Chapitre 3 : la consommation.
En tant que fonction économique au même titre que la production, la
répartition, l'épargne et l'investissement, la consommation est une
fonction économique fondamentale qui se définit comme un acte de
destruction de biens (ou de services) destiné à satisfaire les besoins. La
notion de consommation finale des ménages recouvre deux aspects :
-- la consommation dite « marchande » -- il s'agit de la consommation
de biens et de services vendus sur un marché.
-- la consommation dite « non marchande » qui correspond à ce que
l'on appelle « la consommation collective » c'est-à-dire la consommation
de biens et de services non marchands fournis par les administrations.
Cette forme de consommation est apparemment gratuite mais, en fait, est
financée par les prélèvements obligatoires (ex. : construction de routes, de
lycées, d'hôpitaux publics, etc....).
Au niveau macro -- économique le niveau de production globale définit le
niveau de consommation. Tous les courants d'analyse admettent cette
égalité à ce niveau. Il est aussi admis par tous les courants de pensée que
la structure et le volume de la consommation influencent la croissance
économique -- c'est la nature de cette influence qui fait l'objet
d'oppositions : .
-- Dans une optique keynésienne, la consommation est essentielle et
doit être stimulée pour « doper » la machine économique.
-- Les classiques et néo-classiques, quant à eux estiment qu'une
relance de la consommation peut provoquer de l'inflation et déséquilibrer
la balance extérieure.
-- Les marxistes rejoignent en quelque sorte les keynésiens sur
l'importance de la consommation en tant que fonction économique
stimulante pour le niveau de croissance.
Nous nous efforcerons, dans ce chapitre, d'expliquer les déterminants
économiques et psychosociologiques de la consommation. Nous
évoquerons également les rapports entre la consommation et le revenu
ainsi qu'entre la consommation et le prix.
I - Les différentes approches de la consommation :
A -- Approches traditionnelles :
1 -- Approche classique et néo-classique.
Dans l'analyse classique et néo-classique, c'est le comportement du
consommateur qui tient une place essentielle. Le consommateur est censé
être rationnel et cherche toujours à optimiser son revenu donc à
maximiser, en quelque sorte, sa situation.
Comme nous l'avons dit plus haut, les classiques et néo-classiques voient
dans toute politique de relance de la consommation une source potentielle
d'inflation et de déséquilibre extérieur.
Les néo-classiques ( Walras, Jevons, Mengel à de 1870) ont tenté de
répondre à la question de savoir comment, pour un niveau de revenu
donné, le consommateur arbitre entre les différents biens offerts sur le
marché. Ce courant de pensée a été connu sous le nom d'« école
marginaliste ».
Le point de départ de l'analyse des marginalistes est la fonction d'utilité.
Pour eux, la valeur des choses ne dépend pas de leurs coûts de production
mais de leur utilité. L'utilité considérée n'est pas l'utilité totale de la
quantité d'un bien mais l'utilité de la dernière dose de ce bien qu’il est
possible d'acquérir dans un monde où les ressources économiques sont
rares. L'utilité de cette dernière dose s'appelle utilité marginale :
Exemple : achat d'un bien économique quelconque -- par exemple des
chaussures :
-- une personne n'a qu'une seule paire de chaussures ! -- l'utilité totale du
bien « chaussure » est forte !
-- Cette personne achète une deuxième paire de chaussures ! -- l' utilité
totale est encore plus forte mais l'utilité marginale (c'est-à-dire l'utilité
supplémentaire de la deuxième paire de chaussures achetée) diminue.
-- cette même personne achète une troisième paire de chaussures --
l'utilité totale un augmente encore mais l'utilité marginale diminue. On ne
s'étonnera donc pas que certaines personnes ont des quantités de
chaussures dans leur armoire mais n'en portent que très peu !!!!!!. On
peut appliquer le même raisonnement aux vêtements bien sûr ! (Ou à bien
d'autres choses !).
On aboutit ainsi à la loi de l'utilité marginale décroissante qui consiste à
dire qu'au fur et à mesure que la quantité consommée d'un bien
augmente l'utilité totale de ce bien augmente mais l'utilité marginale
(supplémentaire) diminue.
