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RELATIVITÉ

RESTREINTE

Approche géométrique

Cours et exercices corrigés

suivi de la conférence
Les voyages interstellaires
et l'antimatière

Mathieu ROUAUD

Professeur Agrégé de Sciences Physiques


en classes préparatoires aux grandes écoles d'ingénieurs
Diplômé en Physique Théorique
Vous êtes libres :

de reproduire, distribuer et communiquer de modifier cette


cette création au public , création .

Selon les conditions suivantes :

Attribution. Vous devez citer le nom de l'auteur original de la manière


indiquée par l'auteur de l'œuvre ou le titulaire des droits qui vous confère
cette autorisation (mais pas d'une manière qui suggérerait qu'ils vous
soutiennent ou approuvent votre utilisation de l'œuvre).

Pas d'utilisation commerciale. Vous n'avez pas le droit d'utiliser cette


création à des fins commerciales.

Parution : septembre 2020 ISBN 978-2-9549309-2-3


Édition 1.3 Révision : octobre 2021

Livre papier complet, en haute définition,


avec tous les exercices pleinement corrigés, sur [Link]

Pour contacter l'auteur : ecrire@[Link]


Avant-propos

La relativité restreinte, présentée dans l'article publié


par Albert Einstein en juin 1905, a profondément
modifié nos concepts physiques.
Les théories bien établies de l'époque, l'ancienne
mécanique de Newton et la toute nouvelle théorie
de l'électromagnétisme de Maxwell, étaient fonda-
mentalement incompatibles. Dans la première il y a
addition des vitesses alors que dans la seconde une
vitesse invariante s'impose : celle de la vitesse de la
lumière dans le vide. Dans la théorie de Newton,
dans la ligne de la relativité du mouvement
introduite par Galilée, la vitesse d'un objet dépend
du référentiel d'observation, alors, comment celle
de la lumière dans le vide pourrait être une
constante fondamentale fixe ?
Pour des référentiels d'inertie, la relativité restreinte
réconcilie mécanique et électromagnétisme, au prix
d'une remise en cause du caractère absolu de
l'espace et du temps. Espace et temps maintenant
relatifs forment un nouvel absolu : l'espace-temps.
Les théories de la matière et de la lumière sont ainsi
unifiées dans leur cadre spatio-temporel naturel.
L'approche historique d'Albert Einstein s'appuie sur la
constance de la vitesse de la lumière dans le vide.
L'approche moderne, qui a permis de construire le
Modèle Standard, s'appuie sur une autre logique :
les symétries.
Cette nouvelle approche est plus profonde et
s’affranchit du biais historique du début du XXe
siècle. La structure de l'espace-temps impose une
vitesse limite. Cette vitesse maximale est spécifique
à l'espace-temps et n'est pas liée à un objet
matériel. Cette nouvelle constante est propre au
contenant, l'espace-temps, et non au contenu, par
exemple, les rayons lumineux. Cette nouvelle vision
est conceptuellement très différente et nous éclaire
sur la véritable nature des lois physiques.
Dans cet ouvrage, nous mettons l'accent sur des
méthodes visuelles et graphiques qui permettent de
développer une compréhension sans l'utilisation
systématique d'équations. Cette approche géomé-
trique sera mise en avant et permettra au lecteur de
donner du sens aux équations qui suivront.
Le cheminement suivi n'est pas académique, mais
pragmatique et utilitaire. Dès les premières pages
vous maîtriserez des outils qui vous permettront
d'appliquer la relativité restreinte de manière
autonome.
Nous n'étudions pas ici la relativité générale. Nous le
précisons car la confusion est fréquente entre les
deux théories. Ceci dit, pour celui qui désire
appréhender la relativité générale, il faut d'abord
avoir bien compris la restreinte. La relativité générale
traite de la gravitation et s'appuie sur des principes
qui lui sont propres. Petite exception notable, nous
ferons parfois des analogies avec le trou noir pour
aider à bien délimiter les deux théories.
Table des matières :

1 DILATATION DU TEMPS
ET CONTRACTION DES LONGUEURS

⚭ UNITÉS DE TEMPS ET DE DISTANCES 1

⚭ RÉFÉRENTIELS 3

⚭ LES POSTULATS D'EINSTEIN 4

⚭ LE TRIANGLE DES TEMPS 8

⚭ LA CONTRACTION DES LONGUEURS 12

⚭ EFFET DE PERSPECTIVE SPATIO-TEMPOREL 14

⚭ L'EXPÉRIENCE DES JUMEAUX 17

⚭ MISE EN ÉQUATIONS 21

◦ Transformation des volumes et des angles

Exercices 25
Les cristaux de l'exolune Pop 25 / Aller simple pour Sirius 26
/ Livraison de colis 26 / Jumeau en route pour Sirius 26 /
Cruel dilemme ? 27 / Les muons 28 / Voyage en TGV 29 /
Satellite 29 / Expérience de Hafele et Keating 30.
2 DIAGRAMMES D'ESPACE-TEMPS

⚭ LIGNE D'UNIVERS 35

⚭ DIAGRAMME DE MINKOWSKI 36

⚭ MISE EN ÉQUATIONS 41
◦ Équation des lignes d'univers
◦ Angle et facteur d'échelle

Exercices 45
Tracé de diagrammes 45 / Communications interstellaires
45 / Appel au secours 46 / Tim, Tam, Tom 46.

3 CHANGEMENT DE RÉFÉRENTIEL

⚭ DIAGRAMME D'ESPACE-TEMPS 49

⚭ RELATIVITÉ DE LA SIMULTANÉITÉ 52

⚭ LE PRINCIPE DE CAUSALITÉ 54

⚭ COMPOSITION DES VITESSES 59

⚭ MISE EN ÉQUATIONS 61
◦ Transformation de Lorentz
• L'invariant de Lorentz
◦ Transformation de l'accélération

Exercices 71
Composition des vitesses 71 / Deux vaisseaux 71 / Limite
des faibles vitesses 72.
4 L'APPARENCE DES CHOSES 75

⚭ L'EFFET DOPPLER 76

⚭ PHOTO D'UNE RÈGLE MOBILE 79

⚭ LE CIEL ÉTOILÉ VU DU VAISSEAU 84

Exercices 95
Le physicien suicidaire 95 / Voile propulsée par laser 95 /
Mélasse optique 96 / Détection d'exoplanètes par effet
Doppler 98 / Calculs pour la règle mobile 100 / Aberration
de la lumière 101 / Transformation des vitesses et des
accélérations en 3D 101 / Ciel étoilé à mi-parcours - Mag-
nitude 102 / Simulation numérique du ciel 104 / Un peu
de maths... 105 / Répartition de l'énergie 106 / Nombre
de photons 107 / Puissance émise par une étoile 108.

5 LE MOUVEMENT ACCÉLÉRÉ

⚭ ÉTUDE D'UN RÉFÉRENTIEL ACCÉLÉRÉ 111

⚭ PESANTEUR ARTIFICIELLE 114

◦ Notion d'horizon 121

⚭ VOYAGE ALLER-RETOUR 122

◦ La fusée photonique 124

Exercices 129
Mi-temps 129 / Téléréalité - Effet Doppler pour un réfé-
rentiel accéléré 129 / Face-à-face 131.
6 MÉTRIQUES

⚭ MÉTRIQUE EUCLIDIENNE 135

⚭ MÉTRIQUE SUR UNE SPHÈRE 138

⚭ MÉTRIQUE DE MINKOWSKI 143

⚭ MÉTRIQUE DU RÉFÉRENTIEL ACCÉLÉRÉ 143

⚭ MÉTRIQUE DU RÉFÉRENTIEL EN ROTATION 149

⚭ MÉTRIQUE DE SCHWARZSCHILD 156

Exercices 159
Métrique euclidienne 159 / Rapidité 159 / Métrique de
Rindler 159 / Chute d'un objet dans la fusée - Lagrangien
- Trou noir 160 / Chute d'une boule bleue 167 / Trajectoire
des rayons lumineux dans l'ascenseur d'Einstein 167 / Les
coordonnées sphériques - Angles solides 169
7 QUADRIVECTEURS 173

⚭ ESPACE VECTORIEL D'EUCLIDE 178

⚭ ESPACE VECTORIEL DE MINKOWSKI 184

⚭ CHANGEMENT DE COORDONNÉES 199

⚭ LE QUADRIVECTEUR VITESSE 206

⚭ LE QUADRIVECTEUR ACCÉLÉRATION 212

⚭ ÉQUIVALENCE MASSE-ÉNERGIE 219


◦ Le quadrivecteur énergie-impulsion
◦ La 4-force
Résumé 227

⚭ RÉFÉRENTIELS NON-INERTIELS 229


◦ Bases locales et connexions
◦ Dérivée covariante
◦ Géodésiques
◦ Effets métriques et forces d'inertie
Conclusion et synthèse 239

Exercices 243
Changement de base 243 / Tenseur de courbure de
Riemann 243 / Disque en rotation non uniforme 245 /
Courbures spatiales 246 / Création de paires 248 /
Équation de propagation 249 / Équation de Schrödinger
250 / Le champ électromagnétique 252 / Les équations
de Maxwell 255
8 INTERACTIONS

⚭ CHAMP CRÉÉ PAR UNE CHARGE 261

◦ Forces entre deux charges

⚭ RAYONNEMENT D'UNE CHARGE 266

◦ Puissance rayonnée

◦ Force de freinage

⚭ LES POTENTIELS RETARDÉS 268

◦ Construction géométrique du 4-potentiel

Exercices 273
Unités 273 / Équation du mouvement relativiste 273 /
Quadriforce de freinage 274 / Intensité du quadri-
potentiel 274
9 LES VOYAGES INTERSTELLAIRES ET L'ANTIMATIÈRE

⚭ INTRODUCTION 277

⚭ LES SONDES VOYAGER 281

⚭ L'EFFET DE FRONDE 283

⚭ LE PROJET VOYAGER 3 286

⚭ LA LOI DE L'ASTRONAUTIQUE 289

⚭ L'ANTIMATIÈRE 293

⚭ JUPITER : LA POMPE À CARBURANT 296

⚭ LE STOCKAGE DE L'ANTIMATIÈRE 298

⚭ CONCLUSION 303

Exercices 305
Chiffres 305 / Évolution de la distance des étoiles 309 /
Effet de fronde 309 / Simulations numériques des frondes
313 / Calcul des masses de propergols 320 / Alignements
des planètes 321 / Mouvement des étoiles 322 / Paire de
trous noirs primordiaux 329 / Collisions d'antiprotons 330 /
Le mouvement hélicoïdal 330 / La magnétosphère 331 /
Piège de Penning 333.

Corrections 337

Biblio 513

Index 514
I. Dilatation du temps et contraction des longueurs
1
DILATATION DU TEMPS ET
CONTRACTION DES LONGUEURS

Nous introduisons dans ce chapitre la relativité


restreinte et nous présentons le premier outil géo-
métrique : le triangle des temps.
A. UNITÉS DE TEMPS ET DE DISTANCES

⚭ UNITÉS DE TEMPS ET DE DISTANCES

Ces deux grandeurs physiques, le temps et la


distance, sont de natures différentes. Impossible, par
exemple, de dire si une seconde est plus grande ou
plus petite qu'un mètre, ça n'a aucun sens.
Nous pouvons utiliser une vitesse pour relier une
distance à un temps, or la vitesse dépend de
l'observateur ; ce lien serait donc parfaitement arbi-
traire. C'est toujours vrai en mécanique classique,
mais en relativité restreinte nous avons une nou-
veauté, nous avons une vitesse invariante : la vitesse
maximale. Cette constante fondamentale permet
d'associer sans ambiguïté une distance à un temps.
Cette distance est nommée le temps-lumière.
Par exemple, l'année-lumière correspond à la dis-
tance parcourue dans le vide par la lumière
pendant une année.
La vitesse de la lumière dans le vide vaut environ un

1
milliard de km/h, elle est nommée c et est préci-
sément fixée à :

c = 299 792 458 m/s

C'est la vitesse de toute onde électromagnétique


dans le vide, que ce soient les ondes radios, infra-
rouges, visibles, ultraviolettes, les rayons X ou les
rayons gamma.
Nous précisons bien, dans le vide, car dans un milieu
matériel transparent, comme l'air, l'eau ou le verre,
la vitesse est plus faible et dépend de la longueur
d'onde.
Une année-lumière, notée a.l., vaut environ 10 000
milliards de km. L'étoile la plus proche de notre Soleil,
Proxima du Centaure, est situé à environ 4 al. Notre
Soleil est à 8 minutes-lumière de la Terre, la Lune à
une seconde-lumière et un humain adulte mesure
entre 5 et 6 nanosecondes-lumière :

1 ns.l. ≃ 33 cm

Nous pouvons maintenant comparer librement des


distances et des temps, en exprimant les distances
en unités de temps-lumière.

B. RÉFÉRENTIELS

2
⚭ RÉFÉRENTIELS

Toute mesure d'une grandeur physique s'effectue


dans un référentiel donné.
La grandeur peut être un temps, une distance, une
vitesse, une accélération, une force, etc.
Le référentiel, comme en mécanique Newtonienne,
est défini par un solide de référence considéré fixe.
Par exemple, un train peut être pris comme
référence. Plus précisément un wagon de ce train
permet de situer tout objet. On considère, arbitrai-
rement, un point du wagon comme origine. Ensuite,
de ce point, nous décomptons de combien de
reports d’une règle rigide d’un mètre nous devons
nous déplacer selon la direction avant-arrière,
droite-gauche et haut-bas pour atteindre cet objet.
Nous obtenons un jeu de trois nombres qui définit la
position de l'objet de manière unique. Si l'objet est
fixe ce sera suffisant, mais si celui-ci se déplace, il
faudra aussi définir une date. Nous avons alors un
jeu de quatre nombres appelé événement :
E (x, y, z, t).
Pour la date, nous devons procéder plus préci-
sément qu'en mécanique classique. Le temps n'est
plus absolu, et au lieu d'une seule horloge nous
devons disposer d'un ensemble d'horloges synchro-
nisées sur tout l'espace.
Suivant les cas, nous pouvons utiliser le référentiel
terrestre, le référentiel héliocentrique, le référentiel
galactique, etc.

3
Ces référentiels sont en mouvement les uns par
rapport aux autres et pour le même événement
nous aurons des jeux de coordonnées différents.
C. LES POSTULATS D'EINSTEIN

⚭ LES POSTULATS D'EINSTEIN

Albert Einstein postule dans son article de juin 1905 1


que les lois de la physique sont les mêmes dans tous
les référentiels d'inertie (1er postulat), et que dans ces
mêmes référentiels la vitesse de la lumière dans le
vide est invariante (2em postulat).
En mécanique Newtonienne, pour l'énoncé des trois
lois de Newton, nous ne parlions pas de référentiels
d'inertie mais de référentiels galiléens, ce qui revient
au même. Par exemple, en mécanique classique,
dans un référentiel en rotation par rapport à un
référentiel galiléen, la deuxième loi de Newton n'est
plus vérifiée et de nouvelles forces, appelées d'iner-
tie, apparaissent. Un référentiel en rotation par
rapport à un référentiel d'inertie n'est donc pas
d'inertie.
Comment définir un référentiel d'inertie ?
Un référentiel est d'inertie si les postulats sont vérifiés.
Le plus simple est d'avoir un référentiel d'inertie de
référence, ensuite tous les référentiels en translation
rectiligne et uniforme par rapport à ce premier
référentiel sont aussi d'inertie.

1 “De l'électrodynamique des corps en mouvement.” traduction en


français sur le site de l'Université du Québec à Chicoutimi.

4
Plus nous pointons un objet éloigné de nous, comme
une étoile lointaine, plus son mouvement peut être
négligé. Par exemple, des quasars extrêmement
massifs et très lointains, à plusieurs milliards d'années-
lumière, sont pris comme points fixes et permettent
de définir le référentiel cosmologique de référence.
Le rayonnement fossile, émis 380 000 ans après le Big
Bang, il y a 13,8 milliards d'années, est homo-gène
et isotrope dans ce référentiel.
Pour revenir à notre train, si celui-ci roule en ligne
droite et à vitesse constante dans le référentiel
terrestre, le référentiel du train peut être considéré
comme d'inertie pour une expérience de quelques
minutes. Cette durée est faible devant celle de la
rotation de la Terre sur elle-même. Il s'agit d'une
bonne approximation, et le référentiel terrestre peut
être, ici, considéré d'inertie. Plus les mesures seront
précises plus la durée de l'expérience devra être
courte pour que l'approximation reste valide.
Pour un satellite, le référentiel terrestre n'est plus
d'inertie. Un satellite basse altitude fait le tour en 1
heure 30 minutes, durée non négligeable devant la
rotation propre de la Terre qui dure environ 24
heures. Nous considérons alors le référentiel géo-
centrique, d'origine le centre la Terre, et dans lequel
la Terre est en rotation propre par rapport aux étoiles
lointaines supposées fixes.

Dans un référentiel d'inertie,


un objet soumis à aucune force,
va en ligne droite à vitesse
constante.

5
Impossible de positionner et dater un événement sans
points de repère. Si vous cachez un trésor vous indiquerez
sa position par rapport à un point d'origine : par exemple,
«depuis le chêne centenaire, 22 pas vers l'ouest, 47 vers le
sud et creusez à trois pieds.» Si je dis que je suis né en
1992, c'est en référence à une date origine, posée arbi-
trairement comme repère commun.
Un référentiel est associé à un solide auquel on ajoute
une chronologie. Au minimum, quatre objets fixes l'un par
rapport à l'autre sont nécessaires. Pour la chronologie, en
relativité restreinte une seule horloge n'est plus suffisante :
on peut imaginer un solide constitué de barres rigides de
longueur unité, toutes placées perpendiculaires les unes
aux autres afin de former un réseau tridimensionnel, et à
chaque nœud de ce réseau on place une horloge ;
toutes les horloges sont synchronisées, et l'ensemble
forme ce qu'on appelle un cristal d'horloges.

6
L'objet le plus vaste dans l'Univers, est l'Univers lui-même.
Utilisons-le comme solide de référence. En cosmologie,
l'Univers peut être vu comme un fluide de galaxies qui
s'étend partout : tout point de l'Univers peut être consi-
déré au centre. Mais, deux remarques : tout d'abord
l'Univers ne peut être observé dans son ensemble, car
plus on regarde loin, plus on remonte dans le temps. Le
plus ancien objet visible est le rayonnement fossile émis il
y a 13,4 milliards d'années quand l'Univers est devenu
transparent. Ensuite, si nous prenons un point où ce
rayonnement fossile est uniforme, tout nous amène à
penser que ce point est
immobile par rapport à
l'Univers.
Ci-contre, les données
recueillies par le satellite
COBE sur le fond diffus
cosmologique.
Sur la première image nous
visualisons l'anisotropie due
au déplacement de la Terre
par rapport au référentiel
cosmologique, cela est dû à
l'effet Doppler et on évalue
ainsi une vitesse de 350 km/s.
Sur la deuxième image, nous
avons la lumière parasite de
notre propre galaxie.
Finalement, tout en bas,
nous, obtenons une image
de l'Univers à ses débuts : il
est homogène dans le
référentiel cosmologique et
nous pouvons utiliser des
quasars pour les directions.

7
Ainsi s'emboîtent les référentiels : pour la sonde
Voyager nous considérons le référentiel de Coper-
nic, qui a pour origine le centre de masse du
système solaire et pour directions des étoiles loin-
taines. Pour un voyage interstellaire vers Proxima du
Centaure nous considérerons le référentiel galac-
tique. En effet, sur un voyage de quelques années
ou décennies, la Voie lactée et ses étoiles peuvent
être supposées fixes ; par exemple, notre galaxie
tourne sur elle-même en quelque 250 millions
d'années, durée bien supérieure à celle de notre
voyage vers les étoiles2.
D. Le triangle des temps

⚭ LE TRIANGLE DES TEMPS

Il n'y a pas un temps absolu, unique et universel. Les


temps sont multiples et relatifs. Chaque observateur,
ou objet, vit un temps qui lui est propre. Les temps
sont pluriels, chaque temps suit son cours, et, lors-
qu'on les compare, on constate qu'ils évoluent à
des rythmes différents. Ces rythmes seront d'autant
plus différents que la vitesse relative entre deux
référentiels d'inertie sera grande. Pour chaque
référentiel d'inertie nous pouvons définir un temps
unique pour un ensemble d'objets immobiles les uns
par rapport aux autres.

Nommons R un tel référentiel d'inertie. Considérons


une point fixe M1(x1, y1, z1) dans R. En ce point, deux

2 Suite de la réflexion sur les référentiels d'inertie dans la conclusion


du cours sur les quadrivecteurs.

8
événements se produisent à la date t1 puis t2 :
E1(x1, y1, z1, t1) et E2(x2=x1, y2=y1, z2=z1, t2).
Par exemple, une lampe qui s'allume puis s’éteint.
Deuxième exemple, dans le cas d'un voyage
interstellaire, prenons pour R le référentiel d'une
fusée, t1 correspond à la date de départ depuis le
système solaire, et t2 indique la date d'arrivée aux
abords de Proxima du Centaure. Dates mesurées sur
une horloge fixe par rapport à la fusée.
La durée entre les deux événements vaut Δt = t2 - t1.
Si maintenant nous mesurons les quatre coor-
données de ces deux événements depuis un
deuxième référentiel d'inertie R', en mouvement de
translation rectiligne et uniforme à la vitesse ⃗v par
rapport à R, nous mesurons une deuxième durée Δt'
= t'2 - t'1 .
Du point de vue de R', les événements E1 et E2 ont
pour coordonnées spatio-temporelles (x'1, y'1, z'1, t'1)
et (x'2, y'2, z'2, t'2), et se produisent maintenant en
deux points distincts M'1(x'1, y'1, z'1) et M'2(x'2, y'2, z'2).
La première durée Δt est appelée temps propre, car
les événements sont au repos dans R ; la deuxième
durée Δt' est appelée temps relatif, car les
événements sont mobiles par rapport à R'. Le
référentiel R' aura parcouru, par rapport à R, la
distance Δx' = x'2 - x'1 pendant Δt' (cas où les axes
des abscisses sont orientés selon ⃗v ).

Nous avons alors le triangle des temps qui permet


de répondre à nombre de nos questions :

9
Nous utilisons ce triangle comme point de départ
pour construire la relativité restreinte. Plus tard nous
pourrons démontrer sa validité en utilisant les
postulats d'Einstein ou les symétries.

Nous pouvons le mémoriser sous la forme suivante :

Le
triangle
des
temps

10
Le triangle de temps est facile à retenir et à
appliquer. Prenons le cas d'un voyage interstellaire
Soleil - Proxima du Centaure et utilisons un jeu de
cartes pour résoudre le problème.
La base du triangle rectangle correspond à la
distance en années-lumière. Nous plaçons une
carte par année-lumière, d'où, ici, quatre cartes.
Ensuite, nous plaçons verticalement le nombre de
cartes qui correspondent à la durée du voyage
pour les astronautes, une carte par année.
Décidons d'effectuer le voyage en trois ans, mesure
effectuée avec une horloge au repos dans le
référentiel du vaisseau.
Combien de temps aura duré le voyage mesuré
depuis le référentiel galactique ? C'est simple nous
décomptons le nombre de cartes nécessaires pour
l'hypoténuse :

Le temps relatif vaut 5 ans et le temps propre 3 ans.


Le triangle des temps permet de visualiser direc-
tement la dilatation du temps : γ=Δt '/ Δt . Ici, le
facteur gamma vaut 5/3.

11
La vitesse du vaisseau vaut dans R' : v=Δx ' / Δt ' . Ici,
la vitesse est de 4/5 de la vitesse limite soit 80% de c.
Comme l'hypoténuse est le plus grand des côtés, le
temps ne peut que se dilater et la vitesse de la
lumière dans le vide ne peut être dépassée.

Les deux premiers exercices page 25 permettent de


se familiariser avec ces notions.

E. La contraction des longueurs

⚭ LA CONTRACTION DES LONGUEURS

Nous avons précédemment envisagé un voyage du


Soleil à Proxima qui dure 3 ans pour les spationautes.
Nous pourrions nous interroger : «Le vaisseau met
trois ans alors que la lumière en met quatre ans, on
va donc plus vite que la lumière ! ?» Question qui
revient régulièrement chez les étudiants au moment
de l'introduction à la relativité restreinte.
Ce n'est bien sûr pas le cas. Il faudrait plutôt refor-
muler les choses ainsi : si un observateur terrestre
envoie une impulsion lumineuse avec un laser, celui-
ci devra attendre que son horloge indique quatre
ans écoulés avant que le rayon n'atteigne Proxima
du Centaure ; alors qu'un observateur qui voyage à
80% de c devra attendre que son horloge indique
trois ans écoulés avant de rejoindre Proxima. Et
l'observateur terrestre observera bien le vaisseau
arriver après le rayon, de même que l'astronaute
parti en même temps que le rayon ne le dépassera
jamais. Pour être logiques tous les raisonnements
doivent être effectués dans un référentiel fixé. Si on

12
3 La discussion sera prolongée et approfondie au moment de l'étude
des quadri-vecteurs et de la quadri-vitesse.

13
Tous les triangles sont dans les mêmes proportions, et
le temps-lumière mesuré dans R est le plus court.
La distance Soleil - Proxima mesurée depuis le vais-
seau est de 2,4 al.
F. Effet de perspective spatio-temporel

⚭ EFFET DE PERSPECTIVE SPATIO-TEMPOREL


Supposons que le cœur du spationaute batte à 60
battements par minutes. Si la dilatation temporelle
est de deux, du point de vue des observateurs sur
Terre, son cœur bat plus lentement, une fois toutes
les deux secondes. Et si pour un autre observateur le
gamma vaut trois, il y aura un battement toutes les
trois secondes selon ce dernier. Mais il va de soi que
le spationaute, a de son point de vue, son cœur qui
bat tout à fait normalement, une fois par seconde.
Son référentiel est d'inertie comme pour les deux
autres observateurs.
Aussi, de par la relativité du mouvement, le
spationaute qui observe les habitants de la Terre
aura l'impression d'un ralentissement symétrique.
Il est à noter que ce ralentissement des horloges est
le même que l'on s'éloigne ou que l'on se
rapproche. Ce phénomène est de nature différente
de l'effet Doppler, où, quand un émetteur se
rapproche, le signal reçu est de fréquence plus
élevée, et quand l'émetteur s'éloigne, il est plus
grave.
Une confusion classique consiste à confondre ce
que l'on voit avec ce qui est. Quand vous regardez
une étoile, vous voyez la lumière qu'elle a émise de

14
nombreuses années auparavant, possible qu'elle ne
soit plus à cet endroit, ou même n'existe plus.
Pourtant spontanément quand on regarde le ciel
étoilé on se sent unis au cosmos, là et maintenant.
Cette illusion provient de nos habitudes quotidiennes
dans un monde où la vitesse maximale est très
élevée par rapport à nos mouvements routiniers. On
peut supposer la propagation de la lumière
instantanée, on voit ce qui est. Si la vitesse limite
était de 10 km/h, nous serions habitués à ces
différences. Souvent on s'imagine regarder, à l’œil
nu ou avec un télescope terrestre, le spationaute
dans son vaisseau s'éloigner et effectuer ses
mouvements au ralenti, mais cette expérience de
pensée est fausse, il ne s'agit pas de ça.
On ne «voit» pas, on mesure avec le cristal
d'horloges. La première fois qu'on l'appréhende,
l'approche peut sembler quelque peu concep-
tuelle, mais avec l'habitude ça devient naturel, et
on arrête de dire que l'on voit les horloges ralentir. Il
faut avoir en tête les deux référentiels d'inertie telles
des maillages, l'un immobile, et l'autre en mouve-
ment, et imaginer les deux événements successifs et
les dates enregistrées localement par chacun des
cristaux d'horloges synchronisées.
Ceci dit, nous pouvons faire des analogies avec les
effets de perspective spatiaux. Quand on regarde
quelqu'un au loin, il est tout petit, on peut le
regarder de la tête aux pieds entre deux doigts. Il
peut faire de même, c'est symétrique. Il y a
contraction des longueurs, et personne n'imagine le

15
phénomène comme réel, l'autre n'est pas petit
comme un schtroumpf.

La contraction à lieu selon toutes les directions.


Un autre effet de perspective qui produit une
contraction des longueurs : la rotation. Quand je
vous montre un livre de face, puis que je le tourne
de 90° selon un axe vertical, vous ne voyez plus que
sa tranche, et la couverture à réduit de taille jusqu'à
zéro lors de la rotation. L'apparente contraction s'est
produite selon l'horizontale seulement.
En relativité restreinte, les deux observateurs, sont en
mouvement l'un par rapport à l'autre, et c'est ce
mouvement qui crée simultanément la contraction
de longueurs et la dilatation du temps. Les longueurs
ne sont contractées que selon la direction de la
vitesse relative. Nous rappelons que, à la différence
des analogies précédentes, ce n'est pas ce que l'on
voit mais ce que l'on mesure.
Contrairement à ce que l'on entend parfois, il ne
s'agit pas d'une rotation spatio-temporelle. Nous
verrons la transformation à effectuer entre les
coordonnées (x, y, z, t) de R et (x', y', z', t') de R' au
chapitre Changement de référentiels, ce n'est pas
une rotation.

16
G. L'expérience des jumeaux

⚭ L'EXPÉRIENCE DES JUMEAUX

Il s'agit d'une expérience de pensée proposée par


Paul Langevin en 1911. Nous espérons qu'un jour
nous aurons un vaisseau spatio-temporel pour la
réaliser ! À défaut d'être effectuée avec de vrais
jumeaux, elle a, pour l'instant, été réalisée avec des
horloges atomiques. On parle parfois de paradoxe
des jumeaux, mais c'est une réalité, pas un
paradoxe ; cette dénomination trompeuse provient
d'incompréhensions. Langevin, principal défenseur
de la relativité en France au début du XX e siècle,
n'avait parlé, au congrès de philosophie de Bologne
en 1911, ni de paradoxe, ni de jumeaux... mais d'un
voyage en boulet à la Jules Verne ! C'est le
mathématicien et physicien Hermann Weyl qui parle
de jumeaux en 1918. C'est le philosophe Henri
Bergson qui consacre un livre entier, publié en 1922,
sur la relativité restreinte, qui parle de paradoxe et
donne une interprétation erronée de l'expérience.
Expliquons maintenant cette expérience. Nous
prenons deux jumeaux au moment où ils fêtent leurs
20 ans sur Terre. Juste après l'anniversaire, ils se
quittent, l'un reste sur Terre et l'autre part pour
Proxima à 80% de c. Selon le triangle des temps,
nous avons 5 ans écoulés pour le jumeau resté sur
Terre et 3 ans pour celui qui voyage jusqu'à Proxima.
Ensuite le jumeau voyageur revient sur Terre, ce qui
double les temps. Le jumeau resté sur Terre à
maintenant 30 ans et celui qui a fait l'aller-retour 26

17
ans. Nos jumeaux n'ont plus le même âge.
L'image est marquante car les deux jumeaux
peuvent directement comparer leurs deux horloges
avec une différence de quatre ans. C'est moins
abstrait qu'une mesure via un cristal d'horloges. Les
postulats de la relativité restreinte considèrent des
référentiels d'inertie. On peut à un moment donné
avoir les horloges de deux référentiels différents qui
coïncident, mais ensuite elles ne font que s'éloigner
l'une de l'autre à vitesse constante. Ainsi l'expérience
des jumeaux ne peut se comprendre qu'avec les
deux premiers postulats d'Einstein.
Nous constatons un effet cumulatif de la dilatation
temporelle sur l'aller-retour, pourquoi pas aussi un
effet cumulatif des contractions : un astronaute plus
jeune et aplati... !? Le temps et l'espace n'ont pas
des natures équivalentes : un mouvement gauche-
droite peut-être compensé par un mouvement
droite-gauche, pour le temps c'est impossible, il y a
le principe de causalité et on ne peut aller que du
passé vers le futur, on ne peut qu'avancer dans le
temps et les temps propres s'ajoutent.
Avant de conclure sur l'expérience des jumeaux un
dernier point. Il ne vous semble pas aberrant que le
voyageur parte comme ça à 800 millions de km/h,
sous-entendu de manière instantanée ? C'est bien
sûr impossible, un physicien ne s’intéresse qu'à des
situations physiquement acceptables, il faudrait une
énergie infinie et la force due à l'accélération
exercée le serait elle aussi. En bref, même si la phase
d'accélération durait quelques secondes, on ne

18
conçoit pas qu'un tel réacteur aussi puissant puisse
exister, et les occupants seraient tout bonnement
écrasés... Le vaisseau voit en fait sa vitesse
augmenter continûment, ce qui peut être modélisé
par une succession de référentiels d'inertie de vitesse
croissante.
Un nouveau postulat vient compléter la relativité
restreinte, c'est l'hypothèse de l'horloge qui a été
vérifiée expérimentalement :
Deux horloges de même vitesse instantanée v, l'une
étant accélérée et l'autre pas, subissent le même
facteur de dilatation du temps γ.
L'horloge mesure le temps propre et nous ajoutons
les temps du voyageur sur l'ensemble de son voyage
spatio-temporel aller-retour :

dt'
τ=∫ d τ=∫ γ

Le temps propre est le temps mesuré par une


horloge au repos par rapport au phénomène à
étudier. Nous l'avions appelé Δ t , mais souvent pour
bien insister sur sa particularité nous utilisons la lettre
grecque τ . La mesure d'un temps relatif nécessite,
elle, deux horloges différentes précédemment
synchronisées.
On peut ainsi, sans ambiguïté, faire le calcul du
temps propre mis par le voyageur pour l'aller-retour.
Calcul fait depuis le référentiel d'inertie galactique
R'. À noter que si nous faisons le calcul depuis un
autre référentiel d'inertie R'' nous trouverions la
même durée propre τ .

19
Par contre, un calcul direct est impossible depuis le
référentiel du vaisseau car celui-ci n'est pas inertiel4.

Joseph Hafele et Richard Keating, en 1971, vérifient


expérimentalement l'«hypothèse de l'horloge», troisième
postulat de la relativité restreinte. Avec peu de moyens et
beaucoup de persévérance, ils effectuent deux fois le
tour du monde, l'un vers l'est, et l'autre vers l'ouest. Ils
étaient dans des avions commerciaux avec des horloges
atomiques et de nombreux passagers. Au retour, ils
comparent avec une horloge restée au sol5.
Photo : Time Magazine, 18 octobre 1971.

Entraînement : exercices 3, 4 et 5 page 26.


H. Mise en équations

4 On peut faire le calcul du point de vue du référentiel accéléré en


utilisant la métrique non-minkonskienne donnée page 143.
5 L'expérience cruciale de Hafele et Keating par Pierre Spagnou, pdf,
27 pages, mars 2018.

20
⚭ MISE EN ÉQUATIONS

Le triangle des temps, page 10, donne par


application du théorème de Pythagore :

2
Δx ' Δt ' Δx '
2 2
(Δt ') =(Δt ) + ( )
c
or γ=
Δt
et v=
Δt '

2
v 1
d'où ( γ Δt )2=(Δt )2+ ( γ Δt ) et γ=


c v 2
1− ()
c

v
on note aussi bêta : β= qui exprime la vitesse par
c
rapport à c,

Ainsi, nous avons la relation suivante pour gamma :

1
γ=
√1−β 2

Connaître par cœur cette expression du facteur


gamma permet de se passer du triangle des temps.

Entraînement : exercices 6 à 9 page 28.

21
◦ Transformation des volumes et des angles

• Volumes : Seules les longueurs selon la direction de


la vitesse relative entre les deux référentiels sont
contractées. Prenons le cas d'un parallélépipède
rectangle selon les axes (Oxyz) au repos dans R,
alors si ⃗v =v ⃗i : Δ x '=Δ x /γ , Δ y ' =Δ y et Δ z '=Δ z ,

V
d'où : V '= γ .

Relation vraie quelle que soit la forme de l'objet. En


effet, tout objet peut être décomposé en volumes
infinitésimaux parallélépipédiques chacun con-
tractés du même facteur γ, l'intégrale, somme
d'infinitésimaux, l'est donc aussi.
Un cube dans R s'aplatit dans R' tout en gardant la
même section perpendiculairement à ⃗v . Une sphère
dans R s'aplatit selon la direction de ⃗v dans R'.

Le protocole de mesure d'une distance assure que


chaque position de l'objet est mesurée au même
instant t' dans R'.
Ce n'est bien sûr qu'un effet de perspective, rien de
physique ici, si par exemple le cube est une boîte
qui contient un gaz, celui-ci n'est pas comprimé et
aucun risque que celui-ci ne se liquéfie !
Pour ce qui est vu par un observateur s'ajoutent une
nouvelle déformation due à la propagation des

22
rayons lumineux jusqu'au point d'observation. La
distance d'un point de l'objet au point d'observation
varie et l'objet photographié sur un capteur est
constitué de points lumineux qui correspondent à
des instants t' différents au niveau de l'objet, les
mesures ne sont pas alors simultanées dans R'. Cet
aspect plus subtil est abordé dans le chapitre
L'apparence des choses.

• Angles : Soit un triangle rectangle. Un côté de


longueur Δx selon ⃗ v , et un second perpendiculaire
selon y et de longueur Δy. Nous mesurons l'angle θ
entre le côté de longueur Δx et l'hypoténuse. Le
triangle est au repos dans R et tan(θ)=Δ y /Δ x . Dans
R' : tan(θ ')=Δ y ' /Δ x ' . Δ x '=Δ x /γ et Δ y '=Δ y d'où :

tan (θ ')=γ tan(θ)

Lorsque vous voyez une étoile dans le ciel, vous


mesurez sa position à l'aide d'angles. Ces angles
sont modifiés par le mouvement de la Terre sur son
orbite dans le référentiel galactique. L'angle
apparent θa sous lequel on voit une étoile n'est pas
simplement l'angle θ' car il faut de plus tenir compte
de la propagation des rayons lumineux jusqu'à notre
télescope. La couleur d'une étoile est aussi modifiée,
voir le chapitre L'apparence des choses pour plus
de précisions.

23
1
Exercices

Méthodes de résolution :

 (Jeu de cartes)
 (règle, équerre, rapporteur et compas)
 (équations)

Difficulté : ▲△△ (simple) / ▲▲△ / ▲▲▲ (complexe)

Données :

Vitesse de la lumière (vide) ≃ 300 000 km/s


Distance Soleil-Proxima ≃ 4 années-lumière
Distance Soleil-Barnard ≃ 6 années-lumière
Distance Soleil-Sirius ≃ 9 années-lumière
Rayon de la Terre ≃ 6 400 km

1.  ▲△△ Les cristaux de l'exolune Pop

En l'année galactique 2110, vous entreprenez le


voyage Soleil-Barnard pour y étudier les cristaux de
l'exolune Pop. Après huit années passées dans votre
fusée, vous vous posez sur Pop. En quelle année
galactique sommes-nous alors, et quelle était la
vitesse de votre fusée ?

Correction page 337.

25
2.  ▲△△ Aller simple pour Sirius

C'est décidé, en 2154, pour vos 30 ans, vous partirez


pour Sirius avec l'antique vaisseau β6 de votre ami
Zou. Trop envie de changer d'air et d'un nouveau
départ. Le vaisseau n'est pas très rapide, mais
spacieux et confortable. À quel âge arriverez-vous,
et pourrez-vous assister au festival des deux soleils de
2168, ou faudra-t-il attendre celui de 2178 ?
Série Rêve β6 : modèle 2110-2124 / Vitesse 60% de c.
Correction page 337.

3.  ▲△△ Livraison de colis

Votre métier ? La livraison de colis dans la galaxie. Et


vous êtes le premier sur le marché car vous avez le
SpaceTruck le plus rapide !
«... pour commercer entre le Soleil et Proxima, 4 ans
de voyage seulement me sont nécessaires pour
l'aller-retour. Et un bénef de 5 millions de Blings,
imaginez un peu la tune que j'me fais !!»
En combien de temps les clients sont livrés, quelle
est la vitesse du vaisseau et la dilatation
temporelle ? Corr. p338.

4.  ▲▲△ Jumeau en route pour Sirius

Des jumeaux ont 20 ans en 2132, le plus intrépide


part pour Sirius et revient en 2156.
Quels âges ont alors les jumeaux ?
Quelle était la vitesse de la fusée ?
Correction page 338.

26
5.  ▲▲△ Cruel dilemme ?

Nous sommes en 3021. Denys habite le centre


galactique. Il vient de recevoir une nouvelle terrible :
lors de son séjour dans le bras spiral de Persée, il a
attrapé un virus, il mourra dans exactement 32 ans,
et il n'y a aucun remède...
S'ajoute à cela qu'il vient de recevoir un ordre de
mission très précis : désamorcer une bombe à rayons
gamma située à 26 a.l. avant qu'elle ne détruise la
galaxie tout entière, explosion prévue en 3052.
Et surtout, plus important que tout, être là, au centre
de la galaxie, pour la grande fête galactique
séculaire de 3082 !
Denys dispose d'un vaisseau de gamma égal deux.
Que pouvez-vous proposer à Denys ?
Corr. p339.

 L'utilisation d'équations est la méthode la plus


complète et générale. Néanmoins, nous pensons
que son utilisation systématique, dès le début de
l'apprentissage, rend difficile une compréhension
intuitive des phénomènes. De plus, le langage
mathématique à maîtriser bloque inutilement
beaucoup de personnes passionnées par la
physique.
Les équations sont très pratiques dans les deux cas
où le triangle des temps est très étiré : pour des
mouvements lents où la vitesse est très faible devant
celle de la lumière, ou, au contraire, pour des
mouvements rapides où la vitesse est très proche de
la vitesse maximale (cas ultra-relativistes).

