Dissertations Et Commentaires
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L’intérêt philosophique doit aussi et surtout apparaître dans la conclusion. Il s’agit
de montrer, après le résumé du développement, en quoi le texte est philosophiquement
intéressant, pertinent, qu’est-ce qu’il apporte comme question essentielle ou point de vue
original. Dans la conclusion, l’intérêt philosophique peut se présenter comme suit :
- Ce texte est d’un intérêt philosophique majeur en ce sens qu’il nous a permis de
comprendre que la culture détermine l’identité de l’homme, par rapport à son
appartenance ethnique/social et surtout, en tant que seul être vivant doué de
conscience (Un texte portant sur la culture).
OU
- Ce texte revêt un intérêt philosophique particulier dans la mesure où il véhicule
un message moralisateur à travers l’idée de …
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Exemple : La diversité culturelle (se rapporte à la notion de culture)
2. Le problème philosophique
Il convient de signaler que la thèse de l’auteur exprime la position de ce dernier par rapport à
un problème philosophique posé. Le problème est alors la question à laquelle la thèse
constitue une réponse. Dans ce cas, la thèse est la solution proposée par l’auteur pour
répondre à cette question.
3. La thèse de l’auteur
Il s’agit de l’idée centrale (idée générale ou encore idée principale) qui gouverne l’ensemble
du texte, et qui est avancée par l’auteur sous forme de réponse au problème philosophique.
4. Les arguments
Les arguments sont les idées avancées par l’auteur pour expliquer la thèse et dénouer le
problème. Ils permettent de découper le texte et de faire son étude ordonnée. Il s’agit donc de
distinguer les différentes parties du texte correspondant aux différentes idées qui y sont
énoncées. Le découpage se fait en fonction des articulations logiques qui indiquent, dans le
texte, un tournant, une rupture ou une autre phase de l’argumentation.
2. Le développement
Il s’agit d’une étude de texte, qui obéit à une démarche logique et cohérente, c’est-à-
dire une étude ordonnée (avec ou sans intérêt philosophique). Il est donc question de bien
expliquer le texte en mettant au clair la pensée de l’auteur. Les différents moments (parties)
du texte devront apparaître clairement dans l’analyse.
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NB : La difficulté d’un commentaire de texte de philosophie, c’est de restituer la pensée de
l’auteur sans la trahir, sans faire dire à celui-ci ce qu’il n’a pas dit ou ce qu’il n’a pas voulu
dire.
3. La conclusion
La liberté politique ne consiste point à faire ce que l’on veut. Dans un Etat c’est-à-dire
dans une société où il y a des lois, la liberté ne peut consister qu’à pouvoir faire ce que l’on
doit vouloir, et n’être point contraint de faire ce que l’on ne doit pas vouloir.
Il faut se mettre dans l’esprit ce que c’est que l’indépendance, et ce que c’est que la
liberté. La liberté est le droit de faire tout ce que les lois permettent ; et si un citoyen pouvait
faire ce qu’elles défendent, il n’aurait plus de liberté parce que les autres auraient tout de
même ce pouvoir.
La démocratie et l’aristocratie ne sont point des Etats libres par leur nature. La liberté
politique ne se trouve que dans les gouvernements modérés. Mais elle n’est pas toujours dans
les Etats modérés. Elle n’y est que lorsqu’on n’abuse pas du pouvoir : mas c’est une
expérience éternelle, que tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser ; il va jusqu’à ce
qu’il trouve des limites.
Pour qu’on ne puisse abuser du pouvoir, il faut que, par la disposition des choses, le
pouvoir arrête le pouvoir. Une constitution peut être telle que personne ne sera contraint de
faire les choses auxquelles la loi ne l’oblige pas, et à ne point faire celles que la loi lui permet.
Introduction 1 :
Ce texte de Montesquieu soumis à notre réflexion, est un extrait de son ouvrage intitulé
De l’esprit des lois dans lequel l’auteur a longuement analysé la notion de liberté politique.
Comment concevoir la question de la liberté politique ? Pour Montesquieu, la liberté
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politique est conditionnée par l’élaboration et le respect des lois. L’auteur explique cette
thèse à travers deux différents moments :
La liberté politique est synonyme de conformité aux lois
La liberté politique dépend du statut du pouvoir dans l’Etat
Introduction 2 :
Ce texte de Montesquieu est tiré de son ouvrage intitulé De l’esprit des lois. Dans cet
extrait, l’auteur met en évidence la thèse selon laquelle la liberté politique est conditionnée
par l’élaboration et le respect des lois. Dans quel angle faut-il interpréter et expliquer
philosophiquement cette notion de liberté politique ? Pour bien dénouer cet enjeu, nous allons
élucider la thèse fondamentale de l’auteur à travers les différents moments de ce passage.
Selon l’argumentation et l’agencement des idées de l’auteur, ce texte peut se répartir en deux
axes de réflexion :
La liberté politique est synonyme de conformité aux lois
La liberté politique dépend du statut du pouvoir dans l’Etat
Développement
Dans la deuxième partie du texte, l’auteur montre que la liberté politique ne dépend
pas forcement de la doctrine politique en place dans l’Etat. En fait, on a souvent tendance à
croire que la liberté politique se réalise principalement dans le régime républicain, c’est-à-dire
dans la démocratie ou l’aristocratie. MONTESQUIEU pense que pour assurer la liberté
politique aux individus, l’Etat doit être modéré et ne pas abuser du pouvoir. En effet, l’auteur
souligne qu’un Etat qui prétend être modéré mais qui dépasse les limites de son pouvoir, ne
peut pas garantir la liberté aux citoyens. Selon MONTESQUIEU donc, les lois doivent
pouvoir limiter les actions abusives du chef. Dans le dernier paragraphe du texte, cette idée est
appuyée par cette affirmation : « Pour qu’on ne puisse abuser du pouvoir, il faut que […]
le pouvoir arrête le pouvoir ». C’est dans cette perspective que l’auteur montre la nécessité
de l’équilibre des pouvoirs. Pour lui, la liberté politique dépend de l’existence et de l’équilibre
des pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire. Il s’agit là de l’importance du travail
indépendant et du contrôle mutuel entre ces trois pouvoirs.
Conclusion
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L’examen attentif et l’analyse détallée de ce texte nous éclairent sur l’opinion de
MONTESQUIEU qui estime que les lois constituent le fondement de la liberté politique dans
un Etat où il y a un vrai équilibre des pouvoirs. Ce texte doit sa richesse philosophique,
d’abord au style d’argumentation de l’auteur, ensuite au thème traité : la liberté politique qui
n’a jamais cessé d’être une préoccupation majeure dans la vie des hommes et dans le champ
philosophique. A travers la thèse défendue par l’auteur, on constate que la république
(démocratie et aristocratie) respecte bien la dignité humaine. Malheureusement,
MONTESQUIEU semble avoir oublié que les lois peuvent être élaborées en fonction des
intérêts des législateurs. Dans la réalité des choses, même en politique il n’y a que de liberté
en situation.
Dans la machine l’homme supprime même cette activité formelle qui est sienne et fait
complètement travailler cette machine pour lui. Mais cette tricherie, dont l’homme use face à
la nature et par laquelle il s’arrête en deçà de la singularité de la nature, se venge contre lui.
Ce que l’homme gagne sur la nature en se la soumettant toujours davantage, contribue à le
rendre d’autant plus faible. En faisant exploiter la nature par toutes sortes de machines,
l’homme ne supprime pas la nécessité de son travail, mais il le repousse seulement et
l’éloigne de la nature, et ainsi l’homme ne se tourne pas de manière vivante vers la nature en
tant qu’elle est une nature vivante. Au contraire le travail perd cette vitalité négative et le
travail qui reste encore à l’homme devient lui-même plus mécanique. L’homme ne diminue le
travail que pour le tout, mais non pas pour l’ouvrier singulier pour lequel, au contraire, il
l’accroît plutôt, car plus le travail devient mécanique, moins il a de valeur et plus l’homme
doit travailler de cette façon.
