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C.

Huby, Lecture et expression au CE 1


C. Huby, Lecture et expression au CE 2
Lecture et expression
Cours Élémentaire

par Catherine HUBY

C. Huby, Lecture et expression au CE 3


Lecture et expression au Cours Élémentaire
Sommaire

Module 1 : Maisons
Retour de vacances La drôle de maison (N. Caputo) : 1) Cruchon, cruchette – 2) Une grande famille – Poésies : M.
(texte inédit) 3) Un gros lourdaud. Carême ; E.
Guillevic

Les abeilles et la boue (A. Lobel) : 1) Une souris La vieille maison (K. Une case en Haute- L'argile
très contrariée – 2) Chez la souris. Seguin) Guinée (C. Laye) (Observation -
CE)

Module 2 : Poursuites
La poursuite Le vent fou (C. Silvestre de Sacy) : 1 – 2 Poursuites en poésie : L'oie d'or : 1
(texte inédit) M. Jacob ; P. Fort Grimm

L'oie d'or : 2 – 3 – 4 À la Préhistoire Les points


Grimm J.H Rosny Aîné cardinaux
(Géographie
CE1)

Module 3 : La mer
Souvenirs de vacances Le Petit Moulin : 1 – 2 – 3 – 4
(texte inédit) Miss Sara Cone Bryant

Poésies : Ulysse et les Sirènes : 1 – 2 La mer, la plage Le littoral


J. Charpentreau ; P. Homère (Géographie CE1) (Géographie
Fort ; J. Supervielle ; CE1)
A. Brizeux

Module 4 : Feuilles d'automne


Jeux d'automne Pourquoi les arbres Enfants d'autrefois : Les L'automne en poésies : Bûcherons et
(texte inédit) résineux gardent leurs feuilles mortes (A. J. Prévert, J. Moréas, V. charbonniers
feuilles en hiver : 1 – 2 France) Hugo, A. de Lamartine. (1)
(Miss Sara Cone Bryant) M. et M.
Tarnier

Bûcherons Les hommes des bois La légende du tilleul Sciences : Une


et charbonniers (2) Durand, Feterman M. et M. Tarnier vie d'arbre
M. et M. Tarnier Durand,
Feterman

Module 5 : Aux jours les plus courts


Qu'il fait sombre (texte La Légende du Feu : 1 – 2 Poésies : Nuits d'hiver : La Naissance
inédit) (Miss Sara Cone Bryant) JL Vanham, J. Prévert, du Soleil (1)
A. Rimbaud

La Naissance du Soleil Sciences : La bougie Géographie : Nomades du Histoire : Les Vikings


(2) (conte traditionnel (Observation CE) Grand Nord (d'après D. (R. Ponthus, JM
scandinave) Darbois) Michaud)

C. Huby, Lecture et expression au CE 4


Module 6 : Chiens
Mon chien (texte Sans Famille, H. Malot
inédit)

Poésies : P. Le vieux Sultan (Frères Comment le chien devint Histoire : La Observation :


Menanteau, M. Grimm) l'ennemi du chat (1-2) domestication du chien Doit-on parler
Carême, J. de La du chien ou
Fontaine des chiens ?

Module 7 : Givre, glace et neige


Quel froid de matin :! La glissade (K. Seguin) Poésies : Givre, neige et Le Roman de Renart : Renart et les
(texte inédit) glace M. Carême, M. anguilles (1 - 2)
Vérité, P. Verlaine, P.
Gamarra

Le Roman de Renart : Observation : Géographie : Le hockey sur


La pêche d'Ysengrin (3 - 4) La glace Glaciers et torrents glace (BT 780
– fév. 1974)

Module 8 : Enfants et adultes


Poussez-vous, les Le Petit Prince (1 à 3), A. de Saint-Exupéry Enfants et
enfants ! (texte inédit) adultes en
poésies : A.
Sylvestre, M.
Carême, E.
Guillevic, G.
Apollinaire

Les lutins et le cordonnier, frères Grimm Histoire : Enfants et Géographie : Vivre au Observation :
adultes au Moyen-Âge Sahara Le sable, les
dunes

Module 9 : Carnaval
Tous uniques ! Tous Riquet à la Houppe ( 1 à 4), Ch. Perrault
exceptionnels ! (texte
inédit)

Riquet à la Houppe (5) Carnaval en poésies : G. Fifi Brindacier, A. Tistou les Pouces Verts, Le Petit Prince
Jean, R. Desnos, Florian Lindgren M. Druon et la rose, A.
de Saint-
Exupéry

Module 10 : Enfants qui travaillent


Tu le crois ça ? (texte Le travail des enfants (1, 2) Cosette chez les Thénardier (1,2), V.
inédit) Hugo

Cosette chez les Thénardier (3, 4), V. Hugo Victor Hugo, un grand Victor Hugo, poèmes Tistou prend
écrivain une leçon de
misère

C. Huby, Lecture et expression au CE 5


Module 11 : Printemps
Printemps (1,2) (texte inédit) Le printemps en poésies : Le Roman de Renart : Le Roman de
T. Gauthier, L. Delarue- Renart et la Mésange Renart :
Mardrus, M. Carême Renart et
Tiécelin, le
corbeau (1)

Le Roman de Renart : Maître Renard, vu par J. de Observation : De l’œuf au Observation : La fleur Géographie :
Renart et Tiécelin, le La Fontaine poussin de cerisier Le printemps
corbeau (2)

Module 12 : Cabanes
Je serai bâtisseur (1, 2) (texte inédit) Jeux d'enfants en poésies : Le chalet (1, 2), P.J. Bonzon
N. Ferrer, A. Rimbaud,
Nazim Hikmet

La guerre des boutons, Construction de la cabane, L. Pergaud. Sciences : Le


Castor

Module 13 : Moyens de transport


Devinettes (texte Le petit navire (P. Chaponnière) Le Bateau Vert (1, 2)
inédit

Le Bateau Vert (3) Poésies : Bateaux, Dédale et Icare (1, 2) Histoire : Les
(Quentin Blake) voitures, trains et sous- premières
marins : Charpentreau, montgolfières
Vigny, Prévert

Module 14 : Voyages immobiles


En préparant la fête (1, 2) (texte inédit) Voyages immobiles en Le Tour du Monde en quatre-vingts
poésies : Carême, jours (1, 2), d'après J. Verne
Reverdy, Nerval, Larbaud,
Du Bellay

Réalise ton awalé Le voyage du canard (1, 2), (d'après M. Aymé) Recette du Strudel Vers l'Ouest
(1)

Vers l'Ouest (2), L. Le harnachement du Réalise un masque de Heidi découvre les Alpes suisses (1, 2,
Ingalls-Wilder chameau Venise 3), J. Spyri
Signification du code Texte niveau CE1 Texte niveau CE1/CE2 Texte niveau CE2
couleur

C. Huby, Lecture et expression au CE 6


Retour de vacances

1. Aujourd'hui, Mimi est de retour. Les vacances sont finies.


Tout doux, tout doux, il retrouve son domaine. Après quinze
jours loin d'ici, va-t-il tout reconnaître ?

2. Sur ses pattes de velours, il parcourt la pelouse. Ici, c'est


l'arbuste où l'attend son ami l'oiseau-jouet. Mimi lui dit bonjour,
dans son langage.

3. Et là, voici le grand cyprès où il se réfugie quand un chien du


quartier le poursuit. Vite, notre matou jette un regard autour de
lui : « Ouf !… pas de chien en vue. »

4. Marie est de retour, elle aussi. Accoudée à sa fenêtre, elle


regarde son chat et écoute le chant de l'oiseau-jouet. « Tirili !
Touroulou ! Fuitt' ! », répète-t-il sans cesse.

5. Notre petit chat est rassuré. Son domaine n'a pas bougé, il a
tout retrouvé ! Une nouvelle année peut commencer ! Il nous

C. Huby, Lecture et expression au CE 7


attend pour nous raconter toutes ses aventures. Partons vite
avec lui !
Nous nous entraînons

• Nous savons lire : le son ou


le retour – tout doux – il retrouve – un jour – le velours
lou – mou – tou – pou – chou – our – ous – oum -oul – ouc

• Nous expliquons :
son domaine : l'endroit où il habite et qui lui appartient.
un cyprès : un arbre long et mince qui reste toujours vert.
un matou : un chat.

• Nous réfléchissons :
- Quel est le domaine de Mimi ? Que contient-il ?
- Quel est le langage de Mimi ? Comment dit-il bonjour ?
- Comment marche-t-on « sur ses pattes de velours » ?
- Qu'est-ce qui rassure Mimi ?

• Nous relions deux à deux :


les coudes – les genoux – le dos – les bras – les cheveux
agenouillé – échevelé – accoudé – embrassé – adossé

• Nous reconstituons la phrase :

peut Une commencer année ! nouvelle

C. Huby, Lecture et expression au CE 8


La drôle de maison

1. Cruchon, cruchette

1. D'une voiture, tomba un jour une grosse cruche qui roula


jusque dans un champ. Passe en trottinant une petite souris. Elle
aperçoit la cruche : « Oh ! La jolie maison, pense-t-elle. Qui peut
bien y habiter ? Cruchon, cruchette, qui habite dans la
cruche ? »

2. Personne ne répond.
La souris pousse alors son museau dans la cruche : elle ne
voit rien.
« Eh bien, donc, dit-elle, je vais y habiter moi-même. »
Et la voilà qui s'installe.

3. Passe en sautant une petite grenouille.


« Oh ! la jolie maison, dit-elle. Cruchon, cruchette, qui habite
dans la cruche ?
– Moi, la souris grise. Et toi, quelle bête es-tu ?
– Je suis la grenouille qui se mouille…
– Eh bien, entre on va vivre ensemble, dit la souris.
- Avec plaisir, répond la grenouille. (à suivre)

C. Huby, Lecture et expression au CE 9


Nous nous entraînons

• Nous savons lire : le son ouille


une grenouille – elle se mouille – la rouille – il fouille

• Nous expliquons :
une cruche : un gros pot à eau en terre cuite.
le museau : nous avons un nez, les animaux ont un museau.

• Nous réfléchissons :
- Pourquoi la cruche fait-elle penser à une maison ?
- Quels autres objets pourraient servir de maison aux animaux ?

• Nous relions deux à deux :


le chien – le cheval – le loup – le mouton – la vache – le lapin
le terrier – l'écurie – la niche – la bergerie – l'étable – la tanière

• Nous reconstituons la phrase :

Passe une en petite . sautant grenouille

• Nous racontons et dessinons : ce que font la souris et la


grenouille dans leur nouveau domaine.

C. Huby, Lecture et expression au CE 10


La drôle de maison

2. Une grande famille

1. Et la grenouille entre dans la cruche pour vivre avec la souris.


Un lièvre passe tout courant : « Oh ! La jolie maison, dit-il.
Cruchon, cruchette, qui habite dans la cruche ?
– Moi, la grenouille qui se mouille avec la souris grise. Et toi,
qui es-tu ?

2. – Je suis le lièvre et je cours aussi vite que le vent. On peut


entrer ?
– Tu peux entrer et tu peux rester. Il y a de la place ! »
Les voilà trois dans la cruche, quand passe le renard.

3. « Oh ! la jolie maison, dit le renard. Cruchon, cruchette, qui


habite dans la cruche ?
– Moi, coasse la grenouille. Il y a aussi la souris grise et le
lièvre rapide comme le vent. Et toi, qui es-tu ?

4. – Je suis le renard à la queue touffue…


– Eh bien, viens avec nous, reprit la grenouille.
– Entendu », dit le renard.
Et les voilà quatre dans la cruche. (à suivre)

C. Huby, Lecture et expression au CE 11


Nous nous entraînons
• Nous savons lire en décomposant : en – e/na – e/no
gre/nouille ; en/tre ; vent ; en/trer ; re/nard ; en/ten/du

• Nous expliquons :
un lièvre : un animal sauvage qui ressemble au lapin.
touffue : la queue du renard est épaisse, avec beaucoup de poils.
Elle a la forme d'une touffe.

• Nous réfléchissons :
- Quelle qualité se donne chaque animal ?
- Choisissez maintenant un défaut pour chacun d'entre eux.
- Avez-vous une idée de la suite de l'histoire ?

• Nous relions deux à deux :


la grenouille – le cheval – la chèvre - le chien – le chat – l'ours
bêle – miaule – coasse – aboie – hennit - grogne

• Nous reconstituons la phrase :

quatre la Et cruche . voilà dans les

• Nous racontons : ce que fait le renard sur l'image ci-contre.

C. Huby, Lecture et expression au CE 12


La drôle de maison

3. Un gros lourdaud
1. Le loup s'approche à son tour, méfiant, la queue basse : « Oh !
la jolie maison, dit-il. Cruchon, cruchette, qui habite dans la
cruche ? »

– Moi, dit le renard, avec le lièvre aussi rapide que le vent, la


souris grise et la grenouille qui se mouille. Et toi, comment
t'appelles-tu ?

2. – Je suis le loup gris des taillis…

– Viens avec nous.

– Bien », dit le loup.

Et les voilà cinq dans la cruche.

3. Ils vivaient là, tous en paix, quand arriva l'ours : « Oh ! la


jolie maison, grogna-t-il. Cruchon, cruchette, qui habite dans la
cruche ? »

– Nous sommes toute une bande, cria la souris de sa petite


voix pointue ; il y a le renard à la queue touffue, avec la
grenouille qui se mouille, et le loup gris des taillis, et le lièvre

C. Huby, Lecture et expression au CE 13


aussi rapide que le vent, et moi, la souris grise. Mais toi, qui es-
tu ?

4. – Je suis l'ours velu…

– Viens avec nous ! crièrent-ils tous.

– Non, je suis bien trop gros », répondit l'ours. Et ce lourdaud,


s'asseyant sur la cruche, la mit en morceaux.

Et tous les habitants de la cruche se sauvèrent dans toutes


les directions. (Natha Caputo, Contes des quatre vents, Nathan)

Nous nous entraînons

• Nous savons lire des mots difficiles :


gre/nou/ille – ta/illis – gro/gna – s'a/ssey/ant – di/rec/tion

• Nous expliquons :
méfiant : le loup a peur, il se méfie, il est méfiant.
un taillis: partie d'un bois où les arbres sont petits et serrés, buisson, fourrés.

• Nous réfléchissons :
- Citer tous les animaux de l'histoire dans l'ordre de leur arrivée.
- Les ranger par ordre de taille. Que constate-t-on ?

• Nous complétons par une qualité (grise, méfiant, touffue,


pointue, rapide, lourdaud, velu) :
La souris est … . Le lièvre est … . L'ours est … et … . Le loup est … . La
voix de la souris est … . La queue du renard est … .

• Nous reconstituons la phrase :

paix là en vivaient . tous Ils

• Nous racontons l'histoire en rangeant les animaux du plus gros


au plus petit.

C. Huby, Lecture et expression au CE 14


Maisons en poésies

La petite maison

La petite maison
A des volets tout bleus,
Des roses sur le front,
Du ciel dans les cheveux.
Ne lui demandez rien
Si ce n’est un tarin.
Elle en a toujours un
Dans son menu jardin.
Que peut-elle vous dire
Sinon qu’il fait bon vivre,
Qu’il suffit d’un peu d’ombre
Au pied d’un mur chaulé
Pour qu’une fourmi blonde
Y fasse luire un monde.

Maurice Carême

C. Huby, Lecture et expression au CE 15


Recette

Prenez un toit de vieilles tuiles


Un peu avant midi.
Placez tout à côté
Un tilleul déjà grand
Remué par le vent.
Mettez au-dessus d'eux
Un ciel de bleu, lavé
Par des nuages blancs.
Laissez-les faire.
Regardez-les.

Eugène Guillevic

Nous nous entraînons

• Nous savons lire des mots difficiles :


le ciel – un pied – vieille – un tilleul – Eugène – Guillevic

• Nous expliquons :
un tarin : petit oiseau au plumage un peu vert.
son menu jardin:son petit jardin.
un mur chaulé : un mur blanchi à l'aide d'un produit appelé la chaux.
un tilleul : c'est un arbre qui pousse dans les régions tempérées.

C. Huby, Lecture et expression au CE 16


Les abeilles et la boue
1. Une souris très contrariée

1. Un jour, une souris se promenait dans les bois. Un nid


d'abeilles se détacha d'un arbre et lui tomba droit sur la tête.
« Abeilles, dit la souris, envolez-vous d'ici. Je ne veux pas me
promener avec un nid d'abeilles sur le haut de ma tête.

2. – Mais, dirent les abeilles, nous aimons tes oreilles, et ton nez,
et tes fines moustaches. C'est un très bel emplacement pour
notre nid : nous n'en partirons pas. »

3. La souris était très contrariée. Elle ne savait pas ce qu'elle


devait faire, et le bourdonnement des abeilles était
assourdissant. Elle reprit sa marche et arriva à un marécage
boueux.
4. « Abeilles, dit la souris, j'ai un logis comme vous en avez un.

C. Huby, Lecture et expression au CE 17


C'est mon chez moi. Si vous voulez rester sur ma tête, c'est là
qu'il vous faudra venir avec moi. (à suivre)

Nous nous entraînons

• Nous savons lire : le son on / om


contrariée – il tomba – nous aimons ton nez – mon chez moi
pon – ton – chon – gon – fon – ompe – omba – tron – pron -cron

• Nous expliquons :
un emplacement : un endroit que les abeilles ont choisi pour poser leur nid.
contrariée : la souris est mécontente ; cela l'embête.
assourdissant : trop fort ; qui rend complètement sourd.
un marécage : un terrain où l'on trouve de l'eau, de la boue, des plantes d'eau.
un logis : une maison.

• Nous réfléchissons :
- Pourquoi la souris ne veut-elle pas d'un nid d'abeilles sur la tête ?
- Pourquoi les abeilles veulent-elles rester là ?
- Qu'apprend-on au dernier paragraphe ?

• Nous construisons des mots :


bourdonner : le bourdonnement – miauler : le … - loger : le … - orner : un …

• Nous racontons ce que nous voyons sur la couverture du livre d'où


est tirée cette histoire.

C. Huby, Lecture et expression au CE 18


Les abeilles et la boue
2. Chez la souris

1. – Entendu, dirent les abeilles.


Nous aimons tes oreilles, ton nez,
tes fines moustaches et nous
serons heureuses de t'accompagner chez toi.
– Très bien », dit la souris.

2. Elle entra dans la boue jusqu'aux genoux en disant :


« Voici ma porte d'entrée.
– Bon », dirent les abeilles.

3. La souris s'enfonça dans la boue jusqu'à la ceinture.


« Ici, c'est ma salle de séjour, dit-elle.
– C'est charmant », déclarèrent les abeilles.

4. La souris s'enfonça dans la boue jusqu'au menton.


« Et là, dit-elle, c'est ma chambre.
– Très agréable », dirent les abeilles.

5. « Et maintenant, dit la souris, je vais dormir. »


Elle plongea la tête sous la boue.
« Oh ! Non, dirent les abeilles. Nous aimons bien ta porte
d'entrée, ta salle de séjour, ta chambre, mais non, mille fois non,
nous n'aimons pas ton lit. »
6. Les abeilles remontèrent à l'air libre et s'envolèrent.
Quant à la souris, elle rentra chez elle et prit un bain.

C. Huby, Lecture et expression au CE 19


(Arnold Lobel, La Soupe à la Souris, L'École des Loisirs)

Nous nous entraînons

• Nous savons lire : le son on / om


nous serons – accompagner – elle s'enfonça – elle plongea – non, non, mille
fois non – elles remontèrent

• Nous expliquons :
ma salle de séjour : le salon, la pièce où l'on vit le plus souvent.
à l'air libre : dehors.

• Nous réfléchissons :
- Le marécage est-il vraiment la maison de la souris ?
- Alors pourquoi y a-t-elle mené les abeilles ?
- La souris est-elle maline ? Et les abeilles ?

• Nous construisons des mots :


boue : il est boueux – danger : il est … - courage : il est … - peur : il est … -
chance : il est … - malheur : il est … - paresse : il est …

• Nous faisons la liste de toutes les pièces de la maison et nous


expliquons à quoi elles servent.

C. Huby, Lecture et expression au CE 20


Vivre autrefois : La vieille maison

1. La maison de Jeannot est une des plus vieilles du village. Elle


n'a pas d'étage. Au rez-de-chaussée, il y a quatre pièces
séparées par un couloir. Sous l'habitation, il y a une cave ; au-
dessus des pièces se trouve un grenier, couvert d'un vieux toit
de tuiles grises.
2. Entre le bâtiment et la rue, il y a une petite cour. À gauche de
la maison se trouve une basse-cour, près de laquelle on passe
pour se rendre au jardin. Le jardin s'étend jusqu'à un ruisseau
où les ménagères lavent leur linge à l'ombre des peupliers.
3. Le grand-père et le bisaïeul de Jeannot habitaient déjà cette
maison, dont son papa lui a bien souvent raconté l'histoire.
« C'est ton bisaïeul qui l'a fait construire. C'est lui qui a planté
le marronnier de la cour, sous lequel il fait si bon les soirs d'été,
et la haie du jardin, qui est si belle au mois de mai.
4. Ton grand-père a planté presque tous les arbres du clos. Il a
fait percer cette fenêtre du rez-de-chaussée, parce qu'il trouvait
qu'une des pièces était sombre et humide. Il a fait poser la
C. Huby, Lecture et expression au CE 21
rampe de l'escalier, pour que je ne tombe pas lorsque j'étais petit.
5. •À mon tour, j'ai entretenu et embelli notre maison. J'ai fait
réparer le toit. J'ai planté la treille de la façade et les rosiers de
la cour.
Plus tard, tu t'occuperas d'elle à ton tour. Tu l'aimes bien, cette
vieille maison où tu as fait tes premiers pas. Elle t'a protégé de
la pluie et du froid. Tu en connais tous les recoins, de la cave au
grenier. Quand tu seras grand, ne l'oublie jamais ! »
(Kléber Seguin, Jeannot et Jeannette, Hachette, 1924)

Nous nous entraînons

• Nous expliquons :
le rez-de-chaussée : c'est la partie de la maison qui est à la même hauteur que
la chaussée, que la rue.
le bisaïeul : c'est le père du grand-père ou de la grand-mère.
le clos : c'est un jardin fermé par des murs ou des haies.

• Nous réfléchissons :
- Quelles étaient les diverses parties de cette maison d'autrefois ? Que voyait-
on autour de la maison ?
- Qui a fait construire la maison ? Qui l'a entretenue ensuite ? À qui a-t-elle
appartenu ensuite ? Que recommande le père de Jeannot à son fils ?

• Nous complétons le texte : Dans la maison de Jeannot, il y avait


quatre … séparées par un … . Sous la maison, il y avait une … ; sous le toit, il
y avait un … . Entre la maison et la rue, il y avait une … . Le jardin s'étendait
jusqu'à un … .

C. Huby, Lecture et expression au CE 22


Vivre ailleurs : Une case
en Haute-Guinée
1. J'étais enfant et je jouais près
de la case de mon père. Quel âge
avais-je en ce temps-là ? Je ne
me rappelle pas exactement. Je
devais être très jeune encore :
cinq ans, six ans peut-être. Ma
mère était dans l'atelier, près de mon père, et leurs voix me parvenaient,
rassurantes, tranquilles, mêlées à celles des clients de la forge et au bruit
de l'enclume. [...]

2. Mon père avait sa case à proximité de l'atelier, et souvent je jouais là,


sous la véranda qui l'entourait. C'était la case personnelle de mon père.
Elle était faite de briques en terre battue et pétrie avec de l'eau; et comme
toutes nos cases, ronde et fièrement coiffée de chaume.

3. On y pénétrait par une porte rectangulaire. A l'intérieur, un jour avare


tombait d'une petite fenêtre. A droite, il y avait le lit, en terre battue
comme les briques, garni d'une simple natte en osier tressé et d'un oreiller
bourré de kapok. Au fond de la case et tout juste sous la petite fenêtre, là
où la clarté était la meilleure, se trouvaient les caisses à outils. A gauche,
les boubous et les peaux de prière. Enfin, à la tête du lit, surplombant
l'oreiller et veillant sur le sommeil de mon père, il y avait une série de
marmites contenant des extraits de plantes et d'écorces.

4. Ces marmites avaient toutes des couvercles de tôle et elles étaient


richement et curieusement cerclées de chapelets de cauris ; on avait tôt
fait de comprendre qu'elles étaient ce qu'il y avait de plus important dans
la case; de fait, elles contenaient les gris-gris, ces liquides mystérieux qui
éloignent les mauvais esprits et qui, pour peu qu'on s'en enduise le corps,
le rendent invulnérable aux maléfices, à tous les maléfices. [...]

C. Huby, Lecture et expression au CE 23


5. De la véranda sous laquelle je jouais, j'avais directement vue sur l'atelier,
et en retour on avait directement l’œil sur moi. Cet atelier était la maîtresse
pièce de notre concession. Mon père s'y tenait généralement, dirigeant le
travail, forgeant lui-même les pièces principales ou réparant les
mécaniques délicates ; il y recevait amis et clients ; et si bien qu'il venait
de cet atelier un bruit qui commençait avec le jour et ne cessait qu'à la
nuit. [...]

6. Parfois je m'approchais, attiré par la lueur du foyer, mais j'entrais


rarement, car tout ce monde m'intimidait fort, et je me sauvais dès qu'on
cherchait à se saisir de moi. Mon domaine n'était pas encore là ; ce n'est
que beaucoup plus tard que j'ai pris l'habitude de m'accroupir dans l'atelier
et de regarder briller le feu de la forge. Mon domaine, en ce temps-là,
c'était la véranda qui entourait la case de mon père, c'était la case de ma
mère, c'était l'oranger planté au centre de la concession.

(Camara Laye, L'Enfant Noir, Plon, 1953)

Nous nous entraînons

• Nous expliquons :
la forge : l'atelier où l'on travaille les métaux et tout particulièrement le fer.
le kapok : c'est une fibre produite par un arbre et qui ressemble à du coton.
une véranda : En Guinée, c'est un toit en pente sur le côté ou la façade de la
maison.
des cauris : ce sont des coquillages qui servent de perles ou de monnaie.
invulnérable :qui ne peut être blessé.

• Nous réfléchissons :
- Quelles étaient les différentes parties du domaine de Camara ?
- En quoi sont construits les bâtiments (murs, toit, véranda) ? Qu'abritent-ils ?
- Qui habite la case décrite ? Où doit habiter Camara ? Comment peut-on le
deviner ?

C. Huby, Lecture et expression au CE 24


Observation : L'argile

1. À cet endroit le sol a été creusé ; 2. L'argile sèche est-elle tendre ou


que vient-on chercher dans cette dure ? Est-elle friable ?
carrière ? Versons un peu d'eau sur l'argile
sèche : que devient l'eau ?

3. Pétrissons l'argile mouillée, puis 4. Versons de l'eau dans la cuvette


donnons-lui la forme d'une boule ou d'argile : l'eau y reste-t-elle ?
d'une cuvette.

5. Aplatissons de l'argile humide pour 6. Si nous ajoutons du sable et des


en faire une galette. Laissons-la petits morceaux de paille ou d'herbe
sécher : comment devient-elle en sèche, la galette sèche est-elle
séchant ? pareille à l'autre ?

C. Huby, Lecture et expression au CE 25


7. Cette personne fabrique des 8. Que construit-on en banco ?
briques de banco. Comment obtient- Pourquoi le banco résiste-t-il mal à la
on le banco ? Que fait-on pour avoir pluie ?
des briques de la même grosseur ?

L'argile
1. L'argile n'a pas toujours la même couleur : elle peut être rouge, verte ou
presque blanche.
2. L'argile sèche se raie avec l'ongle et s'écrase facilement ; l'argile est donc
une roche tendre et friable.
3. Avec de l'eau, l'argile devient molle et collante ; on dit qu'elle fait pâte. On
peut alors la pétrir, la modeler pour lui donner une forme. En séchant, l'argile
redevient plus dure ; elle garde sa forme, mais elle se fendille. Si l'on ajoute
de l'eau à l'argile sèche, l'argile ramollit et on peut à nouveau la pétrir.
4. L'eau ne traverse pas une cuvette en argile : l'argile humide est
imperméable.
5. Le banco est un mélange fait d'argile, d'eau, de sable et de petits morceaux
de paille. Grâce au sable et à la paille, le banco ne se fendille pas en séchant.
On l'utilise pour construire des greniers et pour fabriquer des briques sèches.
Le banco est peu coûteux, mais il résiste mal à la pluie.
(D'après Sciences d'Observation C. E., EDICEF, 1964)
Nous nous entraînons
• Nous dessinons et racontons : - comment
on peut vérifier que l'argile est imperméable ;
- comment on fabrique des briques de banco.

La grande mosquée de Djenné, au Mali,


entièrement construite en banco.

C. Huby, Lecture et expression au CE 26


La poursuite

1. Malo et Lucas sont revenus, eux aussi. Malo a passé tout


l'été à la mer, en Bretagne, dans le village de ses grands-parents.
Lucas était au centre de loisirs en juillet et à la montagne dans
les Alpes, avec sa famille, au mois d'août.
2. Mais les vacances sont finies et maintenant, ils sont de retour
dans leur quartier.
« Allez, Malo, allons-y, crie Lucas. Poursuis-moi ! Le premier
arrivé à la boulangerie aura gagné ! »

3. Alors Malo se penche sur son guidon, comme il a vu faire aux


coureurs du Tour de France qu'il a vu passer dans le village de
ses grands-parents, là-bas, en Bretagne. Mais que Lucas est
rapide ! Comme il a grandi pendant ces vacances !

4. Les deux amis pédalent de toutes leurs forces. Ils filent à


travers les rues calmes du quartier sans même observer ce qui
s'y passe. Ils ne voient pas leurs amies Lila et Marie qui glissent
sur le toboggan du jardin public. Ils ne remarquent pas le facteur
qui dépose un colis chez Sacha.

5. C'est à peine s'ils se rendent compte que, devant le marchand


de journaux, le présentoir expose des nouveaux magazines pour

C. Huby, Lecture et expression au CE 27


enfants, des albums pour coller des images, des trousses et des
agendas !
Malo, le visage rougi par la fatigue, fait un dernier effort et,
debout sur les pédales, il s'arrête devant la boulangerie juste en
même temps que Lucas. « Oui, génial ! On est à égalité ! »

Nous nous entraînons

• Nous savons lire : la lettre g.

• égalité – un magazine – un toboggan – les grands-parents - elles glissent


ga – go – gu – gra – gro – gré – glu – glo

• la boulangerie – une image – un agenda – le visage rougi – génial


ge – gi – gé – gè – gê

• le guidon – la fatigue
gui – gue – gué – guè – guê

• la Bretagne – la montagne – gagné


gne – gné – gnou – gnon -gnan

• Nous réfléchissons :
- Quels sont les deux mois des vacances d'été ?
- Qu'a dû faire Malo en Bretagne ? Et Lucas, au centre de loisirs puis à la
montagne ?

• Nous construisons des mots et nous les expliquons :


égal : l'égalité – libre : la … - vrai : la … - fidèle : la … - agile : l'…

• Nous racontons ce que nous verrions si nous nous promenions dans


le quartier de Lucas et Malo.

C. Huby, Lecture et expression au CE 28


Le vent fou (1)

1. Je suis le vent,
je suis le fou,
je suis le vent fou.
Je souffle et je m'amuse
à taquiner les gens.

2. Voilà une petite fille ; elle a de longs cheveux blonds.


Je souffle :
tous ses cheveux se soulèvent et s'emmêlent ;
ils lui couvrent la figure ; elle n'y voit plus,
et moi je ris.
Je suis le vent, je suis le fou,
je suis le vent fou.

3. Voilà une dame sous son parapluie ;


je souffle et je souffle, et je retourne le parapluie,
et je chasse la pluie qui s'en va arroser d'autres gens,
là-bas, bien loin.
Je suis le vent, je suis le fou,
je suis le vent fou.

4. Voilà un monsieur : il lit son journal.


Je souffle et je souffle, hou, hou, hou…
J'arrache le journal et je l'emporte.
Le journal roule sur le trottoir ;
le monsieur court après et il va l'attraper ;
alors je souffle encore plus fort, hou, hou, hou…

5. J'arrache le chapeau qui s'envole et roule.


Le chapeau roule derrière le journal.
Le monsieur court derrière le chapeau.

C. Huby, Lecture et expression au CE 29


Je suis le vent, je suis le fou,
je suis le vent fou. (à suivre)

Nous nous entraînons

• Nous savons lire des mots difficiles :


les gens – ils s'em/mê/lent – bien – loin – un monsieur – der/riè/re

• Nous expliquons :
taquiner : s'amuser sans méchanceté à agacer, ennuyer, faire enrager
quelqu'un.
le trottoir : partie aménagée pour les piétons, de chaque côté de la rue.

• Nous réfléchissons :
- Qui parle dans cette histoire ?
- Quel est son caractère ?
- Quelle est la personne qu'il a le plus taquinée ?

• Nous complétons des phrases à l'aide des mots : sur, sous,


derrière, là-bas.
Voilà une dame … son parapluie. Le chapeau roule … le journal.
La pluie s'en va …, bien loin. Le journal roule … le trottoir.
Le monsieur court … le chapeau.

• Nous récapitulons toutes les taquineries qu'a déjà faites le vent.

• Nous dessinons et racontons une nouvelle taquinerie du vent.

C. Huby, Lecture et expression au CE 30


Le vent fou (2)

1. Voilà un garçon,
il veut aider le monsieur,
le garçon court derrière le monsieur,
le monsieur court derrière le
chapeau,
le chapeau roule derrière le journal.
Je suis le vent, je suis le fou, je suis le vent fou.

2. Voilà un vélo : il veut aider le garçon ;


le vélo roule derrière le garçon,
le garçon court derrière le monsieur,
le monsieur court derrière son chapeau,
le chapeau roule derrière le journal.
Je suis le vent, je suis le fou, je suis le vent fou.

3. Voilà une voiture : elle veut aider le vélo ;


la voiture roule derrière le vélo,
le vélo roule derrière le garçon,
le garçon court derrière le monsieur,
le monsieur court derrière son chapeau,
le chapeau roule derrière le journal.
Je suis le vent, je suis le fou, je suis le vent fou.

4. Je souffle encore un bon coup !


Le journal plonge dans le lac.
Le chapeau plonge dans le lac.
Le monsieur plonge dans le lac.
Le garçon plonge dans le lac.
Le vélo plonge dans le lac.
La voiture plonge dans le lac.

C. Huby, Lecture et expression au CE 31


Tout le monde est à l'eau et rit beaucoup.
Je suis le vent, je suis le fou, je suis le vent fou.
(D'après C. Silvestre de Sacy, Bien lire et aimer lire, ESF, 1963)

Nous nous entraînons

• Nous savons lire la lettre g :


le garçon – les gens – il plonge – nous plongeons – une blague

• Nous expliquons :
le lac : c'est une grande étendue d'eau entourée de terre de tous côtés.

• Nous réfléchissons :
- Le vent est taquin. À quoi le voyons-nous ?
- À quelle saison doit se passer cette histoire ? Pourquoi ?
- Sa taquinerie serait-elle drôle à une autre saison ? Pourquoi ?

• Nous complétons des phrases à l'aide des mots : court, roule,


galope, rampe, sautille.
La grenouille … au bord du lac. Le cheval … dans la prairie.
Le monsieur … derrière le chapeau. Le vélo … derrière le garçon.
Le serpent … dans les hautes herbes.

• Nous racontons l'histoire en images et nous inventons une fin.

C. Huby, Lecture et expression au CE 32


Poursuites en poésies
Chanson
J’ai perdu ma poulette
Et j’ai perdu mon chat,
Je cours à la poudrette
Si Dieu me les rendra.
Je vais chez Jean Le Coz
Et chez Marie Maria.
Va-t’en voir chez Hérode
Peut-être il le saura.
Passant devant la salle
Toute la ville était là
A voir danser ma poule
Avec mon petit chat.
Tous les oiseaux champêtres
Sur les murs et les toits
Jouaient de la trompette
Pour le banquet du roi.
Max Jacob

Le bonheur est dans le pré

Le bonheur est dans le pré. Cours-y vite, cours-y vite.


Le bonheur est dans le pré. Cours-y vite. Il va filer
Si tu veux le rattraper, cours-y vite, cours-y vite.
Si tu veux le rattraper, cours-y vite. Il va filer.
Dans l’ache et le serpolet, cours-y vite, cours-y vite.
Dans l’ache et le serpolet, cours-y vite. Il va filer.

Sur les cornes du bélier, cours-y vite, cours-y vite.


Sur les cornes du bélier, cours-y vite. Il va filer.

Sur le flot du sourcelet, cours-y vite, cours-y vite.


Sur le flot du sourcelet, cours-y vite. Il va filer.

C. Huby, Lecture et expression au CE 33


De pommier en
cerisier, cours-
y vite, cours-y
vite.
De pommier en
cerisier, cours-
y vite. Il va
filer.

Saute par-
dessus la haie,
cours-y vite,
cours-y vite.
Saute par-
dessus la haie,
cours-y vite. Il
a filé !

Paul Fort

Nous nous entraînons

• Nous savons lire des mots difficiles :


per/du - le bo/nheur - le ser/po/let – le sour/ce/let – par-de/ssus

• Nous expliquons :
à la poudrette : peut-être « dans la poussière » ou « un peu au hasard » ?
champêtres: les oiseaux qui vivent dans les champs ; les oiseaux sauvages.
un banquet : un grand repas, un festin.
l'ache : c'est une plante qui ressemble au persil.
le sourcelet : la petite source, le ruisseau.
la haie : c'est une clôture faite d'arbustes qui délimite un terrain.

C. Huby, Lecture et expression au CE 34


L'oie d'or (1)

1. Il était une fois un homme qui avait trois fils.


Le plus jeune avait été surnommé le Bêta et
était la risée de tout le monde. Ses frères le
prenaient de haut et se moquaient de lui à chaque occasion.

2. Un jour, le fils aîné s'apprêta à aller dans la forêt pour abattre des arbres.
Avant qu'il ne parte, sa mère lui prépara une délicieuse galette aux œufs
et ajouta une bouteille de vin pour qu'il ne souffre ni de faim ni de soif.
Lorsqu'il arriva dans la forêt, il y rencontra un vieux gnome gris. Celui-
ci le salua, lui souhaita une bonne journée et dit :
– Donne-moi un morceau de gâteau et donne-moi à boire de ton vin.

3. Mais le fils, qui était malin, lui répondit :


– Si je te donne de mon gâteau et te laisse boire de mon vin, il ne me
restera plus rien. Passe ton chemin.
Il laissa le bonhomme là où il était, et il s'en alla. Il choisit un arbre et
commença à couper ses branches, mais très vite il s'entailla le bras avec
la hache.
Il se dépêcha de rentrer à la maison pour se faire soigner. Ce qui était
arrivé n'était pas le fait du hasard, c'était l'œuvre du petit homme.

4. Un autre jour, le deuxième fils partit dans la forêt. Lui aussi avait reçu
de sa mère une galette et une bouteille de vin. Lui aussi rencontra le petit
homme gris qui lui demanda un morceau de gâteau et une gorgée de vin.
Mais le deuxième fils répondit d'une manière aussi désinvolte que son frère
aîné :

5. – Si je t'en donne, j'en aurai moins. Passe ton chemin.


Il planta le petit homme là et s'en alla. La punition ne se fit pas attendre.
Il brandit sa hache trois ou quatre fois et son tranchant le blessa à la jambe.
6. Peu de temps après, le Bêta dit:
– Papa, laisse-moi aller dans la forêt. Moi aussi je voudrais abattre des

C. Huby, Lecture et expression au CE 35


arbres.
– Pas question, répondit le père. Maladroit comme tu es, tu n'iras nulle
part. (à suivre)

Nous nous entraînons

• Nous savons lire des mots difficiles :


le fils – surnommé - délicieuse – des œufs – la faim – un g/nome – il
s'entailla – l'œuvre – le deuxième – une gorgée – la punition

• Nous expliquons :
la risée : c'est ce dont tout le monde se moque, ce qui fait rire.
un gnome : c'est un personnage des contes qui est laid et de petite taille.
il s'entailla : il se coupa.
désinvolte : le deuxième frère est insolent, impoli.

• Nous réfléchissons :
- Qui est ce gnome ? À quoi le voyons-nous ?
- Pourquoi punit-il les deux frères aînés ?

• Nous rétablissons l'ordre de l'histoire.


L'aîné rentre à la maison. L'aîné s'entaille le bras avec sa hache.
L'aîné va dans la forêt. La mère prépare un repas pour l'aîné.
L'aîné rencontre le gnome et refuse de lui donner à manger.

• Nous dessinons et racontons comment on coupe un arbre à la


hache.

C. Huby, Lecture et expression au CE 36


L'oie d'or (2)

1. Mais le Bêta insista et son père finit par céder :


– Vas-y, mais s'il t'arrive quelque chose, tu recevras une
belle correction.
Sa mère lui donna une galette faite d'une pâte préparée
à l'eau et cuite dans les cendres et une bouteille de bière
aigre. Le Bêta arriva dans la forêt et y rencontra le gnome
vieux et gris, qui le salua et dit :
– Donne-moi un morceau de ton gâteau et laisse-moi boire de ton vin. J'ai
faim et soif.

2. – Je n'ai qu'une galette sèche et de la bière aigre, répondit le Bêta, mais si


cela te suffit, asseyons-nous et mangeons.
Ils s'assirent et le Bêta sortit sa galette qui soudain se transforma en un
somptueux gâteau et trouva du bon vin à la place de la bière aigre. Ils
mangèrent et burent, puis le vieux bonhomme dit :
– Tu as bon cœur et tu aimes partager avec les autres, c'est pourquoi je
vais te faire un cadeau. Regarde le vieil arbre, là-bas. Si tu l'abats, tu trouveras
quelque chose dans ses racines.

3. Le gnome le salua et disparut.


Le Bêta s'approcha de l'arbre et l'abattit. L'arbre tomba et le Bêta aperçut entre
ses racines une oie aux plumes d'or. Il la sortit, la prit et alla dans une auberge
pour y passer la nuit.
L'aubergiste avait trois filles. Celles-ci, en apercevant l'oie, furent intriguées
par cet oiseau étrange. Elles auraient bien voulu avoir une des plumes d'or.

4. – Je trouverai bien une occasion de lui en arracher une, pensa la fille aînée.
Et lorsque le Bêta sortit, elle attrapa l'oie par une aile. Mais sa main resta
collée à l'aile et il lui fut impossible de la détacher. La deuxième fille arriva, car
elle aussi voulait avoir une plume d'or, mais dès qu'elle eut touché sa sœur,
elle resta collée à elle. La troisième fille arriva avec la même idée en tête.

5. – Ne viens pas ici, que Dieu t'en garde ! Arrête-toi ! crièrent ses sœurs.
Mais la benjamine ne comprenait pas pourquoi elle ne devrait pas approcher,

C. Huby, Lecture et expression au CE 37


et elle se dit:
– Si elles ont pu s'en approcher, pourquoi je ne pourrais pas en faire autant ?
Elle s'avança, et dès qu'elle eut touché sa sœur, elle resta collée à elle.
Toutes les trois furent donc obligées de passer la nuit en compagnie de l'oie.
(à suivre)
Nous nous entraînons
• Nous savons lire la lettre g :
une galette – aigre - un gâteau – mangeons – ils mangèrent – partager – le
gnome – une auberge – l'aubergiste – intriguées – étrange – garde –
obligées – en compagnie

• Nous expliquons :
céder : accepter, dire oui.
une correction : son père le frappera pour le punir (on dit aussi pour le corriger).
aigre : désagréablement acide, au goût piquant.
somptueux : magnifique, extraordinaire.

• Nous réfléchissons :
- Pourquoi le gnome s'est-il comporté différemment avec le plus jeune frère ?
- Qu'est-ce qu'une auberge ? un aubergiste ? intriguées ?une benjamine ?
Comment peut-on comprendre ces mots tout seul ?

• Nous qualifions les noms à l'aide des mots : benjamin, aigre,


somptueux, intrigué, désinvoltes.
Les deux frères aînés sont … . - Bêta est le … . - Il est … par ce que lui dit le
gnome - L'oie a un plumage … . - Ne bois pas ce jus de fruit, il est … .

• Nous écrivons ce que pourra dire l'aubergiste en voyant ses filles

collées au plumage de l'oie.

C. Huby, Lecture et expression au CE 38


L'oie d'or (3)

1. Le lendemain matin,
le Bêta prit son oie dans
les bras et s'en alla, sans
se soucier des trois filles
qui y étaient collées.
Elles furent bien
obligées de courir
derrière lui, de gauche à
droite, et de droite à
gauche, partout où il lui
plaisait d'aller. Ils rencontrèrent un curé dans les champs qui, voyant ce défilé
étrange, se mit à crier :

2. – Vous n'avez pas honte, impudentes, de courir ainsi derrière un garçon


dans les champs ? Croyez-vous que c'est convenable ?
Et il attrapa la benjamine par la main voulant la séparer des autres ; mais
dès qu'il la toucha, il se colla à son tour et fut obligé de galoper derrière les
autres.
Peu de temps après, ils rencontrèrent le sacristain. Celui-ci fut surpris de
voir le curé courir derrière les filles, et cria :

3. – Dites donc, monsieur le curé, où courez-vous ainsi ? Nous avons encore


un baptême aujourd'hui, ne l'oubliez pas !
Il s'approcha de lui, le prit par la manche et il ne put plus se détacher.
Tous les cinq couraient ainsi, les uns derrière les autres, lorsqu'ils
rencontrèrent deux paysans avec des bêches qui rentraient des champs.

4. Le curé les appela au secours, leur demandant de les détacher, lui et le


sacristain. Mais à peine eurent-ils touché le sacristain que les deux paysans
furent collés à leur tour. Ils étaient maintenant sept à courir derrière le Bêta
avec son oie dans les bras.

5. Ils arrivèrent dans une ville où régnait un roi qui avait une fille si triste que
personne n'avait jamais réussi à lui arracher un sourire. Le roi proclama donc

C. Huby, Lecture et expression au CE 39


qu'il donnerait sa fille à celui qui réussirait à la faire rire. Le Bêta l'apprit et
aussitôt il se dirigea au palais, avec son oie et toute sa suite. Dès que la
princesse aperçut ce défilé étrange, les uns courant derrière les autres, elle se
mit à rire très fort. Le Bêta réclama aussitôt le mariage, mais le roi n'avait pas
envie d'un tel gendre. Il tergiversait et faisait des manières, pour déclarer
finalement que le Bêta devait d'abord trouver un homme qui serait capable de
boire une cave pleine de vin. (à suivre)

Nous nous entraînons


• Nous savons lire des mots difficiles syllabe par syllabe :
der/ri/è/re - im/pu/den/tes – croy/ez – con/ve/na/ble – sa/cris/tain –
bap/tê/me – pay/sans – sept – per/so/nne – prin/ces/se

• Nous expliquons :
un curé : c'est un prêtre qui dit des messes dans une église.
un sacristain : c'est une personne qui entretient l'église.
impudentes : les filles suivent un inconnu, elles sont mal élevées, sans-gêne.

• Nous réfléchissons :
- Pourquoi le Bêta se dirige-t-il tout droit vers le palais du roi ?
- Est-il aussi bêta qu'il en a l'air ?

• Nous qualifions les noms à l'aide des mots : étrange, impudentes,


convenables, surpris, triste.
La princesse est … . - Le défilé est … . - Le sacristain est … par ce qu'il voit. –
Les filles de l'aubergiste sont …, elles ne sont pas … .

• Nous dessinons et expliquons ce que l'on fait avec une bêche.

C. Huby, Lecture et expression au CE 40


L'oie d'or (4)
1. Le Bêta pensa que le petit bonhomme gris serait certainement de bon conseil
et consentirait peut-être à l'aider, et il partit dans la forêt. À l'endroit précis où
se trouvait l'arbre abattu par le Bêta était assis un homme au visage triste. Le
Bêta lui demanda ce qu'il avait.
– J'ai grand-soif, répondit l'homme, et je n'arrive pas à l'étancher. Je ne
supporte pas l'eau. J'ai bu, il est vrai, un fût entier de vin, mais c'est comme
si on faisait tomber une goutte sur une pierre chauffée à blanc.

2. – Je peux t'aider, dit le Bêta. Viens avec moi, tu verras, tu auras de quoi
boire.
Il le conduisit dans la cave du roi. L'homme commença à boire le vin et il
but et but jusqu'à en avoir mal au ventre. À la fin de la journée, il avait tout
bu.
Le Bêta réclama de nouveau le mariage, mais le roi biaisait encore : un tel
simplet, un tel dadais – comme d'ailleurs même son nom l'indiquait – pourrait-
il devenir le gendre d'un roi? Il inventa donc une nouvelle épreuve : le Bêta
devrait d'abord lui amener un homme capable de manger une montagne de
pain.

3. Le Bêta n'hésita pas une seconde et partit dans la forêt. À l'endroit habituel
était assis un homme, qui serrait sa ceinture avec un air très contrarié :
– J'ai mangé une charrette de pain, mais à quoi bon quand on a fait comme
moi? Mon estomac est toujours vide et je dois toujours serrer ma ceinture.
Le Bêta fut très heureux de l'apprendre et lui dit gaiement :
– Lève-toi et suis-moi! Tu verras, tu mangeras à satiété.

4. Il emmena l'affamé dans la cour royale. Entre-temps, le roi fit apporter toute
la farine du royaume et ordonna d'en faire une montagne de pain.
L'homme de la forêt s'en approcha et se mit à manger. À la fin de la journée,
il avait tout englouti. Et le Bêta, pour la troisième fois, demanda la main de la
princesse. Mais le roi se déroba encore en demandant à son futur gendre de
trouver un bateau qui saurait aussi bien se déplacer sur l'eau que sur la terre.
– Dès que tu me l'amèneras, le mariage aura lieu.

C. Huby, Lecture et expression au CE 41


5. Le Bêta repartit dans la forêt et, là était assis le vieux gnome gris qui dit :
– J'ai bu pour toi, j'ai mangé pour toi. Et maintenant je vais te procurer ce
bateau; tout cela parce que tu as été charitable avec moi.
Et, en effet, il lui donna ce bateau qui naviguait aussi bien sur l'eau que sur
la terre et le roi ne put plus lui refuser la main de sa fille.
(Frères Grimm, Contes)

Nous nous entraînons


• Nous savons lire la lettre g :
gris - le visage – j'ai grand-soif – le mariage – le gendre – manger – une
montagne – gaiement – englouti – il naviguait

• Nous expliquons :
étancher sa soif : calmer sa soif, apaiser sa soif en buvant.
un fût : c'est un très grand tonneau.
il biaisait : le roi trouvait des ruses pour empêcher le mariage.

• Nous réfléchissons :
- Le roi est-il honnête ? À quoi le voyons-nous ?
- Le Bêta a-t-il réussi seul ? Qui l'aidait sans cesse et pourquoi le faisait-il ?

• Nous complétons les phrases à l'aide des mots : simplet, à satiété,


gendre, charitable, dadais.
Un bêta, c'est un … ou un … . - Le Bêta est le … du roi. - L'homme a mangé …,
il n'a plus faim. – Le Bêta a été … avec le gnome gris qui l'a récompensé.

• Nous dessinons et racontons le mariage des deux jeunes gens.

C. Huby, Lecture et expression au CE 42


Vivre autrefois : À la Préhistoire,
dans la grande forêt

1. Une lune avait passé. Depuis longtemps, Naoh, avançant toujours vers le
sud, avait dépassé la savane ; il traversait la forêt. Elle semblait interminable,
entrecoupée par des îles d’herbes et de pierres, des lacs, des mares et des
combes. Elle dévalait lentement, avec des remontées inattendues, en sorte
qu’elle produisait toutes les sortes de plantes, toutes les variétés de bêtes.

2. On pouvait y rencontrer le tigre, le lion jaune, le léopard, l’homme des arbres,


qui vivait solitaire avec quelques femelles, et dont la force surpassait celle des
hommes ordinaires, l’hyène, le sanglier, le loup, le daim, le cerf élaphe, le
chevreuil, le mouflon. Le rhinocéros y traînait sa lourde cuirasse ; peut-être
même y eût-on découvert le lion géant, devenu excessivement rare, son
extinction ayant commencé depuis des centaines de siècles.
On trouvait aussi le mammouth, ravageur de la forêt, broyeur de branches
et déracineur d’arbres, dont le passage était plus farouche que l’inondation et
le cyclone.

3. Sur ce territoire redoutable, les Nomades découvrirent la nourriture en


abondance ; eux-mêmes se savaient une proie pour les mangeurs de chair. Ils
marchaient avec prudence, en triangle, de manière à commander le plus grand
espace possible. Leurs sens précis pouvaient, pendant le jour, les préserver
des embûches. D’ailleurs, leurs ennemis les plus funestes ne chassaient guère
que dans les ténèbres. Le jour, ils n’avaient pas le regard aussi prompt que les
hommes ; et leur odorat n’était pas comparable à celui des loups.

4. Ceux-ci eussent été les plus difficiles à dépister : mais, dans la forêt bien
pourvue, ils ne songeaient guère à traquer des animaux aussi menaçants que

C. Huby, Lecture et expression au CE 43


les Oulhamr. Parmi les ours, le plus puissant, le colosse des cavernes, ne
chassait pas, à moins d’être tourmenté par la famine. Herbivore, il trouvait
dans le terroir de quoi assouvir, pacifiquement, sa voracité. Et l’ours gris, qui
ne rôdait qu’accidentellement en dehors des régions fraîches, se décelait à
distance.

6. Toutefois, les journées étaient pleines d’alertes et les nuits terrifiantes. Les
Oulhamr choisissaient avec soin les lieux de refuge ; ils s’arrêtaient longtemps
avant la chute du jour. Souvent ils se réfugiaient dans un creux ; d’autres fois
ils reliaient des blocs ou bien, s’abritant dans un fourré profond, ils semaient
des obstacles sur leur passage ; certains soirs ils choisissaient quelques arbres
très rapprochés, où ils se fortifiaient.
(J. H. Rosny Aîné, La Guerre du Feu, 1909)

Nous nous entraînons

• Nous expliquons :
la savane : c'est une plaine de hautes arbres, avec très peu d'arbres.
des combes : des petites vallées, longues et étroites.
son extinction : sa disparition. Le lion géant n'existera bientôt plus.
farouche : violent.
les Nomades : ils se déplacent sans cesse, ils n'ont pas de lieu d'habitation fixe.
embûches : pièges, difficultés qu'on ne voit pas.

• Nous réfléchissons :
- Comment est la forêt ? Quel est le sens du mot « interminable » ?
- Qui vit dans la forêt ? Pourquoi les Nomades s'y sentent-ils bien malgré le
danger ? Quels dangers redoutent-ils le plus ?
- Quand se sentent-ils le moins en sécurité ? Que signifie le mot
« terrifiantes » ? Que font-ils pour se protéger pendant qu'ils dorment ?

C. Huby, Lecture et expression au CE 44


Vivre maintenant : Apprendre à se repérer

Observation
1. Pour se repérer, il faut se placer face au soleil, au tout début de l'après midi
et tendre les bras. Ainsi placé, on est face au sud.
La main gauche indique l'est (là où le soleil
se lève).La main droite indique l'ouest (là
où le soleil se couche). Le nord est juste
dans notre dos (c'est la direction de notre
ombre).

2. Une boussole : Comment est l'aiguille ?


Qu'indique le côté coloré de l'aiguille ? Comment
faire pour trouver le nord avec la boussole ?
Comment trouver les autres points cardinaux : le
sud, l'est et l'ouest ?

3. À quelles conditions l'aiguille pourra-t-elle bien


indiquer le nord ? Que se passe-t-il si j'approche un
objet métallique ?

4. Combien d'étoiles y a-t-il


dans la grande ourse ? dans la petite ourse ? Quelle
est la forme de ces deux groupes d'étoiles Où se
trouve l'étoile polaire ? Qu'indique-t-elle ?

C. Huby, Lecture et expression au CE 45


Les points cardinaux

1. Quand nous nous promenons, nous retrouvons notre chemin grâce à des
repères, par exemple une maison, un pont, un arbre, un magasin…
Mais on ne connaît pas toujours l'endroit où l'on se trouve ou bien il peut
même n'y avoir aucun repère. Pensons au marin, à l'aviateur ou au promeneur
égaré dans la forêt.
Ils ont besoin de savoir dans quelle direction ils doivent aller et pour cela
ils doivent s'orienter.

2. Les points cardinaux sont des repères commodes ; il y en a quatre : le nord,


le sud, l'est et l'ouest. Les trouver, les reconnaître, c'est s'orienter.

3. Le jour, on peut s'orienter en observant la course du soleil. En effet, le


soleil se lève toujours à l'est.
À midi (milieu de la journée), il est au zénith ; il suffit de regarder le point
de l'horizon au-dessus duquel il brille : c'est le sud.
Plus tard, le soleil se couchera à l'ouest.
Le nord est le point de l'horizon opposé au sud. Au nord, on ne voit jamais
le soleil.

4. La nuit, on peut s'orienter grâce aux étoiles. Mais c'est plus difficile et il ne
faut pas qu'il y ait des nuages dans le ciel.

5. Dans la nuit noire et à tout moment, on peut s'orienter facilement grâce à


la boussole : la partie colorée de l'aiguille indique toujours la direction du nord.

Nous nous entraînons

• Nous expliquons les mots en caractères gras.

• Nous dessinons et racontons comment devaient se repérer les


Nomades de la Préhistoire quand ils se déplaçaient.

• Nous faisons la liste des repères que nous utilisons pour nous
déplacer d'un endroit à un autre dans notre quartier.

C. Huby, Lecture et expression au CE 46


Souvenir de vacances
1. « Regardez ! Regardez ce que le facteur m'a apporté, ce matin, crie Lila en
brandissant un livre coloré. C'est le livre que nous avons préparé à l'atelier
photo, au centre de loisirs, après notre mini-camp au bord de la mer !

– Fais voir, fais voir, s'exclament ses trois amis en se bousculant.

– Eh attention, vous allez me le déchirer. Venez, nous allons nous asseoir


sur le banc, là-bas, près du platane. »

2. Les quatre enfants s'installent tranquillement sur le banc. Marie, Malo et


Lucas entourent Lila et se penchent sur le livre qu'elle tient sur ses genoux.
« Oh ! Vous étiez tout seuls, avec ton frère Enzo ? Tes parents ne vous ont
pas accompagnés ?
– Si, ils nous ont accompagnés à la gare routière ! Après, nous avons mis
nos sacs à dos dans la soute du car et nous sommes partis avec Gersende et
Alexandre, les deux animateurs. Il y avait des enfants qui pleuraient mais Enzo
et moi, on a fait semblant de ne pas avoir de chagrin parce qu'on avait honte.

3. – Il ne faut pas avoir honte. C'est normal d'avoir du chagrin quand on s'en
va sans sa famille, quand même ! Et après ? Fais-nous voir ce que vous avez
fait ensuite !

– Dans le car, nous avons chanté, raconté des histoires, regardé un film et un peu dormi

aussi. Et nous sommes arrivés au camping « Les dunes blanches » le soir. Parce que nous
avons dormi sous la tente, vous saviez ça ?

- Oh ! Quelle chance ! Moi, j'ai déjà dormi dans un bungalow, dans un


camping-car et dans la caravane de mes grands-parents, mais jamais dans une
tente…

4. – Et là, c'est le lendemain matin quand nous avons visité le port de pêche. Nous avons vu

C. Huby, Lecture et expression au CE 47


des bateaux qui accostaient, des marins qui déchargeaient des caisses remplies de poissons
brillants et des goélands partout qui piquaient sur les gens pour voler du poisson en criant.

5. L'après-midi, c'était la sortie à la plage ! Là, c'est l'endroit où les surveillants de baignade
nous avaient fait une piscine ; et là, c'est mon petit frère qui fait la grimace... Il ne m'a pas
crue quand je lui ai dit que l'eau de la mer, c'était salé ! Pouah ! Berk ! Le pauvre, il n'était pas
content !
- Alors moi, j'ai une histoire exprès pour lui », dit Malo en sortant de sa
poche un livre de Contes et légendes de marins !

Nous nous entraînons


• Nous savons lire le son an – am – en - em : les vacances - en
brandissant – le centre – un camp – en se bousculant - attention – un banc
tes parents – Gersende – Alexandre – semblant - on s'en va – sans lui –
ensuite – chanter – un camping – blanche – une tente - la chance – un
camping-car – le lendemain – remplies – les gens – en criant – l'endroit - un
surveillant – content – une légende

• Nous expliquons :
en brandissant : Lila tient le livre très haut en l'agitant.
la gare routière : une gare pour les autocars.
ils accostaient : ils s'approchaient du quai pour y être attachés.

• Nous réfléchissons :
- Qu'est-ce qui inquiète les amis de Lila ? Pourquoi son frère et elle ne
voulaient-ils pas pleurer ? Qu'est-il arrivé à Enzo quand il s'est baigné ?

• Nous cherchons des mots de la famille de camp.


Lila et Enzo ont participé à un … . - Ils ont planté leur tente dans un … . Lucas
a déjà dormi dans un … . - Marie est allée à la …, elle a vu des vaches.
La caravane de chameaux s'arrête et les nomades montent leur … .

• Nous dessinons et racontons la baignade d'Enzo, à la mer.

C. Huby, Lecture et expression au CE 48


Le Petit Moulin (1)
1. Il y avait une fois deux frères. L'un était riche, et
on l'appelait le riche Yvon. L'autre était pauvre, et
on l'appelait le pauvre Yannick. Le riche était très
avare. Quand le frère pauvre venait lui demander
un secours, ils se fâchait, et il finit par lui dire : « Je
te donne encore cette fois, mais ne viens plus
m'ennuyer. Si tu as besoin de quelque chose, va le
demander aux Nains à la queue. »

2. Yannick n'avait jamais vu ces Nains ; il savait


seulement qu'ils demeurent bien loin sous la terre,
et qu'ils sont assez capricieux. Bientôt après,
comme il ne lui restait plus un rouge liard et qu'il savait que ce serait inutile
d'aller rien demander à son frère, il prit le chemin de la forêt, et descendit,
descendit, descendit, jusqu'à ce qu'enfin il arriva chez les Nains. C'était un
drôle d'endroit, avec des feux qui brûlaient un peu partout, et des broches qui
tournaient devant.

3. Quand quelque étranger s'égarait par là, le roi des Nains disait : « Faites-
le rôtir ! » Et les autres Nains l'embrochaient et le tournaient devant le feu.
Ça n'avait rien d'agréable.
Le roi, qui était le plus petit de tous, avec un haut bonnet pointu et une
casaque rouge, se promenait çà et là en disant aux gens :
– Eh bien ! Comment vous trouvez-vous ?
Et naturellement, les pauvres gens disaient :
– Laissez-nous partir ! Laissez-nous partir !
Ce qui amusait beaucoup les Nains.

4. Quand le pauvre Yannick parut, ils sautèrent dessus tout de suite,


l'attachèrent à une broche et le mirent devant le plus grand des feux. Puis le
roi vint en sautillant sur un pied et lui dit :
– Eh bien ! comment cela va-t-il à présent ?
– Pas mal, merci, dit Yannick.
– Mettrez du bois au feu ! grommela le roi.
Mais quand il revint un peu après, et lui demanda de nouveau comment ça
allait, le pauvre Yannick répondit :
– Beaucoup mieux, à présent, merci.

5. Le roi fronça le sourcil, et fit empiler des bûches sur le feu, mais il avait
beau attiser les flammes, le pauvre Yannick disait toujours :

C. Huby, Lecture et expression au CE 49


– Ça va très bien, merci.
Et à la fin, comme le feu était si fort que les Nains eux-mêmes avaient peine
à le supporter, il s'étira en disant :
– Oh ! parfaitement bien. Tout à fait confortable, en vérité. Je ne pourrais
pas être mieux !
Vous savez, quand le pauvre Yannick était dans sa cabane, il n'avait jamais
pu se chauffer à son aise ; c'est pourquoi il ne craignait pas la chaleur.
(à suivre)

Nous nous entraînons


• Nous savons lire des mots difficiles : Ya/nnick – m'en/nuy/er – il
des/cen/dit – quel/que – poin/tu – na/tu/relle/ment – en sau/till/ant

• Nous expliquons :
plus un rouge liard : Yannick n'a plus d'argent, même pas une toute petite
pièce.
s'égarer : se perdre.
une casaque : une veste ou une blouse large, boutonnée devant.

• Nous réfléchissons :
- Grâce au texte, donnons la signification des mots suivants : un avare ; des
broches ; il grommela ; attiser les flammes ; se chauffer à son aise.
- Maintenant que nous savons ce qui se passe chez les Nains à queue, trouvons
la raison pour laquelle Yvon y a envoyé son frère Yannick.
- Comment se comporte Yannick face à cette épreuve ?

• Nous relions les mots deux à deux.


une pile - une broche – un tas – un paquet – une pierre – un cadre
encadrer – entasser – empaqueter - empiler – empierrer – embrocher

• Nous utilisons chacun des verbes ci-dessus dans une phrase.

• Nous imaginons et racontons la réaction du roi des Nains.


C. Huby, Lecture et expression au CE 50
Le Petit Moulin (2)

1. •À la fin, le roi des Nains ne put y tenir.


– Eh bien, dit-il, va-t'en !
– Non merci, dit le pauvre Yannick, j'aime mieux
rester.
– Il faut t'en aller, dit le roi.
– Mais je ne veux pas m'en aller, repartit Yannick. Je
ne vois pas pourquoi j'irais me geler là-haut. Je suis bien
ici.
Les Nains tinrent conseil, et voyant qu'ils n'arriveraient
pas à tourmenter le pauvre Yannick, le roi revint et lui dit :

2. – Qu'est-ce que tu veux que je te donne pour t'en aller ?


– Qu'est-ce que vous avez ici ?
– Eh bien, dit le roi, si tu veux t'en aller gentiment, je te donnerai le Petit
Moulin qui est derrière la porte.
– À quoi ça me servira-t-il ? demanda Yannick.
– C'est le plus merveilleux moulin du monde, dit le roi. N'importe ce que
tu désires, tu n'as qu'à le nommer et à dire : « Petit Moulin, mouds-moi cela
et mouds-le vitement » et le Moulin moudra la chose jusqu'à ce que tu l'arrêtes
en disant : « Barra latata baliba ».
– Ça m'a l'air intéressant, dit le pauvre Yannick.

