1181-Article Text-4172-1-10-20230209
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ISSN: 2665-7473
Volume 6 : Numéro 1
DINAR Brahim
Enseignant Chercheur
Faculté d’Economie et de Gestion de Settat
Université Hassan 1er - Maroc
Laboratoire de Recherche en Economie, Gestion et Management des Affaires (LAREGMA)
Maroc
[email protected]
BERRAHMA Nezha
Doctorante
Faculté d’Economie et de Gestion de Settat
Université Hassan 1er - Maroc
Laboratoire de Recherche en Economie, Gestion et Management des Affaires (LAREGMA)
Maroc
[email protected]
Résumé
Le Maroc, à l’instars des pays en voie de développement, connaît ces dernières années une
expansion considérable de l’économie informelle sur le plan national. Avec l’arrivée de la crise
pandémique du coronavirus, la situation de cette économie s’aggrave de plus en plus.
L’objectif de cet article, est d’analyser les effets directs de la crise du coronavirus sur
l’économie informelle pour envisager les politiques adéquates à mettre en œuvres afin de sauver
les travailleurs informels vulnérables et sortir par les moindres dégâts possibles de cette crise.
Ce papier s’est basé sur une analyse théorique du lien entre les crises pandémiques et
l’économie en général puis l’impact de ces crises sur l’économie informelle des pays en
développement tel le Maroc. En outre, une analyse descriptive à travers des données
secondaires s’avère nécessaire pour avoir une vue globale sur la composition de l’informel au
Maroc et mieux cibler les zones à problèmes pour en trouver les solutions adéquates.
Ainsi, il ressort de ces études que les politiques publiques marocaines mises en place pour gérer
la crise du Covid-19 en faveur des travailleurs de l’économie informelles sont insuffisantes.
C’est pourquoi ce papier donne des pistes d’amélioration utiles permettant de combler ces
lacunes et ce, selon chaque type d’informel.
Mots-clés : Economie informelle, Covid-19, Crise, Maroc, politiques publiques.
Abstract
Morocco, like other developing countries, has seen a considerable expansion of the informal
economy in recent years. With the advent of the coronavirus crisis, the situation of this economy
will be more difficult.
The purpose of this paper is to analyse the direct effects of the coronavirus crisis on the informal
economy in order to consider the appropriate policies that ca be implemented to save vulnerable
informal workers and emerge from this crisis with the least possible damage.
This paper is based on a theoretical analysis of the link between pandemic crises and the
economy in general and the impact of these crises on the informal economy of developing
countries such as Morocco. In addition, a descriptive analysis through secondary data is
necessary to have a global view on the composition of informal in Morocco in order to find
adequate solutions.
Thus, it emerges from these studies that the Moroccan public policies put in place to manage
the Covid-19 crisis for informal workers are insufficient. Therefore, this paper provides a set of
useful suggestions for improvement according to each type of informality.
Keywords: Informal economy, Covid-19, Crisis, Morocco, public policies.
Introduction
Il y a quelques années, la pandémie de la Covid-19 a chamboulé le monde entier. Le Maroc à
l’instar de nombreux pays, a été secoué par ce virus depuis l’apparition des premiers cas au
début du mois de mars 2020 qui a mis à l’épreuve son système de santé, mis sous pression son
économie et bouleversé le mode de vie de la population. Pour y faire face et empêcher la
propagation de la maladie, l’Etat marocain a pris plusieurs mesures comme l’annonce de l’état
d’urgence sanitaire et l’imposition d’un confinement de la population et ce, à travers la
fermeture des frontières, l’interdiction de déplacement inter-villes sans autorisation, la
fermeture des établissements scolaires et universitaires tout en adoptant l’apprentissage à
distance, l’instauration d’un couvre-feu etc.…
Mr Ahmed Halimi, haut-commissaire au Plan, a aussi reconnu que « l’année 2020 sera la pire
pour l’économie marocaine depuis 1999 ». Il indique que la crise du coronavirus a montré « les
1
Hicham Mansouri, (2020). « Maroc. Le roi, le coronavirus et « la volonté divine » », sur Orient XXI, 2 avril 2020.
points faibles du régime et l’absence d’acquis du néolibéralisme imposé par le FMI », et prévoit
que « le retour à l’État social s’impose».
Ainsi, le rôle de l’Etat se trouve primordiale pour sauver ce segment de la population du côté
sanitaire et économique.
Dès lors se pose une question fondamentale : Dans quelle mesure les politiques publiques
marocaines d’aujourd’hui et de demain peuvent protéger l’économie informelle à l’ère du
Covid-19 ?
Pour répondre à cette problématique, notre méthodologie consiste à mener une analyse de
l’existant tout en se référant au travaux théoriques et empiriques en la matière, pour bien
comprendre l’état actuel de l’informel au Maroc à l’ère du Covid-19 ainsi que, les politiques
publiques prises à son encontre. Cela va nous permettre d’identifier par la suite les limites de
ces politiques et de nous orienter à trouver des pistes d’amélioration.
C’est ainsi que, le papier va traiter en premier lieu l’aspect conceptuel et théorique concernant
la relation entre les crises pandémiques et l’économie en général et par la suite, l’impact de ces
crises par rapport à l’économie informelle dans les pays en développement en particulier.
Deuxièmement, on exposera la taille de l’économie informelle au Maroc et les facteurs de son
développement puis on passera en revue les politiques publiques marocaines prises en faveur
de cette économie à l’ère du Covid-19. Dernièrement, après avoir critiquer les politiques
d’allègement des effets de la crise sanitaire sur les opérateurs de l’économie informelle au
Maroc, une panoplie de recommandations sera exposée.
