Transformateur statique monophasé
I. Transformateur monophasé à deux enroulements :
1.1 Définitions :
Un transformateur est une machine statique à induction électromagnétique destinée à transformer une tension
alternative appelée tension primaire en une nouvelle tension alternative appelée tension secondaire de même
fréquence mais d’amplitude généralement différente.
Pour ce faire, le transformateur monophasé est constitué d'un circuit magnétique fermé portant deux
enroulements appelés "primaire" et "secondaire". Le primaire est alimenté par une source de tension, et le
secondaire débite sur un circuit de charge, sous une tension généralement différente de celle du primaire.
Un transformateur est un quadripôle réversible permettant de transmettre des puissances active et réactive avec
un très bon rendement.
1.2 Constitution :
Le transformateur monophasé standard est formé de deux bobines électriques fortement couplées. Le
couplage magnétique est réalisé à l'aide de matériaux ferromagnétiques. Il s'agit généralement d'acier auquel
on a ajouté du silicium qui a pour propriété de réduire les pertes par hystéresis et par courants de Foucault.
Cet acier se présente sous forme de tôles dites à grains orientés ce qui se traduit par une anisotropie
magnétique (ceci étant obtenu par un laminage à froid). Leur épaisseur tourne autour de 0,25 à 0,35 mm et
leur qualité va de 0,55 à 1,6 W/kg. Les tôles sont serrées au mieux afin de limiter les entrefers, leur présence
se traduisant par une élévation du courant magnétisant (appelé aussi courant à vide). De plus, afin de ne pas
reconstituer un matériau massif, les tôles sont isolées électriquement les unes des autres par un traitement de
surface adéquat. Ces tôles ont forme de E et I alternées comme le montre la figure suivante. Les
enroulements primaire et secondaire sont bobinés dans le même sens autour du noyau central et remplissent
les deux fenêtres. Il se compose de n1 spires pour le primaire et de n2 spires pour le secondaire.
Figure 1
Du point de vue magnétique le transformateur précédent est équivalent au schéma suivant:
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Figure 2
Les grandeurs indicées ''1'' sont relatives au primaire qui est relié à une source d'énergie (réseau E.D.F. ou à
un alternateur par exemple). Les grandeurs indicées ''2'' sont relatives au secondaire, enroulement connecté au
récepteur (charge ou barre de distribution).
Un transformateur permet de convertir des niveaux des courants et des tensions. Dans le cas du transformateur
parfait, il ne consomme pas d'énergie ou de puissance. Dans ces conditions la puissance instantanée est
conservée: v1i1 = v2i2. Ainsi en fonction du rapport entre les spires du primaire et du secondaire il est possible
d’avoir une tension secondaire différente du primaire :
Lorsque V2 < V1, on parle de transformateur abaisseur de tension.
Lorsque V2 > V1, on parle de transformateur élévateur de tension.
Lorsque V2 = V1, on parle de transformateur d’isolation (isolation galvanique).
Quel que soit le type de transformateur considéré, le principe de fonctionnement est toujours le même: une
tension variable v1 est appliquée au primaire. La circulation d'un courant magnétisant fait apparaître un flux
variable dans la masse magnétique. Les n2 spires du secondaire qui enlacent ce flux variable sont le siège de
f.é.m. induites. Si ce secondaire est fermé sur une charge, alors un courant secondaire circule, ce qui a pour
effet "d'appeler" un courant au primaire. Ainsi on pourra rencontrer une grande variété de transformateur dont
les bobinages pourront être monophasés, triphasés, multi-sorties etc. Citons quelques exemples d'utilisations:
Transformateurs élévateurs des centrales électriques: primaire: 20kV, secondaire: 250 kV, 400kV- 50 Hz.
Transformateurs abaisseurs en distribution: primaire: 15 kV, secondaire: 230/400 V fréquence 50 Hz
Transformateurs avion: primaire: 200 V, secondaire 26 V fréquence 400 Hz.
Transformateurs ferrite pour les alimentations à découpage des téléviseurs: le primaire est alimenté par une
tension en créneau 0-300 V (continue hachée), obtenue par redressement et filtrage de la tension du réseau
230V/50Hz. Cette tension continue est ensuite découpée (ou hachée). Les secondaires sont ici multiples et
permettent d'obtenir des tensions alternatives qui sont ensuite filtrées pour obtenir des tensions continues de 5
V (ou 3,3V), 12 V, 200 V.
