0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
41 vues11 pages

Agroalimentaire

Transféré par

toufikmahnoune15
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd
0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
41 vues11 pages

Agroalimentaire

Transféré par

toufikmahnoune15
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd

MEDIT ND 1/93

LES INDUSTRIES
AGRO-ALIMENTAIRES DANS LES PAYS
DU MAGHREB
ABDELHAMID BENCHARIF(*)

L
es trois pays du Maghreb central cou- 1 Abstract
vrent un territoire dont la superficie
est supérieure à 299 millions d'hec- During the last two decades, the agro-food industry of the three countries of Central Maghreb has
tares, cependant les potentialités agricoles strongly developed_ A high population growth, together with a quick movement towards towns
and higher revenues have created a high demand for processed foods_ At present, the processing
y sont réduites en raison de la configuration industry for farm produce ranges in a good position within the national economy of the three
des reliefs et des contraintes climatiques. countries and within their agro-food economy_
Food consumption is more and more guaranteed by processed products, mostly satisfying the
demand for basic products_ ln fact, the agro-food industry development largely depends on the
rapid evolution of large consumption product processing: cereals, sugar, oils and milk.
Données générales This phenomenon is also explained by the food policies of the countries preferring two
regulation instruments: consumption price aid and basic production imports. The quick
La superficie agricole utile (SAU) ne repré- development of agro-food industries is not without problems. First, agriculture weakness has not
allowed local production to follow the rise in demand; the agro-food industry supplies, in most
sente que 7% environ de la superficie totale . basic products, come from imports. For other products (preserved products, sugar) a sub-
L'Algérie est le pays le plus étendu, près de exploitation of production capacities is remarked. Second, the up-stream constraints concern
80% de la superficie totale, mais les zones either the domestic demand weakness for some products or problems to face on the export
sahariennes occupent plus de 85% du ter- markets. Finally, as for firm management, the main constraints derive from the weak technical
background, the research lack and the Governments' interventionism.
ritoire national , et la part de la SAU y est de
l'ordre de 3% seulement, alors qu'elle avoi-
sine 21 % au Maroc et 30% en Tunisie 1 Résumé
(tableau 1). Au cours des deux dernières décennies, dans les trois pays du Maghreb central, l 'industrie agro-
La mise en valeur de cette superfie utile déjà alimentaire a connu un développement appréciable. Un taux d'accroissement démographique élevé,
limitée se heurte à une série de contraintes, combiné à une urbanisation rapide, ainsi qu'une amélioration des revenus plus ou moins impor-
notamment la rareté des ressources en eau tante selons le pays, ont engendré une forte demande en produits alimentaires transformés. Actuel-
lement l'industrie de transformation des produits agricoles occupe une place importante au sein
et divers phénomènes de dégradation : de l'économie nationale des trois pays et dans leur économie agro-alimentaire.
l'érosion, la désertification, l'urbanisation La consommation alimentaire est assurée de plus en plus par les produits transformés qui contri-
sauvage, etc .. .. Dans des pays qui sont carac- buent pour une large part à la couverture de la demande en produits de base. En effet, l'expansion
térisés par l'aridité et la faiblesse des pluies , du secteur des industries agro-alimentaires s'est'plut6tfondée sur le développement rapide de la
transformation des produits de large consommation: les céréales, le sucre, les huiles et le lait.
l'irrigation est l'une des conditions fonda- Cette évolution s'explique également par les politiques alimentaires menées par les Etats qui ont pri-
mentales pour l'intensification de la produc- vilégié deux instruments de régulation: la subvention des prix à la consommation et les importa-
tion agricole. Or, d'une manière générale, tions des produits de base.
Ce développement rapide des industrie agro-alimentaires a généré un certain nombre de problè-
la part des terres irriguées demeure faible mes. D'abord lafaiblesse de l'agriculture n'a pas permis à la production locale de suivre le rythme
malgré les efforts importants entrepris en de la demande; pour la plupart des produits de base, les industries agro-alimentaire sont de plus
Tunisie et surtout au Maroc. Au Maroc, pays en plus approvisionnées par les importations. Pour les autres produits (conserves, sucre), on note
de tradition hydraulique, les superficies irri- une forte sous-utilisation des capacités de production. Ensuite, les contraintes en aval concernent
soit la faiblesse de la demande interne pour certains produits, soit les difficultés rencontrées sur
guées ont atteint 1,2 millions d'hectares, soit les marchés d'exportation. Et enfin, au niveau de la gestion des entreprises, les principales contraintes
13 % de la SAU. Les ressources en eau de la sont dues à lafaiblesse de l'encadrement technique, à l'absence de recherche, à l'Interventionnisme
Tunisie sont plus limitées, mais les terres irri- des Etats.
guées ont connu un développement ramar-
quable en passant de 65 000 ha au lende-
main de l'indépendance à 275000 ha actuel- D'une manière générale, c'est à partir des
Maroc le taux d 'urbanisation est passé de
lement, soit près de 6% de la SAU. Par con-
29% en 1960 à 43 % en 1991, en Algérie de années 1980 que les trois pays ont abordé
tre, en Algérie , la superficie des terres effec-
30 à 52% et en Tunisie de 36 à 55%, Cette une période caractérisée par des désiquili-
tivement irriguées a dû regresser, elle repré-
évolution a généré des modifications impor- bres macro-économiques importants, cau-
sente à peine 3,3 % de la superficie agricole sés en grande partie par la compression des
tantes dans les conditions de travail de l'agri-
utile . La population totale des trois pays, à recettes d'exportation et l'alourdissement
culture, ainsi que dans les modes de con-
l'année 1991, était de l'ordre de 59,6 mil-
sommation alimentaire (tableau 2). de la dette extérieure. Pour résorber ces
lions avec un taux d'accroissement annuel
L'Algérie dispose d 'un PIB par habitant désiquilibres , le Maroc et la Tunisie ont
moyen d'environ 2,4%. La SAU par habi-
supérieur à ses deux voisins, mais la ten- adopté des programmes d'ajustement struc-
tant est en continuelle régression pour
dance est à la baisse. En effet le PIB de turel, respectivement dès 1983 , et en 1987.
l'ensemble du pays; elle était de l'ordre de C'est également à partir de 1987 que l'Algé-
l'Algérie a connu une chute importante en
0,7 ha, au début des années 1960, elle se
raison de la baisse brutale du prix des rie s'est engagée dans une période de tran-
situe aujourd'hui autour de 0,36 ha en sition vers l'économie de marché caractéri-
hydraucarbures exportées, et de la dévalua-
moyenne, elle est de 0,29 ha en Algérie qui
tion importante du dinar algérien à partir de sée par le retrait progressif de l'Etat et une
présente le taux le plus bas .
l'année 1989: il était de 63,1 milliards de limitation de ces prérogatives dans l'orga-
Cette croissance démographique s'est
dollars en 1987; 50,3 milliards en 1989, et nisation et le fonctionnement de l'écono-
accompagnée d'une urbanisation rapide ; la 40 ,5 milliards en 1991. Par contre, en Tuni- mie . Dans les trois pays, le montant de la
population urbaine a dépassé 50%. Au dette a atteint des niveaux trés élevés
sie et au Maroc, le PIB a connu des taux de
croissance satisfaisants depuis les années notamment au Maroc, où il représente envi-
(0) Département Economie Agro-Alimentaire , Institut 1988-89. En 1991, le PIB par habitant de la ron 90% du PIB.
Agronomique, Université de Blida (Algérie). Tunisie a dépassé celui de l'Algérie. Le poids du service de la dette dans les recet-

