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Ty 2s Ser ieoline 2016 Extrait des minutes de Groffe
iu do la Cour d’Appel de Ve
suas ce em! le la Cour d'Appol de Versailles
RG : 14/01570
KERVIEL Jérme
Pw
Nature de arrét :
voir dispositif
DECISION
voir dispositif
Bordereau N°
du
COUR D'APPEL DE VERSAILLES]
Arrét prononoé publiquement le VINGT TROIS SEPTEMBRE DEUX MILLE
SEIZE, par Monsieur WYON, Président de la 98me chambre des appels
Gorrectlonnels, en présence du ministére public,
Sur renvoide cassation aprés appel crun jugement du tribunal correctionnel de
Paris du 05 octobre 2010, et cassation partielle d'un arrét de ia cour d'appel de
Paris du 24 octobre 2012.
COMPOSITION DE LA COUR
lors des débats, et du délibéré,
Président Monsiour WYON,
Conseillars = Monsiour AUBAG,
Monsiour DOMERGUE,
et au prononeé de Varrét,
Président Monsieur WYON,
MINISTERE PUBLIC: — Monsieur c'HUY, avocat général, lors des débats,
GREFFIER : Madame LAMANDIN, greffior, lors des débats et du
Prononeé de I'arr&t
PARTIES EN CAUSE
PREVENU
KERVIEL Jéréme
Né le 11 janvier 1977 & PONT LABBE (29),
fils de KERVIEL Charies et de CARVAL Marie-José,
de nationalté frangaise, célibataire, gérant de société,
demeurant 9, rue de Monceau - 75008 PARIS
libre,
Comparant, assist8 de Maitres KOUBBI David, PRUVOST Benoit et DAMI LE
COZ Julien, avocats au barreau de PARIS ( conclusions )PARTIE CIVILE
SOCIETE GENERALE ; .
Représentée par Madame DUMAS Claire (directeur financier de la banque de
détail en France)
Tour Société Générale - 17 Cours de Valmy - 92095 LA DEFENSE
Comparante, assisiée de Maitres MARTINEAU Frangois, REINHART Jean,
VEIL Jean, GASTEBLED Etienne, et Maitre LAMBERT-BARRET avocats 2u
barreau de PARIS ( conclusions }
RAPPEL DE LA PROCEDURE :
LE JUGEMENT ;
Par jugement contredictoire en date du 05 octobre 2010, fe tribunal
correctionnel de Paris, statuant sur les poursuites exeroses a l'encontre de
Jérome KERVIEL :
Sur action publique
~ a déclaré Jéréme KERVIEL coupable pour les faits qualifiés de :
INTRODUCTION FRAUDULEUSE DE DONNEES DANS UN SYSTEME DE
TRAITEMENT AUTOMATISE, faits commis au cours des années 2008, 2006,
2007 ot jusqu'au 19 janvier 2008 et depuis temps non prescrit, a Paris et a la
Défense, en tout cas sur le territoire national.
FAUX. ALTERATION FRAUDULEUSE DE LA VERITE DANS UN ECRIT, faits
commis au cours de Pannée 2007 et jusqu'au 18 janvier 2008 depuis temps
non prescrit, Paris et a la Défense, en tout cas sur le territoire national
USAGE DE FAUX EN ECRITURE, faits commis au cours do année 2007 et
jusqu'au 19 janvier 2008 depuis temps non preserit, & Paris ot 4 la Défense, en
tout cas sur le territoire national,
ABUS DE CONFIANCE, faits commis au cours des années 2005, 2006, 2007
ot jusqulau 18 janvier 2008 et depuis temps non presor, a Paris et a la
Défense en tout cas sur le territoire national.
~l'a condamné a 5 ans d'emprisonnement.
Wu les articles 132-29 4 132-34 du Code pénal
-,a dit qu'il sera sursis pour une durée de 2 ens a l'exécution de cette peine,
dans les conditions prévues par cos articles ;
- a titre de peine compliémentaire, a interdil a Jérome KERVIEL a titre
définitif, d'exercer directement ou indirectement une ou plusieurs activités
professionnelles, en l'espéoe dexercer les activités d'opérataur de marché et
toute activité relative aux marchés financiers,
~ titre de peine complémentaire, @ ordonné la confiscation des scellés.Sur l'action
- a constaté LE DESISTEMENT de la constitution de partie civile de Gérard
COScAS,
~aconstaté LE DESISTEMENT de la constitution de partie civile de Xavier
KREMLIN,
~a déclaré irrecevable la constitution de partie civile de l'association HCCDA
représentée par Jos! BOUARD,
~ a déclaré irrecevables les constitutions de parties civiles de Deborah
DAIGNE épouse VICTOR, de Nadine GRUNBERG, de Gérard KILIAN, de Nelly
PELLET-LEGUEVAQUES, da Pascal PERUCHON, do Marie-Claude
PODGUSZER, de Jac VAN BRAKEL, et de Lilian WINTHER,
+a déclaré irrecevables les constitutions de parties civiles de Adrien RIGHI,
de Marcel ROCA et de Marie CACCIAPUOTI épouse VUILLEMIN,
~ a déclaré recevable la constitution de pertie civile de Albert Lucien Marius
MINEO,
~acondamné Jerome KERVIEL a payer a Albert Lucien Marius MINEO, partis
civile, la somme de DEUX MILLE CINQ CENTS EUROS (2.500 eurds), en
réparation du préjudice moral,
~,eten outre la somme de MILLE CINQ CENTS EUROS (1.500 euros) au titre
de larticle 475-1 du Code de procédure pénale,
~ a déclaré receveble la constitution de partie civile de Laurence DAUPLAT,
~acondamné Jérome KERVIEL, a payer a Laurence DAUPLAT, partie civile,
la somme de DEUX MILLE CINQ CENTS EUROS (2.500 euros), én réparation
du prejudice moral,
>,et en outre la somme de MILLE CINQ CENTS EUROS (1.500 euros) au titre
de article 476-1 du Code de procédure pénale,
a déclaré recovable la constitution de partie civile de la SOCIETE GENERALE.
