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Complexe chimique de Safi : enjeux et production

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32

E.T UDES ET NOTES

LE COMPLEXE DE SAFI

Le complexe chimique de Safi est la plus importante Selon l'évolution du marché, il ' sera possible de ne
réalisation industrielle du Maroc. L'idée en est ancienne fabriquer que du phosphate diamonique, à raison de
et avait commencé à se préciser vers 1952-1954 : il s'agis- 300.000 tonnes par an, ou uniquement du phosphate super-
sait de transformer les phosphates marocains dont les triple à concurrence de 400.000 tonnes par an. Les aci-
gisements ·sont considérables en produits plus élaborés, des qui interviennent dans l'élaboration des engrais et
c'est-à-dire en ·engrais à haute teneur. Mais il est apparu les cendres de pyrrhotine qui en sont les sous-produits
aussitôt que les problèmes de production, d'organisation peuvent donner lieu à des utilisations futures qui sont en ·
et de financement posés r:>ar la réalisation d'un tel projet cours d 'élude (plan triennal, p. 463).
étaient d'une très grande importance. Ainsi s'explique-t-on
que leur solution n'ait été trouvée, une fois l'indépendance Notre propos est d'examiner le complexe chimique de
acquise, que par un gouvernement responsable : la réali- Safi successivement au point de vue de sa conception in-
sation d'un complexe intégré dans l'ensemble de l'écono- dustrielle, juridique, financière et commerciale.
mie constituant en effet une décision politique amenant
à prendre parti sur des points aussi divers que la détermi-
nation de traiter des matières premières soit d'importation,
soit d'origine national-e ; le choix des partenaires indus- Conception industrielle
triels, commerciaux, financiers ; les formules de contrôle
el de financement. du complexe

Il était donc logique que le complexe chimique fût inscrit


1. - Le plan quinquennal (1960-1964) qui exprime la
au plan quinquennal 1960-1964, le premier plan de déve-
philosophie économique des gouvernants marocains à tra-
loppement élaboré par le Maroc. Malgré diverses difficul-
vers plusieurs ministères, entendait doler 1-e pays d'indus-
tés, autant politiques ...:..... il y a eu en effet un << procès du
tries de base : << assurer les plus grandes transformations
complexe de Safi ,_ au cours duquel les conceptions de
possibles des matières premières minérales ... , créer les
deux ministres marocains se sont affrontées devant la
industries de base fondamentales, autour desquelles .doi-
justice - que techniques - , le complexe a été réalisé et
vent se greffer des complexes industriels de transforma-
finalement inauguré le 15 juin 1965 ; la production a com-
tion ,. (plan quinquennal, p. 149).
mencé ·à ce moment ; le plan triennal 1965-1967 apporte
la définition de l'ensemble industriel :
Trois branches avaient alors été retenues : la sidérur-
gie, le raffinage du pétrole, l'industrie chimique.
« Les travaux actuellement en cours dans le cadre du
complexe chimique de Safi ' ont pour but l'édification d'un La sidérurgie n'a pas été réalisée ; la raffinèrie de
ensembl·e industriel destiné à produire des engrais à partir pétrole a été construite avec le groupe italien Ente
de la pyrrholine et des phosphates extraits de notre sous- Nazionale ·ldrocarburi (E.N.I.), le complexe chimique · est
sol., entré en production cette année ; cependant que d'autres
fabrications chimiques de base sont èn vue (soude, chlore,
Schématiquement, 500.000 tonnes de pyrrhotine et pâte textile, polychlorure de vinyle). Sj les pouvoirs· publics
580.000 tonnes de phosphates seront traitées annuellement insistent moins aujourd'hui sur la notion d'industries lour-
pour obtenir 200.000 tonnes de phosphate supertriple et des et plus sur celle d'industries de transformation, en
150.000 tonnes de phosphate diamonique qui seront en partie parce que les problèmes de ·rentabilité et ceux de ·
majeure partie ·exportées. financement ont ·été mis en pleine lumière, il n'en reste
LE COMPLEXE DE SAFI
33