HEGEL, La première philosophie de l’esprit, PUF, 1969
Introduction 01
Hegel nous livre sa réflexion sur le travail sous une forme mécanique. Dans ce texte
extrait de son œuvre intitulée La première philosophie de l’esprit, l’auteur met en valeur la
thèse selon laquelle le travail en tant que façonnement de la nature par l’homme, disparaît
dans le machinisme. Alors quel regard faut-il vraiment avoir sur le travail mécanisé par
rapport au travail artisanal ? Pour bien dénouer cet enjeu, nous allons analyser ce texte à
travers ses deux grandes articulations :
- La disparition du vrai travail dans le machinisme
- La déshumanisation de l’homme par le travail mécanisé
Introduction 2
Dans ce texte tiré de son ouvrage La première philosophie de l’esprit, Hegel nous livre sa
pensée sur le travail sous une forme mécanique. Quel regard faut-il vraiment avoir sur le
travail mécanisé par rapport au travail artisanal ? Pour Hegel, le travail en tant façonnement
de la nature par l’homme disparaît dans le machinisme. L’auteur explique cette thèse à travers
ces deux différents moments que nous aurons à analyser dans le travail qui suit :
- La disparition du vrai travail dans le machinisme
- La déshumanisation de l’homme par le travail mécanisé
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Développement
Conclusion
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contraire, le citoyen toujours actif sue, s’agite, se tourmente sans cesse pour chercher des
occupations encore plus laborieuses : il travaille jusqu’à la mort, il y court même pour se
mettre en état de vivre, ou renonce à la vie pour acquérir l’immortalité. Il fait sa cour aux
grands qu’il hait et aux riches qu’il méprise, il n’épargne rien pour obtenir l’honneur de les
servir, il se vante orgueilleusement de sa bassesse et de leur protection et, fier de son
esclavage, il parle avec dédain de ceux qui n’ont pas l’honneur de le partager. Quel spectacle
pour un Caraïbe que les travaux pénibles et enviés d’un ministre européen ! Combien de
morts cruelles ne préférerait pas cet indolent sauvage à l’horreur d une pareille vie qui souvent
n’est pas même adouci par le plaisir de bien faire ? Mais pour voir le but de tant de soins, il
faudrait que ces mots puissance et réputation, eussent un sens dans son esprit, qu’il apprit
qu’il y a une sorte d’hommes qui comptent pour quelque chose les regards du reste de
l’univers, qui savent être heureux et contents d’eux-mêmes sur le témoignage d’autrui plutôt
que sur le leur propre. Telle est, en effet, la véritable cause de toutes ces différences : le
sauvage vit en lui-même ; l’homme sociable toujours hors de lui ne sait vivre que dans
l’opinion des autre, et c’est, pour ainsi dire, de leur seul jugement qu’il tire le sentiment de sa
propre existence .
J.J ROUSSEAU, Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes
(1755), Ed. Nathan, 1998.
Introduction
Nous avons à étudier un texte de ROUSSEAU, tiré de son ouvrage intitulé Discours sur
l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes. Dans ce passage, l’auteur met en
évidence la thèse selon laquelle le travail et la peine caractérisent l’homme policé tandis que
l’homme sauvage, libre et solitaire, ne se préoccupe que de l’instinct de conservation. Quelle
est alors la place du travail dans la conception rousseauiste relative aux périodes de l’état de
nature et de la société civile ? Pour bien dénouer cet enjeu, nous allons élucider la thèse
fondamentale de l’auteur à travers les différents moments de ce passage. Selon
l’argumentation et l’agencement des idées de l’auteur, ce texte peut se répartir en quatre axes
de réflexion :
Introduction des caractéristiques de l’homme sauvage et de l’homme policé ;
Les caractéristiques de l’homme sauvage ;
Les caractéristiques de l’homme policé ;
Synthèse des caractéristiques de l’homme sauvage et de l’homme policé.
Développement
« L’homme sauvage et l’homme policé […] au désespoir ».
Dans sa philosophie politique, ROUSSEAU a dressé l’historique de la société à travers
une hypothèse au sujet de l’évolution de l’humanité. Il a ainsi parlé d’un hypothétique état de
nature antérieur au regroupement des hommes en société civile. Cette période primitive est
celle de l’homme vrai qui respirait le bonheur avant d’être arraché à la nature pour devenir un
homme jeté dans une période pleine de mondanités et de tourments, dépravé et désespéré.
Cette dépravation et ce désespoir sont le résultat du progrès de la civilisation qui, loin de créer
un homme libre, entraîne la déchéance et la perversion de l’être humain.
« Le premier ne respire […] pour tout autre objet »
Nommé homme sauvage par ROUSSEAU, l’homme de l’état de nature n’a pas besoin
de se donner de la peine pour survivre ; il vit dans le repos et la liberté. Animé seulement par
l’instinct de conservation, il reste indifférent à toute sorte de confort. Il dépasserait, si l’on en
croit à l’auteur de ce texte, l’idéal du sage stoïcien qui a, avec les dieux, l’opportunité
d’atteindre l’ataraxie, cette quiétude absolue de l’âme ou tout simplement l’absence de
troubles. ROUSSEAU signale donc que l’homme sauvage est un être tranquille, libre et
solitaire ; il n’a d’autre désir que celui de se conserver en vie.
« Au contraire […] l’honneur de le partager »
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Par contre, animé par l’appât du gain et le goût du luxe, l’homme civilisé vit dans
l’inquiétude et la tourmente. Il devient un éternel insatiable ; chaque satisfaction d’un désir en
allume un autre. En fait, le labeur incessant de l’homme policé fait de lui un être asservi,
aliéné. En effet, l’avènement de la propriété privée et de la division du travail engendre
d’énormes progrès dans différents secteurs de la vie sociale. Mais selon ROUSSEAU, ce
progrès n’est curieusement pas porteur de bonheur et de liberté, il entraîne l’homme dans
l’égarement, les soucis et les malheurs. Sous l’emprise des passions et des désirs artificiels,
l’homme policé dépravé sombre dans le désespoir et la mélancolie, obligé de travailler
durement jusqu’à la soumission et la dépendance vis-à-vis de ses semblables ; d’où
l’exploitation de l’homme par l’homme.
« Quel spectacle […] le sentiment de sa propre existence ».
Le point de vue de l’auteur sur ces deux genres d’hommes se résume clairement dans le
texte où on peut lire ceci : « le sauvage vit en lui-même ; l’homme sociable toujours hors
de lui ne sait vivre que dans l’opinion des autres ». Comparant ainsi l’homme vrai et
l’homme dépravé, ROUSSEAU montre que le premier mène une vie authentique et paisible.
Indifférent au jugement des autres, il vit pour lui-même et en lui-même, loin des plaisirs
mondains et de l’orgueil. Il sait jouir de ce que lui offre la nature, apprécier à juste titre ce qui
est à la hauteur de ses possibilités, sans compter le regard et le jugement des autres. Au
contraire, le second vit sur le mode du paraître et non sur celui de l’être. L’opinion d’autrui
sur lui compte plus que ce qu’il est réellement. L’homme policé n’est donc pas lui-même, il
est le reflet de l’imagination de l’autre. Ce qui compte le plus pour lui, c’est la puissance et la
réputation alors que l’expérience de la vie quotidienne nous enseigne que l’aspiration ardente
à la puissance et à la réputation entraîne l’égoïsme, l’amour-propre et la mauvaise foi. Pour
ROUSSEAU, l’homme sauvage est l’idéal même de l’être, l’homme original qui préférerait
mourir plutôt que de vivre le calvaire de l’homme civilisé, avec sa soi-disante vie luxueuse.
