Francais 4e
Francais 4e
Français
4
LIVRE DU PROFESSEUR
e
Sous la direction de
Françoise Colmez
Agrégée de lettres classiques
Christiane Gayerie-Bescond
Certifiée de lettres modernes
Barbara Hertzog
Certifiée de lettres modernes
Carole Narteau
Certifiée de lettres modernes
Joëlle Paul
Certifiée de lettres classiques
Nathalie Rolle
Certifiée de lettres classiques
Sommaire
Comment utiliser ce manuel de 4e ?.......................................................................................................................................................................................... 6
Pour retrouver un outil de la langue dans les textes du manuel................................................................................................................... 8
1 Retour 2 Portraits
nce nce
sur le discours
Séque
Séque
. ......................................................................... 40
narratif ............................................................................... 9
Séque
. .......................... 70 ......................................................................... 126
4 Étranges histoires
nce
Séque
..................................... 91
6 La critique sociale
nce
Séque
Suggestion de séquences............................................................. 92
. .................................... 147
L’image d’ouverture. .......................................................................... 95
Introduction au fantastique...................................................... 96
Suggestion de séquences............................................................. 148
1. L’apparition du fantastique ................................................ 97
L’image d’ouverture. .......................................................................... 151
2. Les objets ensorcelés.................................................................. 100
1. Une fable. .............................................................................................. 152
3. Le personnage et son double............................................. 103
2. La réflexion d’un moraliste. ................................................. 155
4. Les présences diaboliques et maléfiques. ............. 106
3. Une lettre satirique. .................................................................... 157
5. Le passage de l’autre côté .................................................... 109
4. Une comédie sociale................................................................... 159
6. Le fantastique au cinéma
5. Un conte philosophique. ........................................................ 161
lecture d’image ................................................................................. 112
6. Un pamphlet . ................................................................................... 163
Je vérifie mes connaissances ................................................... 115
7. Un dessin de presse
EXPRESSION ÉCRITE lecture d’image . ................................................................................. 166
Rédiger une nouvelle fantastique ................................ 117 Je vérifie mes connaissances. ................................................... 168
EXPRESSION ORALE EXPRESSION ÉCRITE
Improviser une histoire .......................................................... 118 Écrire un pamphlet ..................................................................... 170
LECTURE INTÉGRALE EXPRESSION ORALE
3
Sommaire
7 9 UnVictorgrandHugoécrivain :
nce nce
Le théâtre :
Séque
Séque
du rire aux larmes....................................... 174 . ............................................................... 225
8 Laémotions
nce
poésie :
Séque
4
Sommaire
5
Comment utiliser ce manuel de 4e ?
PRINCIPES DE BASE
1. Les questionnaires qui suivent les textes ne sont systématiquement intervenir, si on ne veut pas
pas conçus pour être faits à la maison par écrit. Si construire sur du sable, la formalisation, puis la
la rubrique « Découvrez le texte » peut servir de mémorisation ; sans mémorisation, il n’y a pas con-
support à une lecture individuelle à la maison pour struction d’un savoir.
préparer l’étude qui sera faite en classe, le reste du 3. À chaque séance, il est recommandé de faire
questionnaire est conçu pour être travaillé collec- systématiquement rédiger aux élèves quelques
tivement, oralement, avec l’aide du professeur. lignes (quelques phrases, un paragraphe…) : mise
2. Après la phase d’observation et d’étude, doivent en forme de la réponse à une question, par exemple.
6
Comment utiliser ce manuel de 4e ?
plusieurs des questions proposées, sachant que les – trois pages « JE VÉRIFIE MES CONNAISSANCES »,
questionnaires sont de difficulté croissante, allant où des exercices ciblés vous permettront de vérifier
systématiquement du plus simple au plus complexe. que les élèves ont bien assimilé les connaissances
Chaque questionnaire se termine sur une rubri- sur lesquelles a porté le travail d’une ou plusieurs
que « Et maintenant, concluez » qui invite les élèves séances : exercices courts qui comportent des ques-
à formaliser les notions et les démarches de lecture tions précises et ponctuelles.
qu’ils ont découvertes grâce au questionnaire.
4. L’expression écrite et/ou orale
2. L’étude des outils de la langue Chaque séance, qu’il s’agisse de l’étude d’un texte ou
La partie « OUTILS DE LA LANGUE » est organisée de l’étude d’une notion grammaticale, doit aboutir à
suivant la progression qui conduit du mot au dis- la rédaction de quelques phrases ou d’un paragraphe
cours. : ce peut être la mise en forme de la réponse à une
Après chaque questionnaire figure une boîte question posée sur le texte, ou bien un exercice d’ex-
« Outils de la langue ». Vous pourrez y puiser pour pression obéissant à des consignes précises.
articuler le travail sur la langue avec l’étude du texte. Ainsi, ce manuel propose au fil de chaque séquence
Les outils dont l’étude est suggérée apparaissent un éventail de sujets, du plus simple au plus com-
en vert dans les questions, ce qui permet de partir plexe : à la fin de chaque questionnaire, à la fin de
du texte étudié pour observer l’outil choisi. Le choix chaque séance de la partie « OUTILS DE LA LANGUE »,
de ces outils est évidemment guidé par la pertinence dans les pages « EXPRESSION ÉCRITE »…
de leur étude avec l’objet de la séance : par exemple,
vous pourrez associer à la lecture d’un récit à la 3e 5. Livres à lire
personne l’étude du jeu des temps dans un récit au Les pages « PROLONGEMENTS » et « LECTURE
passé et vous reporter à la séance correspondante de INTÉGRALE » proposent ou bien un choix de livres
la 2e partie « OUTILS DE LA LANGUE ». retenus pour leur qualité littéraire ou leur intérêt
Une séance consacrée à l’étude de la langue ne culturel, ou bien la lecture intégrale guidée d’un livre.
saurait évidemment pas être un exposé magistral et
se borner à de simples exercices d’analyse. Il faut au 6. Les activités interdisciplinaires
contraire diversifier les temps de l’apprentissage. Conformément au programme, nous vous proposons
Après le repérage de l’outil dans le texte étudié, on tout un éventail d’activités qui permettront d’établir
approfondira son étude en se reportant au chapitre des passerelles avec d’autres disciplines (arts plas-
qui lui est consacré dans la 2e partie du manuel. Cet tiques, histoire, éducation civique…), tout en variant
approfondissement de la notion se fera : les formes d’expression écrite de vos élèves et en
– grâce à une leçon qui propose une explication poursuivant leur formation au maniement de l’ordi-
simple, courte et toujours illustrée d’exemples, ce qui nateur et à la recherche sur Internet.
permettra tout à la fois à l’élève de s’y référer et de la
mémoriser ; 7. L’évaluation sommative
– grâce à des exercices variés, jouant sur le En fin de chaque séquence, un texte d’évaluation
repérage, la substitution, la transformation, pour vous permettra de faire l’évaluation sommative des
aboutir à la rédaction d’un texte d’application. acquis des élèves, dans le domaine de la lecture
comme dans celui de la maîtrise de la langue, grâce
3. Formalisation, mémorisation à un questionnaire structuré comme ceux du Brevet,
et évaluation formative suivi d’un exercice d’expression écrite.
Dans chaque séquence, vous trouverez :
– une page intitulée « JE RETIENS » qui comporte 8. L’étude de l’image
un certain nombre d’encadrés (de trois à cinq) aux- Vous disposez d’une iconographie riche et variée, util-
quels vous pourrez renvoyer vos élèves, après l’étude isant tous les types de supports. Les illustrations ont
de chacune des notions : ils y trouveront, énoncé de toujours été choisies en fonction de leur pertinence
façon simple et rigoureuse, ce qui doit être mémorisé par rapport au texte, au type de discours étudié ou
pour aboutir à la construction d’un savoir ; au genre littéraire qui fait l’objet du chapitre.
7
Pour retrouver un outil de la langue dans les textes du manuel
w Ce tableau indique dans quels textes et exercices de la 1re partie du manuel « Étude de textes » vous pourrez
retrouver, dans différents contextes, les notions de langue étudiées dans la 2e partie du manuel « Outils de la
langue ».
8
1
e
(p. 12)
qu
Sé
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1re partie ➜ Étude de textes
10
Séquence 1 ➜ Retour sur le discours narratif
11
1re partie ➜ Étude de textes
12
Séquence 1 ➜ Retour sur le discours narratif
8e séance ÉVALUATION quartiers populaires, mais aussi dans des rues cossues.
Ses pochoirs, appliqués en une seule couche, représentent
– « Je vérifie mes connaissances », p. 28 n° 4 et 5 ;
généralement des femmes accompagnées d’une formule
– correction immédiate.
lapidaire, riche de sens.
Reconnue officiellement plasticienne-poète, l’ar-
9e et 10e séances LECTURE INTÉGRALE
tiste voit ses œuvres reproduites sur des timbres par la
Objectif : Utiliser les notions étudiées au cours de la Poste française à l’occasion de la Journée des femmes,
séquence pour analyser un court roman (Le narrateur le 8 mars 2011.
et son récit et Le récit d’une révolte, p. 33). Le pochoir choisi a été réalisé sur les murs de Paris en
– Répartir le travail entre plusieurs petits groupes. 2006. C’est un pochoir noir, sur fond palimpseste de
– Le travail commencé en classe se poursuivra en papiers collés et déchirés.
dehors de la classe.
– Le résultat des recherches fera l’objet d’un travail w Pour commencer
d’expression orale individuel ou collectif. On pourra laisser les élèves réagir au caractère non-
conventionnel de l’image, loin de leurs a priori en termes
11e séance EXPRESSION ÉCRITE / de « belle peinture » :
ÉVALUATION FINALE – support du graffiti et caractère urbain ;
Sujet d’expression écrite, p. 33. – grain et couleurs du fond choisi ;
– pochoir (reproduction qui peut être répétée) ;
12e séance CORRECTION – pseudonyme de l’artiste…
DE L’EXPRESSION ÉCRITE
1. Description de l’image :
On demandera ensuite aux élèves de décrire l’image dans
tous ses aspects.
L’image d’ouverture (p. 13) Le support est ici un mur qui apparaît en gris, avec
des épaisseurs inégales de papiers peints ou d’affiches
déchirées, à l’état de bribes, dans les tons roses et bleus,
À chercher l’impossible…, pochoir de Miss Tic
couleurs traditionnellement associées aux rêves et au
w Miss Tic (1956-2022) est le pseudonyme d’une artiste merveilleux (« des merveilles »). Le slogan et la signature,
parisienne, plasticienne et poète. Miss Tic s’est retrouvée en majuscules rouge et noir, tranchent sur le fond pour
orpheline de père et de mère à 16 ans. Refusant d’être accrocher le regard, le choix d’associer deux couleurs
recueillie par la famille tunisienne de son père et échap- donnant de plus une impression de relief.
pant à la DDASS, Miss Tic s’enfuit avec son solex et sa Si le texte est composé en biais, comme rapidement,
valise. Elle vit d’expédients, fait du théâtre, puis elle part de manière désinvolte, la signature est posée en bas, de
aux États-Unis, où elle découvre l’art du graffiti. Revenue façon conventionnelle, en majuscules et minuscules.
à Paris deux ans après, elle exerce ses talents artistiques Entièrement composée sur une bande horizontale rose,
dans divers domaines, comme le décor de théâtre. elle donne une impression de stabilité, ce que renforcent
En 1985, elle commence à écrire des textes sur les murs, la majuscule liminaire ancrée à gauche, ainsi que les
avec des pochoirs, qu’elle signe « Miss Tic » pour qu’on lignes parallèles du T et du c sur la droite.
sache qu’elle est une fille, pour se moquer de ceux que les
mystiques orientaux fascinent. Comme elle ne se prend 2. L’expression : « À chercher l’impossible, on trouve des
pas au sérieux, son pseudonyme renvoie aussi à Miss Tick, merveilles »
la sorcière qui essaie de voler le sou fétiche de Picsou. On commencera par demander aux élèves ce que cette
Miss Tic se sent « plus écrivain que peintre », même si elle expression signifie pour eux, ce que veut dire chercher
vend ses tableaux plusieurs milliers d’euros. Elle publie des l’impossible, dans quels domaines cette phrase s’applique,
livres illustrés avec ses pochoirs et ses poèmes, mais elle quels exemples peuvent être proposés pour l’illustrer.
continue de faire des pochoirs dans la rue : « Pourquoi ? La réflexion portera ensuite sur les intentions de l’au-
Parce que les tableaux, cela concerne un tout petit milieu. teure, son incitation à sortir des sentiers battus, à nous
Tandis que dans la rue, le public est là. » élever, à vouloir concrétiser nos rêves.
Pour éviter d’avoir des démêlés avec la police, elle Un débat est ensuite nécessaire. On pourra chercher des
demande d’abord leur autorisation aux propriétaires des contre-exemples, montrer comment en cherchant l’im-
murs qui l’intéressent. Elle peint au pochoir pendant possible (la toute-puissance par exemple), on peut causer
la belle saison, de préférence la nuit. On retrouve ses des catastrophes. Il s’avère donc nécessaire de définir, de
dessins et poèmes un peu partout dans Paris, dans des circonscrire le champ de l’impossible.
13
1re partie ➜ Étude de textes
1. Le cadre du récit (p. 14) 11 ans, en 1839, il fugue donc et se fait engager comme
mousse sur un navire. Rattrapé et sévèrement puni, il
promet de « ne plus voyager qu’en rêve ».
Une mutinerie, Jules Verne En 1862, l’éditeur Hetzel prend connaissance de Cinq
Semaines en ballon et accepte de le publier. Naît une colla-
OBJECTIFS PÉDAGOGIQUES
boration qui s’étendra jusqu’à la mort des deux hommes.
Être capable : Ainsi, pendant 40 ans, vont paraître 62 romans et 18
l d’identifier les éléments nécessaires à la mise en
nouvelles des Voyages extraordinaires, d’abord sous
place du récit (temps, lieu, personnages) ; forme de feuilletons, puis sous forme de volumes illus-
l de mettre en relation les éléments évoqués avec trés (65 au total). Tous dotés des mêmes ingrédients qui
le genre du récit (roman, roman d’aventures) ; feront le succès de Jules Verne : l’aventure, les découvertes
l de percevoir les motivations de l’action et l’at- en cours, les explorations récentes, l’utilisation drama-
tente qui en résulte. tique de la nature et de la technique. Tous mettant en
valeur, comme dans Les Révoltés de la Bounty (1879),
l’initiative, le courage et la détermination de leurs héros.
Présentation de l’extrait
w Les Révoltés de la Bounty retrace un événement his-
torique réel, la mutinerie de l’équipage d’un vaisseau Découvrez le texte
anglais, affrété pour découvrir aux colonies de nouvelles 1 – Présager (l. 4) : verbe transitif, qui signifie « indi-
sources d’approvisionnement pour les esclaves, comme quer » (une chose à venir), « annoncer ». Augurer est
l’arbre à pain. un de ses synonymes.
Le commandement du vaisseau est confié à William – Quart du matin (l. 10) : terme de marine ; il désigne
Bligh, officier autoritaire et colérique, qui très vite s’attire une période de 4h (autrefois 6h, c’est-à-dire le quart
la haine de ses hommes. Son second, Christian Fletcher, de 24h) pendant laquelle une partie de l’équipage
le démet de ses fonctions et le laisse partir en canot. Les veille sur un navire, et, par métonymie, les hommes
mutins, eux, s’installent en partie à Tahiti, où ils seront qui assurent cette veille.
retrouvés par la justice royale anglaise. De retour au pays, – Inopiné (l. 10) : qui survient sans être attendu.
malgré les preuves données de la sévérité excessive de
Bligh, nombre d’entre eux seront pendus. 2 a. La mutinerie est une révolte ouverte contre une
autorité établie, une désobéissance aux ordres
w Nous avons choisi ce début de roman (il manque les
supérieurs.
deux paragraphes initiaux) pour plusieurs raisons :
Ce terme dérive du mot meute. Les mots de la
– le roman est court et palpitant, et ce début nous a sem-
même famille sont peu nombreux : mutin,-ine (adj.
blé propre à mettre les élèves en appétit et à leur donner
et nom), se mutiner (vb.), mutiné (participe passé).
envie de lire le roman entier ;
– cette page permet d’étudier facilement tous les éléments b. Insurrection, sédition, rébellion, révolte sont des
qui mettent en place le cadre du récit et créent l’attente synonymes de mutinerie.
du lecteur. 3 Le narrateur n’est pas l’un des personnages de
l’histoire : il est extérieur au récit mais est doté de la
Sur l’auteur faculté d’omniscience. En effet, il connaît à la fois le
w C’est dans son enfance que Jules Verne contracte la passif des relations entre le capitaine et son équi-
passion des voyages qui va lui inspirer plus tard sa série page et la teneur des graves événements qui allaient
des Voyages extraordinaires. Il naît à Nantes le 8 février suivre (l. 5), qu’il choisit de distiller peu à peu.
1828, dans une famille appartenant à la haute bourgeoisie
et qui s’est distinguée dans la magistrature. Le port de Approfondissez votre lecture
Nantes, voué à la pêche en haute mer, est le lieu de ses À bord de la Bounty
promenades d’enfant et suscite chez lui une fascination
pour la mer qui ne va jamais s’éteindre. Elle est alimentée 4 a. L’histoire se déroule au xviiie s., précisément le
par les récits de voyage et d’aventures d’un vieil oncle qui 28 avril 1789 (l. 4).
va nourrir son imagination. b. C’est au lever du soleil (l. 4) que les événements
Les lectures du petit Jules, comme Robinson Crusoé de vont s’enclencher, alors que la plus grande partie de
D. Defoe, Le Dernier des Mohicans de J. F. Cooper ou Le l’équipage n’est pas encore éveillée et que tout est
Robinson suisse, de J. D. Wyss, attisent sa passion pour paisible (voir l. 3 à 12). On évoquera l’aspect straté-
l’aventure, la navigation et son goût du voyage. À l’âge de gique du moment choisi.
14
Séquence 1 ➜ Retour sur le discours narratif
5 a. Les indicateurs de lieu renvoient tous au champ Christian Fletcher à leur tête, contre le capitaine et le
lexical de la marine et du navire (à bord de la Bounty, reste de l’équipage.
l. 3-4 ; sur le bâtiment, l. 7 ; à bord, l. 11 ; dans l’entre- 10 a. Christian Fletcher se révèle comme le héros de
pont, l. 17 ; devant la cabine, l. 18 ; devant la porte du ce début de roman : en effet, il est la première per-
capitaine, l. 19-20 ; dans la cabine, l. 23). L’action va sonne à être nommément citée. L’auteur montre
donc se dérouler dans un lieu fermé, qui est celui du qu’il dirige les opérations (l. 11-15) et qu’il a la sympa-
bateau, ce qui va rendre possible sa possession. thie de ses hommes (mes amis, l. 11).
b. D’autres mots appartiennent au même champ lexi- Il occupe la fonction de second qui consiste à
cal de la marine et de sa hiérarchie, comme capitaine commander après le capitaine ou à le remplacer, en
(l. 1-2), officiers (l. 3), matelots (l. 7), second (l. 12), maître cas d’incapacité.
d’équipage et midshipman (l. 19). Ils sont assez nom- b. Fletcher a l’intention de destituer le capitaine,
breux pour achever de planter le décor des événe- puisqu’il veut s’assurer de lui par la force (l. 12-15), ce
ments. De plus, en exprimant les différentes relations qui est un acte d’insubordination grave.
qui unissent les hommes de la Bounty, ils permettent
c. Son comportement, et celui des autres mutins,
d’accentuer le caractère de l’action : une destitution.
s’explique par la mention, dès la ligne 1, du caractère
soupçonneux et emporté du capitaine, qui, à plusieurs
Une animation insolite
occasions (maintes fois), s’est trouvé en contradiction
6 a. La proposition lorsque tout à coup une anima- avec certains de ses officiers (scènes désagréables). Il
tion insolite se propage sur le bâtiment (l. 6-7) marque semble que la seule manière de mettre fin à la diffi-
le début de la mutinerie. Il s’agit d’une proposition culté de la vie sur le navire soit de contrôler physique-
subordonnée conjonctive, complément circonstan- ment la personne du capitaine, sans toutefois le tuer.
ciel de temps.
b. Alors que le début du texte est à l’imparfait, la Et maintenant, concluez
proposition est au présent de narration, comme les u Un début de récit donne des informations essen-
lignes qui suivent (l. 7-10). L’emploi de ce présent de tielles à sa compréhension :
narration donne l’illusion du déroulement en temps – en précisant le cadre spatio-temporel, c’est-
réel et de l’actualité des événements. à-dire le lieu de l’action ou sa localisation, ainsi
7 Dans les lignes 1-11, trois expressions désignent que l’époque et le moment où elle se déroule.
l’événement central, sans le nommer directement, de Ces éléments donnent un caractère réaliste et
façon implicite (graves événements, l. 5 ; animation concret à ce qui est raconté et permettent de se
insolite, l. 6-7 ; quelque accident inopiné, l. 10). Elles représenter le décor de l’action ;
retardent la désignation explicite du fait principal et – en présentant également les personnages, leurs
créent donc une attente chez le lecteur. traits de caractère les plus marquants, ainsi que
leur situation au début du récit (satisfaction/
8 Les deux interrogations des lignes 10-11 sont à
insatisfaction, antagonismes/alliances…) ;
attribuer au narrateur : il s’agit d’une intervention
– en amorçant l’action, en présentant les motiva-
factice destinée à souligner les événements. On peut
tions des personnages et en démarrant la narra-
aussi les interpréter comme l’expression par le narra-
tion sur l’acte fondateur du récit.
teur omniscient de pensées prêtées à l’équipage en-
sommeillé dont certains ignorent ce qui se trame. u Le cadre est rapidement mis en place par l’au-
Leur caractère volontairement allusif entretient l’at- teur, notamment par la précision des indications
tente instaurée dès la ligne 5. spatiales et temporelles ainsi que par les champs
lexicaux dominants.
Mutins et marins
9 a. Les personnages en présence sont quelques À vous de jouer !
matelots (l. 7) qui ne sont pas nommés, Fletcher 11 Imaginez la suite du texte. Après avoir étudié la
Christian, le second de la Bounty (l. 11-12), Bob (l. 12) et mise en place des informations qui créent le cadre du
Churchill (l. 13). Ils vont s’assurer par la force du capi- récit, on demande aux élèves de poursuivre le récit,
taine, de Stewart et de Peter Heywood, le maître en respectant les observations qui ont été
d’équipage et le midshipman de la Bounty (l. 18-19). formulées.
b. On a donc deux camps en présence : les mu- On insistera sur l’importance de la cohérence
tins, matelots et quelques-uns des officiers, avec avec les éléments matériels fournis par le texte.
15
1re partie ➜ Étude de textes
On pourra approfondir en travaillant la psycho- Il présente une séquence narrative complète dans son
logie du capitaine et en évoquant des réactions déroulement et permet donc d’en étudier toutes les carac-
conformes à ce qui a été découvert à son sujet. téristiques (éléments, jeu des temps dans un récit au passé).
Des dialogues, insérés dans la narration, ou des
notations descriptives pourraient offrir des pistes Sur l’auteur
intéressantes.
w George Orwell (de son vrai nom Eric Blair) est né le
On veillera à la continuité du système des temps
25 juin 1903 aux Indes dans une famille anglo-indienne.
par rapport au texte-source.
Son père n’est qu’un petit fonctionnaire de l’adminis-
Sur l’illustration tration des Indes, mais il envoie son fils étudier dans la
prestigieuse université anglaise d’Eton, comme boursier.
w L’affiche du film de Frank Lloyd reprend, par mon-
George Orwell est ensuite sergent dans la police impé-
tage de différentes images, les mêmes éléments que
riale en Birmanie avant de démissionner au bout de cinq
le texte de Jules Verne :
ans, en désaccord total avec une idéologie colonialiste
– au premier plan, la chaloupe qui emporte le capi-
oppressive. Commence alors une période difficile, ponc-
taine évincé de son navire et les marins qui lui sont
tuée de petits travaux et de chômage, pendant laquelle il
restés fidèles ; au fond, la Bounty, lieu principal de
se lance dans l’écriture, mais ne parvient pas à être édité.
l’action ;
Après des années de vache enragée à Londres et Paris,
– en surimpression, deux portraits d’hommes : au
où il vivote de menus métiers, sa conscience politique le
premier plan à gauche, Christian Fletcher tête nue,
pousse à rejoindre les rangs des volontaires étrangers qui
une mèche décoiffée, comme libéré du carcan de
luttent contre le fascisme en Espagne. Grièvement blessé
l’uniforme ; derrière lui, portant le bicorne de com-
et désabusé par la volonté de pouvoir de ceux dont il avait
mandement, le capitaine Bligh auquel il tourne le
cru qu’ils voulaient avant tout libérer l’Espagne, il rentre
dos. Le regard torve et le rictus mauvais du capitaine
en Angleterre et travaille pour la BBC, tout en écrivant
contrastent avec l’expression soucieuse de son se-
des essais politiques et en collaborant à des journaux et
cond et la franchise de son regard. Le montage, de
revues.
même que le regard hostile de Bligh, suggère l’oppo-
sition entre les deux hommes. w Il rédige ses deux plus célèbres romans quelques années
avant sa mort :
Outils de la langue – La Ferme des animaux (1945), satire du modèle poli-
Autre suggestion pour amorcer tique stalinien, qui met en scène des animaux prenant le
une séance grammaticale : pouvoir des mains des humains, au profit des plus puis-
➜ Les classes de mots (p. 254) (dans les lignes 1 à 9) sants ( « Certains animaux sont plus égaux que d’autres ») ;
– 1984 (1949), anticipation qui dénonce la dérive des
systèmes politiques et sociaux, dans lequel le personnage
(Winston Smith), simple fonctionnaire, prend conscience
2. La séquence narrative (p. 16) de l’infernal système dans lequel les libertés sont anéan-
ties par une administration omniprésente et omnipotente.
w George Orwell s’éteint en 1950, rongé par la tubercu-
La révolte de la faim, George Orwell lose, sans avoir vu la publication de 1984.
OBJECTIFS PÉDAGOGIQUES
Être capable : Découvrez le texte
l de repérer et d’identifier les différentes étapes
1 – Fenaison (l. 14) : période de fauchage et de ra-
qui composent la séquence narrative ;
massage des foins.
l d’observer et de comprendre le jeu des temps
– Resserre (l. 28) : local où l’on range et met à l’abri des
dans la narration au passé ;
provisions ou des outils.
l d’écrire un texte à la manière de…
– Fourrager (l. 29) : ce verbe signifie à l’origine « ra-
mas-ser du fourrage pour les bêtes » ; il est employé
ici de manière usuelle et veut dire « fouiller, mettre
Présentation de l’extrait du désordre quelque part pour y chercher fébrile-
w Ce texte, extrait d’un roman qui est une fable moderne ment quelque chose ».
de notre monde, nous a paru propre à susciter l’intérêt et – Remise (l. 31) : dépendance, petit local qui sert à
la réflexion des élèves d’aujourd’hui. ranger.
16
Séquence 1 ➜ Retour sur le discours narratif
2 – Résumé possible du texte : dur avec les animaux (l. 3), les animaux eux-mêmes
Les animaux de la Ferme du Manoir sont, depuis n’avaient plus leur suffisance de nourriture (l. 12-13).
trop longtemps, négligés par leur maître, Mr. Jones, – Moïse, le corbeau apprivoisé, est un animal à part.
et maltraités par ses employés. La faim les pousse à Il est domestiqué, vit auprès du maître qui semble
se révolter : ils chassent leur maître et ses ouvriers, lui témoigner d’infimes faveurs. Il épousera la fuite
qui les exploitent sans humanité. de l’homme à la fin du texte. On peut mentionner la
valeur symbolique funeste du corbeau.
La situation ainsi rapportée est assez critique
Approfondissez votre lecture pour que l’on comprenne qu’elle ne pourra pas durer
La situation initiale (l. 1 à 13) plus longtemps (le soulèvement s’accomplit bien plus
3 La première phrase introduit le thème du texte : tôt… que personne ne s’y attendait, l. 1-2)
le soulèvement des animaux. 6 Les deux temps dominants de ce passage sont
4 a. On voit que les termes proposés à l’observation l’imparfait et le plus-que-parfait.
des élèves à la question 1 situent d’emblée l’action – L’imparfait évoque les mauvaises habitudes prises
dans un cadre agricole et rustique, qu’on mettra en par Mr Jones (passait des journées entières…, l. 6-7 ;
relation avec le titre du roman. trempait pour Moïse…, l. 9-10) depuis son procès et
On pourra compléter avec ses ouvriers agricoles, décrit l’abandon du domaine (ses ouvriers étaient…,
champs (l. 9-10), les mauvaises herbes, haies, bâti- les haies restaient…, les toits menaçaient…, les ani-
ments, animaux (l. 11-12). maux n’avaient plus leur suffisance de nourriture,
Le nom du propriétaire, Mr. Jones, et plus loin l. 9-13). Il s’agit là de l’arrière-plan du récit.
(l. 14-16) la mention du bourg de Willingdon, mots à – Le plus-que-parfait évoque les actions antérieures
consonance anglaise, achèvent de planter le cadre que constitue le procès (l. 2-6).
dans la campagne anglaise. L’élément modificateur (l. 14 à 26)
b. La fréquence et le nombre des compléments cir- 7 a. La narration se fait maintenant au passé simple :
constanciels de temps (bien plus tôt, l. 1 ; Au long des en effet, les faits rapportés font progresser l’action et
années, l. 2-3 ; depuis quelque temps, l. 4 ; après un constituent donc le premier plan du récit. Ils sont si-
procès où il avait laissé des plumes, l. 5-6 ; de temps à tués par rapport à un point de repère précis, le di-
autre, l. 8) ne font pas référence à une datation pré- manche de la Saint-Jean, 24 juin, date du solstice
cise, mais plutôt à une accumulation de négligences d’été (symbole de renaissance et de renouveau) et
et à une aggravation des manquements du maître, fête des moissons.
qui s’étendent sur une longue durée. Le passé simple se pose en rupture par rapport
5 a. Les personnages cités dans ces lignes sont : aux événements antérieurs et permet de rapporter
– Mr. Jones, le propriétaire du domaine ; des actions uniques et successives, strictement dé-
– les animaux de la ferme ; limitées les unes par rapport aux autres. Les actions
– Moïse, le corbeau apprivoisé de Mr Jones ; antérieures au fait principal, le retour de Mr. Jones,
– les ouvriers agricoles. sont rapportées au plus-que-parfait.
– À la fin de l’extrait, apparaîtra en plus Mrs Jones, b. Les indications de temps sont nombreuses : le mois
l’épouse du propriétaire. de juin, la veille de la Saint-Jean (l. 14), un samedi (l. 15),
b. Il n’est donné à leur propos aucune information le lendemain dimanche, en fin de matinée (l. 17-18),
descriptive. Seuls des traits de comportement ou de de bonne heure, puis (l. 19), À son retour (l. 21), quand
caractère sont rapportés. vint le soir (l. 24), À la fin (l. 25-26), longtemps (l. 26).
– Ainsi, on voit que Mr. Jones a toujours fait preuve Ces indications fournissent le déroulé précis des évé-
d’une certaine dureté envers ses bêtes (l. 3) et que, nements qui vont servir de catalyseur à la révolte et
depuis ses revers judiciaires, il se laisse aller à la mettent en valeur le désintérêt des hommes pour les
boisson et à l’apathie, se désintéressant de la surveil- animaux de la ferme.
lance et de l’entretien de son domaine (l. 7-13). c. Jusque-là, les animaux étaient mal ou insuffi-
– Les ouvriers filous et fainéants (l. 10) sont certai- samment nourris (n’avaient plus leur suffisance de
nement qualifiés ainsi par le maître lui-même et nourriture, l. 12-13). Le dimanche de la Saint-Jean se
profitent de sa négligence pour en faire le moins produit un fait plus grave et nouveau : ils ne sont
possible, sans souci des animaux. pas nourris du tout (l. 24-25 : et quand vint le soir les
– Les animaux sont désignés de façon collective, bêtes n’avaient toujours rien eu à manger.), ce qui, par
sans autre précision que les difficultés qu’ils vivent : accumulation, leur est intolérable.
17
1re partie ➜ Étude de textes
d. Poussées par un besoin vital (À la fin, elles ne 12 Le champ lexical dominant est celui de l’action
purent y tenir plus longtemps, l. 25-26), les bêtes militaire : combat (l. 46). On peut distinguer :
recherchent par elles-mêmes la nourriture qu’on ne – la victoire pour les animaux : animaux triomphants
leur a pas donnée et deviennent les acteurs de leur (l. 48), pourchassant (l. 52-53) ;
subsistance. Cette première initiative est à l’origine – la défaite pour les hommes : renonçant (l. 46),
de leur révolte. prirent leurs jambes à leur cou, déroute, filèrent (l. 46-
Les péripéties (l. 27 à 44) 47), à leurs trousses (l. 48), se faufila hors de la ferme,
8 a. Les connecteurs temporels : alors (l. 27), et bien- ni vu ni connu (l. 50-51), fuir (l. 53).
tôt (l. 28), À ce moment (l. 30), L’instant d’après Le nombre des termes indiquant la défaite des
(l. 30-31), Et tout de suite (l. 32) soulignent d’abord hommes met en valeur le caractère éclatant du suc-
l’enchaînement très rapide des événements, à cause cès des animaux et le retrait total et honteux des
de la nécessité impérieuse de la faim, ainsi que le hommes.
rapport de cause à effet (alors). Les trois derniers
connecteurs montrent l’injustice systématique des La situation finale (l. 54-56)
hommes, qui n’examinent pas la raison du compor- 13 La prise de possession de la Ferme du Manoir par
tement des animaux et ne savent y donner qu’une les animaux (l. 56), qui sera par la suite renommée en
réponse répressive. Ferme des animaux, constitue la situation finale. On
b. Les péripéties successives pourraient être succinc- constate qu’elle est exprimée à l’imparfait, puisque
tement résumées par les GN suivants : on en arrive à une situation à nouveau stable : les
– un besoin de nourriture impérieux (l. 27-30) ; hommes, responsables de l’inconfort des animaux,
– l’irruption des hommes (l. 30-32) ; ont disparu et les animaux vont maintenant prendre
– la sanction (l. 32-33) ; en main leur destin.
– l’indignation et la rébellion des bêtes (l. 33-44). 14 Si l’on rapproche la première et la dernière phrase
c. Le temps dominant est le passé simple : les faits du texte, on constate que les termes soulèvement et
évoqués font progresser l’action ; il s’agit de faits de s’accomplir sont repris, à la différence près que, dans
premier plan qui sont uniques et successifs. la première phrase, l’action est rapportée de l’exté-
rieur : elle est évoquée de façon globale. Dans la der-
9 Les locutions nominales meurt-la-faim (l. 34) et
nière, l’action est rapportée de l’intérieur comme
souffre-douleur (l. 38) désignent respectivement les
l’achèvement d’un processus, d’où l’emploi du plus-
animaux et les hommes. Il est intéressant de noter
que-parfait s’était accompli (l. 55-56) qui présente
qu’elles appartiennent au même champ lexical, celui
l’événement comme achevé et qui entraîne l’impar-
de la douleur, mais désignent des personnages anta-
fait (était à eux, l. 56) , celui-ci exprimant la stabilité
gonistes depuis le soulèvement.
de la situation.
10 Un nouveau rapport de force s’est créé par renver-
15 a. Les animaux ne se sont pas révoltés contre
sement de la situation ; le pouvoir échoit aux bêtes,
l’homme, mais contre son comportement inhumain
qui l’exercent de la seule façon dont elles ont vu les
à leur égard. En effet, au début de l’extrait, dans des
hommes l’exercer :
conditions de vie encore acceptables bien que diffi-
– de leur vie leurs maîtres n’avaient vu les animaux se
ciles, la question de leur sédition n’est pas évoquée.
conduire pareillement (l. 39-41) ;
Les faits ne basculent qu’à compter du moment où
– Et voici les cinq hommes… changés en souffre-dou-
Jones ne leur offre plus le minimum vital nécessaire.
leur (l. 35-38) :
– Ceux qui avaient coutume de les maltraiter, de les b. Il faut lire le roman de George Orwell comme une
rosser à qui mieux mieux, voilà qu’ils avaient peur fable, à la manière de La Fontaine qui utilisait les
(l. 41-44). animaux pour incarner les hommes et leurs travers.
Dans ce roman, Orwell dénonce l’inhumanité de
L’élément de résolution (l. 45 à 54) l’homme envers ses semblables plus faibles et l’ex-
11 La fuite du couple Jones et des ouvriers constitue ploitation de l’homme par l’homme, qui est l’une des
l’élément de résolution de la séquence narrative, doctrines-clés du marxisme.
puisqu’elle permet de dénouer une situation cri- La clé de lecture politique et historique éclaire
tique, en mettant fin à la rébellion des bêtes suscitée d’ailleurs grandement le sens de cette fable, en
par la dureté de leurs conditions de vie. Elle va per- présentant la Révolution d’octobre 1917 en Russie,
mettre d’inaugurer une situation nouvelle, stabilisée : de façon allégorique, sous le travestissement du
la prise de possession des lieux par les animaux. soulèvement des animaux. C’est une métaphore de
18
Séquence 1 ➜ Retour sur le discours narratif
la révolte du mouvement ouvrier contre l’oppression, tiennent de l’animal par leur brutalité ou leur aspect
symbolisée par Mr. Jones et ses valets. primaire, qui l’éloignent ainsi de son humanité et de
sa capacité à penser.
Et maintenant, concluez – Les porcs pourraient ainsi symboliser la diversité des
comportements humains (bras levé, attitude offen-
u Les différentes étapes d’une séquence narrative sive, regard scrutateur, ou vide ou encore souriant).
sont : – Le mouton et la vache pourraient représenter la
– la situation initiale qui met en place le cadre de placidité, la soumission aux plus forts et l’incapacité
l’action (lieu, temps) et les personnages ; à réagir contre l’injustice (au centre, le regard vide de
– l’élément modificateur ou perturbateur, sou- toute expression).
ligné par une indication temporelle (un jour, – Le bouc et le bélier pourraient représenter l’entê-
soudain…) et un changement de temps qui va tement et un esprit obtus (attitude de contestation
attester une rupture ; fermée à toute réponse, front baissé et yeux fermés).
– les péripéties successives soulignées par des – Le comportement des deux volatiles traduit une
indications de temps, qui racontent la succession attitude revendicative.
des événements résultant de la rupture ; – L’âne pourrait incarner l’aveuglement (regard pola-
– l’élément de résolution, dernier fait ou action risé sur la gauche et expression peu éveillée) : remar-
qui amène la situation finale ; quer derrière sa tête la main du porc qui dessine la
– la situation finale, résultante de ce qui précède silhouette de l’âne.
et qui amène une nouvelle situation stable pour
les personnages. D’une manière générale, dans la partie gauche
u Dans une séquence narrative, les événements de l’illustration, les animaux semblent pondérés,
sont racontés dans l’ordre chronologique. calmes, pacifiques, alors que ceux qui sont dans la
u Dans un récit au passé, le temps dominant de partie droite apparaissent comme excités, agressifs,
chacune des étapes est : revendicatifs (bras levés, bouches ouvertes…).
– l’imparfait pour les situations initiale et finale ; Outils de la langue
– le passé simple ou le présent de narration pour
Autres suggestions pour amorcer
l’élément perturbateur, l’élément de résolution et une séance grammaticale :
les différentes péripéties. ➜ Les temps simples de l’indicatif : voix active, voix
passive (p. 326)
À vous de jouer ! ➜ Les temps composés de l’indicatif : voix active,
16 Le sujet permet aux élèves de finaliser l’appro- voix passive (p. 328)
priation du schéma narratif en se calquant sur le
texte de George Orwell. L’utilisation d’objets appar-
tenant au quotidien facilitera la recherche d’idées et 3. Le statut du narrateur (p. 19)
la narration ; il faudra tout de même insister sur la
pertinence du motif de révolte des objets (usage dé-
Texte A : La révolte d’un adolescent,
tourné, négligence…).
Jean-Claude Grumberg
Par ce sujet, on vérifiera que les élèves savent :
– construire une séquence narrative respectant Texte B : La révolte contre l’esclavage,
l’ordre chronologique ; Alex Haley
– respecter les valeurs des temps du passé ;
OBJECTIFS PÉDAGOGIQUES
– utiliser à bon escient les CCT, connecteurs et indi-
Être capable de :
cateurs de temps.
l repérer les indices qui permettent de dire
si le narrateur est extérieur ou intérieur au récit ;
Sur l’illustration
l relever les marques de son implication dans le récit ;
w Sur l’illustration de Charles Bragg (p. 18), on peut
l jouer avec le statut du narrateur.
repérer des porcs, des moutons, un bouc, un bélier,
une vache, deux volatiles non identifiés (un coq ?),
un âne. Ils se tiennent debout, vêtus comme des
hommes.
Sur les auteurs
Par ce rapprochement, l’auteur veut signifier que w Jean-Claude Grumberg est né en 1939. Son père est
l’homme adopte parfois des comportements qui arrêté comme juif en 1943. À partir de là on perd sa trace : il
19
1re partie ➜ Étude de textes
meurt sans doute en déportation, mais sa famille ne saura de quelqu’un qui se manifeste par un comportement
jamais ni où ni quand. simple et sincère ».
Avant de devenir comédien. J.-C. Grumberg exerce – Régisseur (l. 11) : désigne celui qui administre des
différents métiers, dont celui de tailleur, comme son père. biens, ou dirige un domaine pour le compte d’autrui
En 1968, il aborde l’écriture théâtrale et a produit, à contre un salaire.
ce jour, une trentaine de pièces (Demain une fenêtre sur – Furtif (l. 18) : qualifie un geste qui veut, par sa ra-
rue, Mathieu Legros, Chez Pierrot). Avec Dreyfus (1974), pidité et sa discrétion, échapper aux regards, passer
L’Atelier (1979) et Zone libre (1990), il compose une inaperçu.
trilogie sur le thème de l’Occupation et du génocide, en
2 Le commerce triangulaire était un parcours com-
relation avec sa propre histoire.
mercial entre Europe, Afrique et Antilles. Des navires
Il est également scénariste pour le cinéma et la télévi-
partaient d’Europe avec divers articles de pacotille desti-
sion : avec François Truffaut pour Le Dernier Métro, La
nés au troc. Ils se rendaient dans les comptoirs côtiers
Petite Apocalypse de Costa Gavras, Le Plus Beau Pays du
d’Afrique où ils échangeaient leur marchandise contre
monde de Marcel Bluwal.
des Noirs capturés au cours de véritables chasses à
Il a reçu en 2000 le Grand Prix de la Société des Auteurs
l’homme auxquelles même certains de leurs congénères
et Compositeurs Dramatiques pour l’ensemble de son
prenaient part. Ensuite les négriers transportaient les
œuvre.
captifs dans les colonies d’Amérique pour qu’ils tra-
w Alex Haley (1921-1992) est un auteur afro-américain vaillent comme esclaves à l’exploitation des ressources du
qui, après vingt ans passés dans l’armée, commence sa continent (coton, café, canne à sucre…). Les négriers re-
carrière d’écrivain par des interviews journalistiques, tournaient ensuite vendre en Europe les produits de cette
dont celle de Malcolm X. L’autobiographie de Malcolm X exploitation.
lui apporte la notoriété. On estime entre 6 et 50 millions le nombre des Noirs
Son intérêt pour la cause afro-américaine et les droits déportés sur le sol américain entre la fin du xve et le mi-
des Noirs le porte à s’interroger sur l’histoire de sa propre lieu du xixe siècle. Aux États-Unis, l’esclavage n’a été aboli
famille et rechercher ses racines. C’est ainsi qu’il s’attache officiellement qu’en 1865.
aux histoires entendues dans sa jeunesse et entreprend
d’étudier son ascendance maternelle. Il remonte sa généa- 3 Texte A :
logie sept générations en arrière, jusqu’au jeune Kounta a. Le personnage principal est le narrateur, qui rap-
Kinté, piégé par les négriers au xviie siècle dans la forêt porte un souvenir personnel, ses réactions et ses
de Gambie, tandis qu’il cherchait du bois pour faire un sentiments. On suppose, grâce au titre du livre d’où
tambour. Haley poursuit ses recherches pendant douze est extrait le passage – Mon père. Inventaire – et
ans, allant jusqu’à éprouver d’aussi près que possible les au chapeau de présentation, que l’œuvre est auto-
conditions du passage maritime des esclaves d’Afrique biographique, et qu’il s’agit donc de Jean-Claude
vers l’Amérique : comment survivre entassés à plus de Grumberg lui-même.
cent dans une cale de navire, au milieu des cadavres, des b. Il se trouve à Paris, rue de Chabrol (10e arrondisse-
ordures ? En 1976 enfin, il publie Racines, traduit en 37 ment), quartier alors populaire. Ce quartier est celui
langues et récompensé par un prix national. de sa naissance et de sa famille (l. 2 et chapeau).
À travers l’histoire de ses ancêtres, c’est toute la tragé- La scène se situe entre 1951 et 1953.
die vécue par des millions d’Africains qu’Alex Haley fait
transparaître. En effet, la traite négrière a arraché des mil- Texte B :
lions d’Africains à leur continent d’origine, notamment a. La narration est centrée sur Kounta, ses impres-
pour servir d’esclaves dans les plantations américaines. sions et ses pensées : Kounta est donc le personnage
principal. On apprend que c’est un esclave noir.
Découvrez les textes b. Il vit en Amérique (voir chapeau) dans une exploi-
1 a. – Historiette (l. 1) : courte histoire (suffixe dimi- tation agricole où il vient d’arriver. Il feint de ne pas
nutif -ette), écrite ou orale, vraie ou fausse, sans savoir parler la langue des Blancs.
grande importance. La scène se situe sans doute à la fin du xviie s.
– Yiddish (l. 6) : langue germanique comportant des 4 Chacun des deux personnages a connu la douleur
apports hébreu et slave ; elle était parlée par les de l’arrachement aux siens et de l’absence : pour
communautés ashkénazes, juifs d’Europe centrale Kounta, c’est lui qui, adolescent, s’est trouvé brutale-
et orientale. ment arraché à son pays et à sa famille, transporté
b. – Candeur (l. 11) : signifie étymologiquement dans un pays inconnu ; dans le cas de J.-C. Grumberg,
« blancheur éclatante » ; par extension, « innocence c’est le père qui a été brutalement arraché à sa fa-
20
Séquence 1 ➜ Retour sur le discours narratif
mille un matin, à l’heure où tout le monde dormait ; sa aussi longue absence, une autre vie et une autre fa-
famille, elle, est restée dans le logement familial, at- mille, ailleurs (l. 17).
tendant désespérément de ses nouvelles. Elle ne Il importe de faire comprendre aux élèves que
parviendra d’ailleurs jamais à connaître les véritables seul un traumatisme violent, causé par le manque
circonstances de sa disparition. d’un père disparu soudainement, mystérieusement
Les causes des souffrances des personnages sont et sans retour pour un motif irrecevable rationnelle-
liées à l’histoire : ment (être juif) peut causer cette flambée de révolte
– pour Kounta, depuis la découverte du Nouveau du narrateur, et que cette violence des sentiments
Monde, eldorado commercial, la traite des esclaves n’est pas vraiment dirigée contre le père, même si
qui s’ensuit, vivier de main-d’œuvre abondante et c’est ce que croit alors le narrateur âgé de douze ans.
peu coûteuse ; 9 Ce sentiment de haine et de révolte présent dans
– pour Jean-Claude Grumberg, il s’agit de la Seconde l’esprit du narrateur se découvre grâce :
Guerre mondiale, de la déportation et de l’extermi- a. aux termes désignant le personnage rencontré :
nation des juifs par les nazis avec la collaboration des d’abord un terme neutre, un homme (l. 3) ; puis un
autorités françaises de l’époque. vieux (l. 4), terme connoté négativement ; avec en-
suite un titre de politesse insistant sur la distance
voulue avec l’homme rencontré : je ne suis pas celui
Approfondissez votre lecture que vous croyez, monsieur (l. 10-11) ;
Texte A : Une rencontre bouleversante b. au jeu des niveaux de langue : le narrateur emploie
d’abord un niveau de langue soutenu (l. 1-16), puis
5 Le récit est fait à la 1re personne (Je marche rue de
familier (l. 17-28) où l’on remarque de nombreuses
Chabrol, rue où je suis né et rue d’où mon père a été
expressions familières et imagées (il traîne, l. 18 ;
arraché, l. 1-3) : le narrateur est le sujet principal de
bidons, l. 20 ; la gueule enfarinée, l. 21 ; ses panards,
l’action et va exprimer ses pensées et ses sentiments.
l. 26 ; causer aubergines, l. 27) ;
C’est donc un narrateur intérieur au récit.
c. aux termes mis en relief : l. 16, repérer LUI, qui est
6 Au moment des faits qui sont rapportés, le narra- répété et dont la typographie souligne la violence
teur a entre douze et quatorze ans (l. 3) ; la scène se des sentiments qui vont s’exprimer contre leur des-
déroule donc entre six et huit ans après la fin de la tinataire. Anaphore du terme maintenant (l. 23-24),
guerre et le retour des déportés. Mais l’espoir fou de qui met en valeur la durée et les épreuves résultant
voir son père revenir ne s’est pas réalisé. de l’absence du père ;
Le moment de l’écriture, lui, est largement pos- d. au rythme et à la structure des phrases : les
térieur, puisque le narrateur est devenu adulte : un lignes 17-27 constituent une unique phrase complexe
vieux, dix ans de moins que moi aujourd’hui (l. 4), constituée d’une série de propositions juxtaposées
quand je suis devenu père moi-même… (l. 30) et qui restitue le désarroi du jeune garçon et l’embal-
7 Le temps dominant est le présent de narration ; il lement de ses pensées.
actualise les faits rapportés et abolit la distance face Anaphore également de il (l. 17 à 27) renvoyant
à un souvenir ressenti encore comme douloureux, au père supposé, toujours en position de sujet gram-
puisqu’en lien avec l’absence du père. matical et thématique, montrant que le père est au
On pourra alors interroger les élèves sur les centre des angoisses de l’enfant.
motivations de l’acte d’écriture, moyen d’aplanir la 10 Le personnage rencontré n’est pas le père du gar-
douleur et de pactiser avec elle. çon. Aucune notation ne signale une ressemblance,
8 Le narrateur prend ombrage des paroles qu’un ou une référence à un passé commun. Le garçon est
inconnu lui adresse dans une langue qui mêle an- victime d’un fantasme qui s’exerce par le glissement
glais et yiddish : ce dernier tente de lier conversation d’une identité culturelle supposée par l’inconnu à
avec lui, convaincu que l’enfant est juif (l. 4-6). Le une identité familiale supposée par le garçon.
narrateur se cabre contre cette judéité supposée 11 Le terme historiette tient bien compte de la briè-
(l. 7-8) qui a valu à son père d’être arraché à son uni- veté de l’anecdote rapportée et de son innocuité en
vers (l. 2-3) et de faire défaut à sa famille (l. 21-25). termes de conséquences réelles. Toutefois, ce terme
Un sentiment de haine s’abat alors sur lui (l. 15) est loin de rendre la teneur et la force des sentiments
et une idée folle lui vient à l’esprit : et si cet homme qui bouillonnent alors chez le narrateur. Son emploi
était son père, si longtemps et vainement attendu, est donc volontaire et ironique, pour souligner le déca-
soudain réapparu ? Et il lui prête, pour expliquer une lage entre la réalité et le fantasme du jeune garçon.
21
1re partie ➜ Étude de textes
Texte B : Une révolte qui couve par les observations et la conscience de Kounta. La
narration est donc faite du point de vue de Kounta : il
12 a. La narration est faite à la 3e personne : le nom
adopte donc souvent le point de vue interne.
de Kounta, repris par le pronom personnel de 3e per-
sonne, est en fonction de sujet dans la majorité des
phrases (Kounta fut sur le point de dire, l. 1-2 ; il les Et maintenant, concluez
entendait, l. 2 ; bien qu’il sût, l. 3… ).
u On repère que le narrateur est extérieur ou in-
b. Le personnage principal est fréquemment désigné
térieur au récit, grâce à l’emploi des pronoms
par les différentes formes du pronom personnel de
personnels dans la narration.
3e personne : il, le (l. 5), lui (l. 6).
c. Le narrateur n’intervient jamais dans le récit et u À la 1re personne, le narrateur est intérieur au
relate des faits et pensées qui ne sont pas les siens : récit. Il peut même être le personnage principal et
il est donc extérieur au récit. exprime directement ses pensées, ses sentiments,
sans médiation.
13 À compter de la ligne 6, les verbes et locutions
verbales dont Kounta est sujet appartiennent : u À la 3e personne, le narrateur est extérieur au
– au champ lexical de la perception par le regard : récit. Le lecteur découvre les sentiments et les
n’avait-il pas surpris (l. 8), il avait tourné la tête, Il les pensées du personnage par l’intermédiaire du
avait vus (l. 10), il surprenait (l. 18) ; narrateur, qui est le vecteur de tout ce que dit ou
– au champ lexical de la perception par l’ouïe : l’ouie pense le personnage. Il emploie, pour ce faire, des
fine de Kounta percevait (l. 27), il les entendait (l. 29) ; verbes de perception, d’opinion ou de déclaration,
– au champ lexical de la réflexion : Kounta commen- qui lui permettent de rapporter directement ou
çait à s’apercevoir (l. 16), Kounta ne comprenait pas les indirectement paroles et pensées du personnage.
mots, mais il savait (l. 23-24), il se demandait (l. 30), il
essayait de deviner (l. 32), Il pensait (l. 33). À vous de jouer !
Kounta s’est délibérément placé en position d’obser-
vateur, sans rien révéler de lui-même (il leur dissimulait, 16 Cet exercice sur la conduite de la narration vise à
l. 7), de ses facultés de compréhension (l. 3-5) ou de ses vérifier particulièrement ce qui a été observé dans le
intentions (l. 7-8), faute de n’avoir pu encore identifier texte A, en utilisant un narrateur intérieur au récit, et
avec certitude à qui il peut faire confiance (l. 34). donc concerné par les événements qu’il relate.
14 Kounta découvre que les esclaves noirs de la plan- À ce propos, le sujet demande l’intervention d’un
tation où il travaille jouent double jeu. Il se rend nouveau personnage que l’élève choisira librement,
compte d’une distorsion entre l’apparence – mine pourvu qu’il soit aussi esclave. La mention du lien
souriante, candeur, zèle au travail (l. 9, 11, 13) – et la d’amitié peut faire passerelle avec le texte-support
réalité – amertume, sabotage des instruments de , ce personnage pouvant être un des esclaves qui
travail, nonchalance (l. 10, 11, 14). quittent la plantation de nuit.
Il s’aperçoit également d’un mode de communi-
cation caché, par signes (geste furtif, mouvement de On n’oubliera pas les conditions de l’énoncia-
tête, l. 18-19), par la parole (bizarre exclamation… à tion de ce nouveau narrateur : destinataires-tiers
des moments inattendus… jamais à portée de voix du (petits-enfants), retour en arrière sur l’histoire de
« régisseur », l. 19-22), par le chant (l. 23-25). Kounta, Kounta en figure héroïque (lutte pour la
Tous ces indices alertent sa vigilance et le portent liberté)…
à prendre garde au moindre bruit : il relève ainsi la Le contexte historique, géographique et théma-
nuit… des froissements ténus (l. 26-28), grâce aux- tique pourra être ainsi respecté.
quels il comprend que certains esclaves quittent nui-
tamment le domaine. Il s’interroge sur leur départ
Outils de la langue
mais surtout sur leur retour.
Autre suggestion pour amorcer
15 Le narrateur connaît tout de son personnage : il une séance grammaticale :
est donc omniscient (Kounta fut sur le point de dire ➜ Les connecteurs (p. 276)
« Bonjour »… mais … quelque chose le poussa à n’en
rien montrer, l. 1-5). Grâce à l’emploi des verbes relevés
dans la réponse 13, le narrateur évoque ce qui transite
22
Séquence 1 ➜ Retour sur le discours narratif
23
1re partie ➜ Étude de textes
Nanny Carla
a. V
erbes introducteurs – implora (l. 16) – crier (l. 24)
des répliques – dit (l. 41)
b. I nformations fournies – trébuchait… et s’efforçait de la raisonner – se cachait (l. 1)
par le récit (l. 7) – Au loin, j’entendis Carla crier (l. 24)
Émotion manifeste de la grand-mère. Recours – tout à coup, elle fut près de moi (l. 25)
inutile au bon sens. – Elle agrippa mon bras et tenta de m’aider
à me dégager (l. 27)
c. Tonalité des répliques – L. 16-17 , nouvelle approche. La grand-mère – L. 26, elle adjure sa sœur de résister :
est suppliante et essaie de temporiser pour Ne la laisse pas t’emmener !
apaiser la mère : je t’en supplie. – L. 41, surmontant sa peur, elle s’oppose
– L.31, supplication réitérée : je t’en prie. fortement à sa mère : Fiche-nous la paix !
La mère n’a répondu à aucune des deux phrases.
Synthèse Tentative inefficace de médiation par la grand- Carla, plus faible que sa sœur, se protège
mère, face à quelqu’un qui a perdu la raison. d’abord elle-même, puis, surmontant sa peur,
Elle n’a pas la stature suffisante pour s’opposer vole au secours de sa sœur, dans la mesure
à la mère. de ses moyens.
La seule réaction qui sera efficace sera celle de Kathy, dont la volonté et le courage, raffermis
par la force que lui prête sa sœur, lui permettront de réaliser son désir d’être loin de cette mère
abusive.
dépasser cette peur, lorsqu’elle voit sa mère sur le ainsi que sa sœur, se dresse contre celle qui les terro-
point de réussir à faire monter sa sœur dans la voi- rise. L’expression Et pour la première fois (l. 36) sou-
ture (l. 23). ligne la nouveauté de ce comportement, qui va
permettre aux fillettes de refuser d’être encore les
Une confrontation violente victimes de leur mère.
7 Tout au long de cet extrait, les paroles sont rap-
portées au style direct, moyen le plus efficace pour Et maintenant, concluez
restituer la charge émotionnelle liée aux répliques :
u On reconnaît le personnage principal dans un
désarroi de la grand-mère, violence de la mère, affo-
texte à son importance dans l’action, dont il peut
lement puis résistance des fillettes.
être meneur ou victime. En l’occurrence, ici, Kathy est
8 a. Le signe de ponctuation prédominant dans d’abord victime avant d’être actrice de sa rébellion.
l’échange entre Kathy et sa mère est le point u Les personnages secondaires jouent le rôle d’ad-
d’exclamation. juvants ou d’opposants par rapport au personnage
b. Dans le discours de Kathy, il accompagne des principal, en lui apportant leur aide ou en cherchant
phrases déclaratives (je ne veux pas, je veux, l. 15 ; à lui nuire. Ici, Nanny et Carla sont les adjuvants de
tu ne m’emmèneras pas, l. 30 ; je reste, nous restons, Kathy. La mère joue le rôle d’opposant.
l. 34), conférant une tonalité fortement assertive à
l’expression de son intention, qui est de rester chez
À vous de jouer !
sa grand-mère.
Dans le discours de la mère, il accompagne princi- 10 On préparera l’intervention en soulignant les po-
palement des phrases impératives (n’essaie pas, l. 11 ; sitions géographiques respectives des trois person-
monte, l. 19 ; tu feras ce que je te dis, l. 32), soulignant nages aux différents moments de la scène et on fera
l’aspect autoritaire et impérieux du personnage de la respecter les déplacements (éloignement,
mère. rapprochement…).
On remarquera l. 40 le passage à l’utilisation du On insistera sur les caractères des personnages,
point d’interrogation, qui va manifester l’incompré- que l’on pourra appuyer par un trait physique et ves-
hension de la mère devant la résistance affirmée de timentaire (mère échevelée, grand-mère courbée…).
Kathy, sa rébellion ouverte qui est allée jusqu’à la On demandera aux élèves de restituer l’intensité
riposte physique. du dialogue dans la tonalité et la force de leur voix.
9 La ligne 34 inaugure un nouveau rapport de force, 11 Il s’agit d’imaginer une suite à ce texte, après
qui ne donne plus l’avantage à la mère : Kathy, ren- l’arrestation de la mère.
due plus forte par la nécessité de devoir se protéger Il importe d’abord de justifier le passage de la
24
Séquence 1 ➜ Retour sur le discours narratif
scène relatée par le texte-support à une nouvelle Langmann) est très vite pris par la passion du théâtre et
orientation du récit. Les élèves pourront librement fréquente le cours Simon. En 1962, il produit son pre-
faire intervenir un tiers, d’abord figurant puis adju- mier court métrage, Le Poulet, récompensé d’un Oscar et
vant, ou tout autre biais à leur convenance. couronné à Venise. En 1967, il produit son premier long
Le pôle principal du récit devra ensuite se tour- métrage Le Vieil Homme et l’enfant, en partie autobio-
ner sur la grand-mère et les deux jeunes filles, leurs graphique. Il est aussi entre autres le réalisateur de Jean
émotions, leurs réactions physiques, leurs décisions de Florette, Manon des sources. En 2003, il est nommé
ou leurs craintes pour l’avenir, en alternant récit président de la Cinémathèque française.
et dialogue, pour maintenir la cohésion avec le Son adaptation de Germinal est conçue comme une su-
texte-support. perproduction à l’américaine, avec un budget colossal. Il
réalise une fresque spectaculaire où les figurants sont de
Outils de la langue vraies gueules noires, avec des acteurs-vedettes comme le
Autre suggestion pour amorcer chanteur Renaud ou Gérard Depardieu.
une séance grammaticale :
2 Les deux images présentent, l’une et l’autre, le
➜ Les valeurs du présent (p. 279)
face-à-face des mineurs en grève et de la troupe ap-
pelée pour réprimer la grève.
L’image extraite du film d’Yves Allégret (A) montre
à l’arrière-plan la foule des grévistes, massés devant
5. Du roman au cinéma (p. 24) des bâtiments de la mine, et la troupe, au premier
plan vue de dos : les soldats épaulent leur fusil en
visant les grévistes. Entre les grévistes et la troupe un
Comparer deux adaptations du roman
large espace libre.
Germinal
L’image extraite du film de Claude Berri (B)
montre elle aussi les grévistes et la troupe : mais
Présentation des images cette fois-ci, nous sommes au milieu de la mêlée ;
w Germinal est par excellence le roman de la révolte so- Gérard Depardieu (Maheu) est au centre, filmé en
ciale. Étienne Lantier, licencié des chemins de fer comme gros plan, entouré de quelques grévistes dont on
militant syndicaliste, arrive dans le Nord, au Voreux. Il est distingue mal les visages, car ils sont flous à l’excep-
embauché à la mine. Révolté par les conditions de travail tion de celui de Renaud (Étienne). Au premier plan, à
et l’exploitation dont les mineurs sont victimes, il suscite droite et à gauche, on distingue les silhouettes des
une grève. Après l’échec de celle-ci, il quitte la région, avec soldats : deux, à gauche, brandissent leur baïonnette.
l’espoir que les idées qu’il a semées vont « germer » et que
les ouvriers prendront enfin conscience de leurs droits.
Approfondissez votre lecture
w Il nous a semblé intéressant d’opposer deux adaptations
de cette œuvre à travers deux images représentant le
Deux mises en scène de la révolte
même épisode : celui de la grève et du face-à-face avec la 3 Il s’agit d’une scène de révolte. Les deux images
troupe. Trente ans séparent ces deux adaptations : l’une montrent le prélude à l’affrontement, devant la
qui doit se contenter du noir et blanc, l’autre qui peut mine, des mineurs en grève et de la troupe envoyée
jouer sur la couleur ; l’une qui filme la scène en plan d’en- pour les mater.
semble, l’autre qui privilégie le gros plan. Les armes des soldats sont nettement visibles,
menaçant les grévistes.
Découvrez les images 4 a. Yves Allégret utilise le plan d’ensemble, Claude
1 Yves Allégret (1907-1987) : frère du réalisateur Marc Berri le gros plan.
Allégret, il a été l’assistant de plusieurs grands réalisateurs b. Le plan d’ensemble montre les deux groupes qui
(Marcel L’Herbier entre autres) avant de réaliser ses s’affrontent : il fait ressortir le grand nombre de
propres films. Après quelques courts métrages pendant la grévistes, massés pour ne faire qu’un ; leur solidarité,
guerre, il réalise la trilogie policière Dédée d’Anvers, Une la force qu’ils représentent ainsi groupés, sont ainsi
si jolie petite plage et Manèges, avant d’adapter en 1963 mises en valeur.
Germinal, qui manifeste son engagement en faveur des Le gros plan, lui, permet de mettre en avant les
idées progressistes. leaders : Maheu (le vieux mineur) et Étienne (le
w Claude Berri (né en 1934) : issu d’une famille juive jeune, embauché à la mine après une période de
de fourreurs, Claude Berri (de son vrai nom Claude chômage). Leur détermination ressort pleinement :
25
1re partie ➜ Étude de textes
Maheu, chef de famille, est décidé à aller jusqu’au 9 a. Le personnage central est Maheu, incarné par
bout, y compris à se sacrifier ; il offre sa poitrine, nue, Gérard Depardieu. Massif, il est saisi en mouvement, il
sans défense, aux armes des soldats. L’expression de se penche en direction des soldats, jusqu’à effleurer le
son visage traduit sa révolte, sa détermination, voire bout d’un des fusils, écartant sa chemise pour décou-
son exaltation. vrir sa poitrine. Il est tout de brun habillé : il porte une
casquette, une veste longue, une écharpe nouée au-
Image A tour du cou de la même couleur. Son maillot de corps
5 a. À l’arrière-plan de la scène, on distingue des blanc passe dans l’échancrure de sa veste. L’hébétude
bâtiments : au centre, une petite maison, peut-être de son visage accompagne son geste désespéré.
celle du gardien de la mine ; à droite, dominant le b. La caméra a opéré un zoom pour filmer Maheu
tout, une tour des installations de la mine. Une ligne en gros plan. Il est au centre de l’image, filmé selon
de toits encadre ces deux constructions. Une haute le cadrage américain (qui coupe les personnages à
cheminée se dresse dans le lointain, à gauche de la mi-cuisse) au croisement de deux lignes de force
tour. Les grévistes sont séparés de la mine par une obliques : l’une, à gauche, suit les képis des soldats,
barrière qui leur en interdit l’accès. puis le sommet des têtes d’Étienne et de l’ouvrier
b. Ces bâtiments symbolisent ce qui fait la vie des dont la tête s’encadre entre Maheu et Étienne ;
mineurs : le travail de la mine, ce monde coupé de la l’autre, à droite, suit les képis des soldats. Il s’inscrit
vie qui les engloutit en les entraînant loin de la lu- dans un triangle dont sa tête est le sommet et la
mière du jour pour un salaire de misère contre lequel base le fusil du soldat de gauche. Seuls les visages
ils se révoltent. d’Étienne et de Maheu sont nets, la mise au point
étant faite sur eux ; tous les autres visages sont flous.
6 Au premier plan, de dos, les soldats en ligne : ils Tous ces procédés mettent en valeur le person-
épaulent leur fusil et visent les mineurs. On les nage incarné par Gérard Depardieu.
distingue bien, séparés l’un de l’autre. Ils sont ano-
nymes. Sur la droite, debout, l’officier qui les 10 a. Devant Maheu, les soldats arment leur fusil.
commande. Derrière lui, les mineurs sont massés et
manifestent.
Au second plan, un espace dégagé : distance qui
empêche encore et retarde l’affrontement ? distance b. L’autre personnage qui semble important est le
protectrice aussi longtemps que les grévistes ne ten- personnage interprété par Renaud : il s’agit d’Étienne
teront pas de le franchir ? écart qui symbolise com- Lantier. Il est en mouvement, la mèche au vent ; il
bien les deux partis appartiennent à des mondes cherche à s’interposer, à détourner le canon du fusil
différents, éloignés l’un de l’autre ? de la poitrine de Maheu.
À l’arrière-plan, faisant presque corps avec les bâ- c. Rouge vif des képis (symbole de la force militaire et
timents de la mine, la masse indistincte des mineurs. du sang), rouge sombre du manteau d’Étienne (son
7 On ne peut identifier les visages. Il s’agit non pas vêtement est davantage celui d’un bourgeois que
d’un ouvrier…) pouvant symboliser la révolte.
d’une révolte individuelle, mais d’une révolte collec-
tive : c’est la masse des mineurs et non tel ou tel 11 Par cette mise en scène, le réalisateur a voulu
d’entre eux qui défie l’ordre social. montrer que, dans une révolte collective, le rôle de
certains individus est déterminant : porte-parole,
Image B personnages charismatiques capables d’entraîner les
autres, incitateurs et catalyseurs de l’action de
8 Entre l’image B et l’image A, la différence saute
masse, prêts au sacrifice de leur vie pour servir la
aux yeux : chez Claude Berri, les visages sont bien
cause commune.
identifiés et les leaders sont mis en valeur. Sans eux
il n’y aurait pas eu de soulèvement. Leur rôle est dé- 12 La réponse est ici entièrement libre, à condition
terminant. En outre, ils prennent une dimension d’être dûment justifiée.
symbolique : c’est le père de famille, qui malgré une
longue tradition familiale de travail à la mine, se ré-
À vous de jouer !
volte devant l’impossibilité où il est de vivre et de
faire vivre sa famille avec ce que gagnent lui et les 13 Le respect des différentes consignes est essentiel.
autres membres de la famille. C’est Étienne, ferment La transposition suppose une observation attentive
de cette révolte de la faim, militant syndicaliste, qui de tous les éléments de l’image choisie : cadre, circons-
défend les ouvriers contre l’exploitation patronale. tances, personnages présents, actions… Selon le narra-
26
Séquence 1 ➜ Retour sur le discours narratif
teur choisi, le texte aura une coloration historique Paris. Le personnage arrive de la gare de Lyon et se
(récit à la 3e personne) ou sera un témoignage (récit à rend rue de Choiseul, où un autre personnage, sor-
la 1re personne). Dans le cas du récit à la 3e personne, tant du vestibule d’une maison, vient à sa rencontre.
le passé simple sera le temps-repère. Dans le cas du Il s’agit de CCL pour les trois premiers (ils peuvent
récit à la 1re personne, ce sera le passé composé. être supprimés et déplacés) et d’un complément
essentiel de lieu pour le dernier (qui ne peut être ni
déplacé ni supprimé).
Je vérifie mes connaissances (p. 27) b. Le personnage principal est Octave, puisque la
narration est centrée sur son arrivée.
1 Analyser une couverture c. C’est un jeune homme, qui arrive de province ( j’ai
quitté Plassans), aux décisions spontanées ( j’ai quitté
a. La scène se déroule dans la rue d’une ville. Grâce … un jour plus tôt).
au drapeau rouge qui flotte à gauche et qui porte
l’inscription VIVE LA COMMUNE, on comprend qu’il 3 Analyser une séquence narrative
s’agit de la ville de Paris (épisode de la Commune – Situation initiale : un orage qui couve (C’était un
de Paris = du 26 mars 1871 jusqu’à la « semaine san- soir…. j’ai pensé).
glante » du 21 au 28 mai ; période révolutionnaire, – Élément perturbateur : l’allumage de la télévision
qui a créé un gouvernement prolétarien contre le qui entraîne une réflexion malvenue (Il a allumé la
gouvernement issu de l’Assemblée nationale). télé… pendant l’orage).
Au premier plan, on voit les pavés de la rue que – Péripéties : la gifle / la dispute/ le retrait (Il n’a eu
l’on est en train de desceller ; au second plan, une qu’à faire volte-face… sans un mot).
barricade comportant un canon en son centre, et à – Résolution : la décision de partir chez le père ( je n’ai
l’arrière-plan des immeubles en enfilade. pas réfléchi longtemps… le sac).
b. Au premier plan, un homme armé d’un fusil et un – Situation finale : sur le départ ( j’étais prête… pour
couple de gamins. toujours).
Au second plan, des personnages par petits
4 Définir le statut du narrateur
groupes qui flânent, qui regardent, qui manifestent
regroupés, l’étendard révolutionnaire rouge de la • Texte 1
Commune à la main, d’autres travaillant à sortir les a. Le narrateur est extérieur au récit ; ce dernier est
pavés. en effet écrit à la 3e personne.
À l’arrière-plan, sur la barricade, on distingue b. Il est impossible d’identifier le narrateur.
des silhouettes d’hommes armés, qui tiennent
c. Les pensées et sentiments du personnage trans-
la barricade et arborent eux aussi l’étendard de
paraissent d’abord dans la description. Le lecteur
l’insurrection.
comprend tout de suite sa misère et sa souffrance.
c. Les attitudes des personnages montrent la liesse Le tissu de sa veste est aminci, c’est-à-dire usé tandis
(gamins du premier plan, bras levés à l’arrière-plan), que ses bagages se réduisent à un petit paquet.
la revendication (poing levé des manifestants à Dans la seconde partie du texte, le narrateur entre
gauche) ou une mine grave (homme au premier plan, dans les pensées du personnage (narrateur omnis-
femme et personnages à droite au second plan). cient, voir séquence 2) : « Une seule idée occupait sa
Les accessoires corroborent ces différentes atti- tête vide d’ouvrier sans travail et sans gîte, l’espoir que
tudes : les personnages en liesse sourient, chantent le froid serait moins vif après le lever du jour.
et sont accompagnés à l’accordéon, ceux qui ont la
mine grave portent les instruments du combat, fusil, • Texte 2
cartouchières en bandoulière, pelle et brouette pour a. Le narrateur est intérieur au récit : la narration est
élever la barricade. faite à la 1re personne (consistait à nous isoler ; Notre
benjamin ; se ruer sur nous ; Quant à moi, je me rebiffai).
d. Cette couverture annonce donc clairement un
récit historique et le récit d’une insurrection (cf. titre b. Le narrateur est l’un des enfants de Mme Rezeau
Le Cri du peuple) qui se terminera de façon tragique (les enfants...).
(cf. sous-titre L’Espoir assassiné). c. Il exprime directement ses sentiments à l’égard
des autres personnages (petit salaud).
2 Analyser un début de récit d. Dans le texte 2, le narrateur intervient directe-
a. L’action commence Rue Neuve-Saint-Augustin, à ment. Il manifeste la colère qu’il éprouve contre sa
27
1re partie ➜ Étude de textes
mère en recourant à une phrase exclamative : elle sent pas à la hauteur (regrettait), cède le terrain et
ne l’épargna point ! Puis, il exprime de façon crue, à fait marche arrière (Portez ce gibier à la cuisine. Moi,
la mesure de ce qu’il a ressenti, ce qu’il pense de son je vais me changer). Elle a donc repris l’avantage.
frère : Petit salaud qui l’appelait maman ! c. Les enfants sont les figurants dans les textes 2 et
En intervenant directement, le narrateur montre à 3 : ils sont présents mais n’interviennent pas (devant
quel point cet épisode de son enfance l’a marqué. Le tes enfants).
lecteur a l’impression qu’il revit la scène en la racon- 7 Identifier personnage principal, opposants et
tant et que sa colère ne l’a jamais quitté. adjuvants
5 Découvrir les pensées et les sentiments des a. Dans le premier paragraphe, le personnage prin-
personnages cipal est le capitaine Ledoux, qui sera ensuite seu-
a. – Texte 1 : on découvre les pensées et sentiments lement désigné par le pronom personnel de la 3e
des personnages à travers le récit fait par le narra- personne (il).
teur, qui rapporte la teneur de leurs pensées. b. Ses alliés sont les matelots de son navire, qui se-
– Texte 2 : les sentiments du personnage s’expriment ront ensuite désignés par ils.
principalement dans les paroles prononcées et rap- c. Le 2e paragraphe est consacré à Tamango qui de-
portées au style direct. Les notations descriptives vient le personnage principal. Ses alliés, les autres
appuient les paroles rapportées. conjurés, sont d’autres Noirs, esclaves comme lui.
b. Jacques utilise des phrases déclaratives excla- Tamango sera toujours nommément cité ; les autres
matives, qui traduisent la violence de sa révolte. La Noirs seront désignés soit par le pronom ils , soit par
phrase interrogative a une valeur rhétorique. les GN tous les conjurés, plusieurs Noirs.
c. – Verbes dont Jacques est sujet : enfonçait (texte 1) ; d. On a repéré dans ce texte les principaux person-
il n’était plus assis, mais appuyé, hurla, serrait, criait nages grâce à la mention précise de leur identité, et
(texte 2). dans le cas de Tamango par l’absence de recours à un
– Verbes dont Daniel est sujet : réfléchissait, venait substitut du nom.
d’entendre, ne pouvait plus se dérober (texte 1) ; reprit
(texte 2).
Les deux personnages réagissent de façon très
différente : Jacques est livré à ses émotions, subju-
Expression écrite (p. 30)
gué par sa révolte ; il a du mal à se contrôler. Daniel
manifeste davantage de recul et de réflexion ; il est Raconter une scène de révolte
beaucoup plus calme et tempéré.
6 Identifier les différents personnages
OBJECTIFS PÉDAGOGIQUES
l Maîtriser les notions de synonymes et de champ
a. Dans le passage 1, le personnage principal est lexical.
Mme Rezeau, les personnages secondaires sont M. l Explorer le vocabulaire des émotions.
Rezeau, et leur fils, le narrateur (mon garçon). Le
l Être capable d’utiliser le vocabulaire trouvé pour
comte de Soledot n’est pas présent : Mme Rezeau fait
seulement référence à lui. Malgré toutes les inter- écrire une scène de révolte, mêlant narration,
ventions des personnages secondaires, Mme Rezeau description et discours direct.
conserve l’avantage dans cette discussion, car elle
garde tout son sang-froid face au père, qui réagit de
façon infantile, et reste celle qui définit les limites,
Réunissez le vocabulaire nécessaire
même géographiques. On peut mener ce travail en deux étapes :
Dans le passage 2, la situation s’inverse : excédé – d’abord, une recherche personnelle, à la maison, au
par la mère, le père prend alors le contrôle des événe- CDI ou sur Internet, dans les dictionnaires électro-
ments et le premier rôle, dans une sorte de destitu- niques, permettra aux élèves de se familiariser avec
tion de la mère. Elle adopte alors un rôle secondaire, le lexique et d’en envisager la polysémie ;
le temps de la scène. – ensuite, en classe, les recherches pourront être
b. Toutefois, le passage 3 ramène la situation à l’état mises en commun et constituer ainsi une banque
antérieur ordinaire (connaissait son métier). Mme de vocabulaire collective pour les exercices d’écriture
Rezeau n’a pas l’intention de reculer (ne bougea pas à venir. On peut penser à afficher, lorsque c’est pos-
d’un centimètre, se statufia), face à un mari qui ne se sible, les listes de mots ainsi constituées.
28
Séquence 1 ➜ Retour sur le discours narratif
29
1re partie ➜ Étude de textes
– Verbes introduisant une réponse : affirmer, certifier, phie, on sait qu’elle a été prise devant le Pentagone.
confirmer, déclarer, préciser, prétendre. Cet édifice, où plus de 26 000 personnes travaillent,
b. abrite le département de la Défense des États-Unis.
Verbes Périphrases verbales On lui donne ce nom en raison de sa forme géomé-
Assurer Affirmer avec conviction trique à cinq côtés. Il se situe près de Washington
Avouer Reconnaître quelque chose D.C., la capitale fédérale des États-Unis d’Amérique.
Balbutier Prononcer en hésitant La photo date de 1967, et concerne la guerre du
Confier Dire sous le sceau du secret Viêtnam, qui opposait le Viêtnam communiste du
Exposer Présenter de manière structurée Nord au Viêtnam du Sud, allié des États-Unis. Ces
Prétendre Oser présenter quelque chose comme vrai derniers ont soutenu le Sud avec des forces de com-
bat entre 1964 et 1975.
c. Verbes classés du plus faible au plus fort : soupirer, L’auteur de la photographie est Marc Riboud.
murmurer, gémir, pleurnicher, implorer, claironner, cla- b. La photo utilise un cadrage rapproché, puisqu’elle
mer, crier, beugler, hurler, tempêter, tonner, vociférer. utilise le plan américain. Le personnage le plus vi-
sible est la jeune fille à droite, dont seul le haut du
Et maintenant, écrivez ! corps se voit.
L’angle de prise de vue est neutre, puisque la pho-
4 Il s’agit de mettre en scène, dans une optique tographie a été prise à hauteur d’homme : il n’y a ni
positive, un personnage confronté à la nécessité de plongée, ni contre-plongée.
la révolte et de faire constater comment elle l’a élevé.
Par contre, le photographe a joué sur la profon-
– Tout d’abord, les élèves choisiront leur héros, per-
deur de champ et a rendu le fond flou, ce qui permet
sonnage réel ou de fiction, et son mode de réponse à
la mise en évidence du motif principal, c’est-à-dire
la violence (violence ou pacifisme).
l’opposition entre la baïonnette du premier plan, sur
– Puis, il s’agira d’intégrer la présentation de ce héros
laquelle s’est opérée la mise au point, et la fleur.
par lui-même au cadre du récit (lieu, époque).
– Il ne faudra pas négliger ce qui est à l’origine de ce c. La photographie est composée en trois tiers égaux :
récit du héros à un tiers (aveu, interview…). – À gauche, on voit des soldats en ligne, comme
pour tenir et défendre une position. Ils sont en uni-
• On évaluera le respect des points suivants :
forme sombre, casqués, le fusil pointé devant eux,
– l’utilisation du vocabulaire vu dans les exercices
baïonnette au clair. Ils sont donc dans une attitude
ci-dessus ;
hostile. Le regard des soldats est dirigé vers l’avant,
– la clarté du cadre du récit ;
tout comme celui de la jeune fille en face d’eux. Leur
– la cohérence du récit du héros ;
visage est fermé, tendu pour les premiers, puis indis-
– la narration à la 1re personne ;
cernable pour les hommes suivants.
– l’utilisation de dialogues dans le récit.
– Au centre, un espace vide.
– À droite, une jeune fille fait face aux soldats, le
Expression orale (p. 31) visage solennel, le regard intense, les bras joints
devant elle, comme dans une attitude de prière, une
fleur près du visage qu’elle paraît dédier aux sol-
Présenter une photo de presse dats… Elle porte une chemise aux motifs fleuris, qui
OBJECTIFS PÉDAGOGIQUES contraste avec l’uniforme uni et sombre des soldats.
l Être capable d’utiliser les éléments d’analyse de d. Les soldats sont armés de fusils, dont la baïon-
l’image. nette est mise en valeur : au premier plan, on ne voit
l Enrichir sa culture générale et historique. pas le soldat, mais seulement sa main et la pointe
l Être capable de présenter oralement une photo-
de son arme. C’est évidemment le symbole de la vio-
lence et de la guerre.
graphie qui traite aussi du thème de la révolte en
utilisant le discours narratif. La jeune fille tient une fleur, peut-être une mar-
guerite, objet qui n’a aucun caractère agressif, et
qui symbolise même peut-être l’amour : c’était à
l’époque le symbole des hippies. Elle personnifie la
Préparez votre intervention paix, l’amour de son prochain, la vie et donc le refus
1 Observez la photographie de toute violence.
a. Grâce à la légende qui accompagne cette photogra- e. En confrontant les observations faites sur la pho-
30
Séquence 1 ➜ Retour sur le discours narratif
tographie et la légende, on comprend que ce qui que l’injustice et le refus de respecter son adversaire sont
oppose les personnages est le rapport à la violence. les véritables sources de la violence. Les non-violents
f. Cette photographie représente une réponse indi- récusent catégoriquement l’accusation de pacifisme, car
viduelle face à la violence exercée par une instance leur action suppose une exposition bien réelle à ceux
supérieure. En cela, elle constitue un acte de révolte. qui choisissent des méthodes violentes pour résoudre les
Néanmoins, cette révolte refuse de recourir à une conflits. L’action « non-violente » table sur des ressorts
violence qu’elle dénie par principe. psychologiques humains : l’adversaire ne peut durable-
ment s’exposer à paraître lâche en utilisant la violence
On doit également comprendre que, même si
armée contre des gens désarmés. L’« opinion publique »
l’acte montré par Riboud est un acte individuel, la
apparaît donc comme le médiateur convoqué par la lutte
photographie fait aussi de la jeune fille représentée
non-violente.
un symbole : elle devient ainsi l’emblème de toute la
jeunesse américaine refusant la guerre du Viêtnam. w L’AFP : l’Agence France-Presse est la plus importante
et la plus ancienne agence de presse française. C’est égale-
2 Documentez-vous ment la troisième agence au niveau mondial. Elle est créée
w Marc Riboud : né en 1923. Il prend ses premières pho- en 1835 par Charles-Louis Havas sous le nom d’Agence
tos à l’Exposition universelle de Paris en 1937. À 20 ans, des feuilles politiques, correspondance générale. L’activité
de 1943 à 1944, il combat au côté de la Résistance dans d’origine de cette petite entreprise parisienne consiste à
le maquis du Vercors. Après la guerre, il fait des études traduire et importer les nouvelles données par les journaux
d’ingénieur, puis exerce dans une usine métallurgique de étrangers, et à compiler celles données par les journaux
1948 à 1951. français. Aujourd’hui, l’AFP produit entre 400 000 et 600
000 mots quotidiens, 700 photos et 50 infographies par
À l’issue d’une semaine de vacances, il décide de quitter
jour. Elle est présente dans 165 pays, avec cinq grandes
son travail pour se consacrer au métier de photojourna-
régions mondiales.
liste. Il séjourne alors trois mois à New York et découvre
la photographie par la fréquentation des musées. En
1952, il rencontre Henri Cartier-Bresson et Robert Capa Lecture intégrale (p. 32)
qui, impressionnés par son travail, l’invitent à rejoindre
l’agence coopérative Magnum Photo. En 1955, il devient
membre associé de Magnum puis se rend en Chine en
Le Bal, Irène Némirovsky
1957, où il obtient un visa de 5 mois. Il réussit à rentrer au Présentation de l’œuvre
Nord-Viêtnam, où il est le seul photojournaliste à couvrir
le conflit depuis le Nord. w Pour illustrer le thème de la révolte à travers une
lecture intégrale, Le Bal d’Irène Némirovsky, nous a paru
Il a couvert dans le monde entier les événements ma-
particulièrement pertinent.
jeurs qui ont agité le globe.
En effet, de façon brève et ramassée, par des portraits
w 1967 aux États-Unis : année troublée (émeutes raciales, et des situations fortes et nettes, sans verser pour autant
période-phare de la contestation hippie, émergence du dans la caricature, ce roman dépeint la montée de la ran-
mouvement féministe, manifestations contre la guerre cœur d’une jeune fille à l’encontre de ses parents – prin-
du Viêtnam), 3 millions de chômeurs. 400 000 hommes cipalement de sa mère –, parce qu’elle se sent délaissée
au Viêtnam, dont 15 000 soldats américains morts au et méprisée : ces derniers sont plus préoccupés par leur
combat. La guerre coûte 20 milliards de dollars par an. arrivisme social que par leur fille.
w La non-violence : popularisée dès 1921 par Gandhi, Une vengeance aux conséquences lourdes permet à
en Inde, et adoptée ou utilisée par de nombreuses per- Antoinette, dans un sursaut de révolte spontanée, de se
sonnes, dont Martin Luther King pour la lutte des Noirs libérer de cette chape de mal-être et de parvenir à l’affir-
américains contre la ségrégation, Nelson Mandela contre mation de soi.
l’apartheid en Afrique du Sud. Les élèves pourront explorer les pistes thématiques
En France, Lanza del Vasto, et les objecteurs de proposées, seuls ou par petits groupes. Les résultats de leur
conscience, à partir de 1972, ont popularisé la travail pourront ensuite être regroupés au sein d’un dossier
non-violence. consacré à l’œuvre ou servir de matière à un débat collectif.
Les partisans de la non-violence la prônent comme
méthode politique et sociale, ou comme un but spirituel Pour commencer
en soi, lié à une morale de vie. 1 • Quelques exemples de ce que bal peut évoquer :
L’attitude non-violente part du postulat que les situa- – aller au bal, s’habiller pour le bal, mener le bal, ouvrir
tions de violence précèdent les expressions violentes et le bal ;
31
1re partie ➜ Étude de textes
– un bal masqué, costumé ; le bal du 14 juillet ; le bal La psyché, miroir en pied, signifie l’attention
des débutantes ; minutieuse du personnage en robe à sa propre per-
– la robe de bal, le masque, les bijoux, la parure de sonne et son narcissisme exigeant puisqu’il surveille
diamants, les boucles d’oreilles ; le travail de l’autre femme.
– le bal du dimanche ; un grand bal, le premier bal, le On pense rapidement au conte Cendrillon, dont
carnet de bal, la reine du bal, la boom ; la jeune héroïne aide ses sœurs à s’apprêter pour un
– donner un bal, aller au bal, inviter à danser, faire bal qui peut leur permettre un mariage avantageux,
tapisserie ; tandis qu’elle-même doit rester reléguée à la cuisine.
– s’amuser, danser, danser la valse, valser, et autres b. La couleur dominante de l’image est le rose, qui
danses d’aujourd’hui ; figure dans des locutions figurées comme :
– les lumières, les lustres, les bougies, les guirlandes, – à l’eau de rose = mièvre, sans énergie ;
les lampions, briller, étinceler, scintiller, le brouhaha, – voir l’avenir, l’existence, la vie... (tout) en rose =
se bousculer ; considérer l’avenir, l’existence, la vie... d’une manière
– les danseurs, l’orchestre, la musique ; (excessivement) optimiste.
– Cendrillon au bal du Prince… Le rose est une couleur souvent associée à la
• Le mot bal évoque des fêtes luxueuses, fastueuses féminité : l’histoire est donc vouée à se nouer entre
et de belles parures, associées parfois à l’idée de tra- femmes, en situation de rivalités (Antoinette-Rosine,
vestissement : pour l’espace d’une soirée, se montrer Antoinette-Miss Betty, Rosine-Melle Isabelle).
autre que l’on est et tel que l’on se rêve. Dans les Le rideau violet rose qui occupe en grande partie
romans et nouvelles, les bals sont aussi souvent l’oc- la moitié gauche de la couverture suggère un rideau
casion de rencontres amoureuses (Mme Bovary de de théâtre, comme pour souligner le fait que la vie
Flaubert, La Parure de Guy de Maupassant…). en société est, comme le disait Balzac, une comédie :
• Un bal sert à témoigner de la richesse et du statut dans la bourgeoisie, le bal en est une des scènes les
social de l’organisateur (Mme Kampf veut être ac- plus brillantes et les plus attendues.
ceptée dans la haute société). Il peut aussi servir à 3 Le texte de la quatrième de couverture promet
nouer des liens sociaux (ce qu’espère M. Kampf) ou une histoire réaliste, dramatique ainsi qu’un retour-
à conclure des rencontres amoureuses (ce que sou- nement de situation. Elle suggère que les tensions,
haiterait Antoinette), pour les invités comme pour surtout entre la mère et la fille, vont nous entraîner
l’organisateur. dans une histoire familiale terrible et donne ainsi
envie de lire le roman.
2 a. La première de couverture montre sur un fond
rose soutenu un miroir devant lequel se tiennent 4 La couverture n’illustre pas vraiment le roman
deux femmes : l’une debout, grande et qui semble puisqu’elle évoque le monde du conte et du merveil-
agitée, tournée en arrière vers une femme agenouil- leux, alors que l’action, tragique, sera rapportée de
lée, toute petite. façon réaliste. Toutefois, elle est bien en lien théma-
À gauche, derrière le miroir, un rideau relevé, de tique avec le sujet Le Bal et évoque les attentes sym-
couleur violette. boliques des personnages à propos du bal.
Le lustre à pendeloques, situé en haut à droite,
évoque symboliquement la richesse ainsi que l’idée Pistes de lecture
de faste et de lumière.
Le personnage placé au centre porte des bijoux
Un univers de grands bourgeois
et un costume d’apparat (une robe de mariée, de 1 – Le récit se déroule durant la période des années
soirée ?) dont la couleur blanche peut symboliser l’in- folles (1920-1930), approximativement en 1928 (p. 11),
nocence virginale (= Antoinette débutante ?) ou la à Paris (voir note p. 10), dans la famille Kampf, récem-
volonté d’une initiation sociale (= Rosine sa mère ?) ment enrichie (p. 10 à 13).
Le personnage secondaire agenouillé arrange la – Les Kampf sont au départ d’origine très modeste :
robe de la femme debout, ce qui indique un écart Alfred a été d’abord portier, puis employé de banque ;
entre le statut social ou l’importance des deux Rosine, dactylo. Ils ont fait fortune grâce à la spécu-
personnages. L’absence des yeux et la posture de la lation financière.
femme agenouillée montrent que cette dernière est – Leur aisance récente les a poussés à quitter un petit
un personnage subalterne (une domestique, ou le appartement noir, derrière l’Opéra-Comique (p. 11)
fantasme de Rosine et d’Antoinette rêvant chacune pour un grand appartement blanc (p. 13), qui est le
de supplanter l’autre ?). cadre principal de l’action.
32
Séquence 1 ➜ Retour sur le discours narratif
– Ils souhaitent arborer tous les signes extérieurs de distinction. Les pages 5 à 9 attestent ce souci des
de richesse révélateurs de ce nouveau statut : bijoux bonnes manières que Rosine veut voir adopter par
(p. 14), décoration tape-à-l’œil (p. 17 et 74-75), appa- sa fille, et qu’elle est prête à lui imposer par un qua-
rence physique (p. 13). L’éducation d’Antoinette entre si-dressage : elle insiste sur la posture, la façon de se
dans ce même projet : cours d’allemand, leçons de tenir à table, la retenue nécessaire devant les domes-
piano, gouvernante anglaise à domicile. tiques. Ce souci de l’apparence est particulièrement
2 Aucun des personnages n’est présenté sous un visible dans l’inquiétude de Rosine à propos de leur
jour flatteur. passé (p. 13) : elle tient à ce qu’on ignore leurs débuts
et leurs origines, allant jusqu’à prôner le mensonge
• Madame Kampf : elle est dépeinte tout à fait né- à sa fille, et à lui recommander le silence devant les
gativement. Son entrée en scène est marquée par adultes afin de prévenir tout impair.
la brutalité de ses manières, ce qui est paradoxal, vu C’est dans la même optique que Rosine se préoc-
ses exigences en matière de tenue et de distinction. cupe de l’écriture d’Antoinette : une belle calligraphie
Elle n’est préoccupée que d’elle-même et de son ap- est pour elle un signe de classe sociale, avant d’être
parence (p. 8), ne témoigne pas d’affection réelle à sa la marque d’une éducation et d’une connaissance
fille (p. 13), est cassante avec la gouvernante (p. 6). Elle poussées.
a accumulé une grande frustration, parce que sa vie Devant leurs domestiques, à l’instigation de
ne semble pas lui convenir (p. 12) : elle semble vouloir Rosine, le couple Kampf se voussoie (p. 17). Leur
s’en venger sur sa fille à travers tous les interdits registre de langue est soutenu, ils se surveillent
qu’elle lui impose. (p. 18) et vivent sans naturel : Rosine, par exemple,
Elle incite sa fille au mensonge pour défendre leur demande à son mari de ne pas oublier son veston au
nouveau statut (p. 13-14), ce qui est une attitude édu- salon quand il se met à l’aise, car elle pense que cela
cative discutable. manque de classe.
Enfin, elle est totalement fermée aux pensées et
aux sentiments de sa fille, incapable d’avoir avec elle 4 L’histoire de la famille n’est pas rapportée dans
un vrai dialogue, puisqu’elle lui reproche son manque l’ordre chronologique : des retours en arrière per-
de cœur et sa réserve (p. 15), sans comprendre que mettent d’en prendre connaissance.
cette réserve et cette froideur sont des boucliers der- Ces informations sont livrées par les personnages
rière lesquels Antoinette se réfugie. eux-mêmes : celles dont a directement connaissance
Antoinette (l. 133 sqq), qu’elle se rappelle (l. 140),
• Antoinette : son portrait est plutôt négatif. C’est
ou qu’elle ne connaît que partiellement (l. 178).
une adolescente inhibée, au physique sans relief
D’autres apparaissent dans les passages de dialogue
(p. 6-7), qui remâche elle aussi des fantasmes et des
(l. 184-185).
rancœurs (p. 9). Elle a appris à s’éloigner de sa mère
(p. 8), mais elle lui reste relativement soumise, même Alfred Kampf eut d’abord un tout petit métier :
si c’est avec mauvaise grâce (p. 7). il fut d’abord chasseur à la banque (un employé qui
ouvre les portes), puis, pendant des années, employé
• Miss Betty : la gouvernante est montrée rapidement, à la banque de Paris, où il rencontre et épouse, peu
sans éclairage véritablement positif. Elle est jeune et avant la naissance d’Antoinette, sa maîtresse, Mlle
jolie (p. 6) mais peu affirmée. Elle ne sait pas protéger Rosine, la dactylo du patron.
Antoinette de la dureté de sa mère (Antoinette, how La famille habite ensuite onze ans dans un petit
can you ? p. 6) et fait son travail sans ardeur. appartement noir, rue Favart, derrière l’Opéra-Co-
• Monsieur Kampf : il a dû lutter pour s’élever socia- mique, un quartier populaire. Puis, grâce au coup
lement, et a fait preuve d’une énergie certaine (p. 11). de Bourse d’Alfred Kampf, ils deviennent riches et
Devant sa femme Rosine, on le voit d’abord muet, s’installent dans un grand appartement où ils vivent
comme imperméable à ses reproches (p. 12), instau- depuis un an quand le récit commence.
rant ainsi l’idée d’une certaine distance. Il est montré
ensuite en acte p. 14 : son intervention est incisive. Il Le narrateur et son récit
est lucide mais peu investi dans son rôle paternel. 1 – La narration est rapportée à la 3e personne, par
Kampf veut dire « combat » en allemand. Faut-il un narrateur extérieur au récit, omniscient. Il sait tout
y voir un symbole de la lutte contre la misère et la des personnages puisqu’il connaît leur passé, leur
volonté d’arriver ? avenir (voir au ch. 6 les anticipations sur Antoinette
3 L’apparence en société est la principale préoccu- adulte) ou ce qu’ils dissimulent (la vanité que tire
pation du couple Kampf. Melle Isabelle de ses yeux, par exemple) ainsi que ce
Dès les premières lignes, Rosine Kampf se soucie qui se passe dans la tête de chacun (par exemple, les
33
1re partie ➜ Étude de textes
pensées désespérées d’Antoinette la nuit où elle ap- • Les 4ers chapitres correspondent à deux jours :
prend qu’elle n’ira pas au bal). – Le 1er chapitre s’étend sur une journée, dont on ne
Cependant, il arrive fréquemment que la voix d’An- connaît pas la date précise.
toinette semble se confondre avec celle du narrateur. – Le 2e chapitre dépeint le soir de cette même jour-
née. Antoinette est autorisée à veiller plus tard que
2 Hormis les flash-back relatifs au passé des person- d’ordinaire, pour rédiger les enveloppes. Elle est en-
nages, qui jouent le rôle d’interludes informatifs, la ligne voyée au lit vers 23 heures.
narrative principale respecte l’ordre chronologique. – Le 3e chapitre expose le chagrin d’Antoinette dans
• Voici les propositions de titres que l’on peut donner la nuit de cette même soirée. Au milieu de la nuit, ses
à chacun des chapitres : sanglots réveillent sa gouvernante.
– 1er chapitre (p. 5-16) : Une grande nouvelle – Le 4e chapitre commence dès le lendemain, au dé-
– 2e chapitre (p. 17-32) : Invitations et invités jeuner, et s’achève en fin de journée, après la leçon de
– 3e chapitre (p. 33-38) : Privée de bal ! piano d’Antoinette.
– 4e chapitre (p. 39-52) : Pourquoi pas moi ? • Les deux derniers chapitres correspondent à une
seule soirée :
– 5e chapitre (p. 53-65) : L’effervescence des préparatifs
– Le 5e chapitre couvre le jour du bal, un 15 du mois.
– 6e chapitre (p. 66-89) : Une vaine attente.
L’action a lieu entre 18 h et 21 h.
• Les chapitres suivent à peu près les étapes d’une – Dans le 6e et dernier chapitre, l’action commence le
séquence narrative. même jour vers 21h (une heure avant le début sup-
– Les ch. 1 et 2 posent les prémisses de l’action en posé des festivités) et s’achève un peu après 23h30.
exposant le cadre et en montrant la distribution des • On remarque, entre les ch. 4 et 5, une ellipse : on
personnages, ainsi que leurs principaux attributs. ignore ce qui se produit entre la destruction des
– L’élément perturbateur correspond à l’interdiction invitations et les préparatifs du bal, et combien de
faite à Antoinette d’assister au bal (p. 31-32). Cette temps il s’écoule. On suppose donc qu’Antoinette n’a
interdiction va catalyser la rancœur d’Antoinette et éprouvé aucun repentir et n’a pas avoué son geste.
susciter tous les événements à venir. On verra plus loin qu’elle est devenue de plus en
– Les péripéties (ch. 4 et 5) qui en découlent sont : plus taciturne. Ses sentiments à propos de son geste
la nuit que passe Antoinette à sangloter et à détester ne seront rapportés qu’au ch. 6. Ce silence délibéré
ses parents ; la leçon de piano chez Melle Isabelle concentre ainsi l’action sur l’essentiel.
qu’Antoinette hait ; la jalousie d’Antoinette, qui sur- • Dans les ch. 5 et 6, en revanche, on assiste à un
prend le rendez-vous amoureux de sa gouvernante ; égrènement distillé de l’action, qui ne dure que
le retard de Miss Betty ; la destruction des invitations ; cinq heures, appuyé par l’emploi du style direct, qui
les préparatifs du bal. épouse la réalité de l’écoulement du temps. La ten-
La destruction des invitations, jetées dans la Seine, sion dramatique en est renforcée : l’échec du bal est
n’est pas préméditée, même si Antoinette aspirait à la désormais inéluctable. L’effervescence du ch. 5 laisse
vengeance depuis sa nuit de pleurs. La jeune fille se la place à l’attente, puis à l’humiliation des parents : le
saisit de l’occasion qui se présente. Ce sursaut spon- ralentissement du récit nous fait partager la tension
tané de révolte lui permet sur l’instant d’apaiser ses de cette attente.
tourments intérieurs. C’est aussi l’instrument de sa 4 • Dans le ch. 5, l’auteur mime l’effervescence des
vengeance : les invités ne pourront se rendre à un bal
préparatifs en recourant principalement au style di-
dont ils ignorent l’existence.
rect. L’action est centrée sur la fébrilité de Rosine. Les
– De fait, il y a dilatation de l’élément de résolution : phrases qu’elle emploie sont courtes, juxtaposées et
l’absence des invités au bal, dont les conséquences pullulent d’exclamations ou d’interrogations, qui tra-
créent la situation finale. duisent son affairement et son inquiétude. Son dis-
– La situation finale (ch. 6) montre des relations cours comporte également de nombreux points de
familiales inversées : la mère est déchue et sa fille suspension, mimant ainsi sa frénésie d’action : elle
a pris l’avantage. Le couple Kampf, après avoir cru à court d’un poste à un autre, pour tout vérifier, et crie
une apothéose, se trouve ramené à la véritable mé- à outrance sur tout le monde. Le nombre et la disper-
diocrité de sa condition, puisqu’ils ont été humiliés sion des figurants qui l’entourent, domestiques, élec-
par ce qu’ils croient être une absence délibérée de tricien, chauffeur, fleuriste, appuie cette impression.
leurs invités. Elle avoue d’ailleurs son énervement (l. 1054, 1062,
3 L’action est très resserrée, ce qui lui confère un 1147) et sa crainte de ne pas être à la hauteur (l. 1091
caractère dramatique. à 1117). Elle ne s’accordera que quelques instants pour
34
Séquence 1 ➜ Retour sur le discours narratif
se maquiller. Rosine constate alors, avec une certaine À la fin du récit, une inversion s’est mise en place :
amertume, qu’elle n’a plus la fraîcheur de sa jeunesse. C’était la seconde, l’éclair insaisissable où « sur le che-
Elle en conclut qu’il lui faut donc se hâter de jouir des min de la vie » elles se croisaient, et l’une allait monter,
plaisirs de sa nouvelle vie, avant d’être trop fanée. et l’autre s’enfoncer dans l’ombre (l. 1734-1736). Rosine
• Au ch. 6, l’emploi du style direct est moins fréquent, est profondément marquée par l’échec de son bal,
remplacé par des passages descriptifs et narratifs qu’elle impute à une volonté délibérée de la haute so-
souvent à l’imparfait. L’avancement de l’heure y est ciété de lui nuire et de la rabaisser. Elle ignore qu’elle
minutieusement rapporté, accentuant l’attente de la doit cet échec à sa fille et se laisse aller au chagrin et
venue toujours différée des invités. Le rythme du récit à des pleurs qui l’enlaidissent. Elle interprète alors les
se ralentit. paroles de sa fille comme des paroles de réconfort,
alors que les mots d’Antoinette témoignent d’une
Rosine a de plus en plus de mal à dissimuler sa
lucidité remarquable sur la vanité et le dérisoire des
nervosité. Elle parle d’abord beaucoup, sans faire al-
entreprises de sa mère.
lusion aux invités qui ne viennent pas, pour masquer
Rosine éprouve une forme de gratitude (Tu es
son angoisse. La cruauté de Melle Isabelle, qui bondit
une bonne fille, l. 1733) alors qu’Antoinette ne ressent
sur ses faux-pas de décoration, ne fait qu’accentuer
qu’une sorte de dédain, d’indifférence méprisante
son trouble. Sa conversation tourne court, elle peine
(l. 1682) : son sourire final dissimulé traduit la cruauté.
à maintenir l’hypocrisie sociale qu’elle a elle-même
Antoinette est désormais vengée.
instaurée. Elle dissimule à peine désormais qu’elle
On peut difficilement parler de chute au sens
guette l’arrivée de ses invités.
propre, dans la mesure où toute surprise est abolie.
On notera les jeux de parallélisme et de mise En effet, la définition la plus conventionnelle de la
en abyme du regard : dans son attente désespérée chute narrative est un coup de théâtre final où les
(l. 1480 à 1485, 1503 à 1517), Rosine reproduit les mêmes attentes du lecteur se trouvent déçues ou fourvoyées.
gestes (l. 1012-1016) qu’Antoinette (l. 1258-1295), qui en Or, dans ce roman, rien n’a été dissimulé au lecteur et
a pris conscience. Antoinette, dissimulée derrière le la progression est croissante pour mener à cette fin.
canapé, assiste à la folle attente de sa mère qui sur- S’il y a surprise et déception, ce n’est que pour les pa-
veille l’arrivée des invités en croyant ne pas être vue. rents d’Antoinette. Si chute il y a, elle est plutôt d’ordre
• Dans les deux derniers chapitres, le champ lexical symbolique : Rosine est déchue, Antoinette s’élève.
du temps est omniprésent mais de façon antithé- Il vaut donc mieux parler de retournement de
tique. Dans le chap. 5, c’est l’idée du temps qui passe situation à la fin de l’histoire, car c’est désormais la
trop vite, faisant obstacle à la réalisation des projets mère qui se sent méprisable et de peu de valeur.
et des désirs. Au contraire, dans le ch. 6, c’est un
Personnages et relations familiales
temps qui s’écoule trop lentement et ne fait que sur-
seoir à ce que l’on attend impatiemment. 1 • Monsieur Alfred Kampf :
5 Il faut rapprocher la dernière ligne du récit Ma Statut social Agent boursier devenu très riche.
Juif converti au catholicisme depuis
pauvre maman… des lignes 232-234 : Tu n’as pas beau- son mariage.
coup de cœur, je le crains, ma pauvre fille. (Rosine).
Liens avec Peu présent, s’implique peu auprès
Dans ces premières lignes, Rosine témoigne son les autres de sa fille.
mépris à sa fille, parce que cette dernière, selon Paraît détenir une certaine autorité.
elle, se tient mal et lui montre une attitude peu Relations distendues avec sa femme,
gratifiante. Son discours cantonne Antoinette à une aigrie par une fortune arrivée
place d’enfant (Une petite fille doit parler le moins tardivement ; toutefois, ils sont unis
autour du même projet d’arrivisme social.
possible aux grandes personnes, l. 207-208 ; J’autorise
Antoinette à se coucher une heure plus tard que Physique Aux yeux de feu.
d’habitude…, l. 223-224). Elle n’a pas pris conscience Habillement À l’aise dans son nouveau milieu : porte
qu’Antoinette a grandi et entretient déjà des rêves de le costume y compris dans son salon.
jeune femme (l. 94 à 99, l. 504 à 520). Caractère Déterminé et ambitieux.
De fait, Rosine envisage ce bal comme le ferait une Indifférent aux affronts et à l’aigreur
débutante, alors qu’elle est une mère de famille et de sa femme.
une épouse rangée. Il est pour elle la dernière chance
Comportement Rapidité folle des gestes, surnommé Feuer.
(l. 1217) et elle ne veut pas être vieillie par la proximité
d’une fille à marier (l. 546), car elle pense seulement Niveau Conversation assez souple. Maîtrise les
de langue codes langagiers des différentes situations.
commencer à vivre (l. 544).
35
1re partie ➜ Étude de textes
36
Séquence 1 ➜ Retour sur le discours narratif
Miss Betty Garder son travail et vivre son amour. Sa position subalterne.
Melle Isabelle Assister au déclin des Kampf. Son âge, son manque de beauté, la petitesse de sa condition.
Profiter des avantages offerts par ses liens
de parenté avec les Kampf.
Le récit d’une révolte depuis sa toute petite enfance (l. 63-64). L’épisode du
1 Antoinette se révolte contre le manque d’affec- soufflet (p. 8) pour un geste accidentel et dérisoire l’a
marquée, souvenir nourri par la répétition, semble-
tion (p. 13), l’exigence et le manque d’estime que lui
t-il, d’autres corrections physiques (l. 87).
témoigne sa mère.
On ne voit plus ses parents la gifler, mais la me-
Elle se révolte donc contre sa mère, mais aussi
contre son père, même si c’est de façon indirecte, nace reste valide (l. 193, 547-559, 664).
parce qu’il laisse le plus souvent sa femme agir de D’autre part, Antoinette sait qu’à la moindre ré-
la sorte et qu’il ne lui accorde pas l’attention qu’elle crimination, elle sera aussitôt tancée vertement. Elle
désirerait (l. 194-195). Il a envers elle une attitude dé- est taxée d’ingratitude (p. 15) ; on lui reproche de se
tachée, si bien qu’elle l’englobe dans les rangs de ses mêler de ce qui ne la regarde pas (l. 157-158, 440) ou
persécuteurs (l. 598-609, 627-635). d’être outrecuidante (l. 536-567).
Elle déteste Melle Isabelle, son professeur de piano Elle vit donc dans le sentiment permanent de
(p. 27-28, l. 776) pour sa dureté et son aigreur. déplaire.
Elle en veut aussi confusément à Miss Betty À quelques occasions, l’auteur nous permet de
(l. 591), qui épouse le parti de sa mère et ne lui offre connaître ses sentiments par leur inscription dans
aucun véritable réconfort. Sa rancœur et son amer- le dialogue avec les autres personnages. Cependant,
tume s’accentuent lorsqu’elle découvre que Miss l’essentiel des pensées et sentiments d’Antoinette
Betty a un amoureux (l. 747 à 768). Elle ressentait est révélé par l’emploi du monologue intérieur
déjà aux lignes 652 à 659 un sentiment général (l. 504-520, 594-695…). L’auteur adopte alors le point
d’abandon (Personne ne l’aimait, pas une âme au de vue interne à Antoinette.
monde, l. 597). 3 a. La résistance d’Antoinette est d’abord passive.
L’attitude de son entourage ne tient aucun Elle adopte une attitude fermée, qui exprime son
compte du fait qu’elle a grandi, qu’elle a envie d’être opposition de manière tacite : elle ne se lève pas à
prise au sérieux et de ne plus être considérée comme l’entrée de sa mère (p. 1), évite son regard. Forcée de
une enfant. se lever par le rappel à l’ordre, elle le fait ensuite avec
Elle voit dans le bal l’occasion d’une métamor- une mauvaise grâce évidente. Son mutisme (p. 15) ou
phose, qui résoudrait magiquement ce douloureux ses regards scrutateurs (p. 18), le fait qu’elle guette
passage à l’âge adulte. Ce bal suscite tous ses fan- les paroles de ses parents montrent qu’elle se sent en
tasmes : vivre enfin des instants extraordinaires pour position de vulnérabilité face à des adultes qu’elle
échapper à la monotonie, à la platitude et à la soli- considère comme hostiles. Elle ne dévoile pas ses
tude de sa vie. sentiments. Elle pense d’ailleurs que même si elle les
Ce bouillonnement intérieur de souffrance et de montrait, personne ne s’en apercevrait (elle pouvait
désirs insatisfaits explique donc le geste qu’elle va pleurer ou rire... ils ne daignaient rien voir, p. 34 ).
être portée à commettre. b. La première marque d’une opposition active sur-
2 Antoinette ne peut exprimer ouvertement ses vient lorsqu’elle ose pour la première fois affirmer
pensées et sentiments, car elle redoute ses parents son désir d’assister au bal (l. 502), puis le répéter
37
1re partie ➜ Étude de textes
(l. 524). Cette opposition active s’exprime avec force Expression orale
dans son cri (l. 530). Elle prend ensuite la dimension
w Le titre du roman est bien choisi car tout tourne
d’une révolte par la volonté de vengeance qui s’ex-
autour de cet événement tant attendu, le bal. De
prime de façon explicite (l. 627-630). Toutefois, elle ne
plus, le titre se réduit à un groupe nominal, sans
se concrétisera véritablement que par la destruction
expansion qualificative ou déterminative, ce qui
des invitations.
permet toutes les interprétations possibles : le bal
c. Le geste de jeter les invitations dans la Seine est rêvé, le bal raté…
évidemment un tournant pour le personnage d’An- Pour chacun des personnages, il représente un
toinette qui, désormais, refuse de vivre telle qu’elle enjeu :
a toujours vécu jusque-là : Quoi ? Toujours trembler – Pour Rosine, c’est un accomplissement : reven-
comme une petite fille ? Elle n’était pas digne d’être diquer sa place dans la haute société aux côtés
une femme… Une espèce de vertige s’empara d’elle, de comtes et de marquis, étaler sa richesse et sa
un besoin sauvage de bravade et de mal (l. 958-963). réussite aux yeux de sa parente, briller de tous ses
C’est évidemment aussi un tournant dans le récit feux et attirer un amant qui saurait enfin lui donner
puisque cette destruction va sanctionner la conduite l’impression de vivre.
des parents, leur infliger la punition réclamée par les
– Pour Alfred, c’est un moyen, qui permet de nouer
vœux d’Antoinette et mettre un terme à leur rêve de
des relations plus étroites, utiles aux affaires.
reconnaissance sociale.
– Pour Melle Isabelle, c’est l’espoir malsain d’y voir les
4 À la fin du récit, Antoinette est vengée. Elle a in- Kampf se ridiculiser par leurs impairs, la vanité d’être
fligé à ses parents, et particulièrement à sa mère, un invitée à un événement mondain en compagnie de
camouflet mémorable qui anéantit leur espoir de la meilleure société.
s’intégrer dans la haute société. Elle a également – Pour Antoinette : c’est d’abord un rêve de métamor-
matérialisé la fragilité des relations entre ses parents phose. Elle le considère comme une initiation à l’âge
puisque chacun incrimine l’autre de l’échec du bal, et adulte, pour échapper à son état désolant d’enfant,
que son père quitte finalement les lieux, peut-être pour améliorer la piètre représentation qu’elle a
pour toujours. d’elle-même. Elle rêve aussi d’y rencontrer l’amour.
En revanche, on peut considérer également – Miss Betty n’étant pas invitée, mais employée des
qu’elle n’est pas libérée du poids de ce qu’elle a Kampf, le bal n’offre aucun enjeu pour elle.
connu, puisqu’elle reproduit, sans en être consciente, Le roman aurait pu porter d’autres titres comme
la cruauté et le mépris de sa mère. Mère et Fille, Une vengeance terrible, La Fin d’un rêve,
Sa révolte aura donc servi à l’affranchir d’un joug La Chute…
maternel pesant, à faire prendre conscience à sa
mère de sa propre fragilité et à lui faire ressentir ce
qu’elle-même ressentait au début. À la fin du roman,
son regard sur les adultes a changé. Elle se rend
Évaluation de fin de séquence (p. 34)
compte que les adultes sont tout aussi vulnérables
qu’elle, qu’ils peuvent souffrir eux aussi, et donc Père et fils, Jean-Paul Nozière
qu’ils ne sont pas aussi puissants qu’elle le pensait
(l. 1690-1694). Lecture, langue et communication
D’ailleurs, elle n’obéit pas à sa mère quand cette
dernière lui dit de s’en aller, et elle fait semblant 1 Le cadre de l’histoire : l’histoire se déroule dans la
d’avoir pitié d’elle : Comme elle [Rosine] collait contre chambre du narrateur : ma chambre (l. 1), mon lit
ses perles le petit visage muet, elle ne le vit pas sourire (l. 6), alors que le père du narrateur est en liesse parce
(l. 1730-1732). que son équipe favorite de football est en train de
Elle semble même prendre la place de sa mère, gagner (l. 1-6).
dont elle a vu la faiblesse (un visage plissé, gri- 2 Les personnages en présence sont David, le narra-
maçant, empourpré, enfantin, comique…touchant, teur, âgé de quatorze ans (l. 23-24), surnommé Cal
l. 1679-1680) : avec un geste maternel, elle lui passe (l. 27-28), et son père P’pa, qui est au chômage (l. 8).
la main dans les cheveux… Mais c’est un geste vide
(l. 1681-1683)… 3 a. Le narrateur est intérieur au récit, puisque c’est
David qui rapporte les faits à la 1re personne (ma
chambre, l. 1 ; et, moi, pourquoi je choisis…, l. 3), ainsi
que ce qu’il pense ou ressent.
38
Séquence 1 ➜ Retour sur le discours narratif
b. Le temps verbal dominant est le présent de 9 a. Entre le début et la fin de l’extrait, le père passe
narration. de l’allégresse (l. 1 à 6) aux larmes (l. 30 à 33). Sauf
c. Le présent de narration actualise les faits rappor- que les manifestations d’allégresse sont excessives
tés et supprime la distance par rapport à la narration, et évoquent un sentiment forcé, comme pour fuir le
en donnant l’illusion du réel. désespoir qu’il éprouve (tu es malheureux, l. 9). Les
4 Les étapes de la séquence narrative sont au larmes intérieures que remarque ensuite David sont
nombre de cinq : dues au chagrin, car le père a été forcé par David de
– situation initiale (l. 1-7) : la comédie du bonheur ; reconnaître sa propre situation (dans ses yeux,… da-
vantage de lumière que d’habitude, l. 31-32). Il peut
– élément de perturbation (l. 8-13) : la révélation de
alors enfin s’autoriser à manifester sa souffrance
David ;
(p’pa est en larmes à l’intérieur, de fond en comble,
– péripéties : les échappatoires du père ( l. 14-20) ; la
l. 33). Peut-être lui est-il aussi douloureux de voir
revendication de la vérité (l. 21-26) ; le rejet du surnom
l’innocence de son fils enfuie.
(l. 27-28) ;
– élément de résolution (l. 29-33) : les larmes b. Malgré tout, il remercie son fils, car ce dernier lui
libératrices ; a permis de fuir les faux-semblants, de dépasser une
– situation finale (l. 33-37) : une vérité apaisante. gaieté factice exténuante pour révéler la vérité.
5 Tout au long de l’extrait, les paroles sont rappor- 10 a. Le fils se révolte contre le père, plus précisé-
tées directement, ce qui permet de restituer un effet ment contre l’attitude du père. Ce moment est diffi-
de temps réel, de donner de l’impact à chaque cile pour le fils également (Je suis malade de peur et
phrase, alourdissant ainsi le suspense et la tension lui aussi, l. 18-19).
de la scène.
David refuse le mensonge, il refuse qu’on le
6 La réplique qui engage la confrontation couvre prenne pour un enfant qu’il faut protéger de la réa-
les lignes 8-9. On remarque qu’elle est constituée de lité et qu’on décide à sa place qu’il n’a pas la capacité
trois propositions, dont les deux dernières sont coor- de comprendre ce qui se passe (l. 21-24).
données. Elles commencent toutes les trois par je
sais : David n’est pas dupe du jeu que joue son père b. La révolte évoquée dans ce passage est une révolte
depuis des mois. positive, puisque constructrice de nouvelles relations
entre le père et le fils (me prend l’épaule, me serre
7 a. Le personnage qui paraît insouciant au début contre lui, l. 34) où chacun peut reprendre sa place,
est le père, qui applaudit, danse la danse du scalp, rit où, par son silence, le fils n’a plus à protéger le père
(l. 2-6). des insuffisances qu’il se prête.
b. De façon inattendue par rapport à la distribution
habituelle des rôles dans une famille, c’est le fils qui
suscite la discussion sérieuse dès les lignes 8-9. Écriture
c. Le fils se place en arbitre de la vérité et repousse
La proximité du personnage de David avec les élèves
même les justifications mensongères du père (l. 20-
doit normalement les inciter à aborder favorable-
23), affirmant que son âge lui permet de comprendre
ment l’expression écrite, dans laquelle ils pourront
la situation (l. 23-24). À ce titre, il exige de ne plus re-
projeter l’expression de leurs propres sentiments,
cevoir le surnom Cal, qui, pour lui, est attaché à l’en-
à un âge où le positionnement face à l’adulte pose
fance et à son manque de recul : un nom crétin (l. 28).
question.
8 La comparaison qui traduit la souffrance du père
De plus, la chute du texte-support permet d’envi-
se trouve l. 11-12 : Comme mort. Elle exprime la stu-
sager que la relation à l’adulte n’est pas seulement
peur du père, qui se voit brutalement rappelé à la
et obligatoirement conflictuelle mais aussi une dé-
réalité d’une situation qu’il dissimulait à tous et à
marche vers la maturité.
lui-même.
L. 25-26, L’air de ma chambre se solidifie est une Si, en donnant au préalable ces indications ra-
métaphore de la tension qui règne entre les per- pides, l’on sépare le moment de l’expression écrite
sonnages. Le père est confronté à la maturité nou- des questions qui évaluent la lecture, on armera
velle de son fils (P’pa n’a pas l’habitude que son fils les élèves pour l’expression écrite. On pourra aussi
prononce de pareilles phrases, l. 12-13) et ne sait pas choisir de procéder d’abord aux questions et à leur
encore très bien quel parti adopter. correction, puis enfin à l’expression écrite.
39
1re partie ➜ Étude de textes
2
e
Portraits
enc
(p. 36)
qu
Sé
40
Séquence 2 ➜ Portraits
SUGGESTION DE SÉQUENCES
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1re partie ➜ Étude de textes
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Séquence 2 ➜ Portraits
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1re partie ➜ Étude de textes
44
Séquence 2 ➜ Portraits
ruptures amoureuses. Blessé durant la Première Guerre – Cet extrait peut aussi être étudié lors de la semaine de
mondiale, il meurt en 1918 de la grippe espagnole. la presse à l’école. On y remarque en effet de nombreux
2. Marie Laurencin et Guillaume Apollinaire sont repré- mots du vocabulaire spécifique de la presse écrite. Le site
sentés dans un jardin touffu et fleuri, comme souvent sur internet du CLEMI propose également un travail intéres-
les toiles du Douanier Rousseau. Guillaume Apollinaire sant sur les termes utilisés dans les médias.
tient une feuille et une plume pour indiquer qu’il est un
poète, tandis que Marie Laurencin, couronnée de fleurs, Sur l’auteur
drapée dans une robe rappelant les tenues antiques et w D’origine basque, Pierre Gamarra est né à Toulon en
levant la main comme si elle s’apprêtait à prononcer 1919. Il commence des études d’espagnol et de géogra-
un oracle, rappelle les Muses. Son geste, qui désigne le phie à Toulouse, interrompues en 1940 par le début de
ciel, suggère l’inspiration poétique. Pour le Douanier la guerre. À la Libération, il devient journaliste et, en
Rousseau, l’amour que le poète éprouve pour Marie 1949, il monte à Paris. Il y devient directeur de la revue
Laurencin inspire sa poésie. littéraire Europe.
Après la Première Guerre mondiale, les poètes surréa- Auteur de nombreuses poésies, de romans, de pièces de
listes, influencés par Guillaume Apollinaire à l’origine du théâtre ainsi que d’ouvrages pour la jeunesse, on dit de lui
mot surréalisme, accorderont à l’amour et à la femme une que c’est un Occitan de langue française.
place privilégiée comme l’exprime Louis Aragon dans son
célèbre vers « La femme est l’avenir de l’homme ».
Découvrez le texte
1 a. – Dépêches (l. 4) : informations officielles ou
1. Le portrait physique et moral(p. 38) privées transmises par voie rapide.
– Grouillot (l. 11) : jeune employé.
Fernand Cantarel ou l’amour du métier, – Éditions de la journée (l. 24) : l’édition d’un journal
désigne l’ensemble des exemplaires d’un journal
Pierre Gamarra
parus en une seule fois. Un journal peut donner
OBJECTIFS PÉDAGOGIQUES lieu à plusieurs éditions dans la journée (le matin,
Être capable : à midi, le soir) ou à des éditions différentes selon
les départements ou les villes (édition de Paris, des
l d’identifier la nature des informations données
Hauts-de-Seine, du Val-de-Marne pour Le Parisien
sur un personnage ;
par exemple, qui comportent des suppléments régio-
l de repérer l’organisation d’un portrait ;
naux différents).
l d’identifier les outils grammaticaux de la des-
– Copie (l. 39) : ce mot désigne ici le texte manuscrit
cription et de la caractérisation (expansions du d’un article, qui va ensuite être composé.
nom, attributs) ;
b. Ces termes appartiennent au champ lexical de la
l de rédiger le portrait physique et moral d’un
presse écrite.
personnage.
2 Le narrateur est extérieur au récit, puisqu’il utilise
la 3e personne. On a l’impression que l’histoire se
Présentation de l’extrait raconte d’elle-même.
w Cet extrait permet d’entrer dans le chapitre en stimu-
lant les élèves. Approfondissez votre lecture
– Le texte ne présente pas de difficultés ; il s’agit d’un
Une vocation (l. 1 à 25)
portrait synthétique et ordonné. Il permet de réactiver
quelques notions grammaticales (les expansions du nom) 3 Le premier paragraphe livre des informations sur
et de les comparer à de nouvelles notions (les attributs du la vocation du personnage. On apprend d’abord son
COD). Cette démarche de confrontation rend les élèves identité et son statut au sein du journal. Puis un re-
plus actifs dans leur apprentissage, puisqu’ils s’appuient tour en arrière précise ce qui l’a poussé dans cette
sur ce qu’ils connaissent déjà. voie et son parcours au sein du journal.
– Ce texte est extrait d’un roman policier destiné à la 4 Les temps verbaux utilisés sont :
jeunesse. Il met en scène un journaliste, Benoît Vallier, – l’imparfait de l’indicatif (était, travaillait, portait,
qui enquête sur les méfaits d’un pyromane dans la région allait, faisait, aimait). Il sert ici à décrire et présente
toulousaine. Ce roman pourra être conseillé en lecture également certaines caractéristiques du personnage
autonome aux élèves. sous l’aspect de la répétition (ses premières fonc-
45
1re partie ➜ Étude de textes
tions au sein du journal) ou de la durée (son rapport Le regard est également caractérisé par des ad-
à l’encre, par exemple) ; jectifs qualificatifs : dur et fort attentif. Ils sont de
– le plus-que-parfait de l’indicatif (avait souhaité, même utilisés comme attributs du sujet. Ces deux
avait commencé, avaient remarqué, avait donné, avait derniers adjectifs qualificatifs s’opposent. Dur sup-
quitté). Ce temps est utilisé pour le retour en arrière, poserait que Cantarel est un homme renfermé, qui
c’est-à-dire le récit des événements antérieurs au ne s’intéresse que peu à son entourage et qui ne ma-
moment où le texte démarre. nifeste aucune marque d’empathie envers les autres.
5 a. CV. est l’abréviation de curriculum vitae, expres- En revanche, attentif vient souligner un caractère
sion latine qui signifie « parcours de vie ». Un CV re- ouvert, preuve que notre personnage est tourné vers
trace le parcours scolaire, universitaire et les autres.
professionnel d’une personne.
10 Les trois attributs du COD sont les suivants :
b. Fernand Cantarel : Chef des Informations Générales
– un très brave homme (GN) et un cœur d’or (GN),
du Cri du Languedoc. Entré au journal dès sa fondation
attributs du pronom personnel de 3e personne le
à l’âge de seize ans. A occupé les emplois de coursier,
(= Cantarel), COD du verbe connaissait (l. 36) ;
puis de grouillot, plus tard de rédacteur.
– particulièrement vigilant (adjectif qualificatif),
6 a. Dans le 2e paragraphe, le narrateur utilise l’im- attribut du pronom personnel de 3e personne le
parfait de l’indicatif, imparfait de répétition : était là, (= Cantarel), COD du verbe rendait (l. 38).
quittait, parcourait, longeait, pénétrait, prenait, em- Ces trois attributs du COD confirment ce que
poignait, rentrait. laissait supposer l’adjectif qualificatif attentif em-
b. Les CCT sont jamais (l. 13), Toutes les nuits (l. 15-16), de- ployé plus haut. Cantarel, malgré son aspect plutôt
puis bien des années (l. 16), vers deux ou trois heures (l. 17). rude, est un homme généreux, à l’écoute des autres,
c. Le narrateur décrit ici une journée type de son per- animé par un désir de partager sa passion du métier
sonnage : plus exactement le moment où Cantarel de journaliste et sa propre expérience.
quitte son bureau. C’est le même rituel qui se dé-
roule chaque jour : il s’agit donc ici de décrire les 11 Ce portrait est organisé de façon progressive et
habitudes du personnage. logique, même s’il ne suit pas un schéma chronolo-
gique. Après avoir présenté rapidement le person-
Une apparence trompeuse (l. 26 à la fin) nage, sa fonction et la façon dont il y est parvenu, le
7 Le narrateur s’intéresse d’abord au portrait phy- narrateur décrit ses habitudes, pour aboutir à son
sique de son personnage (l. 26-33). Il s’attache en- portrait physique et moral : après avoir détaillé le vi-
suite au caractère de Cantarel, il s’agit donc dans ce sage, la silhouette et le regard de son personnage, le
deuxième temps d’un portrait moral. narrateur expose ses caractéristiques morales. Le re-
gard de Cantarel fonctionne en fait comme une
8 a. Les expansions du nom homme sont :
transition entre le portrait physique et le portrait
de cinquante-cinq ans GN, compl. du nom moral : dans l’économie du portrait, il vient illustrer
au visage rond GN, compl. du nom l’adage « les yeux sont le reflet de l’âme ».
brun adj. qualificatif, épithète Ce portrait n’est pas complet : à aucun moment
détachée
la vie privée du personnage n’est évoquée, ce qui
aux cheveux et à GN, compl. du nom
la moustache… hirsutes démontre que l’essence même du personnage réside
petit adj. qualificatif, épithète dans sa fonction au sein du journal. Ceci est confirmé
détachée par l’emploi des deux expressions amour du métier
trapu adj. qualificatif, épithète et passion du métier (l. 37).
détachée
donnant une impression de prop. participiale, épithète
vigueur et même de rudesse détachée Et maintenant, concluez
u Un portrait physique et moral décrit les éléments
b. Cette première phrase précise l’âge (55 ans) du
caractéristiques du physique du personnage, sans
personnage, puis décrit de façon détaillée son visage
entrer forcément dans les moindres détails ; il
et son corps.
souligne les points essentiels de son caractère.
9 Pour les yeux, on relève les adjectifs qualificatifs Ce portrait permet au lecteur de se représenter le
suivants : étroitement fendus, très noirs, brillants. Tous personnage ; il est ainsi souvent utilisé lors de sa
ces adjectifs sont attributs du sujet Ses yeux. première apparition.
46
Séquence 2 ➜ Portraits
u Pour dresser un portrait, on utilise des termes lisées, vision du personnage) et en quoi elle diffère
qui permettent de qualifier et de caractériser les du métier tel qu’ils se le représentent actuellement
différentes composantes du physique et du ca- (techniques modernes, course au scoop, paparazzi…).
ractère du personnage. Ce sont le plus souvent les
GN et les adjectifs qualificatifs qui sont employés Outils de la langue
comme expansions du nom ou attributs. On Autre suggestion pour amorcer
trouve également des propositions subordonnées. une séance grammaticale :
➜ L’accord de l’adjectif (p. 307)
u Le portrait peut suivre une progression logique,
mais non chronologique : le personnage est
d’abord présenté tel qu’il est au moment où il
apparaît dans l’histoire, puis un retour en arrière
2. Le portrait en actes (p. 40)
permet de préciser les points importants de son
passé. Le narrateur revient ensuite sur son per- Arrias, La Bruyère
sonnage actuel afin de le détailler davantage
et d’en énoncer les habitudes et les principales OBJECTIFS PÉDAGOGIQUES
caractéristiques physiques et morales. Être capable :
l d’identifier un portrait en actes et ses caracté-
ristiques (rôle des verbes d’action, temps des
À vous de jouer ! verbes, paroles rapportées, champs lexicaux
12 Les élèves devront commencer par choisir un per- dominants…) ;
l de rédiger un portrait en actes.
sonnage. Pour les plus hésitants, ou les moins inspi-
rés, on pourra leur conseiller de piocher parmi les
personnages fictifs (héros de roman, de cinéma ou Présentation de l’extrait
de BD) ou parmi les célébrités (du monde artistique, w Cet extrait permet de montrer aux élèves ce qu’est un
sportif ou politique). portrait en actes, tout en travaillant sur la période litté-
Au brouillon, ils commenceront par chercher les raire et les auteurs inscrits à leur programme.
points déterminants de leur personnage, c’est-à-dire
w C’est tout d’abord un texte court qui illustre ce qu’était
les éléments essentiels de son physique et de son
le projet de La Bruyère. L’objectif est donc culturel :
caractère. Cet exercice pourra être l’occasion d’un
donner des repères d’histoire littéraire aux élèves, et les
travail sur le vocabulaire. L’enrichissement séman-
amener à se construire une culture commune.
tique se fera au moyen d’un dictionnaire de langue
française ou d’un dictionnaire des synonymes. w Ce portrait est particulièrement efficace dans sa
La rédaction de quelques brouillons différents construction : il présente ainsi très clairement les carac-
permettra aux élèves d’appréhender comment le téristiques du portrait en actes. Les élèves vont repérer
choix d’une progression peut changer la vision que aisément les outils utilisés.
l’on a d’un personnage.
La reprise des brouillons sera l’occasion d’amélio- Sur l’auteur
rer la syntaxe des phrases et de pousser les élèves à w Moraliste et essayiste français (1645-1696), La Bruyère
varier les outils grammaticaux utilisés. Ils réinvesti- est notamment l’auteur des Caractères, dont la forme est
ront ceux qu’ils viennent d’analyser dans le texte. inspirée de l’ouvrage éponyme de Théophraste, moraliste
de la Grèce antique.
Sur l’illustration (p. 38) w Dès sa parution, l’ouvrage connut un vif succès et valut
à son auteur, protégé par Bossuet et précepteur de la fa-
w Il s’agit ici d’une photographie représentant Walter
mille Condé, un siège à l’Académie.
Cronkite et datant de 1960. Walter Cronkite est l’un
des journalistes les plus connus aux États-Unis. Il a w La Bruyère occupe une place importante dans la lignée
animé pendant de longues années le fameux CBS des moralistes français, à la suite de Montaigne et de La
Evening News. C’est également lui qui a annoncé Rochefoucauld. Par sa droiture et son jugement indépen-
au peuple américain l’attentat dont a été victime dant, il a su dégager de ses observations sur la cour et les
J.-F. Kennedy à Dallas. grands de son époque une part de ce qu’il y a d’invariant
Il représente ici « l’ancienne école » du journa- dans la nature humaine. Certains le considèrent comme
lisme. On pourra demander aux élèves en quoi cette un précurseur des Lumières et de la Révolution, pour sa
photo correspond au texte (époque, techniques uti- compassion, rare à son époque, envers le peuple.
47
1re partie ➜ Étude de textes
48
Séquence 2 ➜ Portraits
49
1re partie ➜ Étude de textes
connaissent les Trois mousquetaires, tous en ont une 3 a. Les GN qui désignent le personnage sont un
représentation. Cependant, rares sont ceux qui ont lu jeune homme (l. 1), notre jeune homme (l. 8 et 15), son
le roman d’Alexandre Dumas. L’intérêt est d’emblée de propriétaire (l. 13) et son cavalier (l. 29-30). Les GN in-
leur présenter l’œuvre originale, afin qu’ils perçoivent diquent simplement qu’il s’agit d’un homme jeune,
comment elle a pu connaître un tel succès et traverser les mais ne donnent aucun renseignement sur l’identité
siècles sans vieillir. du personnage. De plus, le narrateur établit une cer-
w Ce portrait présente clairement les enjeux du point de taine connivence avec le lecteur par l’emploi du dé-
vue externe, d’autant plus qu’il s’agit de l’entrée en scène terminant possessif notre, comme si, désormais, le
de celui qui se retrouvera au centre des aventures. personnage appartenait à un cercle de connais-
w Enfin, on ne pourra que conseiller la lecture intégrale sances communes au lecteur et au narrateur.
du roman : il existe de nombreuses versions abrégées désor- b. Dès le début du portrait, le personnage est com-
mais disponibles pour les lecteurs les plus récalcitrants. paré à don Quichotte.
c. Don Quichotte est le héros du roman éponyme de
Sur l’auteur l’écrivain espagnol Cervantes (1547-1616). Cette œuvre
w Alexandre Dumas est né le 24 juillet 1802 à Villers- (1605-1615) marque la naissance du genre romanesque
Cotterêts (Aisne). Fils d’un général de la Révolution fran- moderne. Le récit relate les voyages et les aventures de
çaise qui mourut alors qu’il n’était encore qu’un enfant, le Don Quichotte et de son écuyer Sancho Pança. Don
jeune Alexandre fut élevé par sa mère. Clerc de notaire à Quichotte est un hidalgo (personne de naissance noble
quatorze ans, il commença très tôt à écrire des pièces de en Espagne) obsédé par les livres de chevalerie. Ses amis
théâtre, qui ne connurent d’abord aucun succès. et sa famille pensent qu’il est fou quand il décide de
À partir de 1829, il devint un dramaturge célèbre et un devenir à son tour un chevalier errant et de parcourir
auteur prolifique. Le succès considérable du Comte de l’Espagne sur sa jument, Rossinante, pour combattre le
Monte-Cristo (1844) et la publication en feuilleton des mal et protéger les opprimés.
Trois Mousquetaires, suivis de Vingt Ans après (1845) et Il passe pour un illuminé auprès de ceux qu’il rencontre.
du Vicomte de Bragelonne (1848-1850) inaugurèrent sa Il croit que les auberges ordinaires sont des châteaux
carrière brillante de romancier historique. enchantés et les filles de paysans de belles princesses. Il
En 1844, Dumas achète un terrain à Port Marly pour prend les moulins à vent pour des géants envoyés par de
y construire le « Château de Monte-Cristo ». En 1846, méchants magiciens. Il considère qu’une paysanne de son
il construit son propre théâtre qu’il baptise le Théâtre- pays, Dulcinée du Toboso, qu’il ne rencontrera jamais, est
Historique. Il sera inauguré en 1847 et accueillera les l’élue de son cœur à qui il jure amour et fidélité.
pièces de plusieurs auteurs européens : Shakespeare,
Goethe, Calderon, Schiller... Malheureusement, en 1850,
Approfondissez votre lecture
le théâtre fera faillite. Ruiné, poursuivi par plus de 150
créanciers, Dumas décide de s’exiler en Belgique. En sep- Le dessin du héros (l. 1 à 14)
tembre 1870, après un accident vasculaire qui le paralyse, 4 Les mots qui appartiennent au champ lexical du
il s’installe dans la villa de son fils à Puys, près de Dieppe, dessin sont traçons (l. 1), portrait (l. 1), trait de plume
où il meurt le 5 décembre. (l. 1-2), dessiné (l. 10).
En 2002, son corps a été transféré à Paris, au Panthéon.
5 a. Les termes mélioratifs sont soulignés, les
termes péjoratifs sont en gras.
Découvrez le texte Lignes Nom ou GN Expansion Nature de
1 – Pourpoint (l. 4) : partie du vêtement masculin qui du nom l’expansion
couvrait le torse jusqu’en dessous de la ceinture. 5-6 visage long et brun adjectifs qualificatifs
– Baudrier (l. 12) : bande de cuir ou d’étoffe qui se saillante adjectif qualificatif
la pommette des
porte en écharpe et soutient une épée. 6 signe d’astuce GN
– Bidet (l. 16) : petit cheval de selle ; dans la langue joues développés adjectif qualificatif
6-8
familière, le terme désigne un cheval avec une valeur muscles maxillaires indice… béret GN
péjorative.
ouvert et intelligent adjectifs qualificatifs
– Incongrue (l. 23) : qui n’est pas convenable, contraire 9 œil
à ce qui convient. crochu et finement adjectifs qualificatifs
9-10 nez dessiné
2 Dans le premier paragraphe, il est question d’un
jeune homme et, dans le deuxième paragraphe, de b. Le narrateur décrit d’abord le costume du per-
sa monture. sonnage (l. 2-5), puis son visage (l. 5-10) en décrivant
50
Séquence 2 ➜ Portraits
les différents éléments au fur et à mesure que son contente de décrire ce que peuvent voir les autres
attention s’y attache (forme et couleur d’ensemble, personnages du récit. Le narrateur (extérieur ou
pommettes, maxillaires, œil, nez), puis sa silhouette intérieur au récit) ne connaît de son personnage
(l. 10-11) et son allure générale (l. 12-14). que ce qu’il en voit et les paroles qu’il prononce à
6 a. Cf. tableau ci-dessus. haute voix.
b. Une caricature est un portrait qui, par le choix u Le portrait est alors nécessairement incomplet,
des détails, le trait, accentue ou révèle les traits puisque le narrateur n’a qu’une connaissance la-
physiques et moraux (ridicules ou déplaisants) d’un cunaire du personnage : il ne connaît ni son iden-
personnage. Le visage du jeune homme est ici décrit tité, ni son passé, ni ses pensées, ni ses projets.
à grands traits : mis à part son œil (encore ne s’agit-il
pas de son regard) ouvert et intelligent, ce qui ressort
de ce visage, c’est son caractère allongé, sa mâchoire
puissante, ses pommettes saillantes et son nez cro-
À vous de jouer !
chu. Il n’est question ni de sa bouche, ni de son front. 11 Les élèves devront commencer par imaginer un
Le portrait est donc dessiné à grands traits. Tout tend cadre, un décor où placer leur personnage. Ce lieu va
à faire de ce personnage le Gascon-type. leur permettre d’imaginer qui ils pourraient y
rencontrer.
Un portrait incomplet
Il s’agit ensuite de les amener à décrire le per-
7 On ne sait du personnage que son origine (la sonnage tel qu’ils le voient. Cet exercice pourra être
Gascogne), encore s’agit-il d’une déduction faite à l’occasion d’un travail sur le vocabulaire de la des-
partir de ses maxillaires énormément développés, in- cription physique : les noms qui désignent les parties
dice infaillible auquel on reconnaît le Gascon (l. 7-8). du corps, les termes que l’on peut leur associer...
On ne connaît ni son nom, ni son métier, ni ce qui le L’enrichissement sémantique se fera au moyen d’un
conduit à Meung. Quant à son âge (dix-huit ans), il dictionnaire de langue française ou d’un dictionnaire
s’agit d’une estimation d’après son allure générale. des synonymes.
8 a. Son œil (cf. tableau question 5) montre qu’il est
intelligent et astucieux. Sa monture et son vête-
Sur les illustrations (p. 42 et 43)
ment, qui sont plutôt en piteux état, laissent deviner
un personnage que l’on pourrait croire fils de fermier w P. 42, l’aquarelle de Paul Gavault date de la même
(l. 11). Mais ce personnage porte une épée (l. 12), objet année que le roman : elle représente le jeune
emblématique des nobles et des chevaliers. homme du texte dont elle livre l’identité. Il s’agit
b. Le narrateur observe et décrit son personnage, de D’Artagnan. On voit ainsi ce qui compose son
puis il interprète ce qu’il voit en se fondant sur ses vêtement : il est ici habillé comme un jeune cheva-
propres connaissances. lier, chapeau à plumes et baudrier. Les élèves pour-
ront aussi caractériser les éléments de la mode de
9 Le public semble jeter un œil défavorable sur ce
l’époque : les cheveux plutôt longs et la moustache,
personnage : l’apparition du susdit bidet… produisit les dentelles de son vêtement et de sa chemise, la
une sensation dont la défaveur rejaillit jusqu’à son chemise à jabot, ce qui ne correspond pas aux cri-
cavalier. L’adjectif qualificatif attribut qui souligne la tères de la mode actuelle.
réaction du public est remarquable, repris par le
verbe remarquer au passif. C’est la monture qui sus- w L’illustration de la p. 43 est une peinture dont le
cite des réactions. Il est inhabituel de voir un cheva- trait relève de l’esquisse : les détails ne sont pas
lier chevaucher un bidet (terme péjoratif) en lieu et dessinés. Il s’agit de Don Quichotte sur sa monture
place d’un destrier destiné au combat. qui se détache sur un décor désertique, caractéris-
tique de certaines régions d’Espagne. Les couleurs
10 Ce portrait est fait d’un point de vue externe : en sont tranchées, et chacune d’elles n’est utilisée que
effet, ce n’est pas un des personnages du récit qui en pour un seul élément de la peinture : la monture est
décrit un autre, et le narrateur ne connaît pas tout de blanche, le chevalier est noir, comme le sont ses attri-
son personnage : il n’en connaît que ce qu’il en voit buts, bouclier et lance, le sol est jaune, la montagne
de l’extérieur. est ocre-rouge et le ciel est bleu. Seul l’aspect dé-
charné du cheval fait penser au piteux état du bidet
Et maintenant, concluez de D’Artagnan. Honoré Daumier (célèbre caricatu-
u Un portrait fait du point de vue externe se riste) a peint don Quichotte, grande silhouette qui
51
1re partie ➜ Étude de textes
chevauche un cheval étique : aucun détail réaliste, versitaire, à travers l’histoire d’une famille. Il raconte la
juste une forme qui occupe le centre du tableau, le révolte de Jacques Thibault contre ce monde où il étouffe.
cavalier ayant la tête dans le ciel (à l’image des rêves Les deux derniers volumes relatent la mort de Jacques
et des chimères qu’il poursuit). et de son frère Antoine : L’Été 1914 décrit la marche à
la guerre que ne peuvent empêcher ni les socialistes ni
les autres groupes pacifistes ; révolutionnaire de cœur,
Jacques Thibault ne saura que se sacrifier en lançant sur
3. Portrait et point de vue (p. 44) les tranchées un appel à la fraternisation des soldats al-
lemands et français. Le dernier volume, Épilogue, raconte
Texte B : Deux amis, Roger Martin du Gard l’évolution vers la paix tout en accompagnant vers la mort
Antoine Thibault, gazé sur le front en 1917 ; il s’interroge
OBJECTIFS PÉDAGOGIQUES sur les propositions du président Wilson qui aboutiront à
Être capable : la création de la SDN (Société Des Nations).
l d’identifier les caractéristiques d’un portrait fait
En 1937, juste après la publication de L’Été 1914,
R. Martin du Gard reçoit le prix Nobel de littérature. Il
par un narrateur omniscient ;
meurt en août 1958, à Bellême, dans l’Orne.
l de rédiger un portrait du point de vue d’un nar-
rateur omniscient.
Découvrez le texte
1 – Ingrate (l. 13) : disgracieuse, laide.
Présentation de l’extrait – Espiègle (l. 16) : vif et malicieux, sans méchanceté.
w Le choix de cet extrait est motivé par la volonté de – Conciliant (l. 19-20) : qui est porté à maintenir la
donner à lire des classiques accessibles à des adolescents. bonne entente avec les autres, par des concessions.
Les Thibault, roman-fleuve, retrace toute une époque his- – L’ascendant (l. 25-26) : influence dominante, auto-
torique et peut, à ce titre, intéresser de nombreux lecteurs. rité, pouvoir.
w Cet extrait présente de plus une thématique qui ap- 2 a. Les deux personnages décrits sont Jacques
partient au monde des adolescents : la révolte et la fugue. Thibault et son ami, Daniel de Fontanin.
C’est ici l’expression de jeunes garçons qui sont en fugue :
b. Ils viennent de quitter leur famille : ils ont fugué
ils ont quitté Paris et ont fait le projet de partir pour
de Paris. Ils sont sur le port de Marseille et voulaient
l’Algérie.
embarquer pour l’Algérie, comme le précise le cha-
w Dans l’économie du chapitre, ce texte permet d’aborder peau. Mais cela semble difficile, puisqu’il n’y a pas de
la notion du point de vue omniscient, lequel se révèle bateau en partance pour cette destination.
clairement dans les portraits de ces deux personnages.
Approfondissez votre lecture
Sur l’auteur
Deux portraits
w Écrivain français, Roger Martin du Gard est né en
mars 1881 à Neuilly-sur-Seine dans une famille aisée 3 a. Le narrateur fait le portrait de Jacques Thibault
d’avocats et de magistrats. En lisant le roman de Léon dans les l. 2 à 6, et 12 à 18.
Tolstoï, Guerre et Paix, il se découvre une vocation d’écri- b. Le narrateur fait le portrait de Daniel de Fontanin
vain. Il fait des études de chartiste qui développent chez dans les l. 19 à 24.
lui le goût de la documentation. c. Le narrateur compare les deux garçons dans le der-
En 1913, Roger Martin du Gard se lie d’amitié avec nier paragraphe, c’est-à-dire dans les l. 25 à 33.
André Gide et Jacques Copeau après la publication de
son premier roman Jean Barois, où il décrit l’évolution 4 Les termes qui désignent Jacques sont le petit
de la religion à son époque, notamment la séparation (l. 9), ce gamin (l. 26).
des Églises et de l’État en 1905. On y trouve également la Les termes qui désignent Daniel sont son ami
première représentation littéraire de l’Affaire Dreyfus et (l. 12), ce grand garçon réfléchi (l. 25).
du procès Zola. Ces termes révèlent les relations entre les deux
Après la Première Guerre mondiale, R. Martin du Gard garçons, liés par une forte amitié (son ami), bien qu’il
débute la rédaction d’un long roman-fleuve, intitulé Les y ait entre eux de grandes différences : de taille (l’un
Thibault, qui va l’occuper jusqu’en 1940, année où paraît est petit, l’autre un grand garçon), de maturité (l’un
le dernier volume. Le romancier y dresse le portrait de la est un gamin, l’autre est un grand garçon réfléchi).
bourgeoisie parisienne, catholique ou protestante, uni- 5 C’est Jacques qui est décrit le plus longuement.
52
Séquence 2 ➜ Portraits
On peut penser qu’il s’agit du héros, puisque c’est piègle), tantôt (doux)… et tout à coup (méchant),
son nom de famille qui donne son titre au roman. De quelquefois…, mais le plus souvent.
plus, il apparaît dans cet extrait comme celui des Les adverbes et les locutions adverbiales de temps
deux garçons qui prend les décisions, qui a le dessus traduisent l’instabilité du caractère de Jacques et ses
sur l’autre. aspects contradictoires qui en font un être imprévi-
sible et difficile à saisir.
Deux caractères opposés
12 Le point de vue est externe jusqu’à la l. 11 : il s’agit
6 Les expansions du nom qui décrivent : d’une simple description du physique et de l’attitude
– le physique du personnage : roux, durs et broussail- de Jacques que n’importe quel observateur peut
leux pour les cheveux, osseuse pour sa tête, décollées faire. Dès la l. 12, des détails sur le passé, les senti-
pour ses oreilles, maigre pour son cou, petit et mal ments et le caractère des personnages nous sont li-
formé pour son nez, ingrate et enlaidie par un semis vrés : il s’agit donc d’un point de vue omniscient.
de taches de son pour sa figure, d’un bleu dur, petits,
encaissés et volontaires pour ses yeux ;
– le comportement du personnage : en arrachant une
Et maintenant, concluez
bouchée de pain (l. 1-2), son nez qu’il fronçait sans u Lorsqu’il fait un portrait, le narrateur omniscient
cesse (l. 5), une expression de colère (l. 12), un regard si connaît de nombreux détails sur son personnage :
changeant (l. 15). c’est donc lui qui choisit délibérément les infor-
Les comparaisons sont : plantés comme de l’herbe mations qu’il donne aux lecteurs. Il peut ainsi le
sur son front bas pour ses cheveux, et, pour son atti- décrire physiquement, comme il peut évoquer
tude, il avait l’air d’un écureuil grignotant des faines son caractère et ses habitudes, ou encore livrer
(l. 5-6). des informations sur son passé, sa famille...
Toutes ces expansions sont nettement péjora-
tives. Ce portrait présente un personnage qui inspire À vous de jouer !
peu de sympathie. Les lecteurs se sentent mal à l’aise
13 La difficulté du sujet réside dans le fait que l’on
face à ce garçon dont le physique est ingrat et le
attend des élèves une capacité à jouer avec les points
comportement plutôt agité, brutal et agressif.
de vue. Il est donc important de les accompagner et
7 Les adjectifs qualificatifs des l. 19 à 24 sont : conci- de les guider dans cet exercice, afin que nul ne se
liant pour le visage, petite pour la bouche, ourlées décourage. La consigne du sujet est donc volontaire-
pour les lèvres, sérieux pour les traits, imprévue pour ment longue, puisqu’elle précise la marche à suivre.
la gaieté et charmante pour la fantaisie. Selon le niveau de ses élèves, le professeur s’attar-
Ces adjectifs sont mélioratifs. dera avec eux à décortiquer cette consigne dans le
8 Tout oppose les deux personnages : aussi bien but de vérifier qu’elle a été comprise de tous.
leur physique, que leur âge et leur caractère. Le sujet se porte sur un thème plutôt familier
pour des élèves, ce qui facilitera la mise en écrit :
Un narrateur qui en sait long chacun a certainement dans ses propres souvenirs
l’expérience de l’arrivée d’un nouvel élève. On pourra,
9 Le narrateur est extérieur au récit. ici, mettre en commun les diverses réactions de
10 a. Seules les descriptions du physique des person- chacun : indifférence, curiosité, mépris… C’est ce qui
nages et de leur comportement pourraient être don- permettra de construire la première étape du sujet.
nées par un passant : elles relèvent de ce qui est À chacun ensuite d’inventer son propre person-
observable. nage et de passer alors au narrateur omniscient.
L’ensemble du sujet permettra également de
b. Tous les détails concernant le passé et le caractère
mettre en pratique ce qui a été vu sur les outils de
des personnages montrent que le narrateur connaît
la caractérisation : expansions du nom et comparai-
beaucoup de choses sur eux : le caractère réfléchi de
sons. De même, cet exercice propose un réinvestisse-
Daniel, la clarté de son esprit, son éducation et la
ment des notions de termes péjoratifs / mélioratifs,
liberté dont il jouit dans sa famille ; le fait que c’est
outils qui permettent de laisser transparaître le
un bon élève alors que Jacques est un cancre, qu’un
jugement du narrateur sur son personnage.
démon intérieur lui suggérait toujours cent sottises à
faire. Un simple passant ne peut observer ces détails.
11 Dans les l. 14 à 18, on relève les indications de
Sur les illustrations (p. 44 et 45)
temps suivantes : tantôt (sérieux), puis aussitôt (es- w L’illustration de la p. 44 est une peinture qui repré-
53
1re partie ➜ Étude de textes
sente le visage d’un jeune garçon (cf. le titre Le Jeune début de l’ère Meiji, ère de modernisation au Japon. En
Thomas). Ce visage exprime la révolte, ce qui fait 1888, il choisit comme pseudonyme Sôseki qui signifie
penser aux jeunes personnages du texte qui sont en « obstiné ». Tous les Japonais connaissent le portrait de
fugue. Les caractéristiques physiques de ce visage Natsume Sôseki qui orne les billets de 1000 yens.
évoquent plus particulièrement le personnage de Enfant non désiré et confié à un couple de serviteurs,
Jacques Thibault : les cheveux, les yeux et le teint. il retrouve sa vraie famille à l’âge de neuf ans. Mais il est
w L’illustration de la p. 45 (Deux garçons sur un quai) rejeté par son père et il perd sa mère en 1881.
évoque, elle, le cadre de la scène relatée dans le texte. Au collège, il se passionne pour la littérature chinoise et
Il s’agit également d’une peinture, moins récente rêve de devenir écrivain. Après des études d’architecture
que la précédente. Au-delà du décor et du thème de et d’anglais à l’université de Tokyo, il apprendra égale-
cette œuvre, il sera intéressant de comparer les deux ment l’allemand et le français, ce qui est peu courant pour
illustrations, lesquelles sont totalement différentes, un Japonais de son temps.
bien qu’elles relèvent toutes deux des techniques Dès 1895, il publie dans des revues des haïkus et
propres à la peinture. On pourra demander aux d’autres poèmes.
élèves de comparer les couleurs, la lumière, la vo- Après un voyage d’étude en Angleterre (1900-1903), il
lonté ou non de préciser les détails… et conclure sur revient au Japon, où il est nommé lecteur de littérature
l’impression d’ensemble qui s’en dégage. anglaise à l’université de Tokyo, poste qu’il abandonnera,
dès 1907, pour se consacrer entièrement à l’écriture, grâce
à un contrat avec un journal de Tokyo.
3. Portrait et point de vue (p. 46)
Son premier livre, Je suis un chat, paraît en 1905. C’est
une vision ironique, à travers les yeux naïfs d’un chat, du
Japon de son temps.
Texte C : L ’homme vu par le chat, Dès 1912, la santé de Sôseki se dégrade rapidement.
Natsume Sôseki Il sort avec difficulté de chez lui. Il se rapproche des
pratiques religieuses de détachement de soi nommées
OBJECTIFS PÉDAGOGIQUES « Sokutenkyoshi ».
Il meurt à Tokyo, le 9 décembre 1916.
Être capable de :
l repérer le point de vue interne et ses enjeux ;
54
Séquence 2 ➜ Portraits
b. C’est un étudiant japonais qui est décrit par le b. Les passages où s’exprime le chat à l’âge adulte
narrateur. se trouvent :
c. Le narrateur se trouve à la hauteur du visage du – dans les l. 4 à 9 : comme je l’ai appris par la suite… ;
personnage : lorsque le mouvement s’arrêta un peu, – dans les l. 11-14 : ce fut probablement mon premier
je vis son visage (l. 10-11). regard… ; sentiment que je garde encore maintenant ;
– dans les l. 19-20 : j’ai fini par apprendre récemment…
4 a. La peau est lisse comme une bouilloire (l. 15). Le
c. Le jugement du chat a effectivement changé :
visage aurait dû être couvert de poils, par analogie
maintenant il se méfie de l’homme. Il a appris que
avec celui du chat. C’est en effet la première fois que
l’homme fume du tabac, mais surtout que les étu-
le narrateur découvre l’homme et sa référence est le
diants attrapent les chats pour s’en nourrir.
monde des chats.
b. Les mots protubérance (l. 17) et trous (l. 18) dé- 7 a. Ce chat n’est pas ordinaire : non seulement il
signent respectivement le nez et les narines. Le parle, mais ce qu’il dit révèle une certaine prise de
chat se contente de décrire la forme de ce qu’il voit, recul sur le monde qui l’entoure. Il semble de prime
sans comprendre de quoi il s’agit. Ces mots révèlent abord naïf, alors que cette naïveté permet de criti-
en outre le jugement négatif du narrateur, car les quer implicitement l’homme.
termes employés sont péjoratifs : ils traduisent une b. On découvre qu’il est naïf et curieux en même
infirmité physique. temps, puisqu’il cherche à accroître ses connaissances.
5 a. On peut relever : une chose bien étrange (l. 13) et c. Donner la parole à un chat, qui se révèle être ici le
pareil estropié (l. 16). Ces termes sont péjoratifs. narrateur, est à la fois original et subtil. En effet, cette
vision décalée ouvre des possibilités de jugement, et
b. Le chat est étonné, puisqu’il garde encore mainte-
de critique implicite, qui auraient moins d’impact
nant le sentiment que c’était une chose bien étrange
sous la plume d’un narrateur classique.
(l. 13), et porte un jugement plutôt négatif sur ce qu’il
voit car il emploie des termes péjoratifs pour décrire
le visage de l’homme : à ses yeux, il est laid, puisqu’il Et maintenant, concluez
n’a rien des caractéristiques d’un chat, qui constitue u Le point de vue interne se caractérise par l’emploi
sa référence. du pronom personnel je. Il s’agit, en effet, d’un
narrateur qui est un des personnages de l’his-
Un observateur averti toire, et qui témoigne à ce titre de ce qu’il voit ou
6 a. Les indications de temps sont : pour la première fait. Ce point de vue permet d’abord une vision
fois (l. 4), par la suite (l. 5), parfois (l. 7), puis (l. 7), en ce intérieure du récit : on partage l’histoire avec un
temps-là (l. 8), quand il me souleva lestement sur la des personnages, on vit avec lui.
paume de sa main (l. 10), lorsque le mouvement s’ar- u Ce point de vue permet de révéler implicitement
rêta un peu (l. 10-11), à ce moment (l. 12), maintenant les traits de caractère du narrateur, puisque c’est
(l. 14), d’abord (l. 14), par la suite (l. 16) et récemment à travers ses yeux que le lecteur voit ce qui se
(l. 19). passe.
On peut faire un sort particulier à celles qui u Ce sont les verbes de perception, notamment
marquent les différentes étapes de la découverte de ceux qui expriment la vision, qui permettent d’in-
l’homme par le chat : sérer les portraits des personnages vus à travers
– pour la première fois (l. 4) : première vision de les yeux d’un autre personnage intérieur au récit.
l’homme ;
– par la suite (l. 5) : identification ultérieure de
l’« espèce » à laquelle appartient l’homme en À vous de jouer !
question ; 8 Ce sujet présente l’avantage de permettre aux
– en ce temps-là (l. 8) : ignorance du chat, encore trop élèves de se glisser dans la peau de quelque chose
jeune pour s’effrayer ; d’inattendu, ce qu’ils considèrent souvent comme un
– à ce moment (l. 12) : moment de la rencontre ; jeu. C’est donc sur ce sentiment qu’il faudra s’ap-
– maintenant (l. 14) : moment du récit ; puyer afin de les orienter vers l’originalité, ce qui fera
– par la suite (l. 16) : au fil du temps, le chaton la richesse de leur écrit.
s’informe ; Après avoir choisi l’objet de la « réincarnation »,
– récemment (l. 19) : passé très proche du moment les élèves travailleront sur la description proprement
du récit. dite, et c’est à ce moment du travail qu’il faudra
55
1re partie ➜ Étude de textes
s’attarder sur la qualité du vocabulaire et les réinves- contre son père et l’éducation qu’il avait reçue auprès
tissements des notions vues : les expansions du nom, d’un abbé qui était son précepteur, il se déclara athée et
les termes péjoratifs et mélioratifs. jacobin. En 1800, engagé dans l’armée de Bonaparte, à
L’objectif du sujet est évidemment de susciter le l’occasion de la deuxième campagne d’Italie, il découvrit
sourire : il ne faut pas hésiter à aider les élèves à exa- avec émerveillement l’Italie. Il fit la campagne de Russie et
gérer le trait. À cet effet, une relecture du texte par eut, pendant la retraite, une conduite exemplaire. En 1810,
un autre élève peut s’avérer utile, afin de vérifier que il se lança dans une vie mondaine et insouciante ; il fut
l’écrit provoque la réaction attendue. nommé auditeur au Conseil d’État et inspecteur du mobi-
lier et des bâtiments de la Couronne. Il séjourna en Italie
Outils de la langue
à plusieurs reprises (à Milan de 1814 à 1820 ; puis, en tant
Autre suggestion pour amorcer que consul, à Trieste, puis Civitavecchia de 1830 à 1842). Il
une séance grammaticale :
y trouve l’inspiration pour La Chartreuse de Parme (1839),
➜ Comment organiser un portrait ? (p. 298)
L’Abbesse de Castro publiée la même année, ses Chroniques
italiennes (publiées après sa mort en 1855).
w Nathalie Rheims, fille de l’académicien Maurice
Rheims, est née le 25 avril 1959 à Paris. Elle rêve d’abord
de devenir actrice. À 17 ans, elle entre au conservatoire
4. Le portrait élogieux (p. 48) de la rue Blanche, et joue jusqu’en 1983 au théâtre et dans
des téléfilms. L’année suivante, on la retrouve dans le
Texte A : Une beauté remarquable, Stendhal magazine Elle où elle mène de grands entretiens. En 1986,
elle devient productrice de télévision, avant de créer une
Texte B : Deneuve, l’étoile mystérieuse, société de communication avec son époux. C’est en 1999
Nathalie Rheims qu’elle saute le pas et devient romancière. Son premier
livre, L’un pour l’autre, confirme sa vocation puisqu’il
OBJECTIFS PÉDAGOGIQUES obtient le prix du Gai Savoir.
Être capable :
l d’identifier le caractère élogieux d’un portrait ;
56
Séquence 2 ➜ Portraits
57
1re partie ➜ Étude de textes
madones et des images de dévotion. Il entre au service – Monopoliser (l. 19) : accaparer, s’attribuer un privi-
des papes à partir de 1508 : décoration (plafond et lège exclusif. Le personnage monopolise la conversa-
fresques murales) des chambres (Stanze) du pape Jules II tion, c’est-à-dire qu’il est seul à parler, ne laissant pas
au Vatican… À partir de 1515, il est directeur des travaux les autres s’exprimer.
de l’église Saint-Pierre de Rome. – Évasivement (l. 24) : en restant dans l’imprécision. Le
Un certain nombre de ses œuvres furent conçues de sa personnage cherche à éluder la question.
main, mais exécutées par ses élèves. – Lumineux (l. 31) : qui émet ou réfléchit de la lu-
w P. 49 : Il s’agit d’une photographie en noir et blanc mière. Cet adjectif a dans le texte un sens figuré : le
du visage de l’actrice. Cette photo a été prise à l’oc- personnage se croit lumineux, c’est-à-dire intelligent
casion d’un film. On y voit le visage de Catherine et brillant.
Deneuve, en trois quarts profil, entouré par ses che- b. L’expression être dans ses cordes signifie ici « faire
veux détachés. Cette photo reprend donc la théma- partie de ses compétences ». À l’origine, cette expres-
tique du texte : l’actrice incarne une beauté païenne. sion se rattache aux cordes vocales : elle signifierait
donc « être dans le registre vocal de quelqu’un »,
une basse, par exemple, ne pouvant chanter ce que
5. Le portrait critique (p. 50) chante un ténor et réciproquement.
2 a. Il y a trois personnages : Matthieu, sa mère et
Première rencontre, Hubert Ben Kemoun l’ami de cette dernière qui se nomme Tristan-Denis.
Le narrateur est Matthieu.
OBJECTIFS PÉDAGOGIQUES
Être capable : b. Il s’agit d’un point de vue interne car le narrateur
l d’identifier le caractère critique d’un portrait ;
est un des personnages de l’histoire et il dit je.
l de rédiger un portrait critique. 3 Le narrateur s’intéresse particulièrement au nou-
vel ami de sa mère, un certain Tristan-Denis, qui vient
Présentation de l’extrait de lui être présenté.
w Ce texte est extrait d’un roman pour la jeunesse paru
récemment. Notre intention est de montrer aux élèves
qu’ils peuvent retrouver les mêmes notions chez un au- Approfondissez votre lecture
teur classique ou chez un auteur moderne qui écrit pour La découverte d’un inconnu
les jeunes.
4 a. La fiche d’identité de ce nouvel ami est très in-
w L’écriture moderne de ce texte met en jeu d’autres
complète. On sait qu’il se nomme Tristan-Denis, qu’il
caractéristiques que celles qui ont déjà été étudiées. C’est
a été informaticien dans un cabinet de sondages
ici l’occasion de les découvrir.
(l. 20-21) et que c’est désormais un homme qui fait
w Enfin, on ne pourra que conseiller la lecture de ce des affaires dans le domaine de la restauration, des
roman dans son intégralité. Hubert Ben Kemoun fait bars et plus généralement du commerce, affaires sur
partie des auteurs pour la jeunesse que recommandent lesquelles on ne sait rien de précis.
les Instructions officielles.
b. Il s’agit ici d’un portrait en actes : le narrateur
décrit ce personnage tel qu’il le découvre lors d’un
Sur l’auteur apéritif, à travers son comportement et surtout son
w Né en Algérie en 1958, Hubert Ben Kemoun a grandi discours : les verbes qui le décrivent en action sont
à Nantes où il vit encore maintenant. Romancier, drama- très nombreux (il avait quelque chose à dire, l. 12 ; il
turge, il est aussi l’auteur de scénarios pour la télévision et avait tout vu, tout visité, tout lu, possédait un avis…
de feuilletons pour Radio France. Mélangeant l’humour , l. 13-14 ; il s’était lancé, l. 21-22 ; il piochait (dans l’as-
et le frisson, il écrit des romans aussi bien pour les adultes siette de chips), l. 30.
que pour les jeunes.
c. Le temps dominant est l’imparfait de l’indicatif.
Il décrit le comportement du personnage dans la
Découvrez le texte durée. Les verbes au plus-que-parfait s’était lancé
1 a. – A gazouillé (l. 1) : a produit un bruit léger et (l. 21-22), il m’avait répondu (l. 25-26), j’avais réussi
doux, comme les premiers sons émis par les bébés. (à poser) (l. 27) marquent un retour en arrière sur le
Dans le texte, gazouillé revêt un sens péjoratif passé du personnage, ou du moins sur ce qu’il en a
puisqu’il assimile la mère à une enfant. dit le jour de la rencontre.
58
Séquence 2 ➜ Portraits
59
1re partie ➜ Étude de textes
Présentation des images senté Bonaparte très jeune comme « un demi-dieu pla-
nant dans l’espace ». Ce faisant, il répondait aux vœux du
w Après avoir étudié des textes proposant portraits élo-
Premier Consul, toujours réticent à accorder des séances
gieux et portraits critiques, il nous a semblé intéressant
de pose et parfaitement conscient du rôle de l’image dans
de découvrir comment un peintre, un dessinateur pou-
sa propagande : « Alexandre a-t-il posé pour Apelle ? ».
vaient, eux aussi, donner à leur portrait un caractère
Les portraits des grands hommes n’ont pas besoin d’être
élogieux ou critique.
ressemblants : « il suffit que leur génie y vive » (David).
w Nous avons donc choisi deux genres aux règles bien
déterminées : le portrait d’histoire (ou officiel) peint à des
fins de propagande et la caricature qui dénonce, par l’exa-
Découvrez les images
gération, les travers d’un personnage à des fins critiques. 1 Une statue équestre (du latin equus, le cheval),
représente un personnage à cheval.
w Nous avons choisi Bonaparte, pour établir un pont
avec le programme d’histoire. 2 – Le col du Grand Saint-Bernard se situe dans les
Alpes et marque le passage entre la Suisse et l’Italie
Sur le tableau à e équestre2 469 m d’altitude.
– Hannibal, général en chef des Carthaginois dans le
w Histoire du portrait peint par Jacques Louis David conflit (les guerres Puniques, de Poeni, Carthaginois,
En août 1800, le roi d’Espagne, Charles IV, qui souhaitait 264-241 ; 218-201) qui opposa Rome et Carthage pen-
s’attirer les bonnes grâces du Premier Consul, dont le dant tout le iiie s. avant J.-C., résolut de porter le conflit
pouvoir commençait à devenir envahissant, passa com- sur le sol de l’Italie. C’est ainsi qu’en -218, avec son armée,
mande à David, le peintre français le plus célèbre, d’un il partit d’Espagne, conquise par son père Hamilcar, par-
grand portrait destiné au palais royal de Madrid. Le sujet vint dans le sud de la Gaule où il renforça son armée avec
était d’actualité. En effet, le passage du col du Grand des Gaulois révoltés contre les Romains : puis, avec toute
Saint-Bernard en mai 1800 avait marqué le début de la son armée, ses éléphants, il traversa, non sans de grandes
reconquête de l’Italie où Bonaparte venait de s’illustrer difficultés, les Alpes pour aboutir dans la plaine du Pô. Il
brillamment à la bataille de Marengo le 14 juin. Le ta- remporta toute une série de victoires écrasantes sur les
bleau fut achevé en janvier 1801. Le Premier Consul en Romains (batailles du Tessin, de la Trébie, de Trasimène
commanda une réplique pour lui-même : son pouvoir, en en -217), arriva aux portes de Rome ; mais, on ne sait
effet, n’était pas encore définitivement assuré, malgré sa pourquoi, il ne tenta pas de prendre la ville, poursuivit sa
victoire éclatante en Italie, car il avait pour rival le très route vers la Campanie (bataille de Cannes en -216), où
ambitieux Moreau qui, au même moment, triomphait en il se laissa gagner par la douceur de vivre. Finalement, il
Allemagne et défiait le Premier Consul. Or, au Salon de fut battu, contraint de regagner l’Afrique où Scipion (qui
1800, un portrait du Général Moreau par Gérard avait prit par la suite le surnom d’Africain) le suivit et le battit
attiré toutes les attentions : le général, dont la popularité à la bataille de Zama en -202.
allait croissant, y était représenté en pied, appuyé sur son 3 – La campagne d’Italie : une première campagne
sabre, dans une pose inspirée de l’antique, calme et assu- fulgurante eut lieu de 1796 à 1797 sous le commande-
rée, qui entendait transmettre l’idée d’un homme mesuré ment du général Bonaparte contre l’armée autrichienne
et réfléchi. dont il obtint la capitulation par le traité de Campoformio
David propose une vision opposée à celle du tableau en 1797 ; en 1800, devenu consul, Bonaparte engage en
de Gérard. Le Premier Consul y est représenté en action, Italie une deuxième campagne contre les Autrichiens
sur un cheval cabré, au moment où il franchit les Alpes. vainqueurs dans toute la péninsule à la suite de la deu-
L’association du général en chef et du cheval prend ici xième coalition (elle réunissait contre la France la
une dimension vraiment héroïque. Dans cette apothéose, Grande-Bretagne, la Russie, l’Autriche, la Turquie, les
l’artiste détache le grand homme, qui fait l’histoire, de la Deux-Siciles). Bonaparte franchit le col du Grand Saint-
troupe des soldats. En représentant ainsi Bonaparte, David Bernard le 21 mai 1800.
s’inscrivait dans la continuité de ce que son élève, Antoine
– Le sacre de Napoléon : 2 décembre 1804.
Gros, avait proposé avec son Bonaparte au pont d’Arcole
– L’exécution du tableau : 1800-1801.
(1796). Dans un cas comme dans l’autre, l’artiste, à des fins
de propagande, opère une réécriture de l’histoire qui isole L’exécution du tableau est très proche de l’évé-
le général en chef, lui conférant une aura mythique. nement et précède de 4 ans le couronnement de
l’empereur.
Le portrait est-il ressemblant ? Non. En effet, l’artiste,
qui cherchait à exprimer la fougue de la jeunesse face au 4 La caricature date de 1803. Son auteur est anglais.
tumulte des hommes et d’une nature déchaînée, a repré- Il appartient donc à un pays en guerre contre la France.
60
Séquence 2 ➜ Portraits
Approfondissez votre lecture un général qui conduit ses hommes vers la victoire,
mais il s’adresse au peuple tout entier.
L’organisation du tableau
11 De même que le cheval n’est sûrement pas un
5 Au premier plan se dresse Bonaparte sur son che-
cheval de campagne, le vêtement de Bonaparte n’est
val. Au second plan, on distingue, entre les pattes du
pas un uniforme de campagne, mais d’apparat.
cheval, les soldats qui progressent dans la montagne ;
à l’arrière-plan, le paysage où les limites entre la 12 Le cheval est cabré, la cape du général est soulevée
montagne et le ciel sont difficiles à discerner. par le vent. Ce vent peut être réel (la queue du cheval
6 Le peintre a représenté Bonaparte et son cheval et sa crinière semblent elles aussi soulevées par le
sur la diagonale du tableau. souffle du vent), mais il peut être aussi symbolique : la
fougue qui entraîne le jeune général vers son destin.
7 Le peintre a choisi la contre-plongée : le person-
nage et son cheval s’en trouvent grandis, traduisant Portrait officiel et caricature
ainsi le prestige et l’autorité de Bonaparte. 13 Au premier plan, sur le rocher, sont gravés les noms
8 La blancheur du cheval se détachant sur le bleu de HANNIBAL, KAROLUS MAGNUS (un peu usés) et
gris du fond, l’ocre un peu doré de la cape repris par le BONAPARTE, gravé tout récemment et plus net. Ainsi
chapeau sont les couleurs dominantes de ce tableau. son nom s’ajoute à ceux d’Hannibal et Charlemagne
S’ajoutent quelques notes rouges (le col et les pare- qui l’ont précédé sur la voie escarpée de la gloire.
ments de l’habit, le tapis de selle du cheval, la sangle).
14 Ce portrait n’est pas neutre. Il s’agit d’un portrait
La blancheur du cheval, la couleur dorée et les
équestre en action, qui donne au personnage une di-
notes rouges symbolisent la gloire et le caractère
mension héroïque. Cela répondait d’ailleurs à un désir
exceptionnel du destin qui attend Bonaparte.
de Bonaparte lui-même qui souhaitait être repré-
9 La lumière vient de l’extérieur du tableau et senté « calme sur un cheval fougueux ». Les inscrip-
éclaire le cheval : le reste du tableau s’estompe der- tions sur le rocher l’inscrivent dans l’Histoire, au
rière le couple du général et de son cheval projeté en même titre que deux hommes prestigieux, Hannibal
pleine lumière. et Charlemagne, qui ont profondément marqué leur
La représentation de Bonaparte par David temps. Il s’agit d’une sorte d’apothéose où le grand
homme (qui fait l’Histoire) se détache de la troupe de
10 De son doigt, Bonaparte montre le ciel, comme s’il
ses soldats, à l’arrière-plan. Il s’élance vers l’avenir
voulait exprimer l’appel d’une destinée qui est celle
avec fougue et détermination.
d’un grand homme. Le général est tourné vers le spec-
tateur et non vers ses soldats : il n’est plus seulement 15 Comparons le tableau et la caricature :
Le tableau La caricature
Costume • Costume d’apparat, bleu, avec un col • Costume d’apparat, bleu, avec un col et des parements
et des parements rouges. rouges.
• Bonaparte drapé dans une cape ocre qui
vole au vent.
• Un bicorne bleu et or. • Un chapeau monumental surmonté d’un panache de plumes
rouges et bleues.
• Des cheveux courts dont les mèches • Des cheveux courts dont les mèches reviennent en avant ;
reviennent en avant. une natte qui lui tombe en dessous de la ceinture.
Monture • Magnifique cheval blanc, cabré et • Mule figée, avec un rictus et un œil qui lui donnent
fougueux. une expression stupide et mauvaise.
• Embarqué dans un rafiot qui fait davantage penser à
une boîte de conserve qu’à un navire de guerre, et qui peut
à peine contenir le cavalier et sa monture dont la queue
dépasse à l’arrière.
• Tapis de selle rouge. • Tapis de selle rouge.
Posture • Le bras droit tendu vers l’avant. • Le bras droit tendu vers l’avant.
• Prêt à s’envoler avec son cheval vers • A sorti de son grand fourreau une épée plus grande que lui,
un destin glorieux. qu’il brandit dans un geste de matamore, puisqu’il est
en pleine mer.
Arrière-plan Un paysage grandiose de montagnes. Une mer qui ressemble à une flaque d’eau.
61
1re partie ➜ Étude de textes
Les paroles qui figurent dans la bulle sont un – de robustesse (large d’épaules, ses bonnes mains
mélange de français et d’anglais mal prononcé : bien solides) à quoi s’ajoutent les verbes du 2e pa-
« Nous allons faire trembler ce Jean Bull. Nous venons ragraphe qui présentent le personnage en action (il
de trouver un bon moyen d’aller de Calais à Douvres. » se baissait, le saisissait, il enlevait le poids) accompa-
John Bull est une façon de désigner l’Angleterre : il gnés d’adverbes ou de GN soulignant la facilité avec
s’agit d’un personnage créé en 1712 par un certain laquelle il accomplit ces gestes (d’un coup, sans se
J. Arbuthnot (médecin et écrivain écossais) pour presser, doucement, et voilà…).
représenter le peuple anglais dans des pamphlets sa- 2 Étudier le rôle des figures de style et des adjectifs
tiriques. Il est devenu la personnification du peuple
qualificatifs
anglais avec son costume traditionnel.
a. La caricature fait écho au tableau de David : dans a. Comparaisons :
les deux cas, le personnage et sa monture vont vers – la peau aussi brune que celle d’un bohémien ;
la gauche ; on retrouve le bicorne, l’uniforme bleu – Il paraissait avoir la force d’un cheval ;
et rouge, les cheveux courts ramenés vers l’avant, le – ses poings aussi gros que des jambons ;
tapis de selle rouge, le bras droit tendu. – rappelant, avec ses noirs sourcils et ses cheveux
b. Mais ces éléments sont futilisés, rendus dérisoires : em-mêlés, l’attitude un peu penchée d’un gorille
le beau cheval est devenu une mule, l’étroitesse de géant ;
l’embarcation empêche tout mouvement, le dessin – lui donnant l’air d’un loup avide ;
souligne la petitesse du personnage par la longueur – Et bien qu’il y ait un monde de différence entre le
excessive de l’épée et de son fourreau ainsi que sourire d’un homme et l’expression d’un loup qui
de la natte qui lui tombe dans le dos. Le visage de découvre ses crocs, c’était exactement la même chose
Bonaparte qui rayonne de jeunesse dans le tableau quand il s’agissait de Joss Merlyn.
est marqué et vieilli dans la caricature. Le person- Le personnage est successivement comparé à un
nage est représenté comme un bouffon qui s’est paré bohémien (pour la couleur de sa peau), à un gorille
d’un costume qui n’est visiblement pas pour lui. Ne géant (pour sa haute stature, sa carrure et son allure
parlons pas des paroles qui lui sont prêtées ! générale), à un loup (pour sa bouche et ses dents).
La comparaison de ses poings avec des jambons ren-
force la comparaison avec un gorille géant.
Je vérifie mes connaissances (p. 55) b. Voici les adjectifs qui renforcent cette
caractérisation :
1 Étudier le rôle des expansions du nom – (la peau) aussi brune ; (ses cheveux) noirs ; (ses) noirs
a. Les noms et leurs expansions désignant les élé- (sourcils) ; (ses) grands (yeux) noirs ; (la peau) basanée
ments décrits : (de son visage) développent la comparaison avec un
bohémien.
Noms Expansions
– larges et puissantes (épaules) ; (sa charpente était)
un pantalon mince si énorme ; (ses) longs (bras) ; (ses cheveux) emmêlés ;
de coutil blanc (ses membres) allongés et (sa) vigoureuse (stature)
bien serré au ventre par
sa ceinture de cuir
développent la comparaison avec le gorille géant.
– (ses dents) saines et très blanches développent la
une chemise de toile blanche un peu raide comparaison avec le loup avide.
en si gros fil que…
c. Le nom du personnage n’apparaît qu’à la fin du
mince de taille
(le torse) du berger texte : c’est le dernier mot de l’extrait.
large d’épaules
bonnes
3 Étudier l’organisation d’un portrait
ses mains
bien solides a. – Je distingue de mieux en mieux… ; Même à dis-
son buste d’huile tance… ; tandis qu’elle approche… indiquent la pro-
gression du personnage.
b. Il s’agit d’un portrait physique. – Puis elle s’immobilise… indique que Clara est à la
c. Ce portrait donne du personnage une image : hauteur du narrateur et du groupe auquel il est mêlé.
– d’élégance lumineuse : le pantalon blanc, la che- – puis, refusant poliment de rester près de nous, elle
mise blanche ; s’éloigne… et gagne un endroit plus sauvage de la rive
– de beauté physique : comme une coque d’amande indique que Clara s’éloigne à nouveau en poursui-
mûre, mince de taille, son buste d’huile ; vant son chemin.
62
Séquence 2 ➜ Portraits
63
1re partie ➜ Étude de textes
L’emploi de ce verbe indique que d’Artagnan est nage qui vient d’un mot grec qui signifie mâchoire,
trop loin pour saisir vraiment ce qui se dit et qu’il le réduit à l’activité de sa bouche. Tous ses actes
en est réduit aux suppositions (le verbe crut va dans tournent autour de la nourriture. Sa façon de se
le même sens). On n’en sait pas plus que ce que le nourrir relève de la goinfrerie : égoïste, il n’a pour les
personnage peut voir et entendre. autres aucun respect et aucune attention au point
c. Le narrateur omniscient intervient cependant à d’agir comme s’ils n’existaient pas. C’est le type
deux reprises : même de ce qu’on appelle un goujat, un rustre, un
– D’Artagnan crut tout naturellement, selon son malotru.
habitude ; 9 Identifier le caractère élogieux ou critique d’un
– et comme, ainsi que je l’ai dit… portrait
7 Étudier le rôle des figures de style a. C’est Nanon dont Balzac fait ici le portrait.
a. Sa bouche, ses paupières, son nez, ses narines, ses b. Le premier paragraphe décrit le physique du per-
cheveux, sa tête, le front et les joues, des oreilles, le sonnage. Le deuxième est un portrait en actes, avec
lobe de celle de gauche. Tous ces noms désignent des une accumulation de verbes d’action qui décrivent
parties d’un visage : il s’agit de la description d’un les tâches multiples dont Nanon, infatigable, est
visage. capable de s’acquitter du matin jusqu’au soir et à
b. Comparaisons et métaphores : travers les saisons.
Comparé Comparant Point Figure c.
commun de style
Termes péjoratifs Termes mélioratifs
sa bouche l’ourlet d’un couleur comparaison
coquillage nacrée (comme) – créature femelle taillée en – une probité vigoureuse
fragile Hercule comme l’était son intacte
– forte des hanches vertu
ses paupières deux longues forme métaphore
– carrée du dos – défendait, comme un chien
feuilles fidèle
– ayant des mains
ses cheveux frottés d’une la couleur comparaison
de charretier
lumière d’or (brun chaud) (semblaient)
– les verrues qui ornaient
le lobe de un pétale au forme comparaison ce visage martial
l’oreille creux d’une (comme)
boucle – le teint de brique,
les bras nerveux, les haillons
Toutes ces comparaisons et métaphores sont Les termes qui décrivent physiquement la Nanon
mélioratives. sont tous péjoratifs : elle n’a rien de féminin, elle
c. Ce qui ressort de ce portrait, c’est la délicatesse, la est très laide. Par contre, les termes qui la décrivent
grâce de ce visage, sa luminosité : il évoque à la fois moralement sont tous mélioratifs : c’est un être
la subtilité d’un coquillage fragile, la souplesse et la vertueux, dont la fidélité et l’honnêteté sont à toute
grâce de longues feuilles, l’éclat de l’or et la fragilité épreuve.
d’un pétale lové au cœur d’une boucle. c. Ce portrait est plus élogieux que critique : certes,
8 Étudier le rôle des termes péjoratifs Nanon n’est pas une belle femme, mais, aux yeux
du père Grandet, elle a toutes les qualités requises
a. Il s’agit d’un portrait en actes. pour faire une bonne servante : force physique, ré-
b. Termes péjoratifs : sistance au travail et aux tâches pénibles, honnêteté
– la locution restrictive : ne… que… employée à plu- et fidélité.
sieurs reprises ;
10 Étudier une caricature
– il manie les viandes, les remanie, démembre,
déchire ; a. Sont déformés le nez (dont les proportions sont
– ses restes ; nettement exagérées) ; la bouche (dont les lèvres
– aucune de ces malpropretés dégoûtantes. sont épaissies et esquissent une moue caractéris-
La Bruyère critique ici un comportement impoli et tique de l’acteur), les yeux (sourcils très marqués,
grossier. paupières rouges et proéminentes).
c. À travers le personnage de Gnathon, La Bruyère Le vrai Sylvester Stallone a un menton proé-
décrit un type d’individus : le nom même du person- minent et des mâchoires larges. Le visage de la ma-
64
Séquence 2 ➜ Portraits
65
1re partie ➜ Étude de textes
Courageux qui surmonte sa courage oser Autoritaire qui veut tout autoritarisme ordonner
peur régir, qui impose
sa volonté
Téméraire qui agit avec témérité risquer
imprudence, Ferme qui sait tenir affirmer
en ignorant ses positions
le danger fermeté
Obéissant qui respecte obéissance obéir
les ordres et 3 Les figures de style
les interdits a. et b. Classement des expressions :
Soumis qui ne montre soumission se soumettre, Aspect physique Caractère Sens
aucune accepter,
initiative, se plier Être fagoté comme Être mal habillé
qui est passif l’as de pique
Indifférent que rien indifférence dédaigner Être tiré à quatre Être habillé de façon très
n’émeut épingles élégante
Discret qui évite de se discrétion s’effacer, rester Un Hercule Un homme doté d’une
mettre en avant en retrait force exceptionnelle
Actif qui aime l’action activité agir Avoir avalé Être coincé, peu à l’aise
un parapluie dans les relations avec
Agité qui ne cesse de agitation s’agiter les autres
remuer
Être endimanché Être habillé comme pour
Peureux qui montre une peur être apeuré, un dimanche, jour où
peur constante s’effrayer l’on s’habillait bien pour
Prudent qui réfléchit prudence réfléchir, aller à la messe
avant d’agir, qui prévoir, s’aviser Être sur son trente Être très bien habillé
agit sagement, et un Ne pas accepter
raisonnablement de compromis
Être raide
Entêté qui persévère entêtement s’entêter, comme
dans ses idées se buter la justice
envers et contre
tout Têtu comme Qui s’entête
une mule
Persévérant qui montre de persévérance persévérer
la volonté pour Un véritable Apollon Un homme beau comme
parvenir un dieu
à l’objectif fixé
Mauvais comme Qui agit de façon
Calme qui se montre calme se maîtriser, la peste à toujours faire le mal
tranquille patienter
Être soupe Se mettre facilement
Apathique mou, apathie mollir au lait en colère
sans énergie
Sensible qui montre de sensibilité s’émouvoir c. Autres expressions imagées :
la compassion, Aspect physique Caractère
de l’empathie
Être raide comme un piquet Avoir les nerfs à fleur
Émotif qui est sujet émotivité se troubler, de peau
à de trop s’inquiéter,
nombreuses s’affoler, Avoir des mains de sorcière Pleurer comme
manifestations paniquer une madeleine
émotives,
Rouler des yeux comme Sauter comme une puce
impressionnable
des billes
Conciliant qui fait preuve conciliation concilier,
Être velu comme un ours Un Stentor
de bonne consentir,
volonté pour acquiescer Avoir une voix de fausset Avoir l’expression du diable
conserver une
bonne entente Avoir une taille de guêpe Être malicieux comme
un lutin
Faible qui cède faiblesse céder,
facilement capituler Avoir des jambes de Avoir les yeux plus gros
sauterelle que le ventre
66
Séquence 2 ➜ Portraits
Expression orale (p. 59) l’âge de 37 ans d’une cirrhose du foie. Sa mère, Hannah
Hill, possède elle aussi la passion de la scène. Grande
danseuse d’opérette et actrice, elle paraît sous le nom de
Présenter un personnage Lily Harley. Mais elle perd la voix, et, se retrouvant donc
sans ressources, seule avec ses deux enfants (Charlie et
Préparez votre intervention Sydney), elle est admise en hôpital psychiatrique en juin
1894 et ses deux enfants sont confiés à l’Assistance pu-
1 Observez les photographies blique, qui les place à l’école de Hanwell. Plus tard, alors
a. La photo A a été prise à New York, le 13 septembre que Chaplin a trouvé la gloire, elle vient habiter près de
1952 ; la photo B est tirée du film Le Kid, elle a été chez lui dans la région californienne : elle y reste jusqu’à
prise en 1921. sa mort le 28 août 1928.
b. La photo A est un portrait réalisé par le photo- La première apparition de Charlie sur scène date de ses
graphe Richard Avedon ; la photo B est tirée d’un film. 5 ans quand sa mère, au cours d’une représentation, perd
la voix. Sous les huées du public, Charlie prend la relève.
c. Sur la photo A, c’est l’acteur Charlie Chaplin qui
figure. La photo B met en scène un enfant et le per- Chaplin reste environ un an dans l’école d’Hanwell,
sonnage de Charlot au premier plan, et un policier avant que sa mère ne revienne le chercher, lui et Sydney.
américain au second plan. Il continue tout de même ses études jusqu’à ce qu’il rentre
dans une troupe de danseurs à claquettes : Les Huit Gars
d. On retrouve l’acteur Chaplin sur les deux images. du Lancashire. Il y reste quelque temps. Plus tard, sa mère
La photo A le représente en tant que personne, il retourne à l’hôpital, laissant son fils seul alors que Sydney
a une soixantaine d’années. Habillé d’un costume s’est engagé dans la marine. Il doit se débrouiller pour
sombre, il y mime le diable, par la position de ses subvenir à ses besoins. En 1908, il signe un contrat avec
mains en cornes au-dessus de sa tête, bien qu’il soit Fred Karno : après plusieurs emplois et plusieurs troupes
souriant. Le but de ce portrait est de se moquer. de théâtre, Karno, qui est alors un nom connu au-delà de
La photo B le montre dans son personnage de l’Angleterre, lui donne l’occasion de se faire connaître. Et,
Charlot. Il est plus jeune (environ trente ans) et à 19 ans, il devient une vedette.
porte le costume de son personnage. Il se cache
Après une première tournée aux États-Unis, il s’y ins-
dans l’angle d’un mur, comme s’il voulait échapper à
talle en 1912. Chaplin apparaît pour la première fois à
quelqu’un… Pourtant le policier est derrière lui.
l’écran en 1913 dans une production de la Keystone Film
e. Dans la photo A, Chaplin regarde directement Company sous la direction de Mack Sennett.
l’objectif : on a l’impression qu’il cherche à jouer, à se Il crée le personnage de Charlot dans le film Charlot
moquer. C’est une riposte portée contre les attaques est content de lui (1914) d’Henry Lehrman. Très vite, il
qu’il subissait alors : on l’accusait, lors du maccar- devient lui-même réalisateur et, reprenant le personnage
thysme, d’être un sympathisant communiste, ce qui de Charlot, il le met en scène dans plus de 70 films. Il est
représentait, à l’époque, pour le gouvernement amé- anobli par la reine d’Angleterre en 1975. Il meurt le 25
ricain, une trahison. Chaplin tourne cela en dérision décembre 1977, à Corsier-sur-Vevey, en Suisse.
en se représentant dans une posture qui évoque le
Chaplin a affiné constamment son jeu d’acteur en
diable.
s’inspirant du mime et du clown, alliant une grâce acro-
f. Charlot et l’enfant regardent devant eux et batique, des gestes expressifs et une grande éloquence fa-
semblent guetter quelqu’un. Leurs yeux trahissent ciale. Il a créé un personnage aujourd’hui universellement
la peur et l’inquiétude. Le policier exprime la colère. connu : celui d’une sorte de vagabond, dont le chapeau
2 Documentez-vous melon, la canne, les grandes chaussures, le large pantalon
tombant, les cheveux frisés et la petite moustache sont
a. Voir sur Internet le site officiel consacré à Chaplin.
reconnus de tous.
w Sa biographie : Sorte de Pierrot lunaire, amoureux platonique, Charlot
Sir Charles Spencer, dit Charlie Chaplin, est né le est toujours poursuivi par des bandits, des méchants
16 avril 1889 dans East Lane à Walworth, un quartier qui sont gros : le contraste entre la fragilité physique de
pauvre de Londres. Mais selon des « spécialistes » de Chaplin, accentuée par son costume, et la musculature
Chaplin, « il n’existe aucun acte de naissance, ni extrait de ses adversaires est constant. C’est un personnage assez
de baptême » prouvant les faits de ce que Chaplin dit lui- misérable qui essaye de composer avec le monde hostile
même. Un mystère plane donc sur ses origines... qui l’entoure, jouant de coups plus ou moins honnêtes. Il
Son père, Charles Senior, chanteur de music-hall, était est aussi un personnage poétique, avec sa sensibilité et
connu pour sa voix de baryton. Grand buveur, il meurt à son lyrisme (cf. le Chaplin amoureux de l’aveugle dans
67
1re partie ➜ Étude de textes
Les Lumières de la ville, ou de l’écuyère dans Le Cirque). qualifient le physique du personnage dans son
L’aspect triomphant et dominateur de Charlot est éga- ensemble.
lement remarquable. Quand il se bat, il gagne toujours : 5 L. 5-13 : deux métaphores :
Charlot est invincible. Et il devient ensuite généreux pour – la tête… cloutée de deux globules : comparé : les
les faibles et impitoyable pour ses adversaires vaincus. yeux ; comparant : des clous et « petites sphères en
w Son engagement politique et social : suspension dans un liquide » ; point commun : la
Ses films prirent peu à peu une dimension politique. forme et l’aspect ;
Encore absente des Lumières de la ville, elle est manifeste – autour de ce masque immettable : comparé : le
dans Les Temps modernes. Chaplin y critique le travail à la visage ; comparant : le masque ; point commun : le
chaîne. Abandonnant par la suite le personnage du vaga- grotesque et la laideur.
bond, il endosse des rôles différents. Dans Le Dictateur, Elles sont toutes les deux péjoratives.
véritable pamphlet anti-hitlérien, le comédien utilise 6 Dans les l. 14-23, l’auteur emploie :
toutes les ressources du parlant. Chaplin a traité ses su- – d’abord, de la phrase 1 à la phrase 4, une progres-
jets en mélangeant satire et pathétique, et en révélant un sion à thème constant : 1. le corps / 2 et 3 : thème
amour de l’humanité et de la liberté individuelle. implicite (le corps) dans deux phrases nominales /
w
Les raisons et la date de son départ forcé 4 : De ce tronc morne (= le corps) ;
des États-Unis : – puis on passe à une progression linéaire (le pro-
pos de la première phrase devient le thème de la
En 1947, Chaplin est accusé de sympathies commu-
phrase suivante) : quatre branches maigrelettes ➝ les
nistes par la Commission des activités anti-américaines.
membres inférieurs… ; ➝ n’était leur position (de la
L’hostilité à son égard ne désarme pas et, en 1952, il quitte
jambe et de la cuisse) ; ➝ l’une et l’autre.
les États-Unis pour l’Europe. Un roi à New York, tourné
en Grande-Bretagne en 1957, contient une violente 7 L’auteur joue sur deux sens du mot rebondisse-
condamnation de l’obscurantisme du maccarthysme. ment (l. 16) : d’une part « un événement surprise qui
Installé en Suisse, il ne retournera qu’une seule fois aux vient modifier le cours attendu d’une histoire » ;
États-Unis pour y recevoir un Oscar récompensant sa d’autre part en faisant dériver rebondissement de
contribution à l’industrie cinématographique. l’adjectif rebondi. Autrement dit, le corps d’Ophélie
sans hanches ni taille, ni seins, ni fesses n’est pas re-
bondi ➝ il est « sans rebondissement » ; en outre, il
Évaluation de fin de séquence (p. 62) est « sans surprise ».
8 Dans les l. 24-32, le narrateur admire la voix
d’Ophélie : il porte sur elle un jugement très positif :
Un curieux personnage, Pierre Desproges l’emploi de l’adjectif qualificatif magnifique, du GN
Lecture, langue et communication une perle rare d’une éclatante beauté et de l’adverbe
superbement, traduisent ce jugement positif.
1 Paragraphes : 1 : Une jeune femme laide. – 2 : Son
9 Dans les l. 24-32, les deux GN aboiements (attri-
visage. – 3 : Sa chevelure. – 4 : Son corps. – 5 : La splen-
but de chœurs de basse) et filets de vinaigre (attribut
deur de la voix.
de voix cristallines) caractérisent la voix des autres :
2 Les quatre premiers paragraphes décrivent la lai- l’auteur évoque les deux catégories de voix les plus
deur physique du personnage ; le dernier, en an- différentes. Les voix de basse sont des voix d’hommes
tithèse, évoque la splendeur de sa voix. profondes : le terme aboiements leur dénie toute
3 Le personnage s’appelle Ophélie : c’est un prénom harmonie et les présente comme agressives, déplai-
rare, plutôt poétique, qui évoque la grâce, le rêve. santes. Les voix cristallines sont des voix pures et
Labourette : ce nom comporte l’élément bourre claires comme le cristal : elles sont donc très harmo-
et évoque la laine dont on bourre les matelas, par nieuses et agréables à entendre. Les comparer à des
exemple ; le suffixe -ette sert à former un diminu- filets de vinaigre, c’est leur dénier toute harmonie et
tif ; il y a donc alliance de mots entre un radical qui toute puissance.
évoque le gonflement et un suffixe qui évoque la 10 C’est le point de vue d’un narrateur omniscient.
petitesse. Ce qui donne un effet ridicule. 11 Physiquement, Ophélie Labourette est d’une lai-
4 L. 1-4 : deux adjectifs qualificatifs attributs du deur repoussante. Par contre, elle a une voix sublime,
sujet : intensément laide, vilaine. Le premier est au plus belle que les plus belles voix : il y a donc un effet
superlatif absolu. Ils sont tous deux péjoratifs. Ils de surprise.
68
Séquence 2 ➜ Portraits
12 a. Ce portrait est à la fois critique (le physique b. L’auteur a voulu créer un effet de surprise : il
d’Ophélie) et élogieux (la splendeur de sa voix). Le développe longuement la description de la laideur
vocabulaire qui la décrit physiquement est péjoratif physique d’Ophélie (23 lignes ici, sans compter les
(intensément laide, un pif grumeleux, une chignonne- coupes), alors qu’il ne consacre qu’un paragraphe à
rie de poils à balai de crin, ses oreilles boursouflées…). la beauté de la voix.
Par contre les termes qui évoquent ou caractérisent En outre, le portrait d’Ophélie est tellement exa-
sa voix sont mélioratifs (magnifique, des sons surpre- géré qu’il s’agit d’une véritable caricature : du rire, on
nants, veloutés, écrasait superbement…). passe donc à l’admiration.
69
1re partie ➜ Étude de textes
3
e
Romans et nouvelles
enc
(p. 64)
qu
Sé
70
Séquence 3 ➜ Romans et nouvelles
SUGGESTION DE SÉQUENCES
La séquence 3 du manuel est l’ossature de cette • En classe :
séquence. – lecture des récits réalistes (le roman historique
pouvant être considéré comme sous-genre réaliste) ;
■ PREMIÈRE SÉQUENCE : – bilan : les caractéristiques du récit réaliste.
Récits en tous genres • À la maison :
– exercice p. 79 n° 3.
OBJECTIFS :
l pprofondir la notion de « genre » narratif à
A 4e séance ORTHOGRAPHE
partir de la lecture de récits complexes. Objectif : Évaluer l’orthographe à partir d’un extrait
l S’approprier le manuel en passant d’une séquence
étudié à la maison.
à l’autre à la recherche d’extraits de chaque
• En classe :
genre observé.
– correction de l’exercice p. 79 n° 3 ;
l Revoir la notion de « séquence narrative » obser-
– dictée du début de l’extrait 3 de l’exercice 3, p. 80,
vée dans le premier chapitre du manuel.
jusqu’à tisane.
l S’entraîner à raconter, à l’oral et à l’écrit.
• À la maison :
– lire la nouvelle policière Cauchemar en jaune de
1re séance ÉTUDE DE TEXTES Fredric Brown, p. 70 et répondre aux questions p. 72
Objectif : Découvrir des extraits de chaque genre n° 1 et 2.
pour en comprendre les particularités.
– Support : Débuts de récits et univers romanesques, 5e séance ÉTUDE DE TEXTE
p. 66. ET CORRECTION DE DICTÉE
• En classe : Objectif : Observer les caractéristiques du récit
– lecture par le professeur des six débuts de récits policier.
proposés, sans préciser le genre des textes ; – Étude du texte Cauchemar en jaune, de Fredric
– mise en commun des réactions et suppositions des Brown, p. 70.
élèves ; • En classe :
– réponse aux questions 1 et 2 p. 69. – correction de la dictée p. 80 (extrait 3) ;
• À la maison : – étude de la nouvelle p. 70 : suspense et ordre du
– choisir un des extraits et en inventer la suite en res- récit (questions 3, 4 et 5 p. 72) ;
pectant les données du texte (travail au brouillon). – bilan : les caractéristiques du récit policier.
• À la maison :
2e séance OUTILS DE LA LANGUE – répondre aux questions 6 à 11 p. 72.
Objectif : Être capable de choisir le temps verbal
adapté (leçon p. 278). 6e séance OUTILS DE LA LANGUE
• En classe : Objectif : Réviser la notion de connecteurs temporels
– lecture des suites de textes proposées et réactions (p. 276).
des élèves ; • En classe :
– focalisation sur les deux débuts de récits réalistes – corrections des questions 6 à 11 p. 72 (anticipation
(question 3 p. 69) ; et retour en arrière) ;
– travail sur les temps verbaux : exercices p. 278-279 – exercice 9 p. 309 ;
n°s 1, 2 et 3. – bilan : Comment varier l’ordre d’un récit ?
• À la maison : • À la maison :
– chercher dans le manuel un autre extrait de récit – faire les exercices 4 et 5 p. 80, en relevant les
réaliste et l’étudier afin de le présenter à la classe. con-necteurs temporels des deux extraits.
71
1re partie ➜ Étude de textes
72
Séquence 3 ➜ Romans et nouvelles
73
1re partie ➜ Étude de textes
1. Décor et personnages
• Le cadre
Il s’agit de l’intérieur d’un hôtel (ou auberge, pour re-
prendre le titre de l’œuvre) vu en plongée.
On distingue deux étages :
– le niveau supérieur correspond à la salle à manger
(présence des tables) transformée en salle de repos où les
différents personnages s’adonnent à des activités variées,
en solitaire ou à plusieurs ;
74
Séquence 3 ➜ Romans et nouvelles
– le niveau inférieur correspond à la salle de jeux pour la garde-malade qui tricote tout en faisant la conversa-
adultes (présence d’une table de billard) ou enfants tion à sa maîtresse, l’intellectuel qui joue aux échecs avec
(présence d’un bureau pour construire des maquettes l’aviateur, sous le regard intéressé du capitaine de navire
d’avions). qui observe les pions sur l’échiquier, l’enfant qui joue et la
On devine un hors champ, situé au niveau inférieur, servante qui fait le service. Sur la table de gauche où se
avec la présence d’une servante dans l’escalier : certaine- trouve la jeune femme en blanc, on observe la présence
ment une cuisine, située derrière la salle de jeux. d’une chope de bière et une chaise vide, repoussée comme
Cette auberge, malgré le titre du roman, est située au si quelqu’un venait de se lever (l’homme en blanc sans
bord de la mer, ou même dans la mer, comme si l’envi- doute ?).
ronnement extérieur était hostile, obligeant les occupants 3. Un début de récit
à se calfeutrer à l’intérieur. Tous les personnages sont très fortement caractérisés par
• Les personnages leur tenue ou leur activité ; aussi peuvent-ils (chacun ou
Les personnages sont nombreux et variés, caractérisés à la plusieurs d’entre eux) servir de point de départ à un récit.
fois par leur tenue et leur activité dans cet espace. Les élèves devront imaginer les raisons de leur présence
Au niveau supérieur, on distingue : ici, dans un univers clos, leurs activités évidentes ou ca-
– un homme élégant vêtu de blanc avec un chapeau à chées, leurs liens et l’histoire de chacun.
bords retroussés qui pianote sur le piano à queue (aven- w Prolongement
turier plus que pianiste) ; On pourrait rapprocher cette image d’un roman d’Aga-
– un personnage inquiétant assis à une table qui, tha Christie : Dix Petits Nègres ou Mort sur le Nil, qu’on
semble-t-il, fait une réussite ; pourra présenter aux élèves sous la forme d’un extrait
– un homme vêtu d’un costume marron et d’un chapeau (livre ou adaptation cinématographique) pour les inviter
melon, fumant la pipe et lisant le journal, assis près de la à lire l’œuvre dans son intégralité.
bibliothèque (inspecteur, sorte d’Hercule Poirot) ;
– une jeune femme élégante, vêtue de blanc, robe en
dentelle, longs gants et chapeau à larges bords (pendant
féminin de l’homme debout derrière le piano) ; détail
important, elle est en fauteuil roulant ; 1. Débuts de récits
– une infirmière, garde-malade de la jeune femme, as- et univers romanesques (p. 66)
sise en face d’elle, habillée d’un uniforme bleu avec une
coiffe et un tablier blancs ;
– un homme en pleine réflexion (il se tient le menton), Texte A : Coup de foudre, Laurence Gillot
assis à la table voisine, portant un pull beige, une barbe Texte B : Le départ, Gustave Flaubert
(figure de l’intellectuel ?) ; Texte C : L’arrivée, Ray Bradbury
– face à lui, un homme en tenue d’aviateur (blouson de
cuir et casque en cuir souple) ; Texte D : Un dimanche après-midi,
– à leurs côtés, un capitaine de navire portant le tradi- Maurice Leblanc
tionnel uniforme de marin (veste bleu marine à boutons Texte E : Le réveil, Xavier-Laurent Petit
dorés, polo à rayures bleu marine et blanc, casquette Texte F : Un souvenir douloureux,
blanche à bords noirs) ;
Théophile Gautier
– un chat, tranquillement endormi sur un canapé et un
perroquet vert, en train d’observer la scène depuis la OBJECTIFS PÉDAGOGIQUES
rambarde. Être capable :
Au niveau inférieur, on aperçoit un enfant qui joue l de prendre conscience de l’horizon d’attente que
avec une maquette d’avion et une servante en train de met en place le début d’un roman ;
monter l’escalier, portant un costume noir recouvert d’un l d’identifier les éléments qui créent un univers
tablier blanc et une coiffe assortie.
romanesque particulier dès la première page du
2. Les activités des personnages roman ou de la nouvelle ;
Cet espace intérieur constitue un véritable microcosme l de distinguer les différents genres romanesques
où se croisent des personnages de tout niveau social et (réaliste, policier, fantastique, roman d’aventures,
aux activités très variées, fortement connotées : l’aven- de science fiction).
turier qui pianote, le personnage qui joue aux cartes, Susciter l’envie de lire la suite de l’histoire ou de
l’inspecteur qui lit le journal en observant les autres (?), la l’inventer…
jeune femme en fauteuil roulant qui lit en prenant le thé,
75
1re partie ➜ Étude de textes
Présentation des extraits tôt le désir de devenir écrivain. Son père, d’abord hostile,
lui donne finalement son accord pour tenter l’aventure
w Les six extraits proposés ont été choisis parce qu’ils sont
littéraire et entamer des études de droit.
particulièrement représentatifs du genre romanesque
En 1885, voilà Maurice Leblanc à Paris. Il fréquente le
auquel ils appartiennent, mais aussi parce qu’ils ne pré-
Chat noir à Montmartre, collabore à plusieurs journaux,
sentent aucune difficulté de compréhension et qu’ils sont
côtoie des écrivains, dont Guy de Maupassant qui le pro-
d’une grande variété : auteurs du patrimoine (G. Flaubert,
tège. Il commence par écrire des romans psychologiques,
Th. Gautier), auteurs de romans policiers (M. Leblanc),
en s’inspirant de ses maîtres Flaubert et Maupassant,
de science-fiction (Bradbury) et auteurs de jeunesse (L.
mais, en 1905, le hasard d’une commande va boulever-
Gillot, X.-L. Petit).
ser ses intentions. En effet, en février, paraît le premier
numéro du magazine Je sais tout. Son éditeur demande
Sur les auteurs à Maurice Leblanc de lui écrire une nouvelle d’aventures,
w Laurence GILLOT (née en 1965) : dans l’esprit de Sherlock Holmes, qui fait le succès du
Journaliste à l’Est Républicain, elle écrit des romans pour Strand Magazine anglais. L’Arrestation d’Arsène Lupin
la jeunesse où elle souhaite transmettre un seul et même paraît dans le numéro daté du 6 juillet.
message, celui de la vie, malgré l’adversité, les mauvaises Du jour au lendemain, Leblanc qui voulait être « le
nouvelles et les ennuis qui peuvent la rendre difficile ou romancier de la vie délicate des âmes » se retrouve écri-
même insupportable. vain populaire, auteur de romans policiers et d’aventures,
Elle a notamment publié : Raconte-moi un conte du genre mal considéré par les milieux littéraires. Et Arsène
monde (2006), Lulu-Grenadine est amoureuse (2006), En Lupin occupe pleinement le romancier : « Il me suit par-
route pour la montagne magique (2004) et Coup de foudre tout. Il n’est pas mon ombre, je suis son ombre. C’est lui
(2001) d’où est tiré cet extrait. qui s’assied à cette table quand j’écris. Je lui obéis. »
Le succès d’Arsène Lupin l’accompagnera toute sa vie,
w Gustave FLAUBERT (1821-1880) : jusqu’à son décès en 1941, à Perpignan où il s’était réfugié
Il naît à Rouen, où il fait ses études. Dans son roman pour fuir l’occupant avec sa famille.
L’Éducation sentimentale, il raconte la profonde passion
w Xavier-Laurent PETIT (né en 1956) :
que lui inspira Élisa Schlesinger rencontrée en 1836.
Né en région parisienne, il a suivi des études de philo-
En juin 1844, il s’installe à Croisset, sur les bords de
sophie. Il devient ensuite instituteur, directeur d’école et
Seine. Il écrit alors plusieurs nouvelles et une première
écrivain à part entière.
version de L’Éducation sentimentale.
En 1996, il obtient le Prix Sorcière pour Colorbelle-Ébène.
Il assiste à Paris à la révolution de 1848 qu’il voit d’un œil
Il écrit des romans à suspense qui se déroulent dans
très critique. En 1864, il entame la rédaction définitive de
des décors totalement imaginaires (Le Monde d’en haut,
L’Éducation sentimentale, qui paraît en novembre 1869.
1998) ou bien réels, comme le Wyoming pour Piège dans
w Ray BRADBURY (né en 1920) : les Rocheuses (1999) ou l’Algérie pour L’Oasis (1997).
Écrivain américain, Ray Bradbury est considéré comme Dans son roman Fils de guerre (1999), il dénonce les atro-
l’un des maîtres de la science-fiction. Ses récits où se cités de la guerre en donnant la parole à des enfants ira-
mêlent poésie, dérision, et parfois cruauté, témoignent niens, syriens, congolais et autres « enfants de la guerre ».
d’une réflexion intellectuelle et sociale. Citons également Le Crime des marots (1994), Passage
Dès 1941, il publie des nouvelles, d’abord dans des de la Main d’or (1995) et un recueil de nouvelles, L’Année
magazines à sensation de médiocre qualité, puis, à partir de la baleine (1995).
de 1945, dans un magazine plus prestigieux, l’American w Théophile GAUTIER (1811-1872) :
Mercury.
Né à Tarbes, le jeune Gautier, monté très tôt avec sa fa-
Écrivain prolifique, Bradbury a travaillé sur la fiction,
mille à Paris, garde longtemps « le souvenir des montagnes
la poésie et le théâtre. S’il a également écrit de nombreux
bleues ». Il rêva d’abord d’être peintre, mais sa rencontre
romans, dont les plus connus sont Fahrenheit 451 (1953),
en juin 1829 avec le « maître » Victor Hugo précipite
porté à l’écran par F. Truffaut en 1966, Le Vin de l’été
sa carrière d’écrivain. Le 25 février 1830, il participe à la
(1957) et La solitude est un cercueil de verre (2004), il
bataille d’Hernani, vêtu d’un gilet rouge qui marquera
est surtout célèbre pour ses nouvelles : Chroniques mar-
durablement les esprits.
tiennes (1950), Un remède à la mélancolie (1958), À l’ouest
Le 28 juillet 1830, les Poésies de Théophile Gautier
d’octobre (1988)…
paraissent chez Mary. Malheureusement, ce jour est aussi
w Maurice LEBLANC (1864-1941) : celui des barricades à Paris et le recueil passe inaperçu.
Doté d’une imagination vive, fervent admirateur de En 1836, il publie un roman, Mademoiselle de Maupin,
Flaubert et de Maupassant, Maurice Leblanc éprouve très dont la préface fait scandale. Alors qu’il prépare un nou-
76
Séquence 3 ➜ Romans et nouvelles
veau roman, Le Capitaine Fracasse, qu’il n’achève que Approfondissez votre lecture
trente ans plus tard, divers récits, contes ou nouvelles
paraissent de 1837 à 1866 : citons Fortunio, La Toison d’or, Les caractéristiques du début de récit
Une nuit de Cléopâtre, Arria Marcella, La Morte amou-
1 a. Tableau récapitulatif des informations :
reuse ou encore Le Roman de la momie.
Texte A Texte B Texte C Texte D Texte E Texte F
Récit à la 1re
ou à la 1re pers. 3e pers. 3e pers. 3e pers. 3e pers. 1re pers.
3e personne ?
Où et quand – Un vendredi – Le 15 sept. – Dans une – Un dimanche, – Fin de nuit ; – Lieu et
se déroule 20 août ; 1840, vers 6h ; fusée, sur Mars ; vers 16h ; – dehors, sur époque non
l’histoire ? – dans la rue, – sur le quai – date – à Paris, à la une piste, pays précisés.
à un carrefour. Saint-Bernard indéterminée, terrasse d’un indéterminé,
à Paris. dans le futur. café, boulevard en Asie.
de Clichy.
Qui sont – Un garçon – Les passagers – Un homme, – Victor, – Ryham, – Un prêtre
les (amoureux est d’un navire ; sa femme et policier ; un chauffeur de campagne.
personnages ? au masc.) ; – les matelots. leurs enfants ; – la foule. routier ;
– sa mère ; – les autres – un camion.
– la passagère passagers.
d’une autre
voiture.
Quels sont Présent Imparfait Passé simple Passé simple ; Imparfait ; Système
les temps do- et imparfait. de description. (actions) ; plus-que-parfait. plus-que-parfait. du présent.
minants ? imparfait
descriptif.
77
1re partie ➜ Étude de textes
5 L’univers du récit policier (texte D) : (les souvenirs d’un prêtre de campagne) qui crée le
Le champ lexical du récit policier est constitué des fantastique.
mots suivants : 8 Les horizons d’attente créés :
– la Brigade mondaine (l. 1) : unité d’élite dans la – Texte A : on s’attend à ce que le narrateur conti-
police ; nue son récit et décrive l’élue de son cœur, avant
– filature (l. 2) : poursuite de quelqu’un pour le que, directement ou par journal intime interposé, il
surveiller ; nous rapporte l’entrevue suivante et la suite de son
– cambrioleur (l. 8-9) : le hors-la-loi ; aventure amoureuse. Pour l’instant, nous sommes en
– inspecteurs (l. 12) : agents sans uniforme attachés à totale adéquation avec le titre, le suspense a vite été
un commissariat ou à une préfecture de police ; levé (titre programmatique).
– l’étreinte de la police (l. 13) : une filature. – Texte B : que va-t-il donc arriver sur ce bateau du-
Le cadre du récit policier est ainsi clairement posé rant la traversée ? Pour l’instant, l’incipit ne nous a
et l’on devine aisément la suite : Victor va être dépê- offert ni héros ni héroïne… Ce roman va-t-il être le
ché sur les traces d’Arsène Lupin… récit d’une rencontre amoureuse ? (voir le titre)
6 L’univers du roman d’aventures (texte E) : – Texte C : les Terriens qui viennent d’arriver sur Mars
– Le cadre n’est pas clairement précisé, mais on est pourraient faire la rencontre d’êtres extraterrestres,
sur une piste, loin des sentiers battus, dans une ayant la peau brune et les yeux dorés (pour reprendre
contrée retirée (régions… si désertes, l. 5) ; le titre de la nouvelle).
– le personnage n’a guère de matériel (il dort dehors, – Texte D : Victor est dépêché sur les lieux où l’on a
l. 2, avec juste un vieux duvet, l. 3), si ce n’est un aperçu Arsène Lupin pour la dernière fois. Pourrait
moyen de locomotion hors du commun, un Ural de s’ensuivre une belle poursuite, sorte de jeu du chat
quarante-huit tonnes, l. 7 ; et de la souris où il faudrait redoubler de ruse et
– il est livré à lui-même (l. 6) ; d’inventivité pour surprendre l’autre… et le lecteur !
– il est obligé de faire de longs trajets (l. 4), peut-être
– Texte E : que fait Ryham dans ces contrées hostiles
pour fuir quelque chose (un pays ?) ou quelqu’un, ou
et reculées ? Que va-t-il lui arriver ? Pour l’instant, le
parce qu’il est lui-même à la recherche de quelqu’un
suspense est total…
ou parce qu’il s’agit d’un routier…
– Texte F : le lecteur a hâte d’entendre les détails de
7 L’univers du fantastique (texte F) : ce récit : un prêtre amoureux… d’une morte, comme
a. Le narrateur rapporte des faits étranges qui lui le titre nous le laisse penser ?
seraient arrivés trois ans auparavant : il aurait mené
une double vie, lui, paisible prêtre de campagne
le jour et damné la nuit. Il ressent de la crainte, de Et maintenant, concluez
l’appréhension au seul souvenir de ces faits malgré u Les caractéristiques d’un début de roman :
le temps écoulé : j’ose à peine remuer la cendre de ce La première page d’un roman ou d’une nouvelle
souvenir (l. 2-3). La douleur est toujours là, prégnante. permet de découvrir les éléments constitutifs du
b. Mais le sentiment qui domine, c’est le doute. Il récit : le cadre spatio-temporel (lieu, époque, mo-
ne comprend toujours pas ce qui est arrivé à cette ment), le statut du narrateur (1re, 2e ou 3e per-
époque ; il ne cesse d’insister sur le caractère stu- sonne), certains des personnages et peut-être le
péfiant, irrationnel de ces faits : l’adjectif singulière, protagoniste, les premiers jalons de l’intrigue (si-
synonyme d’extraordinaire, est répété par deux fois tuation initiale, élément modificateur…).
(l. 1-2 et 6) et il est associé à l’adjectif terrible (l. 2) qui Mais ce n’est pas toujours le cas, certains auteurs
a son sens étymologique fort (qui inspire de la terreur, prennent un malin plaisir à déstabiliser le lecteur.
effrayant). Pourquoi ne pas lire aux élèves le début du roman
d’Italo Calvino Si par une nuit d’hiver ?
Par ailleurs, le prêtre semble avoir été le jouet
d’une instance supérieure, diabolique (l. 7), comme u Les différents types de récits :
s’il avait subi un dédoublement de personnalité : En corrélation avec le titre, le début d’un récit per-
prêtre le jour, damné la nuit. Et surtout, il est inca- met d’identifier la nature d’un texte.
pable de donner une explication rationnelle à ces – Le récit réaliste s’appuie sur le réel immédiate-
faits. Comme lui, le lecteur doute de leur véracité : ment reconnaissable : l’époque, les lieux, les per-
rêve ou réalité ? défaillance de la mémoire qui dé- sonnages (par leur tenue, leurs actes, leur langage),
forme des faits anciens ? Et c’est ce doute qui s’ins- les actions sont fortement ancrés dans la réalité,
taure, qui gangrène une situation ancrée dans le réel même s’ils ne sont pas réels (c’est l’effet de réel).
78
Séquence 3 ➜ Romans et nouvelles
– Le récit policier met en présence des représentants w Illustration anonyme,1950 (p. 67, en haut) :
de l’ordre avec des hors-la-loi ; il raconte une pour- a. Décrivez l’image.
suite, une enquête, un procès avec maints rebondis- b. À quel univers vous fait-elle penser ? Trouvez
sements pour maintenir le lecteur en haleine. d’autres exemples.
– Le récit d’aventures suit le parcours d’un per-
sonnage qui n’est plus dans son environnement wC ouverture du roman Victor de la Brigade mon-
quotidien et qui doit surmonter des épreuves pour daine (p. 67, en bas) :
parvenir à l’objectif qu’il s’est fixé. a. De quel type de document s’agit-il ?
– Le récit de science-fiction a pour cadre une pla- b. Décrivez l’image. Quels différents éléments la
nète inconnue ou la Terre, mais dans un avenir plus composent ? Quel est l’effet produit ?
ou moins lointain ; il met en scène des humains c. Quelles autres informations nous sont données ?
avec des forces extraterrestres et intègre des dé- d. Comparez cette couverture avec d’autres du même
couvertes technologiques (moyens de locomotion, livre. Laquelle préférez-vous ? Pourquoi ?
de communication de haut vol).
– Le récit fantastique part d’un univers réel (cadre w Route en Afghanistan (p. 68) :
et personnages) dans lequel intervient un élément Thomas Dworzak est un photographe allemand né en
étrange ou surnaturel que les personnages et le 1972. Il vit entre Paris et New York. Il participe à des
lecteur ne peuvent interpréter de façon ration- expositions collectives comme Les Rencontres photogra-
nelle ; le doute persiste et c’est ce vacillement du phiques d’Arles (2005) ou Visa pour l’image à Perpignan
réel vers un au-delà du réel qui crée le fantastique. (2006).
a. De quel type d’image s’agit-il ?
À vous de jouer ! b. Quels sont le cadrage et l’angle de vue choisis ?
c. Décrivez la photo en distinguant les différents
9 Ce sujet va permettre à la fois de vérifier si les enjeux
plans. Quel est l’effet produit ?
d’un début de roman ont bien été acquis par les élèves
d. Dans quelle mesure cette image illustre-t-elle le
et de susciter leur imagination. En effet, comme toute
texte E ?
suite de texte, leur récit devra respecter les données du
texte de départ (cadre, personnages, action, atmosphère Outils de la langue
et genre).
Autre suggestion pour amorcer
Les élèves ont le choix entre six textes et peuvent
une séance grammaticale :
ainsi laisser parler leurs affinités de lecteur, tout en mon-
➜ Révision de la conjugaison de l’imparfait et du
trant leur originalité, mais une originalité contenue… Il
plus-que-parfait (p. 326-328).
ne reste plus ensuite qu’à comparer avec l’original…
79
1re partie ➜ Étude de textes
Ceux-ci, en effet, toujours motivés par l’économie générale narrateur ne dévoile pas l’identité exacte (nom, pré-
du récit, participent à la mise en œuvre d’un certain sus- nom) ; il se cache derrière le pronom il et on obtient
pense tout en apportant des informations essentielles à la des informations sur lui au fil du texte (son enfance,
compréhension et à l’interprétation du texte. son métier, ses activités annexes, ses plans). Autres
La nouvelle de Fredric Brown permet également de personnages de l’histoire : sa femme (la victime) et,
réinvestir les spécificités du récit policier, observées lors à la fin, les invités à la soirée d’anniversaire (l. 71-72).
de l’étude du texte D de la séance précédente. d. Ce texte constitue un récit complet : cela est
Elle peut aussi susciter l’envie de lire d’autres nouvelles précisé p. 70, dans la marge, juste au-dessus de la
policières chez les élèves, attirés à la fois par la brièveté biographie de l’auteur.
des textes (vive la nouvelle !), leur intensité et leur at-
mosphère propres, fondées sur le suspense et l’effet de
surprise (voir la chute particulièrement réussie de cette Approfondissez votre lecture
nouvelle). Le récit des événements
3 Le récit se déroule sur une seule journée, depuis la
Sur l’auteur sonnerie du réveil (l. 1) jusqu’à l’heure fatidique de
w Fredric Brown (1906-1972) est, avec Robert Sheckley, vingt heures quarante-six (l. 6, 49-54).
l’un des premiers noms qui vient à l’esprit quand on 4 a. Dans le premier et les trois derniers para-
évoque la science-fiction humoristique. Ancien journa- graphes, les verbes au passé simple sont :
liste qui commence une carrière d’écrivain à quarante ans – § 1 : il fut tiré (passif), resta (l. 1) ;
dans le domaine du policier, dans lequel il rencontre un – § 7 : tout se passa (l. 47), elle traîna, il en vint
certain succès, Fredric Brown présente un goût prononcé (l. 48-49) ;
pour les textes courts à chute.
– § 8 : il abattit (l. 60), il la rattrapa (l. 62-63), parvint
Son roman le plus connu, L’Univers en folie, fut long-
(l. 63) ;
temps considéré comme le chef-d’œuvre de la science-fic-
– § 9 : il posa (l. 67), une lumière jaunâtre envahit
tion humoristique, mais il a beaucoup vieilli et cette
(l. 68), tous les invités… hurlèrent (l. 71-72).
parodie de la SF des années 40 paraît maintenant très
lointaine. Par contre, on trouvera encore beaucoup de Ces passés simples racontent les événements qui
plaisir dans la lecture de ses nouvelles ou dans celle de se déroulent durant la journée : ce sont les actions de
Martiens, go home ! qui raconte une invasion extrater- premier plan qui font avancer l’intrigue.
restre par des Martiens casse-pieds. b. Le récit de ces actions suit un ordre chronologique
qui est bien minuté, depuis le réveil jusqu’à l’assassinat.
Découvrez le texte 5 La fin du récit est fondée sur un effet de surprise,
1 – Spéculations (l. 17) : opérations financières qui qui vient s’opposer à ce qui précède : le plan ficelé
visent à réaliser des bénéfices, ici affaires, dans les moindres détails, à la minute près. Là, tout
magouilles. s’effondre en même temps que le cadavre de la
femme. C’est ce qu’on appelle une nouvelle à chute
– Fignolé (l. 26) : ficelé, préparé dans les moindres
(avec une pointe finale).
détails.
2 a. Ce texte appartient au genre policier (genre Un meurtre prémédité
observé p. 67 du manuel). Dans le premier para- 6 a. Dès le premier paragraphe, les plans du person-
graphe, les éléments qui nous permettent de ré- nage principal sont dévoilés : une escroquerie (l. 3) et
pondre sont le terme générique plans (l. 3) et les un assassinat (l. 4). La nouvelle n’est pas fondée sur
précisions que l’auteur apporte : escroquerie (l. 3) et l’effet de surprise (on sait ce qui va se passer) mais
assassinat (l. 4) – tout un programme ! Le suspense ne sur le suspense (le « héros » parviendra-t-il à ses
réside pas tant dans la surprise des méfaits, qui sont fins ?).
annoncés dès les premières lignes, que dans leur
réalisation. b. Dans la proposition À vingt heures quarante-six il
serait libre (l. 6), le verbe est au conditionnel présent.
b. Le texte est rédigé à la 3e personne : Il fut tiré (l. 1). C’est la valeur temporelle du conditionnel qui corres-
Il s’agit d’un point de vue interne, pour que le lecteur pond à un futur dans le passé (équivalent d’un futur
vive de l’intérieur cette histoire, qu’il sache ce que simple dans le système du présent). Pour vérification,
pense et ressent le personnage principal. on peut d’ailleurs demander aux élèves de mettre le
c. Le personnage principal est un homme dont le début du texte au système du présent.
80
Séquence 3 ➜ Romans et nouvelles
7 a. Dans les paragraphes 3, 4 et 6, les autres verbes Dans le cinquième paragraphe (l. 28 à 33), le re-
au conditionnel, avec valeur de futurs dans le passé tour en arrière révèle un élément essentiel : l’identité
sont : de la victime (sa femme, l. 28) et ses motivations
– § 3 : disposerait (l. 23) ; (il la détestait, l. 29). Dans le sixième paragraphe
– § 4 : jamais il ne serait pris (l. 25, passif) ; (l. 34 à 46), le retour en arrière apporte une touche
– § 6 : ramènerait (l. 39), satisferait (l. 40), compren- d’humour noir en précisant la nature du cadeau
drait (l. 42-43), alerterait (l. 43), ne serait pas trouvé d’anniversaire qu’il a reçu d’elle la veille (une belle
(l. 44, passif), assurerait (l. 45). valise neuve, l. 36), comme si la femme participait à
Ces verbes au conditionnel révèlent au lecteur les l’élaboration de son plan, bien malgré elle.
actions qui seront entreprises au cours de cette jour-
née et leurs conséquences potentielles. Le narrateur, Et maintenant, concluez
pour suivre les pensées du personnage, anticipe sur u Les anticipations ne sont pas énoncées au même
ces actions. Ce sont des anticipations. temps que les actions principales (qui suivent un
b. Pour situer ces anticipations dans le temps, l’au- ordre chronologique) :
teur utilise des CCT : – dans un récit au présent, elles sont au futur de
– Dans l’après-midi (l. 23) : GN ; l’indicatif ;
– jamais (l. 25) : adverbe ; – dans un récit au passé, comme c’est le cas ici,
– avant vingt heures quarante-six (l. 39-40) : GN ; elles sont au présent du conditionnel : c’est la va-
– au matin (l. 43) : GN ; leur temporelle de ce mode, qu’on nomme futur
– avant deux et peut-être trois jours (l. 45) : GN. dans le passé.
Elles servent à révéler à l’avance une action, un
8 Dans chacune de ces phrases, les anticipations événement, une modification dans le comporte-
permettent de connaître les plans précis du person- ment d’un personnage et, par là même, créent un
nage, ses projets après sa « libération » et les suppo- horizon d’attente, qui sera vérifié ou déçu dans la
sitions qu’il fait dans l’optique que tout se déroule suite du récit. Dans l’économie du récit, cela crée
bien. une attente, un suspense pour le lecteur. Le sus-
pense peut être redoublé par un effet de surprise
Retours sur le passé
à la fin du récit, une chute.
9 a. Dans le deuxième paragraphe (l. 5 à 11), les
u On repère les retours en arrière par le jeu des
verbes qui correspondent à des retours en arrière
temps verbaux :
sont : n’avait négligé (l. 5), avait fixé (l. 7), il était né
– dans un récit au présent, ils sont à l’imparfait et
(l. 8), avait rappelé (l. 9).
au passé composé ;
b. Ils sont énoncés au plus-que-parfait (employé pour – dans un récit au passé, ils sont au plus-que-par-
désigner une antériorité dans un récit au passé). fait (qui a valeur d’antériorité).
c. Ces retours en arrière révèlent son sens du détail On les désigne aussi par l’anglicisme flash-back.
(occurrences 1 et 2), des données objectives sur lui Ils consistent à rappeler un fait antérieur à la
(son heure de naissance, occurrence 3), les lubies de trame du récit : passé d’un personnage, d’une
sa mère qui ont déteint sur lui (occurrence 4). On se famille, d’une ville… Ils permettent d’approfondir
rend mieux compte de sa maladie mentale : contrai- un portrait (ici ils expliquent la maladie du person-
rement à ce qu’il dit (prétérition), il est superstitieux nage et reviennent sur ses antécédents familiaux),
et atteint de manie obsessionnelle. de donner des explications sur une situation (les
10 a. Dans le troisième paragraphe (l. 12 à 24), le re- raisons de son endettement, qui justifient son
escroquerie, la décision de tuer sa femme).
tour en arrière est le suivant : il avait « emprunté »
cinq mille dollars (l. 15). Il est introduit par le connec-
À vous de jouer !
teur temporel Un an auparavant (l. 14-15) qui est un
GN non prépositionnel. 12 Ce sujet permet de réinvestir les acquis de la pre-
mière séance : comment opérer une suite de texte en
b. Le rôle de ce retour en arrière est de justifier la né- respectant les données de départ (lieu, époque, ac-
cessité de son escroquerie : il est endetté au dernier tions, caractère des personnages).
point, ce qui prouve son incompétence en matières Il oblige les élèves à faire preuve d’originalité
financières et anticipe sur son échec final. pour répondre aux questions suivantes : Qui sont
11 ERRATUM : Une erreur s’est glissée dans les réfé- les invités ? Quelles sont leurs réactions ? Que pro-
rences cette question : il faut observer les lignes 28 à 46. voquent-elles chez le personnage principal ?
81
1re partie ➜ Étude de textes
Fredric Brown et d’en rendre compte lors d’exposés narratives, actions résumées…) ;
à l’oral, en ne dévoilant pas les chutes pour laisser l en repérant les procédés qui le ralentissent
le suspense entier, et attendre des propositions de (pauses narratives, scènes en temps réel, pas-
leurs camarades. sages descriptifs…).
Ce petit jeu de devinettes rend les élèves plus Être capable de distinguer temps de la narration et
actifs et la séance plus attractive. temps de l’action.
Sur l’illustration (p. 71)
w Né en 1954, Lorenzo Mattotti étudie l’architecture à Présentation des extraits
Venise avant de s’orienter vers le graphisme. En 1977,
Les deux extraits choisis permettent parfaitement de
il intègre le collectif d’artistes « Valvoline » qui vise à
mettre en évidence les variations du rythme dans le récit :
renouveler l’esthétique et la linguistique de la bande
accélération, ralentissement obtenus avec des procédés
dessinée. Depuis, Lorenzo Mattotti dessine pour la presse
facilement identifiables ici.
américaine et européenne, réalisant de nombreuses cou-
Ajoutons que La Mort du roi Tsongor est un roman ma-
vertures (Le Monde, Télérama, Paris Match, Libération,
gnifique, parfaitement adapté à des élèves de 4e : proposer
Vanity Fair, The New Yorker…). Il a publié des dizaines
ces deux extraits est une manière d’inviter les élèves à
de recueils d’illustrations, de livres pour enfants et de
bandes dessinées couronnés de nombreux prix, dont le prolonger le travail par une lecture cursive de l’œuvre.
Grand Prix de Bratislava en 1993 pour Eugenio, qui sera
ensuite adapté en dessin animé. Aujourd’hui, ses livres Sur l’auteur
sont traduits dans le monde entier. Depuis 1977, une w Né le 6 juillet 1972, Laurent Gaudé vit à Paris. Une fois
quarantaine d’expositions lui ont été consacrées dans des son bac en poche, il choisit de suivre des études littéraires
galeries privées. (Cf. autres illustrations de Mattotti dans de lettres modernes, jusqu’à la préparation d’une thèse en
ce manuel : la première de couverture, l’ouverture de la études théâtrales. Passionné par le théâtre, Laurent Gaudé
séquence « Théâtre », p. 201). se décide à vivre de sa plume. En 1999, ses efforts se ré-
Exploitation possible : vèlent payants avec la publication de sa toute première
pièce, Combats de possédés, parue aux éditions Actes Sud
a. De quel type d’image s’agit-il ?
à qui il est toujours resté fidèle depuis. Tout s’enchaîne
b. Décrivez-la en distinguant les différents plans. À alors très vite pour ce jeune auteur : sa pièce, traduite en
quoi les personnages peuvent-ils bien penser ? allemand, est jouée à Essen dans une mise en scène de
c. Quelle atmosphère d’ensemble se dégage de cette Jürgen Bosse. Sa deuxième pièce, Onysos le furieux, est
image ? Quel accessoire est surprenant ? publiée en 2000, puis, dans la foulée, elle est montée en
d. À quel genre romanesque ou cinématographique juin de la même année au Théâtre national de Strasbourg.
vous fait-elle penser ? Citez des exemples. Devant le succès grandissant de son auteur, Actes
Sud édite en 2001 deux ouvrages de Laurent Gaudé :
Outils de la langue
sa troisième pièce, Pluies de cendres, créée en mars au
Autre suggestion pour amorcer studio de la Comédie-Française, et son premier roman,
une séance grammaticale :
Cris, dont l’action se déroule dans les tranchées de la
➜ La conjugaison du conditionnel (p. 331).
Première Guerre mondiale. En 2002, parution de deux
nouvelles pièces : Cendres sur les mains et Le Tigre bleu
de l’Euphrate. Laurent Gaudé revient un temps au roman
avec La Mort du roi Tsongor, qui se voit lauréat du Prix
Goncourt des lycéens 2002.
82
Séquence 3 ➜ Romans et nouvelles
Travaillant à Paris, marié à une femme d’origine ita- b. Serf, servir, serveur, servante, servitude, asservisse-
lienne, Laurent Gaudé prépare alors Le Soleil des Scorta, ment, desservir sont de la même famille.
publié lors de la rentrée littéraire 2004. Ce roman épique,
qui raconte la lignée familiale souvent malheureuse des Approfondissez votre lecture
Scorta, remporte le Prix Goncourt en 2004. C’est la pre-
mière fois que l’éditeur Actes Sud remporte ce prix pres- Texte A : L’accélération du récit
tigieux ; le livre, quant à lui, avait déjà reçu un excellent
accueil public : il s’était déjà vendu à 80 000 exemplaires Le départ de Tsongor (l. 1 à 16)
avant que le verdict du Goncourt ne soit rendu. 5 a. Les temps dominants sont l’imparfait (c’était,
l. 1) et le plus-que-parfait (était parti, l. 3) : l’imparfait
sert à poser le décor (actions de second plan, descrip-
Découvrez les textes tions), ici la situation initiale (fin de règne du vieux
1 Le cadre du récit : roi et départ de Tsongor) ; le plus-que-parfait sert à
Le récit se déroule dans le royaume du roi Tsongor, préciser une antériorité par rapport à un événement
qui s’étend aux confins des terres connues (texte A, passé.
l. 10), jusqu’aux dernières terres inexplorées du conti-
b. À la l. 12, c’est le début de l’action : le départ de
nent. Aux confins du monde (texte A, l. 28-29). L’auteur
Tsongor à la mort de son père : il leva son armée (l. 12).
ne précise ni les pays ni le continent, mais au vu des
L’événement est exprimé au passé simple, temps de
noms des personnages, il peut s’agir de l’Afrique.
l’action dans un texte au passé.
Volontairement, il ne situe pas le récit dans le
temps, parce qu’il pourrait se passer à toutes les c. Il ne s’est pas déroulé de temps entre cet événe-
époques : il lui confère ainsi une valeur d’éternité et ment et le début du paragraphe qui annonce, dès la
d’universalité, comme dans les tragédies grecques. première ligne (il venait de quitter le royaume de son
père) ce qui sera effectif à la l. 12, véritable début de
2 Le narrateur n’est pas un des personnages du l’action (leva et partit).
récit. C’est un narrateur extérieur, qui rend compte
d. Le premier paragraphe comporte 16 lignes. Il s’agit
objectivement des événements et des réactions des
d’une pause narrative qui sert à présenter la situa-
personnages.
tion initiale : le départ de Tsongor.
3 Les protagonistes (personnages essentiels au dé- Le récit de l’événement proprement dit occupe à
roulement de l’action) sont le roi Tsongor qui appa- peine 2 lignes : Il leva… vers le sud (l. 12-14). Cela tra-
raît dès la première ligne du texte A, et le dernier duit la rapidité de la décision et la détermination de
survivant des rampants, Katabolonga, dans le texte B Tsongor.
(l. 11).
Les figurants (personnages présents mais qui ne Les guerres du roi Tsongor (l. 17 à 29)
prennent pas part à l’action) sont : 6 a. Le deuxième paragraphe comporte 13 lignes.
– dans le texte A : le vieux roi (l. 2), père de Tsongor, Les événements qu’il raconte se déroulent sur vingt
ses ennemis (l. 21) et ses propres soldats (l. 22), sa ans (l. 17, 18, 19, 27).
femme (l. 24) et ses enfants (l. 25) qui ne portent b. Ces événements sont résumés puisque l’auteur
même pas de nom, les rampants (l. 28) ; ne détaille pas les conquêtes de Tsongor, qui sont un
– dans le texte B : l’armée (l. 5), des soldats (l. 13), tout éternel recommencement de déplacements, de com-
le campement (l. 17), c’est-à-dire toute la masse de ses bats, de victoires, entrecoupés des naissances de ses
hommes qui assistent, médusés, au face à face entre enfants où il ne prend même pas la peine de s’arrêter.
le roi et son ennemi. Il s’agit d’un sommaire.
4 a. Sens et étymologie du verbe j’asservis (texte B, 7 Les phrases du deuxième paragraphe sont brèves,
l. 61) : la plupart sont des phrases nominales (Vingt ans de
– Recensé pour la première fois en 1196, il est construit campement. De combat. Et d’avancées. l. 17-18). Ces
sur le préfixe a- (venant du latin ad-, qui marque le phrases courtes, hachées, précises, incisives, créent
but à atteindre) et sur le radical serf (du latin servus, une accélération du récit, comme si l’auteur, à l’image
esclave), auxquels on a ajouté la dési-nence verbale du roi Tsongor, ne prenait pas le temps de s’arrêter,
-ir. de reprendre son souffle.
– Il signifie « réduire à la servitude, à l’esclavage ». 8 La lecture à voix haute permet de se rendre
Dans le texte A, le mot assujettir (l. 11) appartient compte de l’accélération du récit, car le rythme insuf-
au même champ lexical. flé par le texte est rapide et régulier. On remarque de
83
1re partie ➜ Étude de textes
nombreuses constructions ternaires qui donnent un 11 On repère les paroles des personnages grâce à la
souffle épique au texte (l. 17-18 : de campements. De ponctuation et à la disposition spécifiques du dia-
combats. Et d’avancées. ; l. 19-20 : … à consulter des logue (passage à la ligne, guillemets), aux proposi-
cartes. À élaborer des stratégies. Et à porter ses coups.) tions incises (qui précisent l’identité et le ton de
Les répétitions de mots, d’expressions (vingt ans ; l’émetteur, l. 28, 35, 58) et au choix du temps verbal
malgré…) ou de constructions de phrases (à suivi d’un (le présent d’énonciation).
infinitif) créent une insistance, marquent les étapes, Les paroles sont rapportées directement, ce qui
scandent le texte comme une véritable incantation. rend la scène plus vivante, comme si le lecteur était
Texte B : Le ralentissement du récit témoin de cette conversation.
Une journée mémorable (l. 1 à 76) 12 On a l’impression d’assister à une scène en temps
réel lors de l’arrivée de Katabolonga (on suit son
9 a. Cette partie du texte est construite sur une al-
avancée sous le regard médusé des soldats) et du-
ternance de passages narratifs et descriptifs : rant le dialogue des deux personnages.
– l. 1 à 10 : passage descriptif qui évoque le repos des
guerriers (verbes à l’imparfait) ; Et les années passèrent… (l. 77 à 83)
– l. 11 à 27 : passage narratif qui rapporte l’arrivée de 13 a. Le récit de cette journée mémorable s’achève
Katabolonga et sa progression à travers le campe- au terme des paroles de Katabolonga, qui créent un
ment de l’armée de Tsongor (verbes au passé simple) suspense, une tension et ont une valeur programma-
avec une parenthèse descriptive (l. 12-13) ; tive : Je te l’ai dit. Je te tuerai. (l. 76) On remarque
– l. 31 à 34 : description de Katabolonga (verbes à également une coupe dans l’extrait ([…]).
l’imparfait) ; Les expressions qui indiquent que le narrateur
– l. 36 à 38 : passage narratif (déclenchement du dia- fait un saut dans le temps : Depuis ce jour (l. 77), Les
logue, verbes au passé simple) ; années passèrent (l. 78), D’autres années passèrent
– l. 50 à 57 : passage descriptif qui évoque les réactions (l. 80-81), Avec toujours… (l. 83) Il s’agit d’une ellipse
des soldats à la longue réplique de Katabolonga ; narrative : l’auteur ne raconte pas tout ce qui s’est
– l. 71 à 74 : passage descriptif qui reprend les réac- passé durant ces années.
tions des soldats. b. Les phrases sont courtes, construites sur le même
b. Dans les passages narratifs, les mots ou groupes schéma, avec ellipse du sujet il.
de mots qui expriment l’idée de durée : une marche c. On a affaire à une accélération du temps, comme si
de plusieurs heures (l. 17-18) ; longuement (l. 27) ; Un Tsongor vieillissait en accéléré.
temps interminable s’écoula (l. 37). Si on schématisait ces deux extraits, on aurait :
10 a. Voici les termes qui, dans les passages descrip- pause (départ de Tsongor) – sommaire (vingt ans de
tifs, dépeignent le comportement des personnages : guerre) – scènes en temps réel avec ralentissement
– l. 2 à 10 : occupations des soldats (se reposait, net- du récit (réactions et dialogues au ralenti) – ellipse,
toyaient, soulageaient, discutait) ; puis sommaire (un nombre d’années indéterminé).
– l. 31 à 34 et l. 50 à 53 : le silence et l’étonnement des
soldats (étonnés, l. 31-32, pas une voix de soldat, l. 51, Et maintenant, concluez
Tous attendaient, l. 51-52) ; u L’auteur peut accélérer son récit en résumant en
– l. 54 à 57 : réaction impassible de Tsongor (Tsongor peu de lignes une longue période (c’est un som-
ne bougeait pas, l. 54) ; maire), en sautant certaines périodes (c’est une
– l. 71 à 74 : stupéfaction des soldats (on cherchait à ellipse narrative).
comprendre, l. 73). Dans ce cas, il peut utiliser des phrases courtes,
Tous ces termes traduisent le calme, la lenteur avec des répétitions de constructions ou de
des personnages : il s’agit d’un moment solennel où rythmes qui scandent le texte.
tout le monde a le regard tourné vers Katabolonga. u L’auteur peut ralentir le récit en faisant une pause
b. Les phrases des l. 12-13 concernent la description narrative (il s’appesantit sur un court moment)
du personnage. Elles sont brèves, souvent réduites ou en faisant des descriptions (portrait de per-
à un mot, sans verbe conjugué : Katabolonga se sonnages, réactions).
présente à tous dans sa nudité, fier et courageux. Il u Lors de scènes en temps réel, en rapportant di-
a la gravité et la fixité d’une statue, ce qui participe rectement les paroles des personnages, le temps
de la dimension épique du texte. Le récit est comme de la narration semble correspondre au temps de
arrêté, le temps est suspendu face à cette apparition. l’action.
84
Séquence 3 ➜ Romans et nouvelles
85
1re partie ➜ Étude de textes
cables rationnellement (l’eau se met à déborder, la bi- Les périodes qui font l’objet d’un sommaire :
bliothèque prend feu, la concierge est retrouvée morte). – entre 8 et 16 ans : à Padoue… je me suis adonné à
Ce sont également bien sûr les paratextes qui l’étude ;
peuvent mettre un lecteur averti sur la voie (nom – entre 16 et 18 : devenu docteur et prêtre, il va faire
de l’auteur, titre de l’œuvre) et ainsi créer un horizon fortune à Rome ;
d’attente. – entre 18 et 20 : il est militaire ;
4 Étudier un retour en arrière – entre 20 et 21 : il est joueur de violon.
a. Verbe qui annonce le retour en arrière : l’avait 7 Étudier le rythme du récit
habitée.
a. Dans l’extrait 1, les verbes du premier paragraphe
b. Temps : plus-que-parfait pour marquer une sont à l’imparfait (mise en place du décor, descrip-
antériorité. tion), sauf les passés simples entendit et éclaira. Ceux
c. Ce retour en arrière permet de rappeler les tra- du 2e paragraphe sont au passé simple (début de
giques événements qui ont touché la demeure dont l’action, enchaînement d’actions dans un récit).
il est question. b. Le temps dominant de l’extrait 2 est le passé
5 Étudier une anticipation simple.
a. Locution verbale qui annonce l’anticipation : que c. Les passages narratifs sont ceux qui sont rédigés
tout allait finir (répétée deux fois, aux l. 6 et 10) au passé simple (2e § de l’extrait 1 et extrait 2) ; les
et reprise par son synonyme que tout allait cesser passages descriptifs (début de l’extrait 1) sont à
(l. 12-13). l’imparfait.
b. Les verbes qui développent cette anticipation : d. Les passages descriptifs de l’extrait 1 ralentissent
il tuerait, où le roi se lèverait, le suivrait, il serait. Ils l’action : il ne se passe rien, on pose le décor et, ici, il
sont au conditionnel, qui a ici sa valeur temporelle s’agit de faire monter l’angoisse à travers l’évocation
de futur dans le passé (équivalant au futur dans un de la nuit et des bruits.
récit au présent). En revanche, le récit est accéléré dans le 2e § de
c. Cette anticipation, qui figure dans le premier cha- l’extrait 1 et dans l’extrait 2, au moment où s’en-
pitre du roman, crée un horizon d’attente, un certain chaînent les actions du combat, donnant au texte
suspense chez le lecteur : Katabolonga sera-t-il en une force épique.
état de parvenir à ses fins, le pourra-t-il matérielle-
ment et mentalement ? Expression écrite (p. 82)
6 Identifier des ellipses et un sommaire
a. Écrire une nouvelle
Indications de temps Verbes correspondants
le 2 d’avril, jour de Pâques me mit au monde
Réunissez le vocabulaire nécessaire
de l’an 1725 1 Le vocabulaire du monde urbain
au baptême on m’a nommé a. Les synonymes : un bled / un patelin ; un trou / un
jusqu’à huit ans et demi Je fus hameau ; une bourgade / un bourg ; une aggloméra-
tion / une ville ; une capitale / une métropole.
Après une hémorragie de on m’a envoyé, je me suis Le mot cité a deux sens : soit synonyme de ville
trois mois adonné
(c’est la cité grecque), soit synonyme de quartier (où
à l’âge de seize ans on m’a fait sont regroupés des logements sociaux).
Âgé de dix-huit ans je suis entré Classement dans l’ordre croissant : trou, hameau,
bled, patelin, bourgade, bourg, agglomération, cité,
Deux ans après j’ai quitté
ville, capitale, métropole.
À l’âge de vingt et un ans m’adopta Les mots appartenant au niveau de langue fami-
lier : trou, bled, patelin.
Il s’agit d’un récit qui suit l’ordre chronologique. b. – Allée : chemin bordé d’arbres, de verdure.
b. La période de sa vie que Casanova passe sous – Artère : rue importante d’une ville.
silence : entre 0 et 8 ans, où il se contente de men- – Venelle : petite rue étroite (cf. ruelle).
tionner sa constitution maladive. – Avenue : large voie urbaine.
86
Séquence 3 ➜ Romans et nouvelles
87
1re partie ➜ Étude de textes
L’histoire : Bien qu’ils soient voisins, les pays de l’Ar- Pour le gris, les différentes teintes des rochers, les
bonne et du Gorhaut semblent aussi différents que le tombes en pierre, les escaliers qui descendent dans
soleil l’est de l’astre de la nuit. l’eau, et d’un gris tendant vers le noir, la barque et
Au sud, les oliviers et les vignes de l’Arbonne s’épa- les rames, les rameurs (?), la cape et la chevelure de
nouissent alors que les troubadours célèbrent l’amour la jeune fille, son hibou.
courtois, la joie de vivre et la déesse Rian. Au nord, la Cette palette de couleurs, que vient rompre la
terre sombre et austère du Gorhaut porte un peuple de tache rouge de la robe de la jeune fille, crée une
farouches guerriers qui ne jurent que par l’épée et adorent atmosphère entre fantastique et symbolisme, qui
Corannos, le dieu mâle. relève d’un subtil clair-obscur, d’une lumière entre
Gouverné depuis peu par Adémar, roi cruel, mesquin et chien et loup, mi-jour, mi-nuit, heure des spectres et
despote, le Gorhaut est sur le point d’envahir l’Arbonne, des fées.
affaibli par la lutte intestine de deux de ses principaux c. Pour faire la description de cette image avec plus
ducs, Bertrand de Talair et Urté de Miraval, et gouverné de précision, on demande aux élèves de distinguer
par une femme, Cygne Barbentain. les différents plans qui la constituent :
Face à l’armée du Gorhaut soutenue par la colère de – au premier plan, on voit une barque qui se dirige
Corannos, les chances de l’Arbonne paraissent bien vers le devant de la toile, éclairée à sa proue par
minces. Mais le pays de l’amour courtois est aussi celui de une lanterne. À son bord, une jeune fille debout, qui
la magie et des passions : Béatrice, la prêtresse aveugle semble diriger l’embarcation ;
de Rian, son hibou blanc sur l’épaule, et Blaise, un – au second plan, on distingue une île : île des morts,
mercenaire mystérieux venu du nord, vont se mettre au île-cimetière, où le minéral des rochers et des pierres
service de l’Arbonne afin de mieux résister à l’autorité tombales, sortes de ruines de temples grecs, s’unit au
d’Adémar. végétal des cyprès (arbres de cimetière) ;
L’histoire oppose deux clans. Celui du Gorhaut, peuple – à l’arrière-plan, on distingue les vestiges d’un
de guerriers éternels où la femme n’est pas considérée temple, vaste arche décorée derrière laquelle une
comme un être humain intelligent ; elle n’est que la re- pleine lune apparaît ; à droite de l’île apparaît une
productrice, la servante qui n’a aucun droit ; elle vit dans seconde lune.
le silence, la rigidité et la servitude du maître. Celui de
d. Le personnage se trouve à l’avant de la barque,
l’Arbonne qui est, lui, dirigé par une femme : c’est un ma-
debout, reprenant à son compte la verticalité de
triarcat où règnent l’équilibre, la connaissance, la culture,
l’arche, des rochers et des cyprès. C’est une jeune
la poésie, la grâce. La femme est respectée et libre, elle
fille, sorte de figure de proue qui s’avance vers nous,
a accès à l’université. C’est à une femme que revient la
sa vaste chevelure noire au vent. Elle porte une
responsabilité de diriger une institution où on cultive
longue robe rouge et une cape noire ; sur son épaule,
l’amour et son langage : la « Cour d’amour ».
une chouette, animal nocturne (réminiscence de la
Il y a également une île mystérieuse, l’île des déesses déesse Athéna dont c’était le symbole ?).
aux pouvoirs insoupçonnés. Ces déesses protègent de D’après les éléments que l’on a sur l’œuvre, il peut
leur vie, le caractère religieux et sacré de leur île. s’agir de Béatrice, la prêtresse aveugle, guidée par
son hibou (voir plus haut le résumé du récit).
Préparez votre intervention e. Le personnage vient de l’île des morts, ou plutôt de
1 Observez l’image l’île « des déesses aux pouvoirs insoupçonnés », lieu à
la fois religieux et sacré.
a. Il s’agit d’un paysage marin ou lacustre : une
C’est la nuit, mais une nuit claire, grâce aux reflets
île-cimetière recouverte de rochers et de cyprès,
de la pleine lune (ou des deux lunes, à moins que
perdue au milieu des eaux ; une femme, debout sur
l’une d’entre elles ne soit la Terre ?) et à la lumière
une barque, en revient pour se diriger vers nous, les
jaune des lanternes.
spectateurs.
Tous ces éléments tendent à créer une atmos-
b. Les couleurs dominantes sont le bleu et le gris phère fantastique.
dans toutes leurs nuances.
Pour le bleu, on va du bleu très pâle au bleu plus
soutenu : bleu de l’eau, recouverte d’une nappe de
À vous de jouer !
brume bleu pâle, reflets bleu-vert des cyprès, bleu 2 Comparez deux images
du ciel, lui-même blanchi par les reflets de lune, bleu Pour cette illustration, John Howe s’est fortement
du vestige de temple situé au troisième plan, bleu inspiré d’un tableau de Böcklin, reproduit à la p. 238
outremer pour l’encadrement de la toile. du manuel de l’élève, intitulé L’Île des morts.
88
Séquence 3 ➜ Romans et nouvelles
89
1re partie ➜ Étude de textes
tuelles et de premier plan dans un récit au passé retour en arrière, est le joueur d’échecs Mirko
(regarda, l. 11). Czentovic (l. 12 et 14).
Il est remarquable car son ascension dans le
5 Les différentes parties du texte :
monde des échecs a été fulgurante : champion mon-
– 1er § (l. 1 à 6) : Effervescence sur le pont : la mise en
dial (l. 14-15), il a gagné tous les tournois (l. 16), alors
place du décor ;
qu’un an auparavant, c’était un illustre inconnu.
– 2e § (l. 7 à 18) : Un passager célèbre : l’entrée en scène des
personnages et la focalisation sur le joueur d’échecs ; 11 Une phrase non verbale : Mirko Czentovic, le
– 3e § (l. 19 à 23) : L’éveil des souvenirs ; champion mondial du jeu d’échecs (l. 14-15). Elle sert à
– 4e § (l. 24 à la fin) : L’émergence d’un génie. préciser l’identité du prestigieux passager, à la ma-
nière d’un titre de journal.
6 Les événements sont rapportés dans un ordre
chronologique jusqu’à la l. 23 : l’effervescence du dé- 12 Les traits inattendus de ce personnage sont préci-
part, la discussion entre le narrateur et son ami. À sés à la fin de l’extrait : ce champion serait incapable
partir de la ligne 24, il s’agit d’un retour en arrière. d’écrire une phrase, même dans sa propre langue, sans
faire de fautes d’orthographe, et… son inculture serait
7 Le retour en arrière est introduit par la proposi- universelle (l. 35-37). Peut-on ainsi concilier le génie
tion Il y avait environ un an (l. 24). Le temps utilisé de l’échiquier et l’analphabétisme ?
pour rapporter le retour en arrière est le plus-que-
Ces révélations créent un effet de surprise dans
parfait (était devenu, l. 25) qui sert à marquer une
le récit et relèvent l’intérêt pour le personnage, qui
antériorité dans le système du passé.
n’est pas qu’un génie, mais qui présente des failles.
C’est l’ami du narrateur qui opère ce retour en ar-
Un horizon d’attente est ainsi créé. Est-ce vrai ?
rière (Mon ami compléta mes souvenirs, l. 21-22). Cela
Est-ce possible ? Comment le vérifier ?...
permet de donner au lecteur des informations sur le
protagoniste.
8 La scène en temps réel se situe au moment de la
Écriture
discussion entre le narrateur et son ami, l. 7 à 18. Elle On ne demande pas ici de rédiger la suite de la
rend le texte plus vivant et permet de focaliser l’at- nouvelle, mais d’écrire un début de récit réaliste « à
tention sur le joueur d’échecs, d’abord par les éclairs la manière de… » pour vérifier si les acquis de la sé-
des photographes, puis par les paroles des deux amis. quence ont bien été assimilés.
L’ellipse se trouve l. 29 à 33. Elle permet de mettre Ce qui suppose :
en évidence le caractère exceptionnel de cette ascen- – la mise en place d’un décor immédiatement re-
sion dans le monde des échecs, de l’inconnu (obscur, connaissable (lieux, époque, moment) pour créer un
l. 32) à la reconnaissance. effet de réel ;
9 Les paroles des personnages sont rapportées di- – la présentation de personnages « ordinaires »
rectement, comme nous le prouvent la disposition (nom, rôle, tenue, caractère, langage) ;
(encadrement des répliques à l’aide de guillemets, – le déclenchement d’une intrigue fondée sur une ren-
l. 12 et 14-18) et le choix des temps (système du pré- contre inattendue avec un personnage d’exception.
sent avec le présent d’énonciation avez, l. 12 et le Les élèves devront respecter deux autres
passé composé a traversé, l. 15). contraintes : l’insertion d’une scène en temps réel et
10 Le personnage principal, sur qui se focalisent l’at- d’un retour en arrière, pour vérifier qu’ils les maî-
tention des passagers, les paroles des deux amis et le trisent bien.
90
Séquence 4 ➜ Étranges histoires
4
e
Étranges histoires (p. 88)
enc
qu
Sé
91
1re partie ➜ Étude de textes
SUGGESTION DE SÉQUENCES
La séquence 4 du manuel offre en elle-même l’os- – lecture à voix haute des histoires inventées par les
sature d’une séquence, d’autant que cette notion élèves à partir des images de films et réactions des
contient en soi sa spécificité, et doit donc être étudiée élèves : le genre fantastique est-il bien respecté ?
comme telle. – étude du texte de Gogol pour mettre en évi-
Une des suggestions de séquences du chapitre précé- dence les conditions d’apparition du fantastique
dent proposait de mettre en évidence la filiation entre (l’arrière-plan réaliste) : questions « Découvrez le
le réalisme et le fantastique. texte », p. 91.
• À la maison :
– répondre aux questions « Approfondissez votre
■ PREMIÈRE SÉQUENCE : lecture », p. 91.
Le fantastique, de l’image au texte
3e séance ÉTUDES DE TEXTE ET D’IMAGE
OBJECTIFS :
l Appréhender la notion de fantastique à partir de Objectif : Étudier les caractéristiques du récit fantas-
l’image fixe ou mobile. tique et les points communs avec l’univers de Tim
Burton.
l Être capable de repérer les points communs
et les passerelles entre l’analyse de l’image et • En classe :
l’analyse d’un texte littéraire, conformément aux – correction des questions p. 91 : du réalisme du
exigences des Instructions officielles. cadre au fantastique du portrait ;
l Être capable de rendre compte à l’oral et à l’écrit
– mise en parallèle avec l’image en pleine page, p. 89 :
d’une analyse de documents (texte ou image). le réel et son dépassement ; les différents degrés
d’interprétation.
• À la maison :
– « Expression écrite », n° 14 p. 91.
1re séance ÉTUDE D’IMAGES
Objectif : Découvrir les particularités du genre fan- 4e séance OUTILS DE LA LANGUE
tastique (et surtout la notion de décalage) à partir de Objectif : Rendre compte à l’oral d’une suite de texte.
documents qui sont proches des élèves : des images Travail sur la description.
tirées de films de Tim Burton. Support : Comment insérer une description dans un
– Support : Le fantastique au cinéma, p. 104 (quatre récit ? p. 296 et Comment organiser un portrait ?,
images tirées de différents films de Tim Burton). p. 298.
• En classe : • En classe :
– mettre en commun les premières impressions des – lecture de certaines suites de texte inventées par
élèves à partir des questions suivantes : En quoi ces les élèves ;
images relèvent-elles du fantastique ? Qu’est-ce qui – comparaison avec le texte original de Gogol :
vous paraît bizarre sur ces images ? Peut-on imaginer réactions ?
le contexte dans lequel ces images apparaissent ? – exercices pour étoffer ses descriptions p. 296-297
– rédiger les premiers éléments d’une définition du n° 2, 4 et 5.
fantastique.
• À la maison :
• À la maison : – exercices 1 et 2 p. 330 ;
– choisir une des images et inventer l’histoire du film – proposer une description du tableau de Courbet Le
d’où elle est tirée en respectant le genre fantastique. Désespéré, p. 90.
92
Séquence 4 ➜ Étranges histoires
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1re partie ➜ Étude de textes
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Séquence 4 ➜ Étranges histoires
95
1re partie ➜ Étude de textes
– Le cadre : on a l’impression de découvrir un champ Nous nous trouvons bien au cœur du fantastique,
de citrouilles, par une nuit de pleine lune. Un homme comme le définissait Todorov : cette « illusion des sens »,
semble déclamer des vers, sa flamme (?) au clair de lune, cette « réalité régie par des lois inconnues de nous », cette
sur une colline, qui a la forme d’une vague. « hésitation » entre des univers variés mais qui semblent
On peut alors introduire la notion d’analogie entre ici n’en faire qu’un.
deux univers, qui crée une métaphore, voire une allégorie :
analogie entre la colline et une vague (entre un univers
champêtre et un univers marin) et analogie entre ce champ
et un cimetière (on devine au premier plan, dans l’ombre Introduction au fantastique
de la vague-colline, des croix et des pierres tombales).
Nos repères réels sont ainsi brouillés : on ne sait pas w Les précurseurs :
où l’on est vraiment, ou plutôt, on est à deux endroits en Parmi les précurseurs de la littérature fantastique, notons
même temps (don d’ubiquité). Cazotte avec Le Diable amoureux (1772) et Jan Potocki
– Les personnages : on distingue un personnage, mis en avec Le Manuscrit trouvé à Saragosse (1804), auxquels
évidence dans la lumière de la pleine lune. Tentons de le Todorov fait souvent allusion dans son Introduction à
décrire : c’est un homme-squelette, habillé d’un smoking la littérature fantastique (éd. du Seuil, « Points », 1970),
noir très usé, en lambeaux. Il se tient de profil, le pied mais aussi les auteurs du roman noir anglais (dont M.
gauche en avant, la main droite sur le cœur, comme s’il G. Lewis avec Le Moine, 1795), les Romantiques alle-
s’adressait à l’univers entier. mands, Bürger et Goethe, et bien sûr Edgar Poe, dont les
Dans le champ, des citrouilles creusées, illuminées de Histoires extraordinaires furent traduites par Baudelaire.
l’intérieur, font penser à l’univers d’Halloween. Par leur w Qu’appelle-t-on le fantastique ?
rictus, elles semblent elles aussi douées de vie. Voici quelques bribes théoriques tirées des auteurs cri-
b. Les différents plans : tiques qui pourront nourrir une réflexion et un cours sur
C’est une autre manière d’aborder l’image, en distinguant la question.
les différents plans qui la constituent. Pour Pierre-Georges Castex, le fantastique consiste
– Premier plan : on distingue en bas à droite, semblant en une « intrusion brutale du mystère dans le cadre de la
surgir de l’ombre, des croix celtiques et des pierres tom- vie réelle » (in Le Conte fantastique en France de Nodier
bales, figées dans un sol en pente qui semble être un à Maupassant, éd. José Corti, 1951) tandis que Roger
champ de citrouilles (présence de racines, rainures de Caillois, dans son Anthologie du fantastique (éd. Gallimard,
moissons ou de meules de foin) ; 1966) parle de « déchirure » et de « scandale ».
– Second plan : le second plan, au centre de l’image, est oc- Todorov, quant à lui, commence ainsi son étude :
cupé par cette colline ou vague, surmontée du personnage « L’expression “ littérature fantastique ” se réfère à une
vivant (ou mort-vivant, intermédiaire entre deux mondes) ; variété de la littérature ou, comme on dit communément,
– Arrière-plan : il est occupé par d’autres collines, peu- à un genre littéraire » (p. 7). Après avoir rappelé la notion
plées de citrouilles-lanternes et de barrières-hallebardes. de genre, il précise la définition du fantastique à partir
d’un extrait du Diable amoureux de Cazotte. « Dans un
2. Le caractère fantastique de l’image monde qui est bien le nôtre, celui que nous connaissons,
Ce qui donne un caractère fantastique à cette image, c’est sans diables, sylphides, ni vampires, se produit un événe-
l’ensemble des éléments relevés. Tentons de les classer : ment qui ne peut s’expliquer par les lois de ce même monde
– l’atmosphère nocturne, lugubre ; familier. Celui qui perçoit l’événement doit opter pour l’une
– la présence de la pleine lune ; des solutions possibles : ou bien il s’agit d’une illusion des
– le personnage-squelette ; sens, d’un produit de l’imagination et les lois du monde
– les citrouilles éclairées, sortes de masques vivants, restent alors ce qu’elles sont ; ou bien l’événement a vérita-
faisant référence à la fête d’Halloween, qui a lieu le jour blement eu lieu, il est partie intégrante de la réalité, mais
des Morts ; alors cette réalité est régie par des lois inconnues de nous.
– la présence des pierres tombales ; […] Le fantastique occupe le temps de cette incertitude,
– le jeu des analogies qui crée des passerelles entre deux […] c’est l’hésitation éprouvée par un être qui ne connaît
univers : celui des morts et celui des vivants, un champ et que les lois naturelles, face à un événement en apparence
une vague… surnaturel. » (p. 29)
Tous ces éléments sont faits pour déstabiliser le spec- Le fantastique est ainsi fondé sur une incertitude, une
tateur, le mener aux frontières du réel, à l’endroit où hésitation : on ne peut trancher entre une interprétation
convergent différents univers. Sommes-nous chez les rationnelle ou irrationnelle, au risque de basculer dans
morts, les vivants, dans un champ, sur la mer ? des genres voisins, l’« étrange » ou le « merveilleux ».
96
Séquence 4 ➜ Étranges histoires
On retrouve chez les trois critiques l’idée d’intrusion – le souci du détail, qui peut ou bien être interprété
d’un événement étrange dans un monde supposé réel, comme un désir de réalisme, ou bien être significatif d’un
et c’est de ce constant va-et-vient entre réalité et rêve, désir d’éparpillement qui éloigne de l’expression directe et
entre quotidien et étrange que naît le fantastique. D’où franche (cf. le tableau qui va tuer Tchartkov) ;
l’arrière-plan réaliste nécessaire, essentiel : des person- – le dérèglement de la réalité (la folie, les rêves, les dé-
nages banals dans un milieu connu et, d’un seul coup, rives fantastiques) ;
un événement incongru (comme la découverte d’un nez – l’importance du rêve et des réveils, qui sont toujours
dans une miche de pain lors d’un petit-déjeuner banal de faux réveils : on n’en finit pas de se réveiller chez
dans la nouvelle Le Nez, de Gogol). Gogol, et on est toujours dans un autre rêve, indéfini-
ment. Tchartkov est comme captif d’un labyrinthe, et
w Quelles sont les fonctions du fantastique ?
chacun de ses rêves ouvre sur un autre rêve, toujours
Todorov en distingue trois : « Premièrement, le fantastique plus terrible.
produit un effet particulier sur le lecteur – peur, ou horreur, En outre, dans Le Portrait, il est question d’un pacte
ou simplement curiosité – que les autres genres ne peuvent avec le diable, qui se fait en deux temps : le moment
provoquer. Deuxièmement, le fantastique sert la narration, de la tentation, où les pièces d’or roulent sous les yeux
entretient le suspense : la présence d’éléments fantastiques du peintre désargenté, et la signature, le moment où le
permet une organisation particulièrement serrée de l’in- peintre, prêt à renoncer à l’art, vend une psyché, c’est-à-
trigue. Enfin, le fantastique a une fonction tautologique : il dire son âme, à deux clientes.
permet de décrire un univers fantastique, et cet univers n’a
pas pour autant une réalité en dehors du langage. » (p. 98)
Sur l’auteur
w Nicolas Vassilievitch Gogol (Ukraine, 20 mars 1809
1. L’apparition du fantastique (p. 90) - Moscou, 8 mars 1852) est un écrivain ukrainien qui
écrivit en russe. Son père, ancien officier cosaque, déve-
loppa son goût de la littérature ; sa mère lui transmit sa
Un étrange portrait, Nicolas Gogol foi religieuse, qui devait évoluer, à la fin de sa vie, vers un
OBJECTIFS PÉDAGOGIQUES mysticisme maladif.
Être capable de : Après de médiocres études, il quitte l’Ukraine et trouve
l repérer à quel moment le récit bascule du réa-
un modeste emploi de bureau dans un ministère à
Saint-Pétersbourg. Même s’il ne fut qu’un très médiocre
lisme au fantastique ;
employé, cette expérience lui inspirera une magni-
l rédiger la suite d’un récit fantastique.
fique nouvelle, Le Manteau (1843), dont le héros, Akaki
Découvrir l’univers de Nicolas Gogol qui a marqué Akakiévitch, est devenu l’archétype du petit fonctionnaire
la littérature fantastique, notamment par ses nou- russe. Son éloignement de l’Ukraine et la nostalgie qui en
velles, que l’on pourra inviter les élèves à lire. résulte lui inspirent Les Veillées du hameau (1831-1832).
Il devient professeur d’histoire à l’Institut patriotique
des jeunes filles, puis à l’université de Saint-Pétersbourg
Présentation de l’extrait (1831-1835). Pendant cette période, il publie de nom-
breuses nouvelles, avec les recueils Arabesques (premier
w La nouvelle Le Portrait figure dans le recueil intitulé
nom donné aux Nouvelles de Pétersbourg) et Mirgorod.
Les Nouvelles de Pétersbourg où elle occupe une place
En 1836, sa pièce de théâtre, Le Revizor, connaît un réel
centrale : en effet, elle annonce métaphoriquement le re-
succès à Saint-Pétersbourg ; il veut y dénoncer les vices et
noncement de Gogol à la littérature (l’art est corrupteur, les abus qui se trouvent en l’homme.
car il est l’œuvre du diable), et l’ouverture d’une autre Sur une idée de son ami Alexandre Pouchkine, il com-
voie, mystique : ce qu’on a appelé la conversion de Nicolas mence à écrire son grand roman, Les Âmes mortes, livre
Gogol signe l’impossibilité d’écrire et d’avoir accès à la qui paraîtra en 1842 : il y décrit sans concession la Russie
création artistique. profonde, en fait une satire parfois impitoyable, mais où
w Le premier titre du recueil était Arabesques : l’arabesque, demeure sous-jacent, de manière permanente, le profond
c’est la ligne courbe qui fait retour, qui fait ironiquement re- amour de Gogol pour la Russie.
tour, qui revient sur elle-même, comme la poésie, tandis que Il voyage beaucoup : Italie, France, Allemagne... En
la prose marche, va de l’avant, en ligne droite, sur une surface 1848, il fait un pèlerinage à Jérusalem. Mais, progressive-
plane, et cherche à exprimer simplement quelque chose. ment, sa santé se dégrade – et plus encore, la perception
w Dans les Nouvelles, l’arabesque se traduit dans : qu’il a de sa santé, car il se croit toujours beaucoup plus
– les interventions ironiques du narrateur ; malade qu’il n’est – et son sentiment religieux s’exalte.
97
1re partie ➜ Étude de textes
Rentré à Moscou, il rédige la seconde partie des Âmes Ce premier amas est à opposer aux vrais tableaux
mortes. Mais son état psychique et physique ne cesse (l. 12) qui arrivent par la suite.
d’empirer. Au début de février 1852, dans un moment 6 On a l’impression que cette scène est à la fois
de délire, il brûle dans le poêle de sa chambre tous ses quotidienne et singulière : on se croirait sur un mar-
manuscrits inédits, dont la fin de seconde partie des Âmes ché, sorte de marché aux puces, avec ses boutiques
mortes, semble-t-il. ouvertes aux regards, emplies de choses sans valeur
Il meurt le 21 février, épuisé par les jeûnes. (c’est l’effet de réel) et, malgré tout, un effet d’attente
est créé au détour d’une phrase introduite par la
Découvrez le texte conjonction Mais (l. 4) : tomber sur quelque chose
1 a. – Fatras (l. 4) : amas hétéroclite de choses sans d’intéressant (l. 5).
valeur.
Un portrait singulier
– Fripier (l. 16) : personne qui revend d’occasion de
vieux vêtements. 7 Le tableau trouvé par Tchartkov représente le por-
trait d’un vieillard (l. 24). C’est là qu’on peut mettre
b. Le synonyme du mot fatras dans le texte est bric-
en regard le texte et son illustration, l’autoportrait de
à-brac (l. 7).
Courbet, pour montrer les ressemblances et les diffé-
2 a. La scène se passe dans la boutique d’un brocan- rences entre les deux (un portrait, la prégnance, l’in-
teur, au marché Chtchoukine (l. 1 du chapeau), à Saint- tensité du regard, presque vivant, et la différence
Pétersbourg en Russie. d’âge entre les deux modèles).
b. Parmi les personnages, distinguons : 8 a. Les termes qui décrivent le cadre du tableau :
– les personnages principaux : le jeune Tchartkov l’adjectif épithète liée antéposé grand (l. 22) et l’ad-
(chapeau) qui est peintre (chapeau et l. 4 du texte) ; jectif épithète détachée postposé somptueux (l. 22),
le brocanteur (chapeau), patron de la boutique (l. 8) ; accompagné de l’adverbe de temps naguère, qui
mais aussi peut-être le vieillard (l. 24) représenté sur sous-entend son mauvais état actuel.
le tableau, qui semble être doué de vie ; b. Dans les l. 23 à 36, les mots ou expressions associés
– les figurants : les passants (l. 11), le fripier (l. 16) et à aux différentes parties du visage sont :
la fin, la foule (l. 38) et une femme qui s’en détache.
visage (l. 24) desséché couleur de bronze
3 Les deux grandes parties du texte :
pommettes (l. 25) saillantes
– L. 1 à 19 : c’est la mise en place du décor, avec l’ac-
cent mis sur le désordre régnant dans la boutique et ses traits (l. 25) fixés dans l’instant d’un mouvement
convulsif, […] respiraient une force
l’attitude du patron, heureux de voir enfin quelqu’un
étrangère aux contrées septentrionales :
s’intéresser à sa boutique ; titre possible : Une bou- le midi ardent s’était imprimé
tique obscure (petit clin d’œil à Modiano…). en eux (l. 26-29)
– L. 20 à la fin : focalisation sur le tableau, qui surgit
ses vêtements un ample costume asiatique (l. 29)
du désordre pour s’imposer à Tchartkov ; titre pos-
sible : Un portrait saisissant. ses yeux (l. 33) extraordinaires […] jetaient un
véritable regard… (l. 34-36)
98
Séquence 4 ➜ Étranges histoires
9 a. Il s’agit d’une pause dans le récit, soulignée par u On peut parler de fantastique quand un événe-
l’expression restait un moment immobile (l. 21), qui ment étrange se produit dans un monde familier
permet au peintre d’admirer le tableau. Les verbes (voir supra, Introduction au fantastique). Roger
qui nous prouvent que le narrateur nous livre la vi- Caillois, dans son essai Au cœur du fantastique
sion personnelle du peintre sont : l’on eût dit (l. 25), y écrit : « Tout le fantastique est rupture de l’ordre
vit (l. 30), paraissait (l. 32), il semblait (l. 33). reconnu, irruption de l’inadmissible au sein de
l’inaltérable légalité quotidienne. » (p. 161)
b. Les verbes qui expriment l’idée d’incertitude sont
au conditionnel passé (eût dit) ou correspondent à u La manifestation du fantastique provoque à la
des modalisateurs (paraissait, semblait). fois de l’étonnement (puisqu’on sort des repères,
du connu) et de la peur, de l’effroi même (on est
L’intrusion du fantastique dans l’inexplicable, l’irrationnel, ce qui sort des
10 a. Dans les l. 34-36, les trois expansions du mot limites). Ce sentiment double se ressent chez les
regard sont : personnages et peut être partagé par le lecteur,
– véritable (l. 35) : adjectif qualificatif (épithète liée d’où l’intérêt suscité par ce genre de littérature.
antéposée) ;
– qui sortait du portrait (l. 35) : proposition subordon-
née relative (complément de l’antécédent) ;
À vous de jouer !
– rompant son harmonie… (l. 35-36) : participe présent. 14 Ce sujet propose aux élèves d’inventer une suite
b. L’explication que Tchartkov donne de la force de ce en restant dans l’univers du fantastique, c’est-à-dire
regard concerne la technique et le talent du peintre : en poussant le caractère irrationnel de ce portrait, à
il semblait que le peintre y eût mis toute sa force et la fois doué de vie et de pouvoirs magiques, voire
toute sa minutieuse application (l. 33-34). C’est tout démoniaques, dont le jeune héros sera la victime.
l’art du détail, dont fera également preuve Tchartkov Les élèves devront bien sûr respecter les données
lui-même (voir supra, Présentation de l’extrait). Pour du texte (cadre, personnages) tout en insistant sur
l’instant, l’explication est rationnelle. les réactions du héros, bouleversé par ce portrait, en
11 Quand Tchartkov apporte le tableau à la lumière utilisant les outils de la modalisation.
du jour, le regard… devint encore plus intense (l. 37),
comme si le tableau se nourrissait de la lumière du Sur l’illustration (p. 90)
jour pour prendre vie. w Il s’agit d’un tableau de Gustave Courbet peint en
12 La foule (l. 38) amassée devant la boutique perçoit 1841, intitulé Le Désespéré (la date, 41, et la signature
ce phénomène. Il suscite une réaction de surprise, Courbet apparaissent en rouge en bas à gauche de
d’étonnement, au sens étymologique du terme (la la toile).
foule est frappée, l. 38) mais aussi de peur, d’effroi w Courbet est l’un des peintres qui s’est le plus représenté,
(une femme… recula, l. 38-39). et ce tableau est l’un de ses plus poignants autoportraits.
13 L’explication rationnelle ne suffit plus : le regard Il se prête une expression outrée, celle du désespoir
du vieillard semble vraiment sortir du tableau, être (d’après le titre). Elle suggère plutôt la terreur, l’halluci-
doué de vie, et revêtir ainsi une dimension fantas- nation ou la folie.
tique. On sort du cadre réel (le cadre du tableau !) Les années 1840 portent encore l’influence des tra-
pour atteindre un au-delà de la réalité, où toute ex- vaux de physiognomonie qui, à la fin du xviiie s., ont
plication rationnelle est insuffisante. attiré bon nombre d’enthousiastes autour de Lavater.
On peut rapprocher cet extrait d’une nouvelle Ils s’attachent à déceler la personnalité, les penchants,
d’Edgar Poe, Le Portrait ovale, ou d’un extrait du film l’ascendance et le destin d’après les traits du visage. Ces
La Belle et la Bête de Jean Cocteau, où le regard des travaux, touchant au mysticisme et à la recherche du moi,
statues est lui aussi doué de vie car il suit les mouve- ont marqué le romantisme naissant.
ments des personnages. On sait l’influence de la physiognomonie dans les
Portraits d’aliénés de Géricault. Courbet se livre ici à un
Et maintenant, concluez jeu qui n’a pas de valeur scientifique en soi mais qui s’ins-
u Le fantastique se manifeste dans un contexte réa- crit dans ce mouvement.
liste : ici, la boutique d’un brocanteur sur un marché Une autre source d’influence de l’artiste serait l’Au-
animé. L’auteur redouble de détails pour donner cet to-portrait aux yeux hagards gravé par Rembrandt, tout
effet de réel, insistant sur le désordre ambiant et le comme les gravures de « têtes d’expression » utilisées
caractère vétuste et délabré des objets. dans les académies.
99
1re partie ➜ Étude de textes
Découvrez le texte
2. Les objets ensorcelés (p. 92)
1 – Effaré (l. 8) : du latin efferatus, de efferare,
« rendre sauvage », « farouche » (de ferus, « sau-
Cauchemar ou réalité ?, Guy de Maupassant vage ») ; cet adjectif signifie « effrayé », « affolé »,
« qui ressent un effroi mêlé de stupeur ».
OBJECTIFS PÉDAGOGIQUES – Formidable tumulte (l. 26) : l’adjectif vient du latin
l Étudier l’un des thèmes fondateurs du fan- formidabilis, formé sur le verbe formidare, « craindre »,
tastique, que ce soit dans la littérature ou au « redouter » ; le nom est directement tiré du latin
cinéma : les objets ensorcelés, c’est-à-dire les tumultus qui signifie « soulèvement ». L’expression
objets qui sortent de leur rôle fonctionnel quo- a un sens très fort et signifie « un terrible désordre
tidien pour prendre vie et avoir des pouvoirs accompagné d’un grand bruit ».
magiques, souvent maléfiques.
2 a. Le texte est rédigé à la 1re personne (Je, l. 1). Cela
l Être capable d’écrire un texte utilisant le même
permet une identification plus aisée entre le narra-
thème fantastique. teur et le lecteur, ce dernier étant ainsi plongé au
cœur de l’aventure.
b. Le personnage principal est le narrateur ; c’est le seul
Présentation de l’extrait personnage d’ailleurs, si l’on excepte les meubles...
w Ce texte permet de faire découvrir aux élèves l’univers 3 En rentrant chez lui après une représentation
de Maupassant, un univers réaliste où le fantastique n’est théâtrale, le narrateur perçoit un énorme tumulte
jamais bien loin et sert souvent à manifester les troubles provenant de sa maison et voit tous ses meubles
de la vie intérieure. sortir l’un après l’autre : réalité ou hallucination ?
100
Séquence 4 ➜ Étranges histoires
101
1re partie ➜ Étude de textes
– les étoffes rampaient (l. 47). les rendre plus efficaces, c’est souvent la narra-
Pour les expliquer, on fera remarquer les ana- tion à la 1re personne qui est choisie : l’identifica-
logies de formes et de tailles entre comparés et tion est ainsi facilitée.
comparants. Sur le plan de la narration, ces effets créent un
12 Cette vision produit une véritable peur chez le certain suspense, une mise en suspens du sens : le
narrateur, qui se réfugie dans un massif (l. 40). récit s’orientera-t-il plutôt vers une interprétation
rationnelle ou une interprétation irrationnelle ? Ou
13 Les objets donnent un caractère fantastique au bien encore, le doute sera-t-il maintenu jusqu’au
texte, car ils échappent à leur propre réalité et fonc- bout ? Le lecteur, lui, est ainsi tenu en haleine.
tionnalité pour prendre vie et devenir incontrôlables.
Le narrateur ne semble plus dominer la situation, il a À vous de jouer !
perdu tout repère, il est complètement impuissant
15 On ne demande pas aux élèves d’inventer la suite
face à cette situation qui lui échappe. Par le biais des
objets, l’étrange s’est immiscé dans un monde sup- du texte (ce qui pourrait être l’enjeu d’un travail d’ex-
posé réel. pression orale mené en groupes), mais de transposer
cette aventure à leur univers familier. Comment des
14 Le narrateur n’avance aucune explication à ce objets de leur quotidien peuvent-ils sortir de leur
départ précipité des objets : pour lui, c’est un fait, il rôle et devenir nuisibles ?
ne peut rien y faire, encore moins l’expliquer, se l’ex- Parmi les consignes, on impose la narration à la
pliquer. Doute-t-il de ses sens ? À cet instant du 1re personne (ce qui permet de vérifier leur aisance
texte, apparemment non, mais le lecteur peut quand avec le passé simple !) et le réinvestissement de no-
même mettre en doute sa raison, étant donné qu’il tions vues lors du questionnaire : l’emploi de verbes
se trouve dans une maison de santé. Le titre égale- de perception et la recherche de comparaisons et de
ment peut nous mettre sur la voie. Qui sait ? : cette métaphores motivées par le contexte de leur récit.
formule interrogative soulève le doute sur la véracité
des propos du narrateur. Est-ce lui qui doute de ce Prolongement
qu’il a vu, de ce qu’il dit ? Est-ce sa parole qui est mise
en doute par un interlocuteur ? L’hésitation persiste, Si le texte a fonctionné, les élèves seront pressés de
et c’est cette hésitation entre deux interprétations connaître la suite de l’aventure, soit par le biais d’une
qui est fondatrice du fantastique. lecture personnelle, soit sous la forme d’une lecture
Les explications rationnelles qu’on peut proposer par le professeur pour tester leur attention et leur
sont de deux ordres : degré d’écoute...
– ou bien la scène s’est réellement passée : les objets D’autres nouvelles fantastiques de Maupassant
ne sont pas sortis seuls de la maison mais c’est le fait peuvent également être l’enjeu de lectures
de cambrioleurs ; personnelles.
– ou bien c’est la raison même du narrateur qui lui
a joué des tours, il a été victime d’une hallucination, Sur les illustrations (p. 92 et 94)
il a rêvé...
w Il s’agit de deux vignettes d’une BD intitulée La
Révolte d’Hop-Frog, premier tome de la série des Hop-
Et maintenant, concluez Frog, écrite par David B. et illustrée par Christophe
u Les objets peuvent contribuer à donner un ca- Blain.
ractère fantastique à un récit en sortant de leur w L’histoire : Printemps 1880, une ville perdue en plein
simple rôle d’objets, en prenant vie, en devenant Texas. Une cafetière débarque au dépôt de munitions
des menaces pour l’homme, en ayant des pou- et harangue les fusils. Elle est mandatée par Hop-Frog
voirs maléfiques susceptibles de porter atteinte à pour soulever la ville contre les humains. Aussitôt, une
l’intégrité physique ou morale des humains. foule d’armoires et de pioches attaque les humains, qui
u Les effets de ce changement d’état sur les per- se voient obligés d’abattre leurs vêtements et de détruire
sonnages, c’est tout d’abord la surprise (Que se leur argenterie. Cette révolte des objets était annoncée
passe-t-il ?), puis le doute sur ce qui se passe et dans une prophétie indienne : les objets et les Indiens
sur ses facultés mentales (Est-ce que ça arrive devaient se réapproprier le Nouveau Monde, avec les
vraiment ? Est-ce moi qui deviens fou ?), enfin la esprits des ancêtres et les bisons revenus. Et elle est tech-
crainte et l’effroi (Que puis-je faire... ?). niquement explicable par la mécanique des fluides de
Les effets sur le lecteur sont identiques et, pour Krümmer et Watkins, d’après le journaliste de service....
102
Séquence 4 ➜ Étranges histoires
w Cette histoire est à rapprocher du roman de George Déclassé, un temps soldat, Poe se mourait dans une mi-
Orwell, dont on a un extrait dans le manuel (p. 16), sère extrême lorsqu’il gagna deux prix littéraires (conte
La Ferme des animaux, où ce sont les animaux qui se et poésie) offerts par une revue. Il devint le bras droit du
liguent contre les humains... directeur du Southern Literary Messenger. Il publia dans
cette revue, entre autres, L’Aventure sans pareille d’un cer-
Exploitation possible : tain Hans Pfaall, et épousa sa cousine, Virginia Clemm,
a. De quel type d’images s’agit-il ? dont la mère, Maria Clemm, lui voua un amour maternel.
b. Décrivez-les en distinguant les différents plans. Mais il se brouilla avec le directeur de la revue et se remit
à errer, tout en gratifiant l’humanité d’œuvres étranges et
c. Qu’ont-elles de surprenant ? belles – Le Corbeau date de 1845.
d. En quoi peuvent-elles illustrer cet extrait ? Après la mort de sa femme, survenue en 1847, Poe
fut atteint d’une crise de delirium tremens. Il connut un
certain succès littéraire, fut bien accueilli à Richmond à
3. Le personnage et son double(p. 95) cause de celui-ci, et songea s’y établir, même s’il « croyait,
en vrai poète qu’il était, que le but de la poésie est de même
nature que son principe, et qu’elle ne doit pas avoir en vue
Duel au bal, Edgar Allan Poe autre chose qu’elle-même. »
Il partit en virée à Baltimore et n’en revint pas : décou-
OBJECTIFS PÉDAGOGIQUES
vert au matin dans un ruisseau, il décéda à l’hôpital des
l Étudier un autre thème fondateur du fantas-
suites de son alcoolisme.
tique : le personnage et son double.
l Être capable d’identifier le caractère fantastique
ou réaliste d’un texte. Découvrez le texte
1 – Frénétique (l. 14) : atteint de frénésie, fou, violent.
– Cramoisie (l. 18) : d’une couleur rouge foncé.
Présentation de l’extrait – Rapière (l. 18) : épée longue et effilée (cf. illustration
p. 96).
w Ce texte permet de découvrir l’un des maîtres de la
littérature fantastique : Edgar Poe, dont les Histoires ex- 2 L’histoire se déroule à Rome, en Italie, pendant le
traordinaires, traduites par Baudelaire en 1857, font figure carnaval de 18.. (l. 1). La date n’est pas précisée, pour
de modèle littéraire pour bon nombre de ses successeurs. susciter un certain mystère et parce qu’elle importe
peu. On est au cœur du xixe s., lors d’une période
festive, débridée.
Sur l’auteur
w Edgar Poe est un écrivain américain né le 18 janvier 3 Le carnaval :
1809 à Boston, mort à Baltimore le 7 octobre 1849. w Historique :
w Extraits de la biographie de Poe par Baudelaire : Le carnaval existe depuis plus de 2 000 ans et a évolué au
Né, selon lui, en 1813 – mais quelle importance ? –, fil du temps.
Edgar Poe est issu de parents comédiens et pauvres. Son Déjà sous l’Antiquité, on inversait les rangs sociaux :
grand-père, général durant la guerre d’Indépendance, a les maîtres devenaient esclaves et les esclaves devenaient
connu La Fayette. Son père, David, s’enfuit en Angleterre maîtres, pendant 5 jours. Au Moyen Âge, on dansait
avec une actrice nommée Élisabeth Arnold. Ils mou- dans l’église, on chantait la messe à l’envers, les riches se
rurent à Richmond, laissant trois enfants en bas âge sans déguisaient en pauvres et les pauvres se déguisaient en
ressources. Edgar fut adopté par un riche négociant, Mr riches, les adultes se déguisaient en enfants et les enfants
Allan. Étudiant à l'université de Charlottesville en 1825, se déguisaient en adultes. Sous la Révolution française, le
Poe fut remarqué pour son intelligence et ses déborde- carnaval fut interdit ; en 1796, on le remplaça par une fête
ments. révolutionnaire. À la Belle Époque, on descendait dans les
Exclu, et brouillé avec son père adoptif, il tente – par rues pour admirer les chars décorés et les gens déguisés.
Les manifestations sont spécifiques à chaque civilisa-
atavisme – de faire la guerre avec les Grecs contre les
tion, mais on conserve cette notion de bouleversement
Turcs, et rentre aux États-Unis en 1829. Admis à West
des rôles et des statuts sociaux.
Point, toujours aussi intelligent et aussi instable, il fut
exclu quelques mois plus tard. La brouille avec son père w Signification :
adoptif devint définitive après que celui-ci devint veuf, se – Le mardi gras :
remaria et eut des enfants. À la Renaissance, les catholiques jeûnaient durant le
103
1re partie ➜ Étude de textes
carême. Avant que cette longue période de privations ne Approfondissez votre lecture
commence, la veille du mercredi des Cendres, le mardi,
Une perception troublée (l. 1 à 10)
on tuait le « bœuf gras », dernière viande permise avant
le jeûne prolongé du carême. En France et au Québec, 5 Voici les compléments de lieu (CCL) qui précisent
on l’appelle le mardi gras, dans les pays anglophones Fat le cadre où débute l’histoire : à Rome (l. 1) ; à un bal
Tuesday. masqué (l. 1-2) ; dans le palais du duc Di Broglio (l. 2) ; à
Comme on ne consomme pas non plus de gras pendant travers la cohue (l. 5) ; au loin (l. 10).
le carême, la veille également, le mardi gras, les gens utili-
saient ce qui leur restait de graisse et en profitaient pour 6 a. Le récit est écrit à la 1re personne ( j’, l. 1). Cela
confectionner des bugnes, beignets et autres fritures. permet d’entretenir davantage le mystère et surtout
Aujourd’hui, c’est surtout le mardi gras que l’on fête de poser la question de sa propre identité : Qui
dans le monde, avec le carnaval. Il n’a pas lieu tous les suis-je ? Quel est cet Autre qui me poursuit ?
ans à la même date, car il est fixé par rapport à la date b. Le narrateur se trouve dans un état second au
de Pâques, qui varie en fonction du cycle de la lune. Ce début du texte : il n’a pas tout le contrôle de ses
dernier mardi avant le début du carême est un jour de moyens car il est sous l’effet de l’alcool (j’avais fait
fête très célèbre dans certains pays : les carnavals les plus abus du vin, l. 2-3).
renommés ont lieu à Venise en Italie, à Rio au Brésil, à la c. Il est à la recherche de la jeune épouse du duc
Nouvelle-Orléans en Louisiane, à Nice... (l. 6-8).
w Carnaval et carême : d. Il est irrité, à la fois par la chaleur (l’atmosphère
Carnaval s’oppose au carême : viande contre poisson, étouffante, l. 3) et par le monde (la cohue, l. 5) : deux
gras contre maigre, excès contre privations. Par opposi- expressions synonymes nous le montrent : m’irritait
tion au carême, le carnaval est une période de réjouis- insupportablement (l. 4) et exaspérer mon humeur
sances où l’ordre social est inversé : c’est le monde à (l. 5-6). Il est par ailleurs impatient de trouver sa belle
l’envers, un monde d’extravagance, de folie. (avec anxiété, l. 6).
Au xie s., un mannequin incarnait le carnaval, accom-
pagné par les habitants avec des chansons, puis il était Un face-à-face violent (l. 10 à 36)
brûlé. À la tombée de la nuit, on jetait les masques dans 7 Ce qui a pu être chuchoté à l’oreille du narrateur,
les flammes du bûcher du roi Carnaval, et on faisait une c’est un conseil avisé pour le dissuader de rejoindre la
ronde en chantant : « Adieu pauvre Carnaval. Tu t’en vas belle veuve : Que fais-tu ? Cette femme n’est pas
et moi je reste pour manger la soupe à l’ail ! » pour toi, elle est mariée à un autre… On devine en
On retrouve dans les manifestations d’aujourd’hui le effet quel indigne motif (l. 6-7) le pousse vers elle.
changement de rôle et la destruction par le feu du man- 8 a. Celui qui a chuchoté ces mots à son oreille n’est
nequin représentant Carnaval. Chaque année, Sa Majesté autre que son double, un autre lui-même, sa
Carnaval, mannequin grotesque et extravagant personni- conscience.
fiant le carnaval, revient entouré de sa troupe, et meurt
b. Cet « autre » se signale tout d’abord par un geste
comme l’an passé, brûlé...
de la main très doux, qui contraste donc avec l’état
Au fil des siècles, d’autres traditions se sont ajoutées à la
d’esprit anxieux du narrateur (une main qui se posa
fête, faisant du carnaval une manifestation de plus en plus
doucement sur mon épaule, l. 11) et ensuite par un
diversifiée et riche culturellement.
chuchotement (l. 12) : cet autre est donc pleinement
Nous sommes donc ici dans une période d’excès, où les
maître de lui-même.
sens sont mis en émoi, comme le montreront les réac-
tions du narrateur. c. Ils ont tous deux le même costume (un manteau
espagnol de velours bleu et une ceinture cramoisie,
4 D’après les connecteurs et l’organisation en para- l. 17-18), portent la même épée (une rapière, l. 18) et
graphes, on peut distinguer quatre parties : le même masque qui cache leurs traits (l. 18) : hasard
– L. 1 à 10 : Au carnaval, à la recherche de la jeune troublant !
veuve. 9 a. Ce n’est pas la première fois qu’il se met sur le
– L. 10 à 24 : L’arrivée de l’Autre (connecteur En ce chemin du narrateur, puisque ce dernier n’est pas
moment). surpris de voir qu’il est habillé exactement comme
– L. 25 à 36 : Le combat (connecteur Et). lui : il portait, comme je m’y attendais (l. 15-16). Et, plus
– L. 37 à la fin : La découverte (connecteur En ce loin : tu ne me suivras plus à la piste, tu ne me harcè-
moment). leras pas jusqu’à la mort (l. 22-23).
104
Séquence 4 ➜ Étranges histoires
b. Si cet « autre » apparaît à ce moment-là, c’est pour b. Le changement s’opère dans l’agencement de la
lui éviter de tomber dans le péché : c’est son ange pièce (l. 45-46). Le narrateur se retrouve devant une
gardien, sa bonne conscience, celui qui tente de le vaste glace (l. 46-47), un miroir qui va permettre le
mener vers le Bien, ou du moins de l’éloigner du Mal. dévoilement : il y découvre sa propre image. Tout
10 Cette apparition provoque une immense colère n’est qu’une question d’apparence (l. 45).
chez le narrateur, il devient comme fou, il ne se c. Cette découverte va jeter le narrateur dans le plus
contrôle plus : Pris d’une rage frénétique (l. 14), brus- grand trouble (l. 47), puis il est terrifié, au sens étymo-
quement (l. 14), violemment (l. 15), d’une voix enrouée logique du terme, frappé de terreur (l. 49-50).
par la rage (l. 20), le feu de ma colère (l. 21-22), furieu- 14 a. À la fin de l’extrait, il ne reste qu’une seule per-
sement (l. 27). sonne dans la pièce : le narrateur qui se retrouve de-
On peut faire remarquer l’emploi très fréquent vant sa propre image (l. 50).
des adverbes de manière en -ment qui signalent tout
b. Il s’est en fait battu contre lui-même, contre sa
au long du texte la violence du narrateur, son empor-
bonne conscience réincarnée en un autre lui-même.
tement (cela permet de réviser leur formation et leur
fonction). 15 Le duel entre ces deux personnages, qui n’en sont
qu’un, symbolise le combat entre le Bien et le Mal, entre
11 Le narrateur lui reproche d’être toujours près de
une bonne et une mauvaise conscience, entre la vertu
lui, de le suivre comme son ombre (!), de le harceler
et les péchés… Le rôle du double dans la littérature fan-
sans cesse (l. 22-23).
tastique permet ainsi de mettre en scène la dualité
12 a. Le narrateur entraîne son double vers une petite d’une conscience tiraillée entre le Bien et le Mal.
antichambre attenante (l. 25-26). Le combat peut
alors commencer : d’abord un corps à corps ( je le jetai Et maintenant, concluez
furieusement loin de moi, l. 27), puis un duel à l’épée u L’apparition du double d’un personnage est la
(l. 29-36). mise en scène d’un combat intérieur entre le
b. Les verbes qui ont pour sujet l’un ou l’autre des Bien et le Mal : soit le double représente la bonne
combattants (l. 27-36) : conscience qui essaie d’éloigner le personnage
Je Il du péché (c’est le cas ici), soit, au contraire, c’est
un double maléfique qui le tire vers le Mal, at-
• je le jetai (l. 27) • il alla chanceler (l. 27)
ténuant la portée de ses actes et lui ôtant toute
• je fermai la porte … et lui • il hésita, il tira
ordonnai (l. 28) silencieusement (l. 29) mauvaise conscience. L’apparition du double peut
• j’étais exaspéré (l. 31) • se mit en garde (l. 30) également être la preuve d’un profond trouble
• je me sentais… l’énergie intérieur, d’une schizophrénie latente ou réelle
et la puissance (l. 32-33) qui détruit le psychisme du personnage.
• je l’acculai (l. 33-34) u Devant son double, le personnage est avant tout
• je lui plongeai (l. 35) surpris, puis irrité et enfin profondément troublé.
u Ce thème est caractéristique du fantastique
On remarque que, du côté du narrateur, règnent puisqu’il constitue une perte de repères, une
la frénésie, la rage, les gestes brusques, alors que constante hésitation pour le personnage, et donc
l’« autre », lui, est calme, passif même. L’un est très pour le lecteur, entre une interprétation littérale
agressif, il prend toutes les initiatives, il est comme du double (oui, ce double existe) et une in-
hors de lui (c’est le Horla !), et l’autre, au contraire, en- terprétation allégorique (ce double n’est que
caisse les coups, sans réagir. Le narrateur est ainsi la l’incarnation de ma conscience). Quelle que soit
plupart du temps sujet des verbes d’action, l’« autre » l’interprétation finale, l’intrusion d’un double
est réduit à l’état d’objet (je l’acculai, je lui plongeai). dans le récit crée un espace du doute, un espace
C’est bien sûr le narrateur qui a le dessus, mais où l’être est perdu, déplacé, comme hors de lui. (cf.
pas pour longtemps ! la nouvelle de Maupassant, Le Horla).
Le dévoilement (l. 37 à la fin) Sur les illustrations (p. 96 et 97)
13 a. L’événement qui interrompt le face-à-face des w Page 96 :
deux personnages est l’irruption d’un autre person- Il s’agit d’une illustration originale d’Arthur Rackham
nage à la porte : quelqu’un toucha à la serrure de la pour une édition de la nouvelle William Wilson da-
porte (l. 37-38). tant de 1935.
105
1re partie ➜ Étude de textes
Exploitation possible :
Un étrange client, Théophile Gautier
a. De quel type d’image s’agit-il ? OBJECTIFS PÉDAGOGIQUES
b. Que représente-t-elle ? l Étudier une autre facette essentielle du fantas-
c. Observez les visages des deux personnages et tique : la présence d’instances supérieures, sur-
caractérisez-les. naturelles, souvent maléfiques.
d. Que peut symboliser cette image ? En quoi il- l Être capable de faire une recherche sur le diable
106
Séquence 4 ➜ Étranges histoires
pieds fourchus, une longue queue. Mais il peut prendre 6 Les différents personnages :
d’autres formes, beaucoup plus séduisantes… – le personnage principal est cet homme singulier
– Sardonique : du grec sardonios, rattaché à herba sar- qui s’avère être le diable ;
donia, « renoncule de Sardaigne », dont l’ingestion – Heinrich et son ami Atmayer sont relégués au
provoque une intoxication qui se manifeste par un rang de personnages secondaires, après avoir, pour
rictus ; qui exprime une moquerie amère, froide et Heinrich tout du moins, tenu le premier rôle au
méchante ; rire sardonique : dû à la contraction spas- théâtre ;
modique des muscles de la face (rictus convulsif). – le rôle des figurants est tenu par les autres clients
b. Méphistophélès est un personnage de la légende de la taverne : les compagnons d’Heinrich (l. 45), l’or-
de Faust. Il apparaît dans le Livre populaire (1587), puis chestre (l. 42) et les danseurs de valses (l. 42).
dans le drame de Marlowe (1588), enfin dans le Faust 7 Le cadre et les personnages appartiennent à un
de Goethe. Il est tour à tour un génie du Mal, un ange
monde réel : on connaît la ville, qui existe, on connaît
déchu, puis le démon de la connaissance aspirant à
le lieu (une taverne), les personnages ont un métier
dominer le monde afin de le détruire. Dans le drame
(comédiens), même ce singulier personnage a l’as-
de Goethe, son échec est manifeste puisque, en dépit
pect d’un marchand viennois (l. 15-16). Mais c’est lui
de ses efforts, Faust ne renonce pas à assouvir dans
qui va faire le lien entre le monde réel, clairement
l’action le désir d’infini qui le consume.
identifiable, et une réalité autre, c’est lui qui incarne
C’est l’incarnation de la négation : « Je suis l’esprit
l’étrange, et sa présence au milieu d’un cadre réaliste
qui toujours nie ; et c’est avec justice : car tout ce qui
fait basculer le récit du côté du fantastique.
existe est digne d’être détruit, il serait donc mieux que
rien n’existât. Ainsi, tout ce que vous nommez péché, Un personnage inquiétant
destruction, bref, ce qu’on entend par mal, voilà mon 8 La situation initiale va de la l. 1 à la l. 17 : elle s’in-
élément. » Cf. p. 99 et 100. téresse à la description d’un homme singulier, à la
c. D’autres termes désignant le diable : Satan (latin : fois commun (une face… triviale, l. 17) et étrange,
Satanas), Belzébuth, Bélial, Asmodée, Balazs, Azuela, inquiétant.
Semiasas, Mastéma, le Malin, Lucifer (de lux, « la lu-
9 Le portrait du personnage :
mière », car il aurait dérobé le feu sacré), le démon, le
Maufé, Iblis ou Shaytan. [Link] personnage
personnage bivalent :Un personnage inquiétant
ordinaire
On utilise également l’interjection Diantre !, eu- •u n homme assis à la table •u ne espèce de humph !
phémisme de diable. voisine (l. 1) singulièrement dubitatif
3 Le narrateur est extérieur au récit : il rend compte • la tête renversée en (l. 5)
de la situation et des dialogues sans intervenir direc- arrière, il tambourinait… • L’aspect de cet homme
(l. 2-4) était des plus bizarres (l. 6)
tement dans le récit.
• mis comme un honnête • ses yeux… lançaient
4 Résumé du texte : Après une représentation où il bourgeois de Vienne (l. 6-7) des lueurs phosphoriques
tient le rôle de Méphistophélès, l’acteur Heinrich se • ses yeux gris (l. 8) comme celles des chats
(l. 8-9)
retrouve dans une taverne avec son ami Atmayer. Ils • apparence bourgeoise et
débonnaire (l. 15) • des dents… très aiguës…
font la connaissance d’un personnage étrange, dia-
• une face si vulgaire et si aspect le plus cannibale et
bolique, qui leur donne des conseils pour améliorer le plus féroce (l. 10-12)
triviale (l. 17)
l’interprétation de Heinrich. • des ongles longs…
apparences de griffes
Approfondissez votre lecture (l. 12-13)
Le cadre et les personnages • cette physionomie…
éclairs rapides (l. 13-14)
5 Les indications qui permettent de savoir dans • scélératesse et diablerie
quel lieu se situe l’action : (l. 17)
Dans un théâtre de Vienne et dans une taverne (cha-
peau) ; à la table voisine (l. 1) ; comme un honnête b. La plupart des adjectifs sont au superlatif absolu :
bourgeois de Vienne (l. 7) ; l’apparence… d’un mar- des plus bizarres (l. 6), dents très blanches, très aiguës
chand viennois (l. 15-16) ; les vitres du gasthof (l. 43). et très séparées (l. 10-11, avec en plus un rythme
Et bien sûr l’onomastique des personnages : ternaire qui vient renforcer l’effet), l’aspect le plus
Heinrich (l. 18) et Atmayer (l. 23). cannibale et le plus féroce (l. 11-12), une face si vulgaire
L’action se situe dans une taverne, à Vienne et si triviale (l. 17).
(Autriche).
107
1re partie ➜ Étude de textes
108
Séquence 4 ➜ Étranges histoires
c. Quels détails remarquez-vous ? En quoi sont-ils recueil de nouvelles de styles très différents, traitant de
importants ? thèmes classiques de la littérature fantastique), Stardust
d. Cette image illustre-t-elle bien le texte de Gautier ? (1999), Coraline (2003) ou Anansi Boys (2006).
Justifiez votre réponse.
Découvrez le texte
Outils de la langue
1 – Perplexe (l. 26) : embarrassée, hésitante.
Autre suggestion pour amorcer
une séance grammaticale : – Pendable (l. 30) : l’expression coup pendable signifie
➜ La progression thématique (p. 275) (support : action qui mérite que son auteur soit pendu.
portrait de Méphistophélès) 2 Le narrateur est extérieur au récit (attention au
statut du pronom indéfini on, l. 4, synonyme de per-
sonne et non de nous). De nombreux passages sont
au point de vue interne : on suit les actions, réactions
5. Le passage de l’autre côté… (p. 101) et sensations de Coraline. Ex. : La clef noire était plus
froide que les autres (l. 7).
Derrière la porte, Neil Gaiman 3 Les personnages en scène sont la petite fille
Coraline dont on suit les faits et gestes, et l’autre
OBJECTIFS PÉDAGOGIQUES mère (l. 46). L’autre père (l. 46), lui, est juste nommé,
l Observer comment se fait le passage d’un monde mais il risque de faire son entrée en scène incessam-
réel à un monde fantastique. ment. Comme leur nom nous l’indique, ces gens
l Découvrir un univers fantastique « moderne ». jouent le rôle de ses parents dans l’autre monde, ce
l Être capable d’écrire la suite d’un récit monde parallèle au sien.
fantastique. 4 Les trois étapes du récit :
– L. 1 à 11 : En route pour l’aventure ! ou bien : Enfin,
la clé !
Présentation de l’extrait – L. 12 à 33 : De l’autre côté ; ou bien : Le même et
w Ce texte contemporain, extrait de littérature de jeu- l’autre…
nesse, est facilement accessible aux élèves et permet d’étu- – L. 34 à la fin : L’autre mère.
dier un des thèmes les plus déroutants du fantastique.
Approfondissez votre lecture
Sur l’auteur Une clé particulière
w Neil Gaiman (né le 10 novembre 1960 à Portchester) 5 a. Coraline s’est procuré la clé en montant sur une
est un auteur britannique de bandes dessinées et de chaise, puisqu’au début du texte Elle remit pied à
romans qui vit aux États-Unis. Dans les années 1990, il a terre (l. 1), et elle a dû s’aider d’un balai pour atteindre
percé sur la scène du fantastique anglo-saxon grâce à sa le trousseau : la clé était donc hors de sa portée, elle
série Sandman. n’avait pas le droit d’aller la chercher.
Après avoir été refusé par plusieurs éditeurs, il a suivi b. La caractérisation de la clé :
des études de journalisme pour se créer des contacts qui Elle est noire et plus froide que les autres (l. 7) : cette
puissent l’aider à se faire publier. Son premier livre, la double caractérisation, à l’aide de deux adjectifs (l’un
biographie du groupe Duran Duran, est désormais très épithète liée, l’autre attribut du sujet) montre que la
recherché. Vers la fin des années 1980, il écrit Pas de clé est dans un matériau particulier et d’une nature
panique !, Douglas Adams et le Guide Galactique dans bizarre : noire (est-elle noircie ou dans un matériau
ce qu’il appelle un « humour anglais classique ». C’est ce autre que les clés habituelles qui sont en fer ?), plus
livre, dit-il, qui l’amène à collaborer avec Terry Pratchett froide (cela est étrange puisqu’elle se trouve dans la
sur De bons présages (sur le thème de l’Apocalypse). Puis, même pièce que les autres…). Et pourtant, troisième
Gaiman commence à travailler sur des bandes dessinées caractérisation, elle tourna aisément, avec un déclic
(« comics ») et écrit ainsi le scénario de séries comme satisfaisant (l. 8) : elle est parfaitement adaptée à la
Angela, L’Orchidée noire, Sandman, Les Mystères du serrure.
meurtre, Des loups dans les murs. c. Cette clé est différente des autres par son toucher
Parmi ses romans et nouvelles, notons De bons pré- et elle sert à ouvrir une porte interdite, à passer de
sages (1990), Miroirs et Fumée (1998, 2000 en France, un l’autre côté.
109
1re partie ➜ Étude de textes
Elle correspond à l’objet à la fois interdit (l. 10) quelque chose ne va pas. Pourtant, elle retrouve dans
et magique qui sert d’intermédiaire entre les deux cet appartement des éléments identiques : le couloir,
mondes : le réel et le merveilleux (ici, le fantastique). le tapis (l. 21), le papier peint (l. 21), le tableau (l. 22).
Ce texte nous fait penser au conte Barbe bleue de 8 a. L’objet qui finalement est différent de chez elle
Perrault. En effet, le monstre, au début du conte, avise est le tableau. Le sujet représenté est bien le même :
ainsi sa jeune épousée en lui donnant son trousseau un petit garçon observant des bulles (l. 28-29) mais si
de clés : « Pour cette petite clef-ci, c’est la clef du cabi- le sien paraît naïf, celui-ci, au contraire, a une expres-
net au bout de la grande galerie de l’appartement bas : sion différente – il avait l’air de mijoter un coup pen-
ouvrez tout, allez partout, mais pour ce petit cabinet, dable (l. 29-30). On est ainsi passé d’un monde de
je vous défends d’y entrer, et je vous le défends de telle l’innocence et de la légèreté représenté par les bulles
sorte que, s’il vous arrive de l’ouvrir, il n’y a rien que (l. 29), le monde de l’enfance, à un autre monde, où
vous ne deviez attendre de ma colère. » Et bien sûr, règne la faute (coup pendable).
la jeune fille n’eut qu’une hâte : ouvrir le cabinet. On
sait ce qu’elle y trouva, une pièce ensanglantée et les b. Les membres de phrases qui caractérisent l’aspect
cadavres de celles qui l’avaient précédée… inquiétant de cet objet : mijoter un coup pendable,
quelque chose de bizarre dans les yeux (l. 30-31).
Ce détail inquiétant anticipe bien sûr sur la parti-
De l’autre côté de la porte cularité des yeux de l’autre mère.
6 a. Avec cette clé, Coraline va ouvrir une porte dé-
Une autre mère
robée située dans une pièce délaissée de son appar-
tement : le grand salon (l. 3). 9 a. On aurait dit (l. 35) : ce verbe est au conditionnel
passé (1re forme). Il correspond à un irréel du passé
b. De l’autre côté de la porte, Coraline débouche sur un
(on est dans le système du passé) : on aurait dit, mais
couloir plongé dans l’obscurité (l. 12-13) : ce corridor obs-
ce n’était pas vrai.
cur peut faire l’objet d’interprétations symboliques…
Ce nouveau lieu est caractérisé par l’obscurité, b. Le physique de l’autre mère est caractérisé par les
une froide odeur de renfermé, quelque chose de très adjectifs suivants (l. 37-40) :
vieux et très lent (ce dernier adjectif pose problème, – la peau blanche (épithète liée postposée) ;
maladresse de traduction ?). – plus grande et plus mince (attribut du sujet elle, au
comparatif) ;
c. Coraline franchit le seuil (l. 16) marque son passage
– ses doigts… trop longs (attribut du sujet, au super-
d’un lieu à l’autre. À ce moment-là, elle a quitté une
latif absolu) ;
espèce d’entre-deux qui marque la frontière entre le
– ses ongles rouge sombre (épithète liée postposée ;
monde réel et le monde fantastique pour pénétrer
rappeler la règle de non-accord quand il s’agit d’un
dans « l’autre monde ».
adjectif de couleur composé, marquant une nuance) ;
d. Coraline n’a, semble-t-il, jamais ouvert cette porte – pointus et tout recourbés (attributs du sujet ongles).
puisqu’elle va découvrir l’appartement pas à pas. Elle
c. Ces détails physiques font de l’autre mère l’amal-
se pose des questions sur ce qu’elle ne connaît pas : à
game des différentes figures du bizarre, de l’étrange :
quoi cet appartement peut-il bien ressembler ? Mais
sa peau blanche la fait ressembler à un cadavre,
elle est troublée, car elle a l’impression que ce lieu lui
un mort-vivant ; sa grande taille à une géante ; ses
est familier (l. 19-20).
doigts à une méduse, à des tentacules (araignée ou
7 a. Dans les l. 16 à 33, les verbes dont Coraline est pieuvre) ; ses ongles à une sorcière ; ses yeux à une
sujet : Coraline franchit (l. 16) ; Elle se demanda (l. 17) ; poupée (voir l’univers de Tim Burton).
Elle s’avança (l. 19) ; Elle comprit où elle se trouvait… Elle Elle est en tout cas hors-norme, du côté d’un
n’en était jamais sortie (l. 24-25) ; elle secoua (l. 26) ; Elle merveilleux inquiétant : physiquement, elle n’a rien
examina (l. 27) ; Coraline y regarda de plus près (l. 32). d’engageant, c’est le moins qu’on puisse dire.
Ces verbes expriment le cheminement de Coraline 10 On ne peut expliquer l’existence de cette autre
qui découvre peu à peu ce nouveau lieu. Le but de mère que si on quitte les repères du monde réel, ra-
Coraline est de savoir où elle se trouve ; or, plus elle tionnel : on est là dans un monde parallèle, fantas-
avance, plus le mystère s’épaissit : elle est à la fois tique, d’autant plus déroutant peut-être qu’il n’est
chez elle, elle a des repères et ce n’est pas vraiment pas si éloigné que cela du monde réel. Cette autre
chez elle : chaque fois, un détail « cloche ». mère, cet autre père seront différents de ses vrais
b. Coraline croit comprendre qu’elle est chez elle parents : physiquement d’abord, comme on l’a vu, et
(l. 24), mais elle est perplexe, embarrassée, parce que par leur comportement aussi. Ils ont au moins le
110
Séquence 4 ➜ Étranges histoires
mérite d’être là, eux, alors que ses vrais parents la Neil Gaiman.
délaissent. Ceux-là, malgré leur physique, ne pa-
raissent pas dangereux… Sur l’illustration (p. 102)
11 Coraline ne paraît pas du tout effrayée par cette w Jacek Yerka, est un peintre polonais né au début des
apparition. Elle pose une question banale : On se années 50. Il a fait peu d’études artistiques, s’imprégnant
connaît ? (l. 45). On aurait certainement réagi autre- directement de ses illustres prédécesseurs, tels les primi-
ment : surprise, peur… Aux élèves de réagir… tifs flamands pour l’art du détail, et le belge Magritte qui
l’a mené sur les voies du surréalisme.
Et maintenant, concluez 1 Les différents paysages représentés sur la façade
u Un personnage peut passer du monde réel au de la grange sont de gauche à droite :
monde fantastique par le biais d’un objet ma- – un ciel peuplé de toutes sortes d’astres (une mul-
gique (gant, clé, miroir…) qui aide à franchir la titude de planètes, – certaines avec leur anneau –,
limite, à passer de l’autre côté. Alors, les repères d’étoiles…) ;
du réel s’estompent peu à peu, laissant place à – un parc en perspective avec une allée dallée qui
d’autres normes, du côté du merveilleux, de l’in- mène à une fontaine et, au fond, un paysage boisé ;
quiétant. Ce passage est souvent lié à une trans- – à droite une forêt.
gression : on nous a fixé des limites (un espace Au niveau du toit de la grange, un plateau cou-
précis), des interdits (ne pas ouvrir cette porte) vert d’herbe jaunie et piqueté de bosquets verts.
et cela ne fait que susciter l’envie d’aller voir de 2 L’image représente une grange avec ses éléments
l’autre côté de la porte ou du miroir… traditionnels : toit de chaume, construction de pierre
u Le passage dans le monde du fantastique peut et de bois, avec une charpente de poutres apparentes
provoquer toutes sortes de réactions chez le per- où sont entreposés des véhicules.
sonnage : la surprise, la crainte, ou bien comme ici, Mais le réalisme de ce bâtiment sert de support
une certaine assurance, un désir de comprendre, au surgissement du fantastique. Chaque porte de la
d’aller plus loin. Cette dernière réaction suppose grange ouvre sur un paysage ou une réalité fantas-
des prédispositions au monde paranormal, et ré- tique : le paysage céleste est fantastique par la den-
vèle une inadaptation ou un mal-être par rapport sité exceptionnelle de ses planètes, la porte centrale
au monde réel. laisse entrevoir deux véhicules qui, résultant du ma-
Chez le lecteur, les réactions sont tout aussi riage impossible d’une voiture et d’un tracteur croi-
variées, mais ce qui motive la lecture, c’est le sés avec des animaux préhistoriques, introduisent la
désir là aussi d’en savoir plus, de lever le voile du dimension fantastique ; la porte de droite laisse voir
mystère… une forêt réduite à des troncs rouges qui évoquent
un incendie.
Le toit de la grange, d’abord simple toit de
À vous de jouer ! chaume, se prolonge par un paysage complet :
12 Ce sujet peut correspondre à la suite de l’extrait l’échelle permet le passage entre la réalité du toit
qu’on a proposé aux élèves. Après avoir fait la auquel elle permet d’accéder et l’infini du paysage et
connaissance de son autre mère, Coraline va décou- donc de l’imaginaire.
vrir son autre père.
Ce sujet permet de jouer sur les registres du réa-
lisme (la situation est tout ce qu’il y a de plus banal :
un repas) et du fantastique (on est dans l’autre
monde, un monde parallèle régi par d’autres règles
qu’il s’agira de définir).
Il faut bien sûr respecter le texte de départ (cadre,
narration, point de vue), tout en insistant sur la des-
cription du nouveau personnage (l’autre père) et sur
les réactions de Coraline.
En prolongement, on peut prévoir une séance
d’expression orale au cours de laquelle les élèves li-
ront leurs suites de texte à voix haute. On les laissera
réagir avant de leur proposer la suite du roman de
111
1re partie ➜ Étude de textes
112
Séquence 4 ➜ Étranges histoires
passement de budget, à partir d’un scénario qu’il n’a pas 1994 : Ed Wood, avec Johnny Depp. Le film qui rem-
écrit, le film Pee-Wee Big Adventure. Malgré une critique porte deux Oscars – maquillage et meilleur second rôle
divisée, le film est un succès international. – est un échec commercial.
En 1988, il est désigné pour réaliser Beetlejuice, avec 1997 : Mars Attacks.
un budget de treize millions de dollars, dont un affecté En 1999, sort Sleepy Hollow. Le film est basé sur une
aux effets spéciaux. Cette comédie fantastique et dé- nouvelle éponyme de Washington Irving et un scéna-
calée, à l’humour grinçant, révèle pleinement le délire rio de Kevin Walker – auteur du scénario de Seven –.
visuel (accentué par l’interprétation déjantée de Michael Tim Burton l’a tourné en Angleterre avec une partie
Keaton), l’inspiration macabre et poétique de Tim Burton de l’équipe de Batman, limitant les effets spéciaux pour
qui apparaît dès lors comme le réalisateur américain le se concentrer sur le travail avec l’équipe artistique,
plus inventif de sa génération. Le film, qui est un gros notamment les décorateurs ; Burton réalise lui-même
succès commercial, reçoit l’Oscar du maquillage. Warner certains arbres de la forêt. Johnny Depp, Christina Ricci,
qui a travaillé près de dix ans pour monter Batman pro- Christopher Lee font partie de la distribution. Le film est
pose à Tim Burton de réaliser le film. Le jeune réalisateur interdit aux moins de treize ans.
fasciné par l’ambiguité du personnage, accepte. Pour 2001 : La Planète des singes.
tenter d’échapper aux pressions et à la folie qui entourent 2004 : Big Fish.
le projet, il part tourner en Angleterre, dans les studios 2005 : Charlie et la chocolaterie et Les Noces funèbres.
où Stanley Kubrick avait tourné Full Metal Jacket et fait En 2006, il reçoit un prix spécial au festival d’Annecy
engager son décorateur pour créer Gotham City. Le choix pour l’ensemble de sa carrière.
de Michael Keaton pour interpréter « l’homme-chauve- 2007 : Sweeny Todd, avec Johnny Depp, pré-production.
souris », les partis-pris scénaristiques, artistiques, tout Tim Burton a également publié en 1997 un petit recueil
est contesté. Tim Burton ne lâche rien, mais sort épuisé de poèmes illustrés, La Triste Fin du petit enfant huître.
du tournage de cette superproduction interprétée par
des stars et encombrée d’effets spéciaux. Le film est un w Synopsis des films dont les images sont présentées et
triomphe mondial et remporte l’Oscar des meilleurs quelques remarques pour éviter les contresens des élèves :
décors. – A Beetlejuice : Pour avoir voulu sauver un chien,
Tim Burton est un peu dépassé par la célébrité que lui Adam et Barbara Maitland, un couple de morts, re-
apporte Batman et souhaite revenir à un cinéma plus viennent de l’autre monde. Ils occupent une antique de-
personnel. En 1990, il réalise avec la 20th Century Fox, meure bientôt envahie par une riche et bruyante famille
Edward aux mains d’argent. Il engage Johnny Depp pour new-yorkaise qui entreprend, un beau jour, de donner un
le rôle. L’acteur est alors, grâce à une série télévisée, l’idole cachet plus urbain à la vieille demeure. Adam et Barbara,
des jeunes Américains et enfermé dans une image qu’il scandalisés, décident de déloger les intrus et font appel
s’est ingénié à briser dans le délirant Cry Baby. C’est le pour cela à un « bio-exorciste » totalement loufoque et
début d’une amitié et d’une longue collaboration. Le film imprévisible, connu sous le sobriquet de Beetlejuice, « Jus
est un triomphe. de cafard ».
En 1992, la Warner qui s’est mordu les doigts d’avoir – B L’Étrange Noël de M. Jack : Alors que les habitants
refusé ce conte humaniste propose à Tim Burton de de Halloween-ville viennent de célébrer leur fête an-
tourner la suite des aventures de Batman. Elle lui donne nuelle, Jack Skellington, le roi des citrouilles, se sent un
une entière liberté artistique. Burton place le tournage à peu seul et mélancolique. Suivi de son chien Zéro, il erre
Burbank, sa ville natale. Batman, le défi, encore plus noir dans les cimetières et les forêts jusqu’au jour où, happé
et plus torturé que le premier, révèle l’influence de l’ex- dans le trou d’un creux de sapin, il pénètre dans la mer-
pressionnisme allemand, particulièrement de Murnau et veilleuse ville de Noël, colorée, gaie et emplie d’enfants
de son Nosferatu. sages. De retour à Halloween, il charge trois garnements
En 1993, sort L’Étrange Noël de M. Jack, un film d’ani- de s’emparer du gros père Noël – « le Perce-Oreilles » –
mation réalisé image par image, une technique artisanale qui est livré au cauchemar d’Halloween, le redoutable
pour laquelle Burton a une grande passion. Oogie Boogie. Jack s’envole à bord du traîneau du père
Le film est produit par Disney, propriétaire du poème Noël et emplit les bottes et les maisons de cadeaux qui se
originel et de la production artistique. Après de longues révèlent si effrayants que les habitants de la ville alertent
négociations, la firme se montre accommodante, mais la police. La police anti-aérienne tire sur son traîneau.
n’alloue à Tim Burton que dix-huit millions de dollars, Histoire d’amour avec une créature fabriquée par un
soit le tiers du budget habituel d’un film Disney. À nou- médecin, inversion des mondes, ce conte est une comédie
veau l’action se déroule à l’époque de Noël, et Tim Burton musicale pleine d’humour et de poésie.
donne libre cours à sa passion pour la fête de Halloween. – C Edward aux mains d’argent : Une vieille femme ra-
113
1re partie ➜ Étude de textes
conte à une fillette l’histoire d’un personnage, Edward, constitué d’une branche qui s’achève par des sortes
qui fit tomber la neige sur la Floride. C’est une créature de branchages en forme de fils.
fabriquée et aimée par un savant, décédé avant d’avoir pu – Image B : l’arrière-plan, très structuré, est constitué
le terminer et dont les mains sont en fait des couteaux et de lignes horizontales et verticales, perpendiculaires
des cisailles. Il vit solitaire dans le château de son créateur les unes aux autres qui représentent une cheminée
jusqu’au jour où Peg, une femme sans préjugés, le re- dont le feu est factice ou éteint. Un jeu de diagonales
cueille dans sa famille : il y trouve la tendresse et l’amour grises imite de fausses pierres dans cet ensemble
de Kim, la fille de la maison. Edward développe des dons gris. Trois petites chaussettes ou souliers rouges sont
artistiques hors du commun (coiffure, toilettage de suspendu(e)s, bien aligné(e)s les un(e)s à côté des
chiens, art topiaire). Il devient le centre d’intérêt de la autres. À droite, quelques cercles de lumière multi-
petite communauté pourtant très conformiste, jusqu’au colores et pâles se reflètent sur le mur, puis un sapin
jour où, victime de la médisance, de la jalousie et de l’in- en forme de cône pointu. Il est décoré de quatre guir-
compréhension, il est obligé de s’enfuir. Un policier qui le landes scintillantes et parallèles les unes aux autres
poursuivait et qui déclare l’avoir abattu le sauve de la qui l’enserrent et de petites boules de lumière rouges
vindicte populaire, mais le condamne à vivre seul pour et jaunes. Au premier plan, à côté de l’enfant, un gros
toujours. sac, de toile épaisse, est déjà ouvert.
Ce film, en partie autobiographique, est un des som-
mets de la filmographie de Burton ; satire de la middle Ces deux univers sont froids (la mort dans l’image
class américaine, c’est un véritable plaidoyer pour la A et l’absence de chaleur, la géométrie froide et
tolérance. l’ordre, dans l’image B), improbables (d’invraisem-
blables branches échevelées, un sapin de carton
– D Sleepy Hollow : En 1799, Ichabod Crane, une sorte pâte) et mortifères.
d’inspecteur de police new-yorkais, utilise en matière d’en-
quête des techniques scientifiques totalement innovantes à 5 Les personnages :
cette époque. Il va tester ses pratiques modernes à Sleepy a. Image A : le personnage est assis, jambes écartées,
Hollow où l’on a trouvé les corps décapités de trois per- bras ouverts et tête en l’air comme s’il invoquait le
sonnes, les têtes étant toujours manquantes. Les habitants ciel. Il est échevelé et le visage grimé en blanc, les
de ce petit village isolé croient que l’auteur de ces crimes yeux, grands ouverts, sont cernés de noir. Il semble
serait le fantôme d’un cavalier légendaire qui serait revenu appartenir au monde des morts – visage de cadavre,
pour se venger. Mais Crane refuse l’irrationnel... noir et blanc – mais paraît débordant d’énergie et de
Dans cette légende, le « méchant » n’est pas directement vitalité.
le cavalier fantôme, mais plutôt un humain, la sorcière On pourra inviter les élèves à chercher des images
Archer. Le cavalier sans tête fait même pitié tant il est de Batman et Batman le défi et les faire travailler sur
manipulé par cette femme aveuglée par la vengeance. les maquillages et leur fonction.
Ce conte fantastique, à l’atmosphère gothique et d’une b. Image B : de face un « père Noël » à tête de mort,
beauté époustouflante, est une sorte de synthèse des uni- mais dont le crâne est lisse et rond, les yeux excavés
vers de Tim Burton. en forme de grosses billes en creux. Il porte un habit
rouge, est affublé d’une fausse barbe mal accrochée
Approfondissez votre lecture et qui a la forme d’un triangle en pointe (graphique-
L’univers original de Tim Burton ment, elle constitue le pendant inversé du sapin et
permet l’équilibre de l’image). Il porte un bonnet
(images A et B)
rouge en pointe, terminé par un pompon d’une sorte
4 Le décor : de laine blanche effilochée, et bordé de cette même
– Image A : à l’arrière-plan, un ciel noir et uni sur les laine. Il sourit, penché légèrement vers l’enfant au-
deux tiers du haut de l’image. En bas, une sorte de quel il tend un paquet. Son bras droit prolongé d’une
chaos de pierres et de tapis vert indéfini. Au premier main qui rappelle un branchage est tendu vers le
plan, deux pierres tombales, grises, taillées en paral- sapin. L’enfant est debout, droit, cheveux blonds tirés
lélépipèdes dans le granit, dressées, debout ; on voit en arrière, la tête est grosse et ronde, disproportion-
le sommet arrondi de l’une qui porte des inscriptions née par rapport au corps. Il est vêtu d’une sorte de
et deux mains sculptées en ronde-bosse sur un cercle pyjama à carreaux gris et bleu. On ne voit pas ses
excavé et qui se serrent comme pour se saluer. En jambes, mais on devine le bas du pantalon de la
projetant cette image, on peut faire dessiner aux même couleur et avec les mêmes motifs. Il semble
élèves un triangle isocèle dont le sommet se situe figé, les bras tendus vers le paquet dont il vient
en haut et au milieu de l’image. Le côté gauche est de s’emparer. Le personnage de dos appartient au
114
Séquence 4 ➜ Étranges histoires
royaume des vivants tandis que l’étrange père Noël lui mettant des mains, va mourir terrassé par une
appartient au royaume des morts. crise cardiaque. Tim Burton montre ici la dimension
c. Beetlejuice est à la fois loufoque et inquiétant, pathétique des créatures victimes de la cruauté des
de même que M. Jack semble effrayant et bienveil- hommes.
lant. C’est de ces personnages, hors norme, décalés, 10 Image D : le personnage est penché sur son che-
issus même du royaume des morts, que viennent le val, cape au vent et brandit une épée dans sa main
mouvement et donc la vie, les sentiments positifs. droite ; le tout parfaitement noir. Le cavalier n’a pas
Par opposition, le royaume « coloré », souvent pastel de tête.
(voir Edward aux mains d’argent), propre, ordonné de
la middle class américaine est mortifère et terrifiant 11 w Tim Burton s’est inspiré de la nouvelle de
d’inhumanité. Washington Irving, La Légende du cavalier sans tête,
parue en 1819 (éd. Mille et Une Nuits, 2000).
6 On retrouve dans cette image l’enfant solitaire de L’histoire se situe à la fin du xviiie siècle, sur les bords
Burbank, et le froid du décor rappelle le sentiment de l’Hudson où vit une paisible communauté d’origine
d’abandon de l’enfant qu’il fut et qui peuplait sa so- hollandaise... Mais cette quiétude est menacée par la
litude des monstres qu’il voyait à la télévision. légende qui s’y colporte d’un fantomatique cavalier sans
tête. On raconte qu’il décapite dans sa course folle tous
Tim Burton, héritier ceux qu’il rencontre...
des classiques du fantastique (images C et D) w Le roman de Marie Shelley, Frankenstein ou Le
7 Il s’agit d’une vision assez personnelle d’Hal- Prométhée moderne, est paru en 1818.
loween, dans un cimetière retourné par des vagues Un savant, Victor Frankenstein parvient à donner vie à
de terre, dont une gigantesque, au centre et à droite, un être fait d’un assemblage de morceaux de cadavres.
qui occupe un tiers de l’image et sur laquelle est Ce roman est considéré par beaucoup comme le pre-
juché un personnage, sorte de squelette vêtu comme mier véritable roman de science-fiction.
un épouvantail et qui semble chanter sous la lune. La
12 On pourra établir une synthèse de ce qui précède
spirale de terre évoque l’infini. Immense et pleine, la
en mettant en évidence les influences, les partis-pris
lune occupe la moitié du haut de l’image. En bas, à
artistique et graphique, la dimension poétique de
gauche, la lumière ricanante et chaude d’une ving-
ces images. Tim Burton a inventé un univers particu-
taine de citrouilles fendues et illuminées pour la cir-
lier entre rêve et réalité. On insistera également sur
constance. Noël et Halloween sont des moments qui
la satire ironique et grinçante de l’Amérique et le
reviennent souvent dans les films de Tim Burton.
constant plaidoyer de l’artiste pour la tolérance. Se
8 Images C et D : les lieux représentant dans la figure pâle de l’enfant solitaire,
– Image C : les personnages se trouvent dans le il est aussi Edward, ce jeune homme timide et décalé,
laboratoire d’un savant « fou » avec ces machine- excellant dans son art, mais auquel Hollywood a
ries-roues, poulies que l’on retrouve dans toutes les coupé les mains. Tim Burton parle de lui dans son ci-
versions de Frankenstein. néma avec une authenticité qui nous touche.
– Image D : nous sommes en rase campagne. À l’ar-
rière-plan se dressent arbres et broussailles torturés.
9 Image C, les personnages : au-dessus d’une combi-
naison noire à col roulé, apparaît le visage angélique Je vérifie mes connaissances (p. 107)
et poupin d’un jeune homme. Il sourit, l’œil ouvert et
luisant, avec une étrange innocence. Mais sa sil- 1 Étudier le passage du réel au fantastique
houette est striée par des diagonales, couteaux et ci-
a. Le cadre est rendu réaliste par la date (un mardi
seaux, qui le fendent. En face, un vieil homme élégant,
d’avril) ; le temps (il pleuvait) ; la tenue du personnage
habit noir, col blanc, cheveux blancs brossés en arrière,
(un complet) ; le lieu (au bureau) ; les autres person-
tend, sourire aux lèvres, dans un geste de bienveil-
nages (la secrétaire, le tailleur).
lance, deux mains – des prothèses – vers sa créature.
On aura intérêt à montrer aux élèves les images b. Le récit bascule dans le fantastique quand le per-
du film de James Whale, Frankenstein, avec Boris sonnage découvre un papier dans la poche de son
Karloff et à leur faire comparer les représentations costume neuf : un billet de dix mille lires.
du château, du docteur et de sa créature. c. Le personnage est d’abord surpris : je restai interdit,
C’est un moment crucial du film puisque le créa- puis, la deuxième fois, il éprouve une véritable ter-
teur, alors qu’il s’apprête à terminer sa créature en reur : j’avais dû pâlir comme la mort.
115
1re partie ➜ Étude de textes
2 Analyser le début d’un récit fantastique morphose : le narrateur aurait été le jouet de quelque
a. Le narrateur se trouve sur les quais, à Paris (La illusion diabolique.
Seine), puis il s’abrite sous l’auvent d’un portail. 5 Étudier un face-à-face
b. Les adjectifs qualificatifs qui décrivent le paysage a. Expressions qui marquent la ressemblance entre
et les passants : Oluf et le chevalier inconnu : Vous l’auriez pris pour
– le paysage : une grise matinée, une bruine froide, la Oluf. Il était armé exactement de même.
Seine jaunie ; b. La seule chose différente : la couleur de la plume
– les passants noirs, les parapluies difformes. qui orne leur casque, celle du chevalier inconnu est
Le champ lexical dominant est l’humidité, la rouge, celle d’Oluf est verte.
grisaille.
c. Ce qui est étrange dans ce combat, c’est que Oluf
c. Les adjectifs qui caractérisent les pensées du per- ressent les coups qu’il assène à l’autre.
sonnage : des idées pâles et brumeuses, à l’image de
l’atmosphère extérieure (comme si elle déteignait d. Oluf se bat en fait contre lui-même : il se vit lui-
sur lui). Il est en plus préoccupé par un rendez-vous. même devant lui : un miroir eût été moins exact. Il
s’était battu avec son propre spectre.
d. Ce qui donne un caractère fantastique au bâti-
ment carré, c’est l’expression comme une apparition e. Cette victoire signifie que le chevalier Oluf a su
(qui fait basculer dans une autre réalité), la buée vaincre son double, celui qui le tirait vers le Mal, et
morne et fantastique (au sens d’étrange, inhabi- qu’ainsi il est digne de sa fiancée. En effet, il peut désor-
tuelle), la lueur du jour, livide : toute cette ambiance mais la mériter, comme ces chevaliers médiévaux qui
prépare l’entrée en scène de la maîtresse des lieux : la devaient surmonter des épreuves pour être acceptés de
Mort, personnifiée. leur dame. La victoire lui apporte la jeune châtelaine.
116
Séquence 4 ➜ Étranges histoires
flammes de l’enfer. On assiste ici à une espèce de – bureau : encombré, imposant, poussiéreux… ;
cérémonie funèbre, de messe noire qui nécessite une – cave : encombrée, glauque, mystérieuse, obscure,
tenue particulière, des instruments particuliers. poussiéreuse, remplie de toiles d’araignées, sinistre,
b. Les deux hommes tentent de faire des expériences sombre, tortueuse…
alchimiques en utilisant des humains. b. L’atmosphère :
c. Coppelius pourrait être une incarnation du diable, Des expressions propices au surgissement du fantas-
c’est lui « l’homme au sable » qui, d’après les croyances tique : Par une nuit sans lune, par une nuit de pleine
populaires, jette une poignée de sable dans les yeux lune, dans un épais brouillard, dans l’ombre de la nuit,
des enfants qui ne veulent pas s’endormir, puis les dans l’ombre des grands arbres, dans le silence de la
emporte pour les livrer à ses propres enfants qui leur nuit, dans le crépitement des flammes, au milieu de
piquent les yeux, jusqu’à les faire mourir (d’où la pré- nulle part, surgi de nulle part…
sence de ces figures humaines, sans yeux). c. Personnages et animaux :
8 Étudier le passage dans la quatrième dimension • Synonymes : diable, Lucifer, Satan / double, fantôme,
revenant, spectre / savant fou, sorcier / chauve-souris,
a. L’image de Tania disparaît au moment où la com-
vampire.
munication est interrompue.
• Caractérisations :
b. Balthazar ne comprend pas ce qui se passe. – chat noir : maudit, terrible, funeste ;
c. Son inquiétude naît quand il ne voit plus Tania à – chauve-souris : énorme, noire et velue, aux yeux
l’école : c’est comme si elle avait disparu, non seule- jaunes perçants, fend l’air de la nuit et agite ses ailes… ;
ment sur l’écran mais aussi dans la réalité. – chevalier sans tête : vêtu de noir, armé d’une lance,
d. L’image de Tania réapparaît comme fond d’écran, surgit de nulle part, apparaît, chevauche une monture
mais pas du tout avec l’aspect qu’elle avait auparavant. noire… ;
e. Son visage exprime la terreur, l’épouvante. – corbeau : noir, aux ailes déployées, hideux, à l’œil
perçant, survole, fait un piqué… ;
f. Les questions qui se posent à Balthazar et au
– diable : cornu, velu, rouge, aux doigts crochus, aux
lecteur : Qu’est-il arrivé à Tania ? Qu’a-t-elle bien pu
oreilles pointues, portant une fourche… ;
voir qui la plonge dans une telle épouvante ? Où se
– double : intrigant, inquiétant, qui suit partout, qui
trouve-t-elle désormais ? Comment la sauver ?
surgit quand on l’attend le moins… ;
Il ne reste plus qu’à lire cette nouvelle de littéra-
– hibou : taciturne, aux yeux immenses, nyctalope, qui
ture de jeunesse pour que le mystère soit levé…
ulule lors des nuits de pleine lune… ;
– loup-garou : velu, aux oreilles pointues, qui surgit à
Expression écrite (p. 110) minuit de la forêt profonde... ;
– revenant : diaphane, qui sort du cimetière désert… ;
– savant fou : reclus dans son laboratoire vétuste, en-
Rédiger une nouvelle fantastique combré de fioles et de tubes à essais, s’échine à trouver
OBJECTIFS PÉDAGOGIQUES la formule magique qui lui donnera l’éternité, la jeu-
l Travailler
nesse éternelle, la force… ;
sur l’univers fantastique et le vocabu-
– sorcier : dans sa longue robe noire, avec sa longue
laire propre à créer une atmosphère propice au
barbe blanche, manipule des flacons de toutes les cou-
surgissement du fantastique.
leurs, les mélange dans une grande marmite en étain,
l Être capable de rédiger une nouvelle où l’on
prend des bocaux contenant des serpents entiers, des
reprendra des thèmes et les caractéristiques du
araignées géantes, des crapauds… ;
fantastique.
– spectre : maudit, nimbé d’une lumière blafarde,
apparaît… ;
Réunissez le vocabulaire nécessaire – vampire : assoiffé de sang, aux yeux brillants, aux
canines aiguisées, sort de son cercueil…
1 Le monde fantastique
2 Apparition et métamorphose
a. Le décor :
Exemples : a. Verbes qui expriment l’idée de surgissement :
– auberge : déserte, en ruine, funèbre, glauque, hantée, arriver, se détacher, se dévoiler, se faire jour, fendre
inquiétante, lugubre, solitaire… ; l’air, jaillir, se lever, se manifester, se montrer, naître, se
– boutique : déserte, encombrée, lugubre, mystérieuse, présenter, poindre, se révéler, sortir, survenir…
obscure… ; b. Verbes qui expriment des transformations : gran-
117
1re partie ➜ Étude de textes
dir, grossir, rapetisser, rétrécir, diminuer, se réduire, b. Le mobilier reflète l’avarice de son propriétaire par
s’obscurcir, verdir, blanchir, blêmir, bleuir, rajeunir, vieil- son état général :
lir, se défraîchir, s’affaiblir, se renforcer, se raffermir, – le fauteuil est élimé, le tapis est usé ;
s’étioler, se dessécher, se décrépir… – la cheminée et une bougie d’appoint sont les
seules sources de lumière.
Et maintenant, écrivez ! c. La saison est certainement l’hiver, puisque la che-
minée fonctionne et que le personnage est chaude-
3 a. Déterminer le cadre en s’aidant des proposi- ment vêtu. Le froid semble malgré tout régner dans
tions du 1. a. la pièce, preuve que le personnage chauffe le moins
b. Préciser sous quelle forme : apparition d’un spectre, possible par avarice, d’où la nécessité pour lui de
d’un double, d’un animal maudit (chat noir, corbeau, porter une robe de chambre et un bonnet de nuit.
chauve-souris, loup-garou…), d’un objet animé. D’après la légende, il s’agit de la nuit de Noël, et
c. Rédiger la nouvelle en respectant les étapes de la pourtant aucun faste, aucune décoration…
séquence narrative, et en utilisant la 3e personne et d. Deux personnages sont représentés. La légende
le système du passé. de l’image nous aide à les identifier : sur la gauche
Apporter ou non une explication rationnelle. apparaît le spectre de Marley, mort il y a sept ans, et,
• Ce travail d’expression écrite peut être mené indivi- au centre, il s’agit de son associé Scrooge, richissime
duellement ou en groupes. homme d’affaires d’une avarice crasse.
• L’étape initiale, de recherche de vocabulaire, peut Ils n’appartiennent pas au même monde : l’un,
être faite en classe (avec des dictionnaires) ou au CDI Scrooge, est bien réel, l’autre, Marley, est une image
(avec dictionnaires, Internet, encyclopédies). virtuelle qui appartient à l’au-delà.
• Les rédactions, une fois corrigées, pourront être Leurs relations : avant la mort de Marley, ils
lues à la classe, saisies sur ordinateur et illustrées étaient associés.
(activité numérique). e. Description des personnages :
– Le personnage de droite semble effrayé par l’ap-
parition : il amorce un mouvement de recul, étend
Expression orale (p. 111) le bras gauche, prêt à se saisir de quelque chose, et
entrouvre la bouche, comme s’il allait se mettre à
crier. Son bonnet de nuit accentue le ridicule de la
Improviser une histoire situation, et sous sa robe de chambre fuchsia, on
devine une chemise blanche au col relevé.
OBJECTIFS PÉDAGOGIQUES
– Le spectre est nimbé d’une lumière blanchâtre,
l Être capable de dégager les éléments fantas- avance les yeux fermés et les bras en avant, comme
tiques d’une illustration. un somnambule. Il porte lui aussi un bonnet et une
l Être capable d’improviser un récit oral à partir
longue robe ou tunique.
des éléments observés.
f. Autour de la taille, le personnage de gauche
porte une ceinture où sont attachés nombre d’objets
lourds, en métal : un cadenas, des livres de comptes
Préparez votre intervention très épais, un coffre vide retourné, des boîtes, des
1 Observez l’illustration bourses, tous ces objets retenus à l’aide d’une chaîne.
Le personnage est condamné à traîner tous ces
a. Le décor : La scène se situe dans un salon. On devine
objets car, toute sa vie, il a dû être enchaîné à son sort :
sur la droite une cheminée ou un poêle, par la lumière
faire des affaires, gagner de l’argent, ne voir que son
du feu qui irradie et par la présence d’accessoires (un propre intérêt au lieu de vouloir le bien de l’humanité.
chaudron à charbon ou à cendres, une pelle à char- Il est désormais captif de son sort, par-delà la mort.
bon, une pince à bois). Sur la cheminée, nous pouvons
voir un bougeoir surmonté d’une bougie. g. Le caractère fantastique de l’image est donné
Au centre de l’image, le personnage est assis sur par la confrontation des deux mondes : un monde
un vieux fauteuil élimé, derrière lequel on devine un réaliste, où règnent le froid et l’avarice, le monde de
rideau de velours. l’au-delà avec cette figure spectrale qui vient voir le
À l’arrière-plan, sur la droite, on devine un gué- personnage « réel ».
ridon sur lequel est posée une sorte de saladier. 2 Documentez-vous
L’unique source de lumière est la cheminée. Le texte du conte est facile à trouver sur Internet.
118
Séquence 4 ➜ Étranges histoires
119
1re partie ➜ Étude de textes
cal du jeu : boutique de jeux, mode de jeu, un jeu. Un 3 Les trois personnages principaux, Éric, Thierry et
jeu, mais pas n’importe lequel : un jeu sur ordinateur, Andreas sont des adolescents d’aujourd’hui, par
appartenant au monde virtuel (disquette, CD-Rom, leurs centres d’intérêt, leurs occupations et leurs
écran, mode de jeu). Un jeu qui, finalement, n’a rien préoccupations :
d’un jeu : un passeport pour l’enfer… – Ils aiment l’informatique, adorent les jeux vidéo,
– Sur les personnages, on a peu de précisions : seuls ont la réputation d’être à la pointe des nouvelles
Éric et Thierry sont nommés, mais aucune caractéri- technologies, des nouveaux jeux (même si ce secteur
sation supplémentaire n’est donnée (âge, état, lieu…). paraît un peu dépassé de nos jours), surtout Thierry.
Et ce vieil homme qui reste mystérieux : pourquoi un Quand Éric croit avoir « planté » l’ordinateur de
vieil homme dans une boutique de jeux ? Et cette son frère Gilles, il cherche désespérément à joindre
voix qui s’échappe de la disquette… Plus de questions Thierry (p. 66-67).
que de réponses concernant les personnages. – Ils sont pris dans des relations d’amitié complexes
– La quatrième de couverture nous éclaire sur une entre attraction et répulsion.
des parties du titre seulement : le jeu. Aucune préci- – Ils ont des relations difficiles avec l’école, n’hési-
sion sur les paroles en espagnol : il faut entrer dans tant pas à aller à l’encontre de l’autorité pendant le
le livre pour le découvrir ! voyage scolaire à Londres ; puis il y a Thierry le fort en
5 Le livre ne comporte pas de table des matières, thème, Andreas le cancre qui s’amuse à construire
tout simplement parce qu’il n’est pas organisé en des explosifs pour éviter un contrôle de maths…
chapitres. Une seule grande partie, comme s’il n’y – Ils sont pris dans les méandres des relations amou-
avait pas de frontière entre le monde réel et le reuses comme Éric, qui ne sait comment déclarer sa
monde virtuel, comme s’il n’y avait pas d’issue, flamme à Elena qui, elle, plus mature, lit très bien
d’échappatoire possible une fois qu’on est entré dans dans son jeu…
le livre, puis dans le jeu. – Comme beaucoup d’adolescents, ils font face à
Le lecteur, comme les adolescents du livre, des situations familiales complexes : Éric et sa mère
passent sans coupure du quotidien au virtuel, et dépressive, Andreas et son père violent, fascisant…
d’une époque à l’autre, d’un conflit à l’autre… Il faut 4 La réalité et l’actualité :
attendre la fin du livre pour s’en échapper. a. Dans les jeux vidéo :
p. 13, p. 24-26 (la boutique de Londres), p. 29 (la régle-
Pistes de lecture mentation sur la violence des jeux), p. 52-60 (le jeu
Doom II), p. 78-81 (le jeu…), p. 184 (contre les dangers
Un monde réel de ces jeux)…
1 Le début du roman se déroule lors d’un voyage Les jeux Doom et Mortal combat, très sanglants,
scolaire : ticket de métro londonien. étaient dans les années 90 très en vogue. Avalon, Tron
Les informations fournies sont bien exactes : on et Matrix mettent en scène des mondes où l’ordina-
reconnaît des lieux touristiques de Londres (Tower teur est roi et les hommes aliénés à ces machines.
Bridge, la tour de Londres, le musée de cires de Mme b. Dans le fonctionnement des ordinateurs :
Tussaud, Westminster, le Parlement, p. 14-15) et une p. 64 (le démarrage de l’ordinateur), p. 73-75 (les
ambiance propre aux voyages scolaires… vérifications), p. 83 et 85 (les fichiers), p. 179 (les
2 Les personnages évoluent dans d’autres lieux réels : réseaux)… Le vocabulaire technique de l’informa-
– leurs appartements respectifs (p. 50-51, pour Éric tique est présent : paramétrer les effets sonores ; reset
qui vit avec sa maman malade et son frère Gilles (démarrer à nouveau), la technique de compression
lorsqu’il est en permission ; p. 94-95, pour Andreas (qui permet de réduire le volume des fichiers) ; octet
lors d’un face-à-face violent avec son père dans la (unité de mesure du volume des fichiers).
chambre du garçon ; à partir de la p. 117, dans la mai- c. Dans la vie :
son de Thierry) ; • du père d’Andreas :
– leur lycée : p. 66-67, dans une salle de classe lors p. 94-99 (la « conversation » avec son fils où l’on
d’un contrôle de mathématiques… annulé à cause pressent ses positions politiques dangereuses : « vos
d’une explosion ; p. 90-91, au stade pendant un cours descentes dans le quartier des bougnoules en pleine
d’EPS ; nuit, pour défoncer leurs bagnoles et leur putain de
– l’hôpital, aux urgences, après la crise de Thierry en mosquée, c’était respectable, ça ? »), p. 170 (« une or-
plein cours (p. 110-114) ; dure bien grasse…, candidat aux législatives »), p. 223
– l’hôpital psychiatrique, où va se reposer Gilles. (les tracts qu’il rapporte chez lui)… ;
120
Séquence 4 ➜ Étranges histoires
121
1re partie ➜ Étude de textes
S’agit-il de doubles ? de membres de leur famille Andreas : un garçon assoiffé de sang et de violence,
(grands-parents) ? qui ne sait pas s’arrêter. Gilles l’avait d’ailleurs déjà
4 Dans le jeu, la frontière entre réel et virtuel n’existe démasqué : l’envie de détruire, l’envie d’écraser, l’envie
de tuer (p. 169).
pas : les trois adolescents (et Elena dans une moindre
Ils ont tous deux un avantage sur lui : l’expérience
mesure) passent de la réalité immédiate aux conflits
qu’ils ont acquise par le jeu (p. 195). Même dans le
en cliquant sur l’écran : le jeu pénètre alors leur réalité
virtuel, ils ont une valeur individuelle (p. 198).
quotidienne (psychiquement et physiquement).
Andreas exerce un chantage sur Éric s’il refuse de
Dans le livre, il n’y a pas non plus de frontière
continuer à se battre contre lui par l’intermédiaire du
entre le réel et le virtuel : de simples changements de
jeu. Il lui annonce qu’il s’en prendra à Elena, car il sait
paragraphes mais pas de changements de chapitres,
où elle habite, il les a suivis : Sinon, ta princesse fera
afin que le lecteur, comme les adolescents, soit pri-
l’ouverture du J.T. (p. 195).
sonnier de ce jeu, de cette expérience ultime…
Éric et Thierry réagissent avec intelligence : ils
Un roman d’apprentissage battront Andreas sur son propre terrain, le Jeu ul-
time (p. 197-202). Or, seul Éric peut s’affronter à lui,
1 Au début du roman, les trois adolescents ont les
car Thierry est déjà mort en 1917, mais il va aider son
mêmes centres d’intérêt, en particulier les jeux vidéo,
camarade à contrecarrer les attaques d’Andreas et à
mais ils sont très différents par leur physique et leur
l’éliminer (p. 220).
caractère :
– Thierry est l’élève modèle, excellent en anglais, ex- 3 a. À la fin du roman, Thierry, Éric et Elena ont
cellent en informatique, qui ne veut pas être dans les changé : traumatisés par leur expérience, ils ont mûri
mauvais coups mais qui finit par se laisser entraîner, et ont définitivement quitté l’innocence de l’enfance
ne sachant dire non ; il subit la domination physique (voir p. 174 pour Thierry, à sa sortie de l’hôpital).
d’Andreas… Seul Andreas n’a pas changé, il n’a pas compris les
– Éric est un garçon sensible, romantique, attiré par leçons du jeu. Pourtant, il en est mort (p. 221) mais il
sa camarade Elena, mais il n’ose pas l’aborder ; il est veut se venger, il lui faut aller plus loin, plonger dans
plein d’admiration pour son frère Gilles, tout en le un autre épisode. Il représente le prototype même de
craignant ; c’est un bon fils avec sa mère malade… la haine (p. 222-224).
– Andreas a 17 ans, c’est un véritable colosse (p. 12) ; il Cet autre épisode, cette fois fatal pour lui, qui va
est très violent, impoli, s’intéresse uniquement à la vraiment le révéler à lui-même, constituer son mi-
guerre, à la violence, reprenant à son compte les le- roir, par-delà les apparences, se déroule le 16 juillet
çons de racisme de son père ; au lycée, c’est un cancre, 1942 : c’est la rafle du Vél’ d’hiv, jour tragique où des
il ne cherche qu’à causer des ennuis, fabriquant des milliers de Juifs ont été arrachés de chez eux au petit
bombes pour éviter les contrôles… C’est l’incarnation matin, regroupés dans l’enceinte du Vél’ d’hiv pour
du Mal, de la haine : il aime la guerre, les armes, est être déportés vers les camps de la mort. Andreas a
fasciné par la mort ; il n’hésite pas à faire du chan- voulu faire du zèle, dénoncer un jeune garçon qui
tage, à s’en prendre à Elena pour que ses deux « ca- avait réussi à s’échapper.
marades » restent sous son emprise… On touche ici au sens profond du livre. Ce jeune
garçon de 15 ans est en fait le vieillard de la boutique
2 a. Dans le Jeu ultime, ils s’incarnent dans des per- de jeux : ça ne finira jamais (p. 231) sont les paroles
sonnages historiques, connus ou anonymes : exactes prononcées par le vieillard dans la boutique
– Thierry dans le général Boisdeffre ; en voyant l’insigne piqué sur le blouson d’Andreas
– Éric, dans la peau d’un républicain espagnol qui (p. 37), insigne qui est celui de la légion Condor (un
défend le village de Guernica, puis sous les traits crâne humain placé au-dessus d’un char blindé et qui
d’Esmond pour défendre Boadilla (p. 194 et p. 203 et tient dans sa mâchoire un faisceau d’os).
suivantes) ; Le livre se referme ainsi sur lui-même, par une
– Andreas dans la peau de l’Allemand Fragmeister, structure cyclique diabolique qui emprisonne les
appartenant à la légion aérienne Condor, qui a adolescents et le lecteur. Mais si Éric, Thierry, Elena et
anéanti le village de Guernica (p. 145) ; ensuite, dans le lecteur peuvent en réchapper, ayant tiré les leçons
la peau d’un Allemand ou plutôt celle d’un Français de l’Histoire, Andreas, lui, est définitivement rattrapé
le 16 juillet 1942 (p. 227-232) : mais voulant jouer au par son passé : il ne pourra s’échapper, et c’est un
plus fin en dénonçant un jeune garçon juif, il se re- long voyage au bout de la nuit qui l’attend.
trouve pris au piège… b. On ne sait pas ce que devient finalement Andreas :
b. Éric et Thierry découvrent qui est véritablement on sait qu’il fait partie des juifs envoyés dans les
122
Séquence 4 ➜ Étranges histoires
camps de la mort. Survivra-t-il ? Le livre reste en confrontés à ces conflits, d’y être plongés, pour en
suspens. C’est une fin ouverte, qui laisse le lecteur ressortir grandis et ne pas retomber dans les erreurs
maître d’imaginer le destin d’Andreas. du passé.
L’auteur a bien sûr joué sur cette mise en suspens Ce vieillard est donc la mémoire de l’humanité ;
de la fin. Mais il a écrit la suite du roman : Andreas, par métonymie, il est la mémoire des jeux vidéo,
le retour, (2005). Comme si l’horreur, sous les traits alors que le père d’Andreas, le Méchant (avec un M
d’Andreas, revenait sans cesse, malgré les leçons de majuscule) est celui qui veut effacer la mémoire : Je
l’Histoire. l’ai effacé de ma mémoire à l’instant, et je te conseille
d’en faire de même (p. 98).
4 Le jeu « Expérience ultime » sert de révélateur
La leçon du roman est donc celle que délivre le
aux adolescents qui ne sont pas envoyés dans des
vieillard, opposée à celle du père d’Andreas : il faut
conflits au hasard, ceux-ci étant liés à leur personna-
avoir de la mémoire, une « mémoire vive » pour gar-
lité et à leur histoire familiale :
der en tête les leçons de l’Histoire.
– Thierry se retrouve sous les traits d’un grand-père
ou arrière-grand-père (le général Boisdeffre).
Du côté de l’histoire
– Andreas est l’ennemi nazi, comme le laissaient pré-
sager son racisme, sa violence et les agissements de a. La ville de Guernica :
son père (sauf qu’à la fin, il est de l’autre côté ; il fait w Guernica, ville du Pays Basque espagnol, est une ville
alors partie de ceux qu’il veut décimer : les juifs…). martyre : elle fut détruite, le 26 avril 1937, par un bom-
– Elena découvre qui est vraiment son père. bardement qui est considéré comme le premier raid de
– Éric comprend l’engagement de son frère et son l’histoire militaire moderne sur une population civile
admiration pour les Brigades internationales (d’où sans défense.
l’importance de la guerre d’Espagne, de Guernica, C’était jour de marché. Quatre escadrilles de la Condor
du roman de Malraux L’Espoir ; c’est lui qui d’ailleurs allemande, protégées par des avions de chasse italiens,
prononce la phrase en espagnol : no pasarán !, p. 173). bombardent la ville afin de tester l’efficacité de nouvelles
Le roman L’Espoir raconte le début de la guerre civile armes. L’attaque commence à 16h30 : aux bombes ex-
espagnole à laquelle Malraux a participé en tant que plosives succèdent les tirs de mitrailleuses et enfin les
chef d’escadrille d’aviateurs étrangers. bombes incendiaires. Vers 19h45, les derniers avions dis-
paraissent après avoir lâché quelque 50 tonnes de bombes
Un personnage mystérieux incendiaires. 20 % de la ville sont alors en flammes et,
1 Le vieillard est un déclencheur, celui qui va don- malgré l’intervention des pompiers, le feu se propage à 70
ner un sens à la vie des adolescents et donner une % des habitations.
bonne leçon… d’histoire et de vie à Andreas. C’est lui Selon le témoignage d’un journaliste britannique entre
qui les met sur la voie, leur permet de se replonger 800 à 3 000 habitants sur les 5 000 que comptait Guernica
dans l’Histoire, et dans leur histoire personnelle. furent tués.
C’est grâce à lui qu’ils vont grandir : il est l’initiateur. C’est la première fois dans l’Histoire moderne qu’une
population urbaine fut sciemment massacrée. Ce massacre
2 Il réapparaît à la fin du livre, dans un nouvel épi-
voulu par Hitler, allié du général Franco dans la guerre
sode de l’« Expérience ultime », le 16 juillet 1942, sous
civile espagnole, visait à terroriser la population civile.
les traits d’un jeune garçon juif de 15 ans, celui qu’il
était alors. b. Le tableau de Picasso :
3 Ce personnage permet à l’auteur de faire appa- w Dès le 30 avril 1937, Picasso multiplie les études prépa-
raître le sens de son livre ; il représente la mémoire de ratoires de son œuvre. À la mi-juin, il livre son tableau
l’humanité, celui qui tire les leçons de l’Histoire, la au pavillon espagnol de l’Exposition universelle. Les
victime qui prend sa revanche sur les événements, grandes dimensions de Guernica, qui mesure 8 m de long
mais en se refusant à miser sur la haine. sur 3,5 m de haut, répondaient à un souci de visibilité. Il
Le vieillard fait figure de sentinelle car il veille s’agissait de dénoncer la barbarie du bombardement du
sur l’Histoire, il en est la mémoire, afin d’éviter que 26 avril : « Le panneau auquel je travaille et que j’appellerai
les conflits ne se reproduisent, pour transformer les Guernica […], j’exprime clairement mon horreur de la
leçons de l’Histoire en expériences personnelles et caste militaire qui a fait sombrer l’Espagne dans un océan
humaines, et faire de chacun un homme meilleur. de douleur et de mort », déclare Picasso.
C’est donc aussi un passeur, un intermédiaire, • Un tableau monochrome :
il n’agit pas directement, mais par l’entremise des La monochromie du tableau (dans un camaïeu de gris)
disquettes du Jeu ultime. C’est aux garçons d’être s’explique de plusieurs façons. Tout d’abord à la gravité
123
1re partie ➜ Étude de textes
du sujet répond l’austérité de l’absence de couleur. Par Évaluation de fin de séquence (p. 114)
ailleurs, le noir et blanc évoque la presse. Picasso, in-
formé par voie de presse, a incorporé à son œuvre de
nombreuses références à celle-ci : par exemple le pelage Une étrange nuit, Robert Louis Stevenson
du cheval, fait de petits traits serrés, réguliers et alignés
rappelle les caractères d’imprimerie. Lecture, langue et communication
• La pièce maîtresse : le cheval blessé 1 Le récit est écrit à la 1re personne ( je, l. 1) : le narra-
Placé au centre de la composition, il symbolise, selon
teur est le personnage principal du récit. C’est le
les dires du peintre, le peuple. La liberté est mourante.
point de vue interne qui est adopté : on suit non
Comme pour la mère portant son enfant mort, la douleur
seulement les actions mais aussi les pensées et les
est exprimée par la langue pointue comme un couteau.
sensations du personnage principal.
La lance qui transperce le flanc du cheval rappelle celle
qui blesse la poitrine du Christ (analyse empruntée à 2 a. Le début de la scène racontée se passe durant
W. Rubin, L’Art dada et surréaliste). la nuit (Certaine nuit, l. 1) et dans le cabinet (l. 22) du
narrateur.
• Les différents éléments :
– Le taureau : c’est un symbole de la force brute, de la b. Les connecteurs qui organisent le récit : Certaine
cruauté. Au milieu de la débâcle il apparaît impassible. Il nuit que (l. 1) ; Immédiatement (l. 6) ; Cependant (l. 10) ;
symbolise ici les Allemands et le régime fasciste de Franco. Dès le début de cette existence nouvelle (l. 18) ; À cette
– Le chœur des femmes : sur le côté droit de la compo- époque (l. 22) ; La nuit, cependant (l. 25) ; enfin (l. 32).
sition, trois femmes forment un chœur antique, pleurant 3 a. Dans les l. 22-24, les deux verbes au présent
la liberté agonisante. sont est et trace (l. 24) : ils correspondent à un présent
– La mère portant son enfant mort : la douleur et les d’énonciation (tandis que je trace ces lignes et que
hurlements de la mère sont perceptibles au premier plus tard).
abord, alors que le reste du tableau peut sembler plus b. Le narrateur se trouve dans sa chambre quand il
difficile d’accès. L’enfant mort dans les bras de sa mère se écrit ces lignes, près de sa psyché (l. 22 et 32).
rapprochent-ils d’une autre image à portée universelle :
celle d’une piéta ? 4 Les trois étapes du récit des l. 1 à 17 :
– Le symbolisme de la fleur et de l’épée : la fleur est – L. 1 à 5 : La potion maudite ;
unique mais présente au centre de la composition comme – l. 6 à 10 : Les effets immédiats ;
une lueur d’espoir. Sa délicatesse, sa fragilité résonne – l. 10 à 17 : Les bienfaits de la potion.
face au désordre et à l’horreur de la scène. L’épée brisée 5 a. Dans les l. 6 à 12, les mots et expressions qui
complète la symbolique de paix. expriment les premières réactions du narrateur
• Les visages : l’expression de l’universel : après avoir absorbé la potion : une terrible douleur
– Les yeux, en larmes, et la bouche édentée (= personne (l. 6), Une nausée abominable (l. 7), mon âme… proie
désarmée) de la femme tombant dans les flammes d’une terreur (l. 8), cette souffrance fut brève (l. 10-11).
(Guernica a été détruite par un déferlement de bombes b. Le champ lexical dominant est celui de la douleur,
incendiaires) expriment la mort d’un peuple désarmé, une douleur extrême, à la fois physique (l. 6-7) et
la lâcheté du bombardement. morale (l. 8).
– La mère portant son enfant mort exprime une douleur 6 a. À la l. 13, les adjectifs sont au comparatif de
universellement compréhensible, et traduit l’horreur de supériorité : plus jeune, plus léger.
toutes les guerres. Ses yeux en forme de larmes, sa langue
b. Une métaphore : un flot d’images sensuelles courait
en forme de couteau, son visage tourné vers le ciel (d’où
dans mon imagination (l. 14-15) et une comparaison :
est venu le drame), tout en elle exprime la souffrance et
… comme l’eau d’un moulin (l. 15-16). Ces deux figures
le désarroi.
de style traduisent la légèreté et la sensualité que
– Au premier plan de la composition apparaît un com-
ressent le narrateur dans son nouveau corps.
battant dont le corps est morcelé et décapité. Ce person-
nage porte sur son visage toute la violence de la guerre : 7 a. En ce qui concerne son caractère, le narrateur
la dentition précise, et la décapitation sont les signes de observe une fraîche insouciance (l. 14) et une certaine
la barbarie. liberté (l. 16).
Pour de plus amples explications, on peut aussi se repor- b. Mais il observe également un regain de méchan-
ter à la monographie très complète d’Annette Robinson ceté : il ne peut plus dominer sa perversité native
parue aux éditions Scala, SCEREN (CNDP), 2003. (l. 19).
124
Séquence 4 ➜ Étranges histoires
8 a. Ce qui pousse le narrateur à sortir de son cabi- cachée (to hide en anglais signifie « cacher »). Il est
net, c’est la curiosité de se voir dans son nouveau plus petit mais plus vigoureux, plus méchant et plus
corps. N’ayant pas de miroir dans son cabinet, il est pervers : il ne se met aucune limite, aucune contrainte
obligé de se rendre dans sa chambre pour se mirer (la liberté de l’âme m’envahissait, l. 16-17) : c’est le ça
dans sa psyché. dans toute sa splendeur, ou plutôt sa noirceur…
b. De la l. 25 à la fin, les adjectifs qualificatifs se rap- 11 Ce qui fait de cet extrait un texte fantastique,
portant au narrateur : c’est la double thématique de la métamorphose et
– fier (l. 26) : épithète détachée du pronom je (l. 27) ; du double, comment le narrateur nous fait ressentir
– nouvel (l. 27-28) : épithète liée au nom aspect (l. 28) ; la transformation de l’intérieur, une transformation
– tel (l. 30) : épithète liée au nom être (l. 30) ; qui semble maîtrisée grâce à la potion, et comment
– Étranger (l. 31) : épithète détachée du pronom je il développe cette dualité profonde, peut-être pré-
(l. 31) ; sente en chacun de nous (entre le ça et le surmoi,
– nouveau (l. 32) : épithète liée au nom venu (l. 33). reprenant ainsi la thématique du Janus bifrons).
Le narrateur se sent comme revigoré, rajeuni,
dans ce nouveau corps, mais reste comme étranger à Écriture
lui-même. L’adéquation entre le Dr Jekyll et Mr Hyde
Ce sujet permet de vérifier si la technique de la
n’est pas parfaite, heureusement.
suite de texte est acquise, c’est-à-dire si les élèves
9 Mr Jekyll découvre son double dans son miroir, le respectent les données narratologiques du texte de
résultat de sa métamorphose. Il l’appelle Edward départ (statut du narrateur, point de vue, système des
Hyde (l. 33). temps verbaux, cadre spatio-temporel, personnages).
10 Mr Jekyll et Mr Hyde ne forment qu’une seule et Il laisse cependant libre cours à l’imagination
même personne : l’un est la face maudite de l’autre. des élèves quant aux transformations possibles du
Cette métamorphose est devenue l’archétype, le mo- narrateur (voir le travail sur le vocabulaire, manuel
dèle du dédoublement dans la littérature fantas- p. 110), ses réactions dans ce nouveau corps qui
tique, entrant même dans le langage courant. s’offre à lui.
Tout les oppose : l’un, le Dr Jekyll, est un respectable Quant à la conclusion, les élèves peuvent aller
médecin, sage et discret, à la sensualité et la méchan- dans le sens d’une explication rationnelle, ou dans le
ceté contenues (le surmoi agit…). L’autre est sa face sens du fantastique.
125
1re partie ➜ Étude de textes
5
e
Expliquer
enc
(p. 116)
qu
Sé
126
Séquence 5 ➜ Expliquer
SUGGESTION DE SÉQUENCES
127
1re partie ➜ Étude de textes
– fin des exercices commencés en classe et quelques – lecture des leçons p. 275 et 276 ;
exercices d’entraînement p. 321 n° 4 et 7. – exercices p. 275 n° 1 et 2, p. 277 n° 8, 9 et 10.
• Prolongement à la maison :
7e séance ÉVALUATION INTERMÉDIAIRE – mémorisation des leçons ;
• En classe : – suite des exercices qui n’ont pas été faits en classe.
– correction des exercices de grammaire faits à la
maison ; 12e séance EXPRESSION ÉCRITE
– évaluation sur les exercices « Je vérifie mes Objectif : Être capable de produire un texte explicatif
connaissances », n° 3 p. 133 et n°4 p. 134 ; et sur à partir d’une recherche.
l’« Expression écrite », n° 13 p. 126. • En classe :
– correction des exercices de grammaire faits à la mai-
8e séance CORRECTION DE DEVOIR son ;
– Correction de l’« Expression écrite » n° 5 p. 123. – travail sur le vocabulaire n° 1, 2 et 3 p. 136.
• Prolongement à la maison :
9e séance ÉTUDE DE TEXTE – exercice d’expression n° 4 ou 5 p. 136 ;
Objectif : Être capable d’identifier le caractère argu- – mise au net du texte avec un traitement de texte et
mentatif d’un texte explicatif. insertion d’illustrations.
– Étude du texte Qu’est-ce que la non-violence ? de
Jacques Sémelin, p. 127. 13e séance ENTRAÎNEMENT POUR
L’ÉVALUATION
• À la maison :
– lire le texte et répondre aux questions de Objectif : Réinvestir les notions étudiées au cours de
« Découvrez le texte », n° 1, 2 et 3 p. 129. la séquence.
• En classe : • En classe :
– correction de l’évaluation ; – correction des exercices d’expression (les travaux
– « Approfondissez votre lecture », p. 129. pourront se poursuivre sous la forme de mini-exposi-
tions dans la salle de classe ou au CDI) ;
• Prolongement à la maison :
– exercices n° 5, 6 et 8 p. 134-135.
– mémorisation du « Je retiens » (Expliquer pour
convaincre), p. 132 ; 14e séance ÉVALUATION
– exercice « Je vérifie mes connaissances », n° 7 p. 135.
– Support : Un animal fantastique, de Jules Verne,
10e séance ÉTUDE DE L’IMAGE p. 140.
Évaluation lecture / écriture.
Objectif : Être capable d’analyser les procédés de l’ex-
plication dans une planche de BD. Préciser le sens du
vocabulaire technique de l’image. ■ DEUXIÈME SÉQUENCE :
– Support : Langage cinématographique, de Gotlib, À la découverte de la presse
p. 130.
Vous pouvez aussi construire votre propre séquence
• À la maison : en combinant des matériaux présents dans plusieurs
– lire la planche de BD et répondre aux questions 1, 2 autres séquences du manuel. Voici une proposition à
et 3 de « Découvrez la planche », p. 131. partir de textes et images des séquences 1, 2, 5 et 6.
• En classe :
– correction de l’exercice 7 p. 135 ; OBJECTIFS :
– « Découvrez la planche » et « Approfondissez votre Être capable :
lecture », p. 131. l d’identifier les différents textes spécifiques de la
128
Séquence 5 ➜ Expliquer
129
1re partie ➜ Étude de textes
– « Approfondissez votre observation », p. 159. 2. On peut penser que cette peinture symbolise le rapport
• Prolongement à la maison : de l’homme au monde. Le labyrinthe représenterait le
– préparer l’« Expression orale », n° 16 p. 159. monde dans lequel l’homme évolue et qui est, pour lui,
rempli de mystères. L’homme ne cesse de s’interroger sur les
10e séance EXPRESSION ÉCRITE phénomènes naturels et cherche à les expliquer. Comme le
Objectif : Être capable de produire un article de vul- suggère le titre, l’homme est ici le symbole de l’humanité. Il
garisation scientifique à partir d’une recherche. s’agit bien de montrer que l’humanité cherche à expliquer
le monde, comme elle cherche également une explication
• En classe :
à son origine.
– travail sur le vocabulaire, exercices n° 1, 2 et 3
C’est dans cette thématique que l’image a été choisie pour
p. 136.
illustrer la séquence Expliquer. Cette illustration montre
• Prolongement à la maison : que l’explication relève, d’une part, d’une volonté humaine
– rédiger une explication scientifique, exercice n° 4 de compréhension et de déchiffrage ; et, d’autre part, les
p. 136. points d’interrogation inscrivent d’emblée le chapitre dans
11e et 12e ÉVALUATION FINALE les caractéristiques principales du texte explicatif, c’est-à-dire
séances dans sa problématique de questions-réponses.
ET CORRECTION
Objectif : Être capable de présenter ses travaux per-
sonnels sur la presse.
• En classe : 1. Se faire comprendre (p. 118)
– recherche des critères de réussite pour chaque tra-
vail et élaboration d’une fiche d’évaluation ; Clair comme de l’eau de roche,
– présentation orale des travaux réalisés dans le
Erik Orsenna
cadre des activités numériques de l’exercice n° 4
p. 136 ; OBJECTIFS PÉDAGOGIQUES
– présentation orale du magazine sélectionné dans Être capable :
la double page « Des livres à découvrir », p. 138 ; l d’identifier la situation d’énonciation ;
– évaluation et correction ;
l de repérer le vocabulaire de l’explication ;
– évaluation et correction de l’exercice n° 3 p. 31.
l de rédiger une explication adaptée à son
destinataire.
L’image d’ouverture (p. 117)
130
Séquence 5 ➜ Expliquer
ans, il se consacrera à la recherche et à l’enseignement explications par des signes de mécontentement (ex. :
dans le domaine de la finance internationale et de l’éco- non, l. 14 et 15) car il ne se trouve pas clair (l. 15) et, fi-
nomie du développement. nalement, décide de reporter son explication au len-
Il publie son premier roman sous le pseudonyme demain (l. 17-18).
d’Orsenna, nom de la vieille ville du Rivage des Syrtes, de b. Termes et expressions qui montrent que
Julien Gracq. Marguerite ne comprend rien : où il entassait rapide-
En 1981, Jean-Pierre Cot, ministre de la Coopération, ment, comme dans un sac… des mots incompréhen-
l’appelle à son cabinet. Il commence une carrière qui sibles (l. 11-13).
le mènera successivement à l’Élysée comme conseiller
culturel, puis, dans les années 1990, auprès de Roland Une réponse adaptée
Dumas, ministre des Affaires étrangères, où il traitera 5 a. La deuxième explication commence à la l. 22.
de la démocratisation en Afrique et des relations entre
Les paroles sont rapportées directement.
l’Europe du Sud et le Maghreb.
b. Les termes que l’ingénieur utilise pour capter
Parallèlement à ces activités, il a écrit sept romans, dont
l’attention de Marguerite sont écoute (l. 22), tu me
La Vie comme à Lausanne, prix Roger Nimier 1978, et
diras si ça te parle (l. 22-23), sache seulement (l. 29)
L’Exposition coloniale, prix Goncourt 1988.
et imagine (l. 33). Il s’agit de verbes à l’impératif ou
Le 28 mai 1998, il a été élu à l’Académie française, au
d’une phrase de type injonctif.
fauteuil de Jacques-Yves Cousteau.
6 Les phrases sont courtes, d’une construction
Découvrez le texte simple et s’enchaînent de façon logique, dans l’ordre
chronologique du déroulement des événements. Le
1 a. Les différents personnages sont : Marguerite vocabulaire utilisé est courant : les mots et expres-
Bâ, qui est la narratrice et qui dit je ; son père sions relèvent du langage quotidien.
Ousmane ; M. Jean-Baptiste C., l’ingénieur.
b. C’est Marguerite qui pose des questions. Elle de- 7 a. L’explication se présente dans un ordre chrono-
mande : « Pourquoi, quand le fleuve monte, le sable logique, sous la forme d’une séquence narrative :
devient-il vert ? Et pourquoi, quand il descend, le sable – situation initiale : la solitude de la graine au milieu
redevient jaune ? » (l. 1-3) des sels minéraux (l. 23 à 35) ;
– élément perturbateur : l’arrivée de l’eau (l. 35) ;
2 a. Son père Ousmane ne cherche pas à répondre à
– péripéties : l’eau entraîne avec elle les sels miné-
la question, parce qu’il ne doit pas être sûr de sa ré-
raux ; elle s’approche de la graine (l. 35 à 40) ;
ponse, ou parce qu’il ne se sent pas capable de l’ex-
– élément de résolution : dépôt des sels minéraux
pliquer clairement.
sous la peau de la graine (l. 40 à 42) ;
b. Ousmane décide donc d’aller, avec sa fille, voir l’in- – situation finale : le changement de couleur, le pas-
génieur, M. Jean-Baptiste C. sage du jaune au vert (l. 42-43).
c. Ce personnage propose alors une première expli- b. Le temps dominant est le présent de l’indicatif.
cation, dont il n’est pas satisfait, puis une deuxième, L’ingénieur, qui s’adresse à une enfant, a choisi de
le lendemain. s’exprimer simplement et de lui raconter une his-
toire, comme si elle se déroulait sous ses yeux. En
Approfondissez votre lecture outre, ce présent a une valeur de vérité générale : le
processus décrit est toujours le même.
Une explication compliquée (l. 11 à 18)
3 a. et b. Les termes utilisés dans la première expli- 8 Dans la deuxième explication, la graine est per-
cation sont : sonnifiée : elle est seule et prisonnière (l. 24), elle n’a
– Molécule : particule de matière. pas de bras (l. 31-32), elle a une peau (l. 40) et on lui
– Membrane : fine cloison qui enveloppe un organe. offre des cadeaux (l. 41). L’eau aussi est personnifiée :
– Conductivité : capacité d’une substance à permettre elle dépose ses cadeaux (l. 41).
la transmission de la chaleur ou de l’électricité. On peut également relever une métaphore, celle
Ces termes n’appartiennent pas au vocabulaire de l’eau assimilée à un moyen de transport : L’eau
courant : ils relèvent du vocabulaire spécifique et n’aime que les voyages en groupe. Elle accueille tous
technique de la physique et de la chimie. les passagers possibles (l. 35-36).
4 a. L’ingénieur n’est pas satisfait de son explication : 9 Cette deuxième explication est adaptée à
il n’arrêtait pas de bougonner (l. 14), il ponctue ses Marguerite, qui est une enfant. L’ingénieur, de fait, lui
131
1re partie ➜ Étude de textes
raconte une histoire, une sorte de conte de fées, en 2005-2006, il a été proposé à chaque collège une
employant un vocabulaire courant. Ses phrases sont série de photographies afin de sensibiliser les élèves
construites simplement, il s’aide de figures de style, au développement durable. Dans cette campagne,
qui permettent à Marguerite de se représenter les chaque photo s’accompagne d’une légende qui est à
choses, pour lui faire comprendre comment les évé- la fois explicative et argumentative, puisqu’elle vise
nements se déroulent. à faire changer les comportements.
L’ingénieur a expliqué le processus de germina- Après avoir pris connaissance de ces photos, on
tion de la graine, ce qui explique le changement de pourra demander aux élèves d’écrire à leur tour une
couleur. Il écarte volontairement des explications légende pour accompagner la photo reproduite ici.
plus scientifiques sur les sels minéraux : inutile d’en On pourra également consulter les sites Internet ré-
savoir plus à ton âge (l. 28-29). alisés lors de cette campagne (accessibles sur le site
de l’association Good Planet).
Et maintenant, concluez
u Une explication ne peut être comprise par son
destinataire que si l’énonciateur le prend en
compte. Ce type de texte s’inscrit largement dans
la situation d’énonciation. L’énonciateur doit faire 2. Répondre
comprendre quelque chose au destinataire, il doit à des questions (p. 120)
donc se mettre à sa portée et utiliser des termes,
des images et une syntaxe que le destinataire Texte A : Un lieu de mémoire devenu un lieu
sera à même de comprendre. commun, Alain Rey
u On peut expliquer des phénomènes naturels sans
Texte B : La découverte de Tronchin,
avoir recours à un vocabulaire technique. À cet
Laure Bazire et Flore Talamon
effet, le recours au discours narratif, aux figures
de style permet au destinataire de se représenter OBJECTIFS PÉDAGOGIQUES
les choses et de les comprendre.
Être capable :
À vous de jouer ! l d’ identifier le discours explicatif ;
132
Séquence 5 ➜ Expliquer
133
1re partie ➜ Étude de textes
– Quelles autres expressions sont liées historique- devient président du collège des médecins d’Amsterdam
ment aux guerres napoléoniennes ? en 1730. De retour à Genève en 1754, il donne des cours
– Quelles autres expressions familières ont été inspi- d’anatomie à l’Académie de médecine dont il est nommé
rées par des événements guerriers ? professeur honoraire.
Il compte notamment Voltaire dans sa clientèle et de-
Texte B (p. 122) vient, en 1766, le médecin personnel du duc d’Orléans.
1 w Georges-Louis Leclerc est né en 1707 à Montbard, En lutte contre les préjugés de la médecine de son
en Bourgogne, près du village de Buffon dont il prendra époque, il a travaillé avec ardeur pour introduire en
plus tard le nom. Il montre très tôt un goût prononcé France la pratique de l’inoculation, ancêtre de la vaccina-
pour les mathématiques et la géométrie. Entré à l’Acadé- tion. Il a fourni l’article « Inoculation » à l’Encyclopédie
mie de Dijon, centre de la vie intellectuelle de la ville, il de Diderot.
n’est pas, malgré son application, un élève brillant : en effet, Ce médecin avait aussi des idées « modernes » sur l’hy-
malgré des dons certains pour les mathématiques, il reste giène de vie : contre les idées de son temps, il vantait les
faible dans les disciplines littéraires. À la demande de son mérites de l’exercice et de la marche au grand air (d’où la
père, il entreprend des études de droit, tout en continuant création alors du verbe « tronchiner » qui signifiait « faire
à se passionner pour les mathématiques qu’il abandonne de longues promenades »).
pour les sciences naturelles, le jour où il prend conscience 2 a. C’est Buffon qui parle le plus. C’est lui qui pré-
qu’il n’a pas les capacités nécessaires pour y faire une sente son invité, Tronchin, à son jeune aide, Pierre.
grande carrière. En 1726, il s’inscrit à la faculté de méde-
b. La seule question explicite formulée au début
cine où il découvre la botanique et la zoologie.
du texte porte sur la nationalité du médecin :
En 1732, Buffon s’installe à Paris où il fréquente les
« Genevois ? » (l. 8).
cercles scientifiques. En 1734, à vingt-sept ans, il est élu
membre de l’Académie des sciences, dont il a retenu l’at- c. Les autres questions implicites sont :
tention par son mémoire sur les probabilités. – Qui est Tronchin ?
Il entreprend des recherches en sylviculture sur les – Qu’a-t-il découvert ?
terres familiales du château de Montbard. Au hasard de – En quoi consiste la technique de l’inoculation ?
ses promenades dans les bois, il découvre aussi la vie ani- – La petite vérole a-t-elle cessé d’être une maladie
male. En 1739, il présente à l’Académie deux mémoires mortelle ?
où il expose les résultats de ses expériences et se voit 3 a. Pierre, l’autre personnage, n’est là que pour re-
offrir une place dans la section de botanique. En juillet lancer le dialogue. Il sert en fait d’auditoire à l’expli-
de la même année, il devient intendant du Jardin du roi cation de son maître Buffon.
(Jardin des Plantes).
b. Il ne s’agit donc pas d’un véritable dialogue. C’est
En 1746, Buffon commence la rédaction de son
un exposé, sur la technique de l’inoculation et sur
Histoire naturelle, ouvrage qui comptera trente-six vo-
son inventeur, qui est mis en scène sous une forme
lumes, publiés de 1849 à 1789. Avec L’Encyclopédie, cette
dialoguée, afin de le rendre plus vivant, de l’intégrer
œuvre qui rencontrera un grand succès constitue la plus
plus naturellement dans un récit et de le rendre ainsi
grande entreprise de librairie du xviiie s. Buffon y es-
plus accessible à de jeunes lecteurs (Pierre étant un
quisse une théorie de l’évolution du monde vivant. Mais
adolescent).
cet ouvrage, qui comporte des erreurs, va rapidement être
l’objet de nombreuses critiques. Les dévots demandent sa 4 Les trois étapes de l’explication sont :
mise à l’index, car il contredit la Genèse. Buffon écarte – la définition de l’inoculation : l. 14 à 21 ;
facilement leurs attaques, mais, à leur tour, ses confrères – la méthode : l. 23 à 25 ;
vont lui reprocher de traiter de matières scientifiques – son but : l. 25 à 30 (ou ses résultats, l. 25 à la fin).
auxquelles il ne connaît rien.
Si ses théories sur la génération et sur l’histoire de la Et maintenant, concluez
Terre sont inexactes, néanmoins son Histoire de l’homme u Un texte explicatif apporte des réponses aux
fait de lui le père de l’anthropologie. questions portant sur la définition (qu’est-ce
À la fois grand naturaliste et grand écrivain (« le style que… ?), le processus (comment ?) et les causes
est l’homme même », affirme-t-il), Buffon consacre toute (pourquoi ?). Il s’agit donc d’exposer des connais-
sa vie à son œuvre de savant. Il meurt à Paris le 15 avril sances de façon organisée ; afin de mettre en
1788. lumière la progression de son explication, l’auteur
w Théodore Tronchin est né à Genève en 1709 et mort peut utiliser des connecteurs.
à Paris en 1781. Il fait ses études de médecine à Leyde et u Un texte explicatif peut emprunter la forme de n’im-
134
Séquence 5 ➜ Expliquer
porte quel genre textuel : article de presse, chronique – La perspective choisie par l’artiste contribue à
humoristique, dialogue inséré dans un roman… rendre cet aspect tragique et grandiose : les diffé-
u L’explication n’est pas nécessairement neutre : rents plans de l’image (les trois ponts sur le fleuve)
l’énonciateur se doit d’exposer des faits avérés, sont occupés par la foule qui semble aller jusqu’à
mais il peut également donner son avis ou le l’horizon. À l’arrière-plan, le dernier pont est estompé
laisser transparaître dans le vocabulaire employé par les fumées des boulets ennemis qui tombent sur
(mélioratif ou péjoratif). la Grande armée.
w Page 122 :
À vous de jouer ! Cette aquarelle représente Buffon. On peut imaginer
5 Ce sujet est un réinvestissement des procédés que que le peintre a choisi de le présenter dans son lieu
l’on vient d’étudier. On attend avant tout que les élèves de travail : il est en effet accompagné par des détails
choisissent un type de texte et qu’ils rédigent une ex- caractéristiques de son métier et de ses recherches.
plication. Il est à noter qu’aucun des trois types de On remarque des animaux au sol, un globe derrière
textes à choisir ne présente de difficultés majeures. lui, et des végétaux devant lui.
Il faudra cependant veiller à ce que les élèves w Page 123 :
aient recherché les informations nécessaires à leur Cette peinture, dont n’est reproduit ici qu’un détail,
explication. On pourra proposer quelques thèmes
est narrative : elle met en scène la première vacci-
de recherche, en relation avec les autres disci-
nation réalisée par Jenner. Les personnages sont
plines (explication d’anglicismes, de phénomènes
assemblés autour du médecin anglais, qui pratique
scientifiques…).
On pourra travailler sur la progression de l’expli- une vaccination sur un enfant. L’assemblée est at-
cation et sur le rôle des connecteurs qui permettent tentive et bienveillante : on ne lit aucune trace de
d’en suivre la démarche. À cet effet, on propo- peur sur leurs visages, ce qui était loin d’être le cas
sera quelques brouillons à réécrire de façon que les à l’époque. Jenner est caractérisé par l’habit sombre
élèves prennent correctement en compte le rôle des du médecin. On pourra noter qu’aucune précaution
connecteurs. hygiénique n’est prise : le médecin ne porte pas de
gants, les gens sont proches du patient, l’acte médi-
Sur les illustrations (p. 121 à 123) cal se fait à l’extérieur.
On voit à droite de l’image au premier plan une
w Page 121 : paysanne qui panse sa main : elle représente un des
Cette lithographie est datée de 1832, soit vingt ans
protagonistes de cette histoire. Jenner avait en effet
après l’événement historique représenté : le passage
découvert que les paysans ayant contracté la vaccine,
de la Bérézina le 26 novembre 1812 par la Grande
une maladie de la vache bénigne pour l’homme, sem-
Armée qui bat en retraite devant l’armée russe.
L’artiste a rendu toute l’intensité dramatique de blaient être protégés de la variole. Jenner eut donc
cette scène : l’idée de prélever du pus dans une pustule de la main
– On voit sur cette image les pontonniers du géné- d’une paysanne atteinte de cette vaccine pour l’injec-
ral Éblé travaillant dans l’eau mortellement glacée, ter à un garçon de 8 ans. L’enfant fut effectivement
pour consolider les ponts (voir l’article d’Alain Rey, immunisé contre la variole. La vaccination était née.
l. 60-64).
– On voit à l’œuvre le « général Hiver » évoqué par Outils de la langue
Alain Rey (l. 56-57) : ces hommes frigorifiés, portant Autres suggestions pour amorcer
des vêtements, des uniformes qui ne paraissent pas une séance grammaticale :
du tout adaptés à ces conditions climatiques ex- ➜ Comment organiser un texte explicatif ? (2)
trêmes, les morceaux de glace (la débâcle du fleuve) (choisir les types et les formes de phrases, les temps
charriés par les eaux. et les modes) (p. 320)
– On voit l’aspect à la fois tragique et grandiose ➜ Les termes mélioratifs et péjoratifs (p. 314)
(texte, l. 70-71) de cette catastrophe avec la vision
d’une nuée humaine, – ce qui reste de l’armée
napoléonienne – qui se précipite d’une manière
désordonnée et désespérée sur les ponts (cohue,
corps piétinés, tombant dans le fleuve, cadavres au
premier plan).
135
1re partie ➜ Étude de textes
3. Employer un vocabulaire – Coléoptères (l. 13) : ordre d’insectes dont les élytres
recouvrent au repos les ailes postérieures à la ma-
spécifique (p. 124) nière d’un étui. Ex. : la coccinelle.
– Céphalopodes (l. 14-15) : classe des mollusques les
Texte A : L’iridescence des ailes de papillons, plus évolués dont la tête est entourée de bras munis
Serge Berthier et Carole Chevalley de ventouses. Ex. : la pieuvre.
Texte B : Le squelette, Jean-Charles b. Texte B :
– Ténia (l. 9) : ver parasite des intestins des mam-
OBJECTIFS PÉDAGOGIQUES mifères, dont le corps se compose d’un grand nombre
Être capable : d’anneaux plats et muni de crochets ou de ventouses
l de reconnaître une explication scientifique ; de fixation.
l de repérer la qualité d’une explication ; – Radicelles (l. 9) : petits filaments qui proviennent de
l d’analyser les apports spécifiques d’un texte ex-
la ramification des racines.
– Négus (l. 10) : titre royal porté par le souverain des
plicatif et du schéma qui l’accompagne ;
Éthiopiens.
l de rédiger un texte scientifique.
– Orémus (l. 12) : mot prononcé à la messe par le
prêtre pour inviter les fidèles à prier avec lui (sub-
jonctif à valeur injonctive d’un verbe qui signifie
Présentation des extraits « prier » ➝ prions).
Aucun de ces mots n’est correctement utilisé.
w Le texte A est un article extrait d’une revue scientifique
(Pour la science). Il est important d’apprendre aux élèves 2 a. Le texte A est un article extrait de la revue
à se familiariser avec ce genre textuel, puisque c’est celui scientifique Pour la science. Il n’est constitué que d’un
auquel ils seront confrontés dans les disciplines scienti- seul paragraphe, porte un titre et est accompagné
fiques. Il s’agit de les rendre capables d’aborder ces textes d’illustrations.
de façon autonome. b. Le texte B est extrait d’un livre La Foire aux cancres,
En outre, le thème développé ici relève d’un phénomène écrit par Jean-Charles qui s’est amusé à collecter les
naturel qui pourra éveiller leur curiosité. L’article en lui- perles que l’on peut découvrir dans les copies d’élèves.
même en propose une explication détaillée qui s’appuie
sur des connaissances scientifiques et qui rappelle éga-
lement des notions étymologiques. C’est l’association de Approfondissez votre lecture
ces deux démarches qui rend ce texte intéressant dans
l’économie du chapitre.
Texte A : L’explication scientifique
Le texte B, accompagné de son schéma, relève, lui, 3 a. Les différentes parties du texte A sont :
d’une tout autre tonalité : il s’agit de la parodie d’une – le rappel étymologique : l. 1 à 4 ;
explication scientifique. Les élèves aborderont ainsi, par – la définition du terme iridescent : l. 5 à 7 ;
l’humour et le décalage, l’explication et en saisiront les – l’observation du phénomène : l. 7 à 25 ;
enjeux. En effet, il est également question de leur montrer – l’exemple des papillons : l. 25 à la fin.
que, sous des aspects de véracité, ils peuvent se retrouver b. Dans les l. 5 à 12, la progression est à thème
confrontés à des textes qui n’ont aucune valeur ni scien- constant : l’iridescence – sous une forme ou sous une
tifique, ni explicative. Les informations que l’on trouve autre – est le thème de chacune des phrases.
parfois sur Internet sont un exemple quotidien pour eux.
Il est important d’apprendre aux élèves à déjouer ces 4 a. Le point commun entre la déesse Iris et l’irides-
pièges. cence, c’est la multitude des couleurs.
b. Le temps utilisé est le présent de l’indicatif : varie,
Découvrez les textes l’éclairent, est qualifié. Il s’agit d’un présent de vérité
générale.
1 a. • Texte A :
5 Ce sont les techniques de l’imagerie électronique
– Pigments (l. 10) : matières colorées d’origine végé-
qui ont dévoilé les secrets de l’iridescence (l. 20-25).
tale ou animale.
– Lépidoptères (l. 13) : ordre d’insectes munis de deux 6 À la l. 29, les deux points servent à introduire une
paires d’ailes couvertes de fines écailles et possédant explication. À la l. 34, ils annoncent une série
une longue trompe pour aspirer les aliments. Ex. : le d’exemples illustrant les rôles que jouent les phéno-
papillon. mènes d’iridescence dans la vie des papillons.
136
Séquence 5 ➜ Expliquer
7 L’iridescence chez les papillons sert au mimé- scientifique : l’un est destiné à expliquer un phéno-
tisme, au camouflage, à la gestion des flux thermiques mène naturel, l’autre est une parodie d’explication
et à toute la gamme des signaux entre papillons. scientifique truffée de termes inadaptés, par suite de
– Mimétisme : propriété de certaines espèces ani- confusions entre des mots dont la prononciation est
males qui consiste à prendre une apparence sem- voisine.
blable à celle du milieu environnant pour se protéger
et passer inaperçu.
Et maintenant, concluez
– Camouflage : fait de se cacher en modifiant son u Une explication scientifique doit s’appuyer sur
apparence afin de devenir invisible. des connaissances avérées et a pour objectif de
– Flux thermiques : échanges de chaleur. clarifier un phénomène naturel. Sa démarche est
– Signaux : signes envoyés afin de communiquer. logique et progressive et elle utilise des exemples
pour illustrer son propos.
8 Les deux champs lexicaux dominants sont celui
de la couleur et celui de la physique : u Dans ce type de texte, le vocabulaire utilisé est
spécialisé et technique : il est spécifique de la
Lignes Couleur Lignes Physique
science dont il est question.
2 arc-en-ciel 5 varie
u Un schéma permet de représenter les choses : il
4 colorée 5-6 l’angle d’incidence des
est souvent plus accessible qu’un texte.
9 source… de coloration rayons lumineux
10 pigments 7 l’angle d’observation
28 variation des couleurs 4/7 iridescence/iridescent À vous de jouer !
30-31 7-8 phénomène
ces merveilleuses 13 Ce sujet amène les élèves à réécrire un texte en
couleurs dont l’éclat et 20-22 les techniques
la diversité nous d’imagerie changeant de ton : il s’agit de parodier le discours
fascinent électronique scientifique.
Il faudra cependant veiller à ce que les élèves
aient remplacé le vocabulaire scientifique par des
paronymes intéressants.
Texte B : La parodie de l’explication scientifique
14 Ce sujet amène également les élèves à réécrire un
9 Le titre du texte laisse présager un texte scienti-
texte en changeant de ton : il s’agit cette fois de re-
fique. On y trouve en outre des termes d’anatomie :
donner sa dimension scientifique au texte B.
ossification (l. 6), les principaux os (l. 8), le crâne (l. 9),
Les élèves utiliseront le schéma et le tableau de la
l’humérus (l. 11), la colonne vertébrale (l. 14)…
question 10 pour corriger les erreurs.
10 a.
Lignes Mots du texte Mots exacts Outils de la langue
8 Les os de la fesse Les os du bassin Autre suggestion pour amorcer
9 Le ténia Le tibia une séance grammaticale :
➜ Les champs lexicaux dominants (p. 344)
Le fœtus Le fémur
Les radicelles Les vertèbres
Le tubérus L’humérus
10 Le négus Le radius
11-12 L’utérus Le cubitus ou l’humérus !! 4. Expliquer pour convaincre (p. 129)
L’orémus Le coude
13 Les Pyrénées Le péroné Qu’est-ce que la non-violence ?,
15 La moelle pépinière La moelle épinière Jacques Sémelin
17 La luxure La luxation
31 Des messages Des massages OBJECTIFS PÉDAGOGIQUES
Être capable :
b. Il y a confusion car les termes ne sont pas maîtri- l d’identifier le caractère argumentatif d’un texte
sés : leur définition exacte n’est pas sue. Mais surtout explicatif ;
il y a confusion entre des paronymes. l de comprendre le rôle des exemples ;
11 Le but de ce texte est de faire rire le lecteur. l de rédiger un dialogue à visée argumentative.
137
1re partie ➜ Étude de textes
1 Le nom violence vient du latin vis (« force », « vio- a. Le pronom indéfini on indique que l’idée est très
lence physique ») qui a donné violentia, nom qui dé- répandue dans tous les milieux. Tous les verbes appar-
signe l’abus de la force. tiennent au champ lexical de l’hypothèse, de l’opinion
Les antonymes de violence sont habituellement que l’on présente comme incertaine. Tous ces verbes
calme, douceur, paix, mesure. Ils ont l’inconvénient sont complétés par des subordonnées complétives :
de gommer toute allusion à la violence et il n’existe
elles sont compléments d’objet du verbe.
pas d’antonyme dérivé sur le radical violent. Le nom
non-violence est un nom composé : il a l’avantage de b. Détaché en tête de phrase, le thème est mis en
reprendre le slogan « Non à la violence », ce qui signi- relief :
fie que, même face à la violence, on refuse d’y recourir. – le non violent, c’est… ;
– la non-violence, ce n’est pas… cela.
2 Texte B : À l’intérieur du propos, le procédé du présentatif
– Ségrégation (l. 5) : vient du latin grex, gregis qui permet de mettre l’accent sur des éléments de la
signifie « le troupeau » ; le préfixe se- signifie « à phrase, les idées fausses répandues sur les non-vio-
l’écart », « à part ». La ségrégation est donc « l’action lents et qu’il récuse :
de mettre à l’écart loin du troupeau », c’est-à-dire – … c’est celui qui refuse toujours la guerre, qui est
« loin des autres » ; dans les pays où les Noirs n’ont pacifiste ;
pas les mêmes droits que les Blancs, le mot prend le – … c’est un lâche qui ne veut pas se battre.
sens plus précis de « mise à l’écart d’une partie de la
c. Tous ces termes et expressions sont péjoratifs et
population sur des critères raciaux ».
méprisants. Trois sont négatifs : refuse ; n’a pas (de
– Caution (l. 17-18) : vient d’une racine latine cav-/cau-
courage) ; (qui) ne veut pas (se battre).
qui signifie « prendre garde ». La caution est donc
une précaution d’un genre particulier ; elle consiste Les plus péjoratifs sont les termes lâche, a la tête
au versement d’une certaine somme d’argent pour dans les nuages, c’est-à-dire que le non-violent est
servir de garantie. « un rêveur qui n’a aucune notion du réel ».
Le terme pacifiste peut prendre, selon le contexte,
3 C’est la fille de l’auteur qui pose les questions ; une valeur péjorative ou méliorative : le mot signifie
c’est le père qui répond. « qui aime la paix » ; pour les uns, c’est bien ; pour
d’autres, c’est, dans certains cas, de la lâcheté.
Approfondissez votre lecture d. Le père veut amener sa fille, et à travers elle, d’une
manière générale, les jeunes (et peut-être les moins
Texte A : Une explication à but argumentatif jeunes…), à s’interroger sur les côtés positifs de la
4 a. Dans les l. 3-6, pour faire comprendre ce qu’est non-violence, dans un monde où la violence a ten-
la violence, la réponse propose non une définition dance à se banaliser et à devenir la réaction à tout
mais une série d’exemples : des coups, des bombes, du acte ressenti comme une agression, qu’il s’agisse
sang qui en sont les manifestations quotidiennes, d’un regard, d’une simple bousculade ou, beaucoup
telles que tout le monde peut les observer dans plus grave, d’insultes racistes par exemple.
notre vie et aux actualités télévisées.
b. Le locuteur insiste sur le côté bruyant et specta- 6 Organisation du passage qui définit la non-vio-
culaire de la violence (qui inspire d’ailleurs certains lence (l. 18 à 37) : voir tableau page suivante.
138
Séquence 5 ➜ Expliquer
139
1re partie ➜ Étude de textes
famille, mais il ne reverra jamais son père, qui avait été Voltaire rapporte l’épisode dans la lettre XV des
arrêté précédemment. Lettres philosophiques.
Gotlib affiche une vocation précoce : sur les murs de 4 Le rôle des vignettes est d’illustrer ce qui est ex-
sa maison d’abord, puis à l’école, dans les marges de ses pliqué par le récitatif.
rédactions, ses illustrations lui valant des points supplé- Le premier moment de récitatif introduit de ma-
mentaires. Après la guerre, dès 1947, il devient comptable nière amusante le propos de Gotlib, qui s’attribue
à l’Office commercial pharmaceutique (le jour), tout en pour rire la réalisation de films qui sont des réfé-
faisant les Arts appliqués (le soir) et du théâtre amateur rences cinématographiques et appartiennent à des
(le dimanche). genres très divers (Citizen Kane, Le gendarme prend sa
Il trouve une place de lettreur chez Opera-Mundi, qu’il retraite…). Le récitatif comporte aussi parfois des men-
quitte pour tenter sa chance à son compte. Il réalise de tions gratuites, pour l’humour (si le personnage n’avait
nombreux albums à colorier, contes, livres pour enfants. pas oublié de fermer le gaz, avant de partir de chez lui.).
Il fait ses débuts dans la bande dessinée en 1962, dans le Les vignettes sont la traduction visuelle de ce
journal Vaillant, où il dessine Gilou, Klop, Puck et Poil, et qu’expose le récitatif.
surtout Gai-Luron, dont la publication se poursuit dans
Vaillant, puis Pif Gadget, jusqu’en 1971. 5 Le thème de cette page est la découverte de la
Entré au journal Pilote, il y crée en 1965, avec René gravitation universelle par Isaac Newton.
Goscinny, la série des Dingodossiers. Après quelques al-
bums en collaboration, Goscinny, qui apprécie l’humour Approfondissez votre lecture
de Gotlib, l’encourage à poursuivre seul une série : ce sera
la Rubrique-à-brac, petite révolution dans le monde de la Un savant distrait
BD comique. 6 Les événements ont lieu à la campagne, schéma-
tisée par un espace vide en extérieur avec un arbre
fruitier.
Découvrez la planche
7 a. On repère deux séquences qui sont deux repré-
1 Sir Isaac Newton (1642-1727) est un philosophe,
sentations différentes du même événement avec des
mathématicien, physicien et astronome anglais. Figure
variantes :
emblématique des sciences, il est le père de la mécanique
– Dans les vignettes 1 à 5, on voit le personnage ap-
moderne, grâce aux trois lois fondamentales sur le mou-
paraître et s’avancer : il reçoit une pomme sur la tête,
vement qu’il a énoncées. Mais il est surtout célèbre pour
la mise au point se fait sur lui et il est cadré de plus
sa théorie de la gravitation universelle et la création, en
en plus serré.
concurrence avec Leibniz (chacun revendiquant cette
– Les vignettes 6 à 9 montrent l’arrivée du person-
découverte), du calcul infinitésimal.
nage, son arrêt et son départ, sans que le cadrage
2 Newton ayant vécu principalement au xviie s., on soit modifié (le dessin de l’arbre qui figure à gauche
le voit représenté sur la planche en costume d’époque le montre) : la caméra est fixe et filme en continu.
(longue veste, culotte et bas) et perruque à La pomme se détache au moment où Newton fait
rouleaux. demi-tour ; elle tombe bien, mais par terre.
L’épisode de la pomme appartient lui aussi à la vie b. Les vignettes 10 à 12 représentent le moment où
de Newton. On verra dans la question suivante que la pomme se détache (10), l’évanouissement consé-
Gotlib n’a retenu que l’aspect le plus caricatural. cutif de Newton (11), le moment de l’impact de la
3 En 1666 et 1667, Newton réside à la campagne, pomme sur la tête (12) qui pourrait figurer entre
loin de Londres où sévit une épidémie de peste. Un les vignettes 10 et 11. On fera remarquer aux élèves
soir, dans son verger du Lincolnshire, il observe la que les vignettes 3, 7, 10 illustrent le même moment
chute d’une pomme, alors que la Lune brille dans le selon des intentions différentes.
ciel ; il se demande alors pourquoi la Lune ne tombe 8 La coccinelle n’apparaît pas dans toutes les
pas elle aussi. Il réalise qu’il faut que la Lune soit at- vignettes, mais sa présence est toujours
tirée par la Terre, sinon elle s’éloignerait à tout ja- humoristique :
mais, emportée par sa vitesse. Elle est retenue sur – Dans les vignettes 2, 7, 10, elle emboîte le pas de
son orbite par une force invisible, la gravitation. En Newton en adoptant la même attitude. Son imita-
quelques instants, il formule donc les prémisses de la tion du comportement humain, à une échelle ré-
théorie de l’attraction universelle : « Les corps s’at- duite, suscite le sourire : elle apparaît surtout comme
tirent avec une force inversement proportionnelle au une imitation dérisoire du lecteur qui s’identifie à
carré de la distance qui les sépare. » Newton.
140
Séquence 5 ➜ Expliquer
– Dans la vignette 8, elle a un temps de retard sur le vignettes 4/12 et 9/11, sont des représentations co-
savant, ce qui lui est fatal : dans la vignette 9, elle re- dées respectivement de la surprise et de la douleur,
çoit la pomme à la place de Newton. Le gag est donc ainsi que de l’énervement agacé. Le récitatif apporte
porté à son terme, mais la victime est inattendue. les éclaircissements nécessaires.
– Dans la vignette 12, elle est caricaturée avec les On notera que, malgré un personnage qua-
attributs conventionnels du fou (entonnoir sur la si-muet, la planche est extrêmement expressive.
tête, sourire et œil délirant). Le dessinateur, cadreur
de l’image, a voulu ainsi donner à voir le désarroi 14 a. Les procédés évoqués sont les différents types
psychique et le déséquilibre. de cadrages ou plans, la profondeur de champ et les
angles de vue.
9 Dans la vignette 13, le spectateur a l’impression
b. Les vignettes 1 à 5 montrent un cadrage qui va du
d’être lui-même le héros de l’action. Son équivalent
plus large (plan d’ensemble) au plus serré (gros plan
dans le texte narratif est le point de vue interne : on
pour le personnage ; plan de coupe ou insert pour un
décrit l’action à travers les yeux d’un personnage ou
détail). Les plans intermédiaires sont, dans l’ordre, le
bien on évoque ses pensées et ses sentiments.
plan moyen et le plan américain.
10 Les procédés qui rendent cette planche de bande c. La différence joue sur la profondeur de champ :
dessinée humoristique sont nombreux : – vignettes 1 à 5, la mise au point se fait sur le person-
– l’humour présent dans le récitatif quand le dessi- nage et change au fur et à mesure de son avancée,
nateur s’attribue faussement la paternité de certains cadrée de plus en plus serré ;
grands films, l’explication anachronique donnée pour – les vignettes 6 à 9 gardent une mise au point
expliquer le demi-tour inattendu du savant (il a oublié constante sur l’arbre à gauche.
de fermer le gaz), ce qui par ailleurs est conforme à
l’image conventionnelle du savant distrait ; d. Les vignettes 10 et 11 sont filmées selon des angles
tout à fait opposés :
– les mimiques torturées du personnage abasourdi
– Vignette 10, comme si la caméra était posée au sol,
(vignettes 4 et 12) ;
en contre-plongée (en position basse par rapport au
– le personnage de la coccinelle (vignettes 8 et 9), qui
sujet), ce qui donne l’impression d’un statut inférieur
singe le savant et devient l’héroïne du gag principal :
de l’observateur et confère donc à Newton une sta-
surprise, elle a un temps de retard sur le savant et
ture importante (une impression de supériorité et de
c’est elle qui reçoit la pomme.
triomphe).
Le langage cinématographique – Vignette 11, au contraire, la caméra est en plongée,
placée plus haut que la scène observée (en position
11 L’intention du dessinateur est de nous faire un haute par rapport au sujet), ce qui accentue l’idée du
exposé qui soit un petit cours de langage choc physique qu’a subi Newton et son écrasement
cinématographique. au sol.
12 Le décor est réduit à un pommier isolé dans un
paysage vide. Dans ce paysage dépouillé, le seul re- À vous de jouer !
père est l’arbre : dans chaque vignette (sauf la deu- 15 On attend que les élèves réalisent un exposé visuel
xième), il est présent, entier ou réduit à une de ses sur les termes du langage cinématographique, à la
parties (feuillage, tronc, pommes qui sont présentes manière de Gotlib, sans forcément chercher une suite
partout). La pomme apparaît comme l’élément es- logique entre les images ou une unité thématique.
sentiel, jouant le premier rôle et le savant est repré-
senté dans sa relation avec la pomme.
13 Le lecteur prend connaissance des pensées et Je vérifie mes connaissances (p. 133)
sentiments du personnage grâce aux phylactères ou
bulles, présents dans les vignettes 8 et 11. Sinon, il
doit se contenter la plupart du temps de l’expression 1 Analyser une affiche
du visage et des gestes : par exemple, à la vignette 3, a. De gauche à droite, on peut identifier un chevalier
on a la représentation typique de l’illumination en armure (visible à moitié), un guerrier du futur évo-
(doigt sur la tempe pour montrer le lieu de naissance quant un héros de dessin animé japonais (manga),
de l’idée, doigt en l’air pour indiquer le déclencheur un cosmonaute, un sportif qui pratique un art mar-
de l’éclair de génie, regard ravi). Les étoiles, nuages et tial oriental, un coureur automobile, un pompier, un
tourbillons au-dessus de la tête du personnage, enfant cycliste.
141
1re partie ➜ Étude de textes
b. Le slogan est formulé dans une phrase nominale, 3 Déterminer les questions auxquelles un texte
constituée de deux membres de phrase symétriques répond
dans leur construction et leurs sonorités : à héros
a. Le premier paragraphe répond aux questions
répond vélo : la formule sans casque est reprise telle
suivantes :
quelle. Son rythme évoque l’alexandrin (à condition
– Qu’est-ce qu’un lifestraw ?
d’élider au milieu du vers sans casqu’). Ce slogan
– À quoi sert un lifestraw ?
retient l’attention et s’inscrit facilement dans la
– À qui un lifestraw peut-il être utile ?
mémoire.
b. Le deuxième paragraphe répond à la question :
c. Le terme héros, dans son acception courante,
Comment ça marche ?
évoque un personnage hors du commun qui se dis-
Ce paragraphe est structuré par les connecteurs
tingue par un courage exceptionnel et ses exploits.
suivants : d’abord…, ensuite…, enfin… Ils indiquent
d. Il s’agit de faire comprendre que le port du casque l’ordre dans lequel s’effectuent les différentes opéra-
est nécessaire quand on pratique des activités qui tions de purification de l’eau à l’intérieur du lifestraw.
peuvent être dangereuses. Ce message s’adresse
c. Dans le deuxième paragraphe, la progression
plutôt à des jeunes : le destinataire figure sur l’image
thématique adoptée est la progression à thème
sous les traits d’un jeune garçon. Les enfants de cet
constant de la phrase 1 à la phrase 2 (le liquide, il) ;
âge rêvent de devenir des héros et nient le risque
puis, de la phrase 2 à la phrase 3, il y a changement
dont ils n’ont aucune conscience. Le message paraît
de thème : des particules de carbone…
bien adapté à ses destinataires : les personnages
qu’ils admirent, qu’ils rêvent d’imiter parce que, à d. La fin du texte répond aux questions suivantes :
leurs yeux, ils incarnent le courage, portent, eux, un – Où cet appareil est-il fabriqué ?
casque. Alors, pourquoi n’en porteraient-ils pas eux – Cet appareil a-t-il été testé ? Où ?
aussi ? – Quel est le coût d’un tel appareil ?
– Quels sont les avantages du lifestraw ?
2 Analyser un procédé utilisé pour se faire
comprendre 4 Étudier l’emploi d’un vocabulaire spécialisé
a. Galilée (Galileo Galilei, 1564-1642) est un physicien a. Le Nautilus est un sous-marin, un submersible.
et astronome italien. Convaincu de l’exactitude des
b. Le champ lexical correspondant est donc celui des
idées défendues par le Polonais Copernic qui avait
navires, de la navigation maritime.
affirmé au xvie s. que c’était la Terre qui tournait au-
tour du Soleil et non l’inverse, il exposa ses opinions c. Voici les termes qui relèvent d’un vocabulaire
dans son livre Dialogue sur les deux principaux sys- spécialisé :
tèmes du monde : l’Église lui intenta alors un procès – Nautilus : nom formé à partir d’un mot latin, lui-
à l’issue duquel (en 1633) il fut condamné à abjurer même emprunté au grec nautilos, dérivé de naus, qui
cette conviction. signifie « le navire ».
– Submersible et immersion qui appartiennent tous
b. Il veut expliquer à Andréa que la Terre tourne au-
les deux à une famille de mots formée à partir de la
tour du Soleil.
racine latine merg- / mers-, qui signifie « plonger ». Un
c. Andréa n’a pas encore 11 ans. Il est donc incapable submersible est donc un navire « qui plonge au fond
de suivre de grandes théories abstraites. de la mer » ; l’immersion est l’action d’immerger, c’est-
d. Avec des accessoires, Galilée va mettre en scène la à-dire de « plonger dans un liquide », ici « dans l’eau ».
rotation de la Terre autour du Soleil afin que l’enfant – Jaugeant : signifie « mesurant », « ayant une capa-
visualise les explications : le Soleil est représenté par cité de… », « capable de contenir ».
un trépied de fer ; une chaise sur laquelle Andréa – Tonneau : unité de volume utilisée pour mesurer la
s’est assis figure la Terre. contenance d’un navire ; un tonneau = 2, 83 m3 .
Galilée lui fait observer les deux façons de faire – Double coque : ensemble de la membrure et du
passer le Soleil de sa gauche à sa droite : revêtement extérieur d’un navire.
– ou bien c’est le Soleil (le trépied) qui bouge (– Et – Propulsion : d’une racine latine puls-, « pousser »,
comment ira-t-il à droite ? – Si vous le transportez à avec le préverbe pro-, « en avant ». C’est donc « l’ac-
droite, naturellement.) ; tion de pousser en avant ».
– ou bien c’est la Terre qui bouge (la chaise sur la- – 50 milles : le mille (marin ou nautique) est une me-
quelle l’enfant est assis) : Il le soulève avec la chaise et sure de longueur (= 1852 m).
accomplit avec lui une demi-rotation. et … naviguer.
142
Séquence 5 ➜ Expliquer
143
1re partie ➜ Étude de textes
voient pas toujours pourquoi ils doivent apprendre d. La girafe se nourrit de tiges, d’épines et de feuilles
certaines choses qui leur semblent inutiles. L’auteur d’acacias dont les feuilles les plus tendres poussent
veut les convaincre de l’intérêt de disciplines qui ne entre 2 et 6 m, ce qui constitue pour la girafe la hau-
sont pas toutes « utilitaires » mais qui forment pro- teur idéale.
gressivement l’individu à penser par lui-même. e. Elle a une langue puissante, coriace, extraordinai-
rement longue (54 cm), flexible et préhensile.
La girafe est un ruminant : elle n’a pas d’incisives
Expression écrite (p. 136) à la mâchoire supérieure. Elle enroule sa langue au-
tour des feuilles qu’elle approche jusqu’à ses lèvres
(également très développées et mobiles), les fait
Rédiger une explication
pénétrer dans sa bouche et les avale. Puis, ultérieu-
OBJECTIFS PÉDAGOGIQUES rement, elle régurgite la nourriture absorbée pour la
Être capable de : mastiquer et l’imprégner de salive.
l réunir une documentation sur un thème donné
Elle écarte les pattes de devant ou plie les genoux
en consultant diverses sources ; pour brouter ou s’abreuver.
l trouver des réponses précises à une série de f. La girafe court à l’amble, c’est-à-dire qu’elle lève
questions ; alternativement ensemble les deux pattes du même
l exploiter et ordonner les informations récoltées
côté. Sa vitesse normale est de 15 km/h, mais elle
en fonction d’un type de texte donné (soit un peut accélérer jusqu’à 50 km/h : elle lève alors les
article de magazine, soit un conte explicatif). pattes antérieures ensemble en les maintenant écar-
tées pour éviter le choc entre les sabots. Le balance-
ment de son cou crée l’équilibre.
g. Des millions d’années d’évolution ont permis à
Réunissez le vocabulaire la girafe d’acquérir une anatomie unique. Un sage
et les informations nécessaires
arabe dit d’elle : « Sachant qu’elle se nourrirait dans
1 Le vocabulaire scientifique sur la girafe les arbres, Allah lui donna des membres antérieurs
a. La girafe appartient : plus longs que les postérieurs ». En 1809, Lamarck
– au règne des animaux (animalia) ; pensait qu’à force d’allonger le cou, celui-ci s’était
– à l’embranchement des vertébrés (chordata) ; développé, ce qui était devenu un caractère acquis
– à la classe des mammifères ; qui s’était transmis aux générations suivantes.
– à la sous-classe des animaux sauvages (théria) ;
3 Le corps de la girafe
– à l’ordre des artiodactyles (ce qui signifie qu’elle a
un nombre pair de doigts) ; a. Grâce à son cou, la girafe peut atteindre 6 m de
– à la famille des Girrafidae. haut. Ses membres antérieurs sont plus hauts que
b. Son nom latin, emprunté au grec, est Giraffa came- ses membres postérieurs.
lopardalis, un terme qui réunit trois animaux : girafe, b. Son pelage est fauve foncé, avec de grandes taches
chameau (camelos) et panthère (pardalis). plus claires, tirant sur le jaune. La robe de la girafe
c. Le mot girafe vient de l’arabe zarâfa, ce qui signifie réticulée semble recouverte d’un filet (d’où son nom,
aimable. La girafe était d’ailleurs un présent que les retes signifiant « filet » en latin) aux larges mailles
puissants s’offraient en gage de paix. blanches, ce qui la rend pratiquement invisible au
milieu de la végétation.
2 La girafe dans son milieu naturel
c. Son cou mesure 2 m, cependant celui-ci ne com-
a. La girafe est originaire d’Afrique. Mais on en porte pas plus de sept vertèbres, comme celui des
trouve aussi des fossiles en Inde. autres vertébrés (y compris l’homme).
b. Elle est répandue du Tchad et du Soudan jusqu’en d. et e. Son système circulatoire est remarquable : le
Afrique du Sud. cœur doit en effet propulser le sang dans un système
c. La girafe ne peut vivre que dans des régions où artériel particulièrement long. En outre, lorsque la
il y a des arbres. Elle vit dans la savane africaine girafe a la tête haute, son cerveau se trouve 3 m
à herbe haute et dans la steppe arbustive qui est au-dessus du cœur ; quand elle baisse la tête, il est 2
constituée d’une multitude d’épineux : arbustes en m au-dessous. Il s’est développé à la base du cou de
grand nombre, acacias gigantesques (de 20 à 30 m la girafe tout un système de régulation de la pression
de haut). sanguine absolument remarquable : la dilatation
144
Séquence 5 ➜ Expliquer
plus ou moins grande de tout un réseau de vaisseaux pied figure dans un décor suffisamment élargi.
situés à la base du cerveau stabilise la pression arté- – À quelle époque appartient la scène représentée ?
rielle. En outre, la veine jugulaire se sépare en deux : On peut attribuer la scène approximativement aux an-
quand elle baisse la tête, des valvules, véritables nées 50, à cause de la coupe du costume de l’homme,
soupapes, empêchent le sang de retomber vers le des modèles de voitures en stationnement, et du titre
cerveau et l’orientent vers le cœur. du magazine qu’il consulte, Le Hérisson, hebdomadaire
f. En 1872, Darwin pensait que la longueur du cou humoristique qui n’existe plus aujourd’hui.
était due à la sélection naturelle, liée aux périodes – D’où provient la lumière ? Comment pouvez-vous
de famines : un ou deux pouces de plus ou de moins l’affirmer ? La lumière naturelle vient de la gauche.
faisaient la différence et permettaient de survivre. Les ombres portées sur le sol concernent tous les
g. La NASA a étudié chez la girafe l’effet de la gravité éléments de la scène (réverbère, laisse, immeubles)
sur la circulation : son cœur de 11 kg pompe 60 litres et indiquent également qu’il fait plein jour, que la
de sang par minute ; en bas des jambes, la pression est scène a été prise en milieu de matinée par une jour-
énorme. Les phlébologues de la NASA se sont inspirés née ensoleillée.
du réseau sanguin de la girafe pour réaliser la com- – Dans quel lieu se situe la scène ? La scène se situe
binaison anti-G des pilotes de chasse et astronautes. dans la rue d’une ville, peut-être Paris.
– Quels objets l’homme tient-il dans la main ?
Qu’est-il occupé à faire ? L’homme est absorbé dans
la lecture d’un journal qu’il tient à deux mains, en
Expression orale (p. 137) même temps que la laisse.
– Pourquoi se trouve-t-il à cet endroit ? Il attend
Expliquer une image certainement que son animal urine sur le réverbère.
– Qu’est-ce qui est étonnant dans cette image ? Il n’y
OBJECTIFS PÉDAGOGIQUES
a pas d’animal au bout de la laisse et il est étonnant
Être capable :
qu’elle puisse rester suspendue en l’air, alors que le
l de s’exprimer clairement à l’oral ;
collier qui la termine est vide !
l de poser la bonne question de façon correcte ; – Pourquoi l’homme ne s’aperçoit-il pas que la laisse
l d’employer les types de phrases déclaratives et est vide ? Parce qu’il est très occupé à lire son journal
interrogatives. (voir comme le journal est près de son visage, ce qui
témoigne de sa concentration et obture son champ
de vision).
Préparez votre intervention – Comment et pourquoi la laisse peut-elle tenir en
l’air ? C’est la question centrale que pose la pho-
1 Questionnez l’image
tographie : trois interprétations sont possibles. La
L’observateur de l’image peut être amené à se poser
première relève de la fantaisie poétique : l’animal
les questions suivantes :
s’est sauvé et le maître reste à tenir une laisse désor-
– Quelle est la nature du document proposé ? Une
mais inutile, qui magiquement reste suspendue. Ou
photographie.
bien encore, l’homme est le propriétaire d’un chien
– Quel est le thème de l’image ? La promenade hy-
invisible, ou promène un chien qui n’existe pas. Plus
giénique de l’animal domestique.
rationnellement, l’homme absorbé dans sa lecture a
– Quels sont les éléments qui y figurent ? Que
été victime d’une farce qui a substitué au vrai chien
voit-on au premier plan ? au second plan ? Au pre-
mier plan, la base d’un réverbère et un collier pour et à sa laisse, une autre laisse faite d’un fil rigide.
animal domestique tenu en laisse ; au second plan, – Quel est l’effet produit sur le spectateur ? Le spec-
un homme dont on ne voit pas le visage tenant tateur de l’image est forcément désarçonné par
l’autre extrémité de la laisse, et, derrière lui, un l’image, intrigué par l’impossibilité de ce qu’il voit et
vélomoteur. En arrière-plan, des immeubles et des donc amené à se poser des questions.
voitures en stationnement. 2 Proposez de nouveaux cadrages
– De quelle façon l’image est-elle organisée ? L’image De simples rectangles de papier positionnés à angle
est organisée horizontalement de gauche à droite droit permettent de redéfinir d’autres cadrages pos-
pour les premiers plans, puis la perspective de la rue sibles, qui réduiront l’image, par exemple, au décor
en arrière-plan lui donne de la profondeur. uniquement, ou bien à l’homme en plan moyen (en
– Selon quel cadrage l’image est-elle saisie ? Il s’agit coupant l’extrémité de la laisse) ou en plan améri-
ici d’un plan d’ensemble, car l’homme représenté en cain. On peut imaginer également un gros plan sur
145
1re partie ➜ Étude de textes
le journal et la tête de l’homme, pour vérifier s’il y a Les deux mots pourquoi et comment sont des
un rapport entre les informations du journal et l’in- adverbes interrogatifs, ici substantivés.
tensité de la lecture. On peut aussi se focaliser sur la
6 Il s’agit d’une locomotive. Elle sert à voyager. Elle
laisse seule, en plan de coupe.
a la forme d’un éléphant. Elle est destinée au rajah
de Bouthan.
À vous de jouer !
7 Les paroles de Banks sont rapportées directement :
3 Chacune des propositions de recadrage sera pré- elles sont annoncées par des guillemets et on peut y
sentée aux autres élèves par les groupes en charge. Il relever des indices d’énonciation : maintenant (l. 33),
faudra l’expliquer selon la méthode du questionne- déterminant possessif de 1re personne mes amis…
ment et défendre la pertinence du recadrage choisi.
8 a.
Lignes Connecteurs Sens
146
Séquence 6 ➜ La critique sociale
6 La critique sociale
e
(p. 142)
enc
qu
Sé
147
1re partie ➜ Étude de textes
SUGGESTION DE SÉQUENCES
148
Séquence 6 ➜ La critique sociale
149
1re partie ➜ Étude de textes
150
Séquence 6 ➜ La critique sociale
151
1re partie ➜ Étude de textes
3. Cette image dénonce la guerre de façon humoristique. elle n’a cessé d’écrire des romans pour la jeunesse. Gudule
En effet, on constate le désarroi des soldats (voir le soldat est également auteur de scénarios pour la bande dessinée.
qui gesticule en montrant l’oiseau à son supérieur, dont
les mains sur les hanches traduisent la perplexité et l’ab- Découvrez les textes
sence de réponse) devant la présence de la colombe. En
1 Texte A :
se postant sur le canon, elle fait obstacle à son utilisation :
faut-il tirer ou ne pas tirer au risque de tuer la colombe, – Tint conseil (v. 15) : signifie « se concerta » et/ou
symbole de la paix ? Mordillo montre donc des soldats « délibéra en assemblée ».
qui hésitent à user de leur canon devant les conséquences – On cria haro sur le Baudet (v. 55) : un haro est le cri
possibles : et comme la paix est petite et fragile perchée en (à l’origine une interjection) poussé par la victime
haut de ce canon gigantesque ! d’un flagrant délit pour attirer l’attention, et appeler
à l’aide. L’expression crier haro sur le baudet signifie
« désigner quelqu’un à la réprobation générale ».
1. Une fable (p. 144) – Une harangue (v. 56) : discours solennel prononcé
devant un haut personnage ou un groupe de
personnes.
Texte A : Les Animaux malades de la peste, – Une peccadille (v. 59) : une faute légère et excusable.
Jean de La Fontaine
Texte B :
Texte B : Contrefable, Gudule – Vilipender (v. 17) : du latin vilis, « de peu de prix »,
et pendere, « estimer » ; dénoncer quelqu’un comme
OBJECTIFS PÉDAGOGIQUES méprisable.
l Confronter deux fables dénonçant les mêmes
2 a. Le verbe dévouer (v. 30 ) signifie « sacrifier pour
abus.
quelqu’un ou pour quelque chose » et vient du verbe
l Analyser l’art de la persuasion dans le discours.
latin devovere. On peut le décomposer en préfixe dé-
l Être capable de dire et mettre en scène les deux
à valeur intensive et vouer = dédier, consacrer (à une
fables. divinité).
Le verbe sacrifier (v. 19) en est parfaitement
synonyme.
Présentation des textes b. Chez les Romains, se dévouer signifiait originelle-
w Bien qu’un peu longue, cette fable de La Fontaine nous ment « s’offrir en sacrifice aux divinités infernales ».
a semblé relativement facile d’accès : un récit bien enlevé, Ainsi, plusieurs héros romains se sont « dévoués » en
des « personnages » bien caractérisés et pittoresques, un ce sens pour sauver leur patrie. Par exemple Mucius
thème éternel – l’inégalité devant la justice. Au-delà de Curtius : un trou s’étant creusé en plein milieu du
cette représentation métaphorique du roi et de ses cour- forum, impossible à combler malgré les énormes
tisans, on retrouve des caractéristiques qui sont encore quantités de terre apportées, il s’y précipita tout
celles de notre société d’aujourd’hui : l’impunité dont armé avec son cheval : le trou se combla aussitôt.
jouissent certains notables, la recherche d’un bouc émis- 3 L’expression bouc émissaire fait référence au rite
saire. Le prolongement proposé par Gudule met bien en par lequel, selon la Bible (Lévitique, XVI), chaque
lumière, lui aussi, l’actualité de ce texte : satire d’hier et année, la Communauté d’Israël faisait disparaître
d’aujourd’hui. toutes les impuretés en les transférant symbolique-
ment sur un bouc, ensuite lâché dans le désert (d’où
Sur l’auteur l’épithète émissaire, du lat. emittere, « envoyer, laisser
w Anne Duguël, dite Gudule, est née à Bruxelles en partir »). Un bouc émissaire est donc une personne
1945. Vers douze ans, elle découvre les poètes (Rimbaud, sur laquelle on fait retomber les fautes des autres.
Baudelaire, Verhaeren, Victor Hugo entre autres, mais éga- 4 – Situation initiale : une situation tragique (v. 1 à 14).
lement tous les contemporains) : elle en est bouleversée. – Élément perturbateur : le Lion réunit son Conseil et
Après des études aux Arts déco et un séjour au Liban propose de choisir une victime expiatoire (v. 15 à 24).
(1965-1970) où elle crée des costumes et collabore – Péripéties : l’examen de conscience du Lion (v. 25 à
comme journaliste à un quotidien et à un hebdomadaire, 33) ; l’intervention hypocrite du Renard (v. 34 à 43) ;
Gudule rentre en France, se consacre à la presse et anime les péchés des puissants escamotés (v. 44 à 48).
des émissions de radio. C’est en 1987 qu’elle publie ses – Élément de résolution : la confession de l’Âne (v. 49
premiers livres pour enfants aux éditions Syros. Depuis, à 54).
152
Séquence 6 ➜ La critique sociale
– Situation finale : L’Âne bouc émissaire (v. 55 à 62). c. Le Loup s’exprime au style indirect et indirect libre,
– Morale : La justice est… injuste (v. 63-64). tandis que La Fontaine recourt au récit de paroles
pour rapporter les propos des autres personnages.
Approfondissez votre lecture Le Loup étant quelque peu clerc (v. 56), c’est-à-dire
frotté de droit et de rhétorique, il faut alléger sa ha-
Une situation tragique (texte A, v. 1-14) rangue pour mettre en valeur l’idée de son réquisitoire.
5 a. Le fléau qui s’abat sur les animaux est la Peste. Quant aux autres animaux, le récit de paroles restitue
l’avis unanime et sans objection porté par la cour.
b. Le mot n’apparaît qu’au v. 4. Il est mis en relief par
la double périphrase qui le précède, créant ainsi un 10 a. Le Roi s’adresse à ses courtisans par les termes
effet de différé, et par le rejet en début de vers. mes chers amis (v. 15). Ces mots sont inattendus de la
c. De plus, la Peste est personnifiée puisque La part d’un Roi qui, en principe, règne sur des sujets. Ces
Fontaine lui prête un attribut humain, à savoir la mots créent de fait une apparence d’égalité entre les
capacité de faire la guerre. La majuscule en fait une membres du Conseil, alors qu’il n’en est rien.
allégorie qui la présente comme une sorte de divi- Le jeu des pronoms personnels et déterminants
nité meurtrière et implacable. possessifs appuie cette apparence d’égalité :
– En effet, le pronom nous (le plus coupable de nous,
6 Les conséquences du fléau sont que les animaux ne nous flattons… point, voyons) et les possessifs nos
agonisent et sont frappés d’asthénie : leurs instincts et notre (nos péchés, notre conscience) ont une valeur
(se nourrir, chasser, se reproduire) ne s’exercent plus. collective ; le Roi est alors le porte-parole du Conseil.
Ces conséquences sont toutes exprimées dans – Les référents des v. 23-24 sont ambigus : il est diffi-
des propositions de forme négative : ne… point (v. 8) ; cile de savoir si le Lion emploie un nous collectif ou le
nul… ne (v. 10) ; ni… ni… ne (v. 11) ; plus de… plus de… nous de majesté.
(v. 14). – Apparaît ensuite la 1re personne du singulier (mes,
7 Comme fréquemment dans une situation initiale, je, me, m’, moi) où le Lion va faire sa confession, re-
le temps dominant dans les vers 1 à 14 est l’imparfait : connaître sa responsabilité personnelle, et formuler
il s’applique à des actions non précisément situées enfin son royal avis ( je pense, … ainsi que moi) diffici-
dans le temps, dont on ne connaît ni le début exact, lement contestable.
ni la fin et qui constituent l’arrière-plan du récit. – La péroraison fait apparaître les indéfinis on, cha-
cun et permet de revenir à un cadre plus général ;
Les personnages (texte A, v. 15 à la fin) elle déplace donc la proposition du Lion à l’ensemble
8 Au v. 15, on voit intervenir le passé simple, qui de ses sujets.
s’applique ici à une action unique, strictement bor- – La bonne volonté manifestée par le Roi (je me
née dans le temps et qui exprime une action de pre- dévouerai donc, v. 30) est affaiblie par la restriction
mier plan qui va faire évoluer la situation. (s’il le faut) et suggère donc que le Roi n’a aucune
intention d’accomplir ce qu’il propose.
9 a. Dans cette fable, le Lion représente le roi et le
pouvoir royal, le Renard le courtisan rompu à la flatte- b. Le Roi confesse avec sincérité (sans indulgence)
rie et au jeu de cour, le Loup les grands et leurs pos- sa gloutonnerie (appétits gloutons, force moutons)
sibles exactions, l’Âne un courtisan de dernier rang et son absence de scrupules (manger le Berger). La
naïf et dénué de rouerie. Les autres animaux peuvent gravité de ses fautes est soulignée par l’absence de
représenter deux catégories opposées : celle des motifs (nulle offense), si ce n’est l’avidité, et la suren-
faibles et innocents (moutons, Tourterelles), repré- chère (même il m’est arrivé quelquefois).
sentant le peuple malheureux et sans défense, et 11 Le Renard parvient à retourner la situation en ne
celles des méchants (Tigres, Ours, mâtins), qui s’adressant d’abord qu’au Roi seul (Sire… vous êtes
jouissent d’un certain pouvoir qu’ils exercent avec trop bon Roi, v. 34) puis en niant les fautes du Lion.
brutalité (les petits nobles querelleurs et vindicatifs, Il s’efforce ainsi de diminuer la gravité des fautes
peut-être…). dont le Roi s’est accusé en renversant les valeurs.
b. Les seuls personnages à s’exprimer au style direct Ainsi, ce fut un honneur pour les moutons que d’être
sont le Lion, le Renard et l’Âne. dévorés (v. 38), puisqu’ils sont quantité négligeable
Pour le Lion et l’Âne, il s’agit d’une confession, (canaille, sotte espèce, v. 36). Quant au Berger, il a eu
dont la sincérité est ainsi mieux mise en valeur. Pour le tort de se croire le roi de son troupeau, à l’instar du
le Renard, l’intention est contraire : il s’agit de mon- Lion, et il a donc commis une faute, qui a trouvé sa
trer la duplicité du discours in vivo. juste sanction (digne de tous maux, v. 40).
153
1re partie ➜ Étude de textes
Le Renard a donc créé un système dans lequel ce La Fontaine dresse ainsi un constat extrêmement
n’est plus la faute qui va être prise en compte, mais la sombre de ce qui se déroule à la cour où, loin de ser-
qualité du coupable. Ainsi le Tigre, l’Ours et les autres vir la vérité, le langage est un instrument de pouvoir
puissances seront par avance excusés, même pour les et de manipulation, où l’honnêteté est bien mal ré-
moins pardonnables offenses, ainsi que les gens de compensée, sinon par la mort, où les plus puissants
leur acabit, plus bas dans l’échelle sociale (tous les ont tous les droits et dénient ceux des plus faibles.
gens querelleurs, jusqu’aux simples mâtins).
Une fable réactualisée (texte B)
12 a. L’Âne a pris pour argent comptant la vérité nue 15 a. La fable de Gudule s’articule immédiatement à
du discours du Roi ; depuis, il croit que tous sont à
la suite de celle de La Fontaine, où le Loup a tenu le
égalité et vont se livrer à la même confession. Cette
rôle d’avocat général ; il est donc logique de faire in-
naïveté est mise en exergue par le parallélisme
tervenir un défenseur pour l’Âne. De plus, le Singe est
d’amorce de la confession de l’Âne, qui est amenée de
atteint lui-même de la Peste, ce qui lui confère une
la même manière que l’examen de conscience du Lion
caution morale pour s’exprimer.
(tint conseil, et dit, v. 15 / vint à son tour, et dit, v. 49).
b. Son discours s’articule en deux moments successifs :
b. Il confesse donc avec une sincérité absolue sa
– v. 7 à 18, la dénonciation de l’intolérance et d’un
faute ( Je tondis de ce pré la largeur de ma langue, v.
simulacre de justice ;
53), avec la volonté d’être exhaustif sur les raisons de
– v. 19 à 22, une exhortation à chercher intelligem-
son manquement : La faim, l’occasion, l’herbe tendre
ment des remèdes au fléau.
et, je pense, / Quelque diable aussi me poussant, v.
51-52. Pourtant sa faute est tout à fait bénigne, en c. Le discours du Singe trouble la Cour par sa justesse,
comparaison des forfaits des autres animaux. sa clarté et par le fait qu’il propose une orientation
Il reconnaît de façon explicite sa culpabilité : Je concrète plutôt que magique.
n’en avais nul droit, puisqu’il faut parler net (v. 54),
et c’est là la grande erreur de l’Âne que de croire à 16 a. Les mots marginaux (v. 17), budget national
la transparence de ce Conseil. D’où la surprise créée (v. 20), recherche (v. 29), virus (v. 34) appartiennent à
par le raccourci immédiat à la réaction unanime de des réalités contemporaines et montrent bien que,
la foule des courtisans, prêts à l’immoler comme par Gudule transpose le propos de La Fontaine.
victime expiatoire ! b. Elle dénonce, quant à elle :
13 Les v. 55 à 62, qui constituent la mise en accusa- – l’étroitesse d’esprit qui se défie de quiconque est
tion publique de l’Âne, comptent nombre de figures différent du plus grand nombre (v. 16-17 et 37-38) ;
de style, qui suggèrent l’idée que cette accusation – la crédulité populaire prête à se satisfaire d’une
n’est qu’une construction intellectuelle factice : apparence de justice (v. 10 à 14) ;
– Accumulation : ce maudit animal, / Ce pelé, ce ga- – le gaspillage des deniers publics à des fins surtout
leux, d’où venait tout leur mal. militaires (v. 19-20).
– Hyperboles : cas pendable ; crime abominable ; Rien
que la mort n’était capable / D’expier son forfait. 17 Gudule réactualise la fable de La Fontaine en utili-
– Antithèse : peccadille et cas pendable ; manger sant la Peste comme métaphore du sida, qui est le grand
l’herbe d’autrui et crime abominable. fléau de l’époque contemporaine parce qu’il s’agit d’une
On voit bien, à la disproportion entre la faute et sa maladie qui reste encore aujourd’hui incurable, alors
sanction, ainsi qu’à la qualification de l’accusé, la vo- que l’homme a appris à vaincre d’autres maladies.
lonté de La Fontaine de grossir ironiquement le trait. Comme le sida a été, à ses débuts, rattaché souvent
14 a. Lors de la situation initiale, les animaux étaient à la sexualité ainsi qu’à l’usage des drogues, cela per-
met à Gudule de s’attaquer à l’intolérance, créée par la
malades de la Peste et dépérissaient sans recours.
peur et l’ignorance, d’interpeller les pouvoirs publics
Le Conseil a pris la décision de sacrifier le Baudet,
qui s’est révélé le plus candide et le moins capable de sur leur manque d’efficacité et de proposer, grâce à
se défendre. l’exemple du Lion convaincu, une conduite à tenir :
considérer que la recherche médicale est une priorité.
b. On ignore comment il est exécuté et si la menace
de la Peste a été écartée, ce qui montre bien que le
propos initial, la Peste, n’est pas le point essentiel de Et maintenant, concluez
la fable, mais plutôt les jugements de cour. Le sacri- u Un texte satirique vise à attaquer un personnage,
fice de l’Âne n’est donc qu’une parodie expiatoire et une situation, un comportement, la société en
ne sert qu’à éloigner le sacrifice des autres animaux. utilisant l’arme de la moquerie.
154
Séquence 6 ➜ La critique sociale
u La fable est un texte poétique en vers rimés, qui difficile, il a l’avantage d’être court et de dénoncer un
comporte un récit et une morale, ici explicite, ve- fléau qui est, hélas, toujours d’actualité et qui touche les
nant à la suite du récit. Elle met souvent en scène adolescents d’aujourd’hui. Le questionnaire qui en guide
des animaux qui représentent des types humains la lecture pas à pas doit en permettre la compréhension.
et sociaux.
u Par le biais de la fable et du travestissement Découvrez le texte
animalier, l’auteur cherche à montrer et par là à 1 – Sont convenus de (l. 8-9) : se sont mis d’accord
dénoncer un personnage, un groupe social, une sur quelque chose, ont décidé ensemble de.
situation, un comportement, la société. – Ingénieusement (l. 10) : avec imagination et habileté.
– Art militaire (l. 11) : désigne l’ensemble des tech-
À vous de jouer ! niques militaires (tactique et stratégie), leur maîtrise
lors d’une guerre, d’un combat.
18 L’intérêt de cet exercice est de faire émerger le
caractère et les intentions des personnages à travers 2 La Bruyère dénonce ici la pratique de la guerre.
leur discours : par exemple, la duplicité du Renard,
qui reconnaît la force du Lion mais ne veut pas se Approfondissez votre lecture
sacrifier, la brutalité et la violence menaçante du
Loup qui a flairé une victime parfaite… Les désastres de la guerre
On veillera donc à mettre en accord posture (poi- 3 a. La première phrase du texte est une phrase
trail dégagé pour le Lion…), voix (mielleuse pour le déclarative affirmative, à laquelle La Bruyère donne
Renard…), gestes et regards dans le jeu individuel. le caractère d’une assertion forte.
La classe entière pourra participer à ce conseil des
b. Le terme antiquité est repris par l’expression dans
animaux, lors des moments d’expression unanime
tous les siècles et par l’adverbe toujours, pour ex-
de la foule.
primer que la pratique de la guerre existe de toute
Outils de la langue éternité.
Autres suggestions pour amorcer c.
une séance grammaticale : Verbe
COD COS CC
➜ Pour étudier un poème (p. 340) à l’infinitif
➜ Comment mettre en relief ? (la forme empha- – remplir – le monde – de veuves
tique) (p. 270) et d’orphelins
– épuiser – les familles – d’héritiers
– faire périr – les frères – à une
même bataille
2. La réflexion d’un moraliste (p. 148) Ce tableau permet de voir immédiatement que
La Bruyère dénonce la capacité destructrice de la
guerre, les pertes humaines et les malheurs qu’elle
La guerre, Jean de La Bruyère cause, en décimant les familles : elle fait disparaître
les hommes dans la force de l’âge et les soutiens de
OBJECTIFS PÉDAGOGIQUES famille.
l Observer l’expression forte de l’opinion d’un mo-
d. La Bruyère adopte un ton polémique : d’entrée de
raliste.
jeu, il adopte un ton de critique violente à l’égard de la
Enrichir le bagage culturel et intellectuel par une
l
guerre, renforcé par l’accumulation des verbes à l’infi-
première approche des idées humanistes.
nitif exprimant les effets destructeurs de la guerre, et
Être capable d’écrire un texte sur le même thème
l
par le choix de termes à connotation négative.
en utilisant les procédés de l’ironie.
Une jeune victime (l. 4-7)
4 a. Dans la deuxième phrase du texte, La Bruyère
Présentation de l’extrait apostrophe le jeune Soyecour. Il introduit ainsi un
w La Bruyère est l’un des grands auteurs de la période exemple qui illustre l’affirmation antérieure : épuiser
au programme et il nous a semblé intéressant de ne pas les familles d’héritiers, et faire périr les frères à une
limiter sa découverte à celle des portraits (Arrias, p. 40 et même bataille.
Gnathon, p. 57). Même si ce texte peut paraître un peu b. Nous apprenons que ce personnage est mort
155
1re partie ➜ Étude de textes
jeune, qu’il montrait des qualités remarquables, qu’il faire disparaître la guerre, puisqu’il emploie un irréel,
faisait ses débuts à la cour et que sa famille avait à propos d’une condition qui ne s’est jamais réalisée
déjà été touchée par la perte d’un enfant à la guerre. dans le passé.
5 a. Dans les propositions principales (l. 4 à 7), les
deux verbes et leur sujet sont je regrette et je plains. Et maintenant, concluez
Ces deux verbes expriment l’émotion, le profond re- u Un moraliste s’intéresse aussi bien aux com-
gret ressentis par La Bruyère devant un pareil gâchis portements individuels qu’aux comportements
des vies humaines. collectifs. Ici, La Bruyère vise surtout le comporte-
b. Le type de phrase employé ici est déclaratif ex- ment humain à l’égard de la guerre.
clamatif, qui confère aux phrases une tonalité u Il écrit dans le but de dénoncer ce qui est contraire
pathétique. au bien, à la justice, à l’humanité… Il veut inciter
c. Le ton a glissé du polémique au pathétique. ses lecteurs à opérer une prise de conscience
d. La mort du jeune Soyecour est particulièrement et à corriger ce qu’il dénonce. Ainsi La Bruyère
stigmatise la pratique de la guerre et l’avidité de
absurde puisqu’elle n’a pas permis à un individu
l’homme.
prometteur de se réaliser et de s’affirmer, et elle est
doublement cruelle pour sa famille, déjà affectée par u Il peut adopter des tons divers : neutre, objectif
le deuil. ou, au contraire, ironique, accusateur, virulent.
L’évocation du jeune homme permet de donner
une valeur exemplaire au personnage cité et d’en À vous de jouer !
faire un modèle. Elle renforce ainsi la dénonciation
de la guerre, cause de douleurs pour tous.
11 Le travail demandé permet à l’élève de s’appro-
prier les procédés rencontrés dans le texte d’étude,
L’origine des guerres (l. 7 à la fin) tout en les appliquant à son expérience ou à sa
6 Pour La Bruyère, la première explication de la culture personnelle contemporaine.
guerre découle de l’instinct de propriété et de la cu- Le vecteur principal de la dénonciation étant
pidité qui s’y est attachée : quelque morceau de terre l’ironie, il faudra veiller à ce que les élèves soient bien
de plus ou de moins (l. 8). conscients de ce procédé et qu’il transparaisse dans
leur production écrite.
7 L’art militaire (l. 11) a donc, selon lui, été inventé On pourra lancer le travail par une séance de
par les hommes pour justifier la guerre. Le terme art recherches sur les conflits connus par les élèves et
a une portée ironique, dans la mesure où il élève au leurs principales causes, qui sera ensuite exploitée
rang d’un savoir-faire organisé le meurtre d’autres oralement avant de passer à l’expression écrite.
hommes, apportant gloire et renom.
8 Les l. 7 à 14 sont empreintes d’une ironie mordante Sur les illustrations (p. 148 et 149)
qui se retrouve dans les figures de style employées :
w La photographie extraite du film Barry Lindon
– accumulation des verbes pronominaux signifiant
montre des hommes marchant à l’assaut, drapeau
la violence faite à autrui et exprimant en outre la en bannière, baïonnette au clair et fusil en position.
réciprocité : se dépouiller, se brûler, se tuer, s’égorger ; Ces hommes sont alignés de façon très serrée et
– effet de miroir suggérant le consensus : sont conve- avancent en rangs ordonnés. Avec les beaux uni-
nus entre eux de ; les uns les autres ; réciproquement ; formes rouges, la blancheur éclatante des guêtres
– valeur antiphrastique des termes liés à la science et des revers des casaques, on songe aussitôt au
militaire : plus ingénieusement et avec plus de sûreté ; chapitre III de Candide (Rien n’était si beau, si leste,
belles règles. si brillant, si bien ordonné…) : c’est l’image glorieuse,
9 Pourtant, pour La Bruyère, la véritable origine de théâtrale de la guerre présentée comme un beau
la guerre provient de l’injustice, c’est-à-dire de l’igno- spectacle, bien ordonnancé. Représentation atem-
rance de ce qui est juste et bon. porelle de l’époque où la guerre voyait les hommes
10 a. Dans la dernière phrase, le pronom possessif du s’affronter dans des corps à corps sans merci, et où
le déclenchement du combat était précédé d’une
sien se substitue à son propre bien.
sorte de parade militaire visant à impressionner
b. La forme normalement attendue serait le condi- l’adversaire.
tionnel passé on aurait eu. Le dessin d’enfant (p. 149) traduit, lui, la souf-
c. Selon La Bruyère, il ne sera pas possible un jour de france des victimes : un soldat, armé d’une mitrail-
156
Séquence 6 ➜ La critique sociale
lette, vise quatre silhouettes qui sont sans armes et 2 a. On voit que ce texte est une lettre à plusieurs
sans défense et qui lèvent les bras en signe de reddi- indices :
tion. C’est ce que l’enfant, traumatisé, a gardé comme – la formule de destination : Rica à Rhédi, à Venise ;
image de son expérience de la violence meurtrière – l’indication du lieu et du moment d’énonciation :
des soldats. De Paris, le 8 de la lune de Saphar, 1717.
Outils de la langue b. L’émetteur de cette lettre est Rica. Il est persan
Autres suggestions pour amorcer (cf. titre de l’ouvrage) et s’attache à l’observation
une séance grammaticale : de comportements qui lui sont étrangers : chez les
➜ Comment s’exprime la subjectivité de l’obser- Français (l. 1), les Français (l. 34).
vateur ? (les champs lexicaux dominants) (p. 312) c. Rica écrit à son ami Rhédi : Que me servirait de te
➜ Comment exprimer la cause et la conséquence ? faire une description (l. 5), avant que tu eusses reçu ma
(p. 322) lettre (l. 7-8).
➜ Le subjonctif et le conditionnel (p. 330) d. L’objet de cette lettre est en apparence de décrire
les mœurs de la nation française en matière de cos-
tume et de mode.
3. Une lettre satirique (p. 150)
157
1re partie ➜ Étude de textes
l’extravagance de sa mise, et allant jusqu’à la prendre mœurs selon l’âge de leur roi.) annoncent un nouveau
pour une étrangère (l. 10-14). thème, les manières et la façon de vivre, c’est-à-dire le
b. Les autres phénomènes de mode évoqués, dans les rôle du roi dans la façon de vivre des Français.
lignes 15 à 32, sont relatifs à la hauteur de la coiffure, b. Il s’agit d’une progression à thème linéaire :
des talons des chaussures, à la largeur des paniers thème 1 ➝ manières et façon de vivre (des Français) ;
des robes. Rica évoque également le maquillage du thème 2 ➝ les Français changent de mœurs selon
visage avec les mouches, la silhouette fortement l’âge de leur roi ; ce propos : l’âge du roi devient le
corsetée ou l’expressivité liée au sourire. thème 3 ➝ Le monarque, qui va permettre de dépla-
c. On relève plusieurs exagérations ou hyperboles : cer le propos de Montesquieu de la mode aux mœurs
– Une femme qui quitte Paris pour aller passer six des Français, et au roi.
mois à la campagne, en revient aussi antique que si
7 En effet, Montesquieu dénonce la futilité impri-
elle s’y était oubliée trente ans (l. 9-10) ;
– la révolution [qui] fait descendre [les coiffures] tout mée à la nation par le monarque actuel, Louis XV, qui
à coup (l. 15-16) ; pourrait même parvenir à rendre la nation grave, s’il
– un jour la hauteur immense des coiffures mettait l’avait entrepris (l. 35-36), qui ne se comporte pas en
le visage d’une femme au milieu d’elle-même ; un monarque éclairé. La restriction présente dans la se-
autre jour, ce sont les talons qui font un piédestal, si conde partie de la phrase montre que tel n’est pas le
bien que les pieds se retrouvent alors au centre de la projet du roi.
silhouette (l. 16-21) ; Montesquieu, dans les dernières lignes du texte,
– une quantité prodigieuse de mouches qui dispa- insiste sur le rôle essentiel du monarque, qui doit
raissent toutes le lendemain (l. 26-28). insuffler de l’esprit à la nation : moule qui donne la
Ces hyperboles traduisent l’étonnement de Rica forme à toutes les autres (âmes).
devant la fantaisie et l’extravagance de la mode
française. Et maintenant, concluez
D’autres figures de style sont utilisées, comme
u Pour un auteur qui choisit de faire la satire de
la personnification des éléments du corps ou de la
parure (les coiffures montent… descendre, les pieds la société de son temps, la forme du roman par
qui occupaient cette place…), la métaphore (les talons lettres permet de faire d’un épistolier étranger
faisaient un piédestal), la comparaison (les filles se le porte-parole ironique de son opinion et de ses
trouvent autrement faites que leurs mères, l. 31-32). critiques : en feignant de lui faire découvrir une
Le nombre, la variété et la qualité des figures de société différente de la sienne et dont certains
style confèrent donc à cette lettre un caractère forte- des aspects ou des éléments le surprennent, l’au-
ment ironique et permettent de mettre en lumière le teur peut en faire la critique.
ridicule des comportements décrits. u Adopter le point de vue d’un étranger permet de
5 a. Qui pourrait le croire ? (l. 21) atteste la stupéfac- déjouer la censure et de se protéger des foudres
tion du Persan Rica devant la mode française. suscitées par ses critiques.
b. Avoir adopté le point de vue d’un étranger per-
met à Montesquieu de donner à son narrateur À vous de jouer !
du recul grâce à son absence d’implication et une 8 L’exercice vise l’imitation et la transposition d’un
apparente objectivité. Un Parisien n’aurait certai-
modèle, pour faire ressortir la relativité des cou-
nement pas eu le même regard sur la mode, du fait
tumes et des modes de vie, ainsi que le sentiment
de son immersion dans la vie parisienne, et de son
d’étrangeté ressenti par un narrateur esquimau de-
incapacité à comparer avec un ailleurs fonctionnant
différemment. vant un environnement et des habitudes qui lui sont
Il semble de plus qu’il y ait une certaine com- inconnus.
plaisance chez les Français à subir ces caprices de la On veillera donc, en préparation, à faire carac-
mode : on ne saurait croire combien il en coûte à un tériser d’abord le milieu dépeint (chaleur, ensoleil-
mari pour mettre sa femme à la mode. (l. 3-4) lement, habitations, vêtements, par exemple) et à
le mettre en relation antithétique avec celui que
Un roi tout-puissant (l. 33 à 38) connaît l’Esquimau.
6 a. Les l. 33-35 (Il en est des manières et de la façon On n’oubliera pas de recourir aux figures de style
de vivre comme des modes : les Français changent de traduisant le regard critique de l’observateur.
158
Séquence 6 ➜ La critique sociale
159
1re partie ➜ Étude de textes
vous fait pour tant de biens ?, l. 4), l’énumération à – l’horrible fin du chevalier de La Barre qui, en 1766,
la ligne 3 d’avantages indûment liés à la condition fut condamné par le tribunal d’Abbeville à avoir un
sociale, l’emploi d’un juron (morbleu !, l. 6), d’une poing tranché, la langue arrachée et à être brûlé vif
comparaison hyperbolique (l. 7-8), de termes ou d’ex- pour avoir mutilé un crucifix et ne s’être pas décou-
pressions à portée péjorative (vous vous croyez, l. 2), vert lors du passage d’une procession. Dans sa grande
et rien de plus… homme assez ordinaire, l. 5). clémence, le Parlement de Paris, devant lequel il avait
fait appel, lui accorda la grâce d’être décapité avant
La satire de la société d’être brûlé !!!
6 a. Ce que Figaro rapporte de sa vie a un caractère
picaresque : Figaro a connu toutes sortes de difficul- 8 Dans l’évocation de la vie de Figaro, on voit appa-
tés et de péripéties, dans un monde hétéroclite. raître à plusieurs reprises des phrases de commen-
On découvre qu’il est d’origine inconnue, qu’il a taire appartenant à l’énonciation présente : Est-il rien
été volé et élevé par des brigands qu’il a quittés pour de plus bizarre que ma destinée ? (l. 10) ; me fussé-je
une vie honnête. Il a étudié la médecine, la chimie et mis une pierre au cou ! (l. 16) ; pour plaire aux princes
la pharmacie, mais n’a pu être que vétérinaire. Il est mahométans, dont pas un, je crois, ne sait lire et qui
devenu ensuite auteur dramatique, mais a rencontré nous meurtrissent l’omoplate en nous disant : chiens
les foudres de la censure. Il est actuellement valet. de chrétiens ! (l. 24-27) ; Ne pouvant avilir l’esprit, on
On voit donc que Figaro est un personnage ex- se venge en le maltraitant (l. 27-28).
trêmement débrouillard et industrieux malgré tous On discerne une certaine amertume à travers
les revers qu’il a connus, et qu’il a su, à chaque échec, ces commentaires (me fussé-je mis une pierre au
s’adapter à une nouvelle situation. cou), le sentiment d’avoir été maltraité (meurtrissent
Le récit biographique de Figaro est au présent de l’omoplate, l. 26 ; en le maltraitant, l. 28) et le désarroi.
narration, pour dramatiser les événements rapportés 9 À travers le récit de Figaro, Beaumarchais dénonce
qui, ainsi, sont revécus au moment présent, ce qui les les travers de la société de son temps : l’inégalité so-
rend plus vivants pour le spectateur. ciale qui fige et perpétue les conditions en dépit du
b. On retrouve entre les vies de Beaumarchais et de mérite personnel, les privilèges des nobles, l’intolé-
Figaro un parallèle frappant. La notice biographique rance religieuse et la prééminence du pouvoir poli-
de Beaumarchais met en relief, elle aussi, la variété et tique sur l’expression intellectuelle.
le nombre des professions exercées par ce dernier. Il a 10 Pourtant, malgré la virulence de la critique qui
également été confronté à la censure pour Le Barbier s’opère dans ce monologue, la force comique reste
de Séville, comme pour Le Mariage de Figaro. intacte. Le comique naît :
7 a. Figaro s’est heurté à l’intolérance religieuse : – des énumérations et de l’exagération : il m’a fallu
auteur espagnol, je crois pouvoir y fronder Mahomet déployer plus de science et de calculs pour subsis-
sans scrupule… un envoyé… de je ne sais où se plaint ter seulement qu’on n’en a mis depuis cent ans à
que j’offense dans mes vers … en nous disant chiens de gouverner toutes les Espagnes (l. 6-8), le nombre de
chrétiens ! (l. 17-27) professions exercées par Figaro et leur absence de
cohérence ; le nombre de royaumes musulmans qui
b. Beaumarchais ne vise pas vraiment l’Islam mais s’offensent de la pièce composée dans les mœurs du
plutôt l’Église française. Remettre en cause l’Islam, sérail ;
symbole à cette époque du despotisme incarné par – des mots : et voilà ma comédie flambée (l. 23-24) ;
l’Empire ottoman, lui permet de critiquer l’Église très – du caractère : un valet qui s’enrage contre son
influente sur la monarchie, sans s’attirer les foudres maître ;
de la censure. – de la satire elle-même, qui critique une catégorie
c. Beaumarchais est contraint de procéder ainsi pour sociale en l’attaquant par le biais d’un ridicule : le
ne pas voir sa pièce interdite, ce qu’elle fut d’ail- caractère libidineux du Comte.
leurs pendant trois ans, avant sa création en 1784.
Il encourt également l’embastillement arbitraire
pour opinions licencieuses et contraires à la religion.
Et maintenant, concluez
Rappelons deux affaires relativement récentes : u Le but d’une comédie sociale est de dénoncer les
– l’affaire Calas : Jean Calas, négociant calviniste de travers d’un type d’individus, d’une classe sociale
Toulouse, fut condamné à être roué vif en 1762, après ou d’une époque, en suscitant le rire.
avoir été accusé d’avoir assassiné son fils aîné qui u Adopter la forme de la comédie permet de faire
souhaitait se convertir au catholicisme, alors qu’en rire, en utilisant les ridicules universellement
vérité ce dernier s’était suicidé ; reconnus à des fins de persuasion.
160
Séquence 6 ➜ La critique sociale
L’amputation expéditive de la main sert à éviter la mangez du sucre en Europe (l. 12-13), Hélas ! (l. 17) tra-
gangrène, lorsqu’un doigt est pris dans les meules à duit sa plainte.
canne, plutôt que de le soigner.
8 Voltaire s’attaque à d’autres aspects de l’escla-
Sa jambe, quant à elle, a été coupée en sanction
d’une tentative d’évasion, afin qu’il lui soit difficile de vage. D’abord, le mensonge des trafiquants aux po-
pulations chez qui ils s’approvisionnent en esclaves :
recommencer et ce, conformément au Code noir.
ils présentent la condition d’esclave comme un hon-
On remarquera que les mutilations faites à l’es-
neur (l. 16), ils leur promettent le bonheur. Ensuite, il
clave sont d’autant plus absurdes qu’elles touchent
compare la condition des animaux à celle des es-
à la fois ses côtés gauche et droit.
claves pour conclure que cette dernière est pire : Les
b. L’esclave vivait autrefois libre en Guinée, avant chiens, les singes et les perroquets sont mille fois
d’être vendu à des marchands d’esclaves. Il est alors, moins malheureux que nous (l. 18-19).
au début de l’extrait, esclave au Surinam. Enfin, il évoque les conversions forcées.
c. À chacune de ces étapes, un personnage a décidé 9 Le raisonnement de l’esclave peut être reformulé
de son destin ou de ses opinions : c’est en effet ainsi :
d’abord par sa mère qu’il a été vendu. Il a ensuite été – Selon les prêtres, Blancs et Noirs descendent tous
converti (voix passive) par des prêtres hollandais. Il d’Adam et sont tous parents (cousins issus de ger-
est aujourd’hui soumis à la volonté de son maître, mains, l. 23).
monsieur Vanderdendur, négociant. – Or, les Noirs devenus esclaves sont traités de ma-
5 a. Dans les l. 8 à 13, les paroles sont rapportées au nière horrible.
style direct, ce qui permet au lecteur d’« entendre » – Donc, conclusion qui reste implicite : l’esclavage est
les paroles telles qu’elles sont censées avoir été pro- un crime contre l’humanité.
noncées. Voltaire donne directement la parole à l’es- 10 C’est Candide qui reprend à son compte la conclu-
clave qui devient présent. sion du raisonnement en utilisant le terme abomina-
b. On (l. 8 et 11) renvoie aux maîtres ; nous (l. 10-11) aux tion, l. 25-26. Il est fortement bouleversé par ce qu’il
esclaves ; je (l. 12) renvoie à l’esclave de Surinam ; vous vient d’entendre : voir l’exclamation Ô Pangloss !, le
(l. 13) désigne les Blancs en Europe. terme fortement connoté d’abomination, ainsi que
ses larmes finales.
c. L’esclave s’exprime avec un détachement inattendu,
sans haine, ni indignation. Il donne une explication Un conte philosophique
calme et détachée de ce qui lui est arrivé, sans émo- 11 a. Cette scène se déroule à proximité de la ville de
tion : c’est l’usage (l. 8). Il ne dramatise pas ses muti- Surinam, dans un lieu qui n’est pas décrit et reste
lations, elles apparaissent comme une conséquence donc vague.
logique : je me suis trouvé dans les deux cas (l. 12).
b. L’époque est tout à fait imprécise.
6 a. L’esclave en arrive à cette phrase de conclusion : c. L’esclave n’a pas de nom, il n’est que l’esclave d’un
C’est à ce prix que vous mangez du sucre en Europe maître qui, lui, possède une identité. Il n’est pas indi-
(l. 12-13). vidualisé par des traits de personnalité particuliers.
b. Le GN ce prix est mis en relief par la tournure Il incarne donc un type, celui de tous les esclaves
emphatique à présentatif c’est… que. Il renvoie à la déportés et maltraités à travers le monde.
condition des esclaves (un caleçon de toile pour tout d. Le mot Candide vient d’un adjectif qui signifie
vêtement deux fois l’année / on nous coupe la main / « innocent par inexpérience de la vie », d’où « trop
on nous coupe la jambe). naïf pour un adulte, un peu niais ».
c. Voltaire dénonce ici la barbarie que constitue l’es- La fonction de Candide est de servir de révélateur
clavage et qui dénie aux esclaves leur appartenance à la cruauté ou à l’injustice du monde qu’il découvre.
à l’espèce humaine ; il dénonce leur exploitation par 12 a. Candide a découvert l’existence de l’esclavage
les planteurs ou les négociants dont l’unique objectif et l’inhumanité de la condition des esclaves. Il prend
est de faire les profits les plus importants grâce à la conscience qu’il lui faut cesser de considérer les
gratuité de la main d’œuvre dont ils disposent. choses avec optimisme, c’est-à-dire en considérant
que tout est bien, parce que certaines réalités sont
La révolte de l’esclave indiscutablement insoutenables et inacceptables.
7 À partir de la ligne 12, l’esclave adopte un ton dé- b. La dernière phrase prononcée par Candide est
sabusé, plein de reproches : C’est à ce prix que vous une définition personnelle nouvelle de l’optimisme,
162
Séquence 6 ➜ La critique sociale
163
1re partie ➜ Étude de textes
objet, se fonde sur la raison, et est hostile à la révéla- b. L. 17 à 21 : exemple historique de fanatisme, le mas-
tion. Elle s’oppose parfaitement en cela à la religion sacre de la Saint-Barthélemy (des bourgeois de Paris
et à la superstition. qui coururent assassiner, égorger, jeter par les fenêtres,
3 a. Le massacre de la Saint-Barthélemy : dans la nuit mettre en pièces… leurs concitoyens qui n’allaient
du 23 au 24 août 1572, jour de la Saint-Barthélemy, à point à la messe).
Paris, les catholiques massacrèrent les protestants. Ce c. L. 22 à 26 ; 40-42 : l’esprit philosophique, seul remède
massacre qui s’est prolongé dans la capitale pendant plu- au fanatisme.
sieurs jours s’est étendu les semaines suivantes à plus d. L. 32-37 : les chefs sont des fripons dont le meilleur
d’une vingtaine de villes de province. exemple paraît être à Voltaire le Vieux de la mon-
Cet épisode tragique des guerres de Religion résulte tagne, chef de la secte des assassins.
de facteurs religieux, politiques et sociaux. Il est la La secte des Assassins, ou secte des Bathéniens ou des
conséquence d’une accumulation de mépris et de ran- Ismaëliens, fut fondée en 1090 par Hassan Ben Sabbah.
cune entre nobles catholiques et protestants, ennemis Il retirait une immense puissance du dévouement incon-
pendant plusieurs années sur les champs de bataille. Il ditionnel et de la soumission totale de ses adeptes, qui
est le résultat d’une opposition farouche des catholiques s’infiltraient dans l’entourage des hommes de pouvoir,
à la politique d’apaisement et de réconciliation à l’égard avant de leur donner la mort au mépris de leur propre
des protestants menée, après la paix de Saint-Germain vie. Obéissant aveuglément à leur chef et maître spirituel,
de 1570, par le roi Charles IX. Catherine de Médicis qui, guidés par la promesse de jouir après leur mort de tous
après l’échec de l’assassinat de Coligny, s’était rapprochée les plaisirs des sens, ils montraient, dans l’exécution du
du duc de Guise, finit par obtenir du roi, son fils, la crime, une persévérance sans limite, suscitant ainsi la
décision du massacre dont le tocsin de Saint-Germain crainte aux quatre coins du monde.
l’Auxerrois donna le signal. Voltaire recourra à ce même exemple à l’entrée Assassin,
b. L’affaire Calas est une affaire judiciaire due à l’into- assassinat du Dictionnaire philosophique.
lérance religieuse. La victime en fut Jean Calas (1698- e. L. 37-39 : la religion des lettrés de la Chine, seule
1762). Ce négociant français, protestant, fut accusé en exception au fanatisme religieux.
1761 d’avoir tué son fils et fut exécuté.
Un soir d’octobre 1761, dans la famille Calas, à 6 a. Les termes relatifs au fanatisme dans les l. 1 à 28 :
Toulouse, après le dîner, le fils Pierre, accompagné d’un – maladie de l’esprit qui se gagne, comme la petite
ami, découvre dans la boutique paternelle son frère vérole (l. 2-3) ;
Marc-Antoine mort étranglé. – la communiquent beaucoup moins (l. 3) ;
La rumeur accuse la famille : un crime de protestants. – ce feu se communique, ses tons, ses gestes ébranlent
Tout le monde accuse le père, Jean Calas, d’avoir tué son tous les nerfs des auditeurs (l. 7-8) ;
propre fils qui, dit-on, voulait se convertir au catholi- – maladie épidémique (l. 22-23) ;
cisme. Jean Calas est torturé, jugé et condamné à mort le – les accès du mal (l. 24) ;
9 mars 1762. Il sera roué, étranglé, et brûlé le lendemain. – dès que ce mal fait des progrès (l. 25) ;
Après son exécution, on découvre que le coupable ne – la peste des âmes (l. 26) ;
pouvait pas être le père, mais il est trop tard. Voltaire, le – cerveaux infectés (l. 28).
philosophe, érigera alors ce « fait divers » en symbole de Tous ces mots et expressions appartiennent au
l’intolérance et du fanatisme et mènera un combat pour champ lexical de la maladie, de la contagion, de
la réhabilitation de Calas qui remuera l’Europe entière. l’épidémie.
Calas sera reconnu innocent en 1765. b. Le fanatisme est comparé explicitement à la petite
vérole (l. 3) et métaphoriquement à la peste (l. 26,
4 Le thème de ce texte est le fanatisme religieux.
40), maladies gravissimes souvent mortelles. Il est
comparé à un délire (il est à la superstition ce que le
transport est à la fièvre, l. 10-11), se répand par les as-
Approfondissez votre lecture semblées et discours (l. 4, 5-9) tenus par des orateurs
animés par une passion ardente qui proposent des
Le fanatisme solutions catégoriques.
5 a. L. 1 à 16 : définition du fanatisme. On entend c. La violence du fanatisme est rendue dès le début
aujourd’hui par fanatisme une folie religieuse, sombre et à la fin du texte par les termes folie et fureur et
et cruelle, définition précisée dans les lignes sui- leurs expansions respectives, sombre et cruelle (l. 1-2),
vantes : il est contagieux et se propage par les assem- infernale (l. 43) ; par la description de l’orateur fana-
blées et discours. tique (ardent / yeux en feu / il crie) ; par la propen-
164
Séquence 6 ➜ La critique sociale
sion au meurtre et sa justification : grandes espérances l’exemple du Vieux de la montagne) ou par la peinture
/ il pourra bientôt tuer pour l’amour de Dieu (l. 15- retravaillée de façon exemplaire d’orateurs fanatiques
16) ; la Saint-Barthélemy (l. 18-21) ; mériter le Ciel en et de fanatiques.
vous égorgeant (l. 30-31) ; le poignard entre leurs mains
(l. 33) ; assassiner tous ceux qu’il leur nommerait (l. 36-37). Les remèdes au fanatisme
10 La philosophie est un remède au fanatisme : elle
L’orateur fanatique et ses auditeurs
adoucit les mœurs et prévient les accès du mal (l. 24),
7 a. L’orateur fanatique n’invite pas ses auditeurs à car elle rend l’âme tranquille, et le fanatisme est in-
réfléchir. Il ne vise pas à convaincre par la raison, mais compatible avec la tranquillité (l. 41-42). Le philo-
à persuader par les sentiments et l’émotion qui l’ani- sophe est donc par nature le contraire du fanatique
ment et qu’il veut transmettre à son auditoire ; ce- illuminé, puisqu’il recherche la sagesse, que Voltaire
lui-ci est privé de recul par la force de l’assertion et associe à la tranquillité, et qu’il n’est pas soumis à la
par l’immédiateté du discours. On voit un rapport de superstition ou aux préjugés.
cause à effet immédiat entre le cri et le résultat : il
11 La religion n’est pas la cause première du fana-
crie…et on va combattre (l. 8-9). Dans l’exemple uti-
lisé par Voltaire, l’orateur fanatique table sur la tisme (voir les termes respectueux notre sainte reli-
conviction religieuse, présentée comme seule juste gion, l. 42) mais plutôt la folie des hommes (l. 43), qui
et correcte. se sont souvent servi de la religion, pour la corrompre
(l. 42 ; la religion… se tourne en poison dans les cer-
b. L’antithèse forte / faibles (l. 6) met en lumière la veaux infectés, l. 27-28) et s’exciter les uns contre les
supériorité de l’orateur fanatique sur ses auditeurs autres (l. 8-9 ; 17-21 ; 29-31 ; 33-37). L’exemple de la reli-
en matière d’imagination. gion des lettrés de la Chine sert d’ailleurs d’exemple
c. Voltaire utilise la métaphore du feu, qui s’étend et a contrario.
dévore, pour montrer qu’il est impossible de résister
12 Ce texte appartient au Dictionnaire philosophique
aux paroles de cet orateur (ardent, en feu, ce feu se
portatif ou la raison par alphabet (1764–1769). L’œuvre
communique).
examine toutes les erreurs du siècle pour les criti-
8 a. Les fanatiques novices (l. 14-15) dont parle quer et se pose en instrument de lutte en faveur du
Voltaire sont ceux qui ont des extases, des visions, qui progrès, de la justice et de la tolérance.
prennent des songes pour des réalités, et leurs imagi- Voltaire, en rédigeant l’article Fanatisme, en fait
nations pour des prophéties. Ce sont des orateurs fa- une critique virulente et le définit comme une ma-
natiques en germe, prêts à accomplir n’importe quel ladie et un fléau. Il envisage ensuite les remèdes
acte qu’on leur ordonnera, à commencer par le possibles.
meurtre. C’est donc un instrument de combat, où l’ironie
sert à dénoncer l’absurdité du fanatisme.
b. Le ton du portrait dressé par Voltaire est ironique,
ce qui révèle son mépris à l’égard de ces fanatiques :
accumulation employée pour décrire ces novices, Et maintenant, concluez
emploi du champ lexical du dérèglement de l’esprit, u Le ton caractéristique d’un pamphlet est celui de
ironie cinglante dans l’antithèse qui donne de grandes l’ironie et de la satire. Le pamphlet attaque avec
espérances, c’est-à-dire qu’ il pourra bientôt tuer (l. 16). violence certains aspects de la société, le gouver-
Le rapprochement entre ces termes est évidemment nement en place, les institutions ou la religion,
ironique puisqu’il présente comme positif ce qui ne voire un personnage connu, pour les dénoncer.
peut être que négatif. On est dans l’antiphrase. u C’est un instrument de combat, dans la mesure
où l’attaque qui s’y exprime revêt des formes
9 a. Le fanatisme ne peut qu’abaisser l’homme,
offensives : vocabulaire dévalorisant, souvent
selon Voltaire.
violent, souligné par des tournures emphatiques
Tout d’abord, il le prive de l’usage de la raison
ou des images percutantes. Il s’agit de pourfendre
(l. 10-14). Il menace la société tout entière et rend
les idées ou les personnages que l’on juge nui-
l’individu intolérant et dangereux pour les autres
sibles pour en venir à bout.
(exemple de la Saint-Barthélemy).
Le fanatisme ne peut donc conduire qu’à la vio-
lence et à sa forme ultime, le meurtre. À vous de jouer !
b. Voltaire illustre à chaque fois ses propos par des 13 On partira des recherches menées par les élèves
exemples historiques et concrets (la Saint-Barthélemy, pour nourrir la matière du débat.
165
1re partie ➜ Étude de textes
166
Séquence 6 ➜ La critique sociale
taire, notamment pour les mains ou les yeux entou- 12 La caricature rappelle le tableau par les person-
rés de cils. nages (paysans et animaux) représentés, la composi-
8 Les animaux semblent eux aussi des jouets ; ils tion du dessin, le caractère prosaïque de la scène.
sont dessinés de façon sommaire avec une technique Elle diffère du tableau par la simplification du
semblable à celle adoptée pour les paysans : décor, le choix du noir et blanc, la rigidité et l’absence
membres raides, contour des yeux maladroit. On a d’expression des personnages (à l’exception du co-
l’impression que le dessin a été tracé par un enfant chon). Tout est exagéré.
qui se serait inspiré de ses figurines en bois.
9 a. Le cochon est dessiné de façon différente. En Dégagez la visée du dessin de presse
effet, les lignes courbes dominent et l’animal semble
vivant alors que les bovins, comme les paysans, pa- 13 a. La légende commence par ce qui pourrait être
raissent raides comme des automates. un éloge du tableau de Courbet (enthousiasme) et
b. La place que le cochon occupe, au premier plan et une dénonciation de la peinture académique (les
au centre, le met en valeur. De plus, il est seul animal absurdes traditions de l’antique). Les hyperboles sont
qui cherche à échapper à son destin. en décalage avec le dessin censé reproduire le ta-
bleau. La dernière phrase de la légende, annonçant
c. Le dessinateur attire le regard du spectateur sur
l’âge du peintre lorsqu’il a peint son œuvre (dix-huit
le cochon, car cet animal est emblématique du réa-
mois) est un effet de chute qui dénonce un travail
lisme cru qu’il cherche à dénoncer chez Courbet.
indigent et indique rétrospectivement que le début
de la légende doit être compris comme un éloge pa-
Comparez la caricature et le tableau radoxal, c’est-à-dire une dénonciation.
10 a. Les tenues des personnages et la présence des b. La légende reproche au tableau de Courbet son
animaux de la ferme montrent que le peintre a cher- prosaïsme (la vérité vraie), son absence d’intérêt
ché à représenter de façon fidèle la vie ordinaire à la artistique (naïf, dix-huit mois) et son mépris des va-
campagne. leurs esthétiques reconnues depuis l’Antiquité.
b. En peignant ce tableau, Gustave Courbet affiche 14 En critiquant le tableau de Courbet et son mépris
sa conception d’une peinture réaliste : à ses yeux le de la tradition, le caricaturiste loue la peinture aca-
peintre a pour mission de représenter fidèlement démique, son caractère noble, travaillé et réfléchi,
le réel, dans tous ses aspects, y compris les plus tout le contraire de ce qui est sans chic ni ficelles, naïf,
ordinaires. voire enfantin.
Cette toile, de même que Un enterrement à 15 La caricature de Bertall a paru dans Le Journal
Ornans, a choqué ses contemporains, car elle ne pour rire, ce qui nous indique que le dessinateur
traite pas d’un sujet noble, alors que la peinture aca- cherche avant tout à divertir les lecteurs en traitant
démique à son époque ignore les sujets prosaïques de façon amusante un sujet qui fait polémique.
et puise son inspiration dans la mythologie ou la
Il s’agit aussi de se moquer de Courbet et de
religion.
dénoncer son projet artistique, sa conception de la
11 a. Le peintre a choisi d’éclairer la vache au second peinture. Le dessinateur se range du côté de la pein-
plan, tandis que les paysans sont laissés dans l’ombre. ture académique, qui est reconnue par le plus grand
b. Le regard du spectateur rencontre celui de la nombre.
vache, l’animal sur lequel le peintre attire notre
attention. Ce choix du peintre a pu choquer ses À vous de jouer !
contemporains habitués, quand ils découvrent un
tableau, à attacher leur regard à une personne et non 16 Ce sujet peut être l’occasion d’effectuer des re-
pas à un animal. Ce regard échangé entre la vache et cherches au CDI avec l’aide du professeur documen-
le spectateur tend à rappeler la condition ordinaire taliste ou bien de travailler en collaboration avec
de ce dernier. l’enseignant d’histoire.
c. Comme pour se moquer du regard placide de la On invitera d’abord les élèves à chercher qui est
vache de Courbet, le caricaturiste a dessiné tous les Honoré Daumier. Quand ils auront choisi la carica-
yeux de la même manière, qu’il s’agisse des paysans ture qu’ils comptent présenter, on leur rappellera la
ou des animaux. Les regards sont inexpressifs. nécessité de se documenter sur le thème traité.
167
1re partie ➜ Étude de textes
Je vérifie mes connaissances (p. 161) e. Hugo veut dénoncer un régime fondé sur l’usur-
pation (v. 2 ; Il avait endossé le droit d’être féroce, v.
4) et surtout sur le crime (lui fut atroce… ; Il entassa
1 Étudier l’ironie d’une fable l’horreur, le meurtre, les rapines, égorgea les passants,
a. Les GN en majuscules correspondent aux protago- dévasta la forêt, / …entouré de carnage ; caverne…
nistes de la fable : UNE GRANDE NATION, représentée pleine d’ossements).
ensuite par son PREMIER MINISTRE, qui a perdu Les termes fortement connotés relatifs au champ
contre UNE NATION VICTORIEUSE. lexical de la violence, la métaphore du singe montrent
b. L’ironie du conteur se manifeste à travers le rap- la virulence de l’opinion de Hugo sur Napoléon III.
prochement antithétique de la prouesse et de quinze
3 Étudier la satire d’un comportement
défaites de la GRANDE NATION. On décèle également
une intention ironique dans la concession accordée a. Le personnage épinglé par La Bruyère n’est pas un
à la nation défaite (tout ce que vous voulez), aussitôt individu réel mais le représentant d’une catégorie. Le
détruite par la restriction (en dehors de…) qui com- nom donné à son personnage, Philémon, n’est d’ail-
porte une accumulation des tributs à payer. leurs qu’un surnom dont la racine grecque renvoie à
l’idée de l’amour de soi-même et au narcissisme. Il
c. La fable dénonce la guerre et ses conséquences
incarne le modèle du coquet vaniteux et superficiel.
pour les nations défaites, dépouillées de toutes leurs
ressources et territoires, n’ayant plus que le senti- b. Philémon est admiré pour la magnificence de
ment de l’honneur comme seule richesse. son apparence : broderies d’or et ornements de ses
La morale se tire implicitement de l’ironie de la habits, richesse de leur étoffe, montre remarquable,
dernière phrase, où le rapprochement magnanime / épée ouvragée, valeur des pierres de ses bijoux, luxe
laissez notre honneur relève de l’antiphrase. de son escorte (carrosse brillant… à six bêtes, suite
nombreuse).
2 Analyser la portée d’une fable
c. Le moraliste, à chacun des témoignages (dites-
a. Le personnage attaqué est Napoléon III (premier
vous) de la magnificence de Philémon, avance une
président de la République française en 1848, puis
réponse qui relativise la valeur à y accorder :
deuxième empereur des Français en 1852 et dernier
– l’or (des habits de Philémon) éclate de même chez
monarque à régner sur le pays).
les marchands ;
Hugo a choisi de l’incarner dans un singe (v. 2),
– les belles étoffes le sont tout autant quand elles
parce que cet animal est symboliquement la carica-
sont déployées dans les boutiques ;
ture de l’homme. Depuis le Moyen Âge, dans l’ico-
– la qualité de sa parure est due avant tout au travail
nographie chrétienne, le singe représente l’homme
des artisans qui l’ont réalisée ;
dégradé par ses vices, la luxure et la malice.
– ce qu’il y a de remarquable chez Philémon, ce sont
On peut aussi penser au verbe « singer », c’est-
ses habits, ses bijoux et non pas sa personne (l. 12-13).
à-dire imiter de façon maladroite. Napoléon III, pour
Hugo, n’est que la pâle imitation de son prédéces- d. La Bruyère pense que Philémon n’est qu’un fat
seur (d’une peau de tigre se vêtit./ Le tigre avait été (l. 19), c’est-à-dire un sot fort satisfait de sa personne.
méchant, v. 2-3 ; Fit tout ce qu’avait fait la peau qui le e. Le moraliste souhaite que l’admirateur de
couvrait, v. 10). Philémon prenne conscience que Philémon n’existe
b. Les bêtes (v. 17) sont ceux qui sont assez stupides pas en société par son mérite personnel, qu’il ne
pour l’admirer, mais qui néanmoins le craignent et se consacre qu’à des futilités vestimentaires, qu’il
vont jusqu’à s’exiler. n’attire l’attention sur lui que par le luxe d’une ap-
parence qu’il ne doit qu’à l’argent, qu’il n’est en sorte
c. Seules les paroles du singe sont rapportées di-
qu’une coquille vide, même si elle est magnifique.
rectement. Le recours au discours direct permet de
montrer la vanité, l’arrogance du personnage (Je f. Le ton adopté par La Bruyère est évidemment
suis / Le vainqueur…, le roi…, v. 5-6 ; Devant moi tout ironique.
recule et frémit…. / … admirez-moi, voyez, je suis un
tigre !, v. 15-16), qui, ainsi, se condamne lui-même.
4 Étudier un dessin satirique
d. La morale de la fable s’exprime de façon implicite : a. Ce dessin met en scène l’attachement exagéré de
elle est contenue dans le récit. Si le singe l’emporte l’homme à la voiture.
bien sur les bêtes, il est vaincu par le belluaire (v. 18 b. On voit sur ce dessin une file colorée et continue
et 19) qui le met à nu (v. 20), c’est-à-dire révèle sa de véhicules variés gravissant en spirales rétrécies
véritable nature. une côte menant à un sommet. Logiquement, les
168
Séquence 6 ➜ La critique sociale
voitures devraient s’arrêter là et stationner, or une contraste avec les deux maîtresses auxquelles elle
flèche les renvoie vers le vide. est confrontée.
Les véhicules sont collés les uns aux autres, et les d. Molière se moque de la préciosité et des ridicules
conducteurs ne sont pas vraiment individualisés. On auxquels elle peut conduire, notamment l’emploi
distingue de vagues silhouettes. d’un lexique particulier qui recourt souvent à la
Le paysage de fond est parfaitement vide, comme périphrase. Il ridiculise ainsi l’éloignement avec la
si l’éminence que les voitures gravissent était une réalité et les difficultés de communication qu’amène
pointe très élevée dans le ciel (la tour de Babel ?). la préciosité.
c. Mordillo donne ici une représentation des em- 7 Comprendre le message du conte
barras de la route, à travers laquelle il critique le
a. L’absence de précision sur l’identité des person-
caractère moutonnier et conformiste de l’homme,
nages, réduits à une fonction (le petit prince, le mar-
à qui le progrès apporté par l’automobile n’a rien
chand) dont le comportement va mettre en lumière
offert de plus que de pouvoir se rendre en masse aux
une morale implicite, rapproche cet extrait d’un
mêmes lieux, s’acheminant ainsi vers le néant d’une
conte.
existence routinière.
b. Le marchand vante ses pilules sur le ton d’un ca-
5 Analyser le regard de l’étranger melot, pour présenter de façon positive les avantages
a. Le Persan qui écrit cette lettre s’étonne de la hau- offerts par son produit (grosse économie), même s’ils
teur des constructions de Paris (bâtie en l’air ; qui a sont tout à fait relatifs (cinquante-trois minutes par
six ou sept maisons les unes sur les autres) et de la semaine). Il en appelle au sentiment de liberté ainsi
précipitation des Français ( je n’y ai encore vu marcher procuré : on en fait (de ce temps gagné) ce que l’on
personne…ils courent ; ils volent). veut…
b. Rica recourt à la comparaison pour mettre en c. Il invoque la compétence d’experts, non identifiés,
scène l’étrangeté de ce qu’il observe (Paris est aussi et le sérieux avec lequel son produit a été vérifié (des
grand qu’Ispahan ; Les voitures lentes d’Asie, le pas calculs) pour appuyer son boniment et proposer ainsi
réglé de nos chameaux, les feraient tomber en syn- des bénéfices en apparence indiscutables.
cope) ; toutes ces comparaisons renvoient au monde d. Le petit prince s’adresse au marchand principa-
oriental, familier aux deux correspondants. Les com- lement sous la forme de phrases interrogatives di-
paraisons sont relayées par des hyperboles (si hautes rectes. En effet, il ne comprend pas que l’on fabrique
qu’on jugerait qu’elles ne sont habitées que par des des pilules qui permettent de gagner du temps en
astrologues ; bâtie en l’air ; qui a six ou sept maisons supprimant le besoin de boire. La démarche interro-
les unes sur les autres ; ils volent). gative, sous le couvert de la candeur du petit prince,
c. Montesquieu utilise un étranger comme porte-pa- vise à éclairer les implications de la vente de pareilles
role, car ce procédé lui permet de renouveler le regard pilules.
du lecteur sur la société française qui, de fait, peut e. Saint-Exupéry se moque de la rationalisation du
avoir du mal à s’en distancier par l’habitude qu’il en a. monde moderne qui calcule tout, de la course au
Le procédé lui permet aussi de grossir le trait et temps pour des bénéfices futiles et des dérives d’un
de souligner ainsi l’absurdité du mode de vie des progrès qui coupe l’homme des plus simples plaisirs
Français. (marcher tout doucement vers une fontaine).
6 Étudier une satire des mœurs 8 Étudier la portée philosophique d’un conte de
a. Dans cette scène, les maîtresses sont Cathos et science-fiction
Magdelon, tandis que Marotte est la servante de a. Les personnages qui découvrent la Terre sont des
Magdelon. extraterrestres, les Drysures.
b. Magdelon insiste fortement pour que sa servante b. Ils sont alors occupés à regarder la télévision (re-
désigne le laquais par la périphrase un nécessaire et gardèrent… les images défiler…). Les Drysures sont
lui demande un conseiller des grâces pour vérifier son consternés et incrédules devant le spectacle de ce
apparence. qu’ils voient. Les adjectifs ou groupes adjectivaux
c. Le personnage de Marotte est drôle parce que engrenées dans quelques schémas strictement répé-
la domestique fait preuve d’un bon sens terre-à- titifs, interminables, gratuites, épuisants, hystériques,
terre (quelle bête c’est là…: il faut parler chrétien, si hébétés, idiots suggèrent le point de vue des Drysures
vous voulez que je vous entende) qui fait fortement et qualifient de manière extrêmement négative
169
1re partie ➜ Étude de textes
les émissions qu’ils contemplent, auxquelles ils ne désirs et de l’inciter à acheter. C’est aussi l’ensemble
trouvent aucun agrément. des moyens employés pour promouvoir un produit.
c. L’extrait comporte d’ailleurs d’autres expressions b. On peut distinguer plusieurs formes de publicité
particulièrement virulentes, comme connerie galac- et regrouper les éléments qui y sont associés :
tique, gigantesque asile d’aliénés, grands malades – visuelle : accroche, affiche, encart, logo, message,
mentaux, qui affirment explicitement le jugement page, panneau, marque, prospectus, slogan, produit,
porté par les Drysures sur les Terriens. banderole, placard, réclame, annonce, homme-sand-
d. Sternberg met en cause ici la télévision et la va- wich, texte, mailing, spam, images ;
cuité du paysage audiovisuel français, stigmatisé – audiovisuelle : accroche, jingle, clip, logo, flash, mes-
pour son caractère répétitif, son goût pour l’action sage, page, marque, slogan, spot, produit, réclame,
gratuite qui permet de mettre en scène avec com- annonce, texte, dialogues, musique ;
plaisance la violence, le culte de la personnalité de – radiophonique : accroche, jingle, flash, message,
chanteurs formatés… page, marque, slogan, spot, produit, annonce, texte,
dialogues, musique.
9 Étudier un article de presse Les éléments de la publicité :
a. Le narrateur est présent dans ce texte, puisqu’il – Accroche : court élément (texte, image, son) qui
s’exprime à la 1re personne (j’espère, l. 9) et interpelle attire l’attention sur un message publicitaire afin de
le lecteur (Voyez donc). donner envie de le lire, de le regarder ou de l’écouter.
b. Les faits rapportés sont réels puisque l’exemple de l’in- – Affiche : feuille imprimée de dimensions plus ou
carcération de M. Sandon à Charenton (asile d’aliénés) moins grandes selon les cas, placardée sur les murs
est rapporté à la Chambre par un député, M. Guéroult, ou les espaces réservés, destinée à apporter à un
avec la réponse d’un autre député, M. Rouher, qui s’in- large public une information.
surge contre la mention de cet événement. – Jingle : courte séquence sonore (musique et/ou
De plus, la validité de l’exemple est soutenue par chant) accompagnant ou ponctuant un message
le rapprochement avec un autre exemple historique publicitaire en radio ou télévision, pour favoriser la
connu de tous, la condamnation à mort de Louis XVI. mémorisation.
– Encart : feuille volante ou petit cahier ajouté lors du
c. L’ironie naît de la qualification d’une arrestation
brochage dans un magazine ou un journal.
arbitraire par le pronom cela, ce qui la réduit à une
– Clip : film de courte durée, percutant, qui présente
question triviale. L’auteur traduit ici la gêne du pou-
un produit.
voir, qui trouve la question si embarrassante qu’il
– Logo : dessin, graphisme ayant valeur de symbole,
la réduit avec hypocrisie à un mot, et refuse qu’on
permettant l’identification d’une marque, d’un pro-
aborde le sujet (Ne parlez pas de…). Le ton ironique
duit ou d’une entreprise.
se poursuit par l’interpellation du lecteur sous forme
– Flash : message publicitaire très rapide (notam-
d’antiphrase : J’espère que le public sera satisfait de
ment à la radio).
l’explication si franche… et le rapprochement avec le
– Titre : annonce du thème abordé.
cas de Louis XVI.
– Message : information publicitaire adressée au
d. L’auteur dénonce ici les abus du pouvoir en place, public dans l’intention de faire vendre un produit, et
le manque de transparence du gouvernement (sans diffusée sur n’importe quel support.
motif… sans explication), sa lâcheté à endosser ses dé- – Page : pleine page imprimée publicitaire ou bien
cisions (Ne parlez pas de cela), comme les arrestations bref moment de publicité audiovisuelle.
arbitraires (incarcéré … sans motif). – Panneau : surface de dimension variable destinée à
recevoir un message d’ordre publicitaire.
– Marque : firme, entreprise puissante, dont les pro-
duits sont d’une grande notoriété.
Expression écrite (p. 164) – Prospectus : annonce publicitaire pour un produit
de consommation courante imprimée sur une feuille
Réunissez le vocabulaire nécessaire volante pour atteindre de nouveaux clients potentiels.
– Slogan : formule concise et expressive, facile à rete-
1 Le vocabulaire de la publicité nir, utilisée dans les campagnes de publicité.
a. La publicité est l’action de promouvoir la vente – Spot : message publicitaire très bref.
d’un produit en exerçant sur le public une influence – Produit : marchandise, service né de l’activité de
psychologique afin de créer chez lui des besoins, des l’homme.
170
Séquence 6 ➜ La critique sociale
– Banderole : longue bande d’étoffe qui porte une faire prendre des vessies pour des lanternes ; tromper ;
inscription. berner ; leurrer ; avoir ; pigeonner ; rouler ; embobiner ;
– Placard : écrit affiché sur un mur, un panneau, ou égarer ; entortiller ; endormir l’esprit ; manipuler.
publié dans la presse. b. – Battage : publicité excessive et tapageuse qui se
– Réclame : (mot daté) procédé publicitaire visant à fait autour d’un produit ou d’un service.
lancer un produit, un spectacle, un artiste… – Boniment : tout discours plus ou moins artificieux
– Annonce : partie texte qui décrit les caractéris- visant à persuader, séduire, tromper.
tiques d’une offre ou d’un produit dans une publicité. – Bourrage de crâne : présentation sous un jour faus-
– Homme-sandwich : homme qui marche dans les sement favorable ; mensonges, bobards.
rues en portant deux panneaux publicitaires dispo- – Matraquage : campagne intensive et insistante
sés l’un sur sa poitrine et l’autre sur son dos. visant à imposer un message, un nom, à l’attention
– Texte : synonyme d’annonce publicitaire. du public ou du consommateur.
– Mailing : prospection par publipostage, envoi de – Miroir aux alouettes : belles promesses, qui abusent
documents publicitaires par courrier personnalisé. les crédules.
– Spam : envoi massif et non ciblé de messages com- – Piège : attrape-nigaud.
merciaux par e-mail à des individus qui n’ont pas
3 b. La citation 1 critique le renversement des va-
donné leur consentement préalablement.
– Images : au singulier, façon dont un produit, une leurs possibles grâce aux techniques de la communi-
marque ou une société est perçue par les consom- cation : ce qui est insignifiant prend de l’ampleur.
mateurs ; au pluriel, mise en situation photogra- La citation 2 dénonce la désinformation et les men-
phique ou filmée d’un produit. songes auxquels la publicité se livre sans vergogne
– Dialogues : suite de répliques échangées par des et incrimine la crédulité des consommateurs.
personnages, rapportées au style direct, pour mettre La citation 3 dénonce les moyens « scientifiques »
en scène de façon vivante un produit. utilisés par la publicité pour endormir l’esprit cri-
– Musique : air, mélodie accompagnant ou introdui- tique des gens et les pousser ainsi à dépenser de
sant une publicité audiovisuelle. l’argent de façon irréfléchie et souvent stupide.
La citation 4 remet en cause la force de nuisance de la
c. La publicité est comparée à une action militaire, où publicité qui manipule les esprits et les conditionne,
la victoire est représentée par la large diffusion du comme le ferait une secte, en prônant comme va-
produit, où les ennemis à vaincre sont les concurrents, leurs suprêmes la beauté et la performance, rêve
et les territoires à conquérir les consommateurs. inaccessible au plus grand nombre des gens.
– Campagne de promotion, de lancement : ensemble La citation 5 vise le public, qui se soumet à la publi-
cohérent d’actions entreprises sur une même pé- cité et la reçoit sans esprit critique.
riode et visant à promouvoir le même produit ou La citation 6 dénonce l’hypocrisie et l’absence de
service. scrupules de la publicité, qui ne poursuit aucun but
– La cible : population que l’on souhaite toucher lors susceptible de faire du bien à l’humanité, mais qui
d’une action publicitaire. veut au contraire l’assujettir à des besoins qu’elle
– Mettre au point la stratégie : définir la coordination crée.
des actions en vue d’atteindre un but précis.
c. La publicité choisie par l’élève sera apportée en
– Gagner des parts de marché : conquérir des clients
classe et commentée devant les camarades, en justi-
supplémentaires pour un produit, une marque ou
fiant ce qui permet de lui attribuer les traits évoqués.
une société.
– Un plan d’attaque du marché : stratégie offensive
visant à élargir la clientèle potentielle d’un produit. Et maintenant, écrivez
– Conquérir un marché : s’imposer comme le meilleur 4 Après la production des élèves, on pourra les invi-
dans l’ensemble des échanges à propos d’un produit
ter à faire une recherche sur Internet pour trouver
ou d’un service et conclure des accords commerciaux
différents textes de dénonciation de la publicité,
pour la vente du produit.
comme le rejet des marques, les méfaits de la télévi-
2 a. On peut classer les verbes et locutions verbales sion qui relaie la publicité, la société de
d’après : consommation.
– l’idée de séduction : allécher ; appâter ; séduire ;
fasciner ; faire miroiter ; attirer ; capter le regard,
l’attention ;
– l’idée de tromperie : abuser de la crédulité ; duper ;
171
1re partie ➜ Étude de textes
Expression orale (p. 165) g. Ce texte fait la satire de relations père-fils tu-
multueuses, rendues encore plus difficiles par les
renoncements du fils qui rêve de s’intégrer à la
Jouer un sketch satirique société française (« Anatole France » ; j’en ai marre
de la différence… ; j’ai envie d’être bourguignon !). En
Présentation de l’extrait même temps, Michel Boujenah met en évidence ce
w Court extrait d’un très bon sketch de Michel Boujenah, que cette démarche a d’humiliant et d’inutile : s’inté-
qui traite, avec sa verve et sa finesse habituelles, d’un thème grer ne demande pas le reniement de tout ce qu’on
plus actuel que jamais : la difficulté des jeunes issus de l’im- est et de ses origines, ne demande pas d’oublier qui
migration à s’intégrer dans la société française. Il y dénonce on est, pour devenir quelqu’un d’autre, car une telle
le caractère fermé de notre société et, en même temps, la démarche est vouée à l’échec.
naïveté de certains de ces jeunes, prêts à renier leur identité,
pour devenir « plus français que les Français ».
Évaluation de fin de séquence (p. 168)
Préparez votre intervention
1 a. L’extrait met en scène deux personnages, un Au supermarché, Philippe Meyer
père et son fils qui s’appelle Maïmou (abréviation de Lecture, langue et communication
Maïmonide).
b. Les phrases sont exclusivement de type interroga- 1 Le texte est écrit à la 1re personne du singulier
tif ou déclaratif exclamatif. Pour le père, on constate (l. 6, j’ai l’honneur de…). C’est l’auteur, Philippe Meyer,
la présence des deux types de phrases : les interro- qui s’exprime. Nous avons ici le texte d’une chro-
gatives traduisent des questions qu’il formule sans nique tenue quotidiennement sur France Inter.
attendre de véritable réponse, les exclamatives, son 2 a. Vous (l. 7) désigne les heureux habitants du
indignation devant les choix de son fils. Pour le fils Morbihan et des autres départements français (l. 1).
qui s’insurge devant les commentaires du père inca- C’est en vérité tout auditeur / lecteur du texte de
pable de comprendre ses difficultés, il y a prépondé- Meyer, situé à chacune de ses chroniques dans un
rance des phrases exclamatives. département différent, le plus rural et le moins pari-
c. Certains mots sont en majuscules parce qu’ils sien possible, ou dans tout autre département.
portent une emphase particulière, c’est une trans- b. À la l. 4 apparaît le pronom on (se demande), qui dé-
cription graphique de la voix qui monte à ce signe l’homme du commun, le consommateur moyen,
moment-là. nous, vous, bref tout le monde. On rappellera aux
d. Michel Boujenah écrit em’mbêté, dans la même élèves l’étymologie de on, pronom personnel indéfini,
intention : il veut donner une équivalence graphique qui provient du latin homo signifiant « homme ».
de l’accent pied-noir. On et vous ne recouvrent pas exactement les
mêmes emplois dans le texte : le vous est direct, per-
f. Le père est blessé par la décision de son fils de
sonnalisé, alors que le on reste indéfini.
changer de nom, il se sent malheureux ; c’est comme
si son fils avait honte de lui et refusait désormais de 3 Le texte renvoie à l’époque contemporaine, qui
le reconnaître pour son père. Il se sent désavoué et est une époque moderne (l. 33) (expression à double
renié (Hein il t’embête le petit vendeur de pantalons ! ? sens), comme le prouve la mention de réalités de la
Il est ridicule ! ?). vie moderne (Caddie, écran cathodique, hypermarché,
Il commente la décision de son fils et veut lui fluo).
montrer, en le ridiculisant, que le changement de
nom ne règle sans doute pas tous les problèmes :Tu 4 a. Le GN qui désigne la dernière invention de
n’as que l’enveloppe, tu n’auras jamais la lettre qui est l’homme à la fin du premier paragraphe est le Caddie
à l’intérieur ! À la limite, tu es timbré, c’est tout ! interactif à écran cathodique.
Le fils est d’emblée sur la défensive car, d’abord, il Le mot-noyau Caddie est accompagné de deux
ne s’attend pas à la visite de son père et il est surpris ; expansions : un adjectif qualificatif épithète (inte-
puis il essaie de justifier ses décisions, en montrant ractif) et un GN prépositionnel CDN (à écran catho-
combien ses origines lui rendent la vie difficile : dique). Ces expansions évoquent l’aspect hautement
Marre d’avoir une étiquette dans le dos !… marre de technologique du chariot, ce qui porte à faire sourire
cet accent ! Chaque fois que j’essaie de dire « Je t’aime » en raison de la trivialité de l’objet, qui a un caractère
à une fille, elle rigole ! purement utilitaire.
172
Séquence 6 ➜ La critique sociale
b. La majuscule s’explique par le fait qu’il s’agit d’un b. Les termes employés sont péjoratifs dans la me-
objet de la marque Caddie, qui n’est plus ressen- sure où ils portent une charge ironique : identifica-
tie comme un nom propre, mais comme un nom tion de l’homme avec un animal, vanité tirée d’une
commun en raison de son usage très fréquent (voir technologie inutile, stupidité.
Kleenex, Scotch…) et qui ici personnifie le chariot c. Les indications de temps auxquelles ces termes
dont vous vous saisissez (l. 8-9) et qui ne vous en tien- sont associés sont :
dra pas rigueur (l. 11-12) si vous dédaignez ses conseils. – chaque jour (l. 2) ;
5 Dans la suite du texte, l’écran (l. 10) devient le – le samedi (l.4) ;
sujet de la plupart des verbes jusqu’à la l. 25. La fonc- – dès qu’il pose le pied dans un hypermarché (l. 31).
tion essentielle de cet élément est de donner aux Les indications de lieu sont :
clients de l’hypermarché des informations sur les – dans votre hyper-supermarché habituel (l. 8) ;
produits demandés : vous indique (l. 10) ; vous infor- – dans un hypermarché (l. 31).
mera (l. 15-16) ; pas exclus… que l’écran vous donne… d. Les travers que dénonce Philippe Meyer sont le
(l. 21-22) peu d’inventivité, le conformisme de l’homme et son
6 a. Cette nouvelle invention sert à créer de nou- comportement grégaire, lui qui s’enferme chaque
veaux désirs chez les consommateurs, en indiquant samedi dans la même routine des courses au super-
les produits en réclame (l. 10) afin de créer l’envie marché, son asservissement à la société de consom-
d’achat ou l’impression de faire de bonnes affaires, et mation, symbolisée par les hypermarchés.
en suscitant, voire en dirigeant, des besoins d’achat 8 L’ironie de Philippe Meyer se manifeste tout au
associés grâce à l’écran. long du texte, néanmoins elle est particulièrement
b. Les informations qui s’affichent sur l’écran ciblent remarquable dans des formules comme le supermar-
les différents profils de consommateurs, d’âge, de ché et son accessoire consubstantiel, le Caddie (l. 5-6),
sexe ou de condition variés. où le terme consubstantiel rapproche les courses au
L’indication sur la valeur calorique s’adresse à supermarché d’un rituel religieux ; la région… mari-
ceux qui surveillent leur alimentation pour maigrir ; time où la sardine à l’huile fut ravie à l’affection des
celle sur le cholestérol s’adresse à ceux qui doivent siens (l. 25-26), son prénom et son arbre généalogique
être attentifs pour des raisons médicales ; les taux (l. 28-29), expressions qui amènent la sardine à
respectifs de lipides, glucides et protides s’adressent l’huile, aliment très simple, au niveau de l’homme ;
aux tenants d’une alimentation parfaitement équi- on notera aussi le roi des… (l. 35), expression jubila-
librée ; les recettes à des « fins alimentaires » sont toire qui joue sur la vanité de l’homme qui s’est cru
destinées à ceux qui ne savent pas cuisiner. jusque-là au sommet du règne animal.
7 a. Les mots et expressions qui désignent et carac- 9 Dans ce texte, extrait des Progrès du progrès,
térisent l’homme sont : Philippe Meyer dénonce la dérive du progrès, qui ne
– comme le roi des animaux (l. 2) ; fait de l’homme que le plus puissant des mam-
– un mammifère (l. 3) ; mifères, l’emprise que la technologie exerce sur
– l’homme, non content d’avoir inventé le supermar- l’homme à travers des gadgets qui dirigent sa vie, et
ché et son accessoire consubstantiel… (l. 5-6) ; la société de consommation qui suscite chez
– en plus d’être le roi des animaux (l. 30) ; l’homme des besoins nouveaux, inutiles et jamais
– comme le roi des… (l.32) assouvis.
173
1re partie ➜ Étude de textes
7
e
(p. 170)
qu
Sé
174
Séquence 7 ➜ Le théâtre : du rire aux larmes
SUGGESTION DE SÉQUENCES
On peut, pour la séquence de théâtre, suivre simple- tumes » , et donc par « époques » , et des classe-
ment le déroulement de la séquence telle qu’elle est ments par genres selon l’attitude, la mimique, la
proposée dans le manuel, ou bien s’appuyer sur une place des acteurs, etc.
des deux séquences qui suivent. Les moments de cor- – On pourra distinguer d’un côté le lieu et l’époque
rection des devoirs sont laissés à la libre appréciation de l’intrigue, de l’autre le lieu et l’époque de l’écri-
des enseignants. ture. On définira déjà quelques-unes des caractéris-
tiques du genre comique.
– On fera remarquer aux élèves que ces images cor-
■ PREMIÈRE SÉQUENCE : respondent à des possibilités différentes d’interpré-
Le personnage de comédie tation, de mise en espace et de mise en scène qui ne
Cette séquence est construite à partir de textes des sont pas figées ; on pourra en ajouter bien d’autres,
séquences 6 et 7 du manuel. y compris celles du professeur et des élèves de la
classe.
OBJECTIFS : – On pourra amener les élèves à formuler, à partir
l Revoir les codes du texte théâtral. des images, des hypothèses sur l’intrigue.
l Revoir les différentes formes de comique : co- « On leur rappellera également que lire un texte de
mique de gestes, de situation. théâtre, c’est déjà jouer mentalement sur une scène
l Étudier le comique de caractère. imaginaire, c’est se poser toutes les questions de sa vi-
l Étudier la comédie sociale. sibilité : qui parle ? à qui ? où ? comment ? » (in Coups
l Être capable d’écrire un dialogue mettant en de théâtre en classe entière, ouvrage cité, p. 57)
scène un personnage monomaniaque. • À la maison :
l Être capable de dire et jouer des textes de – lire le texte Une idée fixe, p. 172, et répondre aux
théâtre du xviie et du xviiie s. questions « Découvrez le texte », p. 174.
175
1re partie ➜ Étude de textes
groupe des spectateurs d’imaginer une situation, une la rubrique Monsieur Jourdain p. 197, questions 3 a
intervention qui perturberait ce rituel et révélerait et b ; se demander quels points communs et quelles
l’obsession de chacun des personnages. On joue ces différences il y a entre les maîtres ;
situations. – répartition du travail de réflexion en trois groupes
– Expression écrite : exercice n° 12 p. 174 ; à partir de (questionnaire p. 197) sur Le Bourgeois gentilhomme :
ce qui vient de se jouer, rédiger le dialogue qui met- 1. Le déroulement de la comédie. 2. Monsieur Jourdain.
tra en évidence l’obsession du personnage. 3. Entre l’être et le paraître.
• À la maison : • À la maison :
– terminer la rédaction ; – travail des groupes selon la répartition ;
– « Je vérifie mes connaissances », questions de – tous les groupes répondront aux questions de la
l’exercice n° 1 p. 191. rubrique Une comédie satirique et effectueront les
recherches proposées dans le cadre de l’activité nu-
4e séance ÉTUDE DE TEXTE mérique p. 197.
ET EXPRESSION ORALE
Objectif : Interpréter un personnage. 6e et 7e ÉTUDE DE TEXTE
séances ET EXPRESSION ÉCRITE
– Support : « Je vérifie mes connaissances », p. 191
n° 1, extrait du Malade imaginaire. Objectifs : Découvrir les caractéristiques de la comé-
• En classe : die sociale. Rédiger la suite d’une scène de comédie
– correction des questions ; sociale.
– on fera observer que la réponse à la question d – Étude du texte La précaution inutile, de Beaumar-
tient essentiellement au jeu de l’actrice qui incarne chais, p. 175.
Toinette ; on rappellera également aux élèves que les • En classe :
didascalies ne sont pas des dogmes, qu’elles ont été – répartition des répliques entre les élèves ; lecture à
écrites avant que la pièce ne soit jouée et mise en voix haute ;
scène et que, parfois, ce sont les éditeurs eux-mêmes – questions de « Découvrez le texte » et « Approfon-
qui les ont ajoutées (on peut donc s’en affranchir dissez votre lecture », p. 177.
aisément) ; • À la maison :
– répartition des rôles et lecture debout et à voix – poursuivre la réponse aux questions.
haute ;
– essais d’intonation, de hauteurs, d’accents diffé- • En classe :
rents pour Argan. Que remarque-t-on ? – mise en commun des réponses aux questions.
– recherche de situations contemporaines parallèles ; • À la maison :
définition d’un canevas de jeu ; – « Expression écrite », n° 12 p. 177.
– improvisation à partir des éléments définis : on
insistera sur le déséquilibre entre les deux person- 8e et 9e séances ÉTUDE DE TEXTE
nages (le fort et le faible, le mobile et le statique, Objectifs : Être capable de retrouver les caractéris-
celui qui crie et celle qui hurle, puis est devenue tiques de la comédie sociale dans une autre œuvre
muette) ; on demandera aux élèves d’où émane, dans de Beaumarchais. Jouer la scène.
ce qui vient d’être proposé, le comique. – Étude du texte La révolte de Figaro, de Beaumar-
• Prolongements à la maison : chais, p. 152.
– les élèves qui le souhaitent apprendront la scène ; • En classe :
– mémorisation du « Je retiens » (La comédie de ca- – on peut commencer par la projection d’une sé-
ractère), p. 190 ; et essayer de le compléter à partir des quence du film d’Édouard Molinaro, Beaumarchais,
séances de jeu qui se sont déroulées en classe ; l’insolent (1996), et raconter – ou faire raconter par
– questions p. 196 sur Le Bourgeois gentilhomme qui des élèves sous forme d’un exposé – quelques épi-
va être étudié en lecture intégrale. sodes de sa vie romanesque ;
– situer la pièce dans l’œuvre de Beaumarchais ;
5e séance ÉTUDE D’UNE ŒUVRE INTÉGRALE – « Découvrez le texte », n° 1 c et 2, p. 153 ;
(séance 1) – mise en voix du texte après répartition des phrases ;
• En classe : les questions que pose le texte : ce que l’on com-
– correction des questions ; prend, ce que l’on ne comprend pas à l’issue de cette
– acte I, scènes 1 et 2 : lecture avec les élèves ; dans première lecture ? Pourquoi ?
176
Séquence 7 ➜ Le théâtre : du rire aux larmes
177
1re partie ➜ Étude de textes
1. Je n’ai pas de gants ?... La belle affaire ! 3e séance EXPRESSION ORALE ET ÉCRITE
Il m’en restait un seul… d’une très vieille paire, Objectifs : Improviser et jouer un personnage obses-
Lequel m’était d’ailleurs encor fort importun. sionnel. Transposer ensuite la scène à l’écrit.
Je l’ai laissé dans la figure de quelqu’un.
• En classe :
2. C’est bien à toi, pendard, à me demander des – voir 3e séance de la 1re séquence, supra p. 175.
raisons. Sors vite, que je ne t’assomme. • À la maison :
3. X : – Vous injuriez toujours notre pauvre siècle. – « Je vérifie mes connaissances », exercice n° 1 p. 191.
Y : – Pardon de la liberté ! Qu’a-t-il produit pour
qu’on le loue ? Sottises de toute espèce : 4e séance ÉTUDE DE TEXTE
la liberté de penser, l’attraction, l’électricité, ET EXPRESSION ORALE
le tolérantisme, l’inoculation, le quinquina, Objectif : Interpréter un personnage de théâtre.
L’Encyclopédie, et les drames... – Support : « Je vérifie mes connaissances », p. 191
4. X : – Blanc. Représente-toi une toile d’environ n° 1, extrait du Malade imaginaire.
un mètre soixante sur un mètre vingt... fond • En classe :
blanc... entièrement blanc... en diagonale, de – se reporter, supra p. 176 à la 4e séance de la pre-
fines rayures transversales blanches... tu vois... mière séquence.
et peut-être une ligne horizontale blanche en • À la maison :
complément, vers le bas... – les élèves qui le souhaitent apprendront la scène ;
Y : – Comment tu les vois ? – mémorisation du « Je retiens » (La comédie de ca-
5. Ne réplique point, je connais ton amour ; ractère), p. 190, et essayer de le compléter à partir des
Mais qui peut vivre infâme est indigne du jour. séances de jeu qui se sont déroulées en classe ;
– lire le texte p. 178 et répondre aux questions
6. Il faut venger un père et perdre une maîtresse : « Découvrez le texte », n° 1, 2 et 3 p. 179.
L’un m’anime le cœur, l’autre retient mon bras.
7. Ma présence a de quoi te surprendre,
5e séance ÉTUDE DE TEXTE
Butane, je le sais. Depuis que de mon gendre Objectif : Découvrir les ressorts de la tragédie
Ces murs trop glorieux protègent le sommeil, classique.
Il n’est plus de repos pour mon antique orteil. – Étude du texte Un honneur ombrageux, de Corneille,
p. 178.
8. Sac à papier, déjà la scène suivante ?
• En classe :
– correction des questions ;
– séparer la classe en deux groupes de taille inégale :
d’un côté le père – le groupe le plus important –, de
Référence de ces citations : l’autre Rodrigue ; demander aux élèves du groupe
1 : p. 198, v. 6-9. – 2 : p. 172, l. 8-9. – 3 : p. 175, l. 15-19. – 4 : « père » de mimer individuellement ou collective-
p. 192, texte 3, l. 11-17. – 5 : p. 179, v. 23-24. – 6 : p. 181, v. ment l’attitude de Don Diègue par rapport à son fils ;
13-14. – 7 : p. 184, l. 30-33. – 8 : p. 187, l. 1. demander aux élèves du groupe « Rodrigue » de
• À la maison : procéder de même ; demander ensuite aux élèves de
– lire la biographie de Molière p. 196 et la compléter en commenter ces mimes ;
consultant le site Internet de la Comédie-Française ; – répartir les vers (un par élève) et procéder à une
– questions « Découvrez le texte », p. 174. mise en voix du texte ;
– demander aux élèves ce qui les frappe ;
2e séance ÉTUDE DE TEXTE – questions « Approfondissez votre lecture »,
Objectif : Étudier le comique de caractère. p. 179-180.
– Étude du texte Une idée fixe, p. 172. • À la maison :
• En classe : – finir de répondre aux questions de la p. 180.
– correction des questions ;
– répartition des répliques ; les élèves qui disent une 6e séance ÉTUDE DE TEXTE (fin)
réplique se lèvent ; mise en voix du texte ; ET OUTILS DE LA LANGUE
– « Approfondissez votre lecture », questions 4 à 11 Objectif : Faire une mise au point sur les reprises no-
p. 174. minales et pronominales (p. 264).
178
Séquence 7 ➜ Le théâtre : du rire aux larmes
179
1re partie ➜ Étude de textes
de 4 élèves « acteurs » debout et mobiles, et de un sol couleur jaune. Au premier plan, le rideau de scène
quatre « voix » debout et immobiles ; chaque « ac- et, en bas, la rampe. La couleur jaune dominante, associée
teur » a sa propre voix ; on désigne également un au rouge du rideau et des costumes, dégage un rayonne-
lecteur qui lit les didascalies que les « acteurs » de- ment, une gaieté qui invite à la fête du théâtre.
bout se chargent d’exécuter ; les élèves-voix disent le
texte des acteurs debout qui exécutent les gestes et
postures que supposent le texte et le ton avec lequel 1. Molière et la comédie
il est lu. L’objectif de cet exercice est de mettre en de caractère (p. 172)
évidence la dynamique du texte burlesque.
• À la maison : Une idée fixe
– répondre aux questions 1, 2, 8, 9 et 10 p. 189.
OBJECTIFS PÉDAGOGIQUES
14e séance ÉTUDE DE TEXTE
l Découvrir les caractéristiques de la comédie de
Objectifs : Découvrir les différentes conventions caractère.
théâtrales. Découvrir comment on peut jouer avec
l Être capable de rédiger une scène de comédie
elles.
mettant en scène un personnage d’aujourd’hui.
• En classe :
– correction des réponses aux questions ;
– recherche des éléments empruntés au vaudeville ;
Présentation de l’extrait
on pourra donner aux élèves un extrait du Dindon, w Cette scène de farce met en scène Harpagon, incarna-
acte I scène 11 par exemple : on verra ensuite ce que tion même de l’avarice : texte connu certes, mais sûrement
cet extrait emprunte au vaudeville. pas de tous nos élèves qui découvriront combien Molière,
• À la maison : auteur classique, peut être drôle. Ce texte donne aussi une
– mémorisation du « Je retiens » (La comédie mo- excellente base d’étude pour la comédie de caractère.
derne), p. 190 ;
– « Réunissez le vocabulaire nécessaire », p. 194. Découvrez le texte
15e séance ÉVALUATION (deux heures) 1 a. Un harpagon est un avare, un « rapace » comme
l’atteste déjà le sens du mot latin harpago (dérivé du
– Support : Provocation en duel, p. 198. grec), « harpon » et, au figuré, « rapace ».
Questions de lecture p. 199.
Pour l’écriture, traiter l’exercice « Et maintenant, écri- b. Avarice, avaricieux (l. 65).
vez ! », n° 5 p. 194. c. Les synonymes du mot avare :
Soutenu Courant Familier
Adjectifs avaricieux, avide, rapace, radin,
L’image d’ouverture (p. 171) cupide,
intéressé, ladre,
mesquin,
pingre, chiche
rapiat, rat
regardant,
Affiche de Lorenzo Mattotti parcimonieux
Noms un ladre un avare un fesse-mathieu,
Sur l’auteur un harpagon un pince-maille,
un grippe-sou,
Cf. supra, p. 82. un grigou, un
rat, un chien
w Pour commencer
Expressions • Être près de •Avoir un cactus
1. Deux personnages de théâtre, aux costumes bariolés,
ses sous ou une vipère
qui font penser à un valet et une soubrette (Figaro et • Être chiche dans la fouille
Suzanne ? Nicole et Covielle ?), tous deux l’air réjoui, • Les lâcher (argot)
aguicheur pour la soubrette. Ils esquissent un mouvement avec un •Avoir des mites
de danse sur un fond constitué de bandes de couleur : de élastique dans son crapaud
(argot)
bas en haut, elles sont successivement émeraude, bleu
marine et jaune. Ces couleurs se retrouvent dans le décor
du petit théâtre qui enferme leurs têtes, petit théâtre qui 2 a. Il y a deux personnages en présence : Harpagon,
fait penser à Guignol : un décor aux murs bleus piquetés veuf et père de deux enfants (paratexte), le maître, et
de points bleu clair, une porte qui s’ouvre vers la verdure, son valet, La Flèche.
180
Séquence 7 ➜ Le théâtre : du rire aux larmes
3 Harpagon, fou furieux, fait irruption sur scène et c. La Flèche, par ses propos, confirme la méchanceté
exige que La Flèche quitte immédiatement la maison. d’Harpagon : il a le diable au corps (l. 5), vous ren-
Le valet justifie sa présence, demande des explica- fermez toutes choses et faites sentinelle jour et nuit
tions et multiplie les allusions malicieuses à l’avarice (l. 21), argent caché (l. 29) ; il dit qu’il aimerait que cet
de son maître. Sur le point de sortir, il est retenu par homme fût volé, qu’il le mérite (l. 56-57) ; La peste soit
Harpagon qui le soupçonne d’avoir emporté quelque de l’avarice et des avaricieux (l. 65).
chose, le fouille et puis l’envoie au diable. Un personnage ridicule
7 Harpagon est un bourgeois.
Approfondissez votre lecture 8 La menace de gifle qui est du comique de gestes
Une idée fixe est empruntée à la farce et traduit l’impulsivité vio-
4 Les apartés ne sont pas tous signalés par Molière. lente du personnage d’Harpagon.
• Un seul est indiqué par À part (l. 28) et nous révèle la Soufflets et coups de bâton sont un ressort co-
rage, la fureur d’Harpagon et sa crainte que le valet ne mique très utilisé dans la farce.
répande partout le bruit qu’il a de l’argent caché. 9 a. Les répliques qui traduisent la violence d’Har-
• L. 23 à 25 : deux phrases d’Harpagon sont destinées pagon sont, outre celles citées précédemment, celles
au public et non au valet ; la première nous apprend qui comportent des insultes : pendard (l. 8), coquin
qu’Harpagon se croit espionné par de multiples mou- (l. 28) ; des menaces : je te baillerai… par les oreilles
chards et révèle qu’il soupçonne La Flèche d’en faire (l. 34-35). Par ailleurs la répétition de je veux (l. 11, 22,
partie ; la seconde phrase montre que l’avare a peur 63) et les phrases injonctives révèlent son autorita-
que le valet n’ait soupçonné quelque chose de son risme et ses obsessions.
argent, autrement dit qu’il sache qu’il a de l’argent b. Le jeu sur les mains (l. 45 à 52) révèle l’absurdité
caché, comme il l’avoue naïvement lui-même (l. 27-27). de la question et la délirante bêtise du personnage
• Trois autres apartés apparaissent dans le discours d’Harpagon ; en outre, il est drôle parce qu’il suppose
de La Flèche : un jeu de scène.
– L. 4-5 : le valet exprime sa réprobation face à la mé-
c. C’est la réplique l. 25-26 qui éveille la curiosité de La
chanceté de son maître qu’il trouve abominable, qui
Flèche : Ne serais-tu point homme à aller faire courir le
a le diable au corps.
bruit que j’ai chez moi de l’argent caché ?
– L. 56-57 : La Flèche exprime sa colère contre Harpagon
et le plaisir qu’il aurait à le voler, tant il le mérite. 10 a. Au début de la scène, Harpagon chasse son
– L. 65 : il exprime sa fureur contre l’avarice et les valet, mais c’est lui qui, ensuite, l’empêche de partir
avaricieux. par crainte que La Flèche ne l’ait volé.
5 a. Harpagon a peur d’être volé. b. Le face-à-face maître-valet permet de révéler le
comique du caractère d’Harpagon : en effet, La Flèche
b. On voit l’obsession d’Harpagon à la récurrence
reste calme, soumis, se contentant de répéter les
du vocabulaire de l’« espionnage » qui montre qu’il
propos de son maître ; il sert ainsi de révélateur, et
se sent cerné : observer (l. 14), espion de mes affaires,
met en évidence la furie de l’avare. La confrontation
traître (l. 16), la métaphore guerrière assiègent toutes
du clown blanc, en la personne du valet, raisonnable
mes actions (l. 16), furètent de tous côtés pour voir
et mesuré, avec un obsessionnel agité et fou est du
(l. 18), mes mouchards (l. 23), soupçonné (l. 24).
comique de situation. Plus l’écart entre eux est im-
Son discours est saturé par le vocabulaire du vol :
portant, plus la scène est drôle.
voler (l. 18), emportes (l. 40), receleurs (l. 54), dérobe
(l. 55), voler (l. 60). On peut relever aussi les mots qui 11 Molière emprunte à la farce et à la commedia dell’
appartiennent au champ lexical de l’argent : profit arte une « figure » pour dénoncer le travers d’un carac-
(l. 15), argent (l. 26), des choses (l. 54) font référence tère, tout en faisant rire le spectateur. Il mène une ré-
à l’argent. Le lexique de la dissimulation (renfermer, flexion morale sur les conséquences de la passion de
l. 20 ; caché, l. 26), participe de l’expression de son l’argent.
obsession.
6 a. La didascalie l. 36-37 révèle la violence de son Et maintenant, concluez
caractère, et les didascalies l. 53 et 64 montrent son u Une comédie de caractère se déroule normale-
obsession du vol puisqu’il fouille son valet. ment dans le milieu de la bourgeoisie.
b. Harpagon est un avare, monomaniaque, injuste, u Elle se moque d’un personnage dont elle tourne
impulsif et violent. en ridicule les défauts de caractère, les travers.
181
1re partie ➜ Étude de textes
182
Séquence 7 ➜ Le théâtre : du rire aux larmes
Almaviva a demandé à Figaro de l’aider à conqué- 6 Rosine fait preuve de duplicité. Elle est rusée. Elle
rir Rosine. n’est pas indifférente aux charmes du Comte avec
b. Au début de la scène 3, Rosine et Bartholo se lequel elle a envie de vivre une romance. Son obsti-
trouvent dans la maison du barbon puisqu’ils appa- nation lui permettra d’arriver à ses fins. Bartholo
raissent à la fenêtre ; ensuite Bartholo est dans la rue, n’est pas dupe puisqu’il parle de jolie commission, ce
devant sa maison. Dans les scènes 3 et 4, Almaviva qui est une antiphrase ; il suppose que quelqu’un est
et Figaro sont cachés dehors, près de la maison de passé (l. 32), il se plaint : Et moi qui ai la bonté de cher-
Bartholo, guettant la fenêtre de Rosine. cher ! et se traite de sot.
c. Le changement de scène marque la sortie de deux 7 Il s’agit d’un comique de caractère en la personne
personnages, le tuteur et sa pupille, et l’entrée du de Bartholo, bougon et borné, et du comique de si-
maître et de son ancien valet. tuation puisque le vieillard inquisiteur et abusive-
ment jaloux se trouve dupé par la ruse de la jeune
Approfondissez votre lecture fille.
Une scène comique 8 La chanson permet de nouer la romance. Cité
4 Dans la scène 3 : deux fois au début de la scène 3, le titre de la chan-
son est repris par Figaro dans la scène 4 ; le double
a. Nous apprenons que Rosine vit enfermée : cette ja-
sens de l’expression est alors bien clair : Bartholo a
lousie s’ouvre si rarement (l. 3-4). On notera qu’il s’agit
pris inutilement la précaution d’enfermer Rosine
là, de la part de Beaumarchais, d’un jeu de mots vi-
derrière une jalousie… par jalousie !
sant à souligner le caractère ombrageux de Bartholo,
jaloux de quiconque approcherait sa pupille. Elle est 9 Figaro met en évidence la capacité des femmes à
élevée de manière bourgeoise, bénéficiant des cours mentir et à tromper leur monde grâce à leur charme.
d’un maître à chanter et a besoin d’air au sens propre Ironique, léger, il rejoue la scène de Rosine avec
comme au sens figuré. Elle veut vivre avec son temps Bartholo, exprime avec exultation son bonheur à voir
et réprouve les propos de Bartholo contre le siècle. l’habileté de Rosine pour tromper ce vieux barbon de
Elle se sent réduite à l’état d’esclave (l. 41). Bartholo ; tout réjoui en plus de l’histoire d’amour
Bartholo surveille avec une vigilance particulière qui ne va pas manquer de se nouer, et, dans laquelle,
sa pupille qu’il interroge à deux reprises sur le papier il va assurément jouer son rôle.
qu’elle tient dans la main. C’est un être jaloux, bou-
gon et égoïste, hostile à toute nouveauté. La satire des mœurs
b. Les types de phrases qui dominent dans les pre- 10 a. Dans les lignes 15 à 19, il est question du xviiie s.
mières répliques de Rosine sont, outre la phrase b. Bartholo présente ce siècle à l’aide d’une
exclamative (l. 3), qui exprime son désir de sortir, des énumération.
phrases déclaratives par lesquelles elle se contente c. Incarnation de l’Ancien Régime, hostile à ce siècle
de répondre aux questions de son tuteur et de le barbare, opposé à l’esprit des Lumières qui ont ap-
réprouver. Dans le discours de Bartholo, ce sont les porté des sottises, Bartholo conteste une liberté de
phrases interrogatives (l. 5, 8, 16) et les phrases ex- penser néfaste et un tolérantisme, un esprit de to-
clamatives (l. 10, 11 et 14) qui dominent : il interroge lérance qui ne peut sans doute produire que de
Rosine qu’il surveille de près et se plaint de la bêtise mauvaises choses. Bartholo est pour le maintien de
de la modernité. l’ordre établi et, c’est implicite ici, pour le maintien
5 a. Rosine laisse tomber un billet afin de commu- de l’enfermement des filles. Par ailleurs, il maugrée
niquer avec le Comte. contre les progrès scientifiques (les découvertes de
Newton et les recherches sur les vaccins), ce qui laisse
b. Juste après, elle s’adresse à Bartholo de façon
à penser que c’est un médecin « à l’ancienne » et sans
faussement ingénue et d’une voix pressante où elle
doute obtus et incapable (ce qui se vérifiera dans la
joue l’angoisse d’avoir irrémédiablement perdu son
suite de la pièce). Il est hostile aux arts, et en particu-
papier : répétition de l’impératif courez, courez souli-
lier au théâtre. Ce personnage incarne en partie, sous
gné par donc ; répétition de ma chanson (3 fois) d’un
la plume de Beaumarchais, les ennemis auxquels
ton de plus en plus angoissé.
l’auteur a dû faire face et qui ont condamné sa pièce.
c. Ensuite elle hèle le comte et, sur un mode impé-
ratif et le plus brièvement possible, elle l’invite à d. C’est un personnage rétrograde, « réactionnaire ».
récupérer le billet : faire vite pour ne pas être surpris 11 L’enfermement dans lequel se trouve Rosine,
par Bartholo ! élevée par un vieil homme et pour le bon plaisir de
183
1re partie ➜ Étude de textes
celui-ci (Molière le dénonçait déjà dans L’École des et qui a été choisi par son souverain, Ferdinand Ier
femmes) est hélas banal à l’époque. Beaumarchais le Grand, comme précepteur du prince de Castille.
dénonce le refus du progrès et la condition de la Don Diègue, maintenant âgé, fut autrefois chef des
femme, privée de liberté, qui est opprimée par un armées. C’est en se couvrant de gloire sur le champ
tyran domestique et n’est absolument pas reconnue de bataille qu’il a gagné l’estime du roi et acquis la
comme adulte. renommée dans le royaume.
– Don Rodrigue, le fils de don Diègue.
Et maintenant, concluez b. Il s’agit de personnages de la noblesse espagnole :
u Une comédie sociale fait la satire des mœurs de le titre de don est donné aux nobles d’Espagne.
son temps. 3 La scène est écrite en alexandrins.
u Elle vise à faire prendre conscience aux specta-
teurs des abus, des travers, de tout ce qui va mal, Approfondissez votre lecture
puis à l’amener, par le rire, à œuvrer pour modifier
les choses. Un père déshonoré
4 Après le geste cruel (v. 7) dont il a été victime de la
part de don Gormas, don Diègue éprouve de la dou-
leur (v. 3), il se sent accablé de(s) malheurs (v. 29) ; à
3. Corneille cela s’ajoute un sentiment de honte (v. 6). Face au
et les ressorts tragiques (p. 178) déshonneur (v. 8), il éprouve de la fureur et un très
fort désir de vengeance (v. 12).
Texte A : Un honneur ombrageux 5 a. L’affront subi par don Diègue est une gifle, un
soufflet (v. 9). Le mot qui le désigne de façon précise
OBJECTIFS PÉDAGOGIQUES se fait attendre : d’abord un terme vague, un affront
l Découvrir
les ressorts de la tragédie classique. (v. 7), mis en tête de la réplique de don Diègue ; puis,
l Êtrecapable de transposer une situation tra- mis en relief par un rejet, le terme précis un soufflet
gique dans le monde d’aujourd’hui. apparaît seulement deux vers plus loin (v. 9).
b. Ce geste est très grave parce qu’il porte atteinte
au renom et à l’honneur d’une maison, d’une lignée
Présentation des extraits de nobles et de leur descendance. Accepter l’insulte
sans y répondre serait un signe de dégénérescence
w Les extraits A et B proposés dans cette séance 3 au sens étymologique du terme.
correspondent aux deux scènes du Cid où Rodrigue
fait son entrée : présentation du personnage, fougueux, Le devoir d’un fils
passionné. En outre ces deux scènes permettent d’ana- 6 a. Dans le discours de son père, Rodrigue est dési-
lyser deux des ressorts caractéristiques de la tragédie de gné par les noms et GN suivants : Rodrigue (v. 1), mon
Corneille : l’importance de l’honneur chez les nobles du sang (v. 4 et v. 6), mon fils (v. 6).
xviie s. ; la naissance d’un héros confronté à un choix dé-
chirant entre les deux termes qui organisent sa vie, l’hon- b. Les GN comportant des déterminants possessifs
neur et l’amour. Ce thème de l’honneur, de l’obéissance à la 2e personne sont : ton courage (v. 13), ton amour
au père et aux règles de la classe à laquelle on appartient, (v. 23).
peut aussi intéresser des adolescents d’aujourd’hui. c. Ces termes résument la situation de Rodrigue
puisque s’opposent d’une part, l’honneur dû à son
rang, fondé sur les liens du sang et maintenu grâce
Découvrez le texte au courage, et d’autre part son amour.
1 a. – Ressentiment (v. 3) : le fait de se souvenir avec
7 a. et b. Dans les propos de don Diègue, les GN
rancœur et animosité des torts qu’on a subis.
comportant des déterminants à la 1re personne sont :
Rancune.
ma douleur (v. 3), mon sang (v. 4), ma jeunesse (v. 5),
– Courroux (v. 4) : colère, fureur.
mon fils, mon sang (qui est une métonymie), ma
– Arrogant (v. 13) : hautain, dédaigneux.
honte (v. 6) ; mon âge, ma généreuse envie (v. 10) ; mon
– Outrage (v. 14) : offense, injure grave.
bras (v. 11). Ces GN résument le drame de don Diègue
2 a. Les deux personnages présents sont : qui est de ne pouvoir, en raison de son âge, défendre
– Don Diègue qui appartient à la noblesse d’épée son honneur en portant le fer contre son offenseur.
184
Séquence 7 ➜ Le théâtre : du rire aux larmes
8 Le verbe venger apparaît à plusieurs reprises : paroles du père et du fils dans le dialogue et la briè-
– au v. 7, avec comme COD, me, qui désigne don veté des réponses de ce dernier, auquel il n’est guère
Diègue ; laissé la possibilité de répliquer (observer également
– au v. 27, à deux reprises, le verbe étant alors répété les impératifs).
deux fois à l’impératif avec comme COD moi, puis toi ; L’identité de l’offenseur
– enfin au v. 30, où il est également conjugué à l’im-
pératif présent avec comme COD nous.
11 a. L’identité de l’offenseur est révélée tardive-
On observe ainsi une gradation dans les pronoms : ment pour « piéger » Rodrigue : en effet, une fois qu’il
en vengeant son père (me, moi), c’est son propre hon- s’est engagé auprès de son père, il ne peut plus se
neur (toi) que venge Rodrigue et celui de sa famille dédire. Or don Diègue connaît évidemment l’amour
(nous). de Rodrigue pour Chimène et redoute donc un refus
possible de son fils.
9 Le v. 24 formule l’argument essentiel sur lequel
b. Les termes qui désignent l’offenseur sont : un arro-
s’appuie don Diègue pour justifier sa demande à son
gant (v. 13), un homme à redouter (v. 16), brave soldat,
fils : Mais qui peut vivre infâme est indigne du jour.
grand capitaine (v. 21), et enfin… le père de Chimène
10 a. La seule réparation possible est le duel : Ce n’est (v. 22). Même si Rodrigue commence peut-être à se
que dans le sang qu’on lave un tel outrage ; / Meurs ou douter de l’identité de l’adversaire qu’il va devoir
tue. (v. 14-15) affronter, la révélation n’arrive que lorsqu’il n’est
b. Don Diègue exprime sa demande : plus possible de taire le nom : don Diègue ne laisse
– au v. 6-7 : Viens, mon fils, viens, mon sang, viens répa- pas alors à Rodrigue le temps d’articuler un mot de
rer ma honte ; /Viens me venger ; protestation.
– au v. 13 : Va contre un arrogant éprouver ton courage ; c. C’est un portrait élogieux que dresse don Diègue
– au v. 15 : Meurs ou tue ; de don Gormas : c’est un homme à redouter, un chef
– au v. 27 : Venge-moi, venge-toi ; des armées pugnace qui va, tout couvert de sang et
– au v. 30 : Va, cours, vole, et nous venge. de poussière, / Porter partout l’effroi dans une armée
entière (v. 17 et 18) ; un homme valeureux, capable de
c. Les figures de style ici utilisées sont :
vaincre cent escadrons. On est ici dans l’exagération
– l’anaphore : viens répété 4 fois (v. 6-7) ; venge… ré-
épique.
pété deux fois (v. 27) ;
– l’opposition : Meurs ou tue (v. 15) ; 12 a. Il s’agit donc pour don Rodrigue de vaincre le
– l’allitération et l’assonance : Va, cours, vole, et nous meilleur et le plus prestigieux des guerriers, mais
venge. aussi de choisir entre son devoir (l’obéissance à son
père et la défense de son honneur) avec les risques
d. • Les v. 6 et 7 sont marqués par la répétition du
qu’il en coûte et son amour : comment tuer celui qui
verbe venir, à l’impératif, et la segmentation du v. 6
est le père de Chimène ?
en 3/3/6, complété par les quatre premières syllabes
du v. 7 qui prolonge en quelque sorte le v. 6. L’accent b. Il fait silence devant son père, mais cela tient autant
met systématiquement en valeur la forme viens, qui du respect qu’il lui doit que de la stupeur.
est comme une imploration.
• Les v. 24-25 sont construits sur des antithèses : Et maintenant, concluez
pour chacun de ces vers, qui ont une césure forte
u Les protagonistes de la tragédie classique ap-
à l’hémistiche, les deux hémistiches sont de sens
partiennent à la haute noblesse (rois, reines,
contraires ; le présent exprime une vérité générale
princes…).
qui donne à ces deux vers l’allure de sentences, de
proverbes. u Pour le héros de la tragédie, le code de l’honneur,
Le v. 26, construit de la même façon avec une forte c’est l’ensemble des règles morales auxquelles il
césure à l’hémistiche, revient à la situation précise de doit fidélité et respect, en raison de son rang et de
Rodrigue et le met en face de sa responsabilité. son lignage. Ce code de l’honneur aristocratique
Le v. 27 met en évidence le ton impérieux de est issu de la morale héroïque du Moyen Âge.
don Diègue Je ne te dis plus rien, qui constitue un u Ce code de l’honneur est un des ressorts de la
hémistiche, l’autre étant coupé en deux par la double tragédie, lorsqu’il entre en conflit avec d’autres
injonction venge-toi, venge-moi, de trois syllabes aspirations du héros : l’amour notamment. Les
chacune. grandes qualités morales du héros sont alors
On fera observer aux élèves le déséquilibre des mises à l’épreuve.
185
1re partie ➜ Étude de textes
Il revient donc à la défense de son honneur, les 4 a. Toutes les strophes se terminent sur le nom de
stances se concluant par deux vers qui reprennent Chimène.
les deux derniers de la première strophe : Rodrigue
b. Avec Chimène, rime le mot peine.
apparaît finalement comme la victime de la rivalité
entre les deux pères. c. Dans la dernière strophe, maîtresse rime avec
d. C’est l’honneur qui finalement triomphe, tant sa tristesse.
position de fils issu de l’aristocratie l’éloigne de celle d. Corneille montre ainsi que l’amour de Rodrigue
d’amant, impossible à vivre. pour la jeune fille – et donc la douleur qu’il aurait de
186
Séquence 7 ➜ Le théâtre : du rire aux larmes
la perdre – cause son chagrin de devoir choisir entre vole et nous venge (scène 5, v. 30). Rodrigue décide
elle et son père. finalement de venger son honneur et son père.
10 Chacune des six strophes est composée :
Entre l’amour et l’honneur – d’un quatrain à rimes embrassées composé d’un
5 Imprévue, mortelle, misérable, juste, malheureux, octosyllabe et de trois alexandrins ;
injuste, immobile, abattue, étrange. Les adjectifs sou- – d’un distique à rimes plates composé d’un alexan-
lignés renvoient au champ lexical de la souffrance et drin suivi d’un hexamètre ;
de la mort annoncé dès le début des stances par le – d’un quatrain à rimes croisées composé d’un dé-
groupe participial percé jusques au fond du cœur. casyllabe, d’un hexamètre suivi de deux décasyllabes.
On notera que les GN atteinte imprévue, injuste Cette structure à la fois rigide et diverse permet
rigueur, étrange peine participent de la même ex- à Corneille d’exprimer les incertitudes et les déchi-
pression de la souffrance. Rodrigue exprime son rements du héros, par des ruptures de rythme et de
désespoir. ton. Elle permet aussi le lyrisme grâce notamment
aux parallélismes de structure. Les oppositions, de
6 a. Les antithèses et les parallélismes : part et d’autre de l’hémistiche, traduisent les hésita-
• Dans la strophe 2 : tions dans la délibération du héros et contribuent, en
– mon propre honneur / mon amour ; raison de la force de l’arrachement que nécessite son
– venger un père / perdre une maîtresse ; choix, à la construction de sa stature héroïque. Les
– l’un m’anime le cœur / l’autre retient mon bras ; stances permettent le basculement du drame vers la
– ou de trahir ma flamme / ou de vivre en infâme ; tragédie.
– laisser un affront impuni / punir le père de Chimène.
– Faut-il....? Faut-il... ? Et maintenant, concluez
• Dans la strophe 3 :
u Un dilemme est une alternative qui implique
– Père / maîtresse ; honneur / amour ;
un choix difficile, voire douloureux entre deux
– Noble et dure contrainte / aimable tyrannie ;
termes.
– Tous mes plaisirs (...) morts / ma gloire ternie ;
– L’un… malheureux... / l’autre… indigne du jour ; u La tragédie met en scène des personnages hé-
– Cher et cruel espoir / Digne ennemi ; roïques dont les malheurs suscitent la pitié : être
– M’es-tu donné pour venger mon honneur ? / M’es-tu confronté à un choix difficile, voire impossible, per-
donné pour perdre ma Chimène ? met de révéler sa force de caractère et son courage.
b. Ces antithèses et parallélismes expriment le dé-
chirement de Rodrigue entre son honneur et son À vous de jouer !
amour, de même que la double interrogation rhéto- 11 Le professeur pourra commenter avec les élèves
rique et contradictoire sur laquelle s’achève chacune les consignes données pour éviter les textes faciles
des deux strophes. et pauvres. Leur rappeler :
c. Le choix est impossible dans la mesure où la mise – qu’il s’agit d’abord de déterminer une situation où
en regard des oppositions révèle le poids équivalent l’alternative sera porteuse d’un choix douloureux ou
des thèmes antagonistes. très difficile ;
7 J’attire en me vengeant sa haine et sa colère ; / – que le protagoniste doit être présenté de façon
J’attire ses mépris en ne me vengeant pas. précise pour bien faire comprendre l’alternative à
Rodrigue perdrait l’amour de Chimène en de- laquelle il est confronté ;
venant l’assassin de son père, ou bien apparaîtrait – que la structure des phrases, leur enchaînement
comme un lâche en ne le tuant pas. doivent bien mettre en évidence l’obligation d’un
choix et le tiraillement entre deux solutions possibles.
8 Dans la strophe 5 : sans tirer ma raison (v. 41), ma
gloire (v. 42), ma mémoire (v. 43), l’honneur de (ma Outils de la langue
maison) (v. 44), l’honneur (v. 49) appartiennent au Autre suggestion pour amorcer
champ lexical de l’honneur. Parallèlement, on a le une séance grammaticale :
champ lexical de la mort (mourir, v. 41 ; trépas… mor- ➜ Les types de phrases (p. 262)
tel, v. 42). Ajoutons qu’apparaissent ici une série
d’impératifs, qui se poursuivront dans la dernière
strophe, et qui révèlent la détermination de Rodrigue.
9 Courons à la vengeance (v. 56) fait écho à Va, cours,
187
1re partie ➜ Étude de textes
188
Séquence 7 ➜ Le théâtre : du rire aux larmes
Jarre (père de Jean-Michel Jarre) a composé les musiques tituée dans le nana..., sorte de berceuse monotone
des spectacles et la célèbre fanfare qui accueillait les spec- sans doute, et c’est, dit DEUX, à ce moment-là que j’ai
tateurs. De 1963 à 1972, le TNP a été dirigé par Georges commencé à m’assoupir (l. 52-53).
Wilson. En 1973, il a été transféré à Villeurbanne. Depuis
1973, un nouveau théâtre occupe le Palais de Chaillot, 5 a. Pour eux, les qualités de la tragédie se résu-
dirigé par Antoine Vitez (1981-1988), puis Jérôme Savary ment en deux adjectifs : beau et émouvant, tellement
(1988-2000) et, depuis 2000, par deux chorégraphes, beau qu’on était… sous le charme (l. 16).
Dominique Hervieu et José Montalvo. b. DEUX n’est pas vraiment sensible à la « beauté »
du texte puisque, d’abord, il s’endort, et qu’il le resti-
2 b. On pourra proposer la lecture à voix haute de la
tue de manière approximative en changeant, inven-
scène 1 d’Iphigénie en répartissant rapidement les
tant les mots, puis en en détruisant le langage pour
vers un à un entre les élèves de la classe. Le texte sera
ne produire qu’une simple syllabe répétée à l’infini.
alors donné à entendre, debout et en cercle. Cette
mise en voix permettra observations et commen- Une parodie
taires qui conduiront à une relecture, à plusieurs voix 6 a. Les deux personnages se mettent à jouer la
encore, mais plus consciente du sens et des enjeux. tragédie quand UN demande à DEUX de lui réciter
Approfondissez votre lecture quelques vers (l. 19-20). Ils cessent après huit lignes
de nana ininterrompus : DEUX, cesse de jouer (l. 52).
Une conversation étonnante
b. Ce qui montre qu’ils jouent une pièce :
3 a. Les personnages de la scène sont UN et DEUX, – les indications des personnages qu’ils incarnent :
désignés ainsi par dérision, par indifférence pour la Butane pour UN et Énée pour DEUX ;
notion de personnage : ils n’ont pas d’identité, donc – les didascalies : Il joue (l. 26) ; cesse de jouer (l. 52) ;
pas d’histoire et pas de réelle existence ; ils sont – la présentation en vers (l. 26-51).
interchangeables.
7 a. Ce qui permet de dire que les deux person-
b. La conversation est déjà commencée lorsque le nages jouent une tragédie, c’est :
rideau se lève. Elle porte sur la pièce que DEUX a vue – le recours à des codes du langage tragique : Quoi,
récemment au théâtre : ils abordent successivement seigneur (l. 27), l’hyperbole murs trop glorieux (l. 32),
le lieu de la représentation théâtrale, le nom de l’au- l’invocation Ô murs (l. 34), alarmes (l. 40) ;
teur, la pièce représentée et la manière de jouer. – le vocabulaire se référant à l’Antiquité : antique
c. Le niveau de langue utilisé est courant, parfois (l. 33), le nom d’Énée et le terme guerrier (l. 28) ;
familier ; la phrase est banale, le vocabulaire pauvre : – le champ lexical de la mort : pierres funéraires (l. 35),
ça représente (l. 22-23), les voilà qui entrent (l. 24). trépas (l. 37), celui de la destruction : ruines, ruine
Dubillard utilise l’adverbe enfantin rudement (l. 5) et (l. 39), et celui du chagrin : pleurs, larmes (l. 41) ... ;
la répétition de beau qui révèle la pauvreté du lan- – l’ordre des mots : la disjonction du complément de
gage ; on observera la tournure populaire tenez-vous nom et du nom qu’il complète et son antéposition ;
bien (l. 25), le mot trucs (l. 62) – qui est familier – pour par exemple : Depuis que de mon gendre / Ces murs
désigner les tragédies. On notera également l’élision trop glorieux protègent le sommeil (l. 31-32) ; de mon
réservée à l’oral Z’entendez (l. 22), pour « vous enten- enfance, hélas ! dépositaires ! (l. 34) ;
dez » et les onomatopées du langage parlé : crac, crac – l’alexandrin.
(l. 24) pour figurer l’action de se déplacer. b. Le v. 28 n’est pas « tout à fait » du Racine : un guer-
Les personnages sont des hommes qui appar- rier qui rallume le jour avec sa trompe, même s’il fait
tiennent sans doute à la petite bourgeoisie – ils vont penser à une métaphore racinienne, ne l’est pas, pas
dans un théâtre populaire – peu cultivée, qui ne com- plus que l’antique orteil (v. 33) ! On notera que le nom
prend pas ce qui se dit sur scène et qui ne parle pas du personnage, Butane, a de quoi surprendre...
un français très relevé.
8 a. Les nana sont au nombre de douze, comme les
4 a. Ils évoquent Racine, Corneille (et, tout à fait à la syllabes de l’alexandrin avec une « césure à l’hémis-
fin, Shakespeare). Ces auteurs dramatiques ont com- tiche ». On verra également l’imitation d’un effet
posé des tragédies en vers. poétique avec le Na, du vers 47.
b. Les deux personnages confondent Corneille et b. La ponctuation (l. 42 à 51) s’apparente à celle d’un
Racine parce que, pour eux, tous les vers se res- vrai discours : exclamations, question, phrases décla-
semblent et qu’on a tendance à s’assoupir (l. 18). Ils ratives, qui indiquent au comédien le ton à adopter.
n’ont entendu que la musique de l’alexandrin res- c. L’effet produit est comique.
189
1re partie ➜ Étude de textes
9 Ce qui amuse dans cette scène, c’est la dérision Facile à comprendre, il peut donner lieu à un exercice
des personnages sans nom, puis des personnages de mise en espace et de jeu avec le corps.
inventés, le nom du confident, Butane ; le comique de
langage (question 5 b) ; la situation des personnages Sur l’auteur
dont l’ignorance et la vanité du propos contrastent
avec la vacuité vertigineuse du texte et ce qu’ils en w Acteur, auteur d’articles et d’essais sur le théâtre, tra-
disent, ne tarissant pas d’éloges sur la beauté du ducteur, metteur en scène, Daniel Mesguich est un intel-
texte tragique, particulièrement quand ils le com- lectuel passionné notamment de linguistique (Saussure,
mentent, v. 55 à 67. Barthes), de philosophie et de psychanalyse (Derrida,
Lacan), de la langue et de poésie (Mallarmé). Lecteur et
10 Parodie : imitation burlesque d’une œuvre sérieuse, diseur de textes – notamment pour France-Culture et
contrefaçon ridicule, caricature. Cette scène est une dans les concerts – il est nourri de textes sacrés et d’exé-
parodie de scène de tragédie, parce qu’elle en est gèse. Il a monté et dirigé une école de théâtre de 1975 à
l’imitation creuse. Le comique de parodie apparaît 1981 et, depuis 1983, enseigne au Conservatoire national
évidemment dans le jeu, dans la mesure où les ac- dont il est le professeur le plus ancien.
teurs qui se sont emparés de ce texte l’ont surjoué à Né à Alger en 1952, il vit, à partir de l’âge de dix ans,
la manière des Anciens ou des mauvais tragédiens. dans des conditions plus que modestes, à Marseille
De cet écart entre le sérieux grandiloquent du jeu et avec sa famille. Il y suit les cours d’art dramatique du
le vide abyssal du texte et des personnages naît le Conservatoire, puis, après mai 68, part pour Paris où il
rire du spectateur. commence des études de philosophie à la Sorbonne ; il
intègre ensuite le Conservatoire supérieur d’Art drama-
Et maintenant, concluez tique où il a pour professeurs Pierre Debauche et Antoine
Vitez dont l’influence sera marquante.
u Dans la tragédie, on peut parodier :
– les personnages ; Il commence sa carrière d’acteur au théâtre dans
– le rythme des vers ; Platonov et Hamlet et, à la télévision, dans des rôles de
– le caractère soutenu du vocabulaire ; jeunes premiers. Sa première mise en scène, Le Château,
d’après Kafka, date de 1972 : il y interprète alors le rôle
– les figures de style caractéristiques, notamment
de K. En 1972-73, il met en scène Le Prince travesti de
les métaphores et les hyperboles ;
Marivaux. Son inventivité, ses partis pris créatifs qui
– les sentiments et les émotions souvent excessifs.
s’écartent des normes traditionnelles sont très remarqués,
u Une parodie reprend toutes les caractéristiques éblouissent, mais aussi déconcertent et, déjà, agacent
du genre qu’elle imite en les exagérant. une partie du microcosme théâtral et de la critique avec
laquelle la dispute ne cessera jamais.
En 1974, Daniel Mesguich fonde sa première compa-
5. La comédie moderne : gnie, le Théâtre du Miroir. De 1986 à 1988, il dirige le
théâtre Gérard-Philipe de Saint-Denis et, de 1991 à 1998,
le jeu avec les conventions le Théâtre de Lille qu’il nommera La Métaphore.
théâtrales (p. 187) Outre sa carrière de comédien de théâtre (il lui arrive
de jouer dans les spectacles qu’il met en scène), il incarne
Une scène de vaudeville, Daniel Mesguich Camille Desmoulins pour Robert Hossein en 1979 et
joue pour la télévision : il incarne notamment Bonaparte,
OBJECTIFS PÉDAGOGIQUES Kafka, Berlioz ou Pascal ; on a pu le voir ainsi dans Un
pique-nique chez Osiris, de Nina Companez en 2000.
Découvrir :
l la notion de conventions théâtrales ;
Il mène par ailleurs, en pointillés, une carrière au ci-
néma. Il a joué dans une vingtaine de films, notamment
l comment le théâtre contemporain détourne ces
dans Molière d’Ariane Mnouchkine (1978).
conventions théâtrales.
Mais c’est surtout le travail de l’homme de théâtre
que l’on retiendra, l’originalité et la richesse de ses mises
Présentation de l’extrait en scène, sa manière irremplaçable de montrer les in-
fluences, les réseaux de sens, les symboles qui traversent
w Ce texte, tout à fait accessible à des élèves de 4e, se prête le texte : « Jeux de miroirs, dédoublement des person-
admirablement au jeu théâtral et permet de mettre en nages, attitudes et diction paroxystiques – que d’aucuns
évidence la notion de conventions théâtrales. qualifient d’hystériques –, décalage du texte et de l’image
190
Séquence 7 ➜ Le théâtre : du rire aux larmes
scénique. À la scène unifiée, il préfère le décor éclaté, mul- par des chansons ». Brièveté, chansons, mécanique du rire
tiple, suggérant dans un même espace des lieux divers. » et sujets scabreux, tels sont les ingrédients du vaudeville.
(Encyclopaedia Universalis, 2005). Il n’hésite pas non plus À partir du xixe s., le terme vaudeville désigne une comé-
à emprunter à l’univers du burlesque américain, du car- die sentimentale, alerte, qui vise à divertir et faire rire le
toon et de la BD, et dans la pièce Boulevard du boulevard public en multipliant les quiproquos, les jeux de mots, les
du boulevard « à traverser, étranger à lui, ce territoire de rebondissements sur un rythme rapide.
la drôlerie qu’ont jadis arpenté pour leur public les trois
b. w Georges Feydeau (1862-1921) : auteur célèbre de
grands vaudevillistes Feydeau, Labiche et Courteline, et d’y
vaudevilles où il met en scène avec verve la société de son
semer en ce territoire, d’autres sortes d’humour (burlesque,
temps : situations burlesques, rebondissements, péripéties
absurde, humour noir, etc.). Et Tex Avery ou les Marx
tumultueuses, rythme endiablé…
Brothers, les Monthy Python ou Stan Laurel viendront dé-
régler, invisibles, les formes les plus rigides de la comédie de w Georges Courteline (1858-1929) : écrivain et auteur
boulevard ; tandis que Goldoni ou Marivaux seront à leur dramatique français. Employé au ministère de l’Intérieur
tour hantés par Feydeau et Courteline. Ou Jerry Lewis. Ou (où il restera jusqu’en 1894), il commence parallèlement
Buster Keaton. » (Daniel Mesguich, 2006) sa carrière littéraire dans le journalisme : les contes,
nouvelles, romans, facéties, chroniques qu’il écrit, dès
1883, pour les Petites Nouvelles quotidiennes, dans la pré-
Découvrez le texte cipitation et le respect d’un nombre de lignes imposé, lui
1 a. w Le théâtre de boulevard : fourniront la matière de ses pièces de théâtre.
Tradition théâtrale issue du théâtre ambulant et des Il ne se décide à écrire pour le théâtre qu’en 1891 et
Comédiens-Italiens, le théâtre de boulevard s’oppose à c’est à Paris, au théâtre Antoine où furent créées la plupart
la tradition du Théâtre-Français tant par la manière de de ses pièces, qu’il fit une belle carrière de dramaturge,
jouer que par les textes choisis. Le boulevard privilégie la faisant au début concurrence à son père, auteur très ap-
vedette, met en avant des têtes d’affiche, des acteurs qui précié de vaudevilles.
cherchent avant tout, par l’outrance de leur jeu, l’effet sur Stigmatisant la bêtise sous toutes ses formes, il tira son
le public. Ces « cabots » ou cabotins sont plus préoccupés inspiration notamment de ses souvenirs de collège, de ses
d’eux-mêmes que de leur rôle. Quant au sujet des pièces expériences à l’armée ou dans son emploi de bureaucrate,
qui se déroulent dans un milieu bourgeois, il s’agit le plus et d’une certaine misogynie.
souvent d’affaires de famille, de couple et d’amours illégi- w Eugène Labiche (1815-1888) : écrivain et auteur dra-
times. Les péripéties plus ou moins scabreuses, les rebon- matique français. Auteur de vaudevilles où il caricature la
dissements constants, la connivence avec le public (les société de son temps dont il a été un observateur attentif.
apartés y abondent) font de ce théâtre, qui a son public, Jouant avec talent de toutes les ressources du théâtre, il
un divertissement très prisé, surtout avant la Seconde suscite le rire en mettant en scène des personnages éton-
Guerre mondiale. namment vivants, menés uniquement par leurs intérêts
w Le vaudeville : et leurs appétits.
Ce genre théâtral appartient au théâtre de boulevard.
Le mot viendrait de la déformation de vaux-de-vire ou 2 w Achille Talon : personnage de bande dessinée créé
vaudevire, c’est-à-dire du nom de la vallée ou du val de par Greg (de son vrai nom Michel Regnier (1931-1999),
Vire, en Normandie, où Olivier Basselin, vers 1400-1450, dessinateur et scénariste né à Ixelles, en Belgique), à la
a composé des chansons gaies et un peu lestes. Quand ces demande de Goscinny, dans le numéro 211 de Pilote, le 7
chansons, après avoir connu du succès auprès des habitants février 1963. Fils d’Alambic Dieudonné Corydon Talon,
des campagnes, se répandirent dans les villes, on les appela grand buveur de bière, Achille est un personnage bedon-
des vaudevilles (ou voix-des-villes). Ainsi le mot vaudeville nant, court sur jambes, au nez volumineux et à la tête en
désigne d’abord une chanson avant de désigner une comé- poire pourvue d’une calvitie totale qu’il cache sous son
die où se mêlent dialogues, danses et chansons. minuscule chapeau. Type du quadragénaire bourgeois,
Les vaudevilles se multiplièrent dans les foires : la suffisant, têtu, bourré d’idées stupides, grand parleur, en
Comédie-Française ayant, jusqu’en 1792, le mono- quête de gloire, il est, selon son inventeur, « généreux,
pole des pièces à textes, les acteurs du xviiie s. furent mesquin, pacifiste, agressif, progressiste, bourgeois, désinté-
contraints de trouver d’autres formes de théâtre. Ils dé- ressé, jaloux, intrépide et quelque peu capon. En somme,
ployèrent donc des écriteaux – rapportant souvent des brave et honnête comme vous et moi... » Si son discours est
anecdotes scandaleuses – issus de rouleaux de papier émaillé de citations, d’allusions culturelles, c’est qu’il est
qu’ils tenaient dans leur poche et qu’ils faisaient lire aux inspiré d’un personnage ayant réellement existé, un pro-
spectateurs. Bientôt ces courtes « pièces » se terminèrent fesseur de physique capable, selon Greg, « de discourir
par des couplets chantés – d’où l’expression « tout finit pendant une heure, sans s’arrêter. Quand le cours de phy-
191
1re partie ➜ Étude de textes
sique nous ennuyait, on s’arrangeait pour le mettre en piste 6-22 • Celle qui joue Lucienne Pontagnac ne réussit pas
sur n’importe quoi, et il nous parlait jusqu’à ce que la son- Savinet à forcer la porte de
nerie retentisse… » • Celui qui joue Lucienne.
Pontagnac
192
Séquence 7 ➜ Le théâtre : du rire aux larmes
7 Cette scène est une scène de vaudeville : b. Ils font penser à des personnages de BD ou de
Pontagnac tente de déclarer son amour à Lucienne cartoons américains d’avant-guerre.
Savinet, mais ce n’est que par une ruse (l’arrivée par 10 a. L’auteur s’amuse :
la coulisse) qu’il pourra enfin lui parler : et, juste à ce – avec le décor : la porte vitrée si difficile à ouvrir peut
moment-là, il découvre que Lucienne est la femme être aisément contournée en passant par la coulisse ;
d’un de ses anciens amis…, apparemment contrarié – avec les apartés, puisque les acteurs s’adressent di-
de le rencontrer : (avec une violence totalement inat- rectement au public : Vous, vous l’avez échappé belle
tendue) Si je le connais ! Ajoutons que la scène est (l. 35-36), brisant ainsi encore une fois la séparation
une succession de renversements de situation et de entre les acteurs et le public ;
rebondissements qui se succèdent à un rythme en- – avec la séparation acteurs/public : l’acteur qui
diablé. Ce vaudeville prend un caractère tout à fait joue Savinet découvre que la pièce ne comporte pas
particulier par son rythme et le mélange avec des quatre murs, que le quatrième n’existe pas (Il est bien
éléments de BD et de cartoon. Le rire est au ren- transparent aujourd’hui, le quatrième mur !, l. 80-81)
dez-vous, assurément ! et qu’il y a plein de public (l. 80), comme si c’était un
élément du décor.
Le jeu avec les conventions théâtrales b. Les personnages sont désignés par l’expression
8 a. Les didascalies sont parfois très longues. Celui (Celle) qui joue... D’habitude c’est le nom du
b. Indications qu’elles fournissent : personnage qui est indiqué : on part de l’idée que
Indications sur Lignes Citations les personnages, le temps d’une représentation, s’in-
carnent sur scène et on fait semblant d’oublier
Le décor 7 porte vitrée
que ce sont des acteurs qui leur donnent corps. La
La chronologie 6-8 Au moment où celle qui joue Lucienne convention théâtrale mise en évidence ici est celle du
Savinet se précipite… personnage qui n’a pas d’existence propre mais qui
Les déplacements 23 ressurgissant derrière la porte est joué par un acteur. « Boulevard du boulevard du
des personnages 37 Il sort boulevard ébranle, innocemment, le tout du théâtre
Les gestes 31 tambourinant occidental : le concept d’auteur, celui d’intrigue, de
personnage, de temps, de lieu...
Les voix et 43-44 Lui parlant comme s’il était un
leur intonation secourable anonyme – Ah bon. C’est une pièce d’avant-garde, alors ?
45 serviable – Oui. Mais pour rire.
L’expression 20 Étonnée
– Ah bon, ce n’est pas sérieux ?
du visage 27 étonné – Si mais pour rire. » (Daniel Mesguich)
Les bruits 19 un grand cri
28 un bruit d’accident de voiture Et maintenant, concluez
Les commentaires 19-20 peut-être parce qu’il tombe d’une falaise u Au théâtre, tout est affaire de convention : l’es-
de l’auteur imaginaire pace scénique et le décor, la salle et le public, les
41-42 pour l’aider... à s’empêcher lui-même
d’entrer sans doute
personnages et les acteurs, les échanges person-
nages /public (apartés), l’écoulement du temps et
les jeux de lumière…
c. Les didascalies comportent également des com- u La comédie moderne se joue des conventions en
mentaires de l’auteur : Étonnée, mais débarrassée les mettant clairement en évidence, en dissipant
du fâcheux, elle fait quelques pas dans ce qu’il faut l’effet d’illusion et en affirmant haut et fort que
donc désormais considérer comme chez elle (l. 20-22) ; tout ce que le spectateur voit est l’effet de l’art.
étonné de s’y trouver seul (l. 27-28) ; celui-ci entre
subrepticement et tout simplement par la coulisse Outils de la langue
(l. 40) ; avec une violence totalement inattendue (l. 75) ; Autre suggestion pour amorcer
dans l’intention sans doute déjà de… (l. 78-79). une séance grammaticale :
9 a. Les personnages n’ont pas de véritable person- ➜ Les actes de parole et les types de phrases
(p. 292)
nalité. Celui qui joue Savinet dit sa réplique avec
violence (l. 75), puis redevient jovial sans plus de rai-
son (l. 76). Ils sont réduits à de la mécanique plaquée
sur du vivant, pour reprendre l’expression de Bergson.
193
1re partie ➜ Étude de textes
Je vérifie mes connaissances (p. 191) – la stupéfaction d’Alice : Ah ! mon Dieu ! vous voulez
épouser ma mère ! ;
1 Étudier le rôle de la servante – la violence de la dénégation de Lamblin : Non ! ;
– la perplexité et l’incompréhension d’Alice : Ah ! çà ! ;
a. Les deux personnages principaux sont Argan et sa – la jubilation de Lamblin à l’énoncé de son plan et
servante, Toinette. de ses projets qu’il voit déjà réalisés : et vous êtes
b. L’idée fixe d’Argan est qu’il est malade, gravement bien heureuse !
malade. Perplexité et stupéfaction d’Alice, joie et excita-
c. Les didascalies qui montrent que Toinette joue la tion de Lamblin.
comédie : Elle fait semblant de parler (2 fois) / fei- Presque toutes les phrases interrogatives sont
gnant d’être en colère. prononcées par Alice, ce qui confirme les sentiments
d. Toinette tourne Argan en ridicule : de celle-ci tout au long de l’extrait.
– en renchérissant sur ses demandes ou ses propos : e. Si on y réfléchit bien, Lamblin est un personnage
quand Argan lui demande de parler bas, elle ne odieux : il se moque éperdument de l’inconfort du lo-
parle plus mais fait semblant de parler ; quand il lui gement qu’il loue et des désagréments qui peuvent
demande de répéter, parce qu’il n’a rien entendu, et en résulter pour son locataire. Quand il dévoile ses
pour cause !, elle parle fort ; projets matrimoniaux à Alice, il ne se pose pas la
– en reprenant à l’adresse de Cléante les paroles question de savoir si elle est d’accord ou non ; sa
d’Argan, sur un ton moqueur : Ne parlez pas si haut, cupidité est si forte qu’il l’étale sans complexe et
de peur d’ébranler le cerveau de Monsieur ; sans gêne.
– en feignant de reprendre à son compte les discours Labiche le tourne en ridicule :
d’Argan sur sa maladie et en jouant l’indignation : – par les réponses qu’il lui prête dans le premier ex-
Comment « qu’il se porte mieux » ?... Monsieur se trait face à un Maxime qui reste d’une politesse ex-
porte toujours mal ; trême ; il est sans vergogne, et ses propos trahissent
– en utilisant l’antithèse et l’antiphrase : Il marche, la satisfaction non dissimulée que lui inspirent ses
dort, mange et boit tout comme les autres ; mais cela reparties ;
n’empêche pas qu’il ne soit fort malade. – par le contraste entre l’enthousiasme qu’il ma-
2 Étudier la satire d’un personnage nifeste quand il révèle ses projets matrimoniaux à
Alice et la stupeur grandissante de celle-ci qu’il ne
a. Lamblin est le propriétaire à qui Maxime loue un perçoit même pas, énonçant jusqu’au bout ses rêves
logement (extrait 1). Par ailleurs, il est clerc de notaire et son égoïsme de futur notaire.
et aspire à avoir sa propre étude (extrait 2).
3 Étudier une scène de satire sociale
b. Dans l’extrait 1, il s’entretient avec son locataire,
Maxime, avec lequel il se retrouve par hasard chez a. La scène se déroule de nos jours : la référence aux
Melle Alice, à qui Maxime est venu donner un cours centimes et le chiffre de vingt briques renvoient
de dessin. Dans l’extrait 2, il parle avec Alice. aux années antérieures à l’adoption de l’euro ; la
c. Lamblin est un personnage qui aime l’argent : pièce datant de 1994, on peut imaginer que c’est
avare, quand il s’agit d’entretenir le logement dont aussi à cette époque-là qu’elle se déroule. Il s’agit
il est propriétaire et qu’il loue ; avide et intéressé, donc d’une comédie qui fait la satire de la société
lorsque, sans vergogne, il déclare sa flamme à Alice – contemporaine.
ou plutôt il proclame sa hâte de l’épouser pour jouir b. Marc et Yann parlent de Serge et du tableau qu’il
de la part dont elle vient d’hériter, afin de réaliser son vient de s’acheter. Marc connaît le tableau et il le dé-
rêve de s’acheter une étude : une fois son château crit à Yvan. Ils sont d’accord pour dire que payer une
vendu, Alice entre en possession de la part qui lui somme aussi élevée pour un tableau entièrement
revient et, selon la jolie expression de Lamblin, elle blanc, c’est de la folie ! Il est dingue !…
devient liquide… c. Ils s’expriment dans un niveau de langue d’abord
d. Dans l’extrait 2, le type de phrase dominant est courant, jusqu’au moment où Yvan se sent agressé
le type exclamatif : il y a 8 points d’exclamation. Le (Ne t’énerve pas, pourquoi tu t’énerves ?) ; le niveau
type interrogatif est aussi bien représenté : 7 points de langue devient alors familier (Tu cherches… la
d’interrogation. petite bête / Articule un chiffre… / Vingt briques / Il
Ces phrases exclamatives expriment : est dingue !). Parfois se mêlent à ces deux niveaux
– la joie de Lamblin : J’ai trouvé un acquéreur pour le de langue des termes de langage soutenu (de fines
château ! ; rayures transversales blanches… / Je ne te demande
194
Séquence 7 ➜ Le théâtre : du rire aux larmes
pas une évaluation professionnelle / un tableau blanc Le sol est d’un jaune éclatant, de même que le
agrémenté de quelques rayures transversales blanc plateau de la table.
cassé). Le spectateur découvre donc directement l’inti-
d. Il s’agit ici de dénoncer le snobisme qui fait dépen- mité de la pièce où l’on distingue deux personnages :
ser à un riche personnage une somme colossale pour l’un, un homme, assis à la table ; l’autre, une femme,
acquérir un tableau sans intérêt. debout, dehors, et regardant à l’intérieur de la pièce
par la fenêtre (ou un passe-plat ?).
4 Étudier un dilemme
Ce qu’il y a de surprenant, c’est l’absence de pla-
a. Racine emploie l’alexandrin. fond : la pièce est à ciel ouvert, et on a l’impression
b. La coupe du vers est systématiquement à qu’elle est directement éclairée par les rayons du
l’hémistiche. soleil.
c. Agamemnon est un roi, le roi de Mycènes à qui les c. Étant donné la description qui vient d’être faite,
autres rois grecs ont confié le commandement de difficile pour le spectateur d’ignorer qu’il s’agit bien
la flotte et de l’armée pour mener une expédition d’un décor : la convention du décor ne cherche pas ici
contre Troie et récupérer Hélène, la femme du roi de à se dissimuler.
Sparte Ménélas, enlevée par Pâris.
6 Étudier les apartés
d. Ou bien Agamemnon accepte de sacrifier sa fille
a. Dans les cinq premières répliques, il n’y a pas de
Iphigénie pour obtenir qu’enfin les vents se lèvent et
dialogue entre les personnages : chacun se parle à
permettent ainsi à la flotte grecque de voguer vers
lui-même (voir les didascalies qui précisent chaque
Troie ; ou bien il refuse de la sacrifier et, dans ce cas,
les Grecs devront renoncer à mener leur expédition fois à part). Il y a une vague amorce de dialogue dans
punitive contre Troie et à récupérer Hélène. les trois dernières répliques.
e. Il choisit, après bien des hésitations, de sacrifier b. Grâce aux apartés, le spectateur apprend :
sa fille, convaincu par les arguments d’Ulysse. Il la – la souffrance et le désespoir de chacun des
sacrifie : personnages ;
– d’une part à la raison d’État : Il me représenta l’hon- – la raison de ce désespoir : le refus de chacune de
neur et la patrie,… / Et l’empire d’Asie à la Grèce pro- leur famille à consentir à leur mariage.
mis ; / De quel front immolant tout l’État à ma fille… ; c. Les personnages utilisent beaucoup la phrase
– d’autre part à la conquête de la gloire pour lui et sa exclamative : elle traduit leur émotion, l’intensité
famille : De quel front … / Roi sans gloire, j’irais vieillir de leur désespoir et, dans les trois dernières ré-
dans ma famille !… pliques, leur refus et leur incapacité à engager un
f. Les impératifs des dieux suscitent chez le specta- vrai dialogue.
teur de la terreur. Il éprouve aussi de la pitié, d’une d. Malgré le désespoir des personnages, le specta-
part pour Agamemnon confronté à un choix terrible teur rit : en effet, il rit d’entendre les personnages
et qui accepte finalement de sacrifier sa fille à la s’exprimer à voix haute, sans pouvoir s’entendre l’un
raison d’État, d’autre part pour Iphigénie, sacrifiée l’autre, du parallélisme de leurs répliques en aparté
dans la fleur de sa jeunesse à des enjeux qui lui qui expriment des sentiments identiques qui vont
sont totalement étrangers. L’exclamation d’Arcas au croissants, jusqu’au moment où, en chœur, n’y tenant
début de l’extrait exprime bien à la fois cette terreur plus, ils énoncent la même phrase : mais ils conti-
et cette pitié. nuent à ne pas entendre ce qu’ils disent. D’où la joie
5 Observer un décor du spectateur qui, lui, a tout entendu et sait tout.
a. et b. Le décor est limité par deux murs à angle 7 Étudier le personnage de théâtre
droit, recouverts de papier peint dans les tons rouge a. Les acteurs qui jouent le Directeur du théâtre et les
orangé. Acteurs représentent des êtres réels.
Ces deux murs délimitent une pièce dont la desti-
b. Ceux qui jouent le Père et la Belle-fille n’existent
nation n’est pas évidente : peut-être une salle de séjour
pas encore.
meublée d’un buffet, d’une table avec deux chaises,
au centre, et, dans le coin gauche, d’un fauteuil. c. Pour exister, ces derniers ont besoin d’un auteur
Cette pièce s’ouvre vers l’extérieur par une porte qui écrive la pièce dont ils seront les protagonistes.
située sur le mur de gauche et une petite fenêtre sur d. Pirandello joue ici avec la convention de l’auteur
le mur du fond. Une autre porte, fermée, est visible à de théâtre : les personnages n’existent pas tant
droite du buffet. qu’un auteur ne les a pas fait exister dans une pièce
195
1re partie ➜ Étude de textes
qui définit les relations qu’ils ont entre eux, où le rôle théâtre où le public se tenait debout ; aujourd’hui,
de chacun est bien déterminé, une pièce qui les met partie du rez-de-chaussée d’une salle de théâtre,
en scène et les fait vivre dans l’espace (l’espace scé- derrière les fauteuils d’orchestre.
nique, celui du décor) et le temps (celui de la fiction
et celui de la représentation). 2 Le vocabulaire du héros de tragédie
a. – Synonymes de courage : bravoure, cran, stoï-
cisme, héroïsme, vaillance, audace, hardiesse, intré-
Expression écrite (p. 194) pidité, témérité.
– Antonymes de courage : faiblesse, lâcheté, poltron-
nerie, pusillanimité, veulerie, couardise, pleutrerie,
Écrire une scène de théâtre
bassesse, indignité, trahison.
– Adjectifs associés : brave, fort, résolu, stoïque, vail-
Réunissez le vocabulaire nécessaire lant, valeureux, audacieux, casse-cou, héroïque, in-
1 Le vocabulaire du théâtre domptable, intrépide, téméraire, gonflé, énergique,
crâne, hardi.
• Éléments de la scène :
– Cintres : partie du théâtre située au-dessus de la b. – Synonymes de honneur : dignité, fierté, estime,
scène, où l’on remonte les décors. respect, gloire, réputation, grandeur, noblesse.
– Coulisses : partie d’un théâtre située sur les côtés et – Antonymes de honneur : déshonneur, discrédit,
en arrière de la scène, derrière les décors, et qui est honte, infamie, opprobre, abjection, bassesse, igno-
cachée aux spectateurs. minie, turpitude.
– Décors : représentation figurée du lieu où se passe – Adjectifs associés : digne, glorieux, honorable, esti-
l’action. mable, apprécié, noble, fier, grand, distingué, impo-
– Loges : petites pièces aménagées dans les coulisses sant, respectable.
d’une salle de spectacle où les acteurs changent de 3 Le vocabulaire de la débrouillardise
costumes, se maquillent, se reposent. a. – Synonymes de débrouillard : adroit, démerdard,
– Machinerie : ensemble d’appareils, de moyens mé- habile, malin, roublard.
caniques employés pour opérer les changements de – Antonymes de débrouillard : maladroit, empoté,
décor dans un théâtre. timide, gauche.
– Plateau, scène : plate-forme où est représenté un b. Verbes ou locutions verbales synonymes de se
spectacle, où les acteurs de théâtre apparaissent débrouiller : se dépatouiller, se dépêtrer, s’en sortir, se
devant le public. comporter habilement, se tirer d’affaires, d’embarras ;
– Rideau de fer : rideau métallique séparant la scène tirer son épingle du jeu ; être malin comme un singe.
de la salle en cas d’incendie.
4 Le vocabulaire d’un personnage de bande dessinée
– Rideau de scène : grande draperie à plis (ou toile
peinte simulant une draperie) qui sépare la scène de Le choix est complètement libre. La seule règle est
la salle ; lever, baisser de rideau. que le personnage choisi doit pouvoir être caracté-
risé par sa manière de parler : tics de langage, expres-
– Trappe : partie mobile du plancher d’une scène de
sions ou mots favoris.
théâtre.
• Éléments de la salle :
– Baignoires : dans une salle à l’italienne, loges de Et maintenant, écrivez !
rez-de-chaussée. 5 L’exploration du théâtre par les personnages per-
– Balcon : à l’origine, le balcon était le premier étage met à l’élève d’utiliser dans des didascalies le voca-
d’un théâtre ; puis il y a eu plusieurs balcons (le 1er, le bulaire du théâtre étudié précédemment.
2e, le 3e balcon), chaque balcon comportant plusieurs Le choix des trois profils des personnages (un
rangées de fauteuils. héros de tragédie, un personnage de comédie de
– Corbeille : balcon situé immédiatement au-dessus caractère et un personnage de comédie moderne)
de l’orchestre. permet de vérifier que l’élève a bien compris la dif-
– Orchestre : dans une salle de spectacle, ensemble férence entre ces trois types de théâtre. L’élève sera
des places du rez-de-chaussée les plus proches de amené à réinvestir, au sein d’une scène de comédie
la scène. moderne, ce qu’il a appris dans le chapitre : parodie
– Paradis, poulailler : galerie supérieure d’un théâtre. de la tragédie à travers le personnage du Cid, parodie
– Parterre : au xviie s., rez-de-chaussée d’une salle de de la comédie de caractère à travers le personnage
196
Séquence 7 ➜ Le théâtre : du rire aux larmes
d’Arthur Débrouillard, parodie de la comédie moderne de doré. Le cadran est entouré d’une frise de motifs
en introduisant un personnage de bande dessinée, floraux dorés incrustés dans le bois et surmonté
en jouant avec les conventions théâtrales à travers la d’une sorte de corniche. Le centre de l’horloge sert
déambulation des personnages dans le théâtre, les à loger l’immense balancier doré dans une niche
personnages qui parlent au public pour démontrer légèrement évasée et arrondie vers le bas en bois
qu’ils sont les représentants de la seule forme de et en verre. La niche épouse la forme du balancier,
théâtre digne de ce nom... On utilisera le vocabulaire tant dans la forme de la vitre qui montre le balancier
de l’honneur et du courage. que dans sa forme générale. Une frise florale orne
le bois en suivant, elle aussi, la forme du balancier.
Enfin l’horloge repose sur un socle de section rectan-
Expression orale (p. 195) gulaire très joliment marqueté avec un grand motif
central et de petits motifs à chaque coin.
b. – La montre se trouvera au poignet d’un homme
Improviser un dialogue de théâtre ou d’un jeune homme plutôt sportif ou au poignet
d’une femme très masculine ou qui la met pour
Préparez votre intervention des raisons sentimentales (héritage...). Cette montre
accompagne sûrement son propriétaire dans ses
1 Observez les trois objets
exploits sportifs et lui permet de chronométrer ses
a. – Le premier objet est une montre-bracelet à ai- performances. Mais si elle est la compagne de la
guilles d’homme, sophistiquée, de forme ronde. Elle tenue short baskets, cette montre ne jure pas avec
paraît assez grande. Le cadran et le bracelet en cuir une tenue chic décontractée dans une soirée ou au
sont noirs et le boîtier en métal argenté. Elle donne travail. On peut donc la trouver dans des contextes
l’heure, la date et possède trois petits cadrans qui très différents. En tout cas, elle participe à l’image
doivent servir de chronomètre : le cadran du haut de celui qui la porte et exprime en partie sa person-
est numéroté de 5 à 30 de cinq en cinq, le cadran de nalité : une certaine « complicité » existe entre cette
gauche de 10 à 60 de 10 en 10, le cadran du bas de 2 montre et son propriétaire, elle participe vraiment à
à 12 de 2 en 2. Elle possède une trotteuse. Les chiffres sa vie, bien au-delà de la seule fonction de donner
sont arabes. On peut observer trois boutons-pous- l’heure. On la trouve donc plutôt dans un univers
soirs sur le côté qui donnent à imaginer toutes les quotidien ou sportif.
fonctions que remplit cette montre. Elle possède sur – Le réveil plutôt fantaisie peut se trouver dans une
le pourtour plusieurs cercles de graduations : un pre- chambre aussi bien d’enfant, d’adolescent(e) que de
mier cercle qui représente la graduation habituelle jeune adulte. Il déparerait dans une chambre avec
de 1 à 12, puis deux autres cercles avec quelques des meubles précieux ou anciens en bois massif.
chiffres que l’on aperçoit : 70, 75 sur le cercle le plus On le trouvera donc dans une famille non bour-
extérieur, 80, 90 sur le cercle le plus intérieur. Dans geoise, meublée simplement ou dans la chambre
un petit rectangle, situé au niveau du 3, apparaît d’un enfant ou adolescent en rupture avec sa famille
le jour du mois. Et sur le boîtier on aperçoit encore bourgeoise... Il joue, bien sûr, le rôle désagréable
un autre système de graduations. Tous les chiffres, de devoir réveiller le (la) ou les occupant(e)s de la
toutes les graduations et les aiguilles sont blancs. chambre et on peut imaginer le rapport quelque peu
C’est donc un objet complexe qui ne sert pas seule- « tendu » que le (la) propriétaire du réveil entretient
ment à donner l’heure. avec lui au quotidien... (réveil pour l’école, le collège,
– Le second objet est un réveil plutôt fantaisie, à le lycée, la fac ou le travail). Mais il peut aussi parfois
aiguilles, avec des chiffres arabes noirs et une trot- réveiller son (sa) propriétaire pour des événements
teuse. Il est en métal inoxydable ou en aluminium merveilleux de sa vie : le réveil prend alors une autre
et possède deux sonneries en haut reliées par une tournure (rendez-vous amoureux, sortie avec des
poignée. Il tient sur deux petits pieds en métal. On a copines, mariage d’un ami, départs en vacances...).
du mal à évaluer sa taille. On le trouve donc dans un univers quotidien : il est
– Le troisième objet est une comtoise, une horloge l’acteur de tous les réveils réussis ou ratés, heureux
de parquet à balancier en bois roux marqueté. Elle ou coléreux de son (sa) propriétaire, et est aussi
est immense (plus haute que l’embrasure de la le témoin des différents moments passés dans sa
porte) et longiligne. Le cadran blanc se trouve dans chambre par son (sa) propriétaire.
la partie haute, les chiffres romains sont noirs, elle – L’horloge, elle, se trouvera plutôt dans une vaste et
n’a que deux aiguilles dorées, et le verre est cerclé splendide demeure, ou dans un château aux plafonds
197
1re partie ➜ Étude de textes
très hauts et avec d’autres pièces de mobilier aussi L’élève peut aussi imaginer une personnalité à
belles. Elle peut meubler le salon et accompagner de partir de son apparence simple et sobre.
son tic-tac et de son carillon l’égrènement des heures L’élève peut encore décider que le réveil aura la
lors des soirées de ses propriétaires blottis au coin même personnalité que son (sa) propriétaire.
de la cheminée en hiver... Elle peut aussi être placée Un niveau de langue plutôt familier ou courant.
dans l’entrée froide et glaciale de la demeure ou du Quant aux expériences vécues, ce sont celles du
château : elle accueille les propriétaires et les invités. temps particulier de la nuit sur laquelle le réveil
Elle peut être remisée dans un coin, dans un passage « veille » : rêves, confidences, chagrin, amour et des
entre deux pièces par ses propriétaires qui ont sou- réveils plus ou moins difficiles dont il est l’origine.
haité échapper au bruit assourdissant de son carillon C’est aussi tout ce qui peut se passer dans un lieu
et à son tic-tac qui les rendaient fous. Elle peut aussi particulier, une chambre, dans la vie quotidienne ou
se retrouver « déclassée » suite à un héritage, dans un en vacances.
appartement trop petit pour elle, avec des meubles – L’horloge : c’ est une « grande bourgeoise », donc ni-
en contreplaqué avec lesquels elle n’est pas du tout veau de langue soutenu, parler du xixe s. ... Les événe-
assortie, ou bien dans le magasin d’un antiquaire ou ments vécus dépendent du choix de l’environnement
d’un brocanteur au milieu d’autres objets anciens. de l’horloge que fera l’élève : elle pourra aussi bien
Elle peut marquer les 12 coups de minuit au mo- participer à la vie quotidienne de ses propriétaires
ment d’une apparition terrifiante ou d’un meurtre, dans un château, qu’être témoin ou même complice
participer dans le décor d’un film, par son tic-tac, à d’un meurtre maquillé en suicide, actrice dans un
un moment de suspense terrible. On peut donc la monde fantastique...
trouver aussi bien dans un univers quotidien (la vie
de château, la boutique d’un brocanteur, la vie en ap- Et maintenant, à vous de jouer !
partement...), policier (elle est témoin d’un meurtre, 3 Les élèves se serviront des fiches « personnages »
elle est utilisée pour maquiller un meurtre...) que élaborées précédemment sur les trois objets et qui
fantastique (monde de vampires, de fantômes...). définissent avec précision leur personnalité, leur ma-
2 Donnez vie à ces trois objets nière de parler, ce qu’ils ont vécu et les relations
qu’ils entretiennent avec leur(s) propriétaire(s). Le
– La montre : la personnalité, la façon de parler de but est de permettre aux élèves de manier différents
la montre, les événements qu’elle a pu vivre ou son niveaux de langue et d’exprimer la subjectivité de
quotidien dépendent de son propriétaire. De façon plusieurs locuteurs.
générale, si la montre est portée par un homme, elle
sera le pendant féminin de cet homme : réunis dans
une totale complicité, elle aura les mêmes goûts,
Lecture intégrale (p. 196)
les mêmes tics de langage, les mêmes expressions
mais féminisées. Son propriétaire pourra appartenir Le Bourgeois gentilhomme, Molière
au monde sportif, être un intellectuel (universitaire,
écrivain...) ou cadre de haut niveau dans une entre- Pour commencer
prise, sportif et décontracté (chef de pub, commer- 1 La pièce se déroule à Paris.
cial...). La montre partagera chaque instant de la vie 2 a. et b. Le personnage principal est Monsieur
de son propriétaire de son lever à son coucher, toutes
Jourdain. Ce qui permet de le savoir, c’est :
ses joies, ses peines...
– que son nom apparaît en tête de liste ;
Un cas particulier : si la montre vient d’un hé- – la précision bourgeois, qui renvoie au titre même de
ritage, elle aura la personnalité de son premier la comédie, Le Bourgeois gentilhomme ;
propriétaire, ce qui peut créer quelques dissensions – que les deuxième et troisième personnages cités
entre la montre et son nouveau propriétaire... dans la liste sont définis par le lien familial qui les lie
Un niveau de langue variable en fonction de la à M. Jourdain (sa femme, fille de M. Jourdain).
personnalité du propriétaire. 3 Sont désignés uniquement par leur fonction :
– Le réveil : si l’on part de sa fonction, mettre en bas – tous les maîtres d’une discipline déterminée :
du lit son (sa) propriétaire tous les matins, on peut maître de musique (et son élève), maître à danser,
imaginer le réveil sous l’aspect d’un caporal face à maître d’armes, de philosophie ;
ses soldats : ton cassant, colères terribles (comme – le tailleur (maître tailleur) et son employé (garçon
ses sonneries le matin), autoritaire, expressions et tailleur) ;
vocabulaire de l’armée... auxquels s’ajoute une quantité de figurants (musi-
198
Séquence 7 ➜ Le théâtre : du rire aux larmes
ciens, musiciennes, danseurs, joueurs d’instruments, monstration de danses par quatre danseurs sous la
cuisiniers et garçons tailleurs). conduite du maître à danser, suivie, début acte II, par
Les uns dispensent un enseignement des disci- le jugement de M. Jourdain sur ce qu’il vient de voir.
plines dans lesquelles les nobles sont experts (mu- – Fin de l’acte II : danse des garçons tailleurs, tout
sique, danse, philosophie) ; les autres participent au heureux du pourboire qu’ils viennent de recevoir.
train de maison (l’habillement, la cuisine, les récep- – Fin de l’acte III : ballet des cuisiniers qui mettent en
tions avec musique). place le festin offert par M. Jourdain en l’honneur de
4 a. Restent Nicole, servante ; Cléonte, amoureux de la marquise.
Lucile ; Covielle, valet de Cléonte ; Dorante, comte, – Fin de l’acte IV : la cérémonie du Mamamouchi,
amant de Dorimène ; et Dorimène, marquise. stratagème de Covielle qui va permettre à Cléonte
d’épouser Lucile.
b. Dorante (comte) et Dorimène (marquise) appar-
tiennent à la noblesse. 4 Bourgeois fortuné, M. Jourdain rêve de se donner
les allures d’un noble et de se faire accepter par la
c. Nicole est la servante de la maison. Cléonte, amou-
noblesse : obsédé jusqu’à la folie par cette ambition,
reux de Lucile, a pour valet Covielle.
il est prêt à tout y sacrifier, sa fortune, son épouse et
jusqu’au bonheur de sa fille. C’est à l’acte III, scène 12,
Pistes de lecture que M. Jourdain refuse la main de sa fille à Cléonte
au prétexte qu’il n’est pas gentilhomme et déclare à
Le déroulement de la comédie
sa femme : Tout ce que j’ai à vous dire, moi, c’est que je
1 Cette comédie comporte 5 actes. veux avoir un gendre gentilhomme ; et peu après : ma
– Acte I : Présentation de M. Jourdain et de ses fille sera marquise en dépit de tout le monde ; et si
maîtres de musique et de danse. vous me mettez en colère, je la ferai duchesse.
– Acte II : Où M. Jourdain prend des leçons de menuet,
5 La pièce se termine par un triple mariage : avec le
d’escrime, de philosophie et reçoit la livraison de son
consentement de son père, qui le prend pour une
nouvel habit.
grande Altesse turque, Lucile épouse Cléonte ;
– Acte III : Où M. Jourdain révèle qu’il veut marier sa
Dorante épouse Dorimène ; et Covielle épouse Nicole.
fille à Dorante et fait connaissance avec Dorimène, la
marquise à laquelle il fait la cour.
Monsieur Jourdain
– Acte IV : Le stratagème de Covielle qui annonce
l’arrivée du Grand Turc comme prétendant à la main 1 M. Jourdain est un bourgeois : son père était mar-
de Lucile. chand et, comme celui de Mme Jourdain, avait
La cérémonie du Mamamouchi. amassé une certaine fortune qui permet à
– Acte V : Où Lucile épouse Cléonte et Dorante M. Jourdain de mener un grand train de maison.
Dorimène.
2 a. Son rêve est d’apparaître comme un homme de
2 – La scène finale de l’acte I se poursuit à la scène qualité, c’est-à-dire comme un noble, un gentil-
1 de l’acte II, le ballet des danseurs faisant le lien homme : c’est pour lui une véritable obsession.
entre les deux : l’acte I s’achève sur la réplique du L’argent ne lui suffit pas : il voudrait pouvoir, grâce à
maître à danser : Voici… un petit essai des plus beaux sa fortune, s’acheter la qualité de noble et c’est, en
mouvements et des plus belles attitudes dont une quelque sorte, ce qu’il fait.
danse puisse être variée ; et l’acte II commence par la b. Pour y parvenir, il va en effet :
réplique de M. Jourdain : Voilà qui n’est point sot, et
– payer des maîtres qui vont tenter de lui donner
ces gens-là se trémoussent bien.
un vernis de culture (le maître de philosophie), des
– L’acte III se termine sur un festin et, à la scène 1 de
manières mondaines (le maître à danser, le maître
l’acte IV, le festin se poursuit.
de musique) et, ce qui était à l’origine la justification
– L’acte IV se termine par la cérémonie par laquelle même de la noblesse, la pratique des armes ;
M. Jourdain est fait Mamamouchi, et Mme Jourdain
– tenter de devenir l’ami d’un noble, et pour cela
débarque à la scène 1 de l’acte V, au beau milieu de
lui prêter inconsidérément des sommes de plus en
la cérémonie.
plus importantes, flatté qu’il est d’être sollicité par
3 Entre les différents actes, les intermèdes se pré- un noble ;
sentent sous la forme de ballets, parfaitement bien – courtiser une marquise pour qui il dépense des
intégrés au déroulement de la pièce : sommes très importantes, destinées à la séduire,
– Fin de l’acte I : à la fin de la leçon de danse, dé- sans s’apercevoir que la dame de ses pensées croit
199
1re partie ➜ Étude de textes
que tout cela lui est offert par le comte Dorante ; sans fard le maître de musique Nous avons trouvé ici
– faire le projet de donner sa fille en mariage à un homme comme il nous le faut à tous deux ; ce nous
Dorante, qui est comte, alors qu’elle aime Cléonte : est une douce rente que ce M. Jourdain… (l. 18-19, p. 33)
J’ai du bien assez pour ma fille, je n’ai besoin que Quant à Dorante, noble désargenté, il tente, grâce
d’honneur et je la veux faire marquise. aux largesses de M. Jourdain, de se faire passer pour
c. Il est prêt à tromper sa femme pour s’attirer les un riche seigneur auprès de la marquise qu’il veut
bonnes grâces d’une marquise. Il est prêt à sacrifier épouser… pour sa fortune ! Il le flatte donc pour ob-
le bonheur de sa fille qui aime Cléonte et en est tenir tout l’argent dont il a besoin pour mener grand
aimée, pour avoir un gendre issu de la noblesse. train, pousse M. Jourdain, qui en est tombé amoureux,
à faire des cadeaux somptueux à Dorimène, tout en
3 a. Avant de voir apparaître M. Jourdain, le specta- faisant croire à cette dernière qu’il en est l’auteur.
teur découvre le personnage à travers les propos
qu’échangent le maître de musique et le maître à b. Nicole, la servante, et Mme Jourdain tentent de lui
danser en attendant leur « élève » (acte I, scène 1) : parler le langage de la raison et de lui faire prendre
– il a des visions de noblesse et de galanterie (l. 20-21) ; conscience de son ridicule. À la scène 2 de l’acte III,
– c’est un bourgeois ignorant (l. 54-55), mais il paie l’apparition de M. Jourdain, accoutré de son nouvel
bien (l. 27-28) ; habit et suivi de ses deux laquais, déclenche le fou
– C’est un homme… dont les lumières sont petites, rire de Nicole qui, malgré les objurgations de son
qui parle à tort et à travers de toutes choses, et n’ap- maître, ne peut se calmer ; elle ne reprend son sé-
plaudit qu’à contresens, mais son argent redresse les rieux que lorsque M. Jourdain lui donne l’ordre de
jugements de son esprit (l. 50-53). préparer la maison pour la compagnie qui va venir
(l. 51-52, p. 78) et, avec aplomb, elle le met en garde
b. Le personnage correspond exactement au portrait contre certaines gens à qui il devrait fermer sa porte.
que ses maîtres en ont fait. En effet, selon leurs dires : À la scène 3, survient Mme Jourdain qui exprime
– Il a des visions de noblesse et de galanterie (l. 21, immédiatement son irritation contre les lubies de
p. 33) : sans cesse, avant de prendre une décision, il son mari : elles ne la font pas rire du tout. Elle le
se préoccupe de savoir si c’est bien ainsi que font raille sur son nouvel équipage : Vous moquez-vous
« les personnes de qualité » ; ou il affirme qu’il fait du monde, de vous être fait enharnacher de la sorte ?
comme « les personnes de qualité » : je me fais habiller (l. 3-4 ; p. 78) ; elle évoque le qu’en dira-t-on, le voisi-
aujourd’hui comme les gens de qualité (l. 9-10, p. 36) ; nage et ses moqueries ; le ridicule de tous ces maîtres
Mon tailleur m’a dit que les gens de qualité étaient qu’il fait venir chez lui, alors qu’il n’a plus, depuis
comme cela le matin (l. 23-24, p. 37) ; Est-ce que les longtemps, l’âge d’apprendre. Et Mme Jourdain de
gens de qualité apprennent aussi la musique ? (l. 91- conclure : Vous êtes fou, mon mari, avec toutes vos
92, p. 39) fantaisies, et cela vous est venu depuis que vous vous
– C’est un homme dont les lumières sont petites, qui mêlez de hanter la noblesse (l. 136-138, p. 85). Pour
parle à tort et à travers de toutes choses, et n’ap- la première fois, il est question d’un nouveau per-
plaudit qu’à contresens, mais son argent redresse les sonnage : ce beau Monsieur le Comte dont vous vous
jugements de son esprit (l. 50-53) : l’intermède qu’il êtes embéguiné (l. 144, p. 85) ; grand seigneur selon
a commandé à ses maîtres de musique et de danse M. Jourdain, alors que pour Mme Jourdain c’est un
devient, dans sa bouche, une petite drôlerie (l. 3, p. 36) ; personnage intéressé dont les caresses à M. Jourdain
le jeu de scène où il met, enlève puis remet sa robe n’ont qu’un but : lui soutirer de l’argent qu’il ne ren-
de chambre pour mieux entendre (l. 56-58) ; sa préfé- dra jamais.
rence pour une chanson populaire qu’il met au-des-
sus de la chanson galante qu’il vient d’entendre et Entre l’être et le paraître
qu’il juge lugubre, elle endort (l. 63-64) ; il n’apprécie 1 a. M. Jourdain veut montrer à Dorimène que, tout
pas la mode des « bergeries » : Pourquoi toujours bourgeois qu’il est, il a le savoir-vivre d’un noble : il a
des bergers ? On ne voit que cela partout. (l. 146-147, appris à faire la révérence pour l’accueillir ; il tente de
p. 41) ; et, après l’audition, il conclut : Je trouve cela se montrer galant ; il lui offre un festin magnifique
bien troussé et il y a là-dedans quelques petits dictons accompagné de musique et de danses, digne de la
assez jolis. (l. 195-196, p. 44) maison d’un noble fortuné ; il lui offre une bague
4 a. Parmi les personnages qui l’entourent, il y a les somptueuse, d’innombrables bouquets, un feu d’ar-
flatteurs : ses différents maîtres et Dorante. Les pre- tifice… Mais il ignore que Dorimène croit que tous
miers le flattent pour le convaincre de suivre leurs ces cadeaux sont dus à la prodigalité de Dorante.
leçons ou de les poursuivre, car, comme le déclare M. Jourdain veut séduire Dorimène, car, dit-il, Une
200
Séquence 7 ➜ Le théâtre : du rire aux larmes
femme de qualité a pour moi des charmes ravissants, qu’ils sont et s’expriment toujours avec sincérité :
et c’est un honneur que j’achèterais au prix de toute Mme Jourdain et sa servante Nicole, ainsi que
chose. (l. 61-62, p. 97) Dorimène à qui tout le manège de Dorante échappe.
b. Dorante est un escroc : il s’est introduit chez
M. Jourdain, dont il flatte les lubies pour la noblesse, Une comédie satirique
afin d’en tirer le maximum d’argent et faire ainsi sa 1 Dans cette comédie, Molière fait avant tout, à
cour à la marquise Dorimène qu’il rêve d’épouser travers le personnage de M. Jourdain, la satire des
pour se refaire une fortune. Son habileté à obtenir du grands bourgeois : malgré leur fortune, ils sont reje-
personnage tout ce qu’il veut est particulièrement tés et méprisés par les nobles, parce qu’ils n’ont pas
visible dans la scène 4 de l’acte III lorsque Dorante de quartier de noblesse, qu’ils n’appartiennent pas à
vient demander un nouveau prêt à M. Jourdain : un lignage de naissance noble et que leur bien est dû
– Il commence par le flatter en lui faisant des com- à leur travail, généralement à des activités commer-
pliments sur son habit : Vous avez tout à fait bon air ciales. Rejetés, ils aspirent à être au moins considérés,
avec cet habit, et nous n’avons point de jeunes gens à à nouer des alliances, ce que certains nobles, absolu-
la cour qui soient mieux faits que vous (l. 12-14, p. 88) ; ment sans le sou, ne dédaigneront pas de faire. Par
compliments que M. Jourdain prend pour argent certains côtés, M. Jourdain est presque touchant : son
comptant, alors qu’il s’y glisse, pour qui est sensible désir d’apprendre, de comprendre, sa frustration de
aux subtilités du langage, l’idée que M. Jourdain est n’avoir pas reçu d’instruction (p. 81).
ridicule : lui, à son âge, mieux que des jeunes gens !!! Mais les nobles aussi font l’objet de la satire
C’est que M. Jourdain a un habit qui le rend parfaite- de Molière : Dorante, tout noble qu’il est (pour lui,
ment ridicule ! l’honneur devrait être la valeur par excellence), est
– Puis il lui fait croire qu’il parle de lui dans la purement et simplement un escroc. En abusant un
chambre du Roi : le spectateur peut imaginer deux
homme bête et naïf, il lui soutire de l’argent, beau-
choses, ou bien que Dorante ment, ou bien que, s’il
coup d’argent, qu’il n’a, bien évidemment, pas l’in-
parle de lui, c’est pour se moquer de ce bourgeois
tention de lui rendre, cela au détriment de l’épouse
ridicule… !
et de la fille de sa victime. Tout cela, dans le but
– Puis il fait assaut de politesse avec M. Jourdain :
d’abuser Dorimène, pour l’épouser et jouir de sa for-
Mon Dieu ! point de cérémonie entre nous… vous êtes
tune… Parasite et fier de l’être…
mon ami (l. 29-33). M. Jourdain est aux anges !
– Puis, comme le dit La Fontaine, puisque tout flatteur
vit aux dépens de celui qui l’écoute, Dorante enchaîne
immédiatement sur la demande d’un nouveau prêt.
Évaluation de fin de séquence (p. 198)
c. Dorante, qui est un noble désargenté, veut faire
croire à Dorimène qu’il a de la fortune. En effet Provocation en duel, Edmond Rostand
Dorimène est une riche veuve et il s’agit, pour Dorante,
d’endormir sa méfiance et de lui faire croire qu’il pos- Lecture, langue et communication
sède une grande fortune et que, s’il veut l’épouser, 1 a. Il y a deux personnages : Cyrano et un person-
c’est uniquement pour sa beauté et son charme. nage désigné uniquement par son rang social : le
2 Cléonte obtient finalement la main de Lucile Vicomte. Il restera anonyme.
grâce au stratagème de son valet Covielle : flattant b. Les deux personnages sont des nobles : le titre de
les lubies de M. Jourdain, tablant sur sa bêtise et sa Vicomte l’indique d’emblée et, quant à Cyrano, il dé-
naïveté, il va faire passer Cléonte pour le fils du cline son identité au v. 11 : Cyrano-Savinien-Hercule de
Grand Turc, ce qui est une noblesse encore plus im- Bergerac. L’un est un homme de cour ; l’autre est un
pressionnante que celle de Dorante. Finalement, tout noble de province, un hobereau.
le monde va se liguer pour abuser M. Jourdain : Mme 2 Dès la première réplique, on découvre le ton pro-
Jourdain, Nicole et même Dorante qui, ayant obtenu
vocateur, agressif et méprisant du Vicomte, auquel
la main de la marquise, ne voit aucun inconvénient à
répondra le ton non moins agressif, mais ironique et
aider au bonheur de Lucile et Cléonte.
plein de verve de Cyrano. Beaucoup de vers sont en
M. Jourdain, dans sa dernière réplique, accorde
fait des insultes :
Nicole au truchement du Grand Turc, autrement dit à
– le Vicomte : Ces grands airs arrogants ! / Un hobe-
Covielle, qui n’attendait que cela.
reau… (v. 1-2)
3 Parmi tous les personnages, se montrent tels – Cyrano : Je ne m’attife pas ainsi qu’un freluquet. (v. 5)
201
1re partie ➜ Étude de textes
– Le Vicomte : Maraud, faquin, butor de pied plat ridi- 10 Celui qui parle le plus, c’est Cyrano. Cela est vi-
cule ! (v. 10) ; et, plus loin, Bouffon ! (v. 12) sible, malgré les coupes que nous avons dû faire,
Le niveau de langue est familier, ce qui surprend faute de place, puisque la réplique coupée est une
étant donné l’origine sociale des deux personnages, réplique de Cyrano. Les propos du Vicomte se li-
mais il est vrai que la langue familière est plus riche mitent à des insultes et à une question Qu’avez-
en insultes que le langage soutenu… : s’attifer, frelu- vous ? (v. 15)
quet, maraud, faquin, butor, pied plat ridicule…
11 Le Vicomte n’emploie quasiment que des phrases
3 Ils ne sont pas seuls sur la scène : en effet l’alter- exclamatives qui ponctuent toutes ses insultes et
cation se déroule au cours d’une représentation traduisent son exaspération. Deux phrases interro-
théâtrale interrompue par Cyrano. Y assistent donc gatives : Qu’est-ce encor qu’il dit ? et Qu’avez-vous ?
tous les spectateurs présents dans la salle. Cyrano emploie surtout des phrases déclaratives
4 Le Vicomte commence par se moquer de la façon qui montrent la maîtrise qu’il garde sur lui-même.
dont Cyrano est vêtu : il n’a pas de gants, pas de rubans, Quelques phrases exclamatives faites pour attirer
pas de bouffettes, pas de ganses, bref aucun des orne- l’attention, traduire une certaine vivacité : La belle
ments qui enjolivent le costume des nobles de cour. affaire ! (v. 6) ; Ay ! (v. 12 et 15) pour annoncer qu’il
5 Cyrano n’en a cure. Peu lui importe d’être vêtu va tirer son épée, ainsi que J’ai des fourmis dans
mon épée ! (v. 15) ; et enfin la dernière réplique pour
comme les petits marquis ou les courtisans, pour
affirmer qu’il revendique la qualité de poète : Oui,
lesquels il affiche son mépris : l’élégance morale est,
monsieur, poète !
à ses yeux, supérieure à l’élégance vestimentaire.
6 En retour, Cyrano se gausse de la façon dont le 12 J’ai des fourmis dans mon épée signifie que, à
force de rester immobile dans son fourreau, l’épée de
Vicomte est habillé : un freluquet est un terme péjo-
Cyrano s’est engourdie et attend impatiemment que
ratif qui désigne un jeune homme frivole et préten-
Cyrano la tire. Il s’agit d’une métaphore.
tieux. Mais surtout, il lui reproche de manquer
d’élégance morale. 13 Cyrano abandonne la joute verbale où son adver-
7 L’expression jeter son gant à quelqu’un signifie saire s’est révélé vraiment un piètre adversaire ; le
Vicomte lui-même est sur le point d’abandonner
« défier quelqu’un », « le provoquer au combat ».
Quand Cyrano dit : Je l’ai laissé dans la figure de puisqu’il s’apprête à s’éloigner après une dernière
quelqu’un, cela signifie qu’il a déjà provoqué un ad- insulte : Bouffon ! (v. 12) Cyrano va maintenant le pro-
versaire en duel en lui jetant son dernier gant : il ne voquer en duel.
lui en reste donc plus pour le jeter au Vicomte. 14 Dans la bouche du Vicomte, le terme poète est
8 Dans le v. 10, le Vicomte tente de rassembler évidemment péjoratif : il le jette à Cyrano sur un ton
toutes les insultes qu’il peut trouver pour les jeter à méprisant. Dans la bouche de Cyrano, le terme re-
la figure de Cyrano. Celui-ci fait semblant de croire prend une valeur méliorative : poète et fier de l’être
que le Vicomte vient de décliner son identité et que (Oui, monsieur, poète !).
tous ces termes, peu aimables, le désignent lui, le 15 Cette scène parodie une scène de tragédie : on
Vicomte. Il répond donc, de façon cérémonieuse, en pense, par exemple, à Rodrigue provoquant don
déclinant ses prénoms (Cyrano-Savinien-Hercule) et Gormas en duel.
son nom (de Bergerac).
9 Les didascalies donnent des indications : Écriture
– sur le ton : Pour évaluer, vérifier :
le Vicomte, suffoqué (v. 1), exaspéré (v. 12), méprisant – si les deux personnages ont été choisis en res-
(v. 17) ; pectant bien la consigne : un pauvre, « moralement
Cyrano, poussant un cri comme lorsqu’on est saisi élégant », un riche, déplaisant et arrogant ; le pre-
d’une crampe (v. 12) ; mier s’exprimant en langage soutenu, le second sans
– les gestes et mouvements : esprit et dans un niveau de langue parfois familier ;
Cyrano, ôtant son chapeau et saluant comme si le – si le motif du conflit est plausible et bien choisi ;
Vicomte venait de se présenter (v. 11) ; – si les personnages sont bien caractérisés ;
le Vicomte, qui remontait, se retournant (v. 12) ; tirant – si le dialogue suit un bon rythme ;
(son épée) (v. 16) ; – si le dialogue évite la vulgarité, tout en opposant
– l’expression du visage : clairement les deux personnages ;
Cyrano, avec des grimaces de douleur (v. 13). – si l’expression et l’orthographe sont correctes.
202
Séquence 8 ➜ La poésie : émotions et sentiments
8
e
La poésie : émotions et sentiments (p. 200)
enc
qu
Sé
203
1re partie ➜ Étude de textes
SUGGESTION DE SÉQUENCE
204
Séquence 8 ➜ La poésie : émotions et sentiments
205
1re partie ➜ Étude de textes
w Cette toile s’intitule Sehnsucht. Ce mot allemand dé- qui parle et partage avec le lecteur son aspiration à
signe un état émotionnel difficilement traduisible, mais vagabonder sur les routes : tous les verbes de ce
qui se rapproche de « vague à l’âme ». Il peut s’agir d’une poème sont à la 1re personne du singulier.
sorte de mal du pays, la nostalgie d’un paradis perdu, ou – Dans le poème Gaspard Hauser chante, le dernier
d’un désir inaccessible pour une personne ou une chose. vers exprime clairement qui est le sujet de tous ces
Sur la toile, la jeune fille incarne ce sentiment, entre verbes à la 1re personne du singulier : c’est Gaspard
aspiration vers un horizon large et dilution dans l’ombre (Priez pour le pauvre Gaspard !). Gaspard qui est ici un
suggérée par le trou au premier plan. des avatars de Verlaine.
w Pour commencer – Dans le poème Avant l’orage, le poète Pierre Reverdy
Mots que ce tableau peut inspirer : impression- partage avec ses lecteurs l’expérience passée d’une
niste, verdoyant, fleuri, taches de couleurs, jeune promenade en forêt : tous les verbes de ce poème
fille, la campagne, le printemps, l’été, Dame nature, sont à la 1re personne du singulier.
foisonnement floral, vagues de couleurs, couleurs b. – Dans Sensation, le temps dominant est le futur
ondoyantes, un après-midi d’été, mélodie des jours de l’indicatif : j’irai, j’en sentirai, Je laisserai, Je ne
heureux et paisibles, lumière des beaux jours, har- parlerai pas, je ne penserai rien. Rimbaud est en train
monie des couleurs, le temps arrêté, instant d’éter- d’imaginer une promenade sur les sentiers, en été. Le
nité, vagues de fleurs de toutes les nuances, parfums, choix du futur plutôt que le conditionnel exprime la
couleurs douces, horizon dégagé, un nid de verdure, certitude de voir réalisé ce projet qui n’est soumis à
la rêverie, la mélancolie, le contact avec la nature, etc. aucune condition.
– Dans Gaspard Hauser chante, le temps dominant
est le passé composé : ne m’ont pas, M’a fait, ai voulu,
1. Rythme et vers (p. 202) n’a pas voulu, Suis né. Gaspard nous « chante » de
strophe en strophe les éléments marquants de sa vie
passée. Le récit est simple et le passé composé fait
Texte A : Sensation, Arthur Rimbaud écho au présent de la dernière strophe.
Texte B : Gaspard Hauser chante, Paul Verlaine – Dans Avant l’orage, le temps dominant est le passé
Texte C : Avant l’orage, Pierre Reverdy composé : Je me suis arrêté, J’ai regardé, se sont dis-
persées, s’en est allé, est tombée. Reverdy raconte
OBJECTIFS PÉDAGOGIQUES une promenade passée et utilise le passé composé,
temps normal du récit oral à la 1re personne.
Être capable :
l d’analyser le rythme d’un poème et d’identifier c. • Au fil des strophes de Sensation s’expriment :
les éléments qui le créent ; – dans la 1re strophe, le plaisir du promeneur causé
l de discerner en quoi le rythme contribue à
par les sensations agréables qu’il ressent (Picoté,
rendre efficace l’expression du thème. menue, fraîcheur, baigner) ;
– dans la 2e strophe, deux sentiments qui vont sou-
vent de paire (l’un découlant de l’autre) : l’amour et
le bonheur (l’amour infini me montera dans l’âme ;
Présentation des poèmes heureux).
w Trois textes : deux de la seconde moitié du xixe s. • Dans la première strophe de Gaspard Hauser chante
(Rimbaud et Verlaine), et le troisième du xxe s. Ces s’expriment de manière explicite le calme et la
trois poèmes expriment l’intensité des sensations et des tranquillité (calme orphelin ; yeux tranquilles) et de
émotions : l’ivresse du contact avec la nature ; le mal- manière implicite l’humiliation d’avoir été jugé idiot
être de celui qui ne peut trouver sa place nulle part ; la (Ils ne m’ont pas trouvé malin).
correspondance entre la mélancolie d’un paysage et celle La deuxième strophe exprime l’apparition du sen-
du cœur de celui qui s’y promène. Le traitement poétique timent amoureux (un trouble nouveau, /Sous le nom
des thèmes est particulièrement intéressant et ces poèmes d’amoureuses flammes) et implicitement à nouveau
peuvent éveiller un écho chez des adolescents qui se l’humiliation, mais, cette fois-ci, d’avoir été trouvé
cherchent et qui souffrent. laid (Elles ne m’ont pas trouvé beau).
La troisième strophe exprime le désespoir de
Découvrez les poèmes Gaspard qui n’a plus rien à perdre et veut au moins
mourir en héros : J’ai voulu mourir à la guerre.
Les poètes et le monde Enfin la dernière strophe exprime la douleur
1 a. – Dans le poème Sensation, c’est Arthur Rimbaud extrême de Gaspard qui n’arrive pas à trouver sa
206
Séquence 8 ➜ La poésie : émotions et sentiments
207
1re partie ➜ Étude de textes
comme le rêveur « échappe » par ses rêveries à son sa sensibilité, tel vers à celui qui le précède ou à celui
environnement, et la pause imposée par cette vir- qui le suit. Le poème se trouve enrichi de cette lec-
gule permet au lecteur de faire émerger ce temps ture plurivoque, miroir du caractère toujours fuyant
nécessaire au rêve. de la nature difficile à saisir pour le poète. La lon-
– Les v. 4 et 6 laissent l’alexandrin se déployer dans gueur particulière du v. 3 (décasyllabe) marque un
son rythme majestueux : on ressent l’ampleur de tournant important dans la promenade du poète :
ce souffle du vent qui baigne la tête du poète, on un orage est tombé à proximité et se rapproche. Le
ressent la montée grandiose de cet amour infini « danger » menace, le beau temps va être supplanté
dans l’âme du poète. par la pluie et, avec les gouttes de pluie, la joie du
– Le v. 7, lui, est coupé par deux virgules, chaque fois poète va se transformer en larmes.
après le mot loin, dont nous avons vu précédemment 7 a. Les vers ne sont pas écrits les uns au-dessous
qu’il faisait écho au mot bohémien en fin de vers. À
des autres, mais tous les vers pairs sont décalés vers
chaque virgule, la voix se pose et le lecteur laisse le
la droite par rapport aux vers impairs. C’est comme
temps à ce « lointain » de se déployer dans toute sa
s’ils se répondaient, par leur positionnement même,
dimension : distances abyssales du voyage au cœur
les uns aux autres, comme des pas qui se suivent.
de la campagne et de soi-même, nichées au creux
des mots. b. Le poème ne comporte qu’une seule rime féminine
Enfin, le dernier vers connaît deux types de ponc- en « ière » (pierres au v. 4, derrière au v. 6, chaumières
tuations différentes : une virgule après le mot Nature au v. 8) : terminaison douce, elle offre une ouverture
(dont la majuscule annonce une allégorie : la nature vers un au-delà de la vision immédiate. Les autres
se fait femme) suivie d’un tiret. La virgule, comme vers se terminent par de simples assonances.
pour le terme Rêveur, met en relief ce mot et fait c. Les consonnes répétées (allitérations) sont tour à
entendre d’une certaine façon la majuscule présente tour les chuintantes j, ch, les fricatives f, v, la sifflante
à l’écrit. Le tiret, lui, permet de détacher le groupe s qui évoquent le souffle du vent, le bruissement des
de mots : heureux comme avec une femme. L’amour feuilles et la labiale m qui marque les pas :
a fait son œuvre et il ne peut qu’être « détaché » du – Je marchais en chantant
monde qui l’entoure, sans amarre, telle la flamme Sur le chemin fermé (v. 1-2)
d’une bougie qui danse au-dessus de la mèche – cheminées de chaumières
comme si elle avait une existence propre. chevelures au vent (v. 8-9)
• Poème B : Chant du poète et chant du vent dans les che-
– Le second poème est en octosyllabes. La ponctua- minées, tantôt simple murmure et tantôt ample
tion est rare. Chacune des trois premières strophes mélodie : labiale qui scande le pas ; expression de
est ponctuée de la même façon et correspond à une cette eau contenue dans la goutte lourde comme une
phrase, car chacune représente « une phrase » du larme ; sifflante s qui évoque la soudaineté du vide :
récit chanté de la vie de Gaspard. Chaque strophe est qui se sont dispersées
construite sur le même schéma : des faits sont racon- Et tout ce qui s’élève
tés dans les trois premiers vers et une « chute » an- Et qui s’en est allé (v. 10-12),
noncée par les deux points vient conclure la strophe
en exprimant brutalement l’exclusion.
– La dernière strophe est à part : Gaspard réagit à Et maintenant, concluez
cette série de rejets. Fini le ton neutre des phrases af- u Le choix du mètre, la ponctuation, les accents
firmatives : des interrogatives et une exclamative tra- toniques et les différentes coupes donnent du
duisent son désespoir et sa souffrance (v. 13, 14 et 16). rythme à un poème.
Après les faits vient le temps de la métaphysique et Le choix éventuel de rimes, la répétition de cer-
du religieux, vient le temps de l’expression de la peine taines voyelles et de certaines consonnes par-
et de la supplication, l’imploration. Gaspard s’adresse à ticipent également au rythme du poème par le
nous : Ô vous tous, formule mise en relief par la virgule. jeu d’écho qu’ils créent entre certains mots et qui
Gaspard ne peut se passer des hommes et fait donc donne une « tessiture » particulière au poème.
appel à notre pitié, à notre charité pour le consoler. u Le nombre de syllabes permettra tantôt d’avoir
• Poème C : un rythme rapide qui peut exprimer une émotion
– Le poème C – excepté les v. 3 et 4 – est écrit en violente ou, au contraire, un rythme lent pour ex-
hexamètres. Ce poème ne comporte aucune ponc- primer la douceur et la profondeur d’une émotion.
tuation, laissant ainsi le lecteur libre d’associer, selon La ponctuation va accentuer certaines émotions,
208
Séquence 8 ➜ La poésie : émotions et sentiments
mettre en valeur certains mots clés du vécu du – 3e strophe : L’intimité de la nuit (v. 11-14).
poète, rompre le rythme régulier des vers pour – 4e strophe : La voix des Ancêtres (v. 15-16).
accompagner le surgissement d’un sentiment b. On observe une progression temporelle : de
particulier. strophe en strophe, le temps passe et on pénètre de
plus en plus au cœur de la nuit.
Sur les illustrations (p. 202 et 203) 3 a. Le poète s’adresse à une femme (v. 1 et 15) à la
Suggestions pour une exploitation : 2e personne du singulier. Elle représente pour lui la
w Arthur Rimbaud (p. 202) : douceur de l’amour (v. 1 : tes mains douces plus que
a. De quel type de document s’agit-il ? fourrure), l’intimité du foyer (v. 14 et 15).
b. Qui en est l’auteur ? À quelle date ? b. Le pronom nous représente la femme et le poète
c. Quelle relation existait entre l’auteur de cette et, au-delà, tous les Africains.
œuvre et Rimbaud ? 4 a. Le moment évoqué dans le poème est la nuit.
d. Décrivez ce portrait. Quelle impression d’ensemble b. On rencontre dans la 2e strophe une personnifica-
se dégage ? Vous semble-t-il juste par rapport à ce tion et deux métaphores :
que vous savez sur Rimbaud ? – Voici que décline la lune lasse vers son lit de mer
w Sentier dans la forêt (p. 203) : étale : la lune, fatiguée, va se coucher dans son lit.
a. Que représente cette peinture ? Énumérez en Cette personnification s’enrichit d’une métaphore :
partant du premier plan les éléments de ce tableau. son lit de mer étale.
b. Quelle atmosphère a créée l’artiste ? De quelle – s’assoupissent les éclats de rire : métaphore.
façon ? Étudiez le jeu des couleurs, de la lumière... On rencontre dans la 3e strophe trois
c. Cette illustration vous semble-t-elle bien choisie personnifications :
pour illustrer le texte C ? Justifiez votre réponse. – la Nuit qui songe / S’accoude : la nuit est une figure
féminine qui rêve et s’accoude. La majuscule Nuit fait
penser à une allégorie.
2. Rythme et sonorités (p. 204) – drapée dans son long pagne de lait : cette épithète
détachée caractérise-t-elle la Nuit ? la colline ?
Difficile de trancher mais, quelle que soit la réponse,
Nuit de Sine, Léopold Sédar Senghor il s’agit d’une personnification.
– Les toits des cases luisent tendrement. Que disent-
OBJECTIF PÉDAGOGIQUE
ils, si confidentiels, aux étoiles ? : nous trouvons là
l Êtrecapable d’analyser le rôle des sonorités sur une double personnification. Les toits sont des êtres
le rythme du poème. vivants capables de tendresse et qui confient aux
étoiles leurs secrets ; les étoiles sont donc des confi-
dentes capables d’écouter.
Présentation du poème c. Le poète crée ainsi une atmosphère douce et
w « Le poème n’est accompli que s’il se fait chant, parole et paisible où la nature au même titre que les êtres
musique en même temps », écrit Léopold Sédar Senghor humains participe à l’endormissement et à l’intimité
(Comme les lamantins vont boire à la source). Ce poème propres au temps de la nuit.
est une très bonne illustration de cette alchimie qui
s’opère entre les trois composantes évoquées par le poète. Une berceuse
Il permet en outre de discerner le rôle particulier joué par 5 a. On repère les vers par la présence d’une majus-
les sonorités. cule au début de chacun d’eux.
b. Les vers ne sont pas réguliers (par exemple le v. 1
Découvrez le poème comporte 21 syllabes alors que le v. 4 n’en comporte
La tombée de la nuit que 10). Ils ne comportent pas de rimes.
1 Les deux thèmes unis dans ce poème sont l’Afrique c. On appelle ce type de vers des vers libres.
et l’amour à travers l’invocation à une femme. 6 La première strophe :
2 a. On distingue quatre strophes : a. Dans le v. 2, le verbe bruire (bruissent) et le GN
– 1re strophe : Le pouls de l’Afrique (v. 1-6). haute brise évoquent un son.
– 2e strophe : Où la nature et les hommes s’assou- b. Le mot mis en relief par le rejet est À peine. C’est
pissent (v. 7-10). une locution adverbiale qui porte sur le verbe bruire.
209
1re partie ➜ Étude de textes
210
Séquence 8 ➜ La poésie : émotions et sentiments
c. Selon vous, le titre du tableau est-il péjoratif ? s’adresse au lac : c’est lui que représente le pronom
tu et c’est à lui que renvoie le déterminant possessif
w La Lagune à Abidjan (p. 205)
tes (ondes), tes (flots). Il utilise donc la 2e personne du
Peintre autodidacte, né en 1969, Diarra Idrissa appartient
singulier pour s’adresser à lui.
au groupe « naïf » de Côte d’Ivoire. Il fait ses débuts dans
les enseignes, notamment celles de salons de coiffure. Il b. Le poète utilise une personnification : le lac devient
vit et travaille à Yopougon, grande banlieue d’Abidjan. le confident du poète, le témoin de ses anciennes
Ses œuvres « naïves », intenses, détaillées et complexes amours avec une femme morte depuis peu. Le poète
comptent parmi les plus remarquées du genre. Un style et le lac partagent des souvenirs communs (v. 7-8, 13).
qui désormais fait école, d’autant que cet artiste a créé son 2 a. Mots et expressions qui évoquent la femme
propre centre de formation où il accueille les enfants de aimée : elle (v . 6) ; la vis s’asseoir (v. 8) ; sur ses pieds
son quartier. À côté de son activité de peintre proprement adorés (v. 12).
dite, il met son art au service de la collectivité : il produit Ils sont peu nombreux : le sujet du poème n’est
des images sociales – essentiellement des fresques mu- pas la femme aimée, mais l’évocation du souvenir
rales – destinées à sensibiliser la population ; il traite ainsi de moments d’extases amoureuses dans un cadre
du sida, des accidents de la circulation, de la sécheresse, précis – le lac –, un souvenir qui ne doit pas mourir.
de l’exode en période de guerre. Il réussit à communiquer
b. Le nous au vers 13 représente le poète et la femme
avec humour des messages graves. Il aime joindre le mot
aimée. Par contre, aux v. 3, 18 et 28, le nous représente
écrit au sujet peint pour mieux donner à voir.
les hommes en général.
Suggestion pour une exploitation de ce tableau : 3 a. On retrouve dans les v. 5 à 16 :
a. Où se trouve Abidjan ? – le présent d’actualité ou d’énonciation : Regarde !
b. Que voyez-vous au premier plan ? à l’arrière-plan ? Je viens (v. 7) ; t’en souvient-il (v. 13) : c’est le moment
c. Quelles sont les couleurs dominantes ? où le poète se retrouve seul au bord du lac. Le passé
d. Quelle atmosphère se dégage de ce tableau ? composé (a fini, v. 5) exprime un fait qui vient juste
de s’achever ;
– le passé révolu, le souvenir est introduit par le passé
simple (tu la vis, v. 8) et développé par l’imparfait : Tu
3. Les images poétiques (p. 206) mugissais (v. 9), tu te brisais (v. 10), (le vent) jetait (v.
11), imparfaits d’habitude qui font resurgir le rituel de
Le Lac, Alphonse de Lamartine la promenade au bord du lac. Puis vient l’évocation
d’un souvenir plus précis (Un soir, v. 13), resté intact
OBJECTIFS PÉDAGOGIQUES dans la mémoire du poète qui le fait revivre dans
Être capable : sa durée : nous voguions (v. 13), On n’entendait (v.
l d’identifier comparaisons et métaphores ; 14), (rameurs qui) frappaient (v. 15). C’est comme si le
l d’analyser leur rôle dans le poème. temps du souvenir s’immobilisait.
b. Le poète reprend en anaphore l’adverbe Ainsi (v. 9)
au début des v. 10 et 11.
Présentation du poème Cette anaphore souligne que rien n’a changé : le
lac est resté exactement le même.
w Long poème dont nous avons retenu le début et la fin
pour ne conserver que le discours du poète, à l’exclusion c. Le poète éprouve douloureusement la perma-
des paroles d’Elvire. Poème lyrique s’il en est, très repré- nence de la nature qui rend encore plus révoltant le
sentatif de la poésie romantique. caractère éphémère de l’homme. Il est aussi nostal-
gique d’un passé heureux qui ne reviendra plus et
dont le lac réactualise le souvenir.
Découvrez le poème
4 a. La métaphore l’océan des âges évoque l’idée
Un homme seul des flots infinis, de ces vagues du temps qui dé-
1 a. Strophes 1 à 4 : ferlent et emportent des vies.
– apostrophe : Ô lac ! (v. 5) ; On retrouve les éléments de la métaphore dans
– pronoms : nous (v. 3, 13) ; je (v. 7) ; on (v. 14) ; tu ou t’ les expressions suivantes :
(v. 8, 9, 10, 13) ; elle (v. 6), la (v. 8) ; – toujours poussés vers de nouveaux rivages : l’homme
– déterminants possessifs : tes (v. 11 et 16) ; ses (v. 12). est comparé à un navire condamné à voguer sans fin
Dans les quatre premières strophes, le poète sur l’océan ;
211
1re partie ➜ Étude de textes
5 La contemplation du lac rend le poète nostal- b. C’est le temps jaloux et assassin qui le fait
disparaître.
gique et philosophe. Il prend le lac à témoin des
souvenirs de son amour. Il lui confie la douleur de sa 8 Le poète reproche au temps de n’accorder aux
solitude. Confronté aux souvenirs d’un amour désor- hommes des moments de bonheur que pour les leur re-
mais impossible, il se révolte contre l’injustice impla- prendre : le temps rend les hommes d’autant plus mal-
cable du temps et la nature éphémère de toute heureux qu’ils ont goûté à l’amour et donc au bonheur.
existence humaine.
La nature, gardienne du souvenir
La fuite du temps (v. 17-28)
9 Le poète invoque des éléments de la nature : Ô lac !
6 a. Champ lexical du temps : rochers muets ! grottes ! forêt obscure ! et la nature
– (5e strophe) Temps jaloux ; moments d’ivresse ; jours elle-même : belle nature. Le poète utilise la personni-
de malheur ; fication afin de faire de ces éléments, normalement
– (6e strophe) passés pour jamais ; tout entiers perdus ; inanimés, de véritables alliés dans sa tentative de
Ce temps qui les donna, ce temps qui les efface, / Ne résistance au temps assassin.
nous les rendra plus ? ;
10 Dans les quatre dernières strophes, le poète uti-
– (7e strophe) Éternité, néant, passé,… / Que faites-
lise trois modes : l’indicatif, l’impératif et le
vous des jours que vous engloutissez ?
subjonctif.
b. Le temps est jaloux comme un amant. Face à l’Éter- L’impératif (Gardez …, gardez, v. 31) et le subjonctif
nité, au néant, au passé, infinis et rapaces comme des (Qu’il soit, v. 33 – 2 fois –, v. 37 ; que… tout dise, v. 44)
gouffres sans fond, l’homme ressent tragiquement ont la même valeur : ils expriment les injonctions
sa condition éphémère. D’autant que l’ivresse (bon- du poète aux éléments de la nature. Tous les autres
heur intense) dure peu (moments d’ivresse), et que le verbes (sauf un), employés dans des propositions
malheur, lui, est durable ( jours de malheur). Le temps subordonnées relatives à valeur déterminative, sont
est impitoyable, ce qu’il prend, il ne le rend pas : pas- au présent : présent de vérité générale (épargne, peut
sés pour jamais ; tout entiers perdus. rajeunir, v. 30), présent de description (Qui pendent,
c. Le temps est sujet des verbes donna, efface, rendra, v. 36 ; qui frémit et qui passe, v. 37 ; qui blanchit, v. 39 ;
engloutissez, ravissez. À l’exception du verbe rendre qui gémit… qui soupire, v. 41 ; ce qu’on entend, l’on voit
qui a un sens positif, mais qui est utilisé soit dans ou l’on respire, v. 43).
une phrase de forme négative, soit dans une phrase Le poème s’achève par la proclamation, au passé
de forme interrogative, et du verbe donner dont la composé : Ils ont aimé ! Un fait certes passé, mais qui
générosité apparente est tout de suite gommée par doit rester éternellement présent grâce à tous les
les deux verbes qui le suivent (effacer et rendre à la éléments de la nature, gardiens du souvenir de cet
forme négative), les autres verbes à la forme positive amour.
ont un sens négatif et même violent : effacer, englou-
11 Le poète, comme nous l’avons vu, implore les élé-
tir, ravir.
ments de la nature. Le lac, les rochers, les grottes et la
d. On peut parler d’une allégorie car le temps est une forêt peuvent rajeunir : ce sont des êtres vivants –
abstraction que le poète personnifie : certes particuliers, car ils ne subissent pas le sort que
– il lui prête des sentiments humains (il est jaloux) ; le temps réserve d’habitude aux êtres vivants – , mais
– il l’interpelle (Que faites-vous des jours que vous vivants quand même ! Le lac connaît le repos (v. 33),
engloutissez ? ; nous rendrez-vous ces extases sublimes le zéphyr frémit (v. 37), la lune est un astre au front
/ Que vous nous ravissez ?) sous ses différents avatars d’argent (v. 39), le vent gémit et le roseau soupire
(Éternité, néant, passé, sombres abîmes), comme s’ils (v. 41) à l’unisson avec le cœur du poète.
étaient des êtres humains ; Les deux derniers vers englobent dans cette per-
– il exige d’eux une réponse (Parlez, v. 27). sonnification tous les éléments : Que tout ce qu’on
212
Séquence 8 ➜ La poésie : émotions et sentiments
entend, l’on voit ou l’on respire, / Tout dise : Ils ont imagination et sa facilité de main ont pu s’exprimer plei-
aimé ! L’univers a été le témoin de cet amour et doit nement. Il a, entre autres, illustré les fables de La Fontaine.
en témoigner pour l’éternité !
Suggestion pour une exploitation de cette illus-
12 a. Dans la strophe 8, l’évocation se déploie hori- tration :
zontalement : lac, rochers, grottes et forêt. Dans la
strophe 9, le regard s’élève progressivement avec les a. Quel est le sujet de cette illustration ?
coteaux, les sapins et les rocs… Qui pendent… Dans la b. Décrivez avec précision le premier plan. Qu’a voulu
strophe 10, le zéphyr et la lune ouvrent sur l’infini du exprimer le graveur ?
ciel. Enfin la dernière strophe embrasse l’univers en- c. Qu’observez-vous à l’arrière-plan ?
tier, ce tout de la création qui clôt le poème.
d. Le graveur a-t-il, selon vous, fidèlement illustré le
b. À la strophe 10, c’est la lune qui est désignée par la poème Le Lac ? Justifiez votre réponse.
périphrase : l’astre au front d’argent. Cette périphrase
w L’Île des morts (p. 208)
permet au poète de créer une belle image poétique
et de personnifier la lune. Un commentaire de cette œuvre est proposé dans la
séance « Expression orale » de la séquence Romans
c. Le mot répété, à la dernière strophe, qui permet
et nouvelles (cf. supra, p. 89).
l’élargissement à l’ensemble de l’univers est tout
(répété aux v. 43 et 44).
13 La nature est d’abord un témoin et, grâce à son
caractère immortel, elle doit témoigner pour l’éter-
nité de l’amour que le poète a vécu avec une femme 4. Deux formes poétiques (p. 209)
aujourd’hui disparue. La nature est la gardienne des
amours humaines. Texte A : Chanson de Fortunio,
Alfred de Musset
Et maintenant, concluez
OBJECTIF PÉDAGOGIQUE
u La personnification consiste à transformer un l Découvrir des formes poétiques : une forme très
être inanimé en un être humain, en lui attribuant
souple (la chanson), suivie d’ une forme très co-
des qualités, des sentiments, des actions réservés
difiée (le sonnet, texte B).
habituellement à l’être humain.
Une allégorie consiste à représenter une idée
abstraite sous une forme humaine.
Présentation des poèmes
u La périphrase et l’anaphore peuvent venir renfor-
cer ces deux figures de style : la périphrase par les w Deux poèmes lyriques sont proposés dans cette séance :
images poétiques qu’elle produit et l’anaphore l’un qui est une chanson immédiatement compréhensible
par le rythme qu’elle génère et l’accent qu’elle sur le thème de l’amour, l’autre, moins immédiat, sonnet
met sur une idée exprimée. riche en images très suggestives, qui chante de façon
paradoxale la connivence inattendue entre le poète et la
u Dans un poème lyrique, l’emploi de ces figures de
souffrance qui l’habite.
style permet au poète de projeter ses émotions
sur ce qui l’entoure. Le poète et le monde sont
à l’unisson et la nature se fait le miroir de l’état Découvrez le poème
intérieur du poète. La situation d’énonciation
1 a. C’est un je qui parle, que l’on retrouve tout au
Sur les illustrations (p. 207 et 208) long du poème et dont l’identité est donnée par le
w Lamartine et Elvire sur le lac du Bourget (p. 207) titre : Fortunio.
Peintre et dessinateur, fils et élève du graveur Jean Adam, b. Il s’adresse à un vous : ceux qui écoutent cette
Victor Adam (1801-1866) entre à l’école des Beaux-Arts chanson, à qui il ne peut confier le nom de la femme
de Paris à 13 ans et expose au Salon à 18 ans ! Tous les aimée pour ne pas la compromettre.
espoirs semblent permis à ce peintre au talent très tôt re- c. Il parle de la femme qu’il aime en secret.
connu. Mais, s’essayant à la lithographie à 23 ans, il conti-
nuera presque exclusivement cette forme d’expression Le rythme du poème
jusqu’à réaliser près de 8 000 planches dans lesquelles son 2 a. Le poème comporte 5 strophes.
213
1re partie ➜ Étude de textes
b. Chacune des strophes comporte 4 vers : ce sont lexical de la souffrance et de la mort, surtout dans la
des quatrains. 4e strophe, pour s’en convaincre : Du mal ; souffrir ;
c. Les mètres choisis sont : l’octosyllabe, pour les vers l’âme déchirée ; mourir. Et je puis, s’il lui faut ma vie, /
pairs ; le vers de 4 syllabes (un demi-vers), pour les La lui donner (v. 11-12) ; Et je veux mourir pour ma mie
vers impairs. (v. 19). Ici, ce n’est pas l’amour qui fait vivre que
chante Fortunio, mais l’amour romantique désespéré
e. Les vers courts donnent à ce poème un rythme léger.
qui rime avec souffrance et mort.
La musique du poème
3 Les rimes : Et maintenant, concluez
a. Le son « é » revient régulièrement à la rime aux u Ce qui donne à un poème le caractère d’une chan-
v. 2-4 (aimer / nommer) ; 6-8 (voulez / blés) ; 10-12 son est :
(m’ordonner / donner) ; 13-15 (ignorée / déchirée) ; – un rythme chantant créé par des vers courts ;
18-20 (aimer / nommer). Il alterne à la rime avec le son – un « timbre », une couleur donnés à la « voix »
« i » aux v. 1-3 (dire / empire) ; 9-11 (fantaisie / vie) ; du « chanteur » par les rimes, les assonances et
14-16 (souffrir / mourir) et 17-19 (die / mie). La strophe les allitérations qui suscitent une certaine atmos-
2 présente une rime originale, ronde / blonde. phère, celle-ci nous entraînant dans le monde
b. Les rimes sont croisées ou alternées (abab). intérieur du « chanteur » ;
c. On retrouve le son « é » en rime intérieure (croyez, – une reprise de certaines formules, de certains
v. 1 ; saurais, v. 3 ; chanter, v. 5 ; fais, fantaisie, v. 9 ; fait, vers qui crée au sein du texte une sorte de refrain.
v. 14). u Cette forme poétique convient particulièrement
à l’expression des sentiments et des émotions car :
4 – Dans la strophe 2, on observe une allitération en
– sa forme libre permet de s’adapter au mieux à
« l » : allons ; voulez ; l’adore ; elle ; blonde ; blés. ce que désire évoquer le poète ;
– Dans la strophe 5, on observe une allitération en – le rythme des vers, les rimes, les assonances, les
« m » : aime ; aimer ; mourir ; ma mie ; nommer. allitérations, la reprise de certains mots permettent
Ce retour régulier d’un même son crée une mé- d’épouser les sentiments et les émotions du poète
lodie. Les deux allitérations sont douces : répétition et de leur « donner une voix » avec une « couleur »
tendre de ce « l » de « elle » de la femme aimée qui et un « timbre » adaptés à ce qui est exprimé.
résonne dans le cœur et dans la bouche du « chan-
teur » ; récurrence de ce sentiment constant du poète
exprimé phonétiquement par cette lettre (aime), de Sur l’illustration (p. 209)
ce murmure exprimé par le « m ». w Aristide Maillol (1861-1944) :
5 Les strophes 1 et 5 se répondent l’une à l’autre : Né à Banyuls-sur-Mer, Maillol, ancien élève de l’École
– v. 1 : Si vous croyez que je vais dire / Mais j’aime trop des Beaux-Arts de Paris, est l’un des sculpteurs les plus
pour que je die ; célèbres de son époque. Il s’adonne d’abord à la peinture
– v. 2: Qui j’ose aimer / Qui j’ose aimer ; (il fait partie du groupe des Nabis avec Maurice Denis,
– v. 4 : Vous la nommer / Sans la nommer. Vuillard, Bonnard), à la tapisserie, puis se consacre exclu-
Reprise de mots, de formules, de vers entiers qui sivement à la sculpture. Son œuvre sculptée est presque
contribue à donner au poème l’allure d’une chanson. entièrement fondée sur l’étude du corps féminin, le plus
souvent des femmes nues au corps robuste et massif.
6 Le titre donné au poème reflète bien la nature de
Il privilégie les corps sensuels et épanouis, les volumes
ce texte :
lisses et arrondis. Ses représentations sont reconnues
– vers réguliers et courts qui donnent au texte un
pour leur tranquillité imposante et la gravité des visages.
rythme chantant ;
Maillol est décédé dans son village natal en 1944. Son
– reprise des rimes, présence d’allitérations, d’asso-
admiration et sa fidélité à Puvis de Chavannes, à Cézanne,
nances à l’intérieur des vers qui font écho aux rimes,
à Rodin, une parenté spirituelle avec Bourdelle, Renoir et
et qui donnent un « timbre » à la voix de Fortunio ;
Gauguin sont autant de notations qui marqueront son art.
– reprise de formules, de vers entre la 1re et la der-
On recense certaines de ses réalisations au musée d’Art
nière strophe qui se répondent, ce procédé créant
moderne de Paris ainsi qu’au musée d’Art moderne de
une sorte de refrain qui encadre le reste de la chan-
New York. Un musée Maillol a ouvert ses portes en 1995
son. La boucle du silence obligé de Fortunio sur le
à Paris. On trouve des statues de Maillol à Perpignan,
nom de la femme qu’il aime est bouclée.
à Cérêt, à Port-Vendres, à Banyuls et dans le jardin des
7 La chanson est triste. Il n’y a qu’à relever le champ Tuileries à Paris.
214
Séquence 8 ➜ La poésie : émotions et sentiments
w La Femme à l’ombrelle, portrait grandeur nature, se a. Le poète s’adresse à la Douleur qu’il porte en lui,
caractérise par une absence volontaire de profondeur. La à la 2e personne du singulier, au mode impératif
jeune femme au profil strictement découpé par un dessin (presque toujours) : Sois sage...tiens-toi plus tranquille
vigoureux et souple se détache sur un fond de paysage de (v. 1) ; Va cueillir (v. 7) ; donne-moi la main ; viens par ici
bord de mer. La pose savamment calculée lui confère une (v. 8) ; Vois (v. 9) ; Entends... entends (v. 14). Le poète
certaine rigidité malgré l’envolée artificielle des rubans s’adresse à la douleur qu’il porte en lui sur le mode
de la robe. injonctif.
L’hétérogénéité entre la figure et le fond indique claire- On trouve un verbe à l’imparfait de l’indicatif :
ment que le portrait a été peint en atelier. Il a été ajouté Tu réclamais (v. 2) qui nous donne l’arrière-plan, le
sur un paysage simplifié, traité par une superposition de contexte dans lequel ce « dialogue » se déroule,
bandes colorées. Loin des sensations de plein air recher- les mots qui l’ont précédé et qui expliquent les
chées par les impressionnistes, Maillol peint une figure échanges actuels.
immobile, classique et décorative. Ce personnage vu de b. Il ne s’agit pas bien sûr d’un véritable interlocuteur,
profil sur un fond sans relief évoque une tapisserie, un art mais d’une allégorie : le poète personnifie une notion
où Maillol excelle également. abstraite comme le montre d’ailleurs la présence de
Les couleurs claires et contrastées participent au senti- la majuscule.
ment d’harmonie qui se dégage du tableau. Le caractère
c. Le poète parle à sa douleur comme si elle était
symbolique de cette grande figure immobile au bord de extérieure à lui, comme si c’était un personnage
la mer est toutefois atténué par la description minutieuse différent de lui, alors que par définition sa douleur
du visage ainsi que par le souci de certains détails du fait partie de ce qui le constitue en tant qu’homme,
vêtement comme les gants, l’ombrelle et le chapeau. Entre de son intériorité.
l’allégorie et le portrait fidèle, La Femme à l’ombrelle
est considérée comme le chef-d’œuvre de la carrière de La forme poétique du sonnet
peintre de Maillol.
3 a. Le poème comporte 4 strophes.
Suggestion pour une exploitation de ce tableau : b. Les deux premières strophes comportent 4 vers (ce
a. Le tableau donne-t-il une impression de profondeur ? sont des quatrains), les deux dernières trois vers (ce
Pourquoi ? sont des tercets).
b. Décrivez la femme : couleurs, pose, habits, visage. c. Le mètre choisi est l’alexandrin (vers de 12 syllabes).
Qu’est-ce qui se dégage d’elle ? d. – Rimes des deux premières strophes : abab / abab
c. Cette illustration vous semble-t-elle bien illustrer la (ille-ci-ille-ci / ile-ci-ile-ci).
femme dont parle Fortunio dans le poème ? Justifiez – Rimes des deux dernières strophes : ccd / ede (an-
votre réponse. nées-années- riant / arche-rient- arche).
Les rimes sont riches.
215
1re partie ➜ Étude de textes
La musique de ces vers correspond donc bien au 7 a. Le champ lexical dominant dans les v. 9-13 est
sens du texte : souffrance qui déchire, mais qui va, le champ lexical de la mort (défuntes ; moribond ;
peu à peu, s’apaiser avec le soir. linceul).
5 Dans la deuxième strophe : b. Il est annoncé dans la strophe 1 par les termes
a. Dans le v. 6, on retrouve la même figure de style suivants : le Soir (le soir de la vie est le temps de la
que dans les v. 1 et 8 : une allégorie soulignée par vieillesse qui précède la mort) ; Une atmosphère obs-
l’emploi d’une majuscule (Plaisir). cure... / Aux uns portant la paix (la mort apporte la
b. Les différents GN sont : des mortels la multitude paix de l’âme...).
vile ; le fouet du Plaisir, ce bourreau sans merci ; des c. On entend à la lecture du poème des allitérations
remords ; la fête servile. Ils donnent à voir une foule en « s » , en « ch », en « f » et en « z » (les liaisons) : se
d’hommes méprisables, esclaves du plaisir qui ne pencher les défuntes Années ; sur... du ciel, ... surannées ;
leur apporte que souffrance physique (fouettés par Surgir du fond des eaux ... souriant ; Soleil... s’endormir
un bourreau nommé Plaisir) et morale (remords). sous une arche ; linceul ; ma chère, ... douce... marche.
c. Le poète a ainsi créé une atmosphère sordide, de Ces allitérations font entendre le froissement de
servitude et de violence. l’étoffe du linceul auquel la nuit est comparée au
v. 13.
Féerie nocturne (strophes 3 et 4) L’allitération en « r » (robes surannées ; Surgir...
6 a. Le passage de la strophe 2 à la strophe 3 se fait Regret souriant ; moribond s’endormir... arche ; traî-
par un rejet : Ma Douleur, donne-moi la main ; viens nant à l’Orient ; chère... marche) renforce l’effet
par ici, (v. 8) / Loin d’eux. (v. 9) produit.
Le GN mis en valeur est Loin d’eux. Le poète ex- Quant aux assonances, les sons nasalisés do-
prime ainsi sa volonté de retrouver la paix, la sérénité minent : « ou », « oi », « on » , « un », « eu », « en » ou
dans la solitude, loin des autres mortels. « an », « oin » (Loin d’eux. Vois se pencher les dé-
b. Les deux verbes conjugués (Vois, v. 9 et Entends, funtes... ; balcons ; fond ; moribond s’endormir sous... ;
v. 14) appartiennent au champ lexical de la perception. long linceul traînant ; Entends,... entends la douce).
Ils accompagnent de leur sonorité éteinte l’arrivée
c. Le 1er verbe est complété par les v. 9 à 12 (4 vers) ; le
de la Nuit et de la mort. Les sonorités éclatantes des
2e verbe par les v. 13-14 (2 vers).
voyelles sont recouvertes par ce « linceul sonore »
Pour le 1er verbe sont évoqués les années passées
des sons nasalisés.
et leur souvenir nostalgique qui emplit le poète d’un
Les rimes riches peuvent paraître surprenantes :
doux Regret.
on a d’une part années, d’autre part riant et enfin
Pour le second verbe est évoquée la nuit compa-
arche. Le rapport avec la mort est cependant présent.
rée à un linceul qui recouvrirait le Soleil qui se meurt.
En effet, c’est la mort des Années révolues et qui
d. Le poète emploie une série d’allégories : ne reviendront plus que le poète évoque. Et cette
– les défuntes Années / Sur les balcons du ciel, en robes mort fait sourire le poète car, avec ces années, c’est
surannées : les années sont comparées à des femmes aussi toutes les heures de débauche que le poète a
disparues et habillées de façon démodée ; connues et dont il n’est pas fier, qui disparaissent. Le
– Surgir du fond des eaux le Regret souriant : le regret Regret est souriant car il y a prescription, le temps
est comparé à une créature marine souriante ; des remords est passé. L’arche, quant à elle, par sa
– Le Soleil moribond s’endormir : le soleil est comparé forme d’arc, fait le lien entre le passé et le présent,
à un homme qui se meurt ; entre ce qui a été et ce qui n’est plus.
– la douce Nuit qui marche : la nuit qui se déplace en
8 a. Le dernier vers fait écho à la 1re strophe qui
fait un être vivant.
évoque la tombée de la nuit par l’allégorie du Soir.
Le poète emploie aussi une comparaison : comme
un long linceul. La nuit qui couvre le monde de son b.
obscurité est comparée à un linceul. //////
Enfin, le poète emploie une métaphore : Sur les Entends, ma chère, entends la douce Nuit qui marche.
balcons du ciel. Le ciel est comparé à un palais avec On a une mesure à deux temps : rythme régulier
des balcons. d’une marche inéluctable.
Avec ces allégories et ces images (métaphore et c. Ce qui donne l’impression que ce vers est plus long
comparaison), le poète donne à ses vers une puis- que les autres, c’est :
sance évocatrice qui suscite la vision d’un tableau – d’une part la présence de nombreuses syllabes
grandiose et presque cosmique. muettes qui allongent de fait l’alexandrin (chère ;
216
Séquence 8 ➜ La poésie : émotions et sentiments
douce ; marche). Sans être prononcées, elles font b. Pourquoi cette œuvre porte-t-elle le titre La
entendre, dans le rythme du vers, leur silence qui Couronne ?
prolonge d’autant la « durée de lecture » de ce vers ; c. Qu’évoque pour vous ce tableau ? En quoi il-
– les nombreux accents (au nombre de 6) qui ralen- lustre-t-il le poème de Baudelaire ?
tissent la lecture du vers.
217
1re partie ➜ Étude de textes
– Le mètre utilisé est l’alexandrin, à l’exception du peur ; je n’ose plus ; je vois. Le temps dominant est
vers 5 de chaque strophe qui comporte 3 syllabes. le présent et les verbes conjugués à ce temps expri-
– Les rimes des quatrains sont croisées (ou alternées) ment ce que le je est en train de ressentir au moment
et elles sont toutes différentes. Le dernier vers fait où il parle.
écho à une rime intérieure, puisque derniers mots c. Le sentiment dominant exprimé est la tristesse et
d’une strophe, il constitue les premiers mots de la surtout la crainte.
strophe suivante.
– Chaque strophe s’achève par un point d’excla-
5 a. • Texte B :
mation, révélatrice de la tonalité du poème : – Deux passés composés : j’ai cueilli / est morte (v. 1
l’imploration. et 2), actions révolues qui symbolisent la séparation
d’avec l’être aimé (mort de l’automne et survivance
• Poème B : de cet amour symbolisé par le brin de bruyère) ;
– Une seule strophe de 5 vers. – je t’attends : sorte de « présent éternel » ; l’amou-
– Le mètre utilisé est l’octosyllabe. reux se définit, aujourd’hui et pour le reste de sa vie,
– Les rimes sont : abaab. Deux rimes différentes par cette attente ; c’est donc un présent qui a aussi
dont l’une apparaît 3 fois (-ère). La ponctuation est une valeur de futur ;
absente. – souviens-t’en / souviens-toi : deux impératifs, qui
• Poème C : sont une invitation à ne pas oublier le passé partagé.
– 3 strophes de 4 vers (des quatrains) suivies d’un • Texte C :
vers détaché à la fin du poème. Le temps dominant est le passé composé (j’ai regardé
– Le mètre utilisé est le vers de sept syllabes. et 7 fois, je t’ai vue). Le poète raconte sa rencontre
– Il n’y a aucune logique dans les rimes. Plus que avec la femme aimée, présente partout.
de rimes, il faut parler de la répétition d’une même
expression à sept reprises ( je t’ai vue) en fin des v. 2, b. L’autre temps est le futur de l’indicatif : au 3e vers
3, 4, 9, 10, 11, 12 avec laquelle assone le v. 13 (plus). Les dans le poème B et dans le dernier vers du poème
autres vers sont sans aucune rime. C : Nous ne nous verrons plus sur terre (B) / Je ne te
– La ponctuation est absente. quitterai plus. (C)
L’un dit la séparation dans ce monde-ci, tandis
3 Ce qui donne à chacun des poèmes l’allure d’une que l’autre, au contraire, est la promesse d’une union
chanson est : qui s’inscrit dans l’infini du temps.
– pour le poème A, le retour du cinquième vers très
Le choix des images
court (N’écris pas), vers qui débute également chaque
strophe (mais il est intégré cette fois dans un alexan- 6 Dans le texte A :
drin) et qui encadre donc chacune des strophes en la a. • Les comparaisons :
commençant et en la terminant : il joue le rôle d’un – Les beaux étés sans toi, c’est la nuit sans flambeau
refrain ; (v. 2) : l’amour est la lumière ; quand il ne brille plus,
– pour le poème B, la répétition des mots brin de les beaux étés deviennent aussi sombres qu’une nuit
bruyère et de l’expression (avec une légère nuance) noire.
souviens-t’en, qui devient souviens-toi, crée une mé- – Et frapper à mon cœur, c’est frapper au tombeau
lodie intérieure ; (v. 4) : les sentiments que contient son cœur sont
– pour le poème C, la répétition de l’expression je t’ai morts, comme les morts que contient le tombeau.
vue à 7 reprises prend une allure de ritournelle. – Au fond de ton absence écouter que tu m’aimes, /
On pourra faire écouter aux élèves la version du C’est entendre le ciel sans y monter jamais (v. 8-9) :
poème A chantée par Julien Clerc. une lettre de toi renouvelle la conscience de ton ab-
sence et avive ma douleur.
– Une chère écriture est un portrait vivant (v. 14) :
L’amour et le temps
l’écriture, au-delà des mots, donne existence à l’être
4 Texte A : aimé, à tout ce qu’il est et dont Marceline Desbordes-
a. L’expression répétée est N’écris pas, d’abord au Valmore est séparée.
début de chacune des strophes, insérée dans l’alexan- • Les métaphores :
drin, et ensuite détachée après chaque quatrain en – m’éteindre (v. 1) : le poète se compare à une bougie
un vers de 3 syllabes. Le verbe est à l’impératif. dont la flamme pourrait s’éteindre.
b. Verbes à la 1re personne : je suis triste ; je voudrais – ... j’ai peur de ma mémoire ; / Elle a gardé ta voix...
m’éteindre ; je t’aimais ; j’ai refermé ; je te crains ; j’ai (v. 11-12) : une métaphore qui est une personnifica-
218
Séquence 8 ➜ La poésie : émotions et sentiments
tion. C’est la voix de l’être aimé qui murmure les exacerbée... De 1889 à 1892, il séjourne à Paris, puis
souvenirs que le poète porte en elle. obtient le succès à Berlin. Munch réalise à cette époque
– N’écris pas / Ne montre pas l’eau vive (v. 13) : les mots quelques chefs-d’œuvre, dont Le Cri (1893). Sa concep-
écrits de l’être aimé sont comparés à l’eau vive, à l’eau tion de l’humanité est d’un pessimisme effrayant, résumé
pure d’une source où la vie semble résider. Et cette dans La Danse de la vie (1900), où les êtres se croisent
eau est insupportable car le poète ne peut la boire. sans se voir, chacun perdu dans son angoisse. En 1908,
– ... doux mots... / ... ta voix les répand sur mon cœur à la suite d’une grave dépression, Munch retourne en
(v. 16-17) ; Norvège. Il peint (et photographie) alors de pathétiques
– / ... je les vois brûler à travers ton sourire autoportraits toujours plus expressifs et stridents.
(v. 18) ;
– / ... un baiser les empreint sur mon cœur Suggestion pour une exploitation de ce tableau :
(v. 19) : les mots deviennent une réalité palpable qui a. Étudiez la jeune fille représentée : qu’en voit-on ?
se répand, brûle quand ils se font sourire et laissent Où est-elle ? Que semble-t-elle faire ?
leur empreinte quand ils se font baiser. b. Quelles sont les couleurs dominantes dans ce
b. C’est la seule strophe qui ne contient qu’une seule tableau ? Comment le paysage est-il peint ? Est-il
phrase. naturaliste ?
7 Dans le texte B, le brin de bruyère (la bruyère, co- c. Quelle est l’atmosphère qui se dégage de ce ta-
lorée, est une fleur qui traverse l’hiver sans se faner) bleau ? Justifiez votre réponse.
symbolise la promesse que l’amour va durer au-delà d. Cette peinture vous semble-t-elle bien choisie
de la séparation et que les amoureux se reverront un pour illustrer le poème Les Séparés ? Pourquoi ?
jour dans un autre monde.
8 La répétition de l’expression je t’ai vue à 7 reprises
en fin de vers donne une sonorité très riche et chan-
Je vérifie mes connaissances (p. 215)
tante au poème : ces mots et leurs sons se font écho,
bien plus que ne l’auraient fait de simples rimes. 1 Étudier le rythme du poème
C’est un chant d’amour joyeux et triomphant. La ré-
pétition de la préposition Au au début des v.5 a. Le mètre choisi est l’alexandrin.
à 7 ; de la préposition Dans au début des v. 10 et 12 ; de b. Les rimes sont plates.
de tous au milieu des v. 5, 6, 7 créent des rimes inté- c. Le rythme de l’alexandrin est cassé aux v. 4-7 :
rieures composant les notes de thèmes mélodiques Elle entrait, / et disait : / Bonjour, / mon petit père !
secondaires, qui participent à créer le rythme et l’at- Prenait ma plume, / ouvrait mes livres, / s’asseyait
mosphère de ce poème. Sur mon lit, / dérangeait mes papiers, / et riait,
Puis soudain / s’en allait / comme un oiseau / qui
Et maintenant, concluez passe.
Les accents souvent sur le son « é » soulignent le
u Le poème lyrique prend souvent la forme d’un
rythme sautillant.
dialogue : le poète s’adresse directement à celle
ou à celui à qui il exprime sa joie, son amour, sa • Les enjambements :
souffrance. – du v. 1 au v. 2 : Elle avait pris ce pli dans son âge en-
Le lecteur retrouve dans ces poèmes l’expression fantin / De venir….
aboutie de ses propres sentiments et de ses – du v. 4 au v. 5, du v. 5 au v. 6, du v. 6 au v. 7 :
propres émotions. Elle entrait, et disait : Bonjour, mon petit père ! /
Prenait ma plume, …
…s’asseyait / Sur mon lit…
Sur l’illustration (p. 212) …et riait, / Puis soudain…
w Jeune Fille sur la plage : d. Victor Hugo rend sensible la légèreté et la rapidité
La vie d’Edvard Munch (1863-1944) est marquée très du passage de l’enfant en créant un rythme rapide
tôt par une série de décès familiaux qui vont lui donner et saccadé, miroir de la succession des déplacements
le goût des représentations morbides et notamment de la de l’enfant, par la multiplication des coupes dans
chambre mortuaire : dès 1885, le tableau L’Enfant malade les alexandrins, les enjambements. La ponctuation,
fait scandale. Cette première toile importante illustre les variée (virgules, points virgules ; deux points, point
traits fondamentaux de toute son œuvre : psychologie d’exclamation) rend parfaitement cette légèreté de
morbide, solitude des êtres, synthèse des formes, couleur l’enfant, véritable tourbillon de vie.
219
1re partie ➜ Étude de textes
220
Séquence 8 ➜ La poésie : émotions et sentiments
– La maison s’est mise en boule : la maison est com- Il est mort sans voir le beau temps,
parée à un animal qui se met en boule (un chien, un Qu’il avait donc du courage !
chat, un hérisson…) pour se protéger. Il est mort sans voir le printemps,
– La chienne... / rousseur de flammes : la couleur Ni derrière ni devant.
rousse flamboyante des poils de la chienne fait pen- d. Ce qui donne à ce poème l’allure d’une chanson est
ser à la couleur des flammes. la répétition, avec des variantes, du quatrième vers.
b. Le poète crée une atmosphère « habitée », pai- Ce vers joue ainsi le rôle d’un refrain. On peut faire
sible. Tout est vivant : la saison, la maison, la chienne, écouter aux élèves la version de Georges Brassens.
le temps et les trois premiers sont lovés sur eux- 9 Identifier la forme poétique
mêmes, dans une position de doux repli sur soi. Le
a. Il y a 4 strophes : deux strophes de 4 vers et deux
temps lui-même a sommeil et se protège contre l’ex-
strophes de 3 vers.
térieur en relevant son col. Le temps est suspendu,
dans le silence protecteur du sommeil et de la posi- b. Les deux premières strophes s’appellent des qua-
tion lovée contre une source de chaleur. trains et les deux dernières des tercets.
c. L’ordre des rimes est : abba / abba / ccd / ede
7 Identifier une métaphore
d. Ce poème est un sonnet. Il est régulier.
a. Le titre du dessin est L’Écrivaine.
e. – 1re strophe : Le rêve récurrent d’une femme
b. Il représente une femme assise devant une table inconnue.
en train d’écrire. – 2e strophe : Une femme qui me comprend.
c. On voit des milliers de lettres de l’alphabet conver- – 3e strophe : Son physique et son nom.
ger et recouvrir le crâne de l’écrivaine, telle une che- – 4e strophe : Son regard et sa voix.
velure alphabétique. Le thème du poème est une femme qui vient
Les lettres entourent la tête de l’écrivaine tel un hanter le poète dans ses rêves.
essaim d’abeilles : c’est grâce à cet essaim que naît le f. Le dernier vers comporte une diérèse qui doit
texte que l’écrivaine est en train d’écrire ; il apporte être prononcée pour que le vers ait bien 12 syllabes :
le pollen dont le cerveau de l’écrivaine va faire son inflexi-on.
miel. Ou bien, les lettres, métaphore de l’inspiration,
surgissent de sa chevelure. 10 Étudier un dialogue inattendu
8 Étudier une chanson a. Un miroir parle à une femme. Le poème est
a. Ce texte se présente comme un texte en prose. construit sur la personnification.
Les strophes se présentent comme des paragraphes. b. C’est un poème spirituel. Le poète se moque gen-
b. Il comporte 6 strophes. timent de toutes ces femmes qui passent des heures
c. Le petit cheval dans le mauvais temps, devant leur miroir pour se faire belles et s’admirer.
Qu’il avait donc du courage ! 11 Identifier la situation d’énonciation
C’était un petit cheval blanc, a. C’est le poète Victor Hugo qui s’exprime dans cha-
Tous derrière et lui devant. cune des strophes à travers ce je et cette apostrophe,
Il n’y avait jamais de beau temps proscrit, que l’on peut lire dans le poème. Il dia-
Dans ce pauvre paysage. logue avec lui-même en s’apostrophant, pour tenter
Il n’y avait jamais de printemps, d’échapper à sa nostalgie. Victor Hugo, proscrit, exilé
Ni derrière ni devant. à Jersey, pense à la France dont il se languit et tente
Mais toujours il était content, de « se secouer » en essayant malgré tout de perce-
Menant les gars du village, voir la beauté du mois de mai à Jersey.
À travers la pluie noire des champs, b. « Celui qui interpelle » se trouve physiquement et
Tous derrière et lui devant. en pensées à Jersey. Le proscrit, le je, lui, s’il est physi-
Sa voiture allait poursuivant quement à Jersey est en pensée en France.
Sa belle petite queue sauvage. c. Le proscrit, le je, est mélancolique, nostalgique. Il ne
C’est alors qu’il était content, peut surmonter son déracinement. Il est replié sur ses
Eux derrière et lui devant. souvenirs de France et devient incapable de profiter
Mais un jour, dans le mauvais temps, de la douceur et de la beauté que lui offre autour de
Un jour qu’il était si sage, lui le mois de mai. Un leitmotiv l’habite : Le mois de
Il est mort par un éclair blanc, mai sans la France / Ce n’est pas le mois de mai.
Tous derrière et lui devant. Celui qui apostrophe, par contre, correspond à
221
1re partie ➜ Étude de textes
cette dimension de Hugo qui décide de réagir. Il est sion du temps qui passe : ils sont comme le carillon
ouvert sur le monde et perçoit la gaieté, la beauté et d’une horloge qui accompagnerait le soleil dans son
l’amour présents dans la nature qui l’entoure, même coucher.
si cette nature est anglaise ! b. La femme et la mer :
d. Le premier vers s’adresse au poète exilé. Le type de • Chacune d’elles est annoncée par le présentatif
phrase utilisée est une phrase injonctive, car il s’agit c’est. Ce n’est pas une femme qui apparaît au poète
de faire réagir ce proscrit renfermé sur lui-même et mais la femme, symbole de toutes les femmes, de la
son mal du pays. féminité.
e. Les deux temps utilisés dans les réponses sont le • Chacune apparaît deux fois (cf. question
présent et le passé simple. Présent de la douleur du précédente).
déraciné qui repense à sa vie en France, passé simple • Métaphores et personnification :
du passé révolu vécu en France. – V. 2 et 3 (S’allume une flamme / Et c’est la femme) :
f. Le retour de ces deux vers : Le mois de mai sans la la flamme métaphore de l’amour, et la femme, objet
France / Ce n’est pas le mois de mai, véritable refrain, de l’amour du poète.
donne à ce poème l’allure d’une chanson. – V. 11 (La mer aux bras endormants portant le soleil) :
le coucher du soleil se reflète dans la mer comme si
la mer le portait. La mer est personnifiée, elle a des
Expression écrite (p. 218) bras, c’est une femme (une mère, une amante ?) qui
endort dans ses bras son enfant ou son amant.
– V. 13 et 14 (Rien que la mer ténébreuse et douce /
Créer une page poétique Tombée des étoiles, témoin des mutilations du ciel) :
la mer est une femme mystérieuse, mélancolique et
Observez un poème illustré douce. Elle paraît tombée des étoiles car, comme les
1 La forme poétique étoiles, elle scintille. Elle est le témoin (encore un mot
qui la personnifie) d’une scène terrible : la couleur
a. Il y a 8 strophes et 8 phrases : chaque strophe cor- rouge du soleil couchant fait penser à du sang, le ciel
respond à une phrase. saigne, il est mutilé.
b. Les vers ne sont pas réguliers : un vers 3 de 4 – V. 16 et 17 (Rien que la mer / Les yeux éteints) : le
syllabes, un vers 14 de 15 syllabes et entre ces deux soleil est très bas, plus de scintillements, les yeux
extrêmes des vers de 5, de 6, de 7, de 11 syllabes... On de la mer sont donc éteints (cette image s’oppose à
peut donc parler d’un poème en vers libres. l’image précédente). Le terme yeux renvoie encore à
Il n’y a pas de rimes dans ce poème. Seuls les vers cette image de la mer-femme.
2 et 3 constituent une exception : flamme / femme. La flamme se fait femme, puis la flamme se fait
2 Les thèmes du poème mer, puis la mer se fait femme et, à la fin, la mer
n’est plus que la mer : ces trois figures féminines de
a. Les oiseaux :
l’amour se reflètent et s’interpénètrent dans un jeu
Les oiseaux apparaissent à 4 reprises :
de miroir infini. Et les oiseaux sont, comme un filtre
– au 1er vers (1re strophe) : Les oiseaux apparaissent ; qui, dans le domaine de la photographie, met tantôt
– au v. 7 (3e strophe, 1er vers) : Mais brusquement les en relief un des éléments de l’image, tantôt un autre.
oiseaux réapparaissent ;
– au v. 19 (7e strophe, 1er vers) : Brusquement les oi- c. La flamme :
seaux réapparaissent ; – Dans les v. 2 et 8, la flamme est le sujet des verbes
– au v. 22 (8e strophe, avant-dernier vers) : Les oiseaux s’allumer et s’allonger.
reviennent. – Les mutilations du ciel : « saignements » évoqués
Les oiseaux sont donc, à deux reprises, le sujet du par la couleur rouge du soleil qui se couche.
verbe réapparaître, une fois du verbe apparaître et – La flamme c’est, d’une part, le reflet du soleil cou-
une fois du verbe revenir. chant sur la mer et, d’autre part, une métaphore de
Ils annoncent alternativement l’apparition de la l’amour qui « enflamme » le cœur du poète.
femme ou de la mer, le passage de l’une à l’autre :
ainsi le 1er vers annonce l’apparition de la femme 3 Le poème et son illustration
(v. 3), le v. 7 la vision de la mer (v. 10), le v. 19 la seconde a. Le titre du poème, Contre-jour, signifie que ce que
apparition de la femme (v. 20) et le v. 22 le retour à la le poète voit et décrit est éclairé par une source de
vision de la mer (v. 23). Ils représentent aussi la scan- lumière, qui vient en sens inverse de celui de son
222
Séquence 8 ➜ La poésie : émotions et sentiments
regard. La flamme du soleil qui se couche, devant pas le cas de la situation du poète qui s’y promène
les yeux du poète, l’éblouit et provoque un effet de désormais seul.
contre-jour. On pourra expliquer aux élèves que la jeune
b. On retrouve dans l’illustration les éléments du femme est Élisa, la cousine de Verlaine. Élisa, dont
poème suivants : Verlaine était épris, s’est mariée en 1858. Le poète
– le soleil rougeoyant, présenté sous la forme d’une a passé des vacances chez le couple en 1862, mais a
grande roue en haut du dessin (le terme roue est compris que son amour de jeunesse était condamné.
présent dans le v. 21, même si c’est sous la forme Trois ans après, il revient sur les lieux de ces vacances
négative), composée d’un centre rouge et de termes auxquelles restent attachés des souvenirs à la fois
calligraphiés aux couleurs flamboyantes ; tendres et douloureux.
– le soleil présent sous la forme d’une frise en bas 2 Le titre établit une distance temporelle (trois ans)
du dessin ; entre la promenade mélancolique relatée dans le
– des oiseaux dans le 1er et le dernier élément de la poème et celle du passé qu’elle rappelle.
1re frise ;
3 a. La scène évoquée se situe dans un jardin autre-
– une flamme rouge dans la première frise ;
fois fréquenté par le poète et la destinataire du
– une étoile et un œil dans l’élément détaché du des-
poème.
sin, en bas, à gauche (les yeux reviennent à 2 reprises
dans le poème aux v. 5 et 17, ainsi que le terme étoiles b. La promenade a lieu le matin comme l’indique le
aux v. 14 et 21) ; vers 3 (le soleil du matin).
– les idéogrammes qui constituent le dernier élé- 4 a. Le champ lexical de la nature est fortement
ment de la roue du soleil font penser à une femme : présent dans le poème :
l’islam interdisant la représentation d’êtres humains,
– dans le premier quatrain : les noms jardin, soleil et
c’était la seule façon, pour Koraichi et Akkar, de faire
fleur, ainsi que l’adjectif humide ;
figurer ce thème du poème.
– dans le second quatrain : les noms vigne, eau, tremble ;
Les couleurs flamboyantes de l’intense lumino-
– et dans les tercets : roses, lys, vent, alouette et ré-
sité de ce contre-jour sont bien rendues par le rouge
séda, en dernière position dans le poème.
et le brun « chaud ». L’arrivée de l’obscurité qui peu à
peu va recouvrir cette vision maritime est également b. Le nom fleur au singulier est ensuite précisé par
représentée par cette couleur noire qui est de plus en deux noms au pluriel roses et lys, ce dernier étant
plus présente lorsque le regard se déplace du haut lui-même précisé par deux adjectifs, grands et or-
vers le bas du dessin. La couleur noire peut aussi gueilleux. Ce mouvement de précision croissante
évoquer les éléments du paysage « écrasés » par la donne l’impression que le poète, après avoir consi-
source lumineuse trop intense qui éblouit le poète déré le jardin dans son ensemble, l’observe dans ses
et auprès de laquelle les autres éléments paraissent moindres détails, à l’affût de tout ce qui pourrait
sombres. raviver le souvenir.
On peut donc considérer que cette illustration est 5 a. En évoquant le petit jardin, Verlaine dessine un
bien adaptée au poème même si, pour les Occiden- espace délimité par l’homme, fermé par une porte
taux que nous sommes, il est frustrant de ne pas voir étroite rendant l’accès difficile et compartimenté par
la femme plus précisément représentée. l’avenue.
b. Le jardin est par définition un espace naturel
Évaluation de fin de séquence (p. 222) aménagé par l’homme. Outre la porte et l’avenue, la
tonnelle, les chaises de rotin, le jet d’eau et la statue
de plâtre représentant une Velléda sont autant de
Après trois ans, Paul Verlaine marques de la présence de l’homme, auxquelles
s’ajoutent les fleurs cultivées que sont les roses et
Lecture, langue et communication les lys.
1 a. Le poème est écrit à la 1re personne : Je me suis 6 Verlaine a recours à des personnifications pour
promené. Le pronom Je désigne le poète. évoquer ce petit jardin auquel il est autant attaché
b. Le destinataire du poème n’est pas mentionné, qu’à la personne qu’il lui évoque : la porte étroite qui
mais on devine que le poète s’adresse à la personne chancelle, l’humble tonnelle, le murmure argentin du
qui, avant, a connu avec lui le petit jardin, sans doute jet d’eau, la plainte sempiternelle du tremble, les roses
une femme. Si, dans le jardin, rien n’a changé, ce n’est qui palpitent et les lys qui se montrent orgueilleux.
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Séquence 9 ➜ Un grand écrivain : Victor Hugo
9
e
(p. 224)
qu
Sé
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Séquence 9 ➜ Un grand écrivain : Victor Hugo
1. Hugo romancier (p. 226) – Nymphe (l. 26) : créature surnaturelle, de naissance
divine, qui hante la nature (les eaux, les bois, les
montagnes, la mer…).
Texte A : Esméralda – Bacchante (l. 26) : prêtresse du dieu Bacchus (dieu
du vin et de l’ivresse) qui, sous l’effet d’une sorte
OBJECTIFS PÉDAGOGIQUES d’exaltation proche de l’ivresse, perdait la notion de
l Réinvestir les notions étudiées à propos du por- la réalité, entrait en délire et était alors capable d’ac-
trait et du récit. complir des actes d’une force surhumaine (dépecer
Découvrir des personnages représentatifs des
l un bœuf à mains nues par exemple) ou monstrueux
romans de Hugo. (la reine de Thèbes, qui, dans son égarement, dépeça
son fils qu’elle avait pris pour un bœuf). Le thème de
la bacchante (ou Ménade) en train de danser est très
Présentation des extraits fréquent dans la sculpture grecque.
w Nous avons choisi de présenter dans cette séance deux 2 Cette page décrit le tableau qui s’offre aux yeux
portraits empruntés à Notre-Dame de Paris (voir infra,
de Gringoire : une jeune fille en train de danser.
texte B) pour plusieurs raisons : il s’agit de deux person-
nages mythiques, une jeune danseuse sublime, promise à 3 Apparaissent successivement :
un destin terrible que, par amour, un être disgracié de la – la foule (l. 1) : tous les regards étaient fixes (l. 18) ;
nature va désespérément tenter de sauver. Deux portraits – une jeune fille : elle dansait (l. 2) ;
aux techniques différentes : le premier fait d’un point – Gringoire (l. 4) : il regarde la jeune fille qui danse.
de vue interne (celui de Gringoire, spectateur parmi la
foule), l’autre par un narrateur omniscient qui, dans un Approfondissez votre lecture
retour en arrière, apporte des éclaircissements sur le
Un spectacle
passé du personnage, sur son psychisme.
4 a. C’est le soir : il fait nuit. En effet, le narrateur
fait, à propos de la peau de la danseuse, la remarque
Sur l’œuvre suivante : le jour, sa peau devait avoir ce beau reflet
w Notre-Dame de Paris (1831) doré des Andalouses et des Romaines…(l. 10-11) : ce qui
Ce premier roman de Victor Hugo qui se déroule au suppose qu’il fait nuit.
Moyen Âge a pour cadre la cathédrale Notre-Dame de b. La scène se déroule dans un vaste espace (l. 1), sans
Paris et ses alentours. Il est représentatif de la passion doute une place.
des romantiques pour cette époque et en particulier pour
c. Le seul élément du décor est le feu.
l’art gothique. Victor Hugo, qui a réuni une riche docu-
La danseuse a pour accessoires : un vieux tapis de
mentation, évoque avec réalisme la vie de ce quartier à
Perse (l. 14) et un tambour de basque (l. 20).
l’époque médiévale, associant le sublime et le grotesque :
sublime de la cathédrale, sublime de l’amour, de la pas- 5 a. Regardent la scène : la foule anonyme ; dans
sion et du dévouement, grotesque de la fête des fous, cette foule, Gringoire.
du carnaval, du personnage de Quasimodo. Il oppose le b. La scène est décrite à travers le regard de Gringoire :
prêtre maléfique et pervers Frollo au monstre bienveil- il fut fasciné par cette éblouissante vision (l. 6-7) an-
lant et généreux Quasimodo, protagonistes du drame qui nonce la description qui suit.
entraîne à sa perte la belle Esméralda.
6 Les spectateurs sont en quelque sorte ensorcelés
par une sorte de puissance magique qui les tient
Découvrez le texte sous le charme et à laquelle ils ne peuvent
1 a. – Bariolée (l. 22) : combinaison de deux mots échapper :
d’ancien français, barré et riolé qui signifient tous – fasciné (l. 6) ;
deux « barré », « bigarré ». Cet adjectif qualificatif – tous les regards étaient fixes, toutes les bouches ou-
caractérise un objet décoré de couleurs vives dont le vertes (l. 18-19). Ils sont littéralement bouche bée, ce
rapprochement peut manquer d’harmonie. qui manifeste un étonnement intense accompagné
– Salamandre (l. 25) : petit animal noir, taché de d’admiration.
jaune, dont la peau sécrète un liquide très corrosif.
Au Moyen Âge, on croyait que la salamandre avait la Un personnage envoûtant
faculté de vivre dans le feu, que c’était une créature 7 a. – Cette jeune fille était-elle un être humain, ou
de l’Enfer. une fée, ou un ange ? (l. 3-4) ;
227
1re partie ➜ Étude de textes
– c’était une surnaturelle créature (l. 24) ; 9 a. Les l. 18-24 correspondent à une seule phrase.
– c’est une salamandre, c’est une nymphe, c’est une
b. Une première proposition indépendante évoque
déesse, c’est une bacchante du mont Ménaléen !
les spectateurs, médusés.
(l. 25-26)
Puis on a une longue suite de compléments cir-
Une salamandre : un animal associé au feu, dans
constanciels ou d’adjectifs épithètes détachés, pré-
lequel, croyait-on au Moyen Âge, il était capable de
cédant la chute de la phrase c’était une surnaturelle
vivre ; du coup, animal associé à l’Enfer.
créature (l. 24), qui est ainsi mise en valeur.
Une nymphe : divinité gracieuse, qui habite les
lieux de la nature accueillants aux humains ; souvent c. – tandis qu’elle dansait ainsi : proposition subordon-
courtisée même par un dieu (cf. Daphné et Apollon). née complément circonstanciel de temps (8 syllabes) ;
Une bacchante : représentée souvent dansant – au bourdonnement du tambour de basque / que ses
avec grâce et légèreté sur des bas-reliefs grecs ou deux bras ronds et purs/ élevaient au-dessus de sa tête :
romains. GN, CC (10+7+9 syllabes) ;
b. Tous ces termes appartiennent au champ lexical – mince, frêle et vive comme une guêpe : adjectifs qua-
de la mythologie, des contes : ils développent l’hype- lificatifs, épithètes détachées, (10 syllabes) ;
ronyme surnaturelle créature. – avec son corsage d’or sans pli : GN (9 syllabes) ;
– sa robe bariolée qui se gonflait : GN (10 syllabes) ;
c. Gringoire, défini au départ comme un philosophe – avec ses épaules nues : GN (7 syllabes) ;
sceptique (l. 4-5), un poète ironique (l. 5), est, comme – ses jambes fines / que sa jupe découvrait par mo-
tous les autres, sous le charme : la grâce, la beauté de la ments : GN (4+10 syllabes) ;
danseuse l’ont privé de toute capacité de raisonnement. – ses cheveux noirs : GN (4 syllabes) ;
Contre toute raison, il croit voir une apparition féerique, – ses yeux de flamme : GN (4 syllabes).
celle d’un être appartenant au monde du merveilleux. Le rythme alterne : au début mouvements rapides
8 a. Le portrait occupe deux paragraphes : et plus amples, pour s’accélérer à la fin dans un
– 1er § (l. 8-17) : Une créature ravissante. tourbillon endiablé. La phrase mime la danse légère
– 2e § (l. 18-24) : Une grâce surnaturelle. et virevoltante de la jeune fille en décomposant en
b. Le premier paragraphe fait le portrait physique quelque sorte la vision.
de la jeune fille : son allure générale (Elle n’était pas 10 Gringoire est soumis, saisi, sans pouvoir se dé-
grande, mais elle le semblait, l. 8), puis ce qui attire fendre en recourant au jeu ironique de la distancia-
successivement le regard (sa peau, l. 10 ; Son petit tion, dont il semble coutumier.
pied, l. 11) et, pour finir, ses grands yeux dont l’éclat a – il fut fasciné par cette éblouissante vision (l. 6-7) ;
quelque chose d’inquiétant par son intensité et sa – Autour d’elle tous les regards étaient fixes, toutes les
fulgurance (vous jetaient un éclair, l. 17). bouches ouvertes (l. 18-19) ;
Le deuxième paragraphe nous la montre en ac- – En vérité, pensa Gringoire, c’est une salamandre, c’est
tion : la phrase épouse son tournoiement endiablé. une nymphe, c’est une déesse, c’est une bacchante du
c. Dans le premier paragraphe, Victor Hugo insiste mont Ménaléen ! (l. 25-26).
sur la silhouette de la jeune fille et son rayonnement : 11 a. Le charme est rompu au moment où une pièce...
elle est légère, tout en finesse, belle, précieuse : sa roula à terre, tombée de la natte de la danseuse.
fine taille (l. 8-9), ce beau reflet doré (l. 10), Son petit
b. Toute illusion avait disparu (l. 30) : le retour à la
pied (l. 11), sa gracieuse chaussure (l. 13). Elle brille dans
réalité est immédiat. C’est ce que traduisent la briè-
la nuit : ce beau reflet doré (l. 10), sa rayonnante figure
veté de la phrase et l’emploi du plus-que-parfait, qui
(l. 16), ses grands yeux noirs vous jetaient un éclair
exprime l’achèvement de l’action.
(l. 16-17).
Dans le deuxième paragraphe, Victor Hugo in- 12 Le personnage est décrit de façon méliorative pen-
siste sur tout ce qui lui donne un caractère irréel, dant tout le temps où le charme opère : les termes em-
surnaturel : ployés expriment la grâce, la légèreté, le rayonnement.
– ses deux bras purs (l. 20) ; mince, frêle et vive comme Mais rétrospectivement, cet ange, cette déesse,
une guêpe (l. 21) ; ses jambes fines (l. 23) ; cette nymphe pourrait bien s’apparenter aux sor-
– son corsage d’or (l. 22), sa robe bariolée (l. 22), ses cières, à ces femmes qui ont le pouvoir de jeter des
yeux de flamme (l. 24). sorts, à ces créatures du diable que le Moyen Âge
Fragilité, lumière auxquelles vient s’ajouter le brûlait : l’éclair que jettent ses yeux, ses cheveux noirs,
mouvement : vive comme une guêpe (l. 21), qui se gon- ses yeux de flamme ne sont-ils pas inquiétants ?
flait (l. 22), que sa jupe découvrait par moments (l. 23). Ange ou démon ?
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Séquence 9 ➜ Un grand écrivain : Victor Hugo
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1re partie ➜ Étude de textes
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Séquence 9 ➜ Un grand écrivain : Victor Hugo
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1re partie ➜ Étude de textes
Lignes La bête Lignes Les parties de la bête Aspects de la bête mis en évidence
1 la pieuvre • la multiplicité des tentacules
4 cette araignée
7 la pieuvre 7 • e nroulements plats des courroies • la longueur des tentacules
de la pieuvre
8 • les replis et les croisements de • la puissance de leur étreinte
ce bandage horrible
9 la pieuvre 9 • des huit bras de la pieuvre… • la douleur physique causée par leur contact
12 • deux cent cinquante suçoirs
28-29 • des deux cent cinquante ventouses
30 la pieuvre
31 la bête 31 • sa sixième antenne • le danger d’être totalement emprisonné
33 • la tête
34 • sa bouche anus
37 la bête • l’aspect à la fois monstrueux et élémentaire
38 " de la bête
42 • la viscosité plate • le dégoût physique que suscitent son
47 toute la bête 44 • les deux yeux contact et sa vue
Le nom de Gilliatt est répété quinze fois, le plus 5 a. Tous les détails tendent à montrer que la situa-
souvent en tête de phrase, en fonction de sujet tion de Gilliatt est désespérée :
(anaphore) : Il est dans l’eau jusqu’à la ceinture ; il a du mal à
– Gilliatt avait enfoncé (l. 1) ; Gilliatt était dans l’eau se tenir debout, car ses pieds reposent sur des galets
(l. 5) ; Gilliatt avait sur lui deux cent cinquante suçoirs glissants ; son bras droit est immobilisé ; son torse est
(l. 11-12) ; Gilliatt n’avait qu’une ressource (l. 13) ; Gilliatt
emprisonné dans les replis de la bête.
ne l’ignorait point (l. 20) ; Gilliatt pourtant sentait
croître la succion (l. 28) ; Gilliatt tenait son couteau b. Au début du texte, la métaphore Il était la mouche
(l. 29) ; Gilliatt, saigné au flanc et les bras garrottés, de cette araignée exprime le rapport de force entre
était mort (l. 34-35) ; Mais Gilliatt veillait (l. 36) ; la pieuvre gigantesque qui emprisonne le minuscule
Gilliatt plongea la pointe de son couteau (l. 42). Gilliatt, comme l’araignée une mouche dans sa toile,
Cette répétition systématique du nom du person- pour mieux pomper ensuite la substance de cette
nage, même quand un simple pronom personnel de victime réduite à l’impuissance. En fait cette méta-
3e personne suffirait au sens, est, pour Victor Hugo, phore repose sur une double analogie : la pieuvre
une façon d’imposer la figure de Gilliatt, être de chair est comme une araignée ; Gilliatt est comme une
et de sang, minuscule en face de la pieuvre, réduit à mouche prise dans la toile de l’araignée.
l’état d’une mouche pris dans une toile d’araignée,
mais doté d’une conscience et d’une intelligence qui
Un récit plein de suspense (l. 1-30)
en font un véritable héros, maître de son destin. 6 a.
232
Séquence 9 ➜ Un grand écrivain : Victor Hugo
b. Les trois premiers verbes qui ont la pieuvre pour Le GN une seconde de plus est l’équivalent d’une
sujet appartiennent au champ lexical de l’emprison- subordonnée conditionnelle : si la pieuvre avait dis-
nement, de l’immobilisation. posé d’une seconde supplémentaire, sa bouche anus
c. Le seul verbe dont chacun des deux adversaires se serait appliquée sur la poitrine de Gilliatt. Gilliatt
est sujet est le verbe regarder : regard offensif de la qui aurait été saigné au flanc et dont les deux bras
pieuvre qui va attaquer et qui guette sa proie, regard étaient garrottés serait mort.
de Gilliatt sur la défensive pour parer immédiate- 11 a. Le combat commence à la l. 31 et s’achève à la
ment à l’attaque de la bête s’il veut avoir une chance l. 47 : il occupe en tout 17 lignes dont plusieurs ré-
de sauver sa peau. duites à la demi-ligne. Le récit du combat est donc
d. Tout suggère que la situation de Gilliatt est très bref, notamment le dénouement exprimé dans
désespérée : les deux dernières phrases réduites à quelques syl-
– la disproportion entre les deux adversaires ; labes (4 + 7), scandées par des allitérations (en f pour
– le fait que Gilliatt est en situation instable sur des la première, en t pour la dernière).
galets glissants ; b. Les différents connecteurs qui marquent les péri-
– le fait qu’il est totalement emprisonné dans les re- péties successives sont :
plis des tentacules de la pieuvre et qu’il a donc perdu – En même temps (l. 33), qui marque la simultanéité ;
toute sa liberté de mouvement ; – Une seconde de plus (l. 33), qui marque l’imminence
– la succion des 250 ventouses qui s’accentue. du danger mortel ;
– Mais (l. 36), qui marque l’opposition, source de salut.
7 a. Dans ces trente premières lignes, le temps do- À partir du moment où le poing libérateur s’abat
minant est l’imparfait. Il sert à mettre en place le sur la bête, les actions s’enchaînent sans chronologie
décor, la situation initiale, arrière-plan sur lequel marquée : il n’y a plus de connecteurs, ce qui accen-
vont se dérouler les actions de premier plan (le com- tue l’impression de rapidité.
bat) racontées, elles, au passé simple.
c.
b. On trouve le présent :
Lignes Sujet Verbes
– on sait qu’il en usait (l. 14) ;
– on ne coupe pas les antennes de la pieuvre ; c’est 31-32 La pieuvre détacha
un cuir impossible à trancher, il glisse sous la lame tâcha de saisir
33 avança (vivement la tête)
(l. 17-18) ; 37 (au moment où) elle allait mordre
– Pour la pieuvre comme pour le taureau, il y a un 47 tomba
moment qu’il faut saisir ; c’est l’instant où le taureau
36 Gilliatt veillait
baisse le cou, c’est l’instant où la pieuvre avance la guettait
tête… Qui manque ce joint est perdu… (l. 23-25) ; 37 évita (l’antenne)
– Tout ce que nous venons de dire… (l. 27) 42 plongea (son couteau)
Les verbes sait et venons de dire sont des pré- 44 arracha (la tête)
sents d’énonciation (la dernière expression renvoie
d’ailleurs à un passé proche) qui correspondent au d. Les trois comparaisons :
moment où l’auteur est en train d’écrire l’histoire de – Ce fut comme la lutte de deux éclairs (l. 41) ;
Gilliatt. – d’un mouvement giratoire pareil à la torsion d’un
Tous les autres sont des présents de vérité géné- coup de fouet (l. 43) ;
rale, temps employé dans les passages explicatifs. – il arracha la tête comme on arrache une dent
(l. 44-45) ;
Un combat éclair (l. 31 à la fin) expriment la rapidité extrême du geste (éclairs, coup
8 Le passage au passé simple (détacha, tâcha) et la de fouet, la dent arrachée) et la brutalité, la violence
locution adverbiale tout à coup marquent le début du geste (le fouet, la tête arrachée).
du combat (l. 31). e. Après la longue attente, le suspense créé par tous
9 Le GN viscosité plate (l. 42) désigne la tête de la les détails décrivant la situation de Gilliatt comme
pieuvre, seul point vulnérable de la bête, désignée désespérée, la rapidité du dénouement et de la
aussi par le GN bouche anus (l. 34). victoire de l’homme sur le monstre apportent un
10 Pour rendre plus haletant le récit du combat, soulagement au lecteur.
V. Hugo emploie ici l’indicatif au lieu du conditionnel 12 Gilliatt est un héros car, par sa maîtrise, son cou-
attendu. rage et sa force quasiment surhumaine, il a réussi à
233
1re partie ➜ Étude de textes
accomplir un exploit hors du commun qui illustre la deux scènes éclaire en effet l’ambivalence de Triboulet, la
supériorité de l’intelligence humaine sur la force servilité, la haine et l’amertume du bouffon d’une part et
bestiale. l’amour paternel d’autre part.
w Drame romantique en cinq actes et en vers, Le Roi 7 Plusieurs interjections ponctuent le monologue
s’amuse a été représenté pour la première fois en 1832 à de Triboulet : Ah ! (v. 1), ô (v. 3, 15 et 29), Quoi ! (v. 9), Eh
la Comédie-Française. En faisant du bouffon Triboulet bien ! (v. 30). Dans la scène 2, l’abondance des phrases
un personnage clé de sa pièce, Victor Hugo illustre les exclamatives traduit la violence des sentiments (dé-
principes du drame romantique qui prône le mélange goût de soi, jalousie envers le roi, désespoir) éprouvés
des genres et des tonalités. La nature humaine est ainsi par Triboulet.
représentée dans toute sa complexité ; la succession des 8 a. Le procédé de style est l’hyperbole.
234
Séquence 9 ➜ Un grand écrivain : Victor Hugo
b. Triboulet éprouve pour lui-même un profond variés : il est question du roi (François Ier) dans le
dégoût (v. 17), un sentiment d’abjection (v. 37). Non monologue, alors que Triboulet, Blanche et Dame
seulement il n’accepte pas sa disgrâce physique, ce Bérarde appartiennent à un milieu plus modeste.
corps mal fait (v. 16), mais il méprise aussi son carac- À la différence de la tragédie qui ne met en
tère bien méchant, bien cruel et bien lâche (v. 3), ses présence que des personnages de haut rang,
noirs sentiments qui lui rongent le sein (v. 34) et tout le drame romantique mélange les milieux so-
ce qui fait de lui un esclave du roi, ce fil qui lui tire le ciaux. Il s’agit pour Victor Hugo de ne plus tracer
pied (v. 38). de frontière entre les genres que l’esthétique
classique (xviie siècle), prenant modèle sur le
L’amour paternel théâtre antique, avait dissociés. Le drame roman-
9 a. Le prénom de la fille de Triboulet, Blanche, ainsi tique emprunte à la comédie certaines de ses
que la couleur de sa robe (vêtue de blanc, l. 41) sou- caractéristiques.
lignent sa pureté. u Alors que la scène 2 rappelle les longs monolo-
b. La blancheur de la jeune fille contraste avec de gues de la tragédie exposant les tourments du
nombreuses expressions figurant dans le mono- héros, la scène 3 a la vivacité et la spontanéité
logue de Triboulet : Bien méchant, bien cruel et d’une scène de comédie et les vers s’apparentent
bien lâche (v. 3), Quel excès d’opprobre et de misère ! à de la prose. Ainsi, il est difficile d’entendre le
(v. 8),Tout rempli de dégoût de ma difformité, /Jaloux rythme de l’alexandrin dans l’échange de ré-
(v. 17-18), sombre (v. 19), l’ombre où je soupire (v. 27), pliques suivants : Comme vous êtes bon, mon
ces noirs sentiments (v. 34). père ! (Blanche) Non, je t’aime (Triboulet)».
10 Triboulet manifeste son amour pour sa fille par u Le spectateur est surpris par la rupture de ton
des gestes et des paroles. Il la sert sur sa poitrine avec entre le monologue désespéré de Triboulet et la
transport, selon la didascalie qui ouvre la scène 3, la scène 3 dans laquelle il retrouve sa fille incarnant
regarde d’un œil enivré (l. 4) et lui demande de mettre une pureté en tout point opposée à la vie qu’il
[s]es bras à l’entour de [s]on cou (v. 1). Il lui répète son mène. Il est amené à poser sur le personnage un
amour en recourant à différentes formules syno- nouveau regard. Le bouffon haineux, aux noirs
nymes : Blanche, embrasse-moi bien ! (v. 6), je t’aime, sentiments, capable de calculer quelque affreux
/ Voilà tout. N’es-tu pas ma vie et mon sang même ? / dessein (v. 33), est aussi un personnage positif, un
Si je ne t’avais point, qu’est-ce que je ferais (v. 8, 9 et père affectueux, soucieux du bonheur de sa fille
10). (Es-tu bien ici ?, v. 6).
11 Blanche répond à l’amour paternel par un amour
filial exprimé, comme chez Triboulet par des gestes
et des paroles. À la fin de la scène 2, elle se jette 3. Hugo citoyen engagé (p. 235)
joyeusement dans ses bras (l. 42). Restant ensuite
dans ses bras, elle s’exclame : « Comme vous êtes bon, Discours contre la misère
mon père ! »(v. 7).
12 Dans la scène 2, Triboulet se dit envahi par de OBJECTIFS PÉDAGOGIQUES
noirs sentiments (v. 34), rempli de dégoût (v. 17), de l Poursuivre l’initiation au discours argumentatif.
rancune, d’envie, de fureur (v. 31-32). Il est profondé- l Découvrir la force de l’engagement de Victor Hugo
ment malheureux, comme le souligne le vers 22: en faveur des opprimés.
Mon âme qui sanglote et pleure amèrement.
Dans la scène 3, au contraire, le champ lexical du
bonheur domine dans les didascalies se rapportant à Présentation de l’extrait
Triboulet : avec transport, d’un œil enivré. Le person-
nage, malheureux dans la scène 2, exprime sa joie w Ce texte est l’occasion de découvrir que les textes étu-
dès qu’il voit sa fille : Près de toi, tout rit, rien ne me diés en classe parlent aussi de notre temps, même s’ils
pèse,/ Enfant, je suis heureux, et je respire à l’aise ! (v. 3 datent du xviiie ou du xixe s. Comment ne pas songer,
et 4) en lisant ce discours à l’éloquence si efficace, aux appels
de l’abbé Pierre ? Ce thème de la misère est, en outre, le
thème qui préoccupera Victor Hugo tout au long de sa
Et maintenant concluez vie : la lecture des Misérables, proposée en fin de séquence,
u Le roi s’amuse met en scène des milieux sociaux est à ce titre très instructive.
235
1re partie ➜ Étude de textes
236
Séquence 9 ➜ Un grand écrivain : Victor Hugo
• Dans les § 3 et 4 (l. 18-37), Victor Hugo passe au dis- • Les figures de style :
cours narratif : dans une succession de phrases décla- – une énumération avec gradation des termes em-
ratives, longues, il accumule les détails sordides. Le JE ployés : je ne dis pas diminuer, amoindrir, limiter,
s’efface pour laisser la place aux victimes de la mi- circonscrire, je dis détruire (l. 5-6) ;
sère : des familles entières, un malheureux homme de – une comparaison : la misère est comparée à la lèpre ;
lettres, ON a trouvé une mère et ses quatre enfants… elles ont deux points communs : ce sont deux mala-
– Dans les trois derniers §, le JE fait un retour en force : dies (contagieuses et graves) ; elles peuvent, toutes
je dis, repris en anaphore (l. 38-42), je voudrais repris deux, être guéries (l. 6-9) ;
lui aussi en anaphore (l. 46-53) ; et, pour finir, je vous – deux anaphores : Voulez-vous savoir… ? Voulez-vous
conjure (l. 57). On constate que les phrases de type des faits ? (l. 13-14 et 16-17) ; je ne dis pas… je ne dis
exclamatif se font plus nombreuses : elles traduisent, pas… ; je dis…, je dis… (l. 15-16).
selon le cas, l’émotion ou l’injonction. Victor Hugo anime ainsi son discours, lui donne
b. Victor Hugo interpelle sans cesse son auditoire, du relief, varie le rythme de la phrase, capte et retient
sollicitant son attention, son accord : l’attention de l’auditeur, martèle le mot misère qui est
– d’abord par une simple apostrophe (Messieurs, l. 1) ; omniprésent dans le discours, toujours mis en valeur.
reprise (l. 5) pour accompagner un impératif Remar-
quez-le bien ; 9 Victor Hugo marque une pause :
– puis Victor Hugo, par une question oratoire, stimule – d’abord, chaque fois que l’Assemblée manifeste ;
l’intérêt de ses auditeurs : Messieurs,… voulez-vous – puis pour créer un effet d’attente et de surprise
savoir où elle en est la misère ?, question dont l’effet quand il va commencer à présenter ses exemples : Il y
est renforcé par la mise en relief du GN la misère a dans Paris… (l. 18) En même temps, cela correspond
(l. 13-14) ; question reprise en anaphore : Voulez-vous aussi à un moment d’émotion (Mon Dieu) ;
savoir… (l. 14-15) – enfin, pour suggérer une émotion intense, une
– On retrouve l’apostrophe à la l. 38, quand Victor hésitation, ou ménager l’effet que va produire son
Hugo, après les exemples qui parlent d’eux-mêmes, dernier exemple, particulièrement horrible et sus-
va tirer la conclusion : Eh bien, Messieurs… ceptible de susciter la pitié (l. 32-33).
– Dans le dernier paragraphe (la péroraison), qui
10 Victor Hugo ne s’adresse pas seulement à l’intel-
conclut tout ce qui précède, le dialogue du JE avec
ligence de ses auditeurs. Il s’adresse à leur sensibilité,
le VOUS se fait plus pressant : Vous le voyez, votre
tente d’éveiller chez eux la pitié, la révolte, l’indigna-
générosité, je m’adresse, votre sagesse, je vous conjure,
tion pour les pousser à faire cesser cet état de choses,
songez-y, faites des lois.
à détruire la misère.
8 • Dans les l. 5 à 17, observons la structure des
phrases : Un rassembleur
– deux membres de phrase avec un double paral- 11 a. Victor Hugo suscite d’abord des réactions
lélisme, amorcés tous deux par le sujet la misère : d’hostilité à droite : Réclamations-Violentes dénéga-
La misère est une du corps social tions à droite (l. 4), Nouveaux murmures à droite (l. 6).
maladie On a une réaction favorable sur les bancs de la
comme la lèpre était une du corps hu- gauche : Oui, oui ! à gauche (l. 9).
maladie main ; Après quoi les réactions ne sont plus ni de droite,
la misère peut ni de gauche : elles sont universelles, générales. Les
disparaître réactions hostiles disparaissent. Elles marquent une
comme la lèpre a disparu. émotion : Sensation universelle (l. 12) ; Mouvement
(l. 27 et 43) ; Sensation (l. 36-37) ; Sensation prolongée
– deux phrases exclamatives très brèves : Détruire la (l. 45) ; Mouvement prolongé sur tous les bancs (l. 64-
misère ! Oui, cela est possible ! (l. 9) ; 65). Elles expriment l’approbation : Bravo ! Applau-
– une mise en relief du terme misère (l. 13), par dissements (l. 53) ; C’est vrai ! C’est vrai ! (l. 61)
l’emploi de la forme emphatique : La misère, … vou- L’orateur reçoit les félicitations de ses collègues.
lez-vous savoir où elle en est, la misère ? ; b. Ainsi, à partir du clivage initial gauche/droite (la
– emploi de phrases de type interrogatif (inter- première applaudissant, l’autre conspuant l’orateur)
rogatives oratoires, c’est-à-dire interrogatives de qui marque l’accueil du début du discours, on sent
pure forme auxquelles on n’attend pas de réponse) : l’émotion gagner tous les bancs, pour aboutir à une
l. 13-17. approbation générale, toutes tendances confondues.
237
1re partie ➜ Étude de textes
238
Séquence 9 ➜ Un grand écrivain : Victor Hugo
Le bouquet est caractérisé aussi par un groupe un sentiment ou une émotion profonde (texte
participial, lui aussi épithète détachée, agité par le A, l’amour d’un père ; texte B, la souffrance de la
vent (v. 7). mort d’une fille tant aimée). Les figures de style
c. Le bouquet est comparé à un vol de papillons (v. 10). (métaphores ou comparaisons), les sonorités, le
rythme, les champs lexicaux choisis visent à faire
d. Hugo emploie ici une comparaison :
partager au lecteur les sentiments du poète.
– comparé : le bouquet ; comparant : le vol de papil-
lons ; point commun : blancheur et légèreté ; outil de
comparaison : semble. Sur l’illustration (p. 240)
11 a. Le poète s’adresse à un vous (Voyez, v. 4) qui w Peintre, sculpteur et poète français, Auguste de
peut représenter les amis présents ce jour-là ou, plus Chatillon (1808-1881) fut l’ami de Victor Hugo.
largement, les lecteurs avec qui il veut partager ce
moment d’émerveillement. Suggestion pour une exploitation de ce tableau :
b. Ce tableau dégage une impression féerique, mer- 1. À quelle occasion ce tableau a-t-il été peint ? Quel
veilleuse : un moment d’exception. âge a alors Léopoldine ?
2. Quels sont les éléments du décor ?
Texte B : Un hommage funèbre 3. Qu’est-elle en train de lire ?
12 Verbes dont le poète est sujet :
4. Décrivez rapidement la jeune fille (posture, cos-
Je partirai (v. 2) ; J’irai (v. 3, 2 fois) : Je ne puis (v. 4) ; Je tume, coiffure, visage).
marcherai (v. 5) ; Je ne regarderai (v. 9) ; j’arriverai (v. 11) ;
je mettrai (v. 11).
a. Le temps dominant est le futur. 4. Hugo poète (p. 241)
b. Ils appartiennent presque tous au champ lexical
de la marche.
Texte C : L’Expiation
13 Le poète exprime son deuil :
a. par l’emploi de termes qui expriment sa souf- Présentation des poèmes
france : Je ne puis (v. 4) ; triste (v. 8) ;
w Les textes C et D permettent d’évoquer le poète épique
b. par l’emploi de termes et expressions qui expri- que fut Victor Hugo , mais aussi le poète engagé : l’admi-
ment le repli sur soi : rateur de Napoléon Ier et le défenseur du peuple et des
– les yeux fixés sur mes pensées (v. 5) ; opprimés. Le texte C évoque la fin d’un mythe (la retraite
– les épithètes détachées : Seul, inconnu, le dos courbé, de Russie), et le texte D (cf. infra) fait vivre l’enfant hé-
les mains croisées (v. 7) ; roïque, qui rappelle le personnage de Gavroche.
– les formes négatives, l’anaphore de sans : Sans rien
voir au-dehors, sans entendre aucun bruit (v. 6) ; Je ne
regarderai ni… Ni… (v. 9-10) ; Découvrez le texte
– la comparaison : … et le jour pour moi sera comme Une armée en déroute
la nuit. (v. 8).
1 a. b. c. – Pour la première fois l’aigle baissait la tête
14 Le poète s’adresse à une morte, à sa fille (v. 2) : l’aigle est l’emblème de l’armée impériale. Le
Léopoldine, qui repose au cimetière de Harfleur. Le vers signifie que c’est la première défaite de l’armée
poème est daté du 3 septembre 1847 : il est écrit à la napoléonienne. Il s’agit ici d’une métonymie : l’aigle,
date anniversaire de la tragédie. Le poème est l’affir- enseigne, se substitue à l’armée.
mation que, au-delà de la mort, Léopoldine reste vi- – Hier la grande armée, et maintenant troupeau
vante pour son père : ce lien d’amour qui liait le père (v. 8) : le GN la Grande Armée était une des façons
et la fille ne saurait être brisé. Elle est vivante pour de désigner l’armée napoléonienne du temps de sa
l’éternité : c’est ce que symbolise le bouquet de houx splendeur, lorsqu’elle remportait victoire sur victoire.
vert et de bruyère en fleur, deux végétaux qui ne fa- Le vers est construit sur une antithèse qui traduit
nent pas, qui sont persistants. bien cette idée d’une débandade où les hommes
n’ont même plus figure humaine, où toute discipline
Et maintenant, concluez a disparu : de la splendeur à la décomposition.
u La poésie lyrique est la poésie de l’émotion et 2 Termes qui appartiennent au champ lexical de
du sentiment : les poèmes proposés expriment l’hiver : Il neigeait (v. 1, 5, 10, 18) ; L’âpre hiver fondait en
239
1re partie ➜ Étude de textes
avalanche (v. 5) ; Après la plaine blanche une autre – angoisse devant une immensité déserte et incon-
plaine blanche (v. 6) ; gelés (v. 12) ; blancs de givre (v. 13) ; nue : sur le verglas, dans des lieux inconnus (v. 19) ; La
mêlés aux flocons blancs (v. 15) ; la glace (v. 17) ; Il nei- solitude vaste, épouvantable à voir (v. 24) ;
geait, il neigeait toujours ! La froide bise / Sifflait ; sur – le manque de pain et de chaussures : On n’avait pas
le verglas… (v. 18-19) de pain et l’on allait pieds nus (v. 20).
C’est le « général hiver » qui a vaincu la Grande • Termes qui appartiennent au champ lexical de la
Armée (cf. l’article d’ Alain Rey sur le sens de l’expres- mort : Les blessés s’abritaient dans le ventre / Des
sion c’est la Bérézina, manuel p. 120). chevaux morts (v. 10-11) ; On voyait des clairons à
3 Dans les v. 1 à 21, observons les verbes conjugués leur poste gelés / Restés debout, en selle et muets…
qui figurent soit en tête de vers soit dans le premier (v. 12-13) ; Ce n’étaient plus des cœurs vivants (v. 21) ;
hémistiche : Une procession d’ombres... (v. 23) ; un immense linceul
a. Il neigeait (v. 1) ; Il neigeait. (v. 5) ; On ne connaissait (v. 27).
plus… (v. 7) ; On ne distinguait plus… (v. 9) ; Il nei- Le poète crée ainsi une atmosphère d’angoisse et
geait (v. 10) ; On voyait des clairons… (v. 12) ; (Boulets, suscite, chez son lecteur, une immense pitié.
mitraille, obus…) / Pleuvaient ; (les grenadiers…) / 6 a. Victor Hugo a choisi l’alexandrin.
Marchaient pensifs… (v. 15-17) ; Il neigeait, il neigeait b. L’expression il neigeait rythme la progression du
toujours ! (la froide bise) / Sifflait (v. 18-19) ; On n’avait poème.
pas de pain… (v. 20) ; Ce n’étaient plus… (v. 21). c. Au vers 23, on doit faire la diérèse de processi-on,
Tous ces verbes sont à l’imparfait : ils décrivent sinon il manque une syllabe au premier hémistiche.
une situation désastreuse dont on ignore quand elle
d. Rejets et enjambements :
prendra fin et comment. Le regard qui se porte sur le
– aux v. 10-11 : dans le ventre / Des chevaux morts ;
tableau qu’offre la Grande Armée en déroute est lui
rejet qui fait ressortir l’horreur de la situation ;
aussi inscrit dans la durée.
– aux v. 11-14 : au seuil des bivouacs désolés / On voyait
b. Certains de ces verbes appartiennent au champ des clairons à leur poste gelés / Restés debout, en selle
lexical de l’hiver (neigeait, sifflait) ; d’autres sont des et muets, blancs de givre / Collant leur bouche en
verbes de perception (connaissait, distinguait, voyait) ; pierre aux trompettes de cuivre ( trois enjambements
enfin certains évoquent le sort des soldats (pleu- qui donnent l’impression qu’on ne peut pas détacher
vaient, marchaient, on n’avait plus, ce n’étaient plus). son regard de ces hommes immobilisés par la glace
c. Les verbes qui évoquent la réalité hivernale et et la mort dans une position qui pourrait faire penser
ceux qui évoquent les faits militaires (pleuvaient, qu’ils sont encore en vie) ;
marchaient) sont à la forme affirmative. Les verbes – Pleuvaient (v. 16) mis en relief par le rejet, de même
de perception (sauf on voyait, v. 12) sont à la forme que Marchaient pensifs (v. 17), Sifflait (v. 19), Partout
négative, ainsi que les verbes qui évoquent le dénue- apparaissait (v. 25).
ment et l’état de morts-vivants des soldats. e. Après la plaine blanche une autre plaine blanche.
d. La plupart de ces verbes ou bien sont impersonnels (v. 6)
(il neigeait), ou bien ont pour sujet le pronom indé- Pour cette immense armée un immense linceul. (v. 27)
fini on. Seuls les projectiles (boulets, mitraille, obus), Les deux vers ont une structure identique : un
les grenadiers et la brise sont des sujets déterminés. même GN qui apparaît d’abord sous forme d’un
e. Le poète a ainsi voulu évoquer le grand troupeau groupe prépositionnel (Après la plaine blanche, Pour
anonyme des soldats. Dans cette masse informe se cette immense armée) repris ensuite sans préposi-
distinguent seulement les grenadiers, soldats d’élite tion, à l’identique au v. 6 et en substituant linceul à
qui formaient la garde rapprochée de l’empereur. armée au v. 27. Cela crée une impression d’infini.
Par contre, la brise et la pluie de projectiles sont des 7 Dans les v. 1 à 10 :
adversaires bien identifiés qu’aucun ne peut ignorer. a. À l’exception des v. 1, 4, 5 et 10, chaque vers corres-
4 Le poète emploie deux métaphores qui donnent à pond à une phrase complète.
cette évocation un caractère fantastique : C’était un b. Dans les v. 3 à 6, on observe une assonance en -an-.
rêve errant dans la brume, un mystère, / Une proces-
c. En lisant à haute voix, on remarque que le plus
sion d’ombres sous le ciel noir. (v. 22-23)
souvent l’accent tonique est porté par la syllabe -en-
Une marche funèbre (-an-).
5 • Termes qui appartiennent au champ lexical de 8 a. Le rythme du poème évoque la marche lourde
la souffrance : et accablée des survivants.
240
Séquence 9 ➜ Un grand écrivain : Victor Hugo
241
1re partie ➜ Étude de textes
b. Le v. 23 est construit sur une antithèse entre les utilise des figures de style (métaphores et com-
deux adjectifs qualificatifs épithètes : ignorante et paraisons, anaphores…) qui donnent une dimen-
sublime. Le discours habituel de Victor Hugo, c’est de sion presque fantastique au récit.
dénoncer l’ignorance génératrice de tous les maux. – Dans l’évocation de l’enfant, le récit est au
Mais ici, l’âme de l’enfant a gardé en quelque sorte contraire, dans la première partie, très sobre et
sa naïveté originelle, la candeur de sa naissance. Il est événementiel : seul l’arrière-plan (le sang, l’exécu-
resté pur, ignorant de toutes les bassesses humaines. tion, les mourants) crée une tension qui prend un
Il a gardé une noblesse naturelle : il a, au sens étymo- caractère épique avec la réapparition de l’enfant
logique, une nature généreuse. On peut aussi com- qui, fièrement, rejoint le mur où ses compagnons
prendre Ton âme (bien qu’) ignorante est sublime. ont été exécutés. Sa simple parole Me voilà lui
confère une dimension héroïque, donc épique.
6 a. Dans la seconde partie, le poète emploie des mé-
Vers Adjectifs qualificatifs Noms qu’ils qualifient taphores (l’ouragan qui passe, v. 20 ; dans le fond
de l’abîme, v. 24), des hyperboles (sublime, v. 23 ;
2 coupable sang
pur sang superbe, v. 28) pour dire, à l’enfant, son admiration.
13 grossier piège
16
17
pâle
fier
l’enfant
"
Sur l’illustration (p. 242)
19 stupide mort w Jean-Louis Ernest Meissonier (1815-1891) est un
23 ignorante ton âme peintre et dessinateur français qui se spécialisa dans la
sublime ’’
24 bon et brave tu représentation de scènes de la vie militaire.
28 superbe et vaillant l’enfant
29 permis jeux Suggestion pour une exploitation de ce tableau :
30 sombre mur 1. Cherchez dans votre manuel d’histoire ce qu’est la
campagne de France.
Sur 14 adjectifs, 8 caractérisent l’enfant. 2. Observez le tableau : premier plan, arrière-plan, élé-
b. L’enfant incarne la fierté (fier, superbe), le courage ments du paysage, les personnages… Ce tableau est-il
(brave, vaillant), la vertu (bon), la noblesse d’âme réaliste ou non ? Justifiez votre réponse.
(sublime). Seule sa pâleur peut trahir son émotion.
242
Séquence 9 ➜ Un grand écrivain : Victor Hugo
– La strophe 8 est seule à être constituée de On fera « écouter » aux élèves les assonances et
décasyllabes. les allitérations, nombreuses et différentes selon les
– De la strophe 9 à la strophe 15, le vers perd à chaque strophes.
strophe une syllabe, revenant ainsi aux deux syllabes f. Victor Hugo décrit la naissance, puis le déchaîne-
initiales. ment, puis l’extinction d’une tempête.
d. Le champ lexical du bruit : 2 Documentez-vous
– strophe 1 : Ø ;
– strophe 2 : naît un bruit ; elle brame ; w L’existence des Djinns est bien antérieure à l’islam :
– strophe 3 : la voix plus haute ; semble un grelot ; en c’étaient des génies plus ou moins redoutables (compa-
cadence ; rables aux ’ifrits ; voir certains Contes des mille et une
– strophe 4 : la rumeur approche ; l’écho ; comme la nuits), qui furent sans doute l’objet d’un culte et furent
cloche ; comme un bruit de foule qui tonne et qui ensuite considérés comme des êtres divins. Pour les
roule, s’écroule, grandit ; musulmans, les Djinns sont des êtres formés de feu, in-
– strophe 5 : la voix sépulcrale des Djinns ; quel bruit visibles aux yeux des hommes, créés par Dieu comme les
ils font ! ; anges et les hommes. Les Djinns hantent de préférence
– strophe 6 : l’essaim des Djinns… tourbillonne en sif- certains lieux : les grottes, les ruines, les puits… Ils sont
flant ; les ifs craquent ; surtout redoutables à la tombée de la nuit. Des talismans
– strophe 7 : quel bruit dehors ; permettent de les mettre en échec, notamment des versets
– strophe 8 : cris de l’enfer ; voix qui hurle et qui pleure ; du Coran que l’on suspend à son cou ou bien qui sont
la maison crie… ; cousus dans les vêtements. Les Djinns peuvent être dési-
– strophe 9 : … l’ongle de leurs ailes / Grince et crie… ; gnés par les mots ’ifrits ou génies.
– strophe 10 : leurs pieds / Cessent de battre ma porte /
De leurs coups multipliés ; un bruit de chaînes ;
– strophe 11 : Le battement décroît / Si confus…, /Si
faible, que l’on croit / Ouïr la sauterelle / Crier d’une
voix grêle, / Ou pétiller la grêle ; Expression écrite (p. 247)
– strophe 12 : D’étranges syllabes nous viennent encor ;
Quand sonne le cor ; / un chant… s’élève ;
– strophe 13 : leur essaim gronde ; Ainsi… murmure Découvrir Les Misérables
une onde ; Nous nous contenterons de donner quelques pistes.
– strophe 14 : ce bruit vague / Qui s’endort /… C’est la
1 Le personnage de Jean Valjean
plainte / Presque éteinte ;
– strophe 15 : Efface / Le bruit. a. Victor Hugo commence par présenter Mgr Myriel,
Au fil des strophes, le bruit enfle peu à peu pour l’évêque de Digne dans le livre I de la première partie,
décroître et s’éteindre, en suivant exactement l’al- intitulé « Un juste ». Puis, Jean Valjean fait son ap-
longement ou le raccourcissement des vers. parition dans les premières pages du livre II, intitulé
« La chute » (celle de Jean Valjean, qui vole les chan-
e. Les strophes sont construites sur trois rimes ; leur
deliers de l’évêque, puis commet son dernier larcin,
disposition est la même dans toutes les strophes :
une pièce volée à Petit-Gervais, un petit ramoneur
abab ccc b. Les rimes a et c sont féminines.
qui a croisé son chemin). Victor Hugo adopte, pour
La succession des trois rimes c correspond sys-
le décrire, le point de vue externe : nous le voyons en
tématiquement à l’évocation d’un bruit ou d’un
train de monter la rue de Digne, observé par les rares
mouvement de plus en plus violent (strophes 1 à
habitants qu’il croise, essayant en vain de trouver
8), puis qui s’atténue de plus en plus (strophes 8 à
un lieu pour manger et dormir, repoussé de partout.
15) : grise, brise, brise ; brame, âme, flamme ; s’élance,
Il aboutira finalement à la table de Mgr Myriel, ren-
cadence, danse ; foule, roule, s’écroule ; lampe, rampe,
contre qui va opérer chez lui une révolution et le
rampe ; rapide, vide, livide ; descellée, mouillée, rouil-
changer, pour le restant de ses jours, en apôtre du
lée ; penchée, arrachée, séchée ; fidèles, étincelles, ailes ;
Bien.
chaînes, prochaines, chênes ; sauterelle, grêle, grêle ;
grève, s’élève, rêve ; gronde, profonde, onde ; plainte, b. Les étapes de sa vie
éteinte, sainte ; passe, espace, efface. – Ses vingt-cinq premières années :
La rime masculine qui clôt chaque strophe fait Né dans une famille pauvre, orphelin très jeune, il
écho au premier vers de la strophe et clôt de manière est élevé par sa sœur aînée qui reste veuve avec sept
nette chacune des évocations. enfants. Jean Valjean, alors âgé de 25 ans, émondeur
243
1re partie ➜ Étude de textes
de son métier, soutient à son tour sa sœur. Mais à l’hi- digne : celui d’un saint. Se précipitant au domicile
ver 1795, il se retrouve sans travail : plus de pain pour du vieillard, Cosette et Marius le trouvent mourant :
nourrir les enfants ! Il vole alors un pain : il est pris en il a la joie, avant de rendre son dernier soupir, d’être
flagrant délit. Déclaré coupable, il est condamné à reconnu pour ce qu’il est et de sentir intact l’amour
cinq ans de galère. de Cosette pour lui.
– Le bagne : c. Javert a connu Jean Valjean au bagne.
Le 22 avril 1796, il part pour le bagne de Toulon. Il apparaît à Montreuil-sur-Mer (Première partie,
Il y reste 19 ans, sa peine ayant été prolongée à livre VI), où il arrête Fantine, pauvre fille séduite et
chacune de ses tentatives malheureuses d’évasion. abandonnée, qui se prostitue pour pouvoir payer la
En octobre 1815, il est libéré. « Il était entré là en 1796 nourrice de sa fille Cosette. Javert est décrit comme
pour avoir cassé un carreau et pris un pain… Il y était « impassible », doté d’une « conscience sévère », repré-
entré désespéré ; il en sortit sombre. » sentant de l’ordre, décidé à punir cette « prostituée
– Monsieur Madeleine : qui avait attenté à un bourgeois ». Implacable, taxé
Sous l’identité de M. Madeleine, il crée une entre- par Hugo de cœur de bois, il reste frappé de stupeur
prise de verroterie et devient maire de Montreuil- quand M. Madeleine, monsieur le maire en personne,
sur-Mer, où il fait le Bien. Pour sauver un pauvre à qui Fantine vient de cracher au visage, lui donne
malheureux que l’on prend pour l’ancien bagnard l’ordre de la relâcher. Son visage peut prendre « une
qu’il était et qui va être condamné pour un vol qu’il expression d’autorité souveraine, …d’autant plus ef-
n’a pas commis, Jean Valjean révèle qui il est. Il dis- frayante que le pouvoir se trouve placé plus bas, féroce
paraît alors et accomplit la promesse qu’il a faite à chez la bête fauve, atroce chez l’homme de rien. » Sa
Fantine (qui se meurt) d’aller chercher sa fille Cosette devise : « J’obéis à mon devoir. »
chez les Thénardier, un couple d’aubergistes chez V. Hugo (Première partie, livre VI, ch. 2) s’at-
qui elle l’a mise en nourrice. Huit ans se sont écoulés tarde un peu sur le portrait du personnage : « cette
depuis sa sortie du bagne. conscience droite, claire, sincère, probe, austère et fé-
– Caché à Paris avec Cosette : roce… ; la rudesse naïve et froide d’un homme qui n’a
Pendant neuf ans, réfugié avec Cosette à Paris, Jean jamais été doux et qui a toujours été patient ; incor-
Valjean, sous le nom de Fauchelevent, mène une vie ruptible. » Il précise plus loin : « Javert était un carac-
de petit-bourgeois, entourant Cosette de toute sa tère complet, ne laissant faire de pli ni à son devoir, ni
tendresse, mais toujours sur ses gardes, changeant à son uniforme ; méthodique avec les scélérats, rigide
de domicile, car l’inspecteur Javert est plusieurs fois avec les boutons de son habit. » Lorsqu’il se rend à
sur le point de l’arrêter : sans succès. l’hôpital, où il sait qu’il trouvera M. Madeleine, pour
– Les amours et le mariage de Cosette : l’arrêter, Hugo le compare à un démon : « Le contente-
Malgré sa jalousie à l’égard de Marius, un jeune ment de Javert éclata dans son attitude souveraine. La
étudiant dont Cosette est tombée amoureuse, Jean difformité du triomphe s’épanouit sur ce front étroit. Il
Valjean lui sauve la vie lors des émeutes de 1832, en était la vénération de toute autorité. »
s’enfuyant par les égouts, portant le jeune homme Les deux hommes se retrouveront sur une barri-
blessé sur son dos pour le ramener chez son grand- cade : confié à la garde de Jean Valjean par les insurgés,
père. Le même jour, il épargne l’inspecteur Javert, Javert va être libéré par celui qu’il a inlassablement
confié à sa garde par les insurgés : celui-ci se suicide, poursuivi. Javert ne comprend pas : « Vous m’ennuyez.
délivrant ainsi définitivement Jean Valjean de ses Tuez-moi plutôt. » Déstabilisé peu à peu, gagné par
poursuites. l’admiration pour un forçat, il finit par se suicider.
Le 16 février 1833, Cosette épouse Marius en pré- d. Jean Valjean aide successivement :
sence de Jean Valjean qui s’éclipse au moment du – sa famille, en l’occurrence sa sœur veuve et ses sept
repas de noce. enfants ;
Dès le lendemain, il révèle à Marius sa véritable – le père Fauchelevent qu’il sauve de la mort en sou-
identité, son passé de bagnard : « Je suis un galérien levant à la force de ses reins la voiture qui était en
qui obéit à sa conscience », lui dit-il pour expliquer sa train de l’écraser ;
révélation. – Fantine qu’il arrache à Javert ;
– La mort de Jean Valjean : – Champmathieu, qu’il sauve d’une condamnation
Les relations entre Jean Valjean et Cosette se au bagne inévitable en révélant que c’est lui-même
distendent, Marius ne souhaitant pas qu’elles se qui est Jean Valjean ;
poursuivent jusqu’au jour où Marius découvre le – Cosette qu’il va arracher aux Thénardier qui la
vrai visage de celui qui s’est présenté comme in- martyrisent ;
244
Séquence 9 ➜ Un grand écrivain : Victor Hugo
– Marius qu’il sauve de la mort en le transportant sur pouvoir récupérer de l’argent, comme les Thénardier
son dos dans les égouts ; (délateurs, calomniateurs, bourreaux d’enfants…). Il
– Javert qu’il relâche. est donc urgent, comme le montre l’exemple de
M. Madeleine, maire de Montreuil-sur-Mer, d’assurer
2 Les figures d’enfants
des salaires décents aux ouvrières, de les soigner, de
a. Le lecteur découvre Cosette et Gavroche lorsque faire respecter les droits des plus faibles…
Jean Valjean se rend à Montfermeil : les Thénardier
ont un petit garçon, de moins de 3 ans, que sa mère c. Les réponses à toutes les questions précédentes
n’aime pas et délaisse. Quant à Cosette, nous la permettent de comprendre la citation.
découvrons, âgée de huit ans et demi, un œil poché,
terrorisée à l’idée qu’on va l’envoyer chercher de
l’eau, de nuit, à la source, dans la forêt. Sur les illustrations (p. 250-251)
b. Les deux enfants connaissent une enfance mal-
Elles permettent de rendre sensible l’extraordinaire
heureuse, l’un parce que sa mère ne l’aime pas, l’autre
destinée des Misérables et des personnages de ce
parce qu’elle est maltraitée systématiquement. Tous
roman :
deux vont, dans des circonstances différentes, venir
habiter Paris : Cosette y connaîtra une vie heureuse, Par ordre chronologique :
entourée de l’affection de Jean Valjean ; Gavroche y – Peinture de L.-A. Willette : contemporaine du
vivra comme un moineau de Paris, gamin des rues, roman, cette peinture représente la barricade de
heureux, à sa façon, débrouillard, totalement aban- la rue du Cloître-Saint-Merri : au premier plan,
donné de ses parents. Gavroche qui brave les balles, récoltant des muni-
c. Cosette épousera l’homme qu’elle aime, petit-fils tions, et se détache, bien frêle, sur le fond constitué
d’un grand bourgeois ; Gavroche mourra en chantant de la barricade et des corps des gardes nationaux
sur une barricade. tués par les insurgés.
d. Personne ne peut oublier la petite fille fascinée – Illustration de F. Poulbot : cet illustrateur, spécialisé
par la belle poupée exposée dans une baraque de la dans le dessin de gamins des rues (début du xxe s.),
fête de Noël, sa terreur dans la forêt, son bonheur qui traduit ici la petitesse de Cosette perdue, avec un
se construit peu à peu ; personne ne peut oublier ce seau trop grand et trop lourd pour elle, au milieu
gamin courageux, généreux, capable de se porter au d’une forêt dont les arbres prennent des allures
secours de plus petit que lui, défiant la mort, ayant effrayantes.
toujours le mot pour rire. Ils sont tellement vivants,
tellement vrais… – Couverture pour Les Grands Romans illustrés : cette
couverture d’une publication populaire de 1947 cor-
3 L’arrière-plan historique et social respond à l’épisode La fin de Javert. Dessin à grands
a. À l’occasion des funérailles du général Lamarque traits, dans un camaïeu de rouges et de bruns évo-
(député de l’opposition républicaine), se déclencha, quant à la fois le monde souterrain de l’égout et le
en juin 1832, la première insurrection républicaine de sang de la barricade. Jean Valjean ploie sous le poids
la monarchie de Juillet. C’est lors de cette insurrec- de Marius, blessé, bras et jambes pendantes, car
tion que Jean Valjean sauve Marius : les insurgés, re- inconscient.
tranchés rue du Cloître-Saint-Merri furent en grande – Images du film tourné en 1958 avec Jean Gabin
partie massacrés par la garde nationale. C’est cet dans le rôle de Jean Valjean : un plan d’ensemble, où
épisode que raconte Hugo. l’on voit Cosette sauvée de l’angoisse par l’arrivée de
b. Dans Les Misérables, Victor Hugo montre que la mi- cet homme, en tenue d’ouvrier, qui lui prend le seau
sère est la mère de tous les maux : elle conduit à voler des mains : tout se passe dans l’échange des regards ;
pour manger, à se prostituer pour pouvoir assurer scène d’une grande intensité dramatique, quand
la garde de son enfant, à abandonner à eux-mêmes M. Madeleine (en plan rapproché) dévoile sa véri-
de jeunes enfants, à se livrer à tous les vices pour table identité devant un tribunal éberlué.
245
2e partie ➜ Les outils de la langue
246
1 ➜ Les classes de mots
5 a. Complétez ces phrases avec des préposi- sa proie ne lui échappe guère et il revient presque
tions ou des locutions prépositives. toujours à la surface avec un poisson en travers de
1. Depuis le collège jusqu’à la piscine, il y a deux son bec. Pour l’avaler, il fait un singulier manège : il
kilomètres. jette en l’air son poisson et il a l’adresse de le rece-
2. Sophie cherche des arguments pour convaincre voir la tête la première de manière que les nageoires
ses parents de la laisser sortir. se couchent au passage du gosier, tandis que la peau
3. Avec toi, la bonne humeur est revenue dans la membraneuse qui garnit le dessous du bec se prête
maison. et s’étend , autant qu’il est nécessaire, pour admettre
4. Au-dessus de leur tête, se formaient des nuages et laisser passer le corps entier du poisson.
menaçants. – Le premier et coordonne deux propositions su-
5. J’irais bien au cinéma avec vous. bordonnées conjonctives (Comme le cormoran peut
rester longtemps plongé et qu’il nage…).
b. Relevez les groupes prépositionnels, donnez – Le deuxième et coordonne deux propositions prin-
leur nature et leur fonction. cipales (sa proie ne lui échappe guère et il revient…).
1. Depuis le collège : GN, complément circonstanciel – Le troisième et coordonne une proposition indé-
de lieu ; jusqu’à la piscine : GN, complément circons- pendante (il jette en l’air son poisson) et une propo-
tanciel de lieu. sition principale (il a l’adresse de le recevoir la tête la
2. pour convaincre ses parents : groupe infinitif, com- première).
plément circonstanciel de but ; de la laisser sortir : – Le quatrième et coordonne deux verbes (se prête
groupe infinitif, COS de convaincre. et s’étend).
3. Avec toi : groupe pronominal, complément cir- – Le cinquième et coordonne un verbe et une locu-
constanciel d’accompagnement ; dans la maison : GN, tion verbale (admettre et laisser passer).
complément circonstanciel de lieu.
c. Relevez les subordonnées introduites par
4. Au-dessus de leur tête : GN, complément circons-
tanciel de lieu. des conjonctions ou locutions conjonctives de
5. au cinéma : GN, complément essentiel de lieu de subordination.
irais ; avec vous : groupe pronominal, complément Comme le cormoran peut rester longtemps plongé ;
circonstanciel d’accompagnement. qu’il nage sous l’eau avec la rapidité d’un trait ; de
manière que les nageoires se couchent au passage du
6 Recopiez ces phrases. Entourez les conjonc- gosier ; tandis que la peau membraneuse [qui garnit
tions de coordination. Soulignez les conjonctions le dessous du bec] se prête et s’étend, [autant qu’il est
de subordination et mettez entre crochets les nécessaire,] pour admettre et laisser passer le corps
subordonnées. entier du poisson ; autant qu’il est nécessaire.
1. Nous irons à la plage [puisque la mer est calme] d. Quelle est la nature des mots en gras ? Relevez
et [que le soleil n’est pas trop chaud]. les mots qu’ils introduisent et précisez leur nature.
2. [Depuis qu’il est au collège], Marc n’a jamais eu – Ce sont des prépositions.
une mauvaise note, car il travaille avec – sous : l’eau (GN) ; avec : la rapidité d’un trait (GN) ;
acharnement. Pour : l’avaler (groupe infinitif) ; de : le recevoir (groupe
3. Tous ces vêtements me plaisent, mais ils sont trop infinitif).
petits ou trop grands, [si bien que je n’ai rien acheté].
Écrivez
Exercice bilan 8 Racontez en une dizaine de lignes votre pre-
mier jour de classe en 6e. Relevez dans votre
7 a. Indiquez la nature des mots soulignés.
texte un exemple de chacune des catégories
Comme : conjonction de subordination ; longtemps :
adverbe de temps ; rapidité : nom commun ; lui : pro-
grammaticales.
• Cet exercice d’expression écrite peut servir de remise
nom personnel ; échappe : verbe ; presque : adverbe ;
en route, en début d’année scolaire. La rédaction de ce
toujours : adverbe de temps ; son : déterminant pos-
devoir ne doit pas présenter de difficultés puisqu’on
sessif : membraneuse : adjectif qualificatif.
demande à l’élève d’évoquer un passé récent.
b. Relevez les mots et groupes de mots reliés par • Le texte sera de forme narrative et accordera une
des conjonctions de coordination et précisez leur place importante à l’expression des sentiments.
nature. • L’élève établira ensuite un tableau de classes de
Comme le cormoran peut rester longtemps plongé mots, en suivant celui de la p. 286 du manuel, et le
et qu’il nage sous l’eau avec la rapidité d’un trait , / remplira avec des mots pris dans son texte.
247
2e partie ➜ Les outils de la langue
Les fonctions liées au verbe 4. avais connu : que (pronom relatif, COD) ; j’ (pronom
personnel, sujet).
1 Indiquez la nature et la fonction des mots ou
– est devenu : L’enfant chétif (GN, sujet) ; un pilier de
groupes de mots soulignés. rugby (GN, attribut du sujet).
– Lucie : nom propre, sujet de lit ; 5. ont affirmé : Tous (pronom indéfini, sujet) ; aux
– un roman écrit par un auteur anglais : GN, COD de policiers (GN, COS) ; qu’ils avaient vu le voleur (propo-
lit ; sition subordonnée conjonctive, COD).
– passionnant : adjectif, attribut du sujet Ce livre ; – avaient vu : ils (pronom personnel, sujet) ; le voleur
– le : pronom personnel, COD de trouve ; (GN, COD).
– un peu terrifiant : groupe adjectival, attribut du – a pu : aucun (pronom indéfini, sujet) ; le décrire
COD le ; (groupe infinitif, COD).
– elle : pronom personnel, sujet de sursaute ; – décrire : le (pronom personnel, COD).
– que sa réaction est stupide : proposition subordon-
née conjonctive, COD de pense ;
– à lire : infinitif, COI de continue ; Les fonctions liées à la phrase
– son frère : GN, sujet de s’approche ; 3 Relevez les compléments circonstanciels.
– d’elle : pronom personnel, COI de s’approche ; Indiquez la circonstance exprimée.
– lui : pronom personnel, COS de arrache ; 1. Puisque tu t’intéresses à cet auteur : cause ; demain :
– son livre : GN, COD de arrache ; temps.
– des cris stridents : GN, COD de pousse ; 2. La semaine prochaine : temps ; avec qui : accompa-
– à rire nerveusement : groupe infinitif, COI de se met ; gnement ; pour la compétition : but.
– qu’elle n’a pas du tout eu peur : proposition subor- 3. Sur les murs : lieu ; soigneusement : manière.
donnée conjonctive, COD de affirme. 4. À Noël : temps ; en Provence : lieu ; avec des amandes
et des fruits confits : moyen.
2 Relevez les mots et groupes de mots ayant 5. au point du jour : temps ; sans se retourner : ma-
nière ; vers une destination inconnue : lieu.
une fonction liée aux verbes. Précisez leur nature
6. toujours : temps ; en compagnie de son chien :
et leur fonction.
accompagnement.
1. est passionné : Mon frère (GN, sujet) ; par les four-
7. dans le quartier : lieu ; afin que chacun fasse
mis (GN, complément d’agent).
connaissance avec ses voisins : but.
– passe : il (pronom personnel, sujet) ; beaucoup de
temps (GN, COD) ; à les observer (groupe infinitif, Les fonctions liées au nom
COS).
– trouve : Il (pronom personnel, sujet) ; les (pronom
4 a. Relevez les groupes nominaux et soulignez
personnel, COD) ; courageuses, intelligentes (adjectifs, le nom noyau.
attribut du COD les). b. Précisez la nature et la fonction de ses
– rêve : Il (pronom personnel, sujet) ; qu’il est de- expansions.
venu une fourmi géante (proposition subordonnée 1. Au cours de physique : de physique (nom, CDN).
conjonctive, COD). – un élève, désolé : désolé (adjectif qualificatif,
– est devenu : il (pronom personnel, sujet) ; une fourmi épithète détachée).
géante (GN, attribut du sujet il). – le tube à essais qu’il a cassé : à essais (nom, CDN) ;
2. arrivera : qui (pronom relatif, sujet). qu’il a cassé (subordonnée relative, complément de
– aura : Qui arrivera en retard (proposition subordon- l’antécédent).
née relative, sujet) ; un gage (GN, COD). 2. de son petit protégé, un jeune castor orphelin, au
3. encourage : Elle (pronom personnel, sujet) ; ses pelage brun : petit (adjectif qualificatif, épithète liée) ;
enfants (GN, COD) ; à dire toujours la vérité (groupe un jeune castor orphelin, au pelage brun (GN, mis en
infinitif, COS). apposition).
– dire : la vérité (GN, COD). – un jeune castor orphelin, au pelage brun : jeune,
– est : cela (pronom démonstratif, sujet) ; difficile (ad- orphelin (adjectifs qualificatifs, épithètes liées) ; au
jectif, attribut du sujet cela). pelage brun (GN, CDN).
248
2 ➜ Les fonctions grammaticales dans la phrase simple
– au pelage brun : brun (adjectif qualificatif, épithète b. Relevez les compléments d’adjectifs et préci-
liée). sez leur nature.
3. le temps de regarder ce magnifique paysage qui 1. a. très facile à réaliser : attribut du sujet elle. b. à
nous entoure : de regarder ce magnifique paysage qui réaliser : infinitif.
nous entoure (groupe infinitif, CDN). 2. a. Attentifs aux explications de l’accusé : épithète
– ce magnifique paysage qui nous entoure : ma- détachée de jurés ; enclins à l’indulgence : attribut du
gnifique (adjectif, épithète liée) ; qui nous entoure sujet les jurés. b. aux explications de l’accusé : GN ; à
(subordonnée relative, complément de l’antécédent). l’indulgence : GN.
4. des affaires des autres : des autres (pronom indé- 3. a. fière de toi : attribut du sujet je ; contente que tu
fini, CDN). aies réussi : attribut du sujet je. b. de toi : pronom per-
5. Un vol sans escale : sans escale (nom, CDN). sonnel ; que tu aies réussi : subordonnée conjonctive.
– sur une île lointaine : lointaine (adjectif, épithète 4. a. responsable de la panne : épithète liée de em-
liée). ployé ; soucieux de la réparer rapidement : attribut
6. Impatient de retrouver ses cousins qui arrivaient du sujet L’employé. b. de la panne : GN ; de la réparer
de Brest, Pierre : Impatient de retrouver ses cousins rapidement : groupe infinitif.
qui arrivaient de Brest (groupe adjectival, épithète 5. a. contraires aux conseils que tu donnes à chacun :
détachée). attribut du sujet Tes actes. b. aux conseils que tu
– ses cousins qui arrivaient de Brest : qui arrivaient donnes à chacun : GN.
de Brest (subordonnée relative, complément de 6. a. Visible de loin : épithète détachée de clocher.
l’antécédent). b. de loin : adverbe.
– le quai de la gare encombré de voyageurs : de la
gare (GN, CDN) ; encombré de voyageurs (groupe par- 7 Complétez ces phrases avec des compléments
ticipial, épithète liée). des comparatifs et des superlatifs.
1. On dirait que les étés sont plus chauds qu’autrefois.
5 Relevez les expansions des noms. Donnez 2. Le plus rapide d’entre vous gagnera la coupe.
leur nature et leur fonction. 3. Ce roman est le moins connu de tous ceux de son
– qui s’avançait : subordonnée relative, complément auteur.
de l’antécédent Nantas. 4. La Belgique est moins grande que la France.
– de ne pas céder au désir de s’habiller de neuf : 5. Vous ne trouverez pas un modèle meilleur que
groupe infinitif, CDN de intelligence ; de s’habiller de celui que nous vous proposons.
neuf : groupe infinitif, CDN de désir. 6. Tu as choisi la solution qui est la pire de toutes.
– noir : adjectif qualificatif, épithète liée de pantalon.
– encore propres : groupe adjectival, épithète liée de
une redingote et un pantalon.
Écrivez
– mais très râpés : groupe adjectival, épithète liée de 8 Sur le sujet de votre choix, écrivez une phrase
une redingote et un pantalon. simple, composée d’un sujet, d’un verbe et d’un
– d’un étudiant pauvre et soigneux : GN, CDN de COD. Faites-la suivre d’une phrase contenant un
apparence ; pauvre (et) soigneux : adjectifs, épithètes sujet et un attribut du sujet. Continuez en utili-
liées de étudiant. sant toutes les fonctions présentées dans le ta-
– ne sentant en rien l’aventurier : groupe participial, bleau ci-contre, dans l’ordre que vous désirez.
épithète détachée de étudiant. • Cet exercice peut donner lieu à une activité col-
lective amusante, pratiquée à l’oral. Chaque élève
Les fonctions liées à l’adjectif propose une phrase qui s’inscrit de façon cohérente
6 a. Relevez les groupes adjectivaux et précisez dans l’ensemble. On renouvelle l’exercice autant de
leur fonction. fois qu’il le faut pour mobiliser toute la classe.
249
2e partie ➜ Les outils de la langue
250
3 ➜ La formation des mots
11 En observant les mots de ces séries : – Géologie : science qui a pour objet l’histoire du
a. Trouvez le sens de chaque suffixe ; b. Ajoutez globe terrestre.
– Géologue : spécialiste de la géologie.
un mot formé avec le même suffixe.
– Hydrogéologie : partie de la géologie qui traite de
1. a. -ible : marque la possibilité. b. visible.
la recherche et du captage des eaux souterraines.
2. a. -et, -ette : diminutifs. b. aigrelet, fillette.
– Hydrographie : partie de la géographie physique
3. a. -âtre : péjoratif. b. olivâtre.
qui traite des océans, des mers, des lacs et des cours
12 Trouvez des mots de la famille de paix, en d’eau.
ajoutant des suffixes aux radicaux pais- et pac- – Hydrologie : étude des eaux.
(vous pouvez aussi ajouter un préfixe). Classez – Hydrologue : géophysicien, spécialiste de
ces mots en noms, verbes, adjectifs et adverbes. l’hydrologie.
– Noms : pacification, pacificateur, pacifisme, apaise- – Hydromètre : instrument qui sert à mesurer la den-
ment, pacte. sité, la pesanteur et la pression des liquides.
– Théologie : étude des questions religieuses.
– Verbes : pacifier (dans le verbe apaiser, -er n’est pas
– Théocratie : mode de gouvernement où l’auto-
un suffixe mais une terminaison), pactiser.
rité est censée émaner d’une divinité et de ses
– Adjectifs : paisible, pacifique, pacifiste, apaisant.
représentants.
– Adverbes : paisiblement, pacifiquement.
13 Formez le plus possible de mots en associant 14 Trouvez le plus possible de mots formés avec
deux des éléments ci-dessus. Indiquez leur sens. télé- et devinez le sens de ce préfixe.
– Amphibie : capable de vivre à l’air ou dans l’eau. télécommande, télécommander, télécommuni-
– Amphithéâtre : édifice circulaire à gradins étagés. cation, télédiffuser, télédiffusion, télédistribution,
– Périmètre : ligne qui délimite le contour d’une fi- télédynamique, téléenseignement, téléphérique,
gure plane. télégestion, télégramme, télégraphe, télégraphie,
– Chronomètre : instrument servant à mesurer le télégraphier, téléguider, télémaintenance, téléméca-
temps. nique, télémètre, téléobjectif, télépathie, téléphone,
– Thermomètre : instrument servant à mesurer la téléphonie, téléreportage, télescope, téléspectateur,
température. télésurveillance, téléviseur, télévision, télévisuel…
– Biométrie : science qui étudie les variations biolo- À l’origine de ces mots, on trouve l’élément grec
giques à l’intérieur d’un groupe. télé- qui signifie « au loin, de loin, à distance ». Le
– Monothéisme : croyance en un dieu unique. mot télévision a été abrégé en télé et désigne à la
– Monocratie : forme de gouvernement où le pouvoir fois la télévision (vision à distance) et l’appareil de
réside dans la volonté du chef de l’État. télévision. Il a servi à former alors d’autres mots : le
– Monographie : étude complète et détaillée sur un téléspectateur est celui qui regarde la télé(vision) ; le
sujet précis. téléachat désigne les achats qui se font par l’inter-
– Monologue : dans une pièce de théâtre, scène où un médiaire d’une émission de télé(vision)…
personnage parle seul.
– Polythéisme : doctrine qui admet l’existence de 15 À partir de ces éléments grecs, formez des
plusieurs dieux. noms de médecins spécialistes. Indiquez ce qu’ils
– Biographie : écrit concernant l’histoire de la vie d’un soignent.
individu. -iatre : médecin • -logue : spécialiste • neuro- : nerf
– Biologie : science des êtres vivants. • dermato- : peau • ophtalmo- : œil • cardio- : cœur
– Chronologie : succession des événements dans le • psych(o)- : âme • péd- : enfant.
temps. – Neurologue : spécialiste des maladies du système
– Démocratie : doctrine politique selon laquelle la nerveux.
souveraineté appartient à l’ensemble des citoyens. – Neuropsychiatre : spécialiste de la neurologie et de
– Démographie : étude statistique des communautés la psychiatrie, ainsi que de leur interrelation.
humaines. – Dermatologue : spécialiste des maladies de la peau.
– Géomètre : spécialiste de la géométrie ; technicien – Ophtalmologue (ou ophtalmologiste) : spécialiste
qui s’occupe du levé des plans. des maladies des yeux.
– Géométrie : science des figures de l’espace. – Cardiologue : spécialiste des maladies du cœur.
– Géographie : science qui a pour objet l’étude des – Psychologue : personne spécialisée dans l’étude des
phénomènes localisés à la surface du globe terrestre. phénomènes de l’esprit (ce n’est pas un médecin).
251
2e partie ➜ Les outils de la langue
– Psychiatre : spécialiste des troubles comportemen- – Tricycle : engin de déplacement à trois roues.
taux ou mentaux. – Motocyclette : véhicule motorisé à deux roues.
– Pédiatre : médecin qui soigne les enfants. – Motocycliste : personne qui conduit une
motocyclette.
16 a. Cherchez dans un dictionnaire de quels – Cyclamen : plante dont les hampes portent une
éléments d’origine grecque sont formés ces fleur inversée.
mots. – Encyclique : lettre (circulaire) envoyée par le pape à
b. Précisez leur sens. tous les évêques.
– Rhinocéros : rhinos « nez », keras « corne » ➝ mam- – Encyclopédie : ouvrage où l’on traite de toutes les
mifère qui porte une ou deux cornes sur le nez. connaissances humaines, dans l’ordre alphabétique.
– Zoologie : zoo-, de zoon « animal », logia « théorie » – Hémicycle : construction qui a la forme d’un
➝ étude des animaux. demi-cercle.
– Orthographe : ortho-, de orthos « droit, correct », – Cyclone : ouragan violent qui avance en trombe.
-graphe, de graphein « écrire » ➝ manière d’écrire – Cyclope : géant monstrueux qui n’avait qu’un œil.
correctement un mot.
– Philosophie : philos « ami », sophia « sagesse,
science » ➝ étude des causes, des fondements et de ÉCRIVEZ
la réalité des valeurs humaines. 18 Cherchez le plus possible de mots formés
– Misanthrope : misein « haïr », anthrôpos « homme » avec un radical de votre choix (-port-, -camp-,
➝ personne qui manifeste de l’aversion pour le genre -spect- …) et utilisez-les dans un petit texte fan-
humain. taisiste ou un poème humoristique.
– Hippodrome : hippos « cheval », dromos « course » • Radical -port- : port, porter, portée, portable, por-
➝ champ de course hippique. tatif, porteur, porte, portier, portail, portique, por-
– Cinémathèque : kinema « mouvement », théké tière, porche, passeport, apporter, apport, colporter,
« loge, armoire » ➝ endroit où l’on conserve et pro- colporteur, comporter, comportement, déporter, dé-
jette des films. portement, déportation, emporter, emportement,
– Sympathie : syn « avec », pathos « ce qu’on éprouve » remporter, exporter, exportation, exportateur, impor-
➝ relations entre des personnes qui ont des affinités, ter, importation, importateur, important, rapporter,
qui se plaisent spontanément. rapport, report, reporter, supporter, support, suppor-
– Chiromancienne : kheir « main », manteia « divina- table, insupportable, transporter, transport, intrans-
tion » ➝ personne qui devine l’avenir en lisant dans portable, opportun, opportunément, opportuniste,
les lignes de la main, diseuse de bonne aventure. opportunité, inopportun, importun, importuner…
– Ptérodactyle : pteron « plume, aile », daktulos • Radical -camp- : camp, campagne, campagnard,
« doigt » ➝ qui a les doigts reliés par une membrane, campagnol, campement, camper, campeur, camping,
genre de ptérosauriens du jurassique supérieur. décamper, (poudre) d’escampette.
On peut également ajouter des mots de la même
17 Cherchez des mots formés avec -cycl- et préci- famille, formés avec le radical champ- : champ, cham-
sez leur sens. pêtre, champignon, champignonnière, champagne,
En grec ancien, kuklos signifie « cercle ». champion, championnat…
– Cycle : période qui se répète avec la même durée. • Radical -spect- (du latin spectare, « regarder ») :
– Cyclique : qui revient régulièrement. spectre, spectral, spectacle, spectateur, spectaculaire,
– Cyclisme : pratique de la bicyclette. inspecter, inspecteur, inspection, respect, respecter,
– Cycliste : qui utilise une bicyclette. respectable, suspect, suspecter, introspection, cir-
– Bicyclette : engin de déplacement à deux roues. conspect, circonspection…
252
4 ➜ De la phrase simple à la phrase complexe
253
2e partie ➜ Les outils de la langue
b. Transformez-les selon la construction 4. Après plusieurs essais, j’ai enfin compris comment
proposée. fonctionnait cet appareil.
1. a. Principale et subordonnée.
b. Enfant, il adorait construire des châteaux de sable : Exercice bilan
il est devenu architecte.
2. a. Indépendantes juxtaposées. 9 a. Pour chacune des six phrases de ce texte,
b. Il fait un temps superbe, mais (or) je suis obligé de précisez s’il s’agit d’une phrase simple, d’une
rester chez moi pour travailler. phrase complexe ou d’une phrase non verbale.
3. a. Indépendantes coordonnées. 1re : phrase complexe – 2e , 3e et 4e : phrases non ver-
b. Nous avons mal dormi parce que le vent a soufflé bales – 5e et 6e : phrases simples.
en tempête. b. Relevez deux propositions juxtaposées.
4. a. Indépendantes juxtaposées. je franchis les grilles du Luxembourg, passe sous la
b. Si tu faisais du sport, tu n’aurais pas de problème voûte des vieux marronniers
de poids.
c. Relevez les propositions subordonnées et en-
7 a. Recopiez ce texte. Entourez les virgules qui tourez leur subordonnant.
séparent deux propositions juxtaposées. qui surplombe le grand bassin / au bord duquel les
enfants se bousculent pour repousser des voiles
b. Entourez les conjonctions de coordination et
blanches / que les ondes concentriques formées par la
les adverbes qui relient deux propositions. chute du jet d’eau leur ramènent inlassablement
c. Soulignez les subordonnées et encadrez leur d. Remplacez le premier GN du texte par une
subordonnant. subordonnée dont vous donnerez la nature et la
Nous sommes entrés dans l’arrière-boutique et
fonction.
j’ai refermé la porte derrière nous. Je me suis perchée
Après que j’eus marché sans but dans les rues de Paris :
sur un sac de graines , j’ai fait signe à Merlin de
subordonnée conjonctive, CC de temps.
m’imiter. Il s’est assis maladroitement, sur un autre
sac, observant avec curiosité l’oiseau serré contre
moi. J’ai soulevé ma paume qui coiffait sa tête noire Écrivez
et il s’est ébroué , a regardé autour de lui. De temps 10 À la manière de Pierre Péju, évoquez un lieu
en temps, je l’amenais encore ici après la fermeture
cher à votre enfance. Vous le ferez revivre en une
de l’oisellerie pour qu’il puisse voler un peu, étirer
longue phrase complexe, suivie de quelques
ses ailes. Il a sauté de mon poignet sur le sac de
graines , a picoré, puis il s’est envolé lourdement phrases nominales par lesquelles, sous forme de
pour aller se percher en hauteur sur une étagère. touches rapides, vous évoquerez des sensations
ou des sentiments liés au passé. Terminez par
8 Complétez ces phrases simples avec des su- deux ou trois phrases simples.
bordonnées pour en faire des phrases • L’objectif de cet exercice est de faire prendre
complexes. conscience aux élèves du rythme d’un texte et de
1. L’artiste a réalisé une statue monumentale qui le leur faire reproduire pour évoquer des émotions
trônera à l’entrée du port. personnelles.
2. Maintenant, je sais que je peux compter sur toi. Il seront amenés ainsi à ressentir comment la lon-
3. Quand il rentre du travail, son plus grand plaisir gueur et la structure des phrases suivent le dérou-
est de s’asseoir confortablement et d’écouter de la lement de la pensée, tout en se faisant l’écho d’une
musique. émotion.
254
5 ➜ Les types de phrases et les formes affirmative et négative
255
2e partie ➜ Les outils de la langue
3. a. Litote : n’est pas désagréable. b. La saveur acidu- 9 Adoucissez la brutalité contenue dans ces
lée de ce plat est très agréable. phrases grâce à des euphémismes à la forme
4. a. Litote : Il n’est pas inutile. b. Il est indispensable négative.
de rappeler les consignes. 1. Je ne la trouve pas jolie.
5. a. Litote : On ne peut pas dire… banals. b. Les 2. Ce spectacle n’est pas très réussi.
vêtements qu’elle porte sont vraiment originaux 3. Ton chien n’est pas très malin (intelligent).
(extravagants) ! 4. Comme il n’entend pas bien, il est un peu isolé.
5. Il ne fait pas très chaud dans cette pièce.
6. Le dernier livre de cet auteur n’est pas le plus
réussi.
8 a. Relevez les euphémismes. b. Donnez leur
équivalent dans la langue courante. Écrivez
1. a. Euphémisme : ne sont pas riches. b. Sophie a dû
10 Un(e) camarade vous montre les tableaux
commencer à travailler jeune, car ses parents sont
pauvres.
qu’il (elle) fait et vous demande de lui dire ce que
2. a. Euphémisme : non-voyants. b. Certains feux de vous en pensez. Vous les trouvez très laids, mais
signalisation sont équipés d’une sonnerie destinée vous n’osez pas le lui dire franchement. Imaginez
aux aveugles. le dialogue et écrivez-le, en utilisant tous les
3. a. Euphémisme : les a quittés. b. Leur grand-père types de phrases ainsi que de nombreuses
qui était très âgé est mort le mois dernier. phrases à la forme négative.
4. a. Euphémisme : demandeurs d’emploi. b. On • Une fois cet exercice rédigé, puis corrigé, on peut
compte, dans cette région, de très nombreux envisager de le prolonger :
chômeurs. – soit par la rédaction d’une scène de théâtre où
5. a. Euphémisme : Je n’ai pas bien compris. b. Je n’ai seront mis en valeur l’embarras du personnage in-
pas compris vos explications. terrogé et la dimension comique du personnage de
6. a. Euphémisme : un peu enveloppée. b. Elle est l’« artiste » ;
charmante, mais elle est trop grosse. – soit par un match d’improvisation théâtrale.
7. a. Euphémisme : n’a pas toute sa raison. b. Ce • Dans tous les cas, on fera la part belle aux procédés
pauvre homme est fou. d’atténuation.
256
6 ➜ Les reprises pronominales et nominales
5. l’ : pronom personnel, attribut du sujet son frère, 5 a. Relevez les pronoms et précisez leur
remplace timide (adjectif). catégorie.
6. cela : pronom démonstratif, sujet de est, remplace
Le courrier a du retard (proposition). b. Pour chacun d’eux, dites s’il s’agit d’un substi-
7. Cinq : pronom numéral, sujet de commencent, tut ou non. Si c’est le cas, indiquez les mots qu’il
remplace cinq jacinthes (GN). reprend.
– Elles : pronom personnel, substitut de Quelques
2 a. Faites précéder ces propositions d’une maisons ;
autre proposition dans laquelle figurera le mot – L’une : pronom indéfini, substitut de Une maison ;
– elles : pronom personnel, substitut de ces maisons ;
ou le groupe de mots repris par le pronom subs-
– me : pronom personnel (indice d’énonciation) ;
titut souligné.
– celle : pronom démonstratif, substitut de cette
b. Précisez la catégorie des pronoms substituts. maison ;
1. N’arrose pas cette plante tous les jours. Cela (pro- – que : pronom relatif, substitut, ayant pour antécé-
nom démonstratif) n’est pas nécessaire. dent celle, remplace cette maison ;
2. Les élèves participeront à une rencontre sportive – je : pronom personnel (indice d’énonciation) ;
avec un autre collège. Nous le (pronom personnel) – J’ : pronom personnel (indice d’énonciation) ;
leur (pronom personnel) avons annoncé. – qui : pronom relatif, substitut, ayant pour antécé-
3. Maxime m’a montré un album de photos auquel dent la porte, mis pour cette porte ;
(pronom relatif) il tient beaucoup. – j’ : pronom personnel (indice d’énonciation) ;
4. Malgré le retard du spectacle, de nombreux spec- – qui : pronom relatif, substitut, ayant pour antécé-
tateurs ont pu applaudir la pièce, mais certains (pro- dent vieille dame, mis pour cette vieille dame ;
nom indéfini) étaient déjà partis. – il : pronom personnel, substitut de M. Jérôme Burns ;
5. Si tu ne trouves pas tes gants, tu peux prendre les – j’ : pronom personnel (indice d’énonciation) ;
miens (pronom possessif). – celui : pronom démonstratif, substitut de cet homme ;
6. Je n’arrivais pas à choisir un des trois modèles ex- – que : pronom relatif, substitut, ayant pour antécé-
posés. J’ai acheté les trois (pronom numéral). dent celui, mis pour cet homme ;
– je : pronom personnel (indice d’énonciation) ;
3 Complétez ces phrases avec des pronoms per- – Elle : pronom personnel sujet, substitut de la voix ;
sonnels substituts. Soulignez les mots qu’ils – qui : pronom relatif, substitut, ayant pour antécé-
reprennent. dent l’escalier, mis pour cet escalier.
1. Personne ne m’a imposé ce métier : je l’exerce par 6 a. Indiquez à quelles catégories appar-
vocation et j’en tire de grandes satisfactions.
tiennent les pronoms soulignés. Remplacez-les
2. Tes cousins vont au cinéma, tu devrais y aller avec
par les GN auxquels ils correspondent.
eux, pour leur faire plaisir.
3. Il ne faut pas toujours revenir sur ses échecs, il faut b. Réécrivez la phrase entre crochets en rem-
les oublier, ne plus y penser. plaçant les quatre pronoms par les GN qu’ils
4. Alex adore ton blouson. Tu veux bien le lui prêter ? reprennent.
Il a promis d’en prendre soin. a. – (à) celui-là : pronom démonstratif = (à) ce boucher ;
5. Les élèves ont demandé à leur professeur ce – il : pronom personnel = le chien ;
qu’était un acrostiche et il le leur a expliqué. – la : pronom personnel = la première passante venue ;
– ceux : pronom démonstratif = les talons ;
4 Pour supprimer les répétitions, réécrivez ce – Elle : pronom personnel = la passante ;
texte avec des pronoms substituts de catégories – le sien : pronom possessif = son nez.
variées. b. La passante collait son nez à la vitrine, le chien
Il y a quelques années, on parlait beaucoup de sou- collait aussi son nez à la vitrine.
coupes volantes. Tout le monde croyait en voir, elles
semblaient sillonner notre espace céleste. Les journa-
listes rapportaient avec beaucoup de sérieux des té-
Ni / n’y – si / s’y
moignages fantaisistes. Certains s’appuyaient même 7 Complétez ces phrases avec ni ou n’y.
sur des données pseudo-scientifiques. Maintenant 1. Rien n’y a fait. Ni ses parents ni ses amis n’ont pu
plus personne n’en parle. Les soucoupes volantes le persuader de renoncer à son projet.
(Elles) sont passées de mode ! 2. La maison était vide, nous n’y avons trouvé ni
257
2e partie ➜ Les outils de la langue
258
6 ➜ Les reprises pronominales et nominales
259
2e partie ➜ Les outils de la langue
ATTENTION ! Il ne s’agit pas de décrire l’image, • Troisième étape : travailler sur la désignation des
mais d’imaginer un récit à partir de l’image. La personnages et traquer les répétitions.
scène représentée sur l’image est un épisode de la Ce travail sera mené avec profit sur un premier jet
séquence narrative. L’élève doit donc imaginer ce qui du récit, dans le cadre de la relecture et de l’amélio-
a précédé et ce qui a suivi cet épisode. ration du brouillon.
b. Combien y a-t-il de thèmes différents dans ce b. Pourquoi l’auteur a-t-il réuni ces différents
texte ? thèmes dans ce texte ?
(Les thèmes sont soulignés. Les propos sont en gras.) Ces thèmes constituent l’environnement qui sert de
décor au récit.
a. Phil, en ouvrant les yeux, vit au-dessus de lui,
inversé comme dans un miroir d’eau, un visage c. Quelles phrases ont le même thème ?
de femme, penché. Ce visage, à l’envers, montrait La deuxième et la troisième phrase ont le même
un menton un peu gras, une bouche rehaussée de thème : Une pie / Elle. Le GN Une pie est repris par
rouge, le dessous d’un nez aux narines serrées, irri- un substitut pronominal pour éviter une répétition.
tables, et deux yeux sombres qui, vus d’en bas, af- d. Ajoutez deux phrases, en choisissant un ou
fectaient la forme de deux croissants. Tout le visage, deux thèmes en harmonie avec le reste du texte.
couleur d’ambre clair, souriait avec une familiarité Un écureuil grimpe sans bruit le long d’un chêne.
point amicale. Philippe reconnut la Dame en blanc. Une petite brise agite les branches.
b. Ce texte comporte deux thèmes : Phil (Philippe) et
4 Relevez le thème de chacune de ces phrases
le visage qu’il voit au-dessus de lui.
(Les thèmes correspondent donc aux deux protago- et indiquez de quels éléments grammaticaux il
nistes de la scène.) est composé.
1. La route qui traverse la vallée et qu’empruntent
chaque jour des milliers d’automobilistes : GN conte-
2 Même exercice. nant deux subordonnées relatives coordonnées.
(Les thèmes sont soulignés. Les propos sont en gras.) 2. Il : pronom personnel.
3. Biscotte, mon chat tigré roux : nom propre et GN
Omar-Jo n’avait que huit ans à l’époque. Ce soir-là,
mis en apposition.
assis par terre devant la télévision, il refusait d’aller
4. Elle … cette robe : pronom personnel qui annonce
se coucher malgré les injonctions d’Annette.
un GN détaché en fin de phrase (mise en relief par
Depuis plus d’une heure, la cannonade avait su-
détachement).
bitement repris. Ces derniers temps, l’illusoire trêve
5. Dans sa chambre, mon frère : GN c. circ. de lieu, en
avait duré. En dépit de sporadiques affrontements,
position détachée, et GN sujet.
l’existence s’était, peu à peu normalisée.
6. Ce matin, à huit heures, la radio : deux GN c. circ. de
Ce soir-là, le sifflement des bombes avait été
temps et GN sujet.
plus insistant. Les combats reprenaient-ils ? Omar et
7. La nouvelle : GN sujet.
Annette chuchotaient, en se tenant par la main.
Remarque : Les deux premières phrases ont le même 5 Relevez le propos de chacune de ces phrases.
thème, qui représente Omar-Jo. Ensuite tous les 1. Il est tombé une neige abondante sur les sommets.
thèmes sont différents, ce qui contribue à traduire le (phrase impersonnelle, qui constitue à elle seule un
trouble de la situation. propos, puisqu’elle délivre une information nouvelle)
260
7 ➜ Le thème et le propos
2. résolvait les intrigues les plus compliquées. 9 Recopiez ces phrases, puis réécrivez-les selon
3. C’est une sonate de Mozart que. (propos détaché la consigne proposée entre parenthèses. Soulignez
en tête de phrase par le présentatif c’est…que ; il
les thèmes en bleu et les propos en noir.
s’agit bien du propos, puisque c’est l’information (Les thèmes sont soulignés. Les propos sont en gras.)
nouvelle de la phrase) 1. Tu as eu une excellente idée. ➝ C’est une excel-
4. dormaient. lente idée que tu as eue.
5. aura fini son travail demain. 2. Deux pages manquent à ce livre. ➝ Il manque
6. aura fini son travail. deux pages à ce livre.
7. se taisent et retiennent leur souffle. 3. La construction du nouveau théâtre s’achèvera
8. arriverai par le train de onze heures. en janvier. ➝ En janvier, la construction du nouveau
6 a. Quelle est la particularité de ces phrases ? théâtre s’achèvera.
4. Nous avons atterri à minuit avec trois heures de
Ce sont des phrases nominales.
retard. ➝ C’est à minuit, avec trois heures de retard,
b. En réfléchissant au rôle du thème et du pro- que nous avons atterri. (➝ C’est à minuit que nous
pos, expliquez pourquoi de telles phrases ne avons atterri avec trois heures de retard.)
contiennent pas de thème, mais seulement un
propos. Exercice bilan
Ces phrases nominales sont un concentré d’informa-
10 a. Relevez les thèmes. Que représentent-ils
tion, ce qui est le rôle du propos dans la phrase. Ce
sont donc des phrases sans thème. dans ce récit ?
Roulant plusieurs fois sur moi-même, je / Moreau / Le
revolver à la main, sans faire attention à moi, il / Avec
Faire varier les thèmes et les propos mon autre bras, je / La bête emmaillotée / Moreau /
7 Complétez ces phrases de manière que la Elle.
deuxième phrase de chaque groupe ait le même Les thèmes représentent les trois protagonistes
thème que la première, mais formulé différem- du récit.
ment (par reprise pronominale ou nominale). b. Relevez les propos. Quel type d’informations
1. Le tigre est l’animal emblématique de l’Inde. Mais apportent-ils sur les thèmes ?
ce magnifique félin est en voie de disparition. dégringolai au bas de la grève, essayai de me relever
2. Le football connaît un grand succès chez les ado- et m’affaissai sur mon bras blessé / parut, sa figure
lescents. Ce sport commence même à attirer des blême et massive d’apparence plus terrible encore avec
filles intrépides. le sang qui ruisselait de son front / s’élança immédia-
3. Marc oublie tout : ses rendez-vous, ses clés, ses tement à la poursuite du puma / parvins à me relever
vêtements. Cet étourdi est un éternel rêveur. / courait à grands bonds dégingandés le long du rivage
4. Ma grand-mère a enfin réalisé un vieux rêve. Elle a / la suivait / tourna la tête et l’aperçut ; alors, et avec un
sauté en parachute. brusque détour, / s’avança vers le taillis.
5. La pluie a endommagé les plants de tomates. Les propos renseignent sur les actes des trois
L’averse a également abîmé les roses. « personnages » et sur l’aspect physique de l’un d’eux
(Moreau).
8 Dans un tableau, relevez les thèmes et les
propos. (Une des phrases n’a pas de thème.)
Écrivez
Thème Propos 11 Imaginez la suite du texte de l’exercice 10.
1. Notre équipe a remporté le match. Soulignez les thèmes et les propos de couleurs
2. Le match a été remporté par notre
équipe. différentes.
3. (pas de thème) Il s’est produit un Voici la suite du texte de H. G. Wells, qui peut être
phénomène étrange. dictée :
4. Un phénomène étrange s’est produit. (Les thèmes sont soulignés. Les propos sont en gras.)
5. À la bibliothèque, Cédric a rencontré un ancien ami. … À chaque bond, elle augmentait son avance et je
6. Cédric a rencontré un ancien ami
à la bibliothèque. la vis s’enfoncer dans le sous-bois ; Moreau, courant de
7. Mélanie a offert une plante biais pour lui couper la retraite, tira et la manqua au
carnivore à Sophie. moment où elle disparut. Puis lui aussi s’évanouit dans
8. Mélanie a offerte à Sophie. C’est une plante que l’amas confus des verdures.
261
2e partie ➜ Les outils de la langue
Je restai un instant immobile, les yeux fixes ; enfin la À ce moment, Montgomery parut sur le seuil, le revol-
douleur de mon bras cassé se fit vivement sentir et, avec ver à la main.
un gémissement, je me mis sur pied. H. G. Wells.
Mettre en relief par détachement acheté. / Convaincant, le vendeur l’a été : nous avons
tout acheté.
1 Donnez une forme emphatique à ces phrases
4. Moi, je ne comprends rien à ce message. / Ce mes-
par détachement des mots soulignés. sage, je n’y comprends rien.
(Les phrases entre crochets sont grammaticalement
correctes, mais manquent d’élégance et sont à éviter.) a. Relevez les mots mis en relief par détache-
1. La toiture, les termites l’ont envahie. / Les termites ment. Précisez leur classe grammaticale et leur
l’ont envahie, la toiture. fonction.
2. Eux, ils joueront la pièce et toi, tu la mettras en
b. Réécrivez ces phrases à la forme neutre.
scène. / [Ils joueront la pièce, eux, et tu la mettras en
1. a. le rôti (GN, sujet de était). b. L’entrée était déli-
scène, toi.]
cieuse, mais le rôti était trop cuit.
3. Cette phrase célèbre, qui l’a prononcée ? / Qui l’a
2. a. flâner dans les rues (groupe infinitif, COD de
prononcée, cette phrase célèbre ?
adore). b. J’adore flâner dans les rues.
4. Magnifique, ce spectacle l’est certainement. / [Ce
3. a. il (pronom personnel, sujet de cache). b. Il me
spectacle l’est certainement, magnifique.]
cache quelque chose !
5. L’anglais, tu crois bien le parler mais Laure, elle le
4. a. timide (adjectif, attribut du sujet Elle). b. Elle a
maîtrise mieux que toi. / Tu crois bien le parler, l’an-
toujours été timide.
glais, mais elle le maîtrise mieux que toi, Laure.
5. a. pour mieux voir (groupe infinitif, c. circ. de but).
6. Combien de temps durera l’entretien, je l’ignore.
b. Certains étaient montés sur des échafaudages
[Je l’ignore, combien de temps durera l’entretien.]
pour mieux voir.
7. Ce qui arriverait, personne ne s’en était douté. /
[Personne ne s’en était douté, de ce qui arriverait.]
Mettre en relief par un présentatif
2 Mettez en relief les compléments circonstan- 5 Donnez une forme emphatique à ces phrases
ciels, en les détachant en tête de phrase. en encadrant les mots soulignés avec des pré-
1. Dimanche prochain, nos amis viendront nous voir. sentatifs variés.
2. En ouvrant une huître, il a trouvé une perle. 1. Ce sont les derniers arrivés qui ont été les mieux
3. Au Canada, c’est déjà l’hiver. placés.
4. Sans hésiter, l’élève donna la bonne réponse. 2. Il y a certains arbustes qui fleurissent en hiver.
5. Avec une précision remarquable, le cheval sauta 3. C’était (C’est) lui qui décidait de tout.
l’obstacle. 4. C’est dans l’enfance que se prennent les bonnes
6. Par peur des moqueries, elle n’ose pas prendre la habitudes alimentaires.
parole. 5. Tout à coup, voici toutes les cloches qui se mettent
à sonner.
6 Réécrivez deux fois chacune de ces phrases en
6. C’est par hasard que se font certaines découvertes
mettant successivement en relief, par détache- importantes.
ment, des mots ou des groupes de mots
différents. 6 Précisez la nature grammaticale et la fonc-
1. Ta sœur, elle n’a pas peur des souris. / Les souris, ta tion des mots mis en relief par un présentatif.
sœur n’en a pas peur. Réécrivez ces phrases à la forme neutre.
2. Les enfants, ils ont souvent de l’imagination. / De 1. Manon (nom propre, sujet de a eu) / moi (pronom
l’imagination, les enfants en ont souvent. personnel, sujet de suis). ➝ Manon a eu l’idée de faire
3. Il a été convaincant, le vendeur : nous avons tout ce journal et je suis le rédacteur en chef.
262
8 ➜ La forme emphatique
2. à pied (GN ou locution adverbiale, complément de 3. a. Déclaratif. b. Alice, elle a expédié plus de cent
manière). ➝ Je préfère parcourir une région à pied cartons d’invitation. / C’est plus de cent cartons d’in-
plutôt que la visiter en voiture. vitation qu’Alice a expédiés.
3. l’hiver (GN, sujet de approche) / les feuilles (GN, 4. a. Exclamatif. b. Mon train, pourvu que je ne le rate
sujet de tombent). ➝ L’hiver approche et les feuilles pas !
tombent. 5. a. Interrogatif. b. Ces fleurs, tu les as achetées pour
4. parce que tu as voulu aller trop vite (subordonnée qui ? / C’est pour qui que tu as acheté ces fleurs ?
conjonctive, c. circ. de cause) ➝ Tu as perdu l’équilibre 6. a. Injonctif. b. Les propos malveillants, ne leur prê-
parce que tu as voulu aller trop vite. tez pas l’oreille. / C’est aux propos malveillants que
5. quelques timbres rares (GN, sujet de coûtent) ➝ vous ne devez pas prêter l’oreille. / Vous, ne prêtez
Quelques timbres rares coûtent très cher. pas l’oreille aux propos malveillants.
6. la décision (GN, COD de ai prise) ➝ J’ai pris cette
(la) décision : partir définitivement à l’étranger. Exercice bilan
7. pour ne pas être déçue (groupe infinitif, c. circ. de
but) ➝ Elle n’est pas retournée dans le village de son a. Recopiez ces phrases de forme emphatique.
enfance pour ne pas être déçue. b. Soulignez les mots mis en relief et indiquez s’il
s’agit du thème ou du propos.
a. Réécrivez ce texte en remplaçant les formes
emphatiques par des formes neutres. c. Mettez les phrases à la forme neutre.
« Tu crois aux fantômes ? » 1. Les fruits, j’aime les manger sur l’arbre. (thème) ➝
Il parut effrayé et dit à voix basse : J’aime manger les fruits sur l’arbre.
« Ne crie pas si fort ! Je dis que ça risque de le faire 2. C’est avec d’anciens camarades de classe qu’il a
venir ! » fondé une compagnie théâtrale. (propos) ➝ Il a fondé
Pour lui être agréable, je baissai le ton. une compagnie théâtrale avec d’anciens camarades
« Eh bien, je t’apprendrai que mon père, qui est un de classe.
savant, et mon oncle, qui est de la Préfecture, disent 3. Les tomates, cela s’appelle des pommes d’amour
que c’est de la blague ! Les fantômes les font rigoler. en Provence. (thème) ➝ Les tomates s’appellent des
Et ça me fait rigoler ! Oui, parfaitement, RIGOLER. pommes d’amour en Provence.
– Eh bien, ça ne fait pas rigoler mon père, parce 4. Il y a trois pages qui manquent dans ce livre.
qu’il a vu le fantôme ; il l’a vu quatre fois. (propos) ➝ Trois pages manquent dans ce livre. (Il
– Ton père est un brave homme, mais il ne sait manque trois pages dans ce livre.)
même pas lire ! 5. C’est pour ne pas te faire de peine que je te l’ai
– Je ne te dis pas qu’il sait lire, je te dis qu’il l’a vu ! » cachée, la vérité. (propos / thème) ➝ Je t’ai caché la
vérité pour ne pas te faire de peine.
b. Comparez les deux textes et déduisez la rai-
son pour laquelle l’auteur a utilisé ces formes de
phrases.
Écrivez
Avec ses mises en relief, le texte original reproduit Un jour, rien ne s’est passé comme vous l’aviez
de façon beaucoup plus réaliste le langage des deux prévu.
garçons qui s’affrontent verbalement au sujet des a. Faites-en le récit en langue assez soutenue,
fantômes. Les phrases de forme emphatique appar- sans utiliser de phrases emphatiques.
tiennent à la langue orale et, souvent, au registre
familier. Elles sont donc, ici, en parfaite relation avec b. Réécrivez votre récit, en adoptant une langue
la situation d’énonciation. En outre, elles donnent au proche de celle de l’oral et en utilisant de
dialogue une dimension comique qui est fortement nombreuses phrases emphatiques. Variez les
atténuée dans le texte réécrit en phrases neutres. procédés.
• Cet exercice est destiné à faire prendre conscience
que les mises en relief appartiennent à la langue
Types de phrases et formes emphatiques orale ou à la langue écrite qui imite la langue orale.
8 a. Indiquez le type de chacune de ces phrases. Leur niveau de langue est souvent familier.
b. Mettez-les à la forme emphatique. • Pour accentuer le contraste entre les deux textes
1. a. Injonctif. b. Cette orchidée, prends-en soin. (tous deux à la 1re personne), le premier sera rédigé
2. a. Interrogatif. b. Vos vacances, où les passe- au passé simple et le deuxième au passé composé
rez-vous ? / C’est où que vous passerez vos vacances ? ou au présent.
263
2e partie ➜ Les outils de la langue
• On utilisera les mises en relief avec doigté, pour ne sont plus authentiques car la tenue vestimentaire
pas surcharger ni alourdir le récit. peut les fausser, la discipline se fait plus naturelle-
ment dans un établissement où les élèves ont tous
la même tenue…) ;
Rédigez un dialogue entre deux camarades : – contre le port de l’uniforme (c’est une régression
l’un qui est partisan du port de l’uniforme au vers une époque révolue, la personnalité de chacun
collège, l’autre qui rejette cette idée. est bridée, c’est une forme d’autoritarisme dépassée,
Utilisez de nombreuses mises en relief et des chacun doit pouvoir exprimer ses particularités et
types de phrases variés. ses différences, la liberté vestimentaire relève de la
• Travail préparatoire : Faire une liste fournie liberté d’expression qui ne doit pas être remise en
d’arguments : cause…).
– en faveur du port de l’uniforme (l’uniforme gomme Rechercher, dans les deux colonnes, les argu-
l’appartenance à une classe sociale, chaque élève est ments qui s’opposent et les regrouper en vue du
considéré pour lui-même et non pas pour ce qu’il dialogue.
porte, l’être doit l’emporter sur le paraître, il est plus • Avant de rédiger, lire ou relire les leçons des p. 318
facile de se concentrer sur son travail quand on ne (Comment rapporter la parole des personnages) et
s’occupe ni de sa tenue ni de celle de ses camarades, 324 (Comment s’exprime la subjectivité du locuteur ?
les relations entre camarades et avec les enseignants Les actes de parole et les types de phrases).
La phrase de forme passive 3. Type interrogatif. ➝ Par lesquels d’entre vous cette
pièce de théâtre a-t-elle été vue ?
1 Recopiez ces phrases actives et soulignez leur
4. Type exclamatif. ➝ Pourvu qu’ils soient libérés par
thème. Transformez-les en phrases passives et les rebelles !
soulignez les thèmes. 5. Type injonctif. ➝ Que le traitement prescrit soit
1. Des plongeurs explorent l’épave du bateau. ➝ suivi par le malade.
L’épave du bateau est explorée par des plongeurs. 6. Type exclamatif et déclaratif. ➝ Une souris a en-
2. Le musée exposera des œuvres d’artistes danois. core été ramenée par le chat !
➝ Des œuvres d’artistes danois seront exposées par
le musée. 3 Parmi ces phrases, lesquelles sont à la forme
3. Un million de spectateurs a vu le film. ➝ Le film a passive ? Soulignez les compléments d’agent.
été vu par un million de spectateurs. 1. Pourvu que les randonneurs n’aient pas été surpris
4. On construit des hôtels en glace dans les pays nor- par la tempête.
diques. ➝ Des hôtels en glace sont construits dans 2. Le vieil homme est aimé de tous dans le quartier.
les pays nordiques. 3. (phrase active)
5. La caravane parcourt le désert de Mauritanie. ➝ Le 4. Le dossier égaré a été retrouvé par hasard.
désert de Mauritanie est parcouru par la caravane. 5. (phrase active)
6. Je vous conduirai à la gare. Votre père vous atten- 6. Par qui serez-vous reçus ?
dra à l’arrivée. ➝ Vous serez conduits à la gare par
moi. Vous serez attendus par votre père à l’arrivée. 4 a. Mettez le verbe allonge à la voix passive.
Quel mot est mis en relief ? Pourquoi cette
2 Indiquez le type de ces phrases et mettez-les phrase passive n’a-t-elle pas de complément
à la forme passive. d’agent ?
1. Type interrogatif. ➝ Par qui avez-vous été Pour lui éviter toute fatigue, Jeanne est allongée dans
renseignés ? la cale qui pue le poisson, le varech, le sel.
2. Type injonctif. ➝ Que la (leur) salle de classe soit ➝ Dans cette phrase passive, Jeanne (c’est-à-dire le
décorée par les élèves. thème et le sujet) est mis en relief. Il n’est pas précisé
264
9 ➜ Les formes passive, pronominale et impersonnelle
par qui Jeanne a été allongée dans la cale, puisque D’ailleurs elle était appelée la rue du
cela ne présente pas d’intérêt pour le récit. Quartier-de-Cavalerie.
b. Quelle phrase est à la forme passive ? Relevez c. Réécrivez la proposition soulignée avec un
les compléments d’agent. verbe différent à la voix active.
Au large la barque est roulée par les vagues, fouettée elle ne s’en apercevrait pas / elle ne le remarquerait pas
par une pluie drue, ballottée par un vent violent. (Le
deuxième et le troisième complément d’agent com- Se (s’) / ce (c’) / ceux
plètent des présents passifs dont l’auxiliaire être au 8 Complétez ces phrases avec se (s’) / ce (c’) ou
présent est sous-entendu.)
ceux.
c. Faites de la proposition soulignée le sujet et 1. Tout ce qui se dit ici doit rester entre nous.
le thème de la phrase, en mettant celle-ci à la 2. Les bons souvenirs sont ceux dont on se souvient
forme passive. le mieux, n’est-ce pas vrai ?
… qu’une lame sournoise ne la brise ou ne l’engloutisse 3. Elle s’est dispensée de se rendre à ce rendez-vous.
est redouté de tous. 4. Tous ceux qui se passionnent pour l’aéronautique
doivent visiter ce salon.
La phrase de forme pronominale 5. C’est entendu, il s’est trompé, mais ce n’est pas
grave.
5 Relevez les verbes pronominaux et précisez
s’ils sont de sens réfléchi, réciproque, passif ou La phrase de forme impersonnelle
s’ils sont essentiellement pronominaux.
1. Je ne me souviens pas de ce que tu m’as conseillé.
9 a. Recopiez ces phrases. Soulignez les sujets
➝ se souvenir : essentiellement pronominal. logiques et donnez leur classe grammaticale.
2. Nous nous lèverons de bonne heure et nous nous 1. Il me manque du temps pour mener à bien mon
rendrons à l’aéroport. ➝ se lever : sens réfléchi / se travail. (GN)
rendre : sens réfléchi (mais on peut aussi considérer 2. Il est difficile parfois de ne pas céder à la paresse.
le verbe comme essentiellement pronominal, car (groupe infinitif)
l’emploi de rendre diffère considérablement entre la 3. Il a été trouvé un sac de sport dans le bus. (GN)
voix active et la voix pronominale). 4. Il est préférable que tu dises la vérité. (proposition
3. Les deux merles se sont précipités pour se battre, subordonnée conjonctive)
puis se sont envolés. ➝ se précipiter : sens réfléchi / se 5. Il est tombé de la grêle pendant dix minutes. (GN)
battre : sens réciproque / s’envoler : essentiellement b. Mettez les phrases à la forme personnelle.
pronominal. 1. Du temps me manque pour mener à bien mon
4. Une telle situation ne s’invente pas. ➝ s’inventer : travail.
sens passif. 2. Ne pas céder à la paresse est parfois difficile.
3. Un sac de sport a été trouvé dans le bus.
6 a. À quelle forme sont toutes ces phrases ? 4. Que tu dises la vérité est préférable.
Elles ont une forme passive. 5. De la grêle est tombée pendant dix minutes.
b. Réécrivez-les à la forme pronominale.
1. Un tableau de Rembrandt s’est vendu récemment. 10 a. Recopiez ces phrases et soulignez le ou les
2. Les pièces de Shakespeare se jouent dans le monde mot(s) sur lesquels est mis l’accent.
entier. b. Mettez ces phrases à la forme personnelle.
3. Une grande quantité de thé se consomme dans le Soulignez les mots sur lesquels est mis l’accent.
monde entier. 1. Il est prudent de partir avant la nuit. ➝ Partir
4. Le tennis se pratique sur terre battue et sur gazon. avant la nuit est prudent.
2. Il ne me plaît pas de te savoir seul en pays étranger.
7 a. Indiquez le temps et le mode des cinq
➝ Te savoir seul en pays étranger ne me plaît pas.
verbes pronominaux du texte. 3. Il a été perdu des documents importants. ➝ Des
s’appelait : imparfait, indicatif • se détachait : impar- documents importants ont été perdus.
fait, indicatif • (nous) nous sommes engagées : passé 4. Il est souhaitable que tu t’entraînes sérieusement
composé, indicatif • s’en apercevrait : présent, condi- avant l’épreuve. ➝ Que tu t’entraînes sérieusement
tionnel • se demandait : imparfait, indicatif. avant l’épreuve est souhaitable.
b. Réécrivez la deuxième phrase en remplaçant 5. Il reste encore trois fautes dans ton devoir. ➝ Trois
le verbe par un verbe passif. fautes restent encore dans ton devoir.
265
2e partie ➜ Les outils de la langue
11 Avec quelle(s) autre(s) forme(s) de phrase (né- Cette phrase a également une forme passive et
gative, passive, pronominale) la forme imper- une forme emphatique (détachement d’un GN en
tête de phrase, renforcé par Quant à, et repris par le
sonnelle se combine-t-elle ?
pronom personnel lui ).
1. Impersonnelle + passive.
2. Impersonnelle + négative.
3. Impersonnelle + pronominale. Écrivez
4. Impersonnelle + négative + passive. 13 Imaginez, sur le sujet de votre choix, une sé-
5. Impersonnelle + négative + pronominale. quence de cinq ou six vignettes de BD dont vous
allez écrire les bulles. Vous devrez utiliser au
Exercice bilan moins une fois chacune de ces formes de phrases :
12 a. Relevez les phrases et la proposition à la passive, pronominale et impersonnelle.
forme pronominale. Précisez si leur verbe est de • Marche à suivre :
sens réfléchi, réciproque ou passif. – Imaginer un épisode de récit mettant en scène
Les femmes se concertèrent du regard, une seconde : deux ou trois personnages. On peut orienter les
sens réciproque / Ne t’inquiète pas : sens réfléchi / et élèves sur une suite du texte de l’exercice 12 : le re-
se tourna dans son lit pour dormir : sens réfléchi. tour du pensionnaire.
– Imaginer et indiquer sous chaque vignette son
b. Relevez une phrase impersonnelle. Indiquez
contenu visuel. (On peut aussi demander des dessins
son sujet logique. Dans cette phrase, la forme
plus ou moins schématisés.)
impersonnelle s’associe à deux autres formes de – Faire parler les personnages dans des bulles, en
phrases. Lesquelles ? veillant à varier les formes de phrases.
Phrase impersonnelle : Quant à la mère du fugitif, il • Il est conseillé de prévoir des vignettes au moins
fut décidé qu’on attendrait pour lui écrire. deux fois plus grandes que des vignettes classiques.
gression à thème constant : elles ont toutes les deux Son nez, Sa bouche reprennent le thème général
pour thème Le berger. Cette jeune fille, qui est celui de la première phrase.
– La 5 et la 6 sont reliées par une progression linéaire : c. Pourquoi cette progression thématique est-
le thème de la phrase 6 (Son coup de poing) reprend
elle adaptée à ce genre de texte ?
frappe contenu dans le propos de la phrase 5.
La progression à thèmes dérivés (à thème éclaté)
– La 6 et la 7 sont reliées par une progression linéaire :
permet d’organiser la description de façon métho-
le thème de la phrase 7 (César) reprend une partie du
dique, en particulier lorsqu’il s’agit d’un portrait. En
propos de la phrase 6.
effet, on part d’un thème général (l’identité de la per-
– La 7 et la 8 sont reliées par une progression à thème
sonne, ou des GN tels que sa silhouette, son visage…),
constant : elles ont toutes les deux le même thème
puis chaque phrase a pour thème un élément du
(César, Il).
thème général, et le développe.
– La phrase 9 présente une rupture relative de
construction, car son thème, Le berger, est un GN de
reprise ; de plus, il est contenu implicitement dans la Utiliser les progressions thématiques
phrase précédente : Il ne veut pas (le) frapper. 6 Ajoutez deux phrases à chacune de celles-ci.
– Même chose pour la phrase 10. En fait, il y a une Enchaînez les phrases selon la progression thé-
alternance dans les thèmes qui correspond à une matique proposée.
alternance dans l’échange de coups. 1. Un grand voilier profile ses voiles à l’horizon. Puis
– La 10 et la 11 sont reliées par une progression à il se rapproche et se dessine. Enfin, le majestueux
thème constant : elles ont toutes les deux le même bateau offre aux regards le détail de ses mâts et de
thème (César). sa voilure.
c. Quels sont les différents thèmes ? Pourquoi ? 2. Le rideau du théâtre se leva sur la scène et le décor.
Les thèmes désignent le berger et César qui sont les Celui-ci représentait une place de village. Peu à peu
deux protagonistes de cette bagarre. Le berger est la place se peupla de quelques personnages.
cité quatre fois, tandis que César l’est six fois. On 3. Ma chambre me plaît beaucoup. Les murs portent
devine donc, dans cet extrait, qu’il est un personnage des photos de mes sportifs préférés. Des étagères
important du récit. Il est d’ailleurs nommé par son supportent les coupes que j’ai gagnées en cham-
prénom, tandis que le berger est une dénomination pionnat d’athlétisme. Une bibliothèque est pleine de
plus vague. livres que j’ai lus et relus.
267
2e partie ➜ Les outils de la langue
1. Tu ne m’as pas donné suffisamment de précisions, – Elle reprend Félicité : progression linéaire ;
aussi n’ai-je pas pu trouver ta rue. – il reprend Théodore : progression linéaire ;
2. Soit tu te décides à apprendre ton rôle par cœur, – (Le moment venu) elle : rupture de construction.
soit tu le laisses à un autre. (Cependant cette rupture n’est pas totale, puisque le
3. L’hirondelle retrouve son nid chaque année. En thème elle se retrouve dans plusieurs phrases précé-
effet elle possède un sens de l’orientation stupéfiant. dentes, sous forme de thème ou de propos.)
4. La région est très aride, de surcroît elle est infestée – (À sa place) elle reprend elle (courut) : progression à
de moustiques. Néanmoins elle est une destination à thème constant ;
la mode. – Il reprend un de ses amis : progression linéaire ;
5. Je savais que cette nouvelle te peinerait. Voilà – (Pour se garantir de la circonscription) Théodore
pourquoi je ne t’en ai pas parlé avant. reprend le : progression linéaire.
b. Relevez les connecteurs. Qu’indiquent-ils ?
Comprendre le rôle des connecteurs Pourquoi sont-ils adaptés à ce type de texte ?
9 a. Indiquez à quel type de discours appartient – Bientôt : indique un fait postérieur au précédent,
chacun de ces paragraphes (narratif, descriptif, mais proche de lui dans le temps ;
explicatif, argumentatif). – mais : exprime une opposition entre le fait de cette
proposition et celui de la proposition précédente ;
b. Relevez les connecteurs. Donnez leur nature – et (parvenue au rendez-vous) : marque la succession
grammaticale et précisez ce qu’ils expriment. de deux faits ;
1. a. discours descriptif. b. Au premier plan : GN – Enfin annonce les dernières promesses de Théodore ;
complément circonstanciel de lieu, situe l’élément – et (les apporterait) : marque la succession de deux
décrit par rapport au lieu de l’énonciation (la fenêtre faits ;
de ma chambre) ; Plus loin : locution adverbiale de – À sa place : indique la présence d’un nouveau
lieu, situe l’élément décrit par rapport au précédent ; personnage.
Enfin : adverbe indiquant la fin d’une succession.
Ces connecteurs sont propres à un texte narratif
Annonce ici le dernier élément décrit, le plus éloigné
dont ils établissent la chronologie.
de l’observateur.
2. a. discours explicatif. b. Pourtant : adverbe d’oppo-
sition, indiquant une contradiction entre les critiques Écrivez
dissuasives et le succès du film ; car : conjonction de
11 Décrivez deux fois ce tableau.
coordination, exprimant une cause, annonce l’expli-
cation de ce succès. a. En adoptant une progression linéaire : chaque
3. a. discours narratif. b. Au bout de quelques heures : élément de la description devra se trouver dans
GN complément circonstanciel de temps, indique le propos d’une phrase, puis dans le thème de la
une durée tout en situant un fait dans la chronologie phrase suivante.
générale ; Alors : adverbe de temps, indique une nou- b. En suivant une progression à thèmes dérivés
velle étape dans le déroulement des faits ; Au petit
(à thème éclaté).
matin : GN complément circonstanciel de temps,
Voici des schémas possibles pour l’organisation de
situe le fait suivant à un moment précis ; Enfin : ad-
ces descriptions :
verbe annonçant le dernier épisode du récit.
a. Progression linéaire :
Ce tableau représente une porte en bois contre la-
Exercice bilan quelle sont disposés plusieurs objets peints avec un
10 a. À partir de la 2e phrase relevez le thème de grand réalisme. Cette porte est de couleur verte et
chaque phrase et indiquez quel(s) mot(s) précé- elle est munie d’une grosse charnière métallique et
dent(s) il reprend. Indiquez quelle est la progres- de quelques clous. L’un de ces clous sert à suspendre
sion thématique utilisée. une trompette. Celle-ci est placée sur un album de
– Elle reprend l’, mis pour Félicité : progression linéaire ; partitions usagé qui domine un archet de violoniste.
– Il reprend le, mis pour Théodore : progression L’archet semble servir de séparation entre le violon
linéaire ; et une grande chope en porcelaine blanche. Ce
– (Bientôt) il reprend Il : progression à thème constant ; récipient est posé sur des livres anciens aux couver-
– Cette couardise reprend l’idée de servir l’effrayait : tures abîmées, eux-mêmes placés sur une partition
progression linéaire ; musicale.
268
11 ➜ À quels temps raconter des événements actuels ?
b. Progression à thèmes dérivés (à thème éclaté) : la porte. Un violon et son archet occupent la partie
Quelques objets figurent contre une porte en bois droite. Une partition semble s’échapper de dessous
vert ou sont accrochés à celle-ci. Une trompette et un trois livres anciens. Enfin, une grande chope apporte
recueil de partitions, qui semblent, tous deux, avoir une tache claire à la nature morte.
beaucoup servi, figurent sur la partie supérieure de
269
2e partie ➜ Les outils de la langue
Les temps dans les récits au passé simple – Présent : (il y en) a, présent de vérité générale – se
retourne, lance, me laisse, saute, se met, me relève,
1 Ces phrases sont tirées de récits au passé
mets, présent de narration, destiné à donner du relief
simple. Mettez les verbes entre parenthèses aux à des actions passées qui surviennent brusquement
temps qui conviennent. et se succèdent à un rythme rapide.
1. La pluie tombait depuis le matin. Enfin une timide – Passé simple : furent arrêtés, me mis, faits passés de
éclaircie apparut. premier plan, actions isolées dans le temps.
2. On nous prévint que le bâtiment fermerait plus
tôt, ce jour-là. b. Quel connecteur introduit un changement
3. Elle me promit qu’elle me prêterait son livre dès dans les temps du récit ?
qu’elle l’aurait lu. La locution adverbiale Tout à coup marque un chan-
4. Quand ils eurent fini la représentation, les comé- gement de rythme dans le récit, une accélération
diens reçurent une véritable ovation. qui est accentuée par le passage de l’imparfait au
5. Elle ne se lassait pas d’admirer la montre qu’on lui présent de narration.
avait offerte.
Les temps dans les récits
2 Ce texte a pour temps-repère le passé simple.
au passé composé
Mettez les verbes entre parenthèses aux temps
4 Ce texte a pour temps-repère le passé com-
qui conviennent.
Mary, tournant le dos à Kilma, se mit à courir à travers posé. Mettez les verbes entre parenthèses aux
la lande, trébuchant parmi la bruyère et les pierres ; elle temps qui conviennent.
ne s’arrêta que lorsque le marécage eut disparu derrière Ma mère a ramassé le chapeau et elle a marché un peu
le niveau de la colline et que le grand roc fut caché. Elle au hasard.
était allée plus loin qu’elle n’avait pensé (ne pensait) et Devant l’immeuble des comptes-chèques postaux, il y
le chemin du retour était long. Il lui parut mettre une avait une queue interminable d’hommes et de femmes
éternité à dépasser la dernière colline et à revoir les qui voulaient retirer leur argent. Elle a suivi l’avenue du
hautes cheminées de la Jamaïque se dresser devant elle Nord jusqu’à la gare. Là, c’était la même cohue, la même
au-dessus de la route. Comme elle traversait la cour, son foule hébétée qu’à la gare d’Anvers. Un porteur lui a dit
cœur se serra en voyant la porte de l’écurie ouverte et le qu’un train partirait vers quinze heures pour Anvers,
poney à l’intérieur. Joss Merlyn était de retour. mais il risquait d’arriver à destination très tard dans la
(Daphné du Maurier.) nuit.
Au buffet, elle s’est assise dans un coin. Des gens allaient,
3 a. Quels temps sont utilisés dans ce texte ? venaient, sortaient, des hommes portaient déjà des uni-
Justifiez leur emploi. formes. Elle entendait dire autour d’elle que la mobilisation
– Imparfait : passions, action passée considérée dans générale avait été proclamée vers neuf heures.
son déroulement, fait d’arrière-plan. (Patrick Modiano.)
270
12 ➜ À quels temps raconter des événements passés ?
5 Rédigez un récit sur le sujet de votre choix, en Les temps et les indications de temps
prenant le passé simple ou le passé composé dans un récit au présent
pour temps-repère. Pour structurer votre récit,
8 Pour chacune de ces phrases, précisez s’il
choisissez, dans cette liste, trois indications de
temps appropriées à un récit au passé. s’agit d’un présent de narration ou d’un présent
Complétez-les avec des indications de temps d’actualité.
1. Présent d’actualité.
prises dans le tableau ci-dessus.
2. Présent d’actualité correspondant à un passé
Les indications de temps dans lesquelles on pourra
proche.
puiser sont les suivantes :
3. Présent de narration.
Le 18 septembre 2006 • à ce moment-là • un jour •
4. Présent d’actualité.
l’avant-veille • le mois précédent • avant ces faits •
5. Présent de narration.
quelques instants après • pendant cette soirée • cette
nuit-là. 6. Présent de narration.
Les autres indications de temps sont des indices 9 a. Recopiez ces phrases en mettant les verbes
d’énonciation et ne conviennent pas à un récit dont
entre parenthèses au temps qui convient. Vous
les faits sont situés dans le passé.
prendrez pour temps-repère le présent de
6 a. Composez un petit texte au présent d’ac- narration.
tualité un utilisant ces indications de temps : b. Soulignez les indications de temps.
ce soir • depuis ce matin • tout à l’heure • après-demain 1. Un jour, je regarde les photos que j’ai prises pen-
Le texte est ancré dans la situation d’énonciation. dant les vacances.
Avant de le rédiger, on relira la leçon précédente : À 2. Le service météorologique prévoit pour la nuit
quels temps raconter des événements actuels ? d’abondantes chutes de neige. Nous décidons que
b. Réécrivez le texte en prenant le passé com- nous partirons plus tard, quand la neige aura fondu.
posé comme temps-repère. 3. Un matin, je descends au jardin et vois mes
Le texte est coupé de la situation d’énonciation. roses préférées tout effeuillées. La veille encore, elles
Les indications de temps qui, dans le a., étaient étaient magnifiques.
des indices d’énonciation, deviennent : un soir, de- 4. En cette soirée de juin, les rues sont très animées
puis le matin, un moment plus tôt (ou plus tard), le car c’est la fête de la musique. Romain et son groupe
surlendemain. de musiciens ont répété pendant plusieurs jours les
morceaux qu’ils joueront.
7 a. Ces phrases sont au présent d’actualité.
Réécrivez-les en prenant le temps-repère 10 Ces phrases sont au présent de narration.
indiqué. Recopiez-les en choisissant l’indication de temps
b. Soulignez les indications de temps que vous qui convient.
avez modifiées et précisez si elles expriment des 1. Ce soir-là règne une grande agitation dans la
faits antérieurs, simultanés ou postérieurs. maison, car toute la famille part en vacances le len-
demain matin.
1. Passé simple. Ce matin-là (date), je me levai et je
2. Ça y est, Rémi sait ce qu’il doit faire. Une heure
pris de bonnes résolutions. Aussitôt je rangeai ma
plus tôt, il était encore très indécis.
chambre et jetai tout ce qui l’encombrait. Puis, je fis
3. En novembre, les jours commencent à raccourcir
un peu de gymnastique, mais, épuisée, je décidai que
et le mois suivant, ce sera l’hiver.
je continuerais mon programme le lendemain (pos-
4. Louise est un peu nerveuse : ce jour-là, elle passe
tériorité) ou peut-être le surlendemain (postériorité).
un examen.
2. Passé composé. Ce jour-là (Un jour), j’ai rencontré
une amie que je n’avais pas vue depuis l’année pré- 11 a. Relevez les indications de temps qui
cédente, car elle habitait désormais Lyon. J’espérais prouvent que ce texte est écrit au présent de
que nous pourrions déjeuner ensemble un peu plus narration et non au présent d’actualité.
tard. Le 4 décembre • toute la journée et la nuit suivante
3. Passé simple. J’étais rentré du collège dix minutes • Au jour • À onze heures du soir, le deuxième jour.
271
2e partie ➜ Les outils de la langue
b. Réécrivez le texte en prenant le passé simple de narration, pour conserver l’impression de surprise
comme temps-repère. due à un brusque changement dans l’atmosphère.
c. Soulignez en bleu les verbes qui expriment c. À quel temps serait chaque paragraphe, si le
des faits de premier plan et en noir ceux qui rap- texte était au présent de narration.
portent des faits d’arrière-plan. Tout le texte serait au présent.
(Les faits de premier plan sont soulignés, les faits d’ar- Les voix de la solitude s’éteignent, le désert fait si-
rière-plan sont en gras.) lence, et les forêts demeurent dans un calme univer-
Le 4 décembre, au petit jour, le vent était rageur, sel. Bientôt les roulements d’un tonnerre lointain, se
la mer était grosse. À huit heures la tempête aug- prolongeant dans ces bois aussi vieux que le monde,
menta encore d’intensité. La mer de plus en plus en font sortir des bruits sublimes. Craignant d’être
grosse submergea constamment le pont mal calfaté. submergés, nous nous hâtons de gagner le bord du
L’eau pénétra dans la cambuse et abîma les vivres fleuve, et de nous retirer dans une forêt. […]
emmagasinés, caisses de biscuits, pommes de terre, Des insectes sans nombre, d’énormes chauves-sou-
sacs de riz, de sucre, de blé noir, morue et bacon qui ris, nous aveuglent ; les serpents à sonnettes bruissent
représentaient trois mois de provisions. Les huit de toutes parts ; et les loups, les ours, les carcajous, les
hommes de l’équipage restèrent toute la journée et petits tigres, qui viennent se cacher dans ces retraites,
la nuit suivante à leur poste. Au jour, on consolida les les remplissent de leurs rugissements.
réparations provisoires faites dans les ténèbres. Il y Cependant l’obscurité redouble : les nuages abais-
avait plusieurs avaries. […] À onze heures du soir, le sés entrent sous l’ombrage des bois. La nue se dé-
deuxième jour, le vent tomba et sauta brusquement chire, et l’éclair trace un rapide losange de feu.
au nord-est, apportant bientôt un fort grain et de la
pluie. On amena les voiles et on changea d’amure. 13 Réécrivez ce texte en prenant pour
Les grains se succédèrent toute la nuit. temps-repère :
a. le passé composé (comme le texte original) :
Exercices bilans Les voyageurs se sont arrêtés dans la vallée, en contre-
bas de la ville, et ils l’ont regardée longtemps, avec amour
12 a. Quel est le temps dominant dans chaque
et crainte à la fois. Maintenant1, pour la première fois de-
paragraphe ? Justifiez l’emploi de chaque temps. puis le commencement de leur voyage, ils sentaient com-
– Premier paragraphe : le passé simple exprime des
bien ils étaient las, leurs vêtements en lambeaux, leurs
faits de premier plan, c’est-à-dire des événements
pieds enveloppés de chiffons sanglants, leurs lèvres et
qui se succèdent dans le temps et qui font progresser
leurs paupières brûlées par le soleil du désert. Ils étaient
le récit.
assis sur les galets du fleuve, et certains avaient construit
– Deuxième paragraphe : l’imparfait exprime des
des abris de branches et de feuilles.
faits d’arrière-plan. Il s’agit de la situation que ren-
(J.M.G Le Clézio, Désert.)
contrent les personnages dans la forêt, de la descrip-
1. Maintenant a ici le sens de Désormais, ce qui justifie sa
tion des activités des animaux. présence dans un texte au passé.
– Troisième paragraphe : le présent de narration,
annoncé par Cependant, marque l’arrivée brutale de b. le passé simple :
l’orage. Les voyageurs s’arrêtèrent dans la vallée, en
contrebas de la ville, et ils la regardèrent longtemps,
b. À quel temps serait chaque paragraphe, si le avec amour et crainte à la fois. Maintenant1, pour
texte était au passé composé ? la première fois depuis le commencement de leur
– 1er paragraphe : les verbes seraient au passé composé, voyage, ils sentaient combien ils étaient las, leurs
puisqu’ils expriment des faits de premier plan. vêtements en lambeaux, leurs pieds enveloppés de
➝ Les voix de la solitude se sont éteintes, le désert chiffons sanglants, leurs lèvres et leurs paupières
a fait silence, et les forêts sont demeurées dans un brûlées par le soleil du désert. Ils étaient assis sur
calme universel. Bientôt les roulements d’un ton- les galets du fleuve, et certains avaient construit des
nerre lointain, se prolongeant dans ces bois aussi abris de branches et de feuilles.
vieux que le monde, en ont fait sortir des bruits
1. Voir note ci-dessus.
sublimes. Craignant d’être submergés, nous nous
sommes hâtés de gagner le bord du fleuve, et de c. le présent :
nous retirer dans une forêt. Les voyageurs s’arrêtent dans la vallée, en contrebas
– 2e paragraphe : les verbes resteraient à l’imparfait. de la ville, et ils la regardent longtemps, avec amour et
– 3e paragraphe : les verbes resteraient au présent crainte à la fois. Maintenant, pour la première fois
272
13 ➜ Comment définir la situation d’énonciation ?
depuis le commencement de leur voyage, ils sentent Beaucoup plus tard, tu fuiras en Auvergne pour y
combien ils sont las, leurs vêtements en lambeaux, connaître une sauvageonne qui te fera perdre la
leurs pieds enveloppés de chiffons sanglants, leurs raison… Et de cette rencontre naîtront des liens in-
lèvres et leurs paupières brûlées par le soleil du désert. destructibles qui vous condamneront l’un à l’autre
Ils sont assis sur les galets du fleuve, et certains ont jusqu’au-delà de la mort.
construit des abris de branches et de feuilles. • Le texte à rédiger appartient au genre de l’autobio-
graphie. Il sera donc à la 1re personne, mais les indi-
Écrivez cations de temps et de lieu ne seront pas des indices
d’énonciation.
14 Dans ces vignettes, la vieille femme prédit
• Avant de rédiger, on imaginera ce que pouvait être
l’avenir à l’homme qu’elle regarde partir. Devenu la situation du narrateur dans les vignettes : son
vieux, celui-ci raconte ce que fut sa vie à partir identité, sa vie jusqu’à sa rencontre avec la vieille
de cet instant. Rédigez ce récit. Vous pouvez ima- femme (une sorcière ?), son état d’esprit.
giner que les prédictions se sont réalisées ou On remarquera que la scène se situe dans un
non. Choisissez le temps-repère que vous dési- village, en hiver, dans la neige, et que l’époque repré-
rez. Soulignez les indications et les connecteurs sentée est le xviie s.
de temps. Le point de départ du récit est la fuite du narra-
• Texte des vignettes : teur, dans la neige, vers son destin.
(1) Il te faudra sauver la vie du roi. Tu t’y brûleras les • Une fois le récit rédigé au brouillon, on vérifiera
doigts et tu t’imagineras au sommet de ta gloire ! l’emploi des temps, en se reportant à la p. 280 si on
Ensuite tu rencontreras certain chanteur de rue choisit le passé simple ou le passé composé comme
dans la boue d’un cachot. (2) … Tu y rencontreras un temps-repère, à la p. 282 si on choisit le présent.
homme masqué de rouge qui possède à cette heure • Les différentes étapes du récit seront structurées
une des vies de mes oiseaux et saura t’enseigner par des indications et des connecteurs de temps
certains de mes mystères… (3) … Plus tard… (4) … choisis, notamment, dans la leçon de la p. 281.
273
2e partie ➜ Les outils de la langue
3 Imaginez des énoncés correspondant à cette – Énoncés ancrés dans la situation d’énonciation :
situation d’énonciation. Énonciateur : un client. vous écrivez à un(e) ami(e) • vous tenez un journal
intime • vous bavardez avec des camarades • vous
Destinataire : un libraire. Lieu de l’énonciation :
téléphonez à un proche parce que vous vous ennuyez
une librairie. Moment de l’énonciation : quelques
• vous écrivez un dialogue de théâtre.
jours avant les fêtes de fin d’année. But : à – Énoncés coupés de la situation d’énonciation : vous
définir. racontez un souvenir de votre petite enfance • vous
– Pourriez-vous m’indiquer l’endroit où sont rangés faites un exposé en cours d’histoire • vous récitez un
les livres sur les animaux ? poème • vous écrivez le résumé d’un roman.
– Je voudrais offrir un livre sur les chevaux à une
jeune fille qui est passionnée d’équitation. 7 Recopiez ces énoncés et précisez s’ils sont
– Celui-ci a de belles illustrations, mais je ne le trouve ancrés dans la situation d’énonciation ou s’ils en
pas très bien documenté. sont coupés. Soulignez les mots qui vous ont mis
– Je pense que celui-là lui plaira. Je vais le prendre. sur la voie.
– Merci pour vos renseignements et votre amabilité. 1. Demain matin, nous irons tous les deux à la pis-
cine. (ancré)
Repérer les indices d’énonciation 2. La veille au soir, elle avait annoncé qu’elle renon-
çait à son voyage. (coupé)
4 Précisez si les mots soulignés sont ou non des
3. Je me réveillai un jour dans un lieu inconnu.
indices d’énonciation. (coupé)
(Les indices d’énonciation sont en gras.) 4. Regarde cette photo et dis-moi qui tu reconnais.
1. T’avais-je dit que le mois prochain, pendant une (ancré)
semaine, j’allais participer à un stage de théâtre, près 5. Devine qui vient dîner ce soir ! (ancré)
de chez moi ? Cela m’excite beaucoup, car je rêve de 6. Nous reprîmes péniblement la route. (coupé)
monter sur une scène. Tu devrais t’inscrire toi aussi : 7. Un soir du mois de mars, la tempête fait rage.
ils prennent des jeunes à partir de treize ans. (coupé)
2. Dimanche dernier, mon frère et moi, nous avons
promis à nos parents de préparer le repas de midi.
À mon avis, c’était un désastre, mais ils ont été Exercice bilan
indulgents. 8 Parmi ces extraits d’un roman à la 1re per-
3. Écoute bien ceci : je suis sûr que l’homme qui vit sonne, relevez les énoncés ancrés dans la situa-
dans l’appartement au-dessus du mien, est un espion. tion d’énonciation. Soulignez les indices
4. Un jour du mois de juin, nous avons passé une d’énonciation. Identifiez les temps propres à ces
journée au bord de la mer. énoncés.
1. Énoncé coupé de la situation d’énonciation.
5 a. Définissez la situation d’énonciation de
2. […] Ma fiancée a disparu, me faisant dire qu’elle ne
cette lettre. pouvait pas être ma femme ; qu’elle était une coutu-
Énonciateur : Ichirô ; Destinataire : la mère d’Ichirô ; rière et non pas une princesse. Je ne sais que devenir.
Lieu de l’énonciation : Tokyo ; Moment de l’énon- ➝ Passé composé : a disparu (fait antérieur au fait
ciation : 30 mai ; But de l’énonciation : justifier son exprimé au présent) ; présent d’actualité ou d’énon-
silence pendant le dîner. ciation : sais.
b. Relevez les indices d’énonciation et précisez à 3. « Maintenant et depuis longtemps, […], la maison
qui ou à quoi ils correspondent. est vide. Monsieur de Galais, frappé par l’âge et le
– Indices de personne : J’, m’ (2 fois), je (6 fois), me, chagrin, n’a jamais rien fait pour retrouver ni rap-
moi : Ichirô / Tu, te : la mère d’Ichiro. peler mon frère. […] Moi je passe ici bien souvent. »
– Indices de temps : hier soir (2 fois), aujourd’hui. ➝ Présent d’actualité ou d’énonciation : est, passe.
– Indice de lieu : ici. Passé composé (fait antérieur au fait exprimé au
présent) : a fait.
4. […] « Ils ont voulu, […], m’arracher votre plan tout
Identifier les deux types d’énoncés à l’heure, sur la place. Quand ils ont su que je voulais
6 Voici quelques cas dans lesquels vous produi- revenir ici balayer la classe, ils ont compris que j’allais
sez des énoncés. Classez ceux-ci en deux catégo- faire la paix avec vous, ils se sont révoltés contre moi. »
ries : ceux qui sont ancrés dans la situation ➝ Passé composé (faits antérieurs aux faits actuels) :
d’énonciation et ceux qui en sont coupés. ont voulu, ont su, ont compris, se sont révoltés.
274
14 ➜ Comment rapporter la parole des personnages ?
Écrivez
9 a. Imaginez un quiproquo entre deux person- • Cet exercice s’adresse à des élèves habitués à étu-
dier des pièces ou des scènes de théâtre. Ils vérifie-
nages, puis rédigez une scène de théâtre qui
ront ainsi que, dans une pièce de théâtre, la situation
l’illustrera.
d’énonciation n’est pas exprimée, mais qu’elle doit
b. Définissez la situation d’énonciation de cette être déduite du décor, des costumes, du jeu des ac-
scène : le lieu et le moment de l’énonciation, teurs, etc.
l’énonciateur et le destinataire de chaque réplique, • On pourra demander aux élèves de rédiger des
ainsi que les objectifs poursuivis par chacun. didascalies.
Comment rapporter
14 la parole des personnages ? (p. 286 à 289)
Étudier le style direct 2 Faites suivre ces phrases d’une autre phrase
1 a. Recopiez les paroles au style direct. Notez au style direct.
tout ce qui vous permet de les distinguer du 1. Rémi s’écria, en brandissant une lettre : « Ça y est !
récit. ma demande de stage en entreprise est acceptée ! »
– « Halte ! » ➝ interjection propre à la langue orale. 2. Un client entra et demanda : « Avez-vous le DVD
– Je connais ça, on disparaît pendant la vérification du dernier film de Luc Besson ? »
des cartes et on revient dans la salle dès que l’obscu- 3. Furieux, le gardien de l’immeuble les menaça : « Si
rité se fait. vous faites encore exploser un pétard, j’appelle la
– Montre-moi ta carte d’identité, tu pourras ensuite police. »
aller où bon te semble. ➝ répliques de dialogue dans 4. Elle rentra épuisée de sa journée de travail et
lesquelles un énonciateur ( je, moi) s’adresse direc- gémit : « J’ai travaillé six heures devant un ordinateur
tement à un destinataire (tu). Les temps sont ceux et maintenant il faut que j’aide mes enfants à faire
des énoncés ancrés dans la situation d’énonciation : leurs devoirs ! »
présent d’actualité (connais, semble), futur (pourras). 5. Comme ils semblaient tous s’ennuyer, leur mère
Emploi de l’impératif (montre). leur suggéra : « Et si vous repeigniez la barrière ?
Remarque : les autres présents (disparaît, revient, se Vous feriez au moins quelque chose d’utile. »
fait) sont des présents de vérité générale et ne sont 3 Recopiez ces phrases en y insérant des propo-
pas propres au dialogue. sitions incises. Celles-ci devront contenir un
– Expressions propres à la langue orale : Je connais ça ;
complément circonstanciel de manière (adverbe,
où bon te semble.
GN ou gérondif) qui renseignera sur le ton ou le
– Emploi de tirets introduisant des répliques de
dialogue.
comportement du locuteur.
1. Donnez-vous la peine d’entrer, proposa aimable-
b. Les propositions incises font-elles partie ment la secrétaire, en s’effaçant devant le visiteur.
du récit ou des paroles rapportées ? À quoi le 2. Écoutez bien mes explications, articula ferme-
reconnaissez-vous ? ment le moniteur.
Les propositions incises (fit-elle, ordonna l’ouvreuse 3. J’ai encore fait une erreur de manipulation ! se
à Frédéric) font partie du récit et sont donc indé- lamenta la secrétaire, en se tenant le front.
pendantes des paroles rapportées. On le reconnaît 4. S’il te plaît, arrête un peu cette musique infernale,
à la présence de passés simples (fit, ordonna) et à proféra en hurlant la mère de Thomas, au bord de la
l’absence d’indices d’énonciation : elle, l’ouvreuse, crise de nerf.
Frédéric au lieu de pronoms personnels de la 1re et de 5. Bravo ! vous avez fait de gros progrès, annonça
la 2e personne. gaiement le professeur, avec un sourire satisfait.
275
2e partie ➜ Les outils de la langue
4 Réécrivez ces phrases en transformant les 7 Créez des phrases contenant des paroles rap-
parties soulignées en répliques de dialogue insé- portées indirectement. Pour cela, utilisez chacun
rées dans un récit. de ces verbes introducteurs en les faisant suivre
1. Il leur annonça : « Je partirai la semaine prochaine d’un complément d’objet dont la nature gram-
faire un reportage en Afrique. » maticale est indiquée. Soulignez les passages au
2. Le serveur demanda aux clients : « Est-ce que style indirect.
le repas vous a convenu ? » (« Le repas vous a-t-il – On ne répétera jamais assez que les conducteurs de
convenu ? ») deux roues doivent redoubler de prudence en ville.
3. Avec dédain, il déclara : « Vous êtes tous des ânes, (subordonnée conjonctive)
tandis que, moi, j’ai réussi à résoudre l’énigme. » – Dans sa lettre, mon oncle, cet intrépide voyageur,
4. L’enfant ne cessait de demander à ses parents : nous informe de son désir de revenir en France après
« Est-ce que le chemin est encore long ? Est-ce qu’on de multiples aventures. (GN)
va (nous allons) enfin arriver chez nous ? » – Les pompiers expliquèrent comment ils avaient
5. Le vendeur me demanda : « Que désirez-vous ? » réussi à capturer le gorille fugueur. (subordonnée inter-
rogative indirecte)
– Je vous propose d’aller au cinéma ce soir. (groupe
Étudier le style indirect infinitif)
Remarque : Certains verbes comme recommander 8 a. Employez chacun de ces verbes dans deux
(exercice 5 phrase 3, exercice 6 phrase 2) et conseiller
phrases où il sera complété : d’abord par une su-
(exercice 6 phrase 4) sont des verbes transitifs directs
bordonnée conjonctive, puis par une subordon-
(accompagnés d’un COD). Cependant, lorsqu’ils sont
suivis d’un infinitif, celui-ci est précédé d’une prépo-
née interrogative indirecte.
• Subordonnée conjonctive :
sition. On acceptera donc les réponses COD ou COI.
1. Dans une interview, le champion a révélé qu’il ne
5 Relevez les paroles rapportées au style indi- participerait pas aux prochains Jeux olympiques.
rect et précisez de quel verbe elles sont complé- 2. On apprend à l’instant qu’un incendie vient de se
ments d’objet. Toutes les phrases n’en déclarer dans un immeuble du centre-ville.
3. Sophie m’a dit que toutes les photos qu’elle avait
contiennent pas.
prises étaient ratées.
1. qu’elle allait se marier : COD de a annoncé.
4. La bibliothécaire demande que tous les livres em-
2. (Pas de discours indirect.)
pruntés soient rapportés avant la fin du mois.
3. de relire attentivement notre brouillon et de le re-
manier : COD de a recommandé. • Subordonnée interrogative indirecte :
4. comment nous allions nous sortir d’une situation 5. Le détective révéla qui était le coupable.
aussi embarrassante : COD de nous sommes demandés. 6. Je vais vous apprendre comment on fait de beaux
5. (Pas de discours indirect.) ricochets.
7. Pouvez-vous me dire où se trouve le bureau de
6 Complétez ces phrases avec du style indirect poste le plus proche.
dont vous indiquerez la classe grammaticale et 8. Pierre m’a demandé quand je pouvais passer chez
la fonction. lui pour regarder le film qu’il a tourné en Égypte.
1. Je lui ai demandé si elle était au courant des b. Réécrivez les phrases en remplaçant le style
problèmes de Cécile (subordonnée interrogative indi- indirect par du style direct, quand c’est possible.
recte, COD de ai demandé), mais elle a répliqué qu’elle 1. Dans une interview, le champion a révélé : « Je ne
ne se mêlait pas des affaires des autres (subordonnée participerai pas aux prochains Jeux olympiques. »
conjonctive complétive, COD de a répliqué). 2. (Se prête mal à une transposition au style direct.)
2. On m’a recommandé de lire attentivement le 3. Sophie m’a dit : « Toutes les photos que j’ai prises
mode d’emploi de l’appareil avant la première utili- sont ratées ! »
sation (groupe infinitif, COD de a recommandé). 4. « Rapportez-moi vos livres avant la fin du mois »,
3. Un haut-parleur annonça que le train en prove- demande la bibliothécaire.
nance de Lyon entrait en gare (subordonnée conjonc- 5. Le détective révéla : « Voici le nom du coupable. »
tive complétive, COD de annonça). 6. « Regardez comment on fait de beaux ricochets ! »
4. Je vous conseille d’éviter de prendre l’autoroute ce 7. « Où se trouve, s’il vous plaît, le bureau de poste le
matin (groupe infinitif, COD de conseille). plus proche ? »
276
14 ➜ Comment rapporter la parole des personnages ?
8. Pierre m’a demandé : « Quand peux-tu passer chez logue par du style indirect. Quelle réplique ne
moi pour regarder le film que j’ai tourné en Égypte ? » peut pas être transposée au style indirect avec
les mêmes mots ?
Transposer les paroles rapportées Gladys entra dans la pièce très à contrecœur, ma-
9 a. Transposez au style indirect les paroles nifestement très ennuyée d’être obligée d’affronter
un officier de police. C’était une grande fille sans
écrites au style direct. Elles seront compléments
attraits, qui, malgré ses vêtements propres, trouvait
d’objet des verbes introducteurs contenus dans
moyen d’avoir l’air peu soigné.
les phrases. Elle commença par proclamer : « Je n’ai rien fait. »
b. Indiquez la nature grammaticale des paroles Neele, qui tenait à la mettre à l’aise, lui répondit : « Je
rapportées au style indirect. n’en doute pas et je ne vous fais venir que pour vous
1. Sophie m’a affirmé que cette coiffure ne m’allait demander quelques détails sur le petit-déjeuner
pas du tout, qu’elle m’aimait mieux avec les cheveux du matin. » À peine assise, elle dit de nouveau que
longs. (subordonnée conjonctive) ce n’était pas elle, qu’elle n’avait rien fait. Neele lui
2. Notre voisin nous prévint que l’autoroute était demanda si elle avait tout de même bien mis le cou-
très encombrée et que nous devions prendre un vert. […]
autre itinéraire. (subordonnée conjonctive) Elle en convenait, mais comme à regret.
3. Mes parents m’ont recommandé de leur donner – La dernière réplique ne peut pas être transposée
de mes nouvelles, le lendemain, dès que j’arriverais. telle quelle au style indirect, car elle appartient ex-
(groupe infinitif) clusivement à la langue orale. On pourrait cependant
4. Le professeur demanda si tout le monde avait la transcrire ainsi : Elle reconnut (convint) que cela
bien compris. (subordonnée interrogative indirecte.) était exact. Mais cela ferait double emploi avec la
5. La secrétaire gémit que son ordinateur était en-
dernière phrase.
core bloqué. (subordonnée conjonctive)
6. Le jardinier expliqua qu’une famille de hérissons
12 a. Relevez les verbes introducteurs et les pa-
logeait sous un tas de bois et qu’il n’osait pas les
déranger. (subordonnées conjonctives) roles rapportées qui en sont les compléments
7. Un passant leur demanda où ils couraient si vite. d’objet.
(subordonnée interrogative indirecte) – dis (qu’elle n’avait rien à craindre puisque j’étais là) ;
8. À l’agence de tourisme, on nous a conseillé de – demandai (quel avait été l’objet d’une aussi subite
choisir l’automne pour visiter le Canada. (groupe terreur) ;
infinitif) – suppliai (de prendre quelque chose) ;
9. Sa mère, inquiète, lui demanda ce qu’il comptait – dit (qu’il lui serait impossible d’absorber pour le mo-
faire avec une (cette) scie et un (ce) marteau. (subor- ment même une goutte d’eau) ;
donnée interrogative indirecte) – raconta (qu’elle était allée se promener, comme elle
me l’avait dit, devant la gare, mais qu’elle n’avait pas
10 Lorsque c’est possible, transposez ces phrases osé s’en éloigner pensant que j’aurais fini d’écrire).
de dialogue au style indirect : elles seront com- b. Remplacez le style indirect par du style direct,
pléments d’objet de verbes de parole. de manière à obtenir des dialogues insérés dans
1. Mes grands-parents nous ont annoncé qu’ils arri-
un récit.
veraient le lendemain matin vers dix heures.
Je la rassurai, je lui dis : « Tu n’as rien à craindre
2. Dites-nous ce que vous comptez faire.
puisque je suis là. » Et je lui demandai doucement,
3. (Transformation impossible. Un équivalent pourrait
patiemment : « Quel a été l’objet d’une aussi subite
être : Il affirma qu’il était évidemment d’accord.)
terreur ? » Je la fis asseoir, car elle ne tenait pas sur
4. Mon camarade m’a demandé si j’avais trouvé une
ses jambes, et je la suppliai : « Prends quelque chose. »
solution satisfaisante.
Mais elle me dit : « Il me sera impossible d’absorber
5. Il nous affirma que, la semaine suivante, ce serait
pour le moment même une goutte d’eau. » Et elle
trop tard.
claquait des dents. Enfin, elle put parler et elle me
6. (Transformation impossible.)
raconta, en s’interrompant presque à chaque phrase
et en regardant autour d’elle avec épouvante : « Je
11 Réécrivez ce texte : a. en transformant le style suis allée me promener, comme je te l’ai dit, devant la
indirect en répliques de dialogue insérées dans gare, mais je n’ai pas osé m’en éloigner pensant que
le récit ; b. en remplaçant les répliques de dia- tu aurais fini d’écrire. »
277
2e partie ➜ Les outils de la langue
c. Comparez votre texte avec le texte original et 4. « Mais pas du tout ! Vous vous trompez ! » rétor-
expliquez pourquoi l’auteur a préféré ici le style qua son adversaire.
indirect. 5. Finalement, il avoua : « Oui, c’est moi le coupable. »
Dans le texte b., les paroles rapportées directement 6. Avec un sourire moqueur, elle ironisa : « Tu devrais
interrompent cinq fois le rythme du récit qui devient laisser tomber la compétition et faire du tricot. »
ainsi un peu chaotique. En revanche, le texte original 16 Utilisez ces verbes dans des phrases où ils in-
présente une continuité propre à préserver l’atmos-
troduiront du style direct.
phère angoissante du récit.
1. Amélie soupira tristement : « Aucun de mes amis
Étudier les paroles résumées n’a pensé à me souhaiter mon anniversaire. »
(narrativisées) 2. Maxime exultait : « J’ai eu la meilleure note au
contrôle de math ! »
13 Réécrivez ces phrases en remplaçant les pa- 3. Furieux, leur grand frère rugit : « Vous avez encore
roles narrativisées par des subordonnées com- fouillé dans mes tiroirs. Vous êtes insupportables ! »
plétives (conjonctives ou interrogatives 4. Elle articula fermement : « Non, je ne le ferai pas ! »
indirectes) qui les développeront, à votre gré.
1. On nous a demandé d’expliquer pourquoi nous 17 Utilisez deux fois chacun de ces verbes :
avions renoncé à notre projet. a. pour introduire du style direct ; b. pour intro-
2. Racontez-nous comment vous avez rencontré un duire du style indirect.
ami d’enfance en faisant une randonnée dans le dé- 1. Notre professeur exigea : « Suivez scrupuleuse-
sert mauritanien. ment chaque consigne de l’énoncé. » / Notre pro-
3. Mon cousin nous a prévenus qu’il arriverait di- fesseur exigea que nous suivions scrupuleusement
manche soir. chaque consigne de l’énoncé.
4. Je reconnais que je me suis trompé sur le compte 2. Ma grand-mère me recommande toujours : « Cou-
de ce camarade que j’avais cru sincère. vre-toi bien, ne prends pas froid. » / Ma grand-mère
5. Le suspect avoua qu’il avait participé au cambrio- me recommande toujours de bien me couvrir, de ne
lage de la confiserie. pas prendre froid.
3. Son interlocuteur objecta : « Vos arguments ne sont
Les verbes introducteurs absolument pas fondés. » / Son interlocuteur objecta
14 Remplacez le verbe dire par des verbes mieux que ses arguments n’étaient absolument pas fondés.
4. Alice supplia ses parents : « Offrez-moi un chat
adaptés aux types de phrases et au ton des pa-
pour mon anniversaire. » / Alice supplia ses parents
roles.
de lui offrir un chat pour son anniversaire.
1. Elle demanda à ses voisins : « N’auriez-vous pas
5. Olivier susurra à l’oreille de Flore : « Tu es vraiment
aperçu un chat noir avec une tache blanche autour
ravissante, ce matin. » / Olivier susurra à l’oreille de
de l’œil ? »
Flore qu’elle était vraiment ravissante, ce matin-là.
2. « Parlons bas, chuchota-t-elle, on pourrait nous
entendre. » Écrivez
3. Il ordonna : « Faites exactement ce que je de-
mande, sans discuter. » 18 Observez cette photographie et imaginez un
4. Il s’exclama (s’écria, hurla, vociféra) : « Jamais je ne sujet de conversation entre les deux voisins.
tolérerai de telles insultes ! » a. Faites-les parler au style direct.
5. Le témoin affirma : « Je suis formel, c’est ce que j’ai • Ce texte se présentera donc sous forme d’un dia-
vu. » logue qui pourra comporter quelques phrases de
6. Elle cria (s’écria) : « Ma patience est à bout ! » récit et des propositions incises. Les élèves reliront
7. Son moniteur l’encouragea : « Je suis sûr que tu auparavant la leçon de la p. 286.
vas y arriver. » b. Reproduisez leur dialogue au style indirect.
15 Complétez les phrases avec le verbe introduc- c. Racontez la scène, dans un récit au passé
teur qui convient, employé au passé simple. simple, en rapportant les paroles les plus importantes
1. Excusez-moi, j’ai cru bien faire, bredouilla-t-il au style indirect. Variez les verbes introducteurs.
d’une voix presque inaudible. • Avant de rédiger cette partie, les élèves reliront
2. D’un air perfide, elle insinua : « Aurais-tu, par ha- avec profit le texte de l’exercice 12 qui présente un
sard, une responsabilité dans cet incident ? » exemple de ce qu’ils doivent faire. Ils se référeront
3. Il conclut : « Tout est bien qui finit bien. » également à la leçon de la p. 287.
278
15 ➜ Quel niveau de langue choisir ?
Reconnaître les niveaux de langue – constructions incorrectes (t’as pas), élisions (t’as,
d’bol, l’pied…) ;
1 Classez les mots de chaque série de synonymes
– interrogatives construites comme des déclaratives :
selon leur niveau : courant, soutenu, familier. Ça va ?
Courant Soutenu Familier
Utiliser les niveaux de langue
1. faire disparaître, subtiliser, dérober, chourer, carotter,
voler ravir faucher, piquer 4 Selon leur niveau de langue, ces mots peuvent
avoir des sens différents. Employez chacun dans
2. fuir, se sauver s’esquiver se tirer, se cavaler,
se débiner, se casser deux phrases qui feront apparaître la différence de
sens : précisez le niveau de langue de chaque
3. drôle, comique plaisant, attrayant, rigolo, marrant
divertissant
phrase.
Niveau de langue courant :
4. travail, emploi, tâche, labeur boulot, turbin, job 1. Une poire bien mûre tomba de l’arbre et s’écrasa
métier
sur le pare-brise.
2. Cette caisse est pleine de livres, elle est très lourde.
2 Indiquez si ces phrases ont un niveau soutenu 3. Est-ce que tu entends la cloche de l’église, dans le
ou familier, puis réécrivez-les dans un niveau lointain ?
courant. 4. La bataille navale de Trafalgar fut désastreuse
1. Familier. ➝ Nous n’avons rien fait de mal. pour la flotte française.
2. Soutenu. ➝ Est-ce que vous pouvez me donner un 5. En Provence, les toits sont souvent couverts de
renseignement ? tuiles rondes.
3. Soutenu. ➝ – Qu’est-ce que vous vouliez (tu vou- Niveau de langue familier :
lais) qu’il fasse ? – Qu’il se révolte ! 1. T’aurais pas dû accepter. T’es trop poire !
4. Familier. ➝ – Arrête, s’il te plaît. Qu’est-ce que tu 2. Qu’est-ce que j’aimerais conduire une caisse
veux ? comme ça !
5. Soutenu. ➝ Il est resté courageux dans le malheur. 3. Quelle cloche ! Tu t’es encore trompé !
4. C’est vraiment un été pourri : il tombe de la flotte
3 a. Classez ces phrases selon leur niveau de tous les jours.
5. J’ai la crève et j’ pourrai pas venir à ton anniver-
langue (courant, soutenu, familier).
saire. Quelle tuile !
Courant Soutenu Familier
1. T u n’as pas de Vous avez joué de T’as pas d’bol !
5 Pour traiter un de ces sujets, quel(s) niveau(x)
chance. malheur. de langue adopterez-vous ?
2. C ette musique est Quel ravissement, Cette zique, c’est 1. Dans le niveau de langue qui est celui choisi par
magnifique ! cette musique ! l’pied ! l’auteur et qui peut aussi bien être soutenu, courant
3. B onjour. Est-ce Je vous souhaite le ’jour. Ça va ? ou familier.
que tu vas bien ? bonjour, cher ami. 2. Courant, soigné.
Votre santé est-elle 3. Courant.
bonne ? 4. Pour l’agent de police : courant. Pour l’automobi-
4. V ous avez un très Votre chapeau est Moi, j’te dis, ton liste courtois : soutenu. Pour l’automobiliste irascible :
joli chapeau. absolument ravissant. galurin, il est trop
familier.
top !
5. Courant.
5. J e pense que vous Je crains fort que Tu t’goures.
vous trompez. vous ne vous égariez. 6 Rédigez la formule de politesse qui terminera
chacune de ces lettres.
b. Notez les caractéristiques repérées dans l’en- 1. Dis oui et je serai trop content. Ton copain
semble des phrases de niveau de langue familier. 2. J’espère que vous accepterez, car nous nous fai-
– Termes et expressions familiers (avoir du bol, zique, sons une joie à l’idée de vous revoir bientôt. Je vous
galurin, se gourer) ; embrasse très fort.
279
2e partie ➜ Les outils de la langue
3. Je vous prie d’agréer, Monsieur (Madame), l’ex- vant l’insolence de la fillette : petite merdeuse, binz
pression de ma respectueuse admiration. (termes familiers) ; ça mis pour cela ; C’était quoi ce
4. En espérant que notre projet saura attirer votre binz ? (phrase interrogative construite comme une
attention, nous vous prions de croire, Monsieur le déclarative)
Maire, à l’expression de notre respect. d. En quoi, l’utilisation des niveaux de langue
5. Sincères salutations. participe-t-elle au comique du texte ?
Le mélange des niveaux de langue est en soi un
Exercice bilan procédé comique, car il crée des effets de surprise
7 a. Partie 1 : Quels sont les niveaux de langue inattendus. Mais, de plus, il traduit ici une situation
présents dans ces phrases ? qui prête à rire. En effet, c’est une enfant, Aliénor, qui
Dans cette partie sont juxtaposés trois niveaux de utilise un langage extrêmement recherché, alors que
langue. celui de Camille, l’adulte, est beaucoup plus relâché.
– Niveau courant : Le langage d’Aliénor permet d’imaginer une fillette
[Elle] s’assit sur un banc au pied de la tour Eiffel. / prétentieuse et très snob, et fait d’elle un person-
Elle composa le numéro du château sur son portable ; nage comique, voire ridicule.
Philibert lui manquait (constructions correctes, voca-
bulaire usuel). Écrivez
– Niveau familier (malgré l’emploi du passé simple) : 8 Supposez qu’un tableau célèbre rapporte les
Camille commanda un panini dégueulasse dans une réflexions qu’il entend à son sujet. Imaginez une
baraque à touristes. (emploi de termes familiers :
dizaine de répliques formulées dans des niveaux
dégueulasse, baraque)
de langue variés.
b. Partie 2 : Quel est le niveau de langue employé • Travail collectif : en opérant un tri dans l’ensemble
par Aliénor ? Quels sont les différents niveaux des répliques trouvées par les élèves, on composera
de langue utilisés par Camille ? Justifiez vos un texte humoristique, dont la force comique repo-
réponses. sera en partie sur la variété des niveaux de langue.
– Malgré son jeune âge, la fillette utilise une langue
dont le niveau est soutenu : 9 Imaginez un dialogue entre les trois princi-
À qui ai-je l’honneur ? / puis-je (formules recherchées) ; paux personnages, puis un dialogue entre les
puis-je prendre un message ? / Pouvez-vous me rappe- deux personnages de droite qui commentent la
ler votre nom ? (inversion du sujet dans les phrases scène. Enfin, le jeune homme, en arrière-plan,
interrogatives) dévoile ses pensées.
– Pour s’adresser à Aliénor, Camille emploie des Avec humour, faites varier les niveaux de langue
niveaux de langue différents, ce qui traduit son
en fonction des personnages.
trouble. Le niveau de langue est tantôt courant :
• Il est évident que les trois personnes qui se rendent
vous lui dites que je l’embrasse et que je lui souhaite
au match de cricket (on précisera que cela n’avait
une bonne année ;
rien à voir avec les matchs de foot actuellement !)
tantôt soutenu :
adopteront un langage très recherché qui trahira
Pourrais-je parler à Philibert, s’il vous plaît ?
leur snobisme. Le niveau de langue des deux per-
tantôt familier :
sonnages sur la droite sera familier et leur ton
Il n’est pas là ? Ah… Bon, ben…
goguenard. Tandis que le jeune homme du fond s’ex-
c. Partie 3 : Dans quel niveau de langue les pen- primera dans un niveau de langue courant.
sées de Camille sont-elles exprimées ? À quoi le • Travail collectif : Une petite pièce de théâtre en
reconnaissez-vous ? un acte pourra être réalisée avec les meilleures ré-
Les pensées de Camille sont exprimées dans un pliques de dialogue trouvées dans les devoirs. Des
niveau de langue familier qui traduit sa fureur de- groupes de six élèves viendront ensuite l’interpréter.
280
16 ➜ Les actes de parole et les types de phrases
Associer actes de parole 4. Voici déjà une heure que nous espérons votre venue.
et types de phrases 5. Est-ce que c’est toi qui as fait cette farce idiote ?
6. Allons-nous, par hasard, nous incliner devant cette
1 a. Pour chacun de ces énoncés, précisez dans
infortune ?
quelle intention l’énonciateur l’a formulé et indi-
quez le sentiment qui l’accompagne.
Identifier les intentions de l’énonciateur
b. Indiquez le ou les types de phrases choisi(s)
4 Quelles phrases sont de véritables questions ?
dans chaque cas.
1. a. Ordre / colère. b. Type exclamatif et déclaratif. Dans quelle intention les autres ont-elles été
2. a. Question / surprise / contrariété. b. Type formulées ? On peut avoir plusieurs interpréta-
interrogatif. tions.
3. a. Défense / affirmation d’autorité / sentiment Les phrases 2 et 3 sont de véritables questions aux-
d’anxiété. b. Type injonctif. quelles l’énonciateur attend une réponse.
4. a. Affirmation / reproche / exaspération. b. Type 1. Ordre atténué = Arrête ce tapage.
exclamatif et déclaratif. 4. Expression d’une surprise, remarque amusée =
5. a. Compliment / admiration. b. Type exclamatif et Nous ne pouvions pas imaginer que nous passerions
déclaratif. nos vacances ensemble.
6. a. Exhortation / enthousiasme. b. Type injonctif. 5. Ordre atténué, poli = Parlez plus fort.
281
2e partie ➜ Les outils de la langue
– Savez-vous bien, monsieur, que vous m’exaspé- Tout différent est le ton de la dernière exclama-
rez ? : cette phrase est l’équivalent de Monsieur, vous tion : Beau ! Ce mot reprend le dernier mot prononcé
m’exaspérez ! Le type interrogatif donne plus de par Roxane, mot qui révèle à Cyrano que ce n’est
relief à l’affirmation. pas lui qui est aimé, puisqu’il est laid ! Cette brève
– Vrai ? : réplique très ironique par laquelle don César réplique révèle donc, avec sobriété, le désespoir et la
fait mine de s’étonner de la colère de son interlo- désillusion de Cyrano.
cuteur, de la prendre au sérieux pour mieux faire b. Relevez les phrases injonctives et exclama-
ressortir le ridicule de la situation. tives prononcées par Roxane. Quels sentiments
– Vous croyez ? : là encore, réplique destinée à ridicu- traduisent-elles ?
liser don Guritan et ses velléités de duel. L’expression – Phrases injonctives : Laissez-moi votre main, voyons,
Vous croyez met en doute la sincérité de don Guritan elle a la fièvre. Roxane « gronde » gentiment Cyrano.
qui passe ainsi pour un matamore. Elle est d’autant Elle a, avec lui, une attitude protectrice.
plus vexante qu’elle est prononcée par un don César Et figurez-vous, tenez, que justement… Ces impératifs
« impassible » dont l’attitude calme et ironique rend ne correspondent pas à des ordres, Roxane veut en-
encore plus ridicule l’agitation de son interlocuteur. courager Cyrano à prêter attention à ses propos.
b. Employez Vrai ? et Vous croyez ? dans des – Phrases exclamatives : Oui, mon cousin, il sert dans
contextes où ces interrogations auront une votre régiment ! L’exclamation traduit l’amusement
autre signification. de Roxane pour la situation qu’elle évoque, mais on
Par exemple : devine, sous-jacente, son admiration pour le jeune
– Il paraît que Benoît va quitter le collège, la semaine homme dont elle parle.
prochaine. – Vrai ? En es-tu bien sûr ? Il ne m’a rien dit. Puisqu’il est cadet dans votre compagnie ! Cette
– Notre région souffre de la sécheresse. – Vous croyez ? phrase est prononcée en riant ; l’amusement, l’ad-
Il me semble pourtant qu’il a beaucoup plu. miration de Roxane sont encore plus accentués. On
c. Quel est le type de la plupart des phrases de devine aussi son bonheur.
don Guritan ? Quelles réactions veut-il susciter Remarque : Des exercices de lecture expressive com-
plèteront utilement les questionnaires sur les deux
chez don César ?
textes précédents et mettront en évidence la notion
Trois phrases sur quatre sont exclamatives. Don
d’acte de parole.
Guritan cherche à faire croire à la sincérité de sa
colère et de son courage. Il veut provoquer don César,
dans l’espoir de le faire réagir et se départir de son Écrivez
flegme ironique qui l’exaspère. 8 Écrivez un dialogue entre deux camarades :
d. En apparence, qu’exprime l’exclamation de l’un(e) voudrait convaincre l’autre de participer à
don César (C’est charmant !) ? Qu’exprime-t-elle une entreprise de bénévolat, mais l’autre résiste.
en réalité ? Utilisez une grande variété de types de phrases
En apparence, il s’agit d’une marque d’admiration, qui mettront en évidence les intentions des
mais en réalité elle souligne le ridicule du person- deux interlocuteurs.
nage auquel elle s’adresse et qui parle de se battre en • Ce devoir est une approche du dialogue argumen-
souliers à rubans. C’est donc une antiphrase, d’autant tatif tel qu’il sera pratiqué en 3e.
plus que la didascalie précise : d’un air goguenard. • Travail préparatoire :
– Définir avec précision la nature de l’entreprise de
7 a. Quel type de phrase Cyrano emploie-t-il ? bénévolat et ses conditions d’application.
Quels sentiments différents exprime-t-il ? – Déterminer la personnalité de chaque interlocu-
Cyrano ne parle guère dans cet extrait, car il attend, teur ou interlocutrice et la situation d’énonciation
le cœur battant, ce qu’il espère être une déclaration dans laquelle a lieu le dialogue.
d’amour de Roxane. Chaque réplique se limite donc – Chercher le plus possible d’arguments présentés
à une « phrase » exclamative réduite à un mot d’une par chaque camarade.
syllabe. – Rédiger le devoir au brouillon, en se reportant à la
Chaque Ah !… est chargé d’un espoir qui va gran- leçon de la séance 14, p. 318, Comment rapporter la
dissant, puisque chaque réplique de Roxane semble parole des personnages ?
désigner Cyrano. Il n’en dit pas plus pour ne pas • Une fois le brouillon terminé, on remanie les ré-
interrompre la jeune fille, mais aussi parce qu’il est pliques, pour mettre en évidence les intentions, ex-
très ému et assez timide devant sa belle cousine. primées et sous-entendues, des interlocuteurs.
282
17 ➜ Les procédés de l’ironie et de l’humour
283
2e partie ➜ Les outils de la langue
sadique qui confond éducation et maltraitance. quelques personnes brûlées à petit feu. C’est là qu’in-
Ensuite, ces coups de fouet sont considérés par la tervient l’ironie : cette fausse naïveté prête à sourire.
mère comme une tâche à accomplir qui s’inscrit dans Pourtant, elle ne minimise pas les faits, elle les rend
son emploi du temps de la journée. encore plus atroces en mettant en évidence la sottise
• Deuxième paragraphe : L’intervention de Mlle et la cruauté humaines.
Balandreau fait sourire, ainsi que son remède, le suif Le narrateur feint de partager l’avis des sages,
(de la graisse animale), pour soulager la douleur du c’est-à-dire des inquisiteurs, pour mieux faire valoir
garçon. Notons aussi la façon délicate et drôle de le caractère inhumain et absurde de cet autodafé.
suggérer le postérieur de la victime : y (met du suif).
• Enfin, dans le dernier paragraphe, on sourit en li- 8 Expliquez d’où provient l’humour de ce texte.
sant que, grâce à la ponctualité de la mère, les coups Le comique naît :
de fouet donnent l’heure à la voisine. L’humour – de situations comiques : il tombait dans des fourrés
naît de la dédramatisation de la situation : elle était ou s’écrasait le nez contre des chênes séculaires / Ce
contente / ça lui donnait l’heure / il est temps de faire n’était point un ver luisant, mais une chaumière ;
mon café au lait. – de remarques absurdes : Je vais aller voir ce que
Même les onomatopées qui évoquent les coups c’est, dit le duc à haute voix pour se tenir compagnie.
provoquent un effet comique par leur incongruité : à Peut-être après tout, n’est-ce qu’un ver luisant de
quoi peuvent bien correspondre les Zon ! Zon ! ? grande taille, mais j’ai tellement faim que j’en ferais
bien une collation ;
7 En quoi ces deux extraits sont-ils ironiques ? – de contrastes humoristiques entre les niveaux de
En quoi peut-on parler aussi d’humour noir ? langue : l’ensemble du texte est rédigé dans une
Détaillez vos réponses. langue qui est une parodie de langue soutenue, mais
• Texte 1. La guerre est présentée à travers le point de l’apparition d’un langage familier (Il commençait à
vue d’un observateur naïf et résolument optimiste. Si en avoir marre, mais vraiment marre) crée un effet de
bien que cette vision décalée et enthousiaste d’un car- surprise amusant ;
nage provoque à la fois le sourire et l’indignation : c’est – de contrastes humoristiques entre la situation dé-
le procédé de l’ironie, ironie qui est perceptible par les crite et le niveau de langue utilisé : l’errance du duc,
lecteurs qui connaissent les opinions de Voltaire, mais ses chutes, ses hurlements et ses jurons sont présen-
qui apparaît aussi à l’observation du texte. En effet, la tés avec une grande recherche de langage, sur un ton
première phrase décrit avec enthousiasme un magni- faussement offusqué et complètement déplacé (de
fique spectacle. On pourrait croire qu’il s’agit d’une la façon la plus malséante qui fût, sans respect pour
simple parade militaire. Or, les mots enfer et canons la nocturne beauté de ces lieux). Enfin, totalement
nous ramènent à une réalité plus tragique. À aucun épuisé (il en a vraiment marre), le duc aperçoit une
moment, le mot guerre n’apparaît. L’ironie consiste lueur, mais cette lueur est piquée sur le sombre satin
donc ici à parler avec légèreté d’une situation très des ténèbres : cette description platement poétique
grave. On ne dit pas « tuer », on dit renverser, ôter du est décalée par rapport à la situation évoquée.
meilleur des mondes. Le nombre de morts (le mot n’est
jamais employé) est approximatif (à peu près six mille Écrivez
hommes, environ neuf à dix mille coquins). La guerre 9 Exprimez de façon ironique ces situations, en
est justifiée : les soldats morts sur le champ de bataille utilisant les procédés indiqués.
n’ont eu que ce qu’ils méritaient (dix mille coquins qui 1. On ne voit de lui que des jambes qui n’en finissent
en infectaient la surface). pas, surmontées d’un buste interminable et si étroit
Tout cela est trop excessif pour être pris au sérieux qu’on redoute de le voir se briser en deux.
et Voltaire parvient à ses fins : faire sourire sur un 2. Je ressentis une impression désagréable, en en-
sujet grave, la dénonciation de la guerre et de son trant dans cette pièce froidement chaleureuse,
absurdité. où meubles, fauteuils et tableaux en abondance
• Texte 2. L’ironie naît de l’emploi de termes valori- n’avaient d’autre rôle que celui de témoins de la ri-
sants pour évoquer des actes d’une cruauté absurde. chesse de leur propriétaire.
Ainsi le bel autodafé est décidé par les sages, c’est un 3. C’est une œuvre majeure ! Oui, mais seulement
moyen efficace, il se réduit à un spectacle… en grande pour l’artiste qui l’a réalisée.
cérémonie, enfin c’est un secret infaillible. Il est pré- 4. Avec son manteau coquelicot, ses chaussures à
senté comme un acte de magnanimité : donner au nœud et ses cheveux d’or, cette fillette ressemble au
peuple un bel autodafé. Toute cette légèreté, cette Petit Chaperon rouge. Il ne lui manque que la galette
bonne conscience sont destinées à minimiser l’acte : et le pot de beurre.
284
18 ➜ Comment insérer une description ou un portrait dans un récit ?
285
2e partie ➜ Les outils de la langue
présence devant moi. Je levai les yeux et découvris rayons, l’attention d’Alexis fut attirée par un vieil ou-
une jeune fille qui me fixait en souriant. Ses cheveux vrage. Ce livre recouvert de cuir rouge avait le charme
roux un peu ébouriffés, ses yeux noisette au regard des objets qui ont un passé. Un parfum subtil s’en
moqueur et son petit nez constellé de taches de dégageait, odeur de vieux papier mêlée à celle de
rousseur ne m’étaient pas inconnus. l’encre et du cuir. De nombreuses gravures très fouil-
2. Elle marche dans le brouhaha de la ville, quand tout lées, à la fois sérieuses et naïves, le transportèrent
à coup une vitrine attire son regard. Des objets d’arti- hors du temps, dans un univers poétique.
sanat mexicains sont exposés : des poteries en terre 4. Attirés par un bruit assourdissant, ils s’approchè-
cuite représentant des personnages et des animaux rent du précipice et regardèrent dans le fond. Un
à la fois étranges et familiers, dans une harmonie torrent roulait avec fracas ses eaux cristallines. Il était
d’ocre et de brun, des tissages multicolores, des bi- bordé de roches noirâtres, sculptées par les eaux, qui
joux en pierres semi-précieuses bleues ou vertes. répercutaient le vacarme.
3. Partis la veille au soir, nous avons découvert, le 5. Le haut mur était percé d’une petite porte ver-
matin, en ouvrant les yeux, un paysage extraordi- moulue. Ils la poussèrent et ce qu’ils découvrirent les
naire. La bruine et la grisaille avaient fait place à ravit. Un jardin s’offrait à eux avec ses massifs fleuris
un soleil généreux. À notre droite, la mer miroitait et ses haies bien taillées. Un immense tilleul ombra-
derrière les mimosas en fleur. Des parterres de fleurs geait la pelouse et ses fleurs d’un jaune pâle délicat
mettaient des taches vives sur le vert émeraude des dégageaient un parfum envoûtant.
gazons. À notre gauche, des collines couvertes de 6. Le commerçant observa le client qui venait d’entrer.
pins se détachaient sur le ciel d’un bleu lumineux. L’homme était grand et légèrement voûté. Son visage
4. Il longea un sombre couloir, et en passant devant était creusé de rides profondes et, sous des sourcils
une porte, il vit une vapeur bleue qui sortait par le broussailleux, son regard noir était étincelant.
trou de la serrure. Il ne put s’empêcher de tourner dé- 7. Elle tira les rideaux, ouvrit sa fenêtre et se pencha
licatement la poignée. Stupéfait, il se figea devant le pour admirer le jardin. Un parterre de fleurs exhalait
spectacle qui s’offrait à ses yeux. Une pièce, dans un un parfum exquis. Ce parfum provenait de roses
désordre indescriptible, abritait plusieurs réchauds épanouies, vermeilles ou jaune d’or, pourpres ou
surmontés de récipients cabossés où bouillonnait et blanches, dont certaines faisaient ployer les branches
fumait un liquide bleuâtre. Au milieu de tout ce dé- qui les portaient.
sordre, s’agitait un petit homme chauve, vêtu d’une
blouse grise trop longue pour lui, qui sautillait d’une
marmite à l’autre pour remuer l’étrange mixture
Exercice bilan
avec une cuillère en bois presque aussi grande que
lui. 6 a. Relevez les compléments et indications de
lieu qui situent ce qui va être décrit.
5 a. Faites précéder chacune de ces phrases des- La description est préparée par des compléments
criptives d’une phrase de récit qui l’annoncera et de lieu ( juste devant eux, au-dessus du gros homme),
qui contiendra un verbe de perception. qui situent le magasin par rapport à Denise et à ses
frères, mais celui-ci a également été situé par les
b. Puis complétez-la avec une autre phrase
indications de mouvement de la première phrase (Ils
descriptive. levèrent la tête, se retournèrent.)
1. Quand elle entra, elle ne distingua rien, puis ses
yeux s’habituèrent à l’obscurité et ce qu’elle vit lui b. Dans les deux premières phrases, quels verbes
serra le cœur. L’intérieur de la maison était humide introduisent la description et indiquent de quel
et sombre. Une tapisserie défraîchie pendait en lam- point de vue elle est faite ?
beaux sur les murs, tandis que quelques meubles dé- Ils levèrent la tête et ils aperçurent annoncent une
pareillés et couverts de poussière étaient dispersés description. La description est faite selon le point de
dans les pièces. vue du sujet de ces verbes : ils, mis pour Denise et
2. Les élèves, qui allaient avoir leur premier cours ses frères.
de musique de l’année, virent entrer leur professeur. Dans la dernière phrase, à travers le regard de
C’était une jeune femme, aux yeux rieurs et aux quel personnage la description se fait-elle plus
boucles brunes. Elle était vêtue avec décontraction précisément ? Quels mots nous l’apprennent ?
et élégance d’un ensemble beige clair et portait un Le description est faite maintenant selon le regard et
collier d’inspiration africaine. donc le point de vue de Denise, puisqu’il est écrit : ce
3. Parmi la multitude de livres qui occupaient les qui frappa surtout Denise.
286
19 ➜ Comment organiser un portrait ?
c. Que devinez-vous de l’utilité de cette descrip- • Dans ce devoir, récit et descriptions devront se trou-
tion à cet endroit du récit ? ver étroitement (et habilement !) mêlés.
La description du magasin est, ici, indispensable. En • Voici quelques suggestions d’organisation du
effet, cette boutique est l’aboutissement du voyage travail :
des trois orphelins. Sa description nous laisse deviner
– Imaginer une histoire mystérieuse, mais rigoureu-
leur déception, sans qu’il soit nécessaire de l’expri-
mer. Elle fait entrer les personnages et le lecteur sement construite.
dans une atmosphère angoissante. Elle suffit à expo- – Faire le plan.
ser le thème central de l’ouvrage : la disparition des – Se représenter le lieu étrange avec précision et faire
petits commerces écrasés par les grands magasins. une recherche préparatoire de vocabulaire.
– Faire de même avec le personnage.
Écrivez – Rédiger en insérant adroitement les descriptions
7 a. Vous vous trouvez transporté(e) dans un dans le récit.
lieu étrange. Racontez dans quelles circons- – Avant de passer à la correction du brouillon, relire
tances cela s’est produit. Puis décrivez le lieu à la leçon de la p. 328, pour vérifier que l’exercice a été
travers vos perceptions (odeurs, bruits, images…). réalisé avec sérieux et rigueur.
b. Enfin, vous apercevez un personnage étrange – S’assurer que l’atmosphère étrange a été bien
que vous décrivez. Amenez sa description par rendue. La renforcer, si nécessaire, par quelques re-
quelques phrases de récit. marques et descriptions appropriées.
287
2e partie ➜ Les outils de la langue
de l’observateur. Ce regard part de la haute coiffure particulièrement bien à un portrait détaillé. En effet,
de la jeune femme, descend lentement pour obser- le thème principal, celui de la 1re phrase, est Anne
ver ses tresses, arrive à la bouche qu’elles encadrent, d’Autriche dont l’auteur a choisi de faire le portrait.
puis il est attiré plus bas par la décoration de pierres Le thème de chacune des phrases suivantes reprend
précieuses ornant la poitrine et admire les bras gar- un élément de sa personne : Sa démarche / ses yeux /
nis, eux aussi, de diamants. Après avoir remarqué Sa bouche / Sa peau / ses cheveux.
l’ensemble de la tunique, le regard de l’observateur Quels détails l’auteur choisit-il de présenter ?
est attiré par les chevilles entravées d’une chaînette. L’auteur a sélectionné, pour les décrire, les détails qui
Enfin, il semble suivre Salammbô dans son déplace- se remarquent le plus chez la reine. Mais ces détails
ment et la voit maintenant de dos. Il est frappé par sont aussi les plus propres à donner d’Anne d’Au-
l’ample traîne de son large manteau pourpre. triche une représentation extrêmement flatteuse, et
on se doute que la beauté de la reine va jouer un rôle
3 a. Relevez les verbes qui structurent la des-
important dans l’intrigue du roman.
cription et situent les différents éléments.
Des verbes indiquant une forme ou un mouvement Quel connecteur annonce la fin du portrait ?
jalonnent et organisent la description, en se rappor- L’adverbe Enfin annonce la fin du portrait. La dernière
tant successivement aux différents éléments décrits : phrase et son connecteur servent de conclusion à un
se dessinait (le corps dans son ensemble), serrait (la portrait soigneusement construit.
taille), tombait (la jupe), portait (les sabots), couvrait 6 Voici des débuts de portraits. Complétez
(les cheveux), montrait (la figure). chaque phrase avec deux phrases descriptives,
b. Quel ordre l’auteur a-t-il choisi ? selon la progression thématique indiquée entre
La paysanne est décrite, vue d’assez loin. L’obser- parenthèses.
vateur remarque d’abord sa silhouette et les vête- 1. Un nouvel élève arriva dans la classe. Le garçon
ments qu’elle porte et qu’il décrit avec précision. Puis semblait intimidé et n’osait guère avancer. Il avait
la description du bonnet va entraîner celle du crâne cependant un visage franc et sympathique.
et du visage. 2. Une jeune fille vint nous ouvrir. Ses cheveux châ-
Cette description va du général au particulier tains étaient relevés au-dessus de sa tête en un
pour finir par le plus important : la physionomie de chignon qui laissait échapper des mèches folles. Ses
la femme et ce qu’elle révèle de son caractère. Elle yeux bruns étaient rieurs et légèrement moqueurs.
laisse le lecteur sur une impression forte et déran- 3. Mon chat a un pelage magnifique. En effet, sa
geante, grâce aux derniers mots : sauvage et brute. fourrure est douce et soyeuse et sa couleur gris-
bleu fait ressortir des yeux d’un vert lumineux.
Choisir une progression thématique Ceux-ci portent sur nous un regard énigmatique et
4 Indiquez selon quels types de progression troublant.
thématique s’enchaînent les phrases de ces deux
portraits. Détaillez votre réponse.
– Le texte 1 est organisé avec une progression à
Écrivez
thèmes dérivés (à thème éclaté). En effet, le thème de 7 Sur le modèle de l’exercice 1, faites le portrait
la 1re phrase désigne l’individu dont il est question (Ce d’un personnage que vous voyez avancer et se
barbier-là) et chaque thème suivant désigne une par- préciser à travers la brume. Marquez bien les
tie de l’individu, c’est-à-dire une partie du thème prin- différentes étapes de cette description.
cipal, et la décrit dans la phrase : Son visage (phrase 2) • Auto-évaluation :
/ Une perruque (phrase 3) / ses yeux (phrase 4). – Le texte est un portrait.
– Le texte 2 a une progression à thème constant, – L’observateur utilise la 1re personne, en particulier
puisque le thème de la 1re phrase est Ce Garcia, c’est- pour les sujets des verbes de perception.
à-dire le personnage dont il est question, et que le – Le portrait est fait en mouvement et le personnage
thème de la phrase suivante est Il qui représente progresse en direction de l’observateur qui est fixe.
Garcia, par le biais d’une reprise pronominale. – Le portrait est construit en plusieurs paragraphes
dont chacun correspond à une étape de l’avancée du
5 Selon quelle progression thématique ce texte personnage.
est-il construit ? – La description est de plus en plus précise.
La progression thématique choisie est une progres- – Chaque étape de la description est marquée par la
sion à thèmes dérivés (à thème éclaté) qui se prête présence d’un connecteur.
288
20 ➜ Comment organiser la description d’un lieu ?
8 Rédigez votre autoportrait en choisissant une 298 sur les procédés de reprise. Les thèmes succes-
progression à thèmes dérivés. sifs pourront être : L’adolescente / Celle-ci / La jeune
• Il est conseillé de décrire méthodiquement chaque fille / Elle.
élément du visage, cheveux compris, puis de sélec- b. en utilisant une progression à thèmes dérivés
tionner ceux qui paraissent les plus caractéristiques. (ou à thème éclaté).
• Une fois cet exercice réalisé, on peut demander aux
Vous varierez l’ordre de la description.
élèves placés côte à côte de faire mutuellement leur
• Les différents thèmes pourront être :
portrait. On compare ensuite chaque portrait avec
l’autoportrait correspondant. Une adolescente
Sa tête surmontée d’un énorme casque
9 Décrivez deux fois cette adolescente : À demi dissimulé par le casque, son visage…
a. en utilisant une progression thématique à Son regard renfrogné
thème constant : Ses vêtements
• Pour cet exercice, on relira la leçon des p. 296 et Toute son attitude.
Les compléments de lieu 6. Au pied du mur, parmi les herbes folles, on pouvait
remarquer une grande pierre plate portant des ins-
1 Complétez ces phrases avec des compléments
criptions à demi effacées.
de lieu qui situeront dans l’espace les éléments 7. De la tour du château, s’échappait une inquiétante
décrits. fumée noire.
1. Dès l’entrée de la ville, une rangée de platanes s’aligne
sagement de part et d’autre de l’avenue principale. 3 Complétez ce paragraphe avec des complé-
2. Au-delà de la plaine écrasée de soleil, la forêt offre ments de lieu qui donneront une vision claire de
son ombre fraîche. l’endroit évoqué.
3. Dans le lointain, au milieu d’un moutonnement de François sonna à l’unique porte du sombre palier. On
collines, on aperçoit un clocher surmonté d’un coq en le fit entrer dans un vaste salon et il s’assit sur une
fer forgé. chaise garnie d’une tapisserie ancienne. Il observa la
4. À la sortie du village, en direction du bois de hêtres, pièce avec attention. Il admira les tableaux sur les
il y a un petit sentier bordé de fleurs sauvages. murs couverts de boiseries claires et les tapis anciens
5. Au-dessus de nos têtes, dans un ciel de velours sur les parquets marquetés. Près de la cheminée, une
bleu, les étoiles scintillent doucement. armoire normande sculptée, contre un autre mur, un
6. À l’horizon, derrière la ligne sombre d’une forêt, coffre savoyard, et, un peu partout dans la pièce, des
des collines déroulent leurs courbes. fauteuils profonds couverts de velours passé compo-
2 Insérez ces compléments circonstanciels dans saient un mobilier hétéroclite mais chaleureux.
des phrases où ils situeront les faits exprimés.
1. Au-delà des faubourgs de la ville, on découvre
une campagne verdoyante, faite de champs où Les connecteurs de lieu et de temps
paissent des vaches paisibles et de bosquets pleins 4 Structurez ce texte avec des connecteurs de
de fraîcheur. lieu.
2. À nos pieds, en bas de la falaise, une crique bien Elle ouvrit les volets et se mit à la fenêtre. Devant
abritée invite à la baignade.
elle, un jardinet bien entretenu se parait de rosiers
3. Aussi loin que pouvaient porter ses regards, c’était
et de pivoines. Au-delà, on apercevait un mouton-
un océan mélancolique de toits, de cheminées gri-
nement de dunes. À l’horizon, la mer scintillait sous
sâtres et de murs délabrés.
le soleil.
4. De part et d’autre de la fenêtre, on avait installé
des bibliothèques garnies de livres et de bibelots. Comparez le nouveau texte et le texte initial.
5. Tout en haut, sur la dernière étagère, elle distin- Quelles remarques faites-vous ?
gua un objet qui attira son attention. Le texte initial donne une certaine impression de
289
2e partie ➜ Les outils de la langue
désordre qui n’existe plus dans le texte remanié. cution adverbiale • En face : locution adverbiale • À
Dans celui-ci, on suit le regard de l’observatrice et chaque palier : GN • Du toit vitré : GN.
l’impression de désordre cède la place à l’harmonie. c. Soulignez les compléments de lieu qui ne sont
5 Parmi ces GN, ces adverbes et ces locutions pas des connecteurs.
adverbiales, choisissez-en cinq pour en faire des Dès l’entrée, la clochette au son doux et grave sem-
blait vous souhaiter bon accueil. Sous la voûte, à
connecteurs de lieu et de temps que vous insére-
gauche, la concierge, de la porte vitrée de sa loge ex-
rez dans un paragraphe décrivant un paysage.
haussée de trois marches, vous souriait. En face, s’ou-
– Connecteurs de lieu : à quelques pas de moi • à
vrait la cour, où de décoratives plantes vertes, dans
gauche • à droite • ici • là • à l’horizon • non loin de
des pots alignés contre le mur du fond, prenaient l’air
là • de chaque côté • de toute part • le long de… • du
et, avant d’être ramenées dans la serre du Houlme
sommet • derrière • en haut • plus bas.
d’où, d’où elles venaient et où elles allaient refaire
– Connecteurs de temps : le matin • plus tard • le soir.
leur santé, se reposaient à tour de rôle de leur service
Remarque : Les connecteurs de lieu à quelques pas de d’intérieur. À chaque palier, de longues banquettes
moi et ici, ne peuvent figurer que dans des récits à la de velours vert, sur lesquelles il faisait bon s’étendre
1re personne, dans des énoncés ancrés dans la situa- à plat ventre pour lire. Mais combien on était mieux
tion d’énonciation. encore, entre le deuxième étage et le dernier, sur les
marches mêmes, que couvrait un tapis chiné noir et
6 a. Recopiez ce texte en soulignant en noir les
blanc brodé de larges bandes rouges. Du toit vitré
connecteurs et en bleu les autres compléments
tombait une lumière tamisée, tranquille.
de lieu.
(Les connecteurs sont soulignés. Les autres complé- 8 a. Relevez tous les compléments circonstan-
ments de lieu sont en gras.) ciels de lieu et soulignez ceux qui sont des
En remontant les couvertures chaudement, jusqu’à connecteurs.
mon nez, je regardai cette chambre inconnue. Sur le Au rond-point de Courbevoie • devant l’éloignement
plancher, des caisses, non encore déballées. La lune des horizons • À droite • là-bas • au-dessus • À gauche
soulignait leurs planches de sapin blanc. Aux vitres, • sur le ciel clair du matin • de loin • en face • au bout
sa clarté, captée dans le givre, inventait des plantes d’une chaîne de collines • Tout au fond • dans un re-
plus fabuleuses les unes que les autres, les éclairait culement formidable • par-dessus des plaines et des
de sa blancheur froide, comme des images de verre villages.
dépoli détachées sur le noir de la nuit.
(Ce dernier complément est un complément essentiel
b. Relisez le texte sans ces compléments.
Une admiration les avait saisis. C’était Argenteuil,
de lieu.)
dont le clocher se dressait ; les buttes de Sannois et
b. Continuez la description de la chambre en le Moulin d’Orgemont apparaissaient. L’aqueduc de
écrivant trois phrases contenant toutes un Marly se dessinait, et l’on apercevait aussi la terrasse
connecteur de lieu. de Saint-Germain ; tandis que des terres remuées
Sur un mur, on distinguait des photos anciennes indiquaient le nouveau fort de Cormeilles. On entre-
représentant des personnes aux vêtements désuets. voyait une sombre verdure de forêts.
Au-dessus de ma tête, pendait une ampoule recou-
Quelles remarques faites-vous sur leur rôle ?
verte d’un abat-jour à demi déchiré. Au fond de la
Sans ces compléments, la description est désorga-
chambre, à la lueur de la lune, je devinai la silhouette
nisée, car il est impossible de suivre le regard des
d’un piano.
observateurs et de situer les éléments décrits, dans
l’espace et les uns par rapport aux autres.
La construction des textes descriptifs
9 a. Relevez tous les compléments exprimant
7 a. Complétez ce texte en mettant à leur place
un lieu. Soulignez les compléments
les connecteurs suivants : En face • À chaque pa-
circonstanciels.
lier • Dès l’entrée • Du toit vitré • Sous la voûte, à
Remarque : Les compléments qui ne sont pas souli-
gauche. Réfléchissez au sens des phrases pour gnés sont soit des compléments essentiels de lieu
effectuer votre choix. qui complètent un verbe, soit un complément d’ad-
b. Indiquez la nature grammaticale de ces jectif, comme dans la dernière phrase.
connecteurs. sur la crête d’une forte pente qui descendait vers
Dès l’entrée : GN • Sous la voûte : GN • à gauche : lo- l’est • vers l’est • Devant mes yeux • jusqu’en bas •
290
20 ➜ Comment organiser la description d’un lieu ?
(Quoiqu’)en pleine ville • (comme) du haut d’une dépasse les collines (4) pour apercevoir les sommets
montagne au milieu d’une vaste plaine vide • sous la des Alpes (3).
neige • dans le froid • dans toute cette grande ville.
12 Observez les images des p. 68 et 233 : indi-
b. Relevez des indications de temps. Pourquoi
quez quel ordre vous choisiriez pour décrire cha-
ont-elles de l’importance dans cette description ?
il était très tôt • C’était l’aube • Le soleil apparaissait à cun de ces paysages.
peine • soleil levant • La ville dormait. 1. P. 68, Route en Afghanistan.
La description de la ville est caractéristique de Un ordre s’impose, par plans successifs : le premier
l’heure matinale à laquelle elle est faite. À une heure plan avec la présence, très forte, des deux person-
plus avancée, son aspect, son atmosphère seraient nages ; puis un deuxième plan occupé par les files
différents. Elle serait plus animée, plus bruyante et le de véhicules et considéré globalement ; enfin, on
narrateur n’aurait pas la même agréable impression évoquera également le troisième plan, car la masse
de solitude. de nuages blancs semble écraser les hommes et les
véhicules.
10 Relevez les compléments circonstanciels de 2. P. 233, Sentier dans la forêt.
lieu qui correspondent aux déplacements du re- On peut, par exemple, adopter cet ordre, comme si
gard de l’observateur. Parmi eux, soulignez les l’on était un observateur placé au départ du sentier :
connecteurs qui structurent le texte. 1) le sentier – 2) à gauche, puis à droite du sentier (les
Il est aisé de suivre le regard de l’observateur qui est troncs nus et noirs qui émergent des broussailles) –
aussi le narrateur du récit. En lisant attentivement le 3) devant l’observateur : les frondaisons éclairées par
texte, on remarque que son regard n’est attiré que le soleil, puis, au-delà, l’épaisseur de la forêt qui se
par des monuments et se déplace de l’un à l’autre. dessine dans le lointain.
(Les compléments en gras ne correspondent pas à un
déplacement du regard, à proprement parler.) 13 a. L’observateur est-il immobile ou en
(le couvent de Saint-S…) • de la vallée, (les ruines mouvement ?
ébréchées de l’antique résidence carolingienne) • , L’observateur est immobile. C’est son regard qui se
au-dessus des touffes de bois, (l’abbaye de Thiers) • sur déplace.
l’horizon • Au-delà (le manoir gothique de Pontarmé) b. Quel est l’ordre choisi par l’observateur
• au midi (le haut donjon de la Tournelle et les quatre pour décrire le paysage ? Relevez les mots qui
tours de Bertrand-Fosse) • sur les premiers coteaux de orientent votre réponse.
Montmélian. L’observateur, ou plus exactement le narrateur qui
exprime ce que voient les observateurs (nous), com-
L’ordre de la description mence par décrire ce qui est le plus proche (à vingt
11 Voici, dans le désordre, des extraits d’une des- pas de nous), parce que leur attention est attirée par
le vacarme du torrent. (On apprend, à la fin du texte,
cription de paysage.
que le torrent se trouve sur leur gauche.) Puis la
a. Remettez-les dans l’ordre. description porte sur ce qui est derrière eux (Derrière
(2) Ici de tous côtés, je vois des collines d’inégales nous), car ils doivent ressentir très fortement la pré-
hauteurs couvertes de bouquets d’arbres plantés par sence écrasante de la chaîne de roches inaccessibles.
le hasard. Ensuite, le regard se porte sur le côté droit pour
(1) Les villages situés à mi-côte sont cachés par observer les forêts de noirs sapins (à droite), puis à
de grands arbres, et au-dessus des sommets des gauche, au delà du torrent.
arbres s’élève l’architecture charmante de leurs jolis En conclusion, on peut remarquer qu’il ne s’agit
clochers. pas là d’une description méthodique, mais d’une
(4) Par-delà les collines, dont le faîte offre des ermi- présentation du paysage dictée par les impressions
tages qu’on voudrait tous habiter, (3) l’œil étonné et les sensations des observateurs.
aperçoit les pics des Alpes, toujours couverts de neige.
b. À quels déplacements du regard l’ordre de la 14 a. Observez la première et la dernière propo-
description correspond-il ? sition du texte et déduisez selon quel ordre l’ob-
L’œil de l’observateur commence par balayer le pay- servateur choisit de faire la description du
sage clos par des collines (2). Puis il s’élève et se fixe paysage.
« à mi-côte » pour observer les villages et leur clo- La description du paysage commence la nuit, juste
cher (1). L’œil poursuit sa progression ascendante et avant le lever du soleil : encore plongées dans la nuit.
291
2e partie ➜ Les outils de la langue
Elle se termine lorsque le soleil est enfin levé : l’orient 17 a. Relevez tous les mots et expressions qui
sembla rouler des flots d’or, les grandes Alpes se cou- animent le paysage.
vrirent d’une teinte orangée. Le paysage est décrit comme s’il avait une vie propre :
b. Relevez les adverbes et les GN compléments venait buter • contournait • escaladait • lacets
circonstanciels qui marquent les étapes. S’agit-il • enchevêtrement • s’accrochaient • boucle • dispa-
de compléments de lieu ? raître • voilait • reprenait sa violence • dominait •
Ce sont les compléments de temps qui structurent la fermée • veillait.
description en faisant ressortir les différentes phases b. Les observateurs sont-ils immobiles ou en
de la transformation du paysage : mouvement ? Justifiez votre réponse.
Encore • après quelques minutes d’attente • en même Les observateurs se déplacent : se laissa dépasser
temps • Cependant (= pendant ce temps) • Enfin • attaquer la montée • arrivèrent.
• après dix minutes de crépuscule. c. Les lieux sont-ils présentés dans un mouve-
c. Relevez également le vocabulaire qui évoque ment ascendant ou descendant ? Citez le texte.
l’évolution du paysage. Les lieux sont présentés dans un mouvement ascen-
Le choix de certains mots contribue à préciser l’évolu- dant qui correspond à la montée des personnages :
tion et la transformation du paysage au lever du jour : leur trajet part du pied de la colline (Le chemin ve-
promettait • commença • point encore • peu à peu nait buter contre la colline), puis suit le chemin qui
• devenait • seulement • se couvrirent. « contourne » et « escalade » la colline. Leur ascension
les amène sur un plateau qui « domine la plaine ».
Des mots pour exprimer une situation Dans le dernier paragraphe, le paysage est décrit
depuis ce plateau élevé : Le bord, abrupt comme une
ou un déplacement
cassure, dominait la plaine fermée à l’horizon par la
15 Classez ces mots selon qu’ils organisent des Montagne Noire. Sur un entablement accroché en
descriptions : a. en allant du plus proche au plus plein ciel, un château veillait.
éloigné :
à mes pieds • tout près • à côté • le premier plan Écrivez
• s’éloigner • au-delà • encore plus loin • l’horizon.
18 Prenez une image représentant un person-
b. de façon circulaire : nage au milieu d’un décor (paysage, rue, pièce…).
à gauche • à côté • le milieu • médian • central • la Décrivez brièvement le personnage, puis organi-
droite • à l’extrême bord. sez la description du décor, par rapport à lui.
Remarques : On peut évidemment aller aussi de • Pour cet exercice, on relira la leçon de la p. 330,
droite à gauche. Quant à l’expression à côté, on peut Comment organiser un portrait ?, et celles des p. 332,
la mettre à n’importe quel niveau de la description, Construire la description, et 334, Ordonner et préciser
de même que à l’extrême bord peut se trouver à la description. Le repère fixe sera, bien entendu, le
gauche ou à droite ! personnage.
16 a. Classez ces adjectifs selon qu’ils indiquent 19 Rédigez deux fois une description de ce pay-
la proximité ou l’éloignement. Cherchez le sens sage, en construisant votre texte :
de ceux dont vous n’êtes pas sûr(e). a. selon un déplacement circulaire du regard :
– Proximité : voisin • attenant • limitrophe • contigu • Suggestions de vocabulaire (indications de lieu,
• adjacent. compléments circonstanciels, connecteurs) : à
– Éloignement : lointain • écarté • détourné • reculé. gauche du ruisseau qui serpente au milieu de la plaine
b. Employez-en deux, de chaque catégorie, dans • au-delà de ce bouquet d’arbres, une grande mai-
des phrases descriptives où ils exprimeront une son… • au-delà • plus loin • à droite du ruisseau, un
situation. traîneau… • à côté de lui, un autre bouquet d’arbres.
– Proximité : Le Gard et les départements limitrophes b. selon la progression du traîneau :
ont subi de graves intempéries. – L’agriculteur a ac- À la droite du ruisseau • Le traîneau quitte les bos-
quis un terrain adjacent au sien. quets d’arbres pour se diriger vers les habitations • À
– Éloignement : Pour arriver au village, vous pouviez mi parcours, au milieu de la prairie couverte de neige,
prendre une route beaucoup plus directe que ce un petit pont • Plus loin, à gauche, une grande maison
chemin détourné. – Les enfants ont construit une • Enfin, le traîneau parvient aux premières maisons
cabane dans un coin reculé du jardin. du village…
292
21 ➜ Les expansions du nom
293
2e partie ➜ Les outils de la langue
5 Complétez ces phrases avec les pronoms rela- Employer des expansions descriptives
tifs qui conviennent. 7 a. Relevez les expansions du nom. Indiquez
1. Ils se reposèrent dans un endroit ombragé où cou- leur nature grammaticale et leur fonction.
lait une petite rivière. Précisez si elles sont descriptives ou détermina-
2. Le voyageur se débarrassa de la neige dont sa tête
tives.
et ses épaules étaient couvertes.
normande : adjectif, épithète liée de cuisine (déter-
3. Elle ramassa de grandes brassées de fleurs avec
minative) • au feuillage argenté : GN, CDN de arbre
lesquelles elle ferait des bouquets.
(descriptive) ; argenté : adjectif, épithète liée de feuil-
4. La plaine est balayée par le vent qui souffle en
lage (descriptive) • qui serpente au flanc de la colline :
tempête.
subordonnée relative, complément de l’antécédent
5. Les événements auxquels vous faites allusion sont
sentier (descriptive) ; de la colline : GN, CDN de flanc
très anciens.
(déterminative) • de tableaux : nom, CDN de expo-
Relevez les GN qui contiennent ces pronoms. sition (déterminative) • souriant : adjectif, épithète
Donnez la fonction de ces GN. liée de visage (descriptive) • de physique : nom, CDN
1. dans un endroit ombragé où coulait une petite de laboratoire (déterminative) • fraîche : adjectif,
rivière : complément circonstanciel de lieu. épithète liée de brise (descriptive) • qui recouvrent
2. de la neige dont sa tête et ses épaules étaient cou- la plage d’une légère écume blanche : subordonnée
vertes : COI de se débarrassa. relative, complément de l’antécédent vagues (des-
3. de grandes brassées de fleurs avec lesquelles elle criptive) ; légère : adjectif, épithète liée de écume (des-
ferait des bouquets : COD de ramassa. criptive) ; blanche : adjectif, épithète liée de écume
4. par le vent qui souffle en tempête : complément (descriptive).
d’agent de est balayée.
5. Les événements auxquels vous faites allusion : sujet b. Employez, dans une phrase, les GN contenant
de sont. une expansion descriptive.
– Un arbre au feuillage argenté dispense son ombre
Relevez les subordonnées relatives et donnez
fraîche à la pelouse.
leur fonction. – J’aperçois un sentier qui serpente au flanc de la
1. où coulait une petite rivière : complément de l’an-
colline et qui invite à la promenade.
técédent endroit.
– La boulangère a un visage souriant.
2. dont sa tête et ses épaules étaient couvertes : com-
– Ils partirent de bon matin, malgré une brise fraîche
plément de l’antécédent neige.
qui les fit frissonner.
3. avec lesquelles elle ferait des bouquets : complé-
– Le peintre a planté son chevalet sur le sable et
ment de l’antécédent brassées (de fleurs).
tente de reproduire, avec ses pinceaux, les vagues
4. qui souffle en tempête : complément de l’antécé-
qui recouvrent la plage d’une légère écume blanche.
dent vent.
5. auxquels vous faites allusion : complément de l’an-
8 Enrichissez les noms de ces GN avec des ex-
técédent événements.
pansions descriptives dont la catégorie est indi-
6 Complétez ces phrases avec des appositions quée entre parenthèses.
dont la nature grammaticale est indiquée entre une île verdoyante • un livre à la couverture de cuir
parenthèses. Soulignez les noms auxquels elles rouge • un oiseau dont le plumage jaune et bleu se
se rapportent. détache sur le vert sombre de l’arbre • un gâteau, un
1. Un animal, un gros sanglier brun, surgit d’un éclair au chocolat, … • un panier rond d’osier tressé
fourré. (GN) • une petite cabane en rondin qui domine le lac aux
2. Cet été, je vais pouvoir me livrer à mon sport favori : eaux claires • tapi derrière le canapé, un chat gris aux
nager. (infinitif) yeux jaunes, dont les oreilles sont sans cesse à l’affût
3. Mon camarade, Alexis, a des cheveux noirs frisés. du moindre bruit.
(nom propre)
4. Elle vida sur le lit le contenu du tiroir : de vieilles 9 Enrichissez ce texte avec des expansions du
lettres, des stylos, trois paires de lunettes, des pas- nom variées, de manière à faire ressortir la per-
tilles à la menthe, un petit carnet. (série de GN) sonnalité de la personne décrite.
5. La résolution que j’ai prise, ne pas regarder la (On approfondira l’exercice en demandant de rédiger,
télévision pendant une semaine, ne sera pas facile à à partir du même texte, deux portraits très différents
tenir. (groupe infinitif) grâce au choix des expansions.)
294
21 ➜ Les expansions du nom
295
2e partie ➜ Les outils de la langue
4. Ton explication est plus claire que la sienne. plein de prévenances pour eux : attribut du sujet il /
b. Superlatif relatif d’infériorité jaune comme un citron : épithète liée de vieillard.
1. Le moniteur entraîne le skieur débutant sur la c. Relevez un superlatif relatif irrégulier et un
piste la moins difficile de la station. superlatif absolu.
2. Cette variété de pommes est la moins bonne du Superlatif relatif irrégulier de l’adjectif bons : ses
verger. meilleurs / superlatif absolu de l’adjectif sec : tout sec.
3. Ce robot ménager est peut-être décoratif, mais
c’est le moins pratique de tous. L’accord de l’adjectif
4. Je n’ai pas de chance, ma chambre est la moins
claire de la maison. 18 Accordez les adjectifs entre parenthèses.
1. Ils durent affronter un vent et une pluie glacés.
c. Superlatif absolu 2. Les enfants ont mangé une quantité de gâteaux
1. L’ascension de ce sommet a la réputation d’être impressionnante.
très difficile. 3. Nous nous sommes contentés d’une soupe et
2. Les chaussons aux pommes de ma grand-mère d’eau fraîche.
sont vraiment bons. 4. Ravie, elle accueillit ses amies les plus chères.
3. Ce guide de voyage nous a été fort pratique pen- 5. Ta sœur et ta cousine sont gentilles, mais je les
dant nos déplacements en Italie. trouve un peu naïves.
4. Après deux jours de brouillard, ce matin, le ciel est 6. Il est impossible de s’asseoir sur ce fauteuil et
parfaitement clair. cette chaise bancals.
17 a. Le nom vieillard apparaît deux fois : relevez 19 Accordez s’il le faut les adjectifs de couleur.
les adjectifs descriptifs qui s’y rapportent. Sont- 1. Émilie a les yeux noisette et les cheveux bruns.
ils épithètes ou attributs ? 2. Les murs de ma chambre étaient bleu clair, ils sont
– petit vieillard frais, rose, aimable, souriant, accueil- maintenant saumon.
lant, bienveillant, charmant ; 3. Le ciel est balayé de stries orange et pourpres.
– petit vieillard (tout) sec, jaune (comme un citron), 4. Sa chevelure noire est parsemée de mèches argen-
nerveux, fâcheux, bilieux. tées qui mettent en valeur ses yeux marron.
➝ Tous ces adjectifs sont des épithètes liées. (Malgré la 5. La peinture et la moquette beiges rendent cette
présence de virgules, ce ne sont pas des épithètes déta- pièce lumineuse.
chées, puisqu’il s’agit d’une énumération et qu’ils sont
tous mis sur le même plan. Ils sont donc juxtaposés.)
b. Relevez les groupes adjectivaux dont les ad- Exercice bilan
jectifs en gras sont les noyaux et donnez leur 20 a. Relevez et classez, selon leur catégorie,
fonction. toutes les expansions du nom.
296
21 ➜ Les expansions du nom
297
2e partie ➜ Les outils de la langue
298
23 ➜ Le vocabulaire de la description
b. Précisez si les adjectifs soulignés sont – Mon père : GN, sujet de était ;
épithètes ou attributs. – qui : pronom relatif, sujet de s’appelait ;
1. a. Nous l’avons enfin. b. bonne : épithète liée de – Joseph : nom propre, attribut du sujet qui ;
réponse. – un jeune homme brun : GN, attribut du sujet Mon
2. a. Alice les a longs. b. longs : attribut du COD les père ;
cheveux. – ovales : adjectif, épithète liée de verres ;
3. a. Je le sens très nerveux. b. : attribut du COD le – grave et plaisante : adjectifs coordonnés, attributs
chien. du sujet Sa voix ;
4. a. D’ici, nous la sentons. (Nous la sentons d’ici.) – une petite couturière brune : COD de rencontra ;
b. délicieuse : épithète liée de odeur. – qui : pronom relatif, sujet de s’appelait ;
5. a. Rends-le-moi. b. bleu : épithète liée de chandail. – Augustine : nom propre, attribut du sujet qui ;
6. a. La mer agitée les a tous rendus malades. – la : pronom personnel, COD de trouva ;
b. malades : attribut du COD tous les passagers. – si jolie : adjectif au superlatif absolu, attribut du
COD la.
8 Complétez ces phrases selon les indications
données.
1. Nous avons trouvé le site splendide. (COD + attri- Écrivez
but du COD) 11 Sur le modèle du texte de l’exercice 3, faites le
2. Nous avons trouvé une idée intéressante. (COD portrait de deux sœurs d’aspect très différent.
contenant un adjectif épithète)
Soulignez les attributs.
3. On croyait Amélie revenue de vacances. (COD +
• On ne se limitera pas aux attributs du sujet, mais
attribut du COD)
on veillera à utiliser quelques attributs du COD. En
4. Ne croyez pas les gens médisants. (COD contenant
puisant dans les verbes attributifs de la leçon, p. 308,
un adjectif épithète)
cela ne devrait pas poser de difficultés.
• On soulignera de couleurs différentes les deux
Exercices bilans types d’attributs.
9 Donnez la fonction des adjectifs soulignés.
12 Décrivez un paysage qui se transforme au
1. vaste : attribut du sujet La maison / petite : attribut
du sujet La maison / immenses : attribut du sujet les cours de la journée. Utilisez de nombreux attri-
arbres. buts. Variez les verbes attributifs.
2. amusant : attribut du COD le spectacle / un peu • Chaque étape de la transformation du paysage sera
long : attribut du COD le spectacle. annoncée par un connecteur de temps qui introduira
3. élégant : épithète liée du nom manteau / plus un paragraphe. Les compléments et connecteurs de
chaud : attribut du COD l’. lieu ne seront pas négligés.
4. plus petite : attribut du COD ta sœur / aussi grande : • Une fois le brouillon rédigé, on soulignera les attri-
attribut du sujet elle. buts pour s’assurer qu’ils sont en nombre suffisant.
On vérifiera également que les verbes attributifs
10 Donnez la nature grammaticale et la fonction sont variés. Si ce n’est pas le cas, on puisera dans ceux
des mots soulignés. qui sont proposés dans la leçon de la p. 308.
299
2e partie ➜ Les outils de la langue
b. Choisissez un mot de chaque série et em- 5 a. Trouvez le plus possible de mots exprimant
ployez-le dans une phrase descriptive. les couleurs, les formes et les sons d’un feu
– La pinède, chauffée par le soleil, exhalait une d’artifice.
agréable odeur de résine. – Couleurs : écarlate, flamboiement, embrasement,
– La ferme était entourée de vastes champs qui, au or, argent, couleurs de pierre précieuse (saphir, rubis,
début du printemps, déroulaient leurs sillons cou- émeraude, diamant…)…
verts de pousses vert tendre. – Formes : roue, gerbe, bouquet, palmier, étincelles,
– Le torrent a creusé une gorge étroite, aux parois
fusées rectilignes, soleil, étoiles, tourbillon, jaillisse-
rocheuses, où s’accroche une maigre végétation.
ment, jaillir, s’arrondir, retomber, s’étaler, s’éparpiller…
– Ils arrivèrent dans une grosse bourgade dont les
– Sons : crépiter, crépitement, détonation, explosion,
rues qui menaient à la place centrale étaient très
éclater, sifflement, strident, tonnerre…
animées, car c’était jour de marché.
b. Rédigez un paragraphe où vous décrirez ce
2 a. Reportez-vous, dans la leçon, à la rubrique feu d’artifice, en puisant dans le vocabulaire
formes, et enrichissez la liste de dix mots, au recherché.
moins, de natures grammaticales variées. On entendit une détonation, puis une fusée stri-
Formes : volute, horizontal, sinueux, serpenter, dente s’éleva dans le ciel. Elle fut suivie bientôt de
sphère, ballon, boule, globe, circonférence, anneau, plusieurs autres qui s’épanouirent en immenses
annelé, arabesque, disque, pyramide, pyramidal, gerbes lumineuses. Elles retombaient lentement et
renflé, ovoïde, moutonner, moutonnement, à-plat, s’éparpillaient en un million d’étincelles crépitantes.
creux, vallonnement, s’étirer, arc, onduler, festons, Des soleils, des roues, des palmiers d’or, d’argent,
méandres, s’enrouler, encercler, spirales, croissant, de rubis embrasèrent le ciel. Les explosions succé-
rectangulaire… daient aux sifflements stridents et accompagnaient
b. Choisissez-en trois que vous utiliserez dans la magie des formes, des couleurs et des lumières.
des phrases pour décrire un paysage. 6 Vous venez de vous réveiller. Décrivez les
– La ligne verte des collines ondulait dans le lointain.
bruits de la rue et de la maison qui s’éveille.
– Des liserons montaient à l’assaut des arbres en
dessinant de folles arabesques. Auparavant, vous aurez fait une recherche de
– La rivière dessinait d’amples méandres à travers un vocabulaire.
paysage verdoyant. – Vocabulaire du bruit : entendre, percevoir, distin-
guer, ouïr, prêter l’oreille / bruire, retentir, tinter, son-
3 Classez ces mots selon qu’ils expriment une ner, résonner / son, bruissement, murmure, clapotis,
forme, une grandeur, un mouvement ou une tintement, fracas, vacarme, musique, tintement, frô-
couleur. lement, craquement, martèlement / aigu, feutré,
étouffé, discret, métallique, sonore, grave…
Forme Grandeur Mouvement Couleur
– Bruits de la rue : les premières voitures, le pas des
passants matinaux, des aboiements de chiens, la
• anneau • exigu • galop • éclatant
• circulaire • ample • fléchir • turquoise voiture de la voirie dont les employés s’interpellent,
• oblique • lilliputien • défiler • bigarré un klaxon, le sifflement du vent, le crépitement de
• crénelé • envergure • émergence • vermillon la pluie…
• sphère • colossal • dégringoler • nuance – Bruits de la maison : portes et volets qui s’ouvrent,
• parallèle • gigantisme • envol • teinter bruits d’eau, poste de radio, bruits venant de la cui-
sine où l’on prépare le petit-déjeuner, sonnerie d’un
4 Classez ces mots selon qu’ils se rapportent à réveil, conversations…
la vue, à l’ouïe, à l’odorat ou au toucher. 7 a. Recherchez le plus possible de mots concer-
Vue Ouïe Odorat Toucher
nant ce que l’on voit, entend et sent dans une
cuisine, pendant la préparation d’un repas de fête.
• distinguer • résonner • bouffée • soyeux
• reflet • mélodieux • embaumer • souple b. Rédigez un texte descriptif où vous utiliserez
• obscurité • crépiter • effluves • palper les mots les plus suggestifs.
• miroiter • rumeur • capiteux • frais
– Ce que l’on voit : amoncellement de victuailles (à
• pourpre • humer • rêche
• ferme détailler) / formes des différents ustensiles, plats,
couteaux de toutes dimensions, moules / couleurs et
300
23 ➜ Le vocabulaire de la description
formes variées (à détailler) des fruits et des légumes, 11 a. Prenez un miroir et, pour chaque partie de
des pâtisseries… / les personnes qui s’affairent à votre visage, établissez une liste de vocabulaire
découper, cuisiner, décorer ; faire revenir, frire, flam-
très précis.
ber… ; leurs visages rosis par la chaleur, leurs mains
couvertes de farine… b. Soulignez les mots qui vous paraissent les plus
– Ce que l’on entend : le ruissellement de l’eau, le justes.
grésillement ou le crépitement de la friture, le tin- c. Utilisez ces mots ou une partie de ces mots
tement des objets en verre ou en cristal, le clique- pour faire votre autoportrait.
tis des couteaux en action ; le vrombissement du – Visage : plein, joufflu, fin, mince, ovale, carré, rond,
robot électrique, les éclats de voix des cuisiniers qui allongé, des traits réguliers, irréguliers, sérieux, grave,
s’interpellent… souriant…
– Ce que l’on sent : arôme, parfum, humer, fumet, – Cheveux : longs, courts, mi-longs, frisés, bouclés,
bouquet, effluves, embaumer, exhaler, odeur déli-
souples, lisses, raides, épais, denses, fins, brillants,
cieuse, appétissante, irrésistible, qui met en appétit…
ternes, bruns, blonds, noirs, châtains, roux, cuivrés…
8 a. Relevez dans ce texte les noms qui dé- – Teint : clair, pâle, mat, brun, hâlé, foncé, avec des
signent des éléments du décor. taches de rousseur…
rue, quelques endroits, pavé, voie, maisons, ville, – Front : large, étroit, haut, dégagé, bombé, dissimulé
remparts. par une frange ou des mèches de cheveux…
– Yeux : larges, petits, ronds, en amande, étirés vers
b. Classez les mots soulignés selon qu’ils se rap- les tempes, cernés, enfoncés, écartés, rapprochés,
portent à la vue, à l’ouïe ou au toucher. bruns, noirs, bleus, verts, gris, noisette…
Vue Ouïe Toucher – Nez : droit, retroussé, large, fin, pointu, aquilin, bus-
qué, long, court…
obscure, petit, caillouteux, sonorité chaude, froide
propre, sec, étroitesse, – Bouche : rouge, rose, pâle, colorée, large, fine, mince,
tortueuse charnue, souriante, pincée…
– Dents : blanches, ivoire, régulières, bien ou mal
plantées, avec un appareil dentaire…
Faire un portrait – Menton : rond, petit, carré, pointu, large…
9 Vous devez décrire deux camarades insépa-
rables : l’un est grand et mince, l’autre est petit 12 a. Relevez dans ce texte les mots qui se rap-
et fort. Recherchez du vocabulaire varié pour portent à la silhouette du personnage décrit.
caractériser leur silhouette. Puis rédigez les des- La deuxième phrase évoque la silhouette de Joseph
criptions en puisant dans ce vocabulaire. Grand : Long et maigre, il flottait au milieu de vê-
– L’un est grand et mince : long, élancé, immense, géant, tements qu’il choisissait toujours trop grands, dans
gigantesque, haute taille, svelte, sveltesse, maigre, l’illusion qu’ils lui feraient plus d’usage.
maigrelet, maigreur, étroit, sec, efflanqué, dégingandé, b. Quelle est la seule partie du visage que le nar-
frêle, fluet, anguleux, étriqué, osseux, jambes et bras rateur choisit de décrire ? Pourquoi ?
interminables, asperge, échalas, perche… Le narrateur limite sa description de Joseph Grand à
– L’autre est petit et fort : petitesse, membres courts, sa bouche, car c’est le seul détail qu’il remarque chez
courtaud, gros, gras, épais, robuste, solide, trapu, ce personnage insignifiant. Il semble fasciné par son
pataud, massif, corpulent, corpulence, costaud, carré, sourire édenté.
carrure, râblé, large d’épaules, musclé…
13 Faites un portrait sur le modèle du texte de
10 Réécrivez ce portrait en le modifiant, de ma- l’exercice précédent.
nière à ne jamais utiliser ni le verbe être, ni le a. Dans la première phrase, vous décrirez l’allure
verbe avoir. Enrichissez-le de détails précis. générale du personnage choisi.
J’admirais son visage ovale aux traits fins et régu-
liers. Des cheveux châtains mi-longs l’encadraient b. Dans la deuxième et la troisième phrase, vous
agréablement. Je ne pus m’empêcher d’être frappé mettrez l’accent sur une particularité de son
par la vivacité de ses yeux gris et malicieux. Son nez visage.
droit participait à l’harmonie de l’ensemble. Son sou- Vous veillerez à faire ressortir la personnalité de
rire moqueur découvrait des dents d’une blancheur ce personnage.
nacrée. Bref, je la trouvais charmante. Plus petit que la moyenne, maigre, l’inconnu portait un
301
2e partie ➜ Les outils de la langue
long manteau râpé et ses chaussures étaient couvertes de Construisez rigoureusement votre texte et utili-
boue. Bien que son visage fût sans couleurs, il ne don- sez des mots descriptifs variés et nombreux.
nait pas l’impression d’être pâle. La peau paraissait d’un • Auto-évaluation :
jaune foncé, mêlé de gris. Le nez était pointu, la mâchoire – Mon texte comporte trois parties : 1. la description
étroite et saillante. du paysage ; 2. la description du personnage vu de
Peter Fleming, Quatre Histoires insolites. dos ; 3. la description du personnage vu de face.
– La description est faite par un observateur qui s’ex-
14 a. Relevez les noms désignant les éléments
prime à la 1re personne.
que le narrateur choisit de décrire chez la jeune
– Le temps dominant est le présent de description.
femme. Relevez également le vocabulaire qui s’y – Le vocabulaire descriptif est, dans chaque partie,
rapporte. abondant et varié.
– taille : fine ; s’élançait hardiment ; – À travers mes descriptions, on peut deviner la
– peau : ce beau reflet doré des Andalouses et des personnalité de la personne décrite et mes propres
Romaines ;
impressions sur elle et sur le paysage environnant.
– pied : petit ; andalou ; à l’étroit et à l’aise dans sa
gracieuse chaussure ;
17 Décrivez un lieu animé (une rue, un quartier,
– figure : rayonnante ;
– yeux : grands ; noirs ; jetaient un éclair. un marché…) en mettant en évidence l’atmos-
phère qui y règne. Puis, imaginez ce même lieu la
b. Ce portrait est-il statique ou en mouvement ?
nuit et décrivez-le à nouveau.
Justifiez votre réponse. – Atmosphère dans la journée : animation, animé,
Le portrait d’Esméralda est fait en mouvement, mouvement, bruit, éclats de voix, foule, circulation
puisqu’elle est décrite en train de danser. Les verbes
dense, tintamarre, vie, vivant, couleurs, coloré, gai,
de mouvement sont très nombreux : s’élançait, dan-
joyeux…
sait, tournait, tourbillonnait, tournoyant, passait.
– Atmosphère pendant la nuit : silence, silencieux,
15 Sur le modèle de ce texte, décrivez des chiens, dépeuplé, désert, ombres, figé, endormi, ténèbres,
en commençant ainsi : Je les connaissais bien, angoissant, apaisant, insolite, fantomatique, paix,
tous, comme si j’avais su leurs noms : le chien… calme, repos, insolite, sommeil, solitude…
Par exemple : le chien noir au poil ras, le chien roux
aux pattes courtes et aux longues oreilles, le chien 18 Décrivez une fleur ou un bouquet, après avoir
jaune à la queue en panache, l’énorme chien à la fait une recherche de vocabulaire concernant les
truffe toujours en éveil, le chien gris aux yeux tristes formes, les couleurs, les parfums, le toucher.
et amicaux, le chien blanc taché de noir, toujours sur – Formes : allongée, dentelée, en corolle ; en boutons ;
ses gardes, le chien… pétales larges, menus, serrés, allongés, crantés ; clo-
chettes, épis, grappes, ombelles…
Écrivez – Couleurs : vermillon, écarlate, turquoise, émeraude,
jade, corail, lavande, pervenche, parme, pourpre ; cou-
16 Observez une photo représentant un pay- leur fraîche, vive, pâle, nuancée, douce…
sage. Imaginez que vous êtes dans ce paysage. – Parfums : odeur, arôme, senteur, exhalaison, ef-
Quelqu’un est devant vous et vous tourne le dos. fluves ; embaumer, exhaler, parfumer ; parfum eni-
Puis cette personne se retourne. vrant, suave, doux, poivré, musqué, piquant, entêtant,
Décrivez minutieusement le paysage, puis la pénétrant, capiteux, grisant…
silhouette du personnage vu de dos. Enfin, faites – Toucher : doux, duveteux, satin, satiné, soie, soyeux,
son portrait au moment où il (elle) se retourne. velours, velouté ; épines acérées…
302
24 ➜ Les champs lexicaux dominants
Repérer et identifier les champs lexicaux – Champ lexical du feu : incendiée, flamboyer, chauf-
fées à blanc, feu, étoiler, comète, lumineux, brûler,
1 Voici trois champs lexicaux dans le désordre.
flamme, tison, allumé
Regroupez les mots ayant un rapport de sens et
identifiez les champs lexicaux représentés. b. Lequel concerne le lieu décrit ?
– Champ lexical du soleil : rayon • chauffer • ardent • Il s’agit du champ lexical de la mer.
lumière • éclipse • chaleur • ombre • darder • bronzer. c. Quel lien y a-t-il entre les deux champs
– Champ lexical des fleurs : calice • pétale • s’épanouir lexicaux ?
• fané • repiquer • s’effeuiller • bourdon. Par un phénomène naturel, la mer est phosphores-
– Champ lexical de la rivière : crue • berge • couler cente et son aspect se transforme, comme l’indique
• fond • péniche • courant • à sec • sortir de son lit • la première phrase : Il semblait que l’eau fût incendiée.
inonder. Il ne s’agit pas d’un véritable incendie mais de son
apparence. Pour rendre l’aspect insolite de ce phé-
2 Chassez l’intrus qui figure dans chaque liste
nomène, Hugo va associer deux champs lexicaux
de mots. Puis complétez les six champs lexicaux. opposés : ceux de l’eau et du feu.
1. Champ lexical de la lumière : clarté • illuminer
• rutilante • vaste • aveugler • lueur • éclairer • 4 Selon le contexte, les mots suivants peuvent
flamboyer • jaillir • embraser • rayons • rayonnant appartenir à des champs lexicaux différents : air
• resplendir • feu • flamme • pâle • tamisée • voilée. • voix • pièce.
2. Champ lexical de la chaleur : étouffer • déplacer
• accablante • ébullition • tiède • cuire • transpirer a. Pour chacun d’eux, trouvez deux champs
• température • touffeur • brasier • chaud • ardent lexicaux.
• bouillant • torride • chauffage • chauffer • sur- b. Cherchez une dizaine de mots pouvant appar-
chauffer • four • fournaise • tiédeur • tiédir. tenir à chacun de ces champs lexicaux.
3. Champ lexical du chant : air • note • page • mé- • Air :
lodie • vocaliser • chantonner • chœur • chorale – Vent : ventiler, souffler, courant d’air, aérer, ventila-
• refrain • chant • chansonnette • chanteur(euse) teur… (Voir le champ lexical du vent dans l’exercice 2)
• cantatrice • vocal • fredonner • chevroter • voix – Espace : aérien, espace, spatial, ciel, cieux, atmos-
juste, aiguë • chanter faux • berceuse • vocalises. phère, aéronautique, aérolithe, planer, aéroplane,
4. Champ lexical du chien : crocs • truffe • aboyer aviation, hôtesse de l’air, s’élever dans les airs…
• fidèle • chasse • chiffon • chiot • gardien • aboyer – Apparence : aspect, allure, façon, genre, paraître,
• japper • flairer • faire le beau • lécher • donner la sembler, ressembler, avoir l’air, physionomie, mine,
patte • niche • chenil • muselière • dressage • canin façade, tournure, extérieur, dehors, image, portrait,
• race • pedigree. représenter…
5. Champ lexical du dessin : croquis • crayon • trousse – Musique : fredonner, chanter, jouer, chanson, opéra,
• esquisse • dessiner • fusain • papier • reproduire mélodie, partition, portée, musicien, instrument
• trait • ombré • décoratif • d’après nature • dessiner de musique… (Compléter avec le champ lexical du
• esquisser • représenter • contours • ombrer • tracé chant, dans l’exercice 2.)
• hachure • étude • caricature • ébauche • gomme
• Voix :
• colorier.
– Parole : parler, sons, langage, articuler, s’exprimer,
6. Champ lexical du vent : souffler • marcher • bour-
faire entendre sa voix, verbal, registre, muet, bavard,
rasque • violent • mistral • venteux • brise • bise
loquace, oral, orateur, discours, conversation, bavar-
• courant d’air • coup de vent • rafale • ventilation
der, babiller…
• ventiler • moulin à vent • girouette • siffler • mugir
– Conjugaison : conjuguer, verbe, groupe, personnes
• s’engouffrer • s’apaiser • se calmer.
du singulier ou du pluriel, temps, mode, voix active
3 a. Relevez les deux champs lexicaux. ou passive, verbes pronominaux, accord du verbe,
– Champ lexical de la mer : eau, mer, ancres, filets, pê- transitif, intransitif, impersonnelle…
cheurs, aviron, lame, rame, flot, gouttes d’eau, barque, – Élections : voter, suffrage, dépouillement, électeur,
matelots, mouillés, plonger municipales, législatives, présidentielles, scrutin, bul-
303
2e partie ➜ Les outils de la langue
letin de vote, désigner, premier tour, second tour, b. Enrichissez-le avec des synonymes, des an-
majorité… tonymes et des mots appartenant à la même
• Pièce : famille que certains des mots trouvés.
– Logement : demeure, demeurer, appartement, habi- – Synonymes. Attendre : guetter, patienter, s’armer
tation, habiter, loger, louer, domicile, chambre, salon, de patience / désirer : souhaiter, rêver, rechercher,
mansarde, hôtel, mur, sol, décorer, meubler, meuble, aspirer à.
mobilier, ameublement, confort… – Antonymes. Espoir ≠ désespoir, détresse / patience
– Argent : monnaie, piécette, pièce d’or ou d’argent, ≠ impatience, exaspération, fièvre, énervement,
compter, monnayer, riche, pauvre, somme, appoint, agacement.
recette, porte-monnaie, portefeuille, valoriser, déva- – Mots de la même famille. Espoir : espérer, espé-
loriser, inflation, euro, centime, franc, écu, sou, louis, rance, désespérer, désespérance.
pistole…
– Théâtre : comédie, tragédie, farce, drame, spectacle, Comprendre le rôle des champs lexicaux
scène, acte, mise en scène, acteur, comédien, troupe,
7 a. Dans quel type de lieu se passe cette
décor, coulisse, plateau, rampe, jouer, interpréter, di-
scène ? Relevez le champ lexical qui s’y rapporte.
dascalie, réplique, monologue, dialogue, tirade, rôle,
La scène se passe dans une forêt : forêt, chemin, voûte
monter sur les planches, applaudir, applaudissement,
de sapins, cimes, la forêt s’inclinait.
bravos…
b. Relevez les mots qui appartiennent au champ
Construire et enrichir lexical de la peur.
nuit, sombre, déchaîné, hurlements, en déroute,
des champs lexicaux
éperdu, fuir, épouvante, gémissement, souffrance, le
5 Voici des mots appartenant au champ lexical froid envahit.
de la joie : Quelle atmosphère est créée par ce champ lexical ?
joie • heureux • drôle • sauter • chanter • gai • liesse Ce vocabulaire crée une atmosphère de plus en plus
• exulter pesante. Il commence par suggérer un malaise dû à
l’obscurité, puis la nature semble s’animer, comme
a. Cherchez des mots appartenant à la famille
prise de terreur, car le narrateur projette ses propres
des mots soulignés. angoisses sur ce qui l’entoure : le vent, les sapins, les
– Joie : joyeux, joyeusement, jouir, se réjouir, (ré)jouis-
nuages, la forêt tout entière sont sous l’empire d’une
sance ; jubiler, jubilation, jubilatoire.
peur atroce. L’angoisse atteint un tel paroxysme
– Gai : gaieté (gaîté), gaiement (gaîment), égayer. qu’elle semble annoncer un drame imminent.
b. Cherchez des synonymes et des antonymes du
mot en caractères gras. 8 a. Repérez et relevez le champ lexical le plus
Heureux : riche.
– Synonymes : chanceux, favorisé, fortuné, bienheu- Le champ lexical dominant est celui du bruit : bruire,
reux, satisfait, content, enchanté, radieux. son, sourd bourdonnement, frémissement, froisse-
– Antonymes : malheureux, malchanceux, défavorisé, ment, craquètement, cri perçant, appels flûtés, oi-
infortuné, insatisfait, mécontent, désenchanté, misé- seaux, chuchotis, sifflement, aboiement, écho, voix.
rable, pitoyable, éprouvé, affligé, triste, lamentable. Comment la forêt décrite apparaît-elle, grâce à ce
champ lexical ?
c. Cherchez d’autres mots appartenant à ce La forêt est présentée comme animée d’une vie
champ lexical. intense. Les végétaux, le vent, les animaux, les êtres
Champ lexical de la joie : plaisir, délectation, griserie, humains, tous semblent s’exprimer par des sons
euphorie, bonne humeur, allégresse, optimisme, op- variés.
timiste, transports de joie, s’épanouir, mine réjouie,
entrain, extase, danser de joie… b. Relisez le texte de l’exercice précédent qui
décrit lui aussi une forêt. L’impression générale
6 a. Établissez le champ lexical de l’attente. est-elle la même ?
Attendre, espoir, expectative, patience, patient, pa- Si, dans le texte précédent, il émanait de la forêt une
tiemment, impatience, impatiemment, perdre pa- angoisse proche de l’épouvante, dans ce texte-ci,
tience, prendre son mal en patience, être à bout, être l’impression est toute différente. La forêt est présen-
sur le gril, s’impatienter, se morfondre, désir, désirer, tée comme un abri pour tout ce qui vit, où chaque
inquiétude, inquiet… élément de la nature est animé et semble participer
304
24 ➜ Les champs lexicaux dominants
à une grande conversation universelle. De toute la rhume, engourdi, bise, claquer des dents, être
forêt s’élève une symphonie dans laquelle chacun transi, froid vif (âpre, mordant, pénétrant), un froid
joue sa partition. de canard…
– Champ lexical du printemps : printanier, renouveau,
9 a. Quels champs lexicaux utiliseriez-vous si bourgeons, reverdir, vert, éveil de la nature, fleurs
vous aviez à traiter le sujet suivant ? Imaginez en boutons, éclosion, éclos, nids, chant d’oiseau,
que vous vous trouviez seul(e), une nuit, dans une Pâques, refleurir, belle saison, précoce, tardif, pousser,
ville inconnue. Décrivez la ville en insistant sur les pousses, hirondelles, primevère…
sentiments éprouvés. Champ lexical de la joie : (se reporter au corrigé de
b. Développez deux des champs lexicaux choisis. l’exercice 5)
– Champ lexical de la ville : ruelle, impasse, rue, ave- – Champ lexical de l’été : belle saison, beaux jours,
nue, boulevard, carrefour, place, maisons, immeubles, chaleur, soleil, grandes vacances, estival, longues
voitures, lumières, piéton, passant, centre-ville, ma- journées, couleurs éclatantes, bains de mer, orageux,
gasin, vitrine… tenues légères…
– Champ lexical de la nuit : nocturne, obscurité, obs- Champ lexical de la chaleur : (voir le corrigé de
cure, sombre, ténèbres, nuit noire, profonde, étoiles, l’exercice 2) : étouffant, canicule, caniculaire, four-
lune, ombres, silence, silencieux, sommeil, dormir, naise, chaleur humide, lourde, torride, suffocante,
endormi, minuit, veillée, noctambule… bouillir, griller, suer, sueur, suffoquer, coup de soleil,
– Champ lexical de la solitude : seul, esseulé, délaissé, insolation…
perdu, solitaire, reclus, rester à l’écart, ennui, dé-
– Champ lexical de l’automne :automnal, arrière-sai-
sert, isolement, isolé, manque de contacts, abandon,
son, chute des feuilles, feuilles mortes, qui rou-
abandonné, vivre en ermite…
gissent, champignons, marrons, brume, brouillard,
– Champ lexical de la peur : redouter, craindre, crainte,
chasse, gibier, vendanges, jours qui raccourcissent…
craintif, peureux, trouble, troubler, appréhension,
Champ lexical de la mélancolie :mélancolique,
appréhender, angoisse, angoissé, anxieux, anxiété,
nostalgie, nostalgique, tristesse, regret, regret-
effroi, effrayer, effrayant, frayeur, affolement, pa-
ter, morose, morosité, tristesse vague (voilée, sans
nique, terreur, terrible, terroriser, terrifier, terrifiant,
motif)…
horrifier, phobie, alarme, s’alarmer, affres, effarer,
inquiéter, inquiétude, inquiétant, épouvante, épou- 12 Observez cette image. Puis décrivez-la deux
vanter, épouvantable, trembler, tremblant, hagard, fois, en vous mettant à la place :
pâlir, blêmir, être plus mort que vif, avoir le sang
glacé, figé, avoir la chair de poule, être sur le qui-vive, a. d’un observateur qui apprécie ce tableau ;
visage défait, palpitations, sueurs froides… b. d’un observateur qui ne l’apprécie pas.
Dans chaque cas, vous chercherez un champ
Écrivez lexical qui mettra en valeur l’opinion de l’ob-
10 Relisez les textes des exercices 7 et 8 et décri- servateur : par exemple, l’expression du visage,
vez à votre tour une forêt, en enrichissant votre l’originalité, ou, au contraire, le choix des cou-
texte de mots appartenant au champ lexical de leurs et de la toile de fond, l’impression d’an-
la sérénité. goisse ou de mystère qui se dégage du visage du
– Champ lexical de la sérénité : serein, calme, repos, personnage…
reposant, se reposer, rasséréner, silence, tranquille, Champ lexical de la couleur :
tranquillité, paix, paisible, apaisant, apaisement, bien – Termes neutres : peindre, colorier, coloris, ton,
être, sécurité, quiétude, accalmie… teinte, tonalité, nuance, palette, teintes claires (pâles,
foncées, sombres), multicolore, polychrome, bigarré,
11 Décrivez quatre fois le même paysage, à cha- camaïeu, contraste…
cune des quatre saisons. Dans chaque description, – Termes mélioratifs : harmonie, harmonieux, cou-
vous développerez le champ lexical de la saison et leurs brillantes, éclatantes, vives, intenses, har-
celui de la sensation dominante éprouvée. dies, toniques, fraîches, originales, gaies, contraste
– Champ lexical de l’hiver : (voir la leçon de la p. 312). intéressant…
Champ lexical du froid : froidure, glacé, glace, frais, – Termes péjoratifs : bariolage, couleurs violentes,
polaire, sibérien, frigorifié, trembler, grelotter, fris- agressives, laides, ternes, mal assorties, qui se
sonner, frisson, chair de poule, refroidissement, heurtent, détonnent, sans recherche d’harmonie…
305
2e partie ➜ Les outils de la langue
306
25 ➜ Les termes mélioratifs et péjoratifs
307
2e partie ➜ Les outils de la langue
hâlée par une vie en plein air, et elle était auréolée Écrivez
par une abondante chevelure brune. Son sourire
12 Observez cette photo, puis mettez-vous à la
franc découvrait des dents éclatantes.
place : a. de quelqu’un qui admire ce modèle de
haute couture ; b. de quelqu’un qui ne l’apprécie
11 a. Relevez tous les termes qui expriment les pas. Rédigez les deux commentaires.
sentiments du narrateur à l’égard du person- • Les deux textes émaneront d’un observateur qui
nage qu’il décrit. Quels sont ces sentiments ? s’exprimera en son nom et utilisera donc des pro-
En se remémorant le personnage qu’il décrit, le noms de la 1re personne. Ces pronoms seront sujets
narrateur retrouve les sentiments de répulsion et de verbes d’opinion variés (voir leçon p. 314). Le point
de haine qu’il éprouvait pour lui. C’est ce qu’expri- de vue personnel sera renforcé par l’emploi d’expres-
ment ces mots : maudit, prendre en horreur, odieux, sions telles que : à mon goût, pour moi, à mon avis…
effrayante, frémir. • Une fiche de vocabulaire détaillée sera établie pour
caractériser chaque point de vue.
b. Relevez les adjectifs descriptifs dévalorisants.
Pour enrichir le vocabulaire trouvé :
plats • gras • sardonique • effrayante • doucereuse.
– on recherchera : les synonymes valorisants et
(On remarquera également les métaphores et com-
dévalorisants des adjectifs trouvés ; par exemple :
paraisons dévalorisantes : un visage de pain d’épice,
nouveau, inédit, original, fantaisiste, excentrique,
une voix de buffle, un regard de chat-huant, des crins
extravagant ;
de sanglier au lieu de barbe • ses membres jouaient
– on nuancera les appréciations par l’emploi d’ad-
comme les poulies d’un mannequin.)
verbes et de locutions adverbiales d’opinion, de
sentiment ou d’intensité ; par exemple : assez insolite,
malheureusement trop excentrique, extrêmement
poétique…
308
26 ➜ Les figures de style descriptives
3 Remplacez les noms soulignés par des pé- et murs d’escarpes), se poursuit dans la 3e (Ses faces
ri-phrases descriptives. défiaient l’escalade, elle était défendue par une gar-
1. On voit bien que la belle saison (le renouveau) est nison) et se termine dans la 4e (forteresse ambrée,
proche. glacis démolis au canon, et gros blocs écroulés).
2. L’animal au poil roux et aux dents acérées est la b. Qu’y a-t-il d’humoristique dans le choix de ces
terreur des poulaillers. images ?
3. Le disque d’argent apparaît dans le ciel. L’humour naît de l’association entre un dessert d’une
4. Bûcherons, épargnez cet habitant de la forêt qui saveur délicate et l’image d’une forteresse assiégée,
abrite tant de petites vies ! puis vaincue. L’utilisation d’un vocabulaire guer-
5. Les fleurs épanouies reçoivent la visite des petites rier prête à sourire, car on rencontre plus souvent,
ouvrières vrombissantes. dans ce domaine, de banales descriptions, aussi
douceâtres que les entremets qu’elles évoquent. De
4 Complétez ces phrases avec des plus, ces images laissent deviner que les farouches
accumulations. assauts responsables de la déroute de la gelée sont
1. Le paysage était magnifique et ils admirèrent donnés par les cuillères de convives gourmands et
l’abondante frondaison des arbres tropicaux, les affamés.
cascades qui ruisselaient de tous côtés, les fleurs
multicolores, les montagnes dont on apercevait les 7 a. Sur quelle figure de style l’ensemble de
cimes arrondies dans le lointain. cette description est-elle construite ? Relevez les
2. On chercha le chien fugueur dans les rues du vil-
termes concernés.
lage, sur les routes, dans les jardins, dans les cours,
La description de la maison repose sur une personni-
sur les chantiers, dans les bosquets.
fication, comme le prouvent ces mots et expressions :
3. En forêt, à l’automne, c’est une explosion de cou-
sans grâces, bousculait sa gravité, boitait, grave, re-
leurs : le jaune d’or, le brun taché de roux, le pourpre,
vêche, qui ne souriait que d’un côté.
l’ocre, le vert émeraude, le rouge vif.
4. Des colliers en or ouvragés, des bracelets d’or ou b. Quelle figure de style est contenue dans les
d’argent, des bagues garnies de pierres précieuses, expressions soulignées ? Transformez-les en
des boucles d’oreilles sages ou extravagantes bril- comparaisons.
laient dans la vitrine du bijoutier. Chacune de ces deux expressions contient une
métaphore :
5 Enrichissez ces phrases avec les figures de – clochette d’orphelinat ➝ clochette semblable à
style indiquées, portant sur les mots soulignés. celle d’un orphelinat.
1. J’attends avec impatience l’époque merveilleuse – gros verrou de geôle ancienne ➝ gros verrou
où je suis enfin libéré du travail. (périphrase) comme celui d’une geôle ancienne.
2. Une poule grattait le sol, accompagnée de ses
c. Quelle impression l’auteur cherche-t-elle à
poussins semblables à de grosses boules de mimosa
montées sur des pattes minuscules. (comparaison)
donner de la maison ?
On parle souvent de l’« âme » d’une maison. L’auteur
3. Émerveillé par les vitrines de Noël, l’enfant voulait
donne à cette demeure l’aspect et la personnalité
tout : les peluches, les jeux de construction, les jeux
d’une personne au physique ingrat (noircie, sans
de société, les trains électriques, les maquettes, les
grâces, boitait) et au caractère sévère (gravité, grave,
déguisements… (accumulation)
revêche, qui ne souriait que d’un côté). Les deux mé-
4. Un matin, la campagne qui s’était frileusement
taphores, qui évoquent à son sujet un orphelinat
endormie dans le froid se réveilla sous la neige.
(personnification) et une prison, renforcent son caractère inamical,
presque hostile. Il est à noter, cependant, que ces im-
pressions ne concernent que l’extérieur du bâtiment.
Les figures de style dans les descriptions
6 a. À quoi l’entremets est-il assimilé ? 8 Sur quelle figure de style est bâtie cette des-
La gelée au rhum est présentée comme une forte- cription ? Formulez une réponse détaillée, en ci-
resse redoutable, mais prise d’assaut par les cuillères tant le texte.
des convives. – Tout ce portrait est bâti sur une comparaison : celle
Pourquoi s’agit-il d’une métaphore filée ? du personnage avec une asperge.
Cette métaphore commence à la 2e phrase du texte – La première phrase exprime cette comparaison : Il
(menaçante, en forme de donjon appuyé de bastions ressemblait, à un point extraordinaire, à une asperge.
309
2e partie ➜ Les outils de la langue
Ensuite, par une progression à thèmes dérivés (à mal, à un légume, à un fruit ou à un objet.
thème éclaté), le corps, puis la silhouette sont évo- Utilisez de nombreuses comparaisons et
qués et précisent la comparaison en la développant : métaphores.
une longue tige étroite, la tige devenait de plus en plus • Visualiser avec précision l’animal où la chose qui
fine, pour aboutir à une sorte de pointe. Le choix de servira de comparant. Puis imaginer un personnage
cette comparaison est justifié : tout à fait dépourvue pouvant raisonnablement y être comparé.
d’épaules, sa silhouette s’amincissait simplement vers • Établir une fiche pour la silhouette et pour chaque
le haut, aboutir à une sorte de pointe au sommet du partie du personnage pouvant servir à développer la
petit crâne chauve. La dernière phrase reprend le comparaison : rechercher des idées, des expressions,
thème de la première (Il) et décrit les vêtements du du vocabulaire.
personnage, de manière à confirmer la comparaison : • Rédiger en variant les constructions de phrases et
accentuait jusqu’à l’absurde cette impression de lé- la formulation des comparaisons.
gume qu’il donnait.
12 Il existe peut-être un animal qui vous attire,
Exercice bilan qui vous fascine ou qui vous amuse. Faites-en
9 Identifiez la figure de style contenue dans une description originale et poétique en utili-
chaque phrase. sant de nombreuses figures de style.
1. Ce sera bientôt la saison où les arbres perdent • On pourra proposer la lecture et l’étude de ces ex-
leurs feuilles. (Périphrase = l’automne) traits de poèmes :
2. Ils aperçurent au loin le ruban d’argent d’une ri- Le cygne
vière. (Métaphore) Sans bruit, sous le miroir des lacs profonds et calmes,
3. Le paysage était un chaos de rochers, d’arbustes Le cygne chasse l’onde avec ses larges palmes,
chétifs, d’arbres à demi déracinés et de ruines. Et glisse. Le duvet de ses flancs est pareil
(Accumulation) À des neiges d’avril qui croulent au soleil ;
4. Le soleil se leva enfin, semblable à un disque de Mais ferme et d’un blanc mat, vibrant sous le zéphyr,
métal en fusion. (Comparaison) Sa grande aile l’entraîne ainsi qu’un lent navire.
5. Une tour dresse sa silhouette menaçante au som- Il dresse son beau col au-dessus des roseaux,
met de la colline. (Personnification) Le plonge, le promène allongé sur les eaux,
6. Le maillot jaune a remporté l’étape. (Métonymie = Le courbe gracieux comme un profil d’acanthe,
le coureur portant le maillot jaune) Et cache son bec noir dans sa gorge éclatante.
7. Épuisé, il se laissa tomber entre les bras accueil- Tantôt le long des pins, séjour d’ombre et de paix,
lants d’un fauteuil. (Personnification) Il serpente, et, laissant les herbages épais
Traîner derrière lui comme une chevelure,
Écrivez Il va d’une tardive et languissante allure.
(Sully Prudhomme.)
10 Sur le modèle du texte de l’exercice 6, décri-
vez un autre dessert, en utilisant une comparai-
son ou une métaphore que vous développerez Les oies sauvages
Ainsi qu’un trait lancé, toutes le cou tendu,
en plusieurs phrases.
Allant toujours plus vite en leur vol éperdu,
• Un texte rigoureusement construit permettra un
développement cohérent de la comparaison ou de Passent, fouettant le vent de leur aile sifflante.
la métaphore.
• Comme dans le texte de l’exercice 6, une phrase Le guide qui conduit ces pèlerins des airs
d’introduction présentera le dessert et indiquera Delà les océans, les bois et les déserts,
avec précision de quoi il s’agit. La 2e phrase établira la Comme pour exciter leur allure trop lente,
comparaison. Ensuite, chacune des phrases suivantes De moment en moment jette son cri perçant.
présentera un élément de ressemblance entre le des-
sert et ce à quoi il est comparé. Comme un double ruban la caravane ondoie,
Bruit étrangement et par le ciel déploie
11 Sur le modèle du texte de l’exercice 8, décri- Son grand triangle ailé qui va s’élargissant.
vez une personne qui vous fait penser à un ani- (Guy de Maupassant.)
310
27 ➜ La progression thématique. Les connecteurs
311
2e partie ➜ Les outils de la langue
5 Complétez ces textes avec des connecteurs La guerre augmente de violence et l’on ne sait pas
logiques, dont la signification est indiquée entre quand elle finira. De plus, qui sait ce qui peut arriver
à Papa d’un jour à l’autre. Et encore, je ne peux pas
parenthèses.
te voir aller tous les jours acheter du ravitaillement
1. De violents incendies se sont déclarés, d’une part
quand toi-même tu ne manges presque plus.
(addition) en raison d’un vent chaud et sec qui souf-
C’est pourquoi, après avoir bien réfléchi, je pense
flait depuis le matin, d’autre part (addition) parce
quitter le lycée à la fin du trimestre.
que des randonneurs avaient fait des feux pour
– Le 1er connecteur, Aujourd’hui, est un connecteur
cuire leurs aliments. Cependant (opposition), grâce
de temps qui indique que ce qui suit est d’actualité.
aux efforts des pompiers, les incendies ont pu être
maîtrisés. En conclusion (synthèse), c’est encore une – Le 2e connecteur, De plus, est un connecteur d’addi-
imprudence criminelle qui serait à l’origine de ces tion, plus fort que et.
incendies. – Le 3e connecteur, Et encore, est un double connec-
2. Depuis des siècles, les règles de la courtoisie teur d’addition. L’emploi de ces connecteurs
chinoise préconisent de découper les aliments avant d’addition successifs donne une impression d’accu-
de les servir. En effet (cause), on estimait impoli mulation d’arguments, destinée à emporter l’adhé-
d’obliger les invités à découper leur viande. On sion de la mère d’Ichirô.
trouvait, en outre (addition), très barbare de ser- – Le 4e connecteur, C’est pourquoi, exprime une consé-
vir une grosse carcasse de viande qui rappelle la quence, l’aboutissement logique de l’accumulation
forme de l’animal. Voilà pourquoi (conséquence) de raisons données plus haut. Il introduit l’annonce
l’usage est venu d’utiliser des baguettes pour man- de la décision et la présente comme nécessaire.
ger. Cependant (opposition) il existe aussi (addition)
une autre explication. Les Chinois auraient autrefois Exercice bilan
utilisé des fourchettes et des couteaux, mais (opposi- 8 a. À quelle question ce texte répond-il ?
tion) un empereur qui craignait qu’on l’assassine, en Pourquoi la civilisation maya a-t-elle brusquement
aurait interdit l’usage. disparu ?
6 Précisez pour chaque phrase si aussi est un b. Selon quelle progression s’enchaînent les deux
connecteur d’addition ou de conséquence. premières phrases, puis les trois suivantes ?
1. Conséquence. Les deux premières phrases s’enchaînent selon une
2. Addition. progression linéaire par reprise du propos de la 1re
3. Conséquence. phrase (ont mystérieusement disparu) en thème de la
4. Addition. 2e phrase (Cette disparition). La 3e, la 4e et la 5e phrase
s’enchaînent par une progression à thème constant :
7 a. Montrez que ce texte est à la fois explicatif
le même thème est repris dans les trois phrases (de
et argumentatif. nombreux scientifiques, ils, ils).
Dans une lettre adressée à sa mère, le jeune Japonais
lui explique pourquoi il a décidé de quitter le lycée. Il c. Relevez les connecteurs logiques et indiquez
donne trois raisons à sa décision : la violence d’une ce qu’ils expriment.
guerre sans issue, le sort incertain de son père, la – Cependant annonce une opposition, ou plus exac-
difficulté de sa mère à se nourrir, tout en nourrissant tement, un changement dans la façon d’envisager
les siens. les causes de la disparition des Mayas.
Ce texte est donc explicatif, mais il est aussi ar- – En effet annonce une justification (vers 750, les
gumentatif, parce que le garçon doit persuader sa Mayas avaient été touchés par une sécheresse prolon-
mère que sa décision est raisonnable. L’explication gée) de l’hypothèse (le déclin de la civilisation pour-
est donc ici au service de l’argumentation. rait être dû à des conditions climatiques) présentée
dans la phrase précédente.
b. Dans quelles phrases le narrateur expose-t-il – Mais introduit une restriction (ils ne peuvent pas
ses raisons ? Quelle phrase exprime une déterminer si elle fut la cause de leur disparition) à la
conséquence ? théorie avancée.
Il expose ses raisons dans la 2e, la 3e et la 4e phrase. – Toutefois introduit également une restriction (au-
La 5e et dernière phrase exprime leur conséquence, cune des explications avancées ne résout totalement
c’est-à-dire sa décision de quitter le lycée. le mystère de ces cités disparues) à la deuxième
c. Relevez les connecteurs et indiquez leur rôle. théorie présentée dans l’avant-dernière phrase (un
Aujourd’hui, j’ai à te parler d’une chose importante. épuisement du sol dû à une culture intensive du maïs).
312
28 ➜ Choisir les types et les formes de phrases, les temps et les modes
313
2e partie ➜ Les outils de la langue
314
29 ➜ Comment exprimer la cause et la conséquence ?
• Il ne s’agit pas de faire un catalogue des utilisations – Apprendre à faire du vélo car l’engin a une grande
possibles, mais de rédiger une justification et une stabilité. – Rouler confortablement sur les sols plats.
notice explicative pour chaque emploi qui peut être – Repasser son linge. – Dans le jardin : unifier le
fait de l’engin. sol, rouler le gazon. – Dans la cuisine : moudre des
L’humour naîtra d’un ton sérieux et convaincu amandes, du café, etc. – Au bureau, repasser des
appliqué à un sujet farfelu. papiers froissés…
• Voici quelques utilisations de la bicyclette-rouleau
compresseur :
1 Voici des couples de faits. Classez-les en deux 2. À force de réclamer justice, la pauvre femme a
colonnes : les faits qui correspondent à une cause obtenu gain de cause. (groupe infinitif, complément
et ceux qui correspondent à une conséquence. circonstanciel de cause)
3. Trop large, ce meuble n’entrera pas dans la pièce.
Cause Conséquence (groupe adjectival, épithète détachée de meuble)
4. En étant toujours en retard, tu te fais du tort.
1. coucher tardif somnolence
(groupe gérondif, complément circonstanciel de cause)
2. tremblement de terre nombreux réfugiés
5. Comme ils craignaient les avalanches, les al-
3. absence de neige championnat de ski reporté
pinistes ont renoncé à l’ascension. (subordonnée
4. réussite fierté
conjonctive, complément circonstanciel de cause)
5. naïveté croit tout ce qu’on dit
6. L’émotion la submergeant, elle se mit à sangloter.
(subordonnée participiale, complément circonstanciel
2 a. Dans chaque phrase, relevez le nom ou le de cause)
verbe qui exprime une idée de cause ou de
conséquence. 4 Parmi les mots soulignés, lesquels expriment
b. Réécrivez les phrases en utilisant un GN com- la cause ? la conséquence ? (Certains n’expri-
plément circonstanciel de cause. ment ni l’une ni l’autre.) Indiquez leur nature et
1. a. Un problème technique est à l’origine de l’inter- leur fonction.
ruption des travaux. b. Les travaux ont été interrom- 1. pour avoir révélé des informations confidentielles :
pus à cause d’un problème technique. groupe infinitif, complément circonstanciel de cause.
2. a. Un lapsus de l’orateur a provoqué le fou rire du 2. pour conserver son titre de championne du monde :
public. b. Le public a été pris de fou rire en raison d’un ni cause, ni conséquence, mais but.
lapsus de l’orateur. 3. pour décider déjà de ton avenir : groupe infinitif,
3. a. Un rendez-vous urgent était le prétexte de son complément circonstanciel de conséquence.
départ précipité. b. Il est parti précipitamment, sous 4. Par manque de confiance en lui : GN, complément
prétexte d’un rendez-vous urgent. circonstanciel de cause.
4. a. Les coupures de courant ont occasionné de 5. par la route : ni cause, ni conséquence, mais
nombreuses pannes d’ascenseurs. b. On a enregistré moyen.
de nombreuses pannes d’ascenseurs par suite des
coupures de courant. 5 Remplacez ces indépendantes juxtaposées
par :
3 Relevez les mots et groupes de mots expri-
mant une cause. Indiquez leur nature et leur a. deux indépendantes coordonnées par car ou
fonction. en effet ;
1. Nous avons pu, grâce à tes recherches, obtenir les b. une principale et une subordonnée de cause,
renseignements dont nous avions besoin. (GN, com- en variant les subordonnants.
plément circonstanciel de cause) 1. a. Il ouvre la fenêtre car il a entendu un vacarme
315
2e partie ➜ Les outils de la langue
inhabituel. b. Il ouvre la fenêtre parce qu’il a entendu 5. Ma grand-mère fait du bénévolat puisque, mainte-
un vacarme inhabituel. nant, elle a du temps libre. (cause)
2. a. Les bergers rentrent leurs brebis, en effet un 6. Les vagues font reculer la falaise au point que des
loup a attaqué un troupeau, la nuit dernière. b. Les maisons risquent de tomber. (conséquence)
bergers rentrent leurs brebis, vu qu’un loup a atta- 7. Il aime tellement ce film qu’il l’a vu six fois.
qué un troupeau, la nuit dernière. (conséquence)
3. a. Le premier roman de cet auteur sera adapté au
cinéma, car il a remporté un énorme succès. b. Le 8 a. Relevez deux phrases où s’exprime une re-
premier roman de cet auteur sera adapté au cinéma, lation cause-conséquence.
puisqu’il a remporté un énorme succès. Les enfants sont ravis parce que bientôt, disent-ils, on
4. a. On a du mal à reconnaître l’air que Thomas sera forcé de sortir par les fenêtres.
interprète car il chante très faux. b. On a du mal à Hier, je m’étais assuré que le village avait des provi-
reconnaître l’air que Thomas interprète étant donné sions en suffisance, car nous allons sans doute demeu-
qu’il chante très faux. rer quelque temps isolés du reste de l’humanité.
b. Dans chacune : quelle proposition exprime la
6 Reprenez les phrases de l’exercice précédent cause ? la conséquence ? Est-ce l’expression de
et remplacez les indépendantes juxtaposées par : la cause ou celle de la conséquence qui est privi-
légiée ? Quel est le procédé grammatical utilisé ?
a. deux indépendantes coordonnées par par
conséquent, donc, c’est pourquoi, aussi ; Dans les deux phrases, c’est l’expression de la cause
qui a été privilégiée.
b. une principale et une subordonnée de consé-
quence, en variant les subordonnants. Vous Cause Conséquence Procédé
pouvez déplacer les propositions et modifier grammatical
certains mots. parce que bientôt on Les enfants sont Subordonnée
1. a. Il a entendu un vacarme inhabituel, il ouvre sera forcé de sortir ravis conjonctive,
donc la fenêtre. b. Il a entendu un vacarme inhabi- par les fenêtres complément
circonstanciel de
tuel, si bien qu’il ouvre la fenêtre.
cause, introduite
2. a. Un loup a attaqué un troupeau, la nuit dernière : par parce que
c’est pourquoi les bergers rentrent leurs brebis. car nous allons sans Hier, je m’étais
doute demeurer assuré que le village Deux indépendantes
b. Un loup a attaqué un troupeau, la nuit dernière, de
quelque temps isolés avait des provisions coordonnées par car
sorte que les bergers rentrent leurs brebis. du reste de en suffisance
3. a. Le premier roman de cet auteur a remporté un l’humanité
énorme succès, aussi sera-t-il adapté au cinéma. b.
Le premier roman de cet auteur a remporté un tel
succès qu’il sera adapté au cinéma. Écrivez
4. a. Thomas chante très faux, par conséquent on a
9 Imaginez tout un enchaînement de causes et
du mal à reconnaître l’air qu’il interprète. b. Thomas
chante tellement faux qu’on a du mal à reconnaître de conséquences aboutissant à la présence de
l’air qu’il interprète. cette vache dans un bus. Rédigez un texte humo-
ristique.
• Organisation du travail :
7 Complétez ces phrases avec des conjonctions – Commencer par chercher un enchaînement de
ou des locutions conjonctives différentes. faits sans se préoccuper de l’expression des causes/
Soulignez les subordonnées et précisez si elles conséquences.
sont compléments de cause ou de conséquence. Il sera peut-être plus facile pour certains de com-
1. Ce gorille ne supporte pas la captivité si bien qu’il mencer par la situation finale en remontant jusqu’à
est devenu agressif. (conséquence) la situation initiale : la vache dans son pré ou son
2. Comme tu n’arrives pas à te concentrer, tu ne re- étable.
tiens pas tes leçons. (cause) – Une fois la succession des événements établie, il
3. J’ai décliné une invitation ennuyeuse sous prétexte s’agira de formuler adroitement leur enchaînement,
que je devais finir un travail urgent. (cause) en variant les procédés. On peut envisager, par
4. Le sol était si pauvre que les paysans menaient une exemple, d’alterner dans les phrases la mise en va-
vie misérable. (conséquence) leur de la cause et celle de la conséquence.
316
30 ➜ Comment exprimer le but ?
1 Associez chaque début de phrase de la série 1 sujet (Je, Ils) du verbe principal (veux, ont déposé) fait
à un complément circonstanciel de but de la série aussi l’action du verbe du complément circonstanciel
de but (être déçue, obtenir). Dans les autres phrases,
2 dont vous indiquerez la nature grammaticale.
le sujet de la proposition principale et celui de la
– Il a convoqué ses collaborateurs pour leur
subordonnée complément circonstanciel de but sont
confier une mission importante. (groupe infinitif
différents.
prépositionnel)
– On renforce les digues afin qu’elles supportent les 4 Parmi les groupes infinitifs de ces phrases,
tempêtes. (proposition subordonnée conjonctive) lesquels sont compléments de but ? Indiquez la
– Cours mettre cette lettre à la poste. (groupe infinitif) fonction des autres.
– Viens que je t’explique ce qu’il faut faire. (proposi- – Compléments de but :
tion subordonnée conjonctive) 1. Cours prévenir tes camarades.
– Nous nous entraînons en vue du prochain cham- 3. Camille est venue prendre de tes nouvelles.
pionnat. (GN, complément circonstanciel de but) 4. Il est descendu chercher des bouteilles à la cave.
2 Complétez ces phrases avec la préposition ou – COD :
la locution prépositive qui convient. Toutes de- 2. Nous avons préféré rentrer de bonne heure.
vront être différentes. Soulignez les complé- 5. On espère trouver une solution.
ments circonstanciels de but. 5 Mettez les verbes entre parenthèses au sub-
1. Des invitations ont été lancées pour l’inaugura-
jonctif. Soulignez les subordonnées et indiquez
tion du nouveau théâtre.
leur nature et leur fonction.
2. Julien hésite à se représenter à son examen de peur
1. Les sièges sont disposés de manière que chacun
d’un deuxième échec.
voie le spectacle. (subordonnée conjonctive, complé-
3. Clara fait des économies en vue de ses prochaines
ment circonstanciel de but)
vacances.
2. Il faut rentrer les orangers en pots, de peur que le
4. Les compagnies aériennes ont pris de nou-
gel ne les flétrisse. (subordonnée conjonctive, complé-
velles mesures de sécurité, de crainte de nouveaux
ment circonstanciel de but)
attentats.
3. Ma voisine, âgée, recherche une personne qui lui
3 a. Réécrivez ces phrases en remplaçant les GN fasse quelques heures de ménage. (subordonnée rela-
compléments circonstanciels de but par une su- tive, comportant une nuance de but, complément de
bordonnée conjonctive, lorsque c’est possible, l’antécédent personne)
4. Pierre est prêt aux pires excentricités pour qu’on
sinon par un groupe infinitif.
s’aperçoive de sa présence. (subordonnée conjonctive,
1. Ce commerçant fait des efforts pour que ses
complément circonstanciel de but)
clients soient satisfaits.
5. Je voudrais trouver une grande caisse où je puisse
2. Je ne veux pas retourner dans le village de mon
ranger tous mes vieux cahiers. (subordonnée relative
enfance, de peur d’être déçue.
comportant une nuance de but, complément de l’an-
3. Des travaux vont être entrepris pour que le clocher
técédent caisse)
de l’église soit restauré.
4. Ils ont déposé un dossier pour obtenir un 6 Complétez ces phrases avec les locutions
appartement. conjonctives appropriées. Toutes devront être
5. Les professeurs cherchent des idées pour que différentes. Soulignez les subordonnées con-jonc-
chaque élève participe au spectacle de fin d’année.
tives compléments circonstanciels de but.
6. Une souscription est ouverte pour qu’une statue
1. Marc met un antivol à son scooter de crainte
soit édifiée sur la place du village.
qu’on le lui vole.
b. Dans quels cas avez-vous utilisé un groupe 2. Nina prépare le repas pour que sa mère ait une
infinitif au lieu d’une subordonnée conjonctive ? bonne surprise en rentrant du travail.
Un groupe infinitif complément circonstanciel de 3. De nombreux interprètes sont présents afin que
but a été utilisé dans les phrases 2 et 4, parce que le chacun puisse comprendre la conférence.
317
2e partie ➜ Les outils de la langue
4. Les enfants rappellent sans cesse à leurs parents 10 Complétez chacune de ces phrases avec trois
qu’ils doivent les emmener au cinéma, de peur qu’ils subordonnées circonstancielles : a. de cause ;
l’oublient. b. de conséquence ; c. de but.
5. Le spectacle est conçu de façon qu’il plaise à tous.
a. Cause :
7 Complétez chacune de ces phrases avec trois 1. Les voisins ont entouré leur jardin d’une haie,
compléments circonstanciels de but : un GN, un parce qu’il était devenu le rendez-vous de tous les
chiens du quartier.
groupe infinitif, une subordonnée conjonctive.
2. Ils ont allumé un feu, puisqu’il commençait à faire
1. Adrien prend des photos en vue d’un reportage
froid.
photographique sur la région / pour immortaliser
3. L’enfant s’est mis à hurler, parce qu’il avait eu peur.
l’événement / pour que ses parents se fassent une idée
4. Elle ne s’expose jamais au soleil, étant donné que
du pays où il passe ses vacances.
sa peau est très fragile.
2. Elle choisit soigneusement ses vêtements pour 5. L’exposition est prolongée parce qu’elle remporte
son rendez-vous / afin d’être élégante avec sobriété / un succès considérable.
afin qu’on la remarque et qu’on la complimente.
b. Conséquence :
3. Manon écrit une lettre pour une demande d’emploi
1. Les voisins ont entouré leur jardin d’une haie, de
/ pour inviter une amie à passer une semaine chez elle
sorte qu’on ne distingue même plus leur maison.
/ pour qu’on lui envoie une documentation dont elle a
2. Ils ont allumé un feu, si bien qu’ils ont provoqué un
besoin.
incendie.
8 Relevez les compléments circonstanciels de 3. L’enfant s’est mis à hurler, au point que tout l’im-
meuble s’est réveillé.
but. Précisez leur nature grammaticale.
4. Elle ne s’expose jamais au soleil, de sorte que sa
pour l’irrigation des terres : GN / (pour) la navigation :
peau est blanche en toute saison.
GN / pour l’alimentation en eau des villes et des
5. L’exposition est prolongée, de sorte que nous allons
centrales électriques : GN / pour étendre les surfaces pouvoir nous y rendre.
cultivables : groupe infinitif.
c. But :
Ce texte est-il narratif, descriptif, explicatif ou 1. Les voisins ont entouré leur jardin d’une haie, pour
argumentatif ? qu’il soit abrité du vent.
Ce texte est explicatif, puisqu’il explique ce qu’est 2. Ils ont allumé un feu, afin que les flammes égaient
un canal et quelle est son utilité, mais aussi parce et réchauffent la pièce.
qu’il dresse l’historique de ce type de construction 3. L’enfant s’est mis à hurler pour qu’on vienne à son
fluviale. secours.
Quelle est l’utilité des compléments de but dans 4. Elle ne s’expose jamais au soleil, de crainte que sa
peau délicate ne soit brûlée.
ce texte ?
5. L’exposition est prolongée, afin que tous ceux qui
Les compléments de but indiquent les utilisations qui
n’avaient pas pu s’y rendre puissent la visiter.
sont faites des canaux, en général (pour l’irrigation
des terres, la navigation ainsi que pour l’alimentation
en eau des villes et des centrales électriques) et chez
Écrivez
les Égyptiens (pour étendre les surfaces cultivables). 11 Un concours a été ouvert dans les collèges
pour désigner l’élève qui aurait le meilleur projet
9 Indiquez la nature et la fonction grammati- humanitaire. Le jury auditionne plusieurs candi-
cales des membres de phrases soulignés. dats qui exposent leur projet et les buts recher-
1. Groupe infinitif, complément circonstanciel de chés. Rédigez ces auditions, en privilégiant
cause. l’expression du but.
2. Groupe infinitif, complément circonstanciel de • On peut enrichir l’exercice de cette manière :
but. – Chaque élève prépare une audition orale, en privilé-
3. Groupe infinitif, complément circonstanciel de giant ce qu’indique la consigne (projet humanitaire,
conséquence. présentation du projet et buts recherchés).
4. Subordonnée conjonctive, complément circons- – Tour à tour, chacun présente son projet à la classe,
tanciel de conséquence. pendant deux minutes environ.
5. Subordonnée conjonctive, complément circons- – Ensuite, on rédige le devoir, à l’écrit, en s’inspirant
tanciel de but. des auditions jugées les meilleures.
318
31 ➜ Les temps simples de l’indicatif
1 Indiquez l’infinitif, le groupe et le temps de a. je suis : être, présent / suivre, présent • je fuis : fuir
ces formes verbales. présent / passé simple • je vis : voir, passé simple
tu lies : lier, 1er groupe, présent • vous revêtez : revêtir, / vivre, présent • nous moulons : mouler, présent /
3e groupe, présent • ils émirent : émettre, 3e groupe, moudre, présent • je saisis : saisir, présent / passé
passé simple • je serrai : serrer, 1er groupe, passé simple • je peignais : peindre, imparfait / peigner, im-
simple • je serai : être, futur • nous brillions : briller, parfait • tu conclus : conclure, présent / passé simple.
1er groupe, imparfait • tu crois : croire, 3e groupe, pré- b. – Je suis très contente de te revoir. / Je suis depuis
sent • tu croîs : croître, 3e groupe, présent • tu crus : une heure un sentier qui serpente à flanc de colline.
croire, 3e groupe, passé simple • nous plions : plier, – Je ne fuis pas mes responsabilités, je prends seule-
1er groupe, présent • nous voulions : vouloir, 3e groupe, ment un peu de repos. / J’avisai une barque et je fuis
imparfait • vous dites : dire, 3e groupe, présent • vous cette région hostile par la mer.
dîtes : dire, 3e groupe, passé simple • nous teignions : – Je m’approchai du fourré et je vis distinctement
teindre, 3e groupe, imparfait • il émeut : émouvoir, deux yeux brillants qui me fixaient. / En ce moment,
3e groupe, présent • je courrai : courir, 3e groupe, futur je vis une aventure extraordinaire.
• je narrai : narrer, 1er groupe, passé simple.
4 Réécrivez ces phrases en les mettant successi-
2 Mettez les verbes aux quatre temps simples
vement au présent, au futur, à l’imparfait, au
de l’indicatif.
passé simple.
Présent Futur Imparfait Passé simple 1. Le vent faiblit et les bateaux reprennent la mer. /
j’emploie j’emploierai j’employais j’employai Le vent faiblira et les bateaux reprendront la mer. /
tu aères tu aéreras1 tu aérais tu aéras Le vent faiblissait et les bateaux reprenaient la mer.
il hait il haïra il haïssait il haït / Le vent faiblit et les bateaux reprirent la mer.
nous vainquons nous vaincrons nous vainquions nous vainquîmes 2. Vous voyez le résultat et vous êtes contents. /
vous devenez vous deviendrez vous deveniez vous devîntes Vous verrez le résultat et vous serez contents. / Vous
ils ruissellent ils ruisselleront ils ruisselaient ils ruisselèrent
voyiez le résultat et vous étiez contents. / Vous vîtes
je gèle je gèlerai je gelais je gelai
tu feuillettes tu feuilletteras tu feuilletais tu feuilletas
le résultat et vous fûtes contents.
il achète il achètera il achetait il acheta 3. J’essuie les verres et tu les ranges. / J’essuierai les
nous devons nous devrons nous devions nous dûmes verres et tu les rangeras. / J’essuyais les verres et tu
vous faites vous ferez vous faisiez vous fîtes les rangeais. / J’essuyai les verres et tu les rangeas.
ils vivent ils vivront ils vivaient ils vécurent
je mouds je moudrai je moulais je moulus 5 Mettez les verbes entre parenthèses à l’im-
tu résous tu résoudras tu résolvais tu résolus
il meurt il mourra il mourait il mourut
parfait ou au passé simple, selon le sens.
nous retenons nous retiendrons nous retenions nous retînmes 1. Je flânais dans la rue quand je rencontrai une an-
vous revoyez vous reverrez vous revoyiez vous revîtes cienne camarade.
ils aperçoivent ils apercevront ils apercevaient ils aperçurent 2. Ce jour-là, je décidai de changer de vie et je com-
mençai par aller chez le coiffeur à qui je demandai de
1. Les verbes ayant un é à l’avant-dernière syllabe de l’infi- me couper les cheveux.
nitif changent le é en è devant une syllabe muette finale :
aérer ➝ tu aères. Mais ils conservent le é au futur et au 3. Comme j’aimais beaucoup les chats, j’allai un jour
conditionnel présent, en dépit de la prononciation : céder ➝ dans un refuge où j’adoptai un chat gris que j’appe-
je céderai ; régner ➝ il régnera… lai Tigrou.
4. Enfant, j’appréciais les BD et j’en achetais souvent.
3 a. Indiquez le temps de ces formes verbales et
5. Ce jour-là, je regardais par la fenêtre, quand j’avi-
l’infinitif correspondant. Il y a deux réponses sai deux personnes, dont j’ignorais l’identité, se diri-
possibles pour chacune d’elles. geant vers ma porte.
b. Employez les trois premières dans deux 6. Je n’osais jamais prendre la parole en public. Un
phrases qui mettront en évidence les deux em- jour, au cours d’une réunion, je surmontai ma timi-
plois différents. dité et exposai mes idées.
319
2e partie ➜ Les outils de la langue
6 Mettez ces formes verbales au temps corres- 2. Nous fûmes déçu(e)s par le spectacle.
pondant de la voix passive. Indiquez les 3. La maison sera reconstruite.
4. Les sentiers étaient couverts de neige.
infinitifs.
5. Un trésor fut enfoui au pied de l’arbre.
je joignis : je fus joint(e), joindre • tu contrains : tu es
6. Tu seras reconnu(e) malgré ton déguisement.
contraint(e), contraindre • il rapatriera : il sera rapa-
7. La plage était couverte d’algues.
trié, rapatrier • nous saluions : nous étions salué(e)
8. Je suis averti(e).
s, saluer • vous défendîtes : vous fûtes défendu(e)s,
9. Vous fûtes félicité(e)s chaleureusement.
défendre • elles construisent : elles sont construites,
construire • j’émeus : je suis ému(e), émouvoir • tu
établissais : tu étais établi(e), établir • elle acquerra : Écrivez
elle sera acquise, acquérir • nous maintînmes : nous 8 Rédigez quatre paragraphes sur vos activités
fûmes maintenu(e)s, maintenir • vous humiliez : vous présentes, passées et futures, en commençant
êtes humilié(e)s, humilier • ils apercevront : ils seront par : a. En ce moment… (présent) ; b. Hier, à la
aperçus, apercevoir • j’instruisis : je fus instruit(e),
même heure,… (imparfait) ; c. Un jour… (passé
instruire • tu convainquais : tu étais convaincu(e),
simple) ; Plus tard… (futur).
convaincre • elle lit : elle est lu(e), lire • vous conseilliez :
vous étiez conseillé(e)s, conseiller • ils croiront : ils • Il s’agit d’écrire quatre paragraphes et non quatre
seront crus, croire. phrases. La difficulté consistera donc à développer
un peu chaque partie en variant les verbes utilisés.
7 Mettez les verbes entre parenthèses à la voix Il conviendra également d’écrire un texte cohérent
passive, au temps indiqué. Respectez les accords. qui ne soit pas seulement un prétexte à conjuguer
1. Elle est encouragée par ses professeurs. des verbes.
1 Indiquez l’infinitif et le temps de ces formes. plus-que-parfait • j’ai été : être, passé composé •
j’avais eu : avoir, plus-que-parfait • tu eus permis : tu auras surpris : surprendre, futur antérieur • il fut
permettre, passé antérieur • il est parvenu : parvenir, allé : aller, passé antérieur • nous avons interrompu :
passé composé • nous nous étions compris : se com- interrompre, passé composé • ils se seront égarés :
prendre, plus-que-parfait • vous avez craint : craindre, s’égarer, futur antérieur • ils ont conquis : conquérir,
passé composé • ils étaient demeurés : demeurer, passé composé.
320
32 ➜ Les temps composés de l’indicatif
3 Mettez ces formes verbales aux temps com- 2. Tu seras revenu(e) de voyage et tu auras repris tes
posés correspondants. Précisez de quels temps activités.
3. J’aurai bêché les plates-bandes et tu auras tondu
composés il s’agit.
la pelouse.
je dois : j’ai dû (passé composé) • tu sauras : tu auras
4. Le temps aura passé, les enfants seront devenus
su (futur antérieur) • elle repartait : elle était repartie
grands et auront quitté la maison.
(plus-que-parfait) • nous excluons : nous avons exclu
(passé composé) • vous acquérez : vous avez acquis • Plus-que-parfait
(passé composé) • ils courront : ils auront couru (futur 1. L’automne était arrivé et les feuilles avaient recou-
antérieur) • je fus : j’eus été (passé antérieur) • tu vert le sol.
interviens : tu es intervenu(e) (passé composé) • elle 2. Tu étais revenu(e) de voyage et tu avais repris tes
se retint : elle se fut retenue (passé antérieur) • nous activités.
reviendrons : nous serons revenu(e)s (futur antérieur) 3. J’avais bêché les plates-bandes et tu avais tondu
• vous brilliez : vous aviez brillé (plus-que-parfait) • ils la pelouse.
se taisent : ils se sont tus (passé composé) • je permis : 4. Le temps avait passé, les enfants étaient devenus
j’eus permis (passé antérieur) • tu suivras : tu auras grands et avaient quitté la maison.
suivi (futur antérieur) • elle se rompt : elle s’est rom- 6 Mettez les verbes entre parenthèses au temps
pue (passé composé) • nous craignions : nous avions composé qui convient.
craint (plus-que-parfait) • vous résoudrez : vous aurez 1. Elle ne reconnaissait plus les lieux qu’elle avait
résolu (futur antérieur) • ils déplaisent : ils ont déplu quittés dix ans plus tôt.
(passé composé). 2. Quand vous vous serez familiarisé(e)(s) avec cet
4 Employez ces groupes verbaux dans des appareil, vous ne pourrez plus vous en passer.
3. Quand ils furent parvenus à un carrefour, ils ne
phrases, au temps indiqué.
surent quelle route prendre.
1. (Passé composé) Hier soir, vers vingt et une heure,
4. Ils se plaisent beaucoup dans l’appartement qu’ils
j’ai sorti mon chien et quand je suis revenu, je me
ont acquis l’an dernier.
suis aperçu que je ne pouvais plus rentrer chez moi.
5. J’espère que tu auras fini tes devoirs avant la nuit.
• Samedi dernier, mes parents sont sortis avec des
6. Dès qu’il eut prononcé ces mots, il les regretta.
amis : ils sont allés au théâtre, puis au restaurant.
7. Elle relisait sans cesse la lettre qu’elle avait reçue.
2. (Futur antérieur) Dès que tu seras monté en voi-
8. Hier, il m’est arrivé une aventure extraordinaire.
ture, en direction de la mer, tu oublieras tous tes
9. Les élèves qui n’auront pas terminé leur devoir à la
soucis. • Quand nous aurons monté ces caisses au
fin du cours, pourront le rendre demain.
grenier, nous entreprendrons de ranger le garage.
3. (Plus-que-parfait) J’ai reconnu un ancien camarade 7 Mettez ces formes verbales au temps corres-
et quand j’ai voulu lui parler, il avait déjà passé son pondant de la voix passive. Précisez quel est ce
chemin, sans un regard pour moi. • Lise était passée temps et indiquez les infinitifs.
devant le collège, dans l’espoir de rencontrer son j’avais aperçu : j’avais été aperçu(e), plus-que-parfait,
amie Jeanne. apercevoir • tu as prévenu : tu as été prévenu(e), passé
composé, prévenir • il eut rassuré : il eut été rassuré,
5 Réécrivez ces phrases successivement au
passé antérieur, rassurer • nous avions félicité : nous
passé composé, au futur antérieur et au avions été félicité(e)s, plus-que-parfait, féliciter •
plus-que-parfait. vous eûtes retenu : vous eûtes été retenu(e)s, passé
• Passé composé antérieur, retenir • elles ont reconnu : elles ont été
1. L’automne est arrivé et les feuilles ont recouvert le reconnues, passé composé, reconnaître • j’ai averti :
sol. j’ai été averti(e), passé composé, avertir • tu avais
2. Tu es revenu(e) de voyage et tu as repris tes accompagné : tu avais été accompagné(e), plus-que-
activités. parfait, accompagner • il aura acquis : il aura été
3. J’ai bêché les plates-bandes et tu as tondu la acquis, futur antérieur, acquérir • nous eûmes récom-
pelouse. pensé : nous eûmes été récompensé(e)s, passé anté-
4. Le temps a passé, les enfants sont devenus grands rieur, récompenser • vous avez convaincu : vous avez
et ont quitté la maison. été convaincu(e)s, passé composé, convaincre • ils
• Futur antérieur auront cru : ils auront été crus, futur antérieur, croire
1. L’automne sera arrivé et les feuilles auront recou- • j’eus rejoint : j’eus été rejoint(e), passé antérieur,
vert le sol. rejoindre • tu avais compris : tu avais été compris(e),
321
2e partie ➜ Les outils de la langue
plus-que-parfait, comprendre • elle aura entendu : repartie : passé composé actif • nous serons sortis :
elle aura été entendue, futur antérieur, entendre futur antérieur actif • j’étais demeuré : plus-que-par-
• vous aviez interpellé : vous aviez été interpellé(e)s, fait actif • il est né : passé composé actif • vous êtes
plus-que-parfait, interpeller • ils ont crû : passé com- trempés : présent passif • tu étais écouté : imparfait
posé du verbe croître. Ce verbe est intransitif, il ne passif • nous sommes partis : passé composé actif
peut donc pas être mis à la voix passive. • elle était tombée : plus-que-parfait actif • je serai
convoqué : futur passif.
8 Mettez les verbes entre parenthèses à la voix
passive, au temps indiqué. Respectez les
accords. Écrivez
1. Nous avons été convaincu(e)s par tes arguments. 11 Employez le verbe découvrir, dans huit
2. Quand tous les dossiers eurent été étudiés, la can- phrases différentes : aux quatre temps composés
didature de Marc fut retenue. de la voix active et aux quatre temps composés
3. Le chien se mit à hurler dès qu’il eut été enfermé
de la voix passive. Variez la personne et le
dans la maison.
nombre des sujets.
4. La nouvelle aura été divulguée avant peu.
• Voix active :
5. Les arbres avaient été recouverts de givre.
(Passé composé) Des promeneurs ont découvert un
6. Elle a été reconnue par ses admirateurs.
souterrain enfoui sous les ronces.
9 Mettez les verbes entre parenthèses au temps (Futur antérieur) Préviens-moi quand tu auras décou-
composé de la voix passive qui convient. vert où il habite.
1. Comme nous avons été accueilli(e)s chaleureuse- (Plus-que-parfait) Après plusieurs essais, il avait dé-
ment, nous reviendrons. couvert une peinture résistante aux chocs et à la
2. Quand il aura été réprimandé, il ne recommencera chaleur.
plus. (Passé antérieur) Peu après que nous eûmes décou-
3. Elle ramassait les papiers qui avaient été dispersés vert le trésor enfoui, nous fûmes victimes de voleurs
par le vent. plus malins que nous.
4. Ce fut un grand soulagement, quand l’enfant • Voix passive :
égaré eut été retrouvé. (Passé composé) Notre cachette n’était pas bien
5. Je me procurai un livre qui m’avait été conseillé
fameuse, puisque nous avons été tout de suite
par un ami.
découverts.
6. Le trafic reprendra quand la route aura été
(Futur antérieur) Bien du temps se sera écoulé, quand
dégagée.
le secret de la pyramide aura été découvert.
10 Identifiez le temps et la voix de ces formes. (Plus-que-parfait) J’ai lu que la tombe d’un chef gau-
nous étions parvenus : plus-que-parfait actif • vous lois avait été découverte récemment.
étiez importunés : imparfait passif • ils sont réconci- (Passé antérieur) Dès que les rivages de l’île eurent
liés : présent passif • je suis intervenu : passé composé été découverts par un promoteur ambitieux, un vil-
actif • tu seras récompensé : futur passif • elle est lage de vacances y fut installé.
322
33 ➜ Le subjonctif et le conditionnel
2 Identifiez le mode et le temps des verbes du ennuyé(e)s • vous feriez, vous auriez fait • ils inter-
1er groupe soulignés. viendraient, ils seraient intervenus • tu t’en irais, tu
1. Subjonctif présent. 2. Indicatif imparfait. t’en serais allé(e) • elle pourrait, elle aurait pu • nous
3. Subjonctif présent. 4. Indicatif présent. 5. Indicatif saurions, nous aurions su • ils verraient, ils auraient
présent. 6. Subjonctif présent. vu • je voudrais, j’aurais voulu • elle naîtrait, elle se-
rait née • nous courrions, nous aurions couru • vous
3 Identifiez le temps et la voix de ces formes. accueilleriez, vous auriez accueilli • ils enverraient, ils
que je sois accueilli : présent, voix passive • que tu sois auraient envoyé
parvenu : passé, voix active • qu’elle soit née : passé,
voix active • que nous soyons descendus : passé, voix 7 Indiquez la voix, le mode et le temps de ces
active • que vous vous soyez amusés : passé, voix formes.
pronominale • qu’ils soient remerciés : présent, voix nous serions revenus : voix active, conditionnel passé
passive • que je me sois aperçu : passé, voix pronomi- • il courrait : voix active, conditionnel présent • tu
nale • que tu sois reparti : passé, voix active • qu’elle errais : voix active, indicatif imparfait • vous seriez
soit protégée : présent, voix passive. surpris : voix passive, conditionnel présent • nous
4 a. Relevez les verbes au subjonctif. Indiquez serions descendus : voix active, conditionnel passé
• tu aurais été compris : voix passive, conditionnel
leur temps et leur infinitif. b. Précisez s’ils expri-
passé • elle serrait : voix active, indicatif imparfait
ment un ordre, une défense, un souhait, ou
• elle serait : voix active, conditionnel présent • vous
l’indignation.
auriez dû : voix active, conditionnel passé • ils se-
1. Pourvu que mon cadeau lui plaise ! (présent, plaire,
raient invités : voix passive, conditionnel présent
exprime un souhait)
2. Qu’on n’entre sous aucun prétexte. (présent, en-
trer, exprime une défense) 8 Relevez les verbes au conditionnel. Indiquez
3. Qu’elle vienne, nous l’attendons. (présent, venir, leur temps et leur infinitif. Précisez ce qu’ils
exprime un ordre) expriment.
4. Qu’on m’ait fait cela à moi ! (passé, faire, exprime 1. J’aimerais tant que tu deviennes raisonnable. (pré-
l’indignation) sent, aimer, souhait)
2. Je parcourrais le monde sur un tapis volant. (pré-
5 Mettez les verbes au temps du subjonctif qui sent, parcourir, rêve)
convient. Précisez la nature de la subordonnée. 3. Pourriez-vous parler moins fort. (présent, pouvoir,
1. Bien qu’il le prétende, je doute qu’on lui ait demande atténuée)
volé ses papiers. (subordonnée conjonctive circonstan- 4. Un trésor serait enfoui sous le château. (présent
cielle / subordonnée conjonctive COD d’un verbe de passif, enfouir, supposition)
sentiment) 5. J’aurais dû persévérer. (passé, devoir, regret)
2. Caroline cherche quelqu’un qui lui garde son chat. 6. Tu aurais dû persévérer. (passé, devoir, reproche
(subordonnée relative exprimant un objectif) atténué)
3. Je veux que vous ayez fini entièrement avant mon
retour. (subordonnée conjonctive COD d’un verbe de
9 Mettez les verbes entre parenthèses au temps
volonté)
4. Qu’il réussisse ses examens est le souhait de ses
du conditionnel qui convient.
1. Si tu m’expliquais calmement, je comprendrais.
parents. (subordonnée conjonctive sujet)
2. Si je n’avais pas oublié mon téléphone portable,
5. Nous ne verrons pas le tableau avant que l’ar-
j’aurais pu t’avertir de mon arrivée.
tiste l’ait achevé. (subordonnée conjonctive
3. Je cultiverais quelques légumes si j’avais un jardin.
circonstancielle)
6. Il faudrait que vous sachiez parler anglais. (subor-
donnée conjonctive sujet logique) 10 Réécrivez ces phrases en mettant leur pre-
mier verbe à l’imparfait.
1. On prévoyait que les travaux s’achèveraient en
Le conditionnel janvier.
6 Mettez les verbes au conditionnel présent 2. Nous pensions que Charles s’habituerait à son
puis au conditionnel passé. nouveau collège quand il y aurait passé un trimestre.
je créerais, j’aurais créé • tu apercevrais, tu aurais 3. Il jurait qu’il ne jouerait pas à ses jeux vidéo tant
aperçu • nous nous ennuierions, nous nous serions qu’il n’aurait pas fini ses devoirs.
323
2e partie ➜ Les outils de la langue
1 Recopiez ces phrases en complétant les parti- 7. Les dernières années qu’il a passées ici, ont été
cipes passés. Justifiez vos choix. rendues éprouvantes par la maladie. (➝ passées : em-
1. Elles ont acheté des magazines et les ont lus, sitôt ployé avec avoir ; s’accorde avec le COD qu’ mis pour
arrivées. (➝ acheté : participe passé employé avec années, placé avant le verbe / rendues : employé avec
avoir ; ne s’accorde ni avec le sujet ni avec le COD être ; s’accorde avec le sujet Les dernières années)
placé après le verbe / lus : employé avec avoir ; s’ac- 8. Je suis sûre qu’ils ne m’ont pas attendue. (➝ at-
corde avec le COD magazines placé avant le verbe / tendue : employé avec avoir ; s’accorde avec le COD m’
arrivées : employé sans auxiliaire, épithète détachée, féminin singulier, placé avant le verbe)
s’accorde avec Elles)
2 Recopiez ces phrases en accordant, quand il le
2. Que de fautes tu as laissées dans ta dictée ! Tu l’as
mal relue. (➝ laissées : employé avec avoir ; s’accorde faut, les participes passés entre parenthèses.
avec le COD Que de fautes placé avant le verbe / relue : Lorsqu’ils s’accordent avec un COD, relevez
employé avec avoir ; s’accorde avec le COD l’ mis pour celui-ci.
dictée, placé avant le verbe) 1. Ils ont invité à dîner les amis qu’ils avaient rencon-
3. Ces roses épanouies sont magnifiques, je n’en trés (➝ qu’ = les amis) le matin.
ai jamais trouvé d’aussi parfumées. (➝ épanouies : 2. Comme elle s’est coupé les cheveux, nous ne
employé sans auxiliaire, épithète liée, s’accorde avec l’avons pas reconnue (➝ l’ = elle).
roses / trouvé : reste invariable car le COD placé avant 3. Quelle chambre nous ont-ils réservée (➝ Quelle
le verbe est le pronom personnel en / parfumées : chambre) ? L’as-tu vue (➝ l’ = Quelle chambre) ?
employé sans auxiliaire, épithète liée, s’accorde avec 4. Elle leur a confié qu’elle était très déçue.
roses sous-entendu = je n’ai jamais trouvé de roses 5. Les renseignements qu’il avait notés (➝ qu’ = les
aussi parfumées) renseignements) sont égarés.
4. La tâche est plus aisée que je ne l’avais pensé. 6. Elle marque sur un carnet les livres qu’elle a lus
(➝ pensé : employé avec avoir ; s’accorde avec le COD (➝ qu’ = les livres) et indique s’ils l’ont intéressée
l’ mis pour la tâche est plus aisée, placé avant le verbe ; (➝ l’ = Elle).
le pronom personnel l’ remplaçant toute une pro- 7. La chienne qu’il a adoptée (➝ qu’ = la chienne)
position, il est considéré comme « neutre » et pensé s’est encore sauvée.
reste invariable) 8. Les voisins ont réclamé leur échelle. La leur as-tu
5. Après avoir beaucoup hésité, devine quelle cou- rendue (➝ La = l’échelle) ?
leur ils ont choisie pour leur moquette ? (➝ hésité : 9. Au jour de l’an, nous nous sommes offert (ne s’ac-
employé avec avoir, sans COD, reste invariable / choi- corde pas parce que le COD est placé après) de petits
sie : employé avec avoir ; s’accorde avec le COD quelle cadeaux empaquetés, nous les avons défaits (➝ les =
couleur placé avant le verbe) de petits cadeaux) avec des cris de joie et nous nous
6. Épuisés par la chaleur, ils ont enfin atteint l’oasis. sommes embrassés.
(➝ Épuisés : employé sans auxiliaire, épithète déta-
chée, s’accorde avec ils / atteint : employé avec avoir ; 3 Recopiez ces phrases en mettant les verbes
ne s’accorde ni avec le sujet ni avec le COD placé entre parenthèses au mode et au temps
après le verbe) indiqués.
324
34 ➜ L’accord du participe passé
1. Ils ont rendu à Thomas la somme qui lui était due. retournés : verbe pronominal ; s’accorde avec le pro-
2. Elle ne s’était pas rendu compte que l’heure de son nom personnel réfléchi COD se)
rendez-vous était passée. 2. Les deux élèves s’étaient passé les réponses, mais
3. Mes clés ont disparu. Les auriez-vous trouvées ? les réponses qu’ils s’étaient communiquées étaient
4. Quelles histoires as-tu racontées aux enfants ? Ils fausses, ils ont donc été punis et ont eu un zéro.
se sont tous endormis. (➝ passé : verbe pronominal ; est invariable car le
5. Après s’être rencontrés, ils ne se sont plus quittés. COD les réponses est placé après le verbe / commu-
6. Bien qu’ils l’aient déjà vue plusieurs fois, ils ne se niquées : verbe pronominal ; s’accorde avec le COD
qu’ mis pour réponses, placé avant le verbe / punis :
lassent pas de cette pièce de théâtre.
employé avec être, s’accorde avec le sujet ils / eu :
4 a. Indiquez si les verbes sont des verbes pro- employé avec avoir ; ne s’accorde ni avec le sujet ni
nominaux de sens réfléchi, réciproque, passif ou avec le COD placé après le verbe)
3. Nous nous étions installés pour observer des cha-
s’ils sont seulement pronominaux.
mois, mais nous n’en avons pas vu. (➝ installés : verbe
b. Réécrivez ces phrases au passé composé. pronominal ; s’accorde avec le pronom personnel
1. Elle s’est levée (réfléchi) de bonne heure et s’est réfléchi COD nous / vu : reste invariable car le COD
préparée (réfléchi) rapidement. placé avant le verbe est le pronom personnel en)
2. Ils se sont téléphoné (réciproque) et se sont com- 4. Comme j’étais fatiguée, je me suis fait raccompa-
muniqué (réciproque) la nouvelle. gner. (➝ fait : le participe passé fait suivi d’un infinitif
3. Vous vous êtes baignés (réfléchi) dans de l’eau est invariable)
glacée. 5. Elles étaient affamées et se sont acheté des gâ-
4. La tourterelle s’est envolée (essentiellement pro- teaux qu’elles ont aussitôt dégustés. (➝ affamées :
nominal) et s’est posée (réfléchi) sur le toit. employé avec être ; s’accorde avec le sujet Elles /
5. Ces articles démodés ne se sont plus vendus (sens acheté : verbe pronominal ; est invariable car le COD
passif). des gâteaux est placé après le verbe / dégustés : em-
6. Ils se sont partagé (réciproque) les tâches et se ployé avec avoir ; s’accorde avec le COD qu’ mis pour
des gâteaux, placé avant le verbe)
sont mis (réfléchi) au travail.
6. Les deux amis se sont disputés, se sont lancé des
7. Une autoroute s’est construite (sens passif) près de
injures, puis se sont réconciliés. (➝ disputés : verbe
chez eux.
toujours pronominal ; s’accorde avec le sujet Les deux
5 Indiquez si les pronoms personnels réfléchis amis / lancé : verbe pronominal ; est invariable car le
COD des injures est placé après le verbe / réconciliés :
sont COD, COI ou COS. Faites les accords
verbe pronominal ; s’accorde avec le pronom person-
nécessaires.
nel réfléchi COD se)
1. Les éléphants se (COD) sont baignés dans la rivière.
2. Ils se (COS) sont communiqué des renseignements. 7 Réécrivez ce texte en mettant les verbes au
3. Nous nous (COI) sommes écrit pendant des mois. passé composé et en remplaçant « je » par « elle ».
4. Elles se (COD) sont faites belles pour aller danser. Elle a traversé d’abord la cuisine, puis deux petites
5. Elle s’ (COS) est octroyé quelques jours de repos. pièces que cet homme habitait avec sa femme. Elle a
6. Vous êtez-vous (COI) téléphoné ? franchi ensuite un grand vestibule, elle a monté l’es-
7. À la fin des vacances, les nouveaux amis se (COS) calier et elle a reconnu la porte indiquée par son ami.
sont donné leurs adresses. Elle l’a ouverte sans peine et elle est entrée.
8. Marie s’ (COD) est égratignée, en taillant son rosier. L’appartement était tellement sombre qu’elle n’y
a rien distingué d’abord. Elle s’est arrêtée, saisie par
6 Accordez si c’est nécessaire les participes pas- cette odeur moisie et fade des pièces inhabitées et
sés. Justifiez vos choix. condamnées, des chambres mortes. Puis, peu à peu,
1. Étonnés par ton accoutrement, tous les passants ses yeux se sont habitués à l’obscurité, et elle a vu
se sont retournés. (➝ Étonnés : employé sans auxi- assez nettement une grande pièce en désordre […].
liaire, épithète détachée, s’accorde avec passants / Elle est allée d’abord à la fenêtre et elle l’a ouverte.
325
2e partie ➜ Les outils de la langue
1 Complétez ces phrases avec ces, ses, c’est ou 3. Après leur avoir révélé qui ils étaient, ils leur ont
s’est. demandé de n’en rien dire à leurs proches.
1. C’est hier que s’est ouvert le festival du film 4. Ils ont appris à leurs dépens que leurs voisins
fantastique. étaient des escrocs, ce qui leur a causé une grande
2. Cet auteur ne veut pas décevoir ses nombreux contrariété.
lecteurs qui adorent ses romans policiers. 5. Leurs nouveaux horaires de travail leur
3. C’est certain, ces champignons sont comestibles. conviennent-ils ?
C’est notre pharmacien qui nous l’a confirmé.
4. Laure s’est aperçue que ses voisins avaient adopté 4 Complétez ces phrases avec la, l’a ou là.
un de ses chats. C’est inouï ! 1. La poésie était difficile mais il l’a apprise par cœur
5. Voyez ces poteries, c’est mon petit frère qui les a et il peut la réciter sans faute.
faites. Il s’est débrouillé tout seul avec ses pains de 2. Il la vit et la reconnut aussitôt.
pâte à modeler. Créer ses propres objets, c’est ce qu’il 3. Il l’a vue et l’a reconnue aussitôt.
adore. 4. Ne cherche pas la théière. Elle était là, et Pierre l’a
6. Elle s’est promenée dans ces quartiers où elle a cassée, mais il va la recoller, du moins il l’a dit.
passé ses jeunes années. C’est avec émotion qu’elle a 5. La nouvelle de ton arrivée l’a surpris et l’a réjoui.
fait revivre ses souvenirs d’enfance. 6. Quand elle eut fini de lire la lettre, elle la plia et la
mit là.
2 Complétez les phrases a. avec peu ou peut ; les
phrases b. avec peut-être ou peut être.
5 Complétez ces phrases avec quand, quant ou
a. 1. Il peut manger un peu avant la compétition.
2. Marie parle peu, cela peut expliquer qu’elle ait peu qu’en. Lorsque quand est une conjonction de su-
d’amis. bordination, soulignez-le en bleu, lorsqu’il est un
3. Peu importe d’où il vient, ce qui compte c’est ce adverbe interrogatif, soulignez-le en noir.
qu’il peut faire. (Quand conjonction de subordination est souligné ;
4. Peu ont terminé leur travail à temps, cela peut quand adverbe interrogatif est en italique.)
compromettre leur chance de succès. 1. Savez-vous quand ouvrira ce magasin ? On dit
5. Qui peut le plus peut le moins. qu’il n’ouvrira qu’en avril.
2. Quand le professeur rend les copies, Alice est tou-
b. 1. Peut-être ferions-nous bien de rentrer avant la
jours confiante, quant à moi, je n’en mène pas large.
pluie.
3. Si tu ne circules qu’en voiture, même quand tu n’as
2. Cet animal peut être un écureuil, ou peut-être
qu’un petit trajet, tu vas prendre du poids.
est-ce une belette.
4. Quand on a demandé à Romain quand il comptait
3. Tu voudrais peut-être aller au cinéma ?
rendre son travail, il a paru embarrassé. Quant à
4. Ton niveau en anglais peut être encore amélioré.
Clara, elle a promis qu’elle le remettrait bientôt.
Peut-être devrais-tu faire un séjour linguistique.
5. Rien qu’en écoutant cette musique, j’ai envie de
3 Complétez ces phrases avec leur ou leurs. S’il danser.
s’agit de pronoms personnels, soulignez-les en
bleu, de déterminants possessifs, soulignez-les 6 Complétez ces phrases avec sans ou s’en.
en noir. 1. Sans barbe et sans moustache on ne le reconnaît
(Leur pronom personnel est souligné ; leur(s) détermi- plus.
nant possessif est en gras.) 2. Sans s’en rendre compte, il avait pénétré dans un
1. Leurs enfants leur donnent bien du souci, ils leur lieu interdit au public.
consacrent beaucoup de temps, mais ils ne sont pas 3. On s’en souviendra longtemps : nous avons dû
récompensés de leurs efforts. marcher toute la journée sans manger et sans boire.
2. Leurs amis leur ont raconté leurs aventures surve- 4. Elle partait en voyage sans son passeport, mais
nues pendant leurs vacances. elle s’en est rendu compte à temps.
326
36 ➜ Pour identifier les figures de style
7 Complétez ces phrases avec ces, peu, leur, la, 8 Justifiez l’orthographe des mots soulignés et
quand ou sans, ou bien avec l’un de leurs indiquez grâce à quels procédés de substitution
homonymes. on peut les identifier.
1. C’est fini, leur merveilleux voyage s’est terminé. Ils 1. Quand (lorsque) tu auras classé ces (ces pho-
ignorent quand ils pourront refaire leurs bagages et tos-ci, cette photo) photos, qu’en (que feras-tu d’elles)
repartir. feras-tu ?
2. Un jour Sophie a trouvé un fossile. Sans tarder, elle 2. C’est (c’était) en faisant du ski, qu’il s’est (se faire,
l’a pris et l’a mis dans une de ses poches. Elle s’est je me suis fait) fait une entorse qui l’a (l’avait) fait
hâtée de le montrer à un spécialiste. beaucoup souffrir. La (les prochaines fois) prochaine
3. Marc reçut une carte d’un de ses camarades. Il la fois, il sera peut-être (sans doute) plus prudent.
lut puis la mit dans sa poche. 3. Ce n’est pas sans (préposition + nom, ≠ avec)
4. Quand certains rencontrent une difficulté, ils regret qu’il a quitté la (les régions) région qui l’a
contactent leurs amis et leur exposent leurs pro- (l’avait) vu naître, cela peut être (pouvait être) com-
blèmes. Quant à elle, elle n’a recours aux autres pris aisément.
qu’en dernière extrémité. 4. Leurs (+ nom, ses enfants) enfants leur (+ verbe,
5. Ces tableaux sont des faux. La signature, là, à lui ont fait) ont fait une surprise pour leur (+ nom,
droite, est grossièrement imitée. son anniversaire) anniversaire. Quant (+ à, en ce qui
6. Sans s’en douter, elle a commis une maladresse. concerne leurs amis) à leurs amis, ils étaient tous là
7. On peut regretter que peu d’élèves aient suivi ce (ici). C’est (cela est, c’était) certain, chacun s’en (se
stage. souviendra de cela) souviendra.
1 Relevez ce qui constitue des personnifica- 2. L’astre de la nuit apparut dans le ciel. (périphrase)
tions et des métaphores. 3. Les fleurs qui recouvraient les amandiers ressem-
1. Déjà la nuit en son parc amassait blaient à une neige parfumée. (comparaison)
Un grand troupeau d’étoiles vagabondes. 4. La mer frappait la falaise en hurlant.
(Personnification de la nuit présentée comme un ber- (personnification)
ger. Métaphore : Un grand troupeau d’étoiles vaga- 3 Relevez les mots qui constituent une métony-
bondes. Rappelons que lorsqu’une chose est assimilée mie. Réécrivez les phrases en faisant disparaître
à un animal, il n’est pas question de personnification.)
les métonymies.
2. Je posai mes sandales dans mes pas de l’an-
1. Après la mort du roi, le trône ira à son fils aîné.
née dernière et le paysage me reconnaissait.
/ Après la mort du roi, le pouvoir royal ira à son fils
(Personnifi-cation.)
aîné.
3. La terre avait sur le dos un manteau épais de cinq
2. Tout l’immeuble a appris ce qui était arrivé à cette
pieds. (Personnification, mais il s’agit également d’une
famille. / Tous les habitants de l’immeuble ont appris
métaphore.)
ce qui était arrivé à cette famille.
4. L’aurore grelottante en robe rose et verte
3. Dans une galerie d’art sont exposés des ivoires et
S’avançait lentement sur la Seine déserte
des bois peints. / Dans une galerie d’art sont exposés
Et le sombre Paris, en se frottant les yeux,
des objets en ivoire et en bois peint.
Empoignait ses outils, vieillard laborieux.
4. Notre classe a organisé une vente de gâteaux
(L’aurore et Paris sont personnifiés.)
pour financer un voyage. / Les élèves de notre classe
ont organisé une vente de gâteaux pour financer un
2 Relevez une comparaison, une métaphore, voyage.
une personnification, une périphrase. 5. Avec ce plat, je vous recommande un bourgogne.
1. Sur ces tableaux, c’est une explosion de couleurs. / Avec ce mets, je vous recommande un vin de
(métaphore) Bourgogne.
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2e partie ➜ Les outils de la langue
4 Dans un musée, cinq personnes commentent 7 Réécrivez ces phrases en leur donnant du re-
le portrait d’une femme aux formes rebondies. lief, grâce aux figures de style indiquées.
Laquelle utilise une comparaison ? une méta- 1. Un arbre se dresse devant nous, semblable à un
phore ? un euphémisme ? une litote ? une bon géant vert. (comparaison)
hyperbole ? 2. Un merle sautille dans la neige comme une bille
– On ne peut pas dire que cette femme soit mince. noire rebondissant sur un tapis blanc. (comparaison)
3. Ce paysage est splendide. (hyperbole)
(litote)
4. Il adore écouter des opéras. (hyperbole)
– Vous voulez dire qu’elle est énorme ! (hyperbole)
5. Tu as battu un record de vitesse : tu as réussi à
– Je ne suis pas de votre avis, elle est simplement un
ranger un tiroir en deux heures ! (antiphrase)
peu enveloppée. (euphémisme)
6. Elle a fait des achats : trois livres, une savonnette,
– Moi, je dirais qu’elle est épanouie comme un fruit un cadeau pour sa mère, une peluche pour sa nièce,
mûr. (comparaison) un moule à gâteau, des chaussures et quelques
– Et moi, qu’elle a les formes opulentes d’une Vénus disques. (accumulation)
antique. (métaphore)
8 a. Relevez une antithèse, une comparaison,
5 Indiquez si ces phrases contiennent une litote une accumulation, une personnification et, au
moins, une métaphore.
ou un euphémisme. Réécrivez-les en faisant dis-
– Antithèse : La mer sans fin commence où la terre
paraître la figure de style. finit.
1. Litote ➝ Dans ce magasin les articles sont chers. – Comparaison : comme du fond d’un abîme.
2. Euphémisme ➝ L’hiver a été rude pour les nom- – Accumulation : des traînes, des landes, des ravins.
breux pauvres de la région qui dorment dans la rue. – Personnification : le soleil mourant […] ferme les
(Le terme « clochard » est tombé en désuétude, en branches d’or de son rouge éventail.
raison de sa connotation péjorative.) – Métaphores : parure du granit • le couchant allume
3. Litote ➝ J’ai une mauvaise nouvelle à vous • le nid se tait • l’Angélus du soir à la vaste rumeur de
annoncer. l’Océan s’unit • L’horizon tout entier s’enveloppe dans
4. Litote ➝ Elle préfère rentrer, elle se sent mal. l’ombre.
5. Euphémisme ➝ Ma grand-mère commence à b. Pourquoi les mots soulignés sont-ils des
vieillir. métonymies ?
6. Euphémisme ➝ Ce cinéma est accessible aux per- – Le couchant : le soleil couchant est désigné par une
sonnes handicapées. de ses caractéristiques.
– Le chaume ; le toit de chaume est désigné par son
6 Identifiez la figure de style contenue dans matériau.
chaque phrase : accumulation, antithèse, al- Une autre métonymie figure dans le poème : le
nid, mis pour les oiseaux dans leur nid.
liance de mots, antiphrase, hyperbole.
1. Bravo ! Tu es le plus fort ! Tu as tout cassé !
(anti-phrase) Écrivez
2. Ce roman est un monument de stupidité. 9 Après avoir lu le poème précédent sur le soleil
(hyperbole) couchant, écrivez à votre tour un poème en vers
3. Tandis que, dans certains pays, on souffre de la ca- libres sur le soleil levant. Utilisez des figures de
nicule, dans d’autres on grelotte de froid. (antithèse) style variées.
4. Les renards, les lapins, les biches, les oiseaux, tout • Après correction, et avec les conseils du professeur,
ce qui portait une fourrure ou un plumage, tous sera composé un poème collectif à partir des travaux
fuyaient l’incendie. (accumulation) des élèves.
5. Tu la trouves laide, mais c’est une agréable laideur. Ce poème sera ensuite étudié du point de vue des
(alliance de mots) figures de style.
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37 ➜ Pour étudier une image
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2e partie ➜ Les outils de la langue
– à l’extrême droite et à l’extrême gauche, derrière création artistique. Le plaisir éprouvé à « savourer »
une bande de gazon bien vert, un foisonnement de une œuvre d’art ne peut être remplacé par la lecture
fleurs de tailles, de formes et de couleurs variées ; de sa description.
– au centre, sur la terrasse couverte de graviers
blancs, rendus très lumineux par le soleil, sont dis-
posés quatre sièges en rotin dont deux sont occupés, 2 Planche de botanique : Rosa pendulina.
l’un par une femme vêtue de blanc, s’abritant der- w Une planche de botanique était à l’origine une gravure
rière une ombrelle et tournant le dos à l’observateur, réalisée sur une « planche » en bois ou en métal. Les
l’autre par un homme, vu légèrement de profil. planches de botanique ont un rôle de vulgarisation scien-
Devant eux un massif circulaire engazonné, dont le tifique en offrant une représentation très précise d’un
centre est occupé par des fleurs rouges et blanches. végétal, de ses différents aspects, de ses composants et,
Au-delà, près de la balustrade formée d’un treillis de parfois, de son évolution dans le temps. Elles sont souvent
bois brun, en partie dissimulée par une petite haie de accompagnées, comme ici, de lettres ou de numéros qui
végétaux, se tient un couple, vêtu comme les deux correspondent à des légendes explicatives.
autres personnages, à la mode de l’époque (larges et La Rosa pendulina (= la rose pendante) est le nom
longues robes claires, ombrelles, pour les femmes ; savant, le nom latin, d’un arbuste dont les noms vulgaires
canotier, haut-de-forme, cannes…, pour les hommes). sont : Rosier des Alpes, Églantier des Alpes, Églantier à
• La mer : fruits pendants.
L’eau est d’un bleu teinté de vert, avec des reflets plus a. Qu’est-ce que cette image cherche à faire
clairs de la nuance du ciel. Au premier plan, juste à comprendre ?
gauche de la jeune femme, on voit une barque de Cette planche montre une rosa pendulina à son
petite taille, mais pourvue d’une grande voile gris- plein épanouissement, mais elle permet aussi de
vert et de deux autres plus petites. Tout l’horizon est comprendre quels sont les différents stades de son
occupé par une flottille de bateaux à voiles, du plus développement, de la fleur au fruit.
petit au plus grand, et par de gros bateaux à vapeur.
b. La représentation des éléments qui la com-
• Le ciel : posent est-elle vague ou précise ? Pourquoi ?
Juste au-dessus de la mer, l’horizon est encombré Cette représentation est précise et même minu-
de gros nuages blancs, sur lesquels se dessinent les tieuse, car il s’agit d’une étude botanique, donc
panaches de fumée des bateaux. En altitude, le ciel
scientifique. Grâce à cette planche, il doit être pos-
est d’un bleu pur, celui des journées ensoleillées,
sible de reconnaître, dans la nature, une rosa pendu-
avec un peu de vent. Cependant, ce bleu est animé
lina, à n’importe quel stade de son développement.
par les deux drapeaux dont les couleurs réunissent
celles qui ont été utilisées par le peintre sur sa toile : c. Dans quel ordre doit-on la lire ?
le rouge et le jaune des fleurs, le bleu de la mer et Il faut observer les éléments de l’image, dans l’ordre
du ciel, le blanc de la terrasse et des nuages. Ces alphabétique des lettres attribuées à chaque repré-
drapeaux flottent dans le vent, en haut de deux mâts sentation. Cet ordre correspond à un ordre chrono-
fixés sur la terrasse. logique, celui qui va de la fleur épanouie (a) au fruit
(d et e), en passant par le détail de la dentelure
– Comparons l’image avec le texte qui vient d’être
des feuilles et de la disposition des nervures (b).
écrit à son sujet :
Cependant il serait plus logique de passer du c au e
Pour rendre compte, partiellement, de ce tableau,
(le fruit pas encore mûr), puis au d (le fruit mûr).
un long texte a été nécessaire. Les informations se
succèdent, sans pouvoir se superposer. Si l’on voulait d. Indiquez la ou les fonction(s) (narrative, des-
essayer de reproduire en image la scène d’après le criptive, explicative, argumentative) de chacune
texte, il faudrait reprendre patiemment ce qui a été de ces images.
écrit et interpréter les descriptions. Le résultat serait Le tableau de Monet a une fonction narrative et des-
loin du tableau de Monet. criptive, comme il a été montré plus haut.
L’intérêt du tableau par rapport au texte écrit, La planche de botanique a une fonction descrip-
c’est qu’il nous fait entrer immédiatement dans la tive, puisqu’elle décrit une plante et ses différents
globalité de ce qu’il représente : aussitôt, on voit, éléments. Mais cette description est destinée à faire
on devine, on ressent. Mais on prend plaisir aussi à comprendre quelles sont les particularités physiques
fouiller la toile, à rechercher soi-même les secrets propres à ce rosier, puis les différentes phases de son
de la composition, du choix des couleurs, de la tech- évolution dans le temps. Cette image a donc aussi
nique utilisée, bref à entrer dans les mystères de la une fonction explicative.
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