36
MEDIT W 1/93

tes d'exportation des biens et services est alimentaire occupe une place fondamentale tivement rapide , notamment en relation
de l'ordre de 70% en Algérie; il avoisine et une position stratégique au sein de l'éco- avec l'importance des investissements
30% au Maroc et 25% en Tunisie (tableau nomie nationale . Cette importance apparaît publics programmés par les différents plans
3). Au Maroc et en Tunisie, les programmes au niveau de chacune des composantes de nationaux. Le développement du secteur de
mis en oeuvre ont permis une baisse sensi- la chaine alimentaire et plus particulière- la transformation s'est accompagné d'un
ble du ratio du service de la dette; par con- ment l'agriculture, l'industrie de transforma- accroissement des importations des matiè-
tre en Algérie il est toujours en hausse. tion, les échanges extérieurs et la consom- res premières agricoles nécessaires au fonc-
En outre, le dinar algérien (DA) a subi une mation alimentaire. tionnement des industries nouvellement ins-
importante dévaluation, il a été fortement Malgré son déclin relatif au sein de l'écono- tallées .
déprécié par rapport au dinar Tunisien (DT) mie nationale C) l'agriculture occupe une Cependant, malgré cet essor des industries
et au Dirham Marocain (DH) (tableau 4) . place centrale dans les trois pays du Magh- locales, pour la plupart des produits de base,
reb. Au lendemain des indépendances , la production nationale n 'a pas pu suivre la
l'économie de ces trois pays était fondée progression de la consommation alimen-
Le système agro-alimentaire essentiellement sur le secteur agricole qui taire ; le déficit a été comblé par des impor-
occupait la plus grande partie de la popula- tations croissantes de produits transformés
tion active: la part de la population active destinés directement à la consommation
Principes généraux d 'organisation agricole dans la population active totale était humaine: semoules, farines, sucre blanc, lait
Les nomenclatures des activités des trois de 67% en Algérie, 63% au Maroc, et 56% en poudre ...
pays retiennent des définitions et des clas- en Tunisie. Actuellement ces taux sont res-
Les produits agricoles ont toujours occupé
sifications différentes; cependant l'étendue pectivement de 24%; 40% et 26%.
une place importante dans les échanges exté-
de la gamme des activités essentielles est La production agricole occupe également
pratiquement la même. En Algérie le secteur une place importante dans la formation du rieurs des trois pays du Maghreb. Jusqu 'à la
des industries agro-alimentaires qui PIB. En moyenne, pour l'ensemble des trois fin de la période coloniale la structure des
regroupe environ 4 700 entreprises, est pays, la contribution du PIB agricole au PIB exportations était dominée par la prépondé-
composé de dix branches d 'activité: total était de l'ordre de 24% au milieu des rance des produits agricoles, et celle des
- l'industrie du tabac et des allumettes; la années 1960, depuis 1975, elle se situe importations, par les produits manufacturés;
fabrication des corps gras; ' le travail des autour de 14 % et 16% (tableau 5). ce qui est caractérisque des économies de
grains, l'industrie du sucre; la fabrication des Les industries de transformation occupent type agricole . La balance commerciale des
boissons alcoolisées; la fabrication de bois- également une place privilégiée dans l'éco- produits agricoles était toujours excéden-
sons non alcoolisées; l'industrie du lait ; la nomie agro-alimentaire et au sein du secteur taire . Progressivement, les trois pays sont
fabrication de conserves de fruits et légu- industriel. Dans les trois pays du Maghreb, devenus importateurs de quantités croissan-
mes ; la fabrication des produits alimentai- l'industrie agro-alimentaire a connue un tes de produits agricoles et alimentaires; ces
res divers; la fabrication de produits alimen- développement rapide et son poids relatif produits occupent actuellement une place
taires animaux. est de plus en plus important aussi bien dans importante dans la structure des importa-
En 1990, le secteur de l'agro industrie au la production agro-alimentaire totale que tions; les balances commerciales des produits
Maroc comptait 1496 entreprises réparties, dans les disponibilités alimentaires destinées agricoles et des produits alimentaires se sont
conformément à la nomenclature des acti- à la consommation humaine . détériorées, mais à des rythmes et des degrés
vités économiques marocaines, parmi les En Tunisie, l'industrie agro-alimentaire différents selon le pays.
trois sous-secteur suivants: regroupe environ 3 800 entreprises soit En Algérie, où la situation est la plus criti-
- les produits des industries alimentaires: 50% des industries manu-facturières . que, le montant des importations des pro-
minoteries ou transformation des grains, Au Maroc, le développement du secteur duits alimentaires qui était de l'ordre de 700
boulangeries, pâtisseries et biscuiteries, agro-industriel a été remarquable, surtout à millions de DA au cours de la décennie
industrie du sucre, chocolaterie et confis- partir de 1987; ce développement rapide 1960, a dépassé les cinq milliards en 1978,
serie, peut être perçu à travers l'évolution des pour ensuite atteindre 22 milliards en 1989,
- les autres produits des industries alimen- principales grandeurs économiques qui et dépasser 35 milliards en 1991 el.
taires : conserves de fruits et légumes, pro- caractérisent ce secteur sur la période Les exportations de produits alimentaires
duits laitiers et dérivés, abattage et conser- 1986-90 (tableau 13). ont connu une évolution opposée. L'Algé-
ves de viande, les corps gras d 'origine végé- Durant toute la période 1974-86, la balance rie exportait près de 1 milliard de DA au
tale et animale, produits alimentaires divers, des échanges extérieurs du secteur présen- cours des années 1969-70, et seulement 123
aliments du bétail, tait un taux de couverture des importations millions de DA en 1986, soit huit fois moins.
- les boissons et tabacs: fabrication des par les exportations de l'ordre de 80%; c'est La part des exportations des produits ali-
boissons alcoolisées et non alcoolisées, à partir de l'année 1987 que les excédents mentaires dans les exportations totales qui
industrie du tabac. En Tunisie, l'industrie ont commencé à être dégégés, la balance dépassait 20% devient inférieure à 1 % à par-
agro-alimentaire regroupe environ 3.800 commerciale s'est alors rapidement amélioré tir de l'année 1989; et à 0,4% à partir de
entreprises réparties comme suit: puisque le taux de couverture était de l'année 1986.
industries céréalières = 2.010 l'ordre de 190 % au cours de l'année 1990 .
La balance des échanges des produits ali-
industries sucrières 40 La part des produits transformés dans les
mentaires, excédentaire jusqu'à l'année
lait et dérivés 45 exportations totales a alors atteint 16 %.
1970 s'est rapidement détériorée en se
huile et corps gras = 1.350 L'agro-industrie occupe désormais une place
industries des conserves = 99 privilégiée au sein de l'industrie de transfor- situant autour de 15 au cours de la période
industries viti-vinicoles 32 mation dont elle assure 33% de la produc- 1974/77, puis autour de 4 au cours de la
industries des boissons 61 tion , et 36% de la valeur ajoutée. Le nom- période 1980/84; actuellement la couverture
entreposage frigorifique 120 bre d'emplois créés par ce secteur repré- des importations par les exportations est
industries diverses 60 sente également 27% de l'emploi industriel inférieure à 2 % .
total. Au Maroc, l'agriculture occupe encore une
Les investissements consacrés au secteur place importante dans les échanges exté-
L'importance du système agro-
agro-industriel ont dépassé 2 milliards de
alimentaire dans l'économie
DH , ce qui positionne le secteur en première (') Déclin par rapport à la PIB nationale, dans la valeur
nationale place avec 31 % des investissements totaux. ajoutée agro-alimentaire totale, et dans la production
tOtale de la branche agricole elle même (CI + VA).
Au Maghreb, comme dans la plupart des En Algérie les industries alimentaires ont e) Les échanges extérieurs des produits alimentaires
pays en développement, le système agro- également connu un développement rel a- sont présenté dans le tableau 14.