Mais revenons à l'analyse des marginalistes. Pour eux, la valeur d'un bien
dépend, d'une part, de son utilité pour le sujet économique, et d'autre
part, de la quantité d'exemplaires du bien qu'il est possible de se procurer
(cette quantité est limitée par le degré de rareté du bien qui dépend lui-
même de la capacité de l'appareil productif à le produire) dans un monde
ou les ressources économiques sont rares.
L'utilité marginale dépend de la rareté relative des biens -- c'est donc elle
qui fonde la valeur.
En d'autres termes, plus l'utilité totale est faible (c'est le cas des produits
très rares) plus l'utilité marginale est forte et plus le produit sera cher.
Inversement, plus l'utilité totale est forte (c'est le cas des produits
abondants) plus l'utilité marginale est faible et moins le produit sera cher.
Cette analyse repose sur un certain nombre d'hypothèses qui ont souvent
été contestées. Entre autres, l'information sur l'utilité des produits est
supposée parfaite ce qui ne correspond pas à la situation réelle. Par
ailleurs, les décisions d'achats sont souvent impulsives. Enfin, l'analyse
marginaliste suppose des possibilités de choix très larges alors que
l'essentiel de la consommation subit des contraintes (de revenu
notamment).
2 -- l'approche keynésienne.
Pour Keynes, le niveau de consommation dépend essentiellement du
revenu.
Nous avons vu, dans le chapitre consacré au keynésianisme, que la
propension à consommer se définit comme le rapport
consommation/revenu (C/R). Ce rapport représente la fraction du revenu
consacré à la consommation.
Pour Keynes, les facteurs qui déterminent la propension à consommer sont
souvent très subjectifs. Dans « théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et
de la monnaie », Keynes parle de l'importance de la précaution, de la
prévoyance, du calcul, de l'ambition, de l'indépendance, de l'initiative, et
même de l'orgueil et de l'avarice. Pour lui, ces différents facteurs
subjectifs peuvent être considérés comme stables à court terme. Une
relance artificielle de la consommation par l'état au moyen d'une injection
de revenus dans l'économie et donc forcément efficace à court terme
(avec toutefois le risque, à long terme, que l'augmentation du revenu
national généré par l'effet multiplicateur entraîne un surcroît d'épargne
par rapport à la consommation).
B -- les nouvelles théories de la consommation.
1 -- l'hypothèse de Dusenberry : -- Pour Dusenberry, la consommation,
à une période donnée dépend non seulement du revenu de cette période
mais aussi des habitudes de consommation acquises antérieurement.
Dusenberry évoque également l'effet d'imitation -- « tout citoyen d'une
classe sociale donnée tend à acquérir le comportement de la classe
immédiatement au-dessus. ». De ce point de vue, le club des « privilégiés
» servirait de modèle de référence aux autres catégories sociales qui
tentent de suivre ses dépenses lorsque leurs revenus augmentent ou
lorsque la production de masse banalise les objets. Pour Dusenberry il
s'agit donc d'une course poursuite au modèle supérieur.
2 -- la théorie du revenu permanent de Milton Friedmann. En tant que
chef de file des monétaristes, Milton Friedmann est l'économiste le plus
opposé qui soit au modèle keynésien. Friedman pense que le
comportement du consommateur n'est pas lié au revenu qu'il perçoit à un
moment donné mais au revenu qu'il prévoit. Le consommateur anticipe
donc ses gains, et prend ses décisions d'épargne ou de consommation en
tenant compte non seulement de son revenu actuel mais surtout de ses
revenus futurs. La propension à consommer n'est donc absolument pas
proportionnelle au niveau de revenu présent -- les erreurs d'anticipation se
traduisent à court terme par une variation de l'épargne.
3 -- l'effet de cliquet : - Certains économistes pensent qu'en matière de
consommation il existe un effet de "cliquet". Cet effet de cliquet peut se
définir comme la tendance du consommateur à maintenir son niveau de
consommation antérieur même en cas de baisse de son revenu. De ce
point de vue, le consommateur peut même être amené à prélever sur son
épargne.
4 -- la théorie du cycle de vie de Modigliani.
Pour lui, un ménage a un cycle de vie et à chaque âge du cycle de vie
correspond certains besoins spécifiques et un certain niveau de revenu.
