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Mesure et Intégration en Mathématiques

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Mesure, Intégration, Eléments d’Analyse

Fonctionnelle
Université Claude Bernard Lyon 1
Licence de mathématiques troisième année
Parcours Mathématiques générales et applications

Petru Mironescu

2024–2025
Vue d’ensemble
Ce texte est une introduction détaillée aux aspects les plus basiques de la théorie de
Lebesgue de la mesure et de l’intégration.
On peut comprendre les briques de cette théorie à partir du calcul de l’inté-
żb
grale de Riemann I :“ f pxq dx. Rappelons que, du moins si f est continue par
a
morceaux sur ra, bs et positive, I s’interprète comme l’aire du domaine D compris
entre le graphe de f et l’axe Ox. De manière théorique, pour calculer I nous com-
mençons par le cas où f est une fonction en escalier, c’est-à-dire une fonction de la
forme
$

’a1 , si x P I1

&a , si x P I
2 2
f pxq “ (1)

’. . .

%
an , si x P In ,

avec les Ij intervalles disjoints dont l’union est ra, bs.


Dans ce cas, D est une union de rectangles disjoints, de base Ij et de hauteur
aj , et nous posons, « naturellement »,
żb ÿ
n
f pxq dx :“ aj mpIj q, (2)
a j“1

avec mpIj q la longueur, ou encore la mesure de Ij .


Dans le cas général, nous « approchons » f par des fonctions en escalier, et
son intégrale par les intégrales de ces fonctions en escalier (ceci sera brièvement
rappelé dans la section 6.6).
La généralisation de cette approche nécessite :
a) De pouvoir mesurer des ensembles. (Dans le cas d’une fonction en escalier, il
s’agit de mesurer les intervalles Ij .)
b) De définir l’intégrale des fonctions « simples » (du type fonctions en escalier).
Dans la théorie de l’intégration, leur nom est fonctions étagées.

3
Vue d’ensemble

c) De définir un procédé d’approximation des fonctions « générales » par des


fonctions étagées. Les fonctions approchables sont les fonctions mesurables.
d) De définir l’intégrale des fonctions mesurables.
Si tout ce programme est achevé, ce n’est que le début... Il reste encore à établir
e) Les propriétés de l’intégrale ainsi définie. Ainsi, on s’attend à ce que l’inté-
grale soit linéaire, qu’elle vérifie l’inégalité triangulaire, et autres propriétés
fondamentales de l’intégrale de Riemann.
f) Des méthodes concrètes de calcul des intégrales : intégration par parties, chan-
gement de variable, calcul d’intégrales multiples à partir d’intégrales itérées
(théorème de Fubini), etc.
g) Et (surtout !) d’illustrer, par des applications, l’utilité de la théorie.
Ce programme (minimal, dans la mesure où la théorie de la mesure et de
l’intégration est bien plus riche que ce que nous verrons) sera mis en place dans
ce qui suit. Et encore : l’intégration par parties (formule de Stokes) ne sera pas vue.

En bref

1. Le chapitre 1 n’est pas directement lié à la théorie de la mesure. Il traite


quelque notions auxiliaires comme sup, inf, les limites des suites et le dé-
nombrement des ensembles.
2. Dans le chapitre 2, nous rencontrons un objet fondamental, la tribu, et étu-
dions quelques-unes de ces propriétés. A posteriori, la tribu est la collection
T des tous les ensembles que nous saurons mesurer. En accord avec cette
philosophie, un élément de T (c’est-à-dire, un ensemble A P T ) est un
ensemble mesurable.
Pour que la théorie soit vraiment utile, T doit avoir des propriétés algé-
briques encodées dans sa définition (par exemple, si nous savons mesurer
A et B, nous savons également mesurer A X B). La propriété fondamentale
qui fait la force de la théorie de la mesure est que si nous savons mesurer
A0 , A1 , A2 , ... (suite infinie), alors nous savons mesurer A0 Y A1 Y A2 Y ....
3. Le chapitre 3 est dédié aux fonctions qui, a posteriori, seront intégrées. Le
début se devine facilement : une fonction étagée est une fonction de la forme,
analogue à (1),
$

’ a1 , si x P A1

&a , si x P A
2 2
f pxq “ (3)

’ . . .

%
an , si x P An ,

avec chaque Aj mesurable et les Aj deux à deux disjoints.

4
Petru Mironescu Mesure et intégration

Pour passer des fonctions étagées aux fonctions mesurables, le choix de


l’approximation est crucial : une fonction mesurable est une limite simple de
fonctions étagées.
Il reste à établir les principales propriétés des fonctions mesurables. Comme
pour les fonctions continues, avec lesquelles elles partagent des caractéris-
tiques communes, la somme ou le produit de fonctions mesurables est me-
surable, etc.
4. Le chapitre 4 est dédié aux mesures. Une mesure µ est un « procédé » pour
associer à chaque ensemble mesurable A P T sa mesure, µpAq, qui est un
nombre positif (ou `8 ; penser à la longueur d’un intervalle infini). La pro-
priété fondamentale de la mesure (qui fait la force de la théorie de la mesure)
est que, si A0 , A1 , A2 , . . . (suite infinie) sont des ensembles mesurables disjoints,
alors
µpA0 Y A1 Y A2 Y ...q “ µpA0 q ` µpA1 q ` µpA2 q ` ¨ ¨ ¨ .
C’est cette propriété qui permet de passer à la limite dans les intégrales ; or, le
passage à la limite est l’essence de l’analyse.
5. Le chapitre 5 à la fois sort du programme décrit plus haut et lui donne de
la valeur. La théorie de Lebesgue de l’intégration est née pour améliorer
celle de Riemann ; elle doit donc la contenir. Ceci est vrai, et la preuve passe
par l’existence d’une mesure qui généralise la longueur des intervalles. Le
résultat fondamental du chapitre est l’existence de la mesure de Lebesgue (sur
R), plus précisément d’une tribu T contenant tous les intervalles, et d’une
mesure µ sur T telle que µpIq “ mpIq si I est un intervalle.
6. Le chapitre 6 est consacré à la construction de l’intégrale « abstraite ». Comme
attendu, si f est une fonction étagée positive comme dans (3), nous posons,
« naturellement », par analogie avec (2),
ż ÿn
f :“ aj µpAj q.
j“1

Le cas où f est mesurable


ż positive est traité par approximation, mais la défini-
tion de l’intégrale f dans ce cas n’est pas très intuitive. Le cas où f est tout
simplement mesurable (mais pas nécessairement positive) est plus délicat :
en général, l’intégrale n’existe pas.
Toujours dans ce chapitre, nous
ż rencontrons le premier théorème permet-
tant de « permuter » lim et , le théorème de convergence monotone (théorème
de Beppo Levi), qui affirme que si pfn qn est une suite croissante de fonctions
mesurables positives, alors
ż ż
lim fn “ lim fn . (4)
n n

5
Vue d’ensemble

La suite du chapitre fait le lien entre intégrale par rapport à la mesure de


Lebesgue et intégrale de Riemann, respectivement la sommation des séries
et l’intégration. Ceci permet de s’apercevoir que la théorie de l’intégration
est un cadre général qui permet de traiter des problèmes d’apparence diffé-
rente ; d’autres illustrations de ce fait apparaissent dans les chapitres 10–13.
7. L’égalité (4) est cruciale dans les applications, et à elle seule justifierait l’im-
portance de la théorie de l’intégration. Dans le chapitre 7, nous étudions
le célèbre théorème de convergence dominée de Lebesgue qui permet d’obtenir
(4) sans hypothèse de positivité ou convergence monotone, et surtout ses
conséquences concernant l’étude des intégrales à paramètre. Ces intégrales
sont omniprésentes en théorie des probabilités, physique mathématique,
étude des équations différentielles, etc.
8. Le chapitre 8 met les bases du calcul des intégrales multiples. Vous avez déjà
utilisé sans preuve une égalité du type
ż b ˆż d ˙ ż d ˆż b ˙
f px, yq dy dx “ f px, yq dx dy. (5)
a c c a

La théorie développée dans ce chapitre donne des outils pour vérifier la


validité de formules du style (5) (théorème de Tonelli, théorème de Fubini) et
d’interpréter les intégrales doubles ou itérées de (5) comme une seule inté-
grale dans la variable px, yq par rapport à la mesure produit. Cette notion,
très intuitive, est un avatar des règles habituelles pour le calcul des aires et
volumes (l’aire d’un rectangle I ˆ J est le produit des longueurs mpIq et
mpJq, etc.).
9. Le chapitre 9 donne une autre méthode de calcul d’intégrales : le changement
de variable(s). Dans les applications les plus courantes (coordonnées polaires,
cylindriques, sphériques), le changement de variables n’en est pas tout à
fait un, et il faudra établir un théorème du presque changement de variables
adapté à ces cas.
10. Le chapitre 10 est dédié à l’étude de certains espaces de fonctions. En topo-
logie et calcul différentiel, les fonctions les plus étudiées sont les fonctions
continues, dérivables (ou différentiables), de classe C 1 , etc. En théorie de
l’intégration, nous avons déjà mentionné les fonctions mesurables. Dans les
applications, les espaces les plus populaires sont les espaces de Lebesgue L p ,
avec 1 ĺ p ĺ 8. Ils donnent un cadre naturel à la formulation mathéma-
tique de nombreux problèmes concrets, par exemple issus de la physique.
Pour 1 ĺ p ă 8, leur définition est
" ż *
L :“ f ; f est mesurable et |f | ă 8 .
p p

Nous donnerons dans le chapitre 10 quelques propriétés fondamentales de


ces espaces.

6
Petru Mironescu Mesure et intégration

11. Dans le chapitre 11, nous introduisons la convolution. En langage moderne,


c’est l’opération qui associe à deux fonctions sur R (ou Rn ), f et g, la nou-
velle fonctions
ż8
pf ˚ gqpxq :“ f px ´ yq gpyq dy. (6)
´8

Des expressions du type (6) apparaissent naturellement dans la résolution


des équations ; ceci était déjà connu au 18e siècle (Euler, d’Alembert). Elles
sont également utilisées en théorie de l’image et du signal.
Dans le chapitre 11, nous nous contentons de donner quelques applications
de (6) à la théorie des espaces L p .
12. Le chapitre 12 est consacré aux séries de Fourier. À nouveau, elles appa-
raissent naturellement dans la résolution des équations différentielles, et de
grands mathématiciens du 18e siècle (d’Alembert, Euler, Lagrange) se sont
demandés si « toute fonction » était une superposition de (co)sinusoïdes. En
langage moderne, si on pouvait écrire une fonction 2π-périodique f comme

8
ÿ
f pxq “ c0 ` pan cos pnxq ` bn sin pnxqq ; (7)
n“1

c0 , an , bn sont les coefficients de Fourier de f .


Fourier y a cru, et a utilisé (7) pour résoudre des problèmes physiques. La
justification rigoureuse de (7) a été une locomotive de l’analyse au 19e siècle
(et au-delà). Nous donnons, dans le chapitre 12, quelques théorèmes en lien
avec la validité de (7) : théorème de Dirichlet, théorème de Fejér, théorème de
Fatou, égalité de Parseval et théorème de Riesz-Fischer.
13. Dans le chapitre 13, nous introduisons l’analogue continu des coefficients
de Fourier : la transformée de Fourier
ż8
p
f pξq :“ e´ıξx f pxq dx. (8)
´8

Son importance, notamment dans la théorie des probabilités et dans la théo-


rie des équations différentielles, est immense.
Pour la transformée de Fourier, l’analogue de (7) est la formule d’inversion de
Fourier
ż
1 8 ıxξ p
f pxq “ e f pξq dξ. (9)
2π ´8

Dans le chapitre 13, nous étudions la validité de (9), ainsi que la possibilité
de définir fp même quand (8) n’a pas de sens (théorème de Plancherel).

7
Vue d’ensemble

14. Le chapitre 14 est une pièce rapportée à ce texte, qui rend compte du chan-
gement de programme de la licence. Nous y présentons les résultats les
plus basiques de la théorie des espaces de Hilbert, notamment l’existence d’une
base hilbertienne dans un espace de Hilbert séparable. Ceci permet notam-
ment de voir la théorie L2 des séries de Fourier comme un cas particulier de
construction d’une base hilbertienne, et d’interpréter l’ inégalité de Bessel et
l’égalité de Parseval (obtenues pour les séries de Fourier) dans le cadre plus
général d’un espace de Hilbert. L’autre résultat significatif de ce chapitre est
l’existence d’une projection sur un convexe fermé et son corollaire, le théorème de
Riesz caractérisant les formes linéaires continues sur un espace de Hilbert.
Afin de rendre la lecture plus fluide, ce chapitre apparaît à la fin (même s’il
est enseigné avant le chapitre 12).

Et après ?

1. La théorie des probabilités utilise naturellement le cadre de la théorie de la


mesure et de l’intégration. En plus de la théorie abstraite (chapitres 2 à 6), le
produit de convolution et la transformée de Fourier seront particulièrement
utiles.
2. L’étude des espaces L p sera reprise et amplifiée en analyse fonctionnelle.
3. Les séries de Fourier et la transformée de Fourier seront étudiées de manière
plus approfondie en analyse fonctionnelle.
4. Le produit de convolution et la transformée de Fourier seront des outils
essentiels dans l’étude des équations aux dérivées partielles.

À Lyon, le 30 janvier 2023

8
Guide de lecture
A. Ce document sert de support aux cours « Mesure et intégration » et « Élé-
ments d’analyse fonctionnelle », destinés aux étudiants en troisième année de
la licence de mathématiques de l’Université Claude Bernard Lyon 1, parcours
Mathématiques générales et applications. Malgré le caractère introductif de
ces cours, les outils présentés permettent de s’attaquer à de nombreux pro-
blèmes concrets.
Le texte donne un aperçu de la partie élémentaire de la théorie abstraite et
concrète de la mesure et de l’intégrale, avec quelques premières applications
aux espaces de fonctions, aux séries de Fourier et à la transformée de Fourier.
Historiquement, les objets et résultats présentés reflètent les efforts des ma-
thématiciens du début du vingtième siècle pour étendre et conceptualiser la
théorie de l’intégration « de Riemann », afin de corriger quelques-unes de ses
faiblesses et d’étendre le théorème de Leibniz-Newton au-delà du cadre des
fonctions continues.
B. Le texte a été conçu comme un compagnon des cours magistraux. Il n’a pas
été rédigé dans l’optique d’un usage en complète autonomie. Afin de garder
une longueur raisonnable du manuscrit, certains éléments de preuve, géné-
ralement parmi les plus faciles, ont été omis. Ces omissions sont repérables
grâce aux injonctions « vérifier ! » ou « justifier ! », auxquelles le lecteur qui
veut dépasser une utilisation superficielle du manuscrit est encouragé à obéir.
Afin d’alléger le texte, dans certaines sections nous faisons des hypothèses
qui sont implicitement supposées satisfaites dans tous les énoncés. Situation
typique : dans le chapitre 3, nous nous donnons une tribu T sur X, mais
dans les énoncés de ce chapitre la tribu n’y figure pas toujours. Le lecteur est
vivement encouragé à lire les hypothèses des résultats dans cette perspective,
et si nécessaire à compléter les énoncés en rajoutant les hypothèses implicites.
C. La partie élémentaire du volet « théorique » de la théorie de la mesure repose
sur deux piliers.
1. La théorie axiomatique de la mesure : ce que veut dire mesure, comment
définir l’intégrale et quelles sont ses principales propriétés. Cette partie
inclut les grands théorèmes les plus utilisés en calcul intégral (théorèmes
de convergence monotone et de convergence dominée, lemme de Fatou,

9
Guide de lecture

théorèmes de Fubini et Tonelli), faciles à comprendre et montrer, mais dont


l’utilisation pose souvent problème à l’analyste débutant.
2. La construction concrète de mesures. La théorie de la mesure et de l’inté-
gration ne vaut pas grand-chose sans ses applications, qui exigent d’avoir
sous la main des mesures et des fonctions à intégrer par rapport à ces me-
sures. La difficulté principale de la théorie consiste précisément à constru-
ire de bonnes mesures et à établir leurs propriétés. La mesure la plus uti-
lisée, celle de Lebesgue dans Rn , n’est pas facile à construire. Elle a des
propriétés spécifiques, qui vont au-delà des propriétés générales des me-
sures, qui la rendent très utile et qui sont de nature géométrique. Le théo-
rème du changement de variables est une conséquence fondamentale de
ces propriétés.
D. Conformément au programme en vigueur, sont admis les résultats fondamen-
taux suivants : existence de la mesure de Lebesgue, existence de la mesure
produit et les théorèmes de Fubini et Tonelli, théorème du changement de
variables. Néanmoins, les preuves de ces résultats apparaissent dans le texte.
Les parcourir sera utile au lecteur qui veut poursuivre dans la voie de l’ana-
lyse : elles reposent sur un bon nombre de raisonnements fondamentaux et
récurrents en analyse, raisonnements qu’il convient de maîtriser.
1. Il y a deux façons classiques de construire la mesure de Lebesgue.
a) « À la main », en montrant pour commencer qu’elle est nécessairement
donnée par une formule assez explicite. La difficulté consiste alors à
montrer que cette formule définit effectivement une mesure. La mé-
thode pour y arriver, due à Lebesgue, est celle que nous suivons.
b) Obtenir son existence à travers l’existence de l’intégrale de Riemann
combinée avec le théorème de représentation de Riesz, théorème qui
dépasse largement le cadre d’un premier cours (voir Rudin [19, Cha-
pitre 2]) – voie plus élégante, mais difficile à comprendre en première
lecture.
2. La construction de la mesure produit et les théorèmes de Tonelli et Fubini
sont de belles illustrations de la puissance de la construction axiomatique
de la théorie de la mesure, en particulier de l’utilisation des classes mono-
tones. Les démonstrations s’écrivent toutes seules !
3. Pour le changement de variables, la preuve présentée est naturelle, mais
quelque peu laborieuse. On peut procéder de manière plus élégante, en
utilisant un théorème moins élémentaire, celui de Radon-Nikodym (voir
Rudin [19, Chapitre 7]), mais cette approche convient plus en deuxième
lecture, lorsqu’on s’intéresse aux aspects plus avancés de la théorie de la
mesure. Il y a également une voie rapide et relativement élémentaire pour
y arriver, en passant par une réduction au cas de la dimension un (voir
Gramain [10, Section X.3]). Elle relève néanmoins trop d’une astuce pour
être vraiment instructive et utile dans d’autres circonstances.

10
Petru Mironescu Mesure et intégration

E. Dans la perspective des évaluations liées à ce cours et de l’utilisation de la


théorie de la mesure dans des cours ultérieurs et « dans la vraie vie », les
objectifs minimaux sont les suivants.
1. Montrer qu’un ensemble est a. p. d.
2. Montrer qu’une fonction ou un ensemble sont mesurables.
3. Faire le lien entre intégrale habituelle (de Riemann) et intégrale de Le-
besgue.
4. Utiliser les propriétés de la mesure de Lebesgue et de la mesure de comp-
tage.
5. Utiliser correctement, notamment pour la mesure de Lebesgue, les théo-
rèmes fondamentaux (convergence monotone, convergence dominée, lem-
me de Fatou, intégrales à paramètres, Fubini, Tonelli, changement de va-
riables). Ce sont notamment l’existence d’une majorante intégrable et le
théorème de Fubini qui posent le plus de problèmes dans la pratique.
6. Manipuler les espaces L p (inégalités de Hölder, Minkowski et Young).
7. Manipuler les théorèmes fondamentaux concernant les séries de Fourier
(Dirichlet, Fejér, Parseval) et la transformée de Fourier (formule d’inver-
sion, théorème de Plancherel).
8. Manipuler les séries orthogonales dans un espace de Hilbert, et en particu-
lier le développement d’un vecteur dans une base hilbertienne.
Y arriver, c’est déjà bien !
Dans cette optique, les notes de cours offrent les bases théoriques nécessaires
à la résolution des questions proposées en TD ; la maîtrise des objectifs ci-
dessus passe par la résolution des problèmes. Les quelques exercices présents
dans le texte ont pour but uniquement d’illustrer les propos théoriques, voire
de déléguer au lecteur la vérification de quelques propriétés faciles.
F. La théorie de probabilités utilise de manière intensive la théorie de la mesure
et de l’intégrale. Un très beau premier texte sur ce sujet est Barbe et Ledoux
[3]. Plusieurs notions et résultats basiques en théorie des probabilités (mesure
image, formule de transfert, v. a. i., etc.) seront traités en TD.
G. En tant qu’étudiant, quels objectifs se donner pour ces UE ? J’utiliserais une
métaphore bureautique. Pour un traitement de texte ou un tableur, il y a les
utilisateurs, les utilisateurs experts et les développeurs ou concepteurs. Les
premiers maîtrisent les bases et savent éventuellement utiliser les tutoriels.
Les deuxièmes conçoivent les tutoriels. Et les troisièmes développent le logi-
ciel.
Pour valider les UE, maîtriser les compétences minimales énoncées en début
de chaque chapitre devrait suffire. Pour continuer en master de mathéma-
tiques, le bon objectif est de viser le niveau utilisateur expert : en plus des
compétences minimales, comprendre les énoncés, la structure des preuves les

11
Guide de lecture

plus courantes, savoir adapter ces preuves. Pour attendre le troisième niveau,
il faudrait s’attaquer aux exercices avancés, lire les sections « pour aller plus
loin » et, pourquoi pas, lire en parallèle (le début de) l’un des textes cités dans
cette introduction, ou d’autres textes plus récents et accessibles comme Taylor
[21] ou (le début de) Lieb et Loss [16].

Pour aller plus loin

H. Un théorème d’analyse s’utilise rarement dans la forme qui apparaît dans les
textes (monographies ou cours). On a souvent besoin d’une variante qui se
montre en suivant les grandes lignes de la preuve du théorème standard. Un
exemple typique est celui de la continuité d’une intégrale par rapport aux
paramètres. C’est pourquoi il est important, pour ceux qui vont continuer
à utiliser l’analyse, d’avoir au moins une idée des preuves des principaux
résultats de ce cours.
I. La théorie de Lebesgue est née du besoin d’étudier la validité de l’égalité
żb
f pbq ´ f paq “ f 1 pxq dx lorsque f n’est plus de classe C 1 . La réponse est
a
connue, mais dépasse le cadre de ce cours. Quelques résultats en ce sens sont
mentionnés sans preuve. D’autres résultats avancés, significatifs pour la théo-
rie de la mesure et de l’intégration, sont mentionnés ici et là, dans les sections
« Pour aller plus loin ».
J. Pour aller au-delà de ce cours, plusieurs directions accessibles sont envisa-
geables.
1. La théorie « abstraite » : construction axiomatique des mesures par Cara-
théodory, théorème de Radon-Nikodym-Lebesgue, mesures signées et vec-
torielles (théorèmes de Hahn et Jordan, intégrale de Bochner), etc. Quelques
références à ce sujet : Halmos [11, Chapitre 6], Rudin [19, Chapitre 7] et,
pour une preuve très élégante du théorème de Radon-Nikodym-Lebesgue,
Taylor [21, Chapter 4]. Et un très beau livre qui donne un panorama de
la théorie de la mesure : Bogachev [4]. Cette référence contient aussi un
nombre important de repères historiques, liés aux travaux des grands noms
de la théorie (Lebesgue, Borel, Carathéodory, etc.). Une référence s’il n’en
fallait qu’une : le mémoire de 1904 de Lebesgue [15], qui contient sa théorie
de l’intégration, développée entre 1901 et 1904. Lebesgue avait 26 ans en
1901 !
2. Les espaces Lp traités du point de vue de l’analyse fonctionnelle ; voir Bre-
zis [5, Chapitre 4].
3. Les mesures « concrètes » et leurs applications. Nous traitons ici la mesure
de Lebesgue (dans R3 : le volume), mais d’autres mesures ont une significa-
tion géométrique dans R3 : la longueur des courbes, l’aire des surfaces. Une

12
Petru Mironescu Mesure et intégration

façon unifiée de traiter ces notions est donnée par les mesures de Haus-
dorff, que nous nous contentons ici de définir. Nous expliquons aussi la
démarche, due à Carathéodory et inspirée par la construction de la mesure
de Lebesgue, qui permet de montrer leurs propriétés. L’étude approfondie
de ces mesures mène vers des formules géométriques, l’étude des proprié-
tés fines des fonctions et une branche de l’analyse, en plein développe-
ment, la « théorie géométrique de la mesure ». À son tour, la théorie géo-
métrique de la mesure est indispensable au traitement mathématique de
certains problèmes concrets (traitement d’images, micro-structures, etc.).
Quelques références, de la plus élémentaire à la plus avancée : Evans et
Gariepy [7, Chapitres 2 et 3], Federer [8, Section 2.10], à nouveau Evans et
Gariepy [7, Chapitres 4, 5 et 6], Ziemer [23, Chapitre 3].

Guide pratique

1. Pour faciliter la lecture, les définitions et résultats essentiels sont encadrés. Au


début de chaque chapitre sont fixés des objectifs minimaux de compréhension
et savoir-faire.
2. Une autre aide à la lecture est le découpage des parties « au programme » en
texte principal (explications, définitions, énoncés), exercices, démonstrations.
3. Les démonstrations prendront une place très importante dans ce cours. Après
deux premières années universitaires passées principalement à apprendre les
énoncés des théorèmes et à apprendre à s’en servir, nouvel objectif cette année :
comprendre les théorèmes, et avoir un aperçu de quelques théories (comme
celle de la mesure) accessibles à ce niveau.
Les principes de preuves jouent un rôle fondamental en analyse. C’est pour-
quoi j’ai privilégié des preuves moldues, qui évitent la magie, tout en reposant
sur des arguments qui servent souvent.
Les preuves sont souvent plus longues que dans d’autres textes. La raison
principale est qu’elles contiennent en général tous les détails.
4. Les parties « hors programme » (comme les sections « Pour aller plus loin », ou
le chapitre 5) sont rédigées comme des textes à lire en autonomie, et l’ordre est
celui habituel d’un texte mathématique.
5. Le manuscrit doit encore contenir des erreurs. Si vous en trouvez, merci de
m’en faire part à l’adresse [email protected]

Remerciements

Christophe Sabot a utilisé, pendant plusieurs années, ce texte comme support


pédagogique. Je le remercie pour ses retours constructifs qui ont permis d’amé-
liorer la présentation.

13
Guide de lecture

Les feuilles d’exercices, bien plus riches que ce qui pourra être traité en classe,
servent aux séances de travaux dirigés (standard et avancés), de base d’entraîne-
ment et de réservoir pour les contrôles.
Dans la rédaction des exercices et des sujets des contrôles, j’ai bénéficié de
l’aide de Xinxin Chen et Theresia Eisenkoelbl, que je remercie. La feuille d’exer-
cices sur les espaces de Hilbert a été rédigée par Dragoş Iftimie et Johannes Kel-
lendonk.
Je remercie également Jules Berry, Jérôme Germoni, Frédéric Lagoutière, Chris-
tian Mercat et Élisabeth Mironescu pour leurs conseils typographiques liés à la
transformation de ce texte en outil d’enseignement hybride.
Enfin, je remercie Jean-Paul Frappa pour une relecture attentive du manus-
crit, ainsi que Johannes Kellendonk, Todor Tsankov et tous les autres collègues et
étudiants (notamment ceux de la promotion 2022–2023 de la première année du
master) qui m’ont fait part de leurs remarques et suggestions et contribué ainsi à
améliorer les versions précédentes de ce texte.

À Lyon, le 30 janvier 2023

14
Table des matières

Vue d’ensemble 3

Guide de lecture 9

Table des matières 15

1 Notations, rappels, premières définitions 19


1.0 Aperçu . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 19
1.1 Limite supérieure, limite inférieure . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 20
1.2 Dénombrement . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 23
1.3 Clans, tribus, classes monotones, mesures . . . . . . . . . . . . . . . 24
1.4 Pour aller plus loin . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 29

2 Tribus, clans, classes monotones 33


2.0 Aperçu . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 33
2.1 Structures engendrées . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 34
2.2 Théorème de la classe monotone . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 35
2.3 La tribu borélienne . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 37

3 Fonctions mesurables 41
3.0 Aperçu . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 41
3.1 Définition. Caractérisation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 42
3.2 Opérations avec les fonctions mesurables . . . . . . . . . . . . . . . 47
3.3 Autres opérations . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 49

4 Mesures 53

15
Guide de lecture

4.0 Aperçu . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 53
4.1 Propriétés générales . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 54
4.2 Mesure complétée . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 56
4.3 Presque partout . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 59
4.4 Classes particulières de mesures . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 61
4.5 La mesure de Lebesgue . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 66
4.6 Pour aller plus loin . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 69

5 Constructions de mesures 75
5.0 Aperçu . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 75
5.1 Construction de la mesure de Lebesgue . . . . . . . . . . . . . . . . 75
5.2 Pour aller plus loin . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 84

6 Intégrale 89
6.0 Aperçu . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 89
6.1 Fonctions étagées positives . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 92
6.2 Fonctions mesurables . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 94
6.3 Théorème de convergence monotone . . . . . . . . . . . . . . . . . . 98
6.4 P. p. et passage à la mesure complétée . . . . . . . . . . . . . . . . . 100
6.5 Conséquences du théorème de convergence monotone . . . . . . . 103
6.6 Lien avec les intégrales habituelles . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 110
6.7 Lien avec les séries . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 114
6.8 Pour aller plus loin . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 117

7 Les grands théorèmes 123


7.0 Aperçu . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 123
7.1 Lemme de Fatou, théorème de convergence dominée . . . . . . . . 124
7.2 Intégrales dépendant d’un paramètre : continuité . . . . . . . . . . 128
7.3 Intégrales dépendant d’un paramètre : dérivabilité . . . . . . . . . . 130
7.4 Intégrale d’une série . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 131

8 Mesures produit 133


8.0 Aperçu . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 133

16
Petru Mironescu Mesure et intégration

8.1 Tribu produit . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 135


8.2 Mesure produit . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 137
8.3 Produits itérés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 141
8.4 Passage aux mesures complétées . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 142
8.5 Les grands théorèmes pour µ b ν . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 145
8.6 Les grands théorèmes pour µ b ν . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 151

9 Changements de variables 157


9.0 Aperçu . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 157
9.1 Un peu d’algèbre linéaire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 159
9.2 Changements de variables linéaire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 159
9.3 Un peu de topologie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 162
9.4 Image d’un petit cube par un C 1 -difféomorphisme . . . . . . . . . . 164
9.5 L’inégalité clé . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 167
9.6 Théorème du changement de variables . . . . . . . . . . . . . . . . . 169
9.7 Ensembles Lebesgue négligeables . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 172
9.8 Théorème du « presque changement de variables » . . . . . . . . . . 174
9.9 Changements usuels . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 175
9.10 Intégrales de référence . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 178
9.11 Pour aller plus loin . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 179

10 Espaces Lp 181
10.0 Aperçu . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 181
10.1 L p versus Lp . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 182
10.2 Inégalité de Hölder . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 187
10.3 Norme et complétude . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 193
10.4 Pour aller plus loin . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 195

11 Convolution 197
11.0 Aperçu . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 197
11.1 Inégalité de Young . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 199
11.2 Régularisation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 200
11.3 Pour aller plus loin . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 207

17
TABLE DES MATIÈRES TABLE DES MATIÈRES

12 Séries de Fourier 213


12.0 Aperçu . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 213
12.1 Un peu d’algèbre bilinéaire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 215
12.2 Séries de Fourier dans L2 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 217
12.3 Comportement ponctuel des séries de Fourier . . . . . . . . . . . . 220
12.4 Comportement global des séries de Fourier . . . . . . . . . . . . . . 226
12.5 Pour aller plus loin . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 231

13 Transformée de Fourier 233


13.0 Aperçu . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 233
13.1 Transformée de Fourier dans L1 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 234
13.2 Transformée de Fourier dans L2 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 242
13.3 Pour aller plus loin . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 246

14 Introduction aux espaces de Hilbert 249


14.0 Aperçu . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 249
14.1 Projection sur un convexe fermé . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 250
14.2 Bases hilbertiennes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 252
14.3 Théorème de représentation de Riesz . . . . . . . . . . . . . . . . . . 256
14.4 Pour aller plus loin . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 256

Index 259

Bibliographie 265

Exercices 267

Contrôles 391

18
Chapitre 1

Notations, rappels, premières


définitions

1.0 Aperçu
La théorie de l’intégration repose de manière cruciale sur les inégalités, en
particulier sur des inégalités faisant intervenir sup et inf.
Un autre élément fondamental est le passage à la limite le long d’une suite.
Une suite n’a pas nécessairement une limite ; elle a néanmoins toujours une lim sup
et une lim inf, qui sont de bons substituts de la lim. Ces notions sont rappelées
dans la section 1.1.
Un autre concept crucial en intégration est celui de famille dénombrable ou,
plus généralement, au plus dénombrable. Ces notions seront introduites dans la
section 1.2.
Enfin, nous verrons dans la section 1.3 les premiers objets fondamentaux en
théorie de la mesure : les clans, les tribus et les classes monotones (qui sont des
ensembles d’ensembles !) et les mesures.
Dans cette même section, nous verrons quelques opérations internes à un clan
C , ou tribu T . Une propriété typique : si A, B P C , alors AzB P C .

Compétences minimales attendues.


a) Calculer le sup et l’inf d’un ensemble.
b) Calculer la lim sup et la lim inf d’une suite.
c) Montrer qu’un ensemble est (ou n’est pas) a. p. d. ˛

19
Notations, rappels, premières définitions 1.1 Limite supérieure, limite inférieure

1.1 Limite supérieure, limite inférieure


La théorie de la mesure exige de travailler avec les « nombres » ´8 et 8, donc
sur la droite réelle étendue R :“ R Y t´8, 8u.
1.1 Définition (sup, inf). Si A Ă R est non vide (mais pas nécessairement
borné),

sup A :“ le plus petit majorant M P R de A,


inf A :“ le plus grand minorant m P R de A.

Ces quantités ont essentiellement les mêmes propriétés que dans le cas des
ensembles bornés, comme le montre l’exercice 1.7.
Une autre notion fondamentale est celle de lim sup (limite supérieure) d’une
suite. Nous savons qu’une suite réelle n’a pas nécessairement une limite. Elle a,
en revanche, toujours une limite supérieure lim sup et une limite inférieure lim inf.
Pour définir ces notions, précisons quelques notations.

1.2 Notations.
a) Si tous les termes de la suite pxn qn appartiennent à l’ensemble A, nous écrirons pxn qn Ă
A.†
b) En règle générale, la notation sup xi désigne suptxi ; i P Iu.
iPI
De même, sup f pxq désigne suptf pxq ; x P Au.
xPA
Notations similaires pour inf. ˛

1.3 Définition (lim sup, lim inf). Si pxn qn Ă R, alors

lim sup xn :“ lim sup xk , (1.1)


n nÑ8 kľn

lim inf xn :“ lim inf xk . (1.2)


n nÑ8 kľn

1.4 Remarque. Considérons toutes les suites pxnk qk extraites de pxn qn qui ont
une limite.
Notons A Ă R l’ensemble de toutes les limites obtenues de cette façon.
Le nombre lim supn xn est le plus grand élément de A, et lim inf n xn est le
plus petit élément de A.

†. Donc pxn qnľ0 Ă A se substitue à la notation « officielle » pxn qnľ0 P AN .

20
Petru Mironescu Mesure et intégration

La remarque 1.4 est une conséquence des items c) et d) de la proposition 1.6


(qui suit). Elle donne une caractérisation de lim supn xn et lim inf n xn – caractérisa-
tion qui constitue une définition alternative de ces limites.
Quelques rappels utiles pour comprendre l’énoncé de la proposition 1.6.
1.5 Rappels.
a) La somme x ` y avec x, y P R, est définie à l’exception du cas où x “ ˘8 et y “ ´x.
b) En analyse, le produit tx, t P R, x P R, est défini sauf si t “ 0 et x “ ˘8.† ˛

1.6 Proposition.
a) Les limites définies dans (1.1)–(1.2) existent.
b) On a lim supn ptxn q “ t lim supn xn et lim supn p´txn q “ ´t lim inf n xn , @ t Ps0, 8r.
Formules analogues pour lim inf.
c) Si pxnk qk est une suite extraite de la suite pxn qn telle que xnk Ñ `, alors lim inf xn ĺ
n
` ĺ lim sup xn .
n
d) Il existe une suite extraite pxnk qk telle que xnk Ñ lim sup xn . De même pour
n
lim inf xn .
n
e) Si xn Ñ `, alors ` “ lim inf xn “ lim sup xn . Réciproquement, si lim inf xn “
n n n
lim sup xn “ `, alors xn Ñ `.
n
f) Si la quantité lim supn xn ` t lim supn yn a un sens, alors

lim sup pxn ` tyn q ĺ lim sup xn ` t lim sup yn , @ t Ps0, 8r.
n n n

Formules analogues pour lim inf pxn ` tyn q, lim sup pxn ´ tyn q, lim inf pxn ´ tyn q.
n n n

g) Si xn Ñ ` et si la quantité ` ` lim supn yn a un sens, alors

lim sup pxn ` yn q “ ` ` lim sup yn .


n n

De même pour lim inf n . ˛

Exercices

1.7 Exercice. Soient A, B des parties non vides de R. Montrer que :


a) M “ sup A si et seulement si M est un majorant de A et il existe une suite pxn qn Ă A
telle que xn Ñ M . Caractérisation analogue de inf A.

†. L’impossibilité de définir utilement le produit tx vient du calcul des limites. Dans le cadre de
la théorie de l’intégration, nous verrons que 0 ¨ ˘8 “ 0.

21
Notations, rappels, premières définitions 1.1 Limite supérieure, limite inférieure

b) A admet sup A Ps ´ 8, 8s et inf A P r´8, 8r.


c) sup A et inf A sont uniques.
d) Nous avons sup p´tAq “ ´t inf A, @ t Ps0, 8r. Formules analogues pour sup ptAq,
inf ptAq, inf p´tAq.
e) Nous avons suppA ` Bq “ sup A ` sup B et infpA ` Bq “ inf A ` inf B.
f) Si A Ă B, alors inf B ĺ inf A ĺ sup A ĺ sup B.
g) Si pxn qnľn0 Ă R est une suite croissante, alors

lim xn “ suptxn ; n ľ n0 u “ sup xn .


n nľn0

Énoncé analogue pour une suite décroissante.


h) Si sup A ą x P R, alors il existe un y P A tel que y ą x. ˛

1.8 Exercice. Que devient ce qui précède si nous considérons des parties non vides A, B Ă
R? ˛

1.9 Exercice.
a) Si lim inf xn ľ lim sup xn , alors xn Ñ lim supn xn “ lim inf n xn .
n n
b) Si a ĺ xn ĺ b, @ n ľ n0 , alors a ĺ lim inf n xn ĺ lim supn xn ĺ b.
c) Si xn ľ a, @ n ľ n0 et lim supn xn ĺ a, alors xn Ñ a. ˛

1.10 Exercice. Calculer lim sup xn et lim inf xn pour les suites données par :
n n

a) xn “ p´1qn ;
?
b) xn “ p´1qn n. ˛

1.11 Exercice. Montrer que rxn ĺ yn , @ n ľ n0 s ùñ lim sup xn ĺ lim sup yn . ˛

Démonstrations

Démonstration de la proposition 1.6. Nous utilisons les items de l’exercice 1.7. Nous faisons les
raisonnements uniquement pour lim sup. Posons

Xn :“ sup xk et ` :“ lim sup xn .


kľn n

a) La suite pXn qn décroît avec n (item f)). Elle a donc une limite. Ceci prouve l’existence
de ` “ limn Xn , et aussi que ` ĺ Xn , @ n.
b) Calculons par exemple lim supn p´txn q. Nous avons sup p´txk q “ ´t inf xk (item d)),
kľn kľn
d’où
` ˘
lim sup p´txn q “ lim sup p´txk q “ lim ´ t inf xk “ ´t lim inf xk “ ´t lim inf xn .
n n kľn n kľn n kľn n

c) Nous avons xnk ĺ Xnk , @ k. En passant à la limite sur k, nous obtenons ` ĺ `.

22
Petru Mironescu Mesure et intégration

d) Soit pMk qk une suite telle que Mk ă ` et Mk Ñ `. Comme ` “ limn Xn ą Mk , @ k,


pour tour k il existe un rang mk tel que Xn ą Mk , @ n ľ mk . Il s’ensuit que pour tout
k et n ľ mk , il existe un m “ mpn, kq ľ n (m dépend de n et k) tel que xm ą Mk
(item h)). Posons n1 :“ mpm1 , 1q et, par récurrence, Nk :“ max pnk , mk q ` 1 et nk`1 :“
mpNk , k ` 1q. Nous avons nk ă nk`1 et xnk ą Mk , @ k (vérifier). La suite extraite
pxnk qk satisfait donc Mk ă xnk ĺ Xnk . En faisant k Ñ 8 et en utilisant le théorème
des gendarmes, nous obtenons xnk Ñ `.
e) Soit pxnk qk telle que xnk Ñ `. Nous avons xnk Ñ `, d’où ` “ `.
Réciproquement, supposons que lim inf xn “ lim sup xn “ `. Soit Yn :“ inf xk . Nous
n n kľn
avons Yn ĺ xn ĺ Xn et Yn Ñ `, Xn Ñ `. Le théorème des gendarmes permet de
conclure.
f) Montrons l’inégalité pour lim supn pxn ´ tyn q. Nous avons (en utilisant les items d) et
e) de l’exercice)
sup pxn ´ tyn q ĺ sup xn ` sup p´tyn q “ sup xn ´ t inf yn .
kľn kľn kľn kľn kľn

En passant à la limite dans l’inégalité ci-dessus, nous obtenons


lim sup pxn ´ tyn q ĺ lim sup xn ´ t lim inf yn .
n n n

g) Soit pynk qk telle que ynk Ñ lim supn yn . Nous avons xnk ` ynk Ñ ` ` lim supn yn . L’item
c) de cette proposition implique (*) ` ` lim sup yn ĺ lim supn pxn ` yn q.
En particulier, nous avons avons « = » si ` ` lim supn yn “ 8 ou si lim supn pxn ` yn q “
´8. Nous pouvons donc supposer que ` ` lim sup yn ă 8 (et donc, en particulier, que
` ă 8) et que lim supn pxn ` yn q ą ´8.
Par ailleurs, soit pxnk ` ynk qk telle que xnk ` ynk Ñ lim supn pxn ` yn q. Nous avons
ynk Ñ lim supn pxn `yn q´` (vérifier que lim supn pxn `yn q´` existe bien !). À nouveau
l’item c) donne (**) lim supn pxn ` yn q ´ ` ĺ lim sup yn .
Nous concluons grâce à (*) et (**) (vérifier !). CQFD

1.2 Dénombrement
En théorie de la mesure, nous travaillons souvent avec des familles pAi qiPI
d’ensembles, avec I fini ou pouvant s’écrire comme une suite : dans ce qui suit,
un tel I est désigné comme au plus dénombrable. La question que nous abordons
ici est comment montrer qu’un ensemble est au plus dénombrable.
1.12 Définition (a. p. d.).
a) Un ensemble est dénombrable s’il est en correspondance bijective avec N
(autrement dit : si on peut écrire tous les éléments de A, sans répétition,
comme une suite).
b) Un ensemble est au plus dénombrable (a. p. d.) s’il est soit fini, soit dénom-

23
Notations, rappels, premières définitions 1.3 Clans, tribus, classes monotones, mesures

brable.

L’outil le plus commode pour vérifier qu’un ensemble est dénombrable est le
suivant.
1.13 Proposition.
a) Une partie d’un ensemble a. p. d. est a. p. d.
b) Une union a. p. d. d’ensembles a. p. d. est a. p. d.
c) Un produit cartésien fini d’ensembles a. p. d. est a. p. d.
d) Un ensemble a. p. d. qui contient une infinité d’éléments distincts est dé-
nombrable.
e) Un ensemble qui contient une partie qui n’est pas a. p. d. n’est pas a. p. d.
f) Si A et B sont en correspondance bijective et B est a. p. d., alors A est a. p.
d.

Exercices

1.14 Exercice. a) N˚ , Z, Q, Zn , Qn sont dénombrables.


b) L’ensemble des parties finies de N est dénombrable.
c) r0, 1s, R ne sont pas dénombrables. ˛

Démonstrations

Pour la preuve de la proposition 1.13, voir la section 1.4.

1.3 Clans, tribus, classes monotones, mesures


Les premiers objets importants de la théorie de la mesure sont les ensembles.
Nous définissons ici les ensembles d’ensembles † qui jouent un rôle central dans la
théorie : les clans et les tribus.
1.15 Notations.
a) PpXq est l’ensemble de toutes les parties de X, c’est-à-dire : PpXq :“ tA ; A Ă Xu.
b) Si A est une partie de X, le complémentaire de A dans X est noté XzA. S’il est clair
qui est X, on notera ce complémentaire par Ac . ˛

†. Donc un clan (ou une tribu) est un ensemble dont les éléments sont eux-mêmes des en-
sembles...

24
Petru Mironescu Mesure et intégration

1.16 Définition (Clan). Un clan dans X (ou clan tout court, s’il est clair qui est
X) est un ensemble C dont les éléments sont des parties de X,† tel que :
i) H P C ;
ii) si A P C , alors Ac P C ;
iii) Si A, B P C , alors A Y B P C .

1.17 Remarque. La définition d’un clan demande qu’une union de deux ensembles de C
soit encore dans C . Nous verrons plus loin (exercice 1.37) qu’une union consistant en un
nombre fini d’ensembles de C appartient à C .
En général, une union consistant en un nombre infini d’ensembles de C n’appartient pas
à C.
Le raisonnement « chaque Ai (avec i P I) est dans C , d’où YiPI Ai P C » n’est pas
valide, à moins de savoir que I est fini. ˛

1.18 Définition (Tribu). Une tribu dans X (ou tribu tout court, s’il est clair qui
est X) est un ensemble T dont les éléments sont des parties de X, tel que :
i) H P T ;
ii) si A P T , alors Ac P T ;
iii) Si A1 , . . . , An , . . . P T , alors Y8
n“1 An P T .

Si une partie A de X appartient à T , on dit que A est un ensemble T -


mesurable (ou ensemble mesurable ou mesurable tout court, quand il est clair qui
est T ).

1.19 Remarque. La question « A Ă X est-il mesurable ? » n’a pas de sens. La réponse


dépend de T . ‡ ˛

1.20 Remarque. La définition d’une tribu demande qu’une union dénombrable d’ensembles
de T soit encore dans T . L’exercice 1.37 montre que ceci encore vrai pour une union a.
p. d.
En général, une union quelconque d’ensembles de T n’est pas dans T .
Le raisonnement « chaque Ai (avec i P I) est dans T , d’où YiPI Ai P T » n’est pas
valide, à moins de savoir que I est a. p. d. ˛

1.21 Dictionnaire.
a) Clan=algèbre=(en anglais) algebra.
b) Tribu=σ-algèbre=(en anglais) σ-algebra. ˛

Quelques propriétés fondamentales (et simples) des clans et tribus :


†. Donc C Ă PpXq.
‡. Situation analogue en topologie : la question « U est-il ouvert ? » n’a pas de sens sans
connaître la topologie τ .

25
Notations, rappels, premières définitions 1.3 Clans, tribus, classes monotones, mesures

1.22 Proposition. Soit C un clan. Nous avons :


a) X P C .
b) Si A, B P C , alors A X B P C .
c) Si A, B P C , alors AzB P C .
d) Si A1 , . . . , An P C , alors Ynj“1 Aj P C et Xnj“1 Aj P C .

1.23 Proposition. Soit T une tribu. Nous avons :


a) X P T .
b) Si A, B P T , alors A X B P T .
c) Si A, B P T , alors AzB P T .
d) Si A1 , . . . , An P T , alors Ynj“1 An P T et Xnj“1 An P T .
e) Si A1 , . . . , An , . . . P T , alors Xn An P T . ˛

Voici un troisième type d’ensembles d’ensembles qui jouent un rôle impor-


tant, notamment au niveau des preuves : les classes monotones.
Pour commencer, deux définitions naturelles.
1.24 Définition. Une suite pAn qn de parties de X est :
a) croissante si An Ă An`1 pour tout n ;
b) décroissante si An Ą An`1 pour tout n.

1.25 Remarque. La définition qui va suivre est celle de la littérature anglophone. La dé-
finition admise dans la communauté francophone est différente. Ceci explique pourquoi
le résultat fondamental qui fait intervenir les classes monotones, le théorème 2.9 (« de la
classe monotone »), a un énoncé différent de celui que l’on trouve dans d’autres textes en
français. ˛

1.26 Définition (Classe monotone). Une classe monotone (dans X) est un en-
semble M de parties de X tel que :
i) Si pAn qn Ă M est une suite croissante, alors Yn An P M ;
ii) Si pAn qn Ă M est une suite décroissante, alors Xn An P M .

Dernier objet fondamental de cette section : la mesure. Dans les applications :


(i) la tribu (parfois le clan) est la collection des ensembles « que l’on peut (ou que
l’on sait) mesurer » ; (ii) la mesure est la fonction qui associe à un ensemble de la
tribu sa « longueur », son « aire », son « volume », bref... sa mesure.

1.27 Définition. Une famille d’ensembles pAi qiPI est d. d. d. (acronyme pour deux
à deux disjoints) si Ai X Aj “ H, @ i, j P I avec i ‰ j. ˛

26
Petru Mironescu Mesure et intégration

1.28 Notation. Il sera commode d’utiliser la notation « \ » pour des unions d. d. d. :


\iPI Ai dénote l’union d’une famille pAi qiPI d’ensembles d. d. d. ˛

1.29 Définition (Mesure). Si C est un clan, une mesure positive sur C (ou me-
sure tout court) est une application µ : C Ñ r0, 8s telle que :
i) µpHq “ 0 ;
ii) ř
Si pAn qn Ă C est une suite d. d. d. et si Yn An P C , alors µp\n An q “
n µpAn q.

1.30 Remarque.
a) La propriété ii) est la σ-additivité.
b) Dans le cas particulier où C est une tribu, l’hypothèse Yn An P C est automatiquement
satisfaite. ˛

1.31 Définition (Espace mesurable, mesuré).


a) Un espace mesurable est un couple pX, T q, avec T tribu dans X.
b) Un espace mesuré est un triplet pX, T , µq, avec T tribu dans X et µ mesure
sur T .

Nous concluons cette section avec quelques définitions et notations utiles.


1.32 Notation. A∆B :“ pAzBq Y pBzAq désigne la différence symétrique de A, B Ă X. ˛

1.33 Notations.
a) An Õ A signifie que la suite pAn qn est croissante et A “ Yn An .
b) An Œ A signifie que la suite pAn qn est décroissante et A “ Xn An . ˛

1.34 Définition (Fonction caractéristique). Si A Ă X, la fonction caractéristique de


A est χA : X Ñ t0, 1u, définie par
#
1, si x P A
χA pxq :“ . ˛
0, si x P XzA

Exercices

1.35 Exercice (Exemples fondamentaux de clans).


a) L’ensemble C1 des unions finies d’intervalles de R est un clan.
De même si nous remplaçons R par un intervalle I Ă R et nous considérons des
unions finies d’intervalles contenus dans I.
b) Un pavé de Rn est un ensemble de la forme P “ I1 ˆ I2 ˆ ¨ ¨ ¨ ˆ In , avec chaque Ij
intervalle de R. L’ensemble Cn des unions finies de pavés de Rn est un clan.

27
Notations, rappels, premières définitions 1.3 Clans, tribus, classes monotones, mesures

c) Tout élément de Cn est une union finie de pavés de Rn deux à deux disjoints. ˛
1.36 Exercice.
a) Soit C un clan sur X. Soit Y Ă X. Montrer que CY :“ tA X Y ; A P C u est un clan sur
Y.
De même pour une tribu T .
CY (respectivement TY ) est le clan induit par C sur Y (respectivement la tribu induite
par T sur Y ).
b) Si Y P C , alors CY “ tA; A P C , A Ă Y u. ˛
1.37 Exercice. Montrer que si C est un clan et A1 , . . . , An P C , alors A1 Y . . . Y An P C .
De même si on remplace clan par tribu. ˛
1.38 Exercice.
a) PpXq est une tribu.
b) Si X “ t1, 2, 3u, alors C “ tH, X, t1u, t2, 3uu est une tribu. ˛
1.39 Exercice. Si X est fini, alors tout clan est une tribu. ˛
1.40 Exercice.
a) Montrer que An Õ A si et seulement si : la suite de fonctions pχAn qn est croissante et
converge simplement vers χA .
b) De même, An Œ A si et seulement si : la suite de fonctions pχAn qn est décroissante et
converge simplement vers χA . ˛
1.41 Exercice.
a) Toute tribu est un clan.
b) Toute tribu est une classe monotone. ˛
1.42 Exercice. Soit µ : C Ñ r0, 8s (avec C clan) une application qui vérifie l’axiome
ii) d’une mesure. Montrer que : (i) ou bien µ est une mesure ; (ii) ou bien µpAq “ 8,
@A P C. ˛

Les deux exercices suivants donnent des exemples basiques de mesures.


1.43 Exercice. Soit a P X. Soit δa : PpXq Ñ r0, 8s,
#
1, si a P A
δa pAq :“ .
0, si a R A

Montrer que δa est une mesure. C’est la mesure de Dirac en a (ou masse de Dirac en
a). ˛
1.44 Exercice. Soit X un ensemble. Montrer que l’application µ : PpXq Ñ r0, 8s,
#
card A, si A est fini
µpAq :“
8, sinon

est une mesure sur PpXq. C’est la mesure de comptage. ˛

28
Petru Mironescu Mesure et intégration

Démonstrations

Démonstration de la proposition 1.22.


a) On a X “ Hc .
b) découle de l’identité A X B “ pAc Y B c qc .
c) suit de b) et de AzB “ A X B c .
d) se montre par récurrence sur n. CQFD

Démonstration de la proposition 1.23.


a)–d) sont une conséquence de la proposition 1.22, car une tribu est un clan (exercice
1.41).
e) découle de l’identité Xn An “ pYn Acn qc . CQFD

1.4 Pour aller plus loin


Dans cette section, nous démontrons la proposition 1.13 (et un peu plus). Pour
faciliter la compréhension, les outils utilisés dans la preuve ont été énoncés et
prouvés séparément, comme des lemmes. † Un ingrédient important de la preuve
est le théorème de Cantor-Bernstein 1.50, que nous prouvons uniquement dans le
cas simple qui sert à la preuve de la proposition 1.13.

1.45 Lemme. Toute partie infinie A de N est dénombrable. ˛

Démonstration du lemme 1.45. Soient x0 :“ min A et A0 :“ Aztx0 u. Notons que A0 ‰ H


(sinon A serait fini).
Par récurrence, soient xn`1 :“ min An et An`1 :“ An ztxn`1 u. Alors An est non vide,
@ n, sinon A serait fini, et xn`1 ą xn , @ n (vérifier par récurrence sur n).
La suite pxn qn d’entiers est donc strictement croissante, d’où xn Ñ 8.
Il suffit de montrer que A “ tx0 , x1 , . . .u. (En effet, si tel est le cas, alors f : N Ñ A,
f pnq :“ xn , @ n, est une bijection.) Preuve par l’absurde. Supposons qu’il existe x P A tel
que x ‰ xn pour tout n. On a x ą x0 , par choix de x0 , d’où x P A0 . Comme x ‰ x1 , on
trouve x ą x1 . Par récurrence, x P An et x ą xn`1 pour tout n. En passant à la limite,
x ľ lim xn`1 “ 8, absurde. CQFD

1.46 Lemme. Si A Ă B avec B a. p. d., alors A est a. p. d.


Par contraposée, si A Ă B et A n’est pas a. p. d., alors B n’est pas a. p. d. ˛

Démonstration du lemme 1.46. Si A ou B est fini, c’est clair. Supposons A et B infinis.

†. Pour lemme, voir https://fr.wikipedia.org/wiki/Lemme_(mathématiques).

29
Notations, rappels, premières définitions 1.4 Pour aller plus loin

Soit f : B Ñ N une bijection. La restriction g de f à A est une bijection entre A et


C “ f pAq.
C est infini, sinon A serait fini.
Le lemme précédent montre qu’il existe une bijection h : C Ñ N.
Il s’ensuit que h ˝ g : A Ñ N est une bijection. CQFD

1.47 Lemme. S’il existe une injection f de A vers N, alors A est a. p. d. La réci-
proque est vraie. ˛

Démonstration du lemme 1.47. A est en bijection avec B :“ f pAq Ă N.


Si B est fini, alors A l’est aussi.
Si B est infini, alors B est en bijection avec N (lemme 1.45), donc A l’est aussi.
Réciproquement, supposons A a. p. d. Si A est infini, alors A est en bijection avec N.
Si A est fini, alors on peut écrire A “ tx0 , . . . , xk u, et la fonction A Q xn ÞÑ n P N est
injective. CQFD

1.48 Corollaire. † Si A est infini et s’il existe une injection f de A vers N, alors A
est dénombrable. ˛

Démonstration du corollaire 1.48. Exercice ! CQFD

1.49 Lemme. Si B est a. p. d. et s’il existe une injection f : A Ñ B, alors A est a.


p. d. ˛

Démonstration du lemme 1.49. L’ensemble C :“ f pAq est une partie de B, donc (grâce au
lemme 1.46) C est a. p. d.
A est en bijection avec C, donc A est a. p. d. CQFD

1.50 Théorème (Théorème de Cantor-Bernstein ; cas particulier). S’il existe une


injection f : A Ñ N et une injection g : N Ñ A, alors A est dénombrable. ˛

Démonstration du théorème 1.50. A est en bijection avec f pAq Ă N, donc A est a. p. d.


Par ailleurs, A n’est pas fini, car il contient la suite d’éléments distincts gp0q, gp1q, . . ..
Il s’ensuit (grâce au corollaire 1.48) que A est dénombrable. CQFD

1.51 Remarque. L’énoncé intuitif du théorème (général) de Cantor-Bernstein est le suivant :


Soient A, B deux ensembles tels que : (i) B a plus d’éléments que A ; (ii) A a plus d’élé-
ments que B. Alors A et B ont autant d’éléments.
L’énoncé rigoureux est : Soient A, B deux ensembles tels qu’il existe f : A Ñ B injec-
tive et g : B Ñ A injective. Alors il existe h : A Ñ B bijective.

†. Corollaire : cas particulier ou conséquence immédiate d’un résultat déjà montré.

30
Petru Mironescu Mesure et intégration

De manière équivalente, s’il existe f : A Ñ B injective et k : A Ñ B surjective, alors


il existe h : A Ñ B bijective.
Voir https://fr.wikipedia.org/wiki/Théorème_de_Cantor-Bernstein.
(Notamment la preuve König du théorème). ˛

1.52 Lemme. N2 est dénombrable. ˛

Démonstration du lemme 1.52. N2 est infini, car il contient la suite ppn, 0qqnPN , dont les élé-
ments sont distincts.
Il suffit donc de construire une application injective f : N2 Ñ N. (Le corollaire 1.48
permet alors de conclure.) Soit f : N2 Ñ N, f pm, nq :“ 2m 3n . L’unicité de la décomposi-
tion d’un entier en facteurs premiers montre que f est injective. CQFD

Le résultat précédent implique qu’il existe une bijection entre N2 et N. En voici


une explicite.
pm ` nqpm ` n ` 1q
1.53 Exercice. Soit f : N2 Ñ N, f pm, nq :“ ` n. Montrer que f est
2
bijective. ˛

Les résultats suivants complètent la preuve de la proposition 1.13.

1.54 Lemme. Un produit cartésien fini d’ensembles a. p. d. est a. p. d. ˛

Démonstration du lemme 1.54. Il suffit de montrer le résultat quand il y a deux facteurs ; le cas
général s’obtient par récurrence sur le nombre de facteurs dans le produit.
Soient A1 , A2 deux ensembles a. p. d. Du lemme 1.47, il existe fj : Aj Ñ N injective,
j “ 1, 2. Soit g : N2 Ñ N bijective (cf lemme 1.52). Alors

h : A1 ˆ A2 Ñ N, hpa1 , a2 q :“ gpf pa1 q, f pa2 qq, @ a1 P A1 , a2 P A2 ,

est injective (vérifier !), d’où la conclusion (grâce au lemme 1.47). CQFD

1.55 Lemme. Une union a. p. d. d’ensembles a. p. d. est a. p. d. ˛

Démonstration du lemme 1.55. Soient An , n ă l, avec l “ N˚ Y t8u, des ensembles a. p. d.


n´1
Posons B0 :“ A0 et, pour 1 ĺ n ă l, Bn :“ An zpYk“0 Ak q. Alors les Bn sont d. d. d. et
\n Bn “ Yn An .
Comme An est a. p. d. et Bn Ă An , l’ensemble Bn est a. p. d. (lemme 1.49). Nous
pouvons donc écrire Bn “ txni ; i ă ln u, avec ln P N Y t8u, d’où tout élément de A :“
Yn An s’écrit de manière unique xni pour un n P N et pour un i P N .
L’application A Q xni ÞÑ pn, iq P N2 est donc injective.
Comme dans la preuve du lemme 1.54, il s’ensuit que A “ Yn An est a. p. d. CQFD

31
Chapitre 2

Tribus, clans, classes monotones

2.0 Aperçu

Rappelons que les clans, tribus, classes monotones sont des ensembles dont
les éléments sont eux-mêmes des ensembles. Toute collection A d’ensemble en-
gendre un clan, tribu ou classe monotone, au sens où il existe une plus petite collec-
tion d’ensembles, contenant A , et qui soit un clan, ou tribu, ou classe monotone
(section 2.1). Cette propriété est un parent d’autres propriétés du même type : par
exemple, toute partie F d’un espace vectoriel engendre un espace Vect pF q.

Dans la section 2.2, nous montrons le premier résultat important de ce cours,


le théorème de la classe monotone. Son importance est plutôt théorique : le théorème de
la classe monotone permet de montrer facilement qu’une propriété vraie (et, souvent,
évidente) pour une famille A d’ensembles, reste vraie pour la tribu engendrée par
A . Deux applications fondamentales de ce théorème seront vues dans ce cours :
l’unicité de la mesure de Lebesgue (section 4.5) et les propriétés des coupes des
ensembles (section 8.1). Bien d’autres applications seront vues dans le cours de
probabilités.

Enfin, dans la section 2.3, nous introduisons la plus importante des tribus, la
tribu borélienne (du nom du mathématicien français Émile Borel). Elle est engen-
drée par les ouverts d’un espace métrique.

Compétences minimales attendues.

a) Montrer qu’un ensemble appartient à un clan où à une tribu.

b) Plus particulièrement, montrer qu’un ensemble est borélien. ˛

33
Tribus, clans, classes monotones 2.1 Structures engendrées

2.1 Structures engendrées


« Engendré » est ici analogue à ce que nous avons rencontré avec d’autres
structures : espace vectoriel engendré par une famille de vecteurs (contenus dans
un espace vectoriel), sous-groupe engendré par une partie d’un groupe, etc.

2.1 Proposition. Si A Ă PpXq, alors il existe un plus petit clan (ou tribu, ou
classe monotone) B contenant A .
En d’autres termes, il existe B tel que :
i) B soit un clan (ou tribu, ou classe monotone).
ii) A Ă B.
iii) Si D est un clan (ou tribu, ou classe monotone) contenant A , alors B Ă D.
B est le clan (ou tribu, ou classe monotone) engendré par A et est noté respec-
tivement C pA q, T pA q ou M pA q. ˛

Comparons les trois structures engendrées par une famille A .

2.2 Proposition. On a C pA q Ă T pA q. ˛

2.3 Proposition. On a M pA q Ă T pA q. ˛

2.4 Proposition. Un clan C qui est aussi une classe monotone est une tribu. ˛

Exercices

2.5 Exercice. Si pAi qiPI est une famille telle que Ai Ă PpXq, @ i P I, et si chaque Ai
est un clan (ou tribu, ou classe monotone), alors XiPI Ai est un clan (ou tribu, ou classe
monotone). ˛

2.6 Exercice. Si X :“ t1, 2, 3u et A :“ tt1uu, alors :


a) le clan (et la tribu) engendré par A est tH, X, t1u, t2, 3uu ;
b) la classe monotone engendrée par A est A . ˛

2.7 Exercice (Une source de contre-exemples). Soient X :“ N et A :“ ttnu ; n P Nu.


Montrer que :
a) T pA q “ PpNq ;
b) C pA q “ tA Ă N ; A fini ou Ac finiu.
c) M pA q “ A .
d) En déduire que :
(i) En général, T pA q ‰ C pA q, T pA q ‰ M pA q et C pA q ‰ M pA q.
(ii) Si C est un clan et pAn qnľ0 Ă C , alors en général Ynľ0 An R C et Xnľ0 An R C . ˛

34
Petru Mironescu Mesure et intégration

Démonstrations

Démonstration de la proposition 2.1. Nous faisons la preuve pour les clans ; preuve identique
dans les autres cas.
Soit F :“ tD ; A Ă D et D est un clanu.
La famille F est non vide ; elle contient PpXq.
Si on pose B :“ XDPF D, alors B est un clan contenant A (voir l’exercice 2.5).
Par définition de F , tout clan D contenant A appartient à F , donc (par définition de
B) contient B. CQFD

2.8 Remarque. C’est la même preuve que celle qui donne l’existence du sous-espace
engendré par une partie d’un espace vectoriel, ou l’existence d’un sous-groupe engendré
par une partie d’un groupe, etc. ˛

Démonstration de la proposition 2.2. Avec F comme ci-dessus et

G :“ tD ; A Ă D et D tribuu,

nous avons F Ą G , et donc C pA q “ XDPF D Ă XDPG D “ T pA q. CQFD

Démonstration de la proposition 2.3. Preuve analogue à celle de la proposition 2.2, en rempla-


çant « clan » par « classe monotone ». CQFD

Démonstration de la proposition 2.4. Nous devons montrer que, si pAn qnľ0 Ă C , alors Ynľ0 An
P C.
Soit Bn :“ Ynk“0 Ak , @ n. Nous avons Bn Õ Yk Ak et Bn P C , @ n (car C est un clan).
C étant une classe monotone, nous trouvons Yk Ak “ Yn Bn P C . CQFD

2.2 Théorème de la classe monotone


Cette section est consacrée à la preuve du premier résultat important que nous
rencontrons :
2.9 Théorème (Théorème de la classe monotone). C clan ùñ M pC q “
T pC q.
Ou encore : la classe monotone engendrée par un clan est la tribu engen-
drée par le clan.
En particulier, toute classe monotone qui contient C contient également
T pC q.

2.10 Remarque. Voir la remarque 1.25 ! ˛

35
Tribus, clans, classes monotones 2.2 Théorème de la classe monotone

2.11 Remarque. Concrètement, le théorème de la classe monotone est utilisé pour établir
« pour pas cher » que, pour une propriété (P) et une tribu T , nous avons

A P T ùñ A satisfait (P). (2.1)

Le schéma « abstrait » est le suivant. Si :


i) C est un clan qui engendre T , c’est-à-dire tel que T pC q “ T .
ii) (P) est vraie pour tout A P C .
iii) tA Ă X ; A satisfait (P)u est un classe monotone,
alors nous avons (2.1).
Ce schéma est intéressant notamment lorsque la propriété ii) est évidente ; ceci est par
exemple le cas dans la preuve des propositions 4.24 et 8.8. ˛

Exercices

2.12 Exercice.
a) Si A Ă B, alors C pA q Ă C pBq, M pA q Ă M pBq et T pA q Ă T pBq.
b) Nous avons C pC pA qq “ C pA q.
Propriété analogue pour la classe monotone et la tribu engendrées. ˛

Démonstrations

Démonstration du théorème 2.9. Au vu de la proposition 2.3, il suffit de montrer que (*) M :“


M pC q contient T pC q.
Par définition de la tribu engendrée, (*) est vraie si M est une tribu. Pour mon-
trer que M est une tribu, il suffit de montrer que (**) M est un clan, car « clan+classe
monotoneùñtribu » (proposition 2.4). Ainsi, le théorème 2.9 est ramené à la propriété
suivante, que nous allons prouver dans ce qui suit : la classe monotone engendrée par un
clan est un clan.
Posons, pour A Ă X fixé, MA :“ tB P M ; A Y B P M u. Alors MA est une classe
monotone. En effet, soit pBn qn Ă MA une suite croissante. Alors A Y Yn Bn “ Yn pA Y
Bn q P M , car la suite pA Y Bn qn Ă M est croissante. De même, si pBn qn Ă MA est une
suite décroissante, alors A Y Xn Bn “ Xn pA Y Bn q P M .
Si A P C , alors MA Ą C et donc, de ce qui précède, MA est une classe monotone
qui contient C . Il s’ensuit que MA Ą M (justifier). Comme, par ailleurs, MA Ă M , nous
avons MA “ M . Autrement dit, l’union d’un élément de C et d’un élément de M est un
élément de M .
Par conséquent, si A P M , alors MA Ą C . Il s’ensuit que MA “ M . Donc, (***) si
A, B P M , alors A Y B P M .

36
Petru Mironescu Mesure et intégration

Enfin, soit N :“ tA P M ; Ac P M u. Alors N est une classe monotone. En effet, si


pBn qn Ă N est une suite croissante, alors pYn Bn qc “ Xn Bnc P N , car pBnc qn Ă N est une
suite décroissante. Il s’ensuit que Yn Bn P N .
De même, si pBn qn Ă N est une suite décroissante, alors Xn Bn P N .
Donc N est en effet une classe monotone. Comme N contient C , nous trouvons
N “ M . Autrement dit, (****) si A P M , alors Ac P M .
(**) découle de (***), de (****) et de l’observation que H P M (car H P C ). CQFD

2.3 La tribu borélienne


Dans cette section, nous définissons la tribu la plus importante pour les appli-
cations : la tribu borélienne.
Soit pX, dq un espace métrique.†
2.13 Définition (Tribu borélienne). La tribu borélienne BX sur X est la tribu
engendrée par les ouverts de X.
Ou encore : BX :“ T ptU ; U ouvert de Xuq.
Si on désigne par τ la topologie de X (=l’ensemble des ouverts de X),
alors BX “ T pτ q.
Les ensembles de cette tribu sont les boréliens de X.

2.14 Remarque. Donné X, la question « A est-il un borélien ? » n’a pas de sens, car la
tribu borélienne dépend de la distance sur X. C’est la situation rencontrée en topologie à
propos de la question « A est-il un ouvert ? ».
Néanmoins, il y a un abus fréquent de langage : « A Ă Rn est borélien » sous-entend
que Rn est muni d’une norme. ˛

2.15 Remarque. Il est souvent utile d’avoir un système de générateurs d’une tribu T , c’est-
à-dire une famille A (simple à décrire) telle que T pA q “ T .
Une telle famille permet de mettre en œuvre un mécanisme similaire à celui de la
remarque 2.11. Si :
i) T pA q “ T .
ii) (P) est vraie pour tout A P A .
iii) tA Ă X ; A satisfait (P)u est une tribu,
alors

A P T ùñ A satisfait (P). ˛
†. Plus généralement, nous pouvons considérer, au lieu d’un espace métrique, un espace to-
pologique pX, τ q. Néanmoins, pour les applications usuelles en théorie de l’intégration, le cadre
des espaces métriques est suffisant.

37
Tribus, clans, classes monotones 2.3 La tribu borélienne

La proposition suivante donne quelques systèmes importants de générateurs.


2.16 Proposition.
a) BX est la tribu engendrée par les fermés de X.
b) BR est la tribu engendrée par :
(i) les intervalles de R
ou
(ii) les intervalles de la forme sa, 8r.
c) BRn est engendrée par les pavés ouverts de Rn , c’est-à-dire les ensembles P
de la forme P “ I1 ˆ I2 ˆ ¨ ¨ ¨ ˆ In , avec Ij intervalle ouvert, @ j.

2.17 Remarque (Les ensembles « usuels » sont boréliens). Si on munit Rn d’une norme,
il existe des parties de Rn qui ne sont pas boréliennes (un exemple, assez difficile, sera
examiné dans le chapitre 4).
Ce qu’il faut retenir est que tous les ensembles ne sont pas nécessairement boréliens.
En revanche, tous les ensembles « usuels » sont boréliens. ˛

Exercices

2.18 Exercice. On munit R de la métrique usuelle. Les intervalles, les fermés et les ouverts
(de R) sont boréliens. ˛

2.19 Exercice. Soit pX, dq un espace métrique. Soit Y Ă X, muni de la métrique induite
par X. Montrer que BY “ tB X Y ; B P BX u.
De manière équivalente, BY coïncide avec la tribu induite par BX sur Y . ˛

2.20 Exercice. Soient pX, dq, pY, δq deux espaces métriques. Soit Φ : X Ñ Y un homéomor-
phisme. † Si A Ă X, alors A P BX si et seulement si ΦpAq P BY .
Symétriquement, si B Ă Y , alors B P BY si et seulement si Φ´1 pBq P BX .
Si nous supposons uniquement Φ continue, alors nous avons B P BY ùñ Φ´1 pBq P
BX . ˛

2.21 Exercice.
a) Soient A P BRn et B P BRm . Montrer que A ˆ B P BRn`m .
b) Plus généralement, si pX, dq et pY, δq sont des espaces métriques et si nous munissons
X ˆ Y d’une métrique produit, alors BX ˆ BY Ă BXˆY . ˛

2.22 Remarque. Nous reprenons le cadre et la conclusion de l’exercice 2.21. Si pX, dq et


pY, δq sont des espaces métriques et si nous munissons X ˆ Y d’une métrique produit,
alors BX ˆ BY Ă BXˆY . Dans des situations usuelles, nous avons l’égalité BX ˆ BY “

†. Un homéomorphisme est une application Φ : X Ñ Y , avec X, Y espaces métriques (ou


topologiques), continue, bijective, et avec Φ´1 continue.

38
Petru Mironescu Mesure et intégration

BXˆY (voir l’exercice de synthèse # 18, partie II f)). Néanmoins, en général, cette inclusion
est stricte (pathologie de Nedoma [18]). Voici (sans
# preuve) un exemple : si X “ Y “
1, si x ‰ y
PpRq, muni de la métrique discrète dpx, yq :“ , alors la diagonale ∆x :“
0, si x “ y
tpx, xq ; x P Xu appartient à BXbX , mais pas à BX b BX . ˛

Démonstrations

Dans la preuve de la proposition 2.16, nous utiliserons les deux faits suivants.

2.23 Rappels.
a) Tout ouvert de R est une union a. p. d. d’intervalles ouverts d. d. d.
b) Si on munit Rn d’une norme, tout point de Rn est la limite d’une suite de points ayant
toutes les coordonnées rationnelles. ˛

Démonstration de la proposition 2.16. Notons, dans chaque cas, τ l’ensemble des ouverts, et A
l’ensemble des parties de X données par l’énoncé (fermés, intervalles, etc).
Dans chaque cas, nous avons A Ă BX , et donc T pA q Ă T pBX q “ BX . Il reste donc
à montrer l’inclusion inverse T pA q Ą BX .
Pour cela, il suffit de montrer que τ Ă T pA q, car si tel est le cas alors nous avons
BX “ T pτ q Ă T pT pA qq “ T pA q. En conclusion, il suffit de montrer que U P T pA q
pour tout ouvert U .

Soit U un ouvert.

a) Nous avons U c P A , d’où U “ pU c qc P T pA q.


b) (i) U est une union a. p. d. d’intervalles ouverts Ij (voir le rappel 2.23 a)).
Comme chaque Ij est dans A , nous avons U P T pA q.
(ii) De ce qui précède, il suffit de montrer que tout intervalle ouvert I “sa, br est
dans T pA q.
Si a P R et b “ 8, c’est clair.
Si I “ R, nous avons I “ YnPN s ´ n, 8rP T pA q.
Il reste le cas b P R.
Pour tout c P R, nous avons sa, cs “sa, 8rXsc, 8rc P T pA q.
Il s’ensuit que sa, br“ YnPN˚ sa, b ´ 1{ns P T pA q.
c) Les ouverts de Rn , donc la tribu borélienne, ne dépendent pas de la norme choisie.
Nous prenons comme norme }}8 .
Soit C :“ tBpx, rq ; x P Qn , r P Qu. Alors C Ă A et C est a. p. d. (En effet, la
fonction Bpx, rq ÞÑ px, rq P Qn ˆ Q est injective et Qn ˆ Q est dénombrable.) Il suffit
donc de montrer que U est l’union d’une famille de boules de C ; cette union sera
automatiquement a. p. d.

39
Tribus, clans, classes monotones 2.3 La tribu borélienne

Posons D :“ tBpx, rq P C ; Bpx, rq Ă U u. Nous allons montrer l’égalité

YBpx,rqPD Bpx, rq “ U. (2.2)

Dans (2.2), l’inclusion « Ă » est claire.


Montrons, dans (2.2), « Ą ». Soit y P U . Nous allons trouver une boule Bpx, rq telle que
Bpx, rq P D et y P Bpx, rq.
Il existe un R ą 0 tel que Bpy, Rq Ă U . Quitte à diminuer R, nous pouvons supposer
R P Q.
Soit x P Qn tel que }x ´ y}8 ă r :“ R{2. (L’existence de y découle du rappel 2.23
b).) On vérifie aisément que y P Bpx, rq et Bpx, rq Ă Bpy, Rq ; d’où Bpx, rq Ă U .
Finalement, nous avons bien Bpx, rq P D et y P Bpx, rq. CQFD

40
Chapitre 3

Fonctions mesurables

3.0 Aperçu
La topologie travaille avec des ensembles, dont les plus importants sont les
ouverts, et des fonctions, dont les plus importantes sont les fonctions continues.
Nous avons rencontré, dans le chapitre précédent, des analogues des ouverts en
théorie de la mesure : il s’agit, dans un cas particulier, de boréliens, et dans le cas
général d’ensembles mesurables, c’est-à-dire les éléments d’une tribu.
Dans ce chapitre, nous définissons les analogues des fonctions continues, qui
sont les fonctions mesurables. Au vu de la définition d’une fonction continue, une
définition naturelle serait

f : X Ñ R est mesurable ðñ f ´1 pU q est mesurable, @ U Ă R ouvert. (3.1)

Nous ne partirons pas de cette définition (qui serait correcte !), mais d’une
définition équivalente, qui a le mérite de s’insérer plus naturellement dans les
preuves. † (3.1) sera alors une caractérisation des fonctions mesurables.
Comme pour les fonctions continues, les opérations usuelles (somme, pro-
duit, etc.) transforment les fonctions mesurables en fonctions mesurables ; ceci
sera prouvé dans les sections 3.2 et 3.3. Nous apprendrons au passage un slogan
très important : borélien ˝ mesurable = mesurable, qui est le pendant de continu ˝
continu = continu.
Une propriété qui distingue les fonctions mesurables des fonctions continues
est qu’une limite simple de fonctions mesurables est mesurable ; rappelons qu’en
général ceci est faux pour les fonctions continues.
†. Une raison plus profonde, qui dépasse largement le cadre de ce cours, de préférer la défi-
nition 3.3 à la définition (3.1) est que, pour des fonctions à valeurs vectorielles, (3.1) et la définition
3.3 ne sont plus équivalentes. Dans ce cadre, la « bonne » définition est 3.3.

41
Fonctions mesurables 3.1 Définition. Caractérisation

Compétences minimales attendues.


a) Vérifier qu’une fonction concrète est mesurable, en particulier via l’exercice
3.18.
b) Utiliser les fonctions mesurables pour montrer que des ensembles sont mesu-
rables. ˛

3.1 Définition. Caractérisation


Dans cette section, nous définissons les fonctions mesurables et donnons des
caractérisations (qui peuvent être vues comme des définitions alternatives) de
celles-ci. Le point de départ est celui des fonctions étagées.

3.1 Notations.
a) Si f : X Ñ Y et B Ă Y , alors f ´1 pBq :“ tx P X ; f pxq P Bu.
b) Pour alléger l’écriture, si B :“ tyu, nous écrivons f ´1 pyq au lieu de f ´1 ptyuq. Ainsi,
f ´1 pyq :“ tx P X ; f pxq “ yu. ˛

3.2 Définition (Fonction


ř étagée). Une fonction étagée est une fonction f : X Ñ
R de la forme f “ i ai χAi , où :
i) La somme a un nombre fini de termes.
ii) ai P R, @ i.
iii) Ai P T , @ i.

3.3 Définition (Fonction mesurable). Une fonction f : X Ñ R est mesurable s’il


existe une suite pfn qn de fonctions étagées telle que fn Ñ f simplement.
Dans le cas particulier où pX, dq est un espace métrique et T est la tribu
borélienne, f est une fonction borélienne.
Dans le cas particulier de l’espace pRn , Ln q, f est une fonction Lebesgue
mesurable. †

3.4 Remarque.
a) La question « f est-elle mesurable ? » n’a pas de sens si T n’est pas précisée ; la ré-
ponse dépend de T . Voir la remarque 1.19.
b) Dans le cas particulier où X Ă Rn , sauf spécification contraire, la tribu considérée est
la tribu borélienne induite par BRn sur X, c’est-à-dire BX “ tB X X ; B P BRn u (voir
l’exercice 2.19). Donc lorsque X Ă Rn , « mesurable “ borélien ». ˛
†. Ln est la tribu de Lebesgue, qui sera introduite dans la définition 4.36.

42
Petru Mironescu Mesure et intégration

Comme expliqué dans l’aperçu, les fonctions mesurables peuvent être décrites
en termes d’images réciproques.

3.5 Théorème (Caractérisation des fonctions mesurables). f : X Ñ R est


mesurable si et seulement si les trois conditions suivantes sont satisfaites :
i) f ´1 p8q P T .
ii) f ´1 p´8q P T .
iii) f ´1 pBq P T pour tout B P BR .

3.6 Remarque. Supposons f : X Ñ R (c’est-à-dire, f ne prend pas les valeurs ˘8). Dans
ce cas, la condition de mesurabilité devient f ´1 pBq P T , @ B P BR . Cette condition est
équivalente à (3.1) (exercice 3.15). ˛

La preuve du théorème 3.5 (mais pas son énoncé) mène à la conclusion sui-
vante.
3.7 Corollaire. Toute fonction mesurable positive est la limite d’une suite
croissante de fonctions étagées.

Voici une autre caractérisation des fonctions mesurables, plus utilisée dans la
pratique que le théorème 3.5. Son énoncé est à mettre en rapport avec les systèmes
de générateurs (remarque 2.15 et propriété 2.16).
3.8 Proposition. f : X Ñ R est mesurable si et seulement si nous avons

tx P X ; f pxq ą au “ f ´1 psa, 8sq P T pour tout a P R.

En particulier, f : X Ñ R est mesurable si et seulement si nous avons

f ´1 psa, 8rq P T pour tout a P R. ˛

Le résultat suivant est un théorème-définition : si f : X Ñ Rn , nous pouvons


prendre chacune des propriétés équivalentes 1 et 2 comme définition de la me-
surabilité. À mettre en parallèle avec l’équivalence (avec cette fois-ci X espace
métrique)

f “ pf1 , . . . , fn q : X Ñ Rn continue ðñ fi continue, @ i P J1, nK.

3.9 Théorème. Soit f “ pf1 , f2 , . . . , fn q : X Ñ Rn . Les propriétés suivantes sont


équivalentes.
1. Chaque fi est mesurable, i P J1, nK.
2. Pour tout B P BRn , f ´1 pBq P T .
Si l’une de ces deux conditions est satisfaite, f est appelée mesurable.
Cas particulier : f : X Ñ C est mesurableðñ Re f et Im f sont mesurables. ˛

43
Fonctions mesurables 3.1 Définition. Caractérisation

Les fonctions ne sont pas toujours définies sur l’espace entier X, mais unique-
ment sur une partie A de celui-ci. Nous définissons ici la notion de mesurabilité
dans ce cas. Ce n’est pas la seule définition possible ; une autre définition, qui n’est
pas équivalente à celle-ci, est suggérée dans la remarque 3.12.
3.10 Définition. Si A Ă X et si f : A Ñ R , alors f est mesurable si et seulement si :
i) A est mesurable.
ii) f étendue par la valeur 0 sur Ac est mesurable.
Même définition si f : A Ñ Rn . †
(Reformulation de l’item ii) : la fonction χA f , définie sur X à valeurs dans R
ou Rn , est mesurable.) ˛

L’énoncé qui suit est l’analogue des théorèmes 3.5 et 3.9 et de la proposition
3.8 pour des fonctions définies uniquement sur A Ă X.
3.11 Proposition. Soit A Ă X mesurable.
a) f : A Ñ R est mesurable si et seulement si les trois conditions suivantes sont
satisfaites :
i) f ´1 p8q P T .
ii) f ´1 p´8q P T .
iii) f ´1 pBq P T pour tout B P BR .
b) Une autre caractérisation : f : A Ñ R est mesurable si et seulement si

f ´1 psa, 8sq P T , @ a P R.

c) f : A Ñ Rn est mesurable si et seulement si f ´1 pBq P T , @ B P BRn . ˛


3.12 Remarque. En utilisant la proposition 3.11, nous pouvons déduire facilement que la
mesurabilité de f (au sens de la définition 3.10) est équivalente à : f : A Ñ R (ou Rn ) est
mesurable par rapport à la tribu induite TA “ tB X A ; B P T u.
Cette équivalence n’est vraie que si A est mesurable. ˛

Exercices
3.13 Exercice. Soit f : X Ñ R une fonction étagée. Montrer que f ´1 pBq P T , @ B Ă R. ˛

3.14 Exercice. Soient f, g : X Ñ R fonction étagées et λ P R. Montrer que f ` g et λf sont


étagées. ˛

†. Si f est à valeurs dans R, alors 0 est le nombre réel 0. Si f est à valeurs dans Rn , alors 0 est
le vecteur 0Rn . #
f, dans A
‡. Rappelons que, si f : A Ñ R, alors f χA :“ .
0, dans Ac

44
Petru Mironescu Mesure et intégration

L’exercice qui suit explique pourquoi (3.1) serait une bonne définition.

3.15 Exercice. Soit f : X Ñ R. Montrer que

f ´1 pBq P T , @ B P BR ðñ f ´1 pU q P T , @ U Ă R ouvert. ˛

L’exercice qui suit sera utilisé dans la preuve du théorème 3.5.

3.16 Exercice. Soit pxn qn Ă R une suite ayant une limite. Nous avons

lim xn ą a P R ðñ D k P N˚ , D m P N tels que xn ą a ` 1{k, @ n ľ m. ˛


n

3.17 Exercice. Soit A Ă X. Alors χA est mesurable si et seulement si A l’est. ˛

L’exercice qui suit est fondamental (notamment l’item f)). Il offre une boîte à
outils efficace pour montrer qu’un fonction est mesurable. †

3.18 Exercice. Soit pX, dq un espace métrique.


a) Soient A P BX et f : A Ñ R continue. Alors f est borélienne.
En particulier, toute fonction continue f : X Ñ R est borélienne.
b) Plus généralement, si f est continue en dehors d’une partie finie de X, alors f est
borélienne.
c) Encore plus généralement. Soient A1 , A2 , . . . , boréliens d. d. d. tels que X “ \k Ak .
Pour chaque Ak , soit fk : Ak Ñ R une fonction continue. Soit f : X Ñ R définie par
f pxq :“ fk pxq si x P Ak . Alors f est borélienne.
d) De même si, dans le point précédent, on remplace « fk continue » par « fk borélienne »
(voir également le point f)).
e) De même pour des fonctions à valeurs dans Rn .
f) Soit pX, T q un espace mesurable. Soient A1 , A2 , . . . , mesurables d. d. d. tels que X “
\k Ak . Pour chaque Ak , soit fk : Ak Ñ R une fonction mesurable. Soit f : X Ñ R
définie par f pxq :“ fk pxq si x P Ak . Alors f est mesurable.
g) Montrer que les items a)–e) sont des cas particuliers de l’item f). ˛

Démonstrations
Le résultat qui suit sera utilisé dans la preuve du théorème 3.5 ; il sera utile
dans d’autres circonstances.

3.19 Proposition. Soit f : X Ñ Y et soit A une famille de parties de Y . Si f ´1 pAq P


T pour tout A P A , alors f ´1 pAq P T pour tout A P T pA q. ˛
†. Dans le cas particulier où X est un espace métrique, cet exercice permet donc de montrer
qu’une fonction est borélienne.

45
Fonctions mesurables 3.1 Définition. Caractérisation

Démonstration de la proposition 3.19. Soit D :“ tA Ă Y ; f ´1 pAq P T u.


Nous avons D Ą A . Par ailleurs, D est une tribu. En effet, si pAn qn Ă D, alors
f ´1 pYn An q “ Yn f ´1 pAn q P T ; vérification analogue des autres propriétés de la tribu.
Il s’ensuit que D Ą T pA q. CQFD

Démonstration du théorème 3.5 .


« ùñ » Soit pfn q une suite de fonctions étagées telle que fn Ñ f .
Soient a P R, n P N. Posons An,a :“ pfn q´1 psa, 8rq, qui appartient à T (exercice 3.13).
Nous avons (en utilisant l’exercice 3.16)

f pxq ą a ðñ D k P N˚ , D m P N tels que fn pxq ą a ` 1{k pour n ľ m.

En d’autres termes,

f pxq ą a ðñ D k P N˚ , D m P N tels que x P Xnľm An,a`1{k


ðñ x P YkPN˚ YmPN Xnľm An,a`1{k P T

(justifier l’appartenance à T ).

Donc

f ´1 psa, 8sq “ tx P X ; f pxq ą au “ YkPN˚ YmPN Xnľm An,a`1{k P T , @ a P R.

Il s’ensuit que f ´1 p8q “ Xn f ´1 psn, 8sq P T .


Par conséquent, f ´1 psa, 8rq “ f ´1 psa, 8sqzf ´1 p8q P T .
La proposition 3.19 combinée avec la partie b) ii) de la proposition 2.16 montre que
f ´1 pBq P T , @ B P BR .
Enfin, f ´1 p´8q “ Xzpf ´1 pRq Y f ´1 p8qq P T .
$
&´2 ,
’ n si f pxq ă ´2n
« ðù » Soit, pour n P N, fn pxq :“ 2n , si f pxq ľ 2n ; ici, k est un entier

% n
k{2 , si k{2n ĺ f pxq ă pk ` 1q{2n
relatif compris entre ´4n et 4n ´ 1.
Formule équivalente pour f : si nous posons

An :“ f ´1 pr´8, ´2n rq, Bn :“ f ´1 pr2n , 8sq et Cn,k :“ f ´1 prk{2n , pk ` 1q{2n rq,

alors
n ´1
4ÿ
n n k
fn “ ´2 χAn ` 2 χBn ` χC .
k“´4n
2n n,k

Chaque fn est une fonction étagée (vérifier) et nous avons fn Ñ f (vérifier). CQFD

46
Petru Mironescu Mesure et intégration

Démonstration du corollaire 3.7. Dans le cas particulier où f est positive, la suite pfn qn construite,
dans la preuve du théorème 3.5, pour montrer l’implication « ðù », est croissante. CQFD

Démonstration de la proposition 3.8.


« ùñ » Implication vue dans la preuve du théorème 3.5.
« ðù » Nous avons f ´1 p8q “ XnPN f ´1 psn, 8sq P T .
Il s’ensuit que f ´1 psa, 8rq “ f ´1 psa, 8sqzf ´1 p8q P T , @ a P R. La proposition 3.19
combinée avec la partie b) ii) de la proposition 2.16 implique f ´1 pBq P T , @ B P BR .
Enfin, f ´1 p´8q “ Xzpf ´1 pRq Y f ´1 p8qq P T . CQFD

Démonstration du théorème 3.9.


« 1. ùñ 2. » Si I1 , I2 , . . . , In sont des intervalles ouverts, alors pfi q´1 pIi q P T .
Il s’ensuit que f ´1 pI1 ˆ I2 ˆ . . . ˆ In q “ Xpfi q´1 pIi q P T .
La proposition 3.19 combinée avec la partie c) de la proposition 2.16 montre que
f ´1 pBqP T , @ B P BRn .
« 2 ùñ 1. » Si I “sa, 8r, alors pfi q´1 pIq “ f ´1 pRi´1 ˆ I ˆ Rn´i q P T . CQFD

Démonstration de la proposition 3.11.


a) « ùñ »
i) Posons g :“ f χA . Nous avons (*) f ´1 p8q “ g ´1 p8q P T .
ii) Même raisonnement que pour i).
iii) Il suffit de noter que f ´1 pBq “ g ´1 pBq X A, @ B P BR .
« ðù » De (*), nous avons g ´1 p8q P T ; de même, g ´1 p´8q P T .
Si B P BR , alors : soit 0 R B, et alors g ´1 pBq “ f ´1 pBq P T , soit 0 P B, et dans ce cas
g ´1 pBq “ f ´1 pBq Y Ac P T .
Les conditions i)–iii) du théorème 3.5 sont donc satisfaites par g ; il s’ensuit que g est
mesurable, donc (définition 3.10) f l’est également.
b) Il suffit de répéter la preuve de la proposition 3.8.
c) Nous pouvons reprendre les arguments de l’item a) :
« ùñ » Si B P BRn , alors f ´1 pBq “ g ´1 pBq X A P T .
« ðù » Si B P BRn , alors : soit 0 R B, et alors g ´1 pBq “ f ´1 pBq P T , soit 0 P B, et
dans ce cas g ´1 pBq “ f ´1 pBq Y Ac P T . CQFD

3.2 Opérations avec les fonctions mesurables


Dans cette section et la suivante, nous décrivons plusieurs mécanismes qui
permettent de construire des fonctions mesurables à partir de fonctions mesu-
rables. Par exemple, comme pour les fonctions continues, un produit de fonctions
mesurables est une fonction mesurable.
Nous travaillons dans un espace mesurable pX, T q.

47
Fonctions mesurables 3.2 Opérations avec les fonctions mesurables

3.20 Proposition. Une limite simple de fonctions mesurables est une fonction
mesurable.

3.21 Proposition. Si g : Rn Ñ Rk est borélienne et si f : X Ñ Rn est mesurable,


alors g ˝ f : X Ñ Rk est mesurable.
f g f ˝g
X ÝÝÝÝÝÑ Rn ÝÝÝÝÝÝÑ Rk ùñ X ÝÝÝÝÝÑ Rk .
mesurable borélienne mesurable

3.22 Remarque. À retenir sous la forme : borélienne ˝ mesurable = mesurable. ˛

Le plus souvent, la proposition 3.21 est utilisée avec g continue, cas particulier
couvert par le corollaire suivant.

3.23 Corollaire. Si g : Rn Ñ Rk est continue et si f : X Ñ Rn est mesurable,


alors g ˝ f : X Ñ Rk est mesurable.

Avant de démontrer qu’une somme ou produit de fonctions mesurables est


une fonction mesurable (proposition 3.25), revenons sur les opérations faisant
intervenir ˘8.
3.24 Convention. En théorie de la mesure et de l’intégration, nous adoptons la convention
suivante : 0 ¨ p˘8q “ p˘8q ¨ 0 “ 0.
En particulier, si f, g : X Ñ R, alors le produit f g est défini en tout point.
Néanmoins, les sommes 8`p´8q et ´8`8 ne sont toujours pas définies. La somme
f ` g est définie uniquement dans le complémentaire de l’ensemble
tx P X ; f pxq “ ˘8 et gpxq “ ´f pxqu. ˛

3.25 Proposition.
a) Si f, g : X Ñ R sont mesurables, alors f g et (si cela a un sens) f ` g sont
mesurables.
(On peut définir f ` g s’il n’y a pas de point x P X tel que f pxq “ ˘8 et
gpxq “ ´f pxq.)
De même pour f ´ g.
b) Si λ P R, alors λf est mesurable.

Exercices
#
1{x, si x ‰ 0
3.26 Exercice. Soit g : R Ñ R, gpxq :“ .
0, si x “ 0
a) Montrer que g est borélienne.
b) En déduire que, si f : X Ñ R est mesurable et f ‰ 0, alors 1{f est mesurable.
c) Montrer que, si f : X Ñ R est mesurable et f ‰ 0, alors 1{f est mesurable. ˛

48
Petru Mironescu Mesure et intégration

Démonstrations

Démonstration de la proposition 3.20. Il suffit de copier la preuve du théorème 3.5 « ùñ ».


Cette fois-ci, la mesurabilité des An,a est donnée non pas par le fait que les fn sont étagées,
mais par le théorème 3.5. CQFD

Démonstration de la proposition 3.21. Si B P BRk , alors pg ˝ f q´1 pBq “ f ´1 pg ´1 pBqq P T , car


g ´1 pBq P BRn . CQFD

Démonstration de la proposition 3.25.


a) f ` g est mesurable. Supposons que f ` g ait un sens.
Si fn , gn sont des fonctions étagées telles que fn Ñ f , gn Ñ g, alors fn ` gn est étagée
(exercice 3.14) et fn ` gn Ñ f ` g.
Preuve similaire pour f ´ g.
#
fn pxq, si f pxq ‰ 0
f g est mesurable. Soit Fn pxq :“ ; on définit de même Gn . Défini-
0, si f pxq “ 0
tion équivalente : si A :“ f ´1 p0q, alors Fn “ fn χAc .
La fonction Fn est étagée et nous avons Fn Ñ f (vérifier). La fonction Fn Gn est étagée
(exercice 3.14) et Fn Gn Ñ f g (vérifier).
b) Nous avons λfn Ñ λf .
Dans tous les cas, nous concluons grâce à la proposition 3.20. CQFD

3.27 Remarque. Si f, g : X Ñ R, nous pouvons raisonner différemment. Nous avons


f ` g “ Φpf, gq, avec Φpx, yq :“ x ` y. pf, gq : X Ñ R2 est mesurable, car chacune des
ses coordonnées l’est (théorème 3.9). Φ étant continue (donc borélienne), la proposition
3.21 permet de conclure. De même pour f g. Voir la remarque 3.35 pour un raisonnement
similaire. ˛

3.3 Autres opérations


Dans cette partie, nous travaillons dans un espace mesurable pX, T q. Toutes
les fonctions considérées sont définies sur X à valeurs dans R et sont supposées
mesurables.

3.28 Proposition. max pf, gq et min pf, gq sont mesurables. ˛

3.29 Corollaire. max pf0 , . . . , fn q et min pf0 , . . . , fn q sont mesurables. ˛

3.30 Notations.
# #
t, si t ľ 0 0, si t ľ 0
a) Si t P R, t` :“ est la partie positive de t, et t´ :“ est la
0, si t ă 0 ´t, si t ă 0
partie négative de t.

49
Fonctions mesurables 3.3 Autres opérations

#
f pxq, si f pxq ľ 0
b) Si f est une fonction, f` pxq :“ est la partie positive de f , et f´ :“
0, si f pxq ă 0
#
0, si f pxq ľ 0
est la partie négative de f . ˛
´f pxq, si f pxq ă 0

3.31 Corollaire. f` , f´ et |f | sont mesurables. ˛


3.32 Proposition. supn fn et inf n fn sont mesurables. ˛

3.33 Proposition. lim inf n fn et lim supn fn sont mesurables.

3.34 Proposition. Soit

A :“ tx P X ; la suite pfn pxqqn a une limite dans Ru.

Nous avons les propriétés suivantes :


a) A est mesurable.
b) Si nous posons, pour x P A, f pxq :“ limn fn pxq, alors f : A Ñ R est mesurable.
#
limn fn pxq, si lim fn pxq existe
c) Soit F : X Ñ R, définie par F pxq :“ . Alors F
0, sinon
est mesurable. ˛

Démonstrations

Démonstration de la proposition 3.28. Nous considérons deux suites, pfn qn et pgn qn , de fonc-
tions étagées, avec fn Ñ f , gn Ñ g. Nous avons hn Ñ max pf, gq et kn Ñ min pf, gq, où
hn :“ max pfn , gn q et kn :“ min pfn , gn q ; vérifier, en utilisant les formules

a ` b ` |a ´ b| a ` b ´ |a ´ b|
maxpa, bq “ , minpa, bq “ . (3.2)
2 2

Au vu de la proposition 3.20, il suffit donc de montrer que hn et kn sont mesurables,


ce qui découle de (3.2). CQFD

3.35 Remarque. Si f, g : X Ñ R, nous pouvons raisonner différemment. Nous avons


max pf, gq “ Φpf, gq, avec Φpx, yq :“ max px, yq. pf, gq : X Ñ R2 est mesurable, car cha-
cune des ses coordonnées l’est (théorème 3.9). Φ est continue (donc borélienne) ; ceci dé-
coule de (3.2). La proposition 3.21 permet de conclure. De même pour min pf, gq. Voir
aussi la remarque 3.27. ˛

Démonstration du corollaire 3.29. Par récurrence, via la proposition 3.28 (vérifier !). CQFD

Démonstration du corollaire 3.31. Nous avons f` “ maxpf, 0q, f´ “ f` ´ f et |f | “ f` ` f´


(vérifier). Nous concluons grâce aux propositions 3.28 et 3.25. CQFD

50
Petru Mironescu Mesure et intégration

Démonstration de la proposition 3.32. Nous avons supn fn “ limnÑ8 maxpf0 , . . . , fn q, donc la


fonction supn fn est limite d’une suite de fonctions mesurables. Preuve similaire pour
inf. CQFD

Démonstration de la proposition 3.33. Considérons la lim inf ; preuve similaire pour la lim sup.
Soit gn :“ inf mľn fm , qui est mesurable. Il suffit alors de se rappeler que lim inf n fn “
limnÑ8 gn et d’appliquer la proposition 3.32. CQFD

Démonstration de la proposition 3.34. Soient g :“ lim inf n fn , h :“ lim supn fn , toutes les deux
mesurables.
Posons B :“ g ´1 p8q, C :“ h´1 p´8q, k :“ ph ´ gqχpBYCqc , qui sont mesurables (véri-
fier).
a) Nous avons A “ k ´1 p0q Y B Y C (justifier) et donc A P T .
b) et c) Sur A, nous avons f “ g, et donc F “ f χA “ gχA , la dernière fonction étant
mesurable. Il s’ensuit que f et F le sont (voir la définition 3.10). CQFD

51
Chapitre 4

Mesures

4.0 Aperçu
L’objet d’étude de ce chapitre est la mesure. Dans la section 4.1, nous en établis-
sons quelques propriétés simples, mais fondamentales (monotonie, sous-additivité,
etc.).
Les sections 4.2 et 4.3 sont dédiées aux ensembles qui sont suffisamment « pe-
tits » pour qu’ils soient « oubliés » dans les calculs : il s’agit d’ensembles négli-
geables, qui en théorie de la mesure et de l’intégration sont comme leur nom l’in-
dique. À l’opposé du négligeable, nous avons la notion de presque partout.
À partir de la section 4.4, nous nous intéressons à des mesures particulières :
finies, σ-finies, de Radon. Comme dans d’autres circonstances, plus les définitions
sont contraignantes, plus les objets ont des propriétés intéressantes. † En particu-
lier, nous verrons que pour une mesure de Radon, la mesure des ouverts déter-
mine la mesure de tous les autres boréliens (corollaire 4.27).
Dans la section 4.5, nous définissons la (célèbre) mesure de Lebesgue dans Rn ,
en donnant quelques-unes de ses propriétés. Sa construction dans R, ‡ qui est hors
programme mais très instructive, fera l’objet du chapitre 5. Curieusement, sa
construction dans Rn , n ľ 2, est bien plus facile (corollaire 8.11 dans la section
8.2)... à condition d’admettre l’existence de la mesure de Lebesgue dans R.
À défaut de pouvoir montrer son existence, nous montrerons l’unicité de la
mesure de Lebesgue (proposition 4.38).
La section 4.6 relève de la culture générale. Dans la section 4.6.1, nous donnons
un aperçu de la nécessité des axiomes qui définissent la mesure de Lebesgue, ce
†. Un espace euclidien a plus de propriétés remarquables qu’un espace normé, et un espace
normé en a plus qu’un espace vectoriel.
‡. Autrement dit, la preuve de son existence.

53
Mesures 4.1 Propriétés générales

qui est quelque peu marginal en théorie de la mesure, mais a intéressé de grands
mathématiciens dans la première moitié du 20esiècle... et fait rêver (paradoxe de
Banach-Tarski, théorème 4.43).
Bien plus important (en particulier pour la théorie des probabilités) est le su-
jet abordé dans la section 4.6.2 : la convergence des suites de fonctions. En par-
ticulier, le théorème d’Egoroff (Egorov) 4.46 fait un lien inattendu entre convergence
simple et convergence uniforme. †

Compétences minimales attendues.


a) Utiliser les propriétés générales des mesures (propositions 4.1 et 4.2).
b) Reconnaître et utiliser les ensembles négligeables.
c) Connaître et utiliser les propriétés de la mesure de Lebesgue, notamment dans
R. ˛

4.1 Propriétés générales


Dans cette partie, pX, T , µq est un espace mesuré, et toutes les parties de X
considérées (A, B, Aj ,...) appartiennent à T .
Toutes les propriétés démontrées restent valables si on a une mesure sur un
clan, à condition que les unions et intersections considérées soient encore dans le
clan.
4.1 Proposition. Nous avons
a) Si A Ă B, alors µpAq ĺ µpBq. (C’est la propriété de monotonie de µ.)
Si, de plus, µpBq ă 8, alors µpAq “ µpBq ´ µpBzAq et µpBzAq “ µpBq ´
µpAq.
ř
b) µpA0 Y . . . Y Ak q ĺ kn“0 µpAn q. Si les An sont d. d. d., alors l’inégalité
devient égalité. Cette dernière propriété est l’additivité de µ.
ř8
c) µpY8 n“0 An q ĺ n“0 µpAn q. C’est la propriété de sous-additivité de µ.
d) µpA Y Bq ` µpA X Bq “ µpAq ` µpBq. En particulier, si µpA X Bq ă 8, alors
µpA Y Bq “ µpAq ` µpBq ´ µpA X Bq.

4.2 Proposition. Nous avons


a) (Théorème de la suite croissante). Si An Õ A, alors µpAn q Ñ µpAq.

†. Rappelons l’implication « convergence uniforme ùñ convergence simple ». Le théorème


d’Egoroff donne « presque » l’implication opposée.

54
Petru Mironescu Mesure et intégration

b) (Théorème de la suite décroissante). Si An Œ A et si, de plus, µpA0 q ă 8,


alors µpAn q Ñ µpAq.

Exercices

4.3 Exercice. Soit µ la mesure de comptage sur PpNq. Si An :“ tm ; m ľ nu, alors


An Œ H, mais µpAn q Ñ / µpHq.
Conclusion ? ˛

4.4 Exercice.
a) Montrer que, si µpA1 Y A2 Y . . . Y An q ă 8, alors
n
ÿ ÿ
µpA1 Y A2 Y . . . Y An q “ p´1qj`1 µpAi1 X . . . X Aij q.
j“1 1ĺi1 ăi2 㨨¨ăij ĺn

b) Que devient cette formule dans le cas particulier de la mesure de comptage ? ˛

4.5 Exercice. Soient µ une mesure sur le clan (ou la tribu) C et A P C .


a) La fonction µA : C Ñ r0, 8s, µA pBq :“ µpA X Bq, @ B P C , est une mesure sur C .
b) Soit CA le clan induit par C sur A (voir l’exercice 1.36). Montrer que la restriction de
µ à CA est une mesure. ˛

4.6 Exercice (La limite d’une suite croissante de mesures est une mesure). Soit pµj qj une
suite de mesures sur le même clan C . Supposons que µj pAq ĺ µj`1 pAq, @ j, @ A P C .
Posons µpAq :“ lim µj pAq, @ A P C .
Montrer que µ est une mesure sur C . ˛

Démonstrations

Démonstration de la proposition 4.1.


a) Nous avons B “ A \ pBzAq \ H \ . . . \ H \ . . ., d’où µpBq “ µpAq ` µpBzAq ľ µpAq.
Dans le cas particulier où µpBq ă 8, nous avons également µpBzAq ă 8 (justifier),
d’où µpAq “ µpBq ´ µpBzAq. De même, µpBzAq “ µpBq ´ µpAq.
b) Posons B0 :“ A0 et, pour 1 ĺ n ĺ k, Bn :“ An zpA0 Y . . . Y An´1 q. Les Bn sont d. d. d.
et, de plus, Bn Ă An et Yn An “ \n Bn . Il s’ensuit que
k
ÿ k
ÿ
µpA0 Y . . . Y Ak q “ µpB0 \ . . . \ Bk \ H \ . . . \ H \ . . .q “ µpBn q ĺ µpAn q.
n“0 n“0

Dans le cas particulier où les An sont d. d. d., nous avons Bn “ An , et l’inégalité


devient égalité.
c) Même preuve que pour l’item b), sauf qu’il n’y a plus besoin d’ajouter des H.

55
Mesures 4.2 Mesure complétée

d) Si µpAq “ 8, alors µpA Y Bq “ 8, et l’égalité est claire.


Supposons µpAq ă 8, ce qui entraîne µpA X Bq ă 8 (justifier).
Nous avons

µpAq “ µppAzBq \ pA X Bqq “ µpAzBq ` µpA X Bq,

d’où µpAzBq “ µpAq ´ µpA X Bq.


En utilisant cette dernière égalité, nous obtenons

µpA Y Bq “ µppAzBq \ Bq “ µpAzBq ` µpBq “ µpAq ´ µpA X Bq ` µpBq,

ce qui donne l’égalité désirée. CQFD

Démonstration de la proposition 4.2.


a) Posons B0 :“ A0 et, pour n ľ 1, Bn :“ An zAn´1 . Alors les Bn sont d. d. d. et \n Bn “
A.
Par ailleurs, nous avons An “ B0 \ . . . \ Bn .
Par conséquent,

ÿ n
ÿ
µpAq “ µpBk q “ lim µpBk q “ lim µpB0 \ . . . \ Bn q “ lim µpAn q.
n n n
kľ0 k“0

b) Nous avons pA0 zAn q Õ pA0 zAq, d’où limn µpA0 zAn q “ µpA0 zAq.
Ceci donne (via la proposition 4.1 a)) µpA0 q ´ µpAn q Ñ µpA0 q ´ µpAq, d’où la conclu-
sion. CQFD

4.2 Mesure complétée


Dans cette partie, nous nous donnons un espace mesuré pX, T , µq. Les par-
ties A de X considérées ci-dessous ne sont pas nécessairement dans T . Nous in-
troduisons la notion d’ensemble négligeable et montrons comment « rajouter » ces
ensembles à une tribu donnée. Contrairement à la notion d’ensemble mesurable,
qui repose sur une tribu, celle d’ensemble négligeable est relative à une tribu et une
mesure.
4.7 Définition (Ensemble négligeable). Un ensemble A Ă X est négligeable s’il
existe B P T tel que A Ă B et µpBq “ 0.
S’il n’est pas clair qui est µ, on précise : A est µ-négligeable.

4.8 Remarque. La question « A est-il négligeable ? » n’a pas de sens si on ne connaît pas
µ : la réponse dépend de µ. Voir les remarques 1.19 et 3.4 a). ˛

56
Petru Mironescu Mesure et intégration

4.9 Définition (Tribu complétée). La tribu complétée engendrée par T et µ est


la tribu T engendrée par T et les parties négligeables de X.
Donc

T :“ T ptA ; A P T ou A négligeableuq.

4.10 Remarque. T dépend à la fois de T et de µ. ˛

Le résultat suivant décrit tous les éléments de T .

4.11 Proposition. Nous avons

T “ tA Ă X ; D BA , CA P T tels que
(4.1)
BA Ă A Ă CA et µpCA zBA q “ 0u. ˛

Dans ce qui suit, nous montrons que la mesure µ, définie sur T , a une exten-
sion unique à T .

4.12 Définition (Tribu complète). Une tribu S est complète par rapport à une
mesure ν si A ν-négligeable ùñ A P S .
Symétriquement, si la propriété ci-dessus est satisfaite alors ν est complète par
rapport à S . ˛

4.13 Définition (Extension d’une mesure). Soient µ1 , µ2 des mesures sur les tribus
(ou clans) T1 , T2 . µ2 est une extension de µ1 si :
i) T1 Ă T2 .
ii) µ2 pAq “ µ1 pAq, @ A P T1 . ˛

4.14 Proposition. µ admet une unique extension µ à T .


µ est la complétée de µ et est donnée par l’une des formules µpAq “ µpBA q ou
µpAq “ µpCA q. ˛

Exercices

4.15 Exercice. Soit A P T . Montrer que

A est négligeable ðñ µpAq “ 0. ˛

Cet exercice est fondamental ; il donne une boîte à outils pour montrer qu’un
ensemble est négligeable.
4.16 Exercice (Opérations avec les ensembles négligeables).
a) Une partie d’un ensemble négligeable est négligeable.

57
Mesures 4.2 Mesure complétée

b) Une union a. p. d. d’ensembles négligeables est négligeable. ˛

4.17 Exercice.
a) Nous avons µ “ µ et T “ T .
b) T est complète par rapport à µ.
c) Une partie de X est µ-négligeable si et seulement si elle est µ-négligeable. ˛

Démonstrations

Démonstration de la proposition 4.11. Donnée une partie A de X, nous allons noter (s’ils existent)
BA et CA deux ensembles de T tels que BA Ă A Ă CA et µpCA zBA q “ 0.
Soit U le membre de droite de l’égalité à montrer, (4.1).

« Ą » Si A P U , alors A “ BA Y pAzBA q, avec BA P T et AzBA (qui est contenu dans


CA zBA ) négligeable ; d’où A P T .

« Ă » Il suffit (pourquoi ?) de vérifier que U est une tribu qui contient T et les ensembles
négligeables.
Si A P T , il suffit de prendre BA “ CA :“ A. Si A est négligeable, nous pouvons
prendre BA :“ H et CA P T tel que A Ă CA et µpCA q “ 0. Ceci montre que U contient
T et les ensembles négligeables. Il reste à montrer que U est une tribu.

i) Nous avons H P T , et donc H P U .


ii) Soit A P U . Nous avons pCA qc Ă Ac Ă pBA qc , avec µppBA qc zpCA qc q “ µpCA zBA q “ 0
(vérifier). Il s’ensuit que Ac P U .
iii) Soit pAn qnľ0 Ă U . Nous avons

Ynľ0 BAn Ă Ynľ0 An Ă Ynľ0 CAn ,

et
ÿ
µpYnľ0 CAn z Ynľ0 BAn q ĺ µpCAn zBAn q “ 0
nľ0

(vérifier). Il s’ensuit que Ynľ0 An P U .

De i)–iii), U est une tribu. CQFD

Démonstration de la proposition 4.14. Notons d’abord que µpCA q “ µpBA q`µpCA zBA q, et donc
µpBA q “ µpCA q.
Montrons ensuite que la formule de l’énoncé´ne dépend¯ pas du choix de BA et CA .
j j j j j j
En effet, si BA Ă A Ă CA , avec BA , CA P T et µ CA zBA “ 0, j “ 1, 2, alors BA
1 Ă C2 ,
A
d’où
1 1 2 2
µpCA q “ µpBA q ĺ µpCA q “ µpBA q.

58
Petru Mironescu Mesure et intégration

En permutant les indices, nous trouvons µpCA


1 q “ µpB 1 q “ µpB 2 q “ µpC 2 q.
A A A

Si µ existe, nous devons avoir µpBA q ĺ µpAq ĺ µpCA q, d’où µpAq “ µpBA q “ µpCA q.
Ceci montre à la fois l’unicité de µ et le fait que µ est donnée par les formules de l’énoncé.

Il reste à montrer que ces formules définissent une extension de µ.

Notons d’abord que, si A1 , A2 P T et A1 Ă A2 , alors BA1 Ă A1 Ă A2 Ă CA2 , d’où


µpA1 q “ µpBA1 q ĺ µpCA2 q “ µpA2 q. Il s’ensuit que µ est monotone.

i) Si A P T , alors nous pouvons prendre BA “ CA “ A, et donc µpAq “ µpAq.


Il s’ensuit que µ est une extension de µ, et qu’en particulier nous avons µpHq “ 0.
ii) Enfin, si pAn qn est une suite d. d. d. de T , alors nous avons (en utilisant la monotonie
de µ)
ÿ ÿ
µpAn q “ µpBAn q “ µp\n BAn q “ µp\n BAn q ĺ µp\n An q,
n n
ÿ ÿ
µp\n An q ĺ µpYn CAn q “ µpYn CAn q ĺ µpCAn q “ µpAn q.
n n

Des items i)–ii), µ est une extension de µ et est une mesure. CQFD

4.3 Presque partout


Dans cette section, nous introduisons la notion de presque partout et étudions
ses liens avec la tribu et mesure complétées.
4.18 Définition (Presque partout ; p. p.). Une propriété P pxq est vraie presque
partout (par rapport à µ, ou encore µ-presque partout, ou encore p. p. ou µ-p.
p.) si l’ensemble des x P X tel que P pxq soit fausse est µ-négligeable.

4.19 Proposition.
a) f : X Ñ R est T -mesurable si et seulement s’il existe une fonction g : X Ñ R
T -mesurable telle que f “ g µ-p. p.
De même, f : X Ñ Rn est T -mesurable si et seulement s’il existe une fonction
g : X Ñ Rn T -mesurable telle que f “ g µ-p. p.
b) Soient f, g : X Ñ R telles que f “ g µ-p. p. Alors f est T -mesurable si et
seulement si g l’est.
De même si f, g : X Ñ Rn . ˛

Le résultat suivant donne un aperçu de l’utilité des tribus complétées.

4.20 Proposition. Si fn , f : X Ñ R, chaque fn est T -mesurable, et fn Ñ f µ-p. p.,


alors f est T -mesurable. ˛

59
Mesures 4.3 Presque partout

Exercices

4.21 Exercice. Pour la mesure de comptage, presque partout équivaut à partout. ˛

4.22 Exercice. Pour des fonctions f, g définies sur X à valeurs dans R ou Rn , la relation
f „ g ðñ f “ g µ-p. p. est une équivalence. ˛

Démonstrations

Démonstration de la proposition 4.19. Nous considérons uniquement le cas des fonctions à va-
leurs dans R. L’autre cas est similaire.

Commençons parřétablir une propriété des fonctions T -étagées. Soit f une fonction
T -étagée. Donc f “ n an χAn , avec An P T , an P R, la somme comportant un nombre
fini de termes.
Soit Bn Ă An , Bn P T , tel que An zBnř
soit µ-négligeable (justifier l’existence
ř de Bn en
utilisant la proposition 4.11). Avec g :“ n an χBn , nous avons f ´ g “ n an χAn zBn . Il
s’ensuit que f “ g en dehors de l’ensemble Yn pAn zBn q, qui est µ-négligeable (vérifier).
Conclusion : donnée une fonction f T -étagée, il existe une fonction T -étagée g telle
que f “ g en dehors d’un ensemble µ-négligeable C.

a) « ùñ » Soit fn une suite de fonctions T -étagées telle que fn Ñ f . Soient gn T -étagées


et Cn µ-négligeables tels que fn “ gn en dehors de Cn .
En dehors de l’ensemble µ-négligeable Yn Cn , nous avons gn “ fn Ñ f .
En définissant

A :“ tx P X ; pgn pxqqn a une limite dans Ru

et g :“ χA limn gn , nous avons que g est T -mesurable (voir la proposition 3.34) et


g “ f en dehors de l’ensemble µ-négligeable Yn Cn .
« ðù » Soit C un ensemble µ-négligeable tel que f “ g en dehors de C. Alors

g ´1 p8qzC Ă f ´1 p8q Ă g ´1 p8q Y C,

ce qui montre que f ´1 p8q P T “ T .


De même, f ´1 p´8q P T et f ´1 pBq P T si B P BR (vérifier). Donc f est T -mesurable
(théorème 3.5).
b) Nous avons (via l’exercice 4.22) f T -mesurableðñ D h T -mesurable telle que f “ h
µ-p. p.ðñ D h T -mesurable telle que g “ h µ-p. p.ðñ g T -mesurable. CQFD

Démonstration de la proposition 4.20. Soit A P T négligeable tel que fn pxq Ñ f pxq, @ x R A.


Alors fn χAc Ñ f χAc . Il s’ensuit que f χAc est T -mesurable, et donc f l’est (proposition
4.19 b)). CQFD

60
Petru Mironescu Mesure et intégration

4.4 Classes particulières de mesures


Dans cette section, nous introduisons les principales classes de mesures : fi-
nies, σ-finies, boréliennes, de Radon, et donnons quelques-unes de leurs propriétés
fondamentales.
4.23 Définition. Une mesure µ définie sur un clan (ou tribu) C est :
a) finie si µpXq ă 8 (et alors µpAq ă 8 pour tout A P C ).
b) σ-finie s’il existe une suite pAn qnľ0 Ă C telle que :
i) X “ Ynľ0 An .
ii) µpAn q ă 8, @ n.
c) de probabilité (ou probabilité tout court) si µpXq “ 1.

Les mesures σ-finies joueront un rôle important entre autres dans le chapitre
8 (mesures produit et leur utilisation). Une première illustration de leur utilité est
le résultat suivant d’unicité.
4.24 Proposition. Soient C un clan dans X et µ1 , µ2 deux mesures sur T pC q. Si :
i) µ1 pAq “ µ2 pAq pour tout A P C .
ii) Il existe une suite pAn qnľ0 Ă C telle que µ1 pAn q ă 8, @ n, et Ynľ0 An “ X,
alors µ1 “ µ2 . ˛

4.25 Définition. Soit pX, dq est un espace métrique.


a) Une mesure borélienne est une mesure µ : BX Ñ r0, 8s sur les boréliens de
X.
b) Une mesure de Radon dans Rn est une mesure borélienne µ dans Rn telle
que µpKq ă 8, @ K compact.
Même définition pour une mesure sur X, avec X Ă Rn ouvert ou fermé.

Si une mesure est à la fois borélienne et a des propriétés de finitude (voir les
hypothèses du théorème 4.26), alors nous disposons de formules « explicites »
pour calculer la mesure d’un borélien. Ceci est expliqué dans le résultat suivant,
dont à la fois l’énoncé et la preuve sont relativement complexes.
4.26 Théorème. Soient pX, dq un espace métrique et µ une mesure borélienne sur
X.
a) Si µ est finie, alors
µpAq “ suptµpF q ; F fermé et F Ă Au
(4.2)
“ inftµpU q ; U ouvert et U Ą Au, @ A P BX ,
µpAq “ suptµpF q ; F fermé et F Ă Au
(4.3)
“ inftµpU q ; U ouvert et U Ą Au, @ A P B X .

61
Mesures 4.4 Classes particulières de mesures

b) Si µ est σ-finie, alors


µpAq “ suptµpF q ; F fermé et F Ă Au, @ A P BX , (4.4)
µpAq “ suptµpF q ; F fermé et F Ă Au, @ A P B X . (4.5)

c) S’il existe une suite pUn qnľ0 d’ouverts de X telle que X “ Ynľ0 Un et µpUn q ă
8, @ n, alors nous avons (4.2)–(4.3).
d) S’il existe une suite pKn qnľ0 de compacts telle que X “ Ynľ0 Kn et une suite
pUn qnľ0 d’ouverts de X telle que X “ Ynľ0 Un et µpUn q ă 8, @ n, alors
µpAq “ suptµpKq ; K compact et K Ă Au
(4.6)
“ inftµpU q ; U ouvert et U Ą Au, @ A P BX ,
µpAq “ suptµpKq ; K compact et K Ă Au
˛ (4.7)
“ inftµpU q ; U ouvert et U Ą Au, @ A P B X .

Un cas particulier important du théorème 4.26 est celui des mesures de Radon
dans Rn ; il s’applique en particulier à la mesure de Lebesgue νn .
4.27 Corollaire. Si µ est une mesure de Radon dans Rn , alors

µpAq “ suptµpKq ; K compact et K Ă Au


(4.8)
“ inftµpU q ; U ouvert et U Ą Au, @ A P BRn ,
µpAq “ suptµpKq ; K compact et K Ă Au
(4.9)
“ inftµpU q ; U ouvert et U Ą Au, @ A P B Rn .

Énoncé analogue si nous remplaçons Rn par un ouvert de Rn .

Une conséquence immédiate du théorème 4.26 est le résultat suivant d’unicité.


4.28 Corollaire. Si µ1 , µ2 sont deux mesures de Radon dans Rn telles que µ1 pKq “
µ2 pKq pour tout compact K Ă Rn , alors µ1 “ µ2 .
Énoncé analogue si nous remplaçons Rn par un ouvert de Rn . ˛

Exercices

4.29 Exercice. Si µ est σ-finie, alors X est une union a. p. d. d’ensembles d. d. d. de mesure
finie. ˛
4.30 Exercice. La mesure de comptage sur N n’est pas finie, mais est σ-finie. ˛

L’exercice suivant permet de mettre en place un raisonnement du type : « si


une propriété P est vraie pour les mesures finies, alors elle l’est pour les mesures
σ-finies ».

62
Petru Mironescu Mesure et intégration

4.31 Exercice (Une mesure σ-finie est limite de mesures finies). Soit µ une mesure σ-finie
sur la tribu T de X. Soit pXn qnľ0 Ă T avec µpXn q ă 8, @ n et X “ Yn Xn . Posons
µn pAq :“ µpA X pX1 Y . . . Y Xn qq, @ A P T . Alors :
a) µn est une mesure finie, @ n.
b) µn Õ µ (c’est-à-dire µn pAq Õ µpAq, @ A P T ). ˛

L’exercice qui suit sera utilisé dans la preuve du théorème 4.26.

4.32 Exercice. Soit pX, dq un espace métrique. Soit F un fermé de X. Soit

Un :“ tx P X ; dpx, F q ă 1{nu, @ n P N˚ .

Alors Un est un ouvert et Un Œ F . ˛

Démonstrations

Démonstration de la proposition 4.24. Soit pAn qnľ0 Ă C telle que µ1 pAn q ă 8, @ n, et Ynľ0 An “
X. En remplaçant si nécessaire les An par Bn :“ A0 Y . . . Y An , nous pouvons supposer
que An Õ X.

Dans un premier temps, réduisons le problème au cas des mesures finies.


Comme dans l’exercice 4.31, posons µnj pAq :“ µj pA X An q, A P T pC q, j “ 1, 2, n P N.
Pour tout n P N, µn1 et µn2 vérifient les hypothèses i) et ii) de la proposition 4.24 (justifier)
et, de plus, µn1 et µn2 sont finies (vérifier). Supposons montrée l’égalité µn1 “ µn2 . Grâce au
théorème de la suite croissante, nous obtenons µj “ limn µnj , j “ 1, 2 (justifier), et donc
µ1 “ µ2 .
Ainsi, pour conclure il suffit de montrer que µ1 “ µ2 sous l’hypothèse i), si, de plus,
µ1 , µ2 sont finies.

Soient µ1 , µ2 deux mesures finies sur C , vérifiant i). Soit

U :“ tA P T pC q ; µ1 pAq “ µ2 pAqu.

Nous avons C Ă U . Pour conclure, il suffit de montrer que U est une classe mo-
notone (et d’invoquer le théorème de la classe monotone). Ceci résulte en appliquant à
µj , j “ 1, 2, le théorème de la suite croissante, respectivement le théorème de la suite
décroissante. (Vérifier l’application de ces deux théorèmes, notamment dans le cas de la
suite décroissante). CQFD

Démonstration du théorème 4.26.


a) Posons, pour A Ă X,

µf pAq :“ suptµpF q ; F fermé et F Ă Au “ suptµpF q ; F fermé et F Ă Au,


µo pAq :“ inftµpU q ; U ouvert et U Ą Au “ inftµpU q ; U ouvert et U Ą Au.

63
Mesures 4.4 Classes particulières de mesures

Nous avons (vérifier)


µf pAq ĺ µpAq ĺ µo pAq, @ A P B X , et en particulier
(4.10)
µf pAq ĺ µpAq ĺ µo pAq, @ A P BX .

Nous devons montrer que (*) µpAq “ µf pAq “ µo pAq, @ A P B X et en particulier (**)
µpAq “ µf pAq “ µo pAq, @ A P BX . Il suffit en fait de montrer (**). En effet, admettons
(**). Donné A P B X , soient BA , CA P BX tels que BA Ă A Ă CA et µpCA zBA q “ 0
(d’où µpBA q “ µpCA q “ µpAq). Grâce à (**) (supposée vraie), nous avons
µpAq ľ µf pAq ľ µf pBA q “ µpBA q “ µpAq,
µpAq ĺ µo pAq ĺ µo pCA q “ µpCA q “ µpAq,
ce qui implique (*).
Il reste donc à montrer (**). Soit U :“ tA P BX ; (**) est vraieu. Pour établir (**), il
suffit de montrer que U est une tribu contenant les fermés (vérifier).
L’axiome i) de la tribu est clair (justifier). Vérifions l’axiome ii). Pour commencer, no-
tons que, si A P BX , alors (justifier chaque égalité)
µf pAc q “ suptµpF q; F fermé et F Ă Ac u
“ suptµpU c q; U ouvert et U c Ă Ac u
“ suptµpU c q; U ouvert et U Ą Au
“ suptµpXq ´ µpU q; U ouvert et U Ą Au
“µpXq ´ inftµpU q; U ouvert et U Ą Au “ µpXq ´ µo pAq,
et, de même, µo pAc q “ µpXq ´ µf pAq.
Il s’ensuit que, si A P U , alors
µf pAc q “ µpXq ´ µo pAq “ µpXq ´ µpAq “ µpAc q,
et de même µo pAc q “ µpAc q, d’où Ac P U . L’axiome ii) d’une tribu est vérifié pour U .
Soit maintenant une suite pAn qnľ1 Ă U . Soit ε ą 0. Comme An P U , il existe un fermé
Fn,ε et un ouvert Un,ε avec
Fn,ε Ă An Ă Un,ε , µpFn,ε q ą µpAn q ´ ε{2n`1 et µpUn,ε q ă µpAn q ` ε{2n`1 ,
d’où
µpAn zFn,ε q ă ε{2n`1 et µpUn,ε zAn q ă ε{2n`1 .

Posons U ε :“ Ynľ1 Un,ε (qui est un ouvert) et F N,ε “ YN


n“1 Fn,ε (qui est un fermé pour
tout N ). Nous avons
µo pYn An q ĺ µpU ε q “ µpU ε z Yn An q ` µpYn An q
“ µppYn Un,ε qzpYn An qq ` µpYn An q
ĺ µpYn pUn,ε zAn qq ` µpYn An q
ÿ (4.11)
ĺ µpUn,ε zAn q ` µpYn An q
nľ1
ă ε ` µpYn An q ;

64
Petru Mironescu Mesure et intégration

au passage, nous avons utilisé l’inclusion (à justifier)

pYiPI Bi q z pYiPI Ci q Ă YiPI pBi zCi q.

En faisant ε Ñ 0 dans (4.11) et en utilisant (4.10), nous obtenons (***) µo pYn An q “


µpYn An q.
De manière analogue au calcul précédent, nous avons µppYN n“1 An qzF
N,ε q ă ε, ce qui

implique

µf pYn An q ľ µpF N,ε q “ µpYN N


n“1 An q ´ µppYn“1 An qzF
N,ε
q
˚
(4.12)
ą µpYN
n“1 An q ´ ε, @ N P N , @ ε ą 0.

En faisant, dans (4.12), d’abord ε Ñ 0, puis N Ñ 8, nous obtenons, grâce au théorème


de la suite croissante, µf pYn An q ľ µpYn An q. En utilisant (4.10), nous concluons à
l’égalité (****) µf pYn An q “ µpYn An q.
De (***) et (****), nous déduisons que U vérifie l’axiome iii) d’une tribu, De ce qui
précède, U est une tribu.
Pour compléter a), il reste à montrer que les fermés sont dans U . Soit F un fermé.
Nous avons µf pF q ľ µpF q, d’où µf pF q “ µpF q.
Par ailleurs, soit pUn qn la suite de l’exercice 4.32. Nous avons µo pF q ĺ µpUn q, @ n, d’où
µo pF q ĺ lim µn pUn q “ µpF q (car µ est finie, ce qui nous permet d’utiliser le théorème
de la suite décroissante).
b) Comme expliqué au point précédent, il suffit de montrer que µf pAq ľ µpAq, @ A P BX .
Soit pAn qnľ0 Ă BX avec Ynľ0 An “ X et µpAn q ă 8, @ n. Quitte à remplacer An par
Bn :“ A1 Y . . . Y An , nous pouvons supposer que An Õ X.
Posons µn pAq :“ µpAXAn q, @ A P BX , @ n. La mesure µn est finie (vérifier) et µn pAq Õ
µpAq, @ A P BX (théorème de la suite croissante). Grâce au point a), nous avons

µf pAq ľ µfn pAq “ µn pAq, @ A P BX , @ n P N˚ . (4.13)

En faisant n Ñ 8 dans (4.13), nous obtenons µf pAq ľ µpAq, comme désiré.


c) µ étant σ-finie, nous avons la conclusion du b). Il suffit donc de montrer que µo pAq ĺ
µpAq, @ A P BX . Quitte à remplacer Un par Vn :“ U1 Y. . .YUn , nous pouvons supposer
que Un Õ X.
Posons µn pAq :“ µpA X Un q, @ n, qui est une mesure finie. Posons W1 :“ U1 et, pour
n ľ 2, Wn :“ Un zUn´1 , de sorte que les Wn sont d. d. d., X “ \nľ0 Wn et Wn Ă Un ,
@ n.
Soit A P BX . Soit An :“ A X Wn , @ n. Les An sont d. d. d. et A “ \nľ0
ř An . Par ailleurs,
nous avons An Ă Un , d’où µn pAn q “ µpAn q. Il s’ensuit que µpAq “ n µn pAn q.
Soit ε ą 0. De a), il existe un ouvert Vn,ε tel que Vn,ε Ą An et µn pVn,ε q ă µn pAn q `
ε{2n`1 . L’ensemble Wn,ε :“ Vn,ε X Un est un ouvert contenant An . Par ailleurs nous
avons µn pVn,ε q “ µpWn,ε q.

65
Mesures 4.5 La mesure de Lebesgue

Finalement, nous avons


ÿ ÿ
µo pAq ĺ µpYn Wn,ε q ĺ µpWn,ε q ĺ pµn pAn q ` ε{2n`1 q
n nľ0 (4.14)
“ µpAq ` ε, @ ε ą 0.

Nous concluons en faisant ε Ñ 0 dans (4.14).


d) Soit µc pAq :“ suptµpKq ; K compact et K Ă Au. Tenant compte du point c) et en
raisonnant comme pour les points précédents, il s’agit de montrer que µc pAq ľ µpAq,
@ A P BX .
Nous pouvons supposer Kn Õ X (justifier).
Dans un premier temps, montrons que µc pF q ľ µpF q pour tout fermé F . Pour ce
faire, posons Ln :“ F X Kn , @ n. Alors Ln est un compact et Ln Õ F ; en particulier,
µpLn q Õ µpF q. Par ailleurs, nous avons µc pF q ľ µpLn q, @ n. En passant cette inégalité
à la limite sur n, nous obtenons (justifier) µc pF q ľ µpF q.
Soit maintenant A P BX . Si F est un fermé et F Ă A, alors µc pAq ľ µc pF q ľ µpF q.
En prenant le sup sur F et en utilisant le point c), nous obtenons µc pAq ľ µf pAq “
µpAq. CQFD

4.33 Remarque. Le schéma de la preuve du théorème 4.26 a)–c) est typique pour les rai-
sonnements en théorie de la mesure. Le cœur de la preuve consiste à montrer les propriétés
des mesures finies. Pour ce faire, il est commode d’utiliser le théorème de la classe monotone. Des
hypothèses du type σ-finitude permettent par la suite de s’affranchir, à peu de frais, de
l’hypothèse de finitude de la mesure. ˛

Démonstration du corollaire 4.27. Posons Kj :“ Bp0, jq et Uj :“ Bp0, jq, @ j P N˚ . Alors


Yjľ1 Kj “ Yjľ1 Uj “ Rn . Comme Uj Ă Kj , nous avons µpUj q ĺ µpKj q ă 8. Nous
concluons grâce au théorème 4.26 d). CQFD

Démonstration du corollaire 4.28. Vérifier ! CQFD

4.5 La mesure de Lebesgue


Dans cette section, nous définissons la mesure la plus importante, celle de Le-
besgue, sans avoir, pour l’instant, les moyens de vérifier son existence.
4.34 Définition (Pavé de Rn ). Un pavé de Rn est un ensemble de la forme
P “ I1 ˆ I2 ˆ ¨ ¨ ¨ ˆ In , avec chaque Ij intervalle.

De manière intuitive, si P est un pavé on définit la mesure (« volume ») mpP q


de P comme le produit des longueurs des Ij (avec la convention 0 ¨ 8 “ 0).

66
Petru Mironescu Mesure et intégration

4.35 Théorème (Existence et propriétés de la mesure de Lebesgue). Dans Rn ,


il existe une unique mesure borélienne νn telle que, pour chaque pavé P , on
ait νn pP q “ mpP q.
Cette mesure est la mesure de Lebesgue sur les boréliens de Rn .
De plus, νn a les propriétés suivantes :
a) νn est donnée, pour tout borélien A, par la formule
# +
ÿ
νn pAq “ inf mpPj q ; Pj est un pavé de Rn , @ j, A Ă Yjľ0 Pj .
jľ0

b) (Invariance par isométries) Si R est une isométrie de Rn ,† alors, pour A P


BRn , on a νn pRpAqq “ νn pAq.
c) Si A P BRn et B P BRm , alors νn`m pA ˆ Bq “ νn pAq ¨ νm pBq.

4.36 Définition (Tribu de Lebesgue).


a) La mesure de Lebesgue dans Rn est la complétée de νn . Elle est notée λn .
b) La tribu de Lebesgue dans Rn est la tribu complétée de BRn par rapport à νn .
Elle est notée Ln .

Notons la forme particulière que prend la proposition 4.19 dans le cas de la


mesure de Lebesgue.

4.37 Corollaire. Une fonction f : Rn Ñ R. Alors f est Lebesgue mesurable


si et seulement si il existe une fonction borélienne g : Rn Ñ R telle que f “ g
νn -p. p.
De même si f : A Ñ R, avec A P BRn .

Le chapitre 5 est consacré à la construction de la mesure de Lebesgue ν1 . Nous


y établirons aussi quelques-unes de ces propriétés ; des propriétés de νn , n ľ 2,
seront obtenues dans le chapitre 8. Nous nous contentons ici de montrer quelques
propriétés simples de νn .

4.38 Proposition.
a) νn est σ-finie.
b) νn est une mesure de Radon.
c) νn est unique.
†. Isométrie de Rn : application R : Rn Ñ Rn telle que }Rpxq ´ Rpyq}2 “ }x ´ y}2 , @ x, y P Rn .
De manière équivalente, il existe U matrice orthogonale et a P Rn tels que Rpxq “ U x`a, @ x P Rn .

67
Mesures 4.5 La mesure de Lebesgue

d) νn est invariante par translations, c’est-à-dire νn ptxu ` Aq “ νn pAq, @ A P BRn ,


@ x P Rn .
e) ν1 est donnée par la formule
# +
ÿ
ν1 pAq “ inf pbj ´ aj q ; A Ă Yj saj , bj r , @ A P BR . ˛ (4.15)
j

Exercices

4.39 Exercice. Soit U un ouvert non vide de Rn .


a) Montrer que νn pU q ą 0.
b) Soient f, g : U Ñ R deux fonctions continues telles que f “ g νn -p. p. Montrer que
f “ g. ˛

4.40 Exercice.
a) λn est σ-finie.
b) λn est l’unique mesure sur Ln telle que λn pP q “ mpP q pour tout pavé de Rn .
c) λ1 est donnée par la formule
# +
ÿ
λ1 pAq “ inf pbj ´ aj q ; A Ă Yj saj , bj r , @ A P B R . ˛
j

4.41 Exercice (Exemple d’ensemble non borélien – et non Lebesgue mesurable). Définis-
sons, pour x, y P r0, 1s, la relation x „ y si et seulement si x ´ y P Q.
a) Montrer que „ est une relation d’équivalence.
Nous pouvons donc écrire r0, 1s comme l’union de classes d’équivalence Ci , qui sont
d. d. d. : r0, 1s “ \iPI Ci .
Prenons, pour chaque i, un élément et un seul xi P Ci et définissons A :“ txi ; i P Iu.
Posons Aq :“ tqu ` A, @ q P Q X r´1, 1s.
b) Montrer que Aq X Ar “ H si q ‰ r.
c) Montrer que r0, 1s Ă YqPQXr´1,1s Aq Ă r´1, 2s.
d) En supposant A Lebesgue mesurable, calculer λ1 pAq q en fonction de λ1 pAq.
e) En déduire que 1 ĺ 8 ¨ λ1 pAq ĺ 3.
f) Conclusion : A n’est pas Lebesgue mesurable. En particulier, A n’est pas borélien.
g) (On ne peut pas bien mesurer toutes les parties de R) Si µ : PpRq Ñ r0, 8s est une
mesure invariante par translations, alors soit µ “ 0, soit µpIq “ 8 pour tout intervalle
non dégénéré I Ă R. ˛

68
Petru Mironescu Mesure et intégration

Démonstrations

Démonstration du corollaire 4.37. Exercice ! CQFD

Démonstration de la proposition 4.38.


a) Nous avons Rn “ Y8
j“1 r´j, js , et νn pr´j, js q “ p2jq ă 8.
n n n

b) Si K est un compact de Rn , alors il existe M ą 0 tel que }x}8 ĺ M , @ x P K ; d’où


K Ă r´M, M sn . Il s’ensuit que νn pKq ĺ νn pr´M, M sn q “ p2M qn ă 8.
c) Soit Cn l’ensemble des unions finies de pavés de Rn . Alors Cn est un clan et, de plus,
tout élément de Cn s’écrit comme une union d. d. d. de pavés de Rn (exercice 1.35). Si
µ est une mesure borélienne telle que µpP q “ mpP q pour tout pavé, alors, de ce qui
précède, µ “ νn sur Cn .
Nous avons clairement Cn Ă BRn . Par ailleurs, Cn contient les pavés ouverts, qui
engendrent BRn (proposition 2.16 c)). Il s’ensuit que T pCn q Ą BRn , d’où T pCn q “
BRn .
La mesure νn étant σ-finie, nous obtenons de ce qui précède et de la proposition 4.24
que µ “ νn , et donc que νn est unique.
d) Notons d’abord que A Ă Rn est borélien si et seulement si txu ` A l’est ; ceci s’obtient
de l’exercice 2.20 appliqué à l’homéomorphisme Φ : Rn Ñ Rn , Φpyq :“ x ` y.
Posons µpAq :“ νn ptxu ` Aq, @ A P BRn . Alors µ est une mesure borélienne (vérifier)
et µpP q “ νn pP q pour tout pavé. Nous concluons comme au point c).
e) « ĺ » Si A P BR et A Ă Yj saj , bj r, alors
ÿ ÿ ÿ
ν1 pAq ĺ ν1 pYj saj , bj rq ĺ ν1 psaj , bj rq “ mpsaj , bj rq “ pbj ´ aj q,
j j j

d’où « ĺ » dans (4.15).


« ľ » Soit ` le membre de droite de (4.15). Soit U un ouvert de R. Rappelons que U
est une union ř a. p. d. d’intervalles ouverts d. d. d. saj , bj r (exercice 2.23). Nous avons
donc ν1 pU q “ j pbj ´ aj q.
Si, de plus, U Ą A, nous déduisons de ce qui précède que ν1 pU q ľ `. En utilisant ce
fait et le corollaire 4.27, nous obtenons

ν1 pAq “ inf tν1 pU q ; U ouvert et U Ą Au ľ `. CQFD

4.6 Pour aller plus loin

4.6.1 Mesures invariantes par isométries


Il s’ensuit de l’exercice 4.41 qu’il n’est pas possible de construire sur PpRq une
mesure µ invariante par translations telle que la mesure de chaque intervalle non
dégénéré et borné soit un nombre dans s0, 8r. De même, il n’est pas possible de

69
Mesures 4.6 Pour aller plus loin

construire sur PpRn q une mesure invariante par isométries telle que la mesure de
chaque ouvert non vide et borné soit un nombre dans s0, 8r. Pour pouvoir espérer
obtenir cette propriété, il faut donc exiger moins de µ. Les exigences minimales
sont :

µ : tA Ă Rn ; A bornéu Ñ r0, 8r. (4.16)


µpA Y Bq “ µpAq ` µpBq si A X B “ H, @ A, B bornés. (4.17)
µpRpAqq “ µpAq, @ A borné, @ R isométrie. (4.18)
Il existe un A borné tel que µpAq ą 0. (4.19)

Nous avons les résultats suivants.

4.42 Théorème.
a) (Banach [2]) Pour n “ 1, n “ 2, il existe une fonction µ satisfaisant (4.16)–(4.19).
b) (Hausdorff [12]) Pour n ľ 3, il n’existe pas une telle µ. ˛

La partie b) du théorème 4.42 est devenue célèbre grâce au résultat suivant,


hautement contre-intuitif, qui l’implique.

4.43 Théorème (Paradoxe de Banach-Tarski [1]). Soit B une boule dans Rn , avec
n ľ 3. Soit C une translatée de B telle que B X C “ H.
Il existe k P N˚ , une partition B “ B1 \ . . . \ Bk de B et des isometries
R1 , . . . , Rk de Rn telles que : R1 pB1 q \ . . . \ Rk pBk q “ B \ C. ˛

Démonstration de « théorème 4.43 ùñ théorème 4.42 b) ». Soit n ľ 3. Supposons, par l’absurde,


l’existence de µ satisfaisant
ř (4.16)–(4.19). Notons que si µ satisfait (4.16) – (4.17), alors
µpA1 Y. . .YAm q ĺ j µpAj q, avec égalité si les ensembles bornés Aj sont d. d. d. (vérifier).
Soit A Ă Rn tel que 0 ă µpAq ă 8 et soit B une boule contenant A. Soit C une translatée
de B telle que B X C “ H. Avec les notations du paradoxe, nous avons

0 ă 2µpAq ĺ2µpBq “ µpBq ` µpCq “ µpB \ Cq “ µp\kj“1 Rj pBj qq


k
ÿ k
ÿ
“ µpRj pBj qq “ µpBj q “ µp\kj“1 Bj q “ µpBq ă 8,
j“1 j“1

ce qui est impossible. CQFD

4.6.2 Convergences d’une suite de fonctions


Nous discutons ici, sans donner les démonstrations, les relations entre conver-
gence simple, convergence uniforme et convergence « en mesure » d’une suite de
fonctions. Sur ce sujet, une bonne référence est Halmos [11, Section 22].

70
Petru Mironescu Mesure et intégration

Le cadre est celui des fonctions mesurables fn , f : X Ñ R, avec pX, T , µq un


espace mesuré.†
4.44 Définition.
a) fn Ñ f en mesure si pour tout ε ą 0 nous avons
lim µptx P X ; |fn pxq ´ f pxq| ľ εuq “ 0.
nÑ8

b) La suite pfn qn est de Cauchy en mesure si pour tout ε ą 0 nous avons


lim µptx P X ; |fn pxq ´ fm pxq| ľ εuq “ 0. ˛
m,nÑ8

4.45 Définition.
a) fn Ñ f presque uniformément si pour tout ε ą 0 il existe un ensemble A “ Aε P
T tel que µpAq ă ε et fn Ñ f uniformément sur XzA.
b) La suite pfn qn est de Cauchy presque uniforme si pour tout ε ą 0 il existe un
ensemble A “ Aε P T tel que µpAq ă ε et
lim sup pt|fn pxq ´ fm pxq| ; x P XzAu “ 0. ˛
m,nÑ8

Le théorème d’Egoroff est à première vue étonnant ; à comparer à l’implication


classique « convergence uniforme ùñ convergence simple ».
4.46 Théorème (Théorème d’Egoroff). Soit µ finie.
a) Si fn Ñ f p. p., alors fn Ñ f presque uniformément.
En particulier, « convergence simple ùñ convergence presque uniforme » (si
µ est finie).
b) Si fn Ñ f p. p., alors pfn qn est de Cauchy presque uniforme. ˛

Les implications opposées à celles données par le théorème d’Egoroff sont


également vraies.
4.47 Proposition. Soit µ finie.
a) Si fn Ñ f presque uniformément, alors fn Ñ f p. p.
b) Si pfn qn est une suite de Cauchy presque uniforme, alors il existe f telle que
fn Ñ f p. p. et presque uniformément. ˛

En combinant les deux résultats précédents, nous obtenons donc, si µ est finie,
l’équivalence :
convergence p. p. ðñ convergence presque uniforme.

De même, si µ est finie, alors nous avons, cette fois -ci « à une sous-suite près », †
l’équivalence entre convergence en mesure et convergence presque uniforme.
†. Pour simplifier les énoncés, nous supposons que les fonctions sont finies en tout point.
†. Nous rencontrerons une situation similaire pour le théorème de convergence dominée 7.2 et sa
« réciproque », théorème 7.5, qui nécessite de passer à une sous-suite.

71
Mesures 4.6 Pour aller plus loin

4.48 Proposition. Soit µ finie.


a) Si fn Ñ f presque uniformément, alors fn Ñ f en mesure.
b) Réciproquement, si fn Ñ f en mesure, alors il existe une sous-suite pfnk q telle
que fnk Ñ f p. p. et presque uniformément. ˛

Dans l’esprit du théorème d’Egoroff, qui affirme que la convergence simple est
« presqu’équivalente » à la convergence uniforme pour les mesures finies, notons
la « presqu’équivalence » entre mesurabilité et continuité dans le cas des mesures
boréliennes finies.

4.49 Théorème (Théorème de Vitali). Soit µ une mesure borélienne finie sur un
espace métrique X.
a) (Théorème de Vitali) ‡ Soit f : X Ñ R une fonction borélienne.
Pour tout ε ą 0 il existe un borélien A “ Aε tel que µpAq ă ε, avec f continue
sur XzA.
b) « Réciproquement », soit f : X Ñ R telle que pour tout ε ą 0 il existe un
borélien A “ Aε tel que µpAq ă ε, avec f continue sur XzA. Alors il existe une
fonction borélienne g : X Ñ R telle que f “ g p. p. ˛

Démonstration.
a) Nous allons montrer l’existence de A d’abord pour f fonction caractéristique, puis pour f
étagée, ensuite pour f borélienne bornée et enfin pour f borélienne quelconque. †
Soient B P T , f :“ χB et ε ą 0. Comme µpXq ă 8, il existe F fermé, U ouvert tels que
F Ă B Ă U et µpU zF q ă ε (théorème 4.26). Posons A :“ U zF . Nous avons µpAq ă ε. Par
ailleurs, χB est continue sur les fermés F et XzU (vérifier), donc sur XzA “ F \ pXzU q
(justifier).
ř
Soit f étagée, f “ j bj χBj . Soit Aj P T satisfaisant µpAj q ă ε{2j`1 et χBj continue sur
XzAj . Si A :“ Yj Aj , alors µpAq ă ε et f est continue sur XzA (vérifier).
Soit f borélienne bornée. Soit pfj qj une suite de fonctions étagées telle que fj Ñ f unifor-
mément. ‡ Soit Aj P T avec µpAj q ă ε{2j`1 et fj continue sur XzAj . Si A :“ Yj Aj , alors
µpAq ă ε et chaque fj est continue sur XzA. Par convergence uniforme, f est continue sur
XzA.
Enfin, soit f : X Ñ R borélienne. Soit g :“ arctan f : X Ñs ´ π{2, π{2r. La fonction
g est borélienne bornée. Soit A P T tel que µpAq ă ε, avec g continue sur XzA. Comme
f “ tan g, f est continue sur XzA.

‡. Plutôt connu comme théorème de Lusin (Louzine). Prouvé par Vitali, il fut redécouvert par
Lusin sous la forme suivante (sur r0, 1s) : si f : r0, 1s Ñ R est borélienne et ε ą 0, alors il existe
g : r0, 1s Ñ R continue et A Ă r0, 1s borélien tels que ν1 pAq ă ε et f “ g sur r0, 1szA.
†. Sans le nommer, nous faisons un raisonnement par classes monotones, version fonctions
au lieu d’ensembles. Pour l’analogue du théorème de la classe monotone dans ce contexte, voir
par exemple Barbe et Ledoux [3, Théorème I.3.5].
‡. Pour justifier l’existence de la suite pfj qj , il faut examiner la preuve du théorème 3.5.

72
Petru Mironescu Mesure et intégration

b) Soit Aj tel que µpAj q ă 1{pj ` 1q, avec f continue sur XzAj . Posons fj :“ f|XzAj : Aj Ñ R,
#
f pxq, si x P XzA
A :“ Xj Aj , gpxq :“ .
0, si x P A
L’ensemble A est borélien et µpAq “ 0 (vérifier), d’où f “ g p. p. Comme

XzA “ Xz Xj Aj “ Yj pXzAj q,

nous avons, pour tout B P BR tel que 0 R B,

g ´1 pBq “ tx P X ; gpxq P Bu “ tx P XzA ; gpxq P Bu


“ tx P Yj pXzAj q ; gpxq P Bu “ Yj tx P XzAj ; gpxq P Bu
“ Yj pfj q´1 pBq.

De même, si 0 P B, alors

g ´1 pBq “ A Y Yj pfj q´1 pBq.