3. Il prit le Petit Moulin sous son bras et remonta, remonta, remonta jusqu'à
ce qu'il fût arrivé à sa maison. Quand il fut devant la vieille hutte, il posa le
Petit Moulin par terre et lui dit :
– Petit Moulin, Petit Moulin, il faut me moudre une belle maison, et la
moudre vitement.
Voilà le Petit Moulin qui se met à moudre vite, vite, vite, et voilà paraître la
plus jolie maison que vous ayez jamais vue ! Elle avait de hautes cheminées
et de larges fenêtres, de grandes portes et de beaux balcons, et juste comme
le Petit Moulin achevait de moudre la dernière marche du dernier escalier, le
pauvre Yannick s'écria : « Barra latata baliba ! » et le moulin s'arrêta.

4. Puis il le porta du côté de la basse-cour et lui dit : « Petit Moulin, Petit Moulin,
il faut me moudre du bétail, et le moudre vitement. » Et le Petit Moulin se mit
à moudre, à moudre, à moudre, et voilà des vaches, et des bœufs, et des
brebis à foison ! et des poules, et des lapins, et des petits cochons tout roses !
Et comme le Petit Moulin finissait de moudre le dernier tire-bouchon de la
queue du dernier petit cochon, le pauvre Yannick s'écria : « Barra latata baliba !
» et le moulin s'arrêta.

C. Huby, Lecture et expression au CE 51


5. Il fit la même chose avec les meubles, et le linge, et les provisions, si bien
qu'à la fin il eut tout ce qu'il lui fallait, et comme il n'était pas avide, il rangea
le Petit Moulin derrière la porte et s'occupa de ses biens.
Pendant tout ce temps, Yvon le riche était devenu de plus en plus avare, et
jaloux, de sorte qu'il vint demander à Yannick comment il était devenu si riche.
(à suivre)

Nous nous entraînons


• Nous savons lire le son an - am - en - em : va-t'en – t'en aller –
m'en aller – en voyant – en disant - tourmenter – gentiment – vitement -
intéressant – devant – de grandes fenêtres – il rangea – pendant ce temps

• Nous expliquons :
une hutte : une petite cabane, couverte d'herbe ou de paille.
une basse-cour : la partie de la cour d'une ferme où on élève la volaille.
avide : qui a sans cesse envie de quelque chose.

• Nous réfléchissons :
- Grâce au texte, donnons la signification des mots suivants : ils tinrent conseil ;
tourmenter ; nommer ; de beaux balcons ; à foison ; ses biens.
- Pourquoi le pauvre Yannick ne demande-t-il plus rien à son moulin ?
- Qu'aurait-il pu demander d'autre encore ?

• Nous relions chaque mot à son contraire.


haut – large – grand – beau – dernier – joli – merveilleux - intéressant
étroit – banal – laid – ennuyeux – bas – petit – horrible – premier

• Nous épelons le nom de tous les animaux qui sont apparus.

• Nous imaginons et jouons le dialogue entre Yannick et Yvon.

C. Huby, Lecture et expression au CE 52


Le Petit Moulin (3)

1. •– Oh ! dit Yannick, c'est le Petit Moulin.


•– Ah ! fit Yvon, le Petit Moulin ?
– Oui ; le Petit Moulin qui est là, derrière la porte. Je n'ai qu'à lui dire : « Il
faut moudre ceci, Petit Moulin, et le moudre vitement », et il se met à moudre
jusqu'à ce que…
Mais Yvon n'attendit pas d'en entendre davantage.
– Prête-moi le Petit Moulin, veux-tu ? Dit-il.
– Oh ! je veux bien, dit Yannick en souriant. Emporte-le.

2. Yvon le riche prit donc le Petit Moulin sous son bras et l'emporta. Comme il
traversait les champs pour rentrer chez lui, il
vit les ouvriers qui venaient chercher leur
repas de midi. Vous vous rappelez qu'Yvon
était très avare. Il pensa : « Ils vont perdre
joliment du temps en allant dîner ; ils
peuvent bien manger leur soupe ici. »
Il appela les hommes et leur dit d'apporter
leurs écuelles. Puis il mit le Petit Moulin par
terre et lui dit : « Il faut moudre de la soupe,
Petit Moulin, et la moudre vitement. »

3. Voilà le Petit Moulin qui se met à moudre, à moudre, à moudre de la soupe,


de la bonne soupe à l'oignon et au fromage et chaque ouvrier en remplit son
écuelle et en mangea tant qu'il voulut. Elle était délicieuse !
– Ça suffit, Petit Moulin, dit Yvon, tu peux t'arrêter.
Mais ce n'était pas le mot magique, et le Petit Moulin continua à moudre, à
moudre, à moudre et la soupe coulait tout autour, et le fromage filait, et Yvon
criait : « C'est assez ! c'est assez ! » sans que le Petit Moulin voulût s'arrêter.

4. Cela fit un vrai lac de soupe et elle coulait toujours ; elle envahit la cour, elle
envahit le jardin et la basse-cour, elle noya les lapins et les poules (il n'y eut
que les canards qui ne furent pas noyés, parce qu'ils barbotaient dedans), de
sorte que les hommes crièrent :
– Allez chercher votre frère, maître Yvon, ou nous serons tous noyés !
Yvon se jeta à la nage dans la soupe qui se collait après lui, et les fils de
fromage se mêlaient dans ses cheveux ; le bouillon entrait dans son cou et le
brûlait.

5. Yannick se mit à rire quand il vit son frère. Il prit un bateau pour traverser
le lac de soupe et arriver jusqu'au Petit Moulin. Alors il chuchota doucement :

C. Huby, Lecture et expression au CE 53


« Barra latata baliba ! » et le Petit Moulin s'arrêta. Mais la soupe mit très, très
longtemps à pénétrer dans la terre et même après rien ne voulut jamais
pousser là, que des oignons.
Yvon n'eut pas l'air de se soucier beaucoup du Petit Moulin après cette
aventure, de sorte que Yannick le rapporta chez lui, le mit derrière la porte et
n'y pensa plus. (à suivre)

Nous nous entraînons


• Nous savons lire syllabe par syllabe : der/ri/è/re – da/van/ta/ge –
une é/cu/el/le – dé/li/ci/eu/se – elle en/va/hit – ils bar/bo/taient – une
a/ven/tu/re

• Nous expliquons :
une écuelle : une assiette creuse sans rebord.
• Nous réfléchissons :
- Grâce au texte, donnons la signification des mots suivants : le fromage filait ;
elle envahit ; les fils se mêlaient dans ses cheveux ; pénétrer dans la terre.
- Pourquoi Yannick sourit-il quand Yvon ne le laissa pas finir sa phrase ?
- Pourquoi Yvon ne s'intéressa-t-il plus au Petit Moulin après son aventure ?

• Nous relions chaque nom d'animal au verbe qui lui convient.


les poules – les canards – les lapins – les chiens – les cygnes – les escargots
se noyaient. barbotaient.

• Nous épelons le nom des lieux que la soupe a envahis.

• Nous dessinons et citons les légumes que nous mettons dans la


soupe.

C. Huby, Lecture et expression au CE 54


Le Petit Moulin (4)

1. •Quelques années plus tard, le capitaine d'un navire au long cours vint faire
une visite à Yannick. Il lui fit un tel récit de ses aventures que Yannick lui dit :
– Oh ! je ne pense pourtant pas que vous ayez jamais rien vu de si étonnant
que le Petit Moulin qui est là derrière ma porte.
– Qu'a-t-il de si étonnant ? fit le capitaine.
– Eh bien, dit Yannick, il n'y a qu'à lui dire : « Il faut moudre telle chose,
Petit Moulin, et le moudre vitement », et il se met à moudre, à moudre, jusqu'à
ce que…
Le capitaine ne prit pas le temps d'en entendre davantage, et il se dépêcha
de dire :

2. – Voulez-vous me prêter ce moulin ?


Yannick sourit un peu, mais il répondit : « Oui, je veux bien ». Le capitaine
prit le Petit Moulin sous son bras et s'en retourna sur son bateau.
Il y eut du vent et des tempêtes, et ils voguèrent si longtemps que les
provisions commençaient à s'épuiser et qu'il n'y avait plus de sel du tout.
C'était terrible !

3. Alors le capitaine se souvint du Petit Moulin qu'il avait oublié dans un coin
de sa cabine.
– Va chercher la caisse du sel, dit-il au cuisinier. Nous en aurons bientôt
assez.
Le capitaine plaça le Petit Moulin sur le pont de son navire, mit la boîte à
sel devant, et dit :
– Il faut moudre du sel, Petit Moulin, et le moudre vitement !
Voilà le Petit Moulin qui se met à moudre, à moudre, à moudre du sel, du
beau sel blanc tout en poudre fine.

4. Quand la caisse fut pleine, le capitaine dit :


– En voilà assez, Petit Moulin, ça suffit.
Mais le Petit Moulin moulait toujours et le sel s'amassait sur le pont.
– J'en ai assez ! cria le capitaine.
Le Petit Moulin ne voulait rien savoir, et le sel couvrit le pont, et descendit
par les écoutilles et remplit l'entrepont. Le capitaine pestait, et criait, sans
succès.

5. À la fin, il eut une idée : comme le vaisseau trop chargé allait s'enfoncer, il
prit le Petit Moulin et le jeta par-dessus bord.
Celui-ci tomba droit au fond de la mer.
Et depuis ce temps-là, il a toujours continué à moudre du sel.

C. Huby, Lecture et expression au CE 55


(Miss Sara Cone Bryant, Comment raconter des histoires à nos enfants, 1926)

Nous nous entraînons


• Nous savons lire le son an – am – en - em : une aventure – je
pense – d'en entendre – prendre – il s'en retourna – il s'enfonça – il descendit
– du vent – vitement – pourtant – étonnant – davantage – le temps –
longtemps – la tempête

• Nous expliquons :
un navire, un vaisseau : un grand bateau.
les écoutilles : des ouvertures dans le pont du bateau qui permettent de
descendre dans les cales.
• Nous réfléchissons :
- Grâce au texte, donnons la signification des mots suivants : au long cours ;
ils voguèrent ; s'épuiser ; le pont du navire ; l'entrepont ; il pestait.
- Pourquoi Yannick sourit-il à nouveau quand le capitaine l'interrompt dans sa
phrase ?
- Pourquoi Malo voulait-il lire justement cette histoire-là à Lila, Marie et Lucas ?

• Nous relions chaque verbe à son infinitif.


il vint – il fit – il prit – il se souvint – elle fut – il y eut – il moulait
se souvenir – moudre – faire – être – venir – avoir

• Nous recherchons les noms qui désignent le bateau ou une de ses


parties.

• Nous dessinons et racontons une autre catastrophe provoquée par


le moulin.

C. Huby, Lecture et expression au CE 56


La mer en poésies
et en chansons

La mer s'est retirée La mer

La mer s’est retirée, La mer brille


Qui la ramènera Comme une coquille
La mer s’est démontée, On a envie de la pêcher
Qui la remontera ? La mer est verte,
La mer est grise;
La mer s’est emportée,
Elle est d'azur,
Qui la rapportera ?
Elle est d'argent et de dentelle.
La mer est déchaînée,
Qui la rattachera ? Paul Fort

Un enfant qui joue sur la plage


Avec un collier de coquillages.

Jacques Charpentreau

La mer secrète

Quand nul ne la regarde


La mer n’est plus la mer,
Elle est ce que nous sommes
Lorsque nul ne nous voit.
Elle a d’autres poissons,
D’autres vagues aussi.
C’est la mer pour la mer
Et pour ceux qui en rêvent Rochers en bord de mer – Paul Gauguin - 1886

Comme je fais ici.

Jules Supervielle

C. Huby, Lecture et expression au CE 57


Le chant des pêcheurs

Un petit port breton devant la Mer-Sauvage


S’éveillait ; les bateaux amarrés au rivage,
Mais comme impatients de bondir sur les flots,
De sentir sur leurs bancs ramer les matelots,
Et les voiles s’enfler, et d’aller à la pêche,
Légers, se balançaient devant la brise fraîche ;
Tout était bleu, le ciel et la mer ; les courlis,
Tournoyant par milliers, de l’eau rasaient les plis ;
Des marsouins se jouaient en rade, et sur les plages,
Mollement au soleil s’ouvraient les coquillages,
Qu’il vienne au bord des flots, à ton miroir vermeil,
Celui-là qui veut voir ton lever, ô soleil.
Auguste Brizeux

Nous nous entraînons

• Nous savons lire des mots difficiles :


un coquillage – une coquille – il s'éveillait – impatient – les courlis tournoyant
– des marsouins – vermeil

• Nous expliquons :
d'azur : bleu comme le ciel.
la dentelle: un tissu ajouré constitué de fils entremêlés pour dessiner des
motifs.
nul ne la regarde : personne ne la regarde.
amarrés au rivage: attachés au bord de la côte, à la plage ou à la jetée.
la brise : un vent frais, léger et régulier.
les courlis : des oiseaux à long bec fin et recourbé vers le bas.
les marsouins : des mammifères marins ressemblant aux dauphins.
vermeil :d'un rouge un peu foncé, comme les cerises ou le sang.

C. Huby, Lecture et expression au CE 58


La mer autrefois : Ulysse et les Sirènes (1)

1. Lorsque notre navire a quitté les courants du fleuve Océan, il rentre dans
les flots de la vaste mer et touche à l'île d'Ea, où sont le palais et les chœurs
de la divine Aurore et le lever de l'éblouissant Soleil. Mes compagnons tirent
alors le vaisseau sur le sable, puis ils s'endorment près des bords de la mer,
en attendant l'aube du jour.

2. Le lendemain, dès que brille la matinale Aurore aux doigts de rose, j'envoie
mes guerriers dans les demeures de Circé pour en rapporter le cadavre
d'Elpénor. Nous abattons les arbres qui couronnent le lieu le plus élevé du
rivage, et nous ensevelissons Elpénor en versant d'abondantes larmes. Quand
les flammes ont consumé son corps et ses armes, nous élevons à notre
malheureux compagnon un tombeau surmonté d'une colonne, et nous plaçons
au sommet du monument une rame bien polie.

3. Quand nous avons accompli ces devoirs, Circé, instruite de notre retour,
arrive élégamment parée ; ses suivantes nous apportent du pain, des mets
nombreux, et un vin étincelant aux rouges
couleurs. La déesse, se tenant debout au milieu
de nous, prononce ces paroles :
« Malheureux ! quoique vivants encore, vous
êtes descendus dans les sombres demeures de
Pluton ! Vous êtes donc deux fois mortels, puisque
tous les autres hommes ne meurent qu'une fois !
Maintenant goûtez ces mets, buvez ce vin, et reposez-vous ici tout le jour.
Demain au lever de l'Aurore vous voguerez de nouveau sur les flots. Je vous
indiquerai votre route et je vous signalerai tous les dangers, afin que, fuyant
les écueils, vous n'éprouviez aucun malheur sur la terre ni sur la mer. »

4. Ainsi parle la déesse, et nous cédons volontiers à ses avis. Pendant tout le
jour et jusqu'au coucher du soleil, nous mangeons des viandes succulentes et
nous savourons un délicieux nectar. Quand le soleil est couché et que les
ténèbres se sont répandues sur la terre, mes compagnons s'abandonnent au
repos près des amarres de notre navire. Alors la déesse, me prenant par la
main et me tirant à l'écart loin de mes guerriers, me fait asseoir à ses côtés ;
elle m'interroge, me demande ce qui m'est arrivé pendant mon voyage, et moi
je lui raconte tout avec détail. Puis l'auguste Circé me tient ce discours :

5. « Ulysse, toutes ces choses se sont donc passées ainsi. Maintenant écoute-

C. Huby, Lecture et expression au CE 59


moi, et plus tard un dieu te rappellera le souvenir de mes paroles. — D'abord
tu rencontreras les Sirènes, séductrices de tous les hommes qui s'approchent
d'elles : celui qui, poussé par son imprudence, écoutera la voix des Sirènes, ne
verra plus son épouse ni ses enfants chéris qui seraient cependant charmés de
son retour ; les Sirènes couchées dans une prairie captiveront ce guerrier de
leurs voix harmonieuses. Autour d'elles sont les ossements et les chairs
desséchées des victimes qu'elles ont fait périr. Fuis ces bords et bouche les
oreilles de tes compagnons avec de la cire molle, de peur qu'aucun d'eux ne
les entende. Toi-même, si tu le désires, tu pourras écouter les Sirènes, mais
laisse-toi auparavant attacher les pieds et les mains au mât de ton navire
rapide ; laisse-toi charger de liens, afin que tu puisses te réjouir en écoutant
la voix de ces Sirènes enchanteresses. Si tu implores tes guerriers, si tu leur
ordonnes de te délier, qu'ils te retiennent alors par de nouvelles chaînes. » [...]
(à suivre)

Nous nous entraînons


• Nous savons lire des mots difficiles : les chœurs – Elpénor – les
écueils - enchanteresses

• Nous expliquons :
les chœurs: groupe de personnes qui chantent et qui dansent (Antiquité).
nous ensevelissons : nous recouvrons, nous enfouissons.
les sombres demeures de Pluton : l'enfer.
les écueils : des rochers qui affleurent à peine la surface de l'eau.
l'auguste Circée: Circé est une déesse magicienne respectable, importante.
la cire : une pâte molle que produisent les abeilles pour bâtir leurs alvéoles.
• Nous réfléchissons :
- Grâce au texte, donnons la signification des mots suivants : un tombeau ; un
délicieux nectar ; les ténèbres ; séductrices ; elles captiveront ; leurs voix
harmonieuses ; des liens.
- Pourquoi Aurore, la déesse qui fait naître le jour, a des doigts de rose ?
- Selon Circé, les Sirènes sont-elles de bonnes ou de mauvaises créatures ?
• Nous dessinons et racontons le repas d'Ulysse et de ses
compagnons.

C. Huby, Lecture et expression au CE 60


La mer autrefois : Ulysse et les Sirènes (2)

1. Elle dit, et bientôt paraît la divine Aurore au


trône d'or. La plus noble des déesses s'éloigne
en traversant son île, et moi je retourne au
rivage. J'ordonne à mes compagnons de monter
dans le navire et de délier les cordages ; ils
obéissent aussitôt, se placent sur les bancs, et
tous assis en ordre frappent de leurs rames la mer blanchissante. Circé, la
puissante déesse à la voix mélodieuse et aux cheveux ondoyants, nous envoie
un vent favorable qui guide notre navire à la proue azurée et gonfle nos voiles.
Lorsque nous avons disposé les agrès, nous nous asseyons tous et nous
voguons au gré du pilote et des vents.

2. Alors, quoique affligé, j'adresse ces paroles à mes compagnons :


« Ô mes amis, je vais vous faire connaître les prédictions de la divine Circé ;
afin que vous sachiez tous si nous périrons, ou si nous échapperons à la mort
qui nous menace. Circé nous défend d'écouter les harmonieux accents des
Sirènes ; elle nous ordonne de fuir leurs prairies émaillées de fleurs, et elle ne
permet qu'à moi d'entendre leurs chants. Mais aussi vous devez m'attacher
avec des cordes et des chaînes au pied du mât élevé pour que j'y reste
immobile. Si je vous implore et si je vous commande de me délier, alors
entourez-moi de nouveaux liens. »

3. Tandis que j'apprenais à mes compagnons tous ces détails, nous apercevons
l'île des Sirènes ; car notre navire était poussé par un vent favorable. Mais tout
à coup le vent s'apaise, le calme se répand dans les airs, et les flots sont
assoupis par un dieu. Les rameurs se lèvent, plient les voiles, et les déposent
dans le creux navire ; puis ils s'asseyent sur les bancs et font blanchir l'onde
de leurs rames polies et brillantes. Aussitôt je tire mon glaive d'airain et je
divise en morceaux une grande masse de cire que je presse fortement entre
mes mains ; la cire s'amollit en cédant à mes efforts et à la brillante lumière
du soleil, fils d'Hypérion, puis j'introduis cette cire dans les oreilles de tous mes
guerriers. Ceux-ci m'attachent les pieds et les mains au mât avec de fortes
cordes ; ils s'asseyent et frappent de leurs rames la mer blanchissante. Quand,
dans sa course rapide, le vaisseau n'est plus éloigné du rivage que de la portée
de la voix et qu'il ne peut plus échapper aux regards des Sirènes, ces nymphes
font entendre ce chant mélodieux :

4. « Viens, Ulysse, viens, héros fameux, toi la gloire des Achéens ; arrête ici

C. Huby, Lecture et expression au CE 61


ton navire et prête l'oreille à nos accents. Jamais aucun mortel n'a paru devant
ce rivage sans avoir écouté les harmonieux concerts qui s'échappent de nos
lèvres. Toujours celui qui a quitté notre plage s'en retourne charmé dans sa
patrie et riche de nouvelles connaissances. Nous savons tout ce que, dans les
vastes plaines d'Ilion, les Achéens et les Troyens ont souffert par la volonté des
dieux. Nous savons aussi tout ce qui arrive sur la terre féconde. »

5. Tel est le chant mélodieux des Sirènes, que mon cœur désirait entendre.
Aussitôt fronçant les sourcils, j'ordonne à mes compagnons de me délier ; mais
au lieu d'obéir ils se couchent et rament encore avec plus d'ardeur. En même
temps Euryloque et Périmède se lèvent, me chargent de nouveaux liens qui me
serrent davantage. Quand nous avons laissé derrière nous ces rivages et que
nous n'entendons plus la voix des Sirènes, ni leurs accents mélodieux, mes
compagnons enlèvent la cire qui bouche leurs oreilles et me dégagent de mes
liens.
(Homère, Odyssée, Livre XII)
Nous nous entraînons
• Nous savons lire des mots difficiles : ondoyant – les prédictions –
les harmonieux accents – des nymphes – les Achéens – Eurylogue

• Nous expliquons :
les cheveux ondoyants : qui ondulent, comme l'onde sur la mer.
la proue : l'avant du bateau.
les agrès : ce qui sert à manœuvrer le navire (cordages, voiles, etc.).
les nymphes : des créatures imaginaires qui animent la nature.
les Achéens: les Grecs de la Grèce antique ; ils combattirent les Troyens.
• Nous réfléchissons :
- Donnons la signification des mots suivants : azurée ; un vent favorable ; les
prédictions ; nous périrons ; les flots assoupis ;avec plus d'ardeur.
- Ulysse est-il Troyen ou Achéen ? Comment le sait-on ?
- Qui sont Eurylogue et Périmède ? Comment le sait-on ?

• Nous dessinons et racontons comment Ulysse et ses


compagnons ont résisté aux sirènes.

C. Huby, Lecture et expression au CE 62


Géographie : La plage
Observation :

Des vagues. Une tempête.

La surface de la mer est-elle immobile ? Que voit-on à sa surface ?

Que se passe-t-il s'il y a beaucoup de vent ? Comment sont les vagues ? Les
pêcheurs vont-ils en mer quand il y a une tempête ?

Que voit-on au bord des vagues ? Cette mousse est de l'écume.

Si nous goûtons de l'eau de mer, que remarquerons-nous ?

Une plage à marée haute.


La même plage à marée basse.

Voit-on le même paysage sur ces deux photos ? Pourtant il y a une


grosse différence ; laquelle ?

La mer monte et descend sur la plage, deux fois par jour. Que peut-on faire
à marée basse ? à marée haute ?

On voit des rochers sur la plage, à marée basse. Les voit-on quand la mer
est haute ? Ces écueils sont dangereux pour les bateaux. Pourquoi ?

C. Huby, Lecture et expression au CE 63


La mer, la plage

1. La mer est une immense étendue d'eau salée.

2. Son niveau varie : à marée haute, il s'élève et la mer « monte »


sur le rivage.
Au contraire, la mer « descend » à marée basse, découvrant les
plages et les rochers. On y trouve des crabes, des coquillages et des
algues qui sont des plantes sous-marines.

3. Quand le vent souffle, des vagues écumantes agitent la surface


de la mer. Plus le vent est fort, plus les vagues sont hautes et violentes.
On parle alors de tempête.
Pour se protéger, les bateaux gagnent le port où ils sont à l'abri de
la houle, derrière la jetée.

4. Certaines mers, comme la Méditerranée qui est située au sud de


la France, n'ont pas de marée.

5. On aime contempler la mer aux couleurs changeantes ; mais les


vagues et les courants la rendent parfois dangereuse.
(Géographie, CE1)
Nous nous entraînons

• Nous expliquons seuls: une étendue ; le niveau ; le rivage ; des


plantes sous-marines ; écumantes ; la houle ; la jetée ; les courants.

• Nous réfléchissons :
- Comment s'appelle une étendue d'eau douce ?
- Citons des animaux marins, des plantes sous-marines.
- Comment fait-on pour récupérer le sel qui est contenu dans l'eau de mer ?

• Nous dessinons et racontons les loisirs et les travaux que les gens
peuvent pratiquer lorsqu'ils sont sur une plage.

C. Huby, Lecture et expression au CE 64


Géographie : Le littoral

Observation :
1. On appelle côte, rivage ou littoral, le territoire qui borde la mer.

2. Certaines côtes sont hautes. Elles


se terminent au-dessus de la mer par
des roches ou des falaises qui sont
une sorte de muraille face à la mer.

3. Certaines côtes sont basses. Elles


forment des plages de sable . Le vent
soulève parfois le sable et en fait des
hauteurs qu'on appelle des dunes. Il
en existe de très hautes.
4. La côte va rarement en ligne droite.
En général, elle a des avancées, des
creux, toutes sortes de « découpes ».
Un cap est une pointe de terre qui
s'avance dans la mer. Un golfe, au
contraire, est une partie de la mer qui
s'avance dans la terre. Un petit golfe
s'appelle une baie. Une rade est une
baie presque fermée, avec une seule
ouverture étroite par où entrent et
sortent les navires.

5. Un bras de mer resserré entre


deux terres s'appelle un détroit.
Une bande de terre resserrée entre
deux mers s'appelle un isthme.
Une terre entourée d'eau de tous les
côtés s'appelle une île.
Plusieurs îles, voisines les unes des
autres, forment un archipel.
Une terre presque entièrement
entourée d'eau est une presqu'île.
Une grande presqu'île se nomme une
péninsule.

C. Huby, Lecture et expression au CE 65


Nous nous entraînons

• Nous réfléchissons :
- Retrouvons sur l'illustration les lieux correspondants aux définitions
suivantes :
1 : Elle est faite de sable ou parfois de galets.
2 : Ce sont de gros tas de sable formés par le vent.
3 : Endroit où les navires peuvent se mettre à l'abri.
4 : C'est une terre presque entièrement entourée d'eau.
5 : C'est une terre entièrement entourée d'eau.
6 : C'est une pointe de terre qui s'avance dans la mer.
7 : C'est un groupe d'îles assez proches les unes des autres.
8 : C'est une avancée de mer dans la terre.

• Nous reconnaissons les lieux sur les photos :

• Nous dessinons et décrivons un cap, un golfe, un baie, une rade, un


détroit, un isthme, une île, un archipel, une presqu'île.

C. Huby, Lecture et expression au CE 66


Jeux d'automne

1. Ce matin, le vent d'automne souffle très


fort ; il secoue les arbres de la cour et
arrache les feuilles mortes qui volent et
tourbillonnent au milieu des enfants qui
arrivent. Vite, chacun court ranger son
cartable et revient jouer avec les feuilles
d'automne. C'est presque aussi drôle que
l'hiver, quand il neige !

2. Lucas, Malo et Arturo se roulent dans le


gros tas qui s'est formé, là-bas, le long de
la clôture qui sépare la cour du terrain de
sport. Vassili et Rosine se précipitent vers eux en hurlant de joie ! Ils traînent
derrière eux tous leurs amis du lotissement des Cèdres : Mélissa, Lisa, Gaspard,
Augustin, Samuel, Aïssa, et Lisandre.

3. « Si nous faisions une bataille de feuilles, propose Rosine.


– Oui ! Une bataille de feuilles ! Venez, les copains !
- Allons-y ! Tous à vos postes !
- À l'attaque ! Poussez-vous ! Laissez-moi passer ! »
Les enfants ramassent les feuilles à pleines brassées et les envoient sur leurs
voisins qui répliquent avec courage ! Des gerbes de feuilles jaillissent au-dessus
de leurs têtes mais les munitions sont si légères qu'elles retombent mollement,
sans risque de blesser quelqu'un.

4. Près du gros tilleul, un groupe d'enfants plus calmes s'est réuni. Chacun
s'affaire à récolter le plus beau bouquet de feuilles.
« Regardez. Celles-là, jaunes et arrondies, ce sont les feuilles du tilleul de la
cour. Les larges et plates viennent des platanes de la place. J'en mets une sur
ma tête, ça me fait une casquette. C'est ma chanson !
– Et ces drôles d'éventails arrivent du marronnier. Écoutez ma chanson : Je
les mets là sur mes pieds, et ça me fait des souliers !
– Et celles-là ? Elles sont toutes petites et toutes jaune doré ! Ce sont des
feuilles d'acacia. Je les mets dans mes cheveux, ça me fait des petits nœuds !

5. – Elles arrivent de partout, ces feuilles, de tout le quartier. Tous les arbres
envoient leurs enfants à l'école ! Comme nous.
– Ah non, pas tous ! Regarde, mon grand cyprès, dit Marie, il se tord dans
tous les sens à cause du vent mais il n'envoie pas ses feuilles à l'école.
– L'épicéa que nous avons replanté l'année dernière après les vacances de

C. Huby, Lecture et expression au CE 67


Noël ne perd pas toutes ses feuilles non plus.
– C'est normal, ils n'ont pas de feuilles ! Ils ont des aiguilles qui restent vertes
à l'automne.
– Oui mais tous les autres arbres envoient leurs enfants à l'école. Des enfants
de toutes les couleurs qui courent dans tous les sens ! Comme nous !

Nous nous entraînons


• Nous savons lire la lettre s au milieu d'un mot : presque – aussi -
Vassili – Rosine – un lotissement - Mélissa – Lisa – Gaspard – Augustin –
Aïssa – Lisandre – un poste – poussez-vous – laissez-moi – passer - ils
ramassent – elles jaillissent – une casquette

• Nous expliquons :
une clôture : une barrière ou un grillage qui ferme l'accès à un terrain.
un lotissement : un ensemble de maisons construites sur le même terrain.
un éventail : un objet qui tient dans la main que l'on secoue pour s'éventer, se
faire du vent.

• Nous réfléchissons :
- Retrouver tous les noms d'arbres du texte. Il y en a sept.
- À quoi voit-on que les enfants qui sont sous le gros tilleul sont plus calmes ?

• Nous complétons les phrases par le verbe qui convient :


tourbillonnent – jaillissent – récoltent – répliquent – se précipitent.
Marie et Lila … des feuilles pour faire des bouquets.
Rosine et Vassili … dans le tas de feuilles.
Les feuilles … en tombant, on dirait des toupies.
Je secoue la bouteille, j'enlève le bouchon et les bulles … .
Aïssa et Mélissa envoient des feuilles, Malo et Rosine … .

• Nous relisons le paragraphe 4 et nous inventons d'autres


chansons.

C. Huby, Lecture et expression au CE 68


Pourquoi les arbres résineux
gardent leurs feuilles en hiver. (1)

1. Un jour, il y a bien longtemps, il faisait très froid ;


l'hiver approchait. Tous les oiseaux migrateurs étaient
partis vers le sud, pour y demeurer jusqu'au printemps.
Mais il restait un petit oiseau qui avait une aile cassée et
ne pouvait pas voler. Il ne savait que devenir. Il regarda
partout, pour voir s'il trouverait un endroit où il pût se
tenir au chaud. Et il vit les beaux arbres de la forêt.

2. « Peut-être que les arbres m'abriteront, pendant


l'hiver, pensa-t-il. »
De sorte qu'il sautilla jusqu'à la lisière du bois,
voletant du mieux qu'il pouvait. Le premier arbre qu'il
rencontra fut un bouleau à la robe argentée.
« Joli bouleau, dit le pauvre petit, voulez-vous me laisser vivre dans vos
branches jusqu'à la bonne saison ?

3. – Ah ! Ah ! dit le bouleau, quelle drôle d'idée ! J'ai bien assez de mes propres
branches à surveiller. Allez-vous-en. »
Le petit oiseau sautilla et voleta de son mieux, avec son aile cassée, jusqu'à
l'arbre suivant. C'était un grand chêne très touffu.
« Grand chêne, dit le petit oiseau, voulez-vous me laisser vivre dans vos
branches jusqu'à la bonne saison ?
– Quelle question ! fit le chêne. Si je vous laisse demeurer dans mes branches,
vous becquetterez tous mes glands ! Allez-vous-en. »

4. Le petit oiseau sautilla et voleta de son mieux, avec son aile cassée, jusqu'à
ce qu'il fût arrivé près du grand saule qui croissait près de la rivière :
« Beau saule, dit le petit oiseau, voulez-vous me laisser vivre dans vos
branches jusqu'à la bonne saison ?
– Non vraiment ! dit le saule. Je ne loge jamais les étrangers. Allez-vous-
en. »

5. Le pauvre petit ne savait plus à qui s'adresser, mais il continua de sautiller et


de voleter du mieux qu'il pouvait, avec son aile cassée. Bientôt le sapin l'aperçut
et lui dit :
« Où allez-vous, petit oiseau ?
– Je ne sais pas, dit l'oiseau ; les arbres ne veulent pas m'abriter, et je ne
peux pas voler loin avec mon aile cassée.

C. Huby, Lecture et expression au CE 69


Nous nous entraînons
• Nous savons lire la lettre s au milieu d'un mot : résineux – il faisait
– les oiseaux – jusqu'au – il restait – cassée – laisser – jusqu'à – assez – une
question – je vous laisse – il croissait – s'adresser

• Nous expliquons :
un oiseau migrateur : c'est un oiseau qui change de région selon les saisons.
la lisière : le bord.
il croissait : il poussait. C'est le verbe croître qui signifie pousser, grandir.

• Nous réfléchissons :
- Retrouver tous les noms d'arbres du texte. Il y en a quatre. Décrire ces arbres.
- Quelle différence y a-t-il entre les trois premiers et le dernier ?
- Quelles sont les raisons invoquées par le bouleau, le chêne et le saule ? Que
peut-on en penser ?

• Nous rendons à chaque nom le mot qui le qualifie : argenté –


migrateurs – cassée – touffu – pleureur - résineux
des oiseaux … - un chêne … - un sapin … - une aile … - un bouleau … - un
saule … .

• Nous fabriquons des mots de la même famille en suivant le modèle.

migrer, migrateur - pêcher, … - chasser, … - pleurer, … - voler, … - marcher, … -


courir, … - ronger, … - jouer, … - voyager, … - coiffer, … - chanter, …

• Imaginons et écrivons ce que va répondre le sapin, s'il est accueillant et s'il


ne l'est pas.

C. Huby, Lecture et expression au CE 70


Pourquoi les arbres résineux
gardent leurs feuilles en hiver. (2)

1. « Venez chez moi, dit le grand sapin. Vous pourrez


choisir celle de mes branches qui vous plaira le mieux ;
tenez, je crois que c'est de ce côté-ci qu'il fait le plus
chaud.
– Oh ! merci, fit le petit oiseau, mais est-ce que je
pourrai rester tout l'hiver ?
– Certainement, dit le sapin, vous me tiendrez
compagnie. »

2. Le pin se tenait tout près de son cousin le sapin, et


quand il vit le petit oiseau qui sautillait et voletait sur les
branches du sapin, il dit :
« Mes branches ne sont pas très fournies, mais je peux
garantir le sapin du vent, parce que je suis grand et fort. »

3. Ainsi, le petit oiseau s'arrangea un coin bien abrité dans


la plus grosse branche du sapin, et le pin les garantit du vent.
Quand le genévrier vit cela, il dit qu'il fournirait de la nourriture au petit oiseau
tout l'hiver, avec les jolies baies noires dont ses branches étaient couvertes. Les
baies de genièvre sont très fortifiantes pour les petits oiseaux.

4. Notre petit ami se trouvait très content dans sa jolie chambre chaude bien
abritée du vent, et il allait tous les jours prendre son dîner sur le genévrier.
Les autres arbres virent cela et en causèrent entre eux.
« Je ne voudrais pas prêter mes branches à un oiseau que je ne connais pas,
dit le bouleau.
– J'aurais eu peur de perdre mes glands, dit le chêne.
– Je ne cause jamais avec des étrangers, dit le saule, et tous trois se
redressèrent orgueilleusement.

5. Cette nuit-là, le vent du nord vint jouer dans la forêt. Il souffla sur les feuilles
avec son haleine glacée, et chaque feuille touchée par lui tombait à terre. Il
aurait voulu toucher toutes les feuilles, car il se plaisait à voir les arbres
dépouillés.
« Est-ce que je peux m'amuser avec n'importe quel arbre ? demanda-t-il à
son père, le Roi du Givre.
– Non, dit le Roi ; les arbres qui ont été bons avec le petit oiseau infirme
peuvent conserver leurs feuilles. »

6. Ainsi le vent du nord dut les laisser tranquilles, et le pin, le sapin et le

C. Huby, Lecture et expression au CE 71


genévrier gardèrent leurs feuilles tout l'hiver, jusqu'à la nouvelle pousse. Et il en
a toujours été de même depuis ce temps-là.

D'après Miss F. Holbrook, Mythologie de la Nature,


adapté par Miss. Sara Cone Bryant.

Nous nous entraînons


• Nous savons lire les sons oi et oin : moi – choisir – je crois – un
oiseau – des baies noires – trois – voir – le roi – un coin – loin

• Nous expliquons :
garantir du vent : protéger du vent.
fortifiant : qui donne de la force.
orgueilleusement : de manière vaniteuse, prétentieuse.
le givre : fine couche de glace qui se forme sur le sol, les plantes, les objets.

• Nous réfléchissons :
- Nous apprenons deux nouveaux noms d'arbres. Lesquels ? Décrivons-les.
- Qui est le Roi du Givre ? Comment le comprenons-nous ?
- En relisant le texte, définissons les expressions suivantes : des branches pas
très fournies, il fournirait de la nourriture, les baies de genièvre, son haleine
glacée, les arbres dépouillés, le petit oiseau infirme.

• Nous rendons à chaque arbre ses fruits : glands – baies de genièvre


– pignes – châtaignes - marrons
Le marronnier produit des … . - Le chêne produit des … . - Le pin produit
des … . - Le genévrier produit des … . - Le châtaignier produit des … .

• Imaginons et écrivons la joie des arbres à feuilles caduques au


printemps lorsque leurs feuilles se sont mises à pousser.

C. Huby, Lecture et expression au CE 72


Enfants d'autrefois : Les feuilles mortes

1. Voici l’automne. Le vent qui souffle dans les bois fait tournoyer les feuilles
mortes. Les châtaigniers sont déjà dépouillés et dressent dans l’air leur noir
squelette. Voici que tombent les feuilles des hêtres et des charmes. Les bouleaux
et les trembles sont devenus des arbres d’or, et seul un grand chêne garde
encore sa verte couronne.

2. La matinée est fraîche ; un vent aigre agite le ciel gris et rougit les doigts
des petits enfants. Pierre, Babet et Jeannot vont ramasser les feuilles mortes,
les feuilles qui naguère, du temps qu’elles vivaient, étaient pleines de rosée et
de chants d’oiseaux et qui maintenant couvrent par milliers le sol de leurs
petits cadavres desséchés. Mortes, elles sentent bon. Elles serviront de litière
à Riquette, la chèvre, et à Roussette, la vache. Pierre a pris sa hotte ; c’est un
petit homme. Babet a pris son sac ; c’est une petite femme. Jeannot les suit
avec la brouette.

3. Ils ont descendu la côte en courant. A l’orée du bois ils ont rencontré les
autres enfants du village, qui viennent aussi faire provision de feuilles mortes
pour l’hiver. Ce n’est point un jeu : c’est un travail.
Mais ne croyez pas que ces enfants soient tristes parce qu’ils travaillent. Le
travail est sérieux : il n’est pas triste. Bien souvent on l’imite pour jouer et les
amusements des enfants reproduisent, la plupart du temps, les ouvrages des
grandes personnes.

4. Voilà les enfants à l’œuvre. Les garçons font leur tâche en silence. C’est
qu’ils sont déjà des paysans et que les paysans parlent peu. Il n’en est pas de
même des paysannes. Nos petites filles font marcher leur langue tout en
remplissant les paniers et les sacs.

5. Cependant le soleil qui monte réchauffe doucement la campagne. Des toits


du hameau s’élèvent des fumées légères comme des haleines. Les enfants

C. Huby, Lecture et expression au CE 73


savent ce que disent ces fumées. Elles disent que la soupe aux pois cuit dans
la marmite. Encore une brassée de feuilles mortes et les petits ouvriers
prendront la route du village. La montée est rude. Courbés sous le sac ou
penchés sur la brouette, ils ont chaud et la sueur leur monte au front. Pierre,
Babet et Jeannot s’arrêtent pour souffler.

6. Mais la pensée de la soupe aux pois soutient leur courage. Poussant et


soufflant, ils arrivent enfin. Leur mère, qui les attend sur le pas de la porte,
leur crie : « Allons, les enfants, la soupe est trempée. »
Nos amis la trouveront excellente. Il n’est si bonne soupe que celle qu’on a
gagnée.
( Anatole France, Filles et garçons, Scènes de la Ville et des Champs, Hachette, 1915)

Nous nous entraînons


• Nous savons lire les sons yer, ier, ière, ierre, ienne, ion :
tournoyer – les châtaigniers – par milliers – la litière – ils viennent – des
provisions – des paniers – des ouvriers – Pierre

• Nous expliquons :
un vent aigre : un vent froid qui pique.
litière : lit de feuilles mortes ou de paille sur lequel les bêtes couchent.
une hotte : un panier que l'on porte sur le dos à l'aide de bretelles.
à l'œuvre : à l'ouvrage, au travail.
naguère :il y a peu de temps, récemment.

• Nous réfléchissons :
- Nous apprenons deux nouveaux noms d'arbres. Lesquels ? Décrivons-les.
- Quelles différences entre les occupations des enfants du texte Jeux
d'automne et ceux-ci ?
- En relisant le texte, définissons les expressions suivantes : dépouillés, leur
tâche ; des fumées légère comme des haleines ; la soupe est trempée.

• Nous rendons à chaque fruit son arbre :


Le marron est le fruit du … . - La châtaigne est le fruit du … . - La pomme est
le fruit du … . - La cerise est le fruit du … . - La poire est le fruit du … . - La
banane est le fruit du … . - La prune est le fruit du … .

• Répertorions et racontons des tâches d'enfants d'aujourd'hui, à


la maison, à l'école ou dans le jardin.

C. Huby, Lecture et expression au CE 74


Courbet – Forêt en automne - 1841

L'automne en poésies
Chanson des escargots qui vont à l'enterrement d'une feuille morte
A l'enterrement d'une feuille morte Ça noircit le blanc de l’œil
Deux escargots s'en vont Et puis ça enlaidit
Ils ont la coquille noire Les histoires de cercueils
Du crêpe autour des cornes C'est triste et pas joli
Ils s'en vont dans le soir Reprenez vos couleurs
Un très beau soir d'automne Les couleurs de la vie
Hélas quand ils arrivent Alors toutes les bêtes
C'est déjà le printemps Les arbres et les plantes
Les feuilles qui étaient mortes Se mettent à chanter
Sont toutes ressuscitées A chanter à tue-tête
Et les deux escargots La vrai chanson vivante
Sont très désappointés La chanson de l'été
Mais voilà le soleil Et tout le monde de boire
Le soleil qui leur dit Tout le monde de trinquer
Prenez prenez la peine C'est un très joli soir
La peine de vous asseoir Un joli soir d'été
Prenez un verre de bière Et les deux escargots
Si le cœur vous en dit S'en retournent chez eux
Prenez si ça vous plaît Ils s'en vont très émus
L'autocar pour Paris Ils s'en vont très heureux
Il partira ce soir Comme ils ont beaucoup bu
Vous verrez du pays Ils titubent un petit peu
Mais ne prenez pas le deuil Mais là-haut dans le ciel
C'est moi qui vous le dis La lune veille sur eux.
Jacques Prévert

C. Huby, Lecture et expression au CE 75


La feuille des forêts
Chanson d'automne
La feuille des forêts Les hirondelles sont parties.
Qui tourne dans la bise Le brin d'herbe a froid sur les toits ;
Là-bas, par les guérets,
Il pleut sur les touffes d'orties.
La feuille des forêts
Bon bûcheron, coupe du bois.
Qui tourne dans la bise,
Les hirondelles sont parties.
Va-t-elle revenir
L'air est dur, le logis est bon ;
Verdir - la même tige ?
Il pleut sur les touffes d'orties.

L'eau claire des ruisseaux Bon charbonnier, fais du charbon.

Qui passe claire et vive Les hirondelles sont parties.


A l'ombre des berceaux, L'été fuit à pas inégaux ;
L'eau claire des ruisseaux Il pleut sur les touffes d'orties.
Qui passe claire et vive,
Bon fagotier, fais des fagots.
Va-t-elle retourner
Victor HUGO
Baigner - la même rive ?
L’automne
Jean Moréas
Salut ! bois couronnés d’un reste de verdure !
Feuillages jaunissants sur les gazons épars !
Salut, derniers beaux jours ! Le deuil de la nature
Convient à la douleur et plaît à mes regards !

Je suis d’un pas rêveur le sentier solitaire,


J’aime à revoir encor, pour la dernière fois,
Ce soleil pâlissant, dont la faible lumière
Perce à peine à mes pieds l’obscurité des bois !

Oui, dans ces jours d’automne où la nature expire,


A ses regards voilés, je trouve plus d’attraits,
C’est l’adieu d’un ami, c’est le dernier sourire
Van Gogh – Mûrier à Saint Rémy - 1889
Des lèvres que la mort va fermer pour jamais !
Alphonse de Lamartine

C. Huby, Lecture et expression au CE 76


La forêt autrefois
Bûcherons et charbonniers (1)

1. L'oncle Guillemin, accompagné des deux enfants, a décidé de se rendre aux


étangs de la Forge où les scieurs et les bûcherons sont installés. On part un beau
jeudi de mars.
« Cette partie de la forêt, explique le garde, est un taillis sous futaie. Tous les
trente ans, l'Administration met en vente les arbres bons à abattre. Les gardes
les ont auparavant marqués au marteau. On ne laisse que les baliveaux, jeunes
arbres qui permettront à la forêt de se reconstituer. »

2. Voici justement M. Viard qui désire acheter différents bois pour sa fabrique de
chaises.
« Il me faut du chêne pour le mobilier de choix, et du hêtre pour les sièges
ordinaires. J'aurai besoin aussi de bois blanc, peuplier, bouleau, sapin, pour
confectionner des caisses et des emballages.
Je ne vous demande pas de noyer, ajoute en riant M. Viard, car le noyer ne
pousse pas en plein bois, encore moins l'acajou, le palissandre ou l'ébène, ces
bois précieux qui nous viennent des Antilles. »

3. On arrive à la partie en exploitation. Les bûcherons ont abattu de superbes


troncs de chêne et de hêtre. Une locomobile, installée sur place et dont on entend
le halètement de locomotive, actionne une scie circulaire qui débite des billes en
longues planches plates et rugueuses.

4. Claude pensait voir des scieurs de long, comme sur les images.
« J'ai été scieur de long dans ma jeunesse, dit M. Viard. Il fallait de la patience
et de l'adresse, surtout pour le scieur du haut qui travaillait en reculant. Les
moteurs ont tué tout cela. »

C. Huby, Lecture et expression au CE 77


5. La petite troupe s'avance dans la clairière. Maintenant, elle arrive chez les
bûcherons qui coupent en bûches le bois à brûler et qui en édifient des stères
qu'il sera facile de métrer. Le menu bois est réduit en fagots. Ainsi rien ne se
perd, pas même la sciure de bois qui servira à nettoyer les parquets des maisons.

Nous nous entraînons


• Nous savons lire la lettre i : les scieurs – l'administration – le
mobilier - le peuplier – confectionner – le noyer – précieux – ils viennent –
une exploitation – elle actionne – la patience – la clairière – la sciure

• Nous expliquons :
un taillis sous futaie : le taillis est constitué de petits arbres de moins de vingt
ans, il pousse sous une futaie de grands arbres espacés.
la partie en exploitation: la partie que les bûcherons sont en train de couper.
une locomobile : une machine à vapeur montée sur roue qui servait à faire
fonctionner des outils mécaniques (ici, une scie circulaire).
une bille de bois : un tronçon d'arbre découpé.
une clairière : un endroit de la forêt qui est dégarni d'arbres.
un stère : quantité de bois empilé d'un mètre de long sur un mètre de large et
un mètre de haut.

• Nous réfléchissons :
- Nous apprenons cinq nouveaux noms d'arbres. Lesquels ? Décrivons-les.
- Qu'est-ce qui a déjà fait changer le métier des bûcherons ?
- En relisant le texte, définissons les expressions suivantes : les baliveaux, le
mobilier de choix, le halètement de locomotive, métrer, un fagot.

• Observons les scieurs de long de la photographie et expliquons


comment ils s'y prennent pour débiter la bille de bois en planches.

C. Huby, Lecture et expression au CE 78


La forêt autrefois
Bûcherons et charbonniers (2)

1. Chemin faisant, on s'est éloigné de la scierie forestière, et voici qu'une averse


surprend les promeneurs. Dans le taillis, heureusement, fume une maisonnette
de terre et de branchages. On n'a que le temps de s'y réfugier. C'est une hutte
de charbonniers. Il y a là toute une famille, le père, la mère, deux enfants en
bas âge et même un petit nourrisson de trois mois.

2. Antoinette pense à sa grand-mère qui vivait ainsi autrefois. Elle fait un peu
la grimace à l'idée de coucher sur ces sacs de fougères et de feuilles, de fouler
le sol de terre battue.
« Les Gaulois aussi vivaient de cette façon », pense Claude.

3. La charbonnière, elle, n'est pas aussi difficile. C'est une femme jeune et
robuste, et ses enfants sont joufflus et vigoureux.
Les promeneurs acceptent de s'asseoir sur les escabeaux et le banc de bois.
La porte de la hutte est restée ouverte. Dehors, sous un appentis garni de claies,
la soupe aux choux mijote sur un bon feu. Le bois ne coûte rien ici. Plus loin, la
meule ronde où se prépare le charbon fume doucement, surveillée par le
charbonnier. Le charbon de bois sera fait demain.

4. Comme l'averse se prolonge et que les enfants ont faim, la charbonnière a la

C. Huby, Lecture et expression au CE 79


bonne idée de leur offrir à chacun un chanteau de pain de ménage et un bol de
lait de chèvre.
Jamais Claude n'a mangé de si bon appétit. Il se rappellera des charbonniers
des étangs de la Forge.
(Claude et Antoinette à la maison forestière, M. et M. Tarnier, A. Colin, 1931)

Nous nous entraînons


• Nous expliquons :
un charbonnier : une personne qui prépare du charbon à partir du bois.
des fougères : des plantes à grandes feuilles qui poussent dans les sous-bois.
fouler le sol : piétiner, marcher sur.
un escabeau : une sorte de tabouret.
un appentis : un petit bâtiment dont le toit a une seule pente et qui est adossé
à un bâtiment plus important.
une claie : un plateau en branches tressées servant au séchage des plantes.
• Nous réfléchissons :
- En relisant le texte, définissons les expressions suivantes : la scierie
forestière, des branchages, la terre battue, joufflus, un chanteau de pain de
ménage .
- Comment est la vie de la famille du charbonnier ? À quoi le voyons-nous ?
Pourquoi nous dit-on que le bois ne coûte rien ?
- Ce métier n'a pas totalement disparu. Comment pouvons-nous en être sûrs ?
Les charbonniers d'aujourd'hui mènent-ils la vie de ceux de jadis ?

• Observons la meule et expliquons comment on transforme le bois en


charbon de bois.

C. Huby, Lecture et expression au CE 80


Vivre aujourd'hui : Les hommes des bois

1. Si certaines forêts tropicales peuvent encore être considérées comme des

forêts primitives, les grandes forêts européennes résultent du travail des


hommes. Lorsque les forêts ne sont plus entretenues, elles deviennent vite
impénétrables, le bois mort s'accumule, les ronces envahissent l'espace.

2. La forêt la plus majestueuse est sans doute la futaie, formée surtout par de
vieux arbres aux troncs dressés vers le ciel, à la conquête de la lumière. Elle est
constituée d'arbres issus de semences.
Le taillis est constitué d'arbres de petite taille. Régulièrement coupés, des
bouquets de rejets repoussent sur les souches.

3. La plupart de nos forêts sont régulièrement entretenues et exploitées. Ce


travail s'appelle la sylviculture. Les forestiers assurent la régénération des forêts,
c'est-à-dire leur renouvellement par semis naturel ou par plantations.
Ils pratiquent aussi des coupes d'éclaircie. Cela consiste à éliminer certains
jeunes arbres pour laisser l'espace nécessaire à la croissance des sujets les plus
droits et les plus robustes.

4. Ces coupes fournissent également le bois dont nous avons besoin. Ce travail
peut durer de 100 à 150 ans ! Les forestiers ne recueillent donc jamais les fruits

C. Huby, Lecture et expression au CE 81


de leur activité. Ils bénéficient de ce qui a été fait par les générations
précédentes et préparent l'avenir des générations futures.

5. Le travail du forestier obéit aux rythmes de la nature. Saison après saison, il


accomplit les tâches nécessaires à l'avenir de la forêt. En automne, il sème et
plante ; c'est aussi la période des ventes de bois. En hiver, bûcherons et
débardeurs s'activent à la coupe. Au printemps, le forestier s'occupe des jeunes
arbres et inventorie les richesses de la forêt. Enfin, en été, il la surveille et
intervient pour la protéger.
(La Forêt à petits pas, J.B. Durand, G. Feterman, Actes Sud, ONF, 2002)

des rejets de souche

Nous nous entraînons


• Nous savons lire des mots longs et difficiles : considéré - primitives
– impénétrables – ils envahissent – majestueuse - constitué – régulièrement –
la sylviculture – le renouvellement – une éclaircie – une génération

• Nous expliquons :
la forêt primitive : forêt naturelle comme on en trouvait à la préhistoire.
impénétrable : où l'on ne peut pas pénétrer, entrer.
la futaie : une forêt de grands arbres aux fûts élevés et droits.
le taillis: forêt constituée d'arbres de petite taille issus de rejets.
la sylviculture : l'entretien et l'exploitation des forêts.

• Nous réfléchissons :
- Qui va récolter le bois des arbres plantés par M. Guillemin, en 1930 ?

• Observons l'illustration et décrivons les deux forestiers.

C. Huby, Lecture et expression au CE 82


La légende du tilleul (1)

1. Un jour, les Arbres se réunirent pour se partager les emplacements qui leur

semblaient les plus favorables. Ce fut une nombreuse assemblée, et une


assemblée fort bruyante aussi ! Les bruissements des feuilles et les craquements
des branches formèrent d'abord un vacarme semblable à celui de la tempête. Il
fallut attendre qu'un peu de calme s'établît.

2. Enfin le Chêne prit la parole :


« D'abord, déclara-t-il, je réclame la royauté des forêts !
– Soit, approuvèrent les autres Arbres.
– Ouvrons la séance sans tarder. Voyons, ami Sapin, que demandes-tu ?
– Pour moi, répondit le Sapin, je vivrai volontiers sur les pentes des
montagnes, je tiens surtout à éviter la grande chaleur.
3. – Quant à moi, c'est le froid que je crains, dit languissamment l'Oranger – et
le Citronnier l'approuva. Si vous me placez dans une région où règne le plus
doux climat de toute la France, les bords de la Méditerranée, par exemple, je
crois que je pourrai consentir à y vivre ; oh ! je ne promets pas que mes fruits
seront succulents, mais je donnerai des fleurs. » Et l'arbre délicat semblait être
au bout de ses forces pour avoir prononcé ces quelques phrases.
4. Le père Saule, que cet air précieux agaçait, l'interrompit sans ménagement :
« Oui, va là-bas, mon ami ; va, et tâche de ne pas mourir en route !… Quant à
moi, camarades, pourvu que j'aie les pieds dans l'eau, je me trouverai bien !
J'aime à me courber sur les herbes et les bestioles des ruisseaux : c'est peut-
être pour cela que je suis bossu ! Mon bonheur sera complet, si mes longues
branches peuvent rider la surface d'une eau claire.
5. – Entendu, dit le Chêne, établis-toi au bord des ruisseaux. Qui veut pousser
au bord de la mer ?
– Nous, dirent les Tamaris.

C. Huby, Lecture et expression au CE 83


– Il me faut un terrain calcaire, déclara un Noyer et je réclame beaucoup de
place pour prospérer.
– Le sable le moins fertile me suffira, déclara le Pin ; donnez-moi une lande
inculte et j'en ferai une riche forêt.

Nous nous entraînons


• Nous savons lire les sons in, im, ain, oin et ien : le sapin – je tiens
– je crains – enfin – il l'interrompit – bien – un terrain – le moins - inculte

• Nous expliquons :
favorable : qui convient bien.
languissamment : de manière languissante, sans force ; très faiblement.
le climat : le temps qu'il fait dans un lieu donné.
un terrain fertile : un terrain riche, où les plantes poussent facilement.
une lande inculte : un terrain pauvre qui n'est pas cultivé.

• Nous réfléchissons :
- Nous apprenons deux nouveaux noms d'arbres. Lesquels ? Décrivons-les.
- Citons quelques bestioles des ruisseaux que le Saule aime regarder.
- En relisant le texte, définissons les expressions suivantes : une assemblée,
des bruissements, un vacarme, la royauté, cet air précieux, sans ménagement,
rider la surface de l'eau, prospérer.

• Nous rendons à chaque arbre son habitat : les pieds dans l'eau - sur
les pentes des montagnes – sur un terrain calcaire – sur une lande inculte –
sous le climat le plus doux – tel le roi de la forêt.
Le sapin pousse … . - Le citronnier et l'oranger poussent … . - Le chêne
pousse … . - Le saule pousse … . - Le pin pousse … . - Le noyer pousse … .

• Imaginons que des animaux arrivent et réclament un arbre près duquel


ils veulent vivre. Lequel choisirait chacun d'eux et pourquoi ?

C. Huby, Lecture et expression au CE 84


La légende du tilleul (2)

Vincent Van Gogh


Champ de blé avec cyprès
1889

1. – Je vivrai dans les cimetières, murmura le Cyprès d'un ton mélancolique.

– Je réclame les talus du chemin de fer » décida le Faux-Acacia.


Après eux, tous les arbres : Bouleaux, Hêtres, Marronniers, Charmes, Arbres
fruitiers, Peupliers, Ormes, Sycomores, Châtaigniers… déclarèrent leurs
préférences et se partagèrent les meilleurs emplacements.
2. Une douce voix s'éleva alors :
« Et moi ? dit le Tilleul. Vous avez tout pris, mes amis les arbres. Mais je ne
vous en veux pas et voici ce que je propose. Je n'aurai pas de terrain réservé,
soit. Mais partout où l'homme s'établira, je serai près de lui. Je deviendrai le
compagnon de sa vie ; il placera le banc familial contre mon tronc rugueux et
fort ; j'ombragerai ses promenades et la place de son village.
3. Il apprendra à aimer ma grosse tête ronde, mes douces feuilles en forme de
cœur et mes fleurs parfumées qui sauront calmer sa fièvre. »
Et c'est ainsi que le Tilleul s'installa près des hommes et que ceux-ci, habitués
à le voir comme leur ami, le chantèrent dans leurs poèmes.
(D'après M. et M. Tarnier, Claude et Antoinette à la maison forestière, op. cité)

Le Tilleul
Près de la fontaine, à la porte de la ville, Dans son écorce,

S'élève un tilleul, J'ai gravé tant de mots d'amour ;


La joie comme la peine
Dans son ombre,
Toujours vers lui m'ont attiré.
J'ai fait tant de doux rêves.
Wilhelm Müller
Traduit de l'allemand par G. Ronsiek

C. Huby, Lecture et expression au CE 85


Roman
On n'est pas sérieux, quand on a dix-sept ans.
- Un beau soir, foin des bocks et de la limonade,
Des cafés tapageurs aux lustres éclatants !
- On va sous les tilleuls verts de la promenade.

Les tilleuls sentent bon dans les bons soirs de


juin !
L'air est parfois si doux, qu'on ferme la paupière ;
Le vent chargé de bruits - la ville n'est pas loin -
A des parfums de vigne et des parfums de bière...
Arthur Rimbaud

Nous nous entraînons


• Nous savons lire les sons in, ain, ien, oin et un, um: le chemin
de fer – un terrain – je deviendrai – ainsi – il s'installa – foin – le
mois de juin – loin / un tilleul, une fontaine –un parfum, parfumé

• Nous expliquons :
mélancolique : triste, abattu.
un talus : terrain en pente qui borde souvent une construction (route, voie
ferrée, champ, ...)
rugueux : rêche, rude au touché.
tapageur : qui fait du tapage, du bruit et de l'agitation.
un bock : un verre à bière.

• Nous réfléchissons :
- Relevons tous les noms d'arbres : combien y en a-t-il ?
- Le tilleul a-t-il la plus mauvaise place, finalement ?
- En relisant le texte, définissons les expressions suivantes : l'homme
s'établira ; j'ombragerai ; foin des bocks.

• Nous fabriquons des mots selon le modèle :

une place un emplacement – mêler, un … - une pierre, un … - un poison, un …


- une bête, un … - le ménage, un … .

• Nous dessinons un emplacement pour l'arbre que nous aimerions être


et nous le décrivons.

C. Huby, Lecture et expression au CE 86


Sciences : Une vie d'arbre

Les arbres sont les représentants les plus grands et les plus visibles
de la vie végétale. Ce sont des êtres vivants qui naissent, vivent,
grandissent et meurent sans changer de place. Leur histoire commence
par une graine tombée sur le sol et, pour certains, elle dure plusieurs
centaines d'années.

La naissance L'arbre grandit

Au début de sa vie, l'arbre est Avec du soleil et de l'eau, le


une petite graine. Semée dans la bourgeon qui se trouve en haut
terre, elle germe et fabrique de la tige s'ouvre. Le petit arbre
d'abord une racine. Très vite une déploie ses premières branches.
première feuille sort. Cette jeune Sa tige s'allonge. Ses racines
pousse est encore fragile. s'enfoncent davantage dans le
sol.

Comment planter un arbre ?


1. Choisir un endroit à l'abri du vent. Enlever les mauvaises herbes et les cailloux ; casser les grosses
mottes de terre.

2. Creuser un trou plus grand que la taille du plant que l'on veut y placer.

C. Huby, Lecture et expression au CE 87


L'arbre grossit

Année après année, les


branches et les racines prennent
des centimètres d'épaisseur. La
tige se transforme en un tronc
solide.

L'arbre se reproduit

Lorsqu'il est bien grand, il fleurit


et produit des fruits contenant des
graines qui donneront bientôt
naissance à d'autres arbres.

3. Jeter du terreau dans le trou. On peut aussi planter directement un fruit (marron, gland,
noisette…) que l'on trouvera en hiver ou au début du printemps au pied des arbres sous les feuilles
mortes.

4. Faire tremper 10 minutes le plant dans une bassine d'eau. Puis le retirer doucement de son petit
pot en plastique.

5. Poser le plan dans son trou, à la bonne hauteur. Seules les racines doivent être sous terre.
Reboucher et tasser la terre.

6. Arroser doucement. Pour que l'arbre grandisse, penser à l'arroser abondamment chaque
semaine.
(La Forêt à petits pas, J.B. Durand, G. Feterman, Actes Sud, ONF, 2002)

C. Huby, Lecture et expression au CE 88


Qu'il fait sombre !

1. Il est six heures du

soir. Monsieur Bruneau,


le maître des CM2, fait
sortir les derniers élèves
de la salle où il
surveillait l'étude. Les
enfants descendent
calmement les escaliers
et arrivent sous le préau.
« Qu'il fait sombre ! s'exclament Margaux et Aurélie.
– C'est normal, explique Arnaud, un grand du CM1, aujourd'hui, nous
sommes le 21 décembre. C'est le jour le plus court de l'année. Maintenant, nous
sommes en hiver.

2. – Ça, merci, je sais, dit Thibault. La maîtresse nous l'a dit ce matin. Et puis,
d'abord, je l'avais remarqué tout seul. Quand je me lève, il fait nuit. Quand je
déjeune, il fait encore nuit. Quand ma mère me dépose à la garderie, il fait
toujours nuit. Et même quand les maîtres et les maîtresses arrivent à l'école, il
ne fait pas vraiment jour. »

3. Monsieur Bruneau accompagne les élèves, à travers la cour obscure jusqu'au


portail. Là, Guillaume et Augustin, les accompagnateurs du Pédibus récupèrent
les élèves inscrits et leur font enfiler leurs gilets jaunes ornés de bandes
fluorescentes.
« En voiture, les voyageurs ! Montez dans mon autobus sans moteur ! Nous
partons à la conquête de la ville endormie », crie Guillaume, comme tous les
soirs, en faisant mettre les enfants en rang.

4. La petite troupe s'éloigne de l'école ; bientôt, elle arrive dans la rue


commerçante. Comme elle est belle, avec toutes ses lumières, ses décorations
qui clignotent, ses vitrines décorées de sapins, boules et guirlandes !
« On dirait que l'hiver veut se faire pardonner d'être si sombre ! Il a parlé aux
lutins, aux fées, au Père Noël peut-être, et il leur a dit de tout illuminer pour

C. Huby, Lecture et expression au CE 89


rendre la nuit moins profonde.
- Oh, c'est très beau, ce que tu dis, Laurine, remarque Augustin. À défaut
d'être clair et gai, au moins, l'hiver te donne de l'inspiration ! »

Nous nous entraînons


• Nous savons lire les sons au, eau: Monsieur Bruneau – le préau –
Margaux – Aurélie – Arnaud – Thibault – jusqu'au – Guillaume – Augustin –
jaune – un autobus – aux – Laurine

• Nous expliquons :
l'étude : c'est un service organisé pour que les élèves puissent étudier leurs
leçons, le soir, à l'école, avec l'aide d'un adulte payé par la mairie.
le préau : la partie couverte d'une cour d'école.
obscur : sombre.
le Pédibus : nom propre d'un service organisé pour accompagner les élèves qui
rentrent à pied chez eux.
fluorescent : qui émet de la lumière en recevant des rayonnements.

• Nous réfléchissons :
- Selon ce que dit Thibault, à quelle heure arrive-t-il à l'école et à quelle heure
en repart-il ?
- Qu'est-ce qui est amusant dans la phrase que crie Guillaume tous les soirs ?
- En hiver, qui illumine réellement la ville et pourquoi ?