27
6.  ▲▲△ Les muons

Les rayonnements cosmiques sont constitués de


particules de grande énergie. Beaucoup de ceux
qui frappent l'atmosphère terrestre sont des protons.
Ils proviennent du Soleil, de notre galaxie et au-delà.
Heureusement pour la vie sur Terre, beaucoup de
ces particules sont détruites dans la haute
atmosphère et créent des gerbes d'autres particules
moins énergétiques. Nous nous intéressons ici au cas
des muons ainsi créés. Quand vous êtes au bord de
la mer, 170 muons parviennent en moyenne au sol
par mètre carré et par seconde. Chaque seconde
que vous prenez à lire l'énoncé de cet exercice des
dizaines de muons vous traversent.

Les muons ont une demie-vie t 1/ 2 de 1,5 micro-


secondes. Ce qui signifie que si vous prenez un
grand nombre de muons au repos, il n'en restera
plus que la moitié après 1,5 μs, et comme ils ne
vieillissent pas, plus que le quart après 3 μs, etc.
Prenons l'exemple d'un muon créé à 10 km
d'altitude et qui se dirige verticalement vers le sol
avec une vitesse de 99,9% de c.

Que pensez-vous de la probabilité qu'a ce muon


d'arriver au sol (niveau de la mer) ?

Correction page 340.

28
7.  ▲▲▲ Voyage en TGV

En 2012, la ligne de train à grande vitesse la plus


longue est en Chine et relie Pékin à Canton. Sa
longueur est de 2300 km et le temps de parcours de
huit heures.
Vous disposez de deux horloges atomiques. Vous les
synchronisez, puis, vous en laissez une en gare à
Pékin, et, l'autre vous accompagne pour votre
voyage aller-retour Pékin-Canton.
Au retour quelle sera la différence de temps entre les
deux horloges ?

◦ Précision des horloges atomiques embarquées : 10 -14s/s.


◦ Le voyage est considéré à vitesse constante, ce qui
donnera une bonne approximation.
◦ Un outil mathématique nécessaire ici, un dévelop-
pement limité : si epsilon est très petit devant un, ϵ≪1,
1 2
√ 2
alors (1+ϵ) ≃1+α ϵ. Ici 1/ 1−β =(1−β )
α 2 −1/2
≃1+ β .
2

Correction page 341.

8.  ▲▲▲ Satellite

Soit un satellite basse altitude, comme, par exemple,


la Station Spatiale Internationale. Le satellite est
placé à 500 km d'altitude et file à 27 000 km/h dans
le référentiel géocentrique. Ce référentiel est dans
cet exercice considéré d'inertie.
Une horloge est placée dans la station
internationale et une deuxième est maintenue

29
immobile dans le référentiel géocentrique. Les
protocoles de synchronisation et de comparaison
des temps sont parfaitement respectés.
Quelle est la différence de temps après un tour ?

◦ Le référentiel du satellite n'est pas d'inertie et nous


appliquons l'hypothèse de l'horloge.
◦ À la différence de l'expérience de Hafele et Keating, les
horloges restent à altitude constante, nous n'avons pas
de ce fait à tenir compte des effets de la gravitation.

Correction page 342.

9.  ▲▲▲▲ Expérience de Hafele et Keating

Nous allons ici tenter de retrouver les résultats de


Hafele et Keating établis en 1971.
Pour un tour du monde vers l'est, ils trouvaient que
l'horloge embarquée vieillissait moins d'environ 60 ns
par rapport à l'horloge restée au sol, par contre,
pour un tour du monde vers l'ouest, l'horloge
embarquée vieillissait davantage d’environ 300 ns.
Nous simplifions le problème, un seul avion suffit pour
faire le tour du monde. Le vol est équatorial à 10 km
d'altitude. L'avion à une vitesse de 1000 km/h par
rapport au sol. À l'équateur, le sol se déplace à 1674
km/h par rapport au référentiel géocentrique, ici
considéré galiléen. Les phases de décollage et
d'atterrissage sont considérées suffisamment rapides
pour être négligées.

30
Concernant la gravitation, le temps ralentit quand la
gravitation augmente :

gh
(
Δt ' = 1+ )
c2
Δt , h : altitude, g = 9,81 m/s2

Δt ' est le temps passé en altitude et Δt au sol.


(relativité générale en champ faible)

Vous pouvez imaginer trois horloges, la première


immobile dans le référentiel géocentrique, la
deuxième au repos dans l'avion et la troisième
posée au sol.
Vos résultats sont-ils compatibles avec ceux de
l'expérience réalisée en 1971 ?

Correction page 342.

31
2
II. Diagrammes d'espace-temps

DIAGRAMMES D'ESPACE-TEMPS
Après le triangle des temps, nous présentons ici un
deuxième outil géométrique, un diagramme, qui
élargit notre vision de l'espace-temps, donne une
représentation synthétique des situations et permet
de répondre à un ensemble très large de questions.
A. Lignes d'univers

⚭ LIGNES D'UNIVERS

Le triangle des temps suffit pour étudier le


mouvement d'un seul objet mobile avec une vitesse
constante. Lorsque la vitesse de l'objet varie, ou que
nous avons plusieurs objets en mouvement, nous
préférons les diagrammes d'espace-temps. Par
exemple, pour l'expérience des jumeaux, le sens de
la vitesse du jumeau voyageur change entre l'aller
et le retour.
La ligne d'univers d'un objet contient toutes ses
informations physiques : l'intégralité de ses positions
à travers le temps, et donc l'évolution de sa vitesse,
accélération et force exercée sur la particule.
Une ligne d'univers représente l'ensemble des évé-
nements vécus par un objet.

B. Diagramme de Minkowski

35
⚭ DIAGRAMME DE MINKOWSKI

Le diagramme d'espace-temps est souvent appelé


diagramme de Minkowski dans le cadre de la
relativité restreinte. Dans le cas d'un mouvement
rectiligne, un axe spatial suffit et le diagramme sera
représenté dans un plan. L'axe horizontal représente
l'abscisse x de l'objet et l'axe vertical le temps t.
Chaque point du diagramme correspond à un
événement. Le point O correspond à l'événement
origine — tant temporelle que spatiale.

Commençons par considérer le mouvement d'un


photon qui "passe" par O et qui se dirige vers la
droite. Les événements successifs "vécus" par le
photon créent sa ligne d'univers. Nous graduons les
axes en unités naturelles à l'espace-temps et nous

36
choisissons l'année comme unité de temps.

Il y a un an le photon était situé à une année-


lumière à gauche, il est maintenant ici, il sera dans
un an à une année-lumière à droite, etc.
De plus, nous considérons un deuxième photon, qui
passe aussi par l'origine, mais qui se déplace dans
l'autre sens, de la droite vers la gauche. Les deux
lignes d'univers des photons sont représentées en
pointillés et sont souvent présentes pour aider la
lecture des diagrammes de Minkowski.
Dans le cas d'une particule immobile dans le
référentiel d'étude, la ligne d'univers est une ligne
verticale orientée vers le haut.
Sur le diagramme qui suit nous avons la ligne
d'univers d'un objet immobile dans le référentiel
d'étude et situé à une année-lumière à droite de
l'origine du repère.

37
Nous considérons maintenant le cas général d'une
particule qui passe par O et se déplace vers la
droite avec une vitesse v constante. Comme une
particule ne peut aller plus vite que la lumière la
ligne d'univers est représentée par une droite
d'inclinaison intermédiaire entre la ligne verticale
(axe du temps) et la ligne pointillée du rayon
lumineux correspondant.

Sur cet exemple,


l'objet se déplace à
50% de c, il parcourt
une année-lumière
en deux ans.

38
Nous savons maintenant qu'il y a dilatation, le temps
pour un objet mobile n'est pas le même que pour un
objet fixe. Nous reprenons l'exemple de la page 11
d'un voyage à 80% de c. Avec le triangle des temps
nous obtenons le temps propre τ que nous ajoutons
sur la ligne d'univers de l'objet mobile. La dilatation
du temps apparaît clairement.

39
Pour l'expérience des jumeaux nous visualisons les
deux lignes d'univers de chacun sur un même
diagramme :

Les lignes d'univers sont représentées dans le


référentiel du jumeau resté sur Terre, plus préci-
sément le référentiel galactique qui est un excellent
référentiel d'inertie. Nous ne pouvons pas direc-
tement raisonner depuis le référentiel du voyageur,
celui-ci n'est pas d'inertie car sa vitesse varie.
C. Mise en équations

40
⚭ MISE EN ÉQUATIONS

Équation des lignes d'univers

Ces équations de droites permettent de déterminer


dates et positions, de rendez-vous et réception de
messages spatiaux.

Vaisseau qui passe par O et se dirige vers la droite à


la vitesse v :
x 1x v
v= d'où t= avec β=
t βc c

Vaisseau qui passe par A et se dirige vers la gauche


à la vitesse v' :
1 (x−d) v'
t=− avec β' =
β' c c

Photon qui passe par O et se dirige vers la droite :

x
t=
c

Photon qui passe


par B et se dirige vers
la gauche :

x
t=− + t B
c

41
Angles

Plus la vitesse augmente, plus la ligne d'univers du


vaisseau, d'abord verticale, s'incline d'un angle θ qui
tend vers 45° quand la vitesse se rapproche de la
vitesse maximale c.

x /c
tanθ= =β
t

β 0 0,1 0,25 0,5 0,6 0,8 0,9 0,94 1


θ 0° 6° 14° 27° 31° 39° 42° 43,3° 45°
γ 1 1,005 1,03 1,15 1,25 1,67 2,3 3 +∞

42
Échelles

Sur la ligne d'univers du vaisseau, axe du temps


propre, le temps s'écoule plus lentement et les
graduations sont plus espacées.

OJ=1

OL=√ 1+β2 OJ

OJ '=γ OL

OJ '=γ √1+β2 OJ

OJ '
OJ
=

1+β2
1−β 2
=√ 2 γ 2−1

v % de c 50 60 75 80 87 95 99 99,5
γ 1,15 1,25 1,51 5/3 2 3,2 7 10
OJ (t=1) 1 1 1 1 1 1 1 1
OJ' (τ=1) 1,29 1,46 1,89 2,13 2,6 4,4 10 14

43
2
D. Exercices

Exercices
╋ : résolution par les diagrammes de Minkowski.

1.╋ ▲△△ Tracez les diagrammes de Minkowski


des exercices 1 à 5 du chapitre 1.
Correction p344.

2.╋ ▲△△ Communications interstellaires

Dans l’expérience des jumeaux page 17, quand le


jumeau voyageur se pose sur la planète Proxima b, il
fait une photo et l'envoie vers la Terre sous forme
d'onde électromagnétique.
Quand le jumeau sur Terre recevra la photo ?
Tout au long du voyage le jumeau sur Terre suit le
périple de son frère à l'aide d'un télescope très
puissant. Quand verra-t-il dans son télescope son
frère se poser sur la planète ?
Si le jumeau sur Terre regarde dans son télescope à
l'instant où son frère se pose sur Proxima b, soit 5 ans
après son départ, que voit-il ?
Pour envoyer un message d'anniversaire à son frère
au moment où il atterrit sur l'exoplanète, quand doit-
il l'envoyer ?
Faire un diagramme de Minkowski qui représente les
lignes d'univers des jumeaux et celles des photons
qui transmettent la photo, les images du télescope
et le message.
Correction p347.

45
3. ▲▲△ Appel au secours

Un vaisseau de croisière avec plus de 10 000


personnes à bord entreprend la traversée Proxima -
Terre à la vitesse de 50% de la lumière.
Arrivé à mi-parcours le vaisseau lance un appel aux
secours. Une navette de secours d'urgence part de
la Terre à 90% de c dès le message SOS électro-
magnétique reçu.
Combien de temps les passagers devront attendre
avant l'arrivée des secours ?

Correction p349.

4. ▲△△ Tim, Tam, Tom

Nous sommes dans un univers lent où la vitesse


maximale propre à l'espace-temps est de 20 km/h.
Tom, Tim et Tam sont dans le salon, la pendule
indique 10 heure. Ils décident de s'y retrouver à 11
heure. Tom reste sur place. Tim part courir à 10 km/h.
Tam part travailler à son bureau situé à 10 minutes-
lumière avec un vélo qui roule à 15 km/h.
Tim doit être de retour pour quelle heure indiquée
sur sa montre ?
Combien de temps de travail disposera Tam à son
bureau ? Quelle heure indiquera sa montre à son
retour ?

Correction p350.

46
III. Changement de référentiel
3
CHANGEMENT DE RÉFÉRENTIEL
Nous allons considérer un deuxième référentiel
d'inertie. Le premier référentiel d'étude était le
référentiel R d'axes (x, y, z, t), référentiel souvent
associé au référentiel galactique dans le cadre des
voyages interstellaires.
Le second référentiel R' est en mouvement par
rapport à R, animé d'une vitesse constante. On dit
que R' est en mouvement de translation rectiligne et
uniforme par rapport à R. Pour R' l'origine est notée
O' et les axes (x', y,' z', t').
R' est alors aussi un référentiel d'inertie, où
s'appliquent les principes de la relativité restreinte.
Ce référentiel R' sera souvent associé au vaisseau.

A. DIAGRAMME D'ESPACE-TEMPS

⚭ DIAGRAMME D'ESPACE-TEMPS

Nous allons construire pas à


pas les axes de R' dans le
diagramme de Minkowski de
R. Le temps propre τ à bord du
vaisseau spatio-temporel cor-
respond au temps t'. L'axe O't'
s'identifie donc à la ligne
d'univers du vaisseau.

49
La vitesse limite est la même dans R et R'. Cet
invariant montre que l'axe O'x' est nécessairement
symétrique par rapport à la ligne d'univers d'un flash
lumineux qui se déplace vers la droite et passe par
O. Nous avons ainsi le référentiel R' vu depuis le
référentiel R :

Montrons sur un exemple comment s'effectue la


lecture des coordonnées. Depuis la Terre, nous
enregistrons, 3 ans après le départ du vaisseau
spatial, une énorme éruption stellaire produite par
l'étoile Proxima du Centaure située à 4 années-
lumière. Le vaisseau se déplace à 60% de c. Dans le
référentiel du vaisseau où et quand se produit
l'éruption ?
Dans le référentiel galactique R l'événement E a
pour coordonnées (x=4, t=3).
Dans le référentiel du vaisseau R' nous lisons sur le

50
diagramme de Minkowski que l'événement E a pour
coordonnées (x'=2,75 , t'=0,75). Les occupants du
vaisseau détermineront que l'éruption s'est produite
9 mois après leur départ à 2,75 années-lumière de
distance.

Néanmoins, les astronautes verront l'éruption dans


leur télescope bien après 9 mois. En effet, suite à
l'éruption, il faut aussi laisser le temps à la lumière de
se propager jusqu'au télescope et à l’œil des
observateurs. Pour compléter nous avons tracé en
gris clair la ligne d'univers du rayon lumineux émis au
moment de l'éruption, celle-ci sera d'abord
observée dans le vaisseau après environ 3 ans et
demi de voyage, et elle sera ensuite observée sur
Terre 7 ans après le départ. Dans les diagrammes de
Minkowski, les coordonnées indiquées pour un

51
événement proviennent d'enregistrements locaux
effectués à l'aide du solide de référence et du cristal
d'horloges associé. Les temps de propagation ne
sont pas inclus.
Tous les référentiels d'inertie sont équivalents en
relativité restreinte et nous pouvons aussi représenter
R depuis R' :

B. Relativité de la simultanéité

⚭ RELATIVITÉ DE LA SIMULTANÉITÉ
Dans le cas du vaisseau qui file vers Proxima à 80%
de c nous avions un triangle des temps 3-4-5. Quand
le vaisseau se trouve au niveau de Proxima à 4
années-lumière, avant de réduire sa vitesse, il s'est

52
53
notion absolue. Dans R, E1 et E2 sont simultanés, dans
R', E1 est antérieur à E2.

C. Le principe de causalité

⚭ LE PRINCIPE DE CAUSALITÉ

On ne peut qu'aller du passé vers le futur. C'est de la


pure logique, la cause produit un effet et non
l'inverse ! Le monde est Un , et ce n'est qu'un
principe évident de cohérence. Si vous pouviez
remonter le temps et voyager dans le passé, vous
détruiriez le présent... Par exemple, vous partez 50
ans dans le passé et lors de ce voyage temporel
vous mourrez suite à un accident de voiture, ou tout
simplement vos actions font que vos parents ne se
rencontrent finalement pas, etc. Si vous voulez à tout
prix voyager dans le passé, il faudrait alors plusieurs
présents et supposer des mondes parallèles qui
réalisent tous les possibles. En physique, on choisit la
théorie la plus simple pour expliquer les faits, il n'y a
qu'un seul monde, Une réalité, le passé ne peut être
modifié, le futur ne pré-existe pas, on ne peut faire
marche arrière et la flèche du temps avance
constamment du présent vers le futur.
La relativité restreinte respecte bien sûr le principe
de causalité. Pas de manière aussi directe que dans
la vieille mécanique, mais de manière tout aussi
rigoureuse. Le fait qu'il y ait plusieurs temps, la
possibilité de voyager dans le futur, une simultanéité
relative, jette un trouble que nous allons de suite
éclaircir.

54
Prenons deux événements E1 et E2 quelconques. S'il y
a un lien de causalité entre eux nous pouvons
déterminer quel événement est antérieur, et cet
ordonnancement temporel doit être indépendant
du référentiel d'observation. Deux cas différents
peuvent se produire, représentons les événements
sur un diagramme dans un référentiel d'observation
arbitraire R.

Premier cas : il y a un lien causal possible entre E1 et


E2. Les deux événements ont un ordre temporel
constant quel que soit le référentiel d'observation.

Dans R, E2 est ultérieur à E1 car t2>t1.


Nous considérons ensuite R', référentiel immobile par
rapport à R mais avec une nouvelle origine O'=E1.

55
Nous constatons un lien de causalité possible entre
les deux événements, par exemple un vaisseau peut
relier les deux points (sa vitesse n'aurait pas à
dépasser la vitesse maximale), ou une succession
d'événements qui se propagent de proche en
proche comme les morceaux de sucre qui tombent

56
et établissent un enchaînement causal.
Nous pouvons ensuite nous placer dans le référentiel
propre R'' du vaisseau, l'ordre chronologique n'est
pas changé et nous avons toujours E2 ultérieur à E1 et
t2''>t1''.

Les événements E1 et E2 se produisent au même


endroit dans R''. C'est dans ce référentiel propre que
l'intervalle de temps entre les événements est
minimal : t2'' - t1'' = Δt'' = τ < Δt' = Δt.

Deuxième cas : il n'y a pas de lien causal possible


entre E1 et E2. L'ordre temporel n'est pas défini, E1 est
antérieur à E2 dans un référentiel, l'inverse dans un
autre, et, les événements sont simultanés dans un
troisième. Cela ne remet pas en cause le principe
de causalité, car il n'y a aucun lien de cause à effet
possible entre ces deux événements.

57
58
Aucun objet matériel ou objet lumineux passant par
E1 ne peut rejoindre E2, et vice-versa. Aucun objet ne
peut aller plus vite que la lumière. Ces deux
événements sont indépendants et ne peuvent
interagir. Chercher une chronologie entre eux n'a
pas de sens. Il n'existe pas de référentiel propre où
ces deux événements sont au repos.

D. Composition des vitesses

⚭ COMPOSITION DES VITESSES

Deux vaisseaux filent l'un vers l'autre à 75% de la


vitesse maximale. Si vous vous placez dans un des
vaisseaux vous verrez l'autre vaisseau venir vers vous
à quelle vitesse ?
Si nous avions l'additivité des vitesses comme en
mécanique classique nous trouverions 150% de c,

59
vitesse supérieure à la limite, ce qui est, dans les
faits, impossible.
Nous allons représenter sur un diagramme les lignes
d'univers des deux vaisseaux dans le référentiel
galactique R. Les deux vaisseaux se rapprochent, se
croisent en O, puis s'éloignent.
Depuis le référentiel R' d'un des deux vaisseaux nous
mesurons les coordonnés du second et nous aurons
simplement sa vitesse dans R'.

La distance OG correspond à t' et mesure sur le


dessin 4,8 cm. La distance EG correspond à x' et
mesure sur le dessin 4,6 cm. En divisant EG par OG
nous obtenons la vitesse relative des vaisseaux :

v' = 96% de c

60
E. Mise en équations

⚭ MISE EN ÉQUATIONS

◦ Transformation de Lorentz

Pour un événement E,
nous cherchons à expri-
mer ses coordonnées
(x',t') dans R' par rapport
à celle (x,t) dans R.

61
OG
Prenons le cas de t' : t '=
γ √1+β2
Nous avons appliqué le facteur d'échelle pour
passer de R à R', facteur établit dans le chapitre
précédent.

Les coordonnées du point G sont données par


l'intersection des deux droites suivantes :
1x x x
t= β et t−t E =β( − E )
c c c

(axe t' et droite parallèle à l'axe x' qui passe par E


avec une pente inverse à celle de l'axe t')

Après résolution de ce système d'équations :

xE xG
t G=γ 2 (t E−β ) et =β t G
c c


Ainsi : OG= t G +
xG 2 2
c
2
( ) x
=γ √ 1+β2 (t E −β E )
c

xE
Et finalement : t '=γ (t E−β )
c

En procédant de manière analogue pour x', nous


x' x
trouvons : =γ ( E −βt E )
c c

Nous obtenons ce qu'on appelle la transformation


de Lorentz des coordonnées d'un événement. Pour
un mouvement de R' selon Ox et la mise à zéro des

62
horloges et des coordonnées spatiales quand
celles-ci coïncident en O=O', nous pouvons, sans
perdre en généralité, écrire :

{
x' x
=γ( −β t )
c c
Transformation
y'= y
de
Lorentz z ' =z

x
t '=γ(t−β )
c

À t=0 et t'=0, O et O' coïncident, puis O' s'éloignent


vers la droite à fur et à mesure que le temps passe.
Sur un diagramme de Minkowski, en plein accord
avec celui du dessus, O et O' ne sont plus des points
mais des lignes d'univers, l'axe de t et celui de t'. Les
origines O et O' indiquées sont les positions spatio-
temporelles à t=t'=0.

63
{
x x'
=γ( +β t ' )
Pour obtenir les coordonnées c c
dans R à partir de celles de R', il
y= y '
suffit d'inverser le signe de la
vitesse et donc de β : z=z '

x'
t=γ(t '+β )
c

Dans la limite des faibles vitesses nous retrouvons


bien la transformation classique des coordonnées.
Les coordonnées spatiales et de temps sont alors
déconnectées pour laisser place à un espace et un
temps tous deux absolus :

{
x ' =x−v t
Transformation
y '= y
de
Galilée
z ' =z

t ' =t

Dans ce livre nous avons fait le choix pédagogique


de partir du triangle des temps pour construire la
relativité restreinte. Nous pourrions aussi partir de la
transformée de Lorentz. Dans ce qui suit nous
retrouvons la dilatation du temps, la contraction des
longueurs et l'existence d'un invariant relativiste en
utilisant cette transformation.

64
• Dilatation du temps : nous avons des événements
qui se produisent au même emplacement dans R,
soit x2=x1 et Δx=x2-x1=0, séparés par un intervalle de
temps Δt=t2-t1. Que devient cet intervalle temporel
dans R' ? Δt'=(γΔt-βΔx/c) d'où Δt'=γΔt. CQFD

• Contraction des longueurs : nous pouvons


imaginer une règle au repos dans R placée sur l'axe
des x, L=Δx=x2-x1. Le protocole de mesure d'une
longueur dans un référentiel donné exige de
déterminer les positions des extrémités au même
instant dans ce référentiel. Mesure de la longueur
relative L' dans R' : Δx=γ(Δx'+βcΔt') or t'2=t'1 d'où L=γL',
soit L'=L/γ. CQFD

• L'invariant de Lorentz : En mécanique classique


nous avions deux quantités invariantes la longueur
L= √ Δ x 2 +Δ y 2 +Δ z2 et la durée Δt. Quel que soit le
référentiel d'étude, nous avions la distance
Euclidienne et la durée inchangées. Ce n'est plus le
cas en relativité restreinte. Mais nous avons une
autre quantité qui vérifie cette propriété :
Δ s2=c2 Δ t 2 −Δ x2 −Δ y 2 −Δ z2. Δs est l'intervalle d'espace-
temps entre deux événements quelconques, il
correspond à une sorte de distance minkowskienne.
Sa propriété d'invariance se vérifie en effectuant le
calcul de Δs dans un second référentiel d'inertie R' :
Δ s' 2 =c 2 Δ t ' 2 −Δ x ' 2−Δ y ' 2 −Δ z ' 2
Δ s' 2 =γ 2 (c Δ t−β Δ x )2−γ 2 (Δ x−β c Δ t)2−Δ y 2 −Δ z2 =Δ s2
Nous pouvons écrire Δs2 en fonction de la vitesse v
d'un objet qui rejoint les deux événements selon une

65
trajectoire rectiligne et uniforme :

v2
2 2
Δ s =c Δ t 1−
2
( ) c
2

Δ s2 peut être de différents signes, s'il y a un lien


causal possible entre les événements, v⩽c, Δ s est
2

positif ou nul et l’intervalle est dit de genre temps ou


de genre lumière, s'il est négatif, v>c, Δ s est de
2

genre espace. Lorsque Δ s n'est pas de genre


2

espace, nous pouvons lier l'intervalle Δ s au temps


propre  :

τ=
Δs
c √
v2
=Δ t 1− 2
c

Le temps propre est la notion fondamentale sur


laquelle se construit la relativité restreinte et
générale. Cette mesure du vieillissement d'une
particule est invariante et absolu, contrairement aux
coordonnées d'espace-temps (ct, x, y, z) qui sont
relatives et n'ont pas de sens physique en soit.

◦ Composition des vitesses

Nous utilisons les notations de

{
1 x
la figure page 61. β1 et β2 sont t=
β1 c
les vitesses en pourcentage
de c des vaisseaux 1 et 2 dans x x
t−t E=β1 ( − E )
R. β' est la vitesse du vaisseau c c
2 dans R'. La première équa-
tion est celle de la ligne 1 xE
t E=
β2 c
d'univers du vaisseau 1 dans

66
R, la deuxième l'équation de la droite (EG) et la
troisième le lien entre les coordonnées d'un point E
sur la ligne d'univers du vaisseau 2.
La première équation appliquée au point G donne :

De plus :

OG= t G +
xG 2
c
2
( ) √
= 1+β21 t G

t G−t E =β1(β1 t G −β2 t E ) et t G (1−β21)=t E (1−β1 β2)

Après un peu de calcul, on a EG en fonction de β1,


β2 et tG. On calcule la vitesse relative : β' =EG /OG .

D'où :
β2 −β1
β'= (vaisseaux dans le même sens),
1−β1 β2
β1 +β2
β'= (vaisseaux en sens contraires).
1+β1 β2

On retrouve bien les bons résultats pour les deux


exemples du cours :
0,75+0,75 0,75−0,5
β'= =0,96 et β' = =0,4
1+0,75×0,75 1−0,5×0,75

v 1+ v 2
En termes de vitesses nous avons : v '=
v v
1+ 1 2 2
c

Si les vitesses sont petites devant c, le dénominateur


tend vers 1 et v ' =v 1 + v 2, nous retrouvons l'additivité
classique des vitesses.

67
Deuxième méthode : Nous avons raisonné avec des
objets qui se déplacent à vitesses constantes. Nous
pouvons faire un calcul plus général en utilisant la
transformation de Lorentz.
Définition de la vitesse instantanée selon (x,t) et (x',t')
dans R et R' :
Δx d x dx'
v=lim = et v ' =
Δt→ 0 Δt dt dt'
ces grandeurs devraient être notées vx et vx', nous
écrirons v et v' pour alléger.
D'après la transformée de Lorentz :
x ' =γ( x−β c t) et c t '=γ (c t−β x) avec β=u/ c

d'où pour des variations infinitésimales :


dx '=γ (dx−β c dt ) et c dt ' =γ( c dt −β dx)

Et en divisant membre à membre :


v
−β
dx ' dx−βc dt , v' c v−u
= = et v ' =
c dt ' c dt −β dx c v uv
1−β 1− 2
c c

u est la vitesse de R' par rapport à R.

68
Nous pouvons obtenir facilement les deux autres
composantes de la vitesse selon y et z 6, mais nous
nous limitons ici au mouvement rectiligne.

◦ Transformation de l'accélération

d vx d vx ' '
Toujours selon x et x' : ax= et a x ' '=
dt dt '
Simplement notées a et a' par la suite.

uv u
a(1− 2
)+( v−u) 2 a
d v' d t c c 1
a '= = 2
d t dt ' uv uv
(1− 2 ) γ (1− 2 )
c c
(dérivée d'un quotient)

1
Soit : a ' = a
uv 3 3
(1− 2 ) γ
c

Dans le cas où M est initialement au repos dans R' la


a
vitesse initiale v est nulle et a '= 3 .
γ

6 Fait en exercice page 101 (composition des vitesses et des


accélérations en 3D).

69
3
F. Exercices

Exercices

1. ▲△△ Composition des vitesses

a - Deux vaisseaux se dirigent l'un vers l'autre à 50%


de c. Quelle est leur vitesse relative ?

b - Deux vaisseaux se dirigent dans le même sens,


l'un à 80% de c et l'autre à 50% de c. Quelle est leur
vitesse relative ?
Correction p351.

2. ▲▲△ Deux vaisseaux

Deux vaisseaux A et B produisent les événements


suivants dans le référentiel galactique R :
E A ,1 (x A=0 , y A =0 , z A=0 ,t 1=0)
EB ,1 (x B =2 , y B=2 , z B=2 , t 1=0)
E A ,2 (2 , 0 ,0 ,t 2=4 ) EB ,2 (4 , 4 , 4 , t 2=4)
E A ,3 (4 , 0 , 0 ,8) EB ,3 (5 , 5 ,5 , 8)
Distances et temps en années-lumière et années.
R considéré d'inertie.

a - Quelles sont les vitesses moyennes des vaisseaux


entre t=0 et t=4 ?
Même question entre t=4 et t=8.

b - Quelles sont les accélérations moyennes des


vaisseaux entre t=0 et t=8 ?

71
c - Le vaisseau A a un mouvement de translation,
rectiligne et uniforme. Nous appelons R' le référentiel
du vaisseau A. Le référentiel R' est-il d'inertie ?
Déterminez les coordonnées des événements du
vaisseau B vu depuis le vaisseau A.
La trajectoire du vaisseau B dans R peut-elle être
rectiligne ? En est-il de même pour la trajectoire de
B vu de R' ?

d - Dans R', déterminez la vitesse moyenne du


vaisseau B entre t'1 et t'2, puis entre t'2 et t'3.

e - Dans R', déterminez l'accélération moyenne du


vaisseau B.

f - Pourriez-vous déterminer l'accélération moyenne


ressentie par les passagers du vaisseau B ?

g - Les accélérations sont ici calculées en al/an 2,


comment les convertir en m/s2 ?
En déduire l'accélération propre à laquelle sont
soumis les astronautes en pourcentage du champ
de pesanteur terrestre au niveau de la mer :
g=9,81 m/s2.
Correction p351.

3. ▲▲△ Limite des faibles vitesses

Deux voitures roulent face à face à 90 km/h. Quelle


est leur vitesse relative ? Déterminer la différence
avec la limite classique.
Correction p356.

72
4
IV. L'apparence des choses

L'APPARENCE DES CHOSES


Parfois nous oublions naïvement de tenir compte du
temps de propagation des signaux jusqu'à notre œil,
comme si nous voyions l'espace-temps sponta-
nément dans son ensemble.

Nous allons commencer par étudier l'effet Doppler


où, de part le mouvement relatif, la couleur des
objets est modifiée. La couleur de la lumière
dépend de la période de l'onde lumineuse. Cette
grandeur est un temps, et nous pourrions penser qu'il
suffit de tenir compte de la dilatation temporelle. La
période perçue serait simplement multipliée par γ
comme le temps du voyage dans l'expérience des
jumeaux. Sauf que les jumeaux se retrouvent au final
au même endroit et il n'y a donc pas de retard dû à
la propagation d'un signal à vitesse finie. Pour l'effet
Doppler la fréquence ne sera pas simplement
divisée par γ, et, de plus, celle-ci différera selon que
le vaisseau se rapproche ou s'éloigne.

Après avoir étudié l'effet Doppler, nous prendrons


des photos d'une règle relativiste, puis, suivra une
contemplation du ciel étoilé dans une fusée
chaque fois plus rapide.
A. L'effet Doppler

75
⚭ L'EFFET DOPPLER

76
vaisseau qui se déplace à 60 % de c. Pour simplifier
imaginons que le vaisseau émette des flashs
lumineux réguliers à la fréquence de l'onde. Nous
avons tracé les lignes d'univers de ces flashs sur un
diagramme de Minkowski. Nous voyons sur Terre les
flashs plus resserrés quand le vaisseau se rapproche
et plus écartés quand le vaisseau s'éloigne. La durée
entre la réception de deux flashs correspond à la
période du signal, nous mesurons sur le schéma,
quand le vaisseau se rapproche de la Terre :
T=T'/2 soit f=2f' et λ=λ'/2 d'où λ=300 nm,
la lumière reçue est dans l'ultra-violet.
Quand le vaisseau s'éloigne :
T=2T' soit f=f'/2 et λ=2λ' d'où λ=1200 nm,
la lumière reçue est dans l'infrarouge.

◦ Mise en équations

Un signal périodique est émis


dans R' avec une période T', et,
est reçu dans R avec une
période T. Nous nommons r le
rapport entre ces deux
périodes : r =T /T ' .
Dans le cas où l'émetteur et le
récepteur s'éloignent :
r + =OB R /OA R '
Pour OA=1 sur l'échelle de t' nous avons OH =γ sur
celle de t.

Dans (x, t) : OA=γ 1+β (facteur d'échelle).
2

Le triangle BHA est isocèle rectangle en H : AH =BH .

77
Théorème de Pythagore dans OHA :
r + =OB=OH + HB=γ+ γ 2(1+β2)−γ2 √
Lors de l'éloignement : r + =γ (1+β)=
1+β
1−β √
Lors du rapprochement : r - =γ (1−β)=

En termes de fréquences, f=1/T :


1−β
1+β √
f '=
√ 1±β
1∓β
f et T=
√ 1±β
1∓β
T'

Encadrement : 0< r <2 γ

Dans l'exemple du cours, β=0,6, γ=1,25 et


l'application numérique donne bien f=2f' quand
émetteur et récepteur se rapprochent, et f=f'/2
quand ils s'éloignent.

L'effet Doppler montre que la couleur d'un photon


n'est pas une grandeur absolue. Un photon n'est ni
rouge, ni bleu, ni jaune, tout dépend d'où on le
regarde. Sa longueur d'onde dépend du référentiel
d'inertie d'observation et il n'existe pas d'observateur
privilégié.
Un photon possède d'autres caractéristiques,
comme la chiralité, qui quant à elle est intrinsèque.
Un photon est soit gauche, soit droit et,
contrairement à sa couleur, cela ne dépend pas du
point de vue.
B. Photo d'une règle mobile

78
⚭ PHOTO D'UNE RÈGLE MOBILE

Une règle se déplace à la vitesse ⃗v dans le


référentiel d'étude R. Un banc d'optique gradué, fixe
dans R, permet de repérer la position des deux
extrémités de la règle. La longueur propre de la
règle, dans le référentiel R' où elle est au repos, est
notée L. La longueur dans le laboratoire est la
longueur contractée L/γ. Nous prenons différents
clichés de la règle lors de son passage. Sur chaque
photographie, nous notons la longueur apparente
La, différence des abscisses des deux extrémités
repérées sur le banc.

La longueur contractée correspond à des mesures


au même instant t de la position des extrémités alors

79
que l'image de la règle qui apparaît sur la plaque
photographique est formée par des photons qui
parviennent au même instant sur le capteur et qui,
de par des temps de parcours différents, n'ont pas
été émis au même moment au niveau de l'objet.
On ne sait pas à ce jour fabriquer un appareil photo
avec une telle sensibilité et un temps d'obturation si
court, mais ce n'est pas hors de portée au vu des
progrès actuels de l'optoélectronique. Deuxième
défi, animer un objet macroscopique à une vitesse
luminique. L'exercice de pensée est quoi qu'il en soit
excellent, car il nous permet d'approfondir notre
compréhension de la théorie.
Raisonnons dans le référentiel du laboratoire R. La
règle de longueur L/γ vient de la droite. Les rayons
lumineux émis au même instant par les extrémités A
et B ne parviendront pas sur l’œil au même moment
et ne seront donc pas sur la même image. Le rayon
émis par B arrivera en retard.
Il existe un moment antérieur où le rayon émis par
cette extrémité compense ce retard, c'est le cas du
point C sur le schéma. La longueur apparente est
alors supérieure à la longueur contractée.
Quand à t=0, la règle est centrée sur O, les rayons
sont émis symétriquement et la longueur apparente
vaut la longueur contractée. Ceci se produit pour
une photo prise à t≃1,7 ns (temps de parcours de la
lumière de D, ou E, à M).
Pour t positif, quand la règle s'éloigne, la longueur
apparente est au contraire plus petite que la
longueur contractée.

80
Nous avons ci-dessous la courbe de la longueur
apparente en fonction du temps t :

Nous pouvons retrouver facilement les valeurs


extrêmes. Quand la règle est encore très éloignée,
le retard du rayon lumineux issu de C est d'environ
AC/c. De plus la règle se déplace à la vitesse v,
donc, pour rattraper, BC vaut v fois le retard.
L La
Ainsi : La= AB+ BC= γ + v
c

Soit : La=
L
γ( 1−β) √
=L
1+β
1−β
≃75 cm

Au contraire quand la règle s'éloigne, dans la limite

81
t+∞,
HF La L/ γ− La
c
= =
c βc
, d'où : La=L
1−β
1+β √
≃5 cm.

Nous retrouvons finalement le même type de


formule que pour l'effet Doppler avec les effets
inversés :

La, t →±∞ =L
√ 1∓β
1±β

Quand un objet se rapproche, la période perçue est


plus courte et sa longueur vue, dans le sens du
déplacement, est plus grande, au contraire, quand
il s'éloigne la période perçue est plus grande et sa
longueur vue plus petite.
Nous avions aussi une inversion de comportement
entre le temps et l'espace avec la dilatation du
temps et la contraction des longueurs.

Nous venons de faire les calculs à grande distance.


Pour retrouver la courbe complète de la longueur
sur la photo en fonction du temps, nous nous
plaçons dans un diagramme de Minkowski à trois
dimensions (x, y, ct).
L'appareil photo est représenté par une ligne
d'univers verticale (0, D, ct). Le banc d'optique par
le plan d'univers y=0. La règle mobile par une bande
d'univers inclinée. La résolution du problème est
dans le principe simple : trouver l'intersection entre le
cône de lumière passé de l’œil à l'instant t avec la
bande d'univers de la règle mobile.
L'intersection donne la position des deux extrémités
dans R : E1(x1, 0, ct1) et E2(x2, 0, ct2). Nous avons alors

82
la longueur apparente La=x2 - x1. Mis à part en O,
nous avons bien t1≠t2.

Le calcul détaillé est laissé en exercice. L'expression


explicite La(t) est alors donnée. Le calcul, bien qu'il
n'utilise que des notions de géométrie dans l'espace
vues au lycée, est un peu long.
C. Le ciel étoilé vu du vaisseau

83
⚭ LE CIEL ÉTOILÉ VU DU VAISSEAU

Déterminons la modification de la perception du


ciel étoilé en fonction de la vitesse du vaisseau. En
plus du changement de la couleur perçus des
étoiles par effet Doppler, leur position dans le ciel est
modifiée, c'est ce qu'on appelle l'aberration de la
lumière. Lorsque nous nous plaçons au repos dans le
référentiel galactique, les étoiles sont, dans leur
ensemble, immobiles. Pour simplifier, nous
considérerons les étoiles jaunes et distribuées de
manière homogène.

Prenons le cas d'une étoile vue au repos dans le


référentiel galactique perpendiculaire à la direction
de déplacement du vaisseau. Sous quel angle θa

84
cette même étoile est vue depuis le référentiel du
vaisseau ?
Nous pouvons faire une analogie avec la pluie qui
tombe, vue à travers le pare-brise d'une voiture on a
l'impression que la pluie vient de l'avant, même si
depuis la route elle tombe bien verticalement. La
démonstration en mécanique classique est assez
simple, il suffit d'appliquer l'addition des vitesses.
Vous vous doutez bien qu'ici le résultat sera, au
moins quantitativement, différent.

Nous devons à nouveau raisonner dans un


diagramme de Minkowski à trois dimensions (x, y, ct).
À partir du moment où l'on mesure un angle c'est
qu'il y a au moins deux dimensions d'espace. Pas
besoin néanmoins d’utiliser la troisième dimension
d’espace, car il y a invariance par rotation selon la
direction du vaisseau, dans le cas contraire, il aurait
fallu utiliser, en plus de la colatitude θ, la longitude φ
et nous aurions eu à travailler dans un diagramme
de Minkowski à quatre dimensions (x, y, z, ct).
Nous nous plaçons dans le référentiel galactique et

85
nous commençons par étudier le cas θ=90°. Le
vaisseau se déplace selon les x croissants et l'étoile
est située sur l'axe des y à une distance D. Nous
avons trois lignes d'univers, celle du vaisseau dans le
plan (x, ct), celle de l'étoile, verticale, et celle du
rayon lumineux dans le plan (y, ct).

