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2021 15:38
Santé mentale au Québec
Les psychothérapies de relaxation ou est-ce que la relaxation a
sa place en psychothérapie?
Psychotherapy of relaxation or does relaxation have its place
in psychotherapy?
Réjean L. Messier
Volume 3, numéro 2, novembre 1978 Résumé de l'article
Après un bref survol des méthodes de relaxation de Freud à Ajuriaguerra,
URI : [Link] l'auteur tente de définir la relaxation. Il décrit les principales méthodes de
DOI : [Link] relaxation selon trois approches neurophysiologiques qui inclut la relaxation
progressive de Jacobson ; l'hypnotique dans laquelle il classe la training
Aller au sommaire du numéro autogène de Schultz ; et la psychodynamique avec la rééducation psychiatrique
d'Ajuriaguerra et Cohen. L'auteur se centre ensuite sur les différents
indicateurs thérapeutiques somatiques, psychiatriques et prophylactiques. En
conclusion l'auteur souligne les points communs de ces méthodes comme la
Éditeur(s)
détente, la phase régressive, l'emploi de la suggestion ; mentionne que toutes
Revue Santé mentale au Québec les méthodes mènent à un état semblable, quelque soit le nom donné, et que
ces méthodes peuvent être placées sur un continuum progressif.
ISSN
0383-6320 (imprimé)
1708-3923 (numérique)
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Messier, R. L. (1978). Les psychothérapies de relaxation ou est-ce que la
relaxation a sa place en psychothérapie? Santé mentale au Québec, 3(2), 86–110.
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Les psychothérapies de re-
laxation ou est-ce que la
relaxation a sa place en
psychothérapie ?
Depuis les débuts de l'histoire de l'homme, on retrouve toujours cette
même préoccupation qu'est la recherche d'une vie équilibrée, l'établis-
sement d'un rythme harmonieux entre les phases d'activité et de repos,
entre l'effort dirigé vers un but extérieur au sujet et l'effort en vue de se
reconstituer lui-même. Observant le parallèle existant avec les grands
rythmes de la nature, la philosophie en a fait une forme de sagesse. Mais
ces considérations fondamentales rejoignent une optique cosmologique
beaucoup plus large qui, à la limite, se confond avec le mysticisme. On
lira dans la Genèse :
"Dieu conclut au septième jour l'ouvrage qu'il avait fait et il se reposa,
et il bénit le septième jour et il le sanctifia'".
Dans cette perspective, la plus ancienne expérience psychophysio-
logique d'unification et de recherche d'équilibre qui nous soit parvenue
est assurément le yoga. L'étymologie signifie que le yogi est joint,
d'abord en lui-même, dans sa totalité. Il se libère de !'"extérieur", se
concentrant tout entier à sa tâche d'auto-réalisation, à ce conditionnement
corporel de la vie de l'esprit, pour en arriver à l'union en lui-même, à la
réintégration dans la conscience et le vouloir de ses propres rythmes
fondamentaux. Le but ultime est l'harmonisation de son être global avec
les rythmes et l'énergie cosmique. Sa perception du monde et le pouvoir
qu'il exerce sur celui-ci s'étendent alors indéfiniment de même que l'uni-
vers cosmique retentit en lui dans une sorte de fusion réciproque. Cette
L ' a u t e u r e s t m é d e c i n et r é s i d e n t du d é p a r t e m e n t d e p s y c h i a t r i e d e l ' U n i v e r s i t é
de M o n t r é a l .
C e t a r t i c l e , d i s c u t é avec l e Dr L é o n M a u r i c e L a r o u c h e , p s y c h i a t r e au P a v i l l o n
A l b e r t - P r é v o s t , a é t é p r é s e n t é l e 11 a v r i l 1978 à l ' i n s t i t u t A l b e r t - P r é v o s t .
VERS UNE NOUVELLE PRATIQUE 87
ubiquité, cette omniprésence, difficile de compréhension et d'obtention,
certains l'interpréteront dans une perspective régressive comme se situant
aux frontières du sentiment océanique, de l'univers prégénital, indifféren-
cié et anobjectal.
Puis, l'histoire poursuivant son cours, le long règne de Descartes
dans nos contrées occidentales imposa son dualisme et sa distinction
absolue entre corps et esprit, paralysant tout développement scientifique
dans le domaine psychologique. La conception cartésienne niant ou écar»
telant l'aspect psychophysiologique du problème humain rendait rigoureu-
sement impossible une compréhension psychosomatique de la médecine.
Mais déjà, à l'aube de notre ère scientifique, une quantité croissante
d'individus et de groupes humains ressentent une contrainte, un malaise
rêfrë aux aspects négatifs de la civilisation du progrès en voie d'élabora-
tion et dont ils tentent de se libérer physiquement certes mais aussi mo-
ralement, intellectuellement et affectivement.
Les origines des études proprement scientifiques concrétisant cette
tendance remontent à l'époque de la découverte de l'hypnose. Après la
brève vogue des théories de Mesmer, on réfuta sans peine ses assertions
équivoques sur le magnétisme animal pour approfondir les différentes for-
mes d'hypnose. Cependant des inconvénients étaient rattachés à cette
technique tels le comportement passif du malade suggestible et sa dépen-
dance étroite à l'égard du médecin. Ces malades, se retrouvant dans un
état de régression infantile dont la nature surprenait alors (la notion psy-
chanalytique du transfert n'avait pas encore été découverte), suscitèrent
les recherches de Janet sur l'inconscient et de Breuer sur une première
méthode cathartique.
Sigmund Freud, parmi les premiers, a pressenti au début de ce siècle
la nécessité d'une certaine libération et il eut l'idée, pour permettre au
patient d'exprimer ce que des années de conditionnement socio-familial
avaient refoulé, de l'allonger sur un divan. Bien sûr d'autres motivations
techniques expliquent cette position particulière mais la détente demeure
un facteur non négligeable. Avant d'utiliser la méthode des associations
libres qui ouvrit la voie à la psychanalyse, Freud essaie en 1892 une
technique de concentration mentale chez des patients rebelles à l'hypnose.
Peu après, Oscar Vogt entre 1893 et 1900 souligne la possibilité
pour des patients cultivés d'obtenir, par une action volontaire et person-
nelle, une véritable auto-hypnose, état particulier qui ouvre des possibi-
lités remarquables d'auto-observation et qui s'accompagne de bénéfices
d'ordre général. Je cite :
"Dans cet état volontairement provoqué, il devenait possible en période de crise
physique ou psychique d'induire un état de calme et de détente empêchant ainsi
les mouvements émotionnels de devenir pathogènes".
88 SANTE MENTALE AU QUEBEC
L'auto-hypnose rendait ainsi possible ce qu'Oscar Vogt appelait "le
repos prophylactique".
Mais c'est au professeur Schultz en 1908 que revient l'idée de faire
de la détente un moyen thérapeutique alors que lui-mêtoe se compte au
nombre des élèves de Freud. C'est dans l'étude des règles du yoga et
des résultats obtenus par ses adeptes qu'il y puisa un fond de techni-
ques et de méthodes de concentration qui s'harmonisaient avec les préoc-
cupations qui l'animaient en tant que psychanalyste. C'est ainsi que vit
le jour le concept de relaxation. Cependant, la technique psychanalytique
et la méthode de Schultz se trouvèrent rapidement pourvues de règles pro-
pres et de projets apparemment opposés, ce qui fit que ces deux techni-
ques virent leur développement se poursuivre de façon parfaitement in-
dépendante.
Depuis une vingtaine d'années, on a assisté à une diffusion et à une
multiplication rapide des méthodes de relaxation si bien que la trop gran-
de variété des méthodes n'a pas permis au public de comprendre exacte-
ment la nature médicale de cette notion. La popularisation et, face à une
demande croissante, la commercialisation de ce concept attrayant lui fit
prendre la fortune et l'imprécision qu'on lui connaît maintenant.
Le terme relaxation est de compréhension tellement simple, évidente
pour beaucoup, que chacun croit pouvoir y parvenir seul et sans difficulté
s'il le désire. Dans la réalité cependant, ne relaxe pas qui veut. Mais,
au fait qu'est-ce que la relaxation ? Quelle est cette détente que visent
comme premier but toutes ces techniques ? On s'accordera pour parler
d'une diminution de tension. Mais, là encore, qu'est-ce que cela signifie?
