1
OFFICE DE LA RECHERCHE SC lENT IFIQUEET TECHNIQUE OUTRE-MER d
-
CENTRE D'ADIOPODOUME
Laboratoire de Pédologie
ftQUELQUES EFFETS DES PLUIES SUR LA MISE EN VALEURS
DES SOLS FERRALLITIQUES ET FERRUGINEUX TROP ICAUX ft •
par
ROOSE (E.J.)
Maftre de Recherche en Pédologie à 110RSTOM.
COPYRIGHT-ORSTOM
B.P. 20 - ABIDJAN Abidjan, Mai 1972.
(CSte d'Ivoire)
J
RESUME
Un réseau de parcelles expérimentales de mesure des
précipitations, de l'érosion, du ruissellement et du drainage
oblique et vertical a été implanté d~puis 1965 entre Abidjan
(Côt~ d'Ivoire) et Ouagadougou (Haute-Volta) sous végétation
naturelle ou cultivée.
L'auteur rapporte quelques résultats concernant les
apports en éléments fertilisants par les précipitations et le plu-
vio~essivaga sous forêt et les pertes par les phénomènes d1é-
ro~ion et de drainage.
Il en tire les conséquences pour la mise en valeur des
sols ferrallitiques et ferrugineux tropicaux et en particulier
en ce qui concerne la lutte antiérosive et l'utilisation des en-
grais.
SUMMARY
On a dozen of ecological stations experimental plots
for measuring rainfall, soil losses, r~off, oblique and vertical
drainage were established since 1965 in tropical countries
between Abidjan (Ivory Coast) and Ouagadougou (Upper-Volta) under
natural and cultivated vegetation.
The author gives some data concerning the supplies of
nutrient elements by rainfall and throughfall under forest and
concerning the losses by erosion and leaching.
He concludes consequences concerning lateritic soils
management, soil and water conservation and fertilizer use.
INTRODUCTION
- Avec l'énergie solaire et les éléments fertilisants,
les eaux de pluie jouent un rôle fondamental dans la production
des cultures.
Les précipitations n'ont malheureusement pas que des
effets positifs (apports en eau et en éléments fertilisants) :
en région tropicale, elles tombent souvent avec violence en pro-
voquant des phénomènes d'érosion et en entrainant les colloïdes
et les minéraux fertilisants du sol.
Les résultats présentés ici font partie d'un vaste
programme de recherche entrepris par l'ORSTOM en collaboration
avec cinq instituts français de recherche appliquée, concernant
la migration des solides (érosion et lessivage) et des solubles
(lixiviation des éléments fertilisants et autres) en région tro-
picale.
~
x Office de la Recherche Scientifique et Technique Outre-Mer
(O.R.S.T.O.M.); Institut de Recherche sur le Caoutohouc en
Afrique (I.R.C.A.) • Institut de Recherche en Agronomie
Tropicale (I.R.A.Te~; Institut Français du Café et du Cacao
(I.F.C.C.) ; Centre Technique Forestier Tropical (C.T.F.T.)
et Institu~ Français de RGcharcho Fr~itièra Outre-Ma~
(I.F.A.C.).
Fig. 1 CARTE DE SITUATION DES STATIONS DE MESURE DE L'EROSION ET DU DRAINAGE.
80 60 20 00 ._._ ..la "40
'60
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Ouahigouyll~ ( GER ES)
Gonsé: ORSTOM-C T FT
N 1 G E ft Gampelll: CTFT-ORSTOM-
14o1------+------+---::-::J.!:::..--=:J.+---~;,:;:.:::....fI.-----.:.......H~--__1~_t_-----_1140
1RAT
Sarla: ORSTOM-IRAT
Nlangoloko: ORHO)
Ferkessédougou: 1RAT-
(ORSTOM)
,-...