~acondamné Jéréme KERVIEL, a payer a la SOCIETE GENERALE, partie
sivile, lasomme de QUATRE MILLIARDS NEUF CENT QUINZE MILLIONS SIX
CENT DIXMILLE CENT CINQUANTE QUATRE EUROS (4.915.610.154 euros)
A litre de dommages-intéréts
LES APPELS :
Appel a été interjeté par
Jéréme KERVIEL, appel orincipal, formé ie 5 octobre 2010, son appel portant
tant sur les dispositions péneles que civiles,
- Le Ministére Public, appel incident formé le 5 octobre 2010,
- L’Association HCCDA, appel principal formé le § octobre 2010,~ Mmes DAIGNE épouse VICTOR, Nadine GRUNBERG, M, Gerard KILIAN,
Mme Nelly PELLET-LEGUEVAQUES, IMM, Pascal 'PERUCHON,Roger
PODGUSZER, Jac VANBRAKEL et Mme Liliane WINTHER, parties Civiles,
appel principal formé le 8 octobre 2010,
= M. Albert MINEO, Mme Laurence DAUPLAT, M. Adrien RIGHI, Mme Marie
CACCIAPUOTI épouse VUILLEMIN ct M, Marcel ROCA, parties civiles, appel
principal formé le 11 octobre 2010.
L'ARRET DE LA COUR D’APPEL DE PARIS :
Par arrét contradictoire en date du 24 octobre 2012, la Cour d'appel de PARIS,
EN LA FORME
aregu les appels de Jérme KERVIEL, prévenu, du ministére public, de Josette
CACCIAPUOTI épouse VUILLEMIN, Laurence DAUPLAT, Albert MINEO,
Adrien RIGHI, Marcel ROCA, Déborah DAIGNE, Nadine GRUNBERG, Gérard
LILIAN, Nelly PELLET-L_EGUEVAQUES, Marie-Claude PODGUSZER, Jac VAN
BRADEL, Lilian WINTHER, Pascal PERUCHON, et de la "HCCDA", parties
civiles.
AU FOND
‘Sur Iaction publique :
=a confirmé le jugement déféré sur la déclaration de culpabilité sur les délits
d'abus de confiance, faux, usage de faux, introduction frauduleuse de données
dans un systéme de traitement automati
~acconfirmé le jugement déféré sur le prononeé de la peine a savoir CINQ ANS
d'emprisonnement dont DEUX ANS d'emprisonnement AVEC SURSIS ;
a confiimé tinterdiction, & titre définitif, d'exercer directement ou indirectement
une ou plusieurs activités professionnellas, en 'espéce les activités d'opSrateur
de marche et toute activité relative aux marchés financiers ;
- a ordonné la confiscation das scellés ;
Sur Paction civile :
- a confirmé le jugement déféré en toutes ses dispositions civiles a légard de
la Société Générale, de Josetle CACCIAPUOTI épouse VUILLEMIN, Adrien
RIGH, Maroal ROCA, Deborah DAIGNE, Nadine GRUNBERG, Gérard KILIAN,
Nelly PELLET-LEGUEVAQUES, Marie-Claude PODGUSZER, Jac VAN
BRAKEL, Lilian WINTHER, Pascal PERUCHON et de la "HCCDA’,
a pontine et infirmé pour partie a 'égard de Laurenca DAUPLAT et Albert
INEO,
- a déclaré irrecevables les constitutions de parties civiles de Laurence
DAUPLAT et Albert MINEO tent en ce qui concerne leur préjudice financier
que leur préjudice moral,
LE POURVOI
Pourvoia été formé par Jérome KERVIEL et l'association Halte la corruption,
ala censure, au despatisme et a l'arbitraire, partie civile, le 26 octobre 2012.
4LARRET DE LA COUR DE CASSATION :
Par arrét on date du 19 mars 2014, la Cour de cassation
|- Sur le pourvoi de la HCCDA
- La rejeté ;
II- Sur Ie pourvoi de M, Kerviel
~a cassé ef a annulé farrét susvisé de la cour d'appel de Paris, en date du 24
octobre 2012, mais en ses seules dispositions relatives A laction civile, toutes
autres dispositions étant expressément maintenues,
- ot pour quil soit a nouveau statué, conformément a ta loi, dans les limites de
la cassation ainsi prononcée, a renvoyé la cause et les parties devant la cour
dlappel de Versailles, a ce désignée par deliberation spéciale prise en chambre
du conseil ;
L/ARRET DE LA COUR D’APPEL DE VERSAILLES :
Par arrét contradictoire en date du 14 janvier 2015, la Cour d'appel de
Versailles, avant dire droit, dans les limites de la cassaiion
~ a déclaré la demande d'expartise recevable en la forme,
- au fond, I'a rejetée comme mal fondée,
~ arenvoyé la cause et les parties, pour fixation, &'audience du 18 avril 2015,
At'audience pubis de fixation du 15 avril 2015, la Cour, par arrét du méme
jour, a renvoyé faffaire aux 20, 21 et 22 janvier 2016,
Al'audience publique du 20 janvier 2016, l'affaire a été mise en délibaré au 29
janvier 2016
La Cour :
a rejeté la demande de sursis a statuer formée par Jerome Kerviel,
arenvoyé [affaire pour examen au fond a audience de cette chambre qui se
tiendra les 15 juin 2016 a 9 heures 30, 18 juin 2016 4 9 heures 30 et 17 juin
2016 a9 heures 30,
a invité les parties & échanger leurs conclusions et & communiquer lours
pidces ot la liste des témoins qu'is entendent fairo citer avant le 13 mai 2016,
a débouts les parties du surplus de leurs demandes,
A l'audience publique du 15 juin 2016, Monsieur le Président a constaté
'identité du prevaru, assisté de ses conseils Maitres KOUBBI David, avocat au
barreaude PARIS, PRUVOST Benoit, avocat au barreau de PARIS et DAMI LE
COZ Julien, avocet au barreau de PARIS.
5Le président a rappel qu’ont été cités comme témoins, par la partie civile
Jean-Francois LEPETIT ; et per la défense : Jacques WERREN, Philippe
HOUBE, Maitre REINHART, Maitre VEIL, et Maitre MARTINEAU.
Maitre REINHART, Maitre VEIL, et Maitre MARTINEAU, avocats, ont déclaré
quills refusaient d'étre entendus comme témoins,
Maitre KOUBBI, avocat, a été entendu sur ce refus,
Maitre ANDRE, Batonnier du barreau de VERSAILLES, a été entendu en ses
observations,
Maitre NIORE Vincent, délégué du Batonnier du barreau de VERSAILLES, a
été entendu en ses observations,
Monsieur WYON, président, a rappelé les dispositions des articles 437 et 488
du code de procédure pénaie,
Monsiour d'HUY, avocat général, a été entendu en ses réquisitions,
Maitre KOUBBI, avocat, a maintenu sa demande,
La cour, aprés en avoir délibéré, a pris acte du refus des trois avocats
Maitre REINHART, Maitre VEIL, et Maitre MARTINEAU d’étre entendus en
qualité de témoins,
Las autres témoins ont été invités quitter la salle d’audience, pour n’étre
ultérieurement invités a y rentrer qu’au moment oli sera regue leur déposition,
Lo Président a informé le prévenu de son droit, au cours des débats, de faire
dos déclarations, de répondire aux questions quilui sont posées, oude se taire,
Ont été entendus ;
Monsieur WYON, président, en son rapport et interrogetoire,
Le prévenu, en ses exolications,
Laudience a été levée a 12 heures ot a repris 414 heures .
