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Analyse du passé surcomposé en français

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French Language Studies 19 (2009), 381–399, 

C Cambridge University Press


doi:10.1017/S0959269509990056

Le passé surcomposé sous la loupe∗


MARC WILMET
Université libre de Bruxelles

(Received June 2007; revised June 2008)

r é sum é
Comment s’effectue la surcomposition d’un verbe français? Réponse: non pas
en composant l’auxiliaire, ainsi qu’on l’affirme généralement, mais en composant
l’auxilié. Combien existe-t-il alors de formes surcomposées avec avoir ou être?
Réponse: autant que de formes composées moins une, soit neuf. La plus courante de
ces formes est le passé surcomposé. Défini en termes de temps: présent bisantérieur,
et en termes d’aspect: sécant bisextensif, il est schématisable sur la ligne du
temps par le tracé ABCD (où A désigne le repère de l’actualité, B l’auxiliaire de
surcomposition, C l’auxiliaire de composition, D l’auxilié). Ses emplois se ventilent
en quatre types selon que la relation bijective D↔C↔B est saisie en D, en C (saisie
par l’arrière de la relation D↔C et saisie par l’avant de la relation C↔B) ou
en B.

1 i nt roduc t i on
Les formes verbales surcomposées du français reviennent périodiquement piquer
la curiosité des linguistes. Vu de Sirius, il serait tentant de cerner trois étapes
dans une production abondante, qu’orchestre en quelque sorte la thèse de Cornu
(1953): une étape philologique au début du XXe siècle (Foulet, 1925; Clédat,
1926; De Boer, 1927; Tesnière, 1927; Damourette et Pichon, 1936. . .), une étape
d’enrichissement documentaire vers le milieu du siècle (Delattre, 1950; Nilsson-
Ehle, 1953–54; Dauzat, 1954; Stéfanini, 1954; Sneyders De Vogel, 1955; Lebek,
1957; Christmann, 1958; Imbs, 1960. . .), une étape pragmatico-sociologique à
la fin du siècle (Jolivet, 1984, 1986; Walter, 1986; Ayres-Bennet et Carruthers,
1992; Carruthers, 1992, 1994, 1996, 1998, 1999. . .). Le tour d’horizon ramène sur
différents points un large consensus.
Premier point. Les plus anciennes formes surcomposées datent du XIIIe siècle,
une brochette de plus-que-parfaits surcomposés et un possible passé surcomposé
déniché par Mario Roques dans une branche du Roman de Renart (cf. Wagner, 1954:
98): « Je suis cil qui mon droit atent / Des granz anuiz que tu as faiz, / Que nous


Le présent article étoffe une communication faite au colloque Chronos d’Anvers (18–20
septembre 2006). Je le dédie à la mémoire d’Ivan Evrard, jeune chercheur de notre équipe
bruxelloise, brillant, attachant, et si plein de promesses lorsqu’il a tragiquement choisi de
disparaı̂tre.

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avons eüz retraiz. . . ».1 En tout état de cause, les passés surcomposés sont attestés sans
discontinuer depuis le XVe siècle. Le traité de Dubois dit Sylvius (1531) entérine
l’existence d’un « troisième parfait, qui indique, plus qu’aucun autre, qu’une chose
est achevée et passée » (cité d’après Livet, 1859: 41).
Deuxième point. La mieux représentée des formes surcomposées est aujourd’hui
ce même passé surcomposé, dont la fréquence a fluctué historiquement et
géographiquement en fonction des cadres syntaxiques où il apparaı̂t. Le clivage
principal oppose les sous-phrases temporelles en quand, lorsque, dès que, après que. . .
aux phrases non dépendantes et aux sous-phrases non temporelles. Dans le second
groupe, une corde sépare les emplois qui bénéficient du soutien de compléments
tels vite ou en une nuit. . . , des marqueurs que leur apparentement au temps incite
certains spécialistes à réincorporer plutôt au premier groupe. Disons deux types
extrêmes et un type médian. Le type 1 « général » (Carruthers, 1996) progresse
de siècle en siècle et occupe l’ensemble du domaine français. Le type 2 à renfort
adverbial est peu répandu mais stable. Le type 3 « régional » (Carruthers, 1994)
régresse tout en restant « vivant au sud d’une ligne de La Rochelle à Belfort »
(Rézeau éd., 2001: 10).
Troisième point. Les formes surcomposées dénotent de nos jours un style familier.
Les écrivains les cantonnent de préférence aux dialogues. Bien que signalées dans
la plupart des grammaires françaises (cf. Schena, 2003), elles se voient refuser l’aval
des manuels scolaires et les tableaux de Bescherelle s’obstinent au fil des éditions
à ignorer la pratique des cours de récréation.2 La série des Petit Nicolas dus à la
collaboration du dessinateur Sempé et de l’humoriste Goscinny serait un témoin
plus fidèle (exemples 1et 2):
(1) Quand Alceste a eu fini de manger ses tartines et la confiture qui était restée
au fond de ses poches, je lui ai dit. . .
(2) Pour le goûter, on a eu chacun deux bols de chocolat, un gâteau à la crème,
du pain grillé avec du beurre et de la confiture, du saucisson, du fromage, et
quand on a eu fini, Alceste a demandé à sa maman si on pouvait avoir un peu
de cassoulet qui restait de midi, parce qu’il voulait me le faire essayer. . .
Des ombres subsistent néanmoins çà et là. Avant d’entrer dans le vif du
sujet, réglons deux questions préjudicielles, d’ailleurs liées: — Combien le
français compte-t-il de formes verbales surcomposées? — Comment s’opère la
surcomposition?

1
« Possible » seulement, une apposition de retraiz au pronom que n’étant pas à exclure.
2
À défaut d’afficher les formes surcomposées au tableau des conjugaisons, l’édition
« entièrement revue sous la responsabilité scientifique de Michel Arrivé » (Paris, Didier
Hatier, 2006) leur consacre son paragraphe 154, spécifiant que « le passé surcomposé
[. . .] sert surtout, dans l’usage contemporain, à marquer l’antériorité par rapport à un
passé composé »; qu’on « rencontre parfois le plus-que-parfait surcomposé » et que « le
futur antérieur surcomposé est encore plus rare ». Au § 92, il est précisé que les « formes
surcomposées utilisent un auxiliaire lui-même composé à l’aide d’un auxiliaire ».