Nous définissons une droite par l'intersection de deux


plans définis en coordonnées cartésiennes.
Ligne d'univers du rayon lumineux :
{ y+x=0
c t=0
Nous utilisons ensuite la transformation de Lorentz
pour obtenir cette équation dans le référentiel R' du
vaisseau :

{
x ' =γ(x−β c t)
y '= y
c t ' =γ (ct−β x )
d'où :
{ x ' =γβ y '
γ y ' +c t '=0

y' 1
Or : tan (θa )= , ainsi : tan θ a=
x' γβ

86
Dans le cas d'un vaisseau qui se déplace à 87% de
c, nous trouvons pour θ=90°, θa=30°. Nous
remarquons que le résultat ne dépend pas de la
distance D. L'effet est accentué par rapport à la
formule Newtonienne où tan(θa)=1/β et θa≃49°.
Regardons maintenant pour un angle θ quelconque
compris entre 0° et 180°.

Un vecteur unitaire selon ⃗ OH a pour coordonnées


(cos θ ,sin θ ,0). Le vecteur u⃗1 orthogonal au plan
OHM à pour coordonnées u⃗1 (sin θ,−cos θ , 0).
Comme vecteur colinéaire au rayon lumineux nous
pouvons choisir n⃗2 ( cos θ , sin θ ,−1). Nous vérifions que
n⃗3 (cos θ , sin θ , 1) est orthogonal à u⃗1 et n⃗2 .

87
D'où la ligne d'univers du rayon lumineux :

{cossinθθ x+x−cos θ y=0


sin θ y+c t=0
À l'aide de la même transformation de Lorentz que
celle utilisée dans le cas précédent, nous obtenons,
après un calcul un peu long mais simple :
sin θ
y '= x' .
γ(β+cosθ)

D'où l'expression de tan(θa), ou, plus simple à utiliser,


après quelques manipulations mathématiques
détaillées en exercice, l'expression de tan(θa/2) :

tan ( θ2 )= √ 1−β
a
1+β
tan θ
(2 )
Pour la couleur de l'étoile, nous donnons l'expression
de la longueur d'onde perçue dans le vaisseau qui
tient compte de l'effet Doppler transversal :
1−β cos θa
λ a= λ
√ 1−β 2

Par exemple, pour β=0,3 et λ=600 nm, nous avons les


résultats dans le tableau suivant que nous avons
ensuite rapporté sur un diagramme circulaire.

Angles en degrés et longueurs d'ondes en nm :


θ 180 165 150 135 120 105 90 75 60 45 30 15 0
θa 180 160 140 121 104 87 73 59 46 34 22 11 0
λa 818 806 773 726 673 621 572 531 498 472 454 444 440

Au fur et à mesure que le vaisseau prend de la

88
vitesse, les étoiles à l'avant bleuissent, celles à
l'arrière rougissent. Latéralement nous avons toutes
les nuances spectrales avec une zone où les étoiles
restent jaunes. L'hémisphère vers l'avant, sous
laquelle nous voyions les étoiles au repos, se resserre.
Certaines étoiles présentent dans l'hémisphère
arrière apparaissent à l'avant dans le vaisseau, par
exemple pour θ=105°>90°, nous avons θa=87°<90°.

Pour des vitesses encore plus importantes, les étoiles


s'estompent à l'avant en passant dans l'UV, et, à
l'arrière en passant dans l'infrarouge. À 87% de c, il
ne reste plus qu'un anneau visible vers l'avant placé
autour de 50°. Néanmoins de nouveaux objets
apparaîtront, des objets célestes dans l'infrarouge
dans le référentiel galactique seront visibles à la

89
proue du vaisseau et des objets dans l'UV
deviendront visibles à la poupe.

Depuis le référentiel galactique, l'intensité lumineuse


reçue des différentes parties du ciel est homogène.
Par contre, dans le référentiel du vaisseau, l'énergie
globale reçue est plus importante et la luminosité
domine vers l'avant.
L'énergie reçue du ciel étoilé dépend de la vitesse
du vaisseau selon deux facteurs, l'aberration
lumineuse et l'effet Doppler. Une étoile voit sa
position et son intensité changer. L'intensité d'une
l'étoile varie selon la formule suivante :
2
1−β
I a= 2
I
(1−β cos θ a)

90
L'intensité correspond à l'énergie reçue par m 2 et
par seconde. L'énergie provient des photons,
d'énergie individuelle e=hνa=hc/λa. Du fait de l'effet
Doppler, les photons voient, d'une part, indivi-
duellement, leur fréquence, et donc leur énergie
modifiée, et d'autre part, pris dans leur ensemble, ils
arrivent avec un rythme différent. Les deux effets
sont selon le même facteur Doppler
√ 1−β /(1−β cos θa), d'où le carré dans l'expression de
2

Ia. Les photons mitraillent plus fréquemment et


violemment à l'avant, et plus lentement et
doucement à l'arrière.
Regardons maintenant un groupe d'étoiles, elles
occupent une certaine surface, encore appelé
angle solide, sur la voûte céleste. Quand le vaisseau
prend de la vitesse un groupe d'étoile vers l'avant se
resserre et, un autre, vers l'arrière, s'étire. Pour
calculer l'énergie totale reçue il faut en plus tenir
compte de cette densité d'étoiles qui varie.
Pour trouver l'énergie totale reçue nous intégrons
l'intensité lumineuse sur une surface sphérique S de
rayon R, centrée sur le vaisseau. Nous avons les
résultats suivants, établis en exercice :
π
E a= ∫ I a d Ω a=γ (1+ β / 3) E
2 2

θa=0

π
avec E= ∫ I d Ω=4 π I =E (β=0)
θ=0

Ω est l'angle solide, il correspond par définition à la


surface découpée sur une sphère unité, =S�, R=1.

91
Pour illustrer, à 30% de c, l'angle solide frontal,
d'angle au sommet 30° dans R, se réduit à 22° dans
R', ainsi la densité apparente des étoiles dans cette
partie frontale du ciel devient 80% plus importante 7.
De plus, les photons reçus ont une énergie plus
élevée, de jaunes ils deviennent bleus, et de surcroît
ils sont reçus en plus grand nombre.
À 50% de c, les étoiles se raréfient encore plus à
l'arrière, et 91% de l'énergie lumineuse provient alors
de l'hémisphère avant.
À 95% de c le ciel est 13 fois plus lumineux.
Que dire maintenant du nombre de photons qui
arrivent sur le vaisseau ? Nous avons N photons qui
parviennent sur le vaisseau pendant un intervalle
de temps propre. Depuis le référentiel galactique,

7 rapport des surfaces vues sous les angles solides Ω=2 π(1−cos θ).

92
nous observons ces mêmes photons parvenir sur le
vaisseau pendant un intervalle relatif dilaté. Ainsi
plus le vaisseau prend de la vitesse plus le nombre
de photons reçus par seconde par les spationautes
augmente avec le facteur γ.

À 50% de c, le vaisseau reçoit 15% de photons en


plus, et 84% des photons proviennent de l'hémi-
sphère avant.

À 95% de c, le vaisseau reçoit 3 fois plus de photons,


l'hémisphère céleste avant est 26 fois plus lumineuse,
et l'hémisphère arrière 350 fois moins. Concentrons-
nous maintenant sur un disque d'un demi-degré, soit
la taille apparente de la Lune et du Soleil vus depuis
la Terre. Ce disque situé au zénith du vaisseau aura
une luminosité 1500 fois supérieure à celle du ciel au
repos. Pour comparaison avec ce que l'on observe
depuis le sol terrestre, cette luminosité est 40 000 fois
inférieur à celle du Soleil, et 12 fois supérieure à celle
de la pleine Lune8. Mais attention, ce disque central
émet dans les ultraviolets, la couronne visible est
quant à elle située entre 34 et 52°.

Bien sûr les étoiles ne sont pas toutes de la même


couleur, le Soleil est jaune, mais Rigel est bleue et
Bételgeuse rouge. De plus, une étoile n'émet pas
qu'une longueur d'onde mais un spectre continu
donné par ce qu'on appelle le spectre du corps
noir :

8 Données : ciel étoilé 0,002 lux / Lune 0,25 / Soleil 120 000 lux.

93
2
2hc 1
i (λ)= 5 hc
λ λ kB T
e −1

Ainsi des étoiles du type du Soleil, comme Alpha


Centauri A ou B, pourront être vues à l’œil nu à
l'avant du vaisseau même à 50% de c, car elles
émettent aussi dans l'IR qui se décale dans le visible
par effet Doppler, et, bien que l'intensité émise soit
plus faible dans l'IR, cela est compensé par une
augmentation de l'intensité perçue vers l'avant.
Donc, pas de problème de navigation en se
repérant dans le ciel étoilé pour rejoindre Proxima du
Centaure. Par contre, vers l'arrière du vaisseau, les
étoiles vont s’estomper beaucoup plus vite.
Pour ce qui est de l'énergie et du nombre de
photons totaux reçus les résultats ne changent pas
car ceux-ci ne dépendent pas de la longueur
d'onde. Le facteur Doppler ne dépend pas de λ et
l'aberration déplace du même angle l'ensemble
des composantes chromatiques du spectre d'une
étoile. Il n'y a pas dispersion, comme dans le
phénomène de réfraction des rayons lumineux (à
travers un prisme les composantes fréquentielles sont
déviées différemment et créent une irisation sous
forme d'arc-en-ciel).

94
4
D. Exercices

Exercices
: résolution par simulation numérique.

1. ▲△△ Le physicien suicidaire

Un conducteur arrive à un carrefour et le feu


tricolore est au rouge. Celui-ci pris d'un excès de
folie suite à la lecture d'un livre de physique, décide,
au lieu de s’arrêter, d'augmenter au contraire sa
vitesse pour que par effet Doppler la lumière du feu
lui apparaisse verte.
Quelle vitesse doit atteindre son véhicule ?
λrouge=700 nm, λvert=500 nm

Correction p357.

2. ▲▲△ Voile laser

Une batterie de lasers Térajoules basée sur le sol


terrestre bombarde de photons pendant 10 minutes
une voile placée en orbite. La voile atteint une
vitesse de 20% de c.
a- Que vaut la pression de radiation exercée sur
la voile en fonction de la puissance lumineuse Φ
reçue ?
b- Pour une puissance lumineuse incidente au
niveau de la voile dans le référentiel terrestre
constante la force ressentie au niveau de la voile
restera-t-elle aussi constante ?
Par quel facteur est-elle modifiée ?

95
c- Par quel facteur la pression de radiation est-
elle modifiée à la fin de la phase d'accélération ?

Corr. p357.

3. ▲▲△ Mélasse optique

Pour ralentir des atomes et donc les refroidir nous


plaçons deux lasers identiques face à face. Si un
atome placé entre ces deux faisceaux est immobile,
il le reste, car les pressions de radiation s'équilibrent.

a- Montrez que, pour un atome en mouvement


selon l'axe des lasers, une force apparaît qui
l'amène à s'immobiliser.

Cette force s'apparente à un frottement visqueux


d'où l'appellation de mélasse optique pour ce
phénomène. Les horloges atomiques utilisent une
mélasse optique pour refroidir les atomes.

b- Montrez que, pour des vitesses faibles devant


c, cette force est analogue à la force de frottement
des fluides visqueux en régime laminaire : ⃗f =−α ⃗v .

La pression de radiation s'explique à l'échelle


microscopique par l'absorption puis émission d'un
photon par l'atome. La quantité de mouvement de
l'atome est modifiée, dans la direction du laser lors
de l'absorption et de manière statistiquement
isotrope lors de l'émission spontanée. L'atome est
ainsi ralenti et confiné. La fréquence de résonance
de l'atome et légèrement supérieure à celle des
lasers.

96
c- Nous avons comme pour les frottements
visqueux un phénomène dissipatif d'énergie.
Expliquer qualitativement comment le processus
d’absorption / émission d'un photon par l'atome
permet de lui faire perdre de l'énergie cinétique et
donc de le refroidir.
d- Dans le cadre du gaz parfait l'énergie
cinétique moyenne d'un atome est donnée par la
3
relation e= k B T , où T est la température en Kelvin.
2
Une fois ralenti l'atome aura une énergie cinétique
minimale de l'ordre de la différence d'énergie entre
le photon absorbé et celui émis lors de la
désexcitation. La largeur de raie du laser est très
faible devant celle de l'atome qui prédomine. Dans
le cas limite, au repos, l'atome voit sa raie juste en
dessous de celle du laser. La distance entre les deux
raies correspond alors à la largeur de la raie
atomique. La durée de vie τ du niveau excité de
l'atome est relié à la différence d'énergie par la
relation d'incertitude d'Heisenberg. En déduire une
approximation de la température de l'atome
obtenue par refroidissement Doppler.
Application numérique : τ=27ns pour un atome de
rubidium 87.
e- Donner la vitesse d'un atome ainsi refroidi.

Corr. p358.

97
4. ▲△△ Détection d'exoplanètes
par effet Doppler

Un grand nombre d'exoplanètes est à ce jour


détecté et leur nombre connu ne cesse
d'augmenter. Une méthode de détection, appelée
méthode Doppler, ou méthode des vitesses radiales,
consiste à observer la variation périodique de
longueur d'onde d'une étoile. Le mouvement de
l'étoile est dû à la présence d'une exoplanète.
Quand l'étoile se dirige vers nous, et donc la planète
vers l'arrière, les raies caractéristiques de son spectre
se déplacent vers le bleu, et quand l'étoile s'éloigne,
vers le rouge.

⃗ ⃗

Nous considérons un système à deux corps constitué


d'une étoile et d'une planète. Les deux astres sont
dans un état lié gravitationnel. Menons une étude
newtonienne. Chacun des corps tourne autour du
centre de masse G du système. Nous pouvons
fictivement nous ramener à un problème à un corps
M de masse réduite μ qui orbite autour de G, point
d'origine fixe dans le référentiel barycentrique :

98
m1 m2
μ= . Loi de Kepler pour la particule fictive M :
m1+ m2

a3
= α avec α=G m1 m2
T 2 4 π2 μ
a : demi-grand-axe de l'ellipse parcourue par M.
T : période de révolution autour de G.
Nous trouvons ensuite les trajectoires des deux astres
M1 et M2 en appliquant les facteurs d’homothétie
suivant :
m2 m1

GM 1 =− ⃗
GM et ⃗
GM 2 = ⃗
GM
m1+ m2 m1 +m2
Nous considérerons les cas d'un système à deux
corps avec des orbites circulaires et un plan de
révolution qui contient le lieu d'observation à longue
distance de l'effet Doppler.
Prenons l'exemple d'une étoile un peu plus petite
que le Soleil autour de laquelle gravite un Jupiter
géant. Le Soleil est une petite étoile, une naine
jaune, nous prendrons ici une naine orange de 0,8
masse solaire. Nous aurons une planète géante
supermassive de 80 masses joviennes (cette planète
peut s'apparenter à une naine brune, peu
lumineuse et non détectable par des méthodes
directes). L'étoile a, dans ce cas, une masse dix fois
supérieure à celle de la planète. Il existe de
nombreux systèmes stellaires de ce type : HD 87883,
HD 4747, Epsilon Eridani, etc.
a- Déterminez la vitesse de l'étoile sur son orbite
autour du barycentre du système. Montrez que
cette vitesse est bien non-relativiste.

99
b- Donnez la limite classique de la formule de
l'effet Doppler.
c- Quelle sera la variation relative de longueur
d'onde Δλ/λ de la lumière émise par la naine
orange observée depuis la Terre dans son plan de
révolution ?
Données : G=6,67,10-11N.m2/kg2, MS=2.1030 kg,
MJ=MS/1000, dG-Planète=540.106 km

Corr. p359.

5. ▲▲▲ Calculs pour la règle mobile

Nous détaillons les calculs qui permettent de trouver


l'expression exacte de la longueur apparente de la
règle mobile sur la plaque photographique en
fonction du temps. Nous nous appuyons sur les
notations données dans le cours.
a- Déterminer les équations des lignes d'univers
des extrémités E1 et E2 de la règle.
b- Nous cherchons à exprimer l'équation du
cône passé de M(0, D, ctM). Nous considérons le
vecteur ⃗u =( a , b , 1) avec √ a2 +b2 =1 selon les
génératrices du cône. Soit un point C=( x , y ,c t) du
cône.
Nous avons deux contraintes, ⃗ MC colinéaire à ⃗u et
le point C appartient aux extrémités du ruban
d'univers de la règle. En déduire la longueur
apparente La en fonction de t.

Corr. p360.

100
6. ▲▲△ Transformation des vitesses
et aberration de la lumière

a - À partir de la transformation de Lorentz


déterminez les trois composantes de la vitesse dans
R' en fonction de celles dans R.
u u

⃗v =( v x , v y , v z ) , ⃗v ' =(v x ' , v y ' , v z ') et ⃗
β= = ⃗i
c c
À partir de la transformation des vitesses nous
pouvons rapidement retrouver la formule de
l'aberration relativiste de la lumière qui donne θa en
fonction de θ.
b- Donner les composantes de la vitesse d'un
photon qui parvient en O avec un angle θ par
rapport à Ox.
c- Donner l'expression de ⃗v ' et vérifiez que l'on
a bien ⃗ v '=c 2.
v '⋅⃗
d- Exprimer tanθa en fonction de θ.
Corr. p361.

7. ▲▲△ Transformation des vitesses


et des accélérations. Généralisation 3D

a- Deux vaisseaux se déplacent à 50% de c et


se croisent perpendiculairement en O dans R.
Quelle est leur vitesse relative ?
b- Dans le cas général de deux vaisseaux
animés de vitesses ⃗
v 1 et ⃗
v 2 , on ne perd pas en
généralité en prenant ⃗i selon ⃗
v 1, ⃗j selon ⃗ v 2 et
v 1∧⃗
⃗k =⃗i ∧⃗j .
La direction entre les vitesses est donnée par l'angle

101
^
θ=(⃗ v 2). Exprimez la vitesse relative v' en fonction
v1 , ⃗
de v1, v2 et θ. Application numérique pour deux
vaisseaux de γ=2 et des trajectoires qui font un
angle de 30°.
c - Nous reprenons l'énoncé de l'exercice Deux
vaisseaux page 71.
1 - À partir de la vitesse ⃗v dans R, retrouver, avec
les lois de transformation des vitesses, la vitesse v' du
vaisseau B.
2 - Établir la loi de transformation des accélé-
rations en trois dimensions. À partir de la vitesse ⃗v et
de l'accélération ⃗a dans R, retrouver l'accélération
a' du vaisseau B. Corr. p362.

8. ▲▲△ Ciel étoilé à mi-parcours

Nous entreprenons notre voyage pour Proxima du


Centaure avec une accélération d'un g. Comme
nous le montrerons au chapitre suivant la vitesse
vaut alors 95% de c à mi-parcours (après 2 a.l.
parcourues dans le référentiel galactique). Nous
nous demandons si le Soleil et Proxima du Centaure
sont à ce moment-là visibles à l’œil nu depuis le
vaisseau. En astronomie on utilise la magnitude
apparente pour déterminer l'éclat d'une étoile. Une
étoile de magnitude supérieure à 6 est invisible à
l’œil nu. L'étoile Véga est prise comme référence
avec une magnitude nulle. Une étoile plus
lumineuse que Véga a donc une magnitude
négative.
Formule de la magnitude M : M =−2,5 log( L / L0 ).

102
L et L0 sont les luminosités de l’étoile et de Véga
perçues au point d'observation.
La luminosité LV de Véga, grandeur qui correspond à
la puissance totale émise, est exprimée comme un
multiple de celle LS du Soleil : LV= 37LS .
Distance Véga-Soleil : DVS=25 a.l.
Pour Proxima du Centaure : LP= 5.10-5LS .
La luminosité perçue d'une étoile diminue avec la
distance, et, est inversement proportionnelle au
carré de celle-ci.
a - Déterminer la magnitude apparente de l'étoile
Proxima du Centaure depuis la Terre. L'étoile est-elle
visible à l’œil nu ?
b - Déterminer la magnitude apparente de Proxima
du Centaure à mi-parcours si le vaisseau spatial était
immobile par rapport aux étoiles. L'étoile serait-elle
visible à l’œil nu ?
c - Déterminer la magnitude apparente de Proxima
du Centaure à mi-parcours quand le vaisseau va à
95% de c. L'étoile sera-t-elle visible à l’œil nu ?
d - Déterminer la magnitude apparente du Soleil à
mi-parcours si le vaisseau spatial était immobile. Le
Soleil serait-il alors visible à l’œil nu ?
e - Déterminer la magnitude apparente du Soleil à
mi-parcours quand le vaisseau ira à 95% de c. Le
Soleil sera-t-il alors visible à l’œil nu ?
f - Vous voilà arrivé sur l'exoplanète Proxima b en
orbite autour de l'étoile Proxima du Centaure. Un
repos bien mérité. Verriez-vous le Soleil dans le ciel
nocturne ? Corr. p366.

103
▲▲△ Simulation numérique du ciel

Dans le modèle analytique du cours nous avons une


distribution continue d'énergie lumineuse pour
modéliser le ciel étoilé. Ici nous aurons une
distribution discrète d'étoiles considérées ponc-
tuelles. Nous prendrons N=10 000 étoiles, identiques,
monochromatiques, et, distribuées aléatoirement et
uniformément.
Ce modèle numérique permet de mieux
appréhender la perception du ciel depuis le
vaisseau en mouvement, de mieux comprendre la
signification des calculs d'intégrales et de les vérifier.
a - Loi de probabilité sphérique uniforme : Nous
plaçons les étoiles sur la sphère céleste à l'aide de
deux angles θ, la colatitude, et ϕ, la longitude. Ce
sont les coordonnées sphériques. Le positionnement
est analogue à celui utilisé pour se repérer à la
surface de la Terre. La colatitude vaut zéro au pôle
Nord céleste, 90° à l'équateur céleste et 180° au
pôle Sud. La longitude vaut 0° à un méridien pris
pour origine et y retourne après un tour complet de
360°. Proposer des lois de probabilités Θ et Ψ qui
assurent une distribution uniforme sur la sphère
céleste en fonction de la loi uniforme continue
U(0,1)9.
b - On utilise une feuille de calcul et la fonction qui
génère un nombre aléatoire entre 0 et 1. Sur les deux
premières colonnes nous avons N valeurs pour θ et

9 Pour les lois de probabilité et leur simulation, voir, par exemple, le


livre Calcul d'incertitudes, du même auteur, pages 109 et 118.

104
pour ϕ. Nous calculons ensuite pour les N étoiles θa
et Ia avec les formules du cours. Vous pouvez ainsi
retrouver les valeurs, pour une vitesse de 50% de c,
de l'énergie et du nombre de photons totaux reçus
par rapport au repos.
Correction p367.

10. ▲▲▲ Un peu de maths...

Pour faire de la physique en enseignement supérieur


il faut être à l'aise avec les maths et je préfère tout
mettre sur la table dans le même ouvrage pour être
clair et vous éviter de multiples tergiversations. La
nature est logique, la logique est mathématique,
adonnons-nous, donc, à un peu de trigonométrie.
Selon la relation entre y' et x' donnée page 88 :
sin θ
θ appartient à ]0, π[ et tan θ a= si le
γ(β+ cos θ)
dénominateur est positif. θa appartient alors à ]0,
π/2[ et dans ce cas : β+ cos θ> 0 soit 0≤θ<θ 0 avec
θ 0=arcos(−β) .
Si le dénominateur est négatif. θa appartient à ]π/2,
π[ et dans ce cas θ0 <θ≤π alors :
sinθ
tan ( π−θ a)=
−γ(β+cos θ)
Voilà qui est bien compliqué. La fonction tangente
est constituée d'une infinité de branches, et, donc,
pour une valeur de la tangente il y a une infinité
d'angles possibles. Une calculatrice classique donne
la valeur de l'angle sur la branche centrale sur ]-π/2,

105
π/2[. Notre angle d'observation des étoiles est entre
-π et π, et par symétrie nous restreignons à ]0, π[.
Nous sommes alors sur deux branches de la
tangente. Pour résoudre cet épineux et
passionnant (!) problème nous préférons avoir
tan(θ/2), car θ/2 appartient à ]0, π/2[. Nous restons
sur la même branche centrale dont les valeurs sont
données par les calculatrices.
a - Après avoir rappelé les expressions de cos(a+b)
et sin(a+b) donnez l'expression de tan(a+b) en
fonction tan(a) et tan(b).
b - En déduire tan(θ) en fonction de tan(θ/2).
c - Résoudre une équation du second degré pour

montrer que tan (θa /2)=


√ 1−β
1+β
tan(θ/ 2).
Corr. p368.

11. ▲▲▲ Répartition de l'énergie

Nous établissons ici les formules donnant l'énergie


reçue depuis le ciel étoilé dans le référentiel du
vaisseau en fonction de β.

a - Utilisez la relation entre θa et θ pour exprimer dθ


en fonction de dθa et θa. En déduire comment
l'angle solide d Ω=2 πsin θ d θ se transforme dans le
référentiel du vaisseau. Vous pourrez exprimer d Ω en
fonction de d Ωa et θa. Le facteur nous donne la
densité d'étoiles n en fonction de θa. Exprimez cette
densité à la poupe et à la proue en fonction de β,
puis faites une application numérique pour β=0,5.

106
b - Vérifier en intégrant sur tout l'espace que le
nombre d'étoiles reste bien constant quand le
vaisseau prend de la vitesse.
c - Retrouvez l'expression de Ea en fonction de β du
cours.
d - Déterminer comment se répartit l'énergie entre
les hémisphères avant et arrière du vaisseau.
Expression en fonction de β, puis application
numérique pour β=0,5.
Correction p369.

12. ▲▲▲ Nombre de photons

Le nombre de photons parvenant chaque seconde


sur le vaisseau est proportionnel à gamma. Dans le
cadre du modèle de photons jaunes émis
uniformément dans le référentiel galactique, dans le
référentiel en mouvement, les photons sont plus
nombreux et de fréquences différentes. Ils sont
chaque fois moins nombreux et de faible énergie
vers l'arrière et chaque fois plus nombreux et
énergétiques vers l'avant.
a- Par un calcul d'intégrale complet retrouver le
facteur : Na/N=γ. Vous pouvez utiliser un logiciel de
calcul symbolique.
b- Quelle proportion de photons est reçue
depuis l'hémisphère avant ? Calcul en fonction de
β, puis application numérique pour β=0,5.
Corr. p371.

107
13. ▲▲▲ Puissance émise par une étoile

Pour obtenir la puissance totale émise nous intégrons


la luminance i sur toutes les longueurs d'ondes,
angles solides et surfaces :
P=∫ i (λ)d λ d Ω dS
L'expression de la luminance est donnée page 93.
Pour un corps noir, une surface élémentaire dS émet
uniformément sur un demi-espace, soit un angle
solide intégré de 2π.

a- Dans le cas du Soleil, retrouvez-vous une


puissance totale émise de 4.1026 W ? La température
de surface est prise égale à TS=5000 K et le rayon
solaire RS=700 000 km. Vous pouvez estimer
l'intégrale par un calcul numérique.
b- Comment se répartit la puissance émise par
le Soleil entre le visible, l'infrarouge (>800 nm) et l'UV
(>400 nm) ?
c- Pour Proxima du Centaure, nous prenons
T=3000K et R=0,14 RS. Nous lisons sur la page
Wikipédia de Proxima Centauri que "sa luminosité
totale est égale à 0,17% de celle du Soleil". Votre
calcul confirme-t-il cette assertion ?
Corr. p372.

108
5
V. Le mouvement accéléré

LE MOUVEMENT ACCÉLÉRÉ
Nous avons pour l'instant étudié des vaisseaux en
mouvement rectiligne uniforme : un objet animé
d'une vitesse constante et qui se déplace selon une
droite. Pour des voyages interstellaires réalistes la
trajectoire peut rester rectiligne, mais, par contre, la
vitesse varie nécessairement. Nous allons nous
intéresser au mouvement rectiligne uniformément
accéléré : le vaisseau a une accélération
constante, la vitesse varie constamment de la
même quantité. Nous pouvons ainsi créer une
pesanteur artificielle dans la fusée : nous
considérerons le cas où la vitesse augmente (ou
diminue) de 10 m/s toutes les secondes.

A. ÉTUDE D'UN RÉFÉRENTIEL ACCÉLÉRÉ

⚭ ÉTUDE D'UN RÉFÉRENTIEL ACCÉLÉRÉ

Les principes de base de la relativité restreinte sont


posés pour des référentiels d'inertie. Une fois que
nous disposons d'un référentiel d'inertie de référence
tous les référentiels en translation rectiligne et
uniforme par rapport à ce dernier sont aussi des
référentiels d'inertie. Un référentiel accéléré par
rapport à un référentiel d'inertie n'appartient pas à
cet ensemble, ce qui n'empêche pas d'y appliquer

111
la relativité restreinte de manière indirecte si l'on
connaît le mouvement de ce référentiel par rapport
à un référentiel d'inertie de référence que nous
nommerons R. On procède de même en
mécanique newtonienne, la relation fondamentale
de la dynamique ⃗ a n'est valide que dans les
F =m ⃗
référentiels d'inertie et pour autant on utilise les lois
de Newton pour étudier tout type de mouvement
dans tout type de référentiel.
La mécanique classique est utilisée pour construire
la relativité restreinte en l'utilisant comme limite des
faibles vitesses. De plus, s'ajoute, comme élément
de construction, le principe d'additivité des temps
propres sur la ligne d'univers d'une particule. Avec
ce principe, nous ne sommes pas limités aux
référentiels d'inertie : le référentiel propre de la
particule peut avoir un mouvement quelconque
(c'est l'hypothèse de l'horloge vue page 19).
dt
Soit : τ=∫ d τ=∫
γ où τ est le temps propre dans le
référentiel propre de la particule, t est le temps dans
le référentiel d'inertie de référence et γ est exprimé
en fonction de la vitesse instantanée v de la
particule dans ce même référentiel.
À un instant t quelconque il existe toujours un
référentiel d'inertie nommé R' qui coïncide avec le
référentiel propre. Le référentiel R' à un vitesse v
constante par rapport à R et, au moment où il
coïncide avec le référentiel propre, la particule a
une vitesse nulle dans R'. Son accélération vaut a' et
a'
celle dans R vaut alors a= 3 (démontré page 69).
γ

112
C'est là qu'intervient la mécanique classique, en
effet, la particule a alors dans R' une vitesse faible
entre t et t+dt. C'est comme si un vaisseau accéléré
doublait un vaisseau qui avance à vitesse
constante. Si au moment où ils sont au même
niveau leurs vitesses sont égales, leur vitesse relative
est nulle. Le vaisseau accéléré par la poussée de ses
réacteurs s'éloigne ensuite lentement par rapport à
la vitesse de la lumière et nous pouvons utiliser la
mécanique classique pour étudier le mouvement
du vaisseau accéléré depuis l'autre vaisseau pris
comme référence.
Prenons l'exemple d'une voiture d'abord immobile
au feu rouge et qui accélère ensuite au vert. Depuis
le référentiel de la route l'accélération du mobile
vaut ⃗a , mais quelle est l'accélération ressentie par le
passager dans le référentiel propre de sa voiture ?
D'après la loi de composition classique des
accélérations : ⃗ a =a⃗r + a⃗e + a⃗c où nous avons
l'accélération absolue, relative, d'entraînement et
de Coriolis.
Écrivons la deuxième loi de Newton dans R' :
F =m( a⃗r + a⃗e+ a⃗c) et m a⃗r = ⃗
⃗ F + F⃗ie+ F⃗ic.
Dans un référentiel accéléré, non galiléen, on
ressent de nouvelles forces, appelée forces d'inertie.
Ici les accélérations a⃗r et a⃗c sont nulles car le
passager est immobile dans sa voiture. Le
conducteur ressent une force d'inertie
d’entraînement F⃗ie =−m a⃗e qui le plaque au
démarrage au fond de son fauteuil. Ceci est dû à
l'accélération d’entraînement qui égale celle de la

113
voiture : ⃗
a =a⃗e . Pour la même raison, l'accélération
ressentie par la particule dans son référentiel propre
vaut aussi ⃗
a ' , accélération de la particule dans R'.

B. Pesanteur artificielle

⚭ PESANTEUR ARTIFICIELLE

Quand la voiture accélère au vert, tout se passe


comme si, une force exercée à distance tirait le
conducteur vers l'arrière de la voiture. Comme une
force à distance, analogue dans ces effets à une
force gravitationnelle due à une masse placée à
l'arrière de la voiture. Quand un vaisseau spatial
démarre au vert à un carrefour interstellaire, les
passagers d'abord en apesanteur sont ensuite
plaqués lors de la phase d'accélération aux parois
perpendiculaires au déplacement. Dans notre cas
l'accélération est maintenue et le vaisseau a un
mouvement rectiligne uniformément accéléré.

L'accélération vaut celle de la pesanteur g, ainsi :


2
dv g γ c dβ
a= = et τ=∫ d v= ∫
d t γ3 g g 1−β2
β
c 1/ 2 1/2 c 1+β
soit τ= ∫ +
g 0 1−β 1+β (
d β et ) τ= ( )
ln
2 g 1−β

où v=β c est la vitesse atteinte dans R après un


temps propre τ.

114
Exprimons la distance x parcourue dans R en
fonction v :
2 3
dx γ c β
v= d'où x=∫ dx=∫ v d v= ∫ dβ
dt g g (1−β2 )3/2
2
c 1
et après intégration : x=
g ( √ 1−β2
−1
)
Pour être complet, calculons le temps galactique t :
3
γ c 1
t=∫ dt=∫ d v= ∫ dβ
g g (1−β2)3 /2
Nous effectuons le changement de variable
β=sin θ et nous trouvons :

c β
t=
g √ 1−β2

115
Nous pouvons maintenant exprimer la position, la
vitesse et l'accélération en fonction du temps t :

{
x=
c2
g [√ 1+
g2 t 2
c2
−1 ]
c
v=

√ c2
1+ 2 2
gt
et

γ= 1+
g2 t 2
c2

g g
a= =
2 2 3 /2
γ3
( 1+
g t
c2 )
Nous pouvons aussi exprimer le temps propre τ en
fonction du temps galactique t :

c
t= γ β
g
d’où
c
τ= ln
g (√ 1+
g2 t 2 g t
c
2
+
c )
c gt
et τ= argsh
g c ( )
c
t= sh
g

c ( ) x=
c2
g [( ) ]
ch

c
−1

2 2
c2 c2
2
(c t) − x+ ( ) ( )
g
=
g

116
Courbes :

La vitesse tend vers la vitesse maximale c. Pour les


faibles vitesses, celle-ci augmente linéairement avec
le temps, nous retrouvons la limite classique v=g t .

Page suivante, la variation du facteur de dilatation


temporel en fonction du temps galactique. Nous
avons une tangente horizontale aux petites vitesses.
Quand la vitesse augmente, on tend vers
l'asymptote ultrarelativiste γ∼g t /c , γ varie alors
linéairement avec le temps galactique.

117
118
Page précédente, l'accélération du vaisseau vue
depuis le référentiel de départ. Bien que
l'accélération reste constante dans le référentiel
propre, observée depuis la Terre, la vitesse plafonne
et l'accélération diminue en gamma cube. Nous
avons une tangente horizontale aux petites vitesses,
une limite à l'infini nulle et un point d'inflexion en
t=c /2 g .

119
Page précédente, nous voyons, après 6 mois, la
position s'éloigner des prévisions de la mécanique
classique. Dans la théorie de Newton nous avions
une branche parabolique alors que dans le cadre
de la relativité restreinte nous avons une branche
hyperbolique avec une asymptote ultrarelativiste
x=c t−c /g où la distance galactique parcourue
2

augmente linéairement avec le temps.

Ci-dessous, le temps du voyageur accéléré en


fonction de celui de ceux restés sur Terre :

120
Notion d'horizon :

Nous obtenons le diagramme de Minkowski en


inversant simplement les axes x et t. Nous constatons
que l'asymptote t=x /c +c / g représente un horizon.
Pour les observateurs terrestres, impossible de
communiquer avec le vaisseau après un temps
t lim=c /g (environ 11,4 mois). En effet, après cette
durée, un photon ne pourra plus parvenir au
vaisseau. Par contre les occupants du vaisseau
accéléré pourront continuer à nous envoyer des
messages tout au long de leur parcours. Ils pourront
aussi recevoir en permanence des messages de la
Terre, mais ils seront antérieurs à t lim.

121
Au fur et à mesure que le temps propre τ augmente,
les astronautes voient les habitants de la Terre ralentir
leurs mouvements et se figer au temps limite t lim.

C. Voyage aller-retour

⚭ VOYAGE ALLER-RETOUR

Nous voulons rejoindre une exoplanète à distance D


de notre planète Terre. Nous serons en pesanteur
artificielle sur l'ensemble du voyage aller-retour. Nous
accélérons sur la première moitié du voyage puis,
après avoir retourné le vaisseau, nous décélérons
jusqu’à l’exoplanète. Nous répétons la procédure
inverse pour le retour.

2
D c 1
Première phase : =
2 g ( √1−β2max
−1
)
Vitesse maximale à mi-parcours :

√(
1
βmax = 1− 2
gD
1+ 2
2c )
( pour D=4 années-lumière, βmax≃95% et γ≃3)

Durée T du voyage aller-retour :

√(
2
T c βmax 4c gD
=
4 g √ 1−β2
max
et T=
g
1+
)
2c 2
−1

Temps propre τ pour l'aller-retour :

122
2 c 1+βmax 4 c
τ=
g (
ln
1−βmax)= argthβmax
g
( pour D=4 a.l., T≃11,2 ans et τ≃6,84 ans)

123
La fusée photonique :

Un faisceau lumineux, créé par la fusée, la propulse


par réaction. Par exemple, matière et antimatière, à
parts égales, sont placées au foyer d'un miroir
parabolique, et, produisent par annihilation une
énergie pure projetée vers l'arrière selon un faisceau
parallèle.

Considérons le cas suivant, une particule et son


antiparticule se rencontrent et créent deux photons
qui partent en sens opposés. L'un vers l'arrière, et
l'autre vers l'avant. Celui vers l'arrière ne contribue
pas à la propulsion, par contre, le second, y
contribue doublement, car la réflexion sur le miroir
est supposée parfaite. En moyenne, chaque photon
transfert son impulsion à la fusée. Des particules
ultra-relativistes sont tout aussi efficaces que leur
énergie de masse convertie en lumière.
De manière plus réaliste, un photon est parfois
absorbé par le bouclier gamma. Le rendement est
alors de 50 %. Aussi, une partie de l'énergie des
rayons gamma absorbés peut être réutilisée pour
chauffer un gaz à très haute température.

124
L'agitation thermique génère une vitesse d'éjection
très importante10.
Par contre, si un neutrino est créé par la réaction, il
emporte une énergie perdue pour la propulsion.

La fusée photonique s'approche du modèle parfait,


nous pouvons sinon parler de fusée à antimatière.

Réactions d'annihilation

L’annihilation proton-antiproton est plus complexe et


crée des cascades de particules. Des photons γ,
encore plus énergétiques que pour l'annihilation
électron-positon, sont créés.

10 La NASA propose une fusée propulsée par un réacteur à positrons.


Ceux-ci s'annihilent avec des électrons en photons gamma. La
chaleur produite chauffe de l'hydrogène liquide. [Link]

125
126
Caractéristiques techniques :

Voyage Aller Proxima Centauri / Distance 4,2 al.


Durée Voyageur 3,3 ans - Galactique 5,5 ans.

Astronautes : 6.
Module pressurisé : 3 / 10t / 6mx10m
Module Principal - Module Technique - Module Loisir

Hauteur totale 126m/ Diamètre 15m / Masse totale 2420t /


Masse utile 20t / Masse antimatière 1200t.

Antimatière : Proximium / densité 0,2 / 200 kg/m3.


Matière : Tout, hors masse utile, est petit à petit annihilé
avec le Proximium (boucliers, moteurs, etc).

Accélération max 3 g / Vitesse max 89 % de c / γmax 2,2 /


Périodes Accélération : amoy 2 g, sommeil 2,8 g/ Périodes
Vitesse : amoy 0,3 g, sommeil zéro g.

Bouclier Interstellaire : 140t / Protège du milieu interstellaire


0,6 proton/cm3 / angle au sommet 38° / Tmax 498°C.
Ce bouclier est utilisé sur la première moitié du parcours.
Après retournement, les moteurs sont vers l'avant, et la
pression de radiation écarte le milieu interstellaire.

Bouclier Gamma : 860t / Protège les passagers et le Proxi-


mium des rayons γ émis par les moteurs / Blindage Pb de
20 cm, ou béton 1,2 m, diminue le flux par un facteur 10 6.

Moteur-Fusée : rendement 50 % / 1ère phase 7 M P-2 /


Poussée 10 MN / De 1g max 11 g/s Proximium / 2em 1 M P-2 /
3èm 1 M P-1 Poussée 2 MN / ve=150 000 km/s.

Comparaison :
Saturn V / M=3038t / H=111m / D=10m / Mergols=2829t /
Pmax 34 MN / 1er ét. 5 Moteurs F-1 ve=2,6 km/s De=13,6 t/s
Kérosène~O2(l) / 2èm 5 M J-2 / 3èm 1 M J-2 ve=4,1 km/s
H2(l)~O2(l) / Durée 11 min 30 s de 0 à 164 km.

