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Avenir du Charbon : Défis et Perspectives

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Charbon : quelles perspectives

pour « l’ennemi climatique


n°1 » ?
parue le 08 janvier 2016

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En 2013, 46% des émissions mondiales de CO2 dues à la combustion d’énergie sont
imputables au charbon. (©photo)
L’impact environnemental du charbon a été dénoncé à de nombreuses
reprises durant la COP21 qui s’est tenue en décembre 2015 à Paris. La
consommation mondiale de cette énergie a toutefois augmenté de plus de
24% entre 2005 et 2014 et l’AIE prévoit qu’elle continuera à croître
légèrement d’ici à 2040. Au-delà des déclarations d'intentions, quel est
l’avenir du charbon ?

Le charbon aujourd’hui dans le monde


Le charbon est la deuxième source d’énergie dans le monde après le
pétrole : elle compte pour près de 28,9% de la production mondiale
d’énergie primaire selon les dernières statistiques de l’AIE portant sur
2013. Le charbon génère en particulier 41% de l’électricité mondiale, ce
qui en fait la principale source électrique.
Mix énergétique mondial en 2013 (©Connaissance des Énergies)

La Chine absorbe à elle seule près de la moitié de la production et de la


consommation mondiale de charbon(1). Depuis 2000, près de 80% de la
hausse de la demande de charbon dans le monde provient de ce pays.
Pour la première fois au XXIe siècle, la consommation chinoise de charbon
a toutefois baissé en 2014 (- 2,9%) et cette tendance serait plus
prononcée en 2015 d’après l’AIE.

Avec la transition économique de la Chine intégrant davantage le secteur


des services, la hausse de la demande nationale d’électricité (+ 3,8% en
2014) n’est plus aussi corrélée à la croissance du pays (+ 7,4% en 2014)
que dans le passé. Confrontée à d’importants problèmes de pollution
atmosphérique dont il a été largement question le mois dernier et à un
ralentissement économique de ses industries fortement consommatrices
de charbon (acier, ciment), la Chine a annoncé qu’elle comptait fermer
près d’un millier de mines de charbon en 2016, un niveau similaire à 2015.
Le charbon devrait toutefois encore compter pour près de 62,6% du mix
énergétique chinois en 2016(2).

Une consommation encore en hausse portée par l’Inde


Malgré la fin de « l’âge d’or » du charbon en Chine, la demande mondiale
devrait selon l'AIE encore augmenter de 0,8% par an en moyenne d'ici à
2020. Elle sera tirée par les pays d’Asie du Sud-Est (Indonésie, Malaisie,
Vietnam, Philippines, etc.) et surtout par l’Inde dont devrait provenir la
moitié des nouvelles consommations de charbon. Cette énergie est
identifiée par le gouvernement indien comme l’option la plus économique
pour donner accès à l’électricité aux 240 millions de personnes qui en sont
encore privées dans le pays et pour développer son industrie
manufacturière. L’AIE note toutefois que les industries lourdes intensives
en charbon jouent un rôle moins important en Inde et en Asie du Sud-Est
qu’en Chine.

La demande de charbon devrait chuter dans les pays développés, en


particulier aux États-Unis (2e consommateur mondial) et, dans une
moindre mesure, en Europe. Rappelons que l’Australie est et restera dans
les prochaines années le principal exportateur de charbon dans le monde.

Évolution de la consommation de charbon par zone


géographique (©Connaissance des Énergies d'après AIE)

Compte tenu de la hausse de la production globale d’électricité d’ici à


2020, l’AIE estime que la part du charbon diminuera dans le mix électrique
mondial, à hauteur de 37% à cet horizon.

Rappelons par ailleurs que les réserves prouvées de charbon atteignent


plus de 891 milliards de tonnes dans le monde à fin 2014 selon BP, ce qui
équivaut à environ 110 ans de production mondiale au rythme actuel (le
ratio est de 52 ans et demi pour le pétrole et de 54 ans pour le gaz en
l'état des réserves prouvées).

Des prix du charbon toujours bas…comme ceux du gaz


Avec le développement du gaz de schiste aux États-Unis, d’importants
volumes de charbon sont arrivés sur le marché et ont contribué à faire
baisser les cours. La demande de charbon en baisse en Chine a également
provoqué une situation de surcapacité dans ce pays. Les faibles cours du
pétrole ont enfin un impact sur les prix du charbon puisque l’exploitation
minière consomme elle-même des produits pétroliers. L’AIE ne prévoit pas
de remontée des cours du charbon d’ici à 2020.

Évolution des prix du charbon (©Connaissance des Énergies d'après AIE)

Notons toutefois que les centrales à charbon subissent la concurrence des


centrales à gaz, ces dernières ayant également vu le coût de leur
combustible baisser. Le gaz grignote ainsi la part du charbon dans certains
pays comme le Royaume-Uni.

Les exigences accrues en matière d’émissions de gaz à effet de serre


(couplées à la mise en place de bourses ou de taxes carbone) et
l’accélération des annonces de désinvestissements assombrissent par
ailleurs les perspectives des centrales à charbon. L’émergence
de systèmes de capture et le stockage du CO2 n’est certes plus une
solution théorique selon l’AIE (plusieurs projets commerciaux existent déjà
en Amérique du Nord, en Australie et en Chine) mais leur déploiement à
grande échelle nécessiterait des politiques fortes alors que les priorités de
nombreux pays semblent porter sur d’autres énergies.

A plus long terme, la croissance de la demande mondiale de charbon


devrait ainsi se ralentir selon le scénario de référence de l'AIE (+ 0,4% par
an d’ici à 2040 contre + 2,4% lors des deux dernières décennies).
L’Agence envisage que le charbon tant décrié demeure la principale
source d’électricité en 2040 en générant encore près de 30% de
l’électricité mondiale à cet horizon(3) même si la Conférence Climat de
Paris a renforcé les incertitudes quant à la future demande.

Pour rappel, le respect de l’objectif de la COP21 (réchauffement climatique


limité à 2°C d’ici à 2100 par rapport aux températures
préindustrielles) implique de limiter les émissions mondiales de gaz à effet
de serre à environ 1 000 milliards de tonnes d’équivalent CO 2, soit
l’équivalent d’environ 20 ans d’émissions mondiales au rythme actuel.
Sources / Notes

1. 46,9% de la production et 50,6% de la consommation dans le monde en 2014 selon


les données du BP Statistical Review of World Energy (juin 2015).
2. Contre près de 66% en 2013 (en consommation d'énergie primaire).
3. En additionnant la production des différentes énergies renouvelables, celles-ci
devraient toutefois produire davantage d’électricité que le charbon dès le début des
années 2030.

La Chine, l'Inde et les États-Unis ont compté à eux trois pour plus de 70% de la
consommation mondiale de charbon en 2019. (©Peabody)

La Chine a compté pour 51,7% de la consommation mondiale de charbon


en 2019 selon le BP Statistical Review of World Energy(1).

Les autres principaux pays consommateurs de charbon sont :

 l’Inde (11,8% de la consommation mondiale en 2019) ;


 les États-Unis (7,2%) dont la consommation de charbon a été divisée par
deux depuis 2007 ;
 le Japon (3,1%) ;
 l’Afrique du Sud (2,4%) ;
 la Russie (2,3%) ;
 la Corée du Sud (2,2%) ;
 l'Indonésie (2,2%) ;
 l'Allemagne (1,5%)
 le Vietnam (1,3%).

Rapporté à la population, ce classement évolue (2) : la consommation


chinoise par habitant de charbon est approximativement 20% moins
élevée que celle de l'Australie 40% moins élevée que celle
du Kazakhstan (mais 2 fois plus importante que celle de l'Allemagne et 14
fois plus que celle de la France).

À l’échelle mondiale, la consommation de charbon a légèrement reculé en


2019 (- 0,6%) mais a augmenté de 60% depuis 2000(3). La répartition
relativement équilibrée des réserves de charbon dans le monde (évaluées
à 132 ans de production au rythme actuel) et les prix bas de ce
combustible encouragent, malgré son impact environnemental, le recours
à cette énergie dans certaines régions du monde, notamment en Asie du
Sud-Est.
Rappelons qu’il existe différents types de charbon dont le pouvoir
calorifique et l’usage varient : le lignite est par exemple principalement
utilisé dans les centrales électriques tandis que l’anthracite de meilleure
qualité est majoritairement destiné au chauffage domestique.

Le charbon fournit 38,3%(2) de l’électricité mondiale et occupe une place


prépondérante dans le bouquet énergétique de certains États :

 aux États-Unis, environ 40% de l’électricité est encore produite à partir


du charbon ;
 en Chine, plus de 350 centrales à charbon sont en projet. La
consommation de charbon y a plus que doublé au cours des dix dernières
années(3).

Le charbon présente différents atouts qui expliquent sa place dans le


bouquet énergétique mondial :

 ses réserves sont estimées à 112 années de production au rythme actuel (4) ;
 sa répartition équilibrée sur le globe favorise l’indépendance énergétique
et la diminution des coûts de transport ;
 son prix est historiquement plus bas et plus stable que celui des autres
ressources fossiles ;
 il renferme du gaz appelé « grisou » (aussi appelé coalbed methane en
anglais) dont l’exploitation est en pleine expansion en particulier aux
États-Unis(5).

En revanche, dans un contexte mondial de lutte contre les émissions de


gaz à effet de serre, le charbon présente l’inconvénient d’être le
combustible fossile le plus émetteur de CO2. L’avenir du charbon est donc
lié à l’évolution de techniques permettant de d’améliorer l’efficacité
énergétique des centrales et d’en capter le CO2. Mais les avantages
économiques pousseront les pays disposant de réserves importantes à les
exploiter pour assurer leur développement (Chine, Inde, Indonésie, etc.).

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