Titre
QUALITÉ DE VIE CHEZ LES MÈRES D’ENFANTS AUTISTES
QUALITY OF LIFE OF MOTHERS OF CHILDREN WITH AUTISM
O. Hatta, M. Derôme, J. De Mol, et B. Gabriel
Ogma Hatta
Institut de recherche en sciences psychologiques (IPSY)
Place Cardinal Mercier 10 bte L3.05.01
1348 Louvain la Neuve (BELGIQUE)
Email : [email protected]
Tél : +32 487 76 87 22
Manuscrit
Résumé
Objectif : Les conséquences de l’autisme sur la qualité de vie des mères sont une réalité
clinique. Cet article vise à montrer la corrélation qui existe entre les troubles du
comportement de l’enfant autiste et les symptômes dépressifs de sa mère et à déterminer
l’importance du stress perçu, du sentiment de compétence parentale et du coping individuel
dans leurs associations avec ce vécu dépressif. Méthode : Les données ont été recueillies, à
l’aide d’échelles auto-rapportées, auprès de 53 mères d’enfants autistes âgés de 03 à 16 ans.
Résultats : L’analyse des données montre des corrélations significatives entre le bien-être
psychologique de la mère et le comportement de l’enfant, la perception du stress, le coping
individuel et le sentiment de compétence parentale. Le comportement de l’enfant, le coping
individuel et la perception du stress prédisent les symptômes dépressifs des mères.
Conclusion : Les résultats suggèrent que les mères d’enfants autistes ont besoin d’être
soutenues de multiples façons pour faire face au stress généré par le comportement de l’enfant
et les autres stresseurs. En cela, le problème du rôle du soutien du conjoint et de la famille,
ainsi que celui des groupes d'entraide et des associations de familles d’autistes, se pose.
Mots clés : stress, coping, qualité de vie, parentalité, autisme
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Summary
Objectives: The impact of autism on family life quality is a clinical reality. Research
indicates a dynamic of mutual reinforcement between child's behavior and mothers’
symptoms of depression. The objective of the current study is to investigate the association
between depressive symptoms of mothers who have a child with autism and the child’s
behavioral disorder, and to indicate the importance of perceived stress, parental sense of
competence and individual coping in their associations with mothers’ symptoms of
depression. Method: Participants (53 mothers, from 29 to 51 years, with a child with autism
from 3 to 16 years) completed five standardized questionnaires. Bivariate correlations
analysis and step by step regression analyses were done. Results: Significant correlations
between mothers’ psychological well-being and mothers’ stress perception, parental sense of
competence, child’s behavioral disorder, and individual coping were found. The child's
behavioral disorder is the first predictor (26%, p < .001) of depressive symptoms of mothers,
followed by individual coping (21%, p < .001) and perceived stress (5%, p < .05).
Conclusions: The negative bidirectional reinforcement described in literature was found in
this study. Indeed, behavioral disorders of children with autism increase depressive symptoms
in mother and vice versa. These results also suggest other important factors which modulate
well-being of mothers of children with autism. Finally, because marital and leisure stress and
individual stress coping explain an additional variance of depressive symptoms in mothers,
the role of spouse and family support, as well as self-help groups and associations of families,
is raised.
Keywords: stress, coping, well-being, parenting, autism
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1. INTRODUCTION
1.1. Bien-être chez les mères d’enfants autistes : Le sentiment de bien-être psychologique
prend un sens particulier lorsqu’on aborde les familles d’enfants atypiques [1]. Il change de
connotations en fonction de la nature du handicap de l’enfant. Il semble que le risque de
présenter des symptômes dépressifs soit plus important pour les parents d’enfants autistes [22,
23]. En effet, la présence d’un enfant autiste dans une famille représente un véritable enjeu de
bien être psychologique, particulièrement pour les mères [22, 23] car ces dernières, en raison
de leur plus grande implication que les hommes dans les réseaux familiaux et sociaux [38],
perçoivent davantage la famille et la santé des membres de l’entourage comme sources de
stress [27]. Même si peu d’études se sont intéressées au bien-être psychologique des mères
d’enfants autistes, il semble y avoir consensus qu’il existe un cercle vicieux entre la qualité de
vie des mères et le comportement de l’enfant autiste [24]. Ainsi, les rares études effectuées
dans ce domaine suggèrent que la qualité de vie des mères est associée aussi bien aux
caractéristiques du trouble autistique qu’à d’autres variables comme le stress perçu, le coping
individuel et le sentiment de compétence parentale [10, 13].
1.2. Trouble de comportement de l’enfant autiste : Il est aujourd’hui indéniable que les
conséquences de l’autisme sur la qualité de vie familiale sont une réalité clinique [12] et que
ce sont les mères qui se retrouvent en premières lignes [32]. En effet, elles sont les plus
confrontées à l’agitation et aux cris de l’enfant autiste, aux nombreux rendez-vous auprès des
spécialistes, etc. [26, 35, 39]. Cela affecte évidemment leur bien-être et augmente leur
perception du stress, de même que le risque du vécu dépressif est accru, limitant ainsi leur
disponibilité pour une pleine éducation de l’enfant [36]. En outre, les mères d’enfants autistes,
tenaillées par toute une multitude de sentiments rimant avec incompréhension, échec,
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incapacité, dévalorisation et rejet [9], ont tendance à offrir des réponses inappropriées et
inadaptées aux demandes spécifiques liées à la sévérité des symptômes autistiques de l’enfant
[1]. Par contre, les comportements positifs de l’enfant autiste ont un impact favorable sur la
qualité de vie de la mère et sa disponibilité à lui prodiguer des soins appropriés augmente [6].
1.3. Stress perçu : Le niveau de stress des mères d’enfants autistes se révèle nettement
supérieur à celui des autres mères d’enfants du même âge. En effet, selon plusieurs auteurs
[15, 17], 50 à 80% des mères d’enfants autistes présenteraient des niveaux élevés de stress et
de dépression. Ce stress parental quotidien diminue la qualité de vie des mères [33]. Un tel
contexte, évidemment difficile, entretien un cercle vicieux douloureux entre le stress perçu et
le vécu dépressif des mères. La vulnérabilité particulière des mères face aux effets négatifs du
stress est associée à des niveaux plus élevés de symptômes dépressifs et à des niveaux plus
bas de bien-être psychologique [9]. Les mères d’enfants autistes, au vécu dépressif, ont
tendance à émettre des réponses désadaptées face aux stresseurs ; cela crée des frustrations
qui, en retour, renforcent le sentiment d’incapacité ou de dévalorisation de soi et altèrent la
qualité de vie [16].
1.4. Coping individuel : Ensemble d’efforts cognitifs, émotionnels et comportementaux, le
coping individuel vise à tolérer, à éviter ou à minimiser l'effet néfaste du stress sur le bien-être
personnel et à maintenir l’équilibre physique et psychologique (Lazarus et Folkman, 1984).
En effet, en plus des stratégies cognitives dysfonctionnelles comme les ruminations et la
culpabilité, les mères déprimées utilisent moins les stratégies de coping centré sur le problème
[16] et ont tendance à plus gérer leur stress par l’expression de leurs émotions [29, 30]. Même
si ces stratégies de coping individuel ne s’avèrent pas suffisantes, elles démontrent néanmoins
leur importance en ce sens qu’elles servent à exprimer un besoin de soutien. Ceci étant, la
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réflexion sur l’efficacité du coping individuel chez les mères d’enfants autistes s’impose, eu
égard à certains résultats d’études qui indiquent que les niveaux de bien-être des parents sont
plus élevés lorsqu’ils reçoivent le soutien du conjoint [34]. Or, souvent, dans les familles
d’enfants autistes, la situation financière difficile oblige parfois le père à travailler davantage,
la mère ne pouvant pas le faire puisqu’elle est obligée de s’occuper de leur enfant handicapé.
De plus, les traits autistiques ou un autre handicap du père contribue à détériorer davantage la
qualité de vie des mères. Des études ont montré que dans un tel contexte, plus le père est
absent dans l’éducation de l’enfant, plus la mère perçoit le comportement de l’enfant comme
exigeant et aversif et moins elle a le sentiment de bien-être [14]. C’est en cela qu’elle doit
faire appel à ses compétences parentales.
1.5. Sentiment de compétence parentale : Un autre facteur occupant une place importante
dans le maintien d’une bonne qualité de vie des mères d’enfants autistes est le sentiment de
compétence parentale (éducative). Il renvoie aux jugements du parent à propos de sa capacité
à organiser et à réaliser des actions requises pour atteindre des performances éducatives
attendues, observables à travers le comportement de l’enfant [37]. Ainsi, plus la mère perçoit
que son enfant a un comportement déviant ou qu’il est difficile à éduquer, plus elle court le
risque d’avoir un sentiment d’échec éducatif ou de mauvaise mère [19]. Patterson [28]
rapporte aussi que les mères de garçons agressifs ont une image négative d'elles-mêmes et
vivent des expériences dépressives de fatigue, de colère ou d'isolation. Belsky [5] souligne
pour sa part que le sentiment de compétence parentale est souvent négatif lorsque la conduite
de l'enfant est problématique, surtout lorsque la mère a un système de soutien social peu
protecteur. Une mère qui se sent seule se culpabilise et renforce son sentiment d’échec
éducatif face au comportement difficile de son enfant. En résumé, le sentiment de compétence
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des mères et leur sentiment de bien-être sont intimement liés aux caractéristiques de leur
enfant [11].
1.6. Cette étude : La présente étude investigue, non seulement, le lien entre le comportement
de l’enfant autiste et le vécu dépressif des mères, mais aussi l’importance du stress perçu, du
coping individuel et du sentiment de compétence parentale dans leurs associations avec ce
vécu dépressif. Cette étude intervient dans le sillage d’une méta-analyse [31] de l’état des
connaissances sur l’expérience des parents ayant un enfant atteint d’un problème de santé
indiquant que les mères ressentent un stress plus intense, sont plus enclines à vivre des
épisodes dépressifs et éprouver une plus grande détresse émotionnelle. Il est question ici, avec
un échantillon de 53 mères d’enfants autistes, d’aborder le vécu souvent douloureux ou la
qualité de vie de cette frange de la population stigmatisée et parfois oubliée dans la recherche.
Il s’agit de vérifier les hypothèses suivantes :
D’une part, il existe une corrélation entre le trouble de comportement de l’enfant
autiste et les symptômes dépressifs des mères.
D’autre part, en plus du trouble autistique, il existe des corrélations avec le stress
perçu, le coping individuel puis le sentiment de compétence parentale, qui jouent un
rôle important dans la prédiction des symptômes dépressifs des mères d’enfants
autistes.
2. MÉTHODOLOGIE
2.1. Procédure : Pour participer à cette étude il fallait être mère d’un enfant ayant un autisme
et avoir reçu, pour son enfant, un diagnostic formel d’autisme par un médecin, selon les
critères du DSM-IV ou de la CIM 10. Le dernier critère d’inclusion est que l’enfant devrait
être âgé de moins de 18 ans et vivre sous le même toit que sa mère. Le recrutement s’est fait
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par l’intermédiaire des associations de mères d’autistes, par la distribution de flyers et à
travers une page internet créée sur un réseau social. À chaque fois que tous ces critères étaient
vérifiés les mères recevaient le formulaire de consentement éclairé à signer avant d’avoir
accès aux questionnaires d’enquête. Les questionnaires en version papier ont été envoyés et
reçus par la poste et la version numérique a été envoyée par mail et reçue via Qualtrics, la
plateforme d’enquêtes en ligne utilisée par l’institut de recherche en sciences psychologiques
(IPSY).
2.2. Participants : Sur la base du volontariat, 53 mères dont 33 mariées et 20 divorcées ont
participé à l’étude. L’échantillon est composé de Françaises (62%), de Belges (17%) et
d’autres nationalités. L’échantillon d’étude est âgé en moyenne de 38,58 ans (ET=5,92), avec
une moyenne d’âge des enfants égale à 7,95 ans (ET=3,86) (voir Tableau I). Le nombre
moyen d’enfants par mère était de 2,58 (ET=1,26). La majorité des participantes à notre étude
était hautement instruite. En effet 79,2% soit 42 mères de notre échantillon possédaient un
diplôme d’écoles supérieures ou universitaires ; 11,3% soit six mères possédaient un diplôme
d’école secondaire. L’écrasante majorité (81,24%) des mères à l’étude ici travaille. Parmi
elles, quinze mères (28,30%) de notre échantillon possédaient un revenu mensuel entre 2500€
et 3500€ et 23 mères (43,39%) disposaient d’un revenu mensuel compris entre un et 1500€.
Tableau I : Caractéristiques de l’échantillon
Moyenne Ecart Type Minimum Maximum
Âge des mères (Années) 38,58 5,92 29,00 51,00
Âge des enfants autistes (Années) 7,95 3,86 3,00 16,00
Nombre d’enfants à charge 2,58 1,26 1,00 5,00
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Genre des enfants autistes N %
Masculin 47 88,7
Féminin 6 11,3
2.3. Instruments : La collecte des données s’est faite à l’aide d’une série de cinq
questionnaires auto-rapportés.
La version française du Beck Depression Inventory [4] a été utilisée pour mesurer les
symptômes dépressifs des mères. Ce questionnaire a été utilisé ici car il est un
largement utilisé dans les études investiguant la qualité de vie. Il comprend 21 items
se présentant sous forme de quatre propositions parmi lesquelles le sujet doit faire un
choix décrivant divers symptômes associés au sentiment dépressif. Exemple d’item :
« 0- Je ne me sens pas triste. 1- Je me sens très souvent triste. 2- Je suis tout le temps
triste. 3- Je suis si triste ou malheureux (se), que ce n’est pas supportable. » Cet
instrument aux bonnes qualités métrologiques a donné ici un Alpha de Cronbach de
,81.
L’Allgemeines Stress Niveau (ASN) de Bodenmann [7] a permis d’évaluer le niveau
de stress ressenti par les mères selon différents domaines de la vie quotidienne. Ce
questionnaire est composé de 17 items (ex : « Vie conjugale (sexualité, affection,
communication, etc.) ») et le sujet doit y répondre selon une échelle de Likert à 5
points, allant de « Pas du tout stressant » à « Très fortement stressant ». L’ASN est
composé de 5 sous-échelles : la satisfaction de vie, le bien-être général, les activités de
loisir, les relations familiales et les relations extra-conjugales. Ce questionnaire a
obtenu un bon Alpha de Cronbach de ,84.
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Les troubles de comportement des enfants autistes ont été évalués à partir des deux
versions françaises du Child Behavior Checklist (CBCL) for ages 1.5-5 and 6-18 de
Achenbach [2]. Ce questionnaire est divisé en deux dimensions principales que sont
les problèmes de comportement intériorisés et les problèmes de comportement
extériorisés. En pensant à la situation de son enfant, la mère devait dire si l'item (ex :
« A un comportement trop jeune pour son âge » s'avère « faux », « plus ou moins vrai
» ou « toujours vrai ou souvent vrai ». Le CBCL présente d’excellentes qualités
psychométriques à l’instar du coefficient de fiabilité Alpha de Cronbach trouvé dans
cette étude, qui est de ,96.
L’Individual Coping Questionnaire (INCOPE-2) de Bodenmann [8] a permis de
mesurer le coping individuel. C’est un questionnaire de 21 items évaluant, à partir
d’une échelle de Likert en 5 points, les stratégies de coping individuel positif et
négatif. Exemple d’item : « J’oublie tout ce qui s’est passé ». Cet outil a de bonnes
qualités métrologiques et l’Alpha de Cronbach est de ,73 dans la présente étude.
Le Parenting Sense of Competence Scale, conçu par Gibaud-Wallston [18] a servi
dans cette étude à évaluer le sentiment de compétence des mères dans leur rôle
d’éducatrice. Il comporte 17 items (ex : « Les problèmes liés à l'éducation d'un enfant
sont faciles à régler quand on sait de quelle façon il réagit à ce que nous faisons ».)
répartis en deux dimensions : habileté-connaissance et valeur-aisance. Le répondant
remplit le questionnaire en se basant sur une échelle de Likert en six points, allant de
« tout à fait en désaccord » à « tout à fait d’accord ». Le coefficient Alpha de
Cronbach pour cette étude est de ,78.
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2.4. Analyse des données : Les données d’enquête ont été analysées au moyen du logiciel
Statistical Package for the Social Sciences (SPSS 23) pour le traitement statistique des
données. C’est ainsi qu’en dehors des techniques descriptives (Moyenne, Écart-Type,
Minimum, Maximum, Alpha de Cronbach), le coefficient de corrélation linéaire bi-variée de
Pearson (r) a été calculé entre les différentes variables éprouvées. La régression linéaire, pas à
pas, a été également utilisée pour prédire les symptômes dépressifs des mères d’enfants
autistes.
3. RÉSULTATS
3.1. Statistiques descriptives : Les statistiques descriptives des différents questionnaires
montrent que les mères de l’échantillon d’étude présentent des souffrances psychologiques
que l’on peut qualifier de mineures (voir tableau II).
Tableau II : Récapitulatif des statistiques descriptives des questionnaires
Moyenne Ecart-Type Minimum Maximum
Comportement de l’Enfant 65,02 12,19 36,00 90,00
Stress Perçu 51,57 11,75 27,93 79,00
Coping Individuel 64,52 7,63 49,00 86,92
Sentiment de Compétence Parentale 49,99 11,41 25,50 88,19
Symptômes Dépressifs 15,46 7,34 3,00 33,00
3.2. Corrélations de Pearson : On peut lire dans le Tableau III que les symptômes dépressifs
des mères sont corrélés (positivement) significativement avec le comportement de l’enfant (r
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= ,52 ; p < ,01), le stress perçu (r = ,41 ; p < ,01) et le sentiment d’incompétence parentale (r =
,25 ; p < ,05). C’est-à-dire que moins la qualité de vie de la mère d’un enfant autiste est
bonne, plus le comportement de son enfant est trouble, plus elle perçoit du stress et plus elle a
le sentiment d’incompétence éducative, et inversement. Par contre, plus la mère présente des
symptômes dépressifs, moins ses stratégies de coping individuelle s’avèrent inefficaces, et
vice-versa. En effet, la corrélation entre symptômes dépressifs et coping individuel est
significative (négative) (r = -,49 ; p < ,01). Il faut noter aussi qu’il existe une corrélation
significative (positive) entre le stress perçu et le trouble de comportement de l’enfant (r = ,35 ;
p < ,01) et le sentiment d’incompétence parentale (r = ,37 ; p < ,01). Autrement dit, plus la
mère perçoit du stress, plus le comportement de son enfant est trouble et plus elle a le
sentiment d’incompétence éducative, et inversement.
Tableau III : Symptômes dépressifs corrélés avec les autres facteurs
1 2 3 4
1. Comportement de l’Enfant
2. Stress Perçu ,35**
3. Coping Individuel -,08 -,07
4. Sentiment de Compétence Parentale ,19+ ,37** -,06
5. Symptômes Dépressifs ,52** ,41** -,49** ,25*
Notes : ** p < ,01 ; *p < ,05 ; +p < ,1
3.3. Régression : Afin de déterminer le poids de chaque variable dans la prédiction du bien-
être des mères d’enfants autistes indépendamment des autres, une régression linéaire multiple,
pas à pas, a été réalisée, avec introduction des variables « sentiment de compétence
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parentale », « comportement de l’enfant », « coping individuel » et « stress perçu » comme
prédicteurs et « symptômes dépressifs » comme variable à prédire. Ainsi, le comportement de
l’enfant, le coping individuel et le stress perçu se sont révélés prédicteurs des symptômes
dépressifs des mères (voir Tableau IV). En effet, le comportement de l’enfant explique 26,6%
de la variance : F (1/47) = 16,99 ; p < ,001) ; le comportement de l’enfant et le coping
individuel expliquent tous les deux 47,2% de la variance : F (2/46) = 20,59 ; p < ,001) et le
comportement de l’enfant, le coping individuel et le stress perçu expliquent ensemble 52,4%
de la variance : F (3/45) = 16,48 ; p < ,001).
Tableau IV : Symptômes dépressifs prédits par les autres facteurs
Modèle R2 F Bêta
Modèle 1
Comportement de l’enfant ,26 16,99 ,51**
Modèle 2
Comportement de l’enfant ,47 20,59 ,48**
Coping Individuel -,45**
Modèle 3
Comportement de l’enfant ,52 16,48 ,39**
Coping Individuel -,44**
Stress Perçu ,24*
Notes : ** p < ,001 ; * p < ,05
En résumé, de fortes corrélations entre les différentes variables ont été trouvées à savoir : la
perception du stress général, la perception des compétences parentales, le trouble de
comportement de l’enfant et le bien-être psychologique de la mère. Le trouble de
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comportement de l’enfant, le coping individuel et la perception du stress (non lié au
comportement de l’enfant) sont les prédicteurs de la qualité de vie des mères.
4. DISCUSSION
Cette étude recherchait la corrélation qui existe entre le trouble de comportement de l’enfant
autiste et les symptômes dépressifs chez sa mère puis visait à déterminer l’importance du
stress perçu par la mère, de son sentiment de compétence parentale et de son coping
individuel dans leurs associations avec son vécu dépressif. En effet, la dynamique de
renforcements bidirectionnels entre le trouble de comportement de l’enfant autiste et
l’intensité des symptômes dépressifs chez la mère a été retrouvée, comme décrits dans la
littérature. Une précédente étude [36] avait déjà obtenu des résultats similaires en montrant
que les comportements désadaptés de l’enfant autiste n’expliquent pas à eux seuls l’intensité
de la détresse des mères. Cela nous a amené à aller plus loin dans l’analyse, pour découvrir,
comme Eisenhower, Baker et Blacher [15], que divers facteurs viennent affecter la santé
mentale et la qualité de vie des mères d’enfants autistes.
Les présents résultats montrent en effet que, le stress (lié au couple ou aux activités de loisir)
et le déficit de coping individuel du stress expliquent des variances additionnelles des
symptômes dépressifs chez les mères d’enfants autistes. En raison de leurs états de stress
importants, les demandes de soutien de ces mères seraient parfois mal exprimées, générant
des conflits avec l’entourage [25]. Cette situation est étayée par les résultats trouvés ici,
suggérant que le stress perçu prédit la qualité de vie de la mère. Par ailleurs, il est prouvé que
plus les troubles d’un enfant avec autisme sont envahissants, plus le risque est élevé pour la
mère de présenter un fort niveau de stress et de dépression, et, en retour, plus le stress et/ou le
vécu dépressif sont élevés, plus cela a un impact délétère sur les caractéristiques autistiques
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de l’enfant [3, 20]. Les présents résultats sont en adéquation avec ceux de Hastings et al. [21]
qui indiquaient que la sévérité des symptômes autistiques et les problèmes comportementaux
qui l’accompagnent s’associent à un important niveau de stress parental pour prédire le vécu
dépressif de la mère. Plus loin et en cascade, ces comportements problématiques entraînent
chez les mères une augmentation du stress et de dépression, instaurant ainsi une sorte de
phénomène circulaire problématique.
Il est en effet indéniable que la qualité de vie des mères est l’un des meilleurs prédicteurs du
bon développement social de l’enfant [20]. Or, d’après les résultats de la présente étude,
moins la mère éprouve le sentiment de bien-être, moins elle a le sentiment d’être une
éducatrice compétente. Ce sentiment négatif de soi porte atteinte à sa disponibilité à prodiguer
les soins appropriés à l’enfant autiste car elle perçoit davantage le comportement de l’enfant
comme difficile et stressant, renforçant en retour son vécu dépressif. Alors, pouvoir
rechercher un soutien social diminue les risques de dépression, affermit les relations
conjugales et le sentiment de compétence éducative [20]. Aussi, une qualité de vie optimale
de la mère faciliterait la mise en place de stratégies de coping individuel efficaces et adaptées,
aussi bien chez la mère que chez l’enfant autiste [3].
En définitive, les résultats suggèrent l’existence de plusieurs sources de soutien des mères
d’enfants autistes, dans la gestion du stress. Ils justifient ainsi l’importance capitale du travail
des associations de parents d’autistes, des cliniciens et autres professionnels qui facilitent
l’accès à une meilleure qualité de vie aux mères d’enfants autistes. L’on sait que les parents
qui nient la réalité du diagnostic, qui se montrent peu optimistes quant au futur de leur enfant
ou qui ne disposent pas d’un soutien social adéquat sont plus sujets au stress et à la dépression
[25]. À l’inverse, les parents d’enfants autistes qui sont encouragés et informés, soutenus par
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leur conjoint, par leur entourage familial, par leurs amis et par les professionnels, qui
conservent leur optimisme et qui pratiquent des activités de loisirs ont un niveau plus élevé de
résilience [3]. Conscients que notre démarche n’est que quantitative transversale et qu’elle
n’aborde pas tous ces aspects, nous imaginons une prochaine étude longitudinale prenant en
compte les autres sources de soutien des mères d’enfants autistes, non étudiées ici, afin
d’approfondir les présents résultats et de mieux outiller l’intervention.
CONFLIT D’INTÉRÊTS : Les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d’intérêts.
ÉTHIQUE : Toutes les procédures effectuées dans le cadre de l'étude impliquant des
participants humains étaient conformes aux normes éthiques en vigueur à l’IPSY.
REMERCIEMENT : « Premier auteur » est bénéficiaire de « The IDB Merit Scholarship
Programme for High Technology (MSP) ».
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