37
MEDIT N° 1/93

- les agrumes et les dattes (57 millions de


Tableau 1 Structure des superficies dans les trois pays du Maghreb (U= 1fP ha). DT).
Algérie Maroc Tunisie Total
La consommation alimentaire
1. Superficie totale 238.174 44.655 13.361 299.190
2. Superficie agricole utile (SAU) 7.500 9.200 4.790 21.490 La consommation alimentaire représente
3. Superficie irriguée 250 1.200 275 1.725 toujours le poste le plus important du bud-
get des ménages : 39% en Tunisie; 54,5%
SAUltotale en % (211) 3,1 20,6 29,3 7,2 en Algérie selon l'enquête de l'année 1988.
S. irriguée / SAU en % (3/2) 3,3 13,0 5,7 8,0 Au cours des 20 dernières années , la ration
alimentaire moyenne a connu des amélio-
rations plus ou moins importantes selon le
Tableau 2 Population des trois pays du Maghreb (quelques indications de base) - Année 1991. pays. D'une manière générale, les quantités
consommées par habitant ont augmenté
Algérie Maroc Tunisie Ensemble pour la plupart des produits, bien que cette
tendance soit moins nette pour certains pro-
Population totale: HJ3 25.640 25.790 8.140 59.570 duits tels que les fruits ou les viandes rou-
- taux d'accroissement annuel (en %) 2,5 2,6 2,0 2,4 ges. Par contre, l'augmentation des produits
Part de la population (%)
- urbaine: 55 51
avicoles, et des légumes a permis un début
52 48
- rurale 48 52 45 49 de diversification, sans pour cela modifier
- agricole 23,5 36 24 29 radicalement la structure de la ration qui
reste caractérisée par la prépondérance des
SAU/Habitant en ha 0,29 0,36 0,59 0,36 produits de base notamment les céréales.
La consommation des produits céréaliers
PIB/habitant en dollars fournit 60 à 64% de l'apport énergétique
(1989) 2.062 914 1.140 1.436 total, et contribuent pour 70 à 76% à
(1990) 2.223 921 1.570 1.570 l'apport proteique total.
En Algérie, les quatre groupes de
produits = céréales, lait, sucre, huile, aux-
Tableau 3 Evolution de la dene extérieure et de son service. quels s'ajoute le concentré de tomate ne
représentent que 26% des dépenses des
1986 1987 1988 1989 1990 1991 ménages, mais 65 % en poids de la consom-
mation alimentaire et plus de 80% de
Dette extérieure 109 dollars l'apport énergétique.
- Algérie 21,0 24,7 25,1 25,8 26,5 25,0 Au Maroc, le groupe constitué par les pro-
- Maroc 16,7 19,0 20,0 20,8 20,8 duits de large consommation qui comprend
- Tunisie 5,7 6,4 6,4 6,7 6,9
les céréales, le sucre, le thé et les légumes
forment 66% en poids de la ration et absor-
Service en % des exportations
- Algérie 62,6 55,5 80,3 69,5 66,6 72,7 bent près de 43% de la dépense alimentaire.
- Maroc 41,6 32,7 29,1 30,0 Les viandes ne représentent que 3,9% en
- Tunisie 28,0 28,5 23,4 25,2 poids de la ration, et 21,4% des dépenses .
L'évolution de la consommation est égale-
ment caractérisée par une contribution
rieurs: 30% des exportations et 25% des amélioration à partir de l'année 1986 où le croissante des produits alimentaires trans-
importations globales. taux de couverture était de 134, il était de formés. La part des disponibilités alimentai-
Les échanges agricoles sont dominés par les 152 l'année suivante et à atteint 189 en res apportées par l'industrie alimentaire est
produits alimentaires (80 à 90% pour les 1990. importante pour les produits de large con-
exportations; entre 70 et 80% pour les Au cours de l'année 1990 les exportations sommation. C'est ainsi que pour les céréa-
importations). Les importations des produits de produits alimentaires ont été de 5.325 les la consommation est de plus en plus
alimentaires atteignent 20% de la valeur des millions de DH, et les importations ont été assurée par le circuit industriel. En Algérie ,
importations totales. Jusqu'à l'année 1973 évaluées à 2.820 millions de DH. Les prin- la part des produits transformés par l'indus-
la balance des produits alimentaires (3) était cipaux produits exportés étaient: trie était de 58% en 1969/71, elle avoisine
excédentaire. Elle a été déficitaire sur toute - les conserves végétales: 2,5 milliards de actuellement 92 %. En Tunisie , la consom-
la période 1974-85, avec un taux de couver- DH mation de semoule et farine industrielle
ture moyen des importations par les expor- - les produits halieutiques transformés : représente la même part relative; mais au
tations de l'ordre de 80%. Cette dégrada- 1.884 milliards de DH. Maroc, cette part est inférieure à 50% en rai-
tion de la balance s'explique essentielle- En Tunisie, c'est également à partir du son de la persistance du circuit traditionnel.
ment: milieu des années 1970 que la balance ali- D'une manière générale, l'évolution de la
- par une progression des importations, mentaire est devenue régulièrement défici- consommation dans les trois pays s'expli-
notamment celles du blé tendre. taire. que par l'urbanisation et l'amélioration des
- , une régression des exportations, liée au En 1991, on note une nette amélioration de revenus, mais également par les politiques
recul de la plupart des produits en raison des la balance alimentaire qui enregistre un économiques des Etats en matière de sub-
difficultés d'entrée dans les pays de la CEE, excédent exceptionnel. Cette évolution vention, d'importation et d'approvisionne-
du développement de la demande interne, récente est due aux bonnes récoltes céréa- ment en produits alimentaires. Les choix
et des mauvaises performances du secteur lières qui ont réduit sensiblement les impor- économiques nationaux ont modifié des
agricole . tations de céréales et à l'accroissement des rations alimentaires qui étaient plus ou
La balance commerciale a connu une nette ventes d'huiles d'olives (tableau 6). moins similaires.
Les principaux produits exportés sont: En ce qui concerne les céréales , en Algérie.
- les produits de la mer (104 millions de la consommation s'est orientée vers le blé'
e) Pour l'Algérie et le Maroc la répartition entre les dif- DT) dur au détriment de celle du blé tendre et
férentes espèces à été établie à part ire des bilans . - l'huile d'olive (107 millions de DT) surtout celle de l'orge qui n 'est pratique-