127
5
D. Exercices

Exercices

1. ▲△△ Mi-temps

Au départ de la Terre, le vaisseau rejoint Proxima


selon un mouvement uniformément accéléré en
deux temps : la fusée coupe ses réacteurs à mi-
parcours, le temps de se retourner, et arrive ensuite à
vitesse nulle au niveau de Proxima.
Par rapport aux étoiles considérées fixes, quelle sera
la distance parcourue à la moitié du temps écoulé
avant le point de retournement ? Le résultat est-il
modifié selon que l'on considère le temps d'un
observateur fixe par rapport aux étoiles, ou bien,
celui d'un observateur fixe par rapport à la fusée ?
Qu'en est-il en mécanique classique ?
Nous prenons, comme à l’accoutumée, les valeurs
suivantes : D=4al, a=g=10m/s2 et c=3.108m/s.
Corr. p374.

2. ▲▲△ Téléréalité

Le 1er janvier 2100 à 12h00 l'équipage du vaisseau


Galaxys part à accélération constante pour l'autre
bout de la Voie Lactée.
Tous les jours sur Terre une émission de téléréalité
conte les aventures vécues par les astronautes. Et
réciproquement les astronautes réalisent aussi une
émission quotidienne avec les informations parve-

129
nues de la Terre pendant une journée propre au
vaisseau. Mais de part les dilatations temporelles,
pendant une journée sur Terre on ne reçoit pas les
infos d'une journée entière vécue au bord du
vaisseau, et vice versa. Des signaux lumineux sont
utilisés pour transmettre les informations.

a - Préambule : Déterminez l'expression de la


position x en fonction de γ, puis celle de γ en
fonction de τ.

b - Émissions de télé-réalité sur Terre :


1- Soit tobs l'instant où le message qui
correspond à un temps propre τ est reçu (l'instant t
est simultané à τ mais la réception du message de
part la propagation à vitesse finie de l'onde est bien
sûr ultérieure). Illustrez la situation sur un diagramme
de Minkowski à l'aide des différentes lignes d'univers
(Terre / Vaisseau / Photons).
2- Exprimez tobs en fonction de τ, puis τ en
fonction de tobs.
3- Six mois après leur départ les astronautes
envoient un message vers la Terre. Combien de
temps après le départ le message est-il reçu sur
Terre ?
4- Un an après le départ, les émissions
quotidiennes de téléréalité correspondront à quel
temps passé dans le vaisseau ? Même question dix
ans après le départ.
c - Émissions de télé-réalité dans le vaisseau :
1- Soit τobs l'instant où est reçu le message qui

130
correspond à un temps terrestre t. Illustrez sur un
diagramme de Minkowski.
2- Exprimez τobs en fonction de t.
3- Six mois après le départ un message est
envoyé aux astronautes. Combien de temps après
leur départ le reçoivent-ils ?
4- Un an après le départ, les émissions
quotidiennes de téléréalité correspondront à quel
temps passé sur Terre ? Même question dix ans après
le départ.
d- Effet Doppler pour un référentiel accéléré :
Tant depuis de la Terre que depuis le vaisseau un
signal lumineux bleu est régulièrement émis (λ=400
nm).
1- Établir les relations entre la fréquence
émise et la fréquence reçus pour les deux
référentiels, celui d'inertie et celui accéléré.
2- Après combien de temps le signal émit
depuis la Terre sera perçu comme rouge au bord du
vaisseau (λ=800 nm) ?
3- Pour la même durée écoulée sur Terre,
quelle sera la couleur du signal lumineux reçu ?
4- L'effet Doppler est-il symétrique comme
dans le cas des référentiels d'inertie ?
Correction p375.

3. ▲▲△ Face-à-face

Deux vaisseaux effectuent en sens inverse, au même


moment et dans les mêmes conditions, les parcours

131
de Terre-Proxima et Proxima-Terre. Les fusées sont
animées de mouvements uniformément accélérés
et effectuent le voyage comme décrit dans ce
chapitre.
a - À mi-chemin, au point équidistant, à deux
années-lumière, les vaisseaux ont coupé leurs
réacteurs pour se retourner. Quelle est la vitesse
galactique des vaisseaux ? Quelle est leur vitesse
relative ?
b - Même questions au quart du chemin.
c - Proposez un moyen technique qui permettrait
aux vaisseaux de mesurer leur vitesse relative.

d - Exprimez la vitesse galactique v en fonction du


temps propre τ.

e - Exprimez la vitesse relative vr en fonction du


temps propre τ.

f - Déterminez l'accélération ar du vaisseau en


provenance de Proxima du point de vue du
référentiel du vaisseau en provenance de la Terre en
fonction du temps propre τ.
Déterminer cette accélération relative au départ, à
mi-chemin et au quart du temps du voyage aller
des spationautes.
Le mouvement relatif des vaisseaux est-il
uniformément accéléré ?
Quels résultats trouverions-nous dans le cadre de la
mécanique newtonienne ?

Correction p379.

132
6
VI. Métriques

MÉTRIQUES
Une métrique permet de mesurer des distances. En
relativité, l’outil est généralisé à l'espace-temps.
Nous donnerons la métrique du référentiel d'inertie,
du référentiel uniformément accéléré en translation
rectiligne, et, celle du référentiel en rotation
uniforme. Nous pourrons alors déterminer la structure
d'espace-temps dans notre vaisseau en route vers
Proxima. Quelles seront les propriétés géométriques
dans le vaisseau spatial ? Comment s'écoule le
temps aux différents étages de la fusée ?
Finalement, nous ferons un parallèle avec la
métrique du trou noir et jetterons ainsi un pont vers la
relativité générale.
Pour répondre à ces questions nous allons introduire
le concept de métrique à travers divers exemples.

A. Métrique Euclidienne

⚭ MÉTRIQUE EUCLIDIENNE

Nous allons mesurer la distance entre deux points. La


métrique peut être exprimée dans différents
systèmes de coordonnées pour calculer une
distance, elle, invariante. Prenons le cas de deux
points M1 et M2 disposés sur un plan. Si les
coordonnées des points sont cartésiennes, M1(x1, y1)

135
et M2(x2, y2), la distance est donnée par :

L=d M 1 M2 = √( x2 −x1 )2+( y 2− y1 )2

Nous pouvons aussi déterminer la longueur d'une


trajectoire courbe prise par une particule en
intégrant entre les deux points :

M2

L=d M 1
M2 =∫ d l avec
2 2
d l =dx + dy
2

M1

Cet élément d l est notre métrique pour cet


2

exemple.
Dans le cas où notre problème physique a une
symétrie centrale (cas courant, comme pour le
mouvement des planètes), les coordonnées polaires
peuvent être mieux adaptées. Nous aurons le même
résultat final, seulement, dans un cas le calcul peut
être très long, et dans l'autre, très court. En
coordonnées polaires ces mêmes points ont pour
coordonnées M1(r1, θ1), M2(r2, θ2) et d l =dr +(r d θ) .
2 2 2

En utilisant les relations de passages, x=r cos θ et


y=r sin θ , nous retrouvons la métrique cartésienne,

136
les démarches sont bien équivalentes.

En géométrie euclidienne la longueur d'un objet


(tout comme la durée d'un phénomène) est la
même pour tous les observateurs. Que l'on effectue
une translation, une rotation, ou une transformée de
Galilée des coordonnées, la longueur L est
invariante (fait en exercice page 159).

De manière plus générale les lois de la mécanique


Newtonienne sont invariantes selon ces transfor-
mations.

Ce n'est pas le cas pour une dilatation : si x '=k x ,


y '=k y et z ' =k z avec k le facteur de dilatation,
alors d l' =dx ' +dy ' +dz ' , d l'=k d l et L '=k L . Les
2 2 2 2

lois de la physique dépendent de l'échelle, elles ne


sont pas les mêmes pour l'infiniment petit et
l'infiniment grand.

La ligne droite correspond au chemin le plus court


entre deux points. Nous pouvons prendre une corde
et la tendre pour obtenir une droite. C'est le chemin
entre M1 et M2 qui minimise L.

137
La métrique Euclidienne correspond à un espace
plat : La somme des angles d'un triangle vaut 180°,
le rapport entre le périmètre et le diamètre d'un
cercle vaut π, et toute droite possède une unique
droite parallèle passant par un point qui lui est
extérieur.

B. Métrique sur une sphère

⚭ MÉTRIQUE SUR UNE SPHÈRE

Pour mieux illustrer notre propos prenons le cas d'un


espace bidimensionnel sphérique. Il faut se mettre à
la place d'êtres bidimensionnels (les bidiz) qui vivent
à la surface de la sphère et n'ont pas conscience
de la troisième dimension. Les postulats d'Euclide ne
sont plus vérifiés. Nous avons de simples contre-
exemples :

◦ Pour tracer un cercle, on fixe un point, on y


attache une corde, et, corde bien tendue, on
tourne autour pour le tracé. Le cercle centré sur le
pôle nord et de périmètre l'équateur a un rapport
périmètre/diamètre égale à 2, valeur bien inférieure
à π.

◦ Construisons maintenant un triangle


particulier : nous avons un premier point au pôle
nord, nous obtenons un deuxième point en
rejoignant suivant une droite l'équateur, nous
tournons à angle droit vers l'est et nous suivons
ensuite l'équateur pendant un quart de tour, nous
tournons à angle droit vers le nord, et nous

138
retournons au pôle nord pour finir le triangle. Nous
avons un triangle équilatéral et les trois angles sont
droits. La somme des angles de ce triangle vaut
270°, valeur bien supérieure à 180°.

◦ Imaginez-vous habitant à la surface de


cette sphère. Vous voulez partir à l'aventure et
découvrir des contrées inconnues. Vous n'avez pas
conscience de la courbure de votre espace 2D,
vous partez en ligne droite, en ne déviant ni vers la
droite, ni vers la gauche, et finalement vous finissez
par rejoindre votre point de départ depuis le côté
opposé ! Voilà qui est bien déconcertant. Les droites
de la sphère sont des cercles de même rayon que la
sphère (les plus grands cercles que l'on puisse
tracer). Par exemple, la ligne de l'équateur, un
méridien, sont des droites pour la sphère. Vous ne
pouvez pas tracer de droites parallèles, car elles se
coupent. Une latitude forme un cercle de rayon
inférieur à celui de la sphère, ce n'est pas une
droite : un avion, pour rejoindre deux villes à la
même latitude, ne suit pas une latitude car ce n'est
pas le chemin le plus court.

Nous voyons bien, sur ces trois exemples, que


l'espace à la surface d'une sphère n'est pas
euclidien. Ce n'est pas un espace plat mais un
espace courbe.

139
140
La courbure se voit aussi sur la métrique
qu'utiliseraient les bidiz, nous la donnons pour
information11 :
2 2
2 dx + dy
dl = 2 2 2
1+
(x +y
4 R2 )
x et y sont les deux coordonnées cartésiennes
internes à leur espace à deux dimensions. Même s'ils
ne "voient" pas la troisième dimension, ils pourraient
la déduire conceptuellement. C'est une analogie
utile pour les petits êtres humains tridimensionnels
que nous sommes. Peut-être, nous-même, vivons-
nous à la "surface" d'une hypersphère à quatre
dimensions spatiales, tout comme les bidiz vivent à
la surface d'un hypercercle (une sphère pour
nous !).

Voilà une belle manière de résoudre le problème du


bord de l'Univers : si l'Univers n'est pas infini, il devrait
y avoir un mur pour définir sa limite, mais qu'y a-t-il
derrière le mur ? Si nous vivons sur le volume d'une
hypersphère, nous avons un
Univers de volume fini, sans Un Univers fini
bord et sans centre. sans bord et sans
Une vision élégante permise centre.
avec un espace courbe.

11 Geometry, Relativity and the Fourth Dimension, Ruldolf v. B.


Rucker, 1977.

141
142
C. Métrique de Minkowski

⚭ MÉTRIQUE DE MINKOWSKI
Le temps est maintenant une coordonnée intégrée
aux trois autres d'espaces. C'est la métrique de la
relativité restreinte. Nous avons montré page 65 que
le nouvel invariant s'écrit :

d s 2=c 2 dt 2−dx 2−dy 2−dz2


Nous discernons une partie temporelle et une partie
spatiale, dt et d l =dx +dy +dz , d'où T =∫ d t et
2 2 2 2

L=∫ d l . Mais ces deux quantités T et L ne sont pas


invariantes.
Les lignes droites, encore appelées géodésiques,
maximisent le temps propre τ, grandeur invariante :

τ=∫ √ d t 2−dl 2 / c 2 ( particule : ds2 >0)

La métrique de Minkowski est invariante par


translation, rotation et transformée de Lorentz.

D. Métrique du référentiel accéléré

⚭ MÉTRIQUE DU RÉFÉRENTIEL ACCÉLÉRÉ


Nous donnons la métrique du référentiel en
translation rectiligne uniformément accéléré étudié
au chapitre précédent. Ce référentiel n'est pas
d'inertie et la métrique est donc nécessairement
différente :
2
gx 2 2
(
d s 2= 1+
c
2 )
c dt −dx 2−dy 2 −dz 2

Nous reconnaissons une partie spatiale de type

143
euclidien, l'espace est donc plat dans le vaisseau.
Concernant la structure de l'espace-temps dans son
ensemble, on démontre que cette métrique
correspond à un espace-temps, lui aussi, plat. Pour
cela on montre que les composantes du tenseur de
courbure de Riemann sont toutes nulles. Ceci est
bien cohérent avec ce que l'on dit sur la relativité
générale : en absence de masse l'espace-temps
n'est pas courbé12.
Pour un objet immobile dans le référentiel de la
fusée :
gx
(
d τ= 1+
c2 )
dt

Nous constatons, pour des observateurs immobiles


l'un par rapport à l'autre dans le référentiel accéléré,
que le temps ne s'écoule pas au même rythme
suivant où on se place dans le vaisseau. C'est un
phénomène de dilatation du temps très différent de
celui que l'on observe entre deux référentiels
d'inertie où les horloges sont en mouvement l'une
par rapport à l'autre. Ici, les horloges sont au repos
dans le solide de référence (la fusée), elles sont
immobiles l'une par rapport à l'autre, et pourtant,
elles ne fonctionnent pas au même rythme et ne
peuvent être synchronisées. Considérons dans notre
fusée trois horloges que nous allons placer à trois
niveaux différents espacés de 120 mètres. Nous
commençons par les synchroniser au premier niveau
à l'arrière du vaisseau. Nous laissons une horloge à
12 C'est plus subtil que cela. Par exemple, les ondes gravitationnelles
propagent une courbure d'espace-temps qui perdure même en
l'absence de masse.

144
l'arrière, nous plaçons la deuxième 120 mètres vers
l'avant et la troisième à 240 mètres au niveau de la
proue (nous les déplaçons lentement pour ne pas
ajouter une autre source de dilatation temporelle) :

Après une journée nous les redescendons au


premier niveau pour comparer les temps écoulés.
Premier constat, elles ne sont plus à la même heure,
ensuite l'horloge au deuxième niveau a tourné plus
vite et est en avance d'une nanoseconde, la
troisième horloge a tourné encore plus vite et est en
avance de deux nanosecondes
L'avance, des horloges placées "plus haut" dans le
vaisseau, est calculée à l'aide de l'expression
suivante qui découle directement de la métrique :
gH
Δ τ= 2
Δt
c
avec Δ t=1 jours , H=120 m et g=10 m/ s .
2

Nous allons maintenant nous envoyer des photons


d'un étage à l'autre. Le résultat va être amusant, et,
en plus, nous retrouverons la métrique, de manière
simple et intuitive, sans utiliser d'arsenal mathé-
matique. Vous êtes au deuxième niveau et vous

145
envoyez un photon vers le bas. Le temps que le
photon se déplace jusqu'en bas, le vaisseau a pris
de la vitesse. Vitesse mesurée dans le référentiel
d'inertie qui coïncide avec le référentiel accéléré de
la fusée au moment de l'émission du photon.
Mettez-vous à la place de celui qui reçoit le photon
à l'étage du dessous ; il est maintenant a une vitesse
v par rapport à l'émetteur au moment où le photon
a été émis. Nous avons donc un effet Doppler et
comme on se rapproche de la source, le photon
"bleuit". Le photon passe très rapidement d'un étage
à l'autre et la vitesse de la fusée acquise sur ce laps
de temps est très faible ; nous n'utiliserons donc que
des formules classiques.
Vitesse acquise par la fusée : v =g t
x gx
et t= pour le photon, d'où v = .
c c
gx
(
Fréquence reçue : f R =(1+β) f E = 1+ 2 f E
c )
Nous retrouvons le bleuissement prévu. Bien sûr, si le
photon est maintenant envoyé vers l'avant, sa
fréquence diminue, et il rougit :
gx
(
f R = 1−
c2 ) ( gx
c )
f E et T R = 1+ 2 T E (petites variations).

Ce résultat est directement lié à la métrique, car les


horloges sont immobiles l'une par rapport à l'autre
dans le référentiel de la fusée, et chaque oscillation
de l'onde lumineuse peut être considérée comme
un mini-flash émis par les horloges. Par exemple,
pour une longueur d'onde d'émission de 600 nm,
l'horloge source émet 500 000 000 000 000 mini-flashs

146
toutes les secondes, et une horloge placée 120
mètres vers l'avant reçoit 7 mini-flashs de moins
pendant une de ses secondes propre (par effet
Doppler le signal rougit en montant et la fréquence
diminue). L'observateur placé plus haut en déduit
donc que le temps s'écoule plus lentement à l'étage
du dessous et plus vite à l'étage du dessus.

Et ce n'est pas tout, nous pouvons encore élargir


notre compréhension par une approche
énergétique. En physique nous avons la
conservation de l'énergie, et cette loi fondamentale
s'applique à la relativité restreinte en incluant
l'énergie de masse donnée par la fameuse formule
E=m c2.
Nous allons faire passer un atome d'un étage à
l'autre. À l'étage inférieur l'atome est excité, nous le
montons dans cet état à l'étage supérieur. Élever
une masse demande de l'énergie à l'opérateur.
Dans un champ d'accélération uniforme l'énergie
reçue par un objet de masse m vaut m g H . L'énergie
de l'atome augmente de m I g H , où mI est la masse
initiale de l'atome excité.
Ensuite, l'atome se désexcite et émet un photon
d'énergie e E =h f E . Nous redescendons alors l'atome,
l'opérateur reçoit donc une énergie m F g H , où mF
est la masse finale de l'atome désexcité. Et
finalement le photon d'énergie e R =h f R est
réabsorbé par l'atome. Le bilan de ce petit jeu doit
être nul car l'énergie ne doit pas varier :

−mI g H −h f E +mF g H +h f R =0

147
gH ΔE gH
d'où f R−f E=(mI −mF ) = 2
h c h

Balance à atomes :

Un atome excité A* est plus lourd qu'un atome désexcité.


La différence de masse donne l'énergie du photon émis :
A* → A +γ Δ m c 2 =(m *−m)c 2 =E γ E γ=Δ E=E 2−E 1=h f
Par émission spontanée, l'électron, lié au noyau
atomique, passe du niveau supérieur E2 au niveau
fondamental E1 en émettant un photon d'énergie égale
à la différence d'énergie des niveaux électroniques. Plus
des particules sont liées, plus l'énergie de liaison est
importante, et, plus la masse de l'édifice est faible.

148
La variation de masse de l'atome est due à
gH
l'émission du photon, ainsi Δ E=h f E et f R =f E 1+ ( c2 )
Le photon reçu a une énergie différente du photon
émis et nous retrouvons bien la même expression
que précédemment. Le photon gagne de l'énergie
en descendant, il bleuit, et en perd en montant, il
rougit. La conservation de l'énergie permet de
retrouver l'effet Doppler, la dilatation du temps en
fonction de la position et la métrique du référentiel
uniformément accéléré.

Nous étudierons le lien entre la métrique du


référentiel uniformément accéléré et celle de
Schwarzschild, utilisée pour les objets massifs à
symétrie sphérique (planètes, étoiles, trous noirs, etc),
dans les pages suivantes.

E. Métrique du référentiel en rotation

⚭ MÉTRIQUE DU RÉFÉRENTIEL EN ROTATION


Nous allons maintenant aborder un autre cas
d'école qui se traite aussi avec la relativité restreinte.
Un cas dont l'étude ouvre les portes d'applications
pratiques, comme le gyromètre laser13 qui permet
de s'orienter bien plus précisément qu'avec un
gyromètre mécanique ou une boussole magné-
tique. Le gyrolaser est utilisé dans les navires, les
sous-marins, les avions et les satellites depuis 1963.
Nous avons un disque de rayon R en rotation

13 Utilisation de l'effet Sagnac conceptualisé en 1913.

149
uniforme autour d'un axe fixe. Le disque est un solide
rigide14 dont la vitesse augmente linéairement avec
la distance à l'axe.

La vitesse est mesurée dans un référentiel d'inertie R


où l'axe est fixe. Nous nous plaçons maintenant dans
le référentiel non inertiel R' du disque. Prenons un
cercle concentrique à l'axe de rotation, nous
mesurons le rayon ρ avec un bâton de longueur
unité. Ensuite nous entreprenons de mesurer la
circonférence en reportant le bâton autant de fois
que nécessaire. À chaque report nous utilisons le
référentiel d'inertie coïncidant à l'emplacement et
instant donné. Il n'y a pas de contraction des
longueurs radialement, car la vitesse est perpen-
diculaire à la longueur mesurée, par contre dans la
direction orthoradiale nous sommes colinéaire à la
vitesse et la longueur est contractée.
En divisant le périmètre du cercle par son diamètre,

14 Le critère de rigidité est vérifié pour le disque en rotation uniforme


et la fusée uniformément accélérée : L'espace-temps de Minkowski,
Nathalie Deruelle.

150
la valeur est supérieure à π, l'espace est courbe15.

Déterminons la métrique en effectuant le


changement de coordonnées suivant16:

{
t '=t
ρ '=ρ
θ '=θ−ω t
z '=z
La métrique dans le référentiel inertiel R s'écrit :
2 2 2 2 2 2
d s =c dt −dx −dy −dz
Cette expression standard donnée en coordonnées
cartésiennes s'écrit aussi en coordonnées cylin-
driques, système de coordonnées qui facilite les
calculs pour ce problème qui possède un axe de
symétrie :
d s 2=c 2 dt 2−d ρ2−ρ2 d θ2−dz 2
L'intervalle devient dans R', en enlevant la
coordonnée z pour simplifier :
d s ' 2=d s 2=c 2 dt ' 2−d ρ '2−ρ' 2 (d θ '+ω dt ')2
d'où, en enlevant les quantités primées pour alléger :

ρ2 ω2 2 2
(
d s 2= 1−
c 2 )
c dt −2 ρ2 ω d t d θ−d ρ2−ρ2 d θ 2

En calculant les composantes du tenseur de

15 C'est un nouveau pseudo-paradoxe de la relativité restreinte,


présenté en 1909 par Ehrenfest comme une contradiction interne de
la théorie. Si l'on accepte que l'espace pour un observateur du
disque est non-euclidien la contradiction disparaît.
16 Articles détaillés : Space geometry of rotating platforms: an
operational approach, et, The relativistic Sagnac effect: two
derivations, Guido Rizzi et Matteo Luca Ruggiero (2008).

151
courbure de Riemann (fait au chapitre suivant) nous
constatons que toutes les composantes sont nulles.
L'espace-temps du disque en rotation uniforme est
donc plat17. Nous sommes bien dans le cadre de la
relativité restreinte, il n'y a pas de courbure
d'espace-temps, pas de masse présente 18, et
l'espace-temps est bien plat. La relativité restreinte
s'applique en espace-temps plat : un changement
de coordonnées permet de retrouver la métrique
standard de Minkowski. En relativité générale, en
présence de gravitation, ce n'est possible que
localement autour d'un événement : les ordres zéro
et un peuvent toujours coïncider avec un référentiel
inertiel (espace-temps minkowskien), par contre, ce
n'est plus possible pour l'ordre deux, c'est là que la
courbure spatio-temporelle s'exprime.

Nous pouvons créer une pesanteur artificielle avec


une nacelle circulaire en rotation. L'avantage, par
rapport à la fusée continuellement accélérée par la
poussée de ses réacteurs, est une énergie nulle à
dépenser. Une fois la nacelle en rotation, par
conservation de l'énergie, celle-ci garde son
moment cinétique, et la pesanteur se maintient
indéfiniment pour les occupants. Par contre, la
pesanteur créée n'est pas uniforme, et, en plus de la
force centrifuge qui simule la pesanteur, il y a la

17 Vous aurez noté la subtilité ici rencontrée : l'espace est courbe et


l'espace-temps est plat.
18 Comme pour la fusée uniformément accélérée, il n'y a pas de
masse présente qui crée un champ de gravitation et courbe l'espace-
temps. La masse de la fusée, ou du disque, est ici totalement
négligeable et n'influence pas la métrique. On parle de masse test.

152
force de Coriolis qui complique les déplacements
des spationautes.

Pour minimiser ces deux inconvénients le rayon de la


nacelle doit être suffisamment grand. L'accélération
2
d’entraînement donne : g=ω ρ, d'où Δ g /g=Δ ρ/ρ.
Pour une variation de pesanteur inférieure à 1%
entre les pieds et la tête, il faut un rayon d'environ
200 mètres. Et la vitesse angulaire de rotation
correspondante est de deux tours par minute :

153
ω=2 π f et f= √
1 g
2π ρ
.

L'accélération de Coriolis s'écrit a⃗c =2 ⃗


ω∧ v⃗r. Quand
les spationautes courent pour faire le tour de la roue,
ils ont l'impression d'être plus lourds en courant dans
le même sens que la nacelle et plus légers en sens
contraire, ce n'est pas très gênant. Par contre, s'ils
font des flexions de haut en bas, ils pourront être
poussés latéralement par la force de Coriolis, ça
peut agacer19. Calculons : a c / g=2 v r /ω ρ=2 v r / √ g ρ,
pour une vitesse de 20 km/h, a c /g≃24 % . Ce n'est
pas négligeable, mais nous pouvons considérer que
c'est raisonnable.

Intéressons-nous maintenant à l'écoulement du


temps. Pour un observateur immobile :


d τ= 1−
ρ 2 ω2
c2
dt≃(1−
ρ 2 ω2
2 c2
dt )
Pour des observateurs immobiles l'un par rapport à
l'autre, le temps ne s'écoule pas au même rythme.
Un ensemble d'horloges au repos en différents points
du disque ne peuvent être synchronisées. Plus on
s'éloigne de l'axe plus les horloges vont lentement.
Nous plaçons, selon le même protocole que pour la
fusée, une première horloge en ρ=370 m, une
seconde en ρ=300 m, et une troisième en ρ=200 m.

(ρ22−ρ21)ω2
Nous trouvons : Δ τ= 2
Δ t.
2c

19 Vidéo amusante : [Link]/ManegeTournant.mp4

154
Après une journée nous redescendons les horloges à
un rayon de 370 mètres : celle qui était située à 300
mètres avance d'une nanoseconde et celle à 200
mètres de deux nanosecondes. Ici, les avances ne
varient pas linéairement avec la distance. La
pesanteur vaut 1,5 g à 300 m et 1,85 g à 370 m, un
bon exercice pour se muscler et rester jeune !

Nous allons reprendre notre atome excité. Nous


décomptons le travail reçu par l'atome à chaque
étape. Nous le montons de ρ1=300 m à ρ2=200 m.
Celui-ci gagne alors une énergie potentielle de
pesanteur :
2 1
w I =−Δ e p I =∫ mI g(ρ) d ρ=mI ω ∫ ρ d ρ= 2 mI ω2 (ρ22−ρ21 )
Il émet le photon : w E =−e E=−h f E
1 2 2 2
Il remonte : w F =−Δ e p F = m F ω (ρ1−ρ2)
2
Il reçoit le photon : w R =e R=h f R
Nous réalisons le bilan d'énergie :
1 2 2 2 1 2 2 2
m ω (ρ2−ρ1 )−h f E − mF ω (ρ2−ρ1)+h f R =0
2 I 2

ω2 (ρ21−ρ22)
et on obtient : f R=f E 1+
( 2 c2 )
Le photon bleuit en s'éloignant de l'axe de rotation.
Nous avons toujours le même phénomène, le
photon rougit en montant et bleuit en descendant.

F. MÉTRIQUE DE SCHWARZSCHILD

155
⚭ MÉTRIQUE DE SCHWARZSCHILD
Pour comparaison, nous donnons la métrique de
l'espace-temps autour d'un objet massif à symétrie
sphérique. C'est la métrique de Schwarzschild de la
relativité générale qui remplace la force de
gravitation de Newton pour calculer les orbites des
astres. Par exemple, on peut l'utiliser pour l'étude du
mouvement de la station spatiale dans le champ de
gravitation généré par la Terre. Afin de respecter la
symétrie centrale, la métrique est donnée en
coordonnées sphériques :
2G M 2 2 d r2
(
d s 2= 1−
r c2)c dt −
2G M
−r 2 d θ2 −r 2 sin 2 θ d ϕ2
( 1−
r c2 )
M est la masse de l'astre central (planète, étoile ou
trou noir). Cette masse crée un champ de
gravitation et l'espace-temps est courbe. Il n'existe
pas de changement de coordonnées global qui
rende cette métrique minkowskienne. La gravitation
et la courbure d'espace-temps sont absentes dans
la relativité restreinte.
Apparaît dans la métrique une quantité homogène
à un rayon, cette distance caractéristique du
système est appelée le rayon de Schwarzschild :
2G M
nous posons rS = .
c2
Comme pour le référentiel accéléré en relativité
restreinte, nous avons un horizon des événements, ici
situé en rS.

156
Pour un objet immobile nous obtenons la partie
temporelle :


d τ = 1−
2G M
r c2
dt

Plus nous nous éloignons de l'objet massif plus la


courbure est faible. À grande distance l'espace
peur être approximé comme plat, et, en vertu du
principe d'équivalence de la relativité générale,
nous devons retrouver la forme de la métrique de la
fusée uniformément accélérée :
GM
(
d τ≃ 1−
r c2 )
dt pour r ≫r S .

Par exemple, pour la Terre, le rayon rS vaut environ 9


millimètres. Au niveau du sol, situé à quelque
6370 km, l'approximation est extrêmement bonne 20.

En posant r=r 0+ x avec r 0 ≫r S :

GM
d τr = 1−
0
( r0 c2)dt et d τr + x = 1−
0
( GM
r0 c ( ))
2
1−
x
r 0
dt

GMx
donne d τr + x = 1+
0
( 2 2
r0 c )
d τr 0

La forme est bien la même que pour la fusée


uniformément accélérée :
gx
d τ= 1+( c
2
dt .)
20 Aussi, nous pouvons oublier la rotation propre de la Terre, car la
vitesse du sol est très faible devant la vitesse de satellisation
(référentiel géocentrique).

157
Nous retrouvons le principe d'équivalence quand :
GM
g= .
r 20

Nous avons là aussi les horloges plus hautes plus


rapides et les photons montants qui rougissent. Au
niveau du sol terrestre sur une hauteur de 100
mètres, la différence de temps atteint 0,9 ns en
24 h21. Résultat proche de celui obtenu dans la
fusée22. Localement, rien ne permet aux astronautes
de différencier le champ de pesanteur artificiel créé
par l'accélération de la fusée, d'une pesanteur
naturelle générée par une masse. Par contre, sur un
domaine spatial suffisamment étendu, ils pourraient
différencier les deux situations : l'espace de la fusée
uniformément accélérée est euclidien alors que
celui de l'astre massif ne l'est pas23.

21 Dans le cas de la station spatiale, même si la poutre de 110 mètres


peut être maintenue dirigée vers la Terre par verrouillage
gravitationnel, les horloges restent synchronisées. Au niveau de la
station le champ de pesanteur vaut encore 90 % de celui au sol,
mais il n'y a pas de redshift, car durant la rotation autour de la
Terre, le côté extérieur va légèrement plus vite que celui intérieur et
l'effet est parfaitement compensé. C'est le principe d'équivalence,
pour les spationautes tout se passe comme si il n'y avait pas de
gravitation (ils sont en apesanteur) car ils sont en chute libre.
22 Deux les deux cas nous avons des horloges au repos l'une par
rapport à l'autre qui se désynchronisent. Pour la fusée, en changeant
de référentiel, on peut considérer qu'il s'agit d'un effet Doppler. Ce
n'est pas possible pour la gravitation et l'on parle alors de décalage
vers le rouge ou le bleu (on utilise souvent les termes anglais
redshift et blueshift).
23 Aussi dans la fusée l'accélération propre est inversement
proportionnelle à la distance d'horizon, alors que pour le corps
massif elle varie au carré de la distance au centre de l'astre. Le
principe d'équivalence n'est vrai que très localement.

158
6
G. Exercices

Exercices
1. ▲△△ Métrique euclidienne

d l 2=dx 2 +dy 2 +dz 2


Montrez que la métrique d'Euclide est invariante par
translation, rotation et par une transformée de
Galilée.
Correction p381.

2. ▲△△ Rapidité

1 - Montrez que la transformée spéciale de Lorentz


peut se mettre sous la forme :

{
ct ' =ct ch ϕ+ x sh ϕ
x '=ct sh ϕ+ x ch ϕ
y '= y
z '=z
Nous avons utilisé de la trigonométrie hyperbolique
et ϕ est la rapidité.

2 - Montrez que, pour deux transformées de Lorentz


successives, selon la même direction, les rapidités
sont additives.
Corr. p382

3. ▲△△ Métrique de Rindler24


d s 2=r 2 d τ2−dr 2−dy 2−dz 2
1 - Quelles sont les invariances du système de

24 W. Rindler, Relativity, Oxford Univ. Press, 2d Ed, 2006, 430 pages.

159
coordonnées de Rindler par rotation et transformée
de Lorentz ?
2 - Montrez que ce système de coordonnées
correspond à celui d'un référentiel uniformément
accéléré.
3 - Montrez que le changement de coordonnées
qui suit permet de retrouver une métrique
minkowskienne :
{ct=r sh τ
x=r ch τ
En déduire le changement de coordonnées entre le
référentiel (x,t) de la fusée uniformément accélérée
et le référentiel galactique (x',t').
Tracez sur un diagramme de Minkowski, dans le
référentiel inertiel R', le réseau des lignes
coordonnées pour x et t.
Corr. p382

▲▲△ Chute d'un objet dans la fusée

Dans notre fusée uniformément accélérée, pour


passer le temps au cours de ce voyage de quelques
années, nous nous amusons à nous lancer des
objets. Que vous lâchiez une balle sans vitesse
initiale, ou, que vous la lanciez à votre camarade,
nous appelons chute libre ce mouvement de l'objet,
car il n'est soumis à aucune force. Nous avons
expliqué que l'accélération de la fusée générait une
pesanteur artificielle. C'est localement équivalent à
un champ de pesanteur uniforme, mais, au vu de la
métrique du référentiel accéléré, nous pressentons

160
que la trajectoire d'un objet en chute libre sera
modifiée. Nous allons aborder la question en deux
phases : une première approche qualitative puis un
calcul complet.

1 - Nous prenons deux horloges initialement


synchronisées et immobiles au même endroit.
Comme dans le cours, l'une va rester à la même
place, et la seconde va être bougée puis ramenée
au point de départ. Vous jouez au jeu suivant : Au
départ les deux horloges indiquent zéro. Vous
disposez de l'horloge mobile que vous pouvez
déplacer à votre guise. Seule contrainte, à une
minute pile indiquée sur l'horloge fixe, votre horloge
devra être de retour, posée bien sagement à côté
d'elle. Le défi est d'obtenir le temps le plus grand
possible sur votre horloge. Comment devez-vous la
déplacer pour gagner ?
Variante du jeu : Précédemment le point de départ
était le point d'arrivée. Si maintenant, le point
d'arrivée, tout en restant au même niveau, est
différent, comment devons-nous procéder pour
maximiser le temps de notre horloge ?

2 - Le chemin suivi par une particule libre pour aller


de l'événement initial Ei à l’événement final Ef
maximise son temps propre :
Ef

√ v2 2
ax
τ=∫ d τ=∫
Ei C
g (x)− 2 dt
c (
avec g( x )= 1+
c2 )

Nous posons : L(x , v)= g( x)−
v2
c2
(Lagrangien).

161
δv

Ainsi : ∫ L(x +δ x , v+ δ v ) dt
C'

=∫ L( x , v ) dt+∫ ( ∂∂ Lx δ x + ∂∂ Lv δ v ) dt=τ+ δ τ
Pour le chemin recherché δ τ=0 .

a- Poursuivre le raisonnement et établir


l'équation du mouvement d'un objet en chute libre.
Montrez que cette équation, au départ du lancer et
pour des vitesses faibles, redonne celle de la chute

162
libre en mécanique newtonienne.
Finalement, comment allez-vous déplacer votre
horloge pour gagner ?

b- Démontrez la loi de conservation suivante :


∂L
L− v=cste
∂v
Nous considérons le cas d'un lâcher sans vitesse
initiale. Trouver l'expression de la position, la vitesse
et l'accélération en fonction de g( x ). Comment
varie g au cours de la chute ?
Montrez que la vitesse de chute passe par un
maximum pour ensuite s'annuler sur l'horizon. Que
vaut la vitesse maximale de chute ? À quelle
distance de l'horizon ?

c- Réalisez une simulation numérique pour tracer


les courbes de position, vitesse et accélération en
fonction du temps. Quand la vitesse maximale est
atteinte ? Quand l'objet atteint-il l'horizon pour un
observateur de la fusée ?

d- Temps propre : Donner l'expression du temps


propre. Dans son référentiel propre, quand l'objet
atteint-il l'horizon ? Supposons que l'objet soit une
mini-fusée annexe qui quitte en chute libre le
vaisseau mère. Que se passera-t-il pour l’occupant
de l'annexe quand il atteindra l'horizon ? Cette
petite fusée est très rapide, le pilote décide
d'allumer le réacteur pour retourner au vaisseau
principal, y parviendra-t-il ? Vous pouvez illustrer la
situation sur deux diagrammes de Minkowski
(référentiel galactique, puis, de la fusée).

163
e- Repère minkowskien local : Le système de
coordonnées de la fusée accélérée n'est pas
minkowskien. La vitesse précédemment déterminée
dans une métrique non minkowskienne est appelée
vitesse coordonnée. Ce système de coordonnée a
été construit dans un référentiel non inertiel et les
postulats de la relativité restreinte ne s'y appliquent
pas directement. Ce référentiel est néanmoins très
utile et nécessaire pour les occupants de la fusée,
mais la vitesse de la lumière n'y est pas fixée à c.
C'est pourquoi nous allons considérer un nouvel
observateur, lui inertiel. À chaque instant et position
de l'objet en chute libre, nous considérons le
référentiel minkowskien coïncidant avec celui de la
fusée : 2 2 2 2 2
c d τ =c d t Mink −dx

Par exemple, imaginez deux fusées fixes l'une par


rapport à l'autre et uniformément accélérées. Tout
d'un coup, l'une coupe son moteur, son référentiel
devient inertiel, et pendant quelque temps elle
coïncide avec la fusée toujours accélérée. Ainsi un
observateur dans la fusée qui a coupé son moteur
est minkowskien, et il peut observer la chute de
l'objet. Quelle vitesse mesurera-t-il pour l'objet en
chute libre ? Quelle sera la vitesse de l'objet en
chute libre au niveau de l'horizon pour un
observateur minkowskien ?

3 - Analogie avec la chute dans un trou noir :


a- Le système de coordonnées de Schwarzschild
est celui d'un observateur extérieur au trou noir. Nous

164
pouvons comparer la chute radiale d'un objet vers
un trou noir avec la chute verticale d'un objet
observée par l'occupant d'une fusée uniformément
accélérée :
d r2 2G M
d τ2=g (r )dt 2− avec g(r )=1−
c 2 g (r) r c2

τ=∫ L(r , v )dt et



L(r , v )= g(r )−
1 v2
g(r ) c 2
Décrire le profil de vitesse de la chute d'un corps,
lâché sans vitesse initiale, jusqu'à l'horizon du trou
2
noir r H =r S=2 G M /c . Vous tracerez les courbes pour
la vitesse et l'accélération en fonction de r.
Quelle-est la vitesse maximale atteinte ? À quelle
distance de l'horizon ?

b- Réalisez une simulation numérique pour tracer


les courbes de position, vitesse et accélération en
fonction du temps. Quand la vitesse maximale est
atteinte ? Quand l'objet atteint-il l'horizon pour un
observateur extérieur au trou noir ?

c- Temps propre : Donner l'expression du temps


propre. Dans son référentiel propre, quand l'objet
atteint-il l'horizon ? Supposons que l'objet soit un
vaisseau spatial en chute libre. Que se passera-t-il
pour l’occupant du vaisseau quand il atteindra
l'horizon ? Cette fusée est très rapide et puissante, le
pilote décide d'allumer le réacteur pour quitter le
trou noir, y parviendra-t-il ?

d- Repère minkowskien local : Le système de


coordonnées de Schwarzschild n'est pas minkow-

165
skien. Nous avons précédemment déterminé la
vitesse et l'accélération coordonnée dans ce
repère. Ce système de coordonnées est très prati-
que et utile mais la vitesse de la lumière n'y est pas
fixée à c. C'est pourquoi nous allons considérer un
nouvel observateur, lui inertiel. À chaque instant et
position de l'objet en chute libre, nous considérons le
référentiel minkowskien immobile par rapport au trou
noir et coïncidant avec celui de Schwarzschild :

c 2 d τ 2=c 2 d t Mink2−d r Mink2

Quelle vitesse mesure-t-on ainsi pour l'objet en chute


libre ? Quelle sera la vitesse de l'objet en chute libre
pour un observateur minkowskien au niveau de
l'horizon ?

e- Comparaison aux données expérimentales :


En 2018, une étude25 des mesures effectuées par la
sonde XMM-Newton, qui a observé un trou noir
super-massif de 40 millions de masses solaires,
montre un vent de matière en chute libre vers le trou
noir qui atteint des vitesses relativistes :
v~0,3c pour r~20 RS
v~0,1c pour r~200 RS
Ces résultats vous semblent-ils cohérents avec ceux
trouvés dans l'exercice ?