Dans les deux cas, nous avons g ´1 pBq P BX (vérifier), et donc g est borélienne. CQFD

73
Chapitre 5

Constructions de mesures

5.0 Aperçu
La section 5.1 est consacrée à la construction de la mesure de Lebesgue dans R.
Comme nous allons le voir, le cœur de la preuve consiste à construire la mesure
de Lebesgue sur s0, 1r ; le reste est « automatique ». La construction est celle « his-
torique » ; les constructions plus conceptuelles présentes souvent dans les textes
reposent sur la notion de mesure extérieure et les théorèmes de Carathéodory (section
5.2.2), qui sont une relecture de la preuve de Lebesgue.

Pour le « même prix » que la construction de la mesure de Lebesgue, nous


obtenons les mesures de Stieltjes (section 5.2.1), que nous n’utiliserons pas dans ce
texte, mais qui sont très utilisées en théorie des probabilités, théorie du signal ou
théorie analytique des nombres.

Enfin, nous évoquons (sans détails) dans la section 5.2.3 la belle idée de Haus-
dorff, consistant à décrire, par une même formule, la longueur, l’aire, le volume,
et bien plus (les mesures fractionnaires).

5.1 Construction de la mesure de Lebesgue


Nous cherchons à montrer l’existence de la mesure νn comme dans le théorème
4.35. Rappelons que son unicité est acquise, voir la proposition 4.38 c). Comme
nous l’avons remarqué, il est commode de travailler dans un premier temps avec
des mesures finies, puis de s’affranchir de la finitude. Nous allons donc construire
la mesure de Lebesgue d’abord sur un pavé borné P . Plus spécifiquement :
1. Nous allons construire la mesure de Lebesgue sur s0, 1rn . La construction sera
analogue sur toute autre pavé.

75
Constructions de mesures 5.1 Construction de la mesure de Lebesgue

2. La mesure de Lebesgue sur les pavés permet de construire la mesure de Le-


besgue sur Rn .
Il est commode – mais pas indispensable – d’utiliser des propriétés élémen-
taires de l’intégrale de Riemann lors de l’étape 1. Afin de ne pas perdre en chemin
le lecteur qui connaît l’intégrale de Riemann dans R, mais pas dans Rn avec n ľ 2,
nous allons prendre uniquement n “ 1 dans ce qui suit. Une fois construite la me-
sure de Lebesgue dans R, son existence dans Rn est démontrée dans le chapitre
8. Il est néanmoins possible de se passer de la technologie développée dans le
chapitre 8 et de montrer l’existence de µn en adaptant aux dimensions ľ 2 les
preuves présentées dans la section 5.1.4 (voir par exemple Stein et Shakarchi [20,
Chapitre 1]).

5.1.1 Construction de la mesure de Lebesgue sur s0, 1r


Posons, pout tout intervalle I d’extrémités a ĺ b, mpIq :“ b ´ a. Nous avons
vu (proposition 4.38, exercice 4.40) que, si la mesure de Lebesgue λ1 existe, alors
elle est donnée par la formule
# +
ÿ
λ1 pAq “ inf mpIj q ; Ij intervalle ouvert, @ j, A Ă Yj Ij , @ A P B R .
j

Posons, pour A Ăs0, 1r,


# +
ÿ
m˚ pAq :“ inf mpIj q ; Ij intervalle ouvert, @ j, A Ă Yj Ij . (5.1)
j

Nous devons montrer que m˚ “ λ1 sur la tribu de Lebesgue (de s0, 1r). Mais
il se trouve que l’existence de cette tribu repose sur l’existence de la mesure de
Lebesgue, dont l’existence n’est pas encore acquise !
L’idée suivante, due à Lebesgue, permet d’identifier les candidats aux mem-
bres de la tribu. Si m˚ “ ν1 “ m sur les intervalles et si A est Lebesgue mesurable,
alors Ac “s0, 1rzA l’est aussi, d’où m˚ pAq ` m˚ pAc q “ m˚ ps0, 1rq “ mps0, 1rq “ 1.
Posons alors

T :“ tA Ăs0, 1r ; m˚ pAq ` m˚ pAc q “ 1u. (5.2)

Nous avons alors le résultat suivant.


5.1 Théorème (Lebesgue).
a) T est une tribu.
b) T contient Bs0,1r .

76
Petru Mironescu Mesure et intégration

c) La restriction de m˚ à T est une mesure.


d) m˚ pIq “ mpIq pour tout intervalle I Ăs0, 1r.
e) T est la complétée de Bs0,1r par rapport à m˚ .
En particulier, la restriction de m˚ à Bs0,1r est une mesure borélienne telle que
m˚ pIq “ mpIq pour tout intervalle I Ăs0, 1r. ˛

Nous admettons pour l’instant ce théorème.

5.1.2 Construction de la mesure de Lebesgue sur R


Soit µj la mesure borélienne qui vérifie l’analogue du théorème 5.1 sur s´j, jr,
j P N˚ . Posons ξj pAq :“ µj pAXs ´ j, jrq, @ j, @ A P BR . La mesure ξj est borélienne,
et elle coïncide avec m pour les intervalles de s ´ j, jr (vérifier).
Par unicité de la mesure de Lebesgue sur s´ j, jr, nous avons µj`1 pAq “ µj pAq,
@ A P Bs´j,jr . Il s’ensuit que
ξj`1 pAq “µj`1 pAXs ´ j ´ 1, j ` 1rq ľ µj`1 pAXs ´ j, jrq
“µj pAXs ´ j, jrq “ ξj pAq, @ A P BR .

Ainsi, nous pouvons définir


µpAq :“ lim ξj pAq “ lim µj pAXs ´ j, jrq, @ A P BR ,
j j

qui est une mesure (exercice 4.6).


5.2 Proposition. µ est la mesure de Lebesgue ν1 sur BR . ˛

Démonstration. Il suffit de montrer que µpIq “ mpIq pour tout intervalle I (justifier). Si I est
borné, alors I Ăs ´ j, jr pour j suffisamment grand, et donc ξj pIq “ µj pIq “ mpIq pour un
tel j ; d’où µpIq “ mpIq. Si I est non borné, alors µpIq ľ µpJq “ mpJq pour tout J borné avec
J Ă I. En prenant le sup sur tous ces J, nous obtenons µpIq “ 8 “ mpIq. CQFD

À partir de ν1 , nous obtenons la tribu complétée L1 et la mesure complétée


λ1 . Le lien avec les µj est le suivant.
5.3 Exercice. Soit Tj la complétée de Bs´j,jr par rapport à µj .
Soit A Ă R. Nous avons A P L1 ðñ AXs ´ j, jrP Tj , @ j ľ 1. ˛

5.1.3 Construction de la mesure de Lebesgue sur Rn


La mesure de Lebesgue ν1 est σ-finie et satisfait ν1 pIq “ mpIq pour tout in-
tervalle I. Il existe alors une et une seule mesure borélienne νn sur Rn telle que
νpI1 ˆ ¨ ¨ ¨ ˆ In q “ mpI1 q . . . mpIn q, @ I1 , . . . , In intervalles dans R (voir chapitre 8).

77
Constructions de mesures 5.1 Construction de la mesure de Lebesgue

5.1.4 Démonstration du théorème 5.1


Pour faciliter la lecture, la preuve est découpée en petites étapes préliminaires
(lemmes), faciles à montrer et comprendre. Elles seront « assemblées » lors de la
preuve proprement dite du théorème.
Les ingrédients les plus importants de la preuve sont les lemmes 5.6 (qui re-
pose sur un argument topologique : les intervalles fermés bornés sont compacts)
et 5.11.
Nous allons travailler ici uniquement avec des parties A, B . . . de s0, 1r. Les notions
de fermé et complémentaire s’entendent par rapport à s0, 1r.

ř Notons que, siřA Ă Yj Ij , alors A Ă Yj pIj Xs0, 1rq. Par ailleurs, nous avons
mpIj Xs0, 1rq ĺ mpIj q. Il s’ensuit que, dans (5.1), il suffit de considérer des
intervalles Ij Ăs0, 1r (justifier).

5.4 Lemme.
a) m˚ pHq “ 0.
b) m˚ est monotone, c’est-à-dire m˚ pAq ĺ m˚ pBq, @ A Ă B.
ř
c) m˚ pYj Aj q ĺ j m˚ pAj q, pour toute suite pAj q Ăs0, 1r.
d) m˚ pAq ĺ 1, @ A. ˛

Démonstration. Les propriétés a), b), d) sont claires (vérifier).


c) Soit ε ą 0. Pour chaque j ľ 1, il existe une suite d’intervalles ouverts pIkj qk avec Aj Ă Yk Ikj
et
ÿ
mpIkj q ă m˚ pAj q ` ε{2j`1 .
k

La famille pIkj qj,k est dénombrable (proposition 1.13). Si nous la listons sous la forme pLn qnľ0 ,
alors pour toute somme finie nous avons

N
ÿ ÿ
mpLn q ĺ pm˚ pAj q ` ε{2j`1 q,
n“0 j

d’où
ÿ ÿ
mpLn q ĺ m˚ pAj q ` ε.
nľ0 j

ř
Comme Yj Aj Ă Ynľ0 Ln , nous obtenons m˚ pYj Aj q ĺ j m˚ pAj q ` ε. Nous concluons en
faisant ε Ñ 0. CQFD

5.5 Lemme. m˚ pAq “ inftm˚ pU q ; U ouvert et A Ă U u. ˛

78
Petru Mironescu Mesure et intégration

Démonstration.
« ĺ » est clair, car m˚ pAq ĺ m˚ pU q pour tout U comme ci-dessus.
ř
« ľ » Soit ε ą 0 et soient Ij ouverts avec A Ă Yj Ij et j mpIj q ă m˚ pAq ` ε. Soit U :“
Yj Ij . Alors U est ouvert, A Ă U et (du point c) du lemme 5.4)
ÿ
m˚ pU q “ m˚ pYj Ij q ĺ mpIj q ă m˚ pAq ` ε. CQFD
j

Le premier résultat clé dans la preuve du théorème 5.1 est le suivant.

5.6 Lemme. Si pLk qk est une famille a. p. d. d’intervalles d. d. d., alors m˚ p\k Lk q “
ř
k mpLk q.

En particulier, si I Ăs0, 1r est un intervalle, alors m˚ pIq “ mpIq.


Cas particuliers : m˚ pHq “ 0 et m˚ ps0, 1rq “ 1. ˛

Démonstration. Quitte à rajouter de intervalles vides, nous pouvons supposer qu’il y a une infi-
nité (dénombrable) d’intervalles, indexés pLk qkľ1 .

« ĺ » Pour chaque intervalle borné L et chaque ε ą 0, il existe un intervalle ouvert J avec L Ă J et


mpJq ă mpLq ` ε (vérifier). Considérons, pour chaque k, ř un intervalle ouvert
ř Ik tel que Lk Ă Ik
et mpIk q ă mpLk q ` ε{2 . Alors Y
k`1
řkľ1 Lk Ă Ykľ1 Ik et kľ1 mpIk q ĺ kľ1 mpLk q ` ε, d’où
(en faisant ε Ñ 0) m˚ p\kľ1 Lk q ĺ kľ1 mpLk q.

« ľ » Il suffit de montrer cette inégalité pour un nombre fini d’intervalles compacts dans s0, 1r. En
effet, supposons cette inégalité établie pour les unions finies d’intervalles compacts. Pour chaque
intervalle L et chaque ε ą 0, il existe un intervalle compact C avec L Ą C et mpCq ą mpLq ´
ε (vérifier). † Considérons, pour tout k, un intervalle compact Ck avec Lk Ą Ck et mpCk q ą
mpLk q ´ ε{2k`1 .
Pour tout n fini, nous avons alors (grâce à l’inégalité « ľ », supposée vraie pour les Ck )
n
ÿ n
ÿ
˚ ˚
m p\kľ1 Lk q ľ m p\nk“1 Ck q ľ mpCk q ą mpLk q ´ ε.
k“1 k“1

En faisant n Ñ 8 et ε Ñ 0, nous obtenons « ľ ».

Nous avons donc réduit le lemme à l’inégalité


řn suivante : si C1 , . . . , Cn sont des intervalles
˚
compacts d. d. d., alors (*) m p\k“1 Ck q ľ k“1 mpCk q.
n

Soit C :“ C1 \ . . . \ Cn . Soientř Ij , j ľ 1, des ř


intervalles ouverts tels que C Ă Yj Ij . Pour
obtenir (*), il suffit de montrer (**) nk“1 mpCk q ĺ j mpIj q (justifier).

C étant compact, il existe N tel que C Ă YN


j“1 Ij . Il s’ensuit (vérifier) que

n
ÿ N
ÿ
χCk “ χC ĺ χIj . (5.3)
k“1 j“1

†. Rappelons que nous travaillons dans s0, 1s, et que L est borné.

79
Constructions de mesures 5.1 Construction de la mesure de Lebesgue

Notons que, pour tout intervalle I Ăs0, 1r la fonction caractéristique χI est continue par
morceaux sur R, donc intégrable Riemann sur r0, 1s. Par ailleurs, nous avons
ż1
χI pxq dx “ mpIq. (5.4)
0

En utilisant (5.3), (5.4) et les propriétés de l’intégrale de Riemann, nous obtenons

n
ÿ n ż1
ÿ ż1 N ż1
ÿ
mpCk q “ χCk pxq dx “ χC pxq dx ĺ χIj pxq dx
k“1 k“1 0 0 j“1 0
N
ÿ ÿ
“ mpIj q ĺ mpIj q,
j“1 jľ1

d’où (**) et la conclusion du lemme. CQFD

Notons une conséquence immédiate du lemme. Comme tout ouvert U s’écrit


comme
ř une union a. p. d. d’intervalles ouverts d. d. d. Lk , nous avons m˚ pU q “
k mpLk q.

5.7 Lemme. Soient Un , U des ouverts avec Un Õ U . Alors m˚ pUn q Õ m˚ pU q. ˛

Démonstration. Nous avons clairement m˚ pUn q Õ et m˚ pUn q ĺ m˚ pU q, @ n (vérifier), d’où


limn m˚ pUn q ĺ m˚ pU q.

Pour l’inégalité opposée, soit ε ą 0.


ř
Écrivons U “ ř \j Ij , avec Ij intervalle ouvert, @ j, et j mpIj q “ m˚ pU q ă 8 (justifier).
Il existe N tel que jąN mpIj q ă ε{2. Il existe également des intervalles compacts Cj Ă Ij ,
ř řN
j “ 1, . . . , N , avec Nj“1 mpCj q ą j“1 mpIj q ´ ε{2 (vérifier).

Soit C :“ \N j“1 Cj , qui est compact. Comme Un Õ U Ą C, il existe n0 avec C Ă Un0


(justifier). Il s’ensuit que

N
ÿ
˚ ˚ ˚
lim m pUn q ľ m pUn0 q ľ m pCq “ mpCj q
n
j“1
CQFD
N
ÿ ÿ
˚
ą mpIj q ´ ε{2 ą mpIj q ´ ε “ m pU q ´ ε.
j“1 jľ1

5.8 Lemme. Soient U, V des ouverts. Nous avons

m˚ pU Y V q ` m˚ pU X V q “ m˚ pU q ` m˚ pV q. ˛

Démonstration. Quitte à rajouter des intervalles vides, nous pouvons écrire U “ \jľ1 Ij et V “
\jľ1 Lj , avec Ij , Lj intervalles ouverts.

80
Petru Mironescu Mesure et intégration

Posons Un :“ \nj“1 Ij , Vn :“ \nj“1 Lj . Alors Un Õ U ; propriétés analogues de Vn , Un Y Vn


et Un X Vn (vérifier).

Un , Vn , Un YVn et Un XVn étant des unions finies et d. d. d. d’intervalles, il s’ensuit que l’égalité
ż1
˚
m pAq “ χA pxq dx est vraie pour chacun de ces ensembles (justifier, à l’aide du lemme 5.6).
0
En combinant ce fait avec l’identité (à justifier)

χUn YVn ` χUn XVn “ χUn ` χVn ,

nous obtenons que

m˚ pUn Y Vn q ` m˚ pUn X Vn q “ m˚ pUn q ` m˚ pVn q. (5.5)

Nous concluons grâce au lemme 5.7, en faisant n Ñ 8 dans (5.5). CQFD

Une conséquence immédiate des lemmes 5.5 et 5.8 est la suivante.

5.9 Lemme. Si A, B Ăs0, 1r, alors

m˚ pA Y Bq ` m˚ pA X Bq ĺ m˚ pAq ` m˚ pBq. ˛ (5.6)

Démonstration. Soient U , V ouverts tels que A Ă U et B Ă V . Alors A Y B Ă U Y V et


A X B Ă U X V , d’où (en utilisant les lemme 5.5 et 5.8)

m˚ pA Y Bq ` m˚ pA X Bq ĺ m˚ pU Y V q ` m˚ pU X V q “ m˚ pU q ` m˚ pV q. (5.7)

En prenant, dans (5.7), l’inf sur U et V , et en utilisant à nouveau le lemme 5.5, nous obtenons
(5.6). CQFD

Posons, conformément à la discussion heuristique du début du chapitre,

T :“ tA Ăs0, 1r ; m˚ pAq ` m˚ pAc q “ 1u. (5.8)

Notons que

1 “ m˚ ps0, 1rq “ m˚ pA Y Ac q ĺ m˚ pAq ` m˚ pAc q

(lemme 5.4 c)), et donc une définition équivalente de T est

T “ tA Ăs0, 1r ; m˚ pAq ` m˚ pAc q ĺ 1u.

Le lemme suivant donne les premiers exemples concrets d’ensembles dans T .

5.10 Lemme. Si U est un ouvert, alors U P T . ˛

81
Constructions de mesures 5.1 Construction de la mesure de Lebesgue

Démonstration. Supposons d’abord que U “ \nj“1 Ij , avec Ij intervalles ouverts. Alors U c est
une union finie d’intervalles, et donc (en utilisant le lemme 5.6 et les propriétés de l’intégrale de
ż1
Riemann) m˚ pU c q “ χU c pxq dx ; de même pour U . Il s’ensuit que
0
ż1 ż1 ż1
˚ ˚ c
m pU q ` m pU q “ χU pxq dx ` χU c pxq dx “ 1 dx “ 1.
0 0 0

Soit maintenant U un ouvert quelconque. Nous pouvons donc écrire U “ \jľ1 Ij , avec
chaque Ij intervalle ouvert. Posons Un :“ \nj“1 Ij . De ce qui précède et du lemme 5.7,

m˚ pU q “ lim m˚ pUn q “ limp1 ´ m˚ ppUn qc qq ĺ 1 ´ m˚ pU c q.


n n

Il s’ensuit que m˚ pU q ` m˚ pU c q ĺ 1, d’où U P T . CQFD

Le deuxième résultat clé est le suivant.

5.11 Lemme. Les propriétés suivantes sont équivalentes.


1. A P T .
2. Pour tout ε ą 0, il existe un ouvert U tel que m˚ pA∆U q ă ε. ˛

Démonstration.
« 1 ùñ 2 » Soient V , W des ouverts tels que A Ă V , Ac Ă W , m˚ pV q ă m˚ pAq ` ε{2,
m˚ pW q ă m˚ pAc q ` ε{2. Alors V Y W “s0, 1r (vérifier), et donc (lemme 5.8)

m˚ pV X W q “ m˚ pV q ` m˚ pW q ´ m˚ pV Y W q “ m˚ pV q ` m˚ pW q ´ 1
ă m˚ pAq ` m˚ pAc q ` ε ´ 1 “ ε.

Prenons U :“ V . Nous avons

A∆U “ V zA “ V X Ac Ă V X W,

d’où m˚ pA∆U q ĺ m˚ pV X W q ă ε.

« 2 ùñ 1 » Nous avons A Ă U YpA∆U q (vérifier), d’où (lemme 5.4 c)) m˚ pAq ĺ m˚ pU q`ε.
De même, Ac Ă U c Y pAc ∆U c q “ U c Y pA∆U q (vérifier), d’où m˚ pAq ĺ m˚ pU c q ` ε. Grâce
au lemme 5.10, il s’ensuit que

m˚ pAq ` m˚ pAc q ĺ m˚ pU q ` m˚ pU c q ` 2ε “ 1 ` 2ε.

En faisant ε Ñ 0, nous obtenons A P T . CQFD

Démonstration du théorème 5.1.


Étape 1. T est une tribu qui contient la tribu borélienne. Par définition de T , si A P T alors
Ac P T .
Par ailleurs, m˚ pHq “ 0 et m˚ ps0, 1rq “ 1 (lemme 5.6), d’où H P T .

82
Petru Mironescu Mesure et intégration

Considérons maintenant une suite pAn qnľ1 Ă T . Pour chaque n ľ 1, soit Un un


ouvert tel que m˚ pAn ∆Un q ă ε{2n`1 (lemme 5.11). Posons U :“ Ynľ1 Un , qui est un
ouvert. Nous avons pYnľ1 An q∆pYnľ1 Un q Ă Ynľ1 pAn ∆Un q (vérifier), d’où (lemme 5.4 c))
ÿ
m˚ ppYnľ1 An q∆U q ĺ m˚ pAn ∆Un q ă ε.
nľ1

Le lemme 5.11 donne Ynľ1 An P T .


T est donc une tribu. Cette tribu contient les ouverts (lemme 5.10), donc la tribu
borélienne.

Étape 2. m˚ restreinte à T est une mesure, et restreinte à Bs0,1r est la mesure de Lebesgue. Le
fait que m˚ restreinte à Bs0,1r soit la mesure de Lebesgue suit du lemme 5.6 et de l’unicité
de la mesure de Lebesgue (proposition 4.38 c)).
Pour montrer que m˚ est une mesure sur T , notons d’abord que m˚ pHq “ 0 (lemme
5.6). Il reste à montrer que, si pAj qj Ă T est une suite d. d. d., alors
ÿ
m˚ p\j Aj q “ m˚ pAj q. (5.9)
j

L’inégalité « ĺ » suit du lemme 5.4 c). Pour l’inégalité opposée, il suffit de montrer

m˚ pA Y Bq ` m˚ pA X Bq ľ m˚ pAq ` m˚ pBq, @ A, B P T . (5.10)

En effet, admettons (5.10) pour l’instant. En utilisant cette propriété et le lemme 5.9,
nous obtenons que

m˚ pA \ Bq “ m˚ pAq ` m˚ pBq, @ A, B P T tels que A X B “ H, (5.11)

puis, par récurrence sur n,


n
ÿ
m˚ p\nj“1 Aj q “ m˚ pAj q, @ n, @ pAj qnj“1 Ă T d. d. d. (5.12)
j“1

En utilisant (5.12) et la monotonie de m˚ (lemme 5.4 b)), nous obtenons


n
ÿ
˚ ˚
m p\jľ1 Aj q ľ m p\nj“1 Aj q “ m˚ pAj q, @ n, @ pAj qjľ1 Ă T d. d. d., (5.13)
j“1

d’où, en faisant n Ñ 8 dans (5.13),


ÿ
m˚ p\jľ1 Aj q ľ m˚ pAj q, @ pAj qjľ1 Ă T d. d. d. (5.14)
jľ1

Comme, par ailleurs, l’inégalité opposée à (5.14) est toujours vraie (lemme (5.4) c)),
nous obtenons que l’axiome ii) de la mesure est vérifié.

83
Constructions de mesures 5.2 Pour aller plus loin

Il reste donc à montrer (5.10). Du lemme 5.9, la définition (5.8) de T et le fait que T
est une tribu (étape 1), nous obtenons (justifier)
m˚ pA Y Bq ` m˚ pA X Bq “ 1 ´ m˚ ppA Y Bqc q ` 1 ´ m˚ ppA X Bqc q
“ 2 ´ rm˚ pAc X B c q ` m˚ pAc Y B c qs
ľ 2 ´ rm˚ pAc q ` m˚ pB c qs “ m˚ pAq ` m˚ pBq.

Étape 3. T est la complétée de Bs0,1r par rapport à la mesure de Lebesgue sur Bs0,1r . Montrons
dans un premier temps que m˚ restreinte à T est complète. Soit A un ensemble négli-
geable par rapport à cette mesure. Il existe donc un B P T tel que A Ă B et m˚ pBq “ 0.
Pour tout ε ą 0, il existe U ouvert tel que B Ă U et m˚ pU q ă ε (lemme 5.5). Il s’ensuit que
m˚ pA∆U q “ m˚ pU zAq ĺ m˚ pU q ă ε. Grâce au lemme 5.11, nous déduisons que A P T .
m˚ restreinte à T est donc une mesure complète.
Enfin, montrons que T est la complétée de Bs0,1r par rapport à la mesure de Lebesgue
sur Bs0,1r (donc de m˚ sur Bs0,1r ). Notons B s0,1r cette complétée. De ce qui précède,
B s0,1r Ă T (justifier, en utilisant Bs0,1r Ă T et la complétude de m˚ ). Inversement,
soit A P T . Du lemme 5.5, il existe une suite pUn qnľ0 d’ouverts telle que A Ă Un , @ n, et
m˚ pUn q Ñ m˚ pAq. De même, il existe une suite pVn qnľ0 d’ouverts tells que Ac Ă Vn , @ n,
et m˚ pVn q Ñ m˚ pAc q. Nous avons alors pVn qc Ă A, @ n, et m˚ ppVn qc q Ñ m˚ pAq (justifier).
Posons B :“ Yn pVn qc , C :“ Xn Un . Nous avons (justifier)
B, C P Bs0,1r et B Ă A Ă C. (5.15)

Par ailleurs, nous avons pVn qc Ă B, @ n, d’où (justifier)


m˚ pBq ľ lim m˚ ppVn qc q “ m˚ pAq. (5.16)
n

De manière similaire, C Ă Un , @ n, d’où


m˚ pCq ĺ lim m˚ pUn q “ m˚ pAq. (5.17)
n

De (5.15)–(5.17) et la monotonie de m˚ (lemme 5.4 b)), nous avons m˚ pBq “ m˚ pAq “


m˚ pCq. Il s’ensuit (justifier) que m˚ pCzBq “ 0, d’où (propositions 4.11 et 4.14) A P B s0,1r
et m˚ pAq est la mesure (de Lebesgue complétée) de A. CQFD

5.2 Pour aller plus loin

5.2.1 Mesures de Stieltjes


Soit F : R Ñ R, F pxq :“ x, @ x P R. La mesure de Lebesgue sur les boréliens
de R est l’unique mesure borélienne µ telle que µpsa, brq “ F pbq ´ F paq pour tout
intervalle ouvert borné sa, br.
Considérons plus généralement une fonction croissante F : R Ñ R. Rappe-
lons que F a des limites latérales F px`q et F px´q en tout point. Nous avons la
généralisation suivante de la mesure de Lebesgue.

84
Petru Mironescu Mesure et intégration

5.12 Théorème. Soit F : R Ñ R une fonction croissante. Alors il existe une


unique mesure borélienne µ sur BR telle que µpsa, brq “ F pb´q ´ F pa`q pour
tout intervalle ouvert borné sa, br.

5.13 Définition (Mesure de Stieltjes). La mesure µ du théorème 5.12 est la


mesure de Stieltjes associée à F .

Si F est dérivable avec F 1 Riemann intégrable sur tout intervalle borné (par
exemple si F P C 1 ), alors nous pouvons obtenir ce résultat en copiant la preuve
du théorème 5.1. En général, F n’est pas dérivable ; elle peut par exemple être
discontinue. Dans ce cas, il est encore possible de suivre la preuve du théorème
5.1, mais il faut éviter l’utilisation de l’intégrale de Riemann dans les preuves
des lemmes 5.4, 5.8 et 5.10 ; voir Bogachev [4, section 1.8]. Comme nous l’avons
noté, l’utilisation de l’intégrale de Riemann dans la preuve est commode, mais
pas indispensable.

5.2.2 La construction de Carathéodory

Commençons par une définition liée au lemme 5.4.

5.14 Définition (Mesure extérieure). Une mesure extérieure sur X est une fonction
m˚ : PpXq Ñ r0, 8s telle que :
i) m˚ pHq “ 0.
ii) m˚ pAq ĺ m˚ pBq si A Ă B.
ř
iii) m˚ pYj Aj q ĺ j m˚ pAj q, pour toute suite pAj qj Ă X. ˛

Dans l’esprit de la construction de la mesure de Lebesgue, une façon simple


de construire des mesures extérieures est la suivante.

5.15 Proposition. Soit A une famille de parties de X telle que :


i) Il existe une suite pXn qn Ă A avec Yn Xn “ X.
ii) H P A .
Soit m : A Ñ r0, 8s telle que mpHq “ 0. Posons
# +
ÿ
m˚ pAq :“ inf mpAj q ; Aj P A , @ j et A Ă Yj Aj , .
j

Alors m˚ est une mesure extérieure. ˛

85
Constructions de mesures 5.2 Pour aller plus loin

En poursuivant l’analogie avec la mesure de Lebesgue, il est tentant de consi-


dérer la classe

T “ tA Ă X ; m˚ pAq ` m˚ pAc q “ m˚ pXqu

et de montrer que m˚ restreinte à T est une mesure. Cette approche marche uni-
quement si m˚ pXq ă 8. La clé pour s’attaquer au cas général est indiquée par
le résultat suivant (avec m˚ et T comme dans la construction de la mesure de
Lebesgue).

5.16 Lemme. Soit A Ăs0, 1r. Alors

A P T ðñ m˚ pA X Eq ` m˚ pAc X Eq “ m˚ pEq, @ E Ăs0, 1r. ˛

En nous inspirant du lemme 5.16, posons, pour X et m˚ généraux,

T :“ tA Ă X ; m˚ pA X Eq ` m˚ pAc X Eq “ m˚ pEq, @ E Ă Xu. (5.18)

Nous avons alors le résultat suivant.

5.17 Théorème (Théorème de Carathéodory). Soit m˚ une mesure extérieure sur


X et soit T comme dans (5.18). Alors
a) T est une tribu.
b) m˚ restreinte à T est une mesure complète. ˛

L’inconvénient de ce résultat abstrait est qu’il ne donne aucun renseignement


sur T ; par conséquent, il ne permet pas de décider si un ensemble concret est me-
surable. Considérons le cas particulier où X est un espace métrique. Rappelons
que dans ce cas les ensembles « usuels » sont boréliens. Il est donc intéressant de
décider si T contient les boréliens. Dans ce contexte, nous avons le complément
suivant du théorème précédent.

5.18 Théorème (Théorème de Carathéodory). Soient m˚ et T comme dans le


théorème précédent. Si X est un espace métrique et si m˚ a la propriété

m˚ pA Y Bq “ m˚ pAq ` m˚ pBq, @ A, B Ă X tels que dist pA, Bq ą 0, (5.19)

alors T contient les boréliens de X. ˛

Pour les résultats dans cette section, voir par exemple Halmos [11, chapitre
III], Evans et Gariepy [7, chapitre 1], Bogachev [4, section 1.11].

86
Petru Mironescu Mesure et intégration

5.2.3 Les mesures de Hausdorff


Une conséquence importante de la méthode de la Carathéodory concerne les
mesures de Hausdorff. Dans ce qui suit, nous nous donnons un s P r0, 8r. À un
tel s, nous associons une constante βpsq Ps0, 8r. La formule de βpsq est explicite,
mais elle ne sera pas utile pour la compréhension de ce qui suit ; voir Evans et
Gariepy [7, chapitre 2] et Bogachev [4, section 3. 10 (iii)] pour la valeur de βpsq et
les résultats présentés dans cette section.
Pour δ ą 0, s P r0, 8r et A Ă Rn , posons
# +
ÿ
Hδs pAq :“ βpsq inf pdiam Aj qs ; diam Aj ĺ δ, @ j, et A Ă Yj Aj ,
j
s
H pAq :“ inf Hδ pAq (mesure
s
de Hausdorff s-dimensionnelle).
δą0

Ici, diam A est le diamètre de A, diam A :“ supt}x ´ y}2 ; x, y P Au.


Les résultats de la section précédente impliquent facilement le résultat sui-
vant.

5.19 Proposition.
a) Hδs et H s sont des mesures extérieures.
b) Elles satisfont le critère de Carathéodory (5.19).
c) Restreintes aux boréliens, Hδs et H s sont des mesures. ˛

Par abus de notation, désignons encore par Hδs et H s les mesures associées
aux mesures extérieures Hδs et H s par la construction de Carathéodory. L’utilité
des mesures de Hausdorff vient de leur interprétation géométrique, du moins
pour s entier.

5.20 Théorème.
a) Dans Rn , nous avons H n “ λn (la mesure de Lebesgue).
b) Si n ľ 2 et si C est une courbe lisse paramétrée dans Rn , alors H 1 pCq est la
longueur de C.
c) Si n ľ 3 et si S est une surface lisse paramétrée dans R3 , alors H 2 pSq est l’aire
de S.
d) Etc. ˛

C’est dans ce théorème qu’interviennent les valeurs précises de βpsq.


Poursuivons l’exemple de la courbe paramétrée C Ă Rn . Il est possible de
montrer que H s pCq “ 8 si s ă 1 et que H s pCq “ 0 si s ą 1. Le changement

87
Constructions de mesures 5.2 Pour aller plus loin

s’opère pour s “ 1, qui correspond à la dimension (géométrique) de C. De ma-


nière générale, nous pouvons considérer le nombre

dim A :“ inf ts ą 0 ; H s pAq “ 0u.

Pour une partie A de Rn de mesure de Lebesgue ą 0, nous avons dim A “ n.


Pour une surface lisse paramétrée S dans Rn , n ľ 3, nous avons dim S “ 2.
En général, dim A n’est pas un entier, mais il est néanmoins interprété comme la
« dimension de A ». Par exemple, l’ensemble de Cantor maigre (voir l’exercice 6.58)
ln 2
a la dimension (voir Taylor [21, Proposition 12.17]).
ln 3

88
Chapitre 6

Intégrale

6.0 Aperçu
Dans ce chapitre, nous définissons l’intégrale † d’une fonction mesurable f , dans
un espace mesuré pX, T , µq, et donnons ses premières propriétés. Les plus simples
fonctions mesurables sont les fonctions
ż caractéristiques f “ χA , avec A P T , et dans
ce cas nous posons naturellement χA :“ µpAq. Dans le cas des fonctions étagées,
ż ÿ ÿ
la définition se fait « par linéarité », en posant ai χAi :“ ai µpAi q, mais il y a
i i
déjà une première difficulté : pour que la dernière somme soit bien définie, il faut
supposer par exemple ai ľ 0, @ i. Cette définition permet de définir l’intégrale
d’une fonction étagée positive. L’étape suivante consiste à définir l’intégrale d’une
fonction mesurable positive f . La définition 6.5 :
ż "ż *
f :“ sup u ; 0 ĺ u ĺ f, u étagée (6.1)

n’est pas très intuitive ; une définition plus naturelle serait


ż ż
f :“ lim fn , où fn étagée positive, @ n, et fn Õ f ; (6.2)
n

une telle définition ressemblerait au calcul de l’intégrale de Riemann en utilisant


des sommes de Darboux inférieures. Il se trouve que (6.2) est en effet équivalente
à la définition 6.5, mais que la preuve de cette équivalence n’est pas immédiate
(voir le corollaire 6.19).
†. Intégrale de Lebesgue, au sens d’intégrale calculée dans le cadre de la théorie de l’intégration
que nous présentons ici, due à Lebesgue. Je ne vais pas employer la terminologie intégrale de
Lebesgue dans le cadre général, la réservant au cas de l’intégrale d’une fonction par rapport à la
mesure de Lebesgue νn ou λn dans Rn .

89
Intégrale 6.0 Aperçu

La définition de l’intégrale d’une fonction mesurable quelconque est l’une des fai-
blesses de la théorie de l’intégration : en général, une fonction mesurable n’a pas d’inté-
grale. La définition rigoureuse en est donnée dans la section 6.2.
Dans la section 6.4, nous examinons le lien entre intégrales par rapport à µ et
par rapport à la mesure complétée µ, la conclusion informelle étant que le passage
de µ à µ n’affecte pas l’existence des intégrales et leur valeur.
La section 6.3 nous permet de rencontrer un résultat important d’intégration :
le théorème de convergence monotone 6.18 (ouż théorème de Beppo Levi). C’est le pre-
mier résultat permettant de permuter lim et . Il affirme que si

0 ĺ fn Õ f :“ lim fn ,
n

avec fn mesurable, @ n, alors


ż ż
lim fn “ lim fn .
n n

Ce résultat a un nombre incalculable de conséquences, dont certaines seront


vues dans la section 6.5. L’une d’elles est la linéarité de l’intégrale (proposition
6.30), dont à la fois l’énoncé et la preuve ne sont pas évidentes. † Une autre consé-
quence est encore un résultat de permutation, cette fois-ci entre somme d’une série et
intégrale, dont la conclusion est (sous des hypothèses appropriées)
ż ÿ ÿż
fn “ fn
n n

(théorème 6.36).
La section 6.6 fait le lien entre l’intégrale et les intégrales déjà connues, de Rie-
mann et généralisée. Pour simplifier, nous considérons uniquement des fonctions
continues (ce qui n’est pas essentiel). Un résultat simple à énoncer (proposition
6.44) est que, si f : ra, bs Ñ R est continue, alors son intégrale de Riemann et son inté-
grale par rapport à la mesure de Lebesgue ν1 coïncident. Les propositions 6.44 et 6.45
sont fondamentales, dans la mesure où elles permettent de traiter une même inté-
grale tantôt comme intégrale de Lebesgue, tantôt comme intégrale de Riemann
(ou généralisée) et d’utiliser dans les calculs des résultats spécifiques à chacune
de ces intégrales.

†. Faut-il vraiment connaître cette preuve ? Lieb et Loss justifient ainsi l’absence de la théorie
de
ż l’intégration
ż dans ż leur livre Analysis [16] : “We all know the tremendously important fact that
pf ` gq “ f ` g, and we can use it happily without remembering the proof (which actually
requires some thought)”.

90
Petru Mironescu Mesure et intégration

La section 6.7 est inattendue par rapport au schéma « intégrale = généralisa-


tion de l’intégrale de Riemann », car elle traite de séries, et explique comment
celles-ci peuvent être vues comme des intégrales par rapport à la mesure de
comptage.
Ainsi, la théorie de l’intégration permet, entre autres, de traiter de manière
unitaire l’intégrale de Riemann (et, dans une moindre mesure, l’intégrale généra-
lisée) et les séries.
La section 6.8 présente brièvement quelques triomphes de la théorie de l’inté-
gration. Il s’agit de trois résultats, tous dus à Lebesgue :
a) La caractérisation des fonctions Riemann intégrables (critère de Lebesgue, théo-
rème 6.53).
b) Une forme faible du théorème de Leibniz-Newton lorsque l’intégrande † n’est
plus continue, mais seulement intégrable (théorème de différentiabilité de Le-
besgue 6.56).
c) Une généralisation du théorème de Leibniz-Newton (théorème 6.57).

Compétences minimales attendues.


a) Comprendre quelles fonctions possèdent une intégrale.
b) Savoir calculer l’intégrale d’une fonction étagée positive.
c) Manipuler les propriétés basiques de l’intégrale (monotonie, inégalité trian-
gulaire, linéarité).
d) Savoir utiliser le théorème de convergence monotone (théorème 6.18) et le
théorème sur l’intégrale d’une série (théorème 6.36).
e) Comprendre et utiliser les liens entre intégrale de Lebesgue, de Riemann et
généralisée.
f) Comprendre et utiliser le lien entre séries et intégrales par rapport à la mesure
de comptage.
g) Maîtriser les arguments liés aux ensembles négligeables. ˛

Dans tout ce chapitre, nous travaillons dans un espace mesuré pX, T , µq. Sauf
mention contraire, les fonctions considérées sont mesurables. Je ne vérifierai pas
toujours la mesurabilité des fonctions construites à partir de fonctions données
(par exemple, limn fn , avec chaque fn mesurable). Le lecteur est encouragé à le faire ;
ceci fait partie de l’apprentissage de la théorie de la mesure.
ż1
†. Intégrande : fonction que l’on intègre. Exemple : dans l’intégrale cos x dx, l’intégrande est
0
x ÞÑ cos x. Mot non reconnu par l’Académie, mais d’usage courant en mathématiques.

91
Intégrale 6.1 Fonctions étagées positives

6.1 Fonctions étagées positives


Rappelons le cadre général : nous travaillons dans un espace mesuré pX, T , µq.
Dans cette section, toutes les fonctions sont supposées étagées.
ř
Rappelons qu’une fonction étagée est de la forme (*) f “ ni“1 ai χAi , avec un
nombre arbitraire mais fini, n, de termes, ai P R et Ai P T , @ i. Introduisons des
définitions qui ne serviront que dans cette section :

6.1 Définition. La représentation (*) est :


a) Normale si les Ai sont d. d. d.
b) Canonique si les Ai sont d. d. d. et non vides et si les ai sont distincts et non
nuls.
c) Dans le cas particulier où f ľ 0, la représentation (*) est admissible si les ai sont
positifs. ˛

Notons qu’à partir d’une représentation normale, nous pouvons obtenir une
représentation canonique d’abord en effaçant tous les termes qui correspondent
à des ai nuls ou à des Ai vides, puis en regroupant les termes correspondant à la
même valeur de ai .

6.2 Proposition. Une fonction étagée admet une représentation canonique. Celle-
ci est unique modulo une permutation des termes de la somme.
Dans le cas particulier où f est positive, la représentation canonique est ad-
missible. ˛

6.3 Définition (Intégrale d’une fonction


ř étagée positive). Si f est étagée et ľ
0, de représentation canonique f “ i ai χAi , alors l’intégrale de f (par rapport
à µ) est
ż ż ż ż ÿ
f pxq dµpxq “ f dµ “ f dµ “ f :“ ai µpAi q.
X X i

6.4 Proposition. Soient f, g : X Ñ r0, 8r étagées positives.


ř
a) Si f “ m j“1 bj χBj est une représentation admissible de f , alors

ż ÿ
f“ bj µpBj q. (6.3)
j

ż ż ż
b) Si λ ľ 0, alors pf ` λgq “ f `λ g. ˛

92
Petru Mironescu Mesure et intégration

Démonstrations

Démonstration de la proposition
ř 6.2. ř
Unicité. Si (**) f “ ni“1 ai χAi “ m j“1 bj χBj , alors f a, comme valeurs non nulles, pré-
cisément les a1 , . . . , an ; de même, ses valeurs non nulles sont b1 , . . . , bm . Il s’ensuit que
m “ n et que les bj s’obtiennent en permutantř les ai . Quitte à faire une permutation dans
la deuxième somme, nous avons f “ ni“1 ai χCi , où les Ci sont les Bj écrits dans un
ordre différent. Comme f ´1 pai q “ Ai “ Ci , nous trouvons que la deuxième somme de
(**) est une permutation de la première.

Existence. Soient ař 1 , . . . , an les valeurs distinctes et non nulles prises par f . Si Ai :“


f ´1 pai q, alors f “ ni“1 ai χAi est une représentation canonique de f .
ř
Si f ľ 0 et si f “ ni“1 ai χAi est la représentation canonique de f , alors les valeurs de
f sont a1 , . . . , an , et éventuellement 0. Il s’ensuit que les ai sont ľ 0. CQFD

Démonstration de la proposition 6.4.


a) Commençons par le cas où la représentation de f est, de plus, normale. Nous pouvons
supposer Bj ‰ H et bj ‰ 0, @ j ; sinon, nous
ř effaçons les termes correspondants de la
représentation, sans affecter la valeur de bj µpBj q.
Par construction, řn tous les bj sont ą 0. Soit A :“ tb1 , . . . , bj u. Alors A “ f pXqzt0u
et, si f “ i“1 ai χAi est la représentation canonique de f , alors nous avons A “
ta1 , . . . , an u.
Avec
ř Mi :“ tj ; Bj Ă Ai u, nous avons Ai “ f ´1 pai q “ \jPMi Bj , d’où µpAi q “
jPMi µpBj q. Il s’ensuit que
ż ÿ ÿ ÿ ÿ ÿ ÿ
f“ ai µpAi q “ ai µpBj q “ bj µpBj q “ bj µpBj q.
i i jPMi i jPMi j

Conclusion : (6.3) est vraie si la représentation est normale.


ř
Soit maintenant f “ m j“1 bj µpBj q une représentation admissible. Nous allons prouver
(6.3) par récurrence sur m.
Pour m
ř “ 0 c’est clair.
ř Passage de m ´ 1 à m : nous pouvons représenter canonique-
ment m´1 b χ
j“1 j Bj “ i ai χAi , et nous avons (par hypothèse de récurrence)

ż m´1
ÿ m´1
ÿ ÿ
bj χBj “ bj µpBj q “ ai µpAi q.
j“1 j“1 i

Par ailleurs,
ÿ ÿ
f“ ai χAi zBm ` pai ` bm qχAi XBm ` bm χBm zYi Ai
i i

est une représentation normale de f (justifier).

93
Intégrale 6.2 Fonctions mesurables

Nous avons donc, en utilisant la première partie de la preuve (vérifier)


ż ÿ ÿ
f“ ai µpAi zBm q ` pai ` bm qµpAi X Bm q ` bm µpBm z Yi Ai q
i i
ÿ ÿ
“ ai pµpA i zBm q ` µpBm X Ai qq ` bm
looooooooooooooomooooooooooooooon pµpAi X Bm q ` µpBm z \i Ai qq
i
“µpAi q looooooooooooooooooooomooooooooooooooooooooon
i

“µpBm q

ż ÿ ÿ
d’où f“ ai µpAi q ` bm µpBm q “ bj µpBj q.
i j
ř ř
b) Si f “ i ai χAi et gř“ j bj χBřj sont des représentations canoniques, alors la repré-
sentation f ` λg “ i ai χAi ` j λbj χBj est admissible. Il s’ensuit que
ż ÿ ÿ ż ż
pf ` λgq “ ai µpAi q ` λbj µpBj q “ f `λ g. CQFD
i j

6.2 Fonctions mesurables


Rappelons le cadre général : nous travaillons dans un espace mesuré pX, T , µq.
Dans cette section, toutes les fonctions sont supposées mesurables.
6.5 Définition (Intégrale d’une fonction mesurable positive). Si f : X Ñ
r0, 8s, alors l’intégrale de f est
ż ż ż ż
f pxq dµpxq “ f dµ “ f dµ “ f
X X
"ż *
: “ sup u ; u étagée et positive et u ĺ f .

f est intégrable si son intégrale est finie.

6.6 Remarque. Une généralisation doit être « rétro-compatible ».


Dans notre cas : nous avons d’abord défini l’intégrale des fonctions éta-
gées positives (définition 6.3), puis celle des fonctions mesurables positives
(définition 6.5).
Les fonctions étagées positives étant des cas particuliers de fonctions me-
surables positives, il faut vérifier que, pour une fonction étagée positive, l’in-
tégrale donnée par la définition 6.5 est la même que celle donnée par la défi-
nition 6.3.
Nous allons effectuer une démarche similaire pour chaque généralisation.

94
Petru Mironescu Mesure et intégration

6.7 Proposition. Si f est étagée positive, les définitions 6.3 et 6.5 donnent la même
intégrale. ˛

La définition de l’intégrale d’une fonction mesurable (pas nécessairement po-


sitive) repose sur l’identité

f “ f ` ´ f ´ .† (6.4)

6.8żDéfinition
ż (Intégrale d’une fonction mesurable). f : X Ñ R a une intégrale
si f` ´ f´ a un sens, et dans ce cas son intégrale (de Lebesgue) est
ż ż ż ż ż ż
f pxq dµpxq “ f dµ “ f dµ “ f :“ f` ´ f´ .
X X

Si f` et f´ sont intégrables, alors f est intégrable. Donc

f intégrable ðñ f a une intégrale finie


„ż ż  ż
ðñ f` ă 8 et f´ ă 8 ðñ |f | ă 8.‡

ż ż ż ż
6.9 Remarque. L’hypothèse « f` ´ f´ a un sens » équivaut à « f` et f´
ne valent pas en même temps 8 ».
En particulier, cette hypothèse
ż est satisfaite lorsque f ľ 0, car dans ce cas
nous avons f´ “ 0, et donc f´ “ 0.

6.10 Remarque (Rétro-compatibilité). Dans le cas où f ľ 0, nous avons f` “ f et f´ “ 0 ;


la « nouvelle » intégrale vaut donc
ż ż ż ż ż
f` ´ f´ “ f ´ 0 “ f,

et nous retrouvons l’« ancienne » intégrale. ˛

6.11 Définition (Intégrale d’une fonction vectorielle). Soit f “ pf1 , . . . , fn q :


X Ñ Rn mesurable. L’intégrale de f est définie uniquement si chaque fj est

†. Rappelons (voir la notation 3.30) que f` :“ maxpf, 0q et f´ :“ ´ minpf, 0q.


‡. La dernière équivalence sera justifiée dans la section 6.5.

95
Intégrale 6.2 Fonctions mesurables

intégrable, et si tel est le cas


ż ˆż ˙ ˆż ż ˙
f :“ fj “ f1 , . . . , fn .
j“1,...,n

ż ż ż
Si f : X Ñ C, nous identifions f avec Re f ` ı Im f .

Par analogie avec l’intégrale de Riemann, la première propriété attendue de


l’intégrale de Lebesgue est sa linéarité. Ceci est vrai (proposition 6.30), mais pas
immédiat. Pour l’instant, montrons la partie facile de la linéarité.

ż Si f a une intégrale et si λ P R, alors λf a une intégrale et nous


6.12 Proposition.
ż
avons λf “ λ f. ˛

Une autre propriété attendue est la monotonie.


ż ż
6.13 Proposition. Si f ĺ g et si f , g ont une intégrale, alors fĺ g. ˛

ż
Si f est définie sur une partie A mesurable de X, la définition de f est la
A
suivante.
6.14 Définition. Si A P T et f : A Ñ R est mesurable, alors f a une intégrale
si et seulement si f χA en a une,† et dans ce cas nous posons
ż ż ż ż
f dµ “ f :“ f χA “ f χA dµ.
A A X X

Le résultat (très utile) qui suit explique en quoi les ensembles négligeables le
sont.

6.15 Proposition.
a) Si A P żT est négligeable, alors pour toute fonction mesurable f : A Ñ R nous
avons f “ 0.
A
ż
b) Si f : X Ñ R est mesurable et f “ 0 p. p., alors f est intégrable et f “ 0. ˛
#
f, dans A
†. Rappelons que, si f : A Ñ R, alors f χA :“ .
0, dans Ac

96
Petru Mironescu Mesure et intégration

Exercices

Même cadre que ci-dessus : nous travaillons dans pX, T , µq et toutes les fonc-
tions sont mesurables.
ż ż
6.16 Exercice. Si 0 ĺ f ĺ g, alors fĺ g. ˛
ż
6.17 Exercice. Soient A P T et f : A Ñ R. Montrer que la définition 6.14 de f est
A
équivalente à :
ż
f est (si elle existe) l’intégrale de f par rapport à l’espace mesuré pA, TA , µA q, où
A
TA :“ tB P T ; B Ă Au et µA pBq :“ µpBq, @ B P TA . ˛

Démonstrations
ż
Démonstration de la proposition 6.7. Notons f l’ancienne intégrale et I la nouvelle. Nous
ż
avons f ĺ f , d’où (justifier) f ĺ I.

Par ailleurs, si 0 ĺ u ĺ f est étagée, alors f “ u ` pf ´ uq, avec f ´ u étagée positive.


Nous avons donc (proposition 6.4 b))
ż ż ż ż
f “ u ` pf ´ uq ľ u. (6.5)

ż
En prenant, dans (6.5), le sup sur u, nous trouvons f ľ I. CQFD

Démonstration de la proposition 6.12. Si λ “ 0, c’est clair. Si λ “ ´1, il suffit de remarquer que


p´f q` “ f´ et p´f q´ “ f` (vérifier ces identités).
Pour compléter la preuve, il suffit de montrer l’égalité pour λ ą 0 (justifier). Or, pour
λ ą 0 nous avons :
a) pλf q˘ “ λf˘ .
b) u est étagée et 0 ĺ u ĺ f˘ ðñ λu est étagée et 0 ĺ λu ĺ λf˘ (justifier).
En utilisant la proposition 6.4 et l’item b) ci-dessus, nous obtenons
ż "ż *
λ f˘ “ λ sup u ; u étagée et positive, u ĺ f˘
"ż *
“ sup λu ; λu étagée et positive, λu ĺ λf˘
"ż * ż
“ sup v ; v étagée et positive, v ĺ λf˘ “ λf˘ ,
ż ż
ce qui implique (détailler) l’égalité λ f“ λf . CQFD

97
Intégrale 6.3 Théorème de convergence monotone

Démonstration de la proposition 6.13. Si f, g sont ľ 0, l’inégalité s’obtient à partir de la défini-


tion 6.5 (exercice 6.16).
Pour f , g quelconques, notons l’implication

f ĺ g ùñ rf` ĺ g` et f´ ľ g´ s,

qui implique à son tour


„ż ż ż ż 
f ĺ g ùñ f` ĺ g` et f´ ľ g´ ; (6.6)

pour conclure, il suffit de soustraire ces deux dernières inégalités. CQFD

Démonstration de la proposition 6.15.


ż
a) Posons fr :“ f χA . Nous devons montrer que fr “ 0.
X
Nous avons (justifier la dernière égalité)

fr “ f χA “ f` χA ´ f´ χA “ fĂ Ă
` ´ f´ .

Il suffit donc de montrer le résultat pour f˘ , qui sont des fonctions mesurables posi-
tives.
Soit f : A Ñ r0, 8s une fonction mesurable positive. Par définition de l’intégrale de fr,
il r
ż suffit de montrer que, si g : X Ñ r0, 8r est une fonction étagée telle que g ĺ f , alors
g “ 0.
X
ř
Si g “ i ai χAi est une représentation admissible de g, alors
ÿ ÿ
g “ (justifier) “ gχA “ ai χAi χA “ ai χAi XA
i i

est une autre représentation admissible de g. Comme µpAi X Aq ĺ µpAq “ 0, nous


obtenons (proposition 6.4 a))
ż ÿ
g“ ai µpAi X Aq “ 0.
X i

b) se montre en notant qu’il existe A P T tel que f “ 0 en dehors de A et donc f “ f χA


(justifier) et en utilisant la première partie. CQFD

6.3 Théorème de convergence monotone


Le cadre général est celui d’un espace mesuré pX, T , µq. Toutes les fonctions
de cette partie sont mesurables.

98
Petru Mironescu Mesure et intégration


6.18 Théorème (Théorème de convergence monotone). Soit
ż pfn qnż une suite
croissante de fonctions mesurables positives. Si fn Ñ f ,‡ alors fn Ñ f .
ż ż
Ou encore : lim fn “ lim fn .
n n

6.19 Corollaire. Soit f ľ 0. Pour toute żsuite croissante


ż pfn qn de fonctions étagées
positives telle que fn Ñ f , nous avons f “ lim fn . ˛
n

Démonstrations

La preuve du théorème de convergence monotone repose sur un lemme facile.

6.20 Lemme. Soit u une fonction étagée positive. L’application


ż ż
ν : T Ñ r0, 8s, νpAq :“ u“ uχA , @ A P T ,
A X

est une mesure. ˛

Démonstration. Notons que ν est bien définie, car uχA est étagée et positive.
ř ř
Si u “ i ai χAi est une représentation admissible de u, alors uχA “ i ai χAi XA est une
représentation admissible de uχA (voir la preuve de la proposition 6.15 a)), d’où
ż ż ÿ ÿ
νpAq “ uχA “ ai χAi XA “ ai µpAi X Aq.
i i

À partir de cette formule, l’exercice 4.5 a) montre que ν est une mesure (vérifier). CQFD

Démonstration du théorème 6.18. f est mesurable (proposition 3.20) et positive ; de plus, nous
avons 0 ĺ fn ĺ f pour tout n.
ż ż ˆż ˙
L’exercice 6.16 donne fn ĺ f , @ n, et implique que la suite fn est croissante.
ż ż n
En particulier, cette suite à une limite et nous avons lim fn ĺ f .
n

Il reste à montrer l’inégalité opposée


ż ż
lim fn ľ f. (6.7)
n

†. Ou encore théorème de Beppo Levi.


‡. La convergence fn Ñ f est simple. Dans les théorèmes les plus importants en théorie de
l’intégration, il s’agit de convergence simple, soit partout, soit presque partout.

99
Intégrale 6.4 P. p. et passage à la mesure complétée

Notons qu’il suffit de montrer l’inégalité


ż ż
lim fn ľ p1 ´ εq u, @ 0 ă ε ă 1, @ u étagée telle que 0 ĺ u ĺ f. (6.8)
n

En effet, si (6.8) est vraie, alors, en faisant ε Ñ 0`, nous obtenons (en utilisant le fait
que l’intégrale de u est positive)
ż ż
lim fn ľ u, @ u étagée telle que 0 ĺ u ĺ f. (6.9)
n

De (6.9) et la définition 6.5, nous obtenons (6.7).


Montrons (6.8). Soit Bn :“ tx ; fn pxq ľ p1 ´ εqupxqu. Comme limn fn “ f ľ u, nous
avons Yn Bn “ X (vérifiez que x P Yn Bn , @ x P X, en considérant respectivement les cas
upxq “ 0 et upxq ą 0).
Par ailleurs, nous avons Bn “ pfn ´ p1 ´ εquq´1 pr0, 8sq, d’où Bn P T , et la suite pBn qn
est croissante (justifier, en utilisant la monotonie de la suite pfn qn ).
Avec ν la mesure du lemme précédent,
ż nous trouvons, grâce au théorème de la suite
croissante, que νpBn q Ñ νpXq “ u.

Par ailleurs, nous avons (en utilisant à nouveau l’exercice 6.16)


ż ż ż
fn ľ fn χBn ľ p1 ´ εquχBn “ p1 ´ εqνpBn q,
ż ż
d’où lim fn ľ p1 ´ εq u. CQFD
n

6.4 P. p. et passage à la mesure complétée


Le cadre général est celui d’un espace mesuré pX, T , µq et de son espace com-
plété pX, T , µq.
Dans un premier temps, nous examinons le lien entre intégrale par rapport à
la mesure µ et celle par rapport à µ. La philosophie générale des résultats est que
les intégrales par rapport à µ et µ sont égales, et qu’en modifiant une fonction sur
un ensemble négligeable, la nature de son intégrale (n’existe pas, existe, existe et
est finie) ne change pas.
Dans une direction voisine, nous montrons qu’un théorème « partout pour µ »
a des compagnon naturels « presque partout » et/ou « pour µ ». Il est important
de retenir le principe de preuve associé ; nous n’allons pas y revenir dans les autres
chapitres, où un énoncé presque partout et/ou pour µ sera suivi d’une preuve partout et
pour µ.

100
Petru Mironescu Mesure et intégration

6.21 Proposition. Soit f : X Ñ R T -mesurable.


ż ż ż ż
f dµ existe si et seulement si f dµ existe, et dans ce cas f dµ “ f dµ.

6.22 Proposition. Soit f : X Ñ R T -mesurable.


Rappelons qu’il existe g : X Ñ R T -mesurable telle que f “ g µ-p. p. (propo-
sition 4.19).
ż ż ż ż
f dµ existe si et seulement si g dµ existe, et dans ce cas f dµ “ g dµ.

Cas particulier : f est µ-intégrable si et seulement si g est µ-intégrable. ˛


ż
6.23 Corollaire. Si f, g : X Ñ R sont T -mesurables et f “ g µ-p. p., alors f
ż ż ż
existe si et seulement si g existe, et dans ce cas f “ g. ˛

En combinant les propositions 6.15, 6.21, 6.22 et le corollaire 6.23, nous obte-
nons les règles suivantes de calcul, très utiles dans la pratique.

6.24 Corollaire. Soient f, g : X Ñ R et A, B Ă X. Supposons :


(i) f est T -mesurable et g est T -mesurable. (En particulier, g peut être T -
mesurable.)
(ii) A P T et µpAq “ 0.
(iii) B P T et µpBq “ 0.
(iv) f “ g dans XzpA Y Bq.
ż ż ż
Considérons les quatre intégrales suivantes : f dµ, f dµ, g dµ,
ż X XzA X

g dµ. Si l’une d’entre elle existe, alors les trois autres existent également,
XzB
et nous avons
ż ż ż ż
f dµ “ f dµ “ g dµ “ g dµ, (6.10)
X XzA X XzB
ż
|f ´ g| dµ “ 0. (6.11)
X

6.25 Remarque. La proposition 6.26, qui suit, montre que, donnée une fonction intégrable
f , nous pouvons changer sa définition sur un ensemble négligeable de sorte que son
intégrale ne change pas et que la nouvelle fonction ne prenne que des valeurs finies.
Pour cette raison, pour montrer certaines propriétés des fonctions intégrables nous
pouvons parfois remplacer f par g et supposer ainsi que f est finie en tout point. ˛

101
Intégrale 6.4 P. p. et passage à la mesure complétée

6.26 Proposition. Soit f : X Ñ R µ-intégrable. Soient A :“ f ´1 p8q, B :“ f ´1 p´8q.


a) Nous avons µpAq “ µpBq “ 0.
# ż
f pxq, si f pxq P R †
b) Si nous posons g : X Ñ R, gpxq :“ , alors |f ´ g| “ 0
0, si f pxq “ ˘8
ż ż
et f “ g. ˛

6.27 Remarque. Revenons à la définition 6.11. Nous aurions pu considérer la situation


plus générale où fj : X Ñ R (au lieu de fj : X Ñ R). La proposition 6.26 montre qu’on
peut remplacer les fj par des fonctions gj : X Ñ R, sans changer l’intégrale. ˛

Nous concluons cette section par une illustration concrète du principe chaque
théorème « partout pour µ » a des analogues « p. p. pour µ ou µ ».
6.28 Théorème (Théorème de convergence monotone, variante p. p.). Soit pfn qn
une suite croissante p. p. de fonctions positives p. p. convergeant p. p. vers f .
ż ż
Alors lim fn dµ “ f dµ. ˛
n

Démonstrations

Dans les démonstrations de cette section, nous aurons besoin du corollaire


6.19 et de la proposition 6.30, qui seront démontrés ultérieurement.

Démonstration de la proposition 6.21. Notons que f est T -mesurable. Il suffit de montrer l’éga-
lité des deux intégrales si f ľ 0 (justifier). Cette égalité est claire si f est T -étagée. Le cas
général s’obtient en considérant une suite pfn qn de fonctions T -étagées positives telle
que fn Õ f (suite dont l’existence découle du corollaire 3.7) et le corollaire 6.19 (véri-
fier). CQFD

Démonstration żde la proposition


ż 6.22. Nous avons f˘ “ g˘ µ-p. p. (vérifier). Il suffit donc de
montrer que f˘ dµ “ g˘ dµ. Comme f˘ , g˘ sont mesurables et positives, il suffit donc
de montrer la proposition pour des fonctions positives.
ż ż
Soient f, g ľ 0 comme dans l’énoncé. Alors f dµ et g dµ existent. Soit A P T tel
que µpAq “ 0 et f “ g en dehors de A. Soit B :“ XzA Pż T , de sorte que
ż X “ A \ B.
Comme µpAq “ µpAq “ 0, nous avons (proposition 6.15) f dµ “ 0 et g dµ “ 0. Par
A A
ailleurs, f χB “ gχB et donc (proposition 6.21)
ż ż ż
f dµ “ f dµ “ g dµ.
B B B

†. De manière équivalente, g :“ f χpAYBqc .

102
Petru Mironescu Mesure et intégration

Nous obtenons (en utilisant la linéarité de l’intégrale, voir la proposition 6.30)


ż ż ż ż ż ż
f dµ “ pf χA ` f χB q dµ “ f χA dµ ` f χB dµ “ f dµ ` f dµ
ż ż ż ż ż A B

“ f dµ “ g dµ “ g dµ ` g dµ “ g dµ,
B B A B

d’où la conclusion de la proposition. CQFD

Démonstration de la proposition 6.26. Rappelons que A, B P T (théorème 3.5).


a) Montrons, par exemple, la première égalité. Nous avons f` ľ nχA , @ n P N, d’où
ż ż
n µpAq “ n χA ĺ f` ă 8. (6.12)

En faisant n Ñ 8 dans (6.12), nous trouvons µpAq “ 0.


b) Nous
ż avons |f ´ g| “ 8 χAYB . A Y B P T étant négligeable, nous obtenons que
|f ´ g| “ 0 (proposition 6.15).
ż ż
L’égalité f “ g suit du corollaire 6.23. CQFD

Démonstration du théorème 6.28. La fonction f est T -mesurable (proposition 4.20). Soient


An , A P T négligeables tels que fn pxq ľ 0, @ x R An , et fn pxq Õ f pxq, @ x R A. Soit
B :“ A Y Yn An P T , qui est négligeable. Le corollaire 6.24 et le théorème de convergence
monotone donnent
ż ż ż ż
f dµ “ f dµ “ lim fn dµ “ lim fn dµ. CQFD
X XzB n XzB n X

6.29 Remarque. Retenir le principe de preuve du théorème 6.28, qui permet


de remplacer des hypothèses satisfaites partout par des hypothèses satisfaites
presque partout : (i) on se place d’abord dans le complémentaire d’un en-
semble négligeable, où nous sommes dans le cadre du théorème « partout » ;
(ii) nous concluons grâce au corollaire 6.24.

6.5 Conséquences du théorème de convergence mo-


notone
Le cadre général est celui d’un espace mesuré pX, T , µq. Toutes les fonctions
de cette partie sont mesurables.
Grâce au théorème de convergence monotone, nous pouvons (enfin !) montrer
la linéarité de l’intégrale.

103
Intégrale 6.5 Conséquences du théorème de convergence monotone

6.30
ż Proposition.
ż Si f , g ont une intégrale, λ P R, et si les sommes
ż f ` λg et
f ` λ g sont bien définies, alors f ` λg a une intégrale et pf ` λgq “
ż ż
f ` λ g.

En particulier, si l’une des fonctions f , g prend uniquementżdes valeurs


finies, si f est intégrable et g a une intégrale (ou l’inverse), alors pf ` λgq “
ż ż
f ` λ g.

6.31 Remarque. Expliquons les hypothèses de la proposition.


f ` λg est bien définie si et seulement si il n’existe pas de point x P X tel que f pxq “
˘8 et λgpxq “ ´f pxq. En particulier, cette hypothèse est satisfaite si f (ou g) est finie en
tout point.
ż ż
Si f et g ont une intégrale, alors f ` λ g est bien définie si et seulement si nous
ż ż ż
n’avons pas en même temps f “ ˘8 et λ g “ ´ f . En particulier, cette hypothèse
est satisfaite si f (ou g) est intégrable. ˛

Le résultat suivant donne plusieurs


ˇż formes
ˇ ż de l’inégalité triangulaire, qui dans
ˇ ˇ
le cas des intégrales prend la forme ˇˇ f ˇˇ ĺ |f |.

6.32 Proposition.
ˇż ˇ ż
ˇ ˇ
a) Si f a une intégrale, alors ˇˇ f ˇˇ ĺ |f |.

b) Si |f | ĺ g et g est intégrable, alors f est intégrable.


ˇż ˇ ż ż
ˇ ˇ
c) Si f ` g a une intégrale, alors ˇˇ pf ` gqˇˇ ĺ |f | ` |g|.

Avant d’énoncer la très utile inégalité de Markov, introduisons une notation


pratique.
6.33 Notation. L’ensemble des points x satisfaisant une propriété P pxq sera noté rP s.
Exemples :
rf ľ 0s :“ tx P X ; f pxq ľ 0u, r|f | ą ts :“ tx P X ; |f pxq| ą tu,
˛
rf P As :“ tx P X ; f pxq P Au, rf ĺ ts :“ tx P X ; f pxq ĺ tu, etc.

6.34 Proposition (Inégalité de Markov). Si t ą 0, alors
ż
1
µpr|f | ą tsq ĺ |f |. (6.13)
t

104
Petru Mironescu Mesure et intégration

Plus généralement, si 1 ĺ p ă 8 et t ą 0, alors


ż
1
µpr|f | ą tsq ĺ p |f |p . ˛ (6.14)
t

La proposition 6.35, qui suit, est une variante du résultat suivant, bien connu :
„ ż1 
f continue et positive sur r0, 1s, f pxq dx “ 0 ùñ f “ 0.
0

6.35 Proposition.
ż
a) Si f ľ 0 et f “ 0, alors f “ 0 p. p.
ż
b) Si |f | “ 0, alors f “ 0 p. p.
ż ż
c) Plus généralement, si g, h sont intégrables, g ĺ h et g“ h, alors g “ h
p. p.

Le résultat suivant permet de permuter série et intégrale.


6.36 Théorème (Intégrale d’une série). Si fn , n ľ 0, sont positives, alors
ż ÿ ÿż
fn “ f n .‡ (6.15)
n n

Les résultats suivants sont des variantes de la relation de Chasles


żb żc żc
f pxq dx ` f pxq dx “ f pxq dx.
a b a

Le lien de la proposition 6.37 b) avec la relation de Chasles pourra être compris


une fois établis les résultats de la section 6.6.
6.37 Proposition. On suppose que f : X Ñ R a une intégrale.
a) Si A P T , alors f|A a une intégrale.
ż ż ż
b) Si X “ A \ B, où A, B P T , alors f “ f ` f .†
A B
ż ÿż
c) Plus généralement, si X “ \n An , avec An P T , @ n, alors f“ f.
n An

†. Dans la littérature anglophone, connue plutôt comme l’inégalité de Tchebychev.


‡. ř
Rappelons que les fonctions fn sont implicitement supposées mesurables. Pas la fonction
f :“ n fn . Le théorème affirme donc : que f est mesurable, que f a une intégrale, que chaque fn
a une intégrale, et que l’égalité (6.15) est vraie.

105
Intégrale 6.5 Conséquences du théorème de convergence monotone

ż ż
d) Si An P T , @ n, et An Õ X, alors f “ lim f.
n An

Exercices

Le théorème de la suite croissante pour les ensembles s’accompagne du théo-


rème de la suite décroissante (voir la proposition 4.2). Voici le compagnon dé-
croissant du théorème de convergence monotone 6.18 (qui, rappelons-le, porte
sur une suite croissante).

6.38 Exercice (Théorème de convergence décroissante). Soit pX, T , µq un espace mesuré.


Soit pfn qn une suite de fonctions mesurables et positives sur X telle que fn Œ f .
ż ż ż
a) Si f0 ă 8, montrer que fn Ñ f .
ż ż ż
b) Montrer que, si f0 “ 8, alors nous n’avons pas nécessairement fn Ñ f . ˛

Voici un exercice facile une fois montrée la proposition 6.30. Il est instructif
d’essayer de le prouver (même pour n “ 2) sans faire appel à cette proposition.
ř
6.39 Exercice. Soit f une fonction étagée, de représentation f “ ni“1 ai χAi . Si µpAi q ă 8
ż ÿn
pour tout i, alors f a une intégrale et dans ce cas nous avons f “ ai µpAi q. ˛
i“1

L’exercice suivant est fondamental en théorie des probabilités. C’est une consé-
quence facile de la proposition 6.37.

6.40 Exercice (Mesure à densité). Soit pX, T , µq un espace mesuré. Soit f : X Ñ r0, 8s
une fonction mesurable positive.
Soit
ż
νpAq :“ f dµ, @ A P T . (6.16)
A

Montrer que ν est une mesure sur T . ˛

6.41 Définition (Mesure à densité). La mesure ν définie par (6.16) est une mesure
à densité f par rapport à µ. ˛
ż ż
†. Chacune des intégrales f, f existe, d’après l’item a). Entre autres, l’item b) affirme que
ż ż A B

la somme f` f existe. Remarque analogue concernant l’item c).


A B

106
Petru Mironescu Mesure et intégration

Démonstrations

Là où cela n’est pas fait, vérifier, grâce aux outils des sections 3.2 et 3.3, la me-
surabilité de toutes les fonctions qui interviennent dans les preuves qui suivent.

Démonstration de la proposition 6.30. Prenons λ “ 1. Le cas où λ est quelconque s’obtient en


combinant le cas λ “ 1 avec la proposition 6.12 (vérifier).

Commençons par le cas f, g ľ 0. Soient pfn qn , pgn qn deux suites de fonctions étagées
positives telles que fn Õ f et gn Õ g. Alors fn ` gn Õ f ` g et donc (en utilisant la
proposition 6.4 b) et le corollaire 6.23)
ż ż ˆż ż ˙ ż ż
pf ` gq “ lim pfn ` gn q “ lim fn ` gn “ lim fn ` lim gn
n n n n
ż ż
“ f ` g.

Dans le cas général, nous avons

pf ` gq` ´ pf ` gq´ “ f ` g “ f` ´ f´ ` g` ´ g´ ,

d’où

pf ` gq` ` f´ ` g´ “ pf ` gq´ ` f` ` g` .

Il s’ensuit que
ż ż ż ż ż ż
pf ` gq` ` f´ ` g´ “ pf ` gq´ ` f` ` g` . (6.17)

ż ż ż ż ż ż
Si f, g et
g ont un sens, alors pf ` gq` ´ pf ` gq´ a un sens (vérifier,
f`
ż
en examinant par exemple le cas où f` “ 8) et (6.17) donne
ż ż ż ż ż ż
pf ` gq` ´ pf ` gq´ “ f` ´ f´ ` g` ´ g´ , (6.18)

d’où
ż ż ż ż ż ż ż
pf ` gq “ pf ` gq` ´ pf ` gq´ “ f` ´ f´ ` g` ´ g´
ż ż CQFD
“ f ` g.

Il est important de retenir le principe de la preuve de la proposition 6.30, que


nous résumons dans la remarque suivante.

107
Intégrale 6.5 Conséquences du théorème de convergence monotone

6.42 Remarque. Pour montrer une propriété des fonctions intégrables (ou qui
ont une intégrale) f , g, etc. :
1. Nous commençons par les fonctions positives f˘ , g˘ , etc.
2. Les hypothèses sur f , g, etc., permettent de retrancher les formules obte-
nues.
3. Si nécessaire, pour montrer, dans le cas des fonctions positives, les proprié-
tés demandées, il faut commencer par considérer des fonctions étagées et
de passer à la limite en utilisant le théorème de convergence monotone ou
sa conséquence, le corollaire 6.19.
4. Dans le cas des fonctions étagées, les propriétés demandées sont évidentes
ou relativement simples à montrer.

Ainsi, ce schéma permet de ramener la preuve au cas plus facile des fonctions
étagées positives et de la compléter de manière automatique en utilisant les étapes 1–3.

Démonstration de la proposition 6.32.


a) découle, via la proposition 6.30, de
ˇż ˇ ˇż ż ˇ ż ż ż ż
ˇ ˇ ˇ ˇ
ˇ f ˇ “ ˇ f` ´ f´ ˇ ĺ f` ` f´ “ pf` ` f´ q “ |f |.
ˇ ˇ ˇ ˇ
ż
b) Nous avons 0 ĺ f˘ ĺ |f | “ f` ` f´ ĺ g, d’où f˘ ă 8. (Conclure !)

c) En utilisant l’inégalité |f ` g| ĺ |f | ` |g| et l’item a) (pour f ` g), nous obtenons


ˇż ˇ ż ż ż ż
ˇ ˇ
ˇ pf ` gqˇ ĺ |f ` g| ĺ p|f | ` |g|q “ |f | ` |g|. CQFD
ˇ ˇ

Démonstration
ż de la proposition
ż 6.34. Soit A :“ r|f | ą ts “ tx P X ; |f pxq| ą tu. Alors |f |p ľ
tp χA , d’où |f |p ľ tp χA “ tp µpAq. CQFD

Démonstration de la proposition 6.35. Montrons d’abord que c) implique a) et b).


« c) ùñ a) ». Il suffit de prendre g :“ 0 et h :“ f .
« c) ùñ b) ». En prenant g :“ 0 et h :“ |f |, nous obtenons |f | “ 0 p. p. Soit A P T tel que
µpAq “ 0 et |f | “ 0 sur XzA. Alors f “ 0 sur XzA, et donc f “ 0 p. p.
c) Soient A :“ r|f | “ 8s, B :“ r|g| “ 8s, C :“ A Y B. Grâce à la proposition 6.26, nous
avons A, B, C P T et µpAq “ µpBq “ µpCq “ 0 (justifier).
Posons gr :“ gχXzC , r
h :“ hχXzC , de sorte que gr et r
h sont finies en tout point et gr ĺ r
h.
Le corollaire 6.24 donne
ż ż ż ż
gr “ g “ h “ r h. (6.19)

108
Petru Mironescu Mesure et intégration

En combinant (6.19) avec la proposition 6.30, nous obtenons


ż
pr
h ´ grq “ 0. (6.20)

Posons k :“ r h ´ gr ľ 0. L’inégalité de Markov (6.13) combinée avec (6.20) donne


µprk ą tsq “ 0, @ t ą 0. Soit D :“ rk ‰ 0s P T . Comme D “ Yn rk ą 2´n s (justifier),
nous obtenons µpDq “ 0 (justifier).
Enfin, notons que, sur XzpC Y Dq, nous avons g “ gr “ r
h “ h (vérifier). Comme C Y D
est négligeable (justifier), nous obtenons que g “ h p. p. CQFD

Démonstration
ř řdu théorème 6.36. Posons gn :“ f0 ` f1 ` . . . ` fn ľ 0. Nous avons 0 ĺ gn Õ
f
n n , d’où n fn est mesurable. Par convergence monotone, nous trouvons
ż ÿ ż ż ˆż ż ż ˙ ÿż
fn “ lim gn “ lim gn “ lim f0 ` f1 ` . . . fn “ fn . CQFD
n n n
n n

ż
Démonstration de la proposition 6.37. f ayant une intégrale, nous avons soit f` ă 8, soit
ż ż
f´ ă 8. Supposons, par exemple, que f´ ă 8.

Si A P T , posons fA :“ f χA .
ż
a) Nous avons fA mesurable et 0 ĺ pfA q˘ ĺ f˘ . Nous trouvons que pfA q´ ă 8 (justi-
ż ż
fier), et donc fA “ f a un sens (justifier).
A
b) Nous avons pfA q˘ ` pfB q˘ “ f˘ , d’où (justifier)
ż ż ż ż ż
f˘ “ pfA q˘ ` pfB q˘ “ f˘ ` f˘ ;
A B

nous obtenons la conclusion en retranchant les deux égalités ainsi obtenues.


c) Il suffit de prouver l’égalité pour f˘ à la place de f (justifier) ; ainsi, nous pouvons
supposer f ľ 0.
Posons Bn :“ A0 \ A1 \ . . . \ An . Alors Bn Õ X, Bn P T et 0 ĺ fBn Õ f . Nous
trouvons (justifier, en particulier en utilisant le théorème de convergence monotone
6.18)
ż ż ż ż
f “ lim fBn “ lim fBn “ lim pfA0 ` fA1 ` . . . ` fAn q
n n n
ˆż ż ż ˙ ÿż
“ lim fA0 ` fA1 ` . . . ` fAn “ f.
n An
n

d) C’est compris dans le calcul précédent. CQFD

109
Intégrale 6.6 Lien avec les intégrales habituelles

6.6 Lien avec les intégrales habituelles


Comme expliqué dans l’introduction générale de ce texte, l’intégrale par rap-
port à la mesure de Lebesgue dans R a été construite pour généraliser l’intégrale de
Riemann. Dans cette section, nous allons nous convaincre qu’il s’agit bien d’une
généralisation, du moins lorsque la fonction à intégrer est continue.

6.43 Définition (Fonction Lebesgue intégrable). Une fonction f : A Ñ R est


Lebesgue intégrable si :
i) A Ă Rn est Lebesgue mesurable, c’est-à-dire A P Ln .
ii) f est intégrable par rapport à la mesure de Lebesgue λn .
Définition analogue pour « f a une intégrale de Lebesgue ».

Dans cette section, nous travaillons dans pR, BR , ν1 q, avec des fonctions conti-
nues sur un intervalle I. Une fonction continue étant borélienne, nous avons
ż ż
f dλ1 “ f dν1 ,
I I

au sens où l’une des intégrales existent si et seulement si l’autre existe, et dans ce


cas elles sont égales (ceci découle de l’exercice 3.18 a) et de la proposition 6.21).
6.44 Proposition (Intégrale de Riemann et intégrale de Lebesgue). Si ra, bs est
un intervalle compact et f : ra, bs Ñ R est une fonction continue, alors f est
Lebesgue intégrable sur ra, bs et
ż ż żb
f dλ1 “ f dν1 “ f pxq dx, (6.21)
ra,bs ra,bs a

la dernière intégrale étant l’intégrale usuelle (de Riemann).

Une autre intégrale couramment utilisée est l’intégrale généralisée. Le cas le


plus simple, que nous considérons ici, est celui d’une fonction continue sur un
intervalle non compact I. Dans ce cas, l’intégrale généralisée se définit en ap-
prochant I par des intervalles compacts. Exemple typique : si f :s0, 1s Ñ R est
continue, alors
ż1 ż1
f pxq dx :“ lim f pxq dx (sous réserve d’existence de la limite).
0 εÑ0` ε

Le résultat suivant fait le lien entre intégrales généralisées et de Lebesgue.

110
Petru Mironescu Mesure et intégration

6.45 Proposition (Intégrale généralisée et intégrale de Lebesgue). Soit I un


intervalle non compact d’extrémités a et b. Soit f : I Ñ R une fonction continue.
Nous avons :
ż żb
a) Si f est positive, alors f dν1 “ f pxq dx.†
I a
b) f est Lebesgue intégrable sur I si et seulement si l’intégrale généralisée
żb ż żb
f pxq dx converge absolument, et dans ce cas f dν1 “ f pxq dx.
a I a
ż żb
c) Si l’intégrale de Lebesgue f dν1 existe, alors l’intégrale généralisée f pxq
ż I a

dx existe et est égale à f dν1 .


I
żb
d) Si l’intégrale généralisée f pxq dx existe, alors l’intégrale de Lebesgue
ż a

f dν1 n’existe pas nécessairement.


I

6.46 Convention (Abus de notation pour l’intégrale de Lebesgue). Si I Ă R est un


intervalle, si f : I Ñ R aż une intégrale de Lebesgue
ż et s’il
ż n’y a pas de risque de
confusion, nous écrivons f pxq dx à la place de f dν1 ou f dλ1 .
I I I

Exercices

6.47 Exercice. Soit fn : R Ñ R, fn pxq :“ ´px ` nq´ . Montrer que :


ż
a) fn dν1 existe, @ n.

b) fn Õ 0.
ż ż
c) fn dν1 Ñ/ 0 dν1 .

d) Comparer cet exemple aux hypothèses et à la conclusion du théorème de convergence


monotone. ˛

Démonstrations

Démonstration de la proposition 6.44. Quitte à remplacer f par f˘ , nous pouvons supposer


f ľ 0 (justifier).

†. Cette égalité comprend l’existence des deux intégrales.

111
Intégrale 6.6 Lien avec les intégrales habituelles

Soit σ une division de ra, bs, déterminée par les points a “ x0 ă x1 ă . . . ă xn “ b.


Nous associons à cette division la somme de Darboux inférieure
n
ÿ
sσ :“ pxj ´ xj´1 q inf f.
rxj´1 ,xj s
j“1

Si nous définissons
n´1
ÿ
fσ : ra, bs Ñ R, fσ :“ inf f χrxj´1 ,xj r ` inf f χrxn´1 ,xn s ,
rxj´1 ,xj s rxn´1 ,xn s
j“1

alors clairement fσ est étagée et


ż ż
sσ “ fσ dν1 “ fσ χra,bs dν1 .
ra,bs R

Rappelons les résultats suivants, rencontrés dans la construction de l’intégrale de Rie-


mann :
a) Si τ est « plus fine » que σ,† alors sσ ĺ sτ et fσ ĺ fτ .
b) Si nous prenons une suite pσn qn de divisions de plus en plus fines et telles que les
normes des divisions,‡ }σn }, tendent vers 0, alors fσn Ñ f uniformément sur ra, bs.
c) Nous avons
żb
lim sσn “ f pxq dx.
n a

Si nous posons gn :“ fσn χra,bs , alors les gn sont des fonctions étagée positives telles
que 0 ĺ gn Õ f χra,bs . Nous en déduisons (justifier) que
ż ż ż żb
f dν1 “ lim gn dν1 “ lim gn dν1 “ lim sσn “ f pxq dx. CQFD
ra,bs n n n a

Démonstration de la proposition 6.45. Nous prenons I :“ r0, 8r ; les arguments ci-dessous s’a-
daptent facilement à tous les autres types d’intervalles non compacts.
a) Posons fn :“ f χr0,ns , de sorte que fn Õ f (sur I). Avec la notation gr :“ gχI , nous
avons aussi frn Õ fr (sur R). Nous trouvons, en combinant le théorème de convergence
monotone, la proposition 6.44 et la définition de l’intégrale généralisée,
ż ż ż ż ż
f dν1 “ r
f dν1 “ r r
lim fn dν1 “ lim fn dν1 “ lim f dν1
I R R n n R n r0,ns
żn ż8
“ lim f pxq dx “ f pxq dx.
n 0 0
†. τ est plus fine que σ si les points qui déterminent τ contiennent ceux qui déterminent σ.
‡. La norme d’une division σ déterminée par les points a “ x0 ă x1 ă . . . ă xn “ b est la
longueur du plus grand intervalle rxj´1 , xj s : }σ} “ maxj“1,...,n pxj ´ xj´1 q.

112
Petru Mironescu Mesure et intégration

b) Nous avons (justifier, en utilisant l’item a) et les propriétés des intégrales généralisées)
ż ż
f Lebesgue intégrable sur I ðñ f` dν1 ă 8 et f´ dν1 ă 8 ðñ
I I
ż8 ż8 ż8
f` pxq dx ă 8 et f´ pxq dx ă 8 ðñ pf` pxq ` f´ pxqq dx ă 8
0 0 0
ż8 ż8
|f pxq| dx ă 8 ðñ f pxq dx converge absolument.
0 0
Si ces conditions équivalentes sont satisfaites, alors (justifier)
ż ż ż ż8 ż8
f dν1 “ f` dν1 ´ f´ dν1 “ f` pxq dx ´ f´ pxq dx
I I I 0 0
ż8 ż8
“ pf` pxq ´ f´ pxqq dx “ f pxq dx.
0 0
ż ż ż8
c) Si f a une intégrale, alors f` dν1 ´ f´ dν1 a un sens. Il s’ensuit que f` pxq dx ´
ż8 I I 0

f´ pxq dx a également un sens. Nous obtenons l’égalité des deux intégrales comme
0
dans l’item b).
d) Il suffit de trouver un contre-exemple. Nous définissons f : r0, 8rÑ R de la manière
suivante. Pour k P N, f p4kq :“ 0, f p4k ` 1q :“ 1{pk ` 1q, f p4k ` 2q :“ 0, f p4k ` 3q :“
´1{pk ` 1q. Ceci définit f sur N. Nous définissons f sur r0, 8rĂ N en exigeant qu’elle
soit affine sur chaque intervalle rn, n ` 1s avec n P N. †
Soit Epxq la partie entière de x. Nous vérifions aisément que ‡
żx
1
0ĺ f ptq dt ĺ , @ x ľ 0,
0 Epx{4q `1
ż8
et donc f a une intégrale généralisée, qui vaut f pxq dx “ 0.
0
Par ailleurs, nous avons
ż
f` pxq dx “ 1 ` 1{2 ` . . . ` 1{k, @ k P N˚ ,
r0,4ks

d’où (justifier)
ż ż8 ż
f` dν1 “ f` pxq dx “ lim f` pxq dx
I 0 kÑ8 r0,4ks

“ lim p1 ` 1{2 ` . . . ` 1{kq “ 8.


kÑ8
ż
De même, f´ dν1 “ 8. Il s’ensuit que f n’a pas d’intégrale (de Lebesgue). CQFD
I
†. Tracer le graphe de f sur r0, 8s, pour avoir l’intuition de son allure.
ż 4k
‡. Indication. Écrire x “ 4k ` r, avec k P N et 0 ĺ r ă 4, et montrer que f ptq dt “ 0 et que
ż 4k`r 0
1
Jk prq :“ f ptq dt ĺ . Cette deuxième propriété se vérifie graphiquement en notant que
4k k`1
1
la plus grande valeur de Jk prq s’obtient pour r “ 1, et vaut .
k`1

113
Intégrale 6.7 Lien avec les séries

6.7 Lien avec les séries


Le thème général de cette section est que la somme d’une série peut être in-
terprétée comme une intégrale par rapport à la mesure de comptage.

Soit X un ensemble quelconque. Nous considérons sur X la tribu PpXq et,


sur PpXq, la mesure de comptage µ. Dans ce cadre, toute fonction f : X Ñ R
est mesurable, et toute partie de X est mesurable. Nous n’allons donc pas nous
intéresser à la mesurabilité dans ce qui suit.

6.7.1 X est fini

Dans ce cas, toute fonction est une fonction étagée. Nous avons donc :
ř
a) Si f żľ 0, alors f “ xPX f pxqχtxu est une représentation admissible. Il s’ensuit
ÿ
que f “ f pxq.
xPX

b) Si f est de signe quelconque, alors f a une intégrale si żet seulement si f ne


ÿ
prend pas en même temps les valeurs ˘8, et dans ce cas f “ f pxq (justi-
xPX
fier, en partant de f “ f` ´ f´ ).
c) f est intégrable si et seulement si f n’a que des valeurs finies (justifier).

6.7.2 X“N

Dans ce cas, nous pouvons identifier une fonction f : N Ñ R à une suite


pan qnľ0 .

Le résultat qui suit fait echo à la proposition 6.45.


6.48 Proposition.
ż ÿ
a) Si f ľ 0, alors f“ an .
n
ř
b) f est intégrable
ż si et seulement si n an est absolument convergente, et
ÿ
dans ce cas f “ an .
n
ż ÿ
ř
c) Si f a une intégrale, alors n an existe et f“ an .
n
ř
d) Si n an existe, alors f n’a pas nécessairement une intégrale.

114
Petru Mironescu Mesure et intégration

Démonstrations

Démonstration de la proposition 6.48.


a) Soit An :“ t0, . . . , nu Õ N. Nous avons (justifier, en utilisant la proposition 6.37 d) et
la section 6.7.1)
ż ż n
ÿ ÿ
f “ lim f “ lim aj “ an .
n An n
j“0 n

b) Nous avons
ÿ
f est intégrableðñles intégrales de f˘ sont finiesðñles séries pan q˘
n
ÿ ÿ
sont convergentesðñ la série |an | “ ppan q` ` pan q´ q est convergente.
n n

Si tel est le cas, alors


ż ż ż ÿ ÿ ÿ ÿ
f “ f` ´ f´ “ pan q` ´ pan q´ “ rpan q` ´ pan q´ s “ an .
n n n n

ż
c) Si f a une intégrale, alors l’une des intégrales f˘ est finie. Supposons par exemple
ż
ř
f´ ă 8. Alors n pan q´ ă 8, ce qui justifie l’égalité

ÿ ÿ ÿ ż ż ż
an “ pan q` ´ pan q´ “ f` ´ f´ “ f.
n n n

ř
d) Posons an :“ p´1qn {pn ` 1q. Alors n an converge (série alternée), alors que
ÿ ÿ
pan q` “ pan q´ “ 8
n n

(vérifier). Par conséquent, f n’a pas d’intégrale (justifier). CQFD

6.7.3 X est dénombrable

Dans ce cas, il existe une bijection Φ : N Ñ X. Posons g :“ f ˝ Φ : N Ñ R.


ż ż
6.49 Proposition. L’intégrale f existe si et seulement si l’intégrale g existe.
ż
X ż ÿ N

En cas d’existence, nous avons f“ g“ f pΦpnqq. ˛


X N n

115
Intégrale 6.7 Lien avec les séries

Démonstrations

Démonstration de la proposition 6.49. Il suffit de montrer l’égalité des intégrales dans le cas où
f ľ 0 (justifier).
Soient An :“ t0, . . . , nu, Bn :“ ΦpAn q. Alors An Õ N et, de plus, Bn Õ X (vérifier),
d’où (justifier, comme dans la proposition 6.48)
ż ż ÿ ÿ ż ż
f “ lim f “ lim f pxq “ lim f pΦpkqq “ lim g“ g.
X n Bn n n n An N
xPBn kPAn

La deuxième égalité de l’énoncé découle de la proposition 6.48 c). CQFD

6.7.4 Sommation par paquets et convergence commutative

Dans cette partie, X est dénombrable et Φ : N Ñ X est une bijection. Nous


supposons toujours que f : X Ñ R a une intégrale.
Nous considérons une partition de X, X “ \n An , avec les An d. d. d. (chaque
An est un « paquet »).

6.50 Proposition (Sommation par paquets).


ż ÿż
a) Nous avons f“ f.
X n An
ż ÿ ÿ
b) Si chaque An est fini, nous avons f“ f pxq.†
X n xPAn

c) Dans le cas particulier X “ N2 , nous avons


ż ˜ ¸ ˜ ¸
8
ÿ 8
ÿ 8
ÿ 8
ÿ
f pm, nq dµpm, nq “ f pm, nq “ f pm, nq . ˛
N2 m“0 n“0 n“0 m“0

ř
6.51 Définition (Série commutativement convergente). Une série n an est com-
mutativement
ř convergente si, pour
ř toute bijection ϕ : N Ñ N, la somme de la série

n aϕpnq existe et est égale à n an . ˛

6.52 Proposition (Série commutativement convergente).


a) Une série à termes positifs est commutativement convergente.
b) Une série absolument convergente est commutativement convergente. ˛
ř ř
†. Cette égalité implique que « la somme de sommes » n xPAn f pxq existe.
‡. Il n’est pas demandé que la série soit convergente.

116
Petru Mironescu Mesure et intégration

Démonstrations

Démonstration de la proposition 6.50. Il suffit de considérer le cas où f ľ 0 (justifier).


a) est un cas particulier de la proposition 6.37 c).
b) découle de la section 6.7.1.
c) Justifions, par exemple, la première égalité.
Soit An :“ tpm, nq ; m P Nu. Alors N2 “ \n An . Nous trouvons (proposition 6.50 a))
ż ÿż
f pm, nq dµpm, nq “ f. (6.22)
N2 n An

À n fixé, soit Bm :“ tpj, nq ; 0 ĺ j ĺ mu. Alors Bm Õ An et f|An a une intégrale, d’où


(proposition 6.37 d))
ż ż m
ÿ ÿ
f “ lim f “ lim f pj, nq “ f pm, nq. (6.23)
An m Bm j“0 m

Nous concluons en combinant (6.22) et (6.23). CQFD

Démonstration de la proposition 6.52.


ż ż
a) La proposition 6.49 donne f “ f ˝ ϕ. Nous concluons grâce à la proposition 6.48.
N N
b) découle de a) (justifier). CQFD

6.8 Pour aller plus loin

6.8.1 Caractérisation des fonctions Riemann intégrables


Nous avons investigué dans la section 6.6 le lien entre l’intégrale de Riemann
ou généralisée d’une fonction continue et son intégrale par rapport à la mesure
de Lebesgue ν1 .
L’intégrale de Riemann est définie pour des fonctions qui ne sont pas néces-
sairement continues. Dans ce cadre, nous avons le résultat suivant.
6.53 Théorème (Critère de Lebesgue). Soit f : ra, bs Ñ R. Nous avons :
a) f est Riemann intégrable sur ra, bs si et seulement si :
1. f est bornée.
2. L’ensemble de points de discontinuité de f est ν1 -négligeable.
ż
b) Si f est Riemann intégrable, alors f est λ1 -intégrable sur ra, bs et f dλ1 “
ra,bs
żb
f pxq dx. (Donc, en particulier, une fonction Riemann-intégrable est Lebesgue-
a
mesurable.) ˛

117
Intégrale 6.8 Pour aller plus loin

Rappelons que λ1 est la complétée de la mesure de Lebesgue ν1 .


Pour la preuve complète de ce théorème, voir Natanson [17, section V.4] ; voir
également Taylor [21, Proposition 3.10]. Nous montrons ici une partie de celui-ci :
6.54 Proposition. Si f : ra, bs Ñ R est une fonction Riemann intégrable, alors f est
ż żb
Lebesgue intégrable et f dλ1 “ f pxq dx. ˛
ra,bs a

Démonstration. Nous pouvons supposer f ľ 0. En effet, si f est Riemann intégrable, alors f est
bornée et il suffit de montrer l’égalité des deux intégrales pour la fonction f ´ m ľ 0, avec m
minorant de f (justifier).
Nous utilisons les notations de la preuve de la proposition 6.44. Soit σ une division de ra, bs
et soit sσ la somme de Darboux supérieure
n
ÿ
sσ :“ pxj ´ xj´1 q sup f.
j“1 rxj´1 ,xj s

Nous associons à sσ la fonction


n´1
ÿ
f σ : ra, bs Ñ R, f σ :“ sup f χrxj´1 ,xj r ` sup f χrxn´1 ,xn s ,
j“1 rxj´1 ,xj s rxn´1 ,xn s

de sorte que
ż ż ż
σ σ σ
s “ f dν1 “ f χra,bs dν1 “ f σ χra,bs dλ1 .
ra,bs R R

Par ailleurs, nous avons alors 0 ĺ fσ ĺ f ĺ f σ .


Rappelons que, si pσn qn est une suite de divisions de plus en plus fines et telles que }σn } Ñ 0,
alors :
żb żb
a) sσn Õ f pxq dx et s Œ
σ n f pxq dx.
a a
b) fσn Õ et f σn Œ.
Posons g :“ limn fσn et h :“ limn f σn . De ce qui précède, g et h sont boréliennes,
ż 0 ĺ
g ĺ f ĺ h et (en utilisant le théorème de convergence monotone et l’exercice 6.38) fσn dλ1 Õ
ż ż ż
g dλ1 , f σn dλ1 Œ h dλ1 . Il s’ensuit que

ż ż żb
g dλ1 “ h dλ1 “ f pxq dx ă 8. (6.24)
ra,bs ra,bs a

ż
Comme g ĺ h et ph ´ gq dλ1 “ 0, nous obtenons que g “ h λ1 -p. p. sur ra, bs (proposi-
ra,bs
tion 6.35). Soit A P L1 , A Ă ra, bs, tel que λ1 pAq “ 0 et g “ h sur ra, bszA. Comme g ĺ f ĺ h,

118
Petru Mironescu Mesure et intégration

nous obtenons que f “ g “ h sur ra, bszA et en particulier f “ g λ1 -p. p. Il s’ensuit que f est
λ1 -mesurable (proposition 4.19 a)).
ż
Par ailleurs, comme f “ g λ1 -p. p. et l’intégrale g dλ1 existe, il s’ensuit que l’intégrale
ż ż ż ra,bs

f dλ1 existe et que f dλ1 “ g dλ1 (proposition 6.22 c)).


ra,bs ra,bs ra,bs
ż
Finalement, en utilisant ce qui précède et (6.24), nous obtenons que f dλ1 est finie et
ra,bs
żb
est égale à f pxq dx. CQFD
a

La réciproque de cette proposition est fausse : même pour une fonction bor-
née, l’intégrabilité au sens de Lebesgue n’entraîne pas celle au sens de Riemann ;
voir l’exercice, classique, qui suit.
6.55 Exercice. Soit f : r0, 1s Ñ R, f :“ χQXr0,1s .
a) Montrer que f est bornée et intégrable par rapport à ν1 (et donc λ1 ).
b) Soit σ une division de r0, 1s. Montrer que sσ “ 0 et sσ “ 1.
c) En déduire que f n’est pas intégrable au sens de Riemann. ˛

6.8.2 De l’intégrale vers la dérivée


żx
Si f : ra, bs Ñ R est continue et si nous posons F pxq :“ f ptq dt, @ x P
a
ra, bs (intégrale de Riemann ou Lebesgue), alors, d’après le théorème de Leibniz-
Newton, F est dérivable et F 1 “ f . Si f n’est plus continue, nous avons le résultat
suivant.
6.56 Théorème (Théorème de différentiation
żx de Lebesgue). Soit f : ra, bs Ñ R
Lebesgue intégrable. Posons F pxq :“ f ptq dt, @ x P ra, bs (intégrale de Lebesgue).
a
Nous avons :
a) F est dérivable ν1 -p. p.
b) En ν1 -presque tout point de dérivabilité nous avons F 1 pxq “ f pxq. ˛

Voir par exemple Stein et Shakarchi [20, section 3.1].

6.8.3 De la dérivée vers l’intégrale


Un corollaire du théorème de Leibniz-Newton
ż est que si F est dérivable avec
x
f :“ F 1 continue, alors (*) F pxq “ F paq ` f ptq dt, @ x P ra, bs.
a

119
Intégrale 6.8 Pour aller plus loin

Pour généraliser (*), nous pouvons affaiblir la condition sur f en demandant


que F soit dérivable p. p. (par rapport à la mesure de Lebesgue) et que sa dérivée
f soit Lebesgue intégrable.
Sous #ces hypothèses, (*) n’est pas nécessairement vraie. Prenons, par exemple,
0, si 0 ĺ x ĺ 1{2
F pxq :“ . Alors F est dérivable sauf en 1{2 et sa dérivée vaut
1, si 1{2 ă x ĺ 1
0 p. p., mais (*) n’est pas satisfaite (vérifier). Plus généralement, (*) est fausse si F
n’est pas continue (car le membre de droite de (*) l’est).
Même en ajoutant la condition de continuité de F , les hypothèses sur F 1 sont
trop faibles. En effet, il existe une fonction continue F : r0, 1s Ñ R telle que
F p0q “ 0, F p1q “ 1 et F 1 pxq “ 0 pour presque tout x. Pour l’existence d’une telle
fonction F (« l’escalier du diable » ou « escalier de Cantor »), voir l’exercice 6.58.
En revanche, si nous imposons la condition plus forte de dérivabilité partout,
alors nous avons le résultat suivant, dû à Lebesgue.
6.57 Théorème (Théorème de Leibniz-Newton généralisée). Soit F : ra, bs Ñ R
continue sur ra, bs et dérivable
ż en tout point de sa, br. Si F 1 est Lebesgue intégrable,
x
alors F pxq “ F paq ` F 1 ptq dt, @ x P ra, bs. ˛
a

Rappelons que, si F est dérivable, alors F 1 est borélienne et donc Lebesgue


mesurable. Pour la preuve du théorème 6.57, voir Natanson [17, section IX.7] et
Rudin [19, Theorem 7.21].
6.58 Exercice (Ensemble de Cantor maigre et escalier du diable). Si I “ ra, bs est un
intervalle compact de R, alors nous notons Ir l’union des deux intervalles obtenus en
enlevant de I l’intervalle ouvert qui a le même centre que I et dont la longueur est un
tiers de celle de I. Exemple : si I “ r´3, 3s (de centre 0), alors Ir “ r´3, ´1s Y r1, 3s.
De manière équivalente, si I “ ra, bs alors Ir :“ ra, a ` pb ´ aq{3s \ ra ` 2pb ´ aq{3, bs.
Nous construisons par récurrence une suite pCj qjľ0 décroissante d’ensembles comme
suit :
1. C0 :“ r0, 1s.
2. Si Cj s’écrit comme une union finie d’intervalles fermés d. d. d. : Cj “ \m
`“1 I` , alors
Cj`1 est défini comme Cj`1 :“ \m r` .
I
`“1
Notons que, par construction, Cj Ă r0, 1s est un compact non vide et que Cj`1 Ă Cj .
a) Posons Uj :“ r0, 1szCj . Montrer que Cj est une union de 2j intervalles compacts d. d.
d. et que Uj est union de 2j ´ 1 intervalles ouverts d. d. d.
b) Calculer ν1 pCj q, j P N.
c) Posons C :“ Xjľ0 Cj . Montrer que C est non vide et calculer ν1 pCq.
Pour j ľ 1 fixé, notons, dans l’ordre de gauche à droite, les intervalles compacts
de la question a) qui donnent Cj : Cj “ ra1 , b1 s \ . . . \ ra2j , b2j s. Nous avons donc

120
Petru Mironescu Mesure et intégration

Uj “sb1 , a2 r\ . . . \sb2j ´1 , a2j r. Nous définissons Fj : r0, 1s Ñ R par récurrence sur j,


comme suit :
(i) F0 pxq :“ x, @ x P r0, 1s.
(ii) Fj pxq :“ pFj´1 pb` q ` Fj´1 pa``1 qq{2 si x P rb` , a``1 s, @ ` “ 1, . . . , 2j ´ 1.
(iii) Fj p0q “ 0 et Fj p1q “ 1.
(iv) Fj est affine sur ra` , b` s, @ ` “ 1, . . . , 2j ´ 1.
d) Montrer que |Fj`1 pxq ´ Fj pxq| ĺ 1{p3 ¨ 2j`1 q, @ x P r0, 1s, @ j ľ 0. En déduire qu’il
existe F : r0, 1s Ñ r0, 1s telle que Fj Ñ F uniformément.
e) Montrer que F p0q “ 0 et F p1q “ 1.
f) Posons U :“ r0, 1szC. Si I Ă U est un intervalle ouvert, montrer que F est constante
sur I.
g) En déduire :
i) Que F est continue sur r0, 1s et dérivable sur U .
ii) Que F n’est pas constante, mais que F 1 pxq “ 0 pour ν1 -presque tout x P r0, 1s. ˛

121
Chapitre 7

Les grands théorèmes

7.0 Aperçu
Nous travaillons dans un espace mesuré, avec des fonctions mesurables.
ż
Le thème général de ce chapitre est la permutation de lim et sous des hy-
pothèses plus faibles que celles du théorème de convergence monotone, qui sont
0 ĺ fn Õ f . Le but ultime étant de ne supposer ni la positivité, ni la monotonie.
En ne supposant plus la convergence monotone, donc uniquement
ż ż sous les
hypothèses fn ľ 0 et fn Ñ f , nous n’avons plus l’égalité lim fn “ lim fn , mais
n n
uniquement l’inégalité
ż ż
lim fn ĺ lim inf fn .† (7.1)
n n

C’est inégalité est un cas particulier du lemme de Fatou, théorème 7.1. L’impor-
tance de ce résultat est en premier lieu théorique : il żpermet d’obtenir sans effort
les principaux résultats de permutation entre lim et , dont le plus célèbre est le
théorème de convergence dominée (de Lebesgue) 7.2.
À son tour, le théorème de convergence dominée permet d’étudier les pro-
priétés des intégrales à paramètre(s). Pour prendre un exemple concret, soit
ż8
sin ptxq
F ptq :“ dx.
0 1 ` x2
ż
†. La limite lim fn n’existe pas, en général ; c’est la raison de l’apparition de la lim inf dans
n
(7.1).

123
Les grands théorèmes 7.1 Lemme de Fatou, théorème de convergence dominée

C’est une intégrale dont t est le paramètre. Les questions basiques sont si F est
continue ou dérivable ; elles seront étudiées dans les sections 7.2, respectivement
7.3.
ż ÿ ÿż
Dans la section 7.4, nous reprenons l’étude de l’égalité fn “ fn , cette
n n
fois-ci sans hypothèse de positivité (théorème 7.18).
Comme cela a été vu avec le théorème 6.28 et sa preuve, et avec la remarque
6.29, si les résultats qui suivent ont des hypothèses satisfaites p. p., nous pouvons traiter
dans la preuve directement le cas où les hypothèses sont satisfaites partout.

Compétences minimales attendues.


a) Savoir utiliser le théorème de convergence dominée 7.2.
b) Savoir étudier les intégrales à paramètre, via les théorèmes 7.10, 7.14, le corol-
laire 7.15.
c) La compétence principale à acquérir est de savoir majorer convenablement
une fonction à paramètre. Typiquement, pour pouvoir appliquer le théorème
de convergence dominée il faut trouver une bonne majoration de la forme

|fn pxq| ĺ gpxq, @ n P N, @ x P X,

avec g indépendante de n et aussi petite que possible. Y arriver sera l’une des dif-
ficultés pratiques majeures de l’apprentissage. En partie, l’analyse est l’art d’ob-
tenir de bonnes inégalités. ˛

Dans tout ce chapitre, nous travaillons dans un espace mesuré pX, T , µq. Sauf
mention contraire, les fonctions considérées sont mesurables. Je ne vérifierai pas
toujours la mesurabilité des fonctions construites à partir de fonctions données
(par exemple, limn fn , avec chaque fn mesurable). Le lecteur est encouragé à le faire ;
ceci fait partie de l’apprentissage de la théorie de la mesure.

7.1 Lemme de Fatou, théorème de convergence domi-


née
7.1 Théorème (Lemme de Fatou). żSoit pfn qn une ż suite de fonctions positives
p. p., et soit f :“ lim inf n fn . Alors f ĺ lim inf fn .
n

Ou encore :
ż ż
lim inf fn ĺ lim inf fn . (7.2)
n n

124
Petru Mironescu Mesure et intégration

Même en ajoutant au lemme de Fatou l’hypothèse fn Ñ f , l’inégalité (7.2) ne


se transforme pas, en général, en égalité (voir l’exercice 7.8). Le résultat suivant
donneżune condition raisonnable et relativement facile à vérifier pour permuter
lim et .

7.2 Théorème (Théorème de convergence dominée (de Lebesgue)). Soient fn ,


f :X Ñ R telles que :
(i) Il existe une fonction intégrable g telle que, pour tout n, |fn pxq| ĺ gpxq
p. p.
(ii) fn pxq Ñ f pxq p. p.
Nous avons :
a) f est intégrable.
ż
b) |fn ´ f | Ñ 0.
ż ż ż ż
c) fn Ñ f , ou encore lim fn “ lim fn .
n n

7.3 Remarque. Comme énoncé, le théorème a comme hypothèse la mesurabilité de f , en plus


de celle des fn .
1. Si l’hypothèse (ii) est satisfaite partout et si chaque fn est mesurable, alors f l’est ; dans
ce cas particulier, la mesurabilité de f n’a donc pas à figurer parmi les hypothèses.
2. Un autre cas où la mesurabilité de f découle de celle des fn est celui des mesures
complètes ; ceci est une conséquence de la proposition 4.20.
3. Néanmoins, dans le cas général, la mesurabilité def ne suit pas des autres hypo-
thèses. En revanche, f est T -mesurable (proposition 4.20) et nous avons les conclu-
sionsż suivantes, qui font żecho aux conclusions
ż a)–c) ci-dessus : a’) f est µ-intégrable ;
b’) |fn ´ f | dµ Ñ 0 ; c’) fn dµ Ñ f dµ. ˛

7.4 Remarque. La plus petite fonction g vérifiant (i) est g :“ supn |fn |. Donc nous pou-
vons remplacer (i) par la condition, plus faible, que supn |fn | est intégrable.
Ceci donne le schéma suivant pour appliquer le théorème :
1. Vérifier que pfn qn converge p. p.
2. Calculer g :“ supn |fn |.
3. Vérifier que g est µ-intégrable. †
Dans la pratique, supn |fn | peut être difficile à calculer, et la formulation ci-dessus du
théorème est plus convenable. ˛

Le résultat suivant a une grande importance théorique. Conceptuellement, il


affirme que les hypothèses du théorème de convergence dominée sont nécessaires, du
moins le long d’une sous-suite.
†. C’est-à-dire que son intégrale, qui existe car g est mesurable et positive, est finie.

125
Les grands théorèmes 7.1 Lemme de Fatou, théorème de convergence dominée

7.5 Théorème (Réciproque


ż du théorème de convergence dominée). Soient fn , f
intégrables telles que |fn ´ f | Ñ 0. Alors il existe une sous-suite pfnk qk et une
fonction intégrable g telles que :
(i’) |fnk | ĺ g, @ k.
(ii’) fnk Ñ f p. p. ˛

Exercices

Les exercices qui suivent ont pour but d’illustrer la nécessité des hypothèses
ou l’optimalité des conclusions des théorèmes de cette section.

7.6 Exercice. En considérant les fonctions fn : R Ñ R, fn pxq :“ ´px ` nq´ , @ n P N,


@ x P R, montrer que l’hypothèse fn ľ 0 est essentielle pour avoir la conclusion du
lemme de Fatou. ˛

7.7 Exercice. À l’aide de fn : R Ñ R, fn :“ χrn,n`1r , montrer que l’hypothèse (i) du


théorème de convergence dominée 7.2 est nécessaire. ˛

7.8 Exercice. Si m, n P N˚ et m2 ă n ĺ pm ` 1q2 , posons

An :“ rpn ´ m2 q{p2m ` 1q, pn ` 1 ´ m2 q{p2m ` 1qs

et fn :“ χAn ` 1{pn ` 1qχrn`1,n`2s . Montrer que :


ż
a) |fn | dν1 Ñ 0.

b) Il n’existe pas g intégrable telle que |fn | ĺ g, @ n.


c) Pour tout x P r0, 1s, nous avons fn pxq Ñ
/ 0.
En déduire qu’en général, dans la réciproque du théorème de convergence dominée
7.5, il faut passer à une sous-suite afin d’avoir (i1 ) et (ii1 ). ˛

Démonstrations

Démonstration du théorème 7.1. Nous pouvons supposer que fn ľ 0 et fn Õ partout (voir la


preuve du théorème 6.28 et la remarque 6.29).
Soit
ż gn :“ infżmľn fm , qui estż mesurable, positive et ĺ fn . Nous avons 0 ĺ gn Õ f ,
d’où f “ lim gn ĺ lim inf fn (justifier, en utilisant le théorème de convergence
n n
monotone 6.18 et la monotonie de l’intégrale). CQFD

Démonstration du théorème 7.2. Soit An P T négligeable tel que |fn pxq| ĺ gpxq si x R An .
Soit B P T négligeable tel que fn pxq Ñ f pxq si x R B. Soit A :“ B Y Yn An P T , qui
est négligeable. En remplaçant les intégrales sur X par des intégrales sur XzA (grâce au

126
Petru Mironescu Mesure et intégration

corollaire 6.24), nous pouvons travailler dans XzA au lieu de X et supposer, ainsi, que
les hypothèses (i) et (ii) sont satisfaites partout au lieu de presque partout (détailler).
Nous avons f mesurable et |f | ĺ g, ce qui montre que f est intégrable (justifier).
Soit B :“ g ´1 p´8q Y g ´1 p8q, qui est négligeable (justifier). Si r h :“ hχB c , il suffit de
r r
prouver la conclusion avec fn , f , gr à la place de fn , f , g (justifier, en utilisant la proposition
6.26). Ainsi, nous pouvons supposer fn , f , g finies.
Posons gn :“ 2g ´ |f ´ fn |, qui est mesurable et positive (vérifier). Nous avons
limn gn “ 2g, ce qui entraîne, via le lemme de Fatou,
ż ż ż ż ż ż
2 g “ 2g ĺ lim inf gn “ lim inf p2g ´ |f ´ fn |q “ 2 g ´ lim sup |f ´ fn |,
n n n
ż ż
d’où lim sup |f ´ fn | ĺ 0. Ceci implique (justifier) lim |f ´ fn | “ 0.
n

Pour la deuxième partie, nous utilisons l’inégalité triangulaire


ˇż ż ˇ ż
ˇ ˇ
ˇ f ´ fn ˇ ĺ |f ´ fn | Ñ 0
ˇ ˇ

(justifier, via les propositions 6.30 et 6.32). CQFD

ż
Démonstration du théorème 7.5. Posons, pour g, h intégrables, dpg, hq :“ |g ´ h|, qui vérifie
l’inégalité triangulaire et est donc une « pseudométrique ».† L’hypothèse est dpfn , f q Ñ 0,
et elle implique que pfn qn est une suite de Cauchy pour la pseudométrique d.
Il existe donc une sous-suite pfnk qk telle que dpfnk , fn` q ĺ 1{2k`1 si k ă `.‡
Posons
ÿ
g :“ |fn0 | ` |fnk`1 ´ fnk |. (7.3)
kľ0

Alors g est mesurable, |fn0 | ĺ g et


ˇ ˇ
ˇ k´1
ÿ ˇ k´1
ÿ
ˇ ˇ
|fnk | “ ˇfn0 ` pfn``1 ´ fn` qˇ ĺ |fn0 | ` |fn``1 ´ fn` | ĺ g, @ k ľ 1.
ˇ ˇ
`“0 `“0

Par ailleurs, nous avons (justifier)


ż ż ÿż ż ÿ
g “ |fn0 | ` |fnk`1 ´ fnk | ĺ |fn0 | ` 1{2k`1
ż
kľ0 kľ0 (7.4)
“ |fn0 | ` 1 ă 8.

†. Une pseudométrique vérifie toutes les propriétés de la métrique (distance) sauf dpx, yq “
0 ùñ x “ y.
‡. Rappelons que, si pxn qn est une suite de Cauchy pour une distance (ou pseudométrique) d,
et si pαk qk est une suite de nombres strictement positifs, alors il existe une sous-suite pxnk qk telle
que dpxnk , xn` q ă αk , @ k ă `.

127
Les grands théorèmes 7.2 Intégrales dépendant d’un paramètre : continuité

Soit B :“ g ´1 p8q P T , qui vérifie µpBq “ 0 (justifier). Pout tout x P B c , la série


ÿ
fn0 pxq ` pfnk`1 pxq ´ fnk pxqq
kľ0

est absolument convergente (ceci découle de (7.3) et de la définition de l’ensemble B),


donc convergente. Notons hpxq la somme de cette série, de sorte que hpxq “ limk fnk pxq
(pourquoi ?).
r ż:“ uχB c . Nous avons frnk Ñ r
Posons, pour toute fonction u, u h et |frnk | ĺ g. Nous
trouvons, par convergence dominée, |frnk ´ r h| Ñ 0 (justifier, en utilisant (7.4)). Le corol-
laire 6.24 implique
ż ż ż ż
|f ´ r h| ĺ |fr ´ frnk | ` |frnk ´ r
h| “ |fr ´ r h|
ż ż
“ |f ´ fnk | ` |frnk ´ r h| Ñ 0,

d’où f “ r
h p. p., ou encore fnk Ñ f p. p. (justifier). CQFD

7.2 Intégrales dépendant d’un paramètre : continuité


Soit Λ une partie d’un espace métrique pY, dq.
7.9 Notation. Soit f : X ˆ Λ Ñ R, f “ f px, λq.
a) La notation f p¨, λq désigne la fonction partielle

f p¨, λq : X Ñ R, X Q x ÞÑ f px, λq, de variable x, obtenue en fixant λ.

b) De même, f px, ¨q désigne la fonction partielle

f px, ¨q : Λ Ñ R, Λ Q λ ÞÑ f px, λq, de variable λ, obtenue en fixant x. ˛

7.10 Théorème (Continuité des intégrales à paramètre). Soit

f : X ˆ Λ Ñ R, f “ f px, λq.

Supposons :
(i) La fonction f p¨, λq est mesurable pour tout λ P Λ.
(ii) La fonction f px, ¨q est continue pour presque tout x P X.
(iii) Pour tout λ0 P Λ, il existe r ą 0 et une fonction intégrable g “ gpxq :
X Ñ r0, 8s telle que, pour tout λ P Bpλ0 , rq X Λ,

|f px, λq| ĺ gpxq, pour presque tout x P X.

128
Petru Mironescu Mesure et intégration

Alors la fonction
ż ż
F : Λ Ñ R, F pλq :“ f p¨, λq dµ “ f px, λq dµpxq,
X X

est continue.

7.11 Remarque.
1. Comme pour le théorème de convergence dominée, l’hypothèse clé dans le théo-
rème 7.10 est l’existence de la fonction g vérifiant (iii).
2. Dans le théorème 7.10, ainsi que dans le théorème 7.14 et le corollaire 7.15, la fonc-
tion g dépend, en principe, de la boule Bpλ0 , rq, mais pas de λ.
3. Dans de nombreuses applications, Λ est un ouvert, et tout r ą 0 tel que Bpλ0 , rq Ă
Λ convient.
4. Si r “ 8 convient,† la majorante g est la même pour tout λ. Néanmoins, cette
situation « idéale » est rarement rencontrée dans la pratique ; le plus souvent, la
fonction g dépend effectivement de λ0 et r. ˛

Exercices

7.12 Exercice. Soit f : R Ñ R Lebesgue intégrable. Montrer que la transformée de Fourier


de f , définie par
ż ż8
´ıxt
fpptq :“ e f pxq dλ1 pxq “ e´ıxt f pxq dx, @ t P R,
R ´8

est une fonction continue et bornée sur R. ˛


ř
7.13 Exercice. Si s ą 1, soit ζpsq :“ nľ1 1{n
s la fonction zêta de Riemann. Montrer que
ζ :s1, 8rÑ R est continue. ˛

Démonstrations

Démonstration du théorème 7.10. Soient pλn qnľ1 Ă Λ, λ0 P Λ tels que λn Ñ λ0 . Soit n0 tel que
λn P Bpλ0 , rq, @ n ľ n0 . Posons hn pxq :“ f px, λn q, hpxq :“ f px, λq. Alors |hn | ĺ g p. p. si
n ľ n0 (grâce à l’hypothèse (iii)) et hn żÑ h p. p.
ż (grâce à l’hypothèse (ii)). En utilisant le
théorème 7.2, nous obtenons F pλn q “ hn Ñ h “ F pλq. CQFD

†. C’est, par exemple, le cas dans exercice 7.12.

129
Les grands théorèmes 7.3 Intégrales dépendant d’un paramètre : dérivabilité

7.3 Intégrales dépendant d’un paramètre : dérivabi-


lité
Dans cette partie, Λ est un ouvert de Rn muni d’une norme. Nous notons Bj :“
B
. Plus généralement, B α désigne une dérivée partielle par rapport à λ.
Bλj
7.14 Théorème (Dérivabilité d’une intégrale à paramètre). Soit

f : X ˆ Λ Ñ R, f “ f px, λq.

Soit j P t1, . . . , nu. Supposons :


(i) żLa fonction f p¨, λq est intégrable pour tout λ P Λ. (La fonction F pλq :“
f p¨, λq dµ est alors bien définie.)

(ii) Il existe Bj f px, ¨q pour presque tout x P X.


(iii) Pour toute boule Bpλ0 , rq Ă Λ, il existe une fonction intégrable g “ gpxq
sur X telle que pour tout λ P Bpλ0 , rq on ait |Bj f px, λq| ĺ gpxq pour presque
tout x P X.
Alors :
a) La dérivée partielle Bj F existe et est donnée par
ż ż
Bf
Bj F pλq “ Bj f px, λq dµpxq “ f px, λq dµpxq.
Bλj

Ou encore : la dérivée de l’intégrale est l’intégrale de la dérivée.


b) Si, de plus, Bj f px, ¨q est continue pour presque tout x, alors Bj F est conti-
nue.

Une récurrence basée sur le théorème 7.14 donne le résultat suivant pour les
dérivées partielles d’ordre supérieur.
7.15 Corollaire. Soit f : X ˆ Λ Ñ R, f “ f px, λq. Soit k P N˚ . Supposons :
ż
(i) Pour tout λ P Λ, la fonction f p¨, λq est intégrable (donc F pλq “ f p¨, λq dµ
est bien définie).
(ii) La fonction f px, ¨q est de classe C k pour presque tout x P X.
(iii) Pour toute dérivée partielle B α d’ordre ĺ k et pour toute boule Bpλ0 , rq Ă
Λ, il existe une fonction intégrable g “ gpxq sur X telle que pour tout
λ P Bpλ0 , rq on ait |B α f px, λq| ĺ gpxq pour presque tout x P X.

130
Petru Mironescu Mesure et intégration

Alors F P C k et, pour tout α d’ordre ĺ k, nous avons


ż
B F pλq “ B α f px, λq dµpxq.
α

Exercices

7.16 Exercice. Montrer que la fonction zêta de Riemann de l’exercice 7.13 est de classe
C 8. ˛

7.17 Exercice (Difficile). Supposons Λ connexe. Montrer nous pouvons, dans le théorème
7.14, remplacer l’hypothèse (i) par l’hypothèse plus faible
(i1 ) pour tout λ P Λ, la fonction f p¨, λq est mesurable et il existe un λ0 P Λ tel que f p¨, λ0 q
soit intégrable. ˛

Démonstrations

Démonstration du théorème 7.14. Nous pouvons supposer les hypothèses (ii) et (iii) satisfaites
pour tout x P X (voir la remarque 6.29).
a) Fixons λ P Λ. Soit r ą 0 tel que Bpλ, rq Ă Λ. Pour t P R tel que |t| ă r, posons
#
pf px, λ ` tej q ´ f px, λqq{t, si t ‰ 0
hpx, tq :“ ,
Bj f px, λq, si t “ 0

de sorte que :
(j) À x fixé, hpx, ¨q est continue.
(jj) À t fixé, hp¨, tq est mesurable (justifier, en considérant d’abord le cas t ‰ 0, puis
en faisant t Ñ 0).
(jjj) |hp¨, tq| ĺ g (justifier, en utilisant le théorème des accroissements finis).
Il s’ensuit que
ż ż ż
F pλ ` tej q ´ F ptq
lim “ lim hp¨, tq dµ “ hp¨, 0q dµ “ Bj f p¨, λq dµ,
tÑ0 t tÑ0

d’où la conclusion.
b) Dans le cas particulier où Bj f px, ¨q est continue pour presque tout x P X, le théorème
7.10 assure la continuité de Bj F . CQFD

7.4 Intégrale d’une série


Cette section fait écho au théorème 6.36. Rappelons la philosophie générale
de ce chapitre : donner des versions des théorèmes du chapitre 6 (basés sur la

131
Les grands théorèmes 7.4 Intégrale d’une série

convergence monotone des fonctions positives) sans supposer la monotonie ou


la positivité.
Commençons par rappeler que, si#pfn qn est une suite de fonctions mesurables,
limn fn pxq, si limn fn pxq existe
alors la fonction donnée par f pxq “ , est mesu-
0, sinon
rable (proposition 3.34).
7.18 Théorème (Intégrale d’une série). Soit pfn qn une suite de fonctions me-
ÿż
surables telle que |fn | ă 8. Nous avons :
n
ř
a) Pour presque tout x, la série n fn pxq converge.
#ř ř
n fn pxq, si n fn pxq existe
b) Si nous posons f pxq :“ , alors f est inté-
0, sinon
ż ÿż
grable et f “ fn .
n
ř
Ou encore (si n fn existe en tout point) :
ż ÿ ÿż
fn “ fn
n n

(l’intégrale de la somme est la somme des intégrales).

Démonstrations

Démonstration du théorème 7.18.


ř
a) Soit g :“ n |fn |, qui est positive et mesurable. Nous avons (justifier)
ż ż ÿ ÿż
g“ |fn | “ |fn | ă 8,
n n
d’où g est intégrable.
Il s’ensuit ´1
ř que l’ensemble A :“ g p8q P T est négligeable (justifier). Pour x P A , la
c

série n fn pxq est absolument convergente, donc convergente. Ceci donne a).
ř
b) Soit B :“ tx P X ; n fn pxq n’existe pasu, de sorte que B P T ,ř B Ă A. (Justifier
pourquoi B P T , par exemple en montrant
ř que B P T .) Soit gn :“ kĺn fk χB c . Alors
c

gn Ñ fż, gn est mesurable


ż et |g n | ĺ |f | ĺ g. Le théorème de convergence
ż dominée
ÿż
k k
ř
donne gn Ñ f . Par ailleurs, nous avons gn “ kĺn fk p. p., d’où gn “ fk
kĺn
(justifier). Nous obtenons
ż ż ÿż ÿż
f “ lim gn “ lim fk “ fk . CQFD
n n
kĺn k

132
Chapitre 8

Mesures produit

8.0 Aperçu
Le volume vol pCq d’un cylindre (plein) droit C est le produit de sa hauteur
h et de l’aire aire pBq de sa base B. De manière équivalente, si C “ ra, bs ˆ B,

vol pra, bs ˆ Bq “ pb ´ aq ˆ aire pBq “ ν1 pra, bsq ˆ aire pBq. (8.1)

À travers cette formule, nous voyons qu’à partir de la mesure µpAq d’un en-
semble A et de la mesure νpBq d’un ensemble B, nous pouvons « naturellement »
définir la mesure de l’ensemble A ˆ B comme le produit µpAq ˆ νpBq.
Dans ce chapitre, nous allons généraliser cette approche, en construisant la me-
sure produit µbν de deux mesures µ et ν (section 8.2). Le principe de la construction
est celui de Cavalieri † : pour calculer le volume volpSq d’un solide S, nous calcu-
lons l’aire airepS h q de sa section, à chaque hauteur h, et nous obtenons
ż
vol pSq “ aire pS h q dh,

ce qui peut également s’écrire comme


ż ˆż ˙
ν3 pSq “ dν2 dν1 phq. (8.2)
Sh

Au préalable, il faudra construire la tribu que mesure µ b ν : il s’agit de la


tribu produit T b S de deux tribus T et S , dont nous donnons la définition et
quelques propriétés fondamentales dans la section 8.1.
†. Cavalieri était un mathématicien italien du 17e siècle. Mais ce principe est déjà énoncé au 3e
siècle par le mathématicien Liu Hui. Voir https://fr.wikipedia.org/wiki/Liu_Hui.

133
Mesures produit 8.0 Aperçu

L’exemple introductif (les aires et les volumes) est cohérent avec cette dé-
marche générale : le produit de la mesure de longueur ν1 et de la mesure d’aire
ν2 est bien la mesure de volume ν3 (corollaire 8.16). Au passage, nous pourrons
(enfin) prouver l’existence de la mesure de Lebesgue νn , n ľ 2, en admettant
l’existence de ν1 (corollaire 8.11).
La section 8.3 traite le cas des produits à plusieurs facteurs, qui repose sur des
récurrences immédiates à partir du cas de deux facteurs.
Dans la section 8.4, nous étudions le passage aux mesures complétées dans les
produits.
Les sections 8.5 et 8.6 sont dédiées aux intégrales itérées, c’est-à-dire aux éga-
lités du style (8.2)
ż ż ˆż ˙
f px, yq dµ b νpx, yq “ f px, yq dµpxq dνpyq
ż ˆż ˙ (8.3)
“ f px, yq dνpyq dµpxq.

Le prototype de cette égalité est la sommation des éléments d’un tableau. En


sommant
1. tous les éléments du tableau ;
2. les éléments de chaque colonne, puis en sommant les résultats obtenus ;
3. les éléments de chaque ligne, puis en sommant les résultats obtenus,
nous obtenons à chaque fois le même résultat, si le tableau est fini.
Pour les tableaux infinis, et plus généralement, pours les intégrales, la validité
de (8.3) est plus délicate. (8.3) est vraie si f est positive (théorème de Tonelli) ou si f
est intégrable (théorème de Fubini).

Compétences minimales attendues.


a) Savoir déterminer les coupes des ensembles et utiliser leurs propriétés de me-
surabilité.
b) Savoir utiliser le théorème de Tonelli.
c) Savoir utiliser le théorème de Fubini, notamment vérifier l’intégrabilité de l’inté-
grande. † ˛

Dans ce chapitre, nous travaillons dans deux espaces mesurés, pX, T , µq et


pY, S , νq.

†. L’application correcte du théorème de Fubini sera un défi majeur.

134
Petru Mironescu Mesure et intégration

8.1 Tribu produit


Dans cette section, nous définissons la tribu produit T b S des tribus T et
S . A posteriori, les éléments de T b S seront mesurés par la mesure produit.
Cependant, la définition de la tribu produit n’exige pas l’existence des mesures.
8.1 Définition (Pavé, ensemble élémentaire).
a) Un pavé de X ˆY est un ensemble de la forme AˆB, avec A P T et B P S .
b) Un ensemble élémentaire est une partie de X ˆ Y qui s’écrit comme une
union finie de pavés.

8.2 Définition (Tribu produit). La tribu produit (de T et S ) est la tribu (sur
X ˆ Y ) engendrée par les pavés de X ˆ Y .
Elle est notée T b S .

Le résultat suivant donne un exemple fondamental et explicite de tribu pro-


duit.
8.3 Proposition. Nous avons BRn b BRm “ BRn`m .

Les deux résultats suivants « se voient » facilement sur un dessin et joueront


un rôle important dans la preuve de l’existence et de l’unicité de la mesure pro-
duit.

8.4 Lemme. Soit C la collection des ensembles élémentaires.


a) C est un clan sur X ˆ Y .
b) Nous avons T pC q “ T b S . ˛

8.5 Lemme. Tout ensemble E P C s’écrit comme une union finie de la forme
E “ \j Aj ˆ Bj , avec :
(i) Aj P T et Bj P S , @ j.
(ii) Si j ‰ `, alors soit Aj X A` “ H, soit Bj X B` “ H. ˛

Exercices

Voici un autre exemple explicite de tribu produit.

8.6 Exercice. Si X et Y sont a. p. d., alors PpXq b PpY q “ PpX ˆ Y q. ˛

135
Mesures produit 8.1 Tribu produit

Démonstrations

Démonstration de la proposition 8.3.


« Ą » Si P “ I1 ˆI2 ˆ¨ ¨ ¨ˆIn`m , avec Ij intervalle ouvert, @ j, est un pavé ouvert de Rn`m ,
alors P “ P1 ˆ P2 , où P1 :“ I1 ˆ ¨ ¨ ¨ ˆ In , respectivement P2 :“ In`1 ˆ ¨ ¨ ¨ ˆ In`m
sont des ouverts de Rn , respectivement Rm . † P appartient donc à BRn ˆ BRm (et
d’autant plus à BRn b BRm ). Il s’ensuit que la tribu engendrée par ces pavés (c’est-
à-dire BRn`m , voir la proposition 2.16 c)) est contenue dans BRn b BRm .
« Ă » Soit A :“ tA P BRn ; A ˆ Rm P BRn`m u. Alors A contient les pavés ouverts (car,
dans ce cas, A ˆ Rm est un pavé ouvert). Par ailleurs, comme pA ˆ Rm qc “ Ac ˆ Rm
et pYj Aj q ˆ Rm “ Yj Aj ˆ Rm , nous obtenons que A est une tribu.
Il s’ensuit que A contient la tribu engendrée par les pavés ouverts, c’est-à-dire
BRn .
Conclusion : nous avons A ˆ Rm P BRn`m pour tout A P BRn . De même, Rn ˆ B P
BRn`m pour tout B P BRn .
Si A P BRn et B P BRm , alors A ˆ B “ pA ˆ Rm q X pRn ˆ Bq P BRn`m . Il s’ensuit
que BRn`m contient la tribu engendrée par les A ˆ B, avec A P BRn et B P BRm ,
c’est-à-dire BRn b BRm . CQFD

Démonstration du lemme 8.4.


a) Clairement, C est stable par union finie et contient H.
En notant que pA ˆ Bq X pC ˆ Dq “ pA X Cq ˆ pB X Dq, nous obtenons facilement que
C est stable par intersection (vérifier).
Soit E “ Ynk“1 Ak ˆ Bk P C , avec Ak P T , Bk P S , @ 1 ĺ k ĺ n. Alors
n
č n
č
Ec “ pAk ˆ Bk qc “ prpAk qc ˆ Y s Y rX ˆ pBk qc sq .
k“1 k“1

Ainsi, E c est intersection finie d’éléments de C , donc appartient à C .


Il s’ensuit que C est un clan.
b) Nous avons clairement C Ă T b S , d’où T pC q Ă T b S .
Par ailleurs, les pavés sont dans C , et donc la tribu engendrée par les pavés est conte-
nue dans celle engendrée par C , ou encore T b S Ă T pC q.
Finalement, nous avons, par double inclusion, T b S “ T pC q. CQFD

Démonstration du lemme 8.5. Soit E “ Ynk“1 Ck ˆ Dk , avec Ck P T , Dk P S , @ k. Nous prou-


vons le lemme par récurrence sur n, le cas n “ 1 étant clair.
Supposons le lemme vrai pour n ´ 1 et soit E comme ci-dessus.
Nous avons X ˆ Y “ E1 \ E2 \ E3 \ E4 , où E1 :“ Cn ˆ Dn , E2 :“ pCn qc ˆ Dn ,
E3 :“ Cn ˆ pDn qc , E4 :“ pCn qc ˆ pDn qc (vérifier).

†. Ne pas confondre pavé de Rn ˆ Rm (définition 8.1) et pavé de Rn`m (définition 4.34).

136
Petru Mironescu Mesure et intégration

Il s’ensuit que E “ \4i“1 pE X Ei q. En posant Fi :“ E X Ei , i “ 1, . . . , 4, les Fi sont


d. d. d. et F1 “ Cn ˆ Dn . Par ailleurs, nous avons Ei X pCn ˆ Dn q “ H, i “ 2, 3, 4, d’où
Fi “ Yn´1j“1 rpCj ˆ Dj q X Ei s, i “ 2, 3, 4. Chaque ensemble pCj ˆ Dj q X Ei étant de la forme
AˆB, avec A P T , B P S , l’hypothèse de récurrence appliquée aux Fi , i “ 2, 3, 4, permet
d’écrire chaque Fi , i “ 1, 2, 3, 4, comme une union finie de produits Aij ˆ Bji satisfaisant
(i) et (ii) (à i fixé). Si i ‰ k, alors pour tout j et ` nous avons soit Aij X Ak` “ H, soit
Bji X B`k “ H (vérifier, en utilisant le fait que Aij Ă Ei et la définition explicite des Ei ). Il
s’ensuit que la collection de tous les pavés Aij ˆ Bji (indexés sur j et i) satisfait (i) et (ii).
Par ailleurs, son union est E. CQFD

8.2 Mesure produit


Cette section est consacrée à la construction de la mesure produit. Ce sera l’oc-
casion d’apprécier l’utilité du théorème de la classe monotone 2.9.
8.7 Définition (Coupe). Soit E P T b S . La coupe de E en x P X est

Ex :“ ty P Y ; z “ px, yq P Eu.

De même, la coupe de E en y P Y est

E y :“ tx P X ; z “ px, yq P Eu.

Une propriété fondamentale des éléments E de T b S est que leurs coupes sont
mesurables. Cette propriété permet la mise en œuvre du principe de Cavalieri et
la construction de la mesure produit.

8.8 Proposition. Soit E P T b S .


Pour tout x P X, nous avons Ex P S .
De même, pour tout y P Y , nous avons E y P T . ˛

Une autre propriété indispensable à la mise en pratique du principe de Cava-


lieri est la suivante.

8.9 Théorème. Supposons ν σ-finie.


Pour tout E P T b S , l’application X Q x ÞÑ νpEx q est T -mesurable.
De même, si µ est σ-finie, l’application Y Q y ÞÑ µpE y q est S -mesurable. ˛

La proposition 8.8 et le théorème 8.9 donnent un sens à l’application


ż
T b S Q E ÞÑ νpEx q dµpxq P r0, 8s,
X

137
Mesures produit 8.2 Mesure produit

qui, selon le principe de Cavalieri, doit permettre de calculer le « volume » de E.


Ceci est formalisé dans le résultat central de cette section :
8.10 Théorème (Définition de la mesure produit).
a) Supposons µ ou ν σ-finie. Il existe sur T b S une mesure ξ telle que

ξpA ˆ Bq “ µpAq νpBq, @ A P T , B P S . (*)

b) Supposons µ et ν σ-finies. La mesure ξ ci-dessus est unique. Elle est notée


µ b ν et est la mesure produit de µ et ν.

Nous pouvons maintenant (enfin !) justifier l’existence de la mesure de Le-


besgue dans Rn , n ľ 2.
8.11 Corollaire (Existence et unicité de la mesure de Lebesgue νn ). Il existe
une unique mesure borélienne νn dans Rn telle que, pour chaque pavé†

P “ I1 ˆ ¨ ¨ ¨ ˆ In

de Rn on a

νn pP q “ mpP q “ ν1 pI1 q ˆ ¨ ¨ ¨ ˆ ν1 pIn q.

Exercices

En plus de la mesure de Lebesgue, voici un autre exemple de mesure produit.


8.12 Exercice. Si X, Y sont a. p. d. et si µ, ν sont les mesures de comptage sur X, Y , alors
µ b ν est la mesure de comptage sur X ˆ Y . ˛

Démonstrations

Démonstration de la proposition 8.8. Faisons la preuve pour Ex . Soit x P X arbitraire, fixé.


Notons A :“ tE P T b S ; Ex P S u. Alors A contient les pavés A ˆ B, avec A P T ,
B P S , car dans ce cas Ex est soit B (si x P A), soit H (si x R A).
De plus, A contient C , car si E “ Ynk“1 Ak ˆ Bk P C , alors Ex “ Ynk“1 pAk ˆ Bk qx P S
(détailler).
Par ailleurs, A est une classe monotone : si pEn qn Ă A et En Õ E, alors Ex “
pYn En qx “ Yn pEn qx P S . De même, si En Œ E, alors Ex “ Xn pEn qx P S (justifier, en
combinant le lemme 8.4 a) et le théorème de la classe monotone 2.9).
†. Rappelons (définition 4.34) qu’un pavé de Rn est un produit de la forme P “ I1 ˆ ¨ ¨ ¨ ˆ In ,
avec chaque Ij intervalle.

138
Petru Mironescu Mesure et intégration

Il s’ensuit que A contient la classe monotone engendrée par C , qui est T b S .


Conclusion : pour tout E P T b S , nous avons E P A , et donc Ex P S (pour tout
x P X). CQFD

Démonstration du théorème 8.9. Nous faisons la preuve lorsque ν est σ-finie.


Soit, pour E P T b S ,

f “ fE : X Ñ r0, 8s, f pxq :“ νpEx q, @ x P X.

Soit

A :“ tE P T b S ; f est T ´ mesurableu.

Nous voulons montrer que A “ T b S .

Étape 1. Preuve du théorème si ν est finie. Soit d’abord E P C . Nous écrivons E “ \j Aj ˆBj ,
comme dans le lemme 8.5. Nous avons alors (justifier)

Ex “ YxPAj Bj “ \xPAj Bj ,

d’où
ÿ ÿ
f pxq “ νpBj q “ χAj pxq νpBj q.
xPAj j

ř
De manière équivalente, nous avons f “ j νpBj q χAj , d’où f est mesurable. Ainsi,
C ĂA.
Pour conclure, il suffit de montrer que A est une classe monotone (et d’invoquer le
lemme 8.4 a) et le théorème de la classe monotone 2.9).
Soit d’abord pEn qn Ă A une suite croissant vers E. Le théorème de la suite crois-
sante donne νpEx q “ limn νppEn qx q (vérifier). Ainsi, f est une limite de fonctions T -
mesurables, donc T -mesurable.
Dans le cas d’une suite décroissante, nous pouvons appliquer le théorème de la suite
décroissante (car ν est supposée finie) pour obtenir à nouveau f mesurable (détailler).

Étape 2. Preuve du théorème si ν est σ-finie. Soit pYn qn Ă S une suite telle que Yn Õ Y et
νpYn q ă 8, @ n. Si nous posons νn pBq :“ νpB X Yn q, @ B P S , alors νn est une mesure
finie (car νn pBq ĺ νpYn q ă 8) et νpBq “ limn νn pBq (théorème de la suite croissante).
Nous avons

f pxq “ νpEx q “ lim νn pEx q, @ E P T b S , @ x P X.


n

Chaque fonction x ÞÑ νn pEx q étant T -mesurable (étape 1), f l’est également. CQFD

Démonstration du théorème 8.10.

139
Mesures produit 8.2 Mesure produit

a) Supposons, par exemple, ν σ-finie. Pour E P T b S , posons, avec f “ fE comme


dans la preuve du théorème 8.9,
ż ż ż
ξpEq :“ f dµ “ fE dµ “ νpEx q dµpxq, @ E P T b S . (8.4)
X X X

Alors ξ satisfait (*) (vérifier). En particulier, ξpHq “ 0.


Il reste à vérifier l’axiome ii) d’une mesure. Soit pEn qn Ă T b ř
S une suite d. d. d. Soit
E :“ \n En . Si nous posons fn pxq :“ µppEn qx q, @ n, alors f “ n fn , car Ex “ \pEn qx
(vérifier). Nous obtenons (justifier)
ż ż ÿ ÿż ÿ
ξpEq “ f dµ “ fn dµ “ fn dµ “ ξpEn q.
n n

ξ est donc une mesure satisfaisant (*).


b) Soit λ une mesure avec les mêmes propriétés que ξ. Soient pCn qn Ă T , pDn qn Ă S
des suites telles que Yn Cn “ X, Yn Dn “ Y , µpCn q ă 8, νpDn q ă 8, @ n. Alors
ξpCn ˆ Dn q ă 8 et X ˆ Y “ Yn Cn ˆ Dn .
Par ailleurs, nous avons λpEq “ ξpEq, @ E P C . En effet, nous pouvons écrire, comme
dans le lemme 8.5, E “ \j Aj ˆ Bj , avec Aj P T , Bj P S , @ j. Nous obtenons
ÿ
λpEq “ λp\j Aj ˆ Bj q “ µpAj qνpBj q “ ξp\j Aj ˆ Bj q “ ξpEq. (8.5)
j

La proposition 4.24 combinée avec (8.5) donne λ “ ξ. CQFD

Si µ et ν sont σ-finies, nous pouvons également définir la mesure


ż
ηpEq :“ µpE y q dνpyq, @ E P T b S ,
Y

qui, par symétrie, a les mêmes propriétés que ξ. L’unicité prouvée dans l’item b)
a alors la conséquence suivante.
8.13 Corollaire. Si ν et µ sont σ-finies, alors nous avons
ż ż
µ b νpEq “ νpEx q dµpxq “ µpE y q dνpyq, @ E P T b S . (8.6)

Démonstration du corollaire 8.11. L’unicité a été montrée dans la proposition 4.38 c).
Pour l’existence, faisons la preuve par récurrence sur n. Le cas n “ 1 a été traité
dans le chapitre 5 (théorème 5.1). Soit n ľ 2. Supposons l’existence de νn´1 acquise. ν1 et
νn´1 étant σ-finies (justifier), nous pouvons définir ν1 b νn´1 , qui a la propriété requise
(justifier, en utilisant la proposition 8.3 et le théorème 8.10). CQFD

140
Petru Mironescu Mesure et intégration

8.3 Produits itérés


Plus généralement, nous pouvons considérer des espaces mesurés pXj , Tj , µj q,
j “ 1, . . . , k, avec k “ 3, 4, . . ., et construire (a priori) plusieurs tribus et mesures
sur X1 ˆ ¨ ¨ ¨ ˆ Xk . Par exemple, si k “ 3, nous pouvons considérer les tribus
pT1 b T2 q b T3 ou T1 b pT2 b T3 q et les mesures pµ1 b µ2 q b µ3 ou µ1 b pµ2 b µ3 q.
Le résultat est le même, quel que soit l’ordre des opérations. Nous en donnons la
preuve pour k “ 3 ; le cas général s’obtient par récurrence.

8.14 Proposition. Nous avons pT1 bT2 qbT3 “ T1 bpT2 bT3 q “la tribu engendrée
par les produits de la forme A1 ˆ A2 ˆ A3 , avec Aj P Tj , j “ 1, 2, 3. ˛

8.15 Proposition. Si les mesures µj sont σ-finies, j “ 1, 2, 3, alors pµ1 b µ2 q b µ3 “


µ1 b pµ2 b µ3 q=l’unique mesure λ telle que λpA1 ˆ A2 ˆ A3 q “ µ1 pA1 q µ2 pA2 q µ3 pA3 q
pour Aj P Tj , j “ 1, 2, 3. ˛

Grâce à l’associativité du produit, nous pouvons définir sans ambiguité les


produits T1 b T2 b . . . b Tn et µ1 b µ2 b . . . b µn . Nous noterons ces produits bn1 Ti ,
respectivement bn1 µi .

Une conséquence immédiate des propositions 8.14 et 8.15 est la propriété sui-
vante de la mesure de Lebesgue.

8.16 Corollaire. Si νn est la mesure de Lebesgue sur BRn , alors νn b νm “ νn`m et,
plus généralement, bk1 νnj “ νřk nj . ˛
j“1

Les résultats des sections suivantes seront prouvés pour k “ 2. Néanmoins, ils
ont des variantes pour k ľ 3, que nous allons énoncer sans preuve. Les preuves
de ces variantes sont dans l’esprit de celles des propositions 8.14 et 8.15.

Démonstrations

Démonstration de la proposition 8.14. Notons Sj , j “ 1, 2, 3, les trois tribus de l’énoncé. Mon-


trons par exemple que S1 “ S3 .

« Ą » Si Aj P Tj , j “ 1, 2, 3, alors A1 ˆ A2 ˆ A3 “ pA1 ˆ A2 q ˆ A3 P S1 (justifier), d’où


S3 Ă S1 (justifier).

« Ă » Il suffit de montrer que E ˆA3 P S3 si E P T1 bT2 et A3 P T3 (justifier). Nous fixons


A3 P T3 . Soit A :“ tE P T1 b T2 ; E ˆ A3 P S3 u. Clairement, A est une classe monotone.
De plus, elle contient le clan C engendré par les produits A1 ˆ A2 , avec A1 P T1 , A2 P T2 .
Donc A contient T pC q “ T1 b T2 (justifier). CQFD

141
Mesures produit 8.4 Passage aux mesures complétées

Démonstration de la proposition 8.15. Pour Aj P Tj , j “ 1, 2, 3, nous avons

pµ1 b µ2 q b µ3 pA1 ˆ A2 ˆ A3 q “ pµ1 b µ2 q b µ3 ppA1 ˆ A2 q ˆ A3 q


“ µ1 b µ2 pA1 ˆ A2 q µ3 pA3 q
“ µ1 pA1 q µ2 pA2 q µ3 pA3 q
“ µ1 pA1 q pµ2 b µ3 qpA2 ˆ A3 q (8.7)
“ µ1 pA1 q b pµ2 b µ3 qpA2 b A3 q
“ µ1 b pµ2 b µ3 qpA1 ˆ pA2 ˆ A3 qq
“ µ1 b pµ2 b µ3 qpA1 ˆ A2 ˆ A3 q.

Comme dans la preuve du théorème 8.10 b), nous concluons grâce à (8.7) et à la pro-
position 4.24. CQFD

řk
Démonstration du corollaire 8.16. Soit n :“ j“1 nj .
Notons d’abord que les produits sont bien définis, car la mesure de Lebesgue νnj est
σ-finie (proposition 4.38). Par ailleurs, en utilisant la proposition 8.3, nous obtenons, par
récurrence sur k, l’égalité bk1 BRnj “ BRn . Il s’ensuit que les mesures bk1 νnj et νn sont
définies sur la même tribu, BRn .
Nous avons bk1 νnj pP q “ νn pP q “ mpP q si P est un pavé de Rn (vérifier). Nous
concluons grâce au théorème 4.35. CQFD

8.4 Passage aux mesures complétées


Nous pouvons, à partir de pX, T , µq et pY, S , νq, compléter les tribus et me-
sures comme suit.
Procédé 1. Compléter T b S par rapport à µ b ν. Nous obtenons de cette façon
la tribu complétée T b S et la mesure complétée µ b ν .
Procédé 2. Compléter d’abord T , S , µ, ν, puis considérer la tribu et la mesure
produit. Ceci donne la tribu T b S et la mesure µ b ν.
Puis compléter la tribu et la mesure ainsi construites. Nous obtenons ainsi la
tribu T b S et la mesure µ b ν.
Clairement, la tribu du procédé 2 contient celle obtenue par le procédé 1 et la
mesure obtenue par le procédé étend celle obtenue par le procédé 1. Il se trouve
que le procédé 2 n’apporte rien de plus que le procédé 1.

8.17 Théorème. Si µ, ν sont σ-finies, alors les procédés 1 et 2 donnent les mêmes
tribus, respectivement mesures. ˛

Par conséquent, il sufit de compléter les tribus après avoir fait leur produit.

142
Petru Mironescu Mesure et intégration

Nous donnons plus bas la preuve du théorème 8.17, mais pas celle, similaire,
du théorème 8.18.

8.18 Théorème. Si les mesures µi sont σ-finies, i “ 1, . . . , n, alors nous avons


bn1 Ti “ bn1 T i et bn1 µi “ bn1 µi . ˛

Pour la mesure de Lebesgue, ces théorèmes se traduisent de la manière sui-


vante.
8.19 Corollaire. Nous avons Ln b Lm “ Ln`m et λn b λm “ λn`m .
De même, nous avons bn1 L1 “ Ln et bn1 λ1 “ λn .

Exercices

8.20 Exercice. Nous savons que

T bS Ă T bS Ă T bS.

a) Montrer qu’en général les deux inclusions sont strictes. Plus spécifiquement, montrer
que, pour le produit de pR, BR , ν1 q avec lui-même, nous avons une double inclusion
stricte, et que ceci revient à

BR2 Ĺ L1 b L1 Ĺ L2 .

b) En déduire que λ1 b λ1 ‰ λ2 . ˛

Démonstrations

Démonstration du théorème 8.17. Clairement, nous avons T Ă T , S Ă S et µ b ν “ µ b ν


sur T b S , d’où T b S Ă T b S et µ b ν est une extension de µ b ν (justifier).
Il reste à montrer que

T b S Ă T b S et µ b νpEq “ µ b νpEq, @ E P T b S . (8.8)

Soit E P T b S . Pour un tel E, il existe E1 , E2 P T b S tels que E1 Ă E Ă E2 et


µ b νpE2 zE1 q “ 0.
De plus, nous avons (pourquoi ?)

µ b νpEq “ µ b νpE1 q “ µ b νpE2 q.

Nous allons montrer la propriété suivante : (*) il existe F1 , F2 P T b S tels que


F1 Ă E1 Ă E Ă E2 Ă F2 et µ b νpF2 zF1 q “ 0. Admettons pour l’instant la validité de (*).

143
Mesures produit 8.4 Passage aux mesures complétées

De (*), il s’ensuit à la fois que E P T b S et que (justifier)

µ b νpEq “ µ b νpE1 q ľ µ b νpF1 q “ µ b νpF1 q “ µ b νpEq “ µ b νpF2 q


“ µ b νpF2 q ľ µ b νpE2 q “ µ b νpEq.

