectuelle ou
avec son consentement dans l’un des États membres de l’Union européenne, la règle de
l’épuisement l’empêche de s’opposer à l’importation ou la commercialisation du produit
sur le territoire d’un autre État membre. La théorie de l’épuisement du droit permet
ainsi de concilier les prérogatives du titulaire du droit de propriété intellectuelle avec les
objectifs du Traité.
I. Brevet
A RETENIR
L’objet spécifique du droit de brevet réside dans l’octroi à l’inventeur d’un droit exclusif
de première mise en circulation afin de récompenser son effort d’invention.
II. Marque
A RETENIR
238
LES FONDAMENTAUX
EXEMPLES
Quels sont les comportements du titulaire de la marque non couverts par le principe
de libre circulation ?
En revanche :
• les droits du titulaire d’une marque ne sont pas épuisés par la cession de celle-
ci à un tiers en vue d’une commercialisation des produits limitée à certains États
membres, lorsque ce tiers n’est pas lié économiquement au titulaire, que ce soit par
un contrat de concession ou de licence, ou en raison de liens capitalistiques, et qu’en
conséquence aucun contrôle ne peut être exercé sur la qualité des produits.
Si le titulaire d’un droit sur un modèle peut s’opposer à l’importation d’un autre État
membre de produits identiques lorsqu’ils ont été mis en circulation sans son intervention
239
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
ou son consentement ni celle d’une personne unie à lui par un lien de dépendance juri-
dique ou économique, il ne peut s’opposer au simple transit, qui n’implique aucune utili-
sation de l’apparence du modèle protégé et ne relève pas de l’objet spécifique de ce droit.
L’exception à la libre circulation des marchandises, fondée sur la protection des droits
de propriété industrielle ou commerciale, s’applique au droit d’auteur lorsque le pro-
duit en cause n’a pas été mis dans le commerce par son titulaire ou avec le consente-
ment de ce dernier, fût-ce dans un État membre où le droit n’est pas protégé.
Selon la Cour de justice, la conciliation des exigences résultant de la libre circulation des
marchandises et la libre prestation de services avec le respect dû aux droits d’auteur doit
être réalisée de telle sorte que les titulaires, ou les sociétés qui sont leurs mandataires,
puissent invoquer leurs droits exclusifs pour demander le versement de redevances en
cas de diffusion publique de musique enregistrée sur support de son, alors même que la
commercialisation de ce support de son ne peut donner lieu, dans le pays de la diffusion
publique, à aucun prélèvement de redevances. En revanche, en application de la théorie
de l’épuisement du droit, le titulaire du droit d’auteur ne saurait s’opposer à la commer-
cialisation de ses produits sur le territoire national, dès lors qu’une telle restriction à
la libre circulation des marchandises consacrerait l’isolement des marchés nationaux et
heurterait un but essentiel du traité. Toutefois, le consentement du titulaire d’un droit
d’auteur à la mise en vente de son œuvre protégée dans un État membre n’épuise pas ses
droits exclusifs à l’égard d’autres actes d’exploitation de l’œuvre, tels que la location, qui
ont une nature différente de celle de la vente ou de tout autre acte licite de distribution.
240
LES FONDAMENTAUX
TITRE V
Procédure de concurrence
SOUS-TITRE I
Procédure européenne
A RETENIR
Le règlement 1-2003 met en place un système dit d’exception légale qui doit permettre
une application effective des règles européennes de concurrence en reconnaissant aux
autorités de concurrence et juridictions nationales le pouvoir de prononcer un non-
lieu, indépendamment de toute notification. L’institution de ce système décentralisé,
qui confère un rôle essentiel aux autorités nationales, a été accompagnée de la créa-
tion d’un réseau d’autorités afin de maintenir une certaine unité d’application du droit
européen grâce à une étroite collaboration entre elles. La Commission et les autorités
des États membres disposent donc désormais d’une compétence parallèle pour appli-
quer les règles de concurrence européennes.
Cette compétence s’exerce dans le cadre des deux grands principes du droit européen
que sont la primauté et l’effet direct. L’article 3, paragraphe 1, du règlement impose
aux autorités et juridictions nationales qui appliquent le droit national à une pratique
susceptible d’affecter le commerce entre États membres d’appliquer également l’article
101 ou 102 TFUE. Afin d’assurer une application uniforme des règles européennes, le
paragraphe 2 de l’article 3 précise que l’application du droit national de la concurrence
ne peut entraîner l’interdiction d’accords ou de pratiques, qui, susceptibles d’affecter le
commerce entre États membres, ne produisent pas d’effet anticoncurrentiel au sens de
l’article 101, paragraphe 1, remplissent les conditions de l’article 101, paragraphe 3, ou
sont couverts par un règlement d’exemption. L’Union maintient cependant un domaine
de compétence résiduelle aux règles nationales : les États membres peuvent adopter et
mettre en œuvre sur leur territoire des lois nationales plus strictes qui interdisent ou
sanctionnent un comportement unilatéral d’une entreprise.
Les autorités nationales, saisies d’office ou sur plainte, sont compétentes pour adopter
quatre types de décisions : injonction de cesser l’infraction, mesures provisoires, accepta-
tion d’engagements, infliction d’amendes, astreintes ou autres sanctions prévues par leur
droit national. Le pouvoir de rendre une décision d’inapplicabilité au fond (soit parce
que les conditions de l’incrimination ne sont pas remplies, soit parce que les conditions
d’exemption le sont) est réservé à la Commission, les autorités nationales devant dans
cette hypothèse décider qu’il n’y a pas lieu d’intervenir (CJUE, 3 mai 2011, aff. C-375-
09, Tele2 Pobka,LawLew11829). Les juridictions nationales sont, selon l’article 6, com-
pétentes pour appliquer les articles 101 et 102 TFUE. Les conditions de mise en œuvre
de cette disposition sont précisées dans une communication.
La Commission voit enfin ses pouvoirs d’investigation renforcés, dans le respect des
droits de la défense consacrés par la jurisprudence européenne : le texte rappelle notam-
241
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
ment que les entreprises soumises à une procédure d’enquête ne peuvent être contraintes
d’avouer qu’elles ont commis une infraction.
La Commission a publié, le 20 octobre 2011, un Guide des bonnes pratiques appli-
cables aux procédures en matière d’ententes et d’abus de position dominante, qui ne
concerne ni les aides d’État, ni les affaires traitées dans le cadre de la procédure de
clémence. Ces bonnes pratiques reflètent le point de vue de la Commission compte tenu
de son expérience dans l’application du règlement 1-2003. Le guide ne remet en cause
ni les textes et règlements, ni l’interprétation de la Cour de justice et ne crée aucun droit.
Il apporte uniquement des éclaircissements sur les différentes phases de la procédure :
enquête, phase écrite et orale, droits de la défense, procédure d’engagements. Les condi-
tions de rejet de la plainte et l’usage des informations transmises à la Commission au
cours de la procédure font l’objet d’un traitement particulier.
Les bonnes pratiques améliorent l’information des parties sur l’état d’avancement de la
procédure et renforcent l’interaction entre ces dernières et les services de la Commission
chargés du traitement de l’affaire. La Commission s’engage à ouvrir la procédure formelle
le plus rapidement possible, c’est-à-dire dès la conclusion de l’évaluation préliminaire,
afin que la portée de l’enquête et l’identité des parties concernées soient connues le plus
en amont possible ; à organiser des réunions-bilan aux moments-clés de la procédure ; à
divulguer aux parties des contributions essentielles des plaignants - telle une version non
confidentielle de la plainte - et des tiers, dès la phase d’enquête ; à annoncer publique-
ment l’ouverture et la clôture de la procédure, l’envoi de la communication des griefs et
la publication d’orientations sur le déroulement de la procédure d’engagements. Au stade
de la communication des griefs, les parties seront mieux informées sur les principaux
paramètres pris en considération pour la détermination des amendes, notamment sur
la valeur des ventes affectées par l’infraction et les périodes que la Commission entend
retenir. Le Guide des bonnes pratiques prévoit la publication systématique des décisions
de rejet de plainte, en version intégrale ou résumée.
La Commission énumère également les bonnes pratiques relatives à la communication
de données économiques, en précisant les critères que devront respecter les analyses
économiques et économétriques qui lui sont soumises, et fournit d’utiles indications sur
la manière dont elle traitera ces analyses.
PLAN
242
LES FONDAMENTAUX
CHAPITRE I Compétence
SECTION 1
Autorités européennes
I. Commission européenne
II. Comité consultatif
SECTION 2
Autorités nationales
I. Notion d’autorité des Etats membres
II. Réseau d’autorités de concurrence
III. Application du droit européen
IV. Application du droit national
SECTION 3
Juridictions nationales
I. Notion de juridiction nationale
II. Application du droit européen
III. Application du droit national
SECTION 4
Arbitre
243
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
CHAPITRE I Compétence
SECTION 1
Autorités européennes
I. Commission européenne
La Commission, comme le Conseil ou la Cour de justice, est chargée d’assurer la réalisa-
tion des missions confiées à l’Union (art. 13 TUE). Autorité administrative responsable
de la mise en œuvre et de l’orientation de la politique européenne de la concurrence, elle
doit veiller à l’application des règles de concurrence et contribuer ainsi à l’établissement
d’un régime de concurrence non faussée.
A RETENIR
A RETENIR
244
LES FONDAMENTAUX
Tel est le cas lorsqu’un nouveau problème de concurrence se pose ou qu’une application
efficace des règles exige son intervention. En dehors d’une localisation multiétatique, la
Commission n’examine donc désormais plus que les affaires revêtant une importance
particulière pour l’Union en raison de la nouveauté de la question, de leur impact écono-
mique ou de leur intérêt politique.
Si la Commission s’estime compétente, elle peut se saisir d’office de l’affaire. L’ouver-
ture par la Commission d’une procédure dessaisit les autorités de concurrence des États
membres de leur compétence pour appliquer les articles 101 et 102 TFUE.
Enfin, la Commission conserve compétence exclusive pour constater l’inapplication des
articles 101 et 102 TFUE. L’article 10 du Règlement 1-2003 dispose, en effet, que si
l’intérêt public européen l’exige, la Commission peut, sur saisine d’office, déclarer inap-
plicable l’article 101 TFUE à un accord, une décision d’association d’entreprises ou une
pratique concertée soit parce que les conditions du paragraphe 1 ne sont pas remplies,
soit parce que celles du paragraphe 3 le sont.
Lorsque la Commission souhaite prendre une décision d’application des articles 101
TFUE, paragraphe 1 ou 3, ou 102 TFUE, elle a l’obligation de consulter préalablement
le Comité consultatif en matière d’ententes et de positions dominantes, composé de
représentants des autorités de concurrence des États membres (Règl. 1-2003, art. 14,
ainsi que la communication relative à la coopération au sein du réseau des autorités de
concurrence aux points 58 à 68).
Cette obligation vaut tant pour les décisions constatant une infraction ou octroyant une
dérogation, que pour celles infligeant une amende ou une astreinte. En revanche, les
décisions de pure procédure, relatives aux demandes de renseignements ou aux vérifi-
cations, ne nécessitent pas une consultation préalable, à moins que la Commission se
propose d’infliger une sanction pécuniaire. En outre, la Commission dispose de la faculté
d’inscrire à l’ordre du jour du Comité les affaires qui sont traitées par une autorité de
concurrence d’un État membre au titre de l’article 101 ou 102 TFUE ou dont elle s’est
saisie au titre de l’article 11, paragraphe 6. Elle peut agir de sa propre initiative ou à la
demande d’une autorité de concurrence d’un État membre. L’avis ainsi rendu ne saurait
concerner que les questions de droit soulevées à l’exclusion des faits de l’affaire.
La consultation a lieu après l’enquête préalable et le débat écrit et oral (Règl. 773-2004,
art. 11, pt 1). La Commission soumet à cette occasion, pour avis, l’avant-projet de dé-
cision à l’ensemble des fonctionnaires représentant les États membres qui composent
le Comité. Les entreprises n’ont en aucun cas connaissance des arguments présentés au
Comité.
Le Comité émet un avis, dont un compte-rendu est joint à l’avant-projet de décision. Cet
245
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
avis n’est pas rendu public. Les entreprises ne peuvent donc pas en obtenir la commu-
nication, ni s’adresser directement au Comité. Ce dernier peut toutefois en demander la
publication sous réserve de préservation du secret des affaires. La Commission n’est pas
liée par cet avis. Toutefois, il est possible qu’il influence sa position. Aussi est-il regret-
table que les entreprises n’aient pas l’occasion d’exprimer leur point de vue sur l’avis du
Comité, même si la Commission ne peut en principe rendre sa décision que sur la base
de faits sur lesquels les entreprises ont pu s’expliquer.
SECTION 2
Autorités nationales
A RETENIR
Selon la Cour de justice, la notion d’«autorités des États membres» désigne soit les au-
torités administratives chargées d’appliquer la législation nationale sur la concurrence
sous le contrôle de légalité exercé par les juridictions compétentes, soit les juridictions
auxquelles la même mission a été spécialement confiée, à l’exception des juridictions
pénales ayant pour rôle d’assurer la répression des infractions à la loi (CJCE, 30 avr.
1986, aff. 209-84, Asjes, LawLex023504).
246
LES FONDAMENTAUX
dessaisies. Parallèlement, si une autorité nationale est déjà saisie d’une affaire, la Com-
mission doit consulter cette autorité avant d’ouvrir une procédure. La communication
relative à la coopération au sein du réseau d’autorités de concurrence précise les règles
d’attribution des affaires, ainsi que les mécanismes de coopération et d’assistance.
En principe, l’autorité qui a reçu la plainte ou s’est saisie d’office poursuit la procédure.
En revanche, si elle estime qu’elle n’est pas la mieux placée ou que d’autres autorités s’es-
timent mieux placées, la réattribution de l’affaire sera projetée au début de la procédure.
L’affaire est attribuée, par les membres du réseau, à une seule autorité bien placée aussi
souvent que possible. L’attribution d’affaires ne confère pas aux entreprises impliquées
un droit individuel à voir l’affaire traitée par une autorité donnée.
A RETENIR
Une autorité est bien placée lorsque trois conditions cumulatives sont réunies :
- «l’accord ou la pratique a des effets directs substantiels, actuels ou prévisibles sur
son territoire, y est mis en œuvre ou y trouve son origine ;
- l’autorité est à même de faire cesser efficacement l’intégralité de l’infraction ; au-
trement dit, elle peut délivrer une injonction de ne pas faire dont l’effet sera suffisant
pour faire cesser l’infraction et elle peut, au besoin, sanctionner l’infraction de manière
appropriée ;
- elle est en mesure de réunir, éventuellement avec le concours d’autres autorités, les
preuves requises pour démontrer l’infraction.»
Un rapport étroit entre le territoire de l’État membre et l’infraction poursuivie doit donc
exister pour qu’une autorité de concurrence soit considérée comme bien placée. Toute-
fois, le Tribunal a précisé que ni le règlement 1-2003, ni la communication relative à la
coopération au sein du réseau des autorités de concurrence ne crée de droits ni d’attentes
pour une entreprise pour ce qui concerne le traitement de son affaire par une autorité de
concurrence donnée, les conditions dans lesquelles une autorité peut, selon la communi-
cation, être considérée comme bien placée pour traiter une affaire étant dépourvues de
caractère contraignant.
247
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
Pour s’assurer que les affaires sont traitées par une autorité bien placée, le règlement a
mis en place un système d’information. L’article 11, paragraphe 3, prévoit que les auto-
rités de concurrence des États membres, lorsqu’elles agissent en vertu de l’article 101 ou
102 TFUE, doivent en informer la Commission et les autres autorités de concurrence,
avant ou juste après avoir lancé la première mesure formelle d’enquête. La même obliga-
tion pèse sur la Commission. Les autorités disposent d’un délai de deux mois à compter
de la communication de l’information pour régler les problèmes d’attribution. L’autorité
ou les autorités de concurrence qui traitent une affaire à la fin du délai de réattribution
doivent continuer à la traiter jusqu’à l’achèvement de la procédure. Les échanges d’in-
formations ont lieu non seulement entre les autorités nationales et la Commission, mais
aussi entre autorités nationales. L’échange et l’utilisation d’informations doivent garan-
tir la protection des secrets d’affaires. Les informations recueillies peuvent être utilisées
aux fins d’application du droit national à condition qu’elle n’aboutisse pas à un résultat
différent de celui du droit européen. Des sanctions ne peuvent être infligées à une per-
sonne physique sur la base d’informations échangées conformément au règlement, si le
droit de l’autorité qui transmet les informations et de celle qui les reçoit ne prévoient
pas de sanctions similaires, à moins que les droits de la personne aient été respectés par
l’autorité émettrice au même niveau que celui fixé par les règles nationales de l’autorité
destinataire.
Lorsque plusieurs autorités sont saisies d’une même affaire, d’office ou sur plainte, l’ar-
ticle 13 prévoit un mécanisme de suspension de la procédure ou de rejet de la plainte.
L’autorité nationale a la faculté, mais non l’obligation, de suspendre ou de clore la pro-
cédure. La suspension de la procédure laisse à l’autorité la possibilité de décider ulté-
rieurement si elle met ou non un terme à celle-ci. L’autorité, qui clôt sa procédure ou
la suspend, transmet l’ensemble des moyens de preuve à sa disposition à l’autorité qui
demeure saisie.
Les autorités nationales doivent, en vertu du principe de primauté, appliquer les règles
de concurrence européennes, qui sont d’effet direct. L’article 3 du règlement 1-2003 du
16 décembre 2002 consacre l’obligation pour les autorités des États membres d’appli-
quer le droit européen, lorsqu’elles appliquent des règles nationales de concurrence,
aux accords et aux pratiques qui sont susceptibles d’affecter le commerce entre États
membres.
248
LES FONDAMENTAUX
A RETENIR
En conséquence, le fait qu’une autorité nationale de concurrence ait accepté des engage-
ments ne lie pas la Commission quant à l’absence d’infraction aux articles 101 ou 102
TFUE. De même, les appréciations d’une autorité de concurrence nationale quant à la
licéité d’un accord ne peuvent créer de confiance légitime en l’absence de poursuites sur
le fondement de l’article 101 TFUE. La décentralisation des compétences trouve ainsi
sa limite dans l’objectif d’uniformisation du droit européen : permettre aux autorités
nationales de prendre des décisions d’inapplicabilité du droit européen risquerait, selon
le juge européen, de compromettre l’application cohérente des règles de concurrence
dans les États membres en empêchant la Commission de constater ultérieurement que la
pratique en cause constitue une infraction.
L’application du droit européen doit se faire en étroite collaboration avec la Commission
européenne. L’article 11 du règlement définit les modalités de cette collaboration. L’au-
torité nationale, comme sous l’empire du règlement 17, reste tenue de surseoir à statuer
en cas d’ouverture d’une procédure par la Commission. Tel n’est pas le cas lorsque les
éléments appréciés à la fois par l’autorité nationale et par la Commission ne concernent
que des indices portant sur les pratiques en cause et pour une période différente. La
notion d’»engagement de procédure» par la Commission ne fait l’objet d’aucune défini-
tion légale. Selon la Cour de justice, l’acte d’engagement de procédure est «[...] un acte
d’autorité de la Commission, manifestant sa volonté de procéder à une décision [...]».
Une demande de renseignements adressée par la Commission ne caractérise pas un tel
acte. En revanche, le classement d’une plainte par la Commission ne signifie nullement
que les pratiques soumises à l’appréciation de la Commission ne sont pas susceptibles
d’être jugées contraires aux articles 101 et 102 TFUE. Au contraire, le classement, jus-
tifié par le défaut d’intérêt européen, entraîne le renvoi de l’affaire devant les autorités
ou juridictions nationales, qui devront faire application des règles européennes. En cas
d’ouverture d’une procédure d’engagements par la Commission, le dessaisissement des
autorités nationales qui s’ensuit n’opère que pendant la durée de cette procédure et ne
prive pas ces dernières du pouvoir d’appliquer ultérieurement les articles 101 et 102
TFUE dans l’affaire en cause.
249
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
A RETENIR
Dans le cadre du règlement 1-2003, deux situations doivent être distinguées. Si la Com-
mission est la première autorité à engager une procédure en vue de prendre une déci-
sion en application du règlement, les autorités nationales ne peuvent plus en connaître.
Si une autorité ou plusieurs autorités nationales ont informé le réseau qu’elles sont
saisies d’une affaire, la Commission peut ouvrir une procédure provoquant le dessai-
sissement, après avoir consulté les autorités concernées, dans le délai de deux mois
prévu pour procéder à l’attribution initiale.
250
LES FONDAMENTAUX
Sous l’empire du règlement 1-2003, les autorités de concurrence des États membres
lorsqu’elles appliquent le droit national de la concurrence à des pratiques prohibées
par les articles 101 et 102 TFUE, se doivent d’appliquer conjointement le droit euro-
péen. Le principe de primauté du droit européen repris dans l’article 3 (2) du règlement
emporte l’obligation pour les autorités nationales de concurrence d’appliquer le droit
interne en conformité avec les dispositions européennes pertinentes.
Ainsi, les pratiques qui sont susceptibles d’affecter le commerce entre États membres,
mais qui n’ont pas pour effet de restreindre la concurrence au sens de l’article 101 TFUE,
paragraphe 1, ou qui satisfont aux conditions énoncées à l’article 101 TFUE, paragraphe
3, ou qui sont couvertes par un règlement ayant pour objet l’application de l’article 101
TFUE, paragraphe 3, du Traité ne sauraient être interdites en vertu du droit national. En
revanche, s’agissant d’agissements unilatéraux des entreprises, il est laissé toute latitude
aux États membres pour adopter et appliquer les lois nationales plus strictes interdisant
ou sanctionnant de tels comportements.
Les autorités sont liées par l’interprétation des faits de la Commission. Ainsi, une déci-
sion favorable au destinataire des griefs émanant d’une autorité nationale de concur-
rence et postérieure à la décision de la Commission ne peut remettre en cause la légalité
de cette décision ni celle de l’arrêt subséquent.
En revanche, la Commission n’est pas liée par les conclusions de l’autorité nationale
dans la mesure où, se prononçant au vu de preuves et de textes qui lui sont propres, elle
peut parvenir à des conclusions différentes. Il est seulement exigé qu’elle tienne compte,
lors de la fixation de la sanction, de celle précédemment prononcée par les autorités
nationales en application de l’exigence générale d’équité posée par la Cour de justice.
Elle conserve ainsi un pouvoir de sanction autonome qui lui permet, par exemple, de
prononcer une amende cent quinze fois supérieure à celle prononcée par les autorités
nationales.
SECTION 3
Juridictions nationales
A RETENIR
251
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
ropéenne qui peuvent appliquer les articles 81 et 82 CE [devenus art. 101 et 102 TFUE]
et saisir la Cour de justice de l’Union européenne à titre préjudiciel en application de
l’article 234 CE [devenu art. 267 TFUE]».
A RETENIR
Le texte distingue les observations écrites, que les autorités nationales et la Commis-
sion peuvent soumettre d’office, et les observations orales, qu’elles ne peuvent présenter
qu’avec l’autorisation de la juridiction nationale. La Communication relative à la coo-
pération entre la Commission et les juridictions nationales rappelle que si la juridiction
252
LES FONDAMENTAUX
nationale est saisie avant la Commission, elle doit s’efforcer d’adopter une décision qui
aille dans le sens de celle envisagée par l’autorité européenne. En effet, l’article 16 du
règlement, qui consacre une jurisprudence constante, lie l’interprétation du juge national
à celle de la Commission. Le juge doit non seulement tenir compte des décisions déjà
prises en application des articles 101 et 102 TFUE, mais également de celles à venir
lorsque la Commission a entamé une procédure, en suspendant le cas échéant sa propre
procédure dans l’attente de la décision finale de la Commission. En revanche, une déci-
sion par laquelle la Commission accepte les engagements proposés par une entreprise
au titre de l’article 9, paragraphe 1, du règlement 1-2003, n’empêche pas les juridictions
nationales d’examiner la conformité des accords concernés aux règles de concurrence
et de constater, le cas échéant, leur nullité en application de l’article 101, paragraphe 2,
TFUE. Enfin, le juge national qui a des doutes persistants sur la compatibilité de la pra-
tique en cause avec les règles européennes de concurrence peut saisir la Cour de justice
d’une question préjudicielle, en vertu de l’article 267 TFUE.
L’article 3 du règlement 1-2003 pose le principe selon lequel l’application du droit na-
tional de la concurrence ne peut pas entraîner l’interdiction d’accords, de décisions
d’associations d’entreprises ou de pratiques concertées qui sont susceptibles d’affec-
ter le commerce entre États membres, mais qui n’ont pas pour effet de restreindre la
concurrence au sens de l’article 101 TFUE, paragraphe 1, ou qui satisfont aux condi-
tions énoncées à l’article 101 TFUE, paragraphe 3, du Traité ou qui sont couverts par un
règlement ayant pour objet l’application de l’article 101 TFUE, paragraphe 3.
253
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
SECTION 4
Arbitre
Bien que les deux organes exercent des fonctions similaires, un tribunal arbitral ne consti-
tue pas une juridiction nationale au sens de l’article 267 TFUE et ne peut donc saisir la
Cour de justice d’une question préjudicielle. Une telle solution, qui peut faire obstacle à
une application uniforme du droit européen dans les États membres, est tempérée par le
fait que le juge saisi par l’une des parties d’un recours en annulation, est habilité à le faire.
En outre, sachant qu’un contrôle excessif des sentences arbitrales aurait pour risque de
porter atteinte à l’efficacité et à l’attrait de la procédure arbitrale, un tel contrôle ne peut
intervenir que dans des cas exceptionnels.
Sous l’empire du règlement 17-62, la Cour a jugé que l’article 101 TFUE constitue une
disposition fondamentale indispensable pour l’accomplissement des missions confiées
à l’Union et, en particulier, pour le fonctionnement du marché intérieur. Il s’agit donc
d’une règle d’ordre public international, qu’une juridiction nationale doit prendre en
considération au même titre que les règles d’ordre public nationales, lorsque ses règles
de procédure le lui imposent. Il en résulte qu’une juridiction nationale doit annuler la
sentence qui lui est déférée, si elle l’estime contraire à l’article 101 TFUE, sous réserve
de respecter le principe d’autonomie procédurale des États membres. Cette solution de-
meure d’actualité sous l’empire du règlement 1-2003.
A RETENIR
L’arbitre, qui ne peut prononcer d’injonction ou d’amende, peut néanmoins tirer les
conséquences civiles d’un comportement anticoncurrentiel.
254
LES FONDAMENTAUX
SECTION 1
Saisine d’office
SECTION 2
Plainte
I. Conditions de recevabilité
A. Intérêt légitime
B. Saisine d’une autorité compétente
C. Formalisme
II. Instruction
A. Opportunité de l’instruction
B. Examen de la plainte
C. Intérêt de l’Union
III. Rejet
A. Procédure
B. Obligation de motiver
C. Droits procéduraux du plaignant
255
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
PLAN
SECTION 1
Saisine d’office
L’article 7 du règlement 1-2003 permet à la Commission de constater l’existence d’une
infraction aux articles 101 ou 102 TFUE, sur plainte ou sur saisine d’office. Selon la
Cour de justice, la Commission est en droit d’engager la procédure d’office, quelle que
soit la légitimité de l’intérêt à agir des plaignants. L’autorité européenne dispose, pour
constater l’existence d’une infraction, de plusieurs moyens d’information :
- la plainte : qu’elle soit anonyme ou déposée par une personne qui n’y aurait pas
un intérêt légitime, elle permet d’alerter sur une probable violation des règles eu-
ropéennes de concurrence la Commission, qui est en droit d’engager la procédure
d’office. La Commission incite, dans sa Communication relative au traitement des
plaintes, les personnes qui ne rempliraient pas les conditions pour déposer une
plainte à lui fournir des éléments d’information, notamment par le biais de son site
internet. Dans ses bonnes pratiques relatives aux procédures en matière d’ententes
et d’abus de position dominante, elle souligne que le dépôt d’une plainte par une
personne qui y a un intérêt légitime lui confère en outre certains droits lors du dérou-
lement de la procédure ;
- les communications d’informations par les autorités nationales : elles peuvent être
le fait soit des autorités des États membres, soit de celles d’État tiers dans le cadre de
leur coopération avec la Commission ;
- les enquêtes sectorielles de l’article 17 du règlement 1-2003 : ces enquêtes per-
mettent à la Commission d’obtenir des renseignements auprès d’entreprises détermi-
nées d’un secteur économique et d’établir une présomption d’infraction aux articles
101 et/ou 102 TFUE.
La Commission se saisit également d’office lorsqu’elle constate, dans l’intérêt public eu-
ropéen, que l’article 101 ou 102 TFUE est inapplicable à un accord, à une pratique
concertée ou à un comportement unilatéral (Règl. 1-2003, art. 10).
256
LES FONDAMENTAUX
SECTION 2
Plainte
PLAN
I. Conditions de recevabilité
PLAN
A. Intérêt légitime
Les personnes physiques ou morales qui font valoir un intérêt légitime et les États
membres sont, en vertu de l’article 7 du règlement 1-2003, habilités à déposer une
plainte.
La condition d’intérêt légitime ne concerne que les personnes physiques ou morales.
En effet, les États membres sont réputés disposer d’un intérêt légitime pour toutes les
plaintes qu’ils décident de déposer. Leur intérêt se confond avec celui de l’Union, qui
a assigné à la Commission la mission de veiller à l’application des principes fixés aux
articles 101 et 102 TFUE.
A RETENIR
Les particuliers et les personnes morales qui s’estiment victimes d’une infraction rem-
plissent les conditions pour déposer une plainte lorsque la pratique dénoncée consti-
tue une menace pour leurs intérêts ou porte atteinte à leur activité économique sur le
marché en cause.
Peu importe que le plaignant soit un concurrent ou qu’il n’intervienne pas au même
stade du processus économique que l’entreprise en cause, dès lors que ses intérêts sont
lésés par l’infraction alléguée. Il n’est pas non plus nécessaire que l’intérêt soit direct.
Ainsi, les organisations professionnelles qui agissent dans le cadre de leur objet statu-
taire disposent du droit de déposer une plainte. En effet, une association d’entreprises,
même si elle n’est pas directement concernée, en tant qu’opérateur économique, par le
comportement dénoncé, a un intérêt légitime à introduire une plainte, dès lors que cette
pratique est susceptible de léser les intérêts de ses adhérents et qu’elle est habilitée à les
représenter. En pratique, une fois l’infraction portée à la connaissance de la Commission,
l’intérêt légitime revêt une importance mineure, puisque l’autorité européenne est en
257
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
1. Juridiction nationale
Le plaignant peut avoir intérêt à saisir une juridiction nationale s’il veut obtenir des
dommages et intérêts pour le préjudice subi, le paiement ou l’exécution des obligations
contractuelles fondées sur un accord examiné au titre de l’article 101 TFUE ou la nullité
de l’article 101 TFUE, paragraphe 2. Le juge national est généralement mieux placé pour
ordonner des mesures provisoires que la Commission. La demande peut reposer sur
le double fondement du droit européen et du droit national. Enfin, la juridiction peut
condamner la partie défaillante à des frais et dépens.
2. Autorité nationale
Le droit européen doit être appliqué par une autorité bien placée. Lorsqu’il s’agit de
connaître d’une plainte, trois conditions cumulatives doivent être remplies pour qu’une
autorité soit considérée comme bien placée :
- l’accord ou la pratique a des effets directs substantiels, actuels ou prévisibles, est mis
en œuvre ou trouve son origine sur le territoire de l’autorité concernée ;
- l’autorité peut délivrer une injonction de ne pas faire dont l’effet sera suffisant pour
faire cesser l’infraction et, au besoin, sanctionner l’infraction de manière appropriée ;
- l’autorité est en mesure de réunir, éventuellement avec le concours d’autres autori-
tés, les preuves requises pour démontrer l’infraction.
Un rapport étroit doit donc exister entre l’infraction et le territoire de l’État membre pour
que l’autorité de concurrence de cet État membre soit considérée comme bien placée.
L’intervention parallèle de deux ou trois autorités nationales de concurrence est néces-
saire lorsque l’accord ou la pratique produit des effets substantiels sur leurs territoires
respectifs et que l’intervention d’une seule autorité serait insuffisante pour faire cesser
l’intégralité de l’infraction et/ou la sanctionner de manière appropriée.
258
LES FONDAMENTAUX
3. Commission européenne
A RETENIR
Comme les autorités nationales, la Commission doit être bien placée pour connaître
de la plainte. Il en est ainsi lorsqu’un ou plusieurs accords ou pratiques, y compris des
réseaux d’accords ou pratiques similaires, ont des effets sur la concurrence dans plus
de trois États membres, lorsque l’affaire est étroitement liée à d’autres dispositions
européennes, qui peuvent être directement ou plus efficacement appliquées par elle,
ou lorsque l’intérêt européen exige l’adoption d’une décision afin de développer la poli-
tique de concurrence européenne.
C. Formalisme
La plainte doit, selon l’article 5 du règlement 773-2004, être conforme au formulaire
C reproduit en annexe de la Communication relative au traitement des plaintes. Trois
copies sur papier, voire une copie électronique de la plainte, sont soumises à la Com-
mission. Une version non confidentielle doit en outre être fournie par le plaignant. La
plainte doit contenir en pratique autant d’informations que possible :
- identité du plaignant, qui doit indiquer s’il agit en qualité de représentant et, dans
ce cas, fournir la preuve du pouvoir de représentation, ainsi que des précisions sur la
ou les entreprises objet de la plainte ;
- nature de la plainte ;
- existence d’un intérêt légitime à l’ouverture d’une procédure ;
- produits ou services en cause et marché concerné ;
- éléments de preuve, de fait et de droit, de l’infraction dénoncée ;
- mesures, y compris conservatoires, demandées à la Commission.
Le plaignant doit également produire les copies des pièces dont il peut raisonnablement
disposer et si possible indiquer à la Commission où elle pourrait obtenir les éléments et
documents pertinents qu’il n’a pas en sa possession. Toute correspondance qui ne ré-
pond pas aux conditions fixées à l’article 5 du règlement 773-2004 ne constitue pas une
plainte au sens de l’article 7, paragraphe 2, du règlement 1-2003, mais une information
d’ordre général susceptible de donner lieu à enquête préalable.
II. Instruction
PLAN
La Commission :
• décide de l’opportunité de l’instruction ;
• procède à l’examen de la plainte ;
• apprécie l’intérêt de l’Union à l’examen de la plainte.
259
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
A. Opportunité de l’instruction
A RETENIR
La Commission n’est tenue ni d’instruire chaque plainte dont elle est saisie, ni, a for-
tiori, de prendre une décision définitive au sens de l’article 288 TFUE quant à l’exis-
tence ou l’inexistence de l’infraction alléguée aux articles 101 ou 102 TFUE. L’autorité
européenne dispose d’un pouvoir discrétionnaire qui lui permet de définir des degrés
de priorité dans le traitement des différents dossiers dont elle est saisie en matière de
concurrence.
B. Examen de la plainte
A RETENIR
La Commission n’est pas tenue d’adopter une décision ou d’instruire. Elle doit toute-
fois préserver les droits du plaignant notamment en procédant à l’examen diligent et
impartial de la plainte.
260
LES FONDAMENTAUX
C. Intérêt de l’Union
A RETENIR
La Commission, qui n’est pas tenue d’instruire chaque plainte dont elle est saisie, peut
leur accorder des degrés de priorité. La définition de priorités lui permet non seu-
lement d’arrêter l’ordre d’examen des plaintes, mais aussi de rejeter la plainte pour
défaut d’intérêt suffisant de l’Union.
261
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
III. Rejet
PLAN
A. Procédure
Aux termes de l’article 7, paragraphe 1, du règlement 773-2004, «Lorsque la Commis-
sion considère que, sur la base des informations dont elle dispose, il n’existe pas de mo-
tifs suffisants pour donner suite à une plainte, elle informe le plaignant de ses raisons et
lui impartit un délai pour faire connaître son point de vue par écrit. La Commission n’est
pas tenue de prendre en considération les observations écrites reçues après l’expiration
de ce délai».
La procédure de traitement d’une plainte s’articule autour de trois phases successives :
- première phase : durant cette phase, qui suit le dépôt de la plainte, la Commission
examine la plainte et recueille les éléments qui lui permettent d’apprécier la suite
qu’elle réservera à la plainte ; elle peut donner lieu à un échange de vues informel
entre la Commission et le plaignant afin de préciser les éléments de fait et de droit sur
lesquels porte la plainte ;
- deuxième phase : l’autorité européenne prend position en décidant de poursuivre
l’instruction ou en considérant qu’il n’y a pas de motifs suffisants pour agir ; elle in-
dique dans une communication adressée à la partie plaignante les motifs par lesquels
il ne lui paraît pas justifié de donner une suite favorable à sa plainte et lui permet de
présenter ses observations éventuelles dans un délai qu’elle fixe ; la plainte est réputée
retirée si le plaignant ne fait pas connaître son point de vue dans ce délai ;
- troisième phase : la Commission prend connaissance des observations présentées
par la partie plaignante ; cette phase se termine soit par le rejet de la plainte, soit par
l’engagement d’une procédure.
262
LES FONDAMENTAUX
de la procédure, de la complexité de l’affaire, ainsi que de son enjeu pour les parties in-
téressées. Ainsi, lorsque quatre ans se sont écoulés entre le dépôt de la plainte et la mise
en demeure des intéressés invitant la Commission à prendre position, les requérants sont
en droit d’obtenir la communication des motifs de rejet de la plainte. La Communication
relative au traitement des plaintes fixe le délai indicatif de réponse de la Commission à
quatre mois après la réception de la plainte.
La communication des motifs constitue en principe un acte préparatoire insusceptible de
faire l’objet d’un recours en annulation. En revanche, la lettre qui, même si elle ne qualifie
pas les agissements dénoncés, ne soumet pas sa conclusion à d’éventuelles observations
complémentaires des parties constitue un acte de classement de la plainte susceptible de
recours.
Lorsque la Commission envisage de rejeter la plainte pour défaut d’intérêt de l’Union,
elle doit accorder au plaignant un délai afin qu’il fasse valoir par écrit son point de vue.
Ce délai doit être raisonnable. Il est fixé compte tenu du temps nécessaire à l’élaboration
des observations et de l’urgence de l’affaire (Règl. 773-2004, art. 17, paragr. 1) ; il ne
peut, selon la Communication relative au traitement des plaintes, être inférieur à quatre
semaines. Il peut, sur demande motivée du plaignant, être prorogé (Règl. 773-2004, art.
17, paragr. 4). En principe, le défaut de réaction du plaignant dans le délai imparti im-
plique le retrait automatique de la plainte (Règl. 773-2004, art. 7, paragr. 3). Toutefois,
le dépassement de ce délai ne présume pas de manière irréfragable du consentement du
plaignant au classement de la plainte, notamment lorsque des circonstances particulières
peuvent légitimement expliquer ce dépassement. Dans tous les cas, la Commission n’est
pas tenue, aux termes de l’article 7 du règlement 773-2004, de tenir compte des obser-
vations présentées hors délai.
La présentation d’observations écrites dans le délai fixé par la Commission confère au
plaignant un droit à obtenir une décision définitive de la Commission. Sous l’empire du
règlement 17, la Commission pouvait, pour rejeter la plainte, prendre soit une décision
formelle (décision définitive de rejet), soit une décision informelle (lettre administrative
de classement). Le règlement 773-2004 précise désormais que la Commission rejette la
plainte par voie de décision, ce qui semble exclure la lettre de classement.
Lorsque la position de la Commission demeure inchangée à la suite des observations
écrites du plaignant, elle rejette la plainte par voie de décision (Règl. 773-2004, art.
7). La notion de décision définitive a été définie par le juge européen : l’acte adressé aux
plaignants, à la suite d’une communication des motifs de rejet de la plainte, par lequel la
Commission prend position, est une décision définitive de rejet. Tel n’est pas le cas du
défaut de réponse à une demande de mesures conservatoires ou de la lettre qui indique
que les observations sont provisoires. La Commission doit en principe adopter sa déci-
sion dans un délai raisonnable. Toutefois, le caractère excessif du délai ne constitue ni un
moyen d’annulation, ni un moyen devant être relevé d’office par le Tribunal de l’Union.
La décision de rejet peut faire l’objet d’un recours devant les juridictions européennes.
La décision de rejet de plainte ne statue pas définitivement sur la question de l’existence
ou de l’inexistence d’une infraction aux règles européennes de concurrence. Il s’ensuit
que les juridictions nationales de concurrence pourront appliquer les articles 101 et 102
263
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
TFUE aux mêmes faits tout en tenant compte de l’appréciation des éléments de fait et de
droit contenus dans la décision de la Commission. En revanche, la décision de rejet de
plainte fait obstacle à la demande du plaignant de réouverture de l’enquête, à moins que
ce dernier ne fasse état de nouveaux éléments de preuve significatifs.
B. Obligation de motiver
A RETENIR
Elle doit ainsi exposer les considérations de fait et de droit ayant conduit au rejet, mais
n’a pas à répondre à tous les points de fait et de droit soulevés par le plaignant. La Com-
mission peut simplement se référer à la lettre de communication des motifs lorsqu’elle
fait apparaître de façon claire les raisons pour lesquelles la plainte est rejetée ou n’exposer
que les faits et considérations juridiques revêtant une importance essentielle dans l’éco-
nomie de la décision. La motivation de la décision de la Commission doit permettre au
Tribunal de contrôler l’exercice de son pouvoir discrétionnaire de définir des priorités.
Rien n’oblige cependant la Commission à invoquer de façon explicite la notion d’intérêt
de l’Union. Le juge exerce un contrôle restreint sur les motifs de la Commission qui se
limite à l’exactitude matérielle des faits, à l’erreur de droit, à l’erreur manifeste d’appré-
ciation ou au détournement de pouvoir.
La motivation doit, dans tous les cas, permettre au destinataire de connaître les motifs
de la mesure prise, afin qu’il puisse faire valoir, le cas échéant, ses droits et vérifier son
bien-fondé.
L’examen de la jurisprudence met en lumière les motifs qui ne peuvent fonder un rejet de
la plainte. La cessation de l’infraction ne peut ainsi, en elle-même, justifier le rejet d’une
plainte : la Commission doit vérifier l’éventuelle persistance de ses effets anticoncur-
rentiels. La décision de rejet ne peut pas non plus reposer sur le fait que la constatation
de l’infraction ne serait pas de nature à modifier la situation des plaignants, ou que la
pratique serait favorisée par les autorités nationales. Dans le cas particulier où elle rejette
une plainte sur le fondement de l’article 13, paragraphe 1, du règlement 1-2003, aux
termes duquel «[...] La Commission peut [...] rejeter une plainte au motif qu’une autorité
de concurrence d’un État membre la traite», la Commission est seulement tenue de vé-
rifier que deux conditions sont remplies : l’affaire dont elle est saisie doit être traitée par
une autorité de concurrence d’un État membre et porter sur le «même accord», la «même
décision d’association» ou la «même pratique». Selon le juge de l’Union, le terme «traiter»
au sens de l’article 13 ne peut désigner la seule saisine d’une autorité de concurrence,
mais suppose l’utilisation de ses pouvoirs par cette dernière et un examen des éléments
de fait et de droit afférents à l’affaire en cause, tel le lancement d’une enquête ou l’envoi
de questionnaires aux entreprises du secteur. En outre, le rejet de plainte est possible
même si l’autorité nationale a elle-même rejeté cette plainte pour des raisons de priorité,
264
LES FONDAMENTAUX
Le règlement 773-2004 précise ainsi, dès ses considérants, que le plaignant doit non
seulement pouvoir s’exprimer lorsque la Commission ne souhaite pas donner suite à sa
plainte, mais aussi être informé lorsque la plainte est rejetée au motif que celle-ci est en
train d’être traitée ou l’a déjà été par une autorité de concurrence d’un État membre. Le
Guide des bonnes pratiques précise que, lorsque après un examen minutieux de l’affaire,
la Commission conclut à titre préliminaire qu’elle ne devrait pas poursuivre son enquête,
elle doit informer le plaignant, au cours d’une réunion ou par téléphone, qu’elle estime
à titre préliminaire qu’il est possible que sa plainte soit rejetée. Une fois informé, le plai-
gnant peut décider de retirer sa plainte. Si le plaignant maintient sa demande, la Com-
mission doit l’informer officiellement par lettre, en application de l’article 7, paragraphe
1, du règlement 1-2003, qu’elle conclut provisoirement qu’il n’existe pas de motifs suf-
fisants pour donner suite à sa plainte, et doit lui impartir un délai pour faire connaître
son point de vue par écrit. Le plaignant peut alors demander l’accès aux documents sur
lesquels la Commission fonde son appréciation provisoire (Règl. 773-2004, art. 8, para-
gr. 1) et les utiliser dans les procédures administratives ou judiciaires qu’il intenterait à la
suite du rejet de la plainte pour faire appliquer les articles 101 ou 102 TFUE.
Si, au cours de l’examen de la plainte, la Commission a ouvert la procédure en appli-
cation de l’article 11, paragraphe 6, du règlement 1-2003 (coopération avec les auto-
rités nationales), elle propose la tenue d’une réunion-bilan au plaignant avant l’envoi
de la lettre officielle. Conformément à l’article 7, paragraphe 3, du règlement 1-2003,
si le plaignant ne réagit pas à la lettre officielle dans le délai fixé par la Commission, la
plainte est réputée avoir été retirée. Le plaignant est alors informé du classement admi-
nistratif du dossier. Si les observations écrites formulées par le plaignant en réponse à la
lettre officielle de la Commission ne conduisent pas à une appréciation différente de la
plainte, la Commission en prononce le rejet par voie de décision, conformément à l’ar-
ticle 7, paragraphe 2, du règlement 1-2003. Si, en revanche, les observations écrites du
plaignant entraînent une appréciation différente de la plainte, la Commission poursuit
son enquête.
Si la Commission adresse une communication des griefs aux auteurs de l’infraction dé-
noncée, le plaignant a droit d’en recevoir une copie, peut présenter des observations
écrites et être auditionné par le conseiller-auditeur. En cas de procédure de transaction,
le plaignant sera uniquement informé, par écrit, de la nature et de l’objet de la procédure
(Règl. 773-2004, art. 6).
265
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
SECTION 1
Enquêtes sectorielles
SECTION 2
Demande de renseignements
I. Demande de la Commission
II. Réponse de l’entreprise
SECTION 3
Inspection
I. Inspection sur mandat
II. Décision d’inspection
III. Assistance des autorités nationales
IV. Pouvoirs d’investigation
V. Inspection d’autres locaux
VI. Sanctions
SECTION 4
Droits de la défense
I. Droit d’être entendu
II. Obligation de loyauté
III. Droit de ne pas témoigner contre soi-même
IV. Principe de proportionnalité
V. Principe d’inviolabilité du domicile
VI. Secret professionnel
VII. Transmission d’informations aux autorités nationales
VIII. Transmission d’informations aux juridictions nationales
266
LES FONDAMENTAUX
A RETENIR
La Commission peut procéder à des enquêtes par secteurs économiques (Règl. 1-2003,
art. 17). Elle utilise de plus en plus cette mesure, qui lui permet, en fait, de recueillir des
informations avant de se saisir d’office des infractions présumées. Elle peut adresser
une demande de renseignements aux gouvernements et autorités compétentes des États
membres, ainsi qu’aux entreprises et associations d’entreprises (Règl. 1-2003, art. 18).
Elle peut, enfin, procéder à toutes les inspections nécessaires auprès des entreprises ou
associations d’entreprises (Règl. 1-2003, art. 20). La Commission peut, en raison de
l’autonomie de ces mesures, les utiliser dans l’ordre qu’elle souhaite. Elle peut recourir
à l’une et/ou à l’autre dans l’ordre qui, à son avis, convient le mieux à la recherche des
preuves de l’infraction présumée. La demande de renseignements et l’inspection sont
des procédures d’investigation indépendantes. Même si elle dispose déjà d’indices, voire
d’éléments de preuve relatifs à l’existence d’une infraction, la Commission peut légitime-
ment estimer nécessaire de demander des renseignements supplémentaires lui permet-
tant de mieux cerner l’étendue de l’infraction, sa durée ou le cercle des entreprises impli-
quées. Elle peut également ouvrir une nouvelle procédure d’enquête afin de compléter
ou de vérifier l’exactitude des informations dont elle a eu connaissance incidemment lors
d’une précédente inspection.
La Commission est dotée d’un véritable pouvoir d’information. La demande de ren-
seignements a pour objet non seulement la preuve de l’existence d’une infraction aux
articles 101 et 102 TFUE, mais aussi la fourniture d’informations sur des pratiques
susceptibles d’être exonérées. Le caractère précis des informations que la Commission
267
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
juge opportun de connaître implique une collaboration préalable des entreprises ou as-
sociations d’entreprises sans laquelle les renseignements ne pourraient pas être recueillis.
Elle peut également, par le biais de l’échange d’informations prévu à l’article 12 du rè-
glement 1-2003, se faire communiquer et utiliser comme moyen de preuve tout élément
de fait ou de droit recueilli pour l’application de l’article 101 ou 102 TFUE par les au-
torités des États membres. Ces informations ne peuvent être utilisées comme moyen de
preuve pour infliger une sanction à une personne physique que dans deux hypothèses :
(i) la loi de l’autorité qui transmet l’information prévoit des sanctions similaires en cas
de violation des articles 101 ou 102 TFUE ou, si ce n’est pas le cas, (ii) les informations
ont été recueillies d’une manière qui assure le même niveau de protection des droits de la
défense des personnes physiques que celui reconnu par les règles nationales de l’autorité
destinataire. Il ne peut toutefois pas s’agir de peines privatives de liberté.
Le pouvoir de recueillir des déclarations fixé à l’article 19 du règlement 1-2003 consti-
tue un nouveau pouvoir d’enquête de la Commission par rapport au dispositif du rè-
glement 17. Dès les considérants, le règlement 1-2003 souligne l’importance pour la
Commission de pouvoir interroger toute personne susceptible de disposer d’informa-
tions utiles et d’enregistrer ses déclarations. La Commission peut donc interroger toute
personne physique ou morale qui accepte de l’être aux fins de la collecte d’informations
relatives à l’objet d’une enquête. Lorsque les déclarations sont recueillies dans les locaux
d’une entreprise, la Commission doit en informer l’autorité de concurrence de l’État
membre sur le territoire duquel l’entretien a lieu. Les agents de l’autorité de concurrence
de l’État membre concerné peuvent, si celle-ci le demande, prêter assistance aux agents,
et aux autres personnes les accompagnant, mandatés par la Commission pour conduire
l’entretien (Règl. 1-2003, art. 19).
Les dispositions du Traité confèrent aux entreprises le droit de contester en justice
les décisions rendues par la Commission au cours de l’enquête préalable. L’entreprise,
dont la situation juridique risque d’être modifiée par l’effet de la décision d’inspection ou
exigeant la fourniture de renseignements, a en effet un intérêt à agir pour préserver ses
droits. Elle dispose pour cela de deux voies de recours. Elle peut soit intenter un recours
en annulation, soit un recours en référé en vue d’obtenir la suspension de l’exécution
de la décision. Ces recours sont cependant strictement réglementés et ne peuvent pas
être exercés dans tous les cas où l’entreprise serait en désaccord avec la décision de la
Commission.
PLAN
268
LES FONDAMENTAUX
SECTION 1
Enquêtes sectorielles
L’article 17 du règlement 1-2003 dispose :
«1. Lorsque l’évolution des échanges entre États membres, la rigidité des prix ou d’autres
circonstances font présumer que la concurrence peut être restreinte ou faussée à l’in-
térieur du Marché commun, la Commission peut mener son enquête sur un secteur
particulier de l’économie ou un type particulier d’accords dans différents secteurs. Dans
le cadre de cette enquête, la Commission peut demander aux entreprises ou aux associa-
tions d’entreprises concernées les renseignements nécessaires à l’application des articles
81 et 82 [devenus art. 101 et 102 TFUE] du Traité et effectuer les inspections néces-
saires à cette fin.
La Commission peut notamment demander aux entreprises ou associations d’entreprises
concernées de lui communiquer tous accords, décisions et pratiques concertées.
La Commission peut publier un rapport sur les résultats de son enquête portant sur des
secteurs particuliers de l’économie ou des types particuliers d’accords dans différents
secteurs et inviter les parties intéressées à faire part de leurs observations.»
Le Comité consultatif en matière d’ententes et de position dominante doit être consulté
préalablement à l’ouverture de l’enquête.
Par ailleurs, l’article 17 précise que les articles 14, 18, 19, 20, 22, 23 et 24 sont appli-
cables par analogie lorsque la Commission procède à une enquête par secteurs écono-
miques. Ainsi, la Commission pourra demander tous les renseignements nécessaires à
l’accomplissement de sa mission aux gouvernements et autorités compétentes des États
membres, ainsi qu’aux entreprises et associations d’entreprises. Elle est également habili-
tée, lors de l’enquête sectorielle, à faire procéder à toutes inspections nécessaires soit par
ses agents (art. 18), soit par les autorités des États membres (art. 22).
SECTION 2
Demande de renseignements
I. Demande de la Commission
L’article 18 du règlement 1-2003, sans établir de hiérarchie entre les demandes, précise
uniquement que «pour l’accomplissement des tâches qui lui sont assignées par le présent
règlement, la Commission peut, par simple demande ou par voie de décision, demander
aux entreprises et associations d’entreprises de fournir tous les renseignements néces-
saires».
A RETENIR
Désormais, il n’est plus nécessaire, pour effectuer une demande par voie de décision,
que la Commission ait préalablement adressé une demande simple à l’entreprise. La
Commission reste cependant soumise au principe de proportionnalité qui lui impose,
lorsqu’un choix est offert entre deux mesures, de recourir à la moins contraignante.
269
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
270
LES FONDAMENTAUX
la décision est adoptée plus de deux années après les premières inspections, alors que la
Commission dispose déjà d’informations qui lui permettent d’exposer avec davantage de
précision les soupçons d’infraction qui pèsent sur les entreprises en cause.
Il appartient à la Commission de décider si un renseignement est nécessaire pour déceler
l’existence d’une infraction aux règles de la concurrence. Elle n’est ainsi pas tenue de
motiver spécialement sa décision quant à la nécessité des documents sollicités. La Com-
mission ne peut toutefois exiger que la communication d’informations lui permettant de
vérifier les présomptions susceptibles de justifier la conduite de l’enquête et indiquées
dans la demande. La demande de renseignement doit, en effet, établir une corrélation
entre les renseignements demandés et l’infraction présumée. Les renseignements de-
mandés par la Commission doivent avoir un lien avec les infractions présumées, et ne pas
représenter pour l’entreprise une charge disproportionnée par rapport aux nécessités de
l’enquête. Le caractère nécessaire des renseignements demandés s’apprécie en fonction
de la finalité de l’enquête, telle qu’elle est obligatoirement précisée dans la demande. Le
fait que la demande présente une large portée, que la Commission n’ait pas au préalable
procédé à des inspections dans les locaux de l’entreprise, ni adressé de demande simple
de renseignements ne présume pas du caractère exploratoire de sa requête («fishing ex-
pedition»). En revanche, une décision par laquelle la Commission demande à une entre-
prise de fournir à nouveau des renseignements antérieurement demandés, au motif que
certains d’entre eux seulement seraient incorrects, est susceptible d’imposer à celle-ci
une charge démesurée par rapport aux nécessités de l’enquête et n’est conforme ni au
principe de proportionnalité ni à l’exigence de nécessité. De même, la recherche d’une fa-
cilité de traitement des réponses fournies par les entreprises ne saurait justifier qu’il leur
soit imposé de fournir sous un nouveau format des renseignements déjà en possession
de la Commission. Cependant, la Commission ne viole pas les principes de nécessité ou
de proportionnalité lorsqu’elle demande la fourniture de renseignements plus précis que
ceux transmis jusqu’alors.
A RETENIR
271
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
ment une réponse, mais également de s’assurer du caractère complet, exact et non déna-
turé des renseignements communiqués. L’étendue du devoir de collaboration dépend de
la finalité de l’enquête telle que précisée dans la demande. Aussi, pour apprécier la portée
de son obligation de répondre, l’entreprise devra-t-elle se référer aux bases juridiques et
au but de la demande mentionnés par la Commission. L’entreprise doit non seulement
fournir les renseignements requis dans le délai imparti par la Commission, mais aussi
fournir des informations complètes.
La réponse de l’entreprise doit être appréciée dans son ensemble. En effet, cette appré-
ciation ne saurait se limiter aux seules réponses aux questions posées. Ainsi, doivent être
considérés comme une réponse à une demande de renseignements non seulement les
réponses aux questions précises de la Commission, mais aussi les renseignements qui
dépassent le cadre spécifique de ces questions, dans la mesure où ils entrent dans l’objet
de la demande de la Commission.
L’entreprise ou l’association d’entreprises doit fournir des renseignements exacts et
non dénaturés (Règl. 1-2003, art. 18). La fourniture de renseignements inexacts ou
dénaturés l’expose au paiement d’une amende qui peut s’élever à 1 % du chiffre d’af-
faires total réalisé au cours de l’exercice social précédent, que l’infraction soit com-
mise de propos délibéré ou par négligence (Règl. 1-2003, art. 23). Ainsi, l’entreprise
interrogée qui fournit, par négligence, des renseignements inexacts, en réponse à une
demande formelle de la Commission, s’expose à une amende. Il importe peu que les
renseignements aient été fournis spontanément ou sur demande de la Commission. La
Commission peut en outre infliger à l’entreprise une astreinte jusqu’à concurrence de
5 % du chiffre d’affaires journalier moyen réalisé au cours de l’exercice social précédent
par jour de retard pour l’obliger à fournir de manière complète les renseignements de-
mandés (Règl. 1-2003, art. 23).
A RETENIR
Tout renseignement qui donne de la situation sur laquelle porte la question une image
déformée qui s’écarte considérablement de la réalité sur des points importants, notam-
ment un renseignement faux ou à tel point incomplet que la réponse dans son ensemble
est de nature à induire la Commission en erreur sur la situation véritable, est inexact. Ain-
si, l’entreprise qui, en réponse à une demande de renseignements de la Commission, ne
lui communique pas les documents qui permettraient d’identifier le nombre et la nature
des contrats concernés par une recommandation d’association d’entreprises, fournit des
renseignements incomplets qui justifient une injonction de fourniture d’informations
précises dans le délai de deux mois sous peine de sanctions. De même, la communication
d’un chiffre d’affaires erroné est qualifiée par le juge européen de négligence grave fon-
dant une majoration du montant de l’amende. Enfin, les réponses aux questions précises
de la Commission, comme les renseignements qui dépassent le cadre spécifique de ces
questions, constituent, selon le juge européen, une réponse dans la mesure où ils entrent
272
LES FONDAMENTAUX
SECTION 3
Inspection
A RETENIR
La Commission peut, également, aux termes de l’article 22, paragraphe 2, du même texte,
demander aux autorités compétentes des États membres de procéder sur leur territoire
aux inspections qu’elle juge indiquées ou qu’elle a ordonnées par voie de décision.
La Commission peut choisir librement de procéder par mandat et/ou par décision, en
fonction des seules nécessités de l’instruction. L’autorité européenne n’est pas tenue
d’effectuer une inspection par simple mandat avant de recourir à une inspection par
voie de décision. Cette solution est justifiée par l’objet même de l’inspection, qui tend
à permettre à la Commission de recueillir la documentation nécessaire pour contrôler
la réalité et la portée d’une situation de fait ou de droit déterminée. Le pouvoir discré-
tionnaire de la Commission ne se limite pas en la matière au seul choix de la forme de
l’inspection. Elle peut ainsi procéder à une inspection «surprise» ou «dawn raid» sans en
avertir au préalable les entreprises concernées. Elle prend alors une décision ordonnant
à l’entreprise ou l’association d’entreprises de se soumettre à l’inspection.
PLAN
L’inspection peut se dérouler sur simple mandat (Règl. 1-2003, art. 20, paragr. 3). Le
mandat doit être écrit et préciser l’objet et le but de l’inspection ainsi que la sanction
prévue en cas de non-collaboration de l’entreprise inspectée. Ce mandat doit être pro-
duit par les agents habilités.
273
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
Les agents habilités peuvent procéder à l’inspection par voie de décision formelle
(Règl. 1-2003, art. 20, paragr. 4). Dans ce cas, la Commission peut adopter une déci-
sion dès lors qu’elle dispose d’éléments et d’indices matériels sérieux la conduisant à
suspecter l’existence d’une infraction. Il n’est pas nécessaire que les documents qui lui
sont soumis soient de nature à établir sans doute raisonnable l’existence de l’infraction
constatée dans la décision finale, mais seulement qu’ils soient de nature à créer un
commencement de soupçon de comportement anticoncurrentiel.
274
LES FONDAMENTAUX
mandat. Même si elle doit clairement indiquer les présomptions d’infraction qu’elle en-
tend vérifier, la décision n’a pas besoin d’indiquer les indices sur lesquels la Commission
se fonde ni de comporter la délimitation précise du marché et la qualification juridique
exacte des infractions. La décision peut être motivée en termes très généraux dès lors
qu’elle désigne l’infraction recherchée et les éléments sur lesquels doit porter l’inspection.
Néanmoins, la motivation de la décision d’inspection doit demeurer suffisamment pré-
cise pour éviter le reproche de «fishing expedition», pratique qui consiste à se livrer à des
investigations indéterminées, afin de recueillir, le cas échéant, des informations sur des
comportements dont la Commission n’a pas connaissance. Le Tribunal a récemment mo-
difié sa position à l’égard des «fishing expeditions». Après avoir posé en principe que «les
facultés d’enquête de la Commission seraient dépourvues d’utilité si elle devait se limiter
à demander la production de documents qu’elle serait à même d’identifier au préalable
de façon précise», ce qui implique qu’elle puisse rechercher «des éléments d’informa-
tion divers qui ne sont pas encore connus ou pleinement identifiés», le juge européen a,
d’abord, déclaré que «lorsqu’elle effectue une inspection dans les locaux d’une entreprise
en vertu de l’article 20, paragraphe 4, du règlement n° 1-2003, la Commission est tenue
de limiter ses recherches aux activités de cette entreprise relatives aux secteurs indiqués
dans la décision ordonnant l’inspection». Le Tribunal a par conséquent annulé des dé-
cisions d’inspection qui portaient sur un marché beaucoup plus étendu que celui pour
lequel la Commission disposait d’indices sérieux d’infraction. Par la suite, le Tribunal
s’est montré plus compréhensif en admettant que la Commission pouvait décider de
nouvelles investigations afin d’obtenir copie des documents dont elle aurait eu incidem-
ment connaissance au cours de saisies sans rapport avec l’objet de l’enquête initiale ou de
mieux cerner l’infraction et sa durée, même si elle dispose déjà d’indices, voire d’éléments
de preuve, relatifs à l’existence d’une infraction. La Cour de justice considère, en re-
vanche, que n’étant pas tenue de procéder à une délimitation précise du marché en cause,
puisque l’inspection a précisément pour objet de recueillir des preuves de l’infraction
présumée, la Commission ne porte pas atteinte aux droits de la défense lorsqu’elle n’in-
dique pas précisément le marché géographique concerné, ni les types de comportements
soupçonnés. Toutefois, les termes de la décision d’inspection ne doivent pas, sous peine
d’annulation, excéder la portée de l’infraction qui peut être suspectée sur le fondement
des indices détenus par la Commission.
Lorsqu’une décision d’inspection motivée a été correctement notifiée à une personne
qualifiée au sein de l’entreprise, la Commission doit être en mesure d’effectuer ses ins-
pections sans être soumise à une obligation d’informer chaque membre du personnel
concerné de ses droits et devoirs dans les circonstances de l’espèce. Les entreprises
concernées par l’inspection ont l’obligation de se soumettre aux opérations d’investiga-
tion et leur comportement ne doit pas compromettre l’exécution de l’inspection. Tel est
le cas lorsque l’entreprise fait des déclarations inexactes sur la situation du bureau de son
dirigeant ou n’accorde pas aux inspecteurs un accès exclusif aux comptes de messagerie
demandés, sans qu’il y ait lieu de vérifier si des messages ont été manipulés ou supprimés
ou si la personne concernée avait personnellement connaissance de la mesure. Le refus
de se soumettre à l’inspection par voie de décision, même temporaire, expose l’entre-
prise au paiement d’une amende. L’infraction procédurale est caractérisée même si, par
275
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
la suite, aucune violation du droit matériel n’est imputée à l’entreprise. Le fait qu’une
association d’entreprises comporte des membres qui ne sont pas établis dans un État de
l’Union ne l’exonère pas de l’obligation de se soumettre à l’inspection, dès lors que ses
activités ont lieu à partir ou à destination du territoire de l’Union européenne.
La Commission a publié une note d’information qui détaille l’étendue et les limites des
pouvoirs d’investigation des agents habilités, ainsi que les droits et obligations des entre-
prises concernées. Elle rappelle notamment l’obligation des entreprises de se soumettre à
l’inspection par voie de décision et celle pour les enquêteurs de leur remettre une copie
certifiée conforme de la décision.
L’autorité compétente de l’État membre sur le territoire duquel l’inspection sera effec-
tuée est soit avertie au préalable, s’il s’agit d’une inspection par voie de mandat, soit
entendue, si la Commission adopte une décision formelle. En contrepartie, les autori-
tés nationales concernées doivent prêter assistance à la Commission dans l’exécution
de sa mission.
Les agents nationaux prêtent activement leur assistance aux agents de la Commission
à la demande de celle-ci ou de l’autorité nationale (Règl. 1-2003, art. 20, paragr. 5). Ils
disposent des mêmes pouvoirs que les agents habilités. Lorsqu’une entreprise s’oppose
à l’inspection, cette assistance est nécessaire pour exécuter, au besoin en recourant à la
force publique ou à une autorité disposant d’un pouvoir de contrainte équivalent, les
opérations d’enquête (Règl. 1-2003, art. 20, paragr. 6). Le concours de l’autorité natio-
nale n’est pas subordonné au refus de coopération de l’entreprise, objet de l’inspection.
La simple éventualité d’une opposition suffit.
Chaque État membre règle les conditions dans lesquelles l’assistance des autorités natio-
nales est fournie aux agents de la Commission. Si le droit national soumet l’octroi d’une
assistance à une autorisation judiciaire, cette autorisation doit être sollicitée, même à titre
préventif (Règl. 1-2003, art. 20, paragr. 7). Lorsqu’une autorisation est nécessaire, le juge
national contrôle l’authenticité de la décision de la Commission et la proportionnalité
des mesures coercitives demandées par rapport à l’objet de l’inspection (Règl. 1-2003,
art. 20, paragr. 8). Le juge vérifie si les mesures de contrainte demandées ne sont pas ar-
bitraires ou excessives par rapport à l’objet de l’inspection. Il peut également demander à
la Commission des explications détaillées sur les motifs de présumer une infraction, ainsi
que sur la gravité de la violation suspectée et sur la nature de l’implication de l’entreprise
concernée (art. 20, paragr. 8). Il ne peut, en revanche, ni apprécier le caractère nécessaire
de l’inspection voulue par la Commission, ni substituer sa propre appréciation à celle de
la Commission, ni exiger la communication des informations figurant dans le dossier de
la Commission (art. 20, paragr. 8). Le contrôle de légalité relève de la compétence de la
Cour de justice. Mais les décisions prises par l’autorité judiciaire nationale, dans le cadre
de l’assistance prêtée aux agents de la Commission confrontés à une opposition de l’en-
treprise inspectée, ne peuvent être contrôlées par le juge européen.
276
LES FONDAMENTAUX
- accéder à tous les locaux, terrains et moyens de transport des entreprises et asso-
ciations d’entreprises ;
- contrôler les livres ainsi que tout autre document professionnel, quel qu’en soit
le support ;
- prendre ou obtenir sous quelque forme que ce soit copie ou extrait de ces livres
ou documents ; la Commission détermine les documents professionnels qui doivent
être présentés et dont elle souhaite prendre copie ; elle doit pouvoir recueillir tous les
éléments nécessaires à l’inspection sans avoir à identifier au préalable de façon précise
les documents nécessaires, tout en limitant ses investigations aux activités visées par
la décision d’enquête et en s’abstenant d’utiliser les documents qu’elle a consultés qui
ne relèvent pas de ce cadre ; en revanche, le fait que les documents saisis concernent
un tiers à la mesure d’inspection ne remet pas en cause la légalité des opérations, dès
lors qu’ils entrent dans le champ d’application de l’enquête ; les entreprises peuvent
à tout moment demander la restitution des documents professionnels dont la copie
est sans rapport avec l’objet de l’inspection ; enfin, il ne peut être reproché aux agents
de la Commission de ne pas s’être limités à demander la production de documents
relevant très clairement et à l’évidence de l’objet de l’enquête, en l’absence de preuve
qu’ils ont effectué des recherches ciblées en dehors de celui-ci ;
- apposer des scellés sur tous les locaux commerciaux et livres ou documents pendant
la durée de l’inspection et dans la mesure où cela est nécessaire aux fins de celle-ci ;
- demander à tout représentant ou membre du personnel de l’entreprise ou de l’as-
sociation d’entreprises des explications sur des faits ou documents en rapport avec
l’objet et le but de l’inspection et enregistrer ses réponses ; cette demande d’explica-
tions orales ne peut être assimilée à une demande de renseignements au sens de l’ar-
ticle 18 ; dès lors, le procès-verbal dressé par les agents mandatés de la Commission
et retraçant les explications orales fournies par l’entreprise s’étant volontairement
soumise à une vérification ne peut faire l’objet d’un recours en annulation.
La Commission a publié le 11 septembre 2015 une note explicative révisée relative aux
inspections menées en application de l’article 20, paragraphe 4, du Règlement 1-2003,
où elle précise les droits et obligations des entreprises soumises à une inspection. L’en-
treprise peut consulter un avocat, mais l’absence de l’avocat n’est pas susceptible d’in-
valider l’inspection. Les inspecteurs peuvent commencer l’inspection sans attendre la
venue de ce dernier. Un court délai peut toutefois être accordé à l’entreprise pour lui
permettre avant le début des opérations de consulter son conseil. Lorsque l’entreprise
ou les membres de son personnel fournissent des explications orales sur place à la de-
mande des inspecteurs, elles doivent être enregistrées sous quelque forme que ce soit,
copie de cet enregistrement étant fournie à l’entreprise après l’inspection. La Commis-
sion est tenue de procéder à l’enregistrement de tout entretien effectué dans le cadre de
ses pouvoirs d’inspection, sans distinguer selon qu’elle les estime formels ou informels.
277
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
Si une personne non autorisée par l’entreprise à la représenter donne des explications
orales au cours de l’inspection, l’entreprise peut se voir accorder un délai pour amender
ou corriger ces explications. Les inspecteurs sont autorisés à procéder aux visites et sai-
sies, et par conséquent à prendre copies de documents ou extraits de documents quel
que le support sur lequel ils sont stockés. Ils peuvent inspecter l’ensemble des supports
informatiques et supports d’archivage de l’entreprise (ordinateurs portables, ordinateurs
de bureau, téléphones mobiles, clés USB, DVD, etc.) et peuvent utiliser leur matériel et
logiciels dédiés pour récolter les informations contenus dans ces supports («Forensic IT
tools»). L’entreprise doit apporter sa collaboration à l’inspection, notamment en permet-
tant le blocage temporaire des comptes email, la déconnexion des ordinateurs du réseau,
la désinstallation et réinstallation des disques durs, etc. Elle ne doit pas s’opposer à ces
actions et doit en avertir les salariés concernés. Une copie de l’ensemble des documents
papiers et informatiques saisis est remise à l’entreprise, qui bénéficiera de la protection
du secret professionnel, le cas échéant. Les scellés apposés par les inspecteurs ne doivent
pas être rompus.
Elle précise l’objet et le but de l’inspection, notamment en détaillant les motifs qui font
soupçonner à la Commission l’existence d’une infraction grave. La décision doit en outre
fixer la date à laquelle elle commence et indiquer la possibilité d’introduire un recours
contre la décision devant le Tribunal. La Commission doit au préalable consulter l’auto-
rité de concurrence de l’État membre sur le territoire duquel l’inspection doit être effec-
tuée. En outre, l’exécution de la décision ne peut avoir lieu sans avoir fait l’objet d’une
autorisation judiciaire du juge national selon les mêmes modalités que l’inspection par
voie de décision.
VI. Sanctions
A RETENIR
Tel est le cas lorsqu’elles présentent de façon incomplète les livres ou autres documents
278
LES FONDAMENTAUX
SECTION 4
Droits de la défense
La Commission dispose d’importantes prérogatives en matière d’enquête. Dans la re-
cherche de la preuve des infractions suspectées, l’autorité européenne recourt à des
moyens d’investigation qui relèvent normalement de la procédure pénale : interrogatoire
(pouvoir de recueillir des déclarations, demande de renseignements) ; perquisition (ins-
pections).
Cependant, les règles du droit judiciaire ne s’appliquent pas en matière de concurrence,
et les textes qui gouvernent la procédure d’application des règles de concurrence sont
quasiment muets sur les droits des entreprises lors de l’enquête préalable.
Aussi la Cour de justice, pour interpréter les dispositions applicables aux procédures
d’enquête préalable, a-t-elle eu recours aux principes généraux du droit européen, dont
elle doit assurer le respect conformément aux traditions constitutionnelles des États
membres ainsi qu’aux textes internationaux auxquels ces États ont coopéré ou adhèrent.
Sur le fondement des principes et conceptions juridiques communs aux États membres,
elle a posé le principe selon lequel les entreprises bénéficient, dès le stade de l’enquête
préalable, de droits fondamentaux, qui font partie intégrante des principes généraux pré-
cédemment évoqués. Le respect des droits de la défense constitue un principe fondamen-
tal de l’ordre juridique européen qui s’impose tant aux institutions européennes qu’aux
autorités nationales chargées d’appliquer les règles du droit européen.
A RETENIR
279
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
PLAN
280
LES FONDAMENTAUX
281
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
La Commission doit ainsi préciser dans sa décision ordonnant l’inspection ce qui est
recherché et les éléments sur lesquels doit porter l’inspection. L’autorité européenne n’est
toutefois pas tenue de communiquer toutes les informations dont elle dispose à propos
d’infractions présumées, ni de procéder à une qualification juridique rigoureuse de ces in-
fractions. Elle peut, également, sans violer l’obligation de loyauté, utiliser comme indices
pour ouvrir une nouvelle procédure les documents obtenus dans une première affaire,
en demander une nouvelle fois communication, et les utiliser comme moyens de preuve
dans cette seconde affaire. En revanche, elle ne saurait, préalablement à la conduite d’une
inspection, informer ses agents de l’existence d’une autre plainte concernant une filiale
de l’entreprise visitée, et les inciter ainsi à saisir des documents étrangers à l’objet de la
mesure tel que délimité par sa décision. Par ailleurs, il n’existe pas, en droit de l’Union, de
dispositions qui interdiraient à la Commission d’utiliser des informations et des éléments
de preuve soumis par une entreprise dans le cadre d’une demande d’immunité, même
si l’avocat qui a assisté cette dernière a violé l’interdiction de double représentation ou
l’obligation de loyauté à l’égard de ses anciens clients. Enfin, contrairement aux autorités
françaises, le juge de l’Union admet l’utilisation en tant que moyen de preuve d’un enre-
gistrement illégal, y compris lorsque cet élément de preuve a été obtenu par un tiers en
violation des exigences de l’article 8 CEDH, lorsque la partie en cause n’a été privée ni
d’un procès équitable, ni de ses droits de la défense et que cet élément n’a pas constitué
le seul moyen de preuve retenu pour fonder la condamnation.
A RETENIR
La preuve de l’infraction pesant sur le demandeur, le défendeur ne peut pas être obligé
de témoigner contre lui-même ou de s’avouer coupable selon l’art. 14, paragr. 2, g,
du Pacte international relatif aux droits civils et politiques. La Commission ne saurait
donc imposer à l’entreprise l’obligation de fournir des réponses qui l’amèneraient à
admettre l’existence de l’infraction dont il lui appartient d’établir la preuve.
Le règlement 1-2003 consacre, dès l’exposé des motifs, le droit de ne pas témoigner
contre soi-même : « les entreprises ne peuvent être contraintes d’admettre qu’elles ont
commis une infraction, «auquel il fixe une limite : « mais elles sont en tout cas obligées
de répondre à des questions factuelles et de produire des documents, même si ces infor-
mations peuvent servir à établir à leur encontre ou à l’encontre d’une autre entreprise
l’existence d’une infraction». Ainsi, une entreprise ne peut invoquer le droit de ne pas
témoigner contre soi-même à l’encontre d’une demande de renseignements. En effet,
l’entreprise qui fait l’objet d’une mesure d’investigation est tenue de collaborer active-
282
LES FONDAMENTAUX
ment et ne peut invoquer un droit au silence absolu. Elle doit en outre établir qu’elle
a été contrainte par la Commission de contribuer à sa propre incrimination et que ses
droits ont subi une atteinte effective. Ainsi, la Commission ne viole pas le droit de ne pas
s’auto-incriminer lorsqu’elle utilise contre une entreprise non des informations que celle-
ci a été contrainte de fournir, mais des déclarations faites volontairement dans le cadre
de négociations de transaction ultérieurement abandonnées. Enfin, le droit de ne pas
témoigner contre soi-même n’empêche pas la Commission d’interroger une association
d’entreprises sur le comportement individuel de ses membres.
Le droit de ne pas s’auto-incriminer ne peut pas être invoqué dans une procédure civile
d’application du droit européen par les juridictions nationales. En effet, selon une juris-
prudence constante de la Cour de justice, lorsque les autorités ou juridictions nationales
appliquent les règles européennes de concurrence, la procédure est par principe régie
par les règles de procédure interne en vertu du principe d’autonomie procédurale. Il
appartient alors au droit national de prévoir les garanties appropriées pour assurer les
droits de la défense, ces garanties pouvant être différentes de celles accordées par le droit
européen. Ensuite, le droit au silence constitue une garantie destinée à protéger les per-
sonnes privées contre des mesures d’instruction ordonnées par l’autorité publique pour
les obliger à admettre l’existence de comportements les exposant à des sanctions édictées
par cette autorité. Tel n’est pas le cas de la procédure civile nationale d’application des
articles 101 et 102 TFUE qui concerne uniquement des rapports entre particuliers et
qui ne peut aboutir directement ou indirectement au prononcé d’une sanction par une
autorité publique.
A RETENIR
283
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
A RETENIR
L’entreprise ne peut donc pas demander à avoir accès au dossier, droit qui ne lui est
reconnu que lors de la procédure administrative. Elle ne peut pas non plus reprocher à
la Commission d’avoir agi de manière disproportionnée et excessive, lorsque le compor-
tement de celle-ci est justifié en raison de la violation par l’entreprise de son obligation
de collaborer activement à l’enquête. De même, une entreprise ne saurait, pour refuser de
fournir les renseignements demandés par la Commission, invoquer la violation du prin-
cipe de proportionnalité résultant du risque de circulation entre diverses administrations
d’un État membre qui pourraient faire un usage contraire à ses intérêts commerciaux
des documents qui lui sont réclamés. L’entreprise ne peut pas davantage s’opposer à une
mesure d’enquête en soutenant que la Commission dispose déjà d’indices suffisants,
ni exiger que celle-ci justifie la nécessité d’un complément d’enquête par l’existence de
raisons particulièrement graves.
A RETENIR
Cette obligation ne concerne pas le choix entre inspection par voie de mandat et inspec-
tion par voie de décision, car il dépend non pas de la gravité particulière de la situation,
de l’extrême urgence ou de la nécessité d’une discrétion absolue, mais des nécessités
d’une instruction adéquate.
Dans l’ordre juridique européen, la reconnaissance d’un tel droit s’impose pour le do-
micile privé des personnes physiques en tant que principe commun au droit des États
membres. Pour s’opposer au droit d’accès dans leurs locaux des agents de la Commis-
sion, des entreprises ont tenté d’invoquer ce droit fondamental de la défense. La Cour
de justice a refusé d’étendre aux locaux commerciaux le principe de l’inviolabilité du
domicile.
Tout d’abord, elle a estimé que l’inviolabilité des locaux commerciaux ne constitue pas
284
LES FONDAMENTAUX
un principe commun aux États membres, dès lors que les différents systèmes juridiques
divergent quant à la nature et au degré de protection des locaux des entreprises face aux
interventions des autorités publiques. Ensuite, l’article 8 de la Convention européenne
des droits de l’Homme, également invoqué par les requérants, qui ne concerne que l’épa-
nouissement de la liberté personnelle de l’homme, ne peut pas s’appliquer aux locaux
commerciaux. La Cour n’a donc pas admis l’existence d’un droit fondamental à l’invio-
labilité du domicile en ce qui concerne les entreprises. Elle ne reconnaît qu’un droit à la
protection des locaux commerciaux contre les interventions de l’autorité publique qui
seraient arbitraires ou disproportionnées. Le règlement 1-2003 consacre indirectement
cette jurisprudence en autorisant désormais les inspections dans tous les locaux où la
Commission soupçonne la détention de livres ou autres documents professionnels, y
compris le domicile des chefs d’entreprise, des dirigeants et des autres membres du per-
sonnel.
L’intégration de la Charte des droits fondamentaux dans le bloc de légalité de l’Union a
paru offrir aux entreprises un nouveau fondement pour s’opposer aux intrusions domi-
ciliaires. En effet, selon l’article 7 de la Charte, « toute personne a droit au respect de sa
vie privée et familiale, de son domicile et de ses communications «. Cependant, dans une
affaire où des entreprises soutenaient que les visites effectuées sans mandat judiciaire
préalable violaient ce texte, ainsi que l’article 8 CEDH, le juge européen a, tout en rete-
nant que les inspections constituaient une ingérence « évidente « dans le respect de la
vie privée, du domicile et des correspondances, estimé qu’elles ne portaient pas atteinte
aux principes fondamentaux dès lors que la Commission est soumise à l’obligation de
motiver sa décision d’inspection et qu’il existe des voies de recours a posteriori.
En pratique, l’accès aux locaux n’est source de conflit que lorsque l’entreprise s’oppose
à l’inspection. Dans cette hypothèse, les agents de la Commission peuvent en effet re-
chercher, sans la collaboration des entreprises, les éléments d’information nécessaires
avec le concours des autorités nationales, qui sont tenues de fournir leur assistance. Les
droits de la défense de l’entreprise sont alors régis par le droit national qui détermine les
modalités procédurales appropriées. La Commission doit respecter ces règles nationales
et fournir à l’instance compétente tous les éléments nécessaires pour exercer le contrôle
qui lui est propre. Ce contrôle est cependant limité. En effet, s’il appartient à l’instance
nationale de vérifier que les mesures de contrainte envisagées ne sont pas arbitraires ou
excessives par rapport à l’objet de la vérification, elle ne peut en aucun cas substituer sa
propre appréciation du caractère nécessaire de la procédure d’investigation à celle de la
Commission.
Cette limitation du rôle du juge judiciaire national dans sa mission de contrôle va à
l’encontre de la conception de certains droits internes des États membres, tels que la
France. En effet, les articles L. 450-3 et L. 450-4 du Code de commerce exigent préala-
blement à toute visite domiciliaire une autorisation judiciaire impliquant une vérification
du bien-fondé de la demande. Il apparaît dès lors difficile d’imposer au juge national de
se limiter au seul examen du caractère arbitraire ou disproportionné de la mesure deman-
dée par la Commission, sans contrôler le caractère suffisant des présomptions.
285
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
A RETENIR
Le secret professionnel ne couvre, selon le juge de l’Union, que des informations qui
remplissent trois conditions cumulatives : i) elles ne sont connues que par un nombre
restreint de personnes ; ii) leur divulgation est susceptible de causer un préjudice sé-
rieux à la personne qui les a fournies ou à des tiers ; iii) les intérêts susceptibles d’être
lésés par leur divulgation sont objectivement dignes de protection.
286
LES FONDAMENTAUX
A RETENIR
Selon l’article 12 du règlement 1-2003, qui fixe le régime des échanges d’informations
entre la Commission et les autorités nationales de concurrence, la Commission et
les autorités de concurrence des États membres peuvent se communiquer et utiliser
comme moyen de preuve tout élément de fait ou de droit, y compris des informations
confidentielles, à la condition que ces informations ne soient utilisées qu’aux fins de
l’application des articles 101 et 102 TFUE et pour l’objet pour lequel elles ont été re-
cueillies par l’autorité qui transmet l’information.