• Nous rangeons dans l'ordre chronologique : Thibault se lève ; il voit


arriver maîtres et maîtresses ; il arrive à la garderie ; il déjeune ; il joue avec
ses camarades ; il fait sa toilette et s'habille.
À sept heures, … . - À sept heures quinze minutes, … . - À sept heures trente
minutes, … . - À sept heures quarante-cinq minutes, … . - À huit heures, … . -
À huit heures quinze minutes, … .

• Nous dessinons une vitrine illuminée et nous la décrivons.

C. Huby, Lecture et expression au CE 90


La Légende du Feu (1)

1. C'était il y a bien, bien longtemps,


alors que les hommes comprenaient le
langage des animaux et que le Coyote
gris, le chien des prairies, était l'ami et
le conseiller de l'homme.
Il y avait dans une tribu un garçon
qui avait le pied rapide et l’œil perçant
et qui courait les bois avec le Coyote.
Ils regardaient les pêcheurs attraper le
poisson avec la main dans le creux des rochers, et les femmes déterrer les
racines avec des pierres aiguës. C'était en été.

2. Mais quand l'hiver venait, ils voyaient les gens courir nus dans la neige ou se
blottir au fond des cavernes, et tous si malheureux parce qu'ils avaient froid. Il
faisait si sombre qu'ils ne pouvaient que dormir, serrés les uns contre les autres
en attendant le printemps. Le garçon remarqua cela et fut attristé de la misère
de son peuple.
« Je ne m'en aperçois pas, dit le Coyote.

3. – Tu as un manteau de fourrure et une vue perçante, dit le garçon, et ces


pauvres gens n'ont rien pour se couvrir.
– Viens chasser, dit le Coyote.
– Non, les jours sont trop courts, je ne chasserai plus jusqu'à ce que j'aie
trouvé le moyen de préserver mon peuple du froid et de la nuit, répondit le
garçon. Aide-moi, ô conseiller ! »
Alors le Coyote prit la course et ne revint que longtemps après, en disant qu'il
avait trouvé un moyen, mais que ce serait bien difficile.

4. « Il n'y a rien de trop difficile, dit le garçon. »


Alors, le Coyote dit qu'il devait aller jusqu'à la montagne brûlante et rapporter
le feu à son peuple.
« Qu'est-ce que le feu ? demanda le jeune Indien.
– Le feu est rouge comme une fleur, et pourtant ce n'est pas une fleur ; il
court dans l'herbe et la détruit comme un animal et pourtant ce n'est pas un
animal ; il est dangereux et méchant et cependant, c'est un bon serviteur, si on
lui fait un lit entre des pierres et qu'on lui donne des bouts de bois à manger.
Alors, il vous éclaire et vous tient chaud.

C. Huby, Lecture et expression au CE 91


– J'aurai ce feu, dit le garçon. »

5. Le garçon obtint alors de son peuple qu'on lui donnât cent bons coureurs. Puis
ils se mirent tous en marche, avec le Coyote, pour la Montagne Brûlante. À la fin
de la première journée, ils laissèrent sur la piste le plus faible des coureurs, en
lui disant d'attendre ; à la fin du second jour, ils abandonnèrent le plus faible de
ceux qui restaient, et ainsi de suite jusqu'au centième jour, un pour chaque jour.

Nous nous entraînons


• Nous savons lire les sons ien, ienne, ierre, eill, y, oy, il, ill : bien
– un chien – il vous tient chaud – un Indien – une Indienne – le coyote – ils
voyaient – un moyen – un conseiller – l’œil – des pierres

• Nous expliquons :
une tribu : un groupe de personnes rassemblées sous l'autorité d'un chef.
une caverne : un abri sous un rocher, une grotte peu profonde.
préserver : protéger d'un danger.
un serviteur: celui qui est au service de quelqu'un, celui qui le sert.
• Nous réfléchissons :
- À quoi voit-on que ce jeune garçon est très courageux ?
- Que doit être cette montagne brûlante où l'on trouve le feu ?
- Quand le feu est-il dangereux et méchant ? Trouver plusieurs exemples.

• Nous rangeons selon la saison : le garçon courait les bois avec le


Coyote ; les gens couraient nus dans la neige ; les femmes déterraient des
racines avec des pierres aiguës ; les pêcheurs attrapaient des poissons avec la
main ; les Peaux-Rouges se blottissaient au fond des cavernes ; les jours
étaient courts.
C'était l'été : …, …, ... . - C'était l'hiver : …, .., … .

• Nous trouvons le contraire des verbes suivants :


enterrer, déterrer – emballer, … – embarquer, … – embarrasser, … – embobiner,
… – emboîter, … – enchaîner, … – encourager, … – engager, …

• Nous dessinons un feu et nous le décrivons.

C. Huby, Lecture et expression au CE 92


La Légende du Feu (2)

1. Le garçon et le Coyote restèrent seuls pour la dernière partie du voyage. Ils


traversèrent de hautes montagnes, et de vastes plaines, et de grandes forêts,
et, à la fin, ils arrivèrent près de la grande rivière qui coule sur le sable au pied
de la Montagne Brûlante. La montagne ressemblait à un immense cône recouvert
d'un épais nuage de fumée.
La nuit, les esprits du feu dansaient autour, et l'eau de la grande rivière
paraissait toute rouge. Alors, le conseiller dit au garçon : « Reste ici jusqu'à ce
que je t'apporte un tison de la Montagne Brûlante. Tiens-toi prêt pour quand
j'arriverai, car je serai hors d'haleine, et les Esprits du Feu me poursuivront. »

2. Le Coyote se glissa furtivement le long de la montagne, et en le voyant si


efflanqué et si maigre, les esprits du feu se mirent à se moquer de lui, tellement
il avait l'air inoffensif. Mais, vers le soir, quand ils commencèrent leurs danses
autour de la montagne, le Coyote déroba un tison enflammé et se sauva en toute
hâte. Les esprits s'aperçurent bientôt du larcin et coururent après lui, en
bourdonnant comme un essaim d'abeilles. Le Coyote courait si vite que les
étincelles du tison lui labouraient les flancs.

3. Le garçon le vit descendre de la montagne, comme une étoile filante, les


esprits du feu hurlant après lui. Et quand le vaillant animal s'arrêta, pantelant,
le garçon saisit le tison et partit comme une flèche. Alors les Esprits du Feu
grondèrent derrière lui, mais il courait toujours plus vite et, enfin, il atteignit le
premier coureur, qui se tenait le corps penché, prêt à partir ! Il lui tendit le tison,
et l'autre s'élança à son tour.

C. Huby, Lecture et expression au CE 93


4. Ainsi le tison enflammé passa de main en main, avec les Esprits du Feu
enragés après lui, jusqu'aux montagnes de la neige, qu'ils ne pouvaient pas
franchir. Là, ils durent s'arrêter et revenir sur leurs pas. Mais les coureurs, l'un
après l'autre, se passant le tison brûlant, rouge la nuit, violet le jour, arrivèrent
enfin dans leur tribu.

5. Et là, ils firent au feu un lit au milieu des pierres, dans un coin de la caverne,
et ils le nourrirent avec des morceaux de bois, comme le conseiller le leur avait
dit, et le peuple se réjouit de sa lumière et de sa chaleur. Le garçon reçut le nom
de Porteur du feu ; et toujours, depuis lors, le Coyote et ses descendants ont
conservé la marque du feu, car, sur leurs flancs, on voit la fourrure jaunie partout
où les flammes du tison ont passé.
(D'après Miss Sara Cone Bryant, Comment raconter des histoires aux enfants, F. Nathan, 1926)

Nous nous entraînons


• Nous savons lire le son ê : ai, ei, e, è, ê : ils restèrent – descendre
– des esprits – la dernière – ils traversèrent – ils s'aperçurent – des pierres
– une forêt – une plaine – elle ressemblait – épais – ils dansaient – elle
paraissait – un conseiller – hors d'haleine – des abeilles – la neige

• Nous expliquons :
un cône : un objet dont la base est un cercle et qui se rétrécit régulièrement
pour finir en pointe.
des esprits : des êtres imaginaires, le plus souvent malfaisants.
un tison : un morceau de bois brûlé qui rougeoie encore, une braise.
efflanqué : qui a les flancs, les côtés du corps, creux et resserré ; maigre.
inoffensif : qui n'est pas dangereux, qui n'attaque pas.
pantelant, hors d'haleine : qui n'a plus de souffle, essoufflé.
• Nous réfléchissons :
- Était-ce pour les abandonner que le garçon et le Coyote avaient laissé les
cent coureurs en chemin ?

• Nous trouvons la définition des mots suivants en nous servant du


contexte : il déroba – un larcin – enragés – franchir – ses descendants.

• Nous trouvons dans la liste l'infinitif des verbes suivants : ils se


mirent – ils s'aperçurent – il le vit – il atteignit – ils durent – ils firent
atteindre – faire – voir – se mettre – devoir – s'apercevoir

• Nous imaginons ce que font les Indiens grâce au feu et nous le


racontons.

C. Huby, Lecture et expression au CE 94


Poésies : Nuits d'hiver

Trois petits sapins

Trois petits sapins se donnaient la main


Car c'était Noël de la terre au ciel.

Prirent le chemin menant au village


Jusqu'à l'étalage d'un grand magasin.

Là ils se couvrirent de tout ce qui brille


Boules et bougies guirlandes pour luire.

Et s'en retournèrent la main dans la main


Par le beau chemin de l'étoile claire.
Carl Larsson
Jusqu'à la forêt où minuit sonnait, Brita as Iduna
1901
Car c'était Noël de la terre au ciel.
Chanson pour les enfants l'hiver

Dans la nuit Jean-Louis


de l'hiver Vanham
Galope un grand homme blanc.
C'est un bonhomme de neige
Avec une pipe en bois
Un grand bonhomme de neige
Poursuivi par le froid.
Il arrive au village
Voyant de la lumière,
le voilà rassuré.
Dans une petite maison,
il entre sans frapper.
Et pour se réchauffer
S’assoit sur le poêle rouge
Et d'un coup disparaît.
Ne laissant que sa pipe
au milieu d'une flaque d'eau
Ne laissant que sa pipe
Gustav Süs et puis son vieux chapeau.
Bonhomme de neige
1860 Jacques Prévert

C. Huby, Lecture et expression au CE 95


Le matin des étrennes

Ah! quel beau matin que ce matin des étrennes !


Chacun pendant la nuit, avait rêvé des siennes
Dans quelque songe étrange ou l'on voyait joujoux,
Bonbons habillés d'or, étincelants bijoux,
Tourbillonner, danser dans une danse sonore,
Puis fuir sous les rideaux, puis reparaître encore !
On s'éveillait matin, on se levait joyeux,
La lèvre affriandée, en se frottant les yeux...
On allait, les cheveux emmêlés sur la tête,
Les yeux tout rayonnants, comme aux grands jours de fête,
Et les petits pieds nus effleurant le plancher,
Aux portes des parents tout doucement toucher...
On entrait !… puis alors les souhaits… en chemise,
Les baisers répétés, et la gaieté permise !

Arthur Rimbaud

Pieter Brueghel l'Ancien


Le Dénombrement de Bethléem (détail)
1566

Nous nous entraînons

• Nous expliquons :
un poêle : un appareil de chauffage dans lequel on fait brûler du bois, du
charbon, du fioul.
les étrennes : des cadeaux offerts le Jour de l'An.
affriandée : attirée, alléchée.
effleurer : toucher légèrement, frôler.

C. Huby, Lecture et expression au CE 96


La naissance du Soleil (1)

1. C’était la fin de l'automne et le Soleil était devenu très vieux. Toute l’année,
il avait travaillé avec ténacité. Toute l’année, il avait nourri tous les habitants
de la terre en donnant de l’énergie aux arbres, aux fleurs et à l’herbe afin qu’ils
puissent pousser et nourrir les animaux, les oiseaux, les insectes et les gens.
2. Maintenant, le pauvre Soleil était fatigué. Il avait chaque jour plus de
difficulté à se lever le matin. Peu de temps après être sorti du lit, il avait déjà
besoin de retourner se coucher. Les journées raccourcissaient donc de plus en
plus et les nuits allongeaient, jusqu’à ce que le jour soit si court que ça ne
valait presque plus la peine de se lever.
3. La Nuit était triste pour le Soleil. « Viens te reposer dans mes bras, mon
enfant, lui dit-elle. Après tout, je suis ta mère. Tu es né de ma noirceur, il y a
des millions d’années. Laisse-moi te bercer maintenant, comme je berce
chaque étoile dans l’univers. »
La Nuit enveloppa donc le soleil de ses grands bras, et le berça pour qu'il
s'endorme.
« Pourquoi est-ce qu’il fait noir si longtemps, demandaient les enfants
partout sur la terre. Quand le Soleil sera-t-il de retour ?
4. – Le Soleil est très fatigué, disaient les adultes. Mais peut-être que si vous,
les enfants, vous le remerciez pour tout ce qu’il fait pour nous, la lumière
reviendra au matin. »
Les enfants chantèrent de belles chansons au soleil. Puis, ils pensèrent à
toutes les choses que le Soleil leur donnait.
« Merci de faire pousser les laitues... et le blé... et l'orge... et le seigle,
dirent-ils.

C. Huby, Lecture et expression au CE 97


5. – Merci de faire pousser les arbres dans les forêts et les algues dans les
océans. Merci de faire vivre le krill qui nourrit les baleines. Merci de créer le
vent qui amène la pluie. »
Chaque fois qu’un enfant disait merci, le Soleil commençait à se réchauffer
un petit peu et à donner un peu de lumière. Bien en sécurité dans les bras de
la nuit, le soleil rajeunissait de plus en plus.

Nous nous entraînons


• Nous savons lire les lettres i.l et i.l.l. : le soleil – il avait travaillé –
des millions d'années – le krill

• Nous expliquons :
la ténacité : le caractère d'une personne tenace, d'une personne qui ne renonce
pas facilement à ses idées ou à son travail.
le seigle, l'orge, le blé : trois plantes de la famille des céréales avec lesquelles
on peut faire de la farine pour faire du pain.
le krill : une crevette relativement petite qui vit dans les eaux froides.
• Nous réfléchissons :
- Comment fait le soleil pour nourrir les habitants de la Terre ?
- Où se passe cette histoire ? Comment le sait-on ?
- Pourquoi les enfants disent-ils que le soleil fait naître le vent ?

• Nous associons chaque verbe à son contraire : refroidir – raccourcir


– envelopper – commencer – rajeunir
vieillir – déballer – réchauffer – finir - allonger

• Nous trouvons dans la liste à quelle famille appartiennent ces êtres


vivants : un enfant – une crevette – un sapin – une baleine – une laitue
… et … sont des plantes. - … est un être humain. - … et … sont des
animaux.

• Nous imaginons et nous racontons à quoi rêvait le Soleil dans


les bras de la Nuit.

C. Huby, Lecture et expression au CE 98


La naissance du Soleil (2)

1. « Nous allons rester éveillés pour voir le Soleil se lever à nouveau, dirent
les adultes.
– Est-ce que nous pouvons rester debout nous aussi ? demandèrent les
enfants.
– Non, car vous tomberiez vite de fatigue, répondirent les adultes. Mais
vous pouvez tous allumer une bougie, parce que chaque flamme est une
étincelle du feu du Soleil. Mettez chacun une chandelle dans un endroit bien
choisi et elle veillera pour vous tandis que vous dormirez et rêverez au retour
du Soleil. »

2. Les enfants allumèrent leurs chandelles et les déposèrent sur le rebord d'une
fenêtre. Et chaque flamme était bien comme une étincelle du feu du Soleil.
Puis, le Soleil jeta un coup d’œil par-dessus les bras de la Nuit, et vit les petits
feux qui brillaient. Il commença alors à se réchauffer un peu plus, à donner un
peu plus de lumière et à se sentir encore un peu plus jeune.

3. Tôt le matin, les adultes réveillèrent les enfants. Ensemble, ils grimpèrent
jusqu’au sommet d’une colline et firent face à l’est, en direction du soleil levant.
Ils chantèrent de belles chansons au Soleil, dansèrent et coururent pour se
réchauffer. Ils attendaient pour voir ce que l’Aurore apporterait.

4. Le ciel commença à passer du noir à l’indigo puis au bleu. Tout le monde le


voyait s'éclaircir peu à peu. Bientôt, une lumière dorée apparut à l’horizon. La
Nuit entrouvrit ses grands bras, et dans un éclat de clarté, le Soleil naquit,

C. Huby, Lecture et expression au CE 99


nouveau, fort et brillant.

5. Comme il s’était bien reposé pendant la longue nuit et qu’il avait rajeuni
grâce aux chansons et aux remerciements des enfants, il redevint comme un
petit bébé, né de la nuit une fois de plus.
« Le soleil s'éveille ! Le soleil renaît aujourd’hui ! » s’écriait tout le monde.
Et tous dansèrent et chantèrent encore pour célébrer la naissance d’un
nouveau jour, d’une nouvelle année.
(D'après plusieurs contes traditionnels nordiques)

Nous nous entraînons


• Nous savons lire le son eil : éveillés – le soleil – elle veillera – ils
réveillèrent -il s'éveille

• Nous expliquons :
indigo : couleur bleu foncé.
l'horizon : une ligne qui semble séparer le ciel de la terre ou de la mer, à la
limite de la vue.
• Nous réfléchissons :
- Les bougies allumées par les enfants ont-elles réellement fait renaître le
Soleil ? Alors, comment les adultes ont-ils su la date à laquelle le soleil allait
reparaître ?
- Que va-t-il se passer, désormais, jour après jour ? Jusqu'à quand ?

• Nous cherchons dans le texte tous les mots de la famille de veille et


nous les employons dans des phrases.

• Nous trouvons parmi les mots suivants ceux qui appartiennent aussi à
la famille du mot veille et nous expliquons pourquoi.
un réveil – surveiller – endormir – une veilleuse – une vieille

• Nous racontons le coucher du soleil, chaque soir.

C. Huby, Lecture et expression au CE 100


Sciences : La bougie
Observons

Les deux extrémités de la bougie Lorsqu'une bougie est cassée,


sont-elles semblables ? pourquoi les morceaux ne se
Passez le doigt sur la bougie : est- séparent-ils pas ? Qu'est-ce qui les
elle lisse ou rugueuse ? retient ? En quoi est faite cette
Essayez de la rayer avec l'ongle : mèche ? Pourquoi dépasse-t-elle à
est-elle dure ou tendre ? une extrémité ?

Approchons une allumette de la


mèche : la bougie brûle-t-elle
aussitôt ?
La flamme est d'abord petite ;
comment devient-elle ?

Lorsque la bougie est éteinte, que Approchons la main de la flamme :


devient le liquide qui emplissait la pourrait-on se brûler ? La flamme
petite cuvette sous la flamme ? a-t-elle partout la même couleur ?
Une bougie allumée diminue de Remarquez la petite cuvette au-
longueur : savez-vous pourquoi ? dessous de la flamme : que
contient-elle ?

C. Huby, Lecture et expression au CE 101


Avec un verre ou une boîte en fer, recouvrons une bougie en train de brûler :
que devient la flamme ? Alors, que manque-t-il à cette bougie pour qu'elle
puisse continuer de brûler ?

La bougie
1. La bougie est lisse et brillante ; on peut la rayer avec l'ongle : elle est tendre.
La bougie se casse facilement : elle est fragile. Les morceaux ne se séparent
pas, car ils sont retenus par un cordon de coton appelé mèche.
2. Pour allumer une bougie, on enflamme la mèche. La flamme grandit vite ;
elle devient éclairante et chaude.
3. À la chaleur de la flamme, la bougie devient liquide ; on dit qu'elle fond. La
bougie liquide emplit la petite cuvette qui se forme sous la flamme ; le liquide
monte peu à peu dans la mèche et brûle : la bougie est combustible. Elle
disparaît en brûlant ; c'est pourquoi une bougie qui a servi est plus courte.
4. Si l'on couvre la bougie, on empêche l'air d'arriver jusqu'à la flamme et la
bougie s'éteint. Ainsi la bougie a besoin d'air pour brûler.
5. Quand la bougie s'éteint, le liquide qui emplit la cuvette se refroidit ; bientôt,
il redevient de la bougie solide.
(D'après Sciences d'Observation C. E., EDICEF, 1964)

Nous nous entraînons


• Nous dessinons une bougie enflammée et nous expliquons
notre dessin.

C. Huby, Lecture et expression au CE 102


Géographie : Nomades du Grand Nord

1. Au nord de l'Europe, des côtes de Norvège à la Russie, s'étend la Laponie. Grandes étendues
couvertes de glace, collines enneigées où poussent les bouleaux nains : c'est là
que vit Aslak, enfant du peuple des Samis.
Le rythme de sa vie est réglé par les saisons et les déplacements des rennes,
richesse et fierté de ce peuple d'éleveurs. Les rennes, à demi sauvages, vivent
en troupeaux sous la garde des hommes.
2. L'hiver, ils vont lentement aux flancs des collines, fouillant avec leurs sabots
sous la neige pour brouter le lichen. Au printemps, c'est le long voyage : grâce
à ses motoneiges, la famille d'Aslak suit le troupeau jusqu'à la mer où elle
séjournera tout l'été. Parents et enfants ne reviendront à l'intérieur des terres
qu'à l'automne, pour se préparer à la grande nuit polaire. Ils retrouveront alors
ceux de leurs amis dont les familles sont devenues complètement sédentaires et
vivent en exerçant d'autres métiers que celui d'éleveur de rennes.
3. La famille d'Aslak s'installera au village pour passer l'hiver et la vie continuera
malgré la nuit polaire. Les Sami savent se diriger dans l'obscurité ; les étoiles les
guident dans leur course.
Les adultes s'occuperont des rennes dont on mange et vend la viande. La
peau de ces animaux sert à faire des bottes et des gants, chauds et
imperméables ; les bois et les os seront taillés pour faire des couteaux de
différentes sortes selon l’usage : couteau de marche, couteau à découper le
saumon, etc. ; la plupart des objets fabriqués seront destinés à la vente comme
souvenirs et non à une utilisation dans la vie quotidienne.
4. Aslak a neuf ans. À sa naissance, il a reçu un renne blanc ; chaque année
pour son anniversaire, un nouveau renne a été marqué à ses initiales.

C. Huby, Lecture et expression au CE 103


Aujourd'hui, avant de retourner à l'école où il restera tout l'hiver, en internat,
Aslak va choisir un renne supplémentaire pour son troupeau.
5. Rapidement il chausse ses skis. Son lasso à la main, prudemment, sans geste
brusque pour ne pas effrayer les rennes, Aslak entre dans le troupeau. Il a repéré
le renne que son père lui a promis ; il quitte ses skis, le lasso siffle dans l'air,
l'animal est pris par ses bois. Aslak se laisse traîner dans la neige, il ne lâche
pas. Doucement, par petits coups, il enroule la corde autour de son bras. Il a
réussi sa capture. Aslak marque de ses initiales le renne qui, maintenant, lui
appartient.
6. Avec son sabot, le renne fouille la neige pour y trouver le lichen, sorte de
mousse qui pousse sur les rochers, unique nourriture du troupeau en hiver. C'est
au nombre de ces ramifications que l'on reconnaît l'âge du renne : chaque renne
perd ses bois vers la fin de l'automne. Ils tombent dans la neige et dix semaines
sont nécessaires pour qu'ils aient complètement repoussé, avec une ramification
de plus chaque année.
(Inspiré de Dominique Darbois, Aslak, le petit Lapon, Fernand Nathan)

Nous nous entraînons

• Nous réfléchissons :
- Combien de ramifications ont les bois du plus vieux renne d'Aslak ?
- Nous comparons notre vie et celle d'Aslak : qu'est-ce qui est semblable ?
qu'est-ce qui est différent ?

C. Huby, Lecture et expression au CE 104


Histoire : Les Vikings

Un village scandinave, au VIIIe siècle


Lentement, Thorvald guide
son cheval le long de la pente
abrupte. Tout en bas, les eaux du
fjord scintillent au soleil. Des
barques de pêcheurs reviennent
au port, chargées de poissons. De
loin en loin se dressent les
maisons de bois, aux toits
couverts de paille ou de roseaux.
Les moutons, les chèvres et les
vaches paissent dans les prés.
Partout hommes libres, femmes et esclaves s'affairent : l'été est court en
Scandinavie. Il faut se préparer au dur hiver, faire provision d'orge, de seigle et
de blé.
Thorvald aperçoit sa ferme et le séchoir où pendent saumons et harengs. Il
sait qu'il sera joyeusement accueilli par les siens, car il rapporte un jeune cerf,
tué d'un coup d'épieu, et plusieurs perdrix. Ullr, le dieu de la chasse, s'est montré
généreux. Thorvald n'oubliera pas de lui faire un sacrifice pour qu'il lui reste
favorable.

Des maisons enterrées


En Islande ou au
Groenland, il n'y a pas
d'arbres. Les maisons sont
construites en pierres, et à
demi enterrées afin de
protéger les habitants du froid.
Le bois, qui doit être importé
du continent, est réservé à
l'aménagement intérieur et à
la charpente du toit. Celui-ci, comme l'ensemble de la maison, est recouvert de
mottes de terre sur lesquelles pousse le gazon.

C. Huby, Lecture et expression au CE 105


De longs hivers
Pendant les longs mois d'hiver,
la plupart des activités se déroulent
à l'intérieur. Dans la grande salle de
la maison commune, les femmes
pétrissent le pain, préparent les
repas, filent ou tissent la laine. Les
hommes réparent outils et armes.
Les plus habiles sculptent le bois ou
l'os : les objets usuels sont
richement décorés.

Le sculpteur sur os
Les os de cerf ou de renne et la
corne de leurs andouillers servent
aux sculpteurs vikings à fabriquer
nombre d'objets : peignes, pièces
pour jeux de société, aiguilles,
quenouilles, patins à glace,
pendentifs.

Fileuses et tisserandes
Après l'avoir filée et teintée, les
femmes tissent la laine des
moutons sur un métier à tisser
appuyé contre un mur. Sur son
cadre pendent les fils verticaux (la
chaîne), maintenus en place par
des pierres ou des poids de terre
cuite.
Pour fabriquer le tissu, on passe
entre les fils de chaîne des fils
horizontaux (la trame).

(D'après R. Ponthus et J.M. Michaud, Les Vikings, Casterman, 2002)

C. Huby, Lecture et expression au CE 106


Mon chien
1. L'autre jour, le maître,
Monsieur Derien, a posé une boîte
sur la table au fond de la classe.
Il a proposé aux élèves qui le
souhaitent d'apporter une photo
d'un animal qu'ils connaissent
bien et de la glisser sans rien dire
dans la boîte, avec leur prénom
écrit derrière.
« Tous les lundis après-midi,
après la récréation, nous tirerons
une photo au sort, a-t-il dit, et celui d'entre vous qui l'aura apportée viendra
présenter cet animal et nous raconter tout ce qu'il sait sur lui. Nous
commencerons dès lundi prochain. Tenez-vous prêts ! »

2. Toute la semaine, les enfants ont tourné autour de la boîte, une photo bien
cachée dans une enveloppe à la main. Et aujourd'hui, c'est le grand jour.
Après la récréation, Monsieur Derien soulève légèrement le couvercle de la
boîte, glisse sa main dans l'interstice, fouille et farfouille l'air mystérieux et en
sort une enveloppe close. Il saisit son coupe-papier et l'insère délicatement
dans l'enveloppe de manière à ne pas abîmer la photo qui se trouve à
l'intérieur… Il se retourne pour lire le prénom écrit au verso de la photo et
annonce : « Maximilien ! À toi l'honneur ! Installe-toi au tableau et explique-
nous ton choix ! »

3. Maximilien est un peu ému. Il affiche sa photo au tableau commence à voix


très basse : « Voici un chien, c’est le mien. Pour moi c’est le plus beau chien
du monde !
- Peux-tu parler plus fort, s'il te plaît ? intervient Monsieur Derien. Tes
camarades du fond de la classe n'entendent pas très bien ce que tu expliques.
- Je vais essayer mais ce n'est pas facile d'être le premier. Je ne le fais pas
exprès mais j'ai la voix qui tremble. »

4. Progressivement, le jeune garçon s'enhardit, et puis, il aime tellement son


chien qu'il en oublie sa timidité : « Il est malin, c’est un vrai petit coquin car il
n’obéit pas toujours quand je lui dis : « viens ». Il aime bien courir avec ses
copains sur le chemin de halage au bord de la rivière. Il ne dort pas dans un
chenil, il dort à la maison dans son panier. Il est très propre et ne fait pas de

C. Huby, Lecture et expression au CE 107


saletés. Il mange ses croquettes et boit son eau fraîche sans rien renverser.

5. Comme je suis le voisin de Marie, son chat Mimi est l'ami de mon Pinpin.
Ils se font des petits câlins et jouent à cache-cache derrière les coussins du
canapé. Parfois, ils vont dans le jardin et ils se roulent dans l’herbe. Mimi
grimpe aux arbres, le chien se couche dans les lupins et le regarde avec envie…
Et quand Pinpin traverse en courant la petite mare de mes poissons rouges,
c'est Mimi qui le regarde et admire son courage ! Ils se comprennent et
s’entendent très bien même s'ils ne savent pas faire les mêmes choses !
Voilà, j'ai fini. C’était l’histoire de mon chien ! J'espère que je ne vous ai pas
ennuyés. »

Nous nous entraînons


• Nous cherchons ensemble les mots dans lesquels nous entendons
le son « in » ou « un » et nous les trions par graphies : in, ain, ien, un.

• Nous expliquons :
un interstice : un petit espace vide entre les parties d'un tout.
clos/close : fermé/fermée.
le verso : le revers d'une feuille. C'est le contraire du recto.
s'enhardir: devenir hardi, courageux.
le chemin de halage : chemin situé sur les rebords d'une rivière. Il sert de
passage aux hommes et aux animaux. Autrefois, il servait au passage de ceux
d'entre eux qui tractaient les péniches.
• Nous réfléchissons :
- À quoi voit-on que Maximilien est ému ? Qu'est-ce qui l'enhardit ?
- Est-ce un gros chien ? Comment s'appelle-t-il ?
- Quelles sont les caractéristiques qui différencient Mimi et Pinpin ?

• Nous retrouvons l'habitat de chaque animal : le chenil ; la basse-


cour ; la cage ; le clapier ; le pigeonnier ; l'écurie ; la ruche.
Le chien vit dans … . - L'abeille … . - Le cochon d'Inde … . - L'âne … . - Le
pigeon … . - Les volailles vivent … . - Le lapin … .

• Nous mettons les mots suivants au féminin et nous les épelons :

un chien, une … - le mien, la … - le tien, la … - le sien, la … - le gardien, la


• Nous choisissons un animal et nous le décrivons.

C. Huby, Lecture et expression au CE 108


Sans famille
1. La troupe du signor Vitalis
Rémi, un jeune garçon, a toujours vécu seul avec sa mère adoptive. Un jour,
Barberin, son père adoptif, revient au village car il s'est blessé en tombant d'un
échafaudage. Il présente alors Rémi au signor Vitalis, un saltimbanque qui
parcourt les routes en compagnie d'une étonnante troupe d'artistes.

1. « Le signor Vitalis, c’est moi,


comme vous devez vous en douter,
la troupe, je vais vous la montrer,
puisque vous désirez faire sa
connaissance. »
Disant cela, il ouvrit sa peau de
mouton et prit dans sa main un
animal étrange qu’il tenait sous son
bras gauche serré contre sa poitrine.
Je ne trouvais pas de nom à donner
à cette créature bizarre que je voyais
pour la première fois, et que je
regardais avec stupéfaction.
2. Elle était vêtue d’une blouse
rouge bordée d’un galon doré ; mais
les bras et les jambes étaient nus, car c’étaient bien des bras et des jambes
qu’elle avait et non des pattes ; seulement ces bras et ces jambes étaient
couverts d’une peau noire, et non blanche ou camée. « Ah ! le vilain singe ! »
s’écria Barberin.
Ce mot me tira de ma stupéfaction, car, si je n’avais jamais vu des singes,
j’en avais au moins entendu parler ; ce n’était donc pas un être humain que
j’avais devant moi, c’était un singe.
3. « Voici le premier sujet de ma troupe, dit Vitalis, c’est M. Joli-Cœur. Joli-
Cœur, mon ami, saluez la société. » Joli-Cœur porta sa main fermée à ses
lèvres et nous envoya à tous un baiser.
« Maintenant, continua Vitalis étendant sa main vers le caniche blanc, à un
autre ; le signor Capi va avoir l’honneur de présenter ses amis à l’estimable
société ici présente. »
4. À ce commandement le caniche, qui jusque-là n’avait pas fait le plus petit
mouvement, se leva vivement et, se dressant sur ses pattes de derrière, il
croisa ses deux pattes de devant sur sa poitrine, puis il salua son maître si bas
que son bonnet de police toucha le sol.
Ce devoir de politesse accompli, il se tourna vers ses camarades, et d’une

C. Huby, Lecture et expression au CE 109


patte, tandis qu’il tenait toujours l’autre sur sa poitrine, il leur fit signe
d’approcher.
Les deux chiens, qui avaient les yeux attachés sur leur camarade, se
dressèrent aussitôt, et, se donnant chacun une patte de devant, comme on se
donne la main dans le monde, ils firent gravement six pas en avant, puis après
trois pas en arrière, et saluèrent la société.

Zacharie Noterman
18o8 – 1863
École des bonnes manières

Nous nous entraînons


• Nous cherchons ensemble les mots dans lesquels nous entendons
le son « in » ou « un » et nous les trions par graphies : in, ain, ien, un.

• Nous expliquons :
signor : mot italien qui signifie « monsieur ».
un saltimbanque : artiste spécialiste des spectacles de rue.
la stupéfaction : un très grand étonnement.
• Nous réfléchissons :
- Que peut-on penser de ce qui arrive à Rémi ?
- Les animaux du signor Vitalis ont-ils l'air bien traités ? À quoi le voit-on ?

• Nous retrouvons le nom des artistes : le jongleur ; l'acrobate ;


l'écuyère ; le dompteur ; le clown ; la funambule.
Elle fait son numéro à cheval, c'est … . - Il dresse des fauves, c'est … . - Il
lance et rattrape divers objets, c'est … . - Il amuse les enfants, c'est … . - Il
exécute des figures d'adresse et d'équilibre, c'est … . - Elle marche sur un câble
tendu entre deux poteaux, c'est … .

• Nous construisons des noms à partir des adjectifs qualificatifs :


poli, la … - sage, la … - jeune, la … - rude, la … - triste, la … - vieux, la … -
délicat, la … - juste, la … - fin, la … - noble, la … .

• Nous imaginons un tour de Joli-Cœur nous le décrivons.

C. Huby, Lecture et expression au CE 110


Sans famille
2. Trois chiens savants
1. « Celui que j’appelle Capi,
continua Vitalis, autrement dit
Capitano en italien, est le chef des
chiens ; c’est lui qui, comme le plus
intelligent, transmet mes ordres.
Ce jeune élégant à poil noir est le
signor Zerbino, ce qui signifie le
galant, nom qu’il mérite à tous les
égards. Quant à cette jeune
personne à l’air modeste, c’est la
signora Dolce, une charmante
Anglaise qui n’a pas volé son nom de
douce.
2. C’est avec ces sujets remarquables à des titres différents que j’ai l’avantage
de parcourir le monde en gagnant ma vie plus ou moins bien, suivant les
hasards de la bonne ou de la mauvaise fortune. Capi ! »
Le caniche croisa les pattes.
« Capi, venez ici, mon ami, et soyez assez aimable, je vous prie – ce sont
des personnages bien élevés à qui je parle toujours poliment –, soyez assez
aimable pour dire à ce jeune garçon, qui vous regarde avec des yeux ronds
comme des billes, quelle heure il est. »
3. Capi décroisa les pattes, s’approcha de son maître, écarta la peau de mouton,
fouilla dans la poche du gilet, en tira une grosse montre en argent, regarda le
cadran et jappa deux fois distinctement ; puis après ces deux jappements bien
accentués, d’une voix forte et nette, il en poussa trois autres plus faibles.
Il était en effet deux heures et trois quarts.
« C’est bien, dit Vitalis, je vous remercie, signor Capi ; et, maintenant, je
vous prie d’inviter la signora Dolce à nous faire le plaisir de danser un peu à la
corde. »
4. Capi fouilla aussitôt dans la poche de la veste de son maître et en tira une
corde. Il fit un signe à Zerbino, et celui-ci alla vivement lui faire vis-à-vis. Alors
Capi lui jeta un bout de la corde, et tous deux se mirent gravement à la faire
tourner.
Quand le mouvement fut régulier, Dolce s’élança dans le cercle et sauta

C. Huby, Lecture et expression au CE 111


légèrement en tenant ses beaux yeux tendres sur les yeux de son maître.
« Vous voyez, dit celui-ci, que mes élèves sont intelligents ; mais
l’intelligence ne s’apprécie à toute sa valeur que par la comparaison. Voilà
pourquoi j’engage ce garçon dans ma troupe ; il fera le rôle d’une bête, et
l’esprit de mes élèves n’en sera que mieux apprécié. »

Nous nous entraînons


• Nous cherchons ensemble les mots italiens du texte et nous
apprenons à les prononcer.

• Nous expliquons :
signora : mot italien qui signifie « madame ».
transmettre : faire passer quelque chose de quelqu'un à quelqu'un d'autre.
galant : empressé et poli auprès des dames.
• Nous réfléchissons :
- Relisons les mots italiens et traduisons-les. Pourquoi le signor Vitalis a-t-il
donné les noms de Capitano, Zerbino et Dolce à ses chiens ?
- Quel rôle va jouer Rémi dans la troupe ? Pourquoi Vitalis veut-il lui donner ce
rôle ?
- Grâce à cela, expliquons maintenant : « Mais l'intelligence ne s'apprécie à
toute sa valeur que par comparaison ».

• Nous utilisons des mots d'origine étrangère pour compléter les


phrases : pizza, soda, football, opéra, hamburger, week-end, baby-sitter,
spaghetti, paella, fast-food, match.
Mes parents vont à l'… ce soir alors ils me font garder par une … . - Je suis ravi
car je mangerai un repas italien : … et … !
Ce …, nous irons voir un … de … au Stade de France, puis nous irons au … et
nous commanderons un … avec des frites et du ... en boisson !

• Nous définissons des verbes de la famille du verbe mettre :


remettre, démettre, transmettre, permettre.
Autoriser, c'est … . - Faire passer, c'est … . - Donner en mains propres, c'est … .
- Déboîter, c'est … .

• Nous imaginons une bêtise que fera Rémi et nous la racontons.

C. Huby, Lecture et expression au CE 112


Sans famille
3. Que va devenir Rémi ?

1. – Oh ! pour faire la bête... interrompit Barberin.


– Il faut avoir de l’esprit, continua Vitalis, et je crois que ce garçon n’en
manquera pas quand il aura pris quelques leçons. Au reste, nous verrons bien.
Et pour commencer nous allons en avoir tout de suite une preuve. S’il est
intelligent, il comprendra qu’avec le signor Vitalis on a la chance de se
promener, de parcourir la France et dix autres pays, de mener une vie libre au
lieu de rester derrière des bœufs, à marcher tous les jours dans le même
champ, du matin au soir, tandis que, s’il n’est pas intelligent, il pleurera, il
criera, et, comme le signor Vitalis n’aime pas les enfants méchants, il ne
l’emmènera pas avec lui. Alors l’enfant méchant ira à l’hospice où il faut
travailler dur et manger peu. »
2. J’étais assez intelligent pour comprendre ces paroles ; mais de la
compréhension à l’exécution, il y avait une terrible distance à franchir.
Assurément les élèves du signor Vitalis étaient bien drôles, bien amusants,
et ce devait être bien amusant aussi de se promener toujours ; mais, pour les
suivre et se promener avec eux, il fallait quitter mère Barberin.
Il est vrai que, si je refusais, je ne resterais peut-être pas avec mère
Barberin ; on m’enverrait à l’hospice.
3. Comme je demeurais troublé, les larmes dans les yeux, Vitalis me frappa
doucement du bout du doigt sur la joue.
« Allons, dit-il, l’enfant comprend, puisqu’il ne crie pas ; la raison entrera
dans cette petite tête, et demain...
– Oh ! monsieur, m’écriai-je, laissez-moi à maman Barberin, je vous en
prie !»
Mais avant d’en avoir dit davantage je fus interrompu par un formidable
aboiement de Capi.

C. Huby, Lecture et expression au CE 113


En même temps le chien s’élança vers la table sur laquelle Joli-Cœur était
resté assis.
Nous nous entraînons
• Nous savons lire des mots difficiles : il interrompit – intelligent – un
pays – des bœufs – il l'emmènera – la compréhension – l'exécution –
assurément.

• Nous expliquons :
interrompre : arrêter quelqu'un de continuer ce qu'il fait.
l'hospice : maison où on recueillait les enfants perdus, orphelins ou
abandonnés par leur famille.
la compréhension : l'action de comprendre.
l'exécution : l'action d'exécuter.
assurément :certainement, sûrement.
troublé : triste, angoissé.
• Nous réfléchissons :
- Que fera Rémi avec le signor Vitalis ?
- Quel autre métier pourrait-il exercer s'il n'allait pas avec Vitalis ?
- Que pourrait-il lui arriver d'autre qui lui fait très peur ?
- Et Rémi, lui, que souhaiterait-il le plus au monde ? Est-ce que cela sera
possible ?
- Grâce à cela, expliquons maintenant : « mais de la compréhension à
l’exécution, il y avait une terrible distance à franchir ».

• Nous construisons des noms à partir des verbes :

comprendre, la … - exécuter, l'… - interrompre, l'… - punir, la … - créer, la … -


soustraire, la … - multiplier, la … - réclamer, la … - transformer, la … .

• Nous employons des mots de la famille du mot hospice : hôpital,


hospitalité, hôtel, hôte.
Un lieu où on reçoit des voyageurs, c'est un … . - Un lieu où on reçoit des
personnes qui ont besoin de soins médicaux, c'est un … . - Une personne
qui vous reçoit chez lui, c'est un … . - L'action de recevoir quelqu'un chez
soi, c'est l'… .

• Nous imaginons ce que pourrait dire Mère Barberin si elle était là, et
nous l'écrivons.

C. Huby, Lecture et expression au CE 114


Sans famille
4. Vendu.
1. Celui-ci, profitant d’un moment où tout
le monde était tourné vers moi, avait
doucement pris le verre de son maître,
qui était plein de vin, et il était en train
de le vider. Mais Capi, qui faisait bonne
garde, avait vu cette friponnerie du singe,
et, en fidèle serviteur qu’il était, il avait
voulu l’empêcher.
2. « Monsieur Joli-Cœur, dit Vitalis
d’une voix sévère, vous êtes un
gourmand et un fripon ; allez vous mettre
là-bas, dans le coin, le nez tourné contre
la muraille, et vous, Zerbino, montez la
garde devant lui ; s’il bouge, donnez-lui une bonne claque. Quant à vous,
monsieur Capi, vous êtes un bon chien ; tendez-moi la patte, que je vous la
serre. »
3. Tandis que le singe obéissait en poussant des petits cris étouffés, le chien,
heureux, fier, tendait la patte à son maître.
« Maintenant, continua Vitalis, revenons à nos affaires. Je vous donne donc
trente francs.
– Non, quarante. »
Une discussion s’engagea, mais bientôt Vitalis l’interrompit :
« Cet enfant doit s’ennuyer ici, dit-il ; qu’il aille donc se promener dans la
cour de l’auberge et s’amuser. »
4. En même temps il fit un signe à Barberin. « Oui, c’est cela, dit celui-ci, va
dans la cour, mais n’en bouge pas avant que je t’appelle, ou sinon je me fâche.»
Je n’avais qu’à obéir, ce que je fis. J’allai donc dans la cour, mais je n’avais
pas le cœur à m’amuser. Je m’assis sur une pierre et restai à réfléchir. C’était
mon sort qui se décidait en ce moment même. Quel allait-il être ? Le froid et
l’angoisse me faisaient grelotter.
La discussion entre Vitalis et Barberin dura longtemps, car il s’écoula plus
d’une heure avant que celui-ci vînt dans la cour.
Enfin je le vis paraître ; il était seul. Venait-il me chercher pour me remettre
aux mains de Vitalis ?
5. « Allons, me dit-il, en route pour la maison. » La maison ! Je ne quitterais
donc pas mère Barberin ?
J’aurais voulu l’interroger, mais je n’osai pas, car il paraissait de fort

C. Huby, Lecture et expression au CE 115


mauvaise humeur. La route se fit silencieusement. Mais, environ dix minutes
avant d’arriver, Barberin, qui marchait devant, s’arrêta :
« Tu sais, me dit-il en me prenant rudement par l’oreille, que, si tu racontes
un seul mot de ce que tu as entendu aujourd’hui, tu le payeras cher ; ainsi,
attention ! »
(Sans Famille, Hector Malot, La Bibliothèque Électronique)

Nous nous entraînons


• Nous savons lire la suite de lettres e.r. : vers moi - le verre – vider
– une friponnerie – un serviteur – empêcher – Zerbino – je serre – fier – il
l'interrompit – s'ennuyer – s'amuser – Barberin – une pierre – grelotter –
chercher – je quitterais – interroger – arriver – tu payeras

• Nous expliquons :
friponnerie : action d'être fripon.
fidèle : dévoué, qui garde son amitié pour quelqu'un.
fripon : filou, coquin, malhonnête.
mon sort : mon avenir, mon destin.
angoisse : inquiétude très profonde, peur intense.
• Nous réfléchissons :
- Comment les animaux du signor Vitalis montrent-ils à nouveau leur
intelligence ?
- Vitalis veut-il seulement que Rémi aille jouer ? Alors, pour quelle raison
demande-t-il que Rémi sorte dans la cour de l'auberge ? À quoi le voit-on ?
- Barberin a fait affaire avec Vitalis. Pourquoi ne dit-il rien à Rémi et ne veut-il
pas que ce dernier en parle à la mère Barberin ?

• Nous construisons des noms à partir des adjectifs :


fripon, une … - taquin, une … - plaisant, une … - pitre, une ... - niais, une … -
filou, une … - étourdi, une … - drôle, une …

• Nous choisissons le mot qui désigne le sentiment éprouvé : la peur,


l'angoisse.
Vitalis crie après Joli-Cœur. - Barberin entraîne Rémi sans rien dire. - Capi
aboie. - Joli-Cœur lui tire les cheveux. - La mère Barberin attend le retour
de son mari. - Rémi doit dire bonjour à un inconnu. - Barberin parle de
l'hospice.

• Nous imaginons ce que racontera Rémi à ses enfants plus tard et nous
l'écrivons.

C. Huby, Lecture et expression au CE 116


Des chiens en poésie

Le vieux et son chien Le petit chien


S'il était le plus laid
Je suis un petit chien.
De tous les chiens du monde, Mon poil ne sert à rien
Je l'aimerais encore
Qu’à salir les bas blancs
A cause de ses yeux.
Que je heurte en jouant.
Si j'étais le plus laid Je suis un petit chien
De tous les vieux du monde,
Et je ne garde rien,
L'amour luirait encore Pas même un bout de miche
Dans le fond de ses yeux. Dans un coin de ma niche.
Et nous serions tous deux,
Je suis un peu voleur,
Lui si laid, moi si vieux, Mais bien moins que le chat.
Un peu moins seuls au monde
Bien mieux que lui d’ailleurs,
A cause de ses yeux.
Je sais prendre les rats.
Pierre Menanteau
J’aboie longtemps sur tout,
Je pleurniche pour rien.
Je ne suis, voyez-vous,
Qu’un chien, un petit chien.

Maurice Carême

La Dame à la Licorne (détail)


Tapisserie
Fin XVe – début XVIe siècles.

Le Loup et le Chien
Un Loup n'avait que les os et la peau,
Tant les chiens faisaient bonne garde.
Ce Loup rencontre un Dogue aussi puissant que beau,
Gras, poli, qui s'était fourvoyé par mégarde.
L'attaquer, le mettre en quartiers,
Sire Loup l'eût fait volontiers ;
Mais il fallait livrer bataille,
Et le Mâtin était de taille
A se défendre hardiment.
Le Loup donc l'aborde humblement,
Entre en propos, et lui fait compliment
Sur son embonpoint, qu'il admire.
« Il ne tiendra qu'à vous beau sire,

C. Huby, Lecture et expression au CE 117


D'être aussi gras que moi, lui repartit le Chien.
Quittez les bois, vous ferez bien :
Vos pareils y sont misérables,
Cancres, haires, et pauvres diables,
Dont la condition est de mourir de faim.
Car quoi ? rien d'assuré : point de franche lippée :
Tout à la pointe de l'épée.
Suivez-moi : vous aurez un bien meilleur destin. »
Le Loup reprit : « Que me faudra-t-il faire ?
- Presque rien, dit le Chien, donner la chasse aux gens
Portants bâtons, et mendiants ;
Flatter ceux du logis, à son Maître complaire :
Moyennant quoi votre salaire
Sera force reliefs de toutes les façons :
Os de poulets, os de pigeons,
Sans parler de mainte caresse. »
Le Loup déjà se forge une félicité
Qui le fait pleurer de tendresse.
Chemin faisant, il vit le col du Chien pelé.
« Qu'est-ce là ? lui dit-il. - Rien. - Quoi ? rien ? - Peu de chose.
- Mais encor ? - Le collier dont je suis attaché
De ce que vous voyez est peut-être la cause.
- Attaché ? dit le Loup : vous ne courez donc pas
Où vous voulez ? - Pas toujours ; mais qu'importe ?
- Il importe si bien, que de tous vos repas
Je ne veux en aucune sorte,
Et ne voudrais pas même à ce prix un trésor. »
Cela dit, maître Loup s'enfuit, et court encor.
Jean de La Fontaine

Le Livre de Chasse de Gaston Phébus


Enluminure
1387 à 1389

C. Huby, Lecture et expression au CE 118


Le vieux Sultan
1. Un paysan possédait un chien fidèle, nommé Sultan. Or le pauvre Sultan était
devenu si vieux qu'il avait perdu toutes ses dents, si bien qu'il lui était désormais
impossible de mordre. Il arriva qu'un jour, comme ils étaient assis devant leur
porte, le paysan dit à sa femme :
— Demain un coup de fusil me débarrassera de Sultan, car la pauvre bête
n'est plus capable de me rendre le plus petit service.
2. La paysanne eut pitié du malheureux animal :
— Il me semble qu'après nous avoir été utile pendant tant d'années et s'être
conduit toujours en bon chien fidèle, il a bien mérité pour ses vieux jours de
trouver chez nous le pain des invalides.
— Je ne te comprends pas, répliqua le paysan, et tu calcules bien mal : ne
sais-tu donc pas qu'il n'a plus de dents dans la gueule, et que, par conséquent,
il a cessé d'être pour les voleurs un objet de crainte ? Il est donc temps de nous
en défaire. Il me semble que s'il nous a rendu de bons services, il a, en revanche,
été toujours bien nourri. Partant quitte.
3. Le pauvre animal, qui se chauffait au soleil à peu de distance de là, entendit
cette conversation qui le touchait de si près, et je vous laisse à penser s'il en fut
effrayé. Le lendemain devait donc être son dernier jour ! Il avait un ami dévoué,
sa seigneurie le loup, auquel il s'empressa d'aller, dès la nuit suivante, raconter
le triste sort dont il était menacé.
— Écoute, compère, lui dit le loup, ne te désespère pas ainsi ; je te promets
de te tirer d'embarras. Il me vient une excellente idée. Demain matin à la
première heure, ton maître et sa femme iront retourner leur foin ; comme ils
n'ont personne au logis, ils emmèneront avec eux leur petit garçon. J'ai
remarqué que chaque fois qu'ils vont au champ, ils déposent l'enfant à l'ombre
derrière une haie.
4. Voici ce que tu auras à faire. Tu te coucheras dans l'herbe auprès du petit,
comme pour veiller sur lui. Quand ils seront occupés à leur foin, je sortirai du
bois et je viendrai à pas de loup dérober l'enfant ; alors tu t'élanceras de toute
ta vitesse à ma poursuite, comme pour m'arracher ma proie ; et, avant que tu
aies trop longtemps couru pour un chien de ton âge, je lâcherai mon butin, que
tu rapporteras aux parents effrayés. Ils verront en toi le sauveur de leur enfant,
et la reconnaissance leur défendra de te maltraiter ; à partir de ce moment, au
contraire, tu entreras en faveur, et désormais tu ne manqueras plus de rien.
5. L'invention plut au chien, et tout se passa suivant ce qui avait été convenu.
Qu'on juge des cris d'effroi que poussa le pauvre père quand il vit le loup s'enfuir
avec son petit garçon dans la gueule ! qu'on juge aussi de sa joie quand le fidèle

C. Huby, Lecture et expression au CE 119


Sultan lui rapporta son fils !
Il caressa son dos pelé, il baisa son front galeux, et dans l'effusion de sa
reconnaissance, il s'écria :
— Malheur à qui s'aviserait jamais d'arracher le plus petit poil à mon bon
Sultan ! J'entends que, tant qu'il vivra, il trouve chez moi le pain des invalides,
qu'il a si bravement gagné !
6. Puis, s'adressant à sa femme :
— Gretel, dit-il, cours bien vite à la maison, et prépare à ce fidèle animal une
excellente pâtée ; puisqu'il n'a plus de dents, il faut lui épargner les croûtes ; aie
soin d'ôter du lit mon oreiller ; j'entends qu'à l'avenir mon bon Sultan n'aie plus
d'autre couchette.
Avec un tel régime, comment s'étonner que Sultan soit devenu le doyen des
chiens.
La morale de ce conte est que même un loup peut parfois donner un conseil
utile. Je n'engage pourtant pas tous les chiens à aller demander au loup un
conseil, surtout s'ils n'ont plus de dents.
(Frères Grimm, Contes)

Nous nous entraînons

• Nous expliquons :
le pain des invalides : la charité qu'on fait à une personne qui ne peut plus
travailler car elle est infirme.
fidèle : dévoué, qui garde son amitié pour quelqu'un.
partant quitte : désormais nous sommes quitte, nous ne lui devons rien.
la reconnaissance : sentiment qu'on éprouve face à quelqu'un qui nous a rendu
un grand service.
le doyen : le plus âgé de tous.
• Nous réfléchissons :
- Les deux époux sont-ils d'accord au début de l'histoire ? Et à la fin ?
- Comparons ce conte à la fable de Jean de La Fontaine.

• Nous qualifions ces animaux à l'aide des adjectifs suivants : fidèle,


rusé, malin, rapide, bête, majestueux, bavard, curieux, muet.
… comme un chien - … comme une oie - … comme une carpe - … comme un
lièvre - … comme un singe - … comme un cygne - … comme un renard - …
comme un chat - … comme une pie.

• Nous imaginons ce que pourrait faire Sultan pour montrer sa


reconnaissance au loup et nous l'écrivons.

C. Huby, Lecture et expression au CE 120


Comment le chien devint l'ennemi du chat (1)
1. Il y avait autrefois un vieux Chinois nommé
Pai-Hai. Il vivait dans une petite cabane, non loin
de la rivière, avec sa femme, son chien et son
chat. Hélas, ce Chinois était si pauvre que
certains soirs, il n'y avait qu'un seul bol de riz à
manger pour toute la famille.
Un matin, sur la route, Pai-Hai trouve un
anneau tout rouillé. Il le ramasse, le rapporte
chez lui, et ô merveille ! à partir de ce jour, la
chance entre dans la maison. Dans la cuisine les
placards se remplissent de bonnes choses. Et
dans le jardin de beaux légumes se mettent à
pousser !
2. Même l'écuelle du chat et du chien se remplit
chaque matin, comme par enchantement. Pai-Hai comprend vite que c'est
l'anneau qui est la cause de ces miracles. Il dit à sa femme :
« Tu sais, je crois que cet anneau n'est pas ordinaire. C'est un anneau
magique, qui apporte la richesse à celui qui le possède.
— Alors, répond sa femme, nous ferions bien de le cacher pour que
personne ne nous le vole. »
Sitôt dit, sitôt fait. Soigneusement, ils rangent l'anneau dans un petit coffre
en bois et le suspendent à un clou près de la porte.
3. Hélas, un matin, alors que Pai-Hai et sa femme sont sortis, un voleur entre
dans la maison et vole le coffret. À partir de ce jour, la chance quitte la maison.
Et bientôt, Pai-Hai et sa femme sont aussi pauvres qu'avant.
Voyant cela, le chien et le chat tiennent conseil. Le chien dit :
« Il faut que nous trouvions un moyen d'aider notre maître.
— Oui, répond le chat. Ce qu'il faudrait, c'est retrouver le voleur et lui
reprendre l'anneau.
— Alors, allons-y ! dit le chien. Avec mon flair, je retrouverai sa piste.
4. Nez au sol, le chien s'élance aussitôt sur les traces du voleur, et le chat lui
emboîte le pas. Arrivé au bord de la rivière, le chien dit en remuant la queue :
« Il faut traverser à la nage. »
Horrifié, le chat miaule : « Jamais de la vie ! Tu sais bien que je déteste
l'eau.
— Alors monte sur mon dos. Comme cela, tu ne te mouilleras pas les pattes.
— Tu es sûr ?
— Promis ! »

C. Huby, Lecture et expression au CE 121


5. Méfiant, le chat grimpe sur le dos du chien. Et le chien tient parole, en
faisant bien attention à ce que son ami ne se mouille pas les pattes.
Sur l'autre rive, il ne tarde pas à trouver la maison du voleur. À pas de loup,
les deux amis approchent, et que voient-ils, accroché au-dessus de la porte ?
Le coffret de bois !

Nous nous entraînons


• Nous savons lire la lettre e suivie d'une consonne : autrefois –
petite – une femme – un chien – certain – manger – chez – une merveille –
elle entre – ils se remplissent – ils se mettent – une écuelle – un
enchantement – cet anneau – la richesse – il est – nous ferions bien

• Nous expliquons :
écuelle : assiette creuse sans rebord.
tenir conseil : délibérer, discuter pour trouver une solution.
flair : odorat du chien et d'autres animaux.
• Nous réfléchissons :
- Comment le chien se montre-t-il vis à vis du chat ?
- Lequel des deux trouve les solutions ?

• Nous cherchons dans le texte des dérivés des verbes suivants :


porter, …, ... - emplir, … - prendre, … , … - pendre, … - trouver, …

• Nous attribuons ces qualités et ces défauts à l'un des deux animaux
: le chat, le chien.
Il a peur de l'eau. - Il aime l'eau. - Il remue la queue quand il est content. - Il
remue la queue quand il est en colère. - Il miaule. - Il aboie. - Il attrape les
souris. - Il court après les voleurs. - Il grimpe aux arbres. - Il creuse la terre
avec ses pattes. - Il a des griffes rétractiles. - Il a des griffes apparentes.

• Nous imaginons ce qui se passerait si le voleur revenait chez lui à ce


moment et nous l'écrivons.

C. Huby, Lecture et expression au CE 122


Comment le chien devint l'ennemi du chat (2)
Foujita. Chat (1929) 1. « Le voilà ! dit le chat. Mais
comment allons-nous faire pour
le décrocher ?
— J'ai une idée ! dit le chien. Tu
vas attraper une souris et l'obliger
à faire un trou dans le coffre.
Ainsi, l'anneau tombera et nous le
récupérerons. «
Sans perdre une seconde, le
chat attrape une souris et
ordonne : « Fais un trou dans ce
coffre. Sinon, je te croque.
2. Tremblante, la petite bête
grimpe le long de la porte et
commence à grignoter le coffre.
Dès que le trou est assez grand,
l'anneau tombe par terre. Alors le
chat le prend entre ses dents et
les deux amis filent jusqu'à la rivière. Comme à l'aller, le chat saute sur le dos
du chien, qui traverse la rivière à la nage. Mais, dès qu'ils sont sur l'autre rive,
le chat file devant et saute de toit en toit pour arriver le premier. Une fois parvenu
à la maison, il laisse tomber l'anneau aux pieds de sa maîtresse et se frotte
contre ses jambes.
3. Toute contente, la femme appelle son mari :
« Pai-Hai ! Viens voir, le chat nous a rapporté l'anneau :
— Brave chat ! s'écrie Pai-Hai en le caressant. Tu es un vrai héros. Pour ta
peine, voilà un poisson tout frais. »
Et le chat se régale en ronronnant de bonheur.
À cet instant, le chien arrive enfin, épuisé et trempé par sa traversée à la
nage. Voyant l'anneau, il se frotte contre les jambes de son maître en aboyant
gaiement. Mais Pai-Hai le gronde :
4. « Eh toi, d'où viens-tu, espèce de paresseux ? Je parie que tu t'es amusé
toute la journée à la rivière ! Alors que le chat, lui, nous a aidés en retrouvant
l'anneau magique. Allez, ouste ! hors d'ici, bon à rien !
Et comme le chat ne prend pas sa défense, le pauvre chien est chassé de
la maison. Depuis, le chat n'a pas très bonne conscience.
C'est pourquoi, dès qu'il voit le chien, il se sauve sans demander son reste.
Quant au chien, dès qu'il voit le chat, il lui court après en aboyant :

C. Huby, Lecture et expression au CE 123


« Espèce de traître ! Si je t'attrape, tu me paieras ça !
(D'après un conte asiatique, in Mille et Une Histoires, Les plus beaux contes d'animaux)

Nous nous entraînons


• Nous savons lire la lettre e suivie d'une consonne : décrocher –
attraper – obliger – grignoter – arriver – tomber – demander – le premier –
assez – le pied – il tombera – nous le récupérerons – perdre – il traverse – la
traversée – la terre – une espèce – le reste – sa maîtresse – en le caressant
– un paresseux – il est – tu es – ses dents – elle commence – content –
gaiement – il prend – la défense – la conscience – tremblant – trempé – la
femme – viens – le chien – un bon à rien

• Nous expliquons :
rive : bande de terre qui borde une étendue d'eau, on dit aussi : la berge.
épuisé : très fatigué, on dit aussi : exténué, à bout de force.
traître : qui commet une trahison, trompeur.
• Nous réfléchissons :
- Le chat avait-il préparé son coup à l'avance ?
- Pourquoi le chat se sauve-t-il sans demander son reste ?
- Selon ce conte, pourquoi les chiens courent-ils après les chats ?

• Nous employons les mots suivants pour compléter la phrase : rives


– parvenu – héros – conscience - traversée
Christophe Colomb est un … : il a réussi le premier la … de l'Océan Atlantique
et il est … jusqu'aux … de l'Amérique mais il n'en avait pas … .

• Nous choisissons le mot qui qualifie l'état du chien : fatigué –


épuisé
Il a couru après le chat. - Il a traversé la rivière à la nage, avec le chat sur son
dos. - Il a joué dans le jardin. - Il a poursuivi le voleur pendant des heures. - Il
s'est promené avec son maître. - Il a recherché les survivants de l'avalanche
dans la neige. - Il a rattrapé le bâton que lui envoyaient les enfants.

• Nous imaginons les excuses que présente le chat au chien et nous


les écrivons.

C. Huby, Lecture et expression au CE 124


Histoire : La domestication du chien

Les chiens ont probablement


été apprivoisés par l'homme, il
y a environ 12 000 ans.
Ces premiers chiens
domestiques, certainement issus
de loups et de chiens sauvages,
étaient utilisés pour chasser ou
pour effrayer les animaux sauvages
dangereux. Les chiens devaient
aussi protéger leurs maîtres Site préhistorique d'Acacus, Lybie
Entre 12 000 ans avant notre ère et 100 ans après.
pendant leurs longs voyages à la
recherche de territoires de chasse
ou de cueillette.

Les Égyptiens de l'Antiquité


momifiaient leurs chiens pour qu'ils
les accompagnent dans leur vie
après la mort.
Les chiens étaient très appréciés
comme animaux de compagnie
mais ils servaient aussi de chiens de
garde ou de chasse.
Livre des Morts, Égypte antique.

Certains chiens, considérés


comme des dieux, ont fait l'objet de
cultes. En Chine, des statues de
chiens-lions étaient souvent
placées à l'extérieur des temples,
pour monter la garde et éloigner les
mauvais esprits.

Chien - Dynastie Han


Musée d'Honolulu

C. Huby, Lecture et expression au CE 125


Les Romains élevaient d'énormes
chiens féroces, appelés molosses,
pour la guerre. Ils organisaient
également des combats entre des
chiens et des esclaves pour les jeux
du cirque.
Sur cette mosaïque, l'expression
« Cave Canem » signifie « Attention
au chien ». Elle est toujours visible
sur le site archéologique de Pompéi.
À quoi devait-elle servir ? Que nous
prouve-t-elle ?

Mosaïque romaine – Pompéi -


Livre de chasse Gaston Phébus – XIVe siècle

Au Moyen Age, les seigneurs


apprécient la chasse à courre.
Celle-ci se pratique en repérant et
en poursuivant un animal à cheval
avec une meute de chiens. Quand la
bête est cernée ou affaiblie, on la
met à mort avec un épieu, une
dague ou une lance.
Cette chasse se pratique en forêt
On utilise en général deux races
dans un espace délimité : surtout
principales de chiens : les
pour le cerf et le sanglier.
ombriens et les molosses, mais
Cette chasse exige un personnel
aussi des dogues, des lévriers et
expérimenté : veneurs, chasseurs,
des chiens courants.
valets de chiens.
Le veneur est choisi jeune, vers 7
ans ; il devient valet vers 14 ans et
à 20 ans, il devient aide. Un bon
veneur doit savoir chasser, faire
rentrer ses chiens sous bois. Il porte
une tenue de cuir pour se protéger
des épines et des ronces, un cor
pendu au cou, une épée pendante à
gauche et un couteau à dépecer.

Tapisserie de Bayeux – XIe siècle

C. Huby, Lecture et expression au CE 126


Observation : Doit-on parler du chien ou des chiens ?

Observons ces chiens. Sont-ils petits ou gros ? Comment sont leurs poils ?
Décrivons leurs oreilles, leur museau. Que pouvons-nous dire pour résumer ces
observations ?

Ce chien est un excellent coureur.


Comment sont ses pattes ? son
ventre ?

Décrivons le dessous de la patte d'un


chien. Pourquoi fait-il plus de bruit
qu'un chat en marchant ? Ses griffes
sont-elles acérées ? Pourquoi ? À quoi
peuvent-elles lui servir ?

C. Huby, Lecture et expression au CE 127


Quelle est la nourriture préférée du
chien ? Peut-il manger autre chose ?
Quels aliments sont dangereux pour
sa santé ?
Comment boit-il ?

Observons les dents du chien.


Comment sont les plus longues ? Où
sont-elles ? Avec lesquelles broie-t-il
les os ? Comment sont ses incisives ?
Pourquoi ?

Que fait ce chien ? Pourquoi ?


Comment appelle-t-on l'odorat du
chien ?