Au passage, nous aurons montré que E P T b S (première partie de (8.8)) et que


µ b νpEq “ µ b νpEq (deuxième partie de (8.8)).

Il reste à montrer (*). J’affirme qu’il suffit de montrer : (**) pour tout G P T b S , il
existe G1 , G2 P T b S tels que G1 Ă G Ă G2 et µ b νpG2 zG1 q “ 0.
En effet, si (**) est vraie, alors il existe H1 , H2 , I1 , I2 P T b S tels que H1 Ă E1 Ă H2 ,
I1 Ă E2 Ă I2 , µ b νpH2 zH1 q “ 0, µ b νpI2 zI1 q “ 0. Posons alors F1 :“ H1 , F2 :“ I2 , de
sorte que F1 Ă E1 Ă E2 Ă F2 . De plus, nous avons (vérifier)

µ b νpF2 zF1 q “µ b νpF2 zF1 q “ µ b νppI2 zE2 q \ pE2 zE1 q \ pE1 zH1 qq
“µ b νpI2 zE2 q ` µ b νpE2 zE1 q ` µ b νpE1 zH1 q
ĺµ b νpI2 zI1 q ` µ b νpE2 zE1 q ` µ b νpH2 zH1 q
“µ b νpI2 zI1 q ` µ b νpE2 zE1 q ` µ b νpH2 zH1 q “ 0,

ce qui donne (*).


Prouvons donc (**). Soit

A :“ tG P T b S ; p˚˚q est vraie pour Gu.

Clairement, A est une classe monotone. En effet, si, par exemple, Gk Õ G, avec
Gk P A , @ k, soient Gk1 , Gk2 P T b S tels que Gk1 Ă Gk Ă Gk2 et µ b νpGk2 zGk1 q “ 0, @ k.
Nous avons (justifier)

Yk Gk1 Ă G Ă Yk Gk2

et
ÿ
µ b νpYk Gk2 z Yk Gk1 q ĺ µ b νpYk pGk2 zGk1 qq ĺ µ b νpGk2 zGk1 q “ 0.
k

Une inégalité analogue est vraie si Gk Œ G et si nous remplaçons les unions par des
intersections.
Par ailleurs, A contient le clan C engendré par les produits A ˆ B, avec A P T ,
B P S . En effet, si G P C , alors nous pouvons écrire G “ \j Aj ˆ B j , avec Aj P T ,
B j P S , l’union étant d. d. d. et finie (pourquoi ?). Si Aj1 , Aj2 P T , B1j , B2j P S sont tels
que Aj1 Ă Aj Ă Aj2 , B1j Ă B j Ă B2j , µpAj2 zAj1 q “ 0, νpB2j zB1j q “ 0, alors les Aj1 ˆ B1j sont d.
d. d. et \j Aj1 ˆ B1j Ă G Ă Yj Aj2 ˆ B2j .
De plus, nous avons

pYj Aj2 ˆ B2j qzp\j Aj1 ˆ B1j q Ă Yj ppAj2 zAj1 q ˆ B2j Y Aj2 ˆ pB2j zB1j qq,

144
Petru Mironescu Mesure et intégration

d’où
ÿ
µ b νppYj Aj2 ˆ B2j qzpYAj1 ˆ B1j qq ĺ µ b νppAj2 zAj1 q ˆ B2j q
j
ÿ
` µ b νpAj2 ˆ pB2j zB1j qq “ 0,
j

ce qui montre que G P A .


Pour résumer, A est une classe monotone qui contient C . Il s’ensuit que A “ T b S
(justifier), d’où la conclusion. CQFD

Démonstration du corollaire 8.19. Prouvons par exemple les deux premières propriétés. Par
définition, nous avons λn :“ νn et Ln :“ BRn . Compte tenu du fait que νn b νm “ νn`m
(corollaire 8.16), nous obtenons (via la proposition 8.3)

Ln b Lm “ BRn b BRm “ BRn b BRm “ BRn`m “ Ln`m .

De plus, λn b λm “ ν n b ν m “ νn b νm “ νn`m “ λn`m . CQFD

8.5 Les grands théorèmes pour µ b ν


Dans cette section, nous supposons que µ et ν sont σ-finies et nous munissons
X ˆ Y de la tribu produit T b S et de la mesure produit µ b ν. Nous étudions la
validité de la double égalité
ż ż ˆż ˙
f px, yq dµ b νpx, yq “ f px, yq dµpxq dνpyq
ż ˆż ˙ (8.9)
“ f px, yq dνpyq dµpxq ;

l’interprétation intuitive de cette formule a été présentée dans la section 8.0.


Sous des hypothèses de mesurabilité, cette égalité est vraie si f est positive
(théorème de Tonelli 8.24) ou, reformulée correctement, si f est intégrable (théorème
de Fubini 8.27).
8.21 Remarque. L’hypothèse que µ et ν sont σ-finies peut-être affaiblie, mais le prix à
payer est que nous n’aurons plus que des « demi-énoncés ». Comme observé dans la sec-
tion 8.2, nous pouvons définir une mesure « type mesure produit » si µ ou ν sont σ-finies ;
mais dans la définition de cette mesure µ et ν ne jouent pas le même rôle. Nous obtenons,
sous cette hypothèse plus générale, « la moitié » des énoncés qui suivent. Par exemple, si
nous supposons uniquement ν σ-finie (sans hypothèse sur µ), alors la conclusion de la
proposition 8.22 ci-dessous devient : fx est S -mesurable, @ x P X. Lorsque les deux me-
sures sont σ-finies, les énoncés deviennent plus symétriques et sont souvent plus utiles
dans les applications. Nous laissons au lecteur le soin de formuler les variantes « ou » des
résultats « et » de cette section. ˛

145
Mesures produit 8.5 Les grands théorèmes pour µ b ν

8.22 Proposition. Soit E P T b S . Soit f : E Ñ R une fonction T b S -


mesurable.
Pour tout x P X, la fonction partielle

fx : Ex Ñ R, fx pyq :“ f px, yq, @ y P Ex ,

est S -mesurable.
De même, pour tout y P Y , la fonction partielle

f y : E y Ñ R, f y pxq :“ f px, yq, @ x P E y ,

est T -mesurable.

8.23 Remarque. De même, si nous considérons un produit de plusieurs facteurs, les ap-
plications partielles obtenues en figeant une partie ś4 des variables d’une fonction mesu-
rable f sont mesurables. Par exemple : si f : 1 Xi Ñ R est b1 Ti -mesurable, alors
4

l’application fx1 ,x2 :“ f px1 , x2 , ¨, ¨q : X3 ˆ X4 Ñ R est T3 b T4 -mesurable. ˛

8.24 Théorème (Théorème de Tonelli). Soit E P T b S . Soit f : E Ñ r0, 8s


une fonction T b S -mesurable positive. Alors :
ż
a) La fonction Y Q y ÞÑ f px, yq dµpxq est S -mesurable.
Ey
b) Nous avons
ż ż ˆż ˙
f dµ b ν “ f px, yq dµpxq dνpyq.
E Y Ey

c) Soit πY pEq :“ ty P Y ; E y ‰ Hu. Si πY pEq P S , alors


ż ż ˆż ˙
f dµ b ν “ f px, yq dµpxq dνpyq.
E πY pEq Ey

Énoncé analogue en échangeant les rôles de x et y.


Cas particulier : si E “ X ˆ Y , alors
ż ż ˆż ˙
f dµ b ν “ f px, yq dµpxq dνpyq.
XˆY Y X

8.25 Corollaire. Soit E P T b S . Si f : E Ñ R est T b S -mesurable, alors f

146
Petru Mironescu Mesure et intégration

est µ b ν-intégrable si et seulement si


ż ˆż ˙
|f px, yq| dµpxq dνpyq ă 8
Y Ey

ou
ż ˆż ˙
|f px, yq| dνpyq dµpxq ă 8.
X Ex

8.26 Remarque. L’ensemble πY pEq n’est pas toujours S -mesurable. Lebesgue avait affirmé
en 1905 que πY pEq était toujours mesurable, du moins lorsqu’il s’agit des boréliens de R2 .
Cette erreur célèbre a donné naissance à une branche de l’analyse, la théorie descriptive des
ensembles, sous l’impulsion initiale de Souslin, qui a repéré en 1916 l’erreur de Lebesgue
https://fr.wikipedia.org/wiki/Théorie_descriptive_des_ensembles.
Néanmoins, dans les cas concrets que nous allons rencontrer, πY pEq est mesurable.
C’est le pendant de la remarque 2.17. ˛

8.27 Théorème (Théorème de Fubini). Soit E P T b S . Soit f : E Ñ R


intégrable. Alors :
a) Pour ν-presque tout y, la fonction f y “ f p¨, yq est µ-intégrable sur E y .

& f px, yq dµpxq, si cette intégrale existe
b) Si nous posons gpyq :“ Ey , alors
%
0, sinon
g est ν-intégrable.
c) Nous avons
ż ż
f dµ b ν “ gpyq dνpyq.
E Y

d) Soit πY pEq :“ ty P Y ; E y ‰ Hu. Si πY pEq P S , alors


ż ż
f dµ b ν “ gpyq dνpyq.
E πY pEq

Énoncé analogue en échangeant les rôles de x et y.


Cas particulier : si E “ X ˆ Y , alors E y “ X, @ y P Y , et
ż ż
f dµ b ν “ gpyq dνpyq.
XˆY Y

8.28
ż Remarque. L’hypothèse fondamentale du théorème de Fubini est l’intégrabilité de f :
|f px, yq| dµ b νpx, yq ă 8.
E

147
Mesures produit 8.5 Les grands théorèmes pour µ b ν

Concrètement, cette condition est souvent vérifiée à l’aide du corollaire 8.25. ˛


8.29 Remarque. Pour comprendre le rôle des hypothèses (et de la nécessité d’introduire
la fonction auxiliaire g dans le cas du théorème de Fubini), examinons ces deux théorèmes
dans le cas particulier où la mesure ν est la mesure de comptage sur N (et, dans ce cas,
l’intégration devient sommation, voir la section 6.7.2).
1. Si X “ N muni de la mesure de comptage, le théorème de Tonelli 8.24 est un cousin
du théorème 6.36. Notons tout de même que le théorème 6.36 garde tout son intérêt,
car µ n’est pas supposée σ-finie dans ce théorème. †
2. Si X “ N muni de la mesure de comptage, le théorème de Fubini 8.27 est un cousin
du théorème 7.18.
À nouveau, ce théorème est vrai même sans l’hypothèse µ σ-finie.
(a) Notons que la fonction f dans l’énoncé du théorème 7.18 joue le rôle de g dans
le théorème de Fubini.
ÿż
(b) Examinons l’hypothèse |fn | ă 8 dans le théorème 7.18. En utilisant le co-
n
rollaire 8.25 et l’interprétation de la somme comme intégrale par rapport à la me-
żsure de comptage, nous obtenons que cette condition équivaut (si µ est σ-finie) à
|fn pxq| dµ b νpx, nq ă 8, qui est précisément l’hypothèse fondamentale du
XˆN
théorème de Fubini. ˛
8.30 Remarque. Les théorèmes de Tonelli et Fubini ont des variantes relatives à des pro-
duits de plusieurs facteurs. Exemple : si f : Rn Ñ r0, 8s est borélienne et positive, alors
les fonctions
ż
px2 , . . . , xn q ÞÑ f px1 , x2 , . . . , xn q dν1 px1 q,
żR ˆż ˙
px3 , . . . , xn q ÞÑ f px1 , x2 , x3 , . . . , xn q dν1 px1 q dν1 px2 q,
R R

etc., sont boréliennes, et nous avons


ż
f dνn
Rn
ż ˆ ˆż ˆż ˙ ˙ ˙ ˛ (8.10)
“ ... f px1 , x2 , . . . , xn q dν1 px1 q dν1 px2 q . . . dν1 pxn q.
R R R

8.31 Convention (Abus de notation pour l’intégrale de Lebesgue). Si Ω Ă Rn est un


borélien, si f “ f pxq : Ω Ñ R a une intégrale par rapport à la mesure de Lebesgue
λn et s’il n’y a pas de risque de confusion,
ż ż
la notation f pxq dx désigne l’intégrale de Lebesgue f dλn .
Ω Ω

†. Comme noté dans la remarque 8.21, le théorème 6.36 est le demi-théorème correspondant
au théorème 8.24, dans le contexte où la mesure de comptage sur N est σ-finie, alors que µ ne l’est
pas nécessairement.

148
Petru Mironescu Mesure et intégration

Avec cette notation, l’égalité (8.10) devient


ż ż ˆ ˆż ˆż ˙ ˙ ˙
f pxq dx “ ... f px1 , x2 , . . . , xn q dx1 dx2 . . . dxn .
Rn R R R

De même,
ż ż
la notation f pxq dx1 dx2 . . . dxn désigne l’intégrale de Lebesgue f dλn .
Ω Ω

Notation alternative, par exemple pour n “ 2 :


ż ż
f px, yq dpx, yq ou f px, yq dxdy.
Ω Ω

Exercices

Ces exercices sont cruciaux en vue des applications.


8.32 Exercice. « Traduire » les théorèmes de Tonelli et Fubini lorsque les espaces mesurés
sont pRn , BRn , νn q et pRm , BRm , νm q. ˛
8.33 Exercice.
a) Soit d une droite du plan. Montrer que ν2 pdq “ 0.
b) Soit H un hyperplan de Rn . Montrer que νn pHq “ 0. ˛

Démonstrations

Démonstration de la proposition 8.22. Commençons par le cas où E “ X ˆ Y . Il suffit de mon-


trer le résultat quand f est étagée. Le cas général s’obtient par passage à la limite, en
utilisant :
a) Le fait que toute fonction mesurable est limite simple de fonctions étagées.
b) Le fait qu’une limite simple de fonctions mesurables est mesurable.
Par linéarité des appplications f ÞÑ fx , respectivement f ÞÑ f y , il suffit de considérer
le cas où f “ χA , avec A P T b S . Dans ce cas, nous avons fx “ χAx et f y “ χAy et la
conclusion suit de la proposition 8.8.
Le cas général E P T b S s’obtient en appliquant le cas particulier ci-dessus à la
fonction f χE et en utilisant la proposition 8.8 et la définition 3.10 (détailler). CQFD

8.34 Remarque. Le principe de la preuve de la proposition 8.22 est important


à retenir.
Pour obtenir des propriétés de mesurabilité ou intégrabilité des fonctions
« générales », il est souvent suffisant de raisonner sur des fonctions caracté-

149
Mesures produit 8.5 Les grands théorèmes pour µ b ν

ristiques ; le reste est « automatique ».

Démonstration du théorème 8.24. À nouveau, c’est une preuve « automatique ». On peut sup-
poser E “ X ˆ Y . (Raisonner comme dans la preuve de la proposition 8.22.)
Si f est une fonction caractéristique mesurable, f “ χA , avec A P T b S , alors la S -
mesurabilité de
ż
y ÞÑ f px, yq dµpxq “ νpAy q (justifier l’égalité)
X

suit du théorème 8.9, et l’égalité des intégrales est donnée par le corollaire 8.13.
Par linéarité de l’intégrale des fonctions positives, le théorème est vrai si f est étagée et
positive (vérifier).
Pour f quelconque, nous considérons une suite pfn qn de fonctions étagées telle que
fn ľ 0, fn Õ f . Par convergence monotone, nous trouvons, pour chaque y P Y :
ż ż
fn px, yq dµpxq Ñ f px, yq dµpxq,
X X
ż
d’où y ÞÑ f px, yq dµpxq est S -mesurable (comme limite simple de fonctions S -mesu-
X
rables).
À nouveau par convergence monotone, nous obtenons :
ż ż ż ˆż ˙
f dµ b ν “ lim fn dµ b ν “ lim fn px, yq dµpxq dνpyq
XˆY n XˆY n Y X
ż ˆż ˙
“ f px, yq dµpxq dνpyq,
Y X

ce qui achève la démonstration. CQFD

Démonstration du corollaire 8.25. Nous pouvons supposer que E “ X ˆ Y .


Le théorème de Tonelli donne
ż ż ˆż ˙
|f | dµ b ν “ |f px, yq| dµpxq dνpyq. CQFD
XˆY Y X

Démonstration du théorème 8.27. Nous pouvons supposer que E “ X ˆ Y .


Notons que f` et f´ sont intégrables (justifier).

Nous appliquons le théorème de Tonelli 8.24 aux fonctionsż mesurables positives et


intégrables f` et f´ . Nous obtenons que les fonctions y ÞÑ f˘ px, yq dµpxq sont ν-
X
intégrables, donc finies ν-p. p. (justifier). Si
" ż ż *
B :“ y P Y ; f` px, yq dµpxq “ 8 et f´ px, yq dµpxq “ 8 ,
X X

150
Petru Mironescu Mesure et intégration

ż
alors B P S , νpBq “ 0 (justifier) et f p¨, yq dµ existe si et seulement si y R B.
X
Par ailleurs, nous avons
ˆż ż ˙
gpyq “ χB c pyq f` px, yq dµpxq ´ f´ px, yq dµpxq
X X
(vérifier), d’où g est mesurable (justifier).
Comme µ b νpX ˆ Bq “ 0 (pourquoi ?), nous avons (justifier)
ż ˆż ˙ ż
f˘ px, yq dµpxq dνpyq “ f˘ dµ b ν
Y zB X XˆpY zBq
ż (8.11)
“ f˘ dµ b ν ă 8.
XˆY

En additionnant les deux égalités (8.11), nous obtenons


ż ż ˆż ˙
|gpyq| dνpyq ĺ pf` px, yq ` f´ px, yqq dµpxq dνpyq ă 8,
Y zB Y zB X

d’où g est intégrable sur Y zB, donc sur Y (justifier).


En particulier, g est finie ν-presque partout, c’est-à-dire f p¨, yq est intégrable pour ν-
presque tout y.
Enfin, en retranchant les deux égalités (8.11) nous obtenons
ż ż ż ˆż ˙
g“ g“ pf` px, yq ´ f´ px, yqq dµpxq dνpyq
Y Y zB Y zB X
ż ż CQFD
“ f dµ b ν “ f dµ b ν.
XˆpY zBq XˆY

8.6 Les grands théorèmes pour µ b ν


Les résultats de la section précédente ne s’appliquent pas à la mesure de Le-
besgue λn`m , qui n’est pas le produit de λn et de λm (exercice 8.20).
Dans cette section, nous allons néanmoins obtenir des résultats du type théo-
rème de Tonelli ou théorème de Fubini pour la mesure µ b ν. Le « prix » à payer
est que certaines propriétés, vraies partout dans les sections précédentes, sont va-
lides uniquement presque partout ; comparer par exemple les propositions 8.22
et 8.35.
8.35 Proposition. Soit E P T b S . Soit f : E ˆ Y Ñ R une fonction T b S -
mesurable.
Pour µ-presque tout x P X, nous avons Ex P S et la fonction partielle fx :
Ex Ñ R est S -mesurable.
Énoncé analogue en échangeant les rôles de x et y. ˛

151
Mesures produit 8.6 Les grands théorèmes pour µ b ν

La remarque suivante propose des conventions utiles et mène à la définition


8.37.
8.36 Remarque. Si λ est une mesure complète sur pT, A q et g une fonction définie λ-p. p. sur
T , alors nous pouvons donner un sens naturel à la mesurabilité de g (même si elle n’est
pas définie en tout point).
En effet, soit h un prolongement arbitraire de g à T tout entier (par exemple, le prolon-
gement par la valeur 0). Si h est A -mesurable, alors tout autre prolongement de g est
A -mesurable, car égal à h λ-p. p. (proposition 4.19 b)). Ainsi, il y a équivalence entre :
1. g a un prolongement mesurable.
2. Tout prolongement de g est mesurable.
De même, si un prolongement h de g a une intégrale, alors tout autre prolongement k
de g a une intégrale (car dans ce cas nous avons k “ g λ-p. p., et nous pouvons appliquer
le corollaire 6.23). ˛

Cette remarque montre que les définitions suivantes sont correctes (au sens
où elles ne dépendent pas de h).
8.37 Définition (Mesurabilité et intégrale d’une fonction définie p. p.). Soit
λ une mesure complète sur pT, A q. Soit g une fonction réelle définie λ-presque
partout sur T .
a) (Mesurabilité d’une fonction définie p. p.) g est A -mesurable si g admet un
prolongement h : X Ñ R A -mesurable.
b) (Intégrale d’une fonction définie p. p.) g a une intégrale si g admet un pro-
longement h : X Ñ R qui a une intégrale, et dans ce cas nous définissons
l’intégrale de g par
ż ż ż
g“ g dλ :“ h.
X X

Avec ces conventions, la conclusion du théorème de Fubini 8.27 s’écrit plus


simplement
ż ż ˆż ˙
f dµ b ν “ f p¨, yq dµ dνpyq ; (8.12)
E Y Ey

à comparer à la conclusion
ż ż ˆż ˙
f dµ b ν “ f p¨, yq dµ dνpyq (8.13)
E Y Ey

du théorème de Tonelli 8.24.


Les formules (8.12)–(8.13) permettent de mieux comprendre le rôle du passage
aux mesures complétées, illustré dans les théorèmes 8.38 et 8.39.

152
Petru Mironescu Mesure et intégration

8.38 Théorème (Théorème de Tonelli). Soit E P T b S . Soit f : E Ñ r0, 8s une


fonction T b S -mesurable.
Alors : ż
a) L’application Y Q y ÞÑ f px, yq dµpxq est définie ν-p. p. et est S -mesurable.
Ey
b) Nous avons
ż ż ˆż ˙
f dµ b ν “ f px, yq dµpxq dνpyq.
E Y Ey

Énoncé analogue en échangeant les rôles de x et de y. ˛

8.39 Théorème (Théorème de Fubini). Soit E P T b S . Soit f : E Ñ R une


fonction µ b ν-intégrable.
Alors :
a) Pour ν-presque tout y, f y “ f p¨, yq est µ-intégrable sur E y .
ż
b) Si nous posons gpyq :“ f px, yq dµpxq, alors g (qui est définie ν-p. p.) est
Ey
ν-intégrable.
c) Nous avons
ż ż
f dµ b ν “ gpyq dνpyq.
E Y

Énoncé analogue en échangeant les rôles de x et y. ˛

Nous allons démontrer uniquement le théorème 8.38 ; la preuve du théorème


8.39 est similaire et laissée au lecteur.
8.40 Remarque. Ces théorèmes ont des variantes pour des produits à trois facteurs ou
plus, que le lecteur énoncera facilement. ˛

Exercices

Les deux exercices suivants permettent de compléter la preuve des théorèmes


8.38 et 8.39. Pour les montrer, on pourra s’inspirer de la preuve de la proposition
8.35.
Le cadre est celui de la définition 8.37. Les p. p. s’entendent par rapport à la
mesure λ, et la mesurabilité par rapport à A .
8.41 Exercice. Soient h1 , . . . , hn des fonctions réelles positives définies p. p.
a) Montrer que h :“ h1 ` ¨ ¨ ¨ ` hn est définie p. p.

153
Mesures produit 8.6 Les grands théorèmes pour µ b ν

b) Si chaque hk est mesurable, alors :


i) h est mesurable.
ż n ż
ÿ
ii) h “ hk . ˛
k“1

8.42 Exercice. Soient hn , h des fonctions réelles définies p. p., telles que :
(i) hn est mesurable, @ n.
(ii) hn Ñ h p. p.

a) Montrer que h est mesurable.


ż ż
b) Si hn ľ 0 p. p., et hn Õ h p. p., alors hn Ñ h. ˛

Démonstrations

Démonstration de la proposition 8.35. Montrons par exemple le résultat pour fx .


Étape 1. Preuve si E “ X ˆ Y et f “ χA , avec A P T b S . Il existe A1 , A2 P T b S tels
que A1 Ă A Ă A2 et µ b νpA2 zA1 q “ 0. Soit B :“ A2 zA1 . À x fixé, nous avons

pA1 qx Ă Ax Ă pA2 qx “ pA1 \ Bqx “ pA1 qx \ Bx ,

d’où

χpA1 qx ĺ fx “ χAx ĺ χpA2 qx “ χpA1 qx ` χBx . (8.14)

Par ailleurs, le corollaire 8.13 donne


ż
0 “ µ b νpBq “ νpBx q dµpxq,
X

d’où (proposition 6.35 a)) νpBx q “ 0 µ-p. p.


Soit C P T tel que µpCq “ 0 et νpBx q “ 0, @ x P C c .
Soit x P C c . Alors il existe D Ă S tel que νpDq “ 0 et Bx Ă D. Nous avons

χBx pyq “ 0, @ y P Dc . (8.15)

De (8.14) et (8.15), nous avons fx “ χAx dans Dc , et donc fx “ χAx ν-p. p. Comme Ax
est S -mesurable (proposition 8.8), il s’ensuit que χAx l’est également, et donc (justifier)
fx est S -mesurable.
Conclusion : pour tout x P C c , fx est S -mesurable, et donc fx est S -mesurable pour
µ-presque tout x.
ř
Étape 2. Preuve pour une fonction étagée. Soit f “ nk“1 ak χAk , avec ak P R et Ak P T b S ,
Ak Ă E, @ k. Soit, pour chaque k, Bk P T un ensemble µ-négligeable tel que χAk pxq soit
S -mesurable, @ x P pBk qc . (L’existence de Bk découle de la première étape.)

154
Petru Mironescu Mesure et intégration

Soit B :“ Ynk“1 Bk qui appartient à T est et µ-négligeable (justifier). Alors fx est S -


mesurable, @ x P B c (justifier, en utilisant la définition 3.10), et donc, pour µ-presque tout
x, fx est S -mesurable.
Étape 3. Preuve dans le cas général. Soit f : E Ñ R une fonction T b S -mesurable. Soit
pfn qn une suite de fonctions étagées telles que fn Ñ f . Soit, pour chaque n, An P T un
ensemble µ-négligeable tel que pfn qx soit S -mesurable, @ x P pAn qc . (L’existence de An
découle de la deuxième étape.)
Soit A :“ Yn Ak qui appartient à T est et µ-négligeable (justifier). Pour tout x, nous
avons fx “ limn pfn qx . Si x P Ac , alors chaque fonction pfn qx est S -mesurable, et donc fx
l’est (justifier). Par conséquent, pour µ-presque tout x, fx est S -mesurable. CQFD

8.43 Remarque. Lors de la première étape de la preuve de la proposition 8.35, nous avons
montré le fait suivant, qui nous servira dans la preuve du théorème 8.38. Si A P T b S ,
alors il existe A1 P T b S tel que :
a) A1 Ă A.
b) µ b νpAq “ µ b νpA1 q.
c) νpAx q “ νppA1 qx q pour µ-presque tout x P X. ˛

Démonstration du théorème 8.38.


Étape 1. Preuve si E “ X ˆ Y et f “ χA , avec A P T b S . Nous avons :
i) Pour ν-presque tout y P Y ,
ż ż
f px, yq dµpxq “ χAy pxq dµpxq “ νpAy q “ νppA1 qy q
X X

(via la remarque 8.43 c)).


ż
ii) y ÞÑ νppA1 qy q est S -mesurable (théorème 8.9), d’où y ÞÑ f px, yq dµpxq est S -
X
mesurable (item i) et définition 8.37 a)).
iii) Enfin,
ż ˆż ˙ ż ż
y
f px, yq dµpxq dνpyq “ µpA qq dνpyq “ µppA1 qy qq dνpyq
Y X Y Y
ż
“ µppA1 qy qq dνpyq “ µ b νpA1 q “ µ b νpAq
ż Y

“ f dµ b ν
XˆY

(en utilisant successivement l’item i), la remarque 8.43 c), l’item ii) et la définition
8.37 b), le théorème de Tonelli 8.24 appliqué à la fonction χA1 et la remarque 8.43 b)).
Ceci prouve le théorème si f “ χA .
ř
Étape 2. Preuve pour une fonction étagée. Soit f “ nk“1 ak χAk , avec ak P r0, 8r et Ak P
T b S , Ak Ă E, @ k. Soit, pour chaque k, Bk P T un ensemble µ-négligeable tel que
χAk pxq soit S -mesurable, @ x P pBk qc . (L’existence de Bk découle de la proposition 8.35.)

155
Mesures produit 8.6 Les grands théorèmes pour µ b ν

Soit B :“ Ynk“1 Bk qui appartient à T et est µ-négligeable. Alors fx est S -mesurable,


@ x P B c (justifier), et donc, pour µ-presque tout x, fx est S -mesurable.
La première étape et la linéarité de l’intégrale (proposition 6.30) impliquent (justifier
chaque égalité, en utilisant en particulier l’exercice 8.41)

ż ˆż ˙ ż ˜ż n
ÿ
¸
f px, yq dµpxq dνpyq “ ak χAk px, yq dµpxq dνpyq
Y Ey Y X
ż ˜ k“1ż ¸
n
ÿ
“ ak χAk px, yq dµpxq dνpyq
Y k“1 X
n
ÿ ż
“ ak µ b νpAk q “ f dµ b ν.
k“1 E

Étape 3. Preuve dans le cas général. Soit f : E Ñ r0, 8s une fonction T b S -mesurable. Soit
pfn qn une suite de fonctions étagées positives telles que fn Õ f . Posons
ż ż
gn pyq :“ fn px, yq dµpyq, gpyq :“ f px, yq dµpyq.
Ey Ey

Alors gn est définie lorsque pfn qy est T -mesurable, donc pour ν-presque tout y (pro-
position 8.35). De même, g est définie ν-p. p.
Soit, pour chaque n, Bn P S un ensemble ν-négligeable tel que pfn qy soit S -mesurable,
@ y P pBn qc . Soit C P S un ensemble ν-négligeable tel que f y soit S -mesurable, @ y P C c .
Si B :“ C Y Yn Bn , alors (justifier ce qui suit, en utilisant en particulier l’exercice 8.42 b))
B est ν-négligeable, et pour tout y P B c ,

0 ĺ gn pyq Õ gpyq. (8.16)


ż
En particulier, (8.16) et la définition 8.37 a) impliquent que y ÞÑ f px, yq dµpxq est
Ey
S -mesurable.

En utilisant le théorème de convergence monotone 6.18, la deuxième étape, (8.16) et


à nouveau l’exercice 8.42 b), nous obtenons (justifier)
ż ż ż ˆż ˙
f dµ b ν “ lim fn dµ b ν “ lim fn px, yq dµpxq dνpyq
E n E n Y Ey
ż ż ż ˆż ˙
“ lim gn pyq dνpyq “ gpyq dνpyq “ f px, yq dµpxq dνpyq,
n Y Y Y Ey

ce qui donne la conclusion du théorème dans le cas général. CQFD

156
Chapitre 9

Changements de variables

9.0 Aperçu
L’un des outils les plus utiles pour calculer des intégrales définies est le théo-
rème du changement de variable : si Φ : ra, bs Ñ rc, ds est une fonction bijective de
classe C 1 , alors
żd ż Φ´1 pdq
f pxq dx “ f pΦpyqq Φ1 pyq dy, @ f : rc, ds Ñ R, f continue. (9.1)
c Φ´1 pcq

Dans ce chapitre, nous nous intéressons à des variantes de (9.1) pour des fonc-
tions de plusieurs variables. Incidemment, même pour une fonction d’une seule
variable, nous allons donner une formulation du théorème dont la forme (mais
pas le fond) est différente de (9.1).
Le théorème principal est le théorème du changement de variable(s) 9.14, qui fait
intervenir un changement de variable(s)
Φ : U Ñ V, avec U , V ouverts de Rn .

L’égalité centrale du théorème 9.14 est


ż ż
f pxq dx “ f pΦpyqq |JΦ pyq| dy ; † (9.2)
V U

les hypothèses sur f et Φ, ainsi que le sens de cette égalité, seront précisés dans le
théorème 9.14.
La preuve du théorème s’étale sur six sections (9.1 à 9.6). Il est possible de
faire bien plus court, en utilisant des résultats plus avancés. La preuve donnée
†. Jφ est la matrice jacobienne de Φ. Par convention, |JΦ | est la valeur absolue du déterminant de
JΦ .

157
Changements de variables 9.0 Aperçu

ici est longue, mais très naturelle ; par ailleurs, les sections 9.1 et 9.3 contiennent
des rappels d’algèbre linéaire ou calcul différentiel, et la section 9.6 ne fait qu’as-
sembler les pièces du puzzle. Les sections 9.2, 9.4 et 9.5 constitue le cœur de la
preuve.
La structure de ces sections est la suivante :
1. Section 9.1 : rappels d’algèbre linéaire (décomposition d’une matrice en ma-
trices élémentaires).
2. Section 9.2 : preuve du théorème 9.14 lorsque Φ est une application linéaire
(ou affine).
3. Section 9.3 : rappels de topologie (recouvrement d’un ensemble avec des cubes).
4. Section 9.4 : argument de « localisation » : lorsque U est un « petit cube », esti-
mation de l’erreur que l’on fait en remplaçant Φ par une application linéaire.
5. Section 9.5 : c’est la section clé de la preuve : preuve de la proposition 9.12, qui
donne une inégalité entre deux mesures.
6. Section 9.6 : conclusion.
Malgré son importance en général, le théorème 9.14 ne s’applique pas aux
changements de variables les plus courants (passage en coordonnées polaires,
sphériques ou cylindriques). Pour inclure ces applications dans la théorie, nous
donnons dans la section 9.8 le théorème du presque changement de variables 9.21. La
section 9.7 donne les résultats préliminaires utilisés dans la preuve du théorème
9.21. Dans la section 9.9, nous montrons comment l’appliquer aux changements
mentionnés ci-dessus.
Une fois n’est pas coutume, la section « Pour aller plus loin » 9.11 contient
une autre version du théorème du changement de variables, le théorème 9.23,
que nous utiliserons sans l’avoir prouvée.
Enfin, la section 9.10 contient une liste d’intégrales de référence, qui jouent,
pour la mesure de Lebesgue νn dans Rn , le rôle des intégrale de Riemann ou de
Bertrand pour les intégrales généralisées sur s0, 1s et r1, 8r.

Compétences minimales attendues.


a) Utiliser le théorème du changement de variables.
b) Comprendre ce qu’est une égalité au sens du théorème du changement de variables
et savoir s’en servir.
c) Utiliser de manière justifiée les passages en coordonnées polaires, sphériques,
cylindriques, sphériques généralisées.
d) Savoir ramener, par changement de variables, le calcul d’intégrales à une ap-
plication des théorèmes de Tonelli ou Fubini. ˛

158
Petru Mironescu Mesure et intégration

9.1 Un peu d’algèbre linéaire


Soit A P Mn pRq une matrice inversible. Nous pouvons ramener A à l’identité
par la méthode du pivot de Gauss (en ligne ou colonne). Chaque étape de la
méthode de Gauss en ligne est l’une des suivantes :
a) Permutation de deux colonnes de A (à la recherche d’un pivot).
b) L’une des colonnes de A est multipliée par une constante c ‰ 0, puis est re-
tranchée d’une autre colonne (afin de faire un zéro dans la ligne).
Si nous écrivons ces opérations en termes matriciels, alors :
a) revient à multiplier A à droite par une matrice Pij , qui s’obtient de l’identité
en permutant les colonnes i et j.
b) revient à multiplier d’abord A à droite par la matrice Qi,c qui s’obtient de
l’identité en multipliant la colonne i par c, puis multiplier le résultat à droite
par la matrice Rij qui s’obtient de l’identité en retranchant la colonne i de la
colonne j, enfin multiplier ce dernier résultat à droite par Qi,1{c .
Ainsi, l’identité s’écrit comme un produit fini de la forme I “ AS1 S2 . . . Sm ,
´1
où chaque Sk est un Pij ou un Qi,c ou un Rij . Ceci donne A “ Sm . . . S1´1 . Notons
que :
1. Pij´1 “ Pij .
2. Q´1
i,c “ Qi,1{c .
´1
3. Rij “ Tij , où Tij s’obtient de l’identité en ajoutant la colonne i à la colonne j.
Pour résumer, nous venons de prouver le résultat suivant.

9.1 Proposition. Toute matrice inversible est produit de matrices du type Pij , Qi,c
et Tij . ˛

9.2 Changements de variables linéaire


Voici la forme la plus simple du théorème du changement de variables : Φ est
linéaire, et f est une fonction caractéristique.
9.2 Théorème. Soit A P Mn pRq une matrice inversible.
Nous avons :
a) E Ă Rn est borélien (respectivement Lebesgue mesurable) si et seulement
si ApEq l’est.
b) Si tel est le cas, alors λn pApEqq “ | det A| λn pEq.

159
Changements de variables 9.2 Changements de variables linéaire

9.3 Remarque. Si A n’est pas inversible, alors pour toute partie E de Rn , ApEq est Le-
besgue mesurable, de mesure nulle.
En effet, ApRn q est un sous espace de Rn de dimension ĺ n ´ 1, donc contenu dans
un hyperplan H. La conclusion suit du fait que νn pHq “ 0 (exercice 8.33). ˛

9.4 Remarque. La mesure de Lebesgue étant invariante par translations, nous pouvons
remplacer dans le théorème 9.2 « linéaire » par « affine ». En effet, si Bx “ Ax ` b, avec A
matrice inversible et b P Rn , alors

λn pBpEqq “ λn pApEq ` bq “ λn pApEqq “ | det A| λn pEq,

pour tout E Ă Rn Lebesgue mesurable ; raisonnement similaire pour un borélien. ˛

Exercices

Cet exercice sert dans la preuve du théorème 9.2.

9.5 Exercice. Nous nous proposons de montrer que si µ est une mesure borélienne et
invariante par translations sur Rn telle que µpr0, 1rn q “ 1, alors µ “ νn .
a) Montrer que µpr0, 1{krn q “ p1{kqn , @ k P N˚ . Indication : recouvrir r0, 1rn avec des
cubes d. d. d. de taille 1{k.
b) Soit Kj comme dans le lemme 9.7. Montrer que µpKj q “ νn pKj q.
c) En déduire que µpKq “ νn pKq pour tout compact K Ă Rn .
d) Conclure. Indication : mesures de Radon. ˛

Démonstrations

Démonstration du théorème 9.2.


Étape 1. Preuve dans le cas borélien. L’équivalence E borélien ðñ ΦpEq borélien découle
de l’exercice 2.20.

Soit C :“ r0, 1rn . Soit k “ kA :“ νn pApCqq. C étant d’intérieur non vide et A étant
un homéomorphisme, ApCq est d’intérieur non vide. D’où k ą 0 (justifier). Par ailleurs,
ApCq est borné (car C l’est), d’où k ă 8.

Posons
1 1
µpEq :“ λn pApEqq “ νn pApEqq, @ E P BRn .
k k

Nous allons montrer que µ est la mesure de Lebesgue νn sur BRn , ce qui implique
l’égalité

νn pApEqq “ kνn pEq, @ E P BRn . (9.3)

160
Petru Mironescu Mesure et intégration

Clairement, µ est une mesure, car si pEj qj est une suite d. d. d. de boréliens, alors
pApEj qqj est une suite d. d. d. de boréliens et donc

1 1ÿ ÿ
µp\j Ej q “ νn p\j ApEj qq “ νn pApEj qq “ µpEj q.
k k j j

Par construction, nous avons µpCq “ 1 “ νn pCq.

Par ailleurs, µ est invariante par translations, car

1 1 1
µpE ` xq “ νn pApE ` xqq “ νn pApEq ` Axq “ νn pApEqq “ µpEq.
k k k

Pour résumer, µ est une mesure borélienne sur Rn , invariante par translations et telle
que µpCq “ νn pCq. Ces propriétés impliquent l’égalité µ “ νn (exercice 9.5), comme
annoncé.

Ensuite, montrons l’égalité (*) kA “ | det A| (qui, au vu de (9.3), permet de compléter


la preuve du théorème si E est borélien).
Dans un premier temps, notons l’égalité kAB “ kA kB . En effet, nous avons

kAB “ νn pABpCqq “ kA νn pBpCqq “ kA kB νn pCq “ kA kB . (9.4)

Par ailleurs, nous avons également

| det pABq| “ | det A| | det B|. (9.5)

Compte tenu de de la proposition 9.1 et de (9.4)–(9.5), pour conclure il suffit de mon-


trer (*) quand A est l’une des matrices Pij , Qi,c ou Tij (puis nous multiplions ces égalités
pour obtenir (*) pour A quelconque).

Si A “ Pij , alors | det A| “ 1 et ApCq “ C, d’où kA “ 1 “ | det A|.

Si A “ Qi,c , alors | det A| “ |c| et, selon le signe de c, nous avons

ApCq “ r0, 1ri´1 ˆr0, crˆr0, 1rn´i´1 ou ApCq “ r0, 1ri´1 ˆsc, 0s ˆ r0, 1rn´i´1 .

Dans les deux cas, nous avons kA “ |c| “ | det A| (justifier).

Enfin, soit A “ Tij ; d’où | det A| “ 1. Pour simplifier l’écriture, nous prenons i “ 1,
j “ 2. Nous avons

ApCq “ tpx1 ` x2 , x2 , . . . , xn q ; 0 ĺ xk ă 1, k “ 1, . . . , nu
“ tpy1 , x2 , . . . , xn q ; x2 ĺ y1 ă 1 ` x2 , 0 ĺ xk ă 1, k “ 2, . . . , nu.

Nous décomposons ApCq “ B1 \ B2 , où B1 est l’ensemble des points de ApCq tels que
x2 ĺ y1 ă 1 et B2 celui des points de ApCq tels que 1 ĺ y2 ă x2 ` 1. Alors B1 est inter-
section finie de fermés et ouverts (il est donné par un nombre fini d’inégalités affines),

161
Changements de variables 9.3 Un peu de topologie

donc borélien. Il s’ensuit que B2 “ ApCqzB1 l’est aussi. Par ailleurs, nous avons B1 Ă C
et B2 “ pCzB1 q ` e1 . Donc

kA “ νn pApCqq “ νn pB1 \ B2 q “ νn pB1 q ` νn pB2 q


“ νn pB1 q ` νn ppCzB1 q ` e1 q “ νn pB1 q ` νn pCzB1 q
“ νn pB1 \ pCzB1 qq “ νn pCq “ 1 “ | det A|.

Étape 2. Preuve dans le cas Lebesgue mesurable. Soit E Ă Rn Lebesgue mesurable. Il existe
E1 , E2 boréliens tels que E1 Ă E Ă E2 et νn pE2 zE1 q “ 0. Nous trouvons que ApE1 q Ă
ApEq Ă ApE2 q et νn pApE2 qzApE1 qq “ νn pApE2 zE1 qq “ 0. Donc ApEq est Lebesgue mesu-
rable. Le même raisonnement appliqué à A´1 montre l’implication inverse : si ApEq est
Lebesgue mesurable, alors E l’est. Pour conclure, nous notons que

λn pApEqq “ νn pApE2 qq “ | det A| νn pE2 q “ | det A| λn pEq. CQFD

9.3 Un peu de topologie


Dans cette section, nous décrivons un procédé de recouvrement d’un ensemble
par des cubes, qui permet d’approximer un compact par des unions finies et dé-
croissantes de cubes.

9.6 Définition (Cube). Un cube (de Rn ) est un produit C “ I1 ˆ I2 ˆ . . . ˆ In , où


les Ij sont des intervalles de même longueur, strictement positive.
La longueur commune de ces intervalles est la taille de C.
Si xj est le milieu de Ij , @ j, alors x :“ px1 , . . . , xn q est le centre de C. ˛

Notons que, si x est le centre et r la taille de C, alors

Bpx, r{2q Ă C Ă Bpx, r{2q (9.6)

(boules pour la norme } }8 ).


Nous pouvons recouvrir Rn avec des cubes disjoints de taille 1{2j , à l’aide
du recouvrement Rn “ \`PZn p1{2j ¨ ` ` r0, 1{2j rn q. Notons Qj la collection de ces
cubes ; C va désigner un cube appartenant à Qj .
Si F Ă Rn , posons
ď
Fj :“ C;
CPQj
CXF ‰H

Fj est le recouvrement dyadique (à l’échelle j) de F .

162
Petru Mironescu Mesure et intégration

Notons que Fj Ă Fj´1 si j ľ 1. En effet, pour tout cube C de Qj , il existe


un (unique) cube Q de Qj´1 qui le contient. Donc, si C apparaît dans Fj , alors Q
apparaît dans Fj´1 , ce qui implique Fj Ă Fj´1 .
Notons également que F Ă Fj . En effet, si x P F , alors il existe un C de Qj tel
que x P C. C apparaît donc dans Fj , d’où x appartient à Fj .

9.7 Lemme. Soit K Ă Rn un compact.


Nous avons :
a) Kj Œ K.
b) λn pKj q Ñ λn pKq.
c) Kj est borné, @ j. En particulier, Kj est une union finie de cubes C` , avec C` Ă
Qj , @ `.
d) Si U est un ouvert tel que U Ą K, alors, pour j suffisamment grand, nous
avons U Ą Kj . ˛

Démonstrations

Démonstration du lemme 9.7.


a) Nous avons déjà vu que la suite pKj qj était décroissante et l’inclusion K Ă Kj , @ j. Il
reste à montrer l’inclusion Xj Kj Ă K.
Si x P Kj , alors il existe un C de Qj tel que x P C et C X K ‰ H. Soit yj P K X C.
Alors }x ´ yj }8 ă 1{2j , d’où distpx, Kq ă 1{2j .
Si x P Xj Kj , alors distpx, Kq ă 1{2j , @ j, d’où distpx, Kq “ 0 et par conséquent x P K
(justifier).
b) Notons que l’ensemble Kj est réunion a. p. d. de cubes (qui sont boréliens), donc un
borélien. L’item b) découle du théorème de la suite décroissante si K0 est borné (donc
de mesure de Lebesgue finie).
Soit M tel que }x}8 ĺ M , @ x P K. De la première partie de la preuve, nous avons
distpy, Kq ă 1, @ y P K0 , d’où }y}8 ĺ M ` 1, @ y P K0 (justifier). K0 est donc borné.
c) Il suffit de reprendre, pour j arbitraire, l’argument ci-dessus, qui donne K0 borné.
La deuxième partie suit du fait que la boule Bp0, M ` 1q n’intersecte qu’un nombre
fini de cubes de Qj .
1 1
d) Soit ε :“ distpK, U c q ą 0. Si j0 ă ε et j ľ j0 , alors j ă ε. Pour un tel j, montrons
2 2
que U Ą Kj .
Soit d’abord y P Kj . Alors il existe C P Qj tel que y P C et il existe x P K X C. Il
s’ensuit que }x ´ y}8 ă 1{2j , d’où

distpy, U c q ľ distpx, U c q ´ }x ´ y}8 ą distpK, U c q ´ 1{2j ą 0. (9.7)

163
Changements de variables 9.4 Image d’un petit cube par un C 1 -difféomorphisme

Soit maintenant y P Kj . Alors il existe une suite pyk qk Ă Kj telle que yk Ñ y. En


appliquant (9.7) à yk , nous obtenons

distpy, U c q “ lim distpyk , U c q ľ distpK, U c q ´ 1{2j ą 0.


k

Il s’ensuit que que y R U c , ou encore y P U . y P Kj étant arbitraire, nous obtenons


l’inclusion Kj Ă U . CQFD

9.4 Image d’un petit cube par un C 1-difféomorphisme


Dans cette section, nous établissons l’inégalité fondamentale (9.9), qui permet de
majorer la mesure de l’image d’un petit cube par un C 1 -difféomorphisme.
Nous munissons L pRn q de la norme matricielle subordonnée à la norme } }8 :

}A} :“ supt}Ax}8 ; }x}8 ĺ 1u.† (9.8)

Dans la suite, U et V désignent des ouverts de Rn , muni de la norme } }8 .


Les boules Bpx, rq considérées dans cette section sont définies par rapport à cette
norme.
9.8 Définition (C 1 –difféomorphisme). Une application Φ “ pΦ1 , . . . , Φn q :
U Ñ V est un C 1 -difféomorphisme si :
i) Φ a des dérivées partielles du premier ordre, qui sont continues.
ii) Le déterminant jacobien de Φ,
¨ ˛
BΦ1 BΦ1 BΦ1
˚ Bx1 Bx2 ...
˚ Bxn ‹

˚ BΦ2 BΦ2 BΦ2 ‹
˚ ... ‹
det JΦ “ det ˚
˚ Bx. 1 Bx. 2 Bxn ‹
˚ .. .. .. ‹
˚ ... . ‹

˝ BΦn BΦn BΦn ‚
...
Bx1 Bx2 Bxn

est non nul en tout point de U .


iii) Φ est bijective.‡

†. Les normes matricielles subordonnées sont désignées comme normes triples dans la littéra-
ture francophone (mais pas en dehors de celle-ci), et notées plutôt |||A|||.
‡. Ce n’est pas la définition usuelle d’un C 1 -difféomorphisme. Il s’agit plutôt d’une caractéri-
sation. J’ai adopté ce point de vue car approprié en vue des applications.

164
Petru Mironescu Mesure et intégration

Rappelons que, sous ces hypothèses, le théorème d’inversion locale affirme


que Φ´1 est encore de classe C 1 (et a donc exactement les mêmes propriétés que
Φ).
9.9 Notation. Si Φ : U Ñ V est différentiable, alors

|JΦ | :“ | det JΦ |. ˛

Le résultat de cette section est


9.10 Proposition. Soit Φ : U Ñ V un C 1 -difféomorphisme.
Soient K un compact de U et ε ą 0.
Alors il existe δ ą 0 tel que : pour cube C de taille ă δ qui intersecte K,† on a
C Ă U et
νn pΦpCqq ĺ p1 ` εq |JΦ pxq| νn pCq, @ x P C. ˛ (9.9)

Notons que (9.9) a bien un sens. En effet, C est borélien, et ΦpCq l’est égale-
ment (exercice 2.20).

Exercices

L’exercice suivant sera utilisé dans la démonstration de la proposition 9.10.


L’item b) est une variante de la continuité uniforme des fonctions continues sur
un compact K. La différence avec la continuité uniforme usuelle est que nous
permettons aux points x, y de « sortir un peu » de K.
9.11 Exercice. Soient U un ouvert de Rn et K Ă U un compact.
Soient pY, dq un espace métrique et h P CpU, Y q.
Montrer que, pour tout τ ą 0, il existe un δ ą 0 tel que : si x, y P Rn sont tels que
distpx, Kq ĺ δ et }x ´ y}8 ĺ δ, alors :
a) rx, ys Ă U (ici, rx, ys est le segment d’extrémités x et y).
b) dphpxq, hpyqq ă τ . ˛

Démonstrations

Démonstration de la proposition 9.10. Nous utilisons l’exercice 9.11 avec : Y :“ L pRn q muni
de la norme (9.8), h :“ JΦ et τ à fixer ultérieurement.
Soit δ la constante donnée par l’exercice 9.11 et soit C un cube de taille l ĺ δ tel que
C X K ‰ H. Soit z P C X K et soit x P C. Alors

distpx, Kq ĺ }x ´ z}8 ĺ l.
†. Autrement dit, tel qu’on ait C X K ‰ H.

165
Changements de variables 9.4 Image d’un petit cube par un C 1 -difféomorphisme

De même, si y P C, alors }y ´ x}8 ĺ l.


Comme l ĺ δ, nous sommes en mesure d’utiliser les conclusions a) et b) de l’exercice
9.11. En particulier, si y P C, alors rx, ys Ă U (et en particulier x, y P U ), et le théorème
des accroissements finis donne :
}Φpyq ´ Φpxq ´ JΦ pxqpy ´ xq}8 ĺ sup }JΦ pzq ´ JΦ pxq}}y ´ x}8 ĺ τ l. (9.10)
zPrx,ys

Si nous posons A :“ DΦpxq et b :“ Φpxq ´ Ax, alors l’inégalité (9.10) devient


}Φpyq ´ Ay ´ b}8 ĺ τ l,
ou encore Φpyq “ Ay ` ξ pour un ξ P Bpb, τ lq. Il s’ensuit que
ΦpCq Ă ApCq ` Bpb, τ lq “ ApCq ` b ` Bp0, τ lq. (9.11)

Par ailleurs, A étant inversible et linéaire, nous avons


ApCq ` b ` Bp0, τ lq “ ApC ` A´1 b ` A´1 pBp0, τ lqqq. (9.12)

En combinant (9.11), (9.12) avec la monotonie de la mesure et le théorème 9.2, nous


obtenons
νn pΦpCqq ĺ νn pApC ` A´1 b ` A´1 pBp0, τ lqqqq
“ | det A| νn pC ` A´1 b ` A´1 pBp0, τ lqqq (9.13)
´1
“ | det A| νn pC ` A pBp0, τ lqqq.

Soit
L :“ ty P Rn ; distpy, Kq ĺ δu.
Alors L est compact (justifier, en montrant qu’il est fermé et borné), et, de l’exercice 9.11
a), nous avons L Ă U .
Soit
M :“ maxt}pJΦ q´1 pyq} ; y P Lu ă 8.

Nous avons
}A´1 ξ}8 “ }pJΦ q´1 pxq ξ}8 ĺ }pJΦ q´1 pxq} }ξ}8 ĺ M }ξ}8 , @ ξ P Rn ,
d’où (justifier)
A´1 pBp0, τ lqq Ă Bp0, M τ lq. (9.14)

Si ξ0 est le centre de C, alors C Ă Bpξ0 , l{2q (voir (9.6)), ce qui implique (au vu de
(9.14))
C ` A´1 pBp0, τ lqq Ă Bpξ0 , p1 ` 2M τ q l{2q. (9.15)

De (9.13) et (9.15), nous obtenons


νn pΦpCqq ĺ | det A| νn pBpξ0 , p1 ` 2M τ q l{2qq
“ | det A| p1 ` 2M τ qn ln “ p1 ` 2M τ qn | det A| νn pCq.

Pour conclure, il suffit de choisir τ tel que p1 ` 2M τ qn “ 1 ` ε. CQFD

166
Petru Mironescu Mesure et intégration

9.5 L’inégalité clé


Soit Φ : U Ñ V un C 1 -difféomorphisme (avec U , V ouverts de Rn ). Dans cette
section, nous allons « faire le plus dur » dans la preuve du théorème 9.14, qui
consiste à prouver la proposition 9.12.
9.12 Proposition. Nous avons
ż
|JΦ pyq| dy ľ νn pΦpKqq, @ K Ă U compact. (9.16)
K

De manière équivalente, nous avons


ż
νn pLq ĺ |JΦ pyq| dy, @ L Ă V compact. ˛ (9.17)
Φ´1 pLq

Notons que le membre de droite de (9.16) est bien défini, car ΦpKq est com-
pact, donc borélien. De même, le membre de droite de (9.17) est bien défini, car
Φ´1 pLq est compact.

Exercices

Cet exercice sera utilisé dans la preuve de la proposition 9.12.


9.13 Exercice. Soient pX, dq, pY, δq deux espaces métriques et Φ : X Ñ Y un homéomor-
phisme. †
a) Soit ξ une mesure borélienne sur Y . Posons
µpBq :“ ξpΦpBqq, @ B P BX .

Alors µ est une mesure borélienne sur X.


b) Symétriquement, si µ est une mesure borélienne sur X, alors la formule
ξpCq :“ µpΦ´1 pCqq, @ C P BY ,
définit une mesure borélienne sur Y .
Indication : on pourra utiliser l’exercice 2.20. ˛

Démonstrations

Démonstration de la proposition 9.12.


Étape 1. Une inégalité approchée. Soit ε ą 0 et soit δ ą 0 comme dans la proposition 9.10. Si
C est un cube de taille l ĺ δ qui intersecte K, alors nous avons C Ă U et
1 νn pΦpCqq
|JΦ pyq| ľ , @ y P C. (9.18)
1 ` ε νn pCq
†. Donc Φ est continue, bijective, et Φ´1 est continue.

167
Changements de variables 9.5 L’inégalité clé

En intégrant (9.18) sur C, nous obtenons (justifier)


ż
1
|JΦ pyq| dy ľ νn pΦpCqq. (9.19)
C 1`ε

1
Soit maintenant j1 tel que ĺ δ. Soit j ľ j1 et soit Kj le recouvrement dyadique de
2j1
K, comme dans la section 9.3. Nous écrivons Kj “ \` C` (union finie), avec C` P Qj , @ j
(voir le lemme 9.7 c)).
1
Par construction, chaque C` intersecte K. Par choix de j, chaque C` est de taille j ĺ
2
δ. Nous pouvons donc appliquer (9.19) à chaque C` . En sommant sur `, nous obtenons
(justifier)
ż ż ÿż
|JΦ pyq| dy “ |JΦ pyq| dy “ |JΦ pyq| dy
Kj \` C` ` C`
1 ÿ 1
ľ νn pΦpC` qq “ νn p\` ΦpC` qq (9.20)
1`ε ` 1`ε
1 1
“ νn pΦp\` C` qq “ νn pΦpKj qq.
1`ε 1`ε

Étape 2. Preuve de (9.16). Nous allons passer à la limite (sur j) dans (9.20). Expliquons
d’abord la démarche.
Posons
ż
νpBq :“ |JΦ pyq| dy, @ B P BU . (9.21)
B

Alors ν est une mesure borélienne (exercice 6.40). De même, si nous posons

µpBq :“ νn pΦpBqq, @ B P BU , (9.22)

alors µ est une mesure borélienne (exercice 9.13).


Par ailleurs, nous avons

Kj Œ K (9.23)

(lemme 9.7 a)).


Ainsi, pour passer à la limite dans dans (9.20), l’idée naturelle est d’utiliser le théo-
rème de la suite décroissante (proposition 4.2 a)) pour les mesures ν et µ. Pour ce faire, il
faut trouver un j tel que νpKj q ă 8 (ce qui implique, au vu de (9.20), µpKj q ă 8).

Grâce à l’exercice 9.11 a) et au choix de j1 , nous avons, pour tout cube C de Kj1 ,

1
x P C ùñ D y P K tel que }x ´ y}8 ĺ ĺ δ ùñ rx, ys Ă U ùñ x P U,
2 j1

168
Petru Mironescu Mesure et intégration

et donc C Ă U . Kj1 étant une union finie de cubes C` , ` P I, de Qj (lemme 9.7 c)), nous
obtenons
L :“ Kj1 “ Y`PI C` “ Y`PI C` Ă U.

L étant compact (lemme 9.7 c)), nous obtenons


ż
νpKj1 q “ |JΦ pyq| dy ĺ max |JΦ pyq| νn pKj1 q ă 8. (9.24)
Kj1 yPL

En utilisant (9.24), (9.23), le fait que ν est une mesure, et le théorème de la suite dé-
croissante, nous obtenons
ż ż
lim |JΦ pyq| dy “ lim νpKj q “ νpKq “ |JΦ pyq| dy. (9.25)
j Kj j K

De (9.20) et (9.24), nous avons µpKj1 q ă 8. Comme ci-dessus, (9.23), le fait que µ est
une mesure, et le théorème de la suite décroissante, impliquent
lim νn pΦpKj qq “ lim µpKj q “ µpKq “ νn pΦpKqq. (9.26)
j j

En combinant (9.20), (9.25) et (9.26), nous obtenons, en faisant j Ñ 8,


ż
1
|JΦ pyq| dy ľ νn pΦpKqq. (9.27)
K 1`ε

En faisant ε Ñ 0 dans (9.27), nous obtenons (9.16).


Étape 3. Équivalence entre (9.16) et (9.17). Soit L Ă V . Si L est un compact, alors K :“
Φ´1 pLq est un compact (pourquoi ?), et (9.17) revient à (9.16) appliquée à K. Symétri-
quement, si K Ă est compact, alors L :“ ΦpKq l’est également, et (9.16) revient à (9.17)
appliquée à L. CQFD

9.6 Théorème du changement de variables


Nous pouvons enfin compléter la preuve du théorème du changement de va-
riables.
9.14 Théorème (Théorème du changement de variables). Soit Φ : U Ñ V un
C 1 -difféomorphisme, avec U, V ouverts de Rn .
Soit f : V Ñ R. Soit g : U Ñ R, g :“ f ˝ Φ |JΦ |.
Nous avons :
a) f est borélienne si et seulement si g l’est.
b) f est Lebesgue mesurable si et seulement si g l’ est.
c) f a une intégrale (par rapport à la mesure de Lebesgue) si et seulement si

169
Changements de variables 9.6 Théorème du changement de variables

g en a une, et dans ce cas


ż ż ż
f dλn “ g dλn “ f ˝ Φ |JΦ | dλn . (9.28)
V U U

9.15 Remarque. Il est important de comprendre le sens de l’égalité (9.28). Elle


affirme :
a) Que les fonctions f : V Ñ R et f ˝ Φ |JΦ | : U Ñ R sont de même nature† .
b) Que leurs intégrales de Lebesgue sont de même nature‡ et, en cas d’exis-
tence, égales.
C’est une égalité au sens du théorème du changement de variables.

Démonstrations

Démonstration du théorème 9.14. Commençons par une observation générale concernant les
équivalences à montrer. En notant l’identité

f “ g ˝ Φ´1 |JΦ´1 |, (9.29)

(justifier) il s’ensuit qu’il suffit à chaque fois d’établir une implication (en cas d’équiva-
lence) ou une inégalité (en cas d’égalité) ; l’implication inverse (ou l’inégalité opposée)
s’obtient en échangeant U avec V et Φ avec Φ´1 .
Pour faciliter la compréhension, la preuve du théorème est découpée en plusieurs
étapes simples.
Étape 1. B Ă V est borélien si et seulement si Φ´1 pBq Ă U est borélien. Ceci découle de
l’exercice 2.20.
Étape 2. Preuve de a). Supposons par exemple f : V Ñ R ; preuve similaire si f peut
prendre les valeurs ˘8. Soit B P BR . Alors pf ˝ Φq´1 pBq “ Φ´1 pf ´1 pBqq P BU , grâce à
l’étape 1 (justifier). Il s’ensuit que f ˝ Φ est borélienne, et donc g l’est également (justifier).
Étape 3. Nous avons
ż
νn pBq ĺ |JΦ pyq| dy, @ B P BV . (9.30)
Φ´1 pBq

Notons que le membre de droite de (9.30) est bien défini (étape 1).
Soit B P BV . Soit pKj qj une suite de compacts tels que

Kj Ă B, @ j, et νn pKj q Ñ νn pBq. (9.31)


†. De même nature : borélienne ou pas, Lebesgue mesurable ou pas, ayant une intégrale de
Lebesgue ou pas, Lebesgue intégrable ou pas.
‡. De même nature : existe ou n’existe pas.

170
Petru Mironescu Mesure et intégration

L’existence d’une telle suite suit du corollaire 4.27 appliqué à la mesure νn , qui est de
Radon (détailler).
L’inégalité clé (9.17) et la monotonie de l’intégrale donnent
ż ż
νn pKj q ĺ |JΦ pyq| dy ĺ |JΦ pyq| dy, @ j. (9.32)
Φ´1 pKj q Φ´1 pBq

En faisant j Ñ 8 dans (9.32) et en utilisant (9.31), nous obtenons (9.30).

Étape 4. Nous avons


ż ż ż
f pxq dx ĺ f pΦpyqq |JΦ pyq| dy “ gpyq dy,
V U U (9.33)
@ f : V Ñ r0, 8s borélienne positive.

Si f :“ χB , alors f ˝ Φ “ χΦ´1 pBq , et (9.33) devient (9.30) (vérifier).


Par linéarité de l’intégrale, (9.33) reste vraie pour une fonction étagée (justifier, en
partant du cas f “ χB et d’une représentation admissible).
Si f est borélienne positive, soit pfj qj une suite de fonctions étagées positives telles
que 0 ĺ fj Õ f (voir le corollaire 3.7). En appliquant (9.33) et en faisant j Ñ 8, nous
obtenons (9.33) pour f via le théorème de convergence monotone (vérifier).

Étape 5. Nous avons


ż ż
f pxq dx “ gpyq dy, @ f : V Ñ r0, 8s borélienne positive. (9.34)
V U

En appliquant (9.33) à Φ´1 et à f ˝ Φ |JΦ |, nous obtenons, en utilisant (9.29),


ż ż
gpyq dy ĺ f pxq dx. (9.35)
V U

Nous concluons grâce à (9.33) et (9.35).

Étape 6. Preuve de (9.28) si f est borélienne. Ceci se fait en appliquant (9.34) à f˘ et en


retranchant les deux égalités obtenues.

Étape 7. B P BV est νn - négligeable si et seulement si Φ´1 pBq Ă U est νn -négligeable. Il suffit


de montrer que, si B P BV est négligeable, alors Φ´1 pBq est négligeable.
Pour un tel B, (9.34) appliquée à f :“ χB donne
ż ż ż
0 “ νn pBq “ χB pyq dy “ χΦ´1 pBq pyq |JΦ pyq| dy “ |JΦ pyq| dy. (9.36)
V U Φ´1 pBq

Il s’ensuit que |JΦ pyq| “ 0 νn -p. p. sur Φ´1 pBq (proposition 6.35 a)). Comme, par
ailleurs |JΦ pyq| ą 0 en tout point, nous obtenons que νn pΦ´1 pBqq “ 0.

171
Changements de variables 9.7 Ensembles Lebesgue négligeables

Étape 8. Preuve de b). Supposons f : V Ñ R Lebesgue mesurable. Soit fr : V Ñ R bo-


rélienne et soit B P BV un borélien négligeable tel que f “ fr sur V zB. Alors gr :“
fr ˝ Φ |JΦ | “ g en dehors de l’ensemble Φ´1 pBq. Nous concluons grâce à a) et à l’étape 7
(justifier l’existence de fr et B, et la conclusion finale).
Étape 9. Preuve de (9.28) si f est Lebesgue mesurable. Avec les notations de l’étape précé-
dente, nous avons, en utilisant (9.28) pour fr et le corollaire 6.24, les égalités au sens du
théorème du changement de variables
ż ż ż ż
f pxq dx “ r
f pxq dx “ grpyq dy “ gpyq dy. CQFD
V V U U

9.7 Ensembles Lebesgue négligeables


Cette section prépare à la preuve du théorème du presque changement de variables
9.21. Les résultats présentés donnent des exemples utiles d’ensemble Lebesgue
négligeables.
9.16 Proposition. Soient U un ouvert de Rn et Ψ P C 1 pU, Rm q, avec m ľ n. Si
E Ă U est νn -négligeable, alors ΨpEq est νm -négligeable. ˛
9.17 Corollaire. Soient U un ouvert de Rn et Ψ P C 1 pU, Rm q, avec m ľ n. Si E Ă U
est un fermé νn -négligeable, alors ΨpEq est un borélien νm -négligeable. ˛

Exercices

9.18 Exercice. Montrer qu’une courbe dans R2 est Lebesgue négligeable. ˛

Démonstrations

Commençons par établir un résultat classique sur les recouvrements dya-


diques.
9.19 Proposition. Tout ouvert U de Rn est union a. p. d. de cubes d. d. d. ˛

Démonstration de la proposition 9.19. Reprenons les notations de la section 9.3. Posons


M0 :“ tC P Q0 ; C Ă U u
et, par récurrence,
Mj :“ tC P Qj ; C Ă U z YC 1 PM0 Y...YMj´1 C 1 u.

Chaque Qj étant dénombrable, Mj est a. p. d., d’où Yj Mj est a. p. d. Par construction,


les cubes qui apparaissent dans Yj Mj sont d. d. d. L’inclusion YCPYj Mj C Ă U étant claire
par construction, il reste à montrer que YCPYj Mj C Ą U .

172
Petru Mironescu Mesure et intégration

Soit x P U . Alors x appartient à exactement un cube Cj P Qj , pour tout j. Si Cj P Mj


pour un j, alors x P YCPY` M` C. Pour conclure, il suffit de montrer que le contraire mène
à une absurdité.
Si, pour chaque j, Cj R Mj , alors en particulier C0 R M0 , d’où C0 X U c ‰ H, ou encore
il existe x0 P C0 X U c . Il s’ensuit que distpx, U c q ĺ }x ´ x0 }8 ă 1.
Montrons, par récurrence sur j, que distpx, U c q ă 1{2j , j P N. (En admettant ce fait,
nous obtenons que distpx, U c q “ 0. U c étant fermé, ceci donne la contradiction x P U c .)
Passage de j ´ 1 à j : comme x P C` R M` , ` “ 0, . . . , j ´ 1, nous avons x P
U zYCPM0 Y...YMj´1 C. Par ailleurs, comme x P Cj , nous avons Cj Ă Rn zpYCPM0 Y...YMj´1 Cq
(justifier, par exemple sur un dessin). Compte tenu du fait que Cj R Mj , nous obtenons
Cj X U c ‰ H. Comme ci-dessus, nous en déduisons que distpx, U c q ă 1{2j . CQFD

Le résultat suivant est une variante du théorème 4.35 a) dans le cas particulier
des ensembles négligeables.

9.20 Proposition. Soit E Ă Rn . L’ensemble E est Lebesgue négligeable si et seule-


ment si : pour
ř tout ε ą 0, il existe une famille a. p. d. de cubes pCi qi telle que
E Ă Yi Ci et i νn pCi q ă ε. ˛

Démonstration de la proposition 9.20.


« ùñ » Il existe un ouvert U tel que E Ă U et νn pU q ă ε (corollaire 4.27). En utilisant
la proposition 9.19, nous écrivons
ř U comme l’union d’une famille a. p. d. pCi qi de cubes
disjoints. Alors E Ă \i Ci et νn pCi q “ νn pU q ă ε.

« ðù » Avec ε :“ 1{m, m P N˚ , soit pCim qi la famille de l’énoncé. Posons B :“ Xm Yi Cim .


Alors B est un borélien contenu dans chaque Yi Cim , donc νn -négligeable (justifier). Par
ailleurs, B contient E, donc E est νn -négligeable. CQFD

Démonstration de la proposition 9.16. Soit, pour ` P N˚ ,

U` :“ tx P Rn ; }x}8 ă `, distpx, U c q ą 1{`u,

de sorte que U` Õ U , U` Õ U , U` est compact et U` Ă U``1 .


Nous avons ΨpEq “ Y` ΨpE X U` q ; il suffit donc de montrer que ΨpE X U` q est νn -
négligeable, @ `. Nous pouvons ainsi remplacer E par E X U` , et donc supposer que E Ă
U` .
Soit ε` :“ distpU` , pU``1 qc q, qui est ą 0 (pourquoi
ř ?). Soit ε ă pε` qn . Soit pCi qi une
famille a. p. d. de cubes tels que E Ă Yi Ci et i νn pCi q ă ε. (L’existence des cubes
découle de la proposition 9.20.) En particulier, nous avons νn pCi q ă ε pour tout i, d’où
chaque cube est de taille ă ε1{n ă ε` .
Quitte à enlever de la suite les cubes « inutiles » (qui n’intersectent pas E), nous pou-
vons supposer E X Ci ‰ H, pour tout i. Considérons, à i fixé, un point y P E X Ci Ă U` .
Si x P Ci , nous avons }x ´ y}8 ă ε` , d’où distpx, U` q ă ε` . Il s’ensuit que Yi Ci Ă U``1 .

173
Changements de variables 9.8 Théorème du « presque changement de variables »

Soit, pour chaque i, xi le centre de Ci (voir la définition 9.6). Pour x P Ci , le segment


rx, xi s est contenu dans Ci , donc dans U``1 . Le théorème des accroissement finis donne
(*) }Φpxq ´ Φpxi q}8 ĺ C}x ´ xi }8 , x P Ci , où C :“ maxt}DΦpyq} ; y P U``1 u ă 8.
Si δi est la taille de Ci , alors (*) équivaut à ΦpCi q Ă BpΦpxi q, Cδi {2q. Nous trouvons
que

ΦpEq Ă Yi BpΦpxi q, Cδi {2q,

d’où
ÿ ÿ
νn pΦpEqq ĺ C m δim ĺ C m εm´n
` νn pCi q ă C m εm´n
` ε. (9.37)
i i

Nous complétons la preuve en faisant ε Ñ 0 dans (9.37). CQFD

Démonstration du corollaire 9.17. Au vu de la proposition précédente, il suffit de montrer que


ΨpEq est un borélien. Or, E étant fermé, il existe une suite pKj qj de compacts de Rn tels
que E “ Yj Kj . Comme ΨpKj q est compact, donc borélien de Rm , l’ensemble ΨpEq “
Yj ΨpKj q est un borélien. CQFD

9.8 Théorème du « presque changement de variables »


9.21 Théorème (Théorème du presque changement de variables). Soient U1 ,
U , E, Φ avec les propriétés suivantes :
i) U1 est un ouvert de Rn et Φ P C 1 pU1 , Rn q.
ii) U Ă U1 est un ouvert. Si nous posons V :“ ΦpU q, alors Φ : U Ñ V est un
C 1 -difféomorphisme.
iii) E Ă U1 zU est un fermé νn -négligeable.
Soit F :“ ΦpEq.
Si f : V Y F Ñ R, soit g : U \ E Ñ R, g :“ f ˝ Φ |JΦ |.
Nous avons :
a) g est borélienne si f l’est.†
b) f est Lebesgue mesurable si et seulement si g l’ est.
c) f a une intégrale (par rapport à la mesure de Lebesgue) si et seulement si
g en a une, et dans ce cas
ż ż ż ż
f dλn “ g dλn “ f ˝ Φ |JΦ | dλn “ f ˝ Φ |JΦ | dλn . (9.38)
V YF U \E U \E U

†. Du corollaire 9.17, V Y F est borélien.

174
Petru Mironescu Mesure et intégration

Démonstrations

Démonstration du théorème 9.21.


a) Supposons par exemple que f : V Ñ R ; le cas où f peut prendre les valeurs ˘8 est
similaire. Si B P BR , alors pf ˝Φq´1 pBq “ Φ´1 pf ´1 pBqq P BY (en utilisant le théorème
3.5 et l’exercice 2.20). Il s’ensuit que g est borélienne (justifier).
b) Les parties E et F étant νn -négligeables (E par hypothèse, et F grâce au corollaire
9.17), nous avons f Lebesgue mesurableðñ f χF c l’estðñ f|V l’estðñ g|U l’est (ici,
nous utilisons le théorème du changement de variables)ðñ g est Lebesgue mesu-
rable.
c) suit du théorème du changement de variables 9.14, en notant que les intégrales sur E
et F zV sont nulles. CQFD

9.9 Changements usuels


Comme expliqué dans l’aperçu, la motivation du théorème du presque chan-
gement de variables 9.21 vient des (presque) changements de variables usuels,
que nous rappellerons dans cette section.

9.9.1 Coordonnées polaires


Tout point de R2 s’écrit sous la forme

px, yq “ pr cos θ, r sin θq, avec r :“ px2 ` y 2 q1{2 ľ 0 et θ P r0, 2πr.

Si px, yq ‰ p0, 0q, alors cette écriture est unique et, de plus,

θ “ 0 ðñ x ą 0 et y “ 0.

Posons

Φ : R2 Ñ R2 , Φpr, θq :“ pr cos θ, r sin θq.

Nous avons Φ P C 1 et det JΦ pr, θq “ r.


Il s’ensuit de ce qui précède que Φ est une bijection de U :“s0, 8rˆs0, 2πr vers
V :“ R2 zpr0, 8rˆt0uq.
Par ailleurs, nous avons det JΦ ‰ 0 sur U , d’où Φ : U Ñ V est un difféomor-
phisme.
Avec E :“ BU et F :“ r0, 8rˆt0u, nous avons ΦpEq “ F et E est un fermé
Lebesgue négligeable (justifier).

175
Changements de variables 9.9 Changements usuels

Nous pouvons donc appliquer le théorème 9.21 (avec U1 :“ R2 ) : si f : R2 Ñ R


est Lebesgue mesurable, alors
ż ż
f dλ2 “ f pr cos θ, r sin θq r dλ2 pr, θq
R2 r0,8rˆr0,2πs

au sens du théorème du changement de variables.

9.9.2 Coordonnées sphériques


Soit x “ px1 , x2 , x3 q P R3 . Soit ρ :“ px21 ` x22 q1{2 . Il existe θ P r0, 2πr tel que
px1 , x2 q “ pρ cos θ, ρ sin θq.
Par ailleurs, pρ, x3 q s’écrit sous la forme pρ, x3 q “ pr cos ϕ, r sin ϕq, avec r ľ 0
et ϕ P r´π{2, π{2r (la condition sur ϕ vient du fait que ρ ľ 0). Il s’ensuit que tout
point x P R3 s’écrit sous la forme

x1 “ r cos ϕ cos θ,
x2 “ r cos ϕ sin θ, avec r ľ 0, ϕ P r´π{2, π{2r, θ P r0, 2πr, (9.39)
x3 “ r sin ϕ.

Si, de plus, x R ptp0, 0qu ˆ Rq Y ps0, 8rˆt0u ˆ Rq, alors nous pouvons prendre
r ą 0, ϕ Ps ´ π{2, π{2r et θ Ps0, 2πr et, pour un tel choix des coordonnées r, ϕ, θ,
l’écriture (9.39) est unique.
Soit

Φ : R3 Ñ R3 , Φpr, ϕ, θq :“ pr cos ϕ cos θ, r cos ϕ sin θ, r sin ϕq.

Avec

U1 :“ R3 , U :“s0, 8rˆs ´ π{2, π{2rˆs0, 2πr

et

V :“ R3 zpptp0, 0qu ˆ Rq Y ps0, 8rˆt0u ˆ Rqq,

Φ est une bijection de classe C 1 entre U et V .


Par ailleurs, nous avons det JΦ pr, ϕ, θq “ ´r2 cos ϕ, d’où det JΦ ‰ 0 sur U et
donc Φ : U Ñ V est un difféomorphisme.
Avec E :“ BU et F :“ ptp0, 0qu ˆ Rq Y ps0, 8rˆt0u ˆ Rq, nous avons E fermé,
λ3 pEq “ 0 et ΦpEq “ F (vérifier).

176
Petru Mironescu Mesure et intégration

Le théorème du presque changements de variables 9.21 donne : si f : R3 Ñ R


est Lebesgue mesurable, alors
ż
f dλ3
R3ż

“ f pr cos ϕ cos θ, r cos ϕ sin θ, r sin ϕq r2 cos ϕ dλ3 pr, ϕ, θq


r0,8rˆr´π{2,π{2sˆr0,2πs

au sens du théorème du changement de variables.

9.9.3 Coordonnées cylindriques


Si px1 , x2 q P R2 zpr0, 8rˆt0uq, alors px1 , x2 , x3 q “ pr cos θ, r sin θ, x3 q, avec r ą 0,
0 ă θ ă 2π, l’écriture étant unique.
Le théorème du presque changement de variables, appliqué avec
Φpr, θ, x3 q :“ pr cos θ, r sin θ, x3 q, (qui satisfait det JΦ pr, θ, x3 q “ r),
U1 :“ R3 , U :“s0, 8rˆs0, 2πrˆR, V :“ R3 zpr0, 8rˆt0u ˆ Rq,
E :“ BU, F :“ r0, 8rˆt0u ˆ R,
donne : si f : R3 Ñ R est Lebesgue mesurable, alors
ż ż
f dλ3 “ f pr cos θ, r sin θ, x3 q r dλ3 pr, θ, x3 q
R3 r0,8rˆr0,2πsˆR

au sens du théorème du changement de variables.

9.9.4 Coordonnées sphériques généralisées


Soit Φn : Rn Ñ Rn ,
Φn pr, θ1 , θ2 , . . . , θn´1 q :“ pr cos θ1 cos θ2 . . . cos θn´1 , r cos θ1 cos θ2 . . . sin θn´1 ,
r cos θ1 cos θ2 . . . cos θn´3 sin θn´2 , . . . , r sin θ1 q.

Tout point de Rn s’écrit sous la forme x “ Φn pr, θ1 , θ2 , . . . , θn´1 q. La preuve


de cette assertion se fait par récurrence sur n, le casan “ 2 correspondant aux
coordonnées polaires. Passage de n ´ 1 à n : soit ρ :“ x21 ` x22 . Nous appliquons
l’hypothèse de récurrence à pρ, x3 , . . . , xn q, qui s’écrit donc sous la forme
pρ, x3 , . . . , xn q “ Φn´1 pr, θ1 , . . . , θn´2 q.

Il s’ensuit que ρ “ r cos θ1 . . . cos θn´2 , d’où il existe θn´1 tel que
x1 “ r cos θ1 . . . cos θn´2 cos θn´1 et x2 “ r cos θ1 . . . cos θn´2 sin θn´1 .

177
Changements de variables 9.10 Intégrales de référence

Nous concluons à l’égalité x “ Φn pr, θ1 , θ2 , . . . , θn´1 q.


Une preuve analogue par récurrence montre (nous omettons les détails) que
l’on peut prendre r ľ 0, θ1 , . . . , θn´2 P r´π{2, π{2s et θn´1 P r0, 2πs.
Le jacobien de Φn est
det JΦn “ p´1qnpn`1q{2`1 rn´1 cosn´2 θ1 cosn´3 θ2 . . . cos θn´2 . (9.40)

Preuve de (9.40) par récurrence sur n, les cas n “ 2, 3 étant déjà vérifiés. Si
a1 , . . . , an´1 désignent les cooordonnées de Φn´1 , alors
Φn “ pa1 cos θn´1 , a1 sin θn´1 , a2 , . . . , an´1 q.

Il s’ensuit que
¨ ˛
cos θn´1 Ja1 ´a1 sin θn´1
˚ sin θn´1 Ja1 a1 cos θn´1 ‹
˚ ‹
JΦn “ ˚˚ Ja2 0 ‹.

˝ ... 0 ‚
Jan´1 0

En développant le déterminant de JΦn selon la dernière colonne, nous obte-


nons JΦn “ p´1qn a1 JΦn´1 , relation de récurrence qui permet d’établir facilement
(9.40).
Avec
U1 :“ Rn , U :“s0, 8rˆs ´ π{2, π{2rn´2 ˆs0, 2πr, E :“ BU,
F :“ Yn´2
j“1 pR
n´j
ˆ t0u ˆ Rj´1 q Y pr0, 8rˆt0u ˆ Rn´2 q, V :“ Rn zF,
nous déduisons (comme pour les coordonnées sphériques) que Φ : U Ñ V est un
C 1 -difféomorphisme, que E est un fermé λn -négligeable et que ΦpEq “ F .
Le théorème du presque changement de variables 9.21 donne : si f : Rn Ñ R
est Lebesgue mesurable, alors
ż
f dλn
Rnż

“ f ˝ Φn rn´1 cosn´2 θ1 cosn´3 θ2 . . . cos θn´2 dλn


r0,8rˆr´π{2,π{2sn´2 ˆr0,2πs

au sens du théorème du changement de variables.

9.10 Intégrales de référence


Comme pour les intégrales généralisées, quand nous étudions la nature d’une
intégrale de Lebesgue il est utile de disposer d’une liste d’intégrales de nature

178
Petru Mironescu Mesure et intégration

connue. Dans la suite, nous munissons Rn de la norme euclidienne, notée | |. BR


désigne la boule ouverte centrée en 0 et de rayon R, Bp0, Rq.
9.22 Proposition. Pour a, b P R, nous avons :
1
a) x ÞÑ a est intégrable sur B1 zt0u si et seulement si a ă n.
|x|
1
b) x ÞÑ est intégrable sur B1{2 zt0u si et seulement si a ă n ou [a “ n
|x|a | ln |x||b
et b ą 1s.
1
c) x ÞÑ a est intégrable sur Rn zB1 si et seulement si a ą n.
|x|
1
d) x ÞÑ est intégrable sur Rn zB2 si et seulement si a ą n ou [a “ n et
|x| | ln |x||b
a

b ą 1]. ˛

Démonstrations

Démonstration. Nous faisons la preuve de b) ; preuves similaires dans les autres cas.
En passant en coordonnées sphériques généralisées et en appliquant le théorème de Tonelli
8.24, nous avons, avec gpθ1 , . . . , θn´1 q :“ cosn´2 θ1 . . . cos θn´2 (justifier) :
ż ż
|x|´a | ln |x||´b dνn “ χB1{2 zt0u pxq |x|´a | ln |x||´b dνn
B1{2 zt0u Rn
ż
“ χs0,1{2r prq r´a`n´1 | ln r|´b g dνn
r0,8rˆr´π{2,π{2sn´2 ˆr0,2πs
ż
“ r´a`n´1 | ln r|´b g dνn
s0,1{2rˆr´π{2,π{2sn´2 ˆr0,2πs
ż 1{2
“C r´a`n´1 | ln r|´b dν1 ,
0
où C est le produit d’intégrales de Riemann
ż π{2 ż π{2 ż 2π
n´1
C :“ cos θ1 dθ1 . . . cos θn´2 dθn´2 dθn´1 .
´π{2 ´π{2 0

Nous avons 0 ă C ă 8, ce qui montre que l’intégrale de départ est finie si et seulement
ż 1{2
si l’intégrale (de Lebesgue ou généralisée) 1{pra´n`1 | ln r|b q dν1 est finie, ce qui équivaut à
0
a ă n ou [a “ n et b ą 1]. CQFD

9.11 Pour aller plus loin


Voici un résultat utile, plus fort que le théorème du changement de variables
9.14.

179
Changements de variables 9.11 Pour aller plus loin

9.23 Théorème. Soit Φ : U Ñ V telle que :


i) U , V sont des ouverts de Rn .
ii) Φ est différentiable et bijective.
Pour f : V Ñ R, nous avons
ż ż
f pxq dx “ f pΦpyqq |JΦ pyq| dy (9.41)
V U

au sens du théorème du changement de variables.

Pour la preuve, voir Rudin [19, Theorem 7.26].


Une autre extension utile du théorème 9.14 est la formule de l’indicatrice de Ba-
nach (voir Evans et Gariepy [7, Section 3.3.2, Theorem 1 avec m “ n]). Voici un
cas particulier, simple à énoncer et qui sera abordé comme exercice de synthèse,
de cette formule.

9.24 Théorème. Soit Φ P C 1 pU, V q, avec U , V ouverts de Rn . Si f : V Ñ R est


Lebesgue mesurable, alors
ż ż
f pΦpyqq |JΦ pyq| dy “ f pxq #rΦ´1 pxqs dx (9.42)
U V

au sens du théorème du changement de variables. ˛

Ici, # est la mesure de comptage, donc


#
card A, si A est fini
#A :“ .
8, sinon

180
Chapitre 10

Espaces Lp

10.0 Aperçu
Nous avons déjà vu l’importanceżdes fonctions intégrables (autrement dit :
des fonctions mesurables telles que |f | dµ ă 8), par exemple comme majo-
rantes dans le théorème de convergence dominée. Dans le langage probabiliste,
ż
une fonction intégrable est une fonction f qui a une espérance Epf q :“ f dP fi-
ż
nie. Une autre quantité importante est la variance V pf q :“ pf ´ Epf qq2 dP , qui
ż
est finie à condition que f 2 dP soit finie.

D’autres
ż conditions similaires jouent un rôle important : par exemple, la condi-
tion |f |3 dP ă 8 intervient dans l’étude de la vitesse de convergence dans le
ż
théorème central limite ; la condition |f |p dP ă 8, avec 1 ă p ă 2, pour la validité
du théorème central limite, etc.
Nous allons présenter ici un « chapeau » commun à toutes ces propriétés, qui
mène aux espaces de Lebesgue L p , avec 1 ĺ p ă 8 :
# ˆż ˙1{p +
L p :“ f : X Ñ R ; f mesurable et }f }Lp :“ |f |p ă8 .

La définition de l’espace L 8 fait intervenir une nouvelle notion, celle de sup


essentiel, qui est un sup adapté à la théorie de l’intégration, donc ne tenant pas
compte des ensembles négligeables.
Les espaces L p sont des espaces vectoriels, et f ÞÑ }f }Lp vérifie l’inégalité tri-

181
Espaces Lp 10.1 L p versus Lp

angulaire, mais n’est pas une norme. Nous allons pallier ce défaut en définissant
des cousins des espaces L p , les espaces Lp ; la définition est conceptuellement
compliquée, mais concrètement facile à maîtriser.
Ces espaces sont des espaces normés par } }Lp (inégalité de Minkowski, théo-
rème 10.26) et complets (théorème de Fatou 10.28).
L’autre notion importante de ce chapitre est celle d’exposé conjugué : si 1 ĺ p ĺ
8, le conjugué de p est le nombre 1 ĺ q ĺ 8 défini par

1 1
` “ 1.
p q

L’inégalité de Hölder (théorème 10.18) affirme que, si f P L p et g P L q , avec p


et q conjugués, alors f g est intégrable et
ˇż ˇ ż
ˇ ˇ
ˇ f g ˇ ĺ |f g| ĺ }f }Lp }g}Lq .
ˇ ˇ

L’inégalité de Cauchy-Schwarz s’obtient en prenant p “ q “ 2 dans l’inégalité de


Hölder.
Dans la section 10.4, nous énonçons le théorème de représentation de Riesz 10.31,
qui, de manière informelle, montre que l’inégalité de Hölder est la seule inégalité
possible dans les espaces Lp avec 1 ĺ p ă 8.
Dans tout le chapitre, pX, T , µq est un espace mesuré fixé. f, g, etc. : X Ñ R
sont des fonctions mesurables. Même sans mention explicite, la mesurabilité des
fonctions concernées est assumée dans chaque énoncé. Le p. p. est relatif à la
mesure µ.

Compétences minimales attendues.


a) Comprendre la différence entre L p et Lp .
b) Comprendre la définition de L 8 .
c) Savoir montrer qu’un objet est bien défini pour une classe f P Lp .
d) Savoir utiliser les inégalités de Hölder et Minkowski.
e) Savoir utiliser le théorème de Fatou et son corollaire. ˛

10.1 L p versus Lp
Dans cette section, nous définissons les espaces de Lebesgue L p et Lp et donnons
quelques éléments pour comprendre les règles de calcul dans Lp .

182
Petru Mironescu Mesure et intégration

10.1 Définition (Espaces de Lebesgue L p ).


a) Si 1 ĺ p ă 8,
ˆż ˙1{p ˆż ˙1{p
p p
}f }Lp :“ |f | “ |f | dµ .
X

b) Si p “ 8,

}f }L8 :“ esssup |f | :“ min tM P R ; |f pxq| ĺ M p. p.u.

c) L p “ L p pX, µq :“ tf : X Ñ R ; }f }Lp ă 8u.

10.2 Notation. Une notation alternative, très répandues, pour les normes } }Lp est } }p .
Cette notation est cohérente avec les notations des normes usuelles dans Rn : si x “
px1 , . . . , xn q P Rn , et si nous identifions x à une fonction f : t1, . . . , nu Ñ R, alors
}x}p “ }f }Lp , où la seconde norme est calculée par rapport à la mesure de comptage
sur t1, . . . , nu.
Attention toutefois au danger suivant : si f : X Ñ R, }f }8 peut désigner, selon le
contexte, soit sup |f |, soit esssup |f |. ˛

10.3 Définition (Espaces de Lebesgue Lp ).


a) Lp “ Lp pX, µq :“ L p { „. Ici, „ est l’équivalence f „ g si et seulement si
f “ g p. p.
b) Si f P Lp , alors nous posons }f }Lp :“ }g}Lp , où g est une fonction arbitraire
de la classe d’équivalence définissant f .
10.4 Remarque.
a) La définition }f }Lp :“ }g}Lp est correcte, au sens où }g}Lp ne dépend pas du choix
de g dans la classe de f , mais ceci demande une preuve ; voir l’exercice 4.22 b). En
particulier, ceci implique que, si g P L p et h „ g, alors h P L p .
b) Voici une conséquence de l’item a). Nous pouvons définir de la même manière }f }Lp ,
1 ĺ p ĺ 8, si f est une classe d’équivalence de tg : X Ñ R ; g mesurableu pour „.
Nous avons alors la définition équivalente de Lp :
Lp :“ tf ; f est une classe d’équivalence telle que }f }Lp ă 8u. ˛
10.5 Notation. Par abus de notation, et bien qu’un élément de Lp soit une classe d’équi-
valence et non pas une fonction, nous écrivons
ˆż ˙1{p
}f }Lp “ |f |p dµ , si 1 ĺ p ă 8.

Le sens de cette égalité est que pour tout représentant g de f , l’égalité précédente est
vraie si nous remplaçons à droite f par g.
Abus de notation analogue dans L8 . ˛

183
Espaces Lp 10.1 L p versus Lp

Nous continuons par deux remarques essentielles pour comprendre, d’une


part, le sens des énoncés concernant les espaces Lp , d’autre part, la façon de défi-
nir les opérations dans les espaces Lp .
10.6 Remarque. Lorsqu’il s’agit d’une propriété des espaces Lp , la première
question à se poser est si sa preuve (qui fait intervenir des fonctions, et non
pas des classes) est indépendante du choix de la fonction dans la classe d’équi-
valence.
Illustration pour l’inégalité de Cauchy-Schwarz (théorème 10.18 avec p “
q “ 2). Pour prouver cette inégalité, nous allons montrer que
ż ˆż ˙1{2 ˆż ˙1{2
|f1 g1 | ĺ |f1 | 2
|g1 | 2
, @ f1 , g1 : X Ñ R. (10.1)

En prenant, dans (10.1), f1 dans la classe de f et g1 dans la classe de g,


nous obtenons
ż
|f1 g1 | ĺ }f }L2 }g}L2 .

Pour conclure, il suffit de montrer que f1 g1 est dans la classe de f g ; or,


ceci découle de l’exercice 10.11 b).
10.7 Remarque.
a) Si 1 ĺ p ă 8 et f P L p , alors la proposition 6.26 (appliquée à |f |p ) et la remarque 6.25
montrent qu’il existe, dans la classe d’équivalence de f , une fonction g finie partout.
b) Si f P L 8 , soit A :“ tx P X ; |f pxq| ą esssup f u. Alors A P T est négligeable,
d’où g “ f χAc est dans la classe de f . Notons que g est, par construction, bornée, en
particulier finie partout.
c) Ainsi, lorsque nous travaillons avec une classe f de Lp , nous pouvons toujours consi-
dérer un représentant fini partout (et, si p “ 8, borné).
d) En particulier, si f, g P Lp alors nous pouvons définir la classe f ` g comme celle
de f1 ` g1 , avec f1 (respectivement g1 ) dans la classe de f (respectivement g) finie
partout. Dans l’esprit de la remarque 10.6, nous laissons au lecteur le soin de vérifier
que la classe f ` g obtenue ne dépend pas du choix de f1 et g1 . ˛

La remarque suivante montre que l’espace Lp pX, µq n’est pas, dans un sens à
préciser, plus riche que l’espace Lp pX, µq.
10.8 Remarque. Nous pouvons identifier de manière naturelle les classes d’équivalence
des fonctions T -mesurables et T -mesurables. En effet, soit f1 : X Ñ R une fonction
T -mesurable. Alors (proposition 4.19 a)) il existe une fonction T -mesurable g1 : X Ñ R
telle que f1 “ g1 µ-p. p. (ou, ce qui est équivalent, telle que f1 “ g1 µ-p. p.).
Notons : f la classe de f1 par rapport à pX, T , µq, g la classe de g1 par rapport à
pX, T , µq, G la classe de g1 par rapport à pX, T , µq. Par choix de g1 , nous avons f “ g.

184
Petru Mironescu Mesure et intégration

Par ailleurs, nous avons G Ă g (vérifier). L’application f ÞÑ G est bien définie et bijective,
de réciproque G ÞÑ g (vérifier).
Cette identification naturelle s’étend aux espaces Lp : si f1 P L p pX, µq, alors les
classes respectives satisfont f P Lp pX, µq et G P Lp pX, µq, ce qui donne une bijection na-
turelle, f ÞÑ G, entre Lp pX, µq et Lp pX, µq. Cette bijection préserve la norme : }f }Lp pX,µq “
}G}Lp pX,µq (vérifier).
En particulier, nous pouvons identifier Lp pRn , λn q à Lp pRn , νn q. ˛

Exercices

Cet exercice donne quelques propriétés simples de } }Lp . L’item d) est particu-
lièrement important de point de vue théorique.
10.9 Exercice.
a) }tf }Lp “ |t| }f }Lp , @ t P R, @ f : X Ñ R (avec la convention 0 ¨ 8 “ 0).
b) Si f “ g p. p., alors }f ´ g}Lp “ 0 et }f }Lp “ }g}Lp .
c) }f }Lp “ 0 si et seulement si f “ 0 p. p.
d) La définition de }f }L8 est correcte, au sens suivant. Soit A :“ tM P r0, 8s ; |f pxq| ĺ
M p. p.u. Montrer que A est non vide et a un plus petit élément, m. Cet m est le plus
petit nombre C de r0, 8s avec la propriété |f pxq| ĺ C p. p., et donc m “ }f }L8 .
e) }f ` g}Lp ĺ }f }Lp ` }g}Lp pour p “ 1 et p “ 8. (Ici, f, g : X Ñ R.) ˛

La définition de } }L8 est assez absconse. L’exercice suivant donne un cas où


}f }L8 “ sup |f |.
10.10 Exercice. Soit U un ouvert de Rn , muni de la mesure de Lebesgue sur BU . Si f P
CpU q, montrer que }f }L8 “ sup |f |. ˛
U

L’exercice suivant montre que la relation „ « commute » avec les opérations


sur les fonctions.
10.11 Exercice. Soit pX, T , µq un espace mesuré. Nous considérons des fonctions f, g :
X Ñ R (pas nécessairement mesurables). Montrer que la relation d’équivalence « f „ g
si et seulement si f “ g p. p. » a les propriétés suivantes.
a) Si f „ f1 et g „ g1 , alors f ` t g „ f1 ` t g1 , @ t P R (à condition que les fonctions soient
finies en tout point).
b) Si f „ f1 et g „ g1 , alors f g „ f1 g1 .
c) Si f „ g et si Φ : R Ñ R, alors Φ ˝ f „ Φ ˝ g.
d) Dans cette question, X :“ Rn et µ :“ λn . Soit τh f pxq :“ f px ´ hq, @ x, h P Rn . Si f „ g,
alors τh f „ τh g, @ h. ˛

Dans le même esprit, nous mentionnons la propriété suivante, utilisée dans la


définition du produit de convolution (dans le chapitre 11).

185
Espaces Lp 10.1 L p versus Lp

10.12 Exercice. Nous munissons Rn de la mesure de Lebesgue. Soient f, g, f1 , g1 : Rn Ñ


R, avec f „ f1 et g „ g1 . Soit x P Rn . Montrer que h „ h1 , où

hpyq “ f px ´ yq gpyq, h1 pyq “ f1 px ´ yq g1 pyq, @ y P Rn . ˛

L’exercice suivant introduit des espaces très importants, les espaces `p .


10.13 Exercice (Espaces `p ).
a) Si µ est la mesure de comptage, alors l’égalité p. p. équivaut à l’égalité. Ainsi, nous
pouvons identifier naturellement L p et Lp .
Si X “ N muni de la mesure de comptage sur PpNq, alors nous définissons

`p “ `p pNq :“ L p “ Lp , @ 1 ĺ p ĺ 8.†

b) Si pan qn est une suite indexée sur n P N, montrer que


#` ř ˘1{p
n |an |p , si 1 ĺ p ă 8
}pan qn }`p “ .
supn |an |, si p “ 8

c) Montrer que si 1 ĺ p1 ĺ p2 ĺ 8, alors `1 Ă `p1 Ă `p2 Ă `8 . De plus, ces inclusions


sont « continues » : si 1 ĺ p ĺ r ĺ 8, alors }pan qn }`r ĺ }pan qn }`p .
d) Soit pan qn P `p , avec p ă 8. Montrer que pour tout r ą p nous avons limsÑr }pan qn }`s “
}pan qn }`r .
e) Si 1 ĺ r ă 8 et pan qn est une suite arbitraire, alors limsŒr }pan qn }`s “ }pan qn }`r . ˛

Cet exercice est une suite « concrète » de la remarque « abstraite » 10.8.


10.14 Exercice.
a) Nous travaillons dans pRn , Ln , λn q. Montrer que toute classe d’équivalence contient
un représentant borélien.
b) Même propriété si à la place de Rn nous considérons une partie borélienne de Rn .
c) Généralisation ? ˛

Un autre exercice fondamental. Nous le commenterons à sa fin.


10.15 Exercice. Nous supposons µ finie.
a) Montrer que si 1 ĺ p1 ĺ p2 ĺ 8, alors L8 Ă Lp2 Ă Lp1 Ă L1 .
b) Soit f P Lp , avec p ą 1. Montrer que pour tout 1 ĺ r ă p nous avons limsÑr }f }Ls “
}f }Lr . ˛

†. Nous définissons de même `p pAq, avec A a. p. d.

186
Petru Mironescu Mesure et intégration

10.16 Remarque (Inclusions entre les espaces Lp ). En général, il n’y a pas de


relation d’inclusion entre Lp et Lq , avec p ‰ q : nous n’avons pas Lp Ă Lq .
Il existe deux exceptions notables.
a) Si 1 ĺ p1 ĺ p2 ĺ 8, alors `1 Ă `p1 Ă `p2 Ă `8 .
Les espaces `p croissent avec p.
b) Si µ est finie et 1 ĺ p1 ĺ p2 ĺ 8, alors L1 Ą Lp1 Ą Lp2 Ą L8 .
Si µ est finie, les espaces Lp décroissent avec p.

Pour l’item a), voir l’exercice 10.13 c) ; pour l’item b), l’exercice 10.15 a).

10.2 Inégalité de Hölder


Cette section est dédiée à la preuve de l’inégalité de Hölder et à deux de ses
« réciproques » qui montrent que cette inégalité ne peut être améliorée. La pre-
mière « réciproque », la proposition 10.19, servira dans la preuve de l’inégalité
de Minkowski dans la section 10.3 ; elle intervient dans de nombreuses preuves
« par dualité » en analyse fonctionnelle. La deuxième « réciproque », la proposi-
tion 10.20, intervient également dans des preuves d’analyse plus avancée, comme
celle du théorème d’interpolation de Riesz-Thorin.
Commençons par une définition essentielle dans ce contexte.
10.17 Définition (Exposants conjugués). Les nombres p, q P r1, 8s sont conju-
1 1
gués (ou exposants conjugués) si et seulement si ` “ 1.† ‡
p q

10.18 Théorème (Inégalité de Hölder). Si p, q sont conjugués, alors

}f g}L1 ĺ }f }Lp }g}Lq , @ f, g (inégalité de Hölder) . (10.2)

En particulier, nous avons

}f g}L1 ĺ }f }L2 }g}L2 , @ f, g (inégalité de Cauchy-Schwarz) . (10.3)

Les inégalités s’entendent pour des fonctions ou pour des classes d’équi-
valence.

10.19 Proposition (Formule de dualité Lp –Lq (I)). Soient p, q exposants conjugués.


†. Notons que nous ne pouvons pas avoir en même temps p “ 8 et q “ 8. Si, par exemple,
p ă 8, alors q “ p{pp ´ 1q. Si nous avons en même temps q ă 8, alors, par symétrie, p “ q{pq ´ 1q.
‡. q est désigné comme le conjugué de p (et réciproquement).

187
Espaces Lp 10.2 Inégalité de Hölder

a) Si 1 ĺ p ă 8, alors nous avons


"ż *
}f }Lp “ sup f g ; g P L , }g}Lq ĺ 1 , @ f P L p .
q
(10.4)

De plus, nous pouvons remplacer dans (10.4) le sup par max et considérer
uniquement des fonctions g telles que f g ľ 0.
b) Si µ est σ-finie, alors l’égalité (10.4) reste vraie pour p “ 8. ˛
10.20 Proposition (Formule de dualité Lp –Lq (II)). Soient p, q exposants conju-
gués.
Soit f : X Ñ R telle que f g soit intégrable pour tout g P L q .
a) Si p “ 1, alors f P L 1 .
b) Si µ est σ-finie et 1 ă p ĺ 8, alors f P L p .
En particulier, sous ces hypothèses nous avons (10.4). ˛

Exercices

L’inégalité suivante, classique, sert dans la preuve de l’inégalité de Hölder.


Elle généralise l’inégalité élémentaire a2 ` b2 ľ 2 ab.
10.21 Exercice (Inégalité de Young). Soient 1 ă p, q ă 8 exposants conjugués. Montrer
que
ap bq
ab ĺ ` , @ a, b P r0, 8r. (10.5)
p q
ap bq
Indication. Étudier, pour b fixé, la fonction a ÞÑ ` ´ ab. ˛
p q

L’inégalité de Hölder a des variantes à plus de deux facteurs.


řk
10.22 Exercice. Soient 1 ĺ p2 , . . . , pk ĺ 8 tels que j“1 1{pj “ 1. Montrer que

}f1 f2 . . . fk }L1 ĺ }f1 }Lp1 }f2 }Lp2 . . . }fk }Lpk , @ f1 , f2 , . . . , fk : X Ñ R. ˛

Nous savons déjà que, si µ est finie, alors Lr Ă Lp si p ă r. L’exercice qui suit
donne permet d’estimer † }f }Lp en fonction de }f }Lr .
10.23 Exercice. Nous supposons µ finie. Si 1 ĺ p ĺ r ĺ 8, alors

}f }Lp ĺ pµpXqq1{p´1{r }f }Lr , @ f.

Ceci implique en particulier la conclusion de l’exercice 10.15 a). ˛

†. Estimer : donner un ordre de grandeur. En analyse, le sens est plutôt : majorer.

188
Petru Mironescu Mesure et intégration

L’inégalité qui suit est un exemple simple d’inégalité d’interpolation. †


10.24 Exercice. Soient 1 ĺ p0 ă p ă p1 ĺ 8.
1 θ q´θ
a) Montrer qu’il existe un unique θ Ps0, 1r tel que “ ` .
p p0 p1
b) Montrer que }f }Lp ĺ }f }θLp0 }f }1´θ
Lp1 , @ f . ˛

Démonstrations

Démonstration du théorème 10.18. Il suffit de travailler avec des fonctions (voir la remarque
10.6).
Si p “ 1 et q “ 8, nous devons montrer que
ż ż
|f g| ĺ esssup |g| |f |,

qui est vraie (vérifier). Argument similaire si p “ 8 et q “ 1.


Supposons maintenant que 1 ă p, q ă 8. Nous pouvons aussi supposer que 0 ă
}f }Lp ă 8 et 0 ă }g}Lq ă 8 (justifier). Dans ce cas, nous avons |f | ă 8 p. p. et |g| ă 8
p. p. (justifier) et donc nous pouvons travailler avec des fonctions finies en tout point
(voir également la remarque 6.25). Pour de telles fonctions et pour A Ps0, 8r, l’inégalité
de Young donne

Ap |f pxq|p |gpxq|q
|f pxq gpxq| “ rA |f pxq|s rA´1 |gpxq|s ĺ ` , @ x P X. (10.6)
p Aq q
En intégrant (10.6), nous obtenons
ż
Ap 1
|f g| ĺ }f }pLp ` q }g}qLq . (10.7)
p A q
En choisissant, dans (10.7), la valeur de A qui minimise le membre de droite de (10.7), à
savoir
q{pp`qq
}g}Lq
A“ p{pp`qq
,‡
}f }Lp

nous obtenons (10.2) (vérifier). CQFD

Démonstration de la proposition 10.19. L’inégalité de Hölder implique « ĺ » dans (10.4). Il suffit


donc d’établir « ľ ».
†. Du verbe interpoler, utilisé en philologie : « introduire un texte dans une œuvre à laquelle il
n’appartient pas ». En mathématiques, l’un des sens est : « intercaler des valeurs ou des termes in-
termédiaires dans une série de valeurs ou de termes connus ». En analyse, l’interpolation consiste
à estimer (donc majorer) des valeurs d’une fonction entre deux valeurs connues. Dans notre cas,
nous connaissons }f }Lp0 et }f }Lp1 , et nous estimons }f }Lp .
‡. Faire une étude de fonction pour justifier ce choix de A.

189
Espaces Lp 10.2 Inégalité de Hölder

ż
a) Soit d’abord p “ 1. Soit g :“ sgn f .† Alors }g}L8 ĺ 1 et f g “ }f }L1 (vérifier).

Soit maintenant 1 ă p ă 8. Si }f }Lp “ 0, la conclusion est claire. Supposons }f }Lp ą 0.


Soit hpxq :“ |f pxq|p´1 sgn f pxq. Alors h est mesurable et }h}Lq “ }f }p´1
Lp (vérifier). Soit
g :“ h{}h}Lq , de sorte que }g}Lq “ 1. Nous avons
ż ż
f g “ p1{}h}Lq q |f |p “ }f }Lp .

b) Supposons M :“ }f }L8 ą 0, sinon la conclusion est claire. Soit pXn qn une suite crois-
sante telle que Xn Õ X et µpXn q ă 8, @ n. Soit 0 ă ε ă M et soit

A “ Aε :“ tx P X ; |f pxq| ľ M ´ εu.

Nous avons µpAq ą 0 (justifier). Soit hn :“ χAXXn sgn f , qui satisfait }hn }L1 “ µpA X
Xn q (vérifier). Par théorème de la suite croissante, pour n suffisamment grand nous
avons µpA X Xn q ą 0. Pour un tel n, posons gn :“ hn {µpA X Xn q, de sorte que }gn }L1 “
1 . Nous obtenons
"ż * ż
1
sup f g ; g P L , }g}L1 ĺ 1 ľ f gn
ż (10.8)
1
“ |f | ľ M ´ ε.
µpA X Xn q AXXn

Nous concluons en faisant ε Ñ 0 dans (10.8). CQFD

La preuve de la proposition 10.20 repose sur le résultat auxiliaire suivant.


10.25 Lemme. Soient 1 ă p, q ă 8 exposants conjugués.
ř
Soit pak qk une suite de nombres réels positifs telle que “ 8. k pak q
p
ř
řAlors il existe une suite pαk qk de nombres réels positifs telle que k pαk q ă 8
q

et k ak αk “ 8. ˛
ř
De manière équivalente : si pak qk R `p , alors la série k ak αk ne peut pas être
convergente pour toute suite pαk qk P `q .
Ainsi, le lemme 10.25 prouve (par contraposition) la proposition 10.20 dans le
cas de la mesure de comptage sur N.

Démonstration du lemme 10.25. Soient 0 “ k1 ă k2 ă ¨ ¨ ¨ tels que


¨ ˛1{p
kj`1 ´1
ÿ
˝ pak qp ‚ :“ Sj ľ 1
k“kj
$

&1, si t ą 0
†. Rappelons la définition de la fonction « signe » : sgn ptq “ 0, si t “ 0 .

%
´1, si t ă 0

190
Petru Mironescu Mesure et intégration

(justifier l’existence des kj ). Le choix

pak qp´1
αk :“ , @ j ľ 1, @ kj ĺ k ă kj`1 ´ 1,
j pSj qp´1

donne une suite pαk qk avec les propriétés désirées. En effet, nous avons

kj`1 ´1
ÿ ÿ 1 ÿ ÿ Sj ÿ1
ak αk “ pak qp “ ľ “ 8,
k j
j pSj qp´1 k“kj j
j j
j
kj`1 ´1
ÿ ÿ 1 ÿ ÿ 1
q
pαk q “ pak qp “ ă 8. CQFD
k j
j pSj qp
q
k“kj j
jq

Démonstration de la proposition 10.20.


ż ż
a) Soit g :“ sgn f P L 8. Nous avons |f | “ f g ă 8, et donc f P L 1 .

b) Supposons, par l’absurde, que f R Lżp . Pour un tel f , nous allons construire une
fonction g P L q telle que f g ľ 0 et f g “ 8 – ce qui constitue la contradiction
recherchée.
Étape 1. Construction de g si 1 ă p ă 8 et µ est finie. Soit B :“ tx P X ; |f pxq| “ 8u. Si
µpBq ą 0, alors g :“ sgn f χB convient. Ainsi, nous pouvons supposer que µpBq “ 0,
ce qui revient à |f | ă 8 p. p. Nous pouvons donc supposer f finie partout (justifier).
Soit k P Z. Posons Ak :“ tx P X ; 2k ĺ |f pxq| ă 2k`1 u, de sorte que les Ak sont d. d. d.
et f “ 0 sur Xz \k Ak . Soit fk :“ f χAk . D’une part, nous avons
ż
p
}fk }Lp pXq “ |f |p ĺ 2pk`1qp µpAk q ă 8, @ k P Z. (10.9)
Ak

D’autre part, nous avons


8
ÿ 8 ż
ÿ ż ż
}fk }pLp pXq “ p
|f | “ p
|f | “ |f |p “ 8. (10.10)
k“´8 k“´8 Ak \8
k“´8 Ak X

8
ÿ 0
ÿ
De (10.10), nous avons soit }fk }pLp pXq “ 8, soit }fk }pLp pXq “ 8. Nous exami-
k“0 k“´8
nons le premier cas ; l’autre est similaire. Nous supposons donc
8
ÿ
}fk }pLp pXq “ 8. (10.11)
k“0

De (10.9) et de la preuve de la proposition ż10.19 a), pour tout k ľ 0 il existe gk P


L q pAk q telle que }gk }Lq pAk q “ 1, fk gk ľ 0 et fk gk “ }fk }Lp pAk q “ }fk }Lp pXq .
Ak

191
Espaces Lp 10.2 Inégalité de Hölder

ř8
Nous allons prendre g de la forme g “ k“0 αk gk χAk , avec αk ľ 0. Nous avons, par
calcul direct,
ż 8
ÿ ż 8
ÿ
|g|q “ pαk qq |gk |q “ pαk qq ,
k“0 Ak k“0
ż 8
ÿ ż 8
ÿ
fg“ αk fk gk “ αk }fk }Lp .
k“0 Ak k“0

Le lemme 10.25 combiné avec (10.11) montre que l’on peut trouver αk tels que
8
ÿ 8
ÿ
αk }fk }Lp pXq “ 8 et pαk qq ă 8.
k“0 k“0

Pour de tels αk , g a toutes les propriétés désirées.


Étape 2. Construction de g si 1 ă p ă 8 et µ est σ-finie. Soit pYn qn Ă T une suite d. d. d.
telle que X “ \n Yn et µpYn q ă 8, @ n. Notons fn la restriction de f à Yn , de sorte que
fn est mesurable et
ÿż ż
p
|fn | “ |f |p “ 8 (10.12)
n Yn X
ż
(vérifier). Si |fn0 |p “ 8 pour un n0 , alors, de l’étape précédente, il existe gn : Yn Ñ
ż Yn ż
q
R telle que |gn0 | ă 8, fn0 gn0 ľ 0 et fn0 gn0 “ 8. Dans ce cas, la fonction
Yn 0 Yn 0
g :“ gn0 χYn0 a les propriétés souhaitées.
ż
Nous pouvons donc supposer que |fn |p ă 8 pour tout n. De la preuve de la
Yn
proposition 10.19 a), il existe gn P L q pYn q telle que
ż
}gn }Lq “ 1, fn gn ľ 0 et fn gn “ }fn }Lp pYn q .
Yn
ř
żNous définissons g :“ n αn gn χAn avec αn ľ 0 à déterminer de sorte que g P L et
q

f g “ 8. Comme dans l’étape 1, ces propriétés sont vraies si nous choisissons (via
ř ř
le lemme 10.25), des αn tels que n αn }fn }Lp pYn q “ 8 et n pαn qq ă 8 (vérifier).
Étape 3. Construction de g si p “ 8 et µ est σ-finie.řSoit pYn qn la suite de l’étape 2. Soit
B :“ tx P X ; |f pxq| “ 8u. Nous avons µpBq “ n µpB X Yn q (justifier). Si µpBq ą 0,
alors 0 ă µpB X Yn q ă 8 pour (au moins) un n. Pour un tel n, g :“ sgn f χBXYn
convient (vérifier). L’étape 3 est donc complétée si µpBq ą 0.
Ainsi, nous pouvons supposer que µpBq “ 0, d’où |f | ă 8 p. p. Posons Aj “ tx P
X ; j ĺ |f pxq| ă j ` 1u, @ j P N˚ . Notons que les Aj sont d. d. d. Comme f R L 8 ,
il existe une infinité de j tels que µpAj q ą 0 (justifier). Soient 1 ĺ j1 ă j2 ă ¨ ¨ ¨ ă
jk ă ¨ ¨ ¨ tels que µpAjk q ą 0, @ k ľ 1. Soit fk la restriction de f à Ajk , de sorte que

192
Petru Mironescu Mesure et intégration

fk P L 8 pAjk q. De la preuve de la proposition 10.19 b), il existe gk P L 1 pAjk q telle que


}gk }L1 pAj q “ 1, fk gk ľ 0 et
k
ż
fk gk ľ p1{2q }fk }L8 pAk q ľ p1{2q jk ľ p1{2q k.
Ajk
ř ř
Si nous posons g :“ kľ1 p1{k 2 q gk χAjk , alors par calcul direct }g}L1 “ kľ1 p1{k 2 q ă
8 (d’où g P L 1 ) et
ż ÿ ÿ jk ÿ 1
fgľ p1{2kq2 }fk }L8 ľ ľ “ 8. CQFD
kľ1 kľ1
2k 2 kľ1 2k

10.3 Norme et complétude


Dans cette section, nous montrons que Lp est un espace normé complet (théo-
rème de Fatou 10.28), et en particulier que } }Lp est une norme sur Lp (inégalité de
Minkowski, théorème 10.26).
10.26 Théorème (Inégalité de Minkowski).
a) Si 1 ĺ p ĺ 8, alors }f ` g}Lp ĺ }f }Lp ` }g}Lp , @ f, g.
b) pLp , } }Lp q est un espace normé et pL p , } }Lp q est un espace « semi-normé ».†

10.27 Corollaire. L’application Lp Q f ÞÑ }f }Lp P R est continue. ˛

10.28 Théorème (Théorème de Fatou). Lp est un espace normé complet, @ 1 ĺ


p ĺ 8.‡

10.29 Corollaire. Si fn Ñ f dans L p , alors il existe une sous-suite pfnk qk et une


fonction g P L p telles que
a) fnk Ñ f p. p.
b) |fnk | ĺ g p. p. ˛
10.30 Proposition. Dans L2 ,
ż
ă f, g ą:“ f g, @ f, g P L2 , (10.13)

est un produit scalaire, et }f }L2 “ă f, f ą1{2 .§ ˛

†. Un espace semi-normé est un espace vectoriel muni d’une « semi-norme ». Une semi-norme
x ÞÑ }x} vérifie toutes les propriétés de la norme sauf }x} “ 0 ùñ x “ 0.
‡. Un espace normé complet est un « espace de Banach ». Donc Lp est un espace de Banach.
§. L2 est donc un espace normé complet dont la norme provient d’un produit scalaire : c’est
un « espace de Hilbert ».

193
Espaces Lp 10.3 Norme et complétude

Démonstrations

Démonstration du théorème 10.26. Nous pouvons travailler avec des fonctions finies en tout
point (justifier).
a) Les cas p “ 1 et p “ 8 suivent de l’exercice 10.9 e). Nous pouvons donc supposer
1 ă p ă 8 et aussi }f }Lp ă 8, }g}Lp ă 8.
La fonction t ÞÑ Φptq :“ |t|p étant convexe, † nous avons Φpps ` tq{2q ĺ pΦpsq `
Φptqq{2, @ s, t P R, d’où |s ` t|p ĺ 2p´1 p|s|p ` |t|p q, @ s, t P R (vérifier). Ceci implique
|f ` g|p ĺ 2p´1 p|f |p ` |g|p q. En intégrant cette inégalité avec f, g P L p , nous obtenons
que f ` g P L p .
Comme f ` g P L p , nous pouvons appliquer la proposition 10.19 a). Avec q le conju-
gué de p, nous obtenons
"ż *
q
}f ` g}Lp “ sup pf ` gq h ; h P L , }h}Lq ĺ 1
"ż * "ż *
ĺ sup f h ; h P L q , }h}Lq ĺ 1 ` sup g h ; h P L q , }h}Lq ĺ 1

“ }f }Lp ` }g}Lp .

b) Les propriétés de (semi-)norme de } }Lp suivent de l’exercice 10.9. CQFD

Démonstration du corollaire 10.27. Ceci est vrai pour toute norme (car une norme est, d’après
l’inégalité triangulaire, lipschitzienne de constante 1). CQFD

Démonstration du théorème 10.28. Nous pouvons travailler avec des fonctions (justifier).

Rappelons le principe suivant de preuve. Pour montrer qu’un espace métrique (en
particulier, normé) est complet, il suffit de montrer que toute suite de Cauchy contient
une sous-suite convergente. Pour construire une telle sous-suite dans le cadre du théo-
rème 10.28, nous reprenons essentiellement la preuve du théorème 7.5.
Soit pfn qn une suite de Cauchy dans L p et soit pfnk qk une sous-suite telle que

}fnk ´ fnk`1 }Lp ĺ 2´k´1 , @ k ľ 0.

Supposons d’abord 1 ĺ p ă 8. Pour tout k ľ 1, posons


k´1
ÿ
gk :“ |fn0 | ` |fnj`1 ´ fnj |.
j“0

La suite pgk qk étant croissante, nous pouvons définir g :“ limk gk .


L’inégalité triangulaire et l’inégalité de Minkowski impliquent

|fnk | ĺ gk ĺ g et }gk }Lp ĺ }fn0 }Lp ` 1. (10.14)

†. Vérifier la convexité de la fonction Φ en étudiant la monotonie de sa dérivée.

194
Petru Mironescu Mesure et intégration

Le théorème de convergence monotone et la deuxième partie de (10.14) donnent


}g}Lp ă 8. Nous avons en particulier gpxq ă 8 p. p. Si x est tel que gpxq ă 8, alors
ÿ
|fn0 pxq| ` |pfnj`1 ´ fnj qpxq| “ gpxq ă 8.
jľ0

ř
Il s’ensuit que pour un tel x la série fn0 pxq ` jľ0 ppfnj`1 ´ fnj qpxqq converge vers
un f pxq tel que |f pxq| ĺ gpxq (justifier). Les sommes partielles de la série étant pfnk pxqqk ,
nous obtenons fnk pxq Ñ f pxq et |fnk pxq|p ĺ pgpxqqp . Pour les autres x, nous définissons
f pxq “ 0.
De ce qui précède,
ż nous avons f P L . Le théorème de convergence dominée (va-
p

riante p. p.) donne |fnk ´ f |p Ñ 0, d’où fnk Ñ f dans L p .

Enfin, supposons p “ 8. Soit B P T négligeable tel que fn0 soit bornée sur XzB.
Soit Ak P T un ensemble négligeable tel que |fnk`1 ´ fnk | ĺ 2´k´1 dans XzAk . Soit
A :“ B Y Yk Ak P T , qui est encore négligeable. Sur XzA, fn0 est bornée et la suite
pfnk qk est de Cauchy pour la norme uniforme. Elle converge donc uniformément vers
une fonction bornée f . En posant f pxq “ 0 si x P A, nous avons f P L 8 et fnk Ñ f dans
L 8 (vérifier). CQFD

Démonstration du corollaire 10.29. pfn qn étant une suite de Cauchy, si 1 ĺ p ă 8 le corollaire


découle de la preuve du théorème 10.28.
Si p “ 8, a) découle de la preuve du théorème 10.28, et pour b) nous pouvons prendre
g :“ supn }fn }L8 . CQFD

Démonstration de la proposition 10.30. L’inégalité de Cauchy-Schwarz implique que ă f, g ą


est bien défini. La linéarité dans chaque variable et la symétrie étant évidentes, il suffit
de vérifier que ă f, f ą“ 0 ùñ f “ 0. Ceci découle de la dernière égalité de l’énoncé,
qui est claire. CQFD

10.4 Pour aller plus loin


Soient p, q exposants conjugués. Si g P Lq , alors l’inégalité de Hölder montre
que l’application
ż
T : L Ñ R, T pf q :“ f g, @ f P Lp ,
p
(10.15)

est linéaire, continue et de norme ĺ }g}Lq .


Si 1 ă p ĺ 8, la proposition 10.19 (appliquée à }g}Lq ) montre que la norme de
T est égale à }g}Lq . De même pour p “ 1, si µ est σ-finie.
Le résultat suivant montre que (10.15) donne toutes les applications linéaires et
continues T : Lp Ñ R.

195
Espaces Lp 10.4 Pour aller plus loin

10.31 Théorème (Théorème de représentation de Riesz). Soit T : Lp Ñ R une


application linéaire et continue.
a) Si 1 ă p ă 8, alors il existe g P Lq telle que
ż
T pf q “ f g, @ f P Lp . (10.16)

De plus, la norme de T est }g}Lq .


b) Si p “ 1 et µ est σ-finie, alors il existe g P L8 telle que
ż
T pf q “ f g, @ f P L1 . (10.17)

De plus, la norme de T est }g}L8 .

Le théorème ne mentionne pas L8 : les applications linéaires et continues sur


L8 sont connues, mais très difficiles à décrire.
Pour la preuve du théorème 10.31, voir par exemple Lieb et Loss [16, Theorem
2.14]. Voir également l’éclairage apporté dans la section 14.4.

196
Chapitre 11

Convolution

11.0 Aperçu
La convolution est historiquement apparue dans la résolution des équations
différentielles, mais ses utilisations les plus fréquentes sont liées au lissage des
fonctions, c’est-à-dire à l’approximation d’une fonction peu régulière (par exemple
discontinue) par des fonctions plus lisses (par exemple de classe C 8 ).
Donnons un exemple simple de telle approximation. Soit f : R Ñ R continue.
Posons
ż
1 x`ε
ε
F pxq :“ f pyq dy, @ x P R, @ ε ą 0. (11.1)
2ε x´ε

Le théorème de Lagrange donne l’existence d’un point ξ “ ξpx, εq Psx´ε, x`εr


tel que F ε pxq “ f pξq. Quand ε est petit, ξ est proche de x, et donc, du moins
intuitivement, F ε est proche de f . † Par ailleurs, F ε est plus lisse que f : si f
est continue, alors F ε est de classe C 1 (théorème de Leibniz-Newton), et plus
généralement, si f P C k , alors F ε P C k`1 .
Dans ce chapitre, nous allons expliquer un procédé général d’approximation.
Il est basé sur le produit de convolution, qui associe à deux fonctions f, g : Rn Ñ R
la « fonction »
ż ż
f ˚ gpxq :“ f pyq gpx ´ yq dy “ f px ´ yq gpyq dy ; (11.2)
Rn Rn

les guillemets attirent l’attention sur le fait que les intégrales de (11.2) n’existent
pas nécessairement.
†. Et, en effet, si f est uniformément continue, alors F ε Ñ f uniformément sur R quand ε Ñ 0.
Si f est « seulement » continue, alors F ε Ñ f simplement quand ε Ñ 0.

197
Convolution 11.0 Aperçu

Le formule (11.1) peut se réécrire comme


ż
1
ε
F pxq “ f pyq ξr´ε,εs px ´ yq dy, (11.3)
R 2ε

qui est une convolution.


Dans un premier temps, nous allons donner des conditions sur f et g (inéga-
lité de Young, théorème 11.2) qui assurent que le produit de convolution est bien
défini.
Par la suite, nous allons décrire une bonne classe de fonctions g telles que f ˚ g
soit lisse (proposition 11.7).
La partie la plus importante est celle qui donne le mécanisme proprement dit
d’approximation. Si nous revenons à (11.3), nous avons F ε “ f ˚ gε , où
1 1
gpxq :“ χr´1,1s , gε pxq :“ gpx{εq, @ x P R, @ ε ą 0. (11.4)
2 ε
Le résultat fondamental de ce chapitre, le théorème 11.9, affirme que, si ρ :
R Ñ R est convenable, † alors, pour 1 ĺ p ă 8 et f P L p pRq, nous avons
f ˚ ρε P C 8 pRq et f ˚ ρε Ñ f dans L p pRq quand ε Ñ 0. (11.5)

Énoncé convenablement, le même résultat reste vrai dans les espaces Lp .


La section 11.3 contient des conséquences de ce résultat d’approximation, et
des généralisations de celui-ci, sous des hypothèses plus faibles sur ρ (théorème
11.27).
Nous finissons par le théorème d’approximation de Weierstrass 11.29 : « toute
fonction continue sur un compact de Rn est limite uniforme d’une suite de fonc-
tions polynômiales », théorème dont la preuve « historique » passe par la convo-
lution.
Compétences minimales attendues.
a) Savoir appliquer l’inégalité de Young.
b) Savoir raisonner « par densité », en utilisant la densité de Cc8 pΩq dans L p pΩq
si 1 ĺ p ă 8 (théorème 11.11). ˛

Dans ce chapitre, nous considérons uniquement des fonctions ou classes d’équi-


valence f, g, etc., définies sur Rn ou sur une partie borélienne de Rn et qui sont
Lebesgue mesurables. La mesure sous-jacente est λn , sur la tribu Ln . Cette mesure
étant complète, nous pouvons travailler si nécessaire avec des fonctions définies
p. p. : pour de telles fonctions, les notions de mesurabilité et intégrabilité sont
bien définies (remarque 8.36).
†. ρ doit être bien plus lisse que notre g, et d’ailleurs l’existence d’un tel ρ n’est pas évidente.

198
Petru Mironescu Mesure et intégration

11.1 Inégalité de Young


11.1 Définition (Produit de convolution). Le produit de convolution de f, g :
Rn Ñ R est
ż
f ˚ gpxq :“ f px ´ yq gpyq dy, (11.6)
Rn

défini pour les x P Rn tels que la fonction y ÞÑ f px ´ yq gpyq a une intégrale.

D’après l’exercice 10.12, la définition du produit de convolution a aussi un


sens pour des classes f et g. Dans la suite, nous travaillerons soit avec des classes,
soit avec des fonctions boréliennes. (Rappelons que dans chaque classe nous pou-
vons choisir un représentant borélien ; voir l’exercice 10.14 a).)
11.2 Théorème (Inégalité de Young). Soient 1 ĺ p, q ĺ 8 tels que 1{p ` 1{q ľ
1. Soit 1 ĺ r ĺ 8 défini par l’égalité 1{r “ 1{p ` 1{q ´ 1.
Soient f P Lp pRn q, g P Lq pRn q. Alors :
a) Le produit de convolution f ˚ g est défini presque partout et définit une
fonction Lebesgue mesurable.
b) Nous avons f ˚ g P Lr pRn q et

}f ˚ g}Lr ĺ }f }Lp }g}Lq . (11.7)

c) Si 1{p ` 1{q “ 1 (et donc r “ 8), nous avons les conclusions plus fortes
suivantes : f ˚ g est défini en tout point, et |f ˚ gpxq| ĺ }f }Lp }g}Lq , @ x P Rn .

Exercices

L’exercice suivant montre que le produit de convolution est commutatif.


11.3 Exercice. Nous avons f ˚ gpxq “ g ˚ f pxq, au sens où l’une de ses quantités existe si
et seulement si l’autre existe et dans ce cas elles sont égales. ˛

Démonstrations

Démonstration du théorème 11.2. Nous pouvons travailler avec des fonctions boréliennes (jus-
tifier).
c) Par symétrie du produit, nous pouvons supposer p ă 8 (justifier). Avec hpyq :“ f px ´
yq, l’inégalité triangulaire 6.32 a) et l’inégalité de Hölder donnent
ż
|f ˚ g|pxq ĺ |hpyq gpyq| dy ĺ }h}Lp }g}Lq “ }f }Lp }g}Lq , @ x P Rn

199
Convolution 11.2 Régularisation

(justifier la dernière égalité), ce qui au passage montre que f ˚g est défini en tout point
(justifier).
a) + b) Supposons maintenant 1{p ` 1{q ą 1 et donc 1 ĺ r ă 8. Il suffit de traiter le cas
des fonctions positives. En effet, si les conclusions du théorème sont vraies pour |f | et
|g|, alors f ˚ gpxq est défini pour tout x tel que |f | ˚ |g|pxq soit fini, et pour un tel x nous
avons
f ˚ gpxq “ f` ˚ g` pxq ´ f` ˚ g´ pxq ´ f´ ˚ g` pxq ` f´ ˚ g´ pxq
et
|f ˚ g|pxq ĺ |f | ˚ |g|pxq,
d’où les parties a) et b) du théorème (justifier).
Si f , g sont boréliennes positives, alors f ˚ gpxq existe (mais peut être infini) pour
tout x, car il s’agit de l’intégrale d’une fonction borélienne positive (vérifier que y ÞÑ
f px´yq gpyq est borélienne). Il suffit donc de montrer (11.7), car dans ce cas nous avons
f ˚ g P L r pRn q et donc f ˚ gpxq ă 8 pour Rn zA, avec A Ă Rn borélien négligeable.
De manière équivalente, (11.7) donne que y ÞÑ f px ´ yq gpyq est intégrable pour tout
x P Rn zA (ce qui donne la partie a) du théorème).
Notons les relations suivantes : p ĺ r, q ĺ r et 1{r`p1´p{rq`p1´q{rq “ 1. En utilisant
ces faits et l’exercice 10.22 (avec k :“ 3, p1 :“ r, p2 :“ prpq{pr ´ pq, p3 :“ prqq{pr ´ qq et
la convention 1{0 “ 8), nous obtenons, pour tout x P Rn et avec hpyq :“ f px ´ yq :
ż
f ˚ gpxq “ rhp{r pyq g q{r pyqs h1´p{r pyq g 1´q{r pyq dy
Rn
p{r
ĺ }h g q{r }Lr }h1´p{r }Lprpq{pr´pq }g 1´q{r }Lprqq{pr´qq
1´p{r 1´q{r
“ }hp{r g q{r }Lr }h}Lp }g}Lq
ˆż ˙1{r
1´p{r 1´q{r
“ f p px ´ yq g q pyq dy }f }Lp }g}Lq
Rn
(vérifier et justifier les deux dernières lignes, en considérant séparément les cas où
p “ r ou q “ r).
Ceci implique (via le théorème de Tonelli)
ż ż ˆż ˙
r r r´p r´q p q
}f ˚ g}Lr “ rf ˚ gpxqs dx ĺ }f }Lp }g}Lq f px ´ yq g pyq dy dx
Rn Rn Rn
ż ˆż ˙
r´p r´q
“ }f }Lp }g}Lq f px ´ yq dx g q pyq dy “ }f }rLp }g}rLq
p
Rn Rn
(vérifier), d’où (11.7). CQFD

11.2 Régularisation
Dans cette partie, nous travaillons dans Rn muni de la norme euclidienne
usuelle, désignée par « | | ». † Les intégrales s’entendent par rapport à la mesure
†. Donc |x| “ }x}2 , @ x P Rn .

200
Petru Mironescu Mesure et intégration

de Lebesgue.
Rappelons le résultat suivant de calcul différentiel.

11.4 Lemme. Il existe une fonction ζ P C 8 pRn , Rq, non identiquement nulle, telle
que :
i) 0 ĺ ζ ĺ 1 si |x| ă 1.
ii) ζpxq “ 0 si |x| ľ 1.‡ ˛

La fonction ζ est alors intégrable d’intégrale strictement positive (justifier). En


divisant ζ par son intégrale, nous obtenons ainsi l’existence d’un noyau régulari-
sant. Les noyaux régularisants jouent un rôle fondamental dans l’approximation
d’une fonction par des fonctions lisses.
11.5 Définition (Noyau régularisant). Un noyau régularisant est une fonction
ρ P C 8 pRn , Rq telle que il existe 0 ă R ă 8 tel que
i) ρpxq ľ 0 si |x| ă R.
ii) ρpxq “ 0 si |x| ľ R.
ż
iii) ρpxq dx “ 1.
Rn
Si, de plus, R “ 1, alors ρ est un noyau régularisant standard.

Une autre classe de fonctions d’intérêt dans les procédures de régularisation


est Cck pΩq.
11.6 Définition. Si k P N Y t8u et Ω est un ouvert de Rn ,

Cck pΩq :“ tϕ P C k pΩ, Rq ; il existe un compact K Ă Ω


tel que ϕpxq “ 0, @ x P ΩzKu.

Le résultat suivant montre que la convolution avec des fonctions de Cck pRn q
« lisse » les fonctions et donne une formule très importante, (11.8).
11.7 Proposition. Soient 1 ĺ p ĺ 8 et k P N Y t8u.
Soient f P L p pRn q et ϕ P Cck pRn q. Nous avons :
a) f ˚ ϕ est défini en tout point.
b) f ˚ ϕ P C k .

‡. Voici
# un exemple explicite de telle fonction (dont nous ne vérifierons pas ici les propriétés).
´1{p1´|x|2 q
e , si |x| ă 1
ζpxq :“ .
0, si |x| ľ 1

201
Convolution 11.2 Régularisation

c) Pour toute dérivée partielle B α d’ordre ĺ k,

B α pf ˚ ϕq “ f ˚ pB α ϕq. (11.8)

La notation suivante est dans l’esprit de (11.4).


11.8 Notation. Si ρ : Rn Ñ R, nous posons
1
ρε pxq :“ ρpx{εq, @ ε ą 0, @ x P Rn . ˛ (11.9)
εn

Le résultat suivant est le résultat central de ce chapitre.


11.9 Théorème. Soit ρ un noyau régularisant. Soit 1 ĺ p ă 8. Nous avons

f ˚ ρε Ñ f dans L p pRn q quand ε Ñ 0, @ f P L p pRn q. (11.10)

En particulier, C 8 pRn q X L p pRn q est dense dans L p pRn q.


De même, C 8 pRn q X Lp pRn q est dense dans Lp pRn q.

11.10 Remarque. Notez l’ambiguïté de la formulation de la dernière partie du théorème.


Au sens strict du terme, C 8 X Lp n’a pas de sens, car Lp contient des classes et C 8 des
fonctions. Le sens de l’énoncé est le suivant : pour tout f P Lp , il existe une suite pfj qj
telle que :
a) fj P C 8 X L p , @ j.
b) Pour tout représentant g P L p de f , fj Ñ g dans L p .
Une formulation équivalente est que, avec fj comme ci-dessus, la classe rfj s P Lp de
fj vérifie rfj s Ñ f dans Lp . ˛

Une conséquence facile du théorème 11.9 est le résultat suivant.


11.11 Théorème. Soient 1 ĺ p ă 8 et Ω Ă Rn un ouvert. Alors Cc8 pΩq est
dense dans L p pΩq.
De même, Cc8 pΩq est dense dans Lp pΩq.

11.12 Remarque. Le théorème 11.11 est à la base de la stratégie la plus utilisée


pour montrer des propriétés de toutes les fonctions de l’espace L p pΩq, avec
1 ĺ p ă 8 et Ω ouvert de Rn :
1. Établir la propriété pour les fonctions f P Cc8 pΩq.
2. Montrer que l’ensemble des fonctions de L p pΩq qui ont la propriété étu-
diée est un fermé.

Nous illustrerons cette démarche dans la section 11.3 (preuve des propositions
11.21, 11.24 et du théorème 11.27).

202
Petru Mironescu Mesure et intégration

Exercices

Voici quelques propriétés fondamentales de ρε , avec ρ noyau régularisant stan-


dard.
11.13 Exercice. Soit ρ un noyau régularisant standard. Montrer, pour tout ε ą 0 :
a) ρε pxq ľ 0 si |x| ă ε.
b) ρε pxq “ 0 si |x| ľ ε.
ż
c) ρε “ 1. ˛

Cet exercice est un complément de la proposition 11.7. Cette fois-ci, c’est f qui
est supposée de classe C k .
11.14 Exercice. Soient f P C k pRn q et ϕ P Cc pRn q. Nous avons :
a) f ˚ ϕ est défini en tout point.
b) f ˚ ϕ P C k .
c) Pour toute dérivée partielle B α d’ordre ĺ k,
B α pf ˚ ϕq “ pB α f q ˚ ϕ. (11.11)

d) Si f est un polynôme † (de n variables) de degré ĺ m, alors f ˚ ϕ est un polynôme de


degré ĺ m. ˛

L’exercice suivant, dans l’esprit de l’exercice 4.32, sera utilisé dans la preuve
du théorème 11.9.
11.15 Exercice. Soit K Ă Rn un compact. Pour j P N˚ , soit
Kj :“ tx P Rn ; distpx, Kq ĺ 1{ju.

Alors Kj est un compact, @ j, et Kj Œ K. ˛

L’exercice qui suit sera utilisé dans la preuve du théorème 11.11.


11.16 Exercice. Soit Ω un ouvert de Rn (muni d’une norme). Pour j P N˚ , soit
Kj :“ tx P Rn ; }x} ĺ j, distpx, U c q ľ 1{ju.
Alors Kj est un compact, @ j, et Kj Õ U . ˛

L’exercice suivant montre que la procédure d’approximation de la preuve du


théorème 11.11 permet d’approximer une fonction dans plusieurs espaces L p à
la fois.
11.17 Exercice. Soient 1 ĺ p1 , . . . , pk ă 8. Soit f P L p1 pΩq X . . . X L pk pΩq. Montrer qu’il
existe une suite pϕj qj Ă Cc8 pΩq telle que ϕj Ñ f dans L pi pΩq, i “ 1, . . . , k. ˛
11.18 Exercice. En prenant n “ 1 et f :“ χr0,8r , montrer que les théorèmes 11.9 et 11.11
et le lemme 11.19 sont faux si p “ 8. ˛
†. Ou plutôt une fonction polynômiale.

203
Convolution 11.2 Régularisation

Démonstrations

Démonstration de la proposition 11.7. Rappelons le résultat suivant : une fonction continue sur
Rn qui s’annule en dehors d’un compact est bornée.

Étape 1. Existence de f ˚ B α ϕ si B α est d’ordre ĺ k. Soit R ă 8 tel que ϕpxq “ 0, @ |x| ľ R.


Soit B α une dérivée partielle d’ordre ĺ k. Alors B α ϕ est continue et s’annule en dehors de
Bp0, Rq (justifier), donc il existe une constante finie Cα telle que |B α ϕpxq| ĺ Cα , @ x P Rn .
Soit q le conjugué de p. De ce qui précède, B α ϕ P L q (justifier), et donc f ˚ B α ϕ est
défini en tout point (théorème 11.2 c)).

Étape
ż 2. f ˚ ϕ est continue. Soit hpy, xq :“ f pyq ϕpx ´ yq, x, y P Rn , de sorte que f ˚ ϕpxq “
hpy, xq dy. Nous appliquons le théorème 7.10. La continuité par rapport au paramètre x
étant claire, il faut obtenir la majoration exigée par le (i2 ) du théorème. Soit x P Rn . Alors
ϕpz ´ yq “ 0 si |x ´ z| ĺ 1 et |y| ľ r :“ R ` |x| ` 1, car dans ce cas nous avons |z ´ y| ľ R
(justifier). Il s’ensuit que
ż
f ˚ ϕpzq “ hpy, zq dy, @ z P Bpx, 1q.
Bp0,rq

De ce qui précède, nous avons la majoration

|hpy, zq| ĺ gpyq :“ C0 |f pyq| χBp0,rq pyq, @ z P Bpx, 1q.

Pour conclure, il suffit de noter que g est intégrable, car, par l’inégalité de Hölder, si q
est le conjugué de p alors

}g}L1 ĺ C0 }f }Lp }χBp0,rq }Lq “ C }f }Lp (avec C “ Cprq ă 8).

La continuité de f ˚ B α ϕ (avec B α dérivée partielle d’ordre ĺ k) se montre de la même


manière.

Étape 3. Preuve de Bj pf ˚ ϕq “ f ˚ pBj ϕq. Le raisonnement est analogue à celui de l’étape 2 ;


on utilise le théorème 7.14 au lieu du théorème 7.10 (vérifier). Par récurrence sur l’ordre
de différentiation, ceci permet d’établir c) pour tous les α concernés.

Pour conclure, f ˚ ϕ a, jusqu’à l’ordre k, des dérivées partielles continues qui vérifient
c). Elle est donc de classe C k et a les propriétés a)–c). La preuve est complète. CQFD

L’ingrédient clé de la preuve du théorème 11.9 est le lemme suivant.

11.19 Lemme. Soit 1 ĺ p ă 8. Soient f P L p pRn q et δ ą 0.


ř
Alors il existe une fonction étagée de la forme g “ j aj χKj , avec Kj compact,
@ j, telle que }f ´ g}Lp ă δ.
De manière équivalente, l’espace vectoriel engendré par les fonctions χK , avec
K Ă Rn compact, est dense dans L p pRn q.† ˛

204
Petru Mironescu Mesure et intégration

Démonstration du lemme 11.19. Nous pouvons supposer f borélienne (justifier). Soit pfk qk une
suite de fonctions boréliennes étagées telle que sgn fk “ sgn f , @ k, fk Ñ f et |fk | Õ |f |
(l’existence d’une telle suite découle de la preuve du théorème 3.5). Par convergence do-
minée, nous avons }fk ´ f }Lp Ñ 0 ; par ailleurs, fk P L p , @ k (justifier).
ř
Chaque fk étant une somme finie de la forme j aj χAj , avec Aj borélien et νn pAj q ă
8 (la dernière propriété découlant de fk P L p ; justifier), il suffit de montrer la conclusion
du lemme si f “ χA , avec A borélien de mesure de Lebesgue finie (détailler). Dans ce
cas, rappelons que pour tout ε ą 0 il existe un compact K Ă Rn tel que l’on ait K Ă A et
νn pAzKq ă ε (corollaire 4.27).
Nous obtenons }χA ´ χK }Lp “ }χAzK }Lp “ pνn pAzKqq1{p ă ε1{p . ε étant arbitraire,
nous obtenons le résultat désiré de densité. CQFD

Démonstration du théorème 11.9. Nous considérons uniquement un noyau régularisant stan-


dard ; le cas d’un noyau régularisant général est analogue.

Pour la deuxième partie du théorème, il suffit de noter que f ˚ ρε P C 8 pRn q (proposi-


tion 11.7) et d’appliquer (11.10).

Soit

X :“ tf P L p pRn q ; f ˚ ρε Ñ f dans L p pRn q quand ε Ñ 0u. (11.12)

Par linéarité du produit de convolution par rapport au premier argument, X est un


sous-espace vectoriel de L p .

Étape 1. X est fermé dans L p . Soit pfj qj Ă X avec fj Ñ f dans L p . Soit δ ą 0. Alors il
existe un j et un ε0 tels que }fj ´ f }Lp ă δ{3 et }fj ˚ ρε ´ fj }Lp ă δ{3, @ 0 ă ε ă ε0 .
L’inégalité de Young et le fait que }ρε }L1 “ 1, @ ε (exercice 11.13) donnent

}f ˚ ρε ´ f }Lp ĺ }pf ´ fj q ˚ ρε }Lp ` }fj ˚ ρε ´ fj }Lp ` }fj ´ f }Lp


ĺ }f ´ fj }Lp ` }fj ˚ ρε ´ fj }Lp ` }fj ´ f }Lp ă δ, @ 0 ă ε ă ε0 .

δ étant arbitraire, nous obtenons que f P X.


Au vu du lemme 11.19 et de ce qui précède, afin de conclure il suffit de montrer

Étape 2. Pour tout compact K Ă Rn , nous avons χK P X. Soit K un compact de Rn et δ ą 0.


Posons, pour j ľ 1,

Kj :“ tx P Rn ; dist px, Kq ĺ 1{ju “ YxPK Bpx, 1{jq (11.13)

(justifier la deuxième égalité en utilisant le fait que, si F Ă Rn est fermé et y P Rn , alors il


existe x P F tel que distpy, F q “ |y ´ x|).

†. Par abus de langage, comme expliqué dans


ř la remarque 11.10, la conclusion du lemme 11.19
est que les fonctions étagées de la forme g “ j aj χKj sont denses dans Lp pRn q. Par ailleurs, la
conclusion reste valable si nous remplaçons Rn par un ouvert de Rn ; ceci découle de la preuve
du lemme 11.19.

205
Convolution 11.2 Régularisation

L’ensemble Kj est compact, @ j, et nous avons Kj Œ K (exercice 11.15). Comme


νn pK1 q ă 8, le théorème de la suite décroissante implique l’existence d’un j tel que
νn pKj zKq ă δ (justifier).
Posons ε0 :“ 1{j. Soit 0 ă ε ă ε0 . Notons les faits suivants (évidents sur un dessin ;
les justifier en utilisant la deuxième égalité dans (11.13)) :

si x P K et y P Bp0, εq, alors x ´ y P Kj , et donc χKj px ´ yq “ 1 ; (11.14)


si x R Kj et y P Bp0, εq, alors x ´ y R K, et donc χK px ´ yq “ 0. (11.15)

Il s’ensuit de (11.14) que


ż ż
x P K ùñ χKj ˚ ρε pxq “ χKj px ´ yq ρε pyq dy “ ρε pyq dy,
Bp0,εq Bp0,εq
“1 “ χK pxq,

d’où

x P K ùñ χK pxq ´ χK ˚ ρε pxq “ pχKj ´ χK q ˚ ρε pxq “ χKj zK ˚ ρε pxq. (11.16)

De même, (11.15) donne (vérifier)

x R Kj ùñ χK pxq ´ χK ˚ ρε pxq “ 0. (11.17)

Par ailleurs, pour tout point x P Rn nous avons (vérifier) 0 ĺ χK ˚ ρε pxq ĺ 1, d’où

x P Kj zK ùñ |χK pxq ´ χK ˚ ρε pxq| “ χK ˚ ρε pxq ĺ 1. (11.18)

En combinant (11.16)–(11.18), nous obtenons

|χK ´ χK ˚ ρε | ĺ χKj zK ˚ ρε ` χKj zK , @ 0 ă ε ă ε0 . (11.19)

L’inégalité (11.19) et celles de Minkowski et Young donnent (détailler) :

}χK ´ χK ˚ ρε }Lp ĺ }χKj zK ˚ ρε }Lp ` }χKj zK }Lp


ĺ }χKj zK }Lp }ρε }L1 ` }χKj zK }Lp “ 2 }χKj zK }Lp (11.20)
1{p 1{p
“ 2 pνn pKj zKqq ă 2δ , @ 0 ă ε ă ε0 .

δ ą 0 étant arbitraire, nous obtenons (11.10) pour f “ χK . CQFD

En examinant la preuve de (11.19), nous déduisons le résultat suivant.

11.20 Lemme (Existence de fonctions plateau ; lemme d’Urysohn). Soient

K Ă U Ă Rn , avec K compact et U ouvert.

Il existe une fonction ϕ P Cc8 pU q telle que :

206
Petru Mironescu Mesure et intégration

i) 0 ĺ ϕ ĺ 1 sur U .
ii) ϕ “ 1 sur K. ˛

Démonstration du lemme 11.20. Soit ε0 :“ dist pK, U c q, de sorte que ε0 ą 0 (pourquoi ?).
Soit 0 ă ε ă ε0 {2. Posons

L :“ tx P Rn ; distpx, Kq ĺ εu, M :“ tx P Rn ; distpx, Kq ĺ 2εu.

Alors K Ă L Ă M Ă U et M est un compact (vérifier). Soit ρ un noyau régularisant


standard. La preuve de (11.19) implique que ϕ :“ χL ˚ ρε a toutes les propriétés requises ;
en particulier, ϕpxq “ 0 si x R M , et donc ϕ P Cc8 pU q. CQFD

Démonstration du théorème 11.11. Soit f P L p pΩq. Soit f le prolongement de f avec la valeur


0 à Rn zΩ, de sorte que f P L p pRn q. Soient ε ą 0 et g P C 8 pRn q X L p pRn q telle que
}f ´ g}Lp pRn q ă ε{2 ; l’existence de g suit du théorème 11.9.
Soit g la restriction de g à Ω. Nous avons g P C 8 pΩq X L p pΩq et (justifier)

}f ´ g}Lp pΩq ĺ }f ´ g}Lp pRn q ă ε{2.

Il reste à trouver h P Cc8 pΩq telle que }g ´ h}Lp pΩq ă ε{2.

Rappelons le résultat suivant de topologie : il existe une suite pKj qjľ1 de compacts
telle que Kj Õ Ω (voir l’exercice 11.16). .
Soit, comme dans le lemme 11.20, ϕj P Cc8 pΩq telle que 0 ĺ ϕj ĺ 1 et ϕj “ 1 sur Kj .
Nous avons ϕj Ñ 1 simplement dans Ω (justifier). Comme |g ϕj ´ g| ĺ |g| et g ϕj Ñ g
simplement, nous obtenons par convergence dominée que }g ϕj ´ g}Lp pΩq Ñ 0. Pour j
suffisamment grand, h :“ g ϕj convient. CQFD

11.3 Pour aller plus loin


Si 1 ĺ p ă 8, nous savons (théorème 11.11) que Cc8 pΩq est dense dans L p pΩq.
Ce résultat permet, dans certains cas, d’établir des propriétés de toutes les fonc-
tions f P L p pΩq en étudiant uniquement les fonctions de Cc8 pΩq. Nous donnons
ici quelques exemples typiques.

11.21 Proposition. Soient p, q exposants conjugués. Si f P L p pRn q et g P L q pRn q,


alors f ˚ g P CpRn q. ˛

Démonstration de la proposition 11.21. Nous avons soit p ă 8, soit q ă 8. Supposons par


exemple p ă 8.

Étape 1. Preuve si f P Cc8 pRn q. Dans ce cas, la conclusion découle de la proposition 11.7.

207
Convolution 11.3 Pour aller plus loin

Étape 2. Preuve si f P L p pRn q. Soit pfj qj Ă Cc8 pRn q telle que fj Ñ f dans L p (l’existence
de la suite découle du théorème 11.11). Nous pouvons travailler avec un représentant de
f , encore noté f . Alors l’inégalité de Hölder donne

|fj ˚ gpxq ´ f ˚ gpxq| “ |pfj ´ f q ˚ gpxq| ĺ }fj ´ f }Lp }g}Lq Ñ 0 quand j Ñ 8.