pas moins que le Maroc a tout de même, dans une mesure Cependant, la conception s'élargit, et le plan . de déve·
appréciable, atteint son objectif initial. · loppement industriel , qui approfondit en 1961 les aspects
industriels du plan quinquennal , trace la défin ition maxi-
Dans le plan quinquennal, la mise sur pied de ces
male de l'ensemble :
industries de base incombait normalement à l'Etat : « une
telle orientation nécessite l'intervention directe de l'Etat, - 2 unités de 200.000 tonnes chacune d'acide sulfurique
seul' ~n m~sure de faire face à de ·tels investi'ssements obtenu à partir de la pyrrhotine de fer ;
dans des délais rapides ., (plan quinquennal, p. 25). Cette
- 2 un ités de 75.000 tonnes chacune d'acide· phosphori- ·
pensée con t inuera à influen_c er la conception du complexe,
que ;
ainsi qu 'on le verra lors de l'étude des aspects juridiques.
En ce sens, le complexe garde une valeur exemplaire en - 1 uni té de sup-e rphosphate triple de 200.000 tonnes ;
tant que c ritère permettant d'apprécier· la politique écono-
- 1 unité d'ammon iaque obtenue par synthèse à par-
miqlje d'un Etat en voie de développement.
tir du gaz naturel découvert à ce moment à Essaouira (à
140 kms de Safi) ;
2. - La conception du complexe de Safi a été longue-
ment mûrie. Il ne s'agis·sait d'abord de fabriquer que du - 1 un ité de phosphate d'ammonium qui pourrait être
: superphosphate triple ; le problème était, dès l'origine, d'une capacité de 150.000 tonnes.
celui de la fabrication de l'acide sulfurique, produit inter-
mépiaire indispensable. On a écarté la solution qui consis- De même, l'infrastructure nécessaire à la marche des
tait à importer du soufre ; on a écarté ensuite la fabrica- usines est conçue de façon ambitieuse : construction· d'un
tion à partir du gypse, dont un gisement suffisant existe nou veau port sur le complexe même, soit à 7 kms de Safi,
à Safi : par ce procédé, on obtient comme sou·s-produit de façon à éviter de remodeler trop profondément le port
du c iment, dont la production est déjà assu rée par ailleurs. act uel et ses liaisons ferroviaires et routières, construction
On a rete nu alors une troisi ème voie, celle du sulfure de d'une ligne de chemin de fer raccordant la mine de Kettara
fer : le Maroc dispose d'une mine s ituée à Kettara, de à la ligne Youssoufia-Safi qui devait pour sa part être dou-
pyrrhotine de fer, qui est un composé de sou fre, de fer et blée ; canal d'amenée d'eau douce depuis les Doukkala
de c·uivre. d'une longueur de 60 km ; aménagement routier autour
de Safi ; programme d'habitat d'un coût de 10 millions
La problème de la localisation a été rapidement résolu. de dh ; construction d'un aérodrome, etc ... ;
'Safi s'·est i~posé pour de multiples raisons :
- port phosphatier bien équipé, par où est exportée la 3. - Ce dessin grandiose va cependant être modifi é par
production du gisement de Youssoufia situé à 90 kms ; la conjonction de plusieurs impulsions ; le ministre de
- prox imité du gypse (dans une première hypothèse), l'Economie Nationale et des Finances présente le dossier
de .la py rrhoti ne de fer de Kettara, dans l'hypothèse rete- à la Banque International-e pour la Reconstruction et le Dé-
nu ~. Kettara est à 120 kms. veloppement (B.I.H.D.) et à sa filiale spécialisée çlans l·es
_:_ , alim entation en eau douce rendue possible par une prêts industriels, la Société Financière Internationale
relative p roxi mité du barrag·e d' lm-Fout. La possibilité d'uti- (S.F.I.), en mai 1962 ; une mission d'experts de la S.F.I.
liser l'eau de mer pour faire face aux besoins considé- pu is son président lui-même viennent en janvier 1963 étu-
rables d'eau de refroidissement était aussi une raison. dier le problème sur place. Au même moment, le B.E.P.I.
d ' imp l ant~ r le complexe sur la côte atlantique. est plus ou moins dessaisi du dossier dont la responsa-
bil ité est transférée au Di recteur général de l'C .C.P.,
En bref, Safi était un peu le lieu géométrique des diver- ch argé de coordonner l-es activités de l'ensemble des of-
ses composantes du complexe : matières premières loca- fices industriels et miniers. Celui-ci reprend les études, de-
les, importation·s, exportations. En outre, Safi est le second mande à la Tennes·see Valley Authority (T.V.A.) un examen
port . du Maroc, un centre urbain d'une certaine · impor- critiqu·e, ouvre des négociations avec les constructeurs
tance : l'implantation d'un ensemble industriel dans cette déjà désignés : il s'agit d'obtenir un ensemble économique-
rég ion répond à la volonté de décentralisation du gouver- ment viable et financièrement rentable, ainsi que le recom-
f1.ement. mandent tour à tour la S.F.I. et la T.V.A.
La · phase· active des études commence en mai 1959. A
cette date, une association d'études est créée entre l'Office 4. - On arrive ainsi au compl·exe tel qu 'il fonctionne
ché r ifien des Phosphates et les principaux acheteurs de désormais : l'idée fondamenta le est que l'ensemble puisse
pho:s phatës du Maroc (SUTRIMA). Certains groupes indus- produire à volonté du ·superphosphate triple et du phos-
triels se · montrent intéressés par la fabrication d'acide phate diamonique, selon les sollic itations du marché. Par
phosphorique, autre produit intermédiaire nécessaire à la ailleurs, les infrastructures sont réduites aux besoins mê-
mes du complexe. Trois matières premières sont mise·s en
fabrication du supertriple ; mais les conséquences de
œuvre : deux nationales, les phosphates (560.000 tonnes
CE!tle demande nouvelle apparaîtront plus tard, lorsque
l'acide sera considéré à son tour comme produit final. par an en pleine marche), la pyrrhotine de fer (500.000
tonnes par an) ; une importée : l'ammoniac (35 à 70.000
La éÇ>Iiè~ption du complexe est fixée lors d'un conseil tonnes). On a renoncé ainsi à la fabrication sur place de
d'administration du Bureau des Etudes ·e t Participations in- l'ammoniac, à partir du gaz d'Essaouira, dont les ré·s erves
·dustrielles (B.E.P.I.) réuni le 12 septembre 1960. Les appels ont été jugées insuffisantes.
d'offres 1nt'ernationaux sont lancés à l'automne. 1960 en
vue de. la construction des unités d'acide sulfurique, d'aci- Une série de produits intermédiaires dont deux fonda-
de phosphorique et de superphosphate triple selon la for- mentaux : l'acide sulfur.ique et l'acide phosphorique, per-
mule " clé. en mains ». La préférence est donnée à une met de s'acheminer vers les produits finaux. Mais l'utili-
firme allemande : Lurgi, et à une firme française, Krebs. sation de l'acide pho·s phorique est conçue de façon ori-
34 ETUDES ET NOTES