De ce point de vue, les individus sont prévoyants et organisent leur
consommation et leur épargne sur la durée entière de leur vie.
II - Les rapports entre la consommation et le revenu - Les lois
d'Engel.
A -- les lois d'Engel
D'après les nombreuses études statistiques ayant été faites sur la
consommation, il existe trois types de droites correspondant à trois
grandes catégories de biens de consommation -- ses droites sont connues
sous le nom de droite d'Engel
1 -- les dépenses alimentaires.
2 -- les dépenses de logement est habillement.
3 -- les dépenses de culture, hygiène, santé, loisirs, équipements
ménagers et transport.
Représentation des droites d'Engel :
1 -- Les dépenses alimentaires :
Schéma :
On constate que les dépenses alimentaires ont une ordonnée à l'origine
positive. Lorsque le revenu (R) augmente, la consommation (C) augmente
mais le rapport C/R diminue. Le rapport C/R représente la part du revenu
consacré à la consommation (il s'agit de la propension moyenne à
consommer -- ces notions ont déjà été abordées dans le chapitre consacré
à l'approche keynésienne).
C'est donc la proportion du revenu consacré à la consommation qui
diminue au fur et à mesure que le revenu augmente. Ceci paraît logique
dans la mesure où plus le revenu est important plus la consommation
augmente en quantité ainsi que l'épargne. Mais, encore une fois, c'est la
part du revenu consacré à la consommation qui diminue au fur et à
mesure de l'augmentation du revenu. Ceci se représente sur le graphique
par une droite dont l'origine est à l'ordonnée positive.
2 -- les dépenses de loisirs, culture, hygiène, santé, équipements
ménagers et transport.
Schéma page suivante …
La situation est ici différente de celle des dépenses alimentaires. On
constate que l'origine de la droite des dépenses de loisirs est à l'abscisse
positive. Cela signifie qu'il s'agit de dépenses qui ne peuvent apparaître
qu'à partir d'un certain niveau de revenu -cette observation n'est
finalement qu'une observation de bon sens. On constate, sur le graphique,
que lorsque le revenu augmente (R), la fraction de revenu (C/R) consacré
aux dépenses de loisirs augmente. En d'autres termes, plus le revenu est
important plus la fraction de revenu consacré aux dépenses de loisirs,
culture, etc.... augmente en proportion de ce revenu.
3 - les dépenses d'habillement et de logement :
Schéma :
La situation est, ici, encore différente :
Lorsque le revenu (R) augmente, le rapport C/R, reste sensiblement
constant. Indique que lorsque le revenu augmente, c'est la fraction de
revenu consacré aux dépenses de logement est habillement qui reste à
peu près constante.
En d'autres termes, la proportion du revenu consacré aux dépenses de
logement est habillement reste toujours sensiblement la même quel que
soit le niveau de revenu.
B. l'élasticité de la demande par rapport au revenu.
Le concept d'élasticité de la demande d'un bien par rapport au revenu est
représenté par le rapport entre la variation de la demande de ce bien (en
pourcentage) et la variation du revenu (en pourcentage) qui est à l'origine
de cette variation de demande.
Supposons par exemple que le revenu augmente de 1 % et que la
consommation de tel ou tel produit augmente de 0,5 %, l'élasticité de la
demande par rapport au revenu sera de 0,5 / 1 soit 0,5. On dira donc que
l'élasticité de la demande de ce produit et de 0,5. -- la formule de
l'élasticité de la demande par rapport au revenu est donc la suivante :
Elasticité demande /revenu = Variation de la consommation en
pourcentage
variation du revenu en pourcentage.
L'élasticité demande -- revenu est globalement la suivante pour les
grandes catégories de dépenses citées plus haut.
-- pour les dépenses alimentaires le rapport est inférieur à 1. Quand le
revenu augmente de 1 %, les dépenses alimentaires augmentent de moins
de 1 % quel que soit le niveau de revenu atteint.
-- pour les dépenses de logement est habillement le rapport est à peu près
égal à 1. Cela signifie que lorsque le revenu augmente de 1 %, la
consommation augmente également dans une proportion semblable (1 %).
-- pour les dépenses de loisirs, culture, hygiène, santé, équipements
ménagers et transport, le rapport est supérieur à 1. Cela signifie que
lorsque le revenu augmente de 1 %, la consommation augmente de plus
de 1 %.