J \
Korhogo: ORSTOM
12 0 '!---·""··0:- ·io--r---jr---+--~~'""---4~~=..:~--....p'<-r---=i~==----+------+""'r-----"~+-l120
Bouaké: IRAT-ORSTOM
Divo: ORSTOM-IFCC
Man: IRAT-(ORSTOM)·
Anguédédou: ORSTOM-IRCA.
Adlapodoumé: ORSTOM.
10 0 1--+- ;p;;;=--4~~~~~~-+-----.!~-_+___!t--.::,-___:_;d_---,.--..!:-_j~IOo
COT ONOU: 0 RS TO M .
l:!. Case érosion
o Case ERLO
Ù Case DV
6° 60
1
i
1
1
!i
40 40
10 0 80 40 20 00 20 40
2
CHAPITRE 1 - LE MILIEU.
======================
Les résultats présentés ici ont été obtenus en Côte
d'Ivoire et en Haute-Volta entre les 5ème et 13e degrés de la-
titude Nord et les 0 et 6e degrés de longitude Ouest à des alti-
tudes de 20 à 350 mètres.
Les climats passent du Sud au Nord :
d'une zone subéquatoriale .à tropicale humide caractérisée
par • des précipitations annuelles de 2100 à 1250 millimètres
répartis en 4 saisons;
• des températures moyennes variant peu autour de 26° cen-
tigrades,
• des humidités relatives généralement prochesde 80 % et
des évapotranspirations potentielles (TURC) de l'ordre
de 1100 à 1500 mm.
à une zone tropicale sèche caractérisée par
• des précipitations annuelles de 1200 à 600 millimètres
répartis en 2 saisons,
• des températures mensuelles moyennes variant de 25 à 33°
centigrades,
• des humidités relatives descendant en dessous de 50 %
durant les 6 mois secs et des évapotranspirations poten-
tielles très élevées (1500 à 2000 mm).
En basse Côte d'Ivoire, les précipitations journalières
peuvent dépasser 150 mm une fois chaque anrlée et 200 mm tous les
4 ou 5 ans • .A. l'occasion de ces pluies exceptionnelles on peut
enregistrer des intensités de l'ordre de 150 mm/heure pendant
dix minutes, de 80 mm/ho durant trente minutes et 60 mm/ho pen-
dant une heure (ROOSE, 1972).
En région tropicale sèche (Ouagadougou), les précipita-
tions peuvent dépasser 60 mm une fois chaque année et 92 mm tous
les 5 ans. On peut alors observer des intensités de l'ordre de
100 mm/ho pendant dix minutes, de 60 mm/ho pendant trente minutes
et de 40 mm/ho durant une heure (BRUNET-MORET, 1963).
--
En Côte- d'Ivoire les sols sont ferrallitiques. plus ou
moins désaturés, généralement remaniés ou appauvris (SEGALEN,
AUBERT, 1966). Schématiquement, ils présentent d'abord un hori-
zon (10 à 30 cm) gris ou brun foncé, humifère (0,5 à 4%)Jsableux
3
pauvre en limons, puis un horizon (30 à 60 cm) de pénétration de
la matière organique ( (1 %) rouge, brun ou jaune, plus argileux,}
bien structuré et enfin un horizon (1 à 3 m) d'argile tachetée
(rouge, ocre, blanc) bien structuré reposant sur les matériaux
d'altération de la roche qui peuvent atteindre 5 à 30 mètres
d'épaisseur. L'altération en ces régions humides et chaudes est
très profonde et très poussée : départ des bases et de la Silice,
accumulation de fer et d'alumine (gibbsite), formation de kaoli-
nite et désagrég,stion des quartz.
En Haute-Volta, les sols sont ferrugineux tropicaux :
la succession des horizons est semblable mais l'altération est
beauooup moins épaisse (climat plus sec) et un peu moins poussée
(pas de gibbsite mais restent des minéraux altérables). Les cou-
leurs sont moins vives à dominance gris, blanchâtre, jaune, beige,
rose : ces sols sont plus riches en limons et sables fins, géné-
ralement moins bien structurés et moins perméables. Les manifes-
tations d'hydromorphie temporaire en profondeur sont fréquents.