Comment s'appellent les petits du


chien et de la chienne ? Comment se
nourrissent-ils ? Citons d'autres
animaux qui, comme le chiot, tètent le
lait des mamelles de leur mère.
Comment désigne-t-on cette famille
d'animaux ?

C. Huby, Lecture et expression au CE 128


C. Huby, Lecture et expression au CE 129
Décrivons ce que font les chiens ci-contre. Connaissons-nous d'autres tâches
que peuvent accomplir les chiens ?

Le chien
1. Il existe plus de 200 races de chiens, toutes différentes. Cependant, en
observant un chien, on remarque des caractères qui se retrouvent dans presque
toutes les races.
2. Les pattes du chien sont plus puissantes que celles du chat. C'est un excellent
coureur, souvent infatigable. Lorsqu'il marche, seuls ses doigts reposent sur le
sol. Par-dessous, ils sont munis de pelotes dures et rugueuses, de sorte qu'on
entend le chien quand il approche sur un sol dur. Ses griffes sont usées parce
qu'elles frottent sans cesse sur le sol.
3. Dans la nature, le chien poursuit sa proie, la saisit dans sa gueule et la tue
grâce à ses crocs puissants. Il se nourrit de viande mais mange aussi volontiers
d'autres aliments. Il n'a pas besoin d'aliments sucrés et ne doit surtout pas
manger de chocolat car cela peut le tuer.
4. Le chien possède trois sortes de dents : des canines très puissantes, ou crocs,
pour tuer et déchirer ; des molaires pour broyer les os ; des incisives toutes
petites dont il se sert très peu.
5. Le chien a une ouïe et une vue excellentes, mais ce qui le distingue
particulièrement, c'est son odorat, appelé flair, qui est bien plus développé que
le nôtre. Certains chiens sont capables de suivre une trace vieille de quatre jours
à plus de 120 kilomètres !
6. Les chiens font partie de la famille des mammifères : cela signifie que les
petits se développent dans le ventre de leur mère qui les nourrit ensuite avec le
lait de ses mamelles. Les jeunes chiots naissent sourds et aveugles et sont
totalement dépendants de leur mère. Le mâle ne s'occupe pas des petits, seule
la femelle les reconnaît.
7. La plupart des chiens s'éduquent facilement. Si certains sont juste habitués à
vivre en compagnie des êtres humains et à leur procurer une compagnie,
d'autres, les chiens d’utilité, sont employés dans des rôles précis : après une
éducation de base suivie par d'un dressage renforçant et mettant à profit leurs
aptitudes, ils maîtrisent un véritable « métier ».
Certaines races sont utilisées dans un rôle précis, mais d’autres peuvent
être éduquées à remplir des rôles très éloignés les uns des autres, tel le berger
allemand, qui peut être tout aussi bien chien guide d’aveugle que chien
d’avalanche ou chien de garde.

C. Huby, Lecture et expression au CE 130


Quel froid, ce matin !

1. Arturo, Assim et Lila arrivent à l'école. Il ne fait pas encore très clair et
surtout, surtout, il fait… un froid de canard ! Même pire, tenez, un froid de
loup ! Le thermomètre devant la pharmacie indique moins 5° !
« Regardez, c'est drôle, quand je souffle, je fais de la fumée ! Comme une
vieille locomotive à vapeur !
- Oui, voilà, c'est de la vapeur !
- La fumée, c'est quand ça brûle, pas quand on souffle juste de l'air.
- Oui, oh, ça va, hein ! Oui… oh… ça… va… hein ! Hop, cinq petits nuages de
vapeur, comme les Indiens d'Amérique qui envoyaient des messages secrets
grâce à de la fumée ! Aaaah… aaaah… aaaah… encore trois !
2. - Eh, regardez, là-bas ! Malo et Marie à vélo ! Ils font des dérapages ! Hein ?
Et Lucas aussi ! Mais il est à pied pourtant ?
- Je suis sûr qu'il y a de la glace ! Une flaque d'eau gelée par exemple.
- Ah oui, c'est sûrement ça. Venez, on va voir ! »
Et voilà nos amis qui se dépêchent de rejoindre leurs camarades qui
continuent leurs dérapages. Marie et Malo ont rangé leurs vélos dans le garage
de l'école. Ils ont rejoint Lucas qui court pour prendre de l'élan, place ses deux
pieds en travers sur la flaque gelée, s'accroupit pour réduire sa prise au vent
et glisse, glisse jusqu'au bout de la flaque, les deux bras écartés.
3. « Regardez, crie Marie, c'est mon tour ! Comme les patineuses artistiques !
Attention, attention ! Poussez-vous ! Poussez-vous ! »
Marie court, s'élance sur la flaque, debout, lève une jambe qu'elle étend
derrière elle puis elle se plie en deux, le buste à l'horizontale, les bras écartés
comme les ailes d'un avion.
« Oui, très beau ! Mais ça ne fait pas vraiment patineuse artistique, réplique
Malo. Regardez, moi, je fais le vrai patineur artistique, gracieux comme un
danseur étoile ! »
4. Comme Marie, Malo lève une jambe, mais il la plie et pose son pied sur le
genou de jambe opposée. Puis il lève gracieusement ses deux bras et essaie

C. Huby, Lecture et expression au CE 131


de tournoyer comme une toupie. Il se secoue, se trémousse mais rien à faire,
ça ne tourne pas ! Comment font donc les patineurs et les pingouins des
dessins animés ?
« Je sais, je sais, crie Arturo ! Ils s'élancent d'abord… Comme ça, hop, hop,
hop, hop… je saute… je lève la… Aïe, mes fesses ! Ouille ouille ouille, c'est
vraiment dur, la glace !
5. - Attends, on va t'aider à te relever. Viens là ! Ho hisse ! Le voilà debout, le
champion du patinage artistique ! Pousse-toi, je veux essayer aussi ! Mais moi,
je vais faire du patinage de vitesse parce que je crois que la cloche de l'école
va bientôt sonner et que Monsieur Derien n'aime pas trop les patineurs
artistiques !
En effet, Assim a à peine le temps de traverser la flaque en filant plus vite
que l'éclair que la cloche retentit, signalant qu'il est l'heure de reprendre son
cartable pour entrer en classe. « Pourvu que le froid reste aussi vif et qu'à la
récréation, nous puissions profiter de notre nouvelle patinoire pour organiser
un match de hockey ! », s'exclament les enfants !
Nous nous entraînons
• Nous savons lire les sons oin et ion : moins 5° - rejoindre -ils ont
rejoint – les pingouins – attention – un champion – la récréation – nous
puissions

• Nous expliquons :
vapeur (nom féminin) : fines gouttelettes d'eau en suspension dans l'air.
la prise au vent (expression) : son corps le ralentit, comme un parachute.
se trémousser (verbe) : gigoter, s'agiter, bouger son corps en tous sens.
• Nous réfléchissons :
- À quoi voyons-nous qu'il fait très froid ?
- Pensez-vous qu'à la récréation, les enfants pourront encore jouer sur leur
patinoire improvisée ?

• Nous cherchons des noms en -oire dérivés des verbes suivants :


patiner, une … - patauger, une … - écrire, une … - manger, une … - glisser,
une … - baigner, une … - balancer, une … - nager, une …

• Nous cherchons cinq noms masculins en -eur qui correspondent à cinq


noms féminins en -euse.

• Nous imaginons un jeu sur la flaque gelée et nous le racontons.

C. Huby, Lecture et expression au CE 132


La glissade

Nous retrouvons Jeannot, écolier du siècle dernier, qui nous avait présenté
sa maison. Lorsqu'il était enfant, il n'y avait pas classe le jeudi et le dimanche.
1. C'est un beau jeudi de janvier, sec et froid. À l'une des extrémités de la place,
où le terrain est en pente, les camarades de Jeannot ont établi une glissade.
Bastien, la veille, est venu piétiner la neige qu'il a ensuite arrosée légèrement.
Comme il a gelé toute la nuit, la neige est durcie ce matin.
2. « Qui va étrenner la glissade ? »
C'est Bastien puisqu'il l'a préparée.
Il s'élance, pose un pied sur la glace, et donne de l'autre un vigoureux coup
de talon pour marquer le départ. Et il glisse, se tenant droit, les bras collés au
corps, « en chandelle ». Arrivé en bas, il plie un peu les genoux et, pour
conserver son équilibre, il rejette les bras en arrière. Comme on l'admire !
« Ce Bastien ! Il n'y en a pas deux pour glisser comme lui ! »
3. Jeannot s'élance à son tour. Il est prudent, et sait que la glace est dure. Aussi
glisse-t-il à croupetons, les coudes sur les genoux. Cela ne l'empêche pas, arrivé
au bout, de piquer du nez et d'embrasser la neige. Ses camarades rient et il rit
aussi en se relevant.
Un à un, tous les grands de la bande glissent à leur tour et remontent la pente
en courant, pour s'élancer encore et encore. Leurs yeux sont brillants et leurs
joues sont rouges. Ils se débarrassent bientôt des pèlerines et des cache-nez.
4. Des petits veulent se mêler à la partie. Ils courent quelques pas, posent un
pied sur la glissade, puis n'osent s'élancer. On se moque d'eux. Ils
s'enhardissent. Voici l'un d'eux qui fait quelques mètres, sabots joints. Mais ses
pieds sont partis trop vite ! Il tombe sur le dos, et s'en va dans un coin en se
frottant les coudes.
Tout à coup, Bastien arrête le jeu. Il a vu, sur la glace, de longues rayures.
« J'ai pourtant bien dit, s'écrie-t-il, de ne pas glisser avec des clous ! Montrez-
moi vos sabots ! »

C. Huby, Lecture et expression au CE 133


5. Chacun lève un pied, puis l'autre. Bastien examine les semelles, et le coupable
est vite découvert. C'est le petit Benoît, que l'on chasse du jeu sans pitié.
« La glissade est à tout le monde ! » dit-il en protestant.
Bastien riposte : « C'est justement parce qu'elle est à tout le monde que
personne n'a le droit de l'abîmer ! »
Jeannot s'approche du petit Benoît.
« Échangeons nos sabots, lui dit-il. Et pendant que je me reposerai, tu
glisseras avec les miens. »
(Kléber Seguin, Jeannot et Jeannette, Hachette, 1924)

Nous nous entraînons


• Nous savons lire avec expression, en nous aidant de la ponctuation :
Arrivé en bas, / il plie un peu les genoux et, / pour conserver son équilibre, /
il rejette les bras en arrière. // Comme on l'admire ! //

• Nous expliquons :
étrenner (verbe) : être le premier à utiliser une chose ou l'utiliser pour la
première fois.
à croupetons (expression) : assis sur les talons, accroupi.
pèlerine (nom) : vêtement à capuchon sans manche ; synonyme : cape.
riposter (verbe) : répondre aussitôt, et sur un ton vif.
• Nous réfléchissons :
- Pour quelle raison Bastien a-t-il arrosé la neige qu'il avait piétinée ?
- Comment voit-on que Bastien est plus agile que Jeannot ?
- Pourquoi mettait-on des clous sous les semelles des sabots ?
- Expliquons et commentons la dernière phrase de Bastien.
- Expliquons et commentons la solution trouvée par Jeannot.

• Nous cherchons des noms en -ade dérivés des verbes suivants :


glisser, une gliss… - ruer, une ru… - promener, une prom… - rouler, une roul…
- peupler, une peupl… - peler, une pel… - noyer, une noy… - griller, une grill…

• Nous cherchons les neuf parties du corps citées dans ce texte. Nous en
trouvons d'autres en nous aidant des lettres et des points.
c......e– é....e– c.u– d...t– m..n– o....l–o...
..e

• Nous observons la gravure et nous décrivons Jeannot et ses


amis.

C. Huby, Lecture et expression au CE 134


Poésies : Givre, neige et glace

Le givre
Mon Dieu ! Comme ils sont beaux
Les tremblants animaux
Que le givre a fait naître
La nuit sur ma fenêtre !
Ils broutent des fougères
Dans un bois plein d’étoiles,
Et l’on voit la lumière
À travers leurs corps pâles.
Il y a un chevreuil
Qui me connaît déjà.
Il soulève pour moi
Son front d’entre les feuilles.
Et quand il me regarde,
Ses grands yeux sont si doux
Que je sens mon cœur battre
Et trembler mes genoux.
Le givre
Laissez-moi, ô décembre,
Ce chevreuil merveilleux. Le givre a mis sur mes carreaux
Je resterai sans feu Toute une blanche carapace
Dans ma petite chambre. De sapins et de fins bouleaux
Des étoiles et des animaux
Maurice Carême À longue fourrure de glace.
Je vois aussi sur mes carreaux
Un homme chaussé de raquettes.
Serait-ce donc un Esquimau
Qui va sortir de sa cachette
Et déposer sur son traîneau
Quelque mystérieuse bête ?
Le givre fond sur mes carreaux
Dans ma chambre la bûche flambe.
Adieu, sapins et animaux.
Mon Esquimau n'a plus de jambes.
Quel dommage, c'était si beau !
Marcelle Vérité

C. Huby, Lecture et expression au CE 135


Dans l'interminable ennui Octosyllabes
de la plaine
La neige est blanche, mes amis,
Dans l'interminable Blanche comme la blanche hermine,
Ennui de la plaine Comme la fleur de la farine,
La neige incertaine Comme le lait, comme le riz
Luit comme du sable.
La neige couvre le pays
Le ciel est de cuivre De ses corolles impalpables,
Sans lueur aucune. De ses fourrures, de ses sables,
On croirait voir vivre De ses bleuâtres coloris.
Et mourir la lune.
La neige déverse sans bruit
Comme les nuées Sur les maisons de mon village,
Flottent gris les chênes Sur les arbres du paysage
Des forêts prochaines Mille millions de confettis.
Parmi les buées.
La neige efface le décor
Le ciel est de cuivre Avec ses fragiles dentelles,
Sans lueur aucune. Quand le soleil luira sur elle,
On croirait voir vivre La plaine s'habillera d'or.
Et mourir la Lune.
Pierre Gamarra
Corneille poussive
Et vous, les loups maigres,
Par ces bises aigres
Quoi donc vous arrive?

Dans l'interminable
Ennui de la plaine
La neige incertaine
Luit comme du sable.

Paul Verlaine

Paysage de neige bleu


Raphaël Toussaint
1964

C. Huby, Lecture et expression au CE 136


Le Roman de Renart (1)
Le poisson des charretiers
1. Messieurs, c'était l'époque où le doux temps de l'été
prend fin et la saison de l'hiver revient. Renart est dans
sa maison. Il a consommé toutes ses provisions, c'est
une cruelle déconvenue. Il n'a rien à donner, ni à
dépenser, il ne peut même pas rembourser ses dettes,
il n'a rien à vendre, ni de quoi acheter, il n'a plus de
quoi se réconforter.
Par nécessité il se met en route, sans bruit afin que nul ne le voie, il s'en va
à travers une jonchère entre le bois et la rivière. Il a tellement cherché et marché
qu'il arrive sur un chemin empierré. Renart s'accroupit sur le chemin et tourne
la tête de tous les côtés, il ne sait où trouver des provisions, et la faim le tiraille
en permanence. Il ne sait quoi faire, il s'inquiète beaucoup.
2. Alors il se couche le long d'une haie et va tenter sa chance ici. Voici qu'arrivent
à grande allure des marchands qui transportent du poisson ; ils viennent du côté
de la mer. Ils ont des harengs frais en abondance car la bise avait soufflé presque
tout le long de la semaine. Ils ont aussi des bons poissons d'autres sortes en
quantité, des gros et des petits, dont leurs paniers sont bien remplis. Ils ont
acheté dans les villes autant de lamproies que d'anguilles, la charrette est bien
chargée.
3. Et Renart qui trompe tout le monde est éloigné d'eux d'environ une portée
d'arc, quand il voit la charrette chargée d'anguilles et de lamproies. Se
précipitant à travers les haies, tout en se cachant, il court au-devant pour les
tromper. Avant qu'ils ne puissent s'en apercevoir, il se couche alors au milieu de
la route.
Écoutez maintenant comment il les a eus. Il se vautre dans l'herbe et fait le
mort. Renart qui trompe tout le monde, ferme les yeux, montre les dents en
grimaçant, puis retient son souffle. Avez-vous déjà entendu parler d'une telle
traîtrise ? Il reste là étendu, et voici les marchands qui ne s'en méfient pas.
4. Le premier le voit, l'observe, puis interpelle son compagnon : « Regarde là,
un goupil ou un blaireau. » L'autre le voit et s'écrie : « C'est un goupil, va,
attrape-le, va ! Prends garde qu'il ne t'échappe ! C'est vraiment qu'il en saura
beaucoup en ruse, ce Renart, s'il n'y laisse pas la peau. »
Le marchand court de toutes ses forces,et son compagnon le suit. Quand ils
sont près de Renart, ils trouvent le goupil à la renverse. Ils le retournent dans
tous les sens,ils lui pincent le cou, puis les côtes, ils n'ont pas peur d'un tel hôte.
L'un d'eux dit : « Il vaut quatre sous. »

C. Huby, Lecture et expression au CE 137


L'autre répond : « Il en vaut bien plus, au contraire il vaut cinq sous et c'est
bon marché. Nous ne sommes pas trop chargés, jetons-le dans notre charrette.
Regarde comme il a la gorge blanche et nette. »
5. Sur ces mots, ils prennent les devants, ils le chargent dans la charrette, puis
se mettent en route. L'un et l'autre s'en font une grande joie, ils se disent déjà
ce qu'ils feront de lui, et que ce soir dans leur maison ils lui retourneront le
paletot. Ce ne sont là que des bavardages et cela fait sourire Renart, car il y a
loin entre le dire et le faire.

Nous nous entraînons


• Nous savons lire avec expression, en nous aidant de la ponctuation :
Renart qui trompe tout le monde, / ferme les yeux, / montre les dents en grimaçant,
/ puis retient son souffle. //
• Nous expliquons :
déconvenue (nom féminin) : déception, désappointement.
jonchère (nom féminin) : endroit où poussent des joncs.
se vautrer (verbe) : se coucher de tout son long.
goupil (nom masculin) : ancien nom du renard.
paletot (nom masculin) : gilet, veste ; ici, il s'agit de la fourrure de Renart.
• Nous réfléchissons :
- Si goupil est l'ancien nom du renard, qu'est-ce que le nom Renart désigne ?
- À quoi voyez-vous que cette histoire est très ancienne ?

• Nous relevons les noms de poissons et nous en cherchons une image.

• Nous cherchons d'autres noms de poissons en nous aidant des lettres


mélangées (la première et la dernière sont à leur place).
mruoe– ttriue– tohn– smuoan– srndaie

• Nous imaginons et racontons la surprise des marchands qui


découvrent que Renart est vivant.

C. Huby, Lecture et expression au CE 138


Le Roman de Renart (2)
Renart vole les anguilles
1. Il se couche à plat ventre sur les paniers; puis en ouvre un avec ses dents,
et, sachez le bien, il en retire plus de trente harengs. Il vide presque le panier
car il les mange très volontiers. Il ne réclame ni sel ni sauge, et plutôt que de
s'en aller, il va jeter son hameçon ailleurs, sans la moindre hésitation.
Il s'attaque à l'autre panier, il y met son museau, et ne manque pas d'en
extraire des anguilles. Renart qui connaît tant de tours, met trois chapelets
autour de son cou. Pour ce faire, Renart ne fait pas le sot : il passe son cou et
sa tête au travers des chapelets, et les arrange sur son dos pour qu'il soit bien
couvert. Désormais il peut abandonner l'entreprise.
2. Il lui faut maintenant chercher un moyen pour redescendre à terre. Il ne
trouve ni planche ni marchepied. Il s'agenouille tout exprès pour examiner à
son gré comment il peut
sauter par terre. Alors il
s'avance un petit peu et
se lance les pattes en
avant de la charrette sur
le milieu du chemin.
Il emporte son butin
autour de son cou.
Après avoir fait son
saut, Renart dit aux marchands : « Que Dieu vous préserve ; ces chapelets
d'anguilles sont à moi, et le reste est à vous. » Quand les marchands entendent
ça ils en sont tout ébahis, ils s'écrient : « Regarde le goupil ! »
3. Ils sautent dans la charrette où ils pensent prendre Renart mais celui-ci n'a
pas voulu les attendre. Le premier dit, en regardant autour de lui : « Que Dieu
me vienne en aide ! nous avons manqué de vigilance, il me semble. »
Tous deux se frappent les paumes : « Hélas ! dit-l'autre, quel grand
dommage avons-nous subi par notre faute ! Nous avons été sots et étourdis
tous les deux d'avoir cru Renart. Il a bien soupesé les paniers et les a
également bien allégés, car il a emporté deux grandes anguilles. Qu'une sale
colique lui torde les boyaux ! »
4. « Hélas ! font les marchands, Renart, vous êtes vraiment de mauvaise
engeance; qu'elles puissent vous faire bien du mal ! »
Renart leur dit en retour : « Vous direz ce qui vous plaira, Je suis Renart, et
sur ce, je me tairai. »
Les marchands lui courent après, mais ils ne l'attraperont pas aujourd'hui,
car sa monture est trop rapide. Il ne s'arrête même pas au milieu du vallon et

C. Huby, Lecture et expression au CE 139


continue jusqu'à son enclos. Alors les marchands le laissent, ils se sentent
comme deux malheureux idiots, s'avouant vaincus, ils s'en retournent.
5. Celui-ci continue d'un pas rapide, lui qui s'est sorti de tant de mauvais pas,
et arrive tout droit vers son logis où l'attend
sa maisonnée. Sa femme, Hermeline, dame
sage qui est si courtoise et si noble, se jette à
sa rencontre. Puis Percehaie et Malebranche,
les deux frères, se lèvent à l'arrivée de leur
père, qui arrive par petits bonds, gros et
rassasié, joyeux et content, les anguilles
autour de son cou. Et quand bien même
quiconque le prenne pour fou, il ferme la
porte derrière lui à cause des anguilles qu'il rapporte.
Nous nous entraînons
• Nous savons lire avec expression, en nous aidant de la ponctuation :
Puis Percehaie et Malebranche, / les deux frères, / se lèvent à l'arrivée de leur
père, / qui arrive par petits bonds, / gros et rassasié, / joyeux et content, / les
anguilles autour de son cou.
• Nous expliquons :
chapelet (nom masculin) : ensemble d'objets enfilés qui forment un collier.
butin (nom masculin) : ce qui est pris à l'ennemi après une victoire.
ébahi (adjectif qualificatif) : surpris, étonné.
vigilance (nom féminin) : Concentration particulière qui vise à surveiller un
individu.
• Nous réfléchissons :
- Que signifie l'expression « Il ne réclame ni sel, ni sauge » ?
- Renart est-il à cheval ? Alors pourquoi dit-on dans le texte : « mais ils ne
l'attraperont pas aujourd'hui, car sa monture est trop rapide » ?

• Nous construisons des noms en nous servant du modèle.


L'ensemble des habitants de la maison, c'est la maisonnée. - Le contenu de la
cuiller, c'est la … . - La durée d'un an, c'est une … . - Le contenu d'une assiette,
c'est une … . - La durée d'un jour, c'est une … . - Le contenu d'une brouette,
c'est une … . - La durée d'une nuit, c'est une … .

• Nous imaginons et racontons le repas pris par la maisonnée grâce


au butin de Renart.

C. Huby, Lecture et expression au CE 140


Le Roman de Renart (3)
La pêche aux anguilles
Pendant que Renart et sa maisonnée mangeaient les anguilles volées aux
marchands, Ysengrin, le loup, est passé les voir. Renart lui a raconté qu'il avait
pêché les poissons dans l'étang de Monseigneur Constant des Granges, qu'il y
en avait encore beaucoup et qu'il l'inviterait bientôt à la pêche...
1. Ça se passe un peu avant Noël quand on met les jambons dans le sel. Le
ciel est clair et étoilé, et l'étang est si gelé, là où Ysengrin doit pêcher, qu'on
peut danser dessus, mis à part un trou qui est là que les paysans ont fait. Un
seau y a été abandonné.
Renart arrive tout joyeux, et il appelle son compère : « Seigneur, fait-il,
venez par ici. Il y a là quantité de poissons, et aussi l'ustensile avec lequel on
pêche les anguilles, les barbeaux, et autres bons et beaux poissons. »
2. Ysengrin dit : « Seigneur Renart, prenez-le donc par un côté puis attachez-
le moi bien à la queue. » Renart le
prend puis le lui noue autour de la
queue du mieux qu'il peut. « Frère,
fait-il, il faut maintenant vous
comporter très adroitement pour que
les poissons arrivent. » Il s'enfonce
alors dans un buisson, puis met son
museau entre ses pattes de manière à
voir ce que fait le loup.
Ysengrin, lui, est sur la glace, le
seau dans le trou d'eau rempli de
glaçons ; ça commence bien ! Sa queue est dans l'eau gelée et scellée dans la
glace. Il cherche à soulever le seau qu'il croit pouvoir tirer vers le haut. Il s'y
essaye de plusieurs façons, mais ne sait comment faire, alors il s'inquiète.
3. Il se met à appeler Renart, qui ne veut plus rester là, car déjà l'aube a
percé. Renart lève la tête puis ouvre les yeux et le regarde : « Seigneur, fait-
il, abandonnez donc votre tâche, allons-nous-en très cher ami, nous avons pris
assez de poissons. »
Alors Ysengrin lui crie : « Renart, fait-il, il y en a trop ! J'en ai tant pris que
je ne saurais dire combien. » Et Renart se met à rire, puis lui dit carrément :
« Celui qui convoite tout, perd tout. » La nuit passe, l'aube perce ; au matin le
soleil se lève, les chemins sont blancs de neige.

C. Huby, Lecture et expression au CE 141


4. Alors monseigneur Constant des Granges, un vavasseur bien aisé qui
demeure au bord de l'étang, se lève avec sa maisonnée, qui est toute gaie et
joyeuse. Il prend un cor et appelle ses chiens, puis ordonne de mettre sa selle,
tandis que sa maisonnée pousse des cris. Renart l'entend, alors il prend la fuite
jusqu'à sa tanière et s'y engouffre. Ysengrin, lui, reste dans l'embarras, et il
fait de grands efforts, et il tire, peu s'en faut que sa peau ne s'arrache. Mais
s'il veut partir d'ici il lui faudra se séparer de sa queue !

Nous nous entraînons


• Nous savons lire avec expression, en nous aidant de la ponctuation :
Ysengrin, / lui, / reste dans l'embarras, / et il fait de grands efforts, / et il tire,
/ peu s'en faut que sa peau ne s'arrache. //

• Nous expliquons :
compère (nom masculin) : complice en supercheries, en astuces.
ustensile (nom masculin) : outil très simple, accessoire.
sceller (verbe) : fixer.
vavasseur (nom masculin) : un petit seigneur qui obéit à d'autres seigneurs
plus puissants que lui.
• Nous réfléchissons :
- Pourquoi Renart a-t-il raconté ce mensonge à Ysengrin ?
- Que penser de son comportement pendant la pêche puis quand Monseigneur Constant part
pour la chasse ?

• Nous trouvons des noms d'ustensiles.


…, …, … et … sont des ustensiles de cuisine. - …, …, … et … sont des ustensiles
scolaires. - …, …, … et … sont des ustensiles de pêche.

• Nous imaginons et racontons l'arrivée de Maître Constant à


l'étang.

C. Huby, Lecture et expression au CE 142


Le Roman de Renart (4)
Ysengrin perd sa queue
1. Tandis qu'Ysengrin continue à
tirer, voici un valet qui arrive en
courant, en tenant deux lévriers
en laisse. Il voit Ysengrin sur la
glace, tout gelé, avec sa nuque
toute pelée, alors il s'élance vers
lui. Le valet le regarde avec
attention, puis il s'écrit : « Holà !
holà ! au loup ! à l'aide ! à l'aide
! » Les veneurs, quand ils
l'entendent, sortent aussitôt de la
maison avec tous les chiens, puis
à travers une haie.
2. Alors, Ysengrin s'inquiète
beaucoup, car seigneur Constant
arrive à leur suite sur son cheval
à grand galop. Celui-ci crie avec
force en dévalant : « Allez, vite ! laissez partir les chiens. »
Les veneurs découplent les chiens, et ils s'approchent de lui ; alors Ysengrin
se redresse vivement. Le vavasseur excite les chiens et les encourage
fortement. Ysengrin se défend très bien, il les mord avec les dents. Mais que
peut-il faire de plus ? Il aimerait beaucoup mieux la paix.
3. Maître Constant a tiré son épée, et se prépare à frapper un grand coup. Il
met le pied à terre, et va vers le loup à travers la glace. Il l'attaque par derrière,
il tente de le frapper, mais il rate. Le coup part en travers, et maître Constant
tombe à la renverse, si bien que sa nuque se met à saigner. Il se relève avec
grand peine, et dans une grande colère retourne l'attaquer.
Écoutez le récit de cette terrible guerre.
4. Il essaye de le frapper à la tête, mais le coup tombe de l'autre côté, vers la
queue, et la coupe. Elle est coupée juste à ras, il ne l'a pas ratée.
Et Ysengrin qui s'en est rendu compte, saute de travers, et s'échappe en
mordant tous les chiens l'un après l'autre, qui s'agrippent à ses fesses à
maintes reprises. Mais la queue reste en gage !
Il ne peut rien faire de plus, et prend la fuite jusqu'à un tertre où il prend
position. Les chiens le mordent plusieurs fois mais il se défend très bien.
5. Quand ils arrivent en haut du tertre les chiens sont fatigués, et renoncent.
Ysengrin ne s'attarde point, il s'en va en fuyant, tout en regardant derrière lui,

C. Huby, Lecture et expression au CE 143


droit vers le bois à grande allure. Puis il s'en va, et il se dit, il jure même qu'il
se vengera de Renart à la prochaine occasion qu'il le verra.
Cette branche prend fin ici ; il y en a beaucoup d'autres avec Ysengrin.
(Roman de Renart, Branche III, XIIe siècle)

Nous nous entraînons


• Nous savons lire avec expression, en nous aidant de la ponctuation :
Ysengrin ne s'attarde point, / il s'en va en fuyant, / tout en regardant derrière
lui, / droit vers le bois à grande allure. //

• Nous expliquons :
lévrier (nom masculin) : chien très rapide qu'on utilisait notamment pour la
chasse.
veneur (nom masculin) : personne qui pratique la chasse à courre.
découpler (verbe) : détacher les chiens attachés deux à deux.
tertre (nom masculin) : petite élévation de terre à sommet plat.
• Nous réfléchissons :
- Comment Ysengrin pourrait-il se venger de Renart ?

• Nous trouvons des mots se rapportant à la chasse : meute, flairent,


découplent, chiens, piste, veneurs, cheval, gibier, poignard, aboient, cor,
chasse, encerclent, épée, attaque.
Maître Constant joue du … pour appeler sa ... à la … . Les … … la ... du … .
Les … les … et les voilà partis ! Ils … et … l'animal. Maître Constant sort son …
et son … et … le pauvre loup !

• Nous expliquons grâce au texte : à maintes reprises.

• Nous imaginons et racontons l'arrivée d'Ysengrin chez lui.

C. Huby, Lecture et expression au CE 144


Observation : La glace
1. Où avez-vous vu de la glace ? − Répondez vous-mêmes à cette question.
Quand il fait très froid, en
hiver, nous pouvons voir de la
glace à la surface de l'eau des
caniveaux, des bassins, des
mares, des canaux. Nous
pouvons voir des glaçons pendre
à une fontaine, à des gouttières.
On dit qu'il a gelé.
Les bacs, placés dans la
partie la plus froide d'un
réfrigérateur ou dans un
congélateur, contiennent de la
glace.
2. Connaissez-vous bien la glace ? − Prenez un morceau de glace : avec un
marteau, cassez-le. Est-ce très facile ?
La glace est dure mais cassante.
Peut-on rayer la glace avec l'ongle, avec
un couteau ? Est-elle aussi dure que le
verre ?
Voyez-vous la lumière à travers la
glace ? Est-elle aussi transparente que le
verre ?
Certains morceaux de glace sont
troubles, d'autres ressemblent tout à fait à
du verre.

Jetons un glaçon dans un verre d'eau ;


il flotte. Comparez ce qui est au-dessus de
la surface à ce qui est au-dessous. Quelle
est la partie la plus importante ?

Goûtez un morceau de glace. Est-il


salé, sucré ou n'a-t-il aucune saveur ?

C. Huby, Lecture et expression au CE 145


La surface de la glace est-elle
lisse ? Avez-vous déjà glissé sur la
glace ? Vous est-il arrivé de casser la
glace d'une flaque sous votre poids ?
C'est que la glace n'était pas assez
épaisse.
Est-il dangereux de s'aventurer
sans précaution sur la glace d'un cours
d'eau gelé ?

3. Comment se forme la glace ? − Par une nuit


très froide, en hiver, nous avons mis un gobelet
d'eau contenant un thermomètre dehors. Le
lendemain, une couche de glace s'est formée sur
l'eau. Le thermomètre indiquait 0° C. Nous aurions
pu aussi mettre le bac plein d'eau dans un
congélateur.
L'eau suffisamment refroidie devient de la
glace. Le thermomètre indique 0° Celsius.
En hiver, quand il fait 0° C ou moins, la glace se
forme. Il ne pleut pas, il neige. La neige est une autre forme de glace. On peut
le voir si l'on observe un flocon de neige à l'aide d'une loupe.

4. Comment disparaît la glace ? − Déposons un petit morceau de glace sur


du papier absorbant. Que se passe-t-il ?
Tenons un glaçon à pleine main ; bien vite, il
est mouillé ; l'eau coule.
Chauffons le morceau de glace sur le
radiateur ; il fond complètement et redevient
de l'eau.
Que devient la neige dès qu'il fait moins
froid ?

Retenons
L'eau suffisamment refroidie (0° Celsius) devient de la glace. La
neige est une forme de glace. La glace, chauffée, fond ; elle
redevient de l'eau. La glace est solide, cassante, fragile.

C. Huby, Lecture et expression au CE 146


Géographie : Glaciers et torrents
Massif du Mont Blanc, Alpes, 4 809 m
1. Cette photo a-t-elle
été prise en été ou en
hiver ? À quoi le voyez-
vous ? Pourquoi ces
sommets ont-ils
encore de la neige ?
Pourquoi dit-on que la
haute montagne est le
pays des « neiges
éternelles » ?
Toute la neige
tombée en hiver peut-
elle s'agripper aux
versants des aiguilles ? Qu'est-ce qu'une avalanche ?
La neige s'accumule et se tasse au pied des aiguilles. Peu à peu elle
devient de la glace.

2. Comment se nomment ces énormes masses de glace qui descendent le long


du versant de la montagne ? Quelle forme ont ces glaciers ? Vous paraissent-ils
longs ? Jusqu'où descendent les glaciers ?
Ces neiges éternelles s'accumulent, se tassent et se durcissent en
d'énormes glaciers qui glissent lentement.

C. Huby, Lecture et expression au CE 147


3. Nous voici sur la Mer de
Glace, l'un des glaciers du
Mont Blanc. Sa surface est-
elle plate, unie, lisse ?
Ces fentes se nomment
des crevasses. Elles peu-
vent atteindre plusieurs
dizaines de mètres de
profondeur.
La glace très dure
craque, se fend et de larges et profondes crevasses s'ouvrent à la
surface. Parfois, surtout au printemps, la neige dévale le long des
pentes en violentes avalanches.

4. Les glaciers descendent jusqu'à l'altitude où il fait


moins froid. Que voit-on s'échapper à leur extrémité ?
D'où vient cette eau ? Pourquoi la glace fond-elle ?
Les glaciers sont si épais qu'ils ne fondent
que vers le bas des versants où la température
est plus chaude. Quand le climat se réchauffe,
la limite des glaciers remonte ; si le climat
refroidit, elle descend.

5. Ce cours d'eau
ressemble-t-il à une rivière de plaine ? C'est un
torrent. Coule-t-il vite ? Que voyez-vous au milieu
de l'eau et sur les côtés ? D'où peuvent venir ces
rochers ? D'où vient toute cette eau ? Pourquoi les
torrents ont-ils moins d'eau en hiver ?
Les eaux de fonte des neiges et des
glaciers donnent naissance à des torrents
rapides qui bondissent entre les rochers
encombrant leur lit. En hiver, les torrents
roulent peu d'eau mais, au printemps et en
été, la fonte des glaces s'accélère sous l'effet
de la chaleur et ils grossissent et deviennent dangereux.

C. Huby, Lecture et expression au CE 148


Le hockey sur glace
1. Historique : C'est un jeu d'origine anglaise. Les joueurs doivent essayer de
faire entrer le palet, en le frappant avec leur crosse, dans la cage du camp
adverse.
Le gardien arrête le palet avec sa
crosse spéciale et ses gants en forme de
pelle et de cuillère.
Les avants attaquent en se faisant des
passes. Il y a des fautes : hors-jeu, crosse
entre les patins ; elles sont sanctionnées
par un coup franc ou par deux minutes de
« prison ». Une partie se joue en trois
tiers-temps de vingt minutes chacun.
2. La tenue du hockeyeur : Avant de jouer, le hockeyeur va vêtir une tenue
spéciale qui protégera toutes les parties
de son corps.
Il enfile d'abord sa combinaison qui
éponge la sueur. Il place les jambières et
les genouillères et par-dessus, les bas
soutenus par des jarretelles, serrés par
des élastiques.
Il revêt le plastron, espèce de tunique
qui protège la poitrine et les épaules ; il
met encore les coudières et les gants.
Par-dessus, il passe la culotte et le maillot
de son équipe. Le gardien met en plus un
masque, des bottes et des gants

spéciaux. Le joueur chausse ses


patins et s'arme de sa crosse en bois
compressé ; il existe des crosses pour
droitiers et d'autres pour gauchers ;
celle du goal a une palette très large.

C. Huby, Lecture et expression au CE 149


3. L'équipe de hockey sur glace : Une équipe de hockey sur glace peut
compter 19 joueurs dont 2 gardiens, mais il n'y a que 6 joueurs sur la patinoire.
Une équipe de compose d'1 gardien, 2 arrières et 3 avants.
L'équipe a un capitaine. Sur son
maillot, on peut voir la lettre C.
Son rôle est d'encourager, de
féliciter ou de motiver ses
coéquipiers pendant le match ou à
l'entraînement, d'être le
représentant de l'équipe auprès
des arbitres et des dirigeants. Il est
aidé par deux assistants. Sur leur
maillot figure la lettre A. L'assistant remplace le capitaine lorsque celui-ci n'est
pas sur la glace.
Le capitaine et les assistants peuvent être des avants ou des arrières.
4. La patinoire : D'une longueur de 56 à 61 mètres et d'une largeur de 26 à 30
mètres, la patinoire est entourée d'une balustrade de bois d'une hauteur
comprise entre 1 m et 1,32 m.

Les buts mesurent 1,83 m de large et 1,22 m de haut.


Sur la patinoire, tu peux voir différentes lignes bleues ou rouges qui indiquent
les zones de jeux. Il y a trois zones : celle d'attaque, celle de défense et la zone
neutre. La zone du milieu est la zone neutre. Les deux autres sont zone d'attaque
ou zone de défense selon l'équipe joue dans le camp adverse ou dans le sien.
Les cercles sont les points de remise en jeu.
(D'après BT 780, CEL, 15 février 1974)

C. Huby, Lecture et expression au CE 150


Poussez-vous, les enfants !
1. « Eh oh ! Malo ! Marie ! Avec Lila, on a tout apporté !
— Oui, j'ai le ballon, les crosses… Et puis Lucas a pris un casque et des
gants. Et puis, là, j'ai le goû… Mais pourquoi restez-vous devant la porte ? Et
qu'est-ce que c'est que ce ruban rouge et blanc ?
— Tu lis ça, répond Malo d'un ton rogue. Et tu sauras tout !
— Mairie de Villevieille. Afin que les
services techniques municipaux
puissent procéder à l'élagage des
arbres, l'accès au parc sera interdit
toute la semaine. Veuillez nous
excuser pour la gêne occasionnée. Le
Maire.
2. — Qu'est-ce que c'est,
« élagage » ?
— Je ne sais pas. En tout cas, accès
interdit, ça, je sais. Ça signifie que
notre partie de hockey est fichue ! Tiens d'ailleurs, regardez qui arrive ! Le
camion de la mairie ! Ce sont eux, les services techniques municipaux…
Bonjour monsieur.
— Poussez-vous, les enfants ! Nous avons du travail. Allez jouer ailleurs. »
Lucas, Lila, Marie et Malo, chargés de tout leur matériel, s'éloignent en
traînant les pieds.
3. « J'ai une idée ! Si nous allions à la bibliothèque municipale ? Ils ont des
dictionnaires, nous pourrions trouver « éla...machin truc » !
— Élagage ! Élagage des arbres.
— Voilà. Comme ça, au moins, nous pourrons expliquer pourquoi nous
n'avons pas pu jouer au hockey dans le parc. »
Hélas, en arrivant devant la bibliothèque municipale, les enfants découvrent
une nouvelle affichette : « La bibliothèque sera exceptionnellement fermée ce
mercredi pour cause d'inventaire. Veuillez nous excuser pour la gêne
occasionnée. »
4. Marie colle son nez à la porte vitrée : « Regardez, il y a Marilyne ! Et
Stéphane ! Et Sofiane ! Ils sont là mais ils n'ouvrent pas.
— Bah non. Ils vident les étagères… Vous croyez qu'ils vont la déménager ?
C'est ça, « inventaire » ? C'est quand on invente qu'on va déménager ?
— Ah, on va savoir. Voilà Myriam ! Bonjour Myriam ! Dis-nous, pourquoi
vous n'ouvrez pas ? Qu'est-ce que vous faites ?
— Vous n'avez pas lu l'affiche ? Nous faisons l'inventaire. C'est-à-dire que

C. Huby, Lecture et expression au CE 151


nous répertorions tous les livres, tous les disques, tous les documents que
contient la bibliothèque ; nous notons ceux qui sont en mauvais état, ceux qui
sont très peu consultés, etc. Mais revenez demain, nous reprendrons les
horaires d'ouverture habituels. Poussez-vous, les enfants. Il faut que j'aille
rejoindre mes collègues. Au revoir.
5. — Au revoir, Myriam, répondent nos quatre amis d'un air désolé.
— Décidément, nous n'avons pas de chance ! Où pourrions-nous aller ?
— Pas chez moi ! Mes parents repeignent l'entrée. Si nous y allons, à tous
les coups, nous allons encore entendre : poussez-vous, les enfants !
— Ni chez moi, mes parents ont dit qu'ils allaient en profiter pour se mettre
à jour dans leurs papiers de banque et de travail ! Quand ils font ça, ils sont
toujours énervés !
— Vous savez ? Finalement, il n'y a qu'à l'école qu'on ne nous dit jamais :
poussez-vous, les enfants ! »
Nous nous entraînons
• Nous savons lire avec expression, en nous aidant de la ponctuation :
Oui, / j'ai le ballon, / les crosses… // Et puis Lucas a pris un casque et des
gants. // Et puis, / là, / il y a le goû… // Mais pourquoi restez-vous devant la
porte ? // Et qu'est-ce que c'est que ce ruban rouge et blanc ?//
• Nous expliquons :
élagage (nom masculin) : action qui consiste à couper certaines branches d'un
arbre.
occasionner (verbe) : être l'occasion de quelque chose. Provoquer, produire.
répertorier (verbe) : inscrire quelque chose dans une liste ou un fichier.
• Nous réfléchissons :
- De quoi doit parler Lila lorsqu'elle dit : « Et puis là, j'ai le goû... » ?
- Répertorions toutes les occupations des adultes de cette histoire. En
connaissons-nous d'autres ? Comparons-les aux occupations des enfants.

• Nous trouvons les verbes dérivés des noms suivants :


un répertoire, répertorier – l'élagage, … - une occasion, … - un téléphone, … -
un nerf, … - une affiche, …

• Nous expliquons grâce au texte : les services techniques municipaux


- exceptionnellement.

• Nous imaginons et racontons la suite : Que vont décider nos


amis ? Où iront-ils ? Que feront-ils ?

C. Huby, Lecture et expression au CE 152


Le Petit Prince (1)
Dessine-moi un mouton !
1. J'ai ainsi vécu seul, sans personne avec qui parler véritablement, jusqu'à
une panne dans le désert du Sahara, il y a six ans. Quelque chose s'était cassé
dans mon moteur. Et comme je n'avais avec moi ni mécanicien, ni passagers,
je me préparai à essayer de réussir, tout seul, une réparation difficile. C'était
pour moi une question de vie ou de mort. J'avais à peine de l'eau à boire pour
huit jours.
2. Le premier soir je me suis donc endormi sur le sable à mille milles de toute
terre habitée. J'étais bien plus isolé qu'un naufragé sur un radeau au milieu de
l'Océan. Alors vous imaginez ma surprise, au lever du jour, quand une drôle de
petite voix m'a réveillé. Elle disait :
— S'il vous plaît... dessine-moi un mouton !
— Dessine-moi un mouton...

3. J'ai sauté sur mes pieds comme si


j'avais été frappé par la foudre. J'ai bien
frotté mes yeux. J'ai bien regardé. Et j'ai
vu un petit bonhomme tout à fait
extraordinaire qui me considérait
gravement. Voilà le meilleur portrait que,
plus tard, j'ai réussi à faire de lui. Mais
mon dessin, bien sûr, est beaucoup moins
ravissant que le modèle. Ce n'est pas ma
faute. J'avais été découragé dans ma
carrière de peintre par les grandes
personnes, à l'âge de six ans, et je
n'avais rien appris à dessiner, sauf les
boas fermés et les boas ouverts.
4. Je regardai donc cette apparition avec des yeux tout ronds d'étonnement.
N'oubliez pas que je me trouvais à mille milles de toute région habitée. Or mon
petit bonhomme ne me semblait ni égaré, ni mort de fatigue, ni mort de faim,
ni mort de soif, ni mort de peur. Il n'avait en rien l'apparence d'un enfant perdu
au milieu du désert, à mille milles de toute région habitée. Quand je réussis
enfin à parler, je lui dis :
5. — Mais... qu'est-ce que tu fais là ?
Et il me répéta alors, tout doucement, comme une chose très sérieuse :
— S'il vous plaît... dessine-moi un mouton...
Quand le mystère est trop impressionnant, on n'ose pas désobéir. Aussi
absurde que cela me semblât à mille milles de tous les endroits habités et en

C. Huby, Lecture et expression au CE 153


danger de mort, je sortis de ma poche une feuille de papier et un stylographe.
Mais je me rappelai alors que j'avais surtout étudié la géographie, l'histoire, le
calcul et la grammaire et je dis au petit bonhomme (avec un peu de mauvaise
humeur) que je ne savais pas dessiner. Il me répondit :
— Ça ne fait rien. Dessine-moi un mouton.

6. Comme je n'avais jamais dessiné un mouton je refis, pour lui, l'un des deux
seuls dessins dont j'étais capable. Celui du boa fermé. Et je fus stupéfait
d'entendre le petit bonhomme me répondre :
— Non ! Non ! je ne veux pas d'un éléphant dans un boa. Un boa c'est très
dangereux, et un éléphant c'est très encombrant. Chez moi c'est tout petit. J'ai
besoin d'un mouton. Dessine-moi un mouton.

Nous nous entraînons


• Nous savons lire avec expression, en nous aidant de la ponctuation :
— Mais… / qu'est-ce que tu fais là ? //
Et il me répéta alors, / tout doucement, / comme une chose très sérieuse : /
— S'il vous plaît... / dessine-moi un mouton... //

• Nous expliquons :
mille (nom masculin) : unité de longueur valant 1852 mètres dans les airs.
considérer (verbe) : regarder avec attention.
égarer (verbe) : perdre.
stylographe (nom masculin) : stylo.
• Nous réfléchissons :
- Quel est le but de l'aviateur ? Et celui du petit bonhomme ?
- Relevons tout ce qui surprend l'aviateur et expliquons pourquoi.

• Nous trouvons les noms dérivés des verbes suivants :


réparer, une … - apparaître, une … - finir, une … - habiter, une … - inventer,
une … - décrire, une … - hésiter, une … - démolir, une … - agir, une ...

• Nous cherchons l'abréviation qui s'emploie de nos jours : un


stylographe – un vélocipède – une motocyclette – un métropolitain – un
autobus – une photographie – une télévision – un pneumatique – le
football

• Nous décrivons le Petit Prince tel que l'aviateur l'a dessiné.

C. Huby, Lecture et expression au CE 154


Le Petit Prince (2)
C'est tout à fait comme ça que je le voulais.
1. Alors j'ai dessiné.

Il regarda attentivement, puis :


— Non! Celui-là est déjà très malade. Fais-en un autre.

2. Je dessinai.

Mon ami sourit gentiment, avec indulgence :


— Tu vois bien... ce n'est pas un mouton, c'est un bélier. Il a des cornes...
Je refis donc encore mon dessin :

3. Mais il fut refusé, comme les précédents :


— Celui-là est trop vieux. Je veux un mouton qui vive longtemps.
Alors, faute de patience, comme j'avais hâte de commencer le démontage
de mon moteur, je griffonnai ce dessin-ci.
Et je lançai :
— Ça c'est la caisse. Le mouton que tu veux est dedans.

C. Huby, Lecture et expression au CE 155


Mais je fus bien surpris de voir s'illuminer le visage de mon jeune juge :
4. — C'est tout à fait comme ça que je le voulais ! Crois-tu qu'il faille beaucoup
d'herbe à ce mouton ?
— Pourquoi ?
— Parce que chez moi c'est tout petit...
— Ça suffira sûrement. Je t'ai donné un tout petit mouton.
Il pencha la tête vers le dessin.
— Pas si petit que ça... Tiens. Il s'est endormi...
Et c'est ainsi que je fis la connaissance du petit prince.
Nous nous entraînons
• Nous savons lire avec expression, en nous aidant de la ponctuation :
— C'est tout à fait comme ça que je le voulais ! // Crois-tu qu'il faille
beaucoup d'herbe à ce mouton ? //
— Pourquoi ? //
— Parce que chez moi c'est tout petit... //

• Nous expliquons :
indulgence (nom féminin) : caractère de ce qui n'est pas sévère.
• Nous réfléchissons :
- À quoi voit-on que l'aviateur est pressé d'en finir avec ses dessins ?
- Le mouton de la caisse est celui que le Petit Prince préfère. Pourquoi ?

• Nous trouvons les adjectifs grâce auxquels on a construit les


adverbes suivants :
attentivement, il est … - gentiment, il est … - sûrement, il est … - justement, il
est … - joyeusement, il est … - légèrement, il est … - lentement, il est … -
certainement, il est … - vraiment, il est … - patiemment, il est …

• Nous trouvons l'infinitif des verbes suivants : je refis mon dessin – il


fut refusé – je fus surpris – qu'il faille beaucoup d'herbe – je fis la
connaissance

• Nous décrivons l'un des trois moutons de manière à ce que nos


camarades puissent le reconnaître.

C. Huby, Lecture et expression au CE 156


Le Petit Prince (3)
Les épines, à quoi servent-elles ?
1. Le cinquième jour, toujours grâce au mouton, ce secret de la vie du petit
prince me fut révélé. Il me demanda avec brusquerie, sans préambule, comme
le fruit d'un problème longtemps médité en silence :
— Un mouton, s'il mange les arbustes, il mange aussi les fleurs ?
— Un mouton mange tout ce qu'il rencontre.
— Même les fleurs qui ont des épines ?
— Oui. Même les fleurs qui ont des épines.
— Alors les épines, à quoi servent-elles ?

2. Je ne le savais pas. J'étais alors très occupé à essayer de dévisser un boulon


trop serré de mon moteur. J'étais très soucieux car ma panne commençait de
m'apparaître comme très grave, et l'eau à boire qui s'épuisait me faisait
craindre le pire.
— Les épines, à quoi servent-elles ?
Le petit prince ne renonçait jamais à une question, une fois qu'il l'avait
posée. J'étais irrité par mon boulon et je répondis n'importe quoi :
— Les épines, ça ne sert à rien, c'est de la pure méchanceté de la part des
fleurs.
— Oh !

3. Mais après un silence il me lança, avec une sorte de rancune :


— Je ne te crois pas ! Les fleurs sont faibles. Elles sont naïves. Elles se
rassurent comme elles peuvent. Elles se croient terribles avec leurs épines...
Je ne répondis rien. À cet instant-là je me disais : « Si ce boulon résiste
encore, je le ferai sauter d'un coup de marteau. »
Le petit prince dérangea de nouveau mes réflexions :
— Et tu crois, toi, que les fleurs...
— Mais non ! Mais non ! Je ne crois rien ! J'ai répondu n'importe quoi. Je
m'occupe, moi, de choses sérieuses !
4. Il me regarda stupéfait.
— De choses sérieuses ?
Il me voyait, mon marteau à la main, et les doigts noirs de cambouis,
penché sur un objet qui lui semblait très laid.
— Tu parles comme les grandes personnes !
Ça me fit un peu honte. Mais, impitoyable, il ajouta :
— Tu confonds tout... tu mélanges tout !

5. Il était vraiment très irrité. Il secouait au vent des cheveux tout dorés :
— Je connais une planète où il y a un Monsieur cramoisi. Il n'a jamais respiré
une fleur. Il n'a jamais regardé une étoile. Il n'a jamais aimé personne. Il n'a

C. Huby, Lecture et expression au CE 157


jamais rien fait d'autre que des additions. Et toute la journée il répète comme
toi : « Je suis un homme sérieux ! Je suis un homme sérieux ! » et ça le fait
gonfler d'orgueil. Mais ce n'est pas un homme, c'est un champignon !
6. — Un quoi ?
— Un champignon.
Le petit prince était maintenant tout pâle de colère.
— Il y a des millions d'années que les fleurs fabriquent des épines. Il y a des
millions d'années que les moutons mangent quand même les fleurs. Et ce n'est
pas sérieux de chercher à comprendre pourquoi elles se donnent tant de mal
pour se fabriquer des épines qui ne servent jamais à rien ? Ce n'est pas
important la guerre des moutons et des fleurs ? Ce n'est pas plus sérieux et
plus important que les additions d'un gros Monsieur rouge ?
7. Et si je connais, moi, une fleur unique au monde, qui n'existe nulle part,
sauf dans ma planète, et qu'un petit mouton peut anéantir d'un seul coup,
comme ça, un matin, sans se rendre compte de ce qu'il fait, ce n'est pas
important ça ?
Il rougit, puis reprit :
— Si quelqu'un aime une fleur qui n'existe qu'à un exemplaire dans les
millions et les millions d'étoiles, ça suffit pour qu'il soit heureux quand il les
regarde. Il se dit: « Ma fleur est là quelque part... » Mais si le mouton mange
la fleur, c'est pour lui comme si, brusquement, toutes les étoiles s'éteignaient !
Et ce n'est pas important ça !
8. Il ne put rien dire de plus. Il éclata
brusquement en sanglots. La nuit était tombée.
J'avais lâché mes outils. Je me moquais bien de
mon marteau, de mon boulon, de la soif et de la
mort. Il y avait, sur une étoile, une planète, la
mienne, la Terre, un petit prince à consoler ! Je le
pris dans les bras. Je le berçai. Je lui disais : « La
fleur que tu aimes n'est pas en danger... Je lui
dessinerai une muselière, à ton mouton... Je te
dessinerai une armure pour ta fleur... Je... »
Je ne savais pas trop quoi dire. Je me sentais
très maladroit. Je ne savais comment l'atteindre,
où le rejoindre... C'est tellement mystérieux, le
pays des larmes.
(Le Petit Prince, Antoine de Saint-Exupéry, 1943)

C. Huby, Lecture et expression au CE 158


Enfants et adultes en poésies

Dans ma fusée
J'ai rapporté Dans ma fusée
Des perles de lune J'ai rapporté
Une étoile brune Une institutrice
Et des papillons Et des exercices
Aussi beaux que ceux De calcul mental
qui volent autour Les mêmes que ceux
de ma maison. qui m'ont donné
tellement de mal.
Dans ma fusée
J'ai rapporté Quand ma fusée
Une fleur sauvage Je l'ai posée
Un oiseau en cage Mon père en colère
Et des champignons Comme sur la terre
Aussi beaux que ceux M'a fait la leçon
qui poussent autour Si j'avais su ça
de ma maison j'aurais pas quitté
ma maison...
Dans ma fusée
Anne Sylvestre
J'ai rapporté
Quelques gros nuages
Une pluie d'orage
Et un arc-en-ciel
Tout à fait comme ceux
que j'ai vu dans notre ciel.
Dans ma fusée
J'ai rapporté
Un train électrique
Une boîte à musique
Et un perroquet
Qui parle aussi bien que
tous ceux que je connaissais.
Dans ma fusée
J'ai rapporté
Jacques, Paul et Pierre
Et mon petit frère
Et un méchant loup
Aussi vilain que le nôtre
quand il fait hou-hou.

C. Huby, Lecture et expression au CE 159


Pêcheur de crevettes J'ai vu le menuisier
Pêcheur de crevettes, J’ai vu le menuisier
Quel joli métier ! Tirer parti du bois.
Le ciel sur la tête,
J’ai vu le menuisier
La mer sur les pieds.
Comparer plusieurs planches.
Être balancé
J’ai vu le menuisier
Comme escarpolette
Caresser la plus belle.
Parmi les mouettes,
Dites, quel métier ! J’ai vu le menuisier
Approcher le rabot.
Le filet en fête,
L’écume en collier, J’ai vu le menuisier
En faire à sa tête Donner la juste forme.
Dans le vent salé, Tu chantais, menuisier,
Quel joli métier ! En assemblant l’armoire.
Maurice Carême
Je garde ton image
Avec l’odeur du bois.

Moi, j’assemble des mots


Et c’est un peu pareil.

Eugène Guillevic

Fernand Léger
La grande parade sur fond rouge
1953

Saltimbanques

Dans la plaine, les baladins Ils ont des poids ronds ou carrés
S’éloignent au long des jardins Des tambours, des cerceaux dorés
Devant l’huis des auberges grises L’ours et le singe, animaux sages
Par les villages sans églises Quêtent des sous sur leur passage

Et les enfants s’en vont devant Guillaume Apollinaire


Les autres suivent en rêvant
Chaque arbre fruitier se résigne
Quand de très loin ils lui font signe

C. Huby, Lecture et expression au CE 160


Les lutins et le cordonnier (1)
Un cordonnier bien malheureux
1. C'était un cordonnier qui était devenu si
pauvre, sans qu'il y eût de sa faute, qu'à la
fin, il ne lui resta plus de cuir que pour une
seule et unique paire de chaussures.
Le soir, donc, il le découpa, comptant se
remettre au travail le lendemain matin et
finir cette paire de chaussures ; et quand
son cuir fut taillé, il alla se coucher, l'âme en
paix et la conscience en repos ; il se
recommanda au bon Dieu et s'endormit.
2. Le lendemain matin, après avoir fait sa
prière, il voulait se remettre au travail
quand il vit, au lieu du cuir, sur son établi,
les souliers tout faits et complètement finis.
Il en fut tellement étonné qu'il ne savait
plus que dire. Il prit les chaussures en main
et les examina de près : le travail était
impeccable et si finement fait qu'on eût dit un chef-d'œuvre : pas le moindre
point qui ne fut parfait.
Un acheteur arriva peu après, trouva les souliers fort à son goût et les paya
plus cher que le prix habituel.
3. Avec l'argent, le cordonnier put acheter assez de cuir pour faire deux paires
de chaussures, qu'il tailla le soir même, pensant les achever le lendemain en
s'y mettant de bonne heure. Mais le matin, quand il arriva au travail, les deux
paires de souliers étaient faites, posées sur son établi, sans qu'il se fût donné
la moindre peine ; au surplus, les acheteurs ne lui manquèrent point non plus
et c'étaient de vrais connaisseurs, car ils lui laissèrent assez d'argent pour qu'il
pût acheter de quoi faire quatre paires de chaussures.
4. Et ces quatre paires-là aussi, il les trouva finies le matin quand il venait,
plein de courage, pour se mettre au travail. Et comme par la suite, il en alla
toujours de même et que ce qu'il avait coupé le soir se trouvait fait le lendemain
matin, le cordonnier se trouva non seulement tiré de la misère, mais bientôt
dans une confortable aisance qui touchait presque à la richesse.
Peu de temps avant la Noël, un soir, après avoir taillé et découpé son cuir,
le cordonnier dit à sa femme au moment d'aller au lit : « Dis donc, si nous
restions éveillés cette nuit pour voir qui nous apporte ainsi son assistance

C. Huby, Lecture et expression au CE 161


généreuse ? »

Nous nous entraînons


• Nous savons lire avec expression, en nous aidant de la ponctuation :
Et comme par la suite, / il en alla toujours de même / et que ce qu'il avait
coupé le soir se trouvait fait le lendemain matin, / le cordonnier se trouva non
seulement tiré de la misère, / mais bientôt dans une confortable aisance / qui
touchait presque à la richesse. //
• Nous expliquons :
établi (nom masculin) : table de travail utilisée par certains artisans.
au surplus (expression) : de plus, mais aussi.
• Nous réfléchissons :
- Expliquons : il alla se coucher, l'âme en paix et la conscience en repos ; un
chef-d’œuvre ; il se trouva dans une confortable aisance.
- Formulons des hypothèses : qui peut bien faire le travail à la place du
cordonnier ?

• Nous trouvons des noms de la famille des noms de métiers suivants :


Le cordonnier et la … travaillent dans une … . - Le boucher et la … travaillent
dans une … . - Le pâtissier et la … travaillent dans une … . - Le boulanger et
la … travaillent dans une … . - Le bijoutier et la … travaillent dans une … . - Le
charcutier et la … travaillent dans une … . - Le plombier fait de la … . - Le
charpentier construit et répare des … . - Le pompier utilise une … pour … l'eau
qu'il envoie sur le feu. - Le chevalier … un … pour aller à la guerre.

• Nous trouvons l'infinitif des verbes suivants : il y eût – il fut étonné –


il vit les souliers – il prit les chaussures – il put acheter

• Nous conjuguons comme le modèle :


examiner, il examina – rester, il … - acheter, il … - couper, il … - trouver,
il …

• Nous dessinons une paire de chaussures et nous la décrivons.

C. Huby, Lecture et expression au CE 162


Les lutins et le cordonnier (2)
Les lutins récompensés

1. L' épouse en fut heureuse et alluma une chandelle neuve, puis ils allèrent
se cacher, tous les deux, derrière les vêtements de la penderie et où ils
restèrent à guetter. À minuit, arrivèrent deux mignons petits nains tout nus qui
s'installèrent à l'établi et qui, tirant à eux les coupes de cuir, se mirent de leurs
agiles petits doigts à monter et piquer, coudre et clouer les chaussures avec
des gestes d'une prestesse et d'une perfection telles qu'on n'arrivait pas à les
suivre, ni même à comprendre comment c'était possible. Ils ne s'arrêtèrent
pas dans leur travail avant d'avoir tout achevé et aligné les chaussures sur
l'établi ; puis ils disparurent tout aussi prestement.
2. Le lendemain matin, l'épouse dit au cordonnier :
« Ces petits hommes nous ont apporté la richesse, nous devrions leur
montrer notre reconnaissance : ils sont tout nus et ils doivent avoir froid à
courir ainsi. Sais-tu quoi ? Je vais leur coudre de petits caleçons et de petites
chemises, de petites culottes et de petites vestes et je tricoterai pour eux de
petites chaussettes ; toi, tu leur feras à chacun une petite paire de souliers
pour aller avec.
— Cela, dit le mari, je le ferai avec plaisir ! »
3. Et le soir, quand ils eurent tout fini, ils déposèrent leurs cadeaux sur l'établi,
à la place du cuir découpé qui s'y entassait d'habitude, et ils allèrent se cacher
de nouveau pour voir comment ils recevraient leurs présents.
À minuit, les lutins arrivèrent en sautillant pour se mettre au travail ; quand
ils trouvèrent sur l'établi, au lieu du cuir, les petits vêtements préparés pour
eux, ils marquèrent de l'étonnement d'abord, puis une grande joie à voir les
jolies petites choses, dont ils ne tardèrent pas à s'habiller des pieds à la tête
en un clin d'œil, pour se mettre aussitôt à chanter :

C. Huby, Lecture et expression au CE 163


4. « Maintenant nous voilà comme de vrais dandys!
Pourquoi jouer encore les cordonniers ici ? »
Joyeux et bondissants, ils se mirent à danser dans l'atelier, à gambader
comme de petits fous, sautant par-dessus chaises et bancs, pour gagner
finalement la porte et s'en aller, toujours dansant. Depuis lors, on ne les a plus
revus; mais pour le cordonnier tout alla bien jusqu'à son dernier jour, et tout
lui réussit dans ses activités comme dans ses entreprises.
(Frères Grimm, Contes)

Nous nous entraînons


• Nous savons lire avec expression, le paragraphe 2,en nous aidant
de la ponctuation.
• Nous expliquons :
prestesse (nom féminin) : grande facilité, rapidité.
dandy (nom masculin) : homme élégant qui soigne son apparence et ses
manières.
• Nous réfléchissons :
- Expliquons : prestement ; un chef-d’œuvre ; nous devrions leur montrer
notre reconnaissance.
- Discutons : est-ce dommage que les lutins ne soient jamais revenus ?
Pourquoi ?

• Nous trouvons des mots de la même famille :


preste, la prestesse, prestement – juste, la …, … - rude, la …, … - bas, la …, …
- délicat, la …, … - étroit, l'…, … - faible, la …, … - fin, la …, … - riche, la …, … -
sage, la …, … - sec, la …, … - tendre, la …, … - triste, la …, …

• Nous trouvons l'infinitif des verbes suivants : elle en fut heureuse – ils
se mirent à coudre – nous devrions les remercier – ils eurent leurs cadeaux

• Nous conjuguons comme le modèle :


aller, ils allèrent – arriver, ils … - trouver, ils … - marquer, ils … - tarder,
ils … - danser, ils … - chanter, ils … - remercier, ils …

• Nous racontons l'histoire en quelques phrases.