Correction p384.

25 An ultrafast inflow in the luminous Seyfert PG1211+143 , 2018,


[Link], [Link], [Link] et [Link]. Université de
Leicester, Royaume-Uni.

166
5. ▲△△ Chute d'une boule bleue

Nous lâchons une boule bleue dans la fusée


uniformément accélérée et nous l'observons tomber
en chute libre. Quelle sera la couleur de la boule
perçue au cours de sa chute par les astronautes de
la fusée ?
Correction p404.

6. ▲▲△ Trajectoire des rayons lumineux


dans l'ascenseur d'Einstein

Albert Einstein propose une expérience de pensée


dans son livre La relativité écrit en 1916. Nous
imaginons une portion d'espace vide infiniment
éloignée de toutes masses. Nous disposons d'une
grande boîte dans laquelle un observateur évolue
en apesanteur. Un crochet permet d'exercer à l'aide
d'une corde une force constante sur la boîte alors
animée d'un mouvement de translation rectiligne
uniformément accéléré. L'observateur expérimente
ainsi une pesanteur artificielle.
Par rapport à la boîte immobile, constituant alors un
référentiel inertiel, la trajectoire d'un rayon lumineux
de vitesse c est rectiligne. Par contre, dans la boîte
accélérée par la traction de la corde, un rayon
lumineux, ici, initialement perpendiculaire à la
direction du mouvement, empruntera une trajec-
toire courbée. Citons Einstein : "la trajectoire du
même rayon de lumière, comme il est facile de le
montrer, n'est plus une ligne droite".

167
3 - Tracé des courbes.

Correction p404.

168
7. ▲▲△ Les coordonnées sphériques

Définition des coordonnées sphériques :

1 - Relations de passage entre les systèmes


cartésiens et sphériques.

2 - Expression du rayon vecteur ⃗r =⃗ OM et de


l'élément infinitésimal entre M et M' infiniment voisin
⃗ MM ' .
dr =⃗

3 - Retrouvez par intégration la surface et le volume


d'une sphère.

4 - Définition des angles plans et solides : depuis un


point d'observation O, nous observons un objet. Les
prolongements du pourtour de l'objet découpe un
arc sur le cercle unité de centre O. La longueur de

169
cet arc donne la valeur de l'angle en radians sous
lequel nous voyons l'objet. Dans l'espace 3D le
cercle est remplacé par une sphère unité sur
laquelle est découpée une surface. L'aire de cette
surface donne l'angle solide en stéradians sous
lequel nous voyons l'objet.

a- Sous quel angle solide voit-on l'ensemble de


l'espace ? Le ciel étoilé par temps dégagé ? Une
pièce depuis l'un de ses coins ?

b- Calculez l'angle solide d'un cône d'angle α.

c- Quelle est la probabilité qu'une étoile soit dans


le plan de l'écliptique à dix degrés près ?

Correction p407.

170
VII. Quadrivecteurs
7
QUADRIVECTEURS
Nous avons introduit la relativité restreinte à travers
l'espace-temps de Minkowski : espace des événe-
ments muni de sa métrique26. Nous pouvons étendre
cet espace ponctuel pour construire des éléments
plus complexes comme des vecteurs ou des
tenseurs.
La présentation qui suit est un peu formelle mais
nécessaire pour une pleine compréhension de la
relativité. Nous continuerons à nous appuyer sur une
vision géométrique dès que possible.
Les éléments d'un espace vectoriel E sont des
vecteurs, notés dans ce livre avec des lettres en
gras : v.
Si nous avons besoin de spécifier que nous sommes
dans un espace vectoriel euclidien, nous utiliserons
la notation classique avec des flèches : ⃗
v.
Dans le cas de l'espace de Minkowski, nous pourrons
préciser le contexte en parlant de quadrivecteurs
notés avec des tildes : ~
v.
26 Nous avons considéré la métrique de Minkowski standard
d s 2 =c 2 dt 2 −dx 2 −dy 2 −dz2 d'un référentiel d'inertie dans un repère
cartésien orthonormé. Tout en gardant un référentiel d'inertie, la
forme de la métrique peut être différente. Par exemple, dans les cas
où la métrique est exprimée dans un repère non orthonormé ou non
cartésien. Nous parlons alors de métrique minkowskienne. Quand le
changement de coordonnées donne un référentiel non-inertiel
(comme pour notre fusée et le disque en rotation) la relativité
restreinte s'applique en ajoutant les effets métriques (page 229).

173
De manière générale, un vecteur peut-être défini de
manière unique à partir de deux points (ou
événements) de notre espace (ou espace-temps) :

L'espace vectoriel est affine et avec un troisième


point nous avons la relation de Chasles :

En multipliant par un réel nous avons un nouveau


vecteur k AB et le vecteur est orienté BA = - AB.
Toute combinaison linéaire de vecteurs de E est un
nouveau vecteur de E.

Nous exprimons un vecteur v


dans une base. Les vecteurs de
la base sont notés ei et forment
une famille libre et génératrice
de E. Pour un espace vectoriel
de dimension n :
n
v =v e1 + v e2 +...+ v en =∑ v i ei =vi e i
1 2 n

i=1

174
Nous utilisons la convention d'Einstein, la sommation
est sous-entendue pour un indice répété en haut et
en bas. Les v i sont les composantes de v selon les
vecteurs de la base (e1 , e2 , ... , en).

Produit scalaire de deux vecteurs a et b :


i j i j
a⋅b=(a e i)⋅(b e j )=ei⋅e j a b

Nous définissons les composantes du tenseur


métrique g telles que : gi j=ei⋅e j.
i j
Ainsi : a⋅b=gi j a b .

Par exemple, pour n=2, on a :


1 1 1 2 2 1 2 2
a⋅b=g11 a b +g1 2 a b + g21 a b +g2 2 a b

Le produit scalaire27 est commutatif et les


composantes du tenseur métrique sont symétriques :
gi j =g j i
Nous pouvons écrire les composantes du tenseur
métrique selon une matrice. Par exemple, pour n=3
dans la base (e1 , e2 , e3) :

( )
g1 1 g 12 g13
g= g2 1 g 22 g23
g3 1 g3 2 g33

Nous avons une deuxième façon de projeter un

27 En math, on parle de forme bilinéaire, elle associe à deux vecteurs


un nombre, appelé scalaire.

175
vecteur. Les premières composantes, données
précédemment, sont obtenues parallèlement aux
vecteurs de base. Nous pouvons obtenir un
nouveau jeu de composantes v i en projetant
orthogonalement :
j j
v⋅ei =(v e j)⋅ei=gi j v =v i
On a alors une nouvelle base associée à ces
i ij ij
nouvelles composantes : e =g e j. Les g sont
kj j j
calculés à partir des g i j avec : gi k g =δ i où δ i est
le symbole de Kronecker, nul, si les indices sont
différents, et, égal à un, s'ils sont égaux.
Nous avons alors une nouvelle écriture :
i
v =v i e
Avec les indices en bas, ce sont des grandeurs
covariantes. Avec les indices en haut ce sont des
grandeurs contravariantes. Par exemple, les
composantes v i sont covariantes et les vecteurs de
i
bases e sont contravariants. Les composantes gi j
ij
sont doublement covariantes et celle du tenseur g
doublement contravariantes. Nous verrons au
moment des changements de bases la signification
précise et l'importance de ce vocabulaire.
Le tenseur métrique permet de basculer entre ces
deux types de grandeurs.
Au final, nous pouvons avoir quatre écritures
différentes pour le produit scalaire :
i j i i ij
a⋅b=gi j a b =a bi =ai b =g ai b j

176
Vecteurs orthogonaux : a⋅b=0.

Dans le cas d'une base orthogonale :


si i≠j alors gi j=0 .
1 1 2 2
Par exemple, pour n=2 : a⋅b=g11 a b +g2 2 a b

g1 1 0
et g=
( 0 g2 2).

Les vecteurs, les tenseurs et les scalaires sont des


objets mathématiques essentiels pour la physique.
Les lois de la nature sont exprimées à l'aide
d'équations construites à partir de ces trois types
d'objets, car si nous changeons de base les lois
gardent alors la même forme. La nouvelle base est
associée à de nouvelles coordonnées utilisées pour
réaliser une translation, une rotation ou un
changement de référentiel galiléen ou d'inertie.
Nous étudierons plus tard les changements de
coordonnées.

Suite à cet intermède quelque peu abstrait,


abordons différents cas pratiques.

177
A. ESPACE VECTORIEL D'EUCLIDE

⚭ ESPACE VECTORIEL D'EUCLIDE

Les lois de Newton et l'ensemble de la mécanique


classique est construite avec des vecteurs, des
scalaires et des tenseurs.

Relation fondamentale de la dynamique :



F =m⃗a ,

Théorème de la puissance cinétique :


d Ec d 1
Pc =
dt
= (
dt 2 ) ⃗⋅⃗
m⃗v⋅⃗v =P= F v,

Théorème du moment cinétique :



⃗ d
v ) =⃗r ∧ ⃗
= ( m ⃗r ∧⃗ F.
dt dt

Toutes ces lois gardent la même forme par


translation, rotation et transformation de galilée.
L'utilisation de vecteurs nous l'assure.

En géométrie euclidienne le produit scalaire d'un


vecteur avec lui-même ne peut être que positif ou
nul, on peut alors définir une norme :
v‖=√ ⃗v⋅⃗v
‖⃗
La norme est positive et définie :
• ⃗v⋅⃗v ⩾0.

• ⃗v⋅⃗v =0 si et seulement si ⃗v =⃗
0.

178
En géométrie euclidienne, la norme d'un vecteur est
représentée par sa longueur et cette longueur est indé-
pendante de la base choisie. Au départ de O, toutes les
extrémités de vecteurs de même norme se placent sur un
même cercle (nous avons représenté quatre vecteurs de
norme 2).
Une propriété du cercle : si nous traçons un rayon OM, la
tangente (T) est toujours perpendiculaire à (OM). Nous
obtenons ainsi un couple de vecteurs orthogonaux :
u⋅⃗v =0 .

Pour un ensemble de cercles concentriques de rayons
multiples de l'unité, une droite passant par O coupe les
cercles en un ensemble de points équidistants.

179
Détermination géométrique du produit scalaire :
^
a⋅⃗
⃗ a‖‖⃗
b=‖⃗ b‖cos (⃗a , ⃗
b)


OA⋅⃗
OB=OA ×OB×cos θ

=±OH A ×OB

= ±OH B ×OA

a⋅⃗
⃗ b=⃗
OA⋅⃗
OB=(⃗
OH +⃗
HA )⋅⃗
OB=(⃗ n )⋅⃗
c +⃗ b=⃗c⋅⃗
b+⃗n⋅⃗
b
Au final, si nous trouvons un vecteur normal ⃗ n , le
produit scalaire se ramène à celui de deux vecteurs
colinéaires et la valeur est le produit de leurs rayons :

a⋅⃗
⃗ b=⃗c⋅⃗
b=±Rc×R b
Le signe est positif si les deux vecteurs colinéaires
sont dans le même sens, et négatif s'ils sont en sens
opposés. Nous avons deux options équivalentes,
a ou à ⃗
trouver un vecteur normal à ⃗ b.

◦ Bases cartésienne orthonormée :

Nous pouvons toujours nous


ramener à une base
cartésienne orthonormée :
⃗ei⋅⃗e j =δi j .

Par exemple, pour n=2, nous


avons dans ce cas :

180
g= (10 01 )
1 1 2 2
a⋅⃗
⃗ b=a b + a b

et pour la norme :

v= √‖⃗v‖=√ (v ) +(v )
x 2 y 2

Les composantes covariantes et contravariantes


sont alors identiques. De même pour les bases.

◦ Bases cartésienne normée et non orthogonale :

Cas pour un vecteur du plan (2-vecteur) :

Nous connaissons les


composantes contra-
variantes de ⃗
v dans la
base covariante :
1 2
⃗v =v ⃗e1 +v ⃗e2 =⃗e 1 +2⃗e 2

avec gi j = (cos1 θ cos θ


1 )
et θ= π .
3
Déterminons les composantes covariantes de ⃗
v:
j 1 2
v i=gi j v =gi 1 v +gi 2 v
1 2 1 2
v 1 =g 11 v +g12 v =v +cos θ v =2=⃗v⋅⃗e 1

181
5
v 2 =g21 v 1 + g22 v2 =cos θ v1 + v2 = =⃗v⋅⃗e 2
2

Nous avons maintenant


deux décompositions
possibles pour ⃗
v :
1 5 2
⃗v =⃗e1 +2⃗e2 =2 ⃗e + ⃗e
2

Déterminons les composantes du tenseur métrique


dans la base contravariante :
1j 2j j
gi 1 g + gi 2 g =δi
11 21 11 21
g11 g + g12 g =1 d'où g +cos θ g =1
12 22 12 22
g11 g + g12 g =0 et g =−cos θ g
12 22
g21 g + g22 g =1 et cos θ g12 + g22 =1
11 21 21 11
g21 g + g22 g =0 et g =−cos θ g
11 22 2
d'où : g =g =1/ sin θ
12 21 2
et g =g =−cos θ /sin θ

1 1
Métrique :
ij
g = 2 (
sin θ −cos θ
−cos θ
1 )
182
Déterminons la base contravariante :
i ij i1 i2
⃗e =g ⃗e j=g ⃗e 1 + g ⃗
e2

1 11 12 ⃗e1 −cos θ ⃗e 2 4 1
d'où : ⃗
e =g ⃗e 1 +g ⃗e2 = = (⃗e1 − ⃗e 2)
sin θ2
3 2

2 21 22 −cos θ⃗e 1 +⃗e 2 4 1


et : ⃗
e =g ⃗e 1 + g ⃗e2 = = (− ⃗e 1 +⃗e 2)
sin θ2
3 2

Maintenant, si vous êtes prof de maths en collège et


qu'au moment de l'étude des repères non
orthogonaux un élève vous demande "Pourquoi on
projette selon les parallèles aux axes et pas selon les
perpendiculaires ?", vous saurez quoi répondre.
L'élève à tout à fait raison, les deux types de
projections sont possibles et même complé-
mentaires.

183
B. ESPACE VECTORIEL DE MINKOWSKI

⚭ ESPACE VECTORIEL DE MINKOWSKI

Nous allons établir les nouvelles lois physiques de la


relativité restreinte en s'appuyant sur les quadri-
vecteurs. Pour les formules, nous nous inspirerons de
la mécanique de Newton via la limite des faibles
vitesses.
Nous notons les composantes d'un événement E
avec des indices de 0 à 3 :
~ μ 0 1 2 3
x =x (x , x , x , x )
0 2 3
x =c t , x1 =x , x = y , et x =z
~ ~ μ μ 28
v =O E= x ( E)−x (O)

Pour le produit scalaire : ~


~
a⋅b=gμ ν aμ b ν.
Avec la métrique de Minkowski :

1 0 0 0
gμ ν =
(
0 −1 0
0 0 −1 0
0 0
0

0 −1
)
Nous montrerons que cette métrique redonne bien
le triangle des temps.

~ 0 0 1 1 2 2 3 3
Nous avons : ~
a⋅b=a b −a b −a b −a b .

28 On confond régulièrement les vecteurs, ou les tenseurs, avec leurs


composantes. En général, cela ne prête pas à confusion.

184
Pour la partie spatiale, nous reconnaissons un
produit scalaire euclidien, nous pouvons alors écrire :

~ ~ 0 0
a⋅⃗
a⋅b=a b −⃗ b.
Le produit scalaire d'un vecteur ~
v avec lui-même
peut être positif, nul ou négatif : ~
v⋅~
0 2 2
v‖ .
v =(v ) −‖⃗
Contrairement au cas euclidien, le produit scalaire
minkowskien d'un vecteur avec lui-même n'est pas
toujours positif. De plus, ~
v⋅~v =0 n'implique pas ~ ~
v=0
Il n'existe pas de norme pour un vecteur dans
l'espace de Minkowski. La quantité ~ v⋅~
v est parfois
appelée pseudo-norme . Dans l'espace d'Euclide la
29

longueur d'un vecteur, représentée sur un repère


orthonormé, correspond à sa norme, et les vecteurs
d'une même norme, et partant d'un même point, se
répartissent sur le même cercle. Ce n'est plus le cas
sur un diagramme de Minkowski : deux vecteurs
peuvent avoir la même pseudo-norme et ne pas
apparaître avec la même longueur30. Les 4-vecteurs
de même pseudo-norme se répartissent sur des
hyperboles.

29 Terme utilisé et discutable : ce terme fait référence à la norme


euclidienne sans en reprendre tous les principes. Contrairement à la
norme, la pseudo-norme n'a pas les mêmes unités que le vecteur (il
manque la racine carrée). Nous pourrions considérer la quantité :
k =√|~ v⋅~v| où k est le paramètre de l'hyperbole associée au
quadrivecteur. Nous pourrions nommer k, la norme de genre temps
ou de genre espace selon les cas (comme en euclidien où R est le
paramètre du cercle et la norme du vecteur). Nous utiliserons le
terme intensité pour le k d'un quadrivecteur.
30 Nous représentons l'espace d'Euclide à deux dimensions sur une
feuille de papier qui est elle-même un objet physique euclidien 2D.
Par contre, le fait d'utiliser une feuille euclidienne pour représenter
le plan de Minkowski demande un effort d'abstraction.

185
Nous avons trois types de 4-vecteurs :

• genre temps : ~
v⋅~
v >0

• genre lumière : ~
v⋅~
v =0

• genre espace : ~
v⋅~
v <0

Les vecteurs de genre lumière sont sur les cônes de


lumières associés aux lignes d'univers des photons.
Les vecteurs de genre temps sont dans le cône (vers
la verticale), et ceux de genre espace vers
l’extérieur du cône.

Suivant le signe de la composante temporelle, un


quadrivecteur peut pointer vers le futur ou le passé.
Cette propriété et celle du genre ne dépendent pas

186
du référentiel d'inertie considéré.
Quand le produit scalaire de deux vecteurs est nul
on a des vecteurs orthogonaux :
~ ~
a⋅b=0
Cette propriété d'orthogonalité est, elle aussi,
valable dans tous les référentiels d'inertie.

À nouveau, la situation n'est pas aussi intuitive qu'en


euclidien, ce n'est pas parce que deux vecteurs
sont orthogonaux qu'ils apparaissent perpen-
diculaires sur un diagramme.

Nous avons deux types d'hyperboles, celles de


genre temps, internes au cône de lumière,
d'équations t −x =k (pour simplifier on a posé
2 2 2

c=1), et celles externes, de genre espace,


2 2 2
d'équations t −x =−k 31.

k défini positif.

31 "Espace et Temps" par Hermann Minkowski, conférence faite à la


80èm réunion des naturalistes et médecins allemands à Cologne le 21
septembre 1908 (Annales scientifiques de l'É.N.S).

187
Nous retrouvons facilement les hyperboles par une
construction avec le triangle des temps :

Tracé d'une hyperbole interne de paramètre k. Pour un x


donné il correspond une valeur de t qui forme un triangle
2 2 2
rectangle avec k : t =k + x . Pour un 4-vecteur position
xμ, de genre temps, k correspond à un temps propre τ.
Pour une hyperbole externe, k est représenté par une
droite verticale et c'est x qui est placé à l’hypoténuse :
2 2 2
x =k +t .

188
Une géométrie hyperbolique : les vecteurs de même
pseudo-norme qui débutent en O finissent sur le même
couple d'hyperboles. Nous avons représenté quatre
quadrivecteurs qui ont la même pseudo-norme 1, ils
rejoignent l'hyperbole unité sur l'une ou l'autre de ces
deux branches. Les hyperboles de genre temps sont
indicées par k et celle de genre espace par -k.
Une propriété de l'hyperbole : si nous traçons un rayon
OM, la tangente (T) est toujours symétrique par rapport
aux bissectrices à (OM). Nous obtenons ainsi un couple
de vecteurs orthogonaux : ~ u⋅~
v =0.
Pour un ensemble d'hyperboles de même centre O, de
mêmes axes orthogonaux, et de paramètres multiples de
l'unité, une droite passant par O coupe les hyperboles en
un ensemble de points équidistants.

189
En 2D, dans le plan de Minkowski :
~ ~
a⋅b=0 ⇒ a0 b0 =a1 b1
Deux 4-vecteurs orthogonaux sont symétriques par
rapport aux lignes d'univers des photons :

1 0
a b
tan θ= 0= 1
a b

Triangles

Quatre triangles isocèles, un triangle équilatéral, un


triangle rectangle et un triangle rectangle isocèle. Tous
ces triangles gardent leurs propriétés par rotations de 90°
et changement d'échelle.

190
Exemples de 4-vecteurs orthogonaux
~
Pour tous les couples représentés : ~
a⋅b =0

En prenant l'opposé d'un des vecteurs du couple, ou en


le multipliant par une constante, le couple reste
orthogonal.

Méthodes géométriques :
• Utilisation de l'hyperbole.
• Symétrie par rapport aux lignes d'univers des
photons.
• Passage par l'euclidien : deux vecteurs perpen-
diculaires et on prend le symétrique par rapport à
la verticale d'un des deux.

191
Cas des 4-vecteurs colinéaires :

Deux exemples, le couple (~


~) et le couple (~
u,~
a, b v)

Théorème de Pythagore dans l'espace de Minkowski :

~ ~
~ c avec ~
a + b=~ a et b orthogonaux.

k 2a−k 2b=±k 2c
k : paramètre de
l'hyperbole /
magnitude / intensité
des 4-vecteurs.

192
◦ Détermination géométrique du produit scalaire

~
Pour évaluer ~
a⋅b dans l'espace de Minkowski :

• Nous décomposons l'un des deux quadri-


vecteurs comme la somme d'un vecteur
orthogonal et d'un vecteur colinéaire au
second.
~ ~ ~ ~ ~
a⋅b=(~
c +~
n )⋅b=~
c⋅b +~
n⋅b
• Nous déterminons avec un compas les para-
mètres des hyperboles des deux vecteurs coli-
néaires obtenus.

• Le produit scalaire correspond au produit des


~ ~
deux paramètres : ~
a⋅b=~
c⋅b =±k c×k b.
Le signe est positif si les deux vecteurs
colinéaires sont de genre temps et dans le
même sens, ou, s'ils sont de genre espace et
de sens opposés. Dans les autres cas le signe
est négatif.

193
Exemples de détermination géométrique
du produit scalaire :

194
◦ Bases orthogonales

Nous pouvons toujours nous ramener à une base


orthogonale telle que ~
e μ⋅~
e ν =0 pour μν.

• Référentiel R

Regardons le cas des composantes contravariantes


et covariantes sur un diagramme de Minkowski :

x =3 ~
~ e 0 +2 ~
e1
= 3~
e 0 −2 ~
e1

Vérifions, sur ce cas particulier, les formules


générales :
gμν =~
e μ⋅~
e ν, ~
x =xμ ~
e μ,
xμ =gμ ν x ν, ~ e ν et ~
e μ =gμ ν ~ x =xμ ~
e μ.
Nous avons bien, en calculant graphiquement les
produits scalaires : ~
e 0⋅~
e 1 =(⃗e 0⋅s(⃗e1 ))Euclide =0=g1 0.

Aussi ~
e 0⋅~
e 0 =⃗e 0⋅⃗e0 =1 et ~
e 1⋅~ e 1 =−1 d'où
e 1 =−⃗e 1⋅⃗

195
g00 =1 et g11 =−1 . La pseudo-norme de ~
e 0 vaut 1 et
celle de ~
e 1 vaut -1.

Métrique ramenée à 2D : gμ ν =
(10 −10 ) .

Pour les composantes covariantes :


0 1 0 0 1 1
x0 =g0 0 x + g0 1 x =x et x1 =g10 x + g11 x =−x
~
e =g ~
0 00
e 0+ g ~
01
e 1 =~
e 0 et ~
e =g ~
1 10
e 0+ g ~
11
e 1=−~
e1

x =x 0 ~
~ e + x1 ~
e =x ~e 0 +x ~e 1 =x 0 ~
e 0−x 1 ~
0 1 0 1
e1

• Référentiel R'

Prenons maintenant le cas du référentiel d'inertie R'


vu depuis R :

196
Un regard euclidien, non avertit, verrait naïvement
une repère non orthogonal et des vecteurs de base
de longueur supérieure à un. Il n'en est rien, les
vecteurs de la base sont bien orthogonaux car
symétriques par rapport à la ligne d'univers d'un
photon, et, de plus, le vecteur temporel de la base
de R' est selon l'hyperbole unité et, donc, de
pseudo-norme 1, le vecteur spatial est selon l'hyper-
bole correspondant à une pseudo-norme -1. La
métrique est donc bien la même que pour R, ce qui
est normal car il n'y a pas de référentiel d'inertie
privilégié :

(10 −10 )
g 'μ ν = .

197
Pour les composantes covariantes et la base
contravariante, nous avons nécessairement les
mêmes relations que pour R :

x ' 0 =x ' , x ' 1 =−x ' , ~


e ' =~
e ' 0 et ~
e ' =−~
0 1 0 1
e ' 1.

x =x ' ~
~ e ' 0+ x ' ~e ' 1 =x ' 0 ~
e ' + x '1 ~
0 1 0 1
e'

~ 3 3 1 11 ~ 5 ~
x =2 ~
e ' 0+ ~e ' 1 =2~
e' − ~
0
e' = e 0+ e1
2 2 2 √3 √3
C. Changement de coordonnées

198
⚭ CHANGEMENT DE COORDONNÉES

Nous pouvons passer d'un système de n


coordonnées x à un nouveau système de n coor-
données x i, où chacune des n coordonnées x' i
dépendent des n coordonnées x i :
i 1 2 n
x ' ( x ,... , x ,... , x )
Nous avons une fonction à n variables. Pour une
fonction f à deux variables, on ajoute les variations
selon les deux directions :
∂f ∂f
df (x , y)= dx+ dy
∂x ∂y
Lorsque nous nous déplaçons de M ( x , y) à
M ' (x +dx , y +dy), infiniment voisin, la fonction f
varie de df .
n
∂f
La généralisation donne : df (x )=∑
i
i
dx i.
i=1 ∂x

i i
i ∂x' j i ∂x j
D'où d x ' = j dx et d x = j d x' .
∂x ∂x'
i i
i ∂ x' i ∂x
Nous notons : Λ j= j et Λ j = j.
∂x ∂ x'
Ces deux tenseurs permettent de passer d'un
système de coordonnées à l'autre, ce sont les
matrices de changement de base. Les indices du
haut correspondent aux lignes et ceux du bas aux
colonnes.

199
Effectuons le produit des deux matrices32 :
i k i
i ∂x' ∂ x
k ∂ x' i
Λ k Λj = k j= j =δ j .
∂x ∂x' ∂x'
Les matrices sont inverses l'une de l'autre :
−1 −1
Λ Λ =Λ Λ=I

Les composantes covariantes d'un vecteur se


transforment selon Λ , et les composantes
contravariantes selon Λ . C'est de là que provient
−1

cette fameuse dénomination. De même pour les


vecteurs de la base :

j i i j j i i j
v ' i=Λi v j v ' =Λ j v v i=Λ i v ' j v =Λ j v '
j i i j j i i j
e ' i=Λ i e j e ' =Λ j e ei =Λ i e ' j e =Λ j e '

Nous pouvons facilement vérifier que le produit


scalaire de deux vecteurs est invariant par
changement de base :
i j i k j k j
A⋅B= Ai B =Λ i A ' j Λ k B' =δ k A ' j B ' = A ' j B '

Aussi si deux n-vecteurs sont égaux, ils le sont encore


après changement de système de coordonnées :
i i i k i k
A =B ⇒ Λ k A =Λ k B ⇒ A ' i=B 'i ⇒ A=B

32 Quelques outils mathématiques supplémentaires :


∂ x' ∂ x ' ∂ x ∂ x ' ∂ y
Si x ' ( x , y) et y ' (x , y ) alors = + .
∂ y' ∂x ∂ y' ∂ y ∂ y'
∂ x ' i ∂ x ' i ∂ xk ∂f ∂ f ∂ xk
Se généralise : j= k j
et j= k j
.
∂ x' ∂ x ∂ x ' ∂x' ∂x ∂x'

200
Propriétés fondamentales pour construire les lois
physiques, que ce soit en mécanique classique,
relativité restreinte ou générale.
Cherchons la nouvelle métrique :
k l k l
g' i j=e ' i⋅e ' j =Λ i ek⋅Λ j el =Λi Λ j g k l

De manière générale, on applique autant de fois


qu'il y a d'indices la matrice de changement de
base sur un tenseur. Par exemple, sur le tenseur de
courbure de Riemann :
α α ν ρ λ μ
R' β γδ =Λ μ Λβ Λγ Λδ R νρλ

◦ Rotation en géométrie euclidienne :

{
x (r , θ)=r cos θ

y (r , θ)=r sin θ

1 1 2
x ' = x( x =r ; x =θ)

2
x' = y

∂x ∂x
Λ 1 1= =cos θ Λ 1 2= =−r sin θ
∂r ∂θ
∂y ∂y
Λ 2 1= =sin θ Λ 2 2= =r cos θ
∂r ∂θ

cos θ −r sin θ
soit Λ=
( sin θ r cos θ )
201
∂r x
Λ 1 1= = =cos θ car r= √ x 2 + y 2
∂x r

Λ 1 2= ∂θ =−
sin θ
car ∂θ ∂ x + ∂ θ ∂ y =1
∂x r ∂ x ∂θ ∂ y ∂θ

1/ x cos θ ∂r
Λ 2 2= ∂ θ = = Λ 2 1= =sin θ
∂ y 1+ y /x
2 2
r ∂y

cos θ sinθ
soit
−1
Λ =
(

sin θ cos θ
r r
)
nous avons bien Λ Λ =Λ Λ =I .
−1 −1

e 1=⃗e r=Λ 11 e ' 1+ Λ 21 e '2=cos θ ⃗i +sin θ ⃗j

e 2=⃗e θ=Λ 2 e ' 1+ Λ 2 e ' 2=−r sin θ ⃗i + r cos θ ⃗j


1 2

La base (⃗
e r ,⃗eθ ) est orthogonale et non normée.
Pour une base orthonormée nous avons les vecteurs
unitaires tels que ⃗ ur et ⃗e θ=r ⃗
er = ⃗ u θ.

Métriques : g' i j=
(⃗⃗i⋅j⋅⃗⃗ii ⃗i⋅⃗j
⃗j⋅⃗j
=
1 0
0 1 )( )
1 0
k
et gi j =Λ i Λ j g ' k l =
l
( )
0 r
2

par exemple g2 2=Λ 2 Λ 2 g' 1 1+ Λ 2 Λ 2 g ' 22 +0+ 0=r


1 1 2 2 2

202
Élément de longueur invariant :

2 i i j 2 2
dl =⃗
dl⋅⃗
dl=d x ' i d x ' =g ' i j d x ' d x ' =dx +dy
2 i i j 2 2 2
dl =d x i d x =gi j d x d x =dr +r d θ
x y
Composantes d'un vecteur : ⃗
v ( v ,v )
1 r 1 1 1 2 x y
v =v =Λ1 v ' + Λ2 v ' =cos θ v +sin θ v
sin θ x cos θ y
v 2 =v θ =Λ 1 2 v ' 1 + Λ2 2 v ' 2 =− v + v
r r
i j x 2 y 2 i j
on a bien ⃗
v⋅⃗v =gi j v v =(v ) +(v ) =g' i j v ' v '

{
ct ' (ct , x)=γ (ct−β x )
◦ Transformée de Lorentz :
x '(ct , x)=γ ( x −β ct)
0 0 1 1
x ' =ct ' ( x =ct ; x =x) x' =x'
0 ∂ ct ' Λ 1=
0 ∂ ct '
=−γ β
Λ 0= =γ
∂ ct ∂x
∂x' ∂ x'
Λ 1 0= =−γβ Λ 1 1= =γ
∂ct ∂x
γ −γ β
soit Λ =Λ ν =
μ

( −γ β γ )
{
ct=γ( ct '+β x ' )
Transformée spéciale inverse :
x=γ ( x ' +β ct ' )

D'où : Λ =Λ ν = γ (γβ γβ
) et Λ Λ =Λ Λ =I .
−1 μ −1 −1
γ

203
Vecteurs de base :
~
e 0 =~
e t =Λ 0 ~ e ' 1 et ~
e ' 0 +Λ 0 ~ e t =γ(~
e t ' −β ~
0 1
e x ')
~
e 0 =~
e t =Λ 0 ~ e ' 1 et ~
e ' 0 +Λ 0 ~ e x =γ(−β ~
e t ' +~
0 1
e x ')

aussi ~
e t ' = γ(~
e t +β ~
e x ) et ~
e x ' =γ(β~
e t +~
e x)

Pour les diagrammes de Minkowski, nous retrouvons


les résultats donnés pages 42 et suivante. Sur une
feuille de papier euclidienne le vecteur ~
e t ' apparaît
e t : ‖~
plus long que ~
2
e t '‖Euclide=γ 1+β . √
^
Angle apparent : (~
e t ,~
e t ' )Euclide=arctan β .

~
e ⋅~
e ~
e t⋅~
ex
(
Métriques : gμ ν = ~t ~t
e x⋅e t ~ ~
e x⋅e x
=
1
)(
0
0 −1 )
~
e t '⋅~
e t ' =γ (~
2
e t⋅~
e t +2β~
e t⋅~
e x +β ~
2
e x⋅~
e x )=1

et ainsi de suite, d'où g' μ ν =Λ μ Λ ν gα β=


α β
(10 −10 )
La métrique reste la même.

2 2 2 2
L'invariant ds2 :
μ ν
ds =gμ ν d x d x =c dt −dx
μ ν 2 2 2
=g 'μ ν d x ' d x ' =c dt ' −dx '

Composantes d'un vecteur : ~


t x
v (v , v )
0 t' 0 0 0 1 t x
v ' =v =Λ 0 v + Λ 1 v =γ (v −β v )
1 x' 1 0 1 1 t x
v ' =v =Λ 0 v +Λ 1 v =γ(−β v +v )

204
Nous retrouvons bien la transformation de Lorentz
qui s'applique à tout quadrivecteur.

Aussi : ~
v⋅~
μ ν t 2 x 2 t' 2 x' 2
v =gμ ν v v =(v ) −(v ) =(v ) −(v )

Et le produit scalaire est bien invariant :


~
u⋅~
μ ν 0 0 1 1 2 2 3
v =gμ ν u ' v ' =u ' v ' −u' v ' −u' v ' −u' v '
3

= γ 2 (u0−β u1)(v 0−β v 1)−γ 2 (u1−βu 0)(v 1−β v 0)−u 2 v 2 −u 3 v 3


= γ 2 (1−β2) u0 v 0 +0+ 0−γ 2(1−β2 )u 1 v1 −u 2 v 2−u 3 v 3
0 0 1 1 2 2 3 3 μ ν
=u v −u v −u v −u v =gμ ν u v

Pour tout 4-vecteur nous avons la transformée


spéciale de Lorentz :
t' t x

{
v =γ (v −β v )
x' x t
v =γ (v −β v )
y' y
v =v
z' z
v =v

Matrices lambda de changement de coordonnées :

γ −γ β 0 0
Λ =Λμν = −γ β
0
0
γ
0
0
( 0
1
0
0
0
1
)
γ γβ 0 0
Λ −1=Λ νμ= γ β
0
0
( γ
0
0
0
1
0
0
0
1
)
D. LE QUADRIVECTEUR VITESSE

205
⚭ LE QUADRIVECTEUR VITESSE

Après avoir construit une nouvelle géométrie de


l'espace et du temps, construisons la nouvelle
physique qu'il lui est associée. Le vecteur position et
le temps universel ont été remplacés par le quadri-
vecteur ~ x . Qu'en sera-t-il des autres grandeurs
physiques introduites par Newton : la vitesse, l'accé-
lération, la quantité de mouvement, l'énergie, la
force, etc ?
Tous d'abord, nous cherchons des grandeurs qui se
transforment selon la transformation de Lorentz,
ensuite, nous établirons des lois qui redonnent celle
de la mécanique classique aux faibles vitesses, et
bien sûr, le critère suprême, la vérification
expérimentale finalisera la sélection.
Nous allons construire la vitesse covariante à partir
du quadrivecteur x μ. Nous reprenons la démarche
classique qui permet de construire un vecteur
tangent à la trajectoire d'un objet. Pour deux
événements d'une ligne d'univers infiniment voisins,
nous avons le 4-vecteur infinitésimal :

x =~
d~ E E '=~
x (E ' )−~
x (E).
Pour définir la vitesse, il suffit alors de diviser par la
durée, tout aussi infinitésimale, qui sépare ces deux
événements. Bien sûr, en mécanique de Newton, il
n'y a aucune hésitation à avoir, par contre, en
relativité restreinte, nous avons la durée dt mesurée
dans le même référentiel que les dx μ, ou bien, la
durée dτ mesurée dans le référentiel propre de

206
l'objet en mouvement. Aucune hésitation car dτ est
la seule durée invariante par la transformée de
Lorentz33, d'où l'expression de la quadrivitesse :

~ d~
x d xμ
et
μ
u= u=
dτ dτ

Pour les trois composantes spatiales, nous retrouvons


bien la vitesse classique ⃗v aux faibles vitesses :
~
u =( γ c , γ ⃗
v)
1
avec γ= , β= v , v=‖⃗
v‖,
√ 1−β2
c
i
dt idx 1 2 3
γ(v )= , v= et ⃗v =( v , v ,v ).
dτ dt
Cette quadrivitesse se transforme bien selon la
transformation de Lorentz donnée page 205, ce qui
n'était pas le cas de la vitesse classique (facile de
s'en convaincre en regardant les relations page
362).
x dx
Par exemple, selon l'axe des x : u = =γ v x.

Pour penser la relativité, il semble logique de
raisonner avec la vitesse fournie par cette même
théorie, et non avec celle de Newton. Mais comme
avec la notion d'espace absolu et de temps absolu,
les habitudes sont tenaces, et force est de constater

33 dτ est obtenu en effectuant le produit scalaire de deux quadri-


vecteurs, il est donc invariant par la transformée de Lorentz :
d~
x⋅d ~
x =gμ ν d xμ d xν =c2 dt 2 −dl 2 =c2 d τ 2

207
que la vitesse de Newton fait de la résistance.
"On ne peut pas dépasser la vitesse de la lumière"
entend-on. Tout se passerait alors comme s'il y avait
une zone interdite de c à l'infini. On n'aime pas les
interdits, et la nature non plus, elle semble réaliser
tout ce qui est possible. Alors, ne supportant pas les
limites, dans cette zone soi-disant inaccessible, on
met des particules étranges, des tachions, particules
qui auraient toujours été plus vite que la lumière...
sauf que ces tachions violent la causalité, principe
de base en physique.
Pensons autrement, utilisons la bonne définition pour
la vitesse, celle qui respecte les symétries de
l'espace-temps. Quand vous fournissez chaque fois
plus d'énergie à une particule pour l'accélérer, elle
gagne en vitesse et sa vitesse tend vers l'infini :
dx dx
v Newton= →c , γ→∞ et v Einstein= →∞.
dt dτ
La zone interdite n'existe plus !
Reprenons l'exemple du voyage pour Proxima.
Depuis la Terre l'astronaute parcours 4 al, son
voyage dure 3 ans, et 5 ans pour les Terriens. Parfois
j'entends "mais il va plus vite que la lumière !". Il va
bien, moins vite que la lumière, il arrive après un
rayon lumineux, et, dans le référentiel du vaisseau, il
a parcouru une distance de seulement 2,4 al. Mais il
est intéressant de constater que la personne fait
finalement référence à la vitesse covariante
u=Δx/Δτ=4/3 c, et, en termes de vitesse covariante,
celle de la lumière est infinie. Finalement, nous ne
sommes pas si limités que ça, à des vitesses proches

208
de c on se retrouve de l'autre côté de la galaxie très
rapidement. Par exemple, un électron animé d'une
vitesse ultra-relativiste peut parcourir 100 000 al en
un an (dans son référentiel propre !).

La composante temporelle de ~ u est toujours


positive, la quadrivitesse pointe toujours vers le futur.
Calculons la pseudo-norme :
~
u⋅~
2 2 2 2 2
u=γ c −γ v =c >0
La quadrivitesse est un vecteur de genre temps dont
l'extrémité est située sur la branche supérieure de
l'hyperbole de paramètre c. La 4-vitesse ne peut
s'annuler, pour une particule au repos il ne reste plus
que la composante temporelle qui correspond, en
quelque sorte, à la vitesse d'écoulement du temps.

Particule au repos : ~
u =(c , ⃗
0).

Particule en mouvement : ~
u =γ c(1, ⃗
β) .

209
Diagramme de Minkowski pour la 4-vitesse :

~
u1 : vitesse relativiste d'un objet au repos dans R.
Le vecteur est vertical.
~
u2 : 4-vitesse d'un objet en mouvement vers la droite.
L’extrémité est sur l'hyperbole de paramètre c.
Le gamma correspondant vaut 1,15 et v=50%c.
~
u3 : 4-vitesse d'un objet en mouvement vers la
gauche.
~
u4 : Plus gamma augmente, plus le vecteur vitesse se
rapproche de l'asymptote et du cône de lumière.