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II. Equations du transformateur :
2.1 Relation de Boucherot
Lorsqu’on alimente une bobine par une tension alternative sinusoïdale v(t), la bobine génère un champ
magnétique alternatif b(t). Il se produit ainsi a travers les spires de la bobine un flux alternatif (t). La relation
de Boucherot traduit la dépendance existant entre la valeur efficace V de la tension aux bornes d’une bobine et
la valeur maximale Bmax du champ magnétique b(t).
En effet considérons le circuit suivant :
Figure 3
Le tore est fait dans une substance magnétique (fer-silicium par ex.) permettant de canaliser le flux
magnétique (t).
; sachant que R1 0 on a .
D’après la relation précédente si l’on impose une tension v1(t) sinusoïdale alors on impose également au flux
d’être sinusoïdal est déphasé de 90°. On parle alors de fonctionnement à flux forcé. On obtient pour le flux
(t) :
En exprimant le flux maximal max en fonction de V, n1, S et on obtient alors la relation de Boucherot :
Le champ magnétique maximal est en général compris entre 0,8 et 1,7 Tesla dans les matériaux magnétiques
classiques. Le rapport entre le nombre de spires au primaire et au secondaire est fixé par le rapport entre la
tension primaire et la tension secondaire. Pour minimiser la dimension et le poids d’un transformateur on a
tendance à prendre un nombre de spires faible. Ainsi l’encombrement de la fenêtre est réduit. En contre partie
plus n1 sera petit et plus le produit de la section S par la fréquence f sera important. A fréquence fixe, il faudra
donc une section plus grande. On obtient donc deux contraintes antinomiques, et il existe une solution
optimale à trouver.
On peut voir également ici l’intérêt que l’on peut avoir à augmenter la fréquence f. En à puissance donnée, la
taille d'un transformateur diminue si sa fréquence de fonctionnement augmente. L'utilisation de la fréquence
400 Hz à bord des avions a pour conséquence la réduction du poids des alternateurs et des transformateurs.
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Mais cette augmentation de la fréquence est limitée par le fait que les pertes dans les circuits magnétiques
augmentent en fonction de la fréquence.
2.2 Equation de base
L'enroulement primaire de résistance r1 est composé de n1 spires qui embrasse le flux 1T. Ce flux contient le
flux commun et le flux de fuite de la bobine primaire f1. De même l'enroulement secondaire de résistance r2
est composé de n2 spires qui embrasse le flux 2T. Ce flux contient le flux commun et le flux de fuites de la
bobine secondaire f2.
Figure 4
Les bobines sont le siège de forces électromotrices e1 et e2 qui s'écrivent:
(primaire en convention récepteur); (secondaire en convention générateur ).
La loi des mailles appliquée au primaire et au secondaire donne les deux équations suivantes:
Magnétiquement, le circuit est équivalent au schéma suivant:
Figure 5
Rf et R désignent les réluctances magnétiques, et représentent la résistance au passage du flux magnétique. La
réluctance Rf correspond à un trajet du flux dans l'air. La réluctance R correspond au trajet du flux dans le fer.
Rf est beaucoup plus grande que R, car le fer à une réluctance environ 1000 fois plus faible que l'air ambiant
pour un champ magnétique inférieur à 0,6 T. En appliquant le théorème d'Ampère, ce qui revient à appliquer
la loi des mailles au circuit équivalent précédant, on obtient, si on néglige les réluctances Rf la relation
suivante:
(1)
Le flux étant imposé par la tension d'alimentation, d'après le théorème de Boucherot, le courant à vide i10 sera
d'autant plus faible que la réluctance R sera faible.