ginale et souple : une partie concentrée à 35 °/o de P0 0 , quelle proportion de ces deux engrais entre les deux
sert à la fabrication du superphosphate triple, une autre extrêmes suivants : d'une part, 400.000 ton~es de super-
concentrée à 42 % sert à la fabrication du - phosphate phosphate triple et pas de phosphate d'ammonium, d'autre
diamon ique, une troisième enfin concentrée au moins à part 300.000 tonnes de phosphate d'ammonium et pas de
42 % mais peut-être à plus, sera vendue directement au supertriple.
Maroc ou à l'étranger : des essais sont en cours ·en vue
de la fabrication d'acide·s très concentrés jusqu 'à 82 %. Les installations doivent permettre, notamment par l'uti-
L'O.C:P. a établi dans ce sens un protocole d'études avec lisation de l'acide phosphorique à diverses teneurs, de fa-
l'Occidental Pet roleum pour la mise au point d'un acide briquer toute une gamme d'engrais complexes binaires et
" astrophosphorique "· ternaires. Parallèlement, le traitement des cendres de pyr-
rhotine doit permettre un jour de vendre du cuivre et des
L'usine dispose enfin de deux chaînes de fabrication pellets de fer à 65 %.
d'engrais qui pourront produire chacune soit 150.000 ton-
nes de phosphate diamonique, soit 200.000 tonnes de su-
perphosphates triples. On pourra donc livrer n'importe On peut résumer le comp lexe dans le schéma suivant

PHOSPHATE AMMONIAC
PYRRHOTINE
DE YOUSSOUFIA 35 000 T
501 000 T
586 300 T

ACIDE SULFURIQUE
429 000 T ,,L, 83 300

VAPEUr. ACIDE PHOSPHORIQUE


a 60 KG CM2 a 30 ·~ oE Pz o,
77 T heure 156 000 T

t
CENTRALE ACIDE PHOSPHORIQUE
MAX. 24 000 KW CONCENTR~
DISPONIBLES 153 000 T

TRAITEMENT
DES CENDRES

74sJo T
à 42 %.

r------1~1.....-.....1.-~
PEllETS ACIDE PHOSPHORIQUE SUPERTRIPLE PHOSPHATE
CUIVRE
à 65 % DE fER à 42 ~ DE P2 Os à 45 Il DIAMONIOUE
2 700 T
350 000 T (vonte directe} 200 000 T 150 000 T
LE COMPLEXE DE SAFI 35