Conclusion
L’examen attentif et l’analyse détaillée de ce texte nous éclairent sur le point de vue de
ROUSSEAU, relatif au problème du travail. Les mondanités et le labeur caractérisent
l’homme civilisé dépravé, désespéré et aliéné tandis que l’homme sauvage respire le bonheur
et la liberté dans le repos. Ce texte revêt un intérêt philosophique particulier, notamment à
travers la thèse de l’auteur, qui nous permet de constater l’aspect contraignant et servile du
travail, un aspect généralement occulté par le progrès de la civilisation. En revanche, l’idée de
l’auteur considérant l’homme sauvage qui respire le repos comme l’homme vrai, semble très
contestable. Cette idée est d’ailleurs rejetée par KANT qui estime que l’oisiveté mettrait en
péril l’espèce humaine. En réalité, l’important, c’est de distinguer le travail nécessaire et
conforme à la dignité humaine, du travail servile qui réduirait l’homme à l’esclavage.
Texte 4
Que contrairement aux sciences, la philosophie sous toutes ses formes, doive se passer
du consensus unanime, voilà qui doit résider dans sa nature même. Ce que l’on cherche à
conquérir en elle, ce n’est pas une certitude scientifique, la même pour tout entendement ; il
s’agit d’un examen critique au succès duquel l’homme participe de tout son être. Les
connaissances scientifiques concernent des objets particuliers et ne sont nullement nécessaires
à chacun. En philosophie, il y a de la totalité de l’être, qui importe à l’homme comme tel ; il y
va d’une vérité qui, là où elle brille, atteint l’homme plus profondément que n’importe quel
savoir scientifique.
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Karl JASPERS, Introduction à la philosophie
Thèse : L’originalité de la philosophie, c’est son examen critique dans la totalité de l’être,
contrairement aux sciences limitées à des objets particuliers, sans débat intellectuel.
Axe 1 : Les caractéristiques de la philosophie (la vérité philosophique est le fruit d’un
examen critique, une réflexion originale sur la totalité de l’être).
Axe 2 : Les caractéristiques des sciences (la vérité scientifique est certaine et universelle car
elle est issue d’une réflexion banale sur des objets extérieurs particuliers).
Introduction
Dans ce texte tiré de son œuvre Introduction à la philosophie, Karl JASPERS nous
livre une analyse sur la philosophie dans sa différence avec les sciences. Selon lui,
l’originalité de la philosophie, c’est son examen critique dans la totalité de l’être,
contrairement aux sciences limitées à des objets particuliers, sans débat intellectuel.
Comment expliquer l’originalité de la philosophie et la banalité des sciences dans la vision de
JASPERS ? Pour bien dénouer cet enjeu, nous allons analyser la thèse fondamentale de
l’auteur à travers les deux différents moments de ce passage :
Les caractéristiques de la philosophie
Les caractéristiques des sciences
Conclusion
Par ce texte, JASPERS nous fait comprendre la valeur de la philosophie : taxée de
réflexion stérile sans importance, la philosophie apparaît ici comme une réflexion originale
qui touche la totalité de l’être, qui atteint l’homme profondément. Ce n’est pas pourtant le cas
des sciences qui fuient ce qui est complexe, qui ne réfléchissent que sur les objets particuliers.
La valeur de ce texte porte sur l’intérêt qu’il a pu susciter au sujet de la philosophie. Nous
sommes convaincus de la nécessité des sciences, mais elles sont réellement incapables de
jouer le rôle de la philosophie qui reste encore et toujours utile aux hommes.
La valeur de la philosophie doit être cherchée pour une bonne part dans son incertitude
même. Celui qui n’a aucune teinture de philosophie traverse l’existence, emprisonné dans les
préjugés qui lui viennent du sens commun, des croyances habituelles à son temps et à son
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pays, et des convictions qui se sont développées en lui sans la coopération ni le consentement
de sa raison. Pour un tel individu, le monde est sujet à paraître précis, fin, évident, les objets
habituels ne lui posent aucune question et les possibilités non familières sont
dédaigneusement rejetées. Dès que nous commençons à philosopher, au contraire, nous
trouvons que même les choses les plus ordinaires de la vie quotidienne conduisent à des
problèmes auxquels nous ne pouvons donner que des réponses très incomplètes. La
philosophie, bien qu’elle ne soit pas en mesure de dire avec certitude quelle est la vraie
réponse aux doutes qu’elle élève, peut néanmoins suggérer diverses possibilités qui
élargissent le champ de nos pensées et les délivrent de la tyrannie de la coutume. Tout en
diminuant notre certitude à l’égard de ce que sont les choses, elle augmente beaucoup notre
connaissance à l’égard de ce qu’elles peuvent être, elle repousse le dogmatisme quelque peu
arrogant de ceux qui n’ont jamais pénétré dans les régions du doute libérateur et garde vivace
notre sens de l’étonnement en nous montrant les choses familières sous un aspect non
familier.
Introduction
Ce texte de Bertrand RUSSEL soumis à notre réflexion, est tiré de son œuvre intitulée
the problems of philosophy. Dans cet extrait, l’auteur nous livre sa pensée
sur la valeur de la philosophie. Pour lui, la philosophie nous délivre des préjugés et du
dogmatisme en élargissant notre champ de réflexion et de connaissance. Comment juger une
personne qui n’a aucune teinture de philosophie ? Qu’est-ce qui explique la valeur de la
philosophie ? Pour bien dénouer ces enjeux, nous allons analyser ce texte à travers deux axes
de réflexion :
- Vivre sans philosopher, c’est être prisonnier des préjugés et des croyances
- La valeur de la philosophie est liée à son incertitude
Développement
Contre les détracteurs de la philosophie qui dénoncent sa stérilité et son inutilité,
Bertrand RUSSEL fait l’apologie de cette science théorique qu’il considère comme nécessaire
à l’homme. Dans une démarche argumentative, il commence par décrire la personne vulgaire,
celui qui n’a aucune teinture de philosophie. Il s’agit, selon lui, de quelqu’un qui « traverse
l’existence, emprisonné dans les préjugés qui lui viennent du sens commun, des
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croyances habituelles à son temps et à son pays, et des convictions qui se sont développés
en lui sans la coopération ni le consentement de sa raison ». A travers ces propos, l’auteur
compare celui qui n’a aucune base philosophique à un prisonnier, donc à quelqu’un privé de
liberté. Incapable de réflexion et de raisonnement, il est comme un animal tiré par une corde,
toujours à la direction de celui qui tient la corde. C’est quelqu’un qui n’agit que par
spontanéité et par habitude, au même titre que l’animal. Cela est donc synonyme de perte
d’humanité et de liberté. Poursuivant son argumentation, RUSSEL écrit : « Pour un tel
individu, le monde est sujet à paraître précis, fin, évident, les objets habituels ne lui
posent aucune question ». Autrement dit, celui qui n’a aucune teinture de philosophie mène
une vie dans l’obscurité ; il est borné, incapable de se demander le pourquoi et le comment
des choses. Il reste donc aveugle et muet devant les évènements du monde et les phénomènes
de la nature ; c’est une personne sans valeur et sans aucune dignité.
