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IA au Maroc: Usages et Perspectives 2024

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Avis

du Conseil Economique, Social et Environnemental

Quels usages et quelles perspectives


de développement de l’intelligence artificielle
au Maroc ?

Auto-saisine n° 78/2024

www.cese.ma
Avis
du Conseil Economique, Social et Environnemental

Quels usages et quelles perspectives


de développement de l’intelligence artificielle
au Maroc ?

Président de la commission : Ahmed Abaddi


Rapporteur de la thématique : Amine Mounir Alaoui
Experts internes : Mohamed Amine Charar

Auto-saisine n° 78/2024
Quels usages et quelles perspectives de développement de l’intelligence artificielle au Maroc ?

Conformément aux dispositions de l’article 6 de la loi organique n°128-12,


le Conseil économique, social et environnemental (CESE) s’est autosaisi,
aux fins de préparer un avis sur l’intelligence artificielle.
Dans ce cadre, le Bureau du Conseil a confié à la Commission chargée de
la société du savoir et de l’information1 l’élaboration dudit avis.
Lors de sa 159ème Session Ordinaire, tenue le 27 juin 2024, l’Assemblée
Générale du CESE a adopté à l’unanimité l’avis intitulé : « quels usages
et quelles perspectives de développement de l’intelligence artificielle
au Maroc ? ». Elaboré sur la base d’une approche participative, cet avis
est le résultat d’un débat approfondi entre les différentes catégories qui
composent le Conseil, d’auditions menées avec les principales parties
prenantes2, ainsi que d’une consultation lancée via la plateforme digitale
de participation citoyenne « ouchariko.ma »3. Il convient de signaler la
contribution scientifique de chercheurs de l’École nationale supérieure
d’informatique et d’analyse des systèmes (ENSIAS)sur l’utilisation de l’IA
dans le secteur de l’agriculture4. De plus, un atelier citoyen a été organisé
en partenariat avec la CGEM pour discuter des principales conclusions
et des axes de recommandations visant à intégrer l’IA dans le tissu
entrepreneurial marocain.

1 Annexe 1 : Liste des membres de la commission chargée de la société du savoir et de l’information


2 Annexe 2 : Liste des institutions et acteurs auditionnés
3 Annexe 3 : Résultats de la consultation citoyenne
4 Annexe 4: Etudes sur l’IA réalisées par des chercheurs de l’ENSIAS

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Avis du Conseil Economique, Social et Environnemental

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Quels usages et quelles perspectives de développement de l’intelligence artificielle au Maroc ?

Synthèse

Le présent avis vient en complément de l’auto-saisine « vers une transformation digitale


responsable et inclusive », adoptée en 2021, plus spécifiquement sa préconisation de faire de
l’intelligence artificielle (IA) une priorité nationale dans le cadre de la transformation digitale.
Sont ainsi mis en lumière les facteurs favorisant l’adoption et le déploiement de l’IA, ainsi
que ses usages et les perspectives de son développement au Maroc. L’avis a été adopté à
l’unanimité par l’Assemblée Générale du Conseil, tenue le 27 juin 2024.
L’IA occupe une place centrale dans la transformation digitale, tant par son apport aux secteurs
productifs que par ses effets sur les économies et les sociétés. Ses avancées, notamment dans le
domaine de l’IA générative, la positionnent non seulement comme un catalyseur de croissance
économique, mais également comme un levier essentiel pour améliorer des services essentiels,
tels que la santé et l’éducation, en les rendant plus accessibles, efficaces et personnalisés. Des
études documentées prévoient que l’IA pourrait augmenter le PIB mondial de 14 % d’ici 2030,
tout en contribuant significativement à l’atteinte de 79 % des objectifs de développement
durable.
Toutefois, l’adoption de l’IA soulève un ensemble défis majeurs. Au plan éthique, les risques
liés à la gestion des données personnelles sont considérables, compte tenu du volume massif
d’informations collectées. De plus, les algorithmes peuvent parfois reproduire des biais et
partant induire des décisions injustes ou discriminatoires. Au plan social, l’impact de l’IA sur
l’emploi suscite des préoccupations, notamment avec la transformation ou la disparition de
certains métiers.
Le Maroc possède des atouts importants pour se positionner dans le domaine de l’IA, avec des
lois encadrant des aspects-clés du numérique comme la cybersécurité et la protection des
consommateurs. Des initiatives, telles que le centre « AI movement » à l’UM6P, l’appel à projets
« al khawarizmi », ainsi que d’autres portées par des écoles d›ingénieurs et certains départements
ministériels, témoignent de la volonté d’impulser une dynamique dans le domaine de l’IA. Au
niveau international, le Maroc s’engage activement pour une IA éthique et responsable, en
adoptant les recommandations de l’UNESCO et en co-parrainant une résolution des Nations
Unies sur l’IA au service du développement durable.
Cependant, des obstacles subsistent, notamment l’absence d’un cadre réglementaire
spécifique et la libération poussive des données publiques. En outre, les startups spécialisées
en IA rencontrent des difficultés d’accès aux financements, les critères d’éligibilité étant souvent
inadaptés à leurs besoins spécifiques. Le manque patent de compétences et de formateurs
qualifiés entrave également le développement d’un écosystème d’IA performant. De surcroît
et nonobstant des initiatives isolées en R&D, le manque de synergie entre les projets et leur
inadéquation avec les besoins industriels, en l’absence d’une vision nationale claire et cohérente,
hypothèquent la mise en place de solutions alignées sur les priorités économiques du pays.
Partant de ce diagnostic, le CESE appelle à mettre en place une stratégie nationale d’utilisation
et de développement de l’IA alignée avec les ambitions du pays. La finalité ultime est de bâtir

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Avis du Conseil Economique, Social et Environnemental

un écosystème capable d’une part de favoriser une utilisation large de l’IA au niveau national
et, d’autre part, de créer les conditions pour le développement, d’ici 2030, d’une industrie
nationale de l’IA, en encourageant la création et le développement de startups et d’entreprises
innovantes, avec le soutien des investissements nationaux et internationaux. Cet écosystème
devrait favoriser le développement des produits et services potentiellement exportables, en
veillant à assurer une utilisation éthique et responsable de l’IA dans tous les secteurs.
Dans ce sens, le CESE a émis un ensemble de recommandations, dont il est permis de citer :
- Réviser la loi 09-08 relative à la protection des données personnelles afin qu’elle intègre
valablement les exigences des données utilisées et générées par l’IA, tout en garantissant sa
conformité avec les normes internationales.
- Encourager l’usage raisonné d’outils IA dans tous les secteurs, aussi bien publics que privés,
en développant un plan de soutien dédié, notamment pour les PME et TPE, incluant des
volets de formation ainsi que des dispositifs d’accès aux ressources financières, matérielles et
logicielles.
- Libérer les données publiques et faciliter l’accès à des données fiables et interopérables pour
disposer des informations nécessaires au développement d’applications d’IA.
- Créer un fonds d’investissement public-privé dédié à l’innovation dans l’intelligence artificielle
et les technologies numériques avancées, incluant des subventions, des fonds d’amorçage et
du capital-risque pour soutenir les projets en IA.
- Prévoir des incitations fiscales au profit des entreprises, notamment les TPE et PME qui
développent l’IA, l’utilisent pour améliorer leur productivité ou collaborent avec le secteur
de la recherche en IA. Il est également nécessaire d’adapter la charte d’investissement pour
mieux répondre aux spécificités des startups en IA, en révisant les critères d’éligibilité actuels.
- Prioriser les efforts de développement de solutions à base de technologies IA pour deux ou
trois secteurs au maximum pour éviter la dispersion des ressources. L’éducation, la santé et
l’agriculture pourraient figurer parmi ces secteurs.
Développer un modèle de langage souverain (données en darija) pour améliorer l’inclusion
numérique en permettant à tous les citoyens, quel que soit leur niveau d’éducation, de
participer activement aux interactions numériques et étendre ainsi l’accès à l’IA à l’ensemble de
la population.
- Intégrer systématiquement la formation en IA dans l’offre éducative nationale et renforcer les
programmes d’enseignement supérieur en IA dans les universités et écoles spécialisées. En
parallèle, combler le manque de formateurs en proposant aux profils scientifiques, tels que
les mathématiciens, une formation spécialisée en IA.


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Quels usages et quelles perspectives de développement de l’intelligence artificielle au Maroc ?

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Avis du Conseil Economique, Social et Environnemental

Introduction

La transformation numérique a profondément modifié l’économie et la société, à tel point que


presque toutes les activités productives incluront une dimension digitale. Au cœur de cette
transformation se trouve l’Intelligence Artificielle (IA). Bien que l’IA ne soit pas une discipline
scientifique récente, les progrès réalisés, notamment avec les IA génératives, l’ont placée au
centre des processus cognitifs, auparavant réservés à l’humain.
Encadré 1 : Définition de l’intelligence artificielle (OCDE)5
Un système d’intelligence artificielle est un système automatisé qui, pour un ensemble donné
d’objectifs, est en mesure d’établir des prévisions, de formuler des recommandations, ou de
prendre des décisions influant sur l’environnement. Il utilise des données et entrées générées
par la machine et/ou apportées par l’homme pour (i) percevoir des environnements réels et/ou
virtuels ; (ii) produire une représentation abstraite de ces perceptions sous forme de modèles
issus d’une analyse automatisée (par exemple, apprentissage automatisé) ou manuelle ; et
(iii) utiliser les résultats inférés du modèle pour formuler différentes options de résultats. Les
systèmes d’IA sont conçus pour fonctionner à des degrés d’autonomie divers.
L’IA permet désormais de simuler des raisonnements et comportements humains à travers des
programmes informatiques et des machines. Les outils grand public, tels que les générateurs de
texte, traducteurs automatiques ou systèmes de reconnaissance d’image, illustrent l’application
concrète de ces techniques.
Certaines de ces techniques ont déjà connu des avancées majeures et jouent un rôle-clé
dans le développement socio-économique des entreprises et des Nations. Cependant, de
nombreuses technologies prometteuses sont encore en phase de maturation et nécessitent
des développements supplémentaires, tant dans les centres de recherche universitaires que
dans les unités de R&D des entreprises. De nombreuses start-ups se positionnent ainsi sur ces
créneaux avec l’ambition de créer des produits commercialisables.
D’un point de vue économique, les opportunités offertes par les technologies de l’IA sont
considérables. Elles pourraient générer plusieurs milliers de milliards de dollars pour l’économie
mondiale, avec une projection d’augmentation du PIB mondial de près de 14 % d’ici 20306.
En ce qui concerne son impact sur le marché du travail, l’IA progresse rapidement dans de
nombreux domaines et automatise un nombre croissant de tâches, y compris celles considérées
comme exclusivement réservées aux humains. Deux approches principales émergent pour
appréhender ces transformations : l’une envisage une augmentation des capacités humaines
grâce à l’IA, comme lors de précédentes révolutions industrielles et scientifiques ; l’autre, plus
radicale, prévoit un remplacement total de l’humain par l’IA. Toutefois, il est encore trop tôt
pour anticiper l’impact réel de l’IA sur le travail à moyen et long terme. L’impact de l’IA varie
considérablement selon les secteurs d’activité. Certains vivront une véritable révolution, tandis

5 Perspectives de l’emploi de l’OCDE 2023 : Intelligence artificielle et marché du travail


6 Etudes de PwC, Mckinsey et Goldman Sachs (cf. partie enjeu économique)

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Quels usages et quelles perspectives de développement de l’intelligence artificielle au Maroc ?

que d’autres subiront des changements à différents degrés. Une approche adaptée à chaque
secteur sera donc indispensable.
Par ailleurs, les capacités des systèmes d’IA à imiter des comportements humains soulèvent
de nouveaux défis juridiques et éthiques, notamment en ce qui concerne le respect des droits
fondamentaux (cas des systèmes de reconnaissance faciale utilisés pour la surveillance publique),
et la détermination de responsabilité et des effets juridiques.
Plusieurs questionnements restent à cet égard, posés : comment se prémunir des dérives et des
dangers liés à l’utilisation de ces outils technologiques ? Est-il possible de garantir une utilisation
éthique et responsable de l’IA ? Comment intégrer des valeurs fondamentales telles que les
droits humains, la solidarité et la justice dans un environnement où l’IA joue un rôle de plus en
plus central dans les processus de prise de décision, et ce, dans des domaines variés ? Comment
« collaborer » avec des outils qui semblent parfois plus « intelligents » que les humains ? Et
surtout, comment en tirer le meilleur parti pour un développement économique et social à la
fois accéléré et durable ?
Chacune de ces questions nécessiterait des études approfondies, et certaines d’entre elles
n’ont probablement pas encore de réponse claire à ce jour. L’objectif de cet avis n’est donc
pas de proposer une revue exhaustive de l’IA, de ses potentialités et des risques associés, mais
plutôt d’analyser l’impact de ces nouvelles technologies sur le Maroc, en veillant à maximiser
leurs bénéfices tout en minimisant leurs effets négatifs. Le présent avis s’inscrit dans la
continuité des travaux du CESE dont celui réalisé en 2021 dans le cadre de l’auto-saisine sur
« vers une transformation digitale responsable et inclusive », et particulièrement en lien avec
la recommandation d’« ériger l’intelligence artificielle (IA) en priorité dans le chantier de la
transformation digitale de notre pays au vu de son importance capitale aux plans stratégique et
économique».
I. Les enjeux de l’IA : entre opportunités de progrès et risques
potentiels

L’IA représente une révolution technologique qui redéfinit les frontières du possible dans divers
domaines, qu’il s’agisse des secteurs économiques, sociaux, culturels ou environnementaux. Si l’IA
ouvre des perspectives prometteuses en matière d’innovation, de productivité et de résolution
de défis sociétaux, elle soulève également des risques importants. L’adoption massive de l’IA
soulève ainsi des questions éthiques, juridiques et sociales, particulièrement en ce qui concerne
la protection des données, les droits de propriété intellectuelle et les impacts sur l’emploi.
1.1. Un enjeu technologique
Les fondements des machines intelligentes remontent aux années 19407, avec les travaux
pionniers d’Alan Turing. Dès cette période, le développement des premiers ordinateurs a
alimenté l’idée de « machines intelligentes ». Le terme « intelligence artificielle » a été introduit
en 1956 lors d’une conférence scientifique à Dartmouth, aux États-Unis. Depuis, l’IA a évolué en
fonction des avancées des algorithmes et de la puissance des ressources de calcul.

7 https://www.coe.int/fr/web/artificial-intelligence/history-of-ai

11
Avis du Conseil Economique, Social et Environnemental

Au cours des premières décennies, les recherches étaient principalement financées par le
département de la défense américain, qui considérait cette technologie comme un enjeu
stratégique. Une évolution notable s’est produite dans les années 1980 avec l’apparition des
systèmes experts, qui ont permis les premières applications concrètes de l’IA.
Les progrès récents, notamment dans l’utilisation des réseaux de neurones et de l’apprentissage
profond (deep learning), ont donné une nouvelle impulsion à l’IA, surtout à partir de la décennie
2010. L’augmentation des capacités de calcul et la disponibilité massive de données sur Internet
(big data) ont ouvert la voie à de nombreuses innovations et applications de l’IA.
Le lancement de « ChatGPT » en 2022, un agent conversationnel basé sur le modèle de langage
GPT-3.5 développé par OpenAI, a marqué un tournant décisif. Dès son lancement, l’intelligence
artificielle générative est devenue accessible à tous, rassemblant plus de 100 millions
d’utilisateurs actifs en seulement deux mois (cf. figure 1). Plusieurs secteurs tels que l’industrie, le
monde académique, les cabinets juridiques et les maisons d’édition exploitent désormais cette
technologie pour répondre à leurs besoins spécifiques.

