ALTRALANG Journal
Volume: 04 Issue: 01 / June 2022 pp. 215-225
e-ISSN: 2710-8619 p-ISSN: 2710-7922
Le patriarcat et la fille métamorphosée dans Rebelle de
Fatou Keïta
Martha MZITE
Manicaland State University of Applied Sciences, Zimbabwe
mzitem@[Link]
Reçu: 29/02/2022, Accepté: 01/05/2022, Publié: 30/06/2022
Patriarchy and the metamorphosed girl in Fatou Keïta’s Rebelle
ABSTRACT: The feminist struggle is a polemic topic in an Africa still
governed by phallocentric systems that imprison women or bury them in poverty.
Based on this premise, this study attempts to explore Fatou Keita’s vision on the
question of patriarchy in Rebelle. It is inspired by African social realities on the
condition of women. This study draws on feminist concepts by answering
Spivak’s question “can subordinates speak?” The study concludes that girls and
women can break away from the patriarchal disposition.
KEYWORDS: girl, patriarchy, rebellion, emancipation, inequalities
RÉSUMÉ: Le combat féministe est un sujet d’actualité dans une Afrique
toujours gouvernée par des systèmes phallocentriques qui emprisonnent la femme
ou l’enterrent dans la misère. En s’appuyant sur cette prémisse, cette étude tente
d’explorer la vision de Fatou Keita sur la question du patriarcat dans Rebelle. Elle
s’inspire des réalités sociales africaines sur la condition des femmes. Cette étude
se fonde sur les concepts féministes en répondant à la question de Spivak « les
subalternes peuvent-elles parler ? » L’étude conclut que les filles et les femmes
peuvent se détacher de la disposition patriarcale.
MOTS-CLÉS: fille, patriarcat, rébellion, émancipation, inégalités
Introduction
Les problèmes de l’oppression et de la subordination des femmes ont été
soulignés comme la préoccupation majeure des œuvres littéraires des femmes
africaines au cours des dernières décennies. Cette étude analyse le patriarcat
et la fille métamorphosée dans Rebelle de Fatou Keïta. L’écrivaine expose les
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femmes africaines comme soumises au contrôle, à la domination et à
l’humiliation des traditions et des mythes socioculturels, pourtant elle
présente Malimouna qui subit une transformation radicale en résistant la
domination patriarcale. Elle est audacieuse et courageuse. La romancière se
préoccupe pour racheter la dignité des femmes africaines qui avaient été
réduites à un statut de servitude par le patriarcat. Selon Gazalé (2017), le
patriarcat justifie la servitude des femmes.
L’oppression patriarcale est une injustice cruelle ou l’utilisation
préjudiciable de l’autorité pour empêcher les gens d’être libres ou de jouir des
mêmes droits que l’oppresseur. L’asservissement fondé sur le sexe se
manifeste à travers la discrimination, la subordination, la marginalisation et
les violences sexuelles. D’après Cornwall (2005) le statut de la femme comme
victime la situe comme souffre-douleur faible et sans voix. Dans plusieurs
régions du monde, les femmes et les jeunes filles qui arrivent à l’âge adulte
sont normalement martyres de pratiques traditionnelles néfastes telles que le
mariage précoce et forcé. Ainsi, les femmes constituent le courant dominant
de la race humaine, mais elles sont universellement en proie à l’oppression.
Elles sont confinées et privées des droits fondamentaux, ainsi qu’elles sont
soumises à la contrainte et à la violence des hommes. Oteng (2010 :109)
ajoute la suite : « au sein de cette société freinée par les traditions millénaires,
c’est premièrement le sujet féminin qui se révèle le plus marginalisé ».
Par rapport à la méthodologie, ce travail se base sur l’analyse marxiste
et les pensées féministes de Simone de Beauvoir afin d’illustrer comment les
femmes comme une classe inferieure dans la société du roman subissent la
douleur issue des ordonnances patriarcales. Les femmes sont présentées
comme les victimes dominées et faibles. Lee (2001) expose la domination des
femmes et explore l’opinion de Marx sur les femmes. Watkins (2015) estime
que le féminisme est un mouvement visant à mettre fin au sexisme, à
l’exploitation sexiste et à l’oppression. Ce constat crée un débat sur la gestion
des personnages féminins par Keïta par rapport à son approbation de la
rébellion et à l’impasse culturelle qu’elle présente. La sujétion et le patriarcat
dans le parcours du développement des jeunes filles sont au centre de ce
travail.