Il s’ensuit que f ˚ g est limite uniforme d’une suite de fonctions continues, donc conti-
nue. CQFD

11.22 Notation. Si f : Rn Ñ R, τh f pxq :“ f px ´ hq, @ x, h P Rn . ˛

L’exercice suivant sera utilisé dans la preuve de la proposition 11.24.


11.23 Exercice. Si f „ g, alors τh f „ τh g, @ h. ˛

11.24 Proposition (Continuité des translations dans Lp ). Soit 1 ĺ p ă 8. Pour


tout f P L p pRn q, nous avons τh f Ñ f dans L p pRn q quand h Ñ 0.
De même dans Lp pRn q. ˛

Démonstration de la proposition 11.24. Compte tenu de l’exercice 11.23, il suffit d’établir le ré-
sultat dans L p pRn q .
Étape 1. Preuve si f P Cc8 pRn q. Soit R ă 8 tel que f pxq “ 0 si |x| ľ R. Soit h P Rn tel que
|h| ĺ 1. Si |x| ľ R ` 1, alors τh f pxq “ 0 et f pxq “ 0 (vérifier).
Par ailleurs, soit M :“ maxt|∇f pxq| ; x P Rn u ă 8 (justifier la finitude de M ). Le
théorème des accroissements finis donne (vérifier)

|τh f pxq ´ f pxq| ĺ M |h|, @ x, h P Rn .

Il s’ensuit que, pour |h| ĺ 1, nous avons


ż
}τh f ´ f }pLp “ |τh f pxq ´ f pxq|p dx
Bp0,R`1q
ż
p p
ĺ M |h| dx Ñ 0 quand h Ñ 0.
Bp0,R`1q

Étape 2. Preuve si f P L p pRn q. Soit ε ą 0. Soit g P Cc8 pRn q telle que }f ´ g}Lp ă ε{3
(l’existence de g suit du théorème 11.11). Soit δ ą 0 tel que }τh g ´ g}Lp ă ε{3 si |h| ă δ
(l’existence de δ découle de la première étape).
En notant que }τh k}Lp “ }k}Lp , @ k P L p pRn q (vérifier), nous obtenons, pour |h| ă δ :

}τh f ´ f }Lp ĺ }τh f ´ τh g}Lp ` }τh g ´ g}Lp ` }g ´ f }Lp


“ }τh pf ´ gq}Lp ` }τh g ´ g}Lp ` }g ´ f }Lp
“ }f ´ g}Lp ` }τh g ´ g}Lp ` }g ´ f }Lp ă ε.

ε ą 0 étant arbitraire, nous obtenons la conclusion de la proposition. CQFD

208
Petru Mironescu Mesure et intégration

Nous allons maintenant considérablement généraliser le résultat de conver-


gence (11.10), en affaiblissant les conditions sur (l’analogue de) ρε .
11.25 Définition (Approximation de l’identité). Une approximation de l’identité est
une famille pζ ε qεą0 telle que :
i) ζ ε : Rn Ñ R est (Lebesgue) intégrable, @ ε ą 0.
ż
ii) ζ ε “ 1, @ ε ą 0.
ż
iii) Il existe une constante M ă 8 telle que |ζ ε | ĺ M , @ ε ą 0.
ż
iv) Pour tout δ ą 0, limεÑ0 |ζ ε | “ 0.
Rn zBp0,δq
Définition analogue lorsqu’il s’agit d’une suite pζ j qjľ1 . ˛

Un exemple fondamental d’approximation de l’identité est donné par le ré-


sultat suivant.
ż
11.26 Proposition. Soit ρ P L pR q telle que ρ “ 1. Soit, comme dans (11.9),
1 n

1
ρε pxq :“ n
ρpx{εq, @ x P Rn , @ ε ą 0.
ε
Alors pρε qεą0 est une approximation de l’identité.
En particulier, cette proposition s’applique lorsque ρ est un noyau régulari-
sant. ˛

Démonstration. ż ż ż ż
i) + ii) + iii) Nous avons ρε “ ρ “ 1 et |ρε | “ |ρ| :“ M ă 8 (vérifier), de sorte que
i)–iii) sont satisfaites.
iv) Soit δ ą 0. Nous avons (justifier, en utilisant le changement linéaire de variables Φpyq :“
ε y)
ż ż
|ρε pxq| dx “ |ρpyq| dy Ñ 0 quand ε Ñ 0,
Rn zBp0,δq Rn zBp0,δ{εq

la dernière conclusion étant une conséquence du théorème de convergence dominée (justi-


fier). CQFD

Le résultat suivant généralise le théorème 11.9.


11.27 Théorème. Soit 1 ĺ p ă 8. Soit pζ ε qεą0 une approximation de l’identité.
Pour tout f P L p pRn q nous avons f ˚ ζ ε Ñ f dans L p pRn q quand ε Ñ 0.
De même pour une suite pζ j qjľ1 .
De même dans Lp pRn q. ˛

209
Convolution 11.3 Pour aller plus loin

Démonstration. Étape 1. Preuve quand f P Cc8 pRn q. Pour les besoins des résultats à venir, nous
allons estimer la différence f ˚ ζ ε ´ f lorsque f a la propriété plus faible f P Cc pRn q. Rappelons
qu’une telle fonction f est uniformément continue sur Rn .
Donné ξ ą 0, soit 0 ă δ ă 1 tel que
r@ x, x1 P Rn , |x ´ x1 | ă δs ùñ |f pxq ´ f px1 q| ă ξ.
Soit C ă 8 tel que |f pxq| ĺ C, @ x P Rn (justifier l’existence de C). Enfin, soit R ă 8 tel que
f pxq “ 0 si |x| ľ R.
Pour tout x P Rn , nous avons
ˇż ˇ
ˇ ˇ
|f ˚ ζ pxq ´ f pxq| “ ˇˇ f px ´ yq ζ pyq dy ´ f pxqˇˇ
ε ε

ˇż ˇ
ˇ ˇ
ˇ
“ ˇ pf px ´ yq ´ f pxqq ζ pyq dy ˇˇ
ε

ż
ĺ |f px ´ yq ´ f pxq| |ζ ε pyq| dy
ż
“ |f px ´ yq ´ f pxq| |ζ ε pyq| dy
Bp0,δq
ż
` |f px ´ yq ´ f pxq| |ζ ε pyq| dy
Rn zBp0,δq
ż
ĺξ |ζ ε pyq| dy
Bp0,δq
ż (11.21)
` |f px ´ yq ´ f pxq| |ζ ε pyq| dy
R zBp0,δq
n
ż
ĺξ |ζ ε pyq| dy
R
ż
n

` |f px ´ yq ´ f pxq| |ζ ε pyq| dy
R zBp0,δq
n
ż
ĺM ξ ` |f px ´ yq ´ f pxq| |ζ ε pyq| dy
Rn zBp0,δq
ż
ĺM ξ ` p|f px ´ yq| ` |f pxq|q |ζ ε pyq| dy
R zBp0,δq
n
ż
ĺM ξ ` 2C |ζ ε pyq| dy.
Rn zBp0,δq

Par ailleurs, si |x| ľ R ` 1 et |y| ă δ ă 1, alors f pxq “ f px ´ yq “ 0. Il s’ensuit que pour


un tel x le calcul (11.21) donne
ż
|f ˚ ζ ε pxq ´ f pxq| ĺ |f px ´ yq| |ζ ε pyq| dy
R zBp0,δq
n (11.22)
ε
“|f | ˚ p|ζ | χRn zBp0,δq qpxq.
ż
Soit r “ rδ,ε :“ |ζ ε pyq| dy, de sorte que limεÑ0 rδ,ε “ 0, @ δ ą 0. Soit ψ “ ψδ,ε :“
Rn zBp0,δq

210
Petru Mironescu Mesure et intégration

|ζ ε | χRn zBp0,δq , qui vérifie }ψ}L1 “ r.


En utilisant (11.21) si |x| ă R ` 1 et (11.22) si |x| ľ R ` 1, nous obtenons, grâce à l’inégalité
de Young et avec N “ N pRq ă 8 :
ż ż
}f ˚ ζ ε ´ f }pLp ĺ rM ξ ` 2C rsp dx ` r|f | ˚ ψsp
Bp0,R`1q R zBp0,R`1q
n
ż
(11.23)
ĺ N rM ξ ` 2C rsp ` r|f | ˚ ψsp
Rn
ĺ N rM ξ ` 2C rs ` p
}f }pLp }ψ}pL1 Ñ N M p ξ p quand ε Ñ 0.

ξ ą 0 étant arbitraire, nous obtenons que f ˚ ζ ε Ñ f dans L p pRn q quand ε Ñ 0.

Étape 2. Preuve si f P L p pRn q. Soient f P L p pRn q et ξ ą 0. Soient g P Cc8 pRn q et ε0 ą 0 tels


que }f ´ g}Lp ă ξ et }g ˚ ζ ε ´ g}Lp ă ξ, @ 0 ă ε ă ε0 . Pour un tel ε, nous avons (détailler)

}f ˚ ζ ε ´ f }Lp ĺ }f ˚ ζ ε ´ g ˚ ζ ε }Lp ` }g ˚ ζ ε ´ g}Lp ` }g ´ f }Lp


ĺ }pf ´ gq ˚ ζ ε }Lp ` 2 ξ ĺ }f ´ g}Lp }ζ ε }L1 ` 2 ξ ĺ pM ` 2q ξ.

ξ ą 0 étant arbitraire, nous obtenons la conclusion du théorème pour f . CQFD

Au passage, nous avons montré le résultat suivant (voir (11.21)).

11.28 Corollaire. Soit pζ ε qεą0 une approximation de l’identité. Soit f P Cc pRn q.


Nous avons f ˚ ζ ε uniformément dans Rn quand ε Ñ 0. ˛

Ce corollaire intervient dans la preuve du résultat suivant.

11.29 Théorème (Théorème d’approximation de Weierstrass). Soit K Ă Rn un


compact. Soit f P CpK, Rq.
Alors il existe une suite de polynômes † de n variables pPj qj telle que Pj Ñ f
uniformément sur K.
De manière équivalente, tP : K Ñ R ; P fonction polynômialeu est dense
dans CpK, Rq muni de la norme uniforme. ˛

Démonstration. Nous utilisons le résultat suivant de topologie (théorème de Tietze) : si B est


une boule de Rn telle que K Ă B, alors toute fonction f P CpK, Rq admet une extension g P
CpRn , Rq avec gpxq “ 0, @ x P Rn zB. Ainsi, quitte à remplacer K par B et f par g, il suffit de
montrer le résultat pour la restriction à B d’une fonction f P CpRn , Rq qui s’annule en dehors
de B (justifier). Sans perte de généralité, nous pouvons supposer que B “ Bp0, Rq.

Soit f P Cc pRn q telle que f pxq “ 0 si |x| ľ R. Soit ρ la « gaussienne standard » dans Rn ,
1
e´|x| , @ x P Rn .
2
ρpxq :“
π n{2
†. Ou plutôt de fonctions polynômiales.

211
Convolution 11.3 Pour aller plus loin

ż
Rappelons que ρ “ 1. La proposition 11.26 combinée avec le corollaire 11.28 donne f ˚ ρε Ñ
f uniformément sur Rn quand ε Ñ 0, où
1
e´|x|
2 {ε2
ρε pxq :“ , @ ε ą 0, @ x P Rn . (11.24)
π n{2 εn

Soit δ ą 0. Soit ε ą 0 tel que }f ˚ ρε ´ f }L8 ă δ, d’où (exercice 10.10)


|f ˚ ρε pxq ´ f pxq| ă δ, @ x P Rn . (11.25)

Nous allons trouver un polynôme S tel que


|pρε ´ Sqpzq| ĺ δ, @ z P Bp0, 2Rq. (11.26)

En admettant l’existence d’un tel S, nous concluons de la façon suivante. Pour tout ϕ nous
avons
ż
f ˚ ϕpxq “ f pyq ϕpx ´ yq dy. (11.27)
Bp0,Rq

Soit M ă 8 tel que |f pxq| ĺ M , @ x P Rn . Si x, y P Bp0, Rq, alors x ´ y P Bp0, 2Rq. En


combinant ce fait avec (11.25)–(11.27), il s’ensuit que, pour tout x P Bp0, Rq nous avons, avec
N “ N pRq ă 8,
|f ˚ Spxq ´ f pxq| ĺ |f ˚ rSpxq ´ ρε spxq| ` |pf ˚ ρε ´ f qpxq|
ˇż ˇ
ˇ ˇ
ˇ ˇ
㡠f pyq rS ´ ρε spx ´ yq dy ˇ ` δ
ˇ Bp0,Rq ˇ
ż
ĺMδ dy ` δ “ N δ.
Bp0,Rq

δ ą 0 étant arbitraire nous obtenons, pour une suite pSj qj convenable de polynômes, f ˚
Sj Ñ f uniformément sur B quand j Ñ 8. Pour conclure, il suffit de noter que f ˚ Sj est un
polynôme (exercice 11.14 d)).
Ainsi, pour compléter la preuve il suffit de trouver S satisfaisant (11.26). Rappelons que le
développement en série de l’exponentielle converge vers l’exponentielle uniformément sur les
compacts : si T ą 0 et ξ ą 0, alors il existe k tel que
ˇ ˇ
ˇ ÿ k
t `ˇ
ˇ t ˇ
ˇe ´ ˇ ĺ ξ, @ t P r´T, T s. (11.28)
ˇ `! ˇ
`“0

Soit k tel que (11.28) soit valide avec T :“ 4 R2 {ε2 et ξ :“ π n{2 εn δ. Posons
ÿk ` ˘`
1 ´|x|2 {ε2
S :“ n{2 n . (11.29)
π ε `“0 `!

De (11.28), (11.29) et (11.24), nous avons (11.26) (vérifier !). CQFD

212
Chapitre 12

Séries de Fourier

12.0 Aperçu
Dans ce chapitre, nous considérons des fonctions f : I Ñ C, avec I Ă R inter-
valle. Le but est d’écrire f comme une « superposition d’ondes (co)sinusoïdales »,
ou encore comme la somme d’une série de Fourier.
Le choix de I n’est pas important, les plus populaires étant I “s0, 1r et I “
s0, 2πr. Nous travaillons dans I “s0, 2πr, muni de la tribu de Lebesgue et de la mesure
µ “ p1{mpIqq λ1 “ p1{p2πqq λ1 . Ainsi, si 1 ĺ p ă 8, alors
ˆ ż 2π ˙1{p
1
}f }Lp “ p
|f pxq| dx .† (12.1)
2π 0

Toutes les (classes de) fonctions f considérées sont supposées être Lebesgue intégrables
sur I. I étant de mesure finie, il s’ensuit que l’hypothèse d’intégrabilité est satis-
faite si f P Lp pIq pour un p ľ 1 (remarque 10.16). Selon un principe rencontré à
plusieurs reprises, les énoncés comprennent des classes de fonctions, les preuves
se font sur des fonctions.
Si f : R Ñ C est 2π-périodique et suffisamment lisse (de classe C 1 suffit, voir
la section 12.4), alors nous avons
ÿ
n“8 ÿ
n“N
f pxq “ cn pf q eınx :“ lim cn pf q eınx , @ x P R, (12.2)
M Ñ´8
n“´8 N Ñ8 n“M
avec
ż 2π
1
cn pf q :“ f pyq e´ıny dy.† (12.3)
2π 0
żb ż
†. Rappelons la convention gpxq dx “ g dλ1 .
a sa,br

213
Séries de Fourier 12.0 Aperçu

La définition (12.3) s’obtient à partir du calcul formel † suivant (avec δm


n
le sym-

bole de Kronecker) :
ÿ
n“8
f pxq “ cn pf q eınx
n“´8
ż 2π ż 2π m“8
ÿ
1 ´ınx 1
ùñ f pxq e dx “ cm pf q eımx e´ınx dx
2π 0 2π 0 m“´8
ż 2π ÿ
m“8 ż 2π
1 ´ınx 1
ùñ f pxq e dx “ cm pf q eımx e´ınx dx
2π 0 2π m“´8 looooooooomooooooooon
0
n
“ 2π δm
ż 2π ÿ
m
1
ùñ f pxq e´ınx dx “ n
cm pf q δm “ cn pf q.
2π 0 m“´8

Ce calcul permet de dégager la définition (12.3). Ses lignes formelles sont la


première et la troisième, car il faut pouvoir justifier (12.2) et la permutation de la
somme et de l’intégrale.
Dans ce chapitre, nous allons justifier et donner un sens à la première égalité
(12.2). Ce sens ne sera pas, en général, celui de la deuxième égalité de (12.2).
La section 12.1 permet de faire le lien entre (12.3) et la décomposition d’un
vecteur dans une base orthonormée. Ce sujet sera revu dans le chapitre 14, dans
le cadre des espaces de Hilbert ; nous donnerons ici le cadre minimal permettant
de comprendre (12.3) si f P L2 pIq.
La section 12.2 est consacrée à l’égalité (12.2) si f P L2 pIq. Le résultat principal
est le théorème de Fatou 12.4 qui affirme que

ÿ
n“N
f “ lim cn pf q eın¨ dans L2 pIq.
M Ñ´8
N Ñ8 n“M

Ce résultat est complété par l’égalité de Parseval (12.13)


ż 2π 8
ÿ
2
|f pxq| dx “ 2π |cn pf q|2
0 n“´8

et par le théorème de Riesz-Fischer 12.8.


†. En analyse, un calcul formel est un calcul que l’on ne peut pas nécessairement justifier. En
dehors de l’analyse, cette expression est synonyme de calcul symbolique Calcul formel (Wikipédia)
En anglais, il n’y a pas d’ambiguïté : formal computation en analyse, # vs symbolic calculus.
1, si i “ j
‡. Le symbole de Kronecker δij , avec i, j P I, est défini par δij :“ .
0, si i ‰ j

214
Petru Mironescu Mesure et intégration

Un autre résultat significatif qui sera obtenu dans cette section est le lemme de
Riemann-Lebesgue 12.9.
ř
La section 12.3 est dédiée au comportement ponctuel † de la série 8 n“´8 cn pf q
e : plus spécifiquement, on s’intéresse à la validité de (12.2) (ou d’une variante
ınx

de (12.2)) à x fixé. Pour des fonctions dérivables par morceaux, cette convergence
(énoncée proprement) est le contenu du théorème de Dirichlet 12.13.
Dans la cas d’un fonction continue par morceaux, la série de Fourier peut
ne pas converger. La bonne notion de convergence est celle de convergence en
moyenne ; le résultat de convergence correspondant est le théorème de Fejér 12.15.
La section 12.4 est dédiée à la convergence uniforme ou normale de la série
de Fourier. Cette section est plus avancée que les autres et peut servir de base
à la préparation à l’agrégation. Notons, dans cette introduction, deux résultats
marquants et simples à énoncer (Corollaire 12.25) :
a) Si f p0q “ f p2πq et il existe
řn α ą 0 etıkx
C ă 8 tels que |f pxq ´ f pyq| ĺ C|x ´ y|α ,
@ x, y P r0, 2πs, alors k“´n ck pf q e converge uniformément vers f quand
n Ñ 8.
b) Si f p0q “ f p2πq et il existe
ř8 α ą 1{2 ınxet C ă 8 tels que |f pxq ´ f pyq| ĺ C|x ´ y|α ,
@ x, y P r0, 2πs, alors n“´8 cn pf q e converge normalement vers f .
Dans la section 12.5, nous mentionnons sans preuve d’autres résultats célèbres
de (non) convergence.

Compétences minimales attendues.


a) Savoir utiliser l’égalité de Parseval, le théorème de Fatou et le théorème de
Riesz-Fischer.
b) Savoir utiliser le théorème de Dirichlet. ˛

12.1 Un peu d’algèbre bilinéaire


Soit H un espace vectoriel complexe, muni d’un produit scalaire complexe
ă , ą, ‡ qui induit la norme ||x|| :“ă x, x ą1{2 , @ x P H.
Si pej qjPJ Ă H est une famille orthonormée, § alors pour tout x P H et toute

†. Ponctuel : en tout point x P I.


‡. Nous considérons un produit scalaire linéaire dans le premier argument et antilinéaire dans
le deuxième argument. L’exemple typique est C2 Q pz1 , z2 q ÞÑ z1 z2 . C’est le produit scalaire des
mathématiciens. Les physiciens considèrent des applications antilinéaires dans le premier argu-
ment, linéaires dans le deuxième argument. L’exemple typique est C2 Q pz1 , z2 q ÞÑ z1 z2 .
§. Donc ă ej , e` ą“ 0, @ j ‰ ` et ă ej , ej ą“ 1, @ j.

215
Séries de Fourier 12.1 Un peu d’algèbre bilinéaire

famille finie L Ă J nous avons les propriétés suivantes.


› ›2 › ›2
›ÿ › › ÿ ›
2
||x|| “›› › ›
ă x, ej ą ej › ` ›x ´ ă x, ej ą ej ››
jPL jPL
› ›2 (12.4)
ÿ › ÿ ›
“ 2 ›
| ă x, ej ą | ` ›x ´ ă x, ej ą ej ›› ,
jPL jPL

d’où en particulier
ÿ
| ă x, ej ą |2 ĺ ||x||2 . (12.5)
jPL
ÿ
Si x P Vect tej ; j P Lu, alors x “ ă x, ej ą ej
jPL
ÿ (12.6)
et ||x||2 “ | ă x, ej ą |2 .
jPL

Nous allons appliquer ceci à l’espace L2 :“ L2 ps0, 2πrq, avec le produit scalaire
ż 2π ż 2π
1 1
ă f, g ą:“ f pxq gpxq dx “ f g dν1 . (12.7)
2π 0 2π 0
12.1 Notation. Si n P Z,
en pxq :“ eınx , @ x P R. (12.8)

(Pour être plus précis, nous travaillons avec ren s plutôt qu’avec en . Néanmoins, par
souci de simplicité, dans les formules nous identifions en à sa classe.) ˛

12.2 Définition. Si f P L1 :“ L1 ps0, 2πrq, le ne coefficient de Fourier de f (n P Z)


est
ż ż
1 2π 1 2π
cn pf q :“ f pxq en pxq dx “ f pxq e´ınx dx. (12.9)
2π 0 2π 0

Si f P L2 , nous avons cn pf q “ă f, en ą.

Il est immédiat que cn pf q dépend uniquement de la classe de f .


La suite pen qnPZ étant orthonormée (exercice 12.3 b)), les relations (12.4), (12.6),
respectivement (12.5) avec J :“ Z et L :“ tn P Z ; n0 ĺ n ĺ n1 u donnent l’inégalité
de Bessel
ÿn1 ż 2π ˇ ÿn1 ˇ2
1 ˇ ˇ
|cn pf q|2 “ ˇ c pf q e ınx ˇ
2π 0 ˇ n“n
n ˇ dx
n“n0
ż
0
(12.10)
1 2π
ĺ |f pxq|2 dx “ }f }2L2 , @ f P L2 ps0, 2πrq
2π 0

216
Petru Mironescu Mesure et intégration

et l’identité
› n1 ›2 › ›2
› ÿ › › ÿ
n1

}f }2L2 “ ›› cn pf q e ›› ` ››f ´
ın¨
cn pf q e ›› .
ın¨
(12.11)
2 L 2 L
n“n0 n“n0

Exercices

12.3 Exercice.
a) Montrer que (12.7) définit un produit scalaire sur L2 .
b) Montrer que la famille pen qnPZ définie par (12.8) est orthonormée dans L2 muni du
produit scalaire (12.7). ˛

12.2 Séries de Fourier dans L2


12.4 Théorème (Théorème de Fatou et égalité de Parseval). Soit f P L2 “ L2
ps0, 2πrq. Alors :
a) (Théorème de Fatou) Nous avons
8
ÿ ÿ
n“N
f“ cn pf q eın¨
“ lim cn pf q eın¨ dans L2 . (12.12)
M Ñ´8
n“´8 N Ñ8 n“M

b) Nous avons l’égalité de Parseval


8
ÿ ż 2π
1
2
|cn pf q| “ |f pxq|2 dx “ }f }2L2 . (12.13)
n“´8
2π 0

řn“N
12.5 Remarque. Une somme de la forme x ÞÑ ř n“M cn pf q eınx est un polynôme trigono-
métrique, c’est-à-dire une somme finie de la forme n an eınx . ˛

12.6 Définition. Si f P L1 , nous posons

ÿ
n
Sn pf q :“ ck pf q ek . (12.14)
k“´n

En combinant le théorème 12.4 et le corollaire 10.29, nous obtenons la consé-


quence suivante.
12.7 Corollaire. Si f P L 2 “ L 2 ps0, 2πrq, alors il existe une sous-suite pnj qj de N
telle que

Snj pf qpxq Ñ f pxq quand j Ñ 8, pour presque tout x Ps0, 2πr. ˛ (12.15)

217
Séries de Fourier 12.2 Séries de Fourier dans L2

L’inégalité de Bessel (12.10) implique que, si f P L2 , alors la suite pcn pf qqnPZ des
coefficients de Fourier de f appartient à `2 pZq. Remarquablement, la réciproque
est vraie. C’est le contenu du théorème suivant.
12.8 Théorème (Théorème de Riesz-Fischer). Soit pan qnPZ une suite telle que
8
ÿ
|an |2 ă 8.
n“´8

Alors il existe une et une seule fonction f P L2 “ L2 ps0, 2πrq telle que
cn pf q “ an , @ n P Z.

La preuve du théorème 12.4 se fait par densité, en commençant par des fonc-
tions de Cc8 ps0, 2πrq. C’est une situation analogue à celle rencontrée dans la sec-
tion 11.3. Voici un autre résultat important dont la preuve est dans cet esprit.

12.9 Lemme (Lemme de Riemann-Lebesgue). Soit f P L1 “ L1 ps0, 2πrq. Nous


avons cn pf q Ñ 0 quand |n| Ñ 8. ˛

Exercices

12.10 Exercice. Soit


ÿ ÿ
P “ an eın¨ “ an e n
nPI nPI

(avec I Ă Z fini) un polynôme trigonométrique. Montrer que P P L 1 et que


#
an , si n P I
cn pP q “ . ˛
0, si n R I

12.11 Exercice. Que donne l’égalité de Parseval pour f pxq “ x ? ˛

Démonstrations

Démonstration du théorème 12.4. L’ingrédient fondamental dans la preuve est le résultat sui-
vant de densité, qui sera démontré plus tard.

12.12 Théorème. Soit g P Cpr0, 2πs; Cq telle que gp0q “ gp2πq. Soit ε ą 0.
Il existe un polynôme trigonométrique P tel que |gpxq´P pxq| ă ε, @ x P r0, 2πs.
De manière équivalente, soit Cpér :“ tg P Cpr0, 2πs; Cq ; gp0q “ gp2πqu, muni
de la norme uniforme. Alors les polynômes trigonométriques sont denses dans
Cpér . ˛

218
Petru Mironescu Mesure et intégration

Démonstration du théorème 12.4 (en admettant le théorème 12.12).


a) Soit f P L 2 et soit ε ą 0. Soit g P Cc8 ps0, 2πrq telle que }f ´ g}L2 ă ε (l’existence de g
suit du théorème 11.11). Soit P un polynôme trigonométrique tel que |gpxq´P pxq| ă ε,
@ x P r0, 2πs (l’existence de P suit du théorème 12.12). Notons que }g ´ P }L2 ă ε, ce
qui implique }f ´ P }L2 ă 2 ε.
ř 1
Soient n0 , n1 P Z tels que P “ nn“n a e . Si M ĺ n0 et N ľ n1 , nous avons
0 n n

N
ÿ
cn pP q en “ P (12.16)
n“M

(justifier, en utilisant l’exercice 12.10).


Pour de tels M et N , il s’ensuit que
› › › ›
› N
ÿ › › N
ÿ ›
› › › ›
›f ´ cn pf q en › ĺ }f ´ P }L2 ` ›P ´ cn pf q en ›
› › 2 › › 2
n“M L n“M L
› ›
›ÿN ÿN ›
› ›
“ }f ´ P }L2 ` › cn pP q en ´ cn pf q en ›
› › 2
n“M n“M L
› ›
›ÿN ›
› ›
“ }f ´ P }L2 ` › cn pP ´ f q en ›
› › 2
n“M L
ĺ }f ´ P }L2 ` }P ´ f }L2 ă 4 ε.

Au passage, nous avons utilisé : (12.16), la linéarité de l’application f ÞÑ cn pf q (la


justifier) et l’inégalité
› ›
› ÿn1 ›
› ›
› cn pgq en › ĺ }g}L2 , @ g P L2 ,
›n“n › 2
0 L

qui découle de (12.10).


ε ą 0 étant arbitraire, nous obtenons que
N
ÿ
lim cn pf q en “ f dans L 2 . (12.17)
M Ñ´8
N Ñ8 n“M

b) découle de (12.6) et de (12.17). En effet,


› ›2
8
ÿ N
ÿ ›ÿN ›
› ›
|ck pf q|2 “ lim |ck pf q|2 “ lim › cn pf q en › “ }f }2L2 . CQFD
M Ñ´8 M Ñ´8 › › 2
k“´8 N Ñ8 n“M N Ñ8 n“M L

ř
Démonstration du théorème 12.8. Existence. Soit Pn :“ nk“´n ak ek . L’identité (12.6) donne,
pour 0 ĺ n ă m :
› ›2
› ÿ › ÿ
› ›
2
}Pm ´ Pn }L2 “ › › ak ek ›› “ |ak |2 Ñ 0 quand n, m Ñ 8.
›n`1ĺ|k|ĺm › 2 n`1ĺ|k|ĺm
L

219
Séries de Fourier 12.3 Comportement ponctuel des séries de Fourier

Il s’ensuit que pPn qn est une suite de Cauchy dans L 2 . Par complétude de L 2 (théo-
rème de Fatou 10.28), il existe f P L 2 telle que Pn Ñ f dans L 2 quand n Ñ 8. Si n ľ |k|,
alors ck pPn q “ ak (exercice 12.10), d’où (justifier)
|ck pf q ´ ak | “ |ck pf q ´ ck pPn q| “ |ck pf ´ Pn q| “ | ă f ´ Pn , ek ą |
ĺ }f ´ Pn }L2 }en }L2 “ }f ´ Pn }L2 Ñ 0 quand n Ñ 8,
ce qui implique ck pf q “ ak pour tout k.
Unicité. Notons que, si ck pf q “ ck pgq pour tout k P Z, avec f, g P L2 , alors l’égalité de
Parseval appliquée à f ´ g donne f “ g. CQFD

Démonstration du lemme 12.9. Soient f P L 1 et ε ą 0. Soit g P Cc8 ps0, 2πrq telle que }f ´
g}L1 ă ε (l’existence de g suit du théorème 11.11).
Si n ‰ 0, alors une intégration par parties donne
ż ż 2π
1 2π 1
cn pgq “ gpxq e´ınx dx “ g 1 pxq e´ınx dx,
2π 0 2ı π n 0
1
d’où |cn pgq| ĺ max |g 1 | Ñ 0 quand |n| Ñ 8.
|n| r0,2πs
Il existe donc n0 tel que |cn pgq| ă ε si |n| ľ n0 . Pour un tel n, nous avons
|cn pf q| ĺ |cn pgq| ` |cn pf ´ gq| ĺ |cn pgq| ` }f ´ g}L1 ă 2 ε. CQFD

12.3 Comportement ponctuel des séries de Fourier


Dans cette section nous travaillons avec des fonctions (au lieu de classes). La
question fondamentale étudiée est le comportement de la suite
ÿ
n
Sn pf qpxq “ ck pf q eıkx , n P N, x P I.†
k“´n

Il sera commode de travailler avec des fonctions définies d’abord sur r0, 2πr,
qui sont prolongées par 2π-périodicité à R. Par exemple, si f pxq “ x, x P r0, 2πr,
alors le prolongement 2π-périodique de f est
´x¯
f pxq “ x ´ 2πE , @ x P R.‡

Toutes les fonctions définies dans cette section sont supposées 2π-périodiques et inté-
grables sur I “s0, 2πr.
Le premier résultat fondamental de cette section est le théorème de Dirichlet.
řn
†. L’étude du comportement de k“m ck pf q eıkx quand m Ñ ´8 et n Ñ 8 de manière indépen-
dante est un sujet très délicat qui dépasse largement le cadre de ce cours. Dans cette section, nous
considérons uniquement le cas où m “ ´n.
‡. Epxq désigne la partie entière de x.

220
Petru Mironescu Mesure et intégration

12.13 Théorème.
a) (Critère de Dini) Soit x0 P R. S’il existe deux nombres f px0 ˘q et une fonc-
tion G P L 1 ps0, πrq telle que

|f px0 ˘q ´ f px0 ˘ yq| ĺ y Gpyq, @ 0 ă y ă π, (12.18)

alors
f px0 `q ` f px0 ´q
Sn pf qpx0 q Ñ quand n Ñ 8. (12.19)
2

b) En particulier, (12.19) est vraie si f a des limites latérales f px0 ˘q en x0 , et


les limites
f px0 ˘ yq ´ f px0 ˘q
lim
yÑ0 y

existent et sont finies.


c) (Théorème de Dirichlet) En particulier, (12.19) est vraie en tout point x0 P
R si f est « dérivable par morceaux ».

Si, dans le théorème précédent, nous voulons abaisser la condition de régula-


rité sur f de « dérivable » à « continue », alors la bonne notion de convergence est
celle de convergence en moyenne (théorème de Fejér 12.15), la moyenne étant définie
ci-dessous.
12.14 Définition. Si f P L 1 , nous posons

S0 pf q ` S1 pf q ` ¨ ¨ ¨ Sn pf q
Tn pf q :“ , @ n P N.† (12.20)
n`1

12.15 Théorème (Théorème de Fejér).


a) Soit x0 P R. Si f a des limites latérales finies f px0 ˘q en x0 , alors

f px0 `q ` f px0 ´q
Tn pf qpx0 q Ñ quand n Ñ 8. (12.21)
2

b) Si f est continue, alors Tn pf q Ñ f uniformément quand n Ñ 8.


De manière équivalente, soit f P Cpr0, 2πsq telle que f p0q “ f p2πq. Alors
Tn pf q Ñ f uniformément sur r0, 2πs quand n Ñ 8.

†. pTn pf qqn est la moyenne de Cesàro de pSn pf qqn .

221
Séries de Fourier 12.3 Comportement ponctuel des séries de Fourier

Exercices

L’exercice suivant est fondamental. Il montre que, dans les calculs, on peut rem-
placer s0, 2πr par tout intervalle de longueur 2π.

12.16 Exercice. Soit f 2π-périodique et intégrable sur s0, 2πr. Montrer que :
a) f est intégrable sur tout intervalle borné.
ż 2π ż a`2π
b) f pyq dy “ f pyq dy, @ a P R. ˛
0 a

Les noyaux de Dirichlet interviennent dans la preuve du théorème de Dirichlet


12.13.

12.17 Définition (Noyau de Dirichlet). Le ne noyau de Dirichlet (n P N) est

ÿ
n
Dn pxq :“ eıkx , @ x P R. ˛ (12.22)
k“´n

12.18 Exercice. Soit f 2π-périodique et intégrable sur s0, 2πr. Montrer que :
ż
1 2π
Sn pf qpxq “ f px ´ yq Dn pyq dy
2π 0
ż (12.23)
1 π
“ f px ´ yq Dn pyq dy, @ x P R,
2π ´π
$
& sinppn ` 1{2qyq , si y R 2π Z
Dn pyq “ sinpy{2q
%
2n ` 1, si y P 2π Z (12.24)
#
sinpnyq cotan py{2q ` cospnyq, si y R 2π Z
“ ,
2n ` 1, si y P 2π Z
żπ ż0
Dn pyq dy “ Dn pyq dy “ π. ˛ (12.25)
0 ´π

Les noyaux de Fejér interviennent dans la preuve du théorème de Fejér 12.15.

12.19 Définition (Noyau de Fejér). Le ne noyau de Fejér (n P N) est

D0 ` ¨ ¨ ¨ ` Dn
Fn :“ , @ n P N. ˛ (12.26)
n`1

12.20 Exercice. Soit f 2π-périodique et intégrable sur s0, 2πr. Montrer les propriétés sui-

222
Petru Mironescu Mesure et intégration

vantes.
ż
1 2π
Tn pf qpxq “ f px ´ yq Fn pyq dy
2π 0
ż , (12.27)
1 π
“ f px ´ yq Fn pyq dy, @ x P R,
2π ´π
$
2
& sin rpn ` 1qy{2s , si y R 2π Z

Fn pyq “ pn ` 1q sin2 py{2q , (12.28)

%n ` 1, si y P 2π Z
żπ
Fn pyq dy “ 2π (12.29)
´π
żπ ż0
Fn pyq dy “ Fn pyq dy “ π. (12.30)
0 ´π

Par ailleurs, montrer que


a) Fn pyq ľ 0, @ n, @ y P R.
b) Pour tout 0 ă δ ă π, Fn Ñ 0 uniformément sur r´π, ´δs Y rδ, πs quand n Ñ 8.
c) Pour tout 0 ă δ ă π,
ż
Fn pyq dy Ñ 0 quand n Ñ 8. ˛ (12.31)
r´π,´δsYrδ,πs

Démonstrations

Démonstration du théorème 12.13. Étape 1. Preuve de (12.19) sous l’hypothèse (12.18). Posons
$

’ rf px0 ´ yq ´ f px0 ´qs cospy{2q
& , si 0 ă y ă π
gpyq :“ rf px ´ yq ´ sinpy{2q

’ 0 f px0 `qs cospy{2q
% , si ´ π ă y ă 0
sinpy{2q

et
#
f px0 ´ yq ´ f px0 ´q, si 0 ă y ă π
hpyq :“ .
f px0 ´ yq ´ f px0 `q, si ´ π ă y ă 0

Notons que
y
|gpyq| ĺ Gp|y|q, @ 0 ă |y| ă π,
sinpy{2q

avec G comme dans (12.18). La fonction


y
s ´ π, πrzt0u Q y ÞÑ
sinpy{2qq

223
Séries de Fourier 12.3 Comportement ponctuel des séries de Fourier

se prolongeant par continuité en 0 et ˘π, il existe une constante C ă 8 telle que

|gpyq| ĺ C Gp|y|q, @ 0 ă |y| ă π. (12.32)

Par ailleurs, g est mesurable (justifier). De (12.18) et (12.32), g est intégrable sur s ´ π, πr
(détailler).
De manière analogue,

|hpyq| ĺ |y|Gp|y|q ĺ πGp|y|q,

et donc h est intégrable sur s ´ π, πr.


En utilisant l’exercice 12.18, nous obtenons (détailler)
ż
f px0 `q ` f px0 ´q 1 π
Sn f px0 q ´ “ f px0 ´ yq Dn pyq dy
2 2π ´π
ż
1 0
´ f px0 `q Dn pyq dy
2π ´π
ż
1 π
´ f px0 ´q Dn pyq dy
2π 0
ż
1 0
“ pf px0 ´ yq ´ f px0 `qq Dn pyq dy
2π ´π
ż
1 π
` pf px0 ´ yq ´ f px0 ´qq Dn pyq dy
2π 0
żπ ż
1 1 π
“ sinpnyq gpyq dy ` cospnyq hpyq dy
2π ´π 2π ´π
żπ
1
“ gpyq reıny ´ e´ıny s dy
4ı π ´π
ż
1 π
` hpyq reıny ` e´ıny s dy
4π ´π
1 1
“ rc´n pgq ´ cn pgqs ` rc´n phq ` cn phqs
2ı 2
Ñ 0 quand n Ñ 8,

la conclusion finale étant une conséquence du lemme de Riemann-Lebesgue.


Étape 2. Preuve des items b) et c). Il faut montrer que les hypothèses des items b) et c)
impliquent l’existence d’une fonction intégrable G ayant la propriété (12.18). Posons
ˇ ˇ ˇ ˇ
ˇ f px0 ` yq ´ f px0 `q ˇ ˇ f px0 ´ yq ´ f px0 ´q ˇ
Gpyq :“ ˇˇ ˇ` ˇ
ˇ ˇ
ˇ, @ 0 ă y ă π.
ˇ
y y
Alors G est mesurable et satisfait, par construction, (12.18).
Si f est comme dans l’item b), alors G a une limite finie en 0, et donc G est bornée (et
donc intégrable) dans un voisinage s0, εr de 0. Par ailleurs, si y ľ ε, nous avons

Gpyq ĺ ε´1 p|f px0 ` yq| ` |f px0 `q| ` |f px0 ´ yq| ` |f px0 ´q|q :“ Hpyq,

224
Petru Mironescu Mesure et intégration

et cette majorante est intégrable (justifier), d’où G est intégrable.


Enfin, l’item c) est un cas particulier de l’item b). CQFD

Démonstration du théorème 12.15. Étape 1. Preuve de l’item a). Soit ε ą 0. Soit 0 ă δ ă π tel que
0 ă y ĺ δ ùñ |f px0 ˘ yq ´ f px0 ˘q| ĺ ε. (12.33)
Posons
mn :“ maxtFn pyq ; δ ĺ |y| ĺ πu,
de sorte que
lim mn “ 0 (12.34)
nÑ8
(exercice 12.20).
En utilisant l’exercice 12.20 et (12.33), nous obtenons, avec a :“ rf px0 `q ` f px0 ´qs{2 :
ˇż ˇ
1 ˇˇ π ˇ
|Tn f px0 q ´ a| “ ˇ f px ´ yq Fn pyq dy ´ π f px0 `q ´ π f px0 ´qˇˇ
2π ´π
ż
1 0
ĺ |f px ´ yq ´ f px0 `q| Fn pyq dy
2π ´π
ż
1 π
` |f px ´ yq ´ f px0 ´q| Fn pyq dy
2π 0
ż
ε δ
ĺ Fn pyq dy
2π ´δ
ż
mn
` p|f px0 `q| ` |f px0 ´q| ` |f px0 ´ yq| ` |f px0 ` yq|q dy
2π rδ,πs
ż
ε π mn
ĺ Fn pyq dy ` p|f px0 `q| ` |f px0 ´q|q
2π ´π 2
ż
mn π
` |f pxq| dx
2π ´π
mn
“ε ` p|f px0 `q| ` |f px0 ´q| ` 2||f ||1 q Ñ ε quand n Ñ 8.
2
Il s’ensuit qu’il existe n0 tel que |Tn f px0 q ´ a| ĺ 2ε, @ n ľ n0 .
Étape 2. Preuve de l’item b). Rappelons qu’une fonction continue et périodique sur R est
bornée et uniformément continue. Il s’ensuit qu’il existe un δ indépendant de x0 tel que
(12.33) soit satisfaite, et pour ce δ nous avons, en reprenant les calculs précédents,
mn
|Tn f px0 q ´ a| ĺε ` p|f px0 `q| ` |f px0 ´q| ` 2||f ||L1 q
2
mn
ĺε ` p2||f ||L8 ` 2||f ||L1 q Ñ ε quand n Ñ 8.
2
Nous en déduisons l’existence d’un n0 indépendant de x0 tel que |Tn f px0 q ´ a| ĺ 2ε, @ n ľ
n0 , d’où la conclusion de l’item b). CQFD

Démonstration du théorème 12.12. Au vu du théorème de Fejér (item b)), il suffit de prendre


P :“ Tn pgq avec n suffisamment grand. CQFD

225
Séries de Fourier 12.4 Comportement global des séries de Fourier

12.4 Comportement global des séries de Fourier


La question fondamentale étudiée dans cette section est celle de la conver-
gence uniforme ou normale ř de la suite pSn pf qq. † Notons que la convergence nor-
série de fonctions 8
male de la ř n“´8 cn pf q e
ın¨
revient à la convergence de la série
8
numérique n“´8 |cn pf q|.
Dans ce qui suit, les fonctions f sont continues ‡ et 2π-périodiques.Elles sont donc
en particulier uniformément continues sur R. §
La philosophie générale est que plus f est lisse, plus la convergence de sa série
de Fourier est forte. Notons, par exemple que, si f P C 2 , alors
8
ÿ
f“ cn pf q eın¨ , (12.35)
n“´8

la série de (12.35) étant normalement convergente (exercice 12.26). Une quantité


qui mesure la continuité de f est le module de continuité.

12.21 Définition. Le module de continuité de f est δ ÞÑ ωpδq, où

ωpδq :“ supt|f pxq ´ f pyq| ; x, y P R, |x ´ y| ĺ δu, @ 0 ă δ ĺ 2π.¶ ˛ (12.36)

L’interprétation intuitive de la taille de ω est que plus ωpδq tend vers 0 rapide-
ment quand δ Ñ 0, plus la fonction f est lisse. (Voir néanmoins l’exercice 12.28.)
On peut montrer que, dans (12.36), le sup est un max (exercice 12.27).
Il sera instructif d’illustrer la calcul de ωpδq et les résultats généraux qui suivent
sur les fonctions hölderiennes, qui sont une généralisation des fonctions lipschit-
ziennes.

12.22 Définition. Soit 0 ă α ĺ 1. Une fonction f : r0, 2πs Ñ C est α-hölderienne si


|f |C α ă 8, où
" *
|f pxq ´ f pyq|
|f |C α :“ sup ; x, y P r0, 2πs, x ‰ y .
|x ´ y|α

Une fonction est hölderienne si elle est α-hölderienne pour un α. ˛


†. Pour la convergence de la suite pTn pf qq, le théorème de Fejér 12.15 fournit une réponse
convenable.
‡. On ne peut espérer de la convergence uniforme de pSn pf qq en l’absence de la continuité de
f , car une limite uniforme de fonctions continues est encore continue.
§. Voir l’étape 2 de la preuve du théorème 12.15.
¶. La définition la plus courante du module de continuité est légèrement différente, mais pour
énoncer les résultats de cette section la définition via la formule (12.36) convient.

226
Petru Mironescu Mesure et intégration

Si f est α-hölderienne sur r0, 2πs et, de plus, f p0q “ f p2πq, alors le prolonge-
ment par périodicité de f est continu et nous avons (exercice 12.29)

ωpδq ĺ 2|f |C α δ α , 0 ă δ ĺ 2π. (12.37)

12.23 Théorème. (Théorème de Jackson) Si

lim ωpδq | ln δ| “ 0, (12.38)


δÑ0

alors Sn pf q Ñ f uniformément quand n Ñ 8. ˛

12.24 Théorème. Si
ż1
ωpδq
3{2
dδ ă 8, (12.39)
0 δ
ř
alors la série 8 n“´8 cn pf q e
ın¨
converge normalement vers f . ˛

En combinant les théorèmes 12.23 et 12.24 avec l’inégalité (12.37), nous obte-
nons le résultat important suivant.
12.25 Corollaire. Soit f : r0, 2πs Ñ C une fonction telle que f p0q “ f p2πq.
ř
a) Si f est α-hölderienne pour un α ą 0, alors nk“´n ck pf q eık¨ converge uni-
formément vers f quand n Ñ 8.
b) (Théorème de Bernstein) Si f est α-hölderienne pour un α ą 1{2 (donc, en
particulier,
ř8 si f est de classe C 1 , ou si f est lipschitzienne), alors la série
n“´8 cn pf q e
ın¨
converge normalement et sa somme est f .

Exercices

12.26 Exercice. Soit f P C k pRq une fonction 2π-périodique. Montrer que


ˇˇ pkq ˇˇ
ˇˇf ˇˇ 8
|cn pf q| ĺ L
, @ n P Z˚ .
|n|k
ř
En particulier, si f P C 2 , montrer que sa série de Fourier x ÞÑ 8
n“´8 cn pf q e
ınx converge

normalement, et que la somme de la série est f . ˛

12.27 Exercice. Soit f : R Ñ C continue et 2π-périodique. Soit ω son module de conti-


nuité,

ωpδq :“ supt|f pxq ´ f pyq| ; x, y P R, |x ´ y| ĺ δu, @ 0 ă δ ĺ 2π. (12.40)

1. Montrer que, dans (12.40), le sup est un max.


2. Montrer que ω est continue et croissante. ˛

227
Séries de Fourier 12.4 Comportement global des séries de Fourier

12.28 Exercice. Soit f : r0, 2πs Ñ C une fonction telle que ωpδq ! δ quand δ Ñ 0. Montrer
que f est constante (et réciproquement). ˛

12.29 Exercice. Soit f : r0, 2πs Ñ C une fonction α-hölderienne telle que f p0q “ f p2πq.
Nous notons encore f son prolongement par 2π-périodicité.
1. Montrer que

ωpδq ĺ 2 |f |C α δ α , @ 0 ă δ ĺ 2π. (12.41)

2. Améliorer (12.41) à

ωpδq ĺ 21´α |f |C α δ α , @ 0 ă δ ĺ 2π. ˛

12.30 Exercice. Montrer que Sn pTn pf qq “ Tn pf q. ˛

12.31 Exercice. Montrer que

||Sn pf q||L8 ĺ ||Dn ||L1 ||f ||L8 , @ f : R Ñ C mesurable, bornée, 2π-périodique.˛ (12.42)

12.32 Exercice.
1. Montrer que
π
|Dn pyq| ĺ min ppn ` 1{2q|y|, 1q, @ n ľ 0, @ 0 ă |y| ĺ π. (12.43)
|y|
On pourra utiliser les inégalités suivantes :

| sin t| ĺ min p|t|, 1q, @ t P R,


2
sin t ľ t, @ t P r0, π{2s. ˛
π
2. En déduire que

||Dn ||L1 ĺ 1 ` ln π ` lnpn ` 1{2q, @ n ľ 0. ˛ (12.44)

12.33 Exercice. Montrer que

π2
|Fn pyq| ĺ min pppn ` 1qy{2q2 , 1q, @ n ľ 0, @ 0 ă |y| ĺ π. ˛ (12.45)
pn ` 1qy 2
12.34 Exercice. Si f est localement intégrable et 2π-périodique, montrer que cn pf p¨`hqq “
eınh cn pf q, @ h P R, @ n P Z. ˛

Démonstrations

Démonstration du théorème 12.23. Étape 1. Stratégie générale de la preuve. La fonction f étant


continue, nous avons Tn pf q Ñ f uniformément (théorème 12.15 item b)). Il suffit donc
de montrer que Sn pf q ´ Tn pf q Ñ 0 uniformément. En notant que Tn pf q “ Sn pTn pf qq
(exercice 12.30), nous devons montrer que

Sn pf ´ Tn pf qq Ñ 0 uniformément quand n Ñ 8. (12.46)

228
Petru Mironescu Mesure et intégration

La preuve de (12.46) repose sur les exercices 12.31 et 12.32, qui donnent

||Sn pf ´ Tn pf qq||L8 ĺ p1 ` ln π ` lnpn ` 1{2qq||f ´ Tn pf q||L8 . (12.47)

Pour compléter la preuve du théorème, nous allons obtenir les résultats suivants :
żπ
π π ωpyq
||f ´ Tn pf q||L8 ĺ ωp2{pn ` 1qq ` dy, (12.48)
2 n ` 1 2{pn`1q y 2
żπ
ωpyq
sous l’hypothèse (12.38), nous avons lim δ | ln δ| dy “ 0, (12.49)
δÑ0 δ y2
résultats qui, combinés avec (12.47), permettent de conclure (vérifier).
Étape 2. Preuve de (12.48). En reprenant le début de la preuve du théorème 12.15, et en
utilisant les propriétés de Fn (exercices 12.20 et 12.27), la définition de ω, et la monotonie
de ω (exercice 12.27), nous obtenons successivement, pour tout x P R :
ˇż ˇ
1 ˇˇ π ˇ
|Tn f pxq ´ f pxq| “ ˇ rf px ´ yq ´ f pxqs Fn pyq dy ˇˇ
2π ´π
ż ż
1 π 1 π
ĺ ωp|y|q Fn pyq dy “ ωpyq Fn pyq dy
2π ´π π 0
ż żπ (12.50)
πpn ` 1q 2{pn`1q π ωpyq
ĺ ωpyq dy ` dy
4 0 n ` 1 2{pn`1q y 2
żπ
π2 π ωpyq
ĺ ωp2{pn ` 1qq ` dy.
2 n ` 1 2{pn`1q y 2

On obtient (12.48) en prenant, dans (12.50), le sup sur x.


Étape 3. Preuve de (12.49). La règle de l’Hospital « ?{8 », qui s’applique car ω est continue
(exercice 12.27), donne, grâce à l’hypothèse (12.38),
żπ
ωpyq ωpδq
żπ 2
dy ´ 2
ωpyq y δ
lim δ | ln δ| dy “ lim δ “ lim
δÑ0 y2 δÑ0 ´1 δÑ0 1 1
δ ` 2
δ ln δ δ ln δ δ pln δq2
2 CQFD
´ωpδq ln δ
“ lim “ 0.
δÑ0 1
1`
ln δ

Démonstration du théorème
ř8 12.24. Rappelons que notre principal but est de montrer la conver-
gence de la série n“´8 |cn pf q|.

Étape 1. Utilisation de l’égalité de Parseval et du module de continuité. Pour 0 ă h ĺ 2π, soit


fh pxq :“ f px ` hq, @ x P R. Nous avons

cn pfh q “ eınh cn pf q (12.51)

(exercice 12.34) et, clairement,

||fh ´ f ||L2 ĺ ||fh ´ f ||L8 ĺ ωphq. (12.52)

229
Séries de Fourier 12.4 Comportement global des séries de Fourier

De (12.51), (12.52) et l’égalité de Parseval (12.13), nous obtenons


8
ÿ
|eınh ´ 1|2 |cn pf q|2 ĺ ω 2 phq, @ 0 ă h ĺ 2π. (12.53)
n“´8
ř
Étape 2. Contrôle de |cn pf q| si |n| est de l’ordre de 1{h. Prenons h :“ 1{2` , avec ` P N, et les
n P Z vérifiant 2` ĺ |n| ă 2``1 . Pour de tels n et h, nous avons 1 ĺ |nh| ă 2, et donc
|eınh ´ 1|2 ľ C, (12.54)

C :“ mint|eıt ´ 1|2 ; 1 ĺ |t| ĺ 2u ą 0
(justifier le fait que C ą 0).
De (12.53), (12.54), et l’inégalité de Cauchy-Schwarz, nous obtenons
¨ ˛2
ÿ ÿ `
˝ |cn pf q|‚ ĺ |eın{2 ´ 1|2 |cn pf q|2
2` ĺ|n|ă2``1 2` ĺ|n|ă2``1
(12.55)
ÿ 1 2``1 2
ˆ ĺ ω p1{2` q, @ ` P N.
|eın{2` ´ 1|2 C2
2` ĺ|n|ă2``1

Étape 3. Comparaison série-intégrale. La monotonie de ω (exercice 12.27) et la sommation


par paquets (proposition 6.50) donnent
ż1 ÿ ż 1{2` ωpδq ÿ ż 1{2` ωp1{2``1 q
ωpδq
3{2
dδ “ dδ ľ dδ
0 δ ``1 δ 3{2 ``1 δ 3{2
`ľ0 1{2 `ľ0 1{2
(12.56)
ÿ ż 1{2` ωp1{2``1 q ÿ
´3{2 `{2 `
ľ dδ “ 2 2 ωp1{2 q.
``1 p1{2` q3{2
`ľ0 1{2 `ľ1

Étape 4. Convergence normale de la série de Fourier. En utilisant la sommation par paquets,


(12.55), (12.56), et l’hypothèse (12.39), nous obtenons
8
ÿ ÿ ÿ 21{2 ÿ `{2
|cn pf q| “|c0 pf q| ` |cn pf q| ĺ |c0 pf q| ` 2 ωp1{2` q
n“´8 `ľ0 2` ĺ|n|ă2``1
C `ľ0
ż1
21{2 4
ωpδq
ĺ|c0 pf q| ` ωp1q ` 3{2
dδ ă 8.
C C
0 δ
ř8
Étape 5. Identification de la limite. Notons Spf q :“ n“´8 cn pf q e , qui est continue,
ın¨

comme somme d’une série normalement convergente de fonctions continues. Du corol-


laire 12.7, il existe une suite nj Õ 8 telle que
nj
ÿ
lim ck pf q eıkx “ f pxq pour presque tout x P R. (12.57)
jÑ8
k“´nj

Nous avons donc Spf q “ f presque partout d’où, par continuité de Spf q et f , Spf q “ f
partout (justifier). CQFD

230
Petru Mironescu Mesure et intégration

12.5 Pour aller plus loin


Les résultats des sections précédentes, notamment la comparaison entre le
théorème de Fejér 12.15 et le théorème de Dirichlet 12.13, montrent que la « bonne »
notion de convergence des séries de Fourier est la convergence en moyenne : il est
plus approprié d’approcher f par Tn pf q plutôt que par Sn pf q. Ce phénomène est éga-
lement illustré par le phénomène de Gibbs, instabilité numérique associée à Sn pf q
(mais pas à Tn pf q) étudiée en analyse numérique. (Voir, dans Hewitt et Hewitt
[13], la présentation historique des phénomènes de ce type.)
Néanmoins, l’étude du comportement de la suite pSn pf qqn a été l’un des mo-
teurs importants du développement de l’analyse entre 1850 et 1970. Signalons,
sans preuve, quelques résultats marquants.

12.35 Théorème (Critère de Jordan). Si f : r0, 2πrÑ R est monotone (et étendue
par 2π-périodicité à R), alors

f px0 `q ` f px0 ´q
Sn pf qpx0 q Ñ quand n Ñ 8, @ x0 P R. ˛
2
.

12.36 Théorème (Théorème de du Bois-Reymond). Il existe une fonction continue


/ f p0q quand n Ñ 8.†
et 2π-périodique f telle que Sn pf qp0q Ñ ˛

12.37 Théorème (Théorème de M. Riesz). Soient 1 ă p ă 8 et f P L p “


L p ps0, 2πrq. Nous avons Sn pf q Ñ f dans L p quand n Ñ 8. ˛

12.38 Théorème (Théorème de Kolmogorov). Il existe une fonction f P L 1 “ L 1


ps0, 2πrq telle que la suite pSn pf qpx0 qq diverge, @ x0 P r0, 2πs. ˛

Enfin, une amélioration remarquable du corollaire 12.7.


12.39 Théorème (Théorème de Carleson-Hunt). Soient 1 ă p ă 8 et f P
L p “ L p ps0, 2πrq. Nous avons Sn pf q Ñ f p. p. sur r0, 2πs quand n Ñ 8.‡

Pour une description historique de ces problèmes, une bonne référence est
Edwards [6, Chapitre 10], qui contient aussi des (ébauches de) démonstrations
de ces résultats, sauf du dernier. La preuve du dernier théorème est longue et
difficile, même si elle a été beaucoup simplifiée entre 1973 et 2000 ; voir Grafakos
[9, Chapitre 11].
†. Cette propriété négative est vraie pour « la plupart » des fonctions continues, mais donner
un sens précis à « la plupart » nécessite un formalisme qui ne sera pas développé ici.
‡. Le cas p “ 2 est dû à Carleson, qui conjectura que le cas général 1 ă p ă 8 devait se faire
de manière analogue. Une preuve pour 1 ă p ă 8 fut trouvée ultérieurement par Hunt.

231
Chapitre 13

Transformée de Fourier

13.0 Aperçu
Nous étudierons dans ce chapitre, qui est un pendant « continu » du chapitre
12, les propriétés basiques de la transformée de Fourier.
Les fonctions considérées sont définies sur Rn et à valeurs complexes ; elles
sont supposées Lebesgue mesurables et/ou intégrables (par rapport à la tribu et à
la mesure de Lebesgue). Rappelons la définition de la transformée de Fourier si
f P L 1 “ L 1 pRq “ L 1 pR, Cq :
ż
fppξq “ F pf qpξq :“ e´ıxξ f pxq dx, @ ξ P R. (13.1)
R

Notons que si f “ g p. p., alors fp “ gp en tout point. Nous pouvons donc définir
fp pour une classe f P L1 pRq, le résultat étant une fonction définie de manière
unique en tout point de R. Pour cette même raison, nous allons faire les calculs
de transformée de Fourier sur des fonctions et non pas sur des classes.
La définition et les remarques précédentes s’étendent aux fonctions définies
sur Rn . Si f P L 1 pRn q, alors
ż
fppξq “ F pf qpξq :“ e´ıx¨ξ f pxq dx, @ ξ P Rn . (13.2)
Rn

řn
Ici, ¨ désigne le produit scalaire standard dans Rn : x ¨ ξ “ j“1 xj ξj .
Le début de la section 13.1 est dédié aux propriétés fondamentales de la trans-
Ź

formée de Fourier, par exemple au lien entre f 1 et fp (proposition 13.4) ou au calcul


Ź

de f ˚ g (proposition 13.1 c)).

233
Transformée de Fourier 13.1 Transformée de Fourier dans L1

Le résultat fondamental de cette section est la formule d’inversion (théorème


Ź

13.7), qui permet de calculer f en fonction de f . C’est l’analogue du théorème de


Dirichlet 12.13 qui permet de calculer f en fonction des coefficients de Fourier
cn pf q, n P Z.
La section 13.2 est dédiée à la transformée de Fourier dans L 2 . La définition
de celle-ci est problématique : une fonction de L 2 n’est pas nécessairement in-
tégrable, et dans ce cas l’intégrale de (13.1) n’est pas définie. C’est le théorème de
Plancherel 13.19 qui permet de donner un sens à la transformée de Fourier pour
une telle fonction. Celle-ci n’est pas définie comme une intégrale, mais comme
une (classe d’équivalence de) limite d’intégrales, en approchant f dans L 2 par
des fonctions de L 1 X L 2 . C’est l’un des résultats les plus subtils de ce cours.
Le champ des applications de la transformée de Fourier (et des séries des Fou-
rier) est immense, et ne peut pas être détaillé ici. À titre d’illustration, nous présen-
tons dans la section 13.3 une application potentielle de la transformée de Fourier
à la résolution d’une équation aux dérivées partielles.
Compétences minimales attendues.
a) Savoir calculer les transformées de Fourier usuelles.
b) Savoir utiliser les propriétés fondamentales de la transformée de Fourier dans
L 1.
c) Savoir utiliser le théorème d’inversion de Fourier.
d) Comprendre la définition de la transformée de Fourier dans L2 . ˛

Certaines propriétés de la transformée de Fourier s’obtiennent par des inté-


grations par parties et/ou par « récurrence » sur les dérivées partielles. Les deux
deviennent plus compliquée dans Rn avec n ľ 2 ; c’est pourquoi parfois les ar-
guments sont détaillés uniquement en dimension un. Il est instructif d’essayer
d’adapter ces arguments aux dimensions supérieures.

13.1 Transformée de Fourier dans L1


Nous travaillons dans L1 :“ L1 pRn q. Comme expliqué dans l’introduction, la
transformée de Fourier se calcule pour des fonctions f P L 1 , mais le résultat ne
dépend que de la classe rf s de f dans L1 . Ce qui explique les énoncés donnés pour
des classes, accompagnés de preuves faites pour des fonctions. Il conviendra de
vérifier, dans chaque énoncé (exemple typique : la proposition 13.3) que les hy-
pothèses faites et les conclusions sont « robustes », au sens où elle ne dépendent
pas du choix d’un représentant dans une classe de L1 .
Voici les premières propriétés fondamentales de la transformée de Fourier
dans L1 .

234
Petru Mironescu Mesure et intégration

13.1 Proposition. Soit f P L1 . Nous avons


a) fp est continue et

|fppξq| ĺ }f }L1 , @ ξ P Rn . (13.3)

b) (Lemme de Riemann-Lebesgue)

lim fppξq “ 0. (13.4)


|ξ|Ñ8

c) Si g P L1 , alors

fz
˚ g “ fpgp (13.5)

et
ż ż
fppξq gpξq dξ “ f pxq gppxq dx. ˛ (13.6)
Rn Rn

13.2 Notations.
a) α désigne un multi-indice α “ pα1 , . . . , αn q P Nn .
ř
b) La longueur de α est |α| :“ nj“1 |αj |.
c) Si x P Cn et α P Nn , xα :“ px1 qα1 ¨ ¨ ¨ pxn qαn .
d) Si f est de classe C |α| , alors B α f :“ pB1 qα1 ¨ ¨ ¨ pBn qαn f . ˛

Si f est « mieux que L1 », alors la transformée de Fourier a quelques propriétés


supplémentaires.
ż Ź

˚
13.3 Proposition. Soient f P L pRq et k P N . Si |x|k |f pxq| dx ă 8, alors f P C k
1

Ź R
et fpp`q pξq “ p´ıxq` f pξq, @ 0 ĺ ` ĺ k, @ ξ.
ż
˚
Plus généralement, soient f P L pR q et k P N . Si
1 n
|x|k |f pxq| dx ă 8, alors
Ź Ź Rn
fp P C k et B α f pξq “ p´ıxqα f pξq, @ α tel que |α| ĺ k. ˛

13.4 Proposition. Si f P C k pRn q et si B α f P L 1 , @ α tel que |α| ĺ k, alors By


α f pξq “

pıξqα fppξq, @ α tel que |α| ĺ k. ˛

Le résultat suivant est important à plusieurs titres. D’une part, il donne un


exemple concret de fonctions f telles que fp soit intégrable ; cette propriété, qui est
plus forte que la conclusion lim|ξ|Ñ8 fppξq “ 0 du lemme de Riemann-Lebesgue,
nous permet d’appliquer la formule d’inversion de Fourier (voir le théorème
13.7 et le corollaire 13.9). D’autre part, cette proposition est le résultat clé dans
la preuve du théorème de Plancherel 13.19.

235
Transformée de Fourier 13.1 Transformée de Fourier dans L1

13.5 Proposition. Si f P Ccn`1 pRn q, alors fp P C 8 pRn q et fp est intégrable. ˛

Nous arrivons enfin au résultat le plus important de cette section, la formule


d’inversion.
13.6 Notation. fqpxq :“ f p´xq. ˛

13.7 Théorème (Formule d’inversion de la transformée de Fourier). Soit f P


L 1 pRn q.
a) Supposons f continue et fp intégrable. Nous avons
ż
´n
f pxq “ p2πq eıx¨ξ fppξq dξ
Rn (13.7)
p q
p
“ p2πq´n fpp´xq “ p2πq´n fppxq, @ x P Rn .

b) Supposons fp intégrable. Nous avons


ż
´n
f pxq “p2πq eıx¨ξ fppξq dξ
Rn ˛ (13.8)
´n p q
p
“p2πq fpp´xq “ p2πq´n fppxq p. p. dans Rn .

13.8 Corollaire. La transformée de Fourier F : L1 Ñ L8 est injective. ˛

En combinant le théorème 13.7 et la proposition 13.5, nous obtenons le résultat


suivant.
13.9 Corollaire. Soit f P Ccn`1 pRn q. Nous avons
ż
´n
f pxq “ p2πq eıx¨ξ fppξq dξ, @ x P Rn . (13.9)
Rn

Exercices

L’exercice suivant sera utilisé dans la preuve de la proposition 13.3.


13.10 Exercice. Montrer que

|xα | ĺ |x||α| , @ x P Rn , @ α P Nn . ˛ (13.10)

L’exercice suivant sera utilisé dans la preuve de la proposition 13.4.


13.11 Exercice.

236
Petru Mironescu Mesure et intégration

a) Soit g : R Ñ R continue et intégrable. Montrer qu’il existe une suite Rj Ñ 8 telle que
|gpRj q| ` |gp´Rj q| Ñ 0 quand n Ñ 8.
De manière équivalente, lim inf p|gpxq| ` |gp´xq|q “ 0.
RÑ8 |x|ľR

b) Soit g :Rn Ñ R continue et intégrable, avec n ľ 2. Donner un analogue de a) faisant


intervenir des intégrales sur les sphères tx P Rn ; }x}8 “ Rj u. ˛

13.12 Exercice. Nous nous proposons ici de montrer (pour simplifier, uniquement pour
n “ 1) que, pour k ľ 2, il y a trop d’hypothèses dans la proposition 13.4.
a) Prenons d’abord k “ 2. Soit f P C 2 pRq.
(i) Exprimer f px ` 1q en fonction de f pxq, f 1 pxq et f 2 en utilisant la formule de
Taylor à l’ordre deux sous forme intégrale au point x. En déduire une formule
pour f 1 pxq.
(ii) Montrer qu’il existe une constante C ă 8 telle que }f 1 }L1 ĺ Cp}f }L1 ` }f 2 }L1 q.
(iii) En déduire que, pour n “ 1 et k “ 2, la conclusion de la proposition peut s’obte-
nir sous les hypothèses plus faibles f P C 2 , f, f 2 P L1 .
b) Soit maintenant k ľ 3. Soit f P C k pRq.
(i) Exprimer f px`1q, f px`2q, . . . , f px`k´1q en fonction de f pxq, f 1 pxq, . . . , f pk´1q pxq
et f pkq en utilisant la formule de Taylor à l’ordre k sous forme intégrale au point
x. En déduire des formules pour f 1 pxq, . . . , f pk´1q pxq.
(ii) Montrer qu’il existe une constante C ă 8 telle que }f 1 }L1 ` ¨ ¨ ¨ ` }f pk´1q }L1 ĺ
Cp}f }L1 ` }f pkq }L1 q.
(iii) En déduire que, pour n “ 1 et k ľ 2, la conclusion de la proposition peut s’obte-
nir sous les hypothèses plus faibles f P C k , f, f pkq P L 1 . ˛

L’exercice suivant aborde des propriétés basiques, utiles dans le calcul de


transformées de Fourier, et dans la preuve du théorème 13.7. Il convient de justi-
fier le fait que, dans les preuves, on peut travailler avec des fonctions (au lieu de
classes).
13.13 Exercice.
a) Soient f P L1 pRn q et ε ą 0. Rappelons que fε pxq “ ε´n f px{εq, @ x P Rn .
(i) Montrer que fε P L1 .
Ź

(ii) Montrer que fε pξq “ fppε ξq.


Ź

(iii) Montrer que |fε pξq| ĺ }f }L1 , @ ε ą 0, @ ξ P Rn .


b) Soient f P L1 pRn q et h P Rn . Rappelons que τh f pxq “ f px ´ hq, @ x P Rn .
(i) Montrer que τh f P L1 .
Ź

(ii) Montrer que τh f pξq “ e´ıh¨ξ fppξq, @ ξ P Rn .


c) Soit f P L1 pRn q.
(i) Montrer que f P L1 .
Ź
Ź

(ii) Montrer que f pξq “ f p´ξq, @ ξ P Rn .

237
Transformée de Fourier 13.1 Transformée de Fourier dans L1

d) Soit f P L1 pRn q. Rappelons que fqpxq “ f p´xq, @ x P Rn .


(i) Montrer que fq P L1 .
p q
(ii) Montrer que fqpξq “ fpp´ξq “ fppξq, @ ξ P Rn . ˛

Nous présentons ici un calcul fondamental : la transformée de Fourier des


« gaussiennes » (centrées).
13.14 Exercice.
a) Soit a ą 0. Soit g a : R Ñ R, g a pxq :“ e´a x , x P R. Nous nous proposons de calculer
2
Ź

ha :“ g a . ż
e´x dx “ π 1{2 .
2
Rappelons que
R
(i) Montrer que g a P L 1 et calculer ha p0q.
(ii) Montrer que ha P C 1 et donner la formule de pha q1 .
ξ ha pξq
(iii) En utilisant une intégration par parties, montrer que pha q1 pξq “ ´ . Indi-
´ ¯ 2a
2 1
cation : x e´x {a “ ´1{p2aq e´a x .
2

(iv) Obtenir la formule


Ź
´ π ¯1{2
e´ξ {p4aq .
2
e´a x pξq “
2

a
Sous une forme plus compacte, nous avons
Ź
´ π ¯1{2
g a pξq “ g 1{p4aq pξq.
a
b) Plus généralement, soit g a pxq “ e´a |x| , x P Rn . Montrer que
2

Ź
´ π ¯n{2
g a pξq :“ g 1{p4aq pξq, @ a ą 0, @ ξ P Rn . ˛
a
13.15 Exercice. Dans R, soit f :“ χr0,1s . Montrer que f P L 1 mais que fp R L 1 . En déduire
que la formule d’inversion (13.8) ne s’applique pas à toutes les fonctions de L 1 . ˛

Voici trois calculs classiques de transformées de Fourier.


13.16 Exercice.
a) Soit f : R Ñ R, f pxq :“ e´|x| , @ x P R. Calculer fp.
1
b) Soit g : R Ñ R, gpxq :“ , @ x P R. Calculer gp. ˛
1 ` x2
13.17 Exercice. Soit λ ą 0. Soit
ż8
e´λ t p4π tq´n{2 e´|x| {p4tq dt, @ x P Rn .
2
f pxq :“
0

a) Montrer que f P L 1 pRn q.


b) Calculer fp. ˛

238
Petru Mironescu Mesure et intégration

Démonstrations

Démonstration de la proposition 13.1.


a) Pour montrer la continuité de fp, nous appliquons le théorème 7.10 à la fonction px, ξq ÞÑ
e´ıx¨ξ f pxq, en utilisant l’identité |e´ıx¨ξ f pxq| “ |f pxq|.
Pour (13.3), notons que
ż
p
|f pξq| ĺ |e´ıx¨ξ f pxq| dx “ }f }L1 .
Rn

b) Le raisonnement se fait par densité, en partant de g P Cc8 pRn q et en utilisant (13.3)


(justifier cette démarche, en adaptant la fin de la preuve du lemme 12.9).
Soit g P Cc8 pRn q. Nous prenons sur Rn la norme } }8 . Soit R ă 8 tel que gpxq “ 0 si
}x}8 ľ R.
Soit ξ P Rn zt0u. Soit j “ jpξq tel que }ξ}8 “ |ξj | ą 0. Sans perte de généralité, nous
supposons j “ 1.
Nous écrivons un point de Rn sous la forme x “ px1 , x1 q, avec x1 P Rn´1 . Le théorème
de Fubini donne (justifier)
ż ˆż R ˙
´ıx1 ξ1 1 1
gppξq “ e gpx1 , x q dx1 e´ıx ¨ξ dx1
1
r´R,Rsn´1 ´R
ż ˆż R ˙
1 ´ıx1 ξ1 1 1 1 Ź

“ e B1 gpx1 , x q dx1 e´ıx ¨ξ dx1 “


1
B1 g pξq,
ı ξ1 r´R,Rsn´1 ´R ı ξ1
g pξq| ĺ p1{}ξ}8 q }|∇g|}L1 Ñ 0 quand |ξ| Ñ 8.
d’où |p
c) L’inégalité de Young donne f ˚ g P L1 . En utilisant le fait que
ż
|f px ´ yq| |gpyq| dxdy ă 8
Rn ˆRn

(vérifier), le théorème de Fubini et un changement affine de variables permettent de


justifier le calcul suivant (détailler)
ż ż ˆż ˙
z ´ıx¨ξ ´ıx¨ξ
f ˚ gpξq “ e f ˚ gpxq dx “ e f px ´ yq gpyq dy dx
Rn Rn Rn
ż ˆż ˙
´ıx¨ξ
“ e f px ´ yq dx gpyq dy
żR ˆżR
n n
˙
´ıpx´yq¨ξ
“ e f px ´ yq dx e´ıy¨ξ gpyq dy
żR ˆżR
n n
˙
´ız¨ξ
“ e f pzq dz e´ıy¨ξ gpyq dy “ fppξq gppξq.
Rn Rn

L’identité (13.6) est une application directe du théorème de Fubini, dont l’application
est justifiée par le fait que
ż
|f pxq| |gpξq| dxdξ ă 8
Rn ˆRn

(détailler). CQFD

239
Transformée de Fourier 13.1 Transformée de Fourier dans L1

Démonstration de la proposition 13.3. Notons que pour 1 ĺ ` ĺ k nous avons t` ĺ 1 ` tk ,


@ t ľ 0.† En combinant cette inégalité avec l’inégalité (13.10), nous obtenons que la fonc-
tion x ÞÑ xα f pxq est intégrable si |α| ĺ k. Ceci permet d’appliquer le corollaire 7.15 et
d’obtenir les formules de l’énoncé (justifier). CQFD

Démonstration de la proposition 13.4. Nous considérons uniquement le cas n “ 1, qui repose


sur l’exercice 13.11 a). La preuve pour n ľ 2 est similaire et est basée sur la partie b) de
l’exercice.

La preuve se fait par récurrence sur k ; le point essentiel est le passage de k “ 0 à


k “ 1. Soit pRj qj comme dans l’exercice 13.11 a) avec g “ f . Nous avons (justifier)
Ź
ż ż Rj
f 1 pξq “ e´ıxξ f 1 pxq dx “ lim e´ıxξ f 1 pxq dx
R jÑ8 ´R
j
˜ ż Rj ¸ ż
” ıRj
´ıxξ ´ıxξ
“ lim e f pxq ` ıξ e f pxq dx “ ıξ e´ıxξ f pxq dx,
jÑ8 ´Rj ´Rj R

qui est l’égalité désirée. CQFD

Démonstration de la proposition 13.5. Sous l’hypothèse plus faible f P Cc pRn q, nous avons
ż
|x|k |f pxq| dx ă 8, @ k P N
Rn

(vérifier), d’où fp P C 8 (proposition 13.3).

Si |α| ĺ n ` 1, alors B α f P L1 (vérifier). La proposition 13.4 et l’inégalité (13.3) im-


pliquent

|ξ α | |fppξq| ĺ Cα , @ |α| ĺ n ` 1, @ ξ P Rn .

En prenant α :“ p0, 0, . . . , 0q, α :“ pn ` 1, 0, . . . , 0q, α :“ p0, n ` 1, 0, . . . , 0q, . . . , α :“


p0, 0, . . . , n ` 1q et en sommant les inégalités obtenues, nous obtenons
˜ ¸
ÿ
p1 ` }ξ}n`1 q |fppξq| ĺ 1 ` |ξj |n`1 |fppξq| ĺ C ă 8, @ ξ P Rn ,
8
j

d’où, pour C 1 ă 8 convenable,

C C1
|fppξq| ĺ ĺ , @ ξ P Rn .
n`1
1 ` }ξ}8 1 ` |ξ|n`1

(justifier).
Par comparaison avec les intégrales de référence, fp P L 1 . CQFD

†. Montrer cette inégalité en examinant les cas 0 ĺ t ĺ 1 et t ą 1.

240
Petru Mironescu Mesure et intégration

Démonstration du théorème 13.7.


Étape 1. Preuve de (13.7) pour x “ 0 si, de plus, f est bornée. L’identité (13.6) avec g :“
p2πq´n g a , où g a pxq :“ e´a|x| , a ą 0, x P Rn , donne (grâce à l’exercice 13.14)
2

ż ż
´n ´a |ξ|2
f pxq e´|x| {p4aq dx .
2
p2πq p
f pξq e dξ “ p1{p4π aqq n{2
(13.11)
loooooooooooooooomoooooooooooooooon
Rn loooooooooooooooooooooomoooooooooooooooooooooon
Rn
:“Ia :“Ja

La domination

|fppξq e´a |ξ| | ĺ |fppξq|, @ a ľ 0, @ ξ P Rn ,


2

l’hypothèse fp P L 1 et le théorème 7.10 donnent (justifier)


ż
´n
lim Ia “ p2πq fppξq dξ. (13.12)
aŒ0 Rn

ż
n{2 ´|x|2 {4
Pour étudier Ja , posons ψpxq :“ p1{p4πqq e , de sorte que ψ P et ψ“1
L1
ż Rn
(vérifier). Nous avons Ja “ f pxq ψa1{2 pxq dx. Le changement de variables x “ Φpyq :“
Rn
a1{2 y donne (vérifier)
ż ż
1{2
Ja “ f pa yq ψpyq dy Ñ f p0q ψpyq dy “ f p0q quand a Œ 0. (13.13)
Rn Rn

Le passage à la limite dans (13.13) se fait en utilisant le théorème 7.10 et repose sur la
continuité de f et sur la domination

|f pa1{2 yq ψpyq| ĺ psup |f |q |ψpyq|, @ a ľ 0, @ y P Rn

(vérifier).
Nous concluons la première étape grâce à (13.11)–(13.13).

Étape 2. Preuve de (13.7) si, de plus, f est bornée. Soit k :“ τ´x f , ‡ dont la transformée de
Fourier est ξ ÞÑ eıx¨ξ fppξq (exercice 13.13 b)). La fonction k vérifie les hypothèses assumées
à l’étape 1 (vérifier), d’où
ż ż
p2πq´n eıx¨ξ fppξq dξ “ p2πq´n p
kpξq dξ “ kp0q “ f pxq,
Rn Rn

ce qui équivaut à (13.7) pour un x quelconque.

Étape 3. Preuve de (13.8). Soit ρ un noyau régularisant. Soit f ε :“ f ˚ ρε . Nous avons


f ε P C 8 (proposition 11.7), f ε est intégrable (ceci découle de l’inégalité de Young avec
p “ 1 et q “ 1) et bornée (conséquence de l’inégalité de Young avec p “ 1 et q “ 8,

†. Pour la notation ψa1{2 , voir la formule (11.9).


‡. Voir la notation 11.22.

241
Transformée de Fourier 13.2 Transformée de Fourier dans L2

en utilisant le fait que ρε P L 8 ). Par ailleurs, nous avons f ε “ fp ρε (proposition 13.1).


Ź

Comme |ρε pξq| ĺ 1 (exercice 13.13), nous obtenons que f ε P L 1 . Grâce à la deuxième
Ź

étape, il s’ensuit que


ż Ź

˚ ρε pxq “ p2πq´n
flooomooon eıx¨ξ f ˚ ρε pξq dξ
Rn
“f ε pxq
ż (13.14)
“ p2πq´n eıx¨ξ fppξq ρε pξq dξ , @ ε ą 0, @ x P Rn .
Ź

loooooooooooooooooomoooooooooooooooooon
R n

:“Lε pxq

Nous allons maintenant ż faire ε Ñ 0 dans (13.14). Grâce à l’exercice 13.13 a) (appliqué à
ρ), au fait que ρpp0q “ ρ “ 1 et à l’hypothèse fp P L 1 , nous obtenons
ż
lim Lε pxq “ p2πq´n eıx¨ξ fppξq dξ, @ x P Rn . (13.15)
εÑ0 Rn

Par ailleurs, nous avons f ε Ñ f dans L 1 quand ε Ñ 0 (théorème 11.9). Il s’ensuit


qu’il existe une suite εj Ñ 0 et un ensemble négligeable A Ă Rn avec f εj pxq Ñ f pxq
quand j Ñ 8, @ x P Rn zA (corollaire 10.29). En combinant ce fait avec (13.14) et (13.15),
nous obtenons (13.8).
Étape 4. Preuve de (13.7). De (13.8), l’égalité (13.7) est vraie p. p. Le membre de droite de
(13.7) est continu (car la transformée de Fourier de fp l’est, grâce à la proposition 13.1).
Nous avons donc l’égalité p. p. de deux fonctions continues sur Rn , ce qui revient à une
égalité partout (exercice 4.39 b)) et implique (13.7). CQFD

Démonstration du corollaire 13.8. Si f P L 1 pRn q et fp “ 0, alors f “ 0 νn -p. p. (théorème 13.7


b)) et donc la classe de f est nulle. CQFD

13.2 Transformée de Fourier dans L2


Dans cette section, nous allons donner un sens naturel à fp si f P L2 (théorème de
Plancherel 13.19). La clé est l’identité (13.16), qui repose sur la formule d’inversion
de Fourier (théorème 13.7, et plus spécifiquement le corollaire 13.9).
13.18 Proposition. Soient f P L1 pRn q et g P Ccn`1 pRn q. Nous avons
ż ż
p
f pξq gppξq dξ “ p2πq n
f pxq gpxq dx. ˛ (13.16)
Rn Rn

13.19 Théorème (Théorème de Plancherel).


a) Soit f P L1 X L2 “ L1 pRn q X L2 pRn q. Alors fp P L2 et }fp}L2 “ p2πqn{2 }f }L2 .
b) L’application L1 X L2 Q f ÞÑ F pf q “ fp P L2 admet une et une seule

242
Petru Mironescu Mesure et intégration

extension continue de L2 vers L2 .


Par abus de notation, cette extension est encore notée F , et nous posons
fp :“ F pf q, @ f P L2 .
c) F : L2 Ñ L2 a les propriétés suivantes :
ż ż
(i) p
f pξq gppξq dξ “ p2πq n
f pxq gpxq dx, @ f, g P L2 .
Rn Rn

(ii) }fp}L2 “ p2πqn{2 }f }L2 , @ f P L2 .


(iii) F , F ´1 sont linéaires, continus et bijectifs .
q
p
(iv) f “ p2πq´n fp, @ f P L2 .

13.20 Remarque.
1 †
a) Si f P L2 , nous
ż n’avons pas nécessairement f P L . Si f P L zL , la for-
2 1

mule fppξq “ e´ıx¨ξ f pxq dx n’a pas de sens et ne définit pas fp.
Rn
b) Néanmoins, le théorème 13.19 permet de donner une définition naturelle de
fp pour f P L2 , de la manière suivante.
(i) Nous prenons une suite pfj qj telle que fj P L1 X L2 , @ j et fj Ñ f dans
L2 quand j Ñ 8.‡ Alors la suite pfpj qj converge dans L 2 . Si sa limite
est g, alors la classe de g ne dépend pas du choix de la suite, et par
définition nous posons fp :“ rgs. (Avec un abus de notation, fp “ g.)
Ź

(ii) Le long d’une sous-suite pfpjk qk , nous avons fjk Ñ g p. p., et donc
Ź

fppξq “ limkÑ8 fj pξq p. p.


k

(iii) Considérons le choix particulier fj “ f χBp0,jq , j P N˚ . Alors fj P


L1 X L2 et fj Ñ f dans L2 quand j Ñ 8 (vérifier). Il s’ensuit que,
pour tout f P L2 , il existe une suite d’entiers jk Ñ 8 (en principe
dépendante de f ) telle que
ż
p
f pξq “ lim e´ıx¨ξ f pxq dx, pour presque tout ξ P Rn . ˛
kÑ8 Bp0,j q
k

Exercices

13.21 Exercice. Calculer les transformées de Fourier des fonctions suivantes.


a) f : R Ñ R, f pxq :“ psgn xq e´|x| , @ x P R.
†. Prendre par exemple n “ 1 et f pxq “ 1{p1 ` |x|q, @ x P R.
‡. Par exemple, nous pouvons considérer une suite pfj qj Ă Cc8 pRn q telle que fj Ñ f dans L2
quand j Ñ 8 (voir le théorème 11.11). Alors nous avons également fj P L1 , @ j (pourquoi ?).

243
Transformée de Fourier 13.2 Transformée de Fourier dans L2

1
b) g : R Ñ C, gpxq :“ , @ x P R. ˛
x`ı

Démonstrations

Démonstration de la proposition 13.18. Notons que f, gp P L1 et fp, g P L8 (justifier). Grâce à


l’inégalité de Hölder (cas p “ 1, q “ 8), nous obtenons f g, fpgp P L1 . Il s’ensuit que les
deux membres de (13.16) sont donnés par des intégrales convergentes.
En utilisant la formule (13.7) et le corollaire 13.9, nous obtenons (justifier l’utilisation
du théorème de Fubini)
ż ż ˆż ˙
n
p2πq f pxq gpxq dx “ f pxq e gppξq dξ dx
ıx¨ξ
Rn
żR ˆżR
n n
˙
´ıx¨ξ
“ f pxq e gppξq dξ dx
Rn Rn
ż ˆż ˙
´ıx¨ξ
“ e f pxq dx gppξq dξ
żR Rn
n

“ fppξq gppξq dξ,


Rn

d’où la conclusion. CQFD

Démonstration du théorème 13.19.


a) La formule (13.16) s’applique en particulier si f P Ccn`1 :“ Ccn`1 pRn q. En prenant
g “ f , nous obtenons

}fp}L2 “ p2πqn{2 }f }L2 , @ f P Ccn`1 . (13.17)

Soit f P L1 X L2 . Alors il existe une suite pgj qj Ă Cc8 pRn q telle que gj Ñ f dans L1 et
dans L2 quand j Ñ 8 (exercice 11.17). De (13.17), nous avons

}gj ´ gk }L2 “ p2πqn{2 }gj ´ gk }L2 Ñ 0 quand j, k Ñ 8,


Ź Ź

ce qui montre que la suite pgj qj est de Cauchy dans L2 . Nous obtenons l’existence
Ź

d’une fonction (ou plutôt classe) h P L2 telle que gj Ñ h dans L2 (théorème 10.28).
Ź

Quitte à passer à une sous-suite, nous pouvons également supposer que gj Ñ h p. p.


Ź

(corollaire 10.29). Ź

Par ailleurs, nous avons gj Ñ f dans L1 , ce qui entraîne gj Ñ f uniformément (inéga-


Ź

lité (13.3)).
La limite p. p. d’une suite étant unique p. p. (justifier), nous en déduisons que fp “ h
p. p., d’où en particulier fp P L2 et gj Ñ fp dans L2 .
Ź

En appliquant (13.17) à gj et en passant à la limite sur j, nous obtenons la validité de


(13.17) pour tout f P L1 X L2 (vérifier).
b) Rappelons le résultat suivant de topologie. Soient X, Y des espaces de Banach, et Z
un sous-espace vectoriel de X. Soit T : Z Ñ Y une application linéaire et continue. Si

244
Petru Mironescu Mesure et intégration

Z est dense dans X, alors T admet une et une seule extension continue Tr : X Ñ Y .
De plus, Tr est linéaire.
Appliquons ceci à X “ Y :“ L2 , Z :“ L1 X L2 et T :“ F . Z contient Cc8 pRn q, donc
Z est dense dans X (justifier). D’après le point a), T est continu, de norme p2πqn{2 . La
conclusion de b) découle de ce qui précède (justifier).
c) (i) L’égalité est vraie si f, g P Cc8 pRn q (proposition 13.18). Soient f, g P L2 et des
suites pfj qj , pgj qj Ă Cc8 pRn q telles que fj Ñ f et gj Ñ g dans L2 quand j Ñ 8.
Nous avons
ż Ź
ż
n
(13.18)
Ź

fj pξq gj pξq dξ “ p2πq fj pxq gj pxq dx, @ j.


Rn Rn

Si ă, ą est le produit scalaire complexe dans L2 , alors (13.18) équivaut à


Ź

ă fj , gj ą“ p2πqn ă fj , gj ą, @ j. (13.19)
Ź

Pour obtenir c) (i), nous passons à la limite j Ñ 8 dans (13.19). Nous avons par
exemple
ˇ ˇ
ˇ Ź
Ź
Ź
Ź
ˇ
ˇă fj , gj ą ´ ă f , g ąˇ
ˇ ˇ
ˇ Ź Ź Ź

ˇ
“ ˇă fj , gj ´ g ą ` ă f ´ f , gp ąˇ
ˇ ˇ ˇ ˇ
ˇ Ź Ź
ˇ ˇ Ź

ˇ
ĺ ˇă fj , gj ´ g ąˇ ` ˇă fj ´ f , gp ąˇ
› › › › › ›
› ›Ź Ź
› Ź


ĺ ›fj › 2 ›gj ´ g ›L2 ` ›fj ´ f › 2 }g }L2
Ź

L L
n
“p2πq }fj }L2 }gj ´ g}L2
` p2πqn }fj ´ f }L2 }g}L2 Ñ 0 quand j Ñ 8.

Le passage à la limite dans le membre de droite de (13.19) se justifie de manière


similaire. Nous obtenons la validité de (i) pour tout f, g P L2 .
(ii) Il suffit de prendre g “ f dans (i).
(iii) Montrons d’abord que l’image de F est fermée dans L2 . † En effet, soit phj qj Ă
F pL2 q une suite qui converge vers un h P L2 . Soit fj P L2 tel que fpj “ hj . De (ii),
nous avons

}fj ´ fk }L2 “ p2πq´n{2 }hj ´ hk }L2 Ñ 0 quand j, k Ñ 8.

Nous obtenons que pfj qj est une suite de Cauchy dans L2 et donc il existe f P L2
tel que fj Ñ f dans L2 quand j Ñ 8 (théorème 10.28). Il s’ensuit que hj Ñ fp
dans L2 quand j Ñ 8 (justifier), d’où fp “ h et donc h P F pL2 q.

†. Nous donnons une preuve directe de ce fait, mais nous aurions pu invoquer le résultat plus
général suivant. Soit T : X Ñ Y linéaire et continu, avec X espace de Banach et Y espace normé.
S’il existe une constante C ą 0 telle que (*) }T x}Y ľ C }x}X , @ x P X, alors l’image de T est
fermée. Dans notre cas, X “ Y :“ L2 , T :“ F , et nous avons }F pf q}L2 “ p2πqn{2 }f }L2 , @ f P L2 ,
ce qui montre à la fois que F est continu et que (*) est vérifiée.

245
Transformée de Fourier 13.3 Pour aller plus loin

Par ailleurs, l’image de F contient Cc8 pRn q. En effet, si g P Cc8 pRn q, alors nous
avons d’une part (justifier)

q “ F pp2πq´n F pq
g “ gq g qq.

D’autre part, nous avons F gq P L1 X L8 ; ceci découle des propositions 13.1 a)


et 13.5. Il s’ensuit que F gq P L2 (utiliser l’exercice 10.24). Donc, comme affirmé,
nous avons g P F pL2 q, @ g P Cc8 pRn q.
De ce qui précède, F pL2 q est fermé dans L2 et contient Cc8 pRn q, qui est dense
dans L2 (théorème 11.11). Il s’ensuit que F pL2 q “ L2 , d’où F est surjectif.
La propriété c) (ii) montre que F est injectif. Donc F est bijectif.
F étant bijectif, la propriété c) (ii) donne }F ´1 pf q}L2 “ p2πq´n{2 }f }L2 (vérifier).
En particulier, F ´1 est continu. †
(iv) se démontre de la manière suivante. La formule est vraie si f P Cc8 pRn q. De
ce qui précède, chacun des membres de l’égalité est continu pour la topologie
de L2 . Par densité de Cc8 pRn q dans L2 , la formule reste vraie pour tout f P L2
(justifier). CQFD

13.3 Pour aller plus loin


La transformée de Fourier a d’innombrables applications, par exemple en
théorie du signal, traitement d’images et équations aux dérivées partielles. Pour
expliquer le rôle joué par la transformée de Fourier dans l’étude des équations au
dérivées partielles, partons d’un calcul formel, qui montre que la résolution d’une
équation différentielle fait apparaître un produit de convolution et nécessite de
pouvoir calculer une transformée de Fourier inverse.
Considérons l’équation

u ´ ∆u “ f dans Rn , (13.20)
B2u B2u B2u
où ∆ est le laplacien, ∆u :“ ` ` ¨ ¨ ¨ ` .
Bpx1 q2 Bpx2 q2 Bpxn q2
Si nous avons le droit de prendre la transformée de Fourier dans (13.20) et si
la proposition 13.4 s’applique, alors (13.20) devient

ppξq “ fppξq, @ ξ P Rn ,
p1 ` |ξ|2 q u (13.21)

ce qui donne
1
ppξq “
u fppξq, @ ξ P Rn . (13.22)
1 ` |ξ|2
†. À nouveau, nous aurions pu invoquer un résultat plus général : si T : X Ñ Y est linéaire,
continu et bijectif, avec X, Y espaces de Banach, alors T ´1 est continu.

246
Petru Mironescu Mesure et intégration

Admettons qu’il existe une fonction K telle que

p 1
Kpξq “ , @ ξ P Rn .‡ (13.23)
1 ` |ξ|2

Alors (13.21) et (13.22) donnent


p
ppξq “ Kpξq
u fppξq, @ ξ P Rn . (13.24)

En comparant (13.21) à (13.6) et en supposant que l’on puisse identifier une


fonction à partir de sa transformée de Fourier,† nous obtenons, du moins formel-
lement, l’égalité

u “ K ˚ f. (13.25)

Nous voyons sur cet exemple le besoin de pouvoir définir la transformée de


Fourier directe ou inverse dans un cadre, le plus large possible, qui préserve les
propriétés de la transformée de Fourier obtenues dans la section 13.1. Le cadre
naturel pour de tels résultats est celui des distributions tempérées introduites par
Schwartz. Pour une introduction rapide et efficace à cette théorie et à quelques
applications aux équations aux dérivées partielles, voir par exemple Hörmander
[14, Chapitre VII].

‡. K existe bien ! Utiliser l’exercice 13.17 pour le montrer.


†. Ceci est le cas si le corollaire 13.8 ou le théorème de Plancherel s’appliquent.

247
Chapitre 14

Introduction aux espaces de Hilbert

14.0 Aperçu
Dans ce mini-chapitre, marginal par rapport au sujet principal du cours, nous
présentons quelques propriétés basiques des espaces de Hilbert, c’est-à-dire des es-
paces de Banach H dont la norme || || est induite par un produit scalaire ă , ą.
Pour simplifier la lecture, nous considérons systématiquement un espace de Hil-
bert réel ; le passage aux espaces complexes n’apporte pas de difficulté supplé-
mentaire.
En dimension finie, les objets fondamentaux qui permettent de mener des
calculs explicites (projection orthogonale sur un sous-espace, calcul de l’adjoint,
diagonalisation des opérateurs auto-adjoints, ...) sont les bases orthonormées. Le
passage aux espaces de dimension (algébrique) infinie pose de nombreux pro-
blèmes : par exemple, un opérateur auto-adjoint n’est plus nécessairement dia-
gonalisable. Nous établissons ici trois résultats fondamentaux qui ne nous dé-
paysent pas trop et sont des pendants « infinis » de résultats rencontrés en di-
mension finie :
1. L’existence de la projection orthogonale sur un sous-espace vectoriel fermé de
H (ou, plus généralement, sur une partie convexe fermée non-vide de H) ;
2. L’existence d’une base hilbertienne (l’analogue d’une base orthonormée en
dimension infinie) dans les espaces séparables ;
3. La caractérisation des formes linéaires et continues sur H (théorème de Riesz
14.19).
Compétences minimales attendues.
a) Savoir utiliser l’inégalité de Bessel et l’égalité de Parseval.
b) Savoir étudier et manipuler des séries orthogonales.
c) Savoir utiliser les propriétés de l’orthogonal.
d) Savoir utiliser le théorème de Riesz 14.19. ˛

249
Introduction aux espaces de Hilbert 14.1 Projection sur un convexe fermé

14.1 Projection sur un convexe fermé


.
14.1 Proposition. Soit C une partie convexe, fermée et non-vide de H. Pour
tout x P H, il existe un et un seul y P C tel que

||x ´ y|| ĺ ||x ´ z||, @ z P C. (14.1)

14.2 Définition. Le point y ci-dessus est la projection orthogonale de x sur C, et


on note y “ pC pxq.

La résultat suivant donne une caractérisation utile de la projection orthogo-


nale.
14.3 Proposition. Avec x, C comme ci-dessus, nous avons

y “ pC pxq ðñ ry P C et ă x ´ y, z ´ y ąĺ 0, @ z P Cs. (14.2)

Dans le cas particulier d’un sous-espace vectoriel fermé F de H, nous


avons

y “ pF pxq ðñ ry P F et ă x ´ y, w ą“ 0, @ w P F s. (14.3)

14.4 Définition. Soit F une partie non-vide de H. L’orthogonal de F est

F K :“ ty P H ; ă x, y ą“ 0, @ x P F u. (14.4)

On vérifie aisément que F K est un sous-espace vectoriel fermé de H (exercice 14.9


a)).
14.5 Théorème. Soit F un sous-espace fermé de H. Alors F ‘ F K “ H.
` ˘K
14.6 Corollaire. a) Si F est un sous-espace fermé de H, F K “ F .
` ˘K
b) Si A est une partie non-vide de H, AK “ Vect pAq. ˛

14.7 Corollaire. Soit F un sous-espace fermé non-nul de H. Alors pF est un pro-


jecteur linéaire continu de norme 1. ˛

Exercices

Cet exercice prépare la preuve de la proposition 14.3.

250
Petru Mironescu Mesure et intégration

14.8 Exercice. Soit f : r0, 1s Ñ R une fonction convexe dérivable. Montrer l’équivalence
des propriétés suivantes :
1. 0 est un point de minimum de f .
2. f 1 p0q ľ 0. ˛

Cet exercice prépare la preuve du corollaire 14.6.


14.9 Exercice. Soit F une partie non-vide de H. Montrer que :
a) F K est un sous-espace vectoriel fermé de H.
K
b) Vect pF q “ F K . ˛

Démonstrations

Démonstration de la proposition 14.1. Étape 1. Existence de la projection. Soit

d :“ dpx, Cq “ inft||x ´ z|| ; z P Cu.

Soit pyj q Ă C telle que ||x ´ yj || Ñ d. L’identité du parallélogramme donne (vérifier)


1 1
||pyj ´ yk q{2||2 “ ||x ´ yj ||2 ` ||x ´ yk ||2 ´ ||x ´ pyj ` yk q{2||2 , @ j, k. (14.5)
2 2
C étant convexe, nous avons pyj ` yk q{2 P C, @ j, k, d’où, en utilisant (14.5) et la définition
de d,
1 1
||pyj ´ yk q{2||2 ĺ ||x ´ yj ||2 ` ||x ´ yk ||2 ´ d Ñ 0 quand j, k Ñ 8. (14.6)
2 2

De (14.6), nous avons limj,kÑ8 pyj ´ yk q “ 0, et donc pyj q est une suite de Cauchy de
C. H étant complet et C fermé, pyj q converge vers un y P C. Par ailleurs,

||x ´ y|| “ lim ||x ´ yj || “ d ĺ ||x ´ z||, @ z P C,


j

et donc y a la propriété de l’énoncé.

Étape 2. Unicité de la projection. En admettant provisoirement la proposition 14.3, si y1 , y2


sont comme dans l’énoncé, nous avons

ă x ´ y1 , y2 ´ y1 ąĺ 0,
ă x ´ y2 , y1 ´ y2 ąĺ 0.

En additionnant les deux inégalités, nous obtenons ||y2 ´ y1 ||2 ĺ 0, d’où y1 “ y2 . CQFD

Démonstration de la proposition 14.3. « ùñ » Soit z P C. Pour t P r0, 1s, nous avons p1 ´ tqy `
tz P C (par convexité de C) et donc (par définition de la projection)

f ptq :“ ||x ´ p1 ´ tqy ´ tz||2 ľ ||x ´ y||2 “ f p0q, @ t P r0, 1s. (14.7)

251
Introduction aux espaces de Hilbert 14.2 Bases hilbertiennes

f étant convexe et dérivable (justifier), (14.7) équivaut à f 1 p0q ľ 0 (voir l’exercice 14.8).
Or, f 1 p0q “ 2 ă x ´ y, y ´ z ą, d’où la conclusion.
« ðù » Avec les notations ci-dessus, nous avons f 1 p0q ľ 0, et donc f p1q ľ f p0q, ce qui
revient à ||x ´ z|| ľ ||x ´ y||, @ z P C.
Le cas particulier d’un sous-espace. « ùñ » Soit w P F . En prenant, dans (14.2), z :“ y ` w P
F , respectivement z :“ y ´ w P F , nous obtenons ă x ´ y, w ąĺ 0, respectivement
ă x ´ y, ´w ąĺ 0, d’où ă x ´ y, w ą“ 0.
« ðù » Soit z P F . Alors ă x ´ y, z ´ y ą“ 0, car z ´ y P F . CQFD

Démonstration du théorème 14.5. F K est un sous-espace vectoriel de H (exercice 14.9 a)). Par
ailleurs, si x P F X F K , alors ă x, x ą“ 0, et donc x “ 0. Enfin, soient x P H et y :“ pF pxq.
La proposition 14.3 donne x ´ y P F K , et donc x “ y ` px ´ yq P F ` F K . CQFD

Démonstration du corollaire 14.6. a) F K est un sous-espace fermé de H (exercice 14.9 a)), d’où,
` ˘K
en appliquant deux fois le théorème 14.5, F ‘ F K “ H et F K ‘ F K “ H. Par ailleurs,
` ˘K ` ˘K
nous avons clairement F Ă F K , d’où l’égalité F “ F K .
K
b) L’exercice 14.9 b) donne AK “ Vect pAq . Comme l’adhérence d’un sous-espace est
encore un sous-espace (justifier), la partie a) du corollaire donne
` K ˘K ´ ¯
K K
A “ Vect pAq “ Vect pAq. CQFD

Démonstration du corollaire 14.7. Soient x1 , x2 P H, λ P R. Si x :“ x1 ` λx2 et y :“ pF px1 q `


λpF px2 q, alors x et y satisfont (14.3), et donc y “ pF pxq. Il s’ensuit que pF est linéaire.
Pour tout ensemble convexe, fermé et non-vide C, nous avons pC pxq “ x, @ x P C,
d’où pC ˝ pC “ pC . Dans le cas particulier d’un sous-espace fermé F , nous obtenons que
pF est un projecteur (linéaire).
La décomposition orthogonale x “ pF pxq ` px ´ pF pxqq et le théorème de Pythagore
donnent
||pF pxq||2 “ ||x||2 ´ ||x ´ pF pxq||2 ĺ ||x||2 ,
et donc pF est continu, de norme ĺ 1.
F étant non-nul, il existe x P F zt0u. Pour cet x, nous avons
||pF pxq|| “ ||x|| ĺ ||pF ||||x||,
d’où ||pF || ľ 1, et finalement ||pF || “ 1. CQFD

14.2 Bases hilbertiennes


Dans un espace de Hilbert de dimension algébrique infinie, la notion « natu-
relle » de base orthonormée serait la suivante :

252
Petru Mironescu Mesure et intégration

a) pej qjPJ (avec J famille infinie) est une base algébrique de ř


H, c’est-à-dire
tout x P H s’écrit de manière unique sous la forme x “ jPJ λj ej , avec
un nombre fini de scalaires λj non-nuls (pour donner un sens à la somme).
b) La famille pej qjPJ est orthonormée, c’est-à-dire, pour j, k P J, ă ej , ek ą“ 0
si j ‰ k, respectivement ă ej , ej ą“ 1.
Il se trouve qu’aucun espace de Hilbert de dimension infinie ne possède une base
orthonormée au sens de la définition naïve ci-dessus (voir l’exercice 14.17). La
bonne définition d’une base garde l’exigence b), mais remplace, dans la repré-
sentation a), la somme finie par une somme infinie. Afin de simplifier la com-
préhension, nous considérons le cas « le moins infini possible », celui des espaces
séparables, mais il faut garder à l’esprit que cette restriction n’est pas fondamen-
tale pour l’existence d’une base hilbertienne (en général, non-dénombrable).
14.10 Théorème. On suppose H séparable et de dimension infinie. Alors il existe
une famille orthonormée pen qnľ1 telle que
ÿ
x“ ă x, en ą en , @ x P H. (14.8)
nľ1

14.11 Définition. Une suite pen qnľ1 comme dans le théorème 14.2 est une base
hilbertienne de H.

14.12 Corollaire. Si pen qnľ1 est une base hilbertienne de H, nous avons
ÿ
||x||2 “ ă x, en ą2 , @ x P H (égalité de Parseval). (14.9)
nľ1

En lien avec le corollaire 14.12, voir les exercices 14.14 et 14.15.


Le résultat suivant donne une définition alternative d’une base hilbertienne.

14.13 Proposition. Une suite pen qnľ1 est une base hilbertienne de H si et seule-
ment si :
(i) La suite est orthonormée.
(ii) L’espace vectoriel engendré par la suite est dense dans H.
De manière équivalente, pen qnľ1 est une base hilbertienne de H si et seulement
si nous avons (i) et
(ii’) Si ă x, en ą“ 0, @ n, alors x “ 0. ˛

253
Introduction aux espaces de Hilbert 14.2 Bases hilbertiennes

Exercices

14.14 Exercice. Soit pej qjľ1 une famille orthonormée. Soit paj qjľ1 Ă R. Montrer l’équiva-
lence
ÿ ÿ
aj ej converge ðñ a2j ă 8.
jľ1 jľ1

ˇˇř ˇˇ2 ř
ˇˇ ˇˇ
En cas de convergence de la série, montrer que ˇˇ jľ1 aj ej ˇˇ “ jľ1 a2j . ˛

14.15 Exercice. (Voir la section 12.1) Soit pej q1ĺjăN Ă H (avec N “ 2, 3, . . . , 8) une suite
orthonormée d’une espace pré-hilbertien H. Montrer que
ÿ
ă x, ej ą2 ĺ ||x||2 , @ x P H (inégalité de Bessel). ˛
1ĺjăN

14.16 Exercice. Avec les notations du chapitre 12, montrer que px ÞÑ eınx qnPZ est une base
hilbertienne de L2 ps0, 2πrq. ˛

14.17 Exercice. Soit H un espace préhilbertien ayant une base algébrique orthonormée
infinie B. Montrer que H n’est pas complet. ř
Indication : soit pen qnľ1 Ă B une suite orthonormée. Soit xn :“ nj“1 p1{j 2 qej , @ n ľ 1.
Montrer que la suite pxn qnľ1 est de Cauchy, mais ne converge pas. ˛

Cet exercice éclaire l’énoncé de la proposition 14.13.

14.18 Exercice. Soit F un sous-espace vectoriel de H. Montrer l’équivalence des proprié-


tés suivantes :
1. F est dense dans H.
2. F K “ t0u. ˛

Démonstrations

Démonstration du théorème 14.10. Soit A “ ta1 , a2 , . . . , ak , . . .u une partie dénombrable et dense


de H. Soit Ek :“ Vect pta1 , . . . , ak uq, @ k ľ 1. Nous avons E1 Ă E2 Ă . . . et dim Ek`1 ´
dim Ek ĺ 1, @ k ľ 1.

Étape 1. La suite pEk qkľ1 n’est pas stationnaire. En effet, sinon il existe k tel que E` “ Ek ,
@ ` ľ k, et dans ce cas tous les points de A appartiennent à Ek . Il ensuit que (justifier)
H “ A Ă Ek “ Ek , impossible, car H est de dimension infinie.

Étape 2. Construction par récurrence des vecteurs en , n ľ 1. Si Ek est le premier espace


non-nul, alors dim Ek “ 1 et nous choisissons un vecteur normé e1 P Ek . En suppo-
sant construits e1 , . . . , en qui forment une base orthonormée de E` , nous considérons
le premier j ą ` tel que Ej ‰ E` (un tel j existe, cf la première étape). Nous avons
dim Ej ´ dim E` “ 1. Nous pouvons donc compléter te1 , . . . , en u à une base orthonormée

254
Petru Mironescu Mesure et intégration

te1 , . . . , en , en`1 u de Ej . Notons que, grâce à l’étape 1 et par construction, pen qnľ1 est une
suite (infinie) orthonormée.
Étape 3. Preuve de (14.8). Soient x P H et ε ą 0. Soit ak P A tel que
||x ´ ak || ă ε{2. (14.10)
Si n ľ k, nous avons ak P Vect pte1 , . . . , en uq (justifier), et donc
ÿ
ak “ ă ak , ej ą, @ n ľ k. (14.11)
1ĺjĺn

En combinant (14.11) avec l’inégalité de Bessel (exercice 14.15) et (14.10), nous obtenons,
pour tout n ľ k,
ˇˇ ˇˇ ˇˇ ˇˇ
ˇˇ ÿ ˇˇ ˇˇ ÿ ˇˇ
ˇˇ ˇˇ ˇˇ ˇˇ
ˇˇ ă x, ej ą ´xˇˇ 塡 ă x, ej ą ´ak ˇˇ ` ||x ´ ak ||
ˇˇ1ĺjĺn ˇˇ ˇˇ1ĺjĺn ˇˇ
ˇˇ ˇˇ
ˇˇ ÿ ˇˇ
ˇˇ ˇˇ
“ˇˇ ă x ´ ak , ej ąˇˇ ` ||x ´ ak ||
ˇˇ1ĺjĺn ˇˇ
ăε{2 ` ε{2 “ ε,
d’où (14.8). CQFD

Preuve du corollaire 14.12. La continuité de la norme, (14.8) et le théorème de Pythagore donnent


ˇˇ ˇˇ2
ˇˇ ÿ ˇˇ ÿ ÿ
ˇˇ ˇˇ
||x||2 “ lim ˇˇ ă x, ej ą ej ˇˇ “ lim ă x, ej ą2 “ ă x, en ą2 . CQFD
n ˇˇ ˇˇ n
1ĺjĺn 1ĺjĺn nľ1

Preuve de la proposition 14.13. Soit pen qnľ1 Ă H une suite orthonormée. Soit
G :“ Vect pten ; n ľ 1uq.
ř
« (14.8) ùñ (ii) » Si x P H, alors yn :“ 1ĺjĺn ă x, ej ą ej P G, @ n ľ 1, et yn Ñ x, d’où
x P G, ce qui implique G “ H.
« (ii) ùñ (ii’) » L’exercice 14.9 b), (ii) et le théorème 14.5 donnent
K
ră x, en ą“ 0, @ n ľ 1s ðñ x P ten ; n ľ 1uK ðñ x P G ðñ x P H K “ t0u
ðñ x “ 0.
« (ii’) ùñ (14.8) » L’inégalité de Bessel (exercice 14.15) et l’exercice 14.14 implique l’exis-
tence de
ÿ ÿ
y :“ ă x, en ą en “ lim ă x, ej ą ej . (14.12)
k
nľ1 1ĺjĺk
loooooooooomoooooooooon
:“yk

Si k ľ n, nous avons ă yk , en ą“ă x, en ą, d’où


ă x ´ y, en ą“ lim ă x ´ yk , en ą“ lim 0 “ 0, @ n ľ 1. (14.13)
k k

De (14.13) et (ii’), nous trouvons que x “ y. Nous concluons grâce à (14.12). CQFD

255
Introduction aux espaces de Hilbert 14.3 Théorème de représentation de Riesz

14.3 Théorème de représentation de Riesz


14.19 Théorème. (Théorème de Riesz) Soit ϕ : H Ñ R une application linéaire
et continue. Alors il existe a P H tel que

ϕpxq “ă x, a ą, @ x P H. (14.14)

Et réciproquement.
De plus, nous avons

||ϕ|| “ ||a||. (14.15)

Exercices

14.20 Exercice. Montrer que

||x|| “ maxtă x, y ą ; y P H, ||y|| ĺ 1u, @ x P H. ˛

Démonstrations

Démonstration du théorème 14.19. Étape 1. Existence de a et preuve de (14.15). Si ϕ “ 0, a “ 0


convient. Si ϕ ‰ 0, soit F :“ Ker ϕ “ ϕ´1 pt0uq, qui est un sous-espace fermé de H
(justifier). Soit b P H tel que ϕpbq “ 1 (justifier l’existence d’un tel b). Soient c :“ pF pbq
et d :“ b ´ c ‰ 0. Notons que ϕpdq “ ϕpbq “ 1 et ϕpx ´ ϕpxqdq “ 0, @ x P H (et donc
x ´ ϕpxqd P F , @ x P H). Si x P H, nous avons (grâce à (14.3))

ă x, d ą“ă x d on ą ` ă ϕpxqd, d ą“ ϕpxq||d||2 ,


´ ϕpxqd, loomo
loooomoooon
PF “b´pF pbq

et donc a :“ d{||d||2 convient.

L’égalité (14.15) suit de l’exercice 14.20.

Étape 2. Assertion réciproque. Clairement, H Q x ÞÑă x, a ą est linéaire et, de l’exercice


14.20, continue de norme ||a||. CQFD

14.4 Pour aller plus loin


L’étude des espaces de Hilbert sera poursuivie dans l’UE d’Analyse fonction-
nelle en master 1. Une excellente référence est Brezis [5].
Les bases hilbertiennes jouent un rôle important dans l’analyse des espaces de
Hilbert et au-delà (analyse numérique, étude des espaces Lp et d’autres espaces

256
Petru Mironescu Mesure et intégration

de fonctions). Parmi les plus célèbres, notons celle de Haar, Hermite, Laguerre,
Legendre et Walsh, dont la construction sera étudiée en master.
Pour conclure ce chapitre, nous ouvrons ici plutôt une perspective non-hilber-
tienne, dans le prolongement du théorème de représentation de Riesz. La preuve
de ce théorème repose sur deux ingrédients :
a) On peut projeter sur un ensemble convexe, fermé et non-vide de H.
b) L’application R Q t ÞÑ ||u ` tv||, avec u, v P H et u ‰ 0, est dérivable en t “ 0.
Le résultat suivant (voir Willem [22, Chapitre IV, Section 14] pour un énoncé
voisin) permet d’obtenir une conclusion similaire à celle du théorème de repré-
sentation de Riesz dans le cadre des espaces de Banach.

14.21 Théorème. (Théorème de représentation de James) Soit H ‰ t0u un espace


de Banach avec les propriétés a) et b) ci-dessus. Si ϕ : H Ñ R est une forme linéaire
et continue, alors il existe u P Hzt0u tel que
„ 
d
ϕpxq “ ||ϕ|| ||u ` tx|| , @ x P H. ˛ (14.16)
dt t“0

De manière remarquable, ce théorème s’applique aux espaces Lp avec 1 ă p ă


8. Pour ces espaces, la formule (14.16) donne le théorème de représentation de
Riesz 10.31 a).

257
Index

A∆B, 27 f` , 49
Ac , 24 f´ , 49
An Õ A, 27 f y , 146
An Œ A, 27 fx , 146
}pan qn }`p , 186 inf A, 20
BX , 37 JΦ , 164
Cck pq, 201 L p pX, µq, 183
C pA q, 34 L p , 183
C 1 -difféomorphisme, 164 Lp , 183
Cpér , 218 Lp pX, µq, 183
cn pf q, 216 `p , 186
diam A, 87 lim inf n xn , 20
Epxq, 113 lim supn xn , 20
E y , 137 Ln , 67
Ex , 137 M pA q, 34
esssup, 183 ωpδq, 226
F K , 250 PpXq, 24
F pf qpξq, 233 pC pxq, 250
r|f | ą ts, 104 Qj , 162
rf P As, 104 R, 20
rf ĺ ts, 104 Sn pf q, 217
ă f, g ą, 193 suptxi ; i P Iu, 20
fq, 236 sup xn , 22
fppξq, 233 nľn0
sup f pxq, 20
}f }Lp , 183 xPA
}f }p , 183 sgn, 190
f p¨, λq, 128 sup A, 20
f px, ¨q, 128 T , 57
f ˚ g, 199 t` , 49
f χA , 44 t´ , 49
f „ g, 183 T pA q, 34
f ´1 pBq, 42 T b S , 135
f ´1 pyq, 42 Tn pf q, 221

259
Index

pxn qn Ă A, 20 convergence en mesure, 71


x ¨ ξ, 233 coordonnées
xα , 235 cylindriques, 177
0 ¨ 8, 48 polaires, 175
α, 235 sphériques, 176
|α|, 235 sphériques généralisées, 177
δa , 28 coupe, 137
µ-p. p., 59 critère de Dini, 221
µ b ν, 138 critère de Jordan, 231
µ, 57 critère de Lebesgue, 117
νn , 67 cube, 162
ρε , 202 cube
τ , 37 taille d’un cube, 162
τş h , 208
d. d. d., 26
şA f , 96
déterminan jacobien, 164
şA f dµ, 96
şI f pxq dx, 111 égalité au sens du théorème du chan-
şX f dµ, 92, 94, 95 gement de variables, 170
şΩ f pxq dx, 148 égalité de Parseval, 217
şΩ f pxq dx1 dx2 . . . dxn , 148 ensemble
şΩ f px, yq dxdy, 148 T -mesurable ou mesurable, 25
ş f , 92, 94, 95, 95 élémentaire, 135
f dµ, 92, 94, 95
a. p. d., 23
λn , 67
borélien, 37
B α , 130, 235
dénombrable, 23
Bj , 130
de Cantor maigre, 120
πY pEq, 146
Lebesgue mesurable, 110
\, 27
négligeable, 56
χA , 27
escalier du diable, 120
égalité de Parseval, 253
espace
a. p. d., 23 de Lebesgue, 183
approximation de l’identité, 209 mesuré, 27
mesurable, 27
base hilbertienne, 253 espaces
de Lebesgue, 183
clan, 25 exposants conjugués, 187
clan
engendré, C pA q, 34 fonction
induit, 28 α-hölderienne, 226
classe monotone, 26 étagée, 42
classe monotone borélienne, 42
engendrée, M pA q, 34 caractéristique, χA , 27
coefficients de Fourier, 216 hölderienne, 226

260
Petru Mironescu Mesure et intégration

intégrable, 95 laplacien, 246


intégrable positive, 94 lemme
Lebesgue intégrable, 110 d’Urysohn, 206
Lebesgue mesurable, 42 de Fatou, 124
mesurable, 42 de Riemann-Lebesgue, 218, 235
mesurable (à valeurs dans Rn ), 43
mesurable (définie p. p.), 152 mesure, 27
mesurable (définie sur A Ă X), mesure
44 σ-additivité d’une mesure, 27
plateau, 206 σ-finie, 61
qui a une intégrale, 95 à densité, 106
qui a une intégrale (définie p. p.), additivité d’une mesure, 54
152 borélienne, 61
qui a une intégrale (définie sur complétée, µ, 57
A Ă X), 96 complète, 57
formule de comptage, 28
d’inversion de la transformée de de Dirac, 28
Fourier, 236 de Hausdorff, 87, 87
de dualité Lp –Lq , 187 de Lebesgue dans Rn , λn , 67
de l’indicatrice de Banach, 180 de Lebesgue sur les boréliens de
Rn , νn , 67
gaussienne, 238 de probabilité, 61
de Radon dans Rn , 61
homéomorphisme, 38 de Stieltjes, 85
extérieure, 85
inégalité
extension d’une mesure, 57
de Bessel, 216
finie, 61
de Cauchy-Schwarz, 187
monotonie d’une mesure, 54
de Hölder, 187
produit, 138
de Markov, 104
sous-additivité d’une mesure, 54
de Minkowski, 193
module de continuité, 226
de Tchebychev, 105
moyenne de Cesàro, 221
de Young (pour ab), 188
multi-indice, 235
de Young (pour f ˚ g), 199
intégrale noyau
d’une fonction étagée, 92 de Dirichlet, 222
d’une fonction mesurable, 95 de Fejér, 222
d’une fonction mesurable posi- régularisant, 201
tive, 94 régularisant standard, 201
de Lebesgue, 95
de référence, 178 p. p., 59
généralisée, 110 pavé
intégrande, 91 de Rn , 27, 66
isométrie de Rn , 67 de X ˆ Y , 135

261
Index

ouvert de Rn , 38 de continuité des intégrales à pa-


polynôme trigonométrique, 217 ramètre, 128
presque partout, µ-p. p., 59 de convergence décroissante, 106
probabilité, 61 de convergence dominée (de Le-
produit de convolution, 199 besgue), 125
projection orthogonale, 250 de convergence monotone, 102
pseudométrique, 127 de convergence monotone (de
Beppo Levi), 99
recouvrement dyadique, 162 de dérivabilité des intégrales à
relation de Chasles, 105 paramètre, 130
représentation de différentiation de Lebesgue,
admissible, 92 119
canonique, 92 de Dirichlet, 221
normale, 92 de du Bois-Reymond, 231
de Fatou (dans L2 ps0, 2πrq), 217
série commutativement convergente, de Fatou (dans Lp pXq), 193
116 de Fejér, 221
sommation par paquets, 116 de Fubini, 147, 153
somme de Darboux de Jackson, 227
inférieure, 111 de Kolmogorov, 231
supérieure, 118 de la classe monotone, 35
suite croissante d’ensembles, An Õ de la suite croissante, 54
A, 26 de la suite décroissante, 54
suite décroissante d’ensembles, de Leibniz-Newton généralisé,
An Œ A, 26 120
suite de fonctions de M. Riesz, 231
convergeant presque uniformé- de Plancherel, 242
ment, 71 de représentation de James, 257
convergente en mesure, 71 de représentation de Riesz, 196,
de Cauchy en mesure, 71 256
de Cauchy presque uniforme, 71 de Riesz-Fischer, 218
symbole de Kronecker, 214 de Tonelli, 146, 153
du changement de variables, 169
théorème du presque changement de va-
d’approximation de Weierstrass, riables, 174
211 intégrale d’une série, 105, 132
d’Egoroff, 71 réciproque du théorème de
définition de la mesure produit, convergence dominée, 126
138 transformée de Fourier, 129, 233
de Bernstein, 227 transformée de Fourier
de Cantor-Bernstein, 30 d’une gaussienne, 238
de Carathéodory, 86, 86 tribu, 25
de Carleson-Hunt, 231 tribu

262
Petru Mironescu Mesure et intégration

borélienne, BX , 37 engendrée, T pA q, 34
complétée, T , 57 induite, 28
complète, 57 produit, 135
de Lebesgue, Ln , 67

263
Bibliographie

[1] Banach, S. et Tarski, A.: Sur la décomposition des ensembles de points en parties
respectivement congruentes. Fund. Math., 6 :244–277, 1924.
[2] Banach, S.: Sur le problème de la mesure. Fund. Math., 4 :7–23, 1923.
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[5] Brezis, H.: Analyse fonctionnelle. Théorie et applications. Collection Mathéma-
tiques Appliquées pour la Maîtrise. Masson, 1983.
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[7] Evans, L. C. et Gariepy, R. F.: Measure theory and fine properties of functions.
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matischen Wissenschaften. Springer-Verlag New York Inc., New York, 1969.
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[10] Gramain, A.: Intégration. Collection Méthodes. Hermann, Paris, 1988.
[11] Halmos, P. R.: Measure Theory. Springer, 2e édition, 1974.
[12] Hausdorff, F.: Grundzüge der Mengenlehre. Leipzig Viet., Leipzig, 1914.
[13] Hewitt, E. et Hewitt, R. E.: The Gibbs-Wilbraham phenomenon : an episode in
Fourier analysis. Arch. Hist. Exact Sci., 21(2) :129–160, 1979/80.
[14] Hörmander, L.: The analysis of linear partial differential operators. I. Classics in
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[15] Lebesgue, H.: Leçons sur l’intégration et la recherche des fonctions primitives.
Gauthier-Villars, Paris, 1904.
[16] Lieb, E.H. et M. Loss: Analysis, tome 14 de Graduate Studies in Mathematics.
American Mathematical Society, Providence, RI, second édition, 2001.

265
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Publishing Co., New York, 1964.
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cesses held at Liblice near Prague from November 28 to 30, 1956, pages 139–141.
Publishing House of the Czechoslovak Academy of Sciences, Prague, 1957.
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[20] Stein, E. M. et Shakarchi, R.: Real analysis, tome 3 de Princeton Lectures in
Analysis. Princeton University Press, Princeton, NJ, 2005. Measure theory,
integration, and Hilbert spaces.
[21] Taylor, M.E.: Measure theory and integration, tome 76 de Graduate Studies in
Mathematics. American Mathematical Society, Providence, RI, 2006.
[22] Willem, M.: Analyse fonctionnelle élémentaire. Cassini, Paris, 2003.
[23] Ziemer, W.: Weakly differentiable functions, tome 120 de Graduate Texts in Ma-
thematics. Springer-Verlag, New York, 1989. Sobolev spaces and functions of
bounded variation.

266
Exercices
Université Claude Bernard Lyon 1 Licence de mathématiques 3e année
UE Mesure et intégration & Éléments d’analyse fonctionnelle Année 2023–2024

Feuille de TD # 0
Opérations sur les ensembles

Cadre, notations

1. Nous travaillons dans un ensemble fixé X.


2. Les parties (sous-ensembles) de X sont notées A, B, etc. « A est une partie de X » s’écrit
A Ă X ou X Ą A.
3. L’ensemble de toutes les parties de X est noté PpXq.
4. pAi qiPI désigne une famille de parties de X, indexée par un ensemble quelconque (donc
pas nécessairement fini ou dénombrable) d’indices.
5. Rappelons les opérations usuelles avec les ensembles.
(i) (Union) A Y B :“ tx P X ; x P A ou x P Bu.
(ii) (Intersection) A X B :“ tx P X ; x P A et x P Bu.
(iii) (Différence) AzB :“ tx P X ; x P A et x R Bu.
(iv) (Différence symétrique)

A4B :“ pAzBq Y pBzAq “ tx P X ; rx P A et x R Bs ou rx P B et x R Asu.

(v) (Complémentaire) Ac “ XzA :“ tx P X ; x R Au.


(vi) (Produit cartésien) Si X, Y sont des ensembles, alors X ˆ Y :“ tpx, yq ; x P
X et y P Y u.
6. Une suite pAn qnľk de parties de X est croissante si An Ă An`1 , @ n ľ k. Elle est décrois-
sante si An Ą An`1 , @ n ľ k.

Exercice # 1. (Échauffement)
a) Dessiner « avec des patates » les ensembles A Y B, A X B, AzB, Ac , A4B.
b) Calculer pA4Bq4A.

Exercice # 2. (Propriétés fondamentales) Montrer les propriétés suivantes.


a) A X pYiPI Bi q “ YiPI pA X Bi q et A Y pXiPI Bi q “ XiPI pA Y Bi q.
b) pYiPI Ai qc “ XiPI Aci et pXiPI Ai qc “ YiPI Aci .
c) AzpYiPI Bi q “ XiPI pAzBi q et pYiPI Ai qzB “ YiPI pAi zBq.
d) AzpXiPI Bi q “ YiPI pAzBi q et pXiPI Ai qzB “ XiPI pAi zBq.
Ş
e) pYiPI Ai q ˆ pYjPJ Bj q “ Ypi,jqPIˆJ Ai ˆ Bj et p iPI Ai q ˆ pXjPJ Bj q “ Xpi,jqPIˆJ Ai ˆ Bj .
f) Déduire de la question précédente deux formules pour pYiPI Ai q ˆ pXjPJ Bj q, respecti-
vement deux formules pour pXiPI Ai q ˆ pYjPJ Bj q.

Exercice # 3. Soient X un ensemble et A et B deux parties fixées de X.

1
a) Simplifier les conditions suivantes portant sur la partie C de X.

(i) A Y C Ă B Y C ; (ii) A X C Ă B X C ; (iii) pA X Cq Y pB X C c q “ H.

b) On définit f : PpXq Ñ PpAq ˆ PpBq par f pCq :“ pA X C, B X Cq. Déterminer, pour


le couple pA, Bq, une condition nécessaire et suffisante pour que f soit (i) injective ; (ii)
surjective.
Exercice # 4. (Fonction indicatrice) Soit X un ensemble.
# Pour une partie A de X, on définit
1, si x P A
sa fonction indicatrice χA : X Ñ R par χA pxq :“ .
0, si x R A

a) Calculer χH et χX . Pour A Ă X fixé et Y Ă R, calculer χ´1


A pY q.
b) Exprimer simplement en fonction de χA et χB les fonctions χAc , χAXB , χAYB (dans le
cas général et dans le cas particulier où A X B “ H), χA4B , χf ´1 pAq (avec f : Y Ñ X).
c) Rappelons la notation suivante. Si B et C sont des ensembles, alors

B C :“ tf : C Ñ Bu (l’ensemble de fonctions de C vers B).

L’application A ÞÑ χA est-elle une bijection de PpXq dans t0, 1uX ?


d) Montrer, à l’aide des fonctions caractéristiques, l’égalité pA4Bq4C “ A4pB4Cq.
Exercice # 5. (Suites d’ensembles) Soit pAn qnľ0 une suite de parties de X.
a) Si pAn qnľ0 est croissante, alors Ynľn0 An “ Ynľ0 An , @ n0 P N.
b) Si pAn qnľ0 est décroissante, alors Xnľn0 An “ Xnľ0 An , @ n0 P N.
c) Soit A :“ Ynľ0 An . Si pAn qnľ0 est croissante, alors la suite pχAn qnľ0 est croissante et
converge simplement vers χA .
d) Énoncer et prouver le résultat analogue au précédent pour une suite décroissante.
e) ř
Soit A :“ Ynľ0 An . Si les An sont d. d. d. (deux à deux disjoints), montrer que χA “
8
n“0 χAn .

Exercice # 6. (Image directe, image réciproque) On se donne deux ensembles X et Y et


une application f : X Ñ Y .
Si A Ă X, on définit f pAq :“ tf pxq ; x P Au.
Si B Ă Y , on définit f ´1 pBq :“ tx P X ; f pxq P Bu.
Montrer les propriétés suivantes de l’image réciproque B ÞÑ f ´1 pBq.
a) f ´1 pYiPI Bi q “ YiPI f ´1 pBi q.
b) f ´1 pXiPI Bi q “ XiPI f ´1 pBi q.
c) f ´1 pB c q “ pf ´1 pBqqc .
d) Si, de plus, g est une application de Y vers un ensemble Z, alors pg˝f q´1 pBq “ f ´1 pg ´1 pBqq.
Pour l’image directe A ÞÑ f pAq, les relations analogues ne sont pas vraies en général.
e) Montrer que f pYiPI Ai q “ YiPI f pAi q.
f) Montrer que f pXiPI Ai q Ă XiPI f pAi q et donner un exemple montrant que l’égalité n’est
pas vraie en général.
g) Montrer par des exemples qu’en général il n’y a aucune relation d’inclusion entre f pAc q
et pf pAqqc .

2
Exercice # 7. (Injectivité) Soit f : X Ñ Y une application. Montrer que les propriétés
suivantes sont équivalentes.
a) f est injective.
b) @ A Ă X, f ´1 pf pAqq “ A.
c) @ x P X, f ´1 pf ptxuqq “ txu.

Exercice # 8. (Surjectivité) Soit f : X Ñ Y une application. Montrer que les propriétés


suivantes sont équivalentes.
a) f est surjective.
b) @ B Ă Y , f pf ´1 pBqq “ B.
c) @ y P Y, f pf ´1 ptyuqq “ tyu.

Exercice # 9. (Produit cartésien)


a) Soient A, C P PpXq et B, D P PpY q. Montrer l’implication

pA ˆ Bq X pC ˆ Dq ‰ H ùñ rA X C ‰ H et B X D ‰ Hs.

b) Si A Ă X et B Ă Y , écrire pX ˆ Y qzpA ˆ Bq comme une union finie de produits


cartésiens d. d. d.
c) Si Ai Ă X et Bi Ă Y , @ i P J1, nK, montrer que pX ˆ Y qzpYni“1 Ai ˆ Bi q s’écrit comme
une union finie de produits cartésiens.

Exercice # 10. (Coupes) Si E Ă X ˆ Y , soient

@ x P X, Ex :“ ty P Y ; px, yq P Eu et @ y P Y, E y :“ tx P X ; px, yq P Eu.

a) Si X “ Y “ R, « dessiner » Ex et E y pour une « patate ».


b) Si E :“ tpx, yq P R2 ; x ľ 0, y ľ 0, x ` y ĺ 1u, trouver Ex et E y pour chaque x, y P R.
c) Montrer que pYiPI Ei qx “ YiPI pEi qx , @ x P X et pYiPI Ei qy “ YiPI pEi qy , @ y P Y .

Exercice # 11. (Union d. d. d.) La notation \iPI Ai est utilisée pour la réunion d’une famille
pAi qiPI d’ensembles deux à deux disjoints (d. d. d.).
a) Si A0 , A1 , . . ., sont des parties de X, soient B0 :“ A0 et, pour n ľ 1, Bn :“ An zpYi“0
n´1
Ai q.
Montrer que Yi Ai “ \i Bi .
b) Montrer que p\iPI Ai q ˆ B “ \iPI Ai ˆ B.

3
Université Claude Bernard Lyon 1 Licence de mathématiques 3e année
UE Mesure et intégration & Éléments d’analyse fonctionnelle Année 2023–2024

Feuille de TD # 1
sup, inf, lim sup, lim inf, dénombrement

Exercice # 1. Soient A, B des parties non vides de R. Montrer que :


a) M “ sup A si et seulement si M est un majorant de A et il existe une suite pxn qn Ă A
telle que xn Ñ M . Trouver une caractérisation analogue de inf A.
b) Tout A admet sup A Ps ´ 8, 8s et inf A P r´8, 8r.
c) sup A et inf A sont uniques.
d) sup p´tAq “ ´t inf A, @ t Ps0, 8r. Donner les formules de sup ptAq, inf ptAq, inf p´tAq.
e) sup pA ` Bq “ sup A ` sup B et inf pA ` Bq “ inf A ` inf B.
f) Si A Ă B, alors inf B ĺ inf A ĺ sup A ĺ sup B.
g) Si pxn qnľn0 Ă R est une suite croissante, alors limn xn “ sup xn :“ suptxn ; n ľ n0 u.
nľn0
Trouver l’énoncé analogue pour une suite décroissante.
h) Si sup A ą x P R, alors il existe un y P A tel que y ą x.
i) Montrer que sup pA Y Bq “ max psup A, sup Bq. Y a-t-il des formules pour inf pA Y Bq,
sup pA X Bq et inf pA X Bq ?

Exercice # 2. Que devient ce qui précède si nous considérons des parties non vides A, B
de R ?

Exercice # 3. Trouver B Ă A Ă R tels que inf A “ ´8, inf B “ 0, sup B “ 1 et sup A “ 2.

Exercice # 4. Trouver A Ă R tel que sup A et min A existent dans R, mais max A n’existe
pas.

Exercice # 5. Soient A, B deux parties non vides de R telles que sup A “ inf B.
a) Montrer que pour tout x P A et tout y P B on a x ĺ y. Montrer que pour tout ε ą 0 il
existe x P A et y P B tels que y ´ x ă ε.
b) Inversement, on suppose que pour tout x P A et tout y P B on a x ĺ y. Montrer que si
pour tout ε ą 0 il existe x P A et y P B tels que y ´ x ă ε, alors sup A “ inf B.

Exercice !
# 6. ´
Déterminer les)bornes sup et inf des ensembles ci-dessous :
π¯
a) A1 :“ cos n ;nPN ;
" 2 ´n *
12n ` 10
b) A2 :“ ;nPN ;
!´ 3n ` 2´ π ¯¯ )
c) A3 :“ 1 ` sin n ln n ; n P N˚ .
2

Exercice # 7. Calculer

e´x{p1`t q
2
cospxt ` π{4q
sup , sup .
xľ0, tPR 1 ` x2 x, tPR 1 ` x ` x
2

1
Exercice # 8. Trouver tous les ensembles A Ă R tels que

supptAq “ t sup A, @ t P R.

Exercice # 9. Soient an,k P R, @ n, k P N. A-t-on toujours

sup sup an,k “ sup sup an,k ?


n k k n

Exercice # 10. Nous considérons une suite pxn qn Ă R.


a) Si lim inf xn ľ lim sup xn , alors xn Ñ lim supn xn “ lim inf n xn .
n n
b) Si a ĺ xn ĺ b, @ n ľ n0 , alors a ĺ lim inf n xn ĺ lim supn xn ĺ b.
c) Si xn ľ a, @ n ľ n0 et lim supn xn ĺ a, alors xn Ñ a.
d) Donner des exemples de suites pxn qn et pyn qn avec lim supn pxn ` yn q ‰ lim supn xn `
lim supn yn .
Exercice # 11. a) Montrer que xn ĺ yn , @ n ľ n0 ùñ lim sup xn ĺ lim sup yn .
n n
b) Quelles sont les hypothèses implicites de la question précédente ?
Exercice # 12. Trouver une suite réelle pan qn telle que supn an “ 4, lim supn an “ 2,
lim inf n an “ 1 et inf n an “ 0.
Exercice # 13. Calculer lim supn xn et lim inf n xn pour les suites définies pour tout n P N
respectivement par les formules :
a) xn :“ 1{pn ` 1q.
b) xn :“ pn ` 1qp´1q .
n

´ ´ π ¯¯ n
c) xn :“ 2 ` cos n .
2 2n ` 1
11n ` 2 cospnπq
d) xn :“ ? 2 .
4n ` n ´ 1

Définitions. Soit pAn qnľn0 une suite de parties d’un ensemble X. Les ensembles lim supn An
et lim inf n An sont définis respectivement par les formules

lim sup An :“ Xnľn0 Ykľn Ak , lim inf An :“ Ynľn0 Xkľn Ak .


n n

Exercice # 14. a) Montrer que x P lim supn An si et seulement si x appartient à une infi-
nité d’ensembles An .
b) Montrer que x P lim inf n An si et seulement si il existe un n1 (qui peut dépendre de
x P X) tel que x P An , @ n ľ n1 .
c) Pour tout x P X, montrer les égalités

χlim sup An pxq “ lim sup χAn pxq, χlim inf An pxq “ lim inf χAn pxq.
n n
n n

d) Soit pAn qnľn0 une suite croissante de parties de X. Montrer que

lim sup An “ lim inf An “ Ynľn1 An , @ n1 ľ n0 .


n n

Quel est l’analogue de cette formule pour une suite décroissante ?

2
e) Montrer que
ˆ ˙ ˆ ˙
lim sup An “ lim sup A2n Y lim sup A2n`1 ,
n n n
´ ¯ ´ ¯
lim inf An “ lim inf A2n X lim inf A2n`1 .
n n n

Exercice # 15. Déterminer les limites supérieures et inférieures des suites suivantes d’en-
sembles :
a) A1 et A2 donnés, An “ An´2 , @ n ľ 3.
b) A2n :“ r´1, 2 ` n´1 r et A2n`1 :“s ´ 2 ´ n´1 , 1s, @ n ľ 1.
c) An :“s ´ 8, an s avec pan qn Ă R suite monotone.

Exercice # 16. Soit X :“ r0, 1r. Montrer que tout entier n P N˚ s’écrit de façon unique sous
la forme

n “ 2m ` p avec m P N et 0 ĺ p ă 2m . (1)

Avec m et p déterminés (en fonction de n) par la formule (1), nous posons


„ „
p p`1
An :“ m , m Ă X, @ n ľ 1.
2 2

Trouver lim sup An et lim inf An .

Exercice # 17. Comparer lim inf n pAn Y Bn q et plim inf n An q Y plim inf n Bn q. Donner un
exemple de suites telles que

lim inf pAn Y Bn q ‰ plim inf An q Y plim inf Bn q.


n n n

Exercice # 18. Montrer que plim supn An qzplim inf n An q Ă lim supn pAn 4An`1 q.

Rappels de cours. Dans les trois exercices suivants, on pourra utiliser sans preuve les faits
suivants :
a) L’intervalle r0, 1r Ă R n’est pas a. p. d.
b) Si A Ă N est infini, alors A est dénombrable.
c) S’il existe une bijection Φ : A Ñ B, alors :
(i) Soit A et B sont tous les deux finis ;
(ii) Soit A et B sont tous les deux dénombrables ;
(iii) Soit aucun des deux ensembles n’est a. p. d.

Exercice # 19. Prouver ou réfuter les assertions suivantes.


a) L’ensemble des nombres premiers est dénombrable.
b) L’ensemble des nombres pairs est dénombrable.
c) L’ensemble R est dénombrable.
d) L’ensemble C est dénombrable.
e) L’ensemble N ˆ R est dénombrable.
f) L’ensemble PpNq “ tA ; A Ă Nu est dénombrable.

3
Exercice # 20. a) Soient n P N˚ et p1 , . . . , pn n nombres premiers distincts. Montrer, à
l’aide de l’application

ϕ : Nn Ñ N, Nn Q pk1 , . . . , kn q ÞÑ ϕpk1 , . . . , kn q :“ pn1 1 ¨ ¨ ¨ pknn P N,

que Nn est dénombrable.


b) En déduire que le produit cartésien d’un nombre fini d’ensembles dénombrables est dé-
nombrable. Que peut-on dire d’un produit cartésien infini d’ensembles dénombrables ?
c) Montrer que Pf pNq :“ tA ; A Ă N, A est finiu est dénombrable.

Exercice # 21. Un nombre réel x est dit algébrique s’il existe un polynôme non nul P P ZrXs
tel que P pxq “ 0. Un nombre réel qui n’est pas algébrique est transcendant.
a) Montrer que tout nombre rationnel est algébrique.
b) Montrer que l’ensemble des nombres algébriques est dénombrable.
c) Montrer que l’ensemble des nombres transcendants n’est pas dénombrable.

Exercice # 22. Soit A Ă R un ensemble dénombrable. Soit B “ AzA (avec A l’adhérence


de A). Existe-t-il un A tel que :
a) B ait exactement n éléments, pour un n P N donné ?
b) B soit dénombrable ?
c) B ne soit pas a. p. d. ?

Exercice # 23. Montrer qu’il existe un nombre réel qui ne peut pas être décrit par une dé-
finition mathématique.

Exercice # 24. Nous admettons Ů le résultat suivant, qui sera démontré en topologie : tout
ouvert U Ă R s’écrit U “ iPI Ji , avec les Ji intervalles ouverts non vides (et d. d. d).
Montrer que I est a. p. d. Donc : tout ouvert de R est réunion a. p. d. d’intervalles ouverts d. d. d.
pm ` nqpm ` n ` 1q
Exercice # 25. Soit f : N2 Ñ N, f pm, nq :“ ` n, @ m, n P N .
2
Montrer que f est bijective.

4
Université Claude Bernard Lyon 1 Licence de mathématiques 3e année
UE Mesure et intégration & Éléments d’analyse fonctionnelle Année 2023–2024

Feuille de TD # 2
Tribus, fonctions mesurables, mesures

Exercice # 1. a) PpXq est une tribu.


b) T :“ tH, Xu est une tribu.
Exercice # 2. a) L’ensemble C1 des unions finies d’intervalles de R est un clan. De même
si on remplace R par un intervalle I et nous considérons les intervalles contenus dans I.
b) Un pavé de Rn est un ensemble de la forme P “ I1 ˆI2 ˆ¨ ¨ ¨ˆIn , avec chaque Ij intervalle
de R. L’ensemble Cn des unions finies de pavés de Rn est un clan.
c) Tout élément de Cn est une union finie d. d. d. de pavés de Rn .
Exercice # 3. Prouver ou réfuter les assertions suivantes.
a) Si X est dénombrable, alors toute tribu sur X est a. p. d.
b) Une partie T de PpXq est une tribu si elle vérifie :
(i) H P T .
(ii) A P T ùñ Ac P T .
(iii) rAn P T , @ ns ùñ XnPN An P T .
Exercice # 4. Le but de cet exercice est de montrer qu’une réunion arbitraire d’ensembles
mesurables n’est pas nécessairement un ensemble mesurable. Soit

T :“ tA Ă R ; A a. p. d. ou Ac a. p. d.u.

a) Montrer que T est une tribu.


b) Montrer que T ‰ PpRq.
c) Conclure.
Exercice # 5. Si X :“ t1, 2, 3u et A :“ tt1uu, alors :
a) le clan (et la tribu) engendré par A est tH, X, t1u, t2, 3uu ;
b) la classe monotone engendrée par A est A .
L’item b) contredit-il le théorème de la classe monotone ?
Exercice # 6. Soient X :“ N et A :“ ttnu ; n P Nu.
a) Montrer que T pA q “ PpNq.
b) Montrer que C pA q “ tA Ă N ; A fini ou Ac finiu.
c) En déduire que, en général, T pA q ‰ C pA q.
d) En déduire que si C est un clan et pAn qnľ0 Ă C , alors en général Ynľ0 An R C et
Xnľ0 An R C .
e) Montrer que M pA q “ A .
Exercice # 7. Déterminer les tribus engendrées dans X par la famille A , où :

1
a) X :“ R et A :“ tZu.
b) X :“ R et A :“ ttnu ; n P Zu.
c) X :“ N et A “ tt0u, t2u, t4u, . . .u.

Exercice # 8. a) Soit C un clan sur X. Soit Y Ă X. Alors CY :“ tA X Y ; A P C u est un


clan sur Y .
De même pour une tribu T .
CY (respectivement TY ) est le clan induit par C sur Y (respectivement la tribu induite par
T sur Y ).
b) Si Y P C , alors CY “ tA ; A P C , A Ă Y u.

Exercice # 9. Soit pX, dq un espace métrique. Soit Y Ă X, muni de la métrique induite par
X. Montrer que BY “ tB X Y ; B P BX u.
De manière équivalente, BY coïncide avec la tribu induite par BX sur Y (voir l’exercice
précédent).

Exercice # 10. Montrer que si C est un clan et A1 , . . . , An P C , alors A1 Y . . . Y An P C .


De même si on remplace clan par tribu.

Exercice # 11. a) Toute tribu est un clan.


b) Toute tribu est une classe monotone.
c) Si X est fini, alors tout clan est une tribu.

Exercice # 12. Montrer que An Õ A si et seulement si : la suite de fonctions pχAn qn est


croissante et converge simplement vers χA .
De même, An Œ A si et seulement si : la suite de fonctions pχAn qn est décroissante et
converge simplement vers χA .

Exercice # 13. Si pAi qiPI est une famille d’ensembles Ai Ă PpXq telle que chaque Ai soit
un clan (ou tribu, ou classe monotone), alors XiPI Ai est un clan (ou tribu, ou classe mono-
tone).

Exercice # 14. a) Si A Ă B, alors C pA q Ă C pBq, M pA q Ă M pBq et T pA q Ă T pBq.


b) On a C pC pA qq “ C pA q. Propriété analogue pour la classe monotone et la tribu engen-
drées.

Exercice # 15. Soit A Ă PpXq. Si A P T pA q, montrer qu’il existe une partie a. p. d. B


de A telle que A P T pBq.
Indication : considérer C :“ tA P T pA q ; D B Ă A a. p. d. tel que A P T pBqu.

Exercice # 16. a) Montrer que l’union de deux tribus n’est pas nécessairement une tribu.
b) Montrer que l’union d’une suite finie et croissante de tribus est une tribu.
c) Ce dernier résultat ne passe pas à une union infinie. En effet, pour n P N, soit Tn la
tribu sur N engendrée par Ppt0, . . . , nuq. Montrer que pTn qnľ0 est une suite croissante
de tribus sur N, mais que Ynľ0 Tn n’est pas une tribu.

Exercice # 17. Prouver ou réfuter les assertions suivantes.


a) Un ouvert ou un fermé est un borélien.
b) Un borélien est un ouvert ou un fermé.

2
c) Un intervalle est dans BR .

Exercice # 18. Prouver ou réfuter les assertions suivantes.


a) L’ensemble r2, 3r X Q est un borélien de R.
b) L’ensemble A :“ tx P R ; cos x “ sinpsin xqu est un borélien de R.
c) Si B Ă R est borélien et si A Ă B, alors A est borélien.

Exercice # 19. Soit pX, dq un espace métrique. Soit f : X Ñ R.


a) Montrer que f est continue en x P X ðñ @ ε ą 0, il existe un voisinage V de x tel que

ry, z P V s ùñ |f pyq ´ f pzq| ă ε.

b) En déduire que tx P X ; f continue en xu est un borélien.

Exercice # 20. Soit pX, dq un espace métrique. Soient fn : X Ñ R des fonctions boré-
liennes, n P N. Montrer que tx P X ; pfn pxqqn convergeu est un borélien.

Exercice # 21. Soit Φ : X Ñ Y un homéomorphisme entre espaces métriques. Si A Ă X,


alors A P BX si et seulement si ΦpAq P BY .

Exercice # 22. a) Soient A P BRn et B P BRm . Montrer que A ˆ B P BRn`m .


b) Plus généralement, si pX, dq et pY, δq sont des espaces métriques et si nous munissons
X ˆ Y d’une métrique produit, alors BX ˆ BY Ă BXˆY .

Exercice # 23. Dans cet exercice, nous considérons un espace mesurable pX, T q. Prouver
ou réfuter les assertions suivantes.
a) Une fonction f : X Ñ R qui ne prend qu’un nombre fini de valeurs est étagée.
b) Si f : X Ñ Rn est mesurable, et si g : Rn Ñ R est borélienne étagée, alors g˝f : X Ñ R
est étagée.
c) Si f : X Ñ R est telle que f ´1 pF q P T pour tout F Ă R fermé, alors f est mesurable.
d) Si f : R Ñ R est borélienne et ne s’annule pas, alors 1{f est borélienne.
e) Si A Ă X, alors χA : X Ñ R est mesurable si et seulement si A P T .
#
x ` 1, si x ľ 0
f) La fonction f : R Ñ R, f pxq :“ , est borélienne.
´x, si x ă 0
g) La fonction f : X Ñ R est mesurable ðñ |f | est mesurable.

Exercice # 24. Décrire les fonctions mesurables f : X Ñ R suivants.


a) X est muni de T “ tH, Xu.
b) X est muni de T “ PpXq.

Exercice # 25. Soit f : R Ñ R une fonction croissante.


a) Montrer que f est borélienne.
b) Montrer que l’ensemble des points où f n’est pas continue est au plus dénombrable.
c) Plus généralement, si f : I Ñ R (avec I Ă R intervalle) est continue en dehors d’un
ensemble au plus dénombrable, alors f est borélienne.

Exercice # 26. a) Soit f : R Ñ R dérivable. Montrer que f 1 est borélienne.


b) Soit f : R Ñ R continue. Soit x P R. Montrer l’équivalence des propriétés suivantes :

3
(i) f est dérivable en x et f 1 pxq “ `.
(ii) Nous avons la double égalité :
" *
f px ` hq ´ f pxq ˚ 1
` “ lim inf ; h P Q , |h| ă
mÑ8 h m
" *
f px ` hq ´ f pxq ˚ 1
“ lim sup ; h P Q , |h| ă .
mÑ8 h m

c) En déduire que, si f est continue, alors la fonction g : R Ñ R définie par :


#
f 1 pxq, si f est dérivable en x
gpxq :“
0, sinon

est borélienne.
d) Vrai ou faux ? Si g “ 0, alors f est constante.

Dans les exercices suivants, T Ă PpXq est une tribu. La mesurabilité des fonctions consi-
dérées s’entend par rapport à T .
Exercice # 27. Soient f : X Ñ R mesurable et g : X Ñ R définie par :
#
1, si f pxq P Q
gpxq :“ .
0, sinon

Montrer que g est mesurable.