Les avancées rapides des grands modèles de langage (LLMs), dotés de milliards, voire de trillions
de paramètres, ont inauguré une nouvelle ère pour l’IA générative, capable de produire des
textes, des images photoréalistes et même des séquences vidéo. Des outils comme DALL-E
et Midjourney illustrent cette évolution, en générant automatiquement des images à partir de
descriptions textuelles. Cependant, ces créations originales soulèvent de nouvelles questions en
matière de propriété intellectuelle.
Pour mieux cerner les enjeux technologiques de l’IA, il est essentiel de souligner les trois
éléments-clés sur lesquels repose son fonctionnement : une infrastructure matérielle robuste,
des algorithmes performants et des données abondantes et de qualité.

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Quels usages et quelles perspectives de développement de l’intelligence artificielle au Maroc ?

Encadré 2 : Les trois composantes de L’IA


1. Une infrastructure matérielle adéquate et évolutive :
- Les capacités de calcul et de stockage sont essentielles pour traiter les volumes massifs
de données nécessaires à l’IA. Les data centers hébergent les équipements tels que les
serveurs, les processeurs CPU (Central Proccessing Unit), GPU (Graphics Processing Unit) et
TPU (Tensor Processing Unit), spécialement conçus pour l’entraînement des algorithmes
d’IA.
- L’infrastructure cloud8 offre une virtualisation des ressources de calcul et de stockage,
permettant une flexibilité et une évolutivité à la demande.
- La connectivité au réseau Internet, tant au niveau national qu’international, est cruciale
pour assurer la communication entre les data centers et les utilisateurs finaux des
applications IA. Les citoyens et les objets connectés (IoT) nécessitent également un
accès à des réseaux haut débit pour une utilisation optimale de ces technologies.
2. Des algorithmes performants9 :
Les modèles d’apprentissage automatique (machine learning) et d’apprentissage profond
(deep learning) sont des piliers essentiels de l’IA. Ils reposent sur des algorithmes complexes
capables de traiter et d’analyser des données afin de produire des prédictions ou des décisions
en temps réel.
- Le machine learning repose sur des algorithmes qui apprennent à partir de données
passées pour prédire ou prendre des décisions en temps réel. Ces modèles sont utilisés
dans une vaste gamme d’applications où les algorithmes sont constamment ajustés en
fonction des données historiques.
- Le deep learning, un sous-ensemble du machine learning, utilise des réseaux neuronaux
profonds pour traiter des volumes massifs de données et résoudre des tâches complexes
comme la reconnaissance d’images ou la compréhension du langage naturel.
3. Les données, carburant de l’IA10 :
Les données jouent un rôle fondamental dans toutes les phases du développement de l’IA.
Lors de la phase de conception, l’architecture du système est directement influencée par les
types de données qui seront utilisées (texte, images, sons, vidéos, etc.).
Aujourd’hui, le développement des systèmes d’intelligence artificielle repose encore en grande
partie sur des données étiquetées manuellement par des humains. Néanmoins, les avancées
de la recherche permettent désormais aux algorithmes d’apprendre de manière autonome,
grâce à des techniques d’apprentissage non supervisé (unsupervised learning). Dans ce mode
d’apprentissage, les algorithmes identifient des structures et des motifs cachés dans les données
sans nécessiter d’étiquettes préalables.

8 Avis du CESE « Le cloud : un levier d’urgence pour réussir la transformation digitale» 2023
9 Deep Learning, Ian Goodfellow, Yoshua Bengio & Aaron Courville, MIT Press, 2016
10 Avis du CESE, « Open Data, la libération des données publiques au service de la croissance et de la connaissance », 2013.

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Avis du Conseil Economique, Social et Environnemental

L’automatisation de l’apprentissage présente l’avantage de renforcer l’efficacité, tout en


réduisant les coûts et la lourdeur du processus d’étiquetage manuel. Toutefois, un défi majeur
subsiste dans l’IA moderne : l’explicabilité des résultats produits par ces systèmes.
L’intelligence artificielle est en constante évolution, et bien qu’il soit difficile de prédire avec
certitude ses futurs développements, la majorité des experts s’accordent à dire que l’IA continuera
de se perfectionner. Des avancées, comme l’informatique quantique, pourraient révolutionner
les capacités de calcul et améliorer encore les performances de l’IA.
Il demeure que la perspective de l’avènement d’une intelligence artificielle générale, capable
de réaliser toutes les tâches cognitives humaines, reste un objectif lointain 11 . Pour le moment,
l’IA continue d’étendre ses domaines d’application tout en redéfinissant les limites de ce qui est
techniquement possible.
1.2. Un enjeu économique
L’intelligence artificielle (IA) est désormais largement reconnue pour son impact économique
significatif. Selon une étude de Price Waterhouse Coopers, l’IA pourrait générer d’ici 203012 jusqu’à
15 700 milliards de dollars pour l’économie mondiale, ce qui représenterait environ 14 % du
PIB global. Cette croissance bénéficierait principalement à la Chine (26 %) et à l’Amérique du
Nord (14 %). Parallèlement, Goldman Sachs projetait en 2023 une augmentation de 7 % du PIB
mondial, soit près de 7 000 milliards de dollars13.
Le cabinet McKinsey estime également la contribution potentielle de l’IA non générative entre
11 000 et 17 700 milliards de dollars, tandis que l’IA générative pourrait injecter entre 2 600 et 4
400 milliards de dollars supplémentaires à l’économie mondiale14.
L’intégration de l’IA transforme profondément les modèles économiques et opérationnels des
entreprises. Elle permet l’accès à des informations jusqu’alors inaccessibles, renforçant ainsi
les relations clients et les offres commerciales. Cette transformation n’est pas simplement une
avancée technologique, mais une révolution qui modifie directement la compétitivité et le
fonctionnement interne des entreprises.
L’IA stimule également l’innovation en facilitant la création de nouveaux produits, l’exploration
de nouveaux marchés, l’optimisation des processus, et l’amélioration des services. Selon une
étude du think tank du Parlement européen15, l’IA pourrait accroître la productivité du travail de
11 % à 37 % d’ici 2030.
En outre, l’IA aide les entrepreneurs à développer des startups, tout en proposant des solutions
personnalisées et en automatisant des tâches complexes, libérant ainsi des ressources pour des
activités plus stratégiques16.

11 https://www.britannica.com/technology/artificial-intelligence/Is-artificial-general-intelligence-AGI-possible
12 PwC, « Sizing the prize What’s the real value of AI for your business and how can you capitalise? » report, 2017.
13 https://www.goldmansachs.com/intelligence/pages/generative-ai-could-raise-global-gdp-by-7-percent.html
14 The economic potential of generative AI: The next productivity frontier, Mckinsey 2023
15 https://www.europarl.europa.eu/topics/fr/article/20200918STO87404/intelligence-artificielle-opportunites-et-risques
16 Selon l’audition d’Intelcia, (mars 2024), Le secteur de la relation client, qui emploie des dizaines de milliers de personnes au Maroc, risque
d’être profondément transformé par l’introduction des chatbots et des assistants vocaux. Cependant, il semble, selon les perspectives actuelles
des entreprises du secteur, que l’IA est davantage perçue comme un outil d’assistance, permettant aux agents humains d’améliorer leurs
compétences et d’être plus efficaces dans leurs réponses.

14
Quels usages et quelles perspectives de développement de l’intelligence artificielle au Maroc ?

Cependant, l’IA présente également des risques, notamment celui de favoriser la concentration
industrielle et de renforcer la domination des grandes entreprises internationales. Il devient, dès
lors, essentiel de mobiliser les outils de la politique de la concurrence afin de prévenir les abus
de position dominante17.
Il convient de signaler que les grandes entreprises technologiques jouent un rôle déterminant
dans la diffusion des solutions d’IA, en décidant de ce qui est accessible ou non. Cela soulève des
questions sur leur influence, parfois supérieure à celle des États, malgré les efforts des puissances
économiques pour encadrer ces entreprises, en particulier dans les contextes multilatéraux.

Encadré 3 : Les secteurs qui bénéficieraient le plus des apports de l’IA


selon les participant.e.s de au questionnaire « Ouchariko » 18
Les résultats montrent que l’éducation arrive en tête avec 80,6%, suivie des services publics
(70,7%), de la santé (65,7%), de l’industrie (67,5%), de l’agriculture (55%) et des secteurs
de l’eau et de l’énergie (51,5%). De plus, 19,5% des participant.e.s estiment que d’autres
secteurs pourraient également bénéficier de l’apport de l’IA, notamment l’informatique et
les télécommunications, la sécurité et la cybersécurité, la finance et la banque, la recherche
scientifique, le transport et la logistique, le droit et la justice, ainsi que le tourisme et les arts,
médias et communication.
1.3. Un enjeu sociétal
L’IA, en tant que technologie transversale, exerce une influence majeure sur la société et ses
structures organisationnelles. Elle offre des solutions innovantes pour relever divers défis et
évolutions, tout en redéfinissant les perceptions du monde et les interactions humaines. L’IA
permet des avancées notables dans de nombreux domaines19, tels que l’amélioration de la
qualité des soins de santé, l’optimisation des transports et l’accès à des services plus abordables,
personnalisés et durables. De plus, elle facilite l’accès à l’information et à la formation, tout
en contribuant à la sécurité des environnements de travail par l’automatisation des tâches
dangereuses. L’adoption de l’IA est de nature également à stimuler la création d’emplois au sein
des entreprises qui exploitent ces technologies émergentes.
Toutefois, les applications de l’IA comportent aussi un ensemble de risques. Elles peuvent ainsi
être détournées pour manipuler l›opinion publique à travers la désinformation, porter atteinte
à la vie privée ou faciliter des cyberattaques. Des questions éthiques se posent également avec
des innovations comme les avatars numériques, qui soulèvent de nouveaux enjeux quant à la
préservation de l›intégrité des personnes et des droits individuels.
Les préoccupations liées aux conséquences potentielles de l’IA ont conduit certains experts
à demander un moratoire temporaire en 202320, afin de renforcer les cadres de sécurité et
de régulation entourant son développement. Des initiatives, telles que le projet AI Ethics de

17 Les enjeux économiques de l’intelligence artificielle, Trésor-Eco, avril 2024


18 Annexe 3 : Résultats de la consultation citoyenne
19 Pour mettre en avant les applications bénéfiques pour la société, les Nations Unies organisent chaque année depuis 2017 un sommet
mondial « AI for Good » visant à présenter les projets les plus prometteurs rendus possibles grâce aux applications de l’intelligence artificielle.
20 https://www.courrierinternational.com/article/gpt-4-un-millier-d-experts-de-la-tech-demandent-un-moratoire-sur-la-recherche-en-ia

15
Avis du Conseil Economique, Social et Environnemental

l’Université de Montréal et la Déclaration de Montréal pour un développement responsable de


l’IA21, visent à promouvoir une IA respectueuse des droits humains, de l’équité sociale et de la
durabilité22.
Un autre défi majeur pour le déploiement de l’IA réside dans les biais intégrés dans ses systèmes.
Ces biais peuvent être de nature raciale, de genre, ou même liés à des différences culturelles, et
sont susceptibles d’affecter l’équité des décisions prises par ces systèmes. Les causes et sous-
jacents de ces biais sont multiples. Les données d’entraînement, souvent le reflet de biais présents
dans la société, jouent à ce titre, un rôle-clé. Par exemple, un algorithme de reconnaissance
faciale entraîné principalement sur des images de personnes à la peau blanche peut manquer
de précision pour identifier correctement des individus à la peau de couleur différente. De
surcroît, l’interaction entre l’IA et les utilisateurs humains peut également introduire des biais,
notamment dans les systèmes d’apprentissage continu, comme les chatbots, où les termes
employés par les utilisateurs peuvent influencer le comportement du modèle.
D’autres sources de biais proviennent de l’optimisation multi-objectifs23. Certains modèles d’IA
cherchent ainsi à équilibrer plusieurs critères, mais les pondérations attribuées à ces objectifs
peuvent entraîner des distorsions dans les résultats. De surcroît, les biais peuvent également
découler des programmeurs eux-mêmes, ce qui souligne l’importance d’une formation
interdisciplinaire intégrant les sciences sociales dans les cursus techniques afin de mieux
comprendre et gérer les impacts éthiques et sociétaux des technologies de l’IA. La réduction des
biais et l’élaboration de systèmes d’IA explicables et transparents deviennent ainsi des priorités
pour garantir l’équité et la fiabilité des systèmes déployés à grande échelle.
1.4. Un enjeu de protection des données personnelles
Pour produire des résultats pertinents, les systèmes d’intelligence artificielle s’appuient sur un
vaste corpus d’informations accessibles en ligne, soulevant ainsi des interrogations majeures
quant à la protection des données à caractère personnel. Ces données doivent être traitées de
manière juste et transparente, avec le consentement explicite des personnes concernées, et
utilisées strictement aux fins spécifiques pour lesquelles elles ont été initialement collectées.
Cependant, ces principes semblent difficiles à appliquer et à contrôler, compte tenu des multiples
usages qu’une IA peut générer une fois qu’elle a été entraînée. Les organisations en charge de
la protection des données personnelles sont appelées à élaborer des approches novatrices et
adaptées pour faire face aux défis spécifiques de l›IA, tout en veillant à ne pas imposer de régulations
susceptibles d’entraver la marche de l’innovation technologique. Un équilibre devra ainsi être
trouvé entre la préservation des libertés individuelles et le progrès technologique inéluctable.
1.5. Un enjeu social
L’IA constituerait un auxiliaire essentiel pour transformer et améliorer les services sociaux en

21 https://declarationmontreal-iaresponsable.com/
22 Ces initiatives mettent l’accent sur des valeurs telles que le respect de la personne, la justice, le bien-être, l’autonomie, la vie privée, la
démocratie, l’équité, l’inclusion, la prudence, la responsabilité et la durabilité.

23 L’optimisation multi-objectifs est un processus de prise de décision qui consiste à trouver la meilleure solution possible en tenant compte
de plusieurs critères ou objectifs simultanément.

16
Quels usages et quelles perspectives de développement de l’intelligence artificielle au Maroc ?

offrant des solutions d’accès à la fois décentralisées et personnalisées. Lorsque l’accès aux
infrastructures de communication est garanti, les systèmes basés sur l’IA deviennent à la
portée de toute la population, permettant ainsi de surmonter les barrières géographiques et
les contraintes temporelles. Cette large disponibilité ouvre la voie à des services précisément
adaptés aux besoins spécifiques de chaque individu, renforçant ainsi l’inclusion tout en assurant
une équité accrue dans l’accès aux services essentiels.
En outre, l’analyse de grandes quantités de données par l’IA – telles que les dossiers médicaux,
les historiques d’assistance sociale ou encore les interactions sur les réseaux sociaux – permet de
fournir des analyses prédictives, offrant ainsi une gestion proactive des besoins des populations.
Cette capacité à anticiper les demandes constitue un outil précieux pour optimiser l’allocation
des ressources et, partant améliorer la qualité des services publics., Il est, cependant impératif
que ces analyses soient réalisées en stricte conformité avec les réglementations en vigueur
concernant la protection de la vie privée, en particulier le traitement des données sensibles24.
Sur le plan professionnel, l’IA, en tant que technologie transformatrice, a des impacts majeurs
sur l’emploi et les compétences. Si son potentiel industriel favorise la création de nouveaux
emplois, notamment dans les secteurs technologiques et industriels, elle entraîne également
la suppression de certaines tâches en raison de l’automatisation. Ce phénomène, couramment
décrit sous le prisme de la « destruction créatrice », conduit à l›émergence de nouveaux métiers
tout en modifiant profondément ceux déjà existants. Toutefois, il demeure difficile de quantifier
à ce jour l’impact global de l’IA sur l’emploi, les différentes études produisant des résultats
disparates. Néanmoins, ces études s’accordent toutes sur le rôle croissant que l’IA jouera dans la
réorganisation du travail à l’avenir.