L’étude vise à identifier les stratégies de résistance employées par
l’héroïne du roman pour survivre à l’oppression patriarcale et à examiner la
déconstruction des problèmes hégémoniques auxquels sont confrontées les
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femmes. L’analyse apporte des réponses aux questions suivantes : Quelles
stratégies de résistance sont employées par l’héroïne pour apaiser l’oppression
patriarcale ? Comment les déconstructions des problèmes hégémoniques
auxquels sont confrontées les femmes sont-elles décrites dans le roman
sélectionné ? L’étude commence avec le résumé du roman, puis les
mutilations, le mariage forcé et l’authenticité de la virginité.
1. Résumé du roman
L’héroïne, Malimouna, éveille sa conscience à travers son amie
Sanita, une fille urbaine qui vit à Paris, mais qui vient à Bouritoni, pour passer
ses vacances. Sanita sensibilise Malimouna à toucher son clitoris afin d’être
excitée sexuellement. Elle ne permet pas à Dimikela, l’exciseuse du village
de se faire couper. Elle suit les conseils de son amie et elle décide d’être une
déviante afin de protéger ses organes génitaux contre les coupures. Cette
question sensible forme l’intrigue de Rebelle.
2. Les mutilations
Les mutilations génitales féminines sont généralement pratiquées sur des
filles ou des jeunes femmes dans le cadre de rites de passage à l’âge d’adulte.
Ces mutilations sont se présentent comme une violation des droits des filles.
Suivant la procédure des rites de passage, une fille acquiert généralement un
statut social au sein de sa communauté et elle devient un participant légitime
au mariage. Dimikela est la praticienne génitale du village, mais sa liaison
secrète avec Seynou, le chasseur du village, libère l’héroïne de la mutilation.
Dimikela est pris en flagrant délit avec le jeune chasseur alors qu’il se trouvait
dans la brousse autour du village. Chez Kéïta, la description simple de ce que
voit Malimouna génère du suspense pour les lecteurs et leur permet de
comprendre Dimikela comme l’antagoniste :
Son cœur s’est mis à battre rapidement. Elle n’aurait pas pu voir ce qu’elle avait vu.
Tous ses membres tremblaient. Elle se hissa de nouveau jusqu’à voir clairement.
Dimikela était totalement nue. Le jeune Seynou, le plus vigoureux et habile chasseur
du village, était couché à côté d’elle. (9)
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L’exciseuse dit à Malimouna : « Ta mère m’a demandé de
te préparer, pour ton premier test féminin qui aura lieu dans deux
semaines. » Dimikèla devient paranoïaque en entendant la réponse de
Malimouna, qui dit : « Si je ne le fais pas, est-ce que je me comporterai
comme toi avec Seynou ? » (21). Malimouna utilise sa bouche pour
empêcher son corps de tourment des mutilations génitales. Cependant,
à cause des liaisons indécentes entre Seynou et l’exciseuse, Dimikèla,
la dépositaire de la tradition, qui comprend la peine de provocante,
achète le silence de Malimouna sur sa tromperie sexuelle en faisant
semblant de l’exciser. Elle ne fait qu’une petite incision sur sa cuisse.
Cet innommable contrat entre Dimikela et la future excisée Malimouna
font d’elle une survivante.
La mère de Malimouna attribue le refus catégorique de l’héroïne
des mutilations génitales féminines à Sanita et à ses parents. L’héroïne
déclare à sa mère : « Je ne veux pas subir ce test (15). Cela pousse sa mère
à exploser: « Sanita !...Cette maudite petite citadine aux manières de
Toubab, et qui était devenue l’amie de sa fille, avait dû lui donner toutes
ses mauvaises idées. » (15)
L’écrivaine soutient l’idée d’élever la conscience des gens, qui
pourrait venir d’un parent, d’un amant ou d’un ami. Sanita crée ce sens de
la conscience, qui éveille l’esprit de Malimouna pour défier les forces
patriarcales. Grâce à cette prise de conscience, Malimouna est libre de
l’entrave de la mutilation. C’est la première chance libératrice pour
Malimouna. Comme l’atteste Wittig, pour se délivrer, il faut être conscient
de l’oppression qu’on subit. Dans Le deuxième sexe, Simone de Beauvoir
encourage la femme à dénier la stagnation, pourtant à s’enrôler dans des
rôles actifs. Elle souligne que la femme doit mener un vrai combat pour sa
délivrance afin de réformer sa condition. Selon Mosconi et Paoletti (2017),
les femmes comme groupe social partagent une situation collective
d’asservissement ou de la tutelle masculine, matérielle et culturelle.
