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Bilan Previsionnel 2021 - Annexes Techniques

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Bilan prévisionnel

de l’équilibre offre-­demande
d’électricité en France

ÉDITION 2021

ANNEXES TECHNIQUES
Bilan prévisionnel
de l’équilibre offre-­demande
d’électricité en France

ÉDITION 2021

ANNEXES TECHNIQUES
Le Bilan prévisionnel est établi par RTE en application
de l’article L. 141-8 du Code de l’énergie.

Son élaboration fait l’objet d’une concertation auprès


de toutes les parties prenantes intéressées, incluant
une consultation publique sur les hypothèses, une
présentation des résultats intermédiaires et une
­analyse collective des priorités d’études.

Il s’intègre à un programme de travail, évolutif en


fonction des demandes des parties prenantes, dis-
cuté au sein des réunions de concertation organisées
par RTE (Commission perspectives du système et du
réseau). Les analyses présentées dans le cadre du
Bilan prévisionnel peuvent, à ce titre, faire l’objet de
prolongements thématiques (comme par exemple sur
les imports/exports, la mobilité électrique, l’hydro-
gène, ou le secteur du bâtiment à l’horizon 2030-2035).
Ces rapports thématiques sont publics et disponibles
sur le site internet de RTE.

Le présent rapport constitue les annexes techniques


du Bilan prévisionnel 2021.
SOMMAIRE

7
Introduction

15
Hypothèses de demande
d’électricité en France

129
L’offre en France

155
Hypothèses européennes

187
Le diagnostic d’équilibre offre-demande

207
L’analyse de viabilité économique

227
Les caractéristiques
d’un système électrique en transition
LES DIX
PROCHAINES
ANNÉES :
une transformation du mix
énergétique pour en faire un vecteur
majeur de la réduction des émissions
globales de CO2 en France

ANNEXES TECHNIQUES DU BILAN PRÉVISIONNEL


1

LES DIX PROCHAINES ANNÉES :


UNE TRANSFORMATION DU MIX
ÉNERGÉTIQUE POUR EN FAIRE UN VECTEUR
MAJEUR DE LA RÉDUCTION DES ÉMISSIONS
GLOBALES DE CO2 EN FRANCE

1.1 Le point de départ : la crise sanitaire a pesé sur le système


électrique lors des derniers mois

La crise sanitaire qui frappe la France et le monde se sont également efforcés de maximiser la disponi-
depuis un an a profondément touché le système bilité de capacités pour la période hivernale pour limi-
électrique. ter les risques sur la sécurité d’approvisionnement :
gestion prudente des stocks hydrauliques, renforce-
Le premier impact visible a été la chute importante ment du dispositif de soutien aux effacements, etc.
de la consommation lors du confinement du prin-
temps 2020 (-15 % en quelques jours). Malgré ces efforts conjoints, la configuration du
parc de production ne permettait pas de respecter
Mais le système électrique a surtout été fragilisé le critère réglementaire de sécurité d’approvision-
en profondeur par les conséquences du premier nement durant l’hiver 2020-2021.
confinement sur les plannings de maintenance des
réacteurs du parc nucléaire. Malgré les différentes Néanmoins, aucune défaillance dans la sécurité
optimisations réalisées depuis par EDF, les objec- d’approvisionnement n’a été constatée :
tifs de productible annuels ont été très significati- uu les effets de la crise sanitaire ont réduit la
vement revus à la baisse par rapport à des années consommation tout au long de l’hiver par r­ apport
standards et la disponibilité du parc nucléaire a été à une situation hors crise sanitaire ;
dégradée. Le parc a ainsi atteint des niveaux de uu le niveau d’indisponibilités fortuites sur le parc
disponibilité historiquement bas au cours de l’hiver de production est resté relativement réduit ;
2020-2021, jusqu’à 3 GW en-dessous de ceux des uu les imports ont été plus fréquents que ceux
précédents hivers. observés les précédents hivers (seul l’hiver
2016-2017 avait connu davantage de situations
De même, la réduction de l’activité économique a d’imports) et ont été ponctuellement significatifs
ralenti le déploiement des nouvelles installations sans jamais être saturés (jusqu’à près de 10 GW
éoliennes et solaires et rendu plus difficile encore début décembre et 9 GW début janvier, en accord
l’atteinte des objectifs 2023 : ceux-ci apparaissent avec les valeurs anticipées dans les études pré-
désormais hors d’atteinte pour le solaire, et dans visionnelles, mais loin des limites techniques) ;
une moindre mesure pour l’éolien terrestre. uu les conditions climatiques sur certains jours
ont conduit à une attention particulière et à
Au-delà de la réoptimisation des arrêts sur le parc l’appel citoyen à la maitrise de la consomma-
nucléaire, l’ensemble des acteurs du système élec- tion ­(dispositif « EcoWatt »1), mais sont restées
trique (pouvoirs publics, acteurs de marché et RTE) ­globalement favorables.

1. 
[Link]

8
Introduction .1

1.2 Une réaffirmation des objectifs de transition énergétique


dans un contexte de crise sanitaire

Introduction
Les perspectives de sortie de la crise sanitaire pluriannuelle de l’énergie3 (PPE) en avril, (iii) le rap-
restent encore incertaines, néanmoins les diffé- port de la Convention citoyenne pour le climat en
rentes décisions des pouvoirs publics français et juillet, (iv) le plan France Relance et (v) la straté-
européens prises en 2020 confirment la priorité gie hydrogène en septembre, (vi) des objectifs de
accordée à la transition énergétique, qui est au décarbonation accrus du chauffage en novembre,
cœur des plans de relance. et (vii) en décembre le renforcement de l’objectif
de l’Union européenne de décarbonation à l’horizon
Ainsi, ont été publiés ou annoncés (i) la Stratégie natio- 2030 de -40 % à -55 % par rapport à 19904.
nale bas-carbone2 (SNBC) et (ii) la Programmation

1.3 Un objectif de réduction des émissions de CO2 à l’horizon


2030 de 40 % par rapport à 1990

Les engagements de la France auprès de l’Union La France dispose ainsi d’objectifs très concrets sur
européenne, intégrés dans la loi pour la transi- l’évolution du mix énergétique d’ici 2023 et 2028 à
tion écologique et la croissance verte (LTECV), travers la PPE, et à plus long terme avec l’ambition
et les engagements de l’accord de Paris sont une de neutralité carbone en 2050 dans la SNBC. Cela
réduction d’au moins 40 % par rapport à 1990 des signifie que les émissions nationales de gaz à effet
­émissions de gaz à effet de serre. de serre ne devront pas dépasser les quantités

Figure 1.1 Évolution des émissions et des puits de gaz à effet de serre et objectifs (source : SNBC)

600 Émissions de gaz


à effet de serre
2030 : Objectif de réduction Historique
500 des émissions de GES
Objectif SNBC
de 40% par rapport à 1990
400
Puits de carbone
Historique
Mt CO2 eq

300 Objectif SNBC

200

100
2050 : Objectif
0 SNBC de zéro
émissions nettes
-100
1990 1995 2000 2005 2010 2015 2020 2025 2030 2035 2040 2045 2050

2. 
Décret n° 2020-457 du 21 avril 2020
3. 
Décret n° 2020-456 du 21 avril 2020
4. 
La déclinaison de ce nouvel objectif aux échelles nationales n’est en revanche pas connue à ce stade. La Commission européenne prévoit d’établir des
propositions législatives d’ici à juin 2021 en vue de mettre en œuvre cette nouvelle ambition.

BILAN PRÉVISIONNEL de l’équilibre offre-demande d’électricité en France I ÉDITION 2021 9


de gaz à effet de serre absorbées sur le territoire de 20 % (441 MtCO2eq émises en 2019 contre
français par les écosystèmes (forêts, prairies, sols 548 MtCO2eq en 19905). Une réduction supplé-
agricoles…) et certains procédés industriels (capture mentaire près de 111 MtCO2eq en seulement
et stockage ou réutilisation du carbone). 10 ans est nécessaire pour atteindre l’objectif de
la LTECV de baisse de 40 % à 2030.
Presque la moitié du chemin a déjà été parcourue
avec des émissions en France en baisse de près

1.4 Des mesures d’efficacité énergétique et des transferts


d’usages vers l’électricité pour réduire l’empreinte carbone

Les objectifs d’évolution de la consommation des passoires thermiques dans l’existant, réno-
énergétique déclinés dans la PPE visent une forte vation des bâtiments publics…) ;
amélioration de l’efficacité énergétique couplée uu des mesures en faveur de l’électromobilité et de
à une décarbonation des vecteurs énergétiques la mobilité douce ;
utilisés. uu la décarbonation de l’hydrogène utilisé dans l’in-
dustrie, avec l’ambition affichée dans la stratégie
Les axes mis en avant sont principalement : française pour l’hydrogène de disposer d’une capa-
uu une amélioration de l’efficacité énergétique et cité installée de 6,5 GW d’électrolyseurs en 2030 ;
un recours accru à l’électricité et aux énergies uu des mesures en faveur du déploiement d’actions
renouvelables dans le bâtiment (réglementation de décarbonation ou d’efficacité énergétique
environnementale 2020 dans le neuf, élimination dans le secteur industriel.

1.5 Le parc de production et d’effacements


en profonde mutation

Les objectifs d’évolution du parc de production ce qui conduit à l’arrêt de 12 autres réacteurs
et d’effa­cements sur la prochaine décennie sont nucléaires d’ici à 2035 ;
construits autour de quatre axes déclinés dans la PPE : uu des objectifs ambitieux de développement des
uu une poursuite de la réduction de la production énergies renouvelables, avec notamment à
d’électricité à partie d’énergie fossile avec la fer- l’horizon 2028 des cibles de doublement de la
meture des derniers groupes au charbon d’ici fin capacité installée actuelle de la filière éolienne
2022 et l’interdiction de toute nouvelle grande (autour de 34 GW), de quadruplement de la
installation thermique fossile (hors cycle combiné capacité photovoltaïque (autour de 40 GW), et
au gaz de Landivisiau, décidé avant la PPE) ; d’un parc offshore de 5,2 à 6,2 GW ;
uu une réduction de la part du nucléaire dans le uu le développement important de la capacité des
mix : les deux réacteurs de Fessenheim sont effacements de consommation, avec un objectif
désormais à l’arrêt, et la PPE cible 50 % de pro- de 6,5 GW mobilisables à l’horizon 2028.
duction d’origine nucléaire dans le mix électrique

5. 
[Link]

10
Introduction .1

1.6 Une scénarisation articulée autour de la PPE et de la SNBC

Dans ce contexte, les scénarios et variantes du Bilan renouvelables, des effacements, des actions d’effi­ Introduction
prévisionnel sont bien articulés autour de la PPE et cacité énergétique et de transferts d’usage se
de la SNBC adoptées en avril 2020, et intègrent les produit, mais qu’il ne suffit pas à atteindre intégra-
réglementations et incitations récemment mises lement les objectifs de la PPE et de la SNBC.
en place à l’échelle nationale et européenne.
Des études de sensibilité accompagnent chacun
Le scénario de référence du Bilan prévision- des scénarios. Notamment, une configuration pré-
nel est un scénario de relance progressive voyant des retards de mise en service sur les éner-
et d’atteinte des objectifs PPE/SNBC en fin gies renouvelables et de moindre disponibilité du
d’hori­zon. Il est caractérisé dans un premier nucléaire est utilisée pour la période 2024-2026.
temps par un ralentissement de l’activité en 2020
suivi d’un retour progressif à la normale sur l’hori­ Les hypothèses associées à ces différents scénarios
zon 2021-2025. Dit autrement, la crise sanitaire sont récapitulées à la fin du présent rapport.
actuelle retarde certaines des actions et mesures
engagées (chantiers, appels d’offres…) mais ne Ce contexte général fait apparaître trois périodes
remet pas profondément en cause les objectifs distinctes sur la décennie à venir :
publics en matière de production et de consomma- uu la période 2021-2024 qui reste sous vigilance en
tion d’électricité (transferts d’usages pour la décar- termes de sécurité d’approvisionnement ;
bonation des usages énergétiques et efficacité uu un regain de marges pour le système électrique
énergétique). Enfin, la fin d’horizon est basée sur aux alentours de 2025, facilitant la décarbona-
l’atteinte de l’ensemble des objectifs de la SNBC et tion associée aux transferts d’usages ;
de la PPE pour 2028. uu une accélération de la transformation du mix
énergétique en fin de décennie, au service de
Pour l’horizon 2030, un second scénario prévoyant la décarbonation de secteurs économiques
une atteinte partielle des objectifs est égale- dont les besoins énergétiques étaient jusque-là
ment analysé. Ce scénario implique que l’inflexion ­couverts par des énergies fossiles.
sur le rythme de développement des énergies

Figure 1.2 Scénarios envisagés dans le Bilan prévisionnel 2021

2021-2024 2024-2026 2030

PPE/SNBC PPE/SNBC
Scénario de référence Scénario de référence PPE/SNBC
Scénario « Atteinte
(légèrement en-deçà (légèrement en-deçà
des objectifs publics) des objectifs PPE/SNBC »
des objectifs publics)

+ Études de sensibilités + Études de sensibilités + Études de sensibilités

Scénario « Atteinte PPE/SNBC


Scénario
partielle des objectifs
dégradé
PPE/SNBC »
+ Études de sensibilités

BILAN PRÉVISIONNEL de l’équilibre offre-demande d’électricité en France I ÉDITION 2021 11


SYNTHÈSE DES HYPOTHÈSES

Évolution des hypothèses du Bilan prévisionnel 2021


Scénario «Atteinte Scénario «Atteinte
des objectifs partielle des objectifs
PPE/SNBC» PPE/SNBC»

2020 2021* 2022 2023 2024 2025 2030

Consommation 459 TWh 468 TWh 468 TWh 468 TWh 469 TWh 471 TWh 498 TWh 484 TWh

Effacements 3,3 GW 3,4 GW 3,6 GW 3,8 GW 4 GW 4,2 GW 6,5 GW 4,5 GW


Demande

Hydrogène
0 TWh 1,3 TWh 2,5 TWh 3,8 TWh 5 TWh 6,3 TWh 25 TWh 9,7 TWh

Véhicules
électriques 0,4 M 0,5 M 0,7 M 1,0 M 1,4 M 2,0 M 7,7 M 6M

Hydraulique 25,3 GW 25,3 GW 25,4 GW 25,5 GW 26,9 GW 26,1 GW


+20 MW/an +80 MW/an entre +80 et +270 MW/an

Éolien
17,6 GW 18,9 GW 20,5 GW 22,3 GW 24,1 GW 25,9 GW 37,9 GW 34,9 GW
terrestre
+1500 MW/an +1800 MW/an entre +1800 et +2700 MW/an
Énergies renouvelables

Éolien
en mer 0 GW 0 GW 0,5 GW 1,5 GW 1,9 GW 2,9 GW 5,8 GW 5,2 GW
un à deux parcs par an

Solaire 10,2 GW 11,4 GW 12,9 GW 15,2 GW 18,2 GW 21,2 GW 47,3 GW 31,2 GW


+1500 MW/an +2300 MW/an +3000 MW/an entre +3800 et +6100 MW/an

Bioénergies 2,1 GW 2,2 GW 2,2 GW 2,3 GW 2,3 GW


+25 MW/an

Parc de
61,4 GW 61,4 GW 63 GW 59,4 GW 59,4 GW
production
56 réacteurs 57 réacteurs 53 réacteurs
mise en service de l’EPR fermeture de 4 réacteurs
Nucléaire

Disponibilité
du parc + allongements
Disponibilité basée sur le planning d’arrêts communiqué par l’exploitant Disponibilité basée sur la moyenne
et intégrant des allongements cohérents avec l’historique modélisée sur la période 2021-2026

* La description du parc installé porte sur un bilan de capacité au 31 décembre de l’année considérée.

12
Introduction .1

Évolution des hypothèses du Bilan prévisionnel 2021


Scénario «Atteinte Scénario «Atteinte
des objectifs partielle des objectifs
PPE/SNBC» PPE/SNBC»

Introduction
2020 2021* 2022 2023 2024 2025 2030

6,2 GW 6,2 GW 6,7 GW 6,7 GW 6,7 GW


Cycles combinés mise en service de Landivisiau en 2022 et maintien du parc
au gaz

0,6 GW 0,6 GW 0,6 GW 0,6 GW


stabilité du parc gaz

Turbines à
combustion 1,4 GW 1,4 GW 1 GW 1 GW
stabilité du parc fioul fermeture des TAC anciennes
Thermique fossile

3 GW 2,4 GW 0 GW 0 GW 0 GW
Charbon 4 unités fermeture complète du parc

5,2 GW 5,2 GW 4,2 GW 4,2 GW


stabilité du parc gaz -200 MW/an

Cogénérations
0,5 GW 0,4 GW 0,4 GW 0,3 GW 0,3 GW 0 GW 0 GW 0 GW
déclassement progressif du parc fioul fermeture complète du parc fioul

0,3 GW 0,3 GW 0 GW 0 GW

Groupes stabilité du parc gaz fermeture complète du parc gaz

de faible
puissance 1,1 GW 0,9 GW 0,6 GW 0,3 GW 0 GW 0 GW 0 GW
unitaire
déclassement progressif du parc fioul fermeture complète du parc fioul

FAB ou Gridlink
ElecLink Celtic 1,4 GW Renforcements
1 GW Renforcements 0,7 GW réseau
2022 réseau 1,8 GW
Interconnexions

IFA2 1,5 GW
1 GW 2021/2022
Nouvelles liaisons et 2021
principaux renforcements 2025-2030
aux frontières françaises 2020-2025
Savoie-
Piémont Golfe de
1 GW Gascogne
2021 2-3 GW

17 pays européens modélisés


Pays européens

Une modélisation basée sur le Mid-Term Adequacy Forecast 2020


pour les hypothèses :
uu d’évolution de la consommation
Hypothèses
issues uu d’évolution des parcs thermiques et renouvelables
des études uu de modélisation de l’hydraulique
européennes uu de capacités des interconnexions hors frontières françaises

* La description du parc installé porte sur un bilan de capacité au 31 décembre de l’année considérée.

BILAN PRÉVISIONNEL de l’équilibre offre-demande d’électricité en France I ÉDITION 2021 13


HYPOTHÈSES
DE DEMANDE
D’ÉLECTRICITÉ
EN FRANCE

ANNEXES TECHNIQUES DU BILAN PRÉVISIONNEL


2

HYPOTHÈSES DE DEMANDE
D’ÉLECTRICITÉ EN FRANCE

2.1 Un ralentissement progressif de la demande d’électricité

Après des décennies de croissance quasi conti- L’électricité constitue un vecteur énergétique privilé-
nue, la consommation finale d’énergie en France gié pour tendre vers l’objectif de neutralité carbone,
s’est infléchie et s’oriente à la baisse depuis une au regard de son mix de production peu émetteur :
quinzaine d’années (cf. figure 2.1), sous l’effet son rôle pour atteindre les objectifs de politique
notamment des politiques d’amélioration de l’effi- énergétique à l’horizon 2050 est très largement
cacité énergétique. Le contexte de transition éner- mis en avant dans la trajectoire « avec mesures
gétique et d’ambition de l’atteinte de la neutralité supplémentaires » (AMS) de la SNBC. Au cours des
carbone de la France à l’horizon 2050, portée par décennies passées, sa part dans la consommation
la Stratégie nationale bas carbone (SNBC)6, est de finale d’énergie n’a cessé de croître pour couvrir
nature à catalyser plus encore cette tendance. actuellement un quart environ des besoins énergé-
tiques, contre 14 % environ au début des années
1980. L’augmentation de la part de l’électricité dans
la consommation énergétique s’explique essentiel-
lement par d’importants transferts d’usage (essor
Figure 2.1 Consommation finale d’énergie –
France métropolitaine
d’usages thermiques de l’électricité – chauffage,
production d’eau chaude sanitaire, procédés indus-
180 triels électriques, etc.) et l’évolution des modes de
160 vie et des technologies (essor des technologies de
140
l’information et de la communication notamment).

120
Malgré la croissance de son poids relatif dans la
100
demande énergétique finale, la consommation inté-
Mtep

80 rieure d’électricité7 corrigée des aléas climatiques


60 (cf. encadré p.25) est entrée dans une phase de rela-
40 tive stabilité – voire de très légère baisse – depuis
le début des années 2010. Cette tendance s’inscrit
20
dans la continuité du ralentissement progressif de la
0
1990 1995 2000 2005 2010 2015 2020 croissance de la demande observé depuis plusieurs
décennies : le taux de croissance annuel moyen par
Combustibles minéraux solides Produits pétroliers décennie, de 7 % à 8 % dans les années 1950 et
Gaz Électricité
Énergies renouvelables et déchets
1960, s’est progressivement réduit pour s’établir à
un niveau nul depuis 2010. L’année 2019 a d’ailleurs
été marquée par une légère baisse de la demande

6. Cf. partie 2.3


7. La consommation électrique considérée dans ce document concerne la France continentale, en incluant les pertes de transport et de distribution mais en
excluant les consommations de pompage des stations de transfert d’énergie par pompage et celles des auxiliaires des centrales de production.

16
Hypothèses de demande d’électricité en France .2

Figure 2.2 Historique long de la consommation Figure 2.3 Consommation d’électricité hors activité
d’électricité et taux de croissance annuels d’enrichissement d’uranium
moyens par décennie hors activité
d’enrichissement d’uranium 500
+0,0%/an

600 480
8,0% 6,9% 5,2% 4,0% 2,4% 1,1% 0,0%
+1,4%/an 2019 :
500 -0,5%
460
400

TWh
440
TWh

300
420
200

400
100

0 380
1950 1960 1970 1980 1990 2000 2010 2020

20 1
20 2
20 3
20 4
20 5
20 6
20 7
20 8
20 9
20 0
20 1
20 2
20 3
20 4
20 5
20 6
20 7
20 8
19
0
0
0
0
0
0
0
0
0
1
1
1
1
1
1
1
1
1
Consommation réalisée
20
Consommation corrigée des variations climatiques
Taux de croissance annuel moyen décennal Consommation brute   Consommation corrigée
de la consommation corrigée

d’électricité (-0,5 % par rapport à 2018 en données


corrigées) qui a concerné l’ensemble des grands
Figure 2.4 Évolution de la répartition des principaux
­secteurs de consommation (cf. figures 2.2 et 2.3).
secteurs dans la consommation d’électricité
hors activité d’enrichissement d’uranium9
De très nombreux facteurs, de natures très diverses
Évolution
(démographique, économique, sociologique, tech- en 2019
180
nologique, réglementaire, etc.) ont conduit à cette -0,1%

évolution de la consommation d’électricité. Parmi 160


-1,6%
ceux-ci, certains expliquent l’essentiel de ce ralentis- 140

sement structurel de la croissance de la demande : 120


uu une diffusion et un renforcement des actions 100 -1,8%
TWh

d’efficacité énergétique au sein des bâtiments


80
et sur les performances des équipements géné-
60
rant une baisse de consommation pour satis-
40
faire la même utilisation ;
uu un ralentissement tendanciel de la croissance 20

économique et de la croissance démographique 0


2001 2003 2005 2007 2009 2011 2013 2015 2017 2019
depuis plusieurs décennies ;
uu une évolution structurelle de l’activité économique
Résidentiel Tertiaire Industrie Transport  
qui tend à se tertiariser, les services étant moins Énergie  Agriculture Pertes
consommateurs d’électricité que le secteur indus-
triel à niveau de production équivalent8.

8. La production d’une unité de valeur ajoutée nécessite quatre à cinq fois moins d’électricité dans le tertiaire que dans l’industrie.
9. Le secteur de l’énergie recouvre toutes les entreprises dont l’activité fait partie des classes de la Nomenclature d’activités économiques pour l’étude des
livraisons et consommations d’énergie (NCE) allant de 01 à 09, à savoir : la production de combustibles minéraux solides ; la cokéfaction ; l’extraction
d’hydrocarbures ; le raffinage de pétrole ; la production, le transport et la distribution d’électricité ; la production et la distribution de gaz ; la production
et la distribution d’eau ; le chauffage urbain ; la production et la transformation de matières fissiles et fertiles. L’historique de ce secteur est corrigé de
la consommation pour l’enrichissement d’uranium en raison de changement de procédé (achevé en 2012) qui s’est traduit par une forte réduction de la
consommation électrique (passage de la diffusion gazeuse à la centrifugation).

BILAN PRÉVISIONNEL de l’équilibre offre-demande d’électricité en France I ÉDITION 2021 17


Cette évolution d’ensemble de la consommation
intérieure d’électricité masque des dynamiques
Figure 2.5 Répartition par grands secteurs de
la consommation d’électricité en 2019 – sectorielles contrastées. Ainsi, l’industrie, qui était
corrigée des variations climatiques ; le secteur le plus consommateur d’électricité au
hors enrichissement d’uranium début des années 2000, a connu une baisse quasi
continue depuis, et a été dépassée par les secteurs
résidentiel puis tertiaire, très dynamiques sur la
8%
2% même période. Ce dynamisme de la demande
3% électrique du secteur du bâtiment s’est toutefois
3%
33% infléchi ces dernières années : la demande élec-
trique des ménages semble se stabiliser depuis
475 TWh 2015, celle du secteur tertiaire s’inscrit même en
24% très légère baisse depuis 2012 (cf. figure 2.4).
Résidentiel
Tertiaire
Industrie Ces évolutions structurelles de la consommation
Énergie électrique se traduisent aujourd’hui par un poids
Transport
27% Agriculture prépondérant du secteur résidentiel (un tiers de
Pertes
la consommation intérieure), les secteurs tertiaire
et industriel représentant pour leur part respecti-
vement 27 % et 24 % de la demande électrique.

18
Hypothèses de demande d’électricité en France .2

2.2 La crise sanitaire a affecté profondément


la consommation électrique en 2020

Le confinement a eu un effet immédiat À partir de juin et durant l’été, la consommation a


et direct sur la consommation d’électricité retrouvé un niveau plus proche de la normale du
fait, dans un premier temps, du déconfinement
La crise sanitaire liée à l’épidémie de COVID-19, qui et du redémarrage de l’activité économique puis,
s’est propagée à l’échelle mondiale depuis le début dans un second temps, de la période des congés
de l’année 2020, a eu un impact majeur et immé- au cours de laquelle l’activité des entreprises est
diat sur la consommation d’électricité en France, dès habituellement plus faible (l’impact de la crise
que les mesures de confinement ont été adoptées. sanitaire pèse donc moins sur la consommation
électrique).
Ainsi, dès les premiers jours de confinement,
une baisse importante de la consommation a été Le renforcement des mesures sanitaires fin octobre
enregistrée. et le second confinement qui a suivi peu après ont
entraîné une nouvelle diminution de la consom-
Au plus fort de la crise (deuxième et troisième mation, mais beaucoup plus modérée qu’au prin-
semaines de confinement), les mesures de confi- temps, du fait des modalités allégées par rapport
nement ont pu entraîner un impact sur la consom- au premier confinement. La consommation s’est
mation d’électricité supérieur à 15 %, toutes choses alors inscrite en retrait de 5 % environ par rapport
étant égales par ailleurs (consommation à condi- à son niveau nominal (cf. figure 2.6).
tions météorologiques équivalentes). Cet impact
s’est par la suite réduit sur les semaines suivantes, Au global, sur l’ensemble de l’année 2020, la consom-
du fait d’une reprise partielle de l’activité, notam- mation intérieure d’électricité, corrigée des aléas
ment dans le secteur industriel. À fin avril, l’impact clima­
tiques (et du 29 février), s’est contractée de
estimé sur la consommation d’électricité nationale 3,5 % par rapport à l’année 2019.
n’était plus que de l’ordre de 10 %.

Figure 2.6 Impact de la crise sanitaire sur la consommation d’électricité en France (données corrigées du climat)

80
Premier Second
confinement confinement
Puissance appelée en moyenne

75 2020 2020
70
hebdomadaire (GW)

65

60

55

50

45
Consommation
40 corrigée 2020
Enveloppe
35 2014-2019
Janv. Fév. Mars Avril Mai Juin Juil. Août Sept. Oct. Nov. Déc.

BILAN PRÉVISIONNEL de l’équilibre offre-demande d’électricité en France I ÉDITION 2021 19


Figure 2.7 Évolution de la consommation électrique des sites industriels de construction automobile raccordés
au réseau de transport

400
Premier
Puissance journalière moyenne

confinement
350 2020

300
soutirée (MW)

250

200

150

100
Second
50 confinement
2020
0
Janv. Fév. Mars Avril Mai Juin Juil. Août Sept. Oct. Nov. Déc.

Figure 2.8 Évolution de la consommation électrique des sites industriels de sidérurgie raccordés
au réseau de transport

1 200
Premier
Puissance journalière moyenne

confinement
2020
1 000
soutirée (MW)

800

600

400

200 Second
confinement
2020
0
Janv. Fév. Mars Avril Mai Juin Juil. Août Sept. Oct. Nov. Déc.

Figure 2.9 Évolution de la consommation électrique du transport ferroviaire raccordé au réseau de transport

1 200
Premier
Puissance journalière moyenne

confinement
2020
1 000
soutirée (MW)

800

600

400

200 Second
confinement
2020
0
Janv. Fév. Mars Avril Mai Juin Juil. Août Sept. Oct. Nov. Déc.

20
Hypothèses de demande d’électricité en France .2

Cette évolution d’ensemble masque toutefois des Au global, une baisse de la consommation
évolutions sectorielles contrastées. intérieure de 3,5 % en 2020
Les premiers éléments d’analyse publiés par La consommation intérieure d’électricité en 2020 a
RTE dès le mois d’avril10, complétés par des été de 458,6 TWh à l’échelle de la France continen-
premières analyses sur l’approvisionnement en tale, soit une baisse de 3,5 % entre 2019 et 2020.
électricité durant l’hiver 2020-202111, ont mon-
tré que les secteurs les plus touchés étaient la À titre de comparaison, même si ces deux crises
grande industrie, notamment l’automobile, la sont de natures très différentes, la baisse de
sidérurgie et les matériaux, et les transports fer- consommation n’avait été que de 1,6 % en 2009
roviaires (cf. figures 2.7, 2.8 et 2.9). A contrario, après la crise des subprimes. La baisse de consom-
la consommation du secteur résidentiel a légè- mation enregistrée sur l’année 2020 est donc sans
rement augmenté durant le confinement, du fait équivalent depuis l’après-guerre.
d’une présence plus importante à domicile.

10. « L’impact de la crise sanitaire (COVID-19) sur le fonctionnement du système électrique » – [Link]
de%20la%20crise%20sanitaire%20COVID-19%20sur%20le%20syst%C3%A8me%20%C3%[Link]
11. « Répercussions de la crise sanitaire sur l’approvisionnement en électricité pour l’hiver 2020-2021 » (juin 2020)
[Link]
« Réactualisation des perspectives sur l’hiver 2020-2021 dans le contexte de la crise sanitaire » (septembre 2020)
[Link]

BILAN PRÉVISIONNEL de l’équilibre offre-demande d’électricité en France I ÉDITION 2021 21


2.3 Cadrage des trajectoires de consommation

Un contexte de transition énergétique de l’objectif passe notamment par une importante


visant la neutralité carbone de la électrification des usages (mobilité, chauffage, pro-
France en 2050 duction d’hydrogène…) assortie d’une décarbona-
tion complète de la production électrique.
Le présent Bilan prévisionnel s’inscrit dans un
contexte de transition énergétique et d’ambition La Programmation pluriannuelle de l’éner-
de l’atteinte de la neutralité carbone de la France gie (PPE) est une déclinaison opérationnelle de
à l’horizon 2050, portée par la Stratégie nationale la Stratégie nationale bas carbone pour le secteur
bas carbone (SNBC). de l’énergie et fixe la trajectoire énergétique de
la France pour les périodes 2019-2023 et 2024-
La Stratégie nationale bas carbone (SNBC) 2028. Elle est donc définie en cohérence avec la
est une feuille de route pour la France portant sur SNBC. En particulier, les hypothèses de demande
l’ensemble des filières énergétiques et visant à une sont communes aux deux exercices.
économie bas carbone, conformément aux objectifs
européens et internationaux (paquet énergie-climat Si la consommation globale d’énergie est appelée
européen, accord international de Paris à la COP21, à décroître pour atteindre la neutralité carbone
etc.). La dernière révision, en date de janvier 2020, en 2050, la consommation d’électricité devrait en
a pour objectif d’atteindre la neutralité carbone de revanche, selon la trajectoire AMS (avec mesures
la France en 2050 et fournit les grandes lignes en supplémentaires) de la SNBC, croître fortement,
matière de transformation de la mobilité, des bâti- avec notamment une électrification forte de l’indus-
ments, de l’industrie, de l’agriculture, etc. L’atteinte trie, la poursuite du développement de l’électromo-
bilité et le développement d’une filière de production
d’hydrogène par électrolyse (cf. figure 2.10).

Figure 2.10 Trajectoire AMS de la SNBC pour la Des incertitudes à court et moyen
consommation d’électricité en France terme liées à la crise sanitaire
700

600
Alors que le cas de base du Bilan prévisionnel 2019
s’appuyait sur une hypothèse exogène de stabilité
500
de la consommation d’ici à 202512, la contraction
400 importante de la consommation intérieure d’élec-
TWh

300
tricité en 2020 (de 3,5 %) liée à la crise sanitaire
et économique induit de fortes incertitudes sur
200
­l’ensemble de l’horizon d’étude.
100

0 En effet, face à tel un événement dont les effets sont


2015 2020 2025 2030 2035 2040 2045 2050 d’une ampleur inédite à ce jour, il est particulière-
Industrie Résidentiel Agriculture  Production
ment délicat de projeter des dynamiques de sortie
Tertiaire Transport Pertes d’hydrogène de crise, dont les ressorts demeurent empreints
d’une très grande incertitude, notamment sur le

12. Cette hypothèse simplificatrice, complétée de plusieurs variantes, était pertinente pour une analyse de risque sur un horizon de cinq ans. Dans le présent
exercice, l’horizon plus lointain (2030) est de nature à laisser apparaître des évolutions en niveau et en structure de la consommation et exige donc une
approche analytique détaillée, présentée dans ce rapport.

22
Hypothèses de demande d’électricité en France .2

contrôle relatif ou non de l’épidémie en Europe de uu 1,2 milliard d’euros consacrés au développement
l’Ouest dans les prochains mois. de la mobilité douce et des transports collectifs ;
uu 4,7 milliards d’euros de soutien du secteur
L’activité économique de la France devrait rester affec- ferroviaire ;
tée plusieurs mois ou années par les conséquences uu 7 milliards d’euros mobilisés d’ici 2030 pour le
économiques de cette crise sanitaire. La rapidité de développement de l’hydrogène vert, dont 2 mil-
la reprise de l’activité économique sera soumise à des liards d’euros dès 2021-2022.
contraintes d’offre (problèmes d’approvisionnement,
reprise progressive selon les secteurs, etc.) et de En outre, d’autres mesures visent à soutenir la
demande (baisse probable du revenu des ménages production des entreprises et à redynamiser le
et des entreprises, climat d’incertitude, etc.), ce qui tissu industriel français.
rend particulièrement délicat la prévision de l­’ampleur
et de la dynamique de la reprise.
Des trajectoires contrastées pour
Ce profil de sortie de crise va avoir un impact de couvrir le spectre des incertitudes
premier ordre sur celui de l’évolution de la consom-
mation d’électricité, tant il est vrai que les fluc- Pour couvrir au mieux le spectre de ces incer-
tuations conjoncturelles de l’activité économique titudes, quatre trajectoires de consommation
demeurent le principal facteur d’incertitude sur un contrastées ont été élaborées :
horizon de court et moyen terme. uu Un scénario d’« Atteinte des objectifs PPE/
SNBC en fin d’horizon » table sur une reprise
À date, après la baisse du PIB de 9,3 % enregis- progressive de l’activité productrice de l’indus-
trée en 2020, le consensus des économistes envi- trie et des services, renforcée notamment par un
sage un rebond de 5,5 % en 2021. Il s’agit là d’une besoin de reconstitution des stocks dans certains
valeur médiane sur un panel d’une vingtaine de secteurs. Soutenus par le plan de relance et, plus
prévisions, présentant des écarts assez élevés généralement, les politiques publiques, les inves-
(80 % des prévisions se situent dans une four- tissements dans l’efficacité énergétique (rénova-
chette allant de 4,1 % à 6,6 %). tion thermique des bâtiments) et l’électrification
de l’économie (bâtiments, mobilité, hydrogène,
Le retour à un niveau d’activité économique équi- etc.) démarrent une inflexion haussière, qui per-
valent à celui d’avant-crise ne devrait donc pas met l’atteinte des objectifs de la PPE en fin d’hori­
être immédiat. Plusieurs contributions de parties zon, malgré un retard sur les premières années.
prenantes vont dans ce sens et estiment que cela uu Un scénario d’« Atteinte partielle des objec-
ne devrait pas intervenir avant 2022 ou 2023. tifs PPE/SNBC » repose sur le même contexte
démographique et économique que la trajectoire
De plus, le plan de relance économique de 100 mil- « Atteinte des objectifs PPE/SNBC en fin d’hori-
liards d’euros, cohérent en termes d’orientations zon », mais en supposant un rythme d’investis-
avec la SNBC, est de nature à affecter la consom- sements dans l’efficacité énergétique et dans les
mation d’électricité. transferts d’usage certes soutenu, mais ne per-
mettant toutefois pas d’atteindre entièrement les
Parmi les mesures annoncées, on peut notam- objectifs de la PPE.
ment mettre en avant celles directement liées à la uu Une trajectoire basse suppose un contexte
­transition énergétique : macroéconomique moins porteur, avec en
uu 6,7 milliards d’euros consacrés à la rénovation corollaire un léger recul de l’activité indus-
énergétique des bâtiments (dispositifs d’aide trielle. Dans un tel contexte peu propice aux
pour les particuliers, rénovation annoncée du investissements, les actions en faveur de l’effi­
parc de bâtiments publics, programme de réno- cacité énergétique et de l’électrification des
vation des logements sociaux, aide aux petites usages demeurent limitées, et ne permettent
entreprises pour la rénovation de leurs locaux) ; pas l’atteinte des objectifs de la PPE. En outre,
uu 1,2 milliard d’euros d’aide aux entreprises dans ce contexte dégradé, la pression sur le
industrielles pour réduire les émissions de CO2 ; revenu des ménages est de nature à induire

BILAN PRÉVISIONNEL de l’équilibre offre-demande d’électricité en France I ÉDITION 2021 23


des phénomènes de sous-consommation sur un développement élevé de l’électrification
les usages arbitrables, notamment le chauf- des usages (essor des véhicules électriques
fage. Ce contexte se traduit par une évolution notamment), mais une amélioration de l’effi-
baissière de la consommation à l’horizon 2030. cacité énergétique moindre que dans le scé-
uu Une trajectoire haute vise, dans le cadre de nario « Atteinte des objectifs PPE/SNBC en fin
l’analyse de risque à moyen terme, à décrire d’horizon ».
une évolution haute de la consommation
intérieure d’électricité pouvant faire office Le tableau ci-après résume les orientations pro-
de stress test. Cette trajectoire suppose un posées pour les trajectoires de demande sur les
rebond plus marqué de l’activité économique, principaux déterminants.

Figure 2.11 Principales caractéristiques des trajectoires de consommation du Bilan prévisionnel 2021

Scénario
Scénario
« Atteinte
« Atteinte
des objectifs Trajectoire Trajectoire
partielle
PPE/SNBC basse haute
des objectifs
en fin
PPE/SNBC »
d’horizon »

2019 2030

Consommation
Consommation (en TWh) 475 498 484 458 524

Cadrage
socioéconomique PIB (TCAM 2021-2030) +1,5 % +1,4 % +1,4 % +0,9 % +1,6 %
Population
64,8 millions 67,2 millions 67,2 millions 67,2 millions 67,2 millions
(France métropolitaine)

Rénovations
400 000 660 000 460 000 410 000 460 000
dans le résidentiel
par an par an par an par an par an
(moyenne sur dix ans)
Gains d’une rénovation
dans le résidentiel 30 % 50 % 45 % 40 % 45 %
(moyenne sur dix ans)
Efficacité
Pompes à chaleur dans
énergétique les logements existants
+40 000 +160 000 +80 000 +45 000 +80 000
par an par an par an par an par an
(moyenne sur dix ans)
Rénovations
1,5 % du 3,0 % du 2,3 % du 1,5 % du 2,3 % du
dans le tertiaire
parc par an parc par an parc par an parc par an parc par an
(moyenne sur dix ans)
Gains d’une rénovation
dans le tertiaire 15 % 35 % 25 % 20 % 25 %
(moyenne sur dix ans)

Transferts vers
chauffage électrique 50 000 130 000 90 000 50 000 130 000
dans le résidentiel par an par an par an par an par an
(moyenne sur dix ans)
Transferts vers chauffage
2,5 Mm2 7,4 Mm2 5,2 Mm2 3,1 Mm2 7,4 Mm2
électrique dans le tertaire
par an par an par an par an par an
(moyenne sur dix ans)
Nouveaux Nombre de véhicules
usages et (y compris véhicules hybrides 0,3 millions 7,1 millions 5,4 millions 5,4 millions 7,1 millions
électrification rechargeables)
Consommation électrique
pour la production - 25 TWh 10 TWh 5 TWh 25 TWh
d’hydrogène
Transferts vers l’électricité
depuis 2019 sur l’ECS - 6,2 TWh 3,9 TWh 2,5 TWh 6,2 TWh
et la cuisson
Transferts vers
l’électricité depuis 2019 - 6,4 TWh 4,4 TWh 2,0 TWh 6,7 TWh
dans l’industrie

24
Hypothèses de demande d’électricité en France .2

Une approche analytique pour établir les prévisions en énergie,


inscrite dans une démarche de large concertation
Pour apprécier les perspectives présentées sur en branches ou usages. La consommation d’éner-
l’évolution de la consommation, les analyses gie de ces branches ou usages est estimée par le
portent sur une demande électrique corrigée des produit de variables « extensives » (quantités pro-
aléas. Ceci permet de mettre l’accent sur les évolu- duites, surfaces chauffées, taux d’équipement par
tions structurelles en faisant reposer la comparai- logement, etc.) et « intensives » (consommations
son sur un périmètre et des conditions homogènes. unitaires par unité produite, par m², par logement,
etc.). Les consommations ainsi obtenues sont
La consommation pouvant fluctuer fortement selon ensuite agrégées pour chaque secteur.
les conditions climatiques hivernales et – dans une
moindre mesure – estivales, une correction climatique La diffusion du progrès technique est simulée dans
est nécessaire. Celle-ci s’appuie sur une analyse sta- les prévisions au travers de modèles de parc, qui
tistique des appels de consommation et des tempéra- permettent une représentation réaliste et crédible
tures réalisées au pas horaire. Elle permet d’estimer de la dynamique de pénétration des matériels
quelle aurait été la consommation à conditions clima- ­performants (cf. exemple en figure 2.12).
tiques de référence. Les températures de référence
sont établies par Météo-France. Basées sur les tem- Les hypothèses d’évolution de ces variables sont
pératures horaires moyennes observées pour chaque basées sur une veille technologique et réglemen-
jour de l’année au cours des trois dernières décennies, taire, des études externes ou commanditées par
elles sont redressées de la dérive climatique pour être RTE. Elles s’appuient également, depuis plusieurs
représentatives du climat de la décennie en cours. mois, sur un groupe de travail méthodologique (ins-
tallé à l’issue de la réunion plénière de la Commission
La démarche retenue pour les prévisions de consom- « Perspectives système et réseau » du 28 septembre
mation en énergie annuelle est une approche ana- 2018) consacré à l’élaboration des trajectoires de
lytique par empilement (ou « bottom-up »). Elle consommation, dont les conclusions ont permis
consiste à découper la consommation d’électricité en d’élaborer les hypothèses granulaires utilisées dans
secteurs d’activité. Chaque secteur est décomposé le présent exercice du Bilan prévisionnel.

Figure 2.12 Modèle de diffusion du progrès technique – exemple des réfrigérateurs

Ventes annuelles France Parc total France


selon la classe d’efficacité énergétique selon la classe d’efficacité énergétique
100 % 100 %
90 % 90 %
80 % 80 %
70 % 70 %
60 % 60 %
50 % 50 %
40 % 40 %
30 % 30 %
20 % 20 %
10 % 10 %
0% 0%
2005 2010 2015 2020 2025 2030 2035 2005 2010 2015 2020 2025 2030 2035

A5+   A4+   A3+   A++   A+   A   B   C   >D

BILAN PRÉVISIONNEL de l’équilibre offre-demande d’électricité en France I ÉDITION 2021 25


2.4 La poursuite des efforts d’efficacité énergétique
compense les effets de l’électrification et tend à orienter
à la baisse la consommation du secteur résidentiel

Consommation d’électricité du secteur La consommation résidentielle a connu une forte


résidentiel en 2019 croissance dans les années 2000 portée par la crois-
sance démographique, un développement dynamique
Le secteur résidentiel a représenté en 2019 une des solutions électriques pour le chauffage ainsi que
consommation d’électricité de 159,8 TWh, soit la numérisation et l’informatisation au sein des foyers.
un peu moins de 34 % de la demande intérieure Cette croissance a pourtant ralenti ces dernières
d’électricité en France continentale. années et, après une hausse annuelle moyenne de
1,7 % sur la période 2005-2014, la consommation
résidentielle s’est relativement stabilisée et suit une
évolution annuelle moyenne de +0,1 % sur la période
2014-2019. Cette inflexion s’explique en partie par la
Figure 2.13 Répartition par usages de la consommation
du secteur résidentiel en 2019
réglementation thermique 2012 qui a entraîné une
baisse de la part de l’électricité pour le chauffage dans
la construction neuve, mais aussi par l’amélioration
de l’efficacité énergétique des équipements, la fin
14%
des écrans cathodiques, l’avènement de la télévision
28% numérique ou l’essor de l’éclairage LED notamment.
5%

Chauffage 8% Les progrès continus d’efficacité énergétique sur les


159,8 TWh
Eau chaude
  appareils électriques conduisent à une baisse de la
sanitaire (ECS)
Ventilation et
  consommation. Par ailleurs, la consommation des
climatisation 12%
Blanc
  14% usages thermiques se stabilise grâce aux efforts
(froid et lavage) de rénovation portant sur l’isolation des logements
 TIC (audiovisuel 15% 4%
et informatique) ainsi qu’au développement de solutions électriques
n Cuisson performantes comme les pompes à chaleur (PAC)
n Éclairage
n Autres usages résidentiels et les chauffe-eau thermodynamiques (CET).

Les principaux déterminants de l’évolution de la


consommation résidentielle sont :
Figure 2.14 Évolution de la demande d’électricité
uu la croissance démographique ;
dans le secteur résidentiel depuis 2005
uu l’évolution du parc de logements et le recours au

180 vecteur électrique pour les usages thermiques ;


uu la diffusion du progrès technique et de l’effi­
160
cacité énergétique sur les équipements domes-
140
tiques (électroménager, audiovisuel, informatique,
120
cuisson et éclairage) et les usages thermiques
100
(chauffage, eau chaude sanitaire, climatisation et
TWh

80
ventilation).
60

40 Plus particulièrement, dans le cas des usages ther-


20 miques, l’isolation du bâti, les évolutions du parc
0 chauffé selon les énergies, la performance des solu-
2005 2007 2009 2011 2013 2015 2017 2019
tions utilisées peuvent également faire varier sensi-
blement la consommation d’un logement à l’autre.

26
Hypothèses de demande d’électricité en France .2

Chauffage Dans la construction neuve, les réglementations


thermiques successives ont imposé l’installation
Après correction de l’aléa climatique, le chauffage de solutions performantes et l’amélioration des
électrique a représenté en 2019 une consomma- performances thermiques des bâtiments (isola-
tion de 45,1 TWh, soit 28 % de la consommation tion, orientation…), réduisant ainsi les besoins des
du secteur résidentiel. usages thermiques, en particulier le chauffage et la
production d’eau chaude sanitaire (ECS).
Sous l’effet de l’électrification du parc, la consomma-
tion de chauffage a été en forte croissance jusqu’au Pour satisfaire aux exigences de la réglementation
début des années 2010, avec un taux de crois- thermique 2012, les pompes à chaleur sont désor-
sance annuel moyen de 3,2 % par an entre 2005 et mais privilégiées lorsque la solution électrique est
2012. L’instauration de la réglementation thermique choisie dans le neuf car leur rendement est bien
2012 – avec en corollaire une baisse de la part de supérieur à un chauffage à effet Joule (convec-
marché des solutions électriques dans la construction teurs électriques) et permet de respecter les seuils
neuve – et l’amélioration de la performance éner- d’énergie primaire fixés par la réglementation.
gétique des bâtiments se sont traduites par un fort
ralentissement de la croissance de la consommation La nouvelle réglementation environnementale,
de chauffage, avec une évolution moyenne de l’ordre la RE2020, qui a été présentée initialement en
de 0,8 % par an entre 2012 et 2019. novembre 2020 puis modifiée en février 202113 suite
aux avis des professionnels de la filière bâtiment et du
Avec le développement massif du chauffage élec- Conseil supérieur de la construction et de l’efficacité
trique, depuis la fin des années 1970, et son regain énergétique, devrait entrer en application le 1er jan-
de dynamisme dans les années 2000, la part des vier 2022 dans les bâtiments résidentiels. Elle pren-
foyers chauffés à l’électricité (y compris biénergie) dra en compte des contraintes environnementales,
atteint aujourd’hui un peu plus de 39 %, avec une en particulier sur les émissions de CO2, avec un pla-
disparité entre les maisons et les appartements avec fond à 4 kgCO2/m²/an pour les maisons individuelles
respectivement 43 % et 33 % chauffés à l’électricité. construites à partir de 202214, et de 14 kgCO2/m²/an
pour les logements ­ collectifs en 2022, seuil qui
Les évolutions du parc de logements déterminent sera abaissé à 6,5 kgCO2/m²/an en 2025.
la consommation future du chauffage électrique
dont les principaux facteurs sont : Ces seuils correspondent quasiment à une inter-
uu l’évolution du nombre de logements à travers diction des sources fossiles de chauffage dans la
le besoin de construction neuve lié à la crois- construction neuve et pourraient ainsi contribuer
sance démographique et la désaffectation de à renforcer, à l’avenir, la part de marché des solu-
logements anciens ; tions électriques pour le chauffage. Les annonces
uu l’électrification du chauffage dans l’existant de février apportent un léger aménagement
en remplacement d’une solution combustible et concernant la filière gaz, visant à ne pas exclure le
dans la construction neuve ; biométhane des logements neufs.
uu l’évolution de la part des pompes à chaleur
dans les logements chauffés à l’électricité ; Cette nouvelle réglementation augmentera éga-
uu les efforts consacrés aux travaux de rénova- lement les exigences sur la qualité de l’isolation
tion d’isolation du parc de logements existants ; du bâti, avec une réduction du Bbio15 maximal,
uu l’évolution des exigences de la réglementation indicateur qui caractérise les besoins thermiques
thermique dans le neuf. ­intrinsèques d’un logement, de 30 % en moyenne.

13. [Link]
Dossier de presse du Ministère de la transition écologique, actualisé au 18 février 2021 : [Link]
RE2020_EcoConstruire_0.pdf
14. À titre de comparaison, une maison construite après 1999 et chauffée au gaz consommait en moyenne 75 kWh/m² de gaz pour le chauffage en 2019
(source CEREN), soit un équivalent CO2 pour le chauffage seul de 17 kgCO2/m²/an.
15. Le besoin bioclimatique conventionnel en énergie d’un bâtiment pour le chauffage, le refroidissement et l’éclairage artificiel, est défini par un coefficient
noté Bbio. Il est sans dimension et exprimé en nombre de points. Le Bbio rend compte de l’efficacité d’un bâtiment, par son isolation ou son orientation par
exemple, indépendamment des solutions techniques adoptées pour couvrir ses besoins thermiques.

BILAN PRÉVISIONNEL de l’équilibre offre-demande d’électricité en France I ÉDITION 2021 27


Les textes de la réglementation devraient être Sur le parc existant, un flux de changement de
publiés à la fin du premier semestre 2021. l’énergie de chauffage est déjà observé avec un
transfert de solutions combustibles vers des solu-
Les hypothèses prises en compte sur la part de tions électriques efficaces et économes comme
l’électricité pour le chauffage dans la construction l’installation d’une pompe à chaleur. Les hypothèses
neuve (cf. tableau 2.1) s’appuient sur ces annonces sur les transferts dans l’existant s’appuient sur les
gouvernementales. Différents degrés d’électrification tendances historiques observées avec une aug-
sont envisagés selon les trajectoires, en supposant mentation de l’électrification qui permet de rendre
une part plus ou moins importante laissée à d’autres compte la volonté des pouvoirs publics de mettre
solutions de chauffage bas carbone comme la bio- fin au chauffage fioul et d’atteindre les objectifs de
masse ou les réseaux de chaleur. Cette électrification décarbonation de la SNBC. Cette électrification est
se fait uniquement par des pompes à chaleur dans plus modérée dans le scénario « Atteinte partielle
le scénario « Atteinte des objectifs PPE/SNBC en fin des objectifs PPE/SNBC » et la trajectoire basse.
d’horizon ». Les éléments publiés sur la réglementa-
tion ne précisant pas de seuil en énergie ni de part de Suite à différentes annonces gouvernementales et
pompes à chaleur, les autres scénarios intègrent une aux propositions de la Convention citoyenne pour
part de chauffage Joule dans la construction neuve. le climat, un projet de décret relatif à l’interdic-
tion d’installer des systèmes de chauffage et de
L’électrification des usages thermiques par des production d’eau chaude sanitaire consommant
solutions performantes comme les pompes à principalement des combustibles à haut niveau
chaleur pour le chauffage est un des vecteurs de d’émissions de gaz à effet de serre dans les bâti-
décarbonation mis en avant dans les politiques ments à usage d’habitation ou à usage profession-
publiques, portées par la PPE et la SNBC. nel a été mis en consultation en janvier 202116.

Tableau 2.1 Hypothèses d’électrification dans la construction neuve en 2019 et en 2030 selon les trajectoires

2019 2030

Atteinte des
objectifs Atteinte
PPE/SNBC partielle des
en fin objectifs Trajectoire Trajectoire
d’horizon PPE/SNBC basse haute

Part d’électricité dans les maisons neuves 60 % 90 % 80 % 70 % 90 %

dont pompes à chaleur 52 % 90 % 76 % 63 % 86 %

dont Joule 8% 0% 4% 7% 4%

Part d’électricité dans les appartements neufs 20 % 80 % 70 % 55 % 80 %

dont pompes à chaleur 6% 80 % 53 % 28 % 60 %

dont Joule 14 % 0% 17 % 27 % 20 %

16. [Link]

28
Hypothèses de demande d’électricité en France .2

Figure 2.15 Historique et projection du parc de résidences principales selon l’énergie de chauffage –
scénario « Atteinte des objectifs PPE/SNBC en fin d’horizon »

35

30
Milliers de logements

25

20

15

10
Non électrique
5 Biénergie dont
électricité
Joule
0 Pompes à chaleur
2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019 2020 2021 2022 2023 2024 2025 2026 2027 2028 2029 2030

Par ailleurs, avec la réforme du Diagnostic de perfor- E et chauffés à partir d’énergies fossiles, pourraient
mance énergétique (DPE), présentée en février 2021 basculer en F »18.
et qui devrait entrer en vigueur au 1er juillet 202117,
l’étiquette DPE d’un logement tiendra compte, en Les politiques publiques affichent également des
plus de sa consommation en énergie primaire pour ambitions importantes en matière de rénovation
les usages, de ses émissions de gaz à effet de serre. énergétique des bâtiments. Les hypothèses de
Ces seuils en émissions seront à même de favoriser rénovation du bâti intégrées dans l’élaboration des
les transferts vers le chauffage électrique dans les trajectoires sont cohérentes avec celles du scéna-
logements existants, pour améliorer la classe d’ef- rio de la SNBC, notamment sur les gestes d’isola-
ficacité du logement considéré. À noter que « la loi tion des parois opaques et vitrées, pour le scénario
Énergie Climat du 8 novembre 2019 et le projet de « Atteinte des objectifs PPE/SNBC en fin d’horizon ».
loi portant lutte contre le dérèglement climatique et Ces ambitions sont revues à la baisse pour les autres
le renforcement de la résilience face à ses effets, pré- trajectoires, en supposant un rythme de rénovation
senté en Conseil des Ministres le 10 février dernier, plus lent et des gains associés plus modérés.
prévoient diverses obligations pour les bailleurs qui
loueraient des logements excessivement consom- Afin d’accompagner et d’aider les ménages dans
mateurs d’énergie correspondant aux classes F et leur transition, le gouvernement a étendu le dis-
G du nouveau DPE, telles l’interdiction d’augmenter positif de la prime énergie, dite également « coup
le loyer au changement de locataire, au renouvelle- de pouce économies d’énergie », à l’ensemble des
ment du bail ou pendant le bail. Certains logements, ménages, et prolongé son application jusqu’au
actuellement évalués F, pourraient ainsi ne pas être 31 décembre 2021. Ce dispositif permet de finan-
concernés par ces obligations en raison d’un reclas- cer des dépenses pour le remplacement d’un sys-
sement en E tandis que d’autres logements, classés tème de chauffage (« coup de pouce chauffage »)

17. Présentation du nouveau DPE – dossier de presse (février 2021) : [Link]


18. Extrait du dossier de presse (lien ci-dessus)

BILAN PRÉVISIONNEL de l’équilibre offre-demande d’électricité en France I ÉDITION 2021 29


Figure 2.16 Hypothèses de rénovation : nombre annuel de logements faisant l’objet d’une rénovation d’enveloppe
et gain conventionnel unitaire

1 200 100%

Gain d'une rénovation du bâti


90%
1 000
Milliers de logements

80%

800 70%
60%
600 50%
40%
400
30%

200 20%
10%
0 0%
2015 2020 2025 2030 2015 2020 2025 2030

Atteinte des objectifs PPE/SNBC en fin d’horizon   Atteinte partielle des objectifs PPE/SNBC

ou des travaux d’isolation du logement (« coup Malgré l’électrification de l’usage, et portée par la
de pouce isolation »), les montants versés dépen- pénétration d’équipements performants, l’amélio-
dant du niveau de revenu des ménages et pou- ration des performances du bâti et une sobriété de
vant représenter jusqu’à 50 % des coûts pour les l’usage, la trajectoire de consommation du chauf-
ménages les plus modestes. D’autres dispositifs fage est orientée légèrement à la baisse à l’horizon
sont disponibles, comme MaPrimeRénov’, mis en 2030 dans les scénarios « Atteinte des objectifs PPE/
place en janvier 2020 pour remplacer le crédit SNBC en fin d’horizon » et « Atteinte partielle des
d’impôt pour la transition énergétique (CITE) et objectifs PPE/SNBC », à hauteur respectivement de
les aides de l’agence nationale de l’habitat (ANAH) 2,5 % et 1,8 %. La trajectoire basse s’inscrit quant
« Habiter mieux agilité ». MaPrimeRénov’ permet à elle dans une baisse plus marquée de la consom-
de financer des travaux de rénovation énergétique mation de chauffage, à hauteur de 3,0 %, en raison
et est accessible à l’ensemble des propriétaires, notamment d’une pression accrue sur les revenus
occupants ou non de leur logement, depuis octobre des ménages et d’une électrification moins poussée
2020. Les aides dispensées varient selon les reve- de l’usage que dans les autres trajectoires. À l’in-
nus et les gains attendus des travaux entrepris et verse, la trajectoire haute présente une hausse de
sont plafonnées à 20 000 € par logement. 4,8 % de la consommation de chauffage à l’horizon
2030 par rapport à aujourd’hui.
La SNBC intègre une hypothèse de sobriété de
baisse de 1 °C de la température de consigne du De manière générale, les hypothèses et l’évolution
chauffage. La sobriété correspond ainsi à l’adop- de consommation du chauffage du scénario « Atteinte
tion de comportements vertueux, mais peut aussi des objectifs PPE/SNBC en fin d’horizon » sont cohé-
reposer sur l’installation de systèmes de gestion rentes avec le scénario de référence de l’étude publiée
intelligente du chauffage dans les logements. La en décembre 2020 par RTE en collaboration avec
prise en compte de ces hypothèses conduit à une l’ADEME, portant sur la contribution du chauffage des
baisse de besoin de chauffage d’environ 15 % entre bâtiments à la réduction des émissions de CO2 et son
aujourd’hui et 2030. impact sur le système électrique à l’horizon 203519.

19. Synthèse : [Link]


Rapport complet : [Link]

30
Hypothèses de demande d’électricité en France .2

Tableau 2.2 Principales hypothèses sur le chauffage résidentiel et résultats par trajectoire à l’horizon 2030

2019 2030
Atteinte des
objectifs Atteinte
PPE/SNBC partielle des
en fin objectifs Trajectoire Trajectoire
d’horizon PPE/SNBC basse haute
Nombre de résidences principales (millions) 29,1 31,6 31,6 31,0 31,6
Part de chauffage électrique
39 % 50 % 47 % 44 % 50 %
(y compris biénergie)
dont pompes à chaleur20 4% 18 % 13 % 9% 14 %
Nombre d’installations de pompes à chaleur
dans l’existant (= transferts) 38 163 84 46 84
(en milliers de logements ; moyenne annuelle sur la période)

Nombre d’installations de pompes à chaleur


dans le neuf 70 238 179 100 204
(en milliers de logements ; moyenne annuelle sur la période)

Rénovation annuelle du bâti


400 660 460 410 460
(en milliers de logements ; moyenne annuelle sur la période)

Gain moyen d’une rénovation


-30 % -50 % -45 % -40 % -45 %
(sur la période)

Consommation du chauffage électrique


45,1 44,1 44,6 43,7 47,2
résidentiel (TWh)
dont pompes à chaleur 3,2 8,6 6,2 4,8 6,3
Gain moyen sur la consommation
de chauffage électrique d’un logement par - -29 % -24 % -19 % -24 %
l’amélioration du bâti et l’essor des PAC

Évolution de consommation du chauffage dans le secteur résidentiel entre 2019 et 2030


Figure 2.17 
scénario « Atteinte des objectifs PPE/SNBC en fin d’horizon »

50 +3,1 -2,5

48 -2,8
+0,6 +0,4
46 45,1
+0,2 44,1
44

42
TWh

40

38

36

34

32

30
Consommation Démographie Électrification Transferts vers Rénovation Sobriété Autres Consommation
2019 dans le neuf l'électricité 2030

20. Seules les pompes à chaleur électriques sont considérées. Les pompes à chaleur hybrides, qui se composent d’une pompe à chaleur air/eau associée à une
chaudière gaz prenant la relève pour les températures extérieures basses, sont encore marginales : elles ne représentaient que quelques pourcents des
ventes en 2019.

BILAN PRÉVISIONNEL de l’équilibre offre-demande d’électricité en France I ÉDITION 2021 31


Eau chaude sanitaire d’eau chaude sanitaire dans la construction neuve
(près de 95 % en 2019 contre seulement 10 % en
La production d’eau chaude sanitaire (ECS) a 2012).
représenté en 2019 une consommation électrique
de 22,5 TWh, soit 14 % de la consommation du Le projet de nouvelle réglementation environne-
secteur résidentiel. mentale 2020, qui devrait entrer en vigueur au
1er janvier 2022, introduit un seuil d’émission de
Cette consommation a connu une croissance CO2 qui interdira de facto les solutions au gaz, au
importante au début des années 2000, de l’ordre profit notamment des solutions électriques per-
de 2 % par an entre 2005 et 2012, du fait notam- formantes (chauffe-eau thermodynamiques). La
ment de l’électrification du parc, avant de connaître part de marché de l’électricité pour la production
une phase de fort ralentissement (en moyenne de d’eau chaude sanitaire dans la construction neuve
0,2 % par an entre 2012 et 2019), sous l’effet de devrait évoluer de façon analogue à celle de la part
la réglementation thermique 201221 qui a favorisé de marché dans le chauffage, les solutions étant
les installations au gaz dans la construction neuve, souvent couplées.
de façon analogue à l’évolution constatée sur le
chauffage. Outre l’évolution du nombre de logements concer-
nés par une solution électrique, l’évolution de la
Les technologies performantes (chauffe-eau ther- consommation électrique pour la production d’eau
modynamiques), désormais largement répandues, chaude sanitaire est déterminée par le type de solu-
constituent l’essentiel des installations électriques tion (chauffe-eau à effet Joule, peu performants,

Tableau 2.3 Principales hypothèses sur l’eau chaude sanitaire résidentielle et résultats par trajectoire à l’horizon 2030

2019 2030
Atteinte des
objectifs Atteinte
PPE/SNBC partielle des
en fin objectifs Trajectoire Trajectoire
d’horizon PPE/SNBC basse haute

Nombre de résidences principales (millions) 29,1 31,6 31,6 31,0 31,6

Part avec eau chaude sanitaire électrique 51 % 58 % 57 % 54 % 58 %

dont chauffe-eau thermodynamiques 5% 21 % 19 % 15 % 20 %

Baisse du besoin d’eau chaude par ménage - -10,8 % -10,8 % -10,4 % -10,8 %

dont baisse du besoin par personne - -6,6 % -6,6 % -8,2 % -6,6 %

dont baisse du nombre de personnes


- -4,4 % -4,4 % -2,3 % -4,4 %
par ménage
Consommation de l’eau chaude sanitaire
22,5 21,7 21,5 20,9 21,9
électrique (TWh)

21. En effet, l’eau chaude sanitaire représentant un usage important du bâti, pris en compte pour le calcul des seuils à respecter par la réglementation thermique,
la définition de ce seuil en énergie primaire, conjuguée avec un coefficient de conversion normatif pour l’électricité (fixé à 2,58 kWh d’énergie primaire par kWh
d’électricité consommée) pénalise les solutions électriques, si celles-ci ne sont pas significativement plus efficaces que les solutions au gaz.

32
Hypothèses de demande d’électricité en France .2

Évolution de consommation de l’eau chaude sanitaire entre 2019 et 2030


Figure 2.18 
scénario « Atteinte des objectifs PPE/SNBC en fin d’horizon »

26

+0,3 -0,8
24 +0,8
-1,2
22,5
22 21,7

20
TWh

18

16

14

12
Consommation Démographie Électrification Performance Sobriété Consommation
2019 des équipements 2030

ou chauffe-eau thermodynamiques plus perfor- La consommation d’électricité pour la produc-


mants22) et le besoin d’eau chaude par ménage. Ce tion d’eau chaude sanitaire est ainsi amenée à se
dernier est corrélé au nombre de personnes dans contracter, avec une évolution de -2,7 % à -7,4 %
le ménage et peut être réduit par l’adoption de cer- en 2030 par rapport à 2019 selon les trajectoires.
tains comportements et de solutions simples, mis
en avant par la SNBC.
Ventilation et climatisation
L’utilisation d’équipements de réduction de
consommation d’eau, comme les mousseurs, les La ventilation24 et la climatisation ont représenté
réducteurs de débit, les mitigeurs à butée ou les en 2019 une consommation de 5,9 TWh, soit près
mitigeurs thermostatiques, peut amener à une de 4 % de la consommation du secteur résiden-
baisse de 30 % de la consommation d’eau23. Une tiel. La climatisation seule représente 3,8 TWh de
baisse du besoin unitaire d’eau chaude de 6 % en consommation en 2019.
2030 par rapport à aujourd’hui est ainsi prise en
compte, en considérant que 20 % des ménages Afin d’assurer un renouvellement permanent de
aient recours à ce type d’équipements. l’air, avec un bâti de mieux en mieux isolé, l’instal-
lation de VMC25 devient systématique. Alors que
Ainsi, les effets de l’électrification de la produc- la ventilation naturelle suffit encore à assurer une
tion d’eau chaude sanitaire et de l’accroissement bonne qualité de l’air intérieur dans le parc ancien
du nombre de logements seront compensés par mal isolé, la construction de logements neufs et
l’augmentation de la performance énergétique des la rénovation de logements existants contribue à
équipements, la réduction de la taille des ménages, l’augmentation de la consommation d’électricité
l’adoption de comportements sobres et l’utilisa- pour les besoins de ventilation. Des progrès éner-
tion d’équipements de réduction de consommation gétiques sont attendus sur les futures installations
d’eau tels qu’évoqués précédemment. puisque les systèmes de ventilation font partie des

22. Un chauffe-eau thermodynamique consomme en moyenne 40 % de moins d’électricité qu’un chauffe-eau « classique » à effet Joule.
23. [Link]
24. Seule la ventilation dans les maisons individuelles est ici considérée, celle des logements collectifs étant comptée dans le secteur tertiaire
25. Ventilation mécanique contrôlée

BILAN PRÉVISIONNEL de l’équilibre offre-demande d’électricité en France I ÉDITION 2021 33


Évolution de consommation de ventilation en maison individuelle et de climatisation (en plus clair
Figure 2.19 
sur le graphique) entre 2019 et 2030 – scénario « Atteinte des objectifs PPE/SNBC en fin d’horizon »

12

10 -1,1
9,1
+2,9
-0,5
8
+0,5 +1,3
5,9
TWh

0
Consommation Démographie Taux Efficacité Consommation
2019 d'équipement énergétique 2030

produits surveillés par la directive écoconception et ralentissement de la tendance observée à l’échelle


sont soumis à l’étiquetage énergétique. Ces amé- nationale ces dernières années pourrait survenir et
liorations sont à même de réduire la c­ onsommation le taux d’équipement pourrait ainsi atteindre 39 %
unitaire de ventilation. d’ici 2030.

La consommation de ventilation dans les maisons En parallèle de l’augmentation des ménages équi-
individuelles passerait ainsi de 2,1 TWh en 2019 à pés, l’amélioration de l’efficacité des appareils uti-
2,8 TWh en 2030. lisés pour la climatisation et une meilleure isolation
des logements conduiront à une réduction de la
Le taux d’équipement en climatisation des consommation unitaire.
ménages français est en fort développement ;
cette croissance est notamment portée par l’ins- Selon la trajectoire considérée, la consommation
tallation de pompes à chaleur air/air réversibles, de climatisation atteindrait entre 5,7 et 6,6 TWh
pouvant répondre aux besoins de chauffage l’hiver en 2030.
et de climatisation l’été, et l’installation de clima-
tiseurs mobiles en réponse aux vagues de chaleur
successives ces dernières années. Le taux d’équi- Usages domestiques
pement est ainsi passé entre 2016 et 2019 de
14 % à 22 % des ménages26. La zone climatique Les usages domestiques sont composés d’une part
H3, couvrant le pourtour méditerranéen, est celle des appareils électroménagers relatifs au froid,
où ce taux d’équipement est le plus important, au lavage et à la cuisson et d’autre part des
ce dernier approchant celui de l’Italie27. Ainsi, les usages TIC28 et de l’éclairage. Alors que la struc-
zones où les besoins de climatisation sont suscep- ture du parc du gros électroménager évolue peu,
tibles d’être les plus forts, le taux d’équipement est en termes de taux d’équipement, les besoins de
déjà important et la dynamique d’installation dans froid et de lavage demeurant relativement stables,
ces régions pourrait ralentir. De ce fait, un léger les usages liés à l’audiovisuel et à l’informatique

26. [Link]
27. Source : Enerdata
28. Technologies de l’information et de la communication

34
Hypothèses de demande d’électricité en France .2

subissent une révolution avec la multiplication des


appareils et l’apparition de nouveaux équipements
représentant un enjeu certain en termes d’effica- Estimation de la consommation annuelle
Figure 2.20 
par ménage équipé – scénario « Atteinte
cité énergétique. des objectifs PPE/SNBC en fin d’horizon »

La quasi-totalité de ces équipements électriques Consommation unitaire


2007 2012 2017 2019 2030
domestique moyenne
sont soumis aux directives européennes sur l’éco-
conception (qui impose des normes de plus en plus Réfrigérateur
380 330 270 260 190
kWh kWh kWh kWh kWh
contraignantes en matière de performance énergé-
Congélateur 440 390 350 320 210
tique) et sur l’affichage énergétique, qui catalysent kWh kWh kWh kWh kWh
indépendant
la diffusion du progrès technique selon le rythme
150 140 120 120 90

Blanc
de remplacement des équipements et donc de leur Lave-linge
kWh kWh kWh kWh kWh
durée de vie.
390 380 350 320 180
Sèche-linge
kWh kWh kWh kWh kWh
De manière générale, la plus importante source 250 230 200 190 140
Lave-vaisselle
d’évolution de la consommation provient du renou- kWh kWh kWh kWh kWh

vellement du parc, à savoir le remplacement ten-


190 200 180 170 150
danciel d’équipements existants par des appareils TV principale
kWh kWh kWh kWh kWh
TIC

plus performants.
Ordinateur 180 160 140 140 70
principal kWh kWh kWh kWh kWh
Le blanc, regroupant l’électroménager de froid et
Plaques 260 230 210 200 160
de lavage, dont la consommation représente en kWh kWh kWh kWh kWh
Cuisson

électriques
2019 24,4 TWh, soit 15 % de la consommation
160 150 140 140 120
Four
résidentielle, est remplacé progressivement par kWh kWh kWh kWh kWh
des appareils moins énergivores. Cette dynamique
Éclairage

est poussée par la mise en place des directives 410 370 320 260 90
Lampe
kWh kWh kWh kWh kWh
ambitieuses de l’Union européenne sur l’éco-
conception et l’étiquetage énergétique contribuant
à faire baisser la consommation malgré les dyna-
miques démographiques à la hausse.
Évolution de la consommation annuelle
Figure 2.21 
moyenne d’un ménage pour les usages
Les équipements vendus étant aujourd’hui beau- domestiques – scénario « Atteinte des
coup moins consommateurs que ceux du parc objectifs PPE/SNBC en fin d’horizon »
moyen, le remplacement progressif de ces appa- 3 000
reils tend à faire disparaitre l’électroménager le
moins performant. Les réfrigérateurs les plus per- 2 500

formants actuellement sur le marché29 consom-


kWh/ménage

2 000
ment par exemple près de 45 % de moins que le
réfrigérateur moyen du parc. Les modes d’utili- 1 500
sation changent également avec l’achat d’appa-
1 000
reils combinés au détriment d’appareils multiples
(réfrigérateur-congélateur, lave-linge avec fonc- 500
tion séchante). Ces changements de mode d’uti-
0
lisation tendent à faire baisser la consommation 2005 2010 2015 2020 2025 2030
d’un foyer : un lave-linge séchant consomme
Cuisson   Éclairage   Blanc   TIC
33 % d’énergie de moins qu’un lave-linge associé
à un sèche-linge par exemple, et un réfrigérateur

29. Source : [Link] (l’institut Topten propose un outil de recherche à destination des consommateurs qui présente les meilleurs modèles disponibles par
types d’équipement, sur des critères d’efficacité énergétique et de consommation, mais aussi la gestion des ressources et la santé)

BILAN PRÉVISIONNEL de l’équilibre offre-demande d’électricité en France I ÉDITION 2021 35


Évolution de consommation des
Figure 2.22  Évolution de consommation des
Figure 2.23 
équipements de froid entre 2019 et 2030 équipements de lavage entre 2019 et 2030
scénario « Atteinte des objectifs PPE/SNBC scénario « Atteinte des objectifs PPE/SNBC
en fin d’horizon » en fin d’horizon »

18 12 +0,5 -3,4
+0,9
+1,2 -0,5
16 -4,7 10,1
14,3 10
14
8,0
12 8
10,4
10
TWh

TWh
6
8

6 4
4
2
2

0 0
Consommation Démographie Taux Efficacité Consommation Consommation Démographie Taux Efficacité Consommation
2019 d'équipement énergétique 2030 2019 d'équipement énergétique 2030

combiné 38 % de moins qu’un réfrigérateur simple années, les TIC sont en pleine mutation avec une
associé à un congélateur indépendant. rationalisation des usages et une modification des
modes de vie. Les anciens dispositifs fixes sont
Pour autant, la durée de vie de l’électroménager peu à peu délaissés au profit d’appareils nomades
étant relativement longue (treize ans en moyenne moins énergivores, par exemple les ordinateurs
pour un réfrigérateur ou onze pour un lave-linge fixes sont remplacés par des ordinateurs portables
par exemple), le parc évolue assez lentement alors voire des tablettes numériques. L’accès aux médias
que les appareils les plus consommateurs sont peut désormais s’effectuer indépendamment sur
interdits à la vente depuis de nombreuses années. un téléviseur, une tablette ou un téléphone por-
table, mais les appareils mobiles sont de plus en
Du fait de ces évolutions et malgré la croissance plus préférés à l’ordinateur pour l’accès à internet.
démographique, la consommation de l’usage blanc En effet, en 2019, les smartphones étaient privilé-
est amenée à fortement se contracter avec une giés par 51 % des Français et les tablettes par 12 %
évolution annuelle moyenne comprise entre -1,6 % pour l’accès à internet, tandis que seulement 31 %
et -2,5 % d’ici 2030 selon les trajectoires. des Français préféraient l’ordinateur30.

La révolution numérique des TIC a conduit dans Des progrès importants sont enregistrés sur la
les années 2000 à l’arrivée massive dans les consommation en veille des appareils. Les mesures
foyers d’équipements informatiques et d’internet. portant sur l’écoconception ont permis une réduc-
L’ensemble des usages informatiques et audio­ tion importante de la consommation des périphé-
visuels a représenté en 2019 une consommation riques audiovisuels. L’état de veille, principale
de 19,2 TWh, soit 12 % de la consommation du source de consommation des équipements infor-
secteur résidentiel. matiques (imprimante, lecteur audio/vidéo), a été
ainsi fortement contrôlé par la directive 2005/32/CE
Alors que le nombre d’équipements électriques de la Commission européenne sur les exigences
de ce poste a fortement augmenté ces dernières des appareils en mode veille ou arrêt à travers

30. Source : Baromètre du numérique 2019 – [Link]

36
Hypothèses de demande d’électricité en France .2

le règlement 1275/2008. Ainsi, depuis 2013, un


nombre important d’équipements ne peuvent plus
Évolution de consommation des TIC entre
Figure 2.24 
dépasser 0,5 W à l’arrêt ou en veille sauf pour les 2019 et 2030 – scénario « Atteinte des
fonctions d’affichage où la limite est fixée à 1 W objectifs PPE/SNBC en fin d’horizon »
en veille.
25

Les effets haussiers liés à la multiplication du +1,6 -0,6 -5,9


nombre d’équipements dans les foyers sont com- 20 19,2

pensés par les effets baissiers de l’efficacité éner-


gétique. Ainsi la consommation liée aux usages 15 14,4

TWh
numériques tend à se contracter, avec une évolu-
tion annuelle moyenne comprise entre -1,6 % et 10
-2,6 % d’ici 2030 selon les trajectoires. Le rem-
placement d’appareils fixes, comme les ordina- 5
teurs, par des appareils portables a également un
effet baissier sur la consommation, ce qu’on peut 0
constater dans l’effet « taux d’équipement » de la Consommation Démographie Nature des
2019
Efficacité Consommation
équipements énergétique 2030
figure 2.24, détaillé dans la figure 2.25. et taux associés

L’usage cuisson représentait en 2019 une


consommation électrique de 12,6 TWh, soit 8 % de
la consommation résidentielle. plaques électriques représentaient ainsi près de
80 % des ventes de tables de cuisson en 201931.
L’électricité gagne continument des parts de mar-
ché au détriment de la cuisson au gaz. L’avènement Cette électrification, alliée à une hausse d’autres
de la cuisson à induction combinant la sécurité de équipements pour la cuisson comme les fours à
l’électricité à un confort de cuisson quasi similaire micro-ondes, est compensée par des progrès
au gaz pousse à l’électrification de cet usage. Les importants d’efficacité énergétique, notamment

Détail des effets « taux d’équipement » pour les TIC à l’horizon 2030 (en GWh)
Figure 2.25 
scénario « Atteinte des objectifs PPE/SNBC en fin d’horizon »

TOTAL
Autres (téléphonie, objets connectés, etc.)
Modules wifi
Ordinateurs portables
Tablettes
Consoles
Boitiers TV
Autres (audiovisuel)
Téléviseurs
Ordinateurs fixes
-2 000 -1 500 -1 000 -500 0 500 1 000

31. Source : GIFAM (61 % pour l’induction et 18 % pour la vitrocéramique)

BILAN PRÉVISIONNEL de l’équilibre offre-demande d’électricité en France I ÉDITION 2021 37


Évolution de consommation de la cuisson
Figure 2.26  Évolution de consommation d’éclairage
Figure 2.27 
entre 2019 et 2030 – scénario « Atteinte entre 2019 et 2030 – scénario « Atteinte
des objectifs PPE/SNBC en fin d’horizon » des objectifs PPE/SNBC en fin d’horizon »

18 9
+2,4 -2,9 +0,6 +0,1 -5,3
16 8 7,5
14 +1,1 13,2 7
12,6
12 6

10 5
TWh

TWh
8 4

6 3 2,9

4 2

2 1

0 0
Consommation Démographie Taux Efficacité Consommation Consommation Démographie Nombre Efficacité Consommation
2019 d'équipement énergétique 2030 2019 de sources énergétique 2030
lumineuses

sur les fours, soumis aux directives européennes celles-ci ont même représenté les trois quarts des
sur l’écoconception et l’étiquetage énergétique, et lampes vendues pour le résidentiel en 2017.
sur les plaques électriques, les plaques à induction
étant moins énergivores que les places vitrocéra- Cette pénétration d’éclairage de plus en plus per-
miques, elles-mêmes moins énergivores que les formant tend à la contraction de la consommation
plaques en fonte. d’éclairage, à un rythme annuel moyen de l’ordre
de -8 %.
La tendance résultante est donc à une relative
stabilité, avec une évolution annuelle moyenne
de la consommation de cuisson résidentielle com- Synthèse des consommations
prise, selon les trajectoires, entre 0,0 et +0,7 % du secteur résidentiel
d’ici 2030.
Malgré l’électrification de certains usages, la pour-
La consommation de l’éclairage a connu une suite des efforts d’efficacité énergétique tend à
baisse importante ces dernières années et a repré- orienter à la baisse la consommation du secteur
senté 7,5 TWh en 2019, soit 5 % de la consomma- résidentiel, à différents niveaux selon la trajectoire
tion résidentielle. considérée.

Les directives européennes ont interdit progres- L’effet de l’efficacité énergétique est aussi bien
sivement la vente des lampes énergivores. Ainsi, porté par les usages thermiques (chauffage, eau
les lampes à incandescence sont interdites à chaude sanitaire, climatisation et ventilation),
la vente, ainsi que les lampes halogènes depuis notamment par l’intermédiaire de la rénovation des
le 1er novembre 2018, à l’exception de certains bâtiments et la pénétration d’équipements perfor-
modèles spécifiques qui ne disposent pas d’alter­ mants comme les pompes à chaleur et chauffe-eau
native à ce jour. L’arrivée sur le marché d’ampoules ­thermodynamiques, que par les usages spécifiques
LED à des prix compétitifs depuis le milieu des de l’électricité, par la diffusion de la performance des
années 2010 provoque une réduction drastique équipements soumis aux directives européennes
des consommations électriques dans l’éclairage, d’étiquetage énergétique et d’écoconception.

38
Hypothèses de demande d’électricité en France .2

Trajectoires de consommation d’électricité du secteur résidentiel


Figure 2.28 

170

160

150

140
TWh

130

120

110 Historique
Atteinte des objectifs PPE/SNBC
en fin d’horizon
100 Atteinte partielle des objectifs PPE/SNBC
Trajectoire basse
90 Trajectoire haute
2005 2010 2015 2020 2025 2030

Tableau 2.4 Évolution de la consommation par usage dans le secteur résidentiel selon les trajectoires (TWh)

2030
2019

Atteinte des
objectifs Atteinte
PPE/SNBC partielle des
en fin objectifs Trajectoire Trajectoire
d’horizon PPE/SNBC basse haute

Chauffage 45,1 44,1 44,6 43,7 47,2

Eau chaude sanitaire 22,5 21,7 21,5 20,9 21,9

Ventilation et climatisation 5,9 9,1 9,5 8,5 9,5

Blanc 24,4 18,5 20,5 19,8 20,5

TIC 19,2 14,4 16,1 15,6 16,1

Cuisson 12,6 13,2 12,7 12,6 13,6

Éclairage 7,5 2,9 3,0 2,9 3,0

Autres usages32 22,6 23,9 23,5 22,8 24,2

TOTAL RÉSIDENTIEL 159,8 147,8 151,3 146,8 156,0

32. Les « autres usages » comprennent des équipements tels que les aspirateurs, les fers à repasser ou les auxiliaires de chauffage (pour les logements avec
chauffage individuel combustible), ainsi qu’un solde des usages résidentiels, la modélisation du secteur ne se voulant pas entièrement techno-explicite.
Pour les premiers appareils cités, les mesures d’efficacité énergétique tendent à contracter les consommations unitaires, tandis que le solde est projeté en
tenant compte de l’évolution démographique des trajectoires et en incluant d’éventuels futurs usages.

BILAN PRÉVISIONNEL de l’équilibre offre-demande d’électricité en France I ÉDITION 2021 39


Évolution de la consommation des usages du résidentiel
Figure 2.29 
scénario « Atteinte des objectifs PPE/SNBC en fin d’horizon »

180 Évolution
2019-2030

160

140 +6%

120 -62%
+5%
100 -25%
TWh

-24%
80
+54% n Autres usages
n Éclairage
60 n Cuisson
-4%
 TIC
40  Blanc
 Ventilation et
-2% climatisation
20  Eau chaude
sanitaire (ECS)
Chauffage
0
2005 2010 2015 2020 2025 2030

Évolution de la consommation du secteur résidentiel entre 2019 et 2030


Figure 2.30 
scénario « Atteinte des objectifs PPE/SNBC en fin d’horizon »

200

+2,0
180 +4,2
+12,4 +0,3
+3,5 -22,1
159,8
160 -1,5
-2,0 -3,5
-5,3 147,8
TWh

140

120

100

0
Consommation Démographie Électrification/ Efficacité Autres Consommation
2019 taux d'équipement énergétique/ usages 2030
sobriété

Blanc / TIC / Cuisson / Éclairage   Eau chaude sanitaire


  Climatisation et ventilation   Chauffage

40
Hypothèses de demande d’électricité en France .2

2.5 Les efforts d’efficacité énergétique


devraient compenser l’électrification du secteur tertiaire
et orienter la consommation du secteur à la baisse

Consommation d’électricité uu tertiaire principalement non-marchand (adminis-


du secteur tertiaire en 2019 tration publique, enseignement, santé humaine,
action sociale).
Le secteur tertiaire a représenté en 2019 une
consommation d’électricité de 131,3 TWh, soit Le périmètre du secteur tertiaire est de fait défini par
un peu moins de 28 % de la demande intérieure complémentarité avec les activités agricoles et indus-
d’électricité en France continentale. trielles (secteurs primaire et secondaire). Selon la
Nomenclature d’activités économiques pour l’étude des
Le secteur tertiaire considéré dans ce document livraisons et consommations d’énergie (NCE)33, le sec-
recouvre un vaste champ d’activités que l’on peut teur tertiaire regroupe les activités des NCE 45 à 51.
décomposer comme suit :
uu tertiaire principalement marchand (commerce, La consommation du secteur tertiaire est décom-
transports, activités financières, services ren- posée en huit branches d’activités34 pour les bâti-
dus aux entreprises, services rendus aux parti­ ments chauffés et neuf autres branches d’activités
culiers, hébergement-restauration, immobilier, dites « hors bâti » (plus précisément huit branches
information-communication) ; et un solde).

Répartition par branches35 (à gauche) et par usages (à droite) de la consommation


Figure 2.31 
du secteur tertiaire en 2019

Bureaux, administration 5%
Commerce 2% 21 %
Café, hôtels, restaurants 1% 6% 19 %
Santé, action sociale 2% 26 %
3% 5%
Sport, loisirs, culture
Enseignement, recherche 3%
Habitat communautaire 2% Chauffage
Transport 3% 131,3 TWh  Eau chaude 131,3 TWh 15 %
sanitaire 15 %
Centre de données
4%  Ventilation
 Éclairage public
et climatisation
 Centre de recherche 5% Froid
énergétique 21 % 3% 7%
 Autres usages
Télécommunications 7% spécifiques
 Parties communes 10 %  Cuisson 23 %
habitat/tertiaire  Éclairage
 Assainissement, gestion  Hors bâti
des déchets
Solde hors bâti Branches Branches
du bâti : 81 % du bâti : 81 %

33. Il s’agit d’une nomenclature d’activité particulière pour les consommations d’énergie. Il existe une table de correspondance entre la NCE et la NAF rév. 2,
accessible sur le site de l’INSEE :
[Link]
34. Il s’agit de la décomposition basée sur les codes d’activités NAF, définie par le CEREN pour le suivi du parc tertiaire. Le détail des branches du secteur
tertiaire est donné dans ce document : [Link]
35. Les centres de données sont une sous-partie des bureaux administration, dont la consommation est comptée séparément.

BILAN PRÉVISIONNEL de l’équilibre offre-demande d’électricité en France I ÉDITION 2021 41


Le secteur tertiaire est un secteur très hétéro-
gène. Il regroupe des activités telles que la santé,
Évolution de la demande électrique
Figure 2.32 
le commerce, les lieux culturels ou les bureaux. du secteur tertiaire
Pour pouvoir décrire la consommation du sec-
teur, les branches d’activités du secteur tertiaire 160
regroupent des activités dont le profil de consom-
140
mation est similaire. Les branches du bâti sont des
regroupements dans lesquels les consommations 120
d’énergie principales sont le chauffage, la climati- 100
sation et l’éclairage. La variable retenue pour chif-

TWh
frer l’importance de la branche est donc la surface 80

chauffée. Les branches du hors bâti sont les sec- 60


teurs où la consommation est principalement liée à
40
un processus industriel.
20
Pour chacune des huit branches d’activités du bâti, 0
la consommation de sept usages est modélisée : 2005 2007 2009 2011 2013 2015 2017 2019
chauffage, climatisation, eau chaude sanitaire,
cuisson, éclairage, froid et électricité spécifique.

La figure 2.31 illustrent la part des différents


usages et branches dans la consommation du sec- et constitue donc un des domaines clés dans la lutte
teur tertiaire36. contre le réchauffement climatique et dans la tran-
sition énergétique. La politique de l’énergie dans les
Après être restée longtemps dynamique avec une bâtiments, et donc dans le secteur tertiaire, tant
croissance annuelle moyenne de 2,4 % dans les à l’échelle européenne qu’à la maille nationale, se
années 2001-2010, la croissance de la demande concrétise dans de nombreux textes réglementaires
du secteur tertiaire s’est stabilisée puis inscrite ou dispositifs incitatifs, tels que :
en très légère baisse (-0,4 % par an entre 2011 uu La directive européenne du 19 mai 2010
et 2019). sur la performance énergétique des bâti-
ments (2010/31/CE), qui impose des exi-
Les principaux facteurs d’évolution de la consom- gences minimales de performance énergétique
mation tertiaire sont : ainsi qu’un diagnostic pour les bâtiments neufs
uu la démographie et la population active ; et existants.
uu l’activité économique et le taux d’emploi du uu La réglementation thermique 2012
secteur ; (RT 2012) dans les bâtiments neufs qui a
uu le développement important de nouvelles pour objectif de limiter la consommation d’éner-
branches d’activité (télécommunications, traite- gie primaire des bâtiments neufs à un maxi-
ment de données…) ; mum de 50 kWhEP/m² par an en moyenne. La
uu la diffusion de l’efficacité énergétique au sein RT 2012 est applicable à tous les permis de
des équipements et du bâti ; construire déposés depuis le 28 octobre 2011
uu l’évolution des surfaces tertiaires ayant pour certains bâtiments neufs du secteur ter-
recours à l’électricité pour le chauffage, l’eau tiaire (bureaux, bâtiments d’enseignement pri-
chaude sanitaire, la climatisation et la cuisson. maire et secondaire, établissements d’accueil
de la petite enfance) et depuis le 1er janvier
Toutes énergies confondues, le secteur du bâtiment 2013 pour tous les autres bâtiments neufs. Elle
représente 44 % de l’énergie consommée en France s’appliquera jusqu’en 2022 pour les bureaux et

36. Les données sont issues des statistiques de consommation, élaborées par RTE sur la base des données transmises par les distributeurs, et du suivi du parc
et des consommations du secteur tertiaire élaboré par le CEREN.

42
Hypothèses de demande d’électricité en France .2

les écoles et jusqu’en 2023 pour les autres bâti- Évoqué pour la première fois dans la loi dite
ments tertiaires neufs. Grenelle II de juillet 2010, portant engagement
uu La future réglementation environnemen- national pour l’environnement, le « décret ter-
tale 2020 (RE2020) dans les bâtiments tiaire » est paru en mai 2017, avant d’être sus-
neufs, en cours d’élaboration, qui remplacera la pendu deux mois plus tard par le Conseil d’État.
RT 2012, à partir de janvier 2022 pour les écoles
et les bureaux, un an plus tard pour les autres Le décret définit les obligations de diminution de
branches du tertiaire. La nouvelle réglementa- consommation énergétique. Il s’applique aux bâti-
tion introduit une dimension environnementale ments à usage tertiaire existants de surface supé-
sur le carbone, qui aura pour effet d’exclure les rieure à 1 000 m². Le décret fixe des objectifs de
installations utilisant des énergies fossiles. De réduction des consommations énergétiques en
plus, la nouvelle réglementation augmentera les énergie finale. Ces obligations peuvent être expri-
exigences sur la qualité de l’isolation du bâti en mées de deux manières différentes :
diminuant le Bbio37 maximal de 30 %. uu soit une réduction de la consommation en éner-
uu La réglementation thermique des bâti- gie finale de 40 % en 2030, 50 % en 2040 et 60 %
ments existants, qui s’applique aux bâtiments en 2050, par rapport à une consommation de
résidentiels et tertiaires existants, à l’occasion référence ne pouvant être antérieure à 2010 ;
de travaux de rénovation prévus par le maître uu soit un niveau de consommation en énergie
d’ouvrage. L’objectif général de cette régle- finale fixé en valeur absolue en fonction de la
mentation est d’assurer une amélioration signi- consommation énergétique des bâtiments nou-
ficative de la performance énergétique d’un veaux de la même catégorie et déterminé par
bâtiment existant lorsqu’un maître d’ouvrage un arrêté des ministres chargés de la construc-
entreprend des travaux susceptibles d’apporter tion, de l’énergie et des Outre-mer pour les
une telle amélioration. Les mesures réglemen- échéances 2030, 2040 et 2050, sur la base d’in-
taires sont différentes selon l’importance des dicateurs d’usage de référence spécifiques pour
travaux entrepris par le maître d’ouvrage 38. chaque catégorie d’activité.
uu L’arrêté du 25 janvier 2013 relatif à l’éclai-
rage nocturne des bâtiments non résiden- Un premier arrêté est paru pour définir les objec-
tiels, applicable depuis le 1er juillet 2013, exige tifs de baisse de consommation « en relatif ». Le
l’extinction de l’éclairage intérieur une heure décret doit désormais être complété par un deu-
après la fin de l’occupation des locaux. Pour xième arrêté d’application, fixant notamment les
les vitrines l’extinction doit avoir lieu de 1 h à seuils de performance énergétique minimale, défi-
7 h du matin ou depuis une heure après la fer- nis en valeur absolue.
meture de la société jusqu’à une heure avant
l’ouverture. À l’échelle européenne, les directives de la
Commission européenne poussent à la mise sur
Plus récemment, le 23 juillet 2019, est paru le le marché d’équipements de plus en plus perfor-
décret n° 2019-771 relatif aux obligations de mants. Les directives d’écoconception s’appliquent
réduction de la consommation d’énergie finale également sur de ­ nombreux produits à usage
dans des bâtiments à usage tertiaire, plus commu- professionnel.
nément appelé « décret tertiaire »39. Ce décret
précise les modalités d’application de l’article 175 Selon le rapport « Ecodesign impact accounting » de
de la loi ELAN (Évolution du logement, de l’amé- la Commission européenne, la politique actuelle a
nagement et du numérique), elle-même parue le permis à l’échelle européenne une économie d’éner-
23 novembre 2018, portant sur la rénovation éner- gie de plus de 44 TWh/an sur les équipements du
gétique du parc tertiaire. tertiaire concernés par la directive écoconception.

37. Le besoin bioclimatique conventionnel en énergie d’un bâtiment pour le chauffage, le refroidissement et l’éclairage artificiel, est défini par un coefficient noté
Bbio. Il est sans dimension et exprimé en nombre de points.
38. Cf. articles L. 111-10 et R.131-25 à R.131-28-11 du Code de la construction et de l’habitation ainsi que sur leurs arrêtés d’application
39. [Link]

BILAN PRÉVISIONNEL de l’équilibre offre-demande d’électricité en France I ÉDITION 2021 43


Tableau 2.5 Gisement d’efficacité énergétique en Europe, imputable aux directives écoconception
pour les équipements tertiaires (toutes énergies confondues)

Union européenne 2015 2030

Economies d’énergie depuis 2010 grâce à l’écoconception (TWh) 44 250

Chauffage 4 23

Eau chaude 8 28

Climatisation 1 12

Ventilation 1 12

Éclairage 14 67

Informatique et autres 13 77

Froid 3 30

Cuisson 0 1

Le potentiel estimé à 2030 est de 250 TWh/an au tertiaires sont moins marqués que dans le sec-
niveau européen (cf. tableau 2.5)40. teur résidentiel. La part de marché de l’électricité
dans le neuf, estimée à 53 % en 2019, a légère-
ment augmenté ces dernières années. En effet,
Chauffage une part importante des surfaces construites sont
des surfaces de bureaux et de commerces qui ont
Après correction de l’aléa climatique, la consom- largement recours aux pompes à chaleur car ces
mation du poste chauffage dans le secteur ter- dernières sont réversibles et permettent donc de
tiaire représente 17 TWh en 2019, soit 13 % de la bénéficier de la climatisation. En revanche, la part
consommation du secteur. de marché du chauffage Joule est en nette dimi-
nution depuis la parution de la réglementation
Cette consommation a augmenté de 22 % depuis thermique et ne représente plus que 10 % des
2005. Cette croissance s’est infléchie depuis 2012. surfaces neuves.
En effet, le taux de croissance annuel moyen est
passé de 2,7 % entre 2005 et 2012 à 0,2 % entre La nouvelle réglementation environnementale, la
2012 et 2019. Cette inflexion est principalement RE2020, dont un projet a été présenté initialement
due à des gains d’efficacité des systèmes, à l’ins- en novembre 2020 puis modifié en février 202141
tallation de pompes à chaleur à la place de chauf- suite aux avis des professionnels de la filière bâti-
fages Joule et à une maîtrise du besoin grâce à ment et du Conseil supérieur de la construction et
la réglementation thermique qui a augmenté les de l’efficacité énergétique, devrait entrer en appli-
exigences sur l’isolation des constructions neuves. cation le 1er janvier 2022 dans les bureaux et bâti-
ments d’enseignement (pour le tertiaire spécialisé
Les effets de la réglementation thermique 2012 la date de mise en application n’est pas encore
sur le taux d’électrification dans les bâtiments définie). Elle prendra en compte des contraintes

40. [Link] p95


41. [Link]
Dossier de presse du Ministère de la transition écologique, actualisé au 18 février 2021 : [Link]
RE2020_EcoConstruire_0.pdf

44
Hypothèses de demande d’électricité en France .2

Les textes de la réglementation devraient être


publiés à la fin du premier semestre 2021.
Surfaces tertiaires neuves par énergie
Figure 2.33 
de chauffage
Les hypothèses prises en compte sur la part de
20 l’électricité pour le chauffage dans la construction
18 neuve (cf. tableau 2.6) s’appuient sur ces annonces
16 gouvernementales. Différents degrés d’électrifica-
14 tion sont envisagés selon les trajectoires, en sup-
Millions de m²

12 posant une part plus ou moins importante laissée


10 à d’autres solutions de chauffage bas carbone
8 comme la biomasse ou les réseaux de chaleur.
6
4 La part des surfaces chauffées à l’électricité aug-
2 mente dans toutes les projections. La croissance
0
2005 2007 2009 2011 2013 2015 2017 2019
est portée par l’installation de pompes à chaleur
double service (chauffage et climatisation) dans le
PAC   Joule   Total électrique   Non électrique neuf. Dans le scénario « Atteinte des objectifs PPE/
SNBC en fin d’horizon », l’objectif de diminuer for-
tement la part du fioul dans les prochaines années
entraine une augmentation des changements
d’énergie de chauffage au profit de l’électricité, des
environnementales, en particulier sur les émis- réseaux de chaleur et du gaz.
sions de CO2, avec un plafond à définir.
Sur le parc existant, un flux de changement de l’éner-
Les seuils devraient correspondre, comme pour le gie de chauffage est déjà observé avec un transfert de
secteur résidentiel, quasiment à une interdiction solutions combustibles vers des solutions électriques
des sources fossiles de chauffage dans la construc- efficaces et économes comme les pompes à chaleur.
tion neuve et pourraient ainsi contribuer à ren- Les hypothèses sur les transferts dans l’existant s’ap-
forcer, à l’avenir, la part de marché des solutions puient sur les tendances historiques observées, avec
électriques pour le chauffage. Les annonces de une augmentation de l’électrification qui permet de
février apportent un léger aménagement concer- rendre compte de la volonté des pouvoirs publics de
nant la filière gaz, visant à ne pas exclure le bio- mettre fin au chauffage fioul et d’atteindre les objec-
méthane des constructions neuves. tifs de décarbonation de la SNBC. Suite à diffé­rentes

Tableau 2.6 Hypothèses d’électrification dans la construction neuve selon les trajectoires

2019 2030

Atteinte des
objectifs Atteinte
PPE/SNBC partielle des
en fin objectifs Trajectoire Trajectoire
d’horizon PPE/SNBC basse haute

Part d’électricité dans les constructions neuves 60 % 90 % 80 % 70 % 90 %

dont pompes à chaleur 54 % 90 % 78 % 63 % 86 %

dont Joule 6% 0% 2% 7% 4%

BILAN PRÉVISIONNEL de l’équilibre offre-demande d’électricité en France I ÉDITION 2021 45


multiplié par deux pour atteindre 3 % du parc
annuellement43. Les gains associés aux rénovations
Évolution du parc de bâtiments selon
Figure 2.34 
l’énergie de chauffage – scénario doivent aussi fortement augmenter pour respecter
« Atteinte des objectifs PPE/SNBC les objectifs du décret tertiaire. Ils passent donc
en fin d’horizon » d’une moyenne de 15 % de gain par rénovation à
1 200 35 %, sur la période, dans le scénario « Atteinte des
objectifs PPE/SNBC en fin d’horizon ». Dans le scé-
1 000 nario « Atteinte partielle des objectifs PPE/SNBC »,
le gain sur le besoin thermique d’une rénovation
Millions de m²

800
est de 25 % sur la période, associé à un rythme de
600 rénovation qui atteint 2,3 % du parc annuellement.

400 La SNBC intègre une hypothèse de sobriété de


baisse de 1 °C de la température de consigne du
200
chauffage. La sobriété correspond ainsi à l’adop-
0 tion de comportements vertueux, mais peut aussi
2005 2010 2015 2020 2025 2030
reposer sur l’installation de systèmes de gestion
PAC   Joule   Non électrique
intelligente du chauffage. La prise en compte de
ces hypothèses conduit à une baisse de besoin de
chauffage d’environ 5 % entre aujourd’hui et 2030.
L’écart avec le secteur résidentiel s’explique par
une faible adoption des mesures de sobriété dans
le secteur tertiaire.
annonces gouvernementales et aux propositions de
la Convention citoyenne pour le climat, un projet de Malgré une forte pénétration d’équipements per-
décret relatif à l’interdiction d’installer des systèmes formants, l’adoption de comportements plus ver-
de chauffage et de production d’eau chaude sanitaire tueux et l’amélioration des performances du bâti,
consommant principalement des combustibles à haut la trajectoire de consommation du chauffage est
niveau d’émissions de gaz à effet de serre dans les en très légère hausse à l’horizon 2030 dans le
bâtiments à usage d’habitation ou à usage profes- scénario « Atteinte des objectifs PPE/SNBC en fin
sionnel a été mis en consultation en janvier 202142. d’horizon », à hauteur de 1,5 %, du fait de l’élec-
trification de l’usage. La trajectoire dans le scéna-
La SNBC affiche une forte ambition en matière rio « Atteinte partielle des objectifs PPE/SNBC » est
de rénovation. Le rythme de rénovation doit être stable.

42. [Link]
43. Le rythme de rénovation actuel du secteur tertiaire est évalué à 1,5 % du parc par an : [Link]
fichiers/20150304184423_CP_2015_MARS_concertation_decret_Renovation_tertiaire_position_SERCE.pdf

46
Hypothèses de demande d’électricité en France .2

Tableau 2.7 Principales hypothèses du chauffage tertiaire et résultats par trajectoire à l’horizon 2030

2019 2030

Atteinte des
objectifs Atteinte
PPE/SNBC partielle des
en fin objectifs Trajectoire Trajectoire
d’horizon PPE/SNBC basse haute
PIB – croissance annuelle moyenne +1,5 % +1,4 % +1,4 % +0,9 % +1,6 %
Surface tertiaire (millions de m²) 998 1 032 1 032 1 002 1 052
dont part chauffée à l’électricité 29 % 42 % 39 % 36 % 42 %
dont part chauffée par une pompe à chaleur 9% 25 % 22 % 19 % 24 %
Nombre d’installations de pompes à chaleur
dans l’existant 7 500 6 000 4 500 7 000
(en millions de m² ; moyenne annuelle sur la période)

Nombre d’installations de pompes à chaleur


dans le neuf 7 500 6 750 4 500 7 250
(en millions de m² ; moyenne annuelle sur la période)

Pourcentage de surface rénovée


1,5 % 3,0 % 2,3 % 1,5 % 2,3 %
(moyenne annuelle sur la période)

Consommation du chauffage électrique


17,1 17,3 17,0 15,7 18,4
tertiaire (TWh)
dont pompes à chaleur 4,1 9,3 8,5 7,2 9,2
Gain moyen sur la consommation de
chauffage électrique d’une surface tertiaire 31 % 27 % 24 % 27 %
par l’amélioration du bâti et l’essor des PAC

Évolution de la consommation du chauffage entre 2019 et 2030


Figure 2.35 
scénario « Atteinte des objectifs PPE/SNBC en fin d’horizon »

25

+3,0 -1,6
-1,5
20 +0,9 -0,5
+0,5 -0,5 17,3
17,1

15
TWh

10

0
Consommation Augmentation Électrification Transferts Remplacement Rénovation Sobriété Efficacité Consommation
2019 de la surface supplémentaire dans l'existant de Joule des systèmes 2030
totale du tertiaire dans le neuf par des PAC

BILAN PRÉVISIONNEL de l’équilibre offre-demande d’électricité en France I ÉDITION 2021 47


Eau chaude sanitaire L’évolution de la consommation d’électricité pour
la production d’eau chaude sanitaire sera forte-
La production d’eau chaude sanitaire (ECS) a ment dépendante de la vitesse de remplacement
représenté en 2019 une consommation de 6,7 TWh, des équipements de chauffe-eau à effet Joule par
soit 5 % de la consommation du secteur tertiaire. des chauffe-eau thermodynamiques. Cela sera la
principale source d’économie d’énergie qui peut
Cette consommation électrique a augmenté de 14 % compenser en partie l’augmentation de la consom-
depuis 2005, avec une inflexion de cette croissance mation due à l’électrification.
depuis 2012. En effet, le taux de croissance annuel
moyen est passé de 1,8 % entre 2005 et 2012 à 0,1 % De même que pour le secteur résidentiel, l’utilisa-
entre 2012 et 2019. Cette inflexion est principale- tion d’équipements de réduction de consommation
ment due à des gains d’efficacité liée aux systèmes, d’eau, comme les mousseurs, les réducteurs de
à l’installation de chauffe-eau thermodynamiques à débit, les mitigeurs à butée ou les mitigeurs ther-
la place de chauffe-eau Joule et à une maîtrise du mostatiques, peut amener à une baisse de 30 %
besoin grâce à l’installation de mousseurs. de la consommation d’eau. Une baisse de besoin
unitaire d’eau chaude de 6 % en 2030 par rapport
Le projet de nouvelle réglementation environnemen- à aujourd’hui est ainsi prise en compte, en consi-
tale 2020, qui devrait entrer en vigueur au 1er jan- dérant que 20 % des entreprises aient recours à ce
vier 2022, introduit un seuil d’émission de CO2 qui type d’équipements.
interdira de facto les solutions au gaz, au profit
notamment des solutions électriques performantes Dans les scénarios « Atteinte des objectifs PPE/
(chauffe-eau thermodynamiques). La part de mar- SNBC en fin d’horizon » et « Atteinte partielle des
ché de l’électricité pour la production d’eau chaude objectifs PPE/SNBC », la consommation d’électricité
sanitaire dans la construction neuve devrait évoluer pour l’eau chaude sanitaire est en augmentation
de façon analogue à celle de la part de marché dans respectivement de 9 % et de 2 %. Dans la trajec-
le chauffage, les solutions étant souvent couplées. toire basse, elle est en baisse de 7 % en raison
d’une plus faible électrification. Dans la trajectoire
L’augmentation de l’efficacité énergétique devrait haute, le faible développement des chauffe-eau
se poursuivre dans les prochaines années avec thermodynamiques entraîne une hausse marquée
une forte augmentation de la part de marché des de la consommation de 12 %.
chauffe-eau thermodynamiques.

Tableau 2.8 Principales hypothèses sur l’eau chaude sanitaire tertiaire et résultats par trajectoire à l’horizon 2030

2019 2030

Atteinte des
objectifs Atteinte
PPE/SNBC partielle des
en fin objectifs Trajectoire Trajectoire
d’horizon PPE/SNBC basse haute
Part des chauffe-eau électriques 29 % 42 % 39 % 36 % 42 %
Part des chauffe-eau thermodynamiques 8% 36 % 33 % 29 % 31 %
Gain d’efficacité des systèmes par rapport à
23 % 23 % 20 % 22 %
2019
Consommation de l’eau chaude sanitaire
6,7 7,3 6,9 6,2 7,5
électrique tertiaire (TWh)

48
Hypothèses de demande d’électricité en France .2

Évolution de la consommation de l’eau chaude sanitaire entre 2019 et 2030


Figure 2.36 
scénario « Atteinte des objectifs PPE/SNBC en fin d’horizon »

12

+2,7 -2,3
10

8 -0,4
+0,6 7,3
6,7
TWh

0
Consommation Augmentation Électrification Performance Besoin d'ECS Consommation
2019 de la surface ECS des équipements 2030
total tertiaire

Climatisation Le taux de surfaces équipées est passé de 22 % en


2005 à 32 % en 2019. Si les branches Enseignement
La consommation de climatisation a connu une et Habitat communautaire sont peu climatisées, à
forte progression. Elle a augmenté de plus de 60 % hauteur de 5-10 %, près de la moitié des surfaces
depuis 2005, proportionnellement à l’augmen- des branches Bureaux, Administrations et Cafés,
tation des surfaces climatisées. Cette croissance Hôtels, Restaurants sont climatisées.
s’est infléchie depuis 2012. En effet, le taux de
croissance annuel moyen est passé de 5 % entre La part des surfaces climatisées par pompe à cha-
2005 et 2012 à 1,5 % entre 2012 et 2019. leur est en forte croissance ces dernières années,

Tableau 2.9 Principales hypothèses sur la climatisation tertiaire et résultats par trajectoire à l’horizon 2030

2019 2030

Atteinte des
objectifs Atteinte
PPE/SNBC partielle des
en fin objectifs Trajectoire Trajectoire
d’horizon PPE/SNBC basse haute
Part des surfaces climatisées 32 % 40 % 39 % 39 % 39 %

Part des pompes à chaleur 20 % 39 % 37 % 32 % 39 %

Gain d’efficacité des systèmes par rapport


21 % 16 % 12 % 16 %
à 2019

Consommation de la climatisation tertiaire


19,8 20,7 21,4 21,5 21,9
(TWh)

BILAN PRÉVISIONNEL de l’équilibre offre-demande d’électricité en France I ÉDITION 2021 49


Évolution de la consommation de climatisation entre 2019 et 2030
Figure 2.37 
scénario « Atteinte des objectifs PPE/SNBC en fin d’horizon »

30

+4,1 -4,2
25
+1,0 20,7
19,8
20
TWh

15

10

0
Consommation Augmentation Taux Efficacité Consommation
2019 de la surface d'équipement énergétique 2030
total tertiaire

elle est passée de 10 % à 20 % entre 2010 et 2019. Froid et cuisson


Cela s’explique par la mise en place de la réglemen-
tation thermique 2012 qui a favorisé l’installation La consommation d’électricité pour le froid représente
de pompes à chaleur pour le chauffage. La part de aujourd’hui un peu moins de 10 TWh. Cette consom-
ces dernières devrait continuer à croître dans les mation est concentrée dans la branche « commerce »,
prochaines années avec la nouvelle r­ églementation à hauteur de 80 % environ.
environnementale.
À travers la signature d’une convention entre le
La consommation de climatisation devrait res- ministère du Développement durable et la Fédération
ter assez stable, deux effets contraires se com- des entreprises du commerce et de la distribution,
pensant. D’un côté une augmentation de la les enseignes de distribution alimentaire s’engagent
surface climatisée portée principalement par la à installer des portes sur les meubles frigorifiques
diffusion des pompes à chaleur air/air qui va de vente dans tous les projets de réouverture ou de
entraîner une hausse de la consommation. De construction de magasin. Cet engagement a per-
l’autre le remplacement des systèmes existants mis d’économiser environ 11 TWh sur la période
par des pompes à chaleur, ce qui permettra de 2012-2020 selon l’ADEME44. L’ADEME a fait une liste
diminuer la consommation des sites déjà équipés d’actions qui permettent de diminuer la consomma-
en climatisation. tion de froid45. La poursuite des mesures d’efficacité
énergétique et le remplacement des équipements
Dans le scénario « Atteinte des objectifs PPE/SNBC les plus anciens par des équipements sujets aux
en fin d’horizon », la consommation de clima­ normes d’écoconception aura un impact baissier sur
tisation est en légère augmentation, de l’ordre la consommation de cet usage.
de 5 %. Dans le scénario « Atteinte partielle PPE/
SNBC » l’augmentation est plus marquée, de La consommation d’électricité pour l’usage cuis-
l’ordre de 8 %. son est aujourd’hui de 4,3 TWh. La consommation

44. [Link]
45. [Link]
commerces/agir-poste-froid-magasin

50
Hypothèses de demande d’électricité en France .2

Tableau 2.10 Principales hypothèses sur le froid et la cuisson tertiaire et résultats par trajectoire à l’horizon 2030

2019 2030

Atteinte des
objectifs Atteinte
PPE/SNBC partielle des
en fin objectifs Trajectoire Trajectoire
d’horizon PPE/SNBC basse haute
Gain d’efficacité des systèmes de froid
15 % 13 % 11 % 13 %
par rapport à 2019
Consommation du froid tertiaire (TWh) 9,5 8,4 8,3 8,1 8,8
Part des surfaces utilisant la cuisson
41 % 54 % 51 % 48 % 54 %
électrique
Gain d’efficacité des systèmes de cuisson
15 % 12 % 10 % 12 %
par rapport à 2019
Consommation de la cuisson tertiaire (TWh) 4,3 5,2 5,1 4,6 5,4

Évolution de la consommation des usages froid et cuisson entre 2019 et 2030


Figure 2.38 
scénario « Atteinte des objectifs PPE/SNBC en fin d’horizon »

18
+1,2 -2,5
15 +0,6
13,8
13,1

12
TWh

0
Consommation Augmentation Électrification Efficacité Consommation
2019 de la surface énergétique 2030
total tertiaire

couvre principalement celle des équipements de pris hors domicile a augmenté de 0,8 % par an en
cuisson des restaurants, que ce soit les restaurants moyenne46. La cuisson se caractérise aussi par une
d’entreprise, la restauration collective ou les res- électrification de l’usage, conséquence d’une évolu-
taurants commerciaux. tion des pratiques dont la tendance est favorable à
l’électricité, environ 70 % des surfaces nouvellement
La cuisson se caractérise par un besoin en crois- construites sont équipées de système de cuisson
sance. Ces trois dernières années le nombre de repas électrique. La crise sanitaire a entraîné une baisse

46. [Link]
depense-57-3-milliards-d-euros-en-rhd-en-2019--soit-une-croissance-de-1-7-par-rapport-a-2018/

BILAN PRÉVISIONNEL de l’équilibre offre-demande d’électricité en France I ÉDITION 2021 51


des ventes de l’ordre de 35 %47 en volume. La reprise par la vente de lampes compatibles avec les sys-
de la croissance économique devrait entraîner un tèmes actuels48 qui nécessitaient jusqu’à présent
retour progressif vers la restauration hors domicile. une opération de remplacement lourde. En 2016,
une étude du CEREN montre que moins de 10 %
des bureaux sont équipés de systèmes LED. En
Éclairage parallèle, les politiques de suppression des tech-
nologies les plus anciennes obligent les acteurs à
L’éclairage intérieur représente un potentiel d’effi­ se tourner vers les technologies les plus perfor-
cacité énergétique important. La généralisation mantes. Une généralisation des lampes LED est
de la technologie LED est favorisée depuis peu attendue à long terme.

Tableau 2.11 Principales hypothèses sur l’éclairage tertiaire et résultats par trajectoire à l’horizon 2030

2019 2030

Atteinte des
objectifs Atteinte
PPE/SNBC partielle des
en fin objectifs Trajectoire Trajectoire
d’horizon PPE/SNBC basse haute
Taux d’équipement en LED 15 % 90 % 75 % 55 % 75 %
Gain apporté par les systèmes de gestion
5% 4% 3% 4%
de l’allumage
Consommation de l’éclairage tertiaire (TWh) 19,7 11,4 12,3 12,7 12,5

Évolution de la consommation d’éclairage entre 2019 et 2030 – scénario « Atteinte des objectifs PPE/
Figure 2.39 
SNBC en fin d’horizon »

25

19,7 +0,3 -7,0


20

15
-2,1
TWh

10,8
10

0
Consommation Augmentation Diffusion des LED Autres leviers Consommation
2019 de la surface d'efficacité 2030
totale tertiaire énergétique

47. [Link]
48. Les luminaires actuels des bâtiments du tertiaire sont bien souvent équipés de ballasts internes ferromagnétiques ou électroniques.

52
Hypothèses de demande d’électricité en France .2

De plus, on peut attendre également des gains La consommation des data centers en coloca-
sur l’éclairage grâce à un pilotage plus fin de l’al- tion, qui est évaluée à 3,4 TWh, fait l’objet d’une
lumage des lampes avec la généralisation des évolution contrastée, entre efficacité énergétique
détecteurs de mouvements, l’installation de pro- et intensification des usages. La consommation
grammateurs ou de capteurs d’éclairement pour la d’électricité des data centers est dépendante des
lumière naturelle49. flux de données générés, mais suit une évolution
beaucoup plus modérée grâce aux efforts d’effi-
cacité énergétique, notamment pour le refroidis-
Autres usages spécifiques sement des data centers. Ces flux suivent une
croissance très rapide avec l’apparition de nou-
Cette consommation comprend l’ensemble des veaux usages tels que le big data et avec la démo-
usages spécifiques de l’électricité non déjà décrits cratisation du streaming et des services de vidéo
précédemment. Il s’agit par exemple des équi- à la demande. La facture énergétique de ces sites
pements de bureautique, des data centers, des (environ 40 % des charges) incite particulièrement
aspirateurs et autres appareils de ménage, des à améliorer la performance des installations, c’est
machines à café ou autres appareils électromé- un enjeu de compétitivité économique.
nagers, des équipements médicaux, des distri-
buteurs de boissons fraîches, des ascenseurs et Sur la période 2012-2019, les flux de données
escalators, etc. entrant sur les réseaux des quatre plus grands
fournisseurs d’internet ont été multipliés par plus
Pour la bureautique, le taux d’équipement des de sept quand le nombre de data centers en France
employés avec un ordinateur est évalué à 60 %50 n’a augmenté que de 35 % et la consommation que
en 2017. Ce taux est stable depuis 2014. Les de l’ordre de 20 %.
secteurs les moins équipés sont la construc-
tion, le transport et entreposage et l’héberge-
ment-restauration. Ces secteurs sont les moins
susceptibles de s’équiper dans le futur proche.
De même que pour le secteur résidentiel, la Évolutions comparées des flux internet,
Figure 2.40 
du nombre de data centers et de leur
diffu­sion du progrès technique est appelée à se consommation d’électricité
poursuivre sous l’effet des règlements européens
d’écoconception qui imposent des normes de 800
plus en plus sévères en matière d’efficacité éner-
gétique. La consommation de ces équipements
est évaluée à 7 TWh. 600
base 100 en 2012

Deux types de data centers sont considérés ici. Les


400
data centers possédés par des entreprises pour
leur utilisation en propre et les data centers dits
en colocation, possédés et gérés par des entre- 200
prises externes dans le but de louer la capacité de
calcul et de stockage de données à d’autres entre-
prises. Parmi ces derniers, les data centers dits 0
2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019
« hyperscale » se distinguent par leur très grande
envergure, tant en nombre de serveurs que de Consommation électrique des data centers
surface, ils sont en général à la main d’entreprises Nombre de data centers en fonctionnement en France
Trafic entrant vers les principaux fournisseurs d’accès internet
spécialisées.

49. Cf. [Link]


50. Cité par Chiffres-clé du numérique – DGE – [Link]
[Link]

BILAN PRÉVISIONNEL de l’équilibre offre-demande d’électricité en France I ÉDITION 2021 53


Il n’y a pas encore en France de data centers dit dont les infrastructures sont situées en dehors de
« hyperscale » qui sont des data centers de très France, principalement Amazon, Microsoft, Google
grande envergure mais possédant une très grande et Alibaba. Ce transfert induit donc une augmen-
efficacité énergétique. Selon le rapport du Sénat tation des consommations des pays où sont situés
sur l’empreinte environnementale51, ces data ces data centers et une diminution de la consom-
centers sont dix fois plus efficaces énergétique- mation des data centers en France. La croissance
ment que les data centers existants en France. du marché du cloud devrait se maintenir à près
L’implantation de ce type de data centers en de 20 % par an jusqu’en 2021 selon une étude de
France pourrait diminuer la croissance potentielle Markess by exaegis53.
de la consommation des data centers. Amazon et
Google ont des projets de data centers en France Le parc des autres équipements, très hétéro-
dans les prochaines années52. gène et pour lequel peu de données statistiques
sont disponibles, ne peut pas faire l’objet d’une
La consommation des data centers d’entreprise, approche techno-explicite et est donc projeté de
qui est évaluée à 6,6 TWh, est plutôt orientée à la façon agrégée. Une partie de ces équipements
baisse. Les entreprises se tournent de plus en plus entrent dans le champ des exigences en termes
vers des solutions en cloud plutôt que de posséder d’écoconception, mais ce n’est toujours pas le cas
et d’entretenir des data centers dans leurs locaux. pour de nombreux équipements professionnels,
Les solutions de cloud ont les avantages d’être plus par exemple le matériel médical. La consommation
flexibles et plus évolutives. Ces solutions de cloud de ces équipements devrait stagner ou augmenter
computing reposent aussi sur des data centers dans les prochaines années en fonction des efforts
mais ce secteur est dominé par des entreprises d’efficacité énergétique qui y seront consacrés.

Tableau 2.12 Principales hypothèses sur les autres usages spécifiques tertiaires et résultats par trajectoire à l’horizon 2030

2019 2030

Atteinte des
objectifs Atteinte
PPE/SNBC partielle des
en fin objectifs Trajectoire Trajectoire
d’horizon PPE/SNBC basse haute
Gain d’efficacité sur la période des autres
14 % 8% 3% 8%
équipements électriques
Effets liés aux nouveaux usages et à
l’augmentation des taux d’équipement 13 % 9% 6% 13 %
sur la période
Gain d’efficacité des data centers en colocation 25 % 18 % 10 % 18 %
Augmentation du nombre de data centers
70 % 60 % 55 % 70 %
en colocation
Consommation des autres usages
30,0 30,6 31,6 30,9 33,2
spécifiques tertiaires (TWh)
Consommation des data centers
3,4 4,6 4,8 4,9 5,0
en colocation

51. D’après le rapport du sénat : [Link]


52. [Link]
[Link]
53. [Link]

54
Hypothèses de demande d’électricité en France .2

Évolution de la consommation des data centers entre 2019 et 2030


Figure 2.41 
scénario « Atteinte des objectifs PPE/SNBC en fin d’horizon »

+2,3 -0,8
6
-0,4
5 4,6

4 3,5
TWh

0
Consommation Augmentation Gain sur le Autre efficacité Consommation
2019 du nombre de refroidissement énergétique 2030
data centers

Branches du hors bâti L’éclairage public est affecté par la révolution


technologique des LED. Les besoins d’éclairage sont
Les consommations d’électricité des parties également en baisse sous l’impulsion d’une prise
communes d’immeuble – d’habitat et ter- de conscience des nuisances de l’éclairage public
tiaire – représentent près de 8 TWh. Ascenseurs, pour la vie nocturne. Les expériences de limitation
auxiliaires de chaufferie, ventilation et éclairage de l’éclairage sur certaines portions d’autoroutes
sont les principaux équipements à l’origine de ces ont montré des effets positifs, notamment sur la
consommations. De la même manière que pour les vigilance des conducteurs et donc sur la sécurité
usages abordés précédemment, les performances routière. Ces résultats devraient se traduire par
des équipements sont amenées à s’améliorer. une poursuite de ce mouvement.

La consommation des grands centres de La consommation des télécommunications est


recherche énergétique (laboratoire de recherche évaluée à 4 TWh en 2019, elle est reconstituée en
souterrain de Bure54, CERN55, etc.) s’élève à utilisant les rapports RSE des quatre plus grands
1,9 TWh en 2019. Elle a été maîtrisée grâce opérateurs de télécommunication en France. Il s’agit
aux progrès en termes d’efficacité énergétique de la consommation des infrastructures de télécom-
et devrait le rester dans les années à venir. Une munication (téléphonie mobile, fibre, ADSL, cœur de
hausse de la consommation, de l’ordre de 0,4 TWh réseau), pas des terminaux. Cette consommation est
à l’horizon 2030, est toutefois anticipée avec le en augmentation constante, de l’ordre d’une cen-
développement de nouveaux projets industriels. Le taine de gigawattheures par an. Le déploiement des
projet ITER56 de recherche sur la fusion nucléaire, nouvelles technologies de téléphonie mobile (3G,
dont la phase d’assemblage a débuté en novembre 4G) ne semble pas avoir une influence majeure sur
2020, sera le principal vecteur de hausse de la le rythme de croissance de la consommation. Cette
consommation. hausse est liée à la croissance des flux sur les réseaux
et au déploiement de nouvelles infrastructures.

54. Projet d’enfouissement des déchets nucléaires


55. Conseil européen pour la recherche nucléaire
56. International Thermonuclear Experimental Reactor

BILAN PRÉVISIONNEL de l’équilibre offre-demande d’électricité en France I ÉDITION 2021 55


Historique de la consommation des télécommunications
Figure 2.42 

2012 : début du déploiement de la 4G


4,5

4,0

3,5

3,0
TWh

2,5

2,0

1,5

1,0

0
2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019

Le déploiement de la 5G est au cœur d’un débat sur Haut Conseil pour le climat prévoit une augmentation
son impact environnemental, et notamment sur son très significative des consommations du secteur des
impact encore incertain sur la consommation du sec- télécommunications, de l’ordre d’une multiplication
teur des télécommunications. D’un côté, la 5G devrait par trois, ce qui correspond à une croissance très
être significativement plus efficace pour le transfert supérieure à ce qui est constaté dans l’historique et
d’une même quantité d’information, une division par un changement totalement inédit. Nokia, dans une
dix de la consommation unitaire par octet transporté étude s’appuyant sur des consommations mesurées
est envisagée57. De l’autre côté, la vitesse de trans- en Espagne, tend à montrer que la consommation ne
mission des données devrait augmenter du même devrait pas augmenter significativement58.
facteur et favoriser une forte augmentation du tra-
fic. Il y a encore assez peu d’études basées sur des Dans le scénario « Atteinte des objectifs PPE/SNBC en
mesures in situ. Le cœur du débat porte sur l’évolu- fin d’horizon », la trajectoire retenue est une poursuite
tion des flux de données. En fonction de l’hypothèse de la tendance haussière avec une augmentation de
prise sur l’évolution de ces flux, cela peut entrainer l’ordre d’un térawattheure entre 2019 et 2030. Cette
soit une très forte hausse ou une contraction de la hypothèse est en effet relativement médiane parmi
consommation du secteur. L’étude prospective du les visions contrastées des différents acteurs.

57. [Link]
58. [Link]

56
Hypothèses de demande d’électricité en France .2

Synthèse des consommations sont respectés malgré l’électrification des usages


du secteur tertiaire thermiques envisagée dans la SNBC. Dans une
situation où les objectifs d’électrification seraient
Après une hausse continue jusqu’en 2010, la atteints mais où les ambitions en matière d’effica-
consommation du secteur tertiaire s’est stabili- cité énergétique ne le seraient pas, la trajectoire
sée pour désormais s’infléchir. La trajectoire de de consommation du secteur tertiaire devrait être
consommation du secteur tertiaire devrait s’orien- stable sur la période. Dans les autres trajectoires,
ter à la baisse si les objectifs d’efficacité énergétique la consommation est orientée à la baisse.

Évolution de la consommation des usages du tertiaire – scénario « Atteinte des objectifs PPE/SNBC
Figure 2.43 
en fin d’horizon »

160 Évolution
2019-2030

140

120
-5%
100
-42%
+21%
TWh

80
+2%
60 n Hors bâti
n Éclairage
-12% n Cuisson
40 Électricité spécifique
+5% Froid
Climatisation
20 +10%  Eau chaude
+1% sanitaire (ECS)
0 Chauffage
2005 2010 2015 2020 2025 2030

Trajectoires de consommation d’électricité du secteur tertiaire


Figure 2.44 

150

140

130

120

110
TWh

100

90
Historique
80 Atteinte des objectifs PPE/SNBC
en fin d’horizon
70 Atteinte partielle des objectifs PPE/SNBC
Trajectoire basse
60 Trajectoire haute
2005 2010 2015 2020 2025 2030

BILAN PRÉVISIONNEL de l’équilibre offre-demande d’électricité en France I ÉDITION 2021 57


Tableau 2.13 Évolution de la consommation par usage dans le secteur tertiaire selon les trajectoires (TWh)

2019 2030

Atteinte des
objectifs Atteinte
PPE/SNBC partielle des
en fin objectifs Trajectoire Trajectoire
d’horizon PPE/SNBC basse haute
Chauffage 17,1 17,3 17,0 15,7 18,4

Climatisation & ventilation 19,8 20,7 21,4 21,5 21,9

Eau chaude sanitaire 6,7 7,3 6,9 6,2 7,5

Cuisson 4,3 5,0 5,0 4,6 5,3

Froid 9,5 8,1 8,2 8,1 8,6

Éclairage 19,7 10,8 12,0 12,7 12,2

Electricité spécifique 30,0 30,6 31,6 30,9 33,2

Hors bâti 24,2 23,0 23,8 24,3 24,4

TOTAL TERTIAIRE 131,3 122,9 125,9 124,0 131,6

Évolution de la consommation du secteur tertiaire entre 2019 et 2030


Figure 2.45 
scénario « Atteinte des objectifs PPE/SNBC en fin d’horizon »

160

150 +4,1
+4,1
+2,7 -17,0
140 +6,2 +3,7
131,3 -4,2
130 -2,6
-4,1 -1,2 122,9
TWh

120

110

100

90

0
Consommation Effet Électrification/ Efficacité Hors bâti Consommation
2019 Volume taux d'équipement énergétique/ 2030
sobriété

Autres usages du bâti   Eau chaude sanitaire


  Climatisation   Chauffage

58
Hypothèses de demande d’électricité en France .2

2.6 L’électrification des procédés est un levier fort pour une


décarbonation de l’industrie et devrait infléchir progressivement
la consommation électrique du secteur à la hausse

Consommation d’électricité
de l’industrie en 2019 Tableau 2.14 Regroupement des NCE par
grandes branches industrielles
Le secteur industriel a représenté en 2019 une
consommation d’électricité de 113,2 TWh, soit
NCE
un peu moins de 24 % de la demande intérieure
d’électricité en France continentale. Industrie agroalimentaire 12 ; 13 ; 14

Sidérurgie 16
Le secteur industriel considéré dans ce document
recouvre toutes les entreprises de France conti- Métallurgie et mécanique
18 ; 29 ; 30 ; 31 ; 33
nentale, dont la puissance souscrite est supérieure (hors industrie automobile)
à 36 kVA59, et dont l’activité fait partie des classes Minéraux et matériaux 19 ; 20 ; 21 ; 22
de la Nomenclature d’activités économiques pour
l’étude des livraisons et consommations d’énergie Chimie et parachimie 23 ; 24 ; 25 ; 26 ; 28
(NCE)60 allant de 12 à 38. Construction automobile 32

Par souci de lisibilité des figures, un regroupement Industrie du papier


35
et du carton
des NCE par grandes branches d’activité est proposé
dans la suite de ce document (cf. tableau 2.14). Autres industries 34 ; 36 ; 37 ; 38

Près de 60 % de la consommation d’électricité


de l’industrie est concentrée sur trois grandes
branches d’activité : la métallurgie et la mécanique Répartition par branches de la demande
Figure 2.46 
(hors automobile), la chimie et l’industrie agro­ électrique industrielle pour l’année 201961
alimentaire (cf. figure 2.46).
1%
La consommation d’électricité du secteur industriel 12 % 18 %
I ndustrie
agroalimentaire
a connu une baisse quasi continue depuis le début Sidérurgie
7%  Métallurgie
des années 2000, entrecoupée par l’effet de la et mécanique
crise économique des subprimes qui s’est traduite 4% 10 % (hors automobile)
113,2 TWh  Minéraux et
par une contraction brutale de 14 TWh en 2009. matériaux
Chimie et parachimie
Depuis 2010, la demande électrique industrielle  
 Construction
18 %
s’est ainsi réduite de près de 8 %, et ce malgré un automobile

léger rebond en 2017 (cf. figure 2.47). 22 %  Industrie du papier


et du carton
8%  Autres industries
Non réparti

59. Les entreprises alimentées en basse tension (puissance souscrite inférieure à 36 kVA) sont considérées comme relevant de l’artisanat et sont traitées
dans le secteur tertiaire.
60. Il s’agit d’une nomenclature d’activité particulière pour les consommations d’énergie. Il existe une table de correspondance entre la NCE et la NAF rév. 2,
accessible sur le site de l’INSEE : [Link]
61. Un volume de consommation, relativement limité (de l’ordre de 1 % de la consommation totale industrielle), ne peut être réparti par activité faute de
données statistiques. Il correspond en grande partie à l’autoconsommation HTA des clients industriels.

BILAN PRÉVISIONNEL de l’équilibre offre-demande d’électricité en France I ÉDITION 2021 59


Évolution de la demande électrique
Figure 2.47  Évolution de l’intensité électrique
Figure 2.48 
industrielle industrielle

150 800

140 700

600
130

MWh/M€2014
500
120
TWh

400
110
300
100
200

90 100

80 0
2001 2003 2005 2007 2009 2011 2013 2015 2017 2019 1960 1970 1980 1990 2000 2010 2020

Cette baisse s’explique par les effets conjugués : uu des actions d’efficacité énergétique qui ont contri-
uu d’une dynamique de la production industrielle bué à faire décroître l’intensité électrique de l’in-
en volume relativement atone, moindre que dustrie (la baisse de celle-ci a été légèrement
celle du PIB ; supérieure à 1,5 % par an en moyenne au cours
uu du déplacement de l’activité des industries des vingt dernières années – cf. figure 2.48).
lourdes fortement consommatrices d’énergie
vers des industries plus légères, voire d’une Cette tendance baissière de la demande électrique
certaine désindustrialisation ; s’observe sur la totalité des grandes branches

Évolutions comparées de la demande électrique des grandes branches industrielles


Figure 2.49 

120

110
base 100 en 2001

100

90
Industrie agroalimentaire
Sidérurgie
80  Métallurgie et mécanique
(hors automobile)
Minéraux et matériaux
Chimie et parachimie
70
Construction automobile
 Industrie du papier
et du carton
60 Autres industries
2001 2003 2005 2007 2009 2011 2013 2015 2017 2019

60
Hypothèses de demande d’électricité en France .2

industrielles à l’exception notable de l’industrie


agroalimentaire (cf. figure 2.49).
Répartition par usages de la demande
Figure 2.50 
électrique industrielle pour l’année 2019
La consommation d’électricité est intimement
liée à l’activité productrice des entreprises, mais
n Air comprimé
ce lien est affecté par les évolutions structurelles n Froid
4% 7% n Pompage
de l’activité, par les substitutions entre vecteurs n Ventilation
7%
énergétiques et au premier plan par l’amélioration n Autre force motrice
n Autres usages
de l’efficacité énergétique, en particulier sur les 29% n Éclairage
11%
usages transverses (production d’air comprimé, de
froid, pompage, ventilation, force motrice, éclai- 113,2 TWh
rage), catalysée notamment par la directive sur 12%
l’écoconception des matériels. La consommation
d’électricité industrielle est en effet majoritai-
rement – à hauteur de deux tiers environ – due 30%
Total moteurs : 67 %
à celle des moteurs électriques utilisés pour ces
usages transverses (cf. figure 2.50).

Une modélisation basée sur


des quantités physiques et qui La méthode retenue repose sur une approche en
prend en compte l’interdépendance quantités physiques pour décrire la production
des branches productrices des industries grandes consommatrices d’énergie
(IGCE) à partir des débouchés et une approche plus
D’importants travaux d’analyse, menés en concer- macroéconomique, basée sur la valeur ajoutée, pour
tation avec les parties prenantes dans le cadre du les industries diffuses. Cette modélisation permet
groupe de travail « consommation » piloté par RTE, de prendre en compte les spécificités des IGCE, tout
ont permis d’affiner et d’enrichir la modélisation du en assurant une cohérence d’ensemble des produc-
secteur industriel. tions projetées et un bouclage macroéconomique

Figure 2.51 Représentation simplifiée du principe général de modélisation dans l’industrie

Effets sur les intensités


énergétiques par IGCE/NCE

Débouchés
Économies
d’énergies

Consommation Consommation
Consommation Quantités physiques Effet du
avec effet volume projetée
intitiale par IGCE produites par IGCE recyclage
par IGCE par IGCE
Consommation
Substitutions projetée
vers l’électricité de l’industrie
Consommation Indice d’évolution Consommation des usages hors
chaudière Consommation
intitiale par NCE de la production avec effet volume
projetée par NCE
hors IGCE de la NCE par NCE hors IGCE
hors IGCE
Substitutions
vers l’électricité
Déterminants des usages
+ cadrage sous chaudière
macroéconomique

BILAN PRÉVISIONNEL de l’équilibre offre-demande d’électricité en France I ÉDITION 2021 61


d’ensemble. Elle permet en outre de bien intégrer Les IGCE ont une consommation
l’interdépendance entre secteurs industriels, la pro- énergétique importante pour un poids
duction de certains biens intermédiaires dépendant limité dans la valeur ajoutée industrielle
de l’activité productrice d’autres branches.
L’intérêt d’adopter une approche en quantités phy-
Cette première phase permet ainsi d’estimer un effet siques de production pour les IGCE est patente si
« volume » sur la consommation d’électricité (crois- l’on considère les caractéristiques de ces filières, à
sance de la consommation homothétique à celle de savoir une consommation énergétique très impor-
la valeur ajoutée industrielle) et un effet « struc- tante (environ la moitié de celle de l’industrie) au
ture », lié au fait que toutes les branches indus- regard de leur poids limité (7 %) dans la valeur
trielles n’ont pas la même dynamique d’évolution. ajoutée industrielle.

Dans une seconde phase, d’autres effets por- Les IGCE considérées ici sont la production d’acier,
tant sur les intensités électriques associées sont d’aluminium, d’éthylène, de chlore, d’ammoniac,
projetés : de clinker, de verre, de papier-carton et de sucre.
uu un effet « efficacité énergétique », lié à l’amé-
lioration de la performance énergétique des De fait, une approche purement macroéconomique
procédés ; basée sur de grands agrégats ne saurait être à
uu un effet « recyclage », décrivant l’impact de même de prendre en compte l’effet majeur sur la
l’évolution des taux de recyclage de certains consommation énergétique globale de l’évolution
matériaux (acier, aluminium, verre, etc.) sur la de la production de ces filières très énergivores.
consommation électrique ;
uu un effet « électrification », lié au remplacement
de procédés à base de combustibles par des Une modélisation de la production
techniques électriques, à la fois sur les usages des IGCE établie à partir de leurs
hors chaudière et sur les usages sous chaudière. débouchés
La figure 2.51 fournit un logigramme simplifié de L’approche retenue pour modéliser l’évolution de
la modélisation utilisée. Celle-ci est décrite plus en la production en quantités physiques des IGCE
détails dans la suite de ce document. consiste à établir une projection de la demande

Figure 2.52 Poids relatif des IGCE dans l’industrie en 2019

en valeur ajoutée en consommation électrique en consommation d’énergie

7%

37 %

50 % 50 %

63 %
93 %

IGCE   Hors IGCE

62
Hypothèses de demande d’électricité en France .2

Figure 2.53 Principe général de modélisation de la production des IGCE

Demande en biens Production de biens Demande


et en équipements et d’équipements en matériaux

Imports/ Imports/
exports exports

Production
de matériaux

Part de matériaux recyclés Part de matériaux bruts

en biens et en équipements et d’en déduire une transformations des marchés de ces produits dans
demande en matériaux pour satisfaire cette les années à venir.
demande. Les industries diffuses, qui recouvrent
un spectre de produits beaucoup plus large, Les principaux débouchés identifiés, déterminants
devront être abordées sous un autre angle. pour l’évolution de la demande adressée aux IGCE
sont les suivants :
Pour ce faire, plusieurs hypothèses sont nécessaires : uu la construction constitue un important débou-
uu on assimile, sur l’horizon de prévision, la ché pour plusieurs types de production des
consommation apparente (c’est-à-dire : pro- IGCE : le verre, l’acier, l’aluminium, le plastique
duction + imports - exports) à la consommation et le clinker (pour ce dernier, il s’agit même du
réelle (c’est-à-dire la consommation apparente seul débouché). La demande en matières pre-
à laquelle on ajoute les variations de stock). Ne mières de ce secteur dépend essentiellement
pas considérer les variations de stock est per- de deux facteurs : le volume de construction
tinent dans la mesure où la finalité est de cap- et la part de marché de chaque matériau. En
ter les évolutions structurelles et non de décrire particulier, un recours accru à des matériaux
les fluctuations conjoncturelles, par nature non bio­sourcés devrait réduire la consommation de
prévisibles sur un horizon de dix ans ; ciment à niveau de construction équivalent.
uu on considère également, pour chaque filière de uu le secteur de l’emballage représente une large
production IGCE, que la part relative du solde net part des utilisations du verre, du papier-carton
des imports/exports, que ce soit au niveau des et du plastique, et est également consommateur
matériaux ou des biens et équipements qui consti- d’acier et d’aluminium sous forme d’emballages
tuent leurs débouchés, demeure relativement métalliques. Le développement des systèmes de
constante. Cette hypothèse apparaît cohérente vente en vrac et l’éventuelle mise en place d’une
avec le cadrage de la trajectoire AMS de la SNBC, consigne sur le plastique et/ou le verre dès 2023,
qui table sur un relatif statu quo en matière de proposés par la SNBC, sont de nature à réduire
poids relatif de l’industrie dans la valeur ajoutée. progressivement le besoin d’emballage. En outre,
la loi relative à la lutte contre le gaspillage et à
La première étape consiste à étudier en détail les l’économie circulaire, adoptée début 2020, fixe
neuf produits des IGCE considérées, afin de déter- des objectifs de réduction des déchets à l’hori-
miner dans quels secteurs ils sont utilisés et en zon 2030 : -15 % de déchets ménagers par habi-
quelle proportion, puis d’évaluer les éventuelles tant et -5 % de déchets d’activités économiques.

BILAN PRÉVISIONNEL de l’équilibre offre-demande d’électricité en France I ÉDITION 2021 63


uu les engrais azotés, qui constituent le principal être adoptés dans un contexte de lutte contre le
débouché de l’ammoniac, sont critiqués pour réchauffement climatique.
leur fort impact environnemental. En effet,
selon le CITEPA, le secteur agricole représentait Ces éléments, largement concertés avec les par-
20 % des émissions de gaz à effet de serre en ties prenantes dans le cadre du groupe de travail
2014, et 40 % de ces émissions sont associées à sur les trajectoires de consommation, permettent
l’épandage d’engrais azotés. La SNBC fixe pour de projeter l’évolution de la consommation de ces
objectif d’ici 2050 la réduction de 82 % du sur- matières premières. Le but de l’exercice étant
plus azoté, grâce à l’optimisation du cycle de d’établir des trajectoires de production, celles-ci
l’azote. Une trajectoire progressive et crédible seront déterminées en partie par l’évolution de la
pour atteindre ce niveau de baisse en 2050 a consommation française, mais aussi par celle des
été élaborée, retenant une contraction de 10 % imports et exports de chaque matériau, sous forme
de l’usage d’engrais azotés à l’horizon 2030. brute ou sous forme de produits finis.
uu les transports, et en particulier l’automobile,
recouvrent une part importante de la demande de
plusieurs produits des IGCE : l’acier, l’aluminium, Une production des IGCE relativement
le plastique, le verre. Outre les évolutions modales stable à l’horizon 2030, à l’exception
du transport, celles de la taille des véhicules, de notable de l’aluminium
leur motorisation et de leur contenu en maté-
riaux constituent autant de facteurs affectant les L’évolution des débouchés présentée précédem-
débouchés adressés aux IGCE. En particulier, la ment permet d’évaluer celle de la demande en
quantité moyenne d’aluminium par véhicule pour- ­produits issus des IGCE.
rait augmenter au détriment de celle d’acier.
En considérant une évolution de la production des
D’autres secteurs jouent également un rôle impor- IGCE proportionnelle à celle de la demande des
tant : la chimie (pesticides, peintures, colorants, produits qui en sont issus, ce qui suppose un taux
colles, produits d’entretien, cosmétiques, produits d’import/export invariant dans le temps, il est pos-
pharmaceutiques…) ainsi que les secteurs de la sible d’élaborer des trajectoires de production à
mécanique, de l’électricité, du textile… l’horizon 2030.

D’ici à 2030, les perspectives pour l’activité pro- Production de clinker


ductrice de chacun de ces secteurs dépendent La production du clinker est modélisée à partir de
largement de la croissance économique que celle du ciment, dont il est le principal constituant.
connaîtra le pays, de la démographie ainsi que des La production de ciment en France représente
mesures et changements d’habitudes qui pourront environ 90 % de la demande nationale annuelle,

Tableau 2.15 Production de clinker en France selon les différentes trajectoires à l’horizon 2030

2019 2030

Atteinte des
objectifs Atteinte
PPE/SNBC partielle des
en fin objectifs Trajectoire Trajectoire
d’horizon PPE/SNBC basse haute

Production de clinker (Mt) 13,2 13,5 13,5 11,5 13,6

Valeur projetée dans la SNBC 14,0

64
Hypothèses de demande d’électricité en France .2

laissant ainsi apparaître un solde net importateur à des matériaux biosourcés), dans les emballages,
de 1,9 Mt en 2018. pendant que les autres débouchés (transport hors
automobile, industrie mécanique, biens métal-
L’évolution des débouchés de la construction se liques) restent légèrement croissants.
caractérise par une croissance des travaux publics
tirée à la hausse par le contexte économique, une Cela se traduirait par une demande intérieure
relative stabilité de la construction de bâtiments d’acier, et donc une production selon le principe de
neufs, avec un fort accroissement des rénovations. modélisation adopté, relativement stable à l’horizon
À ces évolutions s’ajoutent en outre une baisse 2030 dans trois trajectoires, en cohérence avec la
de la teneur en clinker du ciment et une moindre stabilité affichée par la SNBC. Seule la trajectoire
consommation unitaire de ciment dans la construc- basse verrait une contraction de la production.
tion (recours à des matériaux biosourcés).
Production d’aluminium
Avec ces hypothèses et l’évolution des débouchés La production française d’aluminium ne couvre qu’en-
de construction, la trajectoire de production de viron 70 % de la consommation intérieure. Les débou-
clinker en France, modélisée homothétiquement chés de l’aluminium concernent essentiellement le
à l’évolution de la demande intérieure de clinker, transport (42 %, dont 34 % pour le seul secteur de
serait relativement proche de celle décrite dans la construction automobile) et la construction (30 %).
la trajectoire AMS de la SNBC, à l’exception de la
­trajectoire basse. L’évolution des débouchés de l’aluminium devrait
globalement être haussière, du fait de la hausse
Production d’acier d’activité mais également d’un recours accru à ce
De façon très globale, la production française d’acier matériau lié à ses caractéristiques physiques, à
couvre quasiment, à 97 %, la demande nationale savoir de bonnes performances mécaniques cou-
annuelle. Cette vision globale masque toutefois des plées à une relative légèreté. L’utilisation de l’alu-
volumes d’imports et d’exports très importants. minium est donc appelée à croître, notamment
Ainsi, la France dispose d’une production d’acier plat dans le secteur du transport.
importante, mais doit importer 40  % de la consom-
mation française de produits longs. En effet, la consommation unitaire de maté-
riaux dans la construction automobile pourrait
L’évolution des débouchés de l’acier est notam- être modifiée dans les années à venir. L’étude
ment marquée par une consommation unitaire en « Aluminium content in European cars » menée par
baisse dans la construction automobile (véhicules Ducker Worldwide pour European Aluminium en
plus légers et recours accru à l’aluminium en lieu 2012 puis en 2019 estime l’évolution du contenu
et place de l’acier), dans la construction (recours en aluminium dans un véhicule européen pour les

Tableau 2.16 Production d’acier en France selon les différentes trajectoires à l’horizon 2030

2019 2030

Atteinte des
objectifs Atteinte
PPE/SNBC partielle des
en fin objectifs Trajectoire Trajectoire
d’horizon PPE/SNBC basse haute

Production d’acier (Mt) 14,4 14,4 14,3 13,1 14,5

Valeur projetée dans la SNBC 15,0

BILAN PRÉVISIONNEL de l’équilibre offre-demande d’électricité en France I ÉDITION 2021 65


Tableau 2.17 Production d’aluminium en France selon les différentes trajectoires à l’horizon 2030

2019 2030

Atteinte des
objectifs Atteinte
PPE/SNBC partielle des
en fin objectifs Trajectoire Trajectoire
d’horizon PPE/SNBC basse haute

Production d’aluminium (Mt) 0,89 1,12 1,07 0,92 1,13

Valeur projetée dans la SNBC 0,6

dix prochaines années. La quantité d’aluminium 2030. La masse moyenne d’un véhicule, et donc la
par véhicule pourrait selon cette étude augmenter quantité de matériaux nécessaire à sa construc-
de 30 %, dans un souci d’allègement des véhicules. tion, baisse ainsi au sein de chaque gamme.
De plus, la consommation unitaire moyenne d’alu-
minium pour produire un véhicule électrique est La production d’aluminium devrait donc être en
largement supérieure à celle nécessaire pour un augmentation pour satisfaire cette demande crois-
véhicule thermique : la part croissante des véhi- sante quelle que soit la trajectoire considérée.
cules électriques dans la production devrait ainsi
se traduire par une forte hausse de la demande Ces évolutions sont globalement plus haussières que
d’aluminium du secteur automobile. celle de la SNBC qui table sur une parfaite stabilité de
la production d’ici à 2030. À noter que le volume de
Cette étude, complétée par d’autres sources pour production de la SNBC semble sous-estimé, vraisem-
l’acier, le verre et le plastique, permet d’associer à blablement du fait d’un périmètre considéré différent.
chaque type et gamme de véhicules une consom-
mation d’acier, d’aluminium, de verre et de plas- Production de verre
tique. Ducker Worldwide suggère ainsi qu’une La production de verre en France est globalement
part d’acier sera substituée par de l’aluminium. exportatrice, avec un solde net de plus de 170 Mt
On utilise les résultats de cette étude prospective en 2018. La production de verre trouve son princi-
jusqu’en 2028 en prolongeant la tendance jusqu’en pal débouché, à plus de 70 %, dans les emballages

Tableau 2.18 Production de verre en France selon les différentes trajectoires à l’horizon 2030

2019 2030

Atteinte des
objectifs Atteinte
PPE/SNBC partielle des
en fin objectifs Trajectoire Trajectoire
d’horizon PPE/SNBC basse haute

Production de verre (Mt) 4,7 4,5 4,5 3,9 4,5

Valeur projetée dans la SNBC 4,6

66
Hypothèses de demande d’électricité en France .2

Tableau 2.19 Production de chlore en France selon les différentes trajectoires à l’horizon 2030

2019 2030

Atteinte des
objectifs Atteinte
PPE/SNBC partielle des
en fin objectifs Trajectoire Trajectoire
d’horizon PPE/SNBC basse haute

Production de chlore (Mt) 1,00 1,02 1,02 0,95 1,03

Valeur projetée dans la SNBC 1,00

(bouteilles, flacons…), devant le secteur de la Production de chlore


construction et de la rénovation. La production de chlore en France est légèrement
excédentaire : le solde exportateur net s’est élevé
La mise en place d’une consigne sur le verre creux, en 2018 à environ 7 % de la production. Un des
évoquée dans la SNBC, est bien évidemment de principaux débouchés du chlore est la production
nature à affecter significativement la production de PVC (53 % des débouchés en 2018).
de verre creux en France : avec les hypothèses
présentées précédemment, le verre creux, qui À terme, la réduction de l’usage des pesticides et
représente environ 70 % des quantités de verre des plastiques est de nature à réduire sensiblement
consommées annuellement en France, n’en repré- la consommation de chlore pour ces usages. Cette
senterait plus que 66 % en 2030. baisse marquée est de nature à contrebalancer la
très légère hausse des autres débouchés, d’où une
Au global, malgré quelques produits fortement orien- consommation relativement stable sur tout l’hori-
tés à la hausse (comme la laine de verre, du fait du zon prévisionnel, à l’instar de la trajectoire proposée
fort niveau de rénovation des bâtiments), la consom- par la SNBC.
mation totale de produits verriers devrait, à l’instar
de la trajectoire proposée par la SNBC, connaître une Production d’ammoniac
relative stagnation d’ici à 2030, à l’exception de la La France est fortement importatrice d’ammoniac :
trajectoire basse qui s’inscrirait à la baisse. la production intérieure n’a couvert, en 2018,

Tableau 2.20 Production d’ammoniac en France selon les différentes trajectoires à l’horizon 2030

2019 2030

Atteinte des
objectifs Atteinte
PPE/SNBC partielle des
en fin objectifs Trajectoire Trajectoire
d’horizon PPE/SNBC basse haute

Production d’ammoniac (Mt) 0,94 0,86 0,86 0,70 1,03

Valeur projetée dans la SNBC 0,88

BILAN PRÉVISIONNEL de l’équilibre offre-demande d’électricité en France I ÉDITION 2021 67


Tableau 2.21 Production d’éthylène en France selon les différentes trajectoires à l’horizon 2030

2019 2030

Atteinte des
objectifs Atteinte
PPE/SNBC partielle des
en fin objectifs Trajectoire Trajectoire
d’horizon PPE/SNBC basse haute

Production d’éthylène (Mt) 2,7 2,4 2,4 1,9 2,4

Valeur projetée dans la SNBC 2,5

qu’un tiers des besoins en ce produit. L’ammoniac de l’emballage, qui représente près de la moitié de
est très essentiellement destiné (à 80 %) à la son usage.
­production d’engrais azotés.
Avec la montée des préoccupations environne-
Le recours aux engrais azotés étant appelé à être mentales et la volonté politique de réduire l’uti-
réduit pour atteindre les objectifs de la SNBC, la lisation des matières plastiques, la demande en
demande en ammoniac pourrait se contracter elle- éthylène est appelée à se réduire progressive-
même dans certaines trajectoires. ment. L’évolution des autres débouchés est tou-
tefois de nature à compenser partiellement cette
Au global, les trajectoires envisagées pour la pro- baisse.
duction d’ammoniac en France décrivent un cône
encadrant la vision affichée d’une relative stabilité Au global, le niveau de production d’éthylène en
affichée dans la SNBC. France modélisé est relativement proche de celui
affiché dans la trajectoire SNBC, à l’exception de la
Production d’éthylène trajectoire basse.
La production d’éthylène en France a été excé-
dentaire en 2018, avec un solde exportateur net Production de papier-carton
représentant près de 5 % de la production. Le prin- La production française de papier-carton (hors
cipal débouché de l’éthylène demeure le secteur pâte à papier) ne couvre pas l’ensemble des

Tableau 2.22 Production de papier-carton (hors pâte à papier) en France selon les différentes trajectoires à l’horizon 2030

2019 2030

Atteinte des
objectifs Atteinte
PPE/SNBC partielle des
en fin objectifs Trajectoire Trajectoire
d’horizon PPE/SNBC basse haute
Production de papier-carton
7,3 7,8 7,8 7,3 7,9
hors pâte à  papier (Mt)

Valeur projetée dans la SNBC 7,9

68
Hypothèses de demande d’électricité en France .2

besoins annuels du pays, puisque près de 15 % Production de sucre


de la demande en papier-carton a été satis- L’industrie sucrière française est très largement
faite par des importations. Les débouchés se excédentaire, puisque plus de la moitié de sa
répartissent en trois grands types d’usages : production est exportée. Sa production est mar-
l’emballage (55 % des débouchés), les usages quée par une variabilité assez forte, liée à celle
graphiques (35 %) et les usages pour l’hygiène des récoltes de betteraves. L’essentiel (88 % en
(10 %). 2018) de la demande de sucre en France concerne
l’industrie agroalimentaire et le sucre de bouche
L’évolution de ces débouchés est marquée par (69 %) ou la fabrication d’alcool (19 %).
une baisse des usages graphiques (concurrence
du numérique notamment), contrebalancée par L’évolution de la demande en sucre va donc être
le développement de l’usage « emballages » (en fortement corrélée à l’évolution démographique,
lien avec l’essor du e-commerce et la réduction en prenant toutefois en compte une légère réduc-
des emballages en matière plastique). Dans tion tendancielle de la consommation de sucre par
l’ensemble, la demande en papier-carton devrait personne (80 g journaliers par personne en 2030
être légèrement croissante jusqu’en 2030 et contre 85 g aujourd’hui), qui contrebalance l’effet
s’établir à un niveau relativement proche de de la croissance de la population.
celui retenu par la SNBC, à l’exception de la
­trajectoire basse. Globalement, l’ensemble des trajectoires conduisent
à un niveau de production en 2030 proche de celui
proposé par la SNBC.

Tableau 2.23 Production de sucre en France selon les différentes trajectoires à l’horizon 2030

2019 2030

Atteinte des
objectifs Atteinte
PPE/SNBC partielle des
en fin objectifs Trajectoire Trajectoire
d’horizon PPE/SNBC basse haute

Production de sucre (Mt) 5,0 4,8 4,8 4,7 4,8

Valeur projetée dans la SNBC 4,5

BILAN PRÉVISIONNEL de l’équilibre offre-demande d’électricité en France I ÉDITION 2021 69


Une modélisation de l’activité de l’industrie leur débouché dans le secteur de la construction.
diffuse au travers de sa valeur ajoutée Il est proposé de faire évoluer leur valeur ajoutée
de la même façon que celle de la NCE 20, avec le
Le niveau de production des IGCE a été étudié grâce besoin en matériaux de construction ;
à une approche physique sur les grandes filières uu la valeur ajoutée de la NCE 32 « Construction de
de production énergivores, ce qui n’est pas envi- véhicules automobiles et d’autres matériels de
sageable pour l’industrie diffuse qui recouvre de transport terrestre » évolue de la même façon
nombreux produits différents. L’approche retenue que le niveau de production automobile modélisé.
s’appuie donc sur la valeur ajoutée des différents
secteurs productifs, en assurant une cohérence Dans ce contexte de forte croissance économique,
globale avec le cadrage macroéconomique. les secteurs à haute valeur ajoutée de l’industrie
diffuse devraient porter la dynamique haussière de
La base de données ESANE de l’INSEE permet de l’industrie et prendre du poids dans la structure de sa
connaître la répartition de la valeur ajoutée indus- valeur ajoutée. Les NCE de la parachimie (NCE 28),
trielle par NCE en 2015. La modélisation proposée la construction mécanique (NCE 30), la construction
vise à estimer une évolution de la valeur ajoutée électrique et électronique (NCE 31), la construction
de chaque NCE (supposée proportionnelle à l’acti- navale, aéronautique et armement (NCE 33), et des
vité en volume) de façon cohérente, en prenant en industries diverses (NCE 38) représentent à elles
compte les interdépendances sectorielles. seules 54 % de la valeur ajoutée totale en 2018.
En particulier, le fort dynamisme projeté pour la
Dans une première étape, l’évolution modélisée construction électrique et électronique est cohérent
des quantités physiques produites par les IGCE avec le projet de l’usine GigaFactory de Douvrin qui
est utilisée pour estimer celle de la valeur ajou- fabriquera des batteries de véhicules électriques à
tée des NCE associées. Sur le reste de l’industrie, partir de fin 2023-début 2024.
d’autres hypothèses sont retenues pour l’évolution
de la valeur ajoutée de certaines NCE par souci de Pour assurer un bouclage macroéconomique cohé-
­cohérence d’ensemble de la trajectoire : rent avec la trajectoire AMS de la SNBC, la valeur
uu la valeur ajoutée du secteur agroalimentaire ajoutée résiduelle de l’industrie est attribuée aux
(NCE 12 et NCE 14) évolue de la même façon que NCE non traitées à partir des hypothèses explici-
la démographie, avec une croissance moyenne tées précédemment.
de 0,4 % par an d’ici à 2030 ;
uu les produits couverts par la NCE 19 « Production de Il est à noter que, dans l’ensemble des trajec-
minéraux divers et extraction de minerais métal- toires, la structure de la valeur ajoutée industrielle
liques » et la NCE 21 « Production d’autres maté- se déforme relativement peu, compte tenu de l’ho-
riaux de construction et de céramique » trouvent rizon temporel considéré.

Tableau 2.24 Cadrage macroéconomique d’ensemble de l’industrie à l’horizon 2030

Atteinte des
objectifs Atteinte
PPE/SNBC partielle des
en fin objectifs Trajectoire Trajectoire
d’horizon PPE/SNBC basse haute

TCAM 2021-2030 du PIB 1,4 % 1,4 % 0,9 % 1,6 %

Part de l’industrie dans la valeur ajoutée en 2030 10,6 % 10,6 % 9,6 % 10,6 %

TCAM 2021-2030 de la valeur ajoutée industrielle 1,1 % 1,1 % -0,3 % 1,3 %

70
Hypothèses de demande d’électricité en France .2

L’impact haussier de l’évolution de Le tableau 2.25 fournit ces effets par trajectoire,
l’activité industrielle sur la demande ­calculés entre 2020 et 2030.
électrique est modéré par l’évolution
structurelle de cette activité
Le recyclage est appelé à croître
En figeant à sa valeur actuelle l’intensité électrique avec un impact sur la consommation
pour chaque NCE (ou contenu énergétique pour les électrique de l’industrie
IGCE), il est possible d’estimer l’impact de l’évolu-
tion de l’activité productrice projetée sur la consom- En 2030, la production de certaines IGCE pour-
mation électrique de l’industrie, sans aucune prise rait intégrer une plus grande part de matières
en compte des autres effets étudiés par la suite : premières issues du recyclage (MPR). La SNBC
économies d’énergie, électrification, taux de recy- propose ainsi des objectifs ambitieux à l’horizon
clage, etc. 2050 : un taux d’incorporation de MPR de 80 %
pour l’acier, l’aluminium et le plastique, et de 85 %
Cette évolution se révèle être, dans toutes les pour le verre et le papier. Or la production à partir
trajectoires, inférieure à celle de la valeur ajou- de matières recyclées peut impliquer des procédés
tée industrielle. Ce phénomène s’explique par le différents, ou rendre un procédé moins énergivore.
fait que le dynamisme de l’industrie est essen- De plus, l’augmentation du recyclage du plastique
tiellement porté par des branches industrielles va modifier la demande en éthylène, ainsi qu’en
diffuses et sensiblement moins énergivores que chlore très utilisé pour la fabrication du PVC. Le
les IGCE. L’effet de structure qui en résulte tend développement significatif du recyclage pourrait
donc à modérer l’impact haussier de la croissance donc avoir un impact sur la consommation énergé-
de l’activité productrice sur la consommation tique de l’industrie.
d’électricité.
Les hypothèses de taux d’incorporation des MPR
On peut donc estimer : ont été établies en cohérence avec celles de la
uu un effet « volume » global, représentant l’effet SNBC pour la trajectoire « Atteinte des objec-
haussier sur la consommation électrique d’une tifs PPE/SNBC en fin d’horizon », et en s’assurant
croissance de l’activité globale, assimilée à la que la quantité de matières premières à recycler
valeur ajoutée de l’industrie, appliquée de façon incorporée dans la production demeure bien infé-
homogène sur toutes les NCE ; rieure au potentiel de récupération de ces matières
uu un effet de « structure », équivalent à l’écart entre ­premières sur une année.
l’effet « volume » global et la somme des effets
« volume » estimés pour chaque NCE en lui appli- Les principales hypothèses retenues sont r­ésumées
quant la croissance d’activité de cette NCE (et non dans le tableau 2.26.
celle de la valeur ajoutée industrielle globale).

Tableau 2.25 Estimation des effets « volume » et « structure » sur la consommation électrique à l’horizon 2030

Atteinte des
objectifs Atteinte
PPE/SNBC partielle des
en fin objectifs Trajectoire Trajectoire
d’horizon PPE/SNBC basse haute

Effet volume (TWh) +18,0 +18,0 +1,5 +22,6

Effet structure (TWh) -3,3 -3,8 -0,3 -5,2

BILAN PRÉVISIONNEL de l’équilibre offre-demande d’électricité en France I ÉDITION 2021 71


L’acier secondaire au contraire est produit dans des
aciéries électriques, à partir de ferrailles fondues,
Tableau 2.26 Taux d’incorporation de matières
premières issues du recyclage à l’horizon
avec une consommation d’électricité par tonne
2030 – scénario « Atteinte des objectifs produite de 10 à 15 fois supérieure à celle de la
PPE/SNBC en fin d’horizon » filière haut-fourneau. Un développement du recy-
clage de l’acier s’accompagne donc d’une baisse
2019 2030 de la consommation de combustibles mais d’une
hausse de l’intensité électrique.
Acier 40 % 53 %

Aluminium 56 % 61 % Le procédé de fabrication de l’aluminium primaire


est quant à lui déjà principalement électrique, et
Verre 61 % 67 % très énergivore. D’après le Groupement des affi-
Papier-carton 62 % 70 % neurs d’aluminium, « affiner ou recycler de l’alu-
minium permet l’économie de 95 % d’énergie par
Plastiques (polyéthylène,
PVC, polystyrène)
3% 15 % rapport à l’aluminium primaire ». La consommation
électrique associée à la production d’aluminium
est donc extrêmement sensible à l’hypothèse sur
la part d’aluminium issue du recyclage.

Pour chaque matériau, une intensité électrique La production d’une tonne de pâte à papier recy-
de la production à partir de matières premières clée consomme environ 60 % moins d’électricité
vierges et une intensité de la production à par- que celle d’une tonne de pâte à papier fabriquée à
tir de matières premières recyclées sont ensuite partir de bois.
utilisées pour estimer l’impact du recyclage sur la
consommation62. Pour le verre, le procédé de fabrication va rester
le même, et c’est la part de calcin (verre recyclé)
Pour l’acier, les procédés sont très différents. L’acier que l’on incorpore qui permet quelques économies
primaire est fabriqué à partir de minerai de fer d’énergie, de l’ordre de 3 % lorsqu’on incorpore 10 %
dans les hauts-fourneaux, très gourmands en com- de matières premières recyclées supplémentaires
bustibles mais peu consommateurs d’électricité. (FEVE – The European Container Glass Federation).

Tableau 2.27 Impact de l’évolution du taux de recyclage sur la consommation électrique à l’horizon 2030

Atteinte des
objectifs Atteinte
PPE/SNBC partielle des
en fin objectifs Trajectoire Trajectoire
en TWh d’horizon PPE/SNBC basse haute

Recyclage de l’acier +1,2 +1,2 +1,1 +1,2

Recyclage de l’aluminium -0,8 -0,7 -1,1 -0,8

Autre recyclage -0,1 -0,1 -0,1 -0,1

Impact total du recyclage +0,6 +0,7 -0,1 +0,6

62. À l’exception des matières plastiques pour lesquelles on considère que l’effet du recyclage porte sur la réduction de la demande en éthylène, ainsi qu’en
chlore (très utilisé pour la fabrication du PVC)

72
Hypothèses de demande d’électricité en France .2

Écoconception des moteurs électriques

Pour diminuer l’impact énergétique des moteurs Les moteurs de classe de rendement Standard
(dont la consommation d’électricité est estimée à (IE1), et Haut (IE2) sans variateur de vitesse, ne
36 % de celle de l’Union européenne), en applica- peuvent ainsi plus être mis sur le marché.
tion de la directive écoconception, les moteurs à
faible rendement énergétique ne peuvent plus être La Commission européenne estime à environ 10 %
mis sur le marché depuis le 1er janvier 2017. le gain à l’horizon 2030 sur la consommation du
parc de moteurs concernés par la réglementation.
En effet, les moteurs à induction à cage d’une puis- La plage de puissance des moteurs concernés par
sance comprise entre 0,75 et 375 kW doivent désor- la réglementation pourrait prochainement être
mais avoir au minimum une classe de rendement élargie.
Premium (IE3) ou une classe de rendement Haut
(IE2) s’ils sont équipés d’un variateur de vitesse.

Source : [Link]

L’effet global de l’augmentation du taux de recy- Les gisements portent sur deux types d’usages :
clage sur la consommation d’électricité à l’horizon uu le gisement d’économie d’énergie dans les opé-
2030 peut sembler modeste (cf. tableau 2.26). rations transverses de l’industrie (production
Il résulte toutefois d’effets plus importants, la d’air comprimé, de froid, pompage, ventila-
hausse associée au recyclage de l’acier étant tion, force motrice, éclairage…), estimé par le
contrebalancée par la baisse provoquée par le CEREN63 ;
développement de l’affinage de l’aluminium. uu le gisement sur les usages de procédés, estimé
également par le CEREN64.

Des gisements rentables d’efficacité L’estimation du gisement d’économie d’énergie


énergétique devraient se concrétiser dans les opérations transverses de l’industrie a
d’ici à 2030 été réalisée en considérant dix types d’opérations.

Les effets haussiers liés à la croissance de l’activité Trois concernent essentiellement les combustibles :
productrice devraient être partiellement contreba- les pertes de production de fluides caloporteurs
lancés par la poursuite de la progression de l’effi- (pertes chaufferies), les pertes de transport et dis-
cacité énergétique, catalysée en particulier par les tribution de fluides caloporteurs (pertes réseaux),
règlements d’écoconception, dont celui portant sur le chauffage des locaux.
les moteurs électriques qui représentent plus des
deux tiers de la consommation d’électricité dans Sept autres opérations portent exclusivement sur
l’industrie (cf. encadré). l’électricité : les pertes dans les transformateurs
électriques, l’éclairage, les moteurs électriques, la

63. Rapport « Le gisement d’économies d’énergie dans les opérations transverses de l’industrie »
64. Rapports « le gisement d’économies d’énergie dans la petite industrie » ; « le gisement d’économies d’énergie dans les industries intermédiaires » ;
« le gisement d’économies d’énergie dans l’industrie lourde »

BILAN PRÉVISIONNEL de l’équilibre offre-demande d’électricité en France I ÉDITION 2021 73


production d’air comprimé, la production de froid, Les actions d’économie d’énergie analysées par le
la ventilation, le pompage. CEREN sont celles ayant fait l’objet d’au moins une
réalisation industrielle, en France ou à l’étranger,
Les évaluations s’appuient sur la base de don- afin de garantir la crédibilité de leur développe-
nées du CEREN sur l’industrie, comptant plus de ment opérationnel.
5 000 usines consommant plus de 200 tep par
an, pour lesquelles des informations très détail- Sur la base du taux de pénétration actuel de chaque
lées comme les caractéristiques techniques et action d’économie énergie identifiée, de son champ
économiques des équipements énergétiques sont et du gain énergétique qu’elle apporte, le CEREN
disponibles. Cette base de données est com- fournit dans son étude une estimation détaillée des
plétée par la base de données « moteurs » du gisements techniques d’économie d’énergie, par pro-
CEREN (440 usines enquêtées), par les enquêtes cédé transverse et par NCE. Certaines actions d’éco-
annuelles sur les ventes d’équipements ther- nomie d’énergie portant sur un même procédé, les
miques et par des fiches techniques émanant de gisements bruts ne sont pas entièrement additifs, et
différents acteurs. le CEREN évalue le gisement d’économie d’énergie
sommable, de l’ordre de 34 TWh, ainsi qu’une esti-
Des données externes au CEREN sont également mation des temps de retour sur investissement.
utilisées, comme les enquêtes des ministères de
l’Industrie et de l’Agriculture EACEI (enquêtes De même que pour les opérations transverses, les
obligatoires réalisées par correspondance auprès économies d’électricité atteignables sur les opé-
d’un nombre élevé d’industriels), les informations rations de procédés ont fait l’objet d’évaluations
obtenues dans des revues de presse spécialisées, de la part du CEREN dans des rapports annuels
les fiches d’opérations standards CEE (certificats balayant les différentes branches de l’industrie.
d’économie d’énergie) et les projets de fiche non
encore validés, etc. L’approche est identique à celle utilisée pour les
usages transverses, mais porte sur les opérations
Enfin, ces sources de données sont complétées par de procédés stricto sensu, déjà industrialisées.
une enquête téléphonique auprès d’un échantillon
d’industriels et par des entretiens réalisés auprès Le gisement technique d’économie d’électricité
des organismes professionnels ou entreprises. (détaillé par action et par NCE dans le rapport du

Figure 2.54 Estimation du gisement d’économie d’électricité (en %) dans l’industrie

Industrie agroalimentaire

Sidérurgie

Métallurgie et mécanique (hors automobile)

Minéraux et matériaux

Chimie et parachimie

Construction automobile

Industrie du papier et du carton  Temps de retour


inférieur à 1,5 ans
Industries diverses  Temps de retour
entre 1,5 et 3 ans
TOTAL INDUSTRIE  Temps de retour
supérieur à 3 ans
0% 5% 10% 15% 20% 25% 30% 35% 40% 45%

74
Hypothèses de demande d’électricité en France .2

Tableau 2.28 Gisement d’économie d’électricité atteint à l’horizon 2030

Atteinte des
objectifs Atteinte
PPE/SNBC partielle des
en fin objectifs Trajectoire Trajectoire
d’horizon PPE/SNBC basse haute

Part du gisement technique réalisé en 2030 :


- temps de retour inférieur à 1,5 an 70 % 55 % 40 % 55 %
- temps de retour entre 1,5 et 3 ans 40 % 30 % 20 % 30 %
- temps de retour supérieur à 3 ans 10 % 5% 0% 5%

Économie d’électricité résultante en 2030 (TWh) 11,3 8,2 4,3 8,4

CEREN) s’élève à 6 TWh environ (hors économies la base de données industrielle détaillée précédem-
liées au recyclage). ment évoquée, portant sur les consommations de
l’année 2014. Pour l’évaluation du gisement subs-
La compilation de ces gisements, sur usages trans- tituable, une technique électrique est retenue si
verses et sur procédés, permet d’estimer le gise- elle représente plus de 1 % de la consommation du
ment technique total d’économie d’électricité segment dans la tranche de puissance considérée
dans l’industrie, classé selon différentes classes (hors pompes à chaleur, traitées ultérieurement).
de temps de retour (cf. figure 2.54). Dans ce cas, on considère qu’elle peut se géné-
raliser au sein de la NCE, mais seulement dans
Des jeux d’hypothèses sur la part du gisement la tranche de puissance dans laquelle elle a été
technique réalisée d’ici à 2030, différenciés selon observée. Si plusieurs techniques électriques sont
les temps de retour des actions d’efficacité énergé- présentes, c’est la plus performante qui est rete-
tique, ont ensuite été appliqués pour estimer l’effet nue, de façon à obtenir un gisement sommable.
de l’amélioration de la performance énergétique à
l’horizon 2030. Sous ces hypothèses, en dehors de toute considé-
ration économique, 18 % de la consommation de
Ces hypothèses sont résumées dans le tableau 2.28. combustibles pour les procédés thermiques, soit
41,6 TWh, sont substituables par des techniques
électriques. En privilégiant les techniques électriques
L’électrification des procédés industriels les plus performantes actuellement, l’ensemble de
est un levier essentiel de la transition ces substitutions conduirait à une consommation
énergétique électrique supplémentaire de 23,9 TWh.

L’électricité étant une énergie très peu carbonée Un potentiel additionnel est également estimé,
en France, elle constitue un vecteur énergétique correspondant aux combustibles substituables
privilégié de la transition énergétique, appelé à se supplémentaires si la technique observée au sein
substituer à la consommation de combustibles fos- d’une NCE est généralisée sur tout le segment
siles lorsque cela est techniquement possible. même si elle n’a pas été observée dans certaines
tranches de puissance. Ce potentiel pourrait se
Pour estimer les volumes substituables, une étude traduire par une consommation additionnelle
du CEREN a été utilisée65. Cette étude repose sur d’électricité de 25,1 TWh.

65. « Première analyse du potentiel technique d’électrification des procédés industriels thermiques par des technologies matures »

BILAN PRÉVISIONNEL de l’équilibre offre-demande d’électricité en France I ÉDITION 2021 75


Estimation du potentiel technique d’électrification dans l’industrie (hors pompes à chaleur et chaudières
Figure 2.55 
électriques)

Industrie agroalimentaire

Sidérurgie

Métallurgie et mécanique (hors automobile)

Minéraux et matériaux

Chimie et parachimie

Construction automobile

Industrie du papier et du carton

Industries diverses
 Gisement validé
TOTAL INDUSTRIE en puissance
Gisement additif
0 5 10 15 20 25 30 35 40 45 50

TWh

Dans un premier temps, les pompes à chaleur ensuite été appliqués pour estimer l’effet de l’élec-
(PAC) ont été isolées de ce potentiel (les PAC trification des procédés à l’horizon 2030.
industrielles sont traitées plus loin).
Ces hypothèses sont résumées dans le tableau 2.29.
Le potentiel résultant par grandes branches est Elles sont relativement prudentes compte tenu de la
représenté sur la figure 2.55. nécessité d’atteindre un coût du CO2 suffisamment
élevé pour catalyser les investissements.
De même que pour l’efficacité énergétique, des
jeux d’hypothèses sur la part du gisement tech- Une approche similaire, basée sur la même étude
nique réalisée d’ici à 2030, différenciés selon du CEREN, a été utilisée pour estimer le poten-
le caractère « validé en puissance » ou non, ont tiel d’électrification des besoins de chaleur par

Tableau 2.29 Gisement d’électrification des procédés industriels atteint à l’horizon 2030 (hors PAC et chaudières)

Atteinte des Atteinte


objectifs PPE/ partielle des
SNBC en fin objectifs Trajectoire Trajectoire
d’horizon PPE/SNBC basse haute

Part du gisement technique réalisé en 2030 :


- validé en puissance 7,5 % 3,5 % 1,0 % 7,5 %
- additif 2% 0,5 % 0,0 % 2%

Économie d’électricité résultante en 2030 (TWh) 2,0 0,8 0,2 2,0

76
Hypothèses de demande d’électricité en France .2

l’utilisation de pompes à chaleur industrielles. consommation (de 10 à 40 TWh selon les trajec-
Le potentiel identifié dans l’étude pour des besoins toires) pourra passer par différentes solutions : un
de chaleur inférieurs à 100 °C a été extrapolé aux recours accru à la biomasse, à la filière hydrogène
besoins de chaleurs allant jusqu’à 150 °C. En effet, et/ou aux chaudières électriques. Ces dernières
une veille technologique montre que les pompes présentent de nombreux avantages techniques
à chaleur peuvent déjà atteindre des tempéra- (modulation de la puissance de chauffe, mainte-
tures largement supérieures à 100 °C et pourraient nance réduite, etc.) mais sont encore peu présentes
constituer à terme une solution pour des usages dans le parc de chaudières industrielles (0,2 TWh de
allant jusqu’à cette température de 150 °C. consommation environ). Leur compétitivité par rap-
port aux chaudières au gaz devrait toutefois s’amé-
La consommation potentielle de combustibles ou liorer avec l’augmentation du prix du CO2.
de vapeur substituable par des pompes à chaleur
serait ainsi de 18,5 TWh (dont 13,5 validés en Le parc de chaudières industrielles est globalement
puissance), avec en corollaire une consommation assez ancien : 30 % environ de sa consommation
électrique additionnelle de 5,3 TWh (dont 3,9 TWh énergétique est le fait d’installations ayant plus de
validés en puissance). 35 ans d’âge. Le déploiement de solutions décar-
bonées devra donc être favorisé à l’horizon des
Enfin, la consommation résiduelle de com- prochaines années lors du renouvellement de ce
bustibles sous chaudière à horizon 2050 a été parc ancien.
estimée, en prenant en compte l’ensemble des
différents effets sur cette consommation (effets Les hypothèses de part du gisement atteinte en
« volume », « structure », « efficacité énergétique », 2030 pour les pompes à chaleur et les chaudières
« électrification »…). La décarbonation de cette électriques sont présentées dans le tableau 2.30.

Tableau 2.30 Gisement d’électrification des consommations sous chaudière dans l’industrie atteint à l’horizon 2030

Atteinte des Atteinte


objectifs PPE/ partielle des
SNBC en fin objectifs PPE/ Trajectoire Trajectoire
d’horizon SNBC basse haute

Part du gisement technique réalisé en 2030


- Pompes à chaleur 7,5 % 3,5 % 1,0 % 7,5 %
- Chaudières 3,0 % 2,0 % 0,0 % 3%

Consommation d’électricité additionnelle


en 2030 (TWh)
- Pompes à chaleur 0,2 0,1 0,0 0,2
- Chaudières 1,8 1,3 0,6 1,9

BILAN PRÉVISIONNEL de l’équilibre offre-demande d’électricité en France I ÉDITION 2021 77


Synthèse des consommations PPE/SNBC), sous les effets combinés de la reprise
du secteur industriel d’activité et de l’électrification des consommations
énergétiques de l’industrie, catalysée par la transi-
Au global, au-delà du fort ralentissement d’activité tion énergétique (cf. figures 2.56 et 2.57). Seule la
de 2020 lié à la crise sanitaire, la consommation trajectoire basse, caractérisée par un contexte éco-
d’électricité dans l’industrie devrait rebondir en nomique moins porteur pour l’industrie, demeure
2021 et retrouver des niveaux proches de ceux orientée à la baisse, ce qui constitue une rupture
observés en 2019 dans les deux scénarios cen- par rapport aux années passées.
traux (atteinte et atteinte partielle des objectifs

Figure 2.56 Trajectoires de consommation d’électricité du secteur industriel

150

140

130

120

110
TWh

100

90
Historique
80 Atteinte des objectifs PPE/SNBC
en fin d’horizon
70 Atteinte partielle des objectifs PPE/SNBC
Trajectoire basse
60 Trajectoire haute
2005 2010 2015 2020 2025 2030

Décomposition en effets de l’évolution de la consommation d’électricité du secteur industriel


Figure 2.57 
entre 2019 et 2030 dans le scénario « Atteinte des objectifs PPE/SNBC en fin d’horizon »

140

+6,8 -0,9 +1,2 -0,9 -11,3


120 113,2 +1,8 112,1
+2,0 +0,2

100

80
TWh

60

40

20

0
Consommation Effet Effet Recyclage Recyclage Efficacité Électrification Pompes Chaudières Consommation
2019 Volume structure acier autres IGCE énergétique à chaleur électriques 2030

78
Hypothèses de demande d’électricité en France .2

Tableau 2.31 Évolution de la consommation par usage dans le secteur industriel selon les trajectoires (TWh)

2019 2030

Atteinte des
objectifs Atteinte
PPE/SNBC partielle des
en fin objectifs Trajectoire Trajectoire
d’horizon PPE/SNBC basse haute

Industrie agroalimentaire 20,6 20,2 20,4 20,6 20,9

Sidérurgie 11,0 12,0 11,9 11,0 12,2

Métallurgie et mécanique (hors automobile) 24,4 25,1 25,0 20,2 27,0

Minéraux et matériaux 9,4 9,2 9,1 7,9 9,5

Chimie et parachimie 20,8 19,0 19,4 16,4 20,3

Construction automobile 5,3 5,1 5,1 4,7 5,3

Industrie du papier et du carton 7,3 8,0 8,1 7,7 8,3

Industries diverses 12,9 12,0 12,4 10,1 13,4

Non réparti 1,5 1,5 1,5 1,5 1,5

TOTAL INDUSTRIE 113,2 112,1 113,0 100,1 118,5

BILAN PRÉVISIONNEL de l’équilibre offre-demande d’électricité en France I ÉDITION 2021 79


2.7 L’accélération du développement de l’électromobilité
devrait orienter la consommation électrique du secteur
des transports fortement à la hausse

Consommation d’électricité
Tableau 2.32 Consommation d’électricité du secteur
du secteur des transports en 2019
des transports en 2019 pour la France
continentale Le secteur des transports a représenté en 2019
une consommation d’électricité de 12,7 TWh, soit
Consommation 2019 2,7 % de la demande intérieure d’électricité en
Libellé
(TWh) France continentale.
Transport ferroviaire 11,7
Le secteur des transports considéré dans ce docu-
dont transport interurbain ment recouvre toutes les entreprises de France
5,6
de passagers
continentale, dont la puissance souscrite est supé-
dont transport urbain rieure à 36 kVA66, et dont l’activité fait partie des
3,8
de passagers
classes de la Nomenclature d’activités écono-
dont transport
1,8
miques pour l’étude des livraisons et consomma-
de marchandises tions d’énergie (NCE) allant de 40 à 44. Il recouvre
dont hors traction 0,5 également une estimation de l’énergie consom-
mée pour la recharge des véhicules électriques ou
Transport fluvial et maritime 0,03
hybrides rechargeables.
Transport aérien 0,2
Le tableau 2.32 fournit la décomposition de la
Véhicules routiers électriques 0,7
consommation d’électricité par modes de transport
Total secteur des transports 12,7 pour l’année 2019 sur le périmètre analysé dans le
Bilan prévisionnel, à savoir la France continentale.

La consommation d’électricité du secteur des trans-


Figure 2.58 Répartition par modes de la demande ports est donc aujourd’hui très majoritairement – à
électrique du secteur des transports
plus de 92 % – liée à celle du transport ferroviaire.
pour l’année 2019
Les véhicules routiers électriques (très majoritai-
2% rement véhicules légers électriques ou hybrides
0,2 %
6%
rechargeables, complétés de bus électriques),
4% usage en fort développement, représentaient en
 ransport ferroviaire
T
interurbain de 2019 une consommation estimée à 0,7 TWh, soit
14 % passagers
prêt de 6 % environ de la consommation électrique
Transport ferroviaire
44 % urbain de passagers des transports (cf. figure 2.58).
12,7 TWh   Transport ferroviaire
de marchandises
Transport ferroviaire
hors traction
La consommation d’électricité du secteur des
Transports fluvial et transports a connu une légère croissance ces der-
30 % maritime
Transport aérien nières années, avec un taux de croissance annuel
  Véhicules routiers moyen (TCAM) de +0,4 % entre 2001 et 2019
électriques
(cf. figure 2.59).

66. Les entreprises souscrivant une puissance inférieure à 36 kVA sont traitées dans le secteur tertiaire.

80
Hypothèses de demande d’électricité en France .2

Figure 2.59 Évolution de la demande électrique du secteur des transports

16

14 Véhicules routiers
 
électriques
12 Transport aérien
Transports fluvial
10 et maritime
Transport ferroviaire
TWh

8 hors traction
  Transport ferroviaire
6 de marchandises
Transport ferroviaire
4
urbain de passagers
2 Transport ferroviaire
interurbain de
0 passagers
2001 2003 2005 2007 2009 2011 2013 2015 2017 2019

Cette évolution d’ensemble masque toutefois des


disparités selon les différents modes. Ainsi, la
Figure 2.60 Évolution du trafic ferroviaire
consommation électrique du transport ferroviaire
de passagers et part modale
a crû de +0,1 % par an en moyenne sur la même
période, du fait : 140
11,4%
uu d’une hausse moyenne de 0,8 % par an du 120 11,6%
transport ferroviaire interurbain de passagers ;
1009,7%
uu d’une hausse moyenne de 2,0 % par an du
transport ferroviaire urbain de passagers ; 80
Gpkm

uu d’une baisse moyenne de 3,1 % par an du trans-


60
port ferroviaire de marchandises ;
40
uu d’une baisse moyenne de 3,3 % par an des
consommations d’électricité hors traction. 20
x% Part modale dans le trafic passagers
0
Cette légère hausse d’ensemble n’est toutefois plus 2001 2003 2005 2007 2009 2011 2013 2015 2017 2019

perceptible depuis 2010 et a fait place à une relative


données : SDES
stabilité de la consommation électrique des transports.

Cette évolution, essentiellement liée à celle du Figure 2.61 Évolution du trafic ferroviaire
transport ferroviaire, s’explique en grande partie de marchandises et part modale
par les effets conjugués :
60
uu de gains d’efficacité énergétique : la SNCF
notamment s’est engagée depuis quelques 50
années dans un plan de forte réduction de sa 15,7%

consommation énergétique ; 40
9,6%
uu d’une inflexion de la croissance du trafic ferro-
Gtkm

30
viaire de passagers (cf. figure 2.60), due à une
9,4%
stabilisation (voire une légère baisse) de la part 20
modale des transports ferrés depuis 2010.
10
x% Part modale dans le trafic marchandises
… et ce malgré une relative stabilisation du fret 0
ferroviaire depuis 2010 (et de la part modale du 2001 2003 2005 2007 2009 2011 2013 2015 2017 2019

transport ferré de marchandises), faisant suite à données : SDES


une longue période de baisse (cf. figure 2.61).

BILAN PRÉVISIONNEL de l’équilibre offre-demande d’électricité en France I ÉDITION 2021 81


Une modélisation basée Évolution du trafic de passagers
sur une approche modale et des parts modales

La modélisation du secteur des transports repose Le trafic global de passagers s’est élevé en 2018 à
sur une approche modale, qui permet de décliner 945 Gpkm (source : compte des transports 2018,
le besoin global de transport de passagers et de SDES). La répartition modale de ce trafic global
marchandises selon les différents modes de trans- montre une très large prépondérance de la voiture
port et d’assurer ainsi la cohérence d’ensemble particulière (cf. figure 2.62).
de l’évolution projetée des différentes filières de
transport. Ce trafic global de passagers s’inscrit à la hausse
depuis plusieurs décennies : il a ainsi crû de 0,9 %
Les données statistiques sur la mobilité en France, par an en moyenne entre 1990 et 2018. Cette évo-
sur lesquelles repose la modélisation, sont issues lution peut être décomposée en deux périodes :
du Service de la donnée et des études statistiques entre 1990 et 2002, le rythme moyen de crois-
(SDES) du ministère de la Transition écologique et sance a été d’environ 1,5 % par an ; il s’est par la
solidaire. Les hypothèses intègrent celles qui sous- suite ralenti pour s’établir à 0,4 % entre 2002 et
tendent la trajectoire de consommation du scéna- 2018 (cf. figure 2.63).
rio AMS de la SNBC.
L’évolution démographique ayant été assez régu-
La méthode consiste, dans un premier temps, à lière sur la période, cette inflexion est essentiel-
projeter le trafic global de passagers (exprimé en lement due à une relative stagnation, depuis le
milliards de [Link]) sur l’horizon de prévi- tournant des années 2000, du besoin moyen de
sion, puis d’appliquer des hypothèses de parts de mobilité par personne en France (cf. figure 2.64),
marché modales (véhicules individuels, transport après une période de croissance quasi continue.
routier collectif, transport aérien, transport ferro-
viaire, etc.) sur ce trafic global afin de déterminer Les hypothèses d’évolution retenues sont en ligne
le trafic de passagers projeté pour chacun de ces avec celles de la trajectoire SNBC et supposent une
modes de transport. Une approche modale simi- légère croissance du besoin de mobilité par per-
laire est utilisée pour le trafic de marchandises sonne, qui approcherait 14 800 km/an en 2030, à
(exprimé en milliards de [Link]). l’exception de la trajectoire basse pour laquelle ce

Une consommation unitaire (par Gpkm ou par


Gtkm), prenant en compte une éventuelle amé-
lioration de l’efficacité énergétique, est ensuite
appliquée aux volumes de trafic par mode pour Figure 2.62 Parts modales du transport
de passagers en 2018
déterminer la consommation électrique sur l­’horizon
de prévision. 1%

Pour les nouveaux modes de transport électrique 2%


en développement (véhicules légers électriques 10 % 1 %
ou hybrides rechargeables, bus électriques, poids 1%
lourds électriques), la méthode utilisée repose sur 6%
une estimation du parc de véhicules, en prenant  éhicules particuliers
V
en compte différents facteurs socio-économiques Transport collectif
routier
et de son utilisation moyenne. Deux roues motorisés
Transport ferroviaire
interurbain
79 %   Transport ferroviaire
urbain
Transport aérien
Vélo

82
Hypothèses de demande d’électricité en France .2

Figure 2.63 Évolution historique Figure 2.64 Évolution historique du besoin moyen
du trafic de passagers de mobilité par personne

1 000 16 000

900
15 000
800
+0,4%/an
700
+1,5%/an 14 000
600

km/an
Gpkm

500 13 000

400
12 000
300

200
11 000
100

0 10 000
1990 1995 2000 2005 2010 2015 1990 1995 2000 2005 2010 2015

besoin se contracte légèrement (14 400 km/an en Les hypothèses d’évolution des parts modales sont
2030) sous l’effet de la contrainte budgétaire des en phase avec celles du scénario SNBC dans les
ménages. trajectoires « Atteinte des objectifs PPE/SNBC en
fin d’horizon » et haute. Elles se traduisent par une
Combinée avec l’évolution du scénario démogra- contraction de la part des véhicules particuliers, au
phique central de l’INSEE (67,2 millions d’habi- profit des modes collectifs (intégrant le Grand Paris
tants en France métropolitaine en 2030), cette express, qui renforce significativement l’offre avec
hypothèse se traduirait par une croissance modé- des nouvelles lignes) et de la mobilité douce. La
rée du trafic de passagers en France à l’horizon trajectoire basse suppose une stagnation du mix
2030 (cf. tableau 2.33). modal (cf. tableau 2.34).

Tableau 2.33 Évolution du transport de passagers en France selon les trajectoires

2019 2030

Atteinte des
objectifs Atteinte
PPE/SNBC partielle des
en fin objectifs Trajectoire Trajectoire
d’horizon PPE/SNBC basse haute

Besoin annuel de mobilité par personne (km) 14 600 14 800 14 800 14 400 14 800

Population (millions) 64,8 67,3 67,3 67,3 67,3

Trafic passagers (Gpkm) 947 993 993 968 993

BILAN PRÉVISIONNEL de l’équilibre offre-demande d’électricité en France I ÉDITION 2021 83


Tableau 2.34 Parts modales du transport de passagers en 2030 selon les différentes trajectoires

2019 2030
Atteinte des
objectifs Atteinte
PPE/SNBC partielle des
en fin objectifs Trajectoire Trajectoire
d’horizon PPE/SNBC basse haute
Véhicules particuliers 78,7 % 73,9 % 76,3 % 76,3 % 73,9 %
Transport collectif routier 6,2 % 7,1 % 6,6 % 6,6 % 7,1 %
Deux roues motorisés 1,5 % 1,4 % 1,4 % 1,4 % 1,4 %
Transport ferroviaire interurbain 10,3 % 12,0 % 11,1 % 11,1 % 12,0 %
Transport ferroviaire urbain 1,1 % 1,4 % 1,3 % 1,3 % 1,4 %
Transport aérien 1,7 % 1,6 % 1,6 % 1,6 % 1,6 %
Vélo 0,6 % 2,6 % 1,6 % 1,6 % 2,6 %
TOTAL 100 % 100 % 100 % 100 % 100 %

Évolution du trafic de marchandises global montre une très large prépondérance du


et des parts modales transport routier (cf. figure 2.65).

Le trafic global de marchandises s’est élevé en Le trafic global de marchandises a crû sur un rythme
2018 à 332 Gtkm (source : compte des transports soutenu, +2,7 % par an en moyenne, entre 1990 et
2018, SDES)67. La répartition modale de ce trafic 2008. Cette tendance a été interrompue par la crise

Figure 2.65 Parts modales du transport Figure 2.66 Évolution historique du trafic
de marchandises en 2018 de marchandises

400
+2,7%/an +0,6%/an
2% 350
10 %
300

250
Gtkm

200

150

100

Routier (> 3,5 t) 50


88 % Ferroviaire
Fluvial 0
1990 1995 2000 2005 2010 2015

67. Tableau E1.a « les transports intérieurs terrestres de marchandises », en excluant, comme dans le scénario SNBC, du périmètre le transport par oléoducs et
le transport par véhicules utilitaires légers (traités par ailleurs)

84
Hypothèses de demande d’électricité en France .2

Tableau 2.35 Parts modales du transport de marchandises en 2030 selon les différentes trajectoires

2019 2030
Atteinte des
objectifs Atteinte
PPE/SNBC partielle des
en fin objectifs Trajectoire Trajectoire
d’horizon PPE/SNBC basse haute
PIB (G€ 2014) 2323 2533 2533 2361 2656
Gain logistique annuel - 0,5 % 0,5 % 0,7 % 0,5 %
Trafic total marchandises (Gtkm) 334 344 344 314 361
Part modale du transport routier 88,3 % 86,2 % 87,3 % 87,3 % 86,2 %
Part modale du transport ferroviaire 9,7 % 11,4 % 10,5 % 10,5 % 11,4 %
Part modale du transport fluvial 2,0 % 2,4 % 2,2 % 2,2 % 2,4 %

économique (trafic en baisse de 14 % en 2009) et a Pour le transport en train, les consommations


depuis laissé place à une tendance haussière sensi- unitaires historiques (en Wh/[Link] pour les trains
blement plus modérée, de l’ordre de +0,6 % par an de voyageurs et en Wh/[Link] pour les trains de
en moyenne entre 2010 et 2018 (cf. figure 2.66). marchandises) sont estimées à partir de l’histo-
rique de consommation électrique pour la trac-
L’évolution du trafic de marchandises est considérée tion ferroviaire (hors consommations électriques
comme intimement liée à celle de l’activité écono- stationnaires)68. Cet historique est représenté en
mique, modulo des gains logistiques, liés notam- figure 2.67.
ment à l’économie circulaire et aux circuits courts.

À l’instar de celles du transport de passagers, les


hypothèses d’évolution des parts modales sont
également adhérentes à celles du scénario SNBC Figure 2.67 Consommation d’électricité
pour les trajectoires « Atteinte des objectifs PPE/ pour la traction ferroviaire
SNBC en fin d’horizon » et haute, et tablent sur
9
-0,6%/an
une légère baisse de la part du transport routier, +2,5%/an
8
au profit du transport ferroviaire. Les autres trajec-
7
toires tablent sur une moindre déformation du mix
modal (cf. tableau 2.34). 6

5
TWh

4
Consommation du transport 3
ferré interurbain 2

1
À partir des hypothèses d’évolution du trafic global
0
et des parts modales, le trafic de passagers et le 1990 1995 2000 2005 2010 2015
fret réalisés en mode ferré peuvent être projetés
sur l’horizon de prévision.

68. Données fournies dans le « Mémento de statistiques des transports 2018 », tableau 2.9.1, SDES
[Link]

BILAN PRÉVISIONNEL de l’équilibre offre-demande d’électricité en France I ÉDITION 2021 85


Tableau 2.36 Consommation du transport ferré interurbain à l’horizon 2030 dans les différentes trajectoires

2019 2030
Atteinte des
objectifs Atteinte
PPE/SNBC partielle des
en fin objectifs Trajectoire Trajectoire
d’horizon PPE/SNBC basse haute

Transport ferré interurbain de passagers (TWh) 5,6 6,1 5,8 5,8 6,2

Transport ferré de marchandises (TWh) 1,8 2,0 1,9 1,8 2,1

Hors traction (TWh) 0,5 0,5 0,5 0,5 0,5

Total transport ferré interurbain (TWh) 7,9 8,6 8,2 8,1 8,8

L’historique de la consommation d’électricité pour embarqués. La SNCF a en outre adopté des mesures
la traction ferroviaire fait apparaître une période visant à atteindre de 8 à 12 % d’économie d’énergie
de croissance entre 1990 et 2002, sur un rythme au travers de programmes d’éco-­stationnement et
moyen d’environ 2,5 % par an, suivi depuis d’une d’éco-conduite.
période de légère baisse, sur un rythme moyen
d’environ -0,6 % par an. Les hypothèses retenues pour l’élaboration des
trajectoires sont les suivantes :
Ces évolutions s’expliquent en partie par une baisse uu une baisse de 10 % de la consommation unitaire
puis une stagnation du fret après la crise écono- à l’horizon 2030 dans la trajectoire « Atteinte
mique de 2008, qui contrebalance la croissance du des objectifs PPE/SNBC en fin d’horizon » ;
trafic de passagers. Elles s’expliquent également uu une baisse de 8 % au même horizon dans les
par une légère augmentation de l’efficacité éner- trajectoires « Atteinte partielle des objectifs
gétique du transport ferroviaire. PPE/SNBC » et haute ;
uu enfin, une baisse de 5 % seulement dans la tra-
Cette donnée de consommation électrique globale, jectoire basse, du fait d’une moindre capacité
croisée avec les historiques de trafic passagers et d’investissement.
de marchandises, permet d’estimer par corrélation
les consommations unitaires d’électricité par [Link] Le croisement des projections de trafic et de
et par [Link] : consommations unitaires permet d’élaborer une
uu transport de passagers : 58 Wh/[Link] trajectoire de consommation (cf. tableau 2.36).
uu transport de marchandises : 57 Wh/[Link]
À noter qu’aux consommations de traction fer-
L’évolution de ces consommations unitaires devrait roviaire s’ajoutent celle des installations station-
s’inscrire en légère baisse, via l’amélioration du naires. Compte tenu de l’enjeu de consommation
matériel roulant (aérodynamisme, allègement, faible sur ce poste, une hypothèse de stabilité est
fonctions auxiliaires), la récupération de l’éner- retenue à l’horizon 2030.
gie de freinage, la généralisation de compteurs

86
Hypothèses de demande d’électricité en France .2

Consommation du transport Cette évolution haussière est essentiellement liée


ferré urbain à la croissance du trafic, dont la hausse annuelle
moyenne est de 1,7 % depuis 1990, avec là aussi
Une approche similaire est utilisée pour le trans- un ralentissement, puisque le rythme annuel
port ferré urbain de passagers (métro, tramway). moyen de la hausse du trafic urbain de passagers
n’est plus que de 1,2 % depuis 2010.
À partir des hypothèses d’évolution du trafic global
et des parts modales, le trafic urbain de passagers Le croisement des projections de trafic ferré urbain
réalisé en mode ferré peut être projeté sur l’hori- avec une évolution des consommations unitaires
zon de prévision. apparentes similaire à celle du transport interurbain
permet de projeter la consommation électrique à
La consommation d’électricité pour le transport l’horizon 2030 selon les différentes trajectoires
urbain de passagers a crû de façon quasi conti- (cf. tableau 2.37).
nue depuis 1990, sur un rythme annuel moyen de
2,5 % (cf. figure 2.68). Cette croissance se ralentit
toutefois quelque peu puisqu’elle s’est établie à un
rythme annuel moyen de 1,0 % depuis 2010. Consommation du transport
fluvial, du transport maritime
et de la navigation côtière

La consommation d’électricité du transport fluvial,


Figure 2.68 Consommation d’électricité
pour le transport ferré urbain du transport maritime et de la navigation côtière
est modeste : 30 GWh en 2019.
4,5

4,0 En avril 2008, l’OMI (Organisation maritime inter-


+2,5%/an
3,5 nationale) a mis en révision l’annexe VI de la
3,0 convention Marpol (marine pollution), qui régle-
2,5
mente la pollution de l’air par les navires, avec à la
TWh

clé un abaissement drastique des taux d’émissions


2,0
de soufre des navires à 0,1 % dans des zones spé-
1,5
cifiques dites SECA (Sulfur Emission Control Area –
1,0 zones de contrôles des émissions de soufre :
0,5 Baltique, Manche et mer du Nord) au 1er janvier
0 2015 et, pour l’ensemble des eaux, à 0,5 % en
1990 1995 2000 2005 2010 2015
2020 ou en 2025.

Tableau 2.37 Consommation du transport ferré urbain en 2030 selon les différentes trajectoires

2019 2030
Atteinte des
objectifs Atteinte
PPE/SNBC partielle des
en fin objectifs Trajectoire Trajectoire
d’horizon PPE/SNBC basse haute

Transport ferré urbain de passagers (TWh) 3,8 4,4 4,1 4,1 4,5

BILAN PRÉVISIONNEL de l’équilibre offre-demande d’électricité en France I ÉDITION 2021 87


La « directive soufre » de 2013 qui transpose
Marpol VI dans le droit européen est en vigueur
Figure 2.69 Consommation d’électricité
depuis janvier 2015. du transport aérien

Dans ce contexte, et afin de réduire la nocivité du 300

transport maritime pour les populations côtières,


250
de plus en plus de ports mettent au point avec
les compagnies maritimes des systèmes de bran- 200
chement électrique des navires à quai qui évitent

TWh
l’utilisation des moteurs auxiliaires. La prise en 150
compte croissante des questions environnemen-
tales donne ainsi lieu à une multiplication des 100

engagements et des chartes signées entre les


50
villes et leurs ports.
0
Dans ce cadre, un arrêté du 8 décembre 2017 pré- 2001 2003 2005 2001 2009 2011 2013 2015 2017 2019

voit que des systèmes de connexion haute tension


soient mis en œuvre pour alimenter les navires de
mer nécessitant une alimentation électrique supé-
rieure à 1 MW, en escale dans un port.
en dépit de la croissance du trafic aérien (+40 %
Un rapport de 2009 (« Étude du branchement des ­environ sur la même période).
navires aux réseaux d’alimentation électrique
terrestres ») a estimé le potentiel en France de L’amélioration sous-jacente de l’efficacité en
consommation que pourrait induire la générali- matière de consommation électrique pourrait toute-
sation du branchement des navires à quai (ports fois être partiellement contrebalancée à terme par
de Dunkerque, Le Havre, Marseille et Rouen) : une électrification du roulage des appareils. On ne
il ­s’élèverait, à terme, à 425 GWh environ. considère par ailleurs pas d’émergence significative
d’une motorisation électrique des avions en vol.
La réalisation de ce gisement à l’horizon 2030 est
donc retenue dans toutes les trajectoires, pour les- Au global, la consommation d’électricité du trans-
quelles la consommation s’élève à 450 GWh. La dyna- port aérien en France à l’horizon 2030 évolue rela-
mique de mise en œuvre est toutefois considérée plus tivement peu selon les différentes trajectoires et
rapide dans les trajectoires « Atteinte des objectifs demeure de l’ordre de 0,2 TWh.
PPE/SNBC en fin d’horizon » et haute, dans lesquelles
le gisement est pleinement atteint dès 2025.
Consommation des véhicules légers
À noter qu’à l’horizon 2030, l’électrification de électriques
la motorisation des navires n’est pas considérée
comme significative. L’analyse du développement de l’électromobilité
et de ses impacts sur le système électrique a fait
l’objet de travaux menés dans le cadre d’un large
Consommation du transport aérien groupe de travail, piloté par RTE en collaboration
avec AVERE-France. Ces travaux ont été restitués
Le transport aérien a représenté en 2019 une dans un rapport69, publié en mai 2019, et qui sera
consommation d’électricité de 215 GWh. Cette prochainement complété par un rapport technique
consommation est demeurée relativement détaillant les éléments de modélisation avec une
constante depuis 2001 (cf. figure 2.69), et ce granulométrie fine.

69. [Link]

88
Hypothèses de demande d’électricité en France .2

Les trajectoires du présent Bilan prévisionnel


reprennent les principes de modélisation et les
Figure 2.70 Immatriculations annuelles de véhicules
principales hypothèses de ce rapport. légers neufs 100 % électriques ou
hybrides rechargeables
En 2018, le parc de véhicules particuliers et uti-
litaires légers, toutes motorisations confondues, 200 000
180 000
s’établissait en France à 38,9 millions d’unités :
160 000
32,7 millions de véhicules particuliers et 6,2 mil- 140 000
lions de véhicules utilitaires légers. 120 000
100 000
Le parc de véhicules particuliers suit une trajec- 80 000
60 000
toire haussière (+40 % entre 1990 et 2018), liée
40 000
à l’accroissement de la population (et plus pré-
20 000
cisément du nombre de ménages : +34 % entre 0
1990 et 2018) et à l’augmentation du taux d’équi- 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019 2020

pement des ménages (1,13 véhicule particulier par Véhicules particuliers électriques
ménage en 2018 contre 1,07 en 1990). Ce taux Véhicules particuliers hybrides rechargeables
Véhicules utilitaires légers électriques
avait toutefois atteint 1,17 en 2003 avant de s’in-
fléchir et d’entamer une légère baisse, témoignant
d’une évolution dans le rapport à l’automobile.

Le parc actuel de véhicules particuliers utilise de mai 2020, dans un contexte de sévérisation
majoritairement le gazole comme source d’éner- des normes européennes d’émissions maximales
gie, à près de 60 %. Cette part se contracte tou- autorisées pour les véhicules automobiles (norme
tefois depuis plusieurs années, essentiellement au Euro 6 en vigueur et norme Euro 7 en discussion).
profit de l’essence, sous l’effet d’une fiscalité moins
avantageuse que par le passé : en atteste la part Bien que la population soit amenée à croître dans
de marché du gazole dans les immatriculations les prochaines années, le parc de véhicules parti-
de véhicules neufs qui ne s’élève plus qu’à 38 % culiers à l’horizon 2030 est susceptible de stagner,
en 2018. voire de se contracter par rapport au niveau actuel
sous l’effet de plusieurs phénomènes. D’une part,
En revanche, le parc de véhicules utilitaires légers l’usage de la voiture individuelle pourrait se réduire
conserve une très forte appétence pour le gazole, avec le développement des alternatives au véhi-
puisque près de 96 % du parc et 94 % des immatri- cule particulier (transports en commun, mobilités
culations neuves concernent des véhicules utilisant douces), les politiques de limitation de la place de la
ce carburant. voiture en ville et le développement du télétravail.
D’autre part, l’intensification de l’utilisation des
Le parc de véhicules électriques à batterie ou véhicules que ce soit en taux d’occu­pation (effet
hybrides rechargeables demeure relativement du covoiturage) ou en durée d’utilisation (effet
modeste, de l’ordre de 0,7 % de l’ensemble du parc de l’autopartage) pourrait, à besoin de mobilité
des véhicules légers, mais son développement est par personne constant, conduire à une ­réduction
particulièrement rapide, comme en atteste l’évo- du parc.
lution du nombre d’immatriculations de véhicules
neufs électriques, qui s’est fortement accéléré en Pour les véhicules particuliers, la projection du tra-
2020 (cf. figure 2.70). Sur l’année 2020, les véhi- fic de passagers assuré par l’automobile est obte-
cules particuliers 100 % électriques et hybrides nue par croisement du trafic global de passagers
rechargeables ont représenté plus de 11 % des et de la part modale de l’automobile. Dans le cas
immatriculations de véhicules neufs. Cette forte de la trajectoire « Atteinte des objectifs PPE/SNBC
croissance en 2020 a été notamment stimulée par en fin d’horizon », les hypothèses retenues sont
les aides à l’acquisition de véhicules propres, boni- cohérentes avec celles de la trajectoire AMS de la
fiées dans le cadre du plan de relance automobile SNBC.

BILAN PRÉVISIONNEL de l’équilibre offre-demande d’électricité en France I ÉDITION 2021 89


Tableau 2.38 Parc total de véhicules légers électriques à l’horizon 2030

2019 2030

Atteinte des
objectifs Atteinte
PPE/SNBC partielle des
en fin objectifs Trajectoire Trajectoire
d’horizon PPE/SNBC basse haute

Parc total de véhicules légers (millions) 38,9 38,3 39,3 38,0 38,3

Ainsi, dans cette trajectoire, le trafic de passagers de VUL en France devrait poursuivre sa croissance
assuré par l’automobile devrait être relativement pour atteindre 6,5 millions d’unités en 2030, contre
atone, la croissance du trafic global étant contre- 6,2 millions en 2018.
balancée par la contraction de la part modale de
l’automobile pour atteindre 735 Gpkm en 2030. Au total, dans la trajectoire « Atteinte des objectifs
PPE/SNBC en fin d’horizon », l’évolution du parc de
Avec une hypothèse de taux d’occupation moyen véhicules légers immatriculés en France devrait être
des véhicules particuliers en hausse (1,70 passa- relativement atone, avec un parc qui se situerait à
ger par véhicule en 2030, contre 1,62 en 2018), 38,3 millions d’unité en 2030, contre 38,9 en 2018.
conformément aux hypothèses de la SNBC, le tra-
fic de véhicules devrait dans cette trajectoire bais- Le tableau 2.38 recense le parc atteint en 2030
ser légèrement, pour les véhicules immatriculés en pour les autres trajectoires.
France, et s’établir à 430 Gvé[Link] en 2030.
Des hypothèses d’évolution des parts de marché de
Cette projection, combinée à une hypothèse d’évo- l’électricité ont ensuite été élaborées sur les ventes
lution baissière du kilométrage annuel moyen par annuelles de véhicules particuliers et de véhicules
véhicule de 0,3 % par an à l’horizon 2030 (effet du utilitaires légers (établies à partir d’un modèle de
télétravail, de la politique de la ville…), permet d’éva- parc), et validées par les parties prenantes durant
luer l’évolution du parc total de véhicules particuliers les concertations sur la demande. Ces parts de
nécessaires pour répondre aux besoins de mobilité. marché sont déclinées selon les différents types
de véhicules électriques : 100 % batterie, hybrides
Ce parc de véhicules devrait se stabiliser avant de rechargeables ou hydrogène.
décroître légèrement pour s’établir à 31,8 millions
d’unités en 2030 contre 32,7 millions en 2018. Le tableau suivant fournit les hypothèses de parts
de marché retenues pour les véhicules électriques
Pour les véhicules utilitaires légers, les hypothèses ou hybrides rechargeables dans les différentes tra-
sont également calées sur celle de la trajectoire SNBC. jectoires sur les ventes de véhicules neufs, ainsi que
la pénétration globale sur le parc total de véhicules.
Ainsi, le bilan de la circulation des VUL passerait
de 102 Gvé[Link] en 2018 à 107 Gvé[Link] en 2030. La figure 2.71 représente l’évolution du parc70
Sur la base d’un kilométrage annuel moyen relati- automobile électrique, 100 % batterie ou hybride
vement stable autour de 16 500 km, le parc total rechargeable, selon les différentes trajectoires.

70. Il s’agit ici du parc moyen sur l’année.

90
Hypothèses de demande d’électricité en France .2

Tableau 2.39 Hypothèses de développement des véhicules légers électriques en 2030

2019 2030

Atteinte des
objectifs Atteinte
PPE/SNBC partielle des
en fin objectifs Trajectoire Trajectoire
d’horizon PPE/SNBC basse haute

Véhicules particuliers

Part de marché dans les ventes


Véhicules 100 % électriques 1,9 % 44,7 % 24,5 % 24,5 % 44,7 %
Véhicules hybrides rechargeables 0,8 % 15,3 % 19,7 % 19,7 % 15,3 %
TOTAL 2,7 % 60 % 44,2 % 44,2 % 60,0 %

Part de marché sur le parc


Véhicules 100 % électriques 0,5 % 13,5 % 8,0 % 8,1 % 13,5 %
Véhicules hybrides rechargeables 0,2 % 6,2 % 6,5 % 6,6 % 6,2 %
TOTAL 0,7 % 19,7 % 14,5 % 14,7 % 19,7 %

Véhicules utilitaires légers

Part de marché dans les ventes


Véhicules 100 % électriques 1,9 % 26,0 % 15,2 % 15,2 % 26,0 %
Véhicules hybrides rechargeables 0,0 % 7,3 % 9,7 % 9,7 % 7,3 %
TOTAL 1,9 % 33,3 % 24,9 % 17,9 % 33,3 %

Part de marché sur le parc


Véhicules 100 % électriques 0,8 % 10,6 % 6,4 % 6,4 % 10,6 %
Véhicules hybrides rechargeables 0,0 % 2,5 % 3,6 % 3,6 % 2,5 %
TOTAL 0,8 % 13,1 % 10,0 % 10,0 % 13,1 %

Total véhicules légers

Part de marché dans les ventes


Véhicules 100 % électriques 1,9 % 41,4 % 22,9 % 22,9 % 41,4 %
Véhicules hybrides rechargeables 0,7 % 13,9 % 17,9 % 17,9 % 13,9 %
TOTAL 2,6 % 55,3 % 40,8 % 40,8 % 55,3 %

Part de marché sur le parc


Véhicules 100 % électriques 0,5 % 13,0 % 7,7 % 7,8 % 13,0 %
Véhicules hybrides rechargeables 0,2 % 5,6 % 6,0 % 6,1 % 5,6 %
TOTAL 0,7 % 18,6 % 13,7 % 8,7 % 18,6 %

BILAN PRÉVISIONNEL de l’équilibre offre-demande d’électricité en France I ÉDITION 2021 91


La modélisation de la consommation électrique de
ce parc de véhicules électriques ou hybrides rechar-
Figure 2.71 Trajectoires de parc de véhicules légers
geables a été particulièrement détaillée dans les électriques à l’horizon 2030
travaux du groupe de travail « électromobilité », et
intègre différentes variantes portant notamment sur :
8
uu la taille des batteries des véhicules 100 %
7
électriques ;
uu le kilométrage moyen ; 6

millions d'unités
uu l’accès aux points de recharge (domicile,
5
travail…) ;
4
uu la puissance des points de charge ;
uu la fréquence de connexion des utilisateurs ; 3

uu le pilotage de la recharge. 2

1
La stratégie de recharge va dépendre de ces
paramètres et affecter la consommation unitaire 0
2010 2015 2020 2025 2030
moyenne des véhicules électriques.
Atteinte des objectifs PPE/SNBC en fin d’horizon / Trajectoire haute
L’hypothèse retenue correspond aux paramètres Atteinte partielle des objectifs PPE/SNBC / Trajectoire basse
• PPE (et estimation RTE de la SNBC pour 2030)
du scénario Crescendo, appliqués sur les diffé- Contrat stratégique de la filière automobile
rentes trajectoires de développement du parc. Ces
paramètres et les résultats de modélisation en
matière de consommation unitaire sont résumés
sous forme simplifiée dans le tableau 2.40.
La combinaison des projections de parc et de
Pour plus de détails sur la modélisation complexe consommation unitaire permet d’élaborer des tra-
issue des travaux du groupe de travail, le lecteur jectoires de consommation du parc de véhicules
est invité à se reporter au rapport technique sur les légers électriques (cf. tableau 2.41).
enjeux du développement de l’électromobilité pour
le système électrique.

Tableau 2.40 Hypothèses et résultats de modélisation pour les consommations des véhicules légers électriques

2019 2030

Taille médiane de batterie pour les véhicules 100 % électriques (kWh) 36 64

Taille médiane de batterie pour les véhicules hybrides rechargeables (kWh) 7 13

Kilométrage moyen annuel pour les véhicules 100 % électriques (km) 14 000 14 000

Kilométrage moyen annuel pour les véhicules hybrides rechargeables (km) 15 300 15 300

Consommation moyenne par véhicule 100 % électrique (kWh/an) 2 600 2 500

Consommation moyenne par véhicule hybride rechargeable (kWh/an) 2 020 1 930

92
Hypothèses de demande d’électricité en France .2

Tableau 2.41 Projection de consommation électrique des véhicules légers à l’horizon 2030

2019 2030

Atteinte des
objectifs Atteinte
PPE/SNBC partielle des
en fin objectifs Trajectoire Trajectoire
d’horizon PPE/SNBC basse haute

Véhicules 100 % électriques (TWh) 0,6 12,5 7,6 5,2 12,5

Véhicules hybrides rechargeables (TWh) 0,1 4,1 4,6 2,8 4,1

Total véhicules légers (TWh) 0,7 16,6 12,2 8,0 16,6

Consommation des autobus marchés publics (hors véhicules spéciaux tels que
et autocars électriques véhicules sanitaires, militaires etc.). En matière de
transports collectifs routiers, la directive concerne
Au 1er janvier 2019, environ 100 700 autobus et essentiellement les autobus. Les autocars en sont
autocars étaient en circulation en France (dont exemptés en raison de la plus forte maturité du
72 % d’autocars). La motorisation prédominante marché des autobus urbains à faibles émissions ou
est de type diesel (95 %), même si elle est en émissions nulles par rapport à celui des autocars,
légère diminution sur les 15 dernières années. et de la faible prévalence des autocars dans les
marchés publics.
Si les autocars roulent aujourd’hui très majoritai-
rement au gazole, les flottes de bus urbains sont Pour la France, la directive impose un objectif de
déjà constituées pour une partie non négligeable 43 % pour la part d’autobus à faibles émissions
de motorisations « alternatives », notamment les dans les achats publics sur la période 2021-2025
motorisations GNV (gaz naturel pour véhicules) et de 61 % sur la période 2026-2030. Au moins
qui représentaient en 2019 environ 17 % du parc la moitié de l’objectif doit être rempli avec des
des autobus capacitaires (autobus d’au moins autobus zéro-émissions. Le rôle de telles mesures
12 mètres) et 14 % du parc total selon l’UTP. Les concernant les marchés publics est particulière-
bus hybrides non rechargeables représentent ment important pour la décarbonation des flottes
environ 6 % de ce parc. En revanche, la part de de bus, pour lesquelles il est estimé que 75 % des
véhicules électriques (hybrides rechargeables, achats sont des achats publics. Concernant les
tout-électriques ou à hydrogène) est aujourd’hui autobus, sont considérés comme des véhicules
très minoritaire (de l’ordre de 0,5 % du parc). à faibles émissions ceux roulant au gaz naturel
Toutefois, une progression importante des ventes (incluant le biométhane, GNC et GNL), aux bio-
de ces véhicules est envisageable dans les années à carburants d’origine renouvelable, aux combus-
venir, sous l’impulsion des politiques de développe- tibles synthétiques et paraffiniques et au gaz de
ment durable européennes et nationales, ainsi que pétrole liquéfié (GPL). Font partie des véhicules
des politiques locales pour la réduction de la pol- zéro-­émissions, les autobus tout-électriques et les
lution dans les territoires. Notamment, la directive autobus hydrogène (piles à combustible). Le statut
UE 2019/1161, qui modifie la directive « véhicules des autobus hybrides reste à clarifier.
propres » de 2009, impose aux États membres
de l’Union européenne des objectifs minimaux Les effets de ces politiques commencent à être
de présence de véhicules lourds propres dans les visibles dans les immatriculations des véhicules.

BILAN PRÉVISIONNEL de l’équilibre offre-demande d’électricité en France I ÉDITION 2021 93


a affiché un objectif ambitieux de décarbonation
complète de sa flotte de bus (4 700 unités) à l’ho-
Figure 2.72 Parc de bus électriques en France
(source : SDES-RSVERO) rizon 2025, avec deux tiers de bus électriques et
un tiers de bus au gaz naturel renouvelable. En
600 avril 2019, l’entreprise a lancé un appel d’offres de
400 millions d’euros pour 800 bus tout-électriques
500 (le plus grand appel d’offres de bus électriques en
Europe à ce jour). Les premières livraisons sont
400 prévues en 2020-2022 à hauteur de 150 bus, pour
une livraison complète d’ici 2025.
300

L’augmentation du trafic passagers et de la part


200
modale du transport collectif routier, présentés
précédemment, devraient se traduire mécanique-
100
ment par un accroissement du trafic de passagers
0
dans les transports collectifs routiers. En considé-
2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019 rant une stabilité du taux de remplissage, la flotte
totale d’autobus et d’autocars devraient croître
sensiblement dans les différentes trajectoires, à
l’exception de la trajectoire basse qui connaîtrait
une relative stabilité (cf. tableau 2.42).
Selon l’AVERE-France, les bus électriques ont repré-
senté 4,1 % des immatriculations européennes en Différentes options technologiques sont envisa-
2019, avec une augmentation de 184 % par rap- geables pour décarboner le secteur des transports
port à 2018, bien que le gazole reste la motorisa- collectifs routiers de passagers sur le moyen et
tion dominante dans les immatriculations (85 %). long terme. Elles peuvent être réparties en trois
grandes catégories : les véhicules gaz, que ce soit
En France, la part de marché des autobus élec- du gaz naturel comprimé, du gaz naturel liquéfié
triques en 2019 a été 4,2 % (+200 % par rapport ou du biogaz, les véhicules électriques (hybrides
à 2018), avec 285 exemplaires vendus. La RATP rechargeables ou tout-électriques) et les véhicules

Tableau 2.42 Projection du transport routier collectif de passagers à l’horizon 2030

2019 2030
Atteinte des
objectifs Atteinte
PPE/SNBC partielle des
en fin objectifs Trajectoire Trajectoire
d’horizon PPE/SNBC basse haute

Transport routier collectif (Gpkm) 59 71 66 64 71


dont autobus 9 15 13 12 15
dont autocars 50 56 53 52 56

Flotte totale d’autobus et d’autocars 100 700 124 700 114 900 111 200 124 700
dont autobus 28 200 44 100 37 600 35 200 44 100
dont autocars 72 500 80 600 77 300 76 000 80 600

94
Hypothèses de demande d’électricité en France .2

Tableau 2.43 Hypothèses d’électrification de la flotte d’autobus et d’autocars à l’horizon 2030

2019 2030
Atteinte des
objectifs Atteinte
PPE/SNBC partielle des
en fin objectifs Trajectoire Trajectoire
d’horizon PPE/SNBC basse haute

Autobus

Part du parc électrifiée


100 % batterie 1,9 % 8,0 % 5,5 % 5,5 % 8,0 %
hybrides rechargeables 0,0 % 5,0 % 1,5 % 1,5 % 5,0 %
TOTAL 1,9 % 13,0 % 7,0 % 7,0 % 13,0 %

Flotte d’autobus électriques


100 % batterie 546 3530 2070 1930 3530
hybrides rechargeables 0 2210 560 530 2210
TOTAL 546 5740 2630 2460 5740

Autocars

Part du parc électrifiée


100 % batterie 0,1 % 7,0 % 4,0 % 4,0 % 7,0 %
hybrides rechargeables 0,0 % 5,0 % 4,0 % 4,0 % 5,0 %
TOTAL 0,1 % 12,0 % 8,0 % 8,0 % 12,0 %

Flotte d’autobus électriques


100 % batterie 50 5640 3090 3040 5640
hybrides rechargeables 0 4030 3090 3040 4030
TOTAL 50 9670 6180 6080 9670

à hydrogène (pile à combustible). Ces technolo- de modèles plus restreinte, mais les premiers
gies n’ont pas toutes le même niveau de maturité, modèles commencent à être déployés sur des
l’offre de marché de véhicules étant aujourd’hui lignes interurbaines en France : fin 2019, il y avait
plus développée pour les véhicules gaz et élec- ainsi une soixantaine d’autocars tout-électriques
triques que pour les véhicules à hydrogène. en circulation.

Les autobus urbains se prêtent bien à une élec- La loi de transition énergétique pour la croissance
trification massive : en effet, ils effectuent des verte de 2015 impose un pourcentage minimal
trajets bien définis et réguliers, avec des besoins de véhicules à faibles émissions (véhicules élec-
énergétiques facilement estimables à l’avance, ce triques, hydrogène, GNV, carburants d’origine
qui est particulièrement adapté à une technolo- renouvelable) pour tout renouvellement de flottes
gie tout-électrique. Les véhicules hybrides, du fait de transports collectifs incluant plus de 20 véhi-
de leur coût plus élevé et des émissions de gaz à cules. Les objectifs s’appliquent à la fois aux auto-
effet de serre et polluants lors de l’usage en mode bus et aux autocars, mais en ce qui concerne les
thermique, semblent moins pertinents dans les autocars interurbains le décret d’application inclut
contextes urbains. dans les véhicules à faibles émissions, en plus des
technologies déjà citées, les véhicules utilisant un
Pour les autocars, le passage aux motorisations carburant d’origine fossile et respectant au moins
alternatives se fait plus lentement, avec une offre la norme Euro VI. La part de véhicules à faibles

BILAN PRÉVISIONNEL de l’équilibre offre-demande d’électricité en France I ÉDITION 2021 95


Tableau 2.44 Projection de consommation électrique des autobus et autocars à l’horizon 2030

2019 2030
Atteinte des
objectifs Atteinte
PPE/SNBC partielle des
en fin objectifs Trajectoire Trajectoire
d’horizon PPE/SNBC basse haute

Autobus électriques (TWh) 0,1 0,5 0,3 0,2 0,6

Autocars électriques (TWh) 0,0 0,8 0,6 0,4 0,9

Total autobus et autocars (TWh) 0,1 1,3 0,9 0,6 1,5

émissions dans les renouvellements doit être de tient compte de l’évolution des technologies de
50 % à partir de 2020 et de 100 % à partir de 2025. chauffage. Les consommations unitaires des auto-
cars sont fondées sur la limite haute de la four-
Pour le mix de technologies dans les parcs d’au- chette de consommations unitaires observées sur
tobus et autocars à l’horizon 2030, une trajec- les autobus aujourd’hui, en l’absence de données
toire de référence compatible avec les orientations spécifiques. Pour les autres trajectoires, les gains
de la SNBC est considérée dans les trajectoires ­d’efficacité énergétique sont légèrement minorés.
« Atteinte des objectifs PPE/SNBC en fin d’hori-
zon » et haute. L’électrification de la flotte est en En considérant un kilométrage moyen par autobus
revanche plus modeste dans les autres trajectoires ou autocar stable par rapport aux valeurs actuelles,
(cf. tableau 2.43). la consommation électrique de la flotte d’autobus
et d’autocars peut être projetée à l’horizon 2030
Les consommations unitaires des autobus et auto- selon les différentes trajectoires. Le tableau 2.44
cars électriques sont très dépendantes de plu- fournit ces projections.
sieurs facteurs, notamment le type de véhicule,
le style de conduite et les conditions d’utilisation.
Un facteur déterminant est la présence éventuelle Consommation des camions électriques
de systèmes de chauffage et/ou climatisation ali-
mentés par la batterie. Les consommations uni- En 2018, le parc de camions en utilisation au sein
taires actuelles sont estimées, en intégrant les de l’Union européenne est de l’ordre de 6,62 mil-
consommations de chauffage et de climatisation, lions de véhicules, dont 554 000 en France. La part
à 2,7 kWh/km pour les autobus et à 3,5 kWh/km de l’électrique est négligeable (quelques unités).
pour les autocars.
En 2019, les premières normes européennes en
Pour estimer l’évolution des consommations uni- matière d’émissions de CO2 pour les camions et
taires à l’horizon 2030, le même taux de progres- autres véhicules utilitaires lourds ont été adoptées,
sion de l’efficacité énergétique pris en compte par ce qui encourage fortement les constructeurs de
la SNBC pour les poids lourds électriques à l’hori­ camions à définir des transitions vers les véhicules à
zon 2030 est appliqué aux consommations uni- zéro émission et particulièrement les véhicules élec-
taires des autobus dans la trajectoire « Atteinte triques. La vitesse de cette transition dépendra de
des objectifs PPE/SNBC en fin d’horizon ». La la capacité des nouvelles technologies à répondre
baisse attendue des consommations unitaires aux besoins des transporteurs de marchandises :

96
Hypothèses de demande d’électricité en France .2

autonomie des véhicules, temps de recharge éner- Des analyses détaillées ont permis de modéliser
gétique et conformité avec les réglementations le parc de camions (y compris les camions sous
environnementales nationales et locales. pavillon étranger roulant en France) et son évolu-
tion à l’horizon 2030, en distinguant les camions
On constate aujourd’hui que l’adoption des camions légers (PTAC inférieur à 19 t), les camions lourds
électriques se concentre sur les profils de missions (PTAC supérieur à 19 t) et les tracteurs routiers.
urbaines pour plusieurs raisons. Le déploiement en Ces évolutions sont établies à partir du trafic rou-
milieu urbain facilite l’optimisation des arrêts de tier de marchandises et des hypothèses de gain
recharge le long des itinéraires, ce qui rapproche logistique, en cohérence avec les hypothèses de la
les profils de mission de ces camions à ceux des trajectoire AMS de la SNBC.
bus plutôt que ceux des véhicules longue distance.
Les trajets urbains posent donc des exigences Le tableau 2.45 fournit les niveaux atteint en 2030
moindres en matière d’autonomie des batteries, en selon les différentes trajectoires, ainsi que la péné-
particulier dans un contexte où la recharge à haute tration de la motorisation électrique dans chacune
puissance est très limitée. En outre, les camions des classes de camions.
électriques auront moins de difficultés d’accès aux
villes où la réglementation vise à réduire le bruit Le mode d’utilisation du parc a également fait l’ob-
ou la pollution atmosphérique, ce qui constitue un jet d’une modélisation détaillée, prenant en compte
avantage concurrentiel potentiel par rapport aux l’âge des camions et le fait que les camions récents
camions avec moteurs thermiques (même ceux roulent plus que les camions anciens. Ceci a pour
neutres en carbone). effet une baisse du kilométrage moyen du parc de

Tableau 2.45 Projection de parc de camions à l’horizon 2030

2019 2030

Atteinte des
objectifs Atteinte
PPE/SNBC partielle des
en fin objectifs Trajectoire Trajectoire
d’horizon PPE/SNBC basse haute

Trafic routier de marchandises (Gtkm) 295 297 301 280 311

Parc de camions (y compris étrangers – milliers) 685 741 748 702 754
Dont PTAC < 19 t 120 132 133 125 134
Dont PTAC > 19 t 215 232 234 219 236
Dont tracteurs 350 378 381 358 384

Taux d’électrification global 0% 2,0 % 1,5 % 1,5 % 2,0 %


Taux d’électrification PTAC < 19 t 0% 7,0 % 5,2 % 5,2 % 7,0 %
Taux d’électrification PTAC > 19 t 0% 2,5 % 1,9 % 1,9 % 2,5 %
Taux d’électrification tracteurs 0% 0,0 % 0,0 % 0,0 % 0,0 %

Parc de camions 100 % électriques 0 15 11 11 15


Dont PTAC < 19 t 0 9 7 7 9
Dont PTAC > 19 t 0 6 4 4 6
Dont tracteurs 0 0 0 0 0

BILAN PRÉVISIONNEL de l’équilibre offre-demande d’électricité en France I ÉDITION 2021 97


Tableau 2.46 Projection de consommation électrique des camions à l’horizon 2030

2019 2030

Atteinte des
objectifs Atteinte
PPE/SNBC partielle des
en fin objectifs Trajectoire Trajectoire
d’horizon PPE/SNBC basse haute

Camions de PTAC < 19 t (TWh) 0,0 0,4 0,3 0,3 0,4

Camions de PTAC > 19 t (TWh) 0,0 0,4 0,3 0,1 0,4

Tracteurs routiers (TWh) 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0

Total camions (TWh) 0,0 0,8 0,6 0,4 0,8

camions électriques au fur et à mesure que l’âge L’évolution des consommations unitaires à l’hori­
moyen va augmenter, à l’exception des tracteurs zon 2030 est conforme aux hypothèses de la
routiers. SNBC pour les poids lourds électriques dans la
trajectoire « Atteinte des objectifs PPE/SNBC en
Ainsi, le kilométrage moyen annuel retenu en 2030 fin d’horizon ». Pour les autres trajectoires, les
est de : gains d’efficacité énergétique sont légèrement
uu 29 100 km (contre 41 300 km en 2019) pour les minorés.
camions de PTAC inférieur à 19 t ;
uu 37 500 km (contre 52 500 km en 2019) pour les Le tableau 2.46 fournit les projections de consom-
camions de PTAC supérieur à 19 t ; mation d’électricité pour les camions électriques à
uu 93 900 km pour les tracteurs routiers (même l’horizon 2030.
valeur qu’en 2019.

98
Hypothèses de demande d’électricité en France .2

Synthèse des consommations la mobilité routière (véhicules légers, autobus/auto-


du secteur du transport cars, camions) et rester orientée à la hausse dans
trois des trajectoires, sous les effets combinés de
Au global, au-delà du fort ralentissement d’activité la reprise d’activité et de l’électrification des modes
de 2020 liée à la crise sanitaire, la consommation de transport, catalysée par la transition énergétique
d’électricité dans le secteur du transport devrait être (cf. figure 2.73). L’accroissement de consomma-
fortement orientée à la hausse dans l’ensemble des tion entre 2019 et 2030 pourrait ainsi aller de 14 à
trajectoires, sous l’effet principal de l’électrification de 20 TWh environ selon la trajectoire considérée.

Tableau 2.47 Évolution de la consommation par usage dans le secteur du transport selon les trajectoires (TWh)

2019 2030
Atteinte des
objectifs Atteinte
PPE/SNBC partielle des
en fin objectifs Trajectoire Trajectoire
d’horizon PPE/SNBC basse haute

Transport ferroviaire (TWh) 11,7 13,0 12,2 12,2 13,3

dont urbain 3,8 4,4 4,1 4,1 4,5

dont interurbain 7,9 8,6 8,1 8,1 8,8

Transport aérien (TWh) 0,2 0,2 0,2 0,2 0,2

Transport maritime et fluvial (TWh) 0,0 0,5 0,5 0,5 0,5

Véhicules légers électriques (TWh) 0,7 16,6 12,2 12,4 16,6

Autobus/autocars électriques (TWh) 0,1 1,3 0,8 0,8 1,5

Camions électriques 0,0 0,8 0,6 0,4 0,8

TOTAL SECTEUR DU TRANSPORT 12,7 32,3 26,6 26,6 32,9

Figure 2.73 Trajectoires de consommation d’électricité du secteur du transport

35

30

25

20
TWh

15

10 Historique
Atteinte des objectifs PPE/SNBC
5 en fin d’horizon
Atteinte partielle des objectifs PPE/SNBC
Trajectoire basse
0 Trajectoire haute
2005 2010 2015 2020 2025 2030

BILAN PRÉVISIONNEL de l’équilibre offre-demande d’électricité en France I ÉDITION 2021 99


2.8 La consommation du secteur de l’énergie (hors hydrogène)
devrait demeurer relativement stable

Le secteur de l’énergie a représenté en 2019 une L’essentiel de la consommation du secteur de


consommation d’électricité de 12,8 TWh, soit 2,7 % l’énergie est portée par deux NCE : la production et
de la demande intérieure d’électricité en France distribution d’eau (32 %) et le raffinage de pétrole
continentale. (21 %). Les autres branches n’excèdent pas 10 %
de la consommation, certaines représentant même
Le secteur de l’énergie recouvre toutes les entre- une consommation marginale, voire nulle.
prises dont l’activité fait partie des classes de la
Nomenclature d’activités économiques pour l’étude
des livraisons et consommations d’énergie (NCE)
allant de 01 à 09, à savoir : Figure 2.74 Répartition par usages de la demande
uu la production de combustibles minéraux solides ; électrique du secteur de l’énergie pour
uu la cokéfaction ; l’année 2019
uu l’extraction d’hydrocarbures ;
uu le raffinage de pétrole ;
uu la production, le transport et la distribution
21 %
d’électricité ; 29 %
uu la production et la distribution de gaz ;
uu la production et la distribution d’eau ;
12,8 TWh
uu le chauffage urbain ;
uu la production et la transformation de matières Raffinage de pétrole
Production et
 
fissiles et fertiles. 32 % distribution d’eau
18 % Chauffage urbain
Autres
À noter que, par nécessité de préserver le secret
statistique, certaines NCE ne sont pas détaillées
dans ce document.

Tableau 2.48 Consommation d’électricité du secteur de l’énergie par NCE en 2019 pour la France continentale

Consommation 2019
NCE Libellé
(TWh)

03 Extraction d'hydrocarbures 0,5

04 Raffinage de pétrole 2,7

05 Production, transport et distribution d'électricité 1,7

06 Production et distribution de gaz 0,4

07 Production et distribution d'eau 4,1

08 Chauffage urbain 2,2

Production de combustibles minéraux solides / Cokéfaction / Production


Autres 1,2
et transformation de matières fissiles et fertiles

Total Ensemble du secteur de l’énergie 12,8

100
Hypothèses de demande d’électricité en France .2

Raffinage de pétrole
Figure 2.75 Capacité de raffinage en France
Du fait notamment de la baisse continuelle de la (Source BP Statistical Review
demande pour les produits pétroliers (baisse de of World Energy)
la consommation nationale de près de 40 % entre
2,5
1973 et aujourd’hui), le raffinage est considéré
comme structurellement déficitaire au regard des 2,0
faibles marges brutes dégagées. De plus, la com-
pétitivité des raffineries américaines (avec l’essor 1,5

Mb/j
des pétroles et gaz de schiste) et des infrastruc-
1,0
tures modernes gigantesques au Moyen-Orient
et en Asie (plus performantes et bénéficiant d’in-
0,5
trants moins coûteux en se sourçant au plus près
des lieux de production du brut) exerce une pres- 0
2001 2003 2005 2001 2009 2011 2013 2015 2017 2019
sion concurrentielle forte sur le parc de raffinage
européen.

À l’échelle européenne, le parc de raffinage a déjà Figure 2.76 Consommation d’électricité de l’activité
connu une baisse sensible, de plus de 10 %, de ses de raffinage
capacités de traitement au cours des dix dernières
6
années, et la restructuration devrait être appelée à
se poursuivre : IFP Énergies nouvelles estime ainsi 5
que la filière européenne de raffinage pourrait voir
4
reculer son activité de près de 30 % d’ici à 203571.
TWh

3
Le parc de raffinage français n’a pas été épargné
par ce mouvement de restructuration ces der- 2

nières années : la capacité totale de raffinage s’est 1


contractée de 37 % depuis 2008 (cf. figure 2.75).
0
2001 2003 2005 2001 2009 2011 2013 2015 2017 2019
Entraînée à la baisse par cet effet « volume »,
la consommation d’électricité a décru de façon

Tableau 2.49 Consommation d’électricité du raffinage à l’horizon 2030 selon les différentes trajectoires

2019 2030
Atteinte des
objectifs Atteinte
PPE/SNBC partielle des
en fin objectifs Trajectoire Trajectoire
d’horizon PPE/SNBC basse haute

Baisse de l’activité de raffinage entre 2019 et 2030 - -18 % -14 % -14 % -18 %

Consommation du raffinage (TWh) 2,7 2,2 2,3 2,3 2,2

71. [Link]

BILAN PRÉVISIONNEL de l’équilibre offre-demande d’électricité en France I ÉDITION 2021 101


similaire (-41 %) par rapport à son niveau d’avant- La simple réduction du taux de perte se traduirait
crise (cf. figure 2.76). par des économies d’énergie dans des proportions
similaires. Un taux de fuite de 15 % constituant
Au global, dans un contexte de transition éner- un objectif réaliste pour des réseaux bien entre-
gétique qui devrait se traduire par un moindre tenus, une économie de l’ordre de 10 % à long
recours aux produits pétroliers, l’hypothèse terme peut être visée. Or, depuis juillet 2010, la
d’une poursuite de la réduction des capacités en loi Grenelle 2 impose aux services publics de dis-
France a été retenue en cohérence avec celle de la tribution d’eau, dont le taux de perte en eau du
consommation de pétrole dans la trajectoire AMS réseau est supérieur au taux fixé par décret, de
de la SNBC pour les trajectoires « Atteinte des mettre en œuvre un plan d’actions de lutte contre
objectifs PPE/SNBC en fin d’horizon » et haute. ces fuites.
Cette contraction est moins marquée dans les
autres trajectoires.

Figure 2.77 Consommation d’électricité pour


Production et distribution d’eau la production et distribution d’eau

Le périmètre de ce secteur (4,1 TWh en 2019) 6

inclut le captage, le traitement et la distribution


5
d’eau, mais pas la collecte et le traitement des
eaux usées (NAF 37.00Z, incluse dans la NCE 4
53), rattachés au secteur tertiaire dans les sta-
TWh

tistiques de consommation. Ce chiffre est relati- 3

vement constant depuis une quinzaine d’années


2
(cf. figure 2.77).
1
Le potentiel d’économie d’énergie est particu-
0
lièrement important dans ce secteur. En effet, 2001 2003 2005 2001 2009 2011 2013 2015 2017 2019
les pertes par fuites représentent actuellement
25 % de l’eau distribuée en moyenne en France.

Tableau 2.50 Consommation d’électricité pour la production et distribution d’eau à l’horizon 2030
selon les différentes trajectoires

2019 2030
Atteinte des
objectifs Atteinte
PPE/SNBC partielle des
en fin objectifs Trajectoire Trajectoire
d’horizon PPE/SNBC basse haute

Évolution de la population entre 2019 et 2030 - +3,7 % +3,7 % +3,7 % +3,7 %

Gain annuel d’efficacité énergétique entre 2019


- -0,4 % -0,2 % 0,0 % -0,4 %
et 2030

Consommation production-distribution d’eau (TWh) 4,1 4,1 4,2 4,2 4,1

102
Hypothèses de demande d’électricité en France .2

D’autres actions sont également envisageables Au-delà de l’objectif d’une réduction des émissions
pour réduire les consommations de pompage (qui de gaz à effet de serre, cette densification pourrait
représentent de l’ordre de 90 % de la consomma- contrebalancer la baisse des besoins de chaleur
tion d’énergie du secteur), notamment via : liée aux économies de chauffage dans les bâti-
uu l’utilisation de variateurs de vitesse, qui per- ments existants déjà alimentés (isolation, gestion
mettent de réduire l’énergie nécessaire pour un améliorée, etc.), et contribuerait ainsi à soutenir
fonctionnement à charge partielle ; l’économie des réseaux existants.
uu l’amélioration de l’efficacité énergétique des
moteurs (standards IE3, et même au-delà) ; Par ailleurs, de nombreuses solutions tech-
uu l’amélioration de la gestion et du comptage niques existent, qui pourraient permettre d’op-
(réseaux « intelligents »). timiser les réseaux de chaleur dans un contexte
de développement de bâtiments basse consom-
Au global, l’effet « volume » haussier, de l’ordre de mation : diminution de la température de retour,
4 % en 2030 par rapport à 2019, lié à la croissance sur-isolation du réseau, variation de tempéra-
démographique devrait être plus ou moins contre- ture sur le réseau selon la température exté-
balancé par l’effet de l’amélioration de l’efficacité rieure, etc.
énergétique, pérennisant ainsi une certaine stabi-
lité de la demande électrique. En outre, les réseaux de chaleur fonctionnent la
majorité du temps à débit variable alors que les
Le tableau 2.50 présente les niveaux de consom- pompes qui les alimentent sont le plus souvent
mation atteints dans les différentes trajectoires. entraînées par des moteurs à vitesse constante. On
peut diminuer de près de 50 % les consommations
électriques en couplant aux moteurs un variateur
Chauffage urbain électronique, qui permet d’abaisser la vitesse des
pompes à pression constante.
La programmation pluriannuelle de l’énergie vise
à « mettre en place des outils pour favoriser la Au global, les économies sur la consommation
densification massive des réseaux de chaleur, le électrique des réseaux de chaleur devraient par-
développement de leur part renouvelable et de tiellement atténuer l’effet haussier des extensions
récupération et leur déploiement dans les secteurs de réseaux de chaleur et de leur densification
collectif et de l’industrie ». Une croissance de près (cf. tableau 2.51).
de 10 % de la chaleur vendue est ainsi anticipée
dans la trajectoire AMS entre 2020 et 2030.

Tableau 2.51 Consommation d’électricité pour le chauffage urbain à l’horizon 2030 selon les différentes trajectoires

2019 2030
Atteinte des
objectifs Atteinte
PPE/SNBC partielle des
en fin objectifs Trajectoire Trajectoire
d’horizon PPE/SNBC basse haute

Consommation réseaux de chaleur (TWh) 2,2 2,4 2,4 2,5 2,4

BILAN PRÉVISIONNEL de l’équilibre offre-demande d’électricité en France I ÉDITION 2021 103


Autres secteurs de la branche énergie sur des hypothèses intégrant notamment la baisse
régulière de l’extraction pétrolière en France (NCE
Le tableau 2.52 fournit l’évolution globale des autres 03) et la poursuite de l’installation d’électrocompres-
NCE du secteur de l’énergie. Cette évolution s’appuie seurs sur le réseau de transport gazier (NCE 06).

Tableau 2.52 Consommation d’électricité pour les autres NCE du secteur de l’énergie à l’horizon 2030
selon les différentes trajectoires

2019 2030
Atteinte des
objectifs Atteinte
PPE/SNBC partielle des
en fin objectifs Trajectoire Trajectoire
d’horizon PPE/SNBC basse haute

Consommation des autres NCE de l’énergie 3,8 3,9 3,8 3,7 3,9

Synthèse des consommations trajectoires caractérisées par la plus forte élec-


du secteur de l’énergie trification du transport (« Atteinte des objectifs
publics PPE/SNBC en fin d’horizon » et haute)
Globalement, le secteur de l’énergie (hors power- baissent légèrement sous l’effet d’une contraction
to-hydrogen) devrait rester relativement stable plus marquée de l’activité de raffinage.
dans l’ensemble des trajectoires. À noter que les

Tableau 2.53 Évolution de la consommation par usage dans le secteur de l’énergie selon les trajectoires (TWh)

2019 2030
Atteinte des
objectifs Atteinte
PPE/SNBC partielle des
en fin objectifs Trajectoire Trajectoire
d’horizon PPE/SNBC basse haute

Consommation du raffinage (TWh) 2,7 2,2 2,3 2,3 2,2

Consommation production-distribution d’eau (TWh) 4,1 4,1 4,2 4,2 4,1

Consommation réseaux de chaleur (TWh) 2,2 2,4 2,4 2,5 2,4

Consommation des autres NCE de l’énergie (TWh) 3,8 3,9 3,8 3,7 3,9

Total secteur de l’énergie (TWh) 12,8 12,6 12,7 12,7 12,6

104
Hypothèses de demande d’électricité en France .2

2.9 La production d’hydrogène par électrolyse


(power-to-hydrogen) est appelée à se développer
pour contribuer à la décarbonation de l’économie

L’hydrogène est amené à jouer un rôle croissant


dans le paysage énergétique et industriel euro- Figure 2.78 Répartition des 3,4 G€ alloués
péen, dans un contexte de décarbonation de sur la période 2020-2023
l’économie. L’année 2020 a en particulier vu une
montée en puissance de la place de l’hydrogène
dans les réflexions nationales et européennes.
Cela s’est traduit notamment par la publication : 19 %
uu de la stratégie européenne hydrogène par la
Commission européenne, qui vise un déploie-
ment à grande échelle des technologies uti-
lisant l’hydrogène renouvelable, avec pour 54 %
objectif en 2030 une capacité d’au moins 40 GW  Développement 27 %
de la mobilité
d’électrolyseurs ; professionnelle H2
 Soutien à la recherche,
uu des stratégies nationales hydrogène par l’Alle- à l’innovation et au
développement de
magne, le Portugal et la France ; compétences de pétrole
uu de scénarios de mix énergétiques à forte com-  Décarbonation de l’industrie

posante hydrogène à l’échelle européenne (par


exemple au Royaume-Uni et aux Pays-Bas).

Dans le cadre du plan de relance français, le volet


« hydrogène » a été rendu public en septembre Les enjeux techniques, économiques et environ-
2020. Il prévoit 3,4 milliards d’euros dédiés à l’hy- nementaux associés au développement en France
drogène pour la période 2020-2023, ce montant de la production d’hydrogène par électrolyse à
devant atteindre 7,2 milliards d’euros d’ici 2030. 2035 ont été analysés par RTE, dans une publi-
cation datant de janvier 202072. Ces travaux s’in-
Les pouvoirs publics privilégient aujourd’hui le téressaient en particulier au mode opératoire des
développement de la production d’hydrogène par électrolyseurs, sous des hypothèses de développe-
électrolyse (plutôt que d’autres solutions comme ment correspondant aux orientations des pouvoirs
le vaporeformage du gaz naturel associé à des publics décrits dans la SNBC.
systèmes de captage du carbone) : l’ambition
est de mettre en service des électrolyseurs en L’hydrogène consommé en France aujourd’hui est
France, afin d’atteindre 5 GW de capacité de pro- en majorité issu de « coproduction » inhérente aux
duction d’hydrogène décarbonée par électrolyse process industriels73 (cf. figure 2.79). Si l’essentiel
d’ici 2030. Le gouvernement vise également l’uti- de ces coproduits alimente les usages matériaux74
lisation de l’hydrogène pour les transports lourds. de l’hydrogène, une partie est récupérée pour des
La figure 2.78 fournit la répartition de l’enveloppe usages énergétiques. Seule environ 40 % de la
sur la période 2020-2023 selon les principaux consommation est approvisionnée par des produc-
axes d’action. tions dédiées par vaporeformage de gaz naturel,

72. RTE, 2020, « La transition vers un hydrogène bas carbone, atouts en enjeux pour le système électrique à l’horizon 2030-2035 »,
[Link]
73. Par exemple, la production de chlore est réalisée par électrolyse de saumure, qui génère en parallèle de grandes quantités d’hydrogène. Les procédés de
production de coke et de raffinage des produits pétroliers génèrent également une importante production d’hydrogène.
74. Les usages matériau de l’hydrogène sont essentiellement industriels : l’hydrogène est utilisé en tant que matière première dans le cadre de procédés
chimiques en particulier, par exemple pour la désulfuration de composés pétroliers (raffinage de pétrole), pour la fabrication d’ammoniac pour la production
d’engrais, etc.

BILAN PRÉVISIONNEL de l’équilibre offre-demande d’électricité en France I ÉDITION 2021 105


Figure 2.79 Consommation actuelle d’hydrogène en France et sources

Raffinerie

Ammoniac

Chimie

Métallurgie

Spatial
 H2 matériau issu de coproduits
Sidérurgie  H2 énergie issu de coproduits
 H2 matériau par vaporeformage
0 2 4 6 8 10 12 14 16 18

TWh H2 PCI/an

essentiellement pour trois secteurs : le raffinage uu dans les transports, de manière limitée pour les
de pétrole, la production d’ammoniac et engrais et transports ferroviaires et plus fortement dans
la chimie. les transports lourds.

Si la consommation industrielle « matériau » devrait Enfin la fabrication de combustibles de synthèse


se maintenir d’ici à 2030 pour les secteurs de l’am- est limitée à une faible quantité de méthanation,
moniac et de la chimie, elle devrait se contracter suivant les orientations de la SNBC.
pour le raffinage de pétrole et évoluer en proportion
de la consommation de produits pétroliers en France. Les orientations du scénario AMS de la SNBC sont
reprises dans les trajectoires « Atteinte des objec-
La consommation énergétique directe de l’hydro- tifs PPE/SNBC en fin d’horizon » et haute, visant
gène devrait se développer dans trois secteurs : pour l’essentiel à décarboner les usages industriels
uu dans l’industrie, pour la production de chaleur haute de l’hydrogène et la mobilité lourde, conformé-
température, en substitution à de la biomasse ; ment aux orientations du plan national hydrogène.
uu en injection directe dans le réseau de méthane Les autres trajectoires supposent un retard plus
(mais de façon limitée en raison des contraintes ou moins marqué par rapport aux ambitions natio-
de dilution) ; nales (cf. tableau 2.54).

Tableau 2.54 Consommation d’électricité pour la production d’hydrogène à l’horizon 2030 selon les différentes
trajectoires

2019 2030
Atteinte des
objectifs Atteinte
PPE/SNBC partielle des
en fin objectifs Trajectoire Trajectoire
d’horizon PPE/SNBC basse haute

Consommation électrique pour la production


0 25 10 5 25
d’hydrogène par électrolyse (TWh)

106
Hypothèses de demande d’électricité en France .2

2.10 La consommation intérieure de la France


devrait progressivement s’infléchir à la hausse
sous l’effet prégnant de l’électrification des usages

L’agrégation des prévisions sectorielles permet d’éla- Les deux trajectoires « Atteinte des objectifs PPE/
borer les trajectoires d’évolution de la consomma- SNBC en fin d’horizon » et « Atteinte partielle des
tion intérieure d’électricité en France continentale à objectifs PPE/SNBC » atteignent en 2030 un niveau
l’horizon 2030. Au-delà de l’incertitude sur la dyna- relativement proche de celui de la trajectoire AMS
mique de court terme pour la reprise de l’activité de la SNBC (environ 488 TWh).
économique, les trajectoires s’orientent globalement
à la hausse sous l’effet prégnant de l’électrification Dans la trajectoire « Atteinte des objectifs PPE/
des usages (électromobilité, chauffage électrique et SNBC en fin d’horizon », l’effet haussier de l’élec-
production électrolytique d’hydrogène pour l’essen- trification des usages » est contrebalancé par celui,
tiel). Seule la trajectoire basse, caractérisée par un baissier, de l’amélioration de l’efficacité énergé-
contexte économique moins porteur ne favorisant tique, très majoritairement dans le secteur du
pas l’investissement dans l’électrification de l’écono- ­bâtiment (cf. figure 2.81).
mie, reste légèrement baissière (cf. figure 2.80).

Figure 2.80 Consommation intérieure d’électricité de la France continentale selon les différentes trajectoires
(historique corrigé de l’enrichissement de l’uranium)

560

540

520

500

480
TWh

Historique
460
 Scénario « Atteinte
440 des objectifs PPE/SNBC
en fin d’horizon »
420  Scénario « Atteinte
partielle des objectifs
400 PPE/SNBC »
Trajectoire haute
380 Trajectoire basse
360 SNBC
2005 2010 2015 2020 2025 2030

BILAN PRÉVISIONNEL de l’équilibre offre-demande d’électricité en France I ÉDITION 2021 107


Tableau 2.55 Consommation intérieure d’électricité de la France continentale à l’horizon 2030
selon les différentes trajectoires

2019 2030
Atteinte des
objectifs Atteinte
PPE/SNBC partielle des
en fin objectifs Trajectoire Trajectoire
d’horizon PPE/SNBC basse haute

Résidentiel 159,8 147,8 151,3 146,8 156,0

Tertiaire 131,3 122,9 125,9 124,0 131,6

Industrie 113,2 112,1 113,0 100,1 118,5

Transport 12,7 32,3 26,6 26,6 32,9

Agriculture 8,4 8,2 7,8 7,8 8,2

Énergie (y compris pertes réseaux) 49,8 49,4 49,6 48,0 51,5

Production électrolytique d'hydrogène 0,0 25,0 10,0 5,0 25,0

Consommation intérieure 475,2 497,6 484,2 458,4 523,6

Figure 2.81 Décomposition de l’évolution de la consommation intérieure d’électricité entre 2019 et 2030
selon les différents effets dans le scénario « Atteinte des objectifs PPE/SNBC en fin d’horizon »

600

550

498 TWh
500
475 TWh
TWh

450

400

350

0
Consommation Effet Électrification Effet “efficacité Consommation
2019 “Volume” des usages énergétique” 2030

Résidentiel   Tertiaire   Industrie    Transport, énergie & agriculture   Hydrogène

108
Hypothèses de demande d’électricité en France .2

2.11 Les appels de puissance devraient rester stables sur l’hiver


et augmenter sur les heures méridiennes l’été grâce à l’efficacité
énergétique et à un pilotage plus fin de la consommation

Les données historiques d’appels de puissance sont est mis sur les usages présentant soit une saison-
issues de comptages, et donc s’entendent à condi- nalité forte (chauffage et climatisation), soit une
tions climatiques réalisées avec prise en compte de variation infrajournalière importante (cuisson
l’effet des effacements de consommation. Les ana- résidentielle, éclairage résidentiel et public, eau
lyses prévisionnelles reposent en revanche sur des chaude sanitaire résidentielle).
appels de puissance modélisés sur les deux cents
chroniques annuelles de températures du référen- Les profils unitaires des usages modélisés ne sont
tiel climatique élaboré par Météo-France. pas modifiés à l’horizon 2030, sauf pour les usages
pouvant être pilotés tels que l’eau chaude sani-
taire et la recharge des véhicules électriques. Mais
Analyse de la courbe de charge la consommation annuelle des différents usages
étant appelée à évoluer selon des rythmes dif-
La forme de la courbe de charge résulte de l’addi­ férents, la projection en puissance d’ensemble
tion de profils contrastés sur les différents secteurs fait apparaître une déformation progressive de la
et usages, qui présentent des composantes sai- courbe de charge nationale.
sonnières et des variations d’activité au sein de la
journée et de la semaine très diverses. Le chauffage est centré sur la période hivernale,
il explique la majeure partie de la saisonnalité de
Cette partie illustre la décomposition de la courbe la consommation française (cf. figure 2.82). À
de charge selon les secteurs et usages75. L’accent températures de référence, la consommation liée

Figure 2.82 Moyenne hebdomadaire des puissances appelées à températures de référence par usage en 2019

80

70

60

50
GW

40

30

20 Chauffage
Climatisation
Autres usages
10
 Éclairage
 Eau chaude sanitaire (ECS)
0 Cuisson
juil. août sept. oct. nov. déc. jan. fév. mars avril mai juin

75. Les profils des usages thermosensibles sont ici présentés à températures de référence, afin de s’affranchir de l’aléa climatique.

BILAN PRÉVISIONNEL de l’équilibre offre-demande d’électricité en France I ÉDITION 2021 109


au chauffage varie peu d’un jour à l’autre, autour par l’activité de la population, en particulier du sec-
d’une valeur moyenne de 20 GW. À climat réel en teur tertiaire, illustrée par les « autres usages ».
revanche, la puissance appelée par le chauffage
peut fortement varier de 5 GW à 45 GW entre une Le phénomène de pointe à 19 h, observé en hiver,
journée froide et une journée chaude d’hiver. s’explique principalement par la contribution
cumulée de l’éclairage et de la cuisson. Avec une
L’analyse hebdomadaire de la courbe de charge fait lumière naturelle encore présente à 19 h en été,
apparaître une variation importante de la charge l’éclairage est en revanche peu présent sur cette
pendant la journée. La variabilité horaire de la plage horaire ce qui estompe la pointe du soir.
consommation de chauffage est relativement faible, Ainsi, la pointe journalière d’été est située sur la
et l’amplitude journalière s’explique essentiellement plage horaire méridienne.

Figure 2.83 Puissances horaires appelées à températures de référence (hiver/été) en 2019

90
Semaine de janvier
80

70

60

50
GW

40

30

20 Cuisson
 Eau chaude sanitaire (ECS)
 Éclairage
10 Autres usages
Climatisation
0 Chauffage
Lundi Mardi Mercredi Jeudi Vendredi Samedi Dimanche

90
Semaine de juin
80

70

60

50
GW

40

30

Cuisson
20
 Eau chaude sanitaire (ECS)
 Éclairage
10 Autres usages
Climatisation
Chauffage
0
Lundi Mardi Mercredi Jeudi Vendredi Samedi Dimanche

110
Hypothèses de demande d’électricité en France .2

Décomposition sectorielle de la saisonnalité et de la variabilité infrajournalière

L’analyse sectorielle de la courbe de charge montre : uu une faible amplitude saisonnière et journalière
uu une intensité électrique marquée l’hiver princi- du secteur de l’industrie ;
palement en raison de la saisonnalité du chauf- uu une pointe du secteur résidentiel située en hiver
fage électrique se retrouvant dans les secteurs à 20 h avec les effets combinés de la cuisson et
résidentiel et tertiaire ; l’éclairage contre une pointe à 23 h, en été, avec
uu une courbe de charge tertiaire dépendante de le démarrage de l’eau chaude sanitaire asser-
l’activité plus intense en semaine que le week- vie au signal tarifaire et l’éclairage alors que le
end ainsi qu’une pointe hivernale marquée le chauffage est relativement diffus.
matin par le démarrage du chauffage ;

Figure 2.84 Puissances horaires appelées par secteur à températures de référence


(3e semaine de janvier en plein / 3e semaine de juin en pointillés)

40 40 40

35 35 35

30 30 30

25 25 25
GW

GW

GW

20 20 20

15 15 15

10 10 10

5 5 5

0 0 0
lun. mar. mer. jeu. ven. sam. dim. lun. mar. mer. jeu. ven. sam. dim. lun. mar. mer. jeu. ven. sam. dim.

Figure 2.85 Moyenne hebdomadaire des puissances appelées à températures de référence par secteur

30 30 30
Résidentiel Tertiaire Industrie

25 25 25

20 20 20
GW

GW

GW

15 15 15

10 10 10

5 5 5

0 0 0
juil. aoû[Link]. oct. nov. déc. jan. fév. mar. avr. mai. juin juil. aoû[Link]. oct. nov. déc. jan. fév. mar. avr. mai. juin juil. aoû[Link]. oct. nov. déc. jan. fév. mar. avr. mai. juin

BILAN PRÉVISIONNEL de l’équilibre offre-demande d’électricité en France I ÉDITION 2021 111


Figure 2.86 Puissances horaires appelées pendant une semaine de janvier 2019

10 10 10
Éclairage public et résidentiel Cuisson résidentielle ECS résidentielle
9 9 9

8 8 8

7 7 7

6 6 6
GW

GW

GW
5 5 5

4 4 4

3 3 3

2 2 2

1 1 1

0 0 0
lun. mar. mer. jeu. ven. sam. dim. lun. mar. mer. jeu. ven. sam. dim. lun. mar. mer. jeu. ven. sam. dim.

Les variations infrajournalières de la charge sont mais son amplitude est beaucoup plus faible que
de l’ordre de 20 GW en hiver comme en été. celle du chauffage. L’hiver, la pointe de consom-
mation de l’éclairage atteint plus de 5 GW à 20 h
Le profil de l’éclairage est fortement lié à la (cf. figure 2.87). Avec l’allongement de la durée du
présence de lumière naturelle. L’éclairage public jour en été, la pointe se déplace à 23 h et diminue
fonctionne en bande la nuit tandis que la partie à 3 GW. De plus, l’éclairage résidentiel est sollicité
résidentielle est principalement activée en soi- les matins d’hiver, ce qui n’est plus le cas l’été avec
rée. La saisonnalité de l’usage est importante la présence de la lumière naturelle.

Figure 2.87 Évolution du profil journalier de l’éclairage résidentiel et public d’un jour de janvier dans le scénario
« Atteinte des objectifs PPE/SNBC en fin d’horizon »

4
GW

1
2019
2025
0 2030
1h 2h 3h 4h 5h 6h 7h 8h 9h 10h 11h 12h 13h 14h 15h 16h 17h 18h 19h 20h 21h 22h 23h 24h

112
Hypothèses de demande d’électricité en France .2

L’efficacité énergétique enregistrée dans l’éclairage La puissance appelée pour la production d’eau
conduit à réduire à terme la contribution de l’éclai- chaude sanitaire résidentielle possède une
rage à la pointe. La majorité des gains devrait se faire amplitude horaire très importante. Les chauffe-
dans les prochaines années grâce au développement eau à accumulation sont actuellement largement
rapide des LED. La contribution à la pointe de 19 h de asservis aux signaux tarifaires pour une puis-
l’éclairage devrait diminuer de 60 %, soit 3 GW. sance estimée à plus de 10 GW en pointe à minuit
(cf. figure 2.86). L’eau chaude sanitaire présente
Pour la cuisson résidentielle, les appels de puis- également une certaine saisonnalité liée aux
sance sont centrés sur les périodes des repas quo- températures de soutirage de l’eau plus froides
tidiens. La pointe de l’usage cuisson intervient ainsi l’hiver que l’été et nécessitant une chauffe plus
à 20 h et atteint jusqu’à 6 GW. Pendant le week- importante.
end, la pointe du matin disparaît avec un étale-
ment de l’heure de la prise du petit déjeuner et Sans asservissement tarifaire, les périodes de
laisse place à une pointe maximale hebdomadaire chauffe auraient lieu au plus près des activités culi-
à 13 h de l’ordre de 6 GW (cf. figure 2.86). Par naires et sanitaires consommatrices d’eau chaude,
­ailleurs, la cuisson est légèrement moins ­sollicitée en matinée et autour de 19 h (cf. figure 2.88). Elles
en été qu’en hiver. accentueraient alors les appels de puissance aux
pointes de consommation électrique. Cette pro-
La contribution de la cuisson est amenée à se blématique de pilotage constitue un enjeu fort sur
renforcer légèrement dans les prochaines années l’évolution de la pointe de consommation.
du fait de la diffusion des systèmes électriques
de cuisson et de la croissance en énergie de cet D’ici 2030, le pilotage tarifaire de l’eau chaude
usage. Le profil de consommation de cet usage sanitaire pourrait évoluer pour mieux se placer
devrait rester proche de celui d’aujourd’hui. lors des périodes où le système électrique dispose

Figure 2.88 Profil normé76 de consommation pour l’eau chaude sanitaire selon le mode d’asservissement
(en pointillé un nouveau profil de pilotage optimisé pour le système de 2030 dans le scénario
« Atteinte des objectifs PPE/SNBC en fin d’horizon »)

250

200

150
MW

100
Avec asservissement
 Sans asservissement
50  Asservissement
d’hiver (2030)
 Asservissement
d’été (2030)
0
1h 2h 3h 4h 5h 6h 7h 8h 9h 10h 11h 12h 13h 14h 15h 16h 17h 18h 19h 20h 21h 22h 23h 24h

76. Le profil normé est le profil correspondant à une énergie moyenne journalière égale à 1 GWh

BILAN PRÉVISIONNEL de l’équilibre offre-demande d’électricité en France I ÉDITION 2021 113


de plus de marge et/ou en journée lors du pic Enjeux sur la charge des véhicules
de production solaire. Avec le développement des électriques et hybrides rechargeables
compteurs communicants, des évolutions de la
structure des offres de fourniture et un asservis- Dans des configurations de fort développement
sement de la production d’eau chaude sanitaire de la mobilité électrique (environ 7 millions de
mieux adaptés aux besoins du système électrique véhicules électriques et hybrides rechargeables
sont techniquement accessibles. L’hypothèse est envisagés à l’horizon 2030), la recharge des véhi-
faite que les asservissements pourraient rester cules électriques constitue une consommation
« statiques » (i.e. déclenchement chaque jour à la énergétique importante (18 TWh), susceptible de
même heure) mais avec des heures de déclen- contribuer aux pointes de consommation si cette
chement différentes entre été et hiver, pour être recharge ne fait l’objet d’aucun pilotage. L’étude
plus adaptés au fonctionnement du système élec- réalisée par RTE et l’AVERE-France, dans le cadre
trique (production PV importante en journée en d’un large groupe de travail, en 201977 a permis
été). Deux profils de consommation sont ainsi d’évaluer que chaque million de véhicules élec-
considérés (profil hiver et profil été). Le pro- triques réduit les marges du système électrique de
fil d’hiver considère que la consommation est l’ordre de 600 MW si les recharges ne sont pas
répartie équitablement entre la nuit et les heures pilotées. L’effet sur les marges est quasi nul dès
méridiennes. En été, il est fait l’hypothèse que la que les recharges sont pilotées, même de façon
majorité des ballons d’eau chaude se déclenchent très simple (recharge la nuit ou le week-end par
sur les heures méridiennes afin de synchroni- exemple). Les véhicules électriques peuvent même
ser la consommation pour l’eau chaude sanitaire contribuer favorablement à la sécurité d’approvi-
avec la production photovoltaïque abondante. Ces sionnement en cas de développement de solu-
profils ont été estimés de façon à être optimaux, tions « vehicle-to-grid » (possibilité d’injection sur
tout en considérant qu’ils sont « statiques » pour le réseau électrique de l’énergie stockée dans
chaque saison. les batteries).

Figure 2.89 Hypothèses de développement du pilotage de la recharge des véhicules électriques dans le scénario
« Atteinte des objectifs PPE/SNBC en fin d’horizon »

Situation actuelle Hypothèse du scénario Crescendo


100%

90%
Part du parc pilotant les recharges
à domicile et sur lieu de travail

80%

70%

60%
 Véhicules dont les recharges
à domicile et sur lieu de travail
50%
sont pilotées dynamiquement
avec injection possible (V2G)
40%
 Véhicules dont les recharges
à domicile et sur lieu de travail
30%
sont pilotées dynamiquement
 Véhicules dont les recharges
20%
à domicile et sur lieu de travail
10% sont pilotées statiquement
 Véhicules dont les recharges
0% ne sont pas pilotées
2020 2021 2022 2023 2024 2025 2026 2027 2028 2029 2030 2031 2032 2033 2034 2035

77. [Link]

114
Hypothèses de demande d’électricité en France .2

Figure 2.90 Courbe de charge d’un jour ouvrable de janvier pour un parc d’un million de véhicules électriques ou
hybrides rechargeables en 2030 (profils de recharge tarifaire et de pilotage dynamique optimisés pour
le système de 2030 dans le scénario « Atteinte des objectifs PPE/SNBC en fin d’horizon »)

1 200

1 000

800
MW

600

400

200  recharge naturelle


 recharge tarifaire
 pilotage dynamique
0
1h 2h 3h 4h 5h 6h 7h 8h 9h 10h 11h 12h 13h 14h 15h 16h 17h 18h 19h 20h 21h 22h 23h 24h

Les véhicules électriques et hybrides rechargeables pilotage actuel représentant 25 % des véhicules,
représentent actuellement une faible part du parc conforme à la trajectoire validée en concertation.
automobile (plus de 400 000 véhicules en circula-
tion à fin 2020). Les différents scénarios considérés dans l’étude
RTE-AVERE présentent des hypothèses contrastées
Sur la base des éléments partagés avec les acteurs mais crédibles sur le développement du pilotage
et des enquêtes, il apparaît qu’une partie du parc à horizon 2035 (comprises entre une hypothèse
de véhicules électriques existants effectuent déjà du basse où les recharges de 40 % des véhicules sont
pilotage de leur recharge. Cependant le niveau de pilotées à une hypothèse haute où les recharges
pilotage reste relativement modéré. Une enquête a de 80 % des véhicules sont pilotées dont 20 % en
été réalisée par BVA pour ENEDIS78 et montre que le vehicle-to-grid).
pilotage de la recharge, par les utilisateurs particu-
liers, reste minoritaire mais est significatif : 37 % des Le scénario Crescendo du rapport sur la mobilité
utilisateurs déclarent être équipés d’un système de électrique constitue le scénario central et relative-
pilotage (dont 10 % ne l’utilisent pas). Parmi ceux qui ment consensuel pour l’ensemble des hypothèses
effectuent la recharge à domicile, 42 % d’entre eux à l’horizon 2035.
déclarent déclencher la recharge entre minuit et 7 h
du matin, ce qui semble attester d’un pilotage. Ce scénario est marqué notamment par un déve-
loppement raisonnable du pilotage de la recharge
Pour tenir compte du fait qu’une partie du parc de mais sans diffusion significative du vehicle-to-
véhicules électriques est utilisée par des utilisa- grid : 40 % de véhicules n’ont pas de recharge pilo-
teurs professionnels (non inclus dans l’enquête), tée, 57 % de véhicules ont une recharge pilotée en
où il est possible que le pilotage soit moins déve- monodirectionnel, et 3 % une recharge pilotée en
loppé, RTE a retenu l’hypothèse d’un niveau de bi-directionnel (vehicle-to-grid).

78. [Link]

BILAN PRÉVISIONNEL de l’équilibre offre-demande d’électricité en France I ÉDITION 2021 115


RTE a retenu une trajectoire de développement 1. U n approvisionnement sur le marché sur les
linéaire du taux de pilotage entre la situation périodes de surplus renouvelable ou nucléaire.
actuelle et le point 2035 du scénario Crescendo, 2. Un fonctionnement en base sur le marché de
ce qui amène à considérer qu’à l’horizon 2030, l’électricité, hors situations de tension.
environ 50 % des véhicules piloteraient leur 3. Un couplage avec une production renouvelable
recharge avec (i) des recharges pilotées de (par exemple photovoltaïque) dans le cadre de
façon « statique » (i.e. utilisateurs déclenchant modèles « locaux ».
leur recharge de façon identique toutes les
semaines), (ii) des recharges pilotées de façon Ces modèles conduisent à des facteurs de charge
dynamique (i.e. utilisateurs dont la recharge est des électrolyseurs et à des enjeux techniques,
adaptée dynamiquement aux besoins du système économiques et environnementaux très différents
électrique et aux prix de marché) et (iii) des d’un mode à l’autre. L’étude montre que l’idée que
recharges bi-­directionelles, pilotées dynamique- la production d’hydrogène serait basée unique-
ment (vehicle-to-grid) mais pour une partie très ment sur l’approvisionnement des électrolyseurs
limitée du parc (2 %). par les surplus d’énergies renouvelables intermit-
tentes pénalise sensiblement la production à l’hori­
zon 2030-2035 : les 6,5 GW ne consommeraient
La production d’hydrogène que 10 TWhelec/an et durant des périodes très irré-
par électrolyse gulières (qui pourraient nécessiter des capacités
de stockage).
L’analyse des modèles d’acteurs actuellement envi-
sagés pour la production d’hydrogène décarbonée À l’horizon 2030, en supposant que la totalité de
en France conduit à envisager plusieurs modes de la consommation d’hydrogène hors coproduits soit
fonctionnement possibles pour les électrolyseurs. fournie par de l’électrolyse (objectif haut de la
Trois modes opératoires ont ainsi été explorés dans PPE), les consommations correspondant au scéna-
le rapport « La transition vers un hydrogène bas rio « Atteinte des objectifs PPE/SNBC en fin d’hori-
carbone » publié par RTE en janvier 2020 : zon » à 2030 seraient de 25 TWhélec.

Figure 2.91 Les différents modes opératoires de l’électrolyse

40 000

En période de
tonnes H2/jour

30 000
Fonctionnement
marginalité
1 renouvelable
20 000 lors des périodes
de prix faibles
ou nucléaire
10 000

40 000

Fonctionnement
tonnes H2/jour

En base, 30 000
tout l’année sauf
2 hors situations 20 000
en cas de prix
de tension 10 000
élevés
0

40 000

Couplage avec de
tonnes H2/jour

30 000
Fonctionnement
l’autoproduction
3 (par exemple
20 000 sur site de
production
photovoltaïque)
10 000

116
Hypothèses de demande d’électricité en France .2

Figure 2.92 Évolution des capacités d’électrolyseurs installés en France par mode de fonctionnement
(« Atteinte des objectifs PPE/SNBC en fin d’horizon » à gauche, « Atteinte partielle des objectifs
PPE/SNBC » à droite)

7 7

6 6

5 5

4 4
GW

GW
3 3

2 2

1 1

0 0
2021 2022 2023 2024 2025 2026 2027 2028 2029 2030 2031 2021 2022 2023 2024 2025 2026 2027 2028 2029 2030 2031

Base   Marginalité nucléaire   Autoproduction éolienne   Autoproduction solaire

Pour les capacités cibles de 6,5 GW d’électrolyse (25 TWh de consommation électrique), la pro-
prévues dans le plan national hydrogène à cet hori- duction d’hydrogène par électrolyse à cet hori-
zon, ces volumes correspondraient à des durées zon devrait s’appuyer sur des modes opératoires
annuelles moyennes de fonctionnement d’environ diversifiés avec une large majorité de mode fonc-
3 800 heures pour le scénario « Atteinte des objec- tionnement bas carbone (sur marginalité EnR ou
tifs PPE/SNBC en fin d’horizon ». nucléaire). Pour le scénario « Atteinte des objec-
tifs PPE/SNBC en fin d’horizon », la consomma-
Ces durées annuelles moyennes de fonctionne- tion de 25 TWhélec d’électrolyse à 2030 à partir de
ment peuvent s’envisager en répartissant la capa- 6,5 GW d’électrolyseur correspondrait à une uti-
cité d’électrolyse dans les différents modes de lisation pour 25 % en base, 60 % en marginalité
production envisagés. nucléaire et renouvelable et 15 % en autoproduc-
tion renouvelable.
La répartition des capacités d’électrolyse entre
les différents types d’électrolyseurs constitue Compte tenu de la flexibilité des électrolyseurs,
aujourd’hui une inconnue. RTE a réparti la capacité l’hypothèse est faite que les électrolyseurs ne
d’électrolyse entre les quatre modes de fonctionne- consomment jamais en situation de tension :
ment (sur marginalité EnR et nucléaire, en bande, c’est à la fois l’intérêt économique des exploitants
en autoproduction PV, en autoproduction éolienne) d’électrolyse (prix de l’électricité élevé) et l’intérêt
de façon à assurer le respect de la production cible en matière d’émissions de CO2. Par ailleurs, ces
d’hydrogène par électrolyse. situations de tension sont de toute façon suffisam-
ment rares pour ne pas perturber significativement
Compte tenu de l’ambition en termes de puis- l’utilisation en aval.
sance installée (6,5 GW) et de production annuelle

BILAN PRÉVISIONNEL de l’équilibre offre-demande d’électricité en France I ÉDITION 2021 117


Évolution de la courbe de charge hausse significative de la consommation en hiver.
par usage à l’horizon 2030 La consommation d’été devrait être en moyenne
un peu plus élevée du fait de l’augmentation du
L’évolution des consommations entre 2019 et taux d’équipement en climatisation. La recharge
2030 ne devrait pas entrainer une modification des véhicules électriques et la production d’hydro-
importante de l’allure de la courbe de charge gène n’entraînent pas de changement majeur dans
annuelle79. Le chauffage continuera à créer une le profil annuel.

Figure 2.93 Puissances horaires appelées à températures de référence (hiver/été) en 2030 dans le scénario
« Atteinte des objectifs PPE/SNBC en fin d’horizon »

90
Semaine de janvier
80

70

60

50
GW

40

30 Cuisson
 Eau chaude sanitaire (ECS)
20  Éclairage
Autres usages
Hydrogène
10 Véhicules électriques
Climatisation
0 Chauffage
Lundi Mardi Mercredi Jeudi Vendredi Samedi Dimanche

90
Semaine de juin
80

70

60

50
GW

40

30 Cuisson
 Eau chaude sanitaire (ECS)
20  Éclairage
Autres usages
Hydrogène
10 Véhicules électriques
Climatisation
Chauffage
0
Lundi Mardi Mercredi Jeudi Vendredi Samedi Dimanche

79. La courbe de charge annuelle considérée ici est la moyenne hebdomadaire des puissances appelées à températures de référence

118
Hypothèses de demande d’électricité en France .2

Figure 2.94 Moyenne hebdomadaire des puissances appelées à températures de référence par usage en 2030

80

70

60

50
GW

40

30
Chauffage
Climatisation
20 Autres usages
Hydrogène
Véhicules électriques
10
 Éclairage
 Eau chaude sanitaire (ECS)
0 Cuisson
juil. août sept. oct. nov. déc. jan. fév. mars avril mai juin

Le profil de consommation hivernal devrait évoluer consommation en énergie. Cependant, le dévelop-


à l’horizon 2030, avec une baisse de la consom- pement massif du chauffage électrique depuis
mation à 19 h en jour ouvrable, du fait notam- la fin des années 70 a introduit une forte volati-
ment de la baisse de consommation de l’éclairage lité de la pointe liée aux aléas de température
et une augmentation de la consommation la nuit (cf. figure 2.95). Ainsi, lors d’une vague de froid,
et le week-end, sous l’effet du développement des les besoins de chauffe beaucoup plus importants
véhicules électriques et leur pilotage. contribuent à augmenter significativement les
appels de puissance.
Dans le cas d’une modification des tarifs heure
pleine heure creuse favorisant la consommation
de l’ECS le midi y compris sur l’hiver, la pointe de
consommation se déplacerait alors en milieu de
journée à 13 h. Cela correspond au pic méridien de Figure 2.95 Pointes de consommation annuelles
consommation pour la cuisson résidentielle.
Thermosensibilité Développement du
faible chauffage électrique
Le profil de consommation d’été devrait chan- 120
ger plus fortement sous l’effet du changement 102,1
96,6
de profil de l’eau chaude sanitaire ainsi que de la 100 96,7
91,6
89
recharge des véhicules électriques qui est concen- 83,5
79,6
80
trée sur les heures méridiennes. Cela permet de 70
synchroniser la consommation avec la production
GW

60
photovoltaïque.
40

Thermosensibilité de la consommation 20
électrique
0
1950 1960 1970 1980 1990 2000 2010 2020
Les puissances maximales annuelles appelées ont
historiquement suivi la croissance annuelle de la

BILAN PRÉVISIONNEL de l’équilibre offre-demande d’électricité en France I ÉDITION 2021 119


La décennie 2000-2010 a été marquée par une aug- Aujourd’hui, à températures de référence, 14 % de
mentation des pointes de consommation deux fois la consommation annuelle en énergie est imputable
plus rapide que celle de la consommation annuelle au chauffage électrique, ce volume thermosensible
en énergie, liée à un marché du chauffage électrique se concentre sur la période hivernale et repré-
alors très dynamique. Durant la dernière décennie sente 29 % de la puissance moyenne appelée entre
2010-2020, la pointe de consommation s’est stabi- décembre et février soit une bande d’environ 20 GW
lisée tout comme la consommation annuelle. à température normale sur l’ensemble de l’hiver.

La sensibilité de la consommation à la tempéra- En appliquant un scénario hivernal présentant


ture est aujourd’hui estimée à 2 400 MW/°C en de fortes fluctuations de température, la bande
moyenne journalière80. La thermosensibilité de la thermo­ sensible est fortement déformée et son
consommation d’électricité est bien plus impor- amplitude peut être doublée. Ainsi, lors d’une
tante en France que dans les autres pays d’Europe. vague de froid, la consommation électrique liée au
chauffage sur la pointe de 19 h peut dépasser 40 %
Le système électrique français est particuliè- de la consommation totale ; cette part peut même
rement sollicité pendant les périodes de grand atteindre 50 % sur certaines plages horaires pen-
froid. Ainsi, le niveau de consommation a été dant la nuit, pour une puissance appelée pouvant
beaucoup plus élevé sur l’ensemble de la jour- dépasser les 50 GW.
née du 8 février 2012 que quelques jours plus tôt.
Le creux de nuit du 8 février 2012 est au même Cette sensibilité de la consommation à la tempé-
niveau que la consommation observée le matin rature (gradient hivernal) devrait peu évoluer au
de la semaine précédente, et bien supérieur à la cours des prochaines années du fait de la stabili-
pointe du soir de la semaine encore antérieure sation de la consommation en énergie du chauf-
(cf. Figure 2.96). fage électrique. Le développement des véhicules

Figure 2.96 Courbes de charges journalières autour de la vague de froid de février 2012

105
100
95
90
85
80
GW

75
70
65
60
25/01/2012 (+8,0°C)  
55 01/02/2012 (-1,5°C)  
08/02/2012 (-4,9°C)
50
00:00
01:00
02:00
03:00
04:00
05:00
06:00
07:00
08:00
09:00
10:00
11:00
12:00
13:00
14:00
15:00
16:00
17:00
18:00
19:00
20:00
21:00
22:00
23:00
00:00

Températures moyennes
journalières entre parenthèses

80. 
La baisse d’un degré de température lissée entraîne une croissance de la puissance appelée de 2 400 MW en moyenne journalière. Le lissage des
températures permet de prendre en compte l’inertie thermique des bâtiments. Cela rend compte qu’un événement froid soudain ne se traduit pas par une
hausse instantanée de la consommation, surtout si préalablement les températures étaient douces.

120
Hypothèses de demande d’électricité en France .2

Figure 2.97 Appels de puissance du chauffage dans le scénario « Atteinte des objectifs PPE/SNBC en fin d’horizon »

60
2% 3% 5% 10% 80% des occurences
50 de température
inférieure à 16°C

40
GW

30

20

10
2019
2030
0
-6 -5 -4 -3 -2 -1 0 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16

électriques devrait amener une faible augmenta- La technologie de la pompe à chaleur a toutefois
tion de la thermosensibilité, de l’ordre de 1 GW. connu des progrès importants sur les dernières
La puissance thermosensible81 moyenne appelée années. Les anciens modèles étaient dotés de
pendant l’hiver est amenée à rester relativement résistances thermiques d’appoint, fonctionnant
constante. lors des vagues de froid, ce qui pouvait conduire à
une consommation équivalente à celle de convec-
Le développement des pompes à chaleur a des teurs électriques. Aujourd’hui, elles sont en voie de
conséquences sur les consommations en énergie disparition dans les ventes, car elles ne respectent
mais également sur les appels en puissance. En pas les exigences requises par les labels de qua-
effet, le profil de charge des pompes à chaleur est lité ; la dégradation du COP à températures très
différent de celui du chauffage par effet Joule : leur froides est ainsi limitée.
coefficient de performance (COP), rapport entre
l’énergie restituée et l’énergie consommée, dimi- La déformation de la courbe d’appel de puissance du
nue lorsque l’écart de température entre le milieu chauffage en fonction de la température est assez
de prélèvement et le milieu de restitution des calo- limitée. En 2030, pour des températures avoisi-
ries augmente. Le rendement peut être divisé par nant 5 °C, l’appel de puissance total du chauffage
deux en période de grand froid par rapport au COP devrait diminuer de l’ordre de 200 MW. À -5 °C,
nominal défini à 7 °C. L’appel de puissance dû à un il devrait augmenter de l’ordre d’un gigawatt.
térawattheure de pompe à chaleur est donc légère-
ment plus concentré sur les températures les plus Le niveau actuel de climatisation d’été introduit
basses. un appel de puissance moyen de l’ordre de 1,9 GW
entre juillet et août, bien inférieur à celui du chauf-
Cette déformation du profil de puissance reste fage. La climatisation atteint son niveau le plus
néanmoins très limitée : 1 GW de puissance en élevé en milieu d’après-midi durant l’été. La clima-
plus lors d’une température extrême de -6 °C alors tisation est concentrée principalement sur les mois
que la consommation en énergie baisse de 1 TWh. d’été. L’appel maximal peut dépasser 12 GW.

81. Puissance appelée par l’ensemble des systèmes de chauffage, y compris les pertes de transport et de distribution induites

BILAN PRÉVISIONNEL de l’équilibre offre-demande d’électricité en France I ÉDITION 2021 121


Le développement de cet usage contribue à renfor- Les pouvoirs publics et RTE ont fait évoluer en
cer l’appel de puissance l’été mais reste faible com- 2020 ce dispositif de soutien à l’effacement afin
parativement au chauffage dans les années à venir, d’accroître les capacités d’effacement de consom-
de l’ordre de 3 GW entre juillet et août. L’appel de mation dès l’hiver 2020-2021. Cette révision a
puissance maximal devrait augmenter de manière consisté notamment en (i) une augmentation des
proportionnelle et pourrait dépasser 20 GW. plafonds de rémunération de capacité, passant
de 30-35 k€/MW (selon la puissance des sites) à
60 k€/MW, soit un quasi-doublement du plafond de
Le développement de la flexibilité la rémunération, et (ii) l’assouplissement de moda-
des usages existants à travers lités de participation qui pouvaient contraindre
des objectifs ambitieux sur ­certaines capacités.
les effacements de consommation
L’ensemble des capacités d’effacement en France
Le pilotage de la demande peut prendre plusieurs représente aujourd’hui environ 3,4 GW, en crois-
formes allant d’une adaptation récurrente du profil sance de près de 1 GW depuis 2017 en lien avec
de consommation (par exemple en déclenchant à la mise en place du mécanisme de capacité puis
heure fixe la mise en fonctionnement d’un usage, la refonte du dispositif de soutien opéré en 2018
comme la production d’eau chaude sanitaire ou la (puis les évolutions récentes opérées en 2020). Ce
recharge de véhicule électrique) à de l’effacement volume est composé :
de consommation (défini comme l’action visant à uu d’une part des effacements « implicites » qui
baisser temporairement la consommation, sur sol- correspondent aux capacités d’effacement
licitation ponctuelle envoyée au consommateur82). associées aux offres de fourniture et qui sont
valorisées par les fournisseurs sous forme de
Depuis une dizaine d’années, la France a mis en réduction de l’obligation de capacité (en s’ac-
place un cadre réglementaire permettant aux effa- tivant lors des périodes « PP1 » du mécanisme
cements sur tout type de sites (industrie, tertiaire, de capacité). Dans le cadre du mécanisme de
résidentiel) de participer aux différents services du capacité, les fournisseurs sont tenus de décla-
système électrique : la totalité des marchés sont rer ces capacités d’effacements (i.e. « actions
désormais ouverts aux effacements de consom- de maîtrise de la consommation à la pointe »).
mation (marché de capacité, marché de l’éner- Les capacités d’effacements ainsi déclarées
gie, contractualisation des réserves, mécanisme représentent un volume de l’ordre de 0,6 GW et
d’ajustement, services système). Cette ouverture correspond en pratique aux offres tarifaires EJP
des différents marchés s’est aussi accompagnée de et Tempo 83 ;
la possibilité offerte à des opérateurs indépendants uu d’autre part, des effacements « explicites », qui
de fournir ces services et de valoriser les efface- sont certifiés sur le mécanisme de capacité par
ments sur les marchés sans l’accord du fournis- des opérateurs d’effacement et dont la dispo-
seur (en mettant en place un dispositif régulé pour nibilité (et non l’activation systématique) est
compenser l’énergie injectée par le fournisseur et valorisée via l’attribution de garanties de capa-
qui est valorisée par l’opérateur d’effacement). En cités valorisables sur le marché de capacité.
complément de ces adaptations du cadre de régu- En tenant compte de capacités disponibles non
lation, un dispositif de soutien a été mis en place encore certifiées, RTE considère que la capa-
via l’appel d’offres effacement, pour soutenir le cité disponible explicite représente aujourd’hui
développement de la filière. 2,7 GW pour 2021.

82. L’article L271-1 du code de l’énergie définit l’effacement de consommation : « Un effacement de consommation d’électricité se définit comme l’action visant
à baisser temporairement, sur sollicitation ponctuelle envoyée à un ou plusieurs consommateurs finals par un opérateur d’effacement ou un fournisseur
d’électricité, le niveau de soutirage effectif d’électricité sur les réseaux publics de transport ou de distribution d’électricité d’un ou de plusieurs sites de
consommation, par rapport à un programme prévisionnel de consommation ou à une consommation estimée. »
83. Les analyses menées par RTE dans le cadre du retour d’expérience sur le mécanisme de capacité ont montré que la baisse de puissance constatée « toutes
choses égales par ailleurs » était supérieure à la puissance déclarée par les fournisseurs au titre des actions de maîtrise de consommation à la pointe. L’effet
constaté est de l’ordre de 0,9 GW pour seulement 0,6 GW déclaré. Néanmoins ce résultat repose sur une analyse statistique présentant des incertitudes
liées au faible nombre d’observations (jours PP1) et à un nécessaire recalage pour se placer dans des conditions comparables. RTE retient par prudence le
chiffre déclaré par les fournisseurs, à savoir 0,6 GW.

122
Hypothèses de demande d’électricité en France .2

La PPE adoptée en avril 2020 fixe un objectif de engagés dans l’AOE (et qui sont significativement
développement important et progressif de la pénalisés en cas de défaut). Cependant, la fiabilité
capacité d’effacement, avec un point de passage des effacements reste inférieure à celle de filières
à 4,5 GW pour 2023 et un objectif de 6,5 GW à de production rendant des services comparables
l’hori­
zon 2028. Bien que le texte de la PPE ne (contribution essentiellement capacitaire) avec
détaille pas précisément ce que recouvre ce notamment une tendance résiduelle à la suresti-
chiffre, l’interprétation de RTE, partagée avec les mation de la puissance disponible ainsi qu’une très
pouvoirs publics, est que ce chiffre doit s’inter- forte imprécision à l’activation.
préter (i) selon la comptabilisation du mécanisme
de capacité84 et (ii) en considérant que ce déve- Enfin, RTE a détecté en décembre 2020 un com-
loppement est cumulatif du développement de la portement de plusieurs acteurs de la filière effa-
­flexibilité des nouveaux usages. cement leur permettant la valorisation d’une
disponibilité au titre du mécanisme de capacité, via
Considérer que l’objectif de développement des effa- des puissances offertes sur le mécanisme d’ajus-
cements affiché dans la PPE est cumulatif du déve- tement, sans que les puissances soient vraiment
loppement de la flexibilité des nouveaux usages accessibles par RTE, du fait de contraintes d’uti-
constitue une hypothèse structurante sur le dévelop- lisation des offres les rendant en pratique inutili-
pement de la flexibilité. En effet, selon les modali- sables dans les processus opérationnels.
tés de flexibilisation de la demande des nouveaux
usages (véhicule électrique, production d’hydrogène) La fiabilisation de la filière constitue encore un
et de leur valorisation, cette flexibilité pourrait être enjeu important et RTE retient une hypothèse sur la
considérée ou non comme une capacité d’efface- fiabilité de 80 % sur l’ensemble de l’horizon. Ce taux
ment selon la définition légale (de l’article L271-1 du exprime la fiabilité en puissance lors des périodes de
code de l’énergie). Ainsi, par exemple, une recharge tension (il est différent du taux de fiabilité constaté
de véhicule électrique placée systématiquement en pour les effacements activés, certaines capacités
heures creuses ne sera pas comptabilisée comme un s’activant en dehors de périodes de tension).
effacement alors qu’une recharge placée en heure de
pointe mais proposant de s’effacer ponctuellement et RTE retient une trajectoire de référence conduisant
offrant ce service, via un agrégateur serait comptabi- à l’atteinte des objectifs de la PPE à l’horizon 2028,
lisée comme un effacement. mais en considérant que l’effet des différentes
mesures pour favoriser le développement de l’effa­
En accord avec les pouvoirs publics, les objectifs cement permet une inflexion progressive qui ne
de la PPE sur les capacités d’effacement sont inter- permet pas l’atteinte de l’objectif intermédiaire de
prétés au périmètre des usages existants et n’in- la PPE à l’horizon 2023.
cluent pas la flexibilité sur les nouveaux usages
(véhicules électriques, électrolyse). Cependant, malgré la volonté affichée des pou-
voirs publics sur le développement de la filière
Suite à l’identification de problèmes de fiabilité des et les évolutions récemment mises en place, plu-
effacements soutenus via les appels d’offres, RTE sieurs incertitudes demeurent sur l’évolution de la
a mis en place à compter de 2017 un « paquet fia- capacité d’effacement et sa contribution réelle à la
bilité » (durcissement des contrôles et des pénali- sécurité d’approvisionnement :
tés, suivi rapproché) pour améliorer la disponibilité uu la pérennisation sur le long terme des mesures
effective de cette filière. mise en place dans le cadre de l’AOE 2021, dans
un contexte où plusieurs d’entre elles relèvent
Les analyses de RTE montrent que cette politique des aides d’État et nécessitent une nouvelle
porte ses fruits, notamment pour les effacements approbation par la Commission européenne ;

84. En théorie, plusieurs périmètres de comptabilisation sont possibles, selon que les puissances intègrent ou non les capacités interruptibles non disponibles
sur les autres mécanismes de marché, selon que la comptabilisation s’effectue selon des règles du mécanisme de capacité – donc uniquement sur les jours
« PP2 », en hiver – ou selon d’autres dispositifs – RR/RC, AOE, etc.

BILAN PRÉVISIONNEL de l’équilibre offre-demande d’électricité en France I ÉDITION 2021 123


Figure 2.98 Effacements – Évolution de la capacité installée en GW (vision au 31/12 de l’année)

Évolution des hypothèses du Bilan prévisionnel 2021


Scénario Scénario
«Atteinte des «Atteinte partielle
objectifs PPE/SNBC» des objectifs
en fin d’horizon PPE/SNBC»

2020 2021 2022 2023 2024 2025 2030

Consommation 460 TWh 468 TWh 468 TWh 468 TWh 469 TWh 471 TWh 498 TWh 484 TWh

Effacements 3,3 GW 3,4 GW 3,6 GW 3,8 GW 4 GW 4,2 GW 6,5 GW 4,5 GW

uu l’effet réel de ces mesures alors que les g


­ isements Perspectives sur la pointe
potentiels sont en partie inconnus. de consommation d’électricité
uu la capacité de la filière à poursuivre l’amélioration
de sa fiabilité. L’indicateur de « pointe (annuelle de consomma-
tion) à une chance sur dix » constitue un élément
Une trajectoire moins ambitieuse sur l’évolution attendu du débat public pour mesurer l’effet des
de la capacité d’effacement est considérée, sup- nouveaux usages et des mesures d’efficacité éner-
posant notamment une difficulté à pérenniser les gétique sur le système électrique. L’indicateur pré-
dispositifs de soutien. Cette trajectoire corres- senté jusqu’ici dans les précédentes éditions du
pond à l’atteinte d’une capacité de 4,5 GW en fin Bilan prévisionnel n’est toutefois plus adapté aux
d’horizon. caractéristiques de l’évolution de la consomma-
tion. Cet indicateur représentait la consommation
La modélisation distingue les effacements impli- avant la potentielle activation des leviers de flexi-
cites tarifaires et les effacements explicites : bilité pour des besoins ponctuels du système. Si
uu les effacements tarifaires sont considé- l’effet sur la courbe de charge du pilotage du pro-
rés activés sur des périodes de 7 h à 22 h, du fil de consommation de certains usages (comme
1er novembre au 31 mars 85 sur les 22 jours de l’eau chaude sanitaire) était pris en compte, l’effet
plus forte consommation résiduelle ; du pilotage ponctuel répondant à des besoins liés
uu les effacements explicites, qui correspondent à la tension du système (effacements tarifaires à
pour l’essentiel à des capacités de sites indus- pointe mobile, capacités d’effacement explicites
triels et ont des coûts d’activation sont consi- sur les marchés) sur la baisse de consommation
dérés activables sur les jours de plus forte n’était pas intégré.
tension mais ont un coût d’activation modé-
lisé à 350 €/MWh. À l’horizon 2030, les flexibilités de la demande
(effacements de consommation, pilotage de la
recharge des véhicules électriques, utilisation
d’électrolyseurs flexibles...) devraient croître de

85. Plages communes aux jours EJP et Tempo Rouge (1er nov. au 31 mars, [7 h ; 1 h[ pour EJP, [6 h ; 22 h[ pour Tempo)

124
Hypothèses de demande d’électricité en France .2

manière très importante. Ne pas prendre en compte La baisse de la pointe de consommation non flexible,
ces flexibilités dans l’estimation d’une pointe de sous les effets conjugués du développement impor-
consommation ne permet pas de représenter la tant de la flexibilité de la demande et du déve-
consommation qui doit réellement être satisfaite loppement progressif de l’efficacité énergétique
par le parc de production (et les imports). Dès lors, sur les usages fortement contributeurs à la pointe
un nouvel indicateur est nécessaire. (chauffage, éclairage), est à mettre en regard de la
croissance de la consommation envisagée pour les
Un premier indicateur est proposé pour mieux res- prochaines années.
tituer l’impact grandissant de ces flexibilités sur
les pointes de consommations. Cet indicateur de L’analyse permet en effet d’identifier que dans le
« pointe à une chance sur dix de la consommation scénario d’atteinte des objectifs de la PPE/SNBC et –
non flexible » correspond ainsi au niveau de consom- dans une moindre mesure – dans celui d’atteinte par-
mation qui a une chance sur dix d’être dépassé au tielle de ces objectifs, l’évolution de la consommation
moins une fois au cours de l’hiver, après activation en énergie et celle de la pointe de consommation non
des flexibilités. flexible pourraient être découplées. Ainsi, contrai-
rement à ce qui avait été observé avant les années
À l’horizon 2030, cette « pointe annuelle à une 2010, la pointe de consommation, une fois les pos-
chance sur dix de consommation non flexible » est sibilités de pilotage prises en compte, est appelée à
susceptible de se réduire de près de 3 GW par rap- baisser tandis que la consommation augmente.
port à aujourd’hui dans le cas où l’ensemble des
objectifs de la PPE et de la SNBC serait atteint. Cette Cependant cet indicateur ne reflète que de façon
baisse serait de l’ordre d’1,5 GW dans le ­scénario imparfaite et incomplète la baisse réelle des besoins
d’atteinte partielle de ces objectifs. en capacités du système électrique. L’effet du

Figure 2.99 Évolution comparée de la consommation en énergie et de la pointe de consommation non-flexible


(i.e. consommation après activation des leviers de pilotage des usages), dans le scénario d’atteinte
des objectifs publics (base 100 en 2001)

Développement soutenu d’usages


Développement progressif de l’efficacité
fortement contributeurs à la pointe
énergétique sur les usages fortement contributeurs
(chauffage électrique, écrans dans
à la pointe (chauffage, éclairage)
le résidentiel, etc.)

130
Fort développement
d’usages peu
125 contributeurs à la pointe
(véhicules électriques
pilotés, électrolyseurs,
climatisation) et des
Base 100 en 2001

120 effacements

115

110  Pointe annuelle


de consommation
non flexible à
une chance sur dix
105
 Consommation
annuelle corrigée
du climat
100
2001 2005 2010 2015 2020 2025 2030

BILAN PRÉVISIONNEL de l’équilibre offre-demande d’électricité en France I ÉDITION 2021 125


développement de l’efficacité énergétique de cer- chance sur dix de consommation non flexible » ne
tains usages (éclairage, chauffage, etc.), associé au permet pas de refléter complètement cette évolution
développement de effacements de consommation, et ne baisse de que 3 GW sur la période. En effet,
même s’ils sont en partie contrebalancés par cer- avec la baisse de la pointe du matin et du soir, la
tains transferts d’usage (notamment véhicules élec- pointe de consommation se matérialise sur d’autres
triques, chauffage, industrie) devrait conduire à un instants, notamment à 13 h. Ceci est à la fois le reflet
effet baissier significatif sur la pointe du matin (9 h) de la baisse marquée de certains usages qui sont
et du soir (19 h), de l’ordre de 5 GW (4,8 GW sur surtout présents le matin et le soir (éclairage) et l’ef-
la pointe du matin et 5,1 GW sur la pointe du soir) fet de l’hypothèse de placement progressif de cer-
dans le scénario d’atteinte des objectifs publics. tains usages en milieu de journée, du fait de prix plus
intéressants (eau chaude sanitaire).
Il s’agit d’une évolution importante de la pointe de
consommation sur les instants de la journée les plus Ainsi, au cours de la décennie, l’indicateur même
critiques pour le système électrique actuel et qui le passe d’une pointe entièrement « subie » (matin et
restent à l’horizon 2030 (la production photovol- soir) à une pointe en partie « choisie », qui ne pré-
taïque n’apportant pas de contribution significative à sente pas le même niveau de difficulté en termes
ces périodes). L’indicateur de « pointe annuelle à une de sécurité d’approvisionnement.

Figure 2.100 Trajectoire de « pointe annuelle de consommation résiduelle pilotée à une chance sur dix »
dans le scénario « Atteinte des objectifs PPE/SNBC en fin d’horizon »86

110

105

100
GW

95

90

85

80
2020 2021 2022 2023 2024 2025 2026 2027 2028 2029 2030

Pointe “à une chance sur dix” de : Flexibilités permises sur la consommation : Production :
 Consommation estimée sans aucun pilotage Asservissement de l’eau chaude sanitaire  Production fatale
(consommation « fictive »)  Pilotage de la recharge des véhicules électriques (éolien, solaire)
 Consommation partiellement pilotée  Interruption de la production d’hydrogène87
(uniquement par signaux tarifaires) : Effacements de consommation
utilisée dans les précédents Bilans prévisionnels
 Consommation non flexible
 Consommation non flexible résiduelle

86. L’historique et les prévisions de pointes de consommation présentés en figure 2.99 sont estimés en intégrant les effets du changement climatique. Un
nouveau référentiel météorologique, représentant le climat de l’horizon ici étudié, a ainsi été intégré dans ce Bilan prévisionnel. Il a notamment fait l’objet de
concertations dans le cadre de l’élaboration du prochain Bilan prévisionnel de long terme, et fait apparaître un réchauffement tendanciel des températures,
mais aussi la survenue plus fréquente d’événements de grand froid.
87. La consommation effaçable liée à la production d’hydrogène présentée en figure 2.100 représente la part des électrolyseurs s’effaçant spécifiquement lors
des épisodes de tension du système (à des prix élevés de l’électricité). Les autres modes de production d’hydrogène, non représentés sur cette figure, sont
considérés comme effacés sensiblement avant l’apparition de pointes de consommation.

126
Hypothèses de demande d’électricité en France .2

Ceci traduit le fait que le développement massif davantage dimensionnant s’il s’applique à la consom-
des productions renouvelables variables (éolien et mation résiduelle, i.e. la consommation diminuée de
photovoltaïque) redessine les enjeux sur la sécu- la production photovoltaïque et éolienne. Les résul-
rité d’approvisionnement pour le système élec- tats de ce Bilan prévisionnel montrent que ce sera
trique. Les périodes de tension seront de moins d’ores et déjà le cas en 2030.
en moins concentrées sur les périodes de pointe
de consommation mais plutôt sur les périodes où À l’horizon 2030, cette « pointe annuelle à une
c’est la consommation résiduelle, c’est-à-dire la chance sur dix de consommation non flexible rési-
consommation diminuée des productions renouve- duelle » se réduirait alors de près de 9 GW par rap-
lables fatales, qui est importante. port à aujourd’hui dans le cas où l’ensemble des
objectifs de la PPE et de la SNBC serait atteints,
Des pointes de consommation lors de pics de produc- pour s’approcher de 85 GW. Cette diminution de
tion photovoltaïque et/ou éolien ne constituent pas 9 GW se répartit en 3,5 GW liés à la flexibilisation de
des situations de tension pour le système et peuvent la consommation et la réduction des usages contri-
même être souhaitables afin de limiter les volumes buant le plus à la pointe et 5,5 GW dus au déve-
d’excédents de production qui seraient « perdus ». loppement des capacités de production éolienne et
solaire. Cette baisse serait de l’ordre de 6 GW dans
Dans un contexte de mix de production intégrant une le scénario d’atteinte partielle de ces objectifs.
forte proportion d’énergies renouvelables, tels que
ceux qui seront étudiés dans le cadre du Bilan pré- Cette diminution est à mettre en regard de la
visionnel 2050, l’indicateur de « pointe à une chance baisse d’environ 8 GW de capacités pilotables dans
sur dix de consommation non flexible » sera ainsi le même temps.

BILAN PRÉVISIONNEL de l’équilibre offre-demande d’électricité en France I ÉDITION 2021 127


L’OFFRE
EN FRANCE

ANNEXES TECHNIQUES DU BILAN PRÉVISIONNEL


3

L’OFFRE EN FRANCE

Au cours des dernières années, la transition éner- à combustion utilisant des combustibles fossiles.
gétique engagée en France a conduit à des évo- Le maintien du parc thermique ne disposant pas
lutions significatives sur le parc de production de mécanismes de soutien (cycles combinés, tur-
d’électricité : fermeture de près de 9 GW de capa- bines à combustion, cogénérations en fin d’obli-
cités de production thermique (fioul et charbon) gation d’achat) ainsi que le développement du
depuis 2010, fermeture des deux réacteurs de la stockage par batterie est en revanche le reflet de
centrale nucléaire de Fessenheim, développement choix d’acteurs privés et de conditions de viabilité
de plus de 20 GW d’énergies renouvelables depuis économique.
2010, etc.
L’hypothèse centrale retenue pour le Bilan pré-
Les évolutions du parc de production pour les pro- visionnel est un scénario « relance progressive »,
chaines années répondent aux enjeux de la transi- caractérisé par un retard de certaines des actions
tion énergétique. et mesures engagées (chantiers, appels d’offres…)
suite à la crise sanitaire sans remise en cause pro-
Pour les filières nucléaire, charbon et renouve- fonde des objectifs publics. À l’horizon 2030, deux
lables, les trajectoires d’évolution du parc sont scénarios sont analysés : un scénario d’atteinte
encadrées par la Programmation pluriannuelle de des objectifs de la PPE et de la SNBC, et un scéna-
l’énergie et mises en œuvre par des politiques rio d’atteinte partielle de ces objectifs.
publiques (appels d’offres, décisions administra-
tives…). La PPE exclut aussi la mise en service Des variantes sont aussi étudiées pour évaluer
de nouvelles capacités en cycles combinés (en la sensibilité des analyses à des configurations
dehors de la centrale de Landivisiau) et turbines alternatives.

130
L’offre en France .3

3.1 Une confirmation des objectifs ambitieux de développement


des énergies renouvelables dans la PPE

3.1.1 Le potentiel du parc hydraulique Un objectif d’augmentation légère des


est exploité au plus proche de son capacités installées affiché dans la PPE
maximum Les ambitions affichées dans la PPE visent essen-
tiellement la pérennisation du productible hydrau-
Un potentiel hydraulique largement lique, aucune nouvelle installation de grande
exploité ampleur n’étant envisagée. Des travaux de moder-
L’énergie hydraulique représente aujourd’hui la nisation pourraient toutefois permettre une pro-
principale forme d’énergie renouvelable. L’essentiel gression de la puissance hydraulique installée
du parc hydraulique a été construit avant la fin des (sans implantation de nouvelles retenues d’eau).
années 1980. Depuis, les travaux portent princi-
palement sur des modernisations d’équipements La PPE fixe ainsi les objectifs de 25,7 GW fin 2023
ou l’installation de petites unités de quelques et entre 26,4 et 26,7 GW fin 2028 soit une hausse
mégawatts. de 60 MW par an jusqu’en 2023 puis de 140 à
200 MW par an sur la deuxième partie de la PPE.
Avec environ 25,5 GW88 de puissance de turbi-
nage installée au 31 décembre 2020 (stations Une légère progression de la filière
de transfert d’énergie par pompage incluses), le considérée
potentiel de production hydraulique est consi- Dans ce Bilan prévisionnel, le rythme de développe-
déré comme étant exploité au plus proche de son ment se fonde sur un développement de la filière,
maximum : la puissance installée progresse peu essentiellement via des travaux de modernisation,
(près de 300 MW sur les dix dernières années). légèrement en-deçà des objectifs de la PPE dans

Hydraulique – Évolution de la capacité installée en GW (vision au 31/12 de l’année)


Figure 3.1 

28

27

26

25
GW

24

23 Historique
 BP21 - Scénario « Atteinte
22 des objectifs PPE en fin d’horizon »
 BP21 - Scénario « Atteinte
21 partielle des objectifs PPE »
Objectifs PPE
20
2014 2016 2018 2020 2022 2024 2026 2028 2030

88. Les chiffres relatifs à la puissance installée ou à la puissance produite de l’ensemble de ce document sont des chiffres hors Corse. Ils peuvent dès lors différer
des chiffres du Bilan électrique de RTE (chiffres consolidés à la maille France métropolitaine).

BILAN PRÉVISIONNEL de l’équilibre offre-demande d’électricité en France I ÉDITION 2021 131


un premier temps. Cette trajectoire considère un Par ailleurs, la ministre de la Transition écologique et
accroissement de l’ordre de +20 MW par an jusqu’à solidaire a annoncé fin 2019 de nouvelles mesures
2023 puis +80 MW par an ensuite, permettant visant à favoriser un développement harmonieux
­d’atteindre notamment 25,6 GW fin 2023. de l’éolien, en traitant notamment des probléma-
tiques de répartition territoriale, de démantèle-
À l’horizon 2030, la trajectoire du scénario ment et d’insertion paysagère des éoliennes.
« atteinte des objectifs » correspond au passage
par l’objectif médian de la PPE en 2028 et ame- L’année 2020 a toutefois été marquée par un léger recul
nant à 26,9 GW en 2030, contre 26,1 GW dans le des nouvelles capacités installées (environ +1,1 GW
scénario « atteinte partielle des objectifs ». sur l’année), notamment en raison des mesures de
confinement imposées par la crise sanitaire.

3.1.2 Le développement de la filière Le parc installé atteint ainsi 17,6 GW au


éolienne terrestre s’inscrit dans une 31 décembre 2020.
dynamique relativement proche des
objectifs de la PPE Des objectifs de développement
ambitieux maintenus dans la PPE
Une progression de la filière éolienne La cible définie par les pouvoirs publics dans
terrestre en léger retrait en 2020 le cadre de la PPE est de 24,1 GW à fin 2023 et
La progression de la filière éolienne terrestre a connu ­comprise entre 33,2 et 34,7 GW à fin 2028.
une évolution contrastée depuis dix ans. En effet,
après avoir connu une accélération de son dévelop- L’atteinte de ces objectifs nécessite un rythme
pement entre 2006 et 2010 suite aux travaux du de développement de 1,9 GW par an d’ici 2023,
Grenelle de l’environnement, le rythme de dévelop- donc supérieur au plus haut historique atteint en
pement a fortement ralenti entre 2010 et 2013. 2017, puis entre 1,8 GW et 2,1 GW par an sur la
­deuxième période de la PPE.
Après une reprise amorcée en 2014, la filière
éolienne française connait depuis 2016 une dyna- Une hypothèse de développement
mique régulière. Entre 2016 et 2019, le rythme de la filière proche du rythme prévu
de développement de la filière s’est ainsi établi à par la PPE
une moyenne d’environ 1,5 GW raccordés par an. Dans ce Bilan prévisionnel, le rythme de déve-
loppement de la filière évolue suivant plusieurs
périodes :
uu une reprise de rythme tendanciel moyen observé
depuis 2016 pendant les deux prochaines années
Parc installé par année pour
Figure 3.2 
(+1,5 GW par an) ;
la filière éolien terrestre
uu une accélération du rythme de développement

2 000 proche de celui atteint en 2018 (+1,8 GW par an)


1 800 jusqu’en 2025, permettant d’atteindre notam-
1 600
ment 22,5 GW fin 2023 ;
uu à l’horizon 2030, la trajectoire du scéna-
Parc installé (MW)

1 400
rio « atteinte des objectifs » correspond au
1 200
passage par l’objectif médian de la PPE en
1 000
2028 et amenant à 38,1 GW en 2030, contre
800
35,1 GW dans le scénario « atteinte partielle
600
des objectifs ».
400

200 Une trajectoire haute de développement pour la


0 première partie de l’horizon, basée sur l’atteinte de
2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019 2020
l’objectif de la PPE à l’horizon 2023 (24,1 GW) est
aussi analysée en variante.

132
L’offre en France .3

Éolien terrestre – Évolution de la capacité installée en GW (vision au 31/12 de l’année)


Figure 3.3 

50
45
40
35
30 Historique
 BP21 - Scénario « Atteinte
GW

25 des objectifs PPE en fin d’horizon »


20  BP21 - Scénario « Atteinte
15 partielle des objectifs PPE »
 BP21 - Variante haute
10 Atteinte des objectifs PPE dès 2023
5  Trajectoire tendancielle
0 Objectifs PPE
2014 2016 2018 2020 2022 2024 2026 2028 2030

3.1.3 Le développement de la filière Par ailleurs, l’ADEME a lancé en 2016 un appel à


éolienne en mer est désormais amorcé projet portant sur le développement de fermes
éoliennes expérimentales basées sur la techno-
Des parcs éoliens en mer planifiés logie de l’éolien flottant. Quatre projets pilotes
dans le cadre de différents appels ont été retenus : un en Bretagne et trois en
d’offres Méditerranée. Ces projets, en phase d’expéri-
Trois premiers appels d’offres ont permis de lancer mentation, doivent permettre de démontrer la
la planification de sept parcs éoliens en mer posés, viabilité technique et économique de cette filière.
pour une puissance de 3,5 GW :
dans le cadre du premier appel d’offres (AO1), les
projets de Saint Nazaire, Fécamp, Courseulles-
sur-Mer ont été attribués au consortium Éolien
Maritime France (EMF)89 ; le projet de Saint-Brieuc Localisation des projets d’éolien en mer
Figure 3.4 
en France
a été attribué au consortium Ailes marines90 ;
uu dans le cadre du deuxième appel d’offres (AO2), Dunkerque
~ 600 MW
les projets de Dieppe et Yeu Noirmoutier ont été
attribués au consortium LEMS, mené par Ocean Dieppe - Le Tréport
Courseulles- 496 MW
Winds91 ; sur-Mer
450 MW
uu un troisième appel d’offres (AO3), lancé en Saint-Brieuc
Fécamp
498 MW
496 MW
décembre 2016 en vue de l’implantation d’un
parc éolien en mer sur la zone de de Dunkerque,
a été attribué en 2019 au groupement composé Groix
24 MW
Saint-Nazaire
480 MW
d’EDF Renouvelables, Innogy et Enbridge, avec
une puissance proche de 600 MW. Yeu -
Noirmoutier
496 MW

Un quatrième appel d’offres a été lancé en jan-


vier 2021 pour un parc de 1 GW au large de la Éolien posé AO1
Éolien posé AO2
Normandie. Éolien posé AO3
Éolien flottant Faraman
Gruissan 24 MW
24 MW

Leucate
24 MW
89. EDF Renouvelables / Enbridge
90. Iberdrola / Eole-RES
91. ENGIE / EDPR / Sumitomo Corporation

BILAN PRÉVISIONNEL de l’équilibre offre-demande d’électricité en France I ÉDITION 2021 133


Des retards par rapport au planning uu sur l’éolien flottant : avec des projets en Bretagne
initial pour les projets de parcs éoliens (AO5), pour environ 250 MW, et en Méditerranée
en mer issus des deux premiers appels (AO6), pour deux parcs de 250 MW.
d’offres
Les mises en service prévisionnelles des projets des Les mises en service de ces différents parcs ne
deux premiers appels d’offres ont été retardées en pourront cependant pas avoir lieu avant 2027 au
raison des recours systématiques contre les auto- minimum, le délai entre l’attribution de l­’appel
risations des parcs (tous les parcs de l’AO1 et de d’offres et la mise en service étant estimé par la
l’AO2 ont fait l’objet de recours) et de certaines diffi- filière à environ 6-7 ans au mieux (sans recours).
cultés liées à la structure-même des appels d’offres
(études techniques et environnementales réalisées Des retards potentiels sur la mise
après l’attribution des appels d’offres, technologies en service des parcs éoliens en mer
fixées par l’appel d’offres, etc.). L’atteinte de l’objectif de la PPE à 2023 nécessi-
tant une accélération sur les parcs qu’il ne semble
Fin juin 2018, après plusieurs mois de négociation, plus matériellement possible de construire à cette
le gouvernement et les opérateurs sont parvenus à échéance, la trajectoire retenue dans ce Bilan pré-
un nouvel accord sur les tarifs d’achat des six parcs visionnel intègre des délais supplémentaires dans
éoliens en mer lauréats des deux premiers appels la réalisation de certains projets, avec une mise
d’offres. Le gouvernement a confirmé que les six en service progressive des projets de l’AO1 et de
parcs éoliens en mer seraient réalisés, sur le péri- l’AO2, permettant notamment d’atteindre 1,5 GW
mètre initialement prévu, et annoncé des mises en installés fin 2023. À l’horizon 2030, les scénarios
service d’ici 2024. « Atteinte des objectifs PPE » et « Atteinte partielle
des objectifs » envisagent des rythmes distincts de
Les travaux pour le raccordement des premiers développement, conduisant respectivement à des
parcs en mer ont désormais débuté (les quatre volumes de 5,8 GW (avec toutefois un léger retard
projets de l’AO1 : Saint-Nazaire, Saint-Brieuc, sur l’objectif de la PPE compte-tenu des délais de
Fécamp et Courseulles-sur-Mer). mises en service) et 5,2 GW en 2030.

D’autres projets identifiés Une trajectoire intégrant des retards supplémen-


dans le cadre de la PPE taires, amenant notamment au raccordement d’un
Le Gouvernement définit dans la PPE un objectif de seul parc d’ici 2023, est aussi analysée en variante
développement de 2,4 GW d’éolien en mer d’ici fin pour la période d’étude 2020-2025.
2023 et de 5,2 à 6,2 GW à l’horizon 2028.
En particulier, la trajectoire ambitieuse de déve-
De prochains appels d’offres devraient ainsi être loppement de la filière reprise dans le scénario
lancés dans les prochaines années : « Atteinte des objectifs PPE », qui est davantage
uu sur l’éolien posé : après le lancement d’un appel détaillée dans le calendrier qui suit, nécessitera
d’offres en 2021 pour un parc de 1 000 MW sur la la mise en service avant 2030 de l’ensemble des
côte normande (AO4), le prochain ­projet devrait parcs prévus de l’AO1 à l’AO7.
concerner la zone maritime proche d’Oléron
(AO7) ;

134
L’offre en France .3

Éolien en mer – Évolution de la capacité installée en GW (vision au 31/12 de l’année)


Figure 3.5 

4
GW

3
BP21 - Scénario « Atteinte
2 des objectifs PPE en fin d’horizon »
BP21 - Scénario « Atteinte
partielle des objectifs PPE »
1 BP21 - Scénario « dégradé » 2021-2025
Retards supplémentaires
0 Objectifs PPE
2019 2020 2021 2022 2023 2024 2025 2026 2027 2028 2029 2030

Scénario « Atteinte des


objectifs PPE en fin d’horizon » AO1 AO2 AO3 AO4 AO6
et 5 et 7

Scénario « Atteinte partielle


des objectifs PPE » AO1 AO2 AO3 AO4 AO6
et 5

Scénario « dégradé » 2021-2025


AO1

Figure 3.6 Avancée des projet de parcs éoliens en mer depuis le dernier Bilan prévisionnel

Bilan Bilan
prévisionnel prévisionnel
2019 2021

2010 2015 2020 2025 2030

Saint-Nazaire (AO1)
Fécamp (AO1)
Saint-Brieuc (AO1)
Courseulles-sur-Mer (AO1)
Dieppe – Le Tréport (AO2)
Yeu Noirmoutier (AO2)
Dunkerque (AO3)
Normandie (AO4)
Bretagne (AO5)
PACA (AO6)
Occitanie (AO6)
Oléron (AO7)

Phase d’étude  Projets dont les principaux Étapes détaillées du projet :


 Phase de construction jalons de calendrier ne sont Début du débat public  Autorisations obtenues
et de raccordement pas encore connus  Lancement de l’appel d’offre  Décision d’investissement
 Désignation du lauréat du lauréat et signature des
conventions de raccordement

BILAN PRÉVISIONNEL de l’équilibre offre-demande d’électricité en France I ÉDITION 2021 135


3.1.4 Le développement actuel
de la filière photovoltaïque reste Figure 3.7 Parc installé par année pour
bien en deçà du rythme nécessaire la filière photovoltaïque
à l’atteinte des objectifs publics
1 800
Un rythme de développement
1 600
marqué par des phases d’accélération
et de ralentissement 1 400

Parc installé (MW)


Le développement de la filière photovoltaïque a été 1 200
marqué par des cycles successifs d’accélération et
1 000
de ralentissement importants, en France comme
800
dans le reste des pays de l’Union européenne, au
gré de l’évolution des dispositifs de soutien. Pour 600
autant, les baisses de coût significatives des der- 400
nières années ont facilité l’émergence de nombreux
200
projets, et les perspectives portent généralement
sur un développement important de la filière. 0
2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019 2020

En France, le rythme de progression depuis 2013


reste relativement constant et demeure inférieur à
1 GW par an. Ce rythme s’est maintenu au cours de
l’année 2020, marquée par la crise sanitaire, avec
un peu plus de 800 MW raccordés en métropole. L’atteinte de ces objectifs nécessite une augmenta-
tion très forte du rythme de développement, dans
Au 31 décembre 2020, le parc installé atteint 10,4 GW. un premier temps de 2,7 GW par an d’ici 2023, puis
sur la deuxième période de la PPE de 3 GW pour la
Des objectifs publics très ambitieux au cible basse, et jusqu’à 4,8 GW pour la cible haute.
regard des rythmes de développement
constatés ces dernières années Afin d’y parvenir, la PPE vise en particulier à pri-
La cible définie par les pouvoirs publics dans le vilégier le développement du photovoltaïque au
cadre de la PPE est de 20,1 GW à fin 2023 et com- sol, moins coûteux, de préférence sur les terrains
prise entre 35,1 et 44 GW à fin 2028. urbanisés ou dégradés et les parkings.

Figure 3.8 Photovoltaïque – Évolution de la capacité installée en GW (vision au 31/12 de chaque année)

50
45
40
35
30 Historique
 BP21 - Scénario « Relance progressive »
GW

25 Atteinte des objectifs PPE en fin d’horizon


20  BP21 - Variante basse
15 Poursuite du rythme 2020-2025
 BP21 - Variante haute
10 Atteinte des objectifs PPE dès 2023
5  Trajectoire tendancielle
0 Objectifs PPE
2014 2016 2018 2020 2022 2024 2026 2028 2030

136
L’offre en France .3

En comparaison, un développement du photo- La filière bioénergies a peu évolué ces dernières


voltaïque qui conserverait le rythme observé ces années, avec une progression moyenne sur les
dernières années conduirait à des volumes très en cinq dernières années de 60 MW raccordés par
deçà de ceux annoncés dans la PPE : 13 GW en an (hors prise en compte de la conversion de
2023 et 17 GW en 2028. la centrale de Provence 4 à la biomasse pour
150 MW).
Des hypothèses de croissance
contrastées pour le photovoltaïque L’analyse de l’historique montre que le facteur
Dans ce Bilan prévisionnel, le scénario retenu pré- de charge de cette filière varie peu au cours de
voit une évolution du rythme de développement de l’année et reste relativement stable d’une année
la filière suivant plusieurs périodes : sur l’autre. La filière bioénergies permet ainsi de
uu une légère inflexion du rythme de développe- garantir aujourd’hui une puissance en base supé-
ment pendant deux ans (+1,5 GW par an) ; rieure à 1 GW, i.e. un facteur de capacité proche
uu une accélération du rythme de développement d’un peu plus de 50 %.
jusqu’en 2025, proche de l’accroissement attendu
par la PPE après 2023 (entre +2,3 et + 3 GW par Une évolution marginale attendue pour
an en moyenne), permettant d’atteindre 15,5 GW la filière, uniquement sur le biogaz
fin 2023 ; La PPE indique que le soutien à la filière biomasse
uu à l’horizon 2030, la trajectoire du scénario solide sera privilégié pour la production de chaleur.
« atteinte des objectifs » correspond au passage Elle fait aussi état d’une volonté d’amélioration de
par l’objectif médian de la PPE en 2028 et ame- la valorisation énergétique des déchets, sans tou-
nant à 47,6 GW en 2030, contre 36,4 GW dans le tefois préciser de mesures associées.
scénario « atteinte partielle des objectifs ».
Concernant le biogaz, la PPE prévoit un dévelop-
Une trajectoire haute de développement pour la pement de la méthanisation principalement pour
première partie de l’horizon, basée sur l’atteinte de de l’injection dans les réseaux gaziers (et non pour
l’objectif de la PPE à l’horizon 2023 (20,1 GW) est la production d’électricité). Elle prévoit néanmoins
aussi analysée en variante. une hausse limitée de la capacité de production

3.1.5 Un développement marginal


des bioénergies pour la production
Figure 3.9 Évolution du parc de la filière bioénergies
d’électricité prévu par les orientations (vision au 31/12 de l’année)
publiques
2 500
Une filière qui a faiblement mais
constamment progressé ces dernières
2 000
années
Parc installé (MW)

La filière bioénergies est constituée des groupes


thermiques fonctionnant avec des combustibles 1 500
d’origine renouvelable. Elle comprend des instal-
lations produisant de l’électricité à partir de bio-
1 000
masse (bois, paille…), biogaz et déchets (ménagers
et papeterie).
500

Cette filière représente fin 2020 près de 2,2 GW de


puissance installée : 0
uu 950 MW pour l’incinération des déchets ména- 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019 2020
gers et de papeterie ;
Déchets   Biomasse   Biogaz
uu 680 MW pour la biomasse ;
uu 540 MW pour le biogaz.

BILAN PRÉVISIONNEL de l’équilibre offre-demande d’électricité en France I ÉDITION 2021 137


électrique à partir de biogaz d’environ 25 MW par de l’usine marémotrice de la Rance (240 MW)
an sur l’ensemble de la période couverte. mise en service en 1966 ;
uu La France, qui dispose des courants marins
Le Bilan prévisionnel considère parmi les plus forts du monde, dispose d’un
une relative stabilité du parc potentiel technique exploitable de 2 à 3 GW pour
Compte tenu de ces orientations, les hypothèses les hydroliennes (avant prise en compte des
suivantes sont retenues pour l’ensemble de l’hori- contraintes d’usage), principalement au large
zon d’étude : du Raz Blanchard en Normandie. Les différents
uu une stabilité du parc de production d’électricité projets restent toutefois aujourd’hui au stade
à partir de biomasse et de déchets ; d’expérimentation (comme à Paimpol-Bréhat ou
uu une progression du parc biogaz, en retenant encore dans les fleuves) ;
une augmentation de 25 MW par an. uu La production d’électricité à partir de l’éner-
gie des vagues reste toujours au stade de la
démonstration, il n’existe pas à ce sujet d’es-
3.1.6 Les énergies marines timation fiable de potentiel technique exploi-
en phase d’expérimentation table compte tenu de la maturité de la filière.

Une filière regroupant diverses Hors éolien en mer, la PPE ne prévoit pas de sou-
technologies tien financier pour le développement de parcs
Les énergies marines dépendent des ressources d’énergies marines commerciaux à l’horizon de
naturelles des eaux des mers et des océans. Elles la PPE.
permettent de produire de l’électricité grâce aux
flux naturels d’énergie des courants et des marées, Une approche prudente retenue
exploités dans différents types d’installations : pour le Bilan prévisionnel
usine marémotrice, hydrolienne, etc. Le développement actuel de la filière et les
diverses expérimentations qui sont menées ne
Aucun nouveau projet de grande permettent pas d’envisager une capacité de
ampleur n’est prévu à moyen terme production industrielle à grande ampleur sur
Les différentes technologies de la filière sont ­l’horizon de la PPE.
aujourd’hui à des niveaux de maturité différents.
Aucun nouveau projet de forte contribution pour la Une approche prudente est retenue pour le Bilan
gestion de l’équilibre offre-demande n’est toutefois prévisionnel 2020 : les projets en cours ne fai-
prévu à moyen terme : sant que l’objet d’expérimentations, ils ne sont
uu Le développement de la filière marémotrice pas pris en compte pour l’exercice de sécurité
n’est pas envisagé à court terme en supplément d’approvisionnement.

138
L’offre en France .3

3.2 Une période charnière pour le parc nucléaire


combinant de nombreux facteurs d’incertitude

3.2.1 L’incertitude persiste


autour du calendrier de Parc nucléaire au 31 décembre 2020
Figure 3.10 
démarrage de l’EPR de Flamanville,
avant l’arrêt de plusieurs réacteurs
d’ici 2030 Gravelines 6

Après la fermeture des deux tranches de Chooz 2


2
Fessenheim en 2020, le parc nucléaire en exploi- 2 4 Penly
Cattenom 4
Flamanville Paluel
tation comporte désormais 18 centrales compo- 1
sées de 56 réacteurs en activité à eau pressurisée, Nogent-sur-Seine 2

pour une puissance totale installée de 61,4 GW. Saint-Laurent-des-Eaux 2


4
Chinon 4
Dampierre 2 Belleville
Ce parc est composé de trois paliers techniques
standardisés : Civaux 2

uu le palier « 900 MW » comprenant 32 réacteurs ; 4 Bugey


uu le palier « 1 300 MW » comprenant 20 réacteurs ; Saint-Alban 2
Blayais 4
uu le palier « 1 450 MW » comprenant 4 réacteurs. Cruas 4
Tricastin 4
Golfech 2
L’incertitude persiste autour du
calendrier de démarrage de l’EPR
de Flamanville
Dans les prochaines années, le parc sera complété
d’un réacteur supplémentaire de type EPR d’une Puissance par réacteur 900 MW 1 300 MW
1 450 MW 1 650 MW (EPR en construction)
puissance nominale de 1 650 MW, sur le site de x Nombre de réacteurs par site

Flamanville.

Les derniers éléments de calendrier pour la mise


en service de l’EPR de Flamanville ont été four-
nis par EDF par communiqué de presse durant Des trajectoires d’évolution de
l’été 201992, suite aux contrôles des soudures la capacité nucléaire pour atteindre
du circuit secondaire principal. La décision de l’objectif de 50 % de production
l’ASN de procéder à la remise en conformité des nucléaire dans le mix électrique en 2035
soudures existantes conduit l’exploitant à mener La PPE et la loi énergie et climat du 8 novembre
des travaux supplémentaires. L’exploitant n’en- 2019 fixent le principe d’une diversification progres-
visage désormais plus de mise en service avant sive du mix de production. Elles actent l’objectif de
fin 2022. réduction à 50 % du nucléaire dans le mix électrique
d’ici à 2035.
L’ASN a en outre récemment communiqué93 sur
un écart de conception de trois piquages du circuit Pour atteindre cet objectif, la PPE annonce des orien-
primaire. tations concernant la trajectoire d’évolution du parc
nucléaire, y compris au-delà de l’horizon de la PPE

92. [Link]
niveau-des-soudures-de-traversees-du-circuit-secondaire-principal-par-robots-et-ajuste-le-calendrier-et-l-estimation-du-cout-de
93. [Link]

BILAN PRÉVISIONNEL de l’équilibre offre-demande d’électricité en France I ÉDITION 2021 139


fixé en 2028. La PPE indique ainsi que 14 réacteurs prévisionnel retient par ailleurs la fermeture de
de 900 MW seront fermés d’ici 2035, incluant ceux quatre réacteurs au total d’ici à 2030, réduisant la
de la centrale de Fessenheim. Elle précise également capacité installée du parc à 59,4 GW à cet horizon.
le principe général de fermeture retenu, à savoir au
plus tard à l’échéance de la cinquième visite décen- Il convient de garder à l’esprit que la PPE prévoit
nale d’un réacteur et sans entrainer la fermeture que huit autres réacteurs soient arrêtés entre 2030
complète de tous les réacteurs d’un même site (hors et 2035.
Fessenheim). Le nombre précis de tranches fermées
par an n’est en revanche pas explicité davantage.
3.2.2 La durée et le placement des
La PPE dispose toutefois que les premières fermetures arrêts, en particulier des quatrièmes
de réacteurs (après celles de Fessenheim) devraient visites décennales, est un enjeu pour
intervenir en anticipation de leur cinquième visite la sécurité d’approvisionnement des
décennale, en 2027 et 2028 afin de lisser l’effort de prochaines années
déclassement (sauf en cas de demandes par l’ASN de
fermetures d’autres réacteurs d’ici là pour raisons de Des conséquences majeures de la crise
sûreté ou en cas de risque sur la sécurité d’approvi- sanitaire sur la disponibilité du parc
sionnement, qui pourrait être mis en évidence dans le La crise sanitaire actuelle a perturbé et perturbe
Bilan prévisionnel de RTE). Elle n’indique en revanche encore le programme de maintenance des réac-
aucun calendrier précis pour les années suivantes. teurs nucléaires. Elle conduit à des arrêts plus
longs et potentiellement moins bien positionnés. Le
La PPE prévoit également que deux réacteurs parc a ainsi atteint en 2020 des niveaux de dispo-
supplémentaires pourraient être fermés en 2025- nibilité plus bas qu’au cours des dernières années,
2026, sous différentes conditions précisées dans dans des ampleurs conséquentes lors de l’été
le texte de loi : développement massif de la pro- (jusqu’à 12 GW en-dessous du minimum observé
duction d’électricité renouvelable dans les pays voi- dans les dix dernières années), et plus modérées
sins conduisant à un solde exportateur réduit de la en hiver (jusqu’à 3 GW en-dessous), et ce malgré
France, existence d’une marge significative de sécu- les différentes optimisations réalisées depuis par le
rité d’approvisionnement (en France et en Europe), producteur.
niveau faible des prix de marché de l’électricité per-
mettant d’envisager la fermeture de réacteurs sans Le parc nucléaire a ainsi produit près de 335 TWh
que cela ne pèse sur les consommateurs français. en 2020, contre un objectif de 375 à 390 TWh
avant le début de la crise sanitaire.
Le Bilan prévisionnel s’appuie sur les
dernières déclarations de l’exploitant et L’impact de cette crise devrait s’étendre a minima
les évolutions annoncées dans la PPE sur les deux prochaines années. En effet, la der-
L’hypothèse retenue pour le Bilan prévisionnel est nière communication de l’exploitant95 faisant état
une date de mise en service cohérente avec les d’objectifs prévisionnels de productible annuel
annonces d’EDF. Au vu des incertitudes persis- compris entre 330 et 360 TWh pour les années
tantes sur ce calendrier, les conséquences d’une 2021 et 2022, des valeurs significativement revues
mise en service fortement retardée (après 2025) à la baisse par rapport à des années standards,
sont néanmoins étudiées. même en tenant compte de la fermeture de la cen-
trale de Fessenheim. En comparaison, les niveaux
En cohérence avec le dossier de presse de la SNBC de production du parc ont varié entre 380 et
de novembre 201894 et dans une logique de lis- 395 TWh entre 2016 et 2019.
sage de la trajectoire de déclassement, le Bilan

94. [Link]
95. [Link]
[Link]

140
L’offre en France .3

Figure 3.11 Puissance nucléaire maximale hebdomadaire constatée depuis le début de la crise sanitaire en 2020

70

60

50

40
GW

30

20
 Disponibilité historique sur
10 les dix dernières années
 Puissance maximale
0 hebdomadaire constatée
Avril Mai Juin Juillet Août Sept. Oct. Nov. Déc. Janvier Fév.

2020 2021

Un grand nombre de visites décennales, de l’art en matière de technologies nucléaires), et


et notamment des quatrièmes, dans le cadre d’une culture de la gestion du risque
programmées sur les prochaines années qui a évolué au cours des dernières années.
D’ici à 2030, une cinquantaine de réacteurs
nucléaires sont concernés par un réexamen La maîtrise de la durée des arrêts de tranches pour
périodique de sûreté. Sur le plan industriel, ceci maintenance, et notamment la maitrise de la durée
se traduit par des arrêts programmés lors des des quatrièmes visites décennales des 32 tranches du
visites décennales. Ces opérations sont anticipées palier 900 MW qui s’étaleront jusqu’à l’horizon 2030,
longtemps en amont, et constituent des étapes représente un enjeu considérable pour la filière. Les
­normales dans l’exploitation d’un parc nucléaire. premières tranches 1 300 MW passeront également
leur quatrième visite décennale à partir de 2026.
Les visites décennales interviennent selon un réfé-
rentiel de sûreté renforcé (intégration des préconi- Un premier réacteur du palier 900 MW (Tricastin 1)
sations suite à l’accident de Fukushima au Japon et a passé sa quatrième visite décennale ; la durée
réévaluation de la sûreté au regard des exigences de cet arrêt est restée comparable à celui d’autres
appliquées aux nouvelles installations et de l’état visites décennales. La durée d’arrêt a été par

Figure 3.12 Planning des VD4 sur les cinq prochaines années

DAM3 CHB2
VD4 - 900 MW  
BLA1 BUG3 BLA3 GRA5
VD4 - 1 300 MW
TRI2 GRA1 DAM2 BLA2 CRU3 SLB1 CAT1
BUG4 BUG5 TRI3 CHB1 TRI4 CRU1 CRU4
TRI1 BUG2 DAM1 GRA3 SLB2 GRA2 GRA4 DAM4 BLA4 PAL1 PAL2
2019 2020 2021 2022 2023 2024 2025 2026

Dates constatées Dates prévisionnelles

BILAN PRÉVISIONNEL de l’équilibre offre-demande d’électricité en France I ÉDITION 2021 141


Figure 3.13 Planning prévisionnel des arrêts du parc nucléaire pour les trois prochains hivers, au 4 février 2021
(source : plateforme de transparence européenne)

Saint-Laurent-des-Eaux 2 Flamanville 2
Blayais 4 Cattenom 4
Dampierre 1 Cruas 4
Dampierre 3 Golfech 1
Chinon 1 Bugey 2
Paluel 3 Chinon 4
Tricastin 1 Gravelines 3
novembre
Chooz 1 Flamanville 1
Civaux 1 Tricastin 3
Gravelines 6 Gravelines 5
Bugey 5 Belleville 1
Gravelines 1 Blayais 2
Penly 1 Pal. 4
Novembre Décembre Janvier Février Mars

Hiver 2021-2022

Dampierre 1
Gravelines 1
Cattenom 2
Tricastin 1 Blayais 4
Cr Cruas 4
Gol Paluel 1
Bel Chinon 1
Cattenom 3 Saint-Alban 1
Tricastin 4 Chinon 4
Civaux 2 Nogent 2
Penly 2 Bugey 5
Dampierre 3 Gravelines 6
Blayais 1 Chooz 1
Gravelines 4 Cru. 1
Saint-Laurent-des-Eaux 2

Hiver 2022-2023

Gravelines 4
Blayais 4
Cruas 4
Flamanville 1
Paluel 2
Tricastin 4
Pal 4 Belleville 2
Cruas 2 Chinon 4
St-Laurent 1 Gravelines 1
Chinon 3 Civaux 2
Cattenom 1 Saint-Alban 2
Blayais 2 Blayais 1
Gravelines 2 Cattenom 3
Tricastin 1 St-Laurent-des-Eaux 2
Nogent 1 Bugey 4
Bugey 3 Penly 2
Dampierre 3
Novembre Décembre Janvier Février Mars

Hiver 2023-2024

Visites décennales Autres arrêts


VD3 - 900 MW VD3 - 1 300 MW Arrêt pour rechargement
VD4 - 900 MW VD2 - 1 450 MW Visite partielle ou autre

142
L’offre en France .3

contre beaucoup plus longue pour le réacteur sui- Un allongement de la durée des arrêts
vant (Bugey 2), mais la raison ayant conduit à cet programmés, conséquence des incertitudes
allongement ne semble pas liée à la nature des sur le respect des délais annoncés
travaux associés à une quatrième visite décennale. La nature et la complexité des arrêts sont a priori
déjà intégrées au planning de l’exploitant par des
L’ASN a statué le 23 février 2021 sur les conditions durées prévisionnelles différentes.
de la poursuite de fonctionnement des réacteurs de
900 MW d’EDF au-delà de leur quatrième réexamen Pour autant, l’analyse rétroactive de la durée des
périodique96. Dans sa décision, l’ASN prescrit notam- arrêts (depuis la mise en place de la plateforme
ment des améliorations majeures de la sûreté, déjà de transparence européenne) permet de constater
prévues par EDF ainsi que des dispositions supplé- une tendance à un allongement de la durée des
mentaires qu’elle considère nécessaires à l’atteinte arrêts par rapport aux durées initialement annon-
des objectifs du réexamen. Les décisions qui en cées, avec une forte variabilité :
découleront pourraient conduire EDF à amender une uu d’une part, certains réacteurs font l’objet d’ar-
partie des plannings actuels d’arrêts des tranches. rêts particulièrement longs du fait de problé-
matiques spécifiques. Ce fut ainsi le cas des
Une prise en compte du planning de réacteurs de Paluel 2, Gravelines 5 et plus
l’ensemble des arrêts programmés récemment Flamanville 2, arrêtés durant 16 à
Les dates prévisionnelles des arrêts structu- 40 mois ;
rants planifiés pour les trois années à venir sont uu d’autre part, même sans compter les arrêts
publiques ; elles sont déclarées par l’exploitant « exceptionnels » précités, des prolongations
sur la plateforme de transparence européenne, en sont observées de manière régulière pour les
application du règlement européen. Sur les deux visites décennales (de l’ordre de 60 jours en
années suivantes, les plannings transmis par l’ex- moyenne par rapport aux annonces initiales,
ploitant à RTE dans le cadre du contrat de gestion i.e. trois ans en amont généralement), pour
prévisionnelle permettent de disposer des informa- les visites périodiques (environ 30 jours en
tions relatives aux arrêts planifiés jusqu’à cinq ans moyenne) et pour les arrêts pour simple rechar-
à l’avance (soit jusqu’au printemps 2026). gement (de l’ordre de 20 jours en moyenne)97.
Les allongements des visites décennales consta-
Ces arrêts concernant ainsi les visites décennales tés sont toutefois légèrement moins importants
(VD) mais aussi des arrêts cadencés selon les (environ 45 jours) en comparaison des annonces
cycles de rechargement de combustible (de l’ordre effectuées un an à l’avance (contre 60 jours lors
de 12 ou 18 mois selon les tranches) : les arrêts de comparaison avec les annonces initiales et
pour simple rechargement (ASR) et les visites par- plus lointaines, trois ans en amont).
tielles (VP). L’ensemble de ces arrêts program-
més constituent plus de trois quarts des pertes de Suite au constat de ces dérives, l’exploitant indique
­disponibilité constatées. désormais intégrer des prudences dans ses durées
d’arrêts programmés.
RTE s’appuie ainsi sur ces calendriers transmis par
l’exploitant pour établir ses prévisions sur les cinq Pour l’exercice de sécurité d’approvisionnement,
prochaines années. le Bilan prévisionnel intègre donc l’hypothèse
de prolongation de l’ensemble des arrêts pro-
Pour l’horizon 2030, RTE retient une hypothèse grammés par l’exploitant sur les cinq prochaines
normative de disponibilité sur l’hiver, basée sur années, sur des durées cohérentes avec les obser-
la disponibilité moyenne anticipée dans ce Bilan vations historiques et tenant compte des principes
­prévisionnel pour la période 2021-2026. de prudence désormais retenus par l’exploitant.

96. [Link]
97. S’agissant des visites périodiques et des arrêts pour simple rechargement, les analyses d’allongements observés ont été réalisées sur la période allant de
début 2017 à fin 2019 (soit près de 100 arrêts).

BILAN PRÉVISIONNEL de l’équilibre offre-demande d’électricité en France I ÉDITION 2021 143


Figure 3.14 Durées initiales de visites décennales planifiées par l’exploitant et allongements constatés au 10 mars 2021

1 300 Durées prévisionnelles


déclarées sur la plateforme
1 200
de transparence européenne
700

600

500
Jours

400

300

200

100
0
2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019 2020 2021 2022 2023 2024

 Durée initiale planifiée 1 000


950
par l’exploitant
500
Allongement constaté 450
350
300
Jours

250
200
150 Allongement constaté
100
50  Durée moyenne
0 (hors PAL2, GRA5
-50 et FLA2)
BLA3
TRI4
CRU1
SLB1
PAL2
BLA4
CRU4
CHB2
GRA5
PAL1
CAT1
PAL3
SAL1
CRU2
SAL2
GRA6
FLA1
CAT2
PAL4
FLA2
CHO2
NOG1
BEL2
TRI1
CHB3
BUG2
CHO1
NOG2
BEL1
CHB4
2014 2015 2016 2017 2018 2019 2020

Cette modélisation représente aussi la variabilité de combustible. Ces arrêts représentent en


des durées d’allongement autour des moyennes moyenne une perte de disponibilité proche de
constatées, à travers une dispersion probabiliste 2 GW en janvier ;
de ces prolongations. uu les variations de puissance maximale effecti-
vement disponible. En fonction de différentes
Par ailleurs, une hypothèse de montée en charge contraintes techniques (usure du combustible en
graduelle (sur plusieurs jours) au retour de chaque fin de cycle par exemple), de variations de ren-
tranche, en cohérence avec les observations passées dements liées aux conditions climatiques (été/
sur les derniers hivers, est également considérée. hiver notamment), ou encore de contraintes
environnementales (températures maximales
de rejets de l’eau de refroidissement autorisées
D’autres indisponibilités non programmées dans des fleuves par exemple), la puissance
longtemps à l’avance impactent le niveau maximale disponible des groupes peut en effet
de disponibilité du parc varier. Ces indisponibilités sont généralement
D’autres motifs peuvent aussi abaisser le niveau inférieures à 1 GW en janvier en moyenne.
de disponibilité du parc :
uu les arrêts fortuits et/ou planifiés tardivement, Le Bilan prévisionnel modélise également ces indis-
indépendamment des cycles de rechargement ponibilités en exploitant les données historiques.

144
L’offre en France .3

3.2.3 Une hypothèse de disponibilité peu de nouveaux arrêts imprévus sont considé-
du parc durablement réduite rés). À l’inverse, le bas de l’enveloppe considère
des prolongations d’arrêt plus importantes et un
Un niveau de disponibilité historiquement niveau d’indisponibilité fortuite davantage dégradé.
bas pour les trois prochains hivers L’amplitude de l’enveloppe varie selon les semaines
Les décalages temporels constatés par le passé par et s’établit par exemple à une moyenne de 7 GW
rapport aux annonces initiales, les retards succes- en janvier, correspondant d’une part à l’incertitude
sifs sur les durées d’arrêts particulièrement longues sur les dates de retours prévues et à l’incertitude
de tranches ainsi que les décalages du calendrier sur le nombre de réacteurs susceptibles d’être
de mise en service de l’EPR de Flamanville font concernés par des indisponibilités fortuites.
peser un climat d’incertitudes sur le niveau de dis-
ponibilité effective du parc nucléaire pendant les Dans ces circonstances, l’hypothèse d’une dis-
prochains hivers. ponibilité du parc nucléaire historiquement faible
durant les trois prochains hivers est retenue.
Afin de refléter ces incertitudes sur la disponibilité
du parc nucléaire, RTE affiche une enveloppe sur Une légère amélioration de la disponibilité
la disponibilité prévisionnelle du parc nucléaire sur du parc sur les hivers suivants
les trois hivers dont le calendrier des arrêts pro- Les informations transmises par l’exploitant et rela-
grammés est rendu public par l’exploitant. tives au calendrier des indisponibilités lors des années
suivantes font état d’un nombre d’arrêts programmés
Le haut de l’enveloppe est construit en considérant en nette baisse lors des hivers 2024-2025 et 2025-
des dérives relativement modérées sur les durées 2026. La disponibilité du parc nucléaire devrait ainsi
d’arrêts programmés et déclarés sur les registres s’améliorer significativement avec une disponibilité
de transparence, et en retenant une configuration moyenne du parc lors de l’hiver 2024-2025 supé-
favorable sur les indisponibilités fortuites (très rieure d’environ 2 GW par rapport à l’hiver précédent.

Figure 3.15 Disponibilité prévisionnelle du parc nucléaire sur les trois prochains hivers

65

60
Puissance disponible (GW)

55

50

45

40

35

30

25

20
Oct. Nov. Déc. Jan. Fév. Mars Oct. Nov. Déc. Jan. Fév. Mars Oct. Nov. Déc. Jan. Fév. Mars
Hiver 2021-2022 Hiver 2022-2023 Hiver 2023-2024

 Disponibilité historique sur la période 2010-2020 (hors hiver touché par la crise sanitaire)
 Disponibilité prévisionnelle du Bilan prévisionnel 2021 sur les trois prochains hivers
 Puissance maximale hebdomadaire constatée lors de l’hiver 2020-2021

BILAN PRÉVISIONNEL de l’équilibre offre-demande d’électricité en France I ÉDITION 2021 145


3.3 Le parc thermique se contracte avec la fermeture
de ses installations les plus émettrices

3.3.1 Un objectif de fermeture La loi relative à l’énergie et au climat98 adoptée


du parc charbon d’ici 2022 le 8 novembre 2019, ainsi que le décret n° 2019-
1467 du 26 décembre 2019, fixent le cadre législatif
Un plan de fermeture des centrales au associé à l’atteinte de cet objectif. Ces textes dis-
charbon d’ici 2022 posent que les émissions des installations de pro-
Le parc charbon français se compose aujourd’hui duction d’électricité à partir de combustibles fossile
de cinq unités réparties sur quatre sites, pour une émettant plus de 0,55 tonnes d’équivalents dioxyde
puissance installée totale de près de 3 GW. de carbone par mégawattheure, sont plafonnées à
compter du 1er janvier 202299. Pour une centrale au
Annoncée en juillet 2017 dans le cadre du Plan charbon, le plafond d’émissions de 0,7 kilotonne
climat, la fermeture des centrales au charbon
­ en équivalent dioxyde de carbone par mégawatt
constitue une priorité du Gouvernement. La PPE de puissance électrique correspond à un seuil de
réaffirme cet objectif d’arrêt des dernières cen- ­fonctionnement annuel d’environ 700 heures.
trales électriques fonctionnant exclusivement au
charbon d’ici 2022. De nouvelles sollicitations de la
filière au charbon dans les derniers
mois, mais une production désormais
largement réduite
La centrale au charbon de Gardanne (Provence) n’a
Figure 3.16 Centrales au charbon au 31 décembre 2020
fonctionné que quelques heures depuis le début du
mois de janvier 2019, du fait de mouvements sociaux
qui ont débuté en décembre 2018. Le groupe est
resté à l’arrêt depuis, y compris lors des périodes
1
de prix plus élevés qui ont conduit les trois autres
Le Havre centrales au charbon (Cordemais, Le Havre et Émile
1
Huchet à Saint-Avold) à fonctionner. Le groupe au
Emile Huchet
charbon de Gardanne est aujourd’hui déclaré à
2
­l’arrêt jusqu’à janvier 2022 par son exploitant.
Cordemais
En dehors de cette centrale, les centrales au char-
bon ont parfois fonctionné au cours de l’été et de
l’hiver 2020, du fait de la faible disponibilité du
parc nucléaire suite à la crise sanitaire. Il convient
néanmoins de relativiser largement les enseigne-
1 ments que l’on peut en tirer.
Provence
D’une part, une fois évalués sur le temps long, ces
épisodes de production apparaissent plutôt rares
Groupe de 600 MW   x Nombre de groupes par site
et n’ont pas porté sur des volumes importants. Ils
se sont ainsi inscrits en très net retrait par rapport
aux moyennes historiques.

98. [Link]
99. [Link]

146
L’offre en France .3

Figure 3.17 Production mensuelle des centrales au charbon en France depuis 2015

1,8

1,6

1,4

1,2

1,0
TWh

0,8

0,6

0,4

0,2

0
2015 2016 2017 2018 2019 2020

Total
8,6 TWh 7,3 TWh 9,8 TWh 5,8 TWh 1,6 TWh 1,4 TWh
annuel

D’autre part, cette situation était prévue et cohé- En ce qui concerne la centrale de Cordemais, des
rente avec la situation du système électrique. La échanges sont en cours entre l’État et l’exploi-
faible disponibilité du parc au cours des derniers tant pour un éventuel maintien ou une conver-
mois a ainsi conduit les exploitants à démarrer sion à la biomasse. Cette centrale joue en effet
leur centrale au charbon par lorsque les condi- un rôle particulier dans la sécurité d’alimentation
tions de marché étaient favorables (prix élevés, et le maintien du plan de tension sur la zone du
notamment durant les périodes de faible produc- Grand Ouest. Le report de la mise en service de
tion éolienne qui ont été fréquentes au mois de l’EPR de Flamanville conduit à une difficulté spéci-
septembre). fique, analysée dans le rapport publié par RTE le
3 avril 2019, puis dans le Bilan prévisionnel 2019.
Hormis la centrale de Gardanne, les tranches char- EDF étudie un projet de reconversion pour cette
bon ont ainsi fonctionné chacune entre 100 et centrale appelé « Ecocombust » visant à rempla-
1 000 heures en 2020. Cette baisse par rapport aux cer progressivement le charbon par des granulés
années précédentes s’explique avant tout par un fabriqués à base de déchets de bois (tailles de
espace économique de plus en plus réduit pour ces haies, bois d’ameublement, panneaux, embal-
centrales, notamment du fait du développement lages…) pour une exploitation sur la période
soutenu des énergies renouvelables, l’augmenta- 2022-2026. L’État et EDF ont établi début 2019
tion du prix des quotas d’émissions de CO2 et la un programme de travail préalable à une prise
plus forte compétitivité des moyens de production de décision concernant la mise en œuvre du pro-
au gaz dans ce contexte. cédé « Ecocombust ». À ce stade, aucune décision
n’a encore été prise concernant une éventuelle
Le calendrier de fermetures conversion de la centrale.
de certaines unités se précise
et le maintien ou la conversion Une hypothèse de sortie du charbon
de la centrale de Cordemais reste d’ici 2022
encore en cours de discussion Compte-tenu de son indisponibilité annoncée sur
Après la fermeture annoncée de la centrale du la plateforme de transparence européenne et de la
Havre au 1er avril 2021, la fermeture des unités de fermeture définitive prévu peu après, la centrale
Gardanne et Saint-Avold est prévue d’ici fin 2022. de Gardanne est considérée indisponible dans le

BILAN PRÉVISIONNEL de l’équilibre offre-demande d’électricité en France I ÉDITION 2021 147


Bilan prévisionnel, avant une fermeture définitive combinés au gaz (CCG) ont été mis en service en
fin 2022. France dans les années 2000. Cette technologie
bénéficie d’un rendement énergétique élevé et
S’agissant des autres centrales, le Bilan prévision- son impact environnemental est moindre que celui
nel 2020 retient comme hypothèses : d’une centrale thermique classique (à vapeur),
uu la fermeture de la tranche du Havre mi 2021 ; avec un taux d’émission de CO2 réduit de moitié.
uu la fermeture des tranches d’Émile Huchet et
Cordemais à l’issue de l’hiver 2021-2022. Les perspectives de prix du gaz durablement bas
laissaient à l’époque entrevoir une forte compéti-
Le maintien en disponibilité ou la conversion à la tivité économique de ces moyens de production.
biomasse de la centrale de Cordemais est étudié C’est ainsi que la filière a connu un développement
comme variante et levier possible pour rehausser assez rapide au cours de la dernière décennie,
le niveau de sécurité d’approvisionnement. avec des mises en service principalement concen-
trées entre 2008 et 2012.

3.3.2 Un parc de centrales à cycle Le parc français est stable depuis plusieurs années
combiné au gaz complété par la mise et représente une capacité installée de 6,2 GW
en service de la centrale de Landivisiau pour 14 installations.

Un parc de cycles combinés aux gaz récent L’interdiction de nouveaux projets


Dans un contexte d’ouverture du marché à la confirmée dans la PPE (à l’exception
concurrence et de perspectives fortes de croissance du projet de Landivisiau)
de la consommation électrique, les premiers cycles La nouvelle PPE adoptée en avril 2020 a réaffirmé
l’interdiction de nouveaux projets de centrale
thermique à combustible fossile, à l’exception de
la centrale à cycle combiné au gaz de Landivisiau
actuellement en cours de construction.
Figure 3.18 Cycles combinés au gaz
au 31 décembre 2020
Le projet de cycle combiné au gaz sur le site
de Landivisiau, issu du Pacte électrique breton
DK6 2
de 2010, a été attribué à un consortium Direct
Énergie-Siemens en 2012 à l’issue d’un appel
Bouchain 1
Pont-sur-Sambre 1
d’offres. La mise en service du CCG, initialement
Émile Huchet
prévue pour 2016, a connu depuis d’importants
2
1 Blénod
retards, liés en particulier à l’enquête approfon-
1 Landivisiau
1 Toul die menée par la Commission européenne et aux
1 Montoir contentieux p­ ortant sur les autorisations du projet.

1 Le Bilan prévisionnel considère un


Bayet
maintien du parc existant, complété
par la mise en service de la centrale
de Landivisiau
Le cycle combiné au gaz (CCG) de Landivisiau sera
Combigolfe 1
Martigues 2
pleinement en service début 2022, avec un déca-
1 Cycofos
lage de quelques mois par rapport à l’hypothèse
retenue dans le précédent Bilan prévisionnel du
Sources : GRTgaz et RTE
fait des travaux nécessaires de renforcement du
réseau de transport de gaz naturel.
Centrale en service   Centrale en projet ou en construction
Nombre de groupes par site
x
Des analyses de viabilité économique pour la filière
sont aussi conduites dans ce Bilan prévisionnel.

148
L’offre en France .3

3.3.4 Une érosion du parc de turbines


à combustion après 2025
Figure 3.19 Turbines à combustion (de plus de 80 MW)
au 31 décembre 2020
Un parc globalement récent comprenant
toutefois quelques installations
vieillissantes
Le mix électrique français comprend également
des moyens de pointe, et notamment un parc de
2 GW de turbines à combustion (TAC) conçues Gennevilliers 1
pour fonctionner entre quelques dizaines et Dirinon 2 3 Vaires/Marne
2
quelques centaines d’heures par an. Il est com- Brennilis 3 Montereau
posé principalement de moyens de production au 2 Arrighi

fioul (1,4 GW) et au gaz (0,6 GW). Un peu moins


des deux tiers des installations ont été mises en
service après 2007.

Les turbines à combustion bretonnes les plus


anciennes auront néanmoins atteint quarante
années de fonctionnement début 2021 (quatre des
cinq turbines à combustion au fioul de Brennilis et
Dirinon, environ 360 MW de puissance installée).
Bien que leur exploitant n’ait pas annoncé à ce jour
de dates de fermeture, le déclassement de cer-
x Nombre de groupes par site   x TAC au gaz   x TAC au fioul
taines de ces centrales à moyen terme fait partie
des options à envisager dans une étude de sécurité
d’approvisionnement.

Figure 3.20 Date des mises en service des turbines à combustion en France

1,2

1,0

0,8
GW

0,6

0,4

0,2
 Gaz
0 Fioul
1980-1985 1985-1990 1990-1995 1995-2000 2000-2005 2005-2010

BILAN PRÉVISIONNEL de l’équilibre offre-demande d’électricité en France I ÉDITION 2021 149


Le Bilan prévisionnel considère actuelles sont fortement perturbées par la crise
une érosion de la filière des turbines sanitaire et pourraient potentiellement augmenter
à combustion sur le deuxième l’espace économique de cette filière, notamment
horizon de l’étude sous l’effet de la baisse de production nucléaire
L’hypothèse de référence retenue pour le Bilan annoncée. À terme, la suppression des disposi-
prévisionnel est le maintien de l’ensemble des tifs de soutien à la filière devrait tout de même
turbines à combustion sur l’horizon 2020-2025. ­amener à diminuer le parc actuel.
Au-delà de 2025, RTE considère les TAC bretonnes
les plus anciennes comme fermées (déclassement Le parc de cogénérations au fioul est quant à lui
de l’ordre de 400 MW). resté stable en 2020. Dans un contexte de lutte
contre les gaz à effet de serre, la contraction du parc
Des analyses de viabilité économique pour la filière devrait apparaître sur l’horizon de moyen terme.
sont aussi conduites dans ce Bilan prévisionnel.
Une production complémentaire
saisonnière, qui contribue à l’équilibre
3.3.5 Une hypothèse de contraction du système électrique
progressive du parc de cogénérations Le volume annuel de production des cogénéra-
tions au gaz et au fioul est relativement stable
Un parc de plusieurs gigawatts ces dernières années, de l’ordre d’une dizaine de
raccordé sur les réseaux publics terawatts heures (en 2020 : 11,6 TWh pour les
de transport et de distribution cogénérations au gaz et 0,6 TWh pour les cogéné-
Fin 2020, la capacité du parc installé représente rations au fioul).
environ 5,7 GW (5,2 GW de cogénérations au
gaz et 0,5 GW de cogénérations au fioul). Les La production électrique issue des cogénérations au
unités sont réparties pour moitié sur le réseau gaz est significativement plus importante en hiver,
de transport et pour moitié sur les réseaux de notamment du fait des installations bénéficiant
distribution. de l’obligation d’achat d’électricité de novembre à
mars. La cogénération permet donc d’apporter une
Les cogénérations au gaz sont essentiellement production électrique complémentaire saisonnière.
constituées d’unités sous contrat d’obligation
d’achat et d’unités qui se valorisent sur les ­marchés L’historique de production présenté ci-dessous
de l’énergie et de capacité. illustre les différents modes de fonctionnement des
cogénérations au gaz, notamment la saisonnalité
Des trajectoires d’évolution de la production, avec une production maximale
incertaines au regard des ambitions journalière comprise entre 300 et 700 MW en été
climatiques de la France et des conditions et entre 2 000 et 3 300 MW en hiver. Cette pro-
de marché en sortie de crise duction regroupe des unités fonctionnant en bande
Le parc de cogénérations au gaz s’est légèrement toute l’année (avec une production de l’ordre de
développé en 2020 (de près de 300 MW). 300 MW), des unités sous obligation d’achat fonc-
tionnant principalement en hiver et des unités
La PPE indique cependant que le développe- ­vendant leur énergie sur les marchés.
ment de cette filière n’est pas compatible avec
les objectifs de réduction des émissions de gaz L’analyse du fonctionnement des cogénérations au
à effet de serre et que le soutien public fort aux gaz montre une variation infra-journalière relati-
nouvelles installations n’apparaît désormais plus vement faible, les valeurs minimales et maximales
justifié. L’évolution du parc de cogénérations au au sein d’une journée étant relativement proches.
gaz est ainsi fortement incertaine : d’un côté de
nombreuses unités atteignent l’échéance de fin de Les cogénérations au fioul montrent quant à elles
leur contrat d’obligation d’achat (quasiment l’inté- depuis plusieurs années une production « en
gralité des contrats existants devraient s’achever bande » entre 60 et 80 MW.
d’ici 2030), de l’autre les conditions de marché

150
L’offre en France .3

Figure 3.21 Puissance maximale journalière des cogénérations depuis 2016

4 500

4 000

3 500

3 000

2 500
MW

2 000

1 500

1 000

500
Cogénérations au gaz  
0 Cogénérations au fioul
16

17

18

19

20

21
01

01

01

01

01

01

01

01

02

02
20

20

20

20

20

20
.2

.2

.2

.2

.2

.2

.2

.2

.2

.2
n.

n.

n.

n.

n.

n.
ai

pt

ai

pt

ai

pt

ai

pt

ai

pt
ja

ja

ja

ja

ja

ja
m

m
se

se

se

se

se

Le Bilan prévisionnel envisage une Les groupes thermiques de faible puissance unitaire
fermeture de la filière fioul d’ici 2025 et contribuent également à l’équilibre du système
une contraction de la filière gaz après 2025 électrique, notamment via des mécanismes de mar-
Compte-tenu des incertitudes économiques pré- ché. La puissance maximale produite en 2020 par
sentes pour le parc, les hypothèses retenues dans ces installations est d’environ 500 MW pour les uni-
ce Bilan prévisionnel sont : tés au fioul et 120 MW pour les unités au gaz. Alors
uu une stabilité du parc de cogénérations au gaz que le parc gaz maintient une partie de sa produc-
jusqu’en 2025 suivie d’une contraction partielle tion toute l’année, le parc fioul fait apparaître une
(de l’ordre de 250 MW/an) ; ­production saisonnalisée et concentrée sur l’hiver.
uu une contraction progressive du parc de cogéné­
rations au fioul (de l’ordre de 150 MW/an), Les objectifs de réduction des émissions de gaz à
­amenant à une fermeture du parc d’ici 2025 ; effet de serre devraient conduire, selon un calen-
uu un profil de production cohérent avec le profil drier qui reste à préciser, à une réduction de la
observé en 202011. capacité installée.

Le Bilan prévisionnel envisage


3.3.6 Une hypothèse de fermeture une fermeture progressive du parc
des autres unités thermiques de faible Compte-tenu des incertitudes économiques pré-
puissance unitaire d’ici 2030 sentes pour le parc, les hypothèses retenues dans
ce Bilan prévisionnel sont :
Le reste du parc thermique est constitué de groupes uu une stabilité du parc au gaz jusqu’à 2025, sui-
de faible puissance unitaire (de l’ordre de quelques vie d’une fermeture progressive entre 2025 et
mégawatts), fonctionnant pour près de 70 % au 2030 ;
fioul (groupes diesel), le reste du parc étant au gaz. uu une érosion progressive du parc au fioul a
­ menant
à une fermeture complète d’ici 2024 ;
Fin 2020, ce parc représente une puissance ­installée uu un profil de production cohérent avec le profil
de l’ordre de 1,4 GW. observé en 2020100.

100. Production « en bande » calée sur l’historique, puissance maximale limitée à la puissance maximale observée, etc. (proportionnellement à la capacité
installée)

BILAN PRÉVISIONNEL de l’équilibre offre-demande d’électricité en France I ÉDITION 2021 151


3.4 Différentes solutions de stockage sont déjà existantes
ou devraient émerger à moyen terme

3.4.1 Le développement du parc de 3.4.2 Des premières capacités


stations de transfert d’énergie par de stockage stationnaire par batteries
pompage devrait intervenir après 2030 se développent

Le parc actuel de stations de transfert d’énergie La contribution à la sécurité


par pompage (STEP) se compose de six centrales d’approvisionnement via le mécanisme
pour une puissance de pompage de 4,2 GW et une de capacité et la fourniture de réglage
puissance de turbinage de 4,9 GW. La PPE iden- de fréquence comme principaux
tifie un besoin journalier et infra-­hebdomadaire débouchés actuels
de nouvelles capacités aux horizons 2030 à 2035. Le développement de batteries stationnaires sur
Toutefois, pour ces projets, il est nécessaire d’an- le système électrique s’est accéléré depuis 2019,
ticiper les décisions de réalisation, au regard de même si la puissance aujourd’hui installée reste
la durée des procédures et travaux à engager relativement limitée (de l’ordre de 100 MW). La qua-
(près de 10 ans) et dans la mesure où ces déci- si-totalité des projets de batteries se développent
sions doivent être intégrées dans des procédures sur un modèle d’affaires basé sur la fourniture de
­d’octroi de concession. réglage primaire de fréquence, dont la rémunération
est complétée par celle du mécanisme de capacité.
Dans ce cadre, la PPE fixe ainsi comme objectif
d’engager d’ici à 2023 les démarches permettant Le développement des batteries pour fourniture de
le développement des stations de pompage d’élec- réglage de fréquence est observé dans de nom-
tricité pour un potentiel de 1,5 GW identifié en vue breux pays européens, et est cohérent avec les
des mises en service des installations entre 2030 perspectives de développement envisagées dans
et 2035. les dernières publications de RTE sur la flexibilité
du système électrique (étude Réseaux électriques
En dehors du suréquipement sur la STEP de la intelligents101, Bilan prévisionnel 2017102…).
Coche réalisé en 2019, aucun projet de nouvelle
installation n’est à ce jour engagé. Le développement s’est accéléré depuis début
2021 sous l’effet des appels d’offres long-terme,
Pas de nouvelle STEP sur l’horizon d’étude lancés fin 2019. Ce dispositif permet de sécuri-
Compte tenu de la durée des procédures et des ser financièrement le développement de nouvelles
travaux à engager ainsi que de l’horizon envisagé, capacités, en apportant aux projets lauréats une
aucune évolution de capacité n’est considérée sur garantie sur leur rémunération au titre du méca-
l’ensemble de l’horizon. nisme de capacité pendant sept années, sous
forme d’un contrat pour différence avec le prix
sur le marché de capacité. Près de 250 MW de
projets de batteries ont été retenus à l’issu de
ces appels d’offres et sont attendus pour mise en
service en 2021 et 2022. Une partie de ces projets
connaissent divers retards liés notamment aux
conséquences de la crise sanitaire mais ne sont
pas remis en cause.

101. [Link]
102. [Link]

152
L’offre en France .3

Le recensement par RTE et les GRD de l’ensemble de stockage compétitives, l’étude des possibilités de
des demandes de raccordement a permis d’iden- développement d’une filière industrielle française
tifier près de 400 MW de projets de batteries qui pour les batteries, ou encore la mise en place d’un
devraient se raccorder d’ici fin 2022 (qu’ils soient cadre pour généraliser le développement de batteries
lauréats ou non des appels d’offres long-terme), pour gérer des congestions sur les réseaux.
s’ajoutant aux 100 MW déjà raccordés au réseau.
L’intégration des premières capacités
Compte-tenu des besoins limités en services sys- dans le Bilan prévisionnel
tème, le gisement sur ce modèle de valorisation Compte-tenu des éléments contextuels, RTE
devrait rapidement saturer autour de ce niveau retient comme hypothèse un développement
de l’ordre de 500 MW, en cohérence avec diffé- rapide de batteries stationnaires sur le système
rentes études économiques publiées par RTE sur électrique à hauteur de près de 500 MW d’ici
le stockage103. fin 2022, sans autre développement réellement
­significatif jusqu’à 2030.
À moyen-terme, un développement
supplémentaire du stockage par
batterie conditionné à une baisse 3.4.3 Le stockage saisonnier par gaz de
rapide des coûts synthèse de grande ampleur ne devrait
Une fois atteint le gisement de valorisation sur la pas intervenir dans la prochaine
fourniture de services système, le stockage par décennie
batteries devra se développer en se basant sur
d’autres modèles économiques : Le couplage sectoriel comme outil de
uu En se valorisant sur le marché de l’énergie, via flexibilité pour le système électrique
des cycles de stockage/déstockage permettant Dans les projections sur l’évolution du mix énergé-
d’arbitrer sur les écarts de prix entre différents tique à long terme, l’hydrogène est souvent présenté
instants ; à la fois comme une source de flexibilité et un facteur
 En contribuant à éviter ou différer des inves- de réduction des émissions de gaz à effet de serre.
tissements pour le renforcement des réseaux,
notamment dans les zones contraintes en éva- À l’horizon 2030-2035, l’enjeu du développe-
cuation de production renouvelable. ment de l’hydrogène bas carbone participe d’une
 RTE expérimente actuellement ainsi ce type démarche de décarbonation des usages existants,
d’approche (dans le cadre du projet « Ringo » par exemple pour les usages actuels de l’hydrogène
mais aussi via un appel à recensement d’intérêt dans l’industrie mais potentiellement aussi pour la
lancé en janvier 2021 pour la mobilisation de mobilité lourde (de manière complémentaire aux
flexibilités locales, qui pourraient se baser sur solutions entièrement électriques) ou pour alimen-
des moyens de stockage). ter le réseau de gaz existant en substitution du gaz
uu En accompagnement du développement de l’auto- fossile (dans une certaine limite).
consommation chez les consommateurs, notam-
ment résidentiels, sous forme de petites batteries. L’hydrogène pourrait aussi contribuer, dans cer-
taines conditions, à l’équilibre du système élec-
Pas de cible chiffrée pour trique en apportant une solution de stockage et
le développement des batteries déstockage (power-to-gas-to-power). Mais aux
dans la PPE échéances de ce Bilan prévisionnel, l’utilisation de
La PPE encourage le développement du stockage sta- l’hydrogène comme moyen de stockage n’est pas
tionnaire par batterie, mais sans objectif chiffré. Elle nécessaire pour obtenir une diversification du mix
évoque notamment la poursuite des travaux de R&D électrique (réduction de la part du nucléaire à 50 %)
ou de démonstration visant à développer des solutions et accueillir les volumes d’énergies renouvelables

103. [Link]

BILAN PRÉVISIONNEL de l’équilibre offre-demande d’électricité en France I ÉDITION 2021 153


prévus par la PPE. Cela pourrait s’avérer intéres- S’agissant du stockage saisonnier par gaz de syn-
sant, mais à plus long terme (horizon 2050) dans thèse, la PPE ne prévoit aucun développement ou
des scénarios reposant exclusivement ou très soutien spécifique à moyen terme.
majoritairement sur les énergies renouvelables.
Pas de stockage saisonnier
Des objectifs publics tournés vers sur l’horizon d’étude
la décarbonation de l’hydrogène En l’état actuel de développement de la filière, ce
industriel à moyen terme Bilan prévisionnel ne retient pas de développement
Les priorités identifiées par l’État pour le dévelop- significatif de stockage saisonnier par gaz de syn-
pement de l’hydrogène à moyen terme consistent thèse (hydrogène, méthane...) sur l’ensemble de
à convertir la production conventionnelle de l’hy- l’horizon.
drogène industriel vers un mode de production
décarboné.

154
HYPOTHÈSES
EUROPÉENNES

ANNEXES TECHNIQUES DU BILAN PRÉVISIONNEL


4
HYPOTHÈSES EUROPÉENNES

4.1 Les ambitions climatiques européennes


et leur déclinaison dans les plans nationaux

L’Union européenne et l’ensemble des États qui montre que les mesures incluses dans les plans
membres sont signataires de l’Accord de Paris sur nationaux permettent d’atteindre, voire de dépas-
la lutte contre le réchauffement climatique. Cela ser légèrement, les objectifs européens de part des
s’est traduit par des objectifs fixés au niveau com- renouvelables dans la consommation totale d’éner-
munautaire pour 2030 de 32 % de part des renou- gie et de baisse des émissions. Cependant les
velables dans la consommation totale d’énergie, PNEC ne permettraient d’atteindre un gain d’effi­
d’une baisse de 40 % des émissions de gaz à effet cacité énergétique que de 29,5 % pour une cible
de serre par rapport au niveau de 1990 et d’un de 32,5 %.
gain d’efficacité énergétique de 32,5 %.
La mise en place de la nouvelle Commission euro-
Dans le cadre de l’Accord de Paris, les États péenne en 2019 s’est accompagnée d’une volonté
membres doivent définir des stratégies nationales de rehausser l’ambition climatique européenne. Ce
sur l’évolution de leur système énergétique et des projet a pris la forme du Pacte vert pour l’Europe
objectifs et mesures pour réduire les émissions de visant l’atteinte de la neutralité carbone en 2050 et
gaz à effet de serre. Le règlement sur la gouver- une réduction des émissions de gaz à effet de serre
nance de l’union de l’énergie et de l’action pour d’au moins 55 % en 2030 par rapport à 1990. La
le climat (EU) 2018/1999 a mis en place un suivi retranscription législative de cette nouvelle ambi-
de ces stratégies permettant l’atteinte collective de tion est en cours.
l’ambition climatique de l’Union européenne.
Si l’objectif de neutralité carbone en 2050 fait
Les États membres sont ainsi tenus de définir (i) des désormais consensus, les discussions se pour-
stratégies nationales long terme (à horizon 2050), suivent sur la cible de réduction des émissions en
qui doivent être mises à jour tous les dix ans, et 2030. D’un côté, le Parlement européen a adopté
(ii) des plans nationaux énergie-­climat (PNEC) cou- en octobre 2020 un mandat de négociation avec
vrant la période 2021-2030, dont une première ver- un objectif de réduction des émissions de gaz à
sion a été publiée en 2018 et qui doivent être mises effet de serre de 60 %. D’un autre côté, le Conseil
à jour en 2023. Les stratégies de long-terme pré- européen s’est accordé sur une cible d’au moins
cisent les objectifs de réduction des émissions par 55 % mais avec une règle de comptabilisation
secteur et le développement des puits de carbone. différente (sur la prise en compte des émissions
Les PNEC définissent les objectifs de réduction des négatives, notamment les technologies de capture
émissions à horizon 2030 et précisent les objectifs de carbone). Le Parlement européen, le Conseil
en matière d’efficacité énergétique, de dévelop- européen et la Commission européenne doivent
pement des énergies renouvelables et d’évolution désormais s’accorder pour que le Pacte vert soit
du mix énergétique, de développement des inter- définitivement adopté. Cette nouvelle ambition
connexions et de programmes de recherches. n’est pas encore intégrée dans les objectifs natio-
naux et les analyses menées dans le cadre de ce
La Commission européenne a publié en septembre Bilan prévisionnel reposent sur les plans des états,
2020 une analyse des versions finales des PNEC qui permettent d’atteindre l’objectif de 40 %.

156
Hypothèses européennes .4

4.2 Un périmètre géographique d’étude large pour prendre


en compte les effets des stratégies des pays européens

Les interconnexions jouent un rôle important en


termes d’optimisation du fonctionnement du sys-
Figure 4.1 Périmètre géographique du Bilan
tème électrique à la maille du continent, permet-
prévisionnel104
tant de mutualiser les ressources (évitant à chaque
pays de devoir dimensionner ses moyens de pro-
duction sur ses pointes de consommation) et d’opti­
miser à chaque instant l’utilisation des moyens de
production à la maille européenne. Le développe-
ment des interconnexions contribue largement à la
transition du secteur électrique européen. Compte-
tenu des niveaux d’interconnexion de la France
avec les pays voisins, l’impact des décisions prises
à l’échelle nationale doit être analysé en représen-
tant le fonctionnement du système électrique à la
maille européenne.

Le Bilan prévisionnel repose sur une modélisation


explicite de 17 pays de l’ouest et du centre de l’Eu-
rope104. Ce large périmètre permet de prendre en
compte l’impact de l’évolution des mix électriques
de ces pays et des capacités d’interconnexion sur
le fonctionnement du système électrique français
(équilibre offre-demande, bilans énergétiques,
émissions de CO2, prix de marché et viabilité
­économique des moyens, etc.).

Pour chaque pays, les hypothèses considérées


sur la demande, les capacités de production (parc
installé, disponibilité, coûts, etc.) et les capaci-
tés d’interconnexion reposent sur les travaux les
plus récents de l’association des gestionnaires de Les chiffres présentés dans l’ensemble de ce docu-
réseau européens (ENTSO-E), c’est-à-dire le Mid- ment, sauf mention contraire, le sont au périmètre
term Adequacy Forcast (MAF)105, publié fin 2020. des pays modélisés dans le Bilan prévisionnel
Certaines données ont été enrichies d’informations (voir figure 4.1).
plus récentes, lorsque pertinent (impact de la crise
sanitaire, stratégies hydrogène, etc.).

104. Allemagne, Autriche, Belgique, Danemark, Espagne, France, Irlande, Italie, Luxembourg, Norvège, Pays-Bas, Pologne, Portugal, République tchèque,
Royaume-Uni, Suède et Suisse
105. [Link]

BILAN PRÉVISIONNEL de l’équilibre offre-demande d’électricité en France I ÉDITION 2021 157


4.3 Un rôle accru de l’électricité dans la consommation
d’énergie finale qui conduit à une hausse de la demande
électrique malgré les gains d’efficacité énergétique

Depuis une décennie, la demande électrique euro- La part de l’électricité dans la demande finale
péenne (au périmètre des pays modélisés dans le d’énergie a très légèrement progressé sur la même
Bilan Prévisionnel) stagne voire se contracte très période passant de 24 % à 25 % du fait de transfert
légèrement (-2 % entre 2010 et 2018106) avec cer- d’usages. Sur la décennie à venir, ces transferts
taines disparités entre pays (la baisse a atteint d’usage vers l’électricité devraient s’intensifier
-9 % sur la période en Grande-Bretagne). Cette et largement compenser les baisses de consom-
stagnation, résulte notamment de l’amélioration mation associées à l’efficacité énergétique dans
de l’efficacité énergétique. la majorité des pays voisins. La consommation
d’électricité devrait ainsi progresser de près de
15 % entre 2019 et 2030.

Figure 4.2 Évolution de la consommation d’électricité


et part de l’électricité dans la consommation Le développement
finale d’énergie au périmètre du Bilan des usages de l’électricité
prévisionnel

3 500 100% Les principaux transferts d’usage vers l’électricité


3 000
90% concernent les transports (véhicules électriques),
80%
2 500 70%
le chauffage et la production d’hydrogène.
2 000 60%
TWh

50% Le secteur du bâtiment représente 36 % des émis-


1 500 40%
sions de gaz à effet de serre de l’Union européenne
1 000 30%
20% (l’essentiel de ces émissions correspond au chauf-
500
10% fage et à la production d’eau chaude sanitaire).
0 0%
1990 1995 2000 2005 2010 2015 2020 2025 2030 Pour la plupart des pays européens, les ambitions
de réduction des émissions de CO2 dans le secteur
Consommation :
 Historique (source : GRT européens, Eurostat)
du bâtiment reposent sur la rénovation thermique,
 Prévisions du BP 2021 le recours accru à des solutions bas-carbone et
Part de l’électricité dans la consommation finale d’énergie : des solutions efficaces, notamment les pompes à
 Historique (source : Eurostat)
 Prévisions du PNEC ­chaleur électriques.

Sur la base des projections des gestionnaires de


réseau de transport européens, la consommation
Figure 4.3 Évolution de la consommation thermosensible
au périmètre du Bilan prévisionnel
d’électricité pour le chauffage des bâtiments devrait
progresser de 13 % entre 2020 et 2030, soit de
300 l’ordre de 30 TWh de consommation annuelle sur
250
l’ensemble des pays du périmètre représenté dans
le Bilan prévisionnel.
200
TWh

150 Le secteur des transports représente aujourd’hui


27 % des émissions de gaz à effet de serre de l’Union
100
européenne. L’Europe a mis en place des normes sur
50

0
2020 2025 2030 106. 
Les valeurs de réalisé couvrent la période historique jusqu’à 2018,
elles n’intègrent donc pas la baisse de la consommation en 2020 liée
à la crise Covid.

158
Hypothèses européennes .4

les émissions kilométriques des véhicules commer-


cialisés. La norme actuellement en vigueur impose
Figure 4.4 Évolution du nombre de véhicules
aux constructeurs de commercialiser des véhicules électriques par pays du périmètre
dont les émissions kilométriques sont inférieures à du Bilan prévisionnel
95 gCO2/km en moyenne, sous peine d’être exposés
35
à des pénalités importantes. L’atteinte de cet objec-
tif repose sur la nécessité pour les constructeurs de 30
commercialiser une part de véhicules bas carbone.

Millions de véhicules
25

Les véhicules électriques constituent aujourd’hui 20


Autres pays
la principale alternative bas-carbone aux véhicules Irlande
15
thermiques et de nombreux états européens ont Espagne
Italie
adopté des mesures pour favoriser leur adoption 10 Suisse
Grande-
et ont décidé l’interdiction à terme de la commer- Bretagne
5
cialisation de véhicules fonctionnant aux carbu- Belgique
Allemagne
rants fossiles (interdiction en 2025 en Norvège, en 0 France
2030 au Danemark, Suède, Pays-Bas, Irlande et 2020 2025 2030

Slovénie, en 2035 au Royaume-Uni et en 2040 en


Espagne et en France).
Figure 4.5 Évolution de la capacité d’électrolyse par
Selon les hypothèses des gestionnaires de réseaux pays du périmètre du Bilan prévisionnel
de transport d’électricité européens considérées
30
pour l’exercice Mid-term Adequacy Forecast 2020
(MAF)107 de l’ENTSO-E, le parc de véhicules par-
25
ticuliers électriques devrait passer de moins de
2 millions d’unités actuellement à près de 10 mil-
20
lions en 2025 et 33 millions en 2030.
GW

15 Autres pays
Dans l’objectif d’atteindre la neutralité carbone à Irlande
Espagne
horizon 2050, l’intérêt que peut présenter l’hydro- 10 Italie
gène pour décarboner certains secteurs (procédés Suisse
Grande-
haute température, matière première, mobilité 5 Bretagne
Belgique
lourde et/ou sur longue distance…), l’enjeu actuel Allemagne
de réduire les émissions associées à la production 0 France
2020 2025 2030
d’hydrogène (produit quasi-exclusivement par le
vaporeformage de méthane, procédé émetteur de
CO2) et le progrès technique des électrolyseurs ont
conduit la Commission européenne et plusieurs
États membres à mettre en place des stratégies les stratégies définies par les autorités nationales.
hydrogène. En 2020, la Commission européenne Pour les pays n’ayant pas encore développé de tels
et cinq états membres108 ont publié des stratégies documents, une hypothèse de répartition par pays
spécifiques. D’autres états sont en cours d’élabo- des objectifs de puissance installée de la stratégie
ration de leurs stratégies. de la Commission européenne a été réalisée, au
prorata de la demande électrique actuelle.
Les hypothèses retenues pour l’étude (sur la puis-
sance des électrolyseurs installés et la production Ainsi la capacité d’électrolyse considérée sur le
annuelle d’hydrogène par électrolyse) reposent sur périmètre du Bilan Prévisionnel atteint 6 GW en

107. [Link]
108. Allemagne, France, Espagne, Pays-Bas et Portugal

BILAN PRÉVISIONNEL de l’équilibre offre-demande d’électricité en France I ÉDITION 2021 159


2025 et près de 26 GW en 2030 pour une consom-
mation d’électricité de près de 130 TWh.
Figure 4.6 Évolution de la capacité d’électrolyse
par mode de fonctionnement
Plusieurs modes de fonctionnement possibles pour
les électrolyseurs ont été décrits dans le rapport de 30
RTE109 (la transition vers un hydrogène bas carbone,
2020) : fonctionnement « en base » (hors périodes
de tension sur le système électrique), fonctionne- 25
ment lors des périodes de marginalité bas-carbone
(nucléaire ou renouvelable) ou fonctionnement en
autoproduction éolien et photovoltaïque. L’hypothèse 20

retenue consiste à considérer que la majeure partie


des capacités d’électrolyse est répartie pour chaque

GW
15
pays à part égales entre le mode de fonctionnement
« base » et le mode « marginal bas-carbone ». Si la
part du mode autoconsommation photovoltaïque 10
reste limitée, une part croissante a été attribuée
au mode autoconsommation éolien maritime pour Base
Marginal
les pays du pourtour de la mer du Nord. Il est fait 5 bas carbone
l’hypothèse que les électrolyseurs ne fonctionnent Autoproduction
éolien
pas lors des périodes de tension sur le système Autoproduction
photovoltaïque
électrique, car cela ne serait pas leur intérêt écono- 0
2020 2025 2030
mique du fait des prix élevés de l’électricité que ces
périodes engendrent.

109. [Link]

160
Hypothèses européennes .4

4.4 Un parc de production d’électricité qui se transforme


avec un développement massif des capacités de production
renouvelables et une contraction des parcs thermique
et nucléaire

La transition énergétique en Europe s’est déjà et de centrales au gaz. En cinq ans, la capacité
traduite sur la décennie passée par une évolu- installée éolienne et photovoltaïque a progressé de
tion significative du parc de production d’électri- 50 % (passant de 223 GW à 337 GW) et la puis-
cité. De nombreux pays ont engagé la fermeture sance installée de centrales au gaz a augmenté
ou la mise en réserve de capacités de produc- d’un tiers.
tion fortement émettrices de CO2. Sur la période
2015-2020, ce sont 128 GW de capacité au fioul, Par ailleurs, une première réduction de la capacité
charbon ou lignite qui ont été fermées (une faible nucléaire a été engagée par certains pays (France,
partie a été mise en réserve stratégique)110. Ces Royaume-Uni et principalement l’Allemagne), mais
capacités fermées ou mises en réserve pendant la pour un effet encore limité (fermeture de 5 GW sur
décennie écoulée représentent 57 % du parc ther- 111 GW sur la période 2015-2020, au périmètre
mique fossile de 2015. des pays représentés dans le Bilan prévisionnel).

La fermeture de ces capacités fortement émettrices Les stratégies des différents pays pour la décennie
a été accompagnée d’un développement important à venir consistent à prolonger ces tendances sur le
des capacités renouvelables (éolien, photovol- parc de production et, pour certaines filières, à les
taïque et dans une moindre mesure hydraulique) accélérer significativement.

Figure 4.7 Évolution de la capacité de production d’électricité installée au périmètre du Bilan prévisionnel

140

120

100

80
GW

Éolien en mer
60 Éolien terrestre
Solaire
40 Biomasse
Hydraulique
Nucléaire
20 Gaz
Charbon/Lignite
0 Fioul
2015 2020 2025 2030

110. Dans les pays ayant une réserve stratégique, ces capacités sont disponibles en cas de forte tension sur la sécurité d’approvisionnement mais ne participent
plus au marché de l’énergie.

BILAN PRÉVISIONNEL de l’équilibre offre-demande d’électricité en France I ÉDITION 2021 161


Hydraulique Solaire
La production d’électricité d’origine hydraulique Malgré une forte progression des capacités, la
représente la principale source renouvelable en production d’électricité d’origine solaire a atteint
Europe (au périmètre du BP) avec 481 TWh pro- 111 TWh en 2018 en Europe (au périmètre du BP),
duits en 2018, soit 16 % de la production d’électri- soit 4 % de la production électrique au périmètre du
cité. Le parc installé représente 169 GW en 2018. Bilan prévisionnel. Le parc installé représente 84 GW
en 2018. La technologie photovoltaïque représente
Parmi les capacités installées, 96 GW corres- plus de 95 % de la capacité installée, le solaire ther-
pondent soit à des capacités pilotables de type modynamique étant essentiellement présent en
« lac » qui permettent un placement de la pro- Espagne où il ne compte que pour 2 GW en 2018.
duction optimisée sur des périodes allant de la
semaine à plusieurs mois, soit à des stations de La capacité est répartie de façon très inégale entre
transfert d’énergie par pompage. les pays (près de la moitié de la capacité instal-
lée se situe en Allemagne). La majorité des pays
La plupart des gisements en Europe sont européens projettent de développer fortement
aujourd’hui exploités. Cependant, les capacités les capacités photovoltaïques dans la prochaine
installées peuvent être augmentées (via notam- décennie, avec une forte inflexion du rythme de
ment des suréquipements sur les sites existants). développement.
Ainsi, la capacité installée de production hydrau-
lique devrait progresser de 28 GW d’ici 2030. La Le rythme annuel d’installation devrait de 9 GW par
croissance prévue de la capacité hydraulique pilo- an sur 2015-2020 à 16 GW par an sur 2020-2025,
table à cet horizon est ainsi plus importante que puis à 23 GW par an sur 2025-2030.
celle des capacités de production à partir de gaz
(+18 GW sur la période). La capacité installée représentera alors 330 GW en
2030.

Figure 4.8 Évolution des capacités hydrauliques Figure 4.9 Évolution des capacités de production
en Europe (au périmètre du BP) photovoltaïque en Europe (au périmètre du BP)

250 400

350
200
300

250
150
GW
GW

200

100
150

100
50
50

0 0
2015 2020 2025 2030 2015 2020 2025 2030

France Allemagne Belgique France Allemagne Belgique


Espagne Grande-Bretagne Irlande Espagne Grande-Bretagne Irlande
Italie Suisse Autres pays Italie Suisse Autres pays

162
Hypothèses européennes .4

Éolien terrestre
Figure 4.10 Évolution des capacités de production
La production d’électricité d’origine éolienne ter- éolienne terrestre en Europe
restre a atteint 289 TWh en 2018, soit 10 % de la (au périmètre du BP)
production électrique. Le parc installé représente
300
143 GW en 2018. L’Allemagne et l’Espagne sont
les deux pays les plus avancés en termes de déve-
loppement de l’éolien et leurs capacités installées 250
représentent respectivement 33 % et 17 % du parc
de production européen (au périmètre des pays 200
représentés dans le Bilan prévisionnel).
L’ensemble des pays européens prévoit d’aug-

GW
150
menter leurs capacités de production éolienne
terrestre. Le développement prévu correspond au
100
maintien du rythme actuel de développement (de
l’ordre de 10 GW par an) et permettra d’atteindre
près de 280 GW en 2030. 50

0
Éolien en mer 2015 2020 2025 2030

France Allemagne Belgique


Plusieurs pays européens (Royaume-Uni, Allemagne, Espagne Grande-Bretagne Irlande
Italie Suisse Autres pays
Danemark, Pays-Bas et Belgique) ont développé ces
dernières années un parc de production éolienne en
mer, atteignant une capacité totale de 18 GW en
2018. La production associée a atteint 47 TWh soit Figure 4.11 Évolution des capacités de production
2 % de la production électrique. L’essentiel des capa- éolienne en mer en Europe
cités sont installées en Grande-Bretagne (8 GW) et (au périmètre du BP)

en Allemagne (6 GW). La majeure partie des pays


90
européens disposant d’une façade maritime affichent
des ambitions de développement de cette filière. Les 80

ambitions nationales cumulées conduiront à plus que


70
tripler la capacité installée à l’horizon 2030, pour
atteindre 85 GW. Cette ambition est à rapprocher de 60

l’objectif européen de 300 GW en 2050 fixé par la


50
GW

stratégie d’énergie renouvelable offshore publiée en


2020 par la Commission Européenne111. 40

30
Bien que disposant de façades maritimes consé-
quentes, l’Italie et l’Espagne prévoient de déve- 20

lopper leurs capacités à la fin de la décennie et


10
les capacités installées à l’horizon 2030 seront
à ce stade très limitées. Ces développements 0
2015 2020 2025 2030
plus tardifs sont notamment liés à la plus grande
profondeur de l’Atlantique et de la Méditerranée France Allemagne Belgique
Espagne Grande-Bretagne Irlande
par rapport à la Mer du Nord nécessitant des Italie Suisse Autres pays
technologies moins matures telles les éoliennes
flottantes.

111. EU strategy on offshore renewable energy | Energy ([Link])

BILAN PRÉVISIONNEL de l’équilibre offre-demande d’électricité en France I ÉDITION 2021 163


Nucléaire Charbon et lignite
La production nucléaire a représenté 727 TWh en La production d’électricité à partir de charbon ou de
2018 en Europe (au périmètre du BP), soit 25 % de lignite a représenté 493 TWh en 2018 en Europe
la production totale d’électricité, pour une capacité (au périmètre du BP), soit 17 % de la production
installée de 111 GW. À l’exception de la France et du d’électricité. Afin de réduire leurs émissions de gaz
Royaume-Uni, la plupart des pays à l’ouest du conti- à effet de serre, les pays européens ont engagé des
nent se sont engagés dans une politique de sortie politiques pour fermer leurs capacités fonctionnant
du nucléaire. Depuis l’accident de Fukushima en au charbon ou au lignite, les convertir à la biomasse
2011, l’Allemagne a déjà fermé 11 réacteurs (soit ou les mettre en réserve (pour qu’elles puissent
12 GW) et ne dispose actuellement plus que de être appelées uniquement de façon exceptionnelle
8 GW installés. lors de périodes de tension). Depuis 2005, 66 GW
L’Allemagne, la Belgique, la Suisse et l’Espagne se ont ainsi été sortis du marché pour arriver à un
sont engagés à fermer leurs réacteurs (respecti- parc installé de 128 GW en 2018, essentiellement
vement en 2022 pour l’Allemagne, 2025 pour la concentré en Allemagne et à l’est de l’Europe.
Belgique et 2035 pour la Suisse et l’Espagne). L’ensemble des pays considérés se sont engagés
Le Royaume-Uni a fait le choix de relancer la dans une forte baisse de la production au charbon
construction de nouveaux réacteurs pour compen- et au lignite sur la décennie et de nombreux pays se
ser la fermeture de réacteurs existants. sont engagés dans une sortie d’ici 2025. En 2030,
À l’opposé, plusieurs pays de l’est de l’Europe dont seules subsisteront des capacités en Pologne,
la Pologne et la République tchèque envisagent de République tchèque et Allemagne. Concernant l’Al-
développer leur parc de production nucléaire. lemagne, la sortie a été décidée à l’horizon 2038.
Les ambitions cumulées des états européens La capacité de production thermique au charbon
conduiront à une réduction des capacités de pro- et lignite en Europe diminue de 62 GW à horizon
duction d’origine nucléaire de 21 GW à l’horizon 2030, pour ne plus représenter que 29 GW (hors
2030. potentielles capacités en mises en réserve).

Figure 4.12 Évolution des capacités de Figure 4.13 Évolution des capacités de production
production nucléaire en Europe au charbon et lignite en Europe
(au périmètre du BP) (au périmètre du BP)

120 160

140
100
120
80
100
GW
GW

60 80

60
40
40
20
20

0 0
2015 2020 2025 2030 2015 2020 2025 2030

France Allemagne Belgique France Allemagne Belgique


Espagne Grande-Bretagne Irlande Espagne Grande-Bretagne Irlande
Italie Suisse Autres pays Italie Suisse Autres pays

164
Hypothèses européennes .4

Gaz
Figure 4.14 Évolution des capacités de production
au gaz en Europe (au périmètre du BP)
La production au gaz a représenté 583 TWh
en 2018 en Europe (au périmètre du BP), soit 250
20 % de la production d’électricité, pour une
capacité installée de 215 GW (dont 146 GW de 200
CCG, 10 GW de TAC et 59 GW de cogénération
et autres petites unités). La fermeture de capa- 150

GW
cités au fioul, charbon et lignite a conduit cer-
100
tains pays à développer leur parc de production
au gaz (notamment avec des CCG) pour garantir
50
leur sécurité d’approvisionnement. De nouveaux
CCG sont prévus en Italie, Belgique, Allemagne, 0
Grande-Bretagne et Pologne pour une capacité 2015 2020 2025 2030

cumulée de 26 GW d’ici à 2030. Compte-tenu des


France Allemagne Belgique
fermetures de capacités anciennes et de cogé- Espagne Grande-Bretagne Irlande
nérations, le parc fonctionnant au gaz devrait Italie Suisse Autres pays

croître de 18 GW sur la période.

Des hypothèses devant être considérées avec prudence à l’horizon 2030

La transformation du mix électrique annoncée en Par ailleurs les NECP ont été élaborées avant les
Europe à l’horizon 2030 est considérable. débats relatifs au rehaussement de l’objectif euro-
péen de décarbonation à hauteur de -55 %. La prise
Ces évolutions de mix électrique reposent notam- en compte par les états de ce nouvel objectif pourra
ment sur la mise en service de volumes considérables conduire à amender une partie de ces trajectoires.
d’énergies renouvelables et d’un très grand nombre
de cycles combinés à gaz. Les trajectoires précises Ainsi, au-delà d’une estimation basée sur la prise
pour chacun des pays doivent être considérées avec en compte de l’ensemble du mix électrique euro-
prudence dans les analyses, notamment pour des péen, le niveau de marges en France est estimé
exercices de sécurité d’approvisionnement, du fait de également en limitant les imports maximum lors
l’horizon considéré (à cet horizon une bonne partie des périodes de tension à des volumes proches de
des projets ne sont pas financièrement sécurisés), et ceux déjà observés lors des dernières années (par
au regard du nombre de projets annoncés. exemple proches de 10 GW).

BILAN PRÉVISIONNEL de l’équilibre offre-demande d’électricité en France I ÉDITION 2021 165


Figure 4.15 Principaux objectifs de déclassement et de mises en service sur les parcs thermiques,
et de développement des énergies renouvelables dans les pays voisins entre 2020 et 2030

Fermetures Objectifs Mises en service annoncées 2020-2030


prévues
Éolien terrestre : 52 GW (11TWh) EnR Éolien terrestre : 52 GW (11TWh)
nviron 14 300 éoliennes (sans repowering) nviron 14 300 éoliennes (sans repowering)
Éolien en mer : 1GW (47 TWh ) Éolien en mer : 1GW (47 TWh )
6 réacteurs
nviron 000 éoliennes (+3 GW) nviron 000 éoliennes
2 nouveaux réacteurs
fermés
(-3,3 GW) (+3,3 GW)
Fermetures Objectifs Mises en service
Sortie CCG & TAC
(+15 GW) prévues
Éolien terrestre : 52 GW (11TWh) EnR annoncées
du charbon (+5,4 GW) nviron 14 300 éoliennes (sans repowering)
Éolien en mer : 1GW (47 Sortie
TWh ) CCG
(-1,3 GW) d’ici 2023 Thermique décentralisé nviron 000 éoliennes
du nucléaire (+2 GW) (+2,8 GW)
(+0,4 GW)
(+3 GW) (-5,9 GW) d’ici 2025

(+2 GW)

(+6 GW)

Fermetures Objectifs
prévues EnR
Sortie
du charbon (+21 GW) Fermetures Objectifs Mises en service
d’ici 2026 prévues
Éolien terrestre : 52 GW (11TWh) EnR annoncées
(-4,3 GW)
Éolien terrestre : 52 GW (11TWh) nviron 14 300 éoliennes (sans repowering)
nviron 14 300 éoliennes (sans repowering) Éolien en mer : 1GW (47 Sortie
TWh ) CCG & TAC
Éolien en mer : 1GW (47 TWh )
Sortie (+0,2 GW) nviron 000 éoliennes
du nucléaire (+24 GW) (+1,4 GW)
nviron 000 éoliennes
du nucléaire (-8,1 GW) d’ici 2022 Thermique
(-4,1 GW
d’ici 2035 décentralisé
d’ici 2030) (+34 GW) Sortie (+13 GW) (+7,6 GW)
Thermique du charbon
décentralisé (-22 GW d’ici 203831
(-1,3 GW) d’ici 2030) (+39 GW)

Fermetures Objectifs Mises en service


prévues EnR annoncées
Sortie CCG
 ays faisant l’objet d’une
P du charbon (+6 GW) (+5,4 GW
modélisation explicite de d’ici 2024)
(-6,9 GW) d’ici 2025
leur système électrique
dans le Bilan prévisionnel (+1 GW)

(+30 GW)

166
Hypothèses européennes .4

4.5 Le développement de l’interconnexion de la France avec ses


voisins se poursuit avec la mise en service de nouvelles liaisons

Plusieurs mises en service de nouvelles liaisons concernés. Le développement des interconnexions


d’interconnexion sont prévues dans les prochaines constitue une priorité politique de l’Union euro-
années. Ces liaisons permettront d’augmenter les péenne, avec des objectifs pour les États membres
capacités d’échange avec les pays voisins. d’augmenter les capacités installées.

Le développement des interconnexions permet de L’ensemble des projets d’interconnexions de la


mutualiser les moyens de production en faisant France avec ses pays voisins sont regroupés dans
appel aux moyens les moins chers, de favoriser les différents paquets du Schéma décennal de
l’intégration des énergies renouvelables en tirant développement du réseau (SDDR) publié par RTE
parti des potentiels de chaque pays et du foison- en septembre 2019, selon le niveau de maturité et
nement des aléas des énergies variables et d’ac- l’intérêt technico-économique des projets.
croître la sécurité d’approvisionnement des pays

Figure 4.16 Illustration des trois paquets d’interconnexion aux frontières françaises définis dans le SDDR publié par
RTE en septembre 2019

Paquet 0
~3 GW
IFA2
IRLANDE ElecLink
GRANDE- Savoie-Piémont
BRETAGNE PAYS-BAS
ALLEMAGNE Paquet 1
Avelin/Mastaing ~5 GW
Avelgem-Horta Golfe de Gascogne

Celtic Lonny-Achêne- Avelin/Mastaing-


ElecLink BELGIQUE Avelgem-Horta
Interconnector Manche Gramme
Vigy- TD Aubange
Uchtelfangen Vigy-Uchtelfangen
IFA2 TD Aubange Muhlbach-Eichstetten

Muhlbach- Paquet 2
Eichstetten ~5 GW
Paquet 0 Lonny-Achêne-
Paquet 1 Gramme
Paquet 2
FRANCE SUISSE Celtic Interconnector
Hors paquets
2 projets France-
Renforcement Grande-Bretagne
France-Suisse Renforcement
ITALIE France-Suisse

Golfe de Hors paquets


Gascogne Savoie-
Piémont 1 projet France-
Grande-Bretagne
Projets Projets
transpyrénéens transpyrénéens
ESPAGNE Méditerranée

BILAN PRÉVISIONNEL de l’équilibre offre-demande d’électricité en France I ÉDITION 2021 167


Après la récente mise en service De nombreux autres projets
d’IFA2, la capacité d’échange d’interconnexion seront aussi mis
de la France avec ses pays voisins en service au-delà de 2025
devrait encore augmenter dans
les prochaines années D’autres projets d’interconnexion (nouvelles
liaisons et renforcements) pourraient ensuite
Après la mise en service de la liaison IFA2 entre la être mis en service entre 2025 et 2030, et
France et la Grande-Bretagne en janvier 2021 (qui contribuer à renforcer fortement la sécurité
porte à 3 GW la capacité d’import-export avec ce d’approvisionnement.
pays), d’autres projets d’interconnexion devraient
voir le jour dans les prochaines années. En plus de ceux mis en service avant 2025, les
autres projets envisagés dans le paquet 1 du SDDR
RTE construit ainsi avec le gestionnaire de réseau (regroupant les projets d’interconnexions matures
de transport italien Terna la nouvelle interconnexion et rentables, déjà engagés ou susceptibles de l’être
Savoie-Piémont. RTE retient une hypothèse pru- sous peu) devraient aussi apparaître et sont tous
dente concernant la mise en service en supposant intégrés dans le Bilan prévisionnel. Sont concer-
que l‘interconnexion ne sera disponible qu’à hau- nées les frontières :
teur de 50 % sur le prochain hiver 2021-2022. uu France-Espagne avec le projet golfe de Gascogne ;
uu France-Allemagne, avec les projets Vigy-
Concernant le projet ElecLink entre la France et Uchtelfangen et Muhlbach-Eichstetten.
la Grande-Bretagne, la Commission intergouver-
nementale, autorité de sécurité du tunnel sous la Enfin, des capacités supplémentaires sont aussi
Manche, a donné son accord112 fin 2020 pour le évoquées dans le paquet 2 du SDDR (regrou-
déploiement du câble dans le tunnel, levant ainsi pant des interconnexions à engager au cours des
la forte incertitude réglementaire qui pesait sur la prochaines années sous certaines conditions) et
réalisation de ce projet. La mise en service com- concernent les frontières :
merciale est désormais prévue mi-2022 et la capa- uu France-Suisse, avec un projet de renforcement
cité d’échange avec la Grande-Bretagne devrait de ligne, sans qu’un axe spécifique soit à ce jour
ainsi augmenter d’un gigawatt supplémentaire à défini. À défaut d’information supplémentaire,
cet horizon. aucune progression de la capacité d’échange
n’est ici considérée ;
Ainsi, à l’horizon 2022, l’ensemble des inter- uu France-Belgique, avec le projet Lonny-Achêne-
connexions du paquet 0 auront été mises en Gramme. Ce projet est en revanche encore
service. au stade exploratoire et n’est pas prévu avant
2030 ;
Plusieurs projets existent aussi à la frontière uu France-Grande-Bretagne, avec deux projets
France-Belgique (renforcement de l’axe Avelin- potentiels parmi les trois à ce jour évoqués (le
Avelgem-Horta et installation de deux transforma- troisième appartenant au paquet 3 du SDDR) :
teurs déphaseurs au poste d’Aubange en Belgique) FAB, GridLink et Aquind. RTE considère pour ce
et devraient aboutir entre 2021 et 2022. Bilan prévisionnel la mise en service d’un seul
de ces trois projets avant 2030 ;
uu France-Irlande, avec le projet Celtic Inter-
connector, qui a obtenu en octobre 2019 le
­soutien financier de l’Union européenne ponctué

112. [Link]

168
Hypothèses européennes .4

par une subvention de 530 millions d’euros. Sa Une augmentation significative des
mise en service, prévue en 2027, est intégrée capacités d’interconnexions à l’horizon
dans le Bilan prévisionnel. 2030
Les projets identifiés dans le SDDR comme « hors Ce sont ainsi près de 10 GW de capacités d’import
paquets » ne sont en revanche pas intégrés dans et d’export supplémentaires qui devraient appa-
cet exercice du Bilan prévisionnel. raître entre 2020 et 2030. Cette hausse se répartit
sur l’ensemble des frontières de la France avec ses
pays voisins.

Figure 4.17 Évolution des capacités d’interconnexion, dans la métrique « NTC »113

30

25

20
GW

15

Suisse
10
Irlande
Italie
5 Grande-Bretagne
Espagne
0 CWE113
2020 2030 2020 2030

Exports Imports

113. Dans le Bilan prévisionnel, les capacités d’échange pour la zone CWE (Allemagne, Autriche, Belgique, France, Luxembourg, Pays-Bas) sont modélisés selon
la méthode « Flow-based », en cohérence avec les pratiques opérationnelles sur cette zone. Les capacités affichées sur le graphique pour la zone CWE
correspondent aux valeurs dans la métrique « NTC » (Net Transfert Capacity) et ne représentent donc pas la réelle modélisation utilisée dans cette étude.
Elles ne sont données ici qu’à titre illustratif.

BILAN PRÉVISIONNEL de l’équilibre offre-demande d’électricité en France I ÉDITION 2021 169


4.6 Fiches pays

Allemagne
Figure 4.18 Bilan électrique de l’Allemagne
en 2018 (source : ENTSO-E)

Le bilan du système électrique 700


et des émissions en 2018
600
Les émissions de gaz à effet de serre (GES) de
l’Allemagne ont représenté 889 MtCO2 en 2018,
500
soit 23 % des émissions de l’Union européenne.
La consommation toutes énergies s’est établie à 400

TWh
2 337 TWh et est responsable de 81 % des émis-
sions de GES du pays. La consommation d’électri- 300
cité a représenté 538 TWh. L’électricité a couvert
200
22 % de la consommation finale énergétique. La
production d’électricité, issue à hauteur de 50 % de
100
moyens fossiles, a émis 226 MtCO2.
0
L’ambition climatique et son impact Consommation Production

sur le système électrique au titre


Consommation Charbon/Lignite Éolien terrestre
du Plan National Energie Climat Pompage Fioul Éolien maritime
Exports Gaz Solaire
Le plan énergie climat de l’Allemagne, transmis Nucléaire Biomasse
à la Commission européenne mi-2020, définit un  Autres non-  Autres
renouvelables renouvelables
objectif de réduction des émissions de GES de 55 % Hydraulique Imports
à l’horizon 2030 par rapport au niveau de 1990.
Cette cible s’inscrit dans l’objectif de réduction des
émissions de 80 % à 95 % en 2050 par rapport à
1990 tel que défini par la Stratégie nationale long Figure 4.19 Évolution de la consommation électrique
et du taux d’électrification en Allemagne
terme du pays.
700 100%
Ce plan repose sur (i) des gains d’efficacité énergé- 90%
600
tique (de 1,3 % en moyenne annuelle), (ii) l’élec- 80%
trification des usages et (iii) la réduction des 500 70%
émissions de la production d’électricité à travers 400
60%
TWh

la baisse des capacités au charbon (sortie atten- 50%


due pour 2038) et le développement des éner- 300 40%
gies renouvelables, qui devront atteindre 65 % de 200 30%
la production électrique en 2030, contre 36 % en 20%
100
2018. 10%
0 0%
Une demande électrique 1990 1995 2000 2005 2010 2015 2020 2025 2030

en croissance à l’horizon 2030 Consommation :


Le plan énergie-climat de l’Allemagne prévoit que  Historique (source : GRT européens, Eurostat)
 Prévisions du BP 2021
la part de l’électricité dans la demande énergétique
Part de l’électricité dans la consommation finale d’énergie :
finale passe de 21 % à 24 % sur la décennie qui  Historique (source : Eurostat)
 Prévisions du PNEC
s’ouvre.

170
Hypothèses européennes .4

En juin 2020, le ministère de l’Industrie a publié une


stratégie hydrogène. Ce document prévoit d’augmen-
Figure 4.20 Évolution du parc de production
ter l’usage de l’hydrogène dans les secteurs de l’acier, en Allemagne
du raffinage et de la chimie mais aussi pour la mobilité
(trains, poids lourds, aviation, maritime…). Ce déve- 300
loppement repose notamment sur la construction de 250
5 GW de capacité d’électrolyse d’ici 2030. En tenant
200
compte de la consommation d’électricité pour la pro-

GW
duction d’hydrogène, la consommation totale d’élec- 150

tricité atteindrait de l’ordre de 600 TWh en 2030, en 100


augmentation de 11 % sur la décennie.
50

Une sortie du nucléaire en 2022 et du 0


2015 2020 2025 2030
charbon/lignite en 2038 en parallèle
du développement des énergies Solaire Éolien en mer Éolien terrestre
Hydraulique Bioénergies Nucléaire
renouvelables Gaz Fioul Charbon/Lignite
L’Allemagne s’est engagée au début des années 2000
dans une sortie du nucléaire. Suite à la catastrophe
de Fukushima il a été décidé d’une sortie d’ici 2022
avec la fermeture des 8 GW restant après la ferme-
ture déjà réalisée de 12 GW depuis 2011. passer de 6,7 GW par an constaté sur les cinq der-
nières années à 7,6 GW par an sur la décennie à
En parallèle, le pays s’est engagé dans une réduction venir. À l’horizon 2030, ce sont 75 GW de capaci-
des émissions de CO2 liées à la production d’électri- tés renouvelables supplémentaires qui seront en
cité et a fermé 16 GW de capacité thermique fossile service sur le système électrique allemand. Cette
au fioul et au charbon/lignite depuis 2015. croissance est essentiellement tirée par le photo-
voltaïque avec un rythme annuel de déploiement
La loi114 de sortie du charbon et du lignite d’ici devant passer de 2,6 GW sur les cinq dernières
2038 a été adoptée en juillet 2020 et prévoit une années à 3,9 GW sur la décennie qui s’ouvre. La
capacité maximale de 30 GW en 2022 et de 17 GW capacité de production d’origine solaire devrait
en 2030. ainsi atteindre 91 GW en 2030.

Pour permettre cette double sortie du nucléaire et Interconnexions et sécurité


du charbon/lignite, l’Allemagne va installer 9 GW de d’approvisionnement
capacités gaz supplémentaires d’ici 2030. Au global, Des projets d’interconnexion sont planifiés115 avec
les capacités thermiques fossiles s’inscrivent à la l’ensemble des pays voisins. Sur la décennie les
baisse, passant de 71 à 58 GW entre 2020 et 2030. capacités d’exports passeraient de 17 à 31 GW et
celle d’imports de 19 à 35 GW, soit une augmen­
Les objectifs sur le développement des énergies tation de près de 80 %.
renouvelable à 2030 prévoient une part de 65 %
dans l’électricité produite, ce qui correspond à une Le niveau de sécurité d’approvisionnement de l’Alle­
capacité de production de 206 GW, hors stations magne n’est pas défini par un critère public. Une
de transfert d’énergie par pompage. Ceci implique étude116 réalisée pour le ministère de l’Industrie a
une légère accélération dans le rythme de déve- montré qu’une espérance de défaillance d’environ
loppement des capacités éolienne et solaire devant 5 heures par an pourrait être un critère pertinent.

114. BMWi – Federal Ministry for Economic Affairs and Energy – Final decision to launch the coal-phase out – a project for a generation
115. Au titre du Plan de développement 2017 servant de référence au PNEC
116. Gutachten ([Link])

BILAN PRÉVISIONNEL de l’équilibre offre-demande d’électricité en France I ÉDITION 2021 171


Belgique

Le bilan du système électrique


et des émissions en 2018 Figure 4.21 Bilan électrique de la Belgique en 2018
Les émissions de gaz à effet de serre (GES) de (source : ENTSO-E)
la Belgique ont représenté 124 MtCO2 en 2018,
soit 3 % des émissions de l’Union européenne. 100

La consommation toutes énergies s’est établie à 90


386 TWh et est responsable de 69 % des émissions 80
de GES du pays. La consommation d’électricité a
70
représenté 85 TWh. L’électricité a couvert 22 % de
la consommation finale énergétique. La production 60

TWh
d’électricité, issue à hauteur de 35 % de moyens 50
fossiles, a émis 15 MtCO2. 40

30
L’ambition climatique et son impact
20
sur le système électrique au titre
du Plan National Energie Climat 10

Le plan énergie climat de la Belgique, transmis 0


Consommation Production
à la Commission européenne fin 2019, définit un
objectif de réduction des émissions de GES de 35 à Consommation Charbon Éolien terrestre
40 % selon les régions à l’horizon 2030 par rapport Pompage Fioul Éolien maritime
Exports Gaz Solaire
au niveau de 1990. Cette cible s’inscrit dans un Nucléaire Biomasse
 Autres non-  Autres
objectif de réduction d’au moins 80 % des émis- renouvelables renouvelables
sions en 2050 par rapport à 1990 tel que défini par Hydraulique Imports

la Stratégie nationale long terme du pays.

Ce plan repose sur (i) des gains d’efficacité énergé-


Figure 4.22 Évolution de la consommation électrique
tique (de 1,1 % en moyenne annuelle), (ii) le déve- et du taux d’électrification en Belgique
loppement des ressources renouvelables du pays
et (iii) un recours accru aux imports énergétiques. 120 100%
Ainsi, les énergies renouvelables devront atteindre 90%
100
37 % de la production électrique en 2030, contre 80%
23 % en 2018. En parallèle, le pays s’est engagé 80
70%
dans une sortie du nucléaire à l’horizon 2025. 60%
TWh

60 50%
Une demande électrique en croissance 40%
40
à l’horizon 2030 30%
Le plan énergie-climat de la Belgique prévoit que 20 20%
la part de l’électricité dans la demande énergétique 10%
finale passe de 19 % à 21 % sur la décennie qui 0 0%
s’ouvre. 1990 1995 2000 2005 2010 2015 2020 2025 2030

Consommation :
Si le plan énergie-climat identifie l’hydrogène  Historique (source : GRT européens, Eurostat)
 Prévisions du BP 2021
comme un levier pour réduire des émissions de
Part de l’électricité dans la consommation finale d’énergie :
secteurs difficiles à électrifier, le pays ne s’est pas  Historique (source : Eurostat)
 Prévisions du PNEC
encore doté d’une stratégie hydrogène spécifique.

172
Hypothèses européennes .4

RTE a considéré le développement d’une capa- Les objectifs sur le développement des énergies
cité de production d’hydrogène par électrolyse renouvelable à 2030 prévoient une part de 37 %
(de 400 MW en 2030), estimée sur la base d’une dans l’électricité produite et une capacité de pro-
répartition entre pays de la stratégie européenne. duction de 20 GW, hors stations de transfert
En intégrant la consommation d’électricité pour la d’énergie par pompage. Cet objectif s’inscrit dans
production d’hydrogène, la consommation totale le rythme de développement actuel des capaci-
d’électricité approcherait les 100 TWh en 2030, en tés éolienne et solaire de 1 GW par an constaté
augmentation de 12 % sur la décennie. sur les cinq dernières années (avec un accrois-
sement du rythme sur le solaire au détriment de
Une sortie du nucléaire en 2025 ­l’éolien). À l’horizon 2030, ce sont 10 GW de capa-
en parallèle du développement cités renouvelables supplémentaires qui seront en
des énergies renouvelables ­service sur le système électrique belge.
La Belgique s’est engagée dans une réduction des
émissions de CO2 liées à la production d’électricité Interconnexions et sécurité
et les derniers 500 MW de centrales au charbon ont d’approvisionnement
été fermés en 2016. Le système électrique belge est interconnecté
avec la France, l’Allemagne, les Pays-Bas et le
La sortie du nucléaire implique la fermeture de Royaume-Uni. La capacité d’import devrait passer
6 GW d’ici 2025. Cette sortie s’accompagnera de 5,5 à 7,5 GW entre 2018 et 2023 puis à 9,5 GW
d’une augmentation des capacités gaz (3 GW addi- en 2030, en ligne avec le Plan de développement
tionnel attendus sur la décennie, pour l’essentiel fédéral 2020-2030117.
avant 2025) et d’un développement significatif des
énergies renouvelables. Le critère légal de sécurité d’approvisionnement
correspond à une durée de défaillance de 3 heures
par an en espérance.

Afin de respecter l’objectif de sécurité d’appro-


Figure 4.23 Évolution du parc de production
visionnement dans un contexte de sortie du
en Belgique
nucléaire, la mise en place d’un nouveau méca-
35 nisme de capacité pour remplacer l’actuelle réserve
30 stratégique à l’horizon 2025 est en cours. Le projet
25
fait actuellement l’objet d’une enquête approfondie
de la part de la Commission européenne.
20
GW

15
Le gestionnaire de réseau de transport belge (Elia)
10
estime que la construction de nouveaux cycles
5 combinés au gaz est nécessaire et que leur viabi-
0 lité économique repose sur la mise en place d’un
2015 2020 2025 2030
marché de capacité.
Solaire Éolien en mer Éolien terrestre
Hydraulique Bioénergies Nucléaire
Gaz Fioul Charbon/Lignite

117. [Link] (chap. 4.1.9)

BILAN PRÉVISIONNEL de l’équilibre offre-demande d’électricité en France I ÉDITION 2021 173


Espagne

Le bilan du système électrique


et des émissions en 2018 Figure 4.24 Bilan électrique de l’Espagne en 2018
Les émissions de gaz à effet de serre (GES) de l’Es- (source : ENTSO-E)
pagne ont représenté 352 MtCO2 en 2018, soit 9 %
300
des émissions de l’Union européenne. La consom-
mation toutes énergies s’est établie à 952 TWh 250
et est responsable de 72 % des émissions de GES
du pays. La consommation d’électricité a repré- 200

senté 269 TWh. L’électricité a couvert 25 % de la

TWh
150
consommation finale énergétique. La production
d’électricité, issue à hauteur de 39 % de moyens 100
fossiles, a émis 60 MtCO2.
50

L’ambition climatique et son impact 0


sur le système électrique au titre Consommation Production
du Plan National Energie Climat
Le plan énergie climat de l’Espagne, transmis à la Consommation Charbon Éolien terrestre
Pompage Fioul Éolien maritime
Commission européenne début 2020, définit un Exports Gaz Solaire
Nucléaire Biomasse
objectif de réduction des émissions de GES de 23 %  Autres non-  Autres
à l’horizon 2030 par rapport au niveau de 1990. renouvelables renouvelables
Hydraulique Imports
Cette cible s’inscrit dans l’objectif de neutralité car-
bone en 2050 défini par la Stratégie nationale long
terme du pays.
Figure 4.25 Évolution de la consommation électrique
Ce plan repose sur (i) des gains d’efficacité éner- et du taux d’électrification en Espagne

gétique (de 1,1 % en moyenne annuelle et (ii) le


300 100%
développement des ressources renouvelables
90%
nationales permettant une plus grande autonomie 250
80%
et notamment la sortie du charbon d’ici 2030118. 70%
200
Ainsi, les énergies renouvelables devront atteindre 60%
TWh

74 % de la production électrique en 2030, contre 150 50%


38 % en 2018. En parallèle, le pays s’est engagé 40%
100
dans une sortie du nucléaire à l’horizon 2035. 30%

50 20%
10%
Une demande électrique tirée
0 0%
par les nouveaux usages 1990 1995 2000 2005 2010 2015 2020 2025 2030
Le plan énergie-climat de l’Espagne prévoit que la
part de l’électricité dans la demande énergétique Consommation :
finale passe de 24 % à 29 % sur la décennie qui  Historique (source : GRT européens, Eurostat)
 Prévisions du BP 2021
s’ouvre. Part de l’électricité dans la consommation finale d’énergie :
 Historique (source : Eurostat)
 Prévisions du PNEC
En octobre 2020, le gouvernement a approuvé une
feuille de route hydrogène comportant 60 mesures

118. À la différence avec le PNEC, REE a retenu une sortie du charbon en 2026, hypothèse reprise dans le Bilan prévisionnel

174
Hypothèses européennes .4

visant à faire de l’Espagne un leader sur l’en-


semble de la chaîne de valeur. Les secteurs pri-
Figure 4.26 Évolution du parc de production
vilégiés sont l’industrie et la mobilité lourde avec en Espagne
une consommation d’hydrogène directe ou comme
intermédiaire pour la production de carburants de 160

synthèse. 140
120

Les objectifs de déploiement de capacité d’élec- 100

GW
trolyse sont de 300 à 600 MW en 2024 et atteignent 80

4 GW en 2030. En tenant compte de la consomma- 60

tion d’électricité pour la production d’hydrogène, 40

la consommation totale d’électricité atteindrait 20

l’ordre de 285 TWh en 2030, en augmentation de 0


2015 2020 2025 2030
11 % sur la décennie.
Solaire Éolien en mer Éolien terrestre
Hydraulique Bioénergies Nucléaire
Une sortie du charbon avant 2030 Gaz Fioul Charbon/Lignite
et du nucléaire en 2035 en parallèle
du développement des énergies
renouvelables
L’Espagne s’est engagée dans une réduction des
émissions de CO2 liées à la production d’électricité dans le rythme de développement des capacités
et a fermé près de 10 GW de capacité thermique éolienne et solaire devant passer de 1,9 GW par
fossile au fioul et au charbon depuis 2015. La sortie an constaté sur les cinq dernières années à 5,5 GW
effective du charbon est désormais attendu pour par an sur la décennie à venir. À l’horizon 2030, ce
2026 avec la fermeture des 4,3 GW de capacités sont 55 GW de capacités renouvelables supplémen-
encore présentes en 2020. taires qui seront mises en service sur le système
électrique espagnol. Cette croissance est essentiel-
En parallèle, la capacité nucléaire décroit sur la lement tirée par le photovoltaïque avec un rythme
décennie en passant de 7 à 3 GW en 2030, en ligne annuel de déploiement devant passer de 1 GW sur
avec l’objectif de sortie en 2035. les cinq dernières années à 3,4 GW sur la décen-
nie qui s’ouvre. La capacité de production d’origine
Cette double sortie du nucléaire et du charbon solaire devrait ainsi atteindre 46 GW en 2030.
est rendue possible par le maintien des capaci-
tés gaz et un fort développement des capacités Interconnexions et sécurité
renouvelables. d’approvisionnement
Le système électrique espagnol est interconnecté
Les objectifs sur le développement des énergies avec la France, le Portugal et le Maroc. Des projets
renouvelable à 2030 prévoient une part de 74 % d’interconnexion sont planifiés avec les deux pre-
dans l’électricité produite et une capacité de pro- miers pays. Ainsi, le PNEC prévoit que les capacités
duction de 112 GW, hors stations de transfert d’interconnexion avec ces deux pays passent de
d’énergie par pompage. Ceci implique une inflexion 4,5 GW en 2020 à 11 GW en 2030.

BILAN PRÉVISIONNEL de l’équilibre offre-demande d’électricité en France I ÉDITION 2021 175


Grande-Bretagne

Le Brexit n’a pas remis en cause les possibilités


d’échange d’électricité entre la Grande-Bretagne
Figure 4.27 Bilan électrique de la Grande-Bretagne
et les pays européens, même si les modalités
en 2018 (source : ENTSO-E)
­d’allocation de la capacité ont été adaptées.
350
Le bilan du système électrique
300
et des émissions en 2018
Les émissions de gaz à effet de serre (GES) du 250
Royaume-Uni ont représenté 499 MtCO2 en 2018,
200
soit 13 % des émissions de l’Union européenne.

TWh
La consommation toutes énergies s’est établie à 150

1 426 TWh et est responsable de 75 % des émis-


100
sions de GES du pays. La consommation d’électri-
cité de la Grande-Bretagne a représenté 304 TWh. 50

L’électricité a couvert 21 % de la consommation 0


finale énergétique. La production d’électricité, Consommation Production
issue à hauteur de 51 % de moyens fossiles, a émis
Consommation Charbon Éolien terrestre
70 MtCO2. Pompage Fioul Éolien maritime
Exports Gaz Solaire
Nucléaire Biomasse
L’ambition climatique et son impact  Autres non-  Autres
renouvelables renouvelables
sur le système électrique au titre Hydraulique Imports
du Plan National Energie Climat
Le projet de plan énergie-climat du Royaume-
Uni, transmis à la Commission européenne début
Figure 4.28 Évolution de la consommation
2019119, définit un objectif de réduction des émis-
électrique et du taux d’électrification
sions de GES de 57 % à l’horizon 2028-2032 par en Grande-Bretagne
rapport au niveau de 1990. Cette cible s’inscrit
400 100%
dans l’objectif fixé dans la loi en 2019 d’atteinte de
350 90%
la neutralité carbone en 2050.
80%
300
70%
Ce plan repose sur (i) des gains d’efficacité éner- 250 60%
TWh

gétique (de 1,3 % en moyenne annuelle), (ii) la 200 50%


sortie du charbon d’ici 2025, (iii) le développement 150 40%
30%
des énergies renouvelables et (iv) un recours aux 100
20%
imports dans l’attente de la construction de nou- 50
10%
veaux réacteurs nucléaires. Ainsi, les énergies 0 0%
renouvelables devraient atteindre 53 %120 de la pro- 1990 1995 2000 2005 2010 2015 2020 2025 2030

duction électrique en 2030, contre 27 % en 2018. Consommation :


 Historique (source : GRT européens, Eurostat)
 Prévisions du BP 2021
Une demande électrique
Part de l’électricité dans la consommation finale d’énergie :
en croissance à l’horizon 2030  Historique (source : Eurostat)
 Prévisions du PNEC
Le plan énergie-climat du Royaume-Uni prévoit que
la part de l’électricité dans la demande énergétique

119. Suite à sa sortie de l’Union européenne, le Royaume-Uni n’a pas publié de version finale de son PNEC.
120. Annexe J, Updated energy and emissions projections: 2017 - [Link] ([Link])

176
Hypothèses européennes .4

finale augmente légèrement et passe de 19 % à En parallèle, la capacité nucléaire décroit de 9 à


20 % sur la décennie qui s’ouvre. 7 GW pendant la première moitié de la décen-
nie pour retrouver son niveau de 2020 durant la
La mise en place en 2020 de l’Hydrogen Advisory seconde moitié, avec la mise en service de deux
Council réunissant gouvernement et industriels nouveaux EPR
devrait mener à la publication d’une stratégie natio-
nale au cours du premier semestre 2021. Celle-ci La capacité des centrales au gaz et des renouve-
devrait rééquilibrer l’approche vers une part plus lables devrait croître respectivement de 6 et 21 GW
large d’hydrogène issue d’électrolyse. Pour ce Bilan entre 2020 et 2030.
prévisionnel, RTE a retenu une capacité d’élec-
trolyse de 1,3 GW en 2030, basée sur une réparti- Les objectifs sur le développement des énergies
tion entre pays de la stratégie européenne (établie renouvelables à 2030 prévoient une part de 53 % dans
avant la sortie du Royaume-Uni). l’électricité produite et une capacité de production
de 103 GW, hors stations de transfert d’énergie par
En tenant compte de la consommation d’électricité pompage. Cet objectif correspond au prolongement
pour la production d’hydrogène, la consommation et même une légère baisse du rythme de dévelop-
totale d’électricité atteindrait l’ordre de 307 TWh pement des capacités éolienne et solaire qui passe-
en 2030, en augmentation de 4 % sur la décennie. rait de 2,7 GW par an constaté sur les cinq dernières
années à 2 GW par an sur la décennie qui s’ouvre. Le
Une sortie du charbon en 2025 développement des renouvelables est essentiellement
en parallèle du développement tiré par l’éolien maritime dont le rythme annuel de
des énergies renouvelables déploiement devrait passer de 1 GW sur les cinq der-
Le Royaume-Uni s’est engagé dans une réduction nières années à 1,5 GW sur la décennie qui s’ouvre.
des émissions de CO2 liées à la production d’élec- La capacité de production d’origine éolienne maritime
tricité et a fermé près de 16 GW de capacité devrait ainsi atteindre 25 GW en 2030.
thermique fossile au fioul et au charbon depuis
2015. La sortie complète du charbon est désor- Interconnexions et sécurité
mais attendue pour 2025 avec la fermeture des d’approvisionnement
1,3 GW de capacité encore présente en 2020. Les capacités d’interconnexion avec le système
électrique européen devraient fortement croître
par rapport aux 3 GW actuels avec la France
(incluant IFA 2), 1 GW avec les Pays-Bas, 1 GW
avec la Belgique et 0,5 GW avec l’Irlande. Près
Figure 4.29 Évolution du parc de production
de 4 GW sont en cours de construction avec la
en Grande-Bretagne
France, la Belgique et la Norvège. Le plan éner-
140 gie-climat mentionne également un ensemble
120 de projets à l’étude représentant près de 15 GW
­d’interconnexions supplémentaires.
100

80
Le critère légal de sécurité d’approvisionnement
GW

60
en Grande-Bretagne correspond à une durée de
40 défaillance de 3 heures par an en espérance.
20

0 La Grande Bretagne a mis en place en 2014 un


2015 2020 2025 2030
mécanisme de capacité pour garantir leur sécurité
d’approvisionnement dans un contexte de sortie
Solaire Éolien en mer Éolien terrestre
Hydraulique Bioénergies Nucléaire du charbon. Après une suspension entre 2018 et
Gaz Fioul Charbon/Lignite
2019, le mécanisme a été validé par la Commission
européenne en octobre 2019.

BILAN PRÉVISIONNEL de l’équilibre offre-demande d’électricité en France I ÉDITION 2021 177


Irlande

Le bilan du système électrique


et des émissions en 2018 Figure 4.30 Bilan électrique de l’Irlande en 2018
Les émissions de gaz à effet de serre (GES) de (source : ENTSO-E)
­l’Irlande ont représenté 64 MtCO2 en 2018, soit 2 %
des émissions de l’Union européenne. La consom- 35

mation toutes énergies s’est établie à 132 TWh et


30
est responsable de 57 % des émissions de GES du
pays. La consommation d’électricité a représenté 25
29 TWh. L’électricité a couvert 21 % de la consom-
mation finale énergétique. La production d’électri- 20

TWh
cité, issue à hauteur de 66 % de moyens fossiles,
a émis 10 MtCO2. 15

10
L’ambition climatique et son impact
sur le système électrique au titre 5
du Plan National Energie Climat
Le projet de plan énergie-climat de l’Irlande, trans- 0
Consommation Production
mis à la Commission européenne fin 2019, définit un
objectif de réduction des émissions de GES de 46 % à Consommation Charbon Éolien terrestre
Pompage Fioul Éolien maritime
l’horizon 2030 par rapport au niveau de 1990. Cette Exports Gaz Solaire
cible s’inscrit dans l’objectif fixé dans la loi en 2019 Nucléaire Biomasse
 Autres non-  Autres
d’atteinte de la neutralité carbone en 2050. Suite à renouvelables renouvelables
Hydraulique
la proposition du Pacte vert par la Commission euro- Imports

péenne, l’Irlande a pris l’engagement supplémen-


taire de porter à 7 % le rythme annuel de réduction
des émissions sur la période de 2021 à 2030.
Figure 4.31 Évolution de la consommation électrique
et du taux d’électrification en Irlande
Ce plan repose sur (i) des gains d’efficacité éner-
gétique (de 1,4 % en moyenne annuelle), (ii) sur la 45 100%
sortie de la tourbe et (iii) sur le développement des 40 90%
énergies renouvelables. Ainsi, celles-ci devraient 35 80%
atteindre 70 % de la production électrique en 2030, 30
70%
contre 32 % en 2018. 60%
25
TWh

50%
20
Une demande électrique en très forte 40%
15
croissance à l’horizon 2030 30%
10
Le plan énergie-climat de l’Irlande prévoit une élec- 20%
trification massive de la demande avec une part de 5 10%
l’électricité dans la demande énergétique finale pas- 0 0%
1990 1995 2000 2005 2010 2015 2020 2025 2030
sant de 20 % à 29 % sur la décennie qui s’ouvre.
Consommation :
Une sortie du charbon et de la tourbe en  Historique (source : GRT européens, Eurostat)
 Prévisions du BP 2021
2025 en parallèle du développement des Part de l’électricité dans la consommation finale d’énergie :
énergies renouvelables  Historique (source : Eurostat)
 Prévisions du PNEC
L’Irlande s’est engagée dans une réduction des
émissions de CO2 liées à la production d’électricité

178
Hypothèses européennes .4

et devrait sortir du charbon et de la tourbe d’ici


2025 avec la fermeture de 1 GW de capacité.
Figure 4.32 Évolution du parc de production
en Irlande
En parallèle, les capacités au gaz devraient
légèrement croître de 300 MW d’ici 2030. Sur 16

la décennie, l’ensemble des capacités fossiles 14

devrait passer de 5,9 à 4,6 GW. 12


10

GW
Les objectifs sur le développement des énergies 8

renouvelable à 2030 prévoient une capacité de 6

production de 11,6 GW, hors stations de transfert 4

d’énergie par pompage. Cet objectif correspond 2

au maintien, voire à une légère accélération du 0


2015 2020 2025 2030
rythme de développement des capacités éolienne
et solaire, passant de 0,4 GW par an constaté sur les Solaire Éolien en mer Éolien terrestre
Hydraulique Bioénergies Nucléaire
cinq dernières années à 0,5 GW par an sur la décen- Gaz Fioul  Charbon/Lignite/
Tourbe
nie qui s’ouvre. Cette croissance est essentielle-
ment tirée par l’éolien en mer avec la construction
de 3,5 GW entre 2025 et 2030.

Aujourd’hui, l’Irlande possède une capacité d’in-


Interconnexions et sécurité terconnexion de 0,5 GW avec la Grande-Bretagne.
d’approvisionnement Le plan énergie-climat prévoit que cette capacité
passe à environ 4 GW d’ici 2030, notamment
Compte-tenu du contexte géographique de avec la mise en service d’une nouvelle inter-
­l’Irlande et de ses ambitions en matière de pro- connexion avec la France (Celtic Interconnector
duction d’électricité renouvelable, le développe- de 700 MW).
ment des interconnexions constitue un élément
essentiel pour la sécurité d’approvisionnement du Le pays dispose d’un mécanisme de capacité ­commun
pays (dont le niveau cible est inférieur à celui des avec l’Irlande du nord.
principaux pays européens)121.

121. Le critère de sécurité d’approvisionnement correspondant à une durée de défaillance de 8 heures par an en espérance.

BILAN PRÉVISIONNEL de l’équilibre offre-demande d’électricité en France I ÉDITION 2021 179


Italie

Le bilan du système électrique


et des émissions en 2018
Figure 4.33 Bilan électrique de l’Italie en 2018
Les émissions de gaz à effet de serre (GES) de l’Italie
(source : ENTSO-E)
ont représenté 439 MtCO2 en 2018, soit 11 % des
émissions de l’Union européenne. La consommation 350
toutes énergies s’est établie à 1 331 TWh et est res-
ponsable de 78 % des émissions de GES du pays. La 300

consommation d’électricité a représenté 322 TWh.


250
L’électricité a couvert 22 % de la consommation finale
énergétique. La production d’électricité, issue à hau- 200
teur de 57 % de moyens fossiles, a émis 70 MtCO2.

TWh
150
L’ambition climatique et son impact
sur le système électrique au titre 100

du Plan National Energie Climat


50
Le plan énergie climat de l’Italie, transmis à la
Commission européenne fin 2019, définit un objec- 0
tif de réduction des émissions de GES de 37 % à Consommation Production
l’horizon 2030 par rapport au niveau de 1990.
Consommation Charbon Éolien terrestre
Cette cible s’inscrit dans un objectif d’atteinte de la Pompage Fioul Éolien maritime
Exports Gaz
neutralité carbone à horizon 2050. Nucléaire
Solaire
Biomasse
 Autres non-  Autres
renouvelables renouvelables
Ce plan repose sur (i) des gains d’efficacité énergé- Hydraulique Imports
tique (de 0,8 % en moyenne annuelle), (ii) l’électrifi-
cation des usages et (iii) la réduction des émissions de
la production d’électricité à travers la fermeture des
centrales au charbon et le développement des éner- Figure 4.34 Évolution de la consommation électrique
et du taux d’électrification en Italie
gies renouvelables, qui devront atteindre 55 % de la
production électrique en 2030, contre 39 % en 2018. 350 100%
90%
Une demande électrique en légère 300
80%
croissance à l’horizon 2030 250 70%
Le plan énergie-climat de l’Italie prévoit que la part 60%
200
de l’électricité dans la demande énergétique finale
TWh

50%
passe de 22 % à 25 % sur la décennie qui s’ouvre. 150
40%

100 30%
Fin 2020, le ministère de l’Industrie a soumis un pro- 20%
50
jet de stratégie hydrogène à consultation publique. 10%
Ce document prévoit la construction de 5 GW 0 0%
d’électrolyseurs à l’horizon 2030 et une consom- 1990 1995 2000 2005 2010 2015 2020 2025 2030

mation finale d’hydrogène pouvant atteindre 2 % de


Consommation :
la consommation énergétique finale à cet horizon  Historique (source : GRT européens, Eurostat)
et 20 % à 2050. Au regard du statut de projet de  Prévisions du BP 2021

cette stratégie, qui fait l’objet de concertation, RTE Part de l’électricité dans la consommation finale d’énergie :
 Historique (source : Eurostat)
a retenu une hypothèse plus prudente, correspon-  Prévisions du PNEC
dant à une répartition de la stratégie européenne,
soit 1,3 GW en 2030 en Italie.

180
Hypothèses européennes .4

En tenant compte de la consommation d’électricité par an sur la décennie à venir. À l’horizon 2030,
pour la production d’hydrogène, la consommation ce sont 41 GW de capacités renouvelables supplé-
d’électricité totale atteindrait ainsi de l’ordre de mentaires qui seront en service sur le système élec-
345 TWh en 2030, en augmentation de 5 % sur la trique italien. Cette croissance est essentiellement
décennie. tirée par le photovoltaïque avec un rythme annuel
de déploiement devant passer de 0,7 GW sur les
La sortie du charbon et le développement cinq dernières années à 2,1 GW sur la période
des énergies renouvelables 2020-2025 puis 3,8 GW sur la seconde moitié de
L’Italie s’est engagée dans une réduction des émis- la décennie. La capacité de production d’origine
sions de CO2 liées à la production d’électricité et a solaire devrait ainsi atteindre 52 GW en 2030.
fermé 15 GW de capacité thermique fossile au fioul
et au charbon depuis 2015. Le parc de centrales Ce développement des énergies renouvelables
au fioul est désormais totalement fermé. Afin de s’accompagne de l’installation d’au moins 6 GW de
poursuivre la réduction des émissions de CO2, la capacités de stockage supplémentaires d’ici 2030
stratégie énergie-climat prévoit la fermeture totale (STEP et batteries).
des 7 GW restant de centrales au charbon d’ici
2025 et une compensation pour partie par de nou- Des enjeux identifiés sur la sécurité
velles capacités au gaz (+6 GW sur la période) et d’approvisionnement
le développement des énergies renouvelables. Les analyses122 de Terna sur la sécurité d’approvi-
sionnement montrent que les capacités disponibles
Les objectifs sur le développement des énergies seraient insuffisantes (avec un déficit estimé à
renouvelable à 2030 prévoient une part de 55 % 5 GW) pour atteindre le niveau de sécurité d’appro-
dans l’électricité produite et une capacité de produc- visionnement cible (fixé à une espérance de défail-
tion de 95 GW, hors stations de transfert d’énergie lance de 3 heures par an) à l’horizon 2025 sans
par pompage. Ceci implique une inflexion impor- développement de nouvelles capacités notamment
tante dans le rythme de développement des capaci- dans le nord du pays123. Les leviers envisagés par
tés éolienne et solaire devant passer de 1,4 GW par l’Italie pour faire face à cet enjeu sont le dévelop-
an constaté sur les cinq dernières années à 4,1 GW pement des interconnexions, de capacités de stoc-
kage et de capacités de production au gaz.

Des projets d’interconnexion sont planifiés avec la


France, la Suisse, l’Autriche et la Slovénie pour un
Figure 4.35 Évolution du parc de production en Italie
total de 4 GW de capacités d’imports et d’exports
supplémentaires sur la décennie, soit une augmen-
160
tation de près de 50 %.
140
120
Les enjeux de sécurité d’approvisionnement ont
100
conduit à la mise en place d’un mécanisme de capa-
GW

80
cité pour faire émerger de nouvelles capacités et
60
assurer le maintien des capacités existantes (pour
40
celles qui ne sont pas fermées par décision politique).
20
Le mécanisme de capacité italien a été approuvé par
0
2015 2020 2025 2030 la Commission européenne en 2018 et les enchères
réalisées cette même année ont permis de sélection-
Solaire Éolien en mer Éolien terrestre
Hydraulique Bioénergies Nucléaire ner près de 6 GW de nouvelles capacités (pour mise
Gaz Fioul Charbon/Lignite en service en 2022 ou 2023) et de sécuriser les reve-
nus de 35 GW de capacités existantes.

122. Rapporto Adeguatezza Italia 2019, [Link]


123. Les contraintes de réseau interne en Italie conduisent à des situations contrastées en termes de sécurité d’approvisionnement comment en atteste l’étude
précitée de Terna.

BILAN PRÉVISIONNEL de l’équilibre offre-demande d’électricité en France I ÉDITION 2021 181


4.6 Bilans de parc installé dans les pays voisins

Parc installé en Allemagne

GW 2020* 2021 2022 2023 2024 2025 2030

Nucléaire 8,1 4,1 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0

Thermique fossile 70,8 67,1 65,8 64,9 63,9 62,8 58,1

Charbon/lignite 40,1 34,6 31,6 29,9 28,1 26,0 18,5

Gaz 29,6 31,5 33,2 34,1 34,9 35,8 38,7

Fioul 1,1 1,0 1,0 1,0 0,9 0,9 0,8

Énergies renouvelables 139,4 146,0 152,5 158,5 167,6 176,2 214,9

Hydraulique 13,3 13,3 13,3 13,3 13,4 13,4 14,4

Éolien terrestre 57,7 60,8 63,9 66,9 68,7 70,5 81,5

Éolien en mer 7,7 8,2 8,7 9,0 10,2 11,1 21,1

Solaire 52,1 55,2 58,3 61,0 67,1 73,3 91,3

Bioénergies 8,6 8,5 8,3 8,4 8,2 7,9 6,6

Offre totale 218,3 217,2 218,3 223,4 231,5 239,0 273,0

* La description du parc installé porte sur un bilan de capacité au 31 décembre de l’année considérée.

Parc installé en Belgique

GW 2020* 2021 2022 2023 2024 2025 2030

Nucléaire 5,9 5,9 4,9 3,9 3,9 0,0 0,0

Thermique fossile 7,1 7,1 7,1 7,1 9,3 9,3 9,9

Charbon 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0

Gaz 6,9 6,9 6,9 6,9 9,1 9,1 9,7

Fioul 0,2 0,2 0,2 0,2 0,2 0,2 0,2

Énergies renouvelables 12,3 12,8 13,2 14,3 15,4 16,5 22,2

Hydraulique 1,4 1,4 1,4 1,4 1,5 1,5 1,5

Éolien terrestre 2,6 2,7 2,8 3,1 3,4 3,7 4,6

Éolien en mer 2,3 2,3 2,3 2,3 2,3 2,3 4,3

Solaire 5,0 5,3 5,6 6,4 7,2 8,0 11,0

Bioénergies 1,1 1,0 1,0 1,0 1,0 1,0 0,9

Offre totale 25,4 25,8 25,2 25,3 28,6 25,8 32,1

* La description du parc installé porte sur un bilan de capacité au 31 décembre de l’année considérée.

182
Hypothèses européennes .4

Parc installé en Espagne

GW 2020* 2021 2022 2023 2024 2025 2030

Nucléaire 7,1 7,1 7,1 7,1 7,1 7,1 3,0

Thermique fossile 34,1 31,8 31,7 31,5 31,4 31,3 28,5

Charbon 4,3 2,0 2,0 2,0 2,0 2,0 0,0

Gaz 29,7 29,7 29,6 29,5 29,4 29,3 28,5

Fioul 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0

Énergies renouvelables 61,4 66,4 71,9 77,8 83,7 89,2 119,9

Hydraulique 21,1 21,5 21,9 22,3 22,7 23,0 23,9

Éolien terrestre 27,1 29,1 31,3 33,9 36,6 39,2 48,4

Éolien en mer 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,2

Solaire 12,2 14,9 17,8 20,6 23,5 25,9 45,7

Bioénergies 1,0 1,0 1,0 1,0 1,0 1,1 1,7

Offre totale 102,5 105,3 110,7 116,4 122,3 127,7 151,4

* La description du parc installé porte sur un bilan de capacité au 31 décembre de l’année considérée.

Parc installé en Grande-Bretagne

GW 2020* 2021 2022 2023 2024 2025 2030

Nucléaire 9,2 9,2 7,1 7,1 7,1 7,1 9,3

Thermique fossile 40,1 40,5 38,0 38,0 38,2 38,2 44,6

Charbon 1,3 1,3 1,3 1,3 0,0 0,0 0,0

Gaz 38,5 38,9 36,4 36,4 37,9 37,9 44,3

Fioul 0,4 0,4 0,3 0,3 0,3 0,3 0,3

Énergies renouvelables 49,2 50,3 51,9 54,3 56,7 59,4 70,1

Hydraulique 4,6 4,7 4,7 4,7 4,7 4,7 4,7

Éolien terrestre 12,8 12,8 13,0 13,0 13,3 13,7 15,5

Éolien en mer 10,0 10,8 11,7 14,0 15,6 17,7 24,8

Solaire 13,7 13,9 14,1 14,3 14,5 14,7 16,4

Bioénergies 8,1 8,2 8,4 8,4 8,6 8,6 8,7

Offre totale 98,6 100,1 97,0 99,5 102,1 104,8 124,1

* La description du parc installé porte sur un bilan de capacité au 31 décembre de l’année considérée.

BILAN PRÉVISIONNEL de l’équilibre offre-demande d’électricité en France I ÉDITION 2021 183


Parc installé en Irlande

GW 2020* 2021 2022 2023 2024 2025 2030

Nucléaire 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0

Thermique fossile 5,9 5,9 5,9 5,5 5,5 5,5 4,6

Charbon 0,9 0,9 0,9 0,9 0,9 0,9 0,0

Gaz 3,9 3,9 3,9 4,2 4,2 4,2 4,2

Fioul 0,9 0,9 0,9 0,3 0,3 0,3 0,3

Énergies renouvelables 5,0 5,3 5,6 5,8 6,0 6,2 10,6

Hydraulique 0,5 0,5 0,5 0,5 0,5 0,5 0,5

Éolien terrestre 4,3 4,5 4,7 4,9 5,1 5,3 6,0

Éolien en mer 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 3,5

Solaire 0,1 0,2 0,2 0,3 0,3 0,3 0,4

Bioénergies 0,1 0,1 0,1 0,1 0,1 0,1 0,1

Offre totale 10,9 11,2 11,4 11,3 11,5 11,7 15,2

* La description du parc installé porte sur un bilan de capacité au 31 décembre de l’année considérée.

Parc installé en Italie

GW 2020* 2021 2022 2023 2024 2025 2030

Nucléaire 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0

Thermique fossile 54,1 53,4 52,6 55,8 52,4 52,4 52,4

Charbon 6,9 6,3 3,7 3,1 0,0 0,0 0,0

Gaz 46,1 45,7 48,0 51,9 51,5 51,5 51,5

Fioul 1,2 1,4 0,9 0,9 0,9 0,9 0,9

Énergies renouvelables 63,5 66,4 69,2 72,8 75,9 80,7 104,0

Hydraulique 24,5 25,0 25,5 26,7 26,8 26,9 27,7

Éolien terrestre 12,0 12,9 13,8 14,8 15,7 16,2 18,4

Éolien en mer 0,0 0,0 0,0 0,0 0,4 0,0 1,2

Solaire 22,4 23,9 25,4 26,9 28,5 33,0 52,0

Bioénergies 4,5 4,5 4,5 4,5 4,5 4,5 4,7

Offre totale 117,7 119,8 121,8 128,6 128,2 133,0 156,4

* La description du parc installé porte sur un bilan de capacité au 31 décembre de l’année considérée.

184
Hypothèses européennes .4

Parc installé en Suisse

GW 2020* 2021 2022 2023 2024 2025 2030

Nucléaire 2,9 2,9 2,9 2,9 2,9 2,9 2,6

Thermique fossile 0,8 0,8 0,8 0,8 0,8 0,8 0,9

Charbon 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0

Gaz 0,8 0,8 0,8 0,8 0,8 0,8 0,9

Fioul 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0

Énergies renouvelables 19,9 20,2 20,6 21,0 21,3 21,7 23,2

Hydraulique 16,3 16,3 16,3 16,3 16,3 16,3 16,3

Éolien terrestre 0,1 0,2 0,2 0,2 0,2 0,2 0,3

Éolien en mer 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0 0,0

Solaire 2,8 3,1 3,4 3,7 4,0 4,3 5,5

Bioénergies 0,7 0,7 0,8 0,8 0,9 1,0 1,2

Offre totale 23,6 24,0 24,3 24,7 25,1 25,5 26,7

* La description du parc installé porte sur un bilan de capacité au 31 décembre de l’année considérée.

BILAN PRÉVISIONNEL de l’équilibre offre-demande d’électricité en France I ÉDITION 2021 185


LE DIAGNOSTIC
D’ÉQUILIBRE
OFFRE-DEMANDE

ANNEXES TECHNIQUES DU BILAN PRÉVISIONNEL


5
LE DIAGNOSTIC D’ÉQUILIBRE
OFFRE-DEMANDE

5.1 La sécurité d’approvisionnement apparaît sous vigilance


jusqu’à 2024, avant de s’améliorer par la suite

S’agissant de la sécurité d’alimentation, l’analyse Au cours de cette période, le niveau effectif de


de RTE fait apparaître trois périodes distinctes sur sécurité d’approvisionnement, mesuré selon la
la décennie à venir : méthodologie de référence, apparaît (i) inférieur
uu la période 2021-2024 qui reste sous vigilance ; ou voisin du critère fixé par le code de l’énergie124,
uu une période de transition avec un regain de (ii) en croissance progressive et (iii) dépendant
marges pour le système électrique aux alen- de la maîtrise des durées d’arrêt des réacteurs
tours de 2025, facilitant la décarbonation asso- nucléaires. La progression à l’horizon 2023-2024
ciée aux transferts d’usages ; reste néanmoins soumise à des incertitudes. Un
uu une nette amélioration avec une accélération rebond de consommation plus important que celui
de la transformation du mix énergétique en anticipé, ou un retard supplémentaire sur la mise
fin de décennie, au service de la décarbona- en service de l’EPR ou des parcs éoliens en mer
tion de secteurs économiques dont les besoins conduirait de nouveau à des niveaux de marges
énergétiques étaient jusque-là couverts par des dégradés en 2024.
­énergies fossiles.
Des leviers pour améliorer la sécurité
d’alimentation
5.1.1 Période 2021-2024 : une sécurité Dans l’ensemble, la situation en matière de sécu-
d’approvisionnement sous vigilance rité d’approvisionnement, au cours des prochaines
années, est donc désormais largement connue et
Le critère national ne devrait pas être prescrite par les décisions du passé et le contexte
respecté lors des trois prochains hivers économique. Des leviers existent à la marge pour
Le diagnostic du précédent Bilan prévisionnel avait améliorer ces perspectives :
fait apparaître une période de vigilance à partir de uu les marges de manœuvre à disposition d’EDF
l’hiver 2021-2022, du fait de la fermeture des der- pour accroître la disponibilité du parc nucléaire
nières centrales au charbon et du retard de mise sur les prochains hivers font désormais l’objet de
en service de l’EPR. discussions et d’un suivi approfondi en lien avec
l’exploitant, l’Autorité de sûreté nucléaire et les
Combinées, les nouvelles hypothèses conduisent à services de l’État. Les perspectives présentées
une détérioration des marges dans le cas de réfé- pour l’hiver 2021-2022 intègrent déjà une réa-
rence du Bilan prévisionnel, sans en modifier les daptation du planning permettant de dégager
caractéristiques générales. RTE estime désormais de l’ordre de 1 GW, et d’autres actions seraient
que la période de tension préalablement identifiée envisageables pour renforcer le niveau de sécu-
dans le Bilan prévisionnel s’étend à 2021-2024. rité d’approvisionnement en cas de besoin ;

124. L
 e « niveau » ou « critère » de sécurité d’alimentation retenu en France est fixé par le pouvoir réglementaire : il s’agit de la règle dite des « trois heures ».
Cette règle signifie que la durée moyenne pendant laquelle l’équilibre entre l’offre et la demande ne peut pas être assuré par les marchés de l’électricité,
dans toutes les configurations étudiées par RTE, est inférieure ou égale à trois heures par an.

188
Le diagnostic d’équilibre offre-demande .5

uu le maintien en disponibilité ou la conversion à En ce qui concerne la maîtrise de la consommation,


la biomasse de la centrale de Cordemais per- de nombreuses mesures ont été prises par les pou-
mettrait de disposer de 1 GW de marges sup- voirs publics et RTE (renforcement du soutien aux
plémentaires à compter de l’hiver 2022-2023. effacements, mesures d’efficacité énergétiques…)
Au vu des perspectives présentées dans le Bilan et sont déjà intégrées dans l’hypothèse d’évolution
prévisionnel, cette opération apparaît néces- de la consommation. Dès lors l’existence de leviers
saire pour garantir l’équilibre local du système de consommation complémentaires sur un horizon
en Bretagne et le respect du critère national de court terme est très incertaine.
sécurité d’approvisionnement, sur la période
2022-2024 a minima. Les durées annuelles Il n’y pas de risque local identifié associé
de fonctionnement requises pour l’équilibre à la fermeture des derniers groupes
du système sont faibles, et en tout état de charbon, au-delà de la problématique
cause inférieures au plafond de 700 heures spécifique au Grand Ouest
par an qui découle de la loi de 2019 et de la S’agissant de la sécurité d’alimentation à l’échelle
réglementation ; locale, le diagnostic formulé dans les précédents
uu l’atteinte des objectifs de la PPE en matière Bilans prévisionnels est confirmé.
de développement des énergies renouvelables
terrestres permettrait de gagner 0,5 GW de La fermeture des dernières tranches au charbon
marges en 2023. A contrario, de nouveaux ne génère pas de risque local spécifique, à l’ex-
retards conduiraient à dégrader le diagnostic ; ception d’un risque dans l’ouest de la France tant
uu l’accélération du développement des efface- que la fermeture de la centrale de Cordemais n’est
ments à hauteur du rythme de la PPE renfor- pas compensée par la mise en service de l’EPR de
cerait les marges de l’ordre de 0,2 GW sur le Flamanville.
premier hiver, et jusqu’à 0,4 GW fin 2023. De
manière générale, RTE a déjà largement pré- A contrario, il n’existe pas de risque local spéci-
senté, dans les précédentes éditions du Bilan fique en Lorraine (avec la fermeture annoncée
prévisionnel, l’importance associée au renforce- de la centrale de Saint-Avold), pas plus qu’en
ment de l’efficacité énergétique et des usages région Provence-Alpes-Côte d’Azur (centrale de
économes. Gardanne) ou en Normandie (centrale du Havre).

Figure 5.1 Évolution des marges sur l’horizon 2021-2024

5 000
4 000 Scénario de référence
Marges/Déficits par rapport

3 000
Leviers favorables envisageables :
2 000 Amélioration de la disponibilité du parc nucléaire
au critère (MW)

 Maintien en disponibilité ou conversion


1 000 à la biomasse de la centrale de Cordemais
0  Atteinte des objectifs PPE sur les EnR terrestres
dès 2023
-1 000  Atteinte des objectifs PPE sur les effacements

-2 000 Incertitudes :
Dégradation de la disponibilité du parc nucléaire
-3 000
 Mise en service de l’EPR retardée après 2025
-4 000  Retard de raccordement de parcs éoliens en mer
 Développement limité de l’efficacité énergétique
-5 000 et forte croissance économique (trajectoire haute
de consommation)
-6 000
2021-2022 2022-2023 2023-2024

BILAN PRÉVISIONNEL de l’équilibre offre-demande d’électricité en France I ÉDITION 2021 189


5.1.2 Période 2024-2026 : uu un scénario de reprise économique plus sou-
la sécurité d’approvisionnement tenue associée à une non-atteinte des objec-
s’améliore après 2024 tifs d’efficacité énergétique conduirait à une
consommation orientée sensiblement à la
Des marges positives possibles hausse. Les marges pourraient alors être dégra-
à l’horizon 2025, mais soumises dées de l’ordre de 3 GW ;
à des incertitudes uu dès lors que la disponibilité du parc nucléaire
Le niveau de sécurité d’approvisionnement devrait (en dehors de l’EPR) ne serait pas améliorée par
progresser et garantir le respect du critère régle- rapport aux hivers précédents (ce qui réduirait
mentaire à l’horizon 2024/2025, avec des marges les marges d’1 à 3 GW) ;
plus ou moins substantielles selon les cas de uu en cas de décalage dans la mise en service de
figure étudiés, sauf dans le cas de figure le plus grands projets en France (notamment l’EPR
défavorable. mais aussi les projets éoliens en mer) ;
uu enfin, les marges sont dépendantes de l’évolu-
Les analyses sont menées en intégrant des scéna- tion des mix énergétiques des pays voisins. Les
rios « possibles » au-delà des scénarios « souhai- incertitudes associées à ces calendriers peuvent
tables » : des scénarios de décalage dans la mise alors conduire à une prudence dans la prise en
en service de grands projets en France (notam- compte de ces contributions. Ainsi, dans le cas
ment l’EPR mais aussi les projets éoliens en mer), où les imports maximum lors des périodes de
de faible disponibilité du nucléaire, etc., ont fait tension resteraient proches de ceux déjà obser-
l’objet de tests dans le cadre du Bilan prévisionnel. vés lors des dernières années (de l’ordre de
10 GW125), les marges seraient sensiblement
Ces cas de figure dégradent la perspective, mais réduites.
ne conduisent pas à remettre en cause la tendance
à l’amélioration de la situation à horizon 2025, sauf Ainsi, dans un scénario prenant en compte d’une part
à cumuler l’ensemble des effets négatifs : des retards supplémentaires sur deux parcs éoliens

Figure 5.2 Principales évolutions sur le mix entre les hivers 2023-2024 et 2024-2025, et impact sur les marges
ts
en
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Év
20

20
Pr
Vi

D
Impact sur les marges/déficits

4 000

3 000
de capacité (MW)

2 000

1 000

-1 000

-2 000

125. C
 e niveau d’importations a déjà été dépassé par le passé, le 2 décembre 2017. Des imports sensiblement proches de 10 GW ont aussi été plusieurs fois
observés, par exemple le 28 février 2018 ou encore le 8 décembre 2020.

190
Le diagnostic d’équilibre offre-demande .5

Figure 5.3 Évolution des marges sur l’horizon 2024-2026

6 000
5 000 Scénario de référence
 Scénario dégradé (retards parcs nucléaires
Marges/Déficits par rapport

4 000 et éolien en mer et faible disponibilité nucléaire)


3 000 Leviers favorables envisageables :
 Maintien en disponibilité ou conversion
au critère (MW)

2 000
à la biomasse de la centrale de Cordemais
1 000 Visite complète de l’EPR en dehors de l’hiver
0 Incertitudes :
 Mise en service de l’EPR retardée après 2025
-1 000  Absence d’amélioration de la disponibilité du parc
-2 000 nucléaire (hors EPR) après 2024
Retard de raccordement de parcs éoliens en mer
-3 000  Limitation de la capacité d’imports maximum
-4 000 à 10 GW en période de tension
 Développement limité de l’efficacité énergétique
-5 000 et forte croissance économique (trajectoire haute
-6 000 de consommation)
2024-2025 2025-2026

en mer et sur le projet d’EPR (scénario dégradé), et Le maintien des réacteurs nucléaires
d’autre part une disponibilité du parc nucléaire qui actuels apparaît nécessaire à l’horizon
resterait au niveau de la disponibilité prévisionnelle 2025
de celle de l’hiver 2023-2024, le système électrique La PPE prévoit la possibilité de fermer deux réac-
serait sans marge. Le niveau de sécurité d’appro- teurs nucléaires additionnels à l’horizon 2025-
visionnement resterait au niveau réglementaire, 2026. L’activation de cette option est conditionnée
sans levier pour accroître les transferts d’usages à certains critères, qui portent notamment sur
vers l’électricité ou pour fermer des moyens de la sécurité d’approvisionnement en France et en
production. Le maintien pour deux années supplé- Europe et sur l’intérêt économique. La décision
mentaires (2024-2026) de la centrale de Cordemais doit intervenir d’ici fin 2022.
dans le cadre d’un projet de conversion à la bio-
masse offrirait un gain de marge estimé à environ À date, RTE estime que les conditions précitées
1 GW au niveau national. Ce type de gain apporte pourront très difficilement être remplies.
une sécurité appréciable dans un scénario de faible
disponibilité du nucléaire ou de non-inflexion des Les marges estimées à l’horizon 2025 sont en
trajectoires sur le renouvelables, ainsi que dans effet associées à de nombreuses prérequis, dont
l’éventualité d’une mise en service différée de l’EPR l’atteinte fera l’objet d’une attention particulière
de Flamanville. Pour autant, les évolutions enga- au cours des prochaines années mais ne peut être
gées sur le réseau et les mises en service prévues considérée comme acquise à ce jour. C’est le cas
(en particulier de parcs éoliens en mer) conduisent des hypothèses structurantes sur la production
progressivement à relâcher le degré de contrainte nucléaire (maîtrise du programme du grand caré-
sur l’équilibre des flux dans l’ouest du pays et la nage et mise en service de l’EPR), la production
sécurité d’alimentation de la Bretagne. renouvelables (notamment le rythme de mise en
service des parcs éolien en mer et l’inflexion de
La baisse des marges observée entre les hivers la trajectoire sur le solaire), les pays européens
2024-2025 et 2025-2026 est due, au premier voisins et la conséquence de la fermeture du
ordre, à la fermeture des dernières installations nucléaire en Allemagne et en Belgique notam-
des parcs charbon et nucléaire fixée à 2025 dans ment, etc.
plusieurs pays européens (Espagne, Italie et
Royaume-Uni pour la filière charbon, et Belgique Ainsi, dans un scénario cumulant retards et
pour la filière nucléaire). moindre disponibilité du parc nucléaire, la France

BILAN PRÉVISIONNEL de l’équilibre offre-demande d’électricité en France I ÉDITION 2021 191


atteindrait le critère réglementaire, mais sans strict du critère réglementaire. L’arrêt précoce de
marge. De même, le cumul de configurations réacteurs nucléaires au-delà de la trajectoire de
défavorables ne peut être exclu, et il conduirait à fermeture de réacteurs déjà formalisée dans le
un déficit de capacité de production à cet horizon. scénario central de la PPE, n’est pas de nature à
atteindre cet objectif.
Enfin, le retour d’expérience d’une gestion du
système électrique au plus près du critère régle- Au-delà de la question de la sécurité d’alimentation,
mentaire de sécurité d’approvisionnement a la fermeture anticipée des réacteurs nucléaires
livré plusieurs enseignements, qui sont discutés aurait un effet haussier, toutes choses étant égales
dans la partie 4 du Bilan prévisionnel. Les ana- par ailleurs, sur les émissions en France et dans
lyses réalisées dans le cadre du Bilan prévision- les pays voisins, et sur la faculté à atteindre les
nel montrent en effet que l’augmentation de la objectifs sur les émissions de gaz à effet de serre
résilience du système à certains aléas nécessite prévus pour 2030.
de reconstituer des marges au-delà du respect

192
Le diagnostic d’équilibre offre-demande .5

5.1.3 À l’horizon 2030 : des marges de Néanmoins ces évolutions reposent sur la mise
sécurité d’approvisionnement positives en service de volumes considérables d’énergies
dans les différents scénarios étudiés renouvelables et d’un très grand nombre de
cycles combinés à gaz. Les incertitudes asso-
Une amélioration sensible des marges ciées à la réalisation de ces projets doivent
est envisageable conduire à une grande prudence dans la prise en
À l’horizon 2030, la sécurité d’alimentation, se compte de leurs contributions, notamment pour
renforce de manière substantielle par rapport à des exercices de sécurité d’approvisionnement.
aujourd’hui. Le critère de sécurité d’approvisionne-
ment serait largement respecté, avec des marges Ainsi, le niveau de marges est également estimé
confortables. en limitant les imports maximum lors des
périodes de tension à des volumes proches de
Ce niveau de marges à l’horizon 2030 reste néan- ceux déjà observés lors des dernières années
moins particulièrement incertain : (par exemple proche de 10 GW126). Dans cette
hypothèse, les marges seraient sensiblement
uu la question de la contribution des pays voi- réduites, mais resteraient néanmoins positives.
sins à la sécurité d’approvisionnement est une
question centrale. Les évolutions des mix élec- uu le niveau de marges est adossé à l’atteinte d’un
triques des pays voisins telles qu’annoncées ensemble d’objectifs ambitieux en France. Les
devraient accroître la contribution de ces pays inflexions prévues d’une part sur la consom-
à la sécurité d’approvisionnement de la France. mation (notamment celles liées aux mesures
Les niveaux d’imports maximum envisageables d’efficacité énergétique) et d’autre part sur le
à cet horizon pourraient alors être sensible- développement des énergies renouvelables
ment plus élevés que ceux déjà observés par et des capacités d’effacements peuvent être
le passé. en-deçà des objectifs publics.

Figure 5.4 Principales évolutions sur le mix entre les hivers 2025-2026 et 2030-2031, et impact sur les marges
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25

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év
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20

Fe

Fe

20
D

D
Impact sur les marges/déficits

14 000
12 000
10 000
de capacité (MW)

8 000
6 000
4 000
2 000
0
-2 000
-4 000

126. C
 e niveau d’importations a déjà été dépassé par le passé, le 2 décembre 2017. Des imports sensiblement proches de 10 GW ont aussi été plusieurs fois
observés, par exemple le 28 février 2018 ou encore le 8 décembre 2020.

BILAN PRÉVISIONNEL de l’équilibre offre-demande d’électricité en France I ÉDITION 2021 193


Le diagnostic de marges positives reste néanmoins poursuite de la croissance de la consommation
maintenu dans le scénario d’atteinte partielle des et l’objectif de déclassement de huit tranches
objectifs, y compris sous l’hypothèse d’une limita- nucléaires supplémentaires ne devraient pas être
tion de la contribution des pays v
­ oisins à 10 GW. compensés par le développement des énergies
renouvelables (dans l’hypothèse d’une prolonga-
Ces marges importantes à l’horizon 2030 devraient tion des trajectoires de la PPE) et le d
­ éveloppement
par ailleurs rester transitoires. D’ici 2035, la des interconnexions.

Figure 5.5 Évolution des marges sur l’horizon 2021-2030

13 000
12 000
11 000
10 000
Marges/Déficits par rapport

9 000
Scénario de référence
8 000 « Atteinte des objectifs
7 000 PPE en fin d’horizon »
au critère (MW)

6 000 Scénario dégradé sur


5 000 la période 2024-2026
4 000 Scénario « Atteinte
3 000 partielle des objectifs
2 000 PPE/SNBC »
1 000
0
-1 000 Incertitudes :
-2 000 Principales incertitudes
-3 000 sur la période 2021-2026
-4 000 Limitation de la capacité
-5 000 d’imports maximum à 10 GW
-6 000 en période de tension
2021-2022 2022-2023 2023-2024 2024-2025 2025-2026 2030-2031

Situation de
Situation de vigilance Situation de transition nette amélioration

Mise en œuvre des mesures d’efficacité énergétique et des flexibilités de consommation

Développement des énergies renouvelables terrestres

Mise en service de parcs éoliens en mer


(+1) (+2) (+2) (+1) (+ 5 à 6)

EPR Réacteurs (-4)

Dispo. dégradée en hiver (en particulier 21-22)

CCG Landi. Érosion du parc


Charbon
Charbon de cogénérations
(-3)
(-1) et TAC

Projets avec
Savoie-
ElecLink Espagne, Belgique,
Piémont
Allemagne et Irlande

Déclassement des parcs nucléaire (en Allemagne et Belgique notamment) et charbon en Europe
Développement des EnR et mise en service de nouveaux moyens au gaz en Europe

194
Le diagnostic d’équilibre offre-demande .5

5.2 Une analyse plus approfondie de la sécurité


d’approvisionnement et des moyens de la renforcer

5.2.1 La signification de la gestion Le niveau de sécurité d’approvisionnement


de la sécurité d’approvisionnement peut être traduit en besoins de capacités
nécessite d’être explicitée pour le système électrique
Résumer le critère de sécurité d’approvisionne-
Un critère de sécurité d’approvisionnement ment à un unique nombre, exprimé en « nombre
défini par les pouvoirs publics d’heures de défaillance », présente une difficulté
Le critère de sécurité d’alimentation retenu en commune d’interprétation : il n’est pas sponta-
France est fixé par les pouvoirs publics. Il s’agit nément possible de le rapprocher des grandeurs
d’un critère probabiliste : il fixe l’occurrence maxi- habituellement utilisées (capacités de production)
male des situations de défaillance à une espérance dans le débat public.
de trois heures par an. Cette règle signifie que la
durée moyenne pendant laquelle l’équilibre entre Pour remédier à ce risque, RTE présente depuis
l’offre et la demande ne peut pas être assuré par le plusieurs années les résultats du Bilan prévisionnel
fonctionnement normal des marchés de l’électricité, sous la forme d’un volume de capacité en écart
dans toutes les configurations d’aléas considérées, par rapport au critère (communément appelé
est inférieure ou égale à trois heures par an. « marge » lorsque le système satisfait le critère et
« déficit » lorsque le système ne le respecte pas).
Le décret du 22 septembre 2006127 disposait que
le niveau cible de sécurité d’approvisionnement La relation n’est toutefois pas linéaire, et résulte
visé était estimé sans prise en compte de l’ap- d’un abaque (cf. figure 5.6) représentant la rela-
port des interconnexions à la pointe de consom- tion entre le nombre d’heures de défaillance et la
mation. Le décret du 24 mars 2016128 a modifié marge ou le déficit estimé par rapport au critère
cette règle, et depuis, l’apport des pays voisins de sécurité d’approvisionnement actuel. Ainsi une
est pris en compte dans l’estimation de la sécurité durée de défaillance de 5 h par an, donc supérieure
d’approvisionnement. au critère public actuel des 3 h, correspond à un
déficit de puissance ; il conviendrait d’ajouter envi-
La PPE publiée en avril 2020 a introduit un cri- ron 1,6 GW de puissance parfaite pour revenir au
tère complémentaire, portant sur les occurrences « critère des trois heures ».
de situations de délestages de consommateurs.
Ce critère complémentaire des « deux heures de À l’inverse, une durée de défaillance de l’ordre de
délestage » dispose que la durée moyenne pendant 1 h par an correspond à une marge de capacité
laquelle le délestage de consommateurs est néces- et permettrait au système électrique français de
saire pour assurer l’équilibre entre la consom- satisfaire une consommation supplémentaire de
mation et la production, est inférieure ou égale 3,5 GW en bande tout en respectant le « critère
à deux heures par an. Les analyses menées par des trois heures ».
RTE montrent que ces deux critères sont globale-
ment équivalents avec le mix énergétique actuel : En conséquence, le diagnostic présenté au para-
lorsque le système électrique est dimensionné sur graphe 5.1 signifie que le niveau de sécurité
le critère des « trois heures de défaillance », le cri- d’appro­visionnement anticipé dans ce Bilan prévi­
tère des « deux heures de délestage » est respecté, sionnel pour le prochain hiver conduit à une
et inversement. ­espérance de défaillance d’environ 4 h.

127. h
 ttps://[Link]/download/pdf?id=MM2ztpKcMsR26WzdZICJRUkMHYQvynO2QRjcUgr2Y2Q=
128. h ttps://[Link]/jorf/article_jo/JORFARTI000032294016?r=hEntd0buuPond

BILAN PRÉVISIONNEL de l’équilibre offre-demande d’électricité en France I ÉDITION 2021 195


Une situation de déficit de capacité n’est de préciser que cette activation faisait suite à
pas assimilable à un blackout un besoin d’équilibrage court terme du système
La sécurité d’alimentation en électricité n’équivaut électrique (stabilisation de la fréquence sur un
pas au « risque zéro », par ailleurs inatteignable délai de quelques secondes), et non au passage
dans tout secteur industriel. Elle signifie que l’ali- d’une pointe de consommation.
mentation électrique est garantie, à l’exception de
certaines circonstances particulières où RTE est D’autres leviers possèdent des effets plus incertains :
susceptible d’intervenir, en dernier ressort, pour uu l’effet de l’appel aux gestes citoyens est
modifier la consommation. aujourd’hui difficile à anticiper ;
uu de même, les marges dégagées par la sollici-
Différents leviers d’exploitation sont en effet tation des gestionnaires de réseau voisins sont
aujourd’hui à disposition de RTE en cas de tension incertaines : en effet, en situation de pénurie
du système électrique. Les différents moyens post en France, les interconnexions peuvent par
marché pouvant être activés par RTE préalablement exemple être saturées en import ou bien les
à un délestage ciblé revêtent des c­ aractéristiques pays voisins peuvent être aussi en situation de
très hétérogènes. pénurie.

Certains leviers présentent déjà une bonne fiabilité : L’appel aux moyens post marché précités doit être
uu la réduction de la tension sur les réseaux de dis- dédramatisé, dans la mesure où il correspond à
tribution (« -5 % Un ») se traduit par une baisse des leviers d’exploitation qui sont sans consé-
de la puissance appelée de l’ordre de 3 à 4 %, quence notablement perceptible sur le citoyen et
mais son application se limite à quelques heures qui permettent de résorber jusqu’à environ 25 %
consécutives. L’effet de cette mesure est peu des situations de défaillance sans recourir au
perceptible par le consommateur (baisse légère délestage.
de l’intensité lumineuse, etc.) ;
uu l’interruptibilité contractualisée auprès des gros Il existe donc un enjeu à faciliter son acceptation
consommateurs permet une réduction du désé- collective pour dégager des marges de manœuvre
quilibre offre-demande, mais sur une durée limi- sur le mix électrique, en particulier avec la période
tée. L’efficacité de ce levier est avérée comme l’a de vigilance qui s’étend jusqu’à 2024, pendant
montré l’activation de l’interruptibilité au cours laquelle la probabilité de recours à ces dispositifs
du mois de janvier 2019. Il convient toutefois est plus élevée.

Figure 5.6 Illustration des différents leviers disponibles pour assurer l’équilibre offre-demande

Coupures ciblées et temporaires (2h max)


« Défaillances »
Moyens post marché Baisse de la tension au sens du Code
(d’autres leviers existent mais de l’énergie
ont une contribution incertaine) Interruptibilité

Sollicitation des moyens


disponibles sur le marché de
l’énergie et le mécanisme Situations
d’ajustement (production pilotable d’exploitation
et non pilotable, imports via « normales »
les interconnexions, effacements
tarifaires ou « marché »)

Situations sans
conséquence perceptible
pour le citoyen

196
Le diagnostic d’équilibre offre-demande .5

En revanche, l’activation de ces moyens permet de uu le terme de défaillance, utilisé dans la loi, est
réduire essentiellement les déséquilibres de courte à l’origine un terme technique issu du registre
durée : ainsi, près de la moitié des situations de des études de dimensionnement des systèmes
défaillance de moins de trois heures sont résorbées électriques. Ce terme fait référence à une situa-
par les leviers post marché. Cette analyse confirme tion choisie de déficit de puissance disponible,
que la mise en œuvre de ces moyens permet le acceptée par la collectivité pour éviter que les
passage de pointes de consommation élevées, investissements mis en œuvre pour l’empêcher
mais n’a pas vocation à remédier aux déséquilibres ne soient plus élevés que le préjudice réel. Or,
entre l’offre de production et la demande sur de dans la langue courante, le terme renvoie à une
longues durées : parmi les situations de défaillance panne ou à une faute. Ceci est source de confu-
de plus de trois heures, seulement une sur dix est sion et ne permet pas de rendre compte des
résolue par l’activation de ces leviers. enjeux sous-jacents ;
uu le risque important de recours aux moyens
Par ailleurs, le délestage intervient alors en dernier post marché, voire au délestage, lors de
recours pour assurer la sauvegarde du système situations dégradées (type vague de froid) est
électrique en cas de déficit de marges. Il s’agit aujourd’hui un sujet d’incompréhension, et
en pratique de délestage tournant permettant peut être perçu comme un échec du système
de « couper » des zones pendant la durée la plus mis en place ;
courte possible (2 heures au maximum), le temps uu enfin, la sécurité d’approvisionnement dépend
de retrouver la stabilité du système électrique. en partie de choix qui échappent aux politiques
publiques nationales (notamment l’évolution des
Ce type d’intervention n’est absolument pas assi- mix énergétiques des pays voisins, qui contri-
milable à un blackout129, qui marque une perte buent à la sécurité d’approvisionnement de la
de maîtrise de la stabilité du système, des déles- France via les interconnexions).
tages beaucoup plus importants et de durée non
prévisible. Il vise au contraire à en empêcher la Ceci explique que l’analyse du niveau de sécu-
survenue. rité d’approvisionnement, qui est probabiliste par
nature, ne soit généralement pas comprise. Sur
ces questions, le débat médiatique est souvent à
5.2.2 La résilience du système partir de la notion de puissance garantie, qui n’a
électrique aux évènements extrêmes pourtant pas de réalité dans les évaluations réa-
est au cœur des débats lisées par les gestionnaires de réseau de trans-
port en Europe. Or les estimations en puissance
Un enrichissement des analyses de garantie engendrent plusieurs biais : (1) elles
sécurité d’approvisionnement au-delà surestiment le degré de disponibilité effectif des
des dispositions réglementaires moyens existants, qui sont eux-aussi sujets à
Si aucune rupture d’approvisionnement n’est sur- des aléas comme toute installation industrielle,
venue durant le dernier hiver, les débats ont été (2) elles sous-estiment la contribution des filières
nombreux autour du niveau de sécurité d’approvi- à profil de production variable, qui contribuent de
sionnement du système électrique : manière effective et croissante à l’alimentation en
uu de par sa nature statistique, le critère actuel électricité, (3) elles n’intègrent pas la nature euro-
n’est pas maîtrisé par le grand public (la péenne de la gestion des flux, pourtant acceptée
métrique probabiliste utilisée de « 3 heures par par les Etats dans le cadre du marché intérieur de
an de défaillance » ne caractérise pas directe- l’énergie.
ment l’impact pour le consommateur) ;

129. L
 e black-out correspond à une situation où la survenue d’un aléa de grande ampleur en temps réel conduit à une perte de contrôle sur la gestion de
l’équilibre entre la production et la consommation et est le plus souvent associé à des séparation du réseau européen en plusieurs systèmes indépendants.
Le risque de blackout (maîtrisé par le dimensionnement des réserves de court-terme et les stratégies de gestion) n’est pas spécifique aux situations où
les marges de production sont les plus faibles.

BILAN PRÉVISIONNEL de l’équilibre offre-demande d’électricité en France I ÉDITION 2021 197


Pour dépasser cette opposition, RTE a enrichi consommation de près de 97 GW) et une dis-
le dispositif d’analyse de la sécurité d’ap- ponibilité du parc nucléaire similaire à celle de
provisionnement qui figure dans le Bilan décembre 2016 ;
prévisionnel. uu une vague de froid intense (février 2018), com-
binée à une situation de vent très faible (facteur
Celui-ci repose désormais : de charge éolien de 1 %) ;
uu d’une part, sur l’analyse probabiliste de la uu une vague de froid modérée (conduisant à une
durée de défaillance, méthodologie standard consommation de l’ordre de 90 GW dans le mix
désormais utilisée dans le cadre de l’Union actuel), un épisode de vent modéré (facteur
européenne de charge éolien de 10 %) et une faible possi-
uu d’autre part, sur l’analyse de « stress tests » qui bilité d’imports depuis les pays voisins (telle
visent à évaluer la résilience du système élec- que celle rencontrée le 25 janvier 2017 où des
trique à des évènements extrêmes, certes peu aléas conjoncturels avaient réduit temporaire-
probables mais dont la sévérité serait élevée. ment la capacité d’imports : avarie matérielle
sur les câbles sous-marins d’une liaison avec la
Ce dispositif permet de livrer une interprétation Grande-Bretagne et contraintes internes sur le
plus complète de la sécurité d’approvisionnement réseau allemand).
électrique en France.
Une évolution des risques au cours
Des stress tests basés pour l’essentiel sur du temps sous l’effet des changements
des situations rencontrées par le passé sur le mix
Les stress tests étudiés sont construits sur la base Durant la première décennie des années 2000, le
d’aléas déjà rencontrés par le passé : système électrique présentait des caractéristiques
une vague de froid très intense (février 2012, très simples :
avec des températures moyennes France uu le niveau de sécurité d’approvisionnement,
de 8° sous la normale saisonnière, ayant mesuré de manière probabiliste, était très élevé
conduit au plus grand pic de consommation (système surcapacitaire) ;
en France, environ 102 GW) ; uu sa sécurité d’approvisionnement dépendait de
l’indisponibilité simultanée et imprévue de deux facteurs prépondérants : la température du
plusieurs réacteurs nucléaires (situation fait de la forte thermosensibilité de la consom-
vécue au début de l’hiver 2016-2017 au mation, et la disponibilité du parc nucléaire de
cours de laquelle l’ASN avait demandé l’arrêt par sa prédominance dans le mix électrique.
de plusieurs réacteurs suite à la découverte
d’une anomalie générique sur des généra- Ce niveau était assis sur une très forte disponi-
teurs de vapeur) ; bilité du parc nucléaire lors de l’hiver. La possibi-
des épisodes de vent très faible ayant occa- lité d’aléas majeurs sur le parc nucléaire n’était
sionné une très faible production éolienne en pratique pas intégrée aux analyses de sécurité
en France (comme par exemple début jan- d’approvisionnement, et la résilience à des situa-
vier 2017 avec ponctuellement un facteur de tions de grand froid était assurée par un parc de
charge du parc éolien de 1 %). grandes unités thermiques au charbon et au fioul.

À ces différents stress tests est aussi ajoutée Au cours de la dernière décennie, le niveau de
l’analyse de sécurité d’approvisionnement sécurité d’approvisionnement a évolué à la baisse
sans prise en compte de l’apport des inter- tout en restant largement supérieur au niveau
connexions à la pointe de consommation. de risque fixé dans la réglementation et donc en
­théorie consenti par la collectivité :
Ces stress tests sont complétés par des combinai- uu au niveau probabiliste, les marges ont diminué
sons d’aléas, non rencontrées par le passé, mais pour se stabiliser au niveau prévu par le « cri-
qui ne peuvent être exclus : tère des 3 heures » : la perte de disponibilité du
uu 
une vague de froid intense (comme celle parc nucléaire l’hiver et la fermeture importante
de février 2018, ayant amené à un pic de des moyens de production thermiques pour des

198
Le diagnostic d’équilibre offre-demande .5

raisons économiques et climatiques (ferme- Les analyses de risque montrent que le « point
ture des petites centrales au charbon, puis des bas » est atteint en 2022, à la fois au niveau pro-
grandes unités au fioul en 2017, puis désormais babiliste et au niveau des stress tests. Néanmoins,
des dernières grandes centrales au charbon) hors crise COVID, le niveau structurel de sécu-
a été en pratique compensée par une intégra- rité d’approvisionnement n’est jamais devenu
tion européenne plus étroite, le développement inférieur au critère fixé par la réglementation. La
des centrales au gaz et des effacements de première période (2021-2024) étudiée dans le
consommation, et la croissance des énergies Bilan prévisionnel est donc celle qui concentre le
renouvelables quand bien même leur profil de plus de risques, même si ceux-ci demeurent pour
production est variable ; ­l’essentiel de faible probabilité.
uu au niveau des stress tests, le système est devenu
plus sensible à des indisponibilités simultanées Les mesures décidées au cours des dernières
de réacteurs nucléaires et à des vagues de froid. années permettent d’envisager une amélioration
du niveau de sécurité d’approvisionnement dans
Cette forte réduction des marges s’est traduite les années qui viennent. Cette amélioration est
concrètement par différents épisodes lors de ces sensible lors de la seconde période (2025) et se
dernières années où RTE a alerté sur des situa- renforce à l’horizon 2030. Elle se décline différem-
tions présentant des risques éventuels de coupure ment selon l’indicateur (analyses probabilistes vs.
(notamment le 8 janvier 2021130). Bien qu’au- stress tests) :
cun de ces risques ne se soit matérialisé par une uu au niveau probabiliste, les marges se renforcent
situation proche du délestage, les débats ont été de manière continue durant la période ;
nombreux autour du niveau effectif de sécurité uu au niveau des stress tests, le système devien-
d’approvisionnement du système électrique. drait plus résilient à certains (indisponibilités

Figure 5.7 Marges/déficits de capacité évalués dans les précédents Bilans prévisionnels131 et prévision du scénario
« Atteinte des objectifs PPE/SNBC en fin d’horizon »
Marges/déficits par rapport au critère (MW)

15 000

10 000

5 000

-5 000

-10 000

-15 000
2005-2006 2010-2011 2014-2015 2019-2020 2021-2022 2024-2025 2030-2031
(BP 2003) (BP 2008) (BP 2013) (BP 2018) (BP 2021) (BP 2021) (BP 2021)

Marge/déficit en “France isolée”   Marge/déficit en “France interconnectée”

130. H ormis le dispositif interruptibilité, activée pour des besoins de gestion de la fréquence en temps réel, sans lien avec le niveau de sécurité d’approvisionnement.
131. Les marges de capacité par rapport au critère public n’étaient évaluées qu’en « France isolée » en 2005 et 2010.

BILAN PRÉVISIONNEL de l’équilibre offre-demande d’électricité en France I ÉDITION 2021 199


Figure 5.8 Évolution de la résilience du système électrique à différents stress-tests

Hiver 2014-2015 Hiver 2021-2022 Hiver 2030-2031

Scénario Scénario Scénario


« Atteinte « Atteinte partielle « Atteinte partielle
des objectifs des objectifs des objectifs
PPE/SNBC » PPE/SNBC » PPE/SNBC
et limitation des
imports maximum
à 10 GW »132
Marge ~ 5 GW Déficit ~ -1 GW Marge > 10 GW Marge ~ 9 GW Marge ~ 1 GW

Vague de froid très intense


(fév. 2012), sans autre aléa133
134 -8 °C
Aléas déjà rencontrés par le passé

Forte indisponibilité
du parc nucléaire (déc. 2016),
sans autre aléa
13 réacteurs
indispo.
au total

Absence de vent (jan. 2017),


sans autre aléa
1%
imports seuls

Impossibilité d’imports,
Aléa sur les

sans autre aléa


0 GW

Vague de froid intense


(fév. 2018) et forte
indisponibilité du parc
nucléaire (décembre 2016)
-6,5 °C
Conjonctions d’aléas défavorables

13 réacteurs
indispo.
au total

Vague de froid intense


(fév. 2018) et absence de vent
(jan. 2017)
-6,5 °C
1%

Vague de froid modérée,


vent faible et faibles imports
(jan. 2017)
-4 °C 10 %

5 GW


Pas d’activation des moyens post Activation des moyens post marché 
Activation des moyens post marché
marché sans recours au délestage et recours au délestage

132. 
Le scénario « Atteinte partielle des objectifs PPE/SNBC et limitation des imports maximum à 10 GW » permet de représenter une configuration prudente de la contribution
des pays voisins à la sécurité d’alimentation en France. Le niveau de sécurité d’approvisionnement obtenu est alors proche du critère réglementaire.
133. 
La dénomination « sans autre aléa » signifie que l’ensemble des paramètres – en dehors de celui caractérisé par le « stress-test » – affectant le système électrique
(consommation, production, capacité d’imports) correspondent aux prévisions moyennes anticipées pour un jour ouvré de janvier à 19 h.
134. 
Les valeurs de températures correspondent à l’écart de température lissée (à la maille France) par rapport à celle attendue lors d’un jour moyen de janvier à 19 h
(i.e. environ 5,5 °C en température lissée). Les différents niveaux d’écart de températures ici présentés (-4 °C, -6,5 °C et -8 °C) amènent à des niveaux de consommation
différents selon l’hiver considéré. Actuellement, ces températures amèneraient à des consommations respectivement de l’ordre de 90 GW, 97 GW et 101 GW.

200
Le diagnostic d’équilibre offre-demande .5

fortes sur le parc nucléaire, telles que celles qui Dans l’ensemble, les scénarios « atteinte des
pourraient résulter de décisions de l’Autorité de objectifs PPE/SNBC » et « atteinte partielle des
sûreté nucléaire) et moins à d’autres (vent très objectifs PPE/SNBC » (y compris dans les confi-
faible sur l’ensemble de la plaque européenne gurations intégrant une limitation des imports à
combiné à une situation de froid). 10 GW), permettent à l’horizon 2030 de dispo-
ser d’un système électrique plus résilient qu’au-
Il en résulte, à l’horizon 2030, un paysage jourd’hui aux quatre stress-tests individuels et
plus contrasté en matière de sécurité d’appro­
- aux conjonctions d’aléas défavorables simulées.
visionnement :

1. 
La température restera un facteur prépondé- 5.2.3 La politique de diversification
rant. Le risque devrait toutefois rester similaire du mix apporte un surcroît en matière
à celui entrevu aujourd’hui, notamment du de sécurité d’alimentation, sous
fait de la stabilité de la thermosensibilité de la condition qu’elle s’accompagne
consommation. de marges par rapport au respect
du « critère des 3 heures »
2. La disponibilité du parc nucléaire restera éga-
lement un paramètre dimensionnant, mais la Les éléments présentés ci-dessus permettent de
résilience à une indisponibilité simultanée d’un mieux caractériser la nature des transformations
nombre donné de réacteurs nucléaires s’amélio- du mix électrique programmées au cours des
rera dès 2025. Ce type de risque ne se matériali- ­prochaines années.
serait toutefois qu’en cas de conjonction avec des
niveaux sensiblement élevés de consommation. Les discussions issues des scénarios du Bilan
prévisionnel 2017 de RTE qui avaient été utilisés
3. Le développement accru de l’énergie éolienne dans le cadre de la préparation de la nouvelle PPE,
induira une plus forte sensibilité de la pro- conduisaient à identifier deux types de trajectoires
duction aux épisodes sans vent (le risque est au cours des prochaines années, qui représentent
moindre pour les périodes d’ensoleillement deux façons différentes d’envisager la politique de
réduit, la contribution de l’énergie solaire étant diversification du mix électrique.
plus réduite à la diminution du risque de défail-
lance). La survenue de tels épisodes ne présente Les scénarios « d’addition » (tel celui d’atteinte des
en revanche pas de risque pour l’équilibre offre-­ objectifs de la PPE, mais aussi de Volt dans le Bilan
demande pour des niveaux moyens de consom- prévisionnel 2017) reposent sur un développe-
mation hivernale. ment les énergies renouvelables plus rapide que le
rythme de décroissance de la production nucléaire.
4. 
La simultanéité d’aléas météorologiques L’évolution du parc de production conduit alors à dis-
extrêmes, tels que des épisodes de grand froid poser de marges croissantes par rapport au « critère
et de faible vent, représenterait le risque le historique ». Ceci aboutit à réduire la dépendance à
plus influent à cet horizon. Cette conjonction chacun des moyens de production pris isolément, et
est envisageable mais n’est toutefois pas sys- à la disponibilité effective du parc nucléaire l­’hiver
tématique : lors des vagues de froid de 2012 en particulier. Ainsi, les scénarios « d’addition »
et 2018, la production éolienne était élevée. La apparaissent de nature à répondre aux souhaits
caractérisation statistique de ces conjonctions formulés par l’Autorité de sûreté nucléaire dans son
sera analysée plus en détail dans le prochain avis de 2013, et exprimés à nouveau par son pré-
Bilan prévisionnel à l’horizon 2050. sident dernièrement, de doter le système électrique
de marges permettant de procéder à des arrêts de
5. Sans aléa sur le système électrique, et notam- réacteurs nucléaires sans engager de débat entre la
ment avec une température proche des nor- sécurité d’alimentation et la sûreté nucléaire.
males et un facteur de charge moyen, la sécurité
d’approvisionnement pourrait être assurée au Dans les scénarios « de substitution » au contraire,
cœur de l’hiver sans recourir à des imports. la France procéderait au simple remplacement

BILAN PRÉVISIONNEL de l’équilibre offre-demande d’électricité en France I ÉDITION 2021 201


de réacteurs nucléaires par des énergies renou- 5.2.4. Le risque zéro n’existe pas :
velables dans le respect du critère des 3 heures. à l’avenir, des solutions seraient
Des scénarios de type Ampère (sur la période possibles pour gérer les rares
2021-2030) relèvent de cette logique. La poli- événements de déficit de puissance
tique de diversification s’effectue alors dans le par d’autres méthodes que le
strict respect du critère historique, et l’espérance délestage tournant et aléatoire
de défaillance demeure égale à 3 heures par an. de consommateurs
Dans ce cas de figure, le système est parfaite-
ment ajusté et il demeure, comme ces dernières La gestion d’une situation de déficit de puissance,
années, très dépendant de la performance des lorsque les différents leviers post marché ne suf-
réacteurs nucléaires existants. Cette information fisent pas à assurer l’équilibre du système élec-
ne se traduira pas dans l’évaluation probabiliste de trique, repose aujourd’hui sur du délestage tournant
la défaillance, car celle-ci ne rend pas compte de la de consommateurs, en évitant les consommateurs
profondeur des « cas extrêmes ». les plus sensibles (hôpitaux, personnes ayant un
besoin vital d’accès à l’électricité, etc.).
Le scénario de la PPE/SNBC étudié dans le Bilan
prévisionnel relève de la première catégorie. Ces délestages tournants sont limités à deux
Il est ainsi « additif » : malgré la fermeture de heures consécutives pour chaque client, mais ont
quatre réacteurs nucléaires en fin de période, il un caractère binaire, les clients étant coupés inté-
conduit à une croissance du productible d’électri- gralement, sans mesure de progressivité.
cité bas-­
carbone si les objectifs sur les énergies
­renouvelables sont bien atteints. Les progrès technologiques permettent d’envisa-
ger des modalités plus progressives, plus ciblées
Néanmoins, les données publiées par RTE dans et in fine moins pénalisantes pour les consom-
le cadre du dernier Bilan électrique national (en mateurs que le délestage sans préavis, tout en
mars 2021) ont montré que la progression des veillant à se distinguer des effacements gérés
énergies renouvelables dans le mix n’avait fait dans les marchés d’électricité. De nombreux
que compenser la diminution structurelle de la bâtiments tertiaires disposent par exemple de
production des réacteurs nucléaires existants au dispositifs informatiques de gestion technique
cours des quinze dernières années (avant même du bâtiment. Certaines solutions se basant sur
la crise de la COVID-19, la production annuelle les possibilités permises par les compteurs eux-
d’électricité bas-carbone demeurait légèrement mêmes ont déjà été expérimentées par les distri-
inférieure à 500 TWh, soit le même niveau qu’en buteurs dans le cadre de démonstrateurs smart
2004). Cette situation correspond de fait à un grid : elles permettent de déclencher une réduc-
scénario « de substitution », dans lequel les carac- tion de la puissance délivrée aux consomma-
téristiques attendues d’un scénario additif ne se teurs (voire directement à certains usages) plutôt
matérialisent pas. qu’une coupure et pourraient être ciblées sur des
consommateurs volontaires uniquement.
Le caractère « additif » du scénario de la PPE
conditionne le diagnostic sur la sécurité d’appro- RTE, en charge de la mise en œuvre du plan de
visionnement formulé dans cette édition du Bilan délestage en cas de déséquilibre sur le système,
prévisionnel (et donc l’amélioration de la résilience a engagé une réflexion sur son adaptation en uti-
du système aux différents stress-tests présentés). lisant les possibilités nouvelles offertes par les
Il nécessite d’augmenter la production annuelle technologies du numérique. Cette réflexion vise à
d’électricité décarbonée, et de dépasser à nou- terme à permettre une gestion des situations de
veau 500 TWh dès 2023, puis environ 530 TWh en déséquilibre qui n’affecterait pas les consomma-
2025-2026, puis de l’ordre de 560 TWh en 2030. teurs non-volontaires.

202
Le diagnostic d’équilibre offre-demande .5

5.3 Différentes études qui dressent des visions contrastées


sur l’évolution de la sécurité d’approvisionnement en Europe
à l’horizon 2030

L’évolution de la sécurité d’approvisionnement sécurité d’approvisionnement en France à l’horizon


en Europe constitue un sujet d’attention dans un 2030, allant d’un constat d’une très forte dégra-
contexte de fortes ambitions publiques en France dation à une très nette amélioration de la sécurité
et en Europe sur la transformation du système d’approvisionnement.
énergétique, qui se traduit par de profondes évo-
lutions du mix de production électrique et des Les différences importantes de diagnostic peuvent
­transferts d’usage vers l’électricité. s’expliquer par des choix méthodologiques et des
hypothèses spécifiques considérées.
Différentes études publiées récemment apportent
des analyses très contrastées sur l’évolution de la

Quelle sécurité d’approvisionnement


électrique en Europe à horizon 2030 ?
Après qu'à l'automne le gestionnaire de réseau a mis en garde sur de potentielles difficultés d'appro-
LA NOTE D’ANALYSE

visionnement en électricité en cas de grand froid cet hiver, la question d’éventuelles défaillances des
systèmes électriques en Europe et en particulier en France a été remise dans le débat alors qu’elle
avait quasiment disparu des préoccupations du grand public. Dans la prochaine décennie, les nombreux
arrêts de centrales pilotables, au charbon ou nucléaires, actuellement programmés et dont les consé-
quences concrètes semblent assez peu intégrées dans le débat public, pourraient renforcer l’impor-
tance de cette question. L’objet de cette note d’analyse est de fournir quelques éléments permettant
d’appréhender l’évolution de ces risques de défaillance afin d’engager à temps les politiques adéquates.

Des objectifs très ambitieux de développement d’énergies renouvelables ont été décidés, mais les
solutions en termes de pilotage et de maîtrise de la demande, de capacités de stockage et, plus
généralement, de flexibilité et d’intégration au réseau restent à l'heure actuelle insuffisamment
développées. La capacité à assurer la sécurité d’approvisionnement telle qu'elle est définie aujourd'hui
est donc incertaine dans les périodes de tension et nécessitera un développement approprié des
solutions de flexibilité et de stockage. Les systèmes électriques européens étant interconnectés,
c'est à cette échelle qu’il faut s’intéresser au dimensionnement des capacités de production, qui
constitue un des déterminants de la sécurité d’approvisionnement.

Après avoir dressé le bilan des politiques et objectifs des principaux États membres, cette note

Étude de France Stratégie


offre une étude détaillée de l’évolution prévisible du mix électrique européen, des conséquences
JAN.
possibles au regard de nos objectifs climatiques ainsi qu’énergétiques. Elle permet de détecter des 2021
points de vigilance. Elle vise aussi à proposer des éléments de discussion sur la sécurité d’appro- n° 99
visionnement, dont les termes, appelés à évoluer dans le cadre de la transition énergétique,
devraient faire l’objet d’une discussion dans l’espace public.

La présente étude fait le constat des limites de la coordination politique existant entre les pays
européens sur ces questions. En particulier, si les mesures préconisées par le nouveau paquet légis-

« Quelle sécurité d’approvisionnement


latif européen constituent un progrès en ce sens, elles sont insuffisantes pour fournir les signaux
économiques nécessaires au déclenchement des investissements qui garantissent la sécurité
d’approvisionnement. Enfin, quelques recommandations de politique énergétique européenne
concluent cette note d’analyse.

Prévision de capacités électriques pilotables de la France


et des pays européens limitrophes (2020-2035)
Étienne Beeker

électrique en Europe à horizon 2030 ? »135,


GW avec la participation de
500 Marie Dégremont
Département Développement
400 durable et numérique

300 La Note d’analyse


Charbon/lignite est publiée sous la
200
Nucléaire responsabilité éditoriale
Autres du commissaire général

publiée en janvier 2021


Gaz de France Stratégie.
100 Hydraulique Les opinions exprimées
engagent leurs auteurs
Demande de pointe
moyenne et n’ont pas vocation
0 à refléter la position
2020 2025 2030 2035
du gouvernement.
Lecture : la demande de pointe moyenne pour la France est celle évaluée par RTE dans son bilan prévisionnel et pour les autres pays
par les organismes accrédités correspondants.
Source : France Stratégie d’après des hypothèses de RTE, BNetzA, BMWi, Elia
[Link]

L’étude de France Stratégie vise à évaluer l’évolu- dans le Code de l’énergie prévues pour l’élaboration
tion de la sécurité d’approvisionnement entre 2020 des Bilans prévisionnels.
et 2035, en France et dans quelques autres pays
européens (Italie, Allemagne, Grande-Bretagne, Par ailleurs, plus spécifiquement sur le deuxième
Espagne, Suisse, Belgique). point, l’approche retenue s’appuie sur des hypothèses
concernant les facteurs de contribution statistique à
Cette étude diffère en premier lieu du Bilan prévision- la sécurité d’approvisionnement pour les différentes
nel sur le plan méthodologique : d’une part elle est filières en fort écart avec les analyses de RTE :
établie en considérant une absence d’imports (alors uu D’un côté les hypothèses sur la contribution des
que la contribution des interconnexions à la sécurité capacités nucléaire et hydraulique apparaissent
d’alimentation en France est aujourd’hui d’environ surestimées (i) au regard des historiques de dis-
9 GW et pourrait dépasser 15 GW à l’hori­zon 2030 ponibilité, (ii) du caractère fatal d’une partie de
dans le scénario de référence du Bilan prévisionnel), la production hydraulique et (iii) en comparaison
et d’autre part elle raisonne au travers d’une éva- avec les niveaux de certification sur le mécanisme
luation statistique de la contribution de chaque filière de capacité. L’effet de ces hypothèses conduit à
à la sécurité d’approvisionnement. Ces deux points surestimer d’environ 9 GW la contribution de ces
diffè­
rent des dispositions réglementaires prévues filières à la sécurité d’approvisionnement.

135. 
[Link]

BILAN PRÉVISIONNEL de l’équilibre offre-demande d’électricité en France I ÉDITION 2021 203


uu D’un autre côté, la contribution des capaci- À l’horizon 2030, l’étude estime un déficit de capa-
tés éolienne et photovoltaïque, apparaissent cité de l’ordre de 5 GW pour satisfaire le critère
sous-estimées à la fois par (i) une hypothèse de sécurité d’approvisionnement sans recours
de développement non alignée sur les objec- aux imports. Bien que les méthodologies soient
tifs publics de la PPE (en-deçà d’environ 15 GW ­différentes et que les hypothèses techniques soient
à l’horizon 2030) et (ii) une contribution de soumises aux limites précitées, ce constat semble
ces filières à la sécurité d’approvisionnement proche de l’analyse de RTE (qui estime un déficit
significativement inférieure à la contribution de capacité du même ordre dans un raisonnement
considérée actuellement dans le mécanisme « France isolée »). L’analyse de France Stratégie
de capacité et au facteur de charge moyen de précise que la contribution des interconnexions
l’éolien en hiver. Ces écarts amènent à sous-­ pourrait permettre in fine de disposer de marges
estimer la contribution de ces filières à la sécu- mais ne présente pas cette configuration comme
rité d’approvisionnement pour environ 6 GW à une référence et tire ses conclusions sur la base de
l’horizon 2030. cette configuration qui reste pour autant extrême-
uu Enfin, la structure de la demande et sa flexibilisa- ment conservatrice. Ce choix de restitution n’est
tion (notamment la recharge des véhicules élec- toutefois pas étayé par une analyse du fonction-
triques et le développement des effacements) nement du système électrique européen, alors que
n’est pas considérée, conduisant à sous-estimer la contribution des interconnexions à la sécurité
cet effet d’environ 3 GW à l­’hori­zon 2030. d’approvisionnement de la France représente déjà
aujourd’hui de l’ordre de 9 GW et pourrait dépas-
Avec cette approche, l’étude identifie une forte ser 15 GW à l’horizon 2030 dans le scénario de
dégradation de la sécurité d’approvisionnement référence du Bilan prévisionnel.
entre aujourd’hui et 2030.
Par ailleurs, au-delà du diagnostic technique sur
Plus spécifiquement sur la situation actuelle, la sécurité d’approvisionnement, l’étude met en
l’étude indique que la France serait capable de res- avant les enjeux de coordination des politiques
pecter le critère de sécurité d’approvisionnement nationales pour assurer la sécurité d’approvision-
sans recours aux imports, ce qui est très éloigné nement. Les analyses de RTE présentées dans ce
des diagnostics de RTE depuis plusieurs années qui Bilan prévisionnel confortent cette conclusion en
soulignent l’importance des imports pour atteindre montrant le rôle croissant que jouent les inter-
le niveau réglementaire. connexions et les choix des pays voisins dans la
sécurité d’approvisionnement de la France.

204
Le diagnostic d’équilibre offre-demande .5

2030 Peak Power Demand in


North-West Europe
Report (Final version) – September 2020

Étude de E-Cube et EWI


« Risques de coupure d’électricité
en Europe du Nord-Ouest à l’horizon 2030 »136,
publiée en septembre 2020

L’étude réalisée par E-Cube et EWI (institut d’économie uu Les capacités d’imports sont supposées nulles en
de l’université de Cologne), pour le compte de Engie, dehors du périmètre modélisé. Pour la France,
évalue la capacité du système électrique d’une partie cela signifie une impossibilité d’imports depuis la
de l’Europe de l’ouest (France, Allemagne, Belgique, Grande-Bretagne, l’Espagne l’Italie et la Suisse,
Pays-Bas, Danemark et Luxembourg) à faire face à alors que la contribution des interconnexions avec
des vagues de froid intense à l’horizon 2030. ces pays à la sécurité d’alimentation en France est
aujourd’hui de plus de 6 GW par exemple.
L’étude identifie que les capacités de production ne uu La prise en compte simplifiée de la thermosen-
seraient pas en mesure de faire face à la demande sibilité de la consommation repose dans cette
en cas de vague de froid similaire à celles de janvier étude sur l’hypothèse de dépendance du chauf-
1985, janvier 1987 et février 2012 (qui sont les trois fage à la température instantanée, sans prendre
vagues de froid les plus intenses vécues en France lors en compte les effets de l’inertie thermique des
des quarante dernières années), et ce notamment du bâtiments. Cette hypothèse conduit à suréva-
fait du développement du chauffage électrique en luer le besoin de chauffage lors de vagues de
Europe (en particulier des pompes à chaleur). froid, jusqu’à 7 GW supplémentaires à certaines
périodes pour la France. Le chapitre n° 2 du
Ces analyses se concentrent donc sur des situa- présente annexe technique fournit par ailleurs
tions « extrêmes » et correspondent davantage à une analyse d’impact du développement des
des « stress tests » qu’à des études portant sur le pompes à chaleur sur la thermosensibilité de la
respect du critère de sécurité d’approvisionnement. consommation en France.

Ces analyses sont néanmoins plus pessimistes que Au-delà de ces écarts qui amènent à fournir un
les stress tests réalisés par RTE dans ce Bilan pré- diagnostic de résilience plus dégradé que dans le
visionnel (qui portent notamment sur une vague de Bilan prévisionnel (qui souligne toutefois les risques
froid de type 2012 ou 2018). Cet écart ­s’explique pesant sur l’équilibre offre-demande, notamment en
par plusieurs facteurs : cas de conjonctions d’aléas différents en France et en
uu Les vagues de froid observées avant 1990 cor- Europe), il convient de noter que l’approche « stress
respondent à des situations dont l’impact sur le test » reprise dans cette étude apparait désormais
niveau de consommation serait bien supérieur à comme essentielle pour décrire plus complètement
celui observé en 2012 en France et n’intègrent le niveau de sécurité d’alimentation, au-delà des
pas, dans la modélisation reprise dans cette analyses prévues par le Code de l’énergie.
étude, de correction liée à la prise en compte
du changement climatique.

136. 
[Link]
horizon-2030

BILAN PRÉVISIONNEL de l’équilibre offre-demande d’électricité en France I ÉDITION 2021 205


Mid-term Adequacy Forecast
Executive Summary
2020 Edition

Étude de ENTSO-E
« Mid-Term Adequacy Forecast 2020 »137,
European Network of
Transmission System Operators
for Electricity
publiée en décembre 2020

ENTSO-E réalise annuellement une étude de  En comparaison, RTE utilise un référentiel cli-
sécurité d’approvisionnement sur l’ensemble du matique de 200 prévisions fournies par Météo
périmètre européen. Cette étude repose sur une France et modélisant un climat des années
analyse probabiliste, simulant le fonctionnement 2020-2030.
du système électrique européen tout comme le uu La durée des arrêts programmés du parc
Bilan prévisionnel. La dernière étude réalisée porte nucléaire ne fait pas l’objet d’une modélisation
sur les horizons 2025 et 2030. probabiliste des risques d’allongements comme
celle reprise dans le Bilan prévisionnel.
Elle identifie une très forte amélioration de la sécu- uu Les hypothèses pour la France, en particulier
rité d’approvisionnement dans la plupart des pays sur l’évolution de la consommation, ont été
européens, en 2025 et a fortiori à l‘horizon 2030, y réactualisées pour ce Bilan prévisionnel suite
compris en France. aux diverses consultations publiques, alors
que celles pour l’exercice de l’ENTSO-E ont été
Ce résultat repose sur l’hypothèse de l’atteinte des figées en début d’année 2020.
objectifs publics sur l’évolution du mix en Europe, Spécifiquement pour la consommation, cette dif-
avec notamment le développement massif des férence chronologique a notamment permis à RTE
énergies renouvelables, la fermeture dans plu- d’intégrer dans ce Bilan prévisionnel les effets pré-
sieurs pays de centrales nucléaires et de capacité vus de la SNBC adoptée en avril 2020, de la stra-
au charbon, en partie compensées par le dévelop- tégie hydrogène publiée en septembre 2020 ou
pement de nouvelles capacités au gaz. encore des objectifs de décarbonation accrus du
chauffage annoncés en novembre 2020.
Néanmoins, plusieurs aspects sont sources d’écart
avec ce Bilan prévisionnel, notamment : Malgré ces écarts, l’étude de l’ENTSO-E amène à
uu Le référentiel climatique repose sur 35 années un constat relativement proche de celui du Bilan
historiques non corrigées du changement clima- prévisionnel, à savoir la possibilité de disposer
tique. Certaines années historiques, notamment de marges fortement positives à l’horizon 2030
celles avant 1990, présentent des vagues de en France dans le cas où l’ensemble des objec-
froid très intenses (dont l’impact sur le niveau tifs publics seraient atteints et où les trajectoires
de consommation serait bien supérieur à celui d’évolution du parc thermique dans les différents
observé en 2012 en France). Dans un référen- pays européens (tant sur les déclassements que
tiel composé de 35 configurations climatiques, les mises en service) seraient effectives. Ce résul-
la probabilité d’occurrence de ces situations tat reste néanmoins empreint d’incertitudes et le
apparait surévaluée par la taille de l’échantillon Bilan prévisionnel permet d’apporter des éclairages
et l’absence de prise en compte du changement sur celles-ci, à partir d’analyses de sensibilités qui
climatique. ne sont pas étudiées dans l’étude du MAF.

137. [Link]

206
L’ANALYSE
DE VIABILITÉ
ÉCONOMIQUE

ANNEXES TECHNIQUES DU BILAN PRÉVISIONNEL


6
L’ANALYSE
DE VIABILITÉ ÉCONOMIQUE

6.1 La viabilité économique des capacités conditionne


la trajectoire des capacités exposées aux conditions
de marché et permet d’apprécier l’opportunité du maintien
d’un mécanisme de capacité

Le diagnostic d’amélioration progressive de la (hormis le parc charbon), mais aussi des capacités
sécurité d’approvisionnement, avec des marges de stockage par batterie et de certaines capacités
potentielles à partir de 2024-2025, repose sur les d’effacement (quand elles ne sont pas éligibles au
hypothèses d’évolution du parc de production, qui soutien public).
sont basées sur des objectifs publics et/ou d’an-
nonces des exploitants de capacités, selon le type L’analyse de la viabilité économique de ces filières
de capacités concernées. De nombreuses variantes permet notamment d’apprécier les risques de fer-
permettent de tester la robustesse du diagnostic meture et/ou de mise sous cocon pour raisons
en cas d’écarts par rapport à ces hypothèses. économiques de capacités thermiques existantes
et les possibles développement de nouvelles capa-
Néanmoins, la trajectoire de certaines capacités sera cités (stockage notamment).
conditionnée par leur viabilité économique. Pour la
plupart des capacités, les trajectoires d’évolution Cette analyse conduit ainsi à identifier l’opportunité
sont peu sensibles aux niveaux des prix sur les mar- ou non du maintien d’un mécanisme de capacité
chés de l’électricité. C’est notamment le cas des dans la durée pour assurer le respect du critère de
installations d’énergies renouvelables et, dans une sécurité d’approvisionnement. Cette analyse répond
moindre mesure, du parc nucléaire dont les trajec- par ailleurs à une exigence du règlement électri-
toires d’évolution sont avant tout le reflet des ambi- cité 2019/943138, qui prévoit que la conclusion de
tions publiques (avec un pilotage en volume, via des contrats de rémunération au titre du mécanisme
appels d’offres pour les énergies renouvelables et des de capacité est conditionnée à la démonstration de
décisions administratives pour le nucléaire) et des l’existence du besoin du mécanisme de capacité.
réalités industrielles. En pratique, en l’absence de cette justification, le
mécanisme de capacité sera suspendu à partir de
Cependant, l’évolution de certaines capacités est l’année de livraison 2023, comme précisé à l’article
directement sensible aux conditions de marché. L. 335-2 du code de l’énergie139, qui décline en droit
C’est notamment le cas du parc thermique existant français l’exigence européenne.

138. R ÈGLEMENT (UE) 2019/ 943 DU PARLEMENT EUROPÉEN ET DU CONSEIL – du 5 juin 2019 – sur le marché intérieur de l’électricité ([Link]). :
L’article 21 – 6 précise que « Lorsqu’un État membre applique un mécanisme de capacité, il l’examine et fait en sorte qu’aucun nouveau contrat ne soit
conclu dans le cadre de ce mécanisme lorsque tant l’évaluation de l’adéquation des ressources à l’échelle européenne, que l’évaluation de l’adéquation
des ressources à l’échelle nationale ou, en l’absence d’une évaluation de l’adéquation des ressources à l’échelle nationale, l’évaluation de l’adéquation des
ressources à l’échelle européenne, n’ont pas recensé de difficulté d’adéquation des ressources ».
139. L’article L. 335-2 du code de l’énergie précise que « Lorsque ni le bilan prévisionnel pluriannuel, ni les études d’adéquations européennes mentionnées à l’article 23
du règlement (UE) 2019/943 du Parlement européen et du Conseil du 5 juin 2019 sur le marché intérieur de l’électricité n’identifient de difficultés d’adéquation
des ressources en l’absence de mécanisme de capacité, pour des années pour lesquelles il n’a pas encore été procédé à la certification des capacités de production
ou d’effacement, le ministre chargé de l’énergie suspend par arrêté l’application du mécanisme d’obligation de capacité pour ces mêmes années aussi longtemps
qu’aucune difficulté d’adéquation n’est identifiée. Pour les années 2023 et 2024, pour lesquelles il a déjà été procédé à la certification de certaines capacités, le ministre
chargé de l’énergie suspend par arrêté l’application du mécanisme d’obligation de capacité pour l’une ou l’autre de ces années lorsque, dans les conditions précisées à
l’alinéa précédent, il n’a pas été identifié, avant le 31 décembre de l’année qui précède, de difficulté d’adéquation des ressources pour l’année considérée.»

208
L’analyse de viabilité économique .6

Dès lors qu’elle sert à justifier la mise en place ou le des régulateurs de l’énergie (ACER)140. L’analyse
maintien d’un mécanisme de capacité, l’analyse de doit notamment proposer un scénario d’évolution
la viabilité économique doit reposer sur des principes des capacités dans une configuration « sans » et une
méthodologiques établis par l’Agence de coopération configuration « avec » mécanisme de capacité.

Un cadre méthodologique permettant d’évaluer les revenus tirés sur les marchés
de l’électricité et de construire des scénarios « économiquement bouclés »

L’évaluation de la viabilité économique repose approche est potentiellement de nature à surestimer


sur la simulation des prix de marché et prend les revenus lors de ces périodes, rien ne garantissant
en compte les incertitudes liées à la volatilité qu’en de telles situations les prix se fixent réellement
des prix de marché à ce niveau. L’approche prend en compte la règle de
rehaussement mécanique du plafond de prix chaque
Les capacités de production (ou d’effacement de fois que le prix de marché dépasse 60 % du plafond
consommation) fournissent différents services au de prix141.
système électrique qui sont valorisés sur les mar-
chés : marché de l’énergie (J-1 et infra-journalier), Les revenus tirés des marchés de l’énergie sont
mécanismes d’équilibrage court-terme (services présentés sous forme « nette », c’est-à-dire en reti-
système fréquence, réserves rapide et complé- rant des revenus liés à la vente d’électricité, les
mentaire, activations sur le mécanisme d’ajuste- coûts de combustibles et de CO2 nécessaires à la
ment) et mécanisme de capacité. production, ainsi que les coûts de démarrage.

Les revenus issus des marchés de l’énergie sont esti- Sur l’horizon 2022-2023 sur lequel des cotations de
més sur la base de la simulation du fonctionnement produits à terme existent142, une seconde approche
du système électrique européen, qui permet d’identi- est mise en œuvre pour évaluer les revenus sur les
fier les coûts marginaux, fournissant une estimation marchés de l’énergie. Cette approche, préconisée
des prix de marché. Lors des périodes où la consom- par la méthodologie publiée par l’ACER, se base
mation ne peut pas être satisfaite en France ou dans sur un modèle143 de prix spot « exogène » (i.e. ne
des pays voisins avec lesquels l‘interconnexion n’est reposant pas sur la modélisation de la formation
pas saturée, le prix est supposé atteindre le plafond des prix par les fondamentaux économiques), dont
de prix de marché (i.e. le plafond des bourses de les niveaux sont calés en espérance sur les cota-
l’électricité, aujourd’hui fixé à 3 000 €/MWh). Cette tions constatées de prix sur les marchés à terme144.

140. D écision de l’ACER du 2 octobre 2020 : [Link]


141. La règle de rehaussement des plafonds de prix a été approuvée par l’ACER. Elle consiste à appliquer un rehaussement du plafond de prix cinq semaines
après un pic de prix dépassant 60 % du plafond de prix. [Link]
HMMCP%20FOR%20SINGLE%20DAYAHEAD%20COUPLING%20D/Annex%20I_ACER%20DA%[Link]
142. À la date de publication de ce Bilan prévisionnel, des cotations sont aussi disponibles pour l’année 2024 mais ces cotations n’étaient pas disponibles sur
la période de cotation considérée pour l’analyse (du 02/11/2019 au 28/02/2020).
143. En pratique, plusieurs simulations de prix Spot sont établies de telle sorte que ces simulations reflètent en moyenne les cotations des prix forward et
présentent le même profil (shaping) que les prix spot réalisés sur la période 2005-2019.
144. Les prix forward de l’électricité considérés sont cohérents avec les prix forward des combustibles et du CO2 considérés et correspondent à la moyenne des
cotations sur la période allant de novembre 2019 à février 2020.

BILAN PRÉVISIONNEL de l’équilibre offre-demande d’électricité en France I ÉDITION 2021 209


Cette seconde approche ne permet cependant pas mais en identifiant isolément les revenus « stan-
d’identifier l’effet que pourrait avoir la fermeture dards » qui ont un caractère relativement garanti
de certaines capacités sur les prix et donc sur la et les revenus « exceptionnels ». Les revenus dits
rentabilité des autres capacités. Pour cette raison, « exceptionnels » sont ici définis comme l’espérance
l’analyse sur cette seconde approche ne constitue des revenus sur les 5 % des scénarios pour lesquels
pas l’analyse de référence de cette étude mais est les revenus annuels sont les plus favorables (soit
utilisée pour apporter un éclairage complémentaire. des configurations avec l’atteinte des plafonds de
prix sur un nombre d’heures important). Les reve-
Les revenus tirés des mécanismes d’équilibrage nus « standards » sont définis ici comme l’espérance
ont été estimés à partir des historiques de revenus des revenus en ne comptabilisant pas ces revenus
par filière. L’essentiel des revenus provient de la « exceptionnels ».
fourniture de services système fréquence (réserve
primaire et secondaire), entre 2 et 3 k€/MW/an La viabilité économique d’une capacité sera consi-
selon les technologiques constituent un majo- dérée comme non garantie si l’espérance de reve-
rant. Ce caractère majorant aujourd’hui devrait nus standards ne permet pas de couvrir la meilleure
être confirmé à l’avenir car la rémunération de la estimation des coûts fixes (i.e. le milieu de la four-
réserve primaire est structurellement orientée à la chette de coûts). Cette hypothèse est cohérente
baisse avec le développement de la concurrence avec la décision de l’ACER145 du 2 octobre 2020.
sur ce secteur (effacements de consommation,
batteries). La construction de scénarios économique-
ment bouclés sans et avec mécanisme de
Les revenus sur le mécanisme de capacité ne sont capacité permet de répondre à une exigence
pas explicitement modélisés. Les analyses visent européenne
en effet à estimer si les revenus « hors mécanisme
de capacité » sont suffisants pour couvrir les coûts, Conformément à la décision de l’ACER du 2 octobre
ce qui permet ensuite d’évaluer la nécessité ou non 2020, RTE a construit deux scénarios « économi-
d’un mécanisme de capacité. quement bouclés » : un « sans mécanisme de capa-
cité » à partir de 2023 et un « avec mécanisme de
Les revenus tirés du marché de l’énergie peuvent capacité » sur tout l’horizon. Ce « bouclage écono-
être très variables, notamment pour les capacités de mique » consiste à modéliser les décisions écono-
semi-base et de pointe car ces revenus dépendent miques de fermeture, mise sous cocon de capacités
des situations vécues d’équilibre offre-demande, et existantes et les décisions de développement de
notamment la survenue ou non d’épisodes de ten- nouvelles capacités, pour les filières dont l’évolu-
sion où les prix sont potentiellement très élevés. Les tion est conditionnée par les rémunérations sur les
exploitants de capacité sont susceptibles d’intégrer marchés. Le choix a été fait d’appliquer ce bouclage
une aversion au risque dans leurs prises de déci- économique uniquement sur les capacités instal-
sions concernant l’évolution de leurs capacités et de lées en France. Dans un contexte où des marges de
ne consentir aux dépenses pour maintenir les actifs capacité par rapport aux critères nationaux existent
en services (coûts d’exploitation et maintenance) en Europe, comme le montre le Mid-term Adequacy
qu’à condition que ces coûts soient couverts par des forecast d’ENTSOE, ceci permet d’éviter de sures-
revenus avec un minimum de certitude. Les reve- timer les effets de potentielles fermetures écono-
nus sur les marchés sont représentés en espérance miques à l’étranger sur le besoin d’un mécanisme

145. L
 a méthodologie qui précise les principes méthodologiques à respecter pour mener une telle évaluation prévoit, dans son article 6, la possibilité de
prendre en compte l’aversion au risque (Article 6, 9, iii, 1 « Additional approaches (such as “value at risk”) may be used to account for the price risk »).
[Link]

210
L’analyse de viabilité économique .6

de capacité en France. Ce choix permet aussi d’évi- mécanisme de capacité. L’effet de la présence ou
ter une dépendance des résultats à des hypothèses non d’un mécanisme de capacité et des niveaux de
moins maîtrisées sur les coûts dans les pays étran- revenus sur les marchés de l’énergie sur l’évolu-
gers, alors que ces hypothèses sur la France ont fait tion des capacités de cogénération et d’effacement
­l’objet d’une concertation. n’a pas été représenté par soucis de simplicité et
car la viabilité économique de ces capacités est
Le scénario « sans mécanisme de capacité » est relativement difficile à appréhender146, ce qui peut
construit, en considérant les seuls revenus tirés avoir tendance à sous-évaluer la contribution du
sur les marchés de court-terme et le marché de mécanisme de capacité. Les analyses menées dans
l’énergie, de façon itérative en ajustant la capa- le cadre du retour d’expérience sur le mécanisme
cité de TAC et de CCG en service jusqu’à atteindre de capacité apporteront des éclairages sur l’effet
une situation où chaque capacité peut couvrir ses d’un mécanisme de capacité sur les effacements
coûts (en considérant le milieu de la fourchette de de consommation et les cogénérations.
coût) sur la base des revenus de marchés (hors
revenus « exceptionnels »). Lorsque des capacités Ces deux scénarios, qui répondent aux exigences
ne couvrent pas leurs coûts fixes sur une année de la méthodologie européenne, doivent être consi-
donnée mais que cette situation n’est que transi- dérés avec précaution car la construction d’un scé-
toire, il a été supposé qu’elles restaient en service. nario économiquement bouclé est par nature très
C’est le cas d’une partie des capacités sur l’horizon sensible aux hypothèses (notamment sur les coûts
2024-2025. considérés, et la prise en compte du risque et des
revenus « exceptionnels » dans les décisions de
Le scénario « avec mécanisme de capacité » diffère fermeture et/ou de mise sous cocon). Une autre
du scénario « sans mécanisme de capacité » pour façon d’apporter un éclairage sur la nécessité d’un
les horizons où ce dernier fait apparaître un déficit mécanisme de capacité est proposée. Elle consiste à
de capacité par rapport au critère public et que ce ­tester la viabilité économique des capacités dans un
déficit résulte de la fermeture économique de capa- scénario ajusté sur le respect du critère de sécurité
cités. Pour ces horizons, le scénario « avec méca- d’approvisionnement. Ainsi, lorsque le scénario de
nisme de capacité » est construit en supposant que référence (atteinte des objectifs PPE/SNBC en fin
le mécanisme de capacité permettra le maintien d’horizon) fait apparaître des marges en capacité
en service des capacités TAC et CCG strictement (à partir de l’horizon 2024-2025) et que la viabilité
nécessaires au respect du critère de sécurité d’ap- économique des TAC et/ou CCG n’est pas assurée
provisionnement. Ce mode de construction est ali- dans ce scénario, l’analyse est complétée par une
gné avec l’architecture du mécanisme de capacité évaluation de la viabilité économique des capacités
français. CCG et TAC dans une configuration où une partie
des capacités sont déclassées de façon à respec-
Le bouclage économique réalisé ne porte que sur ter le niveau de sécurité d’approvisionnement sans
le maintien en service des capacités TAC (au gaz marge. L’appréciation de la viabilité économique
et au fioul), des CCG et les possibles investisse- dans ce scénario permet d’identifier si l’absence de
ments en batteries. Les autres capacités (parc mécanisme de capacité est susceptible de conduire
nucléaire, énergies renouvelables) sont suppo- à un risque pour le respect du critère public de
sées évoluer selon des orientations publiques et sécurité d’approvisionnement.
industrielles et non selon la présence ou non du

146. D
 ’une part, certaines cogénérations disposent de soutien public et d’autres de revenus chaleur plus ou moins « captifs ». D’autre part, les effacements
de consommation bénéficient de dispositifs de soutien public qui conditionnent en partie la trajectoire d’évolution, même si toutes les capacités n’en
bénéficient pas (du fait de critères d’éligibilité notamment), et leurs coûts sont moins documentés et dépendent des consommateurs effacés.

BILAN PRÉVISIONNEL de l’équilibre offre-demande d’électricité en France I ÉDITION 2021 211


6.2 Si les objectifs publics sont atteints, la rémunération
des capacités exposées aux prix de marché devrait baisser
significativement par rapport au niveau actuel et fragiliser
leur viabilité économique

Des hypothèses sur les prix des Coûts fixes d’exploitation et maintenance
combustibles, du CO2 et les coûts des des capacités et coûts d’investissements
capacités qui se basent sur des prix Les hypothèses de coûts fixes considérées pour
observés, une revue de littérature et la comparaison avec les revenus, prennent en
la concertation avec les acteurs compte les coûts fixes d’exploitation et mainte-
nance pour les capacités existantes et, pour les
L’analyse de la viabilité économique repose sur des potentielles nouvelles capacités, y ajoutent les
hypothèses concernant les (i) les coûts des capacités coûts d’investissements.
(coûts fixes d’exploitation et maintenance et, pour les
capacités susceptibles de se développer, coûts d’inves- Les hypothèses de coûts fixes pour les CCG et les
tissements) et (ii) les prix des combustibles et du CO2, TAC gaz et fioul reposent sur les hypothèses utili-
qui conditionnent le coût variable des capacités. Ces sées dans le Bilan prévisionnel 2019, qui sont rela-
hypothèses structurantes ont été établies en concer- tivement optimistes au regard (i) des hypothèses
tation avec les acteurs (pour les coûts et les prix), sur établies en concertation pour la publication du
la base d’une revue de littérature (pour les coûts et les Bilan prévisionnel 2017147, et (ii) des publications
prix) ainsi que d’observations sur les prix de marché récentes et détaillées de cabinets de consultants,
(pour la construction de l’évolution des prix). dans le cadre de mise en place du mécanisme de

Figure 6.1 Hypothèses de coûts fixes d’exploitation et de maintenance des CCG et TAC

50
45
40
35
en k€/MW/an

30
25
20
15
10
 Fourchette
5 de coûts
O&M
0
Hypothèse Hypothèse Étude Étude Hypothèse Hypothèse Hypothèse Étude Étude Hypothèse
Bilan Bilan Fichtner AFRY retenue Bilan Bilan Fichtner AFRY retenue
prévisionnel prévisionnel pour pour prévisionnel prévisionnel pour pour
(2017) (2019) Mécanisme Mécanisme (2017) (2019) Mécanisme Mécanisme
de capacité de capacité de capacité de capacité
en Belgique en Belgique en Belgique en Belgique
(2020) (2021) (2020) (2021)

CCG TAC (gaz et fioul)

147. [Link] page 83

212
L’analyse de viabilité économique .6

Sur la base des hypothèses de BNEF et de NREL,


une hypothèse de baisse de coût se situant entre
Figure 6.2 Hypothèses de coûts complet d’un projet
de batterie stationnaire (1 MW/2 MWh), 25 % et 45 % est considérée à l’horizon 2030.
intégrant les coûts d’investissement
annualisés et les coûts fixes d’exploitation Prix des combustibles et du CO2
et de maintenance
Les hypothèses de prix des combustibles
140 concernent l’ensemble des combustibles utilisés
120 dans le mix de production européen et notamment
100 du charbon même si les groupes au charbon sont
k€/MW/an

80 fermés en France à partir de 2022.


60
Pour l’ensemble des combustibles et pour le CO2,
40
les prix considérées pour les années 2021 à 2024
20
sont issus des cotations de produits à terme. Dans
0
2020 2021 2022 2023 2024 2025 2026 2027 2028 2029 2030
un contexte de forte fluctuation des prix à terme
depuis le début de la crise sanitaire, la moyenne
sur la période allant de début novembre 2019 à fin
février 2020 (i.e. avant le début de la crise sanitaire)
est considérée. À l’horizon 2030, les hypothèses de
capacité belge148. Ceci permet d’éviter de suréva- prix de combustibles et du CO2 sont basées sur les
luer la contribution d’un mécanisme de capacité à projections d’institutions publiques : le Commodity
la sécurité d’approvisionnement. Market Outlook publié par la World Bank (pour le
gaz), le Energy and Metals Consensus Forecasts
Les hypothèses de coûts d’un projet de stockage sta- publié par Consensus Economics (pour le charbon
tionnaire avec une capacité de stock de 2 heures sont et les produits pétroliers) et le European Carbon
établies sur la base des hypothèses contrastées issues Price Outlook publié par Bloomberg (pour le CO2).
des analyses de Bloomberg New Energy Finance et
du National Renewable Energy Laboratory aux USA.
Ces hypothèses représentent le coût complet d’un
projet de stockage stationnaire, à l’exception du coût
Figure 6.3 Hypothèses d’évolution des prix
de raccordement (selon le projet, ces coûts peuvent des combustibles et du CO2
être évités dans certains cas). Sont inclus dans le
80
périmètre de coût : (i) les cellules et le contrôle des
70
batteries (BMS battery management system) comp-
tant pour 55 % du CAPEX, (ii) le module de gestion 60
Euro/unité

et d’équilibrage du système (BOS) pour 10 %, (iii) la 50

conversion de puissance (PCS power conversion sys- 40

tem) pour 15 %, (iv) les coûts d’ingénierie, de fourni- 30


ture des équipements et de construction pour 20 %. 20

10
Les coûts d’opération et maintenance considérés 0
sont estimés à 3,5 % des CAPEX complets. Le coût 2020 2021 2022 2023 2024 2025 2026 2027 2028 2029 2030

annualisé est calculé avec deux hypothèses de coût CO2 (Euro/t) Gaz (Euro/MWht)
du capital (5 % pour l’hypothèse basse et 9 % pour Pétrole (Euro/bbl) Charbon (Euro/t)

l’hypothèse haute) et une durée de vie de 15 ans.

148. h
 ttps://[Link]/-/media/project/elia/elia-site/users-group/crm-implementation/documents/20201214_fichtner-report-cost-of-capacity-crm_en.pdf
et [Link]
Ces travaux sont basés sur des analyses centrale par centrale qui intègrent l’ensemble des coûts réellement portés par les exploitants de capacités (coûts
d’opération incluant les coûts de personnel, coûts administratifs, tarif de réseau gaz et électricité, coûts d’assurance, coûts de maintenance, taxes), même
s’ils doivent être pris avec précautions car adhérents au cadre en vigueur en Belgique (sur les taxes, les coûts d’accès au réseau de gaz et d’électricité, etc.).

BILAN PRÉVISIONNEL de l’équilibre offre-demande d’électricité en France I ÉDITION 2021 213


Les prix de l’électricité et situations où les capacités disponibles sur les
le clean spark spread devraient marchés ne sont pas suffisantes pour assurer
baisser au cours de la décennie. la couverture de la demande en France ou dans
d’autres pays européens avec lesquels l’inter-
Les prix sur le marché de l’électricité devraient connexion n’est pas saturée) et avoir ainsi un
connaître une baisse significative sur la première effet baissier sur le prix du ruban annuel.
moitié de la décennie, sous l’effet de deux facteurs :
uu Le développement important de la production Le clean spark spread représente le différentiel
d’électricité à faible coût variable, notamment entre le prix moyen de l’électricité et le coût de
renouvelable, conduira à une augmentation des fonctionnement d’un CCG typique149. La valeur
périodes de prix faible. Les durées annuelles où du clean spark spread ne constitue pas en soi un
le prix de marché en France serait inférieur à élément permettant de tirer une conclusion sur la
20 €/MWh passeraient ainsi de 5 % du temps à viabilité économique mais son évolution fournit un
12 % du temps en 5 ans, si les objectifs publics bon indicateur150 sur les variations des revenus sur
en matière de développement des capacités les marchés énergie pour des centrales au gaz.
d’énergies renouvelables et d’efficacité éner-
gétique (qui permettent de limiter la hausse de Le clean spark spread sera amené à baisser
la consommation d’électricité) sont tenus en nettement au cours de la première partie de la
France et en Europe. décennie, pour les mêmes raisons que celles
uu L’amélioration progressive de la sécurité d’ap- conduisant à la baisse du prix de l’électricité (le
provisionnement devrait réduire fortement les prix du gaz et du CO2 étant relativement stable
occurrences de pics de prix (correspondant aux sur la première moitié de la décennie).

Figure 6.4 Périodes de prix faibles (< 20 €/MWh) – scénario -« Atteinte des objectifs PPE/SNBC en fin d’horizon »151

25%

20%

15%

10%

5%

0%
18

19

20

23

25

1
02

02

02

03
20

20

20

20

20
-2

-2

-2

-2
-

-
21

22

23

24

25

30
20

20

20

20

20

20

149. Le calcul du Clean Spark Spread est effectué en considérant l’hypothèse d’un CCG de rendement de 50 % et émettant 0,352 tCO2/MWh.
150. Cependant cet indicateur, qui permet d’apprécier certaines tendances ne permet pas d’expliquer toutes les tendances. Etant calculés sur la base de prix
baseload, il ne peut refléter parfaitement les prix moyens lors des périodes de fonctionnement des capacités. En particulier, alors que le clean spark spread
augmente entre 2025 et 2030, les revenus des CCG diminuent du fait d’une déformation de la structure des prix de l’électricité. Ils sont plus importants
en moyenne mais du fait de leur rehaussement lors des périodes de forte production EnR et nucléaire.
151. L’année 2020 est atypique en termes de prix, du fait des effets de la crise sanitaire sur la consommation (avec notamment une baisse de l’ordre de 15 %
de la consommation pendant le premier confinement)

214
L’analyse de viabilité économique .6

Figure 6.5 Évolution du clean spark spread152

2
€/MWh

-2

-4

-6
2022-2023 2023-2024 2024-2025 2025-2026 2030-2031

Sur la seconde moitié de la décennie, le clean inférieur aux niveaux atteints depuis 2016. Du fait
spark spread devrait se stabiliser, voire se rehaus- de la baisse des durées de fonctionnement et des
ser légèrement. En effet, malgré la poursuite du prix lors des périodes de fonctionnement, les reve-
développement de production à faible coût de pro- nus des CCG pourraient être divisés par trois entre
duction (+70 TWh entre 2025 et 2030), l’augmen- 2022-2023 et 2024-2025.
tation des capacités d’export (+10 GW d’ici 2030)
et le développement des consommations d’électri- Les revenus sur les marchés de l’énergie des capaci-
cité (véhicules électriques, production d’hydrogène tés de pointe devraient quant à eux subir une baisse
par électrolyse) soutirées lors des périodes d’ex- encore plus marquée sur la décennie, du fait de
cédents de production à faible coût de production l’amélioration progressive de la sécurité d’approvi-
(énergies renouvelables et nucléaire) conduira à sionnement qui conduira à réduire les occurrences de
réduire les périodes de prix faibles en France et pics de prix. Cependant, malgré des marges impor-
soutiendra légèrement le niveau du clean spark tantes à l’horizon 2030 dans le scénario d’atteinte
spread dont le niveau restera très bas. des objectifs publics, les occurrences de pics de prix
(qui conditionnent la rémunération des capacités de
pointe) ne sont pas nulles. En effet, ces pics de prix
Les revenus des capacités de ne résultent pas des seules situations de tension en
production de semi-base et de pointe France : le fonctionnement européen du marché de
se dégradent sur la décennie l’électricité peut conduire à des pics de prix en France
lors d’épisodes de tension dans d’autres pays euro-
La baisse du clean spark spread permet d’anticiper péens (et sous condition que les interconnexions ne
une baisse des revenus des capacités de produc- soient pas saturées). Cela signifie que des moyens
tion sur le marché de l’énergie : les occurrences de de pointe en France tirent une rémunération asso-
prix suffisants pour rentabiliser le démarrage des ciée à leur contribution lors d’épisodes de tension
CCG se raréfieront et dès 2024-2025, le nombre dans des pays voisins. La part de cette rémunération
d’heures de fonctionnement à pleine puissance a vocation à augmenter avec le développement des
pourrait être inférieur à 2 500 heures soit un niveau interconnexions ce qui est cohérent avec la logique

152. Le calcul du Clean Spark Spread est effectué en considérant l’hypothèse d’un CCG de rendement de 50 % et émettant 0,352 tCO2/MWh.

BILAN PRÉVISIONNEL de l’équilibre offre-demande d’électricité en France I ÉDITION 2021 215


Figure 6.6 Nombre d’heures de fonctionnement des CCG (en équivalent pleine puissance) –
scenario « Atteinte des objectifs publics en fin d’horizon »

5 000
4 500
4 000
3 500
heures/an

3 000
2 500
2 000
1 500
1 000
500

0
14

15

16

17

18

19

20

22

23

24

25

26

31
20

20

20

20

20

20

20

0
-2

-2

-2

-2

-2

-2
21

22

23

24

25

30
20

20

20

20

20

20
de mutualisation européenne du « backup » grâce dépendantes du niveau de sécurité d’approvisionne-
au développement des interconnexions. Ceci signi- ment dans les pays voisins.
fie néanmoins que de très fortes incertitudes pèsent
sur la rémunération des moyens de pointe, notam- L’analyse basée sur les prix forward, menée sur l’hori-
ment à horizon 2030, car celles-ci sont fortement zon 2022-2023, en cohérence avec la recommandation

Figure 6.7 Revenus annuels nets (i.e. revenus diminués des coûts variables de production), hors revenus
capacitaires, prévisionnels des CCG et comparaison avec les hypothèses de coûts fixes153 –
scénario « Atteinte des objectifs publics en fin d’horizon »

80 CCG
Approche sur Approche sur prix simulés
prix Forward
70

60

50
k€/MW/an

 Revenus « exceptionnels »
issus des marchés
40 de l’énergie
 Revenus issus des marchés
30 de l’énergie, hors revenus
« exceptionnels »
20  Revenus issus des marchés
court-terme (réserves,
mécanisme d’ajustement)
10 Fourchette de coûts fixes
annuels d’opération et
0 maintenance
2022-2023 2022-2023 2023-2024 2024-2025 2025-2026 2030-2031

153. L
 ’approche basée sur prix de cotation des marchés forward n’est applicable que pour l’horizon 2022-2023, compte tenu de la disponibilité des cotations
sur la période de référence considérée (nov 2019-fév 2020).

216
L’analyse de viabilité économique .6

de l’ACER, fournit une vision des revenus que peuvent de référence. En effet, l’approche sur prix forward se
tirer les capacités sur les marchés de l’énergie, qui base sur des prix spot historiques réalisés, qui sont
peut apparaître significativement diffé­rente de celle recalés en espérance sur les cotations forward dispo-
fournie par l’approche de référence, basée sur la nibles. Dans la mesure où les épisodes de pics de prix
simulation explicite du fonctionnement du système sont très rares dans les prix spot réalisés et que les
électrique et la formation des prix. Cet écart est par- cotations forward ne reflètent que des prix en espé-
ticulièrement patent pour les moyens de pointe (les rance, cette approche est mal adaptée pour représen-
TAC en général et les TAC fioul en particulier) pour les- ter les occurrences de pics de prix, si on considère
quels l’approche basée sur les prix forward fournit des que les situations où la production ne peut satisfaire la
revenus significativement plus faibles que l’approche demande conduiraient à de tels pics de prix.

Figure 6.8 Revenus annuels nets (i.e. revenus diminués des coûts variables de production), hors revenus
capacitaires, prévisionnels des TAC au gaz et comparaison avec les hypothèses de coûts fixes –
scénario « Atteinte des objectifs publics en fin d’horizon »

50 Approche sur TAC au gaz


Approche sur prix simulés
prix Forward
45

40

35
k€/MW/an

30  Revenus « exceptionnels »
issus des marchés
25 de l’énergie
 Revenus issus des marchés
20 de l’énergie, hors revenus
« exceptionnels »
15
 Revenus issus des marchés
court-terme (réserves,
10
mécanisme d’ajustement)
5 Fourchette de coûts fixes
annuels d’opération et
0 maintenance
2022-2023 2022-2023 2023-2024 2024-2025 2025-2026 2030-2031

Figure 6.9 Revenus annuels nets (i.e. revenus diminués des coûts variables de production), hors revenus
capacitaires, prévisionnels des TAC au fioul et comparaison avec les hypothèses de coûts fixes –
scénario « Atteinte des objectifs publics en fin d’horizon »

45 TAC au fioul
Approche sur Approche sur prix simulés
prix Forward
40

35

30
k€/MW/an

 Revenus « exceptionnels »
25 issus des marchés
de l’énergie
20  Revenus issus des marchés
de l’énergie, hors revenus
15 « exceptionnels »
 Revenus issus des marchés
10 court-terme (réserves,
mécanisme d’ajustement)
5 Fourchette de coûts fixes
annuels d’opération et
0 maintenance
2022-2023 2022-2023 2023-2024 2024-2025 2025-2026 2030-2031

BILAN PRÉVISIONNEL de l’équilibre offre-demande d’électricité en France I ÉDITION 2021 217


Le stockage par batterie ne trouve pas Compte-tenu des besoins limités en services sys-
d’espace économique à l’horizon 2030 tème, le gisement sur ce modèle de valorisation
en dehors des capacités émergeant pourrait rapidement saturer autour de ce niveau,
actuellement pour la fourniture de en cohérence avec différentes études économiques
services système publiées par RTE sur le stockage154.

Comme dans de nombreux pays européens, L’émergence plus massive de capacités reposera
le développement des batteries est désormais nécessairement sur l’existence d’un modèle d’affaires
amorcé en France à un niveau industriel. Ce déve- basé sur la valorisation sur les marchés de l’énergie,
loppement repose principalement sur la fourniture sous forme d’arbitrages entre les prix spot sur diffé-
de réglage de fréquence, dont la rémunération rentes périodes, complétée par la rémunération au
est élevée, ainsi que sur la rémunération au titre titre du mécanisme de capacité. Des services complé-
du mécanisme de capacité. L’hypothèse considé- mentaires pour contribuer à la résorption de conges-
rée d’une capacité installée de l’ordre de 500 MW tions réseau sont également envisageable, mais le
fin 2022 (issue d’un recensement des projets par modèle d’affaire reste à confirmer155.
RTE et les GRD) est compatible avec des modèles
d’affaires reposant sur la fourniture de services Malgré une importante baisse des coûts atten-
système. due à l’horizon 2030156, les projets de batteries se

Figure 6.10 Coûts157 et revenus annuels prévisionnels (hors revenus capacitaires) des batteries se valorisant sur
des arbitrages entre différentiels de prix sur le marché de l’énergie et comparaison avec les hypothèses
de batteries 1 MW/2 MWh – scénario « Atteinte des objectifs publics en fin d’horizon »

140 Batteries
Approche sur
prix Forward Approche sur prix simulés
120

100
k€/MW/an

80

60  Revenus « exceptionnels »
issus des marchés
de l’énergie
40
 Revenus issus des marchés
de l’énergie, hors revenus
20 « exceptionnels »
Fourchette de coûts
fixes annualisés
0 (CAPEX annualisés + OPEX)
2022-2023 2022-2023 2023-2024 2024-2025 2025-2026 2030-2031

154. [Link]
155. RTE a lancé début 2021 un appel à manifestation d’intérêt sur 4 zones du réseau français afin d’évaluer la capacité de solutions de flexibilité, essentiellement
à base de stockage, de repousser certains investissements réseau.
156. Les hypothèses de coûts d’un projet de stockage stationnaire avec une capacité de stock de 2h sont établies sur la base des hypothèses contrastées issues
des analyses de Bloomberg New Energy Finance et du National Renewable Energy Laboratory aux USA. Ces hypothèses représentent le coût complet d’un
projet de stockage stationnaire, à l’exception du coût de raccordement (selon le projet, ces coûts peuvent être évités dans certains cas). Sont inclus dans le
périmètre de coût : (i) les cellules et le contrôle des batteries (BMS battery management system) comptant pour 55 % du CAPEX, (ii) le module de gestion
et d’équilibrage du système (BOS) pour 10 %, (iii) la conversion de puissance (PCS power conversion system) pour 15 %, (iv) les coûts d’ingénierie, de
fourniture des équipements et de construction pour 20 %.
Les coûts d’opération et maintenance considérés sont estimés à 3,5 % des CAPEX complets. Le coût annualisé est calculé avec deux hypothèses de coût
du capital (5 % pour l’hypothèse basse et 9 % pour l’hypothèse haute) et une durée de vie de 15 ans. Sur la base des hypothèses de BNEF et de NREL,
une hypothèse de baisse de coût se situant entre 25 % et 45 % est considérée à l’horizon 2030.
157. Coûts fixes annualisés, intégrant les coûts d’investissements et les coûts fixes d’opération et maintenance

218
L’analyse de viabilité économique .6

valorisant à partir d’arbitrages sur le marché de coût des batteries et les revenus des marchés de
l’énergie n’apparaissent pas viables économique- l’énergie reste trop important.
ment sur la décennie 2020-2030. L’écart entre le

1.3. Un mécanisme de capacité nécessaire a minima


sur l’horizon 2023-2026 pour que le système électrique
respecte le critère de sécurité d’approvisionnement

Une partie importante des TAC et les marchés de l’énergie sont très variables (car
certains CCG ne sont pas en mesure de ils dépendent fortement de l’occurrence ou non de
couvrir leurs coûts fixes sans maintien situations de tension sur l’équilibre offre-demande)
du mécanisme de capacité dès 2023 et il est raisonnable de considérer que l’exploi-
tant de capacités de TAC ne décide leur maintien
Les turbines à combustion (TAC) sont des capacités en service qu’à condition que les coûts de fonc-
d’appoint (ou d’« extrême pointe »), qui ont voca- tionnement soient couverts par les revenus avec
tion à être utilisées quelques dizaines à quelques un certain niveau de certitude. Ainsi, en tenant
centaines d’heures par an. Leur conception, visant compte de l’aversion des exploitants de capacité
à minimiser les coûts d’investissement, conduit au risque, c’est en dire en considérant les revenus
à des rendements faibles (35 % pour les TAC au en espérance hors revenus « exceptionnels », cor-
fioul et 42 % pour les TAC au gaz) et donc des respondant aux 5 % des scénarios les plus favo-
coûts variables élevés. Les revenus des TAC sur rables, les capacités TAC au gaz et surtout au fioul

Figure 6.11 Synthèse des analyses sur la viabilité économique des CCG et TAC existantes et des projets de batteries
(hors modèle se valorisant sur la fourniture de services systèmes), sans rémunération capacitaire –
scénario « Atteinte des objectifs publics en fin d’horizon »

Coûts à couvrir
par les revenus Capacité
2022- 2023- 2024- 2025- 2030-
Filière de marché pour installée
2023 2024 2025 2026 2031
assurer la viabilité à fin 2020
économique

CCG 6,2 GW
Coûts fixes
TAC au gaz d'opération et 0,6 GW
maintenance
TAC au fioul 1.4 GW

Potentielles
Coûts d'investissement
nouvelles batteries
et coûts fixes
se valorisant sur le
d'opération et
marché de l’énergie
maintenance
(arbitrages)

Viabilité économique assurée (hors revenus capacitaires)


 Viabilité économique non assurée, sauf si les revenus « exceptionnels » sont comptabilisés (hors revenus capacitaires)
 Viabilité économique non assurée, y compris en tenant compte des revenus « exceptionnels » (hors revenus capacitaires)

BILAN PRÉVISIONNEL de l’équilibre offre-demande d’électricité en France I ÉDITION 2021 219


n’apparaissent pas économiquement viables dès sécurité d’approvisionnement fortement dégradée
2023 sans rémunération capacitaire157. La prise en sur ces années.
compte d’une prudence et d’une aversion au risque
apparaît nécessaire dans l’analyse compte tenu du
fait qu’une partie importante des revenus (typique- À partir de l’hiver 2024-2025, les marges
ment supérieure à 50 % pour les premières années) théoriques associées à un maintien en
est issue de pics de prix, que le modèle reproduit service du parc thermique ne sont pas
mais dont la réalité n’est pas garantie. L’analyse à compatibles avec la viabilité économique
partir des prix de marché forward montre de façon des TAC et des CCG
encore plus nette la nécessité d’une rémunération
capacitaire pour les TAC fonctionnant au fioul dont L’amélioration de la sécurité d’approvisionnement
les coûts variables sont les plus élevés. à partir de 2024-2025, précédemment constatée,
repose notamment sur le maintien en service des
L’analyse du bouclage économique montre que la moyens thermiques existants (CCG, TAC et l’essen-
fermeture de capacité pourrait concerner toutes tiel des cogénérations), qui représenteront à cet
les TAC actuelles (2 GW) et 1,4 GW de CCG dès horizon de l’ordre de 14 GW de capacité installée.
2023-2024 et accroître le déficit de capacité par
rapport au critère public sur l’horizon 2023-2024. Cependant, la baisse des prix affectera la viabi-
Compte-tenu de ces éléments, il apparaît ainsi lité économique des moyens thermiques. Dans ce
nécessaire d’« ouvrir » les années de livraison 2023 contexte, l’ensemble des moyens thermiques, CCG
et 2024 du mécanisme de capacité afin d’éviter et turbines à combustion, ne seraient plus en mesure
un possible risque de fermeture ou de mise sous de couvrir leurs coûts fixes dès 2023-2024, ce qui
cocon de capacités TAC et CCG qui conduirait à une pourrait conduire à la fermeture ou la mise sous

Figure 6.12 Revenus annuels nets (i.e. revenus de marché diminués des coûts variables de production)
prévisionnels des unités au gaz et fioul à l’horizon 2025 et comparaison avec les hypothèses
de coûts fixes – scénarios de référence et de retour à un système « sans marge »

40

35
 Revenus « exceptionnels » issus
30 des marchés de l’énergie
 Revenus issus des marchés
de l’énergie, hors revenus
k€/MW/an

25
« exceptionnels »
20  Estimation des revenus tirés
sur le marché des réserves
15 (sur la base du réalisé 2018)
Fourchette de coûts fixes
10 annuels d’opération et de
maintenance
5

0
TAC au fioul TAC au gaz CCG CCG
Scénario de maintien du parc thermique existant Scénario de
fermeture ou mise
sous cocon des TAC
et de certains CCG
(respect sans marge
du critère de sécurité
d’approvisionnement)

157. L’analyse menée sur l’horizon 2022-2023 considère que la rémunération capacitaire s’interrompt à fin 2022.

220
L’analyse de viabilité économique .6

cocon d’une partie de ces capacités, même si ces au critère de sécurité d’approvisionnement, de
dynamiques de mises à l’arrêt d’installations de pro- sorte que ces capacités pourraient ne pas pouvoir
duction ne peuvent être anticipées avec précision, valoriser leurs certificats de capacité. D’autre part,
car les décisions des exploitants intègrent d’autres le rehaussement des prix sur le marché de l’éner-
considérations (enjeux industriels, sociaux, etc.). gie qui résulterait de la fermeture d’une partie
des capacités thermiques n’est pas suffisant pour
La fermeture ou mise sous cocon d’une partie des assurer des revenus suffisants pour les capacités
capacités thermiques améliorerait la rentabilité résiduelles.
des autres unités au gaz qui resteraient en ser-
vice. Cependant, il n’existe aucune garantie que Néanmoins, il pourrait être pertinent de profiter de
la viabilité économique des capacités strictement l’existence de capacités TAC et CCG, dont le coût
nécessaires au respect du critère de sécurité d’ap- d’investissement a déjà été consenti, pour rehaus-
provisionnement soit assurée sur la base des seuls ser le critère de sécurité d’approvisionnement et, à
revenus sur les marchés de l’énergie et des marchés travers l’adaptation du dimensionnement du méca-
court terme. Une configuration où toutes les TAC et nisme de capacité, de sécuriser le maintien en ser-
plusieurs CCG seraient fermés, conduisant au res- vice d’une partie significative du parc thermique.
pect – sans marges – du critère de sécurité d’appro- Ceci permettrait de rendre le système électrique
visionnement, a été testée et montre que la viabilité plus robuste à certains évènements (disponibilité
économique des capacités CCG restantes n’est pas dégradée du parc nucléaire, retards sur la trajec-
assurée sans rémunération capacitaire. C’est dans la toire de développement des énergies renouve-
seule configuration où à la fois les coûts fixes d’opé- lables, etc.), réduirait la dépendance de la sécurité
ration et maintenance seraient dans le bas de la d’approvisionnement de la France aux choix d’évo-
fourchette (alors même que les hypothèses de coûts lution du mix dans les pays voisins et permettrait
retenues sont plutôt optimistes) et où les exploitants d’envisager un rythme plus soutenu des trans-
de capacité ne seraient pas averses au risque, c’est- ferts d’usage, qui apparaît utile pour rehausser les
à-dire qu’ils tiendraient compte des revenus « excep- objectifs de décarbonation, comme le prévoit la
tionnels » incertains dans leur décision de maintien Commission européenne.
en service des capacités, que le risque de fermeture
des capacités pourrait être écarté. Le niveau actuel du critère de sécurité d’approvi-
sionnement repose sur un fondement économique,
Ainsi, aux horizons 2024-2025 et 2025-2026, le consistant en un arbitrage entre le coût socio-éco-
mécanisme de capacité apparaît nécessaire pour nomique de la défaillance et les coûts complets de
éviter que la fermeture de capacités de semi-base développement de nouveaux moyens contribuant à
et de pointe puisse conduire à un niveau de sécu- la sécurité d’approvisionnement. À partir de l’hori-
rité d’approvisionnement inférieur au critère public. zon 2024-2025, les termes de ce raisonnement éco-
nomique évoluent : un rehaussement du niveau de
sécurité d’approvisionnement est atteignable sans
À l’horizon 2030, le maintien de tout ou développer de nouvelles capacités mais seulement
partie du parc de CCG et TAC constitue en maintenant les capacités thermiques existantes
un levier pour améliorer la sécurité et donc pour un coût significativement inférieur. RTE
d’approvisionnement, mais n’est pas mènera au cours de l’année 2021 une analyse sur
économiquement viable sans évolution l’opportunité économique d’un rehaussement du
de l’architecture du marché critère de sécurité d’approvisionnement, en cohé-
rence avec l’exigence du paquet législatif « Une
À l’horizon 2030, dans le scénario d’atteinte des énergie propre pour tous les citoyens européens »
ambitions publiques, l’absence de viabilité écono- (règlement électricité 2019/943). Cette analyse
mique pour les CCG et les TAC pourrait théorique- pourra conduire à des propositions d’évolution du
ment conduire à la fermeture de l’ensemble du parc critère de sécurité d’approvisionnement.
thermique, même avec le maintien du mécanisme
de capacité actuel. D’une part, l’intégralité du parc L’analyse économique montre que si les pouvoirs
CCG et TAC se trouve « en excédent » par rapport publics souhaitaient un rehaussement du niveau de

BILAN PRÉVISIONNEL de l’équilibre offre-demande d’électricité en France I ÉDITION 2021 221


sécurité d’approvisionnement, pour les raisons citées mécanisme de capacité. Elles doivent néanmoins
ci-dessus, il serait nécessaire d’adapter l’architecture être considérées avec précaution, compte tenu
de marché, qui ne permet aujourd’hui que de sécu- de la forte influence que peuvent avoir certaines
riser les capacités nécessaires au respect du critère hypothèses (sur les coûts fixes, la prise en
actuel. Ceci peut notamment passer par une évolu- compte de l’aversion au risque des exploitants
tion du paramétrage du mécanisme de capacité en de capacité) et l’absence de prise en compte
cohérence avec une évolution du critère. d’autres considérations dans la décision de fer-
meture ou de mise sous cocon. La réalité est
plus complexe mais ces trajectoires permettent
L’analyse économique permet d’établir d’établir un ordre de grandeur du risque de fer-
des trajectoires d’évolution du parc meture possible, si aucun dispositif de rémuné-
dans des configurations sans et avec ration capacitaire n’est en place. Elles montrent
mécanisme de capacité, conformément que la sécurité d’approvisionnement serait plus
aux exigences du cadre européen fortement dégradée dès l’hiver 2022-2023 sans
ouverture de l’année de livraison 2023 du méca-
Le bouclage économique permet de construire nisme de capacité.
des trajectoires d’évolution du parc sans et avec

Figure 6.13 Trajectoires de marges dans le scénario de référence et ses variantes prenant en compte les possibilités de
fermeture économique des capacités thermiques, avec et sans mécanisme de capacité (à partir de 2023)
Marges/Déficits par rapport au critère (MW)

6 000
5 000 Avec prise en compte
des effets de la
4 000 viabilité économique
3 000 sur l’évolution du parc
thermique - configuration
2 000 sans mécanisme de
capacité à partir de 2023
1 000
Avec prise en compte
0 des effets de la
-1 000 viabilité économique
sur l’évolution du parc
-2 000 thermique - configuration
avec maintien du
-3 000 mécanisme de capacité
-4 000 Sans prise en compte
-5 000 des effets de la viabilité
économique sur
-6 000 l’évolution du parc
2021-2022 2022-2023 2023-2024 2024-2025 2025-2026

222
LES
CARACTÉRISTIQUES
D’UN SYSTÈME
ÉLECTRIQUE
EN TRANSITION

ANNEXES TECHNIQUES DU BILAN PRÉVISIONNEL


7
LES CARACTÉRISTIQUES
D’UN SYSTÈME ÉLECTRIQUE
EN TRANSITION

7.1 Une production d’électricité sur le territoire national


plus abondante et plus diversifiée en 2030 qu’aujourd’hui

7.1.1 La production renouvelable La production issue des énergies renouvelables


devrait se rapprocher des 40 % de la devrait ainsi augmenter significativement pour
production française d’ici 2030 atteindre près de 230 TWh à l’horizon 2030 dans
le scénario d’atteinte des objectifs de la PPE et
Des trajectoires très ambitieuses de développe- 200 TWh dans le scénario d’atteinte partielle
ment des énergies renouvelables sont fixées dans (contre moins de 130 TWh en 2019). La part de
la PPE, avec un quadruplement de la capacité pho- ces énergies dans la production totale d’électri-
tovoltaïque (48 GW à l’horizon 2030, via en majo- cité devrait ainsi s’établir entre 35 et 40 % à cet
rité de grands parcs au sol), un doublement de la horizon.
capacité installée actuelle de la filière éolienne ter-
restre (38 GW), et l’installation de près de 6 GW Dans l’hypothèse du scénario de référence, la
de parcs éoliens en mer (sur un peu plus d’une production éolienne devrait par ailleurs devenir
dizaine de parcs). L’atteinte des cibles affichées la première source renouvelable de production
dans la PPE nécessitera une inflexion forte dans le d’électricité en France aux alentours de 2026.
développement de ces filières, que l’on n’observe
pas encore aujourd’hui, notamment pour la filière La croissance de la production renouvelable conduira :
photovoltaïque. uu à une augmentation du solde exportateur ;
uu à accompagner des politiques de décarbona-
Des trajectoires de développement plus mesu- tion nécessitant la croissance de l’utilisation
rées sont intégrées dans le scénario « atteinte de l’électricité, notamment dans le secteur des
partielle des objectifs PPE/SNBC », basées transports (avec le véhicule électrique), de la
notamment sur une capacité installée de 37 GW production d’hydrogène (avec le développement
pour le photovoltaïque, de 35 GW pour l’éolien de l’électrolyse) ou du bâtiment (chauffage élec-
terrestre et de 4,4 GW pour le parc offshore à ce trique notamment).
même horizon.

224
Les caractéristiques d’un système électrique en transition .7

Figure 7.1 Évolution de la production des filières éolienne et solaire en France

Atteinte partielle des objectifs


Atteinte des objectifs PPE
120

100

80
TWh

60

40

20
Éolien terrestre
0 Éolien en mer
14

15

16

17

18

19

20

1
02

02

02

02

02

03
20

20

20

20

20

20

20

-2

-2

-2

-2

-2

-2
21

22

23

24

25

30
20

20

20

20

20

20

Atteinte partielle des objectifs


Atteinte des objectifs PPE
120

100

80
TWh

60

40

20

0 Photovoltaïque
14

15

16

17

18

19

20

1
02

02

02

02

02

03
20

20

20

20

20

20

20

-2

-2

-2

-2

-2

-2
21

22

23

24

25

30
20

20

20

20

20

20

BILAN PRÉVISIONNEL de l’équilibre offre-demande d’électricité en France I ÉDITION 2021 225


7.1.2 L’évolution du mix électrique pour les prochaines années, décomposable en trois
conduit la part du nucléaire dans la temps :
production à atteindre environ 60 % uu sur les deux prochaines années, les effets de la
crise sanitaire sont encore prégnants sur la den-
Grâce à des coûts de combustibles plus bas que sité et la durée des arrêts programmés, ame-
ceux des moyens thermiques fossiles dans le reste nant à une production de l’ordre de 350 TWh
de l’Europe, la production nucléaire en France res- sur l’année ;
tera compétitive sur les marchés européens de uu jusqu’à la fermeture de nouveaux réacteurs
l’électricité. Par ailleurs, les épisodes de modula- entre 2027 et 2030, un retour à des niveaux de
tion de production du parc ne devraient pas aug- production légèrement plus élevés est à pré-
menter notablement d’ici 2030, d’une part du voir, entre 360 et 375 TWh, notamment grâce
fait de l’augmentation de la consommation et de aux plannings d’arrêts sensiblement moins
sa flexibilité, qui permet de placer davantage de denses que sur les trois années précédentes
consommation lors des périodes d’excédents de et au fonctionnement à pleine puissance de
production nucléaire (recharge des véhicules élec- l’EPR de Flamanville. Ils resteront néanmoins
triques, électrolyse, etc.), et d’autre part du fait du nettement en-deçà des niveaux observés
développement des interconnexions. historiquement, conséquence d’une dégra-
dation structurelle de la disponibilité du parc
Cette conclusion est en ligne avec les analyses en particulier pour faire face aux enjeux de
précédemment publiées par RTE, notamment dans ­vieillissement des réacteurs ;
le rapport d’octobre 2018 sur les échanges d’élec- uu en 2030, après la fermeture de quatre nouveaux
tricité aux interconnexions, qui abordait spécifi- réacteurs, la production nucléaire devrait alors
quement la question des débouchés (physiques et se rapprocher de 340 TWh. La part du nucléaire
économiques) de la production décarbonée fran- dans la production globale d’électricité s’établi-
çaise dans des scénarios de croissance forte de rait alors en dessous de 60 % (contre 71 % en
l’éolien et du solaire. 2019), sous l’effet de la baisse de la capacité
et la disponibilité tendanciellement baissière du
Une perspective baissière sur la part de la pro- parc, conjugué au développement des énergies
duction d’origine nucléaire est toutefois à prévoir renouvelables.

Figure 7.2 Évolution de la production nucléaire en France

Atteinte partielle des objectifs


Atteinte des objectifs PPE
440

420

400

380
TWh

360

340

320

300
14

15

16

17

18

19

20

1
02

02

02

02

02

03
20

20

20

20

20

20

20

-2

-2

-2

-2

-2

-2
21

22

23

24

25

30
20

20

20

20

20

20

226
Les caractéristiques d’un système électrique en transition .7

7.1.3 La production thermique diminue La production d’électricité à partir du combustible


fortement, conséquence de l’érosion du fioul devrait quant à elle être quasi-nulle à l’hori-
parc et du développement des énergies zon 2030, dans l’hypothèse de fermeture progres-
renouvelables sive des cogénérations et moyens de production de
faible puissance unitaire au fioul, ainsi que des tur-
La production des centrales thermiques en France bines à combustion bretonnes les plus anciennes.
est très dépendante de celle du parc nucléaire De manière générale, les turbines à combustion au
et des conditions météorologiques : les moyens fioul restantes en 2030 ne fonctionneraient qu’un
thermiques constituent en effet des moyens de nombre très limité d’heures par an lors des épi-
semi-base ou de pointe, qui sont appelés sur les sodes de tension et de prix élevés, et ne repré-
marchés après les moyens de production renouve- senteraient donc pas un enjeu pour la baisse des
lable et nucléaire. émissions de gaz à effet de serre.

Les analyses de RTE conduisent à mettre en avant La production des centrales au gaz est
une perspective de diminution de la production amenée à se maintenir jusqu’à la mise
thermique fossile, en-dessous des 25 TWh en en service de l’EPR, avant de baisser
2030 (soit moins de 5 % de la production fran- légèrement
çaise), contre près de 40 TWh aujourd’hui. Ce À l’inverse, plusieurs facteurs concourent à prévoir
constat est néanmoins différent pour le charbon, une dynamique en baisse de la production des cen-
le fioul et le gaz. trales à cycle combiné au gaz, et plus largement de
la filière au gaz, sur la prochaine décennie.
Un arrêt de la production d’électricité
à base de charbon en 2022 et une D’ici à la mise en service de l’EPR de Flamanville,
disparition progressive de celle au fioul une perspective de stabilité voire de très légère
La production d’électricité à base de charbon, déjà hausse pourrait toutefois être entrevue, notamment
faible en France, devrait dans un premier temps due à l’importance du programme de travaux sur
décroître du fait des conditions de marché, puis les réacteurs nucléaires entraînant une moindre
disparaître au fur et à mesure de la fermeture des ­disponibilité du parc nucléaire.
dernières centrales prévues d’ici fin 2022.

Figure 7.3 Évolution de la production thermique fossile en France

Atteinte partielle des objectifs


Atteinte des objectifs PPE
60

50

40
TWh

30

20

10
Fioul
Charbon
Gaz
0
14

15

16

17

18

19

20

22

23

24

25

31
02
20

20

20

20

20

20

20

20

20

20

20

20
-2
1-

2-

3-

4-

0-
25
2

3
20

20

20

20

20

20

BILAN PRÉVISIONNEL de l’équilibre offre-demande d’électricité en France I ÉDITION 2021 227


Ensuite, la mise en service de l’EPR et l’augmen- notamment ceux dont la construction est prévue
tation conséquente de la production renouvelable dans la décennie).
en France et à l’étranger devraient conduire à
des durées de fonctionnement sensiblement plus
faibles et donc à des niveaux de production plus 7.1.4 Une production d’électricité
bas (moins de 25 TWh pour la filière gaz en 2030), décarbonée en hausse
en dépit de la fermeture de quatre réacteurs
nucléaires entre 2027 et 2030. Les objectifs de la PPE entraînent une hausse
conséquente de la production décarbonée, de 48 à
Ces perspectives sont établies à température de 77 TWh par rapport à 2019.
référence et doivent être considérées avec pru-
dence, la production effective des centrales au gaz La part de la production décarbonée dans le mix
étant susceptible de varier largement d’une année devrait ainsi continuer à augmenter, dépassant
sur l’autre, notamment selon le climat ou encore 95 % en 2030, y compris dans le scénario où les
selon l’évolution de la compétitivité des CCG en objectifs de la PPE ne seraient pas pleinement
France par rapport à ceux des pays voisins (et atteints.

Figure 7.4 Évolution des bilans énergétiques en France (en TWh)

2019 2030

Scénario « Atteinte Scénario « Atteinte


des objectifs PPE/SNBC » partielle des objectifs »

12 10 10 38 10
34 57
15
18 5 4
58 7 80
60 95 71

3 78

37 535 TWh 598 TWh 569 TWh


343 344
2 65
67
471 496 484
379 24
23

21 % 71 % 38 % 57 % 35 % 60 %

Demande Production
Consommation Nucléaire Fioul Éolien en mer
Solde exportateur Charbon Hydraulique Solaire
Stockage Gaz Éolien terrestre Bioénergies

228
Les caractéristiques d’un système électrique en transition .7

Figure 7.5 Évolution de la production décarbonée en France


Atteinte partielle des objectifs
Production par filière décarbonée (TWh)

Atteinte des objectifs PPE


600

500

400

300

200
Bioénergies
Solaire
100 Éolien
Hydraulique
Nucléaire
0
1990 1995 2000 2005 2010 2015 2020 2025/2026 2030/2031

7.1.5 La transformation du mix dans l’ensemble des pays voisins de la France dans
se poursuit à l’échelle européenne l’hypothèse du scénario de référence. Cette part
progresse, d’une part grâce à l’augmentation des
La transition énergétique engagée dans l’ensemble capacités de production renouvelable, et d’autre
des pays européens modifie considérablement le part du fait de la diminution des parcs thermiques
paysage électrique, avec une augmentation sen- fossiles et nucléaires.
sible de la part de la production décarbonée dans
les différents mix. Seule la France conserve une production nucléaire
majoritaire. La Grande-Bretagne, la Suisse et l’Es-
À l’étranger, la part des énergies renouvelables pagne seront par ailleurs les seuls autres pays voisins
dans le mix de production devrait être majoritaire à disposer encore d’un parc de production nucléaire.

Figure 7.6 Évolution de la répartition de la production d’électricité en France et dans les pays interconnectés

2019 2030
100% 100%
90% 90%
80% 80%
70% 70%
60% 60%
50% 50%
40% 40%
30% 30%
20% 20%
10% 10%
0% 0%
e

ne

ue

lie

ce

ne

ue

ne

lie

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et

et
c

gn

iss

nd

iss
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Ita
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Br

ag

iq

Br

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Su

Su
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lg

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e-
Fr

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Fr
m

Irl

Irl
Be

Es

Be

Es
nd

nd
le

le
Al

Al
ra

ra
G

Énergies renouvelables   Thermique fossile   Nucléaire

BILAN PRÉVISIONNEL de l’équilibre offre-demande d’électricité en France I ÉDITION 2021 229


7.2 Un système électrique toujours largement exportateur,
mais des échanges encore plus volatils

Le système électrique français largement exporta- Cette énergie décarbonée compétitive disponible
teur aujourd’hui devrait le rester fortement, voire en France pourrait alternativement servir des poli-
accroître son niveau d’export d’ici 2030, avec un tiques plus ambitieuses de décarbonation de sec-
solde de 95 TWh en 2030 dans le scénario d’atteinte teurs de l’économie française recourant aujourd’hui
des objectifs PPE/SNBC et de 80 TWh dans le scé- à des énergies fossiles.
nario d’atteinte partielle (contre 60 TWh en 2019).
Malgré cette tendance globalement exportatrice,
La progression du solde exportateur résulte de le volume des importations pourrait néanmoins
­plusieurs effets : croître dans certaines situations d’exploitation, en
uu en premier lieu, le développement de la pro- lien avec l’augmentation des capacités d’échanges
duction renouvelable, associé au maintien transfrontaliers. Cette évolution se traduirait alors
d’une grande partie de la capacité nucléaire en par une augmentation de la contribution des inter-
France, accroît la quantité d’énergie compétitive connexions à la sécurité d’alimentation en France.
disponible en France ; Ces situations d’imports ne doivent néanmoins
uu dans le même temps, la fermeture de réac- pas être considérées comme un échec du fonc-
teurs nucléaires en Europe et le déclassement tionnement du système, mais comme une consé-
des parcs charbon, favorise la compétitivité des quence normale de la mutualisation des capacités
moyens de production en France ; et d
­ ’optimisation de la gestion de la production au
uu enfin, le développement des interconnexions niveau européen.
favorise les échanges.

Figure 7.7 Évolution du solde exportateur

Historique à températures réalisées Projection à températures normales


120
Atteinte partielle des objectifs
Atteinte des objectifs PPE
100

80
TWh

60

40

20

0
14

15

16

17

18

19

20

22

31
02

02

02

02
20

20

20

20

20

20

20

20

20
-2

-2

-2

-2
-

-
21

22

23

24

25

30
20

20

20

20

20

20

230
Les caractéristiques d’un système électrique en transition .7

7.3 Une contribution importante du système électrique


à la décarbonation de l’économie française

À l’horizon 2030, la transformation du système le climat, ne se prononce pas sur l’impact global
électrique s’inscrit dans un contexte de renforce- des mesures envisagées, mais recommande pour
ment de la lutte contre le changement climatique. sa part d’évaluer plus systématiquement la contri-
Les discussions législatives et réglementaires en bution des politiques publiques à l’aune des trajec-
cours à différents niveaux témoignent en effet toires de la stratégie nationale bas-carbone.
d’une volonté d’accélérer la réduction des émis-
sions de gaz à effet de serre : Dans ce contexte, le débat public sur les politiques
uu à l’échelle européenne, les Etats membres de énergie-climat porte régulièrement sur les mesures
l’Union européenne se sont récemment accor- supplémentaires à mettre en place pour renforcer
dés sur un rehaussement de l’objectif de réduc- la réduction des émissions de gaz à effet de serre.
tion des émissions de gaz à effet de serre à
l’horizon 2030, fixé à au moins -55 % par rap- Parmi les mesures engagées ou envisagées, l’élec-
port aux niveaux de 1990 (contre -40 % dans trification de certains usages est amenée à jouer
l’objectif précédemment fixé)158. un rôle important pour l’atteinte des objectifs
uu à l’échelle nationale, le projet de loi « Climat clima­tiques. La capacité à produire de l’électricité
et résilience » reprenant les propositions de la à partir de sources bas-carbone permet en effet
Convention citoyenne pour le climat, et actuelle- d’envisager des transferts d’usages vers l’électri-
ment en discussion au Parlement, vise à appor- cité pour décarboner un grand nombre d’usages
ter de nouvelles mesures pour lutter contre le énergétiques, dans le transport, le secteur des
changement climatique. Celles-ci doivent per- bâtiments ou encore l’industrie. Dans tous les scé-
mettre d’atteindre l’objectif fixé par la LTECV de narios prospectifs visant l’atteinte de la neutralité
réduire les émissions de gaz à effet de serre carbone à l’échelle mondiale ou européenne, la
de -40 % d’ici 2030 par rapport à 1990 (objec- part de l’électricité dans la consommation d’énergie
tif susceptible d’être revu en conséquence du doit ainsi augmenter fortement et ce, dès les pro-
rehaussement de l’objectif européen). chaines années. L’électrification des usages appa-
raît d’autant plus favorable pour la réduction des
En marge de ces discussions, plusieurs publica- émissions de gaz à effet de serre en France, où le
tions récentes analysant les mesures existantes mix électrique s’appuie dès aujourd’hui très large-
ou prévues dans le projet de loi « Climat et rési- ment sur des moyens de production bas-carbone.
lience » montrent la difficulté d’atteindre les ambi-
tions de réduction des émissions à l’horizon 2030 Ces transferts d’usage suscitent régulièrement des
(étude du BCG159, avis du Haut conseil pour le interrogations sur les volumes d’électricité supplé-
climat160, étude de Carbone 4161). Les études du mentaires associés, sur la capacité réelle du système
BCG et de Carbone 4 soulignent ainsi l’effet positif électrique à absorber, sur le bilan carbone global ou
des mesures engagées par le Gouvernement mais encore sur le coût pour la collectivité et le consom-
également le caractère probablement insuffisant mateur. Pour apporter des éléments d’éclairage sur
de ces mesures pour atteindre l’objectif de -40 % ces questions, RTE a engagé au cours des trois der-
sur les émissions en 2030. Le Haut conseil pour nières années un programme de travail spécifique

158. La déclinaison précise de cet objectif (périmètre, degré prise en compte des émissions négatives, déclinaison par pays…) n’est toutefois pas encore connue
et fait l’objet de discussions entre les différentes institutions européennes
159. BCG, 2021, Évaluation d’impact des mesures prises depuis 2017 sur la réduction des gaz à effet de serre en France à horizon 2030,
[Link]
160. Haut conseil pour le climat, 2021, Avis portant sur le projet de loi climat et résilience, [Link]
portant-sur-le-projet-de-loi-climat-et-resilience/
161. Carbone 4, 2021, L’État français se donne-t-il les moyens de son ambition climat ?, [Link]
moyens-de-ambition-climat/

BILAN PRÉVISIONNEL de l’équilibre offre-demande d’électricité en France I ÉDITION 2021 231


sur les enjeux associés à l’intégration des nouveaux 7.3.1 À l’horizon 2030, une croissance
usages électriques. Ceci a donné lieu à la publica- de la consommation associée aux
tion de trois rapports thématiques (« trilogie des transferts d’usages vers l’électricité du
usages ») : rapport sur la mobilité électrique (mai même ordre que la croissance de la
2019), rapport sur l’hydrogène bas-carbone (jan- production décarbonée
vier 2020), rapport sur le secteur des bâtiments et
le chauffage (décembre 2020). Ceux-ci ont apporté Dans le scénario de référence fondé sur les orienta-
une évaluation précise de l’impact de chacun de ces tions de la PPE et de la SNBC, l’ensemble des transferts
transferts d’usages vers l’électricité, d’une part en d’usages génère une consommation d’électricité d’en-
termes de consommation et d’autre part en termes viron 63 TWh en 2030, en sus de la croissance liée à
de réduction des émissions de gaz à effet de serre. d’autres facteurs (évolution de l’activité économique,
population, évolution de taux d’équipements…). La
Pour la première fois, le Bilan prévisionnel conso- hausse résultante est toutefois partiellement com-
lide l’ensemble de ces analyses approfondies, qui pensée par une baisse de consommation associée
sont intégrées dans l’étude du scénario d’atteinte aux mesures d’efficacité énergétique.
des objectifs PPE/SNBC. Celui-ci cumule ainsi ces
différents transferts, et les complète par des trans- L’effet sur la consommation de ces transferts d’usages
ferts dans le domaine de l’industrie et d’autres est du même ordre que la progression de la produc-
usages dans les bâtiments (ECS, cuisson). tion décarbonée dans ce même scénario (77 TWh).

Figure 7.8 Évolution de la consommation et de la production décarbonée en France

600 +77 TWh


+48 TWh
+63 TWh +37 TWh
500
Consommation
 Électrification de procédés industriels
400
 Électrification d’usages résidentiels et
tertiaires (chauffage, ECS, cuisson)
TWh

 Recharge des véhicules électriques


300  Production d’hydrogène
 Consommation au périmètre actuel
200 Production
Nucléaire
Hydraulique
100 Éolien
Solaire
Bioénergies
0
Atteinte Atteinte Atteinte Atteinte
des objectifs partielle des objectifs partielle
PPE/SNBC des objectifs PPE/SNBC des objectifs
Production
Consommation Consommation décarbonée Production décarbonée
2019 2030 2019 2030

232
Les caractéristiques d’un système électrique en transition .7

7.3.2 Les transferts d’usage vers légers162, 6 Mt dans les usages thermiques résiden-
le secteur électrique contribuent tiels et tertiaires163, 5 Mt pour la production d’hydro-
fortement à l’objectif de réduction des gène et 3 Mt dans le secteur de l’industrie).
émissions de CO2 de la SNBC
Dans le scénario d’atteinte partielle de ces objec-
À l’horizon 2030, l’objectif public sur les émissions tifs, la baisse d’émissions permise par l’ensemble
de gaz à effet de serre correspond à une réduction de ces transferts serait de l’ordre de 19 Mt par an.
de 40 % par rapport au niveau de 1990 (objectif
inscrit dans le code de l’énergie depuis la loi de tran-
sition énergétique de 2015). Par rapport à 2019, la 7.3.3 Une baisse d’environ 10 Mt
baisse d’émissions attendue est de 111 Mt/an. des émissions liées à la production
d’électricité d’ici 2030
Les transferts d’usage vers l’électricité (véhicules
électriques, production d’hydrogène décarbonée, Du fait de la fermeture des dernières centrales au
électrification des procédés et des besoins de chaleur charbon d’ici fin 2022 et du développement accru
dans l’industrie, électrification des usages thermiques des énergies renouvelables, et ce malgré la ferme-
dans le bâtiment, notamment pour le chauffage) ture de quatre nouveaux réacteurs nucléaires et la
constituent un levier essentiel pour l’atteinte de cet hausse de consommation, le parc thermique sera
objectif. La réduction du recours à des combustibles en moyenne moins sollicité qu’en 2019.
fossiles dans ces secteurs amène en effet à réduire
les émissions annuelles de CO2 de près de 28 Mt d’ici La baisse d’émissions de CO2 attendue à l’horizon
2030 dans le scénario cohérent avec les objectifs de 2030 par rapport à 2019 devrait être d’un peu
la PPE et de la SNBC (dont 13 Mt pour les véhicules moins de 10 Mt par an.

Figure 7.9 Évolution des émissions de CO2 liées à la production d’électricité164

Historique à températures réalisées Projection à températures normales


35

30

25

20
Mt

15

10
 Déchets non
renouvelables
5 Charbon
Fioul
0 Gaz
14

15

16

17

18

19

20

31
02

02

02

02

02
20

20

20

20

20

20

20

20
-2

-2

-2

-2

-2

-
21

22

23

24

25

30
20

20

20

20

20

20

162. L’estimation des émissions évitées pour les véhicules légers en 2030 intègre les progrès technologiques de la filière et la baisse d’un peu moins de 25 %
de la consommation des véhicules thermiques à cet horizon.
163. L’estimation de la consommation évitée sur le chauffage prend en compte une baisse de près de 50 % des émissions du chauffage dans le secteur du
bâtiment non chauffé à l’électricité d’ici à 2030.
164. Le périmètre considéré diffère légèrement de celui du Bilan électrique de RTE. Ce périmètre intègre les autoconsommations des sites industriels, et
n’intègre pas la Corse.

BILAN PRÉVISIONNEL de l’équilibre offre-demande d’électricité en France I ÉDITION 2021 233


En toute rigueur, les émissions de CO2, telles qu’elles Cette contribution du secteur électrique à la décar-
seront mesurées chaque année, dépendront d’élé- bonation pourrait être revue à la hausse dans un
ments conjoncturels (conditions météorologiques, scénario plus ambitieux, tel que celui qui pourrait
notamment température, ou la disponibilité effec- découler des ambitions de décarbonation récem-
tive du parc nucléaire) : il ne s’agit plus alors d’un ment renforcées par la Commission européenne
traitement statistique. La comparaison des valeurs (cf. infra).
du passé et d’une projection issue d’un traite-
ment statistique doit ainsi être considérée avec
prudence. 7.3.5 Le système électrique français
contribue à la décarbonation de l’Europe

7.3.4 Le secteur électrique permettra Grâce au caractère très largement décarboné de son
d’atteindre 24 % à 34 % de l’objectif parc électrique, la France joue un rôle prépondérant
global actuel à 2030 sur la réduction dans la réduction des émissions à l’échelle euro-
des émissions de CO2 péenne. Ce constat est à mettre en relation avec
le solde exportateur du système électrique français
Ces différents leviers sur les usages énergétiques qui contribue à mettre à disposition des pays voisins
et sur le mix de production permettront alors au de la production décarbonée et évite à cette occa-
secteur électrique de contribuer à l’objectif global sion la production d’électricité carbonée à l’étranger.
de baisse des émissions de CO2, selon les deux
scénarios évalués, à hauteur de -27 Mt et -37 Mt Les exports depuis la France conduisent ainsi à
de CO2. Cette baisse représente 24 % à 34 % de réduire la production de moyens polluants en
l’objectif de baisse de -40 % des émissions de gaz Europe (notamment des groupes charbon). Malgré
à effet de serre par rapport à 1990. la réduction des capacités thermiques en Europe,
le bénéfice de ces exports8 en termes de réduction

Figure 7.10 Contribution du secteur électrique à la réduction des émissions de CO2


(objectif de -40 % d’émissions à l’horizon 2030)

Scénario “Atteinte Scénario “Atteinte


des objectifs PPE/SNBC partielle des objectifs
en fin d’horizon” PPE/SNBC”
0
par rapport à 2019 (MtCO2eq/an)
Émissions évitées en 2030

-27 MtCO2/an
-10

-37 MtCO2/an
Effet des transferts
-20
d’usage vers l’électricité :
Dans la mobilité électrique
Pour la production d’hydrogène
Dans les procédés industriels
-30  Dans les usages résidentiels et
tertiaire (chauffage, ECS, cuisson)

Effet de l’évolution
 
-40 du mix de production

165. Les valeurs indiquées correspondent à l’effet net, c’est-à-dire après prise en compte des émissions induites par les imports.

234
Les caractéristiques d’un système électrique en transition .7

Figure 7.11 Effets du système électrique français sur les émissions annuelles de CO2 du mix électrique dans les pays
voisins dans le scénario « Atteinte des objectifs PPE/SNBC » en 2030

500

400

300
Mt

200

100

0
Produites en France Produites dans Produites dans Évitées en Europe Effectivement
le reste de l'Europe le reste de l'Europe de l'ouest par produites en
de l'ouest pour de l'ouest sans les exports français Europe de l'ouest
les imports français échanges
avec la France

des émissions de CO2 dans les pays voisins aug- scénario d’atteinte des différents objectifs de la
mente dans le scénario d’atteinte des objectifs de PPE et de la SNBC, et sans fragiliser la sécurité
la PPE par rapport à la situation actuelle et atteint d’approvisionnement. Ce scénario ne présuppose
à l’horizon 2030 environ 37 MtCO2/an , soit environ donc ni effort d’efficacité énergétique supplémen-
10 % du total des émissions du secteur électrique taire, ni développement supplémentaire d’énergies
dans les autres pays de l’Europe de l’Ouest. Ce renouvelables.
bénéfice reste stable à 32 MtCO2/an dans le cas où
ces objectifs ne seraient pas pleinement atteints. À défaut de connaitre d’ores et déjà la déclinai-
son de ces ambitions pour chacun des États, une
approche prudente est retenue pour estimer l’im-
7.3.6 Le système électrique prévu pact des politiques des pays voisins sur la sécurité
par la PPE permettrait d’accélérer d’approvisionnement en France. L’étude est ainsi
les transferts d’usage pour atteindre basée sur une hypothèse de très forte limitation
de meilleures performances carbone de la contribution des pays voisins (en mainte-
en 2030 nant la capacité d’imports maximum de la France
à 10 GW, en dépit du développement de nouvelles
Les nouveaux objectifs de décarbonation de l’Union interconnexions), pour refléter le déclassement des
européenne annoncés mi-décembre visent désor- moyens pilotables les plus polluants dans les pays
mais des émissions en 2030 en baisse de 55 % voisins et/ou une électrification forte des usages.
par rapport à 1990, contre 40 % précédemment.
Spécifiquement pour la France, le renforcement Dans cette configuration où la contribution des
de l’objectif de décarbonation à 55 % (en considé- pays voisins à la sécurité d’approvisionnement est
rant que cet objectif serait interprété sans prise en ramenée à un niveau bas, les marges en France
compte des émissions négatives) amènerait à une sont alors d’environ 4 GW en 2030 si l’ensemble
réduction supplémentaire d’émissions de 65 mil- des objectifs déjà prévus par la PPE et la SNBC se
lions de tonnes par rapport à l’objectif de la SNBC. réalisent.

Dès lors, la question est d’identifier les transferts Ces marges offrent la possibilité d’un recours accru
d’usages supplémentaires qui pourraient être réa- à l’électricité en France tout en respectant le critère
lisés, en complément de ceux retenus dans un de sécurité d’alimentation. Dans l’hypothèse d’une

BILAN PRÉVISIONNEL de l’équilibre offre-demande d’électricité en France I ÉDITION 2021 235


accélération homogène des différents transferts permettant d’accroître les transferts d’usages vers
d’usages vers l’électricité, l’analyse montre que le l’électricité en France, mais en l’absence de marges
système électrique français serait en mesure d’ab- sur le système électrique, toute consommation sup-
sorber une avance d’environ deux à trois ans sur les plémentaire ne pourrait être acceptée qu’à condition
ambitions de transferts vers l’électricité prévus dans de faire l’objet d’un pilotage lui permettant d’être
la SNBC, ce qui conduirait suivant ce scénario à : sans effet sur la pointe de consommation.
uu plus de 12 millions de véhicules électriques en
2030 (contre 7,1 millions dans la trajectoire de Les principaux transferts d’usages pouvant être
référence) ; pilotés sont la consommation associée à la pro-
uu une part de l’électricité de 51 % dans le chauf- duction d’hydrogène, et de manière partielle, la
fage résidentiel (contre 50 % dans la trajectoire consommation associée à la recharge des véhi-
de référence) ; cules électriques :
uu près de 27 TWh de consommation pour la pro- uu Accroître la production d’hydrogène décarbonée
duction d’hydrogène par électrolyse (contre est un levier pour réduire les émissions nettes
25 TWh dans la trajectoire de référence) ; en France. Ces électrolyseurs devraient fonc-
uu plus de 7 TWh de transferts d’usages supplé- tionner en dehors des périodes de tension sur
mentaires dans les secteurs résidentiel, tertiaire le système électrique, et ne devraient donc pas
et industriel (eau chaude sanitaire, cuisson, conduire à une augmentation de la production
processus industriels électriques). des centrales thermiques fossiles. Des analyses
complémentaires seraient néanmoins néces-
Cette accélération des transferts d’usages, sans saires pour assurer que le nombre d’heures de
accélération des mesures d’efficacité énergétique fonctionnement de ces électrolyseurs serait suf-
ou du développement d’énergies renouvelables, fisant à leur équilibre économique. De même, si
permettrait une réduction supplémentaire des cette utilisation correspondait à un fonctionne-
émissions de CO2 en France de l’ordre de 9 Mt par ment très intermittent de l’électrolyse, il convien-
an par rapport au scénario calé sur les objectifs drait de s’assurer que des dispositifs permettant
de la PPE et la SNBC, tout en permettant le res- d’assurer la continuité d’alimentation des usages
pect du critère de sécurité d’approvisionnement. de l’hydrogène peuvent être mis en place (par
Dans ce scénario, près de 12 % de la réduction exemple stockage de l’hydrogène ou redondance
supplémentaire associée à la nouvelle ambition de avec de la production par vaporeformage de gaz
l’Union européenne pourrait être apportée par le naturel pouvant prendre le relais).
secteur électrique (sous l’hypothèse que le nouvel
objectif serait interprété sans prise en compte des 
Il est important de noter que la production
­émissions négatives). d’hydrogène supplémentaire en substitution du
vaporeformage sans l’associer à un développe-
Cette contribution supplémentaire pourrait néan- ment d’énergie renouvelable conduira à réduire
moins être plus faible dès lors que le parc ther- les exports et aura un effet négatif sur les bilans
mique en France serait partiellement déclassé, de CO2 en Europe, à moins que les électrolyseurs
ou que la trajectoire de déclassement du parc ne fonctionnent que lors des périodes où le sys-
nucléaire serait plus ambitieuse que celle retenue. tème électrique dispose d’excédents de produc-
A contrario, des mesures supplémentaires d’effi- tion renouvelable ou nucléaire (production qui
cacité énergétique ou de développement d’éner- ne serait sinon pas valorisée). La dégradation du
gies renouvelables pourraient apporter des leviers bilan CO2 en Europe serait supérieure au béné-
supplémentaires. fice sur les émissions de CO2 de la France. Ce
point est analysé dans le rapport sur l’hydro-
Accélérer les transferts d’usages de 2 à 3 ans à l’ho- gène bas-carbone publié par RTE en 2020.
rizon 2030 par rapport aux ambitions de la SNBC
conduirait à réduire le volume de marge du système uu Le recours à l’électromobilité peut être accru dès
électrique. Pour autant, le solde exportateur reste- lors que des mesures incitatives conduisent à
rait très significatif, en passant d’environ 95 TWh augmenter la part de recharge pilotée afin de ne
à 76 TWh. Ce volume d’exports est un gisement pas peser sur les marges du système électrique.

236
Les caractéristiques d’un système électrique en transition .7

Le volume de 76 TWh d’export peut suffire pour Des transferts d’usages supplémentaires sont donc
achever le transfert à l’électricité de l’intégra- possibles par rapport à la trajectoire prévue par la
lité du parc de véhicules légers, et d’une partie SNBC, sans fragiliser la sûreté de fonctionnement
du parc de véhicules lourds. Dans un scénario du système électrique à l’horizon 2030.
de progression accélérée de l’électromobilité,
l’enjeu sera avant tout celui du déploiement de Ces accélérations des transferts d’usages doivent
mesures permettant le pilotage de la recharge. néanmoins s’analyser sur un temps long, allant
au-delà de l’horizon 2030. En application de la
Contrairement à la problématique spécifique PPE, huit autres tranches nucléaires doivent être
posée par la production d’hydrogène par élec- fermées entre 2030 et 2035, et la capacité à déve-
trolyse en substitution du vaporeformage, le lopper les transferts d’usages en parallèle à la fer-
gain d’émissions de CO2 de la France serait supé- meture de ces tranches dépendra du rythme de
rieur à l’augmentation des émissions de CO2 en développement des énergies renouvelables à cet
Europe liée à la réduction des exports. Ce sujet horizon.
est analysé dans le rapport sur l’électromobilité
publiée par RTE.

Figure 7.12 Contribution du secteur électrique à la réduction des émissions de CO2 à l’horizon 2030
dans les principaux scénarios du Bilan prévisionnel 2021

Avance de
Scénario
Scénario 2 à 3 ans sur
« Atteinte Leviers
« Atteinte les transferts
partielle supplémentaires
des objectifs d’usages
des objectifs envisageables
PPE/SNBC » -37 Mt -27 Mt prévus par -46 Mt
PPE/SNBC »
la SNBC

Oui, sous condition


Véhicules 19 TWh 14 TWh 31 TWh
-13 Mt -9,1 Mt -20,3 Mt du pilotage
électriques (7,1 M de VE) (6 M de VE) (12 M de VE)
de la recharge

Usages
Transferts d’usages

résidentiels
Oui, sous condition
et tertiaires 14 TWh -6,1 Mt 10 TWh -4 Mt 18 TWh -7,6 Mt
de marges suffisantes
(chauffage,
ECS, cuisson)

Production Oui, sous condition


d’hydrogène 25 TWh -5 Mt 10 TWh -2 Mt 27 TWh -5,3 Mt de rentabilité
par électrolyse suffisante

Procédés Oui, sous condition


5,2 TWh -3,4 Mt 3,4 TWh -2,7 Mt 11 TWh -4,3 Mt
industriels de marges suffisantes

Consommation Consommation Consommation


498 TWh 484 TWh 522 TWh

Production Production Production


Mix électrique 598 TWh -9,6 Mt 569 TWh -9 Mt 602 TWh -8,8 Mt

Solde Solde Solde


exportateur exportateur exportateur
94 TWh 80 TWh 76 TWh

BILAN PRÉVISIONNEL de l’équilibre offre-demande d’électricité en France I ÉDITION 2021 237


RTE

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BILAN PRÉVISIONNEL DE L’ÉQUILIBRE OFFRE-­DEMANDE D’ÉLECTRICITÉ EN FRANCE - ANNEXES TECHNIQUES ÉDITION 2021
Bilan prévisionnel
de l’équilibre offre-­demande
d’électricité en France

ÉDITION 2021

ANNEXES TECHNIQUES

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