38
MEDIT W 1/93

ment plus consommé. Par contre au Maroc, 80% de la mise en marché des produits de d'une intégration totale sur la base de con-
les politiques mises en oeuvre ont fait bas- base tels que les dérivés des céréales, le lait trats d 'approvisionnement (produits de la
culer la structure de la consommation des en poudre, le sucre, l'huile et le concentré mer, betterave sucrière) à une intégration
céréales en faveur du blé tendre . Le pain de de tomate. Par contre, le secteur privé repré- partielle (conserveries, huileries), voire
farine est largement consommé, même en sente 90 à 95 % de la distribution de détail même très faible (lait, viandes). L'idée nou-
milieu rural, et la consommation d'orge est des autres produits: les fruits et légumes, les velle qui se développe actuellement est celle
toujours importante. En Tunisie, la consom- viandes, les produits avicoles et les produits du partenariat «tuniso-tunisien» qui vise une
mation du blé dur est plus importante de la mer. En Algérie l'approvisionnement meilleure intégration entre l'agriculture et
notamment en milieu rural où on le con- en produits de base est assuré en grande par- les industries agro-alimentaires.
somme trois fois plus que dans les villes, tie par les importations qui sont totalement En Algérie, les relations agriculture - indus-
cependant au cours des dernières années la monopolisées par des organismes étatiques. trie alimentaire posent des problèmes d 'une
croissance de la consommation de blé ten- Ces importations concernent soit des pro- plus grande acuité . D'une manière générale,
dre a été plus rapide que celle du blé dur . duits déjà transformés destinés à la consom- on peut distinguer trois catégories d'indus-
L'amélioration de la ration moyenne est plus mation des ménages, soit des produits agri- tries :
marquée en Algérie où le niveau des apports coles bruts ou semi-transformés traités par - les industries qui fonctionnent en grande
nutritionnels est supérieur à celui des pays l'industrie nationale avant d 'être distribués. partie grâce à des importations massives de
voisins. A partir de l'année 1973, l'aisance Dans les trois pays , la structure des impor- matières premières (industries céréalières,
financière procurée par la rente pétrolière tations est caractérisée par la prépondérance raffineries d'huile brute et de sucre roux ...),
a permis à l'Etat algérien de mener une poli- des quatre groupes de produits de base: les - celles dont les capacités sont largement
tique fondée essentiellement sur la subven- céréales, les huiles de graine, le sucre , le lait sous-utilisées, en raison de la faiblesse des
tion des prix à la consommation, et l'impor- et les produits laitiers. approvisionnements (surtout les conserve-
tation massive de produits de base. L'aug- La répartition géographique des importa- ries) ,
mentation de la production de légumes , et tions est dominée par la CEE et les USA qui - celles qui sont à l'arrêt, en raison de
le développement rapide du secteur avicole sont les deux premiers fournisseurs. l'ajournement de la production agricole
ont également contribué à l'amélioration de L'analyse des taux de dépendance des prin- (sucreries de betterave, et transformation de
la ration .. pour beaucoup de produits, la con- cipaux produits de base montre que l'éco- graines oléagineuses).
sommation en Algérie est supérieure à celle nomie agro-alimentaire de l'Algérie est la Pour l'ensemble des produits de base, la
des pays voisins (tableau 7). plus dépendante des marchés extérieurs production agricole est restée bien en deçà
Cependant, depuis l'année 1988, la baisse (tableau 8). Les exportations concernent des besoins en matières premières de
des capacités de paiement du pays et le également un nombre limité de produits. Le l'industrie qui a connu un développement
démentèlement de la politique agro- Maroc exporte principalement des conser- rapide . De ce fait, et en relation avec la réa-
alimentaire menée jusque là ont certaine- ves végétales, des produits halieutiques lisation de nouvelles unités de production,
ment compromis cette avancée. transformés , la levure et des produits sur- le secteur des industries alimentaires est de
L'observation permet de constater une dimi- gelés. Les exportations tunisiennes portent plus en plus alimenté par des matières pre-
nution de la demande de produits chers sur quatre groupes de produits: les produits mières importées. Les importations desti-
(viandes-poissons, poulets ... ) et un report de de la mer, l'huile d'olive, les dattes et les nées à l'industrie de transformation repré-
la consommation sur: agrumes. En Algérie les exportations des sentent 60% des importations totales des
- les céréales et le lait dont le prix restent produits agro-alimentaires ont chuté; les produits alimentaires , et 80% des matières
soutenus malgré les dernières augmenta- quantités de vin et d'agrumes exportées ont premières nécessaires au fonctionnement de
tions, progressivement diminué . La CEE demeure l'industrie. Au triple déclin relatif de l'agri-
- les pommes de terre. le principal débouché des exportations du culture vient s'ajouter son déclin dans les
pays du Maghreb. approvisionnements des agro-industries,
remettant en cause la théorie de l'intégra-
La distribution et tion intersectorielle prouvée par le modèle
l'approvisionnement des marchés Les industries de transformation et de développement des années 1970. Les
alimentaires et les échanges les relations Industrie-Agriculture taux d'intégration de la production agricole
internationaux Les formes d 'organisation des relations nationale dans les quantités traitées par
Dans chacun des pays, les circuits de distri- agriculture-industrie alimentaire diffèrent l'industrie sont dérisoires: ils sont de l'ordre
bution diffèrent selon la filière considérée selon le produit et le pays. Au Maroc , deux de 16% pour les blés; 3 à 5% pour le lait;
et selon le type de marché: types de relations existent entre l'agriculture les sucreries et les raffineries d'huile sont
- marché de production de gros ou de et les industries de transformation. Pour les totalement approvisionnées de l'étranger.
détail, industries très concentrées (cas du jus L'industrie des aliments du bétail , relative-
- marché local ou d 'exportation. d 'orange, des sucreries ... ), l'acquisition de ment récente , est également de plus en plus
Au Maroc et en Tunisie , le marché local est matières premières se fait directement dépendante des importations qui lui procu-
approvisionné directement à partir des uni- auprès des cultivateurs. Pour les industries rent 75 % de ses matières premières.
tés agro-industrielles . La régulation de ces moins concentrées (cas des conserves végé- Dans le cadre des réformes en cours, plu-
marchés est assurée par les importations que tales) , l'acquisition des matières premières sieurs entreprises e)tentent actuellement
font l'objet d 'une intervention de l'Etat plus est parfois assurée par trois intermédiaires d 'établir de nouvelles relations avec les pro-
ou moins forte selon le pays et le type de différents, et il existe très peu d'intégration ducteurs agricoles pour relancer les produc-
produit. verticale des fonctions de production et de tions qui ont été abandonnées, ou amélio-
Par contre, en Algérie l'intervention de l'Etat transformation. Les contrats agricoles quand rer leurs approvisionnements.
dans le marché intérieur est plus importante. ils existent, ne sont pas toujours respectés
Dans le secteur public, la distribution est et donnent lieu à des litiges.
assurée soit par des entreprises agro- Dans ces industries peu concentrées, les Technologies, équipements,
industrielle qui disposent de leur propre transformateurs ont tout intérêt à se regrou- qualifications, formation
réseau, soit par deux groupements de dis- per en coopératives ou en groupements,
tribution: comme c 'est le cas en Tunisie, pour être en Dans les trois pays, les technologies moder-
- le groupement des grandes surfaces bonne condition de négocier de bons con-
- le groupement des entreprises de distri- trats d'acquisition des matières premières
bution de produits alimentaires (EDIPAL). nécessaires. En Tunisie l'intégration varie (4) Notamment les entreprises du sucre, des corps gras,
Cette distribution organisée assure environ selon les types de produits. Elle peut aller et celles qui transfo rment les fruits et légumes.