Dans ces deux types de sols il est fréquent de rencontrer des
horizons riches en graviers ferrugineux ou quartzeux en surface
et jusqu'à l'argile tachetée.
FIG.2 Pr~cipitations ,ET P (TURc) et Temperature
Moyennes Mensuelles - Adiopodoum~
Bosse Côte d'Ivoire-
Pluie (194 B à 71 ) Temperalure
ET P (Turc) (1956 à 71 ) moyenne 1948à 71
mm
Evaporation Evopo Evopo
-----11----.---I-----1f--.---+I-
drainage drainage
700 intensa Faible
o
~Iuie
600 28
500 27
400 26
300 2S
200 24
100
F M A loi ,J J A 5 o N o
Fig. 3 Pricipitations, E TP (TURC) et Température.
- Moyenne me-nsuellt2' - Ouagadougou -
- Haute - Vol ta -
Pluie 30 ans Tempé,...ature
ETP (TURC) 1953-69 moyenne (30 ans)
mm o (!.
EVAPORATION EVAPORATION
DRAINAGE
faible
33
32
31
30
29
400 28
27
300 26
2S
200
100
F t4 A M ..J A 5 o N D
CHAPITRE 2 - APPORTS PAR LES EAUX DE PLUIE.
==========================================
Nous avons réuni au tableau 1 les quantités (kg /ha/an)
d'éléments fertilisants apportés par les eaux de pluies avant et
après leur passage à travers la voûte forestière.
!Tableau 1 - Apports d'éléments fer- !Car- !
!tilisants par les pluies et le plu- Ca Mg K N P !SO~! bone!
,vio-lessivage en Côte d'Ivoire.
"-----------------,---------.;..-.--~--,;,-_-..:..!
-_:..!---=-
!Adiopodoumé (ROOSE : 1970-1972)
! pluie 2100 mm <Pluie libre!31,1! 5,7! 7,6! 33,2! 2,0!35,5! 61,3!
forêt sempervirente " 1 1 1 1 1 1 1 1
interception 10 % p 1 u~e S~US-"65 4"34 8 67 1" 51,2;~;4~,0;189,8;
! foret 1 ' ! ' ! '!
- - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - -=- - ---
!Banco (BERNHARD-REVERSAT : 1971) 1
1 pluie 2100 :mm : l , l i t ,
" forêt semper- pluie forêt<Platea~47,9"53,2. 76,0·114,8" 2,4"
"1. "t "t
v~ren e ,"l i t
8 "67,7 "230,9 "1 109,9 "
1
8 1"
t"
! ~n ercep ~on 10 % vallee ! 62, ! ! ! ! 12, 1
1
"Tiassalé
1:1
--
(MATHIEU, MONNET, 1964-1967) "
- --
1 --- --- - - ---
1 pluie 1325 :mm 1 ! 1 !
1
forêt semi-décidue <
pluie libre!13,3!
pluie sous- 14 3
forêt! , !
0,4 110,3 1
- 1 1,31 24 ,41 - 1
!-I-!-··--_...... - - - 1 - 1 - 1 - - - ' 1
,Korhogo (MATHIEU, MONNET, 1967-1970), 1
" pluie 1400 mm, savane arbustive: " "
! _ pluie libre!14,0! 1,4 1 7,01 - 1 0,5 1 7,8! .1-
1 1 r 1 l i t r 1
.====================================~====~====~=====~=====~====~====~=====~
- Sans être négligeables (plus de 30 kg de C - N - Ca et
S04) les apports en fertilisants par les précipitations sont
faibles par rapport aux besoins des cultures. Les teneurs en les
différents éléments étudiés varient moins d'une station à l'au-
tre que la hauteur des précipitations: il s'ensuit une baisse
générale des apports vers le Nord du pays sauf pour le potassium
qui semble indifférent à la distance depuis la mer.