Pour Ajuriaguerra, la tension est un état psychophysiologique que le cli-
nicien tend à apaiser par des techniques agissant sur le corps et modifiant
l'activité tonique musculaire générale et viscérale. Durand de Bousingen
précisera que les méthodes de relaxation sont des procédés thérapeutiques
bien définis visant à obtenir chez l'individu une décontraction musculaire
et psychique à l'aide d'exercices appropriés. Cette décontraction aboutit
à un tonus de repos qui est à la base d'une détente physique et psychique.
La relaxation se veut donc la recherche d'un repos, le plus efficace pos-
sible, économisant ainsi les forces nerveuses mises en jeu dans l'activité
générale du sujet par la diminution d'une dépense énergétique superflue.
Mais, cet apaisement du corps, des sens et de l'esprit ne signifie pas
nécessairement passivité ou vide absolu. Ce n'est pas un "laisseral 1er"
mais plutôt un "être à l'aise" dans son corps et dans ses relations.
L'accent portera donc sur l'aspect plus actif du contrôle des différentes
tensions. On sait qu'une contraction modérée mais permanente est énergi-
quement plus néfaste que de fortes tensions suivies d'une détente. Un
VERS UNE NOUVELLE PRATIQUE 89
parallèle intéressant se retrouve avec la médication en psychiatrie. En
effet, les tranquillisants mineurs et majeurs comme les neuroleptiques ne
procurent-ils pas une détente par leur action hypo pu hypertonisante ?
Ainsi, aussi bien l a rigidification que la détente semblent agir dans le
sens d'une diminution de l a résonnance des affects.
D'un autre point de vue, nous savons que le nouveau-né vit dans un
cercle tonique qui se caractérise par un fond d'hypertonie s*accompagnant
de périodes de décharge suivies de phases d'apaisement. C'est par ce
langage tonique qu'il manifestera ses besoins, ses émotions. Et9 bien
qu'en grandissant, il apprendra à le contrôler et à s'en servir de façon
plus adéquate, les décharges émotionnelles de l'adulte s'accompagneront
toujours d'un état de tensio^musculaire. Qu'est-ce qu'un orgasme sinon,
pour une bonne part, le paroxysme d?une tension qui trouve sa voie d'apai-
sement ?
La fonction tonique se situe donc au carrefour psychosomatique où
s'intègrent les diverses données psycho-émotionnelles et physiologiques,
conditionnées et complexes, qui peuvent éventuellement devenir patholo-
giques, les facteurs agissant les uns sur les autres et pouvant aboutir
à de véritables cercles vicieux morbides.
Wilhelm Reich, psychanalyste contesté, [Link] défenseur acharné de
la théorie selon laquelle, dans le déroulement d'un conflit entre le besoin
libidinal et la peur du châtiment, le moi prend une forme définie, une cer-
taine rigidité, un mode chronique et automatique de réaction qu'on appelle
le caractère. Il y a, d'après lui, identité entre l'armature du caractère et
l'hypertonie musculaire, représentant un mode d'inhibition, une force dé-
ployée pour s'opposer à la pulsion. Otto Fenichel, beaucoup plus conser-
vateur, écrira de même à ce sujet :
"Le spasme musculaire se révèle un moyen de garder le matériel refoulé
dans le refoulement, la pression musculaire externe faisant contrepoids a
la pression interne des impulsions refoulées cherchant une issue motrice".
Le fait de considérer la tension musculaire comme un moyen de dé-
fense découle de racines archaïques. Tout être animal dispose d'un
système de mise en tension qui favorise une meilleure protection en cas
d'attaque. Mais l'homme moderne continue à le mettre en branle alors
qu'il ne vit plus comme son ancêtre. Cette défense devient! inefficace,
voire nuisible, car le danger aujourd'hui n'est plus extérieur mais inté-
rieur. Il ne renoncera à cette contraction défensive que lorsqu'il saura
identifier et réaménager l'angoisse profonde qui le tenaille.
En somme, les techniques de relaxation ont comme but apparent de
desserrer l'étreinte des tensions musculaires et d'économiser ainsi une
énergie dépensée inutilement. Mais la vie tonique étant étroitement liée
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à la vie émotionnelle, la perte de cette hypertonie défensive contribue
également à la diminution de la résonnance des affects. Ainsi, moins per-
turbés par nos émotions, serions-nous mieux placés pour évaluer objecti-
vement notre réalité et y apporter les correctifs nécessaires ? Cet état
optimal d'actualisation et d'introspection favoriserait-il le "working
through" des diverses psychothérapies ? En ce sens, doit-on considérer
la relaxation comme un instrument, un adjuvant utile à une psychothérapie
ou constitue-t-elle, en soi, une entité psycho thérapeutique ?
Avant de tenter de répondre à ces interrogations et après avoir es-
sayé de définir la relaxation et de la situer dans sa perspective histori-
que, nous allons maintenant nous attarder sur l'étude des principales thé-
rapies de relaxation. Le but de ce travail va cependant auAlelà de la
technique en tant que telle. Il se veut plutôt un ensemble de réflexions
tant sur l'utilité et la portée thérapeutique du phénomène de la relaxation
que sur son intégration dans une perspective clinique plus globale en
psychiatrie.
LES PRINCIPALES METHODES
La plupart des méthodes de relaxation actuellement utilisées se
réfèrent implicitement ou explicitement aux techniques de Schultz et de
Jacobson, ou encore s'inspirent de quelques-uns des éléments que les
auteurs jugent les plus efficaces dans leur perspective.
Précisons d'abord qu'on utilise ici le terme de méthode plutôt jgue
celui de technique parce qu'en réalité, ce qui différencie les méthodes
décrites par les différents auteurs, c'est avant tout leurs techniques. La
méthode est, en effet, un concept beaucoup plus vaste qui implique un
chemin à suivre en utilisant des techniques. Elle suppose également la
notion d'un apport créateur et original. Par exemple, on peut dire que
Jacobson a découvert une méthode à visée thérapeutique pour laquelle il
a été amené à élaborer une technique particulière.
Ceci dit, plusieurs auteurs ont tenté de classifier les diverses mé-
thodes de relaxation, en les rattachant à l'auteur original dont elles s'ins-
pirent, Schultz ou Jacobson, ou encore selon le degré d'activité qu'impli-
quent les différentes techniques. Suivant cette dernière classification,
les méthodes dites actives comprennent le yoga, la relaxation progressive
de Jacobson et la relaxation sensorielle, alors que les méthodes dites
passives incluent l'hypnose, le training autogène de Schultz, la médita-
tion transcendantale et la rétroaction électromyographique (biofeedback)),
Durand de Bousifigen etKammerer classifient les méthodes de relaxa-
tion suivant que l'action sur le tonus est réalisée d'un point de vue neu-
rophysiologique, psychodynamique ou encore hypnoïde. Ces trois grands
groupes de méthodes se caractérisent ainsi :
VERS UNE NOUVELLE PRATIQUE 91
— Les méthodes neuromusculaires à point de départ physiologique, inau-
gurées par le physiologiste Edmund Jacobson; elles s'appuient essen-
tiellement sur une analyse et une éducation psychosensorielle,
— les méthodes psychothérapeutiques globales issues de Texpérience du
psychothérapeute Schultz; elles utilisent essentiellement des moyens
auto-concentratifs et auto-hypnotiques,
— enfin, les méthodes de rééducation psychotonique abordent le tonus
dans son aspect de dialectique inter-humaine, qui est à analyser et à
élaborer suivant des critères d'explication psychodynamique, psycha-
nalytique en particulier.
C'est cette dernière classification mieux élaborée et mieux structurée
que nous utiliserons pour poursuivre notre travail.
L'APPROCHE NEUROPHYSIOLOGIQUE
Ces méthodes semblent se caractériser par une prise de conscience
de plus en plus fine de la séquence contraction — relâchement musculaire.
Elles visent à un apprentissage progressif du contrôle tonico-musculaire
fin. Elles ont la prétention d'obtenir une rééducation systématique du
contrôle tonique par un apprentissage principalement et exclusivement
périphérique. Secondairement seulement, une modification de l'état de
réceptivité central sera obtenue. Le sujet demeurera toujours conscient
et l'état de calme central ne sera que le reflet passif de la normalisa-
tion tonico-musculaire périphérique.