5. - Pour êt re complet, prec1sons encore que le com- tiers l'association d'études SUTRIMA constituée entre
plexe tire son énergie d'une centrale électrique alimentée I'O.C.P. et ses clients européens et américains se transfor-
par la vapeur produite lors de la fabrication de l'acide sul- mer en société d'exploitation. De même, un protocole de
furique par grillage des pyrrhotines de fer ; des supplé- juill·et 1960, non suivi d'effet, prévoyait une association en-
ments d'énergie pourront même être renvoyés sur le ré- tre le B.E.P.I. et le groupe Royai-Dutch pour la fabrication
seau général. L'eau douce provient du périmètre. d'irriga- de phosphate d'ammonium. On pensait d'ailleurs que les
tion des Doukkala par un canal d'amenée nouveau qui au groupes étrangers verraient dans la détention par l'Etat
passage alimente le périmètre et renforce l'alimentation en des produits de base une garantie de neutralité, d'égalité
eau potable de la ville de Safi. L'eau de refroidissement de traitement, quelles que soient les pressions exercées
est pompée dans la mer à rai·son de 12.000 m3/heure. Des par des groupes concurrents.
travaux d'extension et d'aménagement sont faits dans l·e
port de Safi, doté de nouvelles installations de stockage : Cependant, à partir de 1962, un problème débattu au sein
nouvelles installations ferroviaires, en gare d'El Arià (point des milieux dirigeants s'est posé lorsqu'il s'est agi de ré-
où les camions venant de Kettara chargent les pyrrhotines), pondre aux propositions de financement formulées par la
en gare de Safi, au port de Safi même, ligne de 7 kms S.F.I. et alors que les difficultés du Trésor devenaient plus
entre Safi et le complexe doté d'une gare spéciale ; amé- contraignantes. Le complexe avait été en fait engagé sur
nagements routiers également entre Kettara et El Aria et fonds de trésorerie, sans aucun concours extérieur, pro-
autour de Safi. venant soit d'aide publique d'Etat, soit d'octroi de crédits-
fournisseurs : à chaque échéance de paiement prévue par
On mesure mieux le sens du mot " complexe " par les les contrats passés avec les constructeurs Krebs et Lurgi ,
multiples èntités intéressées : l'office chérifien des phos- le Trésor consentait une avance au B.E.P.I. Cette situation
phate s, le Bureau de recherches et participations minière·s pesait donc autant sur la trésorerie en dirhams que sur les
et la compagnie minière et métallurgique en vue de la avoirs devises étrangères.
prospection , l'installation et l'exploitation de la mine de
pyrrhotine de fer, l·e périmètre d'irrigation des Abda-Douk- 2. - Les investissements d'infrastructure, un moment
ka la dont le plan de développement a dû être adapté aux évalués à 117 millions de dirhams, étaient ramenés à 53
besoins du milieu , l'alimentation en eau potable de la millions. Ces derniers devaient incomber dès l'origine à
ville de Safi, l'office national des chemins de fer et l'office l'Etat et en octobre 1962, le gouvernement marocain avait
national de l'électricité , l'autorité du port de Safi , etc ... obtenu du gouvernement allemand un accord de prin-
cipe pour un prêt de 80 millions de deutschemarks. Compte
tenu des modifications constamment remises à l'étude en
ce qui concerne les infrastructures, l'accord effectif entre
le Maroc et la " Kreditanstalt fur Wiederaufbau " n'a été
conclu qu'au cours de l'été 1965. En attendant, le Trésor a
Aspects juridiques financé seul la totalité des dépenses.
et financiers
Le·s investissements industri·e ls proprement dits ont été
finalement évalués à 210 millions de dirhams. La part inté-
Les deux aspects seront traités ensemble, car en fait ressant la Société d'Etat devait s'élever à environ 150 mil-
on ne peut les dissocier. Les conditions de financement lions, correspondant au coût des installations pour la fa-
dépendront étroitement de la structure juridique du com- brication des acides. La part incombant à une éventuelle
plexe de Safi. société d'économie mixte se situait alors autour de 60 mil-
lions, corre·s pondant aux usines d'engrais. Sur ce total de
Le complexe est constitué sous forme d'une société à 210 millions, le financement en capital était prévu un peu
capitaux d'Etat " Maroc-Ch imi·e " formée en mars 1965 au-delà d·e 50 % (compte tenu de l'importance des inves-
sous l'égide de I'O.C.P. et comprenant aussi le B.E.P.I. et tissements lourds), soit environ 115 millions ; les emprunts
le Bureau de recherches et · de participations minières auraient alors dû atteindre 95 millions. Mais, si le système
(B.R.P.M.). Mais il s'agit là d'une ·s olution assez inattendue de financement ain·si prévu garantit convenablement l'indé-
·et peut-être provisoire, à uli problème longtemps agité. pendance financière et par conséquent économique du
complexe, il constitue pour l'Etat marocain une lourde
1. - A l'origine, l'idée prévalait de confier l'ensemble charge puisque celui-ci doit assurer la totalité de _la sous-
à deux sociétés : l'une, société publique, devait fabriquer cription au capital de la société publique et la · moitié de
les produits intermédiaires, les acides sulfurique et phos- la souscription à la société d'économie mixte, soit au total
phoriqu-e ; l'autre, société d'économie mixte, aurait fabri- une centaine de millions, alors que les apports extérieurs
qué les produits finis. Selon le Plan marocain, l'industrie ne se monteraient qu'à une quinzaine <le millions. En c-e
lourde est affaire d' Etat : il s'agit pour la créer de déci- qui concerne les emprunts, ·le montant à trouver est élevé
sions politiques n'obéissant pas nécessairement à des con- (si l'on excepte un p·e tit crédit de 7,5 millions de Oh au
sidérations purement économiques et financières ; une fois titre de l'assurance-crédit française destiné à un des mar-
créée, l'indu·strie ·lourde doit rester aux mains de l'Etat chés Krebs) : il dépas·se les possibilités raisonnables de
pour demeurer indépendante de toute influence étrangère. créd it ·s ur ressources internes non inflationnistes ; quant
En conséquence, les acides, produits de base, devaient aux crédits extérieurs, ils se dirigeraient plus volontiers.
être produits par une société strictement d'Etat, qui aurait vers la société d'économie mixte dont les faibles besoins
fixé les prix de cession aux usines d'aval. Quant aux pro- en capitaux ne posent pas de problème.
duits finis, l'Etat ne devait pas s'en dé's intéresser et aider
à la constitution de sociétés d'économie mixte sur le type 3. - C'est pourquoi, dès que le complexe a commencé
50/ 50 : dans l·e cas du complexe de Safi , on eût vu volon- à surgir du sol, les conversations avec la S.F.'I . et la B.I.R.O.
36 ETUDES ET NOTES