C. Huby, Lecture et expression au CE 164


Histoire : Enfants et adultes au Moyen Âge
Naître au Moyen Âge :
Tout d'abord, tu dois savoir que
naître au Moyen Âge n'est pas sans
risque, que ce soit pour la mère ou
pour l'enfant. Beaucoup de nouveau-
nés meurent à la suite d'un
accouchement difficile ou à cause de
mauvaises conditions d'hygiène.
Seuls deux enfants sur six
parviennent à leur huitième année.
Les maladies et les malnutritions ont
souvent raison de leur pauvre état de
santé. Même dans les milieux les plus
riches, des enfants meurent très
jeunes.
Pour cette raison, une femme au Moyen Âge devait mettre au monde au
moins sept enfants pour pouvoir assurer une descendance. Si l'enfant survit à
l'accouchement, il faut alors le baptiser rapidement, car tout risque de
mortalité n'est pas encore écarté. Dans le contexte religieux de l'époque, le
baptême est très important, car un enfant qui mourait sans avoir été baptisé
risquait de ne jamais aller au « paradis ».
Lors du baptême, on donne également un nom à l'enfant. Les prénoms les
plus courants pour les garçons sont : Jean, Guillaume, Pierre, Antoine ; et pour
les filles : Jeanne, Marguerite, Blanche.
Par la suite, on ajoute souvent un petit diminutif à ces prénoms, qui reflète
la personnalité ou l'apparence physique de la personne : Guillaume le petit,
Pierre le râleur. Ces surnoms peuvent aussi suggérer un lieu d'habitation : la
fontaine, des bois ; un métier : le tisserand, la chambrière ; un pays ou une
région : l'Anglois, le Breton.
Manger au Moyen Âge :
Les repas des enfants au Moyen Âge étaient bien différents selon s'ils se
prenaient dans une famille riche ou pauvre.
Pour un enfant noble, la journée se déroule de la façon suivante :
« petit déjeuner » :un œuf dur ou mollet, une pomme cuite, du pain
frais ; « dîner » : bouillon de poule ou de bœuf, viande, lait (le lait d'ânesse
est très apprécié), et en dessert, un fruit : pomme ou poire ; « souper » :
purée de légumes, éventuellement de la viande, lait, fruit.
Les fils et filles de paysans n'avaient pas une alimentation aussi riche. Ils

C. Huby, Lecture et expression au CE 165


se contentaient bien souvent d'un simple bouillon de légumes avec un peu de
gras et un morceau de pain. Chez les paysans les plus riches, on se nourrit
avec les produits de la ferme : lait, lard, œufs et de la cueillette de fruits
sauvages : fraises, mûres, cerises. Lors de manifestations particulières, fêtes,
noces, baptêmes, des repas spéciaux étaient cuisinés.
L’éducation et l'instruction sous Philippe-Auguste :
Encore une fois, l'éducation et l'instruction ne sont pas les mêmes pour un
enfant de seigneur et un enfant de paysan ou de petit artisan.
Chez les seigneurs, l'instruction de l'enfant commence
à partir de 7 ans. À cet âge, il est confié à un précepteur,
sorte de professeur particulier, qui lui enseigne l'essentiel,
c'est-à-dire : lire, écrire et compter. Dans les familles les
plus riches et les plus cultivées, l'enfant peut apprendre le
latin.
Le jeune seigneur reçoit également une éducation
religieuse. Il doit apprendre toutes ses prières et connaître
la Bible. L'instruction peut également être assurée par les Enluminure du Moyen Âge
religieux qui se chargent au sein de l'abbaye de dispenser les savoirs
indispensables. Entre 12 et 14 ans, il devient écuyer d'un seigneur ami. C'est
déjà la fin de son enfance !
Chez les paysans ou les artisans, l'enfant a une
vie tout à fait différente. Dans une famille
paysanne, le garçon se lève très tôt pour aider son
père aux champs. Il garde aussi le bétail, ramasse
du bois et chasse les oiseaux et les lapins. La
fillette, quant à elle, aide sa maman à la maison.
Elle épluche les légumes, nourrit les poules et les
canards, et va chercher de l'eau.
Le fils ou la fille d'artisan apprend très tôt le
Enluminure du Moyen Âge métier de ses parents en les regardant travailler.
Cependant, dans certaines régions, les artisans n'ont pas le droit de faire
travailler leurs enfants avant un certain âge. Ainsi, les potiers de Bourgogne,
par exemple, ne peuvent pas faire travailler leurs fils ou leurs filles avant 10
ans. Entre 10 et 12 ans, l'enfant entre en apprentissage. Les garçons comme
charpentier, sabotier, tonnelier, les filles comme couturière, lingère ou servante.
Pour eux aussi, l'enfance est terminée. Ils sont maintenant considérés comme
des adultes.
Ce n'est pas forcément drôle la vie d'enfant au Moyen Âge, n'est-ce pas ?
(D'après Kidadoweb, texte fourni par Guédelon, chantier médiéval)

C. Huby, Lecture et expression au CE 166


Géographie : Vivre au Sahara
Le Sahara, en Afrique, est le plus grand désert du monde. Il y pleut rarement. Les
journées sont très chaudes et, parfois, des vents violents soufflent et dessèchent tout.
Le sol est nu. Très peu de plantes poussent sauf dans les oasis (ce sont des jardins près
de sources ou de cours d'eau).
Les Touaregs vivent au cœur du Sahara. Beaucoup sont encore des bergers
nomades (ils se déplacent à la recherche de pâturages pour les troupeaux). D'autres,
depuis la deuxième moitié du 20e siècle, travaillent en ville, laissant au campement leurs
familles qu'ils rejoignent de temps en temps.

La plupart des villes et des


villages sont des oasis.
Les nomades viennent y
acheter leur ravitaillement.

Les ergs sont des espaces de dunes que le vent déplace lentement. Dans le Sahara,
il y a aussi des montagnes, des plateaux et de grandes plaines caillouteuses (les regs).

Le chameau est utilisé pour les petits


déplacements. Les gros transports se font
par camion.

C. Huby, Lecture et expression au CE 167


L'eau est rare. C'est le problème principal dans le désert. Pour avoir de l'eau, des
techniques modernes sont utilisées (par exemple, construire des canaux, des réservoirs,
faire des forages). Les habitants peuvent alors irriguer le sol et avoir des récoltes
abondantes sur de grands champs.
Mais ces installations coûtent très cher et les déserts sont souvent dans des pays
pauvres. Quelques régions seulement peuvent donc en profiter.
Des usines sont installées dans certains endroits pour exploiter le sous-sol (le
pétrole, notamment) ou produire de l'énergie en utilisant le soleil.

Dans une oasis , des fruits, des légumes sont cultivés à l'ombre des palmiers-
dattiers. L'eau monte du puits, tirée par un chameau ou par une pompe à moteur. Les
bergers touaregs élèvent des chèvres et des chameaux. Ces animaux résistent bien
à la chaleur et à la soif, ils se contentent des herbes du désert.

Les hommes portent de


longues tuniques qui les
protègent du soleil et du vent.
Ils ont le visage caché par un
voile. Celui des jours de fête
est bleu foncé, il déteint sur la
peau (c'est pour cela qu'on a
surnommé les Touaregs, « les
hommes bleus »).

Les Touaregs se nourrissent de céréales (de la bouillie de mil ou des galettes de


blé), de lait et de fromage de chèvre.
Le matin, les femmes vont chercher l'eau au puits. Le sel est important également,
car il permet de garder l'eau dans le corps.

(MEGA(MEGA
Benjamin, Marc
Benjamin, Pelloté,
Marc 1994,
Pelloté, 1994,[Link])
Nathan)

C. Huby, Lecture et expression au CE 168


Observation : Le sable, les dunes
Le sable.

Observons une poignée


de sable. Quelle est sa
couleur ? son aspect ?
Décrivons ses éléments.
Frottons du sable sur une
plaque de verre. Que
constatons-nous ? Versons
de l'eau sale dans un
entonnoir contenant un
tissu rempli de sable.
Qu'arrive-t-il ? Comment
s'appelle un matériau qui
laisse passer l'eau ? Comment appelle-t-on une roche qui, comme le sable,
peut s'ébouler ? Que fait-on avec le sable ?

C. Huby, Lecture et expression au CE 169


Le sable

Le sable est une roche faite d'éléments non soudés entre eux. Cependant,
le sable est très dur et raie le verre et l'acier. Le sable est une roche insoluble
dans l'eau mais il est perméable. Il laisse passer l'eau et, au passage, il en
retient les impuretés : il sert de filtre.
Le sable est une roche meuble : il peut s'ébouler et se déplacer facilement.
Le sable sert aussi à fabriquer du mortier et du ciment pour la construction.
Il sert aussi à la fabrication du verre.

Une roche meuble


qui se déplace sous l'action du vent.

Une dune, est une forme de relief constituée de sable. Elle forme une petite
colline. Elle est due à l'action du vent.
Une dune se forme :

• si l'érosion des roches produit des éléments suffisamment fins pour


pouvoir être transportés par le vent (désagrégation mécanique dans
les déserts ou fragmentation et usure par le mouvement des vagues).
• Il faut aussi un sable sec (région aride ou partie haute des plages
recouverte occasionnellement par la mer).
• Il doit y avoir l'absence d'un tapis végétal qui retiendrait les particules
fines par ses racines et gênerait l'action du vent par ses parties
aériennes).
• Il faut de plus l'existence d'un vent dominant qui pousse les particules
toujours dans la même direction.
• Il faut enfin un obstacle ou une cuvette qui permettent l'accumulation
du sable à cause d'une perte de vitesse du vent qui n'a plus alors la
puissance nécessaire pour transporter les éléments fins.

On trouve des dunes dans les déserts où elles forment des ergs qui sont des
massifs gigantesques. Les dunes se constituent également sur les côtes
maritimes basses.

C. Huby, Lecture et expression au CE 170


Tous uniques ! Tous exceptionnels !
1. Cela fait trois semaines, à la bibliothèque municipale, une affiche annonçait :
Tous uniques ! Tous exceptionnels !
Participez nombreux à notre grand carnaval
sur le thème des
HÉROS DE LA LITTÉRATURE
Venez vite retirer votre enveloppe magique
auprès de Maryline et Sofiane !
Vous pensez bien que nos quatre amis ne résistèrent pas longtemps à
l'attrait d'une telle offre ! Une enveloppe magique, qu'est-ce que cela pouvait
bien être ?
2. Ils se précipitèrent à l'accueil où Sofiane présentait aux candidats un
éventail d'enveloppes multicolores pendant que Marilyne inscrivait sur un
grand tableau le nom de ceux qui avaient déjà découvert le contenu de celle
qu'ils avaient tirée au sort :
Léonard : Le Petit Poucet Waïl : Harry Potter
Amina : La Belle au Bois Dormant Nathan : Icare
Garance : Cendrillon Paloma : Guillaume Tell
Jason : Le Petit Prince Fatou : Rémi, Sans Famille

3. « J'ai compris, murmura à mi-voix Lila dans la file des enfants qui
attendaient leur tour. Nous tirons au sort une enveloppe à l'intérieur de laquelle
se trouve le nom d'un héros de conte. Moi, ça me plaît bien ! Je vais jouer.
- Oui, moi aussi, ça me plaît ! Et puis, au carnaval, il y a un défilé, des
crêpes, des boissons, des jeux... J'espère que je vais tirer le nom d'une super-
héroïne qui déplace les montagnes et saute par-dessus les océans, s'enchanta
Marie.
- Ça existe, crois-tu ? s'étonna Malo. Pour l'instant, ce que les filles ont tiré,
c'est plutôt «Ouin, ouin, je pleure au coin du feu parce que je n'ai pas de jolie
robe » !
- Ou alors, elles ont eu un garçon, compléta Lucas. Guillaume, c'est un
garçon… D'ailleurs, qui est-ce Guillaume Tell ?
4. - Aucune idée ! Un super-héros certainement… C'est écrit sur l'affiche :
« Tous uniques ! Tous exceptionnels ! »...
- Icare non plus, je ne connais pas. Et vous ?
- Si, moi je connais. C'est un héros de la mythologie grecque. Ma grande
sœur raffole de ça. Il s'était fabriqué des ailes pour voler mais il les avait collées
avec de la cire et, quand il alla trop près du soleil, la cire fondit. Alors, il tomba

C. Huby, Lecture et expression au CE 171


dans la mer et il se noya.
- Au moins, ça, c'est un déguisement facile à faire… N'empêche que, si nous
ne connaissons pas le héros, je me demande comment nous allons faire notre
déguisement. »
5. Heureusement, lorsque Marie et ses amis ouvrirent leurs enveloppes, ils
furent tout à fait rassurés sur ce point. En effet, chacune contenait non
seulement le nom du héros ou de l'héroïne dont ils devaient emprunter l'allure
mais aussi une petite notice explicative, un extrait du roman ou du conte dans
lequel l'auteur décrivait son héros et certains avaient même droit à une
illustration réalisée pour l’œuvre originale !

Nous nous entraînons


• Nous savons lire avec expression, le paragraphe 1, en nous aidant
de la ponctuation.
• Nous expliquons :
littérature (n. fém.) : ensemble des œuvres écrites par des écrivains.
attrait (n. masc.) : qualité de ce qui attire, de ce qui charme.
mythologie (n. fém.) : ensemble des récits et légendes d'un peuple ou d'une
civilisation.
• Nous réfléchissons :
- Expliquons : la bibliothèque municipale ; un éventail d'enveloppes ; tirer au
sort ; un extrait de roman ; une notice explicative ; l’œuvre originale.
- Recherchons d'autres noms de héros de romans, contes et bandes dessinées.
Lesquels chacun de nous aimerait recevoir ?
- Dans la partie n° 4, nous ne savons pas qui parle. Imaginons qui est l'auteur
de chaque réplique et complétons le dialogue par : répondit alors ... -
interrogea ... - expliqua … - s'inquiéta …

• Nous trouvons des verbes de la même famille et nous les épelons à


l'infinitif :
l'offre, offrir – un éventail, … - le défilé, … - la boisson, … - le déguisement,
se … - une explication, … - un extrait, … - une illustration, …

• Nous conjuguons comme le modèle :


murmurer, elle murmura – s'enchanter, elle … - s'étonner, elle … -
compléter, elle … - tirer au sort, elle … -s'inquiéter, elle …

• Nous choisissons un héros et nous décrivons son costume.

C. Huby, Lecture et expression au CE 172


Riquet à la Houppe (1)
Trois enfants bien différents
Malo tira l'enveloppe la plus épaisse. Voici ce qu'elle contenait.

1. Il était une fois une Reine qui accoucha d’un fils,


si laid et si mal fait, qu’on douta longtemps s’il
avait forme humaine. Une Fée qui se trouva à sa
naissance assura qu’il ne laisserait pas d’être
aimable, parce qu’il aurait beaucoup d’esprit ; elle
ajouta même qu’il pourrait, en vertu du don qu’elle
venait de lui faire, donner autant d’esprit qu’il en
aurait à la personne qu’il aimerait le mieux. Tout
cela consola un peu la pauvre Reine, qui était bien
affligée d’avoir mis au monde un si vilain marmot.
Il est vrai que cet enfant ne commença pas plus
tôt à parler qu’il dit mille jolies choses, et qu’il avait
dans toutes ses actions je ne sais quoi de si spirituel, qu’on en était charmé.
J’oubliais de dire qu’il vint au monde avec une petite houppe de cheveux sur
la tête, ce qui fit qu’on le nomma Riquet à la Houppe, car Riquet était le nom
de la famille.
2. Au bout de sept ou huit ans la Reine d’un Royaume voisin accoucha de deux
filles. La première qui vint au monde était plus belle que le jour : la Reine en
fut si aise, qu’on appréhenda que la trop grande joie qu’elle en avait ne lui fît
mal. La même Fée qui avait assisté à la naissance du petit Riquet à la houppe
était présente, et pour modérer la joie de la Reine, elle lui déclara que cette
petite Princesse n’aurait point d’esprit, et qu’elle serait aussi stupide qu’elle
était belle. Cela mortifia beaucoup la Reine ; mais elle eut quelques moments
après un bien plus grand chagrin, car la seconde fille dont elle accoucha se
trouva extrêmement laide.
3. « Ne vous affligez point tant, Madame, lui dit la Fée ; votre fille sera
récompensée d’ailleurs, et elle aura tant d’esprit, qu’on ne s’apercevra presque
pas qu’il lui manque de la beauté.
— Dieu le veuille, répondit la Reine ; mais n’y aurait-il point moyen de faire
avoir un peu d’esprit à l’aînée qui est si belle ?
— Je ne puis rien pour elle, Madame, du côté de l’esprit, lui dit la Fée, mais je
puis tout du côté de la beauté ; et comme il n’y a rien que je ne veuille faire
pour votre satisfaction, je vais lui donner pour don de pouvoir rendre beau ou
belle la personne qui lui plaira. »
4. À mesure que ces deux Princesses devinrent grandes, leurs perfections
crûrent aussi avec elles, et on ne parlait partout que de la beauté de l’aînée,

C. Huby, Lecture et expression au CE 173


et de l’esprit de la cadette. Il est vrai aussi que leurs défauts augmentèrent
beaucoup avec l’âge. La cadette enlaidissait à vue d’œil, et l’aînée devenait
plus stupide de jour en jour. Ou elle ne répondait rien à ce qu’on lui demandait,
ou elle disait une sottise. Elle était avec cela si maladroite qu’elle n’eût pu
ranger quatre porcelaines sur le bord d’une cheminée sans en casser une, ni
boire un verre d’eau sans en répandre la moitié sur ses habits.
5. Quoique la beauté soit un grand avantage dans une jeune personne,
cependant la cadette l’emportait presque toujours sur son aînée dans toutes
les compagnies. D’abord on allait du côté de la plus belle pour la voir et pour
l’admirer mais bientôt après, on allait à celle qui avait le plus d’esprit, pour lui
entendre dire mille choses agréables ; et on était étonné qu’en moins d’un
quart d’heure l’aînée n’avait plus personne auprès d’elle, et que tout le monde
s’était rangé autour de la cadette.

Nous nous entraînons


• Nous savons lire avec expression, le paragraphe 3, en nous aidant
de la ponctuation, chacun jouant le rôle d'un personnage.
• Nous expliquons :
aimable (adj. qual.) : que l'on peut aimer.
spirituel (adj. qual.) : qui a de la vivacité d'esprit, de la finesse et de l'humour.
appréhender (v.) : craindre, redouter.
• Nous réfléchissons :
- Expliquons : il ne laisserait pas d'être aimable ; la Reine était affligée ; cela
mortifia la Reine ; leurs perfections crûrent avec elles.
- Lequel des trois enfants exceptionnels risque de choisir Malo. Pourquoi ?

• Nous trouvons des verbes de la même famille et nous les épelons à


l'infinitif :
laid, enlaidir – beau, … - sage, s'… - rouge, … - jaune, … - grand, … - lent, … -
noir, … - bleu, … - brun, … - lourd, … - bête, …

• Nous complétons les phrases grâce à ces mots : esprit – charmé –


afflige – perfection - défauts
Je suis … de faire votre connaissance. - Ce mauvais temps qui persiste
nous … . - Elle fait toujours des remarques pleines d'… . - La … n'existe
pas, tout le monde a des … .

• Nous inventons et nous racontons une autre bêtise de l'aînée des


Princesses.

C. Huby, Lecture et expression au CE 174


Riquet à la Houppe (2)
La rencontre
1. L’aînée, quoique fort stupide, le remarqua bien,
et elle eût donné sans regret toute sa beauté
pour avoir la moitié de l’esprit de sa sœur.
La Reine, toute sage qu’elle était, ne put
s’empêcher de lui reprocher plusieurs fois sa
bêtise, ce qui pensa faire mourir de douleur cette
pauvre Princesse. Un jour qu’elle s’était retirée
dans un bois pour y plaindre son malheur, elle vit
venir à elle un petit homme fort laid et fort
désagréable, mais vêtu très magnifiquement.
2. C’était le jeune Prince Riquet à la Houppe, qui
étant devenu amoureux d’elle sur ses portraits qui couraient par tout le monde,
avait quitté le Royaume de son père pour avoir le plaisir de la voir et de lui
parler. Ravi de la rencontrer ainsi toute seule, il l’aborde avec tout le respect
et toute la politesse imaginable. Ayant remarqué, après lui avoir fait les
compliments ordinaires, qu’elle était fort mélancolique, il lui dit :
« Je ne comprends point, Madame, comment une personne aussi belle que
vous l’êtes peut être aussi triste que vous le paraissez ; car quoique je puisse
me vanter d’avoir vu une infinité de belles personnes, je puis dire que je n’en
ai jamais vu dont la beauté approche de la vôtre.
3. — Cela vous plaît à dire, Monsieur, lui répondit la Princesse, et en demeure
là.
— La beauté, reprit Riquet à la Houppe, est un si grand avantage qu’il doit
tenir lieu de tout le reste ; et quand on le possède, je ne vois pas qu’il y ait
rien qui puisse nous affliger beaucoup.
— J’aimerais mieux, dit la Princesse, être aussi laide que vous et avoir de
l’esprit, que d’avoir de la beauté comme j’en ai, et être bête autant que je le
suis.
— Il n’y a rien, Madame, qui marque davantage qu’on a de l’esprit, que de
croire n’en pas avoir, et il est de la nature de ce bien-là, que plus on en a, plus
on croit en manquer.
4. — Je ne sais pas cela, dit la Princesse, mais je sais bien que je suis fort bête,
et c’est de là que vient le chagrin qui me tue.
— Si ce n’est que cela, Madame, qui vous afflige, je puis aisément mettre
fin à votre douleur.
— Et comment ferez-vous ? dit la Princesse.
— J’ai le pouvoir, Madame, dit Riquet à la Houppe, de donner de l’esprit

C. Huby, Lecture et expression au CE 175


autant qu’on en saurait avoir à la personne que je dois aimer le plus, et comme
vous êtes, Madame, cette personne, il ne tiendra qu’à vous que vous n’ayez
autant d’esprit qu’on en peut avoir pourvu que vous vouliez bien m’épouser.
5. La Princesse demeura tout interdite, et ne répondit rien.
— Je vois, reprit Riquet à la Houppe, que cette proposition vous fait de la
peine, et je ne m’en étonne pas ; mais je vous donne un an tout entier pour
vous y résoudre.

Nous nous entraînons


• Nous savons lire avec expression, le paragraphe 4, en nous aidant
de la ponctuation, chacun jouant le rôle d'un personnage.
• Nous expliquons :
mélancolique (adj. qual.) : vaguement triste, maussade.
cela vous plaît à dire et en demeure là (exp.) : c'est simple pour vous de le
dire mais je ne partage par votre opinion.
interdit (adj. qual.): stupéfait, ébahi, très étonné.
se résoudre (v.) : se décider, se résigner.
• Nous réfléchissons :
- Expliquons avec l'aide d'un adulte : Il n’y a rien, Madame, qui marque
davantage qu’on a de l’esprit, que de croire n’en pas avoir, et il est de la nature
de ce bien-là, que plus on en a, plus on croit en manquer.
- Donnons des exemples de situations où cette phrase est vraie.

• Nous remplaçons le mot fort par l'un des mots suivants : robuste –
forteresse – extrêmement – gros - doué
Elle était fort belle mais fort stupide. - Cet haltérophile a été le plus fort de
la compétition. - Djibrill est très fort en mathématiques. - Les assaillants
attaquèrent le fort au lever du soleil. - Cet homme était si fort qu'il ne pouvait
s'asseoir sur une chaise sans risquer de la casser.

• Nous trouvons l'infinitif des verbes conjugués suivants et nous les


employons dans une autre phrase : elle ne put s'empêcher – elle vit venir
à elle – quoique je puisse me vanter – qu'il y ait rien – autant qu'on en
saurait avoir – que vous n'ayez autant d'esprit

• Nous dessinons le portrait de la Princesse et nous le décrivons.

C. Huby, Lecture et expression au CE 176


Riquet à la Houppe (3)
Une année passa...
1. La Princesse avait si peu d’esprit, et en même temps une si grande envie
d’en avoir qu’elle s’imagina que la fin de cette année ne viendrait jamais ; de
sorte qu’elle accepta la proposition qui lui était faite.
Elle n’eut pas plus tôt promis à Riquet à la Houppe qu’elle l’épouserait dans
un an à pareil jour qu’elle se sentit tout autre qu’elle n’était auparavant ; elle
se trouva une facilité incroyable à dire tout ce qui lui plaisait, et à le dire d’une
manière fine, aisée et naturelle. Elle commença dès ce moment une
conversation galante et soutenue avec Riquet à la Houppe, où elle brilla d’une
telle force que Riquet à la Houppe crut lui avoir donné plus d’esprit qu’il ne s’en
était réservé pour lui-même.
2. Quand elle fut retournée au Palais, toute la Cour ne savait que penser d’un
changement si subit et si extraordinaire, car autant qu’on lui avait ouï dire
d’impertinences auparavant, autant lui entendait-on dire des choses bien
sensées et infiniment spirituelles. Toute la Cour en eut une joie qui ne se peut
imaginer. Il n’y eut que sa cadette qui n’en fut pas bien aise, parce que n’ayant
plus sur son aînée l’avantage de l’esprit, elle ne paraissait plus auprès d’elle
qu’une guenon fort désagréable.
3. Le Roi se conduisait par ses avis, et allait même quelquefois tenir le Conseil
dans son appartement. Le bruit de ce changement s’étant répandu, tous les
jeunes Princes des Royaumes voisins firent leurs efforts pour s’en faire aimer,
et presque tous la demandèrent en mariage ; mais elle n’en trouvait point qui
eût assez d’esprit, et elle les écoutait tous sans s’engager à pas un d’eux.
Cependant il en vint un si puissant, si riche, si spirituel et si bien fait, qu’elle
ne put s’empêcher d’avoir de la bonne volonté pour lui.
4. Son père s’en étant aperçu lui dit qu’il la faisait la maîtresse sur le choix
d’un époux, et qu’elle n’avait qu’à se déclarer. Comme plus on a d’esprit et plus
on a de peine à prendre une ferme résolution sur cette affaire, elle demanda,
après avoir remercié son père, qu’il lui donnât du temps pour y penser. Elle alla
par hasard se promener dans le même bois où elle avait trouvé Riquet à la
Houppe, pour rêver plus commodément à ce qu’elle avait à faire. Dans le temps
qu’elle se promenait, rêvant profondément, elle entendit un bruit sourd sous
ses pieds, comme de plusieurs personnes qui vont et viennent et qui agissent.
Ayant prêté l’oreille plus attentivement, elle ouït que l’on disait : « apporte-
moi cette marmite », l’autre : « donne-moi cette chaudière », l’autre : « mets
du bois dans ce feu ».

C. Huby, Lecture et expression au CE 177


5. La terre s’ouvrit dans le même temps, et elle vit sous ses pieds comme une
grande cuisine pleine de cuisiniers, de marmitons
et de toutes sortes d’officiers nécessaires pour
faire un festin magnifique. Il en sortit une bande
de vingt ou trente rôtisseurs, qui allèrent se
camper dans une allée du bois autour d’une table
fort longue, et qui tous, la lardoire à la main, et la
queue de renard sur l’oreille, se mirent à travailler
en cadence au son d’une chanson harmonieuse.
La Princesse, étonnée de ce spectacle, leur
demanda pour qui ils travaillaient.
« C’est, Madame, lui répondit le plus apparent
de la bande, pour le Prince Riquet à la Houppe,
dont les noces se feront demain. »

Nous nous entraînons


• Nous savons lire avec expression, le paragraphe 2, en nous aidant
de la ponctuation.
• Nous expliquons :
aisé (adj. qual.) : facile.
subit (adj. qual.) : soudain, brusque, imprévu.
galante et soutenue (adj. qual.) : charmante et recherchée.
guenon (n. fém.): femelle du singe.
ouïr (v.) : entendre.
• Nous réfléchissons :
- Expliquons avec l'aide d'un adulte : Comme plus on a d’esprit et plus on a de
peine à prendre une ferme résolution, elle demanda, après avoir remercié son
père, qu’il lui donnât du temps pour y penser.
- Donnons des exemples de situations où cette phrase est vraie.

• Nous relevons tous les mots du dernier paragraphe ayant un rapport


avec la cuisine et nous en donnons la définition en nous aidant d'un dictionnaire.

• Nous trouvons le contraire des adjectifs qualificatifs suivants et nous


les épelons :
croyable, … - visible, … - possible, … - connu, … - mangeable, … - prudent,
...

• Nous dessinons un plat du festin et nous le décrivons.

C. Huby, Lecture et expression au CE 178


Riquet à la Houppe (4)
Une promesse difficile à tenir
1. La Princesse encore plus surprise qu’elle ne l’avait été, et se ressouvenant
tout à coup qu’il y avait un an qu’à pareil jour elle avait
promis d’épouser le Prince Riquet à la Houppe, pensa
tomber de son haut. Ce qui faisait qu’elle ne s’en
souvenait pas, c’est que, quand elle fit cette
promesse, elle était une bête, et qu’en prenant le
nouvel esprit que le Prince lui avait donné, elle avait
oublié toutes ses sottises. Elle n’eut pas fait trente pas
en continuant sa promenade, que Riquet à la Houppe
se présenta à elle, brave, magnifique, et comme un
Prince qui va se marier.
2. « Vous me voyez, Madame, dit-il, exact à tenir ma
parole, et je ne doute point que vous ne veniez ici pour
exécuter la vôtre, et me rendre, en me donnant la main, le plus heureux de
tous les hommes.
— Je vous avouerai franchement, répondit la Princesse, que je n’ai pas
encore pris ma résolution là-dessus, et que je ne crois pas pouvoir jamais la
prendre telle que vous la souhaitez.
— Vous m’étonnez, Madame, lui dit Riquet à la Houppe.
3. — Je le crois, dit la Princesse, et assurément si j’avais affaire à un brutal, à
un homme sans esprit, je me trouverais bien embarrassée. Une Princesse n’a
que sa parole, me dirait-il, et il faut que vous m’épousiez, puisque vous me
l’avez promis ; mais comme celui à qui je parle est l’homme du monde qui a
le plus d’esprit, je suis sûre qu’il entendra raison. Vous savez que, quand je
n’étais qu’une bête, je ne pouvais néanmoins me résoudre à vous épouser ;
comment voulez-vous qu’ayant l’esprit que vous m’avez donné, qui me rend
encore plus difficile en gens que je n’étais, je prenne aujourd’hui une résolution
que je n’ai pu prendre dans ce temps-là ? Si vous pensez tout de bon à
m’épouser, vous avez eu grand tort de m’ôter ma bêtise, et de me faire voir
plus clair que je ne voyais.
4. — Si un homme sans esprit, répondit Riquet à la Houppe, serait bien reçu,
comme vous venez de le dire, à vous reprocher votre manque de parole,
pourquoi voulez-vous, Madame, que je n’en use pas de même, dans une chose
où il y va de tout le bonheur de ma vie ? Est-il raisonnable que les personnes
qui ont de l’esprit soient d’une pire condition que ceux qui n’en ont pas ? Le
pouvez-vous prétendre, vous qui en avez tant, et qui avez tant souhaité d’en
avoir ? Mais venons au fait, s’il vous plaît. À la réserve de ma laideur, y a-t-il

C. Huby, Lecture et expression au CE 179


quelque chose en moi qui vous déplaise ? Êtes-vous mal contente de ma
naissance, de mon esprit, de mon humeur, et de mes manières ?
5. — Nullement, répondit la Princesse, j’aime en vous tout ce que vous venez
de me dire.
— Si cela est ainsi, reprit Riquet à la Houppe, je vais être heureux, puisque
vous pouvez me rendre le plus aimable de tous les hommes.
— Comment cela se peut-il faire ? lui dit la Princesse.
— Cela se fera, répondit Riquet à la Houppe, si vous m’aimez assez pour
souhaiter que cela soit ; et afin, Madame, que vous n’en doutiez pas, sachez
que la même Fée qui au jour de ma naissance me fit le don de pouvoir rendre
spirituelle la personne qu’il me plairait, vous a aussi fait le don de pouvoir
rendre beau celui que vous aimerez, et à qui vous voudrez bien faire cette
faveur.

Nous nous entraînons


• Nous savons lire avec expression, le paragraphe 2, en nous aidant
de la ponctuation, chacun jouant le rôle d'un personnage.
• Nous expliquons :
tomber de son haut (exp.) : s'évanouir.
résolution (n. fém.) : décision.
user de même (exp.) : agir de la même façon.
venir au fait (exp.) : arriver à la conclusion.
• Nous réfléchissons :
- Expliquons avec l'aide d'un adulte : pourquoi la princesse avait oublié sa
promesse – ce que la princesse dit pour s'excuser – ce que Riquet lui répond
- Riquet change de sujet et lui révèle son secret. Pourquoi ?

• Nous relevons dix adjectifs qualificatifs dans le texte et nous les


employons chacun dans une phrase.

• Nous trouvons le synonyme et le contraire des adjectifs qualificatifs


suivants : aisé – malheureux – gaie - superbe – difficile – stupide – comblé
– spirituel – peureux – mécontente – horrible - courageux
Facile, …, … - heureux, …, … - contente, …, … - brave, …, … - bête, …, … -
magnifique, …, …

• Nous observons la gravure et nous la décrivons.

C. Huby, Lecture et expression au CE 180


Riquet à la Houppe (5)
Tout est beau dans ce qu'on aime,
tout ce qu'on aime a de l'esprit.

1. — Si la chose est ainsi, dit la Princesse, je souhaite de tout mon cœur que
vous deveniez le Prince du monde le plus beau et le plus aimable ; et je vous
en fais le don autant qu’il est en moi.
La Princesse n’eut pas plus tôt prononcé ces paroles, que Riquet à la Houppe
parut à ses yeux l’homme du monde le plus beau, le mieux fait et le plus
aimable qu’elle eût jamais vu. Quelques-uns assurent que ce ne furent point
les charmes de la Fée qui opérèrent, mais que l’amour seul fit cette
métamorphose.
2. Ils disent que la Princesse ayant fait réflexion sur la persévérance de son
fiancé, sur sa discrétion, et sur toutes les bonnes qualités de son âme et de
son esprit, ne vit plus la difformité de son corps, ni la laideur de son visage,
que sa bosse ne lui sembla plus que le bon air d’un homme qui fait le gros dos,
et qu’au lieu que jusqu’alors elle l’avait vu boiter effroyablement, elle ne lui
trouva plus qu’un certain air penché qui la charmait ; ils disent encore que ses
yeux, qui étaient louches, ne lui en parurent que plus brillants, que leur
dérèglement passa dans son esprit pour la marque d’un violent excès d’amour,
et qu’enfin son gros nez rouge eut pour elle quelque chose de martial et
d’héroïque.
3. Quoi qu’il en soit, la Princesse lui promit sur-le-champ de l’épouser, pourvu
qu’il en obtînt le consentement du Roi son père. Le Roi ayant su que sa fille
avait beaucoup d’estime pour Riquet à la Houppe, qu’il connaissait d’ailleurs
pour un Prince très spirituel et très sage, le reçut avec plaisir pour son gendre.
Dès le lendemain les noces furent faites, ainsi que Riquet à la Houppe l’avait
prévu, et selon les ordres qu’il en avait donnés longtemps auparavant.

MORALITÉ

C. Huby, Lecture et expression au CE 181


Ce que l’on voit dans cet écrit,
Est moins un conte en l’air que la vérité même ;
Tout est beau dans ce que l’on aime,
Tout ce qu’on aime a de l’esprit.
(Charles Perrault, Histoires ou contes du temps passé, 1697)

Nous nous entraînons


• Nous savons lire avec expression, le paragraphe 1, en nous aidant
de la ponctuation, chacun jouant le rôle d'un personnage.
• Nous expliquons :
métamorphose (n. fém.) : transformation, changement complet d'apparence.
persévérance (n. fém.) : patience, constance, entêtement.
martial ([Link].) : décidé, combatif.
gendre (n. masc.) : mari de sa fille.
• Nous réfléchissons :
- Expliquons avec l'aide d'un adulte : Quelques-uns assurent que ce ne furent
point les charmes de la Fée qui opérèrent, mais que l’amour seul fit cette
métamorphose.
- Cherchons le paragraphe que Malo doit relire pour composer son personnage
et faisons la liste de tous les détails physiques de celui-ci.

• Nous cherchons les verbes de la même famille que les noms suivants,
en nous aidant au besoin d'un dictionnaire.

le don, … - le chant, … - la danse, … - l'amour, … - la parole, … - la réflexion, …


- le consentement, … - la promesse, ... - le plaisir, …

• suivants :
Nous complétons les phrases à l'aide des mots
aimable – métamorphose – louches – héroïque -
gendre
Ma grand-mère maternelle aime beaucoup mon père, elle dit qu'elle a un …
très … . - Nous avons observé la … d'un têtard en grenouille et celle d'une
chenille en papillon. - Comme ma petite sœur avait les yeux …, on l'a opérée ;
maintenant, ses deux yeux regardent bien droit devant. - Ce policier a reçu
une médaille pour sa conduite … le jour de la tentative d'attentat.

• Nous cherchons le nom de ces membres de la famille :


Le père de ma mère, c'est mon … . - Le frère de mon père, c'est mon … .
- La fille de ma tante, c'est ma … . - Moi, pour mon oncle, je suis son …
ou sa … .

C. Huby, Lecture et expression au CE 182


• Nous dessinons le déguisement de Malo nous le décrivons.

C. Huby, Lecture et expression au CE 183


Carnaval en poésies

Le temps des contes


S'il était encore une fois
Nous partirions à l'aventure,
Moi, je serais Robin des Bois,
Et toi tu mettrais ton armure. Pablo Picasso
Paul en Arlequin
Nous irions sur nos alezans 1924
Animaux de belle prestance,
Nous serions armés jusqu'aux dents
Parcourant les forêts immenses.
S'il était encore une fois La chauve-souris
Vers le château des contes bleus A Mi-Carême, en Carnaval,
Je serais le beau-fils du roi, On met un masque de velours.
Et toi tu cracherais le feu. Où va le masque après le bal ?
Nous irions trouver Blanche-Neige Il vole à la tombée du jour.
Dormant dans son cercueil de verre, Oiseau de poils, oiseau sans plumes,
Nous pourrions croiser le cortège Il sort quand l'étoile s'allume
De Malbrough revenant de guerre. De son repaire de décombres.
S'il était encore une fois Chauve-souris, masque de l'ombre.
Au balcon de Monsieur Perrault, Robert Desnos
Nous irions voir Ma Mère l'Oye
Qui me prendrait pour un héros.
Et je dirais à ces gens-là :
Pierre-Auguste Renoir
Moi qui suis allé dans la lune, Le Pierrot blanc
1901/1902
Moi qui vois ce qu'on ne voit pas
Quand la télé le soir s'allume;
Je vous le dis, vos fées, vos bêtes,
Font encore rêver mes copains
Et mon grand-père le poète
Quand nous marchons main dans la main.
Georges Jean

C. Huby, Lecture et expression au CE 184


L'habit d'Arlequin
Vous connaissez ce quai nommé de la Ferraille, Édouard Manet
Où l'on vend des oiseaux, des hommes et des fleurs. Polichinelle
1874
À mes fables souvent c'est là que je travaille ;
J'y vois des animaux, et j'observe leurs mœurs.
Un jour de mardi gras j'étais à la fenêtre
D'un oiseleur de mes amis,
Quand sur le quai je vis paraître
Un petit Arlequin leste, bien fait, bien mis,
Qui, la batte à la main, d'une grâce légère,
Courait après un masque en habit de bergère.
Le peuple applaudissait par des ris, par des cris.
Tout près de moi, dans une cage,
Trois oiseaux étrangers, de différent plumage,
Perruche, cardinal, serin,
Regardaient aussi l'Arlequin.
La perruche disait : « J'aime peu son visage,
Mais son charmant habit n'eut jamais son égal.
Il est d'un si beau vert ! - Vert ! dit le cardinal ;
Vous n'y voyez donc pas, ma chère ?
L'habit est rouge assurément :
Voilà ce qui le rend charmant.
- Oh ! pour celui-là, mon compère,
Répondit le serin, vous n'avez pas raison,
Car l'habit est jaune-citron ;
Et c'est ce jaune-là qui fait tout son mérite.
- Il est vert. - Il est jaune. - Il est rouge morbleu ! »
Interrompt chacun avec feu ;
Et déjà le trio s'irrite.
" Amis, apaisez-vous, leur crie un bon pivert ;
L'habit est jaune, rouge et vert.
Cela vous surprend fort ; voici tout le mystère :
Ainsi que bien des gens d'esprit et de savoir,
Mais qui d'un seul côté regardent une affaire,
Chacun de vous ne veut y voir Pablo Picasso
Que la couleur qui sait lui plaire. " Acrobate et jeune Arlequin
1905
Florian

C. Huby, Lecture et expression au CE 185


Fifi Brindacier
Marie retira de son enveloppe quelques petits feuillets numérotés qu'elle lut, l'un après l'autre, pour
découvrir le personnage qu'elle devrait représenter.

1. L'auteur de ce roman : Astrid LINDGREN, est une romancière suédoise.


Sténographe et secrétaire, elle prend l'habitude de dire des histoires pour sa
fille Karin, atteinte de pneumonie. Pour le dixième anniversaire de l'enfant, la
mère décide de rassembler et de publier les histoires racontées depuis 1941.
"Fifi Brindacier" est ainsi publié en 1945. L'ouvrage est fraîchement accueilli
par les adultes, en particulier par les enseignants, mais le personnage est
rapidement plébiscité par les jeunes lecteurs.
2. Résumé : Fifi Brindacier est une petite fille extraordinaire. A neuf ans à
peine, elle a déjà fait le tour du monde ! Avec son petit nez couvert de taches
de rousseur et ses tresses roux carotte dressées sur la tête, on ne croirait
jamais que c'est la petite fille la plus forte du monde. Fifi donne de bonnes
leçons aux garçons et raconte des histoires incroyables... Avec elle, on n'est
jamais sûr de rien !
Extraits :
3. À la limite de la toute petite ville, il y avait un vieux jardin envahi par les
mauvaises herbes. Une vieille maison se trouvait dans ce jardin et c'est dans
cette maison que vivait Fifi Brindacier. Elle avait neuf ans et elle y vivait toute
seule, sans papa ni maman. C'était plutôt chouette car il n'y avait personne
pour lui dire d'aller se coucher au moment où elle s'amusait le plus, personne
pour l'obliger à avaler une cuillerée d'huile de foie de morue quand elle avait
surtout envie de manger des bonbons.
Fifi avait eu autrefois un papa qu'elle adorait et, bien sûr, elle avait eu aussi
une maman. Mais c'était il y a si longtemps qu'elle ne s'en souvenait plus du
tout. La maman de Fifi était morte quand celle-ci n'était qu'un tout petit bébé
qui braillait si fort dans sa poussette que personne n'arrivait à rester à côté
d'elle.
4. Fifi n'avait pas oublié son papa. Il était capitaine au long cours et il avait
navigué sur tous les océans. Fifi l'avait accompagné sur son navire, jusqu'au
jour où il avait disparu en mer, emporté par une vague au cours d'une tempête.
Mais Fifi en était sûre : un jour, il reviendrait. Elle ne croyait pas du tout qu'il
s'était noyé. Non, il avait certainement rejoint une île remplie de Cannibales.
Voilà : il était devenu le roi des Cannibales et il se pavanait toute la journée
avec une couronne en or sur la tête.
5. Un beau soir d'été, Fifi avait dit au revoir à tous les marins du bateau de
son papa. Ils adoraient Fifi et Fifi les adorait aussi.

C. Huby, Lecture et expression au CE 186


« Au revoir, les gars ! leur dit-elle en les embrassant l'un après l'autre sur
le front. Ne vous inquiétez pas pour moi. Je me débrouillerai toujours ! »
Elle emporta deux choses du bateau : un petit singe appelé M. Nilsson ‒
cadeau de son papa ‒ et une grosse valise bourrée de pièces d'or. Accoudés au
bastingage, les matelots regardèrent Fifi s'éloigner. Elle marcha d'un pas ferme
sans se retourner, M. Nilsson perché sur l'épaule et la valise à la main.
« C'est une enfant extraordinaire », dit l'un des matelots en essuyant une
larme quand Fifi disparut hors de sa vue.
6. Il avait bien raison. Fifi était une petite fille tout à fait extraordinaire. Ce
qu'il y avait de plus extraordinaire chez elle, c'était sa force. Il n'existait pas
dans le monde entier un policier aussi costaud qu'elle. Elle était même capable
de soulever un cheval si elle en avait envie. Elle possédait un cheval qu'elle
avait acheté avec une de ses nombreuses pièces d'or le jour même de son
arrivée à la villa Drôlederepos. Elle avait toujours rêvé d'avoir un cheval à elle ;
le cheval trônait désormais sous la véranda. Mais quand Fifi avait envie d'y
prendre son quatre-heures, elle soulevait le cheval et le déposait dans le jardin
comme si de rien n'était.
7. Ses cheveux roux comme des carottes étaient tressés en deux nattes qui se
dressaient de chaque côté de sa tête.
Son nez, parsemé de taches de
rousseur, avait la forme d'une petite
pomme de terre nouvelle. Sous ce
nez, on voyait une grande bouche
aux dents saines et blanches. Sa robe
était fort curieuse. Fifi l'avait faite
elle-même. Elle aurait dû être bleue,
mais à court de tissu bleu, Fifi avait
décidé d'y coudre des petits
morceaux rouges çà et là. Elle portait
des bas ‒ un marron, un noir ‒ sur
ses grandes jambes maigres. Et puis,
elle était chaussée de souliers noirs
deux fois trop grands pour elle. Son
papa les lui avait achetés en
Amérique du Sud pour que les pieds
de Fifi aient la place de grandir un
peu. Fifi n'en avait jamais voulu une
autre paire.
(Astrid Lindgren, Fifi Brindacier, 1945, trad.
Française. 1995)

C. Huby, Lecture et expression au CE 187


Tistou les pouces verts
Même contenu pour Lucas que pour Marie : quelques feuillets numérotés…

1. L'auteur : Maurice Druon, né en 1918 et mort en 2009, a surtout écrit pour


les adultes. En 1957, il écrit ce conte pour enfants qui s'adresse aussi aux
grandes personnes, pour leur rappeler leur part d'enfance et d'innocence.
(d'après Xavier Marciniak pour Babelio)

2. Résumé : Tistou a tout pour être heureux, une maman et un papa très
beaux et très riches qui l'aiment beaucoup, une très belle "maison-qui-brille"
et des domestiques qui l'adorent. Tout est pour le mieux jusqu'au jour où il
entre à l'école, pour apprendre à devenir marchand de canons, comme son
papa. Catastrophe ! Il est renvoyé de l'école où il ne fait que dormir ! On décide
alors « qu'il apprendra les choses qu'il doit savoir en les regardant
directement ». Et là se produit le miracle : Moustache, le jardinier qui lui donne
sa première leçon, découvre qu'il a un don unique ! (d'après Xavier Marciniak pour
Babelio)

3. Où Tistou prend une leçon de jardin,


et découvre, du même coup, qu'il a les pouces verts
(Extraits)
1. Tistou mit son chapeau de paille pour aller prendre sa leçon de jardin. Dans
la serre, le jardinier Moustache, prévenu par Monsieur Père, attendait son
élève.
Le jardinier Moustache était un vieil homme solitaire, peu bavard et pas
toujours aimable. Une extraordinaire forêt, couleur de neige, lui poussait sous
les narines.
La moustache de Moustache, comment vous la décrire ? Une véritable
merveille de la nature. Les jours de bise, lorsque le jardinier s'en allait la pelle
sur l'épaule, c'était superbe à voir ; on aurait dit deux flammes blanches qui
lui sortaient du nez et lui battaient les oreilles.
2. Tistou aimait bien le vieux jardinier, mais il en avait un peu peur.
— Bonjour, Monsieur Moustache, dit Tistou en soulevant son chapeau.
— Ah ! te voilà, répondit le jardinier. Eh bien ! on va voir de quoi tu es
capable. Voici un tas de terreau et voici des pots à fleurs. Tu vas remplir les
pots avec du terreau, enfoncer ton pouce au milieu pour faire un trou et ranger
les pots en ligne le long du mur. Après, nous mettrons dans les trous les graines
qui conviennent.
3. Tistou, en accomplissant la tâche que Moustache lui avait donnée, eut une
bonne surprise : ce travail ne l'endormait pas. Au contraire, il y prenait plaisir.
Il trouvait que le terreau avait une bonne odeur. Un pot vide, une pelletée, un
trou avec le pouce et le tour était joué. On passait au suivant. Les pots
s'alignaient le long du mur.
C. Huby, Lecture et expression au CE 188
4. Pendant que Tistou continuait avec beaucoup d'application, Moustache
faisait lentement le tour du jardin. Et Tistou découvrit ce jour-là pourquoi le
vieux jardinier parlait si peu aux gens ; c'est qu'il parlait aux fleurs.
Moustache allait d'une fleur à l'autre, s'inquiétait de la santé de chacune.
Au bout d'un moment, il lança :
— Alors, c'est pour aujourd'hui ou c'est pour demain ?
5. — Ne vous impatientez pas, professeur ; je n'ai plus que trois pots à remplir,
répondit Tistou. Et il se hâta de terminer et alla rejoindre Moustache à l'autre
bout du jardin.
— Voilà, j'ai fini.
— Bon, nous allons voir ça, fit le jardinier.
Ils revinrent lentement, parce que Moustache en profitait, ici pour féliciter
une grosse pivoine, là pour encourager un hortensia… Soudain, ils
s'immobilisèrent, ébahis, bouleversés, stupéfaits.
6. Le long des murs, là, à quelques pas, tous les pots remplis par Tistou avaient
fleuri, en cinq minutes !
— Mais puisqu'on n'avait pas mis de graines, Monsieur Moustache, d'où
viennent ces fleurs ?
Brusquement, il prit entre ses mains rugueuses les petites mains de Tistou,
en disant :
— Montre-moi tes pouces !
7. Il examina attentivement les doigts de son élève, au-dessus, au-dessous,
dans l'ombre et la lumière.
— Mon garçon, dit-il enfin
après mûre réflexion, il
t'arrive une chose aussi
surprenante
qu'extraordinaire. Tu as les
pouces verts.
— Verts ? s'écria Tistou,
fort étonné. Moi, je les vois
roses, et même plutôt sales
en ce moment. Ils ne sont pas
verts.
— Bien sûr, bien sûr, tu ne peux le voir, reprit Moustache. Un pouce vert est
invisible. C'est ce qu'on appelle un talent caché. Seul un spécialiste peut le
découvrir. Or je suis spécialiste et je t'affirme que tu as les pouces verts. C'est
une qualité merveilleuse, un vrai don du Ciel !

C. Huby, Lecture et expression au CE 189


La rose
Lila fut ravie lorsqu'elle ouvrit son enveloppe : elle reconnut tout de suite l'auteur du dessin qu'elle
avait devant elle et se réjouit de pouvoir représenter un de ses personnages le jour du Carnaval !

1. J'appris bien vite à mieux connaître cette fleur. Il y avait toujours eu, sur la
planète du petit prince, des fleurs très simples, ornées d'un seul rang de
pétales, et qui ne tenaient point de place, et qui ne dérangeaient personne.
Elles apparaissaient un matin dans l'herbe, et puis elles s'éteignaient le soir.
Mais celle-là avait germé un jour, d'une graine apportée d'on ne sait où, et le
petit prince avait surveillé de très près cette brindille qui ne ressemblait pas
aux autres brindilles. Ça pouvait être un nouveau genre de baobab. Mais
l'arbuste cessa vite de croître, et commença de préparer une fleur. Le petit
prince, qui assistait à l'installation d'un bouton énorme, sentait bien qu'il en
sortirait une apparition miraculeuse, mais la fleur n'en finissait pas de se
préparer à être belle, à l'abri de sa chambre verte. Elle choisissait avec soin
ses couleurs. Elle s'habillait lentement, elle ajustait un à un ses pétales. Elle
ne voulait pas sortir toute fripée comme les coquelicots. Elle ne voulait
apparaître que dans le plein rayonnement de sa beauté. Eh ! oui. Elle était très
coquette ! Sa toilette mystérieuse avait donc duré des jours et des jours. Et
puis voici qu'un matin, justement à l'heure du lever du soleil, elle s'était
montrée.
2. Et elle, qui avait travaillé avec tant de précision, dit en bâillant :
‒ Ah ! Je me réveille à peine... Je vous demande pardon... Je suis encore
toute décoiffée...
Le petit prince, alors, ne put contenir son admiration
‒ Que vous êtes belle !
‒ N'est-ce pas, répondit doucement la fleur. Et je suis née en même temps
que le soleil...
Le petit prince devina bien qu'elle n'était pas trop modeste, mais elle était

C. Huby, Lecture et expression au CE 190


si émouvante !
‒ C'est l'heure, je crois, du petit déjeuner, avait-elle bientôt ajouté, auriez-
vous la bonté de penser à moi...
Et le petit prince, tout confus, ayant été chercher un arrosoir d'eau fraîche,
avait servi la fleur.
3. Ainsi l'avait-elle bien vite tourmenté par sa vanité un peu ombrageuse. Un
jour, par exemple, parlant de ses quatre épines, elle avait dit au petit prince :
‒ Ils peuvent venir, les tigres, avec leurs griffes
‒ Il n'y a pas de tigres sur ma planète, avait objecté le petit prince, et puis
les tigres ne mangent pas l'herbe.
‒ Je ne suis pas une herbe, avait doucement répondu la fleur.
‒ Pardonnez-moi...
‒ Je ne crains rien des tigres, mais j'ai horreur des courants d'air. Vous
n'auriez pas un paravent ?
4. « Horreur des courants d'air... ce n'est pas de chance, pour une plante, avait
remarqué le petit prince. Cette fleur est bien compliquée... »
‒ Le soir vous me mettrez sous globe. Il fait très froid chez vous. C'est mal
installé. Là d'où je viens...
Mais elle s'était interrompue. Elle était venue sous forme de graine, elle
n'avait rien pu connaître des autres mondes. Humiliée de s'être laissé
surprendre à préparer un mensonge aussi naïf, elle avait toussé deux ou trois
fois, pour mettre le petit prince dans son tort
‒ Ce paravent ?...
‒ J'allais le chercher mais vous me parliez !

5. Alors elle avait forcé sa toux pour lui infliger quand même des remords.
Ainsi le petit prince, malgré la bonne volonté de son amour, avait vite douté
d'elle. Il avait pris au sérieux des mots sans importance, et était devenu très
malheureux.
« J'aurais dû ne pas l'écouter, me confia-t-il un jour, il ne faut jamais écouter
les fleurs. Il faut les regarder et les respirer. La mienne embaumait ma planète,
mais je ne savais pas m'en réjouir. Cette histoire de griffes, qui m'avait
tellement agacé, eût dû m'attendrir... »
Il me confia encore :
« Je n'ai alors rien su comprendre J'aurais dû la juger sur les actes et non
sur les mots. Elle m'embaumait et m'éclairait. Je n'aurais jamais dû m'enfuir !
J'aurais dû deviner sa tendresse derrière ses pauvres ruses. Les fleurs sont si
contradictoires ! Mais j'étais trop jeune pour savoir l'aimer. »
(Le Petit Prince, Antoine de Saint-Exupéry, 1943)

C. Huby, Lecture et expression au CE 191


Tu le crois, ça ?
1. Les enfants sont en classe, réunis par groupes de quatre. Monsieur Derien
a donné à chaque groupe une photographie représentant un enfant, actuel ou
du passé, en train de travailler. Il a bien précisé qu'il s'agissait d'un vrai travail,
un métier, qui permettait à l'enfant représenté de gagner sa vie au quotidien.
Les élèves de la classe ont d'abord beaucoup envié ces enfants-là, parce
qu'ils n'allaient pas à l'école, parce qu'ils étaient libres dans les rues de leurs
villes ou de leurs villages, parce qu'ils gagnaient eux-mêmes leur argent et
qu'ils pouvaient en disposer comme bon leur semblait…
2. Et puis, petit à petit, en observant les scènes, en lisant les articles qui les
complétaient, leur ton a changé. Il est devenu plus grave, plus sérieux. Les
sourires se sont estompés et chacun a réalisé que, derrière le côté amusant
d'une tâche très éloignée de celles qui les occupent à l'école, se cachaient des
heures et des heures de répétitions, d'efforts, d'ennui, de réprimandes et de
punitions parfois.
3. Alors, plus personne n'a ri. Et monsieur Derien a pu demander à chacun des
groupes de venir présenter la photographie qu'il leur avait attribuée devant
leurs camarades.
Le groupe de Malo a ouvert la séance :
« Notre photographie représente des enfants en train de trier les fruits du
caféier. Et le texte explique que, dans de nombreux pays, les enfants sont
employés pour récolter, transporter, trier, sécher et mettre en sac les fruits qui
seront envoyés dans les pays riches pour être
transformés et vendus.
‒ Du café, du cacao, du thé, de l'huile de

‒ Palme ! De l'huile de palme ! Ce qu'il y a
dans la pâte à tartiner.
‒ Tu le crois, ça ? Quand on mange notre
tartine le matin, c'est un enfant comme nous
qui a trié les graines et a porté des sacs énormes sur son dos ! Moi, ça me rend
vraiment triste… »
4. Le groupe de Marie a continué : « Notre photographie est très triste aussi.
L'enfant est tout petit, bien plus jeune que nous. Et ce n'est pas un pays si
pauvre que ça, quand on voit les gens qui passent près de lui. Ils sont bien
habillés et il y a des immeubles et des trottoirs comme chez nous.
‒ Oui, c'est juste que dans ce pays, il y a des très riches et des très pauvres.

C. Huby, Lecture et expression au CE 192


‒ Et les très pauvres, ils travaillent,
même s'ils sont enfants parce que sinon, ils
meurent de faim.
‒ Tu le crois, ça ? Un adulte, tranquille,
qui se fait cirer les chaussures par un
enfant ? Non mais, quand même… Moi,
j'aurais honte de demander à mon petit
frère de cirer des chaussures toute la
journée pour pouvoir s'acheter à manger !
5. ‒ La nôtre, elle est si triste qu'on ne peut pas y croire. Déjà, l'enfant vit
dans un pays où il y a la guerre et, en plus, on l'oblige à combattre comme un
adulte ! Quand on a vu ça, on n'a plus envie de jouer avec des armes, plus
jamais !

Nous nous entraînons


• Nous expliquons :
s'estomper (v.) : devenir flou, s'effacer.
réprimande (n. fém.) : avertissement, rappel à l'ordre, blâme.
• Nous réfléchissons :
- Pourquoi Monsieur Derien a-t-il attendu que ses élèves se calment avant de
les envoyer devant leurs camarades expliquer les documents qu'il leur avait
donnés ?
- Comment les élèves se sont-ils calmés ?
- Que pensons-nous du titre de ce texte ? Est-il approprié ?

• Nous complétons les phrases à l'aide des mots suivants : huile de


palme – caféier – cirage – tâche
La pâte à tartiner chocolatée contient de l'… . - Partout dans le monde, les
enfants sont employés à des … difficiles au lieu d'aller à l'école. - On
récolte les fruits du … en Afrique, en Asie et en Amérique du Sud. - Pour
entretenir le cuir, on l'enduit avec du … .

• Nous choisissons l'une des photos nous la décrivons.

C. Huby, Lecture et expression au CE 193


Le travail des enfants (1)
1. Le travail des enfants est une réalité qui ne concerne pas seulement les pays
en voie de développement. En 2001, le Bureau International du Travail
recensait 246 millions de petits travailleurs dans le monde âgés de 5 à 17 ans
dont plus de la moitié travaille à plein-temps !
La majorité des enfants travaille dans l'agriculture, ainsi que dans l'artisanat
et l'industrie : manipulation des fours où coule du verre fondu ou transport,
sciage et polissage d’ardoises en Inde, fabrication de tapis au Népal et au
Pakistan…
Le travail des enfants reste un phénomène mondial, auquel aucun pays ni
aucune région n'échappe.
À quoi travaillent-ils ?
2. D'un bout à l'autre de la Terre,
on retrouve des enfants dans les
champs, dans les mines, les
ateliers ou dans les cuisines.
L'agriculture est encore la plus
grande utilisatrice d'enfants.
Les enfants doivent souvent
travailler aussi longtemps et
durement que leurs parents. La
mortalité, la malnutrition et l'analphabétisme sont presque partout plus élevés
dans les campagnes que dans les villes.
3. Dans les grandes entreprises, la réglementation (ensemble de lois) sur
l'âge et la durée du travail est, en général, respectée. Ce n'est pas le cas des
petites entreprises ou des petits ateliers non déclarés qui utilisent cette main-
d'œuvre très économique : on trouve des enfants qui fondent des tôles d'acier,
tissent des tapis ou fabriquent des allumettes. Les locaux sont souvent sans
air et sans lumière : on les appelle les "ateliers à sueur".
4. Les enfants qui travaillent comme domestiques (employés de maison) sont
en général loués ou même vendus à des familles plus riches. Dans l'immense
majorité, il s'agit de fillettes, souvent de moins de 13 ans, qui habitent chez
l'employeur. On pense que les cas de mauvais traitement sont fréquents. Ce
sont peut-être, de tous les enfants au travail, ceux qui sont le plus exploités et
qui peuvent le moins se défendre car ils vivent totalement isolés.
Et puis il y a tous les enfants des rues : certains jeunes chassés de chez
eux par la misère, ou orphelin, vivent entièrement dans la rue. Ils survivent en
vendant des cigarettes ou des chewing-gums, cirent des chaussures, lavent
des voitures, chantent sur les trottoirs ou bien mendient.

C. Huby, Lecture et expression au CE 194


Pourquoi les enfants travaillent-ils ?
5. Les principales causes du travail des enfants sont : la pauvreté,
l'analphabétisme, la différence de salaire entre adultes et enfants, les
conditions de vie dans les quartiers pauvres de la ville, les exigences physiques
spécifiques pour effectuer certaines tâches (mines, tissage des tapis, etc.).

Nous nous entraînons


• Nous expliquons :
concerner (v.) : avoir rapport à.
pays en voie de développement (exp.) : pays dans lequel le niveau de vie
s'élève encore difficilement du fait de la pauvreté.
agriculture (n. fém.) : culture de la terre pour produire des aliments pour
l'homme ou les animaux.
artisanat (n. masc.) : ensemble des métiers manuels traditionnels.
industrie (n. fém.) : ensemble des entreprises, des usines qui fabriquent des
objets en grande quantité.
• Nous réfléchissons :
- Citons des métiers de l'artisanat.
- Trouvons un mot de la famille de mort, un de la famille de nourrir et un de la
famille d'alphabet dans le paragraphe 2. et expliquons-les avec l'aide de notre
professeur.
- Comment appelle-t-on un être humain qui a été acheté ? Selon ce texte,
quels sont les enfants qui sont dans ce cas ?

• Nous complétons les phrases à l'aide des mots suivants : artisans –


emploi – agriculture – pauvreté – main-d’œuvre
C'est grâce à la … qui travaille dans l'… que nous pouvons manger de la
pâte à tartiner chocolatée. - Il y a sur Terre plus de 246 millions d'enfants
dont la … est si grande qu'ils doivent trouver un … pour survivre. - Les
plombiers, les électriciens, les maçons, les cordonniers, les forgerons sont
des … .

• Nous associons les mots par familles des mots suivants : règle –
alphabet – nourrir – mort
mortalité – analphabétisme – malnutrition – réglementation – mortel –
régler – alphabétique – nutrition – nourriture – immortel – nutriment –
alphabétisation – dénutri – règlement – réglementaire – mortuaire –
nourrice

• Nous décrivons la photo.

C. Huby, Lecture et expression au CE 195


Le travail des enfants (2)
Des conséquences graves sur leur santé et leur avenir
1. Dans la plupart des activités effectuées par les enfants, les risques d'une
détérioration rapide de leur santé sont importants.
L'utilisation de produits chimiques dans le cas des industries de la chaussure,
de l'orfèvrerie et du textile, mais aussi dans l'agriculture, intoxique l'organisme
fragile des enfants.
Dans l'industrie du tapis ou du tissage, les enfants sont entassés dans des
lieux sombres et pollués de poussières de laine. Ils abîment leurs yeux et leurs
poumons.
2. Les enfants chiffonniers sont souvent atteints de maladies de peau. De plus,
ils risquent de se couper et de
contracter le tétanos
(maladie infectieuse très
grave).
Les enfants qui travaillent
dans la construction ont des
troubles de croissance et des
déformations parce qu’ils
portent des charges trop
lourdes.
Les enfants qui travaillent
dans les carrières et les mines
sont exposés à la silicose (maladie pulmonaire).
La plupart des enfants sont condamnés à l'analphabétisme à vie car ils ne
vont pas à l'école. Isolés, souvent privés de leur famille, ils souffrent de
manques affectifs dont ils risquent de garder des séquelles à vie.

Faut-il boycotter (refuser d'acheter) le produit du travail des


enfants ?
3. Le boycott des produits fabriqués par les enfants est un outil de pression :
après le témoignage du petit Iqbal MASIH, qui travaillait dans une usine de
tapis, le chiffre d'affaires de l'exportation de tapis du Pakistan a plongé. Sans
cette baisse, les fabricants et exportateurs de tapis n'auraient jamais signé en
1998 un accord concernant le retrait de 8 000 petits tisserands à domicile.
4. Mais un boycott peut avoir des effets négatifs. En 1992-1993, quand les
États-Unis pensaient interdire les biens produits par les enfants, plusieurs
usines textiles du Bangladesh, craignant une chute des commandes, ont
renvoyé 50 000 enfants, surtout des filles. Pour continuer de subvenir aux
besoins de la famille, beaucoup de ces enfants ont dû se tourner vers des

C. Huby, Lecture et expression au CE 196


métiers plus dangereux (casseurs de pierres par exemple).

L'UNICEF demande 6 mesures pour éliminer le travail des enfants


5. - L'élimination immédiate de l'emploi des enfants à des tâches dangereuses.
- L'organisation d'un enseignement gratuit et obligatoire.
- L'élargissement de la protection légale des enfants.
- L'enregistrement de tous les enfants à leur naissance de manière à pouvoir
déterminer leur âge sans fraude possible.
- Une collecte et un contrôle des données de manière à connaître avec
exactitude l'ampleur du travail des enfants.
- L'établissement de codes de conduite.
(d'après La Case aux Enfants,
La solidarité et développement durable expliqué aux enfants)

Nous nous entraînons


• Nous expliquons :
contracter (v.) : attraper, être victime de.
détérioration (n. fém.) : mise en mauvais état, dégradation.
séquelles (n. fém.) : troubles qui durent longtemps après un accident physique
ou affectif.
boycott (n. masc.) : refus d'acheter un produit pour obliger le fabricant à
changer ses habitudes de production.
UNICEF (acronyme) : organisme humanitaires créé par les Nations Unies après
la Seconde Guerre Mondiale pour la défense des droits de l'enfant.
• Nous réfléchissons :
- Citons les troubles de santé qui affectent les enfants qui travaillent.
- Quels sont les avantages et les inconvénients du boycott des produits
fabriqués par des enfants ?
- Relisons les propositions de l'UNICEF et commentons-les.