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Le passé surcomposé sous la loupe

2 le s f orm e s surcom p o s é e s
À travers plusieurs ouvrages antérieurs — du Système de l’indicatif en moyen français
(1970) à la Grammaire critique du français (1997, 4 2007) par le biais d’Études de morpho-
syntaxe verbale (1976) —, le signataire a établi ce qu’il croit être la double organisation
verticale et horizontale de la conjugaison française.
L’organisation verticale relie en haut l’infinitif (littéralement, le verbe « non fini »
ou en ébauche) à l’indicatif en bas (le « verbe fini » des grammaires scandinaves
et américaines). Elle hiérarchise trois modes au gré des deux paramètres modaux
— i.e. influençant la valeur de vérité — de la personne (un mode impersonnel
vs deux modes personnels) et de l’époque (deux modes inactuels vs un mode
actuel); en l’occurrence, 1◦ un mode impersonnel inactuel (il ne différencie ni les
personnes grammaticales ni les époques: l’infinitif et le participe de la tradition), 2◦
un mode personnel inactuel (il différencie les personnes grammaticales mais pas les
époques: le subjonctif de la tradition), 3◦ un mode personnel actuel (il différencie
les personnes grammaticales et les époques: l’indicatif de la tradition). Au total, dix
formes simples.3
L’organisation horizontale flanque chaque forme simple d’une forme composée,
engendrée par le mécanisme immuable qu’un auxiliaire avoir ou être conjugué à la
forme simple correspondante précède le participe passé auxilié. Ce qui donne,
abstraction faite des variations éventuelles en personne, en nombre et en genre, le
tableau 1 du paradigme des verbes marcher à auxiliaire avoir et sortir à auxiliaire être
(les formes du subjonctif et de l’indicatif sont à la première personne du singulier,
désambigüisée si nécessaire grâce à la première personne du pluriel: marche/marchions
ou marche/marchons; les formes composées de sortir sont au masculin).4
Cette présentation devrait s’accompagner idéalement d’une nomenclature
rénovée. Nul n’ignore que la terminologie classique, forgée au coup par coup (cf.
Yvon, 1954; Bena, 2003), mélange les dénominations formelles (simple vs composé)
avec les dénominations sémantiques (d’inspiration temporelle: présent, passé, futur,
ou spatio-temporelle: antérieur; d’inspiration modale: conditionnel, impératif;
d’inspiration aspectuelle: imparfait, plus-que-parfait). Peut-être ne s’est-on pas assez

3
Le « gérondif », qui n’est que le participe présent précédé de la préposition en, a été
sorti de la liste des modes. On ne s’étonnera sans doute plus — c’est désormais l’option
majoritaire — que le « conditionnel », accolant à l’infixe –r– du futur les désinences –ais,
–ais, –ait, –ions, –iez, –aient de l’imparfait, ait été inclus à l’indicatif (en conservant bien
sûr ses propriétés modales, imputables au temps d’époque qui additionne les incertitudes
du passé et du futur). Quant aux formes de l’« impératif », elles relèvent le plus souvent
de l’indicatif (donne — nonobstant la chute du –s– graphique, que la liaison récupère:
donnes-en, marches-y. . . —, reçois, finis, prends. . .) et parfois du subjonctif (aie, sois, veuille,
sache. . .). Nous suivons Guillaume (1929) en y voyant un « mode de parole », c’est-à-dire,
en termes modernes, un cas particulier de modalité injonctive.
4
Nous laissons de côté les formes composées par d’autres auxiliaires (aller, venir de, être en
train de. . .), compatibles avec un ou deux auxiliaires avoir ou être: Pierre allait avoir mangé
ou Pierre allait être sorti ou Pierre allait avoir eu mangé/venait d’avoir eu mangé, etc., que la
grammaire française a négligées au bénéfice de l’« accord du participe passé » souverain.

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Marc Wilmet

Tableau 1. Formes simples et formes composées des verbes marcher et sortir


Formes simples Formes composées Formes simples Formes composées
1 Marcher Avoir marché Sortir Être sorti
2 Marchant Ayant marché Sortant Étant sorti
3 Marché Eu marché Sorti Été sorti
4 Marche Aie marché Sorte Sois sorti
(marchions)
5 Marchasse Eusse marché Sortisse Fusse sorti
6 Marche Ai marché Sors Suis sorti
(marchons)
7 Marchai Eus marché Sortis Fus sorti
8 Marchais Avais marché Sortais Étais sorti
9 Marcherai Aurai marché Sortirai Serai sorti
10 Marcherais Aurais marché Sortirais Serais sorti

rendu compte à quel point elle brouille le système. La bonne compréhension de la


suite impose de s’arrêter un moment aux rangées 3 et 6.
— Les modes dépourvus de division en époques n’en ont pas moins un infinitif
« présent » marcher ou sortir, un participe « présent » marchant ou sortant, un
subjonctif « présent » marche (marchions) ou sorte et un infinitif « passé » avoir marché
ou être sorti, un participe « passé » ayant marché ou étant sorti, un subjonctif « passé »
aie marché ou sois sorti. Ces épithètes postposées présent et passé signifient au fond,
respectivement, « simple » et « composé », dans les modes inactuels que sont
l’infinitif, le participe et le subjonctif mais encore — vestige d’un découpage modal
abandonné (voir la note 3) — le conditionnel « présent » marcherais ou sortirais
et le conditionnel « passé » aurais marché ou serais sorti du mode actuel. Première
conséquence: marché et sorti en sont réduits à des « formes courtes » (sic) du « vrai »
(resic) participe passé ayant marché ou étant sorti. Deuxième et lourde retombée: les
composés eu marché ou été sorti, démunis d’étiquette, sont privés d’existence.
— Pour se démarquer du passé simple marchai ou sortis, le passé également de
forme simple marchais ou sortais adopte une appellation d’aspect: « imparfait », qui
conduit à baptiser le composé avais marché ou étais sorti « plus-que-parfait » (sautant
le maillon du « parfait » que prévoyait la grammaire latine) et déteint sur marchasse
ou sortisse (subjonctif dit « imparfait » hors de toute justification aspectuelle) comme
sur eusse marché ou fusse sorti (subjonctif dit « plus-que-parfait »). Concurrents directs
des passés simples, les composés ai marché ou suis sorti des présents marche (marchons)
ou sors deviennent des passés composés au lieu de présents composés.5

5
« Passé composé » contraint eus marché ou fus sorti à se transformer en passés « antérieurs »,
et par ricochet les composés aurai marché ou serai sorti des futurs simples marcherai ou sortirai
en futurs « antérieurs » (que rien n’empêchait pourtant de nommer « futurs composés »).
Les dégâts ne s’arrêtent pas là puisque les « conditionnels » marcherais ou sortirais et aurais
marché ou serais sorti gardent l’ancienne appellation en dépit de leur intégration à l’indicatif
(les solutions de rechange « futur simple du passé » et « futur antérieur du passé » ne
séduisant pas les praticiens). La mention du mode indicatif tend dès lors à s’effacer au

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Le passé surcomposé sous la loupe

Le tableau 2 résume nos propositions (très modérément révolutionnaires).