Une dérogation à l’utilisation exclusive des informations dans le cadre des articles 101
et 102 est prévue lorsque le droit national de la concurrence est appliqué dans la même
affaire et parallèlement au droit européen de la concurrence, si cette application aboutit
au même résultat. Les informations transmises ne peuvent être utilisées comme moyen
de preuve pour infliger une sanction à une personne physique que lorsque la loi de l’au-
torité qui transmet l’information prévoit des sanctions similaires en cas de violation de
l’article 101 ou 102 TFUE ou, si tel n’est pas le cas, lorsque les informations ont été re-
cueillies d’une manière qui assure le même niveau de protection des droits de la défense
des personnes physiques que celui qui est reconnu par les règles nationales de l’autorité
destinataire. Dans ce cas, cependant, les informations échangées ne peuvent être utilisées
par l’autorité destinataire pour infliger des peines privatives de liberté.
L’article 28 du règlement 1-2003 impose par ailleurs à la Commission et aux autorités
de concurrence des États membres, à leurs fonctionnaires, agents et aux autres personnes
travaillant sous la supervision de ces autorités, ainsi qu’aux agents et fonctionnaires
d’autres autorités des États membres, de ne pas divulguer les informations qu’ils ont
recueillies ou échangées en application du règlement et qui, par leur nature, sont cou-
vertes par le secret professionnel. Cependant, l’interdiction de divulguer ne permet pas
de garantir que ces informations ne seront pas utilisées par les autorités destinataires. Les
informations transmises par la Commission ne peuvent donc ni être invoquées lors d’une
enquête préalable, ni justifier une décision sur le fondement du droit de la concurrence.
Toutefois, les autorités des États membres pourraient tenir compte de ces informations
à titre d’indice pour l’ouverture d’une nouvelle procédure nationale d’application des
règles européennes. De même, lorsque la Commission souhaite transmettre un docu-
ment, dont la confidentialité est alléguée, à des autorités nationales, elle doit apprécier
s’il contient effectivement des secrets d’affaires et, après avoir recueilli les observations
de l’entreprise, prendre une décision motivée susceptible de recours en annulation. Si la
confidentialité est reconnue, la communication aux autorités nationales ne peut avoir
lieu (Règl. 1-2003, art. 28).
287
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
290
LES FONDAMENTAUX
SECTION 1
Phase écrite
I. Engagements et procédure de transaction
A. Engagements
B. Transaction
II. Communication des griefs
A. Destinataires
B. Contenu
C. Observations écrites des parties et des tiers
D. Portée
III. Communication du dossier
A. Droit d’accès au dossier
B. Limites au droit d’accès
SECTION 2
Phase orale
I. Conseiller-auditeur
II. Déroulement des auditions
291
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
A RETENIR
Lorsqu’elle estime que les faits constatés au cours de l’enquête sont suffisants pour
justifier des poursuites, la Commission peut décider d’engager la procédure. Cette dé-
cision peut, selon l’article 2 du règlement 773-2004, intervenir à tout moment, mais,
au plus tard, à la date soit de l’évaluation préliminaire des préoccupations de concur-
rence relevées, ou de la communication des griefs ou de la demande de manifestation
d’intérêt à prendre part à des discussions en vue de parvenir à une transaction, soit
de la publication des engagements pris par les parties en application de l’article 9 du
règlement 1-2003, selon celle de ces dates qui arrive la première.
A RETENIR
La légalité des actes européens repose sur le respect des droits fondamentaux. Se-
lon un principe général du droit européen, consacré par l’article 6 CEDH et repris aux
articles 41 et 47 de la Charte des droits fondamentaux de l’Union, la Commission doit
adopter sa décision dans un délai raisonnable.
292
LES FONDAMENTAUX
tances propres à chaque espèce : complexité de l’affaire, conduite des parties ou des auto-
rités compétentes, enjeu de l’affaire pour les différentes parties, nombre de demandes de
clémence, nombre des procédures juridictionnelles successives, difficultés de traduction,
complexité de certaines questions juridiques. Ces critères sont alternatifs. Il suffit que la
durée paraisse raisonnable au regard d’un seul d’entre eux, pour que la procédure soit
déclarée régulière. Une durée de quarante-six mois entre l’ouverture de la procédure et
l’adoption de la décision peut ainsi être raisonnable eu égard à la complexité de l’affaire.
Le non-respect du principe de délai raisonnable est sans incidence sur la validité de la
procédure administrative lorsqu’il n’affecte pas les droits de la défense des entreprises
concernées. Selon le Tribunal, la durée de la procédure administrative, bien qu’elle ait
été excessive, ne saurait être considérée comme ayant une incidence sur le contenu de la
décision attaquée, du seul fait que la Commission a augmenté entre-temps le niveau des
amendes. Dans tous les cas, en dépit de l’écoulement du temps, il incombe à l’entreprise
la responsabilité particulière de conserver dans ses propres archives les pièces utiles à sa
défense et d’effectuer toute diligence pour entrer en contact avec les anciens membres
de son personnel impliqués dans l’entente et dont elle allègue que les témoignages lui
permettraient de réfuter les constatations de la Commission. Dans certaines affaires, le
Tribunal de l’Union a estimé que le dépassement du délai raisonnable pouvait justifier
une réduction du montant de l’amende. La Cour de justice ne partage cependant pas
cet avis. Selon la Haute juridiction, compte tenu de la nécessité de faire respecter les
règles de concurrence du droit de l’Union, la seule méconnaissance d’un délai de procé-
dure raisonnable ne doit pas permettre à la partie requérante de remettre en question le
bien-fondé ou le montant d’une amende alors que l’ensemble des moyens dirigés contre
les constatations effectuées par le juge a été rejeté. Le Tribunal a fini par se rallier à cette
position.
Un délai de vingt-trois mois entre l’audition des parties et la décision de la Commis-
sion, imputable à son inaction prolongée, excède la durée normalement nécessaire à
l’adoption d’une décision, mais est sans incidence sur les droits de la défense s’agissant
d’infractions continues dont la prescription n’est pas acquise. De même, un délai de trois
ans et dix mois entre la procédure écrite et l’ouverture de la procédure orale ne constitue
pas un délai raisonnable au sens de l’article 47 de la Charte des droits fondamentaux
de l’Union, lorsqu’il ne s’explique pas par la complexité de l’affaire ou le comportement
procédural des parties. Pour déterminer une éventuelle atteinte aux droits de la défense
résultant d’une durée excessive, le juge européen tient compte de l’ensemble des étapes
procédurales depuis la période antérieure à la communication des griefs. La durée exces-
sive - soixante-cinq mois pour la première phase et vingt mois pour la seconde - consti-
tue une violation du principe du délai raisonnable.
A RETENIR
293
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
pas un caractère pénal, de sorte que les dispositions de la Charte des droits fondamen-
taux de l’Union relatives aux garanties d’indépendance du juge ne lui sont pas davan-
tage applicables. Enfin, les décisions de la Commission sont soumises au contrôle d’un
organe juridictionnel impartial et indépendant.
PLAN
SECTION 1
Phase écrite
PLAN
Les «entreprises concernées» sont celles auxquelles le comportement en cause est im-
putable et qui sont susceptibles d’être sanctionnées à ce titre. Les engagements, s’ils
sont agréés, sont rendus obligatoires par voie de décision de la Commission, qui peut
être adoptée pour une durée déterminée. La Commission doit, au préalable, publier un
résumé de l’affaire et du contenu des engagements ou de l’orientation proposés. Les tiers
294
LES FONDAMENTAUX
intéressés disposent d’un délai minimum d’un mois pour présenter leurs observations
(Règl. 1-2003, art. 27, paragr. 4). Les entreprises visées par la procédure bénéficient
d’un droit à être entendues sur les éléments essentiels à l’origine des engagements rendus
obligatoires.
La Commission est dispensée de fournir les raisons pour lesquelles elle considère, le
cas échéant, des engagements insuffisants. Il lui est loisible, en vertu de son autonomie
décisionnelle, de choisir entre une décision de cessation d’infraction (Règl. 1-2003, art.
7) et une décision rendant obligatoire des engagements (Règl. 1-2003, art. 9). L’obliga-
tion de proportionnalité s’impose à la Commission dans les deux cas, mais de manière
allégée lorsqu’elle adopte une décision au titre de l’article 9. Le contrôle de la Commis-
sion se limite alors à vérifier que les engagements présentés répondent à ses préoccupa-
tions de concurrence et que les parties n’ont pas proposé d’engagements moins contrai-
gnants que ceux qu’elle rend obligatoires (CJUE, 29 juin 2010, aff. C-441-07 P, Alrosa,
LawLex10776). En revanche, en contrepartie de l’absence de constatation d’infraction
et d’infliction d’amende, les entreprises acceptent que leurs engagements puissent aller
au-delà de ce que la Commission pourrait leur imposer dans le cadre de la procédure
d’engagements de l’article 7. L’analyse du marché et l’identification de l’infraction ef-
fectuées lors de l’évaluation préliminaire, même si elles n’impliquent pas une définition
aussi précise que celle requise pour le prononcé d’une décision de cessation d’infrac-
tion, doivent être suffisantes pour permettre au juge européen de contrôler le caractère
approprié de l’engagement à l’objectif poursuivi. En revanche, la Commission n’est pas
tenue d’apprécier si l’accord ou la pratique en cause est susceptible de bénéficier d’une
exemption au titre de l’article 101, paragraphe 3, TFUE, dès lors que la procédure d’en-
gagements ne nécessite pas la constatation d’une infraction. En outre, bien que considé-
rée comme l’unique auteur des engagements rendus totalement ou partiellement obliga-
toires pour une durée déterminée ou indéterminée, la Commission ne peut se substituer
aux parties pour les modifier.
L’article 9 dresse une liste limitative de cas où la procédure peut être rouverte à l’initiative
de la Commission ou sur demande :
B. Transaction
A RETENIR
La procédure de transaction a pour objectif de permettre aux parties qui sont dispo-
sées à reconnaître leur participation à l’infraction d’accélérer la procédure.
296
LES FONDAMENTAUX
ties sont tenues d’y répondre dans un délai minimum de deux semaines si la communi-
cation reflète le contenu de leurs propositions. Elles confirment par là même leur volonté
de poursuivre une procédure de transaction. La Commission n’est toutefois pas tenue
de reprendre la teneur des propositions dans sa communication des griefs. Dans ce cas,
les éléments reconnus par les parties dans la proposition sont retirés de la procédure et
ne peuvent être retenus contre elles. Un délai est accordé aux parties pour présenter leur
défense à nouveau, si elles en font la demande.
La décision finale intervient, après consultation du comité consultatif, sans autre acte
de procédure, dès lors que les parties, en réponse à la communication des griefs, ont
confirmé leur engagement de parvenir à une transaction. La Commission bénéficie d’une
autonomie de décision. Il demeure donc possible que la décision finale ne soit conforme
ni à la proposition de transaction, ni à la communication des griefs. Dans ce cas, la Com-
mission en informe les parties et leur notifie une nouvelle communication des griefs afin
qu’elles puissent exercer leurs droits de la défense.
Lorsqu’une entreprise se retire de ou refuse de participer à la procédure de transaction,
une procédure hybride est ouverte : la Commission adopte, d’une part, en appliquant
une procédure simplifiée, une décision dont les destinataires sont les participants à l’in-
fraction qui ont décidé de transiger et, d’autre part, selon la procédure ordinaire, une
décision adressée aux participants à l’infraction qui ont décidé de ne pas transiger. Ces
derniers ne peuvent invoquer de discrimination à l’égard des autres participants si la
Commission leur inflige une sanction supérieure à la fourchette d’amende évoquée au
cours des discussions préalables à la procédure de transaction. En revanche, le respect
du principe de la présomption d’innocence, qui prévaut sur les objectifs de rapidité et
d’efficacité de la procédure de transaction, implique que la Commission ne prenne pas
déjà position, dans la décision de transaction adoptée en amont, sur la responsabilité de
l’entreprise qui n’a pas transigé et qui fait l’objet d’une procédure ordinaire qui n’a pas
encore abouti. Par conséquent, la rédaction de la décision de transaction adoptée dans
le cadre d’une procédure hybride doit distinguer de manière aussi claire que possible
l’exposé des faits relatifs à l’entente dans son ensemble et la qualification juridique de
ceux spécifiquement imputés aux entreprises qui ont admis leur culpabilité, afin de ne
pas assimiler, dans le cadre du même dossier administratif, la situation juridique défini-
tive de ces dernières et celle de l’entreprise qui a fait usage de son droit de se retirer de la
procédure. Ce principe n’impose pas pour autant à la Commission d’adopter la décision
de transaction en même temps que la décision de constatation d’infraction et de sanction
à l’encontre de l’entreprise qui s’est retirée de la procédure négociée ou n’a pas accepté
d’y participer.
La décision fixe l’amende et précise le degré de coopération de l’entreprise pour en jus-
tifier le montant. En récompense de leur participation à la procédure de transaction, les
parties peuvent bénéficier d’une réduction d’amende de 10 %. Cette réduction s’ajoute
à la réduction accordée au titre de la clémence si les entreprises, qui ont demandé à en
bénéficier, sont parties prenantes à une affaire ayant été conclue par une transaction.
297
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
A. Destinataires
A RETENIR
La Commission informe les parties en cause des griefs soulevés à leur encontre (Règl.
773-2004, art. 10). La communication des griefs constitue un acte préparatoire obli-
gatoire avant d’adopter toute décision finale. Elle fixe la position de la Commission et
indique les textes en application desquels elle peut statuer.
Les griefs doivent donc être communiqués à toutes les entreprises dont les intérêts sont
affectés de manière sensible par la décision de la Commission afin de les mettre en me-
sure de présenter leurs observations.
La communication des griefs doit être notifiée par écrit à chacune des parties contre
lesquelles des griefs sont soulevés (Règl. 773-2004, art. 10). Elle doit préciser sans équi-
voque la personne juridique susceptible de se voir infliger des amendes et être adressée
à cette dernière. Ainsi, les membres d’une association d’entreprises ne peuvent être sanc-
tionnés que si chacun d’eux a reçu une communication personnelle des griefs leur signi-
fiant qu’ils sont susceptibles d’être condamnés au paiement d’une amende. De même, la
procédure doit être annulée lorsque la notification est adressée à une filiale et non à la
société mère, à laquelle les amendes sont infligées. Si les entreprises sont représentées
par un mandataire commun, la communication des griefs peut être notifiée à ce dernier
à la condition que chaque entreprise puisse isoler les griefs qui la concernent. Enfin, la
Commission n’est pas tenue d’adresser une communication des griefs à une filiale dès
lors qu’elle en impute le comportement infractionnel aux sociétés mères, avec lesquelles
la filiale forme une unité économique.
B. Contenu
Le contenu de la communication des griefs est en principe déterminé par le commissaire
chargé de la concurrence. Cette compétence peut, cependant, être déléguée au directeur
général de la concurrence.
A RETENIR
La communication des griefs doit préciser les faits essentiels sur lesquels la Com-
mission se fonde, ainsi que l’appréciation qu’elle porte sur ces faits. Cet énoncé peut
être sommaire, dès lors qu’il est clair et permet au destinataire, dans la suite de la
procédure administrative, de faire connaître utilement son point de vue sur la réalité et
la pertinence des faits et circonstances allégués.
298
LES FONDAMENTAUX
L’exposé des griefs doit être personnalisé à l’égard de chacun des destinataires. Il doit
indiquer les comportements et les preuves qui les concernent directement et contenir
une description détaillée des infractions en précisant, pour chacune d’elles, les éléments
de preuve sur lesquels la Commission se fonde. L’exigence de clarté n’est pas satisfaite
lorsque le texte ne fait pas apparaître distinctement les caractéristiques propres aux diffé-
rents chefs d’infraction, telles que l’identification des participants à la concertation ou la
détermination de la période d’infraction. La communication des griefs peut tenir compte
de faits postérieurs à la décision d’ouverture de la procédure administrative dès lors qu’ils
ne sont que la simple continuation d’agissements antérieurs.
Pour que la communication des griefs permette à son destinataire d’exercer ses droits
de la défense, la Commission doit lui annexer les documents à charge et à décharge
qu’elle entend utiliser, sans exclure ceux qu’elle juge neutres. Toutefois, la Commission
ne peut se contenter d’annexer à la communication des griefs les documents sur lesquels
elle fonde la responsabilité d’une entreprise sans les mentionner expressément dans le
texte même de la communication, à moins que l’entreprise puisse raisonnablement dé-
duire à partir de cette dernière les conclusions que la Commission entend en tirer. La
Commission peut soit envoyer tous les documents en cause, soit joindre une liste des
documents accessibles en ses locaux. Lorsque les documents qui fondent la communi-
cation des griefs sont rédigés en langue étrangère, ils doivent être traduits et portés à la
connaissance du destinataire de la communication. Néanmoins, une entreprise ne peut
prétendre qu’elle n’a pas été en mesure de prendre utilement connaissance du contenu
de la communication des griefs lorsque, sans contrainte de la part de la Commission,
elle a accepté de recevoir ce document en langue anglaise afin qu’il lui soit transmis plus
rapidement. La procédure devant la Commission ne peut être annulée que si l’utilisation
d’une langue autre que celle de l’entreprise lors de l’envoi de la communication des griefs
a eu des conséquences préjudiciables pour elle.
Lorsque la Commission se propose de prononcer une sanction pécuniaire, elle doit, dans
sa communication, énoncer les principaux éléments de fait et de droit justifiant l’impo-
sition de celle-ci, tels que la gravité et la durée de l’infraction supposée et le fait d’avoir
agi de propos délibéré ou par négligence, mais elle n’est pas tenue de préciser la ma-
nière dont elle se servira de chacun de ces éléments pour la détermination du niveau de
l’amende. Elle peut également se contenter d’informer les parties de la possibilité de leur
infliger une amende sans donner d’indications sur le niveau envisagé.
La communication des griefs fixe le délai imparti aux parties concernées pour présen-
ter leurs observations écrites. La Commission doit prendre en considération le temps
nécessaire à l’élaboration des observations et l’urgence de l’affaire pour fixer ce délai,
qui ne peut être inférieur à quatre semaines et peut être prorogé sur demande motivée
(Règl. 773-2004, art. 17).
299
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
d’importance moyenne, et à trois mois pour les cas complexes. Si la période comprend
des congés, le délai est prolongé de deux semaines pour Noël ou Pâques, d’un mois pour
les vacances d’août. La Commission n’est, en revanche, pas tenue de tenir compte des
observations présentées après l’expiration de ce délai.
Les entreprises concernées exposent dans les observations écrites tous les moyens et
faits utiles à leur défense et peuvent joindre des documents susceptibles d’étayer leurs
allégations. Elles peuvent également proposer à la Commission d’entendre les personnes
susceptibles de confirmer ces faits. Cette demande doit être clairement formulée et se
distingue de la demande d’audition de tiers. Les parties ne sont pas tenues de répondre à
la communication des griefs. L’entreprise qui choisit d’y répondre doit cependant fournir
des informations exactes, comme dans le cadre de l’enquête.
La présentation d’observations écrites n’est pas réservée aux seules parties concernées.
Le plaignant, auquel une version non confidentielle de la communication des griefs a été
adressée, bénéficie également de cette faculté (Règl. 773-2004, art. 6).
Toute personne qui présente des observations écrites doit indiquer clairement à la Com-
mission les éléments qu’elle juge confidentiels et fournir une version non confidentielle
des documents en cause dans le délai imparti par la Commission. À défaut, celle-ci peut
présumer que la demande ne contient aucune information confidentielle. La Commis-
sion peut également exiger que les entreprises concernées lui signalent les documents ou
parties de documents couverts par le secret des affaires ou confidentiels et désignent les
entreprises vis-à-vis desquelles ces documents doivent être considérés comme confiden-
tiels (Règl. 773-2004, art. 16).
D. Portée
A RETENIR
300
LES FONDAMENTAUX
par celle-ci. Une seconde communication peut également être adressée aux parties pour
corriger les omissions de la première en fonction de leurs observations. La poursuite
d’enquêtes après la communication des griefs, qui résulte d’une démarche volontaire de
la Commission et ne peut être effectuée à la demande des parties, n’oblige à l’envoi d’une
communication complémentaire que dans l’hypothèse où le résultat des inspections
amènerait la Commission à mettre à la charge des entreprises des comportements nou-
veaux ou à modifier sensiblement les éléments de preuve des infractions contestées. En
revanche, l’envoi d’une nouvelle communication des griefs n’est pas nécessaire lorsque
la Commission ouvre la procédure à la suite de l’annulation d’une précédente décision,
dès lors que la sanction n’a pas affecté les actes préparatoires ou lorsqu’elle abandonne
les griefs retenus contre certaines sociétés tout en les maintenant à l’égard des autres,
puisqu’elle ne met pas alors à la charge de celles-ci de nouveaux griefs ni ne modifie sen-
siblement les éléments de preuve des infractions en cause. La même solution s’applique
lorsque la Commission s’appuie sur un nouvel élément qui n’impute pas à l’entreprise
une infraction différente, mais confirme seulement d’autres informations obtenues par
ailleurs. En outre, la Commission ne viole pas les droits de la défense lorsqu’elle apporte
des explications supplémentaires à celles contenues dans la communication des griefs,
pour réfuter les réponses faites par les entreprises.
L’accès au dossier permet en outre d’assurer le respect du principe de l’égalité des armes,
qui s’impose à la Commission dans la procédure de concurrence. L’entreprise concernée
doit, en application de ce principe, avoir une connaissance du dossier égale à celle de
la Commission. Il en est ainsi lorsque les entreprises peuvent accéder aux documents
originaux, même rédigés dans leur langue d’origine, sur lesquels la Commission fonde
son appréciation. L’autorité européenne peut en revanche refuser la communication de
compte-rendus de discussions avec des tiers, dès lors que les éléments à charge retenus
n’ont pas été déterminés par ces discussions.
L’accès au dossier constitue une garantie procédurale fondamentale, dont la violation ne
peut pas être couverte. Il est impossible d’assimiler l’accès au dossier à un stade ultérieur
de la procédure, notamment lors de la procédure juridictionnelle, à l’exercice du droit
d’accès. Lorsque la demande de communication est fondée sur le règlement 1049-2001
du 30 mai 2001 relatif à l’accès du public aux documents de la Commission, la Commis-
sion est par principe tenue d’apprécier concrètement et individuellement le contenu des
documents visés dans la demande.
301
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
Les parties qui en font la demande peuvent donc accéder au dossier postérieurement à la
notification des griefs (Règl. 773-2004, art. 15). Elles ne pourront utiliser les documents
ainsi obtenus que dans le cadre de procédures judiciaires ou administratives ayant pour
objet l’application des articles 101 et 102 TFUE. L’accès au dossier est réservé aux seuls
destinataires des griefs. Le plaignant, qui reçoit une copie de la version non confidentielle
de la communication des griefs, ne peut que présenter des observations écrites et deman-
der à être entendu (Règl. 773-2004, art. 6). Il peut également, lorsque la Commission
envisage de rejeter sa plainte, accéder aux documents sur lesquels la Commission fonde
son appréciation, à l’exception de ceux couverts par le secret d’affaires ou contenant des
informations confidentielles (Règl. 773-2004, art. 8).
Le «dossier de la Commission» comprend l’ensemble des documents recueillis par la
direction générale de la concurrence de la Commission lors de l’enquête. Les parties
doivent pouvoir accéder aux éléments de preuve à charge comme à décharge. Un do-
cument ne peut être considéré comme un élément à charge que s’il est utilisé par la
Commission à l’appui de la constatation d’une infraction commise par une entreprise.
Tel n’est pas le cas de la réponse des entreprises concernées à la communication des
griefs que la Commission n’entend pas utiliser à l’encontre des différentes entreprises
qui auraient participé à l’infraction ou qui ne contient aucun élément à décharge, ou des
éléments de preuve relatifs à un point de la communication des griefs non repris dans la
décision. L’absence d’un document à charge n’est préjudiciable aux parties concernées
que si elles établissent que la décision de la Commission aurait été différente si ce moyen
de preuve avait été écarté. En revanche, en l’absence de communication d’un document à
décharge, l’entreprise est seulement tenue d’établir que la non-divulgation a pu influen-
cer, à son détriment, le déroulement de la procédure et le contenu de la décision de la
Commission. Ainsi, la violation, par la Commission, du droit d’être entendu et d’accéder
au dossier entraîne l’annulation de sa décision lorsque l’entreprise démontre que, sans
ces irrégularités, elle aurait pu mieux assurer sa défense. Le défaut de communication
d’un document à décharge est sans effet sur l’exercice des droits de la défense lorsque la
partie concernée possède elle-même ce document, ne peut établir que sa non-divulga-
tion a pu influencer, à son détriment, le déroulement de la procédure et le contenu de la
décision finale ou encore lorsque la Commission ne s’est pas fondée sur lui pour établir
la pratique. Dès lors que les autorités nationales ne sont pas compétentes pour adopter
une décision concluant à l’absence de violation de l’article 101, paragraphe 1, TFUE, la
non-communication aux parties d’une déclaration effectuée en ce sens par l’autorité d’un
Etat membre ne peut avoir eu d’incidence sur l’issue de la procédure administrative. Il ne
peut en revanche être imposé à une entreprise de démontrer que des éléments du dossier
302
LES FONDAMENTAUX
auxquels elle n’a pas eu accès en raison de leur perte par la Commission lui auraient per-
mis d’établir qu’elle n’avait pas commis de pratiques anticoncurrentielles. Enfin, lorsque
l’accès au dossier n’est accordé qu’au cours de la procédure juridictionnelle devant le
Tribunal de l’Union, l’entreprise doit seulement démontrer que les documents en cause
auraient pu être utiles pour sa défense et non que, s’ils avaient été communiqués, la dé-
cision de la Commission eût été différente.
La Commission ne peut en aucun cas procéder à une sélection des documents utiles à
la défense des entreprises en cause. Elle doit ainsi donner aux conseils de l’entreprise
concernée la possibilité d’examiner les documents susceptibles d’être pertinents, en vue
d’apprécier leur valeur probante pour la défense.
Dans tous les cas, la Commission doit établir une liste suffisamment détaillée des docu-
ments non annexés à la communication des griefs afin que, éventuellement, l’entreprise
destinataire puisse demander l’accès à ceux plus spécifiquement utiles à sa défense.
L’accès au dossier peut être assuré de différentes manières par la Commission : envoi
de copie par la poste, fourniture de CD ou autre support d’information électronique,
consultation des documents dans ses locaux. Si la Commission peut faciliter l’accès au
dossier d’instruction en invitant les entreprises concernées à procéder directement entre
elles à un échange mutuel des documents saisis, elle doit toutefois leur assurer l’exercice
de leur droit d’accès à la totalité du dossier de l’instruction dans ses locaux. Si une partie
souhaite consulter un document inaccessible, elle en fait la demande à la Commission.
En cas de contestation de la décision de refus, le conseiller-auditeur est saisi.
Si les entreprises concernées par une procédure de concurrence doivent, par principe,
avoir accès à l’ensemble des documents qui constituent le «dossier d’instruction» de la
DG IV, toutes les pièces du dossier ne peuvent être divulguées. La Commission doit en
effet tenir compte de l’intérêt légitime des entreprises à ce que leurs secrets d’affaires
soient préservés.
L’article 15 du règlement 773-2004 dresse une liste des documents non communicables.
Les parties ne peuvent pas avoir accès aux «secrets d’affaires et autres informations confi-
dentielles ni aux documents internes de la Commission ou des autorités de concurrence
des États membres». Est également exclue la correspondance entre la Commission et
les autorités de concurrence des États membres ou entre ces dernières. La Commission
ne peut, aux termes de l’article 16 du règlement 773-2004, ni communiquer ni rendre
accessibles les informations, y compris les documents, qui contiennent des secrets d’af-
faires ou d’autres informations confidentielles.
Les documents internes de la Commission ne constituent ni des éléments à charge ni
des éléments à décharge. Ce sont des documents par nature confidentiels. Ils sont donc
inaccessibles à moins que l’existence de circonstances exceptionnelles soit invoquée
sur la base d’indices sérieux fournis par la partie intéressée. Contrairement au rapport
du conseiller-auditeur, qui ne présente aucun aspect décisoire justifiant sa communi-
303
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
304
LES FONDAMENTAUX
305
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
SECTION 2
Phase orale
A RETENIR
Le respect des droits de la défense impose qu’il soit donné à chaque entreprise ou
association d’entreprises intéressées la possibilité d’être entendue sur les griefs que
la Commission entend retenir dans la décision finale. Le droit d’être entendu suppose
pour les entreprises intéressées la possibilité de présenter non seulement des obser-
vations écrites, mais également orales.
306
LES FONDAMENTAUX
I. Conseiller-auditeur
A RETENIR
Aux termes de l’article 14 du règlement 773-2004 du 7 avril 2004, «les auditions sont
conduites en toute indépendance par le conseiller-auditeur». Afin d’accroître l’efficaci-
té des auditions conduites par la Commission, la fonction de conseiller-auditeur a été
créée en 1982. Le conseiller-auditeur a pour mission d’organiser et de présider les au-
ditions, quelle que soit la procédure de concurrence engagée, et d’assurer le caractère
objectif tant de l’audition que de la décision ultérieure.
307
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
à laquelle elles doivent adresser leurs réclamations si elles estiment leur droit d’accès in-
suffisant. C’est uniquement si la réponse de la Commission ne satisfait pas les parties que
celles-ci peuvent s’adresser au conseiller-auditeur. En revanche, un plaignant ou un tiers
à la procédure, destinataires d’une version non confidentielle de la communication des
griefs, s’adressent directement au conseiller-auditeur pour lui soumettre le conflit relatif
à la nature confidentielle ou non d’informations dont ils souhaitent la communication.
Les destinataires de la communication des griefs adressent leur demande de prolon-
gation du délai de réponse à la communication au conseiller-auditeur et précisent les
motifs de la demande et le délai souhaité. Le conseiller-auditeur doit pour se prononcer
tenir compte de la nécessité de protéger les droits de la défense et de préserver l’efficacité
de la procédure.
Le conseiller-auditeur peut également être saisi d’une demande d’audition à huis-clos. Il
ne saurait, pour refuser de faire droit à une telle demande, se fonder sur l’atteinte sus-
ceptible d’être portée aux droits de la défense d’une autre entreprise. En effet, selon la
Cour de justice, si la Commission était par la suite conduite à tenir cette dernière pour
responsable de l’infraction pour une période plus étendue que celle initialement retenue,
ses droits seraient garantis par l’obligation de lui adresser une communication des griefs
complémentaire et de lui permettre de présenter ses observations sur les éléments portés
à sa connaissance.
Enfin, saisi d’une demande de protection de la confidentialité d’informations que la
Commission entend publier dans sa décision, le conseiller-auditeur ne peut limiter son
appréciation à l’examen des seules règles destinées à protéger spécifiquement les infor-
mations confidentielles contre une divulgation au public, mais doit également examiner
toute objection fondée sur les règles ou principes du droit de l’Union.
308
LES FONDAMENTAUX
309
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
SECTION 1
Conditions de validité
I. Principe de collégialité
II. Authentification
III. Motivation
IV. Imputabilité de l’infraction
A. Groupe de sociétés
B. Restructuration de l’auteur
V. Notification
VI. Principe de bonne administration
SECTION 2
Mesures provisoires
I. Infraction prima facie
II. Urgence/Préjudice grave et irréparable
III. Proportionnalité
SECTION 3
Injonction de cesser l’infraction
SECTION 4
Amendes
I. Principes généraux
II. Fixation du montant
A. Critères
B. Détermination du montant de base
C. Ajustement du montant de base
III. Plafond de l’amende
IV. Programme de clémence
A. Principes
B. Immunité d’amende
C. Réduction d’amende
V. Paiement
SECTION 5
Publication de la décision
310
LES FONDAMENTAUX
SECTION 6
Prescription
SECTION 7
Astreintes
311
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
PLAN
SECTION 1
Conditions de validité
PLAN
312
LES FONDAMENTAUX
I. Principe de collégialité
A RETENIR
Les décisions qui constatent une infraction, émettent des injonctions, infligent des
sanctions pécuniaires et valent titre exécutoire sont soumises au principe de collégia-
lité prévu à l’article 250 TFUE.
Elles ne peuvent, sans violer ce principe, faire l’objet d’une habilitation, au sens de l’ar-
ticle 13 du règlement intérieur de la Commission, en faveur du Commissaire chargé de la
concurrence, à la différence des décisions ordonnant à une entreprise de se soumettre à
une mesure d’instruction, considérée comme une simple mesure de gestion. Le dispositif
et les motifs des décisions de la Commission forment un tout indivisible, qui doit être
adopté par le collège des commissaires. Le fait que les membres de la Commission soient
démissionnaires n’exerce, en revanche, aucune influence sur la validité de la décision dès
lors qu’ils demeurent compétents pour adopter des décisions jusqu’à leur remplacement.
II. Authentification
A RETENIR
Les signatures sont apposées sur le procès-verbal de la réunion au cours de laquelle l’acte
a été adopté et non sur la décision elle-même.
L’authentification d’un acte de la Commission constitue une formalité substantielle dont
la violation entraîne l’annulation de l’acte vicié sans qu’il soit nécessaire de prouver
l’existence d’un préjudice. Cette formalité permet, en effet, de vérifier, en cas de contesta-
tion, la correspondance parfaite des textes notifiés ou publiés avec celui adopté. Elle doit
donc nécessairement précéder sa notification pour être régulière. Seules des adaptations
purement orthographiques ou grammaticales peuvent être apportées au texte après son
adoption formelle. Les modifications allant au-delà portent atteinte au principe de l’in-
tangibilité de l’acte adopté.
Les actes des autorités européennes jouissent, en principe, d’une présomption de légalité.
Ils produisent des effets juridiques même s’ils sont entachés d’irrégularité aussi long-
temps qu’ils n’ont pas été annulés ou retirés. Cependant, lorsque la gravité de l’irrégula-
rité est si évidente qu’elle ne peut être tolérée par l’ordre juridique européen, l’acte doit
être regardé comme inexistant. L’inexistence est, cependant, réservée à des «hypothèses
tout à fait extrêmes». Elle ne concerne pas la rédaction après l’adoption d’une version
linguistique différente ou l’absence de notification de la décision.
313
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
III. Motivation
A RETENIR
Les décisions de la Commission sont motivées et visent les propositions ou avis obliga-
toirement recueillis, notamment celui du Comité consultatif, afin de permettre au juge
et aux parties intéressées de connaître les conditions dans lesquelles la Commission
a fait application du Traité.
La motivation a une triple finalité. Elle doit permettre à son destinataire de connaître les
justifications de la mesure prise, au juge européen d’exercer son contrôle de légalité et
aux juridictions nationales, liées par les décisions de la Commission, d’en tirer toutes les
conséquences dans le cadre d’actions en réparation des dommages causés ou d’actions
récursoires entre co-débiteurs solidaires du montant de l’amende infligée.
A RETENIR
Tel n’est pas le cas de la référence à une pratique décisionnelle constante. La motivation
doit faire apparaître d’une manière claire et non équivoque le raisonnement de l’autorité
européenne. La décision doit se suffire à elle-même, et ne pas nécessiter d’explications
orales ou écrites ultérieures. Toutefois, le contexte qui a conduit à l’adoption de la déci-
sion, notamment les courriers échangés avec ses destinataires au cours de la procédure
administrative, peut suffire à éclairer ces derniers sur les éléments de fait et de droit
dont dépend sa justification légale. L’insuffisance de motivation justifie l’annulation de la
décision. La même sanction s’applique à la décision entachée de contradiction entre les
motifs et le dispositif et au sein même des motifs, lorsqu’elle empêche les entreprises de
comprendre la nature et la portée de l’infraction constatée.
La Commission n’est pas tenue de discuter tous les points de fait et de droit soulevés
par les entreprises intéressées lors de la procédure administrative. Elle doit unique-
ment exposer les faits et les considérations juridiques qui revêtent une importance es-
sentielle dans l’économie de la décision. Il en est ainsi de la présomption d’imputabilité
du comportement infractionnel de la filiale à la société mère : la Commission ne peut se
prononcer sans prendre position sur les éléments circonstanciés et détaillés soulevés par
cette dernière. La décision doit également préciser les éléments de preuve sur lesquels elle
s’appuie. Elle n’a pas en revanche à les énumérer de manière exhaustive et peut s’y référer
globalement. Une décision de la Commission est donc suffisamment motivée lorsqu’elle
explique clairement et sans équivoque pourquoi l’infraction est constituée et dans quelle
mesure les documents saisis en démontrent l’existence.
La Commission ne peut retenir dans la décision finale que les griefs sur lesquels les
parties ont fait connaître leur point de vue, sans que celle-ci constitue pour autant
une copie de la communication des griefs. Elle peut tenir compte dans sa décision fi-
nale d’un argument avancé au cours de la procédure administrative bien que l’entreprise
concernée n’ait pas été en mesure de s’exprimer avant l’adoption de la décision ou amé-
314
LES FONDAMENTAUX
nager et compléter tant en fait qu’en droit son argumentation à l’appui des griefs qu’elle
retient dans sa communication. En revanche, il lui est impossible de retenir, dans la dé-
cision finale, la responsabilité d’une société mère pour les comportements de sa filiale, si
cette possible imputation n’a pas été mentionnée dans la communication des griefs, car
elle prive ainsi l’entreprise de la faculté de faire valoir utilement son point de vue.
Rien n’interdit à la Commission de rendre une décision unique sur plusieurs infractions,
dès lors que celle-ci permet à tout destinataire de dégager avec précision les griefs retenus
à son égard.
La notion d’entreprise recouvre toute entité qui exerce une activité économique, indé-
pendamment de son statut juridique et de son mode de financement. Lorsqu’une en-
treprise est membre d’une association professionnelle, l’imputation du comportement
infractionnel de l’association à l’entreprise affiliée, qui ne peut en aucun cas être auto-
matique, suppose d’établir une participation personnelle de celle-ci à l’infraction, notam-
ment en raison de sa présence au conseil d’administration de l’association, l’un de ses
représentants ayant en outre assuré la présidence durant un certain temps, de sa partici-
pation à certaines réunions illicites et de son absence de distanciation.
PLAN
A. Groupe de sociétés
A RETENIR
Le comportement d’une filiale, bien que dotée d’une personnalité juridique distincte,
peut en effet être imputé à la société mère lorsqu’elle ne détermine pas de façon auto-
nome son comportement sur le marché, mais applique pour l’essentiel les instructions
315
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
qui lui sont données par la société mère, eu égard en particulier aux liens économiques,
organisationnels et juridiques qui unissent ces deux entités juridiques. La jurisprudence
estime que dans une telle situation, la société mère et sa filiale constituent une unité
économique, et donc une seule entreprise au sens de l’article 101 TFUE, la Commission
pouvant adresser une décision imposant des amendes à la société mère sans qu’il soit
nécessaire d’établir son implication personnelle dans l’infraction. La notion d’entreprise
se définit à la date de l’infraction et non à celle de la décision.
1. Présomption de contrôle
A RETENIR
Une telle présomption permet de considérer qu’elle est tenue solidairement au paiement
de l’amende infligée à sa filiale, sans qu’il soit nécessaire que la Commission apporte
d’autres indices concrets de l’absence d’autonomie de la filiale par rapport à sa société
mère. La responsabilité du comportement infractionnel de la filiale peut même être im-
putée à une société intermédiaire et pas nécessairement à la société faîtière. Cependant,
la détention du capital social de deux sociétés commerciales distinctes par une même
société faîtière ne suffit pas à établir l’existence, entre elles, d’une unité économique qui
permette d’imputer les agissements de l’une à l’autre.
La présomption s’applique également à la société mère qui détient l’ensemble des droits
de vote associés aux actions de sa filiale, notamment en combinaison avec une partici-
pation hautement majoritaire dans le capital de cette dernière, car elle se trouve de ce
fait dans une situation analogue à celle de propriétaire exclusif de celle-ci, qui la met en
mesure de déterminer sa stratégie économique et commerciale.
Toutefois, la présomption est réfragable : la société mère peut la renverser en apportant
des éléments de preuve de nature à démontrer que sa filiale se comporte de façon au-
tonome sur le marché, notamment en se fondant sur les liens organisationnels, écono-
miques et juridiques qu’elle entretient avec sa filiale.
316
LES FONDAMENTAUX
EXEMPLES
• même en l’absence d’activité économique propre, comme dans le cas d’une fonda-
tion ou d’une holding non-opérationnelle ;
• lorsque la société mère assure l’unité de direction des sociétés du groupe et influe
ainsi sur leur comportement sur le marché ;
• lorsque la société mère est cotée en bourse ou que la filiale ne constitue, pour
elle, qu’un investissement, même temporaire, ce qui rend hautement improbable son
désintérêt à l’égard des activités de sa filiale contrôlée à 100 % ;
• dans le cas d’une entreprise qui possède les caractéristiques d’une entreprise com-
mune de plein exercice, censée accomplir de façon durable toutes les fonctions d’une
entité économique autonome, cette situation n’excluant pas que ses sociétés mères
puissent exercer une influence déterminante sur ses décisions stratégiques ;
• lorsque la société mère cherche à s’exonérer en prétendant qu’elle n’était pas infor-
mée du comportement anticoncurrentiel de sa filiale, l’imputation du comportement
ne dépendant pas d’une relation d’instigation ni, à plus forte raison, d’une implica-
tion de la société mère dans l’infraction, mais résultant du fait qu’avec la filiale elles
constituent une seule et même entreprise au sens de l’article 101 TFUE ;
• même si la société mère n’a jamais été directement active dans le secteur écono-
mique en cause, car le contrôle effectif ne doit pas nécessairement porter sur l’en-
semble des aspects de la vie de la filiale, ni sur la totalité des secteurs dans lesquels
elle est active, ni même sur le secteur objet de l’infraction aux règles de concurrence ;
• même si la société mère n’a pas, eu égard aux exigences formelles du droit des
sociétés national en cause, effectué d’actes de gestion ou qu’il n’existe pas de chevau-
chement des postes de direction entre sa structure et celles de ses filiales ;
• même si la filiale dispose d’une autonomie opérationnelle, dès lors qu’elle reste
dépendante sur le plan commercial ou, inversement, d’une indépendance commer-
ciale, si elle ne dispose d’aucune autonomie opérationnelle ;
• en cas de cession par une société mère à une filiale des activités concernées par
l’infraction, le transfert n’ayant d’autre objet qu’une cession ultérieure de la filiale à
un tiers, dès lors que les actes préparatoires à la cession finale prévoient un enga-
gement de la société mère à ce que, dans l’attente de l’opération, la filiale soit gérée
selon le cours normal des affaires, ce qui démontre la possibilité d’une influence sur
la gestion de cette dernière ;
• même en cas de participation individuelle des filiales à la procédure et de présen-
tation d’un groupe de réponses séparé à la communication des griefs.
En revanche :
• la circonstance qu’une société mère et ses filiales aient présenté une réponse com-
mune à la communication des griefs et déposé une requête commune ne suffit pas à
317
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
établir que la société mère exerce une influence déterminante sur ses filiales.
Lorsque la présomption n’est pas applicable, la Commission doit démontrer que la so-
ciété mère exerce effectivement une influence déterminante sur le comportement écono-
mique de sa filiale, c’est-à-dire sur ses prix, ses activités de production ou de distribution,
ses objectifs de vente, ses marges brutes, ses frais de vente, son «cash flow», ses stocks et
son marketing. Elle ne peut se fonder uniquement sur la capacité d’influence détermi-
nante de sociétés mères sur leur filiale commune telle qu’elle est retenue dans le cadre de
l’application du règlement 139-2004 lors de l’établissement du contrôle.
EXEMPLES
Quels indices permettent d’établir l’exercice d’une influence déterminante des socié-
tés mères sur une entreprise commune ?
EXEMPLES
filiales ;
• le suivi attentif et constant des activités de la filiale et de l’évolution de sa posi-
tion concurrentielle sur le marché, rendu possible par la représentation de la société
mère au sein des organes statutaires de la filiale et par sa qualité de destinataire de
rapports mensuels d’activité ;
• l’existence d’un personnel commun à plusieurs entreprises, que le partage soit
simultané ou successif en raison de transferts d’activités en leur sein ;
• la participation, au sein de la filiale, à un comité des membres composé de repré-
sentants communs chargés de nommer les organes dirigeants de la filiale, d’en super-
viser l’activité et d’approuver certaines décisions de stratégie commerciale ;
• le pouvoir de nommer les membres du conseil d’administration des filiales, de
convoquer les actionnaires aux assemblées générales et de leur proposer la révoca-
tion des administrateurs ;
• le contrôle exercé sur le principal organe décisionnel de la filiale en ce qui concerne
les décisions importantes et stratégiques ;
• l’intervention significative du conseil d’administration de la société mère dans des
aspects essentiels de la stratégie de sa filiale, telle que la vente de biens immobiliers
ou d’une participation ;
• le fait pour deux sociétés de se présenter vers l’extérieur comme faisant partie du
même groupe ;
• le fait d’adresser à sa filiale des instructions, précises et assorties de menaces, sur
le comportement à adopter sur le marché.
De fait, la perception des autres membres de l’entente selon laquelle plusieurs sociétés
d’un même groupe forment une unité économique et le fait qu’elles aient été traitées
comme telles au cours des négociations anticoncurrentielles, constitue un indice parmi
d’autres de leur intégration économique. La notion de pouvoir de direction d’une société
par rapport à une autre n’implique pas nécessairement, selon le juge, la possibilité pour
la première d’adresser des instructions juridiquement contraignantes à la seconde, ni que
cette dernière ait appliqué toutes les instructions de sa société mère. Ainsi, le fait qu’une
filiale ne se conforme pas à une instruction donnée par sa société mère ne suffit pas, à
lui seul, à établir l’absence d’exercice effectif d’une influence déterminante par cette der-
nière, à moins que le non-respect de ses consignes soit la règle dans leurs rapports. Dans
le cas d’une filiale commune, contrairement aux solutions admises en cas d’actionna-
riat unique, l’exercice d’une influence effective sur la direction opérationnelle constitue
un critère important d’appréciation de l’imputabilité de l’infraction. Enfin, l’actionnaire
minoritaire qui dispose d’un droit de veto sur les décisions stratégiques de la filiale et
qui, en vertu de l’accord de création, doit approuver le plan de développement de la fi-
liale pendant toute la durée de son existence, nomme des directeurs et administrateurs
communs et entretient avec eux des liens économiques en qualité de fournisseurs réci-
proques forme une unité avec sa filiale . En revanche, le fait qu’une société mère n’ait pas
exercé son droit de veto sur les décisions stratégiques de sa filiale n’implique pas qu’elle
319
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
3. Questions de procédure
A RETENIR
La présomption ne peut être mise en œuvre lorsque la Commission n’a pas évoqué
cette possibilité dans la communication des griefs.
En effet, dans une telle hypothèse, la société mère n’a pas été mise en mesure de présen-
ter utilement sa défense sur ce point. De même, la Commission ne peut rejeter, sans en
exposer les raisons, les éléments avancés par la société mère pour renverser la présomp-
tion lorsque l’argumentation en cause n’apparaît pas manifestement hors de propos ou
dépourvue de signification. Par ailleurs, si la Commission n’est pas tenue de se fonder ex-
clusivement sur la présomption pour caractériser la responsabilité d’une société mère et
peut appliquer la méthode dite de la double base, consistant à conforter cette présomp-
tion par d’autres éléments de preuve, elle doit respecter le principe d’égalité de traitement
à l’égard de l’ensemble des groupes de sociétés impliqués dans une même procédure.
Dans l’hypothèse d’une succession économique dans le contrôle de la filiale, la Com-
mission peut imputer le comportement de cette dernière à l’ancienne société mère, pour
la période antérieure à la cession, et à la nouvelle société mère pour la suite, ou choisir
de ne sanctionner que la filiale pour son propre comportement. En revanche, elle viole
le principe d’égalité de traitement lorsqu’elle incrimine la nouvelle société mère pour la
période postérieure à la cession de la filiale, sans retenir celle de l’ancienne société mère
pour la période antérieure. La Commission n’est pas tenue, lorsque la responsabilité de
la société mère est dérivée de celle de la filiale, d’attraire cette dernière à la procédure
administrative. Lorsque tel est néanmoins le cas, la société mère doit bénéficier des ré-
ductions d’amende octroyées à la filiale si toutes deux ont introduit des recours parallèles
ayant le même objet.
B. Restructuration de l’auteur
A RETENIR
320
LES FONDAMENTAUX
EXEMPLES
• lorsque la nouvelle entité, née de la fusion des deux sociétés ayant adopté les
comportements restrictifs, assure la continuité économique et fonctionnelle de ces
entreprises ;
• en cas de fusion-absorption, la société absorbante devant répondre des infractions
commises par la société absorbée avant l’opération, même si les actifs qui ont contri-
bué à la réalisation de l’infraction ont préalablement été transférés à un tiers ;
• lorsque la fusion s’opère entre deux sociétés apparentées, la responsabilité pou-
vant être imputée à la société absorbante sans que la Commission ait à rechercher la
responsabilité éventuelle de leur société mère ;
• en cas de scission d’une entreprise membre de l’entente, les sociétés nées de la
scission qui continuent de gérer ses unités de production étant solidairement res-
ponsables avec l’entreprise du paiement de l’amende jusqu’à sa mise en liquidation,
dès lors qu’elles constituent une unité économique ;
• lorsque la nouvelle entité économique a repris, depuis la date de la commission
des faits, les actifs et objectifs économiques de leur auteur dans le secteur en cause.
En revanche :
• la responsabilité du cessionnaire est écartée si, à la date de la décision, l’auteur de
l’infraction continue d’exister juridiquement, comme dans le cas de la cession d’une
branche d’activité.
Même si l’entreprise initiale subsiste, la société qui a repris l’ensemble de ses activités
dans le secteur concerné par des pratiques anticoncurrentielles, est réputée en assurer la
continuité économique dès lors que les deux sociétés sont unies par des liens structurels
(CJCE, 7 janv. 2004, aff. C-204-00 P, Aalborg Portland A/S, LawLex0424). Cette solution
s’applique lorsque, au moment de l’infraction, les deux entités sont toutes deux détenues
intégralement par la même société, qui exerce effectivement une influence déterminante
sur elles. Dans cette hypothèse, la Commission n’est pas tenue de rechercher la respon-
sabilité éventuelle de la société mère mais peut imputer l’infraction au seul cessionnaire.
La Commission a la faculté, mais non l’obligation, d’imputer l’infraction commise par la
filiale au groupe acquéreur tiers, lorsque la société mère responsable continue d’exister
juridiquement et économiquement. A l’inverse, elle peut aussi décider de ne pas retenir
la responsabilité de l’ancienne société mère de l’auteur de l’infraction si cela lui évite, eu
égard au nombre conséquent d’entreprises impliquées, d’alourdir considérablement ses
enquêtes.
La Commission n’est pas non plus tenue de répartir le montant de base de l’amende entre
le cédant et le cessionnaire lorsque la cession a eu lieu au milieu de la période infrac-
tionnelle, dès lors que la gravité de l’infraction ne doit pas nécessairement être appréciée
eu égard à l’impact réel du comportement de chaque entreprise sur la concurrence. Le
caractère public ou privé de la société contrôlante est indifférent. Selon la Cour de justice,
321
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
la date pertinente pour apprécier, afin d’établir l’existence d’une situation de continuité
économique, si le transfert d’activités a lieu à l’intérieur d’un groupe ou entre entreprises
indépendantes, doit être celle du transfert et non celle de l’adoption de la décision qui
sanctionne l’infraction. Dès lors, il importe peu que les liens structurels entre les entre-
prises aient été de courte durée, comme dans l’hypothèse où l’entité cessionnaire a été
créée et a reçu les actifs en vue d’une cession ultérieure à un tiers indépendant.
Enfin, le changement de forme ou de dénomination d’une entreprise n’a pas pour effet
de créer une nouvelle entreprise dégagée de la responsabilité des comportements an-
ticoncurrentiels adoptés par la précédente. Une société «en sommeil» au sens du droit
anglais des sociétés, pendant une période déterminée d’une infraction continue, ne peut
être tenue responsable de l’infraction durant cette période où elle n’exerçait aucune acti-
vité économique ni ne réalisait de chiffre d’affaires.
V. Notification
A RETENIR
La décision ne peut avoir pour destinataire qu’une entité dotée de la personnalité juri-
dique. Elle doit, dans le cas d’un groupe de sociétés, être adressée à la société mère ou
à la holding, lorsque l’entreprise est constituée de l’unité formée par la société mère
et ses filiales, même si la demande de renseignements préalable a été adressée à la
filiale, dès lors qu’elle en a eu une connaissance complète.
Une décision est dûment notifiée lorsqu’elle est communiquée à son destinataire et qu’il
a été en mesure d’en prendre connaissance. Tel est le cas de la décision envoyée par
lettre recommandée avec avis de réception postal, à condition qu’elle soit délivrée à une
personne dûment habilitée à la recevoir. Le point de départ du délai de recours court
du jour de la notification régulière. L’accusé de réception doit donc être dûment daté et
signé par son destinataire. L’entreprise destinataire ne peut invoquer un défaut de fonc-
tionnement de son organisation interne, ou la méconnaissance par son personnel de ses
propres directives, pour démontrer le caractère excusable de son retard dans la prise de
connaissance d’une notification régulière.
La Commission est tenue de respecter les garanties procédurales prévues par le droit
européen. Parmi elles figure notamment le principe de bonne administration, principe
général inscrit à l’article 41 de la Charte des droits fondamentaux, qui oblige l’institu-
tion compétente à examiner, avec soin et impartialité, tous les éléments pertinents du
cas d’espèce.
322
LES FONDAMENTAUX
SECTION 2
Mesures provisoires
Lorsque l’infraction aux règles de concurrence est évidente, il peut s’avérer nécessaire
d’en paralyser les effets et, en particulier, d’adopter des mesures intermédiaires, en cours
de procédure, à la demande du tiers victime. L’article 8 du règlement 1-2003 dispose :
«Dans les cas d’urgence justifiés par le fait qu’un préjudice grave et irréparable risque
d’être causé à la concurrence, la Commission, agissant d’office, peut, par voie de décision
et sur la base d’un constat prima facie d’infraction, ordonner des mesures provisoires».
La décision est applicable pour une durée déterminée, renouvelable si nécessaire. Le texte
consacre ainsi la jurisprudence antérieure, qui a défini le régime des mesures provisoires.
La recevabilité d’une demande de mesures provisoires est subordonnée à la réunion
de deux conditions cumulatives : une infraction prima facie et un préjudice grave et
irréparable. Les mesures sont provisoires dans la mesure où elles ne peuvent préjuger la
décision finale ou en neutraliser par avance les effets.
PLAN
323
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
Pour que des mesures provisoires soient octroyées, les pratiques concernées doivent
être prima facie de nature à constituer une violation des règles de concurrence suscep-
tible d’être sanctionnée par une décision de la Commission.
C’est une infraction a priori qui doit être constatée, et non une infraction claire et
flagrante. Il doit être démontré que l’on se trouve en présence d’une infraction haute-
ment vraisemblable. Un dépassement à première vue du cadre des dispositions euro-
péennes ou des doutes sérieux peuvent établir la vraisemblance de l’infraction prima
facie. Tel est le cas de l’offre de prix inférieurs aux prix de revient par une entreprise en
position dominante afin d’éliminer un concurrent, de la limitation de la gamme d’un
produit afin de préserver le niveau des prix pratiqués ou du refus d’une entreprise en
position dominante d’octroyer une licence d’utilisation de son droit d’auteur.
L’article 8 du règlement 1-2003 exige la preuve d’un préjudice grave et irréparable qu’il
est urgent de faire cesser.
Les mesures conservatoires ne sont prises qu’en cas d’urgence établie, en vue de parer
à une situation susceptible de causer un préjudice grave et irréparable à la partie qui les
sollicite, ou intolérable pour l’intérêt général. La condition relative à l’urgence n’est pas
une condition autonome, mais une composante de la condition relative au risque d’un
préjudice grave et irréparable. Les mesures provisoires sont, en effet, destinées à éviter
qu’un dommage grave et irréparable aux intérêts du demandeur ne soit causé avant qu’il
soit statué sur l’action principale.
Le dommage est irréparable lorsque la décision que la Commission prendra au terme de
la procédure administrative ne sera plus susceptible d’y remédier. Tel est le cas lorsque
l’entreprise risque de disparaître du marché ou lorsque le comportement en cause en-
traîne un désavantage concurrentiel important qui risque de produire un effet durable
sur la position du concurrent sur le marché concerné.
III. Proportionnalité
A RETENIR
Les mesures doivent se limiter à ce qui est nécessaire sans créer de dommage plus
important que celui qu’elles sont destinées à prévenir.
La Commission ne peut, dans une décision portant sur des mesures provisoires, ordon-
ner ce qu’elle ne peut pas explicitement imposer dans une décision finale. La Commission
n’a la possibilité d’adopter que des mesures se limitant à rétablir la situation préexistante
jusqu’à l’adoption de la décision finale. Ces mesures ne doivent pas causer à l’entreprise
324
LES FONDAMENTAUX
qui y est soumise un préjudice grave et irréparable. La portée des mesures conservatoires
doit donc être réduite lorsque celles-ci ne sont pas proportionnées à l’objectif à atteindre.
SECTION 3
Injonction de cesser l’infraction
A RETENIR
La Commission peut, selon l’article 7 du règlement 1-2003, imposer, par voie de déci-
sion, aux entreprises ou associations d’entreprises, de mettre fin à l’infraction qu’elle
a constatée.
L’autorité européenne n’est pas obligée de prendre une telle décision, l’article 7 lui don-
nant la faculté de ne pas ordonner, par voie de décision, aux entreprises intéressées de
mettre fin à l’infraction constatée.
La constatation de l’infraction constitue une condition indispensable à une injonction
de cessation. Après avoir estimé qu’elle pouvait figurer indifféremment dans les motifs
ou le dispositif de la décision, ses effets sur la situation juridique des entreprises concer-
nées ne dépendant pas de sa place dans la décision, le juge européen considère désormais
que l’infraction constatée doit au moins être visée dans le dispositif pour faire grief à
une entreprise et ouvrir droit à un recours en annulation. La constatation de l’infraction
peut avoir lieu alors même que celle-ci a cessé, dès lors que la Commission y a un intérêt
légitime. Tel est notamment le cas lorsque la décision de constatation tend à apporter
une clarification juridique à la situation pour éviter qu’elle ne se reproduise. Cependant,
comme l’a précisé la Cour de justice, la Commission n’est tenue de justifier d’un intérêt
légitime à constater l’existence d’une infraction qui a cessé que lorsqu’elle n’inflige pas
de sanction.
L’injonction de cesser l’infraction doit être ordonnée en «fonction de la nature de
l’infraction constatée». L’autorité européenne peut imposer aux parties des mesures
correctives structurelles ou comportementales, mais ces mesures doivent être propor-
tionnées à l’infraction commise et nécessaires pour la faire cesser effectivement. Les
charges imposées ne doivent pas dépasser les limites de ce qui est approprié et nécessaire
pour obtenir le rétablissement de la légalité et faire cesser l’infraction. Une injonction
faite à l’entreprise de s’abstenir, à l’avenir, de toute mesure «similaire» ne présente pas de
caractère disproportionné eu égard à son caractère prétendument indéterminé, dès lors
que la Commission fait nécessairement référence aux comportements constatés dans
sa décision. Par ailleurs, s’il peut être nécessaire, pour mettre fin à un abus de position
dominante, que l’entreprise concernée s’engage à ne pas exiger le versement d’une rede-
vance pour l’utilisation de son logo, dès lors que l’alternative moins restrictive d’un mar-
quage sélectif des emballages en fonction du système utilisé constitue une solution plus
coûteuse et difficile à mettre en œuvre, il n’est pas possible de lui imposer la désignation,
à ses frais, d’un mandataire doté d’un droit d’accès continu et illimité à ses informations,
documents, locaux et employés. Enfin, des propositions d’engagements non retenues ne
peuvent servir de point de référence pour apprécier la proportionnalité d’une mesure
d’injonction.
325
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
A RETENIR
SECTION 4
Amendes
A RETENIR
La Commission peut, par voie de décision, infliger une amende aux entreprises ou as-
sociations d’entreprises qui, de propos délibéré ou par négligence, commettent une
infraction aux articles 101 ou 102 TFUE, ou ne respectent pas une décision de mesures
provisoires ou rendant obligatoire un engagement (Règl. 1-2003, art. 23). Une sanction
pécuniaire peut également être infligée aux entreprises qui, au cours de l’enquête, se
soustraient à leurs obligations.
PLAN
326
LES FONDAMENTAUX
I. Principes généraux
Seules les infractions commises de propos délibéré ou par négligence peuvent être pu-
nies d’une amende. Le propos délibéré suppose la volonté de l’auteur de l’infraction
d’agir illégalement. Il suffit qu’il n’ignore pas que son action entraîne une restriction de
concurrence ; il n’est pas nécessaire, en revanche, qu’il ait conscience d’enfreindre les
articles 101 ou 102 TFUE. La négligence est caractérisée lorsque l’entreprise «normale-
ment avisée» aurait pu prévoir les effets illicites de son comportement. L’entreprise qui,
en raison de son expérience, ne pouvait ignorer qu’elle restreignait la concurrence fait
preuve «à tout le moins de négligence». L’inexpérience ou une erreur de droit sont en
revanche susceptibles de lui éviter l’infliction d’une amende. Selon la Cour de justice,
une entreprise ne peut cependant échapper à l’infliction d’une amende en se prévalant
d’une erreur sur la licéité de son comportement, fondée sur l’avis juridique délivré par un
avocat ou la teneur de la décision d’une autorité nationale de la concurrence. Dans tous
les cas, la gravité particulière de certaines infractions dispense la Commission d’établir
positivement l’intention ou la négligence.
Les décisions prises en vertu de l’article 23, paragraphes 1 et 2, du règlement 1-2003
n’ont pas un caractère pénal. L’amende infligée par la Commission, autorité administra-
tive, à une entreprise est une sanction administrative, même si les autorités européennes
appliquent dans une certaine mesure certains principes généraux du droit pénal.
Le principe non bis in idem, visé à l’article 50 de la Charte des droits fondamentaux de
l’Union, interdit une nouvelle appréciation au fond de la matérialité de l’infraction qui
conduirait à l’imposition d’une nouvelle sanction. Son application suppose la réunion
de trois conditions : identité de faits, unité de contrevenant et unité de l’intérêt juridique
protégé. La Commission doit donc, en application de ce principe, tenir compte des sanc-
tions infligées par les autorités nationales et déjà supportées par la même entreprise pour
les mêmes faits, mais conserve un pouvoir de sanction autonome. En revanche, la règle
non bis in idem ne s’applique pas lorsque les entreprises concernées ont été condamnées
pour les mêmes faits par les autorités d’un pays tiers ou lorsque la condamnation par
les autorités nationales concerne une entente qui a produit des effets sur le territoire de
l’État membre avant son adhésion à l’Union. De même, le principe non bis in idem ne
s’oppose pas en soi à une reprise des poursuites ayant pour objet le même comportement
anticoncurrentiel lorsqu’une première décision a été annulée pour des motifs de forme
sans qu’il ait été statué au fond sur les faits reprochés, dès lors que la décision d’annula-
tion ne vaut pas «acquittement» au sens donné à ce terme dans les matières répressives,
ni à ce qu’une autorité nationale de concurrence inflige à une entreprise, dans la même
décision, une amende pour violation du droit national de la concurrence et une autre
pour violation de l’article 102 TFUE.
Le principe de présomption d’innocence, consacré par l’article 6, paragraphe 2, CEDH
et repris par l’article 48 de la Charte des droits fondamentaux de l’Union, s’applique aux
procédures de concurrence susceptibles d’aboutir au prononcé d’une amende ou d’une
astreinte. En application de ce principe, les parties peuvent opposer aux preuves docu-
mentaires équivoques de la Commission une «autre explication plausible» des faits. De
même, le doute quant à la présence effective d’une entreprise à une réunion illicite ou
la portée exacte de l’infraction doit lui profiter et empêche de retenir sa participation à
327
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
l’entente. Le respect de ce principe, qui prévaut sur les objectifs de rapidité et d’efficacité
de la procédure de transaction, implique également que dans le cadre d’une procédure
de transaction hybride, la Commission ne prenne pas déjà position, dans la décision de
transaction rendue en amont, sur la responsabilité de l’entreprise qui n’a pas transigé
et qui fait l’objet d’une procédure ordinaire qui n’a pas encore abouti. En revanche, la
présomption d’exercice effectif d’une influence déterminante d’une société mère sur sa
filiale détenue à 100 % n’est pas contraire au principe de présomption d’innocence dès
lors qu’elle n’a pas pour effet d’entraîner un renversement de la charge de la preuve, mais
seulement de fixer le niveau de preuve à respecter pour déterminer à qui incombe la res-
ponsabilité d’une infraction. Une fois qu’elle a constaté un bris de scellé sur le fondement
d’un faisceau de preuves, la Commission ni n’inverse la charge de la preuve ni ne viole le
principe de la présomption d’innocence en imposant à l’entreprise d’apporter d’autres
éléments de preuve afin de remettre en cause ce constat.
Le principe de non-rétroactivité constitue un principe général du droit européen, ex-
pressément visé par l’article 49 de la Charte des droits fondamentaux de l’Union, qui
s’applique aux décisions de la Commission infligeant des amendes pour violation du
droit de la concurrence. Ce principe exige que les sanctions infligées à une entreprise
pour une infraction soient celles fixées à l’époque où l’infraction a été commise. Il n’em-
pêche pas en revanche l’application de nouvelles lignes directrices, dont la méthode de
calcul des amendes présente un effet aggravant, lorsque leur adoption était prévisible par
les entreprises. De même, pour assurer la continuité de l’ordre juridique de l’Union, des
comportements collusoires interdits par le Traité CECA peuvent, après l’expiration de ce
dernier le 23 juillet 2002, être punis sur le fondement de l’article 23, paragraphe 2, du
règlement 1-2003 compte tenu des règles matérielles prévues à l’ancien article 65 CECA.
Le pouvoir de sanction conféré à la Commission en cas de violation des articles 101
et 102 TFUE est également conforme au principe de légalité des peines, consacré à
l’article 49 de la Charte des droits fondamentaux de l’Union. Le fait que les entreprises
ne soient pas en mesure de connaître à l’avance le niveau exact des amendes encourues
n’est pas contraire à ce principe. Ce principe n’est pas non plus remis en cause lorsque
la Commission accorde par erreur une réduction d’amende à une entreprise qui ne la
mérite pas et la refuse à une autre dans une situation identique, cette dernière ne pouvant
invoquer à son profit une illégalité commise en faveur d’autrui. De même, la présomption
d’imputabilité du comportement infractionnel d’une filiale à sa société mère ne porte pas
atteinte au principe de légalité des délits et des peines dès lors que la solution est énoncée
de manière constante depuis les années 1970.
Le principe de légalité des peines entraîne deux corollaires : le principe de sécurité juri-
dique, qui implique l’interdiction pour la Commission de remettre en cause de manière
imprévisible des situations acquises, et le principe de protection de la confiance légi-
time, qui peut être invoqué par les entreprises auprès desquelles une institution a fait
naître des espérances fondées, en leur fournissant des assurances précises. Souvent in-
voquée par les entreprises, l’applicabilité de ces principes est très rarement reconnue par
le juge de l’Union. Ainsi, l’application des lignes directrices de 2006 à des faits commis
sous l’empire de celles de 1998 n’a pas été considérée comme une atteinte au principe
de sécurité juridique, dès lors que, même en l’absence d’une disposition explicite relative
328
LES FONDAMENTAUX
A. Critères
A RETENIR
A RETENIR
Si les Lignes directrices relatives au calcul des amendes ne préjugent pas de l’ap-
préciation de l’amende par le juge européen, qui dispose d’une compétence de pleine
juridiction, la Commission doit en revanche se conformer aux règles de calcul qu’elle
329
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
d’affaires relatif à une année différente sans violer le principe d’égalité de traitement. La
Commission ne viole pas davantage le principe d’égalité de traitement lorsqu’elle n’in-
forme pas toutes les entreprises, au même moment, de l’existence d’une enquête. Pareil-
lement, le fait qu’une infraction couvre une plus grande étendue géographique et un plus
grand nombre de produits qu’une autre n’implique pas en soi qu’elle est plus grave que
cette dernière et doive être sanctionnée par des coefficients «gravité de l’infraction» et
«montant additionnel» supérieurs. Enfin, une entreprise qui s’est vu infliger une amende
du fait de sa participation à une entente ne peut demander l’annulation ou la réduction
de celle-ci au motif qu’un autre participant n’aurait pas été sanctionné pour une partie
ou pour l’intégralité de sa participation à l’infraction. En effet, il est de jurisprudence
constante que le principe d’égalité de traitement dans la fixation de l’amende ne peut
être invoqué par une entreprise pour bénéficier d’une illégalité commise en faveur d’un
autre participant à l’entente.
L’amende doit être proportionnée à la gravité et à la durée des infractions constatées
(Règl. 1-2003, art. 23). Elle doit tenir compte de l’ampleur des effets anticoncurren-
tiels et des intérêts des consommateurs ou des concurrents lésés, ainsi que de la capa-
cité financière des entreprises concernées. Le caractère intentionnel revêt toutefois plus
d’importance que l’impact concret de la pratique sur le marché, surtout lorsqu’il s’agit
d’infractions intrinsèquement graves. L’amende infligée à une entreprise ne présente pas
de caractère disproportionné du seul fait que les pratiques sanctionnées ont été mises en
œuvre sur un marché en mauvaise santé et qu’elles ne lui ont procuré qu’un profit limité.
Il n’est pas non plus contraire aux principes de proportionnalité et d’égalité de traite-
ment qu’une entreprise dont les activités se concentrent davantage que d’autres sur la
vente de biens ou de services liés directement ou indirectement à l’infraction reprochée
se voie infliger une amende représentant une proportion de son chiffre d’affaires global
plus élevée que celle des amendes infligées à chacune des autres entreprises concernées.
En revanche, le principe de proportionnalité s’oppose à ce que des entreprises qui ont
participé à une seule infraction soient sanctionnées de la même manière que celles ayant
pris part aux deux infractions réprimées. L’amende est également disproportionnée lors-
qu’elle est calculée sur la base des ventes de l’entreprise concernée dans toute l’Europe
alors que sa participation à l’infraction est limitée à un seul marché national et qu’il
n’est pas établi qu’elle a eu connaissance de données relatives à d’autres marchés qui
lui auraient permis d’adapter son comportement sur ceux-ci ou lorsque la Commission
ne tient pas compte du caractère tardif et seulement progressif de la participation d’une
entreprise à l’infraction. Il est loisible à la Commission de répartir les entreprises en plu-
sieurs catégories en fonction de leurs parts de marché et des écarts constatés.
Pour assurer la transparence et le caractère objectif de ses décisions, la Commission a
adopté des Lignes directrices pour le calcul des amendes, qui fixent un montant de base
qui peut être majoré ou réduit selon l’existence de circonstances aggravantes ou atté-
nuantes. Les Lignes directrices énoncent une règle de conduite indicative de la pratique
décisionnelle de la Commission dont elle ne peut s’écarter dans un cas particulier sans
donner de raisons compatibles avec le principe d’égalité de traitement.
331
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
Pour déterminer le montant de base, la Commission utilise la valeur des ventes des
produits ou services de l’entreprise concernée en relation directe ou indirecte avec
l’infraction sur le marché géographique en cause durant la dernière année de partici-
pation à l’infraction.
Elle doit, conformément à ses lignes directrices, retenir les données les plus précises et
les plus proches de la réalité pour calculer la valeur des ventes en relation avec l’infrac-
tion. Lorsqu’une entente concerne les prix d’achat et que les produits concernés sont des
intrants et non des produits intermédiaires ou en aval pour lesquels la valeur des ventes
pourrait être utilisée, il y a lieu de s’écarter de la méthodologie générale et de retenir les
données relatives aux achats plutôt qu’aux ventes. Si l’auteur de l’infraction est une asso-
ciation d’entreprises, elle retient la valeur des ventes des différents membres. Le montant
de base correspond à un pourcentage de la valeur des ventes déterminé en fonction du
degré de gravité de l’infraction et multiplié par le nombre d’années de participation à l’in-
fraction. Cette proportion peut être inférieure ou égale à 30 % selon la nature de l’infrac-
tion, la part de marché cumulée de toutes les parties concernées, l’étendue géographique
de l’infraction, et la mise en œuvre ou non de l’infraction.
La Cour de justice interprète l’expression «la valeur totale des ventes des biens ou
services en relation avec l’infraction» utilisée dans les lignes directrices pour le calcul
des amendes comme visant la valeur totale des ventes des entreprises participant à
l’infraction et non la valeur totale des ventes de l’ensemble des entreprises actives sur
le marché où les entreprises concernées par la décision de la Commission ont commis
l’infraction. La Commission ne doit utiliser que la valeur des ventes du seul produit rete-
nu dans la définition du marché pertinent et ne s’attacher qu’aux ventes réelles réalisées
et non aux quotas théoriques convenus par les membres de l’entente. Aussi, des ventes ef-
fectuées dans le cadre d’activités pour lesquelles les parties ne sont pas en concurrence et
qui sont exclues de la clause de non-concurrence sanctionnée ne peuvent-elles être prises
en considération. En revanche, les ventes réalisées en vertu de contrats conclus antérieu-
rement à la période d’infraction et non renégociés au cours de cette période peuvent être
comptabilisées lorsque l’entente sanctionnée couvre tant les contrats existants que les
nouveaux contrats. La Commission peut aussi tenir compte de la valeur des ventes en
relation avec l’infraction même si elles n’ont pas profité à l’entreprise qui a cédé sa filiale
avec les bénéfices à un tiers. Pour éviter d’accorder une «prime au secret», la Commission
n’est pas tenue de se limiter à la prise en considération de la valeur des ventes effectuées
au titre des contrats pour lesquels elle a apporté la preuve directe d’une collusion mais
peut aussi retenir les ventes de produits réalisées par des sociétés du groupe autres que
la filiale directement impliquée, dès lors que la société mère en est également la société
faîtière. Elle peut également intégrer au calcul les ventes réalisées entre la filiale auteur
de l’infraction et sa société mère, avec laquelle elle ne forme pas une entreprise unique,
sans avoir à vérifier si elles ont été effectuées à des prix influencés par l’entente, dès lors
qu’elles ont eu lieu sur le marché affecté par celle-ci. En revanche, lorsqu’une fusion in-
tervient au cours de l’entente, à laquelle, avant la fusion, seule une des parties a participé,
332
LES FONDAMENTAUX
333
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
de la dernière année d’infraction. Néanmoins, elle peut s’écarter de cette règle et se ré-
férer à la moyenne des ventes réalisées tout au long de l’infraction, notamment lorsqu’en
raison de l’effondrement des ventes des produits cartellisés au cours des dernières années
de mise en œuvre de l’entente, la dernière année de participation des entreprises n’est pas
représentative de l’importance économique de l’infraction. En outre, lorsqu’au cours de
l’année de référence pour le calcul de la valeur des ventes, l’entreprise n’a pas réalisé de
ventes, en raison du transfert de ses activités à une filiale commune, la Commission peut
calculer le montant de départ de l’amende à partir du chiffre d’affaires réalisé par la filiale
et répartir ce montant entre ses sociétés mères à proportion de leurs ventes respectives
antérieures. Une entreprise ne peut exiger que la Commission se fonde à son égard sur
une période différente de celle généralement retenue qu’à la condition de démontrer que
le chiffre d’affaires qu’elle a réalisé au cours de cette dernière période ne constitue pas,
pour des raisons qui lui sont propres, une indication de sa véritable taille et de sa puis-
sance économique ni de l’ampleur de l’infraction qu’elle a commise.
Un taux unique peut être appliqué à toutes les entreprises ayant participé à une in-
fraction unique, dès lors que l’appréciation ultérieure des circonstances atténuantes
et aggravantes permet de tenir compte de la gravité relative de leur comportement.
Au stade de la détermination du montant de base de l’amende, la Commission ne doit
pas apprécier les effets du comportement effectif de chaque entreprise, mais uniquement
ceux résultant de l’ensemble de l’infraction à laquelle elle a participé. Toutefois, afin de
refléter plus fidèlement les caractéristiques de l’entente en cause, lorsque celle-ci a connu
des variations d’intensité, la Commission peut déroger aux règles posées dans ses lignes
directrices et effectuer une pondération entre les ventes effectuées au cours de la phase
de «montée en puissance» de l’infraction et celles relatives à sa phase centrale.
L’amende a une double finalité : elle vise à la fois à prévenir le renouvellement des in-
fractions (effet dissuasif général) et à punir leur commission (effet dissuasif spécifique).
La dissuasion vise cependant davantage à garantir l’effectivité de l’amende qu’à rendre
compte de la nocivité de l’infraction. Le montant de départ de l’amende peut, pour
assurer un effet dissuasif, être majoré eu égard à la taille de l’entreprise, ses ressources
globales et sa capacité à mobiliser les fonds nécessaires à la date de la décision, même
si à une date antérieure, les moyens de certaines des entités qui la composent ont été
inférieurs. La Commission peut inclure à cette fin dans le montant de base une somme
qualifiée de «droit d’entrée», comprise entre 15 et 25 % de la valeur des ventes. Elle peut
également majorer le montant de départ compte tenu de la taille et des ressources du
groupe auquel l’entreprise appartient si elle forme avec lui une unité économique unique.
Elle n’est pas tenue en revanche de prendre en considération l’absence de bénéfice tiré
de l’infraction ni l’amende infligée dans une affaire contemporaine de celle en cause,
dès lors que la fonction dissuasive de la sanction comporte un objectif de prévention
générale. Selon le Tribunal, le chiffre d’affaires global qui ne constitue qu’une indication
«imparfaite et approximative» de la taille de l’entreprise et de sa puissance économique
a le mérite incontestable, lorsqu’il est utilisé comme critère pour majorer l’amende, de
présenter un caractère objectif qui permet de l’appliquer indistinctement à toutes les
entreprises concernées.
334
LES FONDAMENTAUX
1. Circonstances aggravantes
Le montant de l’amende sera augmenté en cas de circonstances aggravantes.
La récidive constitue l’une des circonstances aggravantes les plus courantes.
EXEMPLES
335
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
ne constituait pas une violation des principes de légalité des sanctions et de sécurité
juridique. Ensuite, la Cour de justice a précisé que le droit de la concurrence de l’Union
n’autorise pas la Commission à tenir compte d’une récidive sans limitation de durée et
considéré que l’écoulement d’un délai de quinze ans entre les deux infractions excluait
la récidive.
Constituent également des circonstances aggravantes le refus de coopérer ou l’obstruc-
tion pendant le déroulement de l’enquête, la dissimulation de preuves, la poursuite du
comportement anticoncurrentiel en dépit des assurances données à la Commission, ou
l’adoption de mesures de représailles.
La Commission tient aussi compte, pour majorer le montant de l’amende, du rôle de me-
neur ou d’incitateur joué par une ou plusieurs entreprises. Son influence déterminante
dans l’élaboration et la mise en œuvre d’une entente, son rôle d’instigateur et de coor-
dinateur, les pressions exercées sur les autres entreprises afin de les inciter à rallier l’en-
tente constituent des facteurs décisifs. La seule qualité de fondateur de l’entente ne suffit
pas à conférer à une entreprise un rôle d’incitateur, qui suppose une prise d’initiative
consistant à pousser ou à encourager d’autres entreprises à mettre en place l’entente ou
à s’y joindre. De même, un simple rôle de médiateur dans le cadre de différends entre les
participants à l’entente ne s’apparente pas à un rôle de meneur lorsque les interventions
en cause apparaissent peu nombreuses, demeurent limitées aux premières années d’une
entente de très longue durée et ne sont assorties d’aucune menace concrète ni mesure
disciplinaire. En revanche, même si le rôle d’initiateur de l’entente d’une entreprise n’est
pas suffisamment étayé, celle-ci peut se voir attribuer la qualité de meneur dès lors qu’elle
a noué des contacts qui ont permis la mise en place de l’entente, organisé de nombreuses
réunions dans ses locaux et joué le rôle de porte-parole d’un groupe d’entreprises lors
des réunions de l’entente. En cas d’infraction complexe, la Commission n’est pas tenue
de démontrer qu’une entreprise qualifiée de meneur a exercé ce rôle pour tous les volets
de l’infraction. La circonstance aggravante n’est pas réservée aux pratiques horizontales :
dans le cadre d’une entente verticale, le fabricant joue généralement le rôle de meneur
ou d’instigateur.
2. Circonstances atténuantes
Le montant de la sanction sera réduit si la Commission relève des circonstances atté-
nuantes.
La communication de 2006 traduit un très net durcissement de la Commission à l’égard
des entreprises car des circonstances considérées comme atténuantes sous l’empire des
lignes directrices de 1998 ne le sont plus depuis 2006 ou voient leur portée réduite.
Ainsi, alors qu’auparavant, la cessation de l’infraction dès les premières interventions de
la Commission justifiait une réduction d’amende, il faut désormais que l’entreprise ait pu
raisonnablement douter du caractère infractionnel de son comportement : l’auteur d’une
infraction manifeste ou le participant à des pratiques de nature secrète, en particulier les
cartels, ne peut plus s’en prévaloir. En outre, il doit exister un lien de causalité entre les
interventions de la Commission et la cessation de l’infraction : le fait de mettre fin à l’in-
fraction avant même les interventions de la Commission n’entre pas en ligne de compte.
336
LES FONDAMENTAUX
De même, alors que les précédentes lignes directrices retenaient, à titre de circonstance
atténuante, l’adoption d’un comportement seulement passif ou suiviste, le texte de 2006
exige, cumulativement, que l’entreprise démontre une «participation substantiellement
réduite» à l’entente et une «soustraction à son application». Elle doit ainsi avoir adopté
un comportement concurrentiel sur le marché. L’inapplication des accords ou les liber-
tés prises avec celui-ci ne suffisent pas car l’entreprise peut avoir cherché à détourner
l’entente à son profit. Il faut que l’entreprise joue réellement un rôle déstabilisateur par
rapport à un volet significatif de l’entente. Ainsi, sa seule absence aux réunions ne dé-
montre pas une participation réduite, lorsque le type d’entente en cause n’exige pas que
les parties se réunissent. De même, contrairement à la jurisprudence antérieure, le juge de
l’Union estime désormais que le fait de ne pas avoir été un membre fondateur, de ne pas
avoir rédigé le document de base de l’entente, d’avoir rejoint celle-ci sous la pression des
autres membres ou de n’avoir participé que sporadiquement aux réunions pendant une
première période ne constitue pas une circonstance atténuante, dès lors que l’entreprise
a joué un rôle actif, voire d’impulsion, par la suite. Enfin, le «profil bas» adopté par un
distributeur qui n’empêche pas ou ne tente pas d’empêcher les importations parallèles
des produits contractuels témoigne d’un moindre zèle dans la conduite de l’entente, mais
ne suffit pas à lui conférer un rôle réduit dans l’infraction. En revanche, la taille modeste
d’une entreprise ou la position secondaire qu’elle occupe sur le marché seraient de na-
ture, selon le Tribunal, à justifier une réduction d’amende.
La coopération effective de l’entreprise avec la Commission, en dehors du champ d’ap-
plication de la communication sur la clémence et au-delà de ses obligations juridiques de
coopérer, peut également justifier une réduction d’amende. Une réduction d’amende ne
se justifie donc pas au titre de la coopération de l’entreprise à l’enquête lorsque celle-ci
n’a fourni que des informations dont la Commission disposait déjà ou qui ne dépassent
pas le cadre de la réponse aux questions posées dans la demande de renseignements.
En outre, l’entreprise qui s’est vu octroyer une réduction d’amende sur le fondement de
la communication sur la coopération ne peut exiger une réduction supplémentaire, au
titre de cette même coopération, en tant que circonstance atténuante. La non-contesta-
tion des faits ne constitue plus à elle seule, comme sous l’empire des précédentes lignes
directrices, une circonstance atténuante. De même, le fait que certains des éléments d’in-
formation fournis aient été cités à diverses reprises dans la décision de la Commission
ne signifie pas que l’entreprise a apporté une collaboration particulièrement active qui
justifierait une réduction du montant de l’amende, s’il n’est pas établi que ces éléments
présentent une utilité objective.