3. Le mariage forcé
Selon Khanum (2008), le mariage forcé est un fait inexploré, peu
répertorié et qui s’assimile dans le contexte intégral d’altérités entre les
hommes, les femmes et les poids du patriarcat. Le mariage forcé se produit
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lorsqu’une femme ou une fille est contrainte, menacée ou trompée afin de
se marier sans consentement. Il est considéré comme une violation des
droits humains fondamentaux de la personne impliquée. Il représente la
forme la plus courante d’abus et d’exploitation sexuels des filles
principalement à l’âge de l’adolescence. D’après Ribas (2020), le mariage
des enfants emporte des infractions des droits de l’homme avec de suites
profondes et négatives. Il restreigne les choix des filles ainsi il modifie leur
cours de vie et les exposant aux d’abus et aux violences. Malimouna n’a
pas encore atteint l’âge d’adulte lorsqu’elle est forcée au mariage avec un
riche et vieux polygame, Sando. Le mariage est arrangé à la hâte, car le
patriarcat soutient un tel mariage. Malimouna et sa mère sont muettes.
Ifechelob (2014) croit que le silence symbolise la mise en sourdine des
femmes sous le patriarcat qui est une disposition sociale dans laquelle les
hommes se garantissent le pouvoir et donnent aux femmes un statut
secondaire. Les mots suivants le témoignent : « Malimouna devait venir
avec lui…Il allait la marier à son ami Sando » (29). Pour ne pas se
retrouver au banc de la société, Malimouna s’enfuit du foyer conjugal la
nuit de ses noces. Selon Psaila et al (2016), les femmes et les filles sont
également plus gravement touchées par le mariage forcé. L’imposition du
mari par la famille et la communauté est une violation des droits d’une
jeune fille. Kéïta dénonce également cet acte lorsqu’elle le dépeint comme
une coutume sauvage
Après sa fuite, Malimouna commence alors la marche vers le futur
inconnaissable. Elle est partie analphabète de son village natal et elle se
retrouve dans « un vrai quartier populaire africain en plein coeur de Paris »
(77). Là aussi, elle assiste à toutes sortes de violences faites aux femmes
et elle prend la décision de « lutter pour aider ses sœurs. » (95). Pour se
donner les moyens de son ambition, l’instruction s’avère la véritable arme.
Elle s’inscrit alors aux cours du soir et obtient le diplôme d’assistante
sociale. Elle sait que la tâche sera ardue et qu’il lui faudra beaucoup de
doigté. Elle arrive à s’emanciper malgré les obstacles qu’elle doit affronter.
Selon Cooper (2010), beaucoup de femmes dans la société vivent comme
Malimouna. Quelques unes sont sorties de leurs prisons dorées,
malheureusement il y a celles qui vivent et qui souffrent toujours en
silence. La résistance est un refus des idées existantes. La résistance, soit
par la parole, soit par écrit, se présente comme antagoniste et comme
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stratégie révolutionnaire dans ce roman. Ceci s’oppose au conformisme
socioculturel représenté par la mère de Malimouna.
4. L’authentification de la virginité
Cette pratique est mise en place pour confirmer si une fille est
vierge. Il s’agit de savoir si elle n’a jamais eu de rapport sexuel. Dans
certaines cultures africaines, une fille doit subir le test de virginité avant
son mariage. Ceci est traditionnellement testé par une preuve de tache de
sang sur un tissu blanc, le sang sort naturellement du vagin lorsque
l’hymen est déchiré. La mariée subit les rites d’examen physique avant la
cérémonie de mariage, tandis que la preuve par le sang est vérifiée avant
la consommation du mariage.
Kelly (2000) souligne que Malimouna est enfermée dans la
chambre avec l’aide de deux femmes qui sont représentantes du patriarcat
et qui sont insensibles au sort de la jeune fille. Comme la nuit passe,
Malimouna attend que le vieil homme vienne faire la procédure de la
cérémonie du mariage après laquelle les deux femmes vérifieront le tissu
blanc pour les taches de sang à vérifier la virginité de Malimouna. Sando,
en train de copuler, est choqué quand il découvre que Malimouna n’a pas
été excisée. Malimouna, par peur, attrape un courtiser de statue et elle
frappe Sando sur la tête. Puis, elle s’enfuit sans savoir exactement dans
quelle direction elle se dirige. La narration l’atteste dans les mots suivants
:
Le vieux Sando se jeta sur elle et tira violemment ses genoux écartés. Peut-être
n’a-t-il pas très bien vu. Peut-être était-il rêver! … Il a bien vu. Il l’a laissée seule,
puis a crié dans l’horreur. Il se leva rapidement, enfila sa robe et se fraya un
chemin vers la porte. (39)
Le comportement violent et la confrontation font partie du
stratagème de l’héroïne pour échapper aux rites d’authentification de la
virginité. Cette stratégie permet à Malimouna de résister à l’oppression
qui caractérise l’expérience quotidienne de la femme africaine. Kéïta, à
travers son héroïne, Malimouna emploie des moyens violents pour accéder
à l’indépendance et gagner sa vie personnelle. Le mythe de
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l’authentification de la virginité contribue à assurer la fécondité et la
fidélité de jeunes filles à leurs maris.