Exercice # 28. Soit f : X Ñ R une fonction étagée. Montrer que f ´1 pBq P T , @ B Ă R.
Exercice # 29. Soient f, g : X Ñ R fonctions étagées et λ P R. Montrer que f ` g et λf
sont étagées.
Exercice # 30. Soit f : X Ñ R. On définit, pour tout 0 ă M ă 8, la fonction fM par
$
&f pxq, si |f pxq| ă M

fM pxq :“ M, si f pxq ľ M .

%
´M, si f pxq ĺ ´M

Montrer que f est mesurable si et seulement si fM est mesurable pour tout M ą 0.


Exercice # 31. Soit pfn qnľ0 une suite de fonctions mesurables de X dans R.
a) Rappeler pourquoi lim inf fn et lim sup fn sont mesurables.
n n
b) Montrer que B :“ tx P X ; pfn pxqqn est bornéeu est mesurable.
c) Soit a P R. On définit g : X Ñ r0, 8s par gpxq :“ inftn P N ; fn pxq ľ au, avec la
convention inf H “ 8. Montrer que g est mesurable.
Exercice # 32. Soit pX, dq un espace métrique.
a) Soient A P BX et f : A Ñ R continue. Alors f est borélienne.
En particulier, toute fonction continue f : X Ñ R est borélienne.
b) Plus généralement, si f est continue en dehors d’une partie finie de X, alors f est boré-
lienne.

4
c) Encore plus généralement. Soient A1 , A2 , . . . , boréliens d. d. d. tels que X “ \k Ak .
Pour chaque Ak , soit fk : Ak Ñ R une fonction continue. Soit f : X Ñ R définie par
f pxq :“ fk pxq si x P Ak . Alors f est borélienne.
d) De même si, dans le point précédent, on remplace « fk continue » par « fk borélienne »
(voir aussi le point f)).
e) De même pour des fonctions à valeurs dans Rn .
f) Soit pX, T q un espace mesurable. Soient A1 , A2 , . . . , mesurables d. d. d. tels que X “
\k Ak . Pour chaque Ak , soit fk : Ak Ñ R une fonction mesurable. Soit f : X Ñ R
définie par f pxq :“ fk pxq si x P Ak . Alors f est mesurable.
g) Montrer que les items a)–e) sont des cas particuliers de l’item f).

Exercice # 33. Soit C Ă PpXq un clan tel que H P C . Si µ : C Ñ r0, 8s est σ-additive,
alors ou bien µpHq “ 0 (et donc µ vérifie les axiomes d’une mesure), ou bien µpHq “ 8 (et
dans ce cas µpAq “ 8, @ A P C ).

Exercice # 34. Soit X un ensemble. Montrer que l’application µ : PpXq Ñ r0, 8s,
#
card A, si A est fini
µpAq :“
8, sinon

est une mesure sur PpXq. C’est la mesure de comptage.

Exercice # 35. Prouver ou réfuter les assertions suivantes.


a) Si A P T , alors µpXq “ µpAq ` µpAc q.
b) Si pAn qnľ0 est une suite décroissante d’éléments de T et µpA2 q ă 8, alors

µ pXnľ0 An q “ lim µpAn q.


n

c) Si A, B P T et µpA Y Bq “ µpAq ` µpBq, alors A et B sont disjoints.


d) Il existe un espace mesuré pX, T , µq tel que tµpAq ; A P T u “ t0, 1, 2u.
e) Il existe un espace mesuré pX, T , µq tel que tµpAq ; A P T u “ t0, 1, 3u.
f) La mesure de comptage sur N est finie, respectivement σ-finie.
g) Soient A une famille qui engendre T et µ1 , µ2 deux mesures sur T . On suppose que
pour tout A dans A on a µ1 pAq “ µ2 pAq. Alors pour tout T dans T on a µ1 pT q “ µ2 pT q.
Pour cette dernière question : y a-t-il des hypothèses raisonnables à ajouter ou enlever ?

Exercice # 36. Soit µ la mesure de comptage sur pN, PpNqq. Trouver une suite décroissante
d’ensembles pAn qnľ0 telle que µpAn q Û µ pXnľ0 An q.

Exercice # 37. Soit µ une mesure finie sur pX, T q. Soit S Ă T l’ensemble défini par

S :“ tA P T ; µpAq “ 0 ou µpAq “ µpXqu.

Montrer que S est une tribu.

Exercice # 38. Soit µ une mesure σ-finie sur pX, T q. Montrer qu’il existe une suite d. d. d.
pXn qn Ă T telle que µpXn q ă 8, @ n et X “ \n Xn .

Exercice # 39. Soit µ une mesure σ-finie sur pX, T q. Soit pXn qnľ1 Ă T avec µpXn q ă 8,
@ n ľ 1 et X “ Yn Xn . Posons µn pAq :“ µpA X pX1 Y . . . Y Xn qq, @ A P T . Alors :

5
a) µn est une mesure finie, @ n ľ 1.
b) µn Õ µ.
Exercice # 40. (Formule de Poincaré)
a) Montrer que si µpA1 Y A2 Y . . . Y An q ă 8 alors
ÿ
n ÿ
µpA1 Y A2 Y . . . Y An q “ p´1qj`1 µpAi1 X . . . X Aij q.
j“1 1ĺi1 ăi2 㨨¨ăij ĺn

b) Que devient cette formule dans le cas particulier de la mesure de comptage ?


Exercice # 41. Soit T une tribu contenant les singletons. Soit µ une mesure sur pX, T q.
Soit D :“ tx P X ; µptxuq ą 0u. Est-il vrai que D est a. p. d.
a) Si µ est finie ?
b) Si µ est σ-finie ?
c) Si µ est quelconque ?
Exercice # 42. a) Soit µ une mesure borélienne de probabilité sur r0, 1s, avec la propriété
suivante :

µpBq ą 0 ùñ µpr0, 1szBq “ 0, @ B P Br0,1s .

(i) Construire une suite d’intervalles fermés pIj qjľ0 Ă r0, 1s avec les propriétés sui-
vantes : I0 “ r0, 1s, Ij`1 Ă Ij , @ j ľ 0, Ij est de longueur 2´j , @ j ľ 0, et µpIj q “ 1,
@ j ľ 0.
(ii) En déduire qu’il existe un point a P r0, 1s tel que µ “ δa .
b) Soit ν une mesure borélienne σ-finie sur R avec la propriété suivante :

νpBq ą 0 ùñ νpRzBq “ 0, @ B P BR .

Montrer qu’il existe a P R et b P r0, 8r tels que ν “ b δa .


Exercice # 43. (Mesures discrètes) Soit T une tribu contenant les singletons. La mesure µ
sur pX, T q est diffuse (ou continue) si, pour tout x P X, µptxuq “ 0. µ est discrète s’il existe
un ensemble D a. p. d. tel que µpDc q “ 0.
a) Montrer que µ est diffuse si et seulement si toute partie a. p. d. A de X est µ´négligeable.
b) Montrer que µ est discrète si et seulement si il existe une suite pan qnľ1 de points de X et
8
ÿ
une suite pcn qnľ1 Ă r0, 8s telles que µ “ cn δan .
n“1
c) Supposons maintenant µ σ-finie. Montrer que µ s’écrit de façon unique µ “ µc ` µd , où
µc est une mesure diffuse et µd est une mesure discrète.
Exercice # 44. (Mesure image) Soient pX, T q un espace mesurable et f : X Ñ Rn une
fonction mesurable. Soit µ une mesure sur T . Nous définissons f˚ µ : BRn Ñ r0, 8s par
f˚ µpAq :“ µpf ´1 pAqq, @ A P BRn . Rappelons que f˚ µ est une mesure sur BRn . C’est la
mesure image de µ par f .
a) Déterminer f˚ δa , avec a P X.
b) Soit µ une probabilité sur X (donc µpXq “ 1). Nous prenons n “ 1. Si B P T , déter-
miner pχB q˚ µ.

6
Dans les quatre exercices suivants, λ est la mesure de Lebesgue sur les boréliens de R. (Avec
les notations du cours, λ “ ν1 .)

Exercice # 45. Soit U un ouvert de R. Montrer que λpU q “ 0 si et seulement si U “ H.

Exercice # 46. Prouver ou réfuter les assertions suivantes.


a) Si A Ă R est borélien et si λpAq ą 0, alors il existe un ouvert non vide U Ă R tel que
U Ă A.
Et réciproquement ?
b) Si A Ă R est borélien et si λpAq ă 8, alors A est borné.

Exercice # 47. Soit B P BR tel que λpBq ą 0. Soit ε ą 0. Montrer qu’il existe un borélien
A Ă B tel que 0 ă λpAq ă ε. Indication : recouvrir B avec des intervalles disjoints de taille
ă ε.

Exercice # 48. Le but de cet exercice est de donner une définition équivalente de λ comme
la seule mesure borélienne normée et invariante par translations.
a) Montrer que, si x P R et A P BR , alors x ` A P BR .
b) On fixe x P R. Soit µ : BR Ñ r0, 8s définie par µpAq :“ λpx ` Aq pour A P BR .
Montrer que µ est une mesure sur BR .
c) En déduire que λpx ` Aq “ λpAq pour tout x P R et A P BR , c’est-à-dire : la mesure de
Lebesgue est invariante par translations.
d) Inversement, soit µ une mesure borélienne sur R, invariante par translations et telle
que µpr0, 1rq “ 1. Calculer µpr0, 1{nrq, n P N˚ . Déterminer la mesure d’un intervalle
arbitraire. Montrer que µ “ λ.
e) Prouver ou réfuter. Une mesure borélienne sur R, invariante par translations, est un
multiple de la mesure de Lebesgue.

Exercice # 49. Cet exercice fait suite au précédent. Nous nous proposons de montrer que,
si µ est une mesure borélienne et invariante par translations sur Rn telle que µpr0, 1rn q “ 1,
alors µ “ νn .
a) Montrer que µpr0, 1{krn q “ p1{kqn , @ k P N˚ . Indication : recouvrir r0, 1rn avec des
cubes d. d. d. de taille 1{k.
b) Soit Kj comme dans le lemme 9.6 du cours. Montrer que µpKj q “ νn pKj q.
c) En déduire que µpKq “ νn pKq pour tout compact K Ă Rn .
d) Conclure.

Exercice # 50. Prouver ou réfuter les assertions suivantes.


a) Une partie d’un ensemble négligeable est négligeable.
b) Une union a. p. d. d’ensembles négligeables est négligeable.
c) Une union d’ensembles négligeables est négligeable.

Exercice # 51. Pour des fonctions f, g définies sur X à valeurs dans R ou Rn , la relation
f „ g si et seulement si f “ g µ-p. p. est une équivalence.

Exercice # 52. Prouver ou réfuter. Une partie d’un ensemble Lebesgue mesurable de Rn est
Lebesgue mesurable.

Exercice # 53. Soit λ “ λ1 la mesure de Lebesgue (complète) dans R.

7
a) Soient f et g deux applications continues de R dans R. Montrer que f “ g λ´p. p. ðñ
f “ g.
De même pour f, g : A Ñ R, avec A Ă Rn tel que A Ă Å.
b) Soit f : R Ñ R. Nous considérons les deux propriétés suivantes.
(P1) f est continue λ-p. p.
(P2) Il existe une fonction g : R Ñ R continue telle que f “ g λ-p. p.
Montrer que (P1) n’implique pas (P2), et que (P2) n’implique pas (P1).
c) Soit ε ą 0. Montrer qu’il existe un ouvert U dense dans R tel que λpU q ĺ ε.

Exercice # 54. a) Nous avons µ “ µ et T “ T .


b) T est complète par rapport à µ.
c) Une partie de X est µ-négligeable si et seulement sielle est µ-négligeable.

Exercice # 55. Soit λn la mesure (complète) de Lebesgue sur la tribu de Lebesgue Ln dans
Rn . Montrer que
a) λn est σ-finie.
śn
b) λ
śnnest l’unique mesure sur Ln telle que λn pP q “ j“1 pbj ´ aj q pour tout pavé P “
j“1 saj , bj r de R .
n

8
Université Claude Bernard Lyon 1 Licence de mathématiques 3e année
UE Mesure et intégration & Éléments d’analyse fonctionnelle Année 2023–2024

Feuille de TD # 3
Intégrale. Convergence monotone et dominée

Exercice # 1. Écrire de manière plus simple la quantité f dµ lorsque :


´

a) µ est une mesure de Dirac.


b) µ est la mesure de comptage sur N.
Exercice # 2. Soit pX, T , µq un espace mesuré. Prouver ou réfuter les assertions suivantes.
a) Si f “ χA avec A P T , alors f dµ “ µpAq.
´

b) Si f “ a χA ` b χB , avec a, b P R et A, B P T , alors f dµ “ a µpAq ` b µpBq.


´

c) Si f : X Ñ r0, 8s est intégrable, alors µpf ´1 p8qq “ 0.


d) Si f : X Ñ r0, 8s est mesurable et satisfait µpf ´1 p8qq “ 0, alors f est intégrable.
e) Si f : X Ñ r0, 8s est mesurable et satisfait f “ 0, alors f “ 0.
´

f) Si f : X Ñ r0, 8s est mesurable et satisfait f “ 0, alors f “ 0 µ-p. p.


´

g) Si f : X Ñ r0, 8s est mesurable et satisfait f “ 0 µ-p. p., alors f “ 0.


´

h) Le produit de deux fonctions intégrables est intégrable.


Exercice # 3. Soit pX, T , µq un espace mesuré. Si f : X Ñ r0, 8s est mesurable, alors
ˆ " ˆ *
f dµ “ sup p1 ´ εq u dµ ; u étagée, 0 ĺ u ĺ f, 0 ă ε ă 1 .

Exercice # 4. Dans cet exercice, I désigne un intervalle de R, muni de sa tribu borélienne


et de la mesure de Lebesgue.
1
a) Soit I :“ s0, 1r. Soit 0 ă α ă 8. À quelle condition la fonction x ÞÑ α est-elle inté-
x
grable sur I ?
b) Même question avec I :“ r1, 8r et I :“ s0, 8r.
Exercice # 5. a) On considère la fonction f : r0, 1s Ñ R définie par
#
x, si x P Q
f pxq :“ .
x , si x R Q
2

Montrer que f est Lebesgue intégrable sur r0, 1s et calculer son intégrale.
b) Mêmes questions pour la fonction f : r0, π{2s Ñ R définie par
#
sin x, si cos x P Q
f pxq :“ .
sin x, si cos x R Q
2

Exercice # 6. Étudier l’existence et la finitude de :


ˆ 8
sin x
a) dx, avec a “ 1, 3{2, ou 2, au sens des intégrales généralisées ou de Lebesgue.
0 xa

1
ÿ p´1qn
b) La somme de la série , avec a “ 1 ou 2.
nľ1
na
p´1qn
ˆ
c) L’intégrale dµpnq, avec a “ 1 ou 2, et µ la mesure de comptage.
N˚ na
Exercice # 7. (Théorème de convergence décroissante) Soit pX, T , µq un espace mesuré.
Soit pfn qnľ0 une suite décroissante de fonctions mesurables positives sur X, avec f0 intégrable.
a) Montrer (via le théorème de convergence monotone) que limn fn dµ “ limn fn dµ.
´ ´

b) Montrer par un contre-exemple que l’hypothèse d’intégrabilité de f0 est essentielle.

Exercice # 8. Soit P une probabilité sur pR, BR q. Pour n P N, soit In :“ R pcos πtq2n dP ptq.
´

a) Montrer que In ă 8, @ n.
b) Montrer que la suite pIn qnľ0 est décroissante.
c) Déterminer lim In .
n

Exercice # 9. Soit pX, T , µq un espace mesuré et soit f : X Ñ r0, 8s une application


mesurable.
a) Soient A :“ tx P X ; f pxq ą 1u, B :“ tx P X ; f pxq “ 1u et C :“ tx P X ; f pxq ă 1u.
Déterminer limn AYB f n dµ.
´

b) Déterminer limn X f n dµ. On pourra commencer par le cas où X f dµ ă 8.


´ ´

Exercice # 10. Soit P une probabilité sur pR` , BR` q. Pour x ľ 0, soit F pxq :“ R` e´xt dP ptq.
´

a) Montrer que F est décroissante.


b) Déterminer lim F pnq.
n
c) En déduire la valeur de limxÑ8 F pxq.

Exercice # 11. a) Soit I un intervalle de R. Montrer que si pfn qnľn0 est une suite de fonc-
tions boréliennes positives sur I, alors

ÿ ˆ ˆ ˜ÿ ¸
fn dν1 “ fn dν1 .
nľn0 I I nľn0

b) En déduire la valeur de
ÿ8 ˆ 8
x
dx.
n“3 1 p1 ` xqn

1 ˆ ˙´1
ex
ˆ
Exercice # 12. Déterminer, pour tout α P R, lim α
x ` dx.
n 0 n
8
n sinpx{nq
ˆ
Exercice # 13. Calculer lim dx.
n 1 x3
Exercice # 14. Dans cet exercice, I est un intervalle de R, muni de sa tribu borélienne et de
la mesure de Lebesgue´ λ (“ ν1 ). Montrer que les fonctions suivantes sont intégrables sur I
et déterminer limn I fn dλ.
nx sin x
a) I :“ r0, 1s, fn pxq :“ , où 1 ă α ă 2.
1 ` pnxqα

2
n2 x expp´n2 x2 q
b) I :“ rA, 8r (avec A ą 0) et fn pxq :“ .
1 ` x2
?
c) I :“ r0, 1s et fn pxq :“ n χr1{n,2{nr pxq.

Exercice # 15. Soit f une fonction Lebesgue intégrable sur r0, 8r. Calculer
ˆ 8
x
lim f pxq dx.
n 0 x`n

Exercice # 16. Calculer


ˆ 8
psin xqn
lim dx.
n 0 x2

Exercice # 17. Soit pX, T , µq un espace mesuré. Soit f une fonction mesurable positive sur
X. Montrer que
ˆ ˙
1
ˆ ˆ
lim n ln 1 ` f dµ “ f dµ.
n X n X

Exercice # 18. Soit f : R` Ñ R une fonction Lebesgue intégrable. Calculer


ˆ 8
lim expp´n sin2 xqf pxq dx.
n 0
´´ y ¯n ¯
Exercice # 19. Rappelons que, si y ľ 0, alors la suite 1´ est croissante, de
n nľy
limite e´y .
Soit fn pxq :“ np1 ´ xqn sin2 pnxqχr0,1s pxq, @ n P N˚ , @ x P R.
a) Déterminer la limite simple (notée f ) de la suite pfn qnľ1 .
b) Calculer, en utilisant le rappel et le théorème de convergence monotone, limn fn pxq dx.
´
R
c) Montrer que limn R fn pxq dx ‰ R limn fn pxq dx.
´ ´

Exercice # 20. Soient pX, T , µq un espace mesuré et f : X Ñ R une fonction intégrable.


a) Pour n ľ 0, soit An :“ tx P X ; |f pxq| ľ nu. Déterminer limn An f dµ.
´

b) Soit A P T tel que µpAq ă 8. Déterminer limn A |f |1{n dµ.


´

c) Mêmes questions si f : X Ñ R.

Exercice # 21. Soit P une probabilité sur pR, BR q telle que la fonction R Q t ÞÑ exp pa|t|q
soit intégrable pour tout a P R.
a) Donner deux exemples de telles mesures « de nature différente ».
b) Montrer que t ÞÑ tn est intégrable pour tout n P N.
c) Soit z P C.
(i) Montrer que t ÞÑ exppztq est intégrable.
(ii) Posons F pzq :“ R exppztq dP ptq.ř Montrer que F admet un développement en
´

série entière de la forme F pzq “ nľ0 an z , où l’on explicitera les coefficients an .


n

Exercice # 22. Soit pX, T , µq un espace mesuré, avec µ finie. Soit f : X Ñ r0, 8r une
fn
ˆ
fonction mesurable et, pour n ľ 1, soit In :“ dµ. Calculer limn In .
X 1`f
n

3
Exercice # 23. Rappelons que
´ x ¯n
1` Õ ex , @ x ľ 0.
n

Nous considérons, pour tout n ľ 2, la fonction fn : s0, 8r Ñ R définie par


1
fn pxq :“ ´ x ¯n , @ x ą 0.
x1{n 1 `
n
a) Démontrer que, pour n ľ 2 et x ľ 1, nous avons fn pxq ĺ 4{x2 .
b) Montrer que, pour tout n ľ 2, fn est Lebesgue intégrable sur s0, 8r.
´8
c) Calculer limn 0 fn pxq dx.

Exercice # 24. Pour tout entier n ľ 1 et tout réel x, soit fn pxq :“ e´nx ´ 2e´2nx .
ř
a) Montrer que nľ1 fn pxq est une série convergente pour tout x ą 0, et calculer sa somme
f pxq.
´8ř ř ´8
b) Comparer 0 nľ1 fn pxq dx et nľ1 0 fn pxq dx. Expliquer.

Exercice # 25. Nous munissons l’intervalle r0, 1s de sa tribu borélienne et de la mesure de


Lebesgue λ (“ ν1 ). Soit pfn qnľ2 la suite de fonctions définies sur r0, 1s par
$

&n x,
2
si 0 ĺ x ă 1{n
fn pxq :“ ´n px ´ 2{nq, si 1{n ă x ĺ 2{n .
2

%
0, sinon

a) Tracer le graphique de fn .
b) Calculer et comparer lim inf n fn dλ, lim inf n fn dλ, lim supn fn dλ et lim supn fn dλ.
´ ´ ´ ´

c) Mêmes questions avec la suite de fonctions pgn qnľ1 définie par g2p :“ χr0,1{p2pqs , @ p P
N˚ , g2p`1 :“ χr1{p2p`1q,1s , @ p P N.

Exercice # 26. a) Montrer que la fonction


sin x
f :s0, 8rÑ R, f pxq :“ , @ x ą 0,
ex ´ 1
est Lebesgue intégrable sur s0, 8r.
ř
b) Montrer que, pour tout x ą 0, nous avons f pxq “ nľ1 e´nx sin x.
ˆ 8
sin x ÿ 1
c) En déduire que dx “ .
0 ex ´ 1 nľ1
n2 ` 1

Exercice # 27. Soient pX, T , µq un espace mesuré et f : X Ñ r0, 8r une fonction mesu-
rable.
a) Supposons µ finie. Pour n ř P N, soit Xn :“ f ´1 prn, n ` 1rq. Montrer que f est µ-
intégrable si et seulement si nľ0 n µpXn q ă 8.
´1
b) Nous ne supposons plus µ finie. Pour
ř8 n P Z,n soit Fn :“ f pr2 , 2 rq. Montrer que f
n n`1

est µ-intégrable si et seulement si n“´8 2 µpFn q ă 8.

4
Exercice # 28. Soient pX, T , µq un espace mesuré et f : X Ñ r0, 8r une fonction mesu-
rable. Posons

Ff ptq :“ µpf ´1 pst, 8rqq “ µprf ą tsq, @ t ľ 0 ;

Ff est la fonction de distribution de f .


Pour traiter les questions suivantes, on pourra commencer par le cas où f est une fonc-
tion étagée.
a) Montrer que Ff est borélienne.
ˆ ˆ 8
b) (Décomposition en tranches) Montrer que f dµ “ Ff ptq dt.
X 0
c) Plus généralement, soitˆΦ : r0, 8rÑ ˆr0, 8r une fonction croissante de classe C 1 avec
8
Φp0q “ 0. Montrer que Φpf q dµ “ Φ1 ptqFf ptq dt.
X 0
d) (Calcul de moments) Soient 1 ĺ p ă 8 et f : X Ñ R une fonction mesurable. Montrer
que
ˆ ˆ 8
p
|f | “ p tp´1 µpr|f | ą tsq dt.
0

Exercice # 29. (L’exercice précédent, vue probabiliste) En théorie des probabilités, µ est une
probabilité, et on travaille plutôt avec la fonction de répartition Gf ptq :“ µprf ĺ tsq, @ t ľ 0.
« Traduire » l’exercice précédent en fonction de Gf .
Exercice # 30. (Inégalité de Jensen) Soit pX, T , P q un espace probabilisé. Soient I Ă R un
intervalle ouvert et Φ : I Ñ R une fonction convexe.
Nous admettons dans la suite le fait suivant (qui caractérise la convexité de Φ). Pour tout
t P I, il existe une fonction affine Ψ (c’est-à-dire, une fonction de la forme Ψpsq “ a s ` b,
@ s P R) telle que :
(i) Ψpsq ĺ Φpsq, @ s P I ;
(ii) Ψptq “ Φptq.
Soit f : X Ñ I une fonction intégrable.
a) Montrer que f dP P I.
´
`´ ˘
b) Si Ψ est affine, comparer les nombres Ψpf q dP et Ψ f dP .
´

c) En déduire l’inégalité de Jensen :


ˆ ˆˆ ˙
Φpf q dP ľ Φ f dP .

Exercice # 31. a) Écrire l’inégalité de Jensen dans les cas suivants :


(i) I :“ R, Φptq :“ et , @ t P R.
(ii) I :“s0, 8r, Φptq :“ ln t, @ t Ps0, 8r.
(iii) I :“ R, 1 ĺ p ă 8, Φptq :“ |t|p , @ t P R.
b) Obtenir, à partir de l’inégalité de Jensen appliquée à un espace probabilisé et à une fonc-
tion convexe convenables, le cas particulier suivant de l’inégalité de Cauchy-Schwarz :
˜ ¸2
ÿn ÿn
n 2
paj q ľ aj , @ n P N˚ , @ a1 , . . . an P R.
j“1 j“1

5
Exercice # 32. (Variables aléatoires indépendantes) Soient pX, T , P q un espace probabi-
lisé et f, g : X Ñ r0, 8r des variables aléatoires (=fonctions mesurables). Nous supposons
les variables aléatoires f et g indépendantes, au sens suivant :

P prf P A, g P Bsq “ P prf P Asq ¨ P prg P Bsq, @ A, B P BR .

a) Soient Φ, Ψ : r0, 8rÑ r0, 8r deux fonctions boréliennes. Montrer que Φ ˝ f et Ψ ˝ g


sont indépendantes.
b) Si f , g sont, de plus, étagées, montrer que f g dP “ f dP ¨ g dP .
´ ´ ´

À partir de maintenant, f , g ne sont plus supposées étagées.


c) Montrer qu’il existe deux suites, pfn qn et pgn qn , de fonctions étagées positives telles que
fn et gm soient indépendantes, @ n, m, fn Õ f et gn Õ g.
(Indication : examiner le procédé d’approximation d’une fonction mesurable par des
fonctions étagées et utiliser la question a)).
d) Montrer que f g dP “ f dP ¨ g dP .
´ ´ ´

e) Si f, g sont intégrables, alors f g est intégrable. Contradiction ?


f) Pourquoi ne pas considérer des mesures plus générales que des probabilités ?

Exercice # 33. (Mesures à densité) Soit pX, T , µq un espace mesuré. Soit g : X Ñ r0, 8s
une fonction mesurable.
a) Montrer que
ˆ
ν : T Ñ r0, 8s, νpAq :“ g dµ, @ A P T ,
A

est une mesure (à densité g par rapport à µ).


b) Sous quelles hypothèses sur g cette mesure est-elle :
(i) Finie ?
(ii) σ-finie ?
c) Dans pR, BR q, montrer que δ0 n’est pas une mesure à densité par rapport à ν1 .

Exercice # 34. (Formule de transfert) Soient pX, T , µq un espace mesuré et f : X Ñ Rn


une fonction mesurable.
Rappelons que la mesure image f˚ µ est la mesure borélienne sur Rn définie par

f˚ µpBq :“ µpf ´1 pBqq, @ B P BRn .

a) Montrer que pour toute fonction borélienne Φ : Rn Ñ r0, 8r nous avons la formule de
transfert
ˆ ˆ
Φ ˝ f dµ “ Φ df˚ µ.
X Rn

On pourra commencer par Φ étagée.


b) Par souci de simplicité, nous étudions ce qui suit principalement pour n “ 1. En théorie
des probabilités :
1 µ est une probabilité sur X.

6
2 Si f : X Ñ R est une variable aléatoire, ce qui est connu n’est pas µ, mais la loi de f ,
c’est-à-dire la mesure image f˚ µ, notée Pf . (Pour ajouter à la confusion, f est notée
X, et sa loi PX , mais dans ce cours X est l’espace ambient des fonctions mesurables.)
3 L’intégrale d’une variable aléatoire f (si elle existe) est désignée comme l’espérance de
f et notée Epf q.
(i) Montrer que Pf est une probabilité sur pR, BR q.
(ii) Écrire, sous réserve d’existence et à l’aide de Pf , Epf q, Epf ´ Epf qq2 , R Q t ÞÑ
Epeıtf q, qui, en langage probabiliste sont, respectivement, l’espérance, la variance et
la fonction caractéristique de f .
(iii) Que deviennent ces formules si Pf est une probabilité à densité par rapport à ν1 ?
c) Si f “ pf1 , . . . , fn q : X Ñ Rn est un vecteur aléatoire (=fonction
´ mesurable), ¯ exprimer,
ř
ı n
en fonction de la loi de f , la fonction caractéristique R Q t ÞÑ E e
n j“1 tj fj
.

Exercice # 35. (Suites croissantes de mesures)


a) Pour k P N, soit pan,k qnľ0 une suite telle que

an,k ľ 0, @ n, k ľ 0, (H1)
pank qkľ0 est croissante , @ n ľ 0. (H2)

Soit an :“ limkÑ8 an,k , @ n ľ 0.


ř ř
Montrer que limk nľ0 an,k “ nľ0 an .
b) Soit pX, T q un espace mesurable. Soit pµk qkľ0 une suite de mesures sur T telles que :

pµk pAqqkľ0 est croissante, @ A P T . (H)

Pour A P T , soit µpAq :“ limk µk pAq.


(i) Montrer que µ est une mesure sur T .
`´ ˘
(ii) Montrer que pour toute fonction T -mesurable f : X Ñ r0, 8s, la suite f dµk kľ0
est croissante.
On pourra commencer par le cas où f est étagée.
(iii) Montrer que pour toute fonction T -mesurable f : X Ñ r0, 8s, on a
ˆ ˆ
lim f dµk “ f dµ.
kÑ8

On pourra commencer par le cas où f est étagée.


#
x ` n, si x ĺ ´n
Exercice # 36. Pour tout n P N, soit fn : R Ñ R, fn pxq :“ . Montrer
0, si x ą ´n
que :
a) fn a une intégrale par rapport à la mesure de Lebesgue µ.
b) fn Õ 0.
c) fn dµ Û 0 dµ.
´ ´

d) Quelle hypothèse de théorème de convergence monotone n’est pas satisfaite ?


Exercice # 37. En considérant, sur R, les fonctions fn pxq :“ ´px ` nq´ , montrer que
l’hypothèse fn ľ 0 est essentielle pour avoir la conclusion du lemme de Fatou.

7
Exercice # 38. En considérant, dans R, la suite fn :“ χrn,n`1r , montrer que l’hypothèse de
domination est essentielle pour la validité du théorème de convergence dominée.

Exercice # 39. Nous munissons r0, 1s de la mesure de Lebesgue. Pour n P N˚ , soit m “


mpnq l’unique entier tel que m2 ĺ n ă pm ` 1q2 . Soient
„ 
n ´ m2 n ` 1 ´ m2 ?
An :“ , , fn :“ m χAn .
2m ` 1 2m ` 1

Montrer que :
a) |fn | Ñ 0.
´

b) Il n’existe pas g intégrable telle que |fn | ĺ g pour tout n P N˚ .


c) Pour tout x P r0, 1s, nous avons fn pxq Û 0.
En déduire qu’en général la conclusion de la réciproque du théorème de convergence
dominée nécessite de passer à une sous-suite.

8
Université Claude Bernard Lyon 1 Licence de mathématiques 3e année
UE Mesure et intégration & Éléments d’analyse fonctionnelle Année 2023–2024

Feuille de TD # 4
Intégrales à paramètres

Exercice # 1. Soit f : R Ñ R Lebesgue intégrable. Montrer que la transformée de Fourier de


f , définie par
ˆ
p
f ptq :“ e´ıtx f pxq dx, @ t P R,
R

est une fonction continue et bornée sur R.


Exercice # 2. (Transformée de Laplace) Soit f : r0, 8rÑ R une fonction continue et bor-
née. Nous posons
ˆ 8
L f pxq :“ e´xt f ptq dt, @ x ą 0 ;
0

c’est la transformée de Laplace de f .


dk F
a) Montrer que F est de classe C 8 sur s0, 8r et calculer k pxq pour tout k ľ 1 et x ą 0.
´ 8 ´tdx
b) Déduire de la question précédente la valeur de 0 t e dt.
´8
c) Calculer 0 pt2 ` t ` 1q e´t dt.
Exercice # 3. (Fonction zêta de Riemann) La fonction zêta de Riemann est donnée par la for-
mule
ÿ 1
ζpsq :“ , @ s ą 1.
nľ1
ns

Montrer que ζ :s1, 8rÑ R est de classe C 8 .


Exercice # 4. a) Retrouver la théorie des séries entières à partir de la théorie de l’intégra-
tion. Plus précisément, soit pan qnľ0 une suite de nombre réels (ou complexes). Soient

R :“ suptr ľ 0 ; lim an rn “ 0u
n
ř
et I :“s ´ R, Rr. Posons F pxq :“ nľ0 an xn , @ x P I. Montrer que F P C 8 pIq et que
ÿ
F pkq pxq “ npn ´ 1q ¨ ¨ ¨ pn ´ k ` 1qan xn´k , @ x P I.
nľk

ř
b) Calculer nľ1 p´1q
n
n xn´1 , |x| ă 1.
ˆ 1 x´1
t
Exercice # 5. Soit f pxq :“ dt, @ x P R.
0 1`t
a) Montrer que f est finie si et seulement si x ą 0.
b) Montrer que f est continue sur s0, 8r.

1
c) Calculer f pxq ` f px ` 1q pour x ą 0. En déduire la valeur de lim x f pxq.
xŒ0

t´1 x
Exercice # 6. Soit f px, tq :“ t pour t Ps0, 1r et x P R.
ln t
´1
a) Montrer que F pxq :“ 0 f px, tq dt est finie si et seulement si x ą ´1.
b) Montrer que F est dérivable sur s ´ 1, 8r et calculer F 1 pxq.
c) Calculer limxÑ8 F pxq. En déduire la valeur de F pxq pour x P R.
ÿ p´1qn
Exercice # 7. a) Montrer que la série converge. Notons K sa somme.
nľ1
n
ÿ xn
b) Soit f pxq :“ . Montrer que f est de classe C 1 sur s ´ 1, 1r et calculer f 1 pxq.
nľ1
n
c) Déterminer f pxq et lim f pxq.
xΫ1

d) En déduire la valeur de K.

Exercice # 8. Pour x ľ 0, soient


ˆˆ x ˙2 1
expp´x2 p1 ` t2 qq
ˆ
F pxq :“ 2
expp´t q dt et Gpxq :“ dt.
0 0 1 ` t2

a) Montrer que F et G sont de classe C 1 sur R` .


b) Calculer F 1 pxq ` G1 pxq pour x ľ 0.
´8
c) En déduire la valeur de I :“ 0 expp´t2 q dt, ainsi que la valeur de J :“ R expp´t2 {2q dt.
´

ˆ 8
lnp1 ` αx2 q
Exercice # 9. Soit Ipαq :“ dx, α ľ 0.
0 1 ` x2
a) Montrer que la fonction I : R` Ñ R est continue sur R` et de classe C 1 sur R˚` .
b) Donner la formule de I 1 pαq si α ą 0.
x2
c) Soit α P R˚` zt1u. Décomposer la fraction en éléments simples. En
p1 ` x2 qp1 ` αx2 q
déduire la valeur de I 1 pαq pour α ą 0.
d) Calculer Ipαq pour α ľ 0.
8 ˆ ˙2
sin x
ˆ
Exercice # 10. Soit f la fonction définie sur R` par f ptq :“ e´tx dx.
0 x
˚
a) Montrer que f est continue sur R` et deux fois dérivable sur R` .
b) Calculer f 2 et les limites à l’infini de f et f 1 .
c) En déduire une expression simple de f .

Exercice # 11. Soit P une probabilité sur pR` , BR` q.


a) Montrer que, pour tout x ľ 0, la fonction t ÞÑ cospxtq est P -intégrable sur R` . Soit
ˆ
F pxq :“ cospxtq dP ptq, @ x ľ 0.
R`

b) Montrer que F est continue sur R` .

2
1 ´ F pxq
c) Nous supposons que l’application t ÞÑ t2 est P -intégrable. Déterminer lim .
xÑ0 x2
(On pourra établir et utiliser l’inégalité 1 ´ cos u ĺ u2 {2.)
1 ´ F pxq
d) « Réciproquement », supposons lim inf ă 8. Montrer que l’application t ÞÑ t2
xÑ0 x2
est P -intégrable. (On pourra utiliser le lemme de Fatou.)
ˆ 8 ˆ 8
cospxtq 1 ´ cospxtq dt
Exercice # 12. Pour x P R, soient F pxq :“ dt et Gpxq :“ .
0 1`t 2
0 t2 1 ` t2
a) Montrer que F et G sont continues sur R. Calculer F p0q et Gp0q.
b) Montrer que
8
sin2 t
ˆ
F p0q ´ F pxq ` Gpxq “ C |x|, @ x P R, où C :“ dt.
0 t2

c) (i) Montrer que G est de classe C 2 sur R et que l’on a G2 pxq “ F pxq pour tout réel x.
(ii) En utilisant la question b), en déduire que F est de classe C 2 sur R˚` et est solution
d’une équation différentielle du second ordre que l’on déterminera.
(iii) En déduire l’expression de F pxq pour x ą 0 (on pourra remarquer que la fonction
F est bornée sur R). Calculer enfin F pxq pour tout réel x.
d) Déduire de tout ceci la valeur de la constante C.
Exercice # 13. (Transformée de Fourier d’une gaussienne) Soit a ą 0. Soit ga pxq :“ e´ax
2

pour x P ´R. Nous nous proposons de calculer la transformée de?Fourier de ga , donnée par
´ıtx
´ ´x2
ha ptq :“ R e ga pxq dx, @ t P R. Rappelons que R e dx “ π.
a) Montrer que ga est Lebesgue intégrable et calculer ha p0q.
b) Montrer que ha est de classe C 1 et donner la formule de sa dérivée h1a .
c) En utilisant une intégration par parties, montrer que h1a ptq “ p´t ha ptqq{p2aq.
c
π ´t2 {p4aq
d) En déduire que ha ptq “ e .
a
Exercice # 14.
´ 8Soit ha la fonction de l’exercice précédent.
´a t
Soit f ptq :“ 0 e ha ptq da. Montrer que f est de classe C 1 sur s0, 8r.
ˆ 8 ˆ ˆ ˙˙
1 x2
Exercice # 15. Pour x P R, soit F pxq :“ exp ´ `t 2
dt.
0 2 t2
a) Montrer que F est continue sur R.
b) Montrer que F est dérivable sur R˚ .
c) Montrer que, pour tout x ą 0, on a F 1 pxq “ ´F pxq.
d) En déduire la valeur de F pxq pour x réel.
expp´xq ´ expp´txq
Exercice # 16. Pour x ą 0 et t ą 0, soit f pt, xq :“ .
x
a) Montrer que pour tout t ą 0, la fonction x ÞÑ f pt, xq est Lebesgue intégrable sur R˚` .
´8
Pour t ą 0, soit F ptq :“ 0 f pt, xq dx.
b) Montrer que F est continue sur s0, 8r.
c) Montrer que F est dérivable sur s0, 8r.
d) Calculer F 1 ptq et en déduire la valeur de F ptq pour tout t ą 0.

3
8
expp´x2 yq
ˆ
Exercice # 17. Pour y ľ 0, soit F pyq :“ dx.
0 1 ` x2
a) Montrer que F est continue sur R` .
b) Calculer F p0q et déterminer lim F pyq.
yÑ8
c) Montrer que F est dérivable sur R˚` .
˚
d) Montrer que F est solution
´ 8 sur R` d’une équation différentielle du premier ordre s’ex-
primant à l’aide de I :“ 0 expp´x q dx. 2

e) En déduire, sous forme intégrale, une expression de F pyq valable pour y ľ 0.


f) Pour finir, retrouver (une ne fois !) la valeur de I.
Exercice # 18. (Fonction Gamma d’Euler)
a) Montrer que, pour tout x ą 0, l’application t ÞÑ tx´1 e´t est Lebesgue intégrable sur R˚` .
La fonction Gamma d’Euler est définie par
ˆ 8
Γpxq :“ tx´1 e´t dt, @ x ą 0.
0

b) Montrer que Γ est continue sur R˚` .


c) Montrer que Γ est de classe C 8 sur R˚` .
d) Montrer que Γ est strictement convexe.
arctanptxq
ˆ
Exercice # 19. Soit F ptq :“ dx.
R x p1 ` x q
2

a) Montrer que F est de classe C 1 sur R. Calculer F 1 ptq, puis F ptq .


ˆ ˆ ˙2
arctan x
b) En déduire la valeur de dx.
R x
8
sin x
ˆ
Exercice # 20. Nous admettons la convergence de l’intégrale généralisée I :“ dx.
0 x
8 ´xt
e
ˆ
Pour tout t ľ 0, posons Sptq :“ sin x dx.
0 x
a) Montrer que S est de classe C 1 sur s0, 8r et calculer S 1 ptq pour t ą 0.
b) Déterminer limtÑ8 Sptq et calculer Sptq pour tout t ą 0.
c) Soient A ą 0 et t ąˇ 0. ˇ
ˇ 8 e´tx sin x ˇ 2
ˆ
(i) Montrer que ˇˇ dxˇˇ ĺ .
A x A
ˆ A ´tx ˆ A
e sin x sin x
(ii) Prouver que, pour tout A ą 0, nous avons lim dx “ dx.
tŒ0 0 x 0 x
(iii) En déduire la valeur de I.
Exercice # 21. (Extension harmonique) Soit
U :“ Rˆs0, 8r“ tpx, yq P R2 ; y ą 0u.

1 y
Si px, yq P U , soit Py pxq :“ ; Py est le noyau de Poisson. Si f est Lebesgue
π x ` y2
2
intégrable sur R, posons
ˆ
upx, yq :“ Py px ´ tq f ptq dt, @ px, yq P U.
R

4
a) Montrer que u est finie en tout point de U .
b) Montrer que u est de classe C 2 sur U .
B2u B2u
c) Montrer que ∆u “ 0, où ∆upx, yq :“ ` est le laplacien.
Bx2 By 2
d) Si f est continue et bornée, montrer que

lim upx, yq “ f pxq, @ x P R.


yŒ0

Ainsi, u est « la » (en fait, une) solution du problème de Dirichlet


#
∆u “ 0 dans Rˆs0, 8r
.
limyŒ0 upx, yq “ f pxq, @ x P R

Cet u est l’extension harmonique de f .


ˆ 8
dt
Exercice # 22. Posons F pxq :“ .
0 1 ` tx
a) Déterminer l’ensemble D :“ tx P R ; F pxq P Ru. Montrer que F est continue sur D.
b) Démontrer que F est de classe C 1 sur D et que
ˆ 8 x ˆ ˙
1 t ln t 1
F pxq “ ´ 1 dt, @ x P D.
1 p1 ` tx q2 t2

En déduire le sens de variation de F .


c) Déterminer la limite à l’infini de F .
ˆ 8
dt
d) Calculer lim et lim F pxq.
xŒ1 1 1 ` tx xŒ1
Exercice # 23. Le but de cet exercice est de démontrer, pour tout x ą 0, l’identité
ˆ 8 ´xt ˆ 8
e sin t
dt “ dt,
0 1 ` t2 0 x`t
ˆ 8
sin t
et d’en déduire (à nouveau !) la valeur de dt.
0 t
ˆ 8 ´xt
e
a) Soit f pxq :“ dt, @ x ľ 0.
0 1 ` t2
(i) Montrer que f est bien définie et continue sur r0, 8r.
(ii) Montrer que f est de classe C 2 sur s0, 8r. Calculer f 1 pxq et f 2 pxq pour x ą 0.
1
(iii) Montrer que f pxq ` f 2 pxq “ , @ x ą 0.
ˆ 8 x
sin t
b) Soit gpxq :“ dt, @ x ľ 0. Rappelons que gp0q existe (en tant qu’intégrale
0 x`t
généralisée).
(i) Montrer, par intégration par parties, que gpxq existe pour tout x ą 0 (en tant qu’in-
tégrale généralisée).
(ii) Par un changement de variables, prouver que, pour x ą 0, nous avons l’identité
ˆ 8 ˆ 8
sin u cos u
gpxq “ cos x du ´ sin x du.
x u x u

5
(iii) Montrer que gpxq est de classe C 2 sur s0, 8r et calculer g 1 pxq et g 2 pxq pour x ą 0.
1
(iv) Montrer que pour tout x ą 0, gpxq ` g 2 pxq “ .
x
c) Dans cette partie, nous nous proposons de montrer l’égalité de f et de g sur s0, 8r.
(i) Montrer que lim f pxq “ 0 et que lim gpxq “ 0.
xÑ8 xÑ8

(ii) À partir de l’équation différentielle du seconde ordre vérifiée par les deux fonctions,
en déduire que f pxq “ gpxq pour x ą 0.
d) Dans cette partie, nous nous proposons de trouver gp0q.
(i) Montrer que lim gpxq “ gp0q.
xŒ0

(ii) En déduire la valeur de gp0q.

Exercice # 24. (Continuité de l’intégrale définie) Soit f : R Ñ R une fonction Lebesgue


intégrable. Posons


’ f ptq dt, si x ľ 0
&
r0,xs
F pxq :“ ˆ .

’ f ptq dt, si x ă 0

rx,0s

a) Montrer que F est continue sur R.


b) Montrer que, si f est continue en 1, alors F est dérivable en 1 et F 1 p1q “ f p1q.
c) ´De même si on suppose f localement intégrable, c’est-à-dire f est (Lebesgue) mesurable et
K
|f ptq| dt ă 8, pour tout compact K Ă R.

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UE Mesure et intégration & Éléments d’analyse fonctionnelle Année 2023–2024

Feuille de TD # 5
Mesures produit

Notations
1. νn est la la mesure de Lebesgue sur la tribu borélienne BRn de Rn .
2. λn est la mesure de Lebesgue sur la tribu de Lebesgue Ln de Rn .
3. λ est la mesure de Lebesgue sur la tribu de Lebesgue L1 de R. (Donc λ “ λ1 .)

Exercice # 1. Soient X, Y a. p. d., et µ, respectivement ν, la mesure de comptage sur X,


respectivement Y .
a) Montrer que PpXq b PpY q “ PpX ˆ Y q.
b) Montrer que µ b ν est la mesure de comptage sur X ˆ Y .

Exercice # 2. Prouver ou réfuter les assertions suivantes.


a) T b S “ tA ˆ B ; A P T , B P S u.
b) BRn b BRm “ BRn`m .
c) Ln b Lm “ Ln`m .
d) νn b νm “ νn`m .
e) λn b λm “ λn`m .
f) Soient pX, T , µq et pY, S , νq des espaces mesurés, avec µ et ν σ-finies. Soit E P T bS .
Si νpEx q “ 0 pour (presque) tout x P X, alors µ b νpEq “ 0.
g) Si µ et ν sont des mesures σ-finies, alors µ b ν est σ-finie.

Exercice # 3. Soit D :“ tpx, yq P R2 ; x ľ 0, y ľ 0, x ` y ĺ 1u.


a) Dessiner le domaine D dans le plan et déterminer Dx et Dy , @ x, y P R.
b) Montrer que D est borélien.
c) Calculer l’aire de D et D px2 ` y 2 q dxdy.
´

Exercice # 4. Calculer l’aire d’un disque.

Exercice # 5. a) Calculer r0,1s2 xexy dxdy.


´

1
ˆ
b) Calculer dxdy, où ∆ :“ tpx, yq P R2 ; 0 ĺ x, y ĺ 1, 0 ă x2 ` y 2 ĺ 1u.
∆ 1`x `y
2 2

Exercice # 6. Dans R3 , nous considérons :


(i) La demi-boule fermée D :“ tpx, y, zq P R3 ; z ľ 0, x2 ` y 2 ` z 2 ĺ 1u.
(ii) Le cône plein K :“ tpx, y, zq P R3 ; 0 ĺ z ĺ 1, x2 ` y 2 ĺ z 2 u.
(iii) Le cylindre plein C :“ tpx, y, zq P R3 ; 0 ĺ z ĺ 1, x2 ` y 2 ĺ 1u.

1
En examinant les aires des coupes des ces trois solides à la hauteur z, retrouver l’identité
d’Archimède :

volpCq “ volpDq ` volpKq,

« vol » désignant le volume d’un solide.


Vérifier cette identité à l’aide de formules connues.
Exercice # 7. Dans R3 , calculer le volume d’un cylindre (plein), pas nécessairement circu-
laire ou droit, en fonction de l’aire de sa base et de sa hauteur. Généralisation à Rn ?
Exercice # 8. a) Montrer que, si H est une homothétie de rapport k dans Rn , alors

µn pH pAqq “ k n µn pAq, @ A P BRn .

b) Comme application, calculer le volume d’une pyramide dans R3 en fonction de l’aire de


sa base et de sa hauteur.
c) Dans R3 , deux pyramides qui ont la même base et la même hauteur ont le même volume.
d) Généralisation à d’autres formes et dimensions ?
Exercice # 9. Dans R3 , on considère deux cylindres (pleins) circulaires droits infinis de
rayon 1. Si les axes des cylindres sont concurrents et orthogonaux, calculer le volume de
leur intersection.
Exercice # 10. Pour x P R et y ą 0, soit f px, yq :“ y x . Soient a et b tels que ´1 ă a ă b.
a) Montrer que f est λ2 -intégrable sur ra, bs ˆ r0, 1s.
ˆ 1 b
y ´ ya
b) Trouver la valeur de l’intégrale I :“ dy.
0 ln y
1
Exercice # 11. Pour y ą 0, soit fy px, tq :“ , avec x, t P R.
p1 ` x2 t2 qp1
` y 2 t2 q
a) Montrer que fy est λ2 -intégrable sur r0, 1s ˆ R` .
´1
b) Soit gpy, tq :“ 0 fy px, tq dx. Montrer que g est λ2 -intégrable sur r0, 1s ˆ R` .
ˆ 8ˆ ˙2
arctan t
c) Trouver la valeur de l’intégrale I :“ dt.
0 t
ˆ 8
ln x
Exercice # 12. a) Montrer que l’intégrale généralisée I :“ 2´1
dx existe et que I “
ˆ 1 0 x
ln x
2 dx.
0 x ´1
2

b) Calculer de deux façons différentes l’intégrale


dxdy
ˆ
.
R` ˆR` p1 ` yqp1 ` x yq
2

En déduire que I “ π 2 {4.


c) Déduire des questions précédentes et d’un développement en série entière de la fonction
1
x ÞÑ que
1 ´ x2
ÿ 1 π2 ÿ 1 π2
“ et “ .
nľ0
p2n ` 1q2 8 nľ1
n2 6

2
Exercice # 13. En calculant de deux façons différentes l’intégrale
ˆ 8 ˆˆ 1 ˙
´x
I :“ e sinp2xyq dy dx,
0 0

8
sin2 x
ˆ
déterminer la valeur de e´x dx.
0 x
Exercice # 14. (Variables aléatoires indépendantes à densité) Soit pX, T , P q un espace pro-
babilisé. Soient f, g : X Ñ R deux variables aléatoires indépendantes (voir l’exercice # 32
de la feuille # 3). Supposons que la loi f˚ P “ Pf de f (respectivement la loi g˚ P “ Pg de g)
a la densité F (respectivement G) par rapport à ν1 (voir les exercices # 33 et 34 de la feuille
# 3).
Soit

F b G : R2 Ñ r0, 8s, F b Gpx, yq :“ F pxq Gpyq, @ px, yq P R2 .

Nous considérons le couple pf, gq : X Ñ R2 (qui est un vecteur aléatoire, en langage


probabiliste). Montrer que la loi pf, gq˚ P “ Ppf,gq de pf, gq a la densité F b G par rapport à
ν2 .
Exercice # 15. (Transformée de Fourier d’une mesure) Soit µ une mesure borélienne finie
dans R. La transformée de Fourier de la mesure µ est définie par
ˆ
ϕpxq :“ exp p´ıxtq dµptq, @ x P R.
R

(En théorie des probabilités, on travaille plutôt avec la fonction caractéristique de µ, définie par
ˆ
ψpxq :“ ϕp´xq “ exp pıxtq dµptq, @ x P R.q
R

a) Montrer que la fonction ϕ est continue et bornée sur R.


b) Soient n ľ 1 et a P R. Montrer que
ˆ n
1
ˆ
exp pıaxq ϕpxq dx “ Kn pt ´ aq dµptq,
2n ´n R

où Kn est une fonction que l’on explicitera.


ˆ n
1
c) Déterminer lim exp pıaxq ϕpxq dx.
n 2n ´n

d) En déduire que, si lim ϕpxq “ 0, alors µ est une mesure diffuse.


|x|Ñ8

e) Même conclusion si ϕ est Lebesgue intégrable sur R.


Exercice # 16. Soit µ la mesure de comptage sur pr0, 1s, Br0,1s q.
a) Soit ∆ :“ tpx, xq ; x P r0, 1su. ∆ est-il un borélien de R2 ? De r0, 1s2 ?
b) Justifier l’existence des intégrales itérées suivantes, et les calculer.
ˆ ˆˆ ˙
I1 :“ χ∆ px, yq dλpxq dµpyq,
r0,1s r0,1s
ˆ ˆˆ ˙
I2 :“ χ∆ px, yq dµpyq dλpxq.
r0,1s r0,1s

3
c) Quelle hypothèse d’un théorème important n’est pas satisfaite ?

Exercice # 17. a) Énoncer les hypothèses et les conclusions des théorèmes de Tonelli et Fu-
bini pour la mesure de comptage sur N ˆ N.
b) Soit
$

&1, si n “ m ´ 1
f : N ˆ N Ñ R, f pn, mq :“ ´1, si n “ m ` 1 .

%
0, si n “
­ m˘1
ř ř ř ř
Calculer n m f pn, mq et m n f pn, mq, et vérifier si les conditions de point précé-
dent sont satisfaites.

Exercice # 18. Pour px, yq P r´1, 1s2 , soit


#
pxyq{px2 ` y 2 q2 , si px, yq ‰ p0, 0q
f px, yq :“ .
0, sinon

a) Montrer que les intégrales itérées de f existent et sont égales.


b) La fonction f est-elle λ2 -intégrable sur r´1, 1s2 ?

Exercice # 19. Soient µ1 , µ2 deux mesures boréliennes, σ-finies, non nulles, sur R, telles
que

µ1 b µ2 pR2 z∆q “ 0, où ∆ :“ tpx, xq ; x P Ru.

Le but de cet exercice est de montrer qu’il existe a P R et b1 , b2 Ps0, 8r tels que µ1 “ b1 δa
et µ2 “ b2 δa . (Et réciproquement.)
a) Montrer que si A1 , A2 P BR sont tels que µ1 pA1 q ą 0 et µ2 pA2 q ą 0, alors µ1 b µ2 pA1 ˆ
A2 q ą 0.
b) Avec A1 , A2 comme ci-dessus, en déduire que pA1 ˆA2 qX∆ ‰ H, puis que A1 XA2 ‰ H.
c) Soit A P BR tel que µ1 pAq ą 0. En utilisant les questions précédentes, montrer que
µ2 pRzAq “ 0, puis que µ2 pAq ą 0, et enfin que µ1 pRzAq “ 0.
d) Conclure en utilisant l’exercice # 42 de la feuille #2.

Exercice # 20. Soit µ la mesure de comptage sur N, ν une mesure σ-finie sur X, et soient
fn : X Ñ R des fonction mesurables, @ n P N. Soit f pn, xq :“ fn pxq, @ n P N, @ x P X.
a) Quelles hypothèses supplémentaires doit-on ajouter pour pouvoir appliquer le théorème
de Tonelli à µ b ν et à f , et quelle est l’identité obtenue ?
b) Quelles hypothèses supplémentaires doit-on ajouter pour appliquer le théorème de Fu-
bini à µ b ν et à f , et quelle est l’identité obtenue ?
c) Les identités obtenues dans les deux questions précédentes restent-elles valides si ν n’est
plus supposée σ-finie ?

Exercice # 21. Soient µ, ν deux probabilités sur BR . Soient

Fµ ptq :“ µpst, 8rq, Gµ ptq :“ µps ´ 8, tsq, Hµ ptq :“ µpttuq, @ t P R.

On définit de manière analogue Fν , Gν et Hν .


a) Montrer que les fonctions Fµ , Gµ et Hµ sont boréliennes.

4
b) Montrer que Fµ dν “ pGν ´ Hν q dµ.
´ ´
R R
c) Soient Dµ :“ tt P R ; Hµ ptq ‰ 0u et Dν :“ tt P R ; Hν ptq ‰ 0u.
(i) Expliquer pourquoi les ensembles Dµ et Dν sont a. p. d.
(ii) Montrer l’égalité suivante :
ˆ ˆ ÿ
Fµ dν ` Fν dµ ` Hµ ptq Hν ptq “ 1.
R R tPDµ XDν

Exercice # 22. Soit µ une mesure borélienne finie dans R. Soit


1 y
ˆ
Hµ px, yq :“ dµptq, @ x P R, @ y ą 0.
π R y ` px ´ tq2
2

Par analogie avec l’exercice # 21 de la feuille # 4, Hµ est l’extension harmonique de µ.


Le but de cet exercice est de montrer que si Hµ “ Hν , alors µ “ ν.
a) Montrer que Hµ est continue.
b) Soit x P R. Déterminer lim y Hµ px, yq.
yŒ0
ˆ b
c) Soient a ă b deux réels. Déterminer lim Hµ px, yq dx.
yŒ0 a
d) Soit ν une autre mesure borélienne finie dans R. On suppose que Hµ “ Hν . Montrer
que µ “ ν.

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Feuille de TD # 6
Changement de variables

Notations
´8
a) Pour x ą 0, Γpxq :“ 0
tx´1 e´t dt Ps0, 8r (c’est la fonction Gamma d’Euler).
b) νn est la mesure de Lebesgue sur les boréliens de Rn .
c) λn est la mesure de Lebesgue (complète) dans Rn .

Exercice # 1. On demande de calculer


ˆ π
dx
I :“ .
0 1 ` cos x
2

Voici une « solution ».

π π
dx 1 ` tan2 x
ˆ ˆ
I“ “ dx.
1 2 ` tan2 x
0 1` 0
1 ` tan2 x

1
En posant t :“ tan x, nous avons dt “ dx “ p1 ` tan2 xq dx, d’où
cos2 x
tan π 0
dt dt
ˆ ˆ
I“ “ “ 0.
tan 0 2 ` t2 0 2 ` t2

a) Pourquoi est-ce manifestement faux ?


b) Où est l’erreur de raisonnement ?
c) Quelle est la valeur de I ?

Exercice # 2. Vrai ou faux. Si Φ :sa, brÑsc, dr est un C 1 -difféomorphisme et f :sc, drÑ R


est mesurable, alors
ˆ d ˆ b
f pxq dx “ f pΦpyqq Φ1 pyq dy
c a

au sens du théorème de changement de variables.

Exercice # 3. (Fonction Bêta d’Euler)


a) Montrer que, @ x ą 0, @ y ą 0, l’application t Ñ tx´1 p1 ´ tqy´1 est λ1 -intégrable sur
s0, 1r.
La fonction Bêta d’Euler est définie par
ˆ 1
Bpx, yq :“ tx´1 p1 ´ tqy´1 dt, @ x, y ą 0.
0

1
ˆ
b) Soient x ą 0, y ą 0 et I :“ tx´1 sy´1 e´pt`sq dsdt. Calculer I en utilisant le
R˚ ˚
` ˆR`
changement de variables dans R2 : u “ t et v “ t ` s.
c) En calculant I d’une autre manière, établir, pour x, y ą 0, l’identité

Γpxq Γpyq
Bpx, yq “ . (1)
Γpx ` yq
Exercice # 4. a) Soit H : R2 Ñ R2 , Hpu, vq :“ ps, tq, avec s :“ uv et t :“ up1 ´ vq.
Montrer que H est un C 1 -difféomorphisme de l’ouvert U “s0, 8rˆs0, 1r sur pR˚` q2 .
b) Calculer l’intégrale I de l’exercice précédent en utilisant le changement de variables H,
et retrouver l’identité (1).
1
ˆ
Exercice # 5. a) Calculer dxdy, où ∆ :“ tpx, yq P R2 ; 0 ĺ x, y ĺ 1, 0 ă
∆ 1 ` x 2 ` y2

x2 ` y 2 ĺ 1u.
" 2
*
2 x y2
b) Calculer l’aire de D :“ px, yq P R ; 2 ` 2 ĺ 1; x ľ 0, y ľ 0 (avec a, b ą 0 para-
a b
mètres).
c) Calculer D px2 ` y 2 q dxdy.
´

d) Soient a, b ą 1. Calculer l’aire de B, où B est l’ouvert délimité par les courbes d’équation
y “ ax, y “ x{a, y “ b{x et y “ 1{pbxq et contenant le point p1, 1q.

Exercice # 6. Pour n ľ 1, soit Un :“ tx P Rn ; x1 ą 0, . . . , xn ą 0, x1 ` ¨ ¨ ¨ ` xn ă 1u.


Soit Sn :“ λn pUn q. Etablir une relation entre Sn et Sn´1 . En déduire la valeur de Sn .

Exercice # 7. Soient 0 ĺ a ă b. Soit


?
D :“ tpx, yq P R2 ; 0 ă x ă y ă x2 ` 1 et a ă xy ă bu.

a) Montrer que D est un borélien.


b) À l’aide du changement de variables u :“ y 2 ´ x2 , v :“ xy, que l’on justifiera, calculer
l’intégrale I :“ D py ´ x2 qxy px2 ` y 2 q dxdy en fonction de a et b.
2
´

Exercice # 8. Soit U la partie de R3 définie par

U :“ tpu, v, wq P R3 ; u ą 0, v ą 0, w ą 0, uv ă 1, uw ă 1, vw ă 1u.

a) Montrer que U est borélien.


b) Calculer I :“ U u v w dudvdw. On pourra, après l’avoir justifié, utiliser le changement
´

de variables suivant :
? ? ?
px, y, zq “ Φpu, v, wq :“ p vw, wu, uvq.

Exercice # 9. Soit f : R˚` Ñ R` une fonction borélienne. Pour a, b, c ą 0 fixés, soit


ˆ
Ia,b,c :“ xa´1 y b´1 z c´1 f px ` y ` zq dxdydz.
pR˚
`q
3

H x x`y
a) Soit px, y, zq ÞÝÝÑ pu, v, wq, où u :“ x ` y ` z, v :“ et w :“ . Montrer
x`y x`y`z
que H est un C 1 -difféomorphisme de pR˚` q3 sur un ouvert U de R3 que l’on déterminera.

2
b) En utilisant H et la formule (1), en déduire que
Γpaq Γpbq Γpcq 8 a`b`c´1
ˆ
Ia,b,c “ u f puq du. (2)
Γpa ` b ` cq 0
Exercice # 10. Soient α, β, γ ą 0. Soit
dxdydz
ˆ
J :“ .
3 1 ` x ` y ` z
α β γ
pR˚
`q

A quelle condition sur α, β, γ, l’intégrale J est-elle finie ?


Trouver la réponse de deux façons différentes :
a) En utilisant le théorème de Tonelli.
b) En utilisant (2).
Exercice # 11. Soit B :“ tpx, y, zq P R3 ; x2 ` y 2 ` z 2 ă 1u.
a) Calculer
ˆ
L :“ |x|a´1 |y|b´1 |z|c´1 dxdydz :
B

(a) En utilisant les coordonnées sphériques.


(b) En utilisant (2).
b) Que retrouve-t-on dans le cas a “ b “ c “ 1 ?
´8 2 ?
Exercice # 12. Rappelons que 0 e´t dt “ 12 π. Soit
ˆ 8
e´pat `x{t q dt, @ a ą 0, @ x ľ 0.
2 2
Ha pxq :“
0

a) Montrer que la fonction Ha : r0, 8rÑ R est continue.


b) Calculer Ha p0q.
c) Montrer que la fonction Ha est dérivable sur s0, 8r.
d) Calculer, pour x ą 0, Ha1 pxq en fonction de Ha pxq. Indication : utiliser le changement de
α
variable t :“ , avec α convenablement choisi.
s
e) En déduire que
c
1 π ´2?ax
Ha pxq “ e , @ a ą 0, @ x ľ 0. (3)
2 a
Exercice # 13. Pour α ą 0, soit
ˆ
e´pxy `x{y q xα´1{2 dxdy.
2 2
Jpαq :“
pR˚
`q
2

?
π
a) En utilisant (3), montrer que Jpαq “ α`1 Γpαq.
2
b) En utilisant le changement de variables u :“ xy 2 , v :“ x{y 2 , que l’on justifiera, montrer
que
ˆ ˙
1 ´α¯ α`1
Jpαq “ Γ Γ .
4 2 2

3
´α¯ ˆ ˙ ?
α`1 π
c) En déduire la formule Γ Γ “ α´1 Γpαq, α ą 0.
2 2 2
ex ` e´x
Exercice # 14. Rappelons que la fonction cosinus hyperbolique est définie par cosh x :“ .
2
a) Nous considérons les intégrales suivantes
dsdt dsdt dudv
ˆ ˆ ˆ
A :“ , B :“ , C :“ .
R2` cosh s ` cosh t R2 cosh s ` cosh t R2 cosh u cosh v

(i) Vérifier que B “ 4A et C “ π 2 .


(ii) En utilisant le changement de variables s :“ u ´ v, t :“ u ` v, calculer B, puis A.
´8
b) Soit H : R˚` Ñ R, définie par Hpxq :“ 0 expp´x cosh tq dt.
(i) Démontrer que H est décroissante et continue sur s0, 8r. Déterminer les limites
de H en 0 et à l’infini.
´8
(ii) Montrer que 0 Hpxq dx “ π{2.
´8
(iii) En utilisant l’intégrale A, montrer que 0 rHpxqs2 dx “ π 2 {4.
dxdy
ˆ
Exercice # 15. Soit J :“ .
s0,1rˆs0,1r 1 ´ xy
ÿ 1
a) Montrer que J “ 2
.
nľ1
n
b) Effectuer le changement de variables x :“ u ´ v et y :“ u ` v et en déduire que
2 dudv
ˆ
J“ ,
Q 1´u `v
2 2

où Q est un quadrilatère du plan que l’on déterminera.


c) Effectuer le changement de variable u :“ cos t et en déduire que J “ π 2 {6. Rappels :
1 ´ cos t
“ tanpt{2q, @ t P Rzπ Z, et arctanpzq ` arctanp1{zq “ π{2, @ z P R.
sin t
Exercice # 16. (Théorème du changement de variable dans R) Soit Φ :sa, brÑsc, dr, avec
sa, br, sc, drĂ R. Nous supposons Φ un C 1 -difféomorphisme, c’est-à-dire : Φ P C 1 , Φ bijectif
et Φ1 pxq ‰ 0, @ x Psa, br.
a) Montrer que Φ1 est de signe constant sur sa, br.
Dans la suite nous supposons Φ1 pxq ą 0, @ x Psa, br. Nous nous proposons de montrer
la validité du théorème du changement de variable : si f :sc, drÑ R est borélienne et si
gpyq :“ f pΦpyqq Φ1 pyq, @ y Psa, br, alors f a une intégrale de Lebesgue si et seulement si
g en a une et dans ce cas
ˆ ˆ ˆ d ˆ b
f dν1 “ g dν1 , ou encore f pxq dx “ f pΦpyqq Φ1 pyq dy. (4)
sc,dr sa,br c a

b) Montrer la validité de (4) si f :“ χI , avec I Ăsc, dr intervalle.


c) En déduire que (4) est vraie si f “ χB , avec B P Bsc,dr . Indication : classe monotone.
d) En déduire que (4) est vraie si f est borélienne positive.
e) Conclure.
f) Et si f est Lebesgue mesurable ?

4
g) Et si Φ1 pxq ă 0, @ x Psa, br ?
Exercice # 17. Soient f, g : Rn Ñ R deux fonctions Lebesgue mesurables. Nous nous
proposons de montrer l’égalité
ˆ ˆ
f px ´ yq gpyq dy “ f pyq gpx ´ yq dy, @ x P Rn . (5)
Rn Rn

a) Donner un sens à l’égalité (5).


b) La justifier.
Exercice # 18. Soit | | la norme euclidienne standard sur Rn . Soit f :s0, 8rÑ R une fonc-
tion borélienne.
a) Nous nous proposons de montrer qu’il existe une constante C Ps0, 8r (dépendant uni-
quement de n, en particulier indépendante de f ) telle que
ˆ ˆ 8
f p|x|q dx “ C rn´1 f prq dr. (6)
Rn 0

(i) Donner un sens à l’égalité (6).


(ii) La justifier (pour C convenable).
2 π n{2
e´|x| dx, montrer que C “
2
b) En calculant de deux façons différentes .
´
Rn
Γpn{2q
c) Calculer, en fonction de la fonction Γ, le volume de la boule euclidienne unité.
Exercice # 19. Soit || || une norme quelconque sur Rn . Nous nous proposons´de trouver un
analogue de l’égalité (6) de l’exercice précédent pour le calcul de l’intégrale Rn f p||x||q dx,
où f :s0, 8rÑ R est borélienne.
a) Supposons d’abord f ľ 0. En utilisant les coordonnées sphériques, montrer l’existence
d’une constante C 1 Ps0, 8r telle que
ˆ ˆ 8
1
f p||x||q dx “ C rn´1 f prq dr. (7)
Rn 0

b) Montrer que (7) reste encore vraie (dans un sens à expliquer) si f n’est plus supposée
positive.
c) Soient U :“ tx P Rn ; ||x|| ą 1u et a P R. Quelle est la nature de U ||x||´a dx ?
´

Exercice # 20. Soit f P L 1 pRq. Montrer l’égalité


ˆ ˆ
f pxq dx “ f px ´ 1{xq dx.
R R

Exercice # 21. Pour toute fonction F : R Ñ R borélienne et bornée, soit


F px ` yq
ˆ
IpF q :“ dxdy.
R2 π p1 ` x qp1 ` y q
2 2 2

a) Montrer que IpF q est bien définie.


b) Calculer IpF q si F pxq :“ sin x, @ x P R.
c) Montrer, en utilisant un changement de variables, que
F px ` yq F pzq
ˆ ˆ
dxdy “ 2 dz.
R2 π p1 ` x qp1 ` y q R πp4 ` z q
2 2 2 2

5
d) Soit Fλ pxq :“ cos pλxq, @ x P R, avec λ P R paramètre. Soit Gpλq :“ IpFλ q. Écrire G
comme la transformée de Fourier d’une fonction que l’on précisera.
e) Montrer que, pour toute fonction F : R Ñ R borélienne et bornée, nous avons
ˆ ˙
x F pzq
ˆ ˆ
´x2 {2´y 2 {2
F e dxdy “ 2 dz.
R 1`z
y 2
R2

6
Université Claude Bernard Lyon 1 Licence de mathématiques 3e année
UE Mesure et intégration & Éléments d’analyse fonctionnelle Année 2023–2024

Feuille de TD # 7
Espaces Lp . Convolution

Cadre. Sauf mention contraire, nous travaillons dans un espace mesuré pX, T , µq. Les es-
paces L p et Lp , 1 ĺ p ĺ 8, sont relatifs à cet espace mesuré.
Exercice # 1. (Inégalité de Young) Soient 1 ă p, q ă 8 exposants conjugués. Alors
ap b q
ab ĺ ` , @ a, b P r0, 8r.
p q
Indication : étudier, pour b fixé, la fonction a ÞÑ ap {p ` bq {q ´ ab.
Exercice # 2. Soient f, g : X Ñ R mesurables. Montrer les propriétés suivantes.
a) }tf }p “ |t| }f }p , @ t P R (avec la convention 0 ¨ 8 “ 0).
b) Si f “ g p. p., alors }f ´ g}p “ 0 et }f }p “ }g}p .
c) }f }p “ 0 si et seulement si f “ 0 p. p.
d) La définition de }f }8 est correcte, au sens suivant. Soit A :“ tM P r0, 8s ; |f pxq| ĺ
M p. p.u. Alors A est non vide et A a un plus petit élément, m. Cet m est le plus petit
nombre C de r0, 8s avec la propriété |f pxq| ĺ C p. p.
e) }f ` g}p ĺ }f }p ` }g}p pour p “ 1 et p “ 8. (Ici, f, g : X Ñ R.)
Exercice # 3. Soit U un ouvert non vide de Rn , muni de la mesure de Lebesgue sur BU . Si
f P CpU q, montrer que }f }8 “ sup |f |.
U

Exercice # 4. Soit pX, T , µq un espace mesuré. Nous considérons des fonctions f, g : X Ñ


R (pas nécessairement mesurables). Montrer que la relation d’équivalence f „ g si et seule-
ment si f “ g p. p. a les propriétés suivantes.
a) Si f „ f1 et g „ g1 , alors f ` t g „ f1 ` t g1 , @ t P R (à condition que les fonctions soient
finies en tout point).
b) Si f „ f1 et g „ g1 , alors f g „ f1 g1 .
c) Si f „ g et si Φ : R Ñ R, alors Φ ˝ f „ Φ ˝ g.
d) Dans cette question, X :“ Rn et µ :“ λn .
(i) Soit τh f pxq :“ f px ´ hq, @ x, h P Rn . Si f „ g, alors τh f „ τh g, @ h.
(ii) Soient f, g, f1 , g1 : Rn Ñ R, avec f „ f1 et g „ g1 . Soit x P Rn . Alors h „ h1 , où

hpyq :“ f px ´ yq gpyq, h1 pyq :“ f1 px ´ yq g1 pyq, @ y P Rn .


Exercice # 5. Nous considérons la relation d’équivalence de l’exercice précédent, mais uni-
quement pour des fonctions mesurables.
a) Nous travaillons dans pRn , Ln , λn q. Montrer que toute classe d’équivalence contient un
représentant borélien.
b) Même propriété si à la place de Rn nous considérons une partie borélienne de Rn .

1
c) Généralisation ?
Exercice # 6. Donner un sens aux expressions suivantes.
a) « f P Lp , f ľ 0 ».
b) « rf P Lp , }f }p “ 0s ùñ f “ 0 ».
Exercice # 7. Donner un sens aux affirmations suivantes, puis les prouver ou les réfuter.
a) Si f P Lp , alors f est mesurable.
b) Si f P Lp , avec 1 ĺ p ă 8, alors f est finie p. p.
c) f P L1 ùñ µptx P X ; |f pxq| ą tuq ĺ }f }1 {t, @ t ą 0.
Plus généralement, si 1 ĺ p ă 8 et f P Lp , alors

f P Lp ùñ µptx P X ; |f pxq| ą tuq ĺ }f }pp {tp , @ t ą 0 (inégalité de Markov).


Exercice # 8. Nous munissons les parties boréliennes U de Rn de la mesure de Lebesgue
λn . Décider pour quelles valeurs de p nous avons f P L p pU, λn q si :
1
a) U :“s0, 1s, f pxq :“ a , a P R.
x
b) U :“ R, f :“ χQ .
sin x
c) U :“s0, 8r, f pxq :“ .
x
sin |x|
d) U :“ tx P Rn ; |x| ľ 1u, f pxq :“ , a P R (avec « | | » la norme euclidienne
|x|a
standard).
Exercice # 9. Soit 1 ĺ p ă 8. Si f est mesurable, soit

Ff ptq :“ µptx P X ; |f pxq| ą tuq

la fonction de répartition de f .
a) Si µ est σ-finie, montrer la formule du gâteau en étages
ˆ 8
p
}f }p “ p tp´1 Ff ptq dt. (1)
0

b) Montrer que (1) reste vraie sans l’hypothèse µ σ-finie. Indications : commencer par une
fonction étagée, et traiter le cas général par convergence monotone.
Exercice # 10. (Espaces `p )
a) Si µ est la mesure de comptage, alors l’égalité p. p. équivaut à l’égalité. Ainsi, nous pou-
vons identifier naturellement L p et Lp .
Si X “ N muni de la mesure de comptage sur PpNq, alors nous définissons

`p “ `p pNq :“ L p “ Lp , @ 1 ĺ p ĺ 8.

Nous définissons de même `p pAq, avec A a. p. d. (Cas particuliers importants : A “ Z,


A “ N˚ .)
b) Si pan qn est une suite indexée sur n P N, montrer que
#` ř ˘
p 1{p
n |an | , si 1 ĺ p ă 8
}pan qn }p “ .
supn |an |, si p “ 8

2
c) Montrer que, si 1 ĺ p1 ĺ p2 ĺ 8, alors `1 Ă `p1 Ă `p2 Ă `8 . De plus, ces inclusions
sont « continues » : si 1 ĺ p ĺ r ĺ 8, alors }pan qn }r ĺ }pan qn }p .
d) Soit pan qn P `p , avec p ă 8. Montrer que pour tout r ą p nous avons limsÑr }pan qn }s “
}pan qn }r .
e) Si 1 ĺ r ă 8 et pan qn est une suite arbitraire, alors limsŒr }pan qn }s “ }pan qn }r .

Exercice # 11. (Espaces Lp quand la mesure est finie) Nous supposons µ finie.
a) Montrer que si 1 ĺ p1 ĺ p2 ĺ 8, alors L8 Ă Lp2 Ă Lp1 Ă L1 .
Plus spécifiquement, montrer que, 1 ĺ p ĺ r ĺ 8, alors }f }p ĺ pµpXqq1{p´1{r }f }r ,
@ f.
b) Soit f P Lp , avec p ą 1. Montrer que pour tout 1 ĺ r ă p nous avons limsÑr }f }s “
}f }r .
c) Si f P L8 , alors :
(i) f P Lp , @ 1 ĺ p ă 8.
(ii) L’application r1, 8s Q p ÞÑ }f }p est continue. En particulier, lim }f }p “ }f }8 .
pÑ8

Exercice # 12. Nous travaillons dans I “s0,


´ x 8r muni de la mesure de Lebesgue. Soient
1 ĺ p ĺ 8 et f P L pIq. Posons F pxq :“ 0 f ptq dt, @ x ľ 0.
p

a) Donner un sens à cette définition. Montrer que F est bien définie.


b) Si p “ 8, montrer que F est lipschitzienne.
c) Si 1 ă p ă 8, montrer que F est « hölderienne » : il existe C ă 8 et α Ps0, 1r (que l’on
déterminera) tels que |F pxq ´ F pyq| ĺ C |x ´ y|α , @ x, y ľ 0.
d) Si p “ 1, montrer que F est continue.
e) Si p “ 1, montrer que F est « absolument continue » : pour tout ε ą 0, il existe δ ą 0 tel
que si 0 ĺ a1 ă b1 ĺ a2 ă b2 ĺ ¨ ¨ ¨ ĺ an ă bn sont tels que pb1 ´ a1 q ` pb2 ´ a2 q ` ¨ ¨ ¨ `
pbn ´ an q ă δ, alors |F pb1 q ´ F pa1 q| ` |F pb2 q ´ F pa2 q| ` ¨ ¨ ¨ ` |F pbn q ´ F pan q| ă ε.
Indication : lemme de Lebesgue.

Exercice # 13. (Lemme de Brezis-Lieb) Soit 1 ĺ p ă 8. Nous considérons une suite pfj q Ă
L p telle que :
i) }fj }p ĺ C0 ă 8, @ j.
ii) fj Ñ f .

a) Montrer que f P L p .
b) A-t-on nécessairement fj Ñ f dans L p ?
Dans la suite, nous nous proposons de montrer le lemme de Brezis-Lieb
ˆ ˆ ˆ
|fn | “ |f | ` |fn ´ f |p ` op1q quand n Ñ 8.
p p
(2)

En fait, nous allons montrer la conclusion plus forte


ˆ
||fn |p ´ |f |p ´ |fn ´ f |p | Ñ 0. (3)

c) Expliquer pourquoi (3) ùñ (2).

3
d) Si p “ 1, montrer que

||fn | ´ |f ´ fn || ĺ |f |

et conclure via le théorème de convergence dominée.


e) Si 1 ă p ă 8, montrer que :
(i) Il existe C ă 8 telle que
#
C, si |t| ĺ 1
||t|p ´ |t ´ 1|p ´ 1| ĺ .
C|t| , si |t| ľ 1
p´1

(ii) En déduire que


#
C|f |p , si |fn | ĺ |f |
p p p
||fn | ´ |fn ´ f | ´ |f | | ĺ . (4)
C|fn | |f |, si |fn | ľ |f |
p´1

(iii) Soit M ľ 1. On définit

An,M :“ tx P X ; |fn pxq| ĺ M |f pxq|u,


Bn,M :“ tx P X ; |fn pxq| ą M |f pxq|u.

En utilisant (4) et le théorème de convergence dominée, montrer que


ˆ
||fn |p ´ |fn ´ f |p ´ |f |p | Ñ 0.
An,M

(iv) Montrer que

Cp
ˆ
|f |p ĺ 0p . (5)
Bn,M M

(v) Utiliser (5), la deuxième inégalité de (4) et l’inégalité de Hölder pour montrer que
ˆ
lim sup ||fn |p ´ |fn ´ f |p ´ |f |p || “ 0.
M Ñ8 n Bn,M

(vi) Conclure.

Exercice # 14. Soit 1 ĺ p ĺ 8. Si fn Ñ f dans L p et fn Ñ g p. p., quelle est la relation


entre f et g ?

Exercice # 15. a) En examinant la preuve de l’inégalité de Hölder, montrer le résultat sui-


vant.
Soient f P Lp zt0u et g P Lq zt0u, avec 1 ă p, q ă 8 conjugués et f, g ľ 0. Alors
ˆ
f g “ }f }p }g}q ðñ rD C Ps0, 8r tel que f p “ C g q s.

b) Si nous ne supposons plus f, g ľ 0, montrer que


ˆ
f g “ }f }p }g}q ðñ rD C Ps0, 8r tel que |f |p´1 f “ C |g|q´1 gs.

4
Exercice # 16. a) En utilisant éventuellement l’exercice précédent, montrer le résultat sui-
vant.
Si 1 ă p ă 8 et f, g P Lp zt0u, alors

}f ` g}p “ }f }p ` }g}p ðñ rD C Ps0, 8r tel que f “ C gs.

b) Que devient cette condition si p “ 1 ?


řk
Exercice # 17. Soient 1 ĺ p2 , . . . , pk ĺ 8 tels que j“1 1{pj “ 1. Alors

}f1 f2 ¨ ¨ ¨ fk }1 ĺ }f1 }p1 }f2 }p2 ¨ ¨ ¨ }fk }pk , @ f1 , f2 , . . . , fk : X Ñ R.

Exercice # 18. Soient 1 ĺ p0 ă p ă p1 ĺ 8.


1 θ 1´θ
a) Montrer qu’il existe un unique θ Ps0, 1r tel que “ ` .
p p0 p1
p1 , @ f .
b) Montrer que }f }p ĺ }f }θp0 }f }1´θ
Exercice # 19. (Inégalités pour des opérateurs à noyau) Nous travaillons dans un espace
produit pX ˆ Y, T b S , µ b νq, avec µ et ν σ-finies. Toutes les fonctions considérées sont
mesurables et, par souci de simplicité, positives. Un noyau est une fonction K : X ˆ Y Ñ R` .
Soient 1 ă p, q ă 8 deux exposants conjugués. Nous voulons majorer les quantités
ˆ
A “ Apf, gq :“ Kpx, yq f pxq gpyq dµ b νpx, yq, avec f : X Ñ R` , g : Y Ñ R` ,
XˆY
ˇˇ ˇˇ
ˇˇ ˇˇ
ˆ
ˇˇ
B “ Bpf q :“ ˇˇy ÞÑ Kpx, yq f pxq dµpxqˇˇˇˇ avec f : X Ñ R` .
Y p

a) Montrer que

Bpf q “ suptApf, gq ; g P L q pY ; R` q, ||g||q ĺ 1u.

b) Soient α : X Ñ R˚` , γ : Y Ñ R˚` . En utilisant l’identité (évidente)


ˆ ˙ ˆ ˙
1{p αpxq 1{q γpyq
Kpx, yq f pxq gpyq “ rKpx, yqs f pxq ˆ rKpx, yqs gpyq ,
γpyq αpxq

l’inégalité de Hölder (avec les exposants p et q) et le théorème de Tonelli, obtenir l’inéga-


lité
ˆˆ ˙1{p
p p
Apf, gq ĺ F pxq α pxq f pxq dµpxq
X
ˆˆ ˙1{q (6)
ˆ Gpyq γ q pyq g p pyq dνpyq ,
Y


Kpx, yq Kpx, yq
ˆ ˆ
F pxq :“ dνpyq, Gpyq :“ dµpxq.
Y γ p pyq X αq pxq

c) (Inégalité de Schur) En prenant αpxq ” 1, γpyq ” 1, obtenir l’inégalité de Schur


„ ˆ 1{p „ ˆ 1{q
Bpf q ĺ sup Kpx, yq dνpyq sup Kpx, yq dµpxq ||f ||p .
xPX Y yPY X

5
d) (Inégalité de Young) En prenant αpxq ” 1 et γpyq ” 1, obtenir, pour f, h : Rn Ñ R` ,
l’inégalité de Young ||h ˚ f ||p ĺ ||h||1 ||f ||p .
e) (Inégalité de Hardy) En prenant αpxq “ γpxq “ x1{pp`qq , obtenir l’inégalité de Hardy
ˆ 8 ˆˆ x ˙p ˆ 8
1 p
p
f pyq dy dx ĺ q f p pxq dx.
0 x 0 0

f) (Inégalités de Hilbert-Schur-Hardy-Riesz) Préliminaire. Nous admettons la formule des


compléments (due à Euler)
ˆ 8
1 π
dt “ , @ 0 ă a ă 1. *
0 pt ` 1q ta sinpπaq
En prenant αpxq “ γpxq “ x1{pp`qq , montrer les inégalités de Hilbert-Schur-Hardy-Riesz
f pxqgpyq π
ˆ
dxdy ĺ ||f ||p ||g||q ,
s0,8r2 x`y sinpπ{pq
ˆ 8 ˇˆ 8 ˇp ˆ ˙p
ˇ f pxq ˇ π
ˇ dxˇˇ dy ĺ ||f ||pp .
ˇ x ` y sinpπ{pq
0 0

Exercice # 20. (Inégalité de Hardy, encore) Nous proposons ici une autre approche pour
montrer l’inégalité de Hardy obtenue dans l’item e) de l’exercice précédent. Nous travaillons
dans I “s0, 8r muni
´ x de la mesure de Lebesgue. Soit 1 ă p ă 8. Si f P L “ L pIq, nous
p p

posons F pxq :“ 0 f ptq dt, @ x ą 0.


a) Si f P Cc8 pIq, montrer à l’aide d’une intégration par parties l’inégalité de Hardy
ˆ 8 ˆ ˙p ˆ 8
|F pxq|p p
dx ĺ |f pxq|p dx. (7)
0 x p p´1 0

b) Montrer que l’inégalité (7) reste vraie pour tout f P L p .


Exercice # 21. (Inégalité de Landau)
a) Soit f : R Ñ R. Si f est Lebesgue intégrable, montrer qu’il existe une suite pRn qn telle
que :
(i) 2n ĺ Rn ĺ 2n ` 1, @ n.
(ii) f pRn q Ñ 0.
b) Si, de plus, f est dérivable, montrer qu’il existe une suite pSn qn telle que
(i) Rn ă Sn ă Rn`1 , @ n (et donc Sn Ñ 8).
(ii) f pSn q f 1 pSn q Ñ 0.
Indication : appliquer le théorème des accroissements finis à f 2 .
De même, il existe pTn qn telle que Tn Ñ ´8 et f pTn q f 1 pTn q Ñ 0.
c) (Inégalité de Landau) Soit f : R Ñ R une fonction deux fois dérivable telle que f soit
(Lebesgue) intégrable et f 2 soit bornée. Montrer que f 1 P L 2 pR, ν1 q et l’inégalité de Lan-
dau
ˆ ˆ
1 2 2
pf q ĺ }f }8 |f |.
R R
ˆ Sn
On pourra commencer par calculer l’intégrale pf 1 q2 pxq dx si, de plus, f P C 2 .
Tn
*. Cette identité peut s’obtenir, par exemple, en appliquant le théorème des résidus en analyse complexe.

6
Exercice # 22. a) Soit 1 ĺ p ĺ 8. Montrer que tf P L p pX, T , µq ; f étagéeu est dense
dans L p pX, T , µq. Il convient de distinguer les cas 1 ĺ p ă 8 et p “ 8.
b) On travaille dans pRn , BRn , µq, avec µ mesure de Radon. Si 1 ĺ p ă 8, montrer que
"ÿ
k *
˚
aj χKj ; k P N , aj P R, Kj compact, @ j
j“1

est dense dans L p pRn , BRn , µq.


Exercice # 23. a) Soit pX, T , P q un espace probabilisé. ´Soient f,´ g : X Ñs0, 8r deux
fonctions mesurables telles que f ¨ g ľ 1. Montrer que f dP ¨ g dP ľ 1. Indication :
utiliser l’inégalité de Cauchy-Schwarz, c’est-à-dire l’inégalité de Hölder avec p “ q “ 2.
ÿn ÿn
1
b) Si a1 , . . . , an ą 0, alors aj ľ n2 .
j“1 j“1
a j

Exercice # 24. Soient f, g : R Ñ R deux fonctions mesurables. Nous avons f ˚ gpxq “


g ˚ f pxq, au sens du théorème du changement de variables.
Exercice # 25. Soit ρ un noyau régularisant standard. Alors, pour tout ε ą 0, nous avons :
a) ρε pxq ľ 0 si |x| ă ε.
b) ρε pxq “ 0 si |x| ľ ε.
c) ρε “ 1.
´

Exercice # 26. Une approximation de l’identité est une famille pζ ε qεą0 telle que :
i) ζ ε : Rn Ñ R est (Lebesgue) intégrable, @ ε ą 0.
ii) ζ ε “ 1, @ ε ą 0.
´

iii) Il existe une constante M ă 8 telle que |ζ ε | ĺ M , @ ε ą 0.


´

iv) Pour tout δ ą 0, limεÑ0 Rn zBp0,δq |ζ ε | “ 0.


´

a) Montrer que, si ρ P L 1 pRN q (avec la mesure de Lebesgue) et ρ “ 1, alors ρε pxq :“


´

ε´n ρpx{εq, ε ą 0, x P Rn , est une approximation de l’identité.


b) Soit pζ ε qεą0 une approximation de l’identité.
(i) Si f : Rn Ñ R est bornée et uniformément continue, montrer que f ˚ ζ ε Ñ f
uniformément sur Rn .
(ii) Si 1 ĺ p ă 8 et f P Cc pRn q, montrer que f ˚ ζ ε Ñ f dans L p pRn q.
(iii) Si 1 ĺ p ă 8 et f P L p pRn q (avec la mesure de Lebesgue), montrer que f ˚ ζ ε Ñ f
dans L p pRn q.
Exercice # 27. Soient f P C k pRn q et ϕ P Cc pRn q. Alors :
a) f ˚ ϕ est défini en tout point.
b) f ˚ ϕ P C k .
c) Pour toute dérivée partielle B α d’ordre ĺ k, B α pf ˚ ϕq “ pB α f q ˚ ϕ.
d) Si f est un polynôme (de n variables) de degré ĺ m, alors f ˚ ϕ est un polynôme de degré
ĺ m.
Exercice # 28. Soit Ω Ă Rn un ouvert. Soient 1 ĺ p1 , . . . , pk ă 8. Soit f P L p1 pΩq X . . . X
L pk pΩq. Montrer qu’il existe une suite pϕj qj Ă Cc8 pΩq telle que ϕj Ñ f quand j Ñ 8 dans
L pi pΩq, i “ 1, . . . , k.

7
Exercice # 29. Soit Ω un ouvert de Rn . Montrer que C 8 pΩq X L 8 pΩq et Cc8 pΩq ne sont
pas denses dans L 8 pΩq.
Exercice # 30. Nous travaillons dans pRn , BRn , λn q. Soient p, q deux exposants conjugués.
Si f P Lp et g P Lq , montrer que f ˚ g est continue.
Exercice # 31. Nous travaillons dans pRn , LRn , λn q. Nous nous proposons de montrer le
résultat suivant : si A, B P Ln satisfont λn pAq ą 0, λn pBq ą 0, alors l’ensemble A ` B
contient une boule ouverte non vide.
a) Montrer que l’on peut supposer A et B compacts.
b) Montrer que f :“ χA ˚ χB est continue.
c) Calculer f et conclure.
´

Exercice # 32. (Résolution de l’équation de la chaleur dans le demi-espace) Nous travaillons


dans pRn , Ln , λn q. | | désigne la longueur euclidienne standard dans Rn . (Donc |x| “ ||x||2 ,
@ x P Rn .) Soit
1
e´|x| {p4tq , @ x P Rn , @ t ą 0,
2
Kt pxq :“
p4πtqn{2

le noyau de la chaleur.
Soient 1 ĺ p ĺ 8 et f : Rn Ñ R, f P L p . Sous réserve d’existence, soit
ˆ
upx, tq :“ f ˚ Kt pxq “ f pyqKt px ´ yq dy, @ x P Rn , @ t ą 0.
Rn

a) Montrer que :
(i) u P C 8 pRn ˆs0, 8rq.
(ii) u vérifie l’équation de la chaleur homogène

Bu ÿ B 2 u
n
Lu :“ ´ “ 0 dans Rn ˆs0, 8r.
Bt j“1 Bxj
2

b) Si 1 ĺ p ă 8, montrer que « up¨, 0q “ f » † , au sens où

lim up¨, tq “ f dans L p .


tÑ0

c) Si f est continue et bornée, montrer que

lim upx, tq “ f pxq, @ x P Rn .


tÑ0

d) Si f est uniformément continue et bornée, montrer que

up¨, tq Ñ f uniformément sur Rn quand t Ñ 0.


Exercice # 33. (Produit de convolution de deux mesures) Soient µ, ν deux mesures boré-
liennes σ-finies sur Rn . À chaque ensemble borélien de Rn , nous associons l’ensemble

F “ F pEq :“ tpx, yq P Rn ˆ Rn ; x ` y P Eu.

a) Montrer que F est borélien.


†. Noter que u n’est pas définie pour t “ 0.

8
b) Montrer que la formule ξpEq :“ µ b νpF q, @ E P BRn , définit une mesure borélienne ξ
sur Rn . Cette mesure est le produit de convolution des mesures µ et ν, noté µ ˚ ν.
c) Montrer que le produit de convolution est commutatif.
d) Si les mesures boréliennes µ, ν, η sont finies, alors leur produit est associatif.
e) Montrer que δ0 (la mesure de Dirac en 0) est l’élément neutre de la convolution.
f) Si µ et ν sont des mesures à densités f , respectivement g, par rapport à νn , montrer que
µ ˚ ν a la densité f ˚ g.
g) Si µ est à densité f par rapport à νn , alors µ ˚ ν a la densité f ˚ ν, où
ˆ
f ˚ νpxq :“ f px ´ yq dνpyq, @ x P Rn .
Rn

Exercice # 34. (Convolution d’une fonction et d’une mesure) Cet exercice fait suite à l’exer-
cice précédent. Si f : Rn Ñ R est une fonction borélienne, et µ est une mesure borélienne
sur Rn , nous posons, sous réserve d’existence,
ˆ
f ˚ νpxq :“ f px ´ yq dνpyq, @ x P Rn .
Rn

a) Si f est Lebesgue intégrable et µ est finie, alors f ˚µ est définie νn -p. p., et est une fonction
Lebesgue intégrable. Indication : théorème de Fubini.
b) Si f P Cck pRn q et µ est une mesure de Radon, alors f ˚ µ est définie en tout point, et est
une fonction de classe C k .
Exercice # 35. (Équations de Cauchy) Nous considérons les équations fonctionnelles (de Cau-
chy) suivantes :

f : R Ñ R, f px ` yq “ f pxq ` f pyq, @ x, y P R. (8)


g : R Ñ T :“ tz P C ; |z| “ 1u, gpx ` yq “ gpxq gpyq, @ x, y P R. (9)

Un résultat très connu affirme que, si f est une solution continue de (8), alors

il existe A P R tel que f pxq “ Ax, @ x P R (et réciproquement). (10)

Un résultat un peu moins connu affirme que, si g est une solution continue de (9), alors

il existe A P R tel que gpxq “ eıAx , @ x P R (et réciproquement). (11)

Ces conclusions ne sont plus vraies s’il n’y a aucune hypothèse sur f et g, mais donner
des contre-exemples sort du cadre de cet enseignement. (En demander en algèbre.)
Nous nous proposons de montrer que (10) et (11) restent vraies sous l’hypothèse plus
faible que f (ou g) est Lebesgue mesurable. Nous assumons cette hypothèse dans ce qui suit,
et nous travaillons avec la mesure de Lebesgue.
Pour commencer, nous admettons la propriété qui suit, qui sera démontrée plus loin.
ˆ
8 8
Si g P L pRqzt0u, alors il existe ψ P Cc pRq telle que gpyq ψpyq dy ‰ 0. (12)
R

a) Soit g solution Lebesgue mesurable de (9). En multipliant (9) par ψpyq, avec ψ comme
dans (12) (avec n “ 1), et en intégrant dans la variable y, montrer que g P C 8 pRq.
Puis conclure grâce au préambule de l’exercice.

9
b) Soit f une solution Lebesgue mesurable de (8). Soit g :“ eıf . En utilisant la question
précédente pour g, montrer qu’il existe A P R et une fonction h : R Ñ Z tels que

f pxq “ Ax ` 2π hpxq, @ x P R.

c) (i) Soit h : R Ñ Z une fonction telle que

hpx ` yq “ hpxq ` hpyq, @ x, y P R

(aucune hypothèse de mesurabilité).


Montrer que hpxq “ 0, @ x P R.
(ii) Conclusion ?
d) Montrons (12). Soit A :“ ty P R ; gpyq ‰ 0u.
(i) Expliquer pourquoi λ1 pAq ą 0.
(ii) Montrer qu’il existe K Ă A un compact tel que ν1 pKq ą 0. Indication : la mesure
de Lebesgue est une mesure de Radon.
(iii) Soit ρ un noyau régularisant. Montrer que (12) est vraie si ψ :“ psgn g χK q˚ρε , avec
ε suffisamment petit. Indication : convergence dominée.
e) Généraliser ce qui précède à des fonctions f : Rn Ñ R et g : Rn Ñ T.

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Feuille de TD # 8
Espaces de Hilbert

Cadre. Dans ce qui suit, H est un espace de Hilbert réel (sauf si l’énoncé précise qu’il s’agit d’un
espace de Hilbert complexe), et E un espace préhilbertien réel. Le produit scalaire, respective-
ment la norme induite sur H ou E, sont notés x , y, respectivement || ||.

Exercice # 1. Soit f : r0, 1s Ñ R une fonction convexe et dérivable. Montrer l’équivalence

0 est un point de minimum de f ðñ f 1 p0q ľ 0.

Exercice # 2. Montrer que, pour tout x P E,

}x} “ maxtxx, yy ; y P E, }y} ĺ 1u.

Exercice # 3. Montrer que


1“ ‰
xx, yy “ ||x ` y||2 ´ ||x ´ y||2 , @ x, y P E.
4
Exercice # 4. On considère un espace vectoriel réel X muni d’une norme || || vérifiant l’iden-
tité du parallélogramme :

||x ` y||2 ` ||x ´ y||2 “ 2||x||2 ` 2||y||2 , @ x, y P X.

L’objectif est de montrer que X muni de cette norme est nécessairement un espace pré-
hilbertien. Il s’agit donc de construire un produit scalaire induisant || ||. Compte tenu de
l’exercice précédent, posons
1“ ‰
xx, yy “ ||x ` y||2 ´ ||x ´ y||2 , @ x, y P X.
4
Il reste à vérifier que l’on a bien défini ainsi un produit scalaire.
a) Montrer que, pour tout x, y P X, on a xx, yy “ xy, xy, xx, xy “ ||x||2 et x´x, yy “
xx, ´yy “ ´xx, yy.
b) Montrer que, pour tout x, y, z P X, on a xx ` y, zy “ xx, zy ` xy, zy. (On pourra montrer
d’abord l’égalité suivante : xx ` y, zy “ 2xy, zy ` xx ´ y, zy.)
c) Montrer, en utilisant b), que, si x, y P X et r P Q, on a xrx, yy “ rxx, yy. En utilisant un
argument de continuité, montrer que cette égalité reste encore vraie pour tout r P R.
d) En déduire que x , y est bien un produit scalaire sur X qui induit la norme || ||.

Exercice # 5. (Inégalité de Bessel) Soit pej q1ĺjăN Ă E (avec N “ 2, 3, . . . , 8) une famille


orthonormée. Montrer l’inégalité de Bessel
ÿ
xx, ej y2 ĺ }x}2 , @ x P E.
1ĺjăN

1
Exercice # 6. Soit pej qjľ1 Ă H une suite orthonormée. Soit paj qjľ1 Ă R. Montrer l’équi-
valence
ÿ ÿ
aj ej converge ðñ a2j ă 8.
jľ1 jľ1

ˇˇř ˇˇ2 ř
ˇˇ ˇˇ
En cas de convergence de l’une des séries, montrer que ˇˇ jľ1 aj ej ˇˇ “ jľ1 a2j .

Exercice # 7. Soient F et G deux sous-espaces fermés orthogonaux de H. Montrer que


F ` G est fermé.
Exercice # 8. Soit F une partie non-vide de H. Montrer que :
a) F K est un sous-espace fermé de H.
K
b) Vect pF q “ F K .
c) F KK “ Vect pF q. En particulier, si F est un sous-espace fermé de H, alors F KK “ F .
Exercice # 9. Soit F un sous-espace de H. Montrer l’équivalence

F est dense dans H ðñ F K “ t0u.

Exercice # 10. Soient F et G deux sous-espaces fermés de H. Montrer que pF ` GqK “


F K X GK et pF X GqK “ F K ` GK .
Exercice # 11. Soit H “ L2 pRq, muni de sa norme usuelle.
a) Montrer que
" ˆ 1 *
G :“ f P H ; f “0
0

est un sous-espace fermé de H, et déterminer GK .


b) Soient Cc pRq l’espace des fonctions continues à support compact, et
" ˆ 1 *
F :“ f P Cc pRq ; f “0 .
0

Montrer que F “ G.
c) Déterminer l’ensemble tg P Cc pRq ; g P F K u.
Exercice # 12. Soient H “ L2 ps0, 1rq muni de sa norme usuelle et
# ˆ 1 ˆ 1{2 +
V :“ f P H ; f“ f “0 .
0 0

a) Montrer que V est un sous-espace fermé de H. Déterminer une base de V K .


b) Soit f pxq :“ x. Calculer la projection orthogonale de f sur V , puis dpf, V q.
Exercice # 13. Déterminer la quantité suivante
ˆ 2π
inf 2 | sin x ´ a ´ bx|2 dx.
pa,bqPR 0

La borne inférieure est-elle atteinte ?

2
Exercice # 14. a) Déterminer la projection orthogonale sur la boule unité fermée de H.
b) Déterminer la projection orthogonale sur le sous-espace engendré par une famille or-
thonormée finie de H.

Exercice # 15. Soit en pxq :“ eınx , @ n P Z, @ x Ps0, 2πr. Montrer que pen qnPZ est une base
hilbertienne de L2 ps0, 2πr, Bs0,2πr , 1{p2πqν1 q.

Exercice # 16. Montrer qu’un espace préhilbertien qui a une base algébrique orthonormée
infinieřB n’est pas complet. Indication : soit pen qnľ1 Ă B une suite orthonormée. Soit
xn :“ nj“1 p1{j 2 qej , @ n ľ 1. Montrer que la suite pxn qnľ1 est de Cauchy, mais ne converge
pas.

Exercice # 17. On considère RrXs muni de


ˆ 1
ă P, Q ą:“ P pxqQpxq dx, @ P, Q P RrXs.
0

a) Montrer que ă , ą est bien un produit scalaire.


b) Montrer qu’il existe une suite de polynômes pPn qnPN qui converge uniformément vers
exp sur r0, 1s.
Montrer que cette suite est de Cauchy dans pRrXs, ă , ąq.
c) En déduire sur pRrXs, ă , ąq n’est pas complet.

Exercice # 18. Soit X l’espace vectoriel complexe engendré par les fonctions de la forme
R Q t ÞÑ eiwt P C où w parcourt R. Pour f, g P X, soit
T
1
ˆ
ă f, g ą:“ lim f ptqgptq dt.
T Ñ8 2T ´T

a) Montrer que ă , ą définit un produit scalaire sur X.


b) Vérifier que la famille pt ÞÑ eıwt qwPR est orthonormée.
c) X est-il un espace de Hilbert ?

Exercice # 19. Soit V un sous-espace de H. Montrer que toute forme linéaire et continue
sur V se prolonge en une forme linéaire et continue sur H.

Exercice # 20. Montrer que tout convexe fermé non-vide de H admet un unique élément
de norme minimale.

Exercice # 21. Donner un exemple d’une partie A fermée de `2 , telle que distp0, Aq “ 1,
mais ne contenant pas d’élément a vérifiant ||a||2 “ 1.

Exercice # 22. Soit F Ă H un sous-espace fermé non-nul. Soit P une projection de H sur
F (c’est-à-dire : P est un endomorphisme de H, P ˝ P “ P et P pHq “ F ).
Montrer l’équivalence entre
1. P est la projection orthogonale sur F .
2. P est continu et ||P || “ 1.
3. |xP pxq, xy| ĺ ||x||2 pour tout x P H.

3
´x
Exercice # 23. (Polynômes de Laguerre) Soit µ la mesure
´ ´xsur r0, 8r de densité e par rap-
port à la mesure de Lebesgue (c’est-à-dire µpBq “ B e dx, @ B P Br0,8r ). Les polynômes
de Laguerre sont définis par
ˆ ˙n
ex d
Ln “ pe´x xn q, @ n ľ 0.
n! dx

Montrer que les Ln est un polynôme, @ n ľ 0, et que pLn qnľ0 est une suite orthonormée de
L2 pr0, 8r, Br0,8r , µq.

Exercice # 24. (Deux identités généralisées du parallélogramme) Soient x1 , . . . , xn P H.


a) Montrer que

||tx1 ` p1 ´ tqx2 ||2 ` tp1 ´ tq||x1 ´ x2 ||2 “ t||x1 ||2 ` p1 ´ tq||x2 ||2 , @ t P R.

b) Montrer que
1 ÿ
||ε1 x1 ` ¨ ¨ ¨ ` εn xn ||2 “ ||x1 ||2 ` ¨ ¨ ¨ ` ||xn ||2 .
2n pε1 ,...,εn qPt´1,1un

c) Montrer que, si p ‰ 2, alors il n’existe pas d’isomorphisme linéaire entre `p et `2 . (Sup-


poser par l’absurde qu’il existe un tel isomorphisme T : `p pNq Ñ `2 pNq et considérer
xi “ T pei q.)

Exercice # 25. Soit H “ L2 pΩ, T , µq. Soit C “ tf P H ; f ľ 0u. Montrer que C est un
convexe fermé et que PC pf q “ f χtf ľ0u , @ f P H.

Exercice # 26. Soit u P L pHq. Montrer l’équivalence entre


1. u est une isométrie, c’est à dire ||upxq|| “ ||x|| pour tout x P H.
2. Pour tout x, y P H, xupxq, upyqy “ xx, yy.
3. u˚ u “ Id.
(Indication : penser à l’identité de polarisation).

Exercice # 27. Si H est séparable, montrer que tout ensemble orthonormé E Ă H est au
plus dénombrable. Indication : si G est dénombrable et dense, construire une injection de
E dans G en considérant des boules de rayon 1{2.

Exercice # 28. a) Soient x, y P E tels que xx, yy “ ||x||2 “ ||y||2 . Montrer que x “ y.
b) Soient pxn q et pyn q deux suites de E vérifiant ||xn || ĺ 1 et ||yn || ĺ 1, @ n.
1. On suppose que xxn , yn y Ñ 1. Montrer que xn ´ yn Ñ 0.
2. On suppose que ||xn ` yn || Ñ 2. Montrer que xn ´ yn Ñ 0.

Exercice # 29. Soient H séparable, pen qnľ0 Ă H une base hilbertienne et pfn qnľ0 Ă H une
suite orthonormée. On suppose que
ÿ
||en ´ fn ||2 ă 8.
nľ0

Le but de cet exercice est de démontrer que pfn qnľ0 est également une base hilbertienne.

4
a) Soient N ľ 0 et g P H tel que fn K g pour tout n ľ N . Montrer l’inégalité
ˇˇ ˇˇ2
ˇˇ ÿ ˇˇ ÿ
ˇˇ ˇˇ
ˇˇ xg, en yen ˇˇ ĺ ||g||2 ||en ´ fn ||2 .
ˇˇnľN ˇˇ nľN

On choisit maintenant un N P N tel que


ÿ
||en ´ fn ||2 ă 1.
nľN

b) Montrer que tout vecteur g orthogonal à e0 , e1 , . . . , eN ´1 , fN , fN `1 , . . ., est nul.


c) On considère les vecteurs
ÿ
ηn “ e n ´ ă en , fk fk , @ n ă N.
kľN

Montrer que tout vecteur g orthogonal à η0 , η1 , . . . , ηN ´1 , fN , fN `1 , . . ., est nul.


d) Soit W l’orthogonal de l’espace V engendré par les vecteurs fN , fN `1 , . . . Montrer que
ηn P W pour tout n ă N et que W est engendré par η0 , . . . , ηN ´1 .
e) Conclure.

Exercice # 30. Soient pen qnľ0 une suite orthonormée de H et A :“ ten ; n ľ 0u.
a) Montrer que A est fermé et borné. A est-il compact ?
b) Soit pαn q une suite de réels positifs de carrés
ř8sommables. On note K l’ensemble des élé-
ments x P H qui s’écrivent sous la forme n“0 an en où |an | ĺ αn pour tout n. Montrer
que l’ensemble K est compact.

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Feuille de TD # 9
Séries de Fourier

Notations, cadre

a) Si f :s0, 2πrÑ C est Lebesgue intégrable, nous posons


ˆ 2π
1
cn pf q :“ f pxq e´ınx dx, @ n P Z,
2π 0
ÿ
N
SN pf qpxq :“ cn pf q eınx , @ N P N,
n“´N

Sf pxq :“ lim SN pf qpxq (si cette limite existe),


N Ñ8
S0 pf qpxq ` ¨ ¨ ¨ ` SN pf qpxq
TN pf qpxq :“ , @ N P N.
N `1
ř
b) La série formelle Sf :“ 8 ´8 cn pf q e
ın ¨
est le développement en série de Fourier (ou la série de
Fourier) de f .
c) Les espaces et normes Lp sont considérés par rapport à I “s0, 2πs muni de la mesure
1{p2πq λ1 , avec λ1 la mesure de Lebesgue.
ˆ 2π
1
Exercice # 1. a) Montrer que xf, gy :“ f pxq gpxq dx définit un produit scalaire
2π 0
sur L2 .
b) Posons en pxq :“ eınx , @ n P Z, @ x Ps0, 2πr. Montrer que la famille pen qnPZ est orthonor-
mée.
c) Exprimer cn pf q à l’aide de en et du produit scalaire ci-dessus, et retrouver l’inégalité de
Bessel.

Exercice # 2. Soit f 2π-périodique et intégrable sur s0, 2πr. Alors :


a) f est intégrable sur tout intervalle borné.
´ 2π ´ a`2π
b) 0 f pyq dy “ a f pyq dy, @ a P R.
ř ř
Exercice # 3. Soit P “ nPI an eın¨ “ nPI #an en (avec I Ă Z fini) un polynôme trigonomé-
an , si n P I
trique. Montrer que P P L1 et que cn pP q “ .
0, si n R I

Exercice # 4. Si f est localement intégrable et 2π-périodique, montrer que cn pf p¨ ` hqq “


eınh cn pf q, @ h P R, @ n P Z.

Exercice # 5. Soit f : R Ñ R la fonction 2π-périodique définie par


#
1, pour x P r0, πs
f pxq :“ .
0, pour x Psπ, 2πr

1
a) Dessiner le graphe f sur r´2π, 2πs.
b) Déterminer Sf .
ÿ8
sinpp2n ` 1qxq
c) Calculer, en fonction de x P R, la valeur de la somme .
n“0
2n ` 1

Exercice # 6. Développer en série de Fourier la fonction 2π-périodique donnée par f pxq :“


x pour x P r0, 2πr. Que donne l’égalité de Parseval ?

Exercice # 7. Développer en série de Fourier la fonction 2π-périodique définie sur r´π, πr


ÿ 1
par f pxq :“ | sin x|. En déduire la valeur de .
nľ1
4n ´ 1
2

Exercice # 8. Développer en série de Fourier la fonction 2π-périodique définie sur s ´ π, πs


ÿ 1 ÿ 1
par f pxq :“ |x|. En déduire la valeur de 2
et 4
.
nľ1
n nľ1
n

Exercice # 9. Soit f : R Ñ R la fonction 2π-périodique définie sur s´π, πs par f pxq :“ x2 .


a) Déterminer Sf et Sf pxq, x P R.
ÿ 1 ÿ p´1qn ÿ 1 ÿ 1
b) En déduire les valeurs des séries , , , .
nľ1
n2 nľ1 n2 nľ0 p2n ` 1q2 nľ1 n4

Exercice # 10. Soit α Ps0, πr et f : R Ñ R la fonction 2π-périodique définie sur s ´ π, πs


par
#
1, si x P r´α, αs
f pxq :“ .
0, sinon

a) Dessiner le graphe f sur r´2π, 2πs.


b) Calculer Sf et Sf pxq, x P R.
ÿ8
sinpnαq2
c) En déduire la somme de la série .
n“1
n2

Exercice # 11. Soit f : R Ñ R la fonction 2π-périodique, impaire et telle que f pxq “


pπ ´ xq{2 sur s0, πs.
a) Dessiner le graphe de f sur une période.
b) Calculer Sf et Sf pxq, x P R.
ÿ sin n ÿ 1
c) En déduire la valeur des sommes suivantes : et 2
.
nľ1
n nľ1
n

Exercice # 12. Soit f : R Ñ R la fonction 2π-périodique, paire et telle que f pxq “ 2x ´ π


sur r0, πs.
a) Dessiner le graphe de f sur r´3π, 3πs et exprimer f pxq sur rπ, 2πs.
b) Déterminer Sf et Sf pxq, x P R.
ÿ 1
c) En déduire la valeur de la somme .
nľ0
p2n ` 1q2

Exercice # 13. Soit f : R Ñ R la fonction 2π-périodique et vérifiant f pxq “ x sur r´π, πr.
a) Dessiner le graphe de f sur r´3π, 3πs.

2
b) Déterminer Sf et Sf pxq, x P R.
ÿ p´1qn
c) En déduire la valeur de la somme .
nľ0
2n ` 1

Exercice # 14. Développer en série de Fourier la fonction 2π-périodique impaire définie sur
ÿ p´1qn ÿ 1
r0, πs par f pxq “ xpπ ´ xq. En déduire les valeurs des séries et .
nľ1
p2n ` 1q3
nľ1
p2n ` 1q6

Exercice
´ 2π # 15. Soit f : r0, 2πs Ñ C une fonction de classe C 1 telle que f p0q “ f p2πq et
0
f ptq dt “ 0.
a) Exprimer cn pf 1 q en fonction de cn pf q, @ n P Zzt0u, et calculer c0 pf 1 q.
b) En déduire que
ˆ 2π ˆ 2π
2
|f ptq| dt ĺ |f 1 ptq|2 dt.
0 0

c) Dans quel cas a-t-on égalité ?


Exercice # 16. La conclusion de l’item 3 de cet exercice suit du corollaire 12.25 du cours,
mais le but ici est d’en obtenir un preuves plus directe et élémentaire.
ˇˇ pkq ˇˇ
ˇˇf ˇˇ
a) Soit f P C k pRq une fonction 2π-périodique. Montrer que |cn pf q| ĺ 8
, @ n P Z˚ .
|n| k
ř8
En particulier, si f P C , montrer que sa série de Fourier x ÞÑ n“´8 cn pf q eınx converge
2

normalement, et que la somme de la série est f .


b) Dans cet item, nous améliorons la conclusion de l’item a). Nousřsupposons f P C k´1 pRq,
pk´1q
f 2π-périodique, et f de classe C sur r0, 2πs. Montrer que |n|2k |cn pf q|2 converge.
1

c) Si f est continue, 2π-périodique, et de classe C 1 par morceaux, montrer que sa série de


Fourier converge normalement vers f .
Exercice # 17. (Noyau de Dirichlet) Soit f 2π-périodique et intégrable sur s0, 2πr. Soit

ÿ
N
DN pxq :“ eıkx , @ x P R ;
k“´N

DN est le noyau de Dirichlet.


a) Montrer que
2π π
1 1
ˆ ˆ
SN f pxq “ f px ´ yq DN pyq dy “ f px ´ yq DN pyq dy, @ x P R.
2π 0 2π ´π

b) Montrer que
$
& sinppN ` 1{2qyq , si y R 2π Z
DN pyq “ sinpy{2q
%
2N ` 1, si y P 2π Z
#
sinpN yq cotan py{2q ` cospN yq, si y R 2π Z
“ .
2N ` 1, si y P 2π Z
´π ´0
c) Montrer que 0
DN pyq dy “ ´π
DN pyq dy “ π.

3
Exercice # 18. (Noyau de Fejér) Soit
D0 ` D1 ` ¨ ¨ ¨ ` DN
FN :“ , @ N P N,
N `1
où Dj est le noyau de Dirichlet (FN est le noyau de Fejér). Soit

S0 pf q ` S1 pf q ` ¨ ¨ ¨ ` SN pf q
TN pf q :“ , @ N P N.
N `1

Montrer les propriétés suivantes.


a) Si f est 2π-périodique et intégrable sur s0, 2πr, alors
ˆ 2π ˆ π
1 1
TN pf qpxq “ f px ´ yq FN pyq dy “ f px ´ yq FN pyq dy, @ x P R.
2π 0 2π ´π
$ 2
& sin rpN ` 1qy{2s , si y R 2π Z
b) FN pyq “ pN ` 1q sin2 py{2q .
%
N ` 1, si y P 2π Z
En particulier, FN pyq ľ 0, @ y, @ N .
´π
c) ´π FN pyq dy “ 2π.
d) Pour tout 0 ă δ ă π, FN Ñ 0 uniformément sur r´π, ´δs Y rδ, πs quand N Ñ 8.
En particulier, pour tout 0 ă δ ă π,
ˆ
FN pyq dy Ñ 0 quand N Ñ 8.
r´π,´δsYrδ,πs

Définition. Si f : R Ñ C est continue et 2π-périodique, son module de continuité ω est

ωpδq :“ supt|f pxq ´ f pyq| ; x, y P R, |x ´ y| ĺ δu, @ 0 ă δ ĺ 2π. (1)

Exercice # 19. a) Montrer que, dans (1), le sup est un max.


b) Montrer que ω est continue et croissante.
Exercice # 20. Soit f : r0, 2πs Ñ C une fonction α-hölderienne telle que f p0q “ f p2πq.
Nous notons encore f son prolongement par 2π-périodicité.
a) Montrer que

ωpδq ĺ 2 |f |C α δ α , @ 0 ă δ ĺ 2π. (2)

b) Améliorer (2) à ωpδq ĺ 21´α |f |C α δ α , @ 0 ă δ ĺ 2π.


Exercice # 21. Soit f : r0, 2πs Ñ C une fonction telle que ωpδq ! δ quand δ Ñ 0. Montrer
que f est constante (et réciproquement).
Exercice # 22. Montrer que Sn pTn pf qq “ Tn pf q.
Exercice # 23. (Pour une mise en perspective de cet exercice, voir l’exercice 26.) Montrer
que

||Sn pf q||8 ĺ ||Dn ||1 ||f ||8 , @ f : R Ñ C mesurable, bornée, 2π-périodique.

Exercice # 24.

4
a) Montrer que
π
|Dn pyq| ĺ min ppn ` 1{2q|y|, 1q, @ n ľ 0, @ 0 ă |y| ĺ π.
|y|
On pourra utiliser les inégalités suivantes :
2
| sin t| ĺ min p|t|, 1q, @ t P R, sin t ľ t, @ t P r0, π{2s.
π
b) En déduire que

||Dn ||1 ĺ 1 ` ln π ` lnpn ` 1{2q, @ n ľ 0.


Exercice # 25. Montrer que
π2
|Fn pyq| ĺ min pppn ` 1qy{2q2 , 1q, @ n ľ 0, @ 0 ă |y| ĺ π.
pn ` 1qy 2

Exercice # 26. (Produit de convolution de fonctions périodiques) Soient f, g : R Ñ C deux


fonctions 2π-périodiques, avec f intégrable sur s0, 2πr et g continue. Nous définissons
ˆ 2π
1
f ˚ gpxq :“ f px ´ tqgptq dt, @ x P R.
2π 0
a) Montrer que le produit de convolution f ˚ gpxq est bien défini, @ x P R.
b) Montrer que f ˚ g est 2π-périodique.
c) Calculer les coefficients de Fourier de x ÞÑ f px ´ tq en fonction de t et de ceux de f .
d) En déduire les coefficients de Fourier de f ˚ g en fonction de ceux de f et g.
e) Généraliser ce qui précède au cas où f P L p et g P L q , avec p et q conjugués.
Exercice # 27.
a) Montrer que TN pf q “ f ˚ FN , @ 1 ĺ p ĺ 8, @ f P L p pIq, f 2π-périodique.
b) Avec p et f comme dans la question précédente, montrer que TN pf q est 2π-périodique,
TN pf q P L p pIq et }TN pf q}p ĺ }f }p .
c) Soit 1 ĺ p ă 8. Si f P Cc8 pIq et f est prolongée par 2π-périodicité à R, montrer que
}TN pf q ´ f }p Ñ 0 quand N Ñ 8. Indication : utiliser le théorème de Fejér.
d) Soit 1 ĺ p ă 8. Si f P L p pIq et f est 2π-périodique, montrer que }TN pf q ´ f }p Ñ 0
quand N Ñ 8. Indication : utiliser la question précédente et la densité de Cc8 pIq dans
L p pIq.
e) Calculer cn pTN pf qq, @ N P N, @ n P Z.
f) En déduire que « les coefficients de Fourier d’une fonction déterminent la fonction » : si
f P L1 pIq et f est 2π-périodique, alors rcn pf q “ 0, @ n P Zs ùñ f “ 0.
Exercice # 28. (Inégalités faibles de Bernstein (I)) Commençons par la fin de l’histoire, qui
dépasse le cadre de cet enseignement. En général, l’ordre de grandeur d’une fonction ne
donne aucune information sur l’ordre de grandeur de sa dérivée. Par exemple, les fonctions
x ÞÑ fn pxq :“ sinpnxq satisfont toutes |fn | ĺ 1, mais leurs dérivées peuvent être arbitraire-
ment grandes quand n Ñ 8. Le théorème de Bernstein donne une inégalité entre f 1 et f si f est
un polynôme trigonométrique de degré fixé. Il affirme que, si f est un polynôme trigonométrique
de degré ĺ n, alors

max |f 1 pxq| ĺ n max |f pxq|. (3)


xPR xPR

5
Nous allons montrer une forme plus faible, avec un facteur supplémentaire 3, de cette
inégalité, et une version Lp de celle-ci :

}f 1 }p ĺ 3n }f }p , @ 1 ĺ p ĺ 8, @ polynôme trigonométrique f de degré ĺ n. (4)

a) Soit gpxq :“ eınx f pxq. Si f est un polynôme trigonométrique de degré ĺ n, montrer


l’identité suivante (avec Fn le polynôme de Fejér, et Tn comme dans l’exercice précédent) :

f 1 pxq “ ın f pxq ´ 2ın e´ınx pg ˚ Fn qpxq “ ın f pxq ´ 2ın e´ınx pTn pgqqpxq, @ x P R. (5)

b) En déduire (4).
Pour la suite de cet exercice (inégalités faibles de Bernstein (II)), voir l’exercice # 42 de
la feuille d’exercices de synthèse et avancés.

6
Université Claude Bernard Lyon 1 Licence de mathématiques 3e année
UE Mesure et intégration & Éléments d’analyse fonctionnelle Année 2023–2024

Feuille de TD # 10
Transformée de Fourier

Cadre
1. Nous travaillons dans Rn muni de la mesure de Lebesgue.
ř
2. « ¨ » est le produit scalaire standard dans Rn : x ¨ ξ :“ nj“1 xj ξj , @ x, ξ P Rn .
´ř ¯1{2
n
3. « | | » est la norme euclidienne standard dans Rn : |x| :“ j“1 px j q 2
, @ x P Rn .

Exercice # 1. a) Soient f P L1 pRn q et ε ą 0. Soit fε pxq :“ ε´n f px{εq, @ x P Rn .


(i) Montrer que fε P L1 .
Ź

(ii) Montrer que fε pξq “ fppε ξq.


Ź

(iii) Montrer que |fε pξq| ĺ }f }1 , @ ε ą 0, @ ξ P Rn .


b) Soient f P L1 pRn q et h P Rn . Soit τh f pxq :“ f px ´ hq, @ x P Rn .
(i) Montrer que τh f P L1 .
Ź

(ii) Montrer que τh f pξq “ e´ıh¨ξ fppξq, @ ξ P Rn .


c) Soit f P L1 pRn q.
(i) Montrer que f P L1 .
Ź
Ź

(ii) Montrer que f pξq “ f p´ξq, @ ξ P Rn .


d) Soit f P L1 pRn q. Soit fqpxq :“ f p´xq, @ x P Rn .
(i) Montrer que fq P L1 .
p q
(ii) Montrer que fqpξq “ fpp´ξq “ fppξq, @ ξ P Rn .

Exercice # 2. a) Soit a ą 0. Soit g a : R Ñ R, g a pxq :“ e´a x , x P R. Nous nous proposons


2
Ź

de calculer ha :“ g a .
Rappelons que R e´x dx “ π 1{2 .
´ 2

(i) Montrer que g a P L1 et calculer ha p0q.


(ii) Montrer que ha P C 1 et donner la formule de pha q1 .
ξ ha pξq
(iii) En utilisant une intégration par parties, montrer que pha q1 pξq “ ´ . Indica-
´ ¯ 2a
2 1
tion : x e´a x “ ´1{p2aq e´a x .
2

(iv) Obtenir la formule e´a x pξq “ pπ{aq1{2 e´ξ {p4aq .


2 2

Sous une forme plus compacte, nous avons g a pξq “ pπ{aq1{2 g 1{p4aq pξq.
Ź

b) Plus généralement, soit g a pxq :“ e´a |x| , x P Rn . Montrer que g a pξq “ pπ{aqn{2 g 1{p4aq pξq,
2

@ a ą 0, @ ξ P Rn .
c) Soit A P Mn pRq une matrice symétrique, définie positive. Soit f pxq :“ e´pAxq¨x , @ x P
Rn . En utilisant la question précédente et un changement linéaire de variables, calculer
fp.

1
Exercice # 3. Voici une autre méthode pour calculer la transformée de Fourier des gaus-
siennes. Elle est inspirée par l’analyse complexe.
Soit F : R Ñ C, F psq :“ R e´px`ısq dx.
´ 2

a) Montrer que F est bien définie et de classe C 1 .


b) Montrer que F est constante.
c) En déduire la formule de la transformée de Fourier de x ÞÑ e´x .
2

Exercice # 4. Dans R, soit f :“ χr0,1s . Montrer que f P L 1 mais que fp R L 1 . En déduire


que la formule d’inversion de Fourier ne s’applique pas à toutes les fonctions de L 1 .
ˆ 8
sin t
Exercice # 5. Rappelons que dt “ π. (Il s’agit d’une intégrale généralisée.)
´8 t
Soit f la question de l’exercice précédent.
a) Montrer que
R
1
ˆ
f pxq “ lim eıxξ fppξq dξ, @ x P Rzt0, 1u.
RÑ8 2π ´R

b) Voyez-vous un lien entre la formule ci-dessus et le fait que f P L 2 ?

Exercice # 6. a) Soit f : R Ñ R, f pxq :“ e´|x| , @ x P R. Calculer fp.


1
b) Soit g : R Ñ R, gpxq :“ , @ x P R. Calculer gp.
1 ` x2
Exercice # 7. Soit λ ą 0. Soit
ˆ 8
e´λ t p4π tq´n{2 e´|x| {p4tq dt, @ x P Rn .
2
f pxq :“
0

a) Montrer que f P L 1 pRn q.


b) Calculer fp.

Exercice # 8. (Résolution de l’équation de Helmholtz) Soit f la fonction de l’exercice pré-


cédent. Soit g P Cc8 pRn q.
a) Montrer que f ˚ g P C 8 pRn q et que f ˚ g P L 1 pRn q.
B2u B2u B2u
b) Soit ∆ le laplacien, c’est-à-dire ∆upxq “ pxq ` pxq ` ¨ ¨ ¨ ` pxq, @ u P
Bpx1 q2 Bpx2 q2 Bpxn q2
C 2 pRn q. Calculer F rpf ˚ pλg ´ ∆gqs.
c) Trouver une solution h P C 8 pRn q de l’équation de Helmholtz λh ´ ∆h “ g.

Exercice # 9. Calculer les transformées de Fourier des fonctions suivantes.


a) f : R Ñ R, f pxq :“ psgn xq e´|x| , @ x P R.
1
b) g : R Ñ C, gpxq :“ , @ x P R.
x`ı
Exercice # 10. a) Soit f P L 1 pRn q une fonction « radiale », c’est-à-dire de la forme f pxq “
gp|x|q pour une fonction Lebesgue mesurable g :s0, 8rÑ R. Montrer que fp est radiale.
b) Même propriété si f P L2 pRn q.

2
#
p1 ´ t2 q´1{2 , si |t| ă 1
Exercice # 11. a) Soit g : R Ñ R, gptq :“ . Montrer que g P L 1 .
0, sinon
#
|x|, si |x| ă 1
b) Soit f : R2 Ñ R, f pxq :“ . Calculer fppξq en fonction de gp, @ ξ P R2 .
0, si |x| ľ 1
On pourra utiliser l’exercice précédent et calculer uniquement fppt, 0q, avec t ľ 0.

Exercice # 12. Soit f : Rn Ñ R, f pxq :“ e´a|x| , où a ą 0.


a) À partir de la transformée de Fourier de R Q x ÞÑ 1{p1 ` x2 q et de l’identité
ˆ 8
1
e´p1`x q t dt, @ x P R,
2

1`x 2
0

montrer que
8
1 e´t ´r2 {p4tq
ˆ
´r
e “ e dt, @ r ą 0. (1)
π 1{2 0 t1{2

b) En utilisant (1) et la transformée de Fourier des fonctions R Q x ÞÑ e´ax , a ą 0, montrer


2

que
a
fppξq “ 2n π pn´1q{2 Γppn ` 1q{2q ,
pa2 ` |ξ|2 qpn`1q{2
´8
avec Γpxq :“ 0
tx´1 e´t dt la fonction d’Euler.

Exercice # 13. a) Soient f P L2 pRn q et g P L1 pRn q. Montrer que f ˚ g P L2 pRn q et que


Ź

f ˚ g “ fpgp. (On pourra commencer par f P L1 X L2 .)


b) Si f P L2 pRn q et g P L1 X L2 pRn q, montrer que
ˆ
´n
f ˚ gpxq “ p2πq eı x¨ξ fppξq gppξq dξ, pour presque tout x P Rn . (2)
Rn

c) Montrer que (2) est vraie pour tout x P Rn .


d) De même si f, g P L2 pRn q.

Exercice # 14. Rappelons le résultat suivant du cours. Si f P C k pRq et si f pjq P L 1 , @ j P


J0, kK, alors
Ź

B α f pξq “ pıξqα fppξq, @ j P J0, kK. (3)

Nous nous proposons ici de montrer que, pour k ľ 2, il y a trop d’hypothèses dans ce
résultat, et qu’il suffit de supposer que f P L 1 et f pkq P L 1 .
Plus spécifiquement, nous allons montrer que

rf P L 1 pRq, f pkq P L 1 pRqs ùñ rf 1 P L 1 pRq, . . . , f pk´1q P L 1 pRqs.

Ceci fait echo à l’inégalité de Landau (exercice # 21 de la feuille # 7), qui donne

rf P L 1 pRq, f 2 P L 8 pRqs ùñ f 1 P L 2 pRq.

a) Prenons d’abord k “ 2. Soit f P C 2 pRq.

3
(i) Exprimer f px ` 1q en fonction de f pxq, f 1 pxq et f 2 en utilisant la formule de Taylor
à l’ordre deux sous forme intégrale au point x. En déduire une formule pour f 1 pxq.
(ii) Montrer qu’il existe une constante C ă 8 telle que }f 1 }1 ĺ Cp}f }1 ` }f 2 }1 q.
(iii) En déduire que, pour k “ 2, (3) peut s’obtenir sous les hypothèses plus faibles f P
C 2 , f, f 2 P L 1 .
b) Soit maintenant k ľ 3. Soit f P C k pRq.
(i) Exprimer f px`1q, f px`2q, . . . , f px`k´1q en fonction de f pxq, f 1 pxq, . . . , f pk´1q pxq
et f pkq en utilisant la formule de Taylor à l’ordre k sous forme intégrale au point x.
En déduire des formules pour f 1 pxq, . . . , f pk´1q pxq.
(ii) Montrer qu’il existe une constante C ă 8 telle que }f 1 }1 ` ¨ ¨ ¨ ` }f pk´1q }1 ĺ
Cp}f }1 ` }f pkq }1 q.
(iii) En déduire que, pour tout k ľ 2, (3) peut s’obtenir sous les hypothèses plus faibles
f P C k , f, f pkq P L 1 .

Exercice # 15. (La fonction caractéristique d’un vecteur aléatoire détermine sa loi) Si µ est
une mesure borélienne finie dans Rn , nous définissons sa transformée de Fourier par la for-
mule
ˆ
ppξq :“
µ e´ıx¨ξ dµpxq, @ ξ P Rn .
Rn

p est bien définie, et que c’est une fonction continue et bornée.


a) Montrer que µ
Nous nous proposons d’établir l’analogue suivant de l’injectivité de la transformée de
Fourier dans L1 pRn q. Soient µ1 , . . . , µk des mesures boréliennes finies dans Rn , et soient
α1 , . . . , αk P R. Alors

ÿ
k ÿ
k
pj “ 0 ùñ
αj µ αj µj “ 0. (4)
j“1 j“1

b) Soit µ une borélienne finie dans Rn . Soit K Ă Rn un compact, et soit f :“ χ´K . Soit
g :“ f ˚ µ (voir l’exercice #29 de la feuille # 7).
Montrer que :
(i) g est continue et bornée.
(ii) g P L 1 pRn q.
(iii) gp “ fp µ
p.
c) ř
Soient µ1 , . . . , µk des mesures
řboréliennes finies dans Rn et α1 , . . . , αk P R tels que
k k
pj “ 0. Montrer que j“1 αj gj p0q “ 0.
j“1 αj µ
ř
d) En déduire que kj“1 αj µj pKq “ 0.
ř
e) En déduire que kj“1 αj µj “ 0. Indication : séparer les j tels que αj ľ 0 des j tels que
αj ă 0.
f) Établir la conséquence suivante de (4) : si deux vecteurs aléatoires (avec le même nombre
de coordonnées) ont la même fonction caractéristique, alors ils ont la même loi. (Voir
l’exercice # 34 c) de la feuille # 3).

4
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UE Mesure et intégration & Éléments d’analyse fonctionnelle Année 2023–2024

Exercices d’auto-contrôle

Dans les exercices suivants, préciser le cadre si nécessaire (par exemple, si X apparaît
dans l’énoncé, préciser s’il s’agit d’un ensemble sans structure, d’un espace mesurable, me-
suré, ou métrique).
Exercice # 1. Si A Ă B et C Ă D, montrer que AzD Ă BzC.
Exercice # 2. Montrer que A4B “ Ac 4B c .
Exercice # 3. Montrer l’équivalence des propriétés suivantes.
1. A Y C Ă B Y C, @ C.
2. A Ă B.
Exercice # 4. Déterminer les ensembles suivants :

sin´1 p0q ; sin pr0, 1rq ; sin´1 pra, bsq, avec a, b P R.

Exercice # 5. Dans un espace normé, écrire les boules (ouvertes, fermées) comme des images
réciproques de fonctions numériques.
Exercice # 6. Soit pxn qn Ă R une suite. Montrer l’équivalence des propriétés suivantes.
1. pxn qn est bornée.
2. lim supn xn P R et lim inf n xn P R.
` ˘
Exercice # 7. Calculer sup xn et lim inf n xn , où xn :“ ln n10 e´n , @ n P N˚ .
nľ1

Exercice # 8. Proposer et montrer une formule pour lim inf pAn Y Bq.
n

Exercice # 9. Rappelons qu’un nombre réel est rationnel si et seulement si son écriture
décimale est périodique. En utilisant cette propriété, proposer une fonction injective f :
Q Xs0, 1r Ñ N2 . (Indication : prendre comme l’une des deux composantes de f pxq la partie
périodique de l’écriture décimale.)
Exercice # 10. Montrer que si C est un clan et A1 , . . . , An P C , alors A1 Y . . . Y An P C .
De même si on remplace clan par tribu.
Exercice # 11. Si pAi qiPI est une famille d’ensembles Ai Ă PpXq telle que chaque Ai soit
un clan (ou tribu, ou classe monotone), alors XiPI Ai est un clan (ou tribu, ou classe mono-
tone).
Exercice # 12. a) Si A Ă B, alors C pA q Ă C pBq, M pA q Ă M pBq et T pA q Ă T pBq.
b) On a C pC pA qq “ C pA q. Propriété analogue pour la classe monotone et la tribu engen-
drées.
Exercice # 13. Dans cet exercice, nous considérons un espace mesurable pX, T q. Prouver
ou réfuter les assertions suivantes.
a) Une fonction f : X Ñ R qui ne prend qu’un nombre fini de valeurs est étagée.

1
b) Si f : X Ñ Rn est mesurable, et si g : Rn Ñ R est borélienne étagée, alors g˝f : X Ñ R
est étagée.
c) Si f : X Ñ R est telle que f ´1 pF q P T pour tout F Ă R fermé, alors f est mesurable.
d) Si f : R Ñ R est borélienne et ne s’annule pas, alors 1{f est borélienne.
e) Si A Ă X, alors χA : X Ñ R est mesurable si et seulement si A P T .
#
x ` 1, si x ľ 0
f) La fonction f : R Ñ R, f pxq :“ , est borélienne.
´x, si x ă 0
g) La fonction f : X Ñ R est mesurable ðñ |f | est mesurable.

Exercice # 14. Soient f : X Ñ R mesurable et g : X Ñ R définie par :


#
1, si f pxq P Q
gpxq :“ .
0, sinon

Montrer que g est mesurable.

Exercice # 15. Soit A Ă X. Alors χA est mesurable si et seulement si A l’est.

Exercice # 16. Prouver ou réfuter les assertions suivantes.


a) Si A P T , alors µpXq “ µpAq ` µpAc q.
b) Si pAn qnľ0 est une suite décroissante d’éléments de T et µpA2 q ă 8, alors

µ pXnľ0 An q “ lim µpAn q.


n

c) Si A, B P T et µpA Y Bq “ µpAq ` µpBq, alors A et B sont disjoints.


d) Il existe un espace mesuré pX, T , µq tel que tµpAq ; A P T u “ t0, 1, 2u.
e) Il existe un espace mesuré pX, T , µq tel que tµpAq ; A P T u “ t0, 1, 3u.
f) La mesure de comptage sur N est finie, respectivement σ-finie.
g) Soient A une famille qui engendre T et µ1 , µ2 deux mesures sur T . On suppose que
pour tout A dans A on a µ1 pAq “ µ2 pAq. Alors pour tout T dans T on a µ1 pT q “ µ2 pT q.
Pour cette dernière question : y a-t-il des hypothèses raisonnables à ajouter ou enlever ?

Exercice # 17. (Mesure image) Soient pX, T q un espace mesurable et f : X Ñ Rn une


fonction mesurable. Soit µ une mesure sur T . Nous définissons f˚ µ : BRn Ñ r0, 8s par
f˚ µpAq :“ µpf ´1 pAqq, @ A P BRn . Rappelons que f˚ µ est une mesure sur BRn . C’est la
mesure image de µ par f .
a) Déterminer f˚ δa , avec a P X.
b) Soit µ une probabilité sur X (donc µpXq “ 1). Nous prenons n “ 1. Si B P T , déter-
miner pχB q˚ µ.

Exercice # 18. Prouver ou réfuter les assertions suivantes.


a) Une partie d’un ensemble négligeable est négligeable.
b) Une union a. p. d. d’ensembles négligeables est négligeable.
c) Une union d’ensembles négligeables est négligeable.

Exercice # 19. Prouver ou réfuter. Une partie d’un ensemble Lebesgue mesurable de Rn est
Lebesgue mesurable.

2
ˆ
Exercice # 20. Écrire de manière plus simple la quantité f lorsque :

a) µ est une mesure de Dirac.


b) µ est la mesure de comptage sur N.

Exercice # 21. Soit pX, T , µq un espace mesuré. Prouver ou réfuter les assertions suivantes.
a) Si f “ χA avec A P T , alors f “ µpAq.
´

b) Si f “ a χA ` b χB , avec a, b P R et A, B P T , alors f “ a µpAq ` b µpBq.


´

c) Si f : X Ñ r0, 8s est intégrable, alors µpf ´1 p8qq “ 0.


d) Si f : X Ñ r0, 8s est mesurable et satisfait µpf ´1 p8qq “ 0, alors f est intégrable.
e) Si f : X Ñ r0, 8s est mesurable et satisfait f “ 0, alors f “ 0.
´

f) Si f : X Ñ r0, 8s est mesurable et satisfait f “ 0, alors f “ 0 µ-p. p.


´

g) Si f : X Ñ r0, 8s est mesurable et satisfait f “ 0 µ-p. p., alors f “ 0.


´

h) Le produit de deux fonctions intégrables est intégrable.

Exercice # 22. Dans cet exercice, I désigne un intervalle de R, muni de sa tribu borélienne
et de la mesure de Lebesgue.
1
a) Soit I :“ s0, 1r. Soit 0 ă α ă 8. À quelle condition la fonction x ÞÑ α est-elle inté-
x
grable sur I ?
b) Même question avec I :“ r1, 8r et I :“ s0, 8r.

Exercice # 23. a) On considère la fonction f : r0, 1s Ñ R définie par


#
x, si x P Q
f pxq :“ .
x2 , si x R Q

Montrer que f est Lebesgue intégrable sur r0, 1s et calculer son intégrale.
b) Mêmes questions pour la fonction f : r0, π{2s Ñ R définie par
#
sin x, si cos x P Q
f pxq :“ .
sin2 x, si cos x R Q

Exercice # 24. Soit P une probabilité sur pR, BR q. Pour n P N, soit In :“ pcos πtq2n dP ptq.
´
R
a) Montrer que In ă 8, @ n.
b) Montrer que la suite pIn qnľ0 est décroissante.
c) Déterminer lim In .
n

Exercice # 25. Nous munissons l’intervalle r0, 1s de sa tribu borélienne et de la mesure de


Lebesgue λ.
Soit pfn qnľ2 une suite de fonctions définies sur r0, 1s par
$
’ 2
&n x, si 0 ĺ x ă 1{n
fn pxq :“ ´n px ´ 2{nq, si 1{n ă x ĺ 2{n .
2

%
0, sinon

a) Tracer le graphique de fn .

3
b) Calculer et comparer lim inf n
´ ´ ´ ´
fn dλ, lim inf n fn dλ, lim supn fn dλ, lim supn fn dλ.
c) Mêmes questions avec la suite de fonctions pgn qnľ1 définie par g2p :“ χr0,1{p2pqs , @ p P
N˚ , g2p`1 :“ χr1{p2p`1q,1s , @ p P N.

Exercice # 26. Soient pX, T , µq un espace mesuré et f : X Ñ r0, 8r une fonction mesu-
rable. Posons

Ff ptq :“ µpf ´1 pst, 8rqq “ µprf ą tsq, @ t ľ 0.

Pour traiter les questions suivantes, on pourra commencer par le cas où f est une fonc-
tion étagée.
a) Montrer que Ff est borélienne.
´8
b) Montrer que X f dµ “ 0 Ff ptq dt.
´

c) Plus généralement, soit´Φ : r0, 8rÑ ´r0, 8r une fonction croissante de classe C 1 avec
8
Φp0q “ 0. Montrer que X Φpf q dµ “ 0 Φ1 ptqFf ptq dt.

Exercice # 27. (L’exercice précédent, vue probabiliste) En théorie des probabilités, µ est une
probabilité, et on travaille plutôt avec la fonction de répartition Gf ptq :“ µprf ĺ tsq, @ t ľ 0.
« Traduire » l’exercice précédent en fonction de Gf .

Exercice # 28. a) Écrire l’inégalité de Jensen dans les cas suivants :


(i) I :“ R, Φptq :“ et , @ t P R.
(ii) I :“s0, 8r, Φptq :“ ln t, @ t Ps0, 8r.
(iii) I :“ R, 1 ĺ p ă 8, Φptq :“ |t|p , @ t P R.
b) Obtenir, à partir de l’inégalité de Jensen appliquée à un espace probabilisé et à une fonc-
tion convexe convenables, l’inégalité
˜ ¸2
ÿ
n ÿ
n
n paj q2 ľ aj , @ n P N˚ , @ a1 , . . . an P R.
j“1 j“1

Exercice # 29. En considérant, sur R, les fonctions fn pxq :“ ´px ` nq´ , montrer que
l’hypothèse fn ľ 0 est essentielle pour avoir la conclusion du lemme de Fatou.

Exercice # 30. En considérant, dans R, la suite fn :“ χrn,n`1r , montrer que l’hypothèse de


domination est essentielle pour la validité du théorème de convergence dominée.

Exercice # 31. (Transformée de Laplace) Soit f : r0, 8rÑ R une fonction ´ 8 borélienn et
bornée. Montrer que la transformée de Laplace de f , définie par L f paq :“ 0 e´ax f pxq dx,
@ a ą 0, est une fonction continue sur s0, 8r.
ˆ 1 x´1
t
Exercice # 32. Soit f pxq :“ dt, @ x P R.
0 1`t
a) Montrer que f est finie si et seulement si x ą 0.
b) Montrer que f est continue sur s0, 8r.
c) Calculer f pxq ` f px ` 1q pour x ą 0. En déduire la valeur de lim x f pxq.
xŒ0
ř
Exercice # 33. a) Calculer nľ0 p´1qn xn , |x| ă 1.
ř
b) Calculer nľ1 p´1qn n xn´1 , |x| ă 1.

4
8 ˆ ˙2
sin x
ˆ
Exercice # 34. Soit f la fonction définie sur R` par f ptq :“ e´tx dx.
0 x
a) Montrer que f est continue sur R` et deux fois dérivable sur R˚` .
b) Calculer f 2 et les limites à l’infini de f et f 1 .
c) En déduire une expression simple de f .
expp´xq ´ expp´txq
Exercice # 35. Pour x ą 0 et t ą 0, soit f pt, xq :“ .
x
a) Montrer que pour tout t ą 0, la fonction x ÞÑ f pt, xq est Lebesgue intégrable sur R˚` .
´8
b) Pour t ą 0, soit F ptq :“ 0 f pt, xq dx.
c) Montrer que F est continue sur s0, 8r.
d) Montrer que F est dérivable sur s0, 8r.
e) Calculer F 1 ptq et en déduire la valeur de F ptq pour tout t ą 0.

Exercice # 36.
a) Si X et Y sont a. p. d., alors PpXq b PpY q “ PpX ˆ Y q.
b) De plus, si µ et ν sont les mesures de comptage sur X et Y respectivement, alors µ b ν
est la mesure de comptage sur X ˆ Y .

Exercice # 37. Prouver ou réfuter les assertions suivantes.


a) T b S “ tA ˆ B ; A P T , B P S u.
b) BRn b BRm “ BRn`m .
c) Ln b Lm “ Ln`m .
d) νn b νm “ νn`m .
e) λn b λm “ λn`m .
f) Soient pX, T , µq et pY, S , νq des espaces mesurés, avec µ et ν σ-finies. Soit E P T bS .
Si νpEx q “ 0 pour (presque) tout x P X, alors µ b νpEq “ 0.
g) Si µ et ν sont des mesures σ-finies, alors µ b ν est σ-finie.

Exercice # 38.
a) Calculer r0,1s2 xexy dxdy.
´

1
ˆ
b) Calculer dxdy, où ∆ :“ tpx, yq P R2 ; 0 ĺ x, y ĺ 1, 0 ă x2 ` y 2 ĺ 1u.
∆ 1 ` x 2 ` y2

Exercice # 39. Calculer l’aire d’un disque.

Exercice # 40. Pour px, yq P R2 , soit


$
&1{px ` 1q ,
’ 2
si x ą 0 et x ă y ă 2x
f px, yq :“ ´1{px ` 1q , si x ą 0 et 2x ă y ă 3x .
2

%
0, sinon

a) Montrer que f : R2 Ñ R est borélienne.


b) Montrer que, pour tout y P R, f p¨, yq est Lebesgue intégrable.
c) ´Soit ϕpyq :“ R f px, yq dx, y P R. Montrer que ϕ est Lebesgue intégrable et calculer
´

R
ϕpyq dy.

5
d) Montrer que, pour tout x P R, f px, ¨q est Lebesgue intégrable.
e) ´Soit ψpxq “ R f px, yq dy, x P R. Montrer que ψ est Lebesgue intégrable et calculer
´

R
ψpxq dx.
f) Qu’en pensez-vous ?
Exercice # 41. Soit U la partie de R3 définie par

U :“ tpu, v, wq P R3 ; u ą 0, v ą 0, w ą 0, uv ă 1, uw ă 1, vw ă 1u.

a) Montrer que U est borélien.


b) Calculer I :“ U u v w dudvdw.
´

On pourra, après l’avoir justifié, utiliser le changement de variables suivant :


? ? ?
px, y, zq “ Φpu, v, wq :“ p vw, wu, uvq.
Exercice # 42. Soient f, g : X Ñ R mesurables. Montrer les propriétés suivantes.
a) }tf }p “ |t| }f }p , @ t P R (avec la convention 0 ¨ 8 “ 0).
b) Si f “ g p. p., alors }f ´ g}p “ 0 et }f }p “ }g}p .
c) }f }p “ 0 si et seulement si f “ 0 p. p.
d) La définition de }f }8 est correcte, au sens suivant. Soit A :“ tM P r0, 8s ; |f pxq| ĺ
M p. p.u. Alors A est non vide et A a un plus petit élément, m. Cet m est le plus petit
nombre C de r0, 8s avec la propriété |f pxq| ĺ C p. p.
e) }f ` g}p ĺ }f }p ` }g}p pour p “ 1 et p “ 8. (Ici, f, g : X Ñ R.)

Dans les trois exercices suivants, ajouter les hypothèses manquantes et montrer les résultats
énoncés.
ř
Exercice # 43. Soient 1 ĺ p2 , . . . , pk ĺ 8 tels que kj“1 1{pj “ 1. Alors

}f1 f2 ¨ ¨ ¨ fk }1 ĺ }f1 }p1 }f2 }p2 ¨ ¨ ¨ }fk }pk , @ f1 , f2 , . . . , fk : X Ñ R.

Exercice # 44. Nous supposons µ finie. Si 1 ĺ p ĺ r ĺ 8, alors }f }p ĺ pµpXqq1{p´1{r }f }r ,


@ f.
Exercice # 45. Soient 1 ĺ p0 ă p ă p1 ĺ 8.
1 θ 1´θ
a) Montrer qu’il existe un unique θ Ps0, 1r tel que “ ` .
p p0 p1
b) Montrer que }f }p ĺ }f }θp0 }f }1´θ
p1 , @ f .

Exercice # 46. Soit ρ un noyau régularisant standard. Alors pour tout ε ą 0 :


a) ρε pxq ľ 0 si |x| ă ε.
b) ρε pxq “ 0 si |x| ľ ε.
c) ρε “ 1.
´

Exercice # 47. Développer en série de Fourier la fonction 2π-périodique définie sur s´π, πs
ÿ 1 ÿ 1
par f pxq :“ |x|. En déduire la valeur de et .
nľ1
n2 nľ1 n4

Exercice # 48. Soit f : R Ñ R la fonction 2π-périodique définie sur s ´ π, πs par f pxq :“


x2 .

6
a) Déterminer Sf et Sf pxq, x P R.
ÿ 1 ÿ p´1qn ÿ 1 ÿ 1
b) En déduire les valeurs des séries , , , .
nľ1
n2 nľ1 n2 nľ0 p2n ` 1q2 nľ1 n4

Exercice # 49. Soit α Ps0, πr et f : R Ñ R la fonction 2π-périodique définie sur s ´ π, πs


par
#
1, si x P r´α, αs
f pxq :“ .
0, sinon

a) Dessiner le graphe f sur r´2π, 2πs.


b) Calculer Sf et Sf pxq, x P R.
ÿ8
sinpnαq2
c) En déduire la somme de la série 2
.
n“1
n

Exercice # 50. Soit f : R Ñ R la fonction 2π-périodique, impaire et telle que f pxq “


pπ ´ xq{2 sur s0, πs.
a) Dessiner le graphe de f sur une période.
b) Calculer Sf et Sf pxq, x P R.
ÿ sin n ÿ 1
c) En déduire la valeur des sommes suivantes : et 2
.
nľ1
n nľ1
n

Exercice # 51. a) Soient f P L1 pRn q et ε ą 0. Soit fε pxq :“ ε´n f px{εq, @ x P Rn .