III - Les autres déterminants de la consommation globale
A : Les prix
1 - L'élasticité de la demande par rapport au prix
La loi de la demande s'exprime de manière très simple : « plus le prix d'un
bien baisse, plus la quantité de demande de ce bien augmente. » Cette loi
de la demande est, pourrait-on dire, un peu « trop logique ». En fait, la
réaction de la demande par rapport à une variation de prix sera très
différente selon la nature du bien. Par exemple, on conçoit assez
facilement qu'une variation du prix du pain a une influence négligeable sur
la demande -- il en va de même pour l'essence malgré les augmentations
nombreuses et successives. Par contre, pour d'autres produits, il n'en est
pas de même -- la demande pourra réagir à la moindre variation de prix.
En fait, la mesure de cette sensibilité de la demande par rapport au prix
s'effectue grâce à ce que l'on appelle le coefficient d'élasticité de la
demande par rapport au prix -- la formule de ce coefficient d'élasticité est
la suivante :
Élasticité de la demande par rapport au prix = variation de la quantité
demandée en pourcentage / variation du prix en pourcentage.
On peut donc dégager différents types d'élasticités.
-- demande relativement élastique.
Ici, la moindre variation du prix à la hausse ou à la baisse par rapport au
prix initial entraînera une variation supérieure de la demande par rapport
à la demande initiale. Par exemple si la variation de prix est de + ou - 4 %
et que la variation de la demande est de -10 % ou + 10 %, le coefficient
d'élasticité sera toujours égal à -10 %/+ 4 % ou + 10 %/ -4 % soit -2,5 .
-- demande d'élasticité unitaire.
Ici la variation de la quantité demandée est sensiblement égale au
pourcentage de variation du prix. Le coefficient d'élasticité sera toujours
égal à -1.
-- demande relativement rigide.
Dans ce cas, le pourcentage de variation de la quantité demandée sera
inférieur au pourcentage de variation de prix. Par exemple, si la variation
de la quantité demandée est de -6 % et la variation du prix est de + 10 %,
le coefficient sera de -0,6.
-- demande totalement rigide.
Une demande totalement rigide se caractérise par une fixité de la quantité
demandée quelle que soit la variation du prix.
Par exemple, si la variation du prix est de + 15 % et la variation de la
demande est de 0 %, le coefficient d'élasticité sera de 0. Cette situation
est assez rare et ne correspond finalement qu'à la demande portant sur
certains produits de luxe.
-- demande totalement élastique.
La quantité demandée peut, ici, varier dans des proportions considérables
même pour une très faible variation de prix.
Par exemple, si la variation de la quantité demandée est de + 20 % alors
que la variation du prix n'est que de moins 1 %, on parlera d'une demande
totalement ou parfaitement élastique.
-- demande anormale.
La loi de la demande (qui veut que le niveau de demande réagisse plus ou
moins fortement au niveau des prix ) n'est pas toujours respectée. L'effet
de « snobisme » pourra générer une demande anormale sur certains
produits et ceci dans la mesure où certains consommateurs achètent
d'autant plus volontiers un produit que celui-ci est cher ! -- le coefficient
d'élasticité de la demande par rapport au prix sera donc positif. Par
exemple, si la variation de la demande est de + 10 % et que la variation
du prix est de + 7 %, le coefficient d'élasticité sera de + 1,42. Ce
coefficient est toujours positif dans le cas d'une demande anormale.
Notons que les études statistiques sur cette question n'abondent pas et
sont finalement assez peu satisfaisantes. Par ailleurs, les goûts des
consommateurs sont variables et la courbe de la demande peut se
déplacer pour des niveaux de prix différents. Il n'est donc pas possible de
classer précisément est complètement tous les biens de consommation
selon leur élasticité.
2 - Le niveau des prix
Une hausse de l'indice des prix de X. % ne signifie pas forcément que tous
les prix un augmente de X. %. Certains produits peuvent augmenter très
fortement alors qu'il n'en sera pas de même pour d'autres.
La modification des prix est donc toute relative, et cette relativité exercera
une influence certaine sur le niveau de consommation global.