Après avoir montré le caractère indigne, le malheur de celui qui n’a aucune base
philosophique, l’auteur commence par souligner la valeur de la philosophie, les avantages de
celui qui philosophe dès le début de la deuxième partie du texte. Ainsi écrit-il : « Dès que
nous commençons à philosopher, au contraire, […] des réponses très incomplètes ». Il est
donc clair que rien ne passe inaperçu pour celui qui philosophe, même ce qui semble banal
aux yeux de tout le monde peut conduire à des problèmes et thèmes bien plus importants.
Certes, les thèmes et problèmes abordés en philosophie aboutissent toujours à des réponses
incomplètes, mais c’est justement cette incertitude, cette insatisfaction de l’esprit qui aiguise
l’appétit de réflexion et de recherche. Dans cette perspective, l’auteur affirme : « La
philosophie, bien q’elle ne soit pas en mesure […] délivrent de la tyrannie de la
coutume ». En d’autres termes, le doute, l’interrogation constitue la base de la philosophie car
ce sont toujours les questions qui poussent notre esprit à la réflexion et au raisonnement. Mais
contrairement aux sciences qui se fondent sur la précision et la certitude, les réponses
philosophiques sont imprécises, incertaines, ce qui permet curieusement d’aller toujours vers
l’avant, à la recherche d’autres réponses car en philosophie, comme l’a dit JASPERS,
« chaque réponse dévient une nouvelle question ». Le philosophe est donc l’éternel
insatisfait, toujours insatiable des connaissances. C’est ainsi que RUSSEL admet que les
doutes, les incertitudes de la philosophie favorisent l’élargissement du champ de nos pensées,
nous font sortir du sommeil et de la dépendance aux habitudes. La valeur de la philosophie est
donc liée à l’incertitude de ses réponses. La philosophie est pour l’homme un moyen
d’affirmer sa liberté en se dépouillant de l’animalité et du caractère servile.
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Conclusion
Ce texte de Bertrand RUSSEL nous éclaire sur la valeur de la philosophie, cette valeur
étant son incertitude. Son ouverture au doute libérateur nous délivre des préjugés et développe
notre maturité intellectuelle. L’intérêt philosophique de ce texte réside dans la démarche de
l’auteur qui ne se contente pas uniquement de montrer la valeur de la philosophie, mais qui en
dénonce également son incapacité de fournir des réponses certaines ; valeur et faiblesse qu’il
faut curieusement chercher dans son incertitude, l’inexactitude de ses réponses.
J’avais dès longtemps remarqué que, pour les mœurs, il est besoin quelquefois de
suivre des opinions qu’on sait être fort incertaines, tout de même que si elles étaient
indubitables, ainsi qu’il a été dit ci-dessus : mais, pource qu’alors je désirais vaquer seulement
à la recherche de la vérité, je pensai qu’il fallait que je fisse tout le contraire, et que je
rejetasse, comme absolument faux, tout ce en quoi je pourrais imaginer le moindre doute, afin
de voir s’il ne resterait point, après cela, quelque chose en ma créance, qui fût entièrement
indubitable. Ainsi, à cause que nos sens nous trompent quelquefois, je voulus supposer qu’il
n’ y avait aucune chose qui fût telle q’ils nous la font imaginer. Et pource qu’il y a des
hommes qui se méprennent en raisonnant, même touchant les plus simples matières de
géométrie, et y font des paralogismes, jugeant que j’étais sujet à faillir, autant qu’aucun autre,
je rejetai comme fausses toutes les raisons que j’avais prises auparavant pour démonstrations.
Et enfin, considérant que toutes les mêmes pensées, que nous avons étant éveillés, nous
peuvent aussi venir quand nous dormons, sans qu’il y en ait aucune, pour lors, qui soit vraie,
je me résolus de feindre que toutes les choses qui m’étaient jamais entrées en l’esprit,
n’étaient non plus vraies que les illusions de mes songes. Mais, aussitôt après, je pris garde
que, pendant que je voulais ainsi penser que tout était faux, il fallait nécessairement que moi,
qui le pensais, fusse quelque chose. Et remarquant que cette vérité : je pense, donc je suis,
était si ferme et si assurée, que toutes les plus extravagantes suppositions des sceptiques
n’étaient pas capables de l’ébranler, je jugeai que je pouvais la recevoir, sans scrupule, pour le
premier principe de la philosophie que je cherchais.
Thèse : Toutes ns opinions et nos pensées sont douteuses, mais le « cogito » constitue une
vérité
absolument indubitable
Axe 1 : Le doute comme méthode de dissiper les incertitudes et d’atteindre l’évidence.
Axe 2 : Le « cogito » comme premier principe philosophique cartésien.
Introduction
Ce texte de DESCARTES soumis à notre réflexion est tiré de son oeuvre intitulée
Discours de la méthode. Dans cet extrait relatif au thème de la conscience, l’auteur nous livre
sa pensée sur le problème de la connaissance. Pour lui, toutes nos opinions et nos pensées sont
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douteuses, mais le « cogito » constitue une vérité absolument indubitable. La méthode de
DESCARTES repose sur le doute, mais quel est le but de cette démarche cartésienne de
réfutation ? Comment comprendre les conclusions de cette démarche ? Pour dénouer ces
enjeux, nous allons analyser la thèse de l’auteur à travers les différents moments de ce
passage :
Le doute comme méthode de dissiper les incertitudes et d’atteindre l’évidence.
Le « cogito » comme premier principe philosophique cartésien.
Développement
En raison de nos erreurs de perception, d’opinion et de jugement, DESCARTES s’est
livré au doute. Il se met ainsi à faire table-rase de toutes ses connaissances dans le but
d’atteindre les vérités premières. D’où la nécessité du doute exprimée ainsi dans le texte : «
pource qu’alors je désirais vaquer seulement à la recherche de la vérité, je pensai qu’il
fallait que je fisse tout le contraire, et que je rejetasse, comme absolument faux, tout ce
en quoi je pourrais imaginer le moindre doute » . Il ne s’agit pas ici du doute dans le sens
négatif du terme, c’est plutôt le doute philosophique désigné par DESCARTES en terme de
doute méthodique, qui consiste à suspendre nos connaissances jusqu’à ce que l’on sache le
principe de nos jugements, de nos opinons et de nos savoirs. Ce doute cartésien n’épargne pas
les sciences, encore moins les vérités sensibles. Ce processus de réfutation s’aperçoit dans le
texte où on peut lire « Ainsi, à cause que nos sens nous trompent quelquefois, je voulus
supposer qu’il n’ y avait aucune chose qui fût telle q’ils nous la font imaginer. » Ceci
justifie le doute vis-à-vis des sens qui sont, selon l’auteur, très souvent sources d’illusion et de
faux jugement. Par rapport aux démonstrations scientifiques, il ajoute ceci : « Et pource qu’il
y a des hommes qui se méprennent en raisonnant, même touchant les plus simples
matières de géométrie, et y font des paralogismes ». Par preuve de finesse et de rigueur
dans sa démarche, DESCARTES élargit ainsi son doute jusqu’aux sciences, notamment les
mathématiques dont il reconnaît pourtant être très passionné. En évoquant
l’expression « illusion de mes songes », ce philosophe a voulu montrer l’extrême prudence
du sujet pensant, parce que même le rêve peut nous entraîner dans des pensées erronées.
