Leçons
Chapitre 3 – La Méditerranée médiévale :
un espace d’échanges et de conflits à la
croisée de trois civilisations
Problématique
*Quelles sont les différentes civilisations méditerranéennes et quelles fractures
existent en leur sein ?
*Quels types de relations entretiennent-elles et quels sont les espaces au coeur de
leurs échanges ?
*Quelle est l’origine des affrontements entre musulmans et chrétiens ?
Une civilisation : Un ensemble des caractéristiques (politiques, sociales, religieuses,
morales, artistiques, scientifiques, intellectuelles, techniques) propres à une région,
une société ou un peuple. Les civilisations laissent des traces matérielles (par les
arts) et immatérielles (par les héritages scientifiques par exemple) dans l’histoire.
I. Comment émergent et se caractérisent les trois grandes
civilisations de la Méditerranée médiévale ?
A. Quels sont les pouvoirs dans l’Occident chrétien au Moyen
Age ?
1. L’évolution politique du haut Moyen Âge (VIe-Xe siècle)
Au VIe siècle, les Germains ont formé des royaumes sur les ruines de l’empire
romain d’Occident. A la tête du royaume des Francs, Charlemagne (764-814) réussit
à créer un nouvel empire chrétien à l’ouest de l’Europe, l’Empire carolingien. Mais dès
le IXxe siècle, celui-ci se divise et donne naissance aux royaumes de France et de
Germanie (le royaume de Germanie deviendra le Saint Empire romain Germanique en
962).
Au IXe et Xe siècle, les rois ne parviennent pas à défendre leur population face
à de nouveaux envahisseurs (Vikings, Hongrois, Musulmans). Profitant de leur
faiblesse, les grands seigneurs (princes, châtelains) s’emparent des anciens pouvoirs
royaux autour de leurs châteaux. C’est le processus de patrimonialisation.
L’Empire carolingien : Empire fondé par le roi des francs, Charlemagne, qui dure de
son sacre en 800 au partage entre ses petits-fils en 843.
2. La Féodalité (XIe-XIIIe siècle)
Les seigneurs dominent les paysans dans le cadre des seigneuries. Pour pouvoir
se défendre ou étendre leur territoire, ils se lient à d’autres guerriers, les vassaux
par la cérémonie de l’hommage. Les vassaux doivent au seigneur une aide militaire et
le conseil, en échange de quoi, ils reçoivent un fief, en général une terre.
Les seigneurs deviennent à leur tour vassaux de seigneurs plus puissants qu’eux.
Les rois et l’empereur, qui ont été sacrés, ne sont les vassaux de personne. Ils sont
au sommet des pyramides féodo-vassaliques. On parle de suzerains suprême.
La féodalité : les liens et obligations réciproques unissant un seigneur et un vassal.
Un fief : un bien cédé par un seigneur en échange de la fidélité et du service de son
vassal.
Un vassal : un homme libre lié à un seigneur plus puissant que lui par la cérémonie de
l’hommage.
Une seigneurie : le domaine et les personnes sur lesquels le seigneur exerce son
pouvoir.
3. La Chrétienté d’Occident
La vie des chrétiens d’Occident est rythmée par la religion. La peur de l’enfer
et l’espoir de la vie éternelle au paradis les poussent à suivre les recommandations de
l’Eglise comme la pratique des sacrements.
Le Pape (l’évêque de Rome) renforce son pouvoir et prend la tête de l’Eglise au
XIe siècle. Il fixe la doctrine dans des assemblés d’évêques, les conciles. Il
excommunie ceux qui ne la respectent pas, lance des expéditions militaires contre les
hérétiques. Les juifs sont peu à peu écartés de la société chrétienne. De plus en plus
puissant, le pape cherche aussi à imposer son autorité aux rois et à l’empereur
germanique (cf. Querelle des investitures).
A partir du Xe siècle, les monastères se regroupent en ordres religieux. L’ordre
de Cluny se développe au Xe siècle et celui de Cîteaux au XIIe siècle.
La Chrétienté : l’ensemble des pays et des peuples qui rapporte chrétiens.
Un hérétique : un chrétien dont les croyances ne sont pas conformes à celles
enseignées par l’Eglise.
L’ordre cistercien : ordre de moines qui repose sur des règles de vie très strictes
(travail, manuel, pauvreté).
Un ordre religieux : un ensemble de monastères qui obéissent à la même règle
religieuse.
Un sacrement : le rite nécessaire, au Salut des chrétiens (baptême, communion…).
L’excommunication : l’exclusion de la communauté chrétienne.
