Akpavi 2009
Akpavi 2009
Laboratoire de Botanique et Ecologie végétale, Faculté des Sciences, Université de Lomé, B. P. 1515, Lomé (Togo).
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E-mail : [email protected]
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Faculté d’Agronomie, Université Abdou Moumouni, B. P. 10960, Niamey (Niger)
Institut International pour les Ressources Phytogénétiques (IPGRI), Bureau Régional pour l’Afrique de l’Ouest
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RESUME
L’ étude, réalisée dans le Moyen-mono (Sud-Est du Togo), analyse les pratiques paysannes de conservation
des ressources phytogénétiques. Les pratiques agricoles sont évaluées selon leur modalité, leur opportunité
et leur efficacité à travers des interviews semi-structurées et des observations directes dans les champs
et les ménages. Les pratiques de conservation des semences les plus courantes observées sont
l’utilisation des greniers de types «Huidza» et «Ava» pour le maïs, la mise en bidons et fûts pour le niébé.
Des produits sont utilisés pour renforcer la conservation. Il s’agit de la cendre, du jus d’ Azadirachta indica,
du sable fin, des grains de sel de cuisine, de la sciure de bois pour le maïs ; du péricarpe sec de Citrus sp.
et/ou du Capsicum sp. pour le niébé. Des bottes de tiges de manioc sont mises contre tuteurs en milieu
ombragé alors que les semences d’ignames sont conservées en clôture à domicile ou en fosse au champ.
Ces pratiques, très efficaces, portant moins atteinte à l’environnement doivent être encouragées.
ABSTRACT
FARMERS’ STRATEGIES FOR PHYTOGENETIC RESOURCES CONSERVATION IN THE MIDDLE MONO (TOGO)
The study undertaken in Middle-Mono, South-east Togo, aims to analyse farmers conservation practices of
PhytoGenetic Resources. Agricultural practices were assessed according type, opportunity and effectiveness,
through semi-structured household interviews and direct farm observations. The main practices of seed
conservation are the use of «Huidza» and «Ava» granaries for maize, cask or bole and baril for cowpea.
Some homemade products are added to seeds in order improve conservation ; these are kitchen salt,
woodash, sawdust, fine sand, Azadirachta indica juice, for maize and dry pericarp of Citrus sp. and/or
Capsicum sp. for cowpea. Top boots of cassava are staked while yam seeds are put into pits in farm or in
a barn at home. As the practices of phytogenetic resources conservation in Moyen-Mono are found to be
efficient and have less environmental adverse effects, their use by farmes must be encouraged.
peut donner moins d’inquiétude quant à l’avenir Avédzi et/ou Ekpan. La grande majorité ne
des spéculations. En effet, si cela était le cas, dispose que des terres pauvres. L’important
l’on pourrait penser qu’avec la disparition du taux de croissance de la population peut
groupe concerné, beaucoup de spéculations dis- aussi f ai re prog resser ra pi de m ent l a
paraîtraient. Toutefois, le fait que ce soit la proportion des exploitations non conser-
disponibilité foncière qui soit le facteur essentiel vatrices qui est actuellement d’environ 44 %. Les
de la conservation alors qu’une proportion populati ons dév e-loppent touj ours des
importante des exploitations ne dispose pas de stratégies pour conserv er les récoltes,
terres fertiles suscite beaucoup d’interrogations. quelle que soit leur quantité, soit pour la
Le tableau 1 montre que seuls 34,21 % des consommation, soit pour servir de semences
Arbre de 38 Variables
exploitations possèdent encore les solsMéth. de Ward les saisons à venir.
Dist. Euclidiennes
120
100
Groupe A
Groupe B
80
(Dcla./Dmax)*100
60
E5
E2
40 E1
E4
E8 E9
E3
20 E6
E7
0
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VAR37
VAR6
VAR3
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VAR5
VAR2
VAR4
VAR9
VAR8
VAR1
Arbre de 38 variables.