Maitre VEIL, avocat, a été entendu sur ses conclusions déposées & 14 heures,
demandant ia production de pieces complémentaires,
Monsieur d'HUY, avocat général, a été entendu en réponse sur ce point,
Maitre KOUBBI, avocat, a été entendu en réponse également,
La cour, aprés en avoir délibéré, a rejeté la demande.
Madame DUMAS a été entendue en ses explications, pour la partie civile,
Le prévenu a été entendu en ses explications,
Lraudience a été levée a 19 heures,A laudience publique du 16 juin 2016 :
Llaudience a été reprise avec I'écoute de l’enregistrement entre Madame de
LEIRIS et Madame LE ROY, a la demande de la défense.
A cet instant s'est présenté Maitre BARATELLI, avocat, pour Madame
do LEIRIS.
Maitre BARATELLI, avocat, a été entondu sur son intervention volontaire, pour
Madame de LEIRIS, et a demandé que soit dressé un procés-verbal
relevant le délit de recel d’enregistrement illicite, coniormément a l'article
675 du code de procédure pénale.
Maitre REINHART, avocat de la partie civile, a 6t6 entendu sur ce point,
Monsieur d'HUY, avocat général, a estiné que Intervention n’était pas
recavable compte tenu de application des ragias de la procédure pénale,
Maitre DAMI LE COZ, avocat, a demandé que la demande formulée par Maitre
BARATELLI soit déclarée irrecevable, car elle se fone sur les dispositions des
articles $25 et suivants du code de procédure civile, non epplicables en
lespece,
Maltre KOUBBI, avocat, a demandé quill soit acté qu'il s'agit selon Maitre
BARATELLI d'une conversation privée,
Le prévenu s’en est remis a l'appréciation de la cour,
Maltre BARATELLI, avocat, a fait connaitre son intention de se constituer partie
civile sur le fondement de l'article 478 du code de procédure pénale,
Les conseils de le partie civile n’ont pas fait d'observations,
Monsieur d HUY, avocat général, n’a pas fait dobservations,
Maltre DAMI LE COZ, avocat, a eu la parole en demier.
La cour, apras en avoir délibéré,
Considérant que les articles 325 et suivants du cade de procédure civile ne sont
pas applicables dans le cadre de la présente instance sur intéréts civils, qui
relave des régles de la procédure pénale,
Considérant que les articles 675 du code de procédure pénale concement les
infractions "commises l'audience”, c'est a dire établies ; qu’en l'état, la cour
ne peut pas considérer que infraction alléguée est suffisamment établie, dans
la mesure ou tant la nature des faits que leur qualification sont discutées ; qu’en
outre linfraction qu'on lui demande de constater est dépendante’ d’une
infraction originaire commise a l'extérieur de la salle d'audience, dont elle ne
peut dire si elle est constituée, ni sous quelle qualification,
a rejeté les demandes formulées par Maitre BARATELL! au nom de
madame DE LEIRIS, et dit n'y avoir lieu & dresser procés-verbal.
Ont été entendus, en qualité de temoins :
Monsieur Jean-Francols LEPETIT, 74 ans administrateur de société, domicilié,
au 8 bis rue Saint James 4 NEUILLY sur SEINE, qui a prété serment.L’audience a 6té suspendue a 12h45 et a repris 4 13 heures 30 avec
faudition de :
Monsieur Jacques WERREN, 63 ans, consultant, domicilié au 13 villa Léandre
& Paris 18 emo, quia prété serment.
Monsieur Philippe HOUBE, 60 ans, au chémage, domicilié 22 rue Antoine
MENAT & Clermont Ferrand, gui a prété serment.
Madame DUMAS, en réponse, pour la société Genérale,
Le prévenu a eu la parole en dernier et sollicité une expertise.
audience a été suspendue a 18 heures 30.
A Vaudience publique du 17 juin 2016 :
Ont été entendus ;
Maitre MARTINEAU, avocat, en sa plaidoirie pour la pertie civile,
Maitre LAMBERT-BARRET, avocat, en sa plaidoirie pour le partie civile,
Maitre VEIL, avocat, en sa plaidoirie pour la partie civile,
L’audience a été suspendue a 12 heures ot a repris A 14 heures .
Monsiour d'HUY, avocat général, en ses réquisitions,
Maitre DAMI LE COZ, avocet, en sa plaidoirie pour Monsieur KERVIEL,
Maitre KOUBBI, avocat, en sa plaidoirie pour Monsieur KERVIEL.
Apres le rajout manuscrit aux conclusions de la défense, lu oralement par
Maitre DAMI LE COZ, et soumis & la lecture des conseils de la Société
Générale, ni les conseils de la Société Générale, ni |e Ministre Public nont
présenté d'observations sur ce rajout.
Jéréme Korviol a ou la parole on dernier.
Monsieur le président a ensuite averli les parties que l'arr&t serait prononcé a
audience du 23 SEPTEMBRE 2016 a 13h 30, conformement & article 452 du
code de prooédure pénale,
DECISION
La Cour, aprés en avoir délibéré conformément & la lol, jugeant
publiquement, a rendu Marrét suivant :
LE RAPPEL DES FAITS ET DE LA PROCEDURE
Jerome Kerviel travaillait au sein de la division "Global Equities and Dérivates
Solutions" - GEDS - et appartenait a |'équipe ce traders "Delta-one-Listed
Products’. | intervenait plus particuliérement sur deux types de produits
derivés : les "options" a savoir les warrants et les turbo-warrants émis par la
8Societe Generate! par la concurrence, ot les "contas a terme” (uures et
forwercs), produits le plus souvent étabis sur des Indices oursers (Dax,
Eurostoxx £0,Footsee) utilises comme sous-jacents,
Le travail de trader de Jéréme KERVIEL comprenait deux branches :
-l'animation de marché des turbos-warrants de la Société Générale sur indices
boursiers a barriére désactivante, qui était son activité principale & I'crigine
(market making}.
= une activité de trading directionnel, avec des positions couvertes et des
positions ouveries, Les positions couvertes consistaient dans larbitrage des
turbo-warrants de la concurrence. Les positions ouvertes portaient sur des
actions ou des futures. Dans le cadre de cette activité, Jéréme Kerviel a
développé une activité autonome de spiels, consistant 4 prendre d'initiative et
dentrée de jeu des positions directionnelles. C'est dans le cadre de cas
opérations que Jéréme Kerviel en est venu a masquer ses positions par la
saisio d'opérations fictives.