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2.3 Expressions des f.e.m primaire et secondaire
Le flux dans la bobine primaire se décompose de la façon suivante: . Le flux de fuites embrassé
par les n1 spires est proportionnel au courant i1: , avec l1 l'inductance de fuites au primaire. La
f.é.m s'écrit alors:
De même pour la bobine secondaire le flux se décompose de la façon suivante: . Le flux de
fuites embrassé par les n2 spires est proportionnel au courant i2: avec l2 l'inductance de fuites au
secondaire. La f.é.m s'écrit alors:
2.4 Relations électriques et schéma équivalent
Equation au primaire: (2)
Equation au secondaire: (3)
Un transformateur parfait est un transformateur de tension sans pertes. Il se schématise de la manière suivante:
Figure 6
La relation (1) peut se représenter comme un nœud de courant avec :
Figure 7
A partir des deux éléments précédents, les équations (2) et (3) peuvent être représentées par le schéma
équivalent suivant:
Figure 8
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Lm est l'inductance magnétisante du transformateur, elle dépend de la réluctance R et du nombre de spires
primaire n1: et d'où
Remarques:
On vérifie aisément qu'en faisant l'hypothèse que les tensions aux bornes de r1 et l1 sont négligeables devant
la tension d'alimentation v1(t), le transformateur est bien une machine à flux forcée, car dans ce cas:
Le rapport de transformation m se définit comme le rapport du nombre de spires secondaire n2 sur le nombre
de spires primaire n1:
Sous l'hypothèse que les tensions aux bornes de r1 et l1 sont négligeables devant la tension d'alimentation
v1(t), on a: avec V20 et V1 les valeurs efficaces des tensions primaire et secondaire à vide.
L'hypothèse " les tensions aux bornes de r1 et l1 sont négligeables " est d'autant plus justifiée que le courant
primaire est faible. On pourra donc effectuer une mesure approchée de m, lorsque le secondaire n'est pas
chargé. Dans ce cas on parle de mesure à vide, le courant primaire est alors faible par rapport à sa valeur
nominale (environ 10% du courant nominale). Le rapport de transformation m est approché en effectuant le
rapport des valeurs efficaces des tensions primaire et secondaire à vide.
Un transformateur standard est alimenté par une tension sinusoïdale, le flux est donc sinusoïdal. Ce flux
alternatif génère des pertes dans les tôles du circuit magnétique appelées pertes fer, et donc un échauffement.
Pertes par hysteresis
Pertes par courant de Foucault
On modélise cet échauffement par une résistance Rf placée en parallèle avec l'inductance de magnétisation Lm
Figure 9 Figure 10
2.5 Schéma équivalent simplifié
Si l'on néglige les chutes de tensions aux bornes de r1 et l1 devant la tension d'alimentation v1(t), le schéma
équivalent peut-être simplifié de la façon suivante:
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Figure 11
On peut encore transformer ce schéma en ramenant soit la résistance r1 et l'inductance l1 au secondaire, soit la
résistance r2 et l'inductance l2 au primaire. Les éléments équivalents doivent alors consommer les mêmes
puissances.
Le schéma équivalent simplifié ramené au primaire est alors le suivant
Figure 12
Avec
Et
De même on obtient le schéma équivalent simplifié ramené au secondaire suivant:
Figure 13
Avec
Et
2.6 Détermination des éléments du schéma équivalent simplifié (voir TD +TP)
Essai à vide:
Le transformateur absorbe à vide une puissance active correspondant essentiellement aux pertes fer. La mesure
de la puissance à vide et de la valeur efficace de la tension d'alimentation V1 nous permettra d'en déduire Rf.
Le transformateur absorbe à vide une puissance réactive qui correspond essentiellement à la magnétisation du
circuit magnétique. La détermination de la puissance réactive à vide à partir de la mesure de la puissance
active, de la valeur efficace de l'intensité à vide I10, et de la valeur efficace de la tension d'alimentation V1,
nous permettra de calculer la valeur de Lm.
Essai en court circuit sous tension réduite ( Attention à bien respecter cette condition en TP ):
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Le transformateur absorbe en court-circuit une puissance active correspondant essentiellement aux pertes
joules dans les enroulements. La mesure de la puissance en court-circuit et de la valeur efficace de l'intensité
en court-circuit au primaire I1CC ou au secondaire I2CC nous permettra d'en déduire Re1 ou Re2.