Méthode de Ward
Dist. Euclidiennes
Grenier type
Système
citerne
Adjoko
7%
7%
Grenier type
Sogba
12%
Le grenier du type Huidza (Figure 4c) est une ou encore de plastique. Le grenier de type
sorte de grand panier sans fond dont le diamètre Huidza, beaucoup plus moderne, protège les
peut atteindre 1,5 m et la hauteur, 2 m. Il est récoltes contre les voleurs et les animaux (ovins,
confectionné avec des tiges de Mallotus caprins, etc.). Il contribue plus à la dégradation
oppositifolus (Geisel) Müll. Arg., A. indica, M. de l’environnement que ne le font les autres types
thonningii ou Bambusa vulgaris Schrader ex de greniers car les prélèvements de matériel
Wendel. Rempli de maïs, il est couvert d’un végétal pour sa confection sont plus importants.
paillasson d’I. cylindrica ou d’une toiture en tuile Malgré tout, il reste le type de grenier le plus
utilisé (Figure 3). Ces faits corroborent les «silos» (Figure 4g). Ils sont très peu adoptés
observations de Jouve (1997) selon lesquelles car les paysans préfèrent conserver rapidement
les choix des agriculteurs ne sont pas toujours le maïs avec ses spathes. L’adoption du silo et
les meilleurs possibles pour la communauté ni de la citerne, quoique financièrement coûteuse,
pour la protection de l’environnement. peut constituer des solutions écologiques car
n’ayant pas d’impact négatif majeur sur
Le grenier du type citerne, de dimensions
l’environnement. Par ailleurs, le coût élevé de
variables (3 à 4 m de diamètre et 1 m de
ces types de greniers est largement compensé
profondeur), est surélevée d’une margelle de 0,5
par leur durabilité temporelle.
à 1 m de hauteur (Figure 4d). Il est peu utilisé
(Figure 3) et est semblable au grenier du type Enfin, la plupart des paysans préfèrent séparer
Ava. La faible hauteur de la margelle peut le stock de consommation de celui destiné aux
exposer les récoltes aux attaques des animaux. semences.
Pour cette raison, il est toujours installé au
La conservation du maïs est renforcée par
champ. Cette faiblesse couplée à son coût élevé
l’utilisation des pesticides biologiques et
(par l’achat du ciment) explique sa faible
chimiques. Ainsi, au moment de la mise en place
utilisation.
du grenier, on asperge par étages successifs,
Le grenier du type Sogba est un apatam fait divers produits variant en fonction de l’exploitant
de quatre piliers sous lequel on installe une et suivant les moyens, de l’extrait de neem, aux
cuisine ; les récoltes sont entreposées sur le pesticides de synthèse, en passant par le pétrole
toit puis couvertes (Figure 4e). Il prend peu de mélangé au sable, à l’eau salée, au sel de
place et facilite la conservation par la chaleur et cuisine ou à la cendre. Il faut reconnaître que
les fumées produites par le feu de la cuisine. Il l’utilisation de l’extrait de neem, méthode
est fait pour les petites récoltes de maïs, pour biologique, est encore à son début dans la zone.
le niébé ou pour le sorgho et demande peu de Elle mérite d’être encouragée du fait de son
moyens. Cet exemple est très proche du efficacité prouvée contre les déprédateurs
système Rumbu des peuples Aten de Ganawuri (Mazhar, 1999 ; IPGRI, 2001).
au Nigeria pour conserver le fonio et du système
Les études ont prouvé que la majorité des
Kiro des peuples Moru du Sud Soudan dans la
paysans (soit 50 %) préfèrent utiliser des
conservation du sorgho (IPGRI, 1994).
produits phytosanitaires initialement destinés
La conservation par le système Adjoko est aux traitements du cotonnier malgré l’illégalité
surtout une conservation de semences de maïs de cette pratique et ses effets sur la santé
pour les prochaines cultures (Figure 4f). Les humaine et l’environnement, des faits bien
semences sont accrochées au toit de la cuisine, reconnus par les paysans (Tableau 2). Ces
au-dessus du foyer. Elles bénéficient ainsi de la produits phytosanitaires sont souvent mélangés
fumée et de la chaleur et le séchage peut ainsi au sable fin, à la cendre ou aux sciures de bois
se poursuivre. Les semences déjà égrenées avant leur application aux récoltes. Les paysans
sont emballées par des tissus de coton, puis pensent que ce faisant, ils évitent le contact
accrochées au toit. Dans la Préfecture de Yoto, direct entre le produit et les récoltes, minimisant
voisine de celle du Moyen-Mono, Datchidi (2002) ainsi les risques d’intoxication. Cependant, ce
a montré que la position du maïs par rapport à fait est loin de concilier les objectifs de
la source du feu varie en fonction de son état préservation de la santé et la conservation. En
physiologique à la récolte. Plus, il est proche effet, dans un travail de conservation, le
de la maturité, plus il est éloigné de la source «conservationiste» doit clairement comprendre
du feu. Le système Adjoko, de moins en moins et démontrer les liens entre la santé et la
pratiqué, n’existe encore que pour la biodiversité afin de promouvoir la conservation
conservation de semences d’espèces rares ou com m e un m oyen de prot e ct i on et
lorsque l’on veut utiliser la récolte de la première d’amélioration de la qualité de la vie humaine
saison comme semence pour la seconde (WWF, 2001).