ont pris de J'importance. Mais la S.F.I. concevait très dif- tonnes de ·phosphate d'ammonium (1). Dans l'hypothèse
féremment la structure juridique et par là financière : elle d'une production de 300.000 tonnes de phosphate d'am-
préférait une société unique, afin d'assurer J'unité de ges- monium, le chiffre d'affaires de 1968 doit s'éJéver à environ
tion et d'organisation ;· elle recommandait que J'Etat prenne 150 millions de dh ; Je bénéfice net atteint alors 15 % du
en charge une partie des investissements sous forme d'un capital. Par rapport au chiffre d'affaires, le bénéfice net est
prêt à très long terme à intérêt modique ou nul. Ce sacri- de 8,6 % dans le premier cas, de 11 % dans le second.
fice . fait par J'Etat est justifié par Ja. priorité qu'il donne à Plus le complexe produira et vendra de phosphate d'am-
la notion " d'économie nationale , sur Je·s exigences plus monium, plus il sera rentable. Les problèmes commerciaux
strictes de rentabilité financière ; en effet, J'utilisation de sont dès lors fondamentaux et d'autant plus ardus que le
la pyrrhotine de fer est un procédé de fabrication de complexe ne comprend aucun partenaire étranger.
J'acide sulfurique financièrement plus coûteux mais éco-
nomiquement plus intéressant (300 personnes seront em-
ployées à la mine de Kettara). que J'utilisation du soufre
importé, encore que J'augmentation récente du prix du
soufre enlève de sa valeur à l'argumentation de la S.F.I.
Quoiqu 'il en soit, les investissements réellement à la char- Aspects commerciaux
ge du complexe seraient, selon cette hypothèse, ramenés
à 160 millions, dont la moitié financée par apport au capi-
tal, J'autre moitié par recours à J'emprunt. Le capital ·serait Ils semblent avoir été moins préc isés que les aspects
réparti à son tour par moitié entre les intérêts marocains techniques ; ils n'ont tout au moins pas fait J'objet d'études
et les intérêts étrangers associés soit à la fabrication, soit connues. La commercialisation des engrais produits par l·e
à la commercialisation. On pouvait ainsi se référer au cas complexe doit, en l'état actuel des choses, être assumée
de la société tunisienne " N.P.K. engrais , où J·es acheteurs par l'Office chérifien des Phosphates : elle est donc un
scandinaves sont aussi actionnaires et garantissent J'achat élément d'une politique commerciale plus générale. Quel-
de 66 % de la production. Cependant, toujours confor- ques chiffres peuvent éclairer cette position : en 1964,
mément à la doctrine de la S.F.I. , l'Etat devrait être mino- J'C.C.P. a exporté 10 millions de tonnes de phosphates ;
ritaire ; or, on voit encore mal quels pourraient être les à pleine capacité le complexe utilisera moins de 600.000
actionnaires marocains autres que des sociétés d'Etat, tonnes de phosphate, c'est-à-dire vers 1967-68, à une date
tels que J'C .C.P., Je B.E.P.I., Je B.R.P.M. , hormis la Banque où la production de l'C.C.P. atteindra 13 million·s de ton-
de Développement (B.N.D.E.) qui ne peut d'ailleurs prendre nes : il représentera donc 5 % des ventes de J'Office :
qu'une participation faible. dans une certaine mesure, l'Office ne doit pas compromet-
dire l'essentiel de ses ventes mais plutôt harmoniser les
La S.F.I. n'a pas proposé un schéma aussi prec1s et ventes d'engrais au sein d'une politique générale.
péremptoire : ell·e a plutôt indiqué un " canevas , financier
sur lequel il convient, de part et d'autre, de broder. La Le marché mondial des engrais est difficile à évaluer
conclusion, peut-être provisoire, de ces conversations, a il porte sur des produits divers qui ne sont pas toujours
été donnée en mars 1965 par la création de " Maroc- ventilés. Le commerce des engrais phosphatés a porté en
Chimie "• société unique mais entièrement publique. 1961 sur 1.200.000 tonnes exprimées en anhydride phos-
phorique P? 0 •. Sur ce total, l·es importations de super-
phosphates- co~centrés ont représenté 250.000 toilnes de
De ce fait, la totalité des dépen·ses aura incombé à P2 0 , , vendues par les Etats-Uni·s (environ 100.000 tonnes),
l'Etat qui les aura réglées comptant, ce qui est remar- les Pays-Bas (56.000 tonnes), la Tunisie (48.300 tonnes), la
quable s'agissant d'un montant très él·evé, dont une large Belgique (25.000 tonnes). le Portugal (24.000 tonnes). On a
partie en devises étrangères. Le Trésor n'aura reçu aucun en outre enregistré un mouvement de 200.000 tonnes de
apport extérieur, ni même n'aura fait appel aux capitaux P2 o, sous forme de phosphate d'ammonium dont 55.000
internes pour l'emprunt. tonnes ab·s orbées par l'Asie ; en réalité, Je commerce
porte sur des quantités supérieures ; le phosphate d'am-
Il est certain qu 'une telle réalisation aura lourdement monium est un produit nouveau que les statistiques n'iso-
pesé sur les finances publiques du Royaume, alors même lent pas toujours ; d'autre part, les teneurs en P2 0 5 ·sont
que l'édification d'une industrie essentiellement exporta- très différentes selon les productions qui portent cepen-
trice eût pu bénéficier d'aides extérieures ou d'apports dant le même nom : elles vont en effet de 20 % à 50 %.
de capitaux étrangers. La production de Safi doit équivaloir à 170/180.000. tonnes
de P2 0 5 , soit sous forme de superphosphate triple à 48 %, ,
soit sous forme de phosphate d'ammonium. La production
4. - Encore faudrait-il que J'Etat récupère une partie mondiale des engrais phosphatés non évaluée à 10,6 mil-
de ses apports grâce aux dividendes fournis par Je com- lions de tonnes en 1961, doit s'accroître de 3,8 millions de
plexe. Celui-ci a été conçu pour être rentable. Les comptes tonnes en 1966, et de 8 millions en 1971. La production
d'exploitation prévisionnels, établis sur la base d 'emprunts nouvelle de Safi est donc peu importante : 5 % de J'ac-
représentant la moitié des dépenses au taux de 7 % sur croissement mondial entre 1961 et 1966 et 2,2 Ofo pour la
une durée de 15 ans, font apparaître une rentabilité de période de 10 ans entre 1961 et 1971.
J'ordre de 10 % du capital à compter de la quatrième
année. Il s'agit d'un bénéfice net après amortissement : la
quatrième année, soit 1968, étant la première année de
marche à pleine capacité. Le chiffre d'affaires doit alors (1) Il n'est pas tenu compte des ventes de cendres de pyrrhotine
atteindre quelque 135 millions de dh., dans l'hypothèse sous forme de cuivre et sous forme de pellets de fer. Par contre,
la vente d ' acide phosphorique concentré disponible est prise en
d'une vente de 200.000 tonnes de supertriple et de 150.000 compte.
LE ' COMPLEXE DE SAFI 37