(i) Montrer que fε P L1 .
Ź

(ii) Montrer que fε pξq “ fppε ξq.


Ź

(iii) Montrer que |fε pξq| ĺ }f }1 , @ ε ą 0, @ ξ P Rn .


b) Soient f P L1 pRn q et h P Rn . Soit τh f pxq :“ f px ´ hq, @ x P Rn .
(i) Montrer que τh f P L1 .
Ź

(ii) Montrer que τh f pξq “ e´ıh¨ξ fppξq, @ ξ P Rn .


c) Soit f P L1 pRn q.
(i) Montrer que f P L1 .
Ź
Ź

(ii) Montrer que f pξq “ f p´ξq, @ ξ P Rn .


d) Soit f P L1 pRn q. Soit fqpxq :“ f p´xq, @ x P Rn .
(i) Montrer que fq P L1 .
p q
(ii) Montrer que fqpξq “ fpp´ξq “ fppξq, @ ξ P Rn .
Exercice # 52. Soit f : Rn Ñ R, f pxq :“ e´a|x| , où a ą 0.
a) À partir de la transformée de Fourier de R Q x ÞÑ 1{p1 ` x2 q et de l’identité
ˆ 8
1
e´p1`x q t dt, @ x P R,
2

1`x 2
0

montrer que
8
1 e´t ´r2 {p4tq
ˆ
´r
e “ e dt, @ r ą 0. (1)
π 1{2 0 t1{2

7
b) En utilisant (1) et la transformée de Fourier des fonctions R Q x ÞÑ e´ax , a ą 0, montrer
2

que
a
fppξq “ 2n π pn´1q{2 Γppn ` 1q{2q ,
pa2 ` |ξ|2 qpn`1q{2
´8
avec Γpxq :“ 0
tx´1 e´t dt la fonction d’Euler.

8
Université Claude Bernard Lyon 1 Licence de mathématiques 3e année
UE Mesure et intégration & Éléments d’analyse fonctionnelle Année 2023–2024

Exercices corrigés
Exercice # 1. Soit ptn qnľ0 une suite de nombre réels telle que tn Ñ 8. Montrer que l’en-
semble A :“ ttn ; n ľ 0u a un plus petit élément.

Démonstration. Soit M ą t0 . Il existe n0 ą 0 tel que tn ą M , @ n ľ n0 . Si


a :“ mintt0 , . . . , tn0 ´1 u,
alors il existe un k P t0, . . . , n0 ´ 1u tel que a “ tk . Par construction, tk ĺ tj , @ j “ l ĺ
n0 ´ 1. Par ailleurs, a “ tk ĺ t0 ă M ă tn , @ n ľ n0 . Il s’ensuit que tk est le plus petit
élément de A.
Exercice !
# 2. ´Déterminer les)bornes sup et inf des ensembles ci-dessous :
π¯
a) A1 :“ cos n ;nPN ;
" 2 ´n *
12n ` 10
b) A2 :“ ;nPN ;
!´ 3n ` 2´ π ¯¯ )
c) A3 :“ 1 ` sin n ln n ; n P N˚ .
2

Solution. ! ´ ¯ )
π
a) A1 :“ cos n ; n P N “ t0, `1, ´1u. A1 est fini, donc sup A1 “ max A1 “ `1 et
2
inf A1 “ min A1 “ ´1.
12n ` 10´n 8 ´ 10´n
b) Nous avons “ 4 ´ νn , où νn “ . La suite pνn qnľ0 est décroissante.
3n ` 2 3n ` 2 " *
7 8 ´ 10´n
La valeur maximale de νn est donc ν0 “ . De plus, limn νn “ 0. Donc inf ;nPN “
2 3n ` 2
7 1
0. Il s’ensuit que sup A2 “ 4 et inf A2 “ 4 ´ “ .
´ ´ π ¯¯ 2 2
c) On a 1 ` sin 4n lnp4nq “ ln n`ln 4. Donc sup A3 ľ sup tln n ` ln 4 ; n P N˚ u “
2 ´ ´ π ¯¯
`8, car ln n tend vers `8. De plus inf A3 “ min A3 “ 0, car 1 ` sin n ln n est
2
positive pour n ľ 1 et 0 pour n “ 1.
Exercice # 3. Montrer que xn ĺ yn , @ n ľ n0 ùñ lim supn xn ĺ lim supn yn .

Solution. Nous allons utiliser le fait (énoncé en cours) que


! )
lim sup xn “ max lim xnk ; pxnk qk est une sous-suite de pxn qn ayant une limite . (1)
n k

Ici, on autorise les valeurs ˘8 pour la limite.


Soit donc pxnk qk une sous-suite pour laquelle le max est atteint. Quitte à passer encore
une fois à une sous-suite, on peut supposer que pynk qk a une limite. Comme xnk ĺ ynk pour
tous sauf un nombre fini de k, on a que
lim sup xn “ lim xnk ĺ lim ynk ĺ lim sup yn .
n k k n

1
Autre solution. Soient Xn :“ supkľn xk , Yn :“ supkľn yk .
Pour k ľ n ľ n0 , nous avons xk ĺ yk ĺ Yn , d’où, en prenant le sup sur k, Xn ĺ Yn . Il
s’ensuit que

lim sup xn “ lim Xn ĺ lim Yn “ lim sup yn .


n n n

Le lemme suivant sera utilisé dans la résolution de l’exercice # 4.


Lemme 1. Soit pxn qn une suite de nombres réels et soit pnk qk et pm` q` des suites strictement
croissantes d’entiers telles que

N “ tnk ; k P Nu Y tm` ; ` P Nu

et les deux sous-suites pxnk qk et pxm` q` ont des limites. Alors

lim sup xn “ maxplim xnk , lim xm` q, lim inf xn “ minplim xnk , lim xm` q.
n k ` n k `

Énoncé analogue pour un nombre, fini mais arbitraire, de sous-suites.

Avant de procéder à la preuve du lemme, décrivons un


Principe de preuve. Si a et b sont des réels, pour montrer que a ĺ b, il suffit de montrer que
a ĺ b ` ε, @ ε ą 0. Pour montrer que a ľ b, il suffit de montrer que a ľ b ´ ε, @ ε ą 0
Lorsque a, b P R Y t´8u, pour montrer que a ĺ b, il suffit de montrer que a ĺ M ,
@ M ą b (avec M P R).
De même, si a, b P R Y t8u, pour montrer que a ľ b, il suffit de montrer que a ľ M ,
@ M ă b (avec M P R).

Démonstration du lemme. Nous allons faire la preuve uniquement pour lim sup et deux sous-
suites, les autres cas étant analogues.
Soit z :“ maxplimk xnk , lim` xm` q. L’inégalité lim supn xn ľ z suit de (1) ci-dessus. En
particulier, si z “ 8, alors nous avons nécessairement égalité.
Supposons z P R Y t´8u. Pour montrer que lim supn xn ĺ z, considérons (comme
dans le principe de preuve décrit ci-dessus) un réel M tel que M ą z, de sorte que M ą
limk xnk et M ą lim` xm` . Par définition de la limite, il existe k0 , `0 P N satisfaisant xnk ă
M , @ k ľ k0 , et xm` ă M , @ ` ľ `0 . Soit p0 :“ maxpnk0 , m`0 q. Si p ľ p0 , alors soit xp “ xnk
pour un k ľ k0 , soit xp “ xm` pour un ` ľ `0 . Dans les deux cas, nous avons xp ă M . Il
s’ensuit que

Xn :“ sup xp ĺ M, @ n ľ p0 ,
pľn

d’où

lim sup xn “ lim Xn ĺ M, @ M ą z.


n n

Le principe de preuve permet de conclure.


Exercice # 4. Calculer lim supn xn et lim inf n xn pour les suites définies, pour tout n P N,
respectivement par les formules :

2
a) xn :“ pn ` 1qp´1q .
n

´ ´ π ¯¯ n
b) xn :“ 2 ` cos n .
2 2n ` 1
Solution.
a) Considérons les sous-suites x2n “ 2n ` 1 et x2n`1 “ 1{p2n ` 2q. Nous avons limn x2n “
8 et limn x2n`1 “ 0 ; le lemme implique lim supn xn “ 8 et lim inf n xn “ 0.
b) La preuve du lemme s’adapte à un nombre fini arbitraire de sous-suites (à la place de
deux sous-suites).
Considérons les sous-suites x4n “ p12nq{p8n ` 1q, x2n`1 “ 2p2n ` 1q{p2p2n ` 1q ` 1q
et x4n`2 “ p4n ` 2q{p2p4n ` 2q ` 1q. On a que limn x4n “ 3{2, limn x2n`1 “ 1 et
limn x4n`2 “ 1{2. On conclut que lim supn xn “ 3{2 et lim inf n xn “ 1{2.
Exercice # 5.
a) Montrer que x P lim sup An si et seulement si x appartient à une infinité d’ensembles
An .
b) Montrer que x P lim inf An si et seulement si il existe un n1 (qui peut dépendre de x P X)
tel que x P An , @ n ľ n1 .
c) Pour tout x P X, montrer les égalités
χlim sup An pxq “ lim sup χAn pxq, χlim inf An pxq “ lim inf χAn pxq.

d) Soit pAn qnľn0 une suite croissante de parties de X. Montrer que


lim sup An “ lim inf An “ Ynľn1 An , @ n1 ľ n0 .
Quel est l’analogue de cette formule pour une suite décroissante ?
e) Montrer que
lim sup An “ plim sup A2n q Y plim sup A2n`1 q ,
lim inf An “ plim inf A2n q X plim inf A2n`1 q .

Solution.
a) x P lim sup An ðñ x P Xn Ykľn Ak ðñ x P Ykľn Ak , @ n ðñ @n, D k ľ
n tel que x P Ak .
Prenons la négation
x R lim sup An ðñ D n, @ k ľ n : x R Ak .
L’énoncé à droite veut dire qu’il existe n tel que, si x P Ak , alors k ĺ n, c’est-à-dire, que
x appartient au plus à un nombre fini d’ensembles. Donc x P lim sup An veut dire que x
appartient à une infinité d’ensembles Ak .
b) x P lim inf An ðñ x P Yn Xkľn Ak ðñ D n tel que x P Xkľn Ak ðñ
D n tel que x P Ak , @ k ľ n.
c) Justification de la première égalité. De a), nous obtenons
χlim sup A pxq “ 1 ðñ @ n, D k ľ n tel que x P Ak
n
ðñ @ n, D k ľ n tel que χAk pxq “ 1
paq pbq (2)
ðñ @ n, sup χAk pxq “ 1 ðñ lim sup χAk pxq “ 1
kľn n kľn
ðñ lim sup χAn pxq “ 1.
n

3
Justification de (a) : une fonction caractéristique χA ne prend que les valeurs 0 et 1. Donc

sup χAk pxq “ 1 ðñ D k ľ n tel que χAk pxq “ 1.


kľn

Justification de (b) : la suite psupkľn χAk pxqqn décroît et ne prend que les valeurs 0 ou 1.
Donc soit elle ne prend que la valeur 1, et a la limite 1, soit elle prend la valeur 0, et dans
ce cas elle tend vers 0.
Finalement, comme les fonctions χlim sup An et lim supn χAn ne peuvent prendre que
les valeurs 0 ou 1, on déduit de (2) que χlim sup A pxq “ lim supn χAn pxq, d’où le résul-
n
tat.
Justification de la deuxième égalité. De b), nous obtenons

χlim inf A pxq “ 1 ðñ D n tel que x P Ak , @ k ľ n


n
ðñ D n tel que χAk pxq “ 1, @ k ľ n
pcq
ðñ D n tel que inf χAk pxq “ 1 ðñ lim inf χAk pxq “ 1
kľn n kľn

ðñ lim inf χAn pxq “ 1.


n

La justification de (c) est similaire à celle de (b) : la suite pinf kľn χAk pxqqn croît et ne prend
que les valeurs 0 ou 1. Donc soit elle ne prend que la valeur 0, et a la limite 0, soit elle prend
la valeur 1, et dans ce cas elle tend vers 1.
Nous concluons comme pour la première égalité.
d) La suite pAn qnľn0 étant croissante, nous avons Ykľn Ak “ Ykľn1 Ak , @ n ľ n1 , d’où

lim sup An “ Xnľn0 Ykľn Ak “ Xnľn0 Ykľn1 Ak “ Ynľn1 An .


n

La suite pAn qnľn0 étant croissante, nous avons Xkľn Ak “ An , d’où

lim inf An “ Ynľn0 Xkľn Ak “ Ynľn0 An “ Ynľn1 An .


n

Preuves similaires pour les suites décroissantes.


e) De a), nous avons

x appartient à lim sup An ðñ x appartient à An pour une infinité de n


n
ðñ x appartient à An pour une infinité de n pairs
ou pour une infinité de n impairs
ðñ x P lim sup A2n ou x P lim sup A2n`1
n n
ðñ x P lim sup A2n Y lim sup A2n`1 .
n n

Pour la lim inf, procédons par double inclusion.

x P lim inf An ùñ D n, tel que x P Ak , @ k ľ n


n
ùñ D n tel que x P A2` et x P A2``1 , @ ` ľ n
ùñ x P lim inf A2n et x P lim inf A2n`1
n n
ùñ x P lim inf A2n X lim inf A2n`1 .
n n

4
Par ailleurs,

x P lim inf A2n X lim inf A2n`1


n n
ùñ x P lim inf A2n et x P lim inf A2n`1
n n
ùñ D n1 , n2 tels que x P A2k , @ k ľ n1 et x P A2k`1 , @ k ľ n2
ùñ x P A` , @ ` ľ n :“ maxp2n1 , 2n2 ` 1q ùñ x P lim inf An .
n

Exercice # 6. Déterminer la tribu T pA q sur R engendrée par A :“ ttnu ; n P Zu.

Solution. Étape 1. Si A Ă Z, alors A P T pA q. En effet, nous avons A a. p. d. (car A Ă Z et Z


est dénombrable). Comme A “ YnPA tnu, il s’ensuit que A est une union a. p. d. d’éléments
de A (donc d’éléments de T pA q), d’où A P T pA q.
Étape 2. Si A Ă R et Ac Ă Z, alors A P T pA q. En effet, la première étape montre que
Ac P T pA q. En utilisant l’axiome ii) d’une tribu, nous obtenons A “ pAc qc P T pA q.
Conclusion provisoire. Nous avons

T :“ tA Ă R ; A Ă Z ou Ac Ă Zu Ă T pA q. (3)

Le lemme qui suit montre que T est une tribu. Par ailleurs, nous avons A Ă T , car
A P A ùñ A Ă Z ùñ A P T .
Nous concluons comme suit : de A Ă T , nous déduisons que T pA q Ă T pT q “ T
(la dernière égalité découlant du fait que T est une tribu). En comparant cette inclusion à
(3), nous obtenons que T pA q “ T .

Lemme 2. Soient Y Ă X deux ensembles. Soit

T :“ tA Ă X ; A Ă Y ou Ac Ă Y u.

Alors T est une tribu.

Démonstration. Étape 1. H P T , car H Ă Y .


Étape 2. Si A P T , alors Ac P T . Nous avons deux cas à examiner.
1. Si A Ă Y , alors pAc qc “ A Ă Y , et donc Ac P T .
2. Si Ac Ă Y , alors, clairement Ac P T .
Dans tous les cas possibles, si A P T , alors Ac P T .
Étape 3. Si pAn q Ă T , alors Yn An P T . À nouveau, nous avons deux cas à examiner.
1. Si An Ă Y , @ n, alors Yn An Ă Y , et donc Yn An P T .
2. S’il existe un n0 P N tel que An0 Ć Y , alors pAn0 qc Ă Y . Il s’ensuit que

pYn An qc “ Xn pAn qc Ă pAn0 qc Ă Y,

et donc Yn An P T .
Dans tous les cas possibles, si pAn q Ă T , alors Yn An P T .
T vérifie donc les axiomes d’une tribu.

5
Exercice # 7. Soit pX, T q un espace mesurable. Soit pAn q Ă T une suite d. d. d. telle que
X “ \n An . Pour chaque n, soit fn : An Ñ R une fonction mesurable. Soit f : X Ñ R,
f pxq :“ fn pxq si x P An . Montrer que f est mesurable.
#
fn pxq, si x P An
Solution. Posons frn : X Ñ R, frn pxq :“ . Par définition, la fonction frn
0, sinon
est mesurable.
Notons l’égalité suivante, vraie pour tout ensemble B Ă R :
pfn q´1 pBq X An “ pfrn q´1 pBq X An , @ n. (4)

Soit B P BR . Nous avons (via (4))


` ˘
f ´1 pBq “ Yn pfn q´1 pBq “ Yn pfn q´1 pBq X An
´ ¯ (5)
r ´1
“ Yn pfn q pBq X An P T .

Pour justifier l’appartenance finale, nous invoquons dans l’ordre : pfrn q´1 pBq P T (en
utilisant le fait que frn est mesurable et le théorème de caractérisation des fonctions mesu-
rables), puis pfrn q´1 pBq
´ X An P T (de ce¯qui précède, An P T et le fait que T est une tribu),
d’où, finalement, Yn pfrn q´1 pBq X An P T (de ce qui précède et l’axiome iii) de la tribu).
De (5) et du théorème de caractérisation des fonctions mesurables, f est mesurable.
Exercice # 8. Soit f : X Ñ R mesurable. Pour 0 ă M ă 8, soit
$
&f pxq,
’ si |f pxq| ĺ M
fM pxq :“ M, si f pxq ą M .

%
´M, si f pxq ă ´M

Montrer que f est mesurable si et seulement si fM est mesurable, @ M ą 0.


$

&t, si |t| ĺ M
Solution. « ùñ » Soit gM : R Ñ R, gM ptq :“ M, si t ą M . Alors gM est continue.

%
´M, si t ă ´M
Il s’ensuit que fM “ gM ˝ f est mesurable (composée d’une fonction continue et d’une
fonction mesurable).
« ðù » Si n ľ |f pxq|, alors fn pxq “ f pxq. Il s’ensuit que limn fn pxq “ f pxq. Chaque fn
étant mesurable, f l’est également (comme limite – simple – de fonctions mesurables).
Exercice # 9. Soit pX, T q un espace mesurable. Si f : X Ñ Rn est mesurable et g : Rn Ñ
R est borélienne étagée, montrer que g ˝ f est étagée.
řk
Solution. Soient aj P R et Aj P BRn , j “ 1, . . . , k, tels que g “ j“1 aj χAj . Alors
ÿ
k ÿ
k
g˝f “ aj χAj ˝ f “ aj χf ´1 pAj q . (6)
j“1 j“1

Comme f : X Ñ Rn est mesurable et Aj P BRn , nous avons f ´1 pAj q P T , @ j


(théorème-définition des fonctions mesurables à valeurs dans Rn ). De (6), nous obtenons
que g ˝ f est étagée.

6
Exercice # 10. Soit C un clan sur X. Soit Y Ă X. Soit CY :“ tA X Y ; Y Ă Xu. Montrer
que CY est un clan sur Y .

Solution. Étape 1. H P CY , car H “ H X Y et H P C (axiome i) du clan).


Étape 2. Si B P CY , alors Y zB P CY . En effet, soit A P C tel que B “ A X Y . Alors

Y zB “ Y X B c “ Y X pAc Y Y c q “ pY X Ac q Y pY X Y c q “ Ac X Y P CY ,

car Ac P C (axiome ii) du clan).


Étape 3. Si B1 , B2 P CY , alors B1 YB2 P CY . En effet, soient A1 , A2 P C tels que Bj “ Aj XY ,
j “ 1, 2. Alors

B1 Y B2 “ pA1 X Y q Y pA2 X Y q “ pA1 Y A2 q X Y P CY ,

car A1 Y A2 P C (axiome iii) du clan).


Il s’ensuit que CY vérifie les axiomes du clan sur Y .
Exercice # 11. Soit pXn qnľ1 une suite de parties de X. Montrer que Ynj“1 Xj Õ Yn Xn .

Solution. Nous avons clairement Ynj“1 Xj Õ. Posons Y :“ Yn Ynj“1 Xj , de sorte que Ynj“1 Xj Õ
Y . Nous montrons par double inclusion que Y “ Yn Xn .
Étape 1. Nous avons Y Ă Yn Xn . En effet, pour chaque n, Ynj“1 Xj Ă Yj Xj , d’où Yn Ynj“1 Xj Ă
Yj Xj “ Yn Xn .
Étape 2. Nous avons Yn Xn Ă Y . En effet, nous avons Xn Ă Ynj“1 Xj , @ n, d’où Yn Xn Ă
Yn Ynj“1 Xj “ Y .
Exercice # 12. a) Montrer que la fonction
sin x
f :s0, 8rÑ R, f pxq :“ , @ x ą 0,
ex ´ 1
est Lebesgue intégrable sur s0, 8r.
ř
b) Montrer que pour tout x ą 0 nous avons f pxq “ nľ1 e´nx sin x.
ˆ 8 ÿ8
sin x 1
c) En déduire que dx “ .
0 ex ´ 1 n“1
n2 ` 1

Solution. Préliminaire. Notons le calcul suivant d’intégrale généralisée :


ˆ 8
1“ ‰8 1
e´αx dx “ ´ e´αx ´8 “ , @ α P C tel que Re α ą 0. (7)
0 α α
a) f étant continue, il suffit de montrer que l’intégrale généralisée de f est absolument
convergente (proposition 6.43 b)).
´1 | sin x|
Étude de 0 |f pxq| dx. Nous avons x „0` 1. Le critère de Riemann combiné avec le
e ´1
théorème des équivalents donne la convergence de l’intégrale.
´8
Étude de 1 |f pxq| dx. Nous avons
1 1
|f pxq| ĺ „8 .
ex ´ 1 ex

7
´8
La convergence de l’intégrale généralisée e´x dx (qui vaut 1 ´ e´1 ) ˆ
1
combinée avec
8
1
le théorème des équivalents donne d’abord la convergence de l’intégrale dx,
ˆ 8 1 e ´1
x

| sin x|
puis celle de dx.
1 ex ´ 1
ˆ 8
| sin x|
En combinant les deux études, nous obtenons la convergence de dx.
0 ex ´ 1
Autre approche. En utilisant la majoration | sin x| ĺ |x|, @ x P R, la monotonie des inté-
grales généralisées, une intégration par parties et (7), nous obtenons
ˆ 8 ˆ 8 ˆ 8
´x
“ ´x ‰8
x
| sin x e | dx ĺ x e dx “ ´ x e 0 ` e´x dx “ 1 ă 8.
0 0 0

b) Comme |e´x | “ e´x ă 1, @ x ą 0, nous avons


1 1 1 ÿ ÿ ÿ
´x ´x n ´x´nx
“ ´x
“ e pe q “ e “ e´nx ,
e ´1
x e 1´e
x
nľ0 nľ0 nľ1

d’où la conclusion, en multipliant ce qui précède par sin x.


c) De (7), nous obtenons
ˆ 8
1 8 ´βx “ ıγx ‰
ˆ
´βx
e sinpγxq dx “ e e ´ e´ıγx dx
0 2ı 0
„ 
1 1 1 γ (8)
“ ´ “ 2 , @ β Ps0, 8r,
2ı β ´ ıγ β ` ıγ β ` γ2
@ γ P Rzt0u.

Il s’ensuit de (8) que


ˆ 8
1
e´nx sin x dx “ , @ n P N˚ ,
0 n2 `1
et donc (au vu de la question b)) l’identité à montrer revient à
ˆ 8ÿ ÿˆ 8
´nx
e sin x dx “ e´nx sin x dx. (9)
0 nľ1 nľ1 0

Nous présentons deux preuves de (9), l’une utilisant le théorème de convergence domi-
née (théorème 7.2), l’autre le théorème 7.18.
Preuve de (9) via le théorème de convergence dominée. Par linéarité des intégrales généralisées,
nous obtenons
ˆ 8ÿ ÿ ˆ 8 ˆ 8 ÿ
´nx ´nx
e sin x dx ´ e sin x dx “ e´nx sin x dx
0 nľ1 năN 0 0 nľN
ˆ 8
“ fN pxq dx,
0


ÿ 1 1
fN pxq :“ e´nx sin x “ e´N x ´x
sin x “ pN ´1qx f pxq, @ N ľ 1, @ x ą 0.
nľN
1´e e

8
La majoration |fN pxq| ĺ |f pxq|, @ N ľ 1, @ x ą 0, montre
´ que l’intégrale généralisée de
fN est absolument convergente, et donc coïncide avec s0,8r |fN | dν1 (proposition 6.45
b)). De ce qui précède, nous devons montrer que
ˆ
lim |fN | dν1 “ 0.
N s0,8r

Ceci s’obtient par convergence dominée (théorème 7.2), en notant que :


˚ À x ą 0 fixé, fN pxq Ñ 0 ;
˚ Nous avons la majoration |fN pxq| ĺ |f pxq|, @ N ľ 1, @ x ą 0, et |f | est ν1 -
intégrable (question a)).
ř
Preuve de (9) via le théorème 7.18. Nous devons montrer que nľ1 R |fn | dν1 ă 8. En
´

utilisant la proposition 6.45 b), la majoration | sin x| ĺ |x|, @ x P R, la monotonie des


intégrales généralisées, une intégration par parties, l’identité (7) et le critère de Riemann
pour les séries, nous obtenons
ÿˆ ÿˆ 8 ÿˆ 8
´nx
|fn | dν1 “ |e | | sin x| dx ĺ x e´nx dx
nľ1 R nľ1 0 nľ1 0
ÿ" 1“ ‰ 1 8 ´nx
ˆ * ÿ ˆ 8
1
´nx 8
“ ´ xe 0
` e dx “ e´nx dx
nľ1
n n 0 nľ1
n 0
ÿ 1
“ 2
ă 8.
nľ1
n
8 ˆ ˙2
sin x
ˆ
Exercice # 13. Soit f la fonction définie sur R` par f ptq :“ e´tx dx.
0 x
˚
a) Montrer que f est continue sur R` et deux fois dérivable sur R` .
b) Calculer f 2 et les limites à l’infini de f et f 1 .
c) En déduire une expression simple de f .

Solution.
a) Étape 1. f est continue. L’intégrande (en x) étant continue et positive, nous avons (propo-
sition 6.45 a))
ˆ ˙2
sin x
ˆ
f ptq “ e´tx dν1 pxq, @ t ľ 0.
s0,8r x

Pour vérifier la continuité de f , nous appliquons le théorème 7.10 à la fonction


ˆ ˙2
sin x
kpx, tq :“ e´tx , @ x Ps0, 8r, @ t P r0, 8r.
x

˚ À t fixé, x ÞÑ kpx, tq est (clairement) continue, donc borélienne.


˚ À x fixé, t ÞÑ kpx, tq est (clairement) continue.
˚ Nous avons
ˆ ˙2
sin x
|kpx, tq| ĺ :“ gpxq, @ x Ps0, 8r, @ t P r0, 8r.
x

9
˚ La majorante g est continue, donc borélienne, et (preuve plus bas) intégrable.
De ce qui précède et du théorème 7.10, f est continue sur r0, 8r.
Il reste à vérifier que g est intégrable.
´8 La proposition 6.45 a) montre qu’il suffit de vérifier
que l’intégrale généralisée 0 gpxq dx est finie.
´1
Étude de 0 gpxq dx. Nous avons gpxq „0` 1. Le critère de Riemann combiné avec le théo-
rème des équivalents donne la convergence de l’intégrale.
´8 1
Étude de 1 gpxq dx. Nous avons gpxq ĺ 2 . Le critère de Riemann combiné avec le cri-
x
tère de comparaison donne la convergence de l’intégrale.
´8
En combinant les deux études, nous obtenons la convergence de 0 gpxq dx.
Étape 2. f P C 1 . Nous appliquons le théorème 7.14.
˚ À t fixé, x ÞÑ kpx, tq est intégrable (ceci suit de l’étape 1).
˚ À x fixé, t ÞÑ kpx, tq est (clairement) de classe C 1 .
˚ Soit ra, bs Ăs0, 8r un intervalle compact arbitraire (ce qui correspond à considérer
une boule fermée arbitraire dans s0, 8r). Si x Ps0, 8r et t P ra, bs, nous avons (en
utilisant le fait que t ľ a et l’inégalité | sin x| ĺ |x|, @ x P R) :
ˇ ˇ ˇ ˇ
ˇ sin2 x ´tx ˇ ˇ sin2 x ˇ ´ax
ˇ
|Bt kpx, tq| “ ˇ´ ˇ
e ˇĺˇ ˇ ˇe
x x ˇ
ĺ x e´ax :“ hpxq, @ x ą 0, @ t P ra, bs.

La majorante h est continue, donc borélienne. Par ailleurs, elle est


´ 8Lebesgue inté-
grable. En effet, son intégrabilité revient (proposition 6.45 a)) à 0 hpxq dx ă 8,
ce qui suit de la solution de la question a) de l’exercice # 12.
De ce qui précède et du théorème 7.14, f est de classe C 1 sur s0, 8r et (en utilisant égale-
ment le fait que, de ce qui précède, Bt px, tq est intégrable en x et la proposition 6.45 b)) :

8
sin2 x ´tx
ˆ ˆ
1
f ptq “ Bt kpx, tq dν1 pxq “ ´ e dx. (10)
s0,8r 0 x

Étape 3. f P C 2 . Nous appliquons le théorème 7.14 à f 1 , donnée par (10).


˚ À t fixé, x ÞÑ Bt hpx, tq est intégrable (ceci suit de l’étape 2).
˚ À x fixé, t ÞÑ Bt kpx, tq est (clairement) de classe C 1 .
˚ Soit ra, bs Ăs0, 8r un intervalle compact arbitraire. Nous avons

|Bt pBt kpx, tqq| “ | sin2 x e´tx | ĺ `pxq :“ e´ax , @ x Ps0, 8r, @ t P ra, bs.

` étant intégrable (voir l’exercice # 12), il s’ensuit, de ce qui précède, du théorème


7.14 et de la proposition 6.45 b), que f P C 2 ps0, 8r et
ˆ ˆ 8
2 ´tx
f ptq “ 2
sin x e dν1 ptq “ sin2 x e´tx dx.
s0,8r 0

b) Étape 1. Calcul de f 2 . En utilisant la formule


ˆ ıx ˙2
2 e ´ e´ıx e2ıx ` e´2ıx ´ 2
sin x “ “´
2ı 4

10
et (7), nous obtenons
" * " *
2 1 1 1 2 1 1 t
f ptq “ ´ ` ´ “ ´ . (11)
4 t ´ 2ı t ` 2ı 4 2 t t2 ` 4

Étape 2. Calcul de limtÑ8 f ptq. Soit


´ ptn q Ă r0, 8r telle que tn Ñ 8. Soit fn pxq :“ kpx, tn q,
@ x ą 0, de sorte que f ptn q “ s0,8r fn dν1 .
˚ Nous avons fn pxq Ñ 0, @ x ą 0.
˚ Nous avons |fn | ĺ g, avec g la majorante de la question a), qui est intégrable.
De ce qui précède et du théorème de convergence dominée 7.2, nous avons
ˆ ˆ
lim f ptn q “ lim fn dν1 “ 0 dν1 “ 0.
n n s0,8r s´,8r

La suite tn Ñ 8 étant arbitraire, nous obtenons que limtÑ8 f ptq “ 0.


Étape 3. Calcul de limtÑ8 f 1 ptq. Raisonnement similaire à celui de l’étape 2. Le seul chan-
gement vient de la majoration. Soit ptn q Ăs0, 8r telle que tn Ñ 8. Le lemme ci-dessous
montre qu’il existe a ą 0 tel que tn ľ a, @ n. Nous avons alors la majoration

sin2 x ´tn x
|Bt kpx, tn q| “ e ĺ x e´ax , @ x ą 0, @ n.
x
La majorante étant intégrable (exercice # 12), nous obtenons, comme dans l’étape 2, que
limtÑ8 f 1 ptq “ 0.
c) Étape 1. Calcul de f 1 . De la formule de f 2 , nous obtenons que
" *
1 1 1 1 t2
f ptq “ 2
ln t ´ lnpt ` 4q ` C “ ln 2 ` C, @ t ą 0, (12)
2 2 4 t `4

avec C P R une constante à déterminer. En faisant t Ñ 8 dans (12) et en utilisant la


question précédente, nous obtenons C “ 0.
Étape 2. Calcul de f . En intégrant (12), nous obtenons, par intégration par parties :
ˆ " *
1 1
ˆ
1 2
f ptq dt “ ln t ´ lnpt ` 4q dt
2 4
1 1 1 1 t2
ˆ ˆ
2
“ t ln t ´ dt ´ t lnpt ` 4q ` dt
2 2 4 2 t2 ` 4
ˆ " *
1 1 1 2 1 4
“ t ln t ´ t ´ t lnpt ` 4q ` 1´ 2 dt
2 2 4 2 t `4
1 1
“ t ln t ´ t lnpt2 ` 4q ´ arctanpt{2q ` D
2 ˆ4 ˙
1 4
“ ´ t ln 1 ` 2 ´ arctanpt{2q ` D,
4 t

d’où
ˆ ˙
1 4
f ptq “ ´ t ln 1 ` 2 ´ arctanpt{2q ` D, (13)
4 t

avec une constante D P R à déterminer.

11
En utilisant le fait que
ˆ ˙
4 4
t ln 1 ` 2 „8 t 2
t t

et la question b), nous obtenons, en faisant t Ñ 8 dans (13), que D “ π{2, d’où
ˆ ˙
1 4 π
f ptq “ ´ t ln 1 ` 2 ´ arctanpt{2q ` , @ t ą 0. (14)
4 t 2

Il reste à déterminer f p0q. En utilisant la continuité de f sur r0, 8r (question a)) et en


faisant t Ñ 0` dans (14), nous obtenons
" ˆ ˙ *
1 4 π
f p0q “ lim ´ t ln 1 ` 2 ´ arctanpt{2q `
tÑ0` 4 t 2
π 1 π
“ ´ lim p4{xq1{2 lnp1 ` xq “ ,
2 4 xÑ8 2
par croissances comparées.
Au passage, nous avons obtenu la formule de Fresnel
8 ˆ ˙2
sin x π
ˆ
dx “ .
0 x 2
Exercice # 14. (Fonction Gamma d’Euler)
a) Montrer que, pour tout x ą 0, l’application t ÞÑ tx´1 e´t est Lebesgue intégrable sur R˚` .
´8
Pour x ą 0, soit Γpxq :“ 0 tx´1 e´t dt ; Γ est la fonction Gamma d’Euler.
b) Montrer que Γ est continue sur R˚` .
c) Montrer que Γ est de classe C 8 sur R˚` .
d) Montrer que Γ est strictement convexe.

Solution.
´8
a) Il suffit de montrer la convergence de l’intégrale généralisée 0 tx´1 e´t dt (cf la propo-
sition 6.45 a)).
´1
Étude de 0 tx´1 e´t dt. Nous avons tx´1 e´t dt „0` tx´1 . Le critère de Riemann combiné
avec l’hypothèse x ą 0 et le théorème des équivalents donne la convergence de l’inté-
grale.
´8
Étude de 1 tx´1 e´t dt. Par croissances comparées, nous avons tx´1 e´t “ op1{t2 q quand
t Ñ 8. Le critère de Riemann combiné avec le critère de comparaison donne la conver-
gence de l’intégrale.
´8
En combinant les deux études, nous obtenons la convergence de 0 tx´1 e´t dx. En uti-
lisant la proposition 6.45 a) (ou b)), nous obtenons que
ˆ 8 ˆ
x´1 ´t
Γpxq “ t e dt “ tx´1 e´t dν1 ptq P R, @ x ą 0.
0 s0,8r

b) Nous appliquons le théorème ??. Soit

f pt, xq :“ tx´1 e´t , @ t Ps0, 8r, @ x Ps0, 8r.

12
˚ À x fixé, t ÞÑ tx´1 e´t est continue, donc borélienne.
˚ À t fixé, x ÞÑ tx´1 e´t est continue.
˚ Soit ra, bs Ăs0, 8r un intervalle compact. Nous avons
#
ta´1 e´t , si 0 ă t ĺ 1
|tx´1 e´t | ĺ b´1 ´t :“ gptq, @ t Ps0, 8r, @ x P ra, bs.
t e , si t ą 1

La majorante g est borélienne (exercice # 32 c), feuille # 2). Nous avons (proposition
6.37 b) et proposition 6.45 a))
ˆ ˆ ˆ ˆ 1 ˆ 8
g dν1 “ g dν1 ` g dν1 “ gptq dt ` gptq dt.
s0,8r s0,1s s1,8r 0 1

L’étude de la question a) montre que les deux intégrales généralisées ci-dessus sont fi-
nies, et donc g est Lebesgue intégrable.
Ce qui précède et le théorème ?? impliquent la continuité de Γ.
c) Nous utilisons le corollaire 7.15.
˚ À x fixé, t ÞÑ tx´1 e´t est intégrable (ceci suit de l’étude faite au point b)).
˚ À t fixé, x ÞÑ tx´1 e´t est C 8 .
˚ Soit ra, bs Ăs0, 8r. Si k P N˚ et x P ra, bs, alors
ˇ k ˇ
ˇd ˇ ˇ ˇ
ˇ f pt, xqˇ “ ˇpln tqk tx´1 e´t ˇ
ˇ dxk ˇ
#
| ln t|k ta´1 e´t , si 0 ă t ĺ 1
ĺ :“ hptq, @ t Ps0, 8r, @ x P ra, bs.
pln tqk tb´1 e´t , si t ą 1

Par ailleurs, h est borélienne (voir la question b)) et nous allons montrer plus bas que h
est intégrable. Le corollaire
ˇ k 7.15 ˇdonne que Γ P C 8 ps0, 8rq et (en utilisant le fait que, de
ˇd ˇ
ce qui précède, t ÞÑ ˇˇ k f pt, xqˇˇ est intégrable, et la proposition 6.45 b))
dx
ˆ ˆ 8
pkq k x´1 ´t
Γ pxq “ pln tq t e dν1 ptq “ pln tqk tx´1 e´t dt, @ x ą 0, @ k P N˚ .
s0,8r 0

Pour établir l’intégrabilité de h, nous raisonnons


´ 1 comme pour la question
´ 8 c),kenx´1 se rame-
k x´1 ´t
nant à la finitude des intégrales généralisées 0 | ln t| t e dt et 1 pln tq t e´t dt.
´1
Étude de 0 | ln t|k tx´1 e´t dt. Nous avons | ln t|k tx´1 e´t dt „0` | ln t|k tx´1 . Le critère
de Bertrand combiné avec l’hypothèse x ą 0 et le théorème des équivalents donne la
convergence de l’intégrale.
´8
Étude de 1 pln tqk tx´1 e´t dt. Par croissances comparées, nous avons pln tqk tx´1 e´t “
op1{t2 q quand t Ñ 8. Le critère de Riemann combiné avec le critère de comparaison
donne la convergence de l’intégrale.
d) De la question c), nous avons
ˆ
2
Γ pxq “ pln tq2 tx´1 e´t dν1 ptq,
s0,8r

13
de sorte que, clairement, Γ2 pxq ľ 0, @ x ą 0. Montrons que Γ2 pxq ą 0, @ x ą 0 (ce qui
permet de conclure). Preuve par l’absurde : sinon, il existe un x ą 0 tel que Γ2 pxq “ 0.
La proposition 6.35 a) implique pln tq2 tx´1 e´t “ 0 ν1 -p. p. sur s0, 8r. D’où

ν1 ptt ą 0 ; pln tq2 tx´1 e´t ‰ 0uq “ 0,

ou encore ν1 ps0, 1rYs1, 8rq “ 0, contradiction qui achève la preuve.

Exercice # 15. Pour x ľ 0, soient


ˆˆ x ˙2 1
expp´x2 p1 ` t2 qq
ˆ
F pxq :“ 2
expp´t q dt et Gpxq :“ dt.
0 0 1 ` t2

a) (i) Montrer que F et G sont de classe C 1 sur R` .


(ii) Calculer F 1 pxq ` G1 pxq pour x ľ 0.
´8
b) En déduire la valeur de I “ 0 expp´t2 q dt.

Solution.
a) (i) Le théorème de Leibniz-Newton donne que l’intégrale qui apparaît dans F est de
classe C 1 en x, et donc F l’est également.
Nous étudions G, qui est une intégrale à paramètre x :
ˆ 1
expp´x2 p1 ` t2 qq expp´x2 p1 ` t2 qq
ˆ
Gpxq “ dt “ dt,
0 1 ` t2 r0,1s 1 ` t2

par égalité des intégrales de Riemann et Lebesgue pour des fonctions continues sur
un intervalle compact.
En notant f pt, xq l’intégrande dans G, nous avons que : t ÞÑ f pt, xq est continue,
donc borélienne, x ÞÑ f pt, xq est continue, et la majoration |f pt, xq| ĺ 1. Comme
1 est intégrable sur r0, 1s, nous obtenons la continuité de G.
Bf
Par ailleurs, x ÞÑ f pt, xq “ ´2x expp´x2 p1 ` t2 qq est continue. Si x P ra, bs Ă
Bx
r0, 8r, alors

| ´ 2x expp´x2 p1 ` t2 qq| ĺ 2b,

et 2b est intégrable. Il s’ensuit que G P C 1 .


(ii) De ce qui précède et le théorème de Leibniz-Newton, nous avons
ˆ x
1 2
F pxq “ 2 expp´x q expp´t2 q dt,
0
ˆ 1 ˆ
1 2 2
G pxq “ ´2x expp´x p1 ` t qq dt “ ´2x expp´x2 p1 ` t2 qq dt,
0 r0,1s

à nouveau par égalité des intégrales de Lebesgue et Riemann.

14
Pour x “ 0, nous avons F 1 p0q ` G1 p0q “ 0. Pour x ą 0, nous obtenons, par le
changement de variable t “ τ {x (dans une intégrale de Riemann) :
ˆ x
1 1 2
F pxq ` G pxq “2 expp´x q expp´t2 q dt
0
ˆ 1
´ 2x expp´x2 p1 ` t2 qq dt
0
ˆ x
2
“2 expp´x q expp´t2 q dt
0
ˆ 1
2
´ 2x expp´x q expp´x2 t2 q dt
ˆ x 0
“2 expp´x2 q expp´t2 q dt
0
ˆ x
2
´ 2 expp´x q expp´τ 2 q dτ “ 0.
0

b) Par définition de l’intégrale généralisée, nous avons


1
1
ˆ
2 paq
I “ lim F pxq “ lim pF p0q ` Gp0q ´ Gpxqq “ dt ´ lim Gpxq
xÑ8 xÑ8 0 1 ` t2 xÑ8
” ı1 π
“ arctan t ´ lim Gpxq “ ´ lim Gpxq ;
0 xÑ8 4 xÑ8
pour (a), nous utilisons le fait, qui découle de la question précédente, que x ÞÑ F pxq `
Gpxq est constante.
Pour conclure, nous allons montrer ? que la dernière limite vaut 0 ; ce qui donne I “
2

π{4 et donc (comme I ą 0), I “ π{2. Une façon de procéder consiste à appliquer le
théorème de convergence dominée. Plus simplement, nous avons
expp´x2 p1 ` t2 qq
0ĺ ĺ expp´x2 q, @ x ľ 0, @ t P r0, 1s,
1 ` t2
et donc
ˆ 1
0 ĺ Gpxq ĺ expp´x2 q dt “ expp´x2 q,
0

d’où la conclusion, par encadrement.


Exercice # 16. Soit D :“ tpx, yq P R2 ; x ľ 0, y ľ 0, x ` y ĺ 1u.
a) Déterminer Dx et Dy , @ x, y P R.
b) Montrer que D est borélien.
c) Calculer l’aire de D.
d) Calculer D px2 ` y 2 q dxdy.
´

Solution.
a) Si x ă 0, alors Dx “ H. Les contraintes x ľ 0 et x ` y ĺ 1 impliquent x ĺ 1, et donc
si x ą 1, alors Dx “ H. Enfin, si 0 ĺ x ĺ 1, alors
Dx “ ty ; y ľ 0 et x ` y ĺ 1u “ r0, 1 ´ xs.
#
H, si y ă 0 ou y ą 1
De même, Dy “ .
r0, 1 ´ ys, si 0 ĺ y ĺ 1

15
b) Nous avons D “ f ´1 pr0, 8rq X g ´1 pr0, 8rq X h´1 ps ´ 8, 1sq, où f px, yq :“ x, gpx, yq :“
y, hpx, yq :“ x ` y, @ px, yq P R2 . f, g, h étant continues, il s’ensuit que D est fermé,
donc borélien.
c) Nous devons calculer ν2 pDq. Nous avons ν2 “ ν1 b ν1 , avec ν1 σ-finie. En utilisant la
définition de la mesure produit, nous avons que x ÞÑ ν1 pDx q est borélienne et positive
(et a donc une intégrale de Lebesgue) et
ˆ ˆ
ν2 pDq “ ν1 pDx q dx “ χr0,1s pxqν1 pr0, 1 ´ xsq dx
R R
ˆ 1
“ ‰x“1 1
ˆ
paq pbq
“ p1 ´ xq dx “ p1 ´ xq dx “ x ´ x2 {2 x“1 “ .
r0,1s 0 2

(a) Nous utilisons les faits que x ÞÑ ν1 pDx q a une intégrale et que r0, 1s est mesurable
(car intervalle, donc borélien).
(b) Car l’intégrale de Lebesgue d’une fonction continue sur un intervalle compact coïn-
cide avec son intégrale de Riemann.
d) La fonction px, yq ÞÑ x2 ` y 2 est continue, donc borélienne, et positive. Elle a donc une
intégrale. Par ailleurs, D´est borélien. Le théorème de Tonelli appliqué à la mesure ν2 “
ν1 b ν1 donne que x ÞÑ R χD px, yq px2 ` y 2 q dy est borélienne et positive, et
ˆ ˆ
2 2
px ` y q dxdy “ χD px, yq px2 ` y 2 q dxdy
ˆR ˆˆ
D 2
˙
2 2
“ χD px, yq px ` y q dy dx
R R
ˆ ˆˆ ˙
2 2
“ χr0,1s pxq χD px, yq px ` y q dy dx
R R
ˆ ˆˆ ˙
paq 2 2
“ χD px, yq px ` y q dy dx
r0,1s R
ˆ ˆˆ ˙
2 2
“ χDx pyq px ` y q dy dx
r0,1s R
ˆ ˆˆ ˙
pbq 2 2
“ px ` y q dy dx
r0,1s r0,1´xs
ˆ ˆˆ 1´x ˙
pcq 2 2
“ px ` y q dy dx
r0,1s 0
“ 2 ‰y“1´x
ˆ
“ x y ` y 3 {3 y“0 dx
r0,1s
ˆ
“ p1{3 ´ x ` 2x2 ´ 4x3 {3q dx
r0,1s
ˆ 1
pdq
“ p1{3 ´ x ` 2x2 ´ 4x3 {3q dx
0
„ x“1
2 3 4 1
“ x{3 ´ x {2 ` 2x {3 ´ x {3 “ .
x“0 6

Pour (a), nous utilisons la mesurabilité de r0, 1s et le fait que x ÞÑ R χD px, yq x2 `y 2 q dy


´

a une intégrale.
Pour (b), nous utilisons le fait que Dx est borélien (car intervalle) et le fait que y ÞÑ x2 `y 2
a une intégrale (fonction borélienne positive).

16
(c) et (d) relèvent du fait que l’intégrale de Lebesgue d’une fonction continue sur un in-
tervalle compact coïncide avec son intégrale de Riemann.
Exercice # 17. En calculant de deux façons différentes l’intégrale
ˆ 8 ˆˆ 1 ˙
´x
I :“ e sinp2xyq dy dx,
0 0

8
sin2 x
ˆ
´x
déterminer la valeur de e dx.
0 x

Solution. Soit A :“s0, 8rˆr0, 1s, qui est un borélien (car produit d’intervalles, donc produit
de boréliens). Soit f px, yq :“ e´x sinp2xyq, @ px, yq P A, qui est continue, donc borélienne.
Pour pouvoir appliquer le théorème de Fubini dans A par rapport à la mesure ν2 “ ν1 b
ν1 , il suffit de vérifier que f est intégrable. En utilisant la majoration |f px, yq| ĺ gpx, yq :“
e´x , @ px, yq P A, le fait que g est borélienne (car continue) et le théorème de Tonelli, nous
obtenons
ˆˆ ˙
paq
ˆ ˆ ˆ ˆ
pbq ´x
|f px, yq| dxdy ĺ gpx, yq dxdy “ e dy dx “ e´x dx
A A s0,8r r0,1s s0,8r
ˆ 8
pcq “ ‰x“8
“ e´x dx “ ´e´x x“0 “ 1 ă 8,
0

et donc f est intégrable. Pour (a), nous utilisons le fait que |f | et g sont mesurables positives
(donc ont une intégrale) ; pour (b), le théorème de Tonelli local ; pour (c) le fait que l’intégrale
de Lebesgue d’une fonction continue positive sur un intervalle coïncide avec son intégrale
généralisée.
Nous avons d’une part, en interprétant l’intégrale en y comme intégrale de Riemann (ou
de Lebesgue sur r0, 1s – les deux sont égales pour une fonction continue) :
ˆ 8„ y“1
´x cosp2xyq 1 8 ´x 1 ´ cosp2xq
ˆ
I“ ´e dx “ e dx
0 2x y“0 2 0 x
ˆ 8 2
´x sin x
“ e dx.
0 x
Le dernière intégrale ci-dessus est vue comme une intégrale généralisée (elle coïncide avec
celle de Lebesgue, l’intégrande étant continue et positive sur l’intervalle d’intégration).
Par ailleurs, nous avons
ˆ ˆˆ ˙
paq ´x
I “ e sinp2xyq dx dy
r0,1s s0,8r
ˆˆ ˙
1 ` 2ıxy ˘
ˆ
´x ´2ıxy
“ e e ´e dx dy
2ı r0,1s s0,8r
ˆˆ ˙
1 ` ´p1´2ıyqx ˘
ˆ
´p1`2ıyqx
“ e ´e dx dy
2ı r0,1s s0,8r
ˆ ˙
pbq 1 1 1
ˆ
“ ´ dy
2ı r0,1s 1 ´ 2ıy 1 ` 2ıy
ˆ 1 „ 1
2y 2y 1 ln 5
ˆ
pcq 2
“ dy “ dy “ lnp1 ` 4y q “ ,
r0,1s 1 ` 4y 0 1 ` 4y
2 2 4 4
0

17
ce qui donne
ˆ 8
sin2 x ln 5
e´x dx “ .
0 x 4

L’égalité (a) découle du théorème de Fubini local ; (b) du fait que, si a P C et Re a ą


´8 1
0, alors l’intégrale (de Lebesgue ou généralisée) 0 e´ax dx existe et vaut ; (c) découle de
a
l’égalité de l’intégrale de Lebesgue et celle de Riemann pour une fonction continue sur un
intervalle compact.

Exercice # 18. Soit B :“ tpx, y, zq P R3 ; x2 ` y 2 ` z 2 ă 1u. Pour quelles valeurs de


a, b, c P R avons-nous I finie, où
ˆ
I :“ |x|a´1 |y|b´1 |z|c´1 dxdydz ?
B

Obtenir la réponse
a) Par utilisation du théorème de Tonelli.
b) En utilisant les coordonnées sphériques.

Solution.
a) L’intégrande f px, y, zq “ |x|a´1 |y|b´1 |z|c´1 est continue sur Bzt0u, donc borélienne, et
positive. Par ailleurs, B est un borélien. ?Il s’ensuit
? 3 que I existe. En3utilisant la positivité
de f et l’inclusion de boréliens s ´ 1{ 3, 1{ 3r Ă B Ăs ´ 1, 1r , nous obtenons que
J ĺ I ĺ K, où
ˆ
J :“ ? ?
|x|a´1 |y|b´1 |z|c´1 dxdydz,
s´1{ 3,1{ 3r3
ˆ
K :“ |x|a´1 |y|b´1 |z|c´1 dxdydz.
s´1,1r3

Le théorème de Tonelli local appliqué à ν3 et f sur s ´ 1, 1r3 donne


ˆ ˆ ˆ
a´1 b´1
K“ |x| dx |y| dy |z|c´1 dz
s´1,1r s´1,1r s´1,1r
ˆ 1 ˆ 1 ˆ 1
paq
“ |x|a´1 dx |y|b´1 dy |z|c´1 dz
´1 ´1 ´1
ˆ 1 ˆ 1 ˆ 1
pbq
“8 |x|a´1 dx |y|b´1 dy |z|c´1 dz.
0 0 0

Ici, (a) découle de l’égalité de l’intégrale de Lebesgue et de l’intégrale généralisée pour


des fonctions continues positives sur un intervalle, et (b) de la parité des intégrandes.
Le critère de Riemann donne : K est finie si et seulement si a ą 0, b ą 0, c ą 0. De
même pour J. En utilisant l’inégalité J ĺ I ĺ K, nous obtenons

I finie ùñ J finie ùñ a ą 0, b ą 0, c ą 0 ùñ K finie ùñ I finie

et donc I est finie si et seulement a ą 0, b ą 0, c ą 0.

18
b) En utilisant les coordonnées sphériques, et en notant que px, y, zq P B si et seulement
si r P r0, 1r, nous obtenons
ˆ
I“ χB px, y, zq |x|a´1 |y|b´1 |z|c´1 dxdydz
ˆR
3

“ χr0,1r prq ra`b`c´1


r0,8sˆr´π{2,π{2sˆr0,2πs
a`b´1 c´1
ˆ pcos ϕq | sin ϕ| | cos θ|a´1 | sin θ|b´1 drdϕdθ
ˆ
paq
“ ra`b`c´1 pcos ϕqa`b´1
r0,1rˆr´π{2,π{2sˆr0,2πs

ˆ | sin ϕ| | cos θ| | sin θ|b´1 drdϕdθ


c´1 a´1
ˆ ˆ
pbq a`b`c´1
“ r dr |pcos ϕqa`b´1 | sin ϕ|c´1 dϕ
r0,1r r´π{2,π{2s
ˆ
ˆ cos θ|a´1 | sin θ|b´1 dθ
r0,2πs
ˆ ˆ
pcq a`b`c´1
“ r dr pcos ϕqa`b´1 | sin ϕ|c´1 dϕ
s0,1r s´π{2,π{2r
ˆ
ˆ | cos θ|a´1 | sin θ|b´1 dθ
s0,2πr
ˆ 1 ˆ π{2 ˆ 2π
pdq a`b`c´1 a`b´1 c´1
“ r dr pcos ϕq | sin ϕ| dϕ | cos θ|a´1 | sin θ|b´1 dθ.
0 ´π{2 0

Ici, (a) découle de la définition de l’intégrale sur un ensemble mesurable, (b) du théorème
de Tonelli local pour la mesure ν3 “ ν1 b ν1 b ν1 , (c) du fait que les points sont Lebesgue
négligeables dans R, (d) de l’égalité de l’intégrale de Lebesgue et de l’intégrale généralisée
pour des fonctions continues sauf en un nombre fini de points et positives sur un inter-
valle. (Il convient de comprendre la dernière intégrale comme la somme d’intégrales gé-
néralisées de fonctions continues positives sur s0, π{2r, sπ{2, πr, sπ, 3π{2r, s3π{2, 2πr.)
Notons que les trois intégrales généralisées de la dernière ligne sont strictement posi-
tives, car intégrales généralisées de fonctions continues et strictement positives, sauf
en un nombre fini de points. Il s’ensuit que I est finie si et seulement si chacune de ces
intégrales l’est.
´1
Nous avons 0 ra`b`c´1 dr ă 8 ðñ a ` b ` c ą 0 (critère de Riemann).
Par ailleurs,
ˆ π{2 ˆ π{2
a`b´1 c´1 paq
pcos ϕq | sin ϕ| dϕ “ 2 pcos ϕqa`b´1 psin ϕqc´1 dϕ ;
´π{2 0

(a) découle de la parité de l’intégrande.


Comme pcos ϕqa`b´1 psin ϕqc´1 „0` ϕc´1 , le théorème des équivalents et le critère de
´ π{4
Riemann donne que 0 pcos ϕqa`b´1 psin ϕqc´1 dϕ converge si et seulement si c ą 0.
Par ailleurs,
ˆ π{2 ˆ π{4
a`b´1 c´1 paq
pcos ϕq psin ϕq dϕ “ pcospπ{2 ´ tqqa`b´1 psinpπ{2 ´ tqqc´1 dt
π{4 0
ˆ π{4
“ psin tqa`b´1 pcos tqc´1 dt,
0

19
et donc, comme ci-dessus, cette intégrale est finie si et seulement si a ` b ą 0. (Pour
obtenir (a), nous utilisons le changement de variables (dans une intégrale généralisée)
ϕ “ π{2 ´ t.)
Il s’ensuit que la deuxième intégrale généralisée converge si et seulement si c ą 0 et
a ` b ą 0.
Enfin, en utilisant la 2π-périodicité et la positivité de l’intégrande, nous obtenons :
ˆ 2π ˆ π
a´1 b´1
| cos θ| | sin θ| dθ “ | cos θ|a´1 | sin θ|b´1 dθ
0
ˆ´ππ
paq
“2 | cos θ|a´1 | sin θ|b´1 dθ
0
ˆ π{2
“2 | cos θ|a´1 | sin θ|b´1 dθ
0
ˆ π
`2 | cos θ|a´1 | sin θ|b´1 dθ
π{2
ˆ π{2
pbq
“2 | cos θ|a´1 | sin θ|b´1 dθ
0
ˆ π{2
`2 | cospπ ´ tq|a´1 | sinpπ ´ tq|b´1 dt
0
ˆ π{2
“2 | cos θ|a´1 | sin θ|b´1 dθ
0
ˆ π{2
`2 | cos t|a´1 | sin t|b´1 dt,
0

et donc, d’après l’étude de l’intégrale précédente, la troisième intégrale généralisée est


finie si et seulement si b ą 0 et a ą 0. (Pour (a), nous utilisons la parité et, pour (b), nous
faisons le changement de variables θ “ π ´ t.)
Finalement, I est finie si et seulement si a ą 0, b ą 0 et c ą 0.

Exercice # 19. Soit f P L 1 pRq. Montrer l’égalité


ˆ ˆ
f pxq dx “ f px ´ 1{xq dx.
R R

Solution. Il suffit de montrer l’égalité pour des fonctions Lebesgue mesurables et positives,
puis de retrancher les égalités obtenues pour f` et f´ . Soient Ψ1 :s´8, 0rÑ R, Ψ2 :s0, 8rÑ
R, Ψ1 pxq :“ x ´ 1{x, @ x ă 0, Ψ2 pxq :“ x ´ 1{x, @ x ą 0. Les tableaux de variations de ces
fonctions montrent qu’elles sont bijectives. Par ailleurs, elles sont de classe C 1 et de dérivée
ą 0, donc des C 1 -difféomorphismes.
Posons Φj :“ Ψ´1 j , j “ 1, 2. Pour tout y P R, l’équation x ´ 1{x “ y a exactement deux
solutions, une négative, xa1 :“ Φ1 pyq, l’autre positive,
a x2 :“ Φ2 pyq. En résolvant l’équation,
y´ y `4 2 y` y `4 2
nous trouvons x1 “ , x2 “ .
2 2
Montrons d’abord que x ÞÑ gpxq :“ f px ´ 1{xq (qui n’est pas définie en 0) est Lebesgue
mesurable. Il suffit de montrer qu’elle l’est sur s ´ 8, 0r et sur s0, 8r (pour conclure, nous
la considérons comme une fonction « à accolade » définie presque partout). Le théorème du
changement de variables donne que g est mesurable sur s´8, 0r si et seulement si g˝Φ1 |Φ11 |

20
est Lebesgue mesurable sur R. Or,
ˇ ˇ
ˇ 1 ´ y{ay 2 ` 4 ˇ
ˇ ˇ
Þ g ˝ Φ1 pyq|Φ11 pyq| “ f pyq ˇ
yÑ ˇ
ˇ 2 ˇ

est Lebesgue mesurable, comme produit d’une fonction Lebesgue mesurable et d’une fonc-
tion continue.
De même, g ˝ Φ2 |Φ12 | est Lebesgue mesurable, donc g l’est sur s0, 8r.
En utilisant les faits que g est Lebesgue mesurable et positive, que t0u est Lebesgue négli-
geable et que s ´ 8, 0r et s0, 8r sont boréliens (donc Lebesgue mesurables), nous obtenons
ˆ ˆ ˆ
f px ´ 1{xq dx “ f px ´ 1{xq dx “ f px ´ 1{xq dx
R Rzt0u ´8,0r\s0,8r
ˆ ˆ
“ f px ´ 1{xq dx ` f px ´ 1{xq dx
s´8,0r s0,8r
ˆ ˆ
paq
“ f pyq|Φ1 pyq| dy ` f pyq|Φ12 pyq| dy
1

ˆR R ˆ
pbq 1 1 pcq
“ f pyqr|Φ1 pyq| ` |Φ2 pyq|s dy “ f pyq dy.
R R

Ici, (a) découle du théorème du changement de variables, (b) du fait que les intégrandes
sont positives, et (c) du fait que, par calcul direct, en utilisant le fait que Φj est croissante,
j “ 1, 2, nous avons
a a
1 1 1 1 1 ´ y{ y 2 ` 4 1 ` y{ y 2 ` 4
|Φ1 pyq| ` |Φ2 pyq| “ Φ1 pyq ` Φ2 pyq “ ` “ 1.
2 2
Exercice # 20. (Inégalité de Hardy) Nous travaillons dans I :“s0, 8r muni
´ x de la mesure de
Lebesgue. Soit 1 ă p ă 8. Si f P L “ L pIq, nous posons F pxq :“ 0 f ptq dt, @ x ą 0.
p p

a) Si f P Cc8 pIq, montrer à l’aide d’une intégration par parties que


ˆ 8 ˆ ˙p ˆ 8
|F pxq|p p
dx ĺ |f pxq|p dx. (15)
0 x p p ´ 1 0

b) Montrer que l’inégalité (15) reste vraie pour tout f P L p .

Solution.
a) Soit f P Cc8 ps0, 8rq. Dans ce cas, les intégrandes de (15) sont continues et positives, et
donc nous pouvons traiter les intégrales soit comme des intégrales de Lebesgue soit, ce
que nous ferons, comme des intégrales généralisées.
Soient 0 ă a ă b ă 8 tels que f pxq “ 0 si x R ra, bs. Alors F pxq “ 0 si x ĺ a et
F pxq “ F pbq si x ľ b. Il s’ensuit que
8 b 8
|F pxq|p |F pxq|p |F pbq|p
ˆ ˆ ˆ
dx “ dx ` dx ă 8,
0 xp a xp b xp

car la première intégrale est une intégrale de Riemann finie, et la seconde est finie par
critère de Riemann.

21
En utilisant la définition de l’intégrale généralisée et en intégrant par parties, nous trou-
vons
ˆ 8 ˆ M ˆ M
|F pxq|p |F pxq|p |F pxq|p
dx “ lim dx “ lim dx
0 xp M Ñ8 0 xp M Ñ8 a xp
#„ M
paq |F pxq|p
“ lim ´
M Ñ8 pp ´ 1qxp´1 a
ˆ M +
p |F pxq|p´1 f pxq sgn pF pxqq
` dx
p´1 a xp´1
# (16)
|F pbq|p
“ lim ´
M Ñ8 pp ´ 1qM p´1
ˆ M +
p |F pxq|p´1 f pxq sgn pF pxqq
` dx
p´1 a xp´1
ˆ M
p |F pxq|p´1 f pxq sgn pF pxqq
“ lim dx.
p ´ 1 M Ñ8 a xp´1

Dans (a), nous utilisons le théorème de Leibniz-Newton, la règle de la chaîne et le fait


que la dérivée de t ÞÑ |t|p est t ÞÑ p |t|p´1 sgn t.
Pour majorer la dernière intégrale de (16), nous utilisons l’inégalité de Hölder avec expo-
sants p et q “ p{pp ´ 1q. Nous trouvons, pour M ą a :
M M
|F pxq|p´1 f pxq sgn pF pxqq |F pxq|p´1 |f pxq|
ˆ ˆ
dx ĺ dx
a xp´1 a xp´1
|F pxq|p´1 |f pxq|
ˆ
paq
“ dx
ra,M s xp´1
ˆˆ ˙1{p
pbq
p
ĺ |f pxq| dx
ra,M s
ˆˆ ˙pp´1q{p
|F pxq|p
ˆ dx
ra,M s xp
ˆˆ M ˙1{p (17)
pcq p
“ |f pxq| dx
a
ˆˆ M ˙pp´1q{p
|F pxq|p
ˆ dx
a xp
ˆˆ 8 ˙1{p
pdq
p
ĺ |f pxq| dx
0
ˆˆ 8 ˙pp´1q{p
|F pxq|p
ˆ dx .
0 xp

Ici, (a) et (c) suivent de l’égalité des intégrales de Riemann et Lebesgue pour des inté-
grandes continues sur un intervalle compact, (d) de la monotonie de l’intégrale définie
d’une fonction continue positive, et (b) de l’inégalité de Hölder appliquée aux fonctions
|F pxq|p´1
continues (donc boréliennes) |f | et x ÞÑ .
xp´1

22
En combinant (16) et (17), nous obtenons
ˆˆ 8 ˙p ˆ ˆ 8 ˙ ˆˆ 8 ˙p´1
|F pxq|p |F pxq|p
dx ĺ p
|f pxq| dx dx . (18)
0 xp 0 0 xp
8
|F pxq|p
ˆ
Nous savons, d’après la première partie de la preuve, que I “ dx est finie.
0 xp
En combinant ce fait avec (18), nous obtenons (15).
b) Soit f P L p . Alors l’intégrande qui donne F pxq est intégrable et F est continue (pro-
priétés vues ailleurs ; elles suivent de l’inégalité de Hölder).
´x
Soit pfj qj Ă Cc8 pIq telle que fj Ñ f dans L p . Soit Fj pxq :“ 0 fj ptq dt, @ j, @ x ą 0.
Par l’inégalité de Hölder avec exposants p et q “ p{pp ´ 1q, nous avons
ˇˆ ˇ ˆ
paq ˇ ˇ pbq
|Fj pxq ´ F pxq| “ ˇˇ pfj ptq ´ f ptqq dtˇˇ ĺ |fj ptq ´ f ptq| dt
s0,xr s0,xr
ˆˆ ˙1{p ˆˆ ˙pp´1q{p
p
ĺ |fj ptq ´ f ptq| dt 1 dt
s0,xr s0,xr
pcq
ĺ xpp´1q{p }fj ´ f }p .

Nous avons utilisé : pour (a) et (b), le fait que les intégrandes définissant Fj pxq et F pxq
sont finies ; pour (c), la monotonie de l’intégrale d’une fonction mesurable positive par
rapport au domaine d’intégration.
Il s’ensuit que F pxq “ lim Fj pxq, @ x ą 0. En combinant ce fait avec le lemme de Fatou
jÑ8
et la première partie de la preuve, nous obtenons
ˆ 8
|F pxq|p |F pxq|p |Fj pxq|p
ˆ ˆ
paq
dx “ dx “ lim dx
0 xp s0,8r xp s0,8r jÑ8 xp
|Fj pxq|p pbq |Fj pxq|p
ˆ ˆ
“ lim inf dx ĺ lim inf dx
s0,8r jÑ8 xp jÑ8 s0,8r xp
pcq
ˆ ˆ
p pdq
ĺ lim inf |fj pxq| dx “ |f pxq|p dx.
jÑ8 s0,8r s0,8r

Ici, (a) utilise le fait que l’intégrande est continue et positive, (b) découle du lemme de
|Fj pxq|p
Fatou appliqué aux fonctions x ÞÑ , qui sont continues (donc boréliennes) et
xp
positives, (c) de la première partie de la preuve, et (d) du fait que la norme est continue
dans un espace normé.
Ceci donne (15) pour tout f P L p , sachant qu’il faut comprendre la deuxième intégrale
dans (15) comme une intégrale de Lebesgue.

23
Université Claude Bernard Lyon 1 Licence de mathématiques 3e année
UE Mesure et intégration & Éléments d’analyse fonctionnelle Année 2023–2024

Exercices de synthèse et avancés


Exercice # 1. (Combien de points y a-t-il dans r0, 1r ?) Si x P r0, 1r, soit x “ 0, a1 a2 . . . son
écriture en base 2. Soit

f : r0, 1rÑ PpN˚ q, f pxq :“ tn P N˚ ; an “ 0u.

a) Montrer que f est injective.


b) Montrer que

PpN˚ qzf pr0, 1rq “ Pf pN˚ q :“ tA Ă N˚ ; A est finieu.

c) Montrer que Pf pN˚ q est dénombrable. Il existe donc une bijection Φ : N Ñ Pf pN˚ q.
d) Donner un exemple de fonction injective Ψ : N Ñ r0, 1r.
e) Soit
$
&f pxq,
’ si x R ΨpNq
˚
F : r0, 1rÑ PpN q, F pxq :“ f pΨpnqq, si x “ Ψp2nq pour un n P N .

%
Φpnq, si x “ Ψp2n ` 1q pour un n P N

Montrer que F est bijective. Il y a donc « autant » de points dans r0, 1r que de parties de
N˚ .

Exercice # 2. Montrer l’équivalence des propriétés suivantes.


1. lim supn An “ lim inf n An .
2. Pour tout x P X : soit D n0 (dépendant de x) tel que x P An , @ n ľ n0 , soit D n0 (dépendant
de x) tel que x R An , @ n ľ n0 .

Exercice # 3. (Exemple d’ensemble non borélien) Définissons, pour x, y P r0, 1s, la relation
x „ y si et seulement si x ´ y P Q.
a) Montrer que „ est une relation d’équivalence.
Nous pouvons donc écrire r0, 1s comme l’union des classes d’équivalence, qui sont deux
à deux disjointes : r0, 1s “ YiPI Ci .
Prenons, pour chaque i, un élément et un seul xi P Ci et définissons A :“ txi ; i P Iu.
Posons Aq :“ tqu ` A, @ q P Q X r´1, 1s.
b) Montrer que Aq X Ar “ H si q ‰ r.
c) Montrer que r0, 1s Ă YqPQXr´1,1s Aq Ă r´1, 2s.
d) En supposant A borélien, calculer ν1 pAq q en fonction de ν1 pAq.
e) En déduire que 1 ĺ 8 ¨ ν1 pAq ĺ 3.
f) Conclusion : A n’est pas borélien.
g) Renforcer la conclusion à : A n’est pas Lebesgue mesurable.

1
h) (On ne peut pas bien mesurer toutes les parties de R) Si µ : PpRq Ñ r0, 8s est une
mesure invariante par translations, alors soit µ “ 0, soit µpIq “ 8 pour tout intervalle
non dégénéré I Ă R.

Exercice # 4. (Caractérisation des tribus sur les ensembles a. p. d.) Rappelons, pour com-
mencer, quelques propriétés des relations d’équivalence.
1. Soit R une relation d’équivalence sur X. Soient pXi qiPI les classes d’équivalence relatives
à R. Alors ces classes forment une partition de X.
2. Réciproquement, si pXi qiPI est une partition de X, et si nous définissons la relation

x „ y si et seulement si il existe un i P I tel que x, y P Xi ,

alors „ est une relation d’équivalence dont les classes d’équivalence sont précisément
pXi qiPI .
Montrer les résultats suivants.
a) Si pXi qiPI est une partition a. p. d. de X et si nous posons A :“ tXi ; i P Iu, alors

T pA q “ tYJĂI Xi ; J Ă Iu.

b) Si, dans la question précédente, I est finie, alors C pA q “ T pA q.


c) Soit T une tribu sur X. Définissons une relation, de manière négative, par :

x  y si et seulement si D A P T tel que x P A et y R A.

(i) Écrire la condition x „ y.


(ii) Montrer que „ est une relation d’équivalence.
(iii) Supposons X a. p. d. Notons pXi qiPI les classes d’équivalence de „. Montrer que

T “ tYJĂI Xi ; J Ă Iu.

d) Comment obtient-on toutes les tribus sur un ensemble a. p. d. ?

Exercice # 5. Montrer que λ1 , la mesure de Lebesgue (complète) sur R, est donnée par la
formule
!ÿ )
λ1 pAq “ inf pbj ´ aj q ; A Ă Ysaj , bj r , @ A P L1 .

Exercice # 6. (Ensemble maigre de Cantor) Nous travaillons dans R, avec la tribu borélienne
BR et la mesure de Lebesgue ν1 .
a) Si I est un intervalle compact de R, alors nous notons Ir l’union des deux intervalles ob-
tenus en enlevant de I l’intervalle ouvert qui a le même centre que I et dont la longueur
est un tiers de celle de I. Exemple : si I :“ r´3, 3s (de centre 0), alors l’intervalle ouvert
qui est enlevé est s ´ 1, 1r, et donc Ir “ r´3, ´1s Y r1, 3s.
De manière équivalente, si I :“ ra, bs alors Ir :“ ra, a ` pb ´ aq{3s \ ra ` 2pb ´ aq{3, bs.
Montrer que Ir est un borélien, et calculer ν1 pIq
r en fonction de ν1 pIq.
b) Nous construisons par récurrence une suite pCj qjľ0 décroissante d’ensembles de la ma-
nière suivante :
(i) C0 “ r0, 1s

2
(ii) Si Cj s’écrit comme une union finie d’intervalles fermés d. d. d. : Cj “ \m
`“1 I` , alors
m r
Cj`1 est défini comme Cj`1 :“ \`“1 I` .
c) Dessiner C0 , C1 , C2 .
d) Montrer que Cj est un borélien, @ j.
e) Calculer ν1 pCj q, j “ 0, 1, 2.
f) Proposer et montrer une formule pour ν1 pCj q.
g) Posons C :“ Xjľ0 Cj . Montrer que C est un compact non vide infini.
h) Calculer ν1 pCq.
i) En examinant l’écriture en base 3 des points de chaque Cj , puis de C, montrer qu’il y a
« autant » de points dans C que dans r0, 1s. Plus précisément, en utilisant les bases 3 et
2, déterminer une surjection entre C et r0, 1s. Puis, conclure en utilisant le théorème de
Cantor-Bernstein.
Exercice # 7. (Théorème d’Egoroff) † Soit pX, T , µq un espace mesuré, avec µ finie. Soient
fn , f : X Ñ R des fonctions mesurables telles que fn Ñ f (convergence simple). Le théo-
rème d’Egoroff affirme que fn Ñ f « presque uniformément », au sens suivant :

@ ε ą 0, D C P T tel que µpCq ă ε et fn Ñ f uniformément sur XzC.

(La convergence uniforme reviendrait à C “ H.)


Prouver ce résultat comme suit.
Soit pNk qkľ1 Ă N. Posons
" *
1
Ak,Nk :“ x P X ; |fn pxq ´ f pxq| ă , @ n ľ Nk ,
k
B :“ Xkľ1 Ak,N pkq .

(L’ensemble B dépend à la fois de la suite pfn qn et de la suite pNk qk .)


a) Montrer que Ak,Nk , B P T .
b) Montrer que fn Ñ f uniformément sur B.
c) Montrer que, pour tout k ľ 1, il existe Nk tel que µpXzAk,Nk q ă ε{2k .
d) Pour Nk comme dans la question précédente, montrer que µpXzBq ă ε. Conclure.
Exercice # 8. (Une partie borélienne bornée de R est « proche » d’une union finie d’inter-
valles)
a) Soit B P BR un ensemble borné. Soit ε ą 0. Montrer qu’il existe des intervalles ouverts
et d. d. d. I1 , . . . , Ik tels que U :“ \Ij soit « proche » de B, au sens suivant :

λ1 pBzU q ă ε et λ1 pU zBq ă ε.

b) Même conclusion si B P L1 pRq est de mesure finie.


c) Une propriété similaire est vraie pour la mesure de Lebesgue dans Rn (avec des pavés de
Rn à la place des intervalles). Essayer de montrer ce résultat en utilisant les ingrédients
suivants : la mesure de Lebesgue est une mesure de Radon, et le lemme 9.7 du support
de cours.
†. Ou Egorov.

3
Exercice # 9. (Théorème de Louzine ‡ ) Soit f : r0, 1s Ñ R une fonction Lebesgue mesu-
rable. Le théorème de Louzine affirme que f est « presque continue », au sens suivant : pour
tout ε ą 0, il existe une fonction continue g : r0, 1s Ñ R et un ensemble borélien B Ă r0, 1s
tels que ν1 pBq ă ε et f “ g sur r0, 1szB.
Nous nous proposons d’établir une forme plus faible de ce résultat, prouvée par Vitali :
pour tout ε ą 0, il existe un ensemble borélien B Ă r0, 1s tel que ν1 pBq ă ε et tel que la
restriction de f à r0, 1szB soit continue.
Le passage du résultat de Vitali à celui de Louzine nécessite un résultat de topologie, dû
à Urîsohn, que nous ne donnerons pas ici. Un cas particulier de ce résultat nous sera utile
pour la question a) : si F , G sont des fermés non vides et disjoints dans un espace métrique X,
alors la fonction
distpx, Gq
X Q x ÞÑ
distpx, f q ` distpx, Gq
est continue sur X, vaut 1 sur F et 0 sur G.

a) Montrer le théorème de Louzine si f est la fonction caractéristique d’un ensemble Le-


besgue mesurable A. Indication : « encadrer » A grâce à un fermé et un ouvert.
b) Montrer le théorème de Louzine pour une fonction étagée.
c) En utilisant les questions précédentes et le théorème d’Egoroff, montrer le théorème de
Vitali.
Exercice # 10. (Lemme de Brezis-Lieb si 0 ă p ĺ 1) Cet exercice fait echo à l’exercice #
13 de la feuille # 7. Préliminaire. Un cas particulier du lemme de Fatou est le suivant. Soit
´ T , µq un espace
pX, mesuré. Si fn ľ 0 est mesurable, @ n, et fn Ñ f (simplement), alors
f ĺ lim inf n fn . Le lemme de Brezis-Lieb, qui s’appliqueˆà des situations
ˆ plus générales,
´

permet, dans ce cas particulier, de « mesurer » l’écart entre f et lim inf fn .


n

Dans ce qui suit, les fonctions fn : X Ñ R sont supposées mesurables, avec pX, T , µq
mesuré.
a) Supposons fn Ñ f et f intégrable. Montrer que
ˆ ˆ ˆ
|fn | “ |f | ` |fn ´ f | ` op1q quand n Ñ 8.

On pourra commencer par établir l’inégalité

´|f | ĺ |fn | ´ |fn ´ f | ĺ |f |

et utiliser le théorème de convergence dominée.


b) De même si µ est complète et la convergence fn Ñ f est p. p.
c) En déduire le corollaire
´ suivant´ : si un , u sont ´des fonctions mesurables positives telles
que un Ñ u p. p., et si un Ñ u ă 8, alors |un ´ u| Ñ 0.
d) (Attention, hypothèse inhabituelle concernant p)´ Soitp 0 ă p ă 1. En reprenant la preuve
de a), montrer le résultat suivant. Si fn Ñ f et |f | ă 8, alors
ˆ ˆ ˆ
|fn | “ |f | ` |fn ´ f |p ` op1q quand n Ñ 8.
p p

‡. Ou Luzin, ou Lusin.

4
Exercice # 11. Montrer que
ˆ 1
1 ÿ 1
x
dx “ .
0 x nľ1
nn

Exercice # 12. Soit pX, T , µq un espace mesuré tel que 0 ă µpXq ă 8. Si f : X Ñ R est
intégrable, montrer qu’il existe x0 , y0 P X tels que
ˆ
f dµ
f py0 q ĺ f :“ X
ĺ f px0 q.
µpXq

Exercice # 13. Dans ce qui suit, z1 , . . . , zn sont des nombres complexes. Le problème que
nous
ˇř étudions
ˇ est le suivant : montrer qu’il existe J Ă J1, . . . , nK tel que la somme SJ :“
ˇ ˇ
ˇ jPJ zj ˇ soit « grande ». Précisons d’abord le problème. Nous avons

ÿ ÿ
n
SJ ĺ |zj | ĺ |zj | :“ S,
jPJ j“1

et donc SJ ne peut pas dépasser S. Nous nous proposons de montrer qu’il existe J tel que
« SJ soit une partie significative de S ».
Clairement, pour n “ 1 le meilleur choix est de prendre J :“ t1u, et dans ce cas S1 “
S “ |z1 |. Étudions le cas n ľ 2.
a) Si n “ 2, montrer qu’il est possible de choisir J tel que

1ÿ
2
1
SJ ľ S “ |zj |,
2 2 j“1

1
et que la constante est la meilleure possible.
2
b) Si n “ 3, montrer qu’il est possible de choisir J tel que

1ÿ
3
1
SJ ľ S “ |zj |,
3 3 j“1

1
et que la constante est la meilleure possible.
3
c) (Je ne connais pas la réponse) Quelle est la meilleure constante si n “ 4 ?
1
En tout cas, elle n’est pas . En effet, nous allons montrer le résultat suivant.
4
1
@ n P N˚ , @ z1 , . . . , zn P C, D J Ă J1, nK tel que SJ ľ S. (1)
π

Dans ce qui suit, le produit scalaire des nombres complexes x , y est le produit scalaire
usuel dans R2 .
d) Soit ω “ eıt un nombre complexe de module 1. Posons

Jt :“ tj P J1, nK ; xzj , ωy ľ 0u.

5
(Donc Jt contient les j tels que l’angle entre zj et ω soit ĺ π{2.)
Montrer que
ˇ ˇ
ˇÿ ˇ ÿ ÿn
ˇ ˇ
ˇ z ˇ ľ xz , ωy “ xzj , ωy` . (2)
ˇjPJ j ˇ jPJ j j“1
t t

#
x, si x ľ 0
Rappelons que x` est la partie positive de x : x` :“ .
0, si x ă 0
e) Calculer
ˆ 2π ÿ
n
xzj , eıt y` dt
0 j“1

et obtenir (1) grâce à (2) et à l’exercice précédent.


Exercice # 14. Obtenir, à partir de l’inégalité de Jensen, l’inégalité de Cauchy-Schwarz
˜ ¸2
ÿn ÿ
n ÿ
n
paj q2 pbj q2 ľ aj bj , @ n P N˚ , @ a1 , . . . an , b1 , . . . , bn P R.
j“1 j“1 j“1

On pourra commencer par le cas où bj ą 0, @ j.


Exercice # 15. (Lemme de Lebesgue) Soit pX, T , µq un espace mesuré.
ř
a) Soit pAn qnľ0 Ă T une suite telle que nľ0 µpAn q ă 8. Montrer que χAn Ñ 0 µ-p. p.
b) Soit f : X Ñ R une application intégrable. Montrer, à l’aide de la question précédente,
le lemme de Lebesgue :
ˆ
@ ε ą 0, D δ “ δpε, f q ą 0 tel que rA P T , µpAq ĺ δs ùñ |f | dµ ă ε.
A

Voici une autre approche pour montrer ce lemme.


ε
c) Montrer le résultat lorsque f est étagée, en prenant δ ă .
max |f |
d) Soit f intégrable.
(i) Montrer qu’il existe g étagée positive telle que g ĺ |f | et gą |f | ´ ε{2.
´ ´

(ii) Montrer que nous pouvons prendre δpε, f q :“ δpε{2, gq.


Exercice # 16. Soit pX, T , µq un espace mesuré et pfn qnľ0 une suite décroissante de fonc-
tions µ-intégrables qui convergent vers 0 µ-p. p. Montrer que
ÿ ˆ ˆ ÿ
n
p´1q fn “ p´1qn fn .
nľ0 nľ0

On pourra utiliser la preuve du théorème de Leibniz sur les séries alternées.


Exercice # 17. Nous nous plaçons dans le cadre du théorème de dérivabilité des intégrales
à paramètre(s) (théorème 7.14). Supposons que Λ est connexe. Montrer que nous pouvons,
dans les hypothèses du théorème, remplacer l’hypothèse (i) par l’hypothèse plus faible
(i’) pour tout λ P Λ, la fonction f p¨, λq est mesurable, et il existe un λ0 P Λ tel que f p¨, λ0 q
soit intégrable.

6
Exercice # 18. (Unicité des mesures à la Lebesgue)
I. Soit pX, dq un espace métrique tel que

BX b BX “ BXˆX (3)

(nous verrons en partie II de l’exercice une condition suffisante pour la validité de (3)).
Exemple : X “ Rn muni de l’une des métriques induites par une norme } }.
Une mesure borélienne µ sur X est uniformément répartie si elle satisfait la condition sui-
vante :

@ x, y P X, @ r ą 0, 0 ă µpBpx, rqq “ µpBpy, rqq ă 8.

Le but de cet exercice est de montrer que deux mesures uniformément réparties sont
proportionnelles.
En admettant cette conclusion, nous obtenons une autre caractérisation de la mesure
de Lebesgue (voir l’item i) ci-dessous).
Soient µ et ν deux mesures uniformément réparties. Soient gprq :“ µpBpx, rqq, hprq :“
νpBpx, rqq, @ r ą 0 (ces fonctions dépendent de r, mais pas de x P X).
Dans ce qui suit, U désigne un ouvert non vide et borné de X.

a) Montrer que µ et ν sont σ-finies.


b) Montrer que 0 ă µpU q ă 8 et 0 ă νpU q ă 8.
c) Montrer que V :“ tpx, yq ; x, y P U, dpx, yq ă ru est un borélien de X ˆ X.
d) Montrer que

U Q x ÞÑ νpU X Bpx, rqq

est borélienne.
e) Montrer que
ˆ ˆ
νpU X Bpx, rqq dµpxq “ µpU X Bpy, rqq dνpyq.
U U

(On pourra calculer µ b νpV q.)


f) Montrer que
1
ˆ
µpU q “ lim pνpU X Bpx, rqqq dµpxq,
rŒ0 hprq U
1
ˆ
νpU q “ lim pµpU X Bpy, rqqq dνpyq.
rŒ0 gprq U

g) En déduire qu’il existe un réel 0 ă C ă 8 (indépendant de U ) tel que µpU q “ C νpU q.


h) Conclure.
i) Soit d la distance induite par une norme sur Rn . Montrer l’équivalence suivante :
(i) µ est uniformément répartie sur BRn .
(ii) Il existe 0 ă C ă 8 telle que µ “ C νn .

7
II. Nous donnons ici une condition suffisante pour la validité de (3), condition qui est satis-
faite en particulier par Rn avec l’une de ses métriques usuelles.
Voici une question d’échauffement (voir l’exercice # 22 de la feuille # 2).
a) Montrer que, si pX, dq et pY, δq sont des espaces métriques arbitraires, alors BX b BY Ă
BXˆY . (Penser à la preuve de l’inclusion BRn b BRm Ă BRn`m .)
Donc si une inclusion pose problème dans la vérification de (3), il s’agit de BXˆY Ă
BX b BY . En général, cette inclusion est fausse, mais donner un contre-exemple dépasse le
cadre de cet exercice.
Un espace métrique pX, dq est séparable s’il existe un ensemble a. p. d. A Ă X dense
dans X, donc tel que A “ X.
b) Montrer que Rn est séparable.
c) Si X est séparable, montrer que pour tout ouvert U nous avons

U “ Y aPA,rPQ Bpa, rq.


Bpa,rqĂU

d) Si pX, dq et pY, δq sont séparables, montrer que X ˆ Y est séparable.


e) Si pX, dq et pY, δq sont séparables, montrer que les ouverts de X ˆ Y appartiennent à
BX b BY .
f) En déduire que, si pX, dq et pY, δq sont séparables, alors BX b BY “ BXˆY .
Cas particulier : BRn ˆ BRm “ BRn`m .
Exercice # 19. (Changement de variables) Soient f, g :s0, 8rÑ r0, 8r deux fonctions bo-
réliennes. Montrer que
ˆ ˙
1 8 f pxq
ˆ 8
x
ˆ ˆ
f gpxyq dxdy “ dx gpxq dx.
s0,8r2 y 2 0 x 0

Exercice # 20. (Difféomorphisme qui préserve la mesure) Soit Φ : Rn Ñ Rn un C 1 -


difféomorphisme.
Montrer l’équivalence des propriétés suivantes :
1. Φ préserve la mesure, au sens suivant :

νn pΦpU qq “ νn pU q, @ U Ă Rn ouvert.

2. [JΦ pxq “ 1, @ x P Rn ] ou [JΦ pxq “ ´1, @ x P Rn ].


Exercice # 21. (Mesure superficielle) Si S Ă R3 , nous définissons la mesure superficielle (aire)
A pSq de S par
1
A pSq :“ lim ν3 ptx P R3 ; distpx, Sq ĺ εuq
εÑ0` 2ε
(si l’ensemble tx P R3 ; distpx, Sq ĺ εu est borélien pour tout ε ą 0 suffisamment petit, et
si la limite existe). Calculer A pSq si :
a) S est une sphère.
b) S est un compact contenu dans R2 ˆ t0u (identifié à R2 ).
Exercice # 22. (Mesurabilité) Nous travaillons dans pRn , Ln , λn q. Soit f : Rn Ñ R une
fonction Lebesgue mesurable. Soient g : Rn Ñ R, h : Rn ˆ Rn Ñ R, gpxq :“ f px ´ yq,
@ x P Rn (avec y P Rn fixé), hpx, yq :“ f px ´ yq, @ x, y P Rn .

8
a) Peut-on invoquer un résultat théorique et en déduire que g et h sont Lebesgue mesu-
rables ?
b) Que peut-on dire de g et h si f est borélienne ?
c) Montrer que g et h sont Lebesgue mesurables.
Exercice # 23. (Intégration par parties (I)) Nous travaillons dans pR, BR , ν1 q et pRn , BRn , νn q.
a) Soit g P CpRq intégrable. Montrer qu’il existe une suite pRj qj Ă r0, 8r telle que Rj Ñ
8, gpRj q Ñ 0 et gp´Rj q Ñ 0.
b) Soit h P C 1 pRq, avec h et h1 intégrables.
(i) Montrer que R h1 “ 0.
´

(ii) Montrer que, pour tout η P R, R e´ıxη h1 pxq dx “ ıη R e´ıxη hpxq dx.
´ ´

Bf
c) Soit f P C 1 pRn q, avec f et intégrables. Montrer que, pour tout ξ P Rn ,
Bx1

´ıx¨ξ Bf
ˆ ˆ
e pxq dx “ ıξ1 e´ıx¨ξ f pxq dx.
Rn Bx 1 Rn

d) Soient f, g P C 1 pRn q et 0 ă M ă 8. Proposer et montrer une formule de la forme


Bf
ˆ ˆ
pxqgpxq dx “ hpx2 , . . . , xn q dpx2 , . . . , xn q
r´M,M sn Bx1 r´M,M sn´1
Bg
ˆ
´ f pxq pxq dx.
r´M,M sn Bx1

Bf Bg
e) Soient f, g P C 1 pRn q bornées telles que f, g, , soient intégrables. Montrer que
Bx1 Bx1
Bf Bg
ˆ ˆ
pxqgpxq dx “ ´ f pxq pxq dx.
Rn Bx1 Rn Bx1
Exercice # 24. (Intégration´par parties (II)) Nous travaillons dans pr0, 8r, Br0,8r , ν1 q. Soient
f, g P L . Soient F pxq :“ r0,xs f ptq dt, Gpxq :“ r0,xs gptq dt, @ x ľ 0.
1
´

a) Montrer que F et G sont bien définies.


b) Montrer que F et G sont continues et bornées.
c) Montrer la formule d’intégration par parties
ˆ 8 ˆ 8 ˆ 8 ˆ 8
F pxqgpxq dx “ f pxq dx gpxq dx ´ f pxqGpxq dx.
0 0 0 0

Exercice # 25. (Calcul d’intégrales oscillantes) Pour 0 ă a ă 2, soit


ˆ 8
sin x
Ipaq :“ dx (intégrale généralisée).
0 xa
1. En établissant et utilisant l’identité
ˆ 8
1 1
“ ta´1 e´xt dt, @ a ą 0, @ x ą 0,
xa Γpaq 0
montrer que
8
1 ta´1
ˆ
Ipaq “ dt.
Γpaq 0 t2 ` 1

9
2. En se ramenant à un calcul de fonction Bêta d’Euler, montrer que

Γpa{2q Γp1 ´ a{2q


Ipaq “ .
2 Γpaq
Exercice # 26. (Pseudo-changement de variables) Soit φ P C 1 pra, bs, rc, dsq telle que φpaq “
c et φpbq “ d. Nous nous proposons de montrer l’égalité
ˆ d ˆ b
f pxq dx “ f pφpyqq φ1 pyq dy, @ f : rc, ds Ñ R borélienne et bornée. (4)
c a

a) Soit K Ă R un compact. Montrer qu’il existe une suite pfj qj Ă Cc8 pR, r0, 1sq telle que
fj Œ χK . Indication : lemme d’Urîsohn.
b) (i) Prouver (4) si f : rc, ds Ñ R est continue.
(ii) Prouver (4) si f :“ χK , avec K Ă rc, ds compact.
(iii) Soit

A :“ tB P Brc,ds ; f “ χB satisfait (4)u.

Montrer que A “ Brc,ds . Indication : classe monotone.


(iv) Prouver (4) si f : rc, ds Ñ R est borélienne et bornée.

Exercice # 27. (Formule de l’indicatrice de Banach (I)) Soient I :“sa, brĂ R et Φ P C 1 pI, Rq.
Soient

F :“ tx P I ; Φ1 pxq “ 0u, V :“ IzF, Y :“ ΦpV q et W :“ ΦpIq.


#
card A, si A est fini
Soit #A :“ .
8, sinon
Nous nous proposons de montrer les propriétés suivantes.
1. W Ă R est borélien.
2. Si f : W Ñ r0, 8r est borélienne, alors

W Q x ÞÑ f pxq #Φ´1 pxq P r0, 8s et I Q y ÞÑ f pΦpyqq |Φ1 pyq| P r0, 8r

sont Lebesgue mesurables.


3. La formule de l’indicatrice de Banach :
ˆ ˆ
f pxq #Φ pxq dx “ f pΦpyqq |Φ1 pyq| dy.
´1
W I

Voici la démarche proposée.


a) Montrer que Y est un ouvert.
b) Montrer que Y Q x ÞÑ #rΦ´1 pxq X V s P r0, 8s est borélienne.
c) Montrer que, avec f comme ci-dessus,
ˆ ˆ
1
f pΦpyqq |Φ pyq| dy “ f pxq #rΦ´1 pxq X V s dx.
V ΦpV q

10
d) Soit K Ă U un compact. Montrer que

ν1 pΦpKqq ĺ max |Φ1 pxq| ν1 pKq.


xPK

Indication : recouvrir K avec des intervalles disjoints, chacun de longueur ε.


e) Montrer que ΦpF q est borélien et que ν1 pΦpF qq “ 0.
f) Obtenir les résultats désirés.
g) Montrer que les résultats restent vrais en supposant f Lebesgue mesurable au lieu de
borélienne.
Exercice # 28. (Formule de l’indicatrice de Banach (II)) Soient U Ă Rn un ouvert et Φ P
C 1 pU, Rn q. Soient

F :“ tx P U ; JΦ pxq “ 0u, V :“ U zF, Y :“ ΦpV q et W :“ ΦpU q.

Nous nous proposons de montrer les propriétés suivantes.


1. W Ă Rn est borélien.
2. Si f : W Ñ r0, 8r est borélienne, alors

W Q x ÞÑ f pxq #Φ´1 pxq P r0, 8s et U Q y ÞÑ f pΦpyqq |JΦ pyq| P r0, 8r

sont Lebesgue mesurables.


3. La formule de l’indicatrice de Banach :
ˆ ˆ
´1
f pxq #Φ pxq dx “ f pΦpyqq |JΦ pyq| dy.
W U

Voici la démarche proposée.


a) Montrer que Y est un ouvert. Indication : théorème d’inversion locale.
b) Montrer que Y Q x ÞÑ #rΦ´1 pxq X V s P r0, 8s est borélienne.
c) Montrer que, avec f comme ci-dessus,
ˆ ˆ
f pΦpyqq |JΦ pyq| dy “ f pxq #rΦ´1 pxq X V s dx.
V ΦpV q

d) Question d’échauffement. Supposons 0 P F . Montrer que


νn pΦpr0, εrn q
lim “ 0.
εŒ0 εn

e) Soit K Ă F un compact. Montrer que

νn pΦpKqq “ 0.

Indications : recouvrir K avec des cubes de taille ε et utiliser le raisonnement de la ques-


tion précédente.
f) Montrer que ΦpF q est borélien et que νn pΦpF qq “ 0.
g) Obtenir les résultats désirés.
h) Montrer que les résultats restent vrais en supposant f Lebesgue mesurable au lieu de
borélienne.

11
Exercice # 29. (Dérivée de l’intégrale) Nous travaillons dans pr0, 8r, Br0,8r , ν1 q. Soit f P
L . Soit F pxq :“ r0,xs f ptq dt, @ x ľ 0.
1
´

Soit g P Cpr0, 8rq.


a) Montrer que r0, 8rQ x ÞÑ hpxq :“ r0,xs gptqf px ´ tq dt est continue.
´
´x
b) Montrer que x ÞÑ 0 gptqF px ´ tq dt est de classe C 1 , de dérivée h.

Exercice # 30. (Inégalités pour des opérateurs à noyau ; cas des exposants non-conjugués)
Cet exercice fait suite à l’exercice # 19 de la feuille # 7. Nous travaillons dans un espace
produit pX ˆ Y, T b S , µ b νq, avec µ et ν σ-finies. Toutes les fonctions considérées sont
mesurables et, par souci de simplicité, positives. Un noyau est une fonction K : X ˆ Y Ñ R` .
Le conjugué d’un exposant s sera noté s1 .
Soient 1 ă p, q ă 8 deux exposants. Nous supposons que
1 1 1 1
λ :“ 2 ´ ´ “ 1 ` 1 ă 1,
p q p q

ce qui, en particulier, implique que p et q ne sont pas conjugués. Nous voulons majorer les
quantités
ˆ
A “ Apf, gq :“ K λ px, yq f pxq gpyq dµ b νpx, yq, avec f : X Ñ R` , g : Y Ñ R` ,
ˇˇ XˆYˆ ˇˇ
ˇˇ ˇˇ
B “ Bpf q :“ ˇˇˇˇy ÞÑ K λ px, yq f pxq dµpxqˇˇˇˇ avec f : X Ñ R` .
Y q1

a) À quelle condition sur λ correspond l’exercice # 19 de la feuille # 7 ?


b) Rappeler pourquoi

Bpf q “ suptApf, gq ; g P L q pY ; R` q, ||g||q ĺ 1u.

c) Montrer les identités suivantes :


p q
1“ 1
` pp1 ´ λq et 1 “ 1 ` qp1 ´ λq.
q p

d) Soient α, β : X Ñ R˚` , γ, δ : Y Ñ R˚` . En utilisant les identités précédentes, montrer


l’identité
ˆ ˙
λ 1{q 1 βpxq p{q 1
K px, yq f pxq gpyq “ rKpx, yqs f pxq
γpyq
ˆ ˙
1{p1 δpyq q{p1
ˆ rKpx, yqs g pyq (5)
αpxq
ˆ ˙
pp1´λq qp1´λq αpxq γpyq
ˆ f pxq g pyq .
βpxq δpyq

e) En utilisant (5), l’inégalité de Hölder à trois exposants (q 1 , p1 et 1{p1 ´ λq) et le théorème

12
de Tonelli, obtenir l’inégalité
ˆˆ ˙1{q1
q1 p
Apf, gq ĺ F pxq β pxq f pxq dµpxq
X
ˆˆ ˙1{p1
p1 q
ˆ Gpyq δ pyq g pyq dνpyq
Y
˜ˆ ˆ ˙1{p1´λq ¸1´λ (6)
αpxq
ˆ f p pxq dµpxq
X βpxq
˜ˆ ˆ ˙1{p1´λq ¸1´λ
γpyq
ˆ g q pyq dνpyq ,
Y δpyq


Kpx, yq Kpx, yq
ˆ ˆ
F pxq :“ dνpyq, Gpyq :“ dµpxq.
Y γ q1 pyq X αp1 pxq

f) Notons que F dépend de K et γ, respectivement G dépend de K et α. Pour α et γ fixées,


on définit β et δ par les équations
ˆ ˙1{p1´λq
αpxq 1
“ F pxq β q pxq, @ x P X,
βpxq
ˆ ˙1{p1´λq
γpyq 1
“ Gpyq δ p pyq, @ y P Y.
δpyq

Montrer que ces équations permettent en effet de définir β et δ et que, pour ce choix, (6)
devient
ˆˆ ˙1{p
p{q 1 p p
Apf, gq ĺ rF pxqs α pxq f pxq dµpxq
X
ˆˆ ˙1{q (7)
1
ˆ rGpyqsq{p γ q pyq g q pyq dνpyq .
Y

g) Comparer (7) à l’exercice # 19 de la feuille # 7 et montrer que (7) est vraie si


1 1
1 ă p, q ă 8 et ` ľ 1.
p q

h) (Inégalité de Schur) En prenant αpxq ” 1, γpyq ” 1, obtenir l’inégalité de Schur


„ ˆ 1{p „ ˆ 1{q
Bpf q ĺ sup Kpx, yq dνpyq sup Kpx, yq dµpxq ||f ||p .
xPX Y yPY X

1 1
i) (Inégalité de Young) Soient 1 ă P, Q ă 8 tels que ` ą 1. On définit 1 ă R ă 8
P Q
1 1 1
par l’égalité “ ` ´ 1.
R P Q
En choisissant convenablement p et q, et en prenant αpxq ” 1 et γpyq ” 1, obtenir, pour
f, h : Rn Ñ R` , l’inégalité de Young ||h ˚ f ||R ĺ ||h||Q ||f ||P .

13
j) (Inégalité de Hardy à poids en 0) Soient 1 ă p ă 8, 0 ă r ă 8, et h :s0, 8rÑ R` .
En choisissant convenablement f et q et en prenant αpxq “ γpxq “ x1{pp`qq , obtenir
l’inégalité de Hardy à poids en 0
ˆ 8 ˆˆ x ˙p ´ p ¯p ˆ 8
´r´1
x hpyq dy dx ĺ x´r`p´1 hp pxq dx.
0 0 r 0

k) (Inégalité de Hardy à poids à l’infini) Soient 1 ă p ă 8, 0 ă r ă 8, et h :s0, 8rÑ R` .


En choisissant convenablement f et q et en prenant αpxq “ γpxq “ x1{pp`qq , obtenir
l’inégalité de Hardy à poids à l’infini
ˆ 8 ˆˆ 8 ˙p ´ p ¯p ˆ 8
r´1
x hpyq dy dx ĺ xr`p´1 hp pxq dx.
0 x r 0

1 1
l) (Inégalités de Hardy-Littlewood-Pólya-Levin) On suppose 1 ă p, q ă 8, ` ľ 1.
p q
Préliminaire. Nous admettons la formule des compléments (due à Euler)
ˆ 8
1 π
dt “ , @ 0 ă a ă 1. ‡
0 pt ` 1q ta sinpπaq
1 1
En prenant αpxq “ γpxq “ x1{pp `q q , montrer les inégalités de Hardy-Littlewood-Pólya-
Levin
ˆ ˙λ
f pxqgpyq π
ˆ
dxdy ĺ ||f ||p ||g||q ,
s0,8r2 px ` yq
λ sinpπp1 {pp1 ` q 1 qq
ˆ 8 ˇˆ 8 ˇq 1 ˆ ˙pp1 `q1 q{p1
ˇ f pxq ˇ π 1
ˇ ˇ
dxˇ dy ĺ ||f ||qp .
ˇ px ` yq λ 1 1
sinpπp {pp ` q qq 1
0 0

Exercice # 31. (Inégalités de Hardy générales, encore) Cet exercice fait suite aux exercices
# 19 e) et 20 de la feuille # 7, et aux items j) et k) de l’exercice précédent. Soient 1 ĺ p ă 8,
0 ă r ă 8, et h :s0, 8rÑ R` une fonction borélienne. Montrer l’inégalité de Hardy à poids
en 0
ˆ 8 ˆˆ x ˙p ´ p ¯p ˆ 8
´r´1
x hpyq dy dx ĺ x´r`p´1 hp pxq dx (8)
0 0 r 0

et l’inégalité de Hardy à poids à l’infini


ˆ 8 ˆˆ 8 ˙p ´ p ¯p ˆ 8
x r´1
hpyq dy dx ĺ xr`p´1 hp pxq dx. (9)
0 x r 0

Indications : si p “ 1, il suffit d’utiliser le théorème de Tonelli. Si 1 ă p ă 8, on


peut procéder comme dans l’exercice # 20 feuille # 7 : (i) établir d’abord (8) et (9) pour
h P Cc8 pr0, 8rq, via une intégration par parties ; (ii) établir le cas général par approximation.
Par ailleurs, pour 1 ă p ă 8, nous avons vu, dans l’exercice précédent, une preuve basée
sur l’inégalité de Hölder à trois exposants. On peut également utiliser l’exercice # 19 de la
feuille # 7 et se ramener à une inégalité de Hölder à deux exposants. Pour une troisième
preuve, valide y compris pour p “ 1, basée sur l’inégalité de Jensen, voir Stein et Weiss,
Introduction to Fourier analysis on Euclidean spaces, chapitre 5, lemme 3.14.
‡. Cette identité peut s’obtenir, par exemple, en appliquant le théorème des résidus en analyse complexe.

14
Exercice # 32. (Construction d’une fonction dans Cc8 pRq) Nous travaillons dans R muni
de la mesure de Lebesgue. Soit G :“ χr0,1s . Pour ε ą 0, soit
1 ´x¯
Gε pxq :“ G , @ x P R.
ε ε
a) Si f P L 1 pRq, montrer que f ˚ Gε P CpRq.
b) Plus généralement, si ε1 , . . . , εj ą 0, montrer que f ˚ Gε1 ˚ ¨ ¨ ¨ ˚ Gεj P C j´1 pRq.
Et si f P CpRq ?
ř
c) Soit pεj qjľ0 Ăs0, 8r une suite telle que S :“ j εj ă 8. Soit
#
p2{ε0 q ´ p2{ε0 q2 |x ´ ε0 {2|, si 0 ĺ x ĺ ε0
f0 pxq :“ .
0, sinon

Pour j ľ 1, soit fj :“ f0 ˚ Gε1 ˚ ¨ ¨ ¨ ˚ Gεj . Montrer que :


(i) fj pxq “ 0 si x ĺ 0 ou si x ľ ε0 ` ε1 ` ¨ ¨ ¨ ` εj .
(ii) fj P C j , @ j ľ 0.
ˇ ˇ
(iii) ˇpfj qpkq pxqˇ ĺ 2k`1 {pε0 ε1 . . . εk q, @ x, @ k ľ 0, @ j ľ k.
(iv) |fj`` pxq ´ fj pxq| ĺ 2pεj`1 ` ¨ ¨ ¨ ` εj`` q{pε0 ε1 q, @ x, @ j ľ 1, @ ` ľ 1.
pkq pkq
(v) Trouver une majoration analogue à celle du point précédent pour |fj`` pxq´fj pxq|,
@ x, @ k ľ 0, @ j ľ k ` 1, @ ` ľ 1.
d) En déduire que la suite pfj qj converge uniformément sur R vers une fonction f avec les
propriétés suivantes :
i) f P C 8 pR, r0, 8rq.
ii) f pxq “ 0 si x ĺ 0 ou x ľ S.
ˆ
iii) f pxq dx “ 1 d’où, en particulier, f ı 0.
R

Exercice # 33. (Bases hilbertiennes de polynômes (I)) Soit I Ă R un intervalle ouvert non
vide borné muni de la mesure ´ de Lebesgue. Nous munissons L :“ L pI; Rq du produit
2 2

scalaire « usuel », pf, gq :“ I f g.


a) Montrer que si deux fonctions polynomiales coïncident p. p. sur I, alors les polynômes
correspondants sont égaux. Ainsi, nous pouvons identifier tout polynôme avec la fonc-
tion polynomiale associée sur I. (Expliquer.)
b) Montrer que nous avons l’appartenance « naturelle » (que l’on expliquera) P P Lp pIq,
@ 1 ĺ p ĺ 8, @ P P RrXs.
Soit pPk qkľ0 Ă RrXs une suite de polynômes telle que :
i) deg Pk “ k, @ k.
#
0, si j ‰ k
ii) pPk q est une suite orthonormée dans L2 ; c’est-à-dire, pPj , Pk q “ ,
1, si j “ k
@ j, k P N.
c) Montrer que pPk qk“0,...,n est une base orthonormée de Rn rXs. †
d) En déduire que
ÿ
N
P “ pP, Pk q Pk , @ n ľ 0, @ N ľ n, @ P P Rn rXs.
k“0
†. Ici, nous considérons Rn rXs comme un sous espace de L2 – voir le début de l’item b).

15
e) Soient f P L2 et ε ą 0. Montrer qu’il existe P P RrXs tel que }f ´ P }L2 ă ε. On pourra
utiliser, par exemple, le théorème de Weierstrass : si g P Cpra, bsq, alors il existe une
suite de polynômes pQn qn telle que Qn Ñ g uniformément sur ra, bs.
f) En utilisant les questions précédentes, montrer que pour tout f P L2 nous avons
8
ÿ ÿ
N
f“ pf, Pk q Pk , au sens où pf, Pk q Pk Ñ f dans L2 quand N Ñ 8 (10)
k“0 k“0

et donc pPk qkľ0 est une base hilbertienne de L2 pIq.


g) (Polynômes de Legendre) Soient I :“s ´ 1, 1r et Pk P RrXs donnés par Pk pxq :“
dk “ ‰
αk k px2 ´ 1qk (avec l’identification entre polynômes et fonctions polynomiales).
dx
Montrer que pour αk ą 0 convenablement choisis (que l’on déterminera), la suite pPk q
satisfait i) et ii) et donc nous avons (10). Les Pk sont (à des constantes multiplicatives
près) les polynômes de Legendre.
On pourra utiliser sans preuve la formule
ˆ 1
2k`1 k!
p1 ´ x2 qk dx “ , @ k P N.
´1 1 ¨ 3 ¨ 5 ¨ ¨ ¨ ¨ p2k ` 1q

Pour d’autres exemples, voir l’exercice # 35.

Exercice # 34. Cet exercice prépare aux questions b) et c) de l’exercice 35. Soient 1 ĺ p ĺ 8
et g P Lp pr0, 8r, Br0,8r , λr0,8r q.

a) Soit H :“ tz P C ; Re z ą 0u. Montrer que la fonction


ˆ 8
H Q z ÞÑ F pzq :“ gptq e´zt dt P C
0

est holomorphe.
b) Soit a ą 0. On suppose que
ˆ 8
tn gptq e´at dt “ 0, @ n ľ 0. (11)
0

(i) Montrer que


ˆ 8
gptq e´bt dt “ 0, @ b Ps0, as.
0

(ii) En déduire que F pzq “ 0, @ z P H.


(iii) En utilisant le fait que la transformée de Fourier dans L1 pR, BR , λq est injective,
en déduire que g “ 0.
c) De même, si g P Lp pR, BR , λq et on remplace (11) par l’hypothèse
ˆ
tn gptq e´at dt “ 0, @ n ľ 0,
2

avec a ą 0, alors g “ 0.

Exercice # 35. (Bases hilbertiennes de polynômes (II))

16
a) Soit I Ă R un intervalle non-dégénéré et soit H un espace de Hilbert de (classes d’équi-
valence de) fonctions sur I tel que l’espace des fonctions polynomiales sur I : (i) s’iden-
tifie avec RrXs, (ii) soit contenu dans H, et (iii) soit dense dans H. Si pPn qnľ0 est une
famille orthonormée de fonctions polynomiales, avec deg Pn “ n, @ n ľ 0, montrer que
pPn qnľ0 est une base hilbertienne de H.
b) (Polynômes de Laguerre) On munit I :“ r0, 8r de la tribu borélienne et de la mesure µ de
densité e´x par rapport à la mesure de Lebesgue. Montrer que, dans L2 pr0, 8r, Br0,8r , µq,
les polynômes de Laguerre :

dn n ´x
Qn pxq :“ βn ex px e q, @ n ľ 0, @ x ľ 0,
dxn
(avec βn ą 0 constantes convenables) forment une base hilbertienne.
c) (Polynômes d’Hermite) On munit R de la tribu borélienne et de la mesure ν de densité
e´x {2 . Montrer que , dans L2 pR, BR , νq, les polynômes d’Hermite
2

2 {2 dn ´x2 {2
Rn pxq :“ p´1qn γn ex re s, @ n ľ 0, @ x P R,
dxn
(avec γn ą 0 constantes convenables) forment une base hilbertienne.

Exercice # 36. Cet exercice prépare aux questions c) et d) de l’exercice # 37.


Soit pEn qnľ0 une suite de sous-espaces de l’espace de Hilbert H telle que :
(i) En est de dimension finie, @ n ľ 0.
(ii) En Ă En`1 , @ n ľ 0.
(iii) E0 Y E1 Y ¨ ¨ ¨ est dense dans H.
On pose E´1 :“ t0u. Soit Fn une base orthonormée de En a En´1 , n ľ 0. Montrer que
F0 Y F1 Y ¨ ¨ ¨ est une base hilbertienne de H.

Exercice # 37. (Bases de Walsh et Haar) Soit H :“ L2 pr0, 1r, Br0,1r , λr0,1r q. Pour n ľ 0, soit

En :“ tf : r0, 1rÑ R ; f est constante sur rj{2n , pj ` 1q{2n r, @ j “ 0, 1, . . . , 2n ´ 1u.

a) Montrer que les En vérifient les hypothèses de l’exercice précédent.


Indication pour (iii) : si f P Cc ps0, 1rq et

fn pxq :“ f pj{2n q, @ n ľ 0, @ 0 ĺ j ĺ 2n ´ 1, @ x P rj{2n , pj ` 1q{2n r,

alors fn Ñ f uniformément sur r0, 1r.


b) Calculer dim En , n ľ 0.
c) (Base de Walsh) Soit E la fonction partie entière. Montrer que les fonctions
n n n
wI pxq :“ p´1qEp2 1 xq p´1qEp2 2 xq ¨ ¨ ¨ p´1qEp2 k xq ,
@ k ľ 0, @ I “ tn1 ă n2 ă . . . ă nk u Ă N˚

(avec la convention wH “ 1), forment une base hilbertienne de H. C’est la base de Walsh.
Indication : si n ľ 1, montrer que twI ; max I “ nu est une famille orthonormée conte-
nue dans En a En´1 .

17
d) (Base de Haar) Si H0 :“ 1 et, pour n ľ 0 et 0 ĺ j ĺ 2n ´ 1,
$
’ n{2
&2 , si 2j{2n`1 ĺ x ă p2j ` 1q{2n`1
Hj`2n pxq :“ ´2n{2 , si p2j ` 1q{2n`1 ĺ x ă p2j ` 2q{2n`1 ,

%
0, sinon

montrer que pHk qkľ0 est une base hilbertienne de H. C’est la base de Haar.

Exercice # 38. (Théorème d’Orlicz) Soit I Ă R un intervalle ouvert non vide muni de la
mesure de Lebesgue. Nous considérons une base hilbertienne pek qkľ0 Ă L 2 de L2 “ L2 pIq.
(De telles bases existent : voir, par exemple, l’exercice # 33.)
a) Montrer que, pour tout f P L 2 , il existe une suite extraite pN` q (qui en principe dépend
de f ) telle que
N
ÿ̀
pf, ek q ek Ñ f p. p. quand ` Ñ 8.
k“0

b) En déduire que, pour tout f P L 2 , nous avons


8
ÿ 8
ÿ 8
ÿ
2 2 2
rf pxqs ĺ rpf, ek qs rek pxqs “ }f }22 rek pxqs2
k“0 k“0 k“0 (12)
pour presque tout x P I.

c) En prenant, dans (12), f :“ χAř


, avec A convenable, en déduire le théorème d’Orlicz : pour
presque tout x P I nous avons k rek pxqs2 “ 8.
Indication : commencer par l’ensemble
# +
ÿ
B :“ x P I ; rek pxqs2 ă 8
k

et utiliser l’exercice # 47 de la feuille # 2 pour construire A.

Les définitions suivantes préparent aux exercices # 39– 41.


Définitions. Soit pX, T q un espace mesurable.
i) Soient µ, ν deux mesures sur T . ν est absolument continue par rapport à µ (et on écrit
ν ! µ) si, pour tout A P T , µpAq “ 0 ùñ νpAq “ 0.
ii) Soient µ, ν deux mesures sur T . µ et ν sont étrangères (et on écrit µ K ν) si on a X “
A \ B, avec A, B P T , µpBq “ 0 et νpAq “ 0.
iii) Soit µ : T Ñ R. (Notons
ř que l’on ne demande pas la positivité de µ.) µ est une mesure
signée si µp\n An q “ n µpAn q, pour toute suite d. d. d. pAn q Ă T .

Exercice # 39. (Théorème de Radon-Nikodym-Lebesgue (I)) Nous nous proposons de mon-


trer le
Théorème de Radon-Nikodym-Lebesgue. Soient µ, ν deux mesures σ-finies sur T . Alors :
(a) Il existe une fonction mesurable positive h : X Ñ r0, 8s et une mesure ξ étrangère à µ telles
que ν “ h µ ` ξ.
(b) h est unique µ-p. p. et ξ est unique.

18
(c) Si ν est absolument continue par rapport à µ, alors ξ “ 0, et donc ν “ h µ.
Dans les parties I et II, nous supposons µ et ν finies. Le cas général est traité dans la partie III.
I. Existence de h et ξ. Voici stratégie de preuve due à von Neumann. (Pour l’approche originale
de Lebesgue et Hahn, voir l’exercice # 41.) Soit λ :“ µ ` ν. Soit H :“ L2 pX, T , λq.
a) Montrer qu’il existe g P H tel que
ˆ ˆ
f pxq dνpxq “ f pxq gpxq dλpxq, @ f P H.
X X

(Penser au théorème de représentation de Riesz.)


b) En déduire que 0 ĺ gpxq ĺ 1 à la fois λ-p. p., ν-p. p. et µ-p. p. En déduire que l’on peut
supposer 0 ĺ g ĺ 1 partout.
c) Montrer que
ˆ ˆ
f p1 ´ gq dν “ f g dµ, @ f P H. (13)
X X

d) Montrer que (13) reste vraie pour toute fonction mesurable et positive f .
Soit B :“ tx P X ; gpxq “ 1u.
e) Si ν ! µ, montrer que B est µ- et ν-négligeable, et que l’on peut supposer B “ H et
donc 0 ĺ g ă 1.
f) Revenons au cas général. Posons ξpAq :“ νpA X Bq, @ A P T et
#
gpxq{p1 ´ gpxqq, si x R B
hpxq :“
0, si x P B.

Montrer que ξ K µ, que h est mesurable, et que, pour toute fonction mesurable positive
f,
ˆ ˆ ˆ ˆ ˆ
f dν “ f dξ ` f dν “ f dξ ` f h dµ.
X B Bc X X

(Pour la dernière égalité, appliquer (13) à f χB c {p1 ´ gq.)


g) En déduire les parties (a) et (c) du théorème.
II. Unicité. Soient ν “ h1 µ ` ξ1 “ h2 µ ` ξ2 deux décompositions de ν comme dans le
théorème.
a) Soient A1 , A2 P T tels que µpAj q “ 0 et ξj pAcj q “ 0, j “ 1, 2. Montrer que ξ1 pAq “
ξ2 pAq : d’abord pour A P T tel que A Ă A1 Y A2 ; (ii) ensuite, pour tout A P T . En
déduire que ξ1 “ ξ2 .
b) Montrer que h1 “ h2 µ-p. p. et en déduire la partie (b) du théorème.
III. Le cas des mesures σ-finies. Traiter le cas général (où µ et ν sont σ-finies) en considérant
une partition X “ \n Xn avec Xn P T , µpXn q ă 8, νpXn q ă 8, @ n.
Exercice # 40. (Théorème de Hahn-Jordan)
Nous nous proposons de montrer le
Théorème de Hahn-Jordan. Soit µ : T Ñ R une mesure signée. Alors :
a) Il existe deux mesures sur T , finies et étrangères (l’une à l’autre) µ1 , µ2 telles que µ “
µ1 ´ µ2 .

19
b) µ1 et µ2 sont uniques.

Au passage, nous allons utiliser le résultat suivant : une série réelle commutativement
convergente est absolument convergente.
Voici la stratégie proposée pour montrer le théorème de Hahn-Jordan.
a) Posons, pour A P T ,
# +
ÿ
|µ|pAq :“ sup |µpBk q| ; pBk q Ă T , A “ \k Bk .
k

Montrer que |µ| est une mesure finie sur T .


b) Soit ν :“ |µ| ´ µ. Montrer que ν est une mesure finie et que ν ! |µ|.
Soit h P L 1 pX, T , |µ|q telle que ν “ h d|µ| (voir l’exercice # 39).
c) Pour 0 ă ε ă 1{2, soit A :“ tx P X ; 1 ` ε ĺ hpxq ĺ 2 ´ εu. Montrer que
rB P T , B Ă As ùñ ε|µ|pBq ĺ µpBq ĺ p1 ´ εq|µ|pBq,
et en déduire que |µ|pAq “ 0.
d) S’inspirer de la question précédente et montrer que hpxq P t0, 1, 2u |µ|-p. p. Montrer
que nous pouvons supposer que hpxq P t0, 1, 2u en tout point x P X.
e) Soient A` :“ tx P X ; hpxq “ 0u, A´ :“ tx P X ; hpxq “ 2u. Soient µ1 :“ µpA X A` q,
µ2 :“ µpA X A´ q, @ A P T . Montrer que µ1 , µ2 vérifient la partie (a) du théorème.
f) Soient µ1 , µ2 , ν1 , ν2 mesures positives comme dans la partie (a) du théorème telles que
µ “ µ1 ´ µ2 “ ν1 ´ ν2 . Soient A1 , A2 P T tels que µ1 pAc1 q “ µ2 pA1 q “ 0 et ν1 pAc2 q “
ν2 pA1 q “ 0. Montrer que µ1 pAq “ ν1 pAq “ µpA X A1 X A2 q, @ A P T . En déduire la
partie (b) du théorème.
Exercice # 41. (Théorème de Radon-Nikodym-Lebesgue (II)) Le cadre est celui de l’exer-
cice # 39. Nous supposons µ et ν finies. Voici la stratégie originale de preuve de l’existence
de h et ξ, due à Lebesgue (pour la construction de ξ) et Nikodym (pour la construction de
h). L’argument de Nikodym repose sur le théorème de Hahn-Jordan. Ceci semble un cercle vi-
cieux, dans la mesure où nos avons établi ce théorème via le théorème de Radon-Nikodym-
Lebesgue. Néanmoins, on peut le montrer sans utiliser le théorème de Radon-Nikodym-
Lebesgue (voir, par exemple, V. I. Bogachev, Measure theory, vol. I, preuve du théorème
3.1.1).
I. Construction de ξ. Soit m :“ inftνpBq ; B P T , µpB c q “ 0u.
a) Montrer qu’il existe A P T tel que µpAc q “ 0 et νpAq “ m.
b) Montrer, en utilisant la définition de m, que
rC P T , C Ă As ùñ νpCq “ 0.
c) Soit ξpCq :“ νpC X Ac q, @ C P T . Montrer que ξ et ν ´ ξ sont des mesures satisfaisant
ξ K µ et ν ´ ξ ! µ.
II. Construction de h. Compte tenu de la partie I, il suffit de travailler avec ν ´ ξ au lieu de ν.
Nous pouvons donc supposer que ν ! µ ; sous cette hypothèse, nous construisons h telle
que ν “ hµ.
Soit
F :“ tf : X Ñ r0, 8s ; f mesurable et f µ ĺ νu.

(Le sens de f µ ĺ ν est : A f dµ ĺ νpAq, @ A P T .)


´

20
a) Montrer que F est non-vide, et que

rf, g P F s ùñ maxpf, gq P F .

b) Soit M :“ sup´f PF X f dµ. Montrer, en utilisant la question précédente, qu’il existe


´

h P F telle que X h dµ “ M .
c) Soit λ :“ ν ´ hµ. Montrer que λ est une mesure.
Pour conclure, il suffit de montrer que λ “ 0. Si µ “ 0, montrer que ν “ 0 et conclure.
Si µ ‰ 0, nous obtenons la conclusion λ “ 0 en raisonnant par l’absurde. Soit a :“
λpXq ą 0. Soit b :“ µpXq Ps0, 8r (car µ ‰ 0 et µ est finie). Soient 0 ă ε ă a{b et
η :“ λ ´ εµ “ ν ´ ph ` εqµ.
d) Montrer que : (i) η est une mesure signée ; (ii) ηpXq ą 0 ; (iii) il existe A P T tel que
ηpAq ă 0.
e) En utilisant le théorème de Hahn-Jordan et l’hypothèse ν ! µ, trouver A P T tel que :
(i) ηpBq ľ 0, @ B P T tel que B Ă A ; (ii) ηpAq ą 0 ; (iii) µpAq ą 0.
f) Considérer le fonction h ` εχA est obtenir une contradiction avec le choix de h.
Exercice # 42. (Inégalités faibles de Bernstein (II)) Cet exercice continue l’exercice # 28
de la feuille # 9. La philosophie générale est la même : des inégalités qui ne sont pas vraies
pour des fonctions quelconques sont valides pour des polynômes trigonométriques. Prenons
l’exemple de la comparaison entre }f }p et }f }r , pour des fonctions définies sur s0, 2πr, muni
avec la mesure p1{2πq λ1 . Cette mesure étant finie (en fait, une probabilité), nous avons
f P L p ùñ f P L r , @ 1 ĺ r ĺ p ĺ 8, et des exemples simples montrent que
l’implication f P L p ùñ f P L r est fausse si r ą p. Néanmoins, nous allons montrer
l’inégalité suivante, à la Bernstein :
ˆ ˙1{p´1{r
p1´1{pqp1´p{rq 5n ` 1
}f }r ĺ 3 }f }p , @ 1 ĺ p ĺ r ĺ 8,
2 (14)
@ polynôme trigonométrique f de degré ĺ n, avec n ľ 1.

En combinant (14) avec la conclusion de l’exercice # 28 feuille # 9, nous obtenons


ˆ ˙1{p´1{r
1 p1´1{pqp1´p{rq`1 5n ` 1
}f }r ĺ 3 n }f }p , @ 1 ĺ p ĺ r ĺ 8,
2 (15)
@ polynôme trigonométrique f de degré ĺ n, avec n ľ 1.

Ces deux inégalités sont faibles, au sens où les constantes qui y apparaissent ne sont
pas les meilleures, mais l’ordre de grandeur des constantes est bon : il est n1{p´1{r dans (14)
et n1{p´1{r`1 dans (15). On peut montrer que cet ordre de grandeur est optimal, mais nous
n’allons pas vérifier ce fait.
Passons à la preuve de (14).
a) Montrer le cas particulier suivant de l’inégalité de Young pour la convolution des fonc-
tions 2π-périodiques :

|f ˚ g| ĺ }f }p }g}q , @ p, q conjugués, @ f P L p , g P L q .

(Pour la définition du produit de convolution, voir l’exercice # 26 feuille # 9.)


b) Soit Vn :“ 2 F2n`1 ´ Fn , n P N, avec Fj les noyaux de Fejér ; Vn est le noyau de de La Vallée
Poussin. Montrer les propriétés suivantes de Vn .

21
ÿ ÿ ˆ ˙
|j|
(i) Vn pxq “ ıjx
e ` 1´ eıjx .
|j|ĺn`1 n`1ă|j|ĺ2n`1
2pn ` 1q
(ii) }Vn }1 ĺ 3.
5n ` 6
(iii) }Vn }8 “ .
2
ˆ ˙1´1{q
5n ` 6
(iv) }Vn }q ĺ 3 1{q
, @ 1 ĺ q ĺ 8.
2
c) Soit f un polynôme trigonométrique de degré ĺ n (avec n ľ 1). Montrer que f ˚ Vn´1 “
f.
d) En déduire que
ˆ ˙1{p
1´1{p 5n ` 1
|f | ĺ3 }f }p ,
2
@ polynôme trigonométrique f de degré ĺ n, avec n ľ 1.

e) En déduire (14). Indication : inégalité de Hölder.


1
Exercice # 43. (Convolution et transformée de Fourier) Soit f : R Ñ R, f pxq :“ ,
x2 ` 1
@ x P R. Calculer f ˚ f ˚ ¨ ¨ ¨ ˚ f (n fois).

Exercice # 44. (Calcul de transformée de Fourier dans L 2 ) Nous travaillons dans le cadre
de la transformée de Fourier dans R.

a) Si f P L 1 et x ÞÑ gpxq :“ xf pxq P L 1 , montrer que fp P C 1 et que gp “ ıfp1 .


e´εx
2

b) Si ε ą 0, calculer la transformée de Fourier de x ÑÞ hε pxq :“ . Indication : se


x`ı
débarrasser du dénominateur.
1
c) Calculer la transformée de Fourier de x ÞÑ gpxq :“ .
x`ı
Exercice # 45. (Transformée de Fourier d’un produit de convolution) Nous considérons
l’égalité
Ź

f ˚ g “ fp gp. (16)

a) Donner un sens à (16) si f P Cc8 pRn q et g P L 1 pRn q, et la montrer.


b) Donner un sens à (16) si f P L 2 pRn q et g P L 1 pRn q, et la montrer.

Exercice # 46. (Transformée de Fourier dans Lp ) Nous travaillons dans pRn , BRn , νn q. Rap-
pelons que, si f P L 1 , alors fp P L 8 , alors que, si f P L2 , on peut définir fp comme un
élément de L2 (théorème de Plancherel). Nous nous proposons de montrer un résultat si-
milaire pour les fonctions de Lp , avec 1 ă p ă 2.
Nous travaillons avec des fonctions au lieu de classes.
Rappelons que, si f : Rn Ñ C est borélienne, alors la fonction de distribution de f est

F ptq “ Ff ptq :“ νn ptx P Rn ; |f pxq| ą tuq, @ t ą 0.

Les trois premières questions sont des rappels.

22
a) Montrer que F : r0, 8rÑ r0, 8s est borélienne.
b) Pour 1 ĺ p ă 8, montrer la formule
ˆ 8
p
}f }p “ p tp´1 F ptq dt.
0

c) Si 1 ĺ p ă 8 et t ą 0, montrer l’inégalité de Markov


}f }pp
F ptq ĺ p .
t
À partir de maintenant, nous supposons f P Cc pRn , Rqzt0u.
d) Montrer que 0 ă }f }rr ă 8, @ 1 ĺ r ă 8.
e) Pour a ą 0, soient
$ $

& f pxq, si |f pxq| ĺ a ’
&0, si |f pxq| ĺ a
ga pxq :“ a, si f pxq ą a , ha pxq :“ f pxq ´ a, si f pxq ą a .

% ’
%
´a, si f pxq ă ´a f pxq ` a, si f pxq ă ´a

(i) Montrer que ga , ha P Cc pRn q.


(ii) Calculer }ga }22 et }ha }1 en fonction de Ff .
(iii) Montrer que
1
}ha }1 ĺ }f }pp , @ a ą 0, @ 1 ă p ă 8.
p ap´1

(iv) Soit t ą 0. Nous définissons a “ at ą 0 comme la solution positive de


1 t
p´1
}f }pp “ .
pa 2
Montrer que, pour cet a, nous avons
Ź
t
|ha pξq| ĺ , @ ξ P Rn
2
et

tξ P Rn ; |fppξq| ą tu Ă tξ P Rn ; |p
ga pξq| ą t{2u. (17)

f) Soit 1 ă p ă 2. Soit q le conjugué de p. En utilisant (17), le théorème de Plancherel


et l’inégalité de Markov, montrer l’existence d’une constante C “ Cp ă 8 (dont on
donnera la valeur) telle que

}fp}q ĺ Cp f }p , @ f P Cc pRn , Rq. (18)

g) En utilisant (18), montrer le résultat suivant, après lui avoir donné un sens précis : la
transformée de Fourier est continue de Lp vers Lq .
NB. Le théorème de Hausdorff-Young affirme que (18) est vraie avec Cp “ p2πqn{q (qui est une
constante inférieure à celle obtenue par la calcul explicite ci-dessus).
La constante Cp “ p2πqn{q n’est pas la meilleure. Le très difficile théorème de Babenko-
pn{p2pq
Beckner affirme que la (meilleure) constante est p2πqn{q n{p2qq .
q

23
Exercice # 47. (Inégalités de Nikolski’ı̆) Cet exercice fait echo aux inégalités de Bernstein
(exercice # 28 de la feuille # 9 et exercice de synthèse # 42). Le thème est le même : des
inégalités entre normes } }p et } }r , qui sont fausses en général, sont vraies sous des hypothèses
concernant le support de la transformée de Fourier.
Pour commencer, nous faisons l’hypothèse

f P L 1 pRn q, (19)

qui permet de considérer la transformée de Fourier fp de f ; cette hypothèse peut être affai-
blie, mais ceci demande de travailler dans le cadre (qui dépasse ce cours) des distributions
tempérées.
L’hypothèse essentielle est

fppξq “ 0 si |ξ| ľ R (20)

(avec 0 ă R ă 8 constante arbitraire). C’est l’analogue de la condition « f est un polynôme


trigonométrique de degré ĺ n », qui équivaut à cj pf q “ 0 si |j| ą n.
Sous ces hypothèses, nous nous proposons de montrer les inégalités de Nikolskiı̆ directes

}f }r ĺ C1 Rnp1{p´1{rq }f }p , @ 1 ĺ p ĺ r ĺ 8, (21)
}Bj f }r ĺ C2 Rnp1{p´1{rq`1 }f }p , @ 1 ĺ p ĺ r ĺ 8, @ j P J1, nK, (22)

où C1 , C2 sont des constantes finies qui peuvent dépendre de n, p et r, mais pas de f ou R.


Au passage, sous les hypothèses (19) et (20), nous montrerons que f P C 1 .
Sous l’hypothèse plus forte (23),
R
fppξq “ 0 si |ξ| ľ R ou si |ξ| ĺ , (23)
2
nous avons également l’inégalité de Nikolskiı̆ inverse, énoncée et prouvée, par souci de simplicité,
uniquement si n “ 1 :

}f }r ĺ C3 R1{r´1{p´1 }f 1 }p , @ 1 ĺ p ĺ r ĺ 8, (24)

où C3 est une constante finie qui peut dépendre de p et r, mais pas de f ou R.


Voici la démarche proposée pour montrer (21), (22) et (24).
a) (Argument de changement d’échelle) En supposant l’une de trois inégalités vraie pour R “
1, elle est vraie pour tout R. Voici l’argument pour (21). Soit f une fonction vérifiant (19)
et (20). Soit (avec les notations de l’exercice # 1 a) de la feuille # 10) g :“ fR .
(i) Montrer que g vérifie les hypothèses (19) et (20), la dernière pour R “ 1.
(ii) En appliquant (21) (supposée vraie si R “ 1) à g, et en calculant }g}r , respective-
ment }g}p en fonction de }f }r , respectivement }f }p , obtenir (21) pour f .
b) Vérifier que la même démarche est valide pour (22) et (24).
c) (Preuve de (21) si R “ 1)
(i) Montrer qu’il existe ϕ P Cc8 pRn q telle que ϕpξq “ 1 si |ξ| ĺ R.
(ii) Montrer qu’il existe ψ P L 1 pRn q telle que ψp “ ϕ.
(iii) Montrer que, de plus, ψ P L 8 pRn q.

24
(iv) Montrer que ψ P L q pRn q, @ 1 ĺ q ĺ 8.
(v) Soit f vérifiant (19) et (20) avec R “ 1. Montrer que f “ f ˚ ψ. Indication : prendre
la transformée de Fourier dans cette égalité.
1 1 1
(vi) Si 1 ĺ p, q, r ĺ 8 sont tels que 1 ` “ ` , montrer que }f }r ĺ }ψ}q }f }p .
r p q
(vii) Conclure.
d) (Preuve de (22) si R “ 1)
Ź

(i) Montrer successivement que ψ P C 1 pRn q, Bj ψ P L 1 , Bj ψ pξq “ ıξj ϕpξq, Bj ψ P


L 8 pRn q, et Bj ψ P L q pRn q, @ 1 ĺ q ĺ 8, @ j P J1, nK.
(ii) Montrer que f P C 1 pRn q et que Bj f “ f ˚ Bj ψ, @ j P J1, nK.
(iii) Conclure.
e) (Preuve de (24) si R “ 1) D’après les questions précédentes, nous savons que f P C 1 pRq
et que f 1 P L p pRq (et, par ailleurs, que f 1 P L 1 pRq). Il reste à montrer (24).
(i) Montrer qu’il existe ζ P Cc8 pRq telle que
1 1
ζpξq “ , @ ξ P R tel que ĺ |ξ| ĺ 1.
ıξ 2

(ii) Montrer qu’il existe η P L 1 pRq telle que ηp “ ζ.


(iii) Montrer que f “ f 1 ˚ η.
(iv) Conclure, sur le modèle des questions précédentes.

25
Contrôles
Université Claude Bernard Lyon 1 Licence de mathématiques 3e année
Mesure et intégration Année 2018-2019

Devoir surveillé #1
–le 9 octobre 2018–
–durée 45 minutes–

Sujet #1

Question de cours (3 p.). Soit (X, T , µ) un espace mesuré. Soit (An ) ⊂ T telle que An % A.
Montrer que µ(An ) → µ(A).
Exercice 1 (2 p.). Soient A, B, C, D des parties de l’ensemble X. Si A ⊂ C et B ⊂ D, montrer
que A ∩ B ⊂ C ∩ D.
Exercice 2 (4 p.). Soit (X, T ) un espace mesurable. Prouver ou réfuter les affirmations suivantes.
a) Si A ⊂ X, alors χA est mesurable.
b) Si fn : X → R sont mesurables, ∀ n ∈ N, alors {x ∈ X ; sup fn (x) > 0} est mesurable.
n∈N

Exercice 3 (4 p.). Calculer lim inf (1 + cos(n π)) n.


n→∞

Exercice 4 (9 p.) (exercice commun à tous les sujets). Nous travaillons dans R, avec la
tribu borélienne BR et la mesure de Lebesgue ν1 .
a) Si I est un intervalle compact de R, alors nous notons Ie l’union des deux intervalles obtenus en
enlevant de I l’intervalle ouvert qui a le même centre que I et dont la longueur est un tiers de celle
de I. Exemple : si I = [−3, 3] (de centre 0), alors l’intervalle ouvert qui est enlevé est ] − 1, 1[, et
donc Ie = [−3, −1] ∪ [1, 3].
De manière équivalente, si I = [a, b] alors Ie = [a, a + (b − a)/3] t [a + 2(b − a)/3, b].
(i) Dessiner Ie si I = [0, 1] et si I = [0, 1/3].
(ii) Montrer que Ie est un borélien, et calculer ν1 (I)
e en fonction de ν1 (I).
b) Nous construisons par récurrence une suite (Cj )j≥0 décroissante d’ensembles de la manière
suivante :
1. C0 = [0, 1].
2. Si Cj s’écrit comme une union finie d’intervalles fermés d. d. d. : Cj = tm `=1 I` , alors Cj+1 est
m e
défini comme Cj+1 = t`=1 I` .
(i) Dessiner C0 , C1 , C2 .
(ii) Montrer que Cj est un borélien, ∀ j.
(iii) Calculer ν1 (Cj ), j = 0, 1, 2.
(iv) Proposer et montrer une formule pour ν1 (Cj ).
(v) Posons C = ∩j≥0 Cj . Calculer ν1 (C).

Sujet #2

Question de cours (3 p.). Soit C un clan de parties de X. Montrer les propriétés suivantes :
a) X ∈ C ;
b) si A, B ∈ C , alors A ∩ B ∈ C ;
c) si A, B ∈ C , alors A \ B ∈ C .
Exercice 1 (2 p.). Soient A, B, C, D des parties de l’ensemble X. Si A ⊂ B ⊂ C ⊂ D, montrer
que C \ B ⊂ D \ A.

1
Exercice 2 (4 p.). Soit (X, T ) un espace mesurable. Prouver ou réfuter les affirmations suivantes.
a) Si Φ : R → R est dérivable et si f : X → R est mesurable, alors Φ ◦ f : X → R est mesurable.
b) Si f, g : X → R sont mesurables, alors {x ∈ X ; g(x) = (f (x))2 } est mesurable.

Exercice 3 (4 p.). Calculer lim sup 1 + (cos(nπ/2))2 .
n→∞

Sujet #3

Question de cours (3 p.). Soit (X, T ) un espace mesurable. Soit (fn )n≥0 une suite de fonctions
mesurables, fn : X → R. Montrer que sup fn est mesurable.
n≥0

Exercice 1 (2 p.). Soient A, B, C, D des parties de l’ensemble X. Si A ⊂ C et B ⊂ D, montrer


que A ∪ B ⊂ C ∪ D.
Exercice 2 (4 p.). Prouver ou réfuter les affirmations suivantes.
a) Un borélien est un ouvert ou un fermé.
b) Si f : R → R est une fonction dérivable, alors f est borélienne.
p
Exercice 3 (4 p.). Calculer lim sup (−1)n n + (−1)n .
n→∞

Sujet #4

Question de cours (3 p.). Soit (X, T ) un espace mesurable. Soient f1 , f2 , . . . , fn : X → R


fonctions mesurables. Posons f = (f1 , . . . , fn ) : X → Rn . Montrer que f −1 (B) ∈ T , ∀ B ∈ BRn .
Exercice 1 (2 p.). Soient A, B des parties de l’ensemble X. Si A ⊂ B, montrer que B c ⊂ Ac .
Exercice 2 (4 p.). Prouver ou réfuter les affirmations suivantes.
a) Une fonction étagée est mesurable.
b) Une limite uniforme de fonctions mesurables est mesurable.
 (−1)n
n
Exercice 3 (4 p.). Calculer lim sup .
n→∞ n+1

2
Université Claude Bernard Lyon 1 Licence de mathématiques 3e année
Mesure et intégration Année 2018-2019

Devoir surveillé #2
–le 6 novembre 2018–
–durée 90 minutes–

Question de cours #1 (3 p.). Soit ( X , T , µ) un espace mesuré. Soit f : X → R une fonction inté-
grable. Soient A,
Z B ∈ T tels
Z que X = A t B.
a) Montrer que f d µ et f d µ existent et sont finies.
ZA ZB Z
b) Montrer que f dµ = f d µ + f d µ.
X A B

Question de cours #2 (3 p.). Soient ( X , T ) et (Y , S ) deux espaces mesurables. Soit T ⊗ S la


tribu produit de T et S .
Pour x ∈ X et E ⊂ X × Y , soit E x = { y ∈ Y ; ( x, y) ∈ E } ⊂ Y .
Montrer que pour tout x ∈ X et pour tout E ∈ T ⊗ S nous avons E x ∈ S .

Exercice #1 (2 p.) Soit ( X , T , µ) un espace mesuré. Soient A, B ∈ T tels que µ( A ) < ∞ et µ(B) < ∞.
Calculer µ( A ∪ B) en fonction de µ( A ), µ(B) et µ( A ∩ B).
(
x2 , si x ∈ [0, 1] ∩ Q
Exercice #2 (4 p.) Soit f : [0, 1] → R, f ( x) = 3 .
x , si x ∈ [0, 1] \ Q
a) Montrer que
Z
f est Lebesgue intégrable sur [0, 1].
1
b) Calculer f ( x) dx.
0
c) Soit K ⊂ [0, 1] un compact. f est-elle Lebesgue intégrable sur K ? Justifier la réponse.

Exercice #3 (5 p.) Soit n ∈ N∗ . ³ x ´n


a) Montrer que pour tout x ∈ [0, n] nous avons e x 1 − ≤ 1.
n
b) Calculer
Z n ³ x ´n
lim [cos ( x/ n)] × 1 − dx.
n→∞ 0 n

Exercice #4 (11 p.) Pour t ∈ R, nous considérons l’intégrale généralisée


Z ∞ [sin x]2 − t x
f ( t) = e dx ∈ [0, ∞].
0 x

a) Peut-on réécrire f ( t) comme une intégrale par rapport à une mesure ?


f
b) Montrer que la fonction ]0, ∞[3 t 7−→ f ( t) ∈ R est continue.
c) Montrer que f est de classe C 1 sur ]0, ∞[ et que
1 t 11
f 0 ( t) = − , ∀ t > 0.
2 t2 + 4 2 t
d) Calculer lim f ( t).
t→∞
e) Déterminer une formule explicite de f ( t) pour t > 0.
f) Calculer, à partir de cette formule explicite, lim f ( t).
t&0
g) En déduire que f (0) = ∞, puis que f ( t) = ∞, ∀ t ≤ 0.
Université Claude Bernard Lyon 1 Licence de mathématiques 3e année
Mesure et intégration Année 2018-2019

Devoir surveillé #3
–le 26 novembre 2018–
–durée 20 minutes–

Consignes
1. Répondre aux questions de cours par « vrai » ou « faux ». Réponse correcte = 2 p. Réponse fausse
= -1 p. Non réponse = 0 p.
2. Pour la question a) de l’exercice, il est demandé de mener les calculs de manière suffisamment
détaillée, et non pas de justifier l’applicabilité des théorèmes utilisés. Idem pour la question c).
3. Pour la question b), un argument même esquissé est acceptable.

Vrai ou faux #1 (2 p. – -1 p. – 0 p.). On a λ1 ⊗ λ1 = λ2 .


Vrai ou faux #2 (2 p. – -1 p. – 0 p.). [0, 1] \ Q est borélien.
1
Exercice (22 p.). Soit f :]0, ∞[×]0, 1[→ R, f ( x, t) = .
( x +Z1) ( x + t)
a) (8 p.) Exprimer de deux manières différentes I = f ( x, t) d λ2 ( x, t) comme l’intégrale
]0,∞[×]0,1[
d’une fonction d’une seule variable.
b) (8 p.) En étudiant l’une des formules de I trouvées au point a), décider si f est λ2 -intégrable.
c) (6 p.) Exprimer I comme la somme d’une série numérique.
Université Claude Bernard Lyon 1 Licence de mathématiques 3e année
Mesure et intégration Année 2018-2019
Devoir surveillé #4
–le 10 décembre 2018, durée 60 minutes–

Consignes. a) Préciser la nature des intégrales qui interviennent dans les calculs.
b) Justifier l’utilisation des résultats théoriques (continuité des intégrales à paramètre, théorème
de Fubini, etc.) et préciser à quel type d’intégrale s’applique le résultat utilisé.

Définitions,
Z ∞ formules et résultats utiles. a) cos (2 x) = 1 − 2 sin2 ( x), ∀ x ∈ R.
1
b) e−ax dx = , ∀ a ∈ C tel que Re a > 0.
0 a Z ∞
c) La fonction Γ d’Euler est définie par la formule Γ( x) = t x−1 e− t dt, ∀ x > 0.
Z y −t 0
e
d) L’intégrale généralisée I ( y) = p dt est convergente, ∀ y > 0. (Ceci servira dans l’exercice 3.)
0 t
Exercice 1 (7 p.). En calculant, à l’aide du théorème de Fubini, de deux façons différentes l’inté-
Z Z ∞
−x sin2 ( x)
grale I = e sin (2 x y) dxd y, déterminer la valeur numérique de J = e− x dx.
]0,∞[×[0,1] 0 x
(La réponse attendue ne consiste pas à réécrire J comme une autre intégrale.)

Exercice 2 (9 p.). Pour α > 0, on pose


Z
2 2
J (α) = e−(x y + x/y ) xα−1/2 dxd y.
]0,∞[×]0,∞[
On considère l’application
Ψ :]0, ∞[×]0, ∞[→]0, ∞[×]0, ∞[, Ψ( x, y) = ( u, v), avec u = x y2 , v = x/ y2 ,
On admet que Ψ est bijective.
a) Trouver la fonction réciproque Φ = Ψ−1 .
b) Montrer que Φ :]0, ∞[×]0, ∞[→]0, ∞[×]0, ∞[ est un C 1 -difféomorphisme.
c) En utilisant le changement de variables Φ, montrer que
µ ¶
1 ³α´ α+1
J (α) = Γ Γ ; ici, Γ est la fonction d’Euler.
4 2 2
Z Z
∞ exp(−( x2 + 1) y) ∞
Exercice 3 (14 p.). Pour y ≥ 0, soit F ( y) = dx. Soit J = exp(− x2 ) dx.
0 1 + x2 0
a) Montrer que F est continue sur [0, ∞[.
b) Calculer F (0).
c) Proposer, sans justifier du théorème utilisé, une formule pour calculer ` = lim F ( y). Déterminer
y→∞
` à partir de cette formule.
d) Proposer, sans justifier du théorème utilisé, la formule de F 0 ( y) pour y ≥ 0. À partir de cette
formule, pensez-vous que F est dérivable en 0 ? Pourquoi ?
e) À partir de la formule trouvée au point précédent (que l’on admet comme vraie pour y > 0),
J
montrer que F 0 ( y) = − e− y p , ∀ y > 0.
y
f) En utilisant les questions a), b) et e) et la convergence de I ( y) (voir le résultat utile d)), montrer
que
Z y −t
π e
F ( y) = − J p dt, ∀ y > 0.
2 0 t

g) Pour finir, retrouver, à partir des questions c) et f), la valeur de J .


Université Claude Bernard Lyon 1 Licence de mathématiques 3e année
Mesure et intégration Année 2018-2019

Contrôle terminal
– le 11 janvier 2019 –
– durée 180 minutes –

Consignes pour les questions « standard » « vrai ou faux ». Répondre par « vrai » ou « faux ».
Il n’est pas demandé de justifier la réponse. Réponse correcte = 1 p. Réponse fausse = -0,5 p. Non
réponse = 0 p. Pour les questions « difficiles », les points sont doublés.

Vrai ou faux (standard) #1 (1 p. – -0,5 p. – 0 p.). Soit ( X , T ) un espace mesurable. Soit A ⊂ X .


Alors χ A : X → R (la fonction caractéristique de A ) est mesurable.
Vrai ou faux (standard) #2 (1 p. – -0,5 p. – 0 p.). Soit f : R → R. Si f est borélienne, alors f est
continue.
Vrai ou faux (standard) #3 (1 p. – -0,5 p. – 0 p.). Soit ( X , T ) un espace mesurable. Soit f : X → R
mesurable. Alors f −1 ([0, 1] \ Q) ∈ T .
Vrai ou faux (standard) #4 (1 p. – -0,5 Z p. – 0 p.). Soit ( X , T , µ) un espace mesuré. Soit f : X →
[0, ∞[ une fonction mesurable telle que f d µ = 0. Alors f = 0 µ-p. p.
X
Vrai ou faux (standard) #5 (1 p. – -0,5 p. – 0 p.). Nous avons BR ⊗ BR = BR2 .
Vrai ou faux (difficile) #6 (2 p. – -1 p. – 0 p.). Nous travaillons dans R avec la tribu de Lebesgue
et la mesure de Lebesgue. Il existe une fonction f ∈ L 1 (R) telle que sa transformée de Fourier fb
soit donnée par fb(ξ) = sin ξ, ∀ ξ ∈ R.
Vrai ou faux (difficile) #7 (2 p. – -1 p. – 0 p.). Nous travaillons dans ]0, 2π[ avec la tribu de
Lebesgue et la mesure de Lebesgue. Il existe une fonction f ∈ L 2 (]0, 2π[) telle que ses coefficients
sin ( n)
de Fourier c n ( f ) soient donnés par c n ( f ) = , ∀ n ∈ Z.
| n| + 1

Consignes pour les exercices. a) Justifier, si nécessaire, la mesurabilité des fonctions considé-
rées.
b) Préciser la nature (de Lebesgue, généralisée...) des intégrales qui interviennent dans les énon-
cés et les calculs.
c) Justifier l’utilisation des résultats théoriques (continuité des intégrales à paramètre, théorème
de Fubini, etc.) et préciser à quel type d’intégrale s’applique le résultat utilisé.

X 1 π2
Deux formules utiles. a) 2
= .
Z n≥1 n 6
2 p
b) e− x dx = π.
R
(
1, si 0 ≤ x ≤ π
Exercice #1 (3 p.) Soit f : R → R la fonction 2π-périodique donnée par f ( x) = .
−1, si − π < x < 0
a) Calculer les coefficients de Fourier de f .
b) Écrire, à l’aide de ces coefficients, la conclusion du théorème de Dirichlet appliqué à f .
c) Écrire, à l’aide de ces coefficients, la conclusion de l’identité de Parseval appliquée à f .

E ( x)
Exercice #2 (3 p.+1 p.) Soit E ( x) la partie entière de x, avec x ∈ R. † Soit f : [1, ∞[→ R, f ( x) = .
x3
a) Écrire f comme une « fonction définie par une accolade ».
†. Donc E ( x) est le seul entier relatif m ∈ Z tel que m ≤ x < m + 1.
Z
b) Justifier l’existence de l’intégrale de Lebesgue I = f ( x) dx.
[1,∞[
c) Écrire
R I comme la somme d’une série numérique. (La réponse attendue ne doit pas contenir le
signe .)
d) (Question bonus) Donner la valeur de I .