Le fait que l’infraction ait été autorisée ou encouragée par les autorités publiques ou
la réglementation de l’État membre constitue une circonstance atténuante au sens des
Lignes directrices du 1er septembre 2006. Il n’est pas nécessaire que le comportement
en cause ait été expressément autorisé par la réglementation, mais seulement qu’il ait
été encouragé par elle. La confusion que l’interventionnisme du gouvernement de son
Etat membre a pu engendrer dans l’esprit d’une entreprise s’agissant de la licéité des
accords conclus dans le cadre de l’entente ne constitue pas davantage une circonstance
atténuante lorsqu’il n’est pas établi qu’elle ne disposait pas des moyens nécessaires pour
se procurer des renseignements juridiques précis et corrects. En outre, la seule connais-
337
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
338
LES FONDAMENTAUX
339
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
A. Principes
A RETENIR
Selon la Commission, il est dans l’intérêt de l’Union de faire bénéficier d’un traitement
favorable les entreprises qui coopèrent à la détection des ententes secrètes.
En effet, le bénéfice que tirent les consommateurs et les citoyens de leur révélation et in-
terdiction est plus important que l’intérêt qu’il peut y avoir à sanctionner pécuniairement
des entreprises qui permettent à la Commission de découvrir et de sanctionner de telles
pratiques. C’est la raison pour laquelle la Commission estime que la première entreprise
qui apporte une contribution déterminante à l’ouverture d’une enquête peut bénéficier,
sous réserve du respect de certaines conditions, d’une immunité d’amende. La coopéra-
tion des autres entreprises au cours de la procédure est susceptible de justifier une réduc-
tion de l’amende. La Commission a consacré ces principes dans un premier programme
de clémence adopté en 1996, remplacé en 2002. La Communication du 8 décembre
2006 s’inspire de l’expérience acquise pour définir le cadre permettant de récompenser
la coopération des entreprises parties à des ententes secrètes. Enfin, afin de leur donner
davantage de poids, la Commission a consacré les principes directeurs du programme de
clémence dans le nouvel article 4 bis du règlement 774-2004. Néanmoins, la politique
de clémence continue de relever du pouvoir discrétionnaire de la Commission, qui n’est
pas tenue de prendre en considération le comportement coopératif d’une entreprise au
cours de la procédure administrative lors de la fixation de l’amende.
Les entreprises qui souhaitent bénéficier du programme doivent prendre contact avec
la direction générale de la concurrence de la Commission. Elles peuvent se contenter,
dans un premier temps, de demander l’octroi d’un marqueur, ou présenter immédiate-
ment une demande formelle d’immunité d’amende. Le marqueur protège la place d’une
entreprise dans l’ordre d’arrivée des demandes pendant un délai qui doit lui permettre de
rassembler les renseignements et éléments de preuve nécessaires. Si l’entreprise s’exécute
dans les délais impartis par les services de la Commission, les renseignements et éléments
de preuve seront considérés comme ayant été communiqués à la date d’octroi du mar-
queur. Lorsqu’elle présente une demande formelle d’immunité, l’entreprise doit fournir
à la Commission tous les renseignements et éléments de preuve relatifs à l’entente pré-
sumée dont elle dispose ou, dans un premier temps, les présenter seulement sous forme
hypothétique, en établissant une liste descriptive détaillée des éléments de preuve qu’elle
se propose de divulguer à une date ultérieure convenue. Après avoir reçu de l’entreprise
les renseignements et éléments de preuve complets, la Commission lui accorde par écrit
340
LES FONDAMENTAUX
une immunité conditionnelle d’amende, dont le champ est précisément délimité. S’il
apparaît que l’immunité n’est pas disponible ou que l’entreprise ne remplit pas les condi-
tions pour en bénéficier, la Commission doit en informer l’entreprise par écrit pour lui
permettre soit de retirer les éléments de preuve divulgués, soit de substituer à la demande
d’immunité une demande de réduction d’amende.
Les entreprises qui fournissent spontanément à la Commission des éléments de preuve
sur une entente procèdent par voie de déclaration. Celle-ci fait partie du dossier de la
Commission et peut être invoquée à titre de preuve. Cette déclaration peut être orale.
L’enregistrement demeure accessible, pour contrôle, au déclarant (Règl. 1-2003, art. 19 ;
Règl. 773-2004, art. 3 et 17), ainsi qu’aux destinataires des griefs selon les règles d’accès
au dossier. Les pièces fournies par les demandeurs de clémence sont communiquées
aux autorités nationales à la condition que le niveau de protection contre la divulgation
assuré par l’autorité de concurrence qui les reçoit soit équivalent à celui conféré par la
Commission.
Le texte est conforme au programme de clémence modèle du réseau européen de la
concurrence (REC), qui définit les principaux éléments de la procédure qu’une entre-
prise doit observer lorsqu’elle souhaite bénéficier d’une immunité ou d’une réduction
d’amende. L’alignement des programmes de clémence sur le modèle du REC crée un
mécanisme de «guichet unique»qui permet aux entreprises de déposer une demande
principale devant la Commission et une demande sommaire devant les autorités natio-
nales qu’elles considèrent «bien placées» pour connaître de l’affaire. Il s’agit d’inciter
les entreprises impliquées dans des ententes transfrontalières à déposer des demandes
de clémence en évitant qu’elles ne se laissent décourager par des procédures complexes
et diverses. Néanmoins, comme l’a précisé la Cour de justice, le programme modèle
du réseau européen de la concurrence n’a pas d’effet contraignant à l’égard des autori-
tés nationales de concurrence. Par conséquent, en l’absence de lien juridique entre une
demande d’immunité présentée à la Commission et la demande sommaire présentée à
une autorité nationale de concurrence pour la même entente, cette autorité n’est pas
tenue d’apprécier la seconde à la lumière de la première. En outre, lorsque la demande
sommaire présentée à l’autorité nationale de concurrence revêt un champ d’application
matériel plus restreint que celui de la demande d’immunité présentée à la Commission,
l’autorité nationale n’est pas tenue de contacter la Commission afin d’établir si cette der-
nière a constaté l’existence d’exemples concrets de conduites illégales dans le secteur pré-
tendument couvert par cette demande d’immunité, mais qui ne l’est pas par la demande
sommaire. Enfin, le rang accordé par la Commission à la demande présentée devant elle
ne lie pas l’autorité nationale saisie d’une demande sommaire.
La clémence bénéficie à l’entreprise qui a présenté la demande. La notion d’entreprise
s’entend au sens strict : la société soeur d’une filiale qui a obtenu une réduction d’amende
au titre de la communication sur la clémence ne peut s’en voir étendre le bénéfice au seul
motif que les deux sociétés constituent une entreprise unique au regard du droit de la
concurrence, dès lors que sa propre responsabilité n’est pas dérivée, mais découle de sa
participation matérielle à l’infraction, que la demande de clémence n’a pas été déposée
en son nom et qu’elle n’a pas personnellement coopéré avec la Commission au cours
de la procédure. En revanche, une société mère peut profiter de la réduction d’amende
341
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
B. Immunité d’amende
A RETENIR
L’immunité n’est accordée que si plusieurs conditions cumulatives sont réunies. L’entre-
prise doit être la première à communiquer à l’autorité européenne une déclaration don-
nant une description détaillée de l’entente présumée, le nom et l’adresse de l’entreprise
qui présente la demande d’immunité, ainsi que le nom et l’adresse de toutes celles qui
participent ou ont participé à l’infraction, et toutes les preuves contemporaines dont elle
dispose. La demande sera rejetée lorsque l’entreprise se contente de faire des déclara-
tions unilatérales, même détaillées, non étayées par des preuves documentaires précises
et concordantes. Les éléments fournis ne doivent pas être déjà en la possession de la
Commission, qui doit être dépourvue de preuves suffisantes. Néanmoins, la Commission
peut accorder l’immunité conditionnelle d’amende à une entreprise, même si les rensei-
gnements qu’elle a fournis ne lui permettent pas de se faire une idée détaillée et précise
de la nature et de l’étendue de l’entente présumée et si ces éléments ne visent pas spé-
cifiquement les infractions qu’elle a constatées à l’issue de la procédure administrative.
A RETENIR
C. Réduction d’amende
A RETENIR
L’entreprise qui révèle l’existence d’une entente, mais ne remplit pas les conditions
pour bénéficier de l’immunité, peut prétendre à la réduction de l’amende.
Elle doit, à cette fin, transmettre à la Commission des éléments de preuve de l’entente qui
présentent une valeur ajoutée significative par rapport à ceux que celle-ci possède déjà.
Selon la Cour de justice, il y a lieu de considérer que la possession par la Commission
d’un élément de preuve équivaut à la connaissance de son contenu, indépendamment
de la question de savoir si cet élément a été effectivement examiné et analysé par ses
services. La notion de «valeur ajoutée» vise l’aptitude des éléments de preuve fournis
par une entreprise à renforcer, par leur nature même et/ou leur niveau de précision,
la capacité de la Commission d’établir l’existence de l’entente présumée. Lors de cette
appréciation, la Commission attache une valeur qualitative plus élevée aux éléments de
preuve écrits, datant de la période à laquelle les faits se rapportent, qu’à ceux établis
ultérieurement. De même, elle considère que les éléments de preuve à charge qui se rat-
tachent directement aux faits en cause sont qualitativement plus importants que ceux qui
n’ont qu’un lien indirect avec ces derniers. Enfin, des preuves déterminantes ont pour
elle une valeur plus élevée que les déclarations qui doivent être corroborées si elles sont
contestées. Des informations, même générales, fournies par une entreprise revêtent une
valeur ajoutée significative par rapport aux données précises et détaillées fournies par
une autre, mais contestées par plusieurs participants, lorsqu’elles ont présenté une utilité
objective dans la caractérisation de l’infraction. Néanmoins, il ne suffit pas que la Com-
mission ait cité dans sa décision les éléments de preuve fournis par une entreprise pour
que ceux-ci soient considérés comme dotés d’une valeur ajoutée significative. De même,
le fait d’être l’auteur de documents dotés d’une valeur ajoutée significative, sans être celui
qui les a communiqués à la Commission, ne justifie pas de réduction d’amende. Enfin,
lorsqu’elle apprécie la valeur des documents fournis par une entreprise, la Commission
n’a pas à tenir compte du fait qu’une contribution réduite à la révélation des pratiques
puisse s’expliquer par l’implication moindre de l’entreprise dans l’entente.
Les éléments fournis à la Commission doivent lui faciliter la tâche dans la recherche
de la preuve et la constatation de l’infraction. Tel n’est pas le cas de la reconnaissance
générale et ambiguë des faits allégués ou lorsque l’entreprise fournit des informations
pouvant être interprétées comme la reconnaissance de faits infractionnels, mais nie toute
participation à l’entente. De même, la seule volonté de coopérer ou le fait de coopé-
rer avec la Commission est insuffisant : la réduction d’amende suppose la fourniture
spontanée d’informations, documents ou autres éléments de preuve contribuant à établir
l’infraction commise. Ainsi, la communication de documents qui n’exposent pas l’entre-
prise à une amende ne justifie pas une réduction du montant qui lui aurait été infligé.
La non-contestation des faits postérieure à la communication des griefs ne peut davan-
tage fonder une réduction d’amende, puisque la Commission dispose alors de suffisam-
ment d’éléments pour établir l’infraction. A fortiori, l’attitude ambiguë de l’entreprise
qui, après la communication des griefs retenant la non-contestation, remet en cause une
série de faits essentiels, ne facilitant ainsi pas la tâche de la Commission, ne peut béné-
343
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
ficier d’une réduction d’amende. L’entreprise qui apporte, en temps utile, des éléments
de preuve dotés d’une valeur ajoutée significative ne peut pour autant prétendre à une
réduction d’amende de 50 % dès lors que, parallèlement, elle a cherché à minimiser la
portée de certains contacts. En revanche, la coopération d’une entreprise qui fournit des
renseignements allant bien au-delà de ceux dont la production peut être exigée par la
Commission en application de l’article 18 du règlement 1-2003 ou qui, en réponse à
une demande de renseignements, produit volontairement des éléments de preuve l’incri-
minant ou fait des déclarations contraires à ses intérêts, justifie une réduction d’amende.
De même, l’entreprise qui conteste les informations communiquées à la Commission par
un autre demandeur de clémence ne viole pas son obligation de coopération, lorsqu’un
tel comportement vise uniquement à démontrer que les informations recueillies sont
insuffisantes pour établir l’infraction et que celles qu’elle fournit elle-même présentent
une valeur ajoutée significative.
A RETENIR
Comme celles qui prétendent à l’immunité, les entreprises qui sollicitent une réduc-
tion d’amende, doivent : faire preuve d’une coopération véritable, totale, permanente
et rapide dès le dépôt de la demande et tout au long de la procédure administrative ;
avoir mis fin à leur participation à l’entente présumée sans délai après le dépôt de la
demande ; ne pas avoir détruit, falsifié ou dissimulé des preuves de l’entente présumée
ni avoir divulgué leur intention de présenter une demande ou la teneur de celle-ci, sauf
à d’autres autorités de concurrence.
Une réduction supplémentaire peut être octroyée si la valeur ajoutée des renseigne-
ments fournis le justifie.
Dans le cas d’une infraction unique et complexe, le taux de réduction de l’amende ne doit
pas être ventilé volet de l’infraction par volet de l’infraction, mais s’applique à l’ensemble
de l’amende.
L’entreprise doit, pour bénéficier d’une réduction d’amende, présenter une demande for-
melle ou, si elle communique spontanément des éléments de preuve, indiquer à la Com-
mission qu’ils font partie d’une telle demande. Lorsqu’une entreprise choisit de présenter
oralement sa demande de clémence, la date qui sera prise en considération pour appli-
quer les fourchettes de réduction est celle de la réunion au cours de laquelle elle fournit
des éléments de preuve pourvus d’une valeur ajoutée significative et non celle où elle a
pris contact avec la Commission. Si l’entreprise remplit les conditions de la réduction,
la Commission lui indique par écrit son intention de réduire l’amende et la fourchette
344
LES FONDAMENTAUX
retenue. Le montant exact figure dans la décision finale. L’entreprise ne bénéficie d’aucun
traitement de faveur si elle ne satisfait pas aux conditions de la réduction.
Une société mère peut profiter de la réduction d’amende accordée à sa filiale lorsqu’elle
n’a pas participé personnellement à la commission de l’infraction et que sa responsabi-
lité est purement dérivée, accessoire et dépendante de celle de sa filiale. En revanche, la
société soeur d’une filiale qui a obtenu une réduction d’amende ne peut en bénéficier au
seul motif que les deux sociétés constituent une entreprise unique au regard du droit de
la concurrence, dès lors que sa responsabilité n’est pas dérivée, mais découle de sa parti-
cipation matérielle à l’infraction, qu’elle n’a pas déposé de demande de clémence en son
nom propre et n’a pas collaboré avec la Commission. De même, la réduction d’amende
ne peut être étendue à une entreprise qui, tout en ayant contrôlé dans le passé, le secteur
d’activité impliqué par l’infraction en cause, n’a pas elle-même contribué à la découverte
de celle-ci.
Lorsqu’elle accorde une immunité partielle d’amende pour une période déterminée, la
Commission ne peut tenir compte de cette période à aucun stade de la fixation du mon-
tant de l’amende. De même, lorsqu’elle a accordé une immunité partielle d’amende à
une entreprise qui a soumis des preuves déterminantes permettant d’établir une durée
additionnelle de l’infraction, la Commission ne peut revenir sur la durée de l’immunité
consentie au motif qu’elle a ultérieurement découvert que d’autres contacts anticoncur-
rentiels ont eu lieu au cours de cette période.
V. Paiement
A RETENIR
L’amende est exigible à l’expiration du délai fixé dans la décision. En cas de non-paiement
dans ce délai, la Commission est en droit d’exiger des intérêts de retard au taux précisé
dans la décision. Elle impute discrétionnairement les paiements effectués à condition de
respecter les règles ou les principes généraux du droit européen. En l’absence de texte,
cette faculté est régulièrement contestée par les entreprises. L’application d’intérêts de
retard est, selon le juge européen, pleinement justifiée pour éviter que, par un paiement
tardif, les entreprises fassent obstacle à l’effet utile du Traité. La Commission peut même,
dans le cadre de son pouvoir discrétionnaire, adopter, lors de la fixation du taux d’intérêt,
un point de référence plus élevé que le taux du marché offert à un emprunteur moyen,
afin de décourager les comportements dilatoires.
La Commission, qui peut infliger une amende solidaire à une filiale et à la société mère,
ne doit pas, cependant, adopter une méthode de détermination de la solidarité externe
qui aboutit à faire supporter le risque d’insolvabilité d’une société à une autre, lors-
qu’elles ne font pas partie de la même entreprise. En revanche, lorsque tel est le cas, elle
peut condamner solidairement les deux sociétés au paiement de l’amende même si leurs
implications personnelles dans l’infraction ne sont pas identiques. En outre le pouvoir
345
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
SECTION 5
Publication de la décision
A RETENIR
La Commission peut donc en toute liberté publier les décisions infligeant une amende
sans que l’entreprise destinataire de la décision puisse s’y opposer dès lors que le secret
des affaires est préservé. Lorsque la Commission envisage de publier des informations
que l’entreprise estime couvertes par le secret des affaires, celle-ci peut saisir le conseil-
ler-auditeur en vertu de la décision 2011-695 du 13 octobre 2011. En revanche, le texte
ne permet pas l’intervention du conseiller-auditeur lorsque la DG COMP a déjà fait droit
à une demande de confidentialité. Saisi d’une demande de non-divulgation d’informa-
tions communiquées par une entreprise à la Commission en vue d’obtenir la clémence,
le conseiller-auditeur ne doit pas se limiter à apprécier les droits de l’entreprise au regard
des seules règles qui visent à protéger spécifiquement ces informations contre une di-
vulgation au public mais doit aussi appliquer les principes de protection de la confiance
légitime et d’égalité de traitement.
Dans la période récente, le juge de l’Union a adopté une interprétation restrictive des
notions de secret des affaires et de secret professionnel qui affecte significativement la
protection des entreprises. Ne sont plus couvertes que les informations de moins de
cinq ans - à moins que l’entreprise n’établisse qu’elles constituent encore des élé-
ments essentiels de sa politique commerciale -, qui ne sont connues que d’un nombre
restreint de personnes et dont la divulgation est susceptible de causer un préjudice
346
LES FONDAMENTAUX
sérieux à la personne qui les a fournies ou à des tiers, lorsque les intérêts susceptibles
d’être lésés sont objectivement dignes de protection. Ainsi, la Commission peut publier
l’identité des clients d’une entreprise, les quantités fournies ou les prix pratiqués lorsque
l’entreprise a elle-même porté ces informations à la connaissance de ses concurrents. De
même, la publication de données accompagnant une demande de clémence est considé-
rée comme ne portant pas atteinte aux droits de l’entreprise. Dans cette hypothèse, la
Commission ne peut cependant publier des citations littérales de la déclaration faite par
l’entreprise en vue d’obtenir la clémence, mais seulement des citations littérales d’élé-
ments d’information tirés des documents fournis par celle-ci au soutien de sa décla-
ration, sous réserve de la suppression d’informations permettant d’identifier la source
des informations communiquées. L’obligation générale de publication d’une version non
confidentielle qui pèse sur la Commission n’empêche pas, en outre, de divulguer des
informations qui ne sont pas essentielles pour la compréhension de la décision. En effet,
la publication présente un double intérêt. Elle porte à la connaissance des opérateurs
économiques les comportements susceptibles de les exposer à des sanctions et permet
aux personnes lésées par l’infraction d’en connaître les détails afin de faire valoir, le cas
échéant, leurs droits à l’encontre des entreprises sanctionnées.
La publication peut revêtir différentes formes : Journal officiel, presse, site internet
de la Commission. Elle confère à la décision qui impose une amende aux entreprises la
valeur d’un titre exécutoire au sens de l’article 299 TFUE. Elle peut faire l’objet d’une
exécution forcée selon les règles applicables dans l’État membre sur le territoire duquel
la publication a lieu. Les autorités nationales sont tenues d’apposer la formule exécutoire
sans autre contrôle que celui de l’authenticité du titre. L’exécution forcée ne pourra être
suspendue que par la Cour de justice statuant en référé en application de l’article 278
TFUE.
SECTION 6
Prescription
A RETENIR
L’existence d’une réglementation qui règle en détail les délais dans lesquels la Commis-
sion est en droit, sans porter atteinte à l’exigence fondamentale de sécurité juridique,
d’infliger des amendes aux entreprises, exclut la possibilité de faire valoir toute considé-
ration liée à l’obligation pour l’autorité européenne d’exercer son pouvoir dans un délai
raisonnable. Aucune sanction ne peut être infligée à une entreprise dont on ne peut
établir la participation à des faits remontant à moins de cinq ans avant le déclenchement
de l’enquête.
La prescription court à compter du jour où l’infraction a été commise ou, si l’infraction
est continue ou continuée, à compter du jour où elle a pris fin. Elle peut être interrom-
pue par tout acte de la Commission ou d’une autorité de concurrence d’un État membre,
347
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
qui tend à l’instruction ou à la poursuite de l’infraction, dès lors que cet acte a été notifié à
au moins une entreprise ou association d’entreprises ayant participé à l’infraction. Tel est
le cas de la demande de renseignements, des inspections, de l’engagement de procédure,
de la communication des griefs ou de la décision d’accorder l’immunité conditionnelle
à un demandeur de clémence. Cette interruption vaut à l’égard de toutes les entreprises
ayant participé à l’infraction y compris celles non identifiées comme telles dans la com-
munication. La décision d’inspection de la Commission produit le même effet interruptif
qui vaut à l’égard de toutes les entreprises ayant participé à l’infraction, même si elle n’a
pas été notifiée à certaines d’entre elles. La prescription recommence à courir à partir de
chaque interruption. Toutefois, le caractère inter partes - et non erga omnes - de l’effet
suspensif de la prescription qu’attache l’article 25, paragraphe 6, du règlement 1-2003
aux procédures judiciaires, exclut que les destinataires d’une décision finale de la Com-
mission qui n’ont pas exercé de recours en annulation bénéficient de l’effet suspensif
produit par le recours d’un autre destinataire contre la même décision. La prescription
est acquise au plus tard le jour où un délai égal au double du délai de prescription arrive
à expiration sans que la Commission ait prononcé une amende ou astreinte. Enfin, la
prescription est suspendue tant que la procédure est pendante devant la Cour de justice.
L’exécution des décisions de la Commission infligeant une sanction (amende ou as-
treinte) se prescrit également par cinq ans à compter du jour où la décision est deve-
nue définitive (Règl. 1-2003, art. 26). Elle peut être interrompue soit par la notification
d’une décision modifiant le montant initial ou rejetant la demande de modification, soit
par l’acte visant au recouvrement forcé. Elle est suspendue aussi longtemps qu’un délai
de paiement est accordé ou qu’il est sursis à l’exécution forcée du paiement en vertu
d’une décision de la Cour de justice.
Enfin, en vertu de l’article 7, paragraphe 1, in fine, du règlement 1-2003, «[l]orsque la
Commission y a un intérêt légitime, elle peut également constater qu’une infraction a été
commise dans le passé». Cette disposition permet à la Commission d’établir l’existence
d’une infraction prescrite, sans infliger d’amende, lorsqu’une telle mesure lui permet de
renforcer le constat d’une infraction unique non prescrite.
SECTION 7
Astreintes
A RETENIR
L’astreinte a pour objet de contraindre l’entreprise en cause à exécuter une décision pré-
alablement prise par la Commission à son encontre. Elle ne constitue pas une sanction
de la violation directe d’une disposition du droit européen. En outre, elle suppose un
comportement illicite qui continue à produire des effets au moment où la Commission
décide d’infliger cette sanction pécuniaire.
348
LES FONDAMENTAUX
L’astreinte peut être prononcée pour assurer l’observation de deux types de décisions :
349
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
SECTION 1
Recours en annulation
I. Conditions de recevabilité
A. Acte attaquable
B. Objet du recours
C. Intérêt à agir
D. Prescription
II. Examen du recours
SECTION 2
Sursis à exécution
SECTION 3
Recours en carence
SECTION 4
Recours en réparation
SECTION 5
350
LES FONDAMENTAUX
PLAN
SECTION 1
Recours en annulation
PLAN
Nous distinguerons :
• les conditions de recevabilité du recours ;
• l’examen du recours.
I. Conditions de recevabilité
A RETENIR
Toute personne physique ou morale peut former, en application de l’article 263 TFUE,
un recours en annulation contre les décisions dont elle est le destinataire et contre
celles qui, bien que prises sous l’apparence d’un règlement ou d’une décision adressée
à une autre personne, la concernent directement et individuellement.
Le recours doit être formé dans un délai de deux mois à compter soit de la publication
de l’acte, soit de sa notification au requérant, soit, à défaut, du jour où celui-ci en a eu
connaissance. Cette dernière date présente un caractère subsidiaire par rapport aux deux
premières.
La Commission n’est tenue d’informer les parties ni des voies de recours existantes, ni
des délais pour les exercer.
La requête doit contenir les éléments essentiels de fait et de droit sur lesquels le recours
en annulation se fonde. Une entreprise ne peut, en cours d’audience, invoquer un moyen
nouveau par rapport à ceux de sa requête. Si des renvois peuvent être faits aux annexes,
il ne faut pas que le juge soit contraint d’y chercher et identifier les moyens et arguments
qui constituent le fondement de l’action. A plus forte raison, des arguments et griefs uni-
quement développés en annexe ou dans les conclusions de tiers dans une autre instance
sont-ils irrecevables. Le recours est en revanche admissible même si les requérants n’ont
pas précisé dans leur requête la date de notification ou le nom des autres parties à la
procédure.
351
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
PLAN
A. Acte attaquable
A RETENIR
Les actes qui arrêtent, de manière non équivoque, une mesure qui produit des effets
juridiques affectant les intérêts des personnes concernées en modifiant leur situation
juridique et qui s’impose obligatoirement à elles sont seuls susceptibles de faire l’objet
d’un recours en annulation.
Une décision implicite de refus ne constitue pas une décision attaquable : le défaut de
réponse à une demande de communication de pièces ou à une demande de mesures
conservatoires ne peut donc faire l’objet d’un recours en annulation. Tel est également le
cas de la prise de position provisoire de l’article 7 du règlement 773-2004, de la simple
manifestation d’opinion écrite d’une institution européenne ou de l’acte par lequel les
agents de la Commission prennent copie de documents ou demandent des explications
orales au salarié d’une entreprise au cours de l’inspection qui constitue une mesure
d’exécution de la décision d’inspection qui ne peut être contestée que dans le cadre d’un
recours en annulation contre la décision finale ou contre une décision prise sur le fon-
dement de l’article 23, paragraphe 1, du règlement 1-2003, pour sanctionner un refus
de coopération de l’entreprise. Par son caractère préliminaire, la décision qui prononce
une astreinte ne constitue pas un acte attaquable, contrairement à celle qui la liquide.
En revanche, la lettre de rejet de la plainte qui met fin à l’enquête arrête la position de
la Commission et clôture le dossier produit des effets juridiques obligatoires. De même,
une lettre par laquelle la Commission réclame à une entreprise le paiement d’intérêts
de retard indus produit des effets de droit obligatoires de nature à affecter les intérêts
de cette dernière en modifiant de manière caractérisée sa situation juridique et, partant,
constitue un acte attaquable au sens de l’article 263 TFUE.
Le juge européen s’attache davantage à la nature de l’acte qu’à sa forme pour le qualifier
d’acte attaquable. Il vérifie d’abord si, matériellement, l’objet de l’acte correspond, direc-
tement ou indirectement, à un objet qui est susceptible d’être rempli par une décision at-
taquable (interdiction, exemption assortie de conditions et charges, adoption de mesures
provisoires, demande de renseignements). Il cherche ensuite si, sur un plan formel, l’acte
présente par lui-même les caractères d’une décision, c’est-à-dire d’un commandement
émanant de l’institution.
352
LES FONDAMENTAUX
B. Objet du recours
A RETENIR
L’objet du recours est strictement défini par l’article 263 TFUE. Il ne peut être deman-
dé au juge européen d’adresser des injonctions aux autres institutions européennes. La
reconnaissance explicite ou implicite d’éléments de fait ou de droit par une entreprise
pendant la procédure administrative ne limite pas l’exercice même du droit de recours
dont elle dispose.
C. Intérêt à agir
A RETENIR
Le recours en annulation peut être formé par le destinataire de la décision ou par toute
personne concernée directement et individuellement par celle-ci.
Dans tous les cas, le requérant doit avoir un intérêt né et actuel à l’annulation de l’acte
attaqué. Une personne dispose, en effet, d’un intérêt à agir si le recours, par son résultat,
est susceptible de lui procurer un bénéfice. Ainsi, une entreprise peut avoir intérêt à ce
que la durée de sa participation à l’infraction soit réduite, même si une telle constatation
n’emportera pas nécessairement de diminution du montant de l’amende, compte tenu
des implications éventuelles de la solution dans le cadre d’actions en réparation devant
les juridictions nationales. Contrairement au Tribunal qui avait exclu l’intérêt à agir d’une
partie à l’entente dont le codébiteur solidaire a réglé intégralement l’amende sans inten-
ter d’action récursoire contre elle, la Cour de justice considère que, placée sous concordat
préventif, l’entreprise en cause conserve un tel intérêt dès lors que son codébiteur soli-
daire conserve la possibilité de se retourner contre elle pour obtenir le paiement de sa
contribution pendant dix ans.
Les entreprises victimes d’une entente ou d’un abus de position dominante sont sans
aucun doute admises à introduire un recours en annulation. Tel est le cas des entreprises
concurrentes ou d’associations professionnelles représentatives. Le plaignant est égale-
ment recevable à agir contre le rejet de sa plainte dès lors que cet acte fixe clairement et
définitivement la position de la Commission. En revanche, la seule participation à une
procédure administrative ne suffit pas à conférer la qualité de personne directement et
individuellement concernée. De même, le client d’une entreprise condamnée pour en-
tente, qui agit en annulation contre la décision de la Commission, n’est pas recevable en
son intervention dès lors que le recours a pour seul objet de contrôler la légalité de la
décision et non de permettre ou faciliter l’exercice d’actions civiles en dommages-intérêts
pour les victimes de pratiques anticoncurrentielles.
353
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
D. Prescription
A RETENIR
Le délai de deux mois fixé par l’article 263 TFUE court à compter de la notification au
requérant, ou de la publication de la décision s’il n’est pas partie.
A RETENIR
Ainsi, lorsque la Commission impute à tort à une entreprise une infraction unique et
complexe, sans qualifier de manière autonome sa participation effective à des contacts
bilatéraux anticoncurrentiels, le juge de l’Union ne peut qu’annuler la décision en ce
qui la concerne, sans procéder lui-même à cette qualification. En effet, le Tribunal de
l’Union ne peut constater l’existence d’infractions non retenues par la Commission dans
sa décision. Il n’est donc pas autorisé à instruire lui-même le dossier pour combler les
lacunes de la décision de la Commission. Le juge ne peut toutefois renoncer à exercer le
contrôle approfondi, en droit comme en fait, qui lui incombe, en s’appuyant sur la marge
354
LES FONDAMENTAUX
à la pratique concertée fondée sur des faits identiques, lorsqu’un arrêt a pour effet de faire
disparaître la constatation d’une violation de l’article 101 TFUE. Ces mesures peuvent
également consister dans le remboursement des amendes versées, celles-ci étant alors
dépourvues de base juridique. Par ailleurs, le Tribunal ne peut annuler une décision de la
Commission lorsqu’il ne remet en cause que l’un des éléments de la participation d’une
entreprise à une entente et qu’une annulation partielle ne modifiera pas la substance de
la décision. Lorsque certains volets d’une infraction unique et continue, suffisamment
dissociables, ne peuvent pas être imputés à l’entreprise tenue pour responsable, le juge
de l’Union doit se limiter à une annulation partielle. De même, l’interdiction de statuer
ultra petita fait obstacle à ce que le juge de l’Union annule l’intégralité de la décision de
la Commission lorsqu’il soulève d’office un moyen d’ordre public, alors que l’entreprise
n’a demandé que son annulation partielle.
SECTION 2
Sursis à exécution
A RETENIR
La compétence du juge des référés se limite à exercer un contrôle juridictionnel sur les
actes administratifs que la Commission a déjà pris mais ne peut avoir pour objet de lui
interdire préventivement d’adopter une décision.
A RETENIR
Le sursis à l’exécution peut être accordé s’il est établi que son octroi est justifié à pre-
mière vue en fait et en droit (fumus boni juris) et qu’il est nécessaire pour éviter un
préjudice grave et irréparable aux intérêts du requérant après mise en balance des
intérêts des parties.
Les exigences sont cumulatives. Le sursis ne préjuge pas les points de droit ou de fait en
litige ni ne neutralise par avance les conséquences de la décision à rendre ultérieurement
au principal.
La demande de sursis n’est recevable que dans le cadre d’une procédure mettant en
cause l’acte d’une institution. La condition de «fumus boni juris» oblige le requérant à
présenter des arguments contre cette décision suscitant à première vue des doutes sur sa
validité, ou, à tout le moins, des moyens non dépourvus à première vue de fondement,
qui rendent nécessaires à ce stade un examen plus approfondi du juge. Le fait que la
question soulevée par l’entreprise soit nouvelle, comme celle portant sur le caractère
356
LES FONDAMENTAUX
confidentiel des informations fournies par une entreprise dans le cadre de sa demande de
clémence, constitue une élément d’appréciation. L’erreur manifeste d’appréciation et le
défaut de motivation suffisante de la Commission qui, sans procéder à un examen appro-
fondi, rejette les éléments de preuve fournis par une entreprise à l’appui de sa demande
relative à son incapacité de payer l’amende en dépit des caractéristiques inhabituelles
que présente le contexte économique et financier, tant européen que mondial, sont suffi-
samment sérieux et pertinents pour constituer un fumus boni juris. Il n’est pas nécessaire
que le fumus boni juris soit particulièrement convaincant lorsque la demande de sursis à
exécution concerne des mesures provisoires. En revanche, lorsque la demande de sursis
à exécution présentée à la Cour de justice porte sur la décision de la Commission, plutôt
que sur l’arrêt du Tribunal de l’Union, l’entreprise doit, pour établir que la condition re-
lative au fumus boni juris est remplie, non seulement invoquer des moyens sérieux contre
cet arrêt, mais aussi démontrer que les moyens invoqués à l’encontre de la légalité de la
décision dans le cadre du recours en annulation sont de nature à justifier à première vue
l’octroi du sursis sollicité.
Le requérant doit, par ailleurs, établir que l’exécution de la décision de la Commission
lui causerait un préjudice grave et irréparable et qu’il y a urgence à suspendre à titre
exceptionnel son exécution. En d’autres termes, il doit apporter la preuve du risque qu’il
invoque à l’appui de sa demande. Ce risque ne doit pas être de nature purement hypothé-
tique. Le demandeur est donc tenu de fournir des indications concrètes qui permettent
au juge d’apprécier les conséquences précises de l’absence de sursis. Celui-ci doit en effet
être apte à éviter le préjudice allégué. Il suffit, en revanche, que l’imminence du préjudice
soit prévisible avec un degré de probabilité suffisant. Un préjudice financier ne constitue
pas en principe un préjudice irréparable, dès lors qu’une compensation pécuniaire est
susceptible de rétablir l’entreprise lésée dans la situation antérieure à la survenance du
préjudice. Il en va autrement, cependant, si ce préjudice ne peut être chiffré. Constituent
des préjudices irréparables une atteinte au droit d’auteur de l’entreprise, un risque de
divulgation de secrets d’affaires ou de mise en cause d’un système de distribution, de
constitution d’une garantie pour éviter le paiement immédiat de l’amende ou de mise en
péril de la survie de l’entreprise. En revanche, lorsque le préjudice allégué s’est déjà en
partie réalisé, le sursis ne peut être accordé.
Le juge accorde ou refuse le sursis après avoir mis en balance les intérêts des parties en
cause. Le préjudice subi doit être hors de proportion par rapport à l’intérêt que repré-
sente pour l’Union l’exécution de la décision pour que le sursis s’impose. Ainsi, la Cour
de justice estime que l’intérêt d’une entreprise à ne pas perdre de manière irréversible la
protection accordée au secret professionnel apparaît supérieur à celui de l’institution de
faire connaître au public son action, d’autant plus lorsque cet intérêt public a en grande
partie déjà été satisfait par la publication d’une version non confidentielle de sa décision.
Le juge statue par voie d’ordonnance motivée, qui peut à tout moment être modifiée ou
rapportée à la suite d’un changement de circonstances. La décision de sursis suspend
l’exécution de l’acte attaqué, mais ne produit aucun effet.
357
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
SECTION 3
Recours en carence
A RETENIR
Toute personne physique ou morale peut saisir le juge de l’Union d’un recours en ca-
rence lorsqu’une institution de l’Union manque à son obligation d’adresser un acte
autre qu’une simple recommandation (TFUE, art. 265). Par analogie avec l’article 263
TFUE, seules les personnes directement et individuellement concernées par l’acte
sont recevables à introduire un recours en carence.
Pour déterminer si une personne est recevable à agir en carence contre un acte qui l’au-
rait concernée directement et individuellement, le juge vérifie si elle serait recevable à agir
en annulation. L’institution en cause doit avoir été préalablement invitée à agir (TFUE,
art. 265). Il faut que la mise en demeure soit suffisamment explicite et précise. Elle doit
soit reposer sur un texte, soit contenir une description suffisamment détaillée de l’en-
semble des infractions alléguées.
La recevabilité du recours en carence suppose l’existence d’une obligation d’agir pe-
sant sur l’autorité européenne et une abstention. C’est l’absence de décision ou de
prise de position de la Commission qui est sanctionnée, et non l’adoption d’un acte
différent de celui que le requérant aurait souhaité. L’abstention est caractérisée lorsque
la Commission, saisie d’une plainte sur le fondement des articles 101 et 102 TFUE, n’a
pas pris position sur les éléments de la plainte relatifs à l’article 102 TFUE, alors qu’elle
doit examiner tous les éléments de fait et de droit contenus dans la demande, lorsqu’elle
s’abstient d’agir à l’expiration du délai de deux mois suivant la réception de la mise
en demeure, et alors que l’instruction est en cours depuis quatre années. L’obligation
d’agir de la Commission prend naissance dès qu’elle a pu examiner tous les éléments de
fait et de droit portés à sa connaissance. Elle disparaît lorsque le requérant présente, à
l’occasion de l’invitation à agir et postérieurement à celle-ci, de nouveaux éléments sus-
ceptibles d’influencer l’appréciation de la Commission. Le pouvoir discrétionnaire de la
Commission en matière de politique de concurrence limite les hypothèses où elle peut
être contrainte d’agir.
Le délai de recours est de deux mois à compter du défaut de réponse à l’invitation à
agir fixé également à deux mois (TFUE, art. 265). Dans un délai de deux mois à comp-
ter de l’invitation à agir, la Commission doit prendre position. À défaut, le recours est
formé dans un nouveau délai de deux mois. La prise de position de l’autorité européenne
prive donc d’objet le recours en carence. En effet, lorsque l’acte dont l’omission fait l’ob-
jet du litige a été adopté après mise en demeure d’agir, mais avant le prononcé de l’arrêt,
le recours en carence devient sans objet. Le juge européen a précisé les contours de la
notion de «prise de position». Si l’existence d’une procédure d’instruction en cours ou
une lettre de rejet de la plainte équivalent à une prise de position, tel n’est pas le cas de
la publication d’une communication au titre d’un autre texte que celui visé par la mise
en demeure ou de la cessation du comportement anticoncurrentiel incriminé. Lorsqu’il a
été jugé que l’objet du recours a disparu, il est inutile de se prononcer sur sa recevabilité.
358
LES FONDAMENTAUX
SECTION 4
Recours en réparation
A RETENIR
En vertu de l’article 340, alinéa 2, TFUE, l’Union doit réparer, conformément aux prin-
cipes généraux communs aux droits des États membres, les dommages causés par
ses institutions ou par ses agents dans l’exercice de leurs fonctions. L’engagement
de la responsabilité extracontractuelle de l’Union et la mise en œuvre du droit à la
réparation du préjudice subi impliquent la preuve, cumulativement, de l’illégalité du
comportement reproché aux institutions, de la réalité du dommage et de l’existence
d’un lien de causalité entre ce comportement et le préjudice invoqué.
359
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
SECTION 5
Pourvoi devant la Cour de justice
A RETENIR
Un pourvoi peut être formé contre la décision du Tribunal par requête déposée au
greffe du Tribunal ou de la Cour.
360
LES FONDAMENTAUX
par voie d’ordonnance motivée, rejeter en tout ou partie le pourvoi. Que le pourvoi soit
ou non fondé, la Cour juge elle-même définitivement le litige et statue sur les dépens. En
revanche, lorsque la solution du litige implique des appréciations de fait, elle doit, après
avoir annulé l’arrêt du Tribunal, lui renvoyer l’affaire. La phase orale de la procédure peut
être écartée par la Cour, à moins qu’une partie présente une demande motivée d’audition,
dans le délai d’un mois à compter de la clôture de la procédure écrite.
361
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
362
LES FONDAMENTAUX
I. Principes
A RETENIR
La Commission dispose d’un pouvoir de décision strictement défini. Elle est investie
du pouvoir de prononcer des mesures provisoires, des injonctions, ou des sanctions
pécuniaires, mais n’a pas compétence pour indemniser les victimes de pratiques an-
ticoncurrentielles ou prononcer la nullité d’accords contraires aux articles 101 ou 102
TFUE.
L’article 101, paragraphe 2, TFUE dispose que les accords ou décisions qu’il interdit
sont nuls de plein droit. Ce texte confère aux juridictions nationales le pouvoir de pro-
noncer la nullité des clauses contractuelles contraires à l’article 101, paragraphe 1,
TFUE.
De même, si l’arbitre ne peut en aucun cas prononcer des injonctions ou des amendes, il
peut tirer les conséquences civiles d’une infraction aux règles de la concurrence, même si
les parties ne sont pas toutes ensemble attraites à la procédure arbitrale.
Dans tous les cas, les dispositions nationales applicables aux modalités procédurales des
recours en indemnité et à l’étendue de la réparation du préjudice subi, en cas d’infraction
au droit européen de la concurrence, doivent être conformes aux principes européens
d’équivalence et d’effectivité. Ainsi, une législation nationale viole le principe d’effectivité
lorsqu’elle subordonne au consentement de l’ensemble des parties l’accès au dossier de
tiers qui souhaitent exercer une action en dommages-intérêts à la suite d’une procédure
nationale fondée sur l’article 101 TFUE, y compris aux documents communiqués dans
le cadre d’un programme de clémence, sans laisser la possibilité au juge d’effectuer une
mise en balance des intérêts en présence.
Dans le cadre du règlement 1049-2001, le droit d’accès d’un justiciable aux documents
d’une procédure de concurrence devant la Commission doit s’apprécier compte tenu
des règles spécifiques prévues par les règlements 1-2003 et 773-2004 qui limitent la
communication du dossier aux parties concernées et aux personnes dont la Commission
a l’intention de rejeter la plainte. Dès lors, la Commission est en droit de présumer, sans
procéder à un examen concret et individuel de chacun des documents qui figurent dans
un dossier relatif à une procédure de l’article 101 TFUE, que leur divulgation porte en
principe atteinte à la protection des intérêts commerciaux des entreprises impliquées
ainsi que des objectifs de l’enquête. La Commission a modifié le règlement 773-2004 et
la Communication relative à la coopération avec les juridictions nationales pour fixer les
règles relatives à l’étendue de l’accès au dossier et à son utilisation devant les juridictions
nationales.
Désormais, les informations obtenues en vertu du règlement 773-2004 ne pourront
être utilisées que dans le cadre de procédures judiciaires ou administratives ayant pour
objet l’application des articles 101 et 102 TFUE. En particulier, l’accès aux déclarations
effectuées en vue d’obtenir la clémence ou aux propositions de transaction ne pourra
être accordé que pour l’exercice des droits de la défense dans une procédure engagée
363
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
364
LES FONDAMENTAUX
II. Nullité
A RETENIR
La nullité de plein droit de l’article 101, paragraphe 2, TFUE revêt un caractère absolu.
Tout particulier est susceptible de s’en prévaloir, même lorsqu’il est partie à l’entente.
Elle s’applique aux seuls éléments de l’accord frappés par l’interdiction ou à l’accord
dans son ensemble si ces éléments n’en paraissent pas séparables. Lorsque les clauses
365
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
III. Dommages-intérêts
A RETENIR
La Commission, qui agit au nom de l’intérêt européen, n’a pas compétence pour in-
demniser les victimes de pratiques anticoncurrentielles. Celles-ci doivent, pour obte-
nir réparation du préjudice subi, saisir les juridictions de l’ordre interne.
Toute personne est en droit de demander réparation du dommage que lui aurait causé un
contrat ou un comportement susceptible de restreindre ou de fausser le jeu de la concur-
rence lorsqu’il existe un lien de causalité entre le préjudice et la pratique litigieuse (CJCE,
13 juill. 2006, aff. C-295 à C-298-04, Manfredi, LawLex061682), à condition qu’elle
n’ait pas pris une part significative dans la distorsion de concurrence (CJCE, 20 sept.
2001, aff. C-453-99, Courage c. Crehan, LawLex023534). L’action de victimes indirectes
de l’entente est également recevable : des personnes qui n’interviennent pas en qualité
de fournisseur ou d’acheteur sur le marché concerné par une entente peuvent demander
la réparation du dommage résultant du fait que, en raison de cette entente, elles ont dû
accorder des subventions plus importantes que si cette entente n’avait pas existé et n’ont,
par suite, pas pu placer ce différentiel dans des investissements plus lucratifs. De même,
la victime d’un prix de protection (umbrella pricing) doit pouvoir obtenir la réparation
par les membres de l’entente du dommage subi, même en l’absence de liens contractuels
avec ces derniers (CJUE, 5 juin 2014, aff. C-557-12, Kone, LawLex142043). La Com-
mission peut elle-même exercer une action en dommages-intérêts devant les juridictions
nationales au nom des institutions de l’Union, victimes d’une entente de prix constatée
par la Commission. En effet, le fait que les juridictions nationales aient l’obligation de
se conformer aux décisions de la Commission ne viole pas l’article 47 de la Charte des
droits fondamentaux, dès lors que ces décisions sont soumises au contrôle du juge de
l’Union et que les juridictions nationales demeurent pleinement compétentes pour ap-
précier l’existence du préjudice et le lien de causalité entre celui-ci et la faute dénoncée.
Lorsque l’auteur de l’infraction a été dissous, l’obligation de réparation incombe à l’en-
treprise qui a acquis toutes ses actions et poursuivi ses activités commerciales. La répa-
ration doit comprendre non seulement le dommage réel mais aussi le manque à gagner
et le paiement d’intérêts.
366
LES FONDAMENTAUX
Dans son Livre vert du 19 décembre 2005 sur les actions en dommages-intérêts, la
Commission avait souligné que l’un des principaux obstacles au développement du pri-
vate enforcement résidait dans la difficulté d’accéder aux documents de la procédure.
Ainsi, lorsqu’une procédure de clémence est mise en œuvre, la Commission se montre
nettement plus favorable au public enforcement qu’au private enforcement, en refusant
de communiquer les documents présentés par les bénéficiaires de l’immunité. La Cour
de justice adopte une position différente en imposant au juge national saisi d’une de-
mande de communication de documents relatifs à une procédure de clémence de mettre
en balance les intérêts protégés par le droit de l’Union, l’effectivité de la réparation et
l’efficacité des programmes de clémence. En application de ces principes, elle considère
qu’une législation nationale ne peut subordonner l’accès au dossier de tiers qui sou-
haitent exercer une action en dommages-intérêts à la suite d’une procédure nationale
fondée sur l’article 101 TFUE, y compris aux documents communiqués dans le cadre
d’un programme de clémence, au consentement de l’ensemble des parties à la procédure.
Toutefois, la directive 2014-104 relative aux actions en dommages et intérêts, tout en
préconisant un large accès des victimes de pratiques anticoncurrentielles aux documents
de la procédure, écarte expressément ceux communiqués par un demandeur de clémence
ou le bénéficiaire d’une transaction.
Enfin la question s’est posée, devant la Cour de justice, de la détermination du juge
compétent pour connaître des actions en réparation introduites par le même requérant
contre plusieurs sociétés établies dans des États membres différents à raison de leur par-
ticipation à une entente unique et continue. Selon la Cour, de telles actions présentent
un lien de connexité tel qu’il y a intérêt à les juger ensemble afin d’éviter des solutions
inconciliables. La victime peut donc porter l’action devant le tribunal du domicile de
l’une quelconque des co-participantes, même si elle conclut ultérieurement une transac-
tion qui aboutit à son désistement à l’égard de cette dernière, mais pas des autres. Elle
peut également saisir le tribunal du lieu de conclusion de l’entente ou d’un arrangement
particulier sous-tendant cette entente ou celui du lieu de son propre siège social. Enfin,
elle peut saisir le tribunal du lieu où le fait dommage s’est produit, qu’il s’agisse du lieu
où des prix prédateurs ont été appliqués ou proposés ou de celui où les prix du marché
ont été faussés par une entente. Le cas échéant, le juge peut être tenu par une clause attri-
butive de juridiction à condition que celle-ci se réfère aux différends relatifs à la respon-
sabilité encourue du fait d’une infraction au droit de la concurrence et que la victime y
ait consenti (CJUE, 21 mai 2015, Cartel Damage Claims, aff. C-352/13, LawLex15643).
Cette condition n’est pas exigée en matière d’abus de position dominante, car contraire-
ment à l’entente, dont la victime ne peut prévoir que son cocontractant est susceptible de
se concerter avec des tiers, l’abus peut trouver sa source dans les relations contractuelles
avec l’entreprise en position dominante, de sorte que l’application de la clause a nécessai-
rement pour origine le rapport de droit à l’occasion duquel elle a été convenue (CJUE, 24
octobre 2018, Apple Sale international c. eBizcuss.com, aff. C-595/17, LawLex181585).
367
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
SOUS-TITRE II
Procédure française
A RETENIR
- les infractions aux dispositions du titre IV relèvent de la seule compétence des juri-
dictions civiles ou pénales, et depuis la loi Hamon, dans un certain nombre de cas, de
l’Administration et des juridictions administratives ;
- les pratiques anticoncurrentielles des articles L. 420-1, L. 420-2, L. 420-2-1,
L. 420-2-2 et L. 420-5 ressortissent à la compétence exclusive de l’Autorité de la
concurrence, qui seule peut enjoindre aux contrevenants la cessation de l’infraction
et prononcer une sanction pécuniaire ;
- les micro-pratiques anticoncurrentielles de l’article L. 464-9 relèvent de la compé-
tence du ministre de l’Économie, qui dispose d’un pouvoir d’injonction et de tran-
saction, la compétence revenant à l’Autorité de la concurrence en cas de refus des
entreprises de transiger ;
- les pratiques de renégociation des conditions commerciales et de déréférencement
(constatées notamment à l’occasion de la création d’une centrale de référencement
commune par deux groupes de distribution), et qui ne constituent pas des pratiques
anticoncurrentielles, peuvent relever de la compétence de la Commission d’examen
des pratiques commerciales.
A RETENIR
L’article L. 420-7 du Code de commerce précise que les litiges relatifs à l’application
des articles L. 420-1 à L. 420-5 du Code de commerce, ainsi que des articles 101 et 102
TFUE, sont attribués, sans préjudice des règles de compétence spéciales, au tribunal
de grande instance ou au tribunal de commerce selon le cas. En vertu de l’article R.
420-3 du Code de commerce, les tribunaux de commerce ou de grande instance de
Marseille, Bordeaux, Lille, Fort-de-France, Lyon, Nancy, Paris et Rennes sont seuls
compétents pour connaître respectivement des procédures applicables aux commer-
çants ou artisans, ou aux autres personnes.
La Cour d’appel de Paris est le juge de second degré lorsque la décision a été rendue par
une juridiction spécialisée. Dans l’hypothèse où un juge spécialisé se serait à tort pronon-
cé, la cour d’appel de son ressort demeure compétente pour statuer sur le recours exercé,
368
LES FONDAMENTAUX
mais elle est alors tenue de relever d’office l’excès de pouvoir commis, annuler le juge-
ment et statuer, le cas échéant, dans les limites de sa propre compétence. Une clause at-
tributive de juridiction ne peut déroger à ces règles impératives. Depuis l’ordonnance du
4 novembre 2004, l’article L. 490-9 du Code de commerce, conformément au règlement
1-2003 du 16 décembre 2002, attribue pleine compétence aux autorités nationales pour
appliquer les règles européennes de concurrence.
Par ailleurs, l’article L. 623-1 du Code de la consommation, issu de la loi Hamon du 17
mars 2014, qui introduit l’action de groupe en droit français, notamment en matière de
concurrence, prévoit la compétence de la juridiction civile pour en connaître. L’article
R. 623-2 désigne le tribunal de grande instance du lieu où demeure le défendeur et,
lorsque celui-ci demeure à l’étranger ou n’a ni domicile ni résidence connus, le Tribunal
de grande instance de Paris.
A RETENIR
Les juridictions pénales sont compétentes pour connaître de l’action dirigée contre
toute personne physique qui frauduleusement aura pris une part personnelle et déter-
minante dans la conception, l’organisation ou la mise en œuvre des pratiques visées
aux articles L. 420-1, L. 420-2 et L. 420-2-2 du Code de commerce (art. L. 420-6).
La constatation d’un effet avéré ou potentiel sur le marché est suffisante. La démonstra-
tion d’un préjudice n’est pas requise. Les actes interruptifs de la prescription devant l’Au-
torité de la concurrence interrompent l’action pénale. Réciproquement, les actes qui in-
terrompent l’action publique sont des actes interruptifs de prescription devant l’Autorité
de la concurrence (art. L. 462-7). Tel est le cas de la plainte et de l’enquête qui en résulte.
En vertu de l’article L. 462-6, l’Autorité de la concurrence peut transmettre le dossier au
parquet. La Cour d’appel de Paris a jugé qu’il ne lui appartenait pas de se prononcer sur
cette décision tout en considérant qu’elle pouvait elle-même ordonner la transmission
sur le fondement de l’article 40, alinéa 2, du Code de procédure pénale. L’article L. 420-
6 du Code de commerce n’est pratiquement jamais appliqué. L’utilisation du droit pénal
pour sanctionner des infractions au droit de la concurrence présente en effet des risques
de blocage. Tout d’abord, par application de la règle commune, «le criminel tient le civil
en l’état», le déclenchement de l’action publique paralyse les procédures civiles et com-
merciales. Ensuite, la coexistence d’une procédure pénale et d’une procédure de concur-
rence est souvent difficile : l’utilisation des pièces de la procédure pénale constitue un nid
à contentieux bien qu’elle soit prévue par les textes. L’Autorité de la concurrence, et non
le rapporteur, est seule habilitée à demander des pièces qui ne peuvent être communi-
quées que par le juge d’instruction, et non le procureur. De plus, seuls les procès-verbaux,
rapports d’enquête et/ou autres pièces de l’instruction pénale ayant un rapport direct
avec les faits soumis à l’autorité de concurrence sont communicables.
On peut douter de l’utilité de l’article L. 420-6. S’il ajoute effectivement aux articles L.
420-1 et L. 420-2 du Code de commerce en ce qu’il vise la personne physique, il est
aussi un exemple de l’inadaptation du droit pénal à la matière concurrentielle. En parti-
culier, il risque de priver d’effet la procédure de clémence, mise en place par la loi NRE,
qui permet à l’entreprise ou l’organisme qui contribue à établir la réalité de la pratique et
369
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
A RETENIR
Outre qu’il peut enjoindre aux entreprises de mettre un terme à leurs micro-pratiques an-
ticoncurrentielles, le ministre peut, aux mêmes conditions, leur proposer une transaction.
Son montant ne peut excéder 150 000 euro ou 5 % du dernier chiffre d’affaires connu
en France, si cette valeur est plus faible. Le ministre ne peut pas prononcer d’injonction
ni proposer de transaction si les mêmes faits ont au préalable été examinés par l’Autorité
de la concurrence. En revanche, toute action pour les mêmes faits devant l’Autorité de la
concurrence est éteinte dès lors que les entreprises ont exécuté les obligations découlant
de l’injonction ou de l’acceptation de la transaction.
Le ministre de l’Économie communique, par lettre recommandée avec avis de réception,
aux entreprises soupçonnées les faits constatés susceptibles de constituer une infraction.
Il joint à cette communication le rapport administratif d’enquête qui établit les infrac-
tions alléguées, leur qualification juridique et leur imputabilité. Il précise également les
sanctions envisagées - injonction et/ou amende -, à titre de transaction. Le dossier est
accessible aux destinataires sous réserve du respect des secrets d’affaires. Les parties
disposent d’un délai de deux mois pour présenter leurs observations écrites, voire des
observations orales. L’assistance d’un conseil est prévue par le texte (art. R. 464-9-1
C. com.). Le ministre peut soit classer l’affaire, soit prononcer une injonction de cesser
l’infraction et/ou indiquer aux entreprises la somme proposée à titre de transaction, par
lettre recommandée avec avis de réception. La décision précise pour chaque entreprise
concernée les délais d’exécution de l’injonction et de paiement de la somme proposée à
titre de transaction. L’Autorité de la concurrence est informée des injonctions pronon-
cées et transactions passées. Si dans le délai d’un mois qui suit la notification de cette
décision, l’entreprise ne l’a pas contresignée pour acceptation, elle est réputée avoir refu-
sé la transaction et d’exécuter l’injonction (art. R. 464-9-2 C. com.). Ce refus implique la
saisine de l’Autorité de la concurrence (art. R. 464-9-3 C. com.). Le président de l’Auto-
rité de la concurrence ou un vice-président qu’il a désigné peut adopter seul la décision
(art. L. 461-3 C. com.).
370
LES FONDAMENTAUX
A RETENIR
En effet, l’article L. 410-1, qui définit le champ d’application des règles de concurrence,
prévoit l’application de ces règles aux personnes publiques, notamment dans le cadre de
conventions de délégation de services publics, dès lors qu’elles exercent une activité de
production, de distribution ou de services. Mais le contrôle de validité des actes adminis-
tratifs relève en principe des juridictions administratives.
Saisi à multiples reprises, le Tribunal des conflits applique en la matière les règles tradi-
tionnelles de répartition de compétence entre ordres juridictionnels. Il considère ainsi
que l’Autorité de la concurrence ne peut connaître que de la validité des actes ne mettant
pas en cause l’exercice de prérogatives de puissance publique.
Dans un premier temps, le Conseil d’État s’est montré très réticent à appliquer les règles
de concurrence, au motif que l’organisation d’un service public ne pouvait constituer une
activité de production, de distribution ou de services au sens de ce texte. Puis, opérant
un revirement, il a accepté, sur renvoi préjudiciel d’une juridiction judiciaire, d’examiner,
tant au regard des dispositions internes que du TFUE, la validité :
PLAN
372
LES FONDAMENTAUX
CHAPITRE I Enquête
SECTION 1
Règles communes
I. Conditions d’ouverture
A. Pouvoir spécial ou général d’enquête
B. Demande d’enquête
C. Opportunité de l’enquête
D. Fonctionnaires habilités
E. Administration de la preuve
F. Délit d’opposition
II. Procès-verbal
A. Obligation générale
B. Rapport d’enquête
C. Mentions
D. Formalisme
III. Collaboration des entreprises
IV. Droits de la défense
A. Principe du contradictoire
B. Obligation de loyauté
C. Secret professionnel
D. Droit à l’assistance d’un conseil
E. Droit d’accès au dossier
SECTION 2
Enquête simple
I. Objet de l’enquête
A. Obligation de communication
B. Preuve de la communication
II. Pouvoirs des enquêteurs
A. Mandat spécial
B. Communication de pièces
C. Accès aux locaux
D. Auditions
E. Expertise
III. Voies de recours
373
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
SECTION 3
Enquête lourde
I. Demande d’autorisation judiciaire
A. Personnes habilitées
B. Ministère d’avocat
C. Contenu de la demande
II. Ordonnance d’autorisation judiciaire
A. Bien-fondé de la demande
B. Conditions de validité
C. Objet de l’enquête
D. Portée de l’autorisation
E. Exécution de l’autorisation de visite et de saisie
III. Visites et saisies
A. Officiers de police judiciaire
B. Pouvoirs des enquêteurs
C. Commissions rogatoires
D. Contrôles de régularité
E. Assistance des autorités européennes ou nationales
374
LES FONDAMENTAUX
CHAPITRE I Enquête
PLAN
PLAN
Parmi les règles communes applicables à tous les types d’enquête, seront en-
visagées :
• les conditions d’ouverture de l’enquête ;
• le procès-verbal ;
• l’obligation de collaboration des entreprises ;
• les droits de la défense.
I. Conditions d’ouverture
PLAN
Les enquêtes nécessaires à la mise en œuvre des règles de concurrence sont menées
soit par les agents des services d’instruction de l’Autorité de la concurrence habilités à
cet effet par le rapporteur général, soit par des fonctionnaires habilités par le ministre
de l’Économie (art. L. 450-1 C. com.). La compétence des agents de l’Autorité de la
concurrence est limitée aux pratiques anticoncurrentielles et au contrôle des concen-
trations. Les fonctionnaires habilités par le ministre de l’Économie ont une compé-
tence élargie puisque celui-ci dispose d’un pouvoir général d’enquête qui comprend
l’ensemble des règles de concurrence : pratiques anticoncurrentielles, contrôle des
concentrations, transparence tarifaire, pratiques restrictives, etc.
375
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
B. Demande d’enquête
A RETENIR
Le rapporteur général de l’Autorité de la concurrence doit être informé, avant leur dé-
clenchement, des investigations concernant des cas d’ententes ou d’abus de domination
que les services du ministre souhaitent mettre en œuvre et peut en prendre la direction.
Les services du ministre sont, en outre, tenus d’informer, sans délai, du résultat de leurs
investigations le rapporteur général qui peut proposer à l’Autorité de se saisir d’office.
L’Administration peut également procéder à des enquêtes complémentaires sur demande
de la Cour d’appel de Paris, saisie d’un recours contre une décision de l’Autorité de la
concurrence. Le cadre général de la demande d’enquête ne fait pas obstacle à sa validité.
La Cour de cassation estime que la demande d’enquête qui vise la recherche de la preuve
d’une infraction à l’article L. 420-1 sur un marché déterminé n’est pas limitée à l’article
L. 450-4 (enquête lourde) mais répond aux prescriptions de l’article L. 450-3 (enquête
simple). En revanche, le ministre de l’Économie ne peut procéder à des enquêtes pos-
376
LES FONDAMENTAUX
C. Opportunité de l’enquête
A RETENIR
D. Fonctionnaires habilités
A RETENIR
377
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
L’exigence selon laquelle les fonctionnaires désignés pour pratiquer une visite domici-
liaire sont choisis parmi les agents enquêteurs habilités, selon les prescriptions de l’article
L. 450-1, ne concerne pas le chef de service sous l’autorité administrative duquel ils sont
placés et dont le rôle n’est pas de procéder lui-même aux opérations de visite. Le juge
peut autoriser des agents de l’Administration autres que ceux qui présentent la demande
à procéder aux investigations dès lors qu’ils sont habilités. Il peut en outre déléguer au
chef de service ayant sollicité l’autorisation d’effectuer une enquête le soin de désigner
les agents habilités placés sous son autorité qui exécuteront les visites. Enfin, bien qu’ils
doivent être habilités, aucune disposition législative ou réglementaire n’impose aux en-
quêteurs de produire une habilitation nominative lorsqu’ils se présentent dans les locaux
de l’entreprise.
Les enquêteurs doivent mener les opérations d’investigation de manière impartiale et
objective. L’intervention volontaire du ministre de l’Économie devant un tribunal de
grande instance en faveur de la victime de pratiques anticoncurrentielles ne remet pas en
cause l’impartialité de l’enquête.
L’article L. 450-3-1 autorise, depuis l’entrée en vigueur de la loi Hamon, les agents ha-
bilités à relever l’identité de la personne qu’ils contrôlent. En cas de refus, ou si cette
personne est dans l’incapacité de prouver son identité, les agents en rendent compte à
tout officier de police judiciaire territorialement compétent, qui peut alors procéder à
une vérification d’identité dans les conditions prévues à l’article 78-3 du Code de procé-
dure pénale. Les agents habilités peuvent également recourir à toute personne qualifiée,
désignée par l’autorité administrative dont ils dépendent, qui peut les accompagner lors
de leurs contrôles et prendre connaissance de tout document ou élément nécessaire à la
réalisation de sa mission ou de son expertise. Cependant, cette personne ne peut ni utili-
ser les informations dont elle prend connaissance à cette occasion pour la mise en œuvre
des pouvoirs de contrôle dont elle dispose, le cas échéant, en vertu d’autres dispositions
législatives ou réglementaires, ni divulguer les informations dont elle a eu connaissance
dans ce cadre.
E. Administration de la preuve
A RETENIR
L’enquête a pour objet la recherche des preuves. Les divers documents, constatations
et pièces récoltés au cours de ces investigations constituent dans la grande majorité
des cas les éléments permettant d’établir des comportements anticoncurrentiels que
l’Autorité de la concurrence utilise.
Toutefois, celle-ci s’estime libre d’administrer la preuve en se fondant sur tout élément
objectif, dont la valeur probante relève de son appréciation.
La preuve peut être administrée au moyen de documents qui établissent à suffisance
la pratique anticoncurrentielle. D’autres moyens de preuve peuvent être retenus : un
constat d’huissier annexé à une plainte pénale, des enregistrements téléphoniques... L’Au-
torité peut aussi se référer à un faisceau d’indices graves, précis et concordants. La preuve
résulte alors de la concordance de ces indices, peu important la valeur de chacun pris
378
LES FONDAMENTAUX
F. Délit d’opposition
A RETENIR
II. Procès-verbal
PLAN
A. Obligation générale
A RETENIR
L. 450-2).
B. Rapport d’enquête
L’article L. 450-2 prévoit la rédaction, le cas échéant, d’un rapport d’enquête. Ce rapport
est facultatif. Il est donc dépourvu de force probante.
C. Mentions
A RETENIR
La Cour d’appel de Paris estime qu’il est suffisant de mentionner le fait que des per-
sonnes aient été entendues, leur qualité et l’adresse des bureaux où l’audition s’est dé-
roulée. En revanche, il ne résulte d’aucune disposition légale que le procès-verbal doive
spécifier les bureaux précis dans lesquels des documents saisis ont été découverts. Les
questions posées aux personnes interrogées n’ont pas à être portées sur le procès-verbal
contrairement aux dispositions de l’article 429 du Code de procédure pénale. Selon
l’Autorité de la concurrence, l’entrée en vigueur de ce texte n’a pas eu pour effet de
modifier les règles spécifiques applicables aux procès-verbaux dressés en application des
articles L. 450-2 et L. 450-3 du Code de commerce. Le nom des personnes ayant re-
mis les documents et les conditions de cette remise doivent en revanche être indiqués.
Cette obligation ne concerne pas les documents librement accessibles au public. Enfin,
lorsque les enquêteurs sont assistés d’un agent d’une autorité de concurrence d’un autre
État membre de l’Union européenne, les procès-verbaux en font mention. Ils indiquent
l’identité de cet agent et la date de la décision l’autorisant à assister les enquêteurs (art.
R. 450-1 C. com.). En revanche, l’habilitation de l’enquêteur par le ministre n’a pas à être
mentionnée.
380
LES FONDAMENTAUX
D. Formalisme
A RETENIR
Dans tous les cas, l’article L. 450-2 prévoit la remise d’une copie du procès-verbal aux
parties intéressées. Toutefois, aucune disposition ne prescrit la mention de cette re-
mise sur le procès-verbal, ni ne sanctionne son absence.
Cette mention ne constitue qu’un élément de preuve pour le cas où l’intéressé conteste-
rait la remise effective. En cas de contestation, lorsqu’il n’est pas établi qu’une copie a été
remise ou que cette mention n’apparaît pas sur le procès-verbal, celui-ci sera écarté du
dossier. Les procès-verbaux doivent être signés de l’enquêteur et de la personne concer-
née par les investigations. En cas de refus, mention en est faite sur l’acte. Il n’est plus
exigé que les procès-verbaux d’une enquête visée par l’article L. 450-3 soient rédigés
dans le plus court délai, dont le point de départ était fixé à la date de l’accomplissement
de la dernière diligence utile à l’enquête.
Les procès-verbaux prévus à l’article L. 450-4 sont dressés sur-le-champ. Les signatures
de l’occupant des lieux ou de son représentant ou, en leur absence, des deux témoins
visés au 7e alinéa de l’article L. 450-4, des enquêteurs et de l’officier de police judiciaire
doivent y figurer. Il n’est cependant pas nécessaire que le procès-verbal soit signé par la
personne ayant assisté aux investigations, lorsqu’il revêt la signature de l’enquêteur et de
l’occupant des lieux ou que le signataire a été présent dès le début des opérations. Les
pièces et documents ne peuvent être opposés aux intéressés qu’après leur restitution ou
lorsqu’ils ont été en mesure d’en prendre connaissance (C. com., art. R. 450-2).
A RETENIR
381
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
Les rapporteurs ne sont pas tenus de faire mention de ces sanctions dans leurs demandes
de renseignements ou de mettre l’entreprise en demeure de s’exécuter avant d’engager
des poursuites. Selon le texte, l’obstruction vise notamment la fourniture de renseigne-
ments inexacts ou incomplets ou la communication de pièces incomplètes ou déna-
turées. En droit européen, tout renseignement qui donne de la situation sur laquelle
porte la question une image déformée qui s’écarte considérablement de la réalité sur des
points importants, notamment un renseignement faux ou à tel point incomplet que la
réponse dans son ensemble est de nature à induire en erreur sur la situation véritable, est
inexact. L’Autorité de la concurrence a estimé que l’obstruction, dont les formes ne sont
pas limitativement définies par le V de l’article L. 464-2 du Code de commerce, couvre
tout comportement de l’entreprise tendant, de propos délibéré ou par négligence, à faire
obstacle ou à retarder, par quelque moyen que ce soit, le déroulement de l’enquête ou
de l’instruction et peut viser le refus de communiquer les renseignements ou les docu-
ments demandés dans le délai prescrit l’omission de rectifier une réponse incorrecte ou
incomplète (Aut. conc., 21 déc. 2017, n° 17-D-27, Brenntag, LawLex172124), le bris de
scellés ou encore l’altération de la réception de courriels au cours des opérations (Aut.
conc., 22 mai 2019, n° 19-D09, Groupe Akka, LawLex19669).
A. Principe du contradictoire
A RETENIR
382
LES FONDAMENTAUX
B. Obligation de loyauté
A RETENIR
En effet, quel que soit le cadre légal (art. L. 450-3 ou L. 450-4), les personnes interro-
gées ne peuvent être conduites à faire des déclarations sur la portée desquelles elles se
méprendraient et qui pourraient être utilisées contre elles. Cette jurisprudence s’inspire
du droit de ne pas témoigner contre soi-même ou de ne pas s’avouer coupable contenu
dans le Pacte international relatif aux droits civils et politiques. Ainsi, la reconnaissance
par une personne de sa participation à une pratique anticoncurrentielle est dépourvue
de portée si l’objet de l’enquête ne lui a pas clairement été communiqué. Il faut et il suffit
que l’objet de la saisine soit communiqué pour que l’obligation de loyauté soit remplie.
383
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
EXEMPLES
• poser les mêmes questions à tous les acteurs du secteur et de communiquer les
réponses de tiers ou de transmettre la lettre de saisine du ministre préalablement à
une audition ;
• demander des explications au responsable d’une entreprise sur les mots «ententes
majors» figurant, barrés, sur une feuille de tableau papier saisie dans ses locaux sans
pour autant le contraindre à s’auto-incriminer ;
• utiliser des documents spontanément communiqués ;
• entendre la personne soupçonnée d’infraction, la demande d’explications au cours
de l’enquête ne pouvant être assimilée à un interrogatoire ;
• entendre des personnes à titre de témoins, et non comme accusées d’une infrac-
tion, sans que l’objet de l’enquête leur soit indiqué ;
• demander la communication de documents au cours de leurs investigations, dès
lors que la demande de communication n’est ni générale ni imprécise et qu’elle iden-
tifie les documents visés et la période considérée ;
• rappeler à l’entreprise son obligation de coopération renforcée en sa qualité de
demandeur de clémence même si celle-ci est en même temps l’objet d’une autre
instruction dans le cadre d’une procédure jointe, dès lors que ce rappel se rapporte
très spécifiquement et sans ambiguïté aux seules pratiques révélées à l’occasion de sa
demande de clémence.
384
LES FONDAMENTAUX
C. Secret professionnel
A RETENIR
385
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
Il suffit que cette mention figure dans l’ordonnance : l’Autorité de la concurrence n’est
pas tenue de rappeler oralement la faculté de se faire assister d’un conseil. Selon la Cour
de cassation, les prescriptions du texte sont respectées dès lors que le procès-verbal men-
tionne que l’entreprise a verbalement été avisée de la possibilité de faire appel au conseil
de son choix.
L’exercice de cette faculté n’implique pas la suspension des opérations de visite et sai-
sies en l’absence du conseil. En revanche, les enquêteurs ne peuvent refuser d’autoriser
l’entreprise à se faire assister d’un avocat. Ce refus constitue une violation du principe
des droits de la défense tel que consacré par la Cour européenne des droits de l’Homme,
même sous l’empire de l’article L. 450-4, dans sa rédaction antérieure à l’ordonnance du
13 novembre 2008.
Les opérations de visites et saisies doivent être annulées lorsque les agents de l’Admi-
nistration ont fait obstacle à la présence des avocats des entreprises visitées. Le principe
du droit à une assistance juridique est violé lorsque l’avocat se voit interdire d’accéder
aux bureaux visités et de prendre la parole ou lorsque les agents de l’Administration em-
pêchent l’occupant des lieux de communiquer avec ses avocats avant que les bureaux ne
soient scellés, mais non lorsqu’il est fait injonction à l’entreprise de se limiter à un seul
386
LES FONDAMENTAUX
La Cour de cassation reconnaît le droit pour toute personne intéressée d’avoir accès
aux pièces sur lesquelles le juge s’est fondé pour accorder l’autorisation de visite et de
saisie. Ce droit d’accès s’applique à toutes les pièces, y compris celles couvertes par le
secret des affaires ou l’anonymat, dès lors que l’Administration les produit à l’appui de
sa demande d’autorisation et que l’ordonnance fait droit à cette demande en visant et
analysant ces pièces.
Celles-ci ne peuvent alors être soustraites à l’examen contradictoire des parties nécessaire
à l’exercice du recours qu’elles sont en droit d’intenter contre l’ordonnance autorisant
l’enquête. Ce droit légalement reconnu aux parties ne peut être soumis à contestation ;
l’organisation matérielle de la communication de ces pièces est une mesure d’adminis-
tration judiciaire et ne relève pas de la procédure instituée par l’article L. 450-4. Dès lors,
le juge ayant autorisé l’enquête ne peut, sans excéder ses pouvoirs, rejeter une requête
en communication de pièces produites par l’Administration au soutien de sa demande
d’autorisation de visite. Toutefois, lorsque ces pièces ne figurent pas au dossier déposé au
greffe de la Cour de cassation, il appartient aux parties de mettre en demeure l’Adminis-
tration ayant obtenu l’autorisation de leur communiquer ces documents.
SECTION 2
Enquête simple
A RETENIR
L’article L. 450-3 autorise les agents habilités à procéder, sans autorisation judiciaire
préalable, à un certain nombre d’investigations limitativement énumérées afin de re-
chercher et de vérifier l’existence de pratiques contraires aux règles de la concurrence.
Ils peuvent ainsi opérer sur la voie publique, accéder à tous lieux utilisés à des fins
professionnelles ou d’exécution d’une prestation de services, ainsi qu’à tous moyens de
transport à usage professionnel, exiger la communication des livres, factures et autres
documents professionnels et en obtenir ou prendre copie par tous moyens et sur tous
supports, recueillir sur convocation ou sur place les renseignements et justifications
nécessaires au contrôle.
La visite peut avoir lieu de manière inopinée. Aucun mandat spécifiant l’objet de l’en-
quête n’est nécessaire. Selon le Conseil constitutionnel, l’article L. 450-3 du Code de
387
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
PLAN
Nous distinguerons :
• l’objet de l’enquête ;
• les pouvoirs des enquêteurs ;
• les voies de recours.
I. Objet de l’enquête
A. Obligation de communication
A RETENIR
Les enquêteurs sont tenus de faire connaître aux personnes interrogées l’objet de leur
enquête de manière suffisamment claire et précise.
En effet, si les agents habilités peuvent procéder aux recherches et vérifications sans
communication préalable de la procédure aux personnes concernées, leurs démarches
ne doivent pas conduire les personnes entendues à faire, dans l’ignorance de l’objet de
l’enquête, des déclarations sur la portée desquelles elles pourraient se méprendre et qui
seraient ensuite utilisées contre elles. Une obligation de loyauté doit ainsi présider à la
recherche de la preuve en application du Pacte international relatif aux droits civils et
politiques. L’objet de l’enquête n’a pas à être communiqué aux personnes entendues à
titre de témoins.
Les enquêtes sont menées à la discrétion de l’Administration qui n’a pas à en indiquer
les motifs. Si les enquêteurs sont tenus au respect d’une obligation de loyauté dans la
recherche de la preuve, qui leur impose de préciser l’objet de l’enquête, cette obligation
n’implique pas que l’autorité prescrivant l’enquête doive au préalable délimiter le cadre
de l’enquête, c’est-à-dire le marché sur lequel les investigations pourront porter. Aucune
disposition ne soumet la faculté de procéder à une enquête simple à l’obligation de se
limiter à un marché préalablement désigné sans pouvoir en modifier l’étendue et une
décision antérieure de la Commission ne peut avoir pour effet de limiter le champ des
investigations des autorités françaises saisies par le ministre de l’Économie. La qualifica-
388
LES FONDAMENTAUX
tion du marché relève des pouvoirs de l’Autorité de la concurrence et, en cas de recours,
de la Cour d’appel de Paris.
B. Preuve de la communication
L’Autorité a d’abord estimé qu’il suffisait que les enquêteurs mentionnent dans le pro-
cès-verbal que l’objet de l’enquête a été indiqué aux personnes entendues. La multiplica-
tion du contentieux lié à la connaissance de l’objet de l’enquête l’avait par la suite conduite
à une plus grande rigueur. Elle décidait ainsi que la mention du procès-verbal «après
avoir indiqué l’objet de l’enquête» est insuffisante en l’absence d’élément intrinsèque ou
extrinsèque permettant de conclure que les personnes entendues ne pouvaient ignorer
qu’elles devaient s’expliquer sur l’existence de pratiques anticoncurrentielles. Mettant fin
à cette jurisprudence, la Cour de cassation est revenue, dans un arrêt du 20 novembre
2001, à la position initiale de l’Autorité : la mention pré-imprimée sur le procès-verbal
indiquant que l’objet de l’enquête a été porté à la connaissance de la personne enten-
due est suffisante, à moins que celle-ci apporte la preuve contraire. Cette solution est
peu protectrice des droits de la personne entendue. La mention pré-imprimée ne donne
en effet aucune garantie sur la communication réelle de l’objet de l’enquête et ne permet
aucun contrôle du périmètre de cette communication.
La preuve de la connaissance de l’objet de l’enquête peut résulter des mentions mêmes
du procès-verbal :
Ces déclarations ne se voient attribuer valeur probante qu’à la condition que les per-
sonnes aient déposé comme témoins, l’absence de mention de l’objet de l’enquête ne leur
faisant pas grief ; il en va autrement lorsque les personnes sont accusées d’une infraction.
Dans le cas d’une demande de précisions à la suite d’opérations de visites et saisies,
l’obligation d’indiquer l’objet de l’enquête est allégée. En effet, cette demande de préci-
sions est généralement précédée de la notification de l’ordonnance autorisant les opéra-
tions d’investigation, qui identifie les pratiques recherchées et le marché concerné : les
personnes entendues peuvent donc difficilement se méprendre sur l’objet de l’enquête.
389
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
A. Mandat spécial
A RETENIR
L’article L. 450-3 qui définit les pouvoirs des agents habilités dans le cadre de l’enquête
ne comporte aucune exigence formelle quant aux conditions d’exercice de leurs pou-
voirs.
Dès lors, hormis l’hypothèse de la visite de locaux en partie à usage d’habitation, ils n’ont
pas l’obligation de produire un mandat spécial spécifiant l’objet de leur enquête, contrai-
rement aux agents habilités de la Commission qui doivent, pour effectuer une inspection
dans des locaux professionnels, présenter un mandat ou une décision formelle.
B. Communication de pièces
A RETENIR
Le seul fait que des demandes visent «tous documents» permettant aux services d’ins-
truction d’identifier le montant annuel total des ventes de l’entreprise ne leur confère
pas un caractère imprécis et général, dès lors qu’elles visent ainsi des documents par-
faitement identifiables, dont la conservation pendant dix ans est imposée par la loi. Par
ailleurs, des demandes portant sur un volume conséquent de documents ne font pas
peser sur l’entreprise une charge disproportionnée lorsque les infractions recherchées
sont d’une particulière gravité et que les services d’instruction, sans y être tenus, ont pro-
posé d’assurer eux-mêmes le retraitement des informations sollicitées. Après avoir exigé
que les enquêteurs connaissent au moins l’existence des documents demandés et qu’ils
soient en mesure de les identifier, les juges se contentent aujourd’hui de vérifier qu’ils se
rapportent à l’objet de l’enquête.
La remise des documents doit en principe être spontanée. Mais la Cour d’appel de Paris
a précisé que la remise de documents aux enquêteurs s’inscrivant dans le cadre de leurs
pouvoirs, peu importe qu’elle soit spontanée ou sollicitée dès lors que les documents se
390
LES FONDAMENTAUX
Le pouvoir d’accéder aux locaux ne caractérise pas une ingérence au sens des disposi-
tions de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’Homme. Les enquêteurs
391
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
peuvent ainsi intervenir dans les locaux de manière inopinée, entre 8 heures et 20 heures
et, en dehors de ces heures, lorsque ceux-ci sont ouverts au public ou qu’à l’intérieur de
ceux-ci des activités de production, de fabrication, de transformation, de conditionne-
ment, de transport ou de commercialisation sont en cours. Lorsque les lieux visités sont
également à usage d’habitation, les contrôles ne peuvent être effectués qu’entre 8 heures
et 20 heures et avec l’autorisation du juge des libertés et de la détention du tribunal de
grande instance dans le ressort duquel ils sont situés, si l’occupant s’y oppose. Aucune
autorisation n’est nécessaire pour effectuer des opérations d’enquête simultanément dans
plusieurs entreprises dès lors qu’elles ne sont assorties d’aucune perquisition ou saisie.
D. Auditions
A RETENIR
Les agents habilités ont le pouvoir de recueillir sur place ou sur convocation les ren-
seignements et justifications.
E. Expertise
A RETENIR
Le nouvel article L. 450-3-1 du Code de commerce, inséré par la loi Hamon du 17 mars
2014, autorise les agents de l’Administration à recourir à toute personne qualifiée, dé-
signée par l’autorité administrative dont ils dépendent.
Cette personne peut les accompagner lors de leurs contrôles et prendre connaissance de
tout document ou élément nécessaire à la réalisation de sa mission ou de son expertise.
En revanche, elle ne peut effectuer aucun acte de procédure pénale ou de police admi-
nistrative, ni utiliser les informations dont elle prend connaissance à cette occasion pour
la mise en œuvre des pouvoirs de contrôle dont elle dispose, le cas échéant, en vertu
d’autres dispositions législatives ou réglementaires. Elle ne peut pas davantage divulguer
les informations dont elle a eu connaissance dans ce cadre.
392
LES FONDAMENTAUX
Plus exceptionnellement, les entreprises peuvent saisir le Conseil d’Etat pour obtenir que
le ministre de l’Economie leur communique les procès-verbaux et le rapport d’enquête de
la DGCCRF afin de pouvoir apprécier les éléments qui ont permis à l’Administration de
forger sa décision de ne pas poursuivre ses investigations. Des entreprises ont contesté
la constitutionnalité de l’absence de voie de recours immédiate et autonome contre les
mesures d’enquête simple. La Cour de cassation a transmis la question au Conseil consti-
tutionnel, qui a, sans surprise, validé le système français.