1. Analyse théorique de la relation entre les crises pandémiques et l’économie
1.1. Revue de littérature de l’impact des crises pandémiques sur l’économie
Avant de commencer la revue de littérature, il est nécessaire de passer par un modèle
d'épidémiologie très ancien connu sous le nom de «modèle SIR» à partir duquel plusieurs
recherches se sont référées pour inclure par la suite des considérations économiques afin
d’examiner les effets économiques des pandémies.
1.1.1. Modèle SIR de base
La majorité des modèles utilisés en épidémiologie dérivent du modèle dit SIR (Susceptible,
Infected, Recovered) établi par Kermack (biochimiste) et McKendrick (médecin militaire) en
1927. En effet, le modèle SIR, est un modèle mathématique simple des maladies infectieuses
qui divise la population totale en trois compartiments: S pour sensible (à risque de contracter la
maladie), I pour infecté et R pour rétabli immunisé ou décédé.
Plusieurs modifications ont été apportées à ce modèle par une grande partie des économistes et
devient par la suite le modèle SEIR en y ajoutant une nouvelle catégorie d’individus appelés E
(Exposé) pour tenir compte de ceux qui sont eux-mêmes infectés mais pas encore
infectieux. Dans le modèle SEIR, les personnes doivent avoir été exposées au virus avant d'être
infectées; c'est-à-dire que l'exposition est une première étape nécessaire à l'infection. Avec
l'ajout de cette catégorie d'exposition, le nombre de personnes infectées augmente avec
l'infection des personnes exposées et diminue (comme dans le modèle SIR) du nombre
d'individus rétablis ou décédé.
En 2020, Atkeson utilise un modèle SEIR en considérant que le taux de transmission peut
changer au fil du temps pour tenir compte des mesures de confinement telles que les
quarantaines. Les mesures de confinement qui modifient ce taux de transmission modifient
également le taux de reproduction de la maladie.
Toutefois, même si le modèle d'Atkeson fait des analyses sur la dynamique de la maladie, il ne
tient pas compte de la relation entre la propagation de la maladie et l'économie dans son
ensemble. C’est ainsi que, plusieurs études ont étendu les modèles SIR et SEIR pour inclure
divers aspects de l'économie. Certains travaux ont introduit une modélisation
macroéconomique liant l'infection à l'activité économique, d'autres se sont concentrés sur les
meilleures stratégies pour limiter ou gérer la propagation de la maladie, allant du confinement
total au travail à domicile lorsque cela est possible. Des recherches supplémentaires ont abordé
certaines complexités qui surviennent lorsque les différences entre les individus dans les
emplois, les revenus et les niveaux de richesse sont prises en compte et leurs conséquences sur
les politiques liées au COVID-19.
1.1.2. Modèle SIR de base avec des aspects économiques supplémentaires
Eichenbaum, Rebelo, Trabandt et Koijen (2021) prennent en considération l’aspect économique
dans leur modèle en liant la probabilité d'infection à la participation aux marchés du travail et
à la consommation et ce, à travers l’étude de la relation entre le taux d’infection et les décisions
économiques des individus. Selon ce modèle, la transmission peut se produire, en plus du
niveau de transmission de base, entre des personnes sensibles et infectées lors de la
consommation (par exemple lors de courses) ou pendant le travail.
D’un point de vue économique, les individus choisissent la quantité à consommer et la quantité
à travailler en voulant équilibrer l'utilité qu'ils reçoivent de la consommation par rapport à celle
reçue en ne fonctionnant pas. Les choix que fait une personne changent selon que cette personne
est sensible, infectée ou rétablie. En effet, les personnes sensibles peuvent choisir de
consommer et de travailler moins que les autres pour réduire le risque d'être infectées. Ainsi,
même sans mesures d'atténuation, les changements dans le comportement économique des
individus réduisent la propagation du virus.
Le modèle suppose aussi une externalité qui entraine un résultat inefficace du fait que, les
personnes infectées choisissent de consommer et de travailler plus que ce qui serait socialement
optimal en augmentant le risque de la propagation de la maladie. Pour y remédier, les auteurs
intègrent des politiques d’atténuation et modélisent des mesures de confinement optimales
comme une taxe à la consommation et une remise forfaitaire, qui maximisent la somme d'utilité
actualisée de la consommation et des loisirs pour tous les agents de l'économie. Ainsi, la taxe à
la consommation réduit directement l'incitation à participer à des activités de consommation et
réduit indirectement l'incitation à participer au marché du travail en rendant la consommation
moins attractive ce qui pousse les individus à modifier leur comportement et diminue leur
probabilité d'être infectés et d'infecter les autres. Les recettes fiscales sont ensuite remboursées
forfaitairement aux ménages afin que la taxe nette reste inchangée. Cette approche des impôts
et des transferts forfaitaires maintient le revenu des ménages constant.
Alvarez, Argente et Lippi (2021) étendent le modèle de base du SIR pour inclure des mesures
de verrouillage et résoudre une politique de verrouillage optimale qui minimise à la fois les
pertes économiques et les vies perdues à cause de la pandémie. L'ajout clé à leur modèle est
qu'une fraction de la population peut être mise en quarantaine. Lorsqu'elles sont confinées, les
personnes sensibles ne peuvent pas se rencontrer ou être infectées par des personnes
contagieuses. Cependant, les gens sont moins capables de travailler lorsqu'ils sont en
quarantaine, donc il y a un coût économique. Une politique de verrouillage optimale au fil du
temps est choisie pour équilibrer les pertes de vies dues au COVID-19 et la perte de production
économique en raison du verrouillage.