Matou, la mère de Malimouna, partage cette conviction. Elle veut
simplement que sa fille soit une épouse adéquate. Dimikèla, l’exciseuse
est aussi d’accord avec Matou, elle dit « Sachez qu’une femme qui ne subit
pas ce test ne peut être maîtresse de son corps et ne peut que devenir
lâche. » (29) Kéïta représente l’authentification de la virginité comme une
coutume barbare. Elle sensibilise le lecteur à la croyance qui est à la base
des mutilations génitales féminines dans sa communauté. Il s’agit d’une
violation flagrante des droits humains fondamentaux des femmes.
Des millions de femmes sont mutilées inutilement, en Afrique.
D’une façon générale, ceux qui la pratiquent ne savent pas vraiment
pourquoi ils le font. C’est une coutume dont ils ont hérité et qu’ils
perpétuent parce que, leur a-t-on dit, elle permet à la femme d'être une
vraie femme, fidèle et soumise à son mari. C’est une violation flagrante
des Droits de la femme.
5. Le mariage
Karim, le mari de Malimouna est un homme instruit. Malgré son
éducation moderne, son comportement est influencé par quelques valeurs
traditionnelles. Avec Karim, Malimouna est soumise à la violence
domestique, à la fois physiquement et émotionnellement. Pendant qu’elle
échappe aux mutilations génitales féminines et au mariage forcé,
Malimouna est victime d’un autre problème de polygamie quand Karim
prend une seconde épouse. La polygamie est comme une pilule amère pour
les femmes à avaler.
« Karim ne veut plus qu’elle travaille ; elle aurait assez pour l’engager,
s’occuper de ses propres enfants. » (162) L’intention de Karim, selon
l’idéologie féministe équivaut à la domination patriarcale. La romancière
démontre la capacité des femmes à se dégager des rôles sexuellement
définis afin de s’assurer une véritable autonomie, pour atteindre
l’indépendance et la dignité de soi. L’espoir de liberté de Malimouna est
détruit lorsqu’elle contracte le mariage. À cet égard, le processus de
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développement de l’héroïne est généralement gêné en se mariant avec
Karim.
Quand Karim découvert que Malimouna soutient sa décision
d’exposer son histoire, il menace de la dénoncer au village. Il voulait
utiliser cette situation aléatoire pour se venger. En principe, Malimouna
était toujours la femme de Sando, selon la tradition. Laura, l’ami de
Malimouna lui promet de prévenir le commissaire s’il lui arrivait quelque
calamité. Ici, il y a la manifestation de la contradiction de la culture
moderne par rapport à la culture traditionnelle. Karim veut que Malimouna
endure les conséquences sur le plan traditionnel pour avoir échappée du
foyer de Sando tandis que Laura veut contrarier son plan contre
Malimouna avec l’aide de la police, rendant ainsi les lois traditionnelles
inopérants. Mosconi et Paoletti (2017 : 5) croient que « les femmes en tant
que groupe social partagent une situation commune d’oppression ou de
domination masculine, matérielle et culturelle. »
Malimouna continue son discours alors que Karim réalise son plan. La
narration l’atteste :
Karim avait donc mis ses menaces à exécution. Il avait dû mijoter son coup
depuis plusieurs jours car il avait fallu qu’il aille prévenir la famille du vieux
Sando de sa présence à Salouma. Comment Karim pouvait-il être aussi méchant
? Et si ces gens-là la tuaient ? Oubliait-il qu’elle était la mère de ses enfants ?
(121)
Malimouna s’étonne du comportement de Karim qui se sent trahi
et méprisé. Pourtant, son souhait de se venger peut lui porter un certain
apaisement. Pendant la réunion au village, les villageois ont enfermé
Malimouna dans une pièce alors qu’elle essaye de se protéger. Cette
séquestration rafraîchit certains mémoires et traumatismes désagréables.