Le maximum théorique de formes surcomposées répondant aux dix formes
simples et aux dix formes composées est de dix. En réalité, elles seront neuf, un
déficit qu’éclaire infra le processus de surcomposition. On voudra bien considérer
auparavant que nous ne nous prononçons pas sur la représentation absolue ou
relative de ces neuf formes: leur taux varie d’un mode et d’un temps à l’autre, d’un
auxiliaire à l’autre et d’une voix à l’autre (la conjugaison par être donne du mal
aux francophones: voir le chapitre 3). Il suffit de s’assurer en parcourant la vaste
littérature rappelée au chapitre 1 qu’aucune case n’est artificielle.6

3 la surcom p o s i t i on
Tesnière (1939: 168) a mitonné un axiome sur lequel les grammairiens s’accordent
tacitement: « Tout temps surcomposé procède du dédoublement du temps composé
de la puissance immédiatement inférieure. »
Dédoubler quoi au juste? La quasi-totalité des descripteurs admettent pour les
filières marcher → avoir marché → avoir eu marché et sortir → être sorti → avoir été sorti
que l’auxiliaire avoir de avoir marché se compose en avoir eu et l’auxiliaire être de être
sorti en avoir été. Or la voix pronominale pose problème. 7 Voyez une phrase comme
Quand Pierre s’est eu levé de son siège, il a déclaré. . . Impossible d’obtenir ce résultat
en partant de Quand Pierre s’est levé de son siège. . . , la composition de est aboutirait à

Quand Pierre s’a été levé. . . Nous aurions donc affaire, non à un auxiliaire composé
plus un auxilié simple, mais à un auxiliaire simple plus un auxilié composé: (s’)est +
eu levé, une analyse compatible avec avoir eu marché = avoir + eu marché et avoir été
sorti = avoir + été sorti.

contact de conditionnel (« indicatif conditionnel » sonnerait bizarrement) et des non


équivoques passé composé, passé simple, passé antérieur, futur simple, futur antérieur,
ne résistant que devant présent (par opposition à l’infinitif, au participe et au subjonctif
« présents »), imparfait (par opposition au subjonctif « imparfait ») et plus-que-parfait
(par opposition au subjonctif « plus-que-parfait »).
6
Notre Grammaire critique du français épingle notamment trois formes que des scrutateurs
pressés auraient tendance à suspecter: un facétieux subjonctif plus-que-parfait surcomposé
(i.e. un subjonctif 2 surcomposé) eût eu acquis chez Queneau, un indicatif plus-que-parfait
surcomposé (i.e. un passé 2 surcomposé) avaient eu saoulé précédant un présent surcomposé a
eu pris chez Jules Romains et un conditionnel passé surcomposé (i.e. un futur 2 surcomposé)
aurait eu vu chez Barbusse (cf. 4 2007: 364, 438, 451).
7
Un relecteur anonyme de ces pages met en doute la recevabilité des formes surcomposées
à la voix pronominale (« I don’t think this is an acceptable sentence in real life »). Beauzée
se montrait au XVIIIe siècle plus accueillant: « De même que l’on dit, dès que j’ai eu chanté,
je suis parti pour vous voir [. . .]; dès que j’ai été sorti, vous êtes arrivé : pourquoi ne dirait-on
dans le même sens, et avec autant de clarté, de précision, et peut-être de fondement, dès
que je me suis eu informé, je vous ai écrit ? [. . .] après que je me suis eu promené longtemps ou après
m’être eu promené longtemps ? » (1767: I, 483). En voici au demeurant un exemple signé
San-Antonio (répétons que le « niveau de langue » ne nous regarde pas) : « Après qu’on
s’est eu quittés, je suis allée reprendre un glasse. . . »

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Tableau 2. Nomenclature traditionnelle et nomenclature rénovée


Formes simples Tradition Rénovation Formes composées Tradition Rénovation
Marcher Infinitif présent Infinitif Avoir marché Infinitif passé Infinitif composé
Marchant Participe présent Participe 1 Ayant marché Participe passé Participe 1 composé
Marché Participe passé Participe 2 Eu marché — Participe 2 composé
(court)
Marche Subjonctif présent Subjonctif 1 Aie marché Subjonctif passé Subjonctif 1

Marc Wilmet
(marchions) composé
Marchasse Subjonctif imparfait Subjonctif 2 Eusse marché Subjonctif Subjonctif 2
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plus-que-parfait composé
Marche Indicatif présent Présent Ai marché Passé composé Présent composé
(marchons)
Marchai Passé simple Passé 1 Eus marché Passé antérieur Passé 1 composé
Marchais Indicatif imparfait Passé 2 Avais marché Indicatif Passé 2 composé
plus-que-parfait
Marcherai Futur simple Futur 1 Aurai marché Futur antérieur Futur 1 composé
Marcherais Conditionnel Futur 2 Aurais marché Conditionnel Futur 2 composé
présent passé
Le passé surcomposé sous la loupe