39
MEDIT W 1/93

Ces nouvelles unités disposent de techno-


Tableau 4 Evaluation des taux de change (moyenne annuelle). logies modernes et présentent des capaci-
tés beaucoup plus importantes. Actuelle-
1986 1987 1988 1989 1990 1991 Indice 91/86
ment, pour l'ensemble des produits de base ,
la part des nouvelles capacités est prépon-
Par rapport au dollar
- DA 4,71 4,84 5,93 7,61 8,93 18,13 384,9 dérante , mais les vielles unités sont toujours
- DT 0,790 0,824 0,854 0,945 0,900 0,922 116,7 en production. En outre, on peut noter la
- DH ~,09 8,35 8,20 8,48 8,23 8,14 89,5 persistance des technologies traditionnelles
qui traitent les quantités de produits qui ne
Taux du DA par rapport au sont pas écoulés par les circuits industriels
- DT 5,96 5,87 6,94 8,07 9,92 19,66 329,8 officiels: moulins à façon pour les céréales,
- DH 0,52 0,58 0,72 0,90 1,08 2,23 4,29 trituration des olives, diverses transforma-
tions des quantités de lait non collectées.
D'une manière générale, dans les trois pays,
Tableau 5 Part du PIB agricole dans le PIB total en %. tous les équipements sont importés à
l'exception de quelques accessoires qui sont
1965 1970 1975 1990 produits localement: pompes, chaudières,
cuves, tuyauteries, engrenages ...
Algérie 17,9 11,0 7,6 16,0 Toutefois, en Algérie, au cours des derniè-
Maroc 35,3 33,1 27,0 16,0 res années, le centre des équipements de
Tunisie 22,5 16,6 18,2 14,0 l'industrie céréalière (CEIAL) a développé la
production de matériels agro-alimentaires
Total 24,1 18,4 14,5 15,7
plus nobles . Il a orienté ses activités vers la
fabrication d 'équipements pour l'industrie
des aliments du bétail et pour la meunerie
Tableau 6 Balance agro-alimentaire de la Tunisie - Millions de dinars tunisiens (DT). = nettoyeur, séparateur, épierreur, mouil-
leur intensif etc ...
1986 1987 1988 1989 1990 1991 Dans l'ensemble des trois pays le taux
d 'encadrement et de qualification dans le
Importations 287,0 258,9 475,4 549,0 444 ,3 360,0 secteur agro-industriel reste faible malgré
Exportations 174,8 228,5 256,9 281 ,9 347,6 500,0
-112,2 -30,4 -218,5 -267,1 - 96,7 +140,0
une formation de plus en plus soutenue
Solde
Balance 60,9 88,3 54,0 51,3 78,2 138,9 d'ingénieurs et de techniciens. En matière
de forma tion professionnelle , quelques ins-
titutions commencent à prendre en charge
des sessions de recyclage et de perfection-
Tableau 7 Consommation alimentaire dans les trois pays du Maghreb, selon les enquêtes nement à plusieurs niveaux de formation:
(U =Kg/habitant). la section de technologie, d'économie ali-
mentaires et de nutrition de l'Institut agro-
Algerie Maroc Tunisie
nomique et vétérinaire HASSAN II au Maroc;
210,4 204,5
le centre de recherche des industries agro-
Céréales: (') 210
- blé dur 136 43,8 116,9 alimentaires (CRIAA) en Algérie.
- blé tendre 74 117,4 72,7
- orge 39,6 7,3
9,6 7,6
Politiques et régulations
- autres
Le Maroc et la Tunisie ont dû adopter des
Pomme de terre 41 ,20 22,25 18,3 programmes d 'ajustement structurel , res-
- légumineuses 5,81 5,76 11,9 pectivement dès 1983, et en 1987. C'est éga-
- légumes frais 75,76 90,1 51,7 lement à partir de 1987 que l'Algérie s'est
- fruits frais 30,51 30,8 56,4
22,04 28,68 14,0
engagée dans une période de transition vers
- sucre er produits sucrés
- viandes- abats 11,48 10,4 11,8 l' économie de marché caractérisée par le
- oeufs 3,02 2,93 3,9 désengagement progressif de l'Etat dans
- volaille 10,85 5,55 4,3 l'organisation et le fonctionnement de l'éco-
- lait 71 ,94 30,26 51 ,6 nomie.
- poisson 3,4 6,24 6,1 Au Maroc , le programme d 'ajustement du
- huile et corps gras 17,17 31 ,16 15,1 secteur agricole entamé en 1986 sous l'ins-
tigation du FMI et de la Banque Mondiale
(') Pour l'Algérie et le Maroc la répartition entre les différentes espéces a été établie à partir des bilans.
avait pour buts:
nes sont venues se juxtaposer aux ancien- a sommé les conserveries de se rééquiper - dans une première phase, la fixation des
nes technologies des vieilles unités de pro- avant la fin de l'année 1992 . prix des produits agricoles et alimentaires
duction. Une bonne partie de la production d 'huile réglementés à partir des cours internatio-
Au Maroc, les industries fortement concen- d 'olive vierge et la totalité de la production naux,
trées disposent de technologies modernes d'huile d'argan, se font encore de façon tra- - dans une deuxième phase, qui doit
et d'équipements adéquats. Pour les indus- ditionnelle sans aucune mécanisation. démarrer en 1993; la libéralisation totale du
tries à faible degré de concentration comme En Algérie, on distingue également ces deux commerce extérieur et intérieur des pro-
c'est le cas des conserveries par exemple, grands types d'unités agro-industrielles: duits agricoles et alimentaires.
les équipements sont souvent vieux et dans - les unités héritées à l'indépendance , qui Jusqu 'à la fin de la décennie 1970, le relè-
la majorité des cas déjà amortis. Etant donné sont en général de très petite taille et se trou- vement des prix à la production ne s'était
le caractère exportateur de la branche de vent dans un état plus ou moins vétuste , répercuté que faiblement sur les prix à la
conserve de poisson et les défis en matière - les unités réceptionnées à partir du consommation dont la stabilisation consti-
de qualité à affronter dans la perspective du début des années 1970, notamment dans le tuait un souci majeur pour l'Etat. Au début
marché unique européen, le gouvernement secteur public. des années 1980, l'endettement croissant du