LA RELAXATION PROGRESSIVE DE JACOBSON
Nous ne décrirons pas en détail cette méthode, dont l'intérêt est
surtout historique et qui a donné lieu à des méthodes apparentées et plus
employées par la suite. Jacobson prend comme point de départ de sa re-
cherche le facteur "repos musculaire" et lui consacre une étude scienti-
fique approfondie du point de vue physiologique, pathogénique et théra-
peutique. Il tient à souligner avec insistance les différences fondamen-
tales qui caractérisent sa méthode par rapport aux méthodes suggestives.
En effet, l'auteur rejette tout caractère suggestif affirmant que des états
de concentration authentique ne sont pas réalisables sans relaxation pro-
fonde, ceci ne nécessitant pas une mise en marche suggestive. La maniè-
re de penser de Jacobson s'explique sans doute par le fait qu'étant un
psychologue d'obédience physiologique, il se montre hostile aux interpré-
tations de la psychologie compréheasive.
Sa technique enseigne au patient à se détendre "systématiquement".
Par une série d'exercices, il commence à faire prendre conscience aux
patients d'une sensation de contraction dans un groupe musculaire donné,
92 SANTE MENTALE AU QUEBEC
pour les inciter à partir de là à observer leur relaxation. Il leur fait sai-
sir ainsi ce qu'est le tonus musculaire et leur apprend à distinguer cette
sensation d'une crispation des ligaments articulaires ou de la peau. Le
patient doit ensuite passer de Ia tension à la relaxation. Petit à petit, le
passage se fait automatiquement. L'auteur ne se penche pas beaucoup
sur le problème de la "résistance", et la persévérance devient ici un
facteur décisif pour l'entraînement. Le patient parcourt ainsi les six
étapes de la technique. Jacobson insiste sur l'absence de matériel cons-
cient et de représentation chez le patient en état de relaxation et il n'Uti-
lise d'aucune manière la concentration passive recommandée par exemple
dans la méthode de Schultz. Il estime ainsi que l'apprentissage de plus
en plus affine de la maîtrise et du contrôle des différents muscles est
suffisant pour obtenir le résultat recherché.
La méthode de Jacobson demeure cependant difficilement utilisable
en pratique. Elle comporte pour le sujet une séance d'une heure chaque
jour, voire même deux séances par jour selon le cas. Le sujet fait un
entraînement avec le médecin une à trois fois par semaine et la durée
totale varie de quelques mois à plusieurs années. De plus, dans la re-
laxation progressive, le thérapeute joue un rôle actif. Il dirige les efforts
du sujet, lui facilite progressivement l'apprentissage du sens musculaire,
contrôle la progression du travail ; il vérifie cliniquement et évalue le
degré de contraction musculaire par des manoeuvres de mobilisation pas-
sive et par la surveillance des trâts_4u_Yisage_eJt-.deJa-EespiEation,--L'--é^
lectromyographie moderne peut permettre, à ce niveau, un contrôle extrê-
mement fin. Finalement, la "ritualisation" des exercices, d'une manière
assez rigide et en tout cas fort minutieuse et systématique, rend compte
del'obsessionnalisation des efforts du patient.
D'un autre côté, la technique de la relaxation progressive peut s'ap-
pliquer à des sujets de tous les niveaux, qu'ils soient frustres ou cultivés,
pourvu qu'ils comprennent le langage utilisé et qu'ils consentent à s'exer-
cer. Et, mêtne si certains croient qu'elle n'a aucune utilité clinique vala-
ble et que d'autres affirment qu'elle est pratiquée surtout par des sujets
qui cherchent à fuir le problème de la relation, il n'en reste pas moins
qu'elle favorise l'apprentissage d'un contrôle sur soi-mêine, qui peut
s'avérer essentiel dans un premier temps pour des individus fragiles et
insécures. Enfin, pour des patients plus sélectionnés cette fois, elle
ouvre la voie à une auto-régulation fonctionnelle appellee aussi relaxation
différentielle qui, dans une perspective économique très valable, vise un
minimum de contraction musculaire dans l'exécution d'un acte; le patient
peut ainsi faire relaxer les autres muscles, ceux dont l'activité n'est pas
indispensable.
VERS UNE NOUVELLE PRATIQUE 93
L'APPROCHE HYPNOIDE
Comme nous l'avons vu plus tôt, l'origine des méthodes de relaxation
remonte à l'époque où l'hypnose jouissait encore d'une très grande popu-
larité. On peut définir l'hypnose comme une modification de l'état de
conscience, induite par la technique et caractérisée par une augmentation
de la réceptivité à la suggestion. Ce n'est pas un état de conscience en
soi mais plutôt une méthode permettant d'y accéder. Pour bien compren-
dre les fondements de la méthode de Schultz, la plus représentative de
cette approche hypnoïde, il est nécessaire de la resituer dans ce contexte
historique.
LE TRAINING AUTOGENE DE SCHULTZ
C'est actuellement une des méthodes sinon la méthode la plus em-
ployée dans le monde, qui a par ailleurs donné lieu à de nombreux écrits.
Si son utilisation tend à se répandre de plus en plus, c'est probablement
en raison de ses multiples avantages pratiques qui en font une méthode
facilement utilisable en clinique quotidienne.
Je vous citerai d'abord la première phrase du livre de Schultz :
"Le training autogène est un système d'exercices phy siolo giques et ra-
tionnels soigneusement étudié pour provoquer une déconnexion générale
de l'organisme qui, par analogie avec les anciens travaux sur Vhypnose,
permettent toutes les réalisations propres aux étais authentiquement sug-
gestifs".
L'auteur part effectivement des constatations convergentes faites
par maints hypnotiseurs de l'époque en ce qui a trait aux modifications
physiologiques et cénesthésiques déclenchées au cours du processus de
l'hypnose. Deux éléments président invariablement à l'établissement de
la déconnexion hypnotique: la pesanteur et la chaleur. La pesanteur est
l'expression de la décontraction musculaire, tandis que la chaleur est
celle de la vaso-dilatation périphérique. Pour Schultz, ces deux moments
fondamentaux ne sont pas seulement des épiphénomènes de l'hypnose,
ils sont une phase essentielle du processus de décontraction qui mène à
la déconnexion hypnotique proprement dite. Ils peuvent faire l'objet d'un
exercice méthodique, voire d'un véritable entraînement qui permettra d'ob-
tenir l'auto-décon traction.
Le training autogène est donc, avant tout, une auto-hypnose pro-
voquée par des modifications volontaires de l'état tonique, associées à
une concentration de la conscience et du travail imaginatif sur certai-
94 SANTE MENTALE AU QUEBEC
nés cénesthésies particulières. C'est ce qu'on appelle ('auto-décontrac-
tion concentrative. Ce qui différencie cette méthode de l'hypnose, c'est
que la décontraction obtenue n'est pas seulement un moyen de plonger
dans cet état hypnoide, mais qu'elle est déjà une fin en soi.
Schultz se plaît à comparer cette situation à l'induction au sommeil:
on ne peut pas s'endormir mêtne si on le veut à tout prix en faisant un
effort actif pour y arriver, mais on s'endort facilement si on s'abandonne
au sommeil. Par là, il souligne l'aspect passif de sa méthode en insis-
tant pour dire qu'il ne faut jamais se forcer mais plutôt se laisser aller
et laisser venir les expériences intérieures.
La méthode de Schultz va donc utiliser directement une série de for-
mules ou d'injonctions éveillant la représentation imagée du but visé.
Constituant le leitmotiv de fond, elles sont destinées à fixer l'attention
du sujet et à orienter l'activité de son imagination. Le thérapeute tient
ici un rôle pédagogique. Il propose comme but conscient et immédiat
l'apprentissage d'une technique: c'est donc à ce moment-là une relation
maître à élève. Le thérapeute ne répétera pas lui-mëtne les injonctions;
il demandera au patient de les reprendre lui-mêtne, non pas par une répé-
tition machinale et stérile de la formule mais en proposant plutôt une
représentation imaginante qui fera l'objet d'une paisible contemplation.
