Les Grecs connaissaient plusieurs cosmogonies, c'est-à-dire des récits relatant la
naissance et la mise en ordre progressive du cosmos, le monde organisé32. Celle que
nous connaissons le mieux, car elle nous est parvenue en entier, est celle que
compose Hésiode dans la Théogonie et selon laquelle existe (ou apparaît)
d'abord Chaos, puis Éros et Gaïa (Terre), laquelle
engendre Ouranos (Ciel), Pontos (Flot marin) et d'autres divinités, tandis
que Chaos en engendre d'autres, les différentes lignées donnant peu à peu
naissance, au fil des générations, à toutes les divinités incarnant les aspects
fondamentaux de la nature (Hélios, Séléné), aux divinités souveraines
(Cronos puis Zeus), mais aussi à des êtres monstrueux qui sont ensuite éliminés ou
enfermés par les dieux ou les héros (la plupart des enfants de Nyx, mais
aussi Typhée et sa progéniture).
Mais nous connaissons aussi l'existence d'autres cosmogonies. Au chant XIV de
l'Iliade, Héra feint de rendre visite à Océan et Téthys, qu'elle qualifie de « père et
mère des dieux »33, ce qui peut constituer une allusion à une cosmogonie différente
où Océan et Téthys seraient les deux divinités originelles. L'orphisme, courant
religieux qui se plaçait à l'écart des pratiques traditionnelles du culte et se plaçait
sous le patronage du poète mythique Orphée, a développé, au moins à partir de
l'époque classique34, plusieurs cosmogonies propres à son système de pensée. Nous
n'en avons qu'une connaissance lacunaire, mais nous savons qu'elles plaçaient à
l'origine du monde la Nuit ou le Temps, qui engendre un œuf donnant à son tour
naissance à Phanès ou bien à Éros35. L'orphisme accorde également une place
beaucoup plus grande à Dionysos, qui est mis à mort, cuit et mangé par
les Titans avant d'être ressuscité36. On attribuait aussi une cosmogonie à Musée, un
autre poète mythique souvent associé à Orphée. À l'époque archaïque, plusieurs
poètes, comme le Crétois Épiménide, le Lacédémonien Alcman ou
l'Argien Acousilaos, ainsi que des philosophes présocratiques comme Phérécyde de
Syros, composent d'autres cosmogonies37.
Anthropogonies : la création de l'humanité
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Une anthropogonie (de anthrôpos, « homme », et gonos, « création ») est un récit de
l'apparition de l'humanité. Tout comme les Grecs possédaient plusieurs
cosmogonies, ils connaissaient plusieurs anthropogonies. Les poèmes
mythologiques les mieux conservés restent relativement vagues sur ce sujet. Dans
les épopées d'Homère, aucune indication n'est donnée sur les origines de l'humanité,
et les dieux ne se sentent pas responsables de l'existence des mortels : ils se
contentent de répondre aux manifestations de leur piété, tandis que Zeus exerce les
fonctions de juge des mortels et de médiateur entre dieux et mortels38. Hésiode, dans
la Théogonie, n'explique pas la création des hommes : ils apparaissent dans son
poème au moment du partage de Mékôné et de la ruse de Prométhée, récit qui
explique surtout les modalités du sacrifice, l'une des pratiques cultuelles
fondamentales de la religion grecque. Dans Les Travaux et les
Jours39, Hésiode relate le mythe des races, décrivant plusieurs humanités
(plusieurs genos) composées chacune d'un métal différent, la première, la race d'or,
remontant au règne de Cronos ; mais son récit a moins pour objet la création de ces
humanités que leurs vertus et la dégradation progressive de leurs conditions de vie,
ce qui apparente plutôt ce récit aux origines du mythe de l'âge d'or40. Il existait par
ailleurs une tradition sur l'origine de l'humanité nommée « mythe de l'autochtonie »,
selon lequel les premiers hommes étaient directement sortis de la terre. Ce mythe
était utilisé par les Athéniens, qui s'en servaient à l'époque classique pour justifier
leur supériorité sur les autres cités41, mais aucune source ne présente clairement de
récit selon lequel ce serait toute l'humanité qui aurait été créée de cette façon.
Les sources de la mythologie restent donc obscures sur la création des tout premiers
hommes, mais la plupart s'accordent sur les noms des ancêtres de l'humanité
actuelle : Deucalion et Pyrrha42, qui survivent au déluge et font renaître des humains
à partir des pierres, comme le rapporte Pindare dans la neuvième Olympique43. Mais
il s'agit d'une renaissance de l'humanité plutôt que de ses origines premières, et la
façon dont les hommes apparaissent avant le déluge de Deucalion est beaucoup
moins claire42.
Si nous ne possédons pas de récit bien conservé sur l'apparition des hommes, la
création de la femme fait l'objet de son propre mythe, celui de Pandore, évoquée
par Hésiode dans la Théogonie et Les Travaux et les Jours44. Dans la Théogonie,
Pandore est créée par Zeus pour châtier les hommes après la ruse
de Prométhée qui leur a donné le feu. Son nom grec, Pandora, signifie « don de tous
les dieux » : Héphaïstos la façonne dans de la terre et chacun des dieux est invité à
lui faire présent d'une qualité physique ou d'un vêtement. Mais Pandore est un piège
car, sous sa belle apparence, elle n'apporte que des soucis aux hommes ; dans Les
Travaux et les Jours, c'est elle qui soulève le couvercle de la jarre où sont gardés
maux et maladies et devient responsable de leur propagation dans le monde entier,
ce qui explique la condition misérable des hommes. Le mythe de Pandore véhicule
l'idéologie misogyne qui était celle de la société grecque antique45, mais il représente
aussi un changement dans la condition humaine, car l'arrivée de Pandore coïncide
avec l'apparition de l'obligation pour les humains de travailler pour vivre, travail et
fécondité devenant les deux aspects principaux de la condition humaine
contemporaine46.
Géographie mythique
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Les divinités et héros de la mythologie grecque évoluent dans le monde réel tel que
se le représentaient les Grecs, mais aussi dans plusieurs lieux situés hors du monde
ou aux limites du monde, qu'il s'agisse des résidences d