40
MEDIT W 1/93

pays et les pressions exercées par les orga- but ion à travers la mise en place d'entrepri- très fluctuante, elle varie entre 10 et 25 mil-
nismes internationaux ont conduit à un net ses et d'offices publics chargés de la produc- lions en Algérie; 9 et 20 millions en
changement dans ce domaine. tion et/ou de la distribution de produits Tunisie (S) .
Les prix des produits de base ont été pro- agro-alimentaires. Les circuits étatiques Au Maroc , la production qui a varié entre
gressivement relevés. C'est ainsi que les prix occupent une place largement dominante 35 et 45 millions de quintaux entre les
des produits laitiers ne sont plus subvention- dans l'approvisionnement des marchés des années 1960 et le début des années 1980,
nés dès 1983 . Les produits de base qui res- produits alimentaires transformés. a nettement progressé pour atteindre 75 à
tent encore subventionnés sont le blé ten- Une telle politique n'a, évidemment, été 80 millions de quintaux, surtout grâce à une
dre, le sucre et les huiles alimentaires de possible que grâce au monopole exercé par augmentation importante des superficies.
graines . l'Etat sur le commerce extérieur, et surtout Au Maroc et en Algérie , les principales pro-
La politique alimentaire de la Tunisie a éga- grâce à l'aisance financière procurée par la ductions sont par ordre décroissant: l'orge,
lement était largement fondée sur la subven- rente pétrolière. le blé dur et le blé tendre . Ces deux pays
tion des prix à la consommation. Cepen- A partir de l'année 1986, la chute des recet- présentent une structure de la production
dant, nous pouvons distinguer trois pério- tes d'exportation, puis l'alourdissement de identique caractérisée par la prépondérance
des correspondant à des politiques des prix la dette ont réduit considérablement les de l'orge; cependant si au Maroc la produc-
différents, allant de la réglementation vers capacités de l'Etat. En outre , la dévaluation tion de l'orge a toujours été dominante et
une libéralisation. Durant toute la décennie du Dinar a eu des conséquences néfastes sur supérieure à 40 % ; en Algérie la production
1960; le maintien des prix à la consomma- la situation financière de la plupart des de l'orge ne s'est imposée qu 'à partir de la
tion a été réalisé grâce surtout à un blocage entreprises agro-alimentaires, mais surtout fin des années 1980, au détriment de la pro-
des prix à la production des principaux pro- sur la caisse de compensation dont le défi- duction des blés et notamment le blé dur.
duits agricoles; la conjoncture favorable des cit est croissant. Cette situation a contraint En Tunisie, la structure de la production est
marchés d'approvisionnement internatio- le gouvernement à prendre de nouvelles dominée par le blé dur qui représente 55 %
naux a également permis d'importer à bas mesures. Au mois de]uin 1992, le soutien environ de la production céréalière totale
prix certains produits , notamment les céréa- des prix a été supprimé pour la plupart des (tableau 10).
les. A partir du début de la décennie 1970; produits; seuls le lait, la farine , et la semoule Les évolutions divergentes de la production
malgré la hausse des prix à l'importation, et continuent à bénéficier du soutien, bien que et de la consommation des différentes espè-
celle des prix à la production, l'augmenta- leurs prix soient également augmentés, mais ces ont engendré des formes de dépendance
tion des prix à la consommation a été limi- sans atteindre leur prix réel (tableau 9). différentes . Le Maroc et la Tunisie impor-
tée; pour comprimer au maximum la hausse En outre, le soutien des prix ne concernera tent essentiellement du blé tendre. L'Algé-
des salaires. Cette politique a pu être réali- plus que les catégories de la population les rie, beaucoup plus dépendante en blés
sée grâce à la subvention de la consomma- plus vulnérables , selon des mécanismes en importe 84 % des disponibilités totales en
tion de nombreux produits alimentaires à cours d 'élaboration. blé tendre et 79 % des disponibilités totales
travers la caisse générale de compensation En définitive, dans l'ensemble des pays , les en blé dur.
financée en grande partie par la rente pétro- déséquilibres économiques importants Dans les trois pays l'évolution de la consom-
lière. Les produits subventionnés sont les apparus au début des années 1980 ont mis mation est caractérisée par une contribution
céréales, le sucre, la viande, le café , l'huile en relief les limites et les effets pervers des croissante des produits alimentaires trans-
et les produits laitiers. Les dérivés des céréa- politiques alimentaires menées auparavant. formés. En effet les capacités de transforma-
les (semoule, pain,pâtes alimentaires) repré- tion ont connu des développements nota-
sentent la part la plus importante des dépen- bles. Au Maroc, les capacités de trituration
ses de la caisse = 67 % du total. Les principales industries de la minoterie industrielle qui étaient de
Au début des années 1980, la nouvelle con- agro-alimentaires et leur l'ordre de Il millions de quintaux au début
joncture économique très défavorable évolution récente des années 1970 s'élèvent actuellement à 35
a généré une nouvelle politique des prix millions de quintaux. Dans ce pays, la trans-
allant dans le sens de leur libéralisation; les formation des céréales produites localement
hausses relativement élevés des produits ali- Les industries céréalières et importées (15 à 20 millions de quintaux
mentaires ont été mal reçues par les popu- Dans les trois pays du Maghreb Central, la de blé tendre par an) est réalisée dans deux
lations. filière des céréales constitue la composante types de minoteries. En 1990, le nombre des
La politique alimentaire menée en Algérie fondamentale du système agro-alimentaire minoteries artisanales s'élèvait à 8760 uni-
est fondée sur le même objectif que les deux et occupe une place importante dans l'éco- tés totalisant une capacité de transformation
pays voisins: satisfaire les besoins alimentai- nomie du pays. La prépondérance des céréa- de 39,5 millions de quintaux. Pour la même
res des larges couches à revenu bas. Les sub- les et remarquable à tous les niveaux de la année, le nombre de minoteries industriel-
ventions ont été accordées aux produits de filière : les s'élevant à 148 unités avec une capacité
large consommation: les céréales, les huiles, - la consommation des céréales fournit 60 totale de transformation de 35 millions de
le sucre et le lait. Cependant, en Algérie , à 65 % de l'apport énergétique et plus de quintaux.
l'intervention de l'Etat est plus étendue et 10 % de l'apport protéique de la ration ali- Il faut toutefois noter que toutes ces mino-
plus importante, et les conséquences de la mentaire , teries ne fonctionnent pas toujours à plein
politique mise en oeuvre sont plus ampli- -l'industrie céréalière occupe la première régime, comme c'est le cas en Algérie où le
fiées qu 'au Maroc et en Tunisie. place dans le secteur des industries agro- nombre de jours de marche des unités
En effet , parallèlement à la subvention des alimentaires , et mobilise des réseaux de dis- industrielles est de l'ordre de 315 en
prix à la consommation, l'Etat s'est appuyé tribution relativement denses , moyenne .
sur une politique d 'importation qui a per- - la production des céréales couvre envi- En Algérie les capacités de transformation
mis de mettre sur le marché des quantités ron 80% de la SAU, elle constitue la princi- de la minoterie industrielle sont également
massives de produits de base. pale spéculation et mobilise une grande par- de l'ordre de 35 millions de quintaux;
La subvention des prix et l'importation des tie des populations rurales. cependant le circuit traditionnel ne traite au
produits de large consommation sont deve- Malgré son importance au sein de la produc- maximum que 4 millions de quintaux qui
nues les deux instruments fondamentaux de tion agricole , la céréaliculture nationale correspondent à la production nationale de
la régulation du système agro-alimentaire n'arrive pas à satisfaire la demande; dans les
algérien . trois pays les céréales et dérivés occupent
En outre pour concrétiser sa politique l'Etat le premier poste dans la structure des impor- e) La production céréalière de la campagne 1990-91 'a
atteint un record absolu en Algérie et en Tunisie avec
a développé ses propres capacités de trans- tations. respectivement : 36 millions de quintaux et plus de 25
formation et ses propres réseaux de distri- La production des céréales au Maghreb est millions de quintaux.