Jéréme Kerviel a en effet pris des positions directionnolles non autorisées sur
des actions ou futures, quiil dissimulait par une série d'opérations fictives
dachats ou de vente de titres ou de warrants & dale de départ décalée,
transactions sur futures ave une contrepartie en attente de désignetion
(pending) ou forwards avec une contrepartie interne au groupe.
Ces opérations fictives ont été employées selon trois techniques : saisie puis
annulation avant las contréles d'opérations de marché dissimulant les risques
de marché et les résultats latants des positions directionnelles non autorisées :
saisie de couples de transactions fictives en sens inverse (achats-ventes)
portant sur dos quantités égales d'un méme sous-jacent mais & des prix
différents hors marché, dans le but de d&gager un résultat fictif masquant le
résultat réalisé 4 issue dudébouclementdes positions ; passage de provisions
en cours de mois venant temporairement annuler le résultat latent ou réalisé,
S'il était questionné en interne lors de controles a la suite de la détection de
certaines anomalies, Jérome Kerviel fournissait des réponses mensongéres,
appuyées parfois par de faux e-mails, et opérat parfois de nouvelles
manipulations pour masquer Ses agissemients, au besoin en falsfiant des
données de la base informatique
N oxistait on effet certaines limites que les traders ne pouvaient pas dépasser.
Ainsi le cumul des risques résiduels de toutes les positions que pouvait prendre
le desk Delia one ne pouvait excéder, en fin de journée, 125 millions d’euros,
Il s'agissait d'un plafond collectif, concement I'snsemble des traders du desk,
‘et concemnantles opérations dépassant la journée, Cest-2-dire en extraday. Par
risque résiduel, l convient d’entendre écart entre I'exposition et la couverture,
Cette limite était non écrite, mais, ainsi que Jerome Kerviel Ia lui-méme admis,
il s'agissait d'instructions permanentes connues de tous,
$'agissant des opérations débouclées |e jour mame, cest-a-dire en intraday, la
limite était beaucoup plus floue. Officiallemant elle était de 4, puis de 5 millions
euros, mais il ressort des auditions de Jéréme Kerviol, do sos collégues et de
ses supérieurs qu'une tolérance bien plus large lui avait 6t8 accordée, et qu'il
bénéficiait d'une limite en intraday pouvant aller jusqu'é SO millions d'euros,
voire plus. 1I faut préciser que fin 2007- début 2008, Jéréme Kerviel avait
développé une stratéalepersonnelied sritrage cul paralssat partcullrement
rentable sur les turbo-warrants de la concurrence, stratégie de spiels que sa
higrarchie avait décidée de modéliser en 2008.
En tout état de cause, il a 4té constaté A l'occasion des investigations manées
apras la rvélation des faits que les activités du desk Delta one donnaient lieu
9Ades dépassements frequents et substantiels de ces limites : en 2008/2007, la
limite a &t8 dépassée sur 22% des jours ouvrés, scit plus d'un jour par semaine,
et la limite de stress-test du Desk one a été dépassée dans 15 % des cas, soit
plus dun jour sur sept
Lo pramier incident metiant en cause Jéréme Kerviel est intervenu en juillet
2066, porode ol ila commoncé & prondro une position venous ala baiese,
non couverte, sur le titre Allianz, pourun montant d’environ 15 millions d'euros,
quill a masquée par un achal de titres fictifs.
Queiques jours plus tard, a la suite des attentats de Londres, cette position a
la baisse s'est avérée béneficiaire et il 'a soldée par un gain de 600 000 euros
Alain Declerck s'était apercu, lors desattentats de Londres, que Jéréme Kerviel
traitait des titres Allianz. II 'avait interrogé, et Jérdme Kerviel lui avait déclaré
ayoir gagné, mais seulement 200 000 euros, sans lui dire évidemment que sa
position avait &t6 couverte par des titres fictifs. Alain Declerck en avait référé
4 Nicolas Bonin ( N+3), & '6poque chef de Delta one, qui avait demande plus
dexplications, qui avait consulté la station de trading de Jéréme Kerviel ot
{était apercu que ses positions impliquaient des positions prises la veille sur
le tire Allianz, alors que Jérme Kerviel n’avait le droit de prendre des positions
directionnelles limitées & un million d'euros que sur la joumée (en intraday).
Jérome Kerviel avait alors regu un avertissement oral, et il lul avait été fait
savoir quill risquait le licenciement s'll recommengait ce genre de pratique. En
revanche, la higrarchie de Jéréme Kerviel navait pas découvert que ce dernier
avait masqué ses positions ouvertes par un deal fictif.
Par a suite, Jérome Kerviel a couvert ses positions directionnelles prises sur
les futures par la saisie de transactions fictives futures en contrepartie pending
ot forward face a Click option.
Certaines opérations fictives ont néenmoins &t6 détectées, et Jéréme Kerviel
Sest a chaque fois arrangé pour présenter des réponses ressurantes, tout en
modifiant dans la base Eliot |a description des produits en question afin que les
données fouries correspondent & ses explicaions. Jerome, Kervel, pour
dissimuler ses pertes réelias, a méme inventé des pertes fictives quill a
iustiées par des erreurs de booking A cette fn, ila saisi des opérations
fiotives, et il est rentré dans la base Eliot pour modifier le prix des warrants.
la 4galement transmis & sa hiérarchie de faux échanges de courriels, falsifiant
égalemont des mails pour justifier la suppression dopérations fictivas, Il s'est
aussi pariois arrangé, en gagnant du temps, pour ne pas fournir de réponse,
ou pour faire croire A de simples erreurs.
En novembre 2007, la société de bourse allemande des produits dérivés
EUREX, basée a Francfort, 6tonnée par une évolution différente du marché
allemand et du marche americain qui iui semblait inexplicable, ainsi que par ja
position importante par un seul intervenant sur le marché, n'a pas été longue
& découvrir que ces positions massives provenaient de la Société Générale, et
en remontant la chaine das transactions, a identifier Jéréme Kerviel comme
tant lo trader qui avsit passé ces opérations,
Les respansables d'EUREX se sont interrogés sur la taille de ses positions et
sursa stratégie. Ils ont adressé une premiére demande d’explication au service
deontolegie fe 7 novembre 2007, dont le responsable répondra seulement &
partir d’éléments fournis par Jérome Kerviel
Cetteréponse ne les satisfaisant pas, les responsables d'EUREX vont adresser
un second courrier le 26 novembre 2007, auauel il sera rénondu le 10
décambre par una explication fournie par Jérme Kerviel lui-méme, exposant
sa stratégis liée a la désactivation des turbo-warrants, et joignant un
10récapitulatif des positions, mais dont les données étaient fausses et avaient été
inventées par Jerome Kerviel,
De fait, EUREX avait signalé des détails cruciaux qui ont &chappé a |a
hiérarchie de Jéréme Kerviel, par exemple le fait que le 19 octobre 2007, plus
de 8000 contrats futures Dax avaient été souscrits en espace do doux heures,
8 qui correspond 4 1,2 milliard d’euros. Comme I’a lui-méme reconnu M.
