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Témoignages d'instituteurs et élèves d'antan

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Je suis né à B… petite commune de l'extrême sud du département de l'Aube le

02/08/1891(…) Pourquoi je suis devenue institutrice ? Dame, on n’y aurait pas songé si je
n'avais pas réussi mes études. J'étais bonne élève et à cette époque on ne voyait guère
d'autre issue que celle-là : être institutrice. Je ne puis pas dire que j'ai choisi. J’ai suivi une
ligne qui semblait toute tracée (…)
Ma chère maman s'éteignit et dans ses derniers conseils, elle dicta la conduite à suivre :
« Ma petite fille soit institutrice ». Et, au conseil de famille ou des tantes préconisaient ma
présence auprès de mon père qui allait avoir besoin d'une aide féminine. J'ai nettement
indiqué que j'obéirai à maman et je l’ai toujours remerciée en moi-même de ce choix (…)
Parce que j'étais imbattable en orthographe, que j'avais assez d'idées en français, des
connaissances historiques, que je réussissais les problèmes du cours… enfin, ce qui
convenait pour le brevet mais pour l’Ecole Normale c'était autre chose et j'ai bien souffert de
toutes mes insuffisances (…)
Me voici amenée en ce petit hameau de R… la veille de la rentrée par un dimanche pluvieux
où tout paraît lugubre, amenés dans le quat’routes du cousin Moreau accompagnée en
surplus de la vieille Julie qui s'occupe du ménage de mon père, et c’est elle qui lave le
carrelage bosselé grisâtre, poreux. Papa veut m'apprendre le mécanisme qui obtiendra de
l'eau car si les cultivateurs et quelques autres personnes ont leurs pompes ou leur puits, les
munificences communales n'ont pas trouvé nécessaire d’en gratifier l'école !
(…) Et après une visite de présentation aux deux conseillers municipaux, la voiture tourne là
en bas, la nuit vient. Le cousin Moreau l'a dit plus tard : le papa pleurait un peu (jamais je ne
l'avais vu pleurer) (…)
Et qu'est-ce que fit notre nouvelle promue ? Et bien, elle chercha tôt le sommeil. Et le
lendemain plus de pleurs, le soleil est revenu, une amie allait arrivée, les mines souriantes
des élèves de si doux enfants qui s'annonçaient. Tout alla bien et ces cinq années passées
à B… de début de la jeunesse, ne m'ont laissé que de bons souvenirs.
L’époque de la laïcisation était passée.
Il n’y eut pas de conflit avec les autorités ecclésiastiques mais j'ai senti une certaine hostilité
latente entretenue par des gens qui certainement se « monter la tête ». On aurait voulu
trouver à me critiquer, même lorsque pour le bien des enfants je prenais sur mon temps de
liberté pour surveiller la retenue, à cause de problèmes à refaire, d'une correction
quelconque. On m'a montré les dents. On venait chercher les enfants avec des paroles
méchantes, haineuses même. Je revois encore la tête un peu convulsée, les lèvres
mauvaises une maman courant à l'école chercher sa fille et me menacer : « Bien sûr vous
êtes bien tranquille là, ça vous est bien égal que nous, nous attendions ». Elle ne se rendait
pas compte que moi aussi j'avais l'estomac dans les talons, qu'elle avait quitté une chambre
chauffée où son mari pouvait surveiller la potée, tandis que moi au 1er, au-dessus de la
classe tout était à faire. Vous pouvez reconnaître là comme chez d'autres un amalgame de
méchants sentiments, la jalousie de situations différentes, une vieille rancœur contre celles
qui pouvaient voir les défauts, juger… Ajoutons que ces gens étaient, pour en revenir à ma
première idée, du clan du patronage cléricale, dont les fillettes se réunissaient le jeudi chez
une bonne demoiselle qui ne devait pas prêcher la révolte, ou la méchanceté mais un
certain antagonisme se trouvait ainsi créé.
(…) Et puis il y avait tout de même, en dehors des aigres ou des indifférents, des amis de
l’école … Gens simples, gens frustres mais contents que leurs enfants s’instruisent.