41
MEDIT W 1/93

Les activités de production et d 'exportation


Tableau 8 Taux de dépendance des principaux produits de base . Année 1991 portent essentiellement sur les produits sui-
(importation/disponibilités totales en %). vants : condiments (olives , câpres , corni-
chons) , jus de fruits (essentiellement le jus
Algerie (1) Maroc Tunisie
d'orange), légumes (tomates , haricots verts,
pois, poivrons, etc ... ), fruits (surtout abri-
Blé dur 79,1 0 17
Blé tendre 84,3 67,1 76
cots), fruits et légumes surgelés ou conge-
Huile de graine 100 78,3 100 lés, fruits et légumes séchés ou déshydratés,
Lait 66,5 34 46 confitures et gelées.
Sucre 100 36 86 En Tunisie et en Algérie, la production des
conserves se caractérise par la progression
('1 Période 1988/91 pour les blés. La part des importations dans les quantités commercialisées par le circuit officiel est plus importante =875% pour rapide et la nette prépondérance du concen-
le blé dur, 89,3% pour le blé tendre et 97,8% pour le lait. '
tré de tomate. En Tunisie le double concen-
tré de tomate représente 75 % du chiffre
Tableau 9 Augmentation des prix de quelques produits de large consommation . Juin 1992 d 'affaires de la branche des conserves ali-
(U=OA). mentaires . Cette activité enregistre un excé-
dent structurel exporté principalement vers
Nouveau prix Accroissement l'Algérie, la Libye et la C.E.E. Pour les autres
Unité de mesure Ancien prix produits, le marché extérieur est devenu res-
plafond consommateur en %
treint en raison notamment de la concur-
rence des prix. Le marché intérieur se carac-
Pain courant 250 gr 1,00 1,50 50,0
Semoule courante 1 kg 2,05 4,50 119,5 térise également par la saturation pour
Farine courante 1 kg 2,50 4,00 60,0 l'harissa (sauce piquante), la non organisa-
Lait pasteurisé 1 litre 2,00 4,00 100,0 tion pour la semi-conserve, ainsi que par un
Lait en poudre (LAHOA) 500 gr 12,00 25,00 108,3 faible degré de diversification pour l'ensem-
Sucre cristallisé (sachet) 1 kg 6,00 15,00 150,0 ble de la branche des conserves alimentai-
Huile ordinaire en bidon 5 litres 30,00 100,00 233,3 res. En Algérie, les disponibilités par habi-
Concentré de tomate 1/2 8,00 15,00 87,5 tant en concentré de tomate qui étaient de
l'ordre de 0,4 kg au cours de la décennie
1970, sont estimées actuellement à environ
Tableau 10 Structure de la production céréaliere en %. 3,5 kg. La consommation des autres conser-
ves se situe autour de 0 ,6 kg/habitant. Les
Algerie Tunisie
disponibilités totales évaluées à 87 000 ton-
Maroc
nes sont assurées de la manière suivante:
- transformation de la tomate nationale =
Blé dur 35 36 55 34.000 tonnes , soit 39 %,
Blé tendre 17 16 14
- transformation du triple concentré
Total Bles 52 52 69
Orge 43 45 30 importé = 35.000 tonnes, soit 40 % ,
Autres 5 3 1 - importation du produit fini = 18.000
tonnes , soit 21 %.
La production de concentré à partir de la
blé non collectée. Cet écart avec les dispo- bilités totales. Comme en Algérie, le circuit transformation de la tomate locale ne satis-
nibilités évaluées au Maroc est compensé traditionnel se réduit à 8 % . fait que 39 % de la demande , alors que les
par des importations de produits finis . En capacités industrielles installées à l'année
1991, l'Algérie a importé environ 9,5 mil- 1990 dépassent 92.000 tonnes et sont donc
lions de quintaux de semoule et 2 millions
Les conserves de fruits et légumes supérieures aux besoins nationaux.
de quintaux de farine . Les fruits et légumes constituent une filière D'une manière générale, dans les trois pays ,
Les disponibilités en blés commercialisées relativement dynamique ; d 'une manière les capacités de transformation sont large-
par le circuit industriel , qui est totalement générale la production agricole a connu des ment sous-utilisées. Mais si au Maroc et en
étatique, sont passées de Il millions de augmentations remarquables, et pour la plu- Tunisie, la sous-utilisation des capacités
quintaux à environ 48 millions de quintaux part des spéculations, la production répond s'explique surtout par les contraintes de
(en équivalent grain) au cours des vingt der- aux besoins de consommation et dégage commercialisation et de débouchés; en
nières années. Ainsi, l'industrie de transfor- même des excédents à l'exportation en pro- Algérie, elle est dûe essentiellement à la fai-
mation qui contribuait pour 50 % aux dis- duits frais ou transformés . Cependant la blesse de la production agricole et à la limi-
ponibilités destinées à la consommation situation de la conserverie est différente tation des approvisionnements en matières
humaine , en assure aujourd'hui 92 % ; alors selon le pays . C'est certainement au Maroc premières. En ce qui concerne la tomate
qu'au Maroc, le circuit traditionnel contri- où les conserves végétales occupent une industrielle, la production agricole est de
bue toujours à plus de 50 % à l'approvision- place importante. La production agricole l'ordre de 180.000 tonnes, soit 34.000 ton-
nement des dérivés des blés . des fruits et légumes est très développée, nes en équivalent concentré , alors que les
La Tunisie dispose d'une capacité de tritu- elle occupe Il % de la SAU . Le secteur de capacités installées et en cours de réalisation
ration industrielle de l'ordre de 14 millions la transformation regroupe 135 unités tota- totalisent plus de 140.000 tonnes.
de quintaux qui produisent environ 10,2 lisant une capacité de production d 'environ
millions de quintaux de semoule et farine. 555.000 tonnes dirigée essentiellement vers Les industries du sucre et des huiles
Les capacités de trituration existantes sont l'exportation. En 1990, sur un total de pro-
largement suffisantes, le taux d'utilisation duction de 3,172 milliards de OH , la valeur a) L'industrie sucrière
global des unités s'élève à 75 % . Le secteur des exportations a atteint 2,5 milliards de Les trois pays ont introduit la culture de la
de la première transformation comprend 22 D.H. En outre , c'est un secteur en pleine betterave dans les années 1960, et le Maroc
minoteries le plus souvent mixtes. Le circuit expansion ; de 1986 à 1990 les taux de crois- a développé la canne à sucre à partir de 1973
industriel qui assure une disponibilité de sance moyenne annuelle de la production (elle couvre 20 % des superficies sucrières
174,4 k/habitant (en équivalent grain en blé) et des exportations ont été respectivement totales estimées à 90.000 ha). Avec une pro-
représente donc 92% environ des disponi- de 21 ,9% et 29,5% . duction de 575 .000 tonnes de sucre blanc,