Jones, Philippon et Venkateswaran (2020) étudient également les politiques d'atténuation
optimales dans un modèle SIR-macro. Comme le montre Eichenbaum, Rebelo et Trabandt
(2020), les nouvelles infections sont en fonction des niveaux de consommation et de travail des
populations sensibles et infectées, mais avec un élément supplémentaire qui est le travail à
domicile pouvant réduire le taux d'infections. De plus, Jones, Philippon et Venkateswaran
(2020) supposent qu'il y a « apprentissage par l'action » en termes de capacité d'un ménage à
travailler à domicile, ce qui signifie que plus les ménages travaillent à domicile, mieux ils le
font. La politique optimale implique des mesures d'atténuation plus drastiques et plus précoces,
par rapport à celles d'Eichenbaum, Rebelo et Trabandt et d'Alvarez, Argente et Lippi (2020) .
En intégrant la politique de test, Berger, Herkenhoff et Mongey (2020), démontrent que le
gouvernement peut simultanément alléger les mesures de verrouillage et augmenter les tests
tout en maintenant le taux de mortalité global constant. Les tests permettent au gouvernement
de faire la distinction entre les individus sensibles et exposés et ainsi de mettre en quarantaine
ou d'adopter des politiques de verrouillage plus sélectives. Le modèle montre que le verrouillage
de masse est optimal s'il n'y a pas de moyens de tests généralisés. Toutefois, l'augmentation du
test des individus est avantageuse par rapport au verrouillage de masse.
1.1.3. Autres approches économiques liées au Covid-19
En dehors du Modèles SIR et ses variantes, plusieurs autres études ont examiné les effets du
COVID-19. Par exemple, Guerrieri et coll. (2020) développent une théorie sur la manière dont
les chocs d'offre négatifs, tels que la pandémie COVID-19 et les politiques de distanciation
sociale, peuvent entraîner des baisses de la demande globale encore plus importantes que le
choc initial de l'offre, et une réduction du taux d'intérêt naturel.
En plus, Hall, Jones et Klenow (2020) développent un modèle simple pour calculer la fraction
de consommation annuelle qu'une société serait prête à abandonner pour éviter le risque de
décès lié au COVID-19.
En dehors de la littérature sur la modélisation, il existe également de nombreuses études
empiriques cherchant à déterminer les effets en temps réel de la pandémie COVID-19. Les
recherches de Barro, Ursúa et Weng (2020) et Correia, Luck et Verner (2020) utilisent les
données de la pandémie de grippe de 1918 comme base de comparaison avec la pandémie de
COVID-19. Ces études mesurent les impacts macroéconomiques de l'épidémie de grippe de
1918, ainsi que les impacts des interventions des gouvernements locaux en réponse à celle-
ci. Ils constatent que la pandémie de grippe de 1918 a considérablement réduit la production
économique à l'époque et que des mesures d'endiguement rapides et durables ont amélioré la
production et l'emploi à long terme. Passant aux effets contemporains, Fang, Wang, et Yang
(2020) et Greenstone et Nigam (2020) cherchent à comprendre l'efficacité des mesures de
distanciation sociale à l'aide de données provenant des États-Unis et de la Chine et concluent
que la distanciation sociale et les restrictions de mobilité réduisent considérablement la
propagation du virus. Mongey et Weinberg (2020) et Bick et Blandin (2020) examinent les
effets hétérogènes des mesures de distanciation sociale sur les travailleurs. En effet, ils
constatent que les travailleurs moins instruits et moins riches sont plus susceptibles d'occuper
des emplois qui ne permettent pas le travail à distance ou qui nécessitent de contacts de personne
à personne et sont donc plus susceptibles d'être confrontés au chômage en raison de mesures de
distanciation sociale. Alon et coll. (2020) discutent des effets potentiels à long terme de la
pandémie sur l'égalité des sexes, soulignant que le ralentissement économique provoqué par la
pandémie a un impact plus négatif sur les secteurs à plus forte activité féminine. Enfin, Baker
et al. (2020) utilisent des données financières en temps réel sur les ménages pour examiner
comment la propagation du COVID-19 et la mise en œuvre de mesures de distanciation sociale
ont affecté les modes de consommation des Américains.
1.2. Revue de littérature de l’impact des crises pandémiques sur l’économie
informelle des pays en développement
L’une des préoccupations des chercheurs depuis longtemps est de savoir la capacité du secteur
informel à survivre pendant une crise en général et surmonter une crise pandémique en
particulier.
D’une façon générale, il existe deux points de vue concernant la réaction du secteur informel à
la crise. D’un côté, certains chercheurs optimistes considèrent que le secteur informel puisse
survivre pendant la crise et d’un autre côté, d’autres chercheurs montrent qu’il est incapable de
survivre.
1.2.1. Points de vue optimistes
Les optimistes considèrent l’économie informelle comme un pont de survie pendant les crises.
Dans cette optique, le développement de l’informel serait un bon exemple d’économie
ultralibérale : des millions de gens se débrouillent en marge de toute aide de l’Etat. Le secteur
informel serait aussi une économie hyperflexible, produisant son propre droit, capable de
s’ajuster et d’être un formidable régulateur social face aux crises économiques. Il pourrait donc
se définir comme, « une revanche des lois éternelles du marché et de la rationalité économique
contre le carcan de l’économie officielle étatisée »2.