Selon le Conseil constitutionnel, l’article L. 450-3 du Code de commerce ne mécon-
naît pas le droit à un recours juridictionnel effectif, dès lors que les entreprises peuvent
contester la légalité de l’enquête par voie d’exception en cas de procédure ouverte par
l’Autorité de la concurrence ou d’astreinte prononcée par cette dernière, ou exercer un
recours indemnitaire. L’Autorité de la concurrence a très vite appliqué cette règle, en re-
tenant que l’entreprise qui met en cause la légalité d’une demande de communication de
pièces peut porter sa contestation par voie d’exception devant la Cour d’appel de Paris.
De même, selon la Cour de cassation, il n’existe pas de recours judiciaire autonome et
immédiat contre une demande de renseignements formulée sur le fondement de l’article
L. 450-3 du Code de commerce dès lors qu’il ne s’agit pas d’un acte contraignant qui fait
grief à l’entreprise et que des recours ultérieurs, susceptibles de lui garantir une protec-
tion juridictionnelle suffisante, sont disponibles.
SECTION 3
Enquête lourde
A RETENIR
393
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
PLAN
Toutefois, il n’est pas interdit au ministre de l’Économie de déléguer ses pouvoirs confor-
mément aux lois et règlements. La délégation permanente de signature au profit du di-
recteur général de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes,
publiée au Journal Officiel, permet au délégataire de prendre au nom du ministre les dé-
cisions qui relèvent de la compétence de ce dernier, dans la limite de ses attributions. Elle
n’implique pas l’abandon par le ministre de la possibilité d’exercer personnellement ses
pouvoirs. Dès lors, la demande d’autorisation est valablement présentée par le directeur
de la DGCCRF ayant reçu délégation de signature, même si le signataire omet de signaler
qu’il agit en vertu de cette délégation.
L’exigence selon laquelle l’autorisation ne peut être donnée que dans le cadre d’une en-
quête ordonnée par le ministre de l’Économie ou l’Autorité de la concurrence n’implique
pas que la demande de mise en œuvre des dispositions de l’article L. 450-4 soit adressée
au juge par le ministre ou une personne ayant reçu délégation de signature du ministre.
Ainsi, la requête peut être présentée par un chef de service en vertu des pouvoirs qui lui
ont été conférés par le directeur de la concurrence, de la consommation et de la répres-
sion des fraudes agissant par délégation de signature.
B. Ministère d’avocat
La présentation de la requête aux fins d’autorisation de visites et saisies ne requiert pas
le ministère d’un avocat ou d’un officier public ministériel.
C. Contenu de la demande
A RETENIR
L’Administration n’est toutefois pas tenue de soumettre au juge l’intégralité des docu-
394
LES FONDAMENTAUX
ments dont elle dispose, a fortiori lorsqu’il n’est pas établi qu’elle a caché des éléments à
décharge. Ces éléments doivent avoir une origine licite. Il peut s’agir d’une déclaration
anonyme constatée dans un document établi et signé par les enquêteurs et corroborée
par d’autres éléments ou de documents régulièrement saisis dans une autre affaire ou
dans le cadre d’une saisine pour avis. Néanmoins, une ordonnance d’autorisation en
partie fondée sur des pièces obtenues dans le cadre d’une autre investigation n’est pas
nulle du seul fait que la saisie de ces pièces a ultérieurement été annulée par la Cour de
cassation, à plus forte raison lorsque le juge des libertés et de la détention s’est également
appuyé sur d’autres éléments d’information. L’article L. 450-4 assouplit cette exigence
pour permettre le «flagrant délit». Ainsi, lorsque la demande porte sur des infractions en
train de se commettre, elle peut ne comporter que des indices permettant de présumer,
en l’espèce, l’existence des pratiques dont la preuve est recherchée.
A. Bien-fondé de la demande
A RETENIR
Avant de délivrer l’autorisation de procéder aux opérations d’enquête, le juge doit véri-
fier le bien-fondé de la demande qui lui est soumise. Cette vérification doit être effec-
tuée de manière concrète par l’appréciation des éléments d’information que l’Adminis-
tration doit lui fournir.
À cette fin, le juge se réfère, en les analysant ne fût-ce que succinctement, aux documents
produits par l’Administration et détenus de manière apparemment licite. Cette analyse
peut être établie par la mention dans l’ordonnance de l’origine licite des documents four-
nis par l’autorité requérante. Le juge doit, en outre, relever les faits résultant des éléments
fournis sur lesquels il fonde son appréciation. Il ne peut être reproché à l’Administration
de n’avoir soumis au juge que les éléments de nature à garantir le succès de sa requête dès
lors qu’il n’est pas établi que certains éléments dont elle disposait et n’a pas fournis au
juge auraient pu modifier l’appréciation de ce dernier ou d’avoir soumis des documents
obtenus au cours d’autres investigations, dès lors qu’ils ont une origine licite. La faible
quantité des pièces se rapportant à une entreprise déterminée ou le fait que l’ordonnance
de fonde sur des documents n’émanant pas d’elle ne suffit pas à exclure la pertinence
d’une opération de visite et saisie dans ses locaux.
395
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
A RETENIR
Contrairement à ce que qu’avait jugé la Cour d’appel de Paris, la Cour de cassation consi-
dère que les présomptions qui fondent la demande d’autorisation ne doivent pas être
graves, précises et concordantes au sens de l’article 1353 du Code civil, ni permettre
d’établir la réalité d’un fait inconnu à partir de faits connus au sens de l’article 1349 du
même code. La seule existence de présomptions simples susceptibles de constituer des
indices de participation d’une entreprise à l’entente suspectée suffit : l’appréciation de
leur bien-fondé relève de la juridiction qui statuera au fond. Le premier président de la
cour d’appel ne peut donc infirmer l’ordonnance d’autorisation de visites et saisies au
motif que celle-ci ne permettrait pas de déterminer si l’entreprise visitée a participé à l’en-
tente dénoncée. En outre, les engagements pris par une entreprise devant l’Autorité de
la concurrence ne sont pas de nature à éviter le déclenchement d’une enquête lourde en
présence de présomptions de pratiques anticoncurrentielles. Dès lors qu’il existe des pré-
somptions de pratiques anticoncurrentielles, une entreprise ne peut, par sa seule nature
d’entreprise de presse, être exonérée de toute visite domiciliaire. Dans tous les cas, l’or-
donnance doit par sa motivation établir sa régularité au regard des exigences de l’article
L. 450-4. Enfin, lorsqu’il étend une autorisation, le juge n’est pas obligé de mentionner
de nouveaux agissements, s’il se réfère à sa précédente décision, et peut se contenter de
vérifier le bien-fondé de la demande d’extension.
Le nombre important de pièces produites et la pré-rédaction de l’ordonnance d’autorisa-
tion par l’Administration ne présument pas de l’impossibilité pour le juge des libertés et
de la détention de les examiner et d’en déduire l’existence de présomptions de pratiques
anticoncurrentielles. En effet, pour la Cour de cassation, la pratique des ordonnances
pré-rédigées par l’Administration ne remet pas en cause le principe d’impartialité, dès
lors que les motifs et le dispositif d’une ordonnance sur requête sont réputés avoir été
établis par le juge qui l’a rendue et signée. Le juge peut aussi, sans violer les droits de la
défense, reprendre à son compte les arguments d’une des parties pour motiver sa déci-
sion.
B. Conditions de validité
A RETENIR
L’ordonnance autorisant la visite et la saisie est prononcée par le juge des libertés et de
la détention du tribunal de grande instance dans le ressort duquel sont situés les lieux
à visiter ou un juge délégué.
Lorsque ces lieux sont situés dans le ressort de plusieurs juridictions et qu’une action
simultanée doit être menée dans chacun d’eux, une ordonnance unique peut être délivrée
par l’un des présidents compétents. L’ordonnance n’a pas à être rendue en audience pu-
blique et sa régularité ne dépend pas non plus de l’assistance du juge par un secrétaire ni
de la signature d’un greffier. La présence du Ministère public n’est pas davantage requise.
La décision d’autorisation doit préciser que la demande a été présentée dans le cadre
396
LES FONDAMENTAUX
d’une enquête initiée par le ministre de l’Économie ou par le rapporteur général et que
les agents désignés ont qualité pour effectuer l’enquête. Elle mentionne le nom du juge
qui l’a rendue, ainsi que le bénéfice par le magistrat délégué d’une délégation régulière.
Elle doit également indiquer les voies et délais de recours dont dispose l’occupant des
lieux ou son représentant (C. com., art. R. 450-2), sans toutefois que les coordonnées
et le numéro de téléphone portable du juge des libertés et de la détention aient à être
mentionnés.
L’ordonnance n’a pas à rappeler les conditions et modalités de la saisine du juge en cas
de contestation relative au déroulement de l’enquête autorisée, ni que l’officier de police
judiciaire chargé d’assister aux opérations doit rendre compte au juge à tout moment. De
fait, l’article L. 450-4 du Code de commerce n’impose pas que les occupants des lieux
soient informés de la possibilité de recourir au juge des libertés et de la détention qui a
autorisé les opérations de visite et saisie pour qu’il exerce son contrôle sur la régularité
des mesures en cours, car la faculté de contester les opérations devant le premier pré-
sident de la cour d’appel leur garantit un recours juridictionnel effectif. L’ordonnance n’a
pas non plus à être revêtue de la formule exécutoire.
Lorsque les investigations des agents du ministre de l’Économie concernent des faits sus-
ceptibles de relever des articles L. 420-1 et L. 420-2 du Code de commerce, le rapporteur
général en est informé sans délai avant leur déclenchement. Il peut décider, dans un délai
qui sera fixé par décret, de prendre la direction des opérations. Le rapporteur doit égale-
ment être informé sans délai du résultat des investigations et peut proposer à l’Autorité
de la concurrence de se saisir d’office (C. com., art. L. 450-5). Le défaut de mention dans
l’ordonnance de l’information préalable du rapporteur général par le ministre de l’Éco-
nomie n’a aucune incidence sur sa validité dès lors qu’il s’agit d’une mesure interne qui
ne fait pas grief à l’entreprise visitée.
L’ordonnance ne doit pas exposer les prétentions de l’Administration dès lors qu’elles
ressortent des énonciations de la décision. L’ordonnance précise enfin la possibilité pour
l’occupant des lieux ou son représentant de faire appel à un conseil. L’exercice de cette
faculté n’empêche pas la poursuite des opérations.
Il n’est pas nécessaire que l’ordonnance soit notifiée avant la pénétration des enquêteurs
dans les lieux : la visite peut être effectuée par surprise, afin de garantir l’efficacité des
opérations d’investigation. L’alinéa 5 de l’article L. 450-4 précise que l’ordonnance est
notifiée verbalement et sur place au moment de la visite à l’occupant ou à son représen-
tant qui en reçoit copie intégrale contre récépissé ou émargement au procès-verbal. En
leur absence ou lorsque la visite a lieu en dehors des lieux visés, l’ordonnance est notifiée,
après la visite, par lettre recommandée avec avis de réception.
C. Objet de l’enquête
A RETENIR
L’objet de l’enquête doit être indiqué dans l’ordonnance d’autorisation. Pour satisfaire
à cette exigence, le juge doit identifier le marché concerné et caractériser les pratiques
anticoncurrentielles présumées.
397
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
L’objet ne doit pas être général quant à la détermination du marché et indéterminé quant
aux agissements visés. Toutefois, le fait que le secteur sur lequel les investigations doivent
porter ne soit pas précisé dans le dispositif de l’ordonnance, ne confère pas à celle-ci un
caractère général et indéterminé, dès lors que le dispositif n’est pas détachable des motifs
et que ceux-ci visent expressément un secteur particulier. Le juge peut aussi étendre le
champ d’application de l’autorisation à tous les produits de la gamme d’un fournisseur,
alors que les exemples donnés par l’Administration n’en visent qu’un seul type, dès lors
que des PV d’audition annexés à la demande font état de la généralisation des pratiques
présumées, ou à d’autres marchés que ceux pour lesquels il dispose d’indices, lorsqu’il
estime qu’ils ne constituent que des illustrations de pratiques plus larges.
L’enquête administrative ayant pour finalité de rechercher la preuve de pratiques préten-
dument anticoncurrentielles, l’autorisation peut être fondée sur des présomptions d’agis-
sements réprimés par la loi, le juge disposant d’un pouvoir souverain d’appréciation. Les
présomptions peuvent être caractérisées par la comparaison des pratiques de l’espèce
à des comportements similaires qualifiés d’infractions par l’Autorité de la concurrence
et la Cour d’appel de Paris. La loi NRE du 15 mai 2001 consacre ce tempérament ju-
risprudentiel : lorsque la visite doit permettre la constatation d’infractions en train de
se commettre, la demande d’autorisation peut ne comporter que des indices laissant
présumer l’existence de pratiques dont la preuve est recherchée (art. L. 450-4, al. 2, in
fine). Une cour d’appel ne peut ainsi annuler une autorisation de visite et saisie au motif
qu’elle serait fondée sur de simples indices faisant présumer l’existence des agissements
dénoncés alors que l’autorisation judiciaire repose sur une demande de clémence portant
sur des faits en cours à l’époque de leur dénonciation. Il suffit que les indices relevés par
l’Administration ne permettent pas prima facie d’exclure l’existence de pratiques anti-
concurrentielles.
L’ordonnance du juge doit permettre de s’assurer que la personne intéressée a été infor-
mée de l’objet des mesures autorisées, des pratiques anticoncurrentielles présumées et
du secteur concerné. La Chambre criminelle de la Cour de cassation estime que le juge
des libertés n’est pas tenu de préciser la nature des investigations domiciliaires qu’il auto-
rise ; il suffit que les marchés, pour lesquels la recherche de tous documents nécessaires
à la preuve d’éventuelles pratiques anticoncurrentielles est autorisée, soient identifiés.
Lorsque l’ordonnance étend à de nouveaux locaux l’autorisation de visite, elle peut se
contenter de viser la première ordonnance. Enfin, il n’est pas nécessaire que l’objet de
l’enquête soit indiqué dans le procès-verbal de visite et saisie, lorsqu’il est mentionné
dans l’ordonnance notifiée à l’occupant des lieux ou à son représentant.
D. Portée de l’autorisation
L’ordonnance par laquelle le juge autorise une visite domiciliaire n’emporte pas déclara-
tion de culpabilité et ne préjuge pas de l’appréciation, par la juridiction du fond, des élé-
ments de preuve trouvés, puisqu’elle a uniquement pour objet la recherche d’infractions
présumées en tous lieux et la saisie des documents s’y rapportant. L’autorisation de visite
n’a pas pour autant une portée illimitée.
398
LES FONDAMENTAUX
A RETENIR
Ainsi, les lieux où les visites sont autorisées doivent être énumérés dans l’ordonnance.
Le juge des libertés et de la détention est, en effet, tenu d’identifier expressément ces
lieux, sauf à renvoyer les agents de l’Administration à solliciter, au cours des opérations,
les autorisations supplémentaires qui leur semblent nécessaires. Lorsqu’une action si-
multanée dans plusieurs lieux est nécessaire, le juge des libertés et de la détention désigné
par celui ayant délivré l’ordonnance d’autorisation judiciaire n’a ni à réexaminer le dos-
sier au fond, ni à modifier l’étendue du secteur économique considéré, ni à motiver son
ordonnance qui constitue un simple acte d’exécution de l’ordonnance d’autorisation.
Dans ce cas, seule l’ordonnance principale autorisant les visites et saisies est susceptible
d’appel et non celle rendue sur commission rogatoire. L’extension des opérations de vi-
site et saisies à des locaux non visés dans l’ordonnance initiale peut être sollicitée auprès
du juge des libertés et de la détention par le rapporteur des services d’instruction de
l’Autorité de la concurrence, habilité par le rapporteur général.
A RETENIR
Toutefois, l’autorisation de saisie de «tous documents utiles» ne permet de saisir que les
documents se rapportant aux agissements retenus pour accueillir la demande de visite.
Aussi la saisie de fichiers informatiques dont l’intitulé n’est pas suffisamment explicite
pour convaincre le juge qu’ils contiennent des documents en rapport avec l’autorisation
doit-elle être annulée.
La visite et la saisie s’effectuent sous le contrôle du juge qui les a autorisées ou sous
celui du juge des libertés et de la détention du tribunal dans le ressort duquel la visite
a lieu et auquel le juge ayant autorisé les opérations aura délivré une commission ro-
gatoire pour exercer ce contrôle.
Il désigne le chef du service qui devra nommer les officiers de police judiciaire char-
gés d’assister à ces opérations, d’apporter leur concours en procédant le cas échéant
aux réquisitions nécessaires et de le tenir informé de leur déroulement (art. L. 450-4,
al. 3). Le contrôle juridictionnel du déroulement des opérations de visite et saisie doit
s’effectuer par le truchement de l’officier de police judiciaire : le fait que les entreprises
ou leur conseil n’aient pas accès personnellement au juge des libertés et de la détention
n’est pas contraire aux droits de la défense. Le juge des libertés et de la détention chargé
du contrôle du déroulement de l’enquête est autorisé à se rendre personnellement sur
les lieux pendant l’intervention et peut décider d’office ou à la requête des parties de la
399
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
400
LES FONDAMENTAUX
L’ordonnance autorise les enquêteurs à procéder aux visites en tous lieux, même pri-
vés, où sont susceptibles d’être détenus des documents se rapportant aux pratiques
anticoncurrentielles ou restrictives dont la preuve est recherchée.
L’article 8 CEDH admet en effet les intrusions dans les locaux d’une entreprise lorsque,
comme dans le système français, elles sont prévues par la loi, visent un but légitime et
présentent un caractère nécessaire. Il peut s’agir des locaux de l’entreprise à laquelle la
société soupçonnée d’infraction a apporté ses actifs, dès lors que des pièces ou docu-
ments se rapportant aux agissements frauduleux peuvent s’y trouver. La visite ne peut
commencer avant six heures ou après vingt et une heures, mais peut s’etendre au-delà
de ces horaires ; elle est effectuée en présence de l’occupant des lieux ou de son repré-
sentant. Celui-ci peut être assisté d’un conseil, cette faculté devant être mentionnée dans
l’ordonnance d’autorisation. La condition de présence dans les lieux de l’occupant ou
de son représentant ne s’interprète pas comme l’obligation pour un mandataire social
d’être présent au moment de la visite : une telle exigence priverait la mesure d’investi-
gation de toute efficacité. Ainsi, une ordonnance d’autorisation est valablement notifiée
à une secrétaire de direction intérimaire, dès lors que l’occupant des lieux, arrivé après
le commencement des opérations, a accepté d’être représenté par elle, en apposant sa
signature à côté de la sienne sur le procès-verbal. En l’absence de l’occupant des lieux,
les enquêteurs peuvent néanmoins procéder à la visite, accompagnés des deux témoins
requis par l’officier de police judiciaire. Les agents habilités peuvent, au cours des opéra-
tions de visite, procéder à l’audition de l’occupant des lieux ou de son représentant afin
de recueillir auprès d’eux les informations ou explications utiles aux besoins de l’enquête.
Ils ne sont pas tenus d’informer l’occupant des lieux de la possibilité de désigner un ou
plusieurs représentants pour le remplacer lorsque les opérations de visite se prolongent
tardivement.
Les enquêteurs, l’occupant des lieux ou son représentant, ainsi que l’officier de police
judiciaire, et, le cas échéant, les agents et autres personnes mandatées par la Commis-
sion européenne sont seuls autorisés à prendre connaissance des pièces et documents
avant leur saisie. Pour autant, le droit de prendre connaissance des documents saisis ne
signifie pas que l’occupant des lieux et son conseil ont le droit de visualiser la totalité des
documents au fur et à mesure de leur consultation par les rapporteurs de l’Autorité de
la concurrence, mais seulement ceux qu’ils s’apprêtent à saisir à la fin des opérations de
fouille, de tri et de sélection. Les documents sont présumés détenus dans les lieux où la
visite est autorisée et a lieu de manière inopinée. L’Administration ne peut en principe
appréhender que les documents se rapportant aux agissements retenus par l’ordonnance
d’autorisation, mais il ne lui est pas interdit de saisir les documents pour partie utiles à la
preuve de l’infraction présumée, même s’ils n’ont pas été expressément visés par le juge.
Dès lors qu’il s’agit de documents professionnels, le support sur lequel ils sont reproduits
importe peu.
Puisqu’il ne lui est pas interdit de saisir des pièces pour partie utiles à la preuve des agis-
sements visés par l’ordonnance d’autorisation dès lors que le juge chargé du contrôle a
401
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
souverainement estimé que ces pièces n’étaient pas divisibles, sans avoir à justifier des
contraintes techniques existantes, l’Administration peut saisir des parties entières de
messagerie sans individualiser sur place les seuls messages électroniques entrant dans
le champ de l’autorisation judiciaire. Il ne peut être reproché aux enquêteurs une saisie
massive et indifférenciée des messageries électroniques lorsque seuls cinq ordinateurs
sur la centaine possédée par l’entreprise ont été ciblés ou que la saisie ne porte que sur
quelques milliers de documents sur les millions de fichiers stockés sur les serveurs de
l’entreprise et ne concerne que les ordinateurs d’un nombre limité de collaborateurs. Le
procès-verbal qui relate la saisie de données informatiques n’a pas non plus à préciser le
matériel et le logiciel utilisés par les enquêteurs, ni les mots-clés choisis par l’Adminis-
tration pour sélectionner les fichiers saisis, sur la pertinence desquels le juge n’est pas
tenu de se prononcer. Le juge n’est pas davantage tenu d’apprécier la possibilité pour les
enquêteurs de procéder selon des modalités moins invasives.
Selon la Chambre criminelle, le fait que les enquêteurs aient eu accès à des documents
couverts par le legal privilege lors de la saisie globale de messageries électroniques
n’exerce aucune influence sur la régularité des opérations, dès lors que les agents de l’Ad-
ministration sont soumis au principe du secret de la correspondance. Seule l’utilisation
de tels documents est prohibée. Aussi, la Haute juridiction considère-t-elle que la saisie
de documents qui relèvent de la protection du secret professionnel entre un avocat et
son client doit être annulée, sans toutefois que les effets de l’annulation s’étendent aux
autres pièces saisies. Les documents couverts par le secret professionnel éventuellement
saisis doivent être placés sous scellés afin que le juge puisse ultérieurement procéder à
leur restitution, qui s’effectue par destruction. Dans un premier temps, plus exigeante, la
Cour européenne des droits de l’Homme a estimé que le juge saisi du recours contre le
déroulement de visites et saisies devait se livrer à un contrôle concret de la proportion-
nalité des saisies effectuées, qu’elles concernent des documents couverts par la confi-
dentialité qui s’attache aux relations entre un avocat et son client ou des pièces sans lien
avec l’enquête, et ordonner, le cas échéant, leur restitution. Elle a dans un second temps
réduit la portée de la protection accordée au secret professionnel et retenu que la saisie
de messageries électroniques comprenant en partie des correspondances entre un avocat
et son client ne présente pas de caractère disproportionné lorsqu’elle s’inscrit dans une
procédure relative à la recherche de la preuve de pratiques anticoncurrentielles, assortie
de garanties comme l’assistance d’avocats au cours des opérations et la présence de re-
présentants de l’entreprise.
Les fichiers informatiques présents dans les locaux de l’entreprise visitée peuvent être
saisis, même s’ils concernent une autre personne que le titulaire de l’ordinateur sur le-
quel ils sont stockés ou des archives relatives à l’ancien employeur de ce dernier, dès lors
qu’ils sont susceptibles d’être en relation avec l’enquête. L’entreprise dont les fichiers ou
documents ont été saisis chez un tiers ne peut invoquer l’irrégularité de la saisie lorsque
ce tiers n’a pas exercé son droit de recours contre le déroulement des opérations, le re-
cours étant personnel à chaque partie. Par ailleurs, l’annulation de la saisie de données
informatiques stockées à l’étranger ne peut être prononcée lorsqu’elle est intervenue à la
suite d’une remise spontanée par l’entreprise de leur support, dans ses locaux.
Les pièces et documents saisis font l’objet d’un inventaire et d’une mise sous scellés
402
LES FONDAMENTAUX
403
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
C. Commissions rogatoires
A RETENIR
Les visites et saisies ayant lieu en dehors du ressort du juge doivent faire l’objet d’une
commission rogatoire au juge des libertés et de la détention du tribunal de grande
instance dans le ressort duquel s’effectue la visite.
Le juge désigné par la commission rogatoire n’est pas habilité à examiner le bien-fondé
de la demande et ne peut que s’assurer de l’authenticité de la décision. Il est compétent
pour apprécier l’adéquation des documents saisis au champ de l’ordonnance d’autorisa-
tion lorsqu’il en contrôle la régularité.
D. Contrôles de régularité
Le contrôle de régularité porte, d’une part, sur l’ordonnance d’autorisation et, d’autre
part, sur l’exécution de l’ordonnance. Leurs régimes respectifs ont été alignés par l’or-
donnance du 13 novembre 2008.
A RETENIR
404
LES FONDAMENTAUX
de la concurrence, sauf s’il s’agit d’affaires ayant fait l’objet d’une décision irrévocable à
la date de publication de l’ordonnance du 13 novembre 2008.
iii) si un pourvoi formé contre un arrêt de la Cour d’appel de Paris statuant sur une déci-
sion de l’Autorité de la concurrence dans le cadre de l’article L. 464-8 est pendant devant
la Cour de cassation, les parties peuvent demander le renvoi à la Cour d’appel de Paris
pour l’examen d’un recours en contestation de l’autorisation de visite et saisie délivrée
par le juge des libertés et de la détention.
Toutefois, selon la Cour européenne des droits de l’Homme, le dispositif transitoire pré-
vu par l’ordonnance du 13 novembre 2008 ne répond pas davantage aux exigences
de l’article 6, paragraphe 1, CEDH, car, dans l’hypothèse où un pourvoi a été rejeté, la
condition préalable d’une décision au fond et d’un recours contre cette décision rend
l’accessibilité du recours en contestation incertaine et sa mise en œuvre tardive (CEDH,
2 arrêts du 21 déc. 2010, préc.). La Cour de cassation s’est alignée sur la position de la
Cour européenne et considère qu’une même juridiction ne peut examiner l’existence de
présomptions de pratiques anticoncurrentielles autorisant la visite et la saisie et statuer
sur le bien-fondé des griefs retenus et de la sanction infligée au titre de ces pratiques, sans
faire naître un doute raisonnable sur son impartialité. Un tel écueil peut toutefois être
évité si la juridiction se prononce sur les deux recours dans une composition différente.
L’exécution des opérations a lieu sous le contrôle du juge qui les a autorisées (art. L.
450-4, al. 3).
Aussi, la jurisprudence décidait-elle que toute personne qui entendait contester la ré-
gularité de la visite et de la saisie devait saisir ce magistrat d’une requête à cette fin, en
mettant en cause l’Administration concernée. Faute d’avoir ainsi procédé, le demandeur
en cassation n’était pas recevable à invoquer pour la première fois devant la Cour de cas-
sation des moyens critiquant l’exécution des opérations. Cette jurisprudence avait été re-
mise en cause par la Chambre commerciale de la Cour de cassation. La Haute juridiction
considérait que la mission du juge ayant autorisé les opérations d’investigation cessait
avec ces opérations, lors de la remise de la copie du procès-verbal. Il ne pouvait donc être
saisi a posteriori d’une éventuelle irrégularité de l’enquête, cette contestation relevant de
la compétence des autorités de décision, c’est-à-dire de l’Autorité de la concurrence et,
sur recours, de la Cour d’appel de Paris. Ce revirement avait fait l’objet de vives critiques
doctrinales. La majorité des auteurs contestaient la compétence d’une autorité admi-
nistrative, même indépendante comme l’Autorité de la concurrence, pour connaître de
la décision d’un juge, au mépris du principe fondamental de la séparation des autorités
judiciaires et administratives. La loi NRE avait mis fin à cette polémique, en prévoyant
que le recours contre le déroulement des opérations de visite et saisie pouvait faire l’objet
d’un recours auprès du juge qui les a autorisées dans un délai de deux mois. L’ordon-
nance du juge n’était susceptible que d’un recours en cassation.
L’ordonnance du 13 novembre 2008 a modifié l’article L. 450-4 sur ce point. Désor-
405
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
mais, le recours contre le déroulement des opérations de visite ou saisie peut être exercé
devant le premier président de la cour d’appel du ressort du juge les ayant autorisées.
Selon la Chambre criminelle, le fait que le recours intenté contre les opérations de visite
soit porté devant le même juge que l’appel contre l’ordonnance qui autorise la visite ne
porte pas atteinte au principe du procès équitable. Néanmoins, l’entreprise ne peut, dans
le cadre de la contestation du déroulement des opérations de visite et saisie, mettre en
cause la validité de l’ordonnance qui les a autorisées. En outre, lorsqu’un recours est pen-
dant contre la régularité de l’ordonnance d’autorisation, il y a lieu de surseoir à statuer
sur celui relatif au déroulement des opérations.
3. Procédure d’appel
A RETENIR
En principe seules les personnes visées par l’ordonnance ayant autorisé la saisie peuvent
former un appel contre celle-ci. Cependant, les personnes qui n’ont pas fait l’objet de
visite ou de saisie mais qui sont mises en cause ultérieurement au moyen de pièces sai-
sies au cours de ces opérations, peuvent aussi exercer un recours contre ces dernières à
compter de la date à laquelle elles en ont eu connaissance et au plus tard de la notifica-
tion de griefs prévue à l’article L. 463-2. La Cour d’appel de Paris estime que l’Autorité
de la concurrence ne viole pas le droit à un recours effectif en ne notifiant pas à une
entreprise la saisie de pièces la concernant au sein des locaux d’une autre, dès lors qu’elle
n’a pas été mise en cause à l’occasion de cette procédure.
Le juge compétent pour statuer tant sur l’appel de l’ordonnance d’autorisation initiale
que sur celle, complémentaire, rendue sur commission rogatoire, est le premier président
de la cour dans le ressort de laquelle l’ordonnance initiale a été rendue. Le premier pré-
sident de la cour d’appel ne peut cependant connaître que de l’appel formé contre l’or-
donnance : l’appel de la décision se prononçant sur la requête en rétractation d’une
ordonnance ou une demande de communication de pièces présentée par l’entreprise
pour vérifier le bien-fondé d’une ordonnance d’autorisation de visite et saisie ne relèvent
pas de sa compétence.
L’appel n’est pas suspensif. Dès lors, l’Autorité de la concurrence n’a pas l’obligation de
surseoir à statuer. En effet, le fait qu’elle soit incompétente pour apprécier la validité de
l’autorisation de visite n’impose nullement d’attendre que le contentieux soumis à la
Cour de cassation soit définitivement réglé pour qu’il soit statué sur les griefs imputés
aux requérants.
Lorsque le premier président de la cour d’appel considère que l’ordonnance d’autori-
sation n’est pas valable, il ne peut se contenter de prononcer l’annulation mais doit
également examiner les pièces produites et se prononcer sur le bien-fondé de la requête.
406
LES FONDAMENTAUX
4. Procédure de cassation
A RETENIR
L’ordonnance du premier président peut faire l’objet d’un pourvoi dans un délai de cinq
jours qui doit respecter les règles du Code de procédure pénale.
Le pourvoi peut être formé par le rapporteur général, comme par toute partie à l’instance
qui a donné lieu à la décision attaquée, lorsque cette dernière contient des dispositions
qui lui font grief. Le pourvoi formé par le rapporteur général plus de cinq jours francs
après le prononcé de l’arrêt est irrecevable s’il était présent ou représenté à l’audience au
cours de laquelle les parties ont été averties de la date du prononcé.
En droit interne, ce concours est organisé par l’article L. 490-9 du Code de commerce.
Selon la Cour de justice, le texte est applicable alors même qu’aucun obstacle n’aurait été
posé par l’entreprise, la simple éventualité d’une opposition étant suffisante. La Cour de
cassation, saisie pour la première fois de la question, s’est prononcée dans le même sens.
En pratique, la Commission demande le plus souvent aux autorités nationales, à titre
préventif, de solliciter les autorisations judiciaires nécessaires auprès du juge des libertés
et de la détention, afin de surmonter l’opposition éventuelle de l’entreprise. Lorsque
cette dernière n’oppose aucune résistance, l’assistance des autorités nationales n’est pas
nécessaire et les enquêtes sont conduites sous l’égide des seuls agents de la Commission.
Dans cette hypothèse, la jurisprudence estime que l’ordonnance n’a pas à être notifiée à
l’entreprise et que le juge français n’est pas compétent pour statuer sur la régularité des
opérations de visite et de saisie, dès lors que l’ordonnance d’autorisation délivrée aux
enquêteurs français à titre préventif n’a pas été mise en oeuvre. Il est nécessaire, pour
refuser de faire droit à la demande d’assistance émanant de la Commission, d’introduire
un renvoi préjudiciel.
Cette assistance n’est cependant pas inconditionnelle. Le juge national conserve une
407
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
408
LES FONDAMENTAUX
SECTION 1
Compétence de l’Autorité de la concurrence
I. Compétence d’attribution
II. Contrôle préventif des regroupements à l’achat
III. Règle non bis in idem
IV. Application du droit européen
V. Coopération avec la Commission ou les autorités de concurrence des autres
États membres
SECTION 2
Saisine de l’Autorité de la concurrence
I. Personnes habilitées
A. Saisine par le ministre de l’Économie
B. Saisine par les entreprises
C. Saisine par des organisations professionnelles ou des organismes chargés
de la défense d’intérêt particuliers
D. Saisine par les collectivités territoriales
E. Saisine par l’Autorité de régulation des communications électroniques et des
postes
F. Saisine d’office
II. Formalités de la saisine
III. Communication de la saisine
IV. Saisine in rem
V. Irrecevabilité de la saisine
VI. Désistement/Dessaisissement
VII. Prescription
SECTION 3
Déroulement de la procédure
I. Procédure d’instruction
A. Enquête préparatoire
B. Non-lieu
C. Engagements
D. Notification des griefs
E. Conseiller auditeur
F. Jonction des procédures
G. Rapport de l’Autorité
409
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
SECTION 4
Mesures conservatoires
I. Conditions d’octroi
A. Pratiques susceptibles d’être anticoncurrentielles
B. Préjudice grave et immédiat
II. Règles de procédure
A. Conditions de recevabilité de la demande
B. Décision de l’Autorité
C. Recours
SECTION 5
Décision de l’Autorité de la concurrence
I. Conditions de validité
A. Termes clairs et précis
B. Griefs retenus dans la notification
C. Compétence et forme
D. Imputabilité de l’infraction
E. Publicité et notification
II. Contenu de la décision
A. Complément d’instruction
B. Injonction de faire ou de ne pas faire
C. Astreinte
D. Amende
III. Publication de la décision
A. Régime
B. Caractère exécutoire
C. Recours exercé
410
LES FONDAMENTAUX
SECTION 1
Compétence de l’Autorité de la concurrence
PLAN
I. Compétence d’attribution
A RETENIR
A RETENIR
Enfin, l’Autorité peut être consultée pour avis sur toute question concernant la concur-
rence, notamment par le Parlement ou le Gouvernement (art. L. 462-1).
411
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
Dans son avis 15-A-06 du 31 mars 2015 relatif au rapprochement des centrales d’achat
et de référencement dans le secteur de la grande distribution, l’Autorité de la concur-
rence préconisait l’introduction d’une obligation légale d’information à la charge des
distributeurs avant la conclusion de tout nouvel accord de rapprochement, «afin de lui
permettre d’assurer son rôle de veille de manière efficace».
L’Autorité estimait devoir être alertée de l’existence d’opérations qui, sans relever du
contrôle des concentrations, peuvent poser des problèmes de concurrence et, le cas
412
LES FONDAMENTAUX
échéant, justifier une auto-saisine. Se rangeant à cet avis, la loi Macron a inséré un ar-
ticle L. 462-10 au Code de commerce, aux termes duquel «tout accord entre des entre-
prises ou des groupes de personnes physiques ou morales exploitant, directement ou
indirectement, un ou plusieurs magasins de commerce de détail de produits de grande
consommation, ou intervenant dans le secteur de la distribution comme centrale de réfé-
rencement ou d’achat d’entreprises de commerce de détail, visant à négocier de manière
groupée l’achat ou le référencement de produits ou la vente de services aux fournisseurs
devra être communiqué à l’Autorité de la concurrence, à titre d’information, au moins
deux mois avant sa mise en oeuvre».
L’obligation d’information préalable est subordonnée au dépassement d’un double
seuil de chiffre d’affaires, fixé par le décret 2015-1671 du 14 décembre 2015, codifié
à l’article R. 462-5 du Code de commerce : le chiffre d’affaires total mondial hors
taxes de l’ensemble des entreprises ou des groupes de personnes physiques ou morales
parties aux accords doit être supérieur à 10 milliards d’euro et le chiffre d’affaires
total hors taxes réalisé à l’achat en France dans le cadre de ces accords par l’ensemble
des entreprises ou des groupes de personnes physiques ou morales parties aux accords
doit être supérieur à 3 milliards d’euros. Pour l’appréciation de ce dernier seuil, deux
ou plusieurs accords au sens de l’article L. 462-10 conclus au cours d’une période de
deux années entre les mêmes entreprises ou groupes de personnes physiques ou morales
seront considérés comme un seul accord intervenant à la date du premier.
La règle non bis in idem ne s’applique pas en cas de mise en œuvre concurrente des
articles L. 420-1 du Code de commerce et 101 TFUE car ces textes sanctionnent des
infractions distinctes.
A RETENIR
413
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
Dès lors, la règle non bis in idem ne trouve pas à s’appliquer, à moins qu’il ne s’agisse de
faits sanctionnables qui ont fait l’objet de poursuites et d’une décision antérieures. En-
core faut-il, pour que l’autorité de chose jugée puisse être opposée à l’Autorité, que l’objet
de la saisine et les parties soient identiques. Le principe non bis in idem ne s’applique
donc pas lorsque les griefs notifiés concernent des faits différents et correspondent cha-
cun à une infraction distincte. En l’absence d’identité d’objet des procédures, le fait que
le juge des libertés et de la détention statuant sur la régularité des opérations de visite et
saisie ait estimé que la prescription était acquise à une certaine date ne s’impose pas à
l’Autorité qui, dans le cadre de son examen, demeure libre d’apprécier la conformité au
droit de la concurrence de pratiques antérieures à ladite date. Selon l’Autorité, le principe
non bis in idem, qui ne concerne que la décision rendue au fond, ne s’applique pas aux
décisions de classement consécutives à un désistement qui ne prennent pas parti sur
l’éventuelle qualification des pratiques dénoncées dans les saisines retirées. De même,
l’autorité de la chose jugée par une juridiction de l’ordre judiciaire n’empêche pas l’Auto-
rité d’examiner sur le fondement de l’article L. 462-6 du Code de commerce les pratiques
susceptibles d’avoir un objet ou un effet anticoncurrentiel.
A RETENIR
414
LES FONDAMENTAUX
A RETENIR
au sein du réseau d’autorités de concurrence précise les règles d’attribution des affaires,
ainsi que les mécanismes de coopération et d’assistance.
La décentralisation de l’application du droit européen de la concurrence a, de longue
date, été comprise par les autorités françaises qui n’hésitent pas à se considérer comme
de véritables autorités européennes et à appliquer ces règles quand bien même les pra-
tiques en cause n’auraient pas d’effet sur le territoire français ou n’auraient d’effet que sur
ce dernier. Il suffit, pour mettre en œuvre les articles 101 et 102 TFUE, que le commerce
entre États membres soit affecté. Les transactions réalisées en dehors du territoire de
l’Union européenne ne sont en revanche soumises ni à l’article 102 TFUE, ni à l’article
L. 420-2 du Code de commerce. Lorsque les pratiques en cause ne relèvent pas du droit
européen, les autorités françaises utilisent les règlements ou communications à titre de
guide d’analyse.
En tout état de cause, l’assistance de l’Autorité sera refusée aux autorités étrangères,
lorsque l’exécution de la demande risque de porter atteinte à la souveraineté, à la sécurité,
aux intérêts économiques essentiels ou à l’ordre public français ou lorsqu’une procédure
pénale est engagée en France pour les mêmes faits et contre les mêmes personnes, ou que
ces faits ont fait l’objet d’une décision définitive. Des conventions pourront être signées
par l’Autorité de la concurrence avec les autorités de contrôle étrangères.
Le II de l’article L. 462-9 dispose que pour la mise en œuvre des dispositions des articles
101 et 102 TFUE, les autorités de concurrence appliquent les dispositions du règlement
1-2003, sous réserve des règles de coopération et d’assistance énoncées au paragraphe
précédent. Selon la Cour de cassation, le principe d’autonomie procédurale - qui postule
qu’en l’absence d’harmonisation européenne, il appartient à l’ordre juridique interne de
chaque État membre de régler les modalités procédurales des recours en justice destinés
à assurer la sauvegarde des droits que les justiciables tirent de l’effet direct du droit euro-
péen - ne peut être tenu en échec que si sa mise en œuvre rend impossible ou excessive-
ment difficile l’application du droit européen.
Par ailleurs, pour l’application des dispositions de l’article 11, paragraphe 4, du règle-
ment 1-2003, qui organise l’information de la Commission lorsque les autorités des
États membres envisagent l’adoption d’une décision ordonnant la cessation d’une in-
fraction, acceptant des engagements ou retirant le bénéfice d’un règlement d’exemption
416
LES FONDAMENTAUX
SECTION 2
Saisine de l’Autorité de la concurrence
PLAN
I. Personnes habilitées
A RETENIR
L’Autorité de la concurrence peut être saisie par le ministre de l’Économie, par les
entreprises, par les collectivités territoriales, les organisations professionnelles et
syndicales, les organismes chargés de la défense des consommateurs, les chambres
d’agriculture, les chambres de métiers ou les chambres de commerce et d’industrie
territoriales, la Haute Autorité pour la diffusion des œuvres et la protection des droits
sur internet et les présidents des observatoires des prix, des marges et des revenus de
Guadeloupe, de Guyane, de Martinique, de La Réunion, du Département de Mayotte, des
îles Wallis et Futuna et de Saint-Pierre-et-Miquelon, pour toute affaire qui concerne les
intérêts dont ces organismes ont la charge.
A RETENIR
417
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
418
LES FONDAMENTAUX
la date de la saisine. Il peut également s’agir simplement d’une saisine pour avis (art. L.
36-10 C. des postes et communications électroniques).
F. Saisine d’office
A RETENIR
Elle peut porter sur toute pratique anticoncurrentielle au sens des articles L. 420-1, L.
420-2, L. 420-2-1, L. 420-2-2 ou L. 420-5, ou des faits susceptibles de caractériser
une telle pratique. L’Autorité a caractérisé un certain nombre d’hypothèses de saisine
d’office :
a) en cas de rejet d’une saisine pour irrecevabilité à défaut d’éléments probants suffisants,
afin d’examiner de manière approfondie la situation du marché en cause et apprécier s’il
y a matière ou non à poursuivre ;
b) lorsqu’apparaît, à l’examen d’une saisine initiale, l’éventualité de pratiques anticoncur-
rentielles sur des marchés voisins ou connexes, ou des marchés géographiques distincts ;
c) en cas d’abstention des entreprises ou organisations professionnelles alors que l’Auto-
rité dispose d’éléments d’information justifiant une investigation. Il a ainsi été jugé que,
si elle a des raisons de craindre que des atteintes à la concurrence affectent un marché,
l’Autorité peut se saisir d’office et faire procéder aux investigations nécessaires. La Cour
d’appel de Paris a précisé les conséquences du retrait d’une plainte. La saisine de l’Auto-
rité par une personne habilitée porte à la connaissance de celle-ci des pratiques suscep-
tibles d’être anticoncurrentielles. La maîtrise de la procédure appartenant à l’Autorité,
elle peut s’autosaisir, notamment lorsqu’une saisine irrecevable ou rétractée révèle des
actes contraires à l’ordre public économique dont elle est le gardien. Dès lors, le retrait
d’une plainte est sans effet sur la saisine de l’Autorité lorsque celle-ci dispose d’éléments
d’information lui permettant de craindre des atteintes à la concurrence. Selon la Cour
d’appel de Paris, l’intervention de l’Autorité n’a pas pour objet de satisfaire à la demande
d’une partie mais de sanctionner toute pratique anticoncurrentielle affectant le marché.
Dans tous les cas, la Cour d’appel de Paris considère qu’aucune disposition n’impose
à l’Autorité de la concurrence de rendre compte des circonstances dans lesquelles elle
estime opportun d’exercer le pouvoir de se saisir d’office que la loi lui reconnaît afin,
notamment, de la mettre en mesure de donner sa propre orientation à la politique de
la concurrence. Elle a récemment confirmé cette solution en décidant que l’Autorité de
la concurrence peut se saisir d’office de pratiques anticoncurrentielles dans un secteur
d’activité pour lequel elle a précédemment rendu un avis. Si l’Autorité de la concurrence
et la Cour d’appel de Paris ont estimé que la saisine d’office ne viole pas le principe
d’impartialité dès lors qu’elle ne constitue qu’une modalité de dévolution à l’Autorité
de la concurrence des faits relatés dans une demande de clémence et qu’elle intervient
nécessairement après l’avis de clémence pris sur proposition du rapporteur général, la
Cour de cassation a toutefois jugé nécessaire de transmettre au Conseil constitutionnel
419
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
L’Autorité examine si les pratiques entrent dans le champ d’application des articles L.
420-1, L. 420-2, L. 420-2-1, L. 420-2-2 ou L. 420-5, sont contraires aux mesures prises
en application de l’article L. 410-3 ou peuvent se trouver justifiées par application de
l’article L. 420-4. Il lui appartient donc de qualifier les faits dont elle est saisie. Par
420
LES FONDAMENTAUX
conséquent, elle n’est pas liée par les qualifications juridiques données par l’Adminis-
tration ou les parties dans l’acte de saisine. On dit que l’Autorité est saisie in rem. Le
pouvoir de qualification dévolu à l’Autorité lui permet de décider la jonction de l’instruc-
tion de dossiers.
Saisie in rem, l’Autorité de la concurrence peut retenir les pratiques, qui, quoique non
visées dans la saisine initiale, ont été révélées au cours des investigations et ont le même
objet ou le même effet que celles dénoncées. Saisie de l’ensemble des faits et des pra-
tiques qui affectent le fonctionnement d’un marché, l’autorité de concurrence est tenue
de prendre une nouvelle décision de saisine d’office lorsque les pratiques révélées par
ses investigations portent également sur un marché distinct. En revanche l’Autorité de la
concurrence n’est pas tenue par l’identité des parties dans la saisine initiale et peut pro-
noncer des mesures conservatoires à l’encontre d’autres entreprises directement concer-
nées.
V. Irrecevabilité de la saisine
A RETENIR
Elle peut également clore dans les mêmes conditions une affaire pour laquelle elle s’était
saisie d’office. Pour l’application de ce texte, le rapporteur général est autorisé à fixer
des délais pour la production des mémoires, pièces justificatives ou observations (art.
R. 463-8, C. com.). Dès lors, la production de documents de nature à étayer la réalité
des faits peut être valablement faite par une transmission distincte de la lettre de saisine.
L’Autorité notifie à l’auteur de la saisine et au ministre sa décision relative à la recevabilité
de la saisine (art. R. 464-8, 2º, C. com.).
Ne relèvent pas de la compétence de l’Autorité :
- les faits n’entrant pas dans le champ d’application des règles de concurrence, car
l’activité ou la pratique concernée est exclusive de la notion de production, de distri-
bution ou de services au sens de l’article L. 410-1 du Code de commerce ;
- les faits ne pouvant être qualifiés de pratiques anticoncurrentielles, que ce soit sur
le fondement des articles 101 et 102 TFUE, ou des articles L. 420-1 et L. 420-2 du
Code de commerce ou qui ne portent pas une atteinte sensible, avérée ou potentielle,
au libre jeu de la concurrence sur le marché de référence.
Lorsque les éléments recueillis au cours de l’instruction sont insuffisants pour établir une
pratique anticoncurrentielle, la demande est rejetée par décision motivée, et non plus
déclarée irrecevable. La saisine est également rejetée lorsque le plaignant n’a pas, contrai-
rement à son obligation, étayé sa demande d’éléments suffisamment probants, l’Autorité
de la concurrence n’étant pas tenue de suppléer à sa carence. Le pouvoir de renvoyer
421
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
VI. Désistement/Dessaisissement
A RETENIR
422
LES FONDAMENTAUX
VII. Prescription
A RETENIR
L’Autorité ne peut être saisie de faits remontant à plus de cinq ans s’il n’a été fait aucun
acte tendant à leur recherche, leur constatation ou leur sanction. L’ordonnance du 13
novembre 2008 a introduit un plafond à l’article L. 462-7 : la prescription est acquise
lorsqu’un délai de dix ans s’est écoulé depuis la cessation de la pratique anticoncur-
rentielle sans que l’Autorité de la concurrence ait statué.
A RETENIR
EXEMPLES
423
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
Comme en matière pénale, les actes, par lesquels une personne mise en cause dans une
procédure conteste la validité de celle-ci ou d’une décision intervenue dans ce cadre,
interrompent la prescription en ce qu’ils participent au déroulement de la procédure.
En outre, l’ordonnance du 13 novembre 2008 a ajouté un cas de prescription à l’article
L. 462-7 : les actes interruptifs de la prescription publique interrompent la prescription
devant l’Autorité de la concurrence.
Par ailleurs, s’agissant de la période postérieure à la saisine de l’Autorité, la Cour d’appel
de Paris avait précisé que toute prescription dont la conséquence est de rendre irrece-
vable une action ou d’interdire la sanction d’un fait, recommence à courir après qu’elle
ait été interrompue, sous réserve d’une éventuelle cause de suspension de son cours.
Cette interprétation a reçu l’aval de la Cour de cassation et a été reprise par l’Autorité de
la concurrence. Enfin, l’Autorité étant saisie de pratiques d’entente dans leur ensemble,
l’interruption de la prescription produit effet à l’égard de toutes les parties impliquées, y
compris celles qui n’ont pas été entendues dans ce délai. De même, des actes d’instruc-
tion réalisés à l’égard d’abus de position dominante peuvent produire un effet d’interrup-
tion de la prescription relative aux poursuites engagées à l’égard d’ententes, dès lors qu’il
existe un lien de connexité entre ces infractions en raison de leur objet.
Comme en matière pénale, le point de départ de la prescription diffère selon le ca-
ractère instantané ou non de l’infraction. Pour l’infraction instantanée, le point de
départ de la prescription est le lendemain de l’acte constitutif de l’infraction. En re-
424
LES FONDAMENTAUX
SECTION 3
Déroulement de la procédure
A RETENIR
La procédure devant l’Autorité est réglementée par les articles L. 463-2, L. 463-7, L.
463-8 et R. 463-1 et suivants du Code de commerce. Elle commence par le dépôt de la
requête saisissant l’Autorité et se décompose en plusieurs phases après la désigna-
tion du rapporteur. L’instruction comme la procédure devant l’Autorité sont pleinement
contradictoires (art. L. 463-1). Le respect de ce principe est assuré dès le commence-
ment de la procédure.
La procédure ordinaire se déroule en trois phases : la notification des griefs, l’établis-
sement du rapport de l’Autorité, la séance de l’Autorité.
Après ces investigations, le rapporteur a la possibilité soit d’établir une notification des
griefs, soit de proposer un non-lieu à poursuivre la procédure. Il n’est lié ni par les résul-
tats de l’enquête administrative, ni par les qualifications adoptées par la partie saisissante.
I. Procédure d’instruction
PLAN
A. Enquête préparatoire
A RETENIR
S’il l’estime nécessaire, le rapporteur peut décider de procéder à une enquête, no-
tamment lorsque l’Autorité n’est pas saisie par le ministre de l’Économie, ou à des
investigations complémentaires, lorsque des opérations d’enquête ont déjà eu lieu. Il
est habilité pour effectuer lui-même les opérations (art. L. 450-1).
Cette enquête dite préparatoire n’est pas obligatoire, si le rapporteur estime que les élé-
ments joints à la saisine sont suffisants et qu’il se trouve en mesure, en l’état du dossier, de
proposer soit une décision d’irrecevabilité ou de non-lieu, soit la notification des griefs.
Le rapporteur n’est pas lié par les qualifications proposées dans sa saisine et instruit le
dossier à charge et à décharge. Aussi apprécie-t-il librement la nécessité de diligenter les
enquêtes qui lui apparaissent utiles, sans être tenu par les propositions éventuellement
formulées par les parties mises en cause. De même, il ne peut se voir reprocher d’avoir
mené une enquête uniquement à charge du seul fait qu’il n’a pas retenu certains argu-
ments et pièces soumis par les entreprises en cause, dès lors qu’il est libre de se fonder
sur ceux qui lui paraissent les plus pertinents, sans être tenu d’exposer les motifs pour
lesquels il en écarte d’autres.
Le rapporteur peut procéder à l’audition des entreprises lors de la phase préparatoire.
Dans ce cas, les entreprises n’ont pas droit à la communication du dossier, l’article L.
463-2 du Code de commerce ne prévoyant une telle formalité que lorsque la saisine est
suivie d’une notification des griefs. Le rapporteur dispose d’un pouvoir d’appréciation
quant à la conduite des investigations. Il procède aux auditions qu’il estime nécessaires.
Il n’est pas obligé d’entendre les parties poursuivies lors de son instruction, dès lors que
les représentants des entreprises sont en mesure de présenter des observations écrites à
la notification des griefs et de les développer oralement à la séance de l’Autorité. Il n’est
pas davantage tenu de confronter les responsables entendus avec les auteurs de déclara-
tions les mettant en cause, ni de les interroger sur les pièces litigieuses saisies chez des
426
LES FONDAMENTAUX
tiers. Le rapporteur n’a pas non plus à faire connaître aux intéressés, avant la notification
des griefs, les pratiques qui leur sont reprochées ni leur mise en cause dans la procédure.
Il doit cependant, lors de l’audition, leur indiquer le cadre général au sein duquel elle
se situe. Les auditions font l’objet de procès-verbaux. Ceux-ci peuvent prendre la forme
de mails, même s’ils ne reproduisent pas les questions posées. Ils doivent en revanche
permettre d’établir l’origine, l’exactitude et la régularité des communications en litige.
Les investigations du rapporteur ne doivent en effet pas compromettre irrémédiable-
ment les droits de la défense. Si le rapporteur peut, lors de l’enquête préalable, obliger
les représentants de l’entreprise à fournir les renseignements nécessaires sur les faits et
documents relatifs à la saisine, sans leur communiquer les pièces de la procédure, il ne
peut, cependant, en usant de procédés déloyaux, susciter des personnes entendues des
déclarations qui les amèneraient à avouer l’existence de pratiques illicites, dont il appar-
tient à l’Autorité d’apporter la preuve. Par ailleurs, le fait que les enquêteurs se soient
fait spontanément remettre des documents d’origine douteuse ne remet pas en cause
la validité de la procédure si, après avoir constaté cette irrégularité, ils les restituent à
l’entreprise sans les verser au dossier ni se fonder sur eux pour établir la preuve des faits
reprochés.
Le rapporteur général peut faire appel à des experts. La demande de nomination peut
émaner soit du rapporteur, soit d’une des parties. Elle peut être formulée à tout moment
de l’instruction. La décision de nomination d’un expert n’est pas susceptible d’appel.
L’expertise se déroule de manière contradictoire, conformément aux règles de droit com-
mun de la procédure civile. La mission et la durée de l’expertise sont précisées dans la
décision du rapporteur général. Les frais incombent au demandeur, mais l’Autorité peut
en faire peser la charge définitive, dans des proportions qu’il définit, sur la partie sanc-
tionnée (art. L. 463-8 et R. 463-16 C. com.).
Selon l’Autorité de la concurrence, le rapport administratif d’enquête ne constitue qu’un
document de synthèse dénué de force probante particulière ou d’effets juridiques. Par
conséquent, les services d’instruction peuvent ultérieurement, sans méconnaître le prin-
cipe d’impartialité, retenir dans la notification de griefs une analyse de l’imputabilité
différente de celle suggérée par le rapport.
L’Autorité de la concurrence peut demander la communication des procès-verbaux, rap-
ports d’enquête ou autres pièces de l’instruction pénale ayant un lien direct avec des faits
dont l’Autorité est saisie (art. L. 463-5 C. com.). Aucune forme particulière n’est imposée
à la communication par le juge d’instruction au rapporteur de pièces de l’instruction
pénale. Cette communication ne porte pas atteinte au principe de l’égalité des armes dès
lors que l’article L. 463-5 du Code de commerce ne prévoit aucune restriction à l’utili-
sation de ces pièces et que les parties disposent de la faculté d’en discuter au cours de
la phase contradictoire de la procédure, après la notification des griefs. L’Autorité peut
également utiliser les pièces fournies par une autorité membre du réseau européen de la
concurrence. Cette utilisation n’est cependant possible que si le droit de l’Union est ap-
plicable et si les pièces concernées ont été collectées dans une procédure ayant le même
objet (art. 12 Règl. 1-2003).
427
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
B. Non-lieu
A RETENIR
Si aucune pratique susceptible d’être qualifiée d’abusive n’est mise en évidence par l’ins-
truction d’une plainte, il n’y a pas lieu de définir le marché, ni de rechercher s’il existe
une position dominante sur celui-ci, ni de renvoyer l’affaire à l’instruction. Seule l’Au-
torité peut se prononcer sur une proposition de non-lieu. Ainsi, sont irrecevables les
moyens qui, dans le cadre du grief pris de l’omission de définition du marché pertinent
reprochent à la proposition de non-lieu du rapporteur de comporter des inexactitudes et
des erreurs quant à l’appréciation du contexte économique des pratiques et soutiennent
que l’instruction a été incomplète et ambiguë concernant la substituabilité de l’offre, dès
lors que seules les décisions de l’Autorité de la concurrence peuvent faire l’objet d’un re-
cours. L’absence de grief relatif à une question précise dans une première notification des
griefs ne tient pas lieu de proposition de non-lieu. Cette proposition est communiquée à
l’auteur de la saisine et au commissaire du Gouvernement qui doivent, préalablement à
la décision, être mis à même de consulter le dossier et de faire valoir leurs observations.
Ils disposent pour cela d’un délai de deux mois. La décision de non-lieu est notifiée à
l’auteur de la saisine, aux personnes dont les agissements ont été examinés par le rappor-
teur, ainsi qu’au ministre de l’Économie (C. com., art. R. 464-8, 3°). À défaut de décision
de l’Autorité, la poursuite de l’instruction par un nouveau rapporteur n’est pas valable.
C. Engagements
A RETENIR
L’entreprise qui accepte d’entrer dans une procédure d’engagement ne reconnaît pas
avoir commis une pratique anticoncurrentielle. Selon le communiqué de procédure du
2 mars 2009, plus rapide et plus flexible que celle conduisant au constat de l’infraction,
la procédure d’engagements a pour objectif d’obtenir que l’entreprise cesse et modifie de
son plein gré, pour l’avenir, des comportements qui ont suscité des préoccupations de
concurrence. Elle représente une économie de ressources tant pour l’Autorité que pour
l’entreprise.
428
LES FONDAMENTAUX
1. Champ d’application
Même si l’article L. 464-2, I du Code de commerce ne précise pas la typologie des
comportements susceptibles de faire l’objet d’engagements, la procédure d’engage-
ments n’est pas applicable, dans les cas où l’atteinte à l’ordre public économique im-
pose le prononcé de sanctions pécuniaires, notamment lorsque le dommage à l’éco-
nomie généré est important. Aussi, les ententes graves comme les cartels et certains
abus de position dominante sont-elles a priori exclues de la procédure d’engagements,
qui concerne plutôt certaines pratiques unilatérales ou verticales. Toutefois, la position
de l’Autorité sur la question a évolué. Elle a ainsi considéré que, pour des ententes ho-
rizontales de prix, il peut être recouru à la procédure d’engagements lorsque, eu égard
à la nature des faits et à leurs conséquences pratiques, celle-ci s’avère particulièrement
adaptée pour maintenir ou rétablir la concurrence.
429
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
430
LES FONDAMENTAUX
4. Procédure
L’article R. 464-2 du Code de commerce précise la procédure d’acceptation des en-
gagements. Le rapporteur fait connaître aux parties son évaluation préliminaire des
pratiques en cause par courrier, par procès-verbal ou dans son rapport oral lorsque
l’Autorité est saisie d’une demande de mesures conservatoires. L’évaluation prélimi-
naire de l’Autorité de la concurrence n’est pas assimilable à un acte d’accusation. En effet,
l’Autorité ne peut, dans le cadre de la procédure d’acceptation des engagements, se pro-
noncer que sur les remèdes nécessaires pour mettre fin aux problèmes de concurrence
identifiés. Il ne lui est notamment pas possible de se décider sur une réforme statutaire
qui dépasse l’examen de ces remèdes. Il ne lui appartient pas non plus de se substituer
à une entreprise, même dominante sur son marché, dans la fixation de ses prix, le rôle
de la procédure d’engagements n’étant pas de figer pour l’avenir ce que seront les coûts
d’une entreprise. La procédure doit néanmoins être pleinement contradictoire. Aussi, les
parties à la procédure doivent-elles avoir accès à l’intégralité des documents sur lesquels
le rapporteur s’est fondé et de ceux soumis à l’Autorité, sous réserve de l’intérêt légitime
des entreprises à ce que leurs secrets d’affaires soient préservés. Il appartient à la cour
d’appel de vérifier, au besoin d’office, si le défaut de communication de certaines pièces
a porté atteinte au principe du contradictoire.
Les entreprises disposent d’un délai minimum d’un mois pour formaliser leurs en-
gagements. Les engagements proposés sont communiqués à l’auteur de la saisine et au
commissaire du Gouvernement. Un résumé de l’affaire et des engagements est publié
afin de permettre aux tiers intéressés de présenter leurs observations. Dans un délai
qui ne peut être inférieur à un mois à compter de cette date, les parties, le commissaire
du Gouvernement ou les tiers intéressés peuvent présenter leurs observations, qui sont
versées au dossier.
Le rapporteur général convoque à la séance, par lettre accompagnée de la proposition
d’engagements, les parties et le commissaire du Gouvernement, qui peuvent présenter
des observations orales. La procédure revêt un caractère consensuel. L’Autorité de la
concurrence peut donc activement participer aux débats entre les parties sur les en-
gagements proposés et les observations recueillies sans que cette participation puisse
être qualifiée d’immixtion dans l’instruction de l’affaire. Il lui est loisible d’accepter des
engagements qui ne satisferaient pas l’entreprise saisissante, dans la mesure où elle est
investie d’une mission de défense de l’ordre public économique et non d’intérêts particu-
liers. Elle a également la possibilité d’abandonner la procédure d’engagements et refuser
une prolongation des délais pour présenter de nouveaux engagements, lorsque les pro-
blèmes de concurrence n’ont pu être résolus par les engagements initialement proposés
et que l’objectif d’accélération de la résolution des affaires poursuivi par cette procédure
risque de ne pas être atteint. Selon le Conseil d’Etat, le juge administratif n’est pas com-
pétent pour connaître du recours exercé par une entreprise contre le refus opposé par
les services d’instruction de l’Autorité de la concurrence à sa demande d’ouverture de la
procédure d’acceptation d’engagements.
L’Autorité peut conférer aux engagements une durée indéterminée si elle estime qu’il
431
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
Le rapporteur établit la notification des griefs s’il estime que les pratiques anticoncur-
rentielles sont suffisamment établies par les éléments qu’il a réunis.
La notification des griefs retenus par le rapporteur est adressée par le rapporteur général
ou le rapporteur adjoint désigné par lui par lettre recommandée avec demande d’avis de
réception aux parties intéressées ainsi qu’au commissaire du Gouvernement.
Le rapporteur général (art. L. 463-2, al. 1, C. com.) n’est pas tenu de notifier les griefs
à toutes les parties à une entente, lorsqu’il estime que le comportement de certaines
d’entre elles ne justifie ni injonction, ni sanctions pécuniaires. Lorsqu’il s’agit de groupe
de sociétés, les destinataires des griefs sont les sociétés mères, quand bien même ces
groupes sont formés de personnes morales juridiquement distinctes, dès lors qu’elles
sont unies par des liens capitalistiques et suivent une stratégie commerciale, industrielle
et financière unifiée. En revanche, lorsque les groupes ont des activités diversifiées, les
432
LES FONDAMENTAUX
griefs doivent être notifiés aux filiales spécialisées dans le secteur concerné. Les griefs
n’ont pas à être notifiés aux agences locales des sociétés en cause, lorsque ces agences,
dont les dirigeants ne sont pas à même de déterminer librement une stratégie indus-
trielle, financière et commerciale pleinement autonome, ne constituent pas des entre-
prises au sens du droit de la concurrence. Les distributeurs indépendants réunis au sein
d’une enseigne commune ayant adopté une politique de référencement, d’achat et de
vente commune, qui ont renoncé à leur liberté commerciale pour pratiquer des prix de
vente uniformes fixés par la «tête de réseau», ont également été qualifiés par l’Autorité
de la concurrence de groupement assimilable à une entreprise. Les griefs sont dans ce
cas notifiés uniquement à la société tête de réseau, support de la concertation avec les
fournisseurs, pour le compte des entreprises qu’elle représente. En revanche, une entre-
prise ne peut se voir imputer un grief d’entente avec un fabricant au seul motif qu’elle est
mentionnée dans la notification des griefs comme distributeur de ce fabricant.
Déterminer les destinataires des griefs peut s’avérer difficile lorsqu’il s’agit de personnes
différentes de celles qui ont mis en œuvre les pratiques dénoncées. En effet, entre la date
des faits et celle de la notification des griefs, des modifications juridiques ou structurelles
peuvent avoir affecté ces personnes, notamment en cas de fusion, absorption ou restruc-
turation par éclatement de certaines unités. L’Autorité, pour résoudre cette question, s’est
inspirée de la jurisprudence européenne. Lorsque, entre le moment où l’infraction a été
commise et celui où l’entreprise en cause doit en répondre, la personne responsable
de l’exploitation de cette entreprise a cessé d’exister juridiquement, il convient de
localiser, dans un premier temps, l’ensemble des éléments matériels et humains ayant
concouru à l’infraction, pour identifier, dans un second temps, la personne qui est
devenue responsable de l’exploitation de cet ensemble afin d’éviter qu’en raison de la
disparition de la personne responsable de son exploitation au moment de l’infraction,
l’entreprise ne réponde pas de la commission de celle-ci. Les entreprises doivent dé-
sormais communiquer au rapporteur en charge du dossier les modifications intervenues
dans leur situation juridique dès lors qu’elles sont susceptibles de modifier les conditions
dans lesquelles elles sont représentées ou dans lesquelles les griefs sont imputés. L’infor-
mation peut être transmise à tout moment de la procédure d’investigation. À défaut, les
entreprises ne pourront plus s’en prévaloir (C. com., art. L. 464-2, al. 1er). En cas d’élec-
tion de domicile, l’Autorité de la concurrence est tenue de notifier les actes de procédure
à une seule adresse, celle du domicile élu, et non à l’ensemble des avocats désignés pour
assister l’entreprise au cours de l’instruction.
Si la notification des griefs ne doit pas en principe contenir d’inexactitudes entraînant
une confusion sur l’identité du destinataire des griefs, les erreurs matérielles d’adresse
ou de dénomination du destinataire ne vicient pas la procédure. Il suffit que les entre-
prises réellement mises en cause puissent répondre au grief notifié et soient à même de
faire valoir leur défense. De même, il ne peut être reproché à l’Autorité de la concurrence
d’avoir communiqué aux parties des pièces rédigées en langue étrangère dès lors que la
procédure de concurrence ne présente pas de caractère pénal, que les destinataires des
griefs sont des entreprises disposant de plus de moyens pour assurer leur défense que
des personnes physiques et que les parties ont bénéficié de délais supplémentaires pour
faire réaliser les traductions nécessaires. Ainsi, l’utilisation du français comme langue
433
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
2. Portée
La notification des griefs est un acte préparatoire qui met en œuvre la procédure d’ins-
truction devant l’Autorité. La signature ne conditionne pas sa validité. Cette solution
consacrée par la jurisprudence n’est toutefois pas en totale conformité avec la loi du 12
avril 2000 relative aux actes administratifs qui requiert la signature de l’auteur de l’acte.
La pratique de l’Autorité de la concurrence a évolué pour tenir compte des contestations
qui s’étaient élevées contre l’absence de signature d’actes aussi importants. Désormais,
les notifications des griefs sont revêtues de la signature des rapporteurs. La notification
des griefs, qui a pour effet d’ouvrir l’instruction devant l’Autorité, n’est pas nécessaire
dans le cadre d’une procédure de vérification d’injonction, pour laquelle il suffit que le
principe du contradictoire soit respecté.
A RETENIR
La notification des griefs constitue une formalité indispensable : une procédure ne peut
être valablement poursuivie contre une personne non destinataire de cet acte.
Elle confère à cette personne la qualité de partie en cause, qui devra aviser l’Autorité de
tout changement d’adresse par lettre recommandée avec avis de réception, à défaut de
quoi elle ne pourra plus se prévaloir d’une violation du principe du contradictoire.
A RETENIR
Les griefs doivent être suffisamment précis pour que les intéressés puissent exercer plei-
nement leurs droits de la défense. En effet, les destinataires des griefs peuvent, à compter
de ce moment, consulter le dossier et présenter leurs observations dans un délai de deux
mois. Il n’est pas nécessaire, à ce stade de la procédure, de communiquer les pièces sur
lesquelles le rapporteur s’est fondé, dès lors que le caractère contradictoire de la procé-
dure est assuré par la possibilité de consulter l’intégralité du dossier au siège de l’Autorité
de la concurrence. Il n’est pas non plus indispensable en cas d’entente verticale d’identi-
434
LES FONDAMENTAUX
fier précisément chacun des distributeurs impliqués lorsqu’est invoquée l’application gé-
nérale de prix évoqués ou conseillés. Lorsque la notification vise uniquement le non-res-
pect des dispositions de l’article L. 420-1 du Code de commerce, l’Autorité dépasse le
cadre de cet acte en estimant que les pratiques anticoncurrentielles reprochées aux par-
ties enfreignent également les dispositions de l’article 101 TFUE. En revanche, l’Autorité
n’a pas à rechercher si des faits qualifiés de pratique de différenciation tarifaire abusive
au regard des articles L. 420-2 du Code de commerce et 102 TFUE peuvent recevoir la
qualification de ciseau tarifaire au titre des mêmes dispositions. Par ailleurs, si le marché
peut être largement défini dans la notification, les poursuites ne peuvent concerner que
ce marché et non les marchés connexes. Toutefois, en cas de rédaction imparfaite du grief
notifié, la pratique en cause peut être interprétée par référence aux développements préa-
lables du rapporteur dans l’acte de notification des griefs pour lever toute incertitude sur
l’étendue de la saisine de l’Autorité de la concurrence. Enfin, l’Autorité de la concurrence
ne viole pas le principe du procès équitable lorsque, dans une nouvelle notification des
griefs adressée à l’entreprise après renvoi à l’instruction, elle complète son argumentation
au vu de ses observations en réponse à la première notification.
E. Conseiller auditeur
A RETENIR
Le conseiller-auditeur peut intervenir soit à la demande d’une des parties, soit appeler
l’attention du rapporteur général sur une question relative au respect des droits des par-
ties. Le conseiller auditeur rédige, au plus tard dix jours ouvrés avant la séance, un rap-
port qui évalue les observations des parties et propose, éventuellement, tout acte suscep-
tible d’améliorer l’exercice de leurs droits de la défense (art. L. 461-4, C. com.). Une copie
en est adressée au rapporteur général et aux parties concernées. Il peut, sur invitation du
président de l’Autorité, assister à la séance et y présenter son rapport.
Le conseiller auditeur exerce ses fonctions avec le concours des services d’instruction
de l’Autorité. Le dossier peut lui être communiqué par le rapporteur général sans que la
confidentialité des documents ou le secret des affaires puisse lui être opposé (art. R. 461-
9 C. com.).
Ainsi, lorsqu’elle est saisie successivement par des personnes différentes de demandes
semblables, elle peut joindre les affaires soit au stade de la notification des griefs, soit au
435
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
G. Rapport de l’Autorité
A RETENIR
Le rapport contient l’exposé des faits et griefs finalement retenus à la charge des intéres-
sés, ainsi qu’un rappel des autres griefs (C. com., art. R. 463-11). Le rapporteur est libre
de retenir les griefs qu’il souhaite. Il peut ainsi abandonner des griefs postérieurement à
la notification du rapport sans porter atteinte au principe du contradictoire. Cet abandon
étant favorable au destinataire des griefs, une notification des griefs de remplacement
n’est pas nécessaire. L’Autorité est toutefois tenue d’examiner le bien-fondé de l’ensemble
des griefs notifiés figurant dans le rapport soumis à sa décision, même si une proposition
d’abandon est ultérieurement formulée.
Le rapport constitue l’acte d’instruction. Il est notifié aux parties, au commissaire du
Gouvernement et aux ministres intéressés (art. L. 463-2). Sont joints à ce rapport les
documents sur lesquels le rapporteur s’est fondé et, le cas échéant, les observations des
parties. Celles-ci disposent d’un nouveau délai de deux mois pour présenter un mémoire
en réponse qui peut être consulté par les intéressés dans les quinze jours précédant la
séance de l’Autorité. Les ministres intéressés peuvent présenter des observations dans
le même délai ; cet avis est transmis à l’Autorité par l’intermédiaire du commissaire du
Gouvernement.
Aucune disposition légale ou réglementaire ne prévoit que la notification du rapport doit
être faite au siège social, dès lors que l’entreprise concernée a pu avoir connaissance de
ce rapport et a disposé d’un délai de deux mois pour y répondre.
Lorsqu’une notification des griefs complémentaire est adressée aux parties après envoi
436
LES FONDAMENTAUX
du rapport, celles-ci disposent à nouveau d’un délai de deux mois pour répondre, puis
d’un délai identique pour présenter leur mémoire en réponse au rapport complémentaire
qui leur est ensuite adressé. Le rapport complémentaire peut en particulier être établi
pour tenir compte des observations des parties auxquelles il n’a pas été répondu dans le
rapport initial. Il ne peut avoir pour effet d’écarter ou d’annuler un grief notifié, seul le
collège de l’Autorité étant compétent pour se prononcer sur les griefs régulièrement no-
tifiés. Un rapport de remplacement, après retrait de celui initialement notifié aux parties,
ne peut en revanche être établi même s’il répond aux demandes de plusieurs entreprises
en vue de la consultation du dossier ou pour corriger des erreurs matérielles.
Dans tous les cas, même s’il contient nécessairement l’ensemble des éléments relatifs à la
gravité des faits et au dommage causé à l’économie, le rapport n’a pas à porter d’apprécia-
tion sur les sanctions qu’il appartient seulement à l’Autorité de déterminer. Il n’est donc
pas nécessaire qu’il reprenne les éléments de chiffre d’affaires communiqués par l’entre-
prise. Il n’est pas non plus requis qu’il soit daté et signé. Le défaut de signature n’entache
pas le rapport d’irrégularité lorsqu’il n’existe aucune ambiguïté sur son auteur, dont le
nom est expressément indiqué en page de couverture. L’analyse faite dans le rapport peut
également, du fait du caractère contradictoire de la procédure, évoluer par rapport à celle
développée dans la notification des griefs, sans porter atteinte aux droits de la défense.
A. Principe du contradictoire
A RETENIR
1. Auditions
La combinaison des articles L. 463-1 et L. 463-2 du Code de commerce oblige le
rapporteur qui veut procéder à des auditions postérieurement à la notification des
griefs, à convoquer régulièrement et par lettre, préalablement à l’audition, les res-
ponsables des sociétés qu’il souhaite entendre, et à les informer de la possibilité de se
faire assister d’un avocat. Si le rapporteur n’est pas tenu d’entendre toutes les parties au
cours de l’instruction, il peut inviter toute personne dont l’audition lui paraît susceptible
de contribuer à son information, y compris les avocats d’une entreprise visée par la sai-
437
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
sine, mais qui n’est pas partie à la procédure. Les auditions donnent lieu à la rédaction
d’un procès-verbal, qui doit être signé par les personnes entendues. En cas de refus de
signer, mention en est faite dans le procès-verbal (C. com., art. R. 463-6). En outre, le
non-respect des droits de la défense implique la suppression des pièces des débats, en
l’occurrence des procès-verbaux d’audition. Cette suppression n’entraîne la nullité de la
procédure que dans la mesure où elle a une incidence sur la preuve de la pratique anti-
concurrentielle.
2. Consultation du dossier
Le caractère contradictoire de la procédure est assuré, à ce stade de l’instruction, par
la possibilité de consulter l’intégralité du dossier au siège de l’Autorité de la concur-
rence. Le droit d’accès ne peut être exercé qu’après la notification des griefs qui consti-
tue l’acte d’accusation. Il n’est pas nécessaire de joindre les pièces, telles que les pro-
cès-verbaux d’audition, à la notification des griefs. En outre, l’absence de certaines pièces
qui ne sont citées ni dans le rapport ni dans la notification des griefs ou qui n’ont pas
été reçues par l’Autorité de la concurrence, ne vicie pas la procédure. De même, il n’est
pas porté atteinte au droit d’accès au dossier lorsque l’une des parties ne peut pas lire
certaines pièces du dossier à partir du CD-rom qui lui a été envoyé, dès lors qu’il s’agit
d’une simple faculté offerte à l’Autorité. L’absence temporaire d’accès à l’intégralité du
dossier n’empêche pas non plus les parties d’apprécier l’opportunité d’une demande de
non-contestation des griefs dès lors qu’elles avaient nécessairement connaissance des
pièces les concernant plus spécifiquement. Le point de départ du délai de deux mois
n’étant pas prescrit à peine de nullité, il est donc possible de le différer pour préserver le
principe du contradictoire et les droits des parties. La partie qui se plaint d’une rupture
de l’égalité des armes liée à l’observation de ce délai doit en apporter la preuve. Lorsque
des circonstances exceptionnelles le justifient, le rapporteur général a la possibilité d’ac-
corder un délai supplémentaire d’un mois pour la consultation du dossier. L’abondance
de pièces ne constitue pas, selon l’Autorité, une telle circonstance.
438
LES FONDAMENTAUX
rieurement accepté une procédure de transaction et que ses observations sont devenues
sans objet ni portée procédurale. Le droit de communication ne s’étend pas non plus aux
échanges des parties mises en cause avec les services d’instruction afin d’aboutir à une
transaction. Enfin, aucune disposition n’impose que le rapport oral du rapporteur et celui
du rapporteur général revêtent préalablement une forme écrite et soient communiqués
aux parties.
4. Délai de réplique
Les destinataires disposent d’un délai de deux mois pour présenter leurs observations
en réponse à la notification des griefs. Lorsqu’un rapport leur est notifié, un nouveau
délai de deux mois leur est ouvert pour déposer un mémoire en réponse. Le délai de
réponse de deux mois peut inclure la période des fêtes de fin d’année sans qu’il puisse
être reproché à l’Autorité une rupture de l’égalité des armes. La différence entre la du-
rée accordée à l’entreprise pour répondre à la notification des griefs et celle laissée au
rapporteur pour établir la notification des griefs et le rapport ne viole pas le principe
de l’égalité des armes, lorsque le volume des pièces saisies au cours de l’enquête et le
nombre d’entreprises concernées par la procédure le justifie. Mais l’égalité de traitement
est rompue par l’octroi, uniquement à certaines parties, d’un nouveau délai pour pré-
senter des observations complémentaires. Les observations du commissaire du Gouver-
nement ne constituant pas des griefs, elles n’ouvrent pas un nouveau délai de réplique.
Les parties disposent d’un délai de quinze jours pour en prendre connaissance. Un délai
supplémentaire d’un mois peut être accordé par le président de l’Autorité en cas de cir-
constances exceptionnelles. Ne constituent pas de telles circonstances le fait que l’entre-
prise n’ait pas fait l’objet d’une visite et saisie ou n’ait appris que tardivement l’existence
de la procédure.
6. Mesures d’expertise
La notification des conclusions du rapport d’expertise ne respecte pas le principe du
contradictoire si les parties n’ont pas été appelées à participer aux opérations et n’ont pas
pu faire valoir leurs observations.
B. Principe d’impartialité
A RETENIR
Les poursuites engagées par l’Autorité, assimilables à une accusation en matière pénale,
doivent obéir à ce principe. L’Autorité estime ainsi que, en application du principe d’im-
partialité qui s’oppose à la confusion des rôles d’instruction et de jugement, un rap-
porteur ne peut communiquer au vice-président le projet de notification des griefs
439
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
pour recueillir son avis. Il ne peut, sous peine d’annulation de la décision de l’Autorité,
participer au délibéré sauf s’il s’agit d’une séance ayant pour objet le prononcé d’une
saisine d’office. De même, la Cour de cassation considère que les membres de l’Autorité
de la concurrence, s’étant prononcés sur le caractère prohibé d’une partie des faits dé-
noncés dans le cadre de mesures conservatoires, ont statué au fond et ne peuvent rendre
à nouveau une décision au fond sans manquer objectivement au principe d’impartialité.
Cependant, le seul constat que le rapporteur a assisté au délibéré sur les mesures conser-
vatoires avant d’instruire la procédure au fond ne suffit pas à démontrer la violation du
principe d’impartialité. Aussi, la présence dans la formation de l’Autorité de la concur-
rence de membres ayant précédemment délibéré sur l’avis rendu sur les mêmes faits
n’est-elle pas contraire au principe d’impartialité dès lors qu’aucun des termes de l’avis
ne s’apparente à un préjugement. Il n’y a pas non plus atteinte au principe d’impartialité
lorsque l’Autorité de la concurrence, après s’être prononcée pour avis sur l’étendue du
monopole d’une profession, statue sur les pratiques anticoncurrentielles la mettant en
cause, dès lors qu’elle n’a pas examiné ces faits lors de son avis. Les compétences de l’Au-
torité de la concurrence en matière de régulation de la profession notariale ne sont pas
susceptibles de jeter le doute sur son impartialité dans le cadre de poursuites portant sur
des pratiques anticoncurrentielles relevées dans ce secteur, dès lors que les agents chargés
de l’enquête appartiennent à un service distinct du service professions réglementées. Le
collège peut également examiner au cours d’une même séance et d’un délibéré unique
les pratiques qui lui sont soumises, même si celles-ci font l’objet de deux décisions dis-
tinctes, l’une de transaction et l’autre de sanction, rendues à des dates différentes et
publiées à quelques heures d’intervalle. La présence, parmi les membres du collège, de la
présidente d’une association de consommateurs ne viole pas le principe d’impartialité,
dès lors que cette association n’est pas partie à la procédure, n’a pas pris position en
faveur d’une partie dans le cadre de celle-ci, ni manifesté son intention d’intenter une
action de groupe par la suite.
Enfin, la question s’est posée de savoir si la faculté de saisine d’office offerte à l’Autorité
de la concurrence ne violait pas le principe d’impartialité. Saisi d’une question priori-
taire de constitutionnalité, le Conseil constitutionnel a estimé que le pouvoir de saisine
d’office de l’Autorité de la concurrence n’enfreint pas les principes d’indépendance et
d’impartialité dès lors qu’elle est entourée de garanties suffisantes, telle l’instruction de
l’affaire sous la seule direction du rapporteur général ou l’absence de ce dernier au déli-
béré du collège. En outre, la saisine d’office ne constitue pas un préjugement au sens de
l’article 6 CEDH lorsqu’elle ne désigne aucun marché, ni opérateur, ni fait prohibé. Par
conséquent, la présence du président de l’Autorité de la concurrence dans la formation
qui a décidé de la saisine d’office puis au sein du collège qui a statué au fond ne caracté-
rise pas une violation du principe de non-cumul des fonctions d’instruction et de juge-
ment. Le fait que les mêmes rapporteurs aient eu à connaître de la procédure de clémence
et de la saisine d’office ne viole pas le principe de séparation des fonctions de poursuite
et d’instruction, dès lors qu’aucun de ces actes ne constitue un acte de poursuite.