Ainsi, le sujet devient autonome par rapport à son thérapeute.
De la technique comme telle, je ne donnerai qu'un bref aperçu des-
criptif pour vous référer plutôt aux nombreux textes écrits à ce sujet.
La méthode comprend un cycle inférieur comportant six exercices et, après
six mois à deux ans de pratique, un cycle supérieur qui se rapproche des
techniques de psychothérapie profonde. On ne visera pas d'emblée la
relaxation de l'ensemble de l'organisme, champ trop vaste pour une repré-
sentation idéique et cénesthésique précise. La concentration se limitera
à des secteurs portant successivement sur la musculature des membres,
sur le système vasculaire périphérique, le coeur, la respiration, les orga-
nes abdominaux et la tête.
Pour les débuts, on n'insiste pas plus que quelques minutes, à
raison de deux ou trois séances journalières, la durée des séances aug-
mentant par la suite. Normalement, le sujet enregistre au bout de quel-
fluëiB jours une sensation de pesanteur dans son bras droit. Cette sensa-
tion avec le [Link] de plus en plus intense et se fait bientôt
sentir, par un processus de généralisation spontanée, dans l'ensemble
du corps. Quand, après dix à quinze jours d'entraînement, un simple
acte de concentration détermine une décontraction musculaire générali-
sée, on passera alors à la décontraction vasculaire par la recherche de
VERS UNE NOUVELLE PRATIQUE 95
ia sensation de chaleur et ainsi de suite. Pour être maîtrisé; chaque
exercice demande environ deux semaines de pratique. En principe, on ne
procède pas à l'exercice suivant avant d'avoir atteint les états de re-
laxation précédents. Pour évoquer les qualités du vécu corporel et men-
tal, au terme de cette série d'expériences de concentration sur les fonc-
tions musculaires et végétatives, imaginez le bien-être ressenti par le
corps et l'esprit quand vous êtes bien étendu dans un bain chaud, le
front balayé par un courant d'air frais.
Mais pratiquement, à quoi peut-on s'attendre une fois le cycle infé-
rieur maîtrisé ? Quelles utilisations pratiques peut-on en faire dans la
vie quotidienne ? Nous laisserons Schultz répondre à la première ques-
tion et Luthe à la seconde. Selon Schultz, le cycle inférieur conduit à la
détente réparatrice, au calme dans l'action, à l'amélioration de l'efficien-
ce et du rendement et enfin à la discipline et à la maîtrise de soi.
La tension comporte une dépense énergétique que le cycle inférieur
permet d'économiser. L'énergie ainsi épargnée favorise la récupération
et la réfection de l'organisme, un peu comme durant le sommeil. Elle peut
être utilisée à meilleur escient pour des activités créatrices, quotidien-
nés, permettant d'être détendu, plus calme et plus dégagé dans la vie de
tous les jours. Cet état de quiétude naturelle n'est pas de l'indifférence
affective ou de l'apathie: seuls des émois parasites, des réactions inadé-
quates comme l'énervement ou la crispation ont disparu. Les émotions
authentiques et justifiées ne s'en trouvent que plus vives et plus profon-
dément ressenties. Cet état de concentration et d'absorption intérieur
est aussi susceptible d'intensifier le rendement des facultés psychiques:
sentiments, souvenirs, intuitions, compréhension, synthèse et toutes au-
tres expériences intérieures prennent alors plus de relief et de netteté.
Enfin, par l'apprentissage du contrôle des fonctions physiologiques dites
involontaires ce qui n'est normalement qu'une phase transitoire, une voie
d'accès au cours du training, l'individu acquiert une discipline person-
nelle, une maîtrise de lui-mêtae qu'il pourra mettre à profit pour le rééqui-
libre de sa personnalité.
A ce sujet, le docteur Luthe, un canadien à qui l'on doit une série
de travaux expérimentaux et cliniques sur le training autogène, ouvre un
champ de nouvelles possibilités en ce qui concerne la méthode de Schultz.
Auto-hypnose avant tout, selon lui, elle déclencherait un état psychophy-
siologique particulier, l'état autogène, différent de l'hypnose comme tel
et intermédiaire entre la veille et le sommeil. Cet état de pré-endormis-
sement, activement recherché et maintenu, peut être utilisé pour impré-
gner l'inconscient du sujet de formules thérapeutiques et servir ainsi de
base à une action hypno-suggestive directe. Ces formules, différentes de
celles dégagées du cycle supérieur, s'expriment par des résolutions re-
liées à l'état clinique du patient,
96
SANTE MENTALE AU QUEBEC
Luthe propose de distinguer les formules fonctionnelles en formules
organo-spécifiques, qui sont semblables aux formules standard mais agis-
sent physiologiquement dans une zone donnée (par exemple: "mon nez est
frais", chez les gens souffrant de rhinite) et les formules intentionnelles
qui s'adressent directement aux fonctions psychiques. Ces dernières, type
particulier de soutien psychothérapique, ont pour but d'aider le patient
à résoudre avec succès certains problèmes de la vie courante. Selon
la nature de ce problème, et ses implications psychodynamiques, on
utilisera des formules de neutralisation (...m'est indifférent), de renfor-
cement (j'aime...) ou d'abstinence (je sais que j'évite.....).
D'un point'de vue pratique, on ne peut utiliser ces formules qu'après
avoir maîtrisé les exercices standard du cycle inférieur et une seule de
ces formules est mise en application à la fois. On attendra au moins
quatre semaines avant d'en introduire une autre. Il est vraisemblable
qu'elles agissent d'une part au niveau de l'activité fantasmatique qui
sous-tend les pulsions et, d'autre part, au niveau des censures, des pro-
cessus de refoulement et de sublimation qu'engendrent les interdits so-
ciaux et si leur approfondissement théorique est encore très insuffisant,
on reconnaît cependant leur pouvoir et leur limite sur le plan pratique.
Elles permettent par exemple de supprimer certaines appétences mal con-
trôlées, comme l'usage du ttdbaeou d'alcool, des conduites phobiques„ des
actes manques; par contre elles ne peuvent pas modifier les infrastructu-
res fondamentales de l'organisation libidinale dans des névroses solide-
ment structurées.
Les formules de Luthe constituent donc une technique psychothéra-
peutique fort utile et malheureusement trop souvent négligée. Assez voi-
sines des suggestions post-hypnotiques et apparemment réduites aux mê^-
mes limites, elles sont par ailleurs plus aisément maniables. L'art du
thérapeute a trait au choix judicieux de la formule qui agira profondément,
comme un vecteur transférentiel, et qui contribuera à une certaine réédu-
cation du patient. Ce procédé offre à la discipline personnelle un vaste
champ d'action et il exige un effort introspectif qui développe considéra-
blement l'acuité du regard intérieur, spécifique de l'état de déconnexion
constituant ainsi la meilleure introduction au cycle supérieur du training
autogène.
Les sujets ayant acquis une maîtrise tout à fait satisfaisante des
exercices standard du cycle inférieur, pourront accéder au cycle supé-
rieur sur l'indication du thérapeute et sous sa conduite. En raison de la
profondeur de son action dans l'inconscient du sujet, Schultz insiste pour
qu'elle ne soit pratiquée que par des psychanalystes expérimentés. En
effet, arrivé à ce point, le training autogène n'est plus qu'un instrument
VERS UNE NOUVELLE PRATIQUE 97
pour aborder des problèmes existentiels fondamentaux et il devient alors
un travail assimilable à celui de l'analyse classique. D'ailleurs, Schultz
estime que la durée nécessaire à la maîtrise complète du cycle supérieur
est de 3 à 4 ans, durée comparable à celle d'un traitement analytique.