B. Quelles sont les originalités du monde byzantin ?
1. L’empereur byzantin
Héritier de l’empereur romain d’Orient, l’empereur byzantin n’est plus appelé
imperator mais basileus (roi en grec). Il est sacré et considéré comme le
représentant de Dieu sur terre. Il a un pouvoir presque illimité : il gouverne le pays,
dirige l’armée et contrôle l’Eglise. On le vénère et on se prosterne devant lui. Dans
l’Empire byzantin, le grec a remplacé le latin comme langue administrative.
Constantinople est la capitale. L’empereur y réside ainsi que le patriarche (le
chef de l’Eglise byzantine). Située au carrefois de grandes voies maritimes, c’est une
très grande ville marchande.
Byzance : ancien nom (grec) de la ville de Constantinople. Elle donne son nom à
l’Empire byzantin.
Le basileus : du grec “roi”, titre donné à l’empereur byzantin.
L’Eglise orthodoxe : Eglise de l’Empire byzantin, dépendant du patriarche de
Constantinople.
2. La chrétienté orthodoxe
Les chrétiens de l’Empire byzantin partagent les mêmes croyances que les
chrétiens d’Occident mais leurs pratiques s’éloignent de plus en plus. Ils vénèrent
des images saintes, les îcones. Les prêtres peuvent se marier. Les saints ne sont pas
fêtés les mêmes jours.
La tension grandit entre le pape qui siège à Rome et qui se veut à partir du Xe
siècle, le chef de toute l’Eglise et le patriarche de Constantinople, qui accepte de
moins en moins ses ingérences. En 1054, c’est le schisme. L’Eglise orthodoxe du
patriarche se sépare de l’Eglise catholique du pape.
Le patriarche : titre donné à l’évêque de Constantinople puis au chef de l’Eglise
orthodoxe. Il est nommé par l’empereur byzantin.
Un calife : successeur de Mahomet. Chef politique et religieux des musulmans.
Le schisme : la séparation entre l’Eglise d’Occident et l’Eglise d’Orient en 1054.
3. Les pertes territoriales de l’Empire byzantin
Après une période d’apogée sous l’empereur Justinien (527-565), le territoire
de l’Empire byzantin se réduit peu à peu. Il subit d’abord les invasions des peuples
voisins : arabes, slaves, bulgares. Au XIe siècle, les Normands font la conquête de la
Sicile et du sud de l’Italie et les Turcs commencent à s’emparer des régions
orientales de l’Empire (Syrie, Asie Mineure).
C. Quelles sont les grandes caractéristiques du monde arabo-
musulman ?
1. Les conquêtes arabo-musulmanes
Au début du VIIe siècle, Mahomet, un marchand arabe de La Mecque, fonde
une nouvelle religion monothéiste, l’islam. Chef de guerre, il fait ensuite la conquête
de la péninsule arabe et y convertit presque toute la population.
Après la mort de Mahomet (632), ses successeurs, les califes, engagent le
djihad armé contre les empires perse et byzantin. En un siècle, ils créent un immense
empire arabo-musulman qui s’étend du Moyen-Orient à l’Espagne. Après la conquête,
de nombreux habitants se convertissent à l’islam, et l’arabe, qui est la langue du
Coran et de l’administration se répand dans l’empire.
Le calife est à la fois le chef politique, militaire et religieux de l’empire. Il
appartient d’abord à la dynastie ommeyyade qui instale sa capitale à Dams, puis, à
partir de 750, à la dynastie abbasside qui déménage à Bagdad.
Le Djihad : la lutte (armée ou non) pour défendre ou étendre l’islam.
L’Islam : ensemble des peuples musulmans et leur civilisation. L’islam (avec un i
minuscule) désigne la religion musulmane et signifie “soumission”.
Un dhimmi : juif ou chrétien vivant en pays d’islam et bénéficiant d’un pacte de
protection (dhimma).
2. Division politique et diversité religieuse
Au Xe siècle, l’empire éclate en trois califats rivaux avec pour centralités
Badgag, Le Caire et Cordoue. Les Turcs Seldjoukides venus d’Asie centrale prennent
le pouvoir à Bagdad, réduisant le calife à un rôle religieux. A l’ouest, le califat de
Cordoue disparaît et les Almoravides puis les Almohades créent un vaste empire à
partir du Maghreb. De nombreuses régions s’émancipent des pouvoirs centraux.
Les Musulmans sont divisés entre sunnites, chiites et d’autres tendances plus
minoritaires. Les juifs et les chrétiens, appelés dhimmis, sont tolérés et peuvent
pratiquer leur religion en échange d’un impôt spécial et d’obligations diverses.
Le chiisme : un courant de l’islam qui rejette l’autorité des premiers califes et
préconise de suivre les descendants d’Ali, gendre du prophète.
Le sunnisme : le courant majoritaire de l’islam qui se conforme au Coran et à la
Sunna (qui comprend les actes et paroles du prophète).
Le Coran : le livre saint des musulmans qui rapporte les paroles révélées à Mahomet
par Allah.
3. Une civilisation marchande et urbaine
Malgré les divisions politiques, le commerce et les échanges sont très
importants dans le monde arabo-musulman. Les marchands sillonnent les routes en
caravanes (groupes de marchands). Ils se rendent aussi en bateau jusqu’en Inde et
en Chine pour y chercher les épices et la soie.
Les villes sont au coeur de la civilisation arabe. Certaines sont gigantesques
pour l’époque comme Bagdad, Damas, Le Caire, Cordoue. Elles s’organisent autour
d’une grande mosquée, d’un palais fortifié et de marchés couverts. On y trouve des
bibliothèques où les savants peuvent étendre leurs connaissances.
II. Quels sont les contacts et les échanges entre les trois rives
de la Méditerranée médiévale ?
A. Pourquoi et comment s’affrontent les civilisations médiévales
en Méditerranée ?
1. La Reconquista en Espagne
Dès le VIIIe siècle, les rois catholiques d’Espagne commencent la reconquête
des territoires tombés aux mains des musulmans. C’est la Reconquista. Ils sont
soutenus à partir du Xie siècle par le pape. De nombreux chevaliers d’Occident, venus
surtout de France, s’engagent alors aux côtés des rois catholiques.
La reconquête s’étend sur plusieurs siècles. Tolède est reprise aux musulmans
en 1085. En 1212, la victoire de Las navas de tolosa permet la reconquête de presque
toute la péninsule. Ne subsiste plus alors que le royaume de Grenade, qui résiste
jusqu’en 1492.
La Reconquista : la reconquête progressive par les royaumes chrétiens des
territoires de la péninsule ibérique occupés par les musulmans.
2. Croisades et djihad en Terre sainte
En 1095, le pape Urbain II appelle à une guerre sainte, la croisade pour aider
les chrétiens d’Orient (les byzantins) menacés par les Turcs et reprendre Jérusalem.
Il promet le pardon de leurs péchés à ceux qui partiront en Terre sainte. Les grands
seigneurs et chevaliers francs, à partir de 1096, s’emparent de Jérusalem en 1099 et
créent les Etats latins d’orient dans les territoires conquis. Des ordres religieux et
militaires (Templiers, Hospitaliers) se donnent pour mission de les protéger. Ils
construisent des forteresses aux frontières des nouveaux Etats.
La création des Etats latins entraîne un réveil de l’idée de djihad parmi les
musulmans. En 1144, Zengi, un chef musulman, reprend Edesse aux Francs. Le pape
Eugène II lance alors la deuxième croisade et charge l’abbé Bernard de Clairvaux,
très populaire en Occident, de la prêcher (1146). Le roi de France Louis VII et
l’empereur germanique Conrad III partent en croisade mais ils sont battus lors du
siège de Damas (1148) et rentrent en Europe. Au XIIe et XIIIe siècles, six autres
croisades de secours sont lancées pour la défense des Etats latins. Mais le musulman
Saladin reprend Jérusalem en 1187 et les Etats latins d’orient finissent par
disparaître en 1291.
En 1204, lors de la quatrième croisade, les chevaliers croisés pillent
Constantinople, la capitale byzantine, avec le concours des Vénitiens.
Une croisade : expédition militaire et religieuse menée contre les ennemis de la foi
chrétienne.
Les Etats latins d’Orient : les Etats créés par les croisés au Proche-Orient.
La Terre sainte : la terre sur laquelle a vécu Jésus-Christ.
Une guerre sainte : une guerre menée au nom de la religion. Elle découle d’une
fusion entre des objectifs politiques (étendre sa domination, défendre ses
territoires) et des objectifs religieux (réalisation par la violence de la volonté
divine). L’idée de djihad existe dès l’origine de l’islam. Pour les chrétiens, c’est le
pape qui réalise cette fusion au Xie siècle avec la croisade.
B. En quoi le commerce est-il un vecteur de domination en
Méditerranée ?
1. L’essor du commerce en Méditerranée
Du VIe au Xe siècle le commerce en Méditerranée aux mains des marchands
byzantins est très ralenti. Mais à partir du XIe siècle, il reprend son essor.
Du XIe au Xve siècle, le commerce est dominé par les villes d’Italie : Venise,
Gênes, Pise. Elles signent des accords commerciaux avec l’empereur byzantin, le roi
de Sicile, les califes. Elles installent des comptoirs à Constantinople et dans les ports
du pourtour de la Méditerranée. Les marchands italiens y achètent des produits de
luxe, surtout des épices, de la soie, des pierres précieuses venues d’Asie et qu’ils
rapportent en Italie. Leurs navires se déplacent en groupes (convois) pour se
protéger des pirates. Ils revendent ensuite leurs marchandises dans les grandes
foires d’Europe en Champagne (jusqu’au XIIIe siècle) et dans les villes situées le long
du Rhin. Ainsi la Méditerranée devient un carrefour commercial qui relie l’Europe à
l’Asie et à l’Afrique.
Un comptoir : un établissement commercial (avec entrepôts, logements pour les
marchands) fondé par une nation ou des particuliers dans un pays éloigné.
2. La puissance de Venise
Bien située sur la mer Adriatique, Venise est la principale ville marchande de la
Méditerranée. On l’appelle la Sérénissime.
Venise a développé un véritable empire commercial dans le bassin
méditerranéen (comptoirs, accords commerciaux) et créé des relations privilégiées
avec l’Empire byzantin (traité de 1082). Ses marchands ont mis au point de nouvelles
formes de contrats qui stimulent le commerce (colleganza). Sa monnaie, le ducat, est
la principale monnaie d’échange en Méditerranée.
Grande puissance commerciale et maritime, elle est aussi une puissance
politique. Elle transporte les croisés et participe militairement aux croisades au
XIIe siècle. En 1204, elle détourne la quatrième croisade vers Constantinople pour
organiser le pillage de la ville puis s’empare de territoires byzantins le long de la côte
Adriatique, en Grèce et en Crète.
Venise est une République dirigée par les doges qui disposent d’un grand palais
sur la place Saint-Marc (palais des doges), et son assistés d’un grand conseil. Les
marchands vénitiens ont construit des palais-entrepôts le long du grand canal de la
ville.
Un doge : premier magistrat de la République de Venise. Il est élu à vie par le grand
conseil, composé essentiellement de grands marchands.
La Sérénissime : nom donné à la République de Venise.
C. Communautés religieuses et savoirs en Méditerranée : Entre
coexistence et transmission
1. Le côtoiement religieux
Les villes du monde musulman abritent des musulmans mais aussi des chrétiens
et des juifs. A partir du XIIe siècle, ils coexistent aussi dans les régions
reconquises par les Occidentaux – en Espagne, en Sicile et dans les Etats latins
d’orient – où ils forment des sociétés multiculturelles.
Les diverses confessions se mélangent peu. Les pouvoirs politiques et religieux
imposent des règles sur les relations interconfessionnelles. Les communautés vivent
souvent dans des quartiers séparés autour de leurs lieux de culte. Les mariages
mixtes n’existent pas.
De nombreuses sources témoignent cependant des pratiques de côtoiement,
dans le cadre de liens professionnels ou de voisinage. En Sicile, conquise par les
Normands, les chrétiens et les musulmans entretiennent de bonnes relations et
s’influencent. A Palerme, la capitale de la Sicile, l’architecture et les arts croisent
les influences occidentale, byzantine et musulmane, donnant naissance à un
syncrétisme culturel.
Le syncrétisme culturel : la synthèse de plusieurs éléments culturels d’origines
différentes qui crée des formes culturelles nouvelles.
Un transfert culturel : le déplacement d’éléments culturels (formes d’architecture,
connaissance scientifiques, etc.) d’une civilisation vers une autre.
2. La circulation des idées
Grâce aux conquêtes et aux contacts avec les byzantins, les Arabes ont
collecté de nombreux manuscrits de l’Antiquité grecque (Aristote, Euclide,
Pythagore…). Ces oeuvres traduites ont enrichi leurs bibliothèques. Elles ont permis
aux savants du monde musulman de faire progresser les connaissances dans de
nombreux domaines comme les mathématiques, la médecine, l’astronomie et la
géographie.
A partir du XIIe siècle, dans les territoires reconquis aux musulmans, les
Occidentaux découvrent l’étendue de leur savoir. Certaines villes deviennent des
centres de traduction, comme Tolède en Espagne, ou Palerme en Sicile. On y traduit
les auteurs grecs ou arabes en latin afin qu’ils y soient étudiés dans les grandes
universités européennes. La traduction latine du Coran (en 1142), réalisée sur
l’initiative de Pierre le Vénérable, a pour but de connaître la religion musulmane pour
mieux la combattre.
Des techniques se transmettent aussi en Occident : la fabrication du papier,
les techniques d’irrigation, les nouveaux instruments nautiques.