Le Buffet de Rimbaud , Cahiers de Douai, 1870
C'est un large buffet sculpté ; le chêne sombre,
Très vieux, a pris cet air si bon des vieilles gens ;
Le buffet est ouvert, et verse dans son ombre
Comme un flot de vin vieux, des parfums engageants ;
Tout plein, c'est un fouillis de vieilles vieilleries,
De linges odorants et jaunes, de chiffons
De femmes ou d'enfants, de dentelles flétries,
De fichus de grand'mère où sont peints des griffons ;
- C'est là qu'on trouverait les médaillons, les mèches
De cheveux blancs ou blonds, les portraits, les fleurs sèches
Dont le parfum se mêle à des parfums de fruits.
- Ô buffet du vieux temps, tu sais bien des histoires,
Et tu voudrais conter tes contes, et tu bruis
Quand s'ouvrent lentement tes grandes portes noires
Dans sa lettre à Paul Demeny, Rimbaud confie que le poète doit se faire
"voyant", savoir déchiffrer les signes et voir au-delà des apparences. C'est dans
cet esprit que dans Le Buffet, il transforme un simple objet familier et
quotidien en objet poétique, singulier. Ce poème est tiré des Cahiers de
Douai, l'avant dernier des 22 poèmes, en date d’octobre 1870. C'est un
sonnet, composé de deux quatrains et deux tercets en alexandrins. Il
s’agira de montrer comment, sous la plume de Rimbaud, un simple objet
du quotidien devient extraordinaire. Dans un premier temps, nous
étudierons la description du meuble, puis nous montrerons que le buffet est un
lieu de mémoire, enfin, nous développerons l’aspect extraordinaire de cet objet,
humanisé par le poète.
Plan proposé
I- La description d’un objet du quotidien
1- extérieur
Un objet ancien et mystérieux : « le chêne sombre », « tes grandes portes noires » : obscurité (qui
s’oppose à la lumière des souvenirs à l’intérieur)
2- intérieur
Le fouillis : 2 énumérations/accumulations ; « tout plein » ; anaphore « de » 3 fois
Evoque le flots de souvenirs (transition)
II- Le buffet, la mémoire du passé
1- le thème de l’ancien / vieux
Omniprésent : champ lexical, répétitions « vieilles vieilleries »/ des objets qui évoquent le passé et la
famille : des générations successives qui l’ont utilisé
Flux de mémoire renforcé par l’allitération en « l » et les enjambements qui évoquent l’écoulement
2- Les sens qui permettent de conserver le passé
Tous les sens mais surtout la vue et l’odorat. Le gout et le toucher sont suggérés (vin, fruits/
dentelles, cheveux) : synesthésie : la sensation qui fait ressurgir les souvenirs enfouis
Comparaison « comme un flot de vin vieux » : le flux de la mémoire
En ouvrant « les grandes portes noires », le poète redonne vie au meuble (transition)
III- Un objet quotidien transformé
1- L’humanisation progressive du buffet
Dès le vers 2 : « cet air si bon », le meuble prend un visage
Mais surtout dernière strophe. Le meuble possède une volonté : « tu voudrais »+verbes d’action :
« bruis », « verse », « sais ». Il est actif, pense..
Allitérations en « v », « f » « ch » ;..chuchotements du meuble
2- L’adresse du narrateur au buffet
« ô » : un apostrophe/respect ; aspect théâtral
Emploi de la 2ème personne « tu » : un ami intime (voir voc mélioratif)
3- Le passage dans un autre monde (celui de l’imaginaire, de la poésie) : univers fantastique, celui
des contes, des griffons..de la poésie
CCl : - nostalgie (étonnant pour un fugueur)
- Pouvoirs de la poésie
- - liens avec Ponge : « le parti pris des choses »