Encadré 4 : Quelques exemples de prévisions donnés par divers organismes


- Selon le FMI, l’intelligence artificielle affectera 60% des emplois dans les pays
économiquement développés, et seulement 26% dans les pays à faible revenu. L’institution
met en garde contre le danger d’accentuation des inégalités sociales au niveau mondial.
- Selon l’étude «Perspectives de l’OCDE sur les compétences 2023», 27 % des emplois se situent
dans des professions à haut risque d’automatisation. Cependant, cette étude indique que
l’adoption limitée de l’IA et les ajustements volontaires des effectifs par les entreprises
entraînent peu de retombées négatives significatives sur l’emploi.
- L’OIT prévoit la suppression de 5,5% dans les pays développés et 0,4% pays à faible revenu
(“Generative AI and jobs: A global analysis of potential effects on job quantity and quality”, 2023).
Cette étude précise que sa valeur principale réside moins dans la précision des estimations
fournies que dans la nature des changements possibles.

Il convient de signaler que les transformations induites par l’IA affectent davantage des tâches
spécifiques plutôt que des métiers dans leur intégralité. Cette distinction est essentielle pour
comprendre que l’adaptation au changement se fera principalement par l’évolution des

24 ht t ps: //w w w.cn dp. ma /gl oss aire s /# :~: te x t= D o nn% C 3%A9 e s % 2 0 s ensib l e s % 3A% 2 0 D o nn% C 3%A9 e s % 2 0 % C 3%A0 % 2 0
c a r a c t % C 3 % A 8 re,y % 2 0 co m p r is % 2 0 s e s % 2 0 d o n n% C 3 % A9 e s % 2 0 g % C 3 % A9 n% C 3 % A9 t i q u e s .

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Avis du Conseil Economique, Social et Environnemental

compétences requises, plutôt que par la disparition complète des métiers. De plus, les impacts
de l’IA sur l’emploi varient considérablement selon le niveau de développement économique
des pays. Les économies avancées privilégieront la recherche et l’innovation, tandis que
les pays émergents concentreront leurs efforts sur la modernisation de leurs infrastructures
technologiques.
Par ailleurs, l’adoption croissante de l’IA aura des répercussions sur les compétences requises par
la majorité des travailleurs, dont environ 60 %25 devront se former aux nouvelles technologies
et acquérir de nouvelles compétences. À ce titre, un rapport du site Indeed26 indique que 19,8 %
des emplois recensés sont fortement exposés à au moins une forme d’IA27. Par ailleurs, l’usage
de l’IA au travail se démocratise, comme le montre le fait que 39 % des actifs français déclarent
l’avoir utilisée au moins une fois dans le cadre de leur activité professionnelle28.
Comme pour toute innovation technologique, les changements dans les modes de travail
s’effectueront probablement de manière progressive. Pour minimiser les impacts négatifs,
des efforts concertés devront être déployés pour promouvoir la formation, la reconversion
et le redéploiement des travailleurs, permettant ainsi une transition harmonieuse vers un
environnement professionnel de plus en plus automatisé et ayant recours à l’IA.
1.6. Un enjeu de responsabilité humaine
Les systèmes d’IA atteignent de plus en plus des niveaux de sophistication tels que les humains
pourraient, à terme, s’en remettre totalement à eux. Deux facteurs principaux expliquent cette
tendance : d’une part, la confiance excessive accordée à la performance perçue des systèmes
d’IA, et d’autre part, l’opacité des processus décisionnels, qui incite l’utilisateur à déléguer
involontairement son pouvoir de décision à la machine.
Ces dynamiques risquent d’entraîner une érosion progressive des compétences et des
connaissances humaines, les individus se reposant sur l’IA pour des tâches qu’ils réalisaient
auparavant et qui faisaient partie intégrante des savoir-faire humains. En dépit de son objectif
initial d’assistance, l’IA peut ainsi, par une certaine paresse intellectuelle, imposer des décisions
à l’utilisateur, créant une situation de « subordination algorithmique » ou de « démission ». Ce
phénomène est particulièrement préoccupant dans des domaines critiques tels que la santé et
la sécurité, où les décisions prises peuvent avoir des conséquences considérables.
Selon une étude de Gartner, d’ici 2030, les décisions prises par des agents d’IA sans contrôle
humain pourraient causer des pertes économiques de l’ordre de 100 milliards de dollars29.
Bien que ces risques doivent être relativisés, il est essentiel de les prendre en compte à travers
des formations ciblées visant à renforcer les compétences analytiques et le sens critique des
utilisateurs. Cela permettrait à l’individu, libéré de certaines tâches routinières, de se concentrer
sur des activités plus complexes tout en maintenant l’IA dans un rôle d’assistant, et non de

25 https://www3.weforum.org/docs/WEF_Future_of_Jobs_2023.pdf
26 Plateforme américaine de recherche d’emploi
27 https://www.hiringlab.org/2023/09/21/indeed-ai-at-work-report/
28 https://press.jobteaser.com/pres-de-deux-tiers-des-jeunes-francais-effrayes-par-limpact-de-lintelligence-artificielle-sur-leur-carriere
29 https://www.gartner.com/en/insights/generative-ai-for-business

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Quels usages et quelles perspectives de développement de l’intelligence artificielle au Maroc ?

décideur. Par ailleurs, une gouvernance rigoureuse de l’IA est nécessaire pour encadrer les
responsabilités respectives de l’utilisateur, du fournisseur et du producteur des systèmes d’IA.
1.7. Un enjeu créatif et culturel
Les industries créatives, telles que les arts visuels, le design, la littérature, le cinéma, la musique,
les jeux vidéo et l’audiovisuel, manifestent un intérêt croissant pour les possibilités offertes par
l’IA. L’IA peut améliorer les techniques de conception et de production, modéliser une large
gamme de méthodes créatives, analyser des tendances, générer des contenus visuels réalistes
et faciliter les processus de création artistique.
Cependant, l’intégration de l’IA dans ces secteurs soulève des questions juridiques et éthiques
complexes. L’une des interrogations majeures concerne la nature des œuvres créées par l’IA :
peuvent-elles être considérées comme de simples données dépourvues d’authenticité créative?
De plus, l’utilisation de l’IA remet en question les principes du droit d’auteur, notamment
en ce qui concerne la protection des œuvres générées automatiquement. Les technologies
d’IA générative, capables de reproduire fidèlement la voix, l’image ou même les vidéos d’un
interprète, soulèvent également des préoccupations quant à l’usage des avatars d’artistes
vivants ou décédés. Comment dès lors appliquer le droit d’auteur non pas à une œuvre tangible,
mais à la représentation numérique d’un créateur ?
À l’échelle nationale, il est essentiel de porter une attention particulière à la protection des
marques culturelles propres à chaque pays, qu’il s’agisse de modèles et dessins artisanaux,
d’œuvres culinaires, architecturales ou musicales30. L’IA peut en effet être détournée pour imiter
ou s’approprier des éléments du patrimoine culturel, menaçant ainsi leur authenticité et leur
intégrité.
Un autre défi majeur concerne le consentement et la rémunération des auteurs dont les œuvres
ont été utilisées pour entraîner les algorithmes d’IA. Cette question est cruciale pour préserver
l’écosystème de l’industrie créative ainsi que celui de la presse. En effet, les articles, photos et
vidéos produits et diffusés gratuitement en ligne sont largement exploités comme sources
de données pour l’entraînement des systèmes d’IA. Face à cette situation, certains acteurs du
secteur ont déjà entamé des négociations ou scellé des accords pour réglementer l’utilisation
de ces données par les entreprises de l’IA.

Encadré 5 : Accord entre le journal Le Monde et Open AI


Le journal Le Monde a publié un communiqué où il indique qu’un accord de partenariat a été
établi avec un acteur majeur de l’IA pour que celui-ci puisse s’appuyer sur le corpus du journal
pour s’en servir comme source de référence en langue française31.

En parallèle, l’IA offre des opportunités uniques pour préserver et valoriser le patrimoine
culturel. Grâce à ses applications, elle peut transcender les frontières linguistiques et adapter les
contenus aux spécificités culturelles de différents pays. L’intégration de la dimension culturelle

30 Avis CESE, « Pour une nouvelle vision de gestion et de valorisation du patrimoine culturel », 2021
31 Intelligence artificielle : un accord de partenariat entre « Le Monde » et OpenAI

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Avis du Conseil Economique, Social et Environnemental

dans le développement des systèmes d’IA est essentielle pour éviter les biais, les erreurs ou
malentendus liés aux divergences culturelles.
Toutefois, le respect des particularités culturelles constitue un défi majeur, surtout dans un
contexte où les données d’apprentissage sont majoritairement occidentales (93 % des données
d’entraînement de GPT-3 proviennent de textes en anglais32). Il devient donc crucial de diversifier
les sources de données culturelles en ligne et de promouvoir la création de contenus reflétant
les diverses identités culturelles. Parallèlement, il est nécessaire de développer des applications
d’intelligence artificielle qui tiennent compte des spécificités culturelles et des valeurs locales,
afin d’assurer une meilleure représentativité et une plus grande acceptabilité de ces technologies
à l’échelle mondiale.
1.8. Un enjeu environnemental
L’IA est connue pour sa consommation énergétique importante, en particulier dans le cadre
des modèles génératifs33. À titre d’exemple, la génération d’une seule image par IA peut
consommer autant d’énergie que le rechargement complet d’un smartphone34. Le rapport de
développement durable de Microsoft pour l’année 2023 a mis en lumière une augmentation
de 29 % des émissions de carbone par rapport à 202035, principalement attribuée à l’utilisation
croissante de l’IA, soulevant ainsi d’importantes préoccupations environnementales.
L’entraînement des grands modèles d’IA, souvent délocalisé vers les pays du Sud, exige des
ressources de calcul massives, ce qui entraîne une consommation énergétique considérable et
aggrave l’empreinte environnementale de ces régions.
A l’inverse, l’IA offre des opportunités substantielles pour contribuer à la réduction des émissions
de carbone dans des secteurs tels que l’agriculture, l’énergie et les transports. Selon une étude
de PwC36, l’IA pourrait entraîner une augmentation de 4,4 % du PIB mondial37 d’ici 2030, tout en
réduisant de 4 % les émissions de gaz à effet de serre. De plus, l’IA contribuerait positivement à
la réalisation de 79 % des objectifs de développement durable fixés pour cette échéance.
II. Réponses internationales aux enjeux de l’intelligence artificielle :
gouvernance, innovation et éthique

Face aux enjeux croissants liés à l’IA, de nombreux pays et organisations internationales établi
des cadres de gouvernance adaptés qui visent à encadrer l’utilisation de l’IA tout en exploitant
son potentiel pour le développement économique et social. Les réponses apportées par les États
varient en fonction de leurs priorités, oscillant entre régulation et encouragement à l’innovation.

32 “Language models are few-shot learners” International Conference on Neural Information Processing Systems, 2020 (NIPS ‘20)
33 https://www.technologyreview.com/2023/12/05/1084417/ais-carbon-footprint-is-bigger-than-you-think/
34 https://www.technologyreview.com/2023/12/01/1084189/making-an-image-with-generative-ai-uses-as-much-energy-as-charging-your-
phone/
35 https://blogs.microsoft.com/on-the-issues/2024/05/15/microsoft-environmental-sustainability-report-2024/
36 AI-Driven Net Zero, PwC, 2024.
37 Applications de l’IA axées sur la durabilité dans l’agriculture, l’énergie, les transports et l’eau

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Quels usages et quelles perspectives de développement de l’intelligence artificielle au Maroc ?

2.1. Stratégies de réponses des organisations multilatérales et des pays


Les institutions internationales, telles que les Nations Unies et l’OCDE, proposent des cadres
généraux fondés sur des principes que les pays peuvent adapter à leurs propres réalités.
C’est ainsi que le Secrétaire Général des Nations Unies a créé un comité consultatif de haut
niveau en charge de la réflexion sur l’Intelligence Artificielle38. L’OCDE, de son côté, a publié
ses Principes sur l’intelligence artificielle, un ensemble de lignes directrices visant à promouvoir
une utilisation de l’IA innovante, digne de confiance et respectueuse des droits humains et des
valeurs démocratiques 39.
1. Les initiatives de régulation internationale (multilatérale ou à l’échelle des pays)se déclinent
en quatre grandes catégories:
2. Les études qui analysent les effets et les enjeux de l’IA40 ;
3. Les politiques qui définissent les stratégies nationales ou régionales qui visent à organiser le
secteur de l’IA41 ;
4. Les lignes directrices (guidelines) qui proposent des recommandations non contraignantes,
souvent considérées comme un premier pas vers une régulation plus formelle42 ;
Les lois et actes qui régissent l’usage de l’IA et qui souvent élaborés après l’expérimentation des
guidelines43.
Il est à souligner que bien que non-contraignantes juridiquement, les lignes directrices servent
souvent de fondement à l’élaboration de lois et régulations, permettant aux gouvernements
d’affiner leur compréhension des enjeux avant de formaliser leur cadre de gouvernance.