• Nous cherchons tous les noms se terminant par -tion contenus dans
le texte et nous donnons le verbe à partir duquel ils sont fabriqués.
détérioration, détériorer - …

• Nous cherchons tous les noms se terminant par -ment du texte et


nous donnons le verbe à partir duquel ils sont fabriqués.
enseignement, enseigner - …

• Nous décrivons la photo.

C. Huby, Lecture et expression au CE 197


Cosette chez les Thénardier (1)
Cette histoire se passe au XIXe siècle, avant que le travail des enfants soit interdit en
France. Nous sommes dans le village de Montfermeil, le soir de Noël, dans un village en
fête où une foire est installée. Cosette, une petite fille placée en nourrice par sa mère
dans une auberge tenue par le couple Thénardier, travaille toute la journée pour ses
patrons.
1. Cosette était utile aux Thénardier de deux manières,
ils se faisaient payer par la mère et ils se faisaient servir
par l’enfant. Aussi quand la mère cessa tout à fait de
payer, les Thénardier gardèrent Cosette. Elle leur
remplaçait une servante. En cette qualité, c’était elle qui
courait chercher de l’eau quand il en fallait. Aussi
l’enfant, fort épouvantée de l’idée d’aller à la source la
nuit, avait-elle grand soin que l’eau ne manquât jamais
à la maison.
2. Cosette était à sa place ordinaire, assise sur la
traverse de la table de cuisine près de la cheminée. Elle
était en haillons, elle avait ses pieds nus dans des sabots,
et elle tricotait à la lueur du feu des bas de laine destinés aux petites
Thénardier. Un tout jeune chat jouait sous les chaises. On entendait rire et
jaser dans une pièce voisine deux fraîches voix d’enfants ; c’était Éponine et
Azelma.
3. Tout à coup, un des marchands colporteurs logés dans l’auberge entra, et
dit d’une voix dure :
– On n’a pas donné à boire à mon cheval.
Cosette était sortie de dessous la table.
– Oh ! si ! monsieur ! dit-elle, le cheval a bu, il a bu dans le seau, plein le
seau, et même que c’est moi qui lui ai porté à boire, et je lui ai parlé.
Cela n’était pas vrai. Cosette mentait.
– En voilà une qui est grosse comme le poing et qui ment gros comme la
maison, s’écria le marchand. Je te dis qu’il n’a pas bu, petite drôlesse ! Il a une
manière de souffler quand il n’a pas bu que je connais bien. Allons, ce n’est
pas tout ça, qu’on donne à boire à mon cheval et que cela finisse !
4. Cosette rentra sous la table.
– Au fait, c’est juste, dit la Thénardier, si cette bête n’a pas bu, il faut qu’elle
boive.
Puis, regardant autour d’elle :
– Eh bien, où est donc cette autre ?
Elle se pencha et découvrit Cosette blottie à l’autre bout de la table, presque
sous les pieds des buveurs.

C. Huby, Lecture et expression au CE 198


– Vas-tu venir ? cria la Thénardier.
Cosette sortit de l’espèce de trou où elle s’était cachée. La Thénardier reprit :
5. – Mademoiselle Chien-faute-de-nom, va porter à boire à ce cheval.
– Mais, madame, dit Cosette faiblement, c’est qu’il n’y a pas d’eau.
– Eh bien, va en chercher !
Cosette baissa la tête, et alla prendre un seau vide qui était au coin de la
cheminée. Ce seau était plus grand qu’elle, et l’enfant aurait pu s’asseoir
dedans et y tenir à l’aise.
La Thénardier se remit à son fourneau, et goûta avec une cuillère de bois
ce qui était dans la casserole, tout en grommelant :
– Il y en a à la source. Ce n’est pas plus malin que ça. Tiens, mamzelle
Crapaud, ajouta-t-elle, en revenant tu prendras un gros pain chez le boulanger.
Voilà une pièce-quinze-sous.

Nous nous entraînons


• Nous expliquons :
en cette qualité (exp.) : comme, en tant que.
jaser (v.) : babiller, pépier comme un petit oiseau.
colporteur (n. masc.) : marchand qui transportait des marchandises de village
en village et les vendait au porte à porte.
fourneau (n. masc.) : cuisinière à bois servant à cuire les aliments.
drôlesse (n. fém.) : enfant rusée, friponne ; gamine.
sou (n. masc.) : le sou était une pièce de monnaie, un sou valait 5 centimes.
• Nous réfléchissons :
- Cosette n'est pas la seule enfant de cette histoire. Qui sont les autres ?
Comparons leur vie.
- Expliquons : « En voilà une qui est grosse comme le poing et qui ment gros
comme la maison. » puis trouvons les causes de ce mensonge.

• Nous trouvons la définition des mots suivants en nous aidant du texte


et de l'illustration : en haillons - des bas de laine – blottie – Mamzelle
Chien-faute-de-nom – une pièce-quinze-sous

• Nous fabriquons le féminin des noms suivants grâce au modèle.


un drôle et une drôlesse – un âne et une … - un tigre et une … - un maître
et une … - un pauvre et une … - un prince et une … - un traître et une …
.

• Nous décrivons l'illustration.

C. Huby, Lecture et expression au CE 199


Cosette chez les Thénardier (2)
1. Cosette prit la pièce sans dire un mot, et la mit dans la poche de son tablier.
Puis elle resta immobile, le seau à la main, la porte ouverte devant elle. Elle
semblait attendre qu’on vînt à son secours.
– Va donc ! cria la Thénardier.
Cosette sortit. La porte se referma.
La file de boutiques en plein vent qui partait de l’église se développait
jusqu’à l’auberge Thénardier. Ces boutiques étaient toutes illuminées de
chandelles brûlant dans des entonnoirs de papier. En revanche, on ne voyait
pas une étoile au ciel.
2. La dernière de ces baraques, établie
précisément en face de la porte des Thénardier,
était une boutique de bimbeloterie, toute
reluisante de clinquants, de verroteries et de
choses magnifiques en fer-blanc. Au premier
rang, et en avant, le marchand avait placé, sur
un fond de serviettes blanches, une immense
poupée haute de près de deux pieds qui était
vêtue d’une robe de crêpe rose avec des épis
d’or sur la tête et qui avait de vrais cheveux et
des yeux en émail. Tout le jour, cette merveille
avait été étalée à l’ébahissement des passants
de moins de dix ans, sans qu’il se fût trouvé à
Montfermeil une mère assez riche, ou assez
prodigue, pour la donner à son enfant. Éponine
et Azelma avaient passé des heures à la contempler, et Cosette elle-même,
furtivement, il est vrai, avait osé la regarder.
3. Au moment où Cosette sortit, son seau à la main, elle ne put s’empêcher de
lever les yeux sur cette prodigieuse poupée, vers la dame, comme elle
l’appelait. La pauvre enfant s’arrêta pétrifiée. Elle n’avait pas encore vu cette
poupée de près. Toute cette boutique lui semblait un palais ; cette poupée
n’était pas une poupée, c’était une vision. Cosette se disait qu’il fallait être
reine ou au moins princesse pour avoir une « chose » comme cela. Elle
considérait cette belle robe rose, ces beaux cheveux lisses, et elle pensait :
Comme elle doit être heureuse, cette poupée-là ! Ses yeux ne pouvaient se
détacher de cette boutique fantastique.
4. Dans cette adoration, elle oubliait tout, même la commission dont elle était
chargée. Tout à coup, la voix rude de la Thénardier la rappela à la réalité :
« Comment, péronnelle, tu n’es pas partie ! Attends ! je vais à toi ! Je vous

C. Huby, Lecture et expression au CE 200


demande un peu ce qu’elle fait là ! Petit monstre, va ! »
Cosette s’enfuit emportant son seau et faisant les plus grands pas qu’elle
pouvait.
5. C’était à la source du bois du côté de Chelles que Cosette devait aller
puiser de l’eau. Tant qu’elle fut dans la ruelle du Boulanger et dans les environs
de l’église, les boutiques illuminées éclairaient le chemin, mais bientôt la
dernière lueur de la dernière baraque disparut. La pauvre enfant se trouva
dans l’obscurité. Elle s’y enfonça. Seulement, comme une certaine émotion la
gagnait, tout en marchant elle agitait le plus qu’elle pouvait l’anse du seau.
Cela faisait un bruit qui lui tenait compagnie.

Nous nous entraînons


• Nous expliquons :
bimbeloterie (n. fém.) : petits objets de bazar, bijoux de fantaisie, etc.
clinquant (n. masc.) : imitation de pierres précieuses au brillant trompeur.
ébahissement (n. masc.) : étonnement extrême ; émerveillement.
prodigue (adj.) : très dépensière.
• Nous réfléchissons :
- Comment fabriquait-on des guirlandes lumineuses avant l'invention de
l'électricité ?
- Relisons les deux parties de la description de la poupée et essayons de la
dessiner.
- La Thénardier n'a décidément pas de cœur. Comment le voyons-nous ?
- Pourquoi Cosette agitait-elle l'anse du seau en marchant ? Qu'aurait-elle pu
faire d'autre qui l'aurait réconfortée aussi ?

• Nous trouvons la définition des mots suivants en nous aidant du texte


et de la gravure : baraques - verroteries – péronnelle – l'anse.

• Nous trions les objets : ceux qui ont une anse, comme le seau et ceux
qui ont une poignée, comme le cartable.
la porte – le panier – la valise – la casserole - la cruche – la cafetière – la
théière – la tasse – la poêle

• Nous décrivons la gravure.


• Nous imaginons que le marchand offre la poupée à Cosette. Jouons la
scène.

C. Huby, Lecture et expression au CE 201


Cosette chez les Thénardier (3)
1. Plus elle cheminait, plus les ténèbres
devenaient épaisses. Il n’y avait plus
personne dans les rues. Tant qu’elle eut
des maisons et même seulement des
murs des deux côtés de son chemin, elle
alla assez hardiment. De temps en temps,
elle voyait le rayonnement d’une
chandelle à travers la fente d’un volet,
c’était de la lumière et de la vie, il y avait
là des gens, cela la rassurait.
2. Quand elle eut passé l’angle de la
dernière maison, Cosette s’arrêta. Aller
au delà de la dernière boutique, cela avait
été difficile ; aller plus loin que la dernière
maison, cela devenait impossible. Elle
posa le seau à terre, plongea sa main
dans ses cheveux et se mit à se gratter
lentement la tête, geste propre aux
enfants terrifiés et indécis. Ce n’était plus Montfermeil, c’étaient les champs.
L’espace noir et désert était devant elle.
3. L’enfant jeta un regard lamentable en avant et en arrière. Que faire ? que
devenir ? où aller ? D'un côté la Thénardier ; de l'autre tous les fantômes de la
nuit et des bois. Ce fut devant la Thénardier qu’elle recula. Elle reprit le chemin
de la source et se mit à courir. Elle sortit du village en courant, elle entra dans
le bois en courant, ne regardant plus rien, n’écoutant plus rien. Elle n’arrêta sa
course que lorsque la respiration lui manqua, mais elle n’interrompit point sa
marche. Elle allait devant elle, éperdue.
Tout en courant, elle avait envie de pleurer. Le frémissement nocturne de la
forêt l’enveloppait tout entière. Elle ne pensait plus, elle ne voyait plus.
4. Il n’y avait que sept ou huit minutes de la lisière du bois à la source. Cosette
connaissait le chemin pour l’avoir fait bien souvent le jour. Elle ne jetait
cependant les yeux ni à droite ni à gauche, de crainte de voir des choses dans
les branches et dans les broussailles. Elle arriva ainsi à la source. C’était une
étroite cuve naturelle creusée par l’eau, profonde d’environ deux pieds. Un
ruisseau s’en échappait avec un petit bruit tranquille.
5. Cosette ne prit pas le temps de respirer. Il faisait très noir, mais elle avait
l’habitude de venir à cette fontaine. Elle chercha de la main gauche dans
l’obscurité un jeune chêne incliné sur la source qui lui servait ordinairement de

C. Huby, Lecture et expression au CE 202


point d’appui, rencontra une branche, s’y suspendit, se pencha et plongea le
seau dans l’eau. Elle retira le seau presque plein et le posa sur l’herbe.
6. Cela fait, elle s’aperçut qu’elle était épuisée de lassitude. Elle eût bien voulu
repartir tout de suite ; mais l’effort de remplir le seau avait été tel qu’il lui fut
impossible de faire un pas. Elle fut bien forcée de s’asseoir. Elle se laissa tomber
sur l’herbe et y demeura accroupie.
Mais bientôt, elle sentit le froid à ses mains qu’elle avait mouillées en
puisant de l’eau. Elle se leva. La peur lui était revenue, une peur naturelle et
insurmontable. Elle n’eut plus qu’une pensée, s’enfuir ; s’enfuir à toutes
jambes, à travers bois, à travers champs, jusqu’aux maisons, jusqu’aux
fenêtres, jusqu’aux chandelles allumées. Son regard tomba sur le seau qui
était devant elle. Tel était l’effroi que lui inspirait la Thénardier qu’elle n’osa
pas s’enfuir sans le seau d’eau. Elle saisit l’anse à deux mains. Elle eut de la
peine à soulever le seau.

Nous nous entraînons


• Nous expliquons :
ténèbres (n. fém.) : obscurité épaisse, profonde ; noir.
indécis (adj.) : qui n'arrive pas à se décider.
éperdu (adj.) : affolé, égaré par la peur.
insurmontable (adj.) : tellement difficile que c'est infaisable ; impossible.
• Nous réfléchissons :
- Pourquoi Cosette trouve encore plus difficile de dépasser la dernière maison
que de dépasser la dernière boutique ?
- Comment s'y prend-elle pour échapper à la peur qui l'envahit ? Qu'aurait-elle
pu faire d'autre ?
- Qu'est-ce qui la fait repartir après avoir puisé l'eau dans la source ? Relisons
le passage où elle prévoit sa fuite en nous appliquant sur l'intonation.

• Nous construisons des adverbes en nous aidant du modèle :


hardi, hardiment – lent, … - ordinaire, … - pauvre, … - triste, …
- malheureuse, … - brutal, … - calme, … - dur, …

• Nous construisons des noms en nous aidant du modèle :


un rayon, le rayonnement – frémir, un … - émerveiller, un … - ébahir, un

• Nous dessinons le plan qui mène de l'auberge des Thénardier à la


source de Chelles puis nous expliquons le trajet par écrit.

C. Huby, Lecture et expression au CE 203


Cosette chez les Thénardier (4)
1. Elle fit ainsi une douzaine de pas, mais le seau était plein, il était lourd, elle
fut forcée de le reposer à terre. Elle respira un instant, puis elle enleva l’anse
de nouveau, et se remit à marcher, cette fois un peu plus longtemps.
Mais il fallut s’arrêter encore. Après quelques secondes de repos, elle
repartit. Elle marchait penchée en avant, la tête baissée, comme une vieille ;
le poids du seau tendait et raidissait ses bras maigres ; l’anse de fer achevait
d’engourdir et de geler ses petites mains mouillées ; de temps en temps elle
était forcée de s’arrêter, et chaque fois qu’elle s’arrêtait l’eau froide qui
débordait du seau tombait sur ses jambes nues. Cela se passait au fond d’un
bois, la nuit, en hiver, loin de tout regard humain ; c’était un enfant de huit
ans.
2. Cependant elle ne pouvait pas faire beaucoup de chemin de la sorte, et elle
allait bien lentement. Elle avait beau diminuer la durée des stations et marcher
entre chaque le plus longtemps possible, elle pensait avec angoisse qu’il lui
faudrait plus d’une heure pour retourner ainsi à Montfermeil et que la
Thénardier la battrait. Cette angoisse se mêlait à son épouvante d’être seule
dans le bois la nuit. Elle était harassée de fatigue et n’était pas encore sortie
de la forêt. Parvenue près d’un vieux châtaignier qu’elle connaissait, elle fit une
dernière halte plus longue que les autres pour se bien reposer, puis elle
rassembla toutes ses forces, reprit le seau et se remit à marcher
courageusement.
3. En ce moment, elle sentit tout à coup que le seau
ne pesait plus rien. Une main, qui lui parut énorme,
venait de saisir l’anse et la soulevait
vigoureusement. Elle leva la tête. Une grande forme
noire, droite et debout, marchait auprès d’elle dans
l’obscurité. C’était un homme qui était arrivé
derrière elle et qu’elle n’avait pas entendu venir. Cet
homme, sans dire un mot, avait empoigné l’anse du
seau qu’elle portait.
Il y a des instincts pour toutes les rencontres de
la vie. L’enfant n’eut pas peur. L’homme lui adressa
la parole. Il parlait d’une voix grave et presque
basse.
4. – Mon enfant, c’est bien lourd pour vous ce que vous portez là.
Cosette leva la tête et répondit : « Oui, monsieur.
– Donnez, reprit l’homme. Je vais vous le porter.
Cosette lâcha le seau. L’homme se mit à cheminer près d’elle.

C. Huby, Lecture et expression au CE 204


– C’est très lourd en effet, dit-il entre ses dents.
[ L'homme accompagne Cosette jusqu'au village. En chemin, il lui pose de
nombreuses questions comme s'il voulait la connaître mieux… ]
5. Quand ils atteignirent le village ; Cosette guida l’étranger dans les rues.
L’homme avait cessé de lui faire des questions et gardait maintenant un silence
morne. Comme ils approchaient de l’auberge, Cosette lui toucha le bras
timidement.
– Monsieur ?
– Quoi, mon enfant ?
– Nous voilà tout près de la maison.
– Eh bien ?
– Voulez-vous me laisser reprendre le seau à présent ?
– Pourquoi ?
– C’est que, si madame voit qu’on me l’a porté, elle me battra.
L’homme lui remit le seau. Un instant après, ils étaient à la porte de la
gargote.
(extraits de Les Misérables, V. Hugo, 1862)

Nous nous entraînons


• Nous expliquons :
engourdir (v.) : rendre insensible ; endormir ; paralyser.
instinct (n. masc.) : faculté de sentir les choses ; intuition.
morne (adj.) : sombre ; triste ; monotone.
gargote (n. fém.) : restaurant où l'on mange une mauvaise nourriture.
• Nous réfléchissons :
- Relisons la dernière phrase du premier paragraphe. Pourquoi l'auteur précise-
t-il que Cosette est un enfant de huit ans ?
- Cosette souffre de deux frayeurs différentes ; lesquelles ?
- Qui peut être cet homme qui aide Cosette ? Comment pourrait-il encore
l'aider ?

• Nous expliquons en nous servant du texte : la durée des stations –


harassée de fatigue

• Nous cherchons des synonymes du nom peur dans le texte et nous


les employons dans des phrases.

• Nous imaginons et jouons l'accueil que la Thénardier réserve à


Cosette dans l'un des deux cas suivants :
- l'homme l'accompagne ;
- il la laisse entrer seule dans l'auberge.

C. Huby, Lecture et expression au CE 205


Victor Hugo, un grand écrivain

Victor Hugo est considéré comme l’un des plus grands écrivains français. (© Arielle
KREBS/© Maison Vacquerie-Musée Victor Hugo, Villequier, 76)

Le portrait de Victor Hugo


Je m'appelle Victor Hugo.
Mon père, Joseph Léopold Sigisbert Hugo, est général de l’armée de
Napoléon 1er. Ma mère s’appelle Sophie Trébuchet.
Je suis né
Le 26 février 1802 à Besançon. Je passe mon enfance à Paris. Dès mon plus
jeune âge, j’aime écrire. Mes cahiers de jeunesse sont remplis de notes et
d’écrits. J’apprends seul à écrire des vers et des poèmes. J’ai une telle passion
pour les mots que je décide de me lancer dans une carrière littéraire.
Mon métier
Je deviens poète, romancier, dramaturge, et même dessinateur. Mes
carnets de notes sont remplis d’esquisses, de caricatures, de dessins. Je
réalise même des tableaux. Je consacre ma vie à l’écriture sous toutes ses
formes.
Mais je ne veux pas écrire comme les auteurs du 18 e siècle, qui sont trop
classiques, trop rigides. Je deviens alors le chef de file du romantisme, un
mouvement culturel et artistique où l’auteur s’exprime à la première personne
(utilisation du « je » ou du « moi ») et laisse libre cours aux sentiments, au
mystère et au rêve.

C. Huby, Lecture et expression au CE 206


Mon activité préférée
À ton avis ? Écrire ! Les mots ont un vrai pouvoir. Ils permettent de
transmettre les sentiments, la pensée, de faire voyager. Quand ma fille
Léopoldine meurt, en 1843, l’écriture m’aide à me consoler. C’est après sa mort
que je rédige le poème « Demain, dès l’aube ». J’écris également plusieurs
romans, dont les plus célèbres sont « Notre-Dame de Paris » et « Les
Misérables ».
Ce que j’ai fait
Je ne te l’ai pas encore avoué mais j’ai une autre passion, la politique. Toute
ma vie, je prends position en faveur ou contre le régime en place.
Tout au long de ma vie, je me bats pour la liberté et contre toute forme de
censure. Je lutte aussi pour abolir la peine de mort, pratique que je considère
inhumaine. Mon roman « Le Dernier Jour d’un condamné » est ma tribune pour
défendre ces idées.
Je m’engage aussi en faveur d’un enseignement pour tous, et contre la
misère. Je pense sincèrement que l’éducation et la connaissance permettront
aux gens de sortir de la misère.
Je meurs le 22 mai 1885, à Paris.
Le dico du jour :
Un dramaturge est un auteur d’ouvrages destinés au théâtre.
Une esquisse est un dessin grossier qui sert de guide à l’artiste quand celui-
ci commence le dessin final.
La censure, c’est tout ce qui empêche de diffuser un journal, un roman, une
pièce de théâtre.
(d'après 1jour 1actu, l'actualité à hauteur d'enfants, site web)

Gavroche,
un autre héros des
Misérables,
dessiné par Victor Hugo.

C. Huby, Lecture et expression au CE 207


Victor Hugo, poèmes

Demain, dès l'aube

Demain, dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne,


Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m'attends.
J'irai par la forêt, j'irai par la montagne.
Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.
Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,
Sans rien voir au-dehors, sans entendre aucun bruit,
Seul, inconnu,le dos courbé, les mains croisées,
Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.
Je ne regarderai ni l'or du soir qui tombe,
Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,
Et quand j'arriverai, je mettrai sur ta tombe,
Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.

Victor Hugo, Les Contemplations

Chanson de grand-père

Dansez, les petites filles, Dansez, les petites belles,


Toutes en rond. Toutes en rond.
En vous voyant si gentilles, Les oiseaux avec leurs ailes
Les bois riront. Applaudiront.
Dansez, les petites reines, Dansez, les petites fées,
Toutes en rond. Toutes en rond.
Les amoureux sous les frênes Dansez, de bleuets coiffées,
S'embrasseront. L'aurore au front.
Dansez, les petites folles, Dansez, les petites femmes,
Toutes en rond. Toutes en rond.
Les bouquins dans les écoles Les messieurs diront aux dames
Bougonneront. Ce qu'ils voudront.

Victor Hugo, l'Art d'être Grand-Père

C. Huby, Lecture et expression au CE 208


Chanson pour faire danser en rond
les petits enfants

Grand bal sous le tamarin. Broutant l'herbe brin à brin,


Le lièvre a dans la narine
On danse et l'on tambourine. L'appétit du romarin,
Tout bas parlent, sans chagrin, Mathurin à Mathurine,
Mathurine à Mathurin.
Mathurin à Mathurine,
Mathurine à Mathurin. Sous l'ormeau le pèlerin
Demande à la pèlerine
Un baiser pour un quatrain. Mathurin à Mathurine,
C'est le soir, quel joyeux train ! Mathurine à Mathurin.
Chantons à pleine poitrine
Au bal plutôt qu'au lutrin. Derrière un pli de terrain,
Nous entendons la clarine
Mathurin à Mathurine,
Du cheval d'un voiturin.
Mathurine à Mathurin. Mathurin à Mathurine,
Mathurine à Mathurin.
Découpé comme au burin, Victor Hugo
L'arbre, au bord de l'eau marine, L'Art d'être Grand-Père
Est noir sur le ciel serein.
Mathurin à Mathurine,
Mathurine à Mathurin.

Dans le bois rôde Isengrin.


Le magister endoctrine
Un moineau pillant le grain.
Mathurin à Mathurine,
Mathurine à Mathurin.

C. Huby, Lecture et expression au CE 209


Tistou prend une leçon de misère
Nous retrouvons Tistou qui, grâce à ses « pouces verts » s'emploie à rendre
plus agréable la ville de Mirepoil. Aujourd'hui, en compagnie de Monsieur
Trounadisse, un homme très sévère qui aime l'ordre, il visite « la zone des
taudis ».
1. Monsieur Trounadisse emboucha sa plus forte voix de trompette afin
d'expliquer à Tistou que les taudis se trouvaient en bordure de la ville.
– Cette zone de taudis est un fléau, déclara-t-il.
– Qu'est-ce que c'est qu'un fléau ? demanda Tistou.
– Un fléau est un mal qui atteint beaucoup de gens, un très grand mal.
Monsieur Trounadisse n'avait pas besoin d'en prononcer davantage, Tistou
se frottait déjà les pouces.
2. Mais ce qui l'attendait était pire à voir qu'une prison. Des chemins étroits,
boueux, malodorants, se tortillaient entre des planches pourries assemblées
tout de travers. Ces planches faisaient semblant de former des cabanes, mais
des cabanes si trouées, si branlantes au moindre vent, que l'on avait peine à
croire qu'elles pussent tenir debout. Les portes étaient rapiécées, ici avec du
carton, là avec un vieux morceau de boîte à conserves.
À côté de la ville propre, de la ville riche construite en pierre et balayée tous
les matins, la zone des taudis était comme une autre ville, hideuse, et qui
faisait honte à la première. Ici pas de réverbères, pas de trottoirs, pas de
boutiques, pas d'arroseuse municipale.
3. « Un peu de gazon boirait la boue et rendrait ces chemins plus agréables,
et puis du volubilis en quantité, avec des clématites, renforcerait ces pauvres
cabanes prêtes à s'écrouler », pensait Tistou qui, les pouces en avant, tâtait
toutes les laideurs qu'il rencontrait.
Dans les cabanes vivaient plus de gens qu'elles n'en pouvaient contenir ;
ces gens, forcément, avaient mauvaise mine. « À vivre serrés les uns contre
les autres, et sans lumière, ils deviennent pâles… comme les endives que
Moustache fait pousser dans la cave. Moi je ne serais pas heureux si l'on me
traitait comme une endive. » Tistou décida de faire croître des géraniums le
long des lucarnes pour que les enfants des taudis voient un peu de couleur.
4. – Mais pourquoi tous ces gens-là logent-ils dans des cabanes à lapins ?
demanda-t-il soudain.
– Parce qu'ils n'ont pas d'autre maison, évidemment ; c'est une question
stupide, répondit Monsieur Trounadisse.
– Et pourquoi n'ont-ils pas de maison ?
– Parce qu'ils n'ont pas de travail ?
– Pourquoi n'ont-ils pas de travail ?

C. Huby, Lecture et expression au CE 210


– Parce qu'ils n'ont pas de chance.
– Alors, ils n'ont rien du tout ?
– C'est cela, Tistou, la misère.
5. « Demain au moins, ils auront quelques fleurs », se dit Tistou. Monsieur
Trounadisse se mit à lancer une fanfare de mots effrayants. D'après son
discours, la misère semblait être une horrible poule noire qui couvait sans cesse
d'affreux poussins, voleurs, ivrognes, malhonnêtes et même révolutionnaires.
Selon lui, tous ces poussins devaient finir en prison.
– Tistou, vous ne m'écoutez pas ! D'abord, cessez de poser vos mains sur
ces saletés ! Qu'est-ce que c'est que cette manie de toucher à tout ? Que faut-
il pour lutter contre la misère et ses conséquences ? Il faut de… l'o… de l'o… de
l'or…
– Ah ! Oui, fit Tistou, il faut peut-être de l'or.
– Non, il faut de l'ordre !
6. – Votre ordre, Monsieur Trounadisse, êtes-vous bien sûr qu'il existe ? Moi,
je ne crois pas. Parce que si l'ordre existait, reprit Tistou, il n'y aurait pas de
misère.
Tistou reçut une mauvaise note dans son carnet mais le lendemain… Vous
avez deviné. Le lendemain, des arceaux couleur de ciel voilaient la laideur des
cabanes, des barrières de géraniums bordaient des chemins de gazon. Ces
quartiers déshérités, dont on évitait de s'approcher parce qu'ils faisaient
horreur à regarder, devinrent les plus beaux de la ville. On alla les visiter
comme un musée.
7. Les habitants mirent un tourniquet et firent payer l'entrée. Des métiers se
créèrent ; il fallut des gardiens, des guides, des vendeurs de cartes postales,
des photographes.
Ce fut la fortune. Et pour l'employer, on décida de bâtir, au milieu des
arbres, un grand immeuble de neuf cent quatre-vingt-dix-neuf beaux
appartements où tous les anciens locataires des taudis pourraient se loger à
l'aise. Et comme il fallait beaucoup de monde pour le construire, tous les sans-
travail reçurent un travail.
Moustache ne manqua pas de féliciter Tistou.
– Ah ! te voilà ! Très fort, très bien, la transformation des taudis. Mais ton
quartier manque un peu de parfum. La prochaine fois, pense au jasmin. Ça
grimpe vite et ça sent bon.
Tistou promit de faire mieux la prochaine fois.
(Tistou, les pouces verts, M. Druon, 1968)

C. Huby, Lecture et expression au CE 211


Printemps (1)
1. Depuis quelques jours, tout change à l'école et dans ses alentours. Comme
si, tout à coup, le temps s'accélérait. Pas un jour sans que les enfants ne notent
une nouveauté !
Tout d'abord, ça a été la lumière… Finis les lampadaires allumés, le matin,
quand le portail de l'école ouvre ; maintenant, le soleil brille déjà depuis
longtemps à l'heure de l'entrée en classe.
Et le soir, c'est pareil : plus besoin de se regrouper autour de Guillaume et
Augustin pour se rassurer grâce à leurs gilets jaunes fluorescents et leurs
lampes de poche ! Il fait jour et encore bien jour !
2. Et puis, ça a été le tour des plantes, sans doute réveillées par la lumière.
Quelques petits brins d'herbe verte, tout tendres, ont profité d'une fente du
goudron, là-bas, près du portail pour venir saluer le monde. Les bourgeons des
arbustes de la haie se sont progressivement entrouverts, laissant apparaître
une délicate pointe verte qui grossit, grossit... Ensuite, l'un après l'autre, les
arbres fruitiers du jardin se sont transformés en nuages de fleurs blancs ou
roses !
3. Et l'autre jour, en allant chercher le ballon qui était allé se nicher sous la
haie, Lucas s'est penché et a découvert, bien cachée à l'ombre, une touffe de
violettes qui sentaient bon tant qu'elles pouvaient ! Curieux, il a alors exploré
du regard ce petit coin de cour où les enfants ne vont pas d'habitude.
Et là, quel n'a pas été son étonnement ! Des fleurs, il y en avait partout.
Oh, pas des grosses fleurs, comme on en voit chez les fleuristes ! Mais des
fleurs quand même : des violettes, des primevères, des pâquerettes, des
véroniques, du mouron, des ficaires… Mme Personne, la directrice, a été bien
utile pour identifier toutes ces plantes que tout le monde a déjà vues mais dont

C. Huby, Lecture et expression au CE 212


elle était la seule à connaître le nom.
4. Le plus magnifique de tout, ça a été quand Mme Personne a rassemblé toute
l'école dans la cour, les yeux tournés vers la boîte aux lettres.
« Mes enfants, a-t-elle dit, je vous ai réunis pour vous parler d'une chose
importante. La boîte que vous voyez devant vous a changé de fonction : ce
n'est plus un réceptacle à courrier, c'est une maternité ! Depuis quelques jours,
j'avais remarqué que dès que vous aviez quitté la cour, les chats du quartier
s'approchaient d'elle et la contemplaient avec intérêt. Alors, j'ai fait comme
eux et je me suis mise à guetter. Et ce que j'ai vu va sans aucun doute vous
intéresser !… »

Nous nous entraînons


• Nous expliquons :
alentours (n. m. plur.) : les environs, lieux situés autour d'un lieu donné.
se nicher (v.) : se cacher ; se blottir.
identifier (v.) : reconnaître ; pouvoir donner le nom et la nature.
réceptacle (n. m.) : endroit ou chose qui reçoit des objets de provenances
diverses.
• Nous réfléchissons :
- Relevons tous les signes du printemps qui sont évoqués dans le texte et
comparons-les à ceux que nous avons nous-mêmes constatés.
- Relevons les noms de fleurs et cherchons des illustrations dans un
dictionnaire, une encyclopédie ou l'internet.
- Quelle sorte de nouveaux-nés peut abriter la boîte aux lettres ? Pourquoi ?

• Nous expliquons en nous servant du texte : plus besoin de se


regrouper autour de … pour se rassurer ; transformés en nuages de
fleurs ; la boîte aux lettres a changé de fonction.

• Nous trouvons des noms féminins en -té construits à partir des


adjectifs suivants.
nouveau, une nouveauté - maternel, une … - beau, la … - libre, la … -
responsable, la … - bon, la … - curieux, la … - fragile, la … - humide, l'… -
propre, la … ; vrai, la …

• Nous choisissons une des fleurs citées dans le texte, nous la


dessinons puis nous la décrivons le plus précisément possible.

C. Huby, Lecture et expression au CE 213


Printemps (2)

1. Les enfants, bouche bée, écoutaient madame Personne. Même les grands
du CM2, toujours prompts à ricaner et à jouer les fiers-à-bras ! Elle a continué,
en parlant à voix basse et en évitant les grands gestes : « Au bout d'un
moment, j'ai vu passer une mésange… puis une autre. Toutes deux portaient
dans leur bec un brin d'herbe. Elles se sont d'abord perchées sur l'arbre que
vous voyez là-bas et puis… frrrrt ! elles se sont faufilées par la fente destinée
au passage du courrier.
C'est pourquoi je vous demande de faire preuve de votre sens des
responsabilités et de ne plus vous approcher de cette boîte pendant un mois
environ ; les parents auront ainsi le temps de couver puis d'élever leurs petits.
Ensuite, ils abandonneront leur nid et nous pourrons à nouveau nous en servir
comme boîte aux lettres.
2. En échange, je m'engage à photographier et même filmer les oiseaux aussi
souvent que possible pour vous diffuser régulièrement photos et vidéos sur le
blog de l'école. »
Les enfants, ravis, se sont dispersés en silence. Le sujet des naissances
était sur toutes les lèvres : « Chez moi, nous avons des poussins ! Notre coq
s'est accouplé avec les trois poules et celles-ci, après avoir couvé vingt et un
jours, nous ont présenté leurs enfants ! Papa dit que nous allons les laisser
grossir et que nous les mangerons… Moi, je préférerais les donner à des amis
qui veulent des poules et des coqs.
3. – Chez moi, c'est Musette, notre petite chatte, qui nous a fait la surprise !
Un soir, en revenant de l'école, j'ai entendu des petits cris étouffés dans le fond
du placard de l'entrée. Je me suis penché et qu'est-ce que j'ai vu ? Musette,
couchée sur le flanc, en train de lécher énergiquement un des quatre chatons
qu'elle avait mis au monde ! Maman a dit que si nous ne trouvons pas très vite
à les donner, elle ira chez le vétérinaire pour les faire… euna…, euthasa…, eu…

C. Huby, Lecture et expression au CE 214


tha… na… sier ! Ça veut dire « tuer »… Alors je vais mettre des affichettes
partout avec leur photo et je dirai que je donne des chatons superbes qui ne
veulent pas mourir. »
4. Enfin, ce matin, les bulbes plantés à l'automne dans les jardinières de la
cour les ont transformées en feu d'artifice de couleurs vives ! Le jaune des
jonquilles, le rose et le bleu des jacinthes, le violet des muscaris et des
anémones, le rouge, le jaune, le bleu presque noir des tulipes voisinent avec
le blanc des perce-neiges !… Cette fois, c'est sûr, le printemps est là !

Nous nous entraînons


• Nous expliquons :
prompt (adj.) : qui agit vite ; qui est vite prêt.
fier-à-bras (n. m.) : fanfaron ; personne sans compétences particulières qui
joue un rôle avantageux pour elle.
s'accoupler (v.) : s'unir pour avoir des petits.
euthanasier (v.) : action que pratique un vétérinaire pour supprimer un animal
sans le faire souffrir.
• Nous réfléchissons :
- Pendant combien de jours la boîte aux lettres sera inutilisable ? À quoi va
servir ce temps ?
- Quels problèmes pose la naissance de jeunes animaux domestiques aux
enfants ? et à leurs parents ?
- Relevons les noms de fleurs et cherchons des illustrations dans un
dictionnaire, une encyclopédie ou l'internet.

• Nous rangeons dans l'ordre les propositions suivantes en utilisant


pour les séparer des virgules et la conjonction et.
Après la parade du mâle, les parents s'accouplent – ils nourrissent les oisillons
– ils fabriquent un nid à l'aide de mousse et de brindilles – la mère couve les
œufs – ils apprennent à voler à leurs petits – la femelle pond de 7 à 16 œufs
dans le nid – adultes et jeune abandonnent le nid
Après la … , …, …, …, …, …. et … .

• Nous cherchons les noms des jeunes animaux.


oiseau, oisillon – chat, … - ours, … - oie, … - canard, … - aigle, … - âne, … -
rat, …

• Nous écrivons l'affichette que le propriétaire de Musette veut


placarder partout. Nous l'illustrons d'une photo ou d'un dessin
de chatons.

C. Huby, Lecture et expression au CE 215


Printemps en poésies

Au printemps Joie du printemps


Regardez les branches, Au printemps, on est un peu fou,
Comme elles sont blanches.
Toutes les fenêtres sont claires,
Il neige des fleurs,
Riant sous la pluie, Les prés sont pleins de primevères,
Le soleil essuie On voit des nouveautés partout.
Les saules en pleurs, Oh! regarde, une branche verte !
Et le ciel reflète Ses feuilles sortent de l'étui !
Dans la violette
Une tulipe s'est ouverte...
Ses pures couleurs.
Ce soir, il ne fera pas nuit,
La mouche ouvre l'aile,
Les oiseaux chantent à tue-tête,
Et la demoiselle
Aux prunelles d'or, Et tous les enfants sont contents
Au corset de guêpe, On dirait que c'est une fête...
Dépliant son crêpe, Ah! que c'est joli le printemps !
A repris l'essor.
L'eau gaiement babille, Lucie Delarue-Mardrus
Le goujon frétille :
Un printemps encore.
Théophile Gautier

Mars

Il tombe encore des grêlons,


Mais on sait bien que c'est pour rire.
Quand les nuages se déchirent,
Le ciel écume de rayons.

Le vent caresse les bourgeons


Si longuement qu'il les fait luire.
Il tombe encore des grêlons,
Mais on sait bien que c'est pour rire.

Les fauvettes et les pinsons


Le printemps
Ont tant de choses à se dire Claude MONET, 1886

Que dans les jardins en délire


On oublie les premiers bourdons.
Il tombe encore des grêlons …

Maurice Carême
La lanterne magique, 1947

C. Huby, Lecture et expression au CE 216


Premier sourire du printemps

Tandis qu'à leurs œuvres perverses Tout en composant des solfèges,


Les hommes courent haletants, Qu'aux merles il siffle à mi-voix,
Mars qui rit, malgré les averses, Il sème aux prés les perce-neiges
Prépare en secret le printemps. Et les violettes aux bois.
Pour les petites pâquerettes, Sur le cresson de la fontaine
Sournoisement lorsque tout dort, Où le cerf boit, l'oreille au guet,
Il repasse des collerettes De sa main cachée il égrène
Et cisèle des boutons d'or. Les grelots d'argent du muguet.
Dans le verger et dans la vigne, Sous l'herbe, pour que tu la cueilles,
Il s'en va, furtif perruquier, Il met la fraise au teint vermeil,
Avec une houppe de cygne, Et te tresse un chapeau de feuilles
Poudrer à frimas l'amandier. Pour te garantir du soleil.
La nature au lit se repose ; Puis, lorsque sa besogne est faite,
Lui descend au jardin désert, Et que son règne va finir,
Et lace les boutons de rose Au seuil d'avril tournant la tête,
Dans leur corset de velours vert. Il dit : « Printemps, tu peux venir ! »

Théophile Gautier

Matin de printemps à Eragny


Camille Pissarro, 1900

C. Huby, Lecture et expression au CE 217


Renart et la mésange
1. Renart se lève de bon matin, et se met en
chemin, car la faim l'étreint durement, d'ailleurs
il n'arrête pas de s'en plaindre.
Tandis qu'il se lamente sur son sort, voici
qu'arrive une mésange sur la branche d'un
chêne creux, où elle avait caché ses œufs.
Renart la voit, et la salue : « Ma commère,
soyez la bienvenue ! Descendez donc
m'embrasser.
— Renart, fait-elle, taisez-vous. Vous seriez
sûrement mon compère, si vous n'étiez pas tant
un escroc, car vous avez joué tant de tours à
tant d'oiseaux et tant de biches, qu'on ne sait plus à quoi s'en tenir avec vous.
Où croyez-vous donc que cela vous mènera ? On ne peut plus vous faire
confiance.
2. — Dame, lui répond le goupil, aussi vrai que votre fils est mon filleul, jamais
il me semble avoir eu l'intention de faire quoi que ce soit qui ait pu vous
déplaire. Et savez-vous pourquoi ? Messire Noble le lion a décrété que partout
la paix devra durer. Il l'a fait jurer sur toutes ses terres, et a fait promettre à
ses vassaux qu'elle soit respectée et maintenue. Les petites gens s'en
réjouissent grandement, car dans les contrées où ils iront, partout, les guerres
meurtrières disparaîtront, et les bêtes, grandes et petites, en seront bien
débarrassées, Dieu merci. »
3. La mésange lui répond sur-le-champ :« Renart, vous êtes là en train de
m'amuser, mais si cela vous plaît tant, embrassez-en un autre, car moi je ne
vous embrasserai pas aujourd'hui.
— Dame, fait-il, écoutez-moi donc, puisque vous me redoutez, je vous
embrasserai les yeux fermés.
— Ma foi, d'accord, dit-elle, alors fermez-les. »
Il les ferme aussitôt, et la mésange prend de la mousse et des feuilles et se
met à lui frotter les moustaches avec.
4. Quand Renart croit pouvoir la saisir, il ne trouve que de la mousse qui lui
est restée sur la moustache. La mésange s'écrit : « Eh ! Renart, quel genre de
paix est-ce donc ? Vous auriez eu vite fait de l'enfreindre, si je ne m'étais pas
reculée. Vous disiez que la paix était assurée et proclamée, et que votre roi
l'avait jurée. »
Renart se met à rire et émet un glapissement : « En vérité je plaisantais,
dit-il, je l'ai juste fait pour vous faire peur. Ne vous inquiétez pas ! Refaisons-

C. Huby, Lecture et expression au CE 218


le donc, je les fermerai encore une fois.
— D'accord, mais c'est la dernière, répond-elle. »
5. Il ferme les yeux, lui qui sait tant de ruses, et elle arrive près de sa gueule
mais sans se poser dessus. Il donne un coup de dents, pensant l'attraper, mais
la manque. « Renart, fait elle, à quoi bon insister ? On ne peut vraiment pas
se fier à vous. Comme pourrais-je vous croire ?
— Vous êtes trop peureuse. Je l'ai juste fait pour vous effrayer, car je voulais
vous tester. Mais je n'ai certainement pas l'intention
de vous trahir ou de vous faire des méchancetés. Revenez donc encore une
fois, la troisième sera la bonne. Par la foi que vous me devez ainsi qu'à mon
filleul que j'entends chanter sous ce tilleul, faisons donc la paix. Croyez-vous
donc que je vais vous mordre ? »
Mais elle fait la sourde oreille, car elle n'est ni folle ni idiote, et reste assise
sur la branche du chêne.
(Roman de Renart, Branche II, XIIe siècle)

Nous nous entraînons


• Nous expliquons :
étreindre (v.) : serrer douloureusement ; tenailler ; oppresser.
escroc (n. m.) : personne malhonnête ; trompeur.
filleul (n.m.) : celui dont on est le parrain ou la marraine lors d'un baptême.
vassal (n. m.) : personne liée à un chef auquel elle doit service et obéissance.
• Nous réfléchissons :
- Expliquons les mots et expressions en nous servant du contexte : Messire
Noble le lion a décrété (§ 2) – les contrées (§ 2) – la paix est maintenue (§ 2)
– vous me redoutez (§ 3) - enfreindre (§ 4) - elle fait la sourde oreille (§ 5)
- Dans cette histoire, qu'est-ce qui diffère des autres contes dont Renart est le
héros ?

• Nous trouvons et épelons le verbe qui correspond aux noms suivants.


glapissement, … - frémissement, … - gémissement, … - rugissement, … -
aboiement, … - bégaiement, … - paiement, … - tutoiement, …

• Nous cherchons et épelons le nom féminin qui correspond.


compère, … - bienvenu, … - fils, … - filleul, … - messire, … - parrain, …

• Nous imaginons, jouons et écrivons ensemble un mauvais tour


que jouerait Renart à un autre oiseau.

C. Huby, Lecture et expression au CE 219


Renart et Tiécelin, le corbeau (1)

1. Nous sommes au temps où l'herbe verte fleurit dans les prés. Dans une
plaine entre deux collines, juste au pied d'une montagne, à droite, en amont
d'une rivière, Renart aperçoit un très bel endroit. Au milieu d'un pré, de l'autre
côté de l'eau qui les sépare, il voit planté là un hêtre, que les gens n'ont guère
visité depuis.
Il fait le tour de l'arbre en sautillant, puis se couche dans l'herbe fraîche, et
s'y roule pour se rafraîchir. Il est logé à bonne enseigne, et n'échangerait ça
pour rien au monde. S'il y avait suffisamment à manger, un séjour ici lui ferait
beaucoup de bien.
2. Seigneur Tiécelin le corbeau, qui n'a rien mangé de la journée, n'a aucun
désir de villégiature. Il arrive en volant dans un enclos, après avoir quitté le
bois par nécessité, discrètement, par un détour, bien décidé à passer à
l'attaque.
Il voit un millier de fromages qu'on est en train de faire sécher au soleil.
Celle qui devrait les garder n'est pas là, elle est rentrée dans sa maison.
Tiécelin se dit que c'est la saison des récoltes, il s'élance d'une traite, et en
prend un. La vieille se précipite au milieu de la rue pour le reprendre. Quand
elle voit Tiécelin, elle se met à lui lancer pierres et cailloux, puis s'écrie : «
Vassal ! vous ne l'emporterez pas au paradis. »
3. Tiécelin la voit folle de rage : « La vieille, dit-il, si on vous demande, dites
que je l'ai emporté parce qu'il était mal gardé. Vous pouvez toujours raconter
que je l'ai emmené, à tort ou à raison, car j'ai eu tout le loisir de le prendre :
mauvaise garde nourrit le loup. »
Sur ce, il s'en retourne, et va droit sur le hêtre où seigneur Renart se trouve.
Les voilà ensemble maintenant, Renart en dessous et lui au-dessus. Mais il
y a une différence de taille : l'un mange et l'autre bâille. Le fromage est plutôt

C. Huby, Lecture et expression au CE 220


mou, Tiécelin frappe dedans à grands coups de bec, et l'entame sérieusement.
Il mange, n'en déplaise à la femme qui lui a fait tant de difficultés pour l'avoir
pris, le plus jaune et le plus tendre.
4. Tiécelin frappe comme une masse, sans se rendre compte qu'une miette
tombe par terre devant Renart, qui ne manque pas de la voir. Celui-ci connaît
bien l'autre bête, et hoche deux fois la tête. Il se met debout pour mieux
regarder, et découvre assis là-haut, Tiécelin son compère de longue date, avec
un bon fromage entre les pattes.

Nous nous entraînons


• Nous expliquons :
amont (n. m.) : partie du cours d'eau qui se trouve plus près de la source que
celui où on se trouve (contraire : aval).
villégiature (n. f.) : séjour de repos à la campagne, à la mer ou à la montagne.
avoir loisir (exp.) : avoir la possibilité ; avoir le temps.
• Nous réfléchissons :
- Expliquons les mots et expressions en nous servant du contexte : logé à
bonne enseigne (§ 1) - par nécessité (§ 2) – vous ne l'emporterez pas au
paradis (§ 2) - mauvaise garde nourrit le loup (§ 3) – l'un mange et l'autre
bâille (§ 3)
- Comment voyons-nous que Renart se plaît sous le hêtre ?

• Nous recherchons dans le texte, tous les noms qui désignent un lieu
pour compléter ces définitions.
… : petite élévation de terrain de faible altitude
… : cours d'eau naturel qui se jette dans un autre cours d'eau ou un lac
… : grande élévation de terrain de haute altitude
… : grande surface de terre plane et unie

• Nous replaçons dans les phrases des mots de la famille du mot


enclos : clôturé – clôture – clos
Une … entourait le jardin. - C'est un terrain … par un grillage de 2 m de
haut. - Les volets sont …, ils dorment.

• Dessinons le lieu où se trouvent Renart et Tiécelin en nous aidant du


texte puis décrivons-le par écrit.

C. Huby, Lecture et expression au CE 221


Renart et Tiécelin, le corbeau (2)
1. Il l'appelle aussitôt : « Par tous les saints, que vois-je là ? Que Dieu vous
garde, noble compère ! Bénie soit l'âme de votre bon père, seigneur Rohart,
qui savait si bien chanter ! J'ai entendu maintes fois affirmer qu'il n'avait pas
d'égal en France. Vous-même, quand vous étiez enfant, aviez l'habitude de
beaucoup travailler votre voix, savez-vous toujours en jouer ? Chantez moi une
rotruenge. »
Tiécelin entend la flatterie, ouvre la bouche, et lance un cri. Renart dit
alors : « Voilà qui est bien fait, vous chantez mieux que vous en aviez
l'habitude. Si vous voulez, vous pourriez encore aller plus haut d'une octave. »
2. L'autre qui croit s'y connaître en chant, se met de nouveau à crier.
« Dieu, dit Renart, comme votre voix devient claire et pure maintenant ! Si
vous vous gardiez de manger des noix, vous chanteriez le mieux du monde.
Chantez donc encore une fois. »
L'autre, qui aimerait bien avoir un prix de chant, recommence à nouveau,
et s'écrie à perdre haleine. Il se donne beaucoup de peine sans se rendre
compte qu'il desserre sa patte droite, et le fromage tombe par terre juste
devant celles de Renart. Le glouton en frémit d'envie, et brûle de gourmandise.
3. Mais il n'en touche pas une seule miette, car si c'est possible, il voudrait
aussi avoir Tiécelin. Le fromage reste là devant lui. Il se met debout en se
soulevant péniblement. Il tend en avant la patte qui le fait boiter, avec la peau
autour qui part en lambeaux, car il veut que Tiécelin le voit bien.
« Ah ! Dieu qui ne m'as donné que peu de joie dans cette vie ! Mais à quoi bon
me plaindre… En tout cas, ce fromage pue trop fort, il empeste tellement qu'il
va me tuer. Il n'y a rien qui m'effraie autant, car le fromage n'est pas
recommandé pour les plaies.
Ah ! Tiécelin, descendez donc et débarrassez-moi de ce mal. Je ne vous
aurais pas prié en temps normal, mais l'autre jour, je me suis cassé la jambe
dans un piège par malchance, et il m'est arrivé ce malheur. »
4. Tiécelin pense qu'il dit la vérité parce qu'il l'implore en pleurant. Il descend,
et saute par terre. mais il aurait mieux valu qu'il reste en haut, des fois que
seigneur Renart puisse le saisir. Tiécelin n'ose pas s'approcher, il y va à
reculons en traînant des pieds, car il redoute que Renart le frappe.
Quand Renart le voit jouer les poltrons, il se met à le rassurer : « Pardieu,
fait-il, comme vous traînez ! Quel mal pourrait vous faire un blessé ? Compère,
ramenez-vous ici ! »
L'insensé s'approche trop près, et ne voit même pas Renart bondir ! Le rusé
compère essaie de le prendre, mais le rate ; seules quatre plumes lui restent
entre les pattes.

C. Huby, Lecture et expression au CE 222


5. Tiécelin est alors plein de rage. Renart lui présente des excuses, mais
seigneur Tiécelin le coupe net, il se fiche pas mal de son discours, et lui dit :
« Gardez donc le fromage pour vous ! vous n'aurez rien d'autre de moi. J'ai
été bien fou de vous croire, quand je vous ai vu pleurer. »
Tiécelin continue à rouspéter quand Renart l'interrompt d'un mot : « Allez-
vous en et gardez vos distances, moi je resterai dans l'herbe, et j'aurai vite fait
de me consoler. »
Renart mange alors le fromage dont il se délecte fort. Mais il est furieux, je
vous le jure, que l'autre lui ait échappé, et qu'il n'ait pu l'attraper. Puis il se dit
que sur terre, autant qu'il sache, il n'a jamais vu de si bon fromage. Cela vaut
bien un remède, malgré le manque d'abondance, et sa plaie n'a pas empiré
pour autant. Sur ce, il s'en va, il ne souhaite pas en rajouter, son affaire s'est
plutôt bien terminée, Renart n'a plus rien à faire ici.
(Roman de Renart, Branche II, XIIe siècle)

Nous nous entraînons


• Nous expliquons :
mainte (adj. ind.) : en grand nombre.
octave (n. f.) : intervalle de huit notes. Monter d'une octave, c'est chanter huit
notes plus haut.
rouspéter (v.) : râler ; ronchonner. ; récriminer.
• Nous réfléchissons :
- Selon Renart, quel fruit est dangereux pour la voix ?
- Relisons les flatteries de Renart en travaillant notre intonation. Pourquoi faut-
il exagérer le ton ?
- Qu’apprenons-nous au sujet de la patte de Renart ? Comment se sert-il de
cela ?
- Est-ce vrai que le fromage n'est pas recommandé pour les plaies ? Pourquoi
Renart dit-il cela ?
- Comment Renart se console-t-il de n'avoir pas réussi à attraper Tiécelin ?
Qu’est-ce que cela nous apprend sur son caractère ?

• Nous trouvons les noms féminins terminés par -ie qui correspondent
à chacun des adjectifs qualificatifs suivants.
flatteur, une … - étourdi, une … - malade, une … - jaloux, la … - boudeur,
la … - bizarre, une … - brusque, une … - rêveur, une … - sonneur, une …

• Jouons et racontons la colère de Tiécelin.

C. Huby, Lecture et expression au CE 223


Maître Renard, vu par Jean de La Fontaine

1. Quand Jean de La Fontaine raconte « Renart et Tiécelin » :

Le Corbeau et le Renard

Maître corbeau, sur un arbre perché,


Tenait en son bec un fromage.
Maître renard par l'odeur alléché,
Lui tint à peu près ce langage :
« Hé ! bonjour Monsieur du Corbeau.
Que vous êtes joli ! Que vous me semblez beau !
Sans mentir, si votre ramage
Se rapporte à votre plumage,
Vous êtes le phénix des hôtes de ces bois »
A ces mots le corbeau ne se sent pas de joie ;
Et pour montrer sa belle voix,
Il ouvre un large bec laisse tomber sa proie.
Granville
Le renard s'en saisit et dit : « Mon bon Monsieur,
Apprenez que tout flatteur
Vit aux dépens de celui qui l’écoute :
Cette leçon vaut bien un fromage sans doute. »
Le corbeau honteux et confus
Jura mais un peu tard, qu'on ne l'y prendrait plus.

2. Quand Jean de La Fontaine nous dit aussi que Renart n'aime pas se
rappeler ses échecs

Le Renard et les Raisins

Certain Renard Gascon, d'autres disent Normand,


Mourant presque de faim, vit au haut d'une treille
Des Raisins mûrs apparemment,
Et couverts d'une peau vermeille.
Le galand en eût fait volontiers un repas ;
Mais comme il n'y pouvait atteindre :
"Ils sont trop verts, dit-il, et bons pour des
goujats. "
Fit-il pas mieux que de se plaindre ?

Isabelle Brent

C. Huby, Lecture et expression au CE 224


3. Quand Jean de La Fontaine nous raconte d'autres vilains tours que
fit Renart à d'autres animaux.

Le Renard et le Bouc
Capitaine Renard allait de compagnie
Avec son ami Bouc des plus haut encornés.
Celui-ci ne voyait pas plus loin que son nez ;
L'autre était passé maître en fait de tromperie.
La soif les obligea de descendre en un puits.
Là chacun d'eux se désaltère.
Après qu'abondamment tous deux en eurent pris,
Le Renard dit au Bouc : Que ferons-nous,
compère ?
Ce n'est pas tout de boire, il faut sortir d'ici.
Granville

Lève tes pieds en haut, et tes cornes aussi :


Mets-les contre le mur. Le long de ton échine
Je grimperai premièrement ;
Puis sur tes cornes m'élevant,
A l'aide de cette machine,
De ce lieu-ci je sortirai,
Après quoi je t'en tirerai.
- Par ma barbe, dit l'autre, il est bon ; et je
loue
Les gens bien sensés comme toi.
Je n'aurais jamais, quant à moi,
Trouvé ce secret, je l'avoue.
Gustave Doré
Le Renard sort du puits, laisse son compagnon,
Et vous lui fait un beau sermon
Pour l'exhorter à patience.
Si le ciel t'eût, dit-il, donné par excellence
Autant de jugement que de barbe au
menton,
Tu n'aurais pas, à la légère,
Descendu dans ce puits. Or, adieu, j'en
suis hors.
Tâche de t'en tirer, et fais tous tes
efforts :
Car pour moi, j'ai certaine affaire
Nicolas Nevelet (1610)
Qui ne me permet pas d'arrêter en
chemin.
En toute chose il faut considérer la fin.

C. Huby, Lecture et expression au CE 225


La naissance des oiseaux
I. De l’œuf à la poule
1. La poule pond en général un œuf par jour. Afin qu’un œuf fécondé
fraîchement pondu donne naissance à un poussin, il faut que la poule le couve
pendant 3 semaines. L’œuf doit être couvé quasiment en permanence afin
d’assurer le maintien d’une température constante à 38°C. Dans les élevages
modernes, ce sont les couveuses qui assurent cette fonction.
2. La tache rouge qui apparaît au 4e jour est le futur poussin ; le jaune de l'œuf
sera sa nourriture et le blanc, sa protection. Après deux semaines, le futur
poussin remplit presque complètement la coquille.
Le 17e jour, il perce de son bec la membrane de la coquille et les poumons
commencent à fonctionner. Le poussin entend les caquètements de la mère
poule et les gargouillis de son ventre.

3. Dès le 19e jour, alors qu’il se trouve encore dans la coquille, le poussin
communique avec sa mère par des piaulements. Le développement est quasi
terminé et le vitellus presque intégralement consommé. Après 21 jours au plus,
le poussin perce la coquille à l’aide du «diamant» dont son bec est muni. En
l'espace de quelques heures, un trou suffisant est formé et le poussin peut
sortir de l'œuf.

C. Huby, Lecture et expression au CE 226


II. La naissance des mésanges

1. La femelle pond entre huit et douze œufs et les couve seule pendant douze
à quatorze jours. Le mâle se charge de la nourrir. Puis les œufs éclosent et les
oisillons naissent. Ils ont les yeux fermés et le corps nu.
Dès que les petits ont un peu de duvet qui les protège du froid, la femelle
se joint au mâle pour aller chercher la nourriture : ils vont jusqu'à cinq cents
fois par jour rapporter un petit ver ou une chenille.
2. Qui aura la chance de la manger ? Car les parents donnent la becquée à
celui qui crie le plus fort et qui a le bec le plus ouvert. Ainsi le plus fort grandira
plus vite et le plus faible s'affaiblira. C'est la sélection naturelle.
La couleur jaune vif des becs des oisillons indique aux parents où bien
déposer la nourriture.
3. Parfois une femelle coucou vient pondre son
œuf dans le nid des autres. La femelle couve tous
les œufs. Une fois sorti de l'œuf, le jeune coucou
pousse tous les autres œufs en dehors du nid afin
d'être très bien nourri par ses parents adoptifs.
Il devient vite plus gros qu'eux et ceux-ci
s'épuisent à le nourrir.
(d'après Le journal de Fanette et Filipin n° 4, 2014)

C. Huby, Lecture et expression au CE 227


La fleur de cerisier

À quelle saison sommes-nous ? À quoi le remarquons-nous sur ces photos ? De quoi

e st couvert le cerisier ? Voyons-nous des cerises ? des feuilles ? Que peuvent contenir les bourgeons ?

C. Huby, Lecture et expression au CE 228


Quel animal voyons-nous ? Que recherche-t-il au cœur de la fleur de cerisier ? Que voyons-nous sur les poils de son thorax ?
Et sur ses pattes ? D'où vient cette poudre jaune appelée pollen ?

La fleur du cerisier
1. Tous les ans, en avril, le cerisier n'est plus qu'une grosse boule blanche. Il
se couvre d'une multitude de petites fleurs. Chaque fleur de cerisier est
composée de cinq sépales verts, de cinq pétales blancs, de minces fils blancs
à tête jaune nommés étamines et au centre d'un pistil vert.
Ce sont les sépales qui, dans les fleurs encore en boutons, protégeaient les
autres parties. Les abeilles pour fabriquer le miel viennent butiner les fleurs du
cerisier. Après une dizaine de jours, la fleur se fane et le fruit commence à se
former.
(d'après des manuels anciens de Leçons de Choses)

C. Huby, Lecture et expression au CE 229


Géographie : Le printemps

Observons : 1) Quelle est la couleur de l'herbe ? 2) Décrivons l'arbre : a-t-il des feuilles ? des fleurs ?
3) Quelles sont ces fleurs ?

Observons : 1) Quelles sont les dates de début et de fin du printemps ? 2) Calculons la durée du
jour, celle de la nuit : que remarquons-nous ?
Expérimentons et concluons : 1) Relevons la température pendant quelques jours à midi, à
l'ombre, et notons-la sur un graphique. 2) Plantons un piquet d'un mètre en terre et mesurons la
longueur de son ombre chaque semaine.

C. Huby, Lecture et expression au CE 230


Le printemps
dans les pays tempérés de l'hémisphère nord
1. Le printemps commence le 21 mars et finit le 21 juin. Pendant cette période,
les jours allongent le matin et le soir.
Le 21 mars, la durée du jour est égale à celle de la nuit : c'est l'équinoxe.
Plus tard, en avril et juin, la durée du jour dépassera celle de la nuit.
2. Le 21 mars, le soleil se lève exactement à l'Est et se couche exactement à
l'Ouest.
Si nous plantons un piquet d'un mètre en terre et que nous mesurons
chaque semaine la longueur de son ombre à midi, nous constaterons que
l'ombre est de plus en plus courte parce que le soleil est de plus en plus haut
dans le ciel.
3. Il y a, dès le mois de mars, des journées ensoleillées, mais parfois aussi les
nuages crèvent en courtes averses, accompagnées de grêle : ce sont des
giboulées.
En haute montagne, la glace et la neige fondent au soleil : c'est le dégel.
Les torrents grossissent ; les pluies abondantes peuvent parfois provoquer des
crues.
4. La terre sort de son engourdissement de l'hiver. Les bourgeons s'ouvrent,
les feuilles apparaissent ; les arbres fruitiers se couvrent de fleurs. Au jardin,
on bêche, on fait des semis, on taille certains arbres fruitiers.
Dans les champs, les céréales semées à l'automne poussent ; on attend la
fin des dernières gelées pour semer maïs, tournesols, pommes de terre…
L'herbe reverdit, les premières fleurs apparaissent. Le bétail (vaches, moutons,
chèvres) retourne au pré, accompagné des jeunes (veaux, agneaux, chevreaux)
nés aux premiers beaux jours.
(d'après Géographie, Cours élémentaire, L. François, M. Villin, Hachette, 1964)

C. Huby, Lecture et expression au CE 231


Je serai bâtisseur ! (1)

1. Arturo et Assim sont voisins ; ils habitent la même cité. Dans cette cité
vivent beaucoup d'enfants : Vassili, Meriem, Dylan, Corentin, Elaïa, Nolan,
Alexia, Cassy, Esteban, Zoheir, Renzo, Aalyah… et bien d'autres encore !
Tout près de la cité, en direction de la voie rapide, jusqu'à l'année dernière,
il y avait un grand terrain en friche : d'abord un terrain vague et puis un petit
bois. C'était sale, un peu dangereux, et les parents ne voulaient pas que les
enfants s'y promènent.
2. Mais cette année, c'est différent. La municipalité a nettoyé le terrain vague,
l'a clôturé, puis l'a séparé en petites parcelles, toutes les mêmes et y a installé,
pour chacune d'elles, une cabane à outils et un robinet d'eau.
Ces lopins de terre ont été proposés en priorité aux habitants de la cité. Ce
qui fait que désormais les parents d'Assim et ceux d'Arturo possèdent un jardin !
Un vrai jardin, comme à la campagne, comme au bled où Assim va l'été, au
Maroc, chez ses grands-parents !
3. Depuis que les beaux jours sont revenus, tous les soirs après l'école et le
travail, tout le monde se retrouve… aux jardins ! Les gens bavardent,
échangent des plants, des graines, des tuteurs, des savoir-faire de jardiniers…
Et les enfants ? Les enfants jouent, voyons ! Ils font des petites rigoles et y
regardent couler l'eau de leurs arrosoirs, ils pataugent un peu dans l'eau,
récupèrent de la boue avec laquelle ils modèlent des petits personnages, des
objets, des billes… qui se transforment en projectiles qu'ils propulsent d'un
geste habile de la main sur leurs voisins inattentifs ! Alors ils crient, ils hurlent,
ils se chamaillent et se plaignent !
4. Et ils se font gronder par les adultes qui leur reprochent de se salir, de
gaspiller l'eau, de piétiner les jeunes plants, de casser les oreilles de tout le
monde avec leurs jérémiades…
Alors, ils vont jouer plus loin en se disant que les adultes sont décidément

C. Huby, Lecture et expression au CE 232


bien ennuyeux, même quand ils sont dans la nature et qu'ils n'ont rien
d'important à faire…
4. Heureusement pour eux, la municipalité a aussi aménagé le petit bois.
Désormais, il n'y a plus de déchets et l'accès à la voie rapide est rendu
impossible par un grand grillage ; ce qui fait qu'ils ont le droit d'y aller pour
jouer, pas trop loin du regard des grands qui les surveillent du coin de l’œil.
Et ça, c'est merveilleux ! Une véritable chance que n'a aucun des autres
élèves de l'école !

Nous nous entraînons


• Nous expliquons :
cité (n. f.) : groupement de logements ou d'immeubles ayant une unité.
voie rapide (exp.) : route qui ressemble à une autoroute.
friche (n. f.) : terrain non cultivé, le plus souvent abandonné.
terrain vague (exp.) : terrain d'une ville ou proche d'une ville qui n'est ni
construit, ni aménagé pour la promenade.
• Nous réfléchissons :
- Expliquons grâce au contexte : la municipalité ; des lopins, des parcelles ; en
priorité ; au bled ; des savoir-faire de jardiniers ; des rigoles ; des projectiles
qu'ils propulsent ; des jérémiades ; l'accès à la voie rapide.
- Expliquons ce qu'a organisé la mairie pour les habitants de la cité. Quels
avantages en tireront-ils ?
- Comment les enfants finissent-ils par se faire renvoyer des jardins ? Que
pensent-ils alors des parents ?
- Commentons cette phrase avec l'aide de notre professeur : Les adultes sont
décidément bien ennuyeux… rien d'important à faire.

• Nous trouvons des mots (noms, verbes, adjectifs) de la même


famille :
des plants – un jardin – un terrain

• Nous donnons le contraire des mots suivants :


inattentif, … – inattendu, … – inachevé, … – inactif, … – inaperçu, … –
inadapté, … – inanimé, … – inattaquable, … – inévitable, … – inexcusable,
… - inhabituel, …

• Imaginons et expliquons des jeux que les enfants peuvent organiser


dans le petit bois.

C. Huby, Lecture et expression au CE 233


Je serai bâtisseur ! (2)

1. Dans ce petit bois, les enfants trouvent tout ce qu'il faut pour s'amuser. De
la terre, des cailloux, de l'herbe, des branchages, des arbres morts, un petit
fossé rempli d'eau quand il a plu… Ils se croiraient sur une île déserte dont ils
seraient les explorateurs !
Et que font les explorateurs quand ils arrivent sur une île déserte ?… Une
cabane, bien sûr ! Une belle et grande cabane avec tout ce qu'il faut dedans.
2. Alors, nos amis s'y sont mis, tous ensemble, sans se chamailler ni s'envoyer
des boules de boue à la figure – ça, ils l'ont fait aussi, un jour, au bord du fossé,
mais ce n'est pas si drôle que ça, finalement. Bâtir une cabane, c'est du sérieux
et « cela nécessite une certaine organisation », comme dit M. Derien quand il
veut que ses élèves travaillent tous ensemble sur le même projet !
C'est pourquoi ils ont choisi un « chef de projet » : Assim, parce que son
papa est responsable de chantier dans l'entreprise où il travaille. Et un « sous-
chef », Arturo, parce que là-bas, au Portugal, ses parents construisent eux-
mêmes leur maison et qu'il les aide tous les étés quand ils vont voir les grands-
parents.
3. Ensuite, le travail s'est organisé. Il a fallu d'abord choisir un emplacement.
Après bien des hésitations, les enfants ont opté pour la petite clairière qui ne
se voit ni de la voie rapide, ni des jardins familiaux, ni du terrain de skate où
les grands du CM2 et du collège ont établi leur « quartier général » ; comme
de plus elle n'est de plus pas trop loin du fossé où ils jouent à l'eau, c'est
vraiment le lieu idéal !
Après, il fallait collecter des grosses branches ! Là, c'était le « gros œuvre »
comme dit le père d'Assim ! Quel travail ! Tout le monde s'y est mis, même le
« chef de chantier » et son sous-chef !
4. Une fois la collecte finie, ils se sont bien chamaillés un peu, il faut l'avouer.
Le travail avait été dur et ils avaient besoin de se détendre… Alors, ils se sont

C. Huby, Lecture et expression au CE 234


assis en rond et ils ont discuté. Et forcément, quand on discute, ça tourne à la
bagarre !
Les uns voulaient une luxueuse demeure à étages qu'ils auraient bâtie là-
haut dans les arbres ; les autres leur disaient que c'était n'importe quoi et que
jamais des enfants de huit ans n'arriveraient à faire ça ; les derniers disaient
qu'en cinq minutes, en mettant trois bâtons comme ci et comme ça, ça suffirait
bien… Et ça piaillait, et ça criait, et ça s'envenimait ! Terrible !
5. Et c'est là qu'Assim et Arturo ont montré leurs talents de meneurs
d'hommes… et de femmes ! En quelques mots, quelques consignes, ils ont
rétabli la situation et la cabane, tout à fait comme tout le monde la voulait,
s'est élevée, presque seule, au milieu de la clairière.
Alors, entourés de tous leurs amis, Assim et Arturo ont proclamé, dans un
chœur parfait : « Plus tard, je serai bâtisseur ! »

Nous nous entraînons


• Nous expliquons :
responsable de chantier (n. m.) : personne qui anime l'équipe des ouvriers,
répartit les tâches, dirige les travaux.
opter (v.) : faire un choix entre plusieurs possibilités.
meneur d'hommes (exp.) : personne qui a des qualités pour diriger un groupe.
chœur (exp.) : ensemble de personnes qui chantent ou parlent exactement en
même temps.
• Nous réfléchissons :
- Expliquons grâce au contexte : cela nécessite une certaine organisation ; où
les grands ont établi leur « quartier général » ; le « gros œuvre » ; la collecte ;
une luxueuse demeure ; ils ont rétabli la situation ; ils ont proclamé.
- Expliquons pourquoi les enfants ont choisi un emplacement invisible des
parents, de la voie rapide et des grands.
- Expliquons pourquoi des enfants de huit ans ne peuvent pas construire une
luxueuse demeure.
- Expliquons pourquoi l'auteur a écrit que Assim et Arturo sont des « meneurs
d'hommes… et de femmes ! ».

• Imaginons et expliquons comment les enfants vont aménager


l'intérieur de leur cabane.

C. Huby, Lecture et expression au CE 235


Jeux d'enfants en poésie

La maison près de la fontaine

La maison près de la fontaine


Couverte de vigne vierge et de toiles d'araignée
Sentait la confiture et le désordre et l'obscurité,
L'automne,
l'enfance,
L'éternité.

Autour il y avait le silence,


Les guêpes et les nids des oiseaux.
On allait à la pêche aux écrevisses
avec Monsieur l'curé,
On se baignait tout nus, tout noirs
Avec les petites filles
et les canards.

...

La maison près des HLM


A fait place à l'usine et au supermarché,
Puits au jardin,
Les arbres ont disparu, Louis Toffoli (1907 - 1999)
mais ça sent l'hydrogène sulfuré,
L'essence, la guerre, la société.

C'n'est pas si mal,


Et c'est normal,
C'est le progrès.

Nino Ferrer

C. Huby, Lecture et expression au CE 236


Enfance

Au bois il y a un oiseau, son chant vous arrête et vous fait rougir.


Il y a une horloge qui ne sonne pas.
Il y a une fondrière avec un nid de bêtes blanches.
Il y a une cathédrale qui descend et un lac qui monte.
Il y a une petite voiture abandonnée dans le taillis, ou qui descend le sentier
en courant, enrubannée.
Il y a une troupe de petits comédiens en costumes, aperçus sur la route à
travers la lisière du bois.
Il y a enfin, quand l'on a faim et soif, quelqu'un qui vous chasse.

Arthur Rimbaud

Claude et Paloma dessinant


Pablo Picasso (1954)

Le globe

Offrons le globe aux enfants


Au moins pour une journée,
Donnons-leur afin qu’ils en jouent
Comme d’un ballon multicolore,
Pour qu’ils jouent en chantant
Parmi les étoiles.
Offrons le globe aux enfants,
Donnons-leur comme une pomme énorme,
Comme une boule de pain toute chaude,
Qu’une journée au moins,
Ils puissent manger à leur faim.
Offrons le globe aux enfants,
Qu’une journée au moins le monde apprenne la camaraderie.
Les enfants prendront de nos mains le globe,
Ils y planteront des arbres immortels.

Nazım Hikmet Ran


(traduit par Charles Dobzynski)

C. Huby, Lecture et expression au CE 237


Le chalet (1)
Marco, un garçon de neuf ans, doit passer ses vacances en ville, à Clichy.
Il s'ennuie et rêve du village de montagne où il séjourne d'habitude l'été. Il
rencontre quelques enfants qui jouent aux Indiens sur un terrain vague, le
Carré.
1. Chaque après-midi, Faucons-Blancs et Indiens-Noirs se retrouvèrent sur le
Carré. Ils se munirent d'arcs, fabriqués avec des baleines de parapluie, et de
flèches en roseau, qu'un des Indiens avait coupées le dimanche précédent au
bord de la Marne. Les Indiens de Clichy se livrèrent à des guerres sans merci,
des guerres exaltantes, d'où tout le monde sortait vainqueur !
2. C'était trop beau pour durer. Un soir, au moment de la séparation, un Indien
déclara : « Demain, je ne reviendrai pas. Papa est en congé depuis ce matin ;
nous partons en Normandie.
— Et moi, je m'en vais après-demain pour trois semaines, chez mon oncle,
dans le Morvan, ajouta un autre.
Les Peaux-Rouges furent réduits à quatre... puis bientôt à trois, car le plus
petit s'étant fait mal en tombant, on ne lui permit plus de venir sur le Carré.
Les Indiens arrachèrent leurs plumes et déclarèrent qu'ils étaient des
explorateurs.
3. Ils entreprirent de descendre dans les entrailles de la terre… c'est-à-dire
dans ce qui avait été les caves de la maison incendiée. Ils y découvrirent des
bidons vides, trois rats morts et des planches que le feu avait épargnées.
— Des planches ! Si nous construisions un chalet ?…
Marco avait toujours rêvé de chalets. Ceux du pays de son père étaient si
beaux avec leurs couleurs vives, au milieu des grands prés verts. Voilà Marco
transformé en bâtisseur.
— Mimile, passe-moi cette planche !… Dédé ! déplace celle-ci !

C. Huby, Lecture et expression au CE 238


4. Mais comment construire un chalet sans clous ? Tous trois fouillent leurs
poches, rassemblent quelques sous. Marco court chez le quincaillier tout
proche. Jamais il n'aurait cru avoir tant de clous avec si peu d'argent. De
grosses pierres servent de marteaux. Malheureusement, certaines planches
sont trop longues. Il faudrait une scie. Sans hésitation, Marco retourne chez le
quincaillier.
— M'sieur, est-ce que vous pourriez nous prêter une scie ? Juste pour scier
trois planches. Je vous promets de ne pas l'abîmer.

5. Le marchand sourit, amusé par l'air sérieux de Marco. Il disparaît un instant


dans son arrière-boutique et revient avec une vieille scie à main à demi-
rouillée.
— Tu peux la garder, je te la donne.
Marco n'en croit pas ses oreilles. Une heure plus tard, la construction est
terminée.
6. Elle n'est pas tout à fait d'aplomb ; c'est tout de même un chalet de
montagne. En se serrant et en se tenant accroupi, on peut tenir à trois à
l'intérieur. Marco n'est plus à Clichy. La baguette magique d'une fée vient de le
transporter sur la montagne, à des centaines de kilomètres de Paris. Soudain,
il sort du chalet, se met à marcher, à quatre pattes, en poussant des
meuglements.
— Qu'as-tu ? demandent les deux autres, étonnés.
— Vous ne voyez donc pas ? Je fais la vache, répond Marco, l'air sérieux.
En Savoie, il y a toujours des vaches autour des chalets.
Et il pousse à nouveau des meuglements terribles, capables d'alerter tout
le quartier.

Nous nous entraînons


• Nous expliquons :
exaltant (adj.) : passionnant ; qui donne beaucoup d'entrain et de courage.
entrailles (n. f. plur.) : contenu du ventre.
épargner (v.) : mettre de côté ; protéger.
alerter (v.) : avertir en cas de danger ; donner l'alerte.
• Nous réfléchissons :
- Pourquoi Marco veut bâtir un chalet plutôt qu'une simple cabane ?
- Pourquoi le quincaillier lui donne-t-il la scie ?

• Nous décrivons la photographie le plus précisément possible pour


pouvoir à notre tour imaginer le chalet bâti par Marco et ses camarades.

C. Huby, Lecture et expression au CE 239


Le chalet (2)
1. Et puis un jour, Marco trouva le Carré vide… Le dernier de ses petits
camarades venait de partir en vacances. Il en fut très triste. Heureusement, le
chalet demeurait. L'idée qu'il allait pouvoir le transformer à son goût effaça la
déception. En visitant à nouveau les entrailles de la terre, il trouva d'autres
planches qui lui servirent aussitôt à agrandir le toit de sa maison. Les chalets
de Savoie ont en effet d'immenses toits qui les protègent de la neige. La
ressemblance était presque parfaite. Marco était fier de son œuvre.
2. Cependant, dans le plus beau palais du monde, on finit par s'ennuyer quand
on est seul. Le lendemain il décida d'emporter Chonchon pour lui tenir
compagnie. Certainement Chonchon serait émerveillé… même s'il ne savait pas
le dire… Mais comment emporter son ours ? Un garçon de neuf ans ne peut
tout de même pas déambuler dans les rues, un ours en peluche sous le bras !
De quoi aurait-il l'air ? Il pensa au panier à provisions mais celui-ci était à
claire-voie. Une autre idée lui vint.
— Maman, voudrais-tu me prêter une valise, tu sais, la petite valise verte
qui ne sert à rien, au fond du placard ?
3. — Ciel ! une valise, s'écria Maman en riant, Monsieur part donc en voyage ?
Où Monsieur se rend-il ?
Et Marco rougit, un peu embarrassé. Mais Maman comprend tout. Elle
cherche la petite valise verte, au fond du débarras. Elle est juste assez grande
pour Chonchon.

4. Et voilà Marco parti, sa valise à la main, comme si, réellement, il allait


prendre le train pour la Savoie. Qui prétendrait le contraire, puisque Monsieur
se rend à son chalet ? Très fier, il descend la rue du Cheval d'Or. Les deux bords
du trottoir sont les rails du chemin de fer. Le carrefour, avec ses feux et sa
circulation, représente la gare de Lyon où, il s'en souvient, on change de train.
Le Carré est une prairie de montagne, et les maisons qui l'entourent les hauts
sommets des Alpes. Il y a même de la neige : le linge blanc étendu à une

C. Huby, Lecture et expression au CE 240


fenêtre !
5. — Regarde, Chonchon, voici notre chalet ; n'est-il pas beau ? La porte est
étroite, il faut ramper pour entrer. Mais une fois à l'intérieur, l'illusion est
complète.
Marco installe Chonchon à côté de lui et commence à lui parler de la
montagne. Chonchon écoute le merveilleux récit d'escalades imaginaires. Il
n'interrompt pas son petit maître, et, une histoire finie, Marco en recommence
une autre… Le temps passe… passe. Jamais il n'a passé aussi vite.
Si bien qu'à cinq heures, Marco n'est toujours pas rentré à la maison où
Maman, tout à coup, s'aperçoit de son retard.
6. — Mon Dieu ! S'écrie-t-elle, lui serait-il arrivé quelque chose ?
À cinq heures et demie, il n'est pas encore là. Elle ne peut pourtant pas
laisser Philou seul pour aller au-devant de lui. Six heures ! toujours pas de
Marco. L'attente de Maman devient de l'inquiétude. Heureusement, aujourd'hui
Papa doit rentrer du travail plus tôt que d'ordinaire. Dès qu'elle reconnaît ses
pas dans l'escalier, elle se précipite.
— Marco n'est pas encore rentré. Il lui est sûrement arrivé quelque chose.
Va voir jusqu'au Carré !
— Ah !ces gamins, ces diables de gamins, ils sont bien tous les mêmes, fait-
il tout haut, en dégringolant l'escalier.
7. Il descend, en hâtant le pas, la rue du Cheval d'Or, traverse en courant le
carrefour, arrive sur le Carré. Personne. Cependant, au fond, il découvre une
sorte de cabane en planches : le fameux chalet dont Marco a parlé avec tant
d'enthousiasme. Il s'approche. D'un geste vif, il écarte la planche qui sert de
porte. Étendu sur le sol, sa petite valise verte sous la tête en guise d'oreiller,
Marco dort en rêvant aux montagnes de Savoie.
Papa n'a pas le courage de l'éveiller ni, bien sûr, de le gronder. Il le soulève
doucement et l'emporte endormi à la maison.
(d'après Le Chalet du Bonheur, Paul-Jacques Bonzon, Delagrave, 1962)

Nous nous entraînons


• Nous expliquons :
déambuler (v.) : marcher lentement ; se promener sans but.
à claire-voie (exp.) : espacé ; laissant du jour entre les éléments.
illusion (n. f.) : vision qui n'est pas réelle.
enthousiasme (n. m.) : grande émotion due à une grande joie.

C. Huby, Lecture et expression au CE 241


La guerre des boutons
La construction de la cabane (1)
Les enfants de deux villages, Longeverne et Velrans, s’affrontent. Ils se font
la guerre à coups de bâtons, de cailloux, de coups de pieds et de poings… et
arrachent les boutons des vêtements de leurs ennemis pour se constituer un
trésor de guerre.
Pour entreposer ce trésor, ceux de Longeverne décident construire une
cabane, sous la direction de leur chef, Lebrac, et de ses « généraux », Camus,
La Crique et Tintin, dans les bois du Gros Buisson où ont lieu les combats.
1. Toute l'armée revint près de Camus,
lequel était descendu de l'arbre pour
garder momentanément le sac
confectionné par la Marie Tintin et qui
contenait le trésor de l'armée de
Longeverne.
Les gars se renfoncèrent dans les
profondeurs du Gros Buisson afin de
rechercher, parmi les nombreux
emplacements utilisables, celui qui
paraîtrait le plus propice.
2. Cinq ou six bandes, conduites chacune par un guerrier important, se
dispersèrent parmi les vieilles carrières abandonnées, examinant, cherchant,
furetant, discutant, jugeant, s'interpellant.
Il ne fallait pas être trop près du chemin ni trop loin du Gros Buisson. Il
fallait également ménager à la troupe un chemin de retraite parfaitement
dissimulé, afin de pouvoir se rendre sans dangers du camp à la forteresse.
Ce fut La Crique qui trouva.
Au centre d'un labyrinthe de carrières, une excavation comme une petite
grotte offrait son abri naturel qu'un rien suffirait à consolider, à fermer et à
rendre invisible.
3. Il appela par le signal d'usage Lebrac et Camus et les autres, et bientôt tous
furent devant la caverne que le camarade venait de redécouvrir, car tous,
parbleu, la connaissaient déjà.
Toute l'armée entra dans la caverne. Elle était, en réalité, peu profonde,
mais se trouvait prolongée ou plutôt précédée par un large couloir de roc, de
sorte que rien n'était plus facile que d'agrandir son abri naturel en plaçant sur
ces deux murs, distants de quelques mètres, un toit de branches et de
feuillage. Elle était d'autre part admirablement protégée, entourée de tous
côtés, sauf vers l'entrée, d'un épais rideau d'arbres et de buissons.

C. Huby, Lecture et expression au CE 242


4. On rétrécirait l'ouverture en élevant une muraille large et solide avec les
belles pierres plates qui abondaient et on serait là-dedans absolument chez
soi. Quand le dehors serait fait, on s'occuperait de l'intérieur.
Ici, les instincts bâtisseurs de Lebrac se révélèrent. Son cerveau concevait,
ordonnait, distribuait la besogne avec une admirable sûreté.
— Il faudra, dit-il, ramasser dès ce soir tous les morceaux de planches que
l'on trouvera, les lattes, les chevrons, les vieux clous, les bouts de fer.
Il chargea l'un des guerriers de trouver un marteau, un autre des tenailles,
un troisième un marteau de maçon ; lui apporterait une hachette, Camus une
serpe, Tintin un mètre et tous, ceci était obligatoire, tous devaient chiper dans
la boîte à ferraille de la famille au moins cinq clous chacun, de préférence de
forte taille, pour parer immédiatement à la plus pressante nécessité,
l'édification du toit.

Nous nous entraînons


• Nous expliquons :
propice (adj.) : qui convient parfaitement ; favorable.
se ménager (v.) : s'organiser ; s'arranger ; préparer avec soin.
retraite (n. f.) : marche en arrière pour échapper à un ennemi.
dissimulé (adj.) : caché.
labyrinthe (n. m.) : réseau compliqué de chemins d'où il est difficile de se
retrouver.
carrière (n. f.) : lieu dont on extrait la pierre qui servira à construire ou à
sculpter.
excavation (n. f.) : trou ; creux ; caverne.
abonder (v.) : exister en grande quantité.
• Nous réfléchissons :
- Expliquons en cherchant un mot de la même famille : s'affronter ; entreposer ;
momentanément ;consolider ;prolongée
- Expliquons en nous servant du contexte : le sac confectionné par la Marie
Tintin ; furetant ; précédée
- Expliquons pourquoi les Longeverne cherchent un emplacement ni trop près
du chemin, ni trop loin du Gros Buisson et disposant d'une possibilité de fuir.
- Les Longevernes vont-ils construire une petite cabane ? À quoi le voyons-
nous ?

• Relevons les noms d'outils, dessinons-les et expliquons comment


ils fonctionnent.

C. Huby, Lecture et expression au CE 243


La construction de la cabane (2)

1. C'était à peu près tout ce qu'on pouvait faire ce soir-là.


— N'oubliez pas les clous surtout, recommanda Lebrac.
— On laisse le sac ici ? interrogea Tintin.
— Mais oui, fit La Crique : on va bâtir tout de suite, là au fond, avec des
pierres, un petit coffre, et on va l'y mettre bien au sec, bien à l'abri ; personne
ne veut venir l'y trouver.
2. Lebrac choisit une grande pierre plate qu'il posa horizontalement, non loin
de la paroi du rocher ; avec quatre autres plus épaisses, il édifia quatre petits
murs, mit au centre le trésor de guerre, recouvrit le tout d'une nouvelle pierre
plate et disposa alentour et irrégulièrement des cailloux quelconques afin de
masquer ce que sa construction pouvait avoir de trop géométrique pour le cas,
bien improbable, où un visiteur eût été intrigué par ce cube de pierre.
3. Là-dessus, joyeuse, la bande s'en retourna lentement au village, faisant
mille projets.
— On fera une cheminée, disait Tintin.
— Et des lits de mousse et de feuilles, ajoutait Camus.
— Et des bancs et des fauteuils, renchérissait Grangibus.
— Surtout, calez tout ce que vous pourrez en fait de planches et de clous,
recommanda le chef ; tâchez d'apporter votre butin derrière le mur ou dans la
haie du chemin de la Saute ; on reprendra tout demain, en venant à la
besogne.
4. Ils s'endormirent fort tard, ce soir-là. Le palais, la forteresse, le temple, la
cabane hantaient leur cerveau en ébullition. Leurs imaginations
vagabondaient, leurs têtes bourdonnaient, leurs yeux fixaient le noir, les bras
s'énervaient, les jambes gigotaient, les doigts de pieds s'agitaient. Qu'il leur
tardait de voir poindre l'aurore du jour suivant et de commencer la grande
œuvre.

C. Huby, Lecture et expression au CE 244


On n'eut pas besoin de les appeler pour les faire lever ce matin-là et, bien
avant l'heure de la soupe, ils rôdaient par l'écurie, la grange, la cuisine, le
hangar, afin de mettre de côté les bouts de planches et de ferrailles qui
devaient grossir le trésor commun.
5. Les boîtes à clous paternelles subirent un terrible assaut. Chacun voulant
montrer ce qu'il pouvait faire, ce ne fut pas seulement deux cents clous que
Lebrac eut le soir à sa disposition, mais cinq cent vingt-trois bien comptés.
Toute la journée, il y eut, du village aux murs de la Saute, des allées et
venues mystérieuses de gaillards aux blouses gonflées, à la démarche pénible,
aux pantalons raides, dissimulant des objets hétéroclites qu'il eût été fort
ennuyeux de laisser voir aux passants.

Nous nous entraînons


• Nous expliquons :
édifier (v.) : bâtir ; élever.
improbable (adj.) : qui a peu de chances de se produire ; invraisemblable.
butin (n. m.) : profit d'un vol.
hétéroclite (adj.) : composé d'objets très différents.
• Nous réfléchissons :
- Expliquons en nous servant du contexte ou de mots de la même famille :
intrigué par ce cube de pierre ; en venant à la besogne ; hantaient leur cerveau
en ébullition ; les boîtes à clous paternelles subirent un terrible assaut.
- Comment voyons-nous que Lebrac est à la fois malin et méfiant ?
- Les Longevernes ont un point commun avec Marco et les Indiens du Carré
comme avec Assim, Arturo et les enfants de la cité ; lequel et pourquoi ?
- Comment dissimulent-ils leurs trouvailles ? Pourquoi serait-il ennuyeux de les
laisser voir aux passants ?

• Relisons la première partie du paragraphe 4 en travaillant l'intonation.


Relever tous les verbes : combien y en a-t-il ? Quel effet cela donne-t-il ?

• Cherchons d'autres phrases de ce texte ou du texte précédent dans


lesquelles l'auteur accumule ainsi des mots de même nature pour donner
l'impression que tout va très vite et dans tous les sens. Puis lisons-les
en travaillant l'intonation.

• Imaginons un épisode de la construction où tout le monde travaille et


écrivons une longue phrase qui donnera l'impression de foisonnement.

C. Huby, Lecture et expression au CE 245


La construction de la cabane (3)
1. Et le soir, lentement, très lentement, Lebrac arriva par le chemin de derrière.
Il avait la jambe gauche raide lui aussi et semblait boiter.
— Tu t'as fait mal ? interrogea Tintin.
— T'as tombé ? reprit La Crique.
Le général sourit d'un sourire mystérieux et continua à bancaler jusqu'à ce
qu'ils fussent tous entièrement dissimulés derrière les haies du chemin de la
Saute. Alors il s'arrêta, déboutonna sa culotte, saisit contre sa peau la hache
qu'il avait promis d'apporter et dont le manche enfilé dans une de ses jambes
de pantalon donnait à sa démarche cette raideur disgracieuse.
2. Tout le monde avait ses outils : on allait s'y mettre. Deux sentinelles
toutefois furent postées au chêne de Camus pour prévenir la petite armée dans
le cas où la bande de Velrans serait venue porter la guerre, et l'on répartit les
équipes.
— Moi, je ferai le charpentier, déclara Lebrac.
— Et moi, je serai le maître maçon, affirma Camus. C'est moi « que je
poserai » les pierres avec Grangibus. Les autres les choisiront pour nous les
passer.
3. L'équipe de Lebrac devait avant tout chercher les poutres et les perches
nécessaires à la toiture de l'édifice. Le chef, de sa hachette, les couperait à la
taille voulue et on assemblerait ensuite quand le mur de Camus serait bâti.
Les autres s'occuperaient à faire des claies que l'on disposerait sur la
première charpente pour former un lattis qui supporterait un lit de feuilles
sèches maintenus en place, car il fallait prévoir les coups de vent, par un
treillage de bâtons.
4. Les clous du trésor, soigneusement recomptés, allèrent se joindre aux
boutons du sac. Et l'on se mit à l’œuvre.
Jamais personne n'entreprit sa besogne avec plus de fougue et
d'enthousiasme que les quarante-cinq soldats de Lebrac édifiant, dans une
carrière perdue des prés-bois de la Saute, la maison commune de leur rêve et
de leur espoir.
Les idées jaillissaient comme des sources, les matériaux s'accumulaient ;
Camus empilait des cailloux ; Lebrac, poussant des han ! formidables, cognait
et tranchait déjà à grands coups un tas d'une quarantaine de poutrelles volées
dans une coupe voisine.
5. Pendant ce temps, une équipe coupait des rameaux, une autre tressait des
claies et lui, la hache ou le marteau à la main, entaillait, creusait, clouait,
consolidait la partie inférieure de la toiture.
Pour que la charpente fût solidement arrimée, il avait fait creuser le sol afin

C. Huby, Lecture et expression au CE 246


d'emboîter ses poutres dans la terre. Ah ! c'était solide, et il l'avait éprouvé en
posant l'ensemble sur quatre grosses pierres. Il avait marché, sauté, dansé
dessus, rien n'avait bougé, rien n'avait frémi, rien n'avait craqué : c'était de la
belle ouvrage vraiment !
Et jusqu’à la nuit, jusqu'à la nuit noire, même après le départ du gros de la
bande, il resta là encore avec Camus, La Crique et Tintin pour tout mettre en
ordre et tout prévoir.
Le lendemain, on poserait le toit et on ferait le bouquet, tout comme les
charpentiers lorsque la charpente est achevée.

Nous nous entraînons


• Nous expliquons :
culotte (n. f.) : pantalon.
sentinelle (n. f.) : soldat chargé de faire le guet et d'avertir en cas de danger.
charpentier (n. m.) : artisan qui prépare la charpente sur laquelle les couvreurs
poseront le toit.
claie (n. f.) : panneau à claire-voie obtenu en tressant des branches.
L'ensemble des claies formera le lattis sur lequel on pourra poser le toit.
• Nous réfléchissons :
- Expliquons en nous servant du contexte ou de mots de la même famille :
bancaler ; sa démarche ; une raideur disgracieuse ; lorsque la charpente est
achevée.
- Tintin, La Crique et Camus parlent. Relisons leurs propos. Que pouvons-nous
dire de leurs phrases ? Corrigeons-les.
- Énumérons les matériaux et techniques utilisés successivement pour bâtir le
toit. Sera-t-il solide ? Pourquoi ?
- La cabane sera la maison commune de leur rêve et de leur espoir. Expliquons
avec l'aide de notre professeur.
- Combien de jours aura au moins pris la construction de la cabane ?
Comparons avec la durée de la construction des deux autres cabanes de ce
chapitre. Que pouvons-nous dire ?

• Recherchons tous les mots qui évoquent la guerre. Dans quelle partie
du texte sont-ils placés ?

• Cherchons des phrases de ce texte dans lesquelles l'auteur accumule


ainsi des mots de même nature pour donner l'impression que tout va très
vite et dans tous les sens. Puis lisons-les en travaillant l'intonation.

• Imaginons un événement de notre vie d'écolier où tout le monde


travaille et écrivons une longue phrase qui donnera l'impression de
foisonnement.

C. Huby, Lecture et expression au CE 247


La construction de la cabane (4)
1. « Ho, hisse ! ho hisse ! » ahanait la corvée des dix charpentiers de Lebrac
soulevant la première et lourde charpente du toit de la forteresse.
— Doucement ! Doucement ! disait Lebrac ; bien ensemble ! ne cassons
rien ! Attention ! Avance encore un peu Bébert ! Là, ça va bien ! Non ! Tintin,
élargis un peu le premier trou, il est trop en arrière ! Prends la hache ; allez,
vas-y ! Très bien, ça entre ! As pas peur, c'est solide !
2. De son côté, Camus posait au-dessus de son mur les derniers matériaux ;
c'était un mur large de plus de trois pieds, hérissé en dehors de par la volonté
du constructeur qui voulait, pour cacher l'entrée, dissimuler la régularité de sa
maçonnerie, mais, au-dedans, rectiligne autant que s'il eût été édifié à l'aide
d'un fil à plomb et soigné, poli, fignolé, dressé tout entier avec des pierres de
choix.
3. Les feuilles mortes, apportées par les petits devant la caverne, formaient à
côté d'un matelas de mousse un tas respectable ; les claies s'alignaient propres
et bien tressées ; ça avait marché rondement et on n'était pas des fainéants à
Longeverne… quand on le voulait.
L'ajustement des claies fut l'affaire d'une minute et bientôt une épaisse
toiture de feuilles sèches fermait complètement en haut l'ouverture de la
cabane. Un seul trou fut ménagé à droite de la porte, afin de permettre à la
fumée (car on allumerait du feu dans la maison) de monter et de s'échapper.
4. Avant de procéder à l'aménagement intérieur, Lebrac et Camus, devant
toutes leurs troupes réunies, suspendirent par un bout de ficelle une touffe
énorme de beau gui d'un vert doré et patiné, dans les feuilles duquel luisaient
les graines ainsi que des perles énormes. Les Gaulois faisaient comme ça,
prétendait La Crique, et on dit que ça porte bonheur.
On poussa des hourra !
— Vive la cabane !
— Vive nous !
— Vive Longeverne !
5. Ceci fait et l'enthousiasme un peu calmé, on nettoya l'intérieur de la bâtisse.
— Ici au fond, contre le rocher, on mettra le trésor et les armes ; du côté
gauche, une espèce de litière de feuilles et de mousse formant un lit douillet,
puis quelques sièges. De l'autre côté, des bancs et des sièges de pierre ; au
milieu, un passage.
Chacun voulut avoir sa pierre et sa place attitrée à un banc. La Crique
marqua les sièges de pierre avec du charbon de bois et les bancs avec de la
craie, afin qu'aucune discussion ne vînt à jaillir plus tard à ce sujet.
Une perche hérissée de clous fut tendue entre les parois de la muraille. Là,

C. Huby, Lecture et expression au CE 248


chacun y eut son clou, pour mettre son sabre et y appuyer sa lance ou son
bâton.
6. Le lendemain, l’œuvre fut parachevée. Lebrac avait apporté des
suppléments illustrés du Petit Parisien et du Petit Journal, La Crique de vieux
calendriers, d'autres des images diverses.
C'était chatoyant et gai ; les couleurs vives s'harmonisaient avec la
sauvagerie du lieu.
Enfin, comme il restait des planches disponibles, on bâtit, en les clouant
ensemble, une table. Quatre piquets, fichés en terre devant le siège de Lebrac,
servirent de pieds. On eut ainsi quelque chose qui n'était peut-être pas de la
première élégance, mais qui tenait bon comme tout ce qu'on avait fait alors.
(La Guerre des Boutons, extraits, Louis Pergaud, 1912)

Nous nous entraînons


• Nous expliquons :
ahaner (v.) : respirer bruyamment pendant un violent effort.
hérissé (adj.) : garni d'éléments pointus (comme les piquants du hérisson).
rectiligne (adj.) : disposé selon une ligne droite parfaite.
gui (n. m.) : plante aux fruits blancs poussant uniquement sur les branches de
certains arbres où elle forme des boules.
chatoyant (adj.) : éclatant ; brillant ; coloré.
• Nous réfléchissons :
- Expliquons en nous servant du contexte ou de mots de la même famille :
formaient un tas respectable ; procéder à l'aménagement intérieur ; le
lendemain, l’œuvre fut parachevée.
- Comment voit-on que Lebrac est le chef de la bande des Longeverne et que
Camus est son sous-chef ?
- La Crique est aussi un des chefs mais il a un rôle différent. Que fait-il dans
cet épisode ? Son rôle nous semble-t-il important ? Pourquoi ?
- Rangeons par ordre d'âge les trois bandes d'enfants qui ont construit les trois
cabanes. Justifions notre réponse avec l'aide de notre professeur.

• Cherchons des phrases qui donnent une impression de foisonnement.


Que pouvons-nous dire ? Quelles peuvent en être les raisons ?

• Imaginons un festin que prépareraient les Longevernes et écrivons


une longue phrase qui donnera l'impression de foisonnement.

C. Huby, Lecture et expression au CE 249


Sciences : Le castor, un grand bâtisseur
Travailleur acharné et organisé, le castor est en perpétuelle activité. Il n'a
de cesse d'aménager au mieux son territoire pour y vivre en famille.
Les castors vivent en couple et semblent très fidèles l'un à l'autre. Quatre
à huit animaux cohabitent en une colonie : le couple reproducteur et les jeunes
des 2 ou 3 dernières portées.
Animal semi-aquatique, le castor aménage son espace autour d'un plan
d'eau, lac ou rivière assez lente.
Constructions

Hutte de castors

Les castors sont célèbres pour leurs facultés de constructeurs. Ils disposent
d’une palette d’ouvrages qui modèlent leur environnement selon leurs besoins.
Si les castors de nos contrées «construisent» moins que d’autres, c’est
uniquement car la nature du terrain rend l’opération inutile.
Gîtes
Dans nos contrées, les castors vivent
principalement dans des terriers. L’entrée
est toujours située sous la surface de l’eau.
Si le niveau baisse, ils peuvent construire un
auvent pour la dissimuler. Lorsque la berge
est trop plate pour aménager une chambre
hors de l’eau, le terrier est complété par une
hutte.
Dans les secteurs sans berge solide, les
marais par exemple, les castors entassent
des branches au fond de l’eau afin de créer
une île sur laquelle est construite la hutte.
Barrages

C. Huby, Lecture et expression au CE 250


Les barrages ou digues ont
pour fonction de rehausser le
niveau d’eau, lorsque le castor ne
peut plus plonger ou que l’entrée
de son gîte n’est plus immergée.
Ils créent aussi des zones
d’eau calme propice par exemple
aux baignades des jeunes.
Le castor construit son barrage
à l’aide d’un amas de branchages,
boue et toutes sortes de végétaux
qu’il appuie sur de grandes
branches placées dans le sens du courant.
Il le renforce parfois avec des pierres. Souvent, il commence son ouvrage à
partir d’un arbre tombé en travers du cours d’eau ou emporté par celui-ci. Les
barrages sont édifiés selon des normes très efficaces et peuvent résister à une
pression élevée. Les castors savent même réduire cette pression par des
ouvrages successifs. Ils sont aussi capables réguler le niveau des plans d’eau
avec ingéniosité.
Canaux
Les castors creusent des canaux pour accéder à des sources de nourriture
trop éloignées sur la terre ferme ou pour relier deux plans d’eau. Ils leur
permettent d’allonger leur zone de sécurité et facilitent le transport des
branches.
Chantiers d’abattage
Les grandes zones de coupes sont rares.
Il a été remarqué que lors de la colonisation
d’un nouveau territoire, de nombreux troncs
sont coupés en grand nombre le premier
hiver.
Volontaire ou non, le résultat est la
création de nombreux rejets formant pour les
années suivantes un garde-manger
permanent et entretenu. Les coupes de
grande envergure disparaissent alors.
(d'après À l'eau, castors !, site web Pro Natura)

C. Huby, Lecture et expression au CE 251


Devinettes

1. « Il pleut. Nous ne sortirons pas dans la cour ce matin, dit M. Derien à


l'heure de la récréation. Trouvez à vous occuper calmement en classe.
— Si nous jouions aux devinettes ? propose Lila.
— Oui, mais pas n'importe comment, dit Lucas. Ce serait bien de choisir un
thème.
Les yeux dans le vague, les enfants cherchent…
— J'ai trouvé ! Les moyens de transport. Tous, pas que ceux qui sont
représentés sur l'affiche. Même ceux d'autrefois ou d'ailleurs.
— Même ceux qui font rire parce que personne ne s'y attend ?
2. — Oui, oui, même ceux-là ! Ce sera plus amusant ! Qui commence ?
— Lila, puisque c'est elle qui a eu l'idée. Tu veux bien, Lila ?
— Attendez, je réfléchis. Oui, d'accord, j'ai trouvé… Je suis un moyen de
transport pour deux à quatre personnes. Je n'ai pas de roues, pas de moteur,
pas de voile mais j'ai des pédales. Je ne sers pas à transporter des
marchandises. J'avance sur l'eau mais je ne traverse pas les mers ou les
océans.
— Moi, j'ai trouvé, dit Lucas ! Je te le chuchote à l'oreille et si ma réponse
est juste, c'est mon tour.
— Ah oui, bonne idée ! Les autres, nous n'avons qu'à écrire la réponse sur
notre ardoise et Lila vérifiera ensuite… »
3. Puisque Lucas a trouvé, il continue le jeu :
— Je suis un moyen de transport ancien mais toujours utilisé. Je n'ai pas de
moteur. Je sers à transporter des objets ou des matériaux. J'avance quand on

C. Huby, Lecture et expression au CE 252


me pousse. J'ai une seule roue. Je suis ?…
Écrivez la réponse sur votre ardoise pendant que j'écoute ce que Marie me
chuchote à l'oreille !… Non, Marie, ce n'est pas une poussette, les poussettes
n'ont pas une seule roue et elles ne transportent pas de matériaux comme le
sable ou la terre.
4. — Alors, c'est à moi, crie Malika. J'ai trouvé, je crois… Regarde mon ardoise
et dis-moi, Lucas, s'il te plaît.
— Oui, c'est bien à ce moyen de transport-là que je pensais ; à toi, Malika !
— Je vole. Je n'ai pas de moteur. Je vais où le vent me pousse. Je suis
composée d'une nacelle qui ressemble à un grand panier carré, d'un brûleur
qui chauffe l'air grâce à deux bouteilles de gaz et d'une grande poche en tissu
qui emprisonne l'air. Quand l'air chauffe, je monte et quand l'air refroidit, je
descends. Mon nom vient du nom de mes inventeurs. Qui suis-je ? »

Nous nous entraînons


• Nous expliquons :
thème (n. m.) : sujet ; idée commune.
matériau (n. m.) : type de matière qui entre dans la construction d'un objet
fabriqué. Le sable, la terre, le plastique, le bois, …, sont des matériaux.
• Nous réfléchissons :
- Pourquoi M. Derien souhaite-t-il que ses élèves aient des occupations calmes ?
Quelles autres occupations calmes les enfants de la classe auraient-ils pu
trouver ?
- À quoi servent les récréations ? Pourquoi vaut-il mieux qu'elles aient lieu à
l'extérieur ?
- Trouvons la réponse aux différentes devinettes.
- Comment nomme-t-on la grande poche dont parle Malika ?

• Cherchons les différentes caractéristiques qui permettent de reconnaître un moyen de


transport.

• Cherchons une représentation de la première montgolfière.


Décrivons-la.

• Trouvons des mots de la famille de « moyen », épelons-les et


définissons-les.

• Imaginons à notre tour une devinette qui décrira le plus précisément


possible un moyen de transport et écrivons-la.

C. Huby, Lecture et expression au CE 253


Le petit navire (1)

1. Un petit garçon, jouant dans la rue, trouva un jour une coquille de noix.
L'idée lui vint aussitôt d'en faire un bateau. Il prit une allumette qu'il planta au
milieu de la coquille, un morceau de papier pour faire la voile, et quand son
bateau fut achevé, il en était si content qu'il l'appela « Le Triomphant ».
Posé délicatement au milieu du ruisseau qui longeait la rue, le petit bateau
s'en alla sur l'eau, ohé matelot ! contournant les feuilles, les brins de paille,
comme un vrai navire de guerre. Seul un petit garçon savait qu'on l'appelait
« Le Triomphant », mais on aurait pu deviner son nom rien qu'à le regarder. Il
voguait, avec son mât bien droit, sa petite voile bien gonflée, et s'en allait si
vite qu'il fut bientôt très loin de l'enfant qui l'avait construit.
2. « Je suis certainement le navire le plus rapide du monde », se disait-il avec
orgueil.
Pourtant, c'était le ruisseau qui l'entraînait ; mais allez faire comprendre ça
à une coquille de noix !
L'eau coulait entre des rangées de hautes maisons, côtoyait des escaliers,
passait sous des ponts de pierre. On entendait des enfants crier et rire, des
voitures rouler. C'était tout un monde merveilleux et inconnu que découvrait le
petit bateau.
3. « Sûrement, pensa-t-il, je suis le premier navire qui voyage aussi loin. »
Il ne savait même pas, le pauvre, qu'il y avait là-bas une mer immense avec
des vaisseaux grands comme des maisons, prêts à partir de l'autre côté de la
Terre.
En le voyant passer si fringant, vous pensez bien que les enfants de la rue

C. Huby, Lecture et expression au CE 254


essayaient de l'attraper. « Oh ! regardez ! un bateau ! » criaient-ils. Et le petit
bateau se rengorgeait : « Ah ah ! ils savent bien que je suis Le Triomphant ! »
Mais glissant entre leurs mains, il continuait son voyage, en s'applaudissant
de son habileté.
4. Il vit des femmes qui lavaient leur linge dans le ruisseau. « Pouah ! elles
vont salir mon eau ! », pensa-t-il avec mépris. Et comme une bulle de savon
s'approchait de lui, clac ! il la fit éclater d'un grand coup de son mât.
Plus loin, il rencontra un chien qui barbotait.
« Va-t’en, sale chien ! » cria-t-il de sa petite voix pointue. Le chien dressa
l'oreille, avança une patte boueuse mais le petit bateau était déjà bien loin.
« Personne ne pourra jamais m'attraper, chantonnait-il, car je suis Le
Triomphant, Le Triomphant, Le Triomphant... »

Nous nous entraînons


• Nous expliquons :
achevé (adj.) : fini, terminé.
côtoyer (v.) : passer à côté.
fringant (adj.) : vif ; alerte ; bien éveillé.
se rengorger (v.) : faire le fier, l'important.
• Nous réfléchissons :
- Cherchons la définition du nom « triomphe » et expliquons ce que signifie le
nom du petit bateau.
- Où se passe cette histoire et à quelle époque ? Citons les passages du texte
qui nous ont permis de donner ces réponses.
- Est-ce un récit réaliste ou un conte ? À quoi le voyons-nous ?

• Cherchons dans le texte deux synonymes du mot « bateau ». En


connaissons-nous d'autres ? Citons-les.

• Cherchons une représentation de bateau à voiles. Décrivons-la.

• Trouvons des noms qui désignent les différentes parties d'un bateau,
dans le texte ou ailleurs. Définissons-les seuls ou à l'aide d'un
dictionnaire.

• Trouvons dans le texte une phrase dans laquelle un nom est sujet de
trois verbes. Quelle impression cela donne-t-il ?

• Imaginons une suite et une fin à ce conte et écrivons-la.

C. Huby, Lecture et expression au CE 255


Le petit navire (2)

1. Mais soudain, comme il passait sous une fenêtre, il fut saisi par une grosse
main. « Ah ah, petit bateau, fit une grosse voix, où vas-tu si vite ? Attends, je
vais te faire beau, moi. » Et la grosse main saisit un gros pinceau plein de
peinture dorée. Plif, plaf, plouf, en trois coups de pinceau, le petit bateau fut
tout doré, avec une coque, un mât et une voile qui resplendissaient comme de
l'or pur…
2. « Maintenant que tu es beau, tu vas sécher sur la fenêtre », dit la grosse
voix.
Le petit bateau se sentait un peu raide dans tout cet or, mais comme il était
fier ! « On voit bien, décidément, que je m'appelle « Le Triomphant », pensait-
il. Et il gonflait orgueilleusement sa voile sous le soleil qui le séchait. Il la gonfla
si bien qu'un coup de vent qui passait le relança, hop là ! dans le ruisseau où
il reprit sa course.
3. « Oh ! un bateau en or ! » criaient les enfants en le voyant passer. Et ils
couraient vers leur mère : « Maman, Maman, j'ai vu un bateau en or ! » La
mère se mettait à la fenêtre : « C'est ma foi vrai ! Un bateau en or ! » Et elle
disait à sa voisine : « Avez-vous vu le bateau en or ? Il est grand comme ça.
— Oh là là ! Ce n'est pas possible !
— Mais si, ma chère, tout en or, et grand comme ça ! »
De voisine en voisine, le bateau grandissait et bientôt on raconta dans la
ville qu'un navire d'or pur venait d'entrer au port. Pendant ce temps, le petit
bateau voguait toujours, plus fier que jamais.
« Regardez-moi, regardez-moi, criait-il (mais personne ne l'écoutait), c'est
moi qui suis « Le Triomphant », et je suis tout en or ! »
4. Cependant, le roi entendit parler de la chose. « Un navire d'or pur ! s'écria-
t-il. Je veux voir cela ! » Et bientôt, le bruit courut que le roi lui-même se
dérangeait pour cette merveille.

C. Huby, Lecture et expression au CE 256


Cela n'étonna pas le petit bateau. « Après tout, je m'appelle « Le
Triomphant », et je suis tout en or. Arrête-toi, arrête-toi ! » cria-t-il au
ruisseau.
Mais le courant s'inquiétait peu des prières d'une coquille de noix.
5. Au moment où le roi sortait de son palais, le petit bateau arriva dans la
grande mer bleue. « Ah ! que c'est grand ! » eut-il tout juste le temps de
penser. Et à la même minute, un poisson qui le vit briller ouvrit une bouche
énorme et pouf ! il l'avala !
De sorte que le roi ne comprit jamais où était passé ce navire d'or pur
dont tout le monde parlait.
(Pernette Chaponnière, Le petit ours de pain d'épices et autres contes. Bourrelier)

Nous nous entraînons


• Nous expliquons :
resplendir (v.) : renvoyer la lumière ; briller
d'un vif éclat.
• Nous réfléchissons :
- Comment le petit navire prend-il naissance ?
- Quelles raisons a-t-il d'être fier ?
- Quelles réflexions fait-il qui montrent son
orgueil ?
- Pourquoi dit-on qu'il est en or ?
- Expliquons comment le roi a pu croire qu'il
s'agissait d'un vrai navire d'or pur.
- Comment finit cette histoire ? Pourquoi
était-ce obligé qu'il finisse ainsi ? Comment se nomme une histoire qui finit
ainsi par une « moralité » ?

• Cherchons des mots de la famille du nom « orgueil ». Employons-


les chacun dans une phrase et épelons-les.

• Cherchons dans le dictionnaire la définition du nom « rumeur » puis


trouvons dans le texte le paragraphe qui explique quelle est la rumeur
qui se propage dans ce conte.

• Trouvons la ligne du texte où l'auteur nous rappelle qui est vraiment ce


petit bateau. Où se trouve cette ligne ? Pourquoi ?

• Résumons ce conte puis écrivons et illustrons ce résumé.

C. Huby, Lecture et expression au CE 257


Le bateau vert (1)
1. Je me souviens très clairement, encore
maintenant, de ce que nous avons
ressenti lorsque nous avons enjambé le
mur du jardin de la grande maison.
Nous savions que ce n'était pas
permis, mais nous étions déjà depuis
deux semaines en vacances chez notre
tante, et nous commencions à trouver le
temps long.
Nous étions à l'affût d'une aventure.
2. De l'autre côté du mur, le jardin ne
ressemblait pas à ce que nous voyions
d'habitude ; c'était plutôt un parc, une
forêt même.
— On pourrait être des explorateurs,
dit Alice, en pénétrant dans le sous-bois.
Je me demande ce que nous allons
découvrir…
Les arbres étaient immenses et couverts de lierre ; cela ressemblait
vraiment à la jungle.
3. Nous nous enfonçâmes de plus en plus profondément. Nous avions
l'impression d'être complètement perdus ; puis, tout à coup, en écartant un
écran de branchages, nous vîmes quelque chose d'absolument stupéfiant.
C'était un bateau. Enfin, ce n'était pas un vrai bateau, mais ça en avait l'air.
Des buissons avaient été sculptés en forme de proue et de poupe, et deux
arbres avaient été taillés en forme de cheminée. De part et d'autre il y avait
deux autres arbres longs et frêles, pratiquement sans branches, qui faisaient
visiblement office de mâts.
4. Alors Alice dit :
— Allons-y. Il n'y a personne à bord. Jetons un coup d’œil.
À l'arrière du bateau se dressait une sorte de cabane en bois ou d'abri au
sommet d'une vieille souche d'arbre. On y accédait par une échelle de bois.
Nous y sommes montés et sommes entrés. À l'intérieur se trouvait une roue
dont les rayons dépassaient, exactement comme la barre d'un bateau. Une
longue-vue était posée sur une petite étagère, avec, juste à côté, la photo d'un
homme en uniforme dans un cadre de bois. Une lanterne pendait au plafond.
5. Par les fenêtres, on voyait à des kilomètres à la ronde. On pouvait presque
se croire en pleine mer.

C. Huby, Lecture et expression au CE 258


Puis, tout à coup, nous fûmes surpris par une voix qui disait :
— Eh bien, qu'avons-nous ici, maître d'équipage ?
Une dame très mince, vêtue d'une robe mauve, nous regardait d'en bas.
— Qu'en pensez-vous, maître d'équipage ? Allons-nous les mettre aux fers ?
— Ce ne sont que des petits jeunes, dit le maître d'équipage, qui en réalité
ressemblait plus à un jardinier. Faudrait plutôt leur faire passer le faubert sur
le pont, si vous voulez mon avis.
— Ensuite, nous pourrons peut-être y prendre le thé.

Nous nous entraînons


• Nous expliquons :
être à l'affût (exp.) : guetter ; attendre avec impatience.
lierre (n. m.) : plante grimpante à feuillage toujours vert se fixant sur les
troncs d'arbres et le long des murs.
proue (n. f.) : avant d'un bateau.
poupe (n. f.) : arrière d'un bateau.
souche (n. f.) : partie d'un arbre qui reste en terre quand l'arbre a été coupé.
• Nous réfléchissons :
- Ce bateau vert est-il un vrai bateau ? Relevons tous les indices qui prouvent
ce que nous affirmons.
- Combien sont les personnages de cette histoire ? Qui sont-ils ? Sans
l'illustration, pourrions-nous l'affirmer ?
- Expliquons l'expression : mettre aux fers. Pensons-nous vraiment que cette dame est
sérieuse lorsqu'elle fait cette proposition à son maître d'équipage.
- Qu'est-ce qu'un maître d'équipage ? un faubert ? Formulons des hypothèses
et justifions notre choix.

• Donnons l'infinitif des verbes suivants et le temps (passé, présent ou


futur) auquel ils sont conjugués : nous nous enfonçâmes – nous vîmes –
nous fûmes surpris

• Conjuguons au même temps les verbes suivants :


aller, nous allâmes – chanter, nous .. - donner, nous … - regarder, nous

• Trouvons tous les termes qui ont un rapport avec les bateaux et
définissons-les.

• Relisons attentivement les différentes descriptions du bateau et


dessinons-le puis écrivons seuls une description.

C. Huby, Lecture et expression au CE 259


Le bateau vert (2)
1. Il s'avéra que passer le faubert sur le pont signifiait
balayer les feuilles. Mais le thé était bien du thé, avec
des gâteaux au madère et des sandwiches au
concombre. Après cela, Madame Trédégar (c'était son
nom) dit :
— Le maître d'équipage va vous raccompagner à
terre. Et pourquoi ne pas revenir demain ? Je suis
sûre que c'est ce que le capitaine aurait souhaité.
2. Le lendemain matin, avec la permission de notre
tante, nous étions de nouveau à bord du Bateau Vert.
Nous escaladâmes les mâts. Nous prîmes la barre
à tour de rôle pour diriger le bateau. Madame
Trédégar nous montra comment nous servir de la
longue-vue.
À la fin de la journée, nous étions un équipage tout
à fait au point.
3. Lors de notre visite suivante, Madame Trédégar
nous apporta un vieil atlas, et chaque jour qui suivit,
nous imaginions que nous voguions vers quelque
nouvelle contrée.
Un vase de pierre devint une ruine romaine. Un
palmier (qui en était vraiment un) devint la côte
lointaine de l'Égypte.
4. Un jour frisquet, nous fîmes semblant d'être dans
l'Arctique. Les buissons devinrent des icebergs et
quelques moutons qui avaient pénétré par
inadvertance dans le jardin devinrent des ours
polaires.
5. Les derniers jours de nos vacances furent chauds
et ensoleillés. Ils devinrent de plus en plus chauds.
Nous portions des chapeaux de soleil, jouions au palet
sur le pont et buvions des litres de jus de citron vert.
C'était comme si nous nous dirigions vers le sud à travers les mers tropicales.
Finalement, la température monta tellement que Madame Trédégar décida
que nous avions atteint l'équateur et que nous devions organiser la cérémonie
du passage de la ligne.
6. Le maître d'équipage était le roi Neptune avec une barbe de ficelle et une
fourche comme trident.

C. Huby, Lecture et expression au CE 260


Ceux qui traversaient l'équateur pour la première fois devaient être rasés ;
ceci s'appliquait à Alice autant qu'à moi. Il y avait un seau d'eau savonneuse
et une sorte de couteau à beurre en bois trouvé dans la cuisine, et après la
cérémonie nous étions tout trempés.

Nous nous entraînons


• Nous expliquons :
madère (n. f.) : vin produit dans l'île de Madère, en Espagne.
atlas (n. m.) : livre recueillant des cartes géographiques.
contrée (n. f.) : étendue d'un pays ; région.
iceberg (n. m.) : bloc de glace, souvent de grande taille, flottant à la surface
de la mer. Ce mot, d'origine néerlandaise puis anglaise, peut se prononcer :
« is-ber-g » ou « a-is-ber-g ».
équateur (n. m.) : ligne imaginaire qui partage la Terre en deux hémisphères
(hémisphère nord et hémisphère sud).
• Nous réfléchissons :
- Qui peut être ce capitaine dont parlent Madame Trédégar et le maître
d'équipage ? Discutons.
- Comment est Madame Trédégar ? À quoi le voyons-nous ?
- Regardons sur un globe terrestre ou un planisphère où se trouvent les
destinations des voyages ? Ces voyages sont-ils réels ou imaginaires ?
- Cherchons qui est le roi Neptune. Pourquoi est-ce ce « roi » qui se charge de
la cérémonie du passage de la ligne ?

• Donnons l'infinitif des verbes suivants et le temps (passé, présent ou


futur) auquel ils sont conjugués : nous escaladâmes – nous prîmes – nous
fîmes – il s'avéra – elle apporta – il devint – elle monta – ils devinrent –
ils furent chauds et ensoleillés.

• Relisons attentivement la cérémonie de passage de la ligne puis


jouons-la et racontons-la par écrit.

C. Huby, Lecture et expression au CE 261


Le bateau vert (3)

1. Le lendemain était notre dernier jour de vacances et nous étions invités à


passer la journée et à rester dormir dans la grande maison. Il faisait plus chaud
que jamais et il n'y avait pas un souffle d'air.
Tout à coup, après le goûter, le ciel prit une étrange couleur et de grosses
gouttes de pluie se mirent à tomber.
— Nous allons essuyer une tempête, dit Madame Trédégar. Allez, équipage,
dans la timonerie !
Une grosse rafale de vent chaud balaya le jardin. Madame Trédégar prit le
gouvernail.
2. — Qu'aurait fait le capitaine ? dit-elle. Direction l’œil de la tempête. C'est
cela. Droit sur l’œil de la tempête !
Et quel orage ! D'énormes coups de tonnerre claquaient ; les éclairs
crépitaient à travers le ciel. Le balancement de la lanterne et la pluie frappant
les fenêtres de plein fouet nous donnaient l'impression que nous étions
vraiment en pleine mer. Et, inlassablement, la tempête rugissait.
3. À un certain moment, nous avons dû nous endormir car, lorsque nous
ouvrîmes l’œil, nous étions sur le plancher de la timonerie, éclairés par le soleil
du petit matin.
Madame Trédégar était toujours à la barre.
— Il s'en est sorti. Il s'en est bien sorti, dit-elle.
Puis elle se tourna et nous regarda en disant :
— Bravo équipage ! Le capitaine aurait été fier de vous.

C. Huby, Lecture et expression au CE 262


4. Ensuite, Madame Trédégar s'éloigna en traversant l'herbe et, avec une
longue tige de lierre, elle arrima le pauvre bateau, bien éprouvé, comme s'il
avait enfin atteint son port d'attache.
5. Nous continuons à aller voir Madame Trédégar chaque année. Le maître
d'équipage nous explique qu'il a désormais trop de rhumatismes pour grimper
et tailler les mâts et les cheminées, et que Madame Trédégar ne s'en inquiète
pas.
Ainsi, progressivement, année après année, les arbres reprennent leur
forme initiale ; ils deviennent des arbres comme les autres, et bientôt nul ne
pourra deviner qu'il fut un temps, pas si lointain, où il y avait là un Bateau
Vert.
(Quentin Blake, Le Bateau Vert, Gallimard jeunesse, 1998)

Nous nous entraînons


• Nous expliquons :
timonerie (n. f.) : partie couverte d'un navire où sont abrités les instruments
de navigation.
gouvernail (n. m.) : dispositif qui permet de diriger un bateau ; barre.
inlassablement (adv.) : sans se lasser ; continuellement ; toujours.
arrimer (v.) : attacher.
• Nous réfléchissons :
- Définissons avec l'aide de notre professeur : essuyer une tempête – l’œil de
la tempête – le pauvre bateau, bien éprouvé – les arbres reprennent leur forme
initiale
- Comment et pourquoi le bateau vert disparaît-il progressivement ?

• Donnons l'infinitif des verbes suivants et le temps (passé, présent ou


futur) auquel ils sont conjugués : il prit – elles se mirent – elle balaya –
elle prit – nous ouvrîmes l’œil – elle se tourna – elle nous regarda – elle
s'éloigna – elle arrima

• Trouvons les autres verbes du texte et, avec l'aide de notre professeur,
donnons le temps auquel ils sont conjugués.
• Trouvons pourquoi les verbes du paragraphe 5 sont presque tous au
présent alors que les verbes des autres paragraphes sont au passé.

• Relisons attentivement la description de la tempête puis jouons-la et


racontons-la par écrit.

C. Huby, Lecture et expression au CE 263


Poésies : Bateaux, voitures, trains et sous-marins

L'embouteillage
Feu vert Feu vert Feu vert !
Le chemin est ouvert !
Tortues blanches, tortues grises, tortues noires,
Tortues têtues Tintamarre !
Les autos crachotent,
Toussotent, cahotent,
Quatre centimètres
Puis toutes s'arrêtent.
Feu rouge Feu rouge Feu rouge !
Pas une ne bouge !
Tortues jaunes, tortues beiges, tortues noires,
Tortues têtues Tintamarre !
Hoquettent, s'entêtent,
Quatre millimètres, Jean-Jacques Sempé
Pare-chocs à pare-chocs Un peu de Paris et d'ailleurs

Les voitures stoppent.


Ma frégate
Blanches, grises, vertes, bleues,
Tortues à la queue leu leu, Qu'elle était belle, ma frégate,
Jaunes, rouges, beiges, noires, Lorsqu'elle voguait dans le vent!
Tortues têtues Tintamarre ! Elle avait, au soleil levant,
Bloquées dans vos carapaces Toutes les couleurs de l'agate ;
Regardez-moi bien: je passe ! Ses voiles luisaient le matin
Jacques Charpentreau Comme des ballons de satin ;
Sa quille mince longue et plate,
Portait deux bandes d'écarlate
Sur vingt-quatre canons cachés;
Ses mâts, en arrière penchés,
Paraissaient à demi couchés.
Dix fois plus vive qu'un pirate,
En cent jours du Havre à Surate
Elle nous emporta souvent.
Qu'elle était belle, ma Frégate,
Lorsqu'elle voguait dans le vent !

Alfred de Vigny

C. Huby, Lecture et expression au CE 264


En sortant de l'école

En sortant de l'école Mais nous sur notre chemin de fer


nous avons rencontré on s'est mis à rouler
un grand chemin de fer rouler derrière l'hiver
qui nous a emmenés et on l'a écrasé
tout autour de la terre et la maison s'est arrêtée
dans un wagon doré et le printemps nous a salués

Tout autour de la terre C'était lui le garde-barrière


nous avons rencontré et il nous a bien remerciés
la mer qui se promenait et toutes les fleurs de toute la terre
avec tous ses coquillages soudain se sont mises à pousser
ses îles parfumées pousser à tort et à travers
et puis ses beaux naufrages sur la voie du chemin de fer
et ses saumons fumés qui ne voulait plus avancer
de peur de les abîmer
Au-dessus de la mer
nous avons rencontré Alors on est revenu à pied
la lune et les étoiles à pied tout autour de la terre
sur un bateau à voiles à pied tout autour de la mer
partant pour le Japon tout autour du soleil
et les trois mousquetaires de la lune et des étoiles
des cinq doigts de la main A pied à cheval en voiture
tournant ma manivelle et en bateau à voiles.
d'un petit sous-marin
Jacques Prévert
plongeant au fond des mers
pour chercher des oursins

Revenant sur la terre


nous avons rencontré
sur la voie de chemin de fer
une maison qui fuyait
fuyait tout autour de la Terre
fuyait tout autour de la mer
fuyait devant l'hiver
qui voulait l'attraper
Jacqueline Duhême
Enfance en poésie
Gallimard

C. Huby, Lecture et expression au CE 265


Dédale et Icare (1)
Adapté de la mythologie grecque.
1. Sculpteur, architecte et inventeur,
Dédale était l'un des plus grands artistes
de la Grèce et du monde. Il bâtissait des
temples et des palais somptueux et
sculptait des statues qui paraissaient
douées de vie.
Une seule personne pouvait espérer
devenir son égal : son neveu Talos. C'est
à Talos que l'on doit l'invention du
compas, de la scie et du tour de potier.
Et il était si habile à sculpter les statues
dans le marbre, qu'on les confondait
avec celles de son maître Dédale.
Toutefois, jamais Talos ne fut autorisé à
bâtir des temples ou des palais, car cet honneur était réservé à son maître.
2. Malgré cela, Dédale était très jaloux du talent et de l'ingéniosité de son
élève. Aussi, par une nuit sans lune, il l'attira sur les remparts d'Athènes et le
précipita dans le vide, au bas des fortifications.
Mais Talos ne mourut point. La déesse Athéna, qui avait donné son nom à
la ville d'Athènes, le rattrapa en plein vol avant qu'il ne s'écrase au sol et elle
le transforma en vanneau.
Cependant, et malgré toutes les précautions qu'il avait prises, Dédale fut
soupçonné d'avoir mis fin aux jours de Talos. Mais comme on ne retrouva pas
le corps du jeune homme, on ne put condamner Dédale à mort. En revanche,
l'artiste comprit qu'il ne pouvait rester à Athènes et il se réfugia dans l'île de
Crète avec son fils Icare.
3. Dans cette île, régnait un roi qui s'appelait Minos. Il accueillit très
favorablement le grand artiste. Pasiphaé, la femme de Minos, venait de donner
naissance à un être monstrueux, mi-homme, mi-taureau. Minos demanda à
Dédale de construire un labyrinthe pour celui qu'on appelait le Minotaure.
Dédale accepta, à une condition :
— Je le construirai, Sire, mais un jour, quand les Athéniens m'auront oublié,
je veux retourner dans ma ville. Promets-moi de me laisser partir quand le
moment sera venu.
— C'est d'accord. Tu pourras partir, je t'en donne ma parole.
4. Alors Dédale entreprit la construction d'un labyrinthe si vaste et si compliqué
qu'il était tout simplement impossible d'en sortir. Du reste, personne, au palais,
n'osa s'y aventurer.
Une fois le labyrinthe terminé, le Minotaure y fut enfermé dans le plus grand
secret. Tous les neuf ans, pour se nourrir, le Minotaure devait dévorer sept

C. Huby, Lecture et expression au CE 266


jeunes hommes et sept jeunes femmes d’Athènes. Les candidats au sacrifice
étaient tirés au sort.
Mais à Athènes, Thésée, le fils du Roi, indigné par cette barbarie, voulut
mettre fin au terrible massacre. Il se joignit alors volontairement à ceux que
le sort avait désignés.
5. En arrivant en Crète, Thésée rencontra Ariane, la fille du roi Minos, qui s’éprit
éperdument de lui. Contre la promesse d’un mariage, elle accepta de l’aider
dans son projet. En proie au désespoir, réalisant que personne ne pouvait sortir
vivant du labyrinthe, elle demanda à Dédale une solution :
« Hélas, moi-même je ne saurais y parvenir seul, lui dit-il. Mais prends cette
pelote de fil et donne-la à Thésée. Dis-lui de la dérouler dès son entrée dans
le labyrinthe, lorsqu’il voudra trouver la sortie, il lui suffira alors de suivre le
fil. »
Sur ses conseils, Ariane donna la pelote de fil à Thésée, ainsi qu’un glaive
pour tuer le monstre.

Nous nous entraînons


• Nous expliquons :
architecte (n. m.) : personne qui réalise les plans et dirige la construction des
bâtiments.
vanneau (n. m.) : oiseau commun en Europe.
vaste (adj.) : très étendu ; très grand.
sacrifice (n. m.) : offrande que l'on faisait à une divinité ; la personne ou
l'animal sacrifiés étaient mis à mort.
s'éprendre (v.) : tomber amoureux.
• Nous réfléchissons :
- Cette partie de l'histoire de Dédale et Icare contient en réalité trois histoires
successives. Avec l'aide de notre professeur, retrouvons chacune d'elle et
donnons-lui un titre ? Laquelle n'est pas encore finie ?
- Où se passent ces trois histoires ? Retrouvons ces lieux sur une carte
d'Europe.

• Trouvons grâce au contexte la définition des mots et expressions


suivantes : douées de vie – l'ingéniosité – les fortifications – mettre fin
aux jours de quelqu'un – favorablement – cette barbarie – éperdument –
un glaive.

• Observons des représentations de labyrinthes puis écrivons une


définition de ce qu'est ce type d'édifice.

C. Huby, Lecture et expression au CE 267


Dédale et Icare (2)
1. Thésée entra dans le labyrinthe et déroula le fil comme convenu. Lorsqu’il
trouva le Minotaure endormi, il le tua. Puis, suivant le fil, il retrouva sans
encombre son chemin vers la sortie.
Victorieux et libres, Thésée et Ariane libérèrent les malheureux prisonniers
et s’enfuirent, quittant la Crète pour Athènes.
Mais ils avaient provoqué la terrible colère de Minos.
2. Celui-ci rendit Dédale responsable de la fuite de sa fille, et de cette trahison.
Pour le punir, il le fit enfermer dans le labyrinthe, avec son fils, Icare. Mais sans
fil, impossible de s’en échapper.
Les jours puis les semaines passèrent, abandonnant les deux hommes à
leur triste sort, pris au piège de leurs propres murs. Un matin, alors que Dédale
levait les yeux au ciel pour implorer la clémence des dieux, une idée illumina
son esprit. Il se tourna vers son fils et lui dit :
« Icare, notre fuite est entravée par la terre
et par l’eau, mais l’air et le ciel sont libres. À
l’image de ces oiseaux, nous allons voler et fuir
ce maudit labyrinthe. »
3. Immédiatement ils se mirent à la recherche
de plumes d’oiseaux, tombées au sol. Ils en
rassemblèrent suffisamment pour que Dédale
puisse confectionner de grandes ailes.
L’astucieux et habile inventeur attacha les
plumes entre elles grâce à de la cire. Puis il les
fixa sur les épaules de son fils et sur les siennes.
Icare admirait l’ingéniosité sans limites de son
père, qui créait des inventions toujours plus
spectaculaires. Enfin, ils allaient retrouver la
liberté.
4. Mais avant, Dédale prit soin de mettre en garde son fils : « Icare, quand tu
auras pris ton envol, tu ne dois surtout pas t’élever trop haut dans le ciel. Tu
ne dois jamais t’approcher du soleil : sa chaleur ferait fondre la cire de tes ailes
et tu tomberais aussitôt. »
Ensemble, ils prirent leur envol, par un ciel clair et bleu. Ils s’envolèrent au-
dessus du labyrinthe, et celui-ci devint à leurs yeux de plus en plus petit,
jusqu’à disparaître complètement. Ils quittèrent ainsi la Crète.
Ce vol était merveilleux : Icare admirait les plaines, puis les montagnes, il
voyait la mer calme, à perte de vue. Les oiseaux volaient près de lui,
l’accompagnant dans ce rêve enchanteur. C’était un spectacle grandiose.

C. Huby, Lecture et expression au CE 268


5. Comme il voulait en voir plus, grisé par tant de beauté et oubliant les alertes
de son père, il s’éleva encore un peu, se rapprochant dangereusement du soleil.
« Père, c’est si beau ! Je sens la chaleur du soleil et son éblouissement me
ravit le cœur. »
Mais Dédale lui criait : « Icare, ne vole pas si haut ! Le soleil va brûler la
cire. Reviens près de moi, je t’en supplie. »
Icare, déjà loin, ivre de liberté, ne l’écoutait plus. La cire se mit à fondre.
Plus il se rapprochait du soleil, plus la cire devenait liquide.
6. Tout à coup, les liens que Dédale avait si méticuleusement confectionnés
pour son fils, se rompirent. Les ailes se détachèrent et Icare tomba dans la
mer, en une longue et vertigineuse chute. Les eaux se refermèrent sur lui.
Dédale se posa sur l'îlot le plus proche. Bientôt, les vagues ramenèrent sur
le sable le corps d'Icare. Dédale lui creusa une tombe et l'ensevelit. Depuis,
l'île où est enterré Icare, et la mer qui l'entoure, sont appelées « Icarie » en
souvenir de celui qui s'est brûlé les ailes pour avoir voulu voler trop près du
soleil.

Nous nous entraînons


• Nous expliquons :
trahison (n. f.) : action de trahir, de tromper la confiance de quelqu'un.
clémence (n. f.) : grâce ; charité ; bonté.
grisé (adj.) : excité ; exalté ; ivre.
• Nous réfléchissons :
- Dans cette partie, il n'y a que deux histoires. Lesquelles ? Quel titre leur
donner à chacune ?
- L'histoire d'Icare, « celui qui s'est brûlé les ailes pour avoir voulu voler trop
près du soleil », contient une morale, comme dans les fables. Discutons pour
savoir quelle est-elle.

• Trouvons grâce au contexte la définition des mots et expressions


suivantes : sans encombre – implorer – entravée – spectaculaire –
méticuleusement – les liens se rompirent.

• Trouvons des mots de la famille du mot « vol » dans le texte et ailleurs


et épelons-les puis employons-les dans des phrases.

• Dessinons Icare volant près du soleil puis écrivons de mémoire son


histoire.

C. Huby, Lecture et expression au CE 269


Histoire : Les premières montgolfières
1. Joseph et Étienne Montgolfier sont les enfants de Pierre Montgolfier,
papetiers, à Annonay, en Ardèche, au XVIIIe siècle.
2. La part de légende :
En 1782, venu d’Avignon pour vendre du papier
aux imprimeurs, Joseph loge chez un
correspondant avignonnais. Il fait froid et décide de
réchauffer sa chemise dans la cheminée. L’air
chaud la fait s’élever au-dessus du foyer. Il répète
l’expérience avec un petit parallélépipède de
taffetas (tissu de soie) ; cet embryon d’aérostat
s’élève jusqu’au plafond. Joseph écrit à son frère resté à Annonay : « Prépare
des provisions de taffetas, de cordage et tu verras une des choses les plus
étonnantes du monde. »
2. Les premières expériences :
Toute la famille Montgolfier réunit ses efforts pour
construire les premiers ballons. Le 14 décembre 1782,
une première expérience privée, en extérieur, réunit
maîtres et compagnons dans les jardins de la
manufacture. Le temps est calme, les assistants
alimentent un feu de paille mouillée et de laine
finement hachée.
C’est à Annonay qu’a lieu la première expérience
officielle, le 4 juin 1783. Entre deux mâts, gît une
immense enveloppe que huit hommes maintiennent
au-dessus d’un feu de paille et de laine, auquel on
ajoute de vieilles
chaussures. Pour la première
fois au monde, un ballon gonflé à l’air chaud, s’élève
dans le ciel. Il n'emporte aucun passager. En 10
minutes il monte à 1 000 mètres de haut, avant de
retomber dans une vigne à 3 km de son point de
départ.
3. Des dates importantes
Le 19 septembre 1783 , les frères Montgolfier
procèdent à l’envol d’une montgolfière avec, à son
bord, trois animaux domestiques, un coq, un canard
et un mouton. Pourquoi un mouton ? Pour voir
comment peut réagir un animal dépourvu d’aile et

C. Huby, Lecture et expression au CE 270


qui, par conséquent n’est pas destiné à voler. Ces premiers passagers de
l’espace s’élèvent à une altitude de 600 mètres et se posent près de Versailles.
Plusieurs spectateurs se précipitent vers le point de chute où ils constatent
que la cage s’est ouverte en heurtant une branche, libérant les animaux qu’elle
contient. Le mouton et le canard ne semblent pas avoir souffert de leur
équipée. Seul le coq a une aile écorchée, mais sans doute a-t-il reçu un coup
de patte du mouton. Les trois animaux deviennent les héros du jour. Sur ordre
du roi, le mouton est placé dans la ménagerie de la reine.
Le 21 novembre 1783, Pilâtre de Rozier et le
Marquis d’Arlandes montent à bord d’une
montgolfière pour le premier vol humain de
l’histoire. L’envol se fait au château de la Muette.
Trois cents personnes viennent y assister. Les
cordes libèrent le ballon. Les nouveaux
conquérants de l’espace saluent la foule avec leurs
chapeaux. Le foyer dévore le combustible avec une
extraordinaire rapidité. La Muette est déjà loin, la
montgolfière survole la Visitation de Chaillot, suit
le lit de la Seine.
Pilâtre réussit son atterrissage sur la Butte-
aux-Cailles, non loin de l’actuelle place d’Italie. Le
ballon des Montgolfier a emmené, en toute sécurité, les premiers passagers de
l’air.
4. La folie des ballons
Les événements de 1783 déclenchent
une folie des ballons, la mode « aux
ballons » : petites boîtes et tabatières,
éventails, meubles, pendules, baromètres,
lustres, jeux, faïences et porcelaines,
gravures, pendules, baromètres, lustres,
bougeoirs, bijoux et objets précieux sont
décorés avec des aérostats.
Dans la mode vestimentaire on trouve
robes et manches ballons. Des chansons sont consacrées aux ballons.
Cette mode se maintient fortement jusqu’en 1785. A partir de 1785 le ballon
passe de mode. Il ne fait plus sensation et il a un peu déçu par son utilité
limitée. D’autres préoccupations accaparent l’attention, en particulier les idées
révolutionnaires.
(d'après le site de la mairie d'Annonay)

C. Huby, Lecture et expression au CE 271


En préparant la fête (1)

1. L'année scolaire est presque finie. Les élèves de M. Derien ont bien travaillé
et ils sont fiers de tout ce qu'ils savent désormais. Bientôt, toute l'école fêtera
le début des vacances. Pour cela, chaque classe a organisé une animation sur
le thème des voyages. L'exposition s'intitulera « Une Terre pour sept milliards
et demi d'êtres humains ».
Aujourd'hui, dans la classe, tout en mettant une dernière touche à leurs
réalisations, les élèves papotent tranquillement.
2. « Moi, je sais ce qu'ils font, les grands du CM2. C'est facile, ma cousine
Gabrielle m'a tout raconté !
— Moi aussi, je le sais ! Mon frère nous casse assez les oreilles avec ça, à
la maison, tous les soirs… Et Jules Verne par ci, et Passepartout par là ! Phinéas
Fogle... Phinéas Fogle…
— Philéas Fogg, Jérémy. Le héros du roman de Jules Verne « Le Tour du
monde en quatre-vingts jours » se nomme Philéas Fogg.
— Oui, excusez-moi, Monsieur. Je me trompe toujours…
3. — Et alors, que font-ils, les grands, avec ce livre ? Ils l'ont lu… et puis ?
— Et puis, ils vont nous le raconter. Ils en liront des passages, en joueront
d'autres comme une pièce de théâtre et nous présenteront un planisphère avec
les moyens de transport que Philéas Fogg, le héros, utilise pour gagner son
pari.
— Quel pari ?
— Faire le tour du monde en quatre-vingts jours, tiens ! Puisque c'est le

C. Huby, Lecture et expression au CE 272


titre du livre !
— Ah oui, je suis bête. Excusez-moi. Enfin, pas bête… étourdi.
4. — Ça devrait être intéressant, je trouve. Et ceux du CM1, Vassili, tu sais,
toi ?
— Eh oui, je sais, ma sœur Ivana me l'a dit. Ils vont nous parler des grandes
migrations...
— Des oiseaux migrateurs ?
— Eh, ne me coupe pas la parole ! Des êtres humains migrateurs ! Depuis
la Préhistoire.
— Ah ? La Préhistoire ? Comme dans « La Guerre du Feu », le texte qu'on
avait lu dans le livre de lecture ? Ça fait peur, ce truc… Vous aviez aimé, vous ?
Pas moi, hein…

Nous nous entraînons


• Nous expliquons :
désormais (adv.) : à partir de maintenant, dorénavant.
s'intituler (v.) : se nommer, s'appeler.
planisphère (n. m.) : carte portant une représentation à plat du globe terrestre.
migration (n. f.) : déplacement de population d'un pays à un autre.
• Nous réfléchissons :
- Cherchons ensemble quelques renseignements sur Jules Verne et son œuvre.
Comment qualifierions nous ses romans : romans historiques ? d'aventure ?
de science-fiction ?
- Observons un globe et un planisphère. Que remarquons-nous ? Cherchons
l'endroit où nous sommes actuellement, les pays que nous avons visités ou
habités.
- Avons-nous entendu parler de migrations de populations humaines ?
d'oiseaux ? d'autres animaux ?
- Repassons rapidement les pages de notre livre et cherchons les textes que
nous avons préférés ainsi que ceux qui ne nous ont pas vraiment plu.
- Pourquoi donnons-nous des réponses différentes ? Quel rapport cela pourrait-
il avoir avec le titre de l'exposition ?
- Si notre classe participait à l'exposition, que pourrions-nous préparer pour
nos camarades des autres classes ?

• Colorions un planisphère, écrivons les noms des océans et des


continents ainsi qu'une phrase de définition.

C. Huby, Lecture et expression au CE 273


En préparant la fête (2)
1. « Moi non plus, je n'avais pas trop aimé parce que …
— Eh ! Ne changez pas de sujet ! Nous parlons de la fête. D'abord, nous en
avons déjà parlé des lectures qui font peur.
— Oui, comme dans…
— Ah non, hein, ça ne va pas recommencer ! Il faut rester dans le sujet des
CM1 ! Alors, Vassili, raconte !
— Donc, ils ont fait un planisphère aussi, et ils ont tracé des flèches de
couleur, avec des dates, des dessins, des inventions qu'ils ont apportées avec
eux, des plantes aussi… Là, je n'ai pas trop compris pourquoi.
2. — Si, c'est facile. Quand tu arrives dans une autre région de la Terre, il ne
pousse pas toujours les mêmes plantes. Alors, en arrivant, les êtres humains
essaient si elles sont bonnes à manger ou alors à se guérir d'une maladie… des
choses comme ça. Et puis, ils font des échanges avec les populations locales,
quand il y en a. Ils s'apprennent des choses mutuellement.
— Ah oui ! Alors, c'est intéressant. Ma sœur m'a dit aussi qu'ils
échangeaient des légendes, des musiques, des instruments, des chants, des
danses… Même que c'est pour ça que le jazz et le rock existent.
— Ah oui, c'est vrai ! Regarde, la musique des Gitans. Ils l'ont emportée
tout autour de la terre…
— Dans un wagon doré !
3. — Mais non, tu es bête ! Euh, enfin… tu es… rigolo ; excuse-moi. Et les
CE2 ?… Euh, les enfants du CE2, je veux dire.
— Ils m'ont dit à la cantine qu'ils étaient restés en Europe. Ils ont fait une
très grande carte et un jeu de questions avec des drapeaux, des monuments,
des héros de la littérature, des plats nationaux et des costumes traditionnels
de chacun des pays.
— Et des musiques, et des danses, et des chants.
— Oui. Mais ça, ce n'est pas pour le jeu de piste.
4. — Ça m'inquiète, moi, tout ça. C'est trop formidable, ce que les autres ont
fait. Du coup, ils vont se moquer de notre animation, peut-être… Ils ne vont
pas dire qu'elle est trop « bébé », M. Derien ?
— Et pourquoi diraient-ils cela, dis-moi ?
— Parce que les jeux d'enfants et les comptines, c'est pour les petits, non ?
— Je ne suis pas d'accord ! C'est normal que les enfants jouent et
s'amusent !
— Oui, je suis d'accord avec Malo ! Les enfants qui travaillaient, l'autre fois,
dans le livre de lecture, j'ai détesté ça. C'est affreux, je trouve.
5. — Je suis d'accord. J'en ai rêvé la nuit, moi. Je préfère les enfants qui jouent

C. Huby, Lecture et expression au CE 274


à l'awalé, à la marelle, aux fils tendus, aux cerfs-volants et qui chantent des
comptines pour savoir qui sera le loup. C'est quand même plus normal.
— Bon d'accord. Personne ne se moquera de nous, alors. Et les petits ?
Ceux du CP ?
6. — Ceux du CP parleront des animaux.
— Des animaux ? Mais le titre, c'est « Sept milliards et demi d'êtres
humains », pas d'animaux !
— Si tu m'avais laissé finir, tu saurais… Ils ont fabriqué des fermes du monde
entier avec des petits animaux en pâte à sel. J'ai tout vu l'autre jour quand je
suis allé leur apporter le chronomètre, l'horloge et les sabliers ; c'est très joli !
Il y a des petits lamas, des vaches à grandes cornes, des cochons noirs avec
un gros ventre, des…
7. — Ah oui ! Ça ne m'étonne pas de Mme Sylvie ; elle aime beaucoup les
animaux. Vous vous souvenez de notre visite au zoo, avec les hiboux qui
hululaient et que nous avions pris pour des loups ?
— Oui, oui, je m'en souviens ! C'était bien le CP… Et le CE1 aussi. Et le CE2,
ça va être formidable, je pense.
— Moi, je ne sais pas si mon CE2 sera formidable, mais ce que je sais, c'est
que notre fête le sera vraiment.
— Oui. Nous allons visiter la Terre sans bouger… Comme ça, immobiles.
Tiens, j'ai une idée, M. Derien ! Si nous changions le titre de l'exposition ? Nous
pourrions l'appeler « Voyages immobiles »…

Nous nous entraînons


• Nous expliquons :
local (adj.) : particulier à un lieu, une région, un pays.
mutuellement (adv.) : l'un l'autre ; en retour ; réciproquement.
Gitan (n. m.) : nom propre donné en Espagne aux membres d'une population
nomade d'Europe ; on dit aussi Rom, Bohémien ou encore Tzigane.
migration (n. f.) : déplacement de population d'un pays à un autre.
• Nous réfléchissons :
- Dans ce texte, nous voyons souvent des points de suspension. Recherchons-
les et expliquons leur rôle dans chacune des phrases qu'ils ponctuent.
- Discutons : Que pensons-nous du titre proposé par l'élève de M. Derien ?
Nous plaît-il ? Pourquoi ? Selon nous, sera-t-il préféré à celui qui avait été
choisi précédemment ?

C. Huby, Lecture et expression au CE 275


Voyages immobiles en poésies

Le petit Lapon Départ

Je n'ai jamais vu de lama, L’horizon s’incline


Les jours sont plus longs
De tamanoir ni de puma.
Voyage
Je n'ai pas été à Lima, Un cœur saute dans une cage
Ni à Fez, ni à Panama. Un oiseau chante
Je ne possède ni trois-mâts, Il va mourir
Ni charrette, ni cinéma. Une autre porte va s’ouvrir
Au fond du couloir
Je ne suis qu'un petit Lapon,
Où s’allume
Qui sculpte de petits oursons. Une étoile
Avec un os, dans un glaçon. Une femme brune
La lanterne du train qui part
Maurice Carême
Paul Reverdy

Le Relais

En voyage, on s’arrête, on descend de voiture ;


Puis entre deux maisons on passe à l’aventure,
Des chevaux, de la route et des fouets étourdi,
L’œil fatigué de voir et le corps engourdi.

Et voici tout à coup, silencieuse et verte,


Une vallée humide et de lilas couverte,
Un ruisseau qui murmure entre les peupliers,
Et la route et le bruit sont bien vite oubliés !

On se couche dans l’herbe et l’on s’écoute vivre,


De l’odeur du foin vert à loisir on s’enivre,
Et sans penser à rien on regarde les cieux…
Hélas ! une voix crie : « En voiture, messieurs ! »

Gérard de Nerval

C. Huby, Lecture et expression au CE 276


Regards

— Comme ils se trouvaient en Champagne


— Leur esprit battit la campagne.
— Puis par Tonnerre, Auxerre, Lichères
— Jusqu’en Avallon ils allèrent.
— On est bien, sur cette terrasse de Vézelay.
— Description dans tous les guides et pensum à l’École des Beaux-Arts.
— Un peu encombrée d’ordures, la terrasse sauf vot’respect M’sieur le Maire.
— Alors la prochaine étape : Dijon ?
— Mais non : Bourges, pour rejoindre la vallée de la Creuse.
— Nous passerons la Loire à Cosne ?
— Pourquoi pas à Gien ? […] À moins que ça ne soit à Montargis ?
— Pendant que nous y sommes, nous pourrions aller passer la Loire à Orléans.
Valéry Larbaud

Sonnet

Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage,


Ou comme celui-là qui conquit la toison,
Et puis est retourné, plein d'usage et raison,
Vivre entre ses parents le reste de son âge !

Quand reverrai-je, hélas, de mon petit village


Fumer la cheminée, et en quelle saison
Reverrai-je le clos de ma pauvre maison,
Qui m'est une province, et beaucoup davantage ?

Plus me plaît le séjour qu'ont bâti mes aïeux,


Que des palais Romains le front audacieux,
Plus que le marbre dur me plaît l'ardoise fine,

Plus mon Loir gaulois, que le Tibre latin,


Plus mon petit Liré, que le mont Palatin,
Et plus que l'air marin la douceur angevine.

Joachim Du Bellay

C. Huby, Lecture et expression au CE 277


En visitant l'exposition (1)
CM2 : Le Tour du Monde en 80 jours (1)

Auteur : Jules Verne


Genre : roman d’aventures, récit de voyages
Résumé
1. L’histoire débute à Londres, le 2 octobre 1872. Phileas Fogg est un riche
célibataire, aux habitudes très régulières. Au Reform Club, il est pris dans une
discussion entre amis au sujet d’un article paru dans le journal Morning-
Chronicle.
Cet article affirme qu’avec l’ouverture d’une nouvelle section de chemin de
fer en Inde, il est désormais possible d’accomplir le tour du monde en 80 jours,
selon l’itinéraire suivant :
1) De Londres à Suez (rails et paquebot) : 7 jours
2) De Suez à Bombay (paquebot) : 13 jours
3) De Bombay à Calcutta (rails) : 3 jours
4) De Calcutta à Hong Kong (paquebot) : 13 jours
5) De Hong Kong à Yokohama (paquebot) : 6 jours
6) De Yokohama à San Francisco (paquebot) : 22 jours
7) De San Francisco à New York (rails) : 7 jours
8) De New York à Liverpool (paquebot) : 8 jours 18 heures
9) De Liverpool à Londres (rails) : 6 heures
Total : 80 jours
2. Phileas Fogg parie une très grosse somme (20 000 livres) avec ses amis
qu’il réussira à achever ce tour du monde en 80 jours.
Il part immédiatement, en emmenant Jean Passepartout, son nouveau valet
de chambre, un Français, très honnête et parfois comique parce qu'il a
C. Huby, Lecture et expression au CE 278
travaillé dans un cirque. C'est un homme curieux qui n'a peur ni de l'inconnu,
ni de l'imprévu.
Tous deux quittent Londres à 20 h 45 le 2 octobre. Phileas Fogg doit donc
être de retour à son club au plus tard à la même heure, quatre-vingts jours
après, soit le 21 décembre 1872 à 20 h 45, heure locale.
3. Phileas Fogg est un maniaque de l’heure, qui aime agir de façon exacte et
précise. Pour lui, « l’imprévu n’existe pas ». Mais le voyage va être semé
d’embûches et de contretemps, en partie à cause du détective Fix, le rival de
Monsieur Fogg.
Ce détective est persuadé que Fogg est le voleur de la « Bank of England »
et il le suit dans tous les destinations cherchant à ne le pas perdre de vue de
façon à pouvoir l'arrêter et gagner la récompense promise.

4. Passepartout, le bien-nommé, va sauver la situation à plusieurs reprises.


Un jour, en Inde, alors qu'ils traversent à dos d'éléphant une contrée des
plus sauvages, en pleine forêt, ils rencontrent un fort groupe d'Hindous. Ceux-
ci conduisent au bûcher une jeune et belle veuve qui doit être, suivant la
coutume, brûlée vive en même temps que le corps de son mari. Philéas Fogg,
ému de pitié, décide de tout tenter pour la sauver.

5. Mais il ne sait que faire car la pauvre victime est enfermée dans un temple
pour la nuit et surveillée par de nombreux gardes. Ils essaient de pénétrer
dans le temple pour la sauver mais n'y parviennent pas assez vite.
Philéas Fogg est désespéré mais, au moment où la jeune femme va être
sacrifiée, une chose extraordinaire se produit…

C. Huby, Lecture et expression au CE 279


Le Tour du Monde en 80 jours (2)

Extrait
1. La foule s’ébranla. Philéas Fogg et ses compagnons, se mêlant aux derniers
rangs, suivirent.
Deux minutes après, ils arrivaient sur le bord de la rivière et s'arrêtaient à
moins de cinquante pas du bûcher, sur lequel était couché le corps du rajah.
Dans la demi-obscurité, ils virent la victime, absolument inerte, étendue
auprès du cadavre de son époux.
Puis une torche fut approchée, et le bois, imprégné d'huile, s'enflamma
aussitôt.
2. À ce moment, sir Francis Cromarty et le guide retinrent Philéas Fogg qui,
dans un moment de folie généreuse, s’élançait vers le bûcher.
Mais Philéas Fogg les avait déjà repoussés, quand la scène changea soudain.
Un cri de terreur s'éleva. Toute cette foule se précipita à terre, épouvantée.
Le vieux rajah n'était donc pas mort, qu'on le vit se redresser tout à coup
comme un fantôme, soulever la jeune femme dans ses bras, descendre du
bûcher au milieu des tourbillons de vapeurs ?
3. Les fakirs, les gardes, pris d'une terreur subite, étaient là, face à terre,
n'osant lever les yeux et regarder un tel prodige !
La victime inanimée passa entre les bras vigoureux qui la portaient, et sans
qu'elle parût leur peser.
Le ressuscité arriva ainsi près de l'endroit où se tenaient Mr. Fogg et sir
Francis Cromarty, et là, d'une voix brève : « Filons !... », dit-il.

4. C'était Passepartout lui-même, qui s'était glissé vers le bûcher au milieu de

C. Huby, Lecture et expression au CE 280


la fumée épaisse ! C'était Passepartout qui, profitant de l'obscurité profonde
encore, avait arraché la jeune femme à la mort ! C'était Passepartout qui,
jouant son rôle avec un audacieux bonheur, passait au milieu de l'épouvante
générale !
Un instant après, tous quatre disparaissaient dans le bois, et l'éléphant les
emportait d'un trot rapide. En quelques minutes, ils se trouvaient hors de la
portée des balles et des flèches.

Résumé
5. Philéas continue son voyage, accompagné de Mme Aouda, la jeune princesse
indienne que Passepartout a sauvée. Elle accompagne Fogg pour trouver un
parent en Europe et pour échapper aux bourreaux.
Il passe en Amérique où son train est attaqué par les Peaux-Rouges.
Pendant la traversée de l'Océan Atlantique, lors de son retour vers l'Europe,
son bateau sombre.
Heureusement, chaque fois, Passepartout le tire d'affaire.
Philéas Fogg rejoint enfin l'Angleterre, où il va épouser Mme Aouda. Après
encore bien des aventures, il arrive à Londres à l'endroit fixé, à la date promise,
juste au moment où l'horloge sonne neuf heures !
Il a gagné son pari !

C. Huby, Lecture et expression au CE 281


En visitant l'exposition (2)
CE1 : Réalise ton awalé
L'awalé est un jeu très populaire
en Afrique. C'est un jeu de réflexion
et de stratégie qui se joue à deux,
mais on peut aussi faire plusieurs
équipes et organiser des tournois.
En général, l'awalé est en bois mais
nous pouvons facilement le
fabriquer nous-mêmes avec des
matériaux de récupération.

Matériel :
- 1 boîte d’œufs à 12 compartiments
- 48 graines, haricots rouges ou cailloux

Règle du jeu :

• Le but du jeu est de récupérer le plus de graines possible.

• Les joueurs sont face à face, la rangée de 6 cases devant eux leur
appartient.

• Il y a 4 graines dans chaque case et on tire au sort le joueur qui


commence.

• Les joueurs, à tour de rôle, prennent les graines dans une case de leur

C. Huby, Lecture et expression au CE 282


propre rangée et les distribuent, une à une, dans les cases voisines,
dans le sens inverse des aiguilles d'une montre.

• Quand la dernière graine distribuée tombe dans une case adverse qui
en contient déjà 1 ou 2 (le total est donc de 2 ou 3), le joueur remporte
alors les graines de cette dernière case et les place sur le côté.

• Si, en distribuant les graines, la case précédente a le même nombre


de graines, le joueur les gagne aussi.

• La partie s'arrête quand l'un des joueurs a vidé sa rangée et que son
adversaire ne peut plus l'alimenter.

• Le gagnant est donc celui qui a récupéré le plus de graines.

C. Huby, Lecture et expression au CE 283


Le voyage du canard (1)
Delphine et Marinette sont deux petites filles vivant dans une ferme avec
leurs parents et des animaux doués de parole. Les fillettes et les animaux
s'opposent souvent aux parents qui ne font pas de sentiments et veulent que
tous, animaux comme êtres humains, se rendent utiles.
1. À plat ventre dans le pré, Delphine et
Marinette étudiaient leur géographie dans le
même livre, et il y avait un canard qui allongeait
le cou entre leurs deux têtes pour regarder les
cartes et les images. C'était un joli canard. Il
avait la tête et le col bleus, le jabot couleur de
rouille et les ailes rayées bleu et blanc. Comme
il ne savait pas lire, les petites lui expliquaient
les images et lui parlaient des pays dont le nom
était marqué sur les cartes.
2. — Voilà la Chine, dit Marinette. C'est un pays
où tout le monde a la tête jaune et les yeux
bridés.
— Les canards aussi ? demanda le canard.
— Bien sûr. Le livre n'en parle pas, mais ça
va de soi.
— Ah ! la géographie est quand même une belle chose… mais ce qui doit
être plus beau encore, c'est de voyager. Moi, je me sens une envie de voyager,
si vous saviez…
3. Marinette se mit à rire et Delphine dit :
— Mais, canard, tu es trop petit pour voyager.
— Je suis petit, c'est entendu, mais je suis malin.
— Et puis, si tu voyageais, tu serais obligé de nous quitter. Est-ce que tu
n'es pas heureux avec nous ?
— Oh ! si, répondit le canard. Il n'y a personne que j'aime autant que vous.
4. Il frotta sa tête contre celle des deux petites et repris en baissant la voix :
— Par exemple, je n'en dirai pas autant de vos parents. Oh ! ne croyez pas
que je veuille en dire du mal. Je ne suis pas si mal élevé. Mais ce qui me fait
peur, voyez-vous, ce sont leurs caprices. Tenez, je pense à ce pauvre cheval.
Les petites hochèrent la tête et, en soupirant, regardèrent le vieux cheval
qui broutait au milieu du pré. Quand il vit qu'on s'intéressait à lui, il vint vers
ses amis.
— Vous étiez en train de parler de moi ?
5. — Oui, justement, répondit Delphine. On disait que depuis quelque temps,

C. Huby, Lecture et expression au CE 284


tu avais bonne mine.
— Vous êtes bien gentils tous les trois, dit le vieux cheval, et je voudrais
vous croire. Malheureusement, les maîtres ne sont pas de votre avis. Ils disent
que je suis trop vieux et que je ne gagne même plus ma nourriture.
— Mais non, protesta le canard. Tu te fais des idées, je t'assure.
— La preuve en est que ce matin, les maîtres voulaient me vendre à la
boucherie.
— Je voudrais bien faire quelque chose pour toi, soupira le canard.
6. Dans ce moment-là, les parents arrivèrent sur le pré et se mirent à crier :
— Voyez-moi cette vieille rosse qui fait son intéressant ! Ce n'est pas pour
bavarder qu'on t'a lâché dans le pré mais pour brouter une herbe qui ne coûte
rien. Ce que tu manges là est toujours autant qu'on ne prend pas au grenier.
Ils avisèrent alors le canard :
— Voilà un canard qui se porte joliment bien, dirent-ils. On voit qu'il n'a pas
jeûné. Vraiment, il fait plaisir à regarder. Ça fait penser que l'oncle Alfred vient
déjeuner dimanche…
7. Là-dessus, les parents quittèrent le pré en se parlant à l'oreille. Le canard
ne comprenait pas bien le sens des paroles qu'il venait d'entendre, mais il se
sentait mal à l'aise. Marinette le prit sur les genoux et lui dit :
— Canard, tu parlais tout à l'heure d'aller en voyage…
— Oui, mais mon idée n'avait pas l'air de vous plaire, à Delphine et à toi.
— Mais si, au contraire ! s'écria Delphine. Et même, à ta place, je partirais
dès demain matin.
8. — Demain matin ! mais voyons… voyons…
Le canard était tout agité à l'idée d'un départ aussi prompt. Il soulevait ses
ailes, sautait sur le tablier de Marinette et ne savait plus où donner de la tête.
— Mais oui, dit encore Delphine, pourquoi tarder à partir ? Quand on fait
des projets, il faut les réaliser sans attendre. Autrement, tu sais ce que c'est,
on en parle, les choses traînent pendant des mois, et un beau jour, on n'en
parle plus.

C. Huby, Lecture et expression au CE 285


Le voyage du canard (2)
1. Ça, c'est bien vrai, dit le canard.
Décidé au voyage, il passa le reste de la
journée en compagnie des deux petits à
apprendre la géographie à fond. Les fleuves,
les rivières, les villes, les océans, les
montagnes, les routes, les chemins de fer, il
sut tout par cœur. En allant se coucher, il avait
très mal à la tête et n'arrivait pas à trouver le
sommeil. Au moment de s'endormir, il
songeait : « L'Uruguay, capitale ?… Mon Dieu,
j'ai oublié la capitale de l'Uruguay... »
Heureusement, à partir de minuit, il eut un
bon sommeil tranquille et la première heure du
jour le trouva dispos.
Vassili Kandinsky – Sans titre (1944)
2. Toutes les bêtes de la ferme étaient réunies
dans la cour pour assister à son départ.
— Adieu, canard, et ne sois pas trop longtemps, disaient la poule, le cochon,
le cheval, la vache et le mouton.
— Adieu et ne nous oublie pas, disaient le bœuf, le chat, le veau, le dindon.
— Bon voyage, disaient toutes les bêtes.
Et il y en avait plus d'une qui pleurait, par exemple le vieux cheval, en pensant
qu'il ne reverrait plus son ami
3. Le canard partit d'un bon pas sans se retourner et, comme la terre est ronde,
il se retrouva au bout de trois mois à son point de départ. Mais il n'était pas
seul. Qui l'accompagnait, il y avait une belle panthère à la robe tachetée de
noir et aux yeux dorés. Justement Delphine et Marinette passaient dans la cour.
À la vue du fauve, elles furent d'abord très effrayées, mais la présence du
canard les rassura aussitôt.
4. — Bonjour, les petits ! cria le canard. J'ai fait un bien beau voyage, vous
savez. Mais je vous raconterai plus tard. Vous voyez, je ne suis pas seul. Je
rentre avec mon amie la panthère.
La panthère salua les deux petites et dit d'une voix aimable :
— Le canard m'a bien souvent parlé de vous. C'est comme si je vous
connaissais déjà.
— Voilà ce qui s’est passé, expliqua le canard. En traversant les Indes, je
me suis trouvé un soir en face de la panthère. Et figurez-vous qu'elle voulait
me manger…

C. Huby, Lecture et expression au CE 286


5. — C'est pourtant vrai, soupira la panthère en baissant la tête.
— Mais moi, je n'ai pas perdu mon sang-froid comme bien des canards
auraient fait à ma place. Je lui ai dit : « Toi qui veux me manger, sais-tu
seulement comment s'appelle ton pays ! » Naturellement, elle n'en savait rien.
Alors je lui ai appris qu'elle vivait aux Indes, dans la province du Bengale. Je
lui ai dit les fleuves, les villes, les montagnes, je lui ai parlé d'autres pays… Elle
voulait tout savoir, si bien que la nuit entière, je l'ai passée à répondre à ses
questions.
6. Au matin, nous étions déjà deux amis et depuis, nous ne nous sommes plus
quittés d'un pas. Mais, par exemple, vous pouvez compter que je lui ai fait la
morale sérieusement !
— J'en avais besoin, reconnut la panthère. Que voulez-vous, quand on ne
sait pas la géographie…
— Et notre pays, comment le trouvez-vous ? demanda Marinette.
— Il est bien agréable, dit la panthère, je suis sûre que je m'y plairai.
7. Ah ! j'étais pressée d'arriver, après tout ce que m'avait dit le canard des
deux petites et de toutes les bêtes de la ferme… Et à propos, comment se porte
notre bon vieux cheval ?
À cette question, les deux petites se mirent à renifler et Delphine raconta
en pleurant :
— Nos parents n'ont même pas attendu la foire de septembre. À midi, ils
ont décidé de le vendre et demain matin, on vient le chercher pour la
boucherie…
— Par exemple ! gronda la panthère.
8. — Marinette a pris la défense du cheval, moi aussi,
mais rien n'y a fait. Ils nous ont grondées et privées de
dessert pour une semaine.
— C'est trop fort ! Et où sont-ils, vos parents ?
— Dans la cuisine.
— Eh bien ! ils vont voir… mais surtout n'ayez pas
peur, petites.
La panthère allongea son cou et, la tête haute, la
gueule grande ouverte, fit entendre un terrible
miaulement. Le canard en était tout fier, et en regardant
les petites, il ne pouvait pas s'empêcher de se rengorger.
(d'après Marcel Aymé, Les Contes Bleus du Chat Perché, 1934 à
1946)

C. Huby, Lecture et expression au CE 287


En visitant l'exposition (3)

CE2 : Recette du strudel à la tchèque


Ingrédients Préparation
Pour la pâte : Pâte :
- 500 g de farine 1. Mélanger la farine, l’œuf, le sucre en poudre, le
- 25 g de beurre sel, le beurre et la moitié de l'eau tiède pour former
- 1 œuf une pâte molle.
- 1 c. à soupe de sucre 2. Faire une boule avec la pâte et la badigeonner de
- 1 pincée de sel beurre fondu pour éviter qu'elle sèche.
- 5 cL d'eau tiède 3. Couvrir d'un linge et laisser reposer 30 minutes.

Pour la garniture : Garniture :


- 750 g de pommes 4. Mettre les raisins dans un bol rempli d'eau pendant
- 75 g de sucre 20 minutes. Égoutter et laisser de côté.
- 50 g de beurre 5. Peler, évider et couper les pommes en lamelles
- 50 g de raisins secs fines. Les arroser de jus de citron.
- le jus d'un citron 6. Faire fondre le beurre dans une casserole et faire
- 3 c. à soupe de cha- griller la chapelure à feu moyen quelques minutes
pelure dans une poêle.
- 1 c. à soupe de can-
Assemblage et cuisson :
nelle
7. Préchauffer le four (180°).
- sucre glace
8. Étaler la pâte au rouleau en formant un rectan-
Préparation : gle.
45 min. 9. Mélanger les pommes, les raisins secs, la
chapelure, le sucre et la cannelle et étaler ce
mélange sur la pâte.

C. Huby, Lecture et expression au CE 288


10. Rouler la pâte en enfermant la garniture à
l'intérieur. Fermer les extrémités du strudel en les
pressant pour souder la pâte.
11. Poser le strudel sur une plaque à four couverte
de papier sulfurisé. Le badigeonner de beurre fondu.
12. Faire cuire 1 heure puis saupoudrer de sucre
glace. Servir chaud ou froid.

Copie d'écran Wikimini

C. Huby, Lecture et expression au CE 289


En visitant l'exposition (4)
CM1 : Vers l'Ouest (1)
La série de romans La petite maison dans la Prairie constitue les
souvenirs authentiques de Laura, tels qu'elle les a racontés bien des années
plus tard. Ces souvenirs décrivent la vie de pionnier de la famille Ingalls dans
la jeune Amérique de la période allant de 1870 à 1890.
1. Il y a très longtemps, quand tous
les grands-pères et toutes les grands-
mères n'étaient que des petits
garçons ou des petites filles, ou même
de très petits bébés, s'ils étaient déjà
nés, Papa, Maman, Marie, Laura et
Bébé Carrie quittèrent la petite
maison où ils vivaient dans les Grands
Bois du Wisconsin.
Ils montèrent dans un chariot
bâché et abandonnèrent cette demeure, désormais solitaire et vide, au cœur
de sa clairière cernée par les grands arbres. Ils ne devaient plus jamais revoir
cette petite maison.
2. Ils s'en allaient vivre au loin, en pays indien.
Papa disait qu'il y avait trop de gens, dans les Grands Bois, à présent. Laura,
pour sa part, entendait souvent résonner le bruit sourd d'une hache qui n'était
pas celle de Papa ou l'écho d'un coup de fusil qui n'était pas le sien. Le sentier
qui longeait la petite maison était devenu une large piste. Chaque jour ou
presque, Laura et Marie s'arrêtaient de jouer et regardaient, surprises, un
chariot y passer lentement en grinçant.
3. Les animaux sauvages ne voulaient plus rester dans un pays où il y avait
tant d'hommes. Papa n'avait pas envie d'y rester, lui non plus. Ce qui lui
plaisait, c'était une contrée où le gibier vivait sans avoir tout à redouter. Il
aimait apercevoir les petits faons et leurs mères, qui le suivaient des yeux dans
l'ombre des bois, ou les gros ours paresseux qui se régalaient de baies
sauvages.
4. Durant les longues soirées d'hiver, il évoquait, pour Maman, les régions de
l'Ouest. Là-bas se déroulaient d'immenses plaines et il n'y avait pas d'arbres.
L'herbe y poussait haute et drue. Les animaux sauvages les parcouraient en
tous sens et s'y nourrissaient comme s'ils se trouvaient dans un pâturage dont
l’œil de l'homme ne pouvait pas distinguer les limites ; et il n'y avait pas de
fermiers. Seuls les Indiens y vivaient.
5. Un beau jour, tout à la fin de l'hiver, Papa déclara à Maman :

C. Huby, Lecture et expression au CE 290


— Comme tu ne t'y opposes pas, j'ai décidé de partir dans l'Ouest. On m'a
fait une offre intéressante pour cette maison et nous en obtiendrons autant
maintenant que nous ne pourrons jamais l'espérer. Cela nous permettra de
repartir du bon pied dans une nouvelle région.
— Oh, Charles, dit Maman, faut-il que nous partions déjà ?
Il faisait encore bien froid et la chaude petite maison était très confortable.
— Si nous voulons partir cette année, il nous faut partir dès à présent, lui
répondit Papa. Nous ne pourrons plus franchir le Mississippi après la débâcle.

6. Voilà donc comment Papa vendit la


petite maison. Il vendit aussi la vache et
le veau. Il prépara des arceaux de noyer
et les dressa sur la caisse du chariot.
Maman l'aida à tendre la toile blanche
par-dessus.

C. Huby, Lecture et expression au CE 291


Vers l'Ouest (2)
1. Au petit matin, alors qu'il faisait encore sombre, Maman secoua doucement
Marie et Laura pour les faire lever. À la lumière du feu et de la bougie, elle fit
leur toilette, les peigna et les vêtit chaudement. Elle leur mit leurs jupons, leurs
robes et leurs longs bas de laine par-dessus leurs longs sous-vêtements de
flanelle rouge. Elle leur enfila leurs manteaux, leurs bonnets de peau de lapin
et leurs mitaines de laine rouge.
Tous les objets de la petite maison avaient été empilés dans le chariot, à
l'exception des lits, des tables et des chaises. Ils n'avaient pas besoin de les
emporter, car Papa leur en
fabriquerait d'autres à l'arrivée.
2. Le sol était couvert d'une mince
couche de neige. Il faisait froid et
noir, mais il n'y avait pas de vent.
Les silhouettes des arbres dénudés
se dessinaient avec netteté sous
les étoiles, plus brillantes dans l'air
glacé.
À l'est pourtant, le ciel pâlissait,
et par les bois gris, on voyait approcher les lanternes, puis chariots et les
chevaux de Grand-Père, Grand-Mère, des tantes, des oncles et des cousins.
3. Marie et Laura, qui serraient contre leur cœur leurs poupées de chiffons, ne
dirent mot. Les cousins les entourèrent et se contentèrent de les dévisager.
Grand-Mère et toutes les tantes les prirent dans leurs bras, les embrassèrent,
les étreignirent, puis les embrassèrent à nouveau pour leur dire au revoir.
Papa suspendit son fusil aux arceaux du chariot, sous la bâche, là où il lui
serait facile de l'atteindre rapidement quand il serait sur le siège. Il suspendit
son sac à balles et sa corne de poudre au-dessous. Il déposa avec précaution
la boîte à violon entre les coussins pour protéger l'instrument des cahots.
4. Les oncles l'aidèrent à atteler les chevaux. On ordonna à tous les cousins
d'embrasser Marie et Laura, aussi s'exécutèrent-ils. Papa prit Marie, puis Laura
dans ses bras et les déposa sur le lit, à l'arrière du chariot. Il aida Maman à
grimper sur le siège et Grand-Maman lui tendit Bébé Carrie. Papa se hissa à
son tour et prit place à côté de Maman. Jack, le bouledogue tacheté, alla
prendre place sous le chariot.
5. C'est ainsi qu'ils abandonnèrent la petite maison de rondins. Les volets,
posés sur les fenêtres, empêchèrent la petite maison de les regarder partir.
Elle demeura là, entourée de sa palissade, derrière les deux grands chênes qui,

C. Huby, Lecture et expression au CE 292


l'été, avaient offert à Marie et à Laura les toits verts sous lesquels elles avaient
joué. Puis ils dirent adieu à la petite maison.
6. Ils roulèrent longtemps dans les bois enneigés avant d'atteindre la ville de
Pépin. Marie et Laura y étaient déjà venues une fois, mais la ville leur parut
avoir un aspect très différent, ce jour-là. La porte du magasin et celles de
toutes les maisons étaient closes, les barrières étaient couvertes de neige et
les petits enfants ne jouaient plus dehors. On ne voyait que deux ou trois
hommes, bottés, coiffés de bonnets de fourrure et vêtus de manteaux écossais
de couleurs vives.
7. Maman, Laura et Marie mangèrent du pain et de la mélasse dans le chariot ;
les chevaux, le maïs de leur musette, tandis que Papa allait échanger ses
fourrures au magasin contre tout ce dont ils auraient besoin pour le voyage.
Ils ne pouvaient rester longtemps en ville, car il leur fallait traverser le lac le
jour même.
L'immense lac s'étendait, plat, lisse et blanc jusqu'à l'horizon que bornait
un ciel gris. Les traces laissées par les chariots à la surface se poursuivaient si
loin qu'on ne pouvait deviner jusqu'où elles allaient. Elles semblaient ne finir
nulle part.
8. Papa engagea le chariot sur la glace dans les traces de ceux qui l'avaient
précédé. Les sabots des chevaux rendaient un son mat, alors que les roues
crissaient. Le bourg, derrière eux, s'amenuisa de plus en plus et la haute
bâtisse du magasin finit par n'être plus qu'un point. Il n'y eut plus autour d'eux
qu'une immense étendue où régnait le silence. Laura se sentit mal à l'aise.
Papa, pourtant, était sur le siège du chariot et Jack, au-dessous. Elle savait
que rien ne pourrait lui arriver, tant que Papa et Jack seraient là.
Au bout d'un très long temps, le chariot grimpa une rives de terre et à
nouveau, il y eut des arbres. Une petite maison en rondins se dessait au milieu
de ces arbres. Laura se sentit soulagée.
— Nous voilà de l'autre côté du Mississippi ! s'écria Papa, tout joyeux, en
étreignant Laura . Qu'est-ce que tu dis de ça, ma petite chope de cidre doux à
moitié bue ?

C. Huby, Lecture et expression au CE 293


En visitant l'exposition (5)
CP : Le harnachement du chameau

1. Le matin pâle a réveillé Hassan. Son frère Bédari est déjà debout et tous
deux se rendent vers le troupeau de chameaux qui se reposent encore. Bédari
les connaît tous. Chacun a une couleur de pelage différente. Blanc comme le
sucre, jaune comme le sable, rouge comme le feu ou gris comme le fer.
Certains même sont noirs.
Hassan est venu chercher le chameau gris tacheté de jaune pour l'amener
au campement. C'est son grand ami. Il suit Hassan d'un pas lent.
2. Tout petit auprès de ce grand animal dégingandé, Hassan doit pourtant
harnacher son chameau pour aller au marché. Il sait déjà se faire obéir. Il parle
à son chameau. Il tire sur la corde qui est attachée par un anneau à la narine
de la bête : « Assieds-toi, que je puisse monter sur ton dos ! »
Voici le moment difficile. Pour un chameau, se baisser est toute une affaire.
D'un mouvement qui n'est pas gracieux… mais est-ce sa faute si ses jambes
sont si longues ?… il s'incline sur ses pattes de devant comme s'il s'agenouillait.
Va-t-il tomber ?… Mais non, il s'affaisse sur les pattes de derrière et l'équilibre
est rétabli.
3. Les enfants ont apporté les grands sacs de cuir où se trouve le harnais. Ils
commencent par le mors, avec le petit cercle de métal qui se place sur le nez.
Le chameau se laisse faire patiemment. Il connaît chaque geste des enfants.
Il est dressé pour porter des hommes.
L'objet le plus lourd est la selle de bois, sorte de fauteuil que l'on installe

C. Huby, Lecture et expression au CE 294


sur le dos du chameau et qui tient par des sangles de cuir passées sous le
ventre de l'animal. Chaque TarguiI possède une selle, faite pour lui. Le bois est
recouvert de cuir, dont il a choisi la couleur et les dessins.
4. Le travail est terminé avec beaucoup de soin. Le père vérifie chaque nœud.
Tout est en ordre. Il peut monter sur la selle. Lorsqu'il est installé, il saisit la
tête du chameau et la tourne vers le côté. Hassan monte en croupe derrière
son père, qui lâche la tête du chameau. À ce signal, la bête se relève… Mais
attention, le coup de reins est brutal et désarçonne le cavalier non prévenu qui
se retrouve le nez dans le sable !
5. Le marché aux chameaux est un spectacle étonnant. Hassan en est chaque
fois émerveillé. Tant d'animaux réunis attendent sagement qu'un nouveau
maître vienne les chercher !…
Plus loin, les ânes sont beaucoup plus bruyants. Quel concert lorsque l'un
d'eux commence à braire…
Le marché est aussi une occasion de retrouver ses amis. Chacun raconte
ses voyages et donne des nouvelles de sa famille.
(d'après Hassan, l'enfant du désert, Dominique Darbois, F. Nathan, 1960)

I De la tribu des Touaregs.

C. Huby, Lecture et expression au CE 295


En visitant l'exposition (6)
CE1 : Un masque pour le carnaval de Venise

Matériel : Préparation :

• 2 assiettes en • Base du masque (dessin n°1) : Découper


carton une des assiettes en carton sans oublier de faire
• ciseaux, les trous pour les yeux.
agrafeuse • Nez (dessin n°2) : Avec le reste de
• 20 cm l'assiette, découper le nez, en modulant la
d'élastique longueur et la forme comme on le souhaite.
• colle liquide Plier les deux languettes de la base du nez en
• feutres, peinture, suivant les pointillés pour les agrafer sur l'envers
paillettes de la base du masque
• plumes,
fleurs, ...

• Plumes (dessin n°3) : Sur l'autre assiette, découper 8 losanges puis


les agrafer autour de la base du masque. On peut cranter le haut pour
donner un effet plus travaillé.
• Montage et décoration (dessin n° 4) : Faire des nœuds aux deux
extrémités de l'élastique et l'agrafer sur l'envers du masque en l'ajuster à
son tour de tête.
Décorer selon ses envies : peindre le fond, faire des motifs, coller des
fleurs, accrocher des plumes… pour que son masque soit le plus beau de
tout Venise !

C. Huby, Lecture et expression au CE 296


Le carnaval de Venise (Europe, Italie)
1. Le carnaval de Venise est une fête traditionnelle italienne remontant au
Moyen Âge. Apparu vers le Xe siècle, il se déroule tous les ans vers la fin du
mois de février ou au début du mois de mars. Les meilleurs masques de Venise
sont faits en papier mâché «cartapesta» et les costumes sont constitués de
plumes et de frou-frous.
2. À partir de 1269, on a considéré le carnaval comme un jour de fête (Mardi
gras). On pouvait alors porter un masque et des costumes. On portait un
masque pour qu'on ne puisse pas reconnaître les riches et les pauvres. À
Venise, le carnaval était devenu un style de vie.
Le carnaval de Venise commençait alors le 26 décembre, durait jusqu'au
Mardi Gras et atteignait son maximum le Jeudi Gras. Ce jour-là, avaient lieu
des combats de taureaux, de chiens et d'hommes.
3. Au XVIIIe siècle, le public assiste ébahi au vol dit « de l'ange » ou « du Turc
». En équilibre sur une corde tendue, le funambule escalade jusqu'au sommet
du campanile puis redescend vers la Loggia Foscara, en survolant la Piazzetta,
pour remettre un bouquet de fleurs au doge. Le peuple, divisé en deux groupes
rivaux, s'affronte en des concours de pyramides humaines. Puis l'on danse la
« moresca », une danse guerrière. À la fin des spectacles, sont tirés des feux
d'artifice.
4. Dans les années 1970, le carnaval de Venise est « recréé ». À la mi-février,
durant une semaine, la cité est envahie par les touristes et se transforme en
une scène de théâtre baroque avec étalage de costumes tous plus magnifiques
les uns que les autres. Partout dans la ville sont proposés des défilés, des
spectacles, des bals, des ateliers de maquillage. Au soir du Mardi Gras, c'est
l'apothéose quand la foule des masques se retrouve sur la place Saint-Marc
pour le grand bal. Il est actuellement l'un des carnavals les plus connus au
monde.

C. Huby, Lecture et expression au CE 297


Heidi découvre les Alpes suisses (1)
Heidi, une petite orpheline de cinq ans, est
placée chez son grand-père qui a depuis
longtemps fui la compagnie des hommes pour
vivre dans l'alpage. Celui-ci élève deux chèvres
que Peter, le chevrier, mène avec le troupeau du
village dans les prairies d'altitude.
Après une première nuit passée au chalet,
Heidi se réveille dans son nouvel
environnement.
1. Le lendemain, ce fut un grand coup de sifflet
qui réveilla Heidi. Le soleil brillait à travers la
lucarne et éclairait l'enfant.
— Où suis-je ? se demanda-t-elle.
Lentement, elle revit ce qui s'était passé la
journée précédente.
— Je suis mieux ici que chez ma tante Dete. Elle m'empêchait de courir au
dehors… ici, je serai plus libre… Mon grand-père m'aime, je le sens, et ses
chèvres sont jolies. Je me réjouis de les revoir.
2. Elle descendit prestement l'échelle. Peter se trouvait devant le chalet avec
les chèvres du village et attendait Lili et Biquette pour continuer son chemin.
— Bonjour ! Bonjour ! cria Heidi aux gens et aux bêtes.
— Je suis sûr, dit le grand-père, que tu serais heureuse d'accompagner Peter
au pâturage.
— Oh oui ! grand-père.
L'enfant obéit, pendant que le grand-père avait, avec Peter, une
conversation sérieuse.
3. — Ouvre ton sac, dit-il au garçon tout surpris, et prends ce gros morceau
de pain et ce fromage. Elle aura faim, là-haut, la petite, et soif… Tu lui trairas
tout le lait qu'elle voudra. Tu comprends ?
— Oui.
— Et surveille-la bien. Les rochers sont dangereux. Je ne veux pas que tu
me la ramènes en morceaux.
Heidi avait terminé sa toilette.
4. — Regardez, dit-elle, comme je suis rouge.
— C'est très bien, le soleil sera content de toi. Ce soir, en rentrant, tu te
laveras encore car tu reviendras toute couverte de poussière… Allons, en
avant !
La troupe s'ébranla. Le ciel était pur, sans un nuage. La tempête de la nuit

C. Huby, Lecture et expression au CE 298


les avait tous balayés. Les fleurettes s'ouvraient sous la caresse de la lumière.
Heidi était heureuse. Elle courait, elle sautait, elle chantait. Elle aurait voulu
cueillir toutes les fleurs pour les rapporter à son grand-père et en orner la
maison.
5. Elle en remplit son tablier. Pendant ce temps, Peter s'occupait des chèvres
qui n'obéissaient pas toujours à sa voix et à son fouet.
— Heidi, cria-t-il. Où es-tu ? Je ne te vois plus !
— Je suis ici, derrière le monticule, je cueille des fleurs.
— Prends garde aux rochers. Viens… continuons… Montons encore un peu.
Tu verras les aigles. Laisse ces fleurs pour demain. Ne les cueille pas toutes.
6. Ils continuèrent leur marche vers le pâturage où Peter devait s'établir pour
y passer la journée. L'herbe y était grasse. L'endroit plut à Heidi.
— C'est juste au pied des rochers, dit-elle.
— Je vais cacher mon sac dans un trou, dit Peter, car le vent pourrait
l'entraîner dans le précipice. Ce serait dommage.
7. Un immense panorama s'étendait devant les enfants. La vallée brillait sous
les rayons du soleil et un glacier semblait monter vers le ciel. Derrière, il y
avait des pics et des précipices. Il fallait donc être très prudent. Aucun bruit ne
troublait le silence. Les bêtes s'étaient mises à brouter tranquillement et Peter
s'était endormi.
Heidi ne se lassait pas d'admirer tout autour d'elle, les rochers, le ciel, les
fleurs, le glacier, les sapins, les chèvres…
8. Tout à coup, un cri la fit tressaillir.
— Peter, dit-elle, Peter, éveille-toi. Un grand oiseau tourne au-dessus de
nous.
— Ne crains rien, dit Peter qui s'était dressé, ce n'est qu'un aigle. Tu en
verras d'autres. Regarde, il plane… Il disparaît derrière les rochers.
— Où va-t-il ? demanda Heidi.
— Dans son nid.
— Allons-y ! Allons-y !
9. — Non, dit Peter, même les chèvres n'y arriveraient pas. C'est trop haut et
puis ton grand-père ne veut pas que tu coures le moindre danger.
Peter se mit à siffler et les chèvres, une à une, vinrent se grouper autour
de lui ; certaines avaient la bouche pleine d'herbes, d'autres se donnaient des
coups de tête. Heidi s'amusait à les voir et alla les caresser, l'une après l'autre,
pour mieux les connaître.

C. Huby, Lecture et expression au CE 299


Heidi découvre les Alpes suisses (2)
1. Peter, pendant ce temps, préparait le
repas. Il tira une bonne tasse de lait du pis
de Lili et appela Heidi.
— Viens, dit-il, voilà ton pain et ton
fromage. Bois le lait.
— Oui, avec plaisir, dit-elle, et tu m'en
rendras encore une tasse, mais je partage
mon pain et mon fromage avec toi.
Jamais Peter n'avait été à pareille fête. Le
pain de Heidi lui parut dix fois meilleur que
le sien.
— Merci, dit-il. Que c'est bon.
2. — J'ai bu le lait de Lili, dit-elle, et ton lait,
de quelle chèvre provient-il ?
— Bien sûr !
— Dis-les moi.
— Il y a « Grosse Bique » qui est
batailleuse, et « Chardonneret » qui est courageuse… Il y a « Pie », il y a
« Blanquette » toute jeune…
— Celle qui bêle si tristement ?
— Oui, on a vendu sa mère et elle a de la peine.
3. — Pauvre petite ! Et elle n'a pas de grand-mère ?
— Non, répondit Peter en souriant.
— Pauvre petite ! Viens que je te console ! Je jouerai avec toi, je serai ton
amie… Regarde, Peter, elle comprend ! Elle se frotte à ma jambe et ne se plaint
plus.
— En effet, dit Peter qui avait fini de manger.
— Lili et Biquette sont les plus belles du troupeau.
4. — Oui, dit Peter. Elles ne choisissent que l'herbe la plus épaisse et ne se
battent jamais avec Grosse Bique. Ton grand-père les soigne. Chaque jour, il
les brosse et le sel qu'il leur donne leur fait grand bien. Son étable est toujours
propre. Il est normal que ses bêtes soient en bonne santé.
Peter, à ce moment, aperçut Chardonneret qui s'était dangereusement
avancée au bord du précipice.
5. — Elle va tomber, dit-il en s'approchant de l'imprudente dont il saisit la patte.
Mais la bête effrayée voulut se dégager et Peter dut appeler à l'aide.
— Heidi !… Viens vite !… Elle va bondir dans l'abîme.
Heidi accourut et eut l'idée de mettre son le museau de la chèvre une touffe

C. Huby, Lecture et expression au CE 300


d'herbe. Cela suffit pour calmer l'animal qui reprit docilement sa place dans le
troupeau.
— Je vais la corriger, dit Peter en brandissant son fouet. Elle le mérite !
6. — Non, Peter, ne la frappe pas. Regarde comme elle tremble !
— Cela lui apprendra…
— Non, Peter, je ne veux pas que tu lui fasses du mal.
— C'est bien, Heidi, je ne désire pas te faire de la peine. Chardonneret ne
sera pas punie, mais, demain, tu me donneras encore un morceau de ton pain
et de ton fromage.
— Bien volontiers, dit-elle, mais toi, tu ne devras jamais fouetter tes
chèvres.
— D'accord, Heidi. Je t'obéirai. Au fond, tu as raison.
7. Tout doucement, le soleil s'apprêtait à se cacher derrière les montagnes.
— Comme la journée est vite passée, remarqua Heidi.
— Oui, dit Peter.
— Oh ! Regarde, Peter. Tout devient rouge. On dirait que les pics, les arbres
et le glacier sont en feu.
— C'est le couchant.
— Comment cela se fait-il ?
— C'est naturel, Heidi. On voit ce spectacle, chaque jour, par beau temps.
— Oh ! Que je suis heureuse ! ajouta-t-elle encore.
8. La descente se fit sans incident. Heidi se taisait. Quand elle aperçut son
grand-père, elle courut vers lui en même temps que Lili et Biquette qui
voulaient leur petite ration de sel.
— Reviendras-tu demain ? demanda Peter.
— Oui, dit-elle.
— Alors, bonne nuit !
Heidi prit Blanquette par le cou et lui dit : « Dors bien ! Demain, je serai
près de toi, je remplacerai ta maman et tu ne seras plus triste.
9. Blanquette regarda gentiment Heidi et bêla comme pour la remercier.
La fillette revint près de son grand-père.
— Grand-père, dit-elle, je voudrais tout le temps vivre là-haut. Que les
montagnes et les fleurs sont belles ! Je t'en ai rapporté des jaunes et des
bleues.
Et elle les déposa auprès du vieillard.
— Je ne les reconnais plus, dit-elle. Sont-elles mortes ? Elles ne ressemblent
plus à celles que j'ai cueillies.

C. Huby, Lecture et expression au CE 301


Heidi découvre les Alpes suisses (3)

1. — Les fleurs ne vivent que d'air pur et de soleil, expliqua le grand-père. Un


tablier ne leur convient pas.
— Je n'y toucherai jamais plus… Dis, grand-père, pourquoi l'aigle a-t-il crié
si fort en planant au-dessus de nous ?
— Je te répondrai lorsque tu te seras lavée et que nous aurons mangé, pas
avant.
Heidi se débarbouilla et fut bientôt attablée devant sa tasse de lait fumant.
2. Je vais maintenant te dire pourquoi l'aigle a crié… Il se moque de nous tous,
de tout le village. Il sait que les gens ne sont guère aimables et il leur dit, dans
son langage : « Si vous m'imitiez, si vous viviez comme moi, très haut, vous
deviendriez meilleurs ».
— Merci, grand-père, je n'oublierai jamais tes paroles… Dis-moi si les
montagnes ont des noms ?
— Mais oui, Heidi. Elles portent toutes un nom. Tu n'as qu'à me les décrire
et je te dirai comment elles s'appellent.
3. — J'ai vu une montagne qui ressemblait à un château-fort.
— Elle s'appelle Falknis.
— J'ai vu un glacier qui est devenu tout rouge.
— C'est le Casaplana.
C. Huby, Lecture et expression au CE 302
— Tout a brûlé dans le lointain.
— Non, non, fillette, il n'y avait pas d'incendie. C'est le soleil couchant qui
illumine les pics et les glaces. « Voilà mes plus beaux rayons, leur dit-il,
demain, vous en aurez d'autres. Je m'en vais, mais je reviendrai... »
4. Heidi se sentait vraiment heureuse au milieu de toutes ces belles choses.
— Je souhaite que la nuit soit vite passée, dit-elle, pour remonter là-haut
et revoir le soleil.
Elle s'endormit et dans ses rêves apparurent des fleurs, des aigles, des
lumières, des chèvres et surtout une chevrette qui s'appelait Blanquette et qui
sautillait autour d'elle.
(d'après Johanna Spyri, Heidi, fille de la montagne, 1880)

La Suisse

La Suisse (en allemand Schweiz, en italien Svizzera et en romanche Svizra)


est un pays d'Europe ayant une frontière commune avec l'Allemagne, la France,
l'Italie, l'Autriche et le Liechtenstein.
Ses habitants sont les Suisses et les Suissesses, sa capitale est Berne, et il y
a quatre langues officielles : le français, l'allemand, l'italien et le romanche. La
monnaie suisse est le franc suisse, car le pays ne fait partie ni de l'Union
européenne, ni de la zone euro.
La Suisse est un État fédéral, formée depuis 1848 de 26 cantons. La fête
nationale est le 1er août. Les principales villes sont Zurich, Genève, Bâle,
Lausanne et Berne. (d'après Vikidia, encyclopédie en ligne pour les 8 – 13 ans)

C. Huby, Lecture et expression au CE 303

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