Par exemple, si les prix augmentent en moyenne de 5 % et que le prix des
biens durables augmente fortement alors que celui des produits
indispensables (alimentation par exemple) augmente très peu il est
probable que la demande des ménages sur les biens durables diminuera
tandis que la demande sur les biens de première nécessité restera
inchangée -- il en résultera une baisse du niveau général de
consommation.
B. -- la répartition du revenu.
Tous les ménages n'ont pas la même propension à consommer. Par
exemple, les ménages habitant à la campagne n'ont pas les mêmes
besoins et leur propension moyenne à consommer est toujours plus faible
que celle de la population urbaine -- L'âge, la situation
socioprofessionnelle, influence beaucoup la structure de la consommation
des ménages.
Même si le revenu national reste inchangé, une simple modification de la
répartition des richesses en faveur de telle ou telle catégorie au détriment
des autres pourra entraîner une modification de la propension à
consommer pour l'ensemble des agents économiques, et ceci influencera
bien entendu le niveau global de consommation.
C -- les anticipations.
Nous avons déjà parlé de ce phénomène dans la première partie du
chapitre. Rappelons brièvement l'importance des anticipations :
Les anticipations peuvent être objectives ou totalement subjectives. Par
exemple, lorsqu'un ménage anticipe une augmentation de prix sur tel ou
tel produit, cela le conduira à anticiper certains achats. La perspective
d'une pénurie de biens (une menace de guerre par exemple) poussera
également le consommateur à effectuer des achats de stockage. Par
ailleurs, la conjoncture économique, la crainte d'une baisse de la
croissance, du chômage, fera baisser la propension à consommer. Lorsque
le consommateur n'a pas confiance dans l'avenir, ce ne sont pas des taux
d'intérêt à 0 % qui le pousseront à s'endetter pour acheter un logement !
D'une manière générale, toute situation conjoncturelle incertaine
engendrera un comportement de prudence beaucoup plus orienté vers
l'épargne que vers la consommation.
D -- l'effet de snobisme -- l'effet de démonstration sociale.
Voir plus haut : hypothèse de Dusenberry.
La consommation représente aujourd'hui environ 60 % du P. I. B..
Annexe : -- extrait
Extrait d'un article du monde -- 1996
« Quant aux générations plus âgées, certes plus nombreuses mais
vieillissantes, elles n'offrent pas -- ou plus -- un potentiel suffisant
d'investissement. On peut supposer qu'elles sont pour l'essentiel
équipées, en tout cas pour les biens élémentaires. Leurs besoins de
consommation en viennent à se limiter à ce que les spécialistes appellent
le marché du renouvellement. Lequel, par définition, est soumis à une «
élasticité » moins favorable ou à des aléas de conjoncture. Si on ajoute à
cela que la plupart d'entre eux craignent pour leur emploi, pour leur
niveau de vie, voir pour l'avenir de leurs enfants, on peut imaginer qu'ils
diffèrent leurs achats. L'importance de l'épargne se justifie par tous ces
paramètres, où entre une forte dose de psychologie. Des catégories
d'actifs vieillissants et inquiets développent nécessairement une
propension aux économies de précaution. Ils thésaurisent par prudence.
Peut-on le leur reprocher ? N'est-il pas contradictoire de leur demander de
prélever dans leur épargne les moyens de relancer aujourd'hui la
croissance économique et de leur tenir en parallèle un discours,
logiquement alarmiste, où il est question de nouvelles formules de
prélèvements, dont la capitalisation, pour financer des retraites dont on
leur rappelle qu'elles ne pourront plus être ce qu'elles ont été ?
Alors qu'on leur demande d'allonger leur durée d'activité pour bénéficier
de pensions qui seront plus faibles, il est difficile de les convaincre de jeter
l'argent par les fenêtres. Au nom de la croissance, un sentiment de
culpabilité se développe donc, que des commerciaux savent entretenir.
Les professionnels de la literie diffusent actuellement un message télévisé
où il est dit qu'un lit doit être changé après dix années de bons et loyaux
services. Et ainsi de suite. Tant et si bien que l'on peut se demander si,
pour relancer l'économie dans ces conditions, on n'en arrive pas à prôner
une forme de gâchis civique. Comme ne dit pas à la marionnette de Guy
Roux dans « les guignols de l'info », « il faut gâcher » pour être un bon
citoyen. »