- Le passage des eaux de pluie à travers le feuillage fo-
restier entraine une augmentation très nette des teneurs en cha-
cun des éléments mais surtout pour le potassium, le calcium, le
magnésium et le carbone. Cependant, il faut compter une absorption
d'environ 10 % des précipitations annuelles au niveau de la voûte
forestière : les apports au sol sont donc réduits d'autant.
5
Même si on tient compte (comme dans le tableau 1) de cette con-
centration sur le feuilrage, on constate une lixiviation intense
des éléments fertilisants excepté l'azote et les sulfates qui
semblent mieux fixés aux feuillages.
6
CHAPITRE 3 - LES PHENOMENES D'EROSION.
-------------------------------------
3.10 Généralités.
Deux sources d'énergie provoquent les phénomènes com-
plexes d'érosion: les gouttes de pluie et le ruissellement.
Quelle que soit la pente, l'énergie des pluies est constante
mais celle du ruissellement augmente rapidement (ZINGG, 1940)
et modifie l'allure du microrelief.
Chaque goutte de pluie arrive au sol avec une vitesse
fonction de son diamètre (SMI~H et WISCHMEIER, 1962 ; HUDSON, 1963)
elle dissipe son énergie en c~·.selant les mottes (voir photo 1),
ea tassant le sol, en dissociant les particules des agrégats et
en rebondissant en une couronne de gouttelettes chargées d'élé-
ments terreux. Les particules de terre libérées sont alors dépla-
cées par les eaux de ruissellement. Si le ruissellement a peu
d'énergie seules les particules fines sont emportées (érosion sé-
lective en nappe) tandis que les sables et les limons viennent
colmater la porosité de la surface (glaçage et formation d'une
croûte à structure feuilletée). Lorsque le ruissellement a une
énergie propre non négligeable (fonction de la hauteur de la lame
d'eau et de sa vitesse donc de la pente du sol) il la dissipe en
tractant de grosses particules et en décapant la surface du sol
(ruissellement concentré formant des rigoles puis des ravines).
Le transport des particnles fines peut s'effectuer sur
de très longues distances (jusqu'aux lacs, lagunes ou la mer) :
les horizons superficiels des sols d'où ils proviennent s'appau-
vrissent en colloides et s'enrichissent en sables et graviers.
Les paysans observent que "les pierres poussent" dans leurs champs.
Par contre les particules grossières rampent à la surface du sol
(muloh sableux après une tornade), se déplacent lors des pluies
exceptionnelles mais vont se déposer dès que l'énergie du ruissel-
lement baisse : d'où les sols colluviaux sableux en bas des pen-
tes, les terrasses et les alluvions sableuses des petites rivières.
3.2. Les ré..s_tY-tats expérimenta~.
Le tableau 2 résume les résultats des observations ef-
fectuées sur des parcelles d-érosion de 90 à 5000 m2 • Des tôles
fichées dans le sol délimitent un petit bassin versant au bas
duquel on mesure le ·volume d'eau qui s'écoule (ruissellement) et
sa charge solide (érosion).
7
Si on compare les résultats des mesures de l'érosion et
du ruissellement dans le milieu naturel et sous culture (ROOSE,
1971) on constate qu'on a du rompre un équilibre pour que l'éro-
sion passe
,
de 30 kg à go t .. /ha/an a Aël.iopodoumé
de 50 kg à 26 tn/ha/an à Bo~aké .1
,
de 50 kg a 8 t $/ha/an près de Ouagadougou 0
Les observations sur sol nu renseignent sur los dangers
d'érosion maxima en fonction du sol, de la pente et do l'agressi-
vité du climat: en pratique ils peuvent s'observer lors d'un
défrichement mécanisé brutal sans précaution conservatoire.