Mais si maintenant le verbe conjugué à la voix pronominale est du modèle de


sortir: Quand Pierre s’est sorti du piège. . .? Le surcomposé légitime Quand Pierre s’est
eu sorti du piège. . . élude ou évince autant ∗ Quand Pierre s’a été sorti du piège. . .
(auxiliaire composé et auxilié simple) que ∗ Quand Pierre s’est été sorti du piège. . .
(auxiliaire simple et auxilié composé). Un correctif s’impose, à savoir que deux
auxiliaires être ne peuvent se succéder, l’auxiliaire être de surcomposition changeant
l’auxiliaire être de composition en avoir (s’être sorti → ∗ s’être été sorti → s’être eu sorti)
de même que l’auxiliaire être de composition entraı̂ne avoir comme auxiliaire de
surcomposition (être sorti → ∗ être été sorti → avoir été sorti).
Des deux séquences s’être eu sorti et avoir été sorti, l’une met en tête l’auxiliaire
être et l’autre l’auxiliaire avoir. D’où une propension — en Suisse romande
principalement — à permuter les auxiliaires de avoir été sorti, à préférer être eu
sorti (au moins dans certains emplois: nous y reviendrons au chapitre 6.1), c’est-à-
dire à généraliser un eu tampon en ménageant le contraste des verbes à auxiliaire
être (sortir → être sorti → être eu sorti) et des verbes à auxiliaire avoir (marcher → avoir
marché → avoir eu marché).8
Quoi qu’il en soit, puisque c’est le participe composé eu marché ou été sorti/eu
sorti qui fraie la voie aux formes surcomposées, un participe surcomposé ∗ eu eu
mangé ou ∗ eu été sorti/∗ été eu sorti lancerait dans le circuit une cohorte de formes
hypercomposées jusqu’ici inconnues du français standard (Cornu et Nilsson-Ehle
en alléguaient deux ou trois témoignages dialectaux): ∗ avoir eu eu mangé, ∗ ayant eu
eu mangé, ∗ aie eu eu mangé, ∗ eusse eu eu mangé, ∗ ai eu eu mangé, ∗ eus eu eu mangé,

avais eu eu mangé, ∗ aurai eu eu mangé, ∗ aurais eu eu mangé ou ∗ avoir eu été sorti/∗ avoir
été eu sorti, ∗ ayant eu été sorti/∗ ayant été eu sorti, ∗ aie eu été sorti/∗ aie été eu sorti, ∗ eusse
eu été sorti/∗ eusse été eu sorti, ∗ ai eu été sorti/∗ aie été eu sorti, ∗ eus eu été sorti/∗ eus été eu
sorti, ∗ avais eu été sorti/∗ avais été eu sorti, ∗ aurai eu été sorti/∗ aurai été eu sorti, ∗ aurais eu
été sorti/∗ aurais été eu sorti. À cette réserve près, chaque forme composée développe
bien une forme surcomposée.
Soit, en tableau 3, les neuf formes surcomposées recevables (nous mentionnons les
deux séries utilisant être 1◦ comme auxiliaire de composition, 2◦ comme auxiliaire
de surcomposition).
Il est l’heure d’en arriver au présent surcomposé (le « passé surcomposé » de la
tradition), dont le fonctionnement requiert un examen attentif et oblige à remonter
aux fondements temporels et aspectuels des formes verbales. Une thématique,
comme on sait, parmi les plus débattues. Soucieux d’éviter au maximum les
excursus ou la multiplication des notes infrapaginales, le signataire se permet à
nouveau de renvoyer pour le détail des discussions et des choix à ses deux synthèses
de 1991 et 1995 ainsi qu’au chapitre 7 de la Grammaire critique du français.

8
L’hypothèse d’un eu « adverbe » (Jolivet) ou « particle » (Carruthers) emprunte une issue
de secours plus pragmatique, sémantique ou expressive que proprement grammaticale. Son
mérite est déjà de s’inscrire en faux contre la croyance que « eu s’introduit sans raison bien
apparente » (Remacle, 1952: II, 74; Pohl, 1962: 76).

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Tableau 3. Les formes surcomposées


Formes surcomposées Formes surcomposées avec être Nomenclature
avec avoir rénovée
Avoir eu marché Avoir été sorti Être eu sorti Infinitif surcomposé
Ayant eu marché Ayant été sorti Étant eu sorti Participe 1
surcomposé
— — — —
Aie eu marché Aie été sorti Sois eu sorti Subjonctif 1
surcomposé
Eusse eu marché Eusse été sorti Fusse eu sorti Subjonctif 2
surcomposé
Ai eu marché Ai été sorti Suis eu sorti Présent surcomposé
Eus eu marché Eus été sorti Fus eu sorti Passé 1 surcomposé
Aurai eu marché Aurai été sorti Serai eu sorti Futur 1 surcomposé
Avais eu marché Avais été sorti Étais eu sorti Passé 2 surcomposé
Aurais eu marché Aurais été sorti Serais eu sorti Futur 2 surcomposé

4 te m p s et aspe c t
Le verbe — en allemand, Zeitwort — a la vocation d’inscrire un procès dans le
temps cosmique, formalisable sous l’espèce d’une demi-droite bornée à gauche et
conventionnellement dirigée dans le sens de notre écriture. C’est la ligne ou la
flèche du temps (schéma 1).

Schéma 1. Le temps cosmique

Le temps grammatical décrit de son côté l’orientation du procès (P) par rapport à
un repère (R) fixé en un point quelconque du temps cosmique. Toute forme verbale
ne peut énoncer que 1◦ l’antériorité du procès au repère (P1), 2◦ la concomitance
du procès au repère (P2), 3◦ la postériorité du procès au repère (P3). Soit, en
dédoublant la flèche du temps afin d’éloigner visuellement une ligne des repères et
une ligne des procès, les trois tracés RP1, RP2, RP3 imaginables (schéma 2).

P1 P2 P3
Schéma 2. Le temps grammatical

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Le passé surcomposé sous la loupe

Glissons sur le mode impersonnel inactuel (infinitif et participe) et le mode


personnel inactuel (subjonctif). Dans le mode personnel et actuel (indicatif), le
repère est fourni par le point de la ligne du temps qu’un énonciateur institue
diviseur des époques en y plaçant, indépendamment du présent physique objectif
(t0 ), son moi-ici-maintenant: d’un mot, l’actualité (A). Elle distribue les procès
antérieurs en passés (formes simples marchai et marchais), les procès concomitants
en présents (forme simple marche) et les procès postérieurs en futurs (forme simple
marcherai). Le futur 2 marcherais, exprimant un procès antérieur, concomitant ou
postérieur à l’actualité A, suppose toutefois que soit ranimée une actualité dépassée
(A’) — le « reference point » de Reichenbach (1947) —, localisée à gauche de A et
prenant aussi en charge le passé 2 marchais; il relève d’un quatrième temps: le futur
du passé (schéma 3).