Mais 95 °/o de la production marocaine sont dans un Conclusions


premier temps destinés à !'·exportation : Je commerce in-
ternational , on l'a vu, a porté en 1961 sur 1,2 millions- de
tonnes. Donc, très approx·imativement et compte tenu de Le Maroc a fait un important effort pour concevoir et
l'évolution de la consommation mondiale, Je surplus expor- réaliser une industrie chimique Jourde, il aura à Je pour-
table à Safi représentera quelque 15 % du commerce des su ivre pour le gérer et le développer. Le complexe a été
engrais phosphatés, ce qui est important JI ne semble mené à terme, malgré le sceptici·sme de beaucoup provo-
pas cependant que de nouvelles usines destinées à expor- qué par les nombreuses modifications apportées au dos-
ter soient mises en place d 'ici à 1971, hormis J'usine tuni- sier, les retards, un malencontreux procès sur les condi-
sienne << N.P.K. engrais "• d'une capacité de 65.000 tonnes tions de passation des appel·s d'offres, des incertitudes en
de P2 0 , destiné, semble-t-il, à s'écouler sur les marchés matière de financement, de gestion et d'organisation, de
scandinaves. marchés commerciaux, incertitudes qui ne sont pas toutes
levées ; par exemple, on ne sait encore si les cendres de
pyrrhotine pourront être valorisée·~ ; enfin, l'absence d'un
En outre, la production marocaine concerne les types ·plan de financement aura pesé avec excès sur les finances
d'engrais de plus en plus demandés : en effet, J'augmen- pub liques et continuera de Je faire.
tation de la conso·mmation mondiale porte sur les produits
les plus élaborés ; superphosphates concentrés et phos-
phates d'ammonium, qui représentent déjà en 1961 plus du Il importe, en concluant, de mieux situer le complexe
quart des. exportations mondiales d 'engrais phosphatés. par rapport à l'économie marocaine, sa valeur en tant que
Donc, le complexe de Safi devrait être bien placé dans un ,, pôle de développement , à la fois dans la phase de
marché cependant difficile. réalisation , et dans la phase d'exploitation.