Sans définir ni code, ni limites précises, il !propose divers exercices
qui ne seront pratiqués en général qu'en présence du thérapeute. Le pre~
mier est celui de la (convergence oculaire, dirigée vers le milieu du front,
qui permet d'accroître la profondeur de l'état hypnoîde et d'obtenir entre
autres des anesthésies locales. On passe ensuite à une série d'exercices
consistant à produire des images visuelles, des couleurs uniformes par
exemple, puis une couleur propre au sujet, la vision d'objets courants,
puis de plus en plus abstrait^. Les séances se prolongent et se dévelop-
pent selon le processus des ' associations libres Qui donnent lieu à des
phénomènes de résistance^ à des mouvements émotionnels, voire à des
scènes cathartiques. A la fin de ce cycle supérieur, on cherche à dé-
velopper une "formule de synthèse" qui correspondra le mieux à la per-
sonnalité profonde du patient, une devise personnelle qu'il ne rencon-
tre pas encore ou un mode de réalisiation de son être qu'il estime le plus
conforme à sa nature. L'auteur indique qu'il obtient de la sorte, dans
la plupart des cas, des devises ou des formules de personnalité dont l'ob-
servation clinique de la névrose fournit le négatif: il donne l'exemple
de la claustrophobie où la formule complémentaire se trouve être: "je suis
libre".
Nous terminerons volontairement sur cette formule libératrice l'ex-
posé de la méthode de Schultz, où le mot relaxation prend tout son sens,
depuis le simple relâchement de quelques fibres musculaires jusqu'à la
libération de la personnalité, avec la possibilité d'une pleine réalisation
de soi.
L'APPROCHE PSYCHODYNAMIQUE
Jusqu'à maintenant, nous avons vu comment la relaxation favorise
le contrôle et la maîtrise du corps dans ses fonctions musculaires et vé-
gétatives. Nous avons appris aussi que par ce biais, il était possible
d'acquérir une discipline personnelle, une maîtrise de soi qui se réfléchit
sur le vécu quotidien et la stabilité émotive. Enfin, nous avons réalisé
combien cet apprentissage pouvait s'avérer bénéfique pour la plongée in-
trospective, en nous rapprochant de notre inconscient. Mais si l'on peut
reprocher quelque chose à Schultz, c'est peut-être d'avoir négligé l'aspect
relationnel qu'implique sa méthode et, par là, les manifestations transfé-
rentielles de mêtne que l'analyse psychodynamique des résistances offer-
tes au traitement C'est à ce niveau que veut se situer la rééducation
psychotonique.
98 SANTE MENTALE AU QUEBEC
LA REEDUCATION PSYCHOTONIQUE
La rééducation psychotonique est le nom actuellement donné par
J.G. Lemaire à la méthode décrite par Ajuriaguerra et Michèle Cahen.
S'in spirant de Schultz, elle fait référence à un aspect très particulier
du tonus, soit la dialectique tonico-affective qui préside à toutes les
attitudes d'un sujet adulte. La méthode ne cherche pas à obtenir une
hypotonie minima mais plutôt une maîtrise tonico-émotionnelle et une
meilleure intégration du schéma corporel.
Parti d'études strictement neurologiques, avant d'aborder les in-
cidences psychologiques ou psychiatriques des perturbations toniques et
somatognosiqués, Ajuriaguerra en vint rapidement à souligner le rôle du
tonus dans la communication interhumaine. C'est "le dialogue tonique",
aspect le plus dynamique de ses recherches qui lui permettra de conce-
voir une thérapeutique. Le langage oral est un des moyens de communi-
cation intimement liés à l'évolution de l'activité humaine mais, en dehors
de lui, il en existe d'autres qui ^méritent d'être étudiés et comparés.
L'enfant s'exprime dès sa naissance par le cri, par des réactions
toniques axiales, par des grimaces et des gesticulations où parle tout
le corps. Il réagit aux stimulations ou aux interventions extérieures par
l'hypertonie ou encore il se laisse aller à une paisible relaxation. Hyper-
tonie d'appel ou hypotonie de satisfaction, c'est déjà par rapport à au-
trui que ces modifications toniques prennent leur sens et ce sgnlces réac-
tions expressives que la mère interprète et comprencL C'est donc par son
corps que communique l'être humain, et ceci bien avant l'apparition du
langage.
Dans cette perspective, on comprendra qu'obtenir une modification
tonique n'a de sens qu'en rapport avec le changement qu'elle entraîne
dans la relation avec autrui. Sur le plan thérapeutique, ce changement
doit se comprendre et s'utiliser dans le cadre d'une relation entre le
thérapeute\et le patient. Les moyens d'action curatifs sont alors de deux
ordres: d'une part, son aspect physiologique immédiat sur le tonus qui
aura un premier effet sur le symptôtne et, d'autre part, l'aspect psychothé-
rapique de l'entraînement qui s'appuie sur la personne du médecin et qui
part d'un vécu corporel nouveau. Ce travail permettra au malade de pren-
dre conscience de ses réactions toniques au cours du dialogue, puis pro-
gressivement des circonstances qui provoquaient jusque-là les paroxys-
mes hypertoniques et les symptômes morbides.
Conçue dans cet esprit, la méthode de Lemaire est une patiente réé-
ducation du tonus à travers une relation psychothérapeutique. Plus que la
recherche d'une détente par suggestion au déconditionnement, elle sup-
pose la compréhension du symptôme, compte tenu de la personnalité du
sujet. Par conséquent, au lieu de forcer le sujet à se décontracter durant
VERS UNE NOUVELLE PRATIQUE 99
la séance, on cherche plutôt à comprendre et à réduire peu à peu les/dif-
férents facteurs qui l'empêchaient jusque-là de se relaxer. Au lieu de le
convaincre que son bras est lourd, on s'attachera à découvrir ce qui n'est
pas encore décontracté en lui. En bref, on accorde beaucoup plus d'im-
portance à l'analyse des résistances à la relaxation, ce qui suppose qu'on
comprenne leur signification pour le patient.
Lemaire se comporte vis-à-vis des résistances au training autogène
comme Freud s'est comporté autrefois devant les résistances de ses pa-
tients. Leur élaboration puis dissolution favorisent des remaniements fé-
conds de la personnalité du sujet Collaborant activement à la méthode,
sous forme d'auto-observation et d'exercices réguliers, le sujet doit réa-
liser qu'il est inconsciemment attaché à cette hypertonie nuisible, mëtae
s'il désire consciemment y renoncer car son corps est conditionné depuis
le jeune âge à des modes d'être passifs et tendus ; et de fait, il peut avoir
peur d'abandonner ce dont il a eu besoin jusqu'à maintenant, ce qui ex-
plique sa difficulté à se relâcher, 1^ ailleurs, dès les premières expérien-
ces, le sujet constate souvent que l'abandon passager de cette hypertonie
s'accompagne d'appréhensions, de craintes, parfois mêtne d'une angoisse
vive. Il comprend alors que la résistance sf4a relaxation était pour lui
une défense contre l'angoisse.
De plus, la présence du thérapeute implique une situation transfé-
rentielle qui ne devrait pas demeurer inutilisée. Autrui est toujours
présent dans le silence et la déconnexion éveillant une vie instinctuel-
Ie très primitive et contradictoire (agression et amour» craintes et désirs),
:1e corps vit ces états par des manifestations toniques de niveaux di-
vers, contraction et décontraction suivant que l'on s'approche du su-
jet, qu'on le touche ou qu'on s'en éloigne, ces actes étant ressentis
comme danger ou donation. C'est par l'interprétation de ces réactions
et par l'expérience d'un nouveau mode de relation avec autrui, basé
d'abord sur le tonus corporel, qu'on amènera le sujet à des prises de
conscience, à des remaniements de sa vie tonique et, finalement, à la
maîtrise tonico-émotive.
Comme il n'y a pas de codification rigide des phases qui caractéri-
sent l'évolution de la cure, ceci en rend la description particulièrement
difficile. Néanmoins, l'attitude pratique du thérapeute passe grossière-
ment par trois stades. D'abord, il facilite autant que possible le tra-
vail du malade et ne lui ménage pas son appui, afin de lui permettre d'é-
prouver assez rapidement la première sensation de ^pesanteur* L'expérien-
ce de la décontraction musculaire demeure fondamentale ; c'est une étape
décisive qui fait du médecin un témoin privilégié pour le patient. Ce
rôle de témoin devient essentiel, dans un I deuxième temps, pour aider le
patient à prendre conscience des tensions qui persistent et qui réappar
missent au cours de la séance; ce rôlelest également de première impor-
tance pour ce qui est du contrôle et du dialogue qui B*ébauche quand le
100 SANTE MENTALE AU QUEBEC
malade ressent le besoin de s'exprimer verbalement. Enfin, la résolution
des tensions résiduelles et l'instauration d'un dialogue dans une dimen-
sion transférentielle permettent de passer à la dernière phase du traite-
ment où le médecin propose d'élargir l'utilisation des nouvelle^acquiisi-
tions. Le patient s'interroge alors sur son état tonique, mal adapté
à la vie quotidienne dans de nombreuses circonstances. II s'aperçoit
que l'exercice,pratiqué après quelques paroxysmes tensionnels ou symp-
tomatiques, lui procure un apaisement. Enfin, il cherche à prévenir ces
réponses en automatisant la nouvelle attitude tonique, grâce à laquelle
le symptôme n'est plus possible.