Mais dans la deuxième partie du texte, on constate que malgré sa rigueur, le doute
cartésien finit par se heurter à une certitude indubitable qui est le « cogito ». Cette certitude
apparaît dans le texte à travers ces propos « Et remarquant que cette vérité : je pense, donc
je suis, était si ferme et si assurée ». Ce « cogito » est pour l’auteur, une vérité incontestable
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car dans l’optique cartésienne, penser c’est exister. Donc la certitude de l’existence de la
conscience qui pense, est une évidence première. Pour insister sur l’évidence du « cogito »,
DESCARTES évoque les sceptiques. Il est convaincu que, même les sceptiques qui doutent
pour douter et non pour connaître, qui refusent d’accepter même les vérités généralement
admises, ne pourraient pas nier l’évidence du « cogito ». En écrivant à la fin du texte que «
toutes les plus extravagantes suppositions des sceptiques n’étaient pas capables de
l’ébranler », l’auteur voulait souligner que rien ni personne ne peut prouver que le « cogito »
est une vérité incertaine. C’est d’ailleurs, dit-il dans la dernière ligne du texte « le premier
principe de la philosophie que je cherchais.»
Conclusion
La lecture attentive de ce texte ainsi que son analyse détaillée nous éclairent sur
l’importance du doute dans la philosophie. On s’aperçoit également du rôle majeur de la
conscience dans l’existence de l’homme. La valeur philosophique de ce texte réside
particulièrement dans le style d’argumentation de l’auteur, notamment dans son esprit critique
caractérisé par le doute. Le fait que le « cogito » cartésien jette le sujet pensant dans la
solitude, constitue tout de même un paramètre à déplorer.
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Thèse : La philosophie africaine ne répond pas aux exigences et aux règles de la philosophie,
elle est une certaine littérature.
Axe 1 : La philosophie africaine s’assimile à un ensemble de textes littéraires.
Axe 2 : Cette littérature repose sur une confusion (entre idéologie populaire et discipline
théorique philosophique).
Introduction
Nous avons à étudier un texte de Paulin HOUTONDJI, tiré de son œuvre intitulée Sur
la philosophie africaine. Dans ce texte, l’auteur met en exergue la thèse selon laquelle la
philosophie africaine ne répond pas aux exigences et aux règles de la philosophie, elle est une
certaine littérature. Pourquoi l’auteur met en cause le caractère philosophique de la pensée
africaine ? Quels sont les critères d’une philosophie ? Pour bien dénouer ces enjeux, nous
allons élucider la thèse fondamentale de l’auteur à travers les différents moments de ce
passage.
La philosophie africaine s’assimile à un ensemble de textes littéraires.
Cette littérature repose sur une confusion (entre idéologie populaire et discipline
théorique philosophique).
Développement
La question de la philosophie africaine est longtemps rejetée par des philosophes
occidentaux, et parfois mise en cause, dans son fondement et dans son principe, par certains
penseurs africains. Le penseur béninois Paulin HOUTONDJI estime notamment que la
philosophie africaine ne répond pas aux normes philosophiques. C’est ainsi que dès le début
de ce texte, il écrit : « j’appelle philosophie africaine un ensemble de textes : l’ensemble
précisément, de textes écrits par des africains et qualifiés par leurs auteurs eux-mêmes
de philosophiques ». Contrairement au penseur camerounais Marcien TOWA qui réclame
l’universalité et la scientificité de la philosophie africaine, HOUTONDJI est persuadé qu’à
travers des romans, des poésies, etc., certains penseurs africains en quête de leur identité,
voulant faire valoir les valeurs humaines et socio-cuturelles du continent, revendiquent une
philosophie. Loin de rallier l’opinion des penseurs occidentaux comme Lévy BRUHL et
HEIDEGGER qui estiment que la logique est un phénomène purement occidental, ou HEGEL
qui croit que le nègre ne peut pas accéder à la raison, HOUTONDJI tient juste à souligner le
caractère littéraire voire ethnophilosophique de la pensée africaine. Selon lui, on a longtemps
déplacé le problème à partir d’une « problématique de fait ». Voilà pourquoi il tient à
16
« rendre problématique cette problématique ». Cela explique les réserves qu’il émet à
l’endroit de la philosophie africaine au sujet de son fondement ; elle repose sur des bases
littéraires et non philosophiques.
Dans la deuxième partie du texte, l’auteur poursuit sa conviction sur cette « prétendue
philosophie africaine » qu’il appelle littérature et qui, selon lui, « repose sur une
confusion ». Cette confusion est pour l’auteur une évidence qui s’aperçoit dans la conception
de l’essence même de la philosophie. En clair, ce que les penseurs africains appellent
philosophie, c’est tout simplement une idéologie. Il s’agit d’un « usage populaire » du mot
philosophie, selon les propres mots de HOUTONDJI. Cette idéologie des écrivains africains
en quête d’identité et d’affirmation des valeurs nègres, est confondue avec l’« usage
rigoureux » du terme philosophie. En effet, l’auteur appelle idéologie « toute sagesse
individuelle ou collective, tout ensemble de principes présentant une relative cohérence
et visant à régir la pratique quotidienne d’un homme ou d’un peuple ». Tels sont
justement les critères de la pensée africaine, une littérature, une idéologie que les penseurs
africains qualifient par erreur de philosophique. En parlant d’usage rigoureux et théorique,
l’auteur fait allusion à la philosophie qui a « ses exigences propres et obéissant à des règles
méthodologiques déterminés ». C’est cette philosophie dans le sens strict du terme, que les
penseurs africains confondent avec leur idéologie.
Conclusion
HOUTONDJI a réussi à rendre problématique la problématique de la philosophie
africaine, une philosophie qui, aux yeux de l’auteur, s’assimile à une littérature. Face à la
confusion d’un usage populaire et d’un usage rigoureux du mot philosophie, HOUTONDJI
semble se prononcer sur l’essence et la définition du terme philosophie. La valeur
philosophique de ce texte réside dans le style d’argumentation de l’auteur, notamment dans
son processus de mise en cause.
I- DISSERTATIONS
Sujet 1 : « La conscience ne nous trompe jamais »
Qu’en pensez-vous ?
Plan détaillé
Thèse : La conscience ne peut pas nous tromper
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2. Selon les chrétiens, le sujet est en relation avec Dieu grâce à la conscience. Alors comme
Dieu ne nous trompe jamais, la conscience ne peut pas nous tromper.
Antithèse : La conscience nous trompe très souvent
1. La conscience est souvent mauvaise conseillère ; à cause d’elle, on fait des jugements et
des analyses erronés.
2. La conscience a des lacunes. La théorie freudienne de l’inconscient est une preuve évidente
de ces lacunes. La conscience est donc source d’erreurs et d’illusions (Oublis, rêves,
agacement, …).
Introduction
La tradition philosophique accorde à la conscience une importance capitale et une
confiance inébranlable. Souvent conçue comme instinct divin et source infaillible de
connaissance, elle reste une faculté qui ne peut pas nous tromper. En revanche, ce pouvoir de
la conscience est ébranlé lorsque des philosophes à l’instar de FREUD prouvent qu’il s’agit
d’une faculté qui ignore plus qu’elle ne connaît. Si la conscience ne nous trompe jamais,
comment s’expliquent les failles, les lacunes de la conscience ? Jusqu’où peut-on se fier à
elle ? Pour bien appréhender ce sujet, nous allons analyser deux axes de réflexion :
La conscience comme faculté fiable et irréprochable
Les lacunes et défauts de la conscience
Développement
L’homme se définit essentiellement par la conscience qui fait sa grandeur et sa dignité,
qui le place au-dessus des bêtes et des autres êtres vivants. En tant que faculté intellectuelle,
puissance cognitive synonyme de connaissance et de lucidité, la conscience ne peut pas nous
tromper. Convaincu du caractère infaillible de la conscience, DESCARTES montre qu’il
s’agit d’une « lumière naturelle qui contient les critères de la vérité et les premières idées
innées ». Certes, l’homme peut se tromper, mais pour le père de la philosophie moderne, ce
sont les sens qui nous trompent, mais jamais la conscience. L’exemple cartésien de la rame
droite qui paraît courbe dans l’eau prouve bien que ce n’est pas notre conscience qui se
trompe, c’est plutôt la relation entre nos yeux et l’objet qui modifie le forme de celui-ci.