En plus, puisque les crises macroéconomiques sont généralement caractérisées par leur impact
sur la diminution des investissements, ce qui pousse les entreprises à réduire leurs coûts de
production pour éviter les pertes. Cela se traduit par la diminution du coût du travail à travers
2
Latouche. S, (1989). « Les paradoxes de la « normalisation » de l'économie informelle « Revue Tiers-Monde.1989, p.229.
une baisse des salaires ou des licenciements. C’est ainsi que le secteur informel agit comme un
filet de sécurité pour les travailleurs licenciés.
La flexibilité du secteur informel se caractérise aussi par la facilité d’accès des personnes sans
niveau scolaire ou qualifications. C'est pourquoi ce secteur peut être un emploi alternatif en cas
de crise.
Par ailleurs plusieurs recherches empiriques prouvent ces propos, en Indonésie le secteur
informel qui a survit à la crise de 1998, a montré aussi sa capacité à survivre pendant la crise
économique actuelle. Le secteur informel a également montré une réponse positive à la crise en
Turquie, que ce soit pour les crises internes ou externes avec des impacts positifs qui ont duré
pendant 10 ans après la crise3.
Une autre recherche empirique sur un échantillon de plusieurs pays a été réalisée par Colombo
et al., a montré qu'il existe une tendance à une augmentation de l'offre de main-d'œuvre
informelle pendant la crise suite à une diminution de la demande de main-d'œuvre formelle et
une augmentation du chômage. C’est ainsi que de nombreux travailleurs formels se tournent
vers l’informel comme stratégie alternative pour survivre.
1.2.2. Points de vue pessimistes
Pour les points de vue pessimistes, l’économie informelle est analysée en terme de main-
d'œuvre qui y est impliquée en la considérant comme une activité économique qui existait avant
la crise et non pas après. Dans cette optique, le travail en informel, aura des impacts négatifs
pendant la crise comme l'incertitude des revenus et l'absence de sécurité sociale.
Ainsi, les personnes travaillant dans l’informel sont essentiellement des travailleurs vulnérables
n'ayant pas de certitude en matière de contrats et d'heures de travail. Ils sont les plus touchés
par la crise économique étant donné qu’ils n'ont pas de revenus stables et de garanties d'emploi
comme les travailleurs formels, en plus du manque de garanties financières pouvant les aider à
surmonter la crise ce qui aggrave de plus en plus leur situation.
La vision de l'économie informelle comme un filet de sécurité pendant une crise est remise en
cause par Horn étant donné que les travailleurs dans l’informel ne bénéficient pas, même avant
la crise, d’aucune protection économique ni sociale. Ainsi même si le nombre de travailleurs
informels puisse augmenter pendant une crise, cela ne signifie pas qu'il y a une amélioration du
secteur informel et placent les travailleurs informels dans une plus grande vulnérabilité voir
dans la pauvreté.
3
Kahyalar. N, et al., (2020). Journal of Business & Economics 6, p145–172
Sur la base d'une étude empirique en Serbie, Jaskova a également déclaré que l'emploi informel
ne peut pas être un filet de sécurité pour ceux qui sont en chômage du secteur formel pendant
une crise. Cela a été prouvé par la baisse du pourcentage des travailleurs informels qui était plus
élevé par rapport à ceux du secteur formel après la crise économique mondiale de 2008
(jusqu'en 2013). Il a montré que l'emploi informel était considéré comme plus vulnérable que
l'emploi formel.
Pour les petites entreprises où il y a une plus grande concentration du travail informel, elles
peuvent également souffrir de manière disproportionnelle des chaînes d'approvisionnement
perturbées pendant la crise. En effet, les grandes entreprises pourraient demander des produits
en quantité limitée laissant les plus petits incapables de produire efficacement et subir des pertes
considérables en ne bénéficiant d’aucune aide financière de la part de l’Etat ou des institutions
financières.
Pour synthétiser, les divergences de points de vue concernant la capacité de l’économie
informelle à survivre pendant la crise sont influencées principalement par les caractéristiques
des activités de l’économie informelle elles même à savoir la liberté d’accès des travailleurs
sans qualification et la création des entreprises ne nécessitant pas un grand capital d’une part.
D’autre part, elles sont influencées par la période de développement de l’informel est ce que
c’est avant ou pendant la crise.
2. Taille de l’économie informelle au Maroc et facteurs de son développement
2.1. Taille de l’économie informelle au Maroc
Connaître l’ampleur et le rôle des activités informelles et leurs évolutions sont des questions
importantes pour toute économie, comme celle du Maroc.
l’économie informelle au Maroc est évaluée à 170 milliards de dirhams (14,96 milliards
d’euros), 20 % du PIB hors agriculture, 10% des importations formelles, 40 milliards de
dirhams de manque à gagner pour l’État, et 2,4 millions d’emplois4.Selon les statistiques de
2016 de l’organisation mondiale du Travail, l’informel crée entre 75 % et 89 % des emplois au
Maroc.
Aujourd’hui, ces chiffres semblent déjà obsolètes. « Je pense personnellement qu’entre 2018
et aujourd’hui, le poids de l’informel a augmenté », a affirmé Alj. Hicham Zouanat, président
4
Etude réalisée en 2014 par le cabinet Roland-Berger pour le compte de la CGEM et rendue publique en avril 2018,
intitulée "l’économie informelle : impact sur la compétitivité des entreprises et proposition de mesures d’intégration "
de la commission sociale de la CGEM, et rappelle que la crise sanitaire a révélé l’ampleur réelle
du phénomène : 4,3 millions de ménages vivent de l’économie informelle.