2.2. Mise en place d’instance de réflexion et des organes de régulation à


l’échelle des pays
Plusieurs pays ont mis en place des instances de réflexion et des organes de régulation pour
accompagner le développement de l’IA tout en assurant son utilisation éthique et sécurisée :
Les États-Unis ont créé en 2024 un conseil fédéral44 pour lutter contre les perturbations liées à
l’IA45, avec un accent particulier sur la sécurité nationale ou économique, la santé publique et
la sûreté. Ce conseil réunit universitaires, politiques et entreprises leaders du secteur, comme
OpenAI, Microsoft et Google. Sa mission principale est de garantir que l’utilisation de l’IA soit
encadrée de manière « sûre et responsable », en orientant son déploiement vers des pratiques

38 https://news.un.org/fr/story/2023/10/1140052
39 https://www.oecd.org/fr/topics/sub-issues/ai-principles.html#:~:text=Les%20Principes%20de%20l’OCDE%20sur%20l’IA%20
encouragent%20une,%C3%A0%20l’%C3%A9preuve%20du%20temps.
40 Exemples d’études : en Inde « responsible AI for all » NITI Aayog, 2021, en France « Donner un sens à l’intelligence artificielle », rapport de
mission parlementaire 2019
41 On peut citer : Stratégie pancanadienne en matière d’IA 2017, Stratégie nationale des Émirats Arabes Unis pour l’intelligence artificielle 2031
42 Par exemple, “ A Guide to the Responsible Use of AI” Singapour, 2019
43 Par exemple, l’AI Act de l’Union Européenne
44 https://www.lemonde.fr/pixels/article/2024/04/27/intelligence-artificielle-creation-d-un-conseil-federal-pour-aider-le-gouvernement-
americain_6230258_4408996.html
45 https://www.dhs.gov/artificial-intelligence-safety-and-security-board

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Avis du Conseil Economique, Social et Environnemental

éthiques et sécurisées.
5. La France a initié en 2017 une mission dirigée par le mathématicien Cédric Villani, visant à
orienter le développement de l’intelligence artificielle46. L’objectif principal de cette mission
était de « donner un sens » à l’IA en définissant des orientations précises pour son utilisation
à l’échelle nationale. Ce travail a contribué à l’élaboration d’une stratégie nationale intégrant
les dimensions éthiques, économiques et sociales, plaçant l’IA au cœur des priorités françaises
en matière de développement technologique et d’innovation.
6. Les Émirats Arabes Unis ont créé en 2017 un ministère de l’intelligence artificielle47. Ce
ministère a pour mission de positionner le pays comme leader mondial dans ce domaine,
en encourageant l’innovation et la recherche. L’objectif est de faire de ce pays une référence
mondiale de l’IA, tant sur le plan industriel que technologique.
L’Arabie Saoudite a lancé en 2020 une stratégie nationale pour les données et l’IA (NSDAI) 48,
avec pour ambition de positionner le pays parmi les leaders mondiaux d’ici 2030. Pour piloter
cette initiative, une autorité dédiée, la Saudi data and artificial intelligence authority (SDAIA), a
été créée. Cette institution est chargée de superviser et de coordonner toutes les actions liées à
l’IA, qu’il s’agisse du développement des compétences, de l’innovation ou de la régulation, afin
d’assurer une croissance stratégique et cohérente de ce secteur-clé.

2.3. Gouvernance de l’IA : promotion de l’usage, gestion des compétences,


stimulation de l’innovation et respect de l’éthique
Les initiatives nationales et internationales révèlent quatre aspects clés dans la gouvernance
de l’IA : la promotion de l’IA pour le développement économique, le développement des
compétences, l’innovation industrielle, et l’utilisation éthique et responsable de l’IA.
Promotion de l’usage de l’IA pour le développement économique.
L’IA est perçue comme un moteur essentiel de la transformation économique mondiale,
capable d’améliorer significativement l’efficacité des processus et d’accroître la productivité des
entreprises et des institutions. Les stratégies nationales en matière d’IA soulignent son potentiel
pour révolutionner plusieurs secteurs économiques, en introduisant des technologies avancées
qui automatisent des tâches complexes, optimisent la gestion des ressources et améliorent la
prise de décision.
L’intégration de l’IA dans les processus industriels et les services publics permet d’obtenir
des gains d’efficacité substantiels. Cela va de la gestion des chaînes d’approvisionnement à
l’analyse prédictive des données, en passant par l’automatisation des tâches administratives.
Cette transformation impacte des domaines clés comme l’industrie, la santé, les transports et
l’administration publique. L’IA devient ainsi un levier pour générer de la valeur économique, en
réduisant les coûts opérationnels et en augmentant la qualité et la rapidité des services.

46 https://www.vie-publique.fr/rapport/37225-donner-un-sens-lintelligence-artificielle-pour-une-strategie-nation
47 https://thestartupscene.me/FUTURE/The-World-s-first-Minister-for-Artificial-Intelligence-Was-Just-Appointed-In-the-UAE
48 https://ai.sa

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Quels usages et quelles perspectives de développement de l’intelligence artificielle au Maroc ?

Dans cette optique, les États-Unis ont adopté le AI in Government Act49, une législation qui vise
à intégrer l’IA dans le gouvernement fédéral afin d’améliorer ses services publics. Ce projet de
loi favorise la formation des fonctionnaires à l’utilisation de l’IA et encourage le recrutement de
professionnels dans ce domaine, dans le but de maximiser les bénéfices liés à l’automatisation
et à l’analyse avancée des données.
De son côté, Singapour encourage activement les entreprises à intégrer des solutions IA pour
améliorer leur productivité. C’est également le cas de la Chine, du Canada ou de la France par
exemple.
Développement des compétences
L’essor rapide de l’intelligence artificielle (IA) et des technologies qui en découlent a révélé un
déficit important de compétences dans ce domaine. Les pays ayant mis en place des stratégies
nationales en IA ont donc placé le développement des compétences au centre de leurs priorités.
Cette démarche est d’autant plus cruciale au regard de l’impact social anticipé, notamment en
termes de reconfiguration des métiers et des secteurs économiques, suite à l’adoption croissante
de l’IA. De ce fait, les initiatives de reconversion professionnelle sont également fortement
encouragées dans la plupart des plans nationaux.
Le Canada, avec sa stratégie Pan-canadienne en IA, illustre parfaitement cette approche50.
Cette stratégie vise à coordonner les efforts des universités, des gouvernements et des
acteurs industriels pour développer les compétences nécessaires dans le secteur de l’IA. Cette
coopération interdisciplinaire vise à combler le fossé entre la formation académique et les
besoins concrets du marché du travail.
La France, dans son « plan national pour l’intelligence artificielle », a mis en place des programmes
de formation et de reconversion professionnelle pour répondre à la demande croissante de
talents dans le domaine de l’IA51. En encourageant les partenariats entre les entreprises, les
établissements d’enseignement supérieur et les centres de recherche, la France cherche
à adapter les programmes de formation aux besoins évolutifs du marché du travail, tout en
capitalisant sur ses capacités en recherche et développement pour transformer ce potentiel en
réussite économique.
De son côté, la Chine a lancé le « plan de développement de l’IA pour une nouvelle génération»52,
qui accorde une importance primordiale à la recherche, à l’innovation et à la formation à grande
échelle en IA. Ce plan a pour objectif de former un vaste vivier de talents capable de soutenir les
ambitions du pays en matière d’innovation technologique et de leadership mondial dans l’IA.

49 https://www.congress.gov/bill/116th-congress/house-bill/2575
50 https://ised-isde.canada.ca/site/strategie-ia/fr
51 https://www.economie.gouv.fr/strategie-nationale-intelligence-artificielle
52 https://digichina.stanford.edu/work/full-translation-chinas-new-generation-artificial-intelligence-development-plan-2017/

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Avis du Conseil Economique, Social et Environnemental

La Malaisie, dans sa stratégie d’IA 2021-202553, met également l’accent sur le développement
des talents, en identifiant cette priorité comme l’un des piliers fondamentaux de sa stratégie.
Elle favorise la reconversion des profils scientifiques et techniques pour pallier le manque de
ressources spécialisées dans le secteur de l’IA.
Parmi les pays arabes, l’Arabie Saoudite a mis en place un programme de certification multi-
niveaux54 pour former sa main-d’œuvre dans les domaines des données et de l’IA. Le pays
travaille également à intégrer ces volets dans le système éducatif national afin d’assurer un
développement continu des compétences sur le long terme.
Ces plans de développement des compétences illustrent la préoccupation croissante des États
face à la demande pressante en nouvelles compétences dans le domaine de l’IA, et ce afin
d’assurer la continuité et le développement de ce secteur et son intégration comme moteur de
croissance économique et sociale.
En parallèle des programmes de formation et en réponse à la pénurie mondiale de talents dans
l’IA, plusieurs pays ont adopté des politiques d’immigration ciblées pour attirer rapidement
des travailleurs qualifiés. Ces politiques visent également à renforcer la compétitivité des
écosystèmes nationaux en IA.
L’innovation et le développement industriel
L’innovation dans le domaine de l’intelligence artificielle (IA) est perçue par les États comme
un levier majeur de développement économique. Les gouvernements s’efforcent de créer des
environnements favorables aux entreprises technologiques et industrielles, susceptibles de
générer richesse et emplois grâce à l’IA. Les grandes puissances industrielles ont conçu des
stratégies ciblées pour impulser l’innovation dans ce secteur, en mettant l’accent sur la recherche,
le développement et l’investissement.
Les États-Unis, en particulier, sont à l’avant-garde de ces développements. Le Congrès a adopté
plusieurs lois visant à maintenir la position de leader des États-Unis dans le domaine de la
recherche et du développement en IA55.
En France, des investissements significatifs ont été réalisés pour soutenir le développement de
l’IA. La première phase de la stratégie nationale pour l’IA, dotée d’un budget d’environ 1,5 milliard
d’euros pour la période 2018-202256, visait à positionner la France parmi les acteurs majeurs dans
les disciplines scientifiques liées à l’IA et les technologies-clés du traitement de l’information.
L’Inde travaille, pour sa part, sur une réforme de sa loi sur les technologies de l’information,
datant de 2000, afin de l’adapter aux défis posés par l’IA, notamment les systèmes à haut risque57.
Cette législation vise à promouvoir un environnement « IA pour tous », centré sur le citoyen et
inclusif, tout en favorisant une utilisation responsable et sécurisée des technologies d’IA.

53 https://mastic.mosti.gov.my/publication/artificial-intelligence-roadmap-2021-2025/
54 https://sdaia.gov.sa/en/Research/Pages/EducationIntelligence.aspx
55 Par exemple: “National AI Initiative Act of 2020”, “CHIPS and Science Act of 2022”, “United States Innovation and Competition Act of 2021”
56 https://www.economie.gouv.fr/strategie-nationale-intelligence-artificielle#:~:text=Initialement%20dot%C3%A9e%20de%20
pr%C3%A8s%20de,du%20traitement%20de%20l’information.
57 https://www.meity.gov.in/content/digital-india-act-2023

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Quels usages et quelles perspectives de développement de l’intelligence artificielle au Maroc ?

L’Arabie Saoudite, dans le cadre de sa stratégie nationale pour l’IA, a mis en place des fonds
spécifiques58 et des programmes de soutien pour attirer les investisseurs nationaux et étrangers59.
L’innovation, la qualité et la commercialisation des technologies de données et d’IA constituent
les principaux leviers de cette politique. Ces initiatives visent à transformer le pays en un pôle
mondial de l’innovation dans les technologies de l’IA.
Les Émirats Arabes Unis ont élaboré une stratégie60 qui repose fortement sur l’innovation et le
développement des compétences. Des centres d’innovation et d’incubation61 ont été mis en
place pour encourager le développement de nouvelles technologies et soutenir la création d’un
écosystème propice à l’IA.
D’autres pays, comme la Malaisie et le Kenya, ont réussi à attirer des investissements massifs de
la part de géants technologiques internationaux. En Malaisie, des entreprises comme ByteDance62
(maison mère de TikTok) et Microsoft ont investi dans l’IA, le cloud et l’écosystème digital. De
même, au Kenya, des sociétés telles que Microsoft63 et G4264 ont orienté leurs investissements
vers le développement des infrastructures numériques et de l’IA.
Ces initiatives illustrent que l’innovation en IA ne se limite pas aux grandes puissances industrielles ;
elle touche également des pays émergents qui considèrent cette technologie comme un levier
pour accélérer leur développement économique et s’intégrer dans l’économie numérique
mondiale. L’investissement dans l’IA est ainsi perçu comme une stratégie clé pour renforcer la
compétitivité et promouvoir la croissance à long terme.
Usage éthique et responsable de l’IA
Le système des Nations Unies a pris des initiatives importantes pour promouvoir une approche
de l’intelligence artificielle orientée vers le bien commun, sous le concept de « AI for Good ».
Cette initiative vise à explorer dans quelle mesure l’IA peut être un levier pour le développement
durable et comment elle peut contribuer à la réalisation des ODD.
En 2021, l’ONU a publié un rapport sur ses activités en matière d’IA, élaboré en collaboration
avec l’Union Internationale des Télécommunications (UIT) et 46 autres agences et organes
des Nations Unies. Ce rapport présente plus de 200 cas d’applications concrètes de l’IA dans
des domaines variés tels que l’agriculture intelligente, les systèmes alimentaires, les services
financiers, le transport, les soins de santé et des solutions pour lutter contre la pandémie de la
COVID-19. Ce document constitue un outil central pour encourager la coopération internationale
et promouvoir une compréhension commune des solutions et technologies émergentes en IA.
En mars 2024, l’Assemblée générale des Nations Unies a franchi une nouvelle étape en adoptant
à l’unanimité une résolution intitulée « saisir les possibilités offertes par des systèmes d’intelligence

58 https://www.reuters.com/world/middle-east/saudi-arabia-plans-40-bln-push-into-artificial-intelligence-nyt-reports-2024-03-19/
59 https://www.spa.gov.sa/fr/N2152042
60 https://ai.gov.ae/wp-content/uploads/2021/07/UAE-National-Strategy-for-Artificial-Intelligence-2031.pdf
61 https://dubaismartcity.org/
62 https://www.mobileworldlive.com/asia-pacific/bytedance-to-invest-2b-in-malaysia-ai-development/
63 https://apnews.com/article/malaysia-microsoft-satya-nadella-invest-ai-chatgpt-25e92ce637a36ea8f88c2725dfa3d1f0
64 https://www.investmentmonitor.ai/news/microsoft-and-g42-announce-1bn-digital-investment-in-kenya/

25
Avis du Conseil Economique, Social et Environnemental

artificielle sûrs, sécurisés et dignes de confiance pour le développement durable »65. Cette première
résolution sur l’IA, proposée par les États-Unis et soutenue par le Maroc, appelle à l’établissement
de normes internationales garantissant que les systèmes d’IA soient développés et utilisés de
manière « sûre, sécurisée et digne de confiance ». L’objectif est d’assurer que la transformation
numérique et l’accès équitable aux avantages de ces systèmes soient favorisés, plutôt qu’entravés,
tout en poursuivant les objectifs de développement durable fixés pour 2030.
Au plan éthique, l’UNESCO a adopté en novembre 2021 une recommandation jugée historique66
sur l’usage éthique de l’intelligence artificielle67. Cette recommandation met en avant huit
principes fondamentaux qui devraient guider le développement et l’utilisation de l’IA, afin
de s’assurer que ces technologies respectent les droits humains, la dignité et le bien-être des
sociétés.
Dans le même sens, le Parlement européen a adopté le « EU AI Act » 68, une législation pionnière
pour réguler les systèmes d’IA. Ce cadre introduit une approche innovante de classification des
applications IA en quatre catégories de risque :
1. Risque inacceptable (applications interdites) ;
2. Haut risque (soumis à une régulation stricte) ;
3. Risque limité (avec des exigences modérées) ;
4. Non critiques (sans régulation particulière).
Cette classification permet de mettre en place un contrôle proportionné, où les applications
présentant un risque élevé sont surveillées de près, tandis que celles à faible risque bénéficient
d’une plus grande liberté d’utilisation.
En mai 2024, le Conseil de l’Europe a adopté le premier traité international juridiquement
contraignant sur l’IA69, portant sur les droits de l’homme, la démocratie et l’État de droit. Ce
traité, ouvert à la signature des pays européens et non européens70, définit un cadre juridique
applicable tout au long du cycle de vie des systèmes IA : de leur conception à leur utilisation,
jusqu’à leur mise hors service71.
Parallèlement, de nombreux pays, comme la Chine, l’Inde et les Émirats Arabes Unis, ont intégré
des considérations éthiques dans leurs réglementations sur l’IA. En Europe, la plupart des pays
se conforment à l’« EU AI Act », qui constitue désormais un cadre juridique incontournable pour
réguler l’IA dans l’Union Européenne.