On peut remarquer quià mesure quion monte vers le Nord, le climat
est moins agressif et les pentes cultivables sont plus faibles~
Cependant, dans la mesure où les sols sont moins profonds, les
précipitations plus rares et llérosion plus sélective vis-à-vis
des colloïdes et des éléments fertilisants, les pratiques conser-
vatrices de l'eau ct du sol marquent bien sur les rendements des
culturesD
La variabilité de l'érosion et dans une moindre mesure
du ruissellement observés sous cultl1re montre qu'il existe des
végétaux et des techniques culturales qui permettent drobtenir des
rendements satisfaisants tout en évitant des pertes abusives en
terre et en eau.
Un simple pa~llage de un centimètre d'épaisseur est aussi efficace
pour protéger le sol qu'une forêt dense humide de 30 mètres de
haut (ROOSE, 1972).
Dès qu'un pâturage ou qutune plante de couverture recouvre com-
plètement le sol (ce qui prend 3 mois pour des graminées et jus-
qu'à 12 mois pour des légumineuses) les phénomènes d'érosion
sont ramenés à des vQleurs semblables à celles qu'on trouve sous
forêt. Aussi les c~_tures arbustivGs industrielles (café, palmier
à huile, hévéa, etc ••• ) qui supportent la présence do plantes de
couverture posent peu de problèmes d'érosion. Par contre l'ananas
recouvre mal le sol durant les 8 premiers mois ; sa culture méca-
nisée sur de grandes surfaces pout poser des problèmes délicats
(ravines).
T~AU 2 - Erosion et ruissellement sous diverses couvertures végétales entre
Abidjan et Ouagadougou. Parcelles d'érosion de 90 à 5000 m2 •
Il " ER 0 S ION Il RUISSELLEMENT
S T A T ION S tonnes/ha/an % des pluies annuelles
" " Il
ADIOPODOUME (1956-1971) "Pente Il milieu.l
el Sol nu .' Culture IlIl milieu
naturel Sol nu ..' Culture
(ORSTOM) " natur
"------ -----1---- 1 _
Forêt secondaire sempervirente· "4,5 fdl 60 à 90 " 42 1 .
2100 mm : 4 saisons.
parcelles de 90 à 250 m2• " " 0,03
,. 100 , , ,
170 . 0, 1 a 90 " ,
Il 7 %" a
Il
0,14 38 ·0,5 à 20
1 1 1
Ercsivité climat. RuA = 800 à 1200. ,,22 %" 0,2 1500 à 750 0,7 32
"
(ROOSE, 1971) "63 % " 1,0 Il
0,7
. . . . .
.,=====================================,,=====,,============,==========,========="========,========1==========1
BOUAKE (1960-1970)
" % ",,0,05 "
!
(IRAT-ORSTOM) " 4 à 0,20 18 à 30 10,1 à 26 "
savane arbustive dense'
1200 mm : 4 saisons. " " "
parcelles de 200 à 250 m2 . "" "
Erosivité RuA = 250 à 500. "" n
1 (BERTRAND, 1967) "" ! "
,====================================,,=====,============,==========,=========,,======== ========1==========
; OUAGADOUGOU (1967-1971) "" ; .; "
. (CTFT-ORSTOM-lRAT) 0,8 % 0,05 à 0,15 . 10 à 20 ·0,6 à 8 2,5 40 à 60! 2 à 32
savane arborée claire· "" 1" !
8 50 mm : 2 saisons. "" "
parcelles de 200 à 5000 m2 . n
Erosivité climat. RUA = 250 à 450. " "
l (CTFT, 1971) " " ! "
! " " ! "
9
Les cultures vivrières telles que mais, arachide, manioc et igname
surtout lorsqu'elles sont buttées sans tenir compte de la pente
peuvent entrainer des pertes en terre importantes (voir photo).