Par ailleurs la crise liée à Coronavirus a montré les défaillances de la structure socio-
économique du pays comme l’annonce Mr. M. Benchaâboune : « nous sommes tous d’accord
que la crise a mis à nu plusieurs faiblesses de notre structure socio-économique. Dont la plus
importante est le fait que les deux tiers des familles marocaines vivent de l’informel et ne
disposent pas de couverture sociale. Ou encore la dépendance de notre économie à des secteurs
fortement liés aux vicissitudes des marchés internationaux. Mais si l’on veut être objectif, cela
n’est pas lié à un gouvernement en particulier, mais il s’agit d’un cumul… »
Ceci montre que, l’économie informelle pèse lourd dans l’économie marocaine et occupe une
place de plus en plus importante dans le tissu économique aussi bien au plan de la production
que de l’emploi et des revenus.
2.1.1 Volet économique
Comme le montre la Figure N°1, le poids de l’économie informelle diffère d’un secteur
d’activité à un autre. Ainsi, le secteur du commerce et de distribution prédominent et
représentent la majeure partie de ces activités avec 68% puis, 54% dans le textile habillement,
32% dans le transport routier de marchandises, 31% dans le BTP et 26% dans l’industrie
agroalimentaire et tabac.
Figure N° 1 : Décomposition du PIB de l'économie informelle
D’après une étude effectuée par le HCP (Haut-Commissariat au Plan) en 2014, l’effectif des
unités de production informelles est estimé à 1,7millions avec une création nette de près de 19
milliers d’unités par an, en progression annuelle moyenne de 1,2% sur la période couvrant les
années 2007 à 2013.
La plupart de ces unités informelles soit 71%, sont concentrées dans le milieu urbain et sont
non localisées avec plus de 56% ne disposant pas d’un local fixe ou exerçant leur activité à
domicile.
En ce qui concerne la production, l’économie informelle connaît une forte expansion en
réalisant un chiffre d’affaires estimé à 410 Milliards de DH au cours de l’exercice 2013-2014
et une valeur ajoutée de 103 Milliards de DH. Soit un taux d’accroissement annuel moyen de
production de 6,5% sur la période allant de 2007 à 2014. Cette évolution est plus élevée par
rapport à celle de l’ensemble des activités de production.
Concernant la structure du Chiffre d’Affaires (CA) réalisé par l’économie informelle, il a connu
un changement notable par secteur d’activité entre la période 2007 et 2014. En effet, le secteur
du commerce a perdu 5 points entre 2007 et 2014 en passant du 74,8% à 69,8% et ce en faveur
du secteur des services qui a vu sa part augmentée de 6,6% à 9%, suivi du secteur de l’industrie
avec une part de 13,1% contre 11,1% six ans auparavant et celui du BTP dont la part a atteint
8,1% contre 7,5% (Figure N°2).
Source : HCP
indépendants et 10,9% sont des employeurs, contrairement au salariat qui représente une faible
part dans le total des emplois pourvus par le secteur avec 15,9% seulement en 2014.
Autre trait caractérisant les emplois des activités informelles, c’est que la majorité absolue
(98%)de la main d’œuvre n’est pas déclarée dans aucun organisme de protection sociale.
Les unités de production informelles se singularisent enfin par leur petite taille avec près de
75% de ces unités employant une seule personne pour une moyenne de 1,4 personne dans
l’ensemble du secteur.
Par rapport à la répartition régionale des activités opérant dans l’informel, presque un emploi
sur cinq fait partie de la région de Casablanca-Settat et les trois régions de Casablanca-Settat
(19,1%), Rabat-Salé-Kenitra (16,5%) et Marrakech-Safi (13,1%) concentrent presque la moitié
de l’emploi du secteur informel au Maroc en 2014.
2.2. Facteurs de développement de l’économie informelle au Maroc
L’économie informelle est un phénomène hétérogène et multi-varié et son développement
diffère d’un pays à un autre selon la dimension politique, culturelle, économique, sociale et
fiscale de chacun. Cependant et d’une manière générale, il constitue un filet de sécurité pour de
larges catégories sociales en situation de précarité et offre les possibilités d’insertion aux
travailleurs non qualifiés, aux personnes en chômage issues du monde rural en leur permettant
de se procurer des revenus de subsistance en dehors de l’observation de l’Etat.
En plus des facteurs déjà mentionnés, les raisons d’expansion de l’économie informelle au
Maroc sont analysées comme suit :
2.2.1 L’urbanisation et les tendances démographiques
Au Maroc, à l’instar de nombreux pays en développement, a été marqué par l’accroissement de
la population urbaine à partir du milieu des années 70. En effet, le taux d'urbanisation au Maroc
est passé de 55,1% en 2004 à 60,3% en 2014. En nombre, les marocains vivants en milieu
urbain sont 20,4 millions contre 13,4 millions en milieu rural. Ils étaient seulement 16,4 millions
de citadins dix ans plus tôt. Le HCP explique que cette évolution est due essentiellement à
l'accroissement démographique naturel d’une part, et à l'exode rural, la création de nouveaux
centres urbains et l'extension des périmètres urbains des villes d'autre part.
2.2.2 Faiblesse de l’Etat-providence :
L’extension du secteur informel n’est pas indépendante de la faiblesse de l’Etat-providence.