65 https://documents.un.org/doc/undoc/ltd/n24/065/93/pdf/n2406593.pdf
66 « Ce texte historique énonce des valeurs et principes communs qui guideront la mise en place de l’infrastructure juridique nécessaire pour
assurer un développement sain de l’IA » source : https://news.un.org/fr/story/2021/11/1109412
67 Recommandation sur l’éthique de l’intelligence artificielle - UNESCO Bibliothèque Numérique
68 EPRS_BRI(2021)698792_EN.pdf (europa.eu)
69 https://www.coe.int/fr/web/portal/-/council-of-europe-adopts-first-international-treaty-on-artificial-intelligence
70 Cette convention a été ouverte à la signature à partir de septembre 2024 : lors d’une conférence des ministres de la Justice des États
membres du Conseil de l’Europe organisée à Vilnius
71 https://search.coe.int/cm/Pages/result_details.aspx?ObjectId=0900001680afb120

26
Quels usages et quelles perspectives de développement de l’intelligence artificielle au Maroc ?

Du côté du secteur privé, les entreprises développant des systèmes d’IA révisent régulièrement
leurs conditions d’utilisation afin de faire face aux risques liés à un usage non éthique de leurs
produits. Bien que le contrôle effectif de l’usage reste un défi à grande échelle, ces mesures ont
au moins le mérite de sensibiliser les utilisateurs et de protéger juridiquement les entreprises
contre des usages détournés ou abusifs de leurs technologies.
Les réponses aux enjeux de l’IA varient d’un pays à l’autre, mais partagent des préoccupations
communes autour de la régulation, de l’innovation et de l’éthique. En investissant dans le
développement des compétences, l’encadrement éthique et l’innovation industrielle, les pays
s’efforcent de maximiser le potentiel de l’IA, tout en minimisant ses risques majeurs. L’évolution
rapide de cette technologie nécessite une vigilance constante, une adaptation continue
des cadres de gouvernance et une collaboration internationale pour garantir son utilisation
responsable et bénéfique.
III. L’intelligence artificielle au Maroc : entre avancées prometteuses
et obstacles

L’enquête annuelle sur l’usage des technologies de l’information72, menée par l’ANRT, révèle
que près d’un tiers des marocains déclarent avoir connaissance de l’IA et qu’un quart d’entre
eux a déjà utilisé des outils basés sur cette technologie. La perception générale de l’IA est plutôt
positive : seulement 3 % des répondants estiment que son impact est « pas du tout bénéfique»
pour la société. Des événements récents, tels le GITEX Africa et le Forum de Haut niveau sur
l’Intelligence Artificielle en collaboration avec l’UNESCO et le centre AI Movement, témoignent
d’un intérêt croissant pour ce domaine.

Encadré 6 : Extrait des réponses des participant.e.s sur la plateforme « Ouchariko »73
- Plus des deux tiers des participant.e.s se disent informés : environ un quart (25,3%) se
déclarent très bien informés et près de la moitié (46,5%) modérément informés.
- La majorité des participant.e.s estime que le potentiel de l’IA est prometteur pour améliorer
le quotidien, avec 54,13% le jugeant très prometteur et 30,67% plutôt prometteur. En
revanche, une minorité des participant.e.s considère que l’IA n’est pas prometteuse, avec
2,49% la trouvant peu prometteuse et 4,72% pas du tout prometteuse.
Cependant, malgré cette prise de conscience et ces initiatives prometteuses74, le développement
de l’IA au Maroc se heurte à plusieurs contraintes. Ces obstacles ralentissent la pleine intégration
de l’IA dans les différents secteurs et freinent l’émergence d’un écosystème technologique
robuste à l’échelle nationale.

72 Enquête sur l’accès et l’usage des Technologies de l’Information et de la Communication par les individus et les ménages, ANRT, 2024
73 Annexe 3 : Résultats de la consultation citoyenne
74 Cf. initiatives «Al Khawarizmi», “Centre AI Movement” citées dans la partie « Faible volume de recherche en IA et manque de coordination
avec les besoins industriels du pays »

27
Avis du Conseil Economique, Social et Environnemental

Absence de cadre réglementaire spécifique et insuffisante libération des données


Le Maroc n’a pas encore instauré de cadre réglementaire spécifique pour l’IA, bien qu’il ait posé
les bases d’un écosystème numérique global influençant le développement et l’utilisation de
cette technologie. En plus de la Constitution, notre pays est signataire de plusieurs conventions
internationales portant sur les droits civils, la protection des données personnelles et la lutte contre
la cybercriminalité. En outre, le Maroc s’est engagé à mettre en œuvre les recommandations
de l’UNESCO concernant l’utilisation éthique de l’IA devant ainsi le premier pays africain et
arabe75 à le faire, ainsi qu’à la résolution des Nations Unies appelant à une IA sûre et digne de
confiance dans le cadre du développement durable. Toutefois, ces engagements nationaux
et internationaux peinent à se traduire en actions concrètes, en l’absence de mécanismes de
gouvernance et de régulation spécifiques.
L’absence de cadre réglementaire adapté à l’IA pose un défi majeur pour l’évolution de cette
technologie au Maroc76. En outre, l’insuffisante libération des données constitue un autre
obstacle significatif. Bien que le droit d’accès à l’information soit inscrit dans la Constitution, la
libération et la mise à disposition des données publiques reste limitée, et ce malgré l’entrée en
vigueur de la loi 31-13 relative à ce droit77. L’avis du CESE paru en 2013 avait déjà mis en exergue
l’importance de l’open data dans l’amélioration des services publics78. Une meilleure accessibilité
et disponibilité des données s’avère cruciale pour favoriser le développement de l’IA.
Accès limité aux incitations et insuffisance de soutien financier pour les startups en
intelligence artificielle
Du côté des startups, malgré quelques réussites notables, le secteur demeure marginal. Ces
entreprises font face à des obstacles identifiés dans l’avis du CESE intitulé «Pour une politique
d’innovation qui libère les énergies au service d’un nouveau modèle industriel». Parmi ces obstacles
figurent un environnement des affaires peu favorable, un accès limité au financement, ainsi
qu’un manque de soutien structurel pour les startups en phase de croissance.
Le domaine de l’intelligence artificielle (IA) est identifié comme un métier d’avenir79 dans la
nouvelle charte d’investissement, qui prévoit des primes pour les projets liés aux technologies de
pointe. Cependant, les critères actuels d’éligibilité, notamment la création de plus de 50 emplois
stables80 ou un investissement supérieur à 50 millions de dirhams pour bénéficier de primes plus
élevées (jusqu’à 10 % du montant total d’investissement), apparaissent inadaptés aux spécificités
des startups en IA. Ces jeunes entreprises, généralement de taille modeste et nécessitant des
équipes spécialisées mais réduites, éprouvent des difficultés à atteindre ces seuils. De par leur
nature, les startups en IA sont davantage orientées vers la recherche et le développement

75 https://unesdoc.unesco.org/ark:/48223/pf0000389744
76 Audition du Ministère de transition numérique et de la réforme de l’administration, novembre 2023
77 http://bdj.mmsp.gov.ma/Ar/Document/10355-la-loi-n-31-13-promulgu%C3%A9e-par-le-dahir-n-1-18-15.aspx?KeyPath=594/687/690/10355
78 Avis du CESE « Open Data La libération des données publiques au service de la croissance et de la connaissance », 2013
79 Arrêté du Chef du gouvernement n° 3-12-23 du 8 chaabane 1444 (1er mars 2023) pris pour l’application des articles premier et 7 du décret n°
2-23-1 du 25 rejeb 1444 (16 février 2023)
80 Arrêté du Chef du gouvernement n° 3-13-23 du 8 chaabane 1444 (1er mars 2023) pris pour l’application de l’article 6 du décret n° 2-23-1 du 25
rejeb 1444 (16 février 2023) relatif à la mise en œuvre du dispositif de soutien principal à l’investissement et du dispositif de soutien spécifique
applicable aux projets d’investissement à caractère stratégique.

28
Quels usages et quelles perspectives de développement de l’intelligence artificielle au Maroc ?

technologique, et non vers la création rapide d’emplois massifs. Cette inadéquation restreint
leur accès aux incitations financières prévues par la charte, les privant ainsi d’un soutien crucial
lors des phases initiales de leur développement.
Bien que des fonds de financement existent dans notre pays, la majorité d’entre eux se
concentrent sur les premières étapes de la création d’entreprise81, principalement l’amorçage.
Parmi ces initiatives, il y a lieu de citer MNF Ventures82, lancé en 2010, qui a soutenu 28 startups.
Ce fonds intervient en phase d’amorçage (entre 1 et 4 millions de dirhams) et en capital-risque
(entre 4 et 10 millions de dirhams). Cependant, un déficit de financement persiste pour les
phases ultérieures de développement des startups, comme les pré-séries A et les séries A.
Afin de répondre aux besoins de financement variés à chaque étape du développement des
startups, un appel à manifestation d’intérêt a été lancé en 2024 par le Fonds Mohammed VI
pour l’investissement, en collaboration avec le Ministère chargé de la transition numérique et
la Caisse de Dépôt et de Gestion. Ces fonds, destinés à soutenir les entreprises innovantes, y
compris celles spécialisées en intelligence artificielle, visent à répondre à la demande croissante
de financement pour accompagner la croissance et l’expansion de ces startups à différents
stades de leur développement.
Insuffisance de compétences en intelligence artificielle
Le Maroc est confronté à une pénurie de compétences dans le domaine de l’intelligence
artificielle (IA), ce qui constitue un obstacle significatif à son développement. Le département
ministériel en charge de l’Enseignement supérieur vise à augmenter significativement le nombre
de lauréats formés annuellement dans le domaine du digital d’ici 203083. Une des initiatives pour
atteindre cet objectif inclut la généralisation progressive des formations en IA dans toutes les
filières universitaires, afin de familiariser un plus grand nombre d’étudiants avec cette technologie.
Toutefois, cette ambition se heurte à une difficulté majeure : le manque de formateurs qualifiés à
tous les niveaux, un frein qui pourrait compromettre l’atteinte des objectifs fixés.
Faible volume de recherche en IA et manque de coordination avec les besoins industriels
du pays
En matière de recherche en IA, plusieurs initiatives ont émergé ces dernières années au Maroc.
Parmi ces initiatives, il y a lieu de citer :
- Le programme «Al Khawarizmi», lancé en 2019 dans le cadre d’un partenariat entre le
département en charge de l’enseignement supérieur, de la recherche scientifique, le
département de l’industrie et du commerce, l’Agence de Développement du Digital (ADD)
et le Centre National pour la Recherche Scientifique et Technique (CNRST). Ce programme a
financé 45 projets de recherche en IA avec un budget d’environ 50 millions de dirhams.
Le centre AI Movement à l’Université Mohammed VI Polytechnique (UM6P)84, qui conduit des
recherches avancées en l’IA.

81 Avis du CESE « Pour une politique d’innovation qui libère les énergies au service d’un nouveau modèle industriel »
82 Actionnaires : Caisse Centrale de Garantie (fonds Innov Invest), Attijariwafa Bank, Banque Centrale Populaire, BMCE Bank et MITC, société
gestionnaire des Technoparks.
83 Plan National d’Accélération de la Transformation de l’Écosystème de l’ESRI (PACTE ESRI 2030).
84 AI Movement a été récemment désigné centre de catégorie II en recherche IA par l’UNESCO.

29
Avis du Conseil Economique, Social et Environnemental

- Les projets menés par des écoles d’ingénieurs, telles que l’ENSIAS85 et l’EMI, qui travaillent
également sur plusieurs initiatives liées à l’IA.
Cependant, ces projets de recherche demeurent fragmentés et déconnectés des besoins réels
de l’industrie, faute d’une collaboration efficace entre le monde académique et industriel86. Cette
fragmentation freine la capacité de l’écosystème à développer des solutions en IA adaptées
aux priorités économiques et industrielles du Maroc. Sans coordination entre les chercheurs et
l’industrie, ces projets peinent à produire un impact tangible et durable sur le développement
industriel du pays, limitant par ailleurs la compétitivité des entreprises marocaines sur un marché
global en constante évolution.
Les organisations professionnelles auditionnés87 dans le cadre de cet avis indiquent avoir initié
quelques tests, mais peu de projets concrets ont vu le jour. Les exemples identifiés concernent
principalement des initiatives isolées dans le secteur bancaire, à la Caisse Marocaine des Retraites
(CMR) et dans certaines régions. Bien que prometteurs, ces projets sont souvent portés par des
initiatives individuelles et demeurent déconnectés des dynamiques au niveau sectoriel.
Encadré 7 : utilisation de l’IA par la Caisse Marocaine des Retraites (CMR)

La Caisse Marocaine des Retraites (CMR)88 adopte une démarche stratégique pour intégrer
l’intelligence artificielle dans ses opérations, et ce afin d’améliorer l’efficacité et la qualité des
services. Deux applications concrètes sont déployées :

- Ciblage de la clientèle potentielle : pour le produit de retraite complémentaire Attakmili,


réduisant le temps et l’effort pour identifier des prospects et orienter l’action commerciale.
- Gestion des placements financiers : un modèle de machine learning permet de suivre les
cours du marché marocain et de prédire les prix des actifs, fournissant une analyse du
sentiment du marché (positif/négatif, volatilité) pour chaque action, afin d’optimiser les
décisions d’investissement.
L’absence d’une vision nationale partagée et coordonnée en IA et le manque de synergie
entre les acteurs de la recherche et de l’industrie pourraient ralentir le développement d’un
écosystème IA au Maroc. Cette situation pourrait limiter l’impact potentiel de l’IA sur les secteurs
industriels et freiner son intégration dans l’économie nationale à une échelle plus large.

85 Voir annexe 4 – études sur l’IA réalisées par des chercheurs de l’ENSIAS: « Intelligence Artificielle et Traitement D’images Satellites pour la
Prédiction du Rendement et le Suivi des Cultures Arboricoles : Cas d’un Verger d’agrumes » et « Application mobile intelligente pour reconnaître
les maladies des feuilles de tomate à l’aide de réseaux de neurones convolutifs »
86 Avis CESE « Pour une politique d’innovation qui libère les énergies au service d’un nouveau modèle industriel », 2021
87 Atelier citoyen avec la CGEM, avril 2024
88 Audition de la CMR, janvier 2024

30
Quels usages et quelles perspectives de développement de l’intelligence artificielle au Maroc ?

IV. Nécessité pour le Maroc de se doter d’une stratégie nationale


de l’IA

Partant de ce diagnostic partagé, le CESE appelle à mettre en place une stratégie nationale
d’utilisation et de développement de l’IA alignée avec les ambitions économiques et sociales du
pays et en adéquation avec l’impact de cette technologie sur la société.
L’ambition souhaitée est de bâtir un écosystème capable d’une part de favoriser une utilisation
large de l’IA au niveau national et, d’autre part, de créer les conditions pour le développement
d’une industrie nationale de l’IA d’ici 2030, encourageant la création et le développement
de startups et d’entreprises innovantes avec le soutien des investissements nationaux et
internationaux. Cet écosystème devrait développer des produits et services qui pourraient être
exportés et assurer une utilisation éthique et responsable de l’IA dans tous les secteurs.
Encadré 8 : Extraits des réponses de la participation citoyenne « Ouchariko » 89
En ce qui concerne les mesures d’accompagnement pour encadrer l’utilisation de l’IA, les
résultats sont les suivants :
- Renforcement de la gouvernance et du cadre éthique : 63,2%
- Sensibilisation et éducation du public à l’IA : 66,8%
- Soutien à la recherche et à l’innovation en IA : 66,1%
- Amélioration des infrastructures digitales : 59,6%
Pour 7,3% des participant.e.s estiment d’autres mesures pourraient être proposées, telles que
la mise en place d’un cadre légal et réglementaire, le soutien au développement local et la
mise en place de filets de protection sociale .