Le complexe de Safi ne pourra pas expo rter sur n'impor- 1. - Le B.E.P.I. avait passé un contrat ,, clés en mains ,
te quel pays. Il semble que les ventes sur les marchés avec les deux firmes d'engineering chargées de la réali-
occidentaux devront obéir aux impératifs de la politique sation du compl·exe, Lurgi (Francfort) et Krebs (Paris) . Les
commerciale de J'C.C.P. : les ventes d'engrais ne doivent constructeurs ont donc la responsabilité des installations,
pas gêner la vente de phosphates à certains clients tra- mars « s'engagent à sous-traiter au Maroc toutes les par-
ditionnels. (Il s'agit plus ou moins des clients représentés ties possibles, sous réserve d'obtenir des conditions de
dans la Société d'Etudes SUTRIMA dont la participation en prix, de délai et de qualité égales à celles qu'il leur serait
tant qu'actionnaires au complexe a été envisagée) . possible d'obtenir en Europe » . ·

L'Amériqu e latine, dont la con·sommation devrait tripler A la lettre, cette clause laissait en fait toute J·iberté aux
en 10 ans, est traditionnellement cliente des Etats-Unis, constructeurs et il a fallu toute la force de persuasion des
principal producteur et exportateur .d'engrais phosphatés. responsables marocains et la pression des industriels du
Toutefois, Je Maroc vend déjà_des phosphates au Brésil. pays pour donner un contenu réel à cet engagement : de
2 à 3 % prévus à l'origine, la part de la sous-traitance
·marocaine a fini par s'élever à 20- 25 % des travaux et
Les engrais marocains devront alors être dirigés d'une installations.
part vers les pays socialistes, d'autre part vers les pays
encore en cours de développement, c'est-à-dire vers J'Eu-
- Au total, tout Je gen1e civil a été réaJi·sé par les entre-
rope orientale, l'Afrique, Je Moyen-Orient, J'Asie. En ce qui
prises locales : 16.000 m3 de terre ont été remués pour
concerne la première catégorie, il semple qu·e Je Maroc
le nivellement général, la construction a nécessité 25.000
compte sur l·a production de Safi pour équilibrer ses échan-
m3 de béton et 1.500 tonnes de fer à béton. L'industrie
ges avec la Chine et Cuba ; on évalue J'accroissement
marocaine a fourni les charpentes métalliques, la tuyau-
possible de la consommation d' engrais phosphatés en Chi-
terie, la chaudronnerie, les bacs plombés pour le stocka-
ne, entre 1961 et 1971, à quelque 500.000 tonnes de P2 0 5 ;
ge, les cuves à réaction, les granulateurs et séchoirs, di-
avec Cuba, Je Maroc a déjà effectué des opérations trian-
verses installations électriques. De 1.000 à 1.500 ouvriers
gulaires portant sur du superphosphate triple.
ont été employés sur le chantier pendant plus de deux
ans.
De toute manière, J'essor du complexe de Safi paraît
lié dans une mesure notable au développement des pays
L'administration, pour sa part, dégrève des droits de
dont l'agriculture est encore insuffisante - y compris d'ail-
douane et taxes accessoires, les matières premières et
leurs J'agriculture marocaine. Le Maroc consomme aujour-
produits semi-finis importés par les entreprises locales et
d'hui 100.000 à 120.000 tonnes d'engrais de toutes catégo-
remboursé les taxes de prestations de services payée·s par
ries par an, ·(quelque 50.000 tonnes de P2 0 ) soit environ
les entrepreneurs. Mais elle n'a pas eu par ailleurs à con-
le dixième de la consommation espagnole. L1expansion de
·sentir des sacrifices autres que ceux normalement prévus
l'agriculture marocaine - nécessaire pour faire face ·à
par le Code des investissements : le complexe de Safi a
.J'accroissement de la population - impliquera un recours
relevé des aides habituelles et non de la procédure des
accru aux engrais ; on calcule que pour un million d'hec-
quasi-contrats aujourd'hui introduite par Je Plan triennal.
tares cultivés de façon moderne, la consommation d'en-
grais devrait atteindre 200.000 tonnes de P 0 . Un véritable
développement de l'agriculture du pays ~ou~rait donc ab- Bien entendu, la fin des travaux amène un dégonflement
sorber toute la production du complexe de Safi. des carnets de commandes des industries marocaines, no-
38 ETUDES ET NOTES