Dans les pays en développement, en raison de la faible prise en charge par l’Etat des besoins
sociaux (logement, santé, formation…), les activités informelles de petite production, de
commerce, de services et la sphère domestique sont appelées à assurer cette fonction. Dans un
contexte de crise, en développant des modes de vie à faible coût, elles libèrent l’État de certaines
fonctions régulatrices (y compris la régulation sur le marché du travail).
2.2.3 La dynamique de la pauvreté
Mme. A. Mejjati considère que la pauvreté est la cause de l’extension des activités
informelles, en raison des incidences qu’elle exerce sur les revenus et qu’elle affecte
essentiellement les travailleurs du secteur informel. En plus, La pauvreté affecte
prioritairement les ruraux alors que, l’urbanisation, l’exode rural et la montée du chômage ont
accentué la pauvreté en milieu urbain.
2.2.4 La situation du système éducatif
Mme. A. Mejjati, annonce que le Maroc accuse des déficits importants en matière d’éducation
en dépit des progrès accomplis en matière de taux de scolarisation et que l’accès et la rétention
à l’école demeurent problématiques, mettant sur le marché du travail de plus en plus d’enfants.
Ajoutant à cela, les déperditions nombreuses, en particulier lors du passage du fondamental au
collège, et le chômage des diplômés qui font basculer de nombreux jeunes scolarisés dans le
secteur informel.
Le HCP, confirme cette relation entre le système éducatif et l’expansion de l’économie
informelle puisqu’un travailleur informel sur deux choisit un métier qui ne nécessite aucune
formation professionnelle, et presque 40% de la main d’œuvre a été formée par un mâllam.
C’est ainsi que le secteur informel constitue un abri pour les déscolarisés.
2.2.5 L’ajustement structurel et ses incidences
D’après Mme. A. Alami, la récession des années 80 et la phase d’ajustement qui l’a suivie ont
contribué à accélérer le phénomène de l’informalisation de l’économie d’une manière directe
ou indirecte. En effet, la chute des prix des phosphates, le coût de la guerre du Sahara, une
sécheresse longue et généralisée, le renchérissement du coût de l’énergie, la limitation de
l’émigration marocaine en Europe et par conséquent la croissance continue de la dette et des
déséquilibres économiques ont obligé l’Etat marocain à s’engager, dès 1983, en concertation
avec le FMI, dans une politique d’assainissement économico-financière et ce, à travers la
privatisation d’une partie de secteur public productif et la réduction des dépenses sociales par
la compression des effectifs du secteur formel moderne et le gel et la réduction des salaires.
Elle affirme aussi que le PAS, même quand il ne s’accompagne pas de licenciements, implique
une modification de la structure interne de la main-d’œuvre par la substitution d’une main-
d’œuvre temporaire à une main-d’œuvre permanente.
2.2.6 Le post-ajustement et la mondialisation
Après le déclin du PAS, le post-ajustement au milieu des années 90 a donné naissance à un
nouveau paradigme du développement via la mondialisation et l’ouverture au commerce
extérieur.
L'OIT5 estime qu'entre 1995 et 2005, grâce à l'expansion mondiale, 40 millions d'emplois
supplémentaires ont été créés chaque année dans ses pays membres. Néanmoins, souvent les
conditions du marché du travail et la qualité des emplois ne se sont pas améliorées de la même
manière. Dans de nombreuses économies en développement, la création d'emplois a
principalement eu lieu au sein de l'économie informelle, où environ 60 % des travailleurs ont
trouvé des opportunités de revenus.
2.2.7 Système fiscal et situation juridiquo-administrative
Plusieurs études ont démontré la relation étroite qui existe entre la fiscalité et l’expansion de
l’informel. En effet, le manque de communication sur les droits et les obligations dans le
domaine fiscal et la faible clarification des mesures fiscales conduit à une fausse perception de
la fiscalité et pousse au glissement vers l’informel. En plus, la pression fiscale joue aussi un
rôle important dans l’augmentation de la taille de l’économie informelle d’un pays, étant donné
que le coût fiscal pousse les personnes à chercher à en échapper et l’informel reste parmi les
zones de leur confort.
La faible adhésion au système fiscal par l’économie informelle reste parmi les importants traits
caractérisant ses activités. Ceci est dû essentiellement, d’après l’enquête effectuée auprès des
chefs UPI, au coût trop cher de l’enregistrement (49,1%), manque d’utilité (22,8%), au caractère
non obligatoire de la taxe professionnelle (11,5%), l’ignorance par rapport à la procédure à
suivre pour l’enregistrement (8,7%) et la complication des démarches (5,6%).
3. Effets du Coronavirus sur l’économie informelle au Maroc
En avril 2020, l’OIT estime que 1,6 milliard de travailleurs informels soit 76 % de l’emploi
informel dans le monde, sont gravement affectés par la crise du COVID-19 et les mesures de
5
Une étude portant sur les liens entre la mondialisation et l’emploi informel dans les pays en développement (OIT et OMC,
2009)
confinement. Pourtant, dans la plupart des pays en développement et à faible et moyen revenu,
l’économie informelle représente la majeure partie de leur tissu économique, les ressources sont
rares, les inégalités et les discriminations entre les sexes persistent et la capacité des systèmes
de santé et de protection sociale reste limitée.
Ce contexte aggrave de plus en plus la situation de l’économie informelle et la vulnérabilité des
personnes y afférentes. Ainsi, même en absence de statistiques, l’économie informelle au Maroc
comme la plupart des pays en développement, subit les mêmes conséquences des restrictions à
la liberté de circulation des personnes et l’arrêt total ou partiel de l’activité visant à limiter la
propagation du COVID-19 que l’on pourra présenter comme suit :
3.1. Perte de revenus
Pour la plupart des travailleurs informels et en l’absence de toute autre source de revenu,
s’arrêter de travailler ou rester chez soi signifie perdre son emploi et, pour beaucoup, perdre ses
moyens de subsistance.