Régulation et gouvernance
- Réviser la loi 09-08 relative à la protection des données personnelles afin qu’elle intègre
valablement les exigences des données utilisées et générées par l’intelligence artificielle, tout
en garantissant sa conformité avec les normes internationales.
- Définir un cadre juridique spécifique pour garantir une utilisation éthique et responsable des
systèmes d’intelligence artificielle.
- Mandater une entité spécifique, multi-parties prenantes, placée sous l’égide du Chef du
gouvernement, pour élaborer et piloter la stratégie nationale de l’IA. Cette entité veillerait à
assurer une implémentation efficace de la stratégie nationale, tout en stimulant l’innovation
et le renforcement des capacités en IA.
- Mettre en place des mécanismes efficaces pour se prémunir contre les risques associés
à l’intelligence artificielle, en particulier ceux liés à l’IA générative comme les deepfakes,

89 Annexe 3 : Résultats de la consultation citoyenne

31
Avis du Conseil Economique, Social et Environnemental

les cyberattaques, ainsi que les fraudes et le vol d’identité. Le Maroc pourrait à ce titre
s’inspirer de la classification européenne (telle que mentionnée dans la loi EU-AI Act) pour le
développement d’applications IA.
- Examiner la possibilité de rejoindre un groupement de pays (par exemple, la convention du
Conseil de l’Europe sur l’intelligence artificielle) pour accroitre le pouvoir de négociation de
notre pays vis-à-vis des grandes entreprises technologiques.
- Œuvrer, en urgence, à réaliser une cartographie de l’impact des usages de l’IA et des
risques de la non-utilisation de l’IA sur les métiers, les conditions de travail et les relations
professionnelles et concevoir sur cette base, par le dialogue social et la négociation collective,
des plans d’anticipation et d’accompagnement des reconversions professionnelles.
- Prévoir des plans d’accompagnement pour les entreprises dont l’activité serait menacée par
l’IA.

Données et infrastructures
- Améliorer et faciliter l’accès à des données précises, fiables et adaptées, tout en facilitant
leur interopérabilité, notamment par la mise à disposition de données gouvernementales
pour alimenter les applications de l’IA dans divers secteurs. Pour y parvenir, il est essentiel
d’intensifier les efforts pour libérer les données publiques (open data) et d’améliorer leur
gouvernance, afin de disposer des données nécessaires au développement d’applications
de l’IA90.
- Organiser des campagnes de sensibilisation pour informer les institutions de l’importance
stratégique des données dans l’entraînement des algorithmes d’IA et intensifier les efforts
d’annotation de données (data labelling) pour mieux les valoriser.
- Prioriser l’usage du cloud pour tous les nouveaux projets gouvernementaux de systèmes
d’information à l’échelle nationale et accompagner les administrations dans la migration de
leurs systèmes existants vers le cloud.
- Déployer et accélérer l’adoption du cloud pour exploiter pleinement les capacités des
applications d’intelligence artificielle, notamment celles nécessitant du calcul haute
performance.
- Adopter un plan national d’urgence de réduction de la fracture numérique pour la couverture
géographique fixe et mobile, offrant un accès internet haut débit et très haut débit de qualité
à l’ensemble de la population.
- Améliorer la cybersécurité et la souveraineté numérique pour une transformation digitale
responsable, pour une meilleure résilience des infrastructures, une confiance numérique
forte et une fiabilité des informations.

90 Dans son avis intitulé « Open Data : la libération des données publiques au service de la croissance et de la connaissance », publié en 2013, le CESE
formule des recommandations spécifiques pour renforcer l’accès et l’exploitation efficace des données publiques. Le CESE recommande que
toutes les données éligibles au droit d’accès à l’information publique, à l’exception des restrictions constitutionnelles, soient systématiquement
rendues disponibles via l’Open Data. Ces données devraient être anonymisées et publiées sans distinction de leur source, qu’il s’agisse
d’administrations, de collectivités locales ou de services publics. Il insiste sur la nécessité de justifier publiquement les exceptions à la politique
d’ouverture maximale. De plus, il préconise que la réutilisation des données soit libre mais encadrée par une licence qui garantisse les droits
d’utilisation et de diffusion. Pour assurer l’alignement des pratiques avec ces principes, le CESE appelle à la révision des textes en vigueur afin
d’éliminer les barrières administratives et de promouvoir une gouvernance qui soit à la fois ouverte et transparente.

32
Quels usages et quelles perspectives de développement de l’intelligence artificielle au Maroc ?

Investissement et financement
- Créer un fonds d’investissement public-privé dédié à l’innovation dans l’intelligence artificielle
et les autres technologies numériques avancées. Ce fonds pourrait inclure des subventions,
des fonds d’amorçage et du capital-risque, fournissant ainsi un soutien financier essentiel aux
projets en IA. Il pourra ainsi servir les actions de recherche de développement et d’innovation
et contribuer au lancement d’un programme de recherche en IA en y consacrant un budget
solide compatible avec les ambitions du pays en IA et en ciblant un nombre limité de projets
pour en maximiser l’impact. Le Fonds Mohammed VI notamment à travers les « fonds
Startups» pourrait servir de plateforme à cet effet.
- Prévoir des incitations fiscales tel que le crédit impôt-recherche-innovation et des subventions
directes au profit des entreprises, notamment les TPE et PME qui développent l’IA, l’utilisent
pour améliorer leur productivité ou collaborent avec le secteur de la recherche en IA.
- Mobiliser la commande publique pour dynamiser l’écosystème d’intelligence artificielle.
- Adapter la charte d’investissement, notamment ses textes d’application, pour mieux répondre
aux spécificités des startups en intelligence artificielle (IA), en révisant les critères d’éligibilité
actuels.

Capital humain
- Rattraper le manque de formateurs en intelligence artificielle en proposant aux profils
scientifiques dans des disciplines connexes, notamment les mathématiciens, des formations
spécialisées en IA afin qu’ils puissent l’enseigner. Le secteur privé pourrait s’inscrire dans
cette dynamique en encourageant en facilitant le recours à des professionnels capables de
dispenser des cours dans les universités publiques.
- Intégrer systématiquement la formation en intelligence artificielle dans l’offre éducative
nationale et renforcer les programmes d’enseignement supérieur en IA dans les universités
et les écoles spécialisées.
- Mettre en place un programme national de formation continue pour assurer une transition
des travailleurs lors du déploiement de l’IA.
- Adapter la formation tout au long de la vie pour permettre aux travailleurs de développer les
compétences en IA dont ils auraient besoin tout au long de leur carrière.

Recherche, développement et innovation


- Prioriser les efforts de développement de solutions à base de technologies IA pour 2 ou 3
secteurs au maximum91 pour éviter la dispersion des ressources : cette concentration pourrait

91 Tous les secteurs sont concernés par l’IA et les outils qu’elle propose, et il est naturel que ces technologies soient adoptées dès que le besoin
se fait sentir. Cependant, en termes d’innovation et de développement spécifiques, la transversalité de l’IA et la complexité des technologies
impliquent qu’aucun pays ne peut prétendre adresser tous les secteurs de manière exhaustive. Le Maroc possède un réel potentiel pour le
développement de solutions originales, comme en témoignent les travaux de recherche dans les universités et les projets menés par les start-
ups.

33
Avis du Conseil Economique, Social et Environnemental

prendre la forme de centres d’excellence régionaux en IA avec des domaines d’expertise


complémentaires. L’éducation, la santé et l’agriculture pourraient être parmi ces secteurs. Une
telle approche permettrait de mutualiser les ressources humaines et matérielles et d’aboutir
à des résultats concrets, tout en contribuant à la création d’une industrie nationale de l’IA.
- Tirer parti des opportunités offertes par l’organisation des grands événements sportifs,
notamment la Coupe d’Afrique des Nations (CAN) en 2025 et la Coupe du Monde en
2030 pour promouvoir les innovations en intelligence artificielle (IA) à l’échelle nationale.
Il convient pour cela de former des consortiums entre acteurs publics, entreprises privées
et universités pour sélectionner et soutenir des projets stratégiques qui auraient une valeur
ajoutée économique, sociale et environnementale significative. Cette collaboration devrait
encourager le développement de technologies IA durables, bénéfiques pour divers secteurs
comme le tourisme, la logistique, le transport, la sécurité et le sport.
- Promouvoir la collaboration entre les universités et centres de recherche en IA qui se
développent actuellement pour mutualiser leurs efforts et fédérer les objectifs, en particulier
pour accélérer la production de solutions dans des secteurs identifiés comme prioritaires.
Encourager la collaboration avec les chercheurs marocains résidant à l’étranger.
- Encourager la recherche sur l’intelligence artificielle dans toutes les disciplines à l’université,
sans occulter les sciences sociales et humaines, compte tenu de l’impact de l’IA, non
seulement technologique, mais également économique, juridique ou sociétal.

Pour un usage généralisé de l’IA


- Encourager l’usage raisonné d’outils IA dans tous les secteurs, aussi bien publics que privés.
Dans ce cadre, élaborer un plan d’encouragement de l’usage de l’IA par les PME/TPE aussi
bien en termes de formation qu’en termes d’accès à des ressources financières, matérielles,
logicielles et de formation.
- Développer un modèle de langage souverain (données en darija) pour améliorer l’inclusion
numérique en permettant à tous les citoyens, quel que soit leur niveau d’éducation, de
participer activement aux interactions numériques et étendre ainsi l’accès à l’IA à l’ensemble
de la population.
- Déployer des campagnes de sensibilisation et de communication sur les apports et les
risques de l’IA auprès de l’ensemble de la population et des institutions publiques et privées
en adaptant à chaque fois les messages en fonction de la cible (enfants, jeunes, femmes,
milieu rural, etc.)92.

92 Le CESE recommande de « mettre en place par l’État et les médias professionnels, en partenariat avec les universités, de programmes de
recherche et de développement d’outils technologiques de veille et de lutte contre la propagation des fake news en s’appuyant notamment
sur l’intelligence artificielle ». Avis du CESE « Les fake news, de la désinformation à l’accès à une information avérée et disponible », 2023

34
Quels usages et quelles perspectives de développement de l’intelligence artificielle au Maroc ?

35
Avis du Conseil Economique, Social et Environnemental

Annexes

Annexe 1 : Liste des membres de la commission chargée de la société du savoir et


de l’information

Président de la Commission Abaddi Ahmed


Rapporteur de la thématique Mounir Alaoui Amine
Adnane Abdelaziz
Ayouch Nabil Hikmet
Bahanniss Ahmed
Belarbi Larbi
Benhamza Mustafa
Benjelloun Othman
Benjelloun Tahar
Benkaddour Mohammed
Bensalah Chaqroun Meriem
Benseddik Fouad
Benwakrim Latifa
Berbich Laila
Bouzaachane Ali (décédé en novembre 2023)

Membres Deguig Abdallah


El Moatassim Jamaa
Hansali Lahcen
Hatchuel Armand
Ilali Idriss
Iouy Abdelaziz
Khlafa Mustaphae
Sasson Albert
Sefrioui Saâd
Wakrim Mohamed (décédé en février 2024)
Zoubeir Hajbouha

36
Quels usages et quelles perspectives de développement de l’intelligence artificielle au Maroc ?

Expert permanent du Conseil Charar Mohamed Amine


Experts permanents chargés Lassaoui Brahim
de la traduction Satane Youssef

Annexe 2 : Liste des acteurs auditionnés

Ministère de la transition numérique et


de la réforme de l’administration
Ministères Ministère de l’Enseignement Supérieur, de la
Recherche Scientifique et de l’Innovation
Ministère de l’Industrie et du Commerce
Microsoft
Intelcia
Entreprises Privées Intellcap
AI Crafters
Dial Technologies
CMR
Organismes publics Pôle Digital de l’Agriculture, de la Forêt
et Observatoire de la Sécheresse
Atelier avec des chercheurs d’institutions
Universités
universitaires (EMI, ENSIAS)
Mohamed Cherkaoui, Chancelier et vice-président de
la recherche de Long Island University, Etats Unis
Amal El Fallah, Présidente d’AI Movement -
Université Mohammed 6 Polytechnique
Armand Hatchuel, Professeur aux Mines Paris-
Tech/PSL Research University, membre du Conseil
Experts
Economique, Social et Environnemental du Maroc
Maha Gmira, Experte de l’IA auprès du Programme
des Nations unies pour le développement
Mohammed Khalil, Co-fondateur de Morocco AI,
Professeur à la Faculté de Sciences et Techniques de
Mohammadia- Université Hassan II de Casablanca

Annexe 3 : Résultats de la consultation citoyenne


Dans le cadre de l’autosaisine sur « quels usages et quelles perspectives de développement
de l’intelligence artificielle au Maroc ?», le CESE a initié une consultation citoyenne à travers sa
plateforme « Ouchariko » et ses divers réseaux sociaux entre le 8 mai 2024 et le 10 juin 2024,
pour recueillir les avis et les perceptions des citoyen(ne)s concernant l’intelligence artificielle. Le
nombre de personnes qui ont interagi avec le sujet est de 1.866.206 dont 806 participant.e.s au
questionnaire et 137 commentaires postés.

37
Avis du Conseil Economique, Social et Environnemental

Profils des participant.e.s


Les participant.e.s à la consultation (Graphique 1) représentent majoritairement une population
citadine (92,1%), tandis que la population rurale ne représente que 7,9%. En termes de répartition
par genre, le nombre d’hommes ayant répondu au questionnaire (72,2%) est nettement
supérieur, triplant presque celui des femmes (27,8%). La population des répondants est répartie
de trois tranches d’âge majeures : 25-34 ans (24,3%), 35-44 ans (23,1%) et 45-59 (21,8%). Le reste
des répondants se répartit entre les tranches d’âge suivantes : 15-24 ans (18,9%), 60 ans et plus
(11,8%).

Milieu de résidence Genre Age


30,0% 24,3%
92,10% 80,0% 72,2% 18,9%
23,1% 21,8%
100% 20,0%
11,8%
80% 60,0% 10,0%
0,0%
60% 40,0% 27,8% 18-24 25-34 35-44 45-59 60 ans
40% ans ans ans ans et plus
20,0%
7,90%
20% 0,0%
0% Femme Homme
Urbain Rural

Graphique 1 : caractéristiques du groupe de répondants

L’échantillon des répondants est constitué majoritairement de cadres supérieurs privés et


publics (28,7%), d’étudiants (22,1%) et de professions libérales (10,9%). Les répondants ont un
niveau universitaire en majorité (85,4%), ils ne sont que 11,9% à avoir un niveau secondaire et
2,7% à avoir un niveau primaire.