Cependant l'usage de techniques biologiques modernes
permettent de lutter très activement contre l'érosion hydrique
dans les champs. Il s'agit de choisir des plantes à développement
vigoureux et rapide, de semer tôt et à forte densité sur un sol
bien préparé, d'utiliser des doses d'engrais suffisantes, de lut-
ter contre les maladies et les insectes nuisibles, de répandre
un léger paillage au cas où la couverture vivante serait insuf-
fisante et de laisser sur le sol le plus possible de déchets de
culture.
3.3. Lléquat~2!Lde prévision de l'érosion.
Suite à l'analyse statistique de plus de 10.000 résul-
tats annuels d'observation en parcelles d'érosion, WISCm~EIER et
SMITH (1960) ont mis au point une équation permettant de prévoir
l'érosion (E) en fonction de l'agressivité du climat (R) de la
résistance du sol (K), de la pente (SL), de la couverture végé-
tale et des façons culturales (0) ainsi que des pratiques anti-
érosives (P).
E = R. K. SL. C. P.
Si on évalue les différents coefficients pour la région d'Abidjan
on. trouve que :
- le climat est extrêmement agressif (RUA = 800 à 1200) ;
- le sol ferrallitique désaturé sableux est très résistant
(K = 0,08 à 0,13) ;
- l'érosion augmente de façon exponentielle avec la pente
tandis que le ruissellement se stabilise et même diminue
après un certain seuil (4 %) ;
- la couverturo végétale (vivante ou morte) et les techniques
culturales simples (labour, billonnage cloisonné isohypse)
ont une action très efficace sur les pertes en terre
(C = 0,9 à 0,001) et moins forte sur le ruissellement.
Po\?, la région de 0l:IDgadol;lgou on trouve que :
.-... - - ----
l'agressivité du climat est moyenne (RUA = 250 à 450) ;
- ce sol ferrugineux tropical est moyennement résistant
(K = 0,20 à 0,35) ;
10
le facteur pente est très faible (SL = 0,11) ;
la couverture végétale et les techniques culturales peuvent
avoir une action très énergique sur les pertes en terre et
en eau.
2.4. Pertes en éléments fertilisants par érosion.
On a analysé les eaux, la charge solide fine et gros-
sière ainsi que les matières organiques brutes qui ont été entrai-
nées par l'érosion à Adiopodoumé sur des parcelles d'érosion
cultivées sans engrais (maïs et arachide) et sous forêt.
Il en ressort que les teneurs varient moins que les volumes ex-
portés. On a alors calculé les pertes par érosion à A.diopodoumé,
sur un sol ferrallitique très désaturé sur les sables tertiaires
de basse Côte d'Ivoire en condition moyenne de culture (pente 7%)
(ROOSE, 1967) et de forêt sur forte pente (ROOSE, 1968).
! Tableau 3 - Perte par érosion
,
! Ca " Mg ! K ! N ! P C
! .,-!--}-,-,-.:..-,
...
Adiopodoumé •• culture
!50,7! 14 ! 29 ! 53 ! 23 ! 440 kg!
E = 20 t/ha R = 300 mm , 1 , , r , .,
, , , ,
a ___ •
"-" a-.-.~
Adiopodoumé • forêt (R2)·
,.!
0
1 ,3 ! 5,5! 0,8 i 106,7
!
E = 1 t/ha R = 21 mm 7,7; 2,3 !
On oonstate que ces pertes sous culture dépassent lar-
gement les apports par les eaux de pluie mais sont presque du
même ordre que le pluviolessivage sous forêt.
Par contre sous la même forêt où l'on a mesuré le plu-
violessivage, les pertes par érosion et ruissellement sont beau-
coup plus faibles: tout se passe comme s'il y avait une fixation
intense des cations, azote et phosphore dès que les eaux de pluie
arrivent au contact avec le sol (et les racines).
Il se crée effectivement sous forêt un équilibre entre
les apports par le pluviolessivage et la décomposition de la
litière (très rapide en région tropicale), l'immobilisation dans
les végétaux et le sol et les pertes par drainage au-delà des
racines.