Nous avons construit le repère où la particule 2 est


immobile. En projetant l'extrémité de ~
u1 dans R', nous
obtenons une particule 1 qui se déplace vers la gauche
à 50 % de c.

210
Le triangle des vitesses : ~
u⋅~
u =(ut )2 −(u x )2 =c 2

(Triangles pour γ=2 et β=√3/2)

Ci-contre, la ligne d'univers d'une


particule. La vitesse est toujours tangente
à la ligne d'univers et contenue dans le
cône de lumière futur. En E 1 la tangente
est verticale, la particule est à l’arrêt,
ensuite elle se met en mouvement vers la
droite, ralentit et s'immobilise plus loin à
droite en E2. Elle reprend son mouvement
vers la gauche, accélère et atteint sa
vitesse maximale au point d'inflexion en E4.

E. LE QUADRIVECTEUR ACCÉLÉRATION

211
⚭ LE QUADRIVECTEUR ACCÉLÉRATION

La démarche est bien sûr tout à fait analogue :

~ d~
u du
μ
et
μ
w= w =
dτ dτ
Comme pour la 4-vitesse, nous ne reprenons pas les
notations classiques pour que les différences
apparaissent sans ambiguïté : ~ w pour la quadri-
accélération et ⃗
a pour l'accélération de Newton.
Pour commencer, nous avons une belle propriété, la
4-vitesse et la 4-accélération sont des vecteurs
orthogonaux :
d ~~ d~
u d~u
( u⋅u)=0= ⋅~u +~
u⋅ d'où ~
u⋅~
w=0.
dτ dτ dτ

Comme nous avons établi le lien entre ~ u et ⃗v , nous


~
allons le faire entre w et ⃗
a . Là, par contre, le lien
sera bien moins immédiat et les calculs sont plus
longs :
d~
u dγ dγ d ⃗v
~
w=

= c,(
dτ dτ
⃗v + γ
dτ )
3
après calcul :
dγ γ ⃗ = v⃗
= 2 ⃗a⋅⃗v et nous posons : β
dt c c
d'où : ~ 4
w=(γ ⃗a⋅⃗
4
β , γ (⃗a⋅⃗
β) ⃗
2
β+ γ ⃗a )

Déterminons maintenant la pseudo-norme de ~ w . Le


produit scalaire est le même dans tous les
référentiels d'inertie, nous nous plaçons alors dans le
référentiel d'inertie qui coïncide à un instant donné

212
avec le référentiel propre. Dans ce référentiel
coïncidant, par définition, ⃗v =⃗0 à t=0 . Ainsi,
~ a (0)) et ~
w⋅~
2
w=(0 ,⃗ w=−a p, où ap est l'accélération
ressentie dans le référentiel propre. Tous les
observateurs inertiels tomberont d'accord sur la
valeur de l'accélération propre ap. La 4-accélération
est un vecteur de genre espace, en accord avec
l'orthogonalité à la quadrivitesse.

Dans le plan de Minkowski (w ) −(w ) =−a p et ~


0 2 1 2 2
w
est placé sur une hyperbole de genre espace de
paramètre ap.

Le triangle des accélérations :

Pour un mouvement à une dimension : ~


w=γ a p (±β,±1)

De manière générale on peut toujours se placer


localement dans un référentiel d'inertie qui contient
la ligne d'univers dans un plan de Minkowski
coïncidant sur une portion. Nous avons alors une
hyperbole osculatrice qui permet de déterminer
l'accélération propre.

213
◦ Retour sur le voyage pour Proxima

Nous sommes sur un cas particulier de mouvement


rectiligne à accélération propre constante, où la
ligne d'univers de la fusée correspond avec
l'hyperbole de paramètre g.
Nous allons élégamment retrouver les expressions de
la page 116.
Dans le référentiel d'inertie coïncidant ~
w=(0 , g).
Nous effectuons une transformation de Lorentz pour
obtenir les coordonnées de cette même accélé-
ration dans le référentiel terrestre :

~
w=( γβ g , γ g),

4 dv g
comme γβ g=γ ⃗a⋅⃗
β on a a(t)= =
d t γ3

après intégration nous retrouvons les expressions


pour v(t ) et x (t ).

214
Voyage pour Proxima :

Nous avons représenté les diagrammes de Minkowski


pour les trois quadrivecteurs ~ x, ~u et ~w . Nous avons fait
un choix adéquat d'unités pour que les hyperboles
correspondent : OJ vaut c2/g pour la 4-position, c pour la
4-vitesse et g pour la 4-accélération. Nous étudions le
mouvement uniformément accéléré dans sa généralité,
tant pour les t positifs que négatifs : dans ce dernier cas ⃗
v
et ⃗ a sont en sens opposés, la fusée décélère, et
~
w=(−γ β g , γ g). Pour ce mouvement, la ligne d'univers
de la fusée est une branche d'hyperbole d'équation

215
2 2 2 4 2
c t −x =−c /g qui coïncide ici avec la branche
d'hyperbole de genre espace de ~ w . La branche
d'hyperbole de ~ u est simplement tournée de 90°. Pour
tout événement E de notre ligne d'univers, ~ u et ~
w sont
comme il se doit symétriques par rapport aux bissectrices,
mais, dans cette situation particulière, ils apparaissent, de
plus, de même longueur sur notre feuille euclidienne. En
effet nous avons dans ce cas ~ u /c=γ (1 ,β) et
~
w/ g=γ(±β, 1). Le tracé est très simple, pour tout
événement E, vous tracez la droite (OE), ~ w correspond à
~
OE , et ~
u est le symétrique par rapport à la ligne
d'univers du photon. Bien que la 4-accélération reste
constamment sur l'hyperbole de genre espace de
paramètre g, sur le diagramme, la longueur d'Euclide de
l'accélération relativiste ~
w augmente avec γ, alors que
celle de l'accélération classique ⃗
a diminue en γ3.

◦ Détermination géométrique de la 4-accélération

216
Pour tout
événement
d'une ligne
d'univers,
il existe toujours
une hyperbole
tangente
unique qui
donne
l'accélération
propre.

217
• À partir de trois événements voisins :

218
F. ÉQUIVALENCE MASSE-ÉNERGIE

⚭ ÉQUIVALENCE MASSE-ÉNERGIE
Cherchons l'équivalent relativiste de la relation
fondamentale de la dynamique. En mécanique
classique :
d ⃗p ⃗

m⃗a= F soit =F
dt
avec ⃗p=m ⃗
v la quantité de mouvement.

Nous aurons aussi besoin du théorème de la


d Ec
puissance cinétique : Pc = ⃗⋅⃗v
=F
dt

219
◦ Le quadrivecteur énergie-impulsion

La masse est une propriété propre à une particule,


elle ne dépend pas du référentiel. Il semble donc
naturel de considérer le quadrivecteur ~
p=m ~u . Pour
la "4-quantité de mouvement" nous gardons la lettre
p car contrairement à la 4-vitesse ou la 4-
accélération, celle-ci, a directement été adoptée
dans les mœurs scientifiques. Sa partie spatiale est
communément nommée impulsion et le quadri-
vecteur dans son ensemble peut être nommé la 4-
impulsion ou plus précisément le 4-vecteur énergie-
impulsion : ~
p=(m γ c , m γ ⃗v ).

Soit ~
p=( E/c , ⃗p) avec E=m γ c 2 et ⃗p=m γ ⃗v

La composante temporelle fait apparaître une


quantité homogène à une énergie. Cherchons à
quoi correspond cette énergie. Dans le référentiel
coïncidant ~ p=(m c , ⃗
0) et ~p⋅~
p=m c . Dans le
2 2

~ ~
référentiel d'étude p⋅p=E /c −⃗p . Dans le référentiel
2 2 2

propre, où la particule est au repos, ~


p⋅~ 2 2
p=E r /c , d'où
Er =m c 2. Une notion tout à fait nouvelle, absente en
mécanique classique, apparaît, une énergie est
associée à la masse d'un objet. Même au repos, une
particule possède une énergie, c'est l’énergie de
masse.

Quand la particule est en mouvement :


2 2 2 2
m2 c 2=E 2 /c 2−⃗p 2 soit E =(m c ) +( p c) .

220
Triangle Énergie-Impulsion :

E correspond à l'énergie totale de la particule, qui


inclut son énergie de masse et son énergie
cinétique :
E2=m2 c 4 + p2 c 2=m2 c 4+ m 2 γ2 v 2 c 2=m 2 γ 2 c 4
2
et nous trouvons : E=m γ c

Pour l'énergie cinétique : E c =E−E r .


Aux faibles vitesses :
1
E=m( 1−β2 )−1/ 2 c 2≃mc 2 + m v 2
2
Nous retrouvons bien l'expression classique de
l'énergie cinétique.

Pour une particule de masse nulle, comme un


p=( p , ⃗p ) et ~
photon, E= p c , ~ p⋅~
p=0.

◦ La quadriforce

Pour la 4-force ~
g nous proposons :
d~
p ~
=g

Équation covariante par transformation de Lorentz
et dont la partie temporelle redonne dans la limite

221
classique le théorème de la puissance cinétique et
la partie spatiale la relation fondamentale de
Newton :

d~
p
=m~
w=(γ 4 ⃗ β , γ4 (F
F⋅⃗ ⃗⋅⃗ F )=~
β + γ2 ⃗
β) ⃗ g

Le lien entre la 4-force et la force de Newton n'est


pas trivial. En classique, la force ⃗ F a la même
direction et le même sens que l'accélération ⃗ a , en
~ ~
relativiste c'est le cas pour g et w .

Pseudo-norme : ~
g⋅~
2
g=−F p avec F p=ma p .

Le triangle des forces :

~
Pour un mouvement à une dimension : g=γ F p (±β ,±1).

d ⃗p d ⃗p ⃗g
Pour la partie spatiale : g et
=⃗ = .
dτ dt γ

Nous avons la partie spatiale ⃗


g de la 4-force et
d'autre part la force classique ⃗
F , la relation
fondamentale de la dynamique prend alors la
forme suivante :

222
d ⃗p ⃗g ⃗ = ⃗f
= γ =γ3 ( ⃗
F⋅⃗
β) ⃗
β+γ F
dt

La relation entre ⃗
g et ⃗F n'est pas triviale et nous
constatons qu'elles ne sont pas colinéaires. Dans la
limite des faibles vitesses, nous retrouvons bien la
a= ⃗
deuxième loi de Newton m ⃗ F.
Le plus souvent, pour construire la relativité, c'est la
troisième force ⃗
f qui est utilisée. Lorsqu'on injecte,
dans la loi de Newton, l'impulsion à la place de la
quantité de mouvement c'est la force qui apparaît.
Cette force ⃗ f est communément utilisée en tant
qu'équivalent de la force classique au niveau
relativiste. Cette force standard a une définition
semblable à celle de la mécanique classique, mais
elle n'est pas la partie spatiale d'un quadrivecteur
covariant.

En mécanique newtonienne la force est indépen-


dante du référentiel d'inertie ⃗
F '= ⃗
F , en relativité
c'est aussi le cas pour la quadriforce ~
g ' =~
g . Par
contre, nous avons en général ⃗
f '≠ ⃗f et ⃗g '≠⃗g.

223
◦ Puissance
~
w⋅~
u =0 ⇒ ~
g⋅~
p=0

d~
p ~ d E/ c d ⃗p
⋅p= E /c− ⋅⃗p =0
dτ dτ dτ

dE dE ⃗
γ =⃗ ⃗ et
g⋅u = f⋅v⃗
dτ dt

224
◦ Conservation de l'impulsion et de l'énergie
~
Pour un système isolé ~
g = 0 et le quadrivecteur
impulsion-énergie est constant. Pour un ensemble
de particules, l'impulsion totale est la somme des
impulsions individuelles, et de même pour l'énergie :
~
p=∑ ~
pi , E=∑ Ei et ⃗p=∑ ⃗
pi

Nous avons alors conservation de ces grandeurs :


p=~
~ cst , E=cste et ⃗p=⃗
cst
Par exemple, lors d'une collision, les particules
peuvent changer en nature et en nombre, mais
quoi qu'il arrive il y aura toujours conservation de ces
trois quantités : elles auront les mêmes valeurs avant
et après le choc. Nous pouvons considérer un
système isolé dans trois situations : aucune force ne
s'exerce sur le système, la somme des forces est
nulle, ou, comme lors d'un choc, l'interaction étant
très brève, la 4-impulsion du système n'a pas le
temps de varier notablement. Les forces internes au
système n'interviennent pas dans ces bilans.

• Annihilation d'un électron avec un positron


Deux photons gamma sont produits :
- +
e +e →2 γ avec ~
p e +~
- p e =~
+ p γ +~

1 2

Nous prenons le cas où l’électron et le positron ont


les mêmes vecteurs vitesse (sens opposés). Dans le
référentiel où la particule et l'antiparticule sont au

225
repos nous avons le diagramme de Minkowski des
impulsion-énergies suivant :

Nous avons au minimum deux photons produits par


l'annihilation. Il n'est pas possible qu'un seul photon
soit produit car un photon ne peut être au repos et
son impulsion ne peut s'annuler pour respecter la
conservation de l'impulsion dans le référentiel
considéré. Si deux photons sont créés, ils ont
nécessairement la même énergie et ils partent en
sens opposés. L'énergie d'un photon correspond à
l'énergie de masse d'un électron (ou ce qui revient
au même d'un positron). Les photons ont donc des
énergies de 511 keV. Ce sont des photons très
énergétiques, à titre de comparaison les photons
visibles ont une énergie de l'ordre de l'eV.

Nous étudions en exercice la collision de deux


protons avec la création au seuil d'une paire proton-
antiproton.

226
Résumé
Physique Liens / Physique
Grandeur classique Standards relativiste
~
x =(c t , ⃗r )
position ⃗r =( x , y , z ) ~
x⋅~x =c 2 τ2
~ d~x
u =γ ⃗v
⃗ u=

d ⃗r dt
vitesse ⃗v = γ= ~
u =(γ c , ⃗u)
dt dτ
~
u⋅~
u =c
2

~
p=m~
u
quantité
de ~
p=( E /c , ⃗p )
mouvement ⃗p=m ⃗
v ⃗p=m γ ⃗v
/ impulsion ⃗p=m ⃗
u

~ d~ u
w=

d ⃗v w 0=γ 4 ⃗a⋅⃗
β ~
a=
⃗ w=(w 0 , w
⃗)
accélération dt ⃗ =γ 4 (⃗a⋅⃗
w β) ⃗
β ~
w⋅~
w=−a p2
2
+ γ ⃗a
~
u⋅~
w=0

d ⃗p
⃗g=
⃗f = d ⃗p dτ
dt ~
force ⃗
F =m⃗a g =m ~w
⃗g=γ ⃗f ~ 0
g=(g ,⃗g )

d Ec dE
=F⃗⋅⃗v γ g⋅⃗
=⃗ u
dt dτ
dE ⃗
énergie = f⋅⃗v E=γ m c2
1 dt
Ec = m v 2
2 Ec =E−m c 2

227
Force de ~ ~
g=F j
Lorentz :
champ F⃗E=q ⃗
E ~ ~
⃗f = j =q u
électro
⃗ ⃗
-magnétique F B=q ⃗
v ∧B q(⃗
E + ⃗v ∧ ⃗
B) ⃗g =
⃗g=γ ⃗f q(γ ⃗
E +⃗ u∧⃗
B)

La définition standard ⃗f pour la force est largement


utilisée par la communauté scientifique, qui résume
la relativité en quelques équations :

⃗p=m γ ⃗v ⃗f = d ⃗p f⃗L =q ( ⃗
E + ⃗v ∧ ⃗
B)
dt
dE ⃗
= f⋅⃗
v E=γ m c2=T +m c 2.
dt

Enseigné directement ainsi c'est rapide et efficace,


mais à la fois, si l'étudiant veut approfondir les
concepts il sera nécessaire pour lui d'élargir le
regard pour avoir une vision limpide et éviter les
confusions. De plus, dans notre ouvrage nous
mettons en avant une vision géométrique qui
s'appuie principalement sur la démarche
d'Hermann Minkowski. Ce sont bien sûr les grandeurs
covariantes qui se représentent naturellement dans
un diagramme et se transforment simplement avec
la transformée de Lorentz.

Pour le champ électromagnétique, les quantités


sont détaillées en exercice page 252.

G. RÉFÉRENTIELS NON-INERTIELS

228
⚭ RÉFÉRENTIELS NON-INERTIELS

Comme on sait le faire en mécanique newtonienne,


nous devons aussi apprendre à appliquer la relativité
restreinte dans des référentiels non-inertiels.
Rappelons la démarche en mécanique classique.
Les lois de Newton sont vérifiées dans des référentiels
galiléens et par un changement de référentiel nous
trouvons leurs nouvelles expressions dans un
référentiel en mouvement quelconque :

m a⃗r = ⃗
F + F⃗ie + F⃗ic
Tout se passe comme si nous avions de nouvelles
forces, appelées d'inerties ou fictives. On peut se
demander si ces forces existent vraiment. En effet,
ces forces ne sont pas liées aux interactions
fondamentales mais au changement de référentiel.
Il n'empêche que le conducteur et les passagers
d'une voiture expérimentent sur les phases
d'accélération ces différents effets dynamiques
comme bien réels : démarrage en trombe, virages
plus ou moins serrés et coups de freins.
La mécanique classique donne une interprétation
de ces effets en termes de forces : forces
d'entraînement et de Coriolis.
Il va de soi que la relativité restreinte doit permettre
de retrouver tous ces effets. À vitesses faibles, ils
doivent être équivalents. Nous aurons des effets
nouveaux qui apparaîtront avec l'augmentation de
la vitesse. Mais aussi, dès les faibles vitesses, pour des
mesures précises et pour le comportement de la

229
lumière qui est maintenant incluse dans le cadre
théorique. L’interprétation est par contre très
différente.
En relativité restreinte, il n'y a pas de forces d'inertie
mais des effets métriques. Par un changement de
référentiel non-inertiel, on s'écarte de la métrique
minkowskienne et une particule libre suit une
géodésique qui modifie son mouvement
initialement rectiligne et uniforme pour suivre une
trajectoire courbe et accélérée. Par exemple,
quand la voiture accélère au feu vert, ce n'est pas
une force d'inertie qui vous plaque contre le siège,
mais une modification métrique qui vous met en
chute libre vers l'arrière de la voiture (comme dans
la fusée uniformément accélérée). Dans le même
temps les montres des passagers à l'arrière prennent
du retard sur celles de devant. Tout le contraire lors
d'un coup de frein, la modification métrique vous
fait tomber en chute libre vers le pare-brise. Dans un
virage, la variation de la métrique vous fait chuter
vers l'extérieur du virage, les montres vont aussi se
désynchroniser et les postulats d'Euclide ne seront
plus vérifiés. En relativité restreinte, la notion de force
d'inertie et remplacée par celle d'effet métrique.
Nous avons précédemment étudié les deux cas
particuliers du référentiel uniformément accéléré et
du référentiel en rotation uniforme et nous allons
maintenant nous intéresser au cas général34.

34 Nous faisons ici l'analogie entre la mécanique classique et la


relativité restreinte, mais historiquement nous sommes plutôt
habitués à l'analogie faite avec la relativité générale. Dans ce cadre
analogique, lors d'un coup de frein, on dit que, tout se passe comme

230
◦ Lignes coordonnées, bases locales et connexions
Nous complétons ici notre description d'un espace
vectoriel. Ce sont des concepts mathématiques très
généraux utilisables dans tous les domaines
scientifiques.

Les lignes coordonnées sont obtenues lorsque


qu'une coordonnée varie et que toutes les autres
sont fixées. En chaque point de ce réseau nous
avons une base locale avec les vecteurs de base
tangents aux lignes. Quand nous passons de M à M'
infiniment voisin, nous avons une petite variation des
vecteurs de base :

si, un champ de gravitation vous attirait vers l'avant. Ce champ de


gravitation est bien sûr fictif. S'il était réel, en même temps que
vous freinez, un mur massif gigantesque et de taille infini devrait
apparaître devant la voiture pour justifier un tel champ de
pesanteur ! En relativité générale, le champ de gravitation crée un
effet métrique supplémentaire, l'espace-temps est alors courbe, et le
champ de gravitation est bien réel (il existe dans tous les référentiels
d'observation).

231
∂ ei j k j
d ei = j dx =Γ ij ek dx
∂x

Cette variation peut se projeter sur la base de


k
départ. Les quantités Γ ij permettent d'encoder la
variation de la base locale en ce point. Nous
k
appellerons connexion l'objet Γ ij. Pour une base
globale, qui ne dépend pas du point, toutes les
composantes de la connexion sont nulles.

La connexion est symétrique sur les deux derniers


indices :
∂ ei ∂ ∂ MM ' = ∂ MM ' = ∂ MM ' =Γ k e
2 2
k
Γ ij ek = j=
∂x ∂x
j
∂x
i j (
∂x ∂ x
i i
∂x ∂x
j ji k )
La métrique contient toute l'information sur l'espace.
Nous pouvons établir l'expression des coefficients de
connexion en fonction de la métrique :
k
gij=ei⋅e j d gij =∂ k gij dx =(d ei )⋅e j +ei⋅(d e j)
k l r m n
gij , k dx =(Γ i r el dx )⋅e j +ei⋅(Γ jn em dx )
l m
gi j , k=gl j Γ i k + gi m Γ jk

gi j , k + gk i , j−g j k ,i
l m l m l m
= g l j Γ i k + gi m Γ jk + gl i Γ kj + gk m Γ i j−gl k Γ j i −g j m Γ ki

m
gi j , k + gk i , j−g j k ,i =2 gi m Γ jk

ni ni m
g ( gi j , k + gk i , j−g j k ,i )=2 g gi m Γ jk

1
Finalement : Γi jk = gi l (g l j , k +g k l , j−g j k ,l )
2

232
◦ Dérivée covariante
Variation d'un vecteur A lors d'un déplacement de
M à M' : dA=A(M')-A(M). Dans la base de Minkowski,
ou dans une base cartésienne, nous sommes dans
des cas particuliers où la base est globale, la base
ne dépend pas du point et seules les variations sur
les composantes sont à prendre en compte. Dans le
cas général : d A=d ( A ei )=d( A )e i+ A d ei.
i i i

i j k i j i i k j
d A=∂ j A dx ei + Γ ij A dx ek =(∂ j A + Γ kj A )dx ei
i i i i k i i j
Notations : D j A = A ;j =∂ j A +Γ kj A et D A = A ;j dx

Le grand D permet de préciser que l'on a bien tenu


compte de toutes les variations. Pour les référentiels
inertiels, les connexions sont nulles dans la base de
Minkowski, et ∂μ était notre dérivée covariante. Dans
les référentiels non-inertiels D μ est la dérivée
covariante.

◦ Illustration sur un exemple

⃗ ⃗

233
prenons habituellement des vecteurs unitaires.

d ⃗uρ d ⃗uθ
Variations de la base : uθ et
=⃗ uρ .
=−⃗
dθ dθ
D'où : ⃗ uρ donne ⃗v =ρ̇⃗
OM =⃗r =ρ⃗ uθ et
uρ +ρ θ̇ ⃗
2
a =( ρ̈−ρ θ̇ )⃗
⃗ uρ +(ρ θ̈+2 ρ̇ θ̇)⃗uθ

Nous pouvons retrouver ce résultat avec la métrique


et les connexions :
2 2 i j
ds 2=gi j dx i dx j=dl 2=d ρ2+ρ2 d θ 2 dl /dt =gi j v v

⃗ d ⃗l
⃗eρ=⃗
uρ ⃗e θ=ρ⃗uθ OM =ρ⃗eρ +θ ⃗eθ ⃗v = =( ρ̇, θ̇)
dt
1 2 2
g22,1=2ρ Γ 11=0 Γ 22=0 Γ 11=0
1 1 1
Γ1 22=− g11 g22,1 =−ρ Γ 212= g22 g22,1 = ρ Γ
1
=0
2 2 12

i i k j
d⃗
v =(∂ j v +Γ kj v ) dx ⃗e i

a =(∂ j vi +Γ i kj v k ) x˙ j ⃗
⃗ ei + Γi kj v k x˙ j ⃗
ei =∂t v i ⃗ ei

a = v˙1 ⃗e 1 + v˙2 ⃗e2 +Γ122 v2 x˙2 ⃗e1 + Γ212 v1 x˙ 2 ⃗e2 + Γ221 v2 x˙1 ⃗
⃗ e2

1 1
d'où ⃗
a =ρ̈⃗eρ + θ̈ ⃗eθ −ρ θ̇ θ̇ ⃗ e θ + ρ θ̇ ρ̇ ⃗e θ.
e ρ + ρ ρ̇ θ̇ ⃗

Nous avons une nouvelle méthode qui utilise la


métrique pour tenir compte des variations de la
base locale à l'aide des connexions.

◦ Géodésiques
Les géodésiques sont les lignes d'univers suivies par
les particules libres. Ces courbes, l'équivalent des
droites d'Euclide, maximisent le temps propre.

234
Sur une géodésique, l'accélération propre est nulle.
Reprenons la construction de la relativité restreinte
pour les référentiels non inertiels :
2 μ ν μ
ds =gμ ν dx dx =gμ ν u u d τ ,
ν 2 d xμ
et p =mu .
μ μ
uμ=

Avec la dérivée covariante, nous pouvons
généraliser la loi fondamentale de la dynamique de
Newton :

d ⃗p ⃗ ⃗
F D~
p ~
= F et ⃗
a = −a⃗e− a⃗c devient =g
dt m Dτ

d u μ gμ
Équations du mouvement : = −Γμα β uα u β.
dτ m

Pour l'équation des géodésiques : g =0.


μ

Les effets métriques, équivalents des forces d'inerties


classiques, s'expriment à travers les connexions, qui
elles-mêmes traduisent les variations de la métrique
dans un référentiel non-inertiel.
i i
dv F
En mécanique classique : = −Γ j k v v .
i j k
dt m

◦ Limite classique
Dans le cas classique nous constations déjà que la
masse de la particule n'intervenait pas : ⃗ a =−a⃗e− a⃗c.
Pour le calcul de l'accélération ⃗ a à partir de la
vitesse ⃗
v , nous avons deux types de termes, ceux qui
font intervenir la variation des seules coordonnées et
les autres pour les variations de la base :
a =⃗acoord +⃗abase
⃗ d'où a coord =−a⃗e−a⃗c −⃗
⃗ a base

235
Ce sont les trois termes de droite qui s'expriment à
l'aide des connexions.

Référentiel uniformément accéléré :

→ Mécanique de Newton :
2
d⃗ OM
a⃗r =−a⃗e = 2 =−⃗ a R ' (O)
dt
2
d⃗ O' O
R : fusée, ⃗ a R ' (O)= 2 =a ⃗i et ẍ=−a.
dt

→ Relativité restreinte : comme démontré dans


l'exercice page 243, les seuls coefficients de conne-
g' g'
xion non nuls sont Γ1 00 = et Γ 010=Γ001 = avec
2 2g
2
ax
(
g( x)= 1+
c
2 )
. D'où :
1 2
du d x a ax 2 2 ax
1 0 0

c c (2
= 2 =−Γ 00 u u =− 2 1+ 2 γ c =−γ a 1+ 2
dτ dτ c ) ( )
Nous retrouvons la limite classique : ẍ=−a.

Référentiel tournant :

→ Mécanique de Newton : a⃗r =−a⃗e −a⃗c


2 2
a =ω ⃗
⃗ HM −2 ω v =−ω ρ u⃗ρ−2ω u⃗z ∧(ρ̇⃗
⃗ ∧⃗ u ρ+ρ θ̇ ⃗
uθ )
2 2
a =( ρ̈−ρ θ̇ )⃗
⃗ uρ +(ρ θ̈+2 ρ̇ θ̇)⃗uθ =ω ρ u⃗ρ−2 ω ρ̇⃗uθ +2 ωρ θ̇ u⃗ρ

→ Relativité restreinte : ~
u =γ (c , ρ̇, θ̇ , ż)
Seules connexions non nulles :
ρ ω2 1 1 ρω
Γ 1 00 =− 2 Γ 02=Γ 20=− Γ 1 22=−ρ
c c

236
1
Γ 2 10 =Γ2 01= ω
2 2
Γ 12 =Γ 21 =ρ
ρc
D'où :
1 2
du ~ d u ~
e+ e
dτ 1 dτ 2
u u −Γ 22 u u ) ~
1 0 0 0 21 1 2 2
=(−Γ 00 u u −2 Γ 02 e1
u u −2 Γ u u ) ~
2 1 0 2 1 2
+(−2 Γ 10 e 12 2

d γ ρ̇ ~ d γ θ̇ ~
e + e
dτ ρ dτ θ
=(−ρω γ +2ρω γ v +ρ γ (v ) ) ~
2 2 2 θ 2 θ 2

+(−2 ω γ v −2 γ v v ) ~
2 ρ 2 ρ θ
e /ρ θ

Nous retrouvons la limite classique :


2 2
ρ̈ u⃗ρ+ θ̈ ρ u⃗θ =(−ρω +2ρω θ̇+ρ θ̇ ) u⃗ρ+(−2ω ρ̇−2 ρ̇ θ̇) u⃗θ

Nous comprenons maintenant comment les


particules se meuvent dans un référentiel non
inertiel. La relativité restreinte nous donne un
nouveau cadre interprétatif et expérimental où les
effets métriques tiennent lieu et place aux forces
d'inerties de l'ancien cadre newtonien.
Dans un espace-temps plat et un référentiel non-
inertiel, une particule libre maximise son temps
propre en suivant une trajectoire courbée.
Il ne s'agit pas simplement d'un nouveau point de
vue, mais d'une généralisation aux particules de
masse nulle, et, d'une correction, avec des mesures
expérimentales qui s'en trouvent modifiées.

237
La notion classique de force est abandonnée au
profit d'une description relativiste en termes de
géométrie d'espace-temps. Ici, c'est le concept de
force d'inertie qui devient inutile, on suit le même
type de démarche en relativité générale, où la
géométrie fait disparaître le concept de force de
gravitation.

Pas besoin que l'espace


soit courbe pour qu'une
particule libre ait une
trajectoire courbée.

◦ Approche lagrangienne
Les équations géodésiques se retrouvent avec les
équations de Lagrange. La démarche est explicitée
dans l'exercice page 160. Nous cherchons la géo-
désique qui extrémise le temps propre :

2
c τ=∫ gμ ν u u d τ , L=gμ ν uμ u ν et
μ ν ∂L d ∂L
μ− =0
∂ x d τ ∂uμ
∂L ∂L
et
α β α β
μ =gαβ ,μ u u μ =g α μ u +g μβ u
∂x ∂u
d ∂L ν α d uα ρ β d uβ
=g u u + g + g u u + g
d τ ∂uμ αμ , ν αμ μ β,ρ μβ
dτ dτ
d uβ
gα β,μ uα uβ −gα μ , ν u ν uα −g μβ, ρ u ρ uβ −2 gμβ =0

d uμ
D'où l'équation géodésique : Γ
μ α β
αβ u u+ =0

238
Conclusion et synthèse

Revenons sur la notion de référentiel d'inertie.


Nous avons une définition circulaire : les postulats
sont vrais dans les référentiels d'inertie, et, un
référentiel est d'inertie si les postulats y sont vérifiés.
Si dans un référentiel une particule a une trajectoire
courbée, est-ce dû, à une force, ou, au caractère
non-inertiel du référentiel ?
En mécanique Newtonienne, si nous connaissons au
préalable la nature des forces, nous pouvons
déterminer si un référentiel est galiléen. Prenons les
forces électromagnétiques et de gravitation : si
aucune charges et masses ne sont présentent, et
que, néanmoins, la trajectoire est courbée, vous
pouvez en déduire que le référentiel est non
galiléen. Il faut imaginer une telle région de l'espace
vide, suffisamment éloignée de toute matière pour
que l'action à distance des forces soit négligeable.
Connaissez-vous le paradoxe d'Olbers ?
En cosmologie, l'univers est tel un fluide de galaxies
homogène et isotrope. Vous voyez les étoiles dans la
nuit noire, la clarté résultante et faible, mais en toute
logique la nuit devrait être blanche. En effet, plus on
s'éloigne, plus la lumière reçue par l'observateur en
provenance de chaque objet lumineux est faible,
mais à la fois leur nombre augmente dans les
mêmes proportions. La nuit finalement est noire car
l'Univers est en expansion.
Mais revenons aux référentiels, si nous appliquons le
Paradoxe d'Olbers à la gravitation, nous avons le

239
même résultat, le champ de gravitation tendrait vers
l'infini en tous points de l'Univers... Nous voulons ici
illustrer à quel point les fondements de la méca-
nique classique ne sont pas triviaux. De plus, peut-
on déterminer la nature des forces sans l'aide des
lois de Newton ?

En relativité, la situation est bien plus simple, on utilise


la géométrie. Le comportement de l'espace-temps
permet à lui seul de déterminer si le référentiel est
inertiel  sans faire appel à la notion de force. Au
préalable, il suffit de disposer d'un ensemble
d'horloges au repos et synchronisées sur la région
que l'on étudie. Si au cours de l'expérience, les
horloges ne se désynchronisent pas, le référentiel est
inertiel.

240
241
7
H. Exercices

Exercices
1. ▲△△ Changement de base

Soit la base ~
e ' μ du référentiel inertiel.
1 - Déterminer la base ~
e μ du référentiel unifor-
mément accéléré de la fusée en fonction de ~
e ' μ.
Placez sur un diagramme de Minkowski quelques
représentants de cette base.

2 - Déterminer la base ~
e μ du référentiel du disque
en rotation uniforme en fonction de ~
e ' μ.
Représentez cette base sur un diagramme de
Minkowski.
Correction p409

2. ▲▲▲ Tenseur de courbure de Riemann

Nous donnons ici le tenseur de courbure sans


justifications. Nous allons appliquer les formules afin
de montrer que pour la fusée accélérée, tout
comme pour le disque en rotation, nous sommes en
espace-temps plat en dépit du caractère non-
inertiel des référentiels. Si toutes les composantes du
tenseur sont nulles l'espace-temps est plat, si, ne
serait-ce qu'une des composantes, est non-nulle
l'espace-temps est courbe.
Tenseur de Riemann en fonction des coefficients de
connexion :

243
α α α α σ α σ
R =Γ
βγδ β δ, γ −Γ β γ, δ +Γ σγ Γ βδ −Γ σδ Γ βγ

Coefficients de connexion35 :
1
Γ αμ ν = g α β(∂μ gβ ν + ∂ ν gβ μ −∂β gμ ν )
2
∂ α α
Notation : =∂μ = ainsi Γ β δ, γ =∂ γ Γ βδ .
∂ xμ ,μ

Le tenseur de courbure est antisymétrique sur ses


deux derniers indices. Le coefficient de connexion
est symétrique sur ses deux derniers indices.

1 - Fusée : référentiel uniformément accéléré


a- Déterminer gμ ν et g .
μν

b- Déterminer l'ensemble des coefficients de


connexions. Vous devez identifier les coefficients non
nuls pour le calcul de la courbure.
ax 2
Aides : vous pouvez poser g( x )= 1+
( c
2 .
)
S'aider au maximum des symétries. Bien identifier les
termes non nuls de gμ ν et g . Sont-ils constants ? De
μν

quelles coordonnées dépendent-ils ? Quels termes ∂μ g β ν


sont non nuls ?
c- Montrez que toutes les composantes du tenseur
de courbure sont nulles.
Aide : quelle est la conséquence de l'antisymétrie ?

2 - Disque : référentiel en rotation uniforme.


a- Déterminer gμ ν et g .
μν

35 Aussi appelés symboles de Christoffel.

244
b- Déterminer l'ensemble des coefficients de
connexions.

c- Montrez que toutes les composantes du tenseur


de courbure sont nulles.

3 - Astre sphérique : référentiel de Schwarzschild.


Pour comparer avec une situation où l'espace-
temps est courbe.
rS f
Nous vous invitons à poser g=1− =e .
r
a- Déterminer gμ ν et g .
μν

b- Déterminer l'ensemble des coefficients de


connexions non nuls.

c- Pour montrer que l'espace-temps est courbe


0
calculez la composante R 10 1.

rS
Montrez que R01 01 = . Corr. p412
r3

3. ▲▲▲ Disque en rotation non uniforme

Dans l'exercice précédent nous avons montré que le


tenseur de courbure était nul dans le référentiel
tournant du disque en rotation uniforme. Nous allons
poursuivre la démonstration dans le cas d'un
mouvement de rotation quelconque du disque.
Nous avions pour l'observateur inertiel en fonction
des coordonnées de l'observateur au repos par
rapport au disque : θ ' =θ+ω t . Nous prenons
maintenant l'expression générale : θ ' =θ+λ (t) , où

245
λ (t) est une fonction quelconque du temps. Ainsi
sont incluses les éventuelles phases d'accélération,
de décélération, d'oscillations, etc.
1 - Déterminer les coefficients de connexion.
2 - Calculer le tenseur de courbure de Riemann.
3 - Le résultat était-il attendu ?
Correction p417

4. ▲▲▲ Courbures spatiales

Le tenseur de courbure de Riemann s'applique à


tout espace, espace-temps et sous-espace quel
que soit le nombre de dimensions. Nous avons
calculé la courbure d'espace-temps à 4 dimensions
et nous allons calculer les courbures pour les parties
spatiales. Nous reprenons les trois exemples du
référentiel uniformément accéléré, du référentiel de
Schwarzschild et de celui en rotation uniforme.
Détaillons la méthode et expliquons l'approche
générale pour mesurer les temps et les distances36.
Pour le temps, nous déterminons l'intervalle de
temps propre dτ en posant les dxi=0 (i=1, 2 ou 3) :
1 0 1 0
c ∫ √ 00
et ( x 0=ct )
c √ 00
d τ= g dx τ= g dx

Pour l'espace, si le référentiel est synchrone, g0 i=0 :

ds 2=g00 c 2 dt 2−dl 2 avec dl 2=−gij dx i dx j =γij dxi dx j


On calcule alors le tenseur de courbure avec le
tenseur métrique tridimensionnel γij comme on l'a

36 Landau / Lifchitz, Théo. des champs, § Distances et interval. de tps.

246
fait auparavant. Ici, nous faisons courir les indices de
1 à 3.
Si le référentiel n'est pas synchrone, la coordonnée
temporelle n'est pas directement séparée des
coordonnées spatiales, et, on montre que :
g0 i g 0 j
γij =−gij + et dl 2=γ ij dx i dx j
g00
Nous pouvons alors calculer dl avec le tenseur
métrique tridimensionnel. Par contre, on ne peut, en
général, déterminer la distance entre deux corps. Le
tenseur de courbure ne peut, aussi, être directement
calculé sous la forme précédemment donnée 37.
Néanmoins, dans le cas particulier où le référentiel
est stationnaire, coefficients métriques gμ ν indépen-
dants du temps, nous pouvons intégrer l'élément dl
et le tenseur de courbure a la forme habituelle :
∂ gμ ν i
Référentiel stationnaire : =0 , l=∫ dl et R j k l.
∂t

1 - Fusée : Le référentiel est-il synchrone ?


L'espace est-il courbe ?

2 - Astre sphérique : Le référentiel est-il synchrone ?


L'espace est-il courbe ?

3 - Disque :
a- Le référentiel est-il synchrone ?
b- Déterminez γij .
c- Le référentiel est-il stationnaire ? Que vaut

37 Technique de projection de Cattaneo.


Rizzi / Ruggiero, Space geometry of rotating platforms, 2008.

247
le rapport du périmètre d'un cercle sur son
diamètre ? (cercle centré sur l'axe de rotation)
L'observateur lié au disque tournant expérimente-t-il
une courbure ?
i
d- Calculez R j k l.

e- On montre que, pour un espace à deux


dimensions, il n'existe qu'une seule composante
indépendante du tenseur de courbure R ijkl (i=1, 2)38.
Calculez la courbure gaussienne K de la surface :

1 R 1212
K= =
R1 R2 γ 11 γ 22 −γ212

où R1 et R2 sont les rayons de courbures en un point


du disque. Vous pourrez comparer à la courbure
gaussienne d'une sphère.
Correction p419

5.╋ ▲△△ Création de paires

Une particule de haute énergie peut sous certaines


conditions créer une paire particule-antiparticule.
Prenons l'exemple de la collision de deux protons.
Dans le référentiel barycentrique ceux-ci arrivent
face-à-face avec la même vitesse. Quand leur
énergie cinétique est tout juste suffisante, on dit au
seuil, ils créent alors quatre particules au repos :
p+ p→ p+ p+ p+ p̄

38 Landau, page 342, § Propriétés du tenseur de courbure.

248
Tracez le diagramme de Minkowski au seuil dans le
référentiel barycentrique où ∑ ⃗ 0.
pi = ⃗
Corr. p422.

6. ▲▲▲ Équation de propagation

L'équation d'onde, appelée équation de d'Alem-


bert, décrit le comportement d'une multitude
d'ondes : les vagues, les ondes sonores, les ondes
sismiques, les ondes électromagnétiques, etc. Ces
ondes, bien que de natures physiques différentes,
obéissent toutes à la même équation. L'amplitude
de l'onde ϕ(⃗ r ,t ) est solution de l'équation
différentielle suivante :
2
1 ∂ϕ
Δ ϕ− 2 2 =0 soit □ ϕ=0
c ∂t
c est la célérité de l'onde qui dépend du type
d'onde et du milieu.