Malheureusement, la majorité des travailleurs de l’économie informelle se trouvent devant un
dilemme insoluble : choisir entre mourir de faim ou mourir du virus. Donc, on se trouve devant
une population pour laquelle le confinement est synonyme d’arrêt d’activité et par conséquent
l’absence immédiate de revenus.
3.2. Aggravation des vulnérabilités préexistantes
Etant donné que la majorité des travailleurs informels au Maroc travaillent dans des secteurs
nécessitant un contact direct avec les gens (tel le commerce, le tourisme, restauration,…) et la
prédominance (68%) de l’auto-emploi et le travail indépendant dans de petites entreprises de
moins de 10 personnes, expliquent l’impact direct du confinement sur eux et les rend plus
vulnérables aux chocs.
Faute de pouvoir accéder à une protection sociale, les acteurs de l’économie informelle n’ont
ni les moyens de rester chez eux ni la possibilité de respecter les règles de distanciation sociale
et craignent plus de perdre un emploi que de tomber malade tout en acceptant à tout prix de
travailler dans des conditions précaires, ce qui aggrave de plus en plus leur vulnérabilité et
constitue un danger réel pour leur santé et leur sécurité.
Ainsi, dans cette situation de crise, cette population vulnérable se trouve obligée de travailler
dans l’informel pour survivre abstraction faite, du risque de contamination et des sanctions
réglementaires.
Par ailleurs, on trouve des pays qui ont encouragé au maximum les travailleurs de ce secteur
comme le montre le tableau N°1 dans onze villes 6
Tableau N° 1 : Mesures d'allégement pour les travailleurs informels dans les villes étudiées : mars-
juillet 2020
Villes Dérogations sur
Pays Subventions en espèce Aide alimentaire Prêts
étudiées paiements
Pour les « Kayayei » Factures d’eau gratuites
(jeunes femmes de Avril au Juin 2020 +
Accra Ghana
migrantes du nord rural exonération pour les plus
du Ghana) pauvres
Petite subvention unique en espèces Aide alimentaire avec un 3 mois d’exonération de
Ahmedabad L’inde de 500 INR (6,6 EUR) système rationnel services publics
6
Chen, M., Grapsa, E., Ismail, G., Rogan, M., Valdivia, M., Alfers, L., Harvey, J., Ogando, A.C., Reed, S.O. and Roever, S.
(2021), "COVID-19 and informal work: Evidence from 11 cities" WIEGO Working Paper No 42.
Pour le cas du Maroc, on remarque que la majeure partie des mesures visant le soutien de
l’économie marocaine en période du Covid-19 est dédiée essentiellement au secteur formel
(report d’échéances de crédit, prêts exceptionnels garantis par l’État « Damane Oxygène »,
report des échéances fiscales …). Or, le défi aujourd’hui pour le gouvernement marocain est de
s’attaquer à la partie invisible de l’économie à savoir l’informel, puisqu’il sera difficile de
mettre en place des mesures de soutien en l’absence d’identification des entreprises et des
travailleurs opérant dans l’économie informelle. C’est ce qu’on va essayer d’analyser dans la
section suivante pour pouvoir donner des pistes de réflexion et des recommandations aidant le
gouvernement et l’économie informelle de sortir avec les moindres dégâts de cette crise jamais
vue.
6. Implications managériales et scientifiques
La crise du Coronavirus a permis de relever plusieurs défaillances de la politique de
développement adoptée par le Maroc sur plusieurs niveaux notamment social et économique et
l’économie informelle reste parmi les principaux chantiers à prendre en considération.
La prédominance de cette économie réduit surement la capacité du pays à mobiliser les
ressources budgétaires nécessaires pour stimuler l’activité économique en période de crise.
Mais, le fait de mener des politiques macroéconomiques efficaces et se focaliser sur le capital
humain indispensable au développement à long terme pourra combler cette lacune.
Ainsi, en maintenant le taux de contamination par Covid-19 à un niveau gérable, la relance
économique constitue le principal défi à relever par l’Etat marocain. Pour cela, nous allons
essayer tout au long de cette partie de donner des pistes de réflexions et d’amélioration pouvant
être utiles pour gérer les conséquences néfastes de la crise de coronavirus sur l’économie
informelle.
Avant de proposer des actions appropriées pouvant aider à gérer cette économie de l’ombre
durant et après la crise, il est important de faire le ciblage (Figure N°3) :
Figure N° 3 : Répartition de l’informel selon l’impact sur l’économie
« Méga Informel »
local en réalisant une répartition équilibrée de la population, des activités et des infrastructures
d’équipement comme l’a annoncé sa Majesté le Roi Mohamed VI dans son discours Royal :
« La régionalisation que nous appelons de nos vœux doit reposer sur un effort soutenu et
imaginatif permettant de trouver des solutions adaptées à chaque région, selon ses spécificités
et ses ressources, et en fonction des opportunités d’emploi qu’elle peut apporter, et des
difficultés qu’elle rencontre en matière de développement .La Région doit constituer un pôle de
développement intégré, dans le cadre d’un équilibre et d’une complémentarité entre ses zones,
ses villes et ses villages, de telle sorte qu’elle contribue à endiguer le mouvement d’exode vers
les villes ».