Les villageois l’enferment de la même manière que le jour de son mariage
avec Sando. Cependant, Laura tient son vœu en faisant venir la police qui
arrache Malimouna des mains des villageois. La réunion l’a aidée à
dominer ses craintes. Elle explique aux anciens l’illégalité du mariage
d’une petite fille sous la loi. « À cette époque, j’étais un enfant! Ils m’ont
forcé…et la loi condamne ce genre de pratique ! » (228) Le conseil de
village lui rétorque : « La loi? Quelle loi?...Est-ce que le gouvernement ne
connaît pas nos coutumes ? Elle répond bravement « Vous irez en prison
si vous me touchez. » (228). La réponse de Malimouna les choque
lorsqu’elle s’exprime. Ce genre d’audace qu’elle manifeste peut être
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qualifié d’échappement à l’action. Malimouna retrouve sa voix, qui est
l’idée centrale du féminisme qui souligne que les femmes peuvent être
libérées grâce à une réforme juridique. Malimouna tente tous ses efforts
pour changer les institutions existantes ; elle défie les mœurs patriarcales.
En Afrique, une femme n’a pas l’audace de parler devant les anciens.
Les jours sont révolus où les anciens porteraient des jugements
barbares sur les femmes et elles seraient muettes. C’est une moderne ère
où les femmes combattent leur cause par des moyens légaux. Les
féministes soutiennent l’idée que tout ce qui est nécessaire pour
transformer la condition des femmes est de changer les lois qui leur sont
hostiles et qui ouvrent davantage de possibilités aux femmes de prouver
elles-mêmes comme égales aux hommes. Malimouna, par son exposition
à la vie urbaine et à l’éducation, a accumulé beaucoup d’expérience. Elle
fait valoir ses droits en cherchant la réparation dans un système juridique
pour atteindre son objectif. Être une femme contemporaine la dépeint
comme une héroïne et la survivante de l’assujettissement patriarcal. Il
implique que les femmes devraient grandir au lieu de se laisser souffrir au
nom de la tradition.
La victoire de Malimouna est célébrée ainsi :
Après avoir pris quelques renseignements auprès de Malimouna, le commissaire
décidé d’embarquer les deux frères du vieux Sando pour le commissariat le plus
proche. Malimouna monta dans la voiture de Laura sous l’œil vigilant de ses
amies, après quoi, celles ci regagnèrent leur voiture. Le convoi s’ébranla. Alors,
les femmes laissèrent éclater leur joie. Des commentaires ponctués de rires
allèrent bon train. (231-232.)
L’éducation et l’exposition ont un impact incroyable sur la vie de
Malimouna. Cette expression révèle son statut actuel : « Cette femme était
maintenant un intellectuel et ne pouvait être traité de toute façon. » (228)
Le statut de Malimouna est élevé et elle ne peut plus être tenue pour
acquise.
Vers la fin de l’histoire, Karim réapparaît et supplie Malimouna de
rentrer avec lui à la maison. Malimouna refuse, elle dit « Quelle
blague?...Tu veux me faire le plaisir de revenir au domicile. Je ne
reviendrai pas à la maison…tu as choisi de réorganiser ta vie et je ne peux
pas t’empêcher; mais je refuse de vivre une vie que je n’ai pas choisi. »
(209) Le refus de Malimouna de suivre son mari chez lui implique qu’elle
veut être libre de tout lien matrimonial ou de tout abus qui l’empêchent de
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progresser. Les femmes devraient créer des conditions favorables pour
elles-mêmes. Une femme devrait avoir une décision globale de mettre fin
ou de rester dans une relation particulière. Cependant, Malimouna décide
de se retirer du mariage qui est caractérisée par les coups, le viol conjugal,
la privation, la domination et la dépression. Malimouna devient radicale et
extrêmement proéminente dans la lutte contre l’oppression de l’autorité
patriarcale. L’action collective des femmes modernes et rurales dans le
roman apporte les objectifs sociaux transformationnels. Laura, l’amie de
Malimouna, y parvient en mobilisant d’autres membres de l’association
pour ouvrir la voie à sa liberté. Malgré tous les obstacles, elle survit à tous
les malheurs et parvient à son indépendance.
Conclusion
Le rapport entre les hommes et les femmes est perçue
comme une situation d’oppression. Le point de vue des femmes
écrivains sur la littérature est d’affronter des problèmes tels que le
machisme, l’injustice sexiste et l’exploitation physique à tendance
hégémonique. Le métamorphose de l’héroïne d’un état d’inconscience
à un état de pleine conscience établit Rebelle comme un roman de
croissance, d’éducation, de développement, de découverte et de survie.
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