Le dynamisme profond de la cure rejoint les résonnances affectives
intimes et primitives de la vie tonique du sujet. Débutant par l'inves-
tissement du corps, induit par la technique elle-même, il s'opère ensuite
un retrait passager du réel, qui peut prendre la forme d'une séparation
angoissante. Peur d'origine fantasmatique, elle est liée à la privation
d'un pouvoir moteur sur le monde environnant. Puis les conditions physi-
ques et relationnelles de l'exercice invitant (le patient à accepter cette
expérience de régression limitée, le travail du thérapeute consiste à rem-
placer, peu à peu, chez ce malade le plaisir strictement régressif en lui
démontrant que ce bien-être peut être conservé; qu'il peut donner une
nouvelle tonalité aux affrontements de la vie réelle. C'est à ce phéno-
mène de régression, survenant dans le transfert et dont il est possible
de modifier le vécu, que Lemaire attribue la valeur dynamisante de la
cure. D'ailleurs, là-dessus, j'aimerais vous citer Winnicott qui pense
que "plus l'analyste acceptera rapidement la régression et saura mieux
l'aborder, moins le malade risquera d'avoir besoin d'une maladie à ca-
ractère régressif'.
En résumé, le but de cette méthode est la détente pour soi, la dé-
couverte de soi à travers le corps, le dialogue tonique avec autrui joint
à une analyse du vécu interrelationnel, s'inspirant d'une compréhension
psychodynamique profonde des troubles toniques et psychosomatiques,
c'est une véritable psychothérapie de relaxation, d'orientation analyti-
que, qui pourra éventuellement déboucher sans que ce soit le but du trai-
tement sur une thérapie verbale ou une psychanalyse.
Après s'être penché sur chacune de ces méthodes de relaxation et
afin de mettre en relief les conclusions, je crois qu'il est essentiel
maintenant de se demander à qui s'adressent ces\ différentes approches.
C'est ce que nous tenterons de faire brièvement en discutant les diffé-
rentes indications thérapeutiques.
LES INDICATIONS THERAPEUTIQUES
Comme nous l'avons vu, le terme générique de relaxation recouvre
en fait une série de méthodes extrêmement variées, souvent divergentes
VERS UNE NOUVELLE PRATIQUE 101
quant à leurs buts. Elles procurent toutes une sensation de calme men-
tal Raccompagnant d'une détente musculaire; mais bien que l'état atteint
soit semblable, la technique pour y parvenir varie considérablement à
tel point qu'il est difficile de leur attribuer des indications communes.
Un principe demeure toutefois fondamental, autant en médecine psycho-
somatique qu'en psychiatrie: l'indication d'un traitement, quel qu'il soit,
reste d'abord et avant tout déterminée beaucoup plus par la structure
psychologique du sujet que par le symptôme lui-mêtae. Or, comme en psy-
chiatrie, le symptôme ou la psychopathologie du patient est étroitement
relié à la structure de sa personnalité, ceci rend encore plus complexe
la codification des indications thérapeutiques. C'est pourquoi, dans un
premier temps, nous brosserons un tableau général des indications relar
tives à la relaxation, pour ensuite en arriver à l'application plus spéci-
que des différentes méthodes en clinique quotidienne.
LES INDICATIONS RELATIVES A LA RELAXATION
Afin d'éviter une enumeration fastidieuse des diverses patholo-
gies, nous les regrouperons en trois grandes catégories, soit les indi-
cations somatiques, psychiatriques et prophylactiques.
LES INDICATIONS SOMATIQUES
Dans cette catégorie, on retrouve d'abord les différents troubles
fonctionnels reliés à une dystonie neuro-végétative. Les sujets se
subdivisent en deux groupes, soit les hyperesthésiques, c'ést-à-dire
ceux dont le seuil d'excitation affectif ou sensoriel est trop bas, ce
qui les rend intolérants à leur condition de vie, ainsi que les hyperré-
actifs, c'ést-à-dire ceux dont la réponse est excessive en intensité ou
inadéquate dans sa forme. Suivent ensuite les syndromes psychomoteurs,
troubles gênants qui se déclenchent dans des circonstances particuliè-
rement importantes de la vie des patients et qui se font sentir sur leur
existence toute entière. Entravant fréquemment leur capacité de commu-
nication, ces troubles font que le comportement du patient est désormais
axé sur le symptôme, cause et conséquence de sa modification psycholo-
gique. On songera par exemple à la crampe des écrivains, aux tics et
aux bégaiements, aux troubles du rythme de la voix et à tout autre signe
d'instabilité psychomotrice. Enfin, nous abordons un troisième groupe
aux limites des plus imprécises, soit celui des affections dites psycho-
somatiques sur lesquelles nous laisserons le soin aux spécialistes d'é-
laborer.
102 SANTE MENTALE AU QUEBEC
LES INDICATIONS RELATIVES \A LA RELAXiATION
i—Les indications somatiques
1) Troubles fonctionnels reliés à une dystonie neuro-végétative
a) hyperesthésiques
b) hyp erréac tifs
2) Syndromes psychomoteurs
Ex.: tics, bégaiements, crampe des écrivains.
3) Maladies dites psychosomatiques.
1 1 - L e s indications psychiatriques
1) Les névroses
a) décompensation passagère d'une névrose phobique
-b) névrose d'angoisse
c) états hystéroïdes de symptomatologie variée
d) névrose obsessionnelle
e) névrose de caractère ou caractère névrotique
f) hypocondriaques.
2) Les états dépressifs
a) états durables et récidivants
b) états dépressifs réactionnels
c) formes masquées du syndrome dépressif
— symptômes physiques
— symptômes caractériels
d) alcoolisme
3) Les psychoses
a) états bien compensés
b) borderline.
I l l - Les indications prophylactiques
1) conservation de son équilibre
a) prévention du surmenage
b) stress sociaux
c) pathologie du travail
d) chez les professionnels et les dirigeants
2) Autres
a) sportifs
b) obstétriques
c) écoles de rééducation.
VERS UNE NOUVELLE PRATIQUE 103
LES INDICATIONS PSYCHIATRIQUES
En psychiatrie, Ia psychopathologie doit d'abord être perçue comme
un trouble dans une double relation avec soi et avec autrui. C'est ce
qui explique qu'on ne puisse définir une normalité univoque et absolue,
pas plus qu'un traitement standard devant un symptôme. En général, les
auteurs s'entendent pour exclure du champ de la relaxation les psychoses
et les grandes névroses structurées. Ceci nécessite cependant des
nuances. Commençons donc par le chapitre des névroses.
La dé compensation passagère d'une névrose phobique et toute crise
d*angoisse survenant chez un sujet porteur d'une structure névrotique
jusque-là plus ou moins latente, répond bien à la relaxation, après avoir
été initialement apaisée par la chimiothérapie. Bien des états hystéroï-
des de symptomatologie variée ont été traités avec beaucoup de succès à
l'aide de différents types de relaxation, en particulier ceux utilisant
l'auto-suggestion. Sapir et ses collaborateurs ont d'ailleurs prouvé par
des études psychométriques que la structure de personnalité répondant
le mieux à la méthode de Schultz est précisément la structure hystéroïde.
Toutefois - et c'est bien connu aujourd'hui - la rechute est d'autant
plus probable qu'on s'en est tenu à l'aspect suggestif de la technique;
un approfondissement psychothérapeutique intégré ou parallèle à la rela-
xation s'avère nécessaire si l'on tient à éviter les rechutes.