Gordelle, N+1 de Jéréme Kerviel, qui a déclaré ne pas avoir prété attention &
ce courrier, s'il avait lu le passage Conceimant les 6000 futures, il aurait "sauté
au plafond’, et demandé des explications détaillées a Jéréme Kerviel, " surtout
que l'on parlait d’achats et non d'achats-ventes”.
Le 3 janvier 2008, Jéréme Kerviel a substitué la contrepartie Baader a Click
option, ce qui lui permettait d’échapper notamment au contrdle de
co-latéralisation, la Saciété Générale n'ayant pas d'accord de co-latéralisation
avec Baader contrairement a la Deutsche Bank,
Copendant, cette opération face & Baeder, petit courtier sur lequel les limites
dexposition étaient feibies, générait un risque de contrepertie trés important
puisque calculé en dehors d'un accord de co-latéralisalion.
C'est ainsi que le 8 janvier 2008, le service RISQ a constaté un déplacement
massif sur Baader , a pensé une erreur de seisie, mais a informs la division
Global Strategy Development, qui a interrogé Jéréme Kerviel.
Le lendemain, Jéréme Kerviel a annuié les opérations avec Baader et les a
remplacées le 10 janvier par un fluxde provision exceptionnel de 1 485 000 000
deuros
Entre fe 10 janvier et le 15 janvier 2008, les contréles réglementaires de fin
d'année se sont poursuivis, et la direction finenciére s'est apercue que Jerome.
Kerviel avait traité avec la contrepartie Baader huit opérations pour 80 milliards
d'euros de nominaux, générant une exposition de 2,9 milliards d'euros, Face
aux explications confuses de Jérome Kerviel, une reunion a été organisée ie
lendemain, lors de laquelle Jéréme Kerviel a expliqué que la contrepartie
laquelle il devait de l'argent était en fait la Deutsche Bank et non Baader, ce qui
avait pour effet d'abaisser le risque 4 390 millions d'euros en raison des
accords de netting avec cette banque.
Cependant, M. Paolantonacci, chargé de la surveillance des risques, bien
quiayant &16 informé quo le probléme Baader n’oxistait plus, avait été
impressionné par "importance du risque de contrepartie signalé, ll a avisé M.
Baboulin (N+3 de Jéréme Kerviel), et tous deux lui ont demandé & nouveau des
justifications. Jéréme Kerviel a alors confectionné deux faux e-mails les 17 et
18 Janvier 2008, émenant sold'sant de la Deutsche Benk, et confirment que es
opérations enregistrées par Beader la concemaient.
Il s'agisseit d'une fausse confirmation des transactions par Christophe de la
Calle, trader de la Deutsche Bank a Londres, et d'une fausse confirmation de
Baader adressés a Jérdme Kerviel avec M. de la Celle en copio, indiquant quil
fallait enregistrer les transactions face & la Deutsche Bank.
Malgré les nombreux détails techniques foumnis par Jérome Kerviel,
information a remonté la chaine hiérarchique et déclenché une réunion des
principaux responsables, qui ont voulu en savoir pius et surtout avoir une
Confirmation officielle de la part du Back office de la Deutsche Bank, et est
alors que, contacté par Ml. Rouyére, M, de la Celle lui a appris qu'il r’avait pas
‘eu de contact avec Jéréme Kerviel depuis un an et quil n’avait pas traité
dopération avec lui
uLes responsables de la Société Générale ont aussitdt joint Jéréme Kerviel qui
se trouvait en week-end a Deauville, qui a reconnu avoir menti, ef a avous le
caractére fictif des opérations Baader Deutsche Bank. Jéréme Kerviel a été
sommé de rentrer immédiatement a Paris et de venir s'expliquer.
L’équipe d'investigation mise en place durant la nuit du 18 au 19 janvier, la
“lask force", a commencé a découvrir la trace des opérations ot des positions
directionnelles prises par Jérome Kerviel, que celui-ci a tenté dans un premier
temps de minimiser, jusqua ce que, dans la nuit du 19 au 20 janvier 2007, et
le dimanche 20 janvier au matin, la totalité des positions directionnelles prises
par Jérome Kervial soit évaluge a un nominal de 49,777 milliards d’euros,
générant une perta latente de 2,779 miliards.
Le président de la Société Générale a informé le gouverneur de la Banque de
France de la découvarie de catle position directionnelle majeure, Il en ainformé
&galement le secrétaire général de l’Autorité des marchés financiers, ot a
convoqueé le conseil d'administration de la banque.
En raison des positions directionnelles prises par Jéréme Kerviel, la Société
Générale, dont les fonds propres s'élevaient au 31 décembre 2007 a 31,275
nillliards d’euros, ne respectait plus les ratios prudentiels exigés par la
régiementation,
Usant de la possibilité offerte par l'article 233-2 duréglement général de | AMF,
la Société Générale a pris la responsabilité de différer la publication de
Vinformation privilégiée sur ses positions frauduleuses jusqu’au 24 janvier au
matin, avant fouveriure du marché, tout en demandant la suspension de son
titre.
la done été procédé au débouclage des positions dans les plus brefs délais,
ce qui ful fait pour essential les 21, 22 et 23 janvier 2008 et méme pour
certains contrats jusqu'au 25 janvier 2008. A Issue de ces opérations, ia
Société Générale a subi une perte évaluée & 6,3 milliards d’euros.
Le 24 janvier 2008, avant ouverture des marchés, la Société Générale arendu
Vaffaire publique, ‘a demendé la suspension de son cours en bourse, et a
procédé a une atigmentation de capital
A la suite de la condamnation de Jéréme Kerviel sur action publique et sur
action civile par jugementdu tribunal correctionnel de Paris du 5 octobre 2010,
puis par la cour d'appel de Paris Je 14 janvier 2015, dans les termes rappelés
Gi-dessus, la chambre criminelle de fa Cour de cassation, saisie sur pourvoi de
Jéréme Kerviel, a cassé et annulé larret de la cour d'appel en ses dispositions
relatives a l'action civile, et renvoyé la cause et les parties devant la cour
dappel de Versailles, pour qu'il soit statué dans les limites de la cassetion
prononeée,
Par arrét du 14 janvier 2015, la cour a rejaté a demande d’expertise formée par
déroine Kerviel et laffaire a 616 renvoyee au 18 avril 2015, puls au 20 janvier
2016, avant d'éire renvoyée a Paudience des 15, {et 17 juin 2016 par arrét du
29 janvier 2016
AL’AUDIENCE,
Jéréme Kerviel a comparu, assisté de ses avocats.