En fait, cette opinion cartésienne est en quelque sorte une reprise de la conception
chrétienne en général, augustinienne en particulier. En effet, chrétien avéré, Saint
AUGUSTIN souligne, dans sa théorie de la connaissance, que par l’intermédiaire de la
conscience, le sujet est en relation avec Dieu. Alors, comme Dieu ne se trompe et ne nous
trompe jamais, la conscience ne peut pas nous tromper. Ainsi, « communiquant avec Dieu,
notre conscience est la source de toute vérité intérieure ». Il s’agit là de la théorie
augustinienne de l’illumination. A travers cette théorie, Saint AUGUSTIN explique que par sa
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lumière, Dieu illumine notre conscience, et dans ce cas, il serait insensé de croire que la
conscience nous trompe.
Transition : Ce pouvoir de la conscience sera malheureusement mis en cause par
d’autres conceptions philosophiques.
On admet très souvent que la conscience peut être une mauvaise conseillère. Nous
faisons parfois des jugements et des analyses erronés. C’est la faute à qui ? A la conscience
certes, car c’est elle qui organise et guide nos actions. Si ce n’était pas vraiment la conscience
qui jouait le rôle de puissance trompeuse, il n’y aurait pas les excuses et les remords. On
reproche souvent à notre conscience de nous avoir mal conseillé, de nous avoir trahi. Cela
montre bien que la conscience n’est pas si infaillible que certains veulent le croire, elle peut
donc nous tromper. Après avoir commis une erreur, nul ne reproche à son corps car nous
sommes guidés par notre conscience et non par notre corps.
En outre, le pouvoir de la conscience est plus que jamais ébranlé par la théorie
freudienne de l’inconscient qui dénonce les lacunes de la conscience. Contrairement à la
tradition philosophique et religieuse qui considère celle-ci comme une puissance cognitive
infaillible, FREUD démontre son impuissance quand il s’agit de nous éclairer sur nos états
mentaux. Autrement dit, cette mise en cause du pouvoir de la conscience s’explique par
l’existence de nombreux phénomènes psychiques qui lui échappent. Nous croyons par
exemple nous connaître, mais en réalité nous sommes incapables de savoir pourquoi nous
faisons des rêves insensés, pourquoi nous oublions très souvent ou encore pourquoi nous nous
agaçons facilement. La conscience est donc une source d’erreurs, d’illusions et de tromperies.
Conclusion
A partir du XIXè s, notamment avec le professeur Sigmünd FREUD, on dénonce les
lacunes et les failles de la conscience qui nous entraîne dans des erreurs et des illusions
d’autant plus qu’elle ignore plus qu’elle ne connaît. Il s’agit là de nouvelles conceptions qui
viennent se heurter à une tradition philosophico-religieuse qui prend la conscience pour une
puissance cognitive, une lumière naturelle infaillible. Si la conscience ne nous trompe jamais,
serait-il donc logique de parler de perfection chez l’homme ?
Sujet 2: Faut-il être conscient pour exister ?
Plan détaillé
Thèse : Il faut être conscient pour exister
1. La conscience cartésienne (le « cogito », je pense, donc je suis)
2. Selon les existentialistes, il faut être conscient, capable de se projeter, de faire des
projets pour exister ; or cela nécessite la conscience.
Antithèse : On peut exister sans être conscient
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1. Les personnes sensées qui sont dans des états inconscients (rêve, nervosité,
sommeil…) existent pourtant dans ces phases, ils ne sont pas conscients. Il en est de
même pour les enfants ou même les fous qui existent sans être conscients de leur
existence.
2. Dans le sens vulgaire et général, l’existence s’identifie à la vie, c’est-à-dire que tout ce
qui vit, tout ce qui est existe. Donc les animaux, les végétaux, les pierres existent,
pourtant ils ne sont pas conscients.
Introduction
Les personnes sensées, celles en plein sommeil, les enfants, les fous et même les
animaux existent. Ainsi, tout ce qui vit existe. Ce n’est pas pourtant l’avis de DESCARTES
qui estime qu’il faut penser pour exister, ou encore les existentialistes selon qui l’existence est
le propre de l’homme sensé, être de projet. C’est par rapport à cette situation de controverse
qu’on nous demande de réfléchir sur le rapport entre la conscience et l’existence. Dans quel
sens la conscience conditionne-t-elle l’existence ? Ne peut-on pas exister sans être conscient ?
Pour bien répondre à cette problématique, nous aborderons la notion d’existence conditionnée
par la conscience avant de voir qu’on peut exister indépendamment de la conscience
Développement
Il y a lieu, de prime abord, de partir du constat selon lequel être doté de conscience ne
signifie pas forcément être conscient. Le petit enfant normal de deux mois par exemple,
possède une conscience, mais elle est encore à l’état brut ; il ne s’agit donc pas d’un être
conscient car un sujet conscient doit être sensé, capable de réfléchir, d’analyser, de juger, etc..
Prise dans ce sens, l’expression « être conscient » est, chez DESCARTES, synonyme
d’exister. En effet, selon ce philosophe français, on peut douter de tout sauf de la conscience
qui doute. C’est de là qu’il va déduire son existence par le cogito en affirmant : « Cogito, ergo
sum : je pense, donc je suis ». Le sujet conscient de soi est alors une certitude que la pensée
ne saurait éliminer sans se nier elle-même. En tant que conscience qui pense, DESCARTES
est sûr de son existence, et considère comme « problématique » l’existence des autres
consciences et de toute autre chose en dehors de lui. Pour lui donc, il est nécessaire d’être
conscient pour exister.
Après DESCARTES, les penseurs existentialistes sont venus identifier l’existence au
fait d’être conscient. En effet, étymologiquement, le verbe exister vient du latin « ex » qui
signifie au dehors et « sister » qui veut dire se tenir. Exister, c’est donc apparaître et se
manifester au dehors. Dans ce cas, l’existence est le propre de l’homme sensé. Dans la
philosophie existentialiste, exister c’est se projeter hors de soi, faire des projets, s’arracher à
son état vers une action toujours nouvelle. Or pour y parvenir, il faut être conscient. Cette
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vision existentialiste est en quelque sorte un dépassement de la conception cartésienne de
l’existence car l’être évoqué dans l’existentialisme est un sujet qui agit et se projette hors de
soi, contrairement à la conscience cartésienne qui s’enferme toujours sur elle-même. Mais
toujours est-il que pour DESCARTES comme pour les existentialistes, il faut être conscient
pour exister.
Transition 1 : Nous constatons malheureusement que cette thèse est bien discutable dans
la mesure où il est difficile de refuser l’existence à tous les êtres insensés et inanimés qui
nous entourent.
Transition 2 : La question reste à savoir si les êtres insensés et inanimés n’existent
vraiment pas.
En fait, dans le sens courant, exister n’a rien à voir avec la conscience ni avec le fait
d’être conscient. Tout comme les personnes sensées traversant des états inconscients
(l’ivresse, le sommeil, …), les fous qui ont perdu la raison ou qui ont la conscience déréglée,
les petits enfants de très bas âge sont inconscients même s’ils sont doués de conscience. Mais
tant qu’ils sont en vie, ils existent. C’est une preuve évidente que l’existence est loin d’être
déterminée par le fait d’être conscient.