En ce qui concerne la névrose obsessionnelle, les auteurs sont
beaucoup plus circonspects. Certains en font mêftre une contre-indica-
tion dans les cas graves, le patient obsessionnalisant le traitement et
ne faisant que remplacer une obsession par une autre. En fait, avec ces
sujets, on doit être très prudent et éviter le plus possible la suggestion.
Et, bien que certains aient souligné les méfaits d'Une cure maladroite de
relaxation chez de tels patients, la rééducation psychotonique, comme
telle ou comme préliminaire à une autre psychothérapie, peut apporter de
réels bénéfices si elle est entreprise avec les précaution^ contre-sug-
gestives signalées.
Comme la psychopathologie se modifie avec le temps, au lieu des
névroses franches les psychiatres d'aujourd'hui observent beaucoup plus
fréquemment ce qu'on appelle des névroses de caractère ou caractères
névrotiques. Dans ces cas, la relaxation apporte soit une aide mineure
chez certains ou très importante chez d'autres, particulièrement chez les
émotifs aux réactions toniques mal contrôlées, anxieux et tendus. Pour
les hypocondriaques, les résultats sont très aléatoires.
Pour ce qui est des états dépressifs, les progrès de la chimiothé-
rapie moderne permettent de traiter rapidement les épisodes aigus ne
laissant guère que les états durables et récidivants ainsi que certaines
formes atypiques à la relaxation. Son application est cependant tout in-
104 SANTE MENTALE AU QUEBEC
diquée dans l e s états dépressifs s'accompagnant de troubles plus ou
mpins ressentis du schéma corporel de même que dans les états qui im-
pliquent une labilité émotionnelle, une relative immaturité affective ou
encore une insécurité perceptible au niveau corporel. Si la relaxation
n'occasionne pas la complète disparition du symptôme, elle offre cepen-
dant au patient un certain soulagement et lui permet de redevenir fonc-
tionnel.
Les états dépressifs réactionnels en général répondent bien et
rapidement à la relaxation. Pour les formes masquées du syndrome dé-
pressif, on découvre que beaucoup de sujets présentent une trop grande
sensibilité aux stimulations extérieures et aux émotions, y réagissant
par des états dépressifs discrets et récidivants. Souvent cachés der-
rière des symptôtaes physiques ou caractériels, ceux-ci peuvent être sou-
lagés de façon passagère par la chimiothérapie, mais la relaxation s'avé-
rera plus efficace pour éviter la rechute lors de la prochaine secousse
émotionnelle.
Enfin, lorsque la dépression survient sur certains terrains, en
particulier sur un fond de tendance masochiste, elle peut revêtir le
masque de l'alcoolisme. En effet, c'est bien souvent à la faveur d'un
épisode dépressif non dépisté qu'apparaissent l e s premières habitudes
d'alcoolisation, en particulier chez l e s sujets frustres, incapables
d'exprimer verbalement leur malaise et leur angoisse. Supprimer l'al-
cool qui cache la dépression ne guérit pas cette dernière. La relaxation
par contre permet une première prise de conscience de l'état de tension
intérieure. Puis, par la conquête active de la détente, l e patient acquiert
un meilleur contrôle émotionnel et une perception totale de son intégrité
psychosomatique, ce qui suffit parfois à lui redonner le sentiment de sé-
curité intérieure perdu lors de la dépression. En terme psychanalytique,
cette guérison peut être considérée comme une forme de ré-assurance
narcissique. De plus, l'usage des formules intentionnelles auto-sugges-
tives de Luthe peut aider à diminuer cette appétence morbide.
Il ne nous reste plus qu'à traiter l e difficile problème des psychoses
schizophréniques. Comme nous l'avons dit, les traitements de relaxa-
tion ont été jusqu'ici contre-indiqués pour des cas de ce genre. Lemaire
croit cependant que si elle est entreprise avec beaucoup de précaution,
en tenant compte de l'écueil de la dépersonnalisation, elle peut apporter
une aide psychothérapeutique précieuse à certains cas :
"Nous pensons tout particulièrement à ces formes incertaines du sujet
jeune où le patient, qui ne présente pas encore de grands syndromes dé-
lirants ou hallucinatoires, vit déjà une expérience étrangement autisti-
que".
C'est à ces cas borderline, surtout ceux d'entre eux dont le sentiment
VERS UNE NOUVELLE PRATIQUE 105
d'intégrité corporelle est ébranlé, que la relaxation peut apporter une
sensation de cohésion, comme une preuve ineffable d'une certaine auto-
nomie d'eux-mêmes. Il est cependant inutile d'expérimenter ces métho-
des avec des sujets; schizoïdes nettement plongés dans leur réalité in-
térieure et indifférents au monde objectif. De même, avec tous ceux qui
tirent de leur maladie de tels bénéfices secondaires et qui préfèrent,
plus ou moins consciemment, rester malades pour conserver ces
avantages. Enfin, demeurent inatteignables les débiles ou les sujets
avoisinants la débilité mentale. En fait, outre ces cas extrêmes, ni Vage
du sujet ni son niveau intellectuel ne constituent réellement une limite.
C'est beaucoup plus sur la longue existence d'une contracture, la relati-
ve tolérance du sujet, et sur l'accoutumance du patient à son symptôme
que se fondent surtout les œntre-indications à ces méthodes.
LES INDICATIONS PROPHYLACTIQUES
La relaxation permet au sujet de conserver son équilibre dans une
situation où il est exagérément stimulé; tous ceux qui sont menacés du
fait de leur constitution ou de leur condition de vie pourront donc y
trouver une prophylaxie intéressante. Que ce soit pour la prévention du
surmenage, pour diminuer l'influence des excitations sensorielles qui se
multiplient dans notre société occidentale, ou en pathologie du travail
pour réduire les facteurs d'accidents professionnels, les crises anxieu-
ses et dépressives, l'absentéisme, la chute du rendement et l'augmenta-
tion de la consommation d'alcool, dans tous ces cas, la relaxation s'est
avérée efficace. .De même, chez les professionnels et les dirigeants qui
ont de grandes responsabilités, la surmortalité cardiaque exige des mesu-
res préventives qui peuvent débuter par la relaxation. Enfin, chez les
sportifs, en obstétrique, dans les écoles de rééducation psychomotrice,
là encore la relaxation a fait ses preuves. Dans cette perspective pro-
phylactique, des méthodes comme celle de Schultz, rapides et faciles
d'apprentissage bien que suggestives et non analytiques sont préférables
et elles minimiseront les inconvénients aléatoires.
LES INDICATIONS SPECIFIQUES
Sur le plan des recherches cliniques, il serait impérieux d'élaborer
des échelles qui fourniraient des indications sur le type de traitement à
administrer à tel ou tel malade. Mais en attendant,, comment procede-t-on?
Quinodoz suggère la démarche suivante :
"Lorsqu'une personne qui vient mœ consulter situe sa demande en deçà
du langage, j'ai tendance a lui proposer la relaxation alors que si elle se
situe au niveau du langage, je préfère renoncer à la relaxation et faire
usage de V élaboration que permet la parole"*
!06 SANTE MENTALE AU QUEBEC
!Ainsi, lorsqueTapprentissage d'une technique de relaxation est indiqué,
on enseignera la relaxation progressive aux malades souffrant d'une gran-
de anxiété, ou démontrant une si grande fragilité, que le clinicien croit
à la possibilité d'une éventuelle décompensation psychotique. La relaxa-
tion de Jacobson permet en effet de renforcer le contrôle sur soi en gar-
dant un contact concret avec la réalité ; elle provoque ainsi beaucoup
moins d'anxiété, d'effets secondaires et de complications que les autres
méthodes de relaxation.
Chez tous les autres patients, on utilisera la technique du training
autogène selon la méthode de Schultz ou selon celle de Lemaire. Si
l'on considère-que le sujet est suffisamment structuré pour être capable
d'abandonner sans trop d'anxiété son contrôle moteur et surtout, si IaT
relaxation doit se faire rapidement, on recommande la méthode de Schultz.
Si le sujet semble se relier facilement, s'il apparaît motivé à plus que
que l'apprentissage de la détente, si une fois son anxiété diminuée on
le croit désireux d'intégrer ce changement dans la compréhension globa-
le de sa personnalité, la méthode de Lemaire serait à utiliser. Ces
critères très empiriques et insuffisants doivent être complétés par une
évaluation complète du patient et l'expérience pratique du thérapeute.