Extrait d’un témoignage d’une institutrice, tiré de Jacques Ozouf, Nous les maîtres d’école,
Gallimard, p.41-49
Je suis née le 05/01/1883 dans une maison de campagne de la commune de M.. J'ai été
élevé à la ferme natale par mes parents qui m'ont envoyé à l'école du village jusqu'à l'âge de
13 ans. Ils cultivaient eux-mêmes leur petite propriété dont ils avaient la jouissance par le
paiement d'une rente viagère et qui constituait avec la dot de ma mère leur seul bien. Ils en
vivaient mesquinement.
Mon père avait une bonne instruction primaire élémentaire acquise surtout à l'école d’un bon
maître à R… où il allait de son village. Il aimait la lecture, empruntait des livres à la modeste
bibliothèque de l'école et lisait des journaux chaque fois qu'il en avait l'occasion pour se tenir
au courant des évènements mondiaux. Il me parlait souvent du fameux maître qu'il avait
sorti de l'ignorance et aimait fréquenter les personnes cultivées du pays, les instituteurs
surtout, à qui il rendait parfois des services. C'était un fervent de l'instruction, il la voulait
pour ses enfants. A 7 ans, comme il y avait un long chemin à faire, il m'envoya à l'école. Il
s'enquérait de mon comportement en classe. Je me souviens d'une bonne correction qu'il
m'a donné un jour parce que j'arrivais en retard et que je manquais régulièrement la
première leçon : je jouais aux billes tout seul en route.
(…) Pourquoi je suis devenu instituteur ? Ce n'est certainement pas par vocation. Il y a eu
comme une prédestination réalisée par un concours favorable de circonstances. Est-ce
parce que j'étais un bon petit élève ? Était-ce parce qu'il était bien avec mes parents ? Mon
premier maître m'avait pris en affection et comme il savait que ma famille n'aurait pas les
moyens le moment venu de m'envoyer dans une école supérieure il me proposa, lui n'ayant
pas d'enfant, de me prendre dans son ménage et qui se fait fort de faire de moi un
instituteur. Je pense que mes parents ont dû être perplexes mais une proposition si
désintéressée était alléchante (…)
Mais mes parents qui vivaient fort petitement avec leurs trois enfants louèrent alors une
ferme voisine pour augmenter la ressource et du coup m’enlevère de l'école pour le travail
des champs or cette extension qui rendit la vie plus pénible par le travail supplémentaire ne
leur rapportera pas les bénéfices escomptés.
M. fut remplacée par une institutrice qui jugea par les cahiers de devoirs mensuels
probablement que je devais en savoir assez pour être présenté au certificat d'études. Elle vit
mes parents pour cela ils y opposèrent qu'ils avaient besoin de mon travail. Elle insista…
j'irai à l'école pendant deux mois dans la soirée seulement réservant la matinée à mes
parents… Je suis reçu premier ex-aequo… Ce succès éblouit vraiment mes parents, et
comme il y avait un bon maître à C., à 4 km de notre logis, ils lui demandèrent de me
prendre à son cours supérieur… et c’est ainsi que je continuais mes études après les avoir
abandonnées. Je faisais allégrement chaque jour de classe mes 8 kms à pied (…)
J’étais persuadé que pour devenir un bon maître, il me fallait passer par l’Ecole Normale. Je
fus admis en juillet 1901(…) Je passais honorablement le brevet supérieur en juillet 1904.
Enfin le 1er octobre 1905 après avoir accompli mon service militaire, j’entrai dans la carrière
comme instituteur stagiaire à la Barcelonnette. Au bout de 8 mois je me mariais et je
rejoignais ma femme institutrice à M… Là après un avis favorable du conseil Municipal, nous
réalisâmes la gémination de nos deux classes, pour faciliter le travail, améliorer les études
et créer un cours supérieur. Cela n’eut pas l’heur de plaire au curé de la paroisse. Il nous fit
la surprise d’un petit article dans « l’Echo de l’Ubaye » mais la population ne le suivit pas et
il n’y eut pas de suite fâcheuse pour nous. (…)
Mes conditions de vie n’ont pas été ce que nous attendions mes parents et moi-même. J’ai
débuté à 75f par mois…Pour joindre les deux bouts par ses propres moyens il fallait faire sa
popotte soi-même (…) Après mon mariage avec une institutrice, il y eut un temps où nous
pouvions vivre assez bien avec nos deux gains. Mais nos enfants, trois filles, sont venues et
nos traitements ne nous ont permis qu’une existence fort modeste (…) Aussi j’ai toujours eu
un jardin qui nous donnait la plus grande partie de nos légumes.

Extrait d’un témoignage d’un instituteur, tiré de Jacques Ozouf, Nous les maîtres d’école,
Gallimard, p.50-59

Ma classe était grande une grande salle séparée en deux par une cloison de bois de 1 m 50
au moins ; d'un côté les filles de l'autre les garçons. A un bout dominé par un énorme
crucifix se dressait la majestueuse estrade que ne quittait guère la bonne sœur brave
femme d'une soixantaine d'années et que j'aimais comme une grand-mère. À l'autre bout
l'immense cheminée d'autrefois. L'hiver le feu était entretenu par les bûches que devait
apporter sous leurs bras tous les matins les 60 gamins à tour de rôle en alternant filles et
garçons. Dix élèves prenaient place pour un quart d’heure sur un long banc, devant le feu
tournant le dos à la classe, tout à fait étrangers à ce qui s’y passait. On faisait cuire les
pommes, les châtaignes, et on taillait avec son couteau des petits bateaux ou des sabots de
bois.
Comme cartes aux murs, il y avait seulement une mappemonde et une carte de la Judée.
Comme livre je n'ai jamais eu que la Croix de Dieu c'est comme cela qu'on appelait
l'alphabet. Ma sœur aînée, âgée de 10 ans faisait au grand ébahissement de sa maîtresse,
la preuve par 9 de ses multiplications et dut apprendre sa méthode à la bonne sœur.
Les punitions consistaient en coups d'une longue baguette en station debout sous la Judée
et au léchage du sol en terre de la classe avec marque du coup de langue bien apparente.
(…) . Le curé entrait très souvent dans la classe ; les veilles de fête à l'Eglise, il nous
donnait congé pour le lendemain, permettant ainsi à la bonne sœur de décorer l'église.
(1883, Manche)
Extrait d’un témoignage d’une élève, tiré de Jacques Ozouf, Nous les maîtres d’école,
Gallimard, p.98

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