Occupation Niveau scolaire


85,4%
25,0% 22,1% 90,0%
20,0% 17,3% 80,0%
70,0%
15,0% 11,4% 10,9%
9,4% 60,0%
8,1%
10,0% 5,6% 50,0%
4,5%
2,0% 3,1% 2,7% 40,0%
5,0% 0,8% 0,4% 0,7% 1,1% 0,0%
30,0%
0,0%
20,0% 11,9%
–…

–…

-…

10,0% 2,7%
é
)

e
e

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t

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é-

ité
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)
al

m
en

er
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re

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oy
ça
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tra
iv

iv

iv

ér

cis

ô
ai

ai
Ag

0,0%
ôm u f
ri
pr

pr

pr
dia

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er

sio
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nn

nn

Re


ag

m
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du

du

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Et

eu

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ai

m
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nc

ta

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Co

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lar

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Fo

Fo

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Sa

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Sa

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le
Ch

Au
Ex

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nc

er
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Pr

co
ôm

iv
av
Fo

Se
Ch

Un
Tr

Graphique 2: occupation et niveau scolaire des participants

38
Quels usages et quelles perspectives de développement de l’intelligence artificielle au Maroc ?

L’échantillon inclut non seulement les citoyens résidents au Maroc, mais aussi des marocains
résidant à l’étranger. Environ deux tiers des répondants sont concentrés dans les régions de
Rabat-Salé-Kénitra (33,6%), Casablanca Settat (21,1%) et Fès-Meknès (9,3%).
noigér ertoV
%0, 04
%6,33
%0, 53
%0, 03
%1,12 %0, 52
%0, 02
%0, 51
%8,7 %3,9 %8,7 %0, 01
%8,3 %5,4 %2,4
%7,2 %9,1
%4,0 %2,1 %7,1 % 0,5
% 0,0


as

ar
ze

ar

if a
te

am
ar
ba

la
ta
nu
m

tn
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la

t te

ti n
si

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R
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uG

T-
ka
ni

re
ac

aL

gn
or

aT
aM

Graphique 3 : régions des participants

Concernant la compréhension de l’intelligence artificielle (Graphique 3), une majorité des


participant.e.s se considère bien informée : environ un quart (25,3 %) se juge très bien informé,
tandis que près de la moitié (46,5 %) s’estime modérément informée. À l’inverse, moins d’un tiers
des répondants s’estiment moins bien informés, répartis entre ceux qui se disent peu informés
(24,1 %) et ceux qui ne le sont pas du tout (4 %).

Comment décririez-vous votre niveau de compréhension de


l'intelligence artificielle (IA) ?
50,0% 46,5%

40,0%
30,0% 25,3% 24,1%
20,0%
10,0% 4,0%
0,0%
Très bien informé Modérément informé Peu informé Pas informé du tout

Graphique 4 : niveau de compréhension de l’intelligence artificielle

Les participants à la consultation du CESE sur les réseaux sociaux ont fait preuve d’un degré
variable de compréhension de l’IA. Certains participants montrent une perception nuancée
et équilibrée qui inscrit l’IA dans la continuité des autres évolutions technologiques qui a ses
avantages mais aussi ses inconvénients :
« ‫كالسيف ذو حدين‬.. ‫«الذكاء االصطناعي له مزايا و في نفس الوقت مساوئ‬
« L’intelligence artificielle n›est rien d›autre que le prolongement de toutes les révolutions
scientifiques et industrielles qu›avait connues l›histoire de l›humanité.... La radio, la télévision ,
le téléphone , l’ordinateur… Et toutes ces machines ont deux manières d’utilisation : positive
et négative »

39
Avis du Conseil Economique, Social et Environnemental

Pour d’autres participants, l’IA rappelle l’internet à ses débuts :


»‫«كيف ما قيل عن االنترنيت في بدايتها يقال عن هذا االختراع ايضا هناك ايجابي وسلبي والحياة سائرة‬
Cependant, certains participants manquent de clarté sur ce qu’est l’intelligence artificielle. Voici
quelques-unes de leurs perceptions :
- Réduire l’IA au statut d’un simple réservoir d’information sans évoquer ses capacités d’analyse
ou d’apprentissage.
».‫أو المعلومات‬...‫لتجارب‬... ‫إال وهو خزان‬.. ‫له صيغة االسم الحقيقي‬.‫بل اعد‬... ‫«الذكاء االصطناعي‬
- Conclure hâtivement que cela relève seulement de la paresse :
« ‫لعكز ) باختصار المفهوم القديم‬#( ‫«أسمه‬
- Sous-estimer ses évolutions, en considérant qu’il s’agit seulement de spéculations
« ‫«الذكاء الصناعي مجرد تكهنات‬
En termes d’application quotidienne de l’IA (graphique 5), les réseaux sociaux se distinguent
nettement, avec 75,4 % des mentions, suivis par l’e-commerce à 50,6 %. Le secteur de la santé,
évoqué par seulement 31 % des participants, révèle une perception d’une adoption plus
restreinte de l’IA. Par ailleurs, 36 % des participants ont également identifié d’autres domaines
d’utilisation de l’IA:
- L’éducation, l’enseignement et la recherche dominent, mettant en lumière l’intérêt accru
pour les applications de l’IA dans l’académie.
- Le secteur des technologies de l’information est également fortement représenté, illustrant
l’importance grandissante de l’IA dans ces technologies.
- L’industrie, l’ingénierie, et le marketing/commerce sont aussi significativement mentionnés,
soulignant le rôle crucial de l’IA dans l’optimisation des processus industriels et commerciaux.
Dans quels domaines de votre quotidien observez-vous
l'utilisation de l'intelligence artificielle ?
80,0% 75,4%

60,0% 50,6%
36,1%
40,0% 31,0%

20,0%

0,0%
Réseaux sociaux E-commerce Santé Autre (veuillez préciser)

Graphique 5 : domaines du quotidien où l’IA est observée

La majorité des participants perçoit un fort potentiel dans l’IA pour améliorer le quotidien
(graphique 6), avec 54,13 % estimant ce potentiel très prometteur et 30,67 % le jugeant plutôt
prometteur. Près de 8 % (7,99 %) des participants restent neutres quant à l’impact de l’IA. En
revanche, une minorité considère l’impact de l’IA peu prometteur (2,49 %) ou pas du tout
prometteur (4,72 %).

40
Quels usages et quelles perspectives de développement de l’intelligence artificielle au Maroc ?

Comment percevez-vous le potentiel de l'intelligence


artificielle pour améliorer le quotidien?
60,00% 54,13%
50,00%
40,00% 30,67%
30,00%
20,00%
7,99%
10,00% 2,49% 4,72%
0,00%
Très prometteur Plutôt Neutre Peu prometteur Pas du tout
prometteur prometteur

Graphique 6 : Perception du potentiel de l’IA pour améliorer le quotidien

En outre, la majorité des participant.e.s (71,48 %) a déjà utilisé un outil d’IA, tandis que 28,52 %
n’ont jamais eu recours à ces technologies (graphique 7).

Avez-vous déjà utilisé un outil d’intelligence artificielle?


80,00% 71,48%

60,00%

40,00% 28,52%
20,00%

0,00%
Non Oui

Graphique 7 : Utilisation des outils de l’IA

Parmi ceux ayant utilisé l’IA (Graphique 8), une majorité (61,60 %) a employé des générateurs
de texte tels que ChatGPT ou Bard/Gemini. Uniquement 20,86 % ont utilisé des générateurs
d’images comme DALL-E ou MidJourney . Les 17,54 % restants ont exploré une variété d’outils,
allant des générateurs de texte aux outils de traduction, incluant également des plateformes de
recherche académique, de synthèse vocale et vidéo, ainsi que des solutions IA développées en
interne.

Si oui, lesquels?
80,00%
61,60%
60,00%
40,00%
20,86% 17,54%
20,00%
0,00%
Générateur de texte Générateur d’image (Dall-E, Autre (précisez)
(ChatGPT, Bard/Gemini, …) MidJourney, …)

Graphique 8 : outils d’intelligence artificielle utilisés

Les participants à la consultation du CESE sur les réseaux sociaux n’ont toutefois pas mentionné
d’outils d’intelligence artificielle. Leurs remarques reflètent des idées préconçues ou des
discussions générales plutôt que des expériences directes avec des outils d’intelligence artificielle.

41
Avis du Conseil Economique, Social et Environnemental

De surcroit, plus de la moitié des répondants utilisent l’IA au moins une fois par semaine, avec
37,4 % l’utilisant quotidiennement et 28,3 % hebdomadairement (Graphique 9). Moins d’un tiers
des participants font appel à l’IA de manière plus sporadique (29,6 %) ou l’ont expérimentée une
seule fois (4,8 %).

Quelle est la fréquence d’utilisation ?


40,0% 37,4%
28,3% 29,6%
30,0%

20,0%

10,0% 4,8%

0,0%
Tous les jours Une fois par semaine Plus rarement Une seule fois

Graphique 9 : Fréquence d’utilisation des outils de l’IA

L’adoption de l’intelligence artificielle pour simplifier diverses tâches professionnelles ou


académiques a reçu un accueil favorable de la part de 88,4 % des participant.e.s (Graphique 10).
En revanche, une minorité de 5,8 % y est opposée, et un autre 5,8 % demeure indécis à cet égard.
Certains participants à la consultation du CESE sur les réseaux sociaux soutiennent l’utilisation de
l’IA pour transformer les idées en réalité :
»‫«الذكاء الصناعي قد يساعدك في انجاز فكرة التي كانت عندك ولم تستطع أن تخرج إلى الوجود‬
D’autres pensent au contraire que l’IA n’apporte rien au pays :
»‫«لن ينفعنا في شيء بل سيجعل مجتمعنا غبيا بدرجة اكبر من المعتاد‬

Seriez-vous favorable à l'utilisation de l'IA pour faciliter


certaines tâches dans votre travail et/ou vos études?
100,0% 88,4%
80,0%
60,0%
40,0%
20,0% 5,8% 5,8%
0,0%
Oui Non Je ne sais pas

Graphique 10 : L’utilisation de l’IA pour faciliter certaines tâches du travail et/ou des études

Concernant les secteurs qui bénéficieront le plus des apports de l’IA (Graphique 11), les résultats
montrent que l’éducation arrive en tête avec 80,6%, suivie des services publics (70,7%), de
la santé (65,7%), de l’industrie (67,5%), de l’agriculture (55,0%) et des secteurs de l’eau et de
l’énergie (51,5%).
De plus, 19,5% des participant.e.s estiment que d’autres secteurs pourraient également
bénéficier de l’apport de l’IA, notamment l’informatique et les télécommunications, la sécurité
et la cybersécurité, la finance et la banque, la recherche scientifique, le transport et la logistique,
le droit et la justice, ainsi que le tourisme et les arts, médias et communication.

42
Quels usages et quelles perspectives de développement de l’intelligence artificielle au Maroc ?

Les participants à la consultation du CESE sur les réseaux sociaux ont également proposé
plusieurs applications potentielles de l’IA dont on peut citer l’assistance juridique et financière :
« En entraînant des IA qui peuvent répondre aux questions juridique et financière selon la loi et les
réglementations marocaine, les gens ignore toujours leurs droits et leurs obligations à cause du
manque de communication, et des ressources d’informations facile d’accès »
Certains ont proposé la transformation digitale de l’administration et l’amélioration des services
publics :
»‫«تحويل المؤسسات العمومية إلى رقمية كما في دولة قطر‬
La santé, l’éducation et l’inclusion sociale ont été cités par d’autres participants :
»‫«احسن حاجة ايساعد الناس دوي االحتياجات الخاصة‬
»‫ كما سيهتم بجودة التعليم و الصحة‬،‫في العجزة و االرامل و ذوي االحتياجات الخاصة‬-‫هذا الذكاء االصطناعي‬- ‫«سيفكر‬
»‫«سيساعد في التعلم السريع و التعليم و االبتكار‬
Selon vous, quels secteurs bénéficieraient le plus de
l'intégration de l'intelligence artificielle ?
100,0%
80,6%
80,0% 65,7% 70,7% 67,5%
60,0% 55,0% 51,5%

40,0%
19,5%
20,0%

0,0%
Agriculture Éducation Santé Services Industrie Eau et Autre
publics Energie (précisez)

Graphique 11 : Les secteurs qui bénéficieraient le plus de l’intégration de l’intelligence artificielle

En ce qui concerne les mesures d’accompagnement pour encadrer l’utilisation de l’IA (Graphique
12), les résultats sont les suivants :
- Renforcement de la gouvernance et du cadre éthique : 63,2%
- Sensibilisation et éducation du public à l’IA : 66,8%
- Soutien à la recherche et à l’innovation en IA : 66,1%
- Amélioration des infrastructures digitales : 59,6%
7,3% des participant.e.s estiment d’autres mesures pourraient être proposées, telles que la mise
en place d’un cadre légal, le soutien au développement local et la mise en place de filets de
protection sociale :
« Préparer les filets de sécurité quant aux conséquences de L’IA sur le marché de l’emploi, sur l’humain
et le social. »
Les participants sur les réseaux sociaux sont partis vers le même sens. Ils ont préconisé la
gouvernance comme mesure d’accompagnement :
‫ يمكننــا بمــا ال شــك فيــه فــي بنــاء حاضــر ومســتقبل غنــي بالفائــدة علينــا‬. ‫«إذا ســايرنا تطــور هــذه التقنيــة بالحكامــة المناســبة‬

43
Avis du Conseil Economique, Social et Environnemental

‫ مربــط الفــرس هنــا هــي الحكامــة المناســبة ال علــى مســتوى البرمجــة والتصميــم وعلــى مســتوى نطــاق‬. ‫وعلــى األجيــال القادمــة‬
»‫االســتخدام‬
L’encadrement de l’IA est aussi primordial:
« This intelligence must be framed otherwise we will find serious problems in the future »
La formation aux nouvelles technologies est essentielle afin de préparer les experts dans ce
domaine :
‫«الــذكاء االصطناعــي يحتــاج لتعليــم قــوي فــي المعلوميــات ليــس الهاتــف فقــط هنــاك حواســب متطــورة وتقنيــات حديثــة فــي هــذا‬
»‫المجــال نهيــك عــن المشــاكل التــي نســمعها مــن خبــراء فــي التكنولوجيــا‬
»‫«يجب التفاني و تكثيف التكوينات في المجال حتى نقلص من االضرار التي قد تنجم عن ذلك الذكاء االصطناعي‬
Pour certains participant.e.s , le manque d’infrastructures matérielles et de capital humain en
relation avec l’intelligence artificielle indique qu’il est nécessaire de redoubler d’efforts dans ces
domaines.
Quelles mesures d'accompagnement jugez-vous nécessaires
pour encadrer l'utilisation de l'intelligence artificielle dans la
société ? (deux choix possibles)
80,0% 66,8% 66,1%
70,0% 63,2% 59,6%
60,0%
50,0%
40,0%
30,0%
20,0% 7,3%
10,0%
0,0%
Renforcement de Sensibilisation et Soutien à la Amélioration des Autre (précisez)
la gouvernance éducation du recherche et à infrastructures
et du cadre public à l'IA l’innovation en IA digitales
éthique

Graphique 12 : Les mesures d’accompagnement nécessaires pour encadrer l’utilisation de l’intelligence artificielle dans la société