Le transformateur absorbe en court-circuit une puissance réactive qui correspond essentiellement aux flux de
fuites. La détermination de la puissance réactive en court-circuit à partir de la mesure de la puissance active,
de la valeur efficace de l'intensité en court-circuit I1cc (resp. I2cc),et de la valeur efficace de la tension
d'alimentation V1, nous permettra de calculer la valeur de le1 (resp. le1).
III Fonctionnement en charge
3.1 Equations au secondaire du transformateur
On se place dans le cadre du modèle simplifié proposé au paragraphe 2.5, et on considère qu'une charge
d'impédance Zch est placée aux bornes de l'enroulement secondaire du transformateur.
Figure 14
En prenant la tension V2 comme référence de phase (V2 sur l'axe des réels), les deux équations précédentes
peuvent se représenter dans le plan complexe ainsi:
Figure 15
La chute de tension au secondaire se définit de la manière suivante:
3.2 Equations au primaire du transformateur
Les équations du secondaire vont être ramenées au primaire. Pour ce faire, on utilise le schéma suivant dans
lequel la tension V20 est présente. En choisissant V1 comme tension de référence, ceci revient à prendre
également V20 comme tension de référence. Ceci revient à faire pivoter d'un angle l'ensemble des tensions du
diagramme précédent.
Figure 16
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Figure 17
3.3 Rendement du transformateur
Le rendement se définit comme le rapport de la puissance active de sortie sur la puissance active d'entrée.
Généralement le récepteur est connu ainsi que la tension V2. On choisit donc l'expression:
P2 V2 I 2 cos 2 V2 I 2 cos 2 V2 I 2 cos 2
P2 pertes V2 I 2 cos 2 pertes V2 I 2 cos 2 R1 I 1 R2 I 2 Pfer V2 I 2 cos 2 Re2 I 2 2 P10
2 2
Le transformateur possède en charge un rendement proche de 1. Pour un petit transformateur (1 KVA) le
rendement est de l'ordre de 0,95. Pour de plus forte puissance (900 KVA pour les transformateurs de
distributions) le rendement est environ de 0,99, ce qui fait environ 9 kW de pertes qu'il faut évacuer.
IV Grandeurs caractéristiques d'un transformateur
4.1 Intensité nominale
A l'intensité nominale du transformateur correspondent des pertes joules nominales et un échauffement
maximum des bobines primaires et secondaires. Dépasser le courant nominal peut provoquer un échauffement
important qui peut engendrer un vieillissement précoce des isolants, voir une destruction de l'isolant ce qui
provoque une mise en court circuit des enroulements.
4.2 Tension et fréquence nominales
A la tension nominale du transformateur correspond des pertes fers nominales et un circuit magnétique
atteignant son coude de saturation. Dépasser la tension nominale provoque un échauffement et une saturation
forte du matériau qui provoque une pointe de courant importante. Ceci provoque généralement le
déclenchement du système de protection. Par contre Il est possible de travailler sous tension plus faible.
La fréquence ne doit pas être augmentée sous peine de changer l'amplitude du flux et donc d'accroître, pour
une même valeur efficace de la tension, les pertes fer.
4.3 Puissance nominale
Pour un transformateur absorbant une intensité efficace I1n sous la tension efficace V1n la puissance apparente
en service est Sn = V1n I1n. Le constructeur d’appareils indique la puissance apparente nominale. Elle
correspond au produit des grandeurs nominales pour lesquelles l’appareil a été conçu. On donne également à
Sn le nom de puissance de dimensionnement, car la dimension et le poids du transformateur dépendent de Sn.
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Il est tout à fait possible dans le cas de charge fortement inductive de consommer une puissance active de 6
kW et d'avoir 8 KVAR de puissance réactive. La puissance apparente est alors de 10 KVA. S'il faut placer un
transformateur en tête, il devra avoir une puissance apparente de 10 KVA alors que la puissance active utilisée
n'est que de 6 KW, d'où une surcharge supplémentaire. Le facteur de puissance correspondant est de 0,6
(valeur maximale 1). En aéronautique on privilégiera un fonctionnement avec un facteur de puissance égal à 1
afin de minimiser la masse embarquée donc la puissance apparente totale. On préférera utiliser un
condensateur pour relever le facteur de puissance car il pèse moins lourd que la surcharge équivalente du
transformateur.
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