Exercice #3 (3 p.) Soit n ∈ N∗ . ³ x ´n


a) Montrer que pour tout x ∈ [0, n] nous avons e x 1 − ≤ 1.
n
b) Déterminer, en justifiant la conclusion, la valeur de la limite
Z n³
x ´n
lim 1− [cos ( x/ n) − sin (2 x/ n)] dx.
n→∞ 0 n

Exercice #4 (3 p.) Nous travaillons dans Rn muni de la tribu et de la mesure de Lebesgue. Soient
f , g deux fonctions boréliennes telles que f , g ∈ L 1 (Rn ). À l’aide du théorème de Fubini, dont on
justifiera l’utilisation, montrer que
Z Z
b
f (ξ) g(ξ) d ξ = f ( x) gb( x) dx.
Rn Rn

Exercice #5 (3 p.) Soit ( X , T , µ) un espace probabilisé. † Soit f : X → [0, ∞[ une fonction mesu-
rable. Z
a) Déterminer, en justifiant la conclusion, la valeur de la limite I = lim f n d µ. (Indication : on
n→∞ X
pourra, par exemple, considérer les ensembles { x ∈ X ; f ( x) ≤ 1} et { x ∈ X ; f ( x) > 1}.)
b) Peut-on avoir I = 2 ? Justifier.
c) Si I = 1, montrer que f = 1 µ-p. p.

Exercice #6 (7,5 p.) Soit Ω = {( x, y) ∈ R2 ; 0 < x < y}. Soit


Z ³ ´
x −(x2 + y2 )
I= e dxd y.
Ω y
a) Calculer I en utilisant les coordonnées polaires. Justifier le changement de variables.
b) À l’aide du théorème de Tonelli, dont on justifiera l’utilisation, exprimer I comme l’intégrale
d’une fonction y 7→ g( y), fonction g dont on donnera la formule explicite.
c) En utilisant les points précédents et une intégration par parties qui sera justifiée, trouver la
valeur de l’intégrale généralisée
Z ∞ 2
(1 − e− y )2
J= d y.
0 y3

Exercice 7 (7,5 p.) Nous travaillons dans R muni de la tribu et de la mesure de Lebesgue.
1 2
On pose, pour t > 0 et x ∈ R, Φ t ( x) = p e−( x )/(4 t) .
4π t
a) Pour 1 ≤ p ≤ ∞ et t > 0, montrer que Φ t ∈ L p (R) et calculer kΦ t kL p .
Soit f ∈ L 1 (R). Soit u( x, t) = f ∗ Φ t ( x), ∀ x ∈ R, ∀ t > 0.
b) Montrer que u(·, t) est continue et bornée, ∀ t > 0. ‡
c) Montrer que u(·, t) ∈ L 1 (R), ∀ t > 0.
d) Proposer, sans justifier leur validité mais en expliquant votre raisonnement, des formules plau-
∂u ∂u ∂2 u
sibles pour ( x, t), ( x, t), ( x, t).
∂t ∂x ∂ x2
e) Si les formules de la question précédente sont vraies, montrer que
∂u ∂2 u
( x, t) = ( x, t), ∀ x ∈ R, ∀ t > 0.
∂t ∂ x2

†. Donc µ est une mesure sur T et µ( X ) = 1.


‡. Rappelons que u(·, t) est une notation pour la fonction partielle R 3 x 7→ u( x, t).
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Mesure et intégration Année 2018-2019
Contrôle terminal
– 2e session, le 25 juin 2019 –
– durée 120 minutes –

Consignes pour les questions « vrai ou faux ». Répondre par « vrai » ou « faux ». Il n'est pas demandé de justifier
la réponse. Réponse correcte = 1 p. Réponse erronnée = -0,5 p. Non réponse = 0 p.

Vrai ou faux #1 (1 p. – -0,5 p. – 0 p.). Soit (X, T , µ) un espace mesuré. Une fonction mesurable et positive sur
X est intégrable.
Vrai ou faux #2 (1 p. – -0,5 p. – 0 p.). Nous munissons R de la tribu borélienne BR . Soit f : R → R. Si f est
borélienne, alors f est limite simple de fonctions boréliennes étagées.
Vrai ou faux #3 (1 p. – -0,5 p. – 0 p.). Soit (X, d) un espace métrique. Alors les boréliens de X sont ouverts ou
fermés.
Vrai ou faux #4 (1 p. – -0,5 p. – 0 p.). Nous munissons [0, 1] de la tribu borélienne et de la mesure de Lebesgue.
Soit f : [0, 1] → R une fonction borélienne. Si f ∈ L 2 ([0, 1]), alors f ∈ L 1 ([0, 1]).

Consignes pour les exercices. a) Justifier, si nécessaire, la mesurabilité des fonctions considérées.
b) Préciser la nature (de Lebesgue, généralisée...) des intégrales qui interviennent dans les énoncés et les cal-
culs.
c) Justifier l'utilisation des résultats théoriques (continuité des intégrales à paramètre, théorème de Fubini, etc.)
et préciser à quel type d'intégrale s'applique le résultat utilisé.
Z ∞ √
π
Une formule utile. e−x2
dx = .
0 2
Exercice #1 (3 p.) Soit f : R → R la fonction continue et 2π-périodique donnée par f (x) = |x| si |x| < π.
a) Calculer les coefficients de Fourier de f .
b) Écrire, à l'aide de ces coefficients, la conclusion du théorème de Dirichlet appliqué à f .
c) Écrire, à l'aide de ces coefficients, la conclusion de l'identité de Parseval appliquée à f .

Exercice #2 (3 p.) Soit n ∈ N∗ .  n


√ x2 x2
a) Montrer que, pour tout x ∈ [0, n ], nous avons e × 1 − ≤ 1.
n
b) Déterminer, en justifiant la conclusion, la valeur de la limite
Z √n  n
x2
lim 1− dx.
n→∞ 0 n

Exercice #3 (3 p.) Nous travaillons dans Rn muni de la tribu et de la mesure de Lebesgue. Soient f, g deux
fonctions boréliennes telles que f, g ∈ L 1 (Rn ). À l'aide du théorème de Fubini, dont on justifiera l'utilisation,
montrer que
Z Z
b
f (ξ) g(ξ) dξ = f (x) gb(x) dx.
Rn Rn

Exercice #4 (4 p.) Soit (X, T , µ) un espace probabilisé. † Soit f : X → [0, ∞[ une


Z fonction mesurable.
a) Déterminer, en justifiant la conclusion, la valeur de la limite I = I(f ) = lim arctan (f n ) dµ. (Indica-
n→∞ X
tion : on pourra, par exemple, considérer les ensembles {x ∈ X ; f (x) ≤ 1} et {x ∈ X ; f (x) > 1}.)
†. Donc µ est une mesure sur T et µ(X) = 1.
b) Nous considérons le cas particulier où X = [0, 1], muni de la tribu borélienne et de la mesure de Lebesgue.
Pour tout nombre c ∈ [0, π/2], construire une fonction f : [0, 1] → [0, ∞[ borélienne telle que I(f ) = c.
Z ∞
Exercice #5 (8 p.) Pour a > 0 et x > 0, posons Ha (x) :=
2 2
e−(at +x/t ) dt.
0
a) Donner un sens à l'intégrale qui définit Ha (x), puis montrer son existence.
b) Montrer que la fonction Ha : [0, ∞[→ R est continue.
c) Calculer Ha (0).
d) Montrer que la fonction Ha est dérivable sur ]0, ∞[.
α
e) Calculer, pour x > 0, Ha0 (x) en fonction de Ha (x) (on pourra utiliser le changement de variable t = , avec
s
α convenablement choisi).
f) En déduire que
r
1 π −2√ax
Ha (x) = e , ∀ a > 0, ∀ x > 0.
2 a

Exercice #6 (7 p.) Nous travaillons dans R muni de la tribu et de la mesure de Lebesgue.


1 2
On pose, pour t > 0 et x ∈ R, Φt (x) = √ e−(x )/(4t) .
4πt
a) Montrer que Φt ∈ L 1 (R), ∀ t > 0.
b) Calculer Φct , avec t > 0.
c) Montrer, à partir de la formule précédente, que Φ ct = Φd
cs Φ s+t , ∀ s, t > 0.

d) Montrer que Φ ∗ Φ est continue, ∀ s, t > 0.


s t

e) En utilisant les deux questions précédentes et la formule d'inversion de Fourier, montrer que Φs ∗Φt = Φs+t ,
∀ s, t > 0.
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Mesure et intégration Année 2019-2020

Auto-contrôle #1
–le 1er octobre 2019–
–durée 35 minutes–

Exercice 1. Soient A, B, C, D des parties de l’ensemble X. Si A ⊂ C et B ⊂ D, montrer que


A \ D ⊂ C \ B.

Exercice 2. Soit (X, T ) un espace mesurable. Prouver ou réfuter les affirmations suivantes.
a) Si A ⊂ X, alors χAc est étagée.
b) Si f, g : X → R sont mesurables, alors {x ∈ X ; f (x) < g(x)} est mesurable.

Exercice 3. Calculer lim inf (1 + cos(n π)) n.


n→∞

Exercice 4. Soit (X, T , µ) un espace mesuré. Soit B ∈ T . Soit ν : T → [0, ∞], ν(A) := µ(A∩B),
∀ A ∈ T . Montrer que ν est une mesure.

Exercice 5. Nous travaillons dans R muni de la tribu borélienne et de la mesure de Lebesgue ν1 .


Soit f = χ[0,1] .
1. Montrer que f est borélienne.
2. Montrer qu’il n’existe pas de fonction continue g : R → R telle que f = g ν1 -p. p.
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Mesure et intégration Année 2019-2020

Devoir surveillé #1
–le 7 octobre 2019–
–durée 45 minutes–

Question de cours (4 p.). Soit (X, T ) un espace mesurable. Soit f = (f1 , f2 , . . . , fn ) : X → Rn .


Montrer l’équivalence des propriétés suivantes :
1. fi : X → R est mesurable, i = 1, . . . , n ;
2. pour tout B ∈ BRn , f −1 (B) ∈ T .

Exercice 1 (3 p.). Prouver ou réfuter les affirmations suivantes.


a) Un borélien est un ouvert ou un fermé.
b) Soit (X, T , µ) un espace mesuré. Si A ∈ T , alors µ(X) = µ(A) + µ(Ac ).
n
Exercice 2 (3 p.). Calculer lim inf (n + 1)(−1) .
n→∞

Exercice 3 (4 p.). Nous travaillons dans R, avec la tribu borélienne BR et la mesure de Lebesgue
ν1 .
a) Calculer ν1 (Q).
b) Soit f = χQ . Existe-t-il une fonction continue g : R → R telle que f = g ν1 -p.p. ?

Exercice 4 (5 p.). Soit (X, T ) un espace mesurable. Soit f : X → R et soit g : X → R,


g := exp(f ). Montrer que

[f est mesurable] ⇐⇒ [g est mesurable].

Exercice 5 (3 p.). Soient A1 , A2 , B1 , B2 des parties de l’ensemble X. Montrer que

(A1 ∪ A2 ) \ (B1 ∪ B2 ) ⊂ (A1 \ B1 ) ∪ (A2 \ B2 ).


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Mesure et intégration Année 2019-2020

Auto-contrôle #2
–le 22 octobre 2019–
–durée 60 minutes–

Exercice #1.
y
1. Montrer que arctan y ≥ , ∀ y ≥ 0.
1 + y2
arctan y
2. Montrer que y 7→ est décroissante sur ]0, ∞[.
y
3. Soit ( X , T , µ) un espace mesuré. Soit f : X → [0, ∞[ une fonction mesurable. Calculer
Z µ ¶
f
lim n arctan .
n→∞ n

Exercice #2. Soit n ∈ N∗ .


³ x ´n − x
1. Montrer que pour tout x ≥ 0 nous avons 1 + e ≤ 1.
n
2. Calculer
Z n³
x ´n −ax
lim 1+ e dx, avec a ∈ R paramètre.
n→∞ 0 n

On distinguera les cas a > 1 et a ≤ 1.

Exercice #3. Pour t ∈ R, nous considérons l’intégrale généralisée


Z ∞ [sin x]2 − t x
f ( t) = e dx ∈ [0, ∞].
0 x

1. Peut-on réécrire f ( t) comme une intégrale par rapport à une mesure ?


f
2. Montrer que la fonction ]0, ∞[3 t 7−→ f ( t) ∈ R est continue.
3. Montrer que f est de classe C 1 sur ]0, ∞[ et que

1 t 11
f 0 ( t) = 2
− , ∀ t > 0.
2 t +4 2 t

4. Calculer lim f ( t).


t→∞
5. Déterminer une formule explicite de f ( t) pour t > 0.
6. Calculer, à partir de cette formule explicite, lim f ( t).
t&0
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Mesure et intégration Année 2019–2020

Devoir surveillé #2
–le 4 novembre 2019–
–durée 90 minutes–

Z b
Consignes. Pour chaque intégrale de la forme f ( x) dx, préciser s’il s’agit d’une intégrale de
a
Riemann, généralisée et/ou par rapport à la mesure de Lebesgue ; justifier son existence et préciser
si les résultats utilisés concernent les intégrales de Riemann, généralisées ou par rapport à la
mesure de Lebesgue.

Question de cours #1 (2 p.). Énoncer et prouver le lemme de Fatou.

Question de cours #2 (4 p.). Soient ( X , T ) un espace mesuré et (Y , S , ν) un espace mesuré, avec


ν(Y ) < ∞.
Montrer que, pour tout E ∈ T ⊗ S , l’application X 3 x 7→ ν(E x ) est T -mesurable.
Z ∞ sin x
Exercice #1 (8 p.) Nous admettons la convergence de l’intégrale généralisée I = dx.
Z ∞ − xt 0 x
e
Pour tout t > 0, posons S ( t) = sin x dx.
0 x
a) Montrer que S est de classe C 1 sur ]0, ∞[ et calculer S 0 ( t) pour t > 0.
b) Déterminer lim S ( t) et calculer S ( t) pour tout t > 0.
t→∞
c) Soit A > 0. ¯Z ¯
¯ e− tx sin x ¯¯ 2

(i) Montrer que ¯¯ dx¯ É , ∀ t ≥ 0.
A x
Z A − tx
A Z
e sin x A sin x
(ii) Prouver que lim dx = dx.
t→0+ 0 xZ 0 x
∞ sin x
d) En déduire la valeur de I = dx.
0 x

Exercice #2 (3 p.) Soit f : [0, ∞[→ R une fonction continue bornée. Pour s > 0, soit
Z ∞
L ( s) = e−sx f ( x) dx.
0

Montrer que L est bien définie et calculer lim L ( s).


s→∞

Exercice #3 (5 p.) Soit f : [0, 1] → [0, 1] une fonction borélienne. Calculer


Z 1· µ
f ( x)
¶ ¸
lim n exp − 1 dx.
n→∞ 0 n

Indication : On pourra utiliser le développement en série entière de l’exponentielle pour mon-


ey − 1
trer que la fonction y 7→ , avec y > 0, est croissante.
y
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Mesure et intégration Année 2019-2020

Auto-contrôle #3
–le 19 novembre 2019–
–durée 30 minutes–

1
Exercice #1. Soit a.n = p , ∀ n ∈ N. Pour quelles valeurs de p ∈ [1, ∞] a-t-on (a n ) ∈ ` p ?
n+1

Exercice #2. Nous travaillons dans R muni de la mesure de Lebesgue ν1 . Soient f ∈ L1 et g( x) =


2
e− x , ∀ x ∈ R.
1. Montrer que f ∗ g est continue.
2. Montrer que f ∗ g est intégrable.

Exercice #3. Soient U = {( x, y) ∈ R2 ; 0 < x < y} et


Z
x y ( y − x) −(x+ y)2
I= 4
e dxd y.
U ( x + y)
(
u = x+ y
1. Calculer I à l’aide du changement de variables , que l’on justifiera.
v = xy
2. Obtenir la valeur de I en utilisant les changements de variables x = t y et ( t + 1) y = z.
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Mesure et intégration Année 2019–2020

Devoir surveillé #3
–le 25 novembre 2019–
–durée 45 minutes–

Z b
Consignes. Pour chaque intégrale de la forme f ( x) dx, préciser s’il s’agit d’une intégrale de
a
Riemann, généralisée et/ou par rapport à la mesure de Lebesgue ; justifier son existence et préciser
si les résultats utilisés concernent les intégrales de Riemann, généralisées ou par rapport à la
mesure de Lebesgue.

Question de cours (4 p.). Soit ( X , T , µ) un espace mesuré. Soit 1 < p < ∞. Soient f , g : X → R
deux fonctions mesurables.
Montrer que k f + gkL p ≤ k f kL p + k gkL p .

Exercice #1 (10 p.) Soient 0 ≤ a < b. Soit


p
D = {( x, y) ∈ R2 ; 0 < x < y < x2 + 1 et a < x y < b}.

a) Montrer que D est un borélien.


b) ÀZ l’aide du changement de variables u = y2 − x2 , v = x y, que l’on justifiera, calculer l’intégrale
I= ( y2 − x2 ) x y ( x2 + y2 ) dxd y en fonction de a et b.
D

1
Exercice #2 (5 p.) Nous travaillons dans (R, BR , ν1 ). Soit f :]1, ∞[→ R, f ( x) = p . Pour quelles
x
valeurs de p ∈ [1, ∞] a-t-on f ∈ L p (]1, ∞[) ?
2
Exercice #3 (3 p.) Soit f : R → R, f ( x) = e− x . Calculer f ∗ f (0).
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Mesure et intégration Année 2019-2020

Auto-contrôle #4
–le 2 décembre 2019–
–durée 45 minutes–

Exercice #1. Soit f : R → R la fonction 2π-périodique définie par f ( x) = x, ∀ − π ≤ x < π. À partir


du calcul des coefficients de Fourier de f , calculer la somme
X 1
.
k≥0 (4 k + 1)(4 k + 3)

Exercice #2. Soit


Z ∞
2
f ( x) = e− t t−n/2 e−| x| /t dt, ∀ x ∈ Rn .
0

1. Montrer que f est borélienne.


2. Montrer que f est Lebesgue intégrable.
3. Calculer fb.
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Mesure et intégration Année 2019–2020

Devoir surveillé #4
–le 13 décembre 2019–
–durée 45 minutes–

Z b
Consignes. Pour chaque intégrale de la forme f ( x) dx, préciser s’il s’agit d’une intégrale de
a
Riemann, généralisée et/ou par rapport à la mesure de Lebesgue ; justifier son existence et préciser
si les résultats utilisés concernent les intégrales de Riemann, généralisées ou par rapport à la
mesure de Lebesgue.

Question de cours (6 p.) Soient f , g : Rn → C des fonctions Lebesgue intégrables (par rapport à
V

la mesure de Lebesgue λn ). Montrer l’égalité f ∗ g = fb gb.

Exercice #1 (6 p.) Soit f : R → R la fonction 2π-périodique définie sur ] − π, π] par f ( x) = | x|.


1. Parmi les théorèmes de Fatou, Dirichlet et Fejér (sur les séries de Fourier), lesquels peut-on
appliquer à f ?
X 1
2. Par utilisation justifiée de certains de ces résultats, obtenir les valeurs des sommes 2
n≥1 n
X 1
et 4
.
n≥1 n

1
Exercice #2 (6 p.) Soient f , g : R → R, f ( x) = exp(−2| x|), ∀ x ∈ R, g( x) =, ∀ x ∈ R.
4 + x2
1. Montrer que f , g ∈ L 1 (R) (par rapport à la mesure de Lebesgue ν1 ).
2. Calculer fb et gb.

Exercice #3 (4 p.) Existe-t-il une fonction f : R → C, 2π-périodique et telle que f ∈ L 2 (]0, 2π[) (par
1
rapport à la mesure de Lebesgue λ1 ), avec la propriété c n ( f ) = , ∀ n ∈ Z \ {0} ?
n
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Mesure et intégration Année 2019–2020

Contrôle terminal
– le 7 janvier 2020 –
– durée 180 minutes –

Z b
Consignes. Pour chaque intégrale de la forme f ( x) dx, préciser s’il s’agit d’une intégrale de
a
Riemann, généralisée et/ou par rapport à la mesure de Lebesgue ; justifier son existence et pré-
ciser si les résultats utilisés concernent les intégrales de Riemann, généralisées ou par rapport
à la mesure de Lebesgue. Lors de l’utilisation d’un résultat théorique, il faudra vérifier que ses
hypothèses sont satisfaites.
Indication. Les exercices #1 – #3 sont standard. Les exercices #4 – #7 demandent plus de ré-
flexion.

Question Zde cours #1 (2 p.) Soit ( X , T , µ) un Zespace mesuré. Soient f : X → R et A ∈ T . Si


l’intégrale f d µ existe, montrer que l’intégrale f d µ existe.
X A

Question de cours #2 (3 p.) Montrer que BRn ⊗ BRm = BRn+m .

Exercice #1 (2 p.) Soit ( X , T ) un espace mesurable. Soit f : X → R une fonction mesurable. Soit
g : X → R,
(
1, si f ( x) 6∈ Z
g ( x) = .
0, si f ( x) ∈ Z

Montrer que g est mesurable.

Exercice
Z #2 (3 p.) Soit f : R → R une fonction borélienne. Si Z f est Lebesgue intégrable, donner un
sens à exp(− n| sin x|) f ( x) dx (avec n ∈ N) et calculer lim exp(− n| sin x|) f ( x) dx.
R n→∞ R

Indication pour l’exercice #3. Si C ∈ C 1 (]a, ∞[) et lim C ( y) = 0, alors


y→∞
Z ∞
C ( y) = − C 0 ( t) dt (intégrale généralisée), ∀ y > a.
y

Z ∞ exp(− x2 y)
Exercice #3 (6 p.) Pour y ≥ 0, soit F ( y) = dx.
0 1 + x2
1. Montrer que F est continue sur R+ .
2. Calculer F (0) et déterminer lim F ( y).
y→∞
3. Montrer que F est dérivable sur R∗+ .
4. Montrer que F est, sur R∗+ , solution
Z ∞ d’une équation différentielle du premier ordre s’expri-
mant à l’aide du nombre I = exp(− x2 ) dx.
0
5. En déduire, sous forme intégrale, une expression de F ( y) valable pour y > 0.
6. En déduire la valeur de I .
Indications pour l’exercice #4.
(a) Soit f : R → C. Soit g : R → C, g( x) = x f ( x), ∀ x ∈ R. Si f , g ∈ L 1 (R, BR , ν1 ), alors fb ∈ C 1 (R, C) et
gb = ı fb0 .
(b) Partir de l’égalité ( x + ı) h( x) = f ( x), ∀ x ∈ R.
(c) Combien vaut lim h b (ξ ) ?
ξ→−∞
1
(d) Si C ∈ C (] − ∞, a[) et lim C ( y) = 0, alors
y→−∞
Z y
C ( y) = C 0 ( t) dt (intégrale généralisée), ∀ y < a.
−∞

1
Exercice #4 (5 p.) Soit f ∈ L 1 (R, BR , ν1 ). Soit h : R → C, h( x) = f ( x), ∀ x ∈ R. Montrer que
x+ı
Z ξ
b(ξ) = − ı
h e t−ξ fb( t) dt, ∀ ξ ∈ R.
−∞

Indication pour l’exercice #5. Coordonnées polaires.

Exercice #5 (4 p.) Soit k k une norme sur R2 . Montrer qu’il existe une constante C ∈]0, ∞[ telle
que, pour toute fonction borélienne f : [0, ∞[→ [0, ∞[,
Z Z
f (k xk) dx = C f (| x|) dx.
R2 R2

(Rappelons que | | est la norme euclidienne standard.)

Exercice #6 (3 p.) Soit g ∈ C 1 ([0, 2π], R). Soit f : R → R la fonction 2π-périodique telle que f ( x) =
g( x), ∀ x ∈ [0, 2π[. Montrer que
Z 2π
1
| c n ( f )| ≤ | g0 ( t)| dt, ∀ n ∈ Z \ {0}.
π | n| 0

Indications pour l’exercice #7.


(a) Si K ⊂ R est un compact, alors il existe une suite ( f j ) ⊂ C ∞ (R, [0, 1]) telle que f j & χK .
(b) Pour la question 3, utiliser le théorème de la classe monotone.
(c) La question 3 est plus difficile, on peut l’admettre et traiter la question 4.

Exercice #7 (8 p.) Nous travaillons dans (R, BR , ν1 ). Soit φ : [a, b] → [ c, d ] une fonction de classe
C 1 telle que φ(a) = c et φ( b) = d . Nous nous proposons de montrer l’égalité
Z d Z b
f ( x) dx = f (φ( y)) φ0 ( y) d y, ∀ f : [ c, d ] → R borélienne et bornée. (1)
c a

1. Prouver (1) si f : [ c, d ] → R est continue.


2. Prouver (1) si f = χK , avec K ⊂ [ c, d ] compact.
3. Soit

A = {B ∈ B[c,d] ; f = χB satisfait (1)}.

Montrer que A = B[c,d] .


4. Prouver (1) si f : [ c, d ] → R est borélienne et bornée.
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Mesure et intégration Année 2019–2020

Contrôle terminal – seconde chance –


– le 25 juin 2020 –
– durée 120 minutes –

Consignes pour la rédaction


ˆ b
Pour chaque intégrale de la forme f (x) dx, préciser s’il s’agit d’une intégrale de Riemann, généra-
a
lisée et/ou par rapport à la mesure de Lebesgue ; justifier son existence et préciser si les résultats utilisés
concernent les intégrales de Riemann, généralisées ou par rapport à la mesure de Lebesgue. Lors de
l’utilisation d’un résultat théorique, il faudra vérifier que ses hypothèses sont satisfaites.

Exercice # 1. Soient
ˆ ∞
1 − cos x
I := dx,
0 x2
ˆ ∞
1 − cos x −tx
F (t) := e dx, ∀ t ≥ 0.
0 x2

a) Étudier l’existence et la finitude de I en tant qu’intégrale généralisée et de Lebesgue.


b) Montrer que F est deux fois dérivable sur ]0, ∞[. Déterminer (en justifiant les calculs) F à partir du
calcul de F 00 .
c) Calculer I.
d) En utilisant l’identité
ˆ x
1 − cos x = sin t dt,
0

montrer que
ˆ ∞
sin x
dx = I.
0 x

Exercice # 2. Soit f : R → R,
(
x e−x , si x ≥ 0
f (x) := .
0, si x < 0

a) Justifier l’existence de g := fb.


b) Calculer g.
Dans les trois questions suivantes, nous travaillons avec la mesure de Lebesgue ν1 .
c) Calculer kgkL1 .
d) Calculer kgkL∞ .

e) Montrer que kgkL2 ≤ π.
f) Pour quelles valeurs de p ∈ [1, ∞] a-t-on g ∈ L p (R, ν1 ) ?

1
g) Justifier l’existence de h := gb.
h) Calculer h.

Exercice # 3. Soient f, g :]0, ∞[→ [0, ∞[ deux fonctions boréliennes. Montrer que
 
1 ∞ f (x)
ˆ ∞
x
ˆ ˆ
f g(xy) dxdy = dx g(x) dx.
]0,∞[2 y 2 0 x 0

Exercice # 4. Soit (X, T , µ) un espace mesuré. Soit f : X → [0, ∞[ une application intégrable. Nous
nous proposons de montrer le lemme de Lebesgue :
ˆ
∀ ε > 0, ∃ δ = δ(ε, f ) > 0 tel que [A ∈ T , µ(A) ≤ δ] =⇒ f dµ < ε.
A

ε
a) Montrer le résultat lorsque f est étagée, en prenant δ < .
max f
b) Soit f intégrable.
ˆ ˆ
(i) Montrer qu’il existe g étagée positive telle que g ≤ f et g> f − ε/2.

(ii) Montrer que nous pouvons prendre δ(ε, f ) := δ(ε/2, g).

2
Université Claude Bernard Lyon 1 Licence de mathématiques 3e année
Mesure et intégration Année 2020–2021

Devoir maison # 1
– à rendre le vendredi 23 octobre 2020 –

On pourra utiliser tous les résultats des six premiers chapitres du support de cours (mais pas les
résultats des chapitres suivants).

Exercices de routine

Exercice # 1. Soient A, B, C des parties de l’ensemble X. Si


A ∪ C = B ∪ C et A ∩ C = B ∩ C,
montrer que A = B.
Exercice # 2. Calculer

lim sup (−1)n na + nb ln n ,
n

où a, b ∈ R sont des paramètres.


Exercice # 3. Montrer que N[X] est dénombrable.
Exercice # 4. Soit (X, T ) un espace mesurable. Soit f : X → R une fonction telle que
f −1 (]a, b[) ∈ T , ∀ a, b ∈ Q tels que a < b.
Montrer que f est mesurable.
Exercice # 5. Soit (Fn )n≥1 ⊂ P(R). Soit

X
f : R → [0, ∞], f (x) := ln(1 + |x|n ) × dist(x, Fn ), ∀ x ∈ R.
n=1

Montrer que f est borélienne.


Exercice # 6. Expliquer, avec ses propres mots, les notions suivantes :
a) Espace mesuré.
b) Fonction mesurable.
c) L’intégrale de Lebesgue d’une fonction positive.
d) Fonction Lebesgue intégrable.
Quelles sont les pré-requis dont on a besoin pour définir rigoureusement ces notions ?
Exercice # 7. Étudier l’existence et la finitude de
Z ∞
1 − cos x
dx,
0 xa
avec a ∈ R paramètre, au sens des intégrales généralisées et de Lebesgue.
Exercice # 8. Soit
Z 1
I := ln(1 − x) dx
0

(intégrale généralisée). Calculer I :

1
a) À partir de la définition de l’intégrale généralisée.
b) En utilisant un développement en série entière.
Justifier par un calcul direct l’égalité des deux résultats obtenus.
Exercice # 9. Calculer
Z n
x n
lim 1− dx,
n→∞ 0 n
l’intégrale étant une intégrale de Riemann.
(Il peut être utile de considérer le développement en série de la fonction t 7→ ln(1 + t), avec |t| < 1.)
Exercice # 10. Soit
Z ∞
cos(nx)
In := dx, ∀ n ≥ 2
0 1 + xn
(intégrale de Lebesgue).
a) Montrer que In existe, ∀ n ≥ 2.
b) Calculer lim In .
n→∞

Exercices avancés

Exercice # 11. Soit (xj )j≥1 ⊂ R une suite de réels. Pour chaque t > 0, soit

Ut := ∪j≥1 ]xj − t/2j , xj + t/2j [.

Montrer que la fonction

f :]0, ∞[→]0, ∞[, f (t) := ν1 (Ut ), ∀ t > 0,

est continue et surjective.


Exercice # 12. Soit f : Rn → R une fonction Lebesgue mesurable bornée. Montrer qu’il existe g, h :
Rn → R telles que :
a) g et h sont boréliennes.
b) g = h νn -p. p.
c) g(x) ≤ f (x) ≤ h(x), ∀ x ∈ Rn .
Exercice # 13. Soit f : R → R telle que :
1. f est bijective.
2. f ∈ C 1 .
3. f 0 (t) > 0, ∀ t ∈ R.
Soit f∗ ν1 la mesure image de la mesure de Lebesgue ν1 sur BR par f . Rappelons que

f∗ ν1 (B) := ν1 (f −1 (B)), ∀ B ∈ BR .

Montrer que
Z
f∗ ν1 (B) = (f −1 )0 (t) dν1 (t), ∀ B ∈ BR .
B

(On pourra commencer par le cas où B est un intervalle compact.)


Exercice # 14. Soit Φ : [a, b] → [c, d] une fonction telle que :

2
1. Φ ∈ C 1 .
2. Φ0 (t) ≥ 0, ∀ t ∈ [a, b].
3. Φ(a) = c et Φ(b) = d.
Montrer que, pour toute fonction borélienne et Riemann intégrable f : [c, d] → [0, ∞[, la fonction
f ◦ Φ Φ0 est borélienne, et que nous avons
Z d Z
f (x) dx = f (Φ(t)) Φ0 (t) dν1 (t) (1)
c [a,b]

(la première intégrale étant une intégrale de Riemann).


(On pourra commencer par étudier le cas des fonctions en escalier.)
Exercice # 15. Soit (X, T , µ) une espace mesuré, avec µ finie. Soit

F := {f : X → R ; f est mesurable}.

Soit
Z
|f − g|
d(f, g) := dµ, ∀ f, g ∈ F .
X 1 + |f − g|

Pour (fn ) ⊂ F et f ∈ F , montrer l’équivalence des propriétés suivantes :


(i) lim d(fn , f ) = 0.
n→∞
(ii) Pour tout ε > 0,

lim µ({x ∈ X ; |fn (x) − f (x)| > ε}) = 0.


n→∞

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Université Claude Bernard Lyon 1 Licence de mathématiques 3e année
Mesure et intégration Année 2020–2021

DM1 corrigé

Exercices de routine

Exercice # 1. Soient A, B, C des parties de l’ensemble X. Si

A ∪ C = B ∪ C et A ∩ C = B ∩ C,

montrer que A = B.
Solution (TT). On a que
 
A = (A ∪ C) \ C ∪ (A ∩ C) = (B ∪ C) \ C ∪ (B ∩ C) = B.

Justifions la première égalité. Pour montrer l’inclusion ⊆, soit x ∈ A. Si x ∈ C, alors x ∈ A ∩ C et si


x∈/ C, alors x ∈ (A ∪ C) \ C. Inversement, A ∩ C ⊆ A et (A ∪ C) \ C = A \ C ⊆ A.

Exercice # 2. Calculer

lim sup (−1)n na + nb ln n ,
n

où a, b ∈ R sont des paramètres.


Solution (JK). On distingue les cas
a > 0 ou b ≥ 0. Dans ce cas
 
sup (−1)k k a + k b ln k ≥ sup (2k)a + (2k)b ln(2k) = +∞
k≥n 2k≥n

et donc

lim sup (−1)n na + nb ln n = +∞.
n

a = 0 et b < 0. Maintenant nb ln n est une suite qui tend vers 0 ; donc



lim sup (−1)n n0 + nb ln n = lim sup(−1)n + lim nb ln n = 1.
n n n


a < 0 et b < 0. Maintenant (−1)n na + nb ln n est une suite qui tend vers 0 ; donc
 
lim sup (−1)n na + nb ln n = lim (−1)n na + nb ln n = 0.
n n

Exercice # 3. Montrer que N[X] est dénombrable.


Solution (TT). On rappelle que N[X] dénote l’ensemble de polynômes en la variable X avec des coeffi-
cients dans N. Soit

Dk := {P ∈ N[X] ; deg P ≤ k}.


P
L’application Φ : Nk+1 → Dk , définie par Φ(a0 , . . . , ak ) := ki=0 ai X i est bijective et comme
S Nk+1 est
dénombrable, on conclut que Dk est dénombrable. Il ne reste qu’à obsérver que N[X] = k Dk et de se
rappeler qu’une réunion dénombrable d’ensembles dénombrables est dénombrable.

1
Exercice # 4. Soit (X, T ) un espace mesurable. Soit f : X → R une fonction telle que

f −1 (]a, b[) ∈ T , ∀ a, b ∈ Q tels que a < b.

Montrer que f est mesurable.


Solution (JK). Soit A la famille des intervalles ouverts ]a, b[, a < b, a, b ∈ Q. Montrons que la tribu
T (A ) engendrée par A coïncide avec la tribu borélienne de R. Soit a ∈ R. Comme tout nombre réel
est limite d’une suite décroissante
S de nombres rationnels, il existe une suite (αn ) ⊂ Q∩]a, +∞[ dé-
croissante t.q. ]a, +∞[= n ]αn , n[. La classe monotone engendrée par A et donc aussi la tribu T (A )
contient donc la famille A 0 des intervalles ouverts ]a, +∞[, avec a ∈ R. D’après la proposition 2.16 b)
(ii), la tribu engendrée par A 0 est la tribu borélienne. On a alors

BR = T (A 0 ) ⊂ T (A ) ⊂ BR ,

les inclusions étant la conséquence des inclusions A 0 ⊂ T (A ) et A ⊂ BR (exercice 2.12).


Maintenant, l’énoncé est une application directe de la proposition 3.19. Selon cette proposition, l’hy-
pothèse que f −1 (]a, b[) ∈ T , ∀ a, b ∈ Q tels que a < b entraîne que f −1 (A) ∈ T , ∀ A ∈ BR et donc f
est mesurable.

Exercice # 5. Soit (Fn )n≥1 ⊂ P(R). Soit



X
f : R → [0, ∞], f (x) := ln(1 + |x|n ) × dist(x, Fn ), ∀ x ∈ R.
n=1

Montrer que f est borélienne.


Solution (TT). On se rappelle du cours de topologie que, pour tout F ⊂ R, la fonction dist(·, F ) est conti-
nue. En effet, si F 6= ∅,

| dist(x, F ) − dist(y, F )| ≤ |x − y| pour tous x, y ∈ R

et dist(x, ∅) = ∞ pour tout x. On note également que la fonction f est bien définie (f (x) peut être fini
ou infini) car tous les termes de la somme sont positifs.
On a donc que pour tout N la somme partielle jusqu’à N est une fonction continue : R → [0, ∞]
(comme la composition, le produit et la somme de fonctions continues) et f est borélienne, comme limite
simple de fonctions continues.

Exercice # 6. Expliquer, avec ses propres mots, les notions suivantes :


a) Espace mesuré.
b) Fonction mesurable.
c) L’intégrale de Lebesgue d’une fonction positive.
d) Fonction Lebesgue intégrable.
Quelles sont les pré-requis dont on a besoin pour définir rigoureusement ces notions ?
Solution (JK).
a) Un espace mesuré est un ensemble X muni d’une tribu T et d’une mesure µ. Une tribu est une
famille T de parties de X, qui satisfait les conditions : i) ∅ ∈ T , ii) T est fermé sous l’opération de
prendre le complémentaire, iii) T est fermé sous l’opération de prendre des unions dénombrables.
Une
F mesure estPune fonction µ : T → [0, +∞], qui satisfait µ(∅) = 0 et qui est σ-additive, c.à.d.
µ( n∈N An ) = n∈N µ(An ) pour une collection d’ensembles An ∈ T deux à deux disjoints.

2
b) Soit f : X → R une fonction. Pour parler de la mesurabilité de f , X doit être muni d’une tribu T .
On peut donc définir la notion de fonction étagée : c’est une fonction g : X → R qui est combinaison
P
linéaire d’un nombre fini de fonctions caractéristiques d’ensembles mesurables Ai , g = ni=1 ai χAi ,
ai ∈ R, Ai ∈ T . Maintenant f est mesurable si f est limite simple d’une suite de fonctions étagées.
De plus, une fonction f : X → Rn est mesurable si ses composantes fi sont mesurables.
Il s’avère qu’une fonction f : X → R est mesurable si et seulement si l’image réciproque d’un boré-
lien est un membre de T .
c) Soit f : X → [0, +∞]. Pour parler de l’intégrale de f (au sens de Lebesgue), l’ensemble X doit être
muni d’une tribu T et d’une mesure µ, c.à.d. (X, T , µ) doit être un espace mesuré, et f doit être
mesurable.
Une fonction étagée positive est une fonction g : X → R+ qui est combinaison
P linéaire positive d’un
nombre fini de fonctions caractéristiques d’ensembles mesurables Ai , g = ni=1 ai χAi (avec ai ≥ 0).
Pour une telle fonction g, l’intégrale est définie comme
Z n
X
g= ai µ(Ai ) ;
i=1

il faut montrer que l’expression à droite ne dépend pas du choix de la combinaison linéaire positive
(des ai et Ai ) pour exprimer g. Puis on définit l’intégrale de f par
Z Z 
f = sup g ; g ≤ f, g étagée positive .

Il existe une formulation équivalente qui est plus intuitive : toute fonction positive mesurable f est
limite simple d’une suite croissante (gn ) de fonctions étagées. On a alors
Z Z
f = lim gn .
n

Dans ce cours, l’appellation « intégrale de Lebesgue » d’une fonction est réservée au cas où X = Rn ,
T = BRn (la tribu boréliennne) et µ = la mesure de Lebesgue.
d) Soit (X, T , µ) un espace mesuré.
R Une fonction f : X → [0, +∞] (positive !) est intégrable si f est
mesurable et son intégrale f est finie. Une fonction f : X → R est intégrable si f+ = max{f, 0}
et f − f+ sont intégrables (d’une manière équivalente, |f | est intégrable).
On peut élargir l’ensemble des fonctions pour lesquelles une intégrale existe par le processus de com-
plétion. On utilise la mesure µ pour définir qu’une partie A ⊂ X est négligable si elle est incluse dans
un B ∈ T de mesure nulle. La tribu complétée T est la plus petite tribu qui contient T et tous les
ensembles négligeables. On appelle donc une fonction T -mesurable si elle est mesurable par rap-
port à la tribu complétée. Il existe une unique mesure µ, qui prolonge µ sur T et la définition de
l’intégrale se fait alors comme plus haut, mais avec la tribu et la mesure complétée. Ça ne change pas
grand-chose, car pour toute fonction f qui est T -mesurable
R R on trouve une fonction g mesurable (par
rapport à T ) t.q. f = g presque partout et donc f = g.
Dans ce cours, l’appellation « fonction Lebesgue intégrable » est réservée au cas où X = Rn , T =
BRn le tribu borélien et µ = la mesure de Lebesgue ou les versions complétées.

Exercice # 7. Étudier l’existence et la finitude de


Z ∞
1 − cos x
dx,
0 xa
avec a ∈ R paramètre, au sens des intégrales généralisées et de Lebesgue.

3
Solution (TT). D’abord notons que l’intégrande est une fonction continue positive et donc l’intégrale de
Lebesgue et l’intégrale généralisée coïncident. Nous avons que
Z ∞ Z 1 Z ∞
1 − cos x 1 − cos x 1 − cos x
a
dx = a
dx + dx =: I1 + I2
0 x 0 x 1 xa
et nous allons étudier les deux
R ∞ intégrales I1 et I2 séparément.
D’abord si a > 1, I2 ≤ 1 x2a dx < ∞. D’autre part pour tout k ≥ 0, cos x est négatif dans l’intervalle
[(4k + 1)π/2, (4k + 3)π/2] et on a :
X∞ Z (4k+3)π/2
1
I2 ≥ a
dx.
k=0 (4k+1)π/2 x

Si a ≤ 0, cette somme est manifestement infinie. Pour a ∈ (0, 1], la fonction 1/xa est décroissante et
Z (4k+3)π/2 Z (4k+5)π/2
1 1
a
dx ≥ a
dx.
(4k+1)π/2 x (4k+3)π/2 x

Il en suit que
∞ Z ∞ Z ∞ Z (4k+5)π/2
X (4k+3)π/2
1 1  X (4k+3)π/2 1 X 1 
I2 ≥ dx ≥ dx + dx
k=0 (4k+1)π/2 xa 2 k=0 (4k+1)π/2 xa k=0 (4k+3)π/2
xa
Z ∞
1 1
≥ dx = ∞.
2 3π/2 xa

En conclusion I2 < ∞ pour a > 1 et I2 = ∞ pour a ≤ 1.


Maintenant, considérons I1 dans le cas où a > 1. En utilisant
Z 1 2 le développement limité de cos x, on
1 − cos x x
voit que lim 2
= 1/2. En particulier, I1 < ∞ ssi a
dx < ∞. Cette dernière intégrale est
x→0 x 0 x
finie ssi a − 2 < 1.
Enfin, on conclut que l’intégrale donnée existe pour tout a et elle est finie ssi I1 et I2 sont finies ssi
a ∈ (1, 3).

Exercice # 8. Soit
Z 1
I := ln(1 − x) dx
0

(intégrale généralisée). Calculer I :


a) À partir de la définition de l’intégrale généralisée.
b) En utilisant un développement en série entière.
Justifier par un calcul direct l’égalité des deux résultats obtenus.
Solution (JK).
a) Par définition de l’intégrale généralisée,
Z 1 Z 1−ε
I := lim ln(1 − x) dx = lim ln y dy = lim [y ln y − y]01−ε = −1.
ε→0 ε →0 0 ε→0

b) On calcule l’intégrale comme une intégrale de Lebesgue (proposition 6.43). On développe ln(1 − x)
en série entière :
+∞ n
X x
ln(1 − x) = − , ∀ x ∈ [0, 1[.
n=1
n

4
+∞ n
X x
On observe que est une série de termes positifs sur [0, 1[. D’après le théorème 6.34, on peut
n n=1
échanger la sommation avec l’intégrale dans l’expression
Z +∞
1X +∞ Z 1 n
X +∞ 
X 1 +∞
X
xn x xn+1 1
I := − dx = − dx = − =− ;
0 n=1
n n=1 0
n n=1
n(n + 1) 0 n=1
n(n + 1)

pour la troisième égalité, nous avons identifié intégrale de Lebesgue et intégrale de Riemann (pro-
position 6.42).
1 1 2
En appliquant + = d’une manière iterative on obtient
n(n + 1) (n + 1)(n + 2) n(n + 2)
2 k
X 1 2k
= .
n=1
n(n + 1) (1 + 2k )

2k
X 1
D’où I = − lim = −1.
k
n=1
n(n + 1)

Exercice # 9. Calculer
Z n
x n
lim 1− dx,
n→∞ 0 n
l’intégrale étant une intégrale de Riemann.
(Il peut être utile de considérer le développement en série de la fonction t 7→ ln(1 + t), avec |t| < 1.)
Solution (TT). Comme l’intégrande est une fonction continue positive, on peut considérer l’intégrale
comme une intégrale de Lebesgue. Soit fn (x) := χ[0,n[ (x)(1 − x/n)n . Pour tout x > 0, on a :

fn (x) = χ[0,n[ (x) exp(n ln(1 − x/n)) = χ[0,n[ (x) exp(xg(x/n)),

ln(1 − t)
où g : ]0, 1[→ R est définie par g(t) := . En calculant g 0 (t) ou en considérant le développement
t
en série de g, on voit que g est décroissante sur ]0, 1[. On a également limt→0 g(t) = −1.
Montrons que pour tout x ≥ 0 et tout n, fn (x) ≤ fn+1 (x). Si x ≥ n + 1 ou x = 0, alors fn (x) =
fn+1 (x) = 0. Si x ∈ [n, n + 1[, alors fn (x) = 0 et fn+1 (x) > 0. Enfin si 0 < x < n, alors

fn (x) = exp(xg(x/n)) ≤ exp(xg(x/(n + 1))) = fn+1 (x),

par la remarque d’avant. De plus, limn fn (x) = χ[0,∞[ (x) exp(−x). En appliquant le théorème de conver-
gence monotone et en identifiant l’intégrale de Lebesgue avec une intégrale généralisée (proposition
6.43), on obtient que
Z Z ∞
 ∞
lim fn (x) dx = exp(−x) dx = − exp(−x) 0 = 1.
n→∞ R 0

Exercice # 10. Soit


Z ∞
cos(nx)
In := dx, ∀ n ≥ 2
0 1 + xn
(intégrale de Lebesgue).

5
a) Montrer que In existe, ∀ n ≥ 2.
b) Calculer lim In .
n→∞

Solution (JK).
cos(nx)
a) La fonction x 7→ f (x) = est continue sur R+ , donc intégrable au sens de Riemann sur [0, b]
1 + xn
1
pour tout b > 0. De plus, |f (x)| ≤ . D’après le critère de Riemann, l’intégrale généralisée
1 + xn R
b
converge absolument si n ≥ 2, c.à.d. limb→+∞ 0 |f (x)|dx est finie. D’après la proposition 6.43, f est
alors intégrable au sens de Lebesgue, ∀ n ≥ 2.
b) Comme l’intégrale généralisée de f converge absolument si n ≥ 2, son intégrale de Lebesgue coïn-
cide avec son intégrale généralisée, dans laquelle on peut effectuer une intégration par parties, en
posant

1 nxn−1 1
u(x) = , v 0 (x) = cos(nx), donc u0 (x) = − , v(x) = sin(nx).
1 + xn (1 + xn )2 n
Z b
cos(nx)
Alors In = lim dx et
b→+∞ 0 1 + xn
Z b  b Z b n−1
cos(nx) 1 sin(nx) x sin(nx)
n
dx = n
+ dx
0 1+x n 1+x 0 0 (1 + xn )2

Pour b > 1, on a
Z b n−1 Z 1 Z b
x sin(nx) n−1 1 1 1 1 2
n 2
dx ≤ x dx + n+1
dx = + n
− ≤ .
0 (1 + x ) 0 1 x n −nb −n n

De plus,
 b
1 sin(nx) 1
n
≤ .
n 1+x 0 n

3
En faisant b → +∞, nous obtenons, de ce qui précède, |In | ≤ , ∀ n ≥ 2, d’où la conclusion.
n

Exercices avancés

Exercice # 11. Soit (xj )j≥1 ⊂ R une suite de réels. Pour chaque t > 0, soit

Ut := ∪j≥1 ]xj − t/2j , xj + t/2j [.

Montrer que la fonction

f :]0, ∞[→]0, ∞[, f (t) := ν1 (Ut ), ∀ t > 0,

est continue et surjective.


Solution (PM). Ut est ouvert (union d’ouverts), donc borélien. Il s’ensuit que f est bien définie.
Par ailleurs, nous avons (via la sous-additivité de la mesure)
X X
f (t) ≤ ν1 (]xj − t/2j , xj + t/2j [) = t/2j−1 = 2t < ∞
j≥1 j≥1

6
et (par monotonie de la mesure)

f (t) ≥ ν1 (]x1 − t/2, x1 + t/2[) = t > 0,

d’où

f :]0, ∞[→]0, ∞[, lim f (t) = 0 et lim f (t) = ∞. (1)


t→0 t→∞

Si 0 < t < s, alors Ut ⊂ Us , d’où (par monotonie de la mesure) f est croissante.


Au vu de (1) et de la monotonie de f , pour montrer que f est surjective, il suffit de montrer que f est
continue (car, dans ce cas, son image contient ] limt→0 f (t), limt→∞ f (t)[). 1
En utilisant la propriété (∪i∈I Ai )\(∪i∈I Bi ) ⊂ ∪i∈I (Ai \Bi ) et le fait que ν1 (Ut ) < ∞, nous obtenons,
pour 0 < t < s :
0 ≤ f (s) − f (t) = ν1 (Us ) − ν1 (Ut ) = ν1 (Us \ Ut )
≤ ν1 (∪j≥1 (]xj − s/2j , xj + s/2j [\]xj − t/2j , xj + t/2j [)
X
≤ ν1 (]xj − s/2j , xj + s/2j [\]xj − t/2j , xj + t/2j [)
j≥1
X
= (s − t)/2j−1 = 2(s − t).
j≥1

Il s’ensuit que f est 2-lipschitzienne, donc continue.

Exercice # 12. Soit f : Rn → R une fonction Lebesgue mesurable bornée. Montrer qu’il existe g, h :
Rn → R telles que :
a) g et h sont boréliennes.
b) g = h νn -p. p.
c) g(x) ≤ f (x) ≤ h(x), ∀ x ∈ Rn .
Solution (PM). Soient k : Rn → R borélienne et C ∈ BRn Lebesgue négligeable tels que f = k dans
Rn \ C (proposition 4.19 a)). Les fonctions
( (
k(x), si x ∈ R n
\ C k(x), si x ∈ Rn \ C
g, h : Rn → R, g(x) := , h(x) :=
inf f, si x ∈ C sup f, si x ∈ C

ont toutes les qualités requises (exercice 32 d), feuille 2).

Exercice # 13. Soit f : R → R telle que :


1. f est bijective.
2. f ∈ C 1 .
3. f 0 (t) > 0, ∀ t ∈ R.
Soit f∗ ν1 la mesure image de la mesure de Lebesgue ν1 sur BR par f . Rappelons que

f∗ ν1 (B) := ν1 (f −1 (B)), ∀ B ∈ BR .

Montrer que
Z
f∗ ν1 (B) = (f −1 )0 (t) dν1 (t), ∀ B ∈ BR .
B

(On pourra commencer par le cas où B est un intervalle compact.)


1. On peut se passer de la monotonie de f , à condition de montrer le résultat suivant : si f :]0, ∞[→]0, ∞[ est continue,
limt→0 f (t) = 0 et limt→∞ f (t) = ∞, alors f est surjective.

7
Solution (PM). (f −1 )0 est continue (donc borélienne) et > 0. Soit

Z
µ(B) := (f −1 )0 (t) dν1 (t), ∀ B ∈ BR .
B

Alors µ est une mesure borélienne à densité (exercice 6.38).


Pour montrer que f∗ ν1 = µ, nous utilisons la proposition 4.23, avec

C := {A ⊂ R ; A est une union finie d’intervalles},

de sorte que T (C ) = BR (par double inclusion, en notant que C ⊂ BR et que C contient les intervalles,
qui engendrent BR ).
Rappelons que C est un clan et que tout élément de C est une union finie d’intervalles disjoints (exer-
cice 1.35). En combinant ces propriétés avec la proposition 4.23, pour conclure à l’égalité f∗ ν1 = µ il suffit
de montrer que

f∗ ν1 (I) = µ(I), ∀ I ⊂ R intervalle, (2)


R = ∪n In , avec In intervalle tel que f∗ ν1 (In ) < ∞, ∀ n. (3)

Preuve de (3). Soit In := [−n, n], n ∈ N∗ . Alors R = ∪n≥1 In , et

f∗ ν1 (In ) = ν1 (f −1 ([−n, n])) = ν1 ([f −1 (−n), f −1 (n)]) = f −1 (n) − f −1 (−n) < ∞, ∀ n.

Preuve de (2) si I est un intervalle compact. Si I = [a, b] ⊂ R, alors, par changement de variable x := f −1 (t)
dans l’intégrale de Riemann, nous avons
Z f −1 (b)
−1 −1 −1 −1
f∗ ν1 ([a, b]) = ν1 ([f (a), f (b)]) = f (b) − f (a) = dx
f −1 (a)
Z b Z
−1 0
= (f ) (t) dt = (f −1 )0 (t) dν1 (t),
a [a,b]

la dernière égalité découlant de la proposition 6.42.


Preuve de (2) pour un intervalle quelconque I. Tout intervalle est l’union d’une suite croissante d’intervalles
compacts. Pour établir ce fait, il y a de nombreux cas à étudier ; faisons la preuve dans deux cas particu-
liers. Si I = [a, ∞[, alors I = ∪n≥1 [a, a + n]. Si I = [a, b[, alors I = ∪n≥n0 [a, b − 1/n], où n0 est tel que
b − 1/n0 > a.
Si In % I, avec chaque In compact, alors (théorème de la suite croissante),

f∗ ν1 (I) = lim f∗ ν1 (In ) = lim µ(In ) = µ(I).


n n

Exercice # 14. Soit Φ : [a, b] → [c, d] une fonction telle que :


1. Φ ∈ C 1 .
2. Φ0 (t) ≥ 0, ∀ t ∈ [a, b].
3. Φ(a) = c et Φ(b) = d.
Montrer que, pour toute fonction borélienne et Riemann intégrable f : [c, d] → [0, ∞[, la fonction
f ◦ Φ Φ0 est borélienne, et que nous avons
Z d Z
f (x) dx = f (Φ(t)) Φ0 (t) dν1 (t) (4)
c [a,b]

(la première intégrale étant une intégrale de Riemann).


(On pourra commencer par étudier le cas des fonctions en escalier.)

8
Solution (PM). f ◦ Φ est borélienne, comme composée de deux fonctions boréliennes 2 ; Φ0 est continue,
donc borélienne, ce qui montre que f ◦ Φ Φ0 est borélienne.
Preuve de (4) si f est une Pfonction en escalier. Rappelons qu’une fonction en escalier (sur [a, b]) est une fonc-
n
tion de la forme f = j=1 cj χIj , où l’entier n dépend de f , et les intervalles Ij forment une partition de
[c, d] : [c, d] = tnj=1 Ij .
Si nous montrons que, pour tout intervalle I ⊂ [c, d], nous avons
Z d Z
χI (x) dx = χI (Φ(t)) Φ0 (t) dν1 (t) ∈ R,
c [a,b]

alors, par linéarité des intégrales (de Riemann et de Lebesgue), nous obtenons (4) pour des fonctions en
escalier.
Notons que χI ◦Φ = χΦ−1 (I) . 3 Nous allons admettre les propriétés suivantes, évidentes sur un dessin
(sous les hypothèses 1–3). Φ−1 (I) est un intervalle. Si I est d’extrémités e ≤ f et Φ−1 (I) d’extrémités
g ≤ h, alors Φ(g) = e et Φ(h) = f .
Rd
Nous obtenons, d’une part, que c χI (x) dx = f − e, d’autre part (en utilisant le fait que la mesure
de Lebesgue d’un point est nulle, et donc χΦ−1 (I) = χ[g,h] ν1 -p. p.)
Z Z Z
0 0
χI (Φ(t)) Φ (t) dν1 (t) = χΦ−1 (I) (t) Φ (t) dν1 (t) = χ[g,h] (t) Φ0 (t) dν1 (t)
[a,b] [a,b] [a,b]
Z h
= Φ0 (t) dt = Φ(h) − Φ(g) = f − e,
g

ce qui donne l’égalité désirée. Au passage, nous avons utilisé la proposition 6.42 et le théorème de Leibniz-
Newton.
Preuve de (4) si f est borélienne et Riemann intégrable. Soient (fj ), (gj ) deux suites de fonctions en escalier
Rd
telles que fj ≤ f ≤ gj , ∀ j, et c (gj − fj ) → 0. (L’existence de ces suites découle du fait que f est
Rd Rd Rd
Riemann intégrable.) Notons que c f (x) dx = limj c fj (x) dx = limj c gj (x) dx.
Notons également que fj , f et gj sont bornées. Par conséquent, fj ◦ Φ Φ0 , f ◦ Φ Φ0 et gj ◦ Φ Φ0 sont
boréliennes et bornées, donc Lebesgue intégrables sur [a, b]. Par monotonie de l’intégrale, nous avons
Z Z Z
0 0
fj (Φ(t)) Φ (t) dν1 (t) ≤ f (Φ(t)) Φ (t) dν1 (t) ≤ gj (Φ(t)) Φ0 (t) dν1 (t),
[a,b] [a,b] [a,b]

d’où, en utilisant l’étape précédente et en faisant j → ∞ dans cette double inégalité,


Z d Z Z d
0
f (x) dx ≤ f (Φ(t)) Φ (t) dν1 (t) ≤ f (x) dx,
c [a,b] c

ce qui implique (4) et complète la preuve.

Exercice # 15. Soit (X, T , µ) une espace mesuré, avec µ finie. Soit
F := {f : X → R ; f est mesurable}.
Soit
Z
|f − g|
d(f, g) := dµ, ∀ f, g ∈ F .
X 1 + |f − g|
Pour (fn ) ⊂ F et f ∈ F , montrer l’équivalence des propriétés suivantes :
2. Pour être complètement rigoureux, si e désigne le prolongement par 0 en dehors du domaine de définition, alors
]
f ◦ Φ = fe◦ Φe est borélienne (exercice 32, feuille 2 et proposition 3.21) et donc f ◦Φ l’est (définition 3.10). Il faudrait raisonner
de même pour Φ0 .
3. Ici, Φ n’est pas supposée bijective. Donc Φ−1 est l’image réciproque, et non pas la fonction réciproque.

9
(i) lim d(fn , f ) = 0.
n→∞
(ii) Pour tout ε > 0,

lim µ({x ∈ X ; |fn (x) − f (x)| > ε}) = 0.


n→∞

Solution (PM). Remarques générales.


t
1. La fonction h : [0, ∞[→ [0, ∞[, h(t) := est continue, strictement croissante et < 1.
1+t
2. Si f, g ∈ F , alors f − g, |f − g|, h(|f − g|) ∈ F (proposition 3.25, corollaire 3.31, corollaire
3.23), et [|f − g| > ε] ∈ T (théorème 3.5). Ceci permet de vérifier que toutes les intégrandes qui
apparaissent dans la suite sont mesurables.
3. L’intégrande dans la définition de d(f, g) est une fonction mesurable, positive et < 1, donc inté-
grable (car µ est finie).
« (i) =⇒ (ii) » En utilisant la monotonie des intégrales pour des intégrandes mesurables positives, et la
monotonie de h, nous obtenons
Z Z Z
d(f, g) = h(|f − g|) ≥ h(|f − g|) χ[|f −g|>ε] ≥ h(ε) χ[|f −g|>ε] = h(ε) µ([|f − g| > ε]).

Si d(fn , f ) → 0, nous obtenons de ce qui précède que µ([|fn − f | > ε]) → 0, ∀ ε > 0.
« (ii) =⇒ (i) » Soit ε > 0. En utilisant la proposition 6.35, la monotonie de h et la monotonie de l’intégrale
pour des intégrandes mesurables positives, nous avons
Z Z
d(fn , f ) = h(|fn − f |) + h(|fn − f |)
[|fn −f |>ε] [|fn −f |≤ε]
Z Z
(5)
≤ 1+ h(ε) = µ([|fn − f | > ε]) + h(ε) µ([|fn − f | ≤ ε])
[|fn −f |>ε] [|fn −f |≤ε]

≤ µ([|fn − f | > ε]) + h(ε) µ(X).

En faisant n → ∞ dans (5), nous obtenons

lim sup d(fn , f ) ≤ h(ε) µ(X), ∀ ε > 0. (6)


n

En faisant ε → 0 dans (6), nous arrivons à lim supn d(fn , f ) ≤ 0. Par ailleurs, nous avons d(fn , f ) ≥
0, ∀ n, d’où lim inf n d(fn , f ) ≥ 0. De l’exercice 1.9 a), nous obtenons que d(fn , f ) → 0.

10
Université Claude Bernard Lyon 1 Licence de mathématiques 3e année
Mesure et intégration Année 2020–2021

Contrôle continu
– le vendredi 13 novembre 2020 –
– durée 90 minutes –

Consignes
1. Le seul document accepté est le support complet de cours, sous forme papier. Il ne doit pas conte-
nir des éléments de correction des exercices.
2. Pas d’ordinateur, tablette, téléphone, calculatrice, montre connectée, ou autre objet connecté.
Z b
3. Pour chaque intégrale de la forme f (x) dx, préciser s’il s’agit d’une intégrale de Riemann, gé-
a
néralisée et/ou par rapport à la mesure de Lebesgue ; justifier son existence et préciser si les ré-
sultats utilisés concernent les intégrales de Riemann, généralisées ou par rapport à la mesure de
Lebesgue.
exp(−x) − exp(−tx)
Exercice # 1. (6 p.) Pour x > 0 et t > 0, soit f (t, x) := .
x
a) Montrer que pour tout t > 0, la fonction x 7→ f (t, x) est Lebesgue intégrable sur R∗+ .
Z ∞
Pour t > 0, soit F (t) := f (t, x) dx.
0
b) Montrer que F est continue sur ]0, ∞[.
c) Montrer que F est dérivable sur ]0, ∞[.
d) Calculer F 0 (t) et en déduire la valeur de F (t) pour tout t > 0.
1
Exercice # 2. (6 p.) Pour y > 0, soit fy (x, t) := , avec x, t ∈ R.
(1 + x2 t2 )(1
+ y 2 t2 )
a) Montrer que fy est λ2 -intégrable sur [0, 1] × R+ .
Z 1
b) Soit g(y, t) := fy (x, t) dx. Montrer que g est λ2 -intégrable sur ]0, 1] × R+ .
0
Z ∞ 2
arctan t
c) Trouver la valeur de l’intégrale I := dt.
0 t
On admettra l’identité
1 x2 1 y2 1
2 2 2 2
− 2 2 2 2
= , ∀ x, y > 0 tels que x 6= y, ∀ t ∈ R.
x −y 1+x t x −y 1+y t (1 + x t )(1 + y 2 t2 )
2 2

Exercice # 3. (4 p.) Soit f : R2 → [0, ∞[ une fonction borélienne. Montrer que la fonction g : R → [0, ∞],
Z
g(t) := f (t, x + et ) dν1 (x), ∀ t ∈ R,
[t,t+t2 ]

est borélienne.
1
Exercice # 4. (4 p.) Soit f : [1, ∞[→ R une fonction continue telle que |f (x)| ≤ 2 , ∀ x ≥ 1. Montrer
x
que
Z ∞ X (−1)n Z ∞
−f (x)

e − 1 dx = f n (x) dx.
1 n≥1
n! 1
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Mesure et intégration Année 2020–2021

Contrôle continu
– le vendredi 13 novembre 2020 –
– Corrigé des exercices # 1 et 2 –

exp(−x) − exp(−tx)
Exercice # 1. (6 p.) Pour x > 0 et t > 0, soit f (t, x) := .
x
a) Montrer que pour tout t > 0, la fonction x 7→ f (t, x) est Lebesgue intégrable sur R∗+ .
Z ∞
Pour t > 0, soit F (t) := f (t, x) dx.
0
b) Montrer que F est continue sur ]0, ∞[.
c) Montrer que F est dérivable sur ]0, ∞[.
d) Calculer F 0 (t) et en déduire la valeur de F (t) pour tout t > 0.
Solution (TT).
a) Soit t > 0 fixé. Remarquons d’abord que limx→0 f (t, x) = t−1. En particulier la fonction x 7→ f (t, x)
est prolongeable par continuité en 0 et en utilisant le critère de Riemann et le fait que lim x2 |f (t, x)| =
x→∞
0, on conclut que cette fonction est absolument intégrable dans le sens généralisé et donc Lebesgue
intégrable sur ]0, ∞[.
b) Remarquons d’abord que la fonction t 7→ f (x, t) est continue pour tout x > 0. Pour appliquer le
théorème de continuité des intégrales à paramètre, il suffit de trouver, pour tous 0 < a < 1 < b,
une fonction ga,b : ]0, ∞[ → R qui est intégrable et telle que |f (t, x)| ≤ ga,b (x) pour tout t ∈ [a, b].
exp(−ax) − exp(−bx)
Posons ga,b (x) := . L’inégalité |f (t, x)| ≤ ga,b (x) est une conséquence du fait
x
que la fonction t 7→ exp(−tx) est monotone et g est ingégrable par le même argument que dans a)
(sauf que la limite en 0 est b − a).
∂f
c) d) On a que (t, x) = exp(−tx). Soit a > 0. Pour tout t ∈ [a, ∞[, | exp(−tx)| ≤ exp(−ax), et la
∂t
fonction x 7→ exp(−ax) est intégrable sur [0, ∞[ (son intégrale vaut 1/a) ; on peut donc appliquer le
théorème de la dérivée d’une intégrale à paramètre et conclure que F 0 (t) existe pour tout t > 0 et
Z ∞
0 1
F (t) = exp(−tx) dx = .
0 t

La fonction 1/t étant continue, on peut appliquer le théorème de Leibniz–Newton et obtenir pour
tout t > 0 :
Z t
1
F (t) = F (1) + ds = 0 + ln t = ln t.
1 s

(Attention : l’intégrale ci-dessus est une intégrale orientée, c’est-à-dire de Riemann.)

1
Exercice # 2. (6 p.) Pour y > 0, soit fy (x, t) := , avec x, t ∈ R.
(1 + x2 t2 )(1 + y 2 t2 )
a) Montrer que fy est λ2 -intégrable sur [0, 1] × R+ .
Z 1
b) Soit g(y, t) := fy (x, t) dx. Montrer que g est λ2 -intégrable sur ]0, 1] × R+ .
0
Z ∞  2
arctan t
c) Trouver la valeur de l’intégrale I := dt.
0 t
On admettra l’identité
1 x2 1 y2 1
2 2 2 2
− 2 2 2 2
= , ∀ x, y > 0 tels que x 6= y, ∀ t ∈ R.
x −y 1+x t x −y 1+y t (1 + x t )(1 + y 2 t2 )
2 2

Solution (JK).
1
a) Pour y > 0, (x, t) 7→ fy (x, t) est continue, donc mesurable et 0 ≤ fy (x, t) ≤ h(x, t) := .
1 + y 2 t2
Par Tonelli 1
Z Z Z Z
1
h(x, t)dλ2 (x, t) = h(x, t)dxdt = dt < +∞
[0.1]×R+ R+ [0,1] R+ 1 + y 2 t2
par le critère de Riemann. Donc fy est λ2 -intégrable.
b) x 7→ fy (x, t) est continue sur [0, 1] donc l’intégrale suivante est bien définie dans le sens de Riemann :
Z 1 Z 1 Z t
1 1 z=xt 1 1 dz arctan(t)
g(y, t) = fy (x, t)dx = dx = = .
0 1 + y 2 t2 0 1 + x2 t2 1 + y 2 t2 0 1 + z 2 t (1 + y 2 t2 )t
g est continue sur [0, 1] × R, donc mesurable, et positive. Par Tonelli1 l’intégrale de Lebesgue de g est
Z Z ∞ Z Z ∞ 2
arctan(t) 1 1 arctan(t)
g(y, t)dλ2 (y, t) = 2 2
dydt = dt.
[0,1]×R+ 0 t 0 1+y t 0 t
 2
arctan(t)
Comme t 7→ est continue et positive, son intégrale de Lebesgue coïncide avec son
t
 2
arctan(t) π2
intégrale généralisée. De plus, est équivalente en 0+ à 1 et équivalente en +∞ à 2 .
t 4t
Son intégrale est alors convergente (critère de Riemann), donc g est λ2 -intégrable.
c) Nous avons, pour x 6= y,
Z ∞ Z ∞
1 x2 z=xt x2 1 dz x π
2 2 2 2
dt = 2 2 2
= 2
0 x −y 1+x t x −y 0 1+z x x − y2 2
et, avec l’indication et en utilisant la linéarité de l’intégrale (pour x 6= y),
Z ∞
1 1 x−y π π 1
2 2 2 2
dt = 2 2
= . (1)
0 1+y t 1+x t x −y 2 2x+y
1
(x, y, t) 7→ est positive et continue sur [0, 1] × [0, 1] × R+ , donc mesurable.
(1 + x2 t2 )(1
+ y 2 t2 )
Par Tonelli (global ou local, voir la note dessous), nous pouvons calculer I en échangeant l’ordre des
intégrations dans l’intégrale triple :
Z Z
1 π dλ2
I= 2 2 2 2
dλ 3 = .
[0,1]×[0,1]×R+ (1 + x t )(1 + y t ) 2 [0,1]×[0,1] x + y
Le fait qu’on a dérivé (1) seulement pour x 6= y ne joue pas de rôle, car {(x, y) ∈ [0, 1] × [0, 1]; x =
y} est de mesure 0. Finalement, en vue de la continuité de l’intégrande, on peut calculer l’intégrale
comme une intégrale de Riemann :
Z Z 1Z 1 Z 1
dλ2 dy
= dx = (ln(1 + x) − ln(x))dx
[0,1]×[0,1] x + y 0 0 x+y 0

= [(1 + x) ln(1 + x) − x ln(x)]10 = 2 ln 2.


D’où I = π ln 2.

1. global, sur [0, 1] × R muni de la tribu et mesure de Lebesgue, ou local car [0, 1] × R est un borélien de R2

2
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Mesure et intégration Année 2020–2021

Devoir maison # 2
– à rendre le vendredi 18 décembre 2020 –

Exercices de routine

Exercice # 1. Montrer que


Z 1 X 1
1
x
dx = n
.
0 x n≥1
n

On pourra utiliser le développement en série de l’exponentielle.


Exercice # 2. Soit µ une probabilité sur BR . Pour x ∈ R et y > 0, soit
Z
1 y
Hµ (x, y) := dµ(t).
π R y + (x − t)2
2

Le but de cet exercice est de montrer que si Hµ = Hν , alors µ = ν.


a) Montrer que Hµ est continue.
b) Soit x ∈ R. Déterminer lim y Hµ (x, y).
y&0
Z b
c) Soient a < b deux réels. Déterminer lim Hµ (x, y) dx.
y&0 a
On pourra s’inspirer de la preuve du théorème 7.12 et utiliser le théorème de convergence dominée.
d) Soit ν une autre probabilité sur BR . On suppose que Hµ = Hν . Montrer que µ = ν.
On pourra utiliser la proposition 4.23.

Exercice # 3. (Mesure superficielle) Si S ⊂ R3 , nous définissons la mesure superficielle (aire) A (S) de S


par
1
A (S) := lim ν3 ({x ∈ R3 ; dist(x, S) ≤ ε})
ε→0+ 2ε
(si l’ensemble {x ∈ R3 ; dist(x, S) ≤ ε} est borélien pour tout ε > 0 suffisamment petit, et si la limite
existe). Calculer A (S) si :
a) S est une sphère euclidienne.
b) S est un compact contenu dans R2 × {0} (identifié à R2 ).
Pour la question b), on pourra établir une inclusion de la forme

{x ∈ R3 ; dist(x, S) ≤ ε} ⊂ Kε × [−ε, ε],

avec Kε ⊂ R2 convenable.

Exercice # 4. (Calcul d’intégrales oscillantes) Pour 0 < a < 2, soit


Z ∞
sin x
I(a) := dx (intégrale généralisée).
0 xa

1
a) En établissant et utilisant l’identité
Z ∞
1 1
= ta−1 e−xt dt, ∀ a > 0, ∀ x > 0,
xa Γ(a) 0
montrer que
Z ∞
1 ta−1
I(a) = dt.
Γ(a) 0 t2 + 1

On pourra partir de légalité


Z ∞ Z A
sin x sin x
dx = lim dx
0 xa A→∞ 0 xa
Z ∞
et utiliser une estimation connue pour les intégrales généralisées de la forme sin x f (x) dx.
A
b) En se ramenant à un calcul de fonction Bêta d’Euler, montrer que

Γ(a/2) Γ(1 − a/2)


I(a) = .
2 Γ(a)
 1/2
x
Indication : faire le changement de variable t = .
1−x
Exercice # 5. (Théorème d’Egoroff (ou Egorov)) Soit (X, T , µ) un espace mesuré, avec µ finie. Soient
fn , f : X → R des fonctions mesurables telles que fn → f (convergence simple). Le théorème d’Egoroff
affirme que fn → f « presque uniformément », au sens suivant :

∀ ε > 0, ∃ C ∈ T tel que µ(C) < ε et fn → f uniformément sur X \ C. (1)

(La convergence uniforme reviendrait à C = ∅.)


Prouver ce résultat comme suit.
Soit (Nk )k≥1 ⊂ N. Posons
 
1
Ak,Nk := x ∈ X ; |fn (x) − f (x)| < , ∀ n ≥ Nk ,
k
\
B := Ak,N (k) .
k≥1

(L’ensemble B dépend à la fois de la suite (fn )n et de la suite (Nk )k .)


a) Montrer que Ak,Nk , B ∈ T .
b) Montrer que fn → f uniformément sur B.
c) Montrer que, pour tout k ≥ 1, il existe Nk tel que µ(X \ Ak,Nk ) < ε/2k .
d) Pour Nk comme dans la question précédente, montrer que µ(X \ B) < ε. Conclure.

Exercice # 6. (Lemme de Brezis-Lieb) Préliminaire. Un cas particulier du lemme Zde Fatou est leZsuivant.
Soit (X, T , µ) un espace mesuré. Si fn ≥ 0 est mesurable, ∀ n, et fn → f , alors f ≤ lim inf fn . Le
n
lemme de Brezis-Lieb, qui
Z s’applique à Zdes situations plus générales, permet, dans ce cas particulier, de
« mesurer » l’écart entre f et lim inf fn .
n
Dans ce qui suit, les fonctions fn : X → R sont supposées mesurables, avec (X, T , µ) mesuré.

2
a) Supposons fn → f et fn , f intégrables. Montrer que
Z Z Z
|fn | = |f | + |fn − f | + o(1) quand n → ∞. 1

On pourra commencer par établir l’inégalité


−|f | ≤ |fn | − |fn − f | ≤ |f |
et utiliser le théorème de convergence dominée.
b) De même si fn , f sont intégrables et fn → f p. p.
c) En déduire Z le corollaire
Z suivant : si uZn , u sont des fonctions mesurables positives telles que un → u
p. p., et si un → u < ∞, alors |un − u| → 0.
d) (Attention, hypothèse inhabituelle concernant
Z p) Soit 0Z < p < 1. En reprenant la preuve de a),
montrer le résultat suivant. Si fn → f et |fn |p < ∞, |f |p < ∞, alors
Z Z Z
p
|fn | = p
|f | + |fn − f |p + o(1) quand n → ∞. (2)

Exercice # 7. Soit (X, T , µ) un espace mesuré et (fn )n≥0 une suite décroissante de fonctions µ-intégrables
qui convergent vers 0 simplement. Montrer que
X Z Z X
n
(−1) fn = (−1)n fn .
n≥0 n≥0

On pourra utiliser la preuve du théorème de Leibniz sur les séries alternées.


Exercice # 8. Dans ce qui suit, z1 , . . . , zn sont des nombres complexes. Le problème que nous étudions
est le suivant : montrer qu’il existe J ⊂ J1, . . . , nK tel que la somme
X
SJ := zj
j∈J

soit « grande ». Précisons d’abord le problème. Nous avons


X n
X
SJ ≤ |zj | ≤ |zj | := S,
j∈J j=1

et donc SJ ne peut pas dépasser S. Nous nous proposons de montrer qu’il existe J tel que « SJ soit une
partie significative de S ».
Je ne connais pas la réponse à la question c) (et elle n’est pas demandée). Les questions d) et e) sont
indépendantes de a) et b).
Clairement, pour n = 1 le meilleur choix est de prendre J := {1}, et dans ce cas S1 = S = |z1 |.
Étudions le cas n ≥ 2.
a) Si n = 2, montrer qu’il est possible de choisir J tel que
2
1 1X
SJ ≥ S = |zj |,
2 2 j=1

1
et que la constante est la meilleure possible.
2
1. Rappelons que o(1) quand n → ∞ désigne une suite (cn ) telle que lim cn = 0.
n→∞

3
b) Si n = 3, montrer qu’il est possible de choisir J tel que
3
1 1X
SJ ≥ S = |zj |,
3 3 j=1

1
et que la constante est la meilleure possible.
3
1
c) (Je ne connais pas la réponse) Quelle est la meilleure constante si n = 4 ? En tout cas, elle n’est pas .
4
En effet, nous allons montrer le résultat suivant.
1
∀ n ∈ N∗ , ∀ z1 , . . . , zn ∈ C, ∃ J ⊂ J1, nK tel que SJ ≥ S. (3)
π
Dans ce qui suit, le produit scalaire des nombres complexes h , i est le produit scalaire usuel dans R2 .
d) Soit ω = eıt un nombre complexe de module 1. Posons

Jt := {j ∈ J1, nK ; hzj , ωi ≥ 0}.

(Donc Jt contient les j tels que l’angle entre zj et ω soit ≤ π/2.)


Montrer que

X X n
X
zj ≥ hzj , ωi = hzj , ωi+ . (4)
j∈Jt j∈Jt j=1
(
x, si x ≥ 0
Rappelons que x+ est la partie positive de x : x+ := .
0, si x < 0
e) Calculer
Z 2π X
n
hzj , eıt i+ dt
0 j=1

et obtenir (3) grâce à (4).

Exercice # 9. (Intégration
Z par parties (I))
Z Nous travaillons dans ([0, ∞[, B[0,∞[ , ν1 ). Soient f, g ∈ L .
1

Soient F (x) := f (t) dt, G(x) := g(t) dt, ∀ x ≥ 0.


[0,x] [0,x]
a) Montrer que F et G sont bien définies.
b) Montrer que F et G sont continues et bornées.
Pour la continuité, on pourra s’inspirer de la preuve du théorème 7.12, variante p. p.
c) Montrer la formule d’intégration par parties
Z ∞ Z ∞ Z ∞ Z ∞
F (x)g(x) dx = f (x) dx g(x) dx − f (x)G(x) dx.
0 0 0 0

Exercice # 10. (Intégration par parties (II)) Nous travaillons dans (R, BR , ν1 ) et (Rn , BRn , νn ).
a) Soit g ∈ C(R) intégrable. Montrer qu’il existe une suite (Rj )j ⊂ [0, ∞[ telle que Rj → ∞, g(Rj ) → 0
et g(−Rj ) → 0.
Z
On pourra commencer par montrer que lim |g| = 0, et montrer que l’on peut choisir
j→∞ [j≤|x|≤j+1]
Rj ∈]j, j + 1[.

4
b) Soit h ∈ C 1 (R), avec h et h0 intégrables.
Z
(i) Montrer que h0 = 0.
R
Z Z
(ii) Montrer que, pour tout η ∈ R, e −ıxη 0
h (x) dx = ıη e−ıxη h(x) dx.
R R
∂f
c) Soit f ∈ C 1 (Rn ), avec f et intégrables. Montrer que, pour tout ξ ∈ Rn ,
∂x1
Z Z
−ıx·ξ ∂f
e (x) dx = ıξ1 e−ıx·ξ f (x) dx.
Rn ∂x1 Rn

d) Soient f, g ∈ C 1 (Rn ) et 0 < M < ∞. Proposer et montrer une formule de la forme


Z Z
∂f
(x)g(x) dx = h(x2 , . . . , xn ) d(x2 , . . . , xn )
[−M,M ]n ∂x1 [−M,M ]n−1
Z
∂g
− f (x) (x) dx.
[−M,M ]n ∂x1

∂f ∂g
e) Soient f, g ∈ C 1 (Rn ) bornées telles que f, g, , soient intégrables. Montrer que
∂x1 ∂x1
Z Z
∂f ∂g
(x)g(x) dx = − f (x) (x) dx.
Rn ∂x1 Rn ∂x1

Exercices avancés

Exercice # 11. (Unicité des mesures à la Lebesgue)


I. Soit (X, d) un espace métrique tel que

BX ⊗ BX = BX×X (5)

(nous verrons en partie II de l’exercice une condition suffisante pour la validité de (5)).
Exemple : X = Rn muni de l’une des métriques induites par une norme k k.
Une mesure borélienne µ sur X est uniformément répartie si elle satisfait la condition suivante :

∀ x, y ∈ X, ∀ r > 0, 0 < µ(B(x, r)) = µ(B(y, r)) < ∞.

Le but de cet exercice est de montrer que deux mesures uniformément réparties sont proportion-
nelles.
En admettant cette conclusion, nous obtenons une autre caractérisation de la mesure de Lebesgue
(voir l’item i) ci-dessous).
Soient µ et ν deux mesures uniformément réparties. Soient g(r) := µ(B(x, r)), h(r) := ν(B(x, r)),
∀ r > 0 (ces fonctions dépendent de r, mais pas de x ∈ X).
Dans ce qui suit, U désigne un ouvert non vide et borné de X.
a) Montrer que µ et ν sont σ-finies.
b) Montrer que 0 < µ(U ) < ∞ et 0 < ν(U ) < ∞.
c) Montrer que V := {(x, y) ; x, y ∈ U, d(x, y) < r} est un borélien de X × X.
d) Montrer que

U 3 x 7→ ν(U ∩ B(x, r))

est borélienne.

5
e) Montrer que
Z Z
ν(U ∩ B(x, r)) dµ(x) = µ(U ∩ B(y, r)) dν(y).
U U

(On pourra calculer µ ⊗ ν(V ).)


f) Montrer que
Z
1
µ(U ) = lim (ν(U ∩ B(x, r))) dµ(x),
r&0 h(r) U
Z
1
ν(U ) = lim (µ(U ∩ B(y, r))) dν(y).
r&0 g(r) U

g) En déduire qu’il existe un réel 0 < C < ∞ (indépendant de U ) tel que µ(U ) = C ν(U ).
h) Conclure.
i) Soit d la distance induite par une norme sur Rn . Montrer l’équivalence suivante :
(i) µ est uniformément répartie sur BRn .
(ii) Il existe 0 < C < ∞ telle que µ = C νn .
II. Nous donnons ici une condition suffisante pour la validité de (5), condition qui est satisfaite en parti-
culier par Rn avec l’une de ses métriques usuelles.
Voici une question d’échauffement.
a) Montrer que, si (X, d) et (Y, δ) sont des espaces métriques arbitraires, alors BX ⊗ BY ⊂ BX×Y .
(Penser à la preuve de l’inclusion BRn ⊗ BRm ⊂ BRn+m .)
Donc si une inclusion pose problème dans la vérification de (5), il s’agit de BX×Y ⊂ BX ⊗ BY . En
général, cette inclusion est fausse, mais donner un contre-exemple dépasse le cadre de cet exercice.
Un espace métrique (X, d) est séparable s’il existe un ensemble a. p. d. A ⊂ X dense dans X, donc
tel que A = X.
b) Montrer que Rn est séparable.
c) Si X est séparable, montrer que pour tout ouvert U nous avons
[
U= B(a, r).
a∈A,r∈Q
B(a,r)⊂U

d) Si (X, d) et (Y, δ) sont séparables, montrer que X × Y est séparable.


e) Si (X, d) et (Y, δ) sont séparables, montrer que les ouverts de X × Y appartiennent à BX ⊗ BY .
f) En déduire que, si (X, d) et (Y, δ) sont séparables, alors BX ⊗ BY = BX×Y .
Cas particulier : BRn × BRm = BRn+m .

Exercice
Z # 12. (Dérivée de l’intégrale) Nous travaillons dans ([0, ∞[, B[0,∞[ , ν1 ). Soit f ∈ L 1 . Soit F (x) :=
f (t) dt, ∀ x ≥ 0.
[0,x]
Soit g ∈ C([0, ∞[).
Z
a) Montrer que [0, ∞[3 x 7→ h(x) := g(t)f (x − t) dt est continue.
[0,x]
Indication : on pourra utiliser un changement de variable.

6
Z x
b) Montrer que x 7→ g(t)F (x − t) dt est de classe C 1 , de dérivée h.
0
Indication : on pourra partir de la définition de la dérivée, et considérer le taux d’accroissement
Z x+ε Z x
g(t)F (x + ε − t) dt − g(t)F (x − t) dt
0 0
, ε 6= 0, ε > −x.
ε

Exercice # 13. (Théorème d’Orlicz) Soit I ⊂ R un intervalle ouvert non vide muni de la mesure de Le-
besgue. Nous considérons une suite (ek )k≥0 ⊂ L2 = L2 (I) orthonormée et telle que

X
f= (f, ek ) ek , ∀ f ∈ L2 . (6)
k=0

a) Montrer que, pour tout f , il existe une suite extraite (N` ) (qui en principe dépend de f ) telle que
N

(f, ek ) ek → f p. p. quand ` → ∞.
k=0

b) En déduire que, pour tout f ∈ L2 , nous avons



X ∞
X ∞
X
2
[f (x)] ≤ [(f, ek )] 2 2
[ek (x)] = kf k2L2 (I) [ek (x)]2 pour presque tout x ∈ I. (7)
k=0 k=0 k=0

c) En prenant, dans (7),


P f := χA , avec A convenable, en déduire le théorème d’Orlicz : pour presque tout
x ∈ I nous avons k [ek (x)]2 = ∞.
Indication : commencer par l’ensemble
( )
X
Bj := x ∈ I ; [ek (x)]2 ≤ j , j ∈ N∗ ,
k

et utiliser l’exercice # 47 de la feuille #2 pour construire A.

Exercice # 14. (Inégalités de Nikolski’ı̆)


Nous travaillons dans (Rn , BRn , νn ).
Soit f : Rn → R. Nous faisons l’hypothèse

f ∈ L1 (Rn ), (8)

qui permet de considérer la transformée de Fourier fb de f .


L’hypothèse essentielle est

fb(ξ) = 0 si |ξ| ≥ R (9)

(avec 0 < R < ∞ constante arbitraire).


Sous ces hypothèses, nous nous proposons de montrer les inégalités de Nikolskiı̆ directes

kf kLr ≤ C1 Rn(1/p−1/r) kf kLp , ∀ 1 ≤ p ≤ r ≤ ∞, (10)


k∂j f kLr ≤ C2 Rn(1/p−1/r)+1 kf kLp , ∀ 1 ≤ p ≤ r ≤ ∞, ∀ j ∈ J1, nK, (11)

où C1 , C2 sont des constantes finies qui peuvent dépendre de n, p et r, mais pas de f ou R. Au passage,
sous les hypothèses (8) et (9), nous montrerons que f ∈ C 1 .

7
Sous l’hypothèse plus forte (12),

R
fb(ξ) = 0 si |ξ| ≥ R ou si |ξ| ≤ , (12)
2
nous avons également l’inégalité de Nikolskiı̆ inverse, énoncée et prouvée, par souci de simplicité, uniquement
si n = 1 :

kf kLr ≤ C3 R1/p−1/r−1 kf 0 kLp , ∀ 1 ≤ p ≤ r ≤ ∞, (13)

où C3 est une constante finie qui peut dépendre de p et r, mais pas de f ou R.


Voici la démarche proposée pour montrer (10), (11) et (13).
a) (Argument de changement d’échelle) En supposant l’une de trois inégalités vraie pour R = 1, elle est
vraie pour tout R. Voici l’argument pour (10). Soit f une fonction vérifiant (8) et (9). Soit (avec les
notations de l’exercice #1 a) de la feuille #9) g := fR .
(i) Montrer que g vérifie les hypothèses (8) et (9), la dernière pour R = 1.
(ii) En appliquant (10) (supposée vraie si R = 1) à g, et en calculant kgkLr , respectivement kgkLp
en fonction de kf kLr , respectivement kf kLp , obtenir (10) pour f .
b) Vérifier que la même démarche est valide pour (11) et (13).
c) (Preuve de (10) si R = 1)
(i) Montrer qu’il existe ϕ ∈ Cc∞ (Rn ) telle que ϕ(ξ) = 1 si |ξ| ≤ R.
(ii) Montrer qu’il existe ψ ∈ L1 (Rn ) telle que ψb = ϕ.
(iii) Montrer que, de plus, ψ ∈ L∞ (Rn ).
(iv) Montrer que ψ ∈ Lq (Rn ), ∀ 1 ≤ q ≤ ∞.
(v) Soit f vérifiant (8) et (9) avec R = 1. Montrer que f = f ∗ψ. Indication : prendre la transformée
de Fourier dans cette égalité.
1 1 1
(vi) Si 1 ≤ p, q, r ≤ ∞ sont tels que 1 + = + , montrer que kf kLr ≤ kψkLq kf kLr .
r p q
(vii) Conclure.
d) (Preuve de (11) si R = 1)
V

(i) Montrer successivement que ψ ∈ C 1 (Rn ), ∂j ψ ∈ L1 , ∂j ψ (ξ) = ıξj ϕ(ξ), ∂j ψ ∈ L∞ (Rn ), et


∂j ψ ∈ Lq (Rn ), ∀ 1 ≤ q ≤ ∞, ∀ j ∈ J1, nK.
(ii) Montrer que f ∈ C 1 (Rn ) et que ∂j f = f ∗ ∂j ψ, ∀ j ∈ J1, nK.
(iii) Conclure.
e) (Preuve de (13) si R = 1) D’après les questions précédentes, nous savons que f ∈ C 1 (R) et que
f 0 ∈ Lp (R) (et, par ailleurs, que f 0 ∈ L1 (R)). Il reste à montrer (13).
(i) Montrer qu’il existe ζ ∈ Cc∞ (R) telle que
1 1
ζ(ξ) = , ∀ ξ ∈ R tel que ≤ |ξ| ≤ 1.
ıξ 2

(ii) Montrer qu’il existe η ∈ L1 (R) telle que ηb = ζ.


(iii) Montrer que f = f 0 ∗ η.
(iv) Conclure, sur le modèle des questions précédentes.

8
Université Claude Bernard Lyon 1 Licence de mathématiques 3e année
Mesure et intégration Année 2020–2021

Devoir maison # 2
– à rendre le vendredi 18 décembre 2020 –

Exercices de routine

Exercice # 1. Montrer que


Z 1 X 1
1
x
dx = n
.
0 x n≥1
n

On pourra utiliser le développement en série de l’exponentielle.


Solution (TT). Nous avons, pour tout x ∈]0, 1[ :
X (−1)n ∞
1
= exp(−x ln(x)) = xn (ln(x))n .
xx n=0
n!
Z 1
Soit In,k := xn (ln(x))k dx. En intégrant par parties, nous obtenons, si k ≥ 1 :
0
 1 Z 1
xn+1 xn+1 k
In,k = (ln(x))k − · k(ln(x))k−1 · x−1 dx = − In,k−1 .
n+1 0 0 n+1 n+1

Il s’ensuit que

(−1)n n! (−1)n n!
In,n = In,0 = .
(n + 1)n (n + 1)n+1
Ainsi, en utilisant d’abord le théorème 6.34, ensuite la proposition 6.43 :
Z 1 Z ∞
1X X (−1)n ∞
1 (−1)n n
dx = x (ln(x))n dx = In,n
0 xx 0 n=0
n! n=0
n!

X X 1 ∞
1
= = .
n=0
(n + 1)n+1 n=1
n n

Exercice # 2. Soit µ une probabilité sur BR . Pour x ∈ R et y > 0, soit


Z
1 y
Hµ (x, y) := dµ(t).
π R y + (x − t)2
2

Le but de cet exercice est de montrer que si Hµ = Hν , alors µ = ν.


a) Montrer que Hµ est continue.
b) Soit x ∈ R. Déterminer lim y Hµ (x, y).
y&0
Z b
c) Soient a < b deux réels. Déterminer lim Hµ (x, y) dx.
y&0 a
On pourra s’inspirer de la preuve du théorème 7.12 et utiliser le théorème de convergence dominée.

1
d) Soit ν une autre probabilité sur BR . On suppose que Hµ = Hν . Montrer que µ = ν.
On pourra utiliser la proposition 4.23.
y
Solution (JK). Hµ (x, y) est une intégrale de Lebesgue, bien définie car la fonction t → est
y2 + (x − t)2
continue sur R, donc mesurable, et positive.
y y
a) La fonction (x, y) → 2 2
est continue sur R × R>0 pour tout t ∈ R, et t → 2
y + (x − t) y + (x − t)2
est continue, donc mesurable pour Ztout (x, y) ∈ R × R . De plus, si y0 > 0, alors pour tout y ≥ y0
>0

y 1 1
on a 2 2
≤ g(t) := et gdµ = < +∞. Par Thm. 7.14, Hµ est continue sur R × R>0 .
y + (x − t) y0 y0
Z
y2 y2
b) On a πyHµ (x, y) = 2 + (x − t)2
dµ(t). y →
7 2 + (x − t)2
est continue sur R>0 et admet une
R y y Z
y2
limite en 0 pour tout x ∈ R et t ∈ R. De plus, 2 ≤ g(t) := 1 et gdµ = 1 < +∞. Par
y + (x − t)2
Thm. 7.2, on a alors
Z Z
y2
lim πy Hµ (x, y) = lim 2 2
dµ(t) = χ{x} (t)dµ(t) = µ({x}).
y&0 R y&0 y + (x − t)

(Bon, le Thm. 7.2 est formulé avec des limites des suites, mais c’est la même chose.)
c) On a
Z b Z Z
1 b y
Hµ (x, y) dx = dµ(t)dx.
a π a R y + (x − t)2
2

y
Comme y > 0, (t, x) 7→ 2 est une fonction positive continue, donc mesurable sur R ×
y + (x − t)2
[a, b]. Par Thm. 8.24, nous pouvons échanger les intégrales. Or, avec le changement de variable z =
x−t
on obtient
y
Z b Z b−t    
y y 1 b−t a−t
2 2
dx = dz = arctan − arctan ,
a y + (x − t) a−t
y
1 + z2 y y
ce qui donne
Z b Z     
1 b−t a−t
Hµ (x, y) dx = arctan − arctan dµ(t).
a π R y y
Or,
    Z
b−t a−t
arctan − arctan ≤ g(t) := 2 et gdµ = 2.
y y
De plus,
   
b−t a−t
y 7→ arctan − arctan
y y
est continue sur R>0 et a une limite en 0. En effet,

 
b−t
 
a−t
  0 si t ∈
 / [a, b]
lim arctan − arctan = π si t ∈]a, b[ ,
y&0 y y 
 π
 si t ∈ {a, b}
2
d’où, par Thm. 7.2,
Z b
µ({a}) + µ({b})
lim Hµ (x, y) dx = µ([a, b]) − .
y&0 a 2

2
d) Par Prop. 4.23, une mesure borélienne est uniquement déterminée par ses valeurs sur les intervalles
fermés. Avec ce qui precéde, on a
Z b 
πy
µ([a, b]) = lim Hµ (x, y) dx + (Hµ (a, y) + Hµ (b, y)) .
y&0 a 2

Ainsi, Hµ = Hν implique µ = ν.

Exercice # 3. (Mesure superficielle) Si S ⊂ R3 , nous définissons la mesure superficielle (aire) A (S) de S


par
1
A (S) := lim ν3 ({x ∈ R3 ; dist(x, S) ≤ ε})
ε→0+ 2ε
(si l’ensemble {x ∈ R3 ; dist(x, S) ≤ ε} est borélien pour tout ε > 0 suffisamment petit, et si la limite
existe). Calculer A (S) si :
a) S est une sphère euclidienne.
b) S est un compact contenu dans R2 × {0} (identifié à R2 ).
Pour la question b), on pourra établir une inclusion de la forme

{x ∈ R3 ; dist(x, S) ≤ ε} ⊂ Kε × [−ε, ε],

avec Kε ⊂ R2 convenable.
Solution (TT).
a) En utilisant l’invariance par translations de la mesure de Lebesgue, on peut supposer que S = {x ∈
R3 ; |x| = R}. Pour 0 < ε < R, soit Sε := {x ∈ R3 ; dist(x, S) ≤ ε}. Montrons d’abord que

Sε = {x ∈ R3 ; R − ε ≤ |x| ≤ R + ε}.

Soit x ∈ Sε . Notons que x 6= 0. Par la compacité de S, il existe y ∈ S tel que |x − y| ≤ ε. Soit


x0 := (R/|x|)x, de manière que x0 est le point d’intersection du rayon Ox avec S. On a

|x| − R = |x − x0 | ≤ |x − y| ≤ ε,

et donc x ∈ Sε .
Inversement, soit x tel que |x| − R ≤ ε. Alors |x − x0 | ≤ ε, où x0 est comme ci-dessus, et donc
x ∈ Sε .
Par ailleurs, Sε est fermé et donc borélien.
Rappelons maintenant la formule pour le volume d’une boule de rayon R : f (R) = Vol(B(0, R)) =
Vol(B(0, R)) = (4/3)πR3 . On a :

1 f (R + ε) − f (R − ε)
A (S) = lim ν3 (Sε ) = lim
ε→0 2ε ε→0 2ε
 
1 f (R + ε) − f (R) f (R) − f (R − ε)
= lim + = f 0 (R) = 4πR2 .
2 ε→0 ε ε

b) Soit K = S ⊆ R2 ⊆ R3 et notons Kε := {x ∈ R2 ; dist(x, K) ≤ ε} et Sε := {x ∈ R3 ; dist(x, K) ≤


ε}. Montrons d’abord que

K × [−ε, ε] ⊆ Sε ⊆ Kε × [−ε, ε].

Nous utiliserons la notation (x, y) pour un point dans R3 , où x ∈ R2 et y ∈ R. Pour voir la première
inclusion, il suffit de remarquer que si x ∈ K, alors le point de K le plus proche de (x, y) est (x, 0),

3
et donc dist((x, y), K) = |y|. Pour l’autre, si (x, y) ∈ Sε , alors dist((x, 0), K) ≤ dist((x, y), K) ≤ ε
et |y| = dist((x, y), R2 ) ≤ dist((x, y), K) ≤ ε et donc x ∈ Kε et y ∈ [−ε, ε].
Ensuite, rappelons que si A ⊆ R2 est borélien, alors A × [−ε, ε] est un pavé borélien et

ν3 (A × [−ε, ε]) = ν2 (A) · (2ε).

On a donc que

ν2 (K) ≤ (1/2ε)ν3 (Sε ) ≤ ν2 (Kε ). (1)

La prochaine étape est de montrer queTν2 (Kε ) → ν2 (K) quand ε → 0. On voit que Kε ⊆ Kε0 pour
ε ≤ ε0 et il suffit donc de montrer que n K1/n = K et T utiliser le théorème de la suite décroissante.
L’inclusion ⊇ est claire. Pour l’autre sens, soit x ∈ n K1/n et pour tout n, soit xn ∈ K tel que
|x − xn | ≤ 1/n. On a donc que xn → x et comme K est fermé, x ∈ K.
Enfin, en prenant la limite dans (1) on obtient A (K) = ν2 (K).

Exercice # 4. (Calcul d’intégrales oscillantes) Pour 0 < a < 2, soit


Z ∞
sin x
I(a) := dx (intégrale généralisée).
0 xa
a) En établissant et utilisant l’identité
Z ∞
1 1
a
= ta−1 e−xt dt, ∀ a > 0, ∀ x > 0,
x Γ(a) 0
montrer que
Z ∞
1 ta−1
I(a) = dt.
Γ(a) 0 t2 + 1

On pourra partir de légalité


Z ∞ Z A
sin x sin x
a
dx = lim dx
0 x A→∞ 0 xa
Z ∞
et utiliser une estimation connue pour les intégrales généralisées de la forme sin x f (x) dx.
A
b) En se ramenant à un calcul de fonction Bêta d’Euler, montrer que
Γ(a/2) Γ(1 − a/2)
I(a) = .
2 Γ(a)
 1/2
x
Indication : faire le changement de variable t = .
1−x
Solution (JK).
a) Notons
Z ∞
1 ta−1
J := dt
Γ(a) 0 t2 + 1
(intégrale de Lebesgue ou généralisée), de sorte que l’identité à montrer est I(a) = J.
Au sens des intégrales généralisés (convergentes si a > 0 par le critère de Riemann)
Z ∞ Z ∞ Z ∞
a−1 −s s=xt a−1 −xt
Γ(a) = s e ds = (xt) e x dt = x a
ta−1 e−xt dt
0 0 0

4
pour tout x > 0. Donc
Z A Z A Z ∞
sin(x) 1
I(a) = lim I(a, A), où I(a, A) := dx = sin(x)ta−1 e−xt dtdx.
A→+∞ 0 xa Γ(a) 0 0

sin(x)
Notons également que I(a, A) est bien définie en tant qu’intégrale généralisée convergente, car ∼0+
xa
1
a−1
, et a − 1 < 1.
x
On a
| sin(x)ta−1 e−xt | ≤ g(x, t) := xta−1 e−xt
et
Z A Z ∞ Z A
Γ(a)
g(x, t)dtdx = dx < ∞,
0 0 0 xa−1
(car a − 1 < 1). Donc, d’après le théorème de Tonelli, la fonction (x, t) → sin(x)ta−1 e−xt , qui est
continue donc mesurable, est intégrable sur [0, A] × R>0 . De plus, on peut échanger l’ordre des in-
tégrales et obtenir
Z ∞Z A
1
I(a, A) = sin(x)ta−1 e−xt dxdt.
Γ(a) 0 0

De même, en utilisant l’identité


Z ∞
1
sin(x)e−xt dx = 2 (intégrale généralisée),
0 t +1
nous avons
Z ∞ Z ∞ Z ∞
1 ta−1 1
J= 2
dt = sin(x)ta−1 e−xt dxdt.
Γ(a) 0 t +1 Γ(a) 0 0

Montrons maintenant que


lim I(a, A) = J,
A→∞

ce qui achève la preuve.


Z ∞
Pour ce faire, nous utilisons l’inégalité sin(x)f (x)dx ≤ 2f (A), vue en TD, valable pour une
A
fonction f sur [A, +∞[, qui est positive, décroissante, de classe C 1 et de limite 0 à l’infini. (L’intégrale
qui intervient dans cette inégalité est une intégrale généralisée.) On l’applique à f (x) := e−xt , t > 0,
pour déduire que
Z ∞
sin(x)e−xt dx ≤ 2e−At .
A

D’où (via l’inégalité triangulaire et la relation de Chasles pour les intégrales généralisées)
Z ∞Z ∞
1
|I(a, A) − J| = sin(x)ta−1 e−xt dtdx
Γ(a) 0
Z ∞ A Z ∞
2 a−1 −At t=s/A 2
≤ t e dt = a
sa−1 e−s ds
Γ(a) 0 A Γ(a) 0
2
= a → 0 quand A → ∞,
A
car a > 0.

5
b) Avec le changement de variable indiqué, on obtient
Z 1 a−1
1 z 2 dz
I(a) =   1 3
Γ(a) 0 a−1 z 2z (1 − z) 2
2
(1 − z) 2 1+
1−z
Z 1
1 a a B( a2 , 1 − a2 )
= z 2 −1 (1 − z)− 2 dz = .
2Γ(a) 0 2Γ(a)

Ici B est la fonction Beta de Euler. Elle satisfait Γ(x + y)B(x, y) = Γ(x)Γ(y). Donc
Γ( a2 )Γ(1 − a2 )
I(a) = .
2Γ(a)

Exercice # 5. (Théorème d’Egoroff (ou Egorov)) Soit (X, T , µ) un espace mesuré, avec µ finie. Soient
fn , f : X → R des fonctions mesurables telles que fn → f (convergence simple). Le théorème d’Egoroff
affirme que fn → f « presque uniformément », au sens suivant :

∀ ε > 0, ∃ C ∈ T tel que µ(C) < ε et fn → f uniformément sur X \ C. (2)

(La convergence uniforme reviendrait à C = ∅.)


Prouver ce résultat comme suit.
Soit (Nk )k≥1 ⊂ N. Posons
 
1
Ak,Nk := x ∈ X ; |fn (x) − f (x)| < , ∀ n ≥ Nk ,
k
\
B := Ak,N (k) .
k≥1

(L’ensemble B dépend à la fois de la suite (fn )n et de la suite (Nk )k .)


a) Montrer que Ak,Nk , B ∈ T .
b) Montrer que fn → f uniformément sur B.
c) Montrer que, pour tout k ≥ 1, il existe Nk tel que µ(X \ Ak,Nk ) < ε/2k .
d) Pour Nk comme dans la question précédente, montrer que µ(X \ B) < ε. Conclure.
Solution (TT).
T
a) On a que Ak,Nk = n≥Nk Ck,n , où Ck,n := (fn − f )−1 (] − 1/k, 1/k[). Chaque Ck,n est mesurable
comme la préimage d’un ouvert par une fonction mesurable et Ak,NK et B sont mesurables comme
intersections dénombrables d’ensembles mesurables.
b) Par définition, fn → f uniformément sur B ssi

∀k ∃N ∀n ≥ N ∀x ∈ B |fn (x) − f (x)| < 1/k.

Étant donné k, il suffit de prendre N := Nk et utiliser la définition de B.


c) Soient ε > 0 et k donnés. Pour tout N ∈ N, soit

CN := {x ∈ X; ∀n ≥ N |fn (x) − f (x)| < 1/k}.


S
Notons que (CN )N est une suite croissante et, comme fn → f simplement, N CN = X. Le théo-
rème de la suite croissante donne µ(CN ) % µ(X). Posons

Nk := min{N ∈ N ; µ(CN ) > µ(X) − ε/2k }.

Il reste seulement à observer que CNk = Ak,Nk .

6
d) Nous avons :
X X
µ(X \ B) ≤ µ(X \ Ak,Nk ) ≤ ε/2k = ε,
k k

et la question b) nous permet de conclure.

Exercice # 6. (Lemme de Brezis-Lieb) Préliminaire. Un cas particulier du lemme Zde Fatou est leZsuivant.
Soit (X, T , µ) un espace mesuré. Si fn ≥ 0 est mesurable, ∀ n, et fn → f , alors f ≤ lim inf fn . Le
n
lemme de Brezis-Lieb, qui
Z s’applique à Zdes situations plus générales, permet, dans ce cas particulier, de
« mesurer » l’écart entre f et lim inf fn .
n
Dans ce qui suit, les fonctions fn : X → R sont supposées mesurables, avec (X, T , µ) mesuré.
a) Supposons fn → f et fn , f intégrable. Montrer que
Z Z Z
|fn | = |f | + |fn − f | + o(1) quand n → ∞. 1

On pourra commencer par établir l’inégalité

−|f | ≤ |fn | − |fn − f | ≤ |f |

et utiliser le théorème de convergence dominée.


b) De même si fn , f sont intégrables et fn → f p. p.
c) En déduire
Z le corollaire
Z suivant : si uZn , u sont des fonctions mesurables positives telles que un → u
p. p., et si un → u < ∞, alors |un − u| → 0.
d) (Attention, hypothèse inhabituelle concernant
Z p) Soit 0Z < p < 1. En reprenant la preuve de a),
montrer le résultat suivant. Si fn → f et |fn | < ∞, |f |p < ∞, alors
p

Z Z Z
p
|fn | = p
|f | + |fn − f |p + o(1) quand n → ∞. (3)

Solution (JK).
a) Soient a, b ∈ R. L’inégalité triangulaire |a + b| ≤ |a| + |b| implique |a| = |a − b + b| ≤ |a − b| + |b| et
|a − b| ≤ |a| + |b|. D’où −|b| ≤ |a| − |a − b| ≤ |b|. On applique cela à a := fn (x) et b := f (x). Ainsi,
||fn (x)| − |fn (x) − f (x)|| ≤ |f (x)| pour tout x et n. Ceci montre que |fn (x)| − |fn (x) − f (x)| est
intégrable et que les conditions du théorème de la convergence dominée sont satisfaites pour obtenir
Z Z Z
lim (|fn | − |fn − f |) = lim(|fn | − |fn − f |) = |f |.
n n
Z Z Z
Donc cn := (|fn | − |fn − f |) − |f | est une suite qui tend vers 0. Ajoutant |fn − f | nous
trouvons
Z Z Z Z
(|fn | − |fn − f |) + |fn − f | = |f | + |fn − f | + cn .

Finalement, comme |fn | − |fn − f | est intégrable et |fn − f | positive on a (Prop. 6.28)
Z Z Z Z
(|fn | − |fn − f |) + |fn − f | = (|fn | − |fn − f | + |fn − f |) = |fn |.
1. Rappelons que o(1) quand n → ∞ désigne une suite (cn ) telle que lim cn = 0.
n→∞

7
b) Comme ci-dessus, mais cette fois-ci nous utilisons la variante p. p. du théorème de convergence do-
minée. La mesurabilité de f doit être supposée par hypothèse ; elle ne découle pas de celle de fn .
c) On n’a pas utilisé le fait que les fn sont intégrables, mais seulement que f est intégrable. Donc on peut appli-
quer ce qui précède à fn := un et f := u pour déduire que
Z Z Z
|un − u| = un − u + o(1),

et donc
Z Z Z
lim |un − u| = lim un − u = 0.
n n

d) Montrons, pour 0 < p ≤ 1 et a, b ∈ R, l’inégalité


|a + b|p ≤ |a|p + |b|p .
Comme |a − b| ≤ |a + b| si a et b ont signe opposé il suffit de considérer le cas a, b positifs et, de plus,
a 6= 0. Par homogenéité (de degré p) de f (x) = xp , x ≥ 0, il suffit de montrer l’inégalité pour a = 1.
L’inégalité correspond donc à fZ(x + 1) ≤ 1 + f (x)Z pour x ≥ 0. f 0 (x) = pxp−1 est décroissante, donc
x x
f 0 (x + 1)f 0 (x)0 . Il s’ensuit que f 0 (y + 1) dy ≤ f 0 (y) dy, d’où f (x + 1) − f (1) ≤ f (x) − f (0) =
0 0
f (x), ce qui permet de conclure.
On déduit de cette inégalité, comme dans le cas p = 1, que −|b|p ≤ |a|p − |a − b|p ≤ |b|p , et le reste
suit exactement comme dans le cas p = 1.

Exercice # 7. Soit (X, T , µ) un espace mesuré et (fn )n≥0 une suite décroissante de fonctions µ-intégrables
qui convergent vers 0 simplement. Montrer que
X Z Z X
n
(−1) fn = (−1)n fn .
n≥0 n≥0

On pourra utiliser la preuve du théorème de Leibniz sur les séries alternées.


n
X
Solution (TT). Soit Sn (x) := (−1)k fk (x). Nous avons que :
k=0

S2n+1 (x) = S2n−1 (x) + (f2n (x) − f2n+1 (x)) ≤ S2n−1 (x) et
S2n+2 (x) = S2n (x) − (f2n+1 (x) − f2n+2 (x)) ≥ S2n (x).
Ainsi, (S2n+1 )n est une suite croissante, (S2n )n est une suite décroissante et, pour tout n, S2n ≥ S2n+1 .
De plus S2n − S2n+1 = f2n+1 converge simplement vers 0 quand n → ∞. Ceci implique que la fonction
X
f (x) := lim S2n (x) = lim S2n+1 (x) = (−1)n fn (x)
n n
n

est bien définie. En appliquant le théorème de convergence monotone, nous obtenons :


Z Z Z
f = lim S2n+1 = lim S2n+1 . (4)
n n
Z
Soit ak := fk . Par le théorème de convergence dominée, ak → 0. En utilisant le théorème de Leibniz,
nous avons :
X 2n+1
X Z
k k
(−1) ak = lim (−1) ak = lim S2n+1 .
n n
k≥0 k=1

Ceci mis ensemble avec (4) nous permet de conclure.

8
Exercice # 8. Dans ce qui suit, z1 , . . . , zn sont des nombres complexes. Le problème que nous étudions
est le suivant : montrer qu’il existe J ⊂ J1, . . . , nK tel que la somme

X
SJ := zj
j∈J

soit « grande ». Précisons d’abord le problème. Nous avons


X n
X
SJ ≤ |zj | ≤ |zj | := S,
j∈J j=1

et donc SJ ne peut pas dépasser S. Nous nous proposons de montrer qu’il existe J tel que « SJ soit une
partie significative de S ».
Je ne connais pas la réponse à la question c) (et elle n’est pas demandée). Les questions d) et e) sont
indépendantes de a) et b).
Clairement, pour n = 1 le meilleur choix est de prendre J := {1}, et dans ce cas S1 = S = |z1 |.
Étudions le cas n ≥ 2.
a) Si n = 2, montrer qu’il est possible de choisir J tel que
2
1 1X
SJ ≥ S = |zj |,
2 2 j=1

1
et que la constante est la meilleure possible.
2
b) Si n = 3, montrer qu’il est possible de choisir J tel que
3
1 1X
SJ ≥ S = |zj |,
3 3 j=1

1
et que la constante est la meilleure possible.
3
1
c) (Je ne connais pas la réponse) Quelle est la meilleure constante si n = 4 ? En tout cas, elle n’est pas .
4
En effet, nous allons montrer le résultat suivant.
1
∀ n ∈ N∗ , ∀ z1 , . . . , zn ∈ C, ∃ J ⊂ J1, nK tel que SJ ≥ S. (5)
π
Dans ce qui suit, le produit scalaire des nombres complexes h , i est le produit scalaire usuel dans R2 .
d) Soit ω = eıt un nombre complexe de module 1. Posons

Jt := {j ∈ J1, nK ; hzj , ωi ≥ 0}.

(Donc Jt contient les j tels que l’angle entre zj et ω soit ≤ π/2.)


Montrer que

X X n
X
zj ≥ hzj , ωi = hzj , ωi+ . (6)
j∈Jt j∈Jt j=1
(
x, si x ≥ 0
Rappelons que x+ est la partie positive de x : x+ := .
0, si x < 0

9
e) Calculer
Z 2π X
n
hzj , eıt i+ dt
0 j=1

et obtenir (5) grâce à (6).


Solution (JK).
a) Étant donné {z1 , z2 }, on choisit J := {j}, avec j t.q. |zj | = maxi |zi |. Alors 2|zj | ≥ |z1 | + |z2 |. Ceci
1 1
montre que SJ ≥ S. Dans le cas où z1 = −z2 , on voit que S{i} = S, i = 1, 2, et S∅ = S{1,2} = 0.
2 2
SJ 1
Donc max = dans ce cas.
J⊂{1,2} S 2
b) Étant donné {z1 , z2 , z3 } on choisit J = {j}, avec j t.q. |zj | = maxi |zi |. Alors 3|zj | ≥ |z1 | + |z2 | + |z3 |,
1
ce qui montre que SJ ≥ S. Dans le cas où zi = wi , avec w une racine 3e de 1, on voit que S{i} =
3
1 SJ 1
S{i}c = S, i = 1, 2, 3, et S∅ = S{1,2,3} = 0. Donc maxJ⊂{1,2,3} = dans ce cas. (Ceci utilise
3 S 3
|wi + wj | = |wk | si {i, j, k} = {1, 2, 3}.)
d) Nous avons (par Cauchy-Schwarz)
* + n
X X X X
zj ≥ zj , ω = hzj , ωi = hzj , ωi+ .
j∈Jt j∈Jt j∈Jt j=1

e) Nous avons à faire à des intégrales de Riemann de fonctions continues sur [0, 2π]. Par linéarité,
on peut échanger l’intégrale avec la somme. Avec rj := |zj | et zj = rj eiϕj , on obtient hzj , eit i =
rj cos(ϕj − t) et donc
Z 2π Z 2π Z ϕj +π
it
hzj , e i+ dt = rj [cos(ϕj − t)]+ dϕj = rj [cos(ϕj − t)]+ dϕj
0 0 ϕj −π
Z π
π
2
= rj cos(ϕ)dϕ = rj [sin(ϕ)]−2 π = 2rj .
2
− π2

Donc
Z 2π n
X n
X
hzj , eıt i+ dt = 2 |zj | = 2S
0 j=1 j=1

et
Z 2π n
X n
X Z 2π n
X
ıt ıt
hzj , e i+ dt ≤ max hzj , e i+ 1 dt = 2π max hzj , eıt i+ .
0 t∈[0,2π] 0 t∈[0,2π]
j=1 j=1 j=1

Donc, avec d),


X X
S ≤ π max hzj , eıt i ≤ π max zj .
t∈[0,2π] t∈[0,2π]
j∈Jt j∈Jt
X
On choisit alors t pour maximiser le terme de la droite (le max existe, car t 7→ zj ne prend qu’un
j∈Jt
nombre fini de valeurs) et on pose J := Jt .

10
Exercice # 9. (Intégration
Z par parties (I))
Z Nous travaillons dans ([0, ∞[, B[0,∞[ , ν1 ). Soient f, g ∈ L .
1

Soient F (x) := f (t) dt, G(x) := g(t) dt, ∀ x ≥ 0.


[0,x] [0,x]

a) Montrer que F et G sont bien définies.


b) Montrer que F et G sont continues et bornées.
Pour la continuité, on pourra s’inspirer de la preuve du théorème 7.12, variante p. p.
c) Montrer la formule d’intégration par parties
Z ∞ Z ∞ Z ∞ Z ∞
F (x)g(x) dx = f (x) dx g(x) dx − f (x)G(x) dx.
0 0 0 0

Solution (PM). Les intégrales de l’énoncé sont des intégrales de Lebesgue.


a) [0, x] est un borélien de R, donc de [0, ∞[ (exercice 2.19, qui s’applique car [0, x] = [0, x] ∩ [0, ∞[). La
conclusion suit de la proposition 6.35 a).
b) Il suffit de considérer F . Une possibilité est de reprendre la solution de l’exercice 24 de la feuille 4
(première question).
Voici une autre solution, qui donne une conclusion plus forte. Soient x, y ∈ [0, ∞[. Supposons par
exemple x < y. En utilisant la proposition 6.35 b) appliquée Z à f restreinte à [0, y] et le fait que les
intervalles sont des boréliens, nous obtenons F (y) = F (x) + f (t) dt. De même, si x > y, alors
Z ]x,y]

F (y) = F (x) − f (t) dt. Il s’ensuit que


]y,x]
Z Z
|F (y) − F (x)| = f (t) dt ≤ |f (t)| dt, avec A(x, y) intervalle de longueur |y − x|.
A(x,y) A(x,y)

Le lemme de Lebesgue (exercice 15 de la feuille de synthèse) donne

lim |F (y) − F (x)| = 0,


|y−x|→0

et donc F est uniformément continue.


L’inégalité triangulaire et l’hypothèse f ∈ L 1 donnent
Z Z Z
|F (x)| = f χ0,x] ≤ |f χ[0,x] | ≤ |f | < ∞,
[0,∞[ [0,∞[ [0,∞[

et donc F est bornée.


c) Soient :

h : [0, ∞[2 → R, h(x, y) := f (x)g(y), ∀ x, y ∈ [0, ∞[,


A := {(x, y) ∈ [0, ∞[2 ; 0 ≤ y ≤ x}, B := {(x, y) ∈ [0, ∞[2 ; 0 ≤ x < y}.

Vérifions que h est borélienne. Notons d’abord que son domaine de définition est fermé, donc bo-
rélien. Désignons par e le prolongement par 0 en dehors du domaine de définition. Par hypothèse,
fe, ge : R → R sont boréliennes. Clairement, ffg(x, y) = fe(x)e
g (y). Il s’ensuit qu’il suffit de montrer
que, si a : R → R est borélienne, alors R × R 3 (x, y) 7→ b(x, y) := a(x) est encore borélienne
n n m

(puis on applique ce résultat, avec n = m = 1, à fe et ge, et on utillise la proposition 3.25 a)). Soit
C ∈ BR . Alors

b−1 (C) = {(x, y ∈ Rn × Rm ; a(x) ∈ C} = a−1 (C) × Rm ∈ BRn × BRm ⊂ BRn+m ;

11
pour l’inclusion finale, nous utilisons les définitions 8.1 et 8.2, et la proposition 8.3).
Ensuite, notons que A est borélien (car fermé), donc borélien de [0, ∞[2 (voir la question a)). Il s’ensuit
que B = [0, ∞[2 \A est un borélien de [0, ∞[2 .
Pour compléter la preuve, nous allons montrer (en utilisant le théorème de Fubini local) que l’égalité
à montrer revient à
Z Z Z
h(x, y) dxdy = h(x, y) dxdy + h(x, y) dxdy ;
[0,∞[2 A B

au passage, nous montrerons que h est intégrable. En admettant cette équivalence et l’intégrabilité
de h, nous concluons grâce à la proposition 6.35 b).
Étape 1. h est ν2 -intégrable sur [0, ∞[2 . (Et donc, par l’inégalité triangulaire, h est intégrable sur A et
B.) En effet, ceci suit du corollaire 8.25, en utilisant le théorème de Tonelli local, qui donne
Z Z Z
|h(x, y)| dxdy = |f (x)| |g(y)| dy dx < ∞
[0,∞[2 [0,∞[ [0,∞[

(car f, g ∈ L 1 ).
Ceci justifie l’utilisation du théorème de Fubini local dans les trois étapes qui suivent.
Z
Étape 2. Calcul de h(x, y) dxdy. Nous avons
[0,∞[2
Z Z Z Z Z
h(x, y) dxdy = f (x) g(y) dy dx = f (x) dx g(y) dy.
[0,∞[2 [0,∞[ [0,∞[ [0,∞[ [0,∞[

Z
Étape 3. Calcul de h(x, y) dxdy. Nous avons
A
Z Z Z Z
h(x, y) dxdy = f (x) g(y) dy dx = f (x)G(x) dx.
A [0,∞[ [0,x] [0,∞[

Z
Étape 3. Calcul de h(x, y) dxdy. Nous avons
B
Z Z Z Z Z
h(x, y) dxdy = g(y) f (x) dx dy = g(y) f (x) dx dy
B ]0,∞[ [0,y[ [0,∞[ [0,y]
Z
= F (y)g(y) dy.
[0,∞[

Exercice # 10. (Intégration par parties (II)) Nous travaillons dans (R, BR , ν1 ) et (Rn , BRn , νn ).
a) Soit g ∈ C(R) intégrable. Montrer qu’il existe une suite (Rj )j ⊂ [0, ∞[ telle que Rj → ∞, g(Rj ) → 0
et g(−Rj ) → 0.
Z
On pourra commencer par montrer que lim |g| = 0, et montrer que l’on peut choisir
j→∞ [j≤|x|≤j+1]
Rj ∈]j, j + 1[.
b) Soit h ∈ C 1 (R), avec h et h0 intégrables.
Z
(i) Montrer que h0 = 0.
R
Z Z
(ii) Montrer que, pour tout η ∈ R, e −ıxη 0
h (x) dx = ıη e−ıxη h(x) dx.
R R

12
∂f
c) Soit f ∈ C 1 (Rn ), avec f et intégrables. Montrer que, pour tout ξ ∈ Rn ,
∂x1
Z Z
−ıx·ξ ∂f
e (x) dx = ıξ1 e−ıx·ξ f (x) dx.
Rn ∂x 1 Rn

d) Soient f, g ∈ C 1 (Rn ) et 0 < M < ∞. Proposer et montrer une formule de la forme


Z Z
∂f
(x)g(x) dx = h(x2 , . . . , xn ) d(x2 , . . . , xn )
[−M,M ]n ∂x1 [−M,M ]n−1
Z
∂g
− f (x) (x) dx.
[−M,M ]n ∂x1

∂f ∂g
e) Soient f, g ∈ C 1 (Rn ) bornées telles que f, g, , soient intégrables. Montrer que
∂x1 ∂x1
Z Z
∂f ∂g
(x)g(x) dx = − f (x) (x) dx.
Rn ∂x1 Rn ∂x1

Solution (PM). Notons que toutes les fonctions de l’énoncé sont continues (ou mieux), donc boréliennes,
et les ensembles sont des intervalles de R ou des fermés de Rn , donc des boréliens. Il s’ensuit facilement
que toutes les fonctions et les ensembles considérés ci-dessous sont boréliens.
a) Le théorème de convergence dominée donne
Z Z
lim |g| = lim |g|χ[j,j+1] = 0
j→∞ j≤|x|≤j+1 j→∞ R

(la majoration est ||g|χ[j,j+1] | ≤ |g| ∈ L 1 ).


Via les propositions 6.35, 6.42 et le changement de variables x = −y dans une intégrale de Riemann,
nous obtenons
Z Z j Z j+1 Z j+1
= |g(x)| dx + |g(x)| dx = (|g(x)| + g(−x)|) dx.
j≤|x|≤j+1 −j−1 j j

Le théorème de Lagrange donne l’existence d’un Rj ∈]j, j + 1[ tel que


Z j+1
(|g(x)| + g(−x)|) dx = |g(Rj )| + |g(−Rj )|,
j

d’où la conclusion.
Variante, sous l’hypothèse plus faible g borélienne et intégrable. Cette fois-ci, il faut faire le changement de
Z
variable x = −y dans l’intégrale de Lebesgue |g|.
[−j−1,−j]
À la fin de la preuve, au lieu d’utiliser le théorème de Lagrange, nous utilisons l’exercice 12 de la feuille
de synthèse (appliqué à la mesure de Lebesgue sur [j, j+1]) pour obtenir l’existence d’un Sj ∈ [j, j+1]
tel que
Z
|g(Sj )| + |g(−Sj )| ≤ (|g(x)| + g(−x)|) dx.
[j,j+1]

b) (i) Soit (Rj ) ⊂]0, ∞[ telle que Rj → ∞ et h(Rj ), h(−Rj ) → 0. Le théorème de convergence
dominée donne
Z Z Z
0 0
h = lim h χ[−Rj ,Rj ] = lim h0
R j→∞ R j→∞ [−Rj ,Rj ]

13
(la domination étant |h0 χ[−Rj ,Rj ] | ≤ |h0 | ∈ L 1 ).
La proposition 6.42 et le théorème de Leibniz-Newton impliquent
Z Z Rj
0
h = h0 (x) dx = h(Rj ) − h(−Rj ),
[−Rj ,Rj ] −Rj

d’où la conclusion.
(ii) Soit k(x) := e−ıxη h(x), ∀ x ∈ R. Nous avons k ∈ C 1 (R) et |k| = |h|, d’où k ∈ L 1 . Par ailleurs,
nous avons k 0 (x) = −ıηk(x) + e−ıxη h0 (x),
Z ∀ x ∈ R, d’où |k | ≤ |η| |h| + |h | ∈ L , et donc
0 0 1

k 0 ∈ L 1 . La question précédente donne k 0 (x) dx = 0, ou encore


R
Z

e−ıxη h0 (x) − ıηk(x) dx = 0.
R

Pour conclure, il suffit de noter que ıηk(x) est intégrable (voir ci-dessus) et d’utiliser la linéarité
de l’intégrale (proposition 6.28).
c) Le théorème de Fubini donne l’existence de A, B ∈ BRn−1 tels que :
1. νn−1 (A) = νn−1 (B) = 0 ;
2. pour tout y = (x2 , . . . , xn ) ∈ Rn−1 \ A, x1 7→ f (x1 , y) est ν1 -intégrable ;

3. pour tout y = (x2 , . . . , xn ) ∈ Rn−1 \ B, x1 7→ f (x1 , y) est ν1 -intégrable.
∂x1
Soit C := A ∪ B ∈ BRn−1 . Si y ∈ Rn−1 \ (A ∪ B), alors la fonction x1 7→ f (x1 , y) vérifie les
hypothèses de la question b), et donc
Z Z
−ıx1 ξ1 ∂f
e (x1 , y) dx1 = ıξ1 e−ıx1 ξ1 f (x1 , y) dx1 , ∀ y ∈ Rn−1 \ C, ∀ ξ1 ∈ R. (7)
R ∂x 1 R

Écrivons ξ = (ξ1 , η). En multipliant (7) par e−ıy·η , nous obtenons


Z Z
−ı(x1 ξ1 +y·η) ∂f
e (x1 , y) dx1 = ıξ1 e−ı(x1 ξ1 +y·η) f (x1 , y) dx1 , ∀ y ∈ Rn−1 \ C, ∀ ξ ∈ Rn . (8)
R ∂x 1 R

Par ailleurs, notons que :


1. f ∈ L 1 ;
∂f ∂f ∂f
2. e−ıx·ξ (x) = (x) , et donc x 7→ e−ıx·ξ (x) ∈ L 1 ;
∂x1 ∂x1 ∂x1
3. C, A, B, A \ B, B \ A sont des boréliens négligeables.
De (8), ce qui précède, le théorème de Fubini, et le corollaire 6.21, nous obtenons
Z Z Z
−ıx·ξ ∂f ∂f
e (x) dx = e−ı(x1 ξ1 +y·η) (x1 , y) dx1 dy
Rn ∂x1 Rn−1 \B R ∂x1
Z Z
∂f
= e−ı(x1 ξ1 +y·η) (x1 , y) dx1 dy
Rn−1 \C R ∂x1
Z Z
= ıξ1 e−ı(x1 ξ1 +y·η) f (x1 , y) dx1 dy
Rn−1 \C R
Z Z Z
−ı(x1 ξ1 +y·η)
= ıξ1 e f (x1 , y) dx1 dy = ıξ1 e−ıx·ξ dx.
Rn−1 \A R Rn

14
d) Notons qu’une fonction continue g sur un compact K ⊂ Rk est νk -intégrable. Ceci suit de
Z Z
|g| ≤ max |g| = νk (K) max |g| < ∞.
K K K K

Il s’ensuit que toutes les fonctions considérées ci-dessous sont intégrables, et en particulier que le
théorème de Fubini local s’applique. En appliquant ce théorème, la proposition 6.42, la linéarité des
intégrales (qui sont toutes finies) et en effectuant une intégration par parties, nous obtenons
Z Z Z
∂f ∂f
(x)g(x) dx = (x1 , y)g(x1 , y) dx1 dy
[−M,M ]n ∂x1 [−M,M ]n−1 [−M,M ] ∂x1
Z Z M
∂f
= (x1 , y)g(x1 , y) dx1 dy
[−M,M ]n−1 −M ∂x1
Z
= ((f g)(M, y) − (f g)(−M, y)) dy
[−M,M ]n−1
Z Z M
∂g
− f (x1 , y) (x1 , y) dx1 dy
[−M,M ]n−1 −M ∂x1
Z
= ((f g)(M, y) − (f g)(−M, y)) dy
[−M,M ]n−1
Z Z
∂g
− f (x1 , y) (x1 , y) dx1 dy
[−M,M ]n−1 [−M,M ] ∂x1
Z
= ((f g)(M, y) − (f g)(−M, y)) dy
[−M,M ]n−1
Z
∂g
− f (x) (x) dx.
[−M,M ]n ∂x1
Nous obtenons le résultat demandé, avec h(y) := (f g)(M, y) − (f g)(−M, y).
e) Le produit d’une fonction borélienne bornée et d’une fonction borélienne intégrable est une fonction
∂g
borélienne intégrable (ceci est un cas particulier de l’inégalité de Young). Il s’ensuit que f g, f et
∂x1
∂f
g sont intégrables. Soit (Mj ) ⊂]0, ∞[ une suite telle que Mj → ∞. Le théorème de convergence
∂x1
dominée donne (comme, par exemple, dans la question b) (ii))
Z Z
∂f ∂f
lim (x)g(x) dx = (x)g(x) dx,
j→∞ [−M ,M ] ∂x1 Rn ∂x1
j j
Z Z
∂g ∂g
lim f (x) (x) dx = f (x) (x) dx.
j→∞ [−M ,M ]
j j
∂x1 Rn ∂x1
De ce qui précède et l’identité trouvée à la question d), il suffit de trouver une suite (Mj ) telle que
Z
lim (|(f g)(Mj , y)| + |(f g)(−Mj , y)|) dy = 0.
j→∞ [−Mj ,Mj ]n−1

En utilisant la monotonie de l’intégrale, il suffit d’obtenir une suite (Mj ) telle que
Z
lim (|(f g)(Mj , y)| + |(f g)(−Mj , y)|) dy = 0. (9)
j→∞ Rn−1

L’existence s’obtient en appliquant la question a) à la fonction borélienne et intégrable


Z
R 3 x1 7→ |(f g)(x1 , y)| dy
Rn−1

(le fait que cette fonction soit borélienne et intégrable suit de l’intégrabilité de f g et du théorème de
Tonelli).

15
Exercices avancés

Exercice # 11. (Unicité des mesures à la Lebesgue)


I. Soit (X, d) un espace métrique tel que

BX ⊗ BX = BX×X (10)

(nous verrons en partie II de l’exercice une condition suffisante pour la validité de (10)).
Exemple : X = Rn muni de l’une des métriques induites par une norme k k.
Une mesure borélienne µ sur X est uniformément répartie si elle satisfait la condition suivante :

∀ x, y ∈ X, ∀ r > 0, 0 < µ(B(x, r)) = µ(B(y, r)) < ∞.

Le but de cet exercice est de montrer que deux mesures uniformément réparties sont proportion-
nelles.
En admettant cette conclusion, nous obtenons une autre caractérisation de la mesure de Lebesgue
(voir l’item i) ci-dessous).
Soient µ et ν deux mesures uniformément réparties. Soient g(r) := µ(B(x, r)), h(r) := ν(B(x, r)),
∀ r > 0 (ces fonctions dépendent de r, mais pas de x ∈ X).
Dans ce qui suit, U désigne un ouvert non vide et borné de X.
a) Montrer que µ et ν sont σ-finies.
b) Montrer que 0 < µ(U ) < ∞ et 0 < ν(U ) < ∞.
c) Montrer que V := {(x, y) ; x, y ∈ U, d(x, y) < r} est un borélien de X × X.
d) Montrer que

U 3 x 7→ ν(U ∩ B(x, r))

est borélienne.
e) Montrer que
Z Z
ν(U ∩ B(x, r)) dµ(x) = µ(U ∩ B(y, r)) dν(y).
U U

(On pourra calculer µ ⊗ ν(V ).)


f) Montrer que
Z
1
µ(U ) = lim (ν(U ∩ B(x, r))) dµ(x),
r&0 h(r) U
Z
1
ν(U ) = lim (µ(U ∩ B(y, r))) dν(y).
r&0 g(r) U

g) En déduire qu’il existe un réel 0 < C < ∞ (indépendant de U ) tel que µ(U ) = C ν(U ).
h) Conclure.
i) Soit d la distance induite par une norme sur Rn . Montrer l’équivalence suivante :
(i) µ est uniformément répartie sur BRn .
(ii) Il existe 0 < C < ∞ telle que µ = C νn .
II. Nous donnons ici une condition suffisante pour la validité de (10), condition qui est satisfaite en par-
ticulier par Rn avec l’une de ses métriques usuelles.
Voici une question d’échauffement.

16
a) Montrer que, si (X, d) et (Y, δ) sont des espaces métriques arbitraires, alors BX ⊗ BY ⊂ BX×Y .
(Penser à la preuve de l’inclusion BRn ⊗ BRm ⊂ BRn+m .)
Donc si une inclusion pose problème dans la vérification de (10), il s’agit de BX×Y ⊂ BX ⊗ BY . En
général, cette inclusion est fausse, mais donner un contre-exemple dépasse le cadre de cet exercice.
Un espace métrique (X, d) est séparable s’il existe un ensemble a. p. d. A ⊂ X dense dans X, donc
tel que A = X.
b) Montrer que Rn est séparable.
c) Si X est séparable, montrer que pour tout ouvert U nous avons
[
U= B(a, r).
a∈A,r∈Q
B(a,r)⊂U

d) Si (X, d) et (Y, δ) sont séparables, montrer que X × Y est séparable.


e) Si (X, d) et (Y, δ) sont séparables, montrer que les ouverts de X × Y appartiennent à BX ⊗ BY .
f) En déduire que, si (X, d) et (Y, δ) sont séparables, alors BX ⊗ BY = BX×Y .
Cas particulier : BRn × BRm = BRn+m .
Solution (PM). Nous supposons X 6= ∅. Fixons x0 ∈ X. Notons que les ouverts, et donc en particuliers
les boules ouvertes, sont boréliens, donc mesurables pour µ et ν.
I.
a) Nous allons montrer un peu plus que ce qui est demandé : X est l’union d’une suite d’ouverts de me-
sure finie (nous en aurons besoin dans la question h)). En effet, nous avons X = ∪n≥1 B(x0 , n), avec
B(x0 , n) ouverte, et µ(B(x0 , n)) < ∞, ∀ n. En particulier, µ est σ-finie ; de même pour ν.
b) Soit x1 ∈ U (x1 existe, car U est non-vide). Soient r0 , r1 > 0 tels que B(x1 , r1 ) ⊂ U ⊂ B(x0 , r0 ).
(L’existence de r1 suit de l’hypothèse U ouvert, celle de r0 de l’hypothèse U borné.) De par la monoto-
nie des mesures et les hypothèses sur µ, nous avons

0 < µ(B(x1 , r1 )) ≤ µ(U ) ≤ µ(B(x0 , r0 )) < ∞,

d’où la conclusion. De même pour ν.


c) La fonction distance d : X × X → R étant continue, V est un ouvert, car :
1. V = d−1 (] − ∞, r[) ∩ (U × U ) ;
2. ] − ∞, r[ est un ouvert de R ;
3. U × U est un ouvert de X × X (comme produit de deux ouverts) ;
4. l’intersection de deux ouverts est un ouvert.
d) Si x ∈ X, alors
Vx = {y ∈ X ; (x, y) ∈ V } = {y ∈ X ; (x, y) ∈ U × U et d(x, y) < r}
(
U ∩ B(x, r), si x ∈ U
= .
∅, si x 6∈ U

C’est à ce stade (et dans la question suivante) que nous utilisons l’hypothèse (10). L’ensemble V appartient à
BX×X donc, grâce à (10), à BX ⊗ BX . La mesure ν étant σ-finie, le théorème 8.9 implique que la
fonction
(
ν(U ∩ B(x, r)), si x ∈ U
X 3 x 7→ ν(Vx ) =
0, si x 6∈ U

est borélienne, d’où la conclusion (en utilisant le fait que U est borélien, et la définition 3.10).

17
e) Z
De la question précédente et la Z
définition 6.14, les deux intégrales de l’énoncé existent, et valent
ν(Vx ) dµ(x), respectivement µ(V y ) dν(y). µ et ν étant σ-finies et V étant borélien, l’égalité
X X
des deux intégrales (et le fait qu’elles valent µ ⊗ ν(V )) suit du corollaire 8.13.
f) Examinons par exemple la première égalité. Si U = X, alors ν(U ∩ B(x, r)) = ν(X) = h(r),
∀ x ∈ U , ∀ r > 0, et dans ce cas nous avons
Z Z
1 1
(ν(U ∩ B(x, r))) dµ(x) = h(r) dµ(x) = µ(U ), ∀ r > 0,
h(r) U h(r) U

d’où la conclusion.
Supposons U 6= X, et posons, pour ε > 0,

Uε := {x ∈ X ; dist(x, U c ) > ε}.

Rappelons (propriétés vues en topologie) que Uε est un ouvert (quel que soit U ) et que, si U est un
ouvert, alors Uε % U quand ε & 0. En particulier, la fonction ]0, ∞[3 ε 7→ µ(Uε ) est décroissante,
et a donc une limite en 0.
Comme chaque Uε est borélien, ce qui précède et le théorème de la suite croissante donnent

lim µ(Uε ) = µ(U ).


ε→0+

(Raisonner le long d’une suite εn & 0.)


Notons les implications suivantes :

x ∈ Uε =⇒ B(x, ε) ⊂ U =⇒ U ∩ B(x, ε) = B(x, ε). (11)

La deuxième implication est claire. La première suit de

[x ∈ Uε , y ∈ B(x, ε)] =⇒ dist(y, U c ) ≥ dist(x, U x ) − d(x, y) > ε − d(x, y) > 0


=⇒ y 6∈ U c ;

nous avons utilisé le fait que dist(·, U c ) est 1-lipschitzienne, et le fait que

U c = {z ∈ X ; dist(z, U c ) = 0}

(car U c est fermé).


Par ailleurs, nous avons (en utilisant la monotonie de l’intégrale des intégrandes boréliennes posi-
tives, le fait que Ur est borélien et (11))
Z Z
1 1
(ν(U ∩ B(x, r))) dµ(x) ≤ (ν(B(x, r))) dµ(x) = µ(U ),
h(r) U h(r) U

respectivement
Z Z
1 1
(ν(U ∩ B(x, r))) dµ(x) ≥ (ν(U ∩ B(x, r))) dµ(x)
h(r) U h(r) Ur
Z
1
= (ν(B(x, r))) dµ(x) = µ(Ur ).
h(r) Ur

La conclusion suit de ce qui précède et du théorème des gendarmes.

18
g) Notons qu’il existe au moins un U comme dans l’énoncé : par exemple U := B(x0 , 1).
Des deux questions précédentes, nous avons
Z
ν(U ∩ B(x, r)) dµ(x)
µ(U ) g(r) U g(r)
= lim Z = lim .
ν(U ) r→0+ h(r) r→0+ h(r)
µ(U ∩ B(x, r)) dν(x)
U

Il s’ensuit :
g(r)
1. que la limite C := lim existe ;
r→0+ h(r)
2. que 0 < C < ∞ ;
3. que nous avons l’identité µ(U ) = C ν(U ), pour tout U comme dans l’énoncé.
h) L’égalité µ(B) = C ν(B), ∀ B ∈ BX , s’obtient en combinant le fait que X est l’union d’une suite
d’ouverts de mesure finie (voir la réponse à a)), le théorème 4.25 c) (et plus spécifiquement, la deuxième
égalité dans (4.2)) et le point précédent.
i) Il suffit de montrer que νn est uniformément répartie, et d’utiliser ce qui précède.
Nous avons, pour x ∈ Rn et r > 0,

νn (B(x, r)) = νn (x + B(0, r)) = νn (B(0, r)) ;

nous avons respectivement utilisé le fait que la distance provient d’une norme, et l’invariance par
translations de la mesure de Lebesgue.
Ainsi, il suffit de montrer que 0 < νn (B(0, r)) < ∞, ∀ r > 0. Soient 0 < r0 < r1 < ∞ tels que
] − r0 , r0 [n ⊂ B(0, r) ⊂] − r1 , r1 [n . (L’existence de r0 , r1 suit de l’équivalence des normes k k et k k∞ ,
et de la forme des boules pour k k∞ .) Par monotonie de la mesure, nous avons

0 < (2r0 )n = νn (] − r0 , r0 [n ) ≤ νn (B(0, r)) ≤ νn (] − r1 , r1 [n ) = (2r1 )n < ∞,

d’où la conclusion.
II.
a) Il suffit de reprendre la preuve de « ⊂ » dans la proposition 8.3, en remplaçant Rn et Rm par X et Y .
b) Qn est dénombrable (exercice 1.14 a)) et dense dans Rn (propriété vue en topologie), d’où la conclu-
sion.
c) Nous reprenons essentiellement la preuve de la proposition 2.16 c). L’inclusion « ⊃ » est claire. Soit
x ∈ U . U étant ouvert, il existe R > 0 tel que B(x, R) ⊂ U . En diminuant si nécessaire R, nous
pouvons supposer que R ∈ Q.
A étant dense, il existe a ∈ A tel que d(x, a) < R/2. Soit r := R/2 ∈ Q. Nous avons x ∈ B(a, r)
(car d(x, a) < r) et

B(a, r) ⊂ B(x, r + d(x, a)) ⊂ B(x, R) ⊂ X.

Ceci donne « ⊂ ».
d) Soient A ⊂ X et B ⊂ Y a. p. d. et denses (dans X, respectivement Y ). Alors A × B est a. p. d.
(proposition 1.13 c)). Par ailleurs, nous avons

A × B = A × B = X × Y,

d’où la conclusion.

19
e) Dans cette question, nous allons considérer des boules par rapport à plusieurs distances. Par souci
de clarté, nous mettons en indice la distance correspondante.
Munissons X × Y de la distance naturelle

D((x1 , y1 ), (x2 , y2 )) := max{d(x1 , x2 ), δ(y1 , y2 )}, ∀ x1 , x2 ∈ X, y1 , y2 ∈ Y,

de sorte que

BD ((x1 , y1 ), r) = Bd (x1 , r) × Bδ (y1 , r), ∀ x1 ∈ X, y1 ∈ Y, r > 0.

De la question c), nous avons, pour tout V ouvert de X × Y ,


[ [
V = = Bd (a, r) × Bδ (b, r) ∈ BX ⊗ BY ;
(a,b)∈A×B,r∈Q (a,b)∈A×B,r∈Q
BD ((a,b),r)⊂V BD ((a,b),r)⊂V

ici, nous avons utilisé le fait que Bd (a, r) ∈ BX (respectivement Bδ (b, r) ∈ BY ), d’où Bd (a, r) ×
Bδ (b, r) ∈ BX ⊗ BY , et également le fait que l’union que nous considérons est a. p. d. (via la propo-
sition 1.13 c) et a), car A × B est a. p. d., Q est dénombrable).
f) Il s’ensuit de la question précédente que

BX×Y = T ({V ; V ⊂ X × Y ouvert}) ⊂ T (BX ⊗ BY ) = BX ⊗ BY .

La question a) permet de conclure.

Exercice
Z # 12. (Dérivée de l’intégrale) Nous travaillons dans ([0, ∞[, B[0,∞[ , ν1 ). Soit f ∈ L 1 . Soit F (x) :=
f (t) dt, ∀ x ≥ 0.
[0,x]
Soit g ∈ C([0, ∞[).
Z
a) Montrer que [0, ∞[3 x 7→ h(x) := g(t)f (x − t) dt est continue.
[0,x]
Indication : on pourra utiliser un changement de variable.
Z x
b) Montrer que x 7→ g(t)F (x − t) dt est de classe C 1 , de dérivée h.
0
Indication : on pourra partir de la définition de la dérivée, et considérer le taux d’accroissement
Z x+ε Z x
g(t)F (x + ε − t) dt − g(t)F (x − t) dt
0 0
, ε 6= 0, h > −x.
ε
Solution (PM). Notons que f et g sont boréliennes et que les fonctions caractéristiques des intervalles
sont boréliennes. Il s’ensuit que toutes les fonctions considérées ci-dessous ((x, t) 7→ f (x − t), t 7→ g(t),
etc.) le sont, par application des propositions de la section 3.2.
a) Considérons le changement de variable affine Φ : R → R, Φ(u) := x − u. Notons les égalités
suivantes, au sens du théorème du changement de variables :
Z Z
h(x) = g(t)f (x − t)χ[0,x] (t) dν1 (t) = g(x − u)f (u)χ[0,x] (x − u) dν1 (u)
ZR R

= g(x − u)f (u)χ[0,x] (u) dν1 (u).


R

Nous allons utiliser la dernière intégrale pour montrer la continuité de h, et en particulier pour mon-
trer a posteriori que l’intégrale qui définit h existe et est finie. Pour ce faire, nous reprenons la preuve
de l’exercice 9 b).

20
Soient (xn ), x ⊂ [0, ∞[ tels que xn → x. Soit kn (u) := g(x − u)f (u)χ[0,xn ] (u), k(u) := g(x −
u)f (u)χ[0,x] (u), ∀ u ∈ R, qui sont des fonctions boréliennes (voir le début de l’exercice).
Nous avons kn (u) → k(u), ∀ u ∈ R\{x}, donc kn → k ν1 -p. p. Par ailleurs, nous avons la majoration

|kn (u)| ≤ |f |χ[0,∞[ ∈ L 1 (R).

(Et de même pour k. Au passage, cette majoration montre que h est bien définie.)
Le théorème 7.10 implique la continuité de h.
b) F est continue (exercice 9 b)). Il s’ensuit que la fonction de l’énoncé est bien définie et nous avons
(proposition 6.42)
Z x Z Z Z
g(t)F (x − t) dt = g(t)F (x − t) dν1 (t) = g(t) f (s) dν1 (s) dν1 (t). (12)
0 [0,x] [0,x] [0,x−t]
Z x
Nous allons exprimer le membre de droite de (12) via la fonction x 7→ G(x) := g(t) dt, en utilisant
0
le théorème de Fubini. Considérons l’ensemble

E := {(s, t) ; 0 ≤ t ≤ x, 0 ≤ s ≤ x − t} ⊂ [0, x]2 ,

qui est fermé, donc borélien.


La fonction

E 3 (s, t) 7→ g(t)f (s)

est borélienne.
Nous avons (en utilisant la monotonie de l’intégrale des fonctions boréliennes positives, la continuité
de g, et le théorème de Tonelli local pour ν2 = ν1 ⊗ ν1 )
Z Z Z
|g(t)f (s)| dsdt ≤ |g(t)f (s)| dsdt ≤ max |g| |f (s)| dsdt
E [0,x]2 [0,x] [0,x]2
Z
= x max |g| |f | < ∞.
[0,x] [0,x]

Le théorème de Fubini local donne


Z Z Z Z
g(t) f (s) dν1 (s) dν1 (t) = g(t)f (s) dν1 (s) dν1 (t)
[0,x] [0,x−t] [0,x] E t
Z Z
= g(t)f (s) dν1 (s) dν1 (t)
ZR ZE
t

= g(t)f (s) dν1 (t) dν1 (s)


R Es
Z Z
= f (s) g(t) dν1 (t) dλ1 (s)
[0,x] Es
Z Z
= f (s) g(t) dν1 (t) dλ1 (s)
[0,x] [0,x−s]
Z
= f (s)G(x − s) dλ1 (s)
[0,x]
Z
= f (s)G(x − s) dν1 (s)
[0,x]

(l’avant dernière ligne utilisant la proposition 6.42, et la dernière le fait que l’intégrande est boré-
lienne).

21
Posons
Z
H(x) := f (s)G(x − s) dν1 (s), ∀ x ≥ 0.
[0,x]

De ce qui précède et de la preuve de a), pour conclure il suffit de montrer que H est dérivable et que
Z
0
H (x) = h(x) = f (s)g(x − s) dν1 (s), ∀ x ≥ 0.
[0,x]

Cette égalité revient à

H(x + ε) − H(x)
lim = h(x), ∀ x ≥ 0,
ε→0 ε
ou encore
H(x + ε) − H(x) − εh(x)
lim = 0. (13)
ε→0 ε

Soit ε tel que −x < ε ≤ 1 et ε 6= 0. Nous allons estimer le numérateur de (13). Considérons le cas où
ε > 0 ; le cas où ε < 0 est similaire. Nous avons, en utilisant la relation de Chasles (proposition 6.35
b)), la finitude des intégrales considérées et le fait que les intervalles sont boréliens :
Z
H(x + ε) − H(x) − εh(x) = f (s)G(x + ε − s) dν1 (s)
]x,x+ε]
Z
+ f (s)(G(x + ε − s) − G(x − s) − εg(x − s)) dν1 (s)
[0,x]

:=I(ε) + J(ε).

I(ε) J(ε)
Nous allons montrer que lim = 0 et lim = 0 (d’où la conclusion de l’exercice).
ε→0 ε ε→0 ε

Estimation de I(ε). Soit M := max[0,x+1] |g| < ∞. Nous avons |G(y)| ≤ M y, ∀ 0 ≤ y ≤ x + 1. Il


s’ensuit que

|G(x + ε − s)| ≤ M (x + ε − s) ≤ M ε, ∀ 0 < ε ≤ 1, ∀ s ∈]x, x + ε],

d’où (par inégalité triangulaire et l’intégrabilité de f )


Z
|I(ε)| ≤ M ε |f (s)| dν1 (s).
]x,x+ε]

En appliquant l’exercice 9 b) à la fonction |f |, nous avons


Z Z Z 
lim |f (s)| dν1 (s) = lim |f (s)| dν1 (s) − |f (s)| dν1 (s) = 0.
ε→0 ]x,x+ε] ε→0 [0,x+ε] [0,x]

I(ε)
Il s’ensuit que lim = 0.
ε→0 ε

Estimation de J(ε). Le théorème de Lagrange donne l’existence d’un point intermédiaire ξ ∈]x−s, x+
ε − s[ (dépendant de x, ε, s) tel que
Z x+ε−s
G(x + ε − s) − G(x − s) = g(t) dt = εg(ξ).
x−s

22
Il s’ensuit que, pour 0 < ε ≤ 1 et 0 ≤ s ≤ x, nous avons

|G(x + ε − s) − G(x − s) − εg(x − s)| ≤ ε|g(ξ) − g(x − s)|


≤ ε max{|g(u) − g(v)| ; 0 ≤ u, v ≤ x + 1, |u − v| ≤ ε}
:= εM (ε).