Seule compétente pour apprécier la compatibilité des comportements et actes des en-
treprises aux règles de concurrence, l’Autorité, saisie de faits qui lui ont déjà été soumis
lors d’une décision antérieure juridiquement inexistante, peut, sans porter atteinte au
440
LES FONDAMENTAUX
principe d’impartialité, épuiser sa saisine quant aux griefs subsistants notifiés aux parties
et maintenus dans le rapport, alors en outre que la formation statuant dans la nouvelle
procédure sur les mêmes griefs est différente de celle dont la décision a été déclarée
inexistante. De même, le seul fait que le collège ait renvoyé un grief à l’instruction et que
celui-ci ait finalement été retenu ne traduit pas une violation du principe d’impartialité
dès lors que l’instruction complémentaire est effectuée par des rapporteurs indépendants
du collège. Le souci du collège de purger la procédure d’un vice constitué par l’absence
de communication aux parties d’une pièce essentielle n’est pas non plus de nature à faire
naître un doute sur l’impartialité de sa décision de renvoyer l’affaire à l’instruction. Le
principe d’impartialité n’est pas non plus remis en cause par la faculté réservée à l’Autori-
té de la concurrence de demander à la juridiction d’instruction, qui seule peut en décider,
communication des procès-verbaux ou rapports d’enquête ayant un lien direct avec des
faits dont l’Autorité est saisie. Enfin, le fait que le collège de l’Autorité de la concurrence
ait retenu un niveau d’exonération d’amende supérieur à celui envisagé par le rapporteur
ne démontre pas la partialité de ce dernier au cours de l’instruction.
C. Principe de loyauté
A RETENIR
Les entreprises ont un droit légitime à la protection de leurs secrets d’affaires. Aussi, le
rapporteur général a-t-il le pouvoir de refuser la communication de pièces mettant en
jeu le secret des affaires, et de ne mettre à la disposition des parties qu’une version non
confidentielle et un résumé des pièces ou éléments en cause, sauf si la consultation de
ces documents est nécessaire à l’exercice des droits de la défense d’une partie mise en
441
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
442
LES FONDAMENTAUX
mier président de la cour d’appel ou son délégué par voie d’assignation à une audience
préalablement indiquée par ce dernier. A peine de nullité, l’assignation contient l’objet du
recours avec un exposé des moyens ainsi qu’une copie de la décision attaquée. A peine de
caducité du recours relevée d’office, l’assignation doit être délivrée au rapporteur général
ainsi que, le cas échéant, à la partie mise en cause ayant demandé au rapporteur général
l’accès à la version confidentielle d’une pièce qu’elle estime nécessaire à l’exercice de ses
droits, dans le délai fixé par l’ordonnance du premier président ou de son délégué. Sous
la même sanction, une copie de l’assignation doit être déposée en triple exemplaire au
greffe de la cour d’appel au plus tard dans les cinq jours qui suivent celui de sa significa-
tion. Le premier président de la Cour d’appel de Paris ou son délégué doit statuer dans
le mois du recours.
En principe, le délai de recours et le recours exercé dans ce délai à l’encontre de la
décision du rapporteur général de l’Autorité de la concurrence qui refuse la protection
du secret des affaires ou lève la protection accordée ne sont pas suspensifs. Néan-
moins, le premier président de la Cour d’appel de Paris ou son délégué peut ordonner
qu’il soit sursis à exécution de la décision si celle-ci est susceptible d’entraîner des
conséquences manifestement excessives. La demande doit être portée par voie d’assi-
gnation selon les modalités du second alinéa de l’article 485 du Code de procédure civile
et, à peine de nullité, celle-ci doit contenir l’exposé des moyens invoqués à l’appui de la
demande de sursis et préciser la date à laquelle a été formé le recours contre la décision
dont le sursis à exécution est demandé. En vertu de l’article R. 464-24-7, l’assignation
doit à peine de caducité de la demande relevée d’office, être délivrée au rapporteur géné-
ral de l’Autorité de la concurrence ainsi que, le cas échéant, à la partie mise en cause qui
lui a demandé l’accès à la version confidentielle d’une pièce qu’elle estime nécessaire à
l’exercice de ses droits. Enfin, un pourvoi en cassation peut être formé dans un délai de
dix jours à compter de la notification de l’ordonnance du premier président ou de son
délégué. Il sera instruit et jugé selon les règles applicables à la procédure avec représenta-
tion obligatoire sous réserve des délais de remise et de notification des mémoires prévus
aux articles 978 et 982 du Code de procédure civile qui sont réduits à un mois.
L’effet utile des décisions de secret des affaires rendues à l’occasion de la phase d’ins-
truction du dossier doit être préservé durant les débats oraux qui se déroulent devant le
collège de l’Autorité de la concurrence. Le principe de la contradiction n’impose pas, à
ce stade de la procédure, que la partie saisissante puisse assister aux débats au cours des-
quels des informations protégées seront évoquées. En outre, toute partie qui divulguerait
des informations concernant une autre partie ou un tiers, dont elle a eu connaissance à
la suite des communications ou consultations, s’expose à une peine d’un an d’emprison-
nement et à 15 000 euro d’amende (art. L. 463-6 C. com.).
La protection des secrets d’affaires demeure toutefois limitée dans la mesure où elle ne
concerne pas les pièces dont la communication ou la consultation est nécessaire à la
procédure ou à l’exercice des droits de la défense des parties. La divulgation d’informa-
tions couvertes par le secret des affaires n’est sanctionnée que par le versement éventuel
d’une indemnité en réparation du préjudice direct et certain subi par les entreprises
concernées, et non par la nullité de la procédure. Les droits de la défense des entreprises
n’ont en outre pas été considérés comme affectés par les atermoiements de l’Autorité qui
443
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
E. Délai raisonnable
A RETENIR
La notification des griefs doit, conformément à l’article 6 CEDH, intervenir dans un dé-
lai raisonnable. Le caractère raisonnable du délai s’apprécie au regard de la complexité
et de l’ampleur de la procédure.
Ainsi, un délai de 77 mois entre la saisine et la notification des griefs n’a pas été jugé
déraisonnable par la Cour d’appel de Paris, même si la notification des griefs a été ré-
digée en six mois seulement, dès lors que le dossier est difficile, implique un nombre
élevé d’opérateurs et de pratiques, concerne un secteur crucial de l’économie française et
nécessite des opérations de qualification et des appréciations juridiques complexes. Des
entreprises ne peuvent se plaindre de la durée anormale de la procédure en invoquant
des circonstances étrangères à celle-ci, telles que des changements dans leurs directions
respectives survenus à la suite d’une cession ou d’une liquidation. Selon la Cour d’appel
de Paris, l’appréciation du caractère raisonnable doit tenir compte de toutes les phases
de la procédure - enquête et procédure administrative -, et non seulement de la seconde
phase, dès lors que la durée excessive de l’enquête peut priver les parties de la possibilité
de constituer des preuves à décharge. En principe, lorsque le délai séparant la commis-
sion des faits de la notification des griefs est trop important, la sanction du respect
de l’obligation de se prononcer dans un délai raisonnable n’est pas l’annulation ou la
réformation de la décision de l’Autorité mais la réparation du préjudice résultant de la
durée excessive du procès.
Toutefois, si la Cour d’appel de Paris a prononcé la nullité de l’instruction et de la déci-
444
LES FONDAMENTAUX
sion finale en raison de la durée excessive de l’enquête qui a porté une atteinte irrémé-
diable, effective et concrète aux droits de la défense des parties, la Cour de cassation a
souligné qu’il doit être établi en quoi le délai écoulé a porté une telle atteinte. L’entre-
prise est de fait tenue d’indiquer les éléments du dossier auxquels elle ne pourrait plus
répondre utilement compte tenu du temps passé.
Dans tous les cas, une entreprise ne peut prétendre que la durée de la procédure a affecté
sa capacité de se défendre alors que le devoir de prudence commande à tout opérateur,
sous le coup d’une enquête, de conserver la preuve de la licéité de ses pratiques. La pru-
dence s’impose d’autant plus lorsque les dirigeants des entreprises concernées ont déjà
fait l’objet d’une instruction pénale pour des faits d’entente. Enfin, une entreprise ne peut
pas invoquer une atteinte aux droits de la défense du fait d’une déperdition des preuves
due à la durée excessive de la procédure lorsqu’elle ne précise pas la nature ou la portée
des renseignements qui auraient été utiles à sa défense, n’identifie pas concrètement les
documents qui ne sont plus en sa possession, ne démontre pas en quoi ils lui auraient
permis de contredire utilement les éléments tirés des pièces saisies, et ne désigne pas
les personnes dont le témoignage aurait pu être utile à sa défense. L’entreprise qui a été
en mesure de soumettre des observations longues et détaillées ne prouve pas davantage
le préjudice qui découlerait de la durée d’une procédure au demeurant justifiée par le
nombre des entreprises initialement impliquées et le volume du dossier.
A. Convocation
La procédure d’instruction devant l’Autorité prend fin avec les mémoires en réponse
au rapport. L’Autorité convoque alors les parties par lettre recommandée avec de-
mande d’avis de réception. Cette convocation à la séance de l’Autorité doit être effec-
tuée trois semaines au moins avant le jour de l’audience (art. R. 464-6 C. com.). Ce
délai peut être réduit lorsque l’Autorité statue sur des mesures conservatoires. Le report
de la séance peut être décidé sans qu’une décision de sursis à statuer soit nécessaire.
La formalité de convocation a pour objet d’avertir les parties de la date de la séance. Le
délai de convocation doit donc être distingué du délai de consultation de quinze jours
dont les parties disposent pour prendre connaissance des autres mémoires en réponse.
Tout au plus, en raison de l’antériorité du délai de trois semaines, la convocation a pour
effet d’avertir les parties de la prochaine ouverture du délai de consultation. L’entreprise
ou l’organisme qui ne défère pas à une convocation s’expose à injonction assortie d’une
astreinte dans la limite de 5 % du chiffre d’affaires journalier moyen, par jour de retard
(art. L. 464-2 C. com.).
445
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
B. Débats
Les séances de l’Autorité de la concurrence ne sont pas publiques (art. L. 463-7).
Seuls peuvent y assister les parties et le commissaire du Gouvernement. La question
s’est posée de savoir si l’absence de publicité des débats devant l’Autorité était compa-
tible avec les dispositions de la Convention européenne des droits de l’Homme, qui
requiert une audience publique. La Cour européenne des droits de l’Homme admet que
des impératifs de souplesse et d’efficacité peuvent justifier l’intervention préalable d’une
autorité administrative comme l’Autorité dans la procédure conduisant au prononcé
d’une sanction assimilable à une sanction pénale, dès lors que les décisions prises font
l’objet, a posteriori, d’un contrôle effectif par un tribunal répondant à toutes les exigences
de la Convention européenne des droits de l’Homme. Le grief concernant le caractère
non public des séances de l’Autorité est donc inopérant, puisque la décision de l’Autorité,
notifiée aux parties, peut faire l’objet d’un recours de pleine juridiction devant la Cour
d’appel de Paris, qui est soumise, quant à la publicité des débats, aux règles protectrices
de la Convention précitée.
C. Observations orales
Les parties peuvent être entendues. Elles sont autorisées à se faire représenter ou as-
sister. L’Autorité peut entendre toute personne dont l’audition lui semble susceptible
de contribuer à son information (art. L. 463-7, al. 2). Cependant, le respect du principe
du contradictoire et des droits de la défense implique que les parties ou leurs représen-
tants puissent préalablement aux débats avoir connaissance du nom et de la qualité des
témoins que l’Autorité prévoit d’entendre. De même, les parties doivent avoir la faculté
de demander à l’Autorité, qui en apprécie l’utilité, l’audition d’autres témoins. Aucun
texte n’oblige l’Autorité à transcrire les auditions des témoins auxquelles elle procède
en séance. Celles-ci ne sont pas susceptibles de porter atteinte aux droits de la défense
puisqu’elles ont lieu au cours des débats contradictoires et que les parties peuvent de-
mander à la cour d’appel saisie d’un recours de les renouveler conformément aux articles
204 et s. du Code de procédure civile. Lorsqu’elle a respecté le principe de la contradic-
tion, l’Autorité de la concurrence n’est pas tenue de justifier qu’elle a accordé un temps
suffisant à l’entreprise pour présenter ses observations orales en séance.
Le rapporteur général, le ou les rapporteurs généraux adjoints et le commissaire du
Gouvernement peuvent présenter des observations. Cette faculté de présenter des
observations orales est également reconnue au rapporteur qui a instruit l’affaire par
l’article R. 464-6 du Code de commerce. Selon la Cour de cassation, un rapporteur, qui
n’a procédé à aucun acte d’investigation, peut présenter des observations sans que les
parties puissent se plaindre d’une quelconque violation du principe de la contradiction
ou de l’égalité des armes résultant du défaut de communication préalable et écrite de ces
observations, dès lors qu’elles sont présentées dans le cadre de débats contradictoires
et que les parties disposent de la même faculté. Par ailleurs, au cours de la séance, les
rapporteurs ne sont pas tenus de reprendre à l’identique l’opinion exprimée dans leur
rapport et peuvent modifier leur appréciation des faits à condition qu’aucun élément
absent du dossier ne soit allégué à la charge des mis en cause et que ceux-ci puissent
répliquer dans des conditions conformes au principe du contradictoire. Lorsque le rap-
porteur soulève de nouveaux éléments en séance, l’Autorité n’est pas tenue de rouvrir
446
LES FONDAMENTAUX
les débats pour permettre aux entreprises de s’expliquer, mais peut préférer les autoriser
à rédiger une note en délibéré. Dans ce cas, le principe du contradictoire lui impose de
ne pas enfermer cette faculté dans un délai trop bref et de ne pas limiter les points que
les entreprises sont admises à discuter. Enfin, elle ne doit pas non plus se prononcer sur
le fondement de la note en délibéré sans l’avoir préalablement communiquée aux autres
parties à la procédure.
La procédure devant l’Autorité de la concurrence obéit à des règles spécifiques. Elle n’est
soumise ni aux règles du Code de procédure civile, ni à celles applicables devant les tri-
bunaux administratifs. Il s’ensuit que l’intervention volontaire accessoire d’un tiers qui
s’appuie sur les prétentions d’une des parties est irrecevable, quand bien même l’auteur
de l’intervention aurait intérêt pour la conservation de ses droits à soutenir cette partie
(art. 330 CPC).
D. Délibéré
Après les débats, l’Autorité délibère. La procédure écrite permettant la mise à la dispo-
sition préalable du dossier aux membres de l’Autorité avant la séance, la brièveté du
délibéré ne peut constituer une cause d’irrégularité. La décision définitive est adoptée
à la majorité absolue des voix, le président de l’Autorité ayant voix prépondérante en
cas de partage. Un procès-verbal de séance est établi qui indique le nom des personnes
présentes. Mais, aucun texte n’impose de mentionner dans la décision la présence des
intéressés au délibéré et les interventions qu’ils y ont faites. Le délibéré est secret. La
violation du secret entraîne la nullité de la décision.
Les textes précisent que le rapporteur général, ou le rapporteur général adjoint dési-
gné par lui, et le rapporteur assistent aux délibérés, sans voix délibérative, sauf lorsque
l’Autorité statue sur des pratiques dont elle est saisie en application de l’article L.
462-5 (art. L. 463-7, al. 4), à savoir des pratiques d’ententes, d’abus de domination
ou de prix abusivement bas.
SECTION 4
Mesures conservatoires
A RETENIR
Les autorités de concurrence nationales doivent, dans tous les cas, appliquer les règles de
concurrence européennes. La procédure de mesures conservatoires ne fait pas exception
à ce principe. Aussi la Cour d’appel de Paris a-t-elle estimé que l’article L. 464-1 doit être
lu à la lumière du droit européen. En effet, selon la cour, «le pouvoir de prendre des me-
sures conservatoires participe de l’exigence d’effectivité du droit reconnu aux autorités
447
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
I. Conditions d’octroi
A RETENIR
PLAN
448
LES FONDAMENTAUX
449
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
2. Préjudice immédiat
Le préjudice peut être immédiat sans se limiter aux pertes financières immédiatement
quantifiables. Dans certains cas, le préjudice n’est que l’aboutissement d’un processus
dont les conséquences définitives ne se manifestent qu’à moyen terme (ex. perte d’abon-
nés). L’Autorité considère que cette caractéristique ne fait pas obstacle à l’octroi de me-
sures conservatoires, dès lors que le déclenchement du processus à l’origine du préjudice
est immédiat et son déroulement irréversible. Toutefois, l’atteinte doit être susceptible
de se produire dans un avenir proche sous peine d’affecter prématurément le fonction-
nement des entreprises en cause. Il n’en est pas ainsi lorsque la demande de mesures
conservatoires intervient plus de trois ans après la rupture anticipée d’un contrat d’ex-
clusivité de fourniture et la cessation d’activité qu’elle a entraînée ou lorsqu’un accord de
mutualisation de réseaux mobiles ne produira aucun effet concret avant plusieurs mois
ou années. L’atteinte immédiate ne saurait par ailleurs couvrir des situations anticoncur-
rentielles anciennes, ni un risque de perturbation potentielle du jeu de la concurrence.
Toute personne habilitée à saisir l’Autorité peut solliciter le prononcé de mesures pro-
visoires.
450
LES FONDAMENTAUX
La procédure de mesures conservatoires est caractérisée par l’urgence. Aussi, les textes
n’imposent-ils pas d’instruction avant l’examen de l’affaire par l’Autorité de la concur-
rence. L’Administration peut adresser une demande de renseignements concernant des
documents qu’elle a en sa possession sans que celle-ci s’identifie à une demande d’en-
quête. S’il est loisible au rapporteur général de fixer, pour l’application de l’article L.
464-1, des délais pour la production des mémoires, pièces justificatives ou observations
et pour leur consultation par les intéressés ou par le commissaire du Gouvernement (Art.
R. 463-8 C. com.), aucun de ces textes ne pose de délais pour produire les mémoires ou
observations que provoque la demande de mesures conservatoires. De même, le délai
de trois semaines prévu à l’article R. 464-6 du Code de commerce pour la convocation
aux séances de l’Autorité de la concurrence est incompatible avec l’urgence qui s’attache
aux mesures conservatoires. Le rapporteur peut présenter des observations orales. Rien
dans les textes n’impose que ce rapport ait préalablement revêtu une forme écrite et ait
été communiqué aux parties. De même, l’Autorité n’est pas tenue de vérifier et établir
la matérialité des faits, ni de provoquer un débat contradictoire sur la qualification des
pratiques dénoncées, dès lors qu’elle a préalablement pris connaissance de la position
des services d’instruction, présentée oralement en séance par le rapporteur, et entendu
les parties mises en cause.
Bien qu’il s’apprécie au regard de l’urgence, le principe du contradictoire doit être
respecté. Aussi l’exposé oral par le rapporteur des intérêts en cause et de l’injonction
proposée à l’Autorité est-il effectué en présence des parties qui ont la parole en dernier et
doivent pouvoir combattre contradictoirement les mesures proposées.
Le droit à un tribunal impartial et indépendant posé à l’article 6 de la Convention euro-
péenne des droits de l’Homme doit également être garanti. Il est exclu que les membres
de l’Autorité ayant statué sur les mesures conservatoires soient présents dans la for-
mation de l’Autorité pour statuer sur le fond. En se décidant ainsi, la Cour de cassation
consacre la nature de pré-jugement de la décision prononçant les mesures conserva-
toires, contrairement à la solution retenue par la Cour d’appel de Paris. Toutefois, le
respect du principe du contradictoire devant s’apprécier au regard du caractère urgent
de la procédure de mesures conservatoires, il ne peut être reproché à l’Autorité de la
concurrence de n’avoir déclassé certaines pièces que l’avant-veille de la séance, lorsque
les délais laissés aux parties leur ont permis de s’exprimer en séance sur l’ensemble des
pièces versées aux débats sans qu’aucune n’ait demandé un délai supplémentaire pour
répondre. En revanche, l’opérateur qui a la qualité de partie saisissante et demanderesse
au prononcé de mesures conservatoires et non de partie mise en cause, n’est, en appli-
cation du deuxième alinéa de l’article R. 463-15 du Code de commerce, pas recevable à
demander au rapporteur la levée de la confidentialité de certaines pièces de la procédure
afin de faire valoir ses droits.
B. Décision de l’Autorité
A RETENIR
L’Autorité prend les mesures conservatoires qui lui sont demandées ou celles qui lui
apparaissent nécessaires. Elles peuvent comporter la suspension de la pratique en
cause, ainsi qu’une injonction aux parties de revenir à l’état antérieur.
451
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
EXEMPLES
452
LES FONDAMENTAUX
C. Recours
A RETENIR
Comme toutes les décisions de l’Autorité, celles relatives à des mesures conservatoires
sont immédiatement exécutoires. Elles peuvent cependant faire l’objet d’un recours en
réformation ou en annulation devant la Cour d’appel de Paris par les parties en cause
ou le commissaire du Gouvernement. Le délai d’appel est de dix jours à compter de la
notification de la décision.
L’assignation doit être délivrée à toutes les parties en cause devant l’Autorité de la concur-
rence ainsi qu’au ministre de l’Économie. Initialement sanctionné par l’irrecevabilité du
recours, qui devait être prononcée d’office, le non-respect de cette formalité rend, depuis
le décret 2017-823 du 5 mai 2017, le recours caduc. Sous la même sanction, une copie
de l’assignation doit être déposée en triple exemplaire au greffe de la cour d’appel au plus
tard dans les cinq jours qui suivent celui de sa signification. En outre, une autre copie
doit immédiatement être notifiée à la diligence de l’huissier de justice à l’Autorité de la
concurrence par lettre recommandée avec demande d’avis de réception (Art. R. 464-20
in fine C. com.).
L’intervention volontaire d’une autorité administrative indépendante qui ne défend pas
l’une de ses propres décisions et qui n’a pas la qualité de partie, est irrecevable, en appli-
cation des dispositions de l’article R. 464-14 du Code de commerce, qui réserve le droit
d’intervenir aux seules personnes qui ont été parties devant l’Autorité de la concurrence.
Compte tenu de l’urgence dans laquelle il convient d’examiner un recours portant sur
une décision de l’Autorité de la concurrence prononçant des mesures conservatoires,
les parties peuvent, sous réserve du respect mutuel de leurs droits de la défense, déposer
des conclusions jusqu’au moment de l’audience. La cour d’appel statue dans le mois du
recours (Art. L. 464-7, al. 1er, C. com.). Le cas échéant, ce recours ne peut être formé
indépendamment de celui introduit contre la décision déclarant la saisine irrecevable. La
cour d’appel ne peut ni annuler de conventions ou clauses contractuelles, ni prononcer
de condamnation à des dommages-intérêts. Sa décision est susceptible de tierce opposi-
tion. L’appel-nullité contre la décision de l’Autorité est irrecevable.
Le recours devant la cour d’appel n’est pas suspensif. Aussi, le texte prévoit-il la pos-
sibilité de saisir le premier président de la cour d’un sursis à exécution des mesures
conservatoires (art. L. 464-7, al. 2). Cette demande s’effectue par assignation délivrée
à l’auteur de la saisine et au ministre de l’Économie. En vertu de l’article R. 464-22 du
Code de commerce, dans sa rédaction issue du décret 2017-823 du 5 mai 2017, l’as-
signation est portée devant le premier président de la Cour d’appel de Paris, selon les
modalités du deuxième alinéa de l’article 485 du nouveau Code de procédure civile. Le
453
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
sursis ne sera ordonné que si les mesures sont susceptibles d’entraîner des conséquences
manifestement excessives ou si des faits nouveaux d’une exceptionnelle gravité sont in-
tervenus depuis la notification des mesures. Enfin, les arrêts de la Cour d’appel de Paris
peuvent être frappés d’un pourvoi en cassation dans le délai d’un mois à compter de leur
notification.
SECTION 5
Décision de l’Autorité de la concurrence
PLAN
I. Conditions de validité
A. Termes clairs et précis
A RETENIR
Toute décision prononçant une sanction par nature contraignante pour celui qui la subit
doit être formulée en des termes clairs, précis et exempts d’incertitude quant à son
exécution.
La décision de l’Autorité infligeant une sanction pécuniaire doit être motivée. Cette moti-
vation doit être conforme aux prescriptions de la loi 79-587 du 11 juillet 1979, relatives
à la motivation des actes administratifs : elle doit être directe, explicite, circonstanciée,
spécifique à l’espèce et non générique ; elle doit permettre à la Cour d’appel de Paris
d’exercer son contrôle sur l’appréciation des faits, l’application des textes et le caractère
proportionnel de la sanction pécuniaire infligée. L’exigence de motivation, qui n’était
pas prévue initialement dans l’ordonnance de 1986, a été requise par la jurisprudence,
avant d’être consacrée par le législateur par la loi du 31 décembre 1992, imposant la
motivation de la sanction.
L’Autorité ne peut se prononcer que dans la limite des griefs retenus dans la notifica-
tion et soumis aux observations des parties.
454
LES FONDAMENTAUX
que les pratiques anticoncurrentielles reprochées aux parties enfreignent également les
dispositions de l’article 101 TFUE. En revanche, la réduction du champ d’un grief no-
tifié, qui tient compte des objections et explications apportées par les entreprises au
cours de la procédure administrative, ne porte pas atteinte aux droits de la défense de
ces dernières.
C. Compétence et forme
A RETENIR
La décision définitive est adoptée à la majorité absolue des voix, le président de l’Auto-
rité ayant voix prépondérante en cas de partage.
Chaque décision fait l’objet d’une minute établie en un seul exemplaire et conservée avec
le procès-verbal de la séance sous la responsabilité du chef du bureau de la procédure.
Elle est pourvue d’un numéro de code chronologique correspondant à la nature de l’af-
faire. Les ampliations des décisions sont certifiées conformes par le rapporteur général.
L’Autorité de la concurrence peut apporter une rectification à sa décision sans convoquer
les parties à une nouvelle séance.
D. Imputabilité de l’infraction
L’infraction commise par la filiale d’un groupe de sociétés peut-elle être imputée à la
société mère ? Quelle incidence une restructuration de l’entreprise, intervenue entre le
moment où les faits reprochés se sont produits et celui auquel les autorités de concur-
rence statuent, peut-elle avoir sur sa responsabilité ?
1. Groupe de sociétés
A RETENIR
Dans le cas d’un groupe de sociétés, l’entente peut n’être imputée qu’à la société mère
lorsque la filiale est dépourvue d’autonomie dans la détermination de sa politique
commerciale et est dans l’impossibilité de remplir ses engagements contractuels.
S’alignant sur le droit de l’Union, l’Autorité de la concurrence a importé en droit interne
la présomption d’imputabilité à la société mère du comportement infractionnel d’une
filiale qui découle de la détention de 100 % du capital de cette dernière.
455
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
EXEMPLES
En revanche :
• la mère renverse la présomption lorsqu’elle établit qu’elle n’a acquis la filiale que
pour ses activités dans des secteurs non concernés par l’infraction et entendait, dès
l’origine, céder rapidement les autres activités ;
• la présomption ne peut être opposée à une société mère à qui les griefs n’ont pas
été notifiés.
456
LES FONDAMENTAUX
2. Restructuration
A RETENIR
Il existe toutefois deux limites juridiques à ce principe : il n’y a pas transfert de respon-
sabilité lorsque l’auteur du comportement anticoncurrentiel conserve sa personnalité
juridique ; il n’y a pas lieu au prononcé de sanctions lorsque la restructuration s’effectue
par application de la loi, comme dans le cas d’un plan de cession. Cette solution s’ins-
pire de la jurisprudence européenne. En cas de restructuration affectant l’auteur des
pratiques, celle-ci impose au juge de retrouver l’entreprise à laquelle ont été transférés
les moyens matériels et humains ayant concouru à la commission de l’infraction, mais
écarte la responsabilité du cessionnaire, s’il est établi qu’à la date de la décision, l’auteur
de l’infraction continue d’exister juridiquement.
a. Fusion ou fusion-absorption
La fusion-absorption opère selon l’article L. 236-1 du Code de commerce transmis-
sion universelle du patrimoine : l’ensemble des moyens humains et matériels ayant
concouru à la commission de l’infraction étant transférés à la société absorbante, l’in-
fraction est uniquement imputable à cette dernière. L’entreprise absorbante endosse la
responsabilité des actes commis avant l’opération par l’entreprise absorbée, même si, à
cette date, celle-ci avait cédé une partie de ses actifs à des tiers, la cession n’ayant pas mis
en cause sa continuité économique et fonctionnelle. En cas de fusion par création d’une
entité nouvelle, la responsabilité des pratiques anticoncurrentielles incombe à l’entre-
prise ou à l’organisation professionnelle issue de l’opération.
b. Cession, location-gérance ou apport de fonds de commerce
L’entreprise qui succède, à la suite d’une cession ou de l’achat du fonds de commerce,
à celle qui a commis l’infraction aux règles de concurrence en est responsable dès lors
qu’il existe une continuité économique et fonctionnelle entre elles. Le cessionnaire
d’un fonds de commerce doit ainsi répondre des pratiques anticoncurrentielles mises
en œuvre par le cédant. Il en est de même en cas d’apport du fonds de commerce. La
solution est différente lorsqu’à la date où l’Autorité de la concurrence statue, la personne
morale support de l’entreprise existe toujours ou encore lorsque l’entreprise cédée est
exploitée en nom personnel par une personne physique. Le cédant de l’entreprise auteur
des pratiques doit donc continuer d’assumer la responsabilité de celles-ci lorsqu’il survit
en tant que personne morale, même après l’extinction de la garantie de passif consentie
au cessionnaire.
Quant à la location-gérance, contrat par lequel le propriétaire d’un fonds de commerce
en concède la location à un gérant qui l’exploite «à ses risques et périls» (art. L. 144-1 C.
com.), elle n’a d’autre effet que de substituer un tiers à l’exploitant du fonds, sans faire
disparaître l’entreprise. La continuité économique et fonctionnelle n’étant pas altérée,
le locataire-gérant assume la responsabilité des pratiques anticoncurrentielles mises en
œuvre par l’entreprise prise en gérance. Néanmoins, le bailleur peut également demeurer
457
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
entièrement responsable de l’infraction lorsqu’il est établi qu’il détient 100% du capital
du locataire-gérant.
c. Plan de cession
Dans un arrêt du 27 février 1991, la Cour d’appel de Paris, constatant que l’entreprise
originaire était, par l’effet de la cession, devenue complètement étrangère à l’entreprise
nouvelle et qu’il n’est pas établi que cette dernière ait poursuivi l’activité anticoncurren-
tielle, avait mis hors de cause l’entreprise nouvelle. Depuis, l’Autorité de la concurrence
a adopté une solution qui conduit au même résultat à partir de prémisses différentes.
Elle considère que, dans la mesure où le cessionnaire assure la continuité économique
et fonctionnelle de l’entreprise originaire, sa responsabilité doit être mise en cause en
dépit du fait qu’il n’ait pris aucune part aux pratiques anticoncurrentielles et ne les ait pas
poursuivies postérieurement à la cession. Il peut dès lors être destinataire de la notifica-
tion des griefs et être obligé de se conformer à une injonction de ne pas faire. Toutefois,
l’Autorité refuse d’infliger une sanction pécuniaire au motif qu’un cessionnaire ne peut
être tenu, en vertu de l’article L. 626-10 du Code de commerce, de charges non prévues
dans le plan de cession.
d. Transfert du contrôle ou transformation
La modification dans la composition du capital d’une entreprise ayant participé à une
entente n’a pas d’incidence sur l’imputabilité de la pratique. En effet, les sujets du droit
de la concurrence sont les entreprises, non les hommes qui les dirigent. Néanmoins, se
fondant sur l’existence d’une entité unique, la Cour de cassation a pu retenir qu’une en-
treprise qui avait pris le contrôle d’un participant à l’entente après la cessation de l’infrac-
tion pouvait se voir imputer celle-ci et imposer un calcul de l’amende sur le fondement
de son chiffre d’affaires mondial consolidé hors taxes.
De même la transformation d’une société en holding ou d’une association en syndi-
cat n’affecte pas sa continuité économique et fonctionnelle. En revanche, l’association
constituée par d’anciens membres d’une autre association ne peut se voir imputer les
pratiques reprochées à celle-ci dans la mesure où l’auteur de l’infraction continue d’exis-
ter.
e. Liquidation judiciaire
Une fois sortie du marché, une entreprise n’est plus sujet du droit de la concurrence.
Toutefois, si elle continue d’exister juridiquement, même pour les besoins de sa liquida-
tion, elle doit répondre des pratiques anticoncurrentielles qu’elle a mises en œuvre. En
revanche, elle n’encourt pas de sanction pécuniaire en cas de liquidation judiciaire. Les
articles L. 622-21 et L. 622-23 du Code de commerce interdisent le prononcé d’une
amende à l’encontre de l’entreprise en raison de l’arrêt des poursuites individuelles.
f. Dissolution
En cas de dissolution de la personne morale, une sanction ne peut être prononcée que
tant que la personnalité morale de l’entreprise ayant commis l’infraction subsiste. Une
fois les opérations de liquidation clôturées, l’entreprise ne peut plus faire l’objet d’une
amende.
En revanche, à défaut de clôture de ces opérations, l’Autorité peut valablement infliger
458
LES FONDAMENTAUX
une sanction pécuniaire à la société dissoute, celle-ci n’étant pas transmissible à l’entre-
prise qui en a éventuellement pris le contrôle.
La dissolution peut également être accompagnée du transfert de l’activité de l’entreprise
dissoute à une autre. Dans ce cas, le principe de la continuité économique et fonction-
nelle permet d’infliger la sanction à l’entreprise repreneuse. Il faut et il suffit que l’en-
semble des biens, droits et obligations, créances et dettes de l’auteur de la pratique ait été
repris par celle-ci.
E. Publicité et notification
A RETENIR
Les décisions de l’Autorité de la concurrence sont publiées sur son site internet (art.
D. 464-8-1 C. com.). Cette publication peut être limitée pour tenir compte de l’intérêt
légitime des parties à ce que leurs secrets d’affaires soient préservés.
L’Autorité de la concurrence doit veiller à l’exécution de ses décisions. Elles doivent être
notifiées aux parties en cause et au ministre de l’Économie (art. L. 464-8 et R. 464-8).
La notification est adressée par lettre recommandée avec demande d’avis de réception.
Cette lettre doit, à peine de nullité, indiquer le délai de recours ainsi que les modalités
selon lesquelles il peut être exercé. Elle comporte en annexe les nom, qualité et adresses
des parties auxquelles la décision de l’Autorité a été notifiée. Cette notification constitue
le point de départ du délai d’un mois pour former un recours en annulation ou en réfor-
mation devant la Cour d’appel de Paris.
459
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
PLAN
A. Complément d’instruction
L’Autorité peut par décision motivée ordonner un complément d’instruction en appli-
cation de l’article R. 463-7 du Code de commerce, mais il ne s’agit que d’une simple
faculté. Lorsqu’elle ne trouve pas au dossier les éléments lui permettant de se prononcer
sur le bien-fondé de la tarification proposée, elle peut exiger la justification détaillée des
recettes et dépenses à partir de la comptabilité analytique.
EXEMPLES
Pour remédier à des pratiques d’éviction de prix commises dans des circonstances ex-
ceptionnelles, l’Autorité peut recourir, alternativement et non cumulativement avec une
sanction pécuniaire, à une injonction dès lors que cette solution est la plus apte au réta-
blissement d’une concurrence efficace sur le marché mais aussi à son maintien dans la
durée. En revanche, l’Autorité de la concurrence peut cumuler une amende et une injonc-
tion de modifier les clauses litigieuses du règlement intérieur d’un groupement dans un
délai de deux mois, lorsqu’au cours de la procédure, celui-ci ne s’est pas engagé à le faire
460
LES FONDAMENTAUX
461
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
C. Astreinte
A RETENIR
L’Autorité n’était pas autorisée à prononcer une injonction sous astreinte, jusqu’à
l’adoption de l’ordonnance du 4 novembre 2004. Ce texte a introduit un nouveau II à
l’article L. 464-2 qui prévoit l’infliction d’astreintes dans la limite de 5 % du chiffre d’af-
faires journalier moyen et par jour de retard à compter de la date que l’Autorité fixe.
Ces astreintes peuvent être prononcées pour contraindre les intéressés à exécuter une
injonction de cesser l’infraction, une décision imposant des conditions particulières ou
une décision ayant rendu l’engagement obligatoire. Le respect des mesures provisoires
peut également être assuré par le prononcé d’une astreinte. Le chiffre d’affaires servant
d’assiette à la fixation de l’astreinte est celui du dernier exercice clos à la date de la déci-
sion, selon les comptes de l’entreprise. L’astreinte est liquidée par l’Autorité qui en fixe
le montant définitif. Elle est recouvrée comme les créances de l’État étrangères à l’impôt
et au domaine. La décision de liquidation de l’astreinte est précédée de l’établissement
d’un rapport évaluant le montant définitif de l’astreinte. Les parties et le commissaire du
Gouvernement peuvent présenter des observations écrites et orales.
D. Amende
A RETENIR
L’Autorité peut infliger une sanction pécuniaire applicable soit immédiatement, soit en
cas d’inexécution des injonctions ou des engagements qu’elle a acceptés (art. L. 464-2).
La fixation de la sanction pécuniaire dépend de critères d’évaluation que le juge doit pré-
cisément énumérer dans sa décision. Les sanctions sont déterminées individuellement
pour chaque entreprise, organisme ou groupe d’entreprises et doivent être motivées. Ces
sanctions sont de nature administrative ; elles ne revêtent aucun caractère pénal, et le
principe de la personnalité des peines n’est applicable que dans une certaine mesure. La
procédure d’infliction d’amendes apparaît assez rigoureuse pour les entreprises dont les
garanties procédurales sont limitées. Il a ainsi été jugé qu’il n’est pas porté atteinte à la
présomption d’innocence lorsque des fuites concernant un dossier sont parues dans la
presse dès lors que les organes de presse ayant relayé l’information ont adopté un ton
nuancé et que l’Autorité de la concurrence a dénoncé ces fuites et publié un communi-
462
LES FONDAMENTAUX
463
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
PLAN
Nous distinguerons :
• la fixation du montant de l’amende ;
• le plafond de l’amende ;
• la procédure de transaction et d’engagements, et le programme de clé-
mence ;
• l’incidence d’un programme de conformité ;
• les conditions de paiement de l’amende.
1. Fixation du montant
A RETENIR
De même, l’Autorité doit réduire le taux de la valeur des ventes retenu lorsqu’une partie
de la période infractionnelle a été marquée par une réglementation des prix qui a pu
justifier la fixation commune des prix entre entreprises concurrentes.
PLAN
Le montant de base est déterminé pour chaque entreprise ou organisme selon une
méthode définie par l’Autorité de la concurrence dans le Communiqué sanctions du 16
mai 2011.
Ce texte, qui engage l’Autorité, lui est opposable, à moins qu’elle explique dans la mo-
tivation de sa décision les circonstances particulières ou les raisons d’intérêt général
la conduisant à s’en écarter dans un cas donné. L’Autorité a fait usage de cette faculté
dans une affaire où elle a estimé qu’au regard des spécificités du secteur économique en
cause, l’acceptation d’un engagement quasi collectif de mettre en place une interprofes-
sion serait davantage susceptible de remédier aux préoccupations d’intérêt général ex-
primées par les pouvoirs publics, que l’infliction d’une sanction pécuniaire. Un contexte
économique et réglementaire source de confusion, la grande disparité de taille entre
les entreprises impliquées et l’importante baisse de chiffre d’affaires subie par certaines
d’entre elles, la mise en œuvre des pratiques dans les seuls départements ultramarins, qui
présentent des enjeux très spécifiques, ou l’absence de chiffre d’affaires réalisé par un
ordre professionnel, ont également pu justifier que l’Autorité de la concurrence s’écarte
de la méthode décrite dans le Communiqué sanctions et applique des sanctions forfai-
taires. L’Autorité de la concurrence s’écarte aussi des modalités de calcul des sanctions
décrites dans le communiqué qui confèrent à la durée de l’infraction un rôle prépondé-
rant lorsque leur application aboutirait à sanctionner de manière disproportionnée une
entreprise, eu égard à l’absence de pièces suffisantes pour caractériser l’évolution des
pratiques au cours du temps, s’agissant d’une entente mise en œuvre sur une très longue
période. En revanche, en vertu du principe de l’autonomie procédurale, l’Autorité de
la concurrence n’est pas tenue par les mécanismes de calcul de l’amende retenus par la
Commission dans ses lignes directrices ou mis en œuvre par le juge de l’Union.
PLAN
465
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
1) Gravité de l’infraction
A RETENIR
La gravité des pratiques peut être atténuée par la circonstance qu’elles ne présentent
pas de caractère sophistiqué ou n’ont pas été accompagnées de mesures de coercition
destinées à en garantir le respect. Lorsqu’en revanche, les pratiques revêtent un caractère
secret, sophistiqué et sont assorties d’un mécanisme de surveillance, les autorités de
concurrence retiennent leur particulière gravité. Par ailleurs, une atteinte au libre jeu de
la concurrence n’est pas moins grave lorsqu’elle affecte un marché privé plutôt qu’un
marché public. L’appréciation de la gravité d’une pratique, notamment de refus de vente
pratiqué par une entreprise en position dominante, ne peut cependant reposer sur des
motifs hypothétiques, corroborés par aucun élément de preuve, selon lesquels des ache-
teurs potentiels auraient été découragés de pénétrer le marché parce qu’ils auraient an-
ticipé le refus de vente. Les autorités de concurrence ont qualifié d’infractions graves,
voire très graves, la pratique des devis de couverture, les pratiques de tarification mises en
place par le titulaire de droits de propriété intellectuelle en position dominante, le boy-
cott organisé par un nombre important d’entreprises sur un marché de produits destinés
au consommateur final, la participation d’entreprises habituées aux marchés publics à
des concertations sur le prix des offres, le rôle primordial joué par un distributeur qui,
pour surveiller les prix pratiqués par ses concurrents, a utilisé les consommateurs par le
biais d’une campagne publicitaire, les échanges d’informations de caractère confidentiel
et stratégique, d’une parfaite régularité, durant six années, les ententes verticales de prix,
ou les pratiques abusives emportant un effet mécanique d’exclusion - parfois même qua-
lifiées de très graves lorsqu’elles sont le fait d’une entreprise en situation quasi-monopo-
listique -. L’Autorité de la concurrence concède néanmoins que la pratique qui consiste à
accorder à un grossiste un droit exclusif d’importation dans une collectivité d’outre-mer
est moins grave qu’une entente ou un abus de position dominante.
2) Dommage à l’économie
A RETENIR
Après avoir longtemps affirmé que le dommage à l’économie est présumé par la loi
dès lors que l’existence d’une entente est établie, la Cour de cassation est revenue sur
sa position : le dommage à l’économie ne se présume pas du seul fait de l’existence
d’une entente.
466
LES FONDAMENTAUX
467
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
La valeur des ventes permet de calculer le montant de base de l’amende compte tenu
de la gravité des faits et de l’importance du dommage causé à l’économie. En principe,
l’Autorité ne tient compte, pour fixer le montant définitif de la sanction pécuniaire, du
chiffre d’affaires total de l’entreprise, ainsi que, le cas échéant, de celui du groupe auquel
elle appartient que dans un second temps, lorsqu’elle module le montant de base en
fonction des autres critères prévus par le Code de commerce. La Cour d’appel de Paris
avait estimé que cette règle n’empêchait pas l’Autorité d’opposer à une société mère,
pour le calcul de l’amende, la valeur des ventes de l’ensemble du groupe, y compris celles
réalisées par des entreprises non impliquées dans l’infraction. La Cour de cassation es-
time au contraire que le chiffre d’affaires d’une filiale ne peut être inclus dans l’assiette
de la sanction infligée à la société mère si elle ne s’est pas vu personnellement notifier les
griefs. La proportion de la valeur des ventes réalisées au cours de l’exercice comptable
de référence retenue par l’Autorité compte tenu de la gravité des faits et du dommage
causé à l’économie est comprise entre 0 et 30 %. Pour les accords horizontaux qualifiés
de pratiques injustifiables (accord de prix, répartition des marchés ou clients, limitation
de la production, par ex.), la proportion est comprise entre 15 et 30 %. Le montant de
l’amende peut ne pas être calculé en fonction de la valeur des ventes du dernier exercice
comptable complet de participation à l’infraction lorsque celui-ci n’est pas représentatif,
notamment parce que les effets de la pratique sont plus caractérisés l’année suivante,
même s’il a été mis un terme à l’infraction en cours d’année. Il en va de même lorsque les
ventes des entreprises participantes ont été irrégulières selon les années de commission
de l’infraction : l’Autorité peut alors tenir compte non des données du dernier exercice
comptable, mais d’une moyenne de la valeur des ventes réalisées pendant toute la pé-
riode infractionnelle.
La pratique décisionnelle de l’Autorité de la concurrence montre que la valeur des
ventes en relation avec l’infraction n’est pas toujours aisée à définir ou ne constitue
pas nécessairement un critère pertinent de fixation du montant de base. Ainsi, lorsque
les entreprises qui ont participé à l’entente bénéficient de subventions publiques, la va-
leur des ventes des produits concernés ne constituant pas un indicateur de leur poids
économique, l’Autorité de la concurrence a considéré qu’il convenait de retenir le chiffre
d’affaires hors taxe réalisé en France, en appliquant à cette base réévaluée un taux réduit
(entre 3,5 et 4 % selon les entités concernées). Dans le cadre de marchés publics, où la
valeur des ventes des entreprises peut fortement varier d’une année sur l’autre, l’Autorité
de la concurrence estime que celle-ci ne peut constituer un indicateur approprié de leur
poids relatif dans les pratiques poursuivies et préfère appliquer un coefficient déterminé
en fonction de la gravité des faits et de l’importance du dommage à l’économie au chiffre
468
LES FONDAMENTAUX
d’affaires global qu’elles ont réalisé en France pendant le dernier exercice comptable
complet au cours duquel l’infraction a eu lieu. De même, elle a estimé que lorsque l’en-
tente concerne les achats des participants sur un marché amont, et non leurs ventes sur
le marché aval, la valeur des ventes ne représente pas une référence appropriée. Lorsque
le chiffre d’affaires fait défaut, comme dans le secteur bancaire, il convient de se référer
à la somme des postes de produits de l’exploitation bancaire, qui constitue le produit
brut bancaire et reflète l’activité économique de ces entreprises, ou au produit net ban-
caire, qui donne la juste mesure de l’activité des banques et permet à la fois d’appré-
cier leur puissance économique, leur place sur le marché global des services bancaires
et leur faculté contributive. De même, la sanction de l’organe représentatif d’un ordre
professionnel, qui ne dispose pas lui-même d’un chiffre d’affaires, doit être déterminée
selon des modalités propres, qui peuvent prendre la forme d’une amende forfaitaire ou
d’un pourcentage des cotisations versées par ses membres. Enfin, il a été décidé que
lorsque les entreprises en cause ne sont pas productrices, mais distributrices des services
concernés en qualité de commissionnaires, l’assiette de l’amende est constituée non par
la valeur des ventes, mais par les commissions perçues. La Cour d’appel de Paris a refusé
d’étendre cette jurisprudence à des fabricants de produits sous marque de distributeur
qui prétendaient qu’ils se trouvaient davantage dans une relation de sous-traitance que
de production vis-à-vis de la grande distribution, car ils ne perçoivent pas une commis-
sion mais un prix de vente sur un produit qu’ils ont fabriqué.
La valeur des ventes en relation avec l’infraction ne comprend pas le chiffre d’affaires
d’une entreprise qui agit exclusivement en qualité de sous-traitant d’une autre ou ce-
lui réalisé lors de prestations intragroupe. L’Autorité de la concurrence doit également
retrancher du chiffre d’affaires de l’entreprise le montant des remises de fin d’année
qu’elle a accordées à ses clients. Elle peut en revanche tenir compte du chiffre d’affaires
réalisé sur un marché sur lequel les pratiques abusives ne sont pas établies lorsque les
abus caractérisés avaient aussi pour objet de préserver les revenus de l’entreprise sur ce
marché. L’Autorité n’est pas davantage tenue de limiter la prise en considération de la
valeur des ventes en relation avec l’infraction aux marchés infranationaux sur lesquels
les pratiques ont été mises en œuvre, mais peut tenir compte des ventes réalisées sur
l’ensemble du territoire. En principe, les chiffres d’affaires réalisés avec des clients situés
hors de France doivent être déduits de la valeur des ventes de l’entreprise pour le calcul
de l’amende. Cependant, l’assiette de la sanction d’une infraction qui vise à décourager
les échanges entre l’Allemagne et la France, englobe la valeur des ventes réalisées tant en
France qu’en Allemagne, même si le dommage à l’économie s’apprécie uniquement sur
le marché français. La valeur des ventes en relation avec l’infraction se calcule au regard
du chiffre d’affaires tel que défini par les règles de la comptabilité française, c’est-à-dire
déduction faite des seules remises sur facture et des remises conditionnelles, et non de
celui défini par les normes IFRS, qui préconisent de déduire la coopération commerciale.
Lorsque l’infraction consiste dans une pratique de dénigrement, l’Autorité de la concur-
rence estime qu’il faut tenir compte, pour calculer la valeur des ventes en relation avec
l’infraction, de la durée des effets produits par l’action de communication en cause et
non du temps durant lequel elle a été menée.
469
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
Les facultés contributives de l’entreprise n’entrent pas en ligne de compte lorsque les
éléments comptables et fiscaux qu’elle produit montrent que ses ratios de solvabilité et
d’endettement lui permettent de faire face au paiement de l’amende.
EXEMPLES
conclue ;
• de la position de vulnérabilité de l’entreprise ;
• de la faible implication de l’entreprise ;
• du caractère unique ou diversifié des produits de l’entreprise (entreprise mo-
no-produit ou non) ;
• du rôle de franc-tireur de l’entreprise ;
• de la situation financière de l’entreprise.
Pour constater l’existence d’une réitération, qui ne peut faire l’objet d’une interpréta-
tion extensive, quatre conditions cumulatives doivent être réunies :
leurs effets, à celles ayant donné lieu au précédent constat d’infraction sans que cette
qualification n’exige une identité quant à la pratique mise en œuvre ou quant au marché
concerné.
EXEMPLES
• la nouvelle pratique ne porte pas sur la même catégorie de produits que la précé-
dente,
• si le contrevenant a été poursuivi une première fois pour une infraction commise
personnellement et une deuxième fois en tant que société mère responsable du com-
portement anticoncurrentiel de sa filiale,
• si les premières pratiques portent sur des marchés ou zones géographiques diffé-
rents ou plus restreints,
• si les constats d’infraction concernent des services qui, tout en étant différents,
relèvent du même secteur d’activité,
• si la structure du marché ou la position de l’entreprise ont changé depuis lors,
• si les entreprises sanctionnées sont différentes, dès lors qu’elles forment une seule
et même entité économique,
• si le constat de la première infraction a été réalisé dans le cadre d’une procédure
négociée.
Le fait que des pratiques aient débuté avant qu’une précédente infraction ait fait l’objet
d’un constat d’infraction n’exclut pas non plus la prise en considération de la réitération,
dès lors que les nouvelles pratiques, de nature continue, se sont poursuivies après le pre-
mier constat d’infraction. En cas de réitération, le montant intermédiaire de la sanction
pécuniaire peut être augmenté dans une proportion comprise entre 15 et 50 %.
2. Plafond de l’amende
A RETENIR
472
LES FONDAMENTAUX
473
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
474
LES FONDAMENTAUX
A RETENIR
a. Transaction
L’une des avancées de la loi Macron consiste dans la substitution d’une procédure de
transaction à la procédure de non-contestation des griefs à l’article L. 464-2, III du Code
de commerce. Même si elle a été fréquemment utilisée, la procédure de non-contestation
des griefs souffrait d’un inconvénient majeur : l’absence de prévisibilité de la réduction
d’amende récompensant la coopération de l’entreprise. En effet, le rapporteur de l’Auto-
rité de la concurrence ne pouvait proposer qu’un pourcentage de réduction à appliquer
sur la sanction ultérieurement décidée par le collège.
A RETENIR
Dans le nouveau dispositif, qui rapproche le droit national du droit de l’Union, lorsqu’un
organisme ou une entreprise ne conteste pas la réalité des griefs qui lui sont notifiés, le
rapporteur général peut lui soumettre une proposition de transaction fixant le montant
minimal et le montant maximal de la sanction pécuniaire envisagée. Le rapporteur
général propose une réduction en valeur absolue, comprise dans une fourchette qu’il
définit, et non plus une réduction exprimée en pourcentage.
La sécurité juridique des entreprises s’en trouve renforcée, même si le collège conserve
un pouvoir discrétionnaire à l’intérieur de la fourchette proposée et si la loi Macron a
supprimé la réduction de 50 % du plafond de l’amende prévue dans le texte initial. La
fourchette convenue entre les parties et les services d’instruction est confidentielle. Elle
ne vaut a priori que dans le cadre de la transaction : à propos d’une procédure de tran-
saction n’ayant pas été menée à son terme, le juge de l’Union a estimé que la Commission
n’est pas liée par la fourchette qu’elle avait proposée. En outre, les entreprises ne peuvent,
après avoir signé le procès-verbal de transaction, faire état d’une absence de capacités
contributives, a fortiori si elles connaissaient l’ampleur des difficultés alléguées à la date
de cette signature.
Initialement, le calcul du quantum de la sanction susceptible d’être infligée à l’entre-
prise entrée en voie de transaction devait s’effectuer, conformément à l’article L. 464-2,
I, selon la méthode définie par l’Autorité de la concurrence dans son communiqué de
procédure relatif à la détermination des sanctions du 16 mai 2011. Toutefois, dans son
communiqué du 19 octobre 2017, l’Autorité a précisé qu’elle ne motiverait plus ses déci-
475
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
sions par référence aux méthodes définies par le communiqué Sanctions, ce qui renforce
l’opacité de la procédure de transaction. La règle a été définitivement consacrée dans le
communiqué Transaction. Cette solution tranche singulièrement avec le droit européen :
le Tribunal de l’Union considère que l’obligation de la Commission de motiver ses dé-
cisions n’est pas de plus faible intensité dans le cadre d’une procédure de transaction
et qu’il lui incombe d’expliquer comment elle pondère et évalue les différents éléments
qu’elle prend en considération pour déterminer le montant de l’amende.
La procédure permet en principe aux entreprises d’escompter une réduction substantielle
du montant de l’amende encourue. Dans une affaire d’entente, l’entreprise qui a transigé
s’est ainsi vu infliger une amende de 40 000 euro alors que celle qui n’a pas fait ce choix
procédural a été condamnée à 560 000 euro d’amende. De même, une entreprise recon-
nue coupable d’une pratique de prix imposé a limité sa sanction pécuniaire à 3 200 euro,
en l’absence de mise en œuvre de mesures coercitives de police des prix et de représailles
et eu égard au nombre très restreint de distributeurs y ayant adhéré. Cependant, dans des
affaires plus récentes, relatives à des abus de position dominante ou des cartels de longue
durée, les transactions ont pu atteindre ou dépasser cent millions d’euro.
Comme l’ancienne procédure de non-contestation des griefs, la procédure de transac-
tion devrait être sans incidence sur la preuve des griefs notifiés à l’égard des entreprises
n’ayant pas fait ce choix procédural. L’Autorité a ainsi souligné dans son rapport d’acti-
vité 2005 que «la non-contestation des griefs, faisant partie intégrante de la procédure,
n’est ni un aveu, ni une reconnaissance de responsabilité. Elle ne pourra pas être utilisée,
au cours de la procédure de l’Autorité, contre les entreprises ou organismes non-parties
à la transaction». L’Autorité ne s’estime d’ailleurs pas liée, dans son appréciation des
faits, par la non-contestation des griefs et a pu, sous l’empire de l’ancienne procédure,
déclarer non établies des pratiques non contestées par les entreprises. Cette analyse a été
consacrée par la Cour d’appel de Paris dans un arrêt du 29 janvier 2008, qui reprend
la formule de l’Autorité selon laquelle : «La non-contestation des griefs, qui fait partie
intégrante de la procédure devant l’Autorité, ne constitue en soi, ni un aveu, ni une re-
connaissance de responsabilité» (LawLex08165). Néanmoins, dans une autre affaire, la
Cour de cassation a estimé que la non-contestation des griefs par certaines parties à l’en-
tente limitait le champ de la discussion pour les autres à la seule question de leur partici-
pation à l’entente poursuivie. Or, considérer la non-contestation des griefs par certaines
entreprises comme une condition suffisante pour établir l’infraction empêche les autres
destinataires des griefs de faire valoir leurs droits de la défense eu égard à la qualification
de l’infraction (Cass. com., 29 mars 2011, Manpower, LawLex11708). Contrairement
à l’entreprise qui a opté pour la procédure de transaction, les autres entreprises destina-
taires des griefs n’ont pas renoncé à soumettre cette question à un débat contradictoire.
Le communiqué Transaction du 21 décembre 2018 ne résout pas clairement la difficul-
té : il se contente de reprendre la formule selon laquelle « [l]e fait de renoncer à contester
les griefs ne constitue, en soi, ni un aveu ni une reconnaissance de responsabilité », en
ajoutant toutefois la locution « de la part de l’intéressé » dans évoquer les effets de la
renonciation à l’égard des tiers.
En vertu du communiqué Transaction, l’initiative de la procédure n’est plus réservée aux
entreprises, mais peut aussi être prise par le rapporteur, qui peut en évoquer le principe
476
LES FONDAMENTAUX
avant la notification des griefs. Un délai impératif de deux mois maximum, qui court à
compter de la notification des griefs, est désormais fixé pour signer le procès-verbal de
transaction. Sauf circonstances exceptionnelles, les demandes présentées hors délai ne
seront pas étudiées.
Comme par le passé, la renonciation à contester les griefs doit prendre la forme d’une
déclaration par laquelle l’entreprise indique, en termes clairs, complets, dépourvus d’am-
biguïté et inconditionnels, qu’elle ne conteste ni la réalité de l’ensemble des pratiques en
cause, ni leur qualification juridique, telle qu’elle résulte de la notification de griefs, ni
leur imputabilité. La renonciation doit porter à la fois sur la matérialité des pratiques, leur
durée, leur champ géographique, la participation de l’entreprise aux pratiques, ainsi que
sur leur objet ou leur effet anticoncurrentiel.
Toute contestation présentée au cours de la procédure administrative sur la validité de
la notification des griefs équivaudra, pour le collège, à une renonciation au bénéfice de
la procédure. Comme auparavant, ne sont en effet admises que des observations portant
sur les éléments susceptibles d’être pris en considération par le collège pour déterminer
le montant de la sanction pécuniaire, à l’intérieur de la fourchette retenue par le pro-
cès-verbal de transaction. Contrairement à l’avis de l’Autorité, la Cour d’appel de Paris a
levé toute incertitude sur la faculté de recours contre une décision de transaction : selon
elle, les entreprises qui ont transigé ne sont pas privées du droit de contester la régula-
rité de la procédure suivie ou la proportionnalité de la sanction infligée, tant qu’elles ne
remettent pas en cause la fourchette déterminée par l’Autorité de la concurrence. Un
tel recours ne s’analyse pas en un abandon de la procédure de transaction et ne peut
conduire à une augmentation du montant de l’amende infligée.
Comme sous l’empire de l’ancienne procédure de non-contestation des griefs, le rappor-
teur se voit reconnaître un large pouvoir d’appréciation qui lui permet de donner ou non
une suite favorable à une demande ou de mettre un terme aux échanges en vue d’une
transaction s’il lui apparaît que ceux-ci n’aboutiront pas à une accélération ou à une
simplification du traitement du dossier. Le communiqué précise néanmoins qu’en cas de
pluralité d’entreprises impliquées, le rapporteur ne privilégiera une solution transaction-
nelle que si l’ensemble des parties renonce à contester les griefs. Est-ce la fin des procé-
dures hybrides ? Il semble que non puisque, plus loin, le communiqué prévoit que « le
rapporteur général peut informer les autres parties mises en cause de la signature d’un
procès-verbal, lorsqu’elles n’ont pas sollicité la mise en œuvre du III de l’article L. 464-2
du Code de commerce, afin de leur permettre de déterminer si elles souhaitent présenter
une demande à cette fin », ce qui laisse entendre que les négociations peuvent débuter et
aboutir avec certaines entreprises seulement et non simultanément avec toutes.
Afin de préserver les impératifs du « public enforcement », et dans l’esprit de la directive
sur les actions en réparation du dommage concurrentiel, le texte précise qu’« aucun do-
cument ou pièce transmis par les parties et se rapportant à la mise en œuvre de la pro-
cédure de transaction ne sera versé au dossier d’instruction » et qu’il en ira « de même
lorsque la procédure mise en œuvre n’a pas abouti à la signature d’un procès-verbal de
transaction ». Enfin, « le procès-verbal de transaction signé par une entreprise [ne sera]
pas communicable aux autres parties à la procédure non plus qu’à des tiers ».
477
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
En matière de transaction, l’article L. 464-2, III du Code de commerce prévoit que l’en-
treprise ou l’organisme qui ne conteste pas la réalité des griefs notifiés peut en outre
s’engager pour l’avenir à modifier son comportement. Dans ce cas, le communiqué
Transaction du 21 décembre 2018 réserve au rapporteur général la faculté d’apprécier
l’opportunité de leur prise en considération par le collège de l’Autorité de la concur-
rence. Cette procédure diffère de celle de l’article L. 464-2, I, qui prévoit la possibilité
pour les parties de proposer à l’Autorité de la concurrence des engagements avant la
notification des griefs.
Les autorités de concurrence ne peuvent que donner acte des engagements proposés
dans le cadre de l’article L. 464-2, III. L’Autorité de la concurrence doit seulement s’as-
surer du caractère crédible, vérifiable et substantiel des engagements. Elle a uniquement
le pouvoir soit de réduire la sanction, s’ils remplissent les conditions, soit de demander à
l’entreprise de prendre d’autres engagements dans le cas contraire. Elle ne peut pas pro-
noncer dans ce cadre d’injonctions. De même, la Cour d’appel de Paris n’est pas autorisée
478
LES FONDAMENTAUX
479
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
Force est de constater que l’absence d’attribution automatique d’une immunité totale en
cas de dénonciation des infractions limite considérablement la lisibilité du mécanisme.
Le système de clémence européen adopté en 1996, qui comportait la même lacune, a
été réformé par la Commission : une immunité complète en matière d’amende peut être
accordée, sous certaines conditions, à la première société dénonçant une entente dont
elle n’avait pas connaissance. L’Autorité de la concurrence, qui, dans son communiqué
de procédure en date du 3 avril 2015, tente de rapprocher le droit français du droit eu-
ropéen, et notamment du nouveau programme modèle du réseau européen de la concur-
rence (REC) de novembre 2012, adopte un système complexe.
A RETENIR
Deux hypothèses sont distinguées : les cas où l’Autorité ne dispose pas d’informations
et ceux où elle possède déjà des informations. Dans le premier cas (immunité de type
1 A), une immunité conditionnelle est accordée à la première entreprise qui fournit
des éléments de preuve dont l’Autorité ne disposait pas antérieurement et qui sont
suffisants pour établir l’infraction soupçonnée et procéder à des mesures d’investiga-
tion. Dans le second cas (immunité de type 1 B), le bénéfice conditionnel d’exonération
totale sera accordé si trois conditions sont réunies : l’entreprise doit être la première à
fournir des informations suffisantes pour établir l’infraction présumée ; l’Autorité de la
concurrence ne doit pas disposer au moment de la demande de clémence de preuves
suffisantes ; aucune entreprise n’a obtenu d’avis conditionnel. Les entreprises qui ne
remplissent pas ces conditions peuvent toutefois bénéficier d’une exonération partielle
des sanctions pécuniaires (immunité de type 2) si elles apportent des éléments de
preuve ayant une valeur ajoutée significative par rapport aux éléments dont l’Autorité
dispose déjà. Le niveau d’exonération auquel l’entreprise peut prétendre dépend du
rang de sa demande, du moment où elle a été présentée et du degré de valeur ajoutée
significative que les éléments de preuves fournis ont apporté.
Afin d’accroître la transparence du système et inciter les entreprises à déposer des
demandes de type 2, le communiqué du 3 avril 2015 fixe désormais des fourchettes de
réduction prédéterminées. Ainsi, le premier demandeur à fournir des éléments dotés
d’une valeur ajoutée significative à l’Autorité peut prétendre à une réduction comprise
entre 25 et 50 %, le second à une réduction comprise entre 15 et 40 %, et le dernier à
25 % de réduction au plus.
De même, afin de garantir aux entreprises qui souhaitent coopérer un égal accès au
programme de clémence, le communiqué prévoit la publication d’un communiqué de
presse pour annoncer le déclenchement d’opérations de visites et saisies, qui ne divul-
guera cependant pas le nom des entreprises concernées, pour préserver la présomption
d’innocence. Enfin, conformément au programme modèle du REC, le communiqué de
2015 permet aux entreprises de déposer une demande sommaire (complémentaire de
celle déposée auprès de la Commission si elles l’estiment la mieux placée pour traiter
l’affaire), pour tout type de demande de clémence, quel que soit leur rang d’arrivée. Dans
l’ensemble, le texte conserve à l’Autorité de la concurrence une très large marge d’appré-
ciation, qui limite l’efficacité du système.
480
LES FONDAMENTAUX
A RETENIR
EXEMPLES
• de fournir sans délai à l’Autorité toutes les informations et tous les éléments de
preuve qui viendraient en sa possession ou dont elle peut disposer sur l’entente
présumée ;
• de ne pas remettre en cause, et ce jusqu’au terme de la procédure, les éléments
factuels révélés à l’Autorité dans le cadre de la procédure de clémence et qui fondent
l’avis de clémence, la matérialité des faits dénoncés ou l’existence même des pra-
tiques ;
• de se tenir à la disposition de l’Autorité pour répondre rapidement à toute de-
mande de sa part visant à contribuer à l’établissement des faits en cause ;
• de mettre à la disposition de l’Autorité, pour les interroger, ses représentants lé-
gaux et ses salariés actuels, ainsi que, dans la mesure du possible, ses anciens repré-
sentants légaux et salariés ;
• de s’abstenir de détruire, de falsifier ou de dissimuler des informations ou des
éléments de preuve utiles se rapportant à l’entente présumée ;
• de ne pas divulguer l’existence ou la teneur de la demande de clémence avant que
l’Autorité n’ait communiqué ses griefs aux parties, sauf si cette dernière y consent ;
• de ne pas détruire ou falsifier de preuves de l’entente présumée, ni divulguer son
intention de présenter une demande de clémence ou la teneur de celle-ci, sauf à
d’autres autorités de concurrence ;
• de ne pas contraindre d’autres à participer à l’infraction.
Des entreprises bénéficiaires d’un avis conditionnel de clémence peuvent perdre le bé-
néfice de celle-ci, qu’elles aient manqué à leurs engagements de manière volontaire ou
par simple négligence et que leur comportement ait ou non significativement affecté le
déroulement de l’enquête.
Par ailleurs, seules les entreprises peuvent bénéficier de mesures de clémence. La procé-
dure ne protège donc pas les personnes physiques ayant concouru aux faits, d’actions
481
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
ultérieures, civiles ou pénales, qui pourraient être engagées contre elles. Or, on imagine
mal un dirigeant reconnaître avoir participé à des pratiques anticoncurrentielles pour
le compte de son entreprise afin d’obtenir une réduction de la sanction infligée à cette
dernière, alors que ses aveux pourraient justifier le prononcé d’une condamnation pénale
contre lui. Aussi, l’Autorité de la concurrence a-t-elle précisé qu’afin d’assurer l’efficacité
de cette procédure, qu’elle n’adressera pas le dossier au procureur de la République. En
outre, la confidentialité du demandeur à la clémence sera préservée jusqu’à l’envoi de la
notification des griefs aux parties concernées. La coopération de l’entreprise dénoncia-
trice est en effet mentionnée dans la décision. L’Autorité s’est ainsi prononcée à la suite
de la dénonciation d’une entente par l’un des participants lui ayant permis d’obtenir
une exonération totale de sanction estimée à 2 % de son chiffre d’affaires. Lorsque les
entreprises en cause appartiennent à un groupe de sociétés, la clémence ne peut, selon
l’Autorité de la concurrence, bénéficier qu’à l’entreprise dans sa composition à la date
de la demande. Ainsi, en l’absence d’unité économique avec l’ancienne filiale au mo-
ment du dépôt par celle-ci d’une demande de clémence, la société mère, qui n’a pas elle-
même introduit une telle demande, ne peut bénéficier d’aucune immunité ou réduction
d’amende. De même, la clémence ne peut s’étendre aux entreprises dont la société mère
est devenue le successeur juridique après la demande.
d. Régime procédural de la clémence.
A RETENIR
Les règles de procédure sont fixées par les articles L. 464-2, IV et R. 464-5 du Code
de commerce. L’entreprise adresse sa demande de clémence au rapporteur général
par lettre recommandée avec avis de réception. Elle peut aussi présenter oralement
sa demande que le rapporteur constate par écrit en précisant la date et l’heure de la
déclaration. Les demandes de clémence sont classées dans l’ordre d’arrivée fixé à la
date de réception de la lettre recommandée ou de l’établissement du procès-verbal par
le rapporteur général.
Le classement joue un rôle primordial car seule la première entreprise à dénoncer l’en-
tente peut prétendre à l’immunité d’amende, les suivantes ne pouvant obtenir qu’une
réduction. Le rapporteur général fixe un délai (dit délai marqueur) durant lequel le rang
d’arrivée de la demande est maintenu afin de permettre à l’entreprise de réunir les infor-
mations et éléments de preuve nécessaires à l’examen de la demande par l’Autorité. La
fourniture des informations et des éléments de preuve dans le délai marqueur fixe à la
date de réception de la demande leur communication. La communication de nouvelles
pièces après l’écoulement du délai marqueur ne remet pas en cause la position du de-
mandeur lorsque les pièces ne constituent pas l’essentiel des informations divulguées
par l’entreprise et sont transmises avant la délivrance de l’avis de clémence. Une fois la
demande de clémence enregistrée, le rapporteur général consigne la déclaration écrite
ou orale de l’entreprise dans un procès-verbal. Le rapporteur désigné pour instruire la
demande de clémence rédige un rapport sur le fondement des éléments fournis et éla-
bore, le cas échéant, des propositions d’exonération. Il précise aussitôt que possible à la
demanderesse si sa demande constitue un cas de type 1 A ou non. Le rapport est adressé
à la demanderesse et au commissaire du Gouvernement trois semaines avant la séance,
au cours de laquelle l’entreprise peut formuler des observations. L’Autorité rend ensuite
482
LES FONDAMENTAUX
un avis dans lequel elle indique si elle accorde une exonération totale ou partielle et, dans
ce dernier cas, précise le taux d’exonération et les conditions auxquelles l’exonération
est subordonnée. Si ces conditions sont remplies, l’Autorité accorde l’exonération, totale
ou partielle, lors de l’examen au fond de l’affaire. Après avoir retenu que l’entreprise ne
peut profiter d’un taux de réduction supérieur à celui maximum envisagé dans l’avis,
l’Autorité est revenue sur sa position et a admis qu’elle pouvait, de sa propre initiative,
procéder à l’issue de l’instruction à une réévaluation du taux maximum annoncé dans
l’avis de clémence, lorsqu’il apparaît que la valeur ajoutée des pièces communiquées a
été sous-évaluée par le rapporteur. Lorsque les conditions fixées ne sont pas remplies,
l’Autorité émet un avis défavorable et restitue à l’entreprise, qui en fait la demande, les
éléments de preuve fournis.
L’application de ces conditions formelles a donné lieu à des solutions contrastées. L’Au-
torité de la concurrence a ainsi accordé une exonération totale d’amende même en l’ab-
sence de demande formelle de l’entreprise afin de récompenser la révélation du cartel,
alors qu’elle s’est opposée à ce que l’ancienne société mère puisse se prévaloir de la de-
mande de clémence de sa filiale dès lors qu’elle n’a pas présenté elle-même une demande
expresse et qu’elles ne formaient plus une unité économique.
La loi Macron du 6 août 2015 simplifie et accélère la procédure de clémence. Désormais,
l’exonération ou la réduction d’amende pourra être accordée, après que le commissaire
du Gouvernement et l’entreprise concernée aient été entendus, sans établissement préa-
lable d’un rapport.
4. Programme de conformité
En vertu d’un communiqué de procédure du 10 février 2012, complété par un docu-
ment-cadre du même jour, l’Autorité de la concurrence se montrait disposée à récompen-
ser par une réduction d’amende pouvant atteindre 20 % les entreprises qui, en complé-
ment de la non-contestation des griefs, s’engageaient à mettre en place un programme de
conformité aux règles de concurrence. L’Autorité définissait les “programmes de confor-
mité”, comme des outils permettant la prévention du risque d’infraction au sein de l’en-
treprise, mais aussi la détection et le traitement de l’infraction qui n’a pas pu être évitée.
Dans un communiqué du 19 octobre 2017, relatif à la procédure de transaction et aux
programmes de conformité, elle revient sur sa position : tout en réaffirmant l’importance
qu’elle attache aux programmes de conformité, elle estime que leur élaboration et mise
en œuvre ont vocation à s’insérer dans la gestion courante des entreprises, tout particu-
lièrement lorsque celles-ci sont de taille conséquente.
A RETENIR
L’Autorité a annoncé que les engagements portant sur la mise en œuvre de pro-
grammes de conformité n’ont désormais plus vocation, de façon générale, à justifier
une atténuation des sanctions encourues au titre des infractions au droit de la concur-
rence, tout spécialement s’agissant d’infractions d’une particulière gravité telles que
les ententes et échanges d’informations sur les prix futurs et la politique commerciale.
Pour autant, l’Autorité continuera à encourager les entreprises à y recourir et à leur pro-
483
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
5. Paiement
A RETENIR
Les parties peuvent proposer au Trésor de remettre une caution bancaire en lieu et place
du versement de l’amende lorsqu’elles exercent un recours contre la décision de l’Autori-
té. Le Trésor n’est pas tenu de faire droit à cette demande.
Les frais de publication sont à la charge de la personne intéressée (art. L. 464-2, I, al. 5).
La publication partielle de la décision de l’Autorité de la concurrence dans la presse ne
porte pas atteinte au principe de la présomption d’innocence, dans la mesure où la pu-
blication entre dans les prévisions des textes et que l’entreprise a la faculté de demander
le sursis à exécution de cette mesure. Par ailleurs, la diffusion par l’Autorité de la concur-
rence d’un communiqué de presse annonçant le prononcé de sa décision ne constitue
pas une mesure de publication.
L’injonction de publication doit également être spécialement motivée. En revanche, l’in-
titulé de la publication peut être différent de celui de la décision, dès lors qu’il a pour
objet d’informer avec précision le lecteur en appelant son attention sur les pratiques
sanctionnées, «afin de prévenir efficacement toute nouvelle tentative de la part [de la
société requérante] pour freiner ou restreindre l’ouverture du marché à la concurrence».
B. Caractère exécutoire
A RETENIR
484
LES FONDAMENTAUX
caractère exécutoire.
C. Recours exercé
La publication forcée est susceptible de causer un préjudice irréparable à l’entreprise en
cause. Aussi est-il nécessaire de donner aux professionnels concernés et au public, desti-
nataires de cette publication, une information complète.
A RETENIR
Il faut ainsi indiquer, le cas échéant, le recours dont la décision fait l’objet.
485
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
SECTION 1
Appel devant la Cour d’appel de Paris
I. Décision insusceptible de recours
II. Formalités du recours
A. Déclaration de recours
B. Recours incident
C. Nature du recours
D. Structuration du recours
E. Délai de recours
III. Parties en cause et intervenants
A. Parties en cause
B. Intervenants
IV. Instruction du recours
A. Observations écrites
B. Garanties procédurales
V. Pouvoirs de la Cour d’appel de Paris
A. Règles de procédure civile
B. Décision de la Cour d’appel
C. Notification et publication de la décision de la Cour d’appel
SECTION 2
Pourvoi en cassation
486
LES FONDAMENTAUX
A RETENIR
Le recours devant la Cour d’appel de Paris n’ayant pas d’effet suspensif, la décision
de l’Autorité de la concurrence est immédiatement exécutoire. Toutefois, le premier
président de la cour peut ordonner le sursis à exécution de la décision si celle-ci est
susceptible d’entraîner des conséquences manifestement excessives ou si des faits
nouveaux d’une exceptionnelle gravité sont intervenus postérieurement à sa notifica-
tion (art. L. 464-8, al. 2, C. com.).
La demande est portée par voie d’assignation devant le premier président de la cour
d’appel selon les modalités de l’article 485, al. 2 CPC (audience à heure indiquée, même
les jours fériés ou chômés). L’assignation comprend, à peine de nullité, les mentions pres-
crites pour les actes d’huissier de justice (notamment : date ; nom, prénoms, domicile,
nationalité et date de naissance du requérant personne physique ; forme, dénomination,
487
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
siège social et représentant légal du requérant personne morale), et l’exposé des moyens
invoqués à l’appui de la demande. Elle précise également la date à laquelle a été formé
le recours contre la décision dont le sursis à exécution est demandé (art. R. 464-23 C.
com.). Depuis le décret 2017-823 du 5 mai 2017, l’assignation doit, à peine de caducité
prononcée d’office, être délivrée à l’Autorité de la concurrence et au ministre de l’Éco-
nomie.
Le sursis à exécution peut être demandé uniquement contre une décision prononçant
une injonction ou une sanction pécuniaire en application de l’article L. 464-2. La de-
mande ne peut conduire la cour à apprécier la légalité de l’application, par l’Autorité de
la concurrence, de règles de fond. Son obtention est subordonnée à la condition que
la sanction soit de nature à altérer de manière grave et durable, sinon irréversible, le
fonctionnement de l’entreprise et de compromettre de la sorte le maintien de l’emploi.
Ainsi, le sursis à exécution, qui peut n’être que partiel, a été accordé eu égard à l’insuffi-
sance des facultés contributives, de la trésorerie et des avoirs mobilisables d’une entre-
prise pour payer l’amende sans mettre en péril sa survie, pour laisser à une entreprise le
temps nécessaire à l’organisation et l’aménagement d’une nouvelle politique commer-
ciale de ses produits sans risques majeurs, définitifs et irréversibles de désordre ou pour
ne pas menacer la continuité de l’exploitation de l’entreprise sanctionnée dont l’activité
est déficitaire depuis plusieurs années, qui a dû fermer une usine, réduire de moitié ses
effectifs, qui est inscrite à la Banque de France à la suite d’incidents de paiements de
lettres de change, qui a des difficultés à honorer les fournisseurs et à obtenir rapidement
le remboursement des comptes-courants débiteurs de filiales elles-mêmes en difficulté,
l’entreprise ne devant sa survie qu’aux avances répétées et significatives consenties par
sa société mère ; la publication d’une décision de l’Autorité a été notamment différée
afin d’éviter, en cas d’annulation ou de réformation, une confusion dans les rapports
juridiques entre opérateurs du secteur en cause.
L’entreprise requérante doit apporter la preuve des conséquences manifestement exces-
sives qu’elle invoque. De simples allégations sont insuffisantes : l’entreprise doit faire la
démonstration concrète et chiffrée des excès évidents qu’entraînerait de manière effec-
tive l’exécution des injonctions. Tel n’est pas le cas lorsqu’une société à la situation finan-
cière solide prétend que le paiement de l’amende compromettra de manière irréversible
son développement en retardant les opérations d’achat ou de relooking de ses points de
vente. Toutefois, l’entreprise qui n’a pas fait état de difficultés financières au cours de la
procédure qui a donné lieu au prononcé de l’amende ne renonce pas pour autant à pré-
senter une demande ultérieure de sursis à exécution.
Les conséquences excessives susceptibles de résulter de l’application de la sanction pé-
cuniaire doivent être appréciées au regard du chiffre d’affaires consolidé, lorsque l’entre-
prise condamnée appartient à un groupe de sociétés. Plus généralement, l’appartenance
de la personne morale sanctionnée à un groupe de sociétés constitue un élément dont
le juge doit tenir compte pour apprécier si l’exécution immédiate de la décision est sus-
ceptible, dans les circonstances de l’espèce, d’entraîner des conséquences manifestement
excessives. Cependant, dès lors qu’il n’y a pas lieu de distinguer là où la loi ne distingue
pas, la Cour d’appel de Paris a souligné que les «conséquences manifestement excessives»
visées à l’article L. 464-8 ne doivent pas nécessairement présenter un caractère stricte-
488
LES FONDAMENTAUX
PLAN
Nous distinguerons :
• l’appel devant la Cour d’appel de Paris ;
• le pourvoi en cassation.
SECTION 1
Appel devant la Cour d’appel de Paris
PLAN
Un recours formé contre une décision de l’Autorité ayant accueilli une demande de me-
sures conservatoires et donc nécessairement admis la recevabilité de la saisine au fond
n’est pas recevable du seul chef de cette décision, indépendamment du recours relatif
aux mesures conservatoires elles-mêmes. De même, lorsque la demande de l’appelant
est privée d’objet à la suite d’une évolution des circonstances, le recours contre la dé-
cision ayant prononcé des mesures conservatoires est déclaré irrecevable. En revanche,
489
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
490
LES FONDAMENTAUX
B. Recours incident
A RETENIR
Un recours incident peut être formé alors même que son auteur serait forclos pour
exercer un recours à titre principal.
recours incident alors qu’il existe dans ce cas une autre voie d’action, énoncée aux articles
L. 464-2 et L. 464-3 du Code de commerce. Le recours incident ne peut pas davantage
être exercé contre une décision ordonnant des mesures conservatoires. En revanche, le
recours formé contre une décision de l’Autorité de la concurrence afin d’obtenir l’aggra-
vation des amendes infligées aux membres de l’entente n’est pas privé d’objet du seul
fait que ces derniers ont spontanément pris des mesures pour faire cesser certains des
comportements dénoncés, alors que ceux-ci n’ont pas été sanctionnés.
C. Nature du recours
A RETENIR
Seul un recours en annulation ou en réformation peut être formé contre les décisions
de l’Autorité de la concurrence devant la Cour d’appel de Paris.
L’appel-nullité formé contre une décision de l’Autorité rejetant une demande de me-
sures conservatoires est dès lors irrecevable. Créé par la jurisprudence afin de permettre
l’exercice d’un recours en nullité lorsqu’aucune autre voie de recours n’est possible, l’ap-
pel-nullité qui vise des «vices particulièrement graves affectant la régularité intrinsèque
du jugement et résultant d’un principe fondamental ou d’ordre public», pourrait en re-
vanche être exercé contre une décision de sursis à statuer de l’Autorité de la concurrence
qui serait prise en violation d’un principe de droit fondamental.
D. Structuration du recours
A RETENIR
Ainsi, en vertu du nouvel article R. 464-25-1 du Code de commerce, elles devront formu-
ler expressément leurs prétentions et les moyens de fait et de droit sur lesquels chacune
est fondée en indiquant pour chaque prétention les pièces invoquées et leur numérota-
tion. Un bordereau énumérant les pièces qui justifient ces prétentions devra être annexé
à leurs observations écrites. Les observations écrites devront comprendre distinctement
un exposé des faits et de la procédure, une discussion des prétentions et des moyens ainsi
qu’un dispositif qui récapitule les prétentions.
Les moyens qui n’auraient pas été formulés dans les écritures précédentes devront être
présentés de manière formellement distincte. La cour d’appel ou son premier président
ne statuera que sur les prétentions énoncées au dispositif et n’examinera les moyens au
soutien de ces prétentions que s’ils sont invoqués dans la discussion. Enfin, les parties
seront tenues de reprendre, dans leurs dernières écritures, les prétentions et moyens pré-
cédemment présentés ou invoqués dans leurs observations écrites antérieures. À défaut,
elles seront réputées les avoir abandonnés et la cour d’appel ou son premier président ne
statuera que sur les dernières écritures déposées.
492
LES FONDAMENTAUX
E. Délai de recours
A RETENIR
Les augmentations de délais prévues pour les personnes résidant outre-mer ou à l’étranger
ne s’appliquent pas aux recours et demandes de sursis à exécution. Le délai de recours est
d’un mois à compter de la notification de la décision, même si la décision de rejet emporte
rejet d’une demande de mesures conservatoires sans que celle-ci ait été examinée.
L’entreprise entendue par l’Autorité ou ayant fait l’objet d’une notification de grief, mais
qui ne s’est pas jointe à la saisine de l’Autorité, n’a pas qualité à agir. De même, celui
qui n’était pas partie devant l’Autorité de la concurrence à la suite de sa radiation du
registre du commerce et des sociétés résultant de la cession de son fonds de commerce,
n’a pas, de ce fait, qualité pour former à titre personnel un recours en annulation ou en
réformation.
3. Autorité de la concurrence
L’Autorité de la concurrence est, aux termes de l’article R. 464-11 du Code de commerce,
partie à l’instance. Elle est représentée par son président (art. R. 461-1 C. com.). Elle a
qualité pour agir en demande et en défense et présenter des observations devant toute
juridiction en son nom. L’Autorité doit notamment pouvoir conclure sur la portée d’une
décision de la Cour européenne des droits de l’Homme ayant déclaré non conforme à la
CEDH le régime transitoire du recours en contestation d’une ordonnance d’autorisation
de visite et saisie. Elle peut également présenter des observations orales lors de l’audience
devant la cour d’appel, à sa demande ou à celle du premier président ou de la cour (art.
493
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
R. 464-19).
Un arrêt rendu par la Première Chambre civile de la Cour de cassation a pu faire douter de
la faculté de l’Autorité de déposer des observations écrites. En effet, la Haute juridiction a
posé en principe que «l’exigence d’un procès équitable, au regard des principes d’égalité des
armes et d’impartialité du juge, impose qu’une juridiction disciplinaire de première instance
ne soit pas partie au recours contre ses propres décisions [...]». Elle a donc cassé au visa de
l’article 6 CEDH, un arrêt d’appel rendu sur recours contre une décision du Conseil des
ventes volontaires de meubles aux enchères publiques, en retenant que la cour ne pouvait
le laisser déposer ses observations devant elle, alors qu’il constituait, selon elle «une telle
juridiction». De nombreuses entreprises se sont appuyées sur cette solution pour s’opposer
au dépôt d’observations par l’Autorité de la concurrence. La Cour d’appel de Paris s’oppose
invariablement à ces tentatives : selon elle, lorsqu’elle prononce des sanctions pécuniaires
à l’encontre d’entreprises qui se sont livrées à des pratiques anticoncurrentielles, l’Autorité
ne présente pas la nature d’une juridiction, mais d’une autorité administrative.
B. Intervenants
1. Ministre de l’Économie
Lorsqu’il n’est pas partie à l’instance, le ministre peut présenter des observations orales à
l’audience à sa demande ou celle du premier président ou de la cour (R. 464-19 C. com.).
Il a également la possibilité de présenter, dans les mêmes conditions, des observations
écrites (art. R. 464-21 C. com.).
2. Ministère public
Ces fonctions sont assurées par le procureur général auprès de la Cour d’appel de Paris. Il
peut prendre communication des affaires dans lesquelles il estime devoir intervenir (art.
R. 464-27 C. com.).
3. Intervenants volontaires
Les personnes dont les droits et charges risquent d’être affectés par le recours et qui ne
sont pas parties en cause, mais auxquelles la décision de l’Autorité a été notifiée, peuvent
intervenir volontairement à l’instance devant la Cour d’appel de Paris. À cette fin, elles
doivent déposer au greffe une déclaration écrite et motivée dans le délai d’un mois sui-
vant la réception de la notification, par le demandeur principal, de ses observations et
de la liste des pièces et documents justificatifs produits, dans les mêmes conditions que
ce recours. La partie intervenante doit, depuis le décret du 5 mai 2017, notifier son in-
tervention volontaire aux parties devant la juridiction de recours ainsi qu’au ministre de
l’Économie lorsqu’il n’est pas partie à l’instance.
À peine d’irrecevabilité de l’intervention relevée d’office, la partie intervenante doit éga-
lement déposer au greffe, dans les deux mois de la notification qui lui a été faite par le
demandeur principal, les documents énumérés aux premier et au deuxième alinéas de
l’article R. 464-15. Sous la même sanction, dans le même délai et dans les mêmes formes,
elle devra adresser, par lettre recommandée avec demande d’avis de réception, copie de
ses observations écrites et de la liste des pièces et documents justificatifs qu’elle entend
produire aux parties devant la juridiction de recours ainsi qu’au ministre de l’Économie
494
LES FONDAMENTAUX
lorsqu’il n’est pas partie à l’instance et justifier auprès du greffe de cette notification. Elle
devra aussi adresser à l’Autorité de la concurrence et au ministre de l’Économie lors-
qu’il n’est pas partie à l’instance une copie des pièces et documents justificatifs produits.
Enfin, le texte prévoit que les demandes de communication ou de production de pièces
ou de catégories de pièces présentées par la partie intervenante en vue d’une action en
dommages et intérêts sont régies par les dispositions des articles L. 483-1, alinéa 2, et L.
483-4 à L. 483-11.
Par ailleurs, conformément à l’article 330 CPC, des tiers qui n’étaient pas parties devant
l’Autorité et auxquels la décision n’a pas été notifiée peuvent se joindre volontairement à
l’instance de manière accessoire en appuyant les prétentions d’une partie. Il suffit que ces
personnes aient intérêt pour la conservation de leurs droits à soutenir la partie concernée.
Tel est le cas de l’entreprise qui a un intérêt patrimonial au maintien de la décision atta-
quée qui met fin à l’exclusivité d’un concurrent ou de la victime d’entente qui souhaite
voir confirmer, pour la protection de ses droits, la décision qui a qualifié et sanctionné ces
pratiques. En revanche, un demandeur qui n’était pas une partie en cause dans la procé-
dure ne peut élever des prétentions visant à la réformation de la décision de l’Autorité de la
concurrence distinctes de celles des autres demandeurs.
Le premier président de la Cour d’appel ou son délégué fixe les délais dans lesquels les
parties à l’instance doivent se communiquer leurs observations écrites, les adresser
au ministre de l’Économie lorsqu’il n’est pas partie à l’instance et en déposer copie au
greffe.
Lorsqu’il n’est pas partie à l’instance, le ministre de l’Économie peut présenter des observa-
tions écrites dans les conditions de délai fixées par le premier président de la Cour d’appel
ou son délégué. Celui-ci fixe également la date des débats. Ces délais sont notifiés aux
parties et au ministre, lorsqu’il n’est pas partie à l’instance, par le greffe, qui les convoque
également à l’audience par lettre recommandée avec demande d’avis de réception (art. R.
464-18, al. 3 C. com.).
La faculté offerte à l’Autorité de la concurrence, comme au ministre de l’Économie lorsqu’il
n’est pas partie à l’instance, de présenter des observations écrites (art. R. 464-18) ou orales
(art. R. 464-19) à leur demande ou à la demande du premier président ou de la Cour a fait
l’objet de critiques. La Cour d’appel de Paris a ainsi estimé que l’égalité des armes pouvait
être rompue lorsque, devant la cour, l’Autorité de la concurrence présentait des obser-
vations modifiant, en les aggravant, les données retenues contre les entreprises dans sa
décision. Le fait que les parties aient pu répliquer aux observations de l’Autorité ne suffisait
pas, selon elle, à rétablir l’équilibre car ces éléments nouveaux privaient d’effet le recours
exercé par les requérantes en ajoutant à la décision qui, en principe, était seule soumise à
l’appréciation des juges d’appel. La procédure de recours, irrémédiablement viciée, devait
dès lors pour la cour d’appel être annulée. En dehors de cette hypothèse exceptionnelle,
495
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
tant la Cour de cassation que la Cour d’appel de Paris retiennent que la faculté de l’Autorité
de présenter des observations n’est pas de nature à fausser le débat dans la mesure où les
parties ont la possibilité de répliquer à ces observations. Dans tous les cas, les observations
sont portées à la connaissance des parties à l’instance par le greffe.
B. Garanties procédurales
A RETENIR
De nature répressive, la procédure devant la Cour d’appel de Paris est soumise aux
dispositions de l’article 6 de la Convention européenne des droits de l’Homme. La Cour
doit veiller au respect des principes d’équité, d’égalité des armes et des droits de la
défense.
Le ministre de l’Économie ne peut user de la faculté de mener des enquêtes en application des
articles L. 450-1 et s. du Code de commerce sur les faits soumis à la Cour d’appel. De même,
le principe d’égalité des armes est rompu lorsque l’Autorité, dans les observations écrites pré-
sentées devant la cour d’appel, évoque des éléments nouveaux qui ne figuraient pas dans la
décision déférée. En outre, «le juge doit, en toutes circonstances, faire observer et observer lui-
même le principe de la contradiction» (art. 16 CPC). La Cour d’appel de Paris est donc tenue
d’inviter les parties à s’expliquer sur les moyens qu’elle relève d’office. Elle ne peut par ailleurs
ordonner la communication des pièces relevant de la catégorie des déclarations effectuées dans
le cadre de la clémence, même dans le cadre d’une intervention recevable au soutien de la
décision de l’Autorité de la concurrence. En revanche, la Cour peut ouvrir l’accès à des pièces
recueillies postérieurement à la demande de clémence qui ne relèvent pas de la catégorie des
déclarations effectuées dans le cadre de la clémence et à des documents administratifs de la
procédure tels que la notification de griefs et le rapport, même s’ils se réfèrent ou retranscrivent
pour partie des éléments de pièces protégées au titre de la clémence. Par ailleurs, lorsqu’elle
statue sur une décision d’irrecevabilité de la saisine de l’Autorité, la Cour doit entendre les
personnes ou entreprises visées par la plainte en vertu du droit au double degré de juridiction.
Selon la Cour d’appel de Paris, la faculté de soulever l’inconstitutionnalité d’une dispo-
sition législative pour la première fois en cause d’appel, en vertu de l’article 23-1 de l’or-
donnance du 7 novembre 1958 ne s’applique pas en matière de concurrence. En effet,
dans cette hypothèse, la Cour d’appel de Paris statue, non sur l’appel d’un jugement rendu
par une juridiction du premier degré, mais sur le recours contre une décision de nature
administrative rendue par une autorité non juridictionnelle. En application de cette règle,
les parties devront donc présenter leurs demandes de QPC dès le stade de la procédure
administrative devant l’Autorité de la concurrence.
Les parties ont la faculté, mais non l’obligation, de se faire assister par un avocat près la
Cour d’appel de Paris : elles peuvent se défendre elles-mêmes. Le ministre de l’Économie
est représenté par le directeur général de la concurrence, de la consommation et de la
répression des fraudes ou son délégué (art. R. 464-26 C. com.).
496
LES FONDAMENTAUX
Toutes les règles de la procédure civile auxquelles le Code de commerce ne déroge pas
sont applicables à la procédure devant la cour d’appel.
Ainsi, la cour ne peut, en application des principes directeurs du procès définis aux ar-
ticles 1 à 24 du CPC, renvoyer devant l’Autorité aux fins de notification une personne
qui n’a été ni partie devant l’Autorité, ni appelée devant la cour, lorsqu’elle statue sur une
décision d’irrecevabilité ou de non-lieu.
La cour doit respecter le principe du contradictoire prévu à l’article 16 CPC en s’assurant
et en indiquant dans sa décision que les parties ont été mises en mesure de répondre aux
observations écrites de l’Autorité. Elle ne saurait statuer sur une décision d’irrecevabilité
sans entendre ou appeler en cause les personnes visées par la plainte.
Les règles relatives à la nullité des actes pour vice de forme s’appliquent (art. 112 et s.
CPC). Par ailleurs, en raison de l’effet dévolutif de l’appel, la cour se prononce unique-
ment sur les injonctions et les sanctions pécuniaires telles qu’elles sont portées dans la
notification des griefs. En outre, n’ayant pas le pouvoir de notifier des griefs, elle doit
renvoyer les parties devant l’Autorité lorsqu’elle annule ou réforme une décision d’irrece-
vabilité ou de non-lieu. Enfin, les articles 143 et s. CPC permettent à la cour d’ordonner
en tout état de cause des mesures d’expertise, faculté dont elle a notamment usé pour
recueillir des éléments statistiques afin de délimiter le marché d’un produit.
Elle peut aussi commettre une personne pour procéder à des constatations en applica-
tion des articles 249 à 255 CPC.
La cour d’appel contrôle la légalité externe et interne de la décision. Elle apprécie notam-
ment si l’Autorité n’a pas outrepassé ses compétences, si elle s’est conformée aux règles
de la CEDH (art. 6), aux règles de procédure et de forme définies par le Code de com-
497
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
merce, et s’assure que l’Autorité a respecté les droits de la défense. La cour vérifie égale-
ment que l’Autorité n’a pas commis d’erreur de droit dans l’interprétation et l’application
des articles L. 420-1, L. 420-2 et L. 420-5 et des articles 101 et 102 TFUE, ni d’erreur
manifeste d’appréciation, en particulier lorsqu’elle inflige une sanction pécuniaire.
La cour annule la décision dans sa totalité et met fin aux poursuites lorsque la cause
d’annulation atteint la procédure dans son ensemble, met irrémédiablement en cause les
droits de la défense ou implique d’écarter du dossier tous les éléments de preuve. Si tel
n’est pas le cas, la cour statue en fait et en droit à nouveau. Elle dispose alors de plusieurs
options : soit elle renvoie à l’Autorité pour qu’elle reprenne la procédure et rende une
décision ; soit elle statue à nouveau en l’état du dossier et sa décision remplace celle de
l’Autorité ; soit elle statue à nouveau, mais demande auparavant une mesure d’expertise.
L’annulation peut n’être que partielle.
Répondant à des parties qui prétendaient que la cour d’appel ne dispose que d’un pou-
voir alternatif et non cumulatif d’annulation ou de réformation, la Cour d’appel de Paris
a précisé que, après avoir annulé la décision, elle a le pouvoir de se prononcer, confor-
mément à l’article L. 464-2 du Code de commerce, sur les pratiques dont l’Autorité est
saisie. Cette prérogative, issue de la combinaison des articles L. 464-8 du code précité et
561 du Code de procédure civile, de statuer, en fait et en droit, sur les griefs notifiés, ne
saurait être confondue avec le pouvoir de réformation mentionné par l’article L. 464-8,
la cour se prononçant à partir des éléments du dossier et sans considération de la déci-
sion de l’Autorité qu’elle a précédemment annulée. Elle peut ainsi déterminer la sanction
qui doit être infligée à une entreprise pour le seul fait susceptible d’être retenu alors que
l’Autorité a prononcé une sanction unique pour l’ensemble des pratiques en cause.
La réformation de la décision de l’Autorité est soumise à une procédure de plein conten-
tieux. La Cour d’appel se livre à une nouvelle appréciation des éléments de l’affaire en fait
et en droit. Sa décision se substitue totalement ou partiellement à celle de l’Autorité. Elle
dispose alors de tous les pouvoirs de l’article L. 464-2. Dans l’exercice de sa compétence
de pleine juridiction, la Cour d’appel de Paris n’est pas liée par le communiqué sanctions
du 16 mai 2011 mais peut volontairement décider de s’y conformer. Elle ne peut néan-
moins aggraver les sanctions ou injonctions prononcées par l’Autorité que si le recours
a été introduit par la partie saisissante ou le ministre de l’Économie. Elle a également la
possibilité d’ajourner le prononcé de la sanction pécuniaire. La réformation de la déci-
sion de l’Autorité ne prend effet qu’à compter de la notification de l’arrêt d’appel et ne
modifie pas rétroactivement la situation juridique de la société condamnée à publier une
décision, ni ne retire son caractère exécutoire à la mesure de publication ordonnée. Des
entreprises qui n’ont pas exercé de recours contre la décision de l’Autorité de la concur-
rence ne peuvent bénéficier de la réformation de celle-ci par la Cour d’appel de Paris.
À l’instar de l’Autorité de la concurrence, la Cour d’appel de Paris peut ordonner la publi-
cation d’un communiqué dans les journaux, mais ne peut prononcer la dissolution d’un
GIE, ou en règle générale annuler des conventions. Elle ne peut pas non plus accorder de
dommages-intérêts. Il lui est enfin impossible de connaître d’un grief qui n’aurait pas été
soumis à l’Autorité de la concurrence.
498
LES FONDAMENTAUX
Les décisions de la Cour d’appel de Paris ou de son premier président sont notifiées
par lettre recommandée avec demande d’avis de réception aux parties à l’instance par
le greffe, à l’Autorité de la concurrence et au ministre de l’Économie, lorsqu’il n’est pas
partie à l’instance.
L’Autorité de la concurrence veille à l’exécution des décisions et les fait publier sur son
site internet (art. R. 464-28 C. com.). Il a été jugé que la décision de la cour d’appel peut
en outre faire l’objet d’un communiqué de presse afin qu’elle soit portée à la connais-
sance du public.
A RETENIR
Le cas échéant, un pourvoi en cassation est formé contre l’arrêt de la Cour d’appel de
Paris dans le délai d’un mois suivant sa notification (art. L. 464-8, al. 4, C. com.). Le
pourvoi n’est ouvert qu’aux parties à l’instance devant la cour d’appel. Tel est le cas
notamment de l’intervenant volontaire.
En revanche, une entreprise participante à une entente ne peut exercer de recours inci-
dent en se prévalant de la cassation intervenue au profit d’une autre alors que l’existence
d’un grief identique d’entente ne caractérise pas une indivisibilité lui permettant de se
prévaloir de la cassation. Avant 2004, le ministre de l’Économie ne pouvait se pourvoir
s’il n’avait pas été partie à l’instance devant la cour, la notion de partie s’entendant de
celle qui a introduit un recours. En effet, la règle selon laquelle le ministre peut former un
recours devant la Cour d’appel de Paris même s’il n’a pas été partie à la procédure devant
l’Autorité ne s’appliquait pas au pourvoi en cassation. Dans un premier temps, la loi de
simplification du droit du 9 décembre 2004 a modifié cette règle, l’article L. 464-8 du
Code de commerce prévoyant que le ministre peut dans tous les cas former un pourvoi
contre l’arrêt de la Cour d’appel de Paris. Le texte a été complété par l’ordonnance du 13
novembre 2008 qui ouvre la voie du pourvoi à l’Autorité de la concurrence contre les
décisions de la Cour d’appel de Paris qui réforment ou annulent ses décisions. Elle est
ainsi recevable à se pouvoir en cassation d’un arrêt d’appel ayant censuré une décision du
Conseil de la concurrence appliquant le droit européen, telle qu’un arrêt statuant sur une
demande de sursis à exécution sur le fondement des articles 101 ou 102 TFUE.
Toutes les décisions de la cour sans exception peuvent faire l’objet d’un pourvoi devant
la Chambre commerciale de la Cour de cassation. Le pourvoi ne peut porter que sur des
moyens exposés précédemment dans la déclaration d’appel. Selon l’article 619 du CPC,
les moyens nouveaux ne sont pas recevables devant la Cour de cassation, à moins que ce
soient des moyens de pur droit ou nés de la décision attaquée. Tel n’est pas le cas du grief
tiré de la présence du rapporteur au délibéré.
La Cour de cassation doit respecter le principe du contradictoire. Aussi la Cour euro-
péenne des droits de l’Homme a-t-elle considéré que le premier volet du rapport du
499
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
500
LES FONDAMENTAUX
SECTION 1
Action en nullité des conventions et clauses prohibées
SECTION 2
Action en réparation
I. Conditions
A. Faute
B. Préjudice
C. Lien de causalité
II. Procédure
A. Preuve
B. Qualité de débiteur
C. Sursis à statuer
D. Prescription
E. Action de groupe
501
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
A RETENIR
SECTION 1
Action en nullité des conventions et clauses prohibées
A RETENIR
Seules les juridictions civiles sont compétentes pour annuler des clauses prohibées au
titre de l’article L. 420-3 du Code de commerce.
503
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
s’étend pas au marché public conclu ultérieurement aux conditions tarifaires résultant de
l’entente. Le délai de prescription de l’action en nullité relève de l’article 2224 du même
code : il est de cinq ans et court à compter de la décision de condamnation de l’Autorité
de la concurrence, qui fixe la date certaine de découverte de l’entente.
SECTION 2
Action en réparation
Le principe d’un droit à réparation des victimes de pratiques anticoncurrentielles, qui a
été consacré par les arrêts Courage et Manfredi de la Cour de justice, est reconnu depuis
longtemps en droit français.
A RETENIR
Les juridictions civiles sont compétentes par voie d’exception en matière de pratiques
anticoncurrentielles et peuvent, sur le fondement de l’article L. 420-3, constater la
nullité de tout engagement, convention ou clause contractuelle se rapportant à une
pratique prohibée par l’article L. 420-1 ou L. 420-2. En cas de violation du droit de
l’Union par les autorités européennes, les juridictions nationales saisies d’une action
en dommages-intérêts par une entreprise victime d’un refus de vente illicite, doivent,
en application de l’article 16 du règlement 1-2003, constater cette violation.
Selon la Cour de cassation, cette action fondée sur l’ordre public économique, dont la
cause est différente d’une action visant à préserver l’équilibre des relations contractuelles
entre les parties, entraîne la nullité absolue des pratiques prohibées. En raison de son
caractère d’ordre public, l’article L. 420-3 peut être invoqué par toute personne qui y a
intérêt au jour de la saisine.
Les relations entre l’action civile et l’action sur le fondement du droit de la concurrence
n’ont pas toujours été faciles à définir car une faute concurrentielle n’était pas nécessaire-
ment considérée une faute civile. Selon la Cour de cassation, le juge judiciaire n’était pas
lié par les constatations de fait figurant dans la décision de l’Autorité de la concurrence
pour statuer sur la demande de dommages et intérêts introduite dans la même affaire.
Cette solution, remise en cause en matière d’action de groupe par la loi Hamon du 17
mars 2014, est demeurée valable en droit commun de la réparation des dommages anti-
concurrentiels jusqu’à la transposition de la directive 2014/104 du 26 novembre 2014
par l’ordonnance 2017-303 du 9 mars 2017.
Les actions civiles ne sont pas nécessairement aisées à mettre en œuvre. En pratique, elles
se heurtent à deux séries de difficultés. Les premières sont liées à l’ensemble des moyens
de défense à l’action fondés sur le droit de la procédure et de la responsabilité civile :
prescription, faute de la victime et passing on defense notamment. Les secondes tiennent
aux difficultés de preuve qui dérivent de la difficulté de concilier le droit des victimes à
indemnisation et la volonté des autorités de concurrence de protéger les demandeurs à
la clémence. La question fondamentale du private enforcement en France, comme dans
beaucoup d’autres pays actuellement, consiste dans la recherche d’un difficile équilibre
entre le public enforcement, traditionnellement privilégié dans les pays continentaux, et
504
LES FONDAMENTAUX
le private enforcement, favorisé dans les pays anglo-saxons, et aujourd’hui en plein déve-
loppement en Europe, afin de préserver l’efficacité du système existant tout en évitant de
soumettre les entreprises à un double système répressif.
La directive 2014-104 du 26 novembre 2014 se donne pour objectif de lever les obs-
tacles aux actions en réparation. Le texte énonce une série de mesures destinées à fa-
ciliter l’introduction d’actions en dommages et intérêts par les victimes de pratiques
anticoncurrentielles : pouvoir pour les juridictions nationales d’enjoindre aux entreprises
de divulguer des éléments de preuve quand les victimes exercent leur droit à réparation
(art. 5) ; preuve automatique de l’infraction résultant de la décision de l’autorité nationale
constatant l’infraction (art. 9) ; responsabilité solidaire des entreprises qui ont enfreint
le droit de la concurrence par un comportement conjoint (art. 11). La directive consacre
également la théorie de la passing on defense, qui permet au défendeur à l’action d’in-
voquer la répercussion, par le demandeur, du surcoût résultant de l’infraction, à charge
pour lui de le prouver. Lorsque le demandeur est un acheteur indirect, il bénéficiera,
sous certaines conditions, d’une présomption réfragable de répercussion du surcoût par
le vendeur intermédiaire (art. 14, paragr. 2). Enfin, pour faciliter la tâche du demandeur,
l’article 17 autorise les juridictions nationales à quantifier le montant de la réparation, si
besoin est avec l’aide d’une autorité nationale de concurrence, dans les cas où cette opé-
ration sera pratiquement impossible ou excessivement difficile sur la base des éléments
de preuve disponibles.
La France, qui devait transposer le texte avant le 27 décembre 2016, ne s’est exécutée
que le 9 mars 2017, par une ordonnance pour la partie législative et un décret pour la
partie réglementaire du Code de commerce. Les dispositions de l’ordonnance sont en-
trées en vigueur le 11 mars 2017. Néanmoins, ses dispositions relatives à la production
et à la communication de pièces, comme celles du décret, sont applicables aux instances
introduites à compter du 26 décembre 2014, date d’entrée en vigueur de la directive.
A RETENIR
I. Conditions
PLAN
505
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
A. Faute
A RETENIR
506
LES FONDAMENTAUX
B. Préjudice
A RETENIR
tielles ait pu acquérir des parts de marché non négligeables n’implique pas l’absence de
préjudice, dès lors que son entrée sur le marché peut avoir été retardée en raison des
barrières artificielles résultant des pratiques incriminées, en l’absence desquelles son dé-
veloppement aurait pu être plus important. Les règles du droit commun de la responsa-
bilité civile exigent que le dommage soit certain, direct et personnel. Une société holding
n’est pas recevable à agir en réparation au titre de la perte de chance subie par sa filiale,
mais seulement d’un préjudice qu’elle a personnellement subi. Le dommage peut être
contemporain des pratiques anticoncurrentielles, voire postérieur à celles-ci, mais dans
ce dernier cas, il relève d’un degré d’évidence plus complexe à établir.
Alors qu’avant la transposition de la directive, l’acheteur devait démontrer qu’il n’avait
pas répercuté les surcoûts causés par l’entente sur ses propres clients («passing on de-
fense»), il bénéficiera désormais d’une présomption simple de non-répercussion de ce
surcoût (art. L. 481-4). L’acheteur direct ou indirect pourra également être indemnisé
du surcoût qu’il prétend avoir subi, à charge pour lui d’en établir l’existence et l’am-
pleur (art. L. 481-5). Ainsi, avant la transposition, il a été jugé qu’un maître d’ouvrage
victime du dol résultant des concertations et échanges d’informations entre soumission-
naires concurrents préalables à un appel d’offres pouvait demander réparation du pré-
judice correspondant au surcoût des travaux par rapport au prix réel déterminé par le
libre jeu de la concurrence, à la condition qu’il n’ait pas eu connaissance des manœuvres
dolosives avant de signer le décompte général et définitif des travaux. Le surcoût peut
être évalué au regard des prix obtenus dans le cadre d’un marché passé ultérieurement et
présentant des similitudes importantes avec celui en cause. Les différences entre l’évalua-
tion du surcoût effectuée par l’Autorité de la concurrence et celle, beaucoup plus élevée,
de l’expert mandaté par la victime ne traduit pas nécessairement une erreur grossière
d’appréciation de ce dernier dès lors que contrairement à lui, l’Autorité n’avait pas pour
mission de déterminer un surprix précis par marché concerné mais seulement de donner
un ordre de grandeur à l’échelle d’une entente qui a concerné l’ensemble du territoire. En
l’absence de preuve d’un surcoût, le maître d’ouvrage ne peut prétendre à aucune indem-
nisation, notamment lorsque les travaux ont été entièrement et correctement exécutés. Le
nouvel article L. 481-5 allège la charge probatoire de l’acheteur indirect en posant une
présomption simple de répercussion lorsqu’il démontre que (i) le défendeur a commis
une infraction au droit de la concurrence (ii) qui a entraîné un surcoût pour l’acheteur
direct, (iii) à qui il a acheté les biens ou services concernés par l’infraction. Enfin, l’auteur
du comportement anticoncurrentiel ne peut minorer l’étendue de sa responsabilité en
invoquant la faute de la victime, lorsque celle-ci a été commise pour contrer son com-
portement.
L’article R. 481-1 nouveau autorise le juge, après avoir recueilli les observations des
parties, à solliciter l’Autorité de la concurrence afin d’obtenir des orientations sur
l’évaluation du préjudice dont il est demandé réparation. L’Autorité dispose d’un délai
de deux mois pour communiquer ses observations au juge, au-delà duquel, à défaut de
réponse, l’instance reprend. Les méthodes d’évaluation utilisées sont généralement des
méthodes comparatives (avant/après ou par benchmark), de simulation et par les coûts.
Lorsque la méthode contrefactuelle d’évaluation du préjudice dite «avant-après» est mise
en œuvre, elle doit reposer non sur des données hypothétiques, mais sur les prix réels du
508
LES FONDAMENTAUX
marché et tenir compte des facteurs de prix exogènes à l’impact de l’entente. Son applica-
tion ne doit pas, notamment, conduire à occulter que les parties à l’entente ont présenté
des offres inférieures au prix jugé «concurrentiel». L’étendue de la réparation de la victime
de pratiques anticoncurrentielles est déterminée au regard de la seule ampleur de son
préjudice et non en fonction de la gravité des fautes imputées à l’auteur du dommage.
Elle doit ainsi tenir compte des incidences négatives de sa propre politique commerciale.
Aux termes de l’article L. 481-8, les dommages et intérêts sont évalués au jour du juge-
ment, en tenant compte de toutes les circonstances qui ont pu affecter la consistance et
la valeur du préjudice depuis le jour de la manifestation du dommage, ainsi que de son
évolution raisonnablement prévisible. Ainsi, pour comparer le niveau des prix nominaux
pratiqués au cours des périodes infractionnelle et non-infractionnelles, un expert peut
valablement corriger ses évaluations en tenant compte d’un coefficient d’érosion moné-
taire. De même, l’indemnisation de la perte de chance subie par la victime de pratiques
anticoncurrentielles dans le secteur de la téléphonie mobile du fait de l’indisponibilité du
capital doit être actualisée au taux de rémunération du capital des activités mobiles tel
que calculé par l’Arcep.
C. Lien de causalité
A RETENIR
Il a ainsi été jugé que le lien de causalité entre le refus d’approvisionner un tiers au réseau
et la perte de chiffre d’affaires et de marge sur les produits contractuels est établi par le
juge qui relève la nécessité de mettre en place des circuits d’approvisionnement parallèle
et la création de sociétés ad hoc sur les territoires concernés. De même, le lien de causa-
lité entre la faute et le préjudice invoqué est constitué lorsque le juge démontre qu’en rai-
son du comportement abusif la victime n’a pu proposer son service sur le marché ou du
moins pas à des prix compétitifs ou dans les délais escomptés. En revanche, il n’existe pas
de relation de cause à effet entre la faute commise par un opérateur dominant, consistant
dans l’imposition d’obligations d’exclusivité et de non-concurrence à des distributeurs, et
le préjudice invoqué par son concurrent lorsqu’il est établi qu’indépendamment de cette
faute, ce dernier avait déjà fait le choix de se doter de son propre réseau de distribution.
De même, la collectivité victime d’une entente ne peut demander la réparation du préju-
dice lié à l’indisponibilité des sommes affectées à son désendettement si elle n’établit pas
le lien de causalité entre la pratique anticoncurrentielle et son endettement.
Par ailleurs, alors que certaines décisions avaient retenu qu’un préjudice s’infère né-
cessairement de pratiques d’éviction mises en œuvre par des entreprises en position
dominante, le nouvel article L. 481-7 réserve le bénéfice de la présomption aux seules
victimes d’ententes. La Cour d’appel de Paris a retenu que le préjudice personnel d’un
concurrent direct des parties à l’entente est établi lorsque la décision de l’Autorité de la
concurrence, confirmée par la Cour d’appel de Paris, a démontré l’existence non seule-
ment de l’objet anticoncurrentiel de la pratique, mais également de ses effets anticoncur-
509
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
II. Procédure
PLAN
A. Preuve
A RETENIR
La Cour de cassation avait semblé cantonner l’usage des pièces couvertes par le secret de
l’instruction, même après la clôture de la procédure de concurrence, au cas où ces pièces
étaient nécessaires à l’exercice des droits de la défense de la partie qui les produisait (Cass.
com., 19 janv. 2010, Semavem, LawLex10136). En d’autres termes, seul le défendeur à la
procédure de concurrence aurait pu les invoquer. Une telle restriction paraissait à la fois
inutile et injustifiée. Dès lors que l’instruction s’était traduite par une décision de l’Autorité
de la concurrence, le secret de l’instruction n’avait plus besoin d’être protégé. En outre,
toute victime a le droit d’obtenir réparation de son préjudice, et plus particulièrement en
droit de la concurrence, où les actions privées en dommages-intérêts constituent des me-
sures de mise en œuvre des règles de concurrence.
Plus compréhensifs que la Haute juridiction, les juges du fond ont reconnu à la victime le
droit de solliciter de l’Autorité de la concurrence la production de documents dans leur
version non confidentielle afin qu’ils soient utilisés dans une procédure d’indemnisation.
Cette possibilité a également été admise pour des pièces d’une procédure d’engagements
susceptibles de permettre au demandeur en indemnisation d’exercer ses droits. Allant en-
core plus loin, le même tribunal a considéré que la communication des pièces ne constitue
pas une divulgation au sens de l’article L. 463-6 dès lors qu’elle intervient entre les mêmes
parties que devant l’Autorité et que ces pièces sont connues de la partie qui invoque la
divulgation, a fortiori lorsqu’elle en est l’auteur. La Cour d’appel de Paris estime également
que ne caractérise pas une violation du secret de l’instruction la production, par le défen-
510
LES FONDAMENTAUX
deur à l’action en réparation, d’éléments de preuve qu’il a obtenus au cours d’une procé-
dure devant l’Autorité de la concurrence dans le cadre d’un litige avec un autre opérateur.
La règle a été étendue au demandeur à l’action qui produit des pièces issues du dossier de
l’Autorité de la concurrence qu’il détient de manière licite, lorsqu’elles sont nécessaires au
succès de sa prétention.
L’ordonnance du 9 mars 2017 a modifié la rédaction de l’article L. 463-6 : il exempte
désormais de toute poursuite au titre de la divulgation illicite la production d’un docu-
ment dans le cadre d’une action en réparation dans les conditions prévues aux articles L.
483-1 et suivants, c’est-à-dire dans le respect de la protection due aux secrets d’affaires
et aux pièces des procédures de clémence ou de transaction. En outre, en vertu de l’ar-
ticle L. 483-8, un juge peut désormais ordonner la communication ou la production des
documents issus du dossier concurrence lorsque la procédure est close par une décision de
l’Autorité de la concurrence.
Le droit français ne garantit pas d’immunité dans l’action civile à l’entreprise qui parti-
cipe à un programme de clémence. Si l’exonération totale ou partielle ne la protège pas
des actions civiles, l’Autorité de la concurrence veille cependant à ce que l’attractivité des
programme de clémence ne soit pas affaiblie par le développement des actions privées.
L’article L. 462-3 du Code de commerce permettait ainsi à l’Autorité de transmettre à
toute juridiction judiciaire saisie d’une action en réparation les éléments qu’elle détenait,
en lui réservant toutefois la faculté de ne pas y donner une suite favorable. Aussi, un juge
consulaire saisi d’une action en dommages-intérêts a-t-il pu enjoindre à l’Autorité de la
concurrence de communiquer les pièces en sa possession, obtenues dans le cadre d’une
procédure de clémence.
Afin de préserver l’efficacité du public enforcement par rapport au private enforcement, le
législateur a modifié l’article L. 462-3 pour exclure expressément du champ d’application
de la transmission les documents recueillis dans le cadre d’une procédure de clémence
ou ceux déjà à la disposition des parties à l’instance. Cette dernière précision permettait
à l’entreprise se prétendant victime de pratiques anticoncurrentielles de communiquer
elle-même au juge judiciaire les pièces du dossier concurrence en sa possession, sans
encourir les sanctions de l’article L. 463-6 du Code de commerce, à condition d’établir
leur nécessité pour la défense de ses droits. Le nouvel article L. 483-5 interdit désor-
mais au juge d’ordonner la communication ou la production de pièces issues de la
procédure de clémence ou de transaction et lui impose, lorsque de telles pièces sont
utilisées par une partie, de les écarter des débats. Néanmoins, le juge peut demander
la communication à une partie ou à une autorité de concurrence des documents dont il
est allégué qu’ils sont couverts par cette interdiction afin de s’assurer personnellement et
hors la présence des parties qu’il s’agit effectivement d’une pièce issue de la procédure de
clémence ou de transaction (art. L. 462-3 modifié).
Lorsqu’une partie prétend qu’une pièce demandée est couverte par le secret des af-
faires, le juge ouvre les débats hors la présence du public ou peut, de manière non
contradictoire, limiter la communication ou la production de la pièce à certains de ses
éléments, restreindre l’accès à cette pièce et adapter la motivation de sa décision aux
nécessités de la protection du secret des affaires, sans préjudice de l’exercice des droits
de la défense (art. L. 483-2). La procédure d’instruction des demandes de communica-
511
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
tion de pièces couvertes par le secret professionnel est régie par les articles R. 483-2 à R.
483-10 du Code de commerce, introduits par le décret du 9 mars 2017. Selon ces textes,
le juge entend le détenteur de la pièce, qui doit en avoir fourni une version confidentielle
intégrale, une version non confidentielle et un résumé ainsi qu’un mémoire précisant,
pour chaque information ou partie du document en cause, les motifs qui lui confèrent
le caractère d’un secret des affaires. Le juge ordonne la communication ou la production
intégrale de la pièce lorsqu’il considère qu’elle n’est pas de nature à porter atteinte à un
secret des affaires et la refuse si tel n’est pas le cas. Lorsqu’il considère que la communi-
cation de la pièce est de nature à porter atteinte à un secret des affaires mais qu’elle est
nécessaire à la solution du litige ou à l’exercice des droits de la défense, le juge l’ordonne
selon les modalités qu’il fixe.
La décision qui rejette la demande de communication n’est susceptible de recours qu’avec
la décision au fond. Celle qui ordonne la communication peut faire l’objet d’un recours
en annulation ou réformation devant le premier président de la Cour d’appel de Paris
(art. R. 483-7).Pour garantir l’efficacité du maigre droit de communication accordé aux
demandeurs à l’action en réparation, le nouvel article R. 483-14 issu du décret du 9 mars
2017 prévoit une amende pouvant atteindre 10 000 euro à l’encontre de toute personne
qui refuse de se conformer à une injonction de communication de pièces, détruit des
pièces pertinentes, ou ne respecte pas des obligations imposées par une injonction pro-
tégeant des informations confidentielles.
B. Qualité de débiteur
A RETENIR
En vertu de l’article L. 481-9, toutes les entreprises qui ont concouru à une infraction
au droit de la concurrence sont solidairement responsables du préjudice causé au de-
mandeur.
Dans leurs rapports internes, ces entreprises contribuent à la dette à proportion de la gra-
vité de leurs fautes respectives et de leur rôle causal dans la réalisation du dommage. La
règle de la responsabilité solidaire ne s’applique pas aux PME au sens de l’article 51 de la
loi LME si trois conditions sont réunies : i) leur part de marché sur le marché pertinent est
inférieure à 5 % pendant toute la durée de la commission de la pratique anticoncurren-
tielle ; ii) l’application de l’article L. 481-9 risquerait de compromettre irrémédiablement
leur viabilité économique et ferait perdre toute valeur leurs actifs ; iii) elles ne sont pas les
instigatrices de la pratique anticoncurrentielle, n’ont pas contraint d’autres personnes à y
participer ou n’ont pas précédemment commis une telle pratique constatée par une déci-
sion d’une autorité de concurrence ou une juridiction de recours (art. L. 481-10).
De même, les bénéficiaires d’une immunité ne seront responsables qu’à l’égard de leurs
contractants directs ou indirects et, à l’égard d’autres parties lésées, uniquement lorsqu’une
réparation intégrale ne pourra être obtenue auprès des autres entreprises impliquées dans
l’infraction (art. L. 481-11). Par ailleurs, le montant de leur contribution ne pourra excéder
le montant du préjudice que l’infraction a causé à leurs contractants directs ou indirects
(art. L. 481-12).
512
LES FONDAMENTAUX
Lorsque le demandeur a transigé avec l’un des codébiteurs solidaires, l’article L. 481-13
prévoit qu’il ne pourra réclamer aux autres codébiteurs que le montant de son préjudice
diminué de la part du préjudice imputable au codébiteur partie à la transaction. Ces der-
niers ne pourront pas non plus réclamer au codébiteur qui a transigé une contribution à la
somme qu’ils ont payée à cette victime.
Enfin, selon le juge administratif, des sociétés membres d’un cartel ne peuvent échapper
à leur responsabilité au motif qu’elles n’auraient aucun lien de droit avec le demandeur à
l’action. En effet, elles peuvent être tenues responsables de l’effet d’ombrelle causé par leurs
pratiques, c’est-à-dire de l’effet inflationniste de celles-ci sur les prix des entreprises exté-
rieures au cartel, avec lesquelles le demandeur a commercé.
C. Sursis à statuer
A RETENIR
Le Tribunal de commerce de Paris a estimé que le juge, saisi d’une action en dom-
mages-intérêts au titre de pratiques anticoncurrentielles, devait surseoir à statuer tant
que la décision de l’Autorité de la concurrence n’était pas devenue définitive.
Une telle obligation ne se conçoit qu’en cas d’exercice d’une follow-on action, qui per-
met aux demandeurs de bénéficier d’une présomption de faute en cas de condamnation
et ne saurait être étendue à la stand-alone action, qui présente l’inconvénient de leur
imposer la charge de la preuve de la faute. La demande de sursis à statuer à l’action
en dommages-intérêts exercée par la victime de pratiques anticoncurrentielles n’est pas
davantage justifiée lorsque l’Autorité de la concurrence, la Cour d’appel de Paris et la
Cour de cassation ont consacré l’existence de l’infraction dans l’affaire en cause et que
le recours pendant devant la Cour de cassation ne peut, en l’absence de contrôle exercé
sur les faits, avoir d’influence sur la solution du litige. En revanche, le juge est tenu de
surseoir à statuer lorsque l’action en dommages-intérêts concerne des pratiques jugées
anticoncurrentielles par une décision de la Commission, qui fait l’objet d’un recours en
annulation devant le Tribunal de l’Union.
D. Prescription
A RETENIR
Comme l’article 2224 du Code civil, le nouvel article L. 482-1 du Code de commerce fixe
la prescription de l’action à cinq ans.
513
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
elle révèle l’existence d’une infraction, ne permet pas de connaître l’identité des contre-
venants, ni les modalités de fonctionnement de l’entente et sa dimension géographique
et temporelle. Le délai de cinq ans s’applique aussi à l’action récursoire d’une entreprise
contre un autre co-auteur de l’entente : dans cette hypothèse, il court à partir du jour où
elle a été poursuivie par l’une des victimes de la pratique.
La prescription ne court pas tant que la pratique anticoncurrentielle n’a pas cessé. Elle
ne court pas davantage à l’égard des victimes du bénéficiaire d’une exonération totale de
sanction pécuniaire en application d’une procédure de clémence tant qu’elles n’ont pas
été en mesure d’agir à l’encontre des auteurs de la pratique anticoncurrentielle autres que
ce bénéficiaire.
La prescription est notamment interrompue par la demande en justice, même en référé
(C. civ., art. 2241). Toutefois, jusqu’à la loi Hamon, il était de jurisprudence constante
que dans le cadre de la procédure de concurrence, la saisine de l’Autorité de la concur-
rence ne s’identifiait pas à une citation en justice susceptible d’interrompre la prescrip-
tion de l’action en indemnisation présentée devant le juge civil, les deux actions étant
nécessairement distinctes. La loi Hamon du 17 mars 2014 a entendu modifier radica-
lement cette règle classique. L’article L. 462-7 modifié prévoyait ainsi que «l’ouverture
d’une procédure devant l’Autorité de la concurrence, une autorité nationale de concur-
rence d’un autre État membre de l’Union européenne ou la Commission européenne
interrompt la prescription de l’action civile», étant précisé que «l’interruption résultant
de l’ouverture de cette procédure produit ses effets jusqu’à la date à laquelle la décision
de ces autorités ou, en cas de recours, de la juridiction compétente est définitive». L’or-
donnance du 9 mars 2017 modifie de nouveau ce texte pour préciser que l’interruption
de la prescription s’applique tant à l’action civile qu’à l’action indemnitaire engagée de-
vant une juridiction administrative sur le fondement de l’article L. 481-1 et qu’elle peut
avoir pour origine «tout acte tendant à la recherche, à la constatation ou à la sanction
de pratiques anticoncurrentielles par l’Autorité de la concurrence, une autorité nationale
de concurrence d’un autre Etat membre de l’Union européenne ou la Commission euro-
péenne». L’interruption produira désormais ses effets jusqu’à la date à laquelle la décision
de l’autorité de concurrence compétente ou de la juridiction de recours ne peut plus faire
l’objet d’une voie de recours ordinaire, ce qui paraît exclure le pourvoi en cassation.
La saisine du tribunal, en cas de désistement d’instance non motivé par l’incompétence
du tribunal saisi, ou la saisine visant à la réparation d’un préjudice moral, ne peut avoir
pour effet d’interrompre la prescription de l’action en réparation d’un préjudice matériel.
E. Action de groupe
Après trente ans de débats et de tentatives infructueuses, la loi Hamon a finalement
introduit l’action de groupe en droit français, même si son champ d’application et ses
possibilités de mise en œuvre apparaissent en définitive limités au regard des projets qui
avaient été élaborés.
514
LES FONDAMENTAUX
A RETENIR
L’action de groupe peut désormais être utilisée comme moyen de private enforcement
du droit de la concurrence en vue de réparer le préjudice causé aux consommateurs
par des pratiques anticoncurrentielles (art. L. 623-1 C. consom.).
La conduite des actions de groupe est confiée par la loi aux associations de défense des
consommateurs représentatives au niveau national et agréées en application de l’article
L. 811-1 du Code de la consommation. Les actions de groupe ne pourront donc pas être
introduites par un particulier ou un avocat. En particulier, les PME, qui sont souvent les
premières victimes des pratiques anticoncurrentielles en qualité d’acteur intermédiaire,
ne pourront pas saisir les juridictions. L’action de groupe est portée devant un tribunal
de grande instance. Le projet de loi initial prévoyait que certains TGI soient spécialement
désignés, mais cette restriction a finalement été supprimée dans le texte définitif.
Si le juge estime l’action fondée et que la responsabilité du professionnel est engagée,
il détermine les préjudices susceptibles d’être réparés pour chaque consommateur ou
chacune des catégories de consommateurs constituant le groupe qu’il a défini, et or-
donne par un premier jugement les mesures adaptées pour informer de sa décision les
consommateurs potentiellement lésés par le comportement dénoncé. Ceux-ci doivent
alors manifester leur intention de rejoindre le groupe (opt-in) dans un délai fixé par le
juge, compris entre deux et six mois.
Ces consommateurs sont indemnisés par l’entreprise dont la responsabilité est engagée,
et le juge statue par jugement séparé en cas de difficulté.
L’article L. 623-24 du Code de la consommation précise que «lorsque les manquements
reprochés au professionnel portent sur le respect des règles définies au titre II du Livre
IV du Code de commerce ou des articles 101 et 102 du traité sur le fonctionnement de
l’Union européenne, la responsabilité du professionnel ne peut être prononcée dans le
cadre de l’action mentionnée à l’article L. 623-1 que sur le fondement d’une décision
prononcée à l’encontre du professionnel par les autorités ou juridictions nationales ou
de l’Union européenne compétentes, qui constate les manquements et qui n’est plus sus-
ceptible de recours pour la partie relative à l’établissement des manquements». La condi-
tion d’épuisement des voies de recours a été critiquée, compte tenu de la durée des pro-
cédures devant les juridictions de contrôle, que ce soit au niveau national ou européen.
Le législateur consacre donc l’option du «follow-on» : s’ils sont constatés dans une déci-
sion de l’autorité nationale de concurrence ou de la Commission relative à une infraction
au droit de la concurrence, les manquements du professionnel sont réputés établis de
manière irréfragable pour la reconnaissance de sa responsabilité dans le cadre de l’action
de groupe. Toutefois, celle-ci n’exclut pas la possibilité de saisir dans un premier temps
le juge, plutôt que l’Autorité de la concurrence, pour obtenir une décision constatant
une infraction aux règles de concurrence, sur laquelle pourra s’appuyer ultérieurement
l’action de groupe (stand-alone action).
L’article L. 623-25 du Code de la consommation prévoit que l’action de groupe est
soumise à un délai de prescription de cinq ans à compter de la date à laquelle la déci-
515
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
La seule tentative d’entente ne suffit pas à caractériser le délit d’action concertée tendant
à limiter l’exercice de la libre concurrence . L’infraction prévue à l’article L. 420-6 du
Code de commerce est constituée alors même que les actions concertées n’ont pas été
déterminantes dans l’attribution d’un marché. Il suffit, en effet, qu’une entente illicite soit
constatée. Il n’est pas requis que l’ensemble du marché soit affecté.
La participation doit être personnelle. Cette condition, qui exclut toute responsabilité
du fait d’autrui, interdit de poursuivre une personne absente aux réunions litigieuses et
non responsable de la société en cause. De même, à défaut de délégation de pouvoirs,
un salarié ne peut pas au nom de son entreprise prendre une part déterminante à une
entente au sens de l’article L. 420-6 du Code de commerce. La part déterminante prise
516
LES FONDAMENTAUX
à l’infraction est caractérisée lorsqu’une personne signe et dépose sciemment une offre
sur un marché faussé par des offres de couverture qu’elle a elle-même sollicitées, ou signe
et dépose une offre de couverture, ou donne des instructions en ce sens. Il doit y avoir
passage à l’acte : l’intention délictueuse ne suffit pas.
La participation frauduleuse à une action concertée constitue un délit qui se prescrit à
compter du moment où le prévenu a cessé d’y prendre part.
517
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
PARTIE II
Concentrations
A RETENIR
PLAN
Nous distinguerons :
• le droit européen des concentrations (Titre I) ;
• le droit français des concentrations (Titre II).
TITRE I
Droit européen
Mis en chantier à la fin des années 1970, le premier règlement européen sur le
contrôle des concentrations n’a été adopté que le 21 décembre 1989 et est entré en
vigueur le 21 septembre 1990. À la différence du Traité CECA, le Traité CE ne prévoyait
pas de contrôle de la concentration. L’explication de cette lacune est généralement trou-
vée dans le fait que l’économie du Marché commun était dans les années 1950-1960
faiblement concentrée dans les secteurs autres que ceux du charbon et de l’acier, surtout
par comparaison avec celle de ses plus grands concurrents, en particulier les États-Unis.
En attendant de disposer de moyens d’action spécifiques, les autorités européennes se
sont tournées vers les moyens de contrôle existants. Dans le célèbre arrêt Continental
Can, elles ont considéré qu’une opération de concentration, même non agressive, peut
être constitutive d’un abus de position dominante dès lors qu’elle a pour effet de ren-
518
LES FONDAMENTAUX
519
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
PLAN
Nous distinguerons :
• le domaine du contrôle (Chapitre 1) ;
• l’exercice du contrôle (Chapitre 2) ;
• la procédure de contrôle (Chapitre 3).
520
LES FONDAMENTAUX
SECTION 1
Localisation des effets anticoncurrentiels
SECTION 2
Champ d’application ratione personae
SECTION 3
Champ d’application ratione materiae
I. Notion de concentration
A. Fusion d’entreprises indépendantes
B. Prise de participation au capital
C. Entreprise commune de plein exercice
II. Restrictions accessoires
A. Conditions
B. Typologie
III. Dimension européenne
A. Seuils de contrôle
B. Entreprises concernées
C. Computation du chiffre d’affaires
SECTION 4
Articulation avec les droits nationaux
I. Modulation de la compétence européenne
A. Renvoi préalable à la notification à la demande des parties
B. Renvoi postérieur à la notification à la demande des États
II. Exceptions à la compétence européenne
SECTION 5
Contrôle indirect
521
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
SECTION 1
Localisation des effets anticoncurrentiels
A RETENIR
Seules les concentrations de dimension européenne, c’est-à-dire dont les parties ré-
alisent notamment un chiffre d’affaires d’une certaine importance dans l’Union, re-
lèvent de la compétence de la Commission. Comme en matière d’ententes ou d’abus
de position dominante, la localisation de l’effet anticoncurrentiel constitue un critère
d’application du contrôle.
Une opération réalisée par des entreprises dont le siège social et l’activité de produc-
tion sont localisés à l’extérieur de l’Union est soumise au règlement sur le contrôle des
concentrations lorsqu’elle entrave significativement la concurrence dans le marché in-
térieur. Tel est le cas de la fusion entre deux sociétés américaines, mais qui exercent
leur activité dans le monde entier, et qui affecte de ce fait le territoire de l’Union et de
l’EEE. À l’inverse, lorsque l’entreprise commune, objet de la concentration, n’exerce des
activités qu’au Japon, l’opération ne relève pas du contrôle européen. Le juge européen
adopte, dans le domaine du contrôle des concentrations, le critère de l’effet qualifié qu’il
a pourtant expressément rejeté en matière d’ententes où, il est vrai, le comportement
des entreprises joue un rôle plus important dans l’incrimination. Pour qu’une opération
relève de la compétence des autorités européennes, il faut et il suffit qu’elle produise un
effet immédiat, substantiel et prévisible, sur le territoire de l’Union.
522
LES FONDAMENTAUX
SECTION 2
Champ d’application ratione personae
A RETENIR
Une personne physique peut ainsi participer à une prise de contrôle conjoint par l’in-
termédiaire du contrôle d’une holding servant de véhicule à l’opération, dès lors qu’elle
exerce une autre activité économique que celle consistant dans le contrôle conjoint de la
société cible. De même, l’État ou un organisme de droit public peut participer à une prise
de contrôle conjoint d’une entreprise qu’il détenait auparavant à titre exclusif.
SECTION 3
Champ d’application ratione materiae
PLAN
I. Notion de concentration
A RETENIR
523
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
contrat ou «tout autre moyen». Le contrôle est défini très largement à l’article 3, para-
graphe 2, comme «la possibilité d’exercer une influence déterminante sur l’activité d’une
entreprise ». Selon le Tribunal, l’acquisition du contrôle au sens formel est seule perti-
nente, et non son exercice effectif : lorsque l’acquisition du contrôle exclusif de fait de
l’entreprise cible a lieu au moyen d’une première transaction, les transactions ultérieures
par lesquelles l’acquéreur obtient des actions supplémentaires de cette entreprise ne sont
pas déterminantes pour acquérir le contrôle. En revanche, la restructuration interne d’un
groupe d’entreprises ne peut caractériser une concentration car elle n’entraîne pas une
modification de la qualité du contrôle d’une entreprise.
L’article 3, paragraphe 1, point b) du règlement définit la concentration comme l’acquisi-
tion du contrôle d’une ou plusieurs entreprises, par une ou plusieurs personnes détenant
déjà le contrôle d’une entreprise ou par une ou plusieurs entreprises. En principe, le
contrôle est donc acquis par les personnes ou entreprises titulaires ou bénéficiaires de
droits qui confèrent un contrôle. Toutefois, l’acquisition du contrôle peut être indirecte :
le pouvoir réel d’exercer les droits que confère une participation contrôlante peut être
détenu par une entreprise qui n’en est pas le détenteur officiel. Selon le juge européen, le
contrôle acquis par des entreprises sur une autre peut être attribué à leur actionnaire ex-
clusif, leurs actionnaires majoritaires, ou aux actionnaires les contrôlant en commun bien
qu’ils ne puissent pas siéger au conseil d’administration de l’entreprise cible, dès lors que
ces entreprises se conforment en toute hypothèse à leurs décisions. D’autres critères, tels
que l’actionnariat, les relations contractuelles, les sources de financement ou les liens fa-
miliaux, peuvent être pris en considération pour établir l’existence d’un contrôle indirect.
La Communication sur la compétence recense plusieurs moyens de contrôle. L’influence
déterminante d’une entreprise sur une autre peut ainsi être réalisée par prise de partici-
pation, acquisition d’actifs ou par contrat. Pour réaliser une prise de contrôle, le contrat
doit conduire à un contrôle de la gestion et des ressources équivalant à celui obtenu par
l’acquisition d’actions ou d’éléments d’actifs et se caractériser par une durée extrême-
ment longue (sans possibilité de dénonciation anticipée par la partie octroyant les droits
contractuels). Tel n’est pas le cas du contrat de franchise qui ne donne pas au franchiseur
le contrôle des actifs du franchisé, la seule relation de dépendance inhérente à un contrat
de franchise ne suffisant pas à établir le contrôle. En revanche, l’opération par laquelle
une entreprise reprend tous les actifs, baux, équipements et stocks, personnel, utilisation
de la marque, qui constituent l’activité d’une autre entreprise dans un État membre,
constitue une concentration même si l’acquéreur exploite les magasins en qualité de
franchisé, dans la mesure où cette qualité ne l’empêche pas de conserver le contrôle des
activités et de leur évolution, notamment lors de la sélection des produits, de la fixation
des prix de vente et du changement de concept.
Le contrôle qui découle de la possibilité d’exercer une influence déterminante sur l’acti-
vité d’une entreprise peut s’exercer sur l’ensemble ou seulement une partie de l’autre en-
treprise. Tout changement permanent du contrôle d’actifs, auxquels peut être rattaché un
chiffre d’affaires, constitue une concentration. De même, l’externalisation qui s’accom-
pagne du transfert à une entreprise du contrôle exclusif de certains actifs de production,
ainsi que du personnel associé, ou du transfert de clientèle éligible en contrepartie d’une
rémunération obtenue par le biais d’une participation aux bénéfices relève du contrôle
524
LES FONDAMENTAUX
des concentrations.
Pour relever du contrôle des concentrations, l’opération doit entraîner un changement
durable du contrôle de l’entreprise et de la structure du marché. Une modification tem-
poraire du contrôle est insuffisante. La conclusion d’accords pour une durée déterminée
n’empêche pas cependant une modification durable du contrôle dès lors que la durée de
l’accord est suffisamment longue. La question du caractère durable de la modification
de contrôle se pose dans le cas de concentrations qui se réalisent en plusieurs étapes.
Lorsque des entreprises se regroupent dans le but d’acquérir une autre entreprise et
concluent un accord entre elles en vue de se répartir les actifs ainsi acquis, seule la se-
conde opération constitue une concentration dès lors que la répartition des actifs doit
être effective dans les six mois de leur acquisition. En revanche, lorsqu’une première
phase, purement transitoire et d’une durée relativement courte, au cours de laquelle trois
opérateurs acquièrent la totalité du capital-actions d’une entreprise, est suivie d’une se-
conde phase où l’un de ces opérateurs cède ses actions aux deux autres au terme d’un
délai préétabli, il y a concentration unique avec prise de contrôle en commun par les
deux actionnaires restants.
Selon le considérant 20 du règlement, il convient de traiter comme une concentration
unique «des opérations qui sont étroitement liées en ce qu’elles font l’objet d’un lien
conditionnel ou prennent la forme d’une série de transactions sur titres effectuées dans
un délai raisonnablement bref». En outre, selon la communication consolidée sur la com-
pétence, «le principe selon lequel des opérations multiples peuvent être assimilées à une
opération de concentration unique dans les conditions décrites ci-dessus ne s’applique
que s’il en résulte une prise de contrôle d’une ou de plusieurs entreprises par la ou les
mêmes personnes ou entreprises. Premièrement, il peut en être ainsi lorsqu’une activité
ou une entreprise individuelle est acquise par le biais de plusieurs opérations juridiques.
Deuxièmement, la prise de contrôle de plusieurs entreprises - qui, en tant que telle, pour-
rait être assimilée à des concentrations distinctes - peut être considérée, par les liens
qu’elle fait apparaître, comme constituant une concentration unique».
Si une conditionnalité de fait ou de droit peut permettre d’assimiler des opérations
multiples à une concentration unique, elle n’est pas toujours suffisante. Selon le juge
de l’Union (TUE, 26 oct. 2017, Marine Harvest, aff. T-704-14, LawLex171732), dans
l’hypothèse de la prise de contrôle d’une entreprise unique par le biais de plusieurs opé-
rations juridiques, la question pertinente pour savoir si ces opérations constituent une
concentration unique, n’est pas celle du moment auquel l’acquisition de la totalité des
actions d’une entreprise cible a eu lieu, mais celle du moment auquel l’acquisition du
contrôle a eu lieu : lorsque l’acquisition du contrôle exclusif de fait de l’entreprise cible a
lieu au moyen d’une seule première transaction, les transactions ultérieures par lesquelles
l’acquéreur obtient des parts supplémentaires de cette entreprise ne sont plus pertinentes
pour acquérir le contrôle, de sorte qu’on ne peut considérer qu’il existe un ensemble de
transactions qui réalisent une concentration unique.
Des cessions d’actions ayant lieu simultanément entre le même vendeur et le même
acquéreur, et ayant pour objet la prise de contrôle exclusif de quatre sociétés juridique-
ment distinctes, mais exerçant la même activité économique ou la prise de contrôle en
série par laquelle une entreprise acquiert le contrôle d’un autre opérateur à la condition
525
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
que celui-ci prenne simultanément le contrôle d’autres entreprises ont ainsi été consi-
déré comme une seule et même concentration. Une opération de concentration peut
également se réaliser, au sens de l’article 3, paragraphe 1, en présence d’une pluralité de
transactions juridiques formellement distinctes, dès lors qu’elles ne seraient pas réali-
sées les unes sans les autres. Tel est le cas lorsque plusieurs contrats ayant pour effet de
transformer en une entreprise de plein exercice contrôlée conjointement par les parties,
une organisation commerciale commune constituée de onze entreprises juridiquement
autonomes, sont conclus. Même si deux concentrations ne sont pas concomitantes, elles
peuvent constituer une seule et même opération, lorsqu’elles sont consignées dans le
même acte le même jour, les parties ayant en outre désiré que l’une n’intervienne pas
sans l’autre ou lorsqu’un lien conditionnel relie les deux prises de contrôle parallèles
effectuées le même jour par le même acquéreur de deux entreprises appartenant à des
vendeurs distincts, dès lors que l’acquéreur n’aurait pas procédé à ces acquisitions à ce
prix sans la perspective du profit attendu de la combinaison de leurs deux activités. Aux
termes de l’article 5, paragraphe 2 du règlement, différentes opérations de concentration
individuelles intervenues au cours de deux années entre les mêmes parties doivent être
considérées comme une opération unique entre les deux groupes de sociétés intervenant
à la date de la dernière transaction. En revanche, lorsqu’une concentration concernant les
mêmes marchés, mais pas les mêmes parties, a été notifiée un jour après une autre opéra-
tion, il y a lieu d’appliquer la règle de priorité «premier arrivé, premier servi», de sorte que
la première opération sera appréciée indépendamment de la seconde, en prenant comme
point de départ la structure de marché existant au jour de sa notification.
PLAN
526
LES FONDAMENTAUX
2. Fusion-absorption
La fusion peut également résulter de l’absorption d’une entreprise par une autre, dont
la personnalité juridique subsiste, alors que l’entreprise absorbée cesse d’exister en tant
que personne morale indépendante. Une fusion-absorption qui se traduit par la création
d’une entité nouvelle constitue une concentration. Il en va de même de l’opération par
laquelle une entreprise en absorbe une autre puis change de dénomination. En revanche,
l’opération par laquelle l’entreprise cible fusionne avec une filiale de l’entreprise acqué-
reuse, et passe ainsi sous le contrôle de celle-ci, ne constitue pas une fusion mais une
prise de contrôle au sens de l’article 3, paragraphe 1, b), du règlement 139-2004.
3. Fusion-scission
Le règlement s’applique aux cas de déconcentrations ou de scissions d’entreprises com-
munes même si l’opération de scission a été imposée par la loi. Ainsi, l’opération par
laquelle une entreprise commune est scindée en deux entreprises distinctes, revenant
chacune aux deux sociétés mères, s’analyse en deux opérations de concentration.
4. Fusion de fait
Même si elle n’en remplit pas les conditions juridiques, une opération peut être qualifiée
de fusion dès lors qu’elle conduit au même résultat économique. Ainsi, même en l’absence
de recours à une forme juridique, la combinaison des activités d’entreprises jusqu’alors
isolées, qui conduit à la création d’une unité économique, peut être qualifiée de concen-
tration. Toute gestion économique unique et permanente d’entités indépendantes peut
conduire à la constatation d’une fusion de fait. La conclusion d’accords de groupe en
vertu desquels les sociétés qui y adhèrent fonctionnent collectivement comme une entité
économique unique ou les opérations fondées sur un même document contractuel, éco-
nomiquement interdépendantes et d’application simultanée, qui réunissent trois opéra-
teurs indépendants au sein d’un seul ensemble économique caractérisent ainsi, même en
l’absence de participations croisées, une concentration.
L’opération entraînant le contrôle exclusif d’une entreprise par une autre, moyennant
l’acquisition de la totalité du capital, constitue une concentration. La Communication
sur la compétence distingue le contrôle exclusif de droit, qui découle de l’acquisition
de la majorité des droits de vote, du contrôle exclusif de fait, exercé par l’actionnaire
minoritaire principal en raison du niveau de sa participation, de la structure historique
527
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
2. Contrôle en commun
A RETENIR
Le contrôle en commun existe lorsque les sociétés mères sont obligées de s’entendre
sur les décisions stratégiques de l’entreprise contrôlée. Peu importe que la participa-
tion au capital de l’entreprise commune soit également ou inégalement répartie.
Une prise de participation minoritaire peut conférer à un opérateur une influence déter-
minante au sein d’une entreprise commune, et donc un contrôle en commun, dès lors que
l’inégalité de la participation au capital est compensée par des mécanismes tels que des
droits de souscription préférentielle en cas d’augmentation du capital ou la nomination
528
LES FONDAMENTAUX
529
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
1. Qualification
A RETENIR
Dans le cas contraire, la création de l’entreprise commune est évaluée dans le cadre de
l’article 101 TFUE.
a. Ressources suffisantes
L’entreprise commune doit avoir les moyens d’assumer ses fonctions. Tel est le cas lors-
qu’elle dispose des actifs immobilisés et éléments du passif liés à ses activités, des droits
de propriété intellectuelle et droits voisins, du personnel technique commercial et admi-
nistratif indispensables à son bon fonctionnement, des ressources mobilières et immobi-
lières nécessaires, des contrats des sociétés mères avec les clients, de ses propres services
de vente et marketing, ou de capitaux et de ressources financières importantes. Elle ne
doit pas être tributaire de ses sociétés mères, dont l’assistance doit se limiter à une phase
initiale normale de lancement. Ainsi, une entreprise commune n’est pas une entité éco-
nomique autonome lorsque l’accord ne permet pas d’envisager un transfert des capitaux
et du savoir-faire nécessaires pour exercer son activité à l’issue d’une période de démar-
rage, alors qu’elle utilise le personnel, les locaux et l’équipement de conditionnement
d’une de ses sociétés mères. En revanche, le fait que les sociétés fondatrices conservent la
propriété des ressources de l’entreprise commune qu’elles ont constituée par intégration
de leurs activités ne fait pas obstacle à la qualification d’entreprise commune de plein
exercice si elles se sont retirées du marché.
b. Fonctionnement durable
L’entreprise commune doit pouvoir fonctionner de manière durable. Ainsi, l’entreprise
commune dont la pérennité est assurée, en l’absence de clause de dissolution anticipée,
constitue une entreprise de plein exercice contrairement à celle qui sera dissoute dès la
réalisation de ses objectifs, dans un délai de trois ans. Lorsque son traité de constitution
ne fixe pas de durée de vie, une entreprise commune peut donc être considérée comme
étant de plein exercice. Toutefois, l’accord peut limiter la durée d’existence de l’entreprise
dès lors que la période visée est suffisante pour entraîner un changement durable dans la
structure des entreprises concernées. Il importe peu également que, pendant une durée
530
LES FONDAMENTAUX
de trois ans, l’une des entreprises fondatrices demeure l’unique client de l’entreprise
commune.
c. Autonomie fonctionnelle
Pour être considérée comme une entreprise commune de plein exercice, l’entreprise doit
exercer toutes les fonctions d’une entité économique autonome, sans toutefois qu’il soit
nécessaire qu’elle jouisse d’une autonomie pour ce qui concerne l’adoption des déci-
sions stratégiques. L’entreprise commune est de plein exercice lorsque sa création, qui
résulte de la modification de l’activité et de la structure organisationnelle d’une entre-
prise commune préexistante, lui permet d’acquérir une indépendance opérationnelle et
commerciale vis-à-vis de ses sociétés mères grâce, notamment, à la création d’un poste
de président et d’un conseil d’administration spécifique au sein duquel chaque société
fondatrice nommera un nombre égal de dirigeants. Il en va de même lorsque l’entreprise
commune définit sa propre politique d’achat ou fabrique et vend une vaste gamme de
produits, même si elle est liée à ses sociétés mères par des accords d’approvisionnement
et d’assistance. L’entreprise commune est en revanche dépourvue d’autonomie fonction-
nelle lorsqu’elle ne reprend qu’une fonction spécifique de ses mères sans accéder au
marché. Il en est ainsi lorsqu’elle exerce des fonctions auxiliaires, totalement ou à titre
principal, pour le compte des sociétés mères ou lorsqu’elle a pour seule fonction effective
la qualité de vendeur des produits des entreprises fondatrices, sans personnel propre.
d. Indépendance à l’égard des fondateurs
L’autonomie suppose que l’entreprise commune ne dépende pas de ses entreprises fon-
datrices, qui ne doivent pas demeurer présentes sur le marché. Les sociétés fondatrices
peuvent cependant agir en qualité d’intermédiaires pour le compte de l’entreprise com-
mune dès lors qu’elles se sont retirées du marché et lui ont transféré les tâches opération-
nelles et administratives et la charge des risques commerciaux. De même, des entreprises
communes approvisionnées presque totalement par leurs sociétés fondatrices ne perdent
pas leur autonomie dès lors que ces relations commerciales ne vont pas au-delà de la pra-
tique normale dans le secteur concerné caractérisé par une forte intégration verticale, que
les liens d’exclusivité d’approvisionnement noués avec elles ne correspondent qu’à 6 %
du chiffre d’affaires ou que la société mère constitue l’unique client uniquement durant
la période de démarrage. Il importe peu également que les sociétés mères aient conservé
la propriété des ressources que l’entreprise commune utilise. Il est enfin possible que
l’entreprise commune livre une partie de sa production aux entreprises fondatrices si ces
livraisons sont relativement faibles, l’essentiel de sa production étant directement vendue
au consommateur final ou si ces ventes ne concernent qu’une période initiale au terme
de laquelle d’autres opérateurs seront susceptibles de devenir ses clients.
2. Probabilité de coordination
Si le risque de coordination du comportement concurrentiel entre entreprises fonda-
trices ou entre ces dernières et l’entreprise commune ne conditionne plus la qualification
de l’opération, il continue d’être apprécié dans le cadre du contrôle des concentrations
pour mieux évaluer les risques anticoncurrentiels attachés à la création d’une entreprise
commune de plein exercice.
531
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
A RETENIR
532
LES FONDAMENTAUX
EXEMPLES
A RETENIR
PLAN
1. Connexité
Pour être directement liée à la réalisation de l’opération, la restriction doit être étroite-
ment liée à la concentration et se rapporter, d’un point de vue économique, à la tran-
saction principale. Elle doit avoir pour objet d’assurer la transition entre l’ancienne et la
nouvelle structure de l’entreprise après l’achèvement de l’opération de concentration. Les
accords qui garantissent la continuation de l’activité pendant et après la réalisation de la
concentration ne sont pas détachables de l’opération proprement dite. Il en est ainsi de
l’engagement pris par le vendeur de ne pas apporter de modifications à la conduite de ses
affaires eu égard à ses pratiques habituelles, dans l’intervalle compris entre la conclusion
de l’accord et la réalisation de la cession ou de la clause de l’accord préparatoire à la créa-
533
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
tion de l’entreprise commune, par laquelle les entreprises fondatrices s’engagent à ne pas
effectuer unilatéralement de changements dans la conduite des affaires faisant l’objet de
l’opération. Plus généralement, des accords ne sont directement liés à l’opération que s’ils
sont finalisés ou conclus au moment de sa soumission à l’appréciation de la Commission.
Tel n’est pas le cas des restrictions acceptées par le vendeur pour une période antérieure
à la réalisation de la concentration.
2. Nécessité
La restriction accessoire doit être nécessaire, c’est-à-dire qu’en son absence, l’opé-
ration ne pourrait pas se réaliser ou s’effectuerait dans de moins bonnes conditions.
Les restrictions nécessaires visent en principe à protéger la valeur des biens transférés
ou conservés, à maintenir l’approvisionnement ou les débouchés, à faciliter le transfert
d’activités ou à permettre le démarrage de la nouvelle entité. Pour être nécessaire, la pro-
tection doit en principe bénéficier à l’acquéreur et non au vendeur.
3. Proportionnalité
La restriction, par sa durée et son champ d’application, ne doit pas aller au-delà de ce
qui est nécessaire à la réalisation de l’opération de concentration. Ainsi, des engage-
ments de non-concurrence ne caractérisent des restrictions accessoires que s’ils sont li-
mités dans le temps, dans l’espace et dans leur portée tant matérielle que personnelle. Les
accords de licence, qui accompagnent souvent la réalisation de la concentration, sont en
règle générale considérés comme nécessaires et proportionnés, même si leur durée n’est
pas limitée. Les accords d’approvisionnement sont, en revanche, plus rarement qualifiés
de restrictions accessoires par la Commission, qui refuse de les examiner simultanément
à l’opération de concentration. Ainsi, les engagements mutuels d’approvisionnement et
de fourniture qui vont au-delà de ce qui est nécessaire à la réalisation de l’opération de
concentration ne sont pas des restrictions accessoires et sont soumis aux dispositions de
l’article 101 TFUE. De même, l’accord de distribution exclusive conclu entre l’une des
fondatrices et l’entreprise commune, renouvelable à son échéance, ne peut être assimilé
à une restriction accessoire, dès lors qu’il excède par sa durée ce qui est nécessaire pour
assurer la transition d’une situation de dépendance à une situation d’autonomie.
B. Typologie
De façon générale, les restrictions sont liées et nécessaires à la concentration lorsqu’elles
visent à assurer la protection de l’acquéreur. Ainsi, une clause de non-sollicitation limitée
matériellement, dans le temps et dans l’espace, constitue une restriction accessoire, à
condition qu’elle protège les seuls intérêts de l’acquéreur. Lorsque les restrictions sont
cependant stipulées en faveur du vendeur, elles ne sont accessoires que si leur portée et/
ou leur durée est plus limitée que celles prévues en faveur de l’acquéreur.
534
LES FONDAMENTAUX
clause porter sur un fonds de commerce et le transfert d’un savoir-faire. Dans le cas
contraire, la durée ne doit pas excéder deux ans.
Toutefois, la clause peut être d’une durée supérieure si le secteur en cause est caracté-
risé par des cycles de vie inhabituellement longs ou une forte fidélité à la clientèle. Les
clauses de non-concurrence ne peuvent porter sur des actifs ou des droits de propriété
intellectuelle qui bénéficient d’une protection spécifique. Elles doivent être limitées aux
produits et services qui sont l’objet de l’activité du vendeur. Dans le cas d’une entreprise
commune, la clause de non-concurrence est accessoire uniquement lorsqu’elle s’applique
pendant la période où chaque partie détient une participation de contrôle dans l’entre-
prise commune et ne peut s’étendre au-delà de la durée de vie de l’entreprise commune.
Enfin l’engagement des sociétés mères de ne pas prendre de participations dans le capital
de sociétés concurrentes de l’entreprise commune constitue une restriction accessoire
nécessaire à l’opération de concentration dès lors qu’elle remplit les conditions de licéité
d’une clause de non-concurrence.
La clause de confidentialité doit, également, pour être qualifiée de restriction acces-
soire concerner un savoir-faire technique et non de simples informations commerciales
d’ordre général, être limitée aux produits et services qui constituent l’activité de l’entre-
prise acquise et s’appliquer uniquement sur le territoire correspondant.
2. Accord de licence
A RETENIR
Il en est de même des accords irrévocables entre une entreprise commune et ses fonda-
trices portant sur des activités qui demeurent exercées par la fondatrice ou qui expriment
la réalité du retrait des entreprises fondatrices du marché de l’entreprise commune. En
revanche, l’accord qui interdit au cédant pour une durée indéterminée d’utiliser un terme
générique comme dénomination sociale ou qui porte sur des technologies extérieures à
l’opération ne peut être qualifié de restriction accessoire.
Tel est le cas de l’accord de fourniture exclusive conclu entre les fondatrices et l’entreprise
commune alors qu’il serait difficile de trouver des sources alternatives d’approvisionne-
535
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
ment et que les tiers peuvent continuer à être approvisionnés. La durée de la clause ne
doit pas excéder le temps nécessaire à garantir l’autonomie progressive de l’entreprise.
Toutefois, une durée supérieure à cinq ans peut être admise en présence de circonstances
exceptionnelles. En revanche, l’accord qui peut être indéfiniment renouvelé ne peut être
qualifié de restriction accessoire.
A. Seuils de contrôle
A RETENIR
Cette spécificité d’objectif explique deux aspects particuliers des seuils inscrits dans le
règlement. C’est en effet pour assurer une plus grande certitude quant à la détermina-
tion de la compétence et éviter les discussions entourant généralement la définition du
marché pertinent que les autorités européennes ont préféré se référer à un seuil calculé
en fonction du chiffre d’affaires et non des parts de marché détenues par les entreprises.
De plus, afin de mieux mesurer les incidences d’une opération de concentration sur la
structure de la concurrence du marché intérieur en général, elles ne se sont pas conten-
tées de seuils définis en valeur absolue mais ont affecté ceux-ci d’indices de localisation.
L’article 1er, paragraphe 2, du règlement 139-2004 du 20 janvier 2004 définit ainsi
deux séries de seuils positifs, dont le dépassement entraîne la qualification d’opération de
dimension européenne, et un seuil négatif dont le franchissement implique au contraire
l’exclusion de celle-ci.
Une concentration est de dimension européenne lorsque, cumulativement :
- le chiffre d’affaires total réalisé sur le plan mondial par l’ensemble des entreprises
concernées représente un montant supérieur à 5 milliards d’euro, et
- le chiffre d’affaires total réalisé individuellement dans l’Union par au moins deux
des entreprises concernées représente un montant supérieur à 250 millions d’euro.
Lorsque la concentration n’atteint pas ces seuils, elle est néanmoins de dimension euro-
péenne si, cumulativement :
- le chiffre d’affaires total réalisé sur le plan mondial par l’ensemble des entreprises
536
LES FONDAMENTAUX
B. Entreprises concernées
A RETENIR
L’interposition d’une société holding entre les acquéreurs et la société cible ne s’oppose
pas à ce que ceux-ci soient considérés comme les entreprises concernées.
Le chiffre d’affaires de l’entreprise concernée est celui du groupe auquel cette entreprise
appartient. Il s’obtient, selon l’article 5, paragraphe 4, du règlement, en ajoutant (1)
au chiffre d’affaires des entreprises directement intéressées par l’opération (2) celui des
entreprises contrôlées et contrôlantes ainsi que (3) celui de l’ensemble des autres entre-
prises contrôlées par les entreprises contrôlantes de même que (4) celui des entreprises
dans lesquelles les entreprises directement intéressées, les entreprises contrôlées, les en-
treprises contrôlantes et les autres entreprises contrôlées par les contrôlantes disposent
d’un contrôle en commun.
Le contrôle résulte de la détention, directe ou indirecte, de plus de la moitié du capital,
du pouvoir d’exercer plus de la moitié des droits de vote, du pouvoir de désigner plus
de la moitié des dirigeants ou du droit de gérer les affaires de l’entreprise. Un contrat
de franchise ne suffit pas à établir une relation de contrôle lorsque la relation de dépen-
537
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
dance économique qui en découle ne confère pas au franchiseur un contrôle de fait sur
ses franchisés.
Enfin, il résulte de la pratique décisionnelle de la Commission que les entreprises contrô-
lantes incluent non seulement les contrôlantes directes mais également l’ensemble des
entreprises contrôlant ces dernières aux différents niveaux de la chaîne de contrôle.
Le texte vise les ventes dans le cadre de l’activité normale de l’entreprise, hors produits
financiers ou exceptionnels. En particulier, il y a lieu de tenir compte des commissions
obtenues en raison de l’activité d’agence exercée par les entreprises concernées et de la
valeur totale des transactions en cas d’activité de négoce. Le chiffre d’affaires s’entend
net, c’est-à-dire après déduction des remises, de la TVA et autres impôts directement
liés au chiffre d’affaires. Il ne tient pas compte des transactions intragroupe. Des règles
spécifiques de calcul du chiffre d’affaires s’appliquent dans le cas des établissements de
crédit, établissements financiers et entreprises d’assurances.
L’article 5, paragraphe 2, du règlement dispose que «lorsque l’acquisition consiste en
parties, constituées ou non en entités juridiques, d’une ou plusieurs entreprises, seul
le chiffre d’affaires se rapportant aux parties qui sont l’objet de la transaction est pris
en considération dans le chef du ou des cédants». Dans le cas d’une cessation partielle
d’activités de l’un des participants à l’opération de concentration, il doit être tenu compte
uniquement du chiffre d’affaires se rapportant aux parties de l’entreprise effectivement
acquises pour apprécier la dimension de l’opération projetée. La cessation partielle d’ac-
tivités étant assimilable à une cession partielle, il faut que l’abandon d’activité ait été
réalisé antérieurement à l’opération de concentration pour que la déduction de chiffre
d’affaires puisse être effectuée.
Sur le plan comptable, le calcul du chiffre d’affaires suppose qu’en l’absence de circons-
tances exceptionnelles, telles que des cessions ou acquisitions postérieures à la vérifica-
tion des comptes ou des fermetures d’usines, seuls les comptes officiels vérifiés relatifs
au dernier exercice puissent être utilisés pour la détermination du chiffre d’affaires total
des parties à une concentration lors de l’appréciation de sa dimension européenne ou
nationale, même si de nouvelles normes comptables sont entrées en vigueur au jour de
la notification.
Pour les produits, il est aisé de calculer le chiffre d’affaires car il suffit de mettre en
évidence chaque acte impliquant un transfert de propriété. Lorsqu’il s’agit de services,
l’opération est plus délicate, la vente du service pouvant s’effectuer à travers des inter-
médiaires. Tel n’est pas le cas de l’activité de distribution de l’électricité dont le chiffre
d’affaires doit être déterminé à partir du seul montant total des ventes dans la mesure où
538
LES FONDAMENTAUX
il s’agit d’une activité commerciale avec transfert de propriété, et non d’un service vendu
par l’intermédiaire d’autres prestataires en contrepartie d’une commission.
SECTION 4
Articulation avec les droits nationaux
PLAN
539
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
des effets produits sur la concurrence, mais doivent indiquer les marchés affectés. Elles
doivent également apporter la preuve du caractère national ou infranational des marchés
géographiques en cause. La nécessité de mener une enquête coordonnée et de pronon-
cer des mesures correctives peut constituer un obstacle à sa réattribution à une autorité
nationale.
2. Renvoi à la Commission
Le renvoi de l’examen de l’opération de concentration à la Commission peut égale-
ment être demandé par les parties, lorsque la concentration sans dimension euro-
péenne est notifiée aux autorités d’au moins trois États membres (Règl. 139-2004, art.
4, paragr. 5). La demande de renvoi n’est recevable que si aucun État membre compétent
pour examiner l’opération n’a exprimé son désaccord. La Commission est la mieux pla-
cée pour connaître d’une telle concentration lorsque le ou les marchés affectés dépassent
le territoire national ou que l’effet économique essentiel est lié à de tels marchés.
Dans le premier cas, si la Commission considère qu’un marché distinct existe et que la
menace d’atteinte à la concurrence est réelle, elle peut, soit rétablir elle-même la concur-
rence sur le marché concerné, soit renvoyer tout ou partie du cas aux autorités nationales
en vue de l’application de leur propre législation sur la concurrence. Dans le second, elle
est tenue d’effectuer le renvoi si les critères juridiques sont respectés.
Le marché géographiquement «distinct», au sens de l’article 9, paragraphe 7, s’entend de
celui sur lequel les conditions de la concurrence sont suffisamment homogènes et diffé-
rentes de celles régnant sur les territoires voisins. La définition du marché distinct tient
compte «de la nature et des caractéristiques des produits ou services concernés, de l’exis-
tence de barrières à l’entrée, des préférences des consommateurs, ainsi que de l’existence,
entre le territoire concerné et les territoires voisins, de différences considérables de parts
de marché des entreprises ou de différences de prix substantielles».
540
LES FONDAMENTAUX
541
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
A RETENIR
Trois catégories d’intérêts sont de plein droit reconnues comme intérêts légitimes : la
sécurité publique, la pluralité des médias et les règles prudentielles. Tout autre intérêt
doit être soumis à la Commission qui est seul juge de sa compatibilité avec le droit
européen.