En outre, il y a également lieu de se demander s’il faut vraiment accorder l’existence
aux animaux, aux pierres, aux rochers, aux arbres, des êtres dépourvus de conscience. Si on se
réfère encore une fois au sens courant du concept d’existence, il faudra admettre que, animés
ou inanimés, sensés ou insensés, ces êtres sont, donc ils existent. Sinon comment pourrai-je
construire ma maison à l’aide des bois et des pierres, et affirmer en même temps que ces bois
et ces pierres n’existent pas ? Ce qu’il faut retenir, c’est que tout ce qui est, tout ce qui vit
existe. Il s’agit là d’une vision très vulgaire de la notion d’existence qui, contrairement à
l’opinion cartésienne et existentialiste, s’assimile à l’être simple des choses.
Conclusion
Au terme de cette étude, nous avons compris que l’existence est une notion
philosophique complexe. Si on admet généralement que tout ce qui vit, tout ce qui est existe,
certains penseurs comme DESCARTES et les existentialistes font la différence entre l’être
simple des choses et l’existence des personnes conscientes et sensées. Ainsi peut-on constater
la complexité de la philosophie de l’existence ainsi que l’importance de la conscience chez
l’homme.
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Thèse : La diversité culturelle est un facteur de développement
1. La culture c’est l’ensemble de connaissances, de productions, d’outils intellectuels et
techniques (science, technique, art, morale, religion,…) d’une société. La diversité
culturelle symbolise donc la diversité de connaissances, de techniques, de sciences,
etc., or tous ces éléments sont la condition du développement.
2. La diversité culturelle suppose l’interaction des cultures, le dialogue, le partage et
l’échange culturels. Cela favorise le développement.
Antithèse : La diversité culturelle freine le développement
1. La diversité culturelle est source d’ethnocentrisme et de racisme
2. La diversité culturelle engendre la mésentente, les conflits et les guerres.
Introduction
Si on considère la culture comme un ensemble de productions, d’usages, de modes de
vie et de comportements d’une société, il n’y a pas de société inculte. Il s’agit là de la
diversité culturelle qui constitue un élément fondamental du développement. Toutefois,
l’expérience de l’ethnocentrisme et du racisme semble prouver le contraire. D’où cette
interrogation soumise à notre réflexion « La diversité culturelle, est-elle un facteur de
développement ? » En quoi la diversité culturelle favorise-t-elle le développement ?
Comment justifier les inconvénients de cette diversité culturelle par rapport au
développement? Pour une analyse cohérente de ce sujet, nous aborderons la diversité
culturelle comme facteur de développement d’une part, et d’autre part nous verrons qu’au
contraire, elle en constitue un frein.
Développement
Le trait caractéristique de l’humanité réside, non dans la ressemblance anatomique des
hommes, mais dans leur différence de comportement d’une société à l’autre. Il s’agit là de la
diversité culturelle qui marque la richesse et la valeur de l’espèce humaine. Si on prête oreille
à TAYLOR qui définit la culture comme « un tout complexe qui englobe les connaissances,
les croyances, la morale, la loi, la tradition et toutes les autres dispositions et habitudes
acquises par l’homme en tant que membre d’une société », on comprend alors que la
diversité culturelle symbolise la pluralité de connaissances, de compétences, de sciences, de
techniques, etc. Or, l’ensemble de tous ces éléments forme un ensemble d’acquis théoriques et
pratiques qui constituent sans doute un élément fondamental pour l’unité et le développement
du genre humain.
De surcroît, la question de la diversité culturelle suppose l’interaction des cultures.
Cette interaction sous-entend un dialogue et un partage culturels. N’est-ce pas pour cela que
les différentes nations du monde (riches et pauvres, toutes races confondues) s’ouvrent vers
22
les autres nations en vue de l’échange culturel ? L’unité et le développement du genre humain
sont conditionnés par la diversité culturelle car c’est en acceptant et en respectant la
différence des hommes, d’un groupe social à l’autre, en s’ouvrant également vers les autres
qu’on peut favoriser l’épanouissement individuel et le développement social.
Transition : Mais il n’est pas toujours évident que cette différence soit acceptée et que
cette ouverture soit perçue comme telle.
On regrette malheureusement que certains peuples se soient enfermés dans
l’ethnocentrisme. Oubliant que les différences ethniques, sociales et culturelles font la
richesse de l’humanité. Ces peuples vont jusqu’à jeter hors de l’humanité les autres cultures
en les considérant comme « sauvages » et « barbares ». D’où le problème de
l’ethnocentrisme auquel va s’ajouter le racisme. Cette conjugaison des facteurs
ethnocentristes et racistes étant le produit de la diversité culturelle, constitue un frein au
développement de l’individu et des sociétés.
Encore faut-il signaler que ce danger ethnocentriste et raciste qui est le corollaire de la
diversité culturelle, va engendrer des conflits et des guerres entres les hommes de différentes
cultures. Dans ces conditions, loin d’être un facteur de développement, la pluralité des
cultures reste un facteur de blocage à l’unité et au développement du genre humain. La
mésentente, les conflits et les guerres résultant directement ou indirectement de cette diversité
culturelle ne sont pas au service du progrès collectif dans la mesure où ils entraînent le
déchirement entre les hommes et tant de souffrances dont l’espèce humaine est victime.
Conclusion
Au seuil de cette réflexion, nous retenons que la diversité culturelle est au service du
progrès collectif des hommes. Cela ne cache pas pour autant le danger ethnocentriste et raciste
entraînant des souffrances et des malheurs aux hommes, freinant l’unité et le développement
du genre humain. La vraie question reste l’impact que cela représente par rapport à ce que
cette diversité des cultures peut apporter à l’homme et aux sociétés. Ainsi faut-il se demander
s’il y a lieu de craindre ou plutôt d’encourager la diversité culturelle.
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2. Le travail comme instrument de libération (HEGEL, Jean LACROIX, les théologiens
chrétiens et George BATAILLE)
Antithèse : Le travail comme négation de liberté
1. Dans son sens théologique, le travail désigne la torture, la punition, la souffrance, la
nécessité, l’obligation, la contrainte.
2. Chez les Grecs, le travail est le propre de l’esclave, il est donc une activité servile.
Cette opinion est proche de celle de MARX qui considère le travail comme une source
d’aliénation, de déshumanisation
Introduction
Dans ses rapports avec la nature, l’homme oscille entre nécessité et liberté. Il est
originellement condamné à la servitude caractérisée par le travail. Mais paradoxalement, c’est
dans cette servitude originelle qu’il arrive à survivre et à être libre. C’est par rapport à ce
paradoxe de la notion du travail qu’on nous interroge « Y a-t-il de la liberté pour l’homme
condamné au travail ? » Comment faut-il donc concevoir le concept du travail par rapport à la
liberté humaine ? Pour bien répondre à cette problématique, nous allons étudier, à travers une
analyse claire de ce sujet, le travail comme source de liberté avant de l’expliciter en tant que
négation de liberté.
Développement
Dans un sens très vulgaire, le travail se définit comme une transformation utilitaire de
la nature ; il se traduit donc par une confrontation des propres forces de l’être vivant avec la
nature. Cette définition peut même s’appliquer aux animaux qui, contrairement aux hommes,
sont gouvernés par leur instinct. Il y a donc lieu d’admettre que le vrai travail le vrai travail se
définit non seulement par sa fonction utilitaire, mais encore et surtout par son caractère
conscient. Ainsi, le vrai travail doit être conscient et réfléchi, donc une activité exclusivement
humaine. Dans ce cas, le travail est différent de l’activité instinctive et routinière de l’animal.
En ce sens, on peut dire que par le travail, l’homme se distingue de l’animal et s’affirme en
tant que sujet pensant et libre capable d’organiser et d’orienter son existence.