Définition du Laplacien en coordonnées cartésiennes :


2 2 2
∂ f ∂ f ∂ f
Δf= 2+ 2+ 2
∂x ∂ y ∂z
2
Alembertien : □ =Δ− 12 ∂ 2
c ∂t
1 - Montrez que l'équation de propagation n'est pas
invariante sous la transformation de Galilée.

249
Aide: En mécanique classique, l'amplitude de l'onde est
une grandeur physique qui ne doit pas dépendre du
système de coordonnées choisi. En un point M et à un
instant donné : ϕ ' (x ' ,t ' )=ϕ( x , t). Comme, par
exemple, la hauteur des vagues, ou la surpression sonore.
Par identification de d ϕ et d ϕ' déduire les relations
entre les dérivées partielles.

2 - Montrez que l'équation de propagation d'une


onde électromagnétique dans le vide est invariante
sous la transformation de Lorentz : □ ⃗
E=0 et □ B
⃗ =0.
Dans ce cas l'amplitude de l'onde dépend du
référentiel, les formules de transformation sont
données page 427.

Correction p422.

7. ▲▲△ Équation de Schrödinger

En physique quantique, la fonction d'onde obéit à


l'équation d'évolution suivante :

∂ Ψ ℏ2
iℏ =− Δ Ψ+V Ψ
∂t 2m

La densité de probabilité de présence d'une


particule s'obtient en multipliant la fonction d'onde
par son complexe conjugué :

dP
ρ= =Ψ Ψ*
dV

250
Nous pourrons nous limiter au mouvement à une
dimension d'une particule libre de masse m :
2
ℏ ∂2 Ψ
i ℏ ∂ Ψ =− ,
∂t 2 m ∂ x2

et une transformation spéciale de Galilée : ⃗


v R ' / R =v ⃗i

1 - La probabilité de présence d'une particule dans


un volume donné ne doit pas dépendre du
référentiel. Par contre la fonction d'onde n'est pas
unique et la densité de probabilité n'est pas
modifiée si nous multiplions la fonction d'onde par
un nombre complexe de module un.
Montrez que l'équation de Schrödinger est
invariante sous la transformation de Galilée avec :
i
( E t− p x )
1
Ψ '=e ℏ
Ψ où E= m v 2 et p=mv .
2

2 - Montrez pourquoi l'équation de Schrödinger ne


peut être invariante sous la transformation de
Lorentz.

Correction p424.

251
8. ▲▲▲ Le champ électromagnétique

Les champs électrique et magnétique ne s'écrivent


pas comme des quadrivecteurs mais comme les
composantes d'un tenseur d'ordre 2 :

Ex Ey Ez

( )
0 − − −
c c c
Ex
0 −B z By
μν c
F=F =
Ey
Bz 0 −B x
c
Ez
−B y Bx 0
c

Les champs ⃗E et ⃗
B ne forment en fait qu'une seule
et unique entité physique et leurs composantes
dépendent du référentiel d'inertie d'observation.
Nous sommes ici dans le référentiel inertiel R, et nous
considérerons aussi le référentiel R' en translation
rectiligne uniforme selon x : ⃗
v R ' / R =⃗v =v u⃗x .
Le tenseur du champ électromagnétique est
antisymétrique : F =−F .
μν νμ

1 - Tout comme la masse, la charge électrique est


un attribut de la particule qui ne dépend pas du
référentiel. Nous pouvons simplement construire un
quadrivecteur pour la charge et son mouvement :
~ ~
j =q u (4-vecteur courant)
~
Nous allons montrer que le 4-vecteur F j s'identifie à
la 4-force électromagnétique :

252
d~
p ~ d pμ
=F j et pour les composantes =Fμ ν j ν
dτ dτ
En développant les composantes, temporelle puis
spatiales, montrez que l'on retrouve la puissance
électromagnétique, puis l'expression de la force de
Lorentz.

2 - Donner l'expression des composantes de ⃗


E ' et
B ' dans le référentiel R' en fonction de celles de ⃗
⃗ E
et ⃗
B du référentiel R.
3 - Déterminez les composantes du tenseur F μ ν.

4 - Trouvez l'expression des deux invariants de


Lorentz. Ce sont des invariants scalaires fonctions de
E et ⃗
⃗ B. Le premier s'obtient en contractant toutes
des composantes du tenseur électromagnétique en
le multipliant avec lui-même : F F μν . Le second
μν

utilise le 4-tenseur unitaire de quatrième ordre


μ να β
parfaitement antisymétrique : ϵ F μν Fαβ. ϵμ να β est
nul si deux indices sont égaux et vaut ±1 sinon. Les
composantes changent de signe lorsqu'on permute
0 123
deux indices. Nous posons ϵ =1.
5 - Dans le référentiel du laboratoire R, nous avons
deux plaques planes distantes de e et de charges
surfacique respectives σ et -σ. Les armatures du
condensateur sont supposées infinie et nous
prendrons l'axe des z de la plaque négative vers la
plaque positive. Nous allons utiliser les théorèmes de
Gauss et d'Ampère :

253
Q 2
∯S ⃗E⋅dS=
⃗ int
ϵ0 ∮Γ B⃗⋅dl=μ
⃗ 0 I enl (ϵ0 μ 0 c =1)

L'utilisation de ces outils n'est pas expliquée ici. Un


livre en soi sur ce sujet serait nécessaire. Se référer à
un cours niveau licence sur l’électrostatique et la
magnétostatique.
a- Déterminez le champ électrique en tout point de
l'espace. Écrire la matrice F dans R.
μν

b- Nous nous plaçons maintenant dans le référentiel


R' en translation rectiligne uniforme selon l'axe des x
à la vitesse ⃗v . Pour un observateur classique de ce
référentiel la densité de charges reste la même sur
les plaques et le champ électrique ⃗ E. Par
E '= ⃗
contre comme les charges sont en mouvement une
densité de courant surfacique apparaît : déterminez
le champ magnétique en tout point. Écrire la
μν
matrice F ' dans R'.
c- Partant du tenseur F retrouvez-vous F ' par
μν μν

changement de référentiel avec les matrices


lambda ? Avons-nous bien invariance des invariants
de Lorentz ?

6 - Dans le référentiel du laboratoire R, nous avons


un faisceau homocinétique de protons de vitesse ⃗ v,
de rayon r et de densité n. Nous nommons R' le
référentiel propre des protons.
a- Déterminez le champ électrique à l'extérieur du
faisceau dans R'.
b- Par des considérations générales, déterminez la
structure de ce même champ dans R avec peu de
calculs. Corr. p425.

254
9. ▲▲▲ Les équations de Maxwell

James Clerk Maxwell établit en 1864 la théorie de


l'électromagnétisme qui unifie la théorie de
l'électricité de Michael Faraday et la théorie du
magnétisme de André-Marie Ampère à travers les
équations suivantes :

Dans le vide :


⃗ ⃗ =− ∂ B
∇∧ E ⃗ ⃗ =0
∇⋅B
∂t

Avec sources :

⃗ ρ ⃗ ∂⃗
E
∇⋅⃗
E= ϵ ∇∧ ⃗
B =μ 0 ⃗j+μ0 ϵ0
0 ∂t

Les champs dérivent d'un potentiel V et d'un


potentiel vecteur ⃗
A selon :

∂⃗
A
E =−⃗
⃗ ∇V− et B =⃗
⃗ ∇∧ ⃗
A
∂t

1 ∂V ⃗ ⃗
Condition de Lorentz : + ∇⋅A =0
c2 ∂ t

⃗ ∂ρ
Conservation de la charge : ∇⋅⃗j + =0
∂t

255
Définition des opérateurs en coordonnées
cartésiennes :
⃗ ∂f ⃗ ∂f ⃗ ∂f ⃗
Gradient de f : ∇f= i+ j+ k
∂x ∂y ∂z
∂ C x ∂C y ∂C z
⃗: ⃗
Divergence de C ⃗
∇⋅C= + +
∂x ∂y ∂z
Rotationnel de C
⃗:
∂V z ∂ V y ∂V x ∂V z ∂V y ∂V x

∇ ∧V⃗ = (
∂y

∂z ) (
⃗i +
∂z

∂x
⃗j +
∂x) (

∂y
⃗k
)
1 - Transformation de Galilée :

a- Montrez que la deuxième loi de Newton est


invariante sous la transformation de Galilée.

b- La force de Lorentz est considérée invariante


sous cette même transformation. En déduire les lois
de transformation galiléenne de E
⃗ et ⃗
B en fonction
de la vitesse d'entraînement v⃗e =⃗ v R '/ R. Vérifiez
qu'elles correspondent bien à la limite non relativiste
de la transformation de Lorentz de ces mêmes
champs.

c- Montrez que les deux premières équations de

⃗ =0 et ⃗ ∂⃗
B
Maxwell ⃗
∇⋅B ∇∧ ⃗
E=− restent invariantes
∂t
sous une transformation de Galilée.

Aide pour faire les calculs sous forme vectorielle :


∂ ∂
Dérivées partielles : ⃗
∇= ⃗
∇' et = − v⃗e⋅⃗
∇'
∂t ∂t '

256
Formule utile :

∇∧( ⃗
A ∧B A (⃗
⃗ )= ⃗ ∇⋅⃗ B (⃗
B )− ⃗ ∇⋅⃗ B⋅⃗
A )+( ⃗ ∇)⃗ A⋅⃗
A −( ⃗ ∇ )⃗
B.

d- Montrer que les deux équations de Maxwell


suivantes ne sont pas invariantes sous une
transformation de Galilée (pour simplifier les calculs,
on pourra considérer le cas sans les sources ρ et ⃗j ).

Formule utile : ⃗
∇⋅( ⃗ B⋅( ⃗
⃗ )= ⃗
A ∧B ∇∧ ⃗ A⋅( ⃗
A )− ⃗ B ).
∇∧⃗

2 - Transformation de Lorentz : Montrons qu'à partir


de 1905 les équations de Maxwell pouvaient
incorporer leur cadre relativiste naturel.
a- Montrez que les équations de Maxwell sont
invariantes sous la transformation de Lorentz.

b- Nous introduisons le 4-vecteur densité de courant


~
j =ρ p~
u où ρ p est la densité volumique de charges
dans le référentiel propre. Montrez qu'en utilisant le
~ ∂ ⃗
4-vecteur gradient ∂ μ = ∇=
( ∂ct , ∇ ) nous obtenons

une équation de conservation de la charge sous


forme covariante.

c- Nous proposons d'introduire le 4-vecteur potentiel


~
A ). Montrez que la condition de Lorentz
A=(V /c , ⃗
μ
s'écrit simplement sous forme tensorielle avec A et
le 4-vecteur gradient ∂μ . Montrez, qu'en combinant
α
judicieusement les quadrivecteurs A et ∂ , nous
β
μν
obtenons le tenseur F .

d- Montrez que l'équation covariante ∂μ F =μ 0 j


μν ν

redonne les équations de Maxwell avec sources.

257
e- Montrez que l'équation ∂ F +∂ F +∂ F =0
α μν μ να ν αμ

redonne les deux premières équations de Maxwell.

f- Trouvez l'expression des équations de propa-


gation de V et ⃗
A.

3 - Montrez que les champs ne sont pas modifiés par


le changement de jauge suivant :

{
∂f
V '=V −
∀f ∂t
⃗ A+ ⃗
A '= ⃗ ∇f
C'est ce qu'on appelle l'invariance de jauge. La
condition de Lorentz correspond à un choix de
jauge particulier qui donne aux équations de
propagation des potentiels une forme plus simple. Et
μ
surtout, A se comporte alors comme un 4-vecteur,
et, l'invariance des équations de Maxwell en devient
immédiate.

Correction p431.

258
275
Sondes Voyager 1 et 2

276
9
IX. Les voyages interstellaires et l'antimatière

LES VOYAGES INTERSTELLAIRES


ET L'ANTIMATIÈRE

A. INTRODUCTION À LA CONFÉRENCE

⚭ INTRODUCTION

Qui dit voyage, dit quitter son lieu de vie pour


plusieurs raisons :
• par nécessité, pour des raisons de survie
• par esprit d'aventure et de découverte
• pour conquérir et coloniser

Pour toutes ces raisons, nous avons depuis des


siècles :
• exploré notre planète Terre
• nous sommes en ce moment même en train
d'explorer notre système solaire
• et, un jour, sûrement, nous quitterons notre
système pour explorer d'autres étoiles

Notre planète est fragile, et, même, si nous


parvenions à y vivre en harmonie, il peut sembler
hasardeux de ne rester qu’en un seul lieu.

277
Une représentation d'une photo de notre galaxie, la Voie
Lactée. La nuit par une belle nuit étoilée sans nuages et
sans Lune, nous voyons clairement une zone laiteuse
traverser la voûte céleste, la tranche de notre galaxie.
Notre Soleil est au centre du petit cercle, et, la plupart
des étoiles que nous voyons la nuit, sont nos voisines et
sont contenues dans cette zone.
Bien sûr, ce n'est pas une vraie photo, nous n'avons
jamais placé un appareil photo en un endroit extérieur à
notre propre galaxie. Il s'agit d'une reconstitution réalisée
par ordinateur à partir de vraies photos.

278
Par exemple, il est très probable qu'une météorite,
comme celle qui a été responsable de la disparition
des dinosaures, percutera à nouveau la Terre un jour,
dans quelques années, ou, millions d'années, on ne
sait pas. D’où l’idée d'une humanité multi-
planétaire, avec comme point de départ l'établis-
sement de colonies et bases extraterrestres
autonomes.

Certains, comme Elon Musk visent la planète Mars


avec une mission habitée prévue prochainement, et
par la suite l’établissement d’une base martienne et
la terraformation de la planète. Ce projet est
passionnant, mais avant qu'un groupe d'humain
puisse vivre sur Mars sans être dépendant des
arrivées de fret de la Terre, il peut s'écouler plusieurs
siècles.

La planète Mars est peut-être la meilleure candidate


parmi les huit planètes qui gravitent autour de notre
Soleil. Mais probablement pas parmi les milliers
d'exoplanètes déjà découvertes qui gravitent autour
d'autres étoiles !

L'idée est de rejoindre une exoplanète qui possède


une plus grande similarité à la Terre que Mars, une
planète jumelle de la Terre, ainsi, malgré un voyage
plus long, la colonie pourrait s'établir bien plus
rapidement.

Certains vous diront que les autres étoiles sont bien


trop éloignées et que les voyages interstellaires sont
irréalistes, alors qu'en fait nous sommes déjà en train

279
de réaliser des voyages interstellaires avec les
sondes Voyager.
Elles ont été construites avec les technologies des
années 70. Elles ont déjà traversé l'héliopause, limite
de notre système solaire, et filent maintenant à
travers le milieu interstellaire. Ces sondes ont été
conçues pour seulement explorer le système solaire,
mais, simplement, avec les technologies actuelles,
elles pourraient être adaptées pour rejoindre
d'autres étoiles. Par exemple, les piles à radio-
isotopes vont s’arrêter en 2025 et la transmission
avec. On peut aisément les remplacer par des piles
avec un isotope de durée de vie bien plus longue.
Les sondes Voyager voyagent à quelque
61 000 km/h et rejoindraient l'étoile la plus proche de
notre Soleil, Proxima du Centaure située à 4 années-
lumière, en 70 000 ans47.
C'est beaucoup par rapport à la durée de vie d'un
individu, mais bien peu au regard de l'âge de
l'humanité. Comme nous le verrons, le vaisseau peut
être de grande taille et atteindre sur le même
principe cette vitesse. Nous pouvons alors concevoir,
toujours avec des technologies actuellement
accessibles, un vaisseau ensemenceur.
Un voyage habité sur une telle durée est difficile à
concevoir, des personnes naîtraient et mourraient
dans le vaisseau sur plusieurs générations, ce type
de vaisseau s’appelle un vaisseau générationnel.

47 En fait, sur de telles durées nous ne pouvons plus considérer les


étoiles immobiles les unes par rapport aux autres. Néanmoins, pour
ne pas compliquer inutilement l'exposé et aller à l'essentiel nous
considérerons l'étoile Proxima du Centaure fixe à 4 années-lumière.

280
Quant à lui, le vaisseau ensemenceur ne contient
que des ovocytes et des spermatozoïdes congelés
(aucun risque qu'ils se tapent dessus !). Une fois à
proximité d'une planète jumelle de la Terre, un
processus automatisé met en route les incubateurs
et la première génération d'enfants sera élevée par
des robots dotés d'intelligence artificielle.
À ce rythme, une civilisation humaine extraterrestre
peut s'établir et relancer une nouvelle arche
ensemenceuse en 100 000 ans. Ainsi, de proche en
proche, par petits sauts de 10 années-lumière,
l'humanité peut coloniser l'ensemble de la galaxie
en moins d'un milliard d'années. Durée raisonnable,
comparée à l'âge de notre Soleil, 4,5 milliards
d'années, et l'apparition des premières cellules il y a
3,8 milliards d'années.

Nous allons tout d'abord parler des sondes Voyager


pour ensuite détailler d'autres technologies qui
permettraient de rejoindre les autres étoiles bien plus
vite.

B. LES SONDES VOYAGER

⚭ LES SONDES VOYAGER


Les deux sondes Voyager 1 et Voyager 2 ont été
construites à l'identique et ont été lancées en 1977.
Elles ont chacune une masse de 820 kg dont 90 kg
d'ergols.

281
En astronautique le terme ergol, ou propergol,
désigne la substance chimique qui permet la
propulsion de la fusée. Pour que votre voiture
fonctionne vous devez régulièrement amener votre
véhicule à la pompe pour remplir le réservoir de
carburant. Mais votre voiture ne pourrait pas
fonctionner sur la Lune, car pour la combustion du
carburant il y a aussi besoin de l’oxygène présent
naturellement dans l'atmosphère terrestre. Une fusée
fonctionne dans le vide et doit donc embarquer à
la fois le carburant et le comburant, c'est l'ensemble
des deux qu'on appelle ergol.
Au départ du sol les sondes ont quitté l'attraction
terrestre au bord de fusées Titan contenant des
tonnes d'ergols. S'ajoute à la vitesse ainsi gagnée
celle de la Terre sur son orbite autour du Soleil, mais
même ainsi la vitesse des sondes était insuffisante
pour s'arracher à l'attraction solaire. Et ce n'est pas
les quelques kg d'ergols embarqués par la sonde qui
le permettraient, ils sont utilisés pour les corrections
de trajectoires. Les sondes Voyager ont astucieu-
sement utilisé l'assistance gravitationnelle des

282
planètes pour s'échapper du puits gravitationnel du
Soleil.
C. L'effet de fronde

⚭ L'EFFET DE FRONDE
On utilise la vitesse de révolution des planètes autour
du Soleil. Par exemple, Jupiter orbite à 13 km/s
autour du Soleil et la sonde Voyager 1 suite à sa
déviation par la planète a gagné plus de 12 km/s.

La ligne noire représente la vitesse de la sonde en


fonction de la distance au Soleil (échelle multiplicative).
Par son survol de Jupiter la sonde échappe à sa mise en
orbite autour du Soleil. La ligne grisée traversée
correspond à la vitesse nécessaire pour s'échapper de
notre système stellaire. L'unité astronomique correspond à
la distance Terre-Soleil, une année-lumière vaut environ
60 000 ua.

283
La sonde Voyager 2 à même profité de l'effet de
fronde de quatre planètes : Jupiter, Saturne, Uranus
et Neptune.

Voyager

Nous avons un petit dessin, qui suit, qui permet de


comprendre simplement l'effet de fronde. Un train
avance vers vous à 50 km/h et vous lancez une
balle à 30 km/h pour le faire rebondir sur le devant
de la locomotive. Mettons-nous maintenant à la
place du conducteur du train, il voit par additivité
des vitesses la balle arriver plus vite, à 80 km/h, la
somme des vitesses par rapport au sol du train et de
la balle. Si le choc est parfaitement élastique, la
balle repart donc, par rapport au train, avec la
même vitesse et dans le sens opposé. Ainsi le
lanceur de la balle voit celle-ci rebondir avec une
vitesse de 130 km/h par rapport au sol. En lançant la

284
balle frontalement celle-ci voit sa vitesse augmenter
du double de celle du train.

Jupiter au centre et la trajectoire hyperbolique de la


sonde dans le référentiel qui a pour centre Jupiter. La

285
vitesse de la sonde ⃗
v S /J par rapport à Jupiter change en
direction mais pas en valeur. Il faut ajouter la vitesse par
rapport au Soleil de Jupiter ⃗
v J pour obtenir la vitesse de
la sonde ⃗
v S /S par rapport au Soleil. Nous constatons sur
notre dessin que cette vitesse augmente, c'est l’effet de
fronde. Dans l'exemple du train, il y avait demi-tour de la
balle et la déviation D valait 180°. Pour le passage de la
sonde Voyager 1 en mars 1979, la déviation valait 80° et
la vitesse héliocentrique de la sonde a augmenté de 12,5
km/s48. L'objet qui profite de l'assistance gravitationnelle
peut avoir une masse importante sans que l'effet soit
modifié (sa masse doit rester petite devant la masse de
Jupiter...).

D. LE PROJET VOYAGER 3

⚭ LE PROJET VOYAGER 3

Les sondes Voyager n'ont pas été conçues pour un


voyage interstellaire, mais pour explorer le système
solaire. Pour le projet Voyager 3, nous optimisons les
frondes pour gagner en vitesse et rejoindre les étoiles
proches. Par exemple, nous pourrions profiter d'une
opportunité, dans 25 000 ans, Proxima sera au plus
proche du Soleil, à 3 année-lumières au lieu de 4.
Un beau projet pour l'humanité qui lui permet aussi
de se projeter dans le temps.

Page suivante, une simulation numérique de la trajectoire


du vaisseau avec les déviations successives à la
rencontre de Jupiter, Saturne, Uranus et Neptune.

48 Document : La fronde gravitationnelle de Pierre MAGNIEN, 2019.


Position en temps réel des sondes Voyager : [Link].

286
287
Voyager 3 : la sonde est propulsée au niveau de l'orbite
terrestre et elle enchaîne ensuite quatre frondes au
niveau des géantes gazeuses. La vitesse finale est de
140 000 km/h. Deux différences par rapport aux sondes
Voyager historiques : du propergol supplémentaire est
utilisé et l'effet des frondes est optimisé.
La masse de l'ensemble, la sonde et le propergol, est très
raisonnable : une dizaine de tonnes seulement, qui
peuvent être envoyés dans l'espace avec les fusées
actuelles.

Ci-dessous, le profil de vitesse de la sonde. Nous voyons


un surplus initial de vitesse de 5 km/s donné par les
propergols. Chaque fronde frôle les hautes atmosphères
des planètes gazeuses pour un gain de vitesse maximal.

288
E. LA LOI DE L'ASTRONAUTIQUE

⚭ LA LOI DE L'ASTRONAUTIQUE

Nous aimerions aller encore plus vite vers les étoiles


en propulsant la sonde avec des ergols. Les ergols
brûlent et les gaz résultants sont éjectés vers l'arrière
et permettent à la fusée de gagner de la vitesse par
réaction. La loi de l'astronautique donne l'augmen-
tation de vitesse Δv de la fusée en fonction de la
masse initiale mi de la fusée, de sa masse finale mf et
de la vitesse d'éjection ve des gaz.
Nous pouvons commencer par illustrer cette loi avec
l'exemple d'une barque sur laquelle une personne
lance le plus loin possible et de toutes ses forces des
pierres vers l'arrière :

La barque est d'abord immobile avec toute sa réserve de


pierres. La personne sur le bateau lance vers l'arrière une
première pierre. L'embarcation se met alors légèrement
en mouvement. C'est la conservation de la quantité de

289
mouvement. On néglige les frottements avec l'eau : la
vitesse acquise est conservée. La personne lance les
pierres jusqu'à épuisement du stock et la vitesse de la
barque augmente à chaque lancer. La dernière pierre
augmente la vitesse bien plus que la première car à la fin
la barque est bien plus légère. Les premières pierres ne
sont pas très efficaces car la barque est initialement très
lourde et elles servent avant tout à la mise en
mouvement du stock de pierres en attente.

La masse initiale de la fusée est celle de la sonde et des


ergols, la masse finale correspond à la sonde seule. La
variation de vitesse Δv est la différence entre la vitesse
finale et la vitesse initiale. La masse de propergol
nécessaire augmente très vite, bien plus vite que la
vitesse atteinte.

Loi de l'astronautique :

Le crocodile illustre que malgré un rapport des masses


rendu important par l'augmentation de la quantité
d'ergols, ce rapport est massivement écrasé par la
nécessité d'augmenter aussi la vitesse de ces mêmes
ergols avant leur combustion.

290
Pour un propergol chimique classique nous avons
une vitesse d'éjection d'environ 4 km/s. Imaginons
que nous voulions aller deux fois plus vite pour
rejoindre Proxima avec une sonde de type Voyager.
Quelle quantité d'ergols faudrait-il embarquer ?
Nous avons alors Δv=60 000 km/h, soit 16 km/s. La
masse de carburant à embarquer augmente
exponentiellement et il faudrait 40 tonnes de
propergols pour aller à Proxima en 35 000 ans... Pour
y aller en 50 ans, on dépasserait largement la masse
de l'Univers !

Durée d'un aller à 4 années-lumière (distance Soleil-


Proxima actuelle) avec une sonde de type Voyager à
l'aide d'ergols traditionnels (énergie chimique / sonde
d'une masse de 800 kg) :

mi mi
Durée du
voyage
Masse d'ergols
nécessaire mf
ln
( )
mf
70 000 ans 0 tonne 1 0
35 000 ans 40 tonnes 50 4
1 000 ans Masse supérieure à celle ∞ 140
50 ans de l'Univers observable ∞ 2800

Une fois le système stellaire rejoint nous pouvons ralentir la


sonde par effet de fronde. Pour le voyage deux fois plus
rapide, si nous ne voulons pas simplement survoler le
système stellaire distant, l'effet de fronde ne sera pas
suffisant pour se mettre en orbite autour de l'étoile et nous
devons aussi amener du carburant pour ralentir la sonde.
Comme nous avons un facteur 50, il faut pour cela 2000
tonnes d'ergols au départ de la Terre pour se satelliser au
niveau de l'exoplanète à l'arrivée !

291
Pour contourner cette augmentation monstrueuse
de la masse, il faudrait plutôt augmenter la vitesse
d'éjection. Nous devons alors utiliser d'autres tech-
nologies. Nous pouvons utiliser l'énergie nucléaire ou
l'énergie de masse.
Pour un kilogramme d'ergol quelle substance
permet une libération maximale d'énergie ?

Comparons les efficacités énergétiques. C'est l'énergie


libérée comparée à l'énergie de masse. Par exemple, un
gramme d'anti-matière libère plus d'énergie que mille
tonnes d'ergols chimique :

Ergol Efficacité Détails


Chimique 1 / 6 milliards 0,00000002 % Oxygène-Hydrogène
Fission un sur mille 0,1 % Uranium 235
Fusion 1 sur 250 0,4 % Deutérium-Tritium

Antimatière 1 100 % E=mc2

En l'état des connaissances scientifiques actuelles


l'antimatière apparaît comme le carburant idéal.
On convertit alors l'intégralité de la masse en
énergie et en mouvement de la fusée.

Durée d'un aller pour Proxima du Centaure pour une


sonde de type Voyager à l'aide d'un réacteur à
l'antimatière (rendement 10%) :

292
Masse d'antimatière
Durée du voyage pour Proxima
nécessaire
70 000 ans 0
35 000 ans 230 grammes49
10 000 ans 1,4 kg
1 000 ans 16 kg
50 ans 333 kg

Calculs pour une distance de 4 années-lumière. En fait,


Proxima du Centaure sera au plus proche du Soleil à 3 al
dans 25 000 ans. Pour une quantité équivalente d'ergols,
on gagne 10 000 ans.

Nous voyons que le problème de la masse d'ergols à


transporter a disparue. Nous allons donc nous
intéresser à l'antimatière : sa nature, sa collecte et
son stockage.

F. L'ANTIMATIÈRE

⚭ L'ANTIMATIÈRE

Paul Dirac en 1928 a construit une théorie pour


unifier la relativité restreinte et la physique
quantique. C'est alors que l'antimatière s'est
imposée dans les équations, elle a ensuite été
découverte expérimentalement dès 1932 avec le
positron. La prédiction théorique apparaît comme
une symétrie dans les équations de Dirac. Dans la
nature, à chaque particule élémentaire correspond
une particule "jumelle", particule exactement de
49 Un gramme d'antimatière libère autant d'énergie qu'une bombe
atomique.

293
même masse mais de charge électrique opposée.
Par exemple, à l'électron correspond l'anti-électron
couramment appelé positron, ou positon. En 1955,
on a découvert l'antiproton en le créant avec un
accélérateur de particules. En 1995, a été créé le
premier atome d'antimatière, l'atome d'anti-
hydrogène. Quand une particule de matière
rencontre son homologue d'antimatière, les deux
disparaissent pour s’annihiler en pure énergie. D'où
peut-être le nom d'anti-matière, mais, pour éviter
toute confusion liée à cette dénomination, précisons
bien que l'antimatière est de la matière.
Nous pouvons produire l'antimatière de manière
artificielle avec des accélérateurs de particules,
mais elle existe aussi − bien qu'en quantité bien
moindre que la matière − à l'état naturel.
La production d'antimatière en laboratoire
demande beaucoup de temps et d'énergie. Par
exemple, pour créer des anti-protons, on accélère
des protons qui lors de leur collision à grande
énergie créé des paires proton/antiproton :

p+ p → p+ p + p+ p̄
On crée un proton pour rien et de plus le rendement
est faible. C'est très intéressant et précieux pour
comprendre les secrets de la matière à petite
échelle, mais, pour produire le carburant d'une
fusée ce n'est peut-être pas le plus judicieux50.

50 En 2020, la production mondiale d'énergie correspond à l'énergie


libérée par l'annihilation de 3,5 tonnes d'antimatière, néanmoins,
avec les moyens actuels existants, même pour produire simplement
un gramme d'antimatière, ce serait hors de prix.

294
Il serait plus simple de la collecter dans la nature. Les
positrons sont libérés par la radioactivité bêta plus,
par les rayons cosmiques ou même les orages. Les
antiprotons sont un carburant de choix, car ils ont
une énergie de masse bien supérieure à celle des
positrons. Par contre, contrairement aux positrons, les
antiprotons ne sont pas directement produits dans
notre système solaire. Le Soleil, source la plus puis-
sante d'énergie de notre système stellaire, ne monte
en énergie qu'au niveau de la fusion et le vent
solaire ne contient pas d'antiprotons. Il faut, donc,
chercher une source d'antimatière à l'extérieur de
notre système. Cette source existe, elle a été
découverte en 1912, c'est le rayonnement cosmi-
que. Celui-ci est constitué de particules de très
haute énergie capables de créer des antiprotons.
Les sources précises de ce rayonnement ne sont pas
encore connues, mais l'on pense maintenant
qu'elles sont principalement situées dans notre
galaxie. Ce rayonnement galactique passe en
permanence à travers le système solaire, et l'on
estime que 200 000 tonnes d'antimatière traverse
l'héliosphère tous les ans51.
La densité d'antiprotons est plus élevée au niveau
des magnétosphères planétaires. Par exemple
autour de la Terre, il y a une ceinture d'antiprotons
avec une zone mille fois plus dense que le
rayonnement cosmique ambiant52. Les antiprotons

51 De nombreuses données sont issues d'un article très complet du


Draper Laboratory : Extraction of antiparticles concentrated in
planetary magnetic fields, 77 pages, 2006.
52 Analyse de résultats du détecteur PAMELA embarqué sur un

295
cosmiques sont piégés, et, de plus, d'autres sont
directement créés par l'interaction des rayons
cosmiques avec la couche supérieure de l'atmos-
phère terrestre. La ceinture d'antiprotons de la Terre
est située à plusieurs centaines de kilomètres
d'altitude dans la ceinture de Van Allen.

G. JUPITER : LA POMPE À CARBURANT DU SYSTÈME SOLAIRE

⚭ JUPITER : LA POMPE À CARBURANT

DU SYSTÈME SOLAIRE

La Terre génère un champ magnétique qui piège


en altitude des particules chargées, comme des
électrons contenus dans le vent solaire. Parfois lors
d'une déstabilisation de la magnétosphère, par
exemple suite à une éruption solaire, des particules
électriques sont relâchées au niveau des pôles et
créent de magnifiques aurores polaires. La magné-
tosphère joue le rôle d'une bouteille magnétique
géante qui emmagasine toute sorte de particules
chargée. La magnétosphère terrestre est soumise à
un flux d'environ 4 grammes d'antiprotons par an.
Mais ce sont principalement les grandes planètes
gazeuses, et, sans conteste, la gigantesque
magnétosphère de Jupiter qui pourrait contenir la
plus grande quantité d'antimatière avec un flux
estimé à 9 kg par an.

satellite en orbite terrestre : The discovery of geomagnetically


trapped cosmic ray antiprotons, 2011.

296
Une représentation de la ceinture d'antiprotons présente
autour de la Terre. Ici, un antiproton qui se déplace à
70 % de la vitesse de la lumière. Le champ magnétique
terrestre courbe sa trajectoire et l'emprisonne à l'aide de
trois types de mouvements conjugués : le plus rapide, une
rotation cyclotron qui lui fait faire des petits cercles, puis,
une oscillation d'aller-retours entre les pôles, et
finalement, une dérive, plus lente, qui lui fait faire le tour
de la Terre.

Des satellites pourraient collecter et stocker cette


antimatière. Les vaisseaux feraient alors le plein de
carburant au niveau de Jupiter avant de partir vers
les étoiles.

H. LE STOCKAGE DE L'ANTIMATIÈRE

297
⚭ LE STOCKAGE DE L'ANTIMATIÈRE

On sait actuellement stocker des antiprotons


pendant plus d'un an. La température est
maintenue en dessous d'un Kelvin et les mesures des
caractéristiques de l'antiproton sont extrêmement
précises53. Néanmoins, les quantités sont très faibles
et la masse du piège est très grande par rapport à
la masse d'antimatière stockée.

Piège de Penning. La combinaison d'un champ


magnétique et d'un champ électrique permet de piéger
des particules chargées au laboratoire.

L'idéal serait de stocker l'antimatière à l'échelle


microscopique. L'antimatière ainsi piégée et confi-
53 Expérience BASE à Genève : A parts-per-billion measurement of
the antiproton magnetic moment, revue Nature, 2017.

298
née à l'échelle atomique ou moléculaire pourrait
alors être stockée comme la matière. Nous aurions
un usage souple et polyvalent de ce nouveau
carburant, autant pour les voyages spatiaux que
dans notre quotidien. Par exemple, une voiture
pourrait faire le tour de la Terre avec un seul plein de
quelques milligrammes d'antimatière. Appelons
Proximium ce carburant hypothétique du futur.
Carburant luminique qui permettrait de rejoindre les
étoiles et nous ferait entrer dans une nouvelle ère
énergétique. Ce rêve pourrait-il devenir réalité ?
Seule l'expérimentation permettra d'avancer sur
cette question. Commençons par laisser notre
imagination envisager différentes options.

1 - Des atomes exotiques où un électron serait


remplacé par un antiproton :

Cas d'atomes d'hélium et de carbone où un, ou plusieurs,


-
e ont été substitués par un p. Densité d'antimatière des
structures : 20 % et 14 %. Le premier composé, parfois
+
appelé hélium antiprotonique et noté pHe , a été
découvert par sérendipité au laboratoire japonais du KEK
en 1991, puis a été étudié au décélérateur d'antiprotons
du CERN. Normalement un antiproton est stoppé par la

299
matière et s'annihile sur un noyau en un temps de l'ordre
de la picoseconde. Dans cette expérience, où un
faisceau d’antiprotons lents rencontre une cible d'hélium
+
liquide, on obtient naturellement l'état métastable pHe
dans lequel l'antiproton piégé peut être stocké plusieurs
microsecondes54.

2 - Un atome d’anti-hydrogène ionisé avec un


positron supplémentaire, pourrait remplacer le
noyau d'un atome d’hydrogène. Deux atomes
exotiques de ce type constitueraient une molécule
de Proximium :

La densité de stockage serait dans ce cas de quasiment


100 %. Les recherches expérimentales peuvent d'abord se
concentrer sur la synthèse d'une molécule d'anti-

54 Article de HAYANO Spectroscopy of antiprotonic helium atoms and its


contribution to the fundamental physical constants, Japon, 2010.

300
proximium. Expérience plus facile à mettre en œuvre
pour une molécule qui a la même stabilité.

3 - Une molécule cage. Il existe de nombreuses


molécules cage en chimie qui permettent
l'encapsulation de molécules. Nous pouvons
imaginer une telle molécule qui contient un
antiproton comme dans un piège de Penning
microscopique. Nous avons, par exemple, les
molécules de type fullerène et les nanotubes :

Différentes structures à base de carbone. En haut à


gauche, nous avons représenté le fullerène C 60. Différents
types d'atomes ont déjà été piégés dans ces structures.
Le fullerène peut facilement être négativement ionisé et
pourrait ainsi constituer un bon piège à antiprotons. En
bas à droite, la même structure en utilisant un modèle qui
montre les sphères d'influence électrostatique des
nuages électroniques. En diagonal, un nanotube avec 4
antiprotons confinés.

301
Et ainsi de suite... Nous pouvons pour commencer
mesurer la durée de vie de telles structures, et peut-
être un jour aurons-nous la bonne surprise d'en
trouver une stable. La recherche scientifique permet
de tester de multiples combinaisons. Le jeu en vaut
la chandelle car même si nous ne trouvons pas ce
que l'on cherche, nous aurons beaucoup appris sur
la matière.
Les scientifiques ont déjà étudié différents atomes
exotiques. Nous avons créé et étudié des atomes
d'anti-hydrogène qui se sont révélés stables. Un
autre dérivé de l'hydrogène, le positronium,
constitué d'un électron et d'un positron qui tourne
l'un autour de l'autre, a une stabilité de 100
nanosecondes. Le muonium, lui, remplace le noyau
d'un atome d'hydrogène par un muon, la stabilité
est de 2 microsecondes.

La stabilité peut aussi dépendre du contexte. Par


exemple, un neutron au sein du noyau d'un atome
est stable, alors qu'à l'état libre, isolé, le neutron a
une durée de vie de seulement 10 minutes.

302
I. CONCLUSION

⚭ CONCLUSION

En apprenant à maîtriser l'antimatière nous pourrions


rejoindre les premières étoiles en 50 ans et explorer
de proche en proche l'ensemble de la galaxie en
quelques millions d'années. Ce type de vaisseau
pourrait être habité et doublerait rapidement les
vaisseaux ensemenceurs précédemment envoyés.
Les deux scénarios méritent d'être développés en
parallèle sur les prochaines décennies.
Elon Musk projette une colonie sur Mars d'un million
d'humains pour 2050 et une autonomisation
progressive. Sont aussi prévues des microsondes
pour Proxima propulsées par des lasers géants
placés sur Terre.
Souvent pour les voyages interstellaires la fission ou la
fusion nucléaire sont proposées comme source
d'énergie et l'antimatière est peu envisagée. Le but
de cette conférence est de montrer l'important
potentiel de l'antimatière comme élément clef pour
le futur.

303
9
J. Exercices

Exercices
1. ▲△△ Chiffres

Retrouvez les chiffres de la conférence :


• Une sonde va à 61 000 km/h vers une étoile à
4 a.l. Retrouvez-vous 70 000 ans de voyage ?
• La consommation mondiale d'énergie est
estimée en 2020 à 15 000 Mtep. Le tep (tonne
équivalent pétrole) vaut 42 GJ. Montrez que
cette énergie est équivalente à l'énergie
libérée par l’annihilation de 3,5 tonnes
d'antimatière.
• En utilisant les données du tableau page 34
de l'article Extraction of antiparticles
concentrated in planetary magnetic fields
retrouvez les 200 000 tonnes d'antimatière qui
traverse l'héliosphère chaque année. Par
exemple, pour Jupiter le flux est de 9,1 kg
d'antiprotons pour une section efficace d'un
rayon de 45 RJ (zone d'influence de la
magnétosphère jovienne avec RJ le rayon de
Jupiter). Le rayon efficace du Soleil est pris à
l'héliopause, limite de la zone d'influence du
champ magnétique solaire. Si maintenant
l'on prend le flux interstellaire du rayonnement
cosmique, externe à l'héliosphère, évaluez à
combien s'élève le flux d'antimatière en
utilisant la courbe qui suit. Corr. p441.

305
306
Sur des périodes importantes, de plusieurs milliers
d'années, les étoiles ne peuvent plus être considérées
fixes les unes par rapport aux autres. Les trois étoiles du
système Alpha Centauri seront au plus proche dans
25 000 ans à trois années-lumière.

307
308
2. ▲△△ Évolution de la distance des étoiles

Dans la conférence la distance Soleil-Proxima du


Centaure est fixée à 4 années-lumière. Pour des
voyages rapides les étoiles peuvent être considérées
fixes, mais pour des voyages lents de plus de 10 000
ans les variations de distances ne sont plus
négligeables. Nous avons placé la courbe dans les
pages précédentes. Montrez que les sondes
Voyager 1 et 2 ne pourraient pas rejoindre Proxima
du Centaure. Quelle devrait être la vitesse minimale
des sondes ? Quelle vitesse doit avoir une sonde
pour rejoindre le système Alpha Centauri lorsqu'il est
au plus proche ?
Corr. p442.