A’ A

marchai marche marcherai


marchais marcherais marcherais marcherais

Schéma 3. Les formes simples de l’indicatif


Symétriquement au temps grammatical (les « temps expliqué » et « situation-
external time » de Guillaume, 1933, et Comrie, 1976), l’aspect grammatical (les
« temps impliqué » et « situation-internal time » de Guillaume et Comrie, ibid.)
décrit la position du repère par rapport au procès. Le schéma 3 ne laisse qu’une
alternative:
(1) le repère A ou A’ intérieur au procès (schématisation par une perpendiculaire)
le coupe en deux: aspect sécant du présent marche et du passé 2 marchais;
(2) le repère A ou A’ extérieur au procès (schématisation par une oblique)
l’appréhende en bloc: aspect global du passé 1 marchai, du futur 1 marcherai et du
futur 2 marcherais.
Chacune des formes verbales simples de l’indicatif se trouve en fin de compte
dotée d’une formule spécifique combinant le temps et l’aspect (tableau 4).
Tableau 4. Le temps et l’aspect des formes simples de l’indicatif
Formes Temps Aspect
Marche Présent Sécant
Marchai Passé Global
Marchais Passé Sécant
Marcherai Futur Global
Marcherais Futur du passé Global

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Les formes composées introduisent une dimension supplémentaire. Prenons un


procès quelconque (de longueur et d’aspect sémantique indifférents: le statique vivre,
les dynamiques imperfectifs ou atéliques lire, chanter, les perfectifs ou téliques saisir,
exploser. . .) que bornent un terminus initial α et un terminus final ω. L’auxiliaire
avoir ou être engage la phase succédant au terminus ω du procès α–ω (avoir
marché = « être dans une situation — d’excitation, de fatigue. . . — résultant de la
marche », être sorti = « être dehors, avoir franchi le seuil », etc.). Automatiquement,
les procès dépassés de marcher ou de sortir sont situés dans l’antériorité de la phase
avoir marché ou être sorti. En termes de temps — du repère vers le procès — et
d’aspect — du procès vers le repère —, la navette se traduit par la formule: temps
antérieur + aspect extensif ( = « en extension » i.e. dans le prolongement de α–ω).
En sommant le temps et l’aspect de l’auxiliaire et le temps et l’aspect de la relation
joignant l’auxiliaire à l’auxilié ou l’auxilié à l’auxiliaire, on parvient au tableau 5
(limité à l’auxiliaire avoir mais transportable ne varietur à l’auxiliaire être).

Tableau 5. Le temps et l’aspect des formes composées de l’indicatif


Formes Temps Aspect
Ai marché Présent antérieur Sécant extensif
Eus marché Passé antérieur Global extensif
Avais marché Passé antérieur Sécant extensif
Aurai marché Futur antérieur Global extensif
Aurais marché Futur du passé antérieur Global extensif

Les formes surcomposées du tableau 6 additionnent aux formes composées


du tableau 5 une dimension temporelle d’antérieur (temps antérieur + temps
antérieur = temps bisantérieur)9 et une dimension aspectuelle d’extensif (aspect
extensif + aspect extensif = aspect bisextensif).

Tableau 6. Le temps et l’aspect des formes surcomposées de l’indicatif


Formes Temps Aspect
Ai eu marché Présent bisantérieur Sécant bisextensif
Eus eu marché Passé bisantérieur Global bisextensif
Avais eu marché Passé bisantérieur Sécant bisextensif
Aurai eu marché Futur bisantérieur Global bisextensif
Aurais eu marché Futur du passé bisantérieur Global bisextensif

Les présents surcomposés ai eu marché ou ai été sorti/suis eu sorti sont de temps


présent bisantérieur et d’aspect sécant bisextensif: ABCD sur le schéma 4 (la durée
effective α–ω des procès B, C, D ayant été ramenée par commodité aux « points
épais » des mathématiciens, que figurent autant de boules).10

9
« Bisantérieur » est le nom donné par Damourette et Pichon au « tiroir » avez eu su
(V, § 1775).
10
La suggestion nous en a été faite par Sylviane Schwer (article à paraı̂tre: « Organisation
des temps verbaux selon Marc Wilmet dans le formalisme des S-langages et des structures
d’ordre associées »).

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Le passé surcomposé sous la loupe

D C B

Schéma 4. Le présent surcomposé

Nous n’avons plus qu’à passer de la valeur virtuelle aux réalisations discursives.
La démonstration prendra deux volets: (1) le présent composé, (2) le présent
surcomposé.

5 le p r é se nt com p o s é e n d i scour s
Le remplacement de « passé composé » par « présent composé » (proche du
« present perfect » anglais) ne remet nullement en cause l’appartenance de la
forme verbale au secteur du passé. Le sigle PC en écarterait le soupçon. Nous
partageons l’avis de Waugh (1987), selon qui « PC is a unitary category which
possesses one general meaning » (p. 2), les exploitations antipodiques de passé et de
présent pointant « the two extreme ends of a continuum » (p. 25). N’importe quel
rapport entre deux évènements (dans le temps) ou deux positions (dans l’espace)
est de fait saisissable par l’un ou l’autre bout. Le présent composé ai traversé de (3),
représentable sur le schéma 4 par ABC ou ABD, apporte la preuve de relations
bijectives D⇔B ou C⇔B.
(3) Et j’ai deux fois vainqueur traversé l’Achéron . . . (Nerval) [ = 1◦ « j’ai effectué
deux descentes aux Enfers » (C ou D antérieurs à B) et/ou 2◦ « je suis
doublement victorieux de la mort » (B postérieur à C ou D)].
Plus souvent, le discours, rompant l’équilibre, charge un des plateaux D/C ou B
de la balance. On aura, selon que l’on procède à l’aller de B vers D/C ou au retour
de D/C vers B, une saisie (1) par l’auxilié, (2) par l’auxiliaire.11
(1) La saisie par l’auxilié accompagne sauf indication contraire l’ordre
syntagmatique auxiliaire + auxilié. C’est dans ce cas, et dans ce cas seulement,
que le présent composé entre en compétition avec le passé 1 et le passé 2.
(2) La saisie par l’auxiliaire naı̂t des environnements (a), (b), (c), (d), (e)
neutralisant l’ordre syntagmatique.
(a) Les verbes à auxiliaire être (une petite trentaine: arriver, décéder, mourir, naı̂tre et
renaı̂tre, partir et repartir avec son synonyme retourner, rester, tomber et retomber, etc.,