Photo 1 - Microdemoiselles coiffées : colonnettes de terre protégées
de l'énergie des gouttes de pluie par un "chapeau" : grai-
ne, racine, feuille, caillou, etc •••
Photo 2 - Concentration des eaux de pluie le long des tiges de maïs:
mise à nu des racines et dépôt de sable dans les inter-
lignes. Erosion du billon en fonction de la pente du
billon et non de la pente générale de la parcelle : le
billonnage et le buttage augmentent donc llérosion si les
billons ne suivent pas les courbes de niveau.
Photo 3 - Vue générale d'une parcelle d'érosion à Adiopodoumé -
Petit bassin versant isolé par des tôles, canal et cuves
de réception, pluviomètre standard et pluviographe.
Erosion en nappe (trainées sableuses) avec début de ruis-
sellement concentré dans des rigoles : pente 7 %.
Photo 4 - Parcelle d'érosion de 22 %de pente à Adiopodoumé.
Sur forte pente on observe les effets de l'énergie du
ruissellement :
transport de toutes les particules détachées des
agrégats par l'énergie des gouttes de pluie;
travail de E. '3pe avec formation de rigoles profondes.
11
CHAPITRE 4 - LES PHENOMENES DE DRAINAGE.
=======================================
4.1. Le bilan hydrique.
Une fois q~e les eaux do pl~ie ont traversé le couvert
végétal et atteint le sol, une partie ~uisselle et une a~tre
s'infiltre. To~tes les eaux d'infiltrntion ne sont malheureuse-
ment pas récupérées par les végét~~ (évapotranspiration) et une
fois que la réserve d'eau du sol est reconstituée, l'excédent
continue son chemin et s'échappe de la zone d'influence des ra-
cines en entrainant une bonne partie des éléments fertilisants
(ainsi qu'una charge colloïdale).
La figure nO 3 montre un schéma de l'évol~tion du bilan
hydrique sous végétation naturelle où, par hypothèse, le drainage
est considéré comme n~l en saison sèche et l'évapotranspiration
réelle{Note1) est très proche de l'évapotrnnspiration potentielle
(formule de TURC) (Note 1) en saison des pl~ies.
On voit que le drainage dimin~e parallèlement aux pré-
cipitations et tend à s'annuler pour des pluies annuelles de
l'ordre de 700 millimètres pour des sols dont la réserva hydrique
dépasse 100 mm.
Sous culture, le drainage est générnlement plus élevé
que dans le milieu nat~el car si le ruissellement augmente quel-
que pe~, l'évapotranspiration dimin~e très sensiblement.
4.2. Pertes en éléments fertilisants par les eaux de drainage.
Des méthodes de terrain permettant de recueillir les
eaux de drainage oblique (ROOSE, 1968) et de drainage vertical
(ROOSE et HENRY des TUREAUX, 1970) dans le sol en place ont été
mises au point et décrites ailleurs.
En multipliant le volume du drainage par les teneurs
observées au-delà de la zone dlinfl~enoe des racines on obtient
les chiffres suivants :
Note 1 - L'évapotrnnspiration potentielle est la quantité d'eau
qu'un gazon dense et constamment bien alimonté en eau
consomme pour sa croissance.
L'évapotranspiration réelle est la quantité d'eau qu'un
couvert végétal consomme effectivement pendant un cer-
tain temps po~vant comporter des périodes de sécheresse
et de développement incomplet des plantes.
Fig. 4
EVOLUTION DES TERMES DU BILAN HVDRU3UE EN
FDNCTION DU CLIMAT SOUS VEGETATIDN NATURELLE.