Via l’inégalité triangulaire et l’intégrabilité de f , nous obtenons


Z
|J(ε)| ≤ εM (ε) |f | dν1 .
[0,∞[

J(ε)
De la continuité uniforme de g sur [0, x + 1], nous avons lim M (ε) = 0, d’où lim = 0.
ε→0 ε→0 ε

Exercice # 13. (Théorème d’Orlicz) Soit I ⊂ R une intervalle ouvert non vide muni de la mesure de
Lebesgue. Nous considérons une suite (ek )k≥0 ⊂ L2 = L2 (I) orthonormée et telle que

X
f= (f, ek ) ek , ∀ f ∈ L2 . (14)
k=0

a) Montrer que, pour tout f , il existe une suite extraite (N` ) (qui en principe dépend de f ) telle que
N

(f, ek ) ek → f p. p. quand ` → ∞.
k=0

b) En déduire que, pour tout f ∈ L2 , nous avons



X ∞
X ∞
X
[f (x)]2 ≤ [(f, ek )]2 [ek (x)]2 = kf k2L2 (I) [ek (x)]2 pour presque tout x ∈ I. (15)
k=0 k=0 k=0

c) En prenant, dans (15),


P f := χ2A , avec A convenable, en déduire le théorème d’Orlicz : pour presque tout
x ∈ I nous avons k [ek (x)] = ∞.
Indication : commencer par l’ensemble
( )
X
Bj := x ∈ I ; [ek (x)]2 ≤ j , j ∈ N∗ ,
k

et utiliser l’exercice # 47 de la feuille #2 pour construire A.


Solution (PM). Remarque préliminaire. C’est un énoncé typique pour les espaces Lp : il faut traduire les
hypothèses et les conclusions en termes de fonctions, et se convaincre qu’elles ne dépendent pas du choix
du représentant dans la classe. Nous ne vérifierons pas ce point dans ce qui suit, mais il est instructif de
vérifier par exemple que la propriété (15), si vérifiée par une fonction f et une suite (ek )k≥0 de L 2 (I),
alors elle est également vérifiée par g ∼ f et fk ∼ ek .
Dans ce qui suit, nous allons donc travailler avec des fonctions de L 2 (I).
a) L’hypothèse (14) est
N
X
(f, ek ) ek → f dans L 2 (I) quand N → ∞.
k=0

La conclusion suit alors du corollaire 10.28.

23
P `
b) Soit C ∈ BI tel que ν1 (C) = 0 et N k=0 (f, ek ) ek (x) → f (x), ∀ x ∈ I \ C.
Pour tout x ∈ I et tout `, nous avons
N 2 N N ∞ ∞
X̀ X̀ X̀ X X
(f, ek ) ek (x) ≤ [(f, ek )]2 [ek (x)]2 ≤ [(f, ek )]2 [ek (x)]2 .
k=0 k=0 k=0 k=0 k=0

Nous obtenons l’inégalité demandée en prenant, dans ce qui précède, x ∈ I \C, et en faisant ` → ∞.
Pour l’égalité, notons que la suite (ek )k≥0 est orthonormée. Nous avons donc

∞ N N 2
X X̀ X̀
[(f, ek )]2 = lim [(f, ek )]2 = lim (f, ek ) ek = kf k2L2 (I) .
`→∞ `→∞
k=0 k=0 k=0 L2 (I)

c) Si A ∈ BI et ν1 (A) < ∞, alors f := χA est borélienne et kf k2L2 = ν1 (A) < ∞, et donc f ∈ L 2 . Il


s’ensuit que ce qui précède s’applique à f .
Soient
( ∞
)
X
Bj := x ∈ I ; [ek (x)]2 ≤ j , ∀ j ∈ N∗ ,
k=0

et
( ∞
)
X
B := x∈I; [ek (x)]2 < ∞ = ∪j Bj ,
k=0

qui sont des boréliens (ceci suit des résultats des sections 3.2 et 3.3, et de la proposition 3.11).
La conclusion est ν1 (B) = 0 ; pour l’obtenir, il suffit de montrer que ν1 (Bj ) = 0, ∀ j. Preuve par
l’absurde : supposons ν1 (Bj ) > 0 pour un j. Soit ε > 0 à fixer ultérieurement. Il existe D ∈ BI tel
que D ⊂ Bj et 0 < ν1 (D) < ε (exercice 47, feuille 2). Posons A := D \ C, de sorte que A ∈ BI ,
A ⊂ Bj et 0 < ν1 (A) = ν1 (D) < ε. Soit f := χA ∈ L 2 .
De ce qui précède, pour tout x ∈ A nous avons

X
2
1 = [f (x)] ≤ kf k2L2 (I) [ek (x)]2 ≤ ν1 (A)j < εj.
k=0

En choisissant 0 < ε < 1/j, nous obtenons une contradiction (car A est non-vide, et donc l’inégalité
précédente est vraie pous au moins un x), ce qui achève la preuve.

Exercice # 14. (Inégalités de Nikolski’ı̆)


Nous travaillons dans (Rn , BRn , νn ).
Soit f : Rn → R. Nous faisons l’hypothèse

f ∈ L1 (Rn ), (16)

qui permet de considérer la transformée de Fourier fb de f .


L’hypothèse essentielle est

fb(ξ) = 0 si |ξ| ≥ R (17)

(avec 0 < R < ∞ constante arbitraire).

24
Sous ces hypothèses, nous nous proposons de montrer les inégalités de Nikolskiı̆ directes

kf kLr ≤ C1 Rn(1/p−1/r) kf kLp , ∀ 1 ≤ p ≤ r ≤ ∞, (18)


k∂j f kLr ≤ C2 Rn(1/p−1/r)+1 kf kLp , ∀ 1 ≤ p ≤ r ≤ ∞, ∀ j ∈ J1, nK, (19)

où C1 , C2 sont des constantes finies qui peuvent dépendre de n, p et r, mais pas de f ou R. Au passage,
sous les hypothèses (16) et (17), nous montrerons que f ∈ C 1 .
Sous l’hypothèse plus forte (20),
R
fb(ξ) = 0 si |ξ| ≥ R ou si |ξ| ≤ , (20)
2
nous avons également l’inégalité de Nikolskiı̆ inverse, énoncée, par souci de simplicité, uniquement si n = 1 :

kf kLr ≤ C3 R1/p−1/r−1 kf 0 kLp , ∀ 1 ≤ p ≤ r ≤ ∞, (21)

où C3 est une constante finie qui peut dépendre de p et r, mais pas de f ou R.


Voici la démarche proposée pour montrer (18), (19) et (21).
a) (Argument de changement d’échelle) En supposant l’une de trois inégalités vraie pour R = 1, elle est
vraie pour tout R. Voici l’argument pour (18). Soit f une fonction vérifiant (16) et (17). Soit (avec les
notations de l’exercice #1 a) de la feuille #9) g := fR .
(i) Montrer que g vérifie les hypothèses (16) et (17), la dernière pour R = 1.
(ii) En appliquant (18) (supposée vraie si R = 1) à g, et en calculant kgkLr , respectivement kgkLp
en fonction de kf kLr , respectivement kf kLp , obtenir (18) pour f .
b) Vérifier que la même démarche est valide pour (19) et (21).
c) (Preuve de (18) si R = 1)
(i) Montrer qu’il existe ϕ ∈ Cc∞ (Rn ) telle que ϕ(ξ) = 1 si |ξ| ≤ R.
(ii) Montrer qu’il existe ψ ∈ L1 (Rn ) telle que ψb = ϕ.
(iii) Montrer que, de plus, ψ ∈ L∞ (Rn ).
(iv) Montrer que ψ ∈ Lq (Rn ), ∀ 1 ≤ q ≤ ∞.
(v) Soit f vérifiant (16) et (17) avec R = 1. Montrer que f = f ∗ ψ. Indication : prendre la transfor-
mée de Fourier dans cette égalité.
1 1 1
(vi) Si 1 ≤ p, q, r ≤ ∞ sont tels que 1 + = + , montrer que kf kLr ≤ kψkLq kf kLr .
r p q
(vii) Conclure.
d) (Preuve de (19) si R = 1)
V

(i) Montrer successivement que ψ ∈ C 1 (Rn ), ∂j ψ ∈ L1 , ∂j ψ (ξ) = ıξj ϕ(ξ), ∂j ψ ∈ L∞ (Rn ), et


∂j ψ ∈ Lq (Rn ), ∀ 1 ≤ q ≤ ∞, ∀ j ∈ J1, nK.
(ii) Montrer que f ∈ C 1 (Rn ) et que ∂j f = f ∗ ∂j ψ, ∀ j ∈ J1, nK.
(iii) Conclure.
e) (Preuve de (21) si R = 1) D’après les questions précédentes, nous savons que f ∈ C 1 (R) et que
f 0 ∈ Lp (R) (et, par ailleurs, que f 0 ∈ L1 (R)). Il reste à montrer (21).
(i) Montrer qu’il existe ζ ∈ Cc∞ (R) telle que
1 1
ζ(ξ) = , ∀ ξ ∈ R tel que ≤ |ξ| ≤ 1.
ıξ 2

(ii) Montrer qu’il existe η ∈ L1 (R) telle que ηb = ζ.

25
(iii) Montrer que f = f 0 ∗ η.
(iv) Conclure, sur le modèle des questions précédentes.
Solution (PM). Nous pouvons travailler avec des fonctions (mais attention à la question d) (ii)). Supposons
donc f ∈ L 1 . f étant borélienne, les fonctions fε le sont, par composition. Par ailleurs, fb est continue
(proposition 13.1). Ceci permet de vérifier que toutes les fonctions qui interviennent ci-dessous sont
boréliennes.

a) Nous établissons en parallèle (i) et (ii). Pour ce faire, montrons que

kfε kLr = ε−n(1−/r) kf kLr , ∀ ε > 0, 1 ≤ r ≤ ∞. (22)

Si 1 ≤ r < ∞, cette égalité suit, via le changement linéaire de variables x = εy := Φ(y) :


Z Z
r 1 r 1 1
kfε kLr = nr
|f (x/ε)| dx = nr |f (y)|r εn dy = n(r−1) kf krLr .
Rn ε ε Rn ε

Si r = ∞, montrons l’inégalité kfε kL∞ ≤ ε−n kf kL∞ ; la preuve de l’inégalité contraire est similaire.
Soit A ∈ BRn tel que νn (A) = 0 et |f (x)| ≤ kf kL∞ , ∀ x ∈ Rn \ A. Si x 6∈ εA, alors, x/ε 6∈ A, et
donc |fε (x)| ≤ ε−n kf kL∞ . Le théorème 9.2 implique que εA est un borélien négligeable. De ce qui
précède, nous avons |fε | ≤ ε−n kf kL∞ νn -p. p., et donc kfε kL∞ ≤ ε−n kf kL∞ .
Par ailleurs, nous avons, si f ∈ L 1 ,

fbε (ξ) = fb(εξ), ∀ ε > 0, ∀ ξ ∈ Rn , (23)

(exercice 13.13 a) (ii)).


Soit f satisfaisant (16) et (17), et soit ε := R. De ce qui précède, nous avons |ξ| ≥ 1 =⇒ gb(ξ) = 0, et
par ailleurs g ∈ L 1 (de (22)).
L’inégalité (18) avec R = 1 combinée avec l’identité (22) appliquée à g donnent :

R−n(1−1/r) kf kLr ≤ C1 R−n(1−1/p) kf kLp ,

ce qui donne (18) pour R quelconque.


b) Admettons la validité de (19) pour R = 1. Supposons que f ∈ C 1 (cette propriété sera montrée plus
bas). Nous avons, par calcul direct, ∂j fε = ε−1 (∂j f )ε , et donc, si f vérifie (16) et (17), nous obtenons
(en utilisant (22) et (19) avec R = 1, appliquée à g := fR ) :

R−1−n(1−1/r) k∂j f kLr ≤ C2 R−n(1−1/p) kf kLp ,

ce qui implique la validité de (19) pour R quelconque.


Comme ci-dessus, de (21) avec R = 1, nous obtenons (rappelons que n = 1) :

R−(1−1/r) kf kLr ≤ C3 R−1−(1−1/p) kf 0 kLp

ce qui implique la validité de (21) pour R quelconque.


c) (i) C’est une conséquence du lemme 11.20.
(ii) Notons que Cc∞ (Rn ) ⊂ L 1 (Rn , BRn , νn ) (ceci est établi, par exemple, dans la preuve de la
proposition 13.5).
Soit η := ϕ. b Nous avons η ∈ L1 (proposition 13.5). Si nous posons ψ(ξ) := (2π)−n η(−ξ),
∀ ξ ∈ Rn , alors ψ ∈ L 1 (exercice 13.13 d) (i)) et ψb = ϕ (corollaire 13.9).

26
(iii) De la proposition 13.5, nous avons ψ ∈ C ∞ . Il s’ensuit que

kψkL∞ = (2π)−n sup |ϕ(−ξ)|


b ≤ (2π)−n kϕkL1 < ∞
ξ

(nous avons utilisé l’exercice 10.9 et la proposition 13.1 a)).


(iv) Ceci suit des deux points précédents (voir l’exercice 10.23).
(v) Nous avons f, ψ ∈ L1 , d’où (proposition 13.1. c)) :

f[
∗ ψ(ξ) = fb(ξ)ψ(ξ)
b = fb(ξ)ϕ(ξ) = fb(ξ),

car (par hypothèse (16)) ϕ(ξ) = 1 là où fb(ξ) 6= 0. Il s’ensuit que f[


∗ ψ = fb. Comme f ∗ ψ ∈ L1
(par l’inégalité de Young, théorème 11.2), il s’ensuit que f ∗ ψ = f dans L1 (corollaire 13.8).
(vi) Ceci suit de l’inégalité de Young et de la question précédente.
(vii) Si 1 ≤ p ≤ r ≤ ∞, alors nous avons
1 1 1
1≥1+ − ≥ 1 − ≥ 0,
r p p
1 1 1
et donc il existe 1 ≤ q ≤ ∞ tel que = 1 + − . De ce qui précède, (18) (avec R = 1) est
q r p
vraie avec C1 := kψkLq < ∞.
d) (i) Nous avons déjà vu que ψ ∈ C ∞ (Rn ).
Considérons les propriétés d’intégrabilité de ∂j ψ. Soit η comme dans c) (ii). Par changement
linéaire de variables x = −y := Φ(y), les propriétés de ∂j ψ se ramènent à des propriétés ana-
logues de ∂j η (voir par exemple l’exercice 13.13 d)). Ainsi, il suffit de montrer que ∂j η ∈ L 1 ,
∂j η ∈ L ∞ (ce qui implique, comme dans c) (iv), que ∂j η ∈ L q , ∀ 1 ≤ q ≤ ∞).
Nous avons ϕ ∈ L 1 (voir le début de c) (ii)). Par ailleurs, si ζ(x) := |x|ϕ(x), ∀ x ∈ Rn , alors
ζ ∈ Cc (Rn ), et donc ζ ∈ L 1 . Ainsi, ϕ satisfait les hypothèses de la proposition 13.4, et donc

b = ζbj (ξ), ∀ j = 1, . . . , n, ∀ ξ ∈ Rn ,
∂j η(ξ) = ∂j ϕ(ξ)

où ζj (x) := −ıxj ϕ(x).


Comme, d’une part, nous avons ζj ∈ L 1 (ceci est établi dans la preuve de la proposition 13.4),
nous obtenons, grâce à la proposition 13.1 a), que ∂j η ∈ L ∞ . Par ailleurs, nous avons ζj ∈
Cc∞ (Rn ), et donc ∂j η ∈ L 1 (proposition 13.5).
Enfin, comme ψ ∈ L 1 et ∂j ψ ∈ L 1 , ∀ j = 1 . . . , n, la proposition 13.4 et le point c) (ii) donnent

∂d b
j ψ(ξ) = ıξj ψ(ξ) = ıξj ϕ(ξ), ∀ j = 1, . . . , n, ∀ ξ ∈ R .
n

(ii) Là, il y a une subtilité. L’énoncé demande de trouver, dans la classe de f , une fonction de classe C 1 . Nous
allons montrer que cette propriété est satisfaite par f ∗ ψ. Cette fonction est définie en tout
point et continue (théorème 11.2 c) et proposition 11.21 combinés avec le fait que ψ ∈ L ∞ ).
L’appartenance de f ∗ ψ à la classe de f suit de c) (v). Dans tout ce qui suit, nous remplaçons f
par f ∗ ψ.
Comme ci-dessus, les fonctions f ∗ ∂j ψ sont définies en tout point, continues et bornées.
Dans l’esprit de la proposition 11.7, nous allons montrer que

∂j f = ∂j (f ∗ ψ) = f ∗ (∂j ψ). (24)

En admettant cette égalité, de ce qui précède nous avons à la fois f ∈ C 1 (Rn ) et la conclusion
du (ii).

27
Pour vérifier (24), nous utilisons le théorème 7.18 appliqué à l’intégrale à paramètres
Z
f ∗ ψ(x) = f (y)ψ(x − y) dy.
Rn

Les hypothèses de mesurabilité et dérivabilité étant immédiates (car f est continue et ψ est C ∞ ),
procédons aux majorations.
Nous avons

|f (y)ψ(x − y)| ≤ kψkL∞ |f (y)|, ∀ x, y ∈ Rn .

Cette majorante est intégrable, car f ∈ L 1 et ψ ∈ L ∞ .


De même, nous avons


f (y)ψ(x − y) ≤ k∂j ψkL∞ |f (y)|, ∀ x, y ∈ Rn .
∂xj

Ceci permet d’appliquer le théorème 7.18 et de conclure.


(iii) On conclut comme dans c) (vi)–(vii), en utilisant : l’identité d) (ii), l’inégalité de Young, le fait
1 1 1
que ∂j ψ ∈ L q , ∀ q, et l’existence de q tel que + = 1 + .
p q r
e) (i) Soit λ ∈ Cc (R \ {0}) telle que λ(ξ) = 1, ∀ 1/2 ≤ |ξ| ≤ 1 (l’existence de λ suit du lemme 11.20),

1
prolongée avec la valeur 0 en 0. Alors ζ(ξ) := λ(ξ), ∀ ξ ∈ R, convient. En effet, nous avons
ıξ
clairement ζ ∈ C ∞ (R \ {0}). Par ailleurs, ζ = 0 dans un voisinage ouvert convenable de 0, et
donc ζ ∈ C ∞ au voisinage de 0.
(ii) Comme dans c) (ii). Attention, ce n’est pas le même η que dans les questions précédentes.
(iii) Comme expliqué dans c) (v), il suffit de montrer que nous avons égalité des transformées de
Fourier respectives. En utilisant f, f 0 ∈ L 1 , η ∈ L 1 , e) (ii) et les propositions 13.1 c) et 13.4,
nous obtenons

f[ b0 (ξ)b
0 ∗ η(ξ) = f η (ξ) = ıξ fb(ξ)ζ(ξ) = fb(ξ),

car, grâce à l’hypothèse (20) (avec R = 1) et à e) (i), nous avons ıξζ(ξ) = 1 là où fb(ξ) 6= 0.
(iv) Comme dans les autres questions, nous avons η ∈ L q , ∀ q, ce qui permet de conclure, grâce à
e) (iii) et à l’inégalité de Young.

28
Université Claude Bernard Lyon 1 Licence de mathématiques 3e année
Mesure et intégration Année 2020–2021
Contrôle terminal
– le mercredi 6 janvier 2021 –
– durée 180 minutes –
Consignes
1. Le seul document accepté est le support complet de cours, sous forme papier. Il ne doit pas conte-
nir d’ajouts concernant la correction des exercices.
2. Pas d’ordinateur, tablette, téléphone, calculatrice, montre connectée, ou autre objet connecté.
Z b
3. Pour chaque intégrale de la forme f (x) dx, préciser s’il s’agit d’une intégrale de Riemann, gé-
a
néralisée et/ou par rapport à la mesure de Lebesgue ; justifier son existence et préciser à quel type
d’intégrale s’appliquent les résultats utilisés.

Exercices de base
Exercice # 1. (2 p.) Soit a > 0. Calculer
Z ∞ −x/n
e
La := lim dx.
n→∞ 0 (1 + x)a
(Le résultat final doit être un nombre explicite dans R, pas une intégrale.)
Exercice # 2. (2 p.) Pour x ∈ R, soit
Z
sin(tx)
F (x) := 2
dt.
R t(1 + t )

Montrer que F est continue.


Exercice # 3. (1 p.) Montrer que la fonction F de l’exercice 2 est dérivable.
Exercice # 4. (3 p.) Soit D := {(x, y) ∈ R2 ; x2 < y < x}.
a) Dessiner D dans le plan xOy.
Z
y
b) Calculer dxdy.
D x

Exercice # 5. (2 p.) Soit ∆ := {(x, t) ∈ R2 ; 0 < t < x}.


Montrer que
Z Z ∞
cos t sin x
3
dxdt = dx.
∆ 1+x 0 1 + x3

Exercice # 6. (2 p.) Calculer


Z
1
3
dx
R2 (1 + |x|)

(où |x| désigne la norme euclidienne usuelle de x ∈ R2 ).


Exercice # 7. (2 p.) Soit
f : Rn → R, f (x) := exp (−|x1 | − · · · − |xn |), ∀ x = (x1 , . . . , xn ) ∈ Rn .

Calculer fb.
Exercices
Exercice # 8. (3 p.)

a) Soit x ∈ [0, ∞[. Établir la monotonie de la suite n ex/n − 1 n≥1 . (On pourra par exemple utiliser
le développement en série de l’exponentielle.)
b) Calculer
Z ∞
lim n (ex/n − 1)e−2x dx.
n→∞ 0

Exercice # 9. (1 p.) Soit F la fonction de l’exercice 2, qui est dérivable (voir l’exercice 3). Calculer lim F 0 (x).
x→∞
Exercice # 10. (2 p.) Nous travaillons dans (R, BR , ν1 ). Soit
(
|ξ|−1/3 − 1, si 0 < |ξ| ≤ 1
g : R → C, g(ξ) := .
0, si |ξ| > 1 ou ξ = 0

a) Existe-t-il f ∈ L 1 (R) telle que fb = g ?


b) Existe-t-il f ∈ L2 (R) telle que fb = g ?

Problèmes
Problème # 1. (4 p.) Soit
E := {(x, y) ∈ R2 ; 0 < y < x}.
Soit
cos y
f : E → R, f (x, y) := , ∀ (x, y) ∈ E,
xa
où 1 < a < 2.
a) Donner un sens à et montrer l’égalité
Z ∞ Z  Z ∞ Z 
f (x, y) dy dx = f (x, y) dx dy.
0 Ex 0 Ey

b) Montrer que f n’est pas intégrable sur E, et donc le théorème de Fubini ne s’applique pas.
Problème # 2. (4 p.) Nous travaillons dans (Rn , BRn , νn ).
Rappelons la propriété suivante : si f, g ∈ L 1 (Rn ), alors
Z Z
fb(ξ) g(ξ) dξ = f (x) gb(x) dx. (1)
Rn Rn
a) Soit
g ε : Rn → R, g ε (x) := exp (−ε|x1 | − · · · − ε|xn |), ∀ x = (x1 , . . . , xn ) ∈ Rn , ∀ ε > 0.
V

Calculer g ε .
b) Si f ∈ L 1 (Rn ) est une fonction continue et bornée telle que fb ∈ L 1 , montrer, à l’aide de (1) et a), la
formule d’inversion
Z
1
f (0) = fb(ξ) dξ.
(2π)n Rn

Problème # 3. (4 p.) Soient f, g :]0, ∞[→ [0, ∞[ deux fonctions boréliennes. Montrer que
Z Z ∞ Z x2 /4 !
f (x + y) g(xy) |x − y| dxdy = 2 f (x) g(y) dy dx.
]0,∞[2 0 0

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2. Pas d’ordinateur, tablette, téléphone, calculatrice, montre connectée, ou autre objet connecté.
Z b
3. Pour chaque intégrale de la forme f (x) dx, préciser s’il s’agit d’une intégrale de Riemann, gé-
a
néralisée et/ou par rapport à la mesure de Lebesgue ; justifier son existence et préciser à quel type
d’intégrale s’appliquent les résultats utilisés.

Exercices de base
Exercice # 1. (2 p.) Soit a > 0. Calculer
Z ∞ −x/n
e
La := lim dx.
n→∞ 0 (1 + x)a
(Le résultat final doit être un nombre explicite dans R, pas une intégrale.)
Exercice # 2. (2 p.) Pour x ∈ R, soit
Z
sin(tx)
F (x) := 2
dt.
R t(1 + t )

Montrer que F est continue.


Exercice # 3. (1 p.) Montrer que la fonction F de l’exercice 2 est dérivable.
Exercice # 4. (3 p.) Soit D := {(x, y) ∈ R2 ; x2 < y < x}.
a) Dessiner D dans le plan xOy.
Z
y
b) Calculer dxdy.
D x

Exercice # 5. (2 p.) Soit ∆ := {(x, t) ∈ R2 ; 0 < t < x}.


Montrer que
Z Z ∞
cos t sin x
3
dxdt = dx.
∆ 1+x 0 1 + x3

Exercice # 6. (2 p.) Calculer


Z
1
3
dx
R2 (1 + |x|)

(où |x| désigne la norme euclidienne usuelle de x ∈ R2 ).


Exercice # 7. (2 p.) Soit
f : Rn → R, f (x) := exp (−|x1 | − · · · − |xn |), ∀ x = (x1 , . . . , xn ) ∈ Rn .

Calculer fb.
Exercices
Exercice # 8. (3 p.)

a) Soit x ∈ [0, ∞[. Établir la monotonie de la suite n ex/n − 1 n≥1 . (On pourra par exemple utiliser
le développement en série de l’exponentielle.)
b) Calculer
Z ∞
lim n (ex/n − 1)e−2x dx.
n→∞ 0

Exercice # 9. (1 p.) Soit F la fonction de l’exercice 2, qui est dérivable (voir l’exercice 3). Calculer lim F 0 (x).
x→∞
Exercice # 10. (2 p.) Nous travaillons dans (R, BR , ν1 ). Soit
(
|ξ|−1/3 − 1, si 0 < |ξ| ≤ 1
g : R → C, g(ξ) := .
0, si |ξ| > 1 ou ξ = 0

a) Existe-t-il f ∈ L 1 (R) telle que fb = g ?


b) Existe-t-il f ∈ L2 (R) telle que fb = g ?

Problèmes
Problème # 1. (4 p.) Soit
E := {(x, y) ∈ R2 ; 0 < y < x}.
Soit
cos y
f : E → R, f (x, y) := , ∀ (x, y) ∈ E,
xa
où 1 < a < 2.
a) Donner un sens à et montrer l’égalité
Z ∞ Z  Z ∞ Z 
f (x, y) dy dx = f (x, y) dx dy.
0 Ex 0 Ey

b) Montrer que f n’est pas intégrable sur E, et donc le théorème de Fubini ne s’applique pas.
Problème # 2. (4 p.) Nous travaillons dans (Rn , BRn , νn ).
Rappelons la propriété suivante : si f, g ∈ L 1 (Rn ), alors
Z Z
fb(ξ) g(ξ) dξ = f (x) gb(x) dx. (1)
Rn Rn
a) Soit
g ε : Rn → R, g ε (x) := exp (−ε|x1 | − · · · − ε|xn |), ∀ x = (x1 , . . . , xn ) ∈ Rn , ∀ ε > 0.
V

Calculer g ε .
b) Si f ∈ L 1 (Rn ) est une fonction continue et bornée telle que fb ∈ L 1 , montrer, à l’aide de (1) et a), la
formule d’inversion
Z
1
f (0) = fb(ξ) dξ.
(2π)n Rn

Problème # 3. (4 p.) Soient f, g :]0, ∞[→ [0, ∞[ deux fonctions boréliennes. Montrer que
Z Z ∞ Z x2 /4 !
f (x + y) g(xy) |x − y| dxdy = 2 f (x) g(y) dy dx.
]0,∞[2 0 0

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Exercices de base
Exercice # 1. (2 p.) Soit a > 0. Calculer
Z ∞ −x/n
e
La := lim dx.
n→∞ 0 (1 + x)a

(Le résultat final doit être un nombre explicite dans R, pas une intégrale.)
Éléments de correction. Le fait que a > 0 ne joue aucun rôle. Appliquer le théorème de convergence mo-
notone. Via un changement affine de variables dans une intégrale généralisée, nous obtenons

Z ∞ Z ∞ ∞, si a ≤ 1
1 1
La = dx = dy = 1 .
0 (1 + x)a 1 ya  , si a > 1
a−1

Exercice # 2. (2 p.) Pour x ∈ R, soit


Z
sin(tx)
F (x) := 2
dt.
R t(1 + t )

Montrer que F est continue.


Éléments de correction. Si [a, b] ⊂ R, nous avons la majoration

sin(tx) |tx| 1
2
≤ ≤ max |y| , ∀ x ∈ [a, b], ∀ t ∈ R.
t(1 + t ) |t|(1 + t ) y∈[a,b] 1 + t2
2

Nous concluons en utilisant le fait que


Z
1
2
dt = π < ∞.
R 1+t

Exercice # 3. (1 p.) Montrer que la fonction F de l’exercice 2 est dérivable.


Éléments de correction. Nous avons la majoration
 
∂ sin(tx) cos(tx) 1
2
= 2
≤ , ∀ x ∈ R, ∀ t ∈ R,
∂x t(1 + t ) 1+t 1 + t2

et nous concluons comme ci-dessus.

Exercice # 4. (3 p.) Soit D := {(x, y) ∈ R2 ; x2 < y < x}.


a) Dessiner D dans le plan xOy.
Z
y
b) Calculer dxdy.
D x
Éléments de correction.
a) D est l’ouvert borné délimité par la première bissectrice et la parabole y = x2 .
b) Sans entrer dans les détails du calcul de chaque intégrale, le théorème de Tonelli local donne
Z Z 1 Z x  Z
y y 1 1 1
dxdy = dy dx = (x − x3 ) dx = .
D x 0 x2 x 2 0 8

Exercice # 5. (2 p.) Soit ∆ := {(x, t) ∈ R2 ; 0 < t < x}.


Montrer que
Z Z ∞
cos t sin x
3
dxdt = dx.
∆ 1+x 0 1 + x3

Éléments de correction. Si le théorème de Fubini local s’applique, alors (sans entrer dans les détails des
calculs)
Z Z ∞ Z x  Z ∞
cos t 1 sin x
3
dxdt = 3
cos t dt dx = dx.
∆ 1+x 0 1+x 0 0 1 + x3

Pour justifier l’utilisation du théorème de Fubini local, nous utilisons le théorème de Tonelli local
pour obtenir (sans entrer dans les détails)
Z Z Z ∞ Z x  Z ∞
cos t 1 1 x
3
dxdt ≤ 3
dxdt = 3
dt dx = dx < ∞.
∆ 1+x ∆ 1+x 0 1+x 0 0 1 + x3

La dernière inégalité se justifie par une étude d’intégrale généralisée, en notant que l’intégrande se
prolonge par continuité en 0, et qu’à l’infini nous avons
x 1
3
∼∞ 2 .
1+x x
Nous concluons grâce au critère de Riemann à l’infini.

Exercice # 6. (2 p.) Calculer


Z
1
3
dx
R2 (1 + |x|)

(où |x| désigne la norme euclidienne usuelle de x ∈ R2 ).


Éléments de correction. En passant en coordonnées polaires et en utilisant le théorème de Tonelli local,
nous obtenons (sans entrer dans les détails)
Z Z ∞ Z 2π  Z ∞
1 r r
3
dx = 3
dθ dr = 2π dr,
R2 (1 + |x|) 0 (1 + r) 0 0 (1 + r)3

la dernière intégrale pouvant être vue comme une intégrale généralisée.


Nous avons, après un changement affine de variables dans une intégrale généralisée,
Z ∞ Z ∞ Z ∞ 
r s−1 1 1 1
3
dr = 3
ds = 2
− 3 ds = .
0 (1 + r) 1 s 1 s s 2

Il s’ensuit que l’intégrale de l’énoncé vaut π.

2
Exercice # 7. (2 p.) Soit

f : Rn → R, f (x) := exp (−|x1 | − · · · − |xn |), ∀ x = (x1 , . . . , xn ) ∈ Rn .

Calculer fb.
Éléments de correction. Commençons par montrer que f ∈ L 1 (ce qui implique que l’intégrande dans la
formule de fb est intégrable). Le théorème de Tonelli donne (sans entrer dans les détails)
Z Z n
−|x1 |
|f (x)| dx = e dx1 = 2n < ∞ ;
Rn R

au passage, nous avons utilisé le fait que


Z Z ∞ Z ∞
−|t| −|t|
e dt = e dt = 2 e−t dt = 2.
R −∞ 0

Le théorème de Fubini, justifié par ce qui précède, donne


n Z
Y n
Y 1 1
fb(ξ) = e−ıxj ξj −|xj |
e dxj = 2 n
= 2n n .
R 1 + (ξj )2 Y
j=1 j=1 2
(1 + (ξj ) )
j=1

Ici, nous avons utilisé


Z Z Z ∞  t=0  t=∞
−ıtζ −|t|
0
−ıtζ+t −ıtζ−t e−ıtζ+t e−ıtζ−t
e e dt = e dt + e dt = +
R −∞ 0 1 − ıζ t=−∞ −1 − ıζ t=0
1 1 2
= + = , ∀ ζ ∈ R.
1 − ıζ 1 + ıζ 1 + ζ2

Exercices
Exercice # 8. (3 p.)

a) Soit x ∈ [0, ∞[. Établir la monotonie de la suite n ex/n − 1 n≥1 . (On pourra par exemple utiliser
le développement en série de l’exponentielle.)
b) Calculer
Z ∞
lim n (ex/n − 1)e−2x dx.
n→∞ 0

Éléments de correction.
a) Nous avons
 X 1 xk X 1 xk
n ex/n − 1 = n = .
k≥1
k! nk k≥1
k! nk−1

Chaque terme de la série décroissant avec n, la suite de l’énoncé est décroissante.


b) Les intégrandes étant positives, et, de ce qui précède, décroissantes avec n, nous utilisons le théorème
de convergence décroissante (exercice 6.36). La première intégrande est intégrable, car
Z ∞ Z ∞
−2x 1
x
(e − 1) e dx = (e−x − e−2x ) dx = .
0 0 2

3
Comme (sans entrer dans les détails)

lim n ex/n − 1 = x, ∀ x ∈ R,
n→∞

nous obtenons que la limite de l’énoncé vaut


Z ∞
1
x e−2x dx = ,
0 4

la dernière égalité étant obtenue en traitant l’intégrale comme une intégrale généralisée et en faisant
une intégration par parties. (Une autre façon de procéder consiste à faire un changement linéaire de
variable, afin de se ramener à Γ(2).)

Exercice # 9. (1 p.) Soit F la fonction de l’exercice 2, qui est dérivable (voir l’exercice 3). Calculer lim F 0 (x).
x→∞

Éléments de correction. Soit


1
f : R → R, f (t) := , ∀ t ∈ R,
1 + t2
qui est Lebesgue intégrable.
Nous avons
Z Z  h i
cos(tx) b
0
F (x) = 2
dt = Re e−ıtx
f (t) dt = Re f (x) , ∀ x ∈ R.
R 1+t R

Le lemme de Riemann-Lebesgue donne lim F 0 (x) = 0.


x→∞

Exercice # 10. (2 p.) Nous travaillons dans (R, BR , ν1 ). Soit


(
|ξ|−1/3 − 1, si 0 < |ξ| ≤ 1
g : R → C, g(ξ) := .
0, si |ξ| > 1 ou ξ = 0

a) Existe-t-il f ∈ L 1 (R) telle que fb = g ?


b) Existe-t-il f ∈ L2 (R) telle que fb = g ?
Éléments de correction.
a) Nous avons lim g(ξ) = ∞, et donc g n’est pas continue en 0. La réponse est donc non.
ξ→0

b) Notons que la « vraie » question est s’il existe f ∈ L2 (R) telle que fb = [g] (la classe d’équivalence de
g), et que la réponse est positive si et seulement si g ∈ L 2 (R).
Sans entrer dans les détails, nous avons
Z Z 1
2
[g(ξ)] dx = 2 [ξ −1/3 − 1]2 dx < ∞,
R 0

la dernière inégalité se justifiant via le critère de Riemann et le fait que


1
[ξ −1/3 − 1]2 ∼0+ .
ξ 2/3

4
Problèmes
Problème # 1. (4 p.) Soit

E := {(x, y) ∈ R2 ; 0 < y < x}.

Soit
cos y
f : E → R, f (x, y) := , ∀ (x, y) ∈ E,
xa
où 1 < a < 2.
a) Donner un sens à et montrer l’égalité
Z ∞ Z  Z ∞ Z 
f (x, y) dy dx = f (x, y) dx dy.
0 Ex 0 Ey

b) Montrer que f n’est pas intégrable sur E, et donc le théorème de Fubini ne s’applique pas.
Éléments de correction.
a) Notons les égalités d’intégrales généralisées
Z Z
sin x 1 cos y
f (x, y) dy = a , ∀ x > 0, et f (x, y) dx = , ∀ y > 0.
Ex x Ey a − 1 y a−1

Pour établir l’égalité de l’énoncé, montrons l’égalité d’intégrales généralisées


Z ∞ Z ∞
sin x 1 cos x
dx = dx.
0 xa a − 1 0 xa−1

Notons que chacune des intégrales généralisées converge. Par exemple pour la première, nous avons
sin x 1
a
∼0+ a−1 ,
x x
et la convergence en 0 suit du critère de Riemann en 0 et de l’hypothèse a < 2, qui entraîne
Z a−1 < 1. À

l’infini, la convergence suit de la convergence des intégrales oscillantes de la forme sin x f (x) dx,
A
avec f ∈ C 1 , f & et lim f (x) = 0. (Raisonnement analogue pour la seconde intégrale généralisée.)
x→∞
Nous avons donc
Z ∞ Z M Z M
1 cos x 1 cos x 1 sin0 x
dx = lim dx = lim dx
a − 1 0 xa−1 ε→0+ a − 1 ε xa−1 ε→0+ a − 1 ε xa−1
M →∞ M →∞
( x=M Z M )
1 sin x sin x
= lim + dx
ε→0+ a − 1 xa−1 x=ε ε xa
M →∞
( Z M )
1 sin M 1 sin ε sin x
= lim a−1
− + dx
ε→0+
|a − 1{zM } |a − {z 1 εa−1} ε xa
M →∞
→0, car a−1>0 →0, car a−1<1
Z M Z ∞
sin x sin x
= lim dx = dx.
ε→0+ ε xa 0 xa
M →∞

5
b) Le théorème de Tonelli local donne (sans entrer dans les détails)
Z Z ∞
1 | cos y|
|f (x, y)| dxdy = dy.
E a−1 0 y a−1

En traitant cette intégrale comme une intégrale généralisée, nous obtenons (sans entrer dans les
détails), en utilisant successivement les inégalités a − 1 > 0 et a − 1 < 1,
Z ∞ XN Z 2nπ N Z 2nπ
X
| cos y| | cos y| | cos y|
a−1
dy = lim a−1
dy ≥ lim sup a−1
dy
0 y N →∞
n=1 2(n−1)π
y N →∞ n=1 2(n−1)π (2nπ)
N
X X 1
2 2
= lim sup = = ∞,
N →∞ n=1
(2nπ)a−1 (2π)a−1 n≥1 na−1

d’où la conclusion.

Problème # 2. (4 p.) Nous travaillons dans (Rn , BRn , νn ).


Rappelons la propriété suivante : si f, g ∈ L 1 (Rn ), alors
Z Z
fb(ξ) g(ξ) dξ = f (x) gb(x) dx. (1)
Rn Rn

a) Soit

g ε : Rn → R, g ε (x) := exp (−ε|x1 | − · · · − ε|xn |), ∀ x = (x1 , . . . , xn ) ∈ Rn , ∀ ε > 0.


V

Calculer g ε .
V

b) Si f ∈ L 1 (Rn ) est une fonction continue et bornée telle que f ∈ L 1 , montrer, à l’aide de (1) et a), la
formule d’inversion
Z
1
f (0) = fb(ξ) dξ.
(2π)n Rn

Éléments de correction.
a) En reprenant les calculs de l’exercice 7, nous obtenons g ε ∈ L 1 et
V
(2ε)n
g ε (ξ) = n , ∀ ξ ∈ Rn , ∀ ε > 0.
Y
(ε2 + (ξj )2 )
j=1

b) Nous obtenons
Z n
! Z
X f (x)
fb(ξ) exp − ε|ξj | dξ = (2ε) n
n dx.
Rn Rn Y
j=1
(ε2 + (xj )2 )
j=1

En faisant, dans l’intégrale de droite, le changement linéaire de variables x = Φ(y) := εy, nous
obtenons
Z n
! Z
X f (εy)
b
f (ξ) exp − ε|ξj | dξ = 2 n
dy.
n
Y
Rn j=1 Rn 2
(1 + (yj ) )
j=1

6
Nous considérons cette égalité le long d’une suite (ε` ) ⊂]0, ∞[ telle que ε` → 0, et passons à la limite,
pour obtenir
Z Z
b n f (0)
f (ξ) dξ = 2 n dy = (2π)n f (0),
Rn Rn Y
(1 + (yj )2 )
j=1

qui est la formule d’inversion.


Le passage à la limite utilise les hypothèses f bornée et continue et fb ∈ L 1 , et le fait que g 1 ∈ L 1 .
Les dominations sont, à gauche,
n
!
X
fb(ξ) exp − ε` |ξj | ≤ |fb(ξ)|, ∀ `, ∀ ξ,
j=1

et, à droite,

f (ε` y) 1
n ≤ kf kL∞ n = kf kL∞ g 1 (y), ∀ `, ∀ y.
Y Y
(1 + (yj )2 ) (1 + (yj )2 )
j=1 j=1

Problème # 3. (4 p.) Soient f, g :]0, ∞[→ [0, ∞[ deux fonctions boréliennes. Montrer que
Z Z Z 2 !
∞ x /4
f (x + y) g(xy) |x − y| dxdy = 2 f (x) g(y) dy dx.
]0,∞[2 0 0

Éléments de correction. L’intégrande h étant borélienne positive, nous avons


Z Z Z Z
h= h+ h+ h,
]0,∞[2 A B C

A := {(x, y) ; 0 < x < y}, B := {(x, y) ; 0 < x = y}, C := {(x, y) ; 0 < y < x}.
Z Z Z
Comme h = 0 sur B, nous avons h = h+ h. Nous calculons l’intégrale sur A. Par
]0,∞[2 A C Z Z
symétrie, le calcul sur C donne le même résultat, et donc finalement nous aurons h = 2 h.
]0,∞[2 A
Posons, pour (x, y) ∈ A, u := x + y, v := xy, de sorte que u > 0, v > 0 et u > 4v. Réciproquement,
2

soit

(u, v) ∈ ∆, avec ∆ := {(u, v) ; u > 0, v > 0, u2 > 4v}.

Alors le seul couple (x, y) ∈ A tel que x + y = u et xy = v est donné par


p p
u − u2 − 4v u + u2 − 4v
x := , y := .
2 2
Il s’ensuit que l’application
p p !
u− u2 − 4v u + u2 − 4v
Φ : ∆ → A, Φ(u, v) := , ,
2 2

7
1
est bijective, et il est assez immédiat que c’est un C 1 -difféomorphisme tel que |JΦ (u, v)| = √ .
u2 − 4v
En utilisant le théorème du changement de variables et le théorème de Tonelli local, nous obtenons
(sans donner les détails)
Z Z Z Z 2 !
∞ u /4
f (x + y) g(xy) |x − y| dxdy = f (u) g(v) dudv = f (u) g(v) dv du,
A ∆ 0 0

d’où la conclusion.

8
Université Claude Bernard Lyon 1 Licence de mathématiques 3e année
Mesure et intégration Année 2020–2021

Contrôle terminal
– le mercredi 6 janvier 2021 –
– quelques erreurs fréquentes –

Exercice # 1.
1
Erreur(s) fréquente(s). Majorer l’intégrande par g(x) := , ce qui est correct, puis affirmer que g
(1 + x)a
est intégrable – ceci est faux si a ≤ 1. Le théorème de convergence dominée ne s’applique pas si a ≤ 1.
Point de vigilance. Si le théorème de convergence dominée s’applique, la limite est finie. Ceci aurait dû
vous montrer que, si a ≤ 1, on ne pouvait pas utiliser la convergence dominée.
e−x/n
Autre erreur. Faire une majoration qui dépend de n, par exemple ≤ e−x/n .
(1 + x)a
e−x/n
Travail inutile. Vérifier que les fonctions x 7→ (1+x)a
sont intégrables.

Exercice # 2.
Erreur(s) fréquente(s). Utiliser la majoration

sin(tx) 1
≤ , ∀ x ∈ R, ∀ t ∈ R \ {0}.
t(1 + t2 ) t(1 + t2 )

Cette majoration est fausse si t < 0 (le membre de gauche est positif, celui de droite strictement
négatif).
Autre erreur. Majorer

sin(tx) 1
2
≤ g(t) := , ∀ x ∈ R, ∀ t ∈ R \ {0}.
t(1 + t ) |t|(1 + t2 )
Z 1
Ceci est correct, mais inutile, car g n’est pas intégrable. En effet, nous avons g(t) dt = ∞.
0
Autre erreur. Majorer avec une fonction qui dépend de x, par exemple :

sin(tx) |x|
2
≤ , ∀ x ∈ R, ∀ t ∈ R \ {0}.
t(1 + t ) 1 + t2

Travail inutile. Vérifier que l’intégrande est intégrable.

Exercice # 3.
∂ sin(tx) ∂ sin(tx)
Erreur(s) fréquente(s). Majorer au lieu de .
∂t t(1 + t2 ) ∂x t(1 + t2 )

Exercice # 4.
Erreur(s) fréquente(s). Écrire D =]0, 1[×]x2 , x[. Ça n’a pas de sens (qui est x ?), et ne peut pas être vrai,
même si on donne une valeur à x (car D n’est pas un rectangle).
Autre erreur. Écrire
Z Z x Z 1 
y
dxdy = dy dx
D x2 0 x
Z x
Ça n’a pas de sens : qui est x ? Que veut dire g(x) dx ?
x2
Autre erreur. Ne pas invoquer le théorème de Tonelli.
Travail inutile. Vérifier que l’intégrande est intégrable (inutile si on passe par le théorème de Tonelli).

Exercice # 5.
Erreur(s) fréquente(s). Ne pas vérifier que le théorème de Fubini s’applique.
Autre erreur. Donner l’argument suivant. Nous avons
cos t 1
3
≤ ,
1+x 1 + x3
Z ∞
1 1
et 3
est intégrable sur ]0, ∞[. Ceci est vrai, mais inutile. Nous ne devons pas montrer que dx
1+x Z 0 1 + x3
1
est finie, mais que 3
dxdt est finie.
∆ 1+x
Z ∞
sin x
Autre erreur. Vérifier la finitude de dx. Ceci est vrai, mais ce n’est pas la condition à vérifier
0 1 + x3
dans le théorème de Fubini.

Exercice # 6.
Erreur(s) fréquente(s). Présenter le passage en coordonnées polaires comme un difféomorphisme.
Autre erreur. Ne pas mentionner le théorème de Tonelli.

Exercice # 7.
Erreur(s) fréquente(s). Ne pas vérifier que f ∈ L 1 .
Autre erreur. Ne pas savoir le sens de x · ξ. Par exemple, écrire x · ξ = x1 ξ + x2 ξ + · · · + xn ξ.
Autre erreur. Décomposer Rn = Rn+ ∪ Rn− (en général, d’ailleurs, sans avoir aucune idée de ce que pour-
raient être ces deux ensembles). Si n = 2, auquel des deux ensembles appartient x = (−1, 1) ?
Autre erreur. Appliquer le théorème de Tonelli pour calculer fb. Pour mémoire, nous avons
e−ıx·ξ = cos(x · ξ) − ı sin(x · ξ),
et en général ce nombre est complexe non réel, donc ni positif, ni négatif.

Exercice # 8.
Erreur(s) fréquente(s). Ne pas comprendre la question a). Il s’agitd’étudier la monotonie en n (à x fixé) et
non pas d’étudier la monotonie de la fonction x 7→ n ex/n − 1 .
Autre erreur. Utiliser un développement limité pour étudier la monotonie. C’est une approche difficile, à
manier avec prudence par les débutants (en l’occurrence, mal maniée par ceux qui l’ont choisie).
Point de vigilance. À moins d’être un utilisateur éclairé, éviter d’utiliser les développements limités pour
étudier la monotonie ou établir des inégalités.

Exercice # 9.
Erreur(s) fréquente(s). Conclure que la limite n’existe pas, car lim cos(tx) n’existe pas. So what ?
x→∞

2
Université Claude Bernard Lyon 1 Licence de mathématiques 3e année
Mesure et intégration Année 2020–2021

Épreuve de substitution
– le jeudi 11 février 2021 –
– durée 60 + 30 minutes –

Consignes
1. Le seul document accepté est le support complet de cours, sous forme papier. Il ne doit pas conte-
nir d’ajouts concernant la correction des exercices.
2. Pas d’ordinateur, tablette, téléphone, calculatrice, montre connectée, ou autre objet connecté.
Z b
3. Pour chaque intégrale de la forme f (x) dx, préciser s’il s’agit d’une intégrale de Riemann, gé-
a
néralisée et/ou par rapport à la mesure de Lebesgue ; justifier son existence et préciser à quel type
d’intégrale s’appliquent les résultats utilisés.

Sujet # 1
Z 1
tx−1
Exercice # 1. Soit f (x) := dt, ∀ x ∈ R.
0 1+t
a) Montrer que f est finie si et seulement si x > 0.
b) Montrer que f est continue sur ]0, ∞[.
c) Calculer f (x) + f (x + 1) pour x > 0. En déduire la valeur de lim x f (x).
x&0

Exercice # 2.
Z ∞ Z 1
ln x ln x
a) Montrer que l’intégrale généralisée I := dx existe et que I = 2 dx.
0 x2 − 1 0 x2 − 1
b) Calculer de deux façons différentes l’intégrale
Z
dxdy
2
.
R+ ×R+ (1 + y)(1 + x y)

En déduire que I = π 2 /4.


1
c) Déduire des questions précédentes et d’un développement en série entière de la fonction x 7→
1 − x2
que

X ∞
1 π2 X 1 π2
= et = .
n=0
(2n + 1)2 8 n=1
n 2 6

Exercice # 3. Calculer la transformée de Fourier de la fonction


2
f : R2 → R, f (x, y) := e−|x|−y , ∀ x, y ∈ R.

Sujet # 2
Z ∞
ln(1 + αx2 )
Exercice # 1. Soit I(α) := dx, α ≥ 0.
0 1 + x2
a) Montrer que la fonction I : R+ → R est continue sur R+ et de classe C 1 sur R∗+ .
b) Donner la formule de I 0 (α) si α > 0.
x2
c) Soit α ∈ R∗+ \ {1}. Décomposer la fraction en éléments simples. En déduire la
(1 + x2 )(1 + αx2 )
valeur de I 0 (α) pour α > 0.
d) Calculer I(α) pour α ≥ 0.

Exercice # 2. Pour (x, y) ∈ [−1, 1]2 , soit


(
(xy)/(x2 + y 2 )2 , si (x, y) 6= (0, 0)
f (x, y) := .
0, sinon

a) Montrer que les intégrales itérées de f existent et sont égales.


b) La fonction f est-elle λ2 -intégrable sur [−1, 1]2 ?
Exercice # 3. Calculer
Z ∞ −x/n
e
lim dx.
n→∞ 0 1+x

Sujet #3
Exercice # 1. Soient a, b > 0 deux constantes. Déterminer, en fonction de a et b, la nature de l’intégrale
Z ∞
sin x
I := dx,
0 x (1 + x)b
a

vue comme intégrale généralisée ou comme intégrale de Lebesgue.


Exercice # 2. Calculer
Z n
x n
lim 1− sin x dx.
n→∞ 0 n

2
Université Claude Bernard Lyon 1 Licence de mathématiques 3e année
Mesure et intégration Année 2020–2021

Contrôle terminal – seconde chance –


– le mercredi 23 juin 2021 –
– durée 120 minutes –

Consignes
1. Le seul document accepté est le support complet de cours, sous forme papier. Il ne doit pas conte-
nir d’ajouts concernant la correction des exercices.
2. Pas d’ordinateur, tablette, téléphone, calculatrice, montre connectée, ou autre objet connecté.
Z b
3. Pour chaque intégrale de la forme f (x) dx, préciser s’il s’agit d’une intégrale de Riemann, gé-
a
néralisée et/ou par rapport à la mesure de Lebesgue ; justifier son existence et préciser à quel type
d’intégrale s’appliquent les résultats utilisés.

Exercice # 1. (3 p.) Soit


Z 1 
xn −x
In := 1+ e dx, ∀ n ∈ N, n ≥ 1.
0 n
Calculer

lim In .
n→∞

Exercice # 2. (3 p.) Soit ∆ :=]0, ∞[2 . Calculer


Z
sin x
x+y
dxdy.
∆ e

Exercice # 3. (2 p.) Soit D := {x ∈ R2 ; |x| < 1}, où |x| désigne la norme euclidienne usuelle de x ∈ R2 .
Calculer
Z
1
dx.
D 1 + |x|

Exercice # 4. (4 p.) Soit

f : Rn → R, f (x) := exp (−|x1 | − · · · − |xn |), ∀ x = (x1 , . . . , xn ) ∈ Rn .

Calculer fb.
Exercice # 5. (4 p.) Soit
X∞
1
ζ(x) := , ∀ x > 1.
n=1
nx

a) Montrer que ζ(x) existe, est finie et strictement positive, ∀ x > 1.


b) Montrer que la fonction ζ,

]1, ∞[3 x 7→ ζ(x) ∈]0, ∞[,

est continue.
c) Montrer que ζ ∈ C 1 (]1, ∞[) et calculer ζ 0 (x), ∀ x > 1.
d) Proposer (sans justifier) une formule « raisonnable » pour ζ 00 (x).
e) En utilisant les formules des questions précédentes, montrer que

[ζ 0 (x)]2 ≤ ζ(x) ζ 00 (x), ∀ x > 1.

f) Soit
−ζ 0 (x)
f (x) := , ∀ x > 1.
ζ(x)

Montrer que f est strictement positive et décroissante.


g) (Question plus difficile) Montrer que f est strictement décroissante.

Exercice # 6. (4 p.) Soit


Z ∞
1 − cos t
F (a) := dt, ∀ a ∈ R.
0 ta

Trouver toutes les valeurs de a telles que F (a) soit finie.


Rappel. Nous avons 1 − cos t ≤ t2 /2, ∀ t ∈ R.
Exercice # 7. (3 p.) Soit
Z ∞
sin x
In := dx, ∀ n ∈ N, n ≥ 2.
0 (1 + x/n)n

a) Montrer que In existe et est finie, ∀ n ≥ 2.


b) Calculer

lim In .
n→∞

Rappel. Pour tout x ≥ −1, la suite ((1 + x/n)n )n≥1 est croissante.
Exercice # 8. (3 p.) Calculer
Z 1
ln x
dx, ∀ a < 1 :
0 xa

a) À partir de la dérivée de la fonction


Z 1
1
] − ∞, 1[3 a 7→ I(a) := a
dx ;
0 x

b) Par calcul direct.

Exercice # 9. (3 p.) Soient µ, ν deux mesures boréliennes σ-finies sur Rn . Soit


Z Z 
µ ∗ ν(E) := χE (x + y) dµ(x) dν(y), ∀ E ∈ BRn .
Rn Rn

a) Montrer que µ ∗ ν = ν ∗ µ.
b) Montrer que µ ∗ ν est une mesure borélienne.

2
Université Claude Bernard Lyon 1 Licence de mathématiques 3eannée
Mesure et intégration automne 2021

Contrôle 1 (11 octobre 2021)


Durée : 45 minutes. Le polycopié du cours est autorisé, à l’exclusion de tout autre
document, calculatrice...

1. Soit 
xn = (−1)n cos(1/n) + sin(1/n) pour n ∈ N.
Calculer lim supn→∞ xn et lim infn→∞ xn .

*****

2. Soit BR la tribu Borélienne sur R. Prouver ou réfuter les assertions suivantes


(a) Si A ∈ BR et λ( A) = 0 alors A est fermé.
(b) L’ensemble C ⊂ BR formé des unions finies d’intervalles ouverts de R est un clan.

*****

3. Soit X = N. Trouver la tribu sur X engendrée par A ⊂ P(N) donné par

A = {{ p}, p est un entier premier} .

*****

4. Soit f : R → R une fonction et soit g : R → R la fonction définie par g( x ) = sin( f ( x )).


(a) Est-il vrai que si f est borélienne alors g l’est aussi ?
(b) Est-il vrai que si g est borélienne alors f l’est aussi ?
(Indciation : Dans cet exercice on peut admettre l’existence de parties de R non boréliennes.)

*****

5. Soit λ la mesure de Lebesgue sur R et soit A ⊆ R un ensemble borélien. Soit f la fonction


sur R+ définie par
f ( x ) = λ([0, x ] ∩ A) pour x ∈ R+ .
(a) Montrer que f prend des valeurs finies pour tout x ∈ R+ .
(b) Montrer que f est continue.
Université Claude Bernard Lyon 1 Licence de mathématiques 3eannée
Mesure et intégration automne 2021

Corrigé du contrôle 1 (11 octobre 2021)

1. Soit ( )
xn = (−1)n cos(1/n) + sin(1/n) pour n ∈ N.
Calculer lim supn→∞ xn et lim infn→∞ xn .

Solution. On remarque que

lim x2n = lim cos(1/(2n)) + sin(1/(2n)) = 1 et


n→∞ n→∞
lim x2n+1 = lim −(cos(1/(2n + 1)) + sin(1/(2n + 1))) = −1,
n→∞ n→∞

d’où on conclut que la suite ( xn )n∈N a deux points d’adhérence, à savoir 1 et −1, et que
lim supn xn = 1 et lim infn xn = −1.

*****

2. Soit BR la tribu Borélienne sur R. Prouver ou réfuter les assertions suivantes


(a) Si A ∈ BR et λ( A) = 0 alors A est fermé.

Solution. C’est faux. On peut considérer par exemple l’ensemble {1/n : n ∈ N∗ } qui
est borélien de mesure 0 (car dénombrable) mais qui n’est pas fermé (0 étant un point
d’adhérence qui n’est pas dans l’ensemble).

(b) L’ensemble C ⊂ BR formé des unions finies d’intervalles ouverts de R est un clan.

Solution. C’est faux. On va voir que [0, ∞) = R \ (−∞, 0) n’est pas dans C ce qui montre
que C n’est pas clos par complémentaire.

En effet, supposons que [0, ∞) = in=−01 ( ai , bi ) et sans perte de généralité, supposons que

a0 = min{ ai : i < n}. Si a0 < 0, alors ( a0 , b0 ) ⊈ [0, ∞) et si a0 ≥ 0, alors 0 ∈/ i ( a i , bi ) .
Dans les deux cas on obtient une contradiction.

*****

3. Soit X = N. Trouver la tribu sur X engendrée par A ⊂ P(N) donné par

A = {{ p}, p est un entier premier} .

Solution. Soit B = { p ∈ N : p est premier}. Soit B1 = P( B) et B2 = {(N \ B) ∪ A : A ⊆


B}. On prétend que la tribu engendrée par A est l’ensemble T0 = B1 ∪ B2 . D’abord on
montre que T0 est une tribu. Le complémentaire de tout ensemble dans B1 est dans B2 et
le complémentaire de tout ensemble dans B2 est dans B1 , ce qui montre que T0 est clos par

complémentaire. Soit maintenant A = i Ai avec Ai ∈ T0 pour tout i. Si tout Ai ∈ B1 , alors
A ∈ B1 et s’il existe i tel que Ai ∈ B2 , alors A ∈ B2 . Ceci montre que T0 est également clos
par des réunions arbitraires (en particulier dénombrables).
Ensuite, supposons que T est une tribu qui contient A. Comme T est close par réunions
dénombrables, on obtient que B1 ⊆ T (tout élément de B1 étant une réunion dénombrable
d’éléments de A). Enfin, tout élément de B2 est le complémentaire d’un élément de B1 et
donc B2 ⊆ T aussi.
*****

4. Soit f : R → R une fonction et soit g : R → R la fonction définie par g( x ) = sin( f ( x )).


(a) Est-il vrai que si f est borélienne alors g l’est aussi ?

Solution. Oui, car la composition de deux fonctions boréliennes et borélienne.

(b) Est-il vrai que si g est borélienne alors f l’est aussi ?

Solution. Non. Soit A ⊆ R un ensemble non borélien et soit f définie par


{
0 si x ∈ A,
f (x) =
π si x ∈
/ A.

Alors g( x ) = 0 pour tout x (et g est donc borélienne) mais f ne l’est pas (car f −1 ({0}) =
A est non borélien).

*****

5. Soit λ la mesure de Lebesgue sur R et soit A ⊆ R un ensemble borélien. Soit f la fonction


sur R+ définie par
f ( x ) = λ([0, x ] ∩ A) pour x ∈ R+ .
(a) Montrer que f prend des valeurs finies pour tout x ∈ R+ .

Solution. On a, pour tout x ∈ R+ , que

f ( x ) = λ([0, x ] ∩ A) ≤ λ([0, x ]) = x < ∞.

(b) Montrer que f est continue.

Solution. On a, pour tout x, y ∈ R+ avec x < y, que

| f ( x ) − f (y)| = |λ([0, x ] ∩ A) − λ([0, y] ∩ A)| ≤ λ([0, y] \ [0, x ])


= λ(( x, y]) = y − x,

ce qui montre que f est continue (même uniformément).

2
Université Claude Bernard Lyon 1 Licence de mathématiques 3eannée
Mesure et intégration automne 2021

Contrôle 2 (9 novembre 2021)


Durée : 1 heure. Aucun document n’est autorisé, calculatrice non autorisée

Questions de cours

1. Soit ( X, T, µ) un espace mesuré et f : X → R une fonction mesurable.


— Si f est positive (c’est-à-direR f ( x ) ≥ 0 pour tout x ∈ X) donner la définition de l’inté-
grale de f par rapport à µ : X f ( x )dµ( x ). (En supposant que la définition de l’intégrale
des fonctions étagées est connue).
R
— Lorsque f n’est pas forcément positive, définir X f ( x )dµ( x ) et dire quand elle bien
définie (au sens de l’intégrale de Lebesgue). Définir la notion " f est intégrable".
2. Enoncer le théorème de convergence monotone

*****

Exercices.

3. Montrer que les intégrales suivantes sont bien définies et calculer la limite
Z ∞
n sin( x/n)
lim dx
n→∞ 1 x3

4. Soit P une mesure de probabilité sur R (muni de la tribu Borélienne BR ). Montrer que les
intégrales suivantes sont bien définies et calculer la limite.
Z
1
lim dP( x )
n→∞ R 1 + n| x |

5. Montrer que la série


+∞  s
1
∑ 1 + n2
n =0

est convergente pour s ∈] 12 , +∞[. On note K (s) la somme de cette série. Montrer que la
fonction s → K (s) est continue sur ] 12 , +∞[. Calculer lims→ 1 K (s).
2

6. Dans chacun des cas suivants, dîtes (et justifier en appliquant les résultats du cours et
les règles de convergence des intégrales généralisées) si : f est intégrable, respectivement
l’intégrale au sens de Lebesgue est bien définie (c’est-à-dire f admet une intégrale), sur
l’intervalle I, par rapport à la mesure de Lebesgue.
— I =]0, 1], f ( x ) = √1 .
x
ln( x )
— I =]0, ∞[, f ( x ) = x .
ln( x )
— I =]0, ∞[, f ( x ) = x2
.
Université Claude Bernard Lyon 1 Licence de mathématiques 3eannée
Mesure et intégration automne 2021

Corrigé contrôle 2 (9 novembre 2021)

Questions de cours

1. Cf cours, Definition 6.5 et 6.8.


2. Cf cours Théorème 6.25.

*****

Exercices.

3. Fait en TD, feuille 3, exo 12.

4. Soit P une mesure de probabilité sur R (muni de la tribu Borélienne BR ). Montrer que les
intégrales suivantes sont bien définies et calculer la limite.
Z
1
lim dP( x )
n→∞ R 1 + n| x |

Solution. Pour tout n ∈ N on note


1
f n (x) =
1 + n| x |

Alors x → f n ( x ) est continue donc mesurable. De plus 0 ≤ f n ( x ) ≤ 1. Comme P est une


mesure de probabilité, on a
Z Z
| f n ( x )| dP( x ) ≤ dP( x ) = P(R) = 1
R R

donc f n est intégrable sur R par rapport à P pour tout n ∈ N. On va appliquer la convergence
dominée : on a vu précédemment que | f n ( x )| ≤ 1 et 1 est intégrable car P est une probabilité.
De plus, on a (
1, si x = 0
lim f n ( x ) = = 1{0} ( x ).
n→∞ 0 si x 6= 0
Par le théorème de convergence dominée on a
Z Z
lim f n ( x )dP( x ) = 1{0} ( x )dP( x ) = P({0}).
n→∞ R R

5. Montrer que la série


+∞  s
1
∑ 1 + n2
n =0

est convergente pour s ∈] 12 , +∞[. On note K (s) la somme de cette série. Montrer que la
fonction s → K (s) est continue sur ] 12 , +∞[. Calculer lims→ 1 K (s).
2
 s
Solution. Les termes de la série étant positifs, et comme 1+1n2 ∼ n−2s lorsque n → ∞, par
les règles de convergence des séries on sait que la série K (s) est convergente pour s > 12 .
 s
1
Soit µ la mesure de comptage sur N et f (n, s) = 1+ n2
, on a
Z
K (s) = f (n, s)dµ(n).
N

Soit e > 0, on va appliquer le théorème de continuité des intégrales à paramètres sur


] 21 + e, +∞[. On voit que s → f (n, s) est continue, et n → f (n, s) mesurable (forcément car
tribu complète sur N). On a la domination suivante pour s ∈] 12 + e, +∞[ :
  12 +e
1
| f (n, s)| ≤ .
1 + n2

qui est intégrale sur N (vu plus haut). Donc ∀e > 0, s → K (s) est continue sur ] 12 + e, +∞[,
donc continue sur ∪e>0 ] 12 + e, +∞[=] 12 , +∞[.
Soit sk suite décroissante, sk > 12 et limk→∞ sk = 21 . En notant gk (n) = f (n, sk ), on voit
que gk (n) est une suite croissante de fonctions (car 1+1n2 ≤ 1) et
  21
1
lim gk (n) = .
k→∞ 1 + n2

Par le théorème de convergence monotone (appliqué à la suite de fonctions gk (n) et à la


mesure de comptage sur N), on a

+∞ +∞   12
1
lim K (sk ) = lim
k→∞
∑ gk ( n ) = ∑
k → ∞ n =0 1 + n2
= +∞.
n =0

  21
1 1
la dernière égalité venant du fait que 1+ n2
∼ n qui est une série divergente. Donc
lims→ 1 K (s) = +∞
2

6. Dans chacun des cas suivants, dîtes (et justifier avec les résultats du cours et les règle de
convergence des intégrales généralisées) si : f est intégrable, respectivement l’intégrale au
sens de Lebesgue est bien définie (c’est-à-dire f admet une intégrale), sur l’intervalle I, par
rapport à la mesure de Lebesgue.
— I =]0, 1], f ( x ) = √1 .
x
ln( x )
— I =]0, ∞[, f ( x ) = x .
ln( x )
— I =]0, ∞[, f ( x ) = x2
.
R1
Solution. 1er cas : f est positive et continue. De plus l’intégrale généralisée 0 √1x dx est
absolument convergente. Par résultat du cours, on en déduit que f est intégrable sur I.
R∞
2ème cas. On a f + ( x ) = 1[1,∞[ ( x ) f ( x ). De plus, par règle de Bertrand 1 f ( x )dx = +∞,
R
donc I f + = +∞ (au sens de l’intégrale de Lebesgue). De même f − ( x ) = −1]0,1] ( x ) f ( x ).
R
Par règle de Bertrand on a I f − = +∞. Donc f n’admet pas d’intégrale au sens de Lebesgue
sur I (en particulier n’est pas intégrable).
R∞
3ème cas. On a f + ( x ) = 1[1,∞[ ( x ) f ( x ). De plus, par règle de Bertrand 1 f ( x )dx < +∞,
R R
donc I f + < +∞. De même f − ( x ) = −1]0,1] ( x ) f ( x ). Par règle de Bertrand on a I f − = +∞.
Donc
R f n’est pas intégrable mais admet une intégrale au sens de Lebesgue sur I (et on a
I
f = −∞).

2
Université Claude Bernard Lyon 1 Licence de mathématiques 3eannée
Mesure et intégration automne 2021

Contrôle 3 (22 novembre 2021)


Durée : 1 heure. Aucun document n’est autorisé, calculatrice non autorisée

Questions de cours

1. Enoncer les théorèmes de Tonelli et Fubini (résultats permettant de relier l’intégrale par
rapport à la mesure produit et les intégrales itérées – énoncer les deux hypothèses de validité
de ces résultats).

*****

Exercices.

2. Soit f : R → R une fonction Borélienne intégrable sur R. Montrer que la fonction


Z
t 7→ fˆ(t) := e−itx f ( x )dx
R

est bien définie et continue sur R.


3. Calculer l’intégrale suivante
Z
1
exp(−y/x ) dxdy.
[0,1]×]0,∞[ 1 + x2

x2 y2
4. Soit a, b > 0 et B := {( x, y) ∈ R2 : a2
+ b2
≤ 1, x ≥ 0, y ≥ 0}. Déterminer
Z
x2 ydxdy.
B

Rx 2 R1 exp(− x2 (1+t2 ))
5. Pour x ≥ 0, soient F ( x ) := 0
exp(−t2 ) dt et G ( x ) := 0 1+ t2
dt.
(a) Montrer que F et G sont de classe C1 sur R+ .
(b) Calculer F 0 ( x ) + G 0 ( x ) pour x ≥ 0.
R∞
(c) En déduire la valeur de 0 exp(−t2 ) dt.
Université Claude Bernard Lyon 1 Licence de mathématiques 3eannée
Mesure et intégration automne 2021

Contrôle terminal (7 janvier 2022)


Durée : 3 heures. Aucun document n’est autorisé, calculatrice non
autorisée

Rappel et notations.
— On notera λ la mesure de Lebesgue sur R (on note aussi souvent simplement dx pour
λ(dx )). On rappelle qu’une fonction est dite Borélienne si elle est mesurable pour la
tribu Borélienne de R.
— Soit ( X, T, µ) un espace mesuré. Si f est une fonction mesurable sur X à valeurs réelles
ou complexes, on note k f k L p sa norme L p , pour 1 ≤ p ≤ ∞ (on rappelle que pour
R 1/p
p < ∞, k f k L p = X | f ( x )| p µ(dx ) ). On note L p ( X ) l’espace L p sur ( X, T, µ).
Par abus de notations (utilisé dans le cours et les TD) on dira qu’une fonction mesurable
f est dans L p ( X ) si k f k L p < ∞. Si I est un intervalle de R, implicitement L p ( I ) sera
compris pour la tribu Borélienne sur I et la mesure de Lebesgue sur I.
— On rappelle que si f : R → R est une fonction 2π-périodique, intégrable
Rπ sur [−π, π [,
1
ses coefficients de Fourier sont donnés par la formule cn = 2π −π f ( x )e inx dx, pour

tout n ∈ Z.
— On rappelle que si f est une fonction dans LR1 (R) à valeurs réelles ou complexes, sa
transformée de Fourier est définie par fˆ( x ) = R f (t)e−ixt dt.
Partie I : questions de cours et d’application du cours

1. Quelle propriété possède la limite d’une suite de fonctions mesurables qui converge
en tout point (donner un énoncé précis).
Application. Soit f : R → R continue et dérivable en tout point de R. Justifier ou
réfuter l’assertion suivante : la dérivée f 0 est Borélienne.

2. Enoncer l’inégalité de Hölder (qui permet de majorer la norme L1 d’un produit de


deux fonctions).
Application : soit ( X, T, µ) un espace mesuré tel que µ( X ) < ∞. Montrer que
pour 1 ≤ p ≤ q ≤ ∞ et f une fonction mesurable, on a k f k L p ≤ k f k Lq (µ( X ))1/p−1/q .

3. Enoncer l’identité de Parseval (qui relie la norme L2 d’une fonction sur [0, 2π [ avec
ses coefficients de Fourier).
Application : justifier ou réfuter l’assertion suivante : il existe une
√ fonction dans
2
L ([0, 2π [) dont les coefficients de Fourier (cn )n∈Z vérifient limn→∞ ncn = 1.

4. Soit ( f n )n la suite de fonctions de R dans R, données par f n (t) = χ[n,n+1[ (t)en−t (où
χ[n,n+1[ est la fonction indicatrice de l’intervalle [n, n + 1[). Calculer
Z Z
lim f n dλ − lim f n dλ.
n→+∞ R R n→+∞

Expliquer pourquoi le théorème de convergence dominée ne s’applique pas.


Partie II : exercices
5. Soit a, b deux réels tels que 0 < a < b < ∞. Soit f : ]0, ∞[×[Ra, b] → R définie par
f ( x, y) = exp(− xy). En calculant de deux façon différentes ]0,∞[×[a,b] f ( x, y)dxdy,
calculer la valeur de l’intégrale
Z ∞ − ax
e − e−bx
dx
0 x

6. Soit α un réel tel que α > 0. Soit f : R → C la fonction définie par l’intégrale
Z ∞
f (x) = tα−1 e−t e−itx dt
0

(a) Justifier que f est bien définie. Montrer que f est continument dérivable et
calculer sa dérivée f 0 sous la forme d’une intégrale.
(b) En faisant une intégration par partie montrer que f 0 ( x ) = − 1+iαix f ( x ).
(c) Montrer que
1
f ( x ) = C (1 + x2 )− 2 α exp(−iα arctan( x ))
où C est une constante qu’on explicitera avec la
R∞fonction Gamma. (On rap-
pelle la valeur de la fonction Gamma : Γ(z) = 0 tz−1 e−t dt, pour z > 0).
(d) Montrer que si α > 21 la fonction f est dans L2 (R). Expliquer aussi cette
proriété par un résultat du cours en interprétant f comme la transformée
de Fourier d’une fonction que l’on explicitera. Pour α > 12 , calculer la trans-
formée de Fourier de f .

7. Soit f : R → R la fonction 2π périodique définie sur [−π, π [ par f ( x ) = exp( x ).


(a) Calculer les coefficients de Fourier de f .
(b) Trouver la valeur de la série de Fourier de f en tout point de [−π, π [ (soyez
précis sur le théorème que vous utilisez).
1
(c) En déduire la valeur de la série ∑n≥1 1+ n2
.

8. Soit A un Borélien de R tel que λ( A) > 1. Pour n ∈ Z on note A − n = { x −


n, x ∈ A}.
(a) Montrer que λ( A) = ∑n∈Z λ(( A − n) ∩ [0, 1[).
(b) En déduire que les ensembles ( A − n) ∩ [0, 1[, n ∈ Z, ne peuvent pas être
deux à deux disjoints.
(c) En déduire qu’il existe a, b ∈ A tels que a − b est un entier non nul.

2
Université Claude Bernard Lyon 1 Licence de mathématiques 3eannée
Mesure et intégration automne 2021

Contrôle terminal (7 janvier 2022)


Eléments de corrigé

Partie I : questions de cours et d’application du cours

1. Cours et fait en TD.

2. Cours et fait en TD.


1
R 2π 2 2
3. Application : Non c’est faux. Par Parseval on sait que 2π 0 | f | = ∑n∈Z | cn ( f )| .
Sous l’hypothèse de l’énoncé on a que |cn |2 ∼ n1 lorsque n tend vers +∞. Donc la
série |cn |2 est divergente. Ainsi k f k L2 ([0,2π [) = ∞ et f n’est pas dans L2 .
R R n +1
4. Par calcul, on a que R f n (t)dt = n en−t dt = (1 − 1e ). D’autre part, pour tout x ∈
R, il existe un entier n0 tel que f n ( x ) = 0 pour n ≥ n0 . On a donc limn→∞ f n ( x ) = 0
∀ x ∈ R. Donc Z Z
1
lim f n dλ − lim f n dλ = 1 − > 0.
n→+∞ R R n→+∞ e
Le théorème de convergence dominée ne s’applique pas sinon on aurait 0. Et en
effet, on voit qu’il est impossible de trouver une fonction intégrable qui domine la
suite f n : on remarque que pour x ∈ [n, n + 1[, f n ( x ) ≥ 1e , donc supn | f n ( x )| ≥ 1e χR+
qui n’est pas intégrable. (On ne peut pas non plus dominer la suite des fonctions à
partir d’un certain rang, pour une raison similaire.)
Partie II : exercices
R
5. Soit I = ]0,∞[×[a,b] f ( x, y)dxdy. La fonction f étant positive mesurable (car conti-
nue) sur son domaine, on peut appliquer le théorème de Tonelli, et chacune des
intégrales ci-dessous ont a un sens comme intégrales de Lebesgue. On a donc
Z ∞ Z b  Z ∞  
1 −ax
I= exp(− xy)dy dx = e − e−bx dx.
0 a 0 x

D’autre part, en intégrant d’abord sur la variable x, on obtient par calcul élé-
mentaire,
Z b Z ∞  Z b
1
I= exp(− xy)dx dy = dy = ln(b) − ln( a).
a 0 a y

qui est donc la valeur de l’intégrale demandée.

6. (a) Soit g(t, x ) = tα−1 e−t e−itx . On peut dominer g par | g( x, t)| = h(t) :=
tα−1 e−t , pour tout t > 0 et tout x ∈ R. On a h(t) ∼ tα−1 lorsque t → 0.
Comme h(t) est positive, par critère de Riemann car α − 1 > −1, on sait
que h est intégrable sur [0, 1]. De plus par comparaison on sait que h(t) =
o (e−t/2 ) lorsque t → ∞ (car tα−1 = o (et/2 )). Donc h est intégrable sur [1, ∞[.
Donc t → g(t, x ) est intégrable sur ]0, ∞[ pour tout x ∈ R.
D’autre part, g( x, t) est clairement C ∞ en la variable x et ∂x

g( x, t) = −itα e−t e−itx ,
que l’on peut dominer comme suit :


| g( x, t)| ≤ h1 (t) := tα e−t , ∀t > 0, x ∈ R.
∂x
(qui ne dépend pas de x). La fonction h1 se prolonge continument en 0 et
est intégrable en +∞ pour la même raison que h. On peut donc appliquer
le théorème de dérivation des intégrales à paramètres et f est C1 et
Z ∞
0
f ( x ) = −i tα e−t e−itx dt.
0

(b) Par intégration par partie avec u = tα et v0 = e−t(1+ix) , on obtient,


Z ∞   Z ∞
−1 α −t −itx ∞ α
α −t −itx
t e e dt = t e e + tα−1 e−t e−itx dt.
0 1 + ix 0 1 + ix 0

Comme limt→∞ |tα e−t e−itx | = limt→∞ tα e−t = 0 et limt→0 tα e−t e−itx = 0, le
premier terme est nul, et donc
Z ∞
−iα
0
f (x) = tα−1 e−t e−itx dt.
1 + ix 0

(c) On constate que f est solution de l’équation différentielle linéaire f 0 ( x ) =


a( x ) f ( x ), avec a( x ) = 1−+iαix qui est une fonction continue sur R. Donc cette
ED admet une unique solution de la forme
Z x 
f ( x ) = f (0) exp a(y)dy .
0

−iα(1−ix )
On voit que a( x ) = 1+ x2 = −iα 1+1x2 − α 1+xx2 . On reconnait des dérivées
Rx
classiques et 0 a( x )dx = − 12 α ln(1 + x2 ) − iα arctan( x ). Comme f (0) =
Γ(α), on a le résultat.
1
(d) On a | f ( x )| = Γ(α)(1 + x2 )− 2 α donc lorsque x → ±∞, | f ( x )|2 ∼ Γ(α)2 | x |−2α
qui est intégrable en ±∞ par critère de RRiemann car 2α > 1. Comme | f |2 est
positive et continue sur R, cela donne R | f |2 < ∞, donc f est dans L2 (R).
Soit g(t) = tα−1 e−t χ]0,∞[ (t) alors g est dans L1 (R) (cf a)) et par définition

ĝ = f . Par théorème de Plancherel on sait que k f k L2 = 2π k gk L2 . Par les
même arguments qu’en a), on peut en effet vérifier que g est dans L2 (R)
pour α > 12 . Comme f et g sont dans L2 on peut utiliser le théorème d’in-
version de Fourier (pour la transformée de Fourier des fonctions L2 définie
comme extension de la transformée sur L1 ∩ L2 ). On obtient

fˆ(t) = ĝˆ (t) = 2πg(−t) = 2π |t|α−1 e−|t| χ]∞,0[ (t).

2
7. (a) En utilisant la 2π-périodicité, par résultat du cours, on peut calculer les
coefficients de Fourier sur toute période, donc on a par calcul direct
Z π
1 1 eπ − e−π (−1)n sinh(π )
cn ( f ) = exp( x − inx )dx = (−1)n = ,
2π −π 1 − in 2π 1 − in π

ceci car e±inπ = (−1)n pour tout n ∈ Z.


(b) La fonction f étant C1 par morceaux on peut appliquer la théorème de
Dirichlet et donc la série de Fourier, notée S f , converge simplement en tout
point et S f ( x ) = 12 ( f ( x + ) + f ( x − )). Comme f est continue sur ] − π, π [, on
a S f ( x ) = e x sur ] − π, π [. Comme f (−π + ) = e−π et f (−π − ) = f (π − ) =
eπ (par périodicité), on a S f (−π ) = cosh(π ).
(c) On a par b), S f (−π ) = cosh(π ). D’autre part

S f (−π ) = ∑ cn e−inπ = ∑ (−1)n cn


n∈Z n∈Z
sinh(π ) 1
=
π ∑ 1 − in
n∈Z
! !
sinh(π ) 1 1 sinh(π ) 1
= 1+ ∑ + = 1+2 ∑
π n ≥1
1 − in 1 + in π n ≥1
1 + n2

1 π cosh(π )−sinh(π )
Au final on obtient, ∑n≥1 1+ n2
= 12 (π coth(π ) − 1) = 2 sinh(π )
.
Remarque : on aurait aussi pu appliquer l’identité de Parseval, ça marche.

8. (a) On sait que ([n, n + 1[)n∈Z forme une partition dénombrable de R, on a


donc
A = tn∈Z A ∩ [n, n + 1[,
Par additivité dénombrable, on a λ( A) = ∑n∈Z λ( A ∩ [n, n + 1[). D’autre
part, ( A − n) ∩ [0, 1[= ( A ∩ [n, n + 1[) − n, et par invariance par translation
de la mesure de Lebesgue, on a λ( A ∩ [n, n + 1[) = λ(( A − n) ∩ [0, 1[). Ceci
conclut la preuve.
(b) Supposons que les ensembles ( A − n) ∩ [0, 1[, n ∈ Z, soient deux à deux
disjoints. Par additivité dénombrable on aurait

λ( A) = ∑ λ(( A − n) ∩ [0, 1[) = λ(t( A − n) ∩ [0, 1[) ≤ λ([0, 1[) = 1


n∈Z

car t( A − n) ∩ [0, 1[⊂ [0, 1[. Hors λ( A) > 1 par hypothèse.


(c) Par b) on peut trouver n et m entiers distincts et x ∈ ( A − n) ∩ [0, 1[, x ∈
( A − m) ∩ [0, 1[. On a donc y1 ∈ A et y2 ∈ A tels que x = y1 − n, et
x = y2 − m. On en déduit que y1 − y2 = n − m est un entier non nul.

3
Université Claude Bernard Lyon 1 Licence de mathématiques 3eannée
Mesure et intégration automne 2021

Contrôle terminal 2ème chance (27 juin 2022)


Durée : 1 heure 30 minutes. Aucun document n’est autorisé,
calculatrice non autorisée

Rappel et notations.
— On notera λ la mesure de Lebesgue sur R (on note aussi souvent simplement dx pour
λ(dx )). On rappelle qu’une fonction est dite Borélienne si elle est mesurable pour la
tribu Borélienne de R.
— Soit A un sous-ensemble d’un ensemble X : on notera χ A : X → {0, 1} la fonction
indicatrice de A (c’est-à-dire que χ A ( x ) = 1 si x ∈ A, et 0 sinon).
— Soit ( X, T, µ) un espace mesuré. Si f est une fonction mesurable sur X à valeurs réelles
ou complexes, on note k f k L p sa norme L p , pour 1 ≤ p ≤ ∞ (on rappelle que pour
R 1/p
p < ∞, k f k L p = X | f ( x )| p µ(dx ) ). On note L p ( X ) l’espace L p sur ( X, T, µ).
Par abus de notations (utilisé dans le cours et les TD) on dira qu’une fonction mesurable
f est dans L p ( X ) si k f k L p < ∞. Si I est un intervalle de R, implicitement L p ( I ) sera
compris pour la tribu Borélienne sur I et la mesure de Lebesgue sur I.
— On rappelle que si f : R → R est une fonction 2π-périodique, intégrable
Rπ sur [−π, π [,
1
ses coefficients de Fourier sont donnés par la formule cn = 2π −π f ( x )e inx dx, pour

tout n ∈ Z.
— On rappelle que si f est une fonction dans LR1 (R) à valeurs réelles ou complexes, sa
transformée de Fourier est définie par fˆ(t) = R f ( x )e−itx dx.
Partie I : questions de cours et d’application du cours

1. Enoncer le théorème de convergence dominée.


Application. Soit f : R → R une fonction borélienne intégrable (pour la mesure
de Lebesgue sur R). Montrer que
Z
lim f ( x )χ[t,∞[ (| x |)dx = 0.
t→∞

*******
2. Enoncer le théorème de Dirichlet (le résultat sur la convergence ponctuelle des séries
de Fourier ; donner les conditions précises d’application) et la formule de Parseval
(qui relie les coefficients de Fourier à la norme L2 de la fonction).
Application : Soit f : R → R la fonction 2π-périodique donnée par f ( x ) = x
pour x ∈ [−π, π [.
(a) Appliquer le théorème de Dirichlet pour donner, sans calcul des coefficients de
Fourier, la valeur de la série de Fourier sur l’intervalle [−π, π [.
(b) Calculer les coefficients de Fourier de f .
(c) Ecrire à l’aide des coefficients de Fourier, la conclusion de la formule de Parse-
val.
Partie II : exercices
4. Dans cet exercice α est un réel tel que 0 < α < 2.
(a) Montrer que la fonction x → (1 − cos( x )) xα1+1 est intégrable sur ]0, ∞[. On
notera son intégrale :
Z ∞
1
I := (1 − cos( x )) dx.
0 x α +1
1 α
On note f : R → R la fonction donnée par f ( x ) = 2 | x |α+1 χ[1,∞[ (| x |).
R∞
(a) Montrer que la fonction f est intégrable sur R. Calculer la valeur de −∞ f ( x )dx.
Pour quelles valeurs de α la fonction | x | f ( x ) est-elle intégrable ?
(b) Montrer que la transformée de Fourier de f , que l’on note fˆ, vérifie pour
tout réel t > 0 :
Z ∞
ˆ α α
1 − f (t) = t (1 − cos( x )) α+1 dx
t x
En déduire la valeur de 1 − fˆ(t) pour tout t ∈ R.
(c) Trouver un équivalent de 1 − fˆ(t) lorsque t tend vers 0, en termes de l’in-
tégrale I (on sera attentif à la justification des convergences).
*******
5. (La question c) peut être faite indépendamment de a) et b)). Soit D ⊂ R2 , donné par
D = {( x, y) ∈ R2 , 0 < x < y}. On considère l’intégrale I donnée par
Z  
x −( x2 +y2 )
I= e dxdy.
D y

(a) En appliquant le théorème de Tonnelli ou Fubini (dont on justifiera la va-


lidité),
R∞ écrire l’intégrale I sous la forme d’une intégrale simple de la forme
0 g ( y ) dy avec une fonction g(y) que l’on précisera.
(b) En effectuant une intégration par partie (que l’on justifiera précisément),
calculer en fonction de I la valeur de l’intégrale
Z ∞ 2
(1 − e − y )2
J := dy.
0 y3
(c) En faisant un changement de variables en coordonnées polaires, calculer
la valeur de l’intégrale I. (Indication : soyez attentif au domaine d’intégration
obtenu en coordonnées polaires).
*******
6. Soit ( X, T, µ) un espace mesuré. On suppose que µ est une mesure finie, c’est-à-
dire que µ( X ) < ∞.
(a) Montrer que pour 1 ≤ p1 ≤ p2 < ∞,
L ∞ ⊂ L p2 ⊂ L p1 .

(b) Soit f ∈ L p ( X, T, µ) avec p > 1. Soit 1 < r < p. Montrer que


lim k f k Ls = k f k Lr .
s →r

On pourra penser à découper l’ensemble X en A = { x, | f ( x )| < 1} et Ac .


2
Université Claude Bernard - Lyon 1 Semestre d’automne 2022-2023
Mesure et Intégration Durée : 75min

Contrôle Continu 1

La justification des réponses et un soin particulier de la présentation sont demandés et pris en compte
lors de la notation.

Exercice 1. Soit (xn )n≥0 la suite définie par

xn = n2 exp((−1)n n).

Calculer lim sup xn et lim inf xn .


n→∞ n→∞

Exercice 2. Soit X = N. On considère A ⊂ P(N), l’ensemble de parties de N défini par

A := { {3k}, k ∈ N}.

Déterminer T (A), la tribu sur N engendrée par A.

Exercice 3. Soit (X, T ) un espace mesurable et (fn )n≥0 une suite de fonctions mesurables de X dans
R. Montrer que l’ensemble B ⊂ X défini par

B := {x ∈ X; lim fn (x) = +∞}


n→+∞

est mesurable, c’est-à-dire que B ∈ T .

Exercice 4. On considère (R, BR , P ) avec P mesure de probabilité sur BR (c’est-à-dire une mesure telle
que P (R) = 1). Le but de l’exercice est de calculer

lim P ([x, 2x]). (1)


x→+∞

1. Calculer la limite dans (1) dans le cas particulier où P = δa avec a ∈ R, où δa est la mesure de
Dirac en a. (On rappelle que la mesure de Dirac est définie pour tout Borélien A par δa (A) = 1 si
a ∈ A et δa (A) = 0 sinon.)
2. On revient au cas général où P est une mesure de probabilité sur BR .
a. Soit (xn )n une suite réelle croissante vers +∞.
Calculer lim P ([xn , +∞[).
n→∞
b. En déduire lim P ([x, 2x]).
x→+∞

Exercice 5. Soit f : R → R une fonction borélienne. Montrer que le graphe de f , G(f ) := {(x, y) ∈
R2 ; y = f (x)} est un borélien de R2 .

1
Université Claude Bernard - Lyon 1 Semestre d’automne 2022-2023
Mesure et Intégration Durée : 75min

Contrôle Continu 1

La justification des réponses et un soin particulier de la présentation sont demandés et pris en compte
lors de la notation.

Questions de cours
1. Soit (X, d) un espace métrique. Donner la définition de la tribu borélienne sur X notée BX .
2. Soit (X, T ) un espace mesurable. Donner la définition d’une mesure µ sur T .

Exercice 1. Soit (xn )n≥0 la suite définie par


xn = n2 exp((−1)n n).
Calculer lim sup xn et lim inf xn .
n→∞ n→∞

Exercice 2. Soit X = N. On considère A ⊂ P(N), l’ensemble de parties de N défini par


A := { {3k}, k ∈ N}.
Déterminer T (A), la tribu sur N engendrée par A.

Exercice 3. Soit (X, T ) un espace mesurable et (fn )n≥0 une suite de fonctions mesurables de X dans
R. Montrer que l’ensemble B ⊂ X défini par
B := {x ∈ X; lim fn (x) = +∞}
n→+∞

est mesurable, c’est-à-dire que B ∈ T .

Exercice 4. On considère (R, BR , P ) avec P mesure de probabilité sur BR (c’est-à-dire une mesure telle
que P (R) = 1). Le but de l’exercice est de calculer
lim P ([x, 2x]). (1)
x→+∞

1. Calculer la limite dans (1) dans le cas particulier où P = δa avec a ∈ R, où δa est la mesure de
Dirac en a. (On rappelle que la mesure de Dirac est définie pour tout Borélien A par δa (A) = 1 si
a ∈ A et δa (A) = 0 sinon.)
2. On revient au cas général où P est une mesure de probabilité sur BR .
a. Soit (xn )n une suite réelle croissante vers +∞.
Calculer lim P ([xn , +∞[).
n→∞
b. En déduire lim P ([x, 2x]).
x→+∞

Exercice 5. Soit f : R → R une fonction borélienne. Montrer que le graphe de f , G(f ) := {(x, y) ∈
R2 ; y = f (x)} est un borélien de R2 .

1
Correction :

Exercice 1 Observons que x2n = n2 exp(n) et x2n+1 = n2 exp(−n) pour tout n ∈ N.


On a donc :
lim x2n = +∞ et lim x2n+1 = 0.
n→+∞ n→∞

Comme lim x2n = +∞ et lim x2n+1 = 0, on déduit que la suite (xn )n a exactement deux points d’adhé-
n n
rence : 0 et +∞, et on conclut que lim inf xn = 0 et lim sup xn = +∞.
n n

Exercice 2 Soit A := { {3k}, k ∈ N} ⊂ P(N).


Notons
M := {3k, k ∈ N} ⊂ N
et posons
T := {A ⊂ N; A ⊂ M ou Ac ⊂ M }.
On va montrer que T = T (A).
1. Montrons que T est une tribu sur N.
i) On a ∅ ⊂ M donc ∅ ∈ T .
ii) Soit A ∈ T , montrons que Ac ∈ T . Deux cas :
a. A ⊂ M et donc A = (Ac )c ⊂ M et par suite Ac ∈ T car son complémentaire est inclus
dans M .
b. Ac ⊂ M et donc Ac ∈ T car il est inclus dans M .
On a donc montré que dans les deux cas, Ac ∈ T .
[
iii) Soit (An )n ⊂ T . Montrons que An ∈ T . Deux cas :
n
[ [
a. ∀n ∈ N, An ⊂ M . On a alors An ⊂ M et par suite An ∈ T .
n n
b. ∃n0 ∈ N tel que Acn0 ⊂ M . On a alors
!c
[ \
An = Acn ⊂ Acn0 ⊂ M
n n
[
et donc An ∈ T car son complémentaire est inclus dans M .
n
[
On a donc montré que dans les deux cas, An ∈ T .
n
Par suite, T est une tribu sur N.
2. Montrons que A ⊂ T .
On a ∀{3k} ∈ A, (k ∈ N), {3k} ⊂ M et donc {3k} ∈ T . Par suite A ⊂ T .
On déduit de 1) et 2) que T est une tribu qui contient A. Comme T (A) est la plus petite tribu
qui contient A, on a alors
T (A) ⊂ T . (2)
3. Reste à montrer que T ⊂ T (A).
Comme A ⊂ T (A) (et que ∅ ∈ T (A) car T (A) tribu), on alors, par stabilité de T (A) tribu par
union au plus dénombrable et par passage au complémentaire, que T (A) contient T i.e.

T ⊂ T (A.) (3)
.

2
Conclusion : On déduit de (2) et (3) que T (A) = T .

Exercice 3
1ère méthode : On a

B := {x ∈ X; lim fn (x) = +∞}


n→+∞
= {x ∈ X; ∀M ≥ 0, ∃n0 ∈ N; ∀n ≥ n0 , fn (x) ≥ M }
= {x ∈ X; ∀k ∈ N, ∃n0 ∈ N; ∀n ≥ n0 , fn (x) ≥ k}
\ [ \
= fn−1 ([k, +∞[)
k∈N p∈N n≥p

Comme ∀n ∈ N, fn est mesurable et que [k, +∞[∈ BR car c’est un fermé de R (ou car intervalle), on a
alors ∀k ∈ N, ∀n ∈ N, fn−1 ([k, +∞[) ∈ T car image réciproque par une fonction mesurable d’un borélien
de R.
On déduit alors par stabilité de T tribu par union et intersection dénombrable, que B ∈ T i.e. mesurable.
2ème méthode :

B := {x ∈ X; lim fn (x) = +∞}


n→+∞
= {x ∈ X; lim sup fn (x) = lim inf fn (x) = +∞}
n n

= {x ∈ X; lim inf fn (x) = +∞} (4)


n
 −1
= lim inf fn ({+∞})
n

où on a utilisé dans (4) le fait que pour x ∈ X, si lim inf fn (x) = +∞ alors lim sup fn (x) = +∞ car
n n
lim sup fn (x) ≥ lim inf fn (x).
n n

Conclusion : Comme ∀n ∈ N, fn est mesurable, alors d’après le cours lim inf fn : X → R est aussi
n
mesurable. D’autre part, {+∞} ∈ BR .
 −1
On déduit alors que B = lim inf fn ({+∞}) ∈ T car image réciproque par une fonction mesurable
n
d’un borélien de R.

Remarque (Erreur courante dans les copies) : La limite simple de (fn )n sur X n’existe pas for-
cément . On ne peut pas donc dire que B = (lim fn )−1 ({+∞}), c’est faux ! ! !
n

Par contre, pour une suite de fonctions (fn )n de X à valeurs dans R, les deux fonctions lim inf fn et
n
lim sup fn sont bien définies de X à valeurs dans R et sont mesurables si fn est mesurable pour tout n.
n

Exercice 4
1. On observe que pour tout x > a avec x ≥ 0, on a que a ∈
/ [x, 2x] et donc δa ([x, 2x]) = 0, ∀x ≥ 0
avec x > a.
Par suite, lim δa ([x, 2x]) = 0.
x→+∞
2. a. Comme la suite ([xn , +∞[)n∈N est une suite décroissante (car (xn )n croissante) de boréliens
de R avec P ([xn , +∞[) < +∞ pour tout n (il aurait suffi que çe soit vraie pour un n0 ) car P
est une mesure de probabilité donc finie, alors d’après le cours
!
\
P [xn , +∞[ = lim P ([xn , +∞[).
n→+∞
n∈N

3
\
Comme [xn , +∞[= ∅ , on déduit alors que
n∈N

lim P ([xn , +∞[) = P (∅) = 0.


n→+∞

b. Soit (xn )n une suite réelle croissante tel que lim xn = +∞. Comme lim xn = +∞, on peut
n n
supposer que xn ≥ 0, ∀n ∈ N . Montrons que lim P ([xn , 2xn ]) = 0.
n→+∞
On a ∀n ∈ N, [xn , 2xn ] ⊂ [xn , +∞[ et donc 0 ≤ P ([xn , 2xn ]) ≤ P ([xn , +∞[). Comme d’après
a., lim P ([xn , +∞[) = 0, on déduit alors que lim P ([xn , 2xn ]) = 0.
n→+∞ n→+∞

Conclusion : On a montré que ∀(xn )n suite réelle croissante vers +∞, lim P ([xn , 2xn ]) = 0,
n
on déduit alors que lim P ([x, 2x]) = 0.
x→+∞

Exercice 5
Soit f : R → R une fonction borélienne. Montrons que le graphe de f , G(f ) := {(x, y) ∈ R2 ; y = f (x)}
est un borélien de R2 . On a

G(f ) := {(x, y) ∈ R2 ; y = f (x)}


= {(x, y) ∈ R2 ; y − f (x) = 0}

Soit
g : R2 → R
(x, y) 7→ y − f (x)
On a g = p2 − f ◦ p1 où p1 et p2 sont les projections canoniques de R2 continues (car linéaires par
exemple et R2 est de dimension finie) et donc en particulier boréliennes. Par suite, g est borélienne par
composée et somme de fonctions boréliennes.

Comme G(f ) = g −1 ({0}), avec g est borélienne et {0} ∈ BR , on déduit alors que G(f ) ∈ BR2 (image
réciproque par une fonction borélienne d’un borélien de R).

Remarque (Erreur courante dans les copies) : f borélienne n’implique pas f continue. Prenez
l’exemple de f = χQ borélienne car Q ∈ BR alors que f est discontinue en tout point de R.

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Université Claude Bernard - Lyon 1 Semestre d’automne 2022-2023
Mesure et Intégration Durée : 75min. Aucun document n’est autorisé

Contrôle Partiel 2

La soin apporté à la justification des réponses et à la présentation des copies sera un élément pris en
compte lors de la notation.
Comme dans le cours et les TD, on notera simplement dx pour désigner l’intégration par rapport à la
mesure de Lebesgue λ(dx) sur R.
2
On rappelle que pour tout réel x : 1 − cos(x) ≤ x2 . On rappelle la formule dérivée : arctan0 (x) = 1+x1
2.

Questions de cours. Soit (X, T , µ) un espace mesuré.


R
1. Donner la définition de l’intégrale X f dµ d’une fonction f étagée positive sur X.
R
2. Donner la définition de l’intégrale X f dµ d’une fonction f mesurable positive sur X. Donner la
définition d’une fonction intégrable sur X.

u2
Exercice 1. Montrer que pour tout réel u ∈ [0, ∞[, 1+u3
≤ 1. Pour tout entier strictement positif
2
n (1 − cos(x))
n ∈ N∗ , on définit la fonction fn : [0, 1] 7→ R par fn (x) = . Montrer que la fonction fn est
1 + (nx)3
bornée sur [0, 1], uniformément en n. Calculer
Z
lim fn dx.
n→+∞ [0,1]

Exercice 2. Soit p > 0, et Z ∞


sin x
F (p) = e−px dx.
0 x
1. Justifier pourquoi l’intégrale dans la définition de F (p) est bien définie pour p > 0.
2. Déterminer limp→+∞ F (p).
3. Montrer que la fonction F (p) est continuement dérivable pour p > 0 et exprimez F 0 (p) sous la
forme d’une intégrale.
4. Calculer F 0 (p). Indication : on pourra vérifier que x 7→ p sin1+p x+cos x −px
2 e est une primitive de
−e −px sin x.
5. En déduire la valeur de F (p).

Exercice 3. 1. Montrer que pour tout p > 0, la fonction G(x, y) = cos(xy)e−px est intégrable sur
R+ × [0, 1].
2. En calculant de deux façons l’intégraleR de G sur R+ × [0, 1], retrouver le résultat de l’exercice

précédent, c’est-à-dire calculez F (p) = 0 e−px sinx x dx.

Exercice 4. Soit f : R → R une fonction borélienne.


1. On suppose f positive. Montrer que
Z 1X Z
f (x + n)dx = f (x)dx.
0 n∈Z R
P
2. En déduire que si f est intégrable pour la mesure de Lebesgue, n∈Z f (x + n) converge pour
presque tout x ∈ [0, 1], puis montrer que c’est aussi vrai pour presque tout x ∈ R.

1
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Mesure et Intégration Durée : 75min. Aucun document n’est autorisé

Contrôle Partiel 2 - Corrigé

La soin apporté à la justification des réponses et à la présentation des copies sera un élément pris en
compte lors de la notation.
Comme dans le cours et les TD, on notera simplement dx pour désigner l’intégration par rapport à la
mesure de Lebesgue λ(dx) sur R.
2
On rappelle que pour tout réel x : 1 − cos(x) ≤ x2 . On rappelle la formule dérivée : arctan0 (x) = 1+x1
2.

Questions de cours. Soit (X, T , µ) un espace mesuré.


R
1. Donner la définition de l’intégrale X f dµ d’une fonction f étagée positive sur X.
R
2. Donner la définition de l’intégrale X f dµ d’une fonction f mesurable positive sur X. Donner la
définition d’une fonction intégrable sur X.

u 2

Exercice 1. Montrer que pour tout réel u ∈ [0, ∞[, 1+u 3 ≤ 1. Pour tout entier strictement positif n ∈ N ,
2
n (1 − cos(x))
on définit la fonction fn : [0, 1] 7→ R par fn (x) = . Montrer que la fonction fn est bornée
1 + (nx)3
sur [0, 1], uniformément en n. Calculer
Z
lim fn dx.
n→+∞ [0,1]

u2
Correction Pour tout u ∈ [0, 1] on a u2 ≤ 1 ≤ 1 + u3 et pour u ≥ 1 on a u2 ≤ u3 ≤ 1 + u3 , d’où 1+u3
≤ 1.
1
(nx)2
D’après le rappel en début d’énoncé, pour tout x ∈ [0, 1], fn (x) ≤ ≤ 1 d’après la question
2
1+(nx)3
précédente. Comme fn est positive (puisque cos(x) ≤ 1), on a donc montré que pour tout x ∈ [0, 1],
|fn (x)| ≤ 1, donc fn est bornée uniformément en n.
Pour tout x ∈]0, 1],
2n2
|fn (x)| ≤ −→ 0,
1 + n3 x3 n→∞
et fn (0) = 0 pour tout n ∈ N∗ . La suite fn converge donc simplement vers 0 sur [0, 1]. De plus, pour
tout n ∈ N∗ , fn est continue donc mesurable. On a aussi montré que la suite (fn )n est dominée par la
fonction constante égale à 1, qui est intégrable sur [0, 1] puisque [0, 1] est de mesure finie. On peut donc
appliquer le théorème de convergence dominée pour conclure que
Z Z
lim fn (x)dx = lim fn (x)dx = 0.
n→∞ [0,1] [0,1] n→∞

Exercice 2. Soit p > 0, et Z ∞


sin x
F (p) = e−px dx.
0 x
1. Justifier pourquoi l’intégrale dans la définition de F (p) est bien définie pour p > 0.
2. Déterminer limp→+∞ F (p).

1
3. Montrer que la fonction F (p) est continuement dérivable pour p > 0 et exprimez F 0 (p) sous la
forme d’une intégrale.
p sin x+cos x −px
4. Calculer F 0 (p). Indication : on pourra vérifier que x 7→ 1+p2
e est une primitive de
−e−px sin x.
5. En déduire la valeur de F (p).

Correction
1. La fonction h(p, ·) : x 7→ e−px sinx x est continue sur R∗+ . De plus, |h(p, ·)| ≤ e−px (car | sin |x|
x|
≤1
pour tout x > 0), et la fonction x 7→ e −px est intégrable sur R+ . D’où l’intégrabilité de h(p, ·) sur
R+ .
2. On peut appliquer le théorème de convergenceR dominée, ou remarquer que la majoration à la
question précédente montre aussi que |F (p)| ≤ R+ e−px dx = 1/p, donc F (p) −→ 0.
p→∞
3. Vérifions les hypothèses du théorème de dérivabilité des intégrales à paramètre. On vient de voir
que pour tout p > 0, h(p, ·) est intégrable. Pour tout x > 0, h(·, x) est clairement C 1 , de dérivée

d
h(·, x)(p) = −e−px sin x
dp

Soit  > 0. Alors pour tout p ≥  la dérivée est dominée par e−x , ce qui est intégrable sur R+ . On
peut donc appliquer
R le théorème de dérivation des intégrales à paramètre, qui montre que F est
C 1 et F 0 (p) = R+ −e−px sin xdx.
4. On vérifie facilement l’indication par dérivation. On obtient alors
 
0 p sin x + cos x −px ∞ 1
F (p) = 2
e =− .
1+p 0 1 + p2

5. En intégrant, on obtient F (p) = − arctan p + C avec C ∈ R. La question 2 permet de déterminer


C, puisque limp→∞ arctan p = π/2. On doit donc avoir F (p) = π/2 − arctan p.

Exercice 3. 1. Montrer que pour tout p > 0, la fonction G(x, y) = cos(xy)e−px est intégrable sur
R+ × [0, 1].
2. En calculant de deux façons l’intégraleR de G sur R+ × [0, 1], retrouver le résultat de l’exercice

précédent, c’est-à-dire calculez F (p) = 0 e−px sinx x dx.

Correction
1. Soit p > 0. G Rest continue
R donc mesurable. Par un corollaire du théorème de Tonelli, il suffit donc de
montrer que R+ [0,1] |G(x, y)|dydx < ∞ (ou le même résultat en inversant l’ordre d’intégration).
Pour tout (x, y) ∈ R+ × [0, 1],
|G(x, y)| ≤ e−px ,
donc Z Z Z
|G(x, y)|dydx ≤ e−px dx = 1/p < ∞.
R+ [0,1] R+

Remarque Erreurs courantes dans les copies :


(a) G n’est pas positive !
(b) Une fonction bornée n’est pas nécessairement intégrable si l’ensemble d’intégration est de
mesure infinie (par exemple, une fonction constante n’est pas intégrable sur R+ ).

2
2. D’après la question précédente, G est intégrable sur R+ × [0, 1] donc on peut appliquer le théorème
de Fubini à son intégrale :
Z Z Z 1 Z 1Z
G(x, y)dλ2 (x, y) = G(x, y)dydx = G(x, y)dxdy.
R+ ×[0,1] R+ 0 0 R+

Utilisons la première expression : pour tout x > 0,


Z 1  1
−px sin(xy) sin x
G(x, y)dy = e = e−px .
0 x 0 x
L’intégrale de G sur R+ × [0, 1] est donc égale à F (p).
Utilisons la deuxième expression pour calculer cette quantité : pour tout y ∈]0, 1[,
Z Z ∞     
ixy −px 1 p + iy p
G(x, y)dx = Re e e dx = Re = Re 2 2
= 2 .
R+ 0 p − iy p +y p + y2
Reste à intégrer en y :
Z 1 Z 1/p Z 1/p  
p u=y/p p 1 1
F (p) = 2 2
dy = pdu = du = arctan .
0 p +y 0 p (1 + u2 )
2
0 1 + u2 p
Remarque C’est bien le même résultat qu’à l’exercice 2 : pour tout x ∈ R, arctan(1/x) = π/2 −
arctan(x).
Exercice 4. Soit f : R → R une fonction borélienne.
1. On suppose f positive. Montrer que
Z 1X Z
f (x + n)dx = f (x)dx.
0 n∈Z R
P
2. En déduire que si f est intégrable pour la mesure de Lebesgue, n∈Z f (x + n) converge pour
presque tout x ∈ [0, 1], puis montrer que c’est aussi vrai pour presque tout x ∈ R.

Correction
1. Soient λ est la mesure de Lebesgue sur [0, 1] et µ la mesure de comptage sur Z. Par théorème de
Tonelli appliqué à λ ⊗ µ et à la fonction positive sur [0, 1] × Z (x, n) 7→ f (x + n),
Z 1X XZ 1 Z n+1 Z
y=x+n X
f (x + n)dx = f (x + n)dx = f (x)dx = f (x)dx.
0 n∈Z n∈Z 0 n∈Z n R

Remarque On pouvait aussi justifier l’interversion série/intégrale dans la première égalité par
convergence monotone.
R
2. On ne suppose plus f positive. Comme f intégrable, R |f |(x)dx < ∞. Grâce au résultat précédent
R1P P
appliqué à |f |, 0 n∈Z |f (x + n)|dx < ∞. La fonction positive g : x 7→ n∈Z |f (x + n)| est
donc d’intégrale finie sur [0, 1], ce qui implique qu’elle est finie pour presque tout x ∈ [0, 1] (car
R1 R
0 g(x)dx ≥ g −1 (∞) g(x)dx, et l’intégrale de droite est infinie sauf si λ(g −1 (∞)) = 0). Pour presque
P
tout x ∈ [0, 1], on a donc n∈Z f (x + n) qui converge absolument, et donc qui converge.
P P
Pour tout x ∈ R, n∈Z |f (x + n)| = n∈Z |f (x − bxc + n)|, avec x − bxc ∈ [0, 1]. Considérons
l’ensemble X
B = {x ∈ R : |f (x − bxc + n)| diverge}.
n∈Z
On peut aussi écrire
X
B = {y + k : y ∈ [0, 1], k ∈ Z, |f (y + k + n)| diverge} = ∪k∈Z Bk ,
n∈Z
P P
où Bk = {y + k : y ∈ [0, 1], n∈Z |f (y + k + n)| diverge} = {y + k : y ∈ [0, 1], n∈Z |f (y +
n)| diverge}. Par invariance par translation de la mesure de Lebesgue, comme λ(B0 ) = 0, Bk est
de mesure nulle pour tout k ∈ Z. Par suite, B est de mesure nulle comme union dénombrable
d’ensembles de mesure nulle.

3
Université Claude Bernard Lyon 1 Licence de mathématiques 3eannée
Mesure et intégration automne 2022

Contrôle terminal (5 janvier 2023)


Durée : 2 heures. Aucun document n’est autorisé, calculatrice non
autorisée

Rappels et notations.
— On note P( X ) l’ensemble de toutes les parties d’un ensemble X. Si E ∈ P( X ), on note
χ E la fonction indicatrice de E (c-est-à-dire χ E ( x ) = 1 si x ∈ E, et 0 sinon).
— On notera λn la mesure de Lebesgue sur Rn muni de la tribu Borélienne BRn . On
notera aussi souvent simplement dx pour désigner l’intégration par rapport à la mesure
de Lebesgue λ1 (dx ) sur R, et dxdy pour désigner l’intégration par rapport à la mesure
de lebesgue λ2 (dx, dy) sur R2 .
— Si E est une partie de l’espace produit X × Y, on note Ex := {y ∈ Y, ( x, y) ∈ E} la
coupe en x de l’ensemble E.
x2
— On rappelle que pour tout réel x : 1 − cos( x ) ≤ 2.

Partie I : questions de cours et d’application du cours


1. Enoncer le lemme de Fatou et le théorème de convergence monotone.
Applications :
R∞
(a) Calculer limn→∞ 0 sin2 (nn)+nx2 dx
R ∞ −x  2
1
(b) Montrer que 0 1xe−e− x dx = ∑ n ≥0 1+ n .

*****

2. Soit X un ensemble. Donner la définition d’une tribu sur X.


Application : soient X et Y deux ensembles et f : X 7→ Y une fonction de X dans
Y. Montrer que si T est une tribu sur X alors { B ⊂ Y, f −1 ( B) ∈ T } est une tribu sur
Y.

*****

Partie II : exercices
3. Soit a et b deux réels dans ]0, 1[ et D ⊂ R2 le domaine donné par

y 1 1
D = {( x, y) ∈]0, ∞[2 , a < < , b < xy < }.
x a b
En introduisant les nouvelles coordonnées u = xy et v = y/x sur un domaine
bien choisi, calculer Z
y
dxdy.
D x
R 2 − y2
4. Soit I = R2 e− x dxdy.
(a) En faisant un changement de coordonnées polaires, calculer I.
R∞ 2
(b) En déduire la valeur de l’intégrale −∞ e− x dx.

*****

5. Soit G : ]0, ∞[→ R la fonction définie par


Z ∞
1 − cos(t) −tx
G(x) = 2
e dt.
0 t
(a) Montrer que G est bien définie sur ]0, ∞[.
(b) Montrer G est deux fois dérivable sur ]0, ∞[ et exprimer G 0 et G 00 sous la
forme d’une intégrale. Montrer que G 00 ( x ) = 1x − 1+xx2 .
(c) Calculer limx→∞ G 0 ( x ) et en déduire la valeur de la fonction G 0 .
(d) Montrer que pour x > 0,
p π
G ( x ) = x ln( x ) − x ln 1 + x2 − arctan( x ) + .
2
R ∞ sin(t)
(e) Montrer que limx→0 G ( x ) = 0 t dt. (Indication : faire une intégration
par partie). En déduire la valeur de cette dernière intégrale.

*****

6. (Exercice plus difficile. Plusieurs notations de cet exercice sont rappelées en en-tête du
sujet). Pour a ∈ R2 et r > 0, on note D ( a, r ) = {( x, y) ∈ R2 , k( x, y) − ak2 ≤ r } le
disque Euclidien fermé de R2 de centre a et de rayon r.
Soit D = D (0, 1) le disque unité fermé de R2 . On considère ( Dn )n≥0 une suite
de disques fermés de R2 de rayons strictement positifs (c’est-à-dire que Dn =
D ( an , rn ) pour des suites ( an ) ∈ (R2 )N et (rn ) ∈]0, ∞[N ). On suppose que les
disques Dn sont deux à deux disjoints et tous inclus dans D. Le but de l’exercice
est de montrer que si λ2 ( D \ ∪n≥0 Dn ) = 0 alors ∑n≥0 rn = ∞.
(a) Pour n ≥ 1, on note In = [( an )1 − rn , ( an )1 + rn ] la projection de Dn sur
l’axe des abscisses. Montrer que si ∑n≥1 rn < ∞, alors pour presque tout
x ∈ [−1, 1] il existe seulement un nombre fini d’indices n tels que x ∈ In .
Indication : on pourra s’intéresser à la somme des fonctions indicatrices des In ,
f := ∑n≥0 χ In .
(b) (difficile, peut être admis pour la question c)) En déduire que si ∑n≥1 rn < ∞,
alors pour presque tout x ∈ [−1, 1],

λ1 (( D \ ∪n≥1 Dn ) x ) > 0,

où ( D \ ∪n≥1 Dn ) x est la coupe en x de l’ensemble D \ ∪n≥1 Dn . (Indication :


on pourra montrer que pour preque tout x ∈ [−1, 1], la coupe ( D \ ∪n≥1 Dn ) x
contient un ouvert non vide de Dx ).
(c) Montrer par l’absurde que si λ2 ( D \ ∪n≥0 Dn ) = 0 alors ∑n≥1 rn = ∞.
2
Université Claude Bernard Lyon 1 Licence de mathématiques 3eannée
Mesure et intégration automne 2022

Corrigé du contrôle terminal (5 janvier 2023)


Durée : 2 heures. Aucun document n’est autorisé, calculatrice non
autorisée

Partie I : questions de cours et d’application du cours


1. Enoncer le lemme de Fatou et le théorème de convergence monotone.
Applications :
R∞
(a) Calculer limn→∞ 0 sin2 (nn)+nx2 dx
R ∞ −x  2
1
(b) Montrer que 0 1xe−e− x dx = ∑ n ≥0 1+ n .
Corrigé. Voir le poly pour les questions de cours. a) On considère f n ( x ) =
n
sin2 (n)+nx2
. On remarque que f n ( x ) ≥ 0 pour x > 0. On remarque aussi que

1 1
lim f n ( x ) = lim = .
n→∞ n→∞ (sin2 ( n ) /n ) + x 2 x2

pour tout x > 0. D’autre part, comme la limite existe pour tout x, on a aussi
1
lim inf f n ( x ) = lim f n ( x ) = .
n→∞ n→∞ x2
En appliquant le lemme de Fatou sur ]0, ∞[ pour la mesure de Lebesgue, on a
Z ∞ ∞ Z ∞ 1 Z
n
lim inf 2
dx ≥ lim inf f n ( x ) dx = 2
dx = +∞.
n→∞ 0 sin ( n ) + nx2 0 n→∞ 0 x
R∞ R∞
ceci implique que lim supn→∞ 0 f n ( x )dx ≥ lim infn→∞ 0 f n ( x )dx = +∞. Donc
R∞
par résultat du cours limn→∞ 0 f n ( x )dx = +∞.
−x ∞
b) On développe en série : 1xe −e− x = ∑0 xe
−(n+1) x , pour tout x > 0. On note

f n ( x ) = xe−(n+1) x . La somme partielle ∑nN=0 f n ( x ) est positive sur ]0, ∞[ et croissante.


Par le théorème de convergence monotone :
Z ∞ ∞ Z ∞
xe− x
0 1 − e− x
dx = ∑ 0
f n ( x )dx.
n =0

(On peut aussi justifier l’échange somme et intégrale par le théorème de Tonelli
appliqué à la mesure et Lebesgue et la mesure de comptage sur N). On fait ensuite
une intégration par partie pour calculer
Z ∞ Z ∞
1 1 1
f n ( x )dx = [− xe−(n+1) x ]0∞ + e−(n+1) x dx = .
0 n+1 n+1 0 ( n + 1)2

*****
2. Soit X un ensemble. Donner la définition d’une tribu sur X.
Application : soient X et Y deux ensembles et f : X 7→ Y une fonction de X dans Y.
Montrer que si T est une tribu sur X alors { B ⊂ Y, f −1 ( B) ∈ T } est une tribu sur Y.
Corrigé. Voir le poly pour la question de cours. On note S = { B ⊂ Y, f −1 ( B) ∈
T }. On vérifie chacune des conditions dans la définition de tribu.
i. On sait que ∅ ∈ T, donc f −1 (∅) = ∅ ∈ T. On en déduit que ∅ ∈ S.
ii. Soit B ∈ S. Donc f −1 ( B) ∈ T, et f −1 ( Bc ) = ( f −1 ( B))c ∈ T. Donc Bc ∈ S.
iii. Soit ( Bn )n≥0 ⊂ S. On a f −1 ( Bn ) ∈ T, pour tout n. Donc, comme T est une tribu,
f −1 (∪ Bn ) = ∪ f −1 ( Bn ) ∈ T. On en déduit donc que ∪ Bn ∈ S.
*****
Partie II : exercices
3. Soit a et b deux réels dans ]0, 1[ et D ⊂ R2 le domaine donné par
y 1 1
D = {( x, y) ∈]0, ∞[2 , a < < , b < xy < }.
x a b
En introduisant les nouvelles coordonnées u = xy et v = y/x sur un domaine bien
choisi, calculer Z
y
dxdy.
D x
Corrigé. On nous dit d’introduire les nouvelles coordonnées u et v. On voit que
si ( x, y) ∈ D alors (u, v) ∈ D 0 :=] a, 1/a[×]b, 1/b[ et que de plus
( ( p
u = xy x = uv
ssi √ .
v = y/x y = uv

On va doncpconsidérer
√ le changement de variable φ : D 0 7→ D, donné par
φ(u, v) = ( uv , uv). Comme (u, v) ∈ D 0 , alors φ(u, v) ∈ D, et φ est bijectif
par le calcul ci-dessus avec inverse u = xy et v = y/x qui sont dans D 0 . De plus
φ est C1 sur le domaine D 0 . 0n calcule le Jacobien :
! 1 √1 1
pv!
∂φ1 ∂φ2
2 uv 2 u 1
Dφ (u, v) = det ∂φ∂u ∂u (u, v) = det √
1 u
pu = > 0.
1 ∂φ2
− 3/2 1 2v
∂v ∂v 2v 2 v

La fonction φ est donc un C1 -difféomorphisme. On peut appliquer le change-


ment de variables, et on a donc, au sens du changement de variable :
Z Z r
u √
f ( x, y)dxdy = f( , uv) Dφ (u, v)dudv.
D D0 v
On l’applique à f ( x, y) = y/x, et on obtient
Z Z √ Z Z 1 Z 1
y 1 uv 1 1 1 a b
dxdy = p u
dudv = 1dudv = du dv
D x 2 D 0
v
v 2 D 0 2 a b
1
= (1/a − a)(1/b − b),
2
en appliquant Tonelli dans l’avant dernière égalité (puisque l’intégrant est posi-
tif).

2
*****
R 2 2
4. Soit I = R2 e− x −y dxdy.
(a) En faisant un changement de coordonnées polaires, calculer I.
R∞ 2
(b) En déduire la valeur de l’intégrale −∞ e− x dx.
Corrigé.
(a) Par résultat du cours, par le changement de variables en polaire, on a au
sens du changement de variables, en posant x = r cos(θ ) et y = r sin(θ ) :
Z Z
− x 2 − y2 2
I= e dxdy = e−r rdrdθ
R2 [0,2π ]×R+

En appliquant Tonelli (l’intégrant étant positif), on obtient


Z 2π Z ∞
2 1
I= dθ re−r dr = (2π )( ) = π.
0 0 2
(b) On peut d’autre part appliquer Tonelli à l’intégrale double I, l’intégrant
étant positif
Z ∞ Z ∞ Z ∞ 2
− x2 − y2 − x2
I= e dx e dy = e dx .
0 0 0
R∞ 2 √
On obtient donc 0 e− x dx = π.

*****

5. Soit G : ]0, ∞[→ R la fonction définie par


Z ∞
1 − cos(t) −tx
G(x) = 2
e dt.
0 t
(a) Montrer que G est bien définie sur ]0, ∞[.
(b) Montrer G est deux fois dérivable sur ]0, ∞[ et exprimer G 0 et G 00 sous la forme
d’une intégrale. Montrer que G 00 ( x ) = 1x − 1+xx2 .
(c) Calculer limx→∞ G 0 ( x ) et en déduire la valeur de la fonction G 0 .
(d) Montrer que pour x > 0,
p π
G ( x ) = x ln( x ) − x ln 1 + x2 − arctan( x ) + .
2
R ∞ sin(t)
(e) Montrer que limx→0 G ( x ) = 0 t dt. (Indication : faire une intégration par
partie). En déduire la valeur de cette dernière intégrale.
Corrigé.
1−cos(t) −tx
(a) On note f (t, x ) = t2
e . La fonction f est mesurable en t pour tout
2
x > 0, car continue. Soit x ∈]0, ∞[, en utilisant 0 ≤ 1 − cos(t) ≤ t2 , on a
donc | f (t, x )| ≤ 21 e−tx qui est une fonction intégrable sur R+ pour la mesure
de Lebesgue dt. La fonction f est donc intégrable en t sur R+ , l’intégrale
est donc bien définie pour tout x ∈]0, ∞[.
3
(b) La fonction f est clairement C ∞ en la variable x pour tout t > 0. On calcule
∂f ∂2 f
∂x = − 1−cos
t
(t) −tx
e et ∂2 x
= (1 − cos(t))e−tx . Soit e > 0 : pour tout x ∈]e, ∞[,
t2
on a en utilisant 0 ≤ 1 − cos(t) ≤ 2

∂f t ∂2 f t2 −te
≤ e−te , ≤ e .
∂x 2 ∂2 x 2

qui sont bien intégrables par les règles usuelles (et ne dépendent pas de la
variable x). On a donc une bonne domination, la fonction f ( x, t) étant C2
en la variable x (et bien sûr mesurable en t car continue), on peut appliquer
le théorème de dérivation des intégrales à paramètres et on a
Z ∞ Z ∞
1 − cos(t) −tx
G0 (x) = − e dt, G 00 ( x ) = (1 − cos(t))e−tx dt.
0 t 0
R∞
Calculons G 00 ( x ). On a G 00 ( x ) = 1x − 0 cos(t)e−tx dt. On peut procéder
de deux façons, soit en faisant 2 intégration par parties soit en écrivant
cos(t) = 12 (eit + e−it ), ce qu’on fait ci-dessous :
Z ∞ Z ∞ Z ∞   
−tx 1 t (i − x ) − t (i + x ) 1 −1 1
cos(t)e dt = e dt + e dt = +
0 2 0 0 2 i−x i+x
x
= .
1 + x2
Ceci conclue la question.
(c) Par convergence dominée on limx→∞ G 0 ( x ) = 0. En effet, soit ( xn )n≥0 crois-
sante telle que limn→∞ xn = +∞ et xn > 0. On utilise la représentation
1−cos(t) −txn
intégrale de la question précédente. On a limn→∞ t e = 0 pour
tout t > 0, donc presque surement sur [0, ∞[. De plus, xn ≥ x0 > 0, et
1−cos(t)
on a | t e−txn | ≤ 2t e−tx0 qui est intégrable. On peut donc appliquer
la convergence dominée qui donne limn→∞ G 0 ( xn ) = 0. On en déduit que
limx→∞ G 0 ( x ) = 0.
Comme primitive de G 00 ( x ), on sait que G 0 ( x ) = ln( x ) − 12 ln(1 + x2 ) + c =
ln( √ x 2 ) + c pour une constante réelle c. Comme limx→∞ ln( √ x 2 ) = 0,
1+ x 1+ x
on a c = 0 et
1
G 0 ( x ) = ln( x ) − ln(1 + x2 ).
2
 √ 0
(d) On vérifie facilement que x ln( x ) − x ln 1 + x2 − arctan( x ) = G 0 ( x ). De
plus, par convergence dominée (même argument que précédemment en do-
1−cos(t)
minant | t2 e−txn | par 12 e−tx0 qui est intégrable), on a que limx→∞ G ( x ) =
0. D’autre part, on a
p
1 1 x
x ln( x ) − x ln 1 + x2 =
x ln(1 − 2
)∼ ,
2 1+x 1 + x2

lorsque x → ∞. Donc limx→∞ x ln( x ) − x ln 1 + x2 − arctan( x ) + π2 = 0.
On en déduit la formule de l’énoncé en identifiant les limites lorsque x →
∞.
4
1−cos(t) 1−cos(t) −tx 1
(e) On remarque que | t2 e−tx | ≤ 1, et que d’autre part | t2
e | ≤ t2
.
On peut donc dominer l’intégrant dans G ( x ) par

1 − cos(t) −tx 1
| 2
e | ≤ χ[0,1[ (t) + 2 χ[1,∞[ (t), ∀ x > 0,
t t
qui est intégrable sur R+ par les règles classiques. D’autre part,

1 − cos(t) −tx 1 − cos(t)


lim 2
e = ,
x →0 t t2
pour tout t ∈ R+ . On peut donc appliquer la convergence dominée (à une
suite xn → 0) et on a
Z ∞
1 − cos(t)
lim G ( x ) = dt.
x →0 0 t2
Par intégration par partie, on a
Z ∞   Z ∞ Z ∞
1 − cos(t) 1 − cos(t) ∞ sin(t) sin(t)
2
dt = − + dt = dt.
0 t t 0 0 t 0 t

En utilisant la formule de la question précédente, on a d’autre part limx→0 G ( x ) =


π
R ∞ sin(t)
2 , on en déduit 0
π
t dt = 2 .

*****

6. (Exercice plus difficile. Plusieurs notations de cet exercice sont rappelées en en-tête du
sujet). Pour a ∈ R2 et r > 0, on note D ( a, r ) = {( x, y) ∈ R2 , k( x, y) − ak2 ≤ r } le
disque Euclidien fermé de R2 de centre a et de rayon r.
Soit D = D (0, 1) le disque unité fermé de R2 . On considère ( Dn )n≥0 une suite de
disques fermés de R2 de rayons strictement positifs (c’est-à-dire que Dn = D ( an , rn )
pour des suites ( an ) ∈ (R2 )N et (rn ) ∈]0, ∞[N ). On suppose que les disques Dn sont
deux à deux disjoints et tous inclus dans D. Le but de l’exercice est de montrer que si
λ2 ( D \ ∪n≥0 Dn ) = 0 alors ∑n≥0 rn = ∞.
(a) Pour n ≥ 1, on note In = [( an )1 − rn , ( an )1 + rn ] la projection de Dn sur l’axe
des abscisses. Montrer que si ∑n≥0 rn < ∞, alors pour presque tout x ∈ [−1, 1] il
existe seulement un nombre fini d’indices n tels que x ∈ In . Indication : on pourra
s’intéresser à la somme des fonctions indicatrices des In , f := ∑n≥0 χ In .
(b) (difficile, peut être admis pour la question c)) En déduire que si ∑n≥1 rn < ∞, alors
pour presque tout x ∈ [−1, 1],

λ1 (( D \ ∪n≥1 Dn ) x ) > 0,

où ( D \ ∪n≥1 Dn ) x est la coupe en x de l’ensemble D \ ∪n≥1 Dn . (Indication :


on pourra montrer que pour preque tout x ∈ [−1, 1], la coupe ( D \ ∪n≥1 Dn ) x
contient un ouvert non vide de Dx ).
(c) Montrer par l’absurde que si λ2 ( D \ ∪n≥0 Dn ) = 0 alors ∑n≥0 rn = ∞.
Corrigé.
5
(a) Soit f := ∑n≥0 χ In . On remarque f ( x ) est le nombre d’entier n tels que
x ∈ In . D’autre part, par le théorème de convergence monotone on a
Z Z Z

R
f ( x )dx = ∑
R n ≥0
χ In ( x )dx = ∑ χ In ( x )dx = ∑ λ( In ) = ∑ 2rn .
n ≥0 R n ≥0 n ≥0

(En effet, la Rlongueur de l’intervalle In est 2rn .) Donc si ∑n≥0 rn < ∞, on en


déduit que f ( x )dx < ∞. Comme f est un fonction mesurable positive, on
en déduit, par résultat du cours, que pour presque tout x on a f ( x ) < ∞.
On en déduit donc que pout presque tout x ∈ [−1, 1] il n’y a qu’un nombre
fini d’entiers n tels que x ∈ In .
(b) Pour tout entier n, ( Dn ) x est soit vide (si x ∈
/ In ) soit un intervalle fermé non
vide inclus dans Dx . Soit x ∈] − 1, 1[ tel qu’il existe un nombre fini d’indices
n tels que x ∈ In . Montrons que Dx \ ∪n ( Dn ) x contient un intervalle ouvert.
On a
— Soit il y a au moins deux entiers n tels que x ∈ In : comme il y en a
d’autre part un nombre fini on peut trouver deux intervalles consécutifs
( Dn1 ) x et ( Dn2 ) x inclus dans Dx . Ils sont donc du type [ a, b] et [c, d] avec
b < c (car disjoints). Donc l’intervalle ]b, c[ est dans Dx \ ∪n ( Dn ) x .
— Soit il y a un seul entier n1 tel que x ∈ In1 . Soit ( Dn1 ) x est strictement
inclus dans Dx , auquel cas Dx \ ∪n ( Dn ) x contient un ouvert (car il est
du type [− a, a] \ [c, d] avec soit c > − a soit d < a). Soit ( Dn1 ) x = Dx ,
ce qui est impossible, voir argument (*) ci-dessous.
On en déduit donc que pour presque tout x ∈ [−1, 1], Dx \ ∪n ( Dn ) x contient
un intervalle ouvert, donc, par résultat du cours, λ1 (( D \ ∪n Dn ) x ) > 0.
(*) Supposons que pour x ∈] − 1, 1[, on ait un entier n1 tel que ( Dn1 ) x = Dx .
On a donc que ( Dn1 ) x = Dx sont du type [− a, a] avec a > 0 (car | x | < 1
on est donc à l’intérieur de D). On sait que rn1 < 1 car Dn1 est strictement
inclus dans D (il y a une infinité de disques disjoints de rayon positifs dans
D), donc a un rayon strictement plus petit que 1, qui est le rayon de D.
D’autre part, le centre du cercle Dn1 est sur l’axe des abscisses car ( Dn1 ) x
est un intervalle symétrique. Donc les tangentes des cercles D et Dn1 se
coupent strictement en le point ( x, a) (faire un dessin pour visualiser), donc
Dn1 ne peut pas être inclus dans D.
(c) Supposons donc que ∑n≥0 rn < ∞. On a, en appliquant le théorème de
Tonelli
Z Z
λ 2 ( D \ ∪ n ≥ 0 Dn ) = dλ2 ( x, y) = χ D\∪n≥0 Dn ( x, y)dλ2 ( x, y)
D \∪n≥0 Dn [−1,1]2
Z 1 Z 1  Z 1
= χ D\∪n Dn ( x, y)dy dx = λ1 (( D \ ∪n Dn ) x ) dx.
−1 −1 −1

La justification de Tonelli vient du fait que la fonction indicatrice est posi-


tive et mesurable car D \ ∪n Dn est mesurable (car D et Dn sont des fermés).

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Université Claude Bernard Lyon 1 Licence de mathématiques 3eannée
Mesure et intégration automne 2022

Contrôle terminal, 2ème session (3 juillet 2023)


Durée : 1 heure 30 minutes. Aucun document n’est autorisé,
calculatrice non autorisée

Rappel et notations.
— Si X est un ensemble, on note P( X ) l’ensemble des parties de X.
— On rappelle qu’une fonction réelle définie sur un intervalle I est dite Borélienne si elle
est mesurable pour la tribu Borélienne sur I.
— On notera simplement λ(dx ) ou simplement dx pour désigner la mesure de Lebesgue
sur R. On notera aussi λ2 (dx, dy) ou simplement dxdy pour désigner la mesure de
Lebesgue sur R2 .

Partie I : questions de cours et d’application du cours

1. Enoncer le théorème de convergence dominée.


Application. Soit f : [0, ∞[7→ R une fonction Borélienne et intégrable pour la
mesure de Lebesgue sur [0, ∞[, calculer
Z ∞
lim cos( x )2n f ( x )dx.
n→∞ 0

On suppose maintenant que µ est une mesure sur [0, ∞[ muni de la tribu Borélienne,
et que f : [0, ∞[7→ R est une fonction Borélienne et µ-intégrable. Exprimer la limite
suivante en fonction de f et µ sous la forme d’une série :
Z
lim cos( x )2n f ( x )dµ( x ).
n→∞ [0,∞[

***

2. Donner la définition d’une tribu sur un ensemble X. Donnez la définition de tribu


engendrée par une partie A de P( X ).
Application : soit X = N et A ⊂ P( X ) donné par A = {{n}, n ∈ N}. Quelle est
la tribu engendrée par A (en justifiant la réponse bien sûr) ?
Partie II : exercices
3. Soit D ⊂ R2 donné par

D = {( x, y) ∈ R2 tel que x ≥ 0, y ≥ 0, 1 ≤ x2 + y2 ≤ 4}

Dessiner le domaine D et calculer


Z
xy
dxdy.
D x2 + y2
***
exp(− x )−exp(−tx )
4. Pour tout x > 0 et tout t > 0, on définit f (t, x ) = x .
(a) Montrer que pour tout t > 0, la fonction x → f (t, x ) est intégrable sur ]0, ∞[.
Pour tout t > 0, on note Z ∞
F (t) = f (t, x )dx.
0
(b) Montrer que F est continue sur ]0, ∞[.
(c) Montrer que F est dérivable sur ]0, ∞[ et calculer F ′ (t).
(d) Calculer F (t).
***

5. Dans cet exercice, on pourra admettre sans démonstration les égalités suivantes :
Z ∞ √ Z +∞ √
− t2 π dy π 2
e dt = , = .
0 2 0 1 + y4 4
sin( x )
(a) Montrer que la fonction h :]0, ∞[7→ R donnée par h( x ) = √
x
n’est pas in-
R 2( k +1) π
tégrable sur ]0, ∞[. (Indication : on pourra penser à minorer 2kπ |h( x )|dx
pour k ∈ N.)
On considère maintenant la fonction f : R2 7→ R donnée par

f ( x, y) = exp(− xy2 ) sin( x ).

(b) Montrer que pour tout x > 0,


Z ∞ √
2 π
exp(− xy )dy = √ .
0 2 x

En déduire que f n’est pas intégrable sur [0, ∞[2 .


(c) Montrer que pour tout a > 0, f est intégrable sur [0, a] × [0, ∞[. En utilisant le
théorème de Fubini, montrer que pour tout a > 0,
√ Z a Z +∞
π sin x
√ dx = ga (y) dy,
2 0 x 0

où ga : [0, ∞[7→ R est une fonction (dépendant du paramètre a) que l’on déter-
minera sous forme intégrale.
(d) Montrer par intégration que
2 2
1 − e−ay cos a − y2 e−ay sin a
ga (y) = , ∀y > 0.
1 + y4
Z +∞
(e) Montrer que ga (y) dy a une limite quand a tend vers +∞ et calculer cette
0 R a sin(x)
limite. En déduire la valeur de lima→∞ 0 √ x dx.

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Université Claude Bernard Lyon 1 Licence de mathématiques 3e année
UE Éléments d’analyse fonctionnelle Année 2022–2023

Contrôle continu # 1
Le 3 mars 2023 – durée 60 minutes

Exercice # 1. Soit U un ouvert non vide de Rn . Nous travaillons dans (U, BU , νn ). Si f ∈ C(U ), montrer
que kf kL∞ = sup |f |.
U

Exercice # 2. Montrer que `1 ⊂ `2 et que ||x||2 ≤ ||x||1 , ∀ x ∈ `1 .


Exercice # 3. Soit 1 ≤ p ≤ ∞. Nous travaillons dans (L p , T , µ). Si fn → f dans L p et fn → g p. p.,
quelle est la relation entre f et g ?
Exercice # 4. Soit

g : R → R, g(x) = e−|x| , ∀ x ∈ R.

Soient 1 ≤ p ≤ ∞ et f ∈ L p (R).
1. Montrer que f ∗ g ∈ L p (R) ∩ C(R). On précisera le sens de l’hypothèse f ∈ L p (R).
2. Montrer, de plus, que, si p < r ≤ ∞, alors f ∗ g ∈ L r (R).
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UE Éléments d’analyse fonctionnelle Année 2022–2023

Contrôle continu # 2
Le 31 mars 2023 – durée 60 minutes

Exercice # 1. Soit H un espace de Hilbert réel. Soit (ej )j≥1 ⊂ H une suite orthonormée. Soit (aj )j≥1 ⊂ R.
Montrer l’équivalence
X X
aj ej converge ⇐⇒ a2j < ∞. (1)
j≥1 j≥1

En cas de convergence de l’une des séries apparaissant dans (1), montrer que
2
X X
aj e j = a2j .
j≥1 j≥1

Exercice # 2. Soit H un espace de Hilbert réel. Soit F une partie non-vide de H. Montrer que :
a) F ⊥ est un sous-espace fermé de H.

b) Vect (F ) = F ⊥ .
c) F ⊥⊥ = Vect (F ).

Exercice # 3. Soient H = L2 (R) muni de sa norme usuelle et


 Z 
−|x|
V = f ∈H; f (x) e dx = 0 .
R

a) Montrer que V est un sous-espace fermé de H.


b) Déterminer une base de V ⊥ .
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UE Éléments d’analyse fonctionnelle Année 2022–2023

Contrôle continu de substitution # 2


Le 7 avril 2023 – durée 60 minutes

Exercice # 1. Soit E un espace préhilbertien réel. Soit (ej )1≤j<N ⊂ E (avec N = 2, 3, . . . , ∞) une famille
orthonormée. Montrer l’inégalité de Bessel
X
hx, ej i2 ≤ kxk2 , ∀ x ∈ E.
1≤j<N

Exercice # 2. Soit X l’espace vectoriel complexe engendré par les fonctions de la forme R 3 t 7→ eiwt ∈ C
où w parcourt R. Pour f, g ∈ X, soit
Z T
1
hf, gi = lim f (t)g(t) dt.
T →∞ 2T −T

a) Montrer que h , i définit un produit scalaire sur X.


b) Vérifier que la famille (t 7→ eıwt )w∈R est orthonormée.
c) X est-il un espace de Hilbert ?

Exercice # 3. Soit H un espace de Hilbert réel. Soit V un sous-espace de H. Montrer que toute forme
linéaire et continue sur V se prolonge en une forme linéaire et continue sur H.
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UE Éléments d’analyse fonctionnelle Année 2022–2023

Contrôle terminal
Le 26 mai 2023 – durée 90 minutes

Exercice # 1. Montrer que `2 ⊂ `3 et que ||x||3 ≤ ||x||2 , ∀ x ∈ `2 .


Exercice # 2. Soit (X, T , µ) un espace probabilisé. (Donc µ(X) = 1.) Montrer que, pour toute fonction
mesurable f : X → R, nous avons ||f ||1 ≤ ||f ||2 .
Exercice # 3. Soit H = L2 (Ω, T , µ) (les fonctions sont supposées à valeurs dans R). On considère l’en-
semble C = {f ∈ H ; f ≥ 0 p. p.}.
a) Montrer que C est un convexe fermé.
b) Montrer que, si f ∈ H, alors PC (f ) = f χ{f ≥0} , où {f ≥ 0} = {x ∈ X ; f (x) ≥ 0}.

Exercice # 4. Soit f : R → R la fonction 2π-périodique, impaire et telle que f (x) = π − x sur ]0, π]. En
X sin n
utilisant la série de Fourier de f , calculer .
n≥1
n

Exercice # 5. Nous travaillons dans ]0, ∞[ et dans ]0, ∞[2 , chacun muni de sa tribu borélienne et de la
mesure de Lebesgue. Soient f, g :]0, ∞[→ [0, ∞[ deux fonctions boréliennes et positives.
Nous admettons les identités suivantes :
Z ∞ √ Z ∞ √
x y
√ dy = √ dx = π, ∀ x > 0. (1)
0 (x + y) y 0 (x + y) x

En utilisant : (i) l’identité


√ √
f (x)g(y) f (x) 4 x g(y) 4 y
=√ √ ×√ √ , ∀ x, y > 0 ;
x+y x+y 4y x+y 4x

(ii) l’inégalité de Cauchy-Schwarz sur ]0, ∞[2 ; (iii) le théorème de Tonelli ; (iv) l’identité (1), montrer
l’inégalité de Hilbert-Schur
Z
f (x)g(y)
dxdy ≤ π||f ||2 ||g||2 . (2)
]0,∞[2 x+y

Bonus. Soient 1 < p, q < ∞ deux exposants conjugués. En utilisant les identités
Z ∞ Z ∞
x1/q y 1/p π
1/q
dy = 1/p
dx = , ∀ x > 0,
0 (x + y) y 0 (x + y) x sin(π/p)
f (x)g(y) f (x) x1/(pq) g(y) y 1/(pq)
= × , ∀ x, y > 0,
x+y (x + y)1/p y 1/(pq) (x + y)1/q x1/(pq)

l’inégalité de Hölder avec exposants p et q et le théorème de Tonelli, établir l’inégalité de Hardy-Riesz


Z
f (x)g(y) π
dxdy ≤ ||f ||p ||g||q . (3)
]0,∞[2 x+y sin(π/p)
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UE Éléments d’analyse fonctionnelle Année 2022–2023

Corrigé du contrôle terminal


Le 26 mai 2023

Exercice # 1. Montrer que `2 ⊂ `3 et que ||x||3 ≤ ||x||2 , ∀ x ∈ `2 .


P
Solution. Soit x = (an )n≥0 ∈ `2 . Nous avons a2n ≤ j≥0 a2j = ||x||22 , d’où |an | ≤ ||x||2 , ∀ n ≥ 0, et donc
X X X
||x||33 = |an |3 = |an |a2n ≤ ||x||2 a2n = ||x||2 ||x||22 = ||x||32 < ∞,
n≥0 n≥0 n≥0

d’où les deux conclusions de l’exercice.

Exercice # 2. Soit (X, T , µ) un espace probabilisé. (Donc µ(X) = 1.) Montrer que, pour toute fonction mesurable
f : X → R, nous avons ||f ||1 ≤ ||f ||2 .

Solution. L’inégalité de Cauchy-Schwarz donne


Z Z Z 1/2 Z 1/2
2 2
||f ||1 = |f | = |f | · 1 ≤ f 1 = ||f ||2 [µ(X)]1/2 = ||f ||2 .

Exercice # 3. Soit H = L2 (Ω, T , µ) (les fonctions sont supposées à valeurs dans R). On considère l’ensemble
C = {f ∈ H ; f ≥ 0 p. p.}.
a) Montrer que C est un convexe fermé.
b) Montrer que, si f ∈ H, alors PC (f ) = f χ{f ≥0} , où {f ≥ 0} = {x ∈ X ; f (x) ≥ 0}.

Solution. Notons l’ambiguïté usuelle de la définition de C. Si [ ] désigne une classe d’équivalence dans Lp , il faut
plutôt lire C = {[f ] ; f ∈ L p , f ≥ 0 p. p.}. Par ailleurs, quitte à remplacer f par f χ{f ≥0} , qui est dans la classe
de f , nous pouvons travailler avec des fonctions ≥ 0.
a) Soient θ ∈ [0, 1] et [f ], [g] ∈ C, avec f, g ≥ 0. Nous avons θf + (1 − θ)g ≥ 0 et θf + (1 − θ)g ∈ L 2 , et donc
[θf + (1 − θ)g] ∈ C, d’où C est convexe. Par ailleurs, soit ([fj ]) ⊂ C une suite convergente dans L2 , de limite [f ].
Soient ([fjk ]) une sous-suite et A ∈ T négligeable tels que fjk → f dans Ac . Par passage à la limite, f ≥ 0 dans
Ac , et donc [f ] ∈ C. Il s’ensuit que C est fermé. (
f (x), si f (x) ≥ 0
b) Soit [f ] ∈ L2 . Soit g = f χ{f ≥0} . Comme g(x) = , g est : (i) mesurable (‘fonction à
0, si f (x) < 0
R R
accolade’) ; (ii) positive ; (iii) dans L 2 (car g 2 ≤ f 2 < ∞) et donc sa classe est dans C. Pour conclure, il faut
montrer que

[h ∈ L 2 , h ≥ 0 p. p.] =⇒ hf − g, h − gi ≤ 0.

Or,
Z Z
hf − g, h − gi = (f − g) (h − g) = f h ≤ 0.
{f <0}

Exercice # 4. Soit f : R → R la fonction 2π-périodique, impaire et telle que f (x) = π − x sur ]0, π]. En utilisant
X sin n
la série de Fourier de f , calculer .
n
n≥1
Solution. Nous avons c0 (f ) = 0, car f est impaire. Si n 6= 0, nous avons, avec le c. v. x = −y,
Z π Z 0 Z π Z π
−ınx −ınx −ınx
2πcn (f ) = e f (x) dx = e f (x) dx + e f (x) dx = eıny f (−y) dy
−π −π 0 0
Z π Z π Z π
+ e−ınx f (x) dx = (e−ınx − eınx )f (x) dx = −2ı f (x) sin (nx) dx
0 0 0
Z  π Z
2ı π 0 2ı 2ı π 2ıπ
= f (x)[cos (nx)] dx = (π − x) cos (nx) + cos (nx) dx = − ,
n 0 n 0 n 0 n
et donc cn (f ) = −ı/n. Le théorème de Dirichlet donne
N
X N  ın
X  N
X
ın e e−ın sin n
π − 1 = f (1) = lim cn (f )e = −ı lim + = 2 lim ,
N →∞ N →∞ n −n N →∞ n
n=−N n=1 n=1

d’où la somme de l’énoncé vaut (π − 1)/2.

Exercice # 5. Nous travaillons dans ]0, ∞[ et dans ]0, ∞[2 , chacun muni de sa tribu borélienne et de la mesure de
Lebesgue. Soient f, g :]0, ∞[→ [0, ∞[ deux fonctions boréliennes et positives.
Nous admettons les identités suivantes :
Z ∞ √ Z ∞ √
x y
√ dy = √ dx = π, ∀ x > 0. (1)
0 (x + y) y 0 (x + y) x
En utilisant : (i) l’identité
√ √
f (x)g(y) f (x) 4 x g(y) 4 y
=√ √ × √ √ , ∀ x, y > 0 ;
x+y x+y 4y x+y 4x
(ii) l’inégalité de Cauchy-Schwarz sur ]0, ∞[2 ; (iii) le théorème de Tonelli ; (iv) l’identité (1), montrer l’inégalité de
Hilbert-Schur
Z
f (x)g(y)
dxdy ≤ π||f ||2 ||g||2 . (2)
]0,∞[ 2 x+y
Bonus. Soient 1 < p, q < ∞ deux exposants conjugués. En utilisant les identités
Z ∞ Z ∞
x1/q y 1/p π
1/q
dy = 1/p
dx = , ∀ x > 0,
0 (x + y) y 0 (x + y) x sin(π/p)
f (x)g(y) f (x) x1/(pq) g(y) y 1/(pq)
= × , ∀ x, y > 0,
x+y (x + y)1/p y 1/(pq) (x + y)1/q x1/(pq)
l’inégalité de Hölder avec exposants p et q et le théorème de Tonelli, établir l’inégalité de Hardy-Riesz
Z
f (x)g(y) π
dxdy ≤ ||f ||p ||g||q . (3)
]0,∞[2 x + y sin(π/p)
Solution. Prouvons directement (3), qui englobe (2) (prendre p = q = 2). Nous avons
Z Z
f (x)g(y) f (x) x1/(pq) g(y) y 1/(pq)
dxdy = 1/p 1/(pq)
× dxdy
]0,∞[2 x + y ]0,∞[2 (x + y) y (x + y)1/q x1/(pq)
Z !1/p Z !1/q
f p (x) x1/q g q (y) y 1/p
≤ 1/q
dxdy 1/p
dxdy
]0,∞[2 (x + y) y ]0,∞[2 (x + y) x
Z ∞ Z ∞ ! !1/p
1/q
x
= f p (x) dy dx
0 0 (x + y) y 1/q
Z ∞ Z ∞ ! !1/q
1/p
y
× g q (y) dx dy
0 0 (x + y) x1/p
 1/p  1/q
π π π
= ||f ||p ||g||q = ||f ||p ||g||q .
sin(π/p) sin(π/p) sin(π/p)
Université Claude Bernard Lyon 1 Licence de mathématiques 3e année
UE Éléments d’analyse fonctionnelle Année 2022–2023

Contrôle terminal
2e session - le 29 juin 2023 – durée 60 minutes

Exercice # 1. Nous travaillons dans R muni de la tribu borélienne et de la mesure de Lebesgue. Soit
ρ : R → R, ρ(x) := e−|x| , ∀ x ∈ R. Montrer que, pour 1 ≤ p ≤ ∞, nous avons

f ∈ L p (R) =⇒ [f ∗ ρ ∈ L p (R) et ||f ∗ ρ||p ≤ 2||f ||p ].

Exercice # 2. Soit (X, T , µ) un espace probabilisé. (Donc µ(X) = 1.) Montrer que, pour toute fonction
mesurable f : X → R, nous avons ||f ||2 ≤ ||f ||3 .
Exercice # 3. Soit (H, || || un espace de Hilbert réel. Soit C la boule unité fermée de H. Nous admettons
1
que C est convexe et fermée. Si x 6∈ C, montrer que pC (x) = x.
||x||
Exercice # 4. Soit f ∈ C 2 (R) une fonction 2π-périodique. Montrer que la série de Fourier de f converge
normalement.

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