11
Le développement qui suit a servi au § 78 de notre Grammaire rénovée du français (2007).

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Marc Wilmet

plus une autre trentaine de verbes composés en alternance avec être et avoir: aboutir,
alunir, amerrir, atterrir, choir, convenir et disconvenir, courir et accourir, crever = « mourir »,
croı̂tre et décroı̂tre, débarquer, etc.) non assortis d’un complément à sens de passé: Pierre
est arrivé = « est là » (vs Pierre est arrivé hier, l’adverbe hier relançant le mouvement
de B vers D/C) ou Marie s’en est allée = « est partie, n’est plus là », etc. Font
exception: aller, passer = « trépasser » ou « devenir » (Pierre est allé et venu = « a fait
des allers et retours », Pierre est passé = « est venu en votre absence », etc.) et venir,
intervenir à sujet animé (comparer Marie est venue = « a été ici mais en est repartie »
et Le temps est venu = « c’est le moment »).
(b) L’amarrage de la forme verbale au point B (exemple 4).
(4) Cécile a visité, maintenant, toutes les nations de la terre (Duhamel) [= « est
rentrée d’un tour du monde ».
(c) La mise en simultanéité d’un présent sous-phrastique ou matriciel (exemples
5 et 6):
(5) Il me semble que j’ai dı̂né quand je le vois (Molière) [= « sa vue me coupe
l’appétit »].
(6) Dès qu’il a bu un verre de trop, il est bon à tuer (Romains) [= « quand il est
ivre »].
(d) L’ouverture d’une phase qui annihile carrément le verbe simple (exemple 7):
(7) Elle a vécu, Myrto, la jeune Tarentine (Chénier) [= « elle n’est plus »,
= « elle a brûlé la chandelle par les deux bouts »].
(e) Le profilage d’une séquelle consistante du procès: Marie a couru = « est hors
d’haleine », Pierre a chassé = « admirez le tableau de chasse ». . . (avec l’atout d’une
atteinte répétée: Chaque midi, Pierre a englouti son repas en cinq minutes = « fait
prestement table nette »).

6 le p r é se nt surcom p o s é e n d i scour s
Le présent surcomposé va provoquer, lui, deux saisies intérieures en plus des deux
saisies extérieures (reprendre le schéma 4): (1) par l’auxilié, accentuant le pôle D de
la relation D⇔C⇔B; (2) par l’auxiliaire de composition, accentuant dans la relation
D⇔C⇔B le pôle C de la relation D⇔C; (3) par l’auxiliaire de composition encore,
mais accentuant dans la relation D⇔C⇔B le pôle C de la relation C⇔B; (4) par
l’auxiliaire de surcomposition, accentuant le pôle B de la relation D⇔C⇔B. Ces
quatre avatars ont connu et connaissent des fortunes divergentes.

6.1 Saisie par l’auxilié


Le tour n’était pas rare dans l’ancienne langue. Cornu (1953: 17) en produit une
illustration des plus révélatrices (exemple 8):
(8) Tirer me fault, sur toute rien,
Devers sa mère Bersabée,

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Le passé surcomposé sous la loupe

Luy prier que, sans demourée,


Devers Salomon se transporte,
Et tant luy prie que donnée
Me soit Abisac pour consorte:
El a eu mon père épousé,
Royne est et si a des amis. . . (Mistère du Viel Testament) [traduction: « Il faut
absolument que Bethsabée convainque Salomon de me donner Abisag: veuve
de mon père, elle est reine et a des amis. . . »].
Un présent composé a épousé se comprendrait « elle est femme de mon père »
(ce qui change du tout au tout l’ambition d’Adoniah, fils du roi David). Le souci de
prévenir l’acception résultante du présent composé — souci dont l’ancienneté du
procès, son accomplissement total, son caractère irrévocable ou exceptionnel, etc.
(cf. Carruthers, 1994) ne constituent jamais que des épiphénomènes: voir (9) et (10)
ci-après — caractérise aussi, à date moderne, l’usage propre aux zones méridionale
et franco-provençale. Par exemple (des phrases de diverses provenances, légèrement
raccourcies mais authentiques): Il a eu mangé des rutabagas = « il a connu la misère »
(vs Il a mangé des rutabagas = « il est rassasié »). J’ai eu chassé en montagne = « il m’est
arrivé de chasser » (vs J’ai chassé en montagne = « je reviens de la chasse »). Il a eu neigé
à 1600 mètres = « la neige a fondu » (vs Il a neigé. . . = « les pistes sont skiables »).
Rodriguez Mardiga a eu été nommé évêque par Paul VI ( = « R.M. a dû attendre
longtemps son chapeau de cardinal »).12 La substitution évoquée au chapitre 3 de
l’auxiliaire de composition avoir à être: avoir été sorti → être eu sorti, etc. empêche que
l’attention s’arrête sur un stade intermédiaire (comparer chapitre 5, rubrique 2, a):
Ma femme est eu venue avec les typos = « ma femme n’hésitait pas en ces temps révolus
à participer aux sorties des travailleurs ». Ajoutons deux déclarations recueillies à
quarante ans de distance de la bouche, la première d’un vieux jardinier provençal
(18 août 1968), la seconde d’une jeune aide-bergère originaire du Gard (1er août
2006).
(9) Avec le mistral, on a eu vu des demi-récoltes perdues [comprendre: « une
histoire du temps jadis », d’où « on ne voit pas cela tous les ans »].
(10) Les maisons en bois ont eu causé beaucoup d’incendies [comprendre: « finis
les incendies depuis la construction des maisons en pierre »].
Le monologue paysan de Fernand Raynaud Ç’a eu payé (élidant le a de ça) =
« ça payait mais ça ne paie plus, bonjour les vaches maigres » a été erronément
intitulé Ça eût payé = « ça aurait payé » sur la pochette du disque 45 tours, puis
transcrit dans les catalogues Ça eut payé, qui ne veut rien dire et n’a d’autre utilité
que de signifier parodiquement une bizarrerie vis-à-vis du français normé. Des
régionalismes donc? Oui, dans une perspective étroitement synchronique et de

12
L’expression médiévale il a été né à x ou y = « il a vu le jour à x ou y » (possédant un
doublet il fut né) a périclité sans postérité vers 1500. Serait-ce qu’en refusant il est né =
« il est vivant », elle risquait d’outrepasser les limites de la vie: il a été né = « il ne vivait
pas encore » ou. . . « il est mort »? Réflexion à creuser.

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Marc Wilmet

surcroı̂t centralisatrice ou parisienne. Diachroniquement, il vaudrait mieux parler


de conservatisme et linguistiquement de structuration adaptée. Benveniste postulait
en j’ai eu fait « le nouveau parfait d’un j’ai fait devenu aoriste » (1966: 249). C’est
exactement le contraire: l’« aoriste » d’un « parfait », un palliatif à la survie —
au delà des environnements répertoriés au paragraphe 2 du chapitre 5 ou, si l’on
veut, en assouplissant le point 2, e (pas nécessairement Pierre a chassé = « voilà son
butin », aussi « il est rentré bredouille de la chasse ») — de j’ai fait = « le travail est
terminé » partout où je fis a retardé l’expansion du présent composé aoristique. Le
spécimen du « pays wallon » rapporté par Damourette et Pichon (V, 301): « Moi,
j’en ai eu joui, là, d’être seul à la maison » pourrait alors être endossé à un substrat
dialectal notoirement archaı̈sant.