LESCONCLUSIONS
En guise de conclusion et afin de répondre d'Une façon plus éclai-
rée aux interrogations soulevées au départ ,j'aimerais souligner cer-
tains points communs à toutes ces méthodes sur le plan psychothéra-
peutique.
En utilisant la relaxation, souvent le sujet s'attend à obtenir un
repos passif par rapport aux situations extérieures et stressantes de
la vie. Or, ce que lui offre la relaxation est bien différent. Elle lui
permet d'acquérir activement, par le biais de la concentration, un repos
en relation avec ses propres situations émotionnelles intérieures. En
effet, comme on l'a vu, l'état de tension constitue un moyen de défen-
se, une inhibition ou une limitation fonctionnelle du moi de l'individu.
En quittant le champ de l'agir, il tente de redevenir conscient de son
corps, des sources de son être, de le \redécouvrir. Il prend progressi-
vement contact avec son moi intérieur et développe ainsi le sentiment
d'Un soi représentant la totalité de sa personne.
Le projet de se détendre, de se laisser aller, de penser à son
corps, qu'on retrouve, dans toutes ces techniques, comporte une phase
régressive en soi mais il vise par la suite à restructurer ou plutôt à
réintégrer la personnalité dans son vécu corporel. Objet transition-
nel selon ce point de vue, la relaxation se compare à un maternage
lorsque le thérapeute prend soin des tensions de son patient et manipule
VERS UNE NOUVELLE PRATIQUE 107
son corps pour en contrôler la détente. Dans le cadre de la relation
transférentielle, ceci permet de reprendre contact avec des vécus in-
fantiles de rupture, mal intégrés.
Outre cette perspective régressive, on remarquera comment toutes
ces méthodes font usage de la suggestion d'une façon plus ou moins a-
vouée. Que ce soit par l'énoncé d'injonction, de devise personnelle, de
formule intentionnelle, par la description très | réglementée des techni-
ques, ou encore par l'ensemble des conduites interrelationnelles en au-
tant qu'elles impliquent la présence d'un thérapeute, la suggestion de-
meure un point central pour ces thérapies comme d'ailleurs pour bien
d'autres thérapies verbales.
En psychothérapie, la suggestion a toujours véhiculé une conson-
nance péjorative et c'est à tort, je crois, qu'elle !déclenche des réac-
tions affectives défavorables chez beaucoup de médecins, qui l'Utilisent
souvent sans s'en rendre compte. En effet, c'est bien mal comprendre
l'aspect psycho thérapeutique de la fonction médicale que de ne pas en
être conscient et d'abandonner ainsi un moyen qui, souvent, soulage ra-
pidement un patient qui souffre. Et ceci d'autant plus que la relaxation,
puisant ses origines surtout dans l'hypnose, aide le sujet à atteindre un
état où la perméabilité à la suggestion est accrue.
Mais, comme la suggestion n'est pas suffisamment efficace pour
entraîner des changements en profondeur, Schultz et bien d'autres ont
senti le besoin de compléter leur technique par une forme de psycho-
thérapie. C'est ainsi qu'il compare les cycles inférieur et supérieur
de sa méthode, dans l'optique d'une orthopédie psychique, à une chirur-
gie mineure et majeure. En plus d'amener une satisfaction de l'idéal
du moi, une introjection narcissique voire une composante auto-érotique,
la relaxation conduit à une modification existentielle, à la diminution
de la résonnance affective et à l'amélioration du rendement. Elle favo-
rise également la capacité de remémoration par la réflexion systématique
sur soi, s'avérant certainement un adjuvant important pour toute psycho-
thérapie en profondeur. Cette "amélioration" de la mémoire d'évocation
présente l'avantage d'alléger le travail du médecin et de lui faire ga-
gner du temps, tout en faisant appel à l'action volontaire et personnelle
du patient.
On voit donc que les particularités de ces méthodes favorisent
l'approche d'un matériel inconscient ou subconscient additionnel qui
vient enrichir les thérapies exploratrices. Ferenczi écrivait à ce sujet:
"J'ai découvert depuis l'utilité d'exercices de relaxation dans certains
cas; la relaxation psychique peut contribuer et vaincre les inhibitions
psychiques et les résistances dans le travail de V association".
108 SANTEMENTALEAUQUEBEC
!Ainsi, la psychanalyse cherche à résoudre les tensions mentales,
ce qui entraîne la résolution des tensions physiques au niveau du symp-
tôme, la relaxation par contre s'attaque aux tensions physiques, ce qui
entraîne souvent la disparition des tensions mentales. Ceci souligne
bien Tinterrelation étroite existant entre le corps et T esprit, la pensée
et !'emotion. De plus, l'analogie qu'on retrouve entre l'état atteint par
la relaxation etjl'état de préendormissement, alors que nous sommes plus
ou moins coupés de l'extérieur mais encore conscients et d'autant mieux
à l'écoute de notre vie intérieure, nous montre également que ces deux
états s'apparentent au contexte dans lequel surviennent les rêves.
C'est pourquoi Schultz écrit que "le matériel recueilli dans cette auto-
analyse qu'est le cycle supérieur peut s'avérer très utile au cours d'une
analyse régulière au même titre que les essais associatifs ou le recours
à la voie royale vers l'inconscient".
Enfin, je désire attirer l'attention sur un dernier point qui m'a
frappé au cours de mes lectures sur le sujet. Quel que soit le mode d'in-
duction préconisé par les différentes méthodes que l'on a vues, et par
bien d'autres encore comme le yoga, la méditation transcendantale, l'au-
to-hypnose, le rêve éveillé dirigé, toutes conduisent à un mêtne êtat\.
Qu'on l'appelle autogène, hypnotique, état (alpha), (thêta), twilight ou
nirvana, tous ces états en fait se situent sur un même continuum entre
l'éveil et le sommeil, un état carrefour entre l'àffect ressenti par le
coips et la pensée élaborée par la tête. Dans toute psychothérapie,
on cherche à atteindre un état optimal de changement, de reprogramma-
tion, dont la recherche es ^systématisée dans la relaxation. C'est dans
cet état de conscience modifié que l'on retrouve, pour un minimum d'ef-
fort, un maximum de changement actualisant et, par là, on entend un meil-
leur bien-être intérieur et une meilleure adaptation avec le monde exté-
rieur.
De plus, la progression de ce travail a voulu montrer comment les
méthodes décrites s'inscrivaient également dans un continuum. En
effet, de Jacobson, on passe au cycle inférieur de Schultz, puis par
l e s formules de Luthe, on arrive au cycle supérieur et enfin à la mé-
thode de Lemaire. A travers ce cheminement, on retrouve une suite
logique, une gradation impliquant de plus en plus de motivation, d'in-
vestissement, d'introspection, de tolérance à la perte du contrôle mus-
culaire et enfin de désir de changement. Respectant l'individualité de
chaque être, la relaxation offre une vaste gamme de possibilités théra-
peutiques, pouvant être à la fois thérapie ou instrument psychothérapeu-
tique, en accélérant et en intensifiant l'actualisation du changement
recherché dans une autre psychothérapie.
Je conclurai cet exposé en vous rappelant que la relaxation réin-
troduit le corps aux côtés du verbe comme moyen de dialogue et de guéri-
son.
VERS UNE NOUVELLE PRATIQUE 109
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110
SANTE MENTALE AU QUEBEC
SUMMARY
After giving a brief historical outline of relaxation methods, from Freud to Ajuriaguerra,
the author attempts to define relaxation. Then he describes the principal methods of
relaxation according to three approaches: the neurophysiological which includes Jacob-
son's progressive relaxation; the hypnotic in which can be classed Schultz's autogenous
training; and the psychodynamic with the psycho-tonic reeducation of Ajuriaguerra and
Cohen. This completed, he focusses on the different therapeutic indicators somatic,
psychiatric and prophylatic. In conclusion the author underlines the common points of
these methods such as detente, the regressive phase, the use of suggestion; mentions
that all of the methods lead to a similar state, whatever name may be given to it, and
that these methods can be placed on a progressive continuum.