Précipitation:; Reaisa. + Drain. + E T ft ± Var. Stock.
mm
Anguédédou
(ABIDJAN)
l P. an.=
D.v. ==
2100
900
mm
mm
) P. an.= 1750 mm
DIVO ) D.v. ;: 500 mm
(station 1Fee)
1500
DRAINAIiE ) P. an.: 1400 mm
KORHOGO) D.v.;: 340 mm
\ Bassin versant)
BOUAKE
(CRA) l P. an.: 1200mm
D.v. = 160 mm
1000
Gonsé
OUAGADOUGOU
) P. an.::; 860mm
] D,v, == 60 mm
EVAPOTAA N S PI RA TI 0 N REELLE
500
Si on compare les pertes par lixiviation en milieu na-
turel en région tropicale humide (Abidjan) et sèche (Ouagadougou),
on constate qu'elles diminuent parallèlement au drainage: les
teneurs varient moins que les volumes concernés.
Si on introduit dans le système des engrais en quantité
raisonnable, on observe une augmentation très importante des per-
tes en éléments fertilisants sauf pour 10 phosphore qui est très
rapidement fixé aux colloïdes, au fer et à l'alumine du sol.
L'apport d'engrais augmente donc considérablement les teneurs
dans les eaux do drainage.
Ceci va entrainer des conséquences minimes sur les doses et le
fractionnement des engrois en région tropicale sèche (drainage
peu élevé) mais considérables en région tropicale humide.
Ainsi, en région tropicale sèche, il suffit en 1ère approximation
de compenser les exportations par les récoltes tandis qu'en ré-
gion tropicale humide il faut en outre compenser los pertes par
érosion et surtout par drainage : d'où los différences considéra-
bles de fumure d'entretien sous ces deux climats. De plus en ré-
gion humide, on a intérêt à fractionner les doses et à choisir
les dates d'épandage en fonction de l'activité des racines et des
développements des plantes.
1Tableau 5- Fertilisa tion d' e n _ l ! Il !
,
~ 1 !
1 tretien sous climat tropical IPluie ,Cu.lture ll Ca Mg' 1 K. N
! P
"humide et sec - kg/ha/an - mm/an"
1 1 1 - - - - " -! - ! - - - '_1.
1AZA GUIE (IFAC) près dl Abidjan(1), , ""
sol jaune ferrallitique rema- 1850"bananes 335" 187 467
o 0
430
"
,
! 16 "
1 nié ! ! Il 1 ! 1 !
!SARIA (IRAT) près deOuagadou~UJ 8501céréaJ.es"0 à 10 à 125 à 130 à 110 à!
! sol ferrugineux tropical (2) 1 1 Il 13 12 75 100 20
1 1 1 1 1
( 1) GODEFROY, MULLER, ROOSE, \ 1970}. (2) IRA T/llv. (1971)
13
CHAPITRE 5 - CONCLUSIONS.
========================
En région tropicale les précipitations ont une influ-
ence fondamentale sur l'évolution des sols et sur les aménagements
nécessaires en vue de leur mise en valeur.
Les méthodes biologiques de lutte antiérosive préconi-
sées sont du même ordre que l'utilisation des engrais, l'irrign-
tion ou le drainage: il s'agit de développer un couvert végétal
important dans le cadre d'une agriculture intensive en courbe
de niveau. Alors qu'an région tropicale sèche il faut tendre à
absorber sur place toutes les eaux atmosphériques, en région
tropicale humide il faut prévoir 1 r évucu.ation de-s excès tompo-
rairas (jusq~tà 700 mm dé pluie en 3 semaines en basse Côte
d'Ivoire l).
Etant donné d'une part que les teneurs en éléments'
fertilisants des terres érodées et des eaux de ruissellement ou
de drainage en milieu naturel varient moins que les volumes con-
cernés, et d'autre part que ces eaux sont loin d'être saturées
(forte augmentation des teneurs lors des apports d'engrais) la
fertilisation d'entretien sera beaucoup plus importante en ré-
gion humide qu'en région à faible drainage car, outre les expor-
tations par les récoltes, il faudra compenser les pertes par éro-
sion et surtout par lixiviation.
14
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