6.2 Saisie par l’auxiliaire de composition dans la visée de l’auxilié


La configuration traverse discrètement toutes les époques du français (l’exemple 11
remonte au XVe siècle, les exemples 12 et 13 sont modernes) et tous les registres
(exemples 11 et 12 parlés, exemple 13 écrit).
(11) Très doulx Dieu, j’ai eu bien tost fait,
Si comme m’aviez commandé,
Au povre ladre où j’ay esté,
Qui est trespassé de ce monde (Ancien théâtre françois, cité par Wilmet, 1970:
392) [traduction: « . . .j’ai eu bientôt réglé le compte du pauvre lépreux »].
(12) À une heure du matin, nous avons eu fini (cité par Damourette et Pichon, V,
298).
(13) En un clin d’oeil, [Leclerc] a eu jugé de la situation (Esme) [ = « son siège a
été vite fait »].
Le trait permanent est qu’un adverbial (tôt, en un clin d’oeil. . .) ou un localisateur
temporel (à une heure du matin. . .) marquent l’accession — ordinairement rapide,
mais pas forcément — du procès à la première phase extensive: Pierre a eu vite
mangé = « le repas a été promptement expédié » ou À trois heures, Pierre a eu
enfin mangé = « il a fallu aux convives s’armer de patience ». Nous joindrons aux
précédents le propos que Marcel Proust, excellent observateur s’il en est (cf. Wilmet,
1972), attribue à la servante Françoise (exemple 14).13
(14) Comme M. le Curé nous l’a eu fait ressortir bien des fois, s’il y a une femme
qui peut compter d’aller près du bon Dieu, sûr et certain que c’est elle (apud
Damourette et Pichon, V, 298).
Le présent surcomposé a eu fait soulignerait de pair avec la locution bien des fois
l’empressement du prêtre à rabâcher les vertus d’une paroissienne exemplaire. Notre
légère réticence tient à la difficulté d’avoir un « passé antérieur », acceptable dans
les exemples 11, 12, 13 (rapprocher les vers fameux du Renard et la Cigogne de La

13
Rappelons à toutes fins utiles que les idiomatismes de Françoise proviennent de l’Île-de-
France ou de l’Orléanais (cf. Simoni-Aurembou, 1973; Chaurand, 1981).

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Le passé surcomposé sous la loupe

Fontaine: « La Cigogne au long bec n’en put attraper miette; / Et le drôle eut lapé le
tout en un moment »), exclu des emplois de 6.1 (qui s’accommodent en revanche
de l’« imparfait » ou du « plus-que-parfait »), mais une hypothèque peut-être due,
ici, à un cumul de circonstances défavorables: 1◦ le ton de la conversation nuisant
au passé 1 (simple ou composé), 2◦ le complément itératif conduisant le procès au
voisinage de l’actualité et disqualifiant ipso facto l’aspect global.

6.3 Saisie par l’auxiliaire de composition dans la visée de l’auxiliaire de surcomposition


Le présent surcomposé canonique investit les sous-phrases qu’enchâsse un présent
composé matriciel: Quand Pierre a eu mangé, Marie a pris la parole, etc. = « Marie a
attendu pour parler que Pierre se soit restauré ». La « chronologie en profondeur »
(Guillaume, 1929: 23), bissant l’antériorité du procès dépendant, importe moins
que la coı̈ncidence déclarée de la phase extensive eu mangé de manger et de l’auxilié
pris. Nos extraits 1 et 2 supra tiraient un bénéfice plaisant de cette syntaxe (on se
garde d’interrompre Alceste, le glouton de la classe du Petit Nicolas, tant qu’il n’a
pas avalé les ultimes miettes de sa collation et lui-même ne perd pas une bouchée
en bavardages ou, à la lettre, ne « parle pas la bouche pleine »). Les attestations sont
innombrables, sous des plumes parfois solennelles ou sévères (exemples 15, 16, 17).
(15) Sitôt que j’ai eu acquis quelques notions générales touchant la physique, j’ai
remarqué jusqu’où elles pouvaient conduire (Descartes).
(16) Ils sont tombés en cet état trente-huit ans après qu’ils ont eu crucifié Jésus-
Christ (Bossuet, cité par Damourette et Pichon, V, 293).
(17) Quand l’abrègement de ces voyelles a eu déterminé l’amuı̈ssement, la voyelle
inaccentuée de la syllabe précédente, se trouvant en syllabe finale, a subi à
son tour les mêmes mutilations (Meillet, cité ibid., V, 295).
L’emploi était voué à progresser constamment, car il profite de l’essor régulier du
présent composé à valeur d’antérieur de présent (cf. le paragraphe 1 du chapitre 5).
Le pronostic ne se vérifie qu’en français oral ou reflétant l’oral. À l’écrit, beaucoup
d’auteurs contemporains — sensibles à une prétendue lourdeur (l’enfilade de deux
ou — au passif — trois participes: eu mangé, eu été mangé. . .?), influencés presque à
leur insu par l’ostracisme scolaire et craignant une « faute de français » (cf. Ayres-
Bennett et Carruthers, 1992), rendus d’aventure méfiants envers le pittoresque
vaguement rural des provincialismes — préfèrent l’échappatoire du « passé
antérieur » (exemple 18) ou, à compter du XXe siècle, malgré la condamnation
puriste, le subjonctif derrière après que (exemple 19 vs 16: cf. Kronning, 1999):
(18) Quand il eut vendu ses camarades
On l’a laissé aller
Portant sa pauvre honte
Son pauvre corps blessé. . . (Vian).
(19) Un mois après qu’on m’ait enlevé le plâtre, les douleurs ont repris. . .
(Bauchau) [abri occasionnel contre les censeurs: l’indicatif avait enlevé].

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Marc Wilmet

6.4 Saisie par l’auxiliaire de surcomposition


Cette dernière ressource exige une forte accentuation finale de la relation
D⇔C⇔B. Ainsi, dans le contexte 6.3, Quand Pierre a eu mangé, Marie est partie
depuis longtemps se paraphrasera « levant le nez de son assiette, Pierre s’aperçoit que
Marie n’est plus là » (la phase bisextensive de manger et l’auxiliaire est de est parti
coı̈ncident en B sur le schéma 4), toutefois en butte à Quand Pierre a eu mangé,
Marie était partie depuis longtemps (croisement en C de la phase extensive eu mangé
avec l’auxiliaire était du passé 2 composé était partie, un contact ultérieur semelfactif
nécessitant le rarissime passé 1 surcomposé: Quand Pierre eut eu mangé, Marie était
partie depuis longtemps). Pas ou plus de dilemme si la phrase matrice renferme un
présent simple (exemple 20):
(20) . . . lorsque la retraite annuelle est prêchée aux étudiants canadiens dans
leur église, ils accourent nombreux pour le commencement de chaque
instruction, mais sitôt que l’orateur a eu fini d’annoncer son sujet, beaucoup
se détachent de partout, du haut même ou du milieu de la chapelle, et tout
bonnement s’en vont (apud Foulet, 1925: 226–227) [a eu fini arrache à la
conjonction sitôt que un délai que supprimerait a fini].
Dans le contexte 6.2, Pierre a vite eu mangé trouve une interprétation (que facilite
l’adverbe vite séparant l’auxiliaire de l’auxilié composé).14 « l’effet soporifique de
la digestion n’a pas tardé ». Dans le contexte 6.1, de façon sans doute plus ludique
que spontanée (et nonobstant une collision sémantique prévisible), on ferait suivre
le procès manger d’une phase extensive numéro 1 avoir mangé de satiété puis d’une
phase extensive numéro 2 avoir eu mangé d’appétit retrouvé; finalement, Pierre a eu
mangé = « voilà belle lurette que Pierre a mangé le dernier morceau et il remettrait
bien le couvert » (vs Pierre a eu mangé des rutabagas = « Pierre a connu la misère et
l’expérience lui suffit »).

7 conc lu s i on
Trois acquis nous semblent plaidables.
(1) La terminologie ne mérite pas le dédain ou au bas mot l’inattention des
théoriciens de la grammaire. Reprenez le cas du participe. Aussi longtemps que
le « participe passé » se doit d’être une forme composée (par exemple ayant
marché) et que le métalangage usuel n’offre pas le vocable permettant de nommer la
« forme courte » marché — sauf, cela se rencontre (cf. Grevisse et Goosse, 2007:
1038 et passim), mais fuite en avant et remède pire que le mal, à taxer ayant marché de
« participe passé composé » —, le composé eu marché ne saurait sortir des limbes de

14
Carruthers (1994) a observé cette séquence 6 fois sur 10. Le français parlé n’en a pas le
monopole. Voici du moins un exemple littéraire de passé 2 surcomposé insérant l’adverbe
vite entre l’auxiliaire de surcomposition et l’auxiliaire de composition: « . . .dans la solitude
de ma pensée le nom avait vite eu fait de s’approprier le souvenir du visage » (Proust).

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Le passé surcomposé sous la loupe

la conjugaison et la création des formes surcomposées manque à la fois de moteur


et de frein.
(2) En snobant les emplois absents des contrées septentrionales, on perpétue une
attitude jacobine. Le pur constat du « où? » ne résout pas non plus le « pourquoi? ».
Seule explication intellectuellement satisfaisante: une réaction (involontaire ou
délibérée, voire militante, c’est une autre recherche) à la meilleure tenue, dans
les territoires concernés, du passé 1 face au présent composé.15 De l’ancien français
au français moderne, les mêmes causes induisent les mêmes effets.
(3) Aux deux ou trois types de présents surcomposés invoqués dans la doxa, il a
d’abord été proposé un ressort commun, jouant de trois articulations successives:
1◦ accentuation de l’auxilié (l’ancien type 3 dit « régional »), 2◦ accentuation de
l’auxiliaire de composition dans la visée de l’auxilié (l’ancien type 2 flottant),
3◦ accentuation de l’auxiliaire de composition dans la visée de l’auxiliaire de
surcomposition (l’ancien type 1 dit « général »). Résultat d’emblée positif, le
2◦ ne s’inféode ni au 1◦ ni au 3◦ . Nous avons défendu ensuite la reconnaissance
d’une quatrième application, accentuant l’auxiliaire de surcomposition en chacun
des contextes 6.1, 6.2, 6.3 recensés. La vérité oblige à dire que les manifestations
sûres de ce 4◦ ne foisonnent pas, mais, pour peu qu’on autorise un linguiste à plagier
mutatis mutandis les découvreurs nobélisés de l’ADN, Crick et Watson, quand ils
s’extasiaient et se congratulaient devant l’image encore chimérique et largement
conjecturale de la double hélice, « it would be a pity should such a beautiful
structure not exist ».
Adresse pour correspondance:
Marc Wilmet
Université libre de Bruxelles
Faculté de Philosophie et Lettres CP 175
Avenue Franklin Roosevelt 50
1050 Bruxelles
e-mail: [email protected]

r é f é re nc e s
Ayres-Bennett, W. et Carruthers, J. (1992). Une regrettable et fort disgracieuse faute
de français? The description and analysis of the French surcomposés from 1530 to the
present day. Transactions of the Philological Society, 90: 219–257.
Beauzée, N. (1767). Grammaire générale. Paris: Barbou.

15
Le romancier Jules Romains — alias Jules Farigoule, natif du Puy — en livre une précieuse
confirmation des années trente (passage cité au § 468 de la Grammaire critique du français):
« À mesure que son récit l’échauffait, la teinte méridionale de sa voix sortait et chatoyait.
Cependant que le passé défini et autres temps nobles du verbe se glissaient dans la phrase.
Soudain, elle s’avisait de ses involontaires élégances grammaticales, et revenait aux façons
de Paris. Du même coup, son joli accent rentrait sous terre. » Rézeau (éd., 2001: 10)
actualise l’information: « [Le passé simple] est encore bien vivant chez nous dans notre
français coloré d’occitan. »

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Marc Wilmet

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des formes verbales. Thèse inédite de l’Université libre de Bruxelles.
Benveniste, É. (1966). Problèmes de linguistique générale. Paris: Gallimard.
Carruthers, J. (1992). Une étude sociolinguistique des formes surcomposées en français
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Carruthers, J. (1994). The passé surcomposé régional: towards a definition of its function
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Carruthers, J. (1996). The passé surcomposé général: on the relation between a rare tense
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