2La Société Générale était représentée par Claire Dumas, difecteur financier,
diment munie dun pouvoir de représentetion signé de Frédéric Oudea’
directeur général de la banque.
Les conssils des deux parties ont déposé des piéces et des conclusions
La partie civile a fait citer Jean-Frangcis Lepetit a titre de témoin. La défense
de Jérdme Kerviel a de son cété fait citer Jacques Werren, Philippe Hoube,
Jean Reinhart, Jean Veil et Frangcis Martineau comme témoins. Ces trols
derniers ont refusé de comparaitre, ce dont la cour a pris acte. Les autres
témoins ont été entencus conformément aux régles du code de procédure
pénale
Dans ses conclusions déposées et souterues devant la cour a l'occasion de la
présente audience, la Société Générale, partie civile, a fait valoir que la charge
de la réparation du préjudice subi devait dire établié en fonction de la gravité
des fautes respectives, et quiollon’a poursa part commis que de simples fautes
de négiigence, au demeurant provoquées par Jéréme Kerviel, lequel a de son
<6té commis des fautes intentionnelles au service d'un dessein délictuel
élaboré c'une exceptionnelle gravité.
La Société Générale a admis avoir “effectivement commis des négligences
mises en lumere par la commission bancerre”, mais elle a estime cependant
Quill s‘agit-lé de “faiblesses” qu'elle qualfie de fautes de négligence, ‘cest--
ire dela moins grave parmi toutes les fautes non intentionnelies’, caite simple
faute de négligence devant étre regardée comme ayant 16 absorbée par la
faute pénale d'une gravité exceptiomelle commise par Jéréme Kerviel.
La banque a soutoru quo les cispostfs de cortréle quello avat mis en place
&l'époque n’étaient guére différents de ceux qui existaient dans dautres grands
établissements comparables en matiére dopérations de marché, qu’aucun
systéme de contréle n'est infeillible, et que les systémes de controle déja en
vigueur - que Jéréme Kerviel avait contournés avec ingéniosité - avaient
farmoins permis de découvrir ia fraude,
Elle a souligné qu’en outre activité de Jéréme Kervial ne deveit pas générer
de risque important, puisque son mandat (market maker sur les turbos warrants
de la Société Générale, puis arbitrage sur les turbos warrants de la
concurrence) ne devait enirainer aucune prise de position diroctionnelle.
Elle a rappelé que le nombre considérable d'opérations tombant en base
tampon masqueit les opérations fictives de Jérme Kerviel.
Enfin, elle a souligné que ce sont précisément les infractions volontairement
commises par Jérome Kerviel qui lui avaient permis de construire un vasie
systéme frauduleux évolutif, de contourner les contréles, et da dissimuler ses
positions hors mandat.
Elle a demandé A la cour de confirmer la décision du tribunal de grando
instance de Paris qui a condamné Jéréme Kervial a |'indemniser de lintégralité
de son préjudice financier, soit 4.915.610.1654 euros,
A titre subsidiaire, elle a soutenu qu’é supposer que la cour décidait qu'une
repartition de la charge du préjudice financier simpose, ce partage, en raison
do l'extéme gravité des fautes commise par Jérome Kerviel, ne pourrait atre
réalis6 que dans des proportions favorables @ la banque, s'en rapportant &
Vappréciation de la cour sur cette éventuelle répartition,
Elle a enfin demande a la cour de débouter Jérme Kerviel de l'ensemble de
ses damandes.Le représentant du ministere public a soutenu quiil n'y a pas lieu de soupeser
deux feutes, quire sont pas de meme nature, ni d'évaluer la part causale de
chaque faule dans la réalisation du dommage, celui-ci découlant directement
dela faute délictualle de Jéréme Kerviel. Il convient selon lui d'apprécier, dans
les circonstances ou celui qui a subi le dommage a concouru a la construction
do celui-ci, dans quolie proportion la faute de la victime vient altérer son droit
& réparation.
llaestimé oul est indéniable que la Société Générale a commis des fautes, qui
sont en relation avec la commission de l'infraction car elles ont permis, facilité,
favorisé les actes frauduleux ayant géneré le dommage, et ont concouru au
développement de la fraude et @ ses conséquences financiares,
llarappelé que les banques, acteurs économiques et sociaux majeurs, ne sont
pas des entreprises comme les autres, et sont soumises on raiscn do la
sensibilité de leur activité dans '&conomie a une Iégislation stricte. Ila souligné
gue les banguos ont la responsabilité directe de la gestion des risques
financiers, ot le devoir de fiabiliser et de séouriser leurs activités par un systeme
de contréle interne vigilant et efficace,
‘Aprés avoir rappelé les manquements relevés dans le rapport Green et parla
Commission dancaire, il a estimé que la Sooieté Genérale, a travers cos
défaillances et ces carenoes, avait indéniablement rendu possible ou faciliié ia
réalisation de lafraude et son développement. La Société Générale aurait selon
lui accepté un reléchement des régles pour privilégier la rentabilité @ court
terms. Encela, elle alaissa lo lira champ aux vellates deliclisies de Jéromo
Kerviel. Les fautes de la Société Générale auraient rendu possibles calles de
son trader, et en auraient aggravé les conséquences, Elles pourraiant tre
considérées comme suffisanfes pour avoir permis que se réalise lentier
préjudice, et a ce titre entrainer la perte totale du droit & indemnisation de la
Société Générale. L'avocat général a donc conclu a la réduction dans des
proportions importantes, voire au rejet de la demande de commages-interats,
formulée par la partie civile, la demande d'exoertise formée par la défense
devenant sans objet.
Jéréme Kervisl et ses avocats ont demandé a la cour, a titre principal, de
désigner un expert judiciaire ayant pour mission de saisir et d'analysar les
documents de travail des commissaires auxcompies correspondant au premier
trimestre de l'année 2007, de saisir et d'analyser !onsemble des comptes de la
Société Générale CIB auprés de FIMAT dédié al EUREX pour la période du ter
au 31 janvier 2008,
lis ont soutenu que la partie civile ne rapportait pas la preuve de son préjucice,
dont ils ont contesté & la fois l'existence et evaluation,
Par ailleurs, ils ont estimé que, les_manquements intentionnels ou
inintentionnels commis per la Société Générale constituent le fail générateur
exclusif ayant été la cause adéquate de la production du dommage dont ia
Société Générale se prévaut, ce qui réduit A néant son droit a réparation.