3. ▲▲▲ Effet de fronde

Nous considérons le passage de Voyager 1 au


niveau de Jupiter.
a - Avec une vitesse initiale de 12,6 km/s pour la
sonde et une vitesse jovienne de 12,8 km/s, trouver
la variation de vitesse de Voyager 1 (vitesses
héliocentriques). Les mouvements sont supposés
coplanaires et la trajectoire de Jupiter dans le
référentiel héliocentrique circulaire. Vous estimerez
les angles nécessaires à l'aide de la courbe page
précédente.
Aide : il n'est pas facile de visualiser les asymptotes,
trajectoires à grande distance de la sonde, la vue est
trop rapprochée. Deux indications : l'angle intérieur entre

309
les deux asymptotes de l'hyperbole est de 82° et le
paramètre d'impact b vaut 13 RJ (b : distance entre le
barycentre de Jupiter et les asymptotes  RJ : rayon de
Jupiter).
Définition des angles : α i=(^ v i ) et α f =(^
v⃗J ,−⃗ v⃗f , v⃗J ).

b - Évaluez sur le graphique de la NASA la vitesse


maximale de la sonde au périastre. Le résultat
correspond-il au pic sur la courbe page 283 ?
Estimez la vitesse de la sonde 38 heures après son
passage au périastre. En déduire, par le calcul, la
vitesse de la sonde à l'infini. Évaluer la distance
minimale d'approche de Voyager, et, en déduire
par le calcul le paramètre d'impact b de la sonde.
Aide : Pour un système isolé, dans un référentiel galiléen, il
y a conservation de l'énergie mécanique et du moment
cinétique.

c - Paramètres de la conique.
Trouvez le paramètre p de la conique, l’excentricité
e et la déviation D.

Aides : La résolution générale du problème de Kepler


permet d'obtenir l'équation polaire d'une conique
(hyperbole, parabole et ellipse) :
2
p L
r= p= α=G m M
1+e cos θ αm
Origine du repère : centre de masse de Jupiter. Origine
des angles : axe principal de l'hyperbole.
p : paramètre de la conique.
e : excentricité. L : moment cinétique de la sonde.
M=MJ=1,90.1027 kg. m : masse de la sonde.
Distance Soleil-Jupiter : 800.106 km. MS=2.1030 kg.

310
d - Nous voulons augmenter l'effet de fronde.
• Tout restant égal par ailleurs, pour quelle valeur de
αf nous obtenons une vf maximale ? Déterminez la
Δv correspondante. Si la sonde quittait ensuite
directement le système solaire, quelle serait sa
vitesse interstellaire ?
• La trajectoire de la sonde depuis la Terre est
considérée correspondre à une orbite du type
ellipse de transfert d'Hohmann.
Que vaut le demi-grand axe a de cette ellipse ?

Nous pouvons aussi retrouver l'angle d'approche.


Comment pourrions-nous augmenter la vitesse
interstellaire de la sonde ? Nous devons ne pas trop
nous approcher de Jupiter. Le rayon équatorial de
Jupiter vaut 71 492 km et une altitude de 1 000 km
place la sonde au plus près, dans une atmosphère
suffisamment tenue pour que son influence puisse
être négligée.

311
Aides : Énergie mécanique pour une conique :
2
b
Em= α (e −1) . Em=− α
2
Ellipse : et p=
2p 2a a
• Expliquer pourquoi Mars ne permet pas d'avoir un
effet de fronde conséquent malgré sa vitesse
orbitale importante.

• Retrouvez les caractéristiques du profil de vitesse


de Voyager 1 en enchaînant les deux frondes
(Jupiter puis Saturne). On peut utiliser un tableur
pour un calcul systématique pour n frondes.
Conservation du moment cinétique et de l'énergie
mécanique entre chaque fronde, propriétés de
l'hyperbole au moment de la fronde.

• Modélisez la succession des quatre frondes de


Jupiter à Neptune. Montrez que l'on peut ainsi
obtenir, en optimisant les effets successifs, une
vitesse interstellaire de 100 000 km/h (sur le principe
des sondes Voyager et en n'utilisant que l'assistance
gravitationnelle). Montrez qu'en donnant, au niveau
de l'orbite terrestre, un surplus de vitesse de 4,8 km/s
à l'aide d'ergols, la sonde atteint une vitesse
interstellaire supérieure à 137 000 km/h.

• Globalement, l'ensemble des planètes effectuent


leur révolution autour du Soleil dans un même plan,
appelé plan de l’écliptique. Dans notre modèle
pour la succession des frondes, la sonde sort donc
du système solaire selon ce plan. Or la majeure
partie des étoiles sont hors de ce plan. Par exemple,
au plus proche, dans 25 000 ans, l'étoile Proxima sera

312
située 39° en dessous du plan de l'écliptique55. La
vitesse donnée par l’assistance gravitationnelle a
une valeur mais aussi une direction spécifique. La
direction de la vitesse est tout aussi importante que
sa valeur : à quoi bon aller vite si ce n'est pas vers le
bon endroit. Avez-vous une solution à proposer pour
avoir une vitesse correctement dirigée sans utiliser
d'énormes quantités de propergols ?

• La sonde à l'issue de son voyage de 25 000 ans


survol le système stellaire d'Alpha Centauri.
Comment faudrait-il procéder pour ralentir la sonde
afin qu'elle soit piégée par le système stellaire ?
Faut-il prévoir à cet effet des réserves de propergol
supplémentaires ?

Corr. p442.

 ▲▲▲▲ Simulations numériques des frondes

Les simulations vont permettre de retrouver les


résultats établis dans l'exercice précédent à l'aide
des formules de Kepler. Aussi, les simulations donnent
une grande liberté et aident à envisager nombre de
situations. La contrepartie est la puissance de calcul
nécessaire. Nous utiliserons celle d'un ordinateur
personnel. Cela sera suffisant pour une première
approche et pour expliquer les principes de base.

55 Calculs dans l'exercice Mouvement des étoiles page 322.


Coordonnées écliptiques actuelles des étoiles :
[Link]/cgi-bin/Tools/convcoord/[Link].
Souvent seules les coordonnées équatoriales sont données, toutes les
conversions sur ce site.

313
Nous allons étudier le problème de N corps en
interaction gravitationnelle. La modélisation est très
ambitieuse et le temps de calcul peut être très long :
le nombre d'interactions évolue en N factoriel et à
partir de N=3 nous pouvons avoir des régimes
chaotiques. Chaque corps possède 6 degrés de
liberté, trois pour la position et trois pour les
composantes de la vitesse. Nous allons, donc,
simplifier avec un ensemble d'hypothèses raison-
nables.
Pour les sondes Voyager les mouvements vont être
considérés dans un même plan : en effet, c'est une
réalité, globalement l'ensemble des planètes
orbitent dans le plan de l'écliptique, de plus, on
montre que le mouvement à deux corps se fait dans
un plan.
Nous considérerons le Soleil fixe. On a ainsi un corps
de moins à considérer. Le référentiel héliocentrique
est alors galiléen. Pas besoin de considérer le centre
de masse du système solaire et le référentiel de
Copernic, car la masse du Soleil est très grande
devant celles des autres astres.
Nous ne considérerons pas les forces entre les
planètes. Toujours pour simplifier les équations,
diminuer le nombre de relations, et le temps de
calcul. Seul le Soleil exerce sa force sur une planète.
Seule la sonde reste connectée à l'ensemble des
astres.

Les équations du mouvement de Newton donnent


un système d'équations différentielles couplées :

314
d⃗
O Mi d⃗
vi ⃗
Mi M j
= v⃗i et =∑ Gm j 3
dt dt j≠i rij
Pour chaque corps, nous avons deux équations
différentielles vectorielles d'ordre un. Pour un
mouvement 2D, nous avons quatre variables par
corps : xi, yi, vxi et vyi. Finalement, pour la sonde et les
quatre géantes gazeuses cela fait 20 équations.
C'est déjà pas mal.
Le principe de la résolution numérique est simple,
c'est une méthode pas à pas. Nous avons les
conditions initiales à t=0, positions et vitesses de tous
corps. Après un petit intervalle de temps Δt, nous
évaluons les nouvelles vitesses et positions grâce aux
équations différentielles. Nous passons ainsi, de
proche en proche, de tn à tn+1 :

xi ,n+1=x i , n + v x , i , n Δ t , ... ,
v x ,i ,n+1=v x ,i ,n + F x ,i (x j ,n , y j , n ) Δ t , ... .
C'est la méthode d'Euler. Nous étudierons ensuite la
méthode de Runge-Kutta bien plus précise.
Mécaniquement, comme les sucres tombent l'un
après l'autre, nous avançons causalement d'une
étape à l'autre. À chaque pas, nous faisons une
petite erreur locale qui s'accumule à celle du pas
précédent. Nous prendrons un pas suffisamment
petit pour pouvoir convenablement linéariser
chaque segment et minimiser l'erreur globale.
N'étant pas mathématiciens, nous nous conten-
terons dans cet exercice d'initiation, de contrôler en
bons physiciens, la conservation de l'énergie méca-

315
nique et du moment cinétique.
Nous utiliserons un tableur. Nul besoin de télécharger
un logiciel de programmation particulier, une feuille
de calcul suffira.
Commençons par nous entraîner sur des modèles
simples pour lesquels les solutions analytiques sont
connues.

1 - Révolution de la Terre autour du Soleil :


Prenons comme conditions initiales la Terre à son
périhélie : rmin=147 098 074 km et vmax=30 287 m/s.
Masse du Soleil : MS=1,9891.1030 kg.
Constante de gravitation : G=6,6743.10-11 N.m2/kg2.
a- Lois de Kepler : Les données précédentes
proviennent de Wikipédia. Déterminez, à partir de
celles-ci, le paramètre p de la conique, l'excentricité
e, rmax, vmin, le demi-grand axe a et la période T.
b- Première simulation avec un pas h=1 jour.
Obtenez-vous une simulation satisfaisante sur une
révolution ? Quel est le pourcentage d'erreur sur le
rayon après un tour ? Comment évolue ce pourcen-
tage pour h/2, h/4 et h/8 ?
Retrouvez-vous les bonnes valeurs pour la période
de révolution et les valeurs à l'aphélie ?
Ne serait-ce que sur le premier pas de t=0 à t=h,
constatez-vous une anomalie ?
Comment l'expliquer ?
Nous avons calculé les valeurs à tn+1 à partir de
celles à tn. Par exemple, la vitesse vx, n+1 est calculée
avec vx, n, x n ,et y n . Sur le même principe, la position
xn+1 est calculée avec vx, n et x n . Mais il serait aussi
tout à fait possible de déterminer les positions x n+1 et

316
y n+1 avec les vitesses au rang n+1. En effet, ce n'est
pas plus faux de prendre la vitesse en fin d'intervalle
qu'en début. Faites à nouveau tourner la simulation
pour h=1 jour avec cette modification pour le calcul
des positions. Trouvez-vous maintenant de meilleures
estimations pour la période et l'aphélie ? Que vaut
alors l'erreur globale pour le rayon après une
révolution ? Que vaut la variation d'énergie méca-
nique sur 365 jours ? Conclusion.

2 - Méthode de Runge-Kutta d'ordre 4 (RK4) :


L'erreur globale avec la méthode d'Euler était de
l'ordre de h, avec la méthode du point milieu selon
h2, et avec RK4 en h4. Certes le calcul pour une
étape sera un peu plus long, mais le temps total de
calcul pour la même erreur globale sera
immensément plus court. Plutôt que de n'utiliser
qu'une seule pente, celle en début d'intervalle,
comme pour la méthode d'Euler, nous utiliserons
quatre pentes judicieusement réparties et pondé-
rées sur l'intervalle.
Nous donnons le schéma de Runge-Kutta général
pour deux degrés de liberté, et nous vous laisserons
généraliser. Les degrés de liberté sont nommés X et
Y. Par exemple, en physique, pour un mouvement à
un corps selon une direction, nous aurions X=x et
Y=vx.
X(t) et Y(t) obéissent aux équations différentielles
suivantes :
dX dY
=A ( X ,Y ) et =B( X ,Y )
dt dt
Avec les conditions initiales X(0) et Y(0) connues.

317
Nous déterminons les valeurs Xn+1 et Yn+1 à partir de
celles du rang précédent Xn et Yn sur l'intervalle
[nh, (n+1)h] avec la méthode itérative qui suit. Pour
chaque degré de liberté nous avons quatre pentes
à calculer. Par exemple, pour X, A 1 correspond à la
pente en début d'intervalle, A2 et A3 sont des
estimations de la pente en milieu d'intervalle, et A 4
une estimation en fin d'intervalle :

A1 = A( X n , Y n ) B 1=B( X n ,Y n )

h h
A2 = A( X n + A 1, Y n + B1 )
2 2

h h
B 2=B( X n + A 1, Y n + B1 )
2 2
h h
A3 = A( X n + A 2, Y n + B2)
2 2

h h
B 3=B( X n + A 2, Y n + B 2)
2 2

A4 = A ( X n +h A 3, Y n +h B3 )

B 4 =B( X n +h A 3, Y n +h B3 )

h
X n+1= X n + ( A1 +2 A2 +2 A3 + A 4 )
6
h
Y n+1 =Y n + (B1 +2 B 2 +2 B3 + B4 )
6
Nous reprenons le cas de la révolution de la Terre
autour du Soleil avec cette méthode.

318
a- Établir le schéma de RK4 pour résoudre ce
problème : définir les variables, écrire les équations
différentielles d'ordre 1 en nommant les fonctions et
nommer les pentes.
b- Lancer le calcul numérique pour un pas
d'un jour et comparer la précision de la méthode
avec les simulations précédentes.
La méthode RK4 sera maintenant la méthode
privilégiée.

3 - Voyager 1 : Établir le schéma de Runge-Kutta (ici,


nous avons 48 pentes à calculer pour chaque
itération). Retrouver les caractéristiques du profil de
vitesse, les distances d'approche et vérifier les
valeurs et la conservation de l'énergie mécanique
et du moment cinétique entre deux frondes.
Il sera nécessaire d'adapter le pas au moment des
frondes, car la courbure est alors importante. Le
mouvement est plan et sur chaque pas vous pouvez
calculer la variation angulaire sur le cercle
osculateur pour contrôler un bon suivi de la
trajectoire.

4 - Projet Voyager 3 : retrouver le profil de vitesse.


L'ajustement des conditions initiales pour enchaîner
parfaitement les quatre frondes peut être fastidieux.
Il peut être judicieux de procéder comme dans la
réalité, avec, par exemple, l'utilisation d'un peu
d'ergol pour une correction de trajectoire au
périastre d'Uranus (dépense énergétique minimale :
survol propulsé et Effet Oberth).
Corr. p458.

319
5. ▲▲△ Calcul des masses de propergols

Il s'agit de retrouver toutes les valeurs données


pendant la conférence.
1 - Vous êtes de sortie pour quelques réparations à
l'extérieur de votre station spatiale. Mais une petite
perte d'attention et vous voilà détaché de votre filin
dérivant librement dans l'espace votre clef à
molette à la main. Vous vous éloignez lentement de
la station. Comment pourriez-vous revenir à la
station ? En lançant la clef à molette d'un kilo de
toutes vos forces celle-ci peut atteindre une vitesse
de 36 km/h. Votre masse, combinaison incluse, est
de 100 kg. Quelle sera votre vitesse après le lancer ?
Quelle grandeur est conservée avant et après ?
L'énergie est-elle une grandeur qui se conserve ?
L'énergie cinétique acquise pas la clef est-elle la
même que la vôtre ?
2 - Reprendre le calcul pour une fusée. Dans ce cas
la masse varie eu cours du temps et il faut intégrer.
La vitesse d'éjection des gaz est considérée
constante. Montrer comment la formule s'adapte
pour l'antimatière.
3 - Dans le cas relativiste de Voyage pour Proxima,
calculez, pour une fusée photonique idéale, les
masses d'antimatières pour un aller et un aller-retour.
Durée de l'aller : 3 années de temps propre.
Accélération constante : 1 g.
4 - Calculez la masse de propergols nécessaires pour
le Projet Voyager 3.
Correction p473.

320
6. ▲△△ Alignements des planètes

Pour les frondes, les planètes doivent avoir des


positions relatives particulières. Nous pouvons utiliser
les alignements comme repères. Par exemple, pour
une fronde au niveau de Jupiter après un départ
depuis la Terre, nous commençons par chercher les
dates d'alignement Soleil-Terre-Jupiter. Les aligne-
ments recherchés sont approximatifs. Les aligne-
ments parfaits sont très rares ou inexistants. Par
exemple, l'alignement global de la Terre avec la
Lune et le Soleil, a lieu toutes les demi-lunaisons. Par
contre, les alignements exacts ne se produisent
qu'aux moments des éclipses.
Nous considérons les trajectoires circulaires et
coplanaires. Périodes de révolution des géantes
gazeuses :
T Jupiter ≃11,86 ans T Saturne≃29,44 ans

T Uranus ≃84,05 ans T Neptune≃164,86 ans


1 - Montrez que deux planètes A et B se retrouvent
alignés selon la période :
T ATB
T AB =
T B −T A
où B est plus éloignée du Soleil que A. TAB est la
période synodique.
2 - Déterminez la période synodique Terre-Jupiter et
la prochaine date d'alignement en vous aidant des
éphémérides56.

56 Institut de Mécanique Céleste et de Calcul des Éphémérides de


l'Obs. de Paris / CNRS : [Link]/webservices/miriade/?forms

321
3 - Déterminez une date pour l'alignement Terre-
Jupiter-Saturne.
4 - Sur quelle périodicité a lieu l'alignement des
quatre géantes gazeuses avec la Terre ?

Corr. p477.

7. ▲△△ Mouvement des étoiles

Pour un voyage rapide vers les étoiles voisines nous


pouvons les considérer fixes. Dans le cas du voyage
lent sur 25 000 ans, nous devons anticiper le
mouvement de l'étoile pour lancer la sonde dans la
direction où elle sera au moment de l'arrivée. La
vitesse d'une étoile est décomposée en ses parties
transversales et radiale. Les composantes trans-
versales sont connues avec une bonne résolution
grâce au satellite Hipparcos, et maintenant, avec le
satellite Gaia, encore plus précis, qui a pris le relais
en 2013. Le spectromètre de Gaia permet, par
méthode Doppler, d'améliorer la précision sur la
partie radiale.
1 - Détermination de la vitesse d'une étoile :
Les tables donnent la distance actuelle d0 de l'étoile,
le mouvement apparent μ, et, la vitesse radiale vr.
Le mouvement apparent indique le déplacement
angulaire par unité de temps. Cette variation
angulaire est elle-même décomposée en deux
composantes orthogonales, selon la longitude et la

Form. : p:Earth, p:Jupiter / Héliocentrique / Coordonnées écliptiques.

322
latitude en coordonnées équatoriales : μα et μδ.
α : ascension droite / δ : déclinaison
unités : millièmes de secondes d'arc par an

Proxima Centauri :

d0 vr 0 μα 0 μδ 0 α0 δ0
(al) (km/s) (mas/an) (mas/an)

4,244 -22,2 -3781,3 769,8 14h29'43'' -62°40'46''

Déterminez μ, les vitesses tangentielles vtα, vtδ, vt, et la


vitesse v de l'étoile Proxima Centauri.
Quelles seront les coordonnées équatoriales de
Proxima dans un siècle ?

2 - ▲▲ Approximation linéaire du mouvement :

57 The Close Approach of Stars in the Solar Neighbourhood, Matthews,


1993. Close encounters of the stellar kind, Bailer-Jones, 2014.

323
a- Déterminez la distance d de l'étoile au Soleil en
fonction du temps.
b- Déterminez la distance minimale d'approche
dm et la date tm correspondante.
c- Quelles sont les coordonnées de l'étoile à la
distance minimale d'approche ?

Évolution de la distance des étoiles

Trois étoiles qui peuvent être rejointes en moins de 50 000


ans par une sonde qui utilise l'assistance gravitationnelle.

324
Vitesses radiales et tangentielles
de Proxima Centauri

Le mouvement d'une étoile est rectiligne et sa vitesse v


est constante. Par contre, ses trois composantes,
normales entre elles, varient au cours du temps. Au plus
proche, la vitesse radiale s'annule et la vitesse
2 2
tangentielle est maximale : v t =√ v α + v δ . En des temps
infinis, la vitesse devient purement radiale et les
composantes tangentielles tendent vers zéro.

325
Mouvements propres de Proxima Centauri

Mouvement propre d'une étoile pour un observateur


terrestre. Nous avons les variations angulaires annuelles
sur la sphère céleste en coordonnées équatoriales de la
position d'une étoile. Ces mouvements propres ne sont
pas constants et varient au cours des millénaires. Les
étoiles lointaines peuvent être considérées fixes et plus
elles sont proches de notre Soleil plus leur mouvement
devient apparent.
Une seconde d'arc = un 3600ièm de degré.

326
327
La position des étoiles en coordonnées écliptiques
au moment où le vaisseau aura rejoint le système
stellaire distant. 13 étoiles à moins de 100 000 ans et
40 km/s.

Correction p478.

328
8. ▲▲△ Une paire de trous noirs primordiaux
peut-elle être utilisée comme porte des étoiles ?

Des chercheurs expliquent dans un article de 201958


comment l'existence de trous noirs primordiaux au-
delà de l'orbite de Neptune permettrait d'expliquer,
à la fois, les anomalies d'orbites observées pour les
objets transneptuniens, et, les excès d'effet de micro-
lentilles gravitationnelles observés par l'expérience
OGLE59. Les trous noirs primordiaux (TNP) auraient été
créés dans les premiers moments du Big-bang. Ils
pourraient expliquer l'origine des sursauts gamma et
une partie de la matière noire. Ces petits trous noirs
n'ont pas encore été observés, ils seraient de la taille
d'un poing et de quelques masses terrestres.
Dans cet exercice nous supposons l'existence de tels
trous noirs au-delà de Neptune, et nous imaginons
qu'ils forment parfois des paires en rotation rapide
autour de leur barycentre.
Données caractéristiques des TNP : Rayon R=4,5 cm.
Masse M=5 MT. Distance au Soleil D=300 ua.
1 - Montrez comment une telle paire de trous noirs
primordiaux permettrait d’atteindre des vitesses
vertigineuses par assistance gravitationnelle.
Pourrions-nous, à partir de là, rejoindre Proxima en
moins de 50 ans ?
2 - Au plus près des trous noirs primordiaux les forces
de marée augmentent. Une mission habitée serait-
elle viable ? Corr. p485.

58 What if Planet 9 is a Primordial Black Hole? J. Scholtz et J. Unwin.


59 Optical Gravitational Lensing Experiment est un projet d'astronomie
polonais basé à l'Université de Varsovie.

329
9. ▲▲△ Collisions d'antiprotons

1 - Dans un accélérateur de particules quelle doit


être la vitesse minimale des protons incidents sur une
cible hydrogénée pour créer une paire p p ?
Masse d'un proton : 938 MeV/c2.
2 - La même chose peut se produire avec un
antiproton qui entre en collision avec un proton. Les
antiprotons du rayonnement cosmique ont-ils des
énergies cinétiques suffisantes pour créer des
paires ? La quantité de protons cosmiques est bien
supérieure à celle des antiprotons. Pourrions-nous
obtenir un flux conséquent d'p à l'aide de p
énergétique ?
Données page 7 de "The discovery of geomagne-
tically..." et page 13 de "Extraction of particles..." : il y a
environ 10 000 fois plus de protons que d'antiprotons sur
cette gamme d'énergie.
Corr. p488.

10. ▲▲△ Le mouvement hélicoïdal


Cette étude cinématique et géométrique nous aidera à
interpréter la dynamique de l'antiproton dans le champ
magnétique terrestre.

Équations paramétriques de la trajectoire en


coordonnées cartésiennes pour un mouvement
hélicoïdal uniforme :

x (t )=r cos ω t

{ y (t )=r sin ω t
z ( t )=v z t
r =cste>0 ω=cste v z =cste

330
1 - Écrire les équations en coordonnées cylindriques.

2 - Déterminer les composantes de la vitesse ⃗


v et de
l'accélération ⃗
a.
dv
3 - Calcul de v, a, et du rayon de courbure R.
dt
4 - Lien entre R, le rayon r
de la vis et le pas p de la
vis (|Δ z| sur un tour).

5 - Calcul de la longueur l
parcourue par la particule
sur un tour en fonction de :
r et p, puis de, v et v┴, et
finalement, de R et α
(angle entre ⃗v et l'horizon-
tale).
Correction p489.

11. ▲▲▲ La magnétosphère

Les lignes de champs de la magnétosphère terrestre


sont analogues à celle d'un aimant droit géant
avec son pôle magnétique Sud à proximité du pôle
géographique Nord.

1 - Montrer que dans un champ magnétique la


vitesse d'une particule est constante.
d ⃗p d m γ ⃗v
Aide : En mécanique relativiste ⃗f = = et nous
dt dt
avons, ici, la force de Lorentz ⃗f =q( ⃗
E+⃗v ∧⃗B).
dE
Pour l'aspect énergétique ⃗f⋅⃗v = avec E=T +mc .
2
dt

331
2 - Donnez la trajectoire d'une particule chargée
dans un champ magnétique uniforme.

3 - Donnez l'allure des lignes de champs d'un dipôle


magnétique. Caractéristiques et composantes du
champ magnétique d'un dipôle en coordonnées
sphériques.

4 - Montrez l'effet de miroir sur l'exemple d'un tube


de champs qui se resserre.

5 - Montrez le phénomène de dérive dans le cas


simple de deux zones avec des champs
magnétiques uniformes d'intensités différentes.

6 - Antiproton piégé : Nous allons réaliser une simu-


lation numérique avec la méthode de Runge-Kutta
d'ordre 4 (méthode décrite page 313).
a- Établir l'expression des composantes du
champ magnétique d'un dipôle en coordonnées
cartésiennes.
b- Donner les équations du mouvement
d'une particule chargé dans un champ
magnétique.
c- Écrire le schéma RK4.
d- Réaliser la simulation numérique. Sur un
tableur ça peut être trop gourmand en calcul. Nous
avons dans ce cas préféré programmer en php et
effectuer les calculs sur serveur.

Corr. p490.

332
12. ▲▲▲ Piège de Penning

Ce piège à particules chargées, conçu en 1936,


utilise un champ électrique quadripolaire et un
champ magnétique uniforme. Les pièges de
Penning sont couramment utilisés au CERN pour
stocker des antiprotons. Le champ électrique est
créé par un ensemble d'électrodes qui épousent les
équipotentielles en forme d'hyperboloïde du
quadripôle. Le champ magnétique globalement
uniforme dans la zone de stockage est celui créé à
l'intérieur d'un solénoïde.

1 - Expression du champ électrique :


U0

E= 2 (−x ⃗i − y ⃗j +2 z ⃗
k)
r0
Montrez que ⃗E dérive d'un potentiel que l'on
déterminera.

2 - Démontrez que l'origine O est une position


d'équilibre. Discutez de la stabilité selon l'axe (Oz)
puis selon le plan (Oxy). Calculez la pulsation ωz des
oscillations selon Oz.

3 - Pour stabiliser la trajectoire de l'antiproton nous


superposons un champ magnétique uniforme :
B=B0 ⃗k

a - Le mouvement selon (Oz) est-il modifié ?
b - Selon (xOy) : montrez que l'antiproton est
piégé si B0 est supérieur à une valeur critique B c à
déterminer (pour cela établir l'équation différentielle
2
vérifiée par ρ=x+ j y , j =−1, on pose ω c=e B0 /m).

333
c - Résoudre et mettre en évidence deux
pulsations ωc' et ωm (pulsation magnétron).
Applications numériques : U0=9,3 V, r0=29,1 cm,
-19 -27
B0=0,55 T, e=1,6.10 C, mp=1,67.10 kg.

d - Tracez l'allure de la trajectoire.

4 - Cage microscopique : Pourrions-nous créer un


piège de Penning à l'échelle microscopique ? Nous
allons proposer un modèle pour tenter de donner
des éléments de réponse. Pour le champ électrique
quadripolaire nous pouvons utiliser des cations et
des anions. Pour le champ magnétique nous avons
des atomes paramagnétiques qui possèdent un
moment magnétique permanent (le fer en est un
exemple parmi tant d'autres). Prenons six atomes
disposés selon une bipyramide à base carré. Les
deux atomes aux sommets ont une charge 2⊝ et un
moment magnétique élémentaire μB. Les quatre
atomes de la base sont des cations de charge
élémentaire ⊕.

Données (ordre de grandeurs habituels) :


Arêtes de l'octaèdre régulier égales à a=100 pm.
Charge élémentaire e=1,6.10-19 C. ε0=8,85.10 -12 C2.m-2.N-1.
Moment magnétique élémentaire : celui créé par un
électron classique qui tourne dans un atome
d'hydrogène, appelé magnéton de Bohr :
μB=9,27.10-24A.m2. Tous les moments magnétiques
atomiques valent quelques magnétons élémentaires
(moments orbitaux et de spin combinés).

334
Représentation d'un piège de Penning microscopique
hypothétique au sein d'un réseau cristallin ou d'une
structure moléculaire. Les atomes paramagnétiques
placés en haut et en bas créent un champ magnétique
globalement uniforme autour du centre O. Ces atomes
aux sommets de la bipyramide correspondent aux
coupelles supérieure et inférieure d'un piège de Penning
macroscopique, et les cations de la base carré, à
l'électrode latérale torique.

335
a - Montrez que cet édifice atomique n'est pas un
monopôle, ni un dipôle électrique.

b - Évaluez le champ magnétique B0 créé au


centre de la bipyramide. Vous pourrez utiliser les
expressions page 491.

2
c - Estimez le facteur U 0 /r 0.
Vous pouvez considérer l'axe Oz pour identifier les
expressions.

d - Le champ magnétique est-il suffisant pour piéger


un antiproton ? Conclusions.

Corr. p507.

X. Corrections

336
Corrections
1

double du 3-4-5.

337
XI. Références

Références
→ Relativité, A. Einstein, 1916. Vulgarisation.
Ouvrage de référence facile à lire.

→ Leçons de physique, R. Feynman, 1963. Vulgarisation.


Lecture agréable.

→ Relativité, M. Boratav, R. Kerner, 1991. La relativité


restreinte expliquée par Achille et la Tortue ! Licence.

→ Relativité restreinte. Bases et applications. C. Semay, B.


Silvestre-Brac, 2005. Ouvrage complet qui aborde les
voyages spatiaux. Niveau Licence.

→ Physique Théorique, Théorie des champs. L. Landau, E.


Lifchitz, 1949. Une référence claire et complète. Master.

→ Relativité générale. A. Barrau, J. Grain, 2011. Du sens


donné aux équations. Master.

→ Relativité et gravitation. P. Tourrenc, 1992. Profondeur


théorique et expérimentale. Master.

→ Relativité. H. Lumbroso, 1979. Une mine d'exercices de


relativité restreinte résolus. Licence.

Articles et documents dans ce dossier :


[Link]/docs/

Logiciels : Tous les logiciels utilisés sont libres et gratuits.


Traitement de texte et tableur : LibreOffice.
Graphisme : Gimp, Inkskape et Blender.
Système d'exploitation : Ubuntu.
Programmation en php sur serveur Linux.
Index

513
Index
Aberration de la lumière...............84, 101 Collision.....225, 248, 271, 294, 330, 449
Accélérateur de particules...........294, 330 Comburant.........................................282
Accélération de Coriolis.....................113 Communications interstellaires.............45
Additivité des vitesses...................67, 284 Composition des vitesses 59, 66, 101, 362
Albert Einstein.......................4, 167, 420 Condensateur.....................................253
Alembertien.......................................249 Connexion..........................................232
Alignements des planètes....................321 Conservat. de la q. de mvt...289, 358, 473
Angle d'une ligne d'univers...................42 Conservation......................................225
Angle solide.........................91, 106, 169 Conservation de l'énergie....................147
Annihilation.......................124, 225, 294 Contraction des longueurs..............12, 65
Antimatière................124, 292, 293, 320 Contravariante............................176, 200
Antiparticule......................................124 Convention d'Einstein.........................175
Antiproton..........125, 226, 294, 330, 495 Coordonnées écliptiques.............313, 328
Apesanteur..114, 158, 167, 385, 476, 488 Coordonnées équatoriales...................323
Appel au secours..................................46 Coordonnées polaires.........................233
Arche.................................................281 Coordonnées sphériques.....................169
Ariane................................................477 Coriolis..............................113, 153, 229
Ascenseur d'Einstein..........................167 Corps noir............................................93
Ascension droite.................................323 Courbure gaussienne..........................248
Assistance gravitationnelle..................282 Covariante..................................176, 200
Atome excité......................................148 Création de paires...............248, 294, 330
Aurores polaires.................................296 Cristal d'horloges..............................6, 15
Balance à atomes................................148 Critère de rigidité...............................150
Barnard................................25, 307, 482 Débit d'ergols.....................................474
Bergson Henri......................................17 Déclinaison........................................323
Big Bang................................................5 Demie-vie............................................28
Big-bang............................................329 Dérivée covariante..............................233
Biot et Savart......................................262 Détection d'exoplanètes........................98
Bord de l'Univers................................141 Développement limité...................29, 356
Bouclier......................................127, 476 Diagramme d'une collision.........271, 422
Boussole.............................................149 Diagramme de Minkowski...................36
Ceinture d'antiprotons........................295 Diagramme non-inertiel.....................396
Ceinture de Van Allen........................296 Diagrammes d'espace-temps................35
Champ électromagnétique..................252 Dilatation du temps........................11, 65
Changement de référentiel....................49 Dipôle magnétique.............................332
Chiralité...............................................78 Dirac Paul..........................................293
Choc..........................................225, 284 Disque....................................149, 244 sv
Chute libre..........158, 160, 230, 385, 487 Distance minimale d'approche............324

514
Divergence.........................................256 Flèche du temps...........................54, 457
Droite.................................137, 139, 143 Flux d'antimatière..............................305
Écliptique...................170, 312, 451, 482 Force de freinage................................267
Effet de fronde...................................457 Force de Lorentz........................228, 266
Effet de miroir....................................332 Force standard....................................223
Effet de perspective spatiotemporel......14 Forces d'inertie.......4, 113, 230, 235, 237
Effet Doppler....14, 76, 98, 131, 322, 377 Forme bilinéaire.................................175
Effet Oberth...............................319, 449 Formule de Larmor............................267
Effet Sagnac.......................................149 Formules de Kepler....................310, 312
Effets métriques.................................230 Fronde...............................................283
Ellipse..........................................99, 310 Fullerène............................................301
Ellipse de transfert d'Hohmann..........311 Fusée à antimatière............................125
Elon Musk..........................................303 Fusée photonique.......................124, 320
Émission spontanée......................96, 148 Fusion................................................292
Énergie chimique...............................292 Gaia...................................................322
Énergie d'interaction..........................267 Genre...........................................66, 186
Énergie de liaison...............................148 Géodésique.................................143, 234
Énergie de masse........................220, 292 Gradient.............................................256
Énergie nucléaire................................292 Gyromètre..........................................149
Éphémérides......................................321 Hafele et Keating..................................20
Équation d'Alembert..........................249 Héliopause.........................................280
Équation de conservation de Lagrange388 Hélium antiprotonique........................299
Équation de Lagrange.........................386 Hipparcos...........................................322
Équation de propagation.....................249 Horizon......................................121, 156
Équation de Schrödinger....................250 Horloge atomique...........................20, 29
Équation des lignes d'univers................41 Hyperbole..................................187, 310
Équations de Maxwell........................255 Hyperbole osculatrice.........................213
Équivalence masse-énergie.................219 Hyperbole tangente............................217
Ergol..................................................282 Hypersphère.......................................141
Espace vectoriel.................................173 Hypoténuse..........................................11
Espace-temps plat..............................152 Hypothèse de l'horloge...........19, 30, 112
Événement...........................................36 Impulsion...........................................220
Exolune................................................25 Intelligence artificielle........................281
Expérience des jumeaux.................17, 40 Intensité.....................................185, 192
Facteur d'échelle..................................43 Intervalle d'espace-temps.....................65
Facteur gamma.....................................11 Invariance de jauge.............................258
Faisceau homocinétique.....................254 Invariant de Lorentz.............................65
Falcon................................................477 Invariants de Lorentz..........................253
Famille libre.......................................174 Jules Verne...........................................17
Feu...................................95, 113 sv, 230 Lagrangien.................................161, 238
Fission...............................................292 Langevin..............................................17

515
Laplacien...........................................249 Paradoxe d'Olbers..............................239
Laser................................95 sv, 149, 303 Paradoxe des jumeaux..........................17
Lien de cause à effet.............................54 Période synodique..............................321
Ligne d'univers.....................................35 Pesanteur artificielle............114, 152, 167
Ligne de champ..........................263, 331 Piège de Penning....................298, 333 sv
Loi de Coulomb.................................262 Pile à radioisotope..............................280
Loi de Kepler.......................................99 Positron..............................125, 225, 293
Loi de l'astronautique.................289, 474 Positronium........................................302
Loi de Newton........4, 113, 223, 256, 431 Postulats d'Einstein................................4
Loi de probabilité...............................104 Postulats d'Euclide.............................138
Luminance...................................93, 108 Potentiels de Liénard-Wiechert..........264
Lux......................................................93 Potentiels retardés..............................268
Magnéton de Bohr .............................334 Pression de radiation................95 sv, 127
Magnétosphère...........................295, 331 Principe d'équivalence....................157 sv
Magnitude..................................102, 192 Principe de causalité.....................54, 208
Marée.........................................329, 487 Principe de l'action et de la réaction. . .266
Masse de l'Univers.............................291 Produit scalaire..................................175
Mélasse optique...................................96 Propergol...........................................282
Méthode d'Euler.................................315 Proximium.............................127, 299 sv
Méthode de Runge-Kutta...................315 Pseudo-norme....................................185
Métrique............................................135 Puissance....103, 178, 222, 224, 253, 490
Métrique de Rindler...........................159 Puissance lumineuse.............95, 108, 357
Métrique minkowskienne...................173 Puissance rayonnée............................266
Milieu interstellaire.............127, 280, 476 Quadriforce........................................221
Minkowski Hermann..................187, 228 Quadriforce de freinage......................268
Miroir.................................124, 332, 503 Quadripotentiel..................................268
Modèle planétaire de Rutherford........267 Quadrivecteur....................................173
Moment cinétique...............310, 447, 467 Quadrivecteur accélération.................212
Moteur-Fusée.....................................127 Quadrivecteur énergie-impulsion........220
Mouvement des étoiles.......................322 Quadrivitesse.....................................206
Mouvement hélicoïdal........................330 Quantique...........................250, 267, 293
Mouvement propre.............................326 Quasar...................................................5
Muon...........................................28, 302 Rapidité.............................................159
Muonium...........................................302 Rayon de courbure.............................248
Nanotube...........................................301 Rayon de Schwarzschild.....................156
Neutrino.............................................125 Rayon gamma.............................127, 225
Neutron..............................................302 Rayonnement.....................................264
Norme................................................178 Rayonnement cosmique........28, 295, 330
Ordre chronologique............................57 Rayonnement fossile...............................7
Parabole......120, 124, 310, 386, 391, 406 Redshift.............................................158
Paradoxe d'Ehrenfest..................151, 420 Référentiel accéléré............................111

516
Référentiel barycentrique......98, 248, 473 Tenseur unitaire antisymétrique..........253
Référentiel cosmologique.......................7 Théorème de la puissance cinétique....178
Référentiel d'inertie ...............................4 Théorème de Pythagore................21, 192
Référentiel galiléen.................................4 Théorème du moment cinétique.........178
Référentiel géocentrique.......................29 Tour du monde.....................................30
Référentiel stationnaire.......................247 Train à grande vitesse...........................29
Référentiel synchrone.........................246 Trans. de l'accélération. 69, 101, 113, 365
Refroidissement Doppler......................97 Transformation de Galilée....................64
Règle mobile......................................100 Transformation de Lorentz...................61
Relation de Chasles............................174 Transformation des angles....................23
Relation fond. de la dynamique...112, 222 Transformation des volumes.................22
Relativité générale en champ faible......31 Transformation du champ...........427, 432
RK4...................................................317 Triangle des accélérations...................213
Rotation spatio-temporelle...................16 Triangle des forces.............................222
Rotationnel.........................................256 Triangle des temps.........................8, 188
Satellite..............................................322 Triangle Énergie-Impulsion................221
Satellite basse altitude......................5, 29 Triangle isocèle..................................190
Saturn V.....................................127, 477 Triangle rectangle.................11, 190, 192
Scalaire de Kretschmann....................417 Trigonométrie.............................105, 446
Sérendipité.........................................299 Trigonométrie hyperbolique...............159
Simultanéité.........................................52 Troisième postulat de la rel. restreinte. .20
Singularité essentielle.........................417 Trou noir....................................156, 164
Spectre du corps noir...........................93 Trou noir primordial...........................329
Spectromètre......................................322 Unité astronomique............................283
Spin...................................................334 Unités.............................................1, 273
StarShip.............................................477 Vaisseau ensemenceur........................280
Station spatiale internationale29, 156, 487 Vaisseau générationnel.......................280
Survol propulsé..................................319 Vecteurs orthogonaux.........177, 179, 187
Symbole de Kronecker.......................176 Vitesse coordonnée............................164
Tachion..............................................208 Vitesse covariante..............................208
Teegarden..........................................482 Vitesse de la lumière dans le vide...........1
Télescope..............15, 23, 45, 51, 53, 348 Vitesse radiale....................................322
Temps propre.............................9, 19, 66 Vitesses tangentielles..........................323
Temps relatif..........................................9 Voie Lactée........................................278
Temps-lumière.......................................1 Voile....................................................95
Tenseur..............................................173 Voyage à accélération variable............476
Tenseur de courbure de Riemann201, 243 Weyl Hermann.....................................17
Tenseur métrique...............................175

517
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