SECTION 5
Contrôle indirect
La doctrine est divisée sur la question de savoir si, malgré l’intervention du règlement,
la jurisprudence antérieure de la Cour de justice, qui appliquait les articles 101 et 102
TFUE à des opérations de concentration, conserve toute sa validité. En ce qui concerne
les principes, il ressort nettement des dispositions du règlement que ses rédacteurs ont
voulu soustraire du domaine d’application des articles 101 et 102 TFUE, non seule-
ment les opérations de concentration tombant dans le champ d’application du règle-
ment, mais également celles qui lui échapperaient en raison de leur défaut de dimension
européenne. De fait, l’article 21, paragraphe 1, dispose que «le présent règlement est seul
applicable aux opérations de concentration telles que définies à l’article 3», c’est-à-dire
indépendamment du fait qu’elles dépassent ou non les seuils définis à l’article 1er. Le
texte ajoute que les règlements d’application des articles 101 et 102 TFUE ne sont pas
applicables, sauf en ce qui concerne les entreprises communes qui n’ont pas de dimen-
sion européenne et qui ont pour objet ou pour effet la coordination du comportement
concurrentiel d’entreprises qui restent indépendantes. En sens inverse, on relève que la
jurisprudence antérieure de la Cour de justice n’est en aucune façon affectée par le règle-
ment qui s’y réfère même dans l’exposé des motifs (considérant 6), et il semble que seule
une modification du Traité pourrait entraîner l’exclusion des opérations de concentra-
tion du champ d’application de ces textes. Théoriquement, les articles 101 et 102 TFUE
demeurent donc applicables aux opérations de concentration après l’entrée en vigueur
du règlement 139-2004.
542
LES FONDAMENTAUX
SECTION 1
Bilan concurrentiel
I. Marché concerné
A. Principes
B. Marché de produits ou de services
C. Marché géographique
II. Effets non coordonnés
A. Concentrations horizontales
B. Concentrations non-horizontales
III. Effets coordonnés / Position dominante collective
IV. Effets compensateurs
V. Théorie de l’entreprise défaillante
SECTION 2
Exonération
I. Gains d’efficacité
II. Mesures correctives
A. Engagements structurels
B. Engagements comportementaux
C. Clause de réexamen
SECTION 3
Incompatibilité de l’opération / Déconcentration
543
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
La pratique reflète parfaitement la différence des systèmes de contrôle : sur 5876 concen-
trations notifiées entre 1990 et juin 2015, seules 24, soit moins de 0,5 % du total des
opérations, ont finalement été interdites. En matière de concentrations, le contrôle n’est
pas conçu comme réalisé par une autorité administrative passive et sanctionnatrice mais
active et incitatrice. En outre, il a été largement transféré aux parties elles-mêmes qui,
grâce à leurs engagements et aux mesures correctives qu’elles déterminent, sont pratique-
ment toujours en mesure de «sauver» leur opération en la modifiant.
L’article 2, paragraphe 3, du règlement pose une interdiction pure et simple des concen-
trations restrictives de concurrence : «Les concentrations qui entraveraient de manière
significative une concurrence effective dans le Marché commun ou une partie substan-
tielle de celui-ci, notamment du fait de la création ou du renforcement d’une position
dominante, doivent être déclarées incompatibles avec le Marché commun». Aucune autre
disposition du règlement n’attribue à la Commission de pouvoir d’exemption : dès lors
que les seuils de contrôle sont franchis et qu’une atteinte significative à la concurrence
est constatée, un principe d’incompatibilité pure et simple s’applique.
Cette conclusion est relativisée par l’article 2, paragraphe 1, du règlement qui énonce les
différents indices à prendre en considération lors de l’appréciation d’une opération de
concentration. À côté d’indices purement concurrentiels tendant à apprécier le pouvoir
de marché des entreprises concernées - position sur le marché, puissance économique et
financière, possibilités de choix des utilisateurs, accès aux sources d’approvisionnement
ou aux débouchés, existence en droit ou en fait de barrières à l’entrée, évolution de
l’offre et de la demande des produits et services concernés, intérêts des consommateurs
intermédiaires et finals - le règlement fait référence à «l’évolution du progrès technique
et économique», à condition que celle-ci soit à l’avantage des consommateurs et ne fasse
pas obstacle à la concurrence.
A RETENIR
544
LES FONDAMENTAUX
rait, il n’y a pas lieu de déclarer la concentration incompatible avec le Marché commun
en vertu de l’article 2, paragraphe 3, du règlement sur les concentrations».
Le bilan établi par la Commission n’est pas statique puisque les parties peuvent modifier
leur opération en cours de contrôle. Une analyse concurrentielle négative peut désormais
être compensée à la fois par les gains d’efficacité attachés à l’opération, et par les mesures
correctives proposées par les parties.
PLAN
SECTION 1
Bilan concurrentiel
A RETENIR
545
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
mentation des prix par réduction des quantités produites) peuvent être appréhendés
directement, indépendamment de la référence à une position dominante, qui ne re-
présente plus qu’un moyen de les produire. Selon la Commission, sur des marchés dif-
férenciés, les parts de marché, bien qu’elles fournissent une indication sur le pouvoir de
marché des parties, ne reflètent pas nécessairement l’interaction concurrentielle dans son
ensemble, de sorte qu’il convient d’examiner les éléments laissant présager des hausses
de prix avant d’analyser les facteurs faisant contrepoids.
Les Lignes directrices sur les concentrations horizontales établissent une liste, non ex-
haustive, de tels facteurs :
EXEMPLES
546
LES FONDAMENTAUX
cun autre opérateur ne possède de technologie éprouvée qui lui permettrait de deve-
nir un concurrent crédible de la nouvelle entité dans un avenir proche.
De même, les Lignes directrices sur les concentrations non horizontales caractérisent des
effets non coordonnés en cas de verrouillage du marché, c’est-à-dire d’entrave à l’accès
des concurrents actuels ou potentiels aux sources d’approvisionnement ou aux débou-
chés, dans le but d’augmenter le prix facturé aux clients.
L’analyse par les effets incite naturellement à dépasser les effets immédiats de l’opération
pour tenir compte des facteurs de propagation de la restriction de concurrence qu’elle
entraîne. Une concentration peut ainsi entraîner un effet «boule de neige», qui consiste
pour les opérateurs exerçant leur activité à un niveau proche du seuil de la rentabilité à
voir leur position concurrentielle s’affaiblir à l’issue de l’opération de concentration. Cet
affaiblissement est incompatible avec le marché intérieur s’il concerne les concurrents
des parties à l’opération, engendre une augmentation des coûts qui se répercute sur les
prix et comporte un risque de monopolisation. Des effets de réseau peuvent apparaître
dès lors que la valeur d’un produit augmente pour un utilisateur avec le nombre d’utili-
sateurs de ce même produit ou de produits compatibles. La concentration entre réseaux
qui conduit à la création d’un réseau d’une taille si importante que la nouvelle entité
pourra, soit augmenter les coûts de ses concurrents, soit appliquer des prix avantageux
pour attirer les clients des réseaux concurrents, soit contrôler l’évolution technique, no-
tamment en fixant ses propres normes de transmission de données, soit devenir l’in-
frastructure obligatoire, est incompatible avec le marché intérieur.
Par ailleurs, un effet restrictif vertical ou congloméral peut être le résultat d’une
concentration horizontale. L’effet anticoncurrentiel de l’opération peut alors être dû,
non pas à la concentration accrue du marché qui en résulte, mais à l’accroissement des
barrières à l’entrée et à l’expansion ainsi qu’à la création d’un risque de dépendance à
l’égard de la nouvelle entité, mise en mesure d’offrir ses services sous une forme groupée,
et non plus à titre individuel. Il en va de même lorsque le marché de la distribution et
celui de l’approvisionnement sont si étroitement interdépendants que, suivant un effet
de spirale, la création d’une position dominante sur l’un se traduit par le renforcement
ou la création d’une position dominante sur l’autre, lorsque l’opération limite les sources
d’approvisionnement ou lorsque la présomption de position dominante qui pèse sur
la nouvelle entité est corroborée par le renforcement de sa puissance d’achat. Selon la
Commission, le dépassement, sur au moins quatre marchés de l’approvisionnement, du
taux de menace, établi à 22 %, qui correspond, pour un fournisseur, au pourcentage de
chiffre d’affaires réalisé auprès d’un client à partir duquel la perte de ce client représente
une menace pour la survie de son entreprise, constitue un indice de sa dépendance éco-
nomique à l’égard du distributeur. En revanche, le lien vertical créé par la concentration
horizontale ne conduit ni à la création, ni au renforcement d’une position dominante sur
le marché concerné lorsque la clientèle peut recourir à court terme à une source d’appro-
visionnement alternative ou qu’il existe des concurrents significatifs.
Dans la pratique décisionnelle actuelle, la définition du marché représente la première
étape de l’analyse concurrentielle, toujours menée de façon prospective, en prenant en
considération l’évolution prévisible des comportements et de la structure du marché.
547
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
PLAN
I. Marché concerné
PLAN
548
LES FONDAMENTAUX
A. Principes
1. Relativité du marché
A RETENIR
Par ailleurs, le fait que deux produits n’appartiennent pas au même marché n’exclut pas
que l’un exerce une pression concurrentielle dans le cadre de l’appréciation de l’opéra-
tion envisagée sous l’angle de la concurrence. Ainsi, même s’il n’y a pas lieu, que ce soit
du côté de la demande ou du côté de l’offre, de considérer la musique légale et la musique
illégale comme faisant partie du même marché de produits lors de la vente en gros de
musique enregistrée, car la circonstance que la musique illégale puisse se substituer à la
musique légale pour les utilisateurs finals ne signifie pas que musiques légale et illégale
peuvent se substituer l’une à l’autre pour les clients directs des maisons de disques, à sa-
voir les détaillants de musique sur supports physique et numérique, il n’en demeure pas
moins que le piratage peut exercer une pression en dehors du marché sur les décisions
de tarification et de production des maisons de disques dans le cadre de l’appréciation
concurrentielle de la concentration.
La définition du marché retenue dans le cadre du contrôle des aides d’État ne lie pas les
autorités de la concurrence, lorsqu’elles statuent sur la compatibilité d’une concentration
avec le marché intérieur.
Selon la Commission, un marché de produits «comprend tous les produits et/ou ser-
vices que le consommateur considère comme interchangeables ou substituables en
raison de leurs caractéristiques, de leur prix et de l’usage auquel ils sont destinés».
A RETENIR
Cette approche descriptive est parfois complétée par une analyse économétrique. Par-
mi les méthodes existantes, les autorités européennes recourent principalement au
549
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
Dès lors que l’augmentation du prix d’un bien entraîne l’accroissement des ventes d’un
autre, ces deux biens sont substituables, le degré de substituabilité variant en fonction
du taux d’élasticité croisée. Selon la Communication concernant la définition du marché,
«la question posée est de savoir si les clients des parties se tourneraient vers des produits
de substitution facilement accessibles [marché de produits] ou vers des fournisseurs im-
plantés ailleurs [marché géographique], en cas d’augmentation légère (de 5 à 10 %),
mais permanente, des prix relatifs des produits considérés dans les territoires concernés»
(test du monopoleur hypothétique ou SSNIP - small but significant and non transitory
increase in price). Selon cette méthode, un marché peut être défini comme le plus petit
ensemble de produits et de territoires pour lequel une entreprise, à supposer qu’elle soit
la seule à les proposer, jugerait rentable d’imposer une hausse de prix de 5 à 10 %.
Des produits appartiennent donc à des marchés différents, si, en cas d’augmentation du
prix, la grande majorité des clients cesse de consommer le produit en cause. La substi-
tuabilité est, en outre, peu probable lorsque le choix des consommateurs est conditionné
par d’autres critères que le prix. Ainsi, les magazines et les quotidiens relèvent de marchés
distincts dans la mesure où ils traitent de l’actualité selon une méthode et des lignes
éditoriales spécifiques et sont perçus de façon différente par les lecteurs qui, en cas d’aug-
mentation du prix d’un magazine, se tournent prioritairement vers un autre magazine
et non vers un quotidien. De même, le marché des destinations lointaines et celui des
destinations proches doivent être distingués pour les vacances à forfait dans la mesure
où une convergence très limitée des prix pour le consommateur final ne suffit pas pour
les considérer comme des substituts effectifs compte tenu, notamment, de l’image plus
exotique des destinations lointaines. Par ailleurs, le caractère graduel de l’augmentation
des ventes d’un produit nouveau se substituant à un produit existant ne suffit pas, en lui-
même, pour conclure à l’existence d’une pression concurrentielle significative du second
sur le premier.
Pour définir le marché pertinent, les autorités européennes se réfèrent plus rarement
à la substituabilité du côté de l’offre, qu’elles utilisent à titre de facteur complémen-
taire d’appréciation. Selon la Communication sur la définition du marché en cause,
la substituabilité peut être analysée du point de vue de l’offre lorsqu’elle produit des
effets équivalents à la substituabilité du point de vue de la demande en termes d’im-
médiateté et d’efficacité.
L’analyse du côté de l’offre, souvent pertinente pour définir le marché lorsque des entre-
prises offrent un choix de qualités ou de types pour un même produit, peut conduire à
regrouper dans un seul marché tous les produits substituables pour la demande et pour
l’offre, même si pour un acheteur final ou un groupe de consommateurs finals donné, ces
différences de qualité ne les rendent pas substituables.
550
LES FONDAMENTAUX
Deux produits ou services doivent être considérés comme substituables du point de vue
de l’offre dès lors que les fournisseurs peuvent réorienter leur production vers les pro-
duits ou services en cause sans coût ou risque insupportables : si la substitution nécessite
de lourds investissements, des délais trop longs ou des révisions stratégiques, aucune
substituabilité ne pourra être constatée.
Il n’y a pas substituabilité du côté de l’offre entre les produits dès lors qu’ils sont fa-
briqués à partir de matières premières entièrement différentes, ou que leur fabrication
nécessite la mise en œuvre de technologies et d’outils de fabrication distincts, de proces-
sus de production différents, d’installations spécifiques ou qu’ils impliquent des efforts
de repositionnement en termes de marketing ou l’acquisition d’une expérience et d’un
savoir-faire spécifiques.
De même, les difficultés de développement d’une nouvelle clientèle, ou de commercia-
lisation d’un nouveau produit, la concentration de la production sur un segment ou les
importants coûts de recherche et développement que l’entrée sur un marché en déclin
impliqueraient diminuent la substituabilité de l’offre.
En revanche, lorsqu’il suffit de recourir à des procédés simples de transformation, l’offre
est substituable.
La notion de marché concerné suppose en effet qu’une concurrence effective puisse exis-
ter entre les produits qui en font partie. La Commission considère ainsi que le marché
global de la restauration collective concédée ne saurait inclure la restauration collective
exécutée par des collectivités en autogestion, dès lors que ces dernières ne représentent
pas une alternative pour les clients recherchant une restauration collective fournie par
un tiers
Le marché de produits pertinent comprend tous les produits et/ou services considérés
par le consommateur comme interchangeables ou substituables en raison de leurs
caractéristiques, de leur prix et de l’usage auquel ils sont destinés.
551
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
- Caractéristiques techniques/Fonctions
Les qualités - caractéristiques physiques, composition, dimension, résistance, condition-
nement - d’un produit constituent un facteur essentiel de définition du marché concer-
né dans la pratique des autorités européennes. Ainsi, les différents types d’appareils de
traumatologie ne sont pas considérés comme substituables dès lors qu’ils varient d’une
anatomie à l’autre et d’un type de fracture à l’autre. Au-delà des caractéristiques pure-
ment techniques du produit, la qualité du service offert - type de contenu, savoir-faire,
nature de la prestation - représente un élément de différenciation. Pour définir les mar-
chés affectés par une concentration dans le secteur aérien, la Commission retient ainsi
l’approche conventionnelle par paire de villes «point d’origine - point de destination»
(«O&D»), toute combinaison d’un point d’origine et d’un point de destination étant
considérée comme un marché distinct. Les autorités européennes tiennent aussi compte
de qualités plus subjectives telles que l’image, la perception de la marque ou le goût du
produit. Lorsqu’un produit remplit différentes fonctions, seule sa fonction principale doit
être prise en considération.
Des produits ou services complémentaires peuvent, selon le cas, appartenir au même
marché ou à des marchés distincts. En revanche, les différents paliers du même processus
économique constituent des marchés distincts lorsque l’offre et la demande émanent
d’opérateurs différents et portent sur des produits ou services spécifiques. Il en est ainsi
des produits dérivés par rapport aux matières premières ou de certains produits non
substituables mais uniquement compatibles entre eux. Au contraire, certains produits
partiellement substituables appartiennent au même marché lorsqu’ils sont utilisés en
complément l’un de l’autre. Tel est le cas des herbicides de pré- et de post-levée, utilisés
tous les deux à des stades différents pour le traitement du maïs, du verre feuilleté et du
verre trempé, que leur nature complémentaire réunit au sein du marché du verre sécurit
pour automobiles, ou de la presse quotidienne et de la presse magazine, qui, malgré
leur insubstituabilité, constituent des services complémentaires pour la vente d’espaces
publicitaires.
- Prix
Le prix peut constituer une caractéristique du produit ou du service et permettre de
mesurer sa substituabilité. Lorsque les prix sont homogènes pour un ensemble de pro-
duits similaires, ces produits appartiennent au même marché. Les marchés doivent en
revanche être distingués, même pour des produits semblables, lorsque les prix diffèrent,
obéissent à une politique de prix spécifique, ne concernent qu’une catégorie de consom-
mateurs ou reflètent une faible substituabilité en raison de leur fixation initiale et de leur
maintien à un niveau sensiblement supérieur à celui de produits utilisés dans le même
domaine. Le prix peut toutefois s’avérer un indicateur imparfait. Lorsque l’un des pro-
duits en cause est monopolisé, son prix devient nécessairement supérieur à ce qu’il serait
dans une situation de concurrence. Deux produits en principe non substituables peuvent
ainsi acquérir ce caractère du fait de l’exercice du pouvoir de marché dont il s’agit de
vérifier l’existence.
- Conditions de fabrication
Selon la Cour de justice (CJCE, 21 fevr. 1973, Europemballage Corporation, aff. 6-72,
552
LES FONDAMENTAUX
2. Conditions d’utilisation
A RETENIR
553
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
3. Méthode de commercialisation
A RETENIR
Les autorités européennes déduisent parfois l’existence d’un marché de produits dis-
tinct de la seule spécificité du circuit de distribution. Un produit ou un service peut
appartenir à un marché particulier dès lors qu’il fait l’objet de conditions de distribution
spécifiques.
C. Marché géographique
1. Critères
A RETENIR
La définition du marché géographique doit tenir compte «de la nature et des caracté-
ristiques des produits ou services concernés, de l’existence de barrières à l’entrée, de
préférences des consommateurs, ainsi que de l’existence, entre le territoire concerné et
les territoires voisins, de différences considérables de parts de marché des entreprises ou
de différences de prix substantielles» (Règl. 139-2004, art. 9).
La délimitation géographique du marché s’effectue de façon positive et négative. Né-
gativement, le marché se définit par ses limites, obtenues grâce à l’identification des
barrières à l’entrée. Le plus souvent, les autorités européennes se fondent sur des critères
physiques ou économiques, tels que la nature du produit, les coûts liés au transport, le
temps d’accès à la zone de chalandise de référence, ou l’existence d’une réglementa-
tion administrative. Parfois, elles complètent cette analyse par des appréciations d’ordre
554
LES FONDAMENTAUX
2. Étendue
A RETENIR
Le marché géographique sur lequel s’apprécie la position dominante est, selon l’ar-
ticle 2, paragraphes 2 et 3, du règlement 139-2004, le marché intérieur ou une partie
substantielle de celui-ci, c’est-à-dire le plus souvent un marché national. Parfois, les
autorités européennes dépassent le cadre national pour retenir un marché européen,
voire mondial.
Le marché revêt une dimension mondiale lorsque les achats sont effectués dans le
monde entier en fonction des disponibilités, des prix, de leurs exigences techniques et
des demandes particulières du marché, lorsque les principaux fournisseurs sont présents
dans chacune des principales régions économiques du monde, lorsque les conditions
de vente et d’exploitation sont similaires dans le monde entier et les coûts de livraison
négligeables proportionnellement au prix, ou lorsque les sources d’approvisionnement
passent aisément d’une région à l’autre pour répondre aux modifications de la demande,
indépendamment de la localisation. L’étendue du marché concerné se limite à l’Europe
dès lors que les exonérations de taxe à l’importation dont bénéficient entre eux les pays
d’Europe ou l’existence de droits de douane extérieurs à l’Union permettent de circons-
crire cette zone. Il en est de même lorsque les parties détiennent d’importantes parts
de marché dans de nombreux États membres, lorsque les courants d’échanges avec les
autres régions du monde sont relativement faibles, lorsque la distribution est organisée
à une échelle européenne, lorsque les écarts de prix absolus avec les autres régions du
monde représentent plus de 30 %, lorsque les sites de production se situent principale-
ment dans les différents pays de la zone Europe, lorsqu’il s’agit d’un produit normalisé
vendu dans toute l’Europe à des prix comparables, lorsque le coût du transport constitue
un obstacle aux importations dans l’EEE et que la qualité des produits concernés est
différente dans l’Union et le reste du monde, lorsque les fournisseurs de pays extérieurs
à l’EEE sont faiblement présents ou lorsque les clients tendent à produire en flux tendu,
ce qui nécessite le maintien d’un stockage centralisé en Europe.
555
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
A RETENIR
A. Concentrations horizontales
1. Notion
A RETENIR
Par concentrations horizontales, il faut entendre les opérations réalisées entre des
concurrents existants ou potentiels sur le même marché. Ces concentrations portent
atteinte à la concurrence car elles augmentent le pouvoir de marché des entreprises
qui les réalisent, c’est-à-dire leur pouvoir d’augmenter les prix en diminuant les quan-
tités produites.
A RETENIR
Ainsi, la détention par les parties d’une part de marché cumulée de 50 à 60 % et l’écart
important entre l’entité issue de la concentration et son plus proche concurrent dans un
556
LES FONDAMENTAUX
secteur mature où les parts de marché et les niveaux de concentration sont des indica-
teurs fiables du pouvoir de marché, constitue un indice de probables effets non coordon-
nées générés par l’opération en raison de la création d’une position dominante. A plus
forte raison, la concentration qui conduit au contrôle de plus de 90 % d’un marché déjà
fortement concentré, ou de plus de 80 % d’un marché caractérisé par de fortes barrières
à l’entrée, ou entraîne l’acquisition d’un monopole ou quasi-monopole sur un marché
mature, ou conduit à réunir les deux seuls détenteurs d’installations insubstituables, est
incompatible avec le marché intérieur. En l’absence de concurrence potentielle à court
terme, l’opération qui fait de l’entreprise issue de la concentration le seul fournisseur du
marché aboutit nécessairement à la création d’une position dominante.
A RETENIR
À l’inverse, une concentration qui conduit à la détention par le nouvel ensemble d’une
part du marché inférieure à 25 % est présumée compatible avec le marché intérieur.
A RETENIR
En particulier, selon la Commission, la détention d’une part, même très importante, par
l’entité issue de la concentration sur des marchés de petite valeur, ne reflète pas adéqua-
tement son pouvoir de marché. Des parts de marché de plus de 80 % sur un marché
contestable ou en présence de fortes pressions concurrentielles peuvent être admises
dès lors qu’elles ne permettent pas à l’entité issue de l’opération d’agir indépendamment
des concurrents sur le marché. De même, une concentration qui confère à la nouvelle
entité une part de marché de plus de 50 % n’entraîne pas la création ou le renforcement
d’une position dominante dès lors que les concurrents présents sur ce marché disposent
de parts de marché significatives, qu’il existe un certain degré de substituabilité entre
les produits concernés, ou que la concentration de l’offre est élevée dans chaque État
membre. En revanche, si le renforcement de la position dominante qui résulte de la
concentration n’est pas contrebalancé par une puissance d’achat compensatrice ou par
la présence de concurrents suffisamment puissants, ou s’il intervient sur un marché ca-
ractérisé par des barrières à l’entrée élevées, il présente des risques pour la concurrence.
3. Structure du marché
Au-delà de l’importance de la part de marché contrôlée par les parties, les autorités euro-
péennes apprécient l’effet de l’opération sur la structure du marché dans son ensemble.
Une concentration peut entraîner la disparition d’un opérateur ou creuser un écart entre
les différents opérateurs du marché, la nouvelle entité n’étant confrontée qu’à des adver-
557
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
saires de petite taille, non adossés à de grands groupes ou disposant de moyens limités
qui, dans tous les cas, seront dans l’incapacité d’exercer un contrepoids. L’opération qui
provoque l’élimination de l’unique ou du principal concurrent, du seul concurrent viable,
d’un concurrent innovant, actuel ou potentiel ou qui détient la marque la plus solide,
d’une relation de concurrence très étroite entre deux opérateurs, en particulier, s’ils se
comportaient en concurrents actifs et agressifs en termes de prix, présente un risque pour
la concurrence. Il en va de même de la concentration qui entraîne une diminution de l’in-
citation de la nouvelle entité à livrer concurrence, une fois l’opération réalisée, au point
qu’elle sera plutôt encline à adopter des stratégies de fidélisation de sa clientèle que des
stratégies de croissance. Risque également d’entraver la concurrence la concentration qui
conduit à la suppression d’une concurrence potentielle, vecteur significatif de discipline
entre les parties qui constituent chacune le concurrent le plus proche de l’autre, ou qui
se traduit à la fois par l’élimination des fortes contraintes concurrentielles que les parties
exerçaient l’une sur l’autre ainsi que par la réduction de la pression concurrentielle sur les
autres concurrents. Tel est également le cas lorsque l’élimination d’un opérateur conduit
à la création d’un quasi-monopole, d’un monopole ou d’un duopole - sauf si le marché
connaît une forte pression concurrentielle -, ou à la disparition d’une source d’approvi-
sionnement. En revanche, la concentration qui conduit à la disparition d’un opérateur
qui ne peut être considéré ni comme un fixeur de prix, ni comme ayant fait preuve
d’innovation pour étendre son réseau, sur un marché où les clients peuvent facilement
changer de fournisseur, n’est pas de nature à entraver la concurrence.
La position de faiblesse des concurrents présents sur le marché par rapport à celle de
l’entité combinée constitue un facteur négatif d’appréciation. Ainsi, une opération peut
être jugée anticoncurrentielle eu égard à la disproportion de la taille de la nouvelle entité
par rapport à celle des opérateurs traditionnels sur le marché, indice fort de la création
ou du renforcement d’une position dominante.
Enfin, les barrières à l’entrée auxquelles sont confrontés les entrants sur le marché ou
que peuvent rencontrer les concurrents de l’entité combinée opérant déjà sur le marché
sont de nature à renforcer l’impact anticoncurrentiel d’une opération. La puissance fi-
nancière, l’avance technologique, le savoir-faire, les procédures de qualification, d’homo-
logation ou de certification, les investissements de capacité ou publicitaires, les effets de
gamme ou de portefeuille, l’existence de contrats d’exclusivité ou conclus à long terme,
la détention de brevets, de marques notoires, ou de droits exclusifs, l’accès privilégié
aux ressources, la concentration du marché, constituent pour la nouvelle entité autant
d’avantages concurrentiels susceptibles de rendre la pénétration des concurrents plus
difficile.
Indépendamment des avantages dont bénéficient les parties à l’opération, les autorités
de contrôle tiennent compte de l’ensemble des facteurs de nature à amplifier son impact
anticoncurrentiel : existence de barrières réglementaires, maturité ou transparence du
marché, inélasticité de l’offre ou de la demande, homogénéité des produits concernés,
capacités limitées ou surcapacités. Selon la Commission, une concentration qui conduit
à une consolidation substantielle des capacités de production, même sur des marchés
caractérisés par une surcapacité au niveau sectoriel, est susceptible d’entraîner des effets
non coordonnés, en éliminant la pression concurrentielle qui prévalait entre les parties
558
LES FONDAMENTAUX
avant la concentration.
B. Concentrations non-horizontales
A RETENIR
Les concentrations non horizontales peuvent être soit verticales, soit conglomérales.
Les premières concernent des opérateurs situés à des niveaux différents de la chaîne
de production. Les secondes regroupent des entreprises qui ne sont situées ni sur le
même marché ni sur un marché amont et aval et sont le plus souvent le fait de fournis-
seurs de produits complémentaires ou appartenant à la même gamme.
Les concentrations non horizontales sont généralement moins attentatoires à la
concurrence que les concentrations horizontales - elles n’éliminent pas la concur-
rence entre les parties à l’opération - et susceptibles d’entraîner d’importants gains
d’efficacité.
1. Concentrations verticales
PLAN
559
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
L’effet de verrouillage ne peut se produire que si, sur le marché aval, l’intrant est impor-
tant pour le produit concerné et si, sur le marché amont, l’entité verticalement intégrée
possède un pouvoir de marché substantiel. La capacité d’évincer les concurrents sur le
marché aval dépendra de l’aptitude de la nouvelle entité à agir sur la disponibilité géné-
rale des intrants en termes de prix ou de qualité.
L’incitation au verrouillage dépend du degré de rentabilité de la stratégie. Les parties à
une concentration verticale seront incitées à verrouiller le marché des intrants si l’opéra-
tion leur permet de limiter l’extension des capacités de leurs concurrents sur le marché
aval, de différer la réalisation de tels projets ou d’empêcher l’entrée sur le marché de
concurrents potentiels. Pour déterminer si elles ont intérêt à s’engager dans une telle stra-
tégie, il y a lieu de mettre en balance les coûts et les profits qu’un verrouillage entraînerait.
En revanche, elles ne seront pas tentées de mettre en œuvre une stratégie de verrouillage,
lorsque les profits tirés de la fourniture des intrants à des tiers sont bien plus élevés que
la marge dégagée par la vente des produits qui les incorporent ou lorsque les concurrents
sur le marché aval représentent une part considérable des ventes de la division amont.
La structure de la propriété de la nouvelle entité est susceptible d’exercer une influence
sur l’incitation au verrouillage, de tels comportements étant moins rentables lorsque le
fournisseur de l’intrant fait l’objet d’un contrôle conjoint avec un autre opérateur, avec
lequel les bénéfices devront être partagés.
L’atteinte à la concurrence est significative lorsque l’éviction concerne soit des entre-
prises qui jouent un rôle important sur le marché aval, soit des concurrents potentiels
qui se voient opposer des barrières à l’entrée. Le simple fait que la nouvelle entité ait la
possibilité de verrouiller le marché peut suffire à dissuader ses concurrents potentiels. En
revanche, le risque de disparition d’une source d’approvisionnement est écarté dès lors
que les parties ne détiennent pas des parts de marché élevées et que leurs produits ne
sont pas incontournables, que la nouvelle entité se trouve confrontée à des concurrents
puissants disposant de sources alternatives d’approvisionnement, ou que le prix de l’in-
trant ne représente qu’une infime partie du prix du produit fini.
b. Verrouillage de l’accès à la clientèle
A RETENIR
forme de production avec les produits concurrents ou à utiliser son pouvoir de certifica-
tion comme levier pour la vente de ses propres produits. Sur les marchés de la télévision,
le verrouillage de la clientèle peut être total lorsqu’un télédiffuseur se voit refuser l’accès
à un distributeur en aval et partiel lorsqu’un télédistributeur autorise une chaîne de té-
lévision sur sa plate-forme tout en diminuant la qualité visuelle de celle-ci, en rendant le
contenu d’un concurrent moins aisément accessible sur sa plate-forme, notamment en
plaçant les chaînes concurrentes plus loin sur la liste des chaînes ou le guide électronique
de programmation.
En cas d’économies d’échelle, le verrouillage de la clientèle est susceptible de dissuader
l’entrée de concurrents potentiels sur le marché amont dont l’attrait en termes de recettes
sera réduit. Le verrouillage ne peut susciter des préoccupations de concurrence que si la
concentration concerne un client qui dispose d’un pouvoir de marché substantiel sur le
marché aval. Il ne peut y avoir d’atteinte significative à la concurrence lorsque les concur-
rents conservent des possibilités d’approvisionnement alternatif. Tel est le cas lorsque la
base de clientèle demeure très large, la nouvelle entité ne représentant que 15 à 25 % du
marché aval, lorsque la nouvelle entité ne peut opérer sur le marché de façon viable sans
proposer les services de tiers ou lorsque les produits en cause appartiennent à deux caté-
gories distinctes en termes techniques et commerciaux. Lorsque les opérateurs exercent
leur activité à un niveau proche du seuil de la rentabilité, le verrouillage de la clientèle est
sans effet sur la concurrence car une augmentation des coûts se traduirait plutôt par une
intensification de la concurrence par les prix que par une monopolisation du marché.
Enfin, l’augmentation des coûts des concurrents, sur le marché aval, n’est pas profitable
à la nouvelle entité lorsque ceux-ci représentent une part considérable des ventes de la
division amont.
c. Accès à des informations privilégiées
A RETENIR
Elle est susceptible de permettre à cette dernière de présenter des offres plus compéti-
tives, de verrouiller l’accès de ses concurrents à la clientèle, d’ajuster le positionnement
de ses propres produits sur le marché, de renchérir les conditions faites au concurrent
devenu son client et lui confère ainsi un avantage concurrentiel décisif. Tel n’est cepen-
dant pas le cas lorsque les données collectées sur les concurrents sont connues trop tard
pour les exploiter en présentant de meilleures offres.
2. Concentrations conglomérales
A RETENIR
Une concentration conglomérale réunissant généralement des parties actives sur des
marchés de biens et services complémentaires, les effets d’une concentration conglo-
mérale sont le plus souvent considérés comme neutres, voire bénéfiques, par la doc-
trine économique.
561
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
La nouvelle entité peut, cependant, être tentée, par un effet de levier, d’exploiter sa po-
sition en pratiquant des ventes liées ou groupées, qui sont susceptibles de réduire la
pression concurrentielle. Les pratiques de vente liée ou groupée, qui consistent à émettre
des offres couplant plusieurs produits et/ou services différents, que les concurrents de
la nouvelle entité sont dans l’impossibilité de répliquer, sont susceptibles de conférer à
celle-ci un avantage significatif. Du point de vue de la demande, ce type de pratique crée
un avantage tarifaire pour l’acquisition d’un ensemble de produits ou services apparte-
nant à plusieurs marchés, par rapport à leur acquisition séparée. Plusieurs conditions
doivent être réunies pour qu’une stratégie de couplage soit apte à verrouiller le marché.
La nouvelle entité doit se servir de sa domination sur un marché comme levier sur le
marché d’un produit complémentaire ; les concurrents ne doivent pas être en mesure
de riposter commercialement, et l’entité doit être capable d’appliquer des hausses de
prix unilatérales sur le long terme. Une stratégie de vente groupée pure, qui consiste
pour l’entité issue de la concentration à imposer à ses clients l’achat d’un produit dont
la notoriété est faible avec un produit incontournable, n’a de chances de réussite que si
les produits en cause présentent un niveau élevé de complémentarité du point de vue
de la demande, la seule offre d’une vaste gamme de produits ne suffisant pas à satisfaire
la condition. Elle ne présente pas non plus d’intérêt commercial lorsqu’elle conduit les
parties à la concentration à perdre des ventes substantielles auprès d’acheteurs d’un seul
des produits.
A RETENIR
Une situation de marché oligopolistique suffit-elle pour autant à générer une position
dominante collective, indépendamment de toute condition comportementale ? Le juge
européen répond clairement par l’affirmative :
562
LES FONDAMENTAUX
La source d’une telle coordination peut soit être trouvée, comme en matière d’abus de
position dominante dans les liens capitalistiques, financiers ou commerciaux qui unissent
les entreprises concernées, soit être directement déduite de la structure du marché.
Certaines structures de marché sont plus favorables que d’autres à une coordination des
comportements. Tel est le cas lorsque les structures de coût sont similaires, les positions
symétriques, le marché est mature ou en surcapacité et la demande inélastique.
A RETENIR
Dans l’arrêt Airtours (TPICE, 6 juin 2002, aff. T-342-99, LawLex023474), les autorités
européennes ont défini les trois conditions qui doivent être réunies pour que la coor-
dination soit possible ou - ce qui revient au même - pour qu’une position dominante
collective puisse être constatée : une transparence du marché et une homogénéité
des produits suffisantes pour permettre à chaque membre de l’oligopole dominant de
connaître, de manière suffisamment précise et immédiate, l’évolution du comporte-
ment des autres membres, afin de vérifier s’ils adoptent ou non la même ligne d’action
(condition de détection) ; une incitation des membres de l’oligopole à ne pas s’écarter
de la ligne d’action commune grâce à la mise en place de mécanismes de représailles
ou de dissuasion (condition de dissuasion) ; une impossibilité de contestation de la
ligne d’action commune par les concurrents actuels ou potentiels ou les consomma-
teurs du fait de l’absence de contrepoids (condition de contestation).
Dans l’affaire Impala (CJCE, 10 juill. 2008, aff. C-413-06P, LawLex081117), la Cour
de justice a réaffirmé la solution de l’arrêt Airtours, ajoutant que «la probabilité d’une
coordination tacite est plus forte, si les concurrents peuvent facilement parvenir à une
perception commune de la manière dont doit fonctionner la coordination, notamment
des paramètres susceptibles de faire l’objet de la coordination envisagée» (condition de
compréhension). En outre, selon la Cour, le juge européen, lorsqu’il apprécie l’existence
d’une position dominante collective en appliquant les critères posés par l’arrêt Airtours,
doit se garder de toute démarche mécanique consistant à apprécier séparément chacun
des critères pris isolément, en ignorant le mécanisme économique global d’une hypothé-
tique coordination tacite.
S’il est facile d’imaginer une coordination des comportements entre concurrents, des ef-
fets coordonnés peuvent également survenir en cas de concentration non horizontale du
fait de la réduction du nombre de concurrents et de l’accroissement du degré de symétrie
entre les entreprises que ces opérations sont susceptibles d’entraîner. En revanche, une
concentration n’est pas de nature à produire des effets coordonnés lorsque, rompant les
liens capitalistiques unissant deux groupes dans six filiales communes, elle rend plus dif-
ficile toute collusion tacite ou lorsque, en l’absence d’éléments établissant que les perfor-
mances du marché sont déterminées par l’existence d’un mécanisme de répartition des
clients entre quatre grands producteurs, il est peu probable qu’elle rende la coordination
plus facile, plus stable ou plus efficace à un degré tel qu’elle pourrait entraver l’exercice
d’une concurrence effective. De tels effets peuvent aussi être écartés sur un marché ca-
ractérisé par la diversité des produits et des appels à la concurrence non transparents
sur lequel la conclusion d’un accord tacite sur des modalités de coordination apparaît
improbable.
563
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
A RETENIR
L’argument de la société défaillante doit être rejeté lorsqu’il n’est pas démontré que la
disparition inévitable d’une entreprise permettrait à la société repreneuse, à défaut de
reprise dans le cadre d’une concentration, d’acquérir la même part de marché alors que
l’opération notifiée renforcerait au contraire sa position dominante en lui permettant
d’utiliser le potentiel d’une nouvelle enseigne.
SECTION 2
Exonération
PLAN
I. Gains d’efficacité
A RETENIR
565
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
À l’instar de l’«efficiency defense» américaine, la théorie des gains d’efficacité est fondée
sur l’idée que les effets positifs d’une concentration en termes d’efficacité économique
sont dans certaines hypothèses suffisants pour compenser ses effets anticoncurrentiels.
Une concentration horizontale, bien qu’elle réduise le nombre d’entreprises présentes
sur le marché, et facilite la collusion et l’interdépendance oligopolistique, permet aussi
à l’entreprise initiatrice d’atteindre plus rapidement une taille optimale et de réaliser
des économies d’échelle, lesquelles pourront ensuite être répercutées sur les consomma-
teurs. Une concentration verticale ou conglomérale, si elle est susceptible d’éliminer des
concurrents à chacun des stades du processus économique et de réduire ou supprimer
toute concurrence potentielle, permet aux parties d’économiser des coûts de transaction
et d’améliorer la recherche ou de financer leurs activités sur des marchés voisins.
Les gains d’efficacité désignent l’ensemble des synergies que la nouvelle entité est en
mesure de réaliser à l’issue de l’opération. Les gains peuvent être quantitatifs (réduc-
tion des coûts de production, réalisation d’économies d’échelle, nouvelles techniques de
fabrication) ou qualitatifs (nouveaux produits, produits améliorés...). En termes d’avan-
tages pour les consommateurs, les gains d’efficacité se rapportant à des coûts fixes ont
moins de chances d’être répercutés dans un délai raisonnable que les réductions de coûts
marginaux qui affectent immédiatement les décisions touchant au rendement/prix de
rentabilité optimal d’une société.
A RETENIR
Les gains d’efficacité sont pris en considération si trois conditions cumulatives sont
réunies : ils doivent être à l’avantage des consommateurs, propres à la concentration
et vérifiables. Ils doivent en outre être suffisants pour compenser l’atteinte anticoncur-
rentielle induite par la concentration.
Ainsi, selon la Commission, une concentration qui entraînerait une situation de qua-
si-monopole sur plusieurs marchés devrait présenter des gains d’efficacité d’un niveau
particulièrement élevé. A l’inverse, de tels gains sont pris en considération lorsqu’ils font
plus que contrebalancer les augmentations de prix estimées sur le marché concerné.
Selon le Tribunal, la condition relative au caractère vérifiable des gains d’efficacité n’im-
plique pas que la partie notifiante produise des données susceptibles d’être vérifiées de
manière indépendante par un tiers ou des documents antérieurs à la concentration per-
mettant d’évaluer de manière objective et indépendante l’étendue des gains d’efficacité
générés par l’acquisition, mais signifie seulement que lorsque les données nécessaires
pour permettre une analyse quantitative précise ne sont pas disponibles, il doit être pos-
sible de prévoir un effet positif sur les consommateurs, clairement identifiable et non
marginal.
La notion de «répercussion» des gains d’efficacité sur les consommateurs ne saurait si-
gnifier que, si une concentration génère des baisses de coûts, il est probable que les
parties répercutent ces baisses sur leurs clients, dès lors que la répercussion des baisses
de coûts sur les clients n’empêche pas les parties de récupérer, par ailleurs, ces gains. En
réalité, l’incitation à répercuter les gains d’efficacité sur les consommateurs est souvent
liée à l’existence de pressions concurrentielles : il est peu probable qu’une telle répercus-
566
LES FONDAMENTAUX
sion ait lieu si le pouvoir de marché de la nouvelle entité est très important. Les gains
d’efficacité doivent également être la conséquence directe de l’opération, ce qui signifie
qu’ils ne doivent pas pouvoir être obtenus au moyen d’alternatives moins anticoncur-
rentielles. Enfin, les gains d’efficacité doivent être dans la mesure du possible quantifiés.
A RETENIR
La charge de la preuve des effets positifs de l’opération incombe aux parties, mais la
difficulté de la preuve varie selon le type de gains d’efficacité.
La Commission exige aussi que les gains d’efficacité interviennent en «temps utile», c’est-
à-dire qu’ils ne soient pas trop éloignés dans le temps, sans préciser la notion. Selon le
juge de l’Union, il ne peut être reproché à la Commission d’avoir fait part de ses doutes
quant à l’extrapolation de données historiques antérieures à la concentration, dès lors
qu’au vu de la multitude des changements structurels survenus au cours de la décennie,
il est impossible de déduire d’une concentration survenue en 2002 la réalité d’un gain
d’efficacité généré par une opération qui doit intervenir dix ans plus tard. Même s’ils
remplissaient les trois critères des lignes directrices sur les concentrations horizontales
(être vérifiables, propres à la concentration et répercutables sur les consommateurs), des
gains d’efficacité ne sauraient être pris en considération dès lors qu’il subsiste une incer-
titude majeure quant au calendrier de leur mise en oeuvre.
A. Engagements structurels
A RETENIR
Les engagements structurels, qui sont généralement réputés plus efficaces du fait de
leurs effets sur la structure du marché, sont traditionnellement préférés aux engage-
ments comportementaux, plus fréquemment proposés par les parties. Selon la Com-
mission, les plus efficaces sont les engagements de cession, qui permettent d’assurer
l’émergence d’un nouveau concurrent ou de renforcer la position des concurrents ac-
tuels de la nouvelle entité. Ils sont faciles à mettre en œuvre car ils ne nécessitent pas
de surveillance ex post.
567
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
Les éléments cédés doivent toutefois constituer une activité viable et compétitive. Il en
est ainsi de l’engagement de céder une unité de fabrication d’un produit qui englobe la
force de vente et le service après-vente attachés à ce produit, ou une unité de recherche
et de développement. La Commission peut même imposer la cession d’activités qui ne
soulèvent pas de préoccupations de concurrence, mais qui sont nécessaires à la viabili-
té de l’ensemble cédé. L’activité doit pouvoir être exploitée de manière autonome sans
l’assistance des parties à la concentration. La cession peut porter sur une combinaison
d’actifs qui ne constituaient pas auparavant une activité unitaire, dès lors que chacun
constitue déjà une activité viable, ou ne comprendre que des actifs de production et/ou
de distribution et des marques. Les engagements de cession peuvent prendre la forme
d’une licence à un tiers. Dans tous les cas, l’engagement de cession ne doit pas être
hypothétique. Si la cession devait se révéler irréalisable, les parties doivent prévoir un
engagement subsidiaire qui garantisse la réalisation de la condition.
L’acquéreur doit être approprié. Autrement dit, il doit être viable et indépendant, sans
lien avec les parties à la concentration, et posséder des ressources financières, des compé-
tences confirmées et la motivation nécessaire pour préserver et développer la capacité de
l’activité cédée de concurrencer activement les parties et d’autres entreprises. La Commu-
nication concernant les mesures correctives pose des règles très précises afin de garantir
la bonne exécution de la cession. Trois modalités sont envisagées :
B. Engagements comportementaux
A RETENIR
Les engagements comportementaux sont plus rares car ils impliquent souvent une
surveillance permanente par les autorités de concurrence. Ils sont généralement
568
LES FONDAMENTAUX
adoptés soit lorsque la cession ou la rétrocession est irréalisable, soit lorsque les at-
teintes portées à la concurrence par l’opération n’ont pas une cause structurelle.
C. Clause de réexamen
A RETENIR
Quelle que soit leur nature, les engagements proposés par les parties ne sont pas
immuables. Ils doivent être accompagnés d’une clause de réexamen qui va permettre,
sur demande motivée des parties, une extension des délais ou une modification ou
une suppression des engagements, si l’existence de circonstances exceptionnelles est
établie.
Elle autorise aussi la Commission à exiger que les parties soumettent des propositions
de modification des engagements validés, lorsque des difficultés d’exécution surviennent,
ou s’il apparaît que les objectifs fixés auront plus de chances d’être atteints selon d’autres
modalités que celles convenues.
Une telle clause ne porte pas en elle-même atteinte aux droits des tiers, qui ne disposent
d’un recours que si elle est effectivement mise en œuvre, celui-ci devant être dirigé non
contre la clause, mais contre la décision de modification d’engagements prise par la
Commission.
SECTION 3
Incompatibilité de l’opération / Déconcentration
A RETENIR
570
LES FONDAMENTAUX
SECTION 1
Notification préalable obligatoire
I. Obligation de notification
II. Obligation d’information
III. Obligation de suspension
SECTION 2
Examen de l’opération
I. Pouvoirs d’enquête de la Commission
II. Droits des parties notifiantes
A. Communication des griefs
B. Droit d’être entendu
C. Droit d’accès au dossier
D. Droit de retrait du projet notifié
III. Droits des tiers
IV. Consultation du Comité consultatif
SECTION 3
Issue de la procédure
I. Décision de compatibilité ou d’incompatibilité
II. Mesures provisoires
III. Amende
SECTION 4
Voies de recours
I. Recours en annulation
II. Sursis à exécution
571
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
A RETENIR
Toutes les opérations de concentration dépassant certains seuils doivent être notifiées
aux autorités européennes et la décision de la Commission ne peut intervenir en prin-
cipe plus de cinq mois après la notification de l’opération. De surcroît, la procédure
n’est engagée qu’à la suite d’un examen préliminaire (dit de phase I) qui clôt en réalité la
plupart des instances. Enfin, une procédure officieuse peut se dérouler préalablement à
la procédure officielle, la Commission encourageant les entreprises à participer à des en-
tretiens informels et confidentiels avec ses représentants dès la notification, pour vérifier
que l’opération envisagée tombe effectivement dans le champ d’application du règlement
et alléger éventuellement le dossier de notification que les entreprises doivent soumettre.
PLAN
SECTION 1
Notification préalable obligatoire
PLAN
572
LES FONDAMENTAUX
I. Obligation de notification
A RETENIR
573
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
non dénaturées à l’occasion d’une notification. L’infraction peut être commise par négli-
gence ou de propos délibéré. Chacune des entreprises est responsable des informations
qu’elle communique, malgré la nomination d’un représentant unique.
dispositions combinées, a lieu dès que les parties mettent en œuvre des opérations qui,
en tout ou en partie, en fait ou en droit, contribue à changer durablement le contrôle sur
l’entreprise cible. A contrario, les opérations accessoires ou préparatoires à la concentra-
tion qui ne présentent pas de lien fonctionnel direct avec la réalisation de celle-ci, qu’elles
produisent ou non des effets sur le marché, n’entrent pas dans le champ d’application
de l’obligation de suspension, qui est mise en œuvre indépendamment de la question de
savoir si la concentration est ou non compatible avec le marché intérieur. Ainsi, la dénon-
ciation d’un accord de coopération, qui fait l’objet d’un lien conditionnel avec la concen-
tration et revêt un caractère accessoire et préparatoire de celle-ci, ne constitue donc pas
une pratique de gun jumping, tombant sous le coup de la prohibition de la réalisation
anticipée de la concentration énoncée à l’article 7, dès lors que, outre la circonstance qu’il
s’agit d’une opération concernant une seule des parties à la concentration et un tiers, les
sociétés acquéreuses n’ont pas acquis par cette dénonciation la possibilité d’exercer une
influence quelconque sur les sociétés cibles, qui étaient, du point de vue du droit de la
concurrence, indépendantes tant avant qu’après la résiliation.
La réalisation prématurée d’une concentration en violation des obligations de notifi-
cation et de suspension constitue par nature une infraction grave aux règles de pro-
cédure justifiant une amende importante. Selon la Commission, la réalisation anticipée
d’une concentration commise par négligence, alors qu’il existait des doutes sérieux quant
à sa compatibilité avec le marché intérieur, est susceptible de causer un préjudice poten-
tiel qui aggrave encore cette infraction et il y a lieu d’inclure la période de prénotification
dans la durée de l’infraction à l’obligation de suspension prévue à l’article 7, paragraphe
1, compte tenu de la possible atteinte à la concurrence causée par la réalisation de la
concentration avant son autorisation. Dans l’affaire Electrabel (TUE, 12 déc. 2012, aff.
T-332-09, LawLex122438) dans laquelle les obligations de notification et de suspension
avaient également été méconnues, le Tribunal de l’Union a fixé la date de début d’infrac-
tion au moment à partir duquel l’entreprise a eu la quasi-certitude d’obtenir le contrôle
lors des assemblées générales futures.
De façon générale, le principe de prohibition de la réalisation anticipée de la concentra-
tion vise à éviter qu’une opération ne produise ses effets sur les marchés de référence
avant toute appréciation par l’autorité de concurrence. Il tend en outre à prévenir toute
coordination entre les parties qui peuvent cesser de se comporter en concurrents avant
que la concentration ne soit autorisée. Le fait d’exercer une influence déterminante sur
la cible, même en l’absence de tout transfert d’actifs et des droits associés, dès la notifica-
tion de la concentration, avant son autorisation, constitue une pratique de gun jumping,
tombant sous le coup de la prohibition.
Les entreprises qui, de propos délibéré ou par négligence, réalisent une opération de
concentration pendant sa période de suspension, ou sans respecter les conditions et
charges dont est assorti l’octroi d’une dérogation à la suspension, peuvent donc se voir
infliger des amendes pouvant s’élever jusqu’à 10 % de leur chiffre d’affaires total (art. 14,
paragr. 2), ainsi que des astreintes jusqu’à concurrence de 5 % de leur chiffre d’affaires
total journalier moyen (art. 15, paragraphe 1). Quant aux sanctions civiles, elles sont dé-
finies à l’article 7, paragraphe 4, du règlement, qui dispose que la validité des transactions
qui seraient réalisées en contravention de la suspension dépend de la décision prise par
575
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
SECTION 2
Examen de l’opération
Selon l’article 6, paragraphe 1, du règlement 139-2004, «la Commission procède à l’exa-
men de la notification dès sa réception». Cet examen préliminaire doit s’effectuer dans un
délai de vingt-cinq jours ouvrables à compter du lendemain du jour de la réception de la
notification. Ce délai est porté à trente-cinq jours ouvrables si la Commission est saisie
d’une demande d’un État membre conformément à l’article 9, paragraphe 2, du règle-
ment ou si les entreprises concernées présentent des engagements dans le but d’obtenir
une décision de compatibilité au terme de l’examen préliminaire. Il peut être prorogé
indirectement si les renseignements fournis dans la notification ne sont pas complets
(Règl. 139-2004, art. 10). Enfin, en l’absence de notification, le délai ne court pas : la
Commission peut donc intervenir à tout moment à l’égard des opérations de concentra-
tion non notifiées intervenues postérieurement à l’entrée en vigueur du règlement et non
couvertes par la prescription.
A RETENIR
À l’issue de l’examen préliminaire (phase I), la Commission a le choix entre trois atti-
tudes :
- soit elle constate que l’opération ne relève pas du règlement et rend une décision
d’inapplicabilité ;
- soit elle estime que l’opération ne soulève pas de doutes sérieux quant à sa com-
patibilité et rend une décision de compatibilité, qui, au-delà de l’opération principale,
concerne également les restrictions accessoires ;
- soit elle considère que l’opération relève du règlement et soulève des doutes sérieux
quant à sa compatibilité ; dans ce cas, elle rend une décision d’engagement de la pro-
cédure qui ouvre la phase II.
La décision de compatibilité peut intervenir après que les parties ont apporté des mo-
difications à une opération soulevant des doutes sérieux au vu du règlement, et peut
être assortie, le cas échéant, de conditions et de charges visant à garantir le respect des
engagements pris par les parties. La Commission peut révoquer une décision de compa-
tibilité ou d’incompatibilité si elle repose sur des indications inexactes ou a été obtenue
576
LES FONDAMENTAUX
par tromperie ou si les entreprises contreviennent à l’une des charges dont est assortie
la décision.
Si la Commission ne prend aucune décision au cours du délai imparti, l’opération est
réputée compatible. La même règle est applicable s’agissant du délai dans lequel doit être
prise la décision définitive.
Les décisions d’inapplicabilité ou constatant l’absence de doutes sérieux sont adressées,
sous la forme de lettre recommandée avec accusé de réception, aux parties notifiantes.
Leur texte est communiqué aux tiers sur demande.
Les parties peuvent présenter des engagements au cours des deux phases de la procé-
dure. À la différence des engagements présentés au cours de la phase II, les engagements
pris au cours de la phase I n’ont pas pour objet d’empêcher la création ou le renforce-
ment d’une position dominante. Ils doivent constituer une réponse directe et suffisante
de nature à dissiper clairement tous doutes sérieux émis par la Commission. Les parties
doivent proposer des engagements complets et efficaces à tous points de vue. Une clause
de révision prévoyant les conditions dans lesquelles la Commission, sur demande de la
nouvelle entité, pourra accorder une prolongation de délais ou lever, modifier ou rem-
placer lesdits engagements est généralement prévue. Une modification ou une levée des
engagements peut intervenir en l’absence de clause de révision, lorsque les engagements
deviennent obsolètes ou disproportionnés en raison d’évolutions exceptionnelles ulté-
rieures.
S’agissant d’une demande d’exemption d’engagements rendus contraignants par une dé-
cision déclarant une opération de concentration compatible avec le marché intérieur, elle
ne soulève pas nécessairement les mêmes difficultés d’analyse prospective que l’examen
d’une opération de concentration dès lors qu’il ne s’agit pour la Commission que de vé-
rifier si les conditions prévues par la clause de révision sont remplies ou d’évaluer, avec
recul, si les prédictions émises au moment de l’approbation de la concentration se sont
révélées exactes ou si les doutes sérieux soulevés par celle-ci sont encore d’actualité. Si la
Commission dispose d’un certain pouvoir discrétionnaire pour l’appréciation d’une telle
demande d’exemption, elle est néanmoins tenue d’effectuer un examen diligent de cette
demande, de mener, si nécessaire, une enquête, de prendre les mesures d’instruction
appropriées et de fonder ses conclusions sur l’ensemble des données pertinentes. Quoi
qu’il en soit, la Commission ne peut altérer le projet présenté : elle n’a le pouvoir que de
prononcer la compatibilité ou déclarer l’incompatibilité. Elle n’est pas non plus tenue de
reprendre entièrement son analyse à chaque réception de nouvelles propositions d’enga-
gements. En revanche, il lui appartient d’établir en quoi des engagements ne rendent pas
la concentration compatible.
Les engagements proposés par les parties durant la phase I doivent être communiqués
à la Commission dans un délai de vingt jours ouvrables à compter de la date de récep-
tion de la notification (Règl. 802-2004, art. 19, paragr. 1). Ceux qui sont soumis à la
Commission lors de la phase II doivent être transmis dans un délai de soixante-cinq
jours ouvrables à compter de la date d’engagement de la procédure. Ce délai est automa-
tiquement prorogé lorsque le délai accordé à la Commission pour prendre sa décision
est lui-même prolongé, conformément à l’article 10, paragraphe 3, deuxième alinéa, du
577
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
règlement 139-2004. Dans des cas exceptionnels, la Commission peut accepter des en-
gagements proposés après l’expiration du délai de présentation, dès lors que la procédure
prévue à l’article 19, paragraphe 5, du règlement 139-2004 est respectée.
La Commission n’est pas tenue en principe d’accepter les engagements déposés après
la date limite. Toutefois, elle peut en tenir compte lorsqu’ils sont, sans doute possible,
aptes immédiatement à rétablir une concurrence effective et durable ou si la Commis-
sion estime avoir eu le temps nécessaire pour les examiner. Elle ne peut cependant voir
sa responsabilité non contractuelle engagée lorsqu’elle a rejeté des engagements prévus
hors délais, après avoir certifié qu’ils n’étaient pas susceptibles de répondre à ses préoc-
cupations de concurrence.
PLAN
Les pouvoirs de la Commission sont similaires à ceux dont elle dispose en matière
d’ententes et abus de position dominante en vertu du règlement 1-2003. Les articles 11
à 13 du règlement 139-2004 lui confèrent un pouvoir de demande de renseignements
et d’inspection sanctionné par des amendes ou des astreintes.
La Commission peut, par simple demande ou par voie de décision formelle, demander
aux parties notifiantes de fournir tous les renseignements nécessaires. La demande doit,
dans tous les cas, indiquer la base juridique et le but de la demande, préciser les rensei-
gnements demandés et le délai dans lequel ils doivent être fournis, ainsi que les sanctions
encourues en cas de renseignements inexacts, s’il s’agit d’une décision formelle. La Com-
mission adopte la voie formelle de la décision lorsque le comportement des parties à la
concentration l’y contraint. La demande de renseignements par voie de décision formelle
suspend le délai dont dispose la Commission pour examiner la compatibilité de l’opéra-
tion avec le marché intérieur à compter du défaut de fourniture des renseignements et
jusqu’à ce qu’il soit mis fin à cette défaillance.
Les parties à la concentration doivent non seulement fournir des réponses dans les dé-
lais fixés, mais également donner des informations exactes et complètes. La fourniture
de renseignements inexacts ou dénaturés expose les parties à une amende pouvant aller
jusqu’à 1 % du chiffre d’affaires réalisé. Elle constitue une circonstance aggravante de
l’infraction à l’obligation d’information qui pèse sur la partie notifiante lorsqu’elle est
commise de propos délibéré.
578
LES FONDAMENTAUX
La Commission peut par ailleurs charger ses agents habilités de procéder aux inspections
nécessaires (Règl. 139-2004, art. 13). Elle a également la possibilité de demander aux au-
torités compétentes des États membres de mener les inspections qu’elle juge utiles (Règl.
139-2004, art. 12). Les agents habilités peuvent, au cours de leur inspection, accéder à
tous locaux, terrains ou moyens de transport, contrôler les livres et documents en rapport
avec l’activité, apposer des scellés, interroger tout représentant ou membre du personnel
en rapport avec l’objet et le but de l’inspection et enregistrer ses réponses. Ils agissent sur
mandat écrit qui précise l’objet et le but de l’inspection, ainsi que les sanctions encou-
rues en cas de présentation incomplète des documents requis ou de réponses inexactes
ou dénaturées aux questions posées. Les inspections sont menées avec l’assistance de
l’autorité compétente de l’État membre sur le territoire duquel elles se déroulent. En cas
d’opposition de l’entreprise, cette assistance est nécessaire. Le cas échéant, les agents
habilités sollicitent une autorisation judiciaire.
Les droits de la défense doivent être pleinement garantis «à tous les stades de la
procédure» (Règl. 139-2004, art. 18, paragr. 1). Après la décision d’engagement de la
procédure qui ouvre la phase II, la Commission doit procéder à la communication des
griefs et organiser l’audition des entreprises intéressées, à savoir les parties à l’opéra-
tion de concentration, afin qu’elles puissent faire valoir leurs observations.
Commission, à une date qu’elle fixe, comparaissent elles-mêmes ou par des représentants
légaux ou statutaires. Elles peuvent être assistées d’un conseil juridique. L’audition n’est
pas publique. Chaque personne est auditionnée seule ou en présence d’autres personnes,
compte tenu de la nécessité de protéger les secrets d’affaires ou informations confiden-
tielles. Les déclarations sont enregistrées. L’enregistrement est mis à disposition des per-
sonnes entendues à leur demande (Règl. 802-2004, art. 15).
580
LES FONDAMENTAUX
Le droit d’être entendu, à tous les stades de la procédure de contrôle des concentra-
tions, est également ouvert aux tiers, c’est-à-dire aux personnes physiques ou morales
qui subissent les effets incidents de la décision, à condition de justifier d’un intérêt
suffisant (Règl. 802-2004, art. 16).
secret des affaires, aux informations ainsi transmises à la Commission. En outre, elle
reconnaît, aux fins de l’interprétation des exceptions prévues à l’article 4, paragraphe
2, premier et troisième tirets, du règlement 1049-2001, l’existence d’une présomption
générale selon laquelle la divulgation des documents échangés entre la Commission et les
entreprises au cours d’une procédure de contrôle des concentrations porte, en principe,
atteinte tant à la protection des objectifs des activités d’enquête qu’à celle des intérêts
commerciaux des entreprises impliquées dans une telle procédure. Il en résulte, selon la
Cour, que le règlement 1049-2001, interprété à la lumière de la réglementation spéci-
fique au contrôle des concentrations, permet à la Commission de refuser l’accès à tous
les documents afférents aux procédures de contrôle des concentrations échangés entre
la Commission et les entreprises notifiantes et les tiers, sans procéder au préalable à un
examen concret et individuel de ces documents.
Les tiers expriment leur point de vue dans le délai fixé. S’ils en font la demande, ils
peuvent participer à une audition formelle.
Le comité consultatif est composé de représentants des autorités compétentes des États
membres, qui désignent un ou deux représentants pouvant être remplacés en cas d’empê-
chement par un autre. L’un au moins de ces représentants doit être compétent en matière
de pratiques restrictives de concurrence et de positions dominantes. Sur invitation de la
Commission, à laquelle est annexé un exposé de l’affaire avec indication des pièces pour
chaque cas à examiner, la consultation a lieu au cours d’une réunion commune, qui doit
se tenir au plus tôt dix jours ouvrables après l’envoi de la convocation. Ce délai peut ex-
ceptionnellement être abrégé en vue d’éviter un préjudice grave à une ou plusieurs entre-
prises concernées par une concentration (Règl. 139-2004, art. 19). La méconnaissance
du délai de convocation du Comité consultatif n’affecte pas la légalité de la décision
finale, dès lors que le Comité a disposé d’un délai suffisant pour rendre son avis en pleine
connaissance de cause, même en l’absence de circonstances exceptionnelles.
Le Comité émet un avis, qui est communiqué avec la décision aux destinataires de celle-
ci. La Commission peut rendre cet avis public, en tenant compte de l’intérêt légitime des
entreprises à la protection de leurs secrets d’affaires. Si la Commission n’est pas liée par
cet avis, elle doit toutefois en tenir compte.
582
LES FONDAMENTAUX
SECTION 3
Issue de la procédure
PLAN
La Commission rend une décision favorable soit parce qu’elle constate a priori la com-
patibilité de la concentration, soit parce que les modifications apportées par les en-
treprises concernées à l’opération rendent celle-ci compatible, dans un délai maximal
de 90 jours ouvrables à compter de la date d’ouverture de la procédure (Règl. 139-
2004, art. 10, paragr. 3). Une telle décision peut être assortie de conditions et charges
(Règl. 139-2004, art. 8, paragr. 1 et 2). Au contraire, sa décision sera défavorable si elle
constate l’incompatibilité ou si la concentration a déjà été réalisée, alors que l’opéra-
tion est incompatible ou a été mise en œuvre en violation d’une condition posée par
la décision (Règl. 139-2004, art. 8, paragr. 3 et 4) : la dissolution ou toutes mesures
appropriées pour revenir à la situation antérieure peuvent dans ce cas être ordonnées.
La décision doit intervenir dans un délai raisonnable.
En toute hypothèse, l’article 296 TFUE soumet les décisions de la Commission à une
obligation de motivation. Cette motivation doit, selon le juge européen, être adaptée à la
nature de l’acte en cause. Elle doit notamment faire apparaître de manière claire et non
équivoque le raisonnement qui a conduit la Commission à prendre sa décision afin que
les parties intéressées puissent faire valoir leurs droits et que les juridictions européennes
exercent leur contrôle. La Commission motive suffisamment sa décision de n’exclure
ni la période de prénotification, ni celle de l’enquête approfondie de phase I, aux fins
de déterminer la durée de la violation de l’article 7, paragraphe 1, du règlement 139-
2004 - qui consiste dans la réalisation d’une opération concentration sans notification,
ni autorisation - lorsqu’elle retient que l’opération soulevait des doutes sérieux quant à
sa compatibilité avec le marché intérieur et qu’il ne pouvait être exclu qu’une atteinte à
la concurrence se fût produite, au moins dans une certaine mesure, après la réalisation
de l’opération et avant son autorisation. Il n’est pas nécessaire que la décision reprenne
tous les éléments de fait et de droit. Il suffit qu’elle expose clairement les raisons pour
lesquelles l’opération, notamment après modifications, ne soulève pas de doute sérieux.
La motivation peut donc être extrêmement succincte lorsqu’elle est adoptée dans un
contexte bien connu du requérant et permet de comprendre les constatations sur les-
quelles elle fonde son raisonnement.
Les décisions définitives de la Commission sont publiées au Journal officiel de l’Union
européenne (Règl. 139-2004, art. 20).
583
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
Ces mesures sont provisoires. Une demande de mesures provisoires, accessoire au re-
cours au fond formé contre une décision d’incompatibilité doit être rejetée lorsque le
saisissant requiert que les effets de ces mesures se prolongent au-delà de la date de l’arrêt
au principal. Des injonctions peuvent être adressées à des tiers à la procédure, à condi-
tion de respecter les droits de la défense et que ces mesures soient indispensables pour
éviter que le requérant soit exposé à une situation mettant en péril son existence même.
III. Amende
A RETENIR
Elle peut également imposer des astreintes jusqu’à 5 % du chiffre d’affaires total journa-
lier moyen de l’entreprise ou association d’entreprises concernée au sens de l’article 5 du
règlement 139-2004 par jour de retard en vue de contraindre les entreprises à exécuter
une charge ou à appliquer des mesures destinées à rétablir la concurrence. La Commis-
sion peut aussi infliger une amende aux entreprises qui manquent à leur obligation de
notification préalable ou y procèdent tardivement (Règl. 139-2004, art. 14, paragr. 1 et
2).
Le montant de l’amende est fixé en tenant compte de la nature et de la gravité de l’in-
fraction, qui peut être commise par négligence ou de propos délibéré. Pour déterminer
le montant de l’amende, la Commission n’est pas tenue de prendre en considération
l’éventuelle absence de profit tiré de l’infraction. Une entreprise n’est pas fondée à pré-
tendre que son erreur quant à la licéité de son comportement est due à l’avis juridique
de son avocat pour échapper à l’infliction d’une amende. Le fait qu’elle se soit déjà vu
infliger une amende, bien qu’au niveau national, pour la même infraction, constitue en
revanche un facteur d’aggravation, car l’existence de ce précédent augmente son degré
de négligence.
Le défaut de notification préalable constitue selon la Commission une infraction sé-
rieuse, soumise à un délai de prescription de cinq ans et non une infraction purement
584
LES FONDAMENTAUX
procédurale ou formelle, régie par la prescription triennale, car l’entreprise qui met en
oeuvre une concentration sans en avoir obtenu l’autorisation se soustrait unilatéralement
à un contrôle préalable obligatoire et fragilise l’ordre juridique européen. Lorsqu’une
entreprise viole l’obligation de notifier une concentration avant sa réalisation, prévue à
l’article 4, paragraphe 1, du règlement 139-2004, elle enfreint automatiquement l’inter-
diction de réaliser une concentration avant sa notification et son autorisation prévue à
l’article 7, paragraphe 1, de sorte que la Commission peut imposer une (double) amende
jusqu’à concurrence de 10 % du chiffre d’affaires total réalisé, au titre à la fois de l’article
14, paragraphe 2, sous a) et sous b), et ce, même si la violation de l’article 4 constitue
une infraction spontanée tandis que celle de l’article 7 est une infraction continue. En
l’absence de règles de l’Union spécifiques concernant le concours d’infraction et de défi-
nition de l’une de ces deux infractions comme étant plus grave que l’autre, il n’y a pas lieu
de considérer que l’infraction à l’obligation de notification prévue à l’article 4 paragraphe
1, du règlement 139-2004 constitue l’infraction susceptible d’englober la réalisation
d’une concentration avant notification et autorisation en violation de l’article 7, para-
graphe 1. Le fait qu’une concentration soulève des doutes sérieux quant à sa compatibi-
lité avec le marché intérieur rend sa réalisation prématurée plus grave que la réalisation
prématurée d’une concentration qui ne soulève pas de problèmes de concurrence, sauf
si, malgré les doutes sérieux qu’elle soulève, il peut être exclu dans un cas d’espèce que
sa réalisation dans la forme initialement envisagée et non autorisée par la Commission
ait pu avoir des effets dommageables sur la concurrence. En revanche, il n’y a pas lieu
d’infliger une amende pour notification tardive de la concentration dans l’hypothèse où
la qualification de l’opération est délicate et où l’accord en cause a été présenté de bonne
foi à la Commission au titre de l’article 101 TFUE.
SECTION 4
Voies de recours
I. Recours en annulation
A RETENIR
Un recours peut être introduit contre les décisions de la Commission qui ne sont pas de
simples actes préparatoires (décision d’engagement de la procédure, notification des
griefs...) alors que le recours en annulation formé contre une décision qui ne produit
pas d’effets juridiques obligatoires (décision de compatibilité constatant l’existence
d’une position dominante et engagement dont ne dépendait pas la compatibilité de
l’opération) est irrecevable.
Toute mesure qui produit des effets juridiques obligatoires, de nature à affecter les inté-
rêts du requérant en modifiant de façon caractérisée sa situation juridique, constitue un
acte attaquable au sens de l’article 263 TFUE. Si une décision de compatibilité ne fait
pas en principe grief aux parties notifiantes, il ne peut pourtant s’en déduire automati-
quement l’absence de tels effets entraînant l’irrecevabilité du recours en annulation. De
même, la décision par laquelle la Commission modifie, dans un sens défavorable aux
intérêts des requérants, son appréciation sur les restrictions accessoires liées à une opé-
585
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
A RETENIR
Le recours peut être formé contre toute décision faisant grief par les entreprises par-
ticipantes à l’opération de concentration ou par tout tiers intéressé justifiant d’une at-
teinte à un intérêt légitime.
Au-delà des concurrents des entreprises participantes et des personnes intéressées par
les engagements, il semble que leur cercle devrait également comprendre l’ensemble des
entités qui ne sont pas parties à la procédure mais dont la situation juridique est modifiée
par la décision et, notamment, par les conditions et charges dont elle est assortie. Tel est
le cas de certains concurrents indirects ou des organismes représentatifs du personnel
des entreprises, à condition que la décision ait une incidence sur leur statut ou sur l’exer-
cice de leurs prérogatives et de leurs missions, ou des candidats à la reprise. En revanche,
les actionnaires minoritaires d’une des parties notifiantes, qui ne sont pas destinataires
de l’acte, ne disposent pas d’un intérêt direct et individuel à agir. L’intérêt à agir s’apprécie
au jour où le recours a été formé.
Le recours peut être formé par toute personne justifiant d’une atteinte à un intérêt lé-
gitime. Tel n’est pas le cas de la plaignante en liquidation qui, n’exerçant plus d’activité
commerciale, ne peut être considérée comme une entreprise concurrente des parties à
la concentration. Une association de consommateurs ne peut introduire un recours en
annulation contre une décision autorisant une concentration que s’il tend à assurer la
mise en œuvre d’une garantie procédurale qui lui est reconnue au cours de la procédure
administrative, tel le droit d’être entendu. En revanche, une entreprise qui figurait sur
une liste restreinte de cinq acquéreurs potentiels des actifs devant être cédés dans le
cadre d’une opération de concentration justifie d’un intérêt à voir annuler la décision
de la Commission agréant une autre de ces cinq entreprises, dès lors que cette déci-
sion, adoptée sur la base d’un rapport rédigé par un mandataire non indépendant, est
nécessairement susceptible d’affecter sa situation commerciale, indépendamment de la
question de savoir si, en cas d’annulation de la décision attaquée, elle pourrait se voir
586
LES FONDAMENTAUX
agréée comme repreneur des actifs en cause. Dans un tel cas, l’annulation de la première
décision d’agrément prononcée ne remet pas en cause la légalité de la décision déclarant
la concentration compatible avec le marché intérieur sous réserve d’engagements.
Le contrôle du juge européen sur les décisions de la Commission est limité, en matière
de contrôle des concentrations, aux aspects formels et procéduraux. Le Tribunal ne peut
donc substituer son appréciation à celle de la Commission. La qualification de l’opé-
ration de portage des actifs cibles est sans incidence sur la légalité de la décision de la
Commission qui a déclaré la concentration compatible avec le marché intérieur. Le pou-
voir d’appréciation de la Commission lui permet de prendre (ou non) en considération
certains éléments dans la mesure où les lignes directrices n’exigent pas un examen, dans
tous les cas, des éléments qu’elles mentionnent. Elle évalue ainsi globalement le résultat
du faisceau d’indices utilisé pour apprécier la situation de concurrence sans établir une
hiérarchie entre «éléments de preuve non techniques «et «éléments de preuve «, en privi-
légiant certains éléments tout en en écartant d’autres, avant que cet examen ne fasse l’ob-
jet du contrôle de légalité exercé par le Tribunal. Quelle que soit l’ampleur des lacunes
que peut présenter une décision de la Commission constatant l’incompatibilité avec le
marché intérieur d’une telle opération, celles-ci ne peuvent pas en entraîner l’annulation
si, et dans la mesure où, l’ensemble des autres éléments contenus dans cette décision
permet au Tribunal de considérer comme établi que la réalisation de l’opération aboutira
en tout état de cause à la création ou au renforcement d’une position dominante ayant
pour effet une entrave significative à une concurrence effective.
Le juge européen peut, selon les règles de droit commun des articles 278 et 279 TFUE,
prononcer un sursis à exécution. Il doit être établi, prima facie, que la demande n’est
pas dépourvue de tout fondement et qu’il existe un risque de préjudice grave et irré-
parable.
587
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
TITRE II
Droit français
La loi du 19 juillet 1977 n’avait institué qu’un contrôle sélectif des opérations de concen-
tration, dont le déclenchement était subordonné au franchissement de certains seuils
quantitatifs. Dès l’origine, le caractère conjoncturel de cette législation était souligné :
les circonstances de son adoption incitaient à penser qu’elle avait pour objet essentiel
d’entraver l’essor de la proposition européenne portant sur le même sujet. Le contrôle
ainsi créé n’eut qu’une efficacité limitée : entre 1977 et 1987, la Commission de la
concurrence ne fut saisie qu’à neuf reprises et ne rendit que huit avis ; durant cette pé-
riode, un seul arrêté ministériel enjoignit à une société de ne pas donner suite au projet
de concentration qu’elle avait formé.
La loi LME du 4 août 2008 a sensiblement modifié les dispositions du Code de com-
merce sur le contrôle des concentrations sur deux plans. Sur le fond, le nouvel article L.
430-2 pose d’abord des règles spécifiques aux concentrations dans la grande distribu-
tion. Le texte revoit ensuite les conditions du contrôle des opérations se déroulant outre-
mer, auparavant limité au secteur de la distribution, en étendant leur champ d’application
à toute opération répondant aux seuils de contrôlabilité, quel que soit le secteur dans
lequel elle intervient.
Sur la forme, l’ensemble de la procédure de contrôle des concentrations relève désormais
de la compétence de l’Autorité de la concurrence, qui remplace le Conseil de la concur-
rence. Le ministre de l’Économie conserve cependant un pouvoir important : dès qu’il est
informé de la décision de l’Autorité de la concurrence, le ministre dispose, dans un délai
de cinq jours ouvrés, du droit de demander un examen approfondi de l’opération, s’il n’y
a pas été procédé, et, dans un délai de vingt-cinq jours, d’un droit d’évocation pour des
motifs d’intérêt général autres que le maintien de la concurrence, tels que le développe-
ment industriel, la compétitivité des entreprises en cause, la création ou le maintien de
l’emploi.
Enfin, si l’Autorité de la concurrence procède à l’examen approfondi d’une opération
dans le secteur bancaire, le secteur des assurances ou celui de l’audiovisuel, elle doit,
dans les deux premiers cas, recueillir l’avis de l’Autorité de contrôle prudentiel et, dans le
dernier, celui du Conseil supérieur de l’audiovisuel.
Il faut exclure du domaine d’application du système de contrôle national les concentra-
tions de dimension européenne qui, en principe, relèvent de la seule compétence des
autorités européennes. La compétence exclusive de la Commission pour connaître des
opérations de concentration européennes n’empêche pas cependant la mise en œuvre
éventuelle du renvoi à un État membre prévu à l’article 9 du Règlement 139-2004 du
20 janvier 2004 ou d’un contrôle parallèle par une autorité nationale en vertu de com-
pétences autres que l’application des règles de concurrence (art. 21, paragr. 3 Règl. 139-
2004). Le renvoi suppose la preuve par l’autorité nationale que l’opération en cause (1)
menace d’affecter de manière significative ou (2) affecte la concurrence dans un marché
intérieur de cet État membre, qui doit présenter les caractéristiques d’un marché distinct.
Il n’est pas nécessaire, dans le second cas, que le marché concerné représente une partie
588
LES FONDAMENTAUX
substantielle du marché intérieur. Le renvoi aux autorités nationales peut également être
demandé en prénotification européenne par les entreprises en application de l’article
4, paragraphe 4, du règlement européen sur les concentrations. Inversement, un renvoi
vers la Commission européenne peut être effectué soit à la demande des États membres
en application de l’article 22 du règlement dès lors que la concentration affecte le com-
merce entre États membres et menace d’affecter de manière significative la concurrence
sur le territoire national, soit à la demande des entreprises en application de l’article 4,
paragraphe 5, du règlement dans le cas d’une concentration qui n’est pas de dimension
européenne mais qui devrait être notifiée dans trois États membres ou plus.
PLAN
589
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
SECTION 1
Champ d’application
I. Champ d’application ratione loci
II. Champ d’application ratione personae
III. Champ d’application ratione materiae
A. Notion de concentration
B. Seuils de contrôle
IV. Droits spéciaux
A. Presse
B. Audiovisuel
C. Banque
D. Assurances
590
LES FONDAMENTAUX
SECTION 1
Champ d’application
PLAN
Dès lors qu’une opération de concentration produit des effets sur le territoire national,
l’Autorité de la concurrence est compétente pour en connaître, même si elle a son ori-
gine à l’extérieur de ce territoire.
Pour que les règles du droit national s’appliquent, il faut non seulement que l’opération
produise des effets en France, mais également qu’elle réponde aux conditions de seuils
de l’article L. 430-2 du Code de commerce, sans qu’il ait lieu de distinguer selon la na-
tionalité des parties ou leur implantation géographique. Une opération de concentration
entre un établissement public français et un groupe de sociétés italien n’affecte pas la
concurrence sur le territoire français dès lors que leur entreprise commune intervient
uniquement sur des marchés italiens, qu’il n’existe pas de risque de coordination des
sociétés mères sur un marché français dans la mesure où elles ne sont pas présentes
sur les mêmes secteurs d’activité en France, et que des facteurs linguistiques et culturels
distinguent les produits en cause.
Depuis la loi LME, le contrôle des concentrations dans les départements d’outre mer
(Guadeloupe, Martinique, Guyane, La Réunion, Mayotte) et collectivités d’outre mer
(Saint-Pierre-et-Miquelon, Saint-Martin et Saint-Barthélemy), ainsi que dans les îles
Wallis et Futuna, fait l’objet de dispositions particulières, quel que soit le secteur dans
lequel la concentration se réalise. En revanche, le Livre IV du Code de commerce reste
inapplicable à deux collectivités ultramarines, la Nouvelle Calédonie et la Polynésie fran-
çaise, qui se sont dotées de droits de la concurrence locaux.
591
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
Cette définition, identique à celle du droit européen, isole, en se référant au moyen ju-
ridique employé, les formes les plus classiques de la concentration, celles affectant la
structure des entreprises (fusion, fusion-absorption, fusion-scission). L’alternative de la
seconde branche s’attache au résultat de l’opération : l’acquisition du contrôle «direct
ou indirect». Peu importe la forme juridique de l’acquisition. Elle couvre l’apport partiel
d’actif, la prise de participation, voire la location-gérance et serait même susceptible de
viser les formes plus diffuses d’intégration : responsabilité de ducroire, cautionnement
mutuel à l’égard des tiers, contrats de distribution exclusive, de distribution intégrée, de
franchise, de sous-traitance, échange d’administrateurs, groupements d’entreprises... Il
ne semble pas que les obligations «classiques» d’un contrat de franchise soient suscep-
tibles de conférer au franchiseur une influence déterminante sur son franchisé. Il en
va différemment lorsque l’accord de franchise s’accompagne d’une acquisition d’actifs
(fonds de commerce, stocks, locaux) susceptible de donner au franchiseur le contrôle du
franchisé.
Le contrôle est défini largement : il découle des droits, contrats ou autres moyens qui
confèrent, seuls ou conjointement, la possibilité d’exercer une influence déterminante
sur l’activité d’une entreprise (art. L. 430-1, II).
592
LES FONDAMENTAUX
593
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
Pour que la création d’une entreprise commune constitue une concentration, il est né-
cessaire qu’elle remplisse de manière durable toutes les fonctions d’une entité écono-
mique autonome (art. L. 430-1).
594
LES FONDAMENTAUX
4. Restrictions accessoires
A RETENIR
Ainsi, les clauses organisant les relations entre les parties qui ne sont pas directement
595
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
B. Seuils de contrôle
1. Contenu des seuils
a. Fixation d’un seuil en valeur absolue
Après avoir adopté un système de contrôle combinant un seuil traditionnel en valeur
relative, calculé par référence à la part de marché, et un seuil alternatif en valeur absolue,
évalué en fonction du chiffre d’affaires, le droit français des concentrations s’est aligné
sur le droit européen en abandonnant le seuil en part de marché.
A RETENIR
Pour être soumise au contrôle des concentrations, l’opération doit satisfaire à trois
conditions :
- l’ensemble des entreprises ou groupes de personnes physiques ou morales parties
à la concentration doit réaliser un chiffre d’affaires total mondial hors taxes supérieur
à 150 millions d’euro ;
- deux au moins des entreprises ou groupes de personnes physiques ou morales
concernés doivent réaliser un chiffre d’affaires total hors taxes en France supérieur à
50 millions d’euro ;
- ne pas entrer dans le champ d’application du règlement européen sur le contrôle des
concentrations (art. L. 430-2 C. com).