La défense de Jéréme Kerviel a demandé 4 la cour, en substance, de dire que
la preuve du préjudice allégué per la Société Générale, soit ja somme de 4.915,
610 154 € rest pas rapporiée ni établie, Elle a soutenu que la Société
Générale a encouragé ou provogué Jérdme Kerviel engager les positions
directionnelles qui constituent le fait générateur du dommage, et que la Société
Générale a commis de nombreuses fautes, qui sont selon elie au nombre ce
seize, que ces manquements intentionnels ou intentionnels commis par la
Société Générale constituent le fait générateur exclusif ayant été la cause
adéquate de la production du dommage dont la Société Générale so prévaut,
et qu’en conséquence la fauts pénale imputée & Jéréme Kerviel, qui a agi dans
le soul intérét do son employeur sans avoir tiré ou cherché a tirer un
4quelconque profit ouavantage personnel, doit étre totalenent ebsorbée par les
agissements fautifs de la Société Générale, dont le droit a réparation est des
lors réduit & néant
La défense de Jérome Kerviel a donc demandé a la cour de débouter ja Société
Générale de l'ensemble de ses demandes, et de la condamner 4 payer a
J&réme Kerviel la somme de 10 000 euros sur le fondement des dispositions de
article 800 - 2 du code de procédure pénale.
MOTIFS DE LA DECISION
= sur la demande d’expertise :
Jéréme Kervial et ses avocats ont demandé a la cour, a titre principal, de
désigner un expert judiciaire ayant pour mission de saisir et danalyser les
documents de travail des commissaires aux comptes correspondant au premier
trimestre de l'année 2007, de saisir et d’analyser lensemble des comptas de la
Société Générale CIB auprés de FIMAT dédié a 'EUREX pour la période du ter
au 31 janvier 2008, ot co afin do permattre a Ia juridiction d'apprécier si la
Société Générale a'réllement subi un préjudice, et quel est le moniant exact
le celui-ci,
I convient cependant de rappeler que la cour a deja répondu a ces arguments
dans son arret du 14 janvier 2016, tant pour ce qui concerne les invest gations
financiéres, que les Conditions du, débouclage ou ses conséquences, rejetant
la demande d'expertise déja formée par la défense.
Ni les débats au fond, ni les pices produites devant la cour, ne sont
susceptibles de modifier cette position. En particulier, les auditions des ‘moins
vont pas justifié d’élément nouveau par rapport aux débats antériaure.
La thése une nouvelle fois soulevée par la défense de Jéréme Kerviel, a partir
notamment des déciarations des temoins Hoube et Werren, selon laquelle la
Société Générale aurait profité de la fraude de son trader pour camoufler des
peries liées a des actifs toxiques et pour liquider a l'occasion du débouclage,
Via un "desk cache’, des positions liées aux subprimes, avait defiitivement ote
@cartee par la cour d’appel, et aucun élément tiré des débats, et en particulier
de la nouvelle audition de ce témoin, n'est susceptible de permettre de lui
accorder du crédit
Il ressort par aillours des pidces do la procédure que Mexime Khan, qui a
assuré le débouclage, a toujours travaillé sous la surveillance permanente de
personnes exiérieures a la Société Générale ; il @ été isolé au sein des locaux
de la banque ; il ne connaissait ni Porigine de la position quill devait liquider, ni
sa taille,
EUREX et LIFFE, gestionnaires des marchés concernés, ont confirmé a AMF
qu'ils n’avaient pas de critiques a formuler sur les opérations de débouclage.
Par ailleurs, la cour estime quelle n'a pas besoin clinvestigations
complémentaires pour apprécier le montant du préjudice de la Société
Générale.
La Société Générale a fourni un fichier complet reprenant le détail et les prix
des opérations de cession ainsi que la moins-value de cession réalisée.
Comme ii sera indiqué ci-dessous dans les développements relatifs a
evaluation du préjudice, le chiffre définitif auquel a été fixé le préjudice de la
15Société Générale a été validé de fagon concordante et documentée par des
aulorités extérieures @ la banque.
Le gouverneur de la Banque de France Iui-méme a rappelé qu'un controle du
montant final de la perte avait bien été réalisé par la Commission bancaire, dont
les inspecteurs ont au cours de leurs recherches vérifié les circonstances et les
conditions des opérations de débouclage. Les commissaires aux comptes ont
eux-mémes validé ces chiffres dans leur rapport, dont importance était toute
particuliare en raison des circonstances.
La cour estime que des mesures d'instruction supplémentaires ne sont done
pas nécessaires pour lui permetire de statuer sur l'action civile,
Geite nouvelle demande c'expertise sera donc rejetée,
-Lacondamnation de Jérdme Kerviel étant définitive sur 'action publiquo,
a faute pénale est acquise, ot ne peut étre remise on question parle biais
de la discussion sur les intéréts civils,
La cour dappel de Paris, dont 'arréi @ été validé par la Cour de cessation, a
confirmé la déclaration de culpabilité de Jéréme Kerviel pour le délit d’abus de
contiance, pour avoir passé sur les marchés, sciemment ot a linsu de son
employeut, des ordres Gun montant exorbitart, depourvus de toute couverture,
faisant courir pourson employeur desrisques considérables, quin’entraientpas
dans son mandat ni dans la limite autorisée de 125 millions d'euros pour les
Positions extraday, oudans la limite encadrée pour les positions diractionnelles
ab initio en intraday, et détoumé les moyens techniques mis & sa disposition en
les utilisant & d'autres fins que cellos oui lui avaiont été assignées.
La cour d’appel a également coniirmé le jugement en ce qu'il a déclaré Jérome
Kerviel coupable d’zvoir introduit dans le systéme Eliot des données fictives, &
savoir des ordres de bourse fictifs sans aucune réalité économique, qu'il apar
la suite annulés, dans le but de faire disparaitre son exposition aux risques de
marché et de masquuer ses engagements hors mandat et hors limites.
La cour d'appel a enfin confirmé te jugement en ce quil a déclaré Jérsme.
Kerviel coupable de faux et d'usage de faux en raison de sept courriers
électroniques, en utilisant l'en-téte de ses correspondants tiré de précédonts
mails, et en changeant Ie toxto.
Ces deux demiers délits ayant eu pour but de camoufler les agissements
frauduleux de Jéréme Kerviel, participent également des comporiements fautifs
du prévenu qui ouvrent & la partie civile un droit a réparation,
Il résulte du principe de l'autorité de la chose jugée au pénal sur le civil, que
les décisions pénales ont, au civil, autorité absolue relativement a ce qui
a été jugé quant a lexistence de |'infraction et @ la culpabilits de la
personne poursuivie.