42
MEDIT N" 1193

le Maroc couvre environ (6) de ses besoins. L'industrie du lait et des produits stérilisé et 40% du marché des yaourts, il
La production est réalisée dans 15 unités laitiers satisfait environ les deux tiers de la consom-
dont 13 publiques et 2 privées. Les raffine- mation en produits laitiers.
ries traitent le sucre roux produit localement Les trois pays ont mis en place des program- En Algérie, la transformation du lait est assu-
ou importé, les importations de sucre raf- mes de développement en vue d'améliorer rée essentiellement par trois (3) offices régio-
finé sont pratiquement inexistantes. La capa- la consommation du lait qui est considéré naux:
cité de production de l'ensemble des uni- comme une produit de base , compte tenu - l'Office Régional du Lait du Centre
tés est de 900.000 de tonnes de sucre = de sa place dans l'alimentation des popula- (ORLAC),
440.000 tonnes de sucre granulé blanc, tions . Cependant, la situation actuelle de - de l'Ouest (OROLAIT),
400.000 tonnes de sucre en pain et 60.000 l'industrie laitière diffère d'un pays à l'autre. - de l'Est (ORELAIT).
tonnes de sucre en morceaux. En Algérie et en Tunisie, en raison de la fai- Ces trois offices disposent de 15 unités de
En Tunisie; les superficies emblavées en bet- blesse de la production locale de lait cru, le production, et collectent une très faible pro-
terave permettent de produire environ développement de l'industrie s'est fondé portion de la production nationale (4 % envi-
25.000 tonnes de sucre soit 14% de la principalement sur l'utilisation du lait en ron). De ce fait , l'activité majeure des offices
demande nationale. La quantité annuelle poudre importé. Les unités industrielles lai- réside dans la recombinaison du lait en pou-
moyenne de betterave brute produite et tières ont été implantées autour des grands dre importé , le taux d 'intégration de la pro-
livrée aux deux sucreries ne correspond centres urbains, le problème de l'intégration duction laitière locale n'est que de 3,5%; la
qu'à 56% seulement de la capacité installée. de la production locale reste posé. production des offices est assurée à 96,5%
En Algérie, jusqu'aux années 1970, les sur- Par contre, le Maroc, grâce à une implanta- par les matières premières importées. Les laits
faces emblavées ont atteint un maximum de tion d'unités de transformation de taille en poudre destinés directement à la consom-
l'ordre de 4.000 hectares soit une produc- moyenne , a pu mettre en pla.ce un réseau mation humaine sont importés par une autre
tion moyenne de sucre de 9.000 tonnes, ce de collecte assez dense dans les zones de entreprise; l'entreprise nationale des produits
qui représentait environ 3 % de la demande production. En outre, en matière de produc- alimentaires (ENAPAL).
intérieure. Au début des années 1980, la cul- tion et de collecte de lait, le Maroc a mis en En définitive les disponibilités totales en lait
ture de betterave a été ajournée. Trois raf- place dès 1975, un «plan laitier» qui a mieux et produits laitiers, estimées à plus de 2,5 mil-
fineries, disposant de la même capacité, peu- réussi que les programmes des deux autres liards de litres en 1990, proviennent pour:
vent traiter au total 297.000 tonnes de sucre pays. La production laitière qui était de 424 - 39% du lait en poudre importé et recom-
roux pour produire 267.300 tonnes de sucre millions de litres en 1975 a atteint 974 mil- biné localement ,
blanc. Les capacités de raffinage sont utili- lions de litres en 1990, dont 52 % autocon- - 28% de lait en poudre importé et distri-
sées entre 80 et 85%, en raison de l'état sommées , 10% colportés et 38% usinés bué directement,
d'usure d'une partie des équipements. Pour (366 millions de litres). - 33% de la production nationale, dont
l'année 1992 les disponibilités nationales L'industrie laitière compte 20 unités de trai- 1,5% sont collectés par les offices; le reste,
totales en sucre étaient estimées à 850.000 tement et de conditionnement, dont 10 coo- étant réparti entre l'autoconsommation, un
tonnes dont 26% sont constitués de sucre pératives et 10 entreprises privées. Du fait colportage régional et l'approvisionnement
raffiné localement à partir du sucre roux que l'approvisionnement est basé sur la pro- de quelques unités de production alimen-
importé , et 74% sont importés directement duction locale , le fonctionnement des uni- taire privées.
sous forme de sucre blanc. tés de production se heurte à des problèmes
b) L'industrie des huiles et oléagineux différents: les fluctuations saisonnières ne La production des viandes, des oeufs
permettent pas une utilisation rationnelle et des produits de la mer
La filière des oléagineux présente des carac- des capacités de transformation tout au long
téristiques différentes dans les trois pays . Au de l'année . Les quantités importées qui sont a) Les viandes rouges
Maroc et en Tunisie la couverture des dis- de l'ordre de 500 à 600 millions de litres L'industrie de transformation et de condi-
ponibilités totales en huiles (de graines et équivalent lait, sont constituées essentielle- tionnement des viandes est relativement
d'olives) est assurée à la hauteur d'un tiers ment de beurre et de différents laits desti- récente dans les pays du Maghreb. D'une
(1/3) par la production nationale . nés directement à la consommation manière générale, les abattages s'effectuent
Au Maroc, la production nationale de grai- humaine . Les disponibilités totales peuvent dans une multitude d'abattoirs. On peut dis-
nes oléagineuses contribue pour 18%, et alors être estimées à environ 1,5 milliard de tinguer:
l'huile d 'olive pour 15 %. Par contre, en litres soit 60 litres / habitant, le taux de cou- - quelques abattoirs modernes, qui com-
Tunisie, toute la production locale est assu- verture de ces disponibilités par la produc- portent des chaînes d'abattages mécanisées
rée pour l'huile d'olive. En Algérie, la cul- tion nationale s'élève alors à 66%. En Tuni- ou semi-mécanisées,
ture de graines oléagineuses n 'existe pas, la sie et surtout en Algérie, les disponibilités - les abattoirs non mécanisés ou le traite-
production d 'huile d'olive est relativement par habitant sont plus élevées, mais les taux ment est manuel.
faible . Plus de 99% des disponibilités en de couverture par la production nationale Une grande partie des abattages s'effectue
huile sont assurées par les importations sont beaucoup plus bas (tableau 12). encore dans des abattoirs ruraux ou des tue-
d'huile brute traitée par les raffineries loca- En Tunisie, les disponibilités sont estimées ries .
les (tableau Il). Le secteur des oléagineux à 746 millions de litres dont 400 millions, En Algérie, la filière des viandes rouges reste
au Maroc s'est véritablement développé soit 54% , sont couverts par la production dominée par le secteur privé qui contribue
durant les années 1980, avec d'une part la nationale . L'industrie laitière dispose de trois pour 95% à l'approvisionnement du mar-
relance des cultures de tournesol, et d 'autre centrales laitières qui produisent 190 mil- ché, cependant l'industrie de transformation
part le vaste programme engagé en matière lions de litres de lait industriel, elle compte de la viande a surtout été développée par
de plantations d'olives. A partir de 1988 la également plusieurs yaourteries et fromage- les trois offices étatiques qui disposent, au
couverture de la demande en huiles alimen- ries. Au cours de la période récente, la pro- total de :
taires totales est assurée à plus de 30% envi- duction industrielle a évolué selon un taux - trois abattoirs,
ron, contre 17% auparavant. de croissance annuel moyen de l'ordre de - deux unités d 'abattage et de transforma-
L'olivier reste «le pilier de l'agriculture tuni- 9% pour le lait industriel, 8% pour les aed,l entrepôts frigorifiques.
sienne»; il permet de valoriser le potentiel yaourts, 16% pour les fromages . Au Maroc, la transformation des viandes
agricole en zone aride et semi-aride. La Tuni- Le secteur industriel est alimenté en grande rouges en conserves est effectuée par une
sie est le cinquième producteur mondial partie par le lait en poudre importé de la
avec 6% de la production mondiale et CEE ; il est dominé par le monopole de la
deuxième exportateur mondial d 'huile Société Tunisienne des Industries Laitières (6) Ce taux était nul au début des années 1960 et de
d'olive avec 16% des exportations. (STIL) qui détient 80% du marché du lait l'ordre de 53,3% en 1985.

43
MEDIT N' 1/93

c) Les produits de la mer


Tