La Nature de la Philosophie
I. Les différents caractères de la philosophie
1. Le caractère encyclopédique
Le caractère encyclopédique de la philosophie fait référence à sa capacité à englober et à relier
une multitude de savoirs dans une vision unifiée du monde. Ce caractère est souvent associé à
l’idée que la philosophie est à la fois une discipline et un système de connaissance totalisant.
Elle s’efforce de comprendre l’univers dans sa globalité, en unissant des domaines aussi divers
que les sciences, les arts, la politique, et la morale.
1-1. Aristote de Stagire
Chez Aristote, le caractère encyclopédique se rattache à sa conception même de la philosophie
comme étant une science universelle, la science des principes et des causes. Aristote s'inspire
de son maître Platon, qui avait affirmé que la philosophie naît de l'étonnement, et développe une
vision systématique du savoir. La philosophie, selon lui, est une science totale qui explore toutes
les facettes de l'existence humaine, de la métaphysique à la politique. Pour Aristote, la
philosophie est un savoir de l'universel, qui englobe toutes les autres sciences et permet de relier
les différentes branches du savoir. Il soutient que la philosophie est "la totalité du savoir dans la
mesure du possible", ce qui reflète son ambition de couvrir l’ensemble des domaines du savoir
humain.
1-2. René Descartes
René Descartes, tout comme Aristote, accorde une place centrale à l'idée d'une science
universelle. Cependant, il développe cette idée sous l'angle des mathématiques, qu’il considère
comme la forme la plus pure de la connaissance. Pour lui, la philosophie doit être fondée sur une
mathesis universalis, c’est-à-dire une approche mathématique du monde qui puisse s'appliquer à
tous les domaines de la connaissance. Dans cette vision, chaque branche de la philosophie joue
un rôle utile et pratique. Par exemple, la mécanique permet à l’homme d'agir sur la nature, la
médecine offre les moyens de préserver la santé, et la morale devient la branche la plus élevée
de la philosophie, l’art de vivre bien. Ainsi, pour Descartes, la philosophie ne se limite pas à la
spéculation mais est une science pratique qui contribue activement à l’amélioration de la
condition humaine.
2. Le caractère spéculatif
Le caractère spéculatif de la philosophie fait référence à sa dimension réflexive, où la pensée
cherche à comprendre non seulement les choses du monde, mais aussi les principes qui sous-
tendent ces choses. Philosopher, dans ce sens, est avant tout une manière de penser
profondément, d’interroger les fondements de la réalité, et de remettre en cause les idées reçues.
2-1. Aristote
Chez Aristote, l’étonnement est le point de départ de la réflexion philosophique. Il affirme que
"la philosophie est fille de l’étonnement", ce qui signifie que la quête philosophique naît du
doute et de la curiosité face au monde. Cette attitude, selon lui, est le moteur de la connaissance,
car elle nous pousse à chercher les essences des choses. Pour Aristote, la philosophie ne consiste
pas seulement à accumuler des savoirs, mais à questionner, à réfléchir sur la nature des choses,
à chercher les causes premières. La spéculation est donc une activité personnelle, qui engage le
philosophe dans une réflexion libre et critique sur le monde, un travail qui permet de se libérer
de l'ignorance.
2-2. Friedrich Hegel
Pour Friedrich Hegel, la philosophie est une réflexion seconde, une auto-réflexion qui retrace
le chemin parcouru par la pensée elle-même. La philosophie n’est pas simplement un savoir
théorique, mais un processus de développement de la pensée, visant à atteindre le savoir
absolu. Selon Hegel, la philosophie ne peut être réduite à une simple interprétation du monde ;
elle doit aussi être un moyen de le transformer. Dans cette optique, le philosophe doit s'engager
dans un dialogue avec les idées de son époque, se situant toujours par rapport à son temps et
devenant ainsi ce que Hegel appelle "l’homme des dernières questions". La philosophie se
déploie dans un mouvement dialectique, où chaque réponse apporte de nouvelles questions, et la
réflexion sur ces réponses devient une part essentielle de l’apprentissage philosophique.
3. Le caractère pratique
La philosophie a aussi un caractère pratique, qui se distingue de son aspect théorique et
spéculatif. Elle se rapporte à l’action et à l'expérience concrète, notamment dans le domaine de
la morale, où elle se transforme en sagesse pratique. La philosophie pratique n'est pas seulement
un exercice intellectuel, mais un moyen d'orienter les actions humaines vers le bien-être, la
justice et la vertu.
3-1. René Descartes
Chez René Descartes, la philosophie est pratique dans la mesure où elle doit permettre à
l'homme de maîtriser et de transformer le monde. Par exemple, la mécanique permet de
comprendre les lois de la nature, et ainsi d'exercer un contrôle sur elle. La médecine et la morale
visent à améliorer la vie humaine en offrant des moyens pour conserver la santé et mener une
existence vertueuse. Descartes considère ainsi la philosophie comme une science pratique, qui,
au-delà de la spéculation, s'applique à l'action et à la transformation du monde.
3-2. Karl Marx
Pour Karl Marx, la philosophie prend une dimension résolument pratique dans son engagement
social et politique. Il soutient que la philosophie doit se tourner vers la praxis sociale, c'est-à-dire
l'action concrète destinée à transformer la société. La philosophie n'est pas une activité
intellectuelle déconnectée du monde réel, mais elle doit s'engager dans les luttes sociales pour
l’émancipation et le progrès. Marx considère que le philosophe ne doit pas se contenter
d'interpréter le monde, mais doit participer à sa transformation, notamment en modifiant les
structures économiques et sociales. Ainsi, il affirme : "Les philosophes n'ont fait qu'interpréter
le monde de différentes façons. Il s'agit plutôt de le transformer." Pour Marx, la philosophie doit
donc être un outil d’action, au service du changement social.
II. Problématique de l'apprentissage de la philosophie
1. L'invitation à philosopher
L’invitation à philosopher, selon Emmanuel Kant, relève d’une démarche personnelle, qui
n’est pas imposée par l’extérieur, mais qui émerge de l’individu lui-même. Philosopher, dans
cette perspective, n'est pas simplement acquérir des connaissances, mais un effort intérieur, un
engagement personnel dans une réflexion autonome et critique. Kant souligne que la
philosophie n’est pas une matière scientifique comme les autres, car elle ne repose pas sur des
formules ou des théorèmes démontrables. La philosophie, pour lui, est une activité libre et
critique, un usage de la raison dans lequel chacun doit être actif et réfléchi. Philosopher, c’est
dialoguer avec soi-même, avec ses propres pensées, mais aussi avec celles des autres. En ce sens,
Kant propose que la philosophie soit un acte autonome, qui engage non seulement l'esprit, mais
aussi l'âme et la conscience de l'individu.
2. L'apprentissage de la philosophie
L’apprentissage de la philosophie, selon Hegel, n’est pas un processus immédiat ni une
évidence. La philosophie n’est pas une simple accumulation de savoirs, mais un processus de
réflexion continue qui s’inscrit dans un dialogue avec l’histoire de la pensée. Pour Hegel,
l’apprentissage philosophique est un acte dynamique et collectif, où l'individu s'inscrit dans
une tradition, celle des grands penseurs du passé. Philosopher, selon lui, ne se fait pas dans
l’isolement mais en lisant les philosophes et en dialoguant avec leurs idées. On ne naît pas
philosophe, on le devient par l’étude et l’échange. Les philosophes, en ce sens, sont des
médiateurs entre le passé et le présent, et leur savoir doit être transmis et réfléchi pour être
véritablement compris et mis en pratique. La philosophie est un processus évolutif, qui engage le
lecteur et l’apprenant à une réflexion personnelle, mais aussi à une action collective.
Ainsi, la philosophie, dans ses multiples caractères – encyclopédique, spéculatif, et pratique –
se présente comme une discipline complexe, qui ne se limite pas à l’acquisition de connaissances,
mais implique une véritable transformation de l’individu et du monde. Son apprentissage, loin
d'être un acte passif, est une invitation à une réflexion active et autonome, en dialogue avec les
pensées des autres et au service de l'émancipation de l'humanité.
4o mini