La faute de Jérémo Kerviol résulte done de sa condamnation pénale définitivo,
Colle-ci détaille les multiples procédés freuduleux utilisés pendant de longs
mois par le condanné afin de détoumer a linsu de la Société Générale les
moyens techniques et financiers mis @ sé disposition, en réalisant
clandestinement des opérations hors normes, dans un intérét personnel
puisqu'l était le seul intéressé a la fraude, une partie de son résultat officiel
provenant dailleurs de ses positions, mais aussi pour dissimuler ses positions
directionnelles devenues abyssales,
16Ges agissements frauduleux sont constitutifs des délits d'abus de confiance,
faux, Usage de faux et introduction frauduleuse de données dans un systéme
de traitement automatise, dont Jerome Kerviel a été déclaré coupable et pour
lesquelles iI a été condamné en répression a une peine de cing ans
demprisonnement dont deux ans avec sursis, ainsi qua l'interdiction définitive
dexercer lactivité professionnelle d'operateur de marché et toute activité
relative aux marchés financiers
II est également jugs, selon les tormes do farrét do la cour d’appol de Paris,
repris par l'arrét de la chambre criminelle de la cour de cassation du 19 mars
2014
._qu’a aucun moment, la hiérarchie de Jérome Kerviel n’a été informée ou n’a
ou connaissance de ses positions irectiannelles ab initio hors mandat de
courant 2005 a janvier 2008, ni de ses partes, la cour d’appel de Paris ayant
considéré que la banque n’avait pas les moyens de les suspectar
qu’au contraire, Ia Sociéié Générale n'a pas eu connaissance des activités
frauduleuses de son salarié, qui les lui a dissimulées.
Le fat que ces points sont défintivenent acquis ne peut que concurs le cour
& rejeter au plan civil ‘argumentation de la défense de Jéréme Kerviel selon
laquelle son employeur connaissait ses agissements et 'a sciemmentlaissé les
poursuivre,
Ausurplus, devant la cour, Jéréme Kerviela été incapeble d’expliquer pourquoi
la Societé Générale aurait été Vinstigatrice de ces prises de position qui lui
faisaient courir des risques insensés, pourquoi lui-méme aurait été choisi pour
conduira cette opération martifére, et pourquoi il aurait tout fait, jusqua la
demniére limite, pour dissimuler ses agissements avec un tel luxe de procédés
frauduleux, D’ailleurs, le fait que la banque aurait connu voire favorisé ses.
agissements ne ferait en tout éiat de cause pas perdre & ceux-cileur caractére
illite, et ferait seulement de Jéréme Kerviel le complice de la Société
Générale.
- la partie civile doit apporter la preuve qu’elle a subi un préjudice
certain et personnel :
lirect,
_ un préjudice direct :
Dés qu’elle a découvert la fraude, la Société Générale n'avait pas dautre choix,
compie tenu des contraintes réglementaires prudentielles et en raison des
obligations resultant du reglement générel de I'autorite des marchés financiers,
que de liquider sans dela les positions prises frauduleusement par Jéréme
erviel.
En effet, en raison des positions directionnelles prises par Jéréme Kerviel, a
Société Générale, dont les fonds propres s'éleveient au 31 décembre 2007 &
31,275 milliards d'euros, ne respecteit plus les ratios prudentiels exigés par la
réglemeniation.
Comme |'a confirmé la cour d’appel de Paris sur |'action publique, “la
découverte des-dites positions, qui constituaient a |’évidence a raison de |eur
importance des conséquences sur les fonds propres de la banque, une
information privilégiée devait, aux termes de Particle 223-2 du raglement
général de fautorité des marchés financiers tre divulguée aux marchés "dés
7que possible”, sauf a la différer sous sa propre responsabilité, afin de ne pas
porter atteint a ses intéréts légitimes , quil s'en décuit sans équivoque que la
banque n’avait d'autre choix que'de liquicer sans délai les positions
frauduleuses du prévenu'
Cette décision a été prise en accord avec les autorités bancaires et boursidres
Le rapport Lagarde souligne notamment qu’une autre solution *atait susceptible
de mettre en cause la stabilits des syst&mes financiers frangale ot
international”.
En outre, 'analyse théorique effectuée par la suite sur les mois suivants a
démontré que les pertes auraient pu atteindre en moyenne 8 milliards d'euros
entre le 21 janvier et le 8 octobre 2008 avec des pics de 15 milliards en
septembre et plus de 18 milliards en octobre 2008.
lla ainsi été procédé au débouclage des positions dans les plus brefs délais,
entre le 21 et le 25 janvier 2008,
A tissue de ces opérations, la Société Générale a subi une parte de 6,3
milliards d'euros, comme il va étre détaillé ci-dessous,
Cartes, les opérations de débouclage se sont effectuées dans un contexte
boursier défavorable, dont la Socisté Générale n'est d’eilleurs pas responsable,
mais ellos correspondent bien en tout état de cause a la liquidation des
Positions frauduleuses initiées par JérOme Kerviel. Le dommage de la Société
Générale s’étend donc a la totalité ces pertes enragistrées 4 lisse des
‘opérations de débouclage. Ce _préjudice provient directement de l'action
délictuelle du condamné, puisqu'll résulte directement des positions
directionnelies prises par Jérome Kerviel
- Un préjudice certain
Les positions directionnelles frauduleuses initiées par Jéréme Kerviel
s‘élevaient 4 99 924 contrats futures DAX, 742 944 contrats futures
EUROSTOXx 50, ot 14 190 contrats FTSE a échéance de mars 2008. Cette
prise de positions représentait sur la base de son coat d’acquisition un nominal
de 62 267 062 380 euros, Au 18 janvier 2008, sur la base du cours de clature,
cette position avait une valeur de marche de 49 777 430 915 euros, la perté
latente étant alors de 2 779 631 464 euros.
La Société Générale a communiqué un fichier déteillant chacune des positions
priseshors mandatpar Jéréme Kerviel surles futures (Dax, Footsie, Eurostoxx),
fichier qui précise les caractéristiques, les prix ot la velorisation des positions
débouclées.
EUREX I'un des gestionnaires des merchés concernés, a confirmé 2 AMF
gu’au regard de leur taille partiouliére, les positions avalent été dSbouciées de
fagon trés professionnelle.
Allissue des opérations de débouclege, réalisées par Maxime Kahn sous la
surveillance directe et avec 'approbattion des plus hautes auiorités financiéres
du pays, et unanimement saluées pour leur efficience, la moins-valus do
cession réalisée s'est élevée A6 445 696 815 euros.
Cette somme a été validée par les commissaires aux comptes de la banque,
Emst and Young Aucit et Deloitte et associés (cf piéce numéro 4 de la Société
Générale).
La Commission bancaire, institution indépendante, a également validé ces
chiffres au terme de ses investigations.
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