Concernant la perception du risque potentiel de l’intelligence artificielle pour l’humanité, les


opinions sont divisées (Graphique 13). Plus de la moitié des participant.e.s perçoivent l’IA comme
une menace, dont 14,3% la qualifient de grand danger. Toutefois, une proportion légèrement
inférieure, 48,3%, ne la perçoit pas comme dangereuse, estimant qu’elle ne constitue pas un réel
danger ou qu’elle est totalement inoffensive.
Pensez-vous que l’utilisation de l’intelligence artificielle
présente un danger pour l’être humain ?
45,0% 41,0%
40,0% 37,4%
35,0%
30,0%
25,0%
20,0%
14,3%
15,0%
10,0% 7,3%
5,0%
0,0%
Un grand danger Un danger significatif Pas de réel danger Pas de danger du tout

Graphique 13 : Le danger potentiel de l’utilisation de l’intelligence artificielle pour l’être humain

En ce qui concerne les participants à la consultation du CESE sur les réseaux sociaux, plusieurs
ont évoqué le potentiel destructeur de l’IA sur l’être humain et sur son travail :

44
Quels usages et quelles perspectives de développement de l’intelligence artificielle au Maroc ?

»‫«الذكاء االصطناعي هو الدمار الشامل و الخراب للمجتمعات البشرية حول العالم أنا أعارضه بشدة‬
»‫«الذكاء االصطناعي سيدمر المنظومة البشرية بسبب البطالة‬
Certains, au contraire, voient l’IA non comme une menace, mais comme un besoin essentiel
pour l’humanité :
‫) يمكــن أن يســاهم فــي العديــد مــن المشــاريع التنمويــة الضروريــة ذات‬...(‫«الــذكاء االصطناعــي بنســبة للبشــرية ضــرورة مهمــة‬
»‫بعــد مســتقبلي فــي مختلــف المجــاالت‬

Annexe 4 : Etudes sur l’IA réalisées par des chercheurs de l’ENSIAS


Deux études de cas dans le domaine des applications de l’IA au domaine de l’agriculture ont
été proposées par l’ENSIAS : le premier est le descriptif d’une thèse sur « Intelligence Artificielle
et Traitement D’images Satellites pour la Prédiction du Rendement et le Suivi des Cultures
Arboricoles : Cas d’un Verger D’agrumes », le deuxième est un article la reconnaissance des
maladies des feuilles de la tomate.
Etude de cas 1 : « intelligence artificielle et traitement d’images satellites pour la prédiction du
rendement et le suivi des cultures arboricoles : cas d’un verger d’agrumes »93
Introduction et problématique :
En 2008, le Maroc a adopté le Plan Maroc Vert dont l’objectif a été de faire de l’agriculture un des
moteurs de croissance de l’économie nationale. C’est une stratégie qui adopte une approche de
chaîne de valeur, de la production jusqu’à la commercialisation. En particulier pour les grumes,
le Maroc est considéré comme le 3ème exportateur mondial de petits fruits d’agrumes1.
La production d’agrumes est une activité qui nécessite un suivi particulier pour garantir un bon
rendement en termes de qualité et de quantité. Une irrigation optimale, un suivi rigoureux des
maladies en vue d’initier les traitements phytosanitaires nécessaires, une fertilisation adéquate
des sols chaque année, ainsi qu’une taille appropriée des arbres, sont autant d’aspects essentiels.
Ces éléments influencent directement le rendement des arbres. De plus, divers facteurs
externes, comme la nature du sol, le porte-greffe, le climat et la variété des agrumes et d’autres,
contribuent également à cette dynamique de production.
Au Maroc, l’un des principaux pays producteurs d’agrumes, l’amélioration de la récolte et le suivi
de l’état des arbres sont parmi les principaux défis pour les agriculteurs. Différentes données
peuvent être collectées dans le domaine agricole, à savoir des données climatiques (les
précipitations, la température et l’humidité, etc.), des données de suivi des parcelles (les produits
de fertilisation, les produits de traitement phytosanitaire, la quantité d’eau, etc.) ainsi que des
données directement liées aux parcelles (le nombre d’arbres, l’âge et la taille des arbres, le porte-
greffe, la variété d’agrumes, etc.). En plus de ces modalités, des indicateurs spectraux peuvent
être extraits à partir du traitement des images spectrales (indices de végétation, les indices de
stress hydrique, etc.) pour le suivi des agrumes.
Malgré cette diversité de données, la question principale qui se pose est : Quelles sont les
modalités les plus pertinentes à exploiter et comment les combiner afin que des systèmes d’IA

93 Auteur : M. Abdellatif MOUSSAID, Superviseur : Prof. Sanaa El FKIHI, Rabat IT Center - Laboratoire ADMIR Équipe IRDA, ENSIAS, UM5R, Projet
: Imagerie Satellite Data Mining et Applications Agricoles (ISA)

45
Avis du Conseil Economique, Social et Environnemental

puissent être mis en place pour fournir des prédictions permettant d’améliorer ce domaine ?
Objectifs de la thèse :
L’objectif de cette thèse est de développer des modèles d’IA et de traitement d’images satellites
pour :
- Classification des arbres par taille de canopée.
- Prédire le rendement d’une parcelle d’agrumes (avant la période de la collecte)
Et ce en combinant les données du terrain avec des informations spectrales extraites à partir des
images satellites
Description de l’exploitation de la composante IA dans le travail :
La composante IA dans ce travail est exploitée à travers le développement de modèles prédictifs
pour répondre aux objectifs du travail.
- Classification des arbres par taille de canopée :
Dans la première partie de thèse, nous avons mis en place un système de classification des
arbres d’une parcelle condensée en trois catégories : arbres à grande canopée, arbres à canopée
normale et arbres à faible canopée ou manquants. Le système repose sur une première phase
de traitement d’une image satellite à haute résolution spatiale (0,5 m minimum), utilisant un
apprentissage non supervisé, plus précisément l’algorithme K-means pour segmenter les
pixels de l’image et identifier ceux qui représentent les arbres. Ce résultat est combiné avec
un deuxième traitement de l’image basé sur la télédétection, en particulier par l’extraction
de l’indice NDVI qui permet de sélectionner uniquement les pixels représentant les arbres et
l’herbe dans la parcelle. Cette combinaison nous permet d’éliminer les herbes qui ne sont pas
des arbres, ainsi que de corriger les erreurs de segmentation des pixels. Après le traitement des
images, nous avons développé un algorithme de classification semi-automatique qui détecte
exactement la localisation des arbres et contourne la canopée de chaque position d’arbres à
partir des pixels obtenus par le premier traitement de l’image.
- Prédiction du rendement d’une parcelle d’agrumes :
Dans cette partie, nous avons développé deux modèles de prédiction du rendement basés sur
une combinaison de données terrain et de données satellitaires : Le premier modèle est basé sur
des algorithmes de machine Learning, et le deuxième basé sur le deep Learning :
Pour le premier modèle, un jeu de données composé de 216 facteurs et 250 échantillons a
été pré-préparé, et nous avons testé différents algorithmes de machine Learning (algorithmes
linéaires, arbre de décision, algorithmes d’ensemble Learning, …). Tous les algorithmes ont été
optimisés grâce à l’algorithme Grid-Search, et le test a été effectué par une validation croisée afin
deux mois avant la récolte. Par ailleurs, nous avons étudier la pertinence des différents facteurs
afin d’aider et faciliter le travail de l’agriculteur qui désire améliorer sa récolte.

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Quels usages et quelles perspectives de développement de l’intelligence artificielle au Maroc ?

Pour le deuxième modèle, nous avons développé un réseau de neurones artificiels qui prend
en entrée les données terrain et des images spectrales. Le modèle a été testé sur 5 parcelles
pendant 5 années d’étude. Ces données de test sont totalement séparées de l’ensemble de
données afin d’obtenir des résultats fiables et confiants.
Résultats :
Pour le premier objectif, nous avons obtenu un score de 0,93 (F-mesure) en segmentation, et
les résultats sont visualisés dans une carte contenant tous les arbres avec leurs classes. Une
validation sur le terrain a été réalisée par une comparaison entre les cartes obtenues et la réalité
terrain.
Pour le deuxième objectif, la prédiction par machine Learning a donné un score de 0,2489 (MAE)
et 0,0843 (MSE). Par ailleurs, une comparaison individuelle de chaque parcelle a démontré un
score moyen de 16% dans la totalité des parcelles utilisées pour le test.
Pour le model deep Learning, nous avons obtenu un score de 0,0458 (MSE) et 0,1450 (MAE). De
plus, une comparaison individuelle de chaque parcelle a donné un score moyen de 10% dans la
totalité des parcelles utilisées pendant 5 ans de test.
Apport par rapport à l’existant :
L’apport du premier objectif du travail : nous avons obtenu un score de segmentation de 93% à
partir d’images satellite. Nous avons ainsi proposé une nouvelle approche de classification des
arbres par taille de canopée, en mettant particulièrement l’accent sur les vergers avec arbres très
condensés, un aspect qui n’a pas été traité auparavant.
L’apport du deuxième travail réside dans la prédiction du rendement des parcelles d’agrumes
deux mois avant la récolte, et avec un meilleur score que les travaux existants. De plus, nous
avons développé un nouveau réseau de neurones conçu pour prédire le rendement des
parcelles d’agrumes fondé sur une fusion de modalités (il prend en entrée des images satellites
en combinaison avec des données numérique).
Retombées économiques :
L’impact économique de cette thèse peut être présenté sous plusieurs aspects. Dans le cas de
l’agriculture arboricole, en détectant efficacement les anomalies telles que les arbres malades,
manquants ou soumis à un stress hydrique. Notre système permet d’optimiser les ressources
en offrant un suivi individuel de chaque arbre. Cela se traduit par une gestion plus efficace des
intrants agricoles tels que l’eau, les engrais et les produits phytosanitaires, contribuant ainsi à
améliorer la production.
De plus, la prédiction du rendement est un grand défi pour les agriculteurs, car cela permet
d’avoir une idée sur leur rendement avant la récolte, minimisant ainsi les pénalités après la vente
de la récolte et/ou évitant la perte de la récolte. Cela influence directement et financièrement
sur la production ainsi que l’import/l’export des agrumes de manière significative, aussi bien
pour les agriculteurs que pour le pays.

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Avis du Conseil Economique, Social et Environnemental

Retombées sociales :
L’impact social de cette thèse est significatif. En offrant aux agriculteurs un outil pour prédire le
rendement des agrumes, notre système contribue à améliorer leur sécurité financière. Et cela
permet de préserver les emplois dans le secteur agricole en garantissant des rendements stables
et en évitant les pertes économiques dues à une mauvaise planification.
De plus, notre système offre une solution précieuse pour relever les défis sociaux liés à la sécurité
alimentaire et à la santé publique. En améliorant la productivité et la qualité des cultures, il
contribue à garantir un approvisionnement constant en agrumes. Cela favorise également
la réduction de la dépendance aux importations alimentaires et renforce la souveraineté
alimentaire du pays.
En outre, notre système encourage l’adoption de technologies innovantes dans le secteur agricole,
contribuant ainsi à la modernisation de l’agriculture et à l’amélioration des compétences des
agriculteurs. Cela ouvre la voie à une transition vers une agriculture plus durable et respectueuse
de l’environnement, en encourageant l’utilisation efficace des ressources naturelles et la
réduction des impacts environnementaux négatifs.
Projet ISA (Imagerie Satellite Data Mining et Applications Agricoles) :
Le projet ISA bénéficie d’un financement de l’Académie Hassan II des sciences et techniques,
dans le cadre d’un appel à projets. Les partenaires impliqués dans ce projet sont la fondation
MAScIR (Moroccan Fondation for Advanced Science Innovation and Research-Rabat), l’ENSIAS
(École Nationale Supérieure d’Informatique et d’Analyse des Systèmes- Rabat), l’IAV (Institut
Agronomique et Vétérinaire- Rabat), l’HBRS (Hochschule- Bonn-Rhein-Sieg Allemagne) et les
Domaines Agricoles.
Références :
https://www.agriculture.gov.ma/fr/programme/exportation
Etude de cas 2: “Smart mobile application to recognize tomato leaf diseases using Convolutional
Neural Networks”94
Introduction
Despite worldwide efforts to reduce plant loss and improve food security, plant diseases still
account for over 20% of crop losses. Pollution and climate change have exacerbated the severity
of this problem during the last decade. Farmers now use plant disease databases and phone
consultations with local pathologists instead of sending plants to diagnostic laboratories for
treatment recommendations. Several papers have used standard CNN design architectures
for plant disease detection, including SqueezeNet, ResNeXt, ResNet, NiN, GoogLeNet, VGGNet,
ZFNet, AlexNet, and others. Several strategies and applications have been developed to prevent
crops loss due to disease. Several approaches, including Convolutional Neural Networks
(CNNs), have been developed for identifying plant illnesses, particularly in tomatoes. All related
approaches need significant computing resources. For example, [1] presented an intelligent
warning system for disease-pest detection in fruit melon, whereas [2] employed CNNs to

94 Azeddine Elhassouny, ENSIAS, Mohammed V University in Rabat, Florentin Smarandache, University of New Mexico, USA

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Quels usages et quelles perspectives de développement de l’intelligence artificielle au Maroc ?

construct a comprehensive diagnostic system for all viral infections in cucumbers. Furthermore,
[3] employs AlexNet and GoogleNet assisted-CNN models to detect 14 crop species and
26 diseases. A collection of 7176 photos of healthy and healthy plant leaves was utilized.
To overcome the intricacy of the analysis and make it more accessible internationally, and
inspired from the MobileNet architecture, we created a smartphone application, that identifies
ten distinct tomato leaf diseases using the Quantized CNN-aided model. Previous smart systems
rely on deep CNNs, making them only suitable for computer usage. It is worthwhile to mention
that there is no similar smart smartphone application that has been developed so far.
Considered diseases
The following image displays the 10 various diseases that our application will detect.

Specifically, the 7176 dataset’s images are imbalanced in distribution across the 10 diseases.
The considered number of images per disease is outlined in Table 1. A portion of this dataset
is devoted to training, while the remainder is for testing. It is worthwhile to mention that the
learning rate has been adjusted in order to enhance the overall accuracy. Nevertheless, the
training step duration takes longer. Though, the choice of such a parameter is crucial to maintain
a certain trade-off between accuracy and time complexity.

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Avis du Conseil Economique, Social et Environnemental

Results:
Several optimization methods have been employed including (i) Stochastic gradient descent,
(ii) Adagrad, (iii) Adam, (iv) Proximal Gradient Descent, and (v) Proximal Adagrad. The obtained
accuracy varies between 88.3% and 89.2%. This latter is corresponding to the Proximal Gradient
Descent algorithm.
References
[1] W. Tan, C. Zhao, and H. Wu, “Intelligent alerting for fruit-melon lesion image based on
momentum deep learning,” Multimedia Tools and Applications, vol. 75, no. 24, pp. 16741-16761,
2016.
[2] E. Fujita, Y. Kawasaki, H. Uga, S. Kagiwada, and H. Iyatomi, “Basic investigation on a robust
and practical plant diagnostic system,” in 2016 15th IEEE Intern. Conf. Machine Learning and
Applications (ICMLA), 2016, pp. 989–992.
[3] S. P. Mohanty, D. P. Hughes, and M. Salathe, “Using deep learning for image-based plant
disease detection,” Frontiers in Plant Science, vol. 7, 2016.

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Quels usages et quelles perspectives de développement de l’intelligence artificielle au Maroc ?

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Conseil Economique, Social et Environnemental
Conseil Economique, Social et Environnemental

1, angle rues Al Michmich et Addalbout, Secteur 10, Groupe 5


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