tamment du secteur métallurgique et du génie civil puisqu' Trois directions sont déjà définies. En premier lieu , le
aucun grand ensemble ne prend la relève. Mai·s il est cer- traitement des cendres de pyrrhotine doit permettre de
tain que pendant leur durée, l'économie industrielle a reçu récupérer 350.000 tonnes par an de minerai cre fer et 2.700
une réelle impulsion ; les réalisateurs ont pu intégrer la tonnes de cuivre. Le problème techniqu·e est celui de la
construction d'un ensemble de portée internationale dans séparation du cuivre dont l'étude est poursuivie dans des
la vie économique, tout en respectant les normes techni- laboratoires au Maroc (B.R.P.M.) et dans cinq pays étran-
ques des Etats industrialisés. gers, notamment en Allemagne et au Japon. Il semble que
ces expériences soient concluantes. A défaut de leur va-
2. - La marche du compl·exe z.ura des conséquences lorisation, le stockage et l'élimination des cendre·s de pyr-
permanentes qui doivent s'amplifier. Directement, il em- rothine constitueraient une grave préoccupation.
ploiera 450 ouviers et employés dont la formation a été
assurée dans le cadre du contrat général de supervision En second lieu l'acide phosphorique permet la fabrica-
des travaux confiés depuis l'origine à la firme américaine tion du tripolyphosphate de soude, produit de base servant
Blaw Knox. L'Office national des chemins de fer recrute à la fabrication de détergents. Les deux problèmes qui
40 agents supplémentaires. La mine de Kettara emploiera· se posent paraissent être d'une part la fixation du prix de
300 -personnes. Il ne s'agit certes pas de calculer le coût cession de l'acide phosphorique, d'autre part l'ampleur
de l'emploi nouveau qui .est très élevé dans une industrie du marché intérieur, deux données essentielles de la dé-
de base ; l'intérêt au regard de l'emploi réside dans le termination de la capacité de production. Celle-ci serait
supplément général du travail procuré à toute l'économie prévue, à l'heure actuelle, au niveau de 10.000 tonnes dont
et dans le développemênt futur des industries chimiques de 3.000 tonnes pour le marché intérieur. Aucune décision n'a
transformation. encore été prise sinon la pose de la première pierre de
l'usine le jour de l'inauguration du complexe.
Normalement, la ville de Safi doit bénéficier des efforts
d'entraînement : activité accrue de son port qui manipulera En troisième lieu, la fabrication des engrais potassiques
l'ammoniac importé, les engrais et les résidus de pyrrhotine et complexes du type N.P.K. peut être envisagée si les pos-
exportés, construction de logements, mouvement commer- sibilités d'exploitation d·e potasse se confirment. Un impor-
cial et dans l'hôtellerie, adduction d'·eau potable améliorée tant gisement a été découvert il y a une dizaine d'années
grâce au canal d'amenée de Doukkala, qui n'eût pas été et des études approfondies sont conduites depuis lors ;
réalisé sans l'impulsion du complexe. d'autres gisements sont en voie de prosp·ection dans la
région de Safi et d'El Jadida. L'objectif serait alors de
Au niveau de l'économie générale, alors que la tonne produire des composés azotés (nitrate d'ammonium) et des
de phosphate -exporté à l'état brut représente une valeur engrais complexes contenant les trois éléments fertilisants
de 33 dollars du même poids d'anhydride sulfureux la azote-phosphore-potassium. A ce moment le Maroc serait
valeur est de 115 dollars s'il s'agit de superphosphate·s tri- doté d'une industrie complète des engrais. Par ·ailleurs,
ples. Le montant des exportations équivaudra à quelque la région de Kenitra produit déjà de la pâte à papi·er à
20 millions de dollars. Le complexe n'utilise que 5 % de partir de J'eucalyptus, du chlore et de la soude et l'on y
la production de l'Office chérifien des phosphates, mais il prévoit d'importantes extensions et des investissements en
accroîtra de 25 % la valeur en devises des exportations vue de fabrications chimiques variées et entièrement nou-
de phosphates, qui représentent ell·es-mêmes le quart des velles (pâte textile, matière de base pour la production des
exportations totales. plastiques). Le Maroc dispose ainsi dans l'industrie chi-
mique de deux " pôles de développement » : il lui appar-
Le développement du complexe peut être considérable. tient de devenir une puissance chimique.

QUELQUES · REACTIONS DE L•OPINION INTERNATIONALE APRÈS

LA SIGNATURE DE L•ACCORD PÉTROLIER FRANCO-ALGÉRIEN

Les négociations pétrolières entre la France et l'Algérie, blir entre un Etat à tendance· libérale et un Etat à tendance
ouvertes le 27 octobre 1963, ont été poursuivies jusqu'à socialiste » (1).
leur conclusion sous la règle du silence. Elles ont, ·en
effet, été menées entre les deux Etats et non plu·s entre Le silence était rompu dès le 29 juillet 1965, date de la
concédant et concessionnaires, à l'écart d·es compagnies signature de l'acord pétrol'ier à Alger par MM. de Broglie,
privées ayant des intérêts au Sahara : " cette procédure secrétaire d'Etat français chargé des Affaires algériennes
se justifiait largement du côté français par l'importance et Bouteflika, ministre algérien des Affaires étrangères. Les
des capitaux publics investis dans la recherche et l'ex-
ploitation du pétrole saharien ainsi que par le style même
(1) Déclaration de Broglie à la revue • Dialogues • n• 23, juillet-
des relations que l'on s'efforçait de part et d'autre d'éta- août 1965.

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