L’institution de seuils en valeur absolue apparaît justifiée, non pas tellement parce qu’elle
peut se réclamer de l’exemple européen, mais parce qu’elle répond à un souci d’efficaci-
596
LES FONDAMENTAUX
té. De tels seuils ont notamment été introduits à l’origine pour faciliter le contrôle des
concentrations dans le secteur de la distribution. La Commission de la concurrence ne
soulignait-elle pas, dans son avis du 14 mars 1985 sur les centrales et supercentrales
d’achat, le caractère trop élevé des seuils d’applicabilité du contrôle, rendant celui-ci
inefficace en particulier pour faire face à la concentration de la demande ? De fait, c’est
en partant de la constatation que les grandes entreprises de distribution n’avaient que
de faibles parts de marché sur chaque produit mis en vente, mais tenaient leur puissance
du montant global de leur activité, que le groupe d’experts chargé de la préparation de
l’ordonnance de 1986 avait recommandé la fixation d’un seuil alternatif en valeur abso-
lue. Aujourd’hui, la justification du recours exclusif au critère du chiffre d’affaires est plus
générale : les incertitudes liées à la définition du marché sont ainsi supprimées dans la
phase d’applicabilité et sont cantonnées à la phase d’application. Les limites du contrôle
ressortent plus nettes ; sa qualité n’est pas affectée.
Le nouveau texte, à la différence du droit européen, ne précise pas si le chiffre d’affaires
national retenu est celui réalisé «individuellement» par au moins deux des entreprises
ou groupes concernés. Une interprétation littérale conduirait à considérer que le seuil
pourrait être atteint par addition des chiffres d’affaires d’au moins deux entreprises ou
groupes concernés par l’opération. Une seconde interprétation, plus conforme à l’esprit
de la loi, exigerait au contraire que chacune des deux entreprises ou groupes concernés
réalise un chiffre d’affaires supérieur à 50 millions d’euro.
b. Concentrations dans la distribution
La loi LME du 4 août 2008 a instauré un contrôle des concentrations spécifique au
secteur de la distribution en adaptant les seuils de contrôle. En effet, la concentration
de ce secteur est très forte en France : quatre groupes se partagent 66 % des parts de
marché et cinq groupes occupent 80 % des surfaces de vente, ce qui leur donne un poids
considérable dans les négociations commerciales. La libre négociabilité des conditions
de vente accordée à la distribution par la loi trouve sa contrepartie dans la réduction des
seuils de contrôle des concentrations à un niveau inférieur à ceux du régime général afin
de combattre les monopoles locaux.
A RETENIR
Pour être soumise à l’article L. 430-2 du Code de commerce, l’opération doit avoir lieu
entre au moins deux exploitants d’un ou plusieurs magasins de commerce de détail et
réunir trois conditions :
- l’ensemble des entreprises ou groupes de personnes physiques ou morales parties
à la concentration doit réaliser un chiffre d’affaires mondial hors taxes supérieur à 75
millions d’euro ;
- deux au moins des entreprises ou groupes de personnes physiques ou morales
concernés doivent réaliser un chiffre d’affaires total hors taxes en France supérieur à
15 millions d’euro ;
- l’opération ne tombe pas dans le champ d’application du règlement 139-2004.
597
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
c. Concentrations outre-mer
A RETENIR
Le contrôle des concentrations dans les DOM et dans les COM n’est plus limité aux
seules opérations concernant le commerce de détail à prédominance alimentaire mais
vise désormais toutes les opérations qui remplissent les conditions suivantes :
- l’ensemble des entreprises ou groupes de personnes physiques ou morales parties
à la concentration doit réaliser un chiffre d’affaires mondial hors taxes supérieur à 75
millions d’euro ;
- deux au moins des entreprises ou groupes de personnes physiques ou morales
concernés doivent réaliser un chiffre d’affaires total hors taxes en France supérieur à
15 millions d’euro ou à 5 millions d’euro dans le secteur du commerce de détail, sans
qu’il soit nécessaire que ce seuil soit atteint par l’ensemble des entreprises concer-
nées dans le même département ou la même collectivité territoriale ;
- l’opération ne tombe pas dans le champ d’application du règlement 139-2004.
A RETENIR
598
LES FONDAMENTAUX
599
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
Lorsqu’une entreprise commune est utilisée comme un simple vecteur pour une acquisi-
tion par les sociétés mères, celles-ci doivent être considérées comme entreprises concer-
nées, plutôt que la cible et l’entreprise commune.
A. Presse
A RETENIR
La loi du 1er août 1986 sur le statut juridique de la presse prévoit en son article 11
qu’est «interdite, à peine de nullité, l’acquisition, la prise de contrôle ou la prise en
location-gérance d’une publication quotidienne imprimée d’information politique et
générale lorsque cette opération a pour effet de permettre à une personne physique ou
morale ou à un groupe de personnes physiques ou morales de posséder, de contrôler,
directement ou indirectement, ou d’éditer en location-gérance des publications quoti-
diennes imprimées d’information politique dont le total de la diffusion excède 30 % de
la diffusion sur le territoire national de toutes les publications quotidiennes imprimées
de même nature».
sembler hésitante, était néanmoins claire : le texte spécial, qui répond à un impératif
particulier de protection du pluralisme des courants d’opinion socioculturels, devrait
déroger au texte général. L’ancienneté de l’avis de la Commission de la concurrence, la
vocation généraliste du droit de la concurrence, l’évolution du droit positif vers une ap-
plication concomitante du régime de droit commun et des régimes spéciaux, l’influence
du droit européen et de la doctrine, et l’absence d’intérêt pratique de l’invocation du
régime de la presse compte tenu de la soumission des activités publicitaires des journaux
au droit commun des concentrations, ont finalement eu raison du régime dérogatoire de
la presse.
A RETENIR
Dans son avis du 11 octobre 2005, le Conseil de la concurrence a considéré qu’en l’ab-
sence de dispositions écartant expressément les publications de presse du champ
d’application des articles L. 430-1 et suivants du Code de commerce, l’édition et la
distribution de publications de presse relèvent concomitamment du régime général
des concentrations et des dispositions de la loi du 1er août 1986.
B. Audiovisuel
Pour la communication audiovisuelle, la loi du 1er août 2000 a modifié la rédaction de
l’article 41-4 de la loi du 30 septembre 1986, qui excluait formellement ce secteur du
champ d’application du droit commun des concentrations.
A RETENIR
Depuis la loi NRE, l’alinéa 1er de l’article 41-4 soumet expressément ce secteur au
contrôle des concentrations. La loi LME du 4 août 2008 a changé la rédaction sans en
modifier le sens. Le texte prévoit désormais que «lorsqu’une opération de concentra-
tion concernant, directement ou indirectement, un éditeur ou un distributeur de ser-
vices de radio et de télévision fait l’objet d’un examen approfondi en application du der-
nier alinéa du III de l’article L. 430-5 du Code de commerce, l’Autorité de la concurrence
recueille, avant de se prononcer en application de l’article L. 430-7 du même code,
l’avis du Conseil supérieur de l’audiovisuel.
C. Banque
La soumission du secteur bancaire au contrôle des concentrations avait donné lieu à
d’importantes controverses doctrinales avant la loi NRE. L’Administration considérait
traditionnellement que ce secteur n’échappait pas au contrôle des concentrations. Ainsi,
dans sa méthode d’analyse, la DGCCRF faisait valoir qu’«il y a toutefois lieu de consi-
dérer que le titre V de l’ordonnance de 1986 (actuel Livre IV, Titre III, du Code de
commerce) pourrait s’appliquer aux opérations de concentration concernant les établis-
601
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
sements de crédit, dans la mesure où les règles spéciales édictées par la loi bancaire en
matière de concentrations l’ont été dans un but essentiellement prudentiel, étranger aux
objectifs généraux de maintien de la concurrence poursuivis par l’ordonnance. Ces règles
spéciales s’ajoutent donc aux règles de droit commun du titre V, mais ne peuvent être
considérées comme y dérogeant ou s’y substituant». Tout en se réservant la faculté d’agir,
l’Administration ne semble cependant jamais être intervenue à l’occasion d’une concen-
tration bancaire, alors que le nombre de concentrations dans ce secteur a été particuliè-
rement important. L’adoption de la loi NRE n’a pas mis fin aux divergences d’interpréta-
tion, puisqu’elle ne comporte aucune disposition propre au contrôle des concentrations
dans le secteur bancaire. La discussion trouve sa source dans l’apparente contradiction
entre deux textes. L’article L. 410-1 du Code de commerce prévoit que les règles défi-
nies au livre IV s’appliquaient à toutes les activités de production, de distribution et de
services, d’où une possible soumission du secteur bancaire au contrôle des concentra-
tions de droit commun. L’article L. 511-4 du Code monétaire et financier disposait en
revanche que les articles L. 420-1 à L. 420-4 du Code de commerce s’appliquent aux
établissements de crédit pour les opérations de banque et leurs opérations connexes.
L’absence de référence aux règles relatives aux concentrations paraissait ainsi soustraire
les activités bancaires à ce contrôle en droit français, alors que le droit européen leur est
indiscutablement applicable. Cette interprétation a reçu l’aval du Conseil d’État (Cons.
dEt., 16 mai 2003, LawLex031948) à l’occasion du rapprochement du Crédit Agricole
avec le Crédit Lyonnais. Saisi d’une demande en annulation des conditions posées à la
fusion par le Comité des établissements de crédit et des entreprises d’investissement
(CECEI), aujourd’hui fusionné avec d’autres institutions au sein de l’Autorité de contrôle
prudentiel, qui s’était cru investi d’un pouvoir sectoriel de contrôle des concentrations,
la Haute juridiction a considéré que «les opérations de concentration portant sur des
activités bancaires ne sont pas soumises à l’autorisation préalable du ministre de l’Éco-
nomie». Elle a ajouté que, en dépit de l’habilitation donnée par le législateur au CECEI
pour assurer le bon fonctionnement du système bancaire, cet organisme ne dispose pas
d’une compétence générale pour procéder à un contrôle des concentrations, mais doit se
borner à vérifier que l’opération en cause n’est pas contraire à l’article L. 420-2 du Code
de commerce, qui interdit l’exploitation abusive d’une position dominante, et non sa
création ou son renforcement. Le secteur bancaire n’était ainsi soumis à aucun contrôle
des concentrations lorsque l’opération en cause n’était pas de dimension européenne.
A RETENIR
À la suite de cette affaire, le législateur avait modifié l’article L. 511-4 du Code mo-
nétaire et financier dont les dispositions ont, à la suite de l’intégration du CECEI au
sein de l’Autorité de contrôle prudentiel, basculé à l’article L. 612-22 du Code moné-
taire et financier et qui oblige l’Autorité de la concurrence à recueillir l’avis de l’Autorité
de contrôle prudentiel avant de se prononcer dans le cadre de l’examen approfondi
sur une opération de concentration concernant le secteur bancaire. Le contrôle des
concentrations bancaires relève donc de la compétence des autorités de concurrence
comme pour les autres secteurs.
602
LES FONDAMENTAUX
D. Assurances
La loi LME a introduit dans le Code des assurances des dispositions relatives au contrôle
des concentrations dans ce secteur. L’article L. 413-2 dispose ainsi que «lorsqu’une opé-
ration de concentration concernant, directement ou indirectement, une entreprise visée
aux articles L. 310-1 ou L. 310-1-1 fait l’objet d’un examen approfondi en applica-
tion du dernier alinéa du III de l’article L. 430-5 du Code de commerce, l’Autorité de
la concurrence recueille, avant de se prononcer en application de l’article L. 430-7 du
même code, l’avis du Comité des entreprises d’assurance.
A RETENIR
L’avis du Comité est rendu public dans les conditions fixées par l’article L. 430-10 du
Code de commerce». Ces dispositions ont été basculées à l’article L. 612-22 du Code
monétaire et financier, qui concerne toutes les personnes soumises au contrôle de l’Au-
torité de contrôle prudentiel.
603
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
SECTION 1
Analyse concurrentielle
I. Marché concerné
A. Principes
B. Marché de produits ou de services
C. Marché géographique
II. Effets non-coordonnés
A. Périmètre
B. Concentrations horizontales
C. Concentrations non-horizontales
III. Effets coordonnés / Position dominante collective
IV. Effets compensateurs
V. Théorie de l’entreprise défaillante
SECTION 2
Contribution suffisante au progrès économique / Gains d’efficacité
I. Compétence exclusive de l’Autorité de la concurrence.
II. Bilan économique
SECTION 3
Motifs d’intérêt général
SECTION 4
Mesures correctives
I. Engagements structurels
II. Engagements comportementaux
SECTION 5
Interdiction de l’opération ou déconcentration
604
LES FONDAMENTAUX
SECTION 1
Analyse concurrentielle
L’Autorité de la concurrence a défini une méthode d’appréciation de la restriction de
concurrence. Pour apprécier la potentialité d’atteinte à la concurrence associée à une
opération donnée, elle prend en considération, outre la part de marché de l’ensemble
constitué à l’occasion de la concentration, les parts de marché des autres opérateurs sur
le marché national et d’autres variables telles que la capacité des importations à concur-
rencer les produits domestiques, les éventuelles difficultés d’approvisionnement en ma-
tières premières ou en facteurs de production, l’importance des économies d’échelle,
l’ampleur de l’investissement nécessaire pour pénétrer ou se maintenir sur le marché,
ou encore l’existence de brevets de fabrication protégeant les entreprises parties à la
concentration. A la suite de l’abondant contentieux né du mouvement de concentration
dans la grande distribution, l’article L. 430-6 a précisé que la restriction de concurrence
peut non seulement résulter de la création ou du renforcement d’une position domi-
nante, mais également d’une puissance d’achat plaçant les fournisseurs en situation de
dépendance économique.
En de rares occasions, la méthode traditionnelle a été abandonnée en faveur d’une appré-
hension directe des «effets unilatéraux», c’est-à-dire de l’ensemble des pertes de bien-être
(en termes d’augmentation de prix ou de diminution des quantités produites) entraîné
par une concentration, compte tenu de la réaction prévisible des seuls concurrents prin-
cipaux des participants à l’opération. Pour évaluer la vraisemblance d’un risque d’effet
unilatéral, l’Autorité de la concurrence exige en général une proximité concurrentielle
des entreprises concernées par l’opération et tient compte des marges unitaires sur coûts
variables de l’entreprise partie à la fusion vers laquelle se reporterait une fraction de la
demande à la suite de la hausse des prix initiée par l’autre partie. L’Autorité peut quanti-
fier le niveau de pression concurrentielle qu’exerce un produit vendu par l’une des parties
à la fusion sur un produit vendu par une autre partie, en estimant le ratio de diversion
au premier produit vers le second. Plus ce ratio est élevé, plus le risque d’effet unilatéral
605
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
est fort. Une concentration est susceptible d’entraîner des effets unilatéraux, même si les
parties à l’opération ne sont pas les concurrents les plus proches sur le marché considéré,
dès lors qu’elles sont des concurrents suffisamment proches - ce que démontre le taux
significatif de report mutuel de la clientèle en cas de hausse des prix - pour constituer
réciproquement une source importante de pression concurrentielle qui sera éliminée par
la concentration.
L’Autorité liste dans ses lignes directrices plusieurs tests quantitatifs - tests «UPP»
(«Upward Pricing Pressure»), «GUPPI» («Gross Upward Pricing Pressure Index») et «IPR»
(«Illustrative Price Rise») - qui permettent une première évaluation du risque d’effet uni-
latéral qu’entraîne une concentration, sans qu’il soit nécessaire de définir le marché per-
tinent. Les GUPPI sont généralement issus de l’estimation économétrique des ratios de
diversion, mais sont aussi parfois évalués à partir des ratios calculés après sondages : on
parle alors de «GUPPI comportementaux». Selon l’Autorité, les GUPPI économétriques
font apparaître davantage de préoccupations de concurrence que les GUPPI comporte-
mentaux. Un indice GUPPI supérieur à 5 % suggère une incitation de la nouvelle entité à
augmenter ses prix, qui résulte de l’internalisation au sein du nouvel ensemble de reports
de la clientèle vers la cible en cas d’augmentation des prix par l’acquéreur, ou inverse-
ment, vers l’acquéreur en cas d’augmentation des prix par la cible.
Aux fins de l’analyse des effets unilatéraux d’une concentration réalisée sur un marché
d’appel d’offres, une forte part de marché ne sera pas considérée comme un indicateur
fiable de pouvoir de marché lorsque le mécanisme d’appel d’offres considéré s’inscrit
dans un environnement vérifiant les conditions cumulatives suivantes : 1) un seul of-
freur emporte la totalité du contrat pour lequel il y a mise en concurrence ; 2) la taille
du contrat représente un enjeu significatif pour les entreprises participantes ; 3) lors de
l’appel d’offres, la probabilité de succès est indépendante du résultat des appels d’offres
passés lancés pour le réseau considéré ou d’autres réseaux ; 4) il n’existe pas de barrière
à l’entrée sur le marché considéré.
A RETENIR
À l’instar de la Commission européenne, elle estime qu’il est peu probable qu’une concen-
tration horizontale soulève des questions de concurrence sur un marché dont l’IHH est
inférieur à 1000 ou compris entre 1000 ou 2000 avec un delta inférieur à 250, ou
supérieur à 2000 avec un delta inférieur à 150. L’Autorité, à l’instar de Commission,
réserve cependant une série de cas dans lesquels l’opération, même en deçà des seuils,
peut porter atteinte à la concurrence.
606
LES FONDAMENTAUX
EXEMPLES
PLAN
607
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
I. Marché concerné
PLAN
A. Principes
1. Relativité du marché
A RETENIR
Dans le cadre du contrôle des concentrations, la délimitation du marché revêt une cer-
taine spécificité car l’analyse y est prospective et non rétroactive. En outre, la dimen-
sion du marché peut rester indéfinie lorsque, même sur la base de la délimitation la
plus étroite, l’opération n’est pas de nature à produire des effets anticoncurrentiels.
Tel est le cas lorsque la part de marché de la nouvelle entité à l’issue de la concentration
est très faible tant sur un marché général que sur un marché segmenté, qu’il soit natio-
nal ou européen, ou qu’il n’existe entre les parties ni chevauchement d’activités, ni liens
verticaux.
608
LES FONDAMENTAUX
Pour que deux produits ou services soient substituables, il faut que les conditions de leur
offre soient équivalentes et que le passage de la clientèle de l’un à l’autre soit effective-
ment possible. Il existe ainsi un marché unique de la collecte des oléagineux, des protéa-
gineux et des céréales, dès lors que les silos de collecte peuvent indifféremment stocker
tous types de grains, alors même que certains produits nécessitent des infrastructures
spécifiques qu’au demeurant la majorité des entreprises collectrices possèdent déjà. En
revanche, le marché des petites annonces immobilières en ligne n’inclut pas les locations
saisonnières qui demandent un savoir-faire concernant la gestion des dates de dispo-
nibilité et des fonctionnalités ou des services renforçant la confiance des utilisateurs
(réservation, paiement en ligne avec séquestre, annonce et annonceur vérifiés) et font
généralement intervenir des annonceurs spécifiques et des portails spécialisés.
5. Dimensions du marché
Les principes généraux gouvernant la définition du marché pertinent sont applicables en
droit des concentrations.
Dans ses lignes directrices de 2009, l’Autorité de la concurrence soulignait que le carac-
tère biface (two-sided) de certains marchés doit être pris en considération soit lors de la
délimitation du marché soit lors de l’analyse des effets de l’opération concernée. L’exa-
men d’un marché biface peut être mené en définissant un marché unique avec ses deux
faces indissociables ou en analysant les deux faces distinctes comme deux marchés liés.
Un marché biface, qui met en relation deux groupes d’agents ayant des gains potentiels à
interagir, existe lorsqu’une plateforme, ou un intermédiaire, rend possible, ou facilite, les
transactions en réduisant leurs coûts et que cette activité engendre des effets de réseau
609
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
croisés (ou externalités indirectes), le bénéfice ou l’utilité que retire un agent d’un groupe
déterminé dépendant du nombre d’agents de l’autre groupe. Au stade de la délimitation
du marché, le concept de marché biface permet de tenir compte dans le secteur des mé-
dias, des interactions avec le marché de la publicité. En effet, sans lectorat, le marché des
publicités commerciales n’existerait pas et sans petites annonces, le lectorat serait privé
d’existence. Il en est de même pour le marché de la téléphonie mobile où l’on constate
des interactions entre, d’une part, le niveau des terminaisons d’appel et l’intensité de la
concurrence sur la subvention des terminaux et, d’autre part, le prix des abonnements et
celui des communications.
Le marché de produits concerné inclut les biens et services identiques et les produits
substituables. La mesure de la substituabilité des produits, qui s’effectue principale-
ment du point de vue de la demande, tient compte de leur nature, de leurs conditions
d’utilisation et de commercialisation.
611
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
2. Conditions d’utilisation
A RETENIR
Ainsi, dans le secteur des canalisations, il existe un marché des tubes en PVC et un mar-
ché des tubes en polyéthylène faiblement substituable en raison de l’usage des maîtres
d’ouvrage, qui, dans la quasi totalité des marchés, précisent le matériau souhaité. De
même, la consommation hors foyer constitue un marché distinct de celui de la consom-
mation à domicile dès lors qu’elle procède d’une démarche différente du consomma-
teur qui achète pour consommer immédiatement les boissons acquises dans le circuit
hors foyer alors que les boissons achetées dans le circuit alimentaire font l’objet d’une
consommation différée. Pour les ménages à proximité d’un hypermarché situé en centre-
ville utilisant ce type de commerce comme un commerce de proximité, il existe une
certaine concurrence entre le commerce de proximité et les autres formes de commerce.
En revanche, un petit commerce de détail de moins de 400 m² situé le long d’une route
départementale passante difficilement accessible à pied ne se trouve pas en concurrence
avec les commerces d’alimentation générale de proximité dès lors qu’il n’est pas suscep-
tible d’être attractif pour une clientèle souhaitant se rendre à pied dans un point de vente
proche pour y effectuer des achats de faible montant. Malgré des différences techniques
et de prix, des produits peuvent cependant être regroupés au sein du même marché en
raison de l’évolution de la demande et des préférences des consommateurs qui montre
un essor de l’utilisation de l’un ayant conduit à un déclin de l’autre et une atténuation
des différences techniques entre eux.
612
LES FONDAMENTAUX
3. Méthode de commercialisation
A RETENIR
Le marché de la bière destinée aux cafés, hôtels et restaurants doit ainsi être distingué
de celui de la bière destinée à la distribution alimentaire en raison des systèmes de dis-
tribution spécifiques et des installations spéciales auxquels il recourt. De même, le coton
format, le coton en vrac et les pansements constituent des marchés distincts, selon qu’ils
sont distribués par des pharmacies ou des grandes ou moyennes surfaces. Cependant,
lorsque les services fournis aux consommateur sont analogues, quelle que soit la mé-
thode de commercialisation utilisée, cette dernière ne suffit pas à délimiter un marché
pertinent. L’autorité de concurrence a ainsi retenu que si, de manière générale, la location
d’un bien n’est pas nécessairement concurrente de sa vente, il y a lieu de considérer que
la vente et la location de téléviseurs sont bien des formules alternatives et substituables
de commercialisation car les services fournis aux consommateurs par l’intermédiaire de
la vente et de la location de téléviseurs sont très comparables, même s’ils présentent
quelques différences aux yeux des consommateurs.
C. Marché géographique
1. Critères
A RETENIR
La zone de chalandise d’un aéroport régional correspond ainsi à un rayon de 100 km, le
marché géographique étant défini en fonction de la taille et de la densité de la population,
du niveau de richesse et du tissu économique et industriel autour de cette infrastructure.
La délimitation géographique du marché peut aussi être la conséquence d’une contrainte
technique, d’une réglementation administrative, du coût de transport, du temps néces-
saire pour accéder au site en cause, de la nature même du produit concerné ou de la
structure de l’offre ou de la demande. Le marché de l’hébergement aux personnes âgées
hors région parisienne revêt une dimension départementale dès lors que le choix de
l’établissement est principalement conditionné par sa proximité avec le domicile de la
personne concernée ou du référent familial. La zone de chalandise des magasins en zone
sous douane peut être limitée à l’aéroport ou à chaque terminal lorsque la configuration
des lieux interdit la circulation entre aérogares.
A RETENIR
613
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
Dans le cas de la grande distribution, il faut distinguer le marché amont des relations
fournisseur/distributeur qui est, selon les types de magasins et les produits, régional ou
national, du marché aval de la vente au détail des biens de consommation, qui est lo-
cal, chaque zone de chalandise étant définie en fonction du temps de déplacement des
clients, compte tenu du lieu d’habitation, de la taille du point de vente, des infrastruc-
tures commerciales, des voies de communication et de la qualité de leur desserte. Des
regroupements des zones de chalandise peuvent être opérés en cas de superposition
de zones. En cas de chevauchements significatifs de zones de chalandise, il est donc pos-
sible d’examiner les effets de la concentration sur l’ensemble de ces zones, en sus d’une
analyse zone par zone. Procédant généralement selon la méthode dite «des empreintes
réelles», l’Autorité délimite alors un marché local sur la base du comportement réel des
consommateurs sur une zone donnée grâce aux informations collectées par les points de
vente sur la localisation de leurs clients et limite généralement le marché à la zone qui
regroupe 80 % du chiffre d’affaires ou 80 % des clients du magasin, le pourcentage de
consommateurs non retenu étant assimilé à une clientèle ponctuelle non significative.
L’Autorité pondère parfois la méthode des empreintes réelles compte tenu des modalités
du système de distribution concerné. Dans la décision Darty/Fnac, l’Autorité a même
complètement écarté la méthode des empreintes réelles, calculées à partir du domicile
des acheteurs, pour la détermination des zones de chalandise dans Paris intra-muros,
dès lors que de nombreux clients parisiens effectuent leurs achats à proximité de leur
travail et non de leur domicile et que la capitale constitue une zone de loisirs attractive
pour de nombreux franciliens et touristes qui réalisent leurs achats en produits bruns
et blancs loin de leur domicile. Plus généralement, dans le secteur de la distribution au
détail, lorsque les ventes en ligne sont intégrées à un marché global, les autorités de la
concurrence mènent l’analyse concurrentielle sur la zone de chalandise de chaque point
de vente tout en tenant compte des stratégies et des positions des différents acteurs au
niveau national dès lors que le consommateur arbitre sa décision d’achat sur la base des
alternatives qui lui sont géographiquement accessibles, en mettant en concurrence l’offre
(gamme, services, tarifs, etc.) des magasins situés généralement à proximité de son domi-
cile et celle des opérateurs de vente en ligne.
La dimension du marché peut également varier selon qu’il existe ou non des barrières
linguistiques : leur importance tend à conférer à internet ou aux marchés des services
informatiques une dimension nationale, alors que le marché des jeux vidéo pour mobiles
est européen en raison de leur faiblesse.
2. Étendue
A RETENIR
Bien que la loi ne le précise pas à propos des concentrations, la position dominante peut
être constatée sur un marché géographique infranational puisque le droit de la domina-
tion envisage expressément cette hypothèse. Un marché régional, ou même purement lo-
614
LES FONDAMENTAUX
cal, est susceptible de constituer une partie substantielle du marché national, le caractère
substantiel d’un sous-marché géographique se déduisant de son importance économique
par rapport au marché national pris dans son ensemble. Parfois, les autorités de contrôle
dépassent le cadre national pour retenir le marché européen ou même mondial.
Enfin, compte tenu des évolutions d’un secteur, l’Autorité peut être amenée à redéfinir
l’étendue du marché géographique. Dans la décision Emil Frey (ex PGA)/Fiber (Aut.
conc., 12 mars 2019, 19-DCC-42, LawLex19415), elle a révisé sa méthode d’apprécia-
tion des concentrations mises en œuvre dans le secteur de la distribution automobile :
si une délimitation locale de ces marchés se justifie toujours car la proximité demeure
le critère le plus important pour l’achat d’un véhicule, qu’il soit neuf ou d’occasion, no-
tamment dans la perspective des services après-vente (prise en garantie, entretien, répa-
ration, …), l’Autorité considère désormais que la position concurrentielle des parties doit
être déterminée à partir de la zone locale de chalandise et non plus à l’échelle du dépar-
tement, comme auparavant, pour rendre compte du comportement réel des acheteurs.
Pour chaque marché local de la distribution, l’Autorité adopte ainsi une délimitation
géographique par zones de chalandise comprises entre 30 et 60 minutes, selon le temps
de trajet que les consommateurs sont prêts à parcourir pour acquérir un véhicule.
A. Périmètre
A RETENIR
L’évaluation des effets anticoncurrentiels d’une opération peut ainsi porter sur les activi-
tés des sociétés dont la participation dans le capital de la société acquéreuse est de nature
à leur conférer une influence déterminante sur les décisions stratégiques de celle-ci, ou
sur celles des succursales et des magasins exploités en franchise lorsque l’acquéreur est
un groupe de distribution. Dans ce dernier cas, l’autonomie de la politique commerciale
par rapport à la tête de réseau et au groupe correspondant constitue un critère détermi-
nant de l’analyse : en cas d’indépendance de comportement, les succursales ou magasins
franchisés sont susceptibles de constituer un contrepoids concurrentiel tandis que le
défaut d’autonomie permet au contraire de les englober dans l’activité concernée par
l’opération de concentration.
L’analyse se limite aux seules participations détenues par la société de gestion et ne
s’étend pas à celles contrôlées par l’ensemble du groupe, lorsqu’il s’agit d’un fonds d’in-
vestissement captif. Toutefois, il peut, de manière exceptionnelle, être dérogé à cette règle,
lorsque l’un des investisseurs du fonds détient la capacité d’exercer une influence déter-
615
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
B. Concentrations horizontales
1. Notion
A RETENIR
Par concentrations horizontales, il faut entendre les opérations réalisées entre des
concurrents existants ou potentiels sur le même marché. Ces concentrations portent
atteinte à la concurrence car elles augmentent le pouvoir de marché des entreprises
qui les réalisent, c’est-à-dire leur pouvoir d’augmenter les prix en diminuant les quan-
tités produites.
spécifiques de fixation des prix sur les marchés concernés, et notamment de l’existence
de tarifications régulées.
De telles opérations ne sont souvent autorisées que sous réserve d’engagements qui ont
pour objet de limiter leurs effets sur les prix ou sur les conditions d’accès au marché
concerné.
Le pouvoir de marché de la nouvelle entité issue de la concentration variera en fonction
des parts de marché cumulées des parties à l’opération et de la structure du marché sur
lequel celle-ci se réalise.
A RETENIR
A RETENIR
Il est peu probable, selon l’Autorité de la concurrence, que la concurrence soit res-
treinte lorsque la part de marché de la nouvelle entité est inférieure à 25 %.
617
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
Ainsi, la détention par le nouvel ensemble d’une part de marché comprise entre 0 à 30
% n’est pas de nature à restreindre la concurrence en l’absence de barrières à l’entrée, en
cas de détention de parts de marché supérieures par les autres entreprises du marché ou
lorsque la part de marché est trop modeste et le marché très concurrentiel et en pleine
croissance, malgré des barrières financières à l’entrée. A fortiori, la concentration n’est
pas susceptible de produire un effet anticoncurrentiel en l’absence de chevauchement ou
d’addition de parts de marché.
L’Autorité de la concurrence prend en considération les parts de marché les plus récentes,
mais peut se référer aux parts de marché détenues au cours des deux dernières années
si elles ont fortement évolué. Elle analyse les parts de marché en valeur et en volume
en s’appuyant sur les données fournies par les parties dans le dossier de notification.
L’Autorité a ainsi précisé que si dans le secteur du commerce de détail, les autorités de
concurrence analysent fréquemment la position des parties à une concentration par le
biais de parts de marché calculées en surface, une appréciation des parts de marché en
valeur, qui permet d’inclure la pression concurrentielle des opérateurs en ligne, apparaît
plus pertinente dans le secteur de la distribution des produits électroniques. Pour le
calcul des parts de marché dans ce secteur, il y a lieu d’utiliser la méthode standard qui
consiste à délimiter une zone de chalandise autour de chaque magasin cible et à prendre
en compte les concurrents à l’intérieur de cette zone, plutôt que la méthode géométrique
qui attribue un «poids concurrentiel» différent à un magasin en fonction de sa distance
par rapport au magasin cible et conduit fréquemment à minorer les parts de marché
des parties. L’Autorité considère par ailleurs que lorsque le calcul des parts de marché
fondé uniquement sur le nombre de points de vente ne reflète pas de manière adéquate
la configuration des marchés dans un secteur, cette approche doit être pondérée par la
prise en considération des spécificités du modèle de distribution concerné (positionne-
ment concurrentiel «low cost» ou «premium» des offres, date d’entrée sur le marché, place
accordée à l’activité de distribution dans les points de vente, largeur de la gamme, etc).
Dans ce secteur, elle estime également que, compte tenu de l’intégration des ventes en
ligne dans l’analyse concurrentielle locale, si la part de marché de la nouvelle entité est
inférieure à 25 %, tout risque d’atteinte à la concurrence peut être écarté sans qu’il soit
nécessaire de mener une analyse concurrentielle plus détaillée, alors que si elle est com-
prise entre 25 % et 50 %, une analyse de la structure concurrentielle locale s’impose, tout
risque d’atteinte à la concurrence pouvant être écarté dans les zones où la nouvelle entité
fait face à la concurrence d’au moins deux grandes surfaces spécialisées de dimension
nationale. Cette méthode, adoptée pour la première fois dans la décision Darty/Fnac, a
également été appliquée au secteur de la distribution au détail du jouet.
Dans le secteur de la distribution automobile, l’Autorité a récemment aligné sa pratique
décisionnelle sur celle qu’elle retient en matière de contrôle des concentrations dans la
distribution alimentaire ou d’autres produits de consommation, en adoptant une défi-
nition du marché géographique qui substitue le critère de la zone de chalandise à partir
d’un temps de trajet au département et en évaluant les parts de marché des parties à la
concentration à partir du nombre de points de vente détenus par zone de chalandise au
lieu du nombre d’immatriculations enregistrées dans le département.
618
LES FONDAMENTAUX
3. Structure du marché
La nature de la concurrence qui s’exerce sur le marché concerné constitue un critère
essentiel de l’analyse des effets non coordonnés d’une concentration. Des effets horizon-
taux significatifs peuvent ainsi résulter de la proximité des offres des parties.
A RETENIR
L’opération qui fait disparaître deux maveriks, c’est-à-dire des acteurs qui ont significa-
tivement contribué à animer la concurrence sur le marché concerné, tout en permettant
d’amorcer une dynamique conduisant à un affaiblissement de la concurrence, présente
des risques anticoncurrentiels. Il est parfois tenu compte de l’existence d’un éventuel
effet de groupe, c’est-à-dire de restrictions de concurrence qui trouvent leur cause dans
le fait que différentes entreprises appartiennent au même groupe de sociétés.
L’Autorité de la concurrence évalue également la capacité des concurrents actuels à réagir
à la situation née de la concentration et leur intérêt à le faire. Elle détermine si les bar-
rières à l’entrée sur le marché considéré ne sont pas d’un niveau tel qu’elles interdisent
toute action concurrentielle efficace de la part des concurrents actuels ou potentiels des
entreprises parties à l’opération de concentration. La détention de brevets ou de marques
notoires, d’une certaine expérience ou «learning by doing», d’un savoir-faire spécifique,
d’une certification de qualité, le bénéfice d’un accès privilégié aux linéaires, l’intégration
verticale, la présence d’accords d’exclusivité ou de contrats de longue durée, l’avance
technologique, les investissements de capacité ou publicitaires, la puissance financière ou
commerciale, les économies d’échelle ou les éventuels effets de gamme, de portefeuille,
de réseau, d’expérience et de signalement, constituent autant d’avantages qui rendent
la pénétration de concurrents plus difficile. Indépendamment des avantages qui bénéfi-
cient aux parties à l’opération, les autorités de contrôle tiennent compte des facteurs de
nature à amplifier son impact anticoncurrentiel. Il en est ainsi de l’existence de barrières
réglementaires, de ressources ou capacités limitées, de la faible élasticité de l’offre ou de
la demande, de la stagnation ou de la maturité du marché, de l’homogénéité des produits
concernés. La constatation de l’absence d’entrée ne suffit pas à établir l’existence de
barrières à l’entrée, pas plus que l’existence de telles entrées ne suffit à établir l’absence
de barrières.
Lorsqu’elle implique des groupes aux activités multiples, une même concentration peut
produire des effets à la fois horizontaux, verticaux et/ou congloméraux. L’Autorité a ré-
cemment relevé que même si les effets de levier, c’est-à-dire la possibilité pour une
entreprise d’exploiter la forte position qu’elle détient sur un produit pour développer
les ventes d’autres produits, sont essentiellement analysés par les autorités de concur-
rence lorsqu’il s’agit de produits appartenant à des marchés différents et dans le cadre de
concentrations conglomérales, le même type d’effet peut être constaté au sein d’un même
marché, notamment lorsqu’une entreprise est en mesure de s’appuyer sur la détention
d’une marque incontournable pour développer les ventes d’autres marques au sein d’un
619
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
même marché de produits. Une concentration intervenant sur un premier marché peut
ainsi produire un effet de levier ou de spirale sur un second, situé en amont ou en aval,
dès lors que les deux marchés sont étroitement interconnectés (marché de la distribution
et de l’approvisionnement, marché de la publicité télévisée, de la production et de la
diffusion télévisuelle).
Mais l’effet anticoncurrentiel découlant d’une concentration horizontale peut aussi être
appréhendé directement sur le marché affecté. L’existence d’effets de réseau croisés peut
ainsi être constatée sur un même marché lorsque celui-ci revêt la particularité d’être bi-
face : de tels effets peuvent modifier les incitations des parties à pratiquer des hausses de
prix, une hausse de prix sur une face du marché pouvant modifier l’attractivité sur son
autre face.
Selon les lignes directrices relatives au contrôle des concentrations, la dépendance éco-
nomique ne constitue, en soi, une atteinte à la concurrence que si elle entraîne un effet
sur la concurrence sur un marché et, finalement, sur le surplus du consommateur, et non
simplement sur un fournisseur car l’objectif des règles de concurrence ne consiste pas
dans la protection de l’entreprise en tant que telle, qu’elle soit concurrente, cliente ou
fournisseur. Dans le secteur de la grande distribution, l’existence d’un risque de dépen-
dance économique d’un fournisseur à l’égard d’un distributeur suppose que les achats
réalisés par le distributeur représentent une part importante dans le chiffre d’affaires du
fournisseur, que le distributeur bénéficie d’une forte notoriété par rapport au fournisseur
et détienne une part de marché importante sur les marchés aval et que le fournisseur
soit dans l’incapacité de trouver un partenaire alternatif en cas de rupture de la relation
contractuelle. Un tel risque est exclu à l’issue d’une concentration lorsque les marchés
concernés sont des marchés dits «de marque», composés d’un nombre restreint de four-
nisseurs bénéficiant pour la plupart d’une grande notoriété, et dont certains des produits
revêtent un caractère incontournable pour les consommateurs et par conséquent les dis-
tributeurs. En revanche, une concentration qui intervient sur des marchés où l’offre est
beaucoup moins concentrée que la demande, présente un risque de dépendance écono-
mique accru. Il convient dès lors d’identifier le «seuil de menace «au-delà duquel la survie
du fabricant peut être mise en cause, la disparition d’un débouché le plaçant, à plus ou
moins brève échéance, dans une situation financière difficile, voire le poussant à la fail-
lite. Le niveau du seuil de menace, qui n’est pas fixe, mais dépend d’un grand nombre de
paramètres spécifiques selon les secteurs concernés - structure et situation financière des
entreprises, existence et coût d’éventuelles solutions alternatives -, a été fixé à 22 % dans
le secteur de la grande distribution alimentaire. Selon l’Autorité, une concentration n’est
pas de nature à porter atteinte à la concurrence lorsque seule une dizaine de fournisseurs
sur quatre-vingts dépasse le taux de menace et parmi ces dix, seuls quatre jugent défa-
vorables les conséquences de l’opération sur leur activité, trois de ces derniers réalisant
moins de 5 % de chiffre d’affaires avec la cible et le quatrième n’invoquant pas de menace
sur la continuité de ses activités.
620
LES FONDAMENTAUX
C. Concentrations non-horizontales
1. Concentrations verticales
a. Notion
A RETENIR
Une concentration est dite verticale lorsque l’opération concerne des opérateurs situés
à différents niveaux de la chaîne de production.
Il en est ainsi en cas d’acquisition d’un fournisseur ou d’un distributeur qui peut aboutir
pour les concurrents à la suppression d’une source d’approvisionnement ou d’un débou-
ché ou à la création d’un état de dépendance économique.
Les concentrations verticales sont en principe moins nocives pour la concurrence que
les concentrations horizontales : elles n’éliminent pas la concurrence entre les parties et
sont susceptibles de générer des gains d’efficacité. Elles risquent toutefois de produire
des effets négatifs lorsqu’elles rendent l’accès des concurrents au marché de la nouvelle
entité plus difficile par le verrouillage ou la forclusion de ce dernier.
b. Critères d’analyse
A RETENIR
A RETENIR
622
LES FONDAMENTAUX
que grossiste et pour lesquels il existe peu d’alternatives compte tenu des exclusivités de
fait ou de droit dont elle bénéficie déjà.
2. Concentrations conglomérales
a. Notion
A RETENIR
Comme pour les concentrations verticales, il est peu probable qu’une concentration
conglomérale produise un effet anticoncurrentiel en deçà de 30 % de part de marché et
d’un IHH à l’issue de l’opération inférieur à 2000.
623
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
concurrents ne sont pas à même de proposer une gamme complète et que la détention
de celle-ci est un argument de vente déterminant pour la clientèle. Une opération de
concentration peut être interdite même lorsqu’elle ne se traduit pas par une addition si-
gnificative de parts de marché, lorsqu’elle permet à l’acquéreur d’ajouter à un portefeuille
de marques, qui en comporte déjà, une autre marque notoire ou incontournable. L’im-
pact de l’effet de portefeuille ou de gamme dépend des conditions du marché, et notam-
ment de l’importance relative des marques et portefeuilles concurrents : l’élargissement
d’une gamme ne présente ainsi aucun risque pour la concurrence lorsqu’elle n’est pas
de nature à modifier les pratiques commerciales de négociation sur le marché concerné.
Ainsi, une concentration n’est pas de nature à porter atteinte à la concurrence lorsque
la partie notifiante commercialise d’ores et déjà l’ensemble des gammes de produits en
volaille et qu’elle n’implique pas l’acquisition ni d’une marque notoire, ni d’un brevet, ni
d’un savoir-faire spécifique, ni de compléments à une gamme de produits.
Un effet de couplage peut revêtir différentes formes : ventes groupées techniques, fon-
dées sur une interopérabilité exclusive des produits entre eux ; ventes groupées mixtes
(mixed bundling) autorisant l’achat séparé, mais à un prix supérieur à celui de l’achat
groupé ; ventes groupées pures (pure bundling) consistant en une offre simultanée des
produits dans une proportion fixe. L’analyse d’un risque d’effet de couplage s’effectue en
trois temps : l’Autorité recherche d’abord (1) si la nouvelle entité a la capacité d’évincer
ses concurrents, puis, (2) si elle a un intérêt économique à le faire et enfin, (3) si une stra-
tégie de verrouillage du marché aurait une incidence négative sur la concurrence portant
préjudice aux consommateurs. La crédibilité d’un scénario de ventes liées doit s’examiner
notamment sur la base des comportements passés qui illustrent l’intérêt des entreprises
concernées pour de telles offres.
Un tel risque est écarté lorsque la politique de couplage susceptible de résulter de la dé-
tention d’une gamme étendue de produits est inenvisageable s’agissant de produits pro-
posés à des prix distincts, ne visant pas la même clientèle et dont les conditions commer-
ciales et les modes de commercialisation obéissent à des logiques différentes ou lorsque
la nouvelle entité dispose d’une position faible sur chacun des marchés concernés où ses
concurrents proposent déjà une gamme de services équivalents. Il en va de même lorsque
les partenaires commerciaux de l’entité issue de la concentration disposent d’un impor-
tant pouvoir de négociation ou que, sur le marché en cause, il n’est pas nécessaire de
disposer d’une gamme de produits étendue pour être compétitif, plusieurs concurrents
étant en mesure de répliquer une éventuelle stratégie d’offres groupées de la nouvelle
entité. Il est également peu probable que la nouvelle entité coure le risque de perdre des
ventes sur un marché très rentable pour développer celles-ci sur un marché peu rentable.
624
LES FONDAMENTAUX
sont toujours efforcées de renforcer ces indices par la constatation de liens structurels
ou collusifs entre les entreprises avant de conclure à l’existence d’une situation de domi-
nation collective. Toutefois, l’évolution de la jurisprudence relative à l’abus de position
dominante annonce peut-être des changements à venir dans le domaine des concentra-
tions.
A RETENIR
Dans ses lignes directrices, l’Autorité de la concurrence reprend les critères de l’arrêt
Airtours pour apprécier les effets coordonnés. Elle se réfère également à l’arrêt Impala
(CJCE, 10 juill. 2008, aff. C-413-06P, LawLex081117) dans lequel la Cour de justice re-
tient que «la probabilité d’une coordination tacite est plus forte si les concurrents peuvent
facilement parvenir à une perception commune de la manière dont doit fonctionner la
coordination, notamment des paramètres susceptibles de faire l’objet de la coordination
envisagée». Pour apprécier si une opération de concentration présente un risque d’effets
coordonnés, il y a lieu de s’interroger, dans le cadre d’une analyse prospective du marché
pertinent, sur leur probabilité, en appréhendant, sans s’en tenir à l’application de chacun
des trois critères (conditions de détection, de dissuasion et de non-contestation) pris
isolément, le mécanisme économique global d’une éventuelle coordination.
La probabilité de voir émerger une compréhension mutuelle du mécanisme de coordina-
tion est d’autant plus grande que le marché est stable et peu complexe. Pour analyser les
effets coordonnés, l’Autorité tient ainsi compte du nombre d’opérateurs sur le marché,
de la symétrie des entreprises, de l’homogénéité du produit, de la stabilité de la demande
et de l’importance de l’innovation. La complexité et l’instabilité de l’environnement éco-
nomique peuvent cependant être dépassées lorsqu’il existe des liens structurels ou des
règles de tarification communes entre les entreprises, ou lorsqu’elles ont accès aux don-
nées du marché.
Pour que la coordination soit efficace, les entreprises doivent être en mesure de surveiller
le fonctionnement du marché. La coordination ne peut avoir lieu que si le marché est
suffisamment transparent. L’Autorité évalue la transparence du marché compte tenu de
l’homogénéité des produits, de la possibilité d’accéder aux données du marché relatives
à l’évolution de la demande et aux prix, de l’existence de liens structurels susceptibles de
faciliter l’échange d’informations ou d’une clientèle réduite permettant la transmission
des informations d’un concurrent à l’autre.
625
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
La stabilité de la coordination n’est assurée que si les entreprises peuvent exercer des
mesures de représailles en cas de comportement déviant de la ligne d’action commune.
Le pouvoir dissuasif d’éventuelles mesures de rétorsion est fonction de l’importance de
la capacité de production des oligopoleurs, de l’existence de contact multi-marchés, et de
la fréquence des transactions.
Enfin, la coordination n’est profitable qu’à la condition de ne pouvoir être contestée
par des concurrents actuels ou potentiels ou par les clients. La stabilité de la coordina-
tion peut être remise en cause par la présence d’une frange concurrentielle (maverick
ou franc-tireur), l’entrée sur le marché de concurrents potentiels ou l’existence d’une
puissance d’achat compensatrice. L’entité cible ne présente pas les caractéristiques d’un
animateur de la concurrence - ou maverick - dont la disparition pourrait entraîner des
risques d’augmentation des prix dès lors que son comportement concurrentiel résulte
d’une anticipation du futur plus pessimiste que les autres acteurs du marché, et non
d’une stratégie de prix agressive.
626
LES FONDAMENTAUX
A RETENIR
La pratique décisionnelle récente des autorités de concurrence semble s’orienter vers une
interprétation très restrictive de la théorie de l’entreprise défaillante qui prend en consi-
dération la capacité de soutien du cédant à sa filiale en vue d’écarter son application.
Cette position s’explique notamment par la crainte de voir le contrôle des concentrations
se réduire à une peau de chagrin compte tenu de la fréquence des situations de difficultés
financières affectant la cible.
SECTION 2
Contribution suffisante au progrès économique / Gains d’efficacité
A RETENIR
627
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
A RETENIR
La théorie des gains d’efficacité est fondée sur l’idée que les effets positifs d’une concen-
tration en termes d’efficacité économique sont, dans certaines hypothèses, suffisants
pour compenser ses effets anticoncurrentiels. Ainsi, une concentration horizontale, bien
qu’elle réduise le nombre d’entreprises présentes sur le marché, et facilite la collusion et
l’interdépendance oligopolistique, permet aussi à l’entreprise initiatrice d’atteindre plus
rapidement une taille optimale et de réaliser des économies d’échelle, lesquelles pourront
ensuite être répercutées sur les consommateurs. Une concentration verticale ou conglo-
mérale, si elle est susceptible d’éliminer des concurrents à chacun des stades du proces-
sus économique et de réduire ou supprimer toute concurrence potentielle, permet aux
parties d’économiser des coûts de transaction et d’améliorer la recherche ou de financer
leurs activités sur des marchés voisins.
Les gains d’efficacité désignent l’ensemble des synergies que la nouvelle entité est en
mesure de réaliser à l’issue de l’opération. Les gains doivent réunir trois conditions cu-
mulatives pour être pris en considération : ils doivent être quantifiables et vérifiables,
628
LES FONDAMENTAUX
SECTION 3
Motifs d’intérêt général
A RETENIR
La France se distingue ainsi du modèle dominant en vigueur dans la plupart des pays
européens, tels que l’Allemagne, notamment.
Ces motifs comprennent notamment «le développement industriel, la compétitivité des
entreprises en cause au regard de la concurrence internationale ou la création ou le
maintien de l’emploi».
Avant l’entrée en vigueur de la loi LME, l’examen de la compétitivité des entreprises au
regard de la concurrence internationale s’effectuait lors de l’évaluation de la contribu-
tion de la concentration au progrès économique. Les autorités de la concurrence ont
notamment estimé qu’une concentration était susceptible d’augmenter la compétitivité
internationale des entreprises participantes parce qu’elle permettait de conserver une ca-
pacité de production assez forte pour assurer des prix compétitifs, parce qu’elle diminuait
les coûts de développement à l’étranger, grâce à une rationalisation des investissements,
ou encore parce qu’elle entraînait l’adhésion d’une entreprise à un groupe internatio-
nal. Elles semblent cependant se montrer d’une sévérité grandissante dans l’appréciation
de la contribution de l’opération à la compétitivité internationale des entreprises. Le
Conseil requérait que le lien entre la concentration et le développement international
des entreprises soit «direct et inéluctable». Dans l’avis Eurocom Carat (Cons. conc. n°
629
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
90-A-10 du 10 juil. 1990, LawLex022037), il a ainsi considéré qu’il n’était pas établi
qu’Eurocom, qui occupe le premier rang sur le marché français de la publicité et le troi-
sième sur celui de l’achat d’espaces, ne puisse assurer son développement international
en dehors du recours à la fusion de son réseau avec Carat en France ; le ministre a au
demeurant approuvé cette condition.
Sous l’empire des textes antérieurs, les autorités de concurrence ont souligné, lorsqu’elles
ont été appelées à se prononcer sur l’objectif de maintien de l’emploi qu’il ne fallait pas
que la création d’emplois se fasse au détriment d’autres entreprises, ni qu’elle puisse être
obtenue sans la concentration.
SECTION 4
Mesures correctives
A RETENIR
Le contrôle des concentrations s’est déplacé sur le terrain des mesures correctives
que l’Autorité de la concurrence ou le ministre de l’Économie peuvent imposer aux en-
treprises, soit par voie d’injonction ou de prescription (conditions et charges), soit, plus
fréquemment, en acceptant leurs engagements. L’opération est approuvée malgré les
risques d’atteinte à la concurrence non compensés par une éventuelle contribution au
progrès économique, mais la décision de compatibilité est conditionnelle.
Pour être acceptés, les engagements doivent être efficaces, non ambigus, rapides à mettre
en œuvre et contrôlables.
Le pouvoir d’imposer ou de susciter des mesures correctives dont dispose l’autorité ad-
ministrative représente un aspect essentiel du contrôle et il est d’autant plus surprenant
qu’il ne soit soumis à aucune limite légale. Le législateur allemand subordonne quant à
lui le pouvoir d’imposer des conditions et charges à la condition «de ne pas soumettre les
entreprises en cause à un contrôle permanent de leur comportement» (GWB art. 24-3).
Tout en affirmant qu’elle était tenue, dans l’exercice de son pouvoir d’injonction, au res-
pect d’un principe de proportionnalité, de protection des intérêts des entreprises et de
contrôlabilité des injonctions ou des engagements, la Direction de la concurrence ajou-
tait qu’»il ne faut toutefois pas exclure que dans certains cas il soit impossible d’éviter de
prononcer des injonctions de comportement» (Méthode d’analyse pour le contrôle des
concentrations, Études DGCCRF, juin 1993). De fait, lorsque le ministre était en charge
du contrôle, la doctrine administrative semblait s’orienter vers un rejet des injonctions
ou engagements de comportement.
Les aménagements les plus fréquemment imposés aux entreprises sont de nature struc-
turelle, mais ils peuvent également être de nature comportementale.
Dans ses nouvelles lignes directrices, l’Autorité de la concurrence précise que «quel que
soit le type de mesure corrective retenue, et sauf en cas de circonstances exceptionnelles,
les engagements doivent prévoir la nomination d’un mandataire indépendant chargé du
suivi de leur mise en oeuvre». Le rôle de ce dernier, les dispositions de nature à garantir
son indépendance vis-à-vis des parties et les modalités selon lesquelles il rend compte
630
LES FONDAMENTAUX
de sa mission à l’Autorité doivent être spécifiés dans les engagements souscrits. L’Au-
torité fournit un modèle de contrat de mandat, prévu plus particulièrement pour les
engagements de cession d’actifs, mais dont les stipulations peuvent être reprises pour les
contrats de mandat conclus dans le cas d’engagements comportementaux.
Quelle que soit la date à laquelle les mesures correctives assortissant une autorisation de
concentration ont été adoptées, l’Autorité de la concurrence est compétente pour se sai-
sir d’office en vue de vérifier l’exécution des injonctions, prescriptions ou engagements
figurant dans des décisions autorisant des opérations de concentration et, en cas de
manquement à ces injonctions, prescriptions ou engagements, prononcer, s’il y a lieu, les
sanctions prévues au IV de l’article L. 430-8 du Code de commerce, et/ou leur substituer
de nouveaux engagements ou injonctions. Eu égard à leur objet qui, outre sa portée pu-
nitive, consiste dans la préservation de l’ordre public économique, ces sanctions doivent
être proportionnées à la gravité des manquements constatés et aux exigences de maintien
ou de rétablissement d’un niveau de concurrence suffisant sur les marchés concernés. Le
non-respect ou le contournement d’un engagement important justifie le prononcé d’une
amende lorsqu’il revêt un caractère particulièrement grave et peut conduire au retrait de
la décision d’autorisation.
I. Engagements structurels
Les mesures structurelles ont pour objet de créer les conditions nécessaires à l’émergence
d’une nouvelle entité concurrentielle ou au renforcement des concurrents existants. Elles
constituent le moyen le plus efficace pour préserver la concurrence sur le marché. Elles
consistent dans la cession ou rétrocession de participations ou d’actifs, la cession devant
porter sur les actifs de nature à résoudre le problème de concurrence posé. L’efficacité
d’une telle mesure suppose que le repreneur potentiel présente toutes les garanties d’in-
dépendance, tant juridique que commerciale, vis-à-vis de la nouvelle entité et qu’il puisse
exercer une pression concurrentielle suffisante sur cette dernière.
EXEMPLES
Une cession d’activités n’est efficace que si l’acquéreur est approprié, c’est-à-dire indé-
pendant des parties et possédant les compétences et la capacité financière adéquates
pour les concurrencer, mais sans que l’acquisition crée de nouvelles atteintes à la concur-
rence. L’identification de l’acquéreur peut se faire selon trois modalités :
631
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
632
LES FONDAMENTAUX
rendre compte à l’autorité de contrôle. Si les rapports établis par le mandataire sont de
nature à éclairer utilement l’analyse effectuée par l’Autorité, celle-ci n’est pas liée par ses
appréciations dans le cadre de l’exercice de sa mission de suivi des engagements.
EXEMPLES
SECTION 5
Interdiction de l’opération ou déconcentration
L’Autorité de la concurrence peut interdire l’opération et enjoindre aux parties, le cas
échéant, de prendre toutes mesures propres à rétablir une concurrence suffisante. Le
ministre de l’Économie pourrait également, dans le cadre de son pouvoir d’évocation,
interdire une opération, mais uniquement pour des motifs d’intérêt général autres que
le maintien de la concurrence. L’opposition pure et simple à une concentration suscep-
tible de produire d’importants effets anticoncurrentiels ne porte pas atteinte, selon le
Conseil d’État, à la liberté du commerce et de l’industrie, dès lors qu’elle est nécessaire
à la sauvegarde de la concurrence sur le marché national. L’injonction de renoncer à la
concentration ne constitue pas non plus un détournement de pouvoir.
Dans le cas particulier d’un abus de position dominante ou de dépendance écono-
mique, l’article L. 430-9 du Code de commerce réserve à l’Autorité de la concurrence
633
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
634
LES FONDAMENTAUX
SECTION 1
Notification préalable obligatoire
I. Obligation de notifier
II. Dossier de notification
III. Transparence de la notification
A. La transparence vis-à-vis du ministre de l’Économie
B. La transparence vis-à-vis des tiers
C. La transparence vis-à-vis des salariés
SECTION 2
Suspension de l’opération
I. Principe et dérogations
II. Gun jumping
SECTION 3
Procédure d’instruction
I. Examen préalable (Phase I)
II. Examen approfondi (Phase II)
SECTION 4
Décision de l’Autorité de la concurrence
I. Pouvoirs de l’Autorité de la concurrence
II. Secret des affaires
III. Droits de la défense
SECTION 5
Intervention du ministre de l’Économie
SECTION 6
Publicité et voies de recours
I. Publicité
II. Recours en annulation
III. Référé-suspension
SECTION 7
Sanctions civiles
635
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
PLAN
Nous envisagerons :
• la notification préalable obligatoire ;
• l’obligation de suspension de l’opération.
SECTION 1
Notification préalable obligatoire
I. Obligation de notifier
A RETENIR
Le texte donne une liste non limitative d’exemples : conclusion d’un accord de principe,
signature d’une lettre d’intention, annonce d’une offre publique. Le renvoi par la Com-
mission vaut notification. L’obligation de notifier incombe aux acquéreurs, ou, dans le
cas d’une fusion ou création d’entreprise commune, doit être conjointe. Le contenu du
dossier a été fixé par le décret d’application. La réception de la notification est publiée
dans un communiqué par l’Autorité de la concurrence, et un exemplaire du dossier est
adressé au ministre de l’Économie.
La pratique de la prénotification a été institutionnalisée par la Direction de la concur-
rence qui a adopté, conjointement avec les autorités allemandes et anglaises, un for-
mulaire de prénotification informelle comportant une description de l’opération et des
entreprises qui y sont parties ainsi que des marchés de produits ou services concernés.
La prénotification, qui est facultative, a pour objet d’apprécier l’acceptabilité du projet
de concentration par les autorités de contrôle, de vérifier la nécessité d’une notification,
ou de préciser son contenu. L’ensemble de cette phase est confidentielle. L’Autorité sou-
haite favoriser le recours à la «prénotification», dès lors qu’une prise de contact avant la
notification permet de minimiser le risque d’incomplétude lorsque le dossier est notifié
formellement et d’accélérer l’examen de l’opération par l’Autorité. Les lignes directrices
636
LES FONDAMENTAUX
révisées prévoient que pour engager cette phase informelle, les parties envoient la pré-
sentation du projet de concentration à l’Autorité qui, dans les cinq jours ouvrés suivant
cet envoi, leur communiquera le nom du ou des rapporteurs chargés de l’examen de la
notification.
La prescription quinquennale de l’article L. 462-7 du Code de commerce est applicable
aux faits relevant de l’article L. 430-8, I. Selon l’Autorité de la concurrence, la réalisation
d’une concentration sans notification préalable constitue une infraction permanente
soumise au régime des infractions continues : la prescription commence à courir le jour
où le changement de contrôle se matérialise. Lorsque l’opération a été réalisée sans noti-
fication préalable, l’Autorité de la concurrence dispose, aux termes de l’article L. 430-8,
du pouvoir d’enjoindre, sous astreinte, aux parties de notifier, à moins de revenir à l’état
antérieur. Conformément à l’article L. 464-2, l’astreinte ne peut excéder 5 % du chiffre
d’affaires journalier moyen, par jour de retard à compter de la date fixée. La procédure
d’examen reprend alors dans les conditions fixées par les articles L. 430-5 à L. 430-7.
A RETENIR
Le défaut de notification peut, en outre, être sanctionné par une amende pouvant s’éle-
ver à 5 % du chiffre d’affaires hors taxe réalisé en France lors du dernier exercice clos,
augmenté le cas échéant de celui de la partie acquise (pour les personnes physiques,
le montant maximum est de 1,5 million d’euro).
SECTION 2
Suspension de l’opération
I. Principe et dérogations
A RETENIR
Le délai sera prorogé si les parties présentent des mesures visant à remédier aux effets
anticoncurrentiels de l’opération ; il expire alors quinze jours ouvrés après la réception
des engagements. Une dérogation peut toutefois être obtenue en cas de nécessité parti-
culière dûment motivée afin de procéder à la réalisation effective de tout ou partie de la
concentration sans attendre la décision. L’octroi de cette dérogation peut être soumis à
condition. Si dans les trois mois à compter de la réalisation effective de l’opération, l’Au-
torité n’a pas reçu la notification complète, la dérogation cesse d’être valable.
L’article R. 430-5 du Code de commerce prévoit de façon spécifique que lorsqu’une
concentration est réalisée par achat ou échange de titres sur un marché réglementé, l’ab-
sence de décision de l’Autorité ne fait pas obstacle au transfert des titres. Toutefois, sa
réalisation effective n’intervient que lorsque sont exercés les droits attachés aux titres.
Comme en droit européen, l’usage des droits de vote attachés aux titres est donc suspen-
du dans l’attente de la décision de l’Autorité. Les parties ont la faculté de soumettre leur
639
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
Selon l’Autorité, la réalisation anticipée d’une concentration peut être réprimée, lors-
qu’elle intervient au cours de la période suspensive, qui court de la date de notification
jusqu’à la date d’autorisation, la prohibition s’appliquant dès avant la notification, et
même en l’absence de notification.
640
LES FONDAMENTAUX
concurrence pour agir comme une entité unique : l’acquéreur a ainsi exercé prématuré-
ment une influence déterminante sur les sociétés cibles en s’ingérant dans leur gestion
opérationnelle, en procédant par échanges d’informations stratégiques et en imposant la
prise de fonction anticipée du personnel encadrant. Selon l’Autorité, pour apprécier si les
parties peuvent être regardées comme ayant effectivement réalisé la concentration avant
son autorisation, il convient d’analyser les éléments relatifs à l’exercice d’un contrôle
opéré par l’acquéreur sur les décisions de la cible, la nature de leurs relations écono-
miques et les informations échangées entre les parties pendant la période suspensive.
Le non-respect de l’obligation de suspension est sanctionné par une amende pouvant
s’élever à 5 % du chiffre d’affaires hors taxe réalisé en France lors du dernier exercice clos,
augmenté le cas échéant de celui de la partie acquise (pour les personnes physiques, le
montant maximum est de 1,5 million d’euro). La réalisation anticipée d’une concentra-
tion peut être sanctionnée sans avoir à démontrer que cette infraction aurait eu des effets
sur la concurrence. En outre, l’infraction doit être imputée à la société qui acquiert de
façon ultime le contrôle de la cible, et non à la seule société juridiquement signataire de
la notification, dans la mesure où cette société dispose, «directement ou indirectement»,
de la «possibilité d’exercer une influence déterminante sur l’activité» de la cible. Dans la
décision Altice, qui constitue également une première mondiale, s’agissant du montant
de l’amende infligée et de l’ampleur des pratiques incriminées, l’Autorité a considéré
que l’infraction de gun jumping avait été commise de manière délibérée et prononcé en
conséquence une amende record de 80 millions d’euro.
SECTION 3
Procédure d’instruction
PLAN
641
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
A RETENIR
À tout moment avant l’expiration du délai de vingt-cinq jours ouvrés, les parties peuvent
soumettre des engagements visant à remédier aux effets anticoncurrentiels de l’opéra-
tion. Le délai est prorogé de quinze jours ouvrés lorsque l’Autorité de la concurrence
reçoit des engagements. En outre, une suspension des délais d’examen, dans la limite des
quinze jours ouvrés, peut être obtenue par les parties en cas de nécessité particulière, telle
que la finalisation des engagements proposés. Lorsque les engagements s’avèrent néces-
saires, mais que les parties n’en ont pas proposé, l’Autorité de la concurrence les invite
à le faire. Le service des concentrations évalue la recevabilité des engagements proposés
au regard des atteintes à la concurrence que l’opération risque de provoquer et peut les
tester auprès des acteurs du marché.
L’Autorité de la concurrence peut, depuis l’adoption de la loi Macron, suspendre le délai
de vingt-cinq jours lorsque les parties notifiantes ne l’ont pas informée, dès sa surve-
nance, d’un fait nouveau qui aurait dû être notifié s’il s’était produit avant une notifica-
tion au sens de l’article L. 430-3, ou si ces dernières ou des tiers, mais pour des raisons
imputables aux parties notifiantes, ne lui ont pas communiqué, dans le délai imparti, tout
ou partie des informations demandées. Le délai recommence à courir une fois la cause
ayant justifié la suspension disparue.
Les tiers peuvent être interrogés au sujet de l’opération, de ses effets et des engagements
proposés. Ces auditions préservent les secrets d’affaires des personnes notifiantes (art.
L. 430-10).
A RETENIR
642
LES FONDAMENTAUX
De même que lors de la phase I, les parties peuvent demander une suspension des délais
d’examen (art. L. 430-7). En revanche, pour la phase II, le texte prévoit une procédure
«d’arrêt des pendules» («stop the clock»), à l’initiative de l’Autorité, qui lui permet de
suspendre le délai d’examen de l’opération dans deux cas : en cas de fait nouveau ou de
défaut de réponse à une demande d’informations de l’Autorité.
Lors de l’examen approfondi, l’Autorité contrôle s’il est porté atteinte à la concurrence
par création ou renforcement d’une position dominante ou par création ou renforcement
d’une puissance d’achat plaçant les fournisseurs en situation de dépendance. L’apprécia-
tion de la contribution au progrès économique s’effectue à ce stade de la procédure. La
phase d’examen approfondi ne peut excéder soixante-cinq jours ouvrés à compter de
son ouverture à l’issue des vingt-cinq jours ouvrés, éventuellement prolongé, octroyé
à l’Autorité pour se prononcer sur l’opération, par l’article L. 430-5. Des engagements
peuvent, comme en phase I, être proposés.
La procédure applicable aux décisions en matière de concentration est en grande partie
identique à celle applicable aux ententes, abus de position dominante et abus de dé-
pendance, à laquelle renvoie l’article L. 430-6 du Code de commerce, à l’exception des
délais qui sont modifiés. La procédure étant non contentieuse, elle ne comporte toutefois
pas de notification des griefs. Pour le reste, le principe du contradictoire s’applique. Le
rapport élaboré par le rapporteur est constitué sur la base des renseignements recueillis
auprès des entreprises, mais l’établissement de procès-verbaux d’audition n’est pas exi-
gé. Il est communiqué aux entreprises participant à l’opération de concentration et au
commissaire du Gouvernement. Il est accompagné des documents sur lesquels se fonde
le rapporteur et, éventuellement, des observations des parties. Les parties notifiantes
et le commissaire du Gouvernement disposent d’un délai de quinze jours ouvrés pour
présenter des observations en réponse. Les tiers et les comités d’entreprises peuvent être
entendus par l’Autorité de la concurrence en l’absence des parties notifiantes. L’Autorité
recueille également l’avis de l’autorité sectorielle concernée.
SECTION 4
Décision de l’Autorité de la concurrence
643
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
- soit l’autoriser en enjoignant aux parties de prendre toute mesure propre à assurer
une concurrence suffisante ou en les obligeant à observer des prescriptions de nature
à apporter au progrès économique une contribution suffisante pour compenser les at-
teintes à la concurrence ;
- soit l’autoriser en subordonnant l’autorisation à la réalisation effective des engage-
ments pris par les parties notifiantes.
Le projet de décision est transmis aux parties intéressées, auxquelles un délai raisonnable
est imparti pour présenter leurs observations. Les dispositions de l’article L. 430-7 et
celles de l’article L. 463-1 qui imposent le respect du contradictoire au cours de l’instruc-
tion et de la procédure devant l’Autorité ne sont applicables qu’aux décisions interdisant
ou autorisant des opérations de concentration et à celles qui sont prises en matière de
contrôle des pratiques anticoncurrentielles. Elles ne peuvent donc être utilement invo-
quées par le candidat repreneur dans le cadre du recours pour excès de pouvoir formé
contre la décision de la présidente de l’Autorité de la concurrence qui lui a refusé l’agré-
ment en application de l’article L. 461-3.
Si aucune de ces décisions n’est prise par l’Autorité de la concurrence, elle en informe le
ministre de l’Économie. La concentration fait l’objet d’une autorisation tacite au terme
du délai accordé au ministre de l’Économie pour évoquer l’affaire.
La décision doit intervenir dans un délai de soixante-cinq jours ouvrés à compter de l’ou-
verture de l’examen approfondi. Avant l’expiration de ce délai, et, après avoir pris connais-
sance de l’engagement d’un examen approfondi, les parties peuvent encore prendre des
engagements. Lorsque des engagements ou des modifications apportées à des engage-
ments déjà proposés sont transmis à l’Autorité moins de vingt jours ouvrés avant l’expi-
ration du délai de soixante-cinq jours, celui-ci est prolongé de vingt jours ouvrés après
leur réception, dans la limite de quatre-vingt-cinq jours ouvrés à compter de l’ouverture
de l’examen approfondi. Ce délai court à compter du jour de la délivrance des accusés de
réception, sous réserve que le dossier soit complet. Le délai d’examen peut être suspendu
à la demande des parties dans la limite de ces vingt jours, en cas de nécessité particulière,
telle que la finalisation des engagements. La suspension peut avoir lieu à l’initiative de
l’Autorité lorsque les parties notifiantes ne l’ont pas informée d’un fait nouveau ou que
les informations demandées aux parties ou aux tiers n’ont pas été communiquées de
manière complète dans les délais impartis du fait des parties notifiantes. La disparition
de la cause de suspension entraîne la reprise du cours normal du délai. L’Autorité de la
concurrence, siégeant en formation plénière, rend les décisions prises en application de
l’article L. 430-7 soit en sections, soit en commission permanente. Avant l’adoption de
la loi Macron, aucune décision relative à une concentration ne pouvait faire l’objet d’un
examen approfondi par son seul président ou l’un de ses vice-présidents. Désormais, en
application de l’article L. 461-3 du Code de commerce, le président, ou un vice-président
désigné par lui, peut adopter seul les mesures de révision ou de mise en œuvre des enga-
gements ou injonctions de la phase II. Selon le Conseil d’État, l’Autorité tire de l’article
L. 430-7, la faculté de modifier les engagements, injonctions ou prescriptions qu’elle a
adoptées, pour en réduire ou même en supprimer la portée en fonction de l’évolution de
la situation des marchés pertinents et de l’utilité de la poursuite de leur exécution. Lors-
644
LES FONDAMENTAUX
645
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
gements ne soit pas incitée à se livrer à un calcul économique consistant à les proposer
à l’Autorité de la concurrence, en vue d’obtenir l’autorisation de la concentration, mais
sans vouloir les exécuter effectivement ou sans prendre les mesures nécessaires à cet effet.
Aux termes de l’article L. 430-10 du Code de commerce, lorsqu’ils interrogent des tiers
au sujet de l’opération, de ses effets et des engagements proposés par les parties,
l’Autorité de la concurrence et le ministre de l’Économie tiennent compte de l’intérêt
légitime des parties qui procèdent à la notification ou des personnes citées à ce que
leurs secrets d’affaires ne soient pas divulgués.
Les autorités de contrôle ne sont pas liées pas les demandes d’occultation. La protection
des secrets d’affaires doit en effet être conciliée avec l’information des tiers. Ainsi, les
éléments qui sont les supports nécessaires de la décision et indispensables à la compré-
hension de son sens par les tiers ne pourront pas être occultés.
Le principe général des droits de la défense doit être respecté au cours de la procédure
de contrôle. Les parties doivent ainsi être en mesure de présenter leurs observations
préalablement à la décision des autorités de contrôle.
Tel est le cas lorsque les représentants des parties sont reçus à plusieurs reprises par l’Au-
torité de la concurrence, à laquelle ils ont fait parvenir une lettre proposant des aména-
gements à l’opération. Les tiers doivent également pouvoir présenter leurs observations.
L’article L. 430-7 consacre expressément l’obligation de communiquer aux parties le
projet de décision afin qu’elles puissent présenter leurs observations. Ainsi, le Conseil
d’État a annulé, sur le fondement du principe général des droits de la défense, l’arrêté
646
LES FONDAMENTAUX
intervenu sans que les tiers aient eu communication du projet de décision accompagné
de l’avis de l’Autorité de la concurrence. Interprétant de manière extensive l’article L.
430-5 du Code de commerce, la Haute juridiction consacre une obligation de notifier le
projet de décision aux entreprises tierces à l’opération mises en cause dans la décision,
sans qu’il soit nécessaire d’ouvrir une procédure contradictoire avec les tiers intéressés.
La circonstance que le rapporteur chargé de rassembler les éléments permettant à l’Au-
torité de la concurrence d’apprécier l’intérêt de se saisir d’office ait ensuite été désigné
aux fins d’instruire cette saisine ne peut être regardée comme ayant porté atteinte aux
exigences attachées au principe d’impartialité, dès lors que le rapporteur ne prend part
ni à la décision d’autosaisine, ni à la décision de sanction. De même, le fait que certains
des membres de l’Autorité qui ont pris part à une décision d’autorisation sous injonction
aient également délibéré sur la sanction de retrait de cette autorisation, ne saurait être re-
gardée comme ayant méconnu les dispositions des articles L. 461-1 et suivants du Code
de commerce ou le principe d’impartialité.
Lorsqu’elle se prononce sur une opération de concentration, l’Autorité de la concur-
rence ne tranche pas une contestation sur des droits et obligations de caractère civil,
mais exerce un pouvoir de police sur le fondement de normes de droit à l’issue d’une
procédure organisée. Aussi sa décision n’entre-t-elle pas dans le champ d’application des
dispositions de l’article 6, paragraphe 1, de la CEDH.
SECTION 5
Intervention du ministre de l’Économie
A RETENIR
Celui-ci dispose d’un délai de cinq jours ouvrés à compter de la réception de la décision
de l’Autorité de la concurrence ou du jour où il a été informé, lorsqu’elle s’abstient de
prendre une décision dans un délai de vingt-cinq jours ouvrés à compter de la notifica-
tion complète, pour lui demander d’engager un examen approfondi.
Le ministre dispose, par ailleurs, d’un pouvoir d’évocation de l’affaire, pour des motifs
d’intérêt général, lorsqu’à l’issue de l’examen approfondi, l’Autorité prend l’une des dé-
cisions prévues à l’article L. 430-7 (interdiction, autorisation avec conditions et charges,
autorisation pure et simple éventuellement subordonnée à la réalisation d’engagements)
ou lorsqu’elle s’abstient de prendre une décision dans le délai de soixante-cinq jours ou-
vrés (éventuellement prolongé) à compter de l’ouverture de la phase d’examen approfon-
di. Usant de manière inédite de son pouvoir d’évocation d’une concentration autorisée
sous réserve d’injonctions, le ministre a autorisé la prise de contrôle exclusif d’une partie
du pôle plats cuisinés ambiants du groupe Agripole sous réserve d’un engagement de
647
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
maintien global de l’emploi au sein du repreneur, mais sans mise en œuvre de la cession
d’actifs enjointe précédemment par l’Autorité de la concurrence qui, selon lui, aurait eu
un impact immédiat de dégradation très significative de la rentabilité du repreneur tout
en menaçant directement un nombre élevé d’emplois, au sein de bassins d’emploi sou-
vent marqués par un taux de chômage élevé avec de faibles possibilités de reconversion
(Min. éco., 19 juill. 2018, LawLex181150).
Dans un délai de vingt-cinq jours ouvrés à compter de la décision ou du jour où il en
a été informé, le ministre peut statuer sur l’opération en cause et prendre une décision
motivée. Cette décision peut être assortie d’engagements. Avant de prendre sa décision, le
ministre est tenu d’entendre les parties notifiantes. La décision du ministre est transmise
sans délai à l’Autorité de la concurrence. Si le ministre estime que les parties n’ont pas
exécuté un engagement figurant dans sa décision, il peut, en application de l’article L.
430-8-IV, 1° à 3°, retirer la décision d’autorisation ou enjoindre sous astreintes aux par-
ties (i) d’exécuter les injonctions, prescriptions ou engagements inexécutés figurant dans
sa décision ou (ii) d’exécuter dans un délai qu’il fixe des injonctions ou des prescriptions
en substitution de l’obligation non exécutée.
L’étendue de la compétence du ministre de l’Économie a fait l’objet de débats. L’Autorité
de la concurrence avait préconisé que l’intervention du ministre soit limitée à l’autorisa-
tion de concentrations interdites. Le texte finalement adopté donne au ministre un large
pouvoir d’évocation lui permettant à la fois d’autoriser une opération de concentration
que l’Autorité de concurrence a interdite (ou de modifier les conditions de l’autorisation)
ou d’interdire une opération qu’elle a autorisée. Le pouvoir du ministre devra cependant
s’exercer dans les limites du droit européen.
SECTION 6
Publicité et voies de recours
I. Publicité
A RETENIR
Les décisions mentionnées à l’article L. 430-5 sont notifiées à l’auteur ou aux auteurs
de la notification, ainsi qu’au ministre de l’Économie. Les parties disposent d’un délai de
quinze jours pour indiquer les mentions qu’elles considèrent comme relevant du secret
des affaires (C. com., art. R. 430-7).
pouvoir puisqu’il s’agit d’une décision émanant d’une autorité administrative. En l’ab-
sence de dispositions prévoyant que les recours contre les décisions de l’Autorité de la
concurrence doivent être portés directement devant le Conseil d’État, ils auraient dû être
introduits devant le tribunal administratif puisqu’il s’agit de décisions non réglemen-
taires.
A RETENIR
Le décret 2000-389 du 4 mai 2000, entré en vigueur le 1er janvier 2001, déclare le
Conseil d’État seul compétent pour statuer sur les recours introduits contre les déci-
sions du ministre de l’Économie.
La compétence est consacrée par les lignes directrices qui affirment sa compétence ex-
clusive pour connaître des décisions en matière de concentrations tant de l’Autorité de
la concurrence, autorité administrative indépendante, que du ministre. Le Conseil d’État
exerce désormais d’une influence déterminante sur le contrôle des concentrations. La
compétence du juge administratif n’exclut pas celle du juge civil pour faire droit à l’action
en réparation d’un opérateur lésé par le non-respect des engagements auxquels était
subordonnée l’autorisation d’une concentration.
Toutes les décisions portant sur l’autorisation ou l’interdiction des opérations de concen-
tration, mais aussi certaines décisions connexes, notamment en matière de publication
ou d’agrément d’un repreneur d’actifs, sont susceptibles de recours. Les actes de soft
law (avis, recommandations, mises en garde et prises de position) adoptés par l’Autorité
dans l’exercice des missions dont elle est investie, peuvent être déférés au juge de l’excès
de pouvoir lorsqu’ils revêtent le caractère de dispositions générales et impératives, ou
énoncent des prescriptions individuelles dont l’autorité pourrait ultérieurement censurer
la méconnaissance ou sont de nature à produire des effets notables, notamment de nature
économique, ou encore ont pour objet d’influer de manière significative sur les compor-
tements des personnes auxquelles ils s’adressent. Ainsi, le Conseil d’État est compétent
pour connaître du recours en annulation contre une prise de position de l’Autorité de
la concurrence qui a eu pour effet de modifier la portée pratique d’une injonction dont
elle avait assortie une décision antérieure d’autorisation de concentration. En revanche,
les appréciations portées par l’Autorité dans les motifs d’une décision d’autorisation sur
le contrôle exercé par une association autre que les parties notifiantes ne peuvent faire
l’objet d’un recours pour excès de pouvoir. Dans un délai de deux mois, un recours en
annulation peut être formé devant le Conseil d’État qui examine la légalité interne et ex-
terne de l’acte. Il exerce un contrôle entier de la décision, qui peut l’amener à adopter une
approche économique. Le Conseil d’État a ainsi considéré que compte tenu des effets
excessifs pour l’ordre public économique d’une annulation immédiate, l’annulation de la
décision de l’Autorité de la concurrence autorisant sous réserve d’engagement le rachat
de Direct 8 et Direct Star par le groupe Canal Plus et Vivendi Universal doit être différée.
649
LES FONDAMENTAUX DROIT DE LA CONCURRENCE I
III. Référé-suspension
A RETENIR
La décision d’autorisation peut faire l’objet d’une action en référé devant le Conseil
d’État afin d’en obtenir la suspension sous certaines conditions. La recevabilité d’une
telle action est, selon le Conseil d’État, limitée à la phase de non-exécution de la déci-
sion d’autorisation ; autrement dit, elle n’est envisageable que tant que la concentra-
tion n’a pas produit tous ses effets.
Dès lors que, au jour de l’introduction de la requête, les actions ont été cédées et payées,
et l’ensemble des dirigeants de l’entité acquise remplacés, la décision d’autorisation est
entièrement exécutée et le référé-suspension, par conséquent, irrecevable. Il en est de
même lorsque les éléments d’exploitation nécessaires au fonctionnement effectif et auto-
nome de l’entité cible ont été transférés à l’acquéreur. La condition d’urgence invoquée
par l’entité notifiante pour obtenir la suspension de la décision d’autorisation condition-
nelle de l’opération dans l’attente du jugement au fond s’apprécie au regard de l’impact
financier des engagements litigieux sur les surfaces de vente et le chiffre d’affaires de la
nouvelle entité et non des effets potentiels sur chacune des zones de chalandise. Une
requête en suspension d’une décision de l’Autorité qui a subordonné l’autorisation d’une
opération de concentration au respect de 11 injonctions doit être rejetée, pour défaut
d’urgence, dès lors que la mise en œuvre de ces injonctions n’est pas de nature à causer
un préjudice irréversible à la situation économique et financière des requérantes avant
l’intervention de la décision au fond. Il n’y a pas urgence pour le juge des référés à pro-
noncer la suspension lorsque l’opération de concentration n’apparaît pas, par elle-même,
de nature à porter à la situation de concurrence sur le marché concerné une atteinte telle
que les engagements que comporte la décision d’autorisation soient, par leur insuffisance
ou leur inadéquation, de nature à permettre une atteinte grave et immédiate à la concur-
rence ou à la situation du requérant. De même, l’urgence n’est pas caractérisée du fait que
les engagements auxquels a été subordonnée l’opération de concentration laisseraient
subsister des parts de marché trop importantes de la nouvelle entité. Il n’y a pas non
plus lieu de suspendre l’exécution du refus d’agrément d’acquisition de points de vente
opposé par la présidente de l’Autorité de la concurrence, dès lors que les requérantes ne
pouvaient ignorer que leurs projets d’acquisition, en application des engagements sous-
crits par l’acquéreur, étaient subordonnés à un agrément de l’Autorité, de sorte que les
frais qu’elles ont exposés l’ont été en toute connaissance du risque attaché à l’opération,
leur montant, au surplus, n’étant pas tel qu’il porterait une atteinte grave et immédiate à
leur pérennité économique ou financière.
650
LES FONDAMENTAUX
SECTION 7
Sanctions civiles
A RETENIR
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