D’autant plus, il est nécessaire d’intégrer l’économie informelle vers le formel à travers
l’adoption d’un régime fiscal et foncier attractif à l’investissement par région, le développement
de l’offre touristique des régions tout en maintenant la spécificité de chacune d’entre elles.
6.1.3 Restructuration du financement dédié aux opérateurs de l’informel
Etant donné que le plus grand obstacle qui bloque la transition vers le formel est celui de l’accès
au financement, le fait d’envisager une ligne de financement dédié aux opérateurs de
l’économie informelle et ceux ayant pour objectif la création des projets bien structurés pourra
faciliter aux travailleurs et aux entreprises informels l’atteinte d’un niveau de productivité
suffisant pour rejoindre l’économie formelle et contribuer à la création de la richesse du pays.
Par ailleurs, à l’ère de Covid-19, les autorités de régulation et contrôle sont appelées à inviter
les banques commerciales à évaluer de manière permanente le risque de crédit, et les encourager
à restructurer les prêts accordés aux ménages et entreprises en difficulté notamment ceux de
l’économie informelle à travers l’allongement des maturités, l’annulation de pénalités de retard
et la révision à la baisse des taux d’intérêts et commissions.
6.2 Actions du Grand Informel
6.2.1 Encouragement de la transition vers le formel
Parmi les mesures à mettre en place par le gouvernement, on propose l’encouragement à la
transition vers l’économie formelle et augmenter les avantages liés à sa participation à travers
l’encouragement de l’entreprenariat des jeunes et l’amélioration de la gouvernance ainsi que le
climat des affaires d’une part. Renchérir le coût de l’activité informelle et lutter contre l’évasion
fiscale via les régimes fiscaux, l’amélioration de la relation entre l’administration et le
contribuable ainsi que la souplesse dans les démarches administratives d’enregistrement fiscal
d’autre part.
Conclusion
En guise de conclusion, la revue de littérature de la relation entre les crises pandémiques et
l’économie a donné une idée globale sur le lien entre la propagation de la pandémie, son effet
sur l’économie et le comportement des individus qui influence son degré de gravité. Cela
permet de donner des pistes de réflexion aux autorités publiques par rapport aux politiques
publiques à adopter afin d’atténuer les effets négatifs de la crise sur les individus tout en donnant
plus d’importance aux plus vulnérables comme les travailleurs du secteur informel. En plus,
l’analyse théorique de l’impact des crises pandémiques sur l’économie informelle des pays en
développement dont le Maroc a montré à travers deux points de vue différents que l’économie
informelle possède une grande capacité d’adaptation aux crises même si elle reste vulnérable
aux chocs en absence d’aide auprès de l’Etat.
Par ailleurs, le papier s’est concentré sur l’économie informelle au Maroc à travers un aperçu
général sur son poids qui ne cesse d’augmenter ainsi que les facteurs de son développement. En
effet, l’expansion de l’économie informelle reflète la défaillance des politiques publiques et le
manque de stratégies économiques performantes permettant de diminuer ses impacts négatifs
sur le plan économique, fiscal et social. D’autant plus, l’arrivée du coronavirus a rendu la tâche
de plus en plus difficile aux autorités publiques qui n’étaient pas prêtes pour en faire face, ce
qui a aggravé la situation aux travailleurs informels, le maillot le plus faible de l’économie
nationale.
C’est ainsi que le présent papier donne quelques pistes d’amélioration utiles en ce qui concerne
les politiques à mettre en œuvre pour gérer l’économie informelle pendant et après cette crise
et ce à travers l’adoption d’une stratégie d’accompagnement que ce soit pour le petit ou le grand
informel dans une optique de relance économique. Toutefois, les mesures proposées ne seront
pas efficaces si elles ne sont pas accompagnées par des réformes structurelles et un nouveau
modèle de développement intégrant l’économie informelle tout en cherchant des moyens de
financement de mise en œuvre étant donné que, l’Etat n’a pas assez d’espace budgétaire pour
absorber le choc ou assurer la riposte contre la pandémie. C’est ainsi que le soutien financier
de la communauté internationale, sous formes de dons ou de prêts exceptionnels, parait plus
qu’urgent.
La crise pandémique actuelle est donc une occasion pour mettre le point sur les secteurs les plus
vulnérables et redéfinir de nouvelles stratégies de développement surtout avec l’apparition
d’une nouvelle crise mondiale comme celle causé par la guerre Ukraine-Russie qui a engendré
une inflation incontrôlable avec une flambée des prix jamais vue. Cela pourra constituer une
piste de recherche future d’un nouveau sujet.
BIBLIOGRAPHIE
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estimation of its fatality rate », National Bureau of Economic Research, Working Paper
Series.
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estimates of disease scenarios », National Bureau of Economic Research, Working Paper No.
26867.
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rapport spécial sur le COVID-19, inégalité et emploi au Maroc», Groupe de la Région Moyen-
Orient et Afrique du Nord, Washington, pp 19-30
- Barro, et al., (2020). «The Coronavirus and the Great Influenza Pandemic: Lessons from the
"Spanish Flu" for the Coronavirus’s Potential Effects on Mortality and Economic Activity»
National Bureau of Economic Research, Working Paper No.26866.
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Federal Reserve Bank of New York, Liberty Street Economics (March 27).
- Guerrieri, et al., (2020). «Macroeconomic Implications of COVID-19: Can Negative Supply
- Hanming Fang,et al., (March 2020). «Human mobility restrictions and the spread of the Novel
Revue Tiers-Monde.
- Mejjati Alami R.,(2014). « Le secteur informel au Maroc », Edition PEM.