saison. C’est ce qui explique son faible taux
Certains paysans font le grenier du type Huidza
d’adoption (Figure 3).
sans utilisation de produits mais en jouant sur
Les systèmes de conservation décrits sont le temps de la récolte. Ils estiment qu’en
utilisés pour conserver du maïs non égrené ou récoltant le maïs un peu plus tôt et en conservant
mieux, avec ses spathes. Par contre, le maïs la récolte dans le grenier du type Huidza, on
égrené se conserve dans des tonneaux ou emprisonne le peu d’eau que la récolte contient
encore, ce qui produirait une chaleur qui protège d’une agriculture saine pour l’environnement et
la récolte. La réussite de ce système éviterait la santé (IPGRI, 1999 ; Engels et al., 2001). Le
les ennuis de santé que pourraient provoquer la tableau 2 résume les taux d’adoption de ces
consommation de denrées conservées avec les différents produits par les paysans pour la
produits phytosanitaires. Ce serait la promotion conservation du maïs.
a - Grenier type "Ava" dans les champs. b - Grenier type "Ava" à la maison
Maïs
Récolte
recouverte de la déspathé
paille tressée
(harvest Maïs non
covered with déspathé
straw
Source du feu
Cuisine (source of fire)
(kitchen)
"Robinet"
(grain tap)
Taux d’adoption
Produits de conservation
par les paysans (%)
Cendre (ash) 26,32
Extrait de neem (juice of Azadirachta indica) 21,05
Sable fin (sand) 10,05
Grain de sel de cuisine (grain of kitchen salt) 10,05
Pétrole (petrol) 5,26
Sciures de bois (sawdust) 2,63
Produits phytosanitaires (synthetic products) 50,00
par 8,51 % des expl oitations pour l es La conservation dans une clôture à la maison
espèces en disparition. Ce faible taux peut est la stratégie la plus pratiquée (Figure 7). Il
s’expliquer par le fait que les «semences» s’agit d’un enclos de palmes et d’arbustes qui
de manioc ne constituent pas souvent un serviront d’ombrage pour une meilleure
problème majeur pour le paysan. conservation de la récolte. Les tubercules sont
disposés serrés les uns contre les autres, le
Conservation des semences d’igname bout distal vers le sol.
Les ignames susceptibles de servir à la La mise en fosse des tubercules au champ est
préparation de l’igname pilée ou «foufou», une stratégie utilisée seulement pour conserver
encore appelées ignames «blanches», sont des tubercules qui serviront de semences. Ainsi,
récoltées en deux temps. Elles sont sevrées à la récolte, les tubercules qui serviront de
en août et le reste est déterré entre novembre semences à la prochaine campagne, sont
et décembre. Le sevrage est, en réalité, une laissées soit dans leurs buttes respectives, soit
st ra t ég i e d e m ul t i p l i ca t i o n des t êt es dans une fosse commune creusée à cet effet.
d’ignames. En effet, les ignames qualifiées Cette stratégie est adoptée dans le cas de
de «blanches», ne se multiplient que par la mauvaises récoltes mais aussi, dans le cas où
p a r t i e d i st a l e d e l e u r s t u b e r c u l e s les champs sont très loin des habitations. Elle
c on t r ai re m e n t au x i g na m es d i t es d e vise à réduire les efforts pour le transport et à
cossettes. Ainsi, une igname sevrée peut dérober les semences des besoins alimentaires.
régénérer une di zai ne de «t êt es» qui Dans d’autres cas, les tubercules sont conservés
se r v i r o n t d e se m e n c e s. L o r s q u e l e dans un milieu frais et recouvert de détritus ou
tubercule est petit, il est laissé dans la dans un grenier du type Ava. Ces deux méthodes,
butte et il régénère des semences. peu conservatrices, sont de loin les moins adoptées.
sacSac
de jute et Grenier type
polystyrène Huidza
Système 4% 2%
Adjoko
9%
Grenier type
Bidon, fût,
sogba
sachet
26%
59%
sevrage de
tubercules
bottesde
bottes de tiges
tiges 7%
misesmises
couchées
surcouchées
le sol au
11 % sol
11%
bottes de tiges
boutures mises contre
mises en terre tuteurs
directement 56%
26%
tubercules
tubercules mis
mis en tubercules
sur le sol
grenier mis au sol
9% 4%
tubercules
mis en fosse
17%
tubercules
mis en
clôtures
70%