Certes, l’homme est originellement condamné au travail, mais dans cette servitude
originelle, il arrive à survivre et à s’affranchir des misères. En effet, en affrontant les forces
redoutables de la nature, l’homme arrive à la dominer. C’est en ce sens que DESCARTES
considère ce dernier comme « maître et possesseur de la nature ». Cette maîtrise et cette
liberté, l’homme les acquiert par le travail qui lui permet d’effectuer ce que George
BATAILLE appelle « double négation ». BATAILLE veut ainsi montrer que grâce au
travail, l’homme arrive à se transformer, à transformer la nature et à améliorer ses conditions
matérielles d’existence, par la même occasion. Cette capacité de transformation et de
24
développement lui permet d’afficher son statut d’être libre, et ce, grâce au travail. Ce pouvoir
de libération s’aperçoit également dans la dialectique hégélienne du maître et de l’esclave.
Dans cette dialectique, HEGEL montre justement l’aspect positif du travail : à force de ne pas
travailler, le maître tombe dans la servitude et, grâce au travail, l’esclave acquiert une
nouvelle liberté. C’est ce qu’a voulu dire KOJEVE quand il écrivait « En libérant l’esclave
du maître, le travail le libère donc aussi de lui-même, de sa nature d’esclave […] ». Donc
on peut dire que l’homme n’est condamné au travail que pour se transcender, se prendre en
charge et devenir libre.
Transition : Ce qui suscite vraiment la curiosité, c’est la façon dont ce même travail qui
fait de l’homme un être libre, contribue à le déshumaniser.
En fait, le latin « labor » d’où est issu le mot labeur, évoque à la fois le travail et la
peine, tout comme l’interprétation biblique de ce concept de travail qui renvoie au châtiment
et à la souffrance. Ainsi, en tant que nécessité vitale qui exprime le dénuement originel de
l’homme qui ne survit dans la nature que par un effort douloureux, le travail reste une
souffrance, une contrainte ou tout simplement une négation de liberté. Ce caractère
contraignant du travail s’aperçoit dans cette affirmation de Karl MARX : « L’homme est […]
forcé de se mesurer avec la nature pour satisfaire ses besoins », or nous savons
pertinemment que la liberté se réalise dans une action délibérée, mais pas dans la force et la
contrainte.
Par ailleurs, dans la conception grecque, le travail est le propre de l’esclave. En effet,
pour les anciens Grecs, ce qui est digne d’un homme libre, c’est la contemplation, la
réflexion ; le travail est réservé aux esclaves. Dans ce cas, il devient une activité servile, une
négation de liberté. Alors, loin d’exprimer la liberté et la noblesse de l’homme, le travail reste
l’expression de sa misère et de sa bassesse. Cette opinion s’apparente à la vision marxiste qui,
critiquant le système capitaliste, considère le travail comme source d’exploitation de l’homme
par l’homme, donc d’aliénation, de déshumanisation.
Conclusion
A la lumière de ce qui précède, on remarque que le travail est l’apanage de l'homme.
En tant symbole de torture, de souffrance et de contrainte, le travail condamne l’homme à la
misère et à l’asservissement. Mais il est en même temps ce grâce à quoi nous confirmons
notre statut de sujet pensant et libre. D’ailleurs nous pouvons dire que la vraie liberté est celle
acquise au prix de la douleur et des efforts.
25
Introduction
En tant que quête du savoir, application de la raison sur le réel, la philosophie a permis
à l’homme de révolutionner le monde de la pensée. En revanche, elle est qualifiée
d’abstraction et de réflexion stérile par ses détracteurs. Ainsi, « La mise en question de la
philosophie, est-elle justifiée ? » Qu’est-ce qui justifie cette mise en cause ? En quoi est-elle
contestable ? Pour une analyse cohérente de ce sujet, nous allons répondre à cette
problématique en étudiant certaines conceptions des détracteurs de la philosophie avant
d’aborder le fondement et la nécessité de cette science théorique.
Développement
Les temps modernes se caractérisent par le développement de la pensée scientifique
qui a établi des méthodes d’observation et de vérification convaincantes. Depuis le siècle des
lumières, les réalisations scientifiques sont éblouissantes, ses conclusions sont fécondes et
persuasives. Cette réussite des sciences a engendré de nouveaux courants de pensée tels que le
scientisme et le positivisme. Ce sont des courants de pensée qui cherchent ce qui est réel et
utile. D’ailleurs les partisans du positivisme sont convaincus que la science est le seul esprit
humain qui permet de lutter contre l’obscurantisme, et que la philosophie relève du non sens.
D’où cette affirmation de George GUSDORF, selon laquelle « la philosophie est un résidu
devant être éliminé de plus en plus par la connaissance scientifique », ce qui veut dire tout
simplement que la philosophie n’ a pas du tout sa place dans un monde dominé par la science.
En outre, le sens commun donne toujours la priorité à la subsistance, à l’économie, à
tout ce qui nous permet d’améliorer nos conditions matérielles d’existence. Pour vivre, il faut
produire du concret, or la philosophie est impuissante face aux besoins matériels de l’homme.
D’où ce fameux dicton « vivre d’abord, philosopher après ». Cela montre l’aspect
contestable de la philosophie qui est incapable de faciliter la vie de l’homme en lui permettant
de subvenir à ses besoins vitaux. Sinon, serait-il possible de philosopher dans la famine, les
souffrances et les maladies ? D’ailleurs c’est en s’opposant à l’abstraction de la philosophie
que Karl MARX, fondateur du matérialisme scientifique affirme : « les philosophes n’ont
fait qu’interpréter le monde de diverses manières, alors que l’essentiel c’est de le
transformer ». Ainsi, la philosophie nous fait vivre à l’écart du monde, elle nous enferme
dans des discours vides et creux. Certes, les philosophes ont un savoir théorique immense et
admirable, mais sans utilité car ce ne sont pas les biens proprement humains et vitaux qu’ils
recherchent.
Transition : La philosophie a effectivement ses faiblesses, mais cela ne cache pas pour
autant ses points forts.
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En fait, l’homme est un être de besoins, mais ses besoins ne sont pas forcement
d’ordre matériel. En effet, il y a des domaines comme la morale, la politique, la justice, les
relations interpersonnelles, etc., qui sont essentiels à l’homme et à son existence, qui ne
trouvent pas malheureusement des réponses dans les sciences. La philosophie semble ainsi
nécessaire car il s’agit là de ses champs d’intervention. Il est possible de rencontrer dans ce
monde des gens très puissants, très riches et très intelligents, des scientifiques brillants qui ont
des soucis non matériels. La psychanalyse, l’hédonisme et la morale qui sont des branches de
la philosophie, peuvent contribuer à résoudre de tels problèmes.
Dans le même ordre d’idées, la philosophie renferme une connotation positive dans la
mesure où elle constitue, selon les propres mots de JANKELEVICH, « une possibilité de la
mise en question ». Ce penseur a voulu dire par là que grâce à la philosophie, l’homme arrive
à s’interroger, se questionner, ce qui le distingue de l’animal. Cette « possibilité de la mise en
question » lui permet également de nier le caractère servile, d’affirmer aussi son statut
d’homme et d’être libre. Il est d’ailleurs incontestable que la philosophie en tant que réflexion
rationnelle et critique, favorise la maturité intellectuelle de l’homme et la tranquillité de
l’esprit.
Conclusion
Au terme de cette étude, on peut constater que la philosophie, après tant de siècles
d’existence, semble restée dans l’abstraction, dans la stérilité, incapable de répondre aux
besoins vitaux de l’homme. Malgré cela, même aujourd’hui au XXI è siècle, elle semble avoir
sa place dans un monde de plus en plus menacé par le progrès scientifique et technique. On
pourrait enfin se demander ce que serait le monde sans cette science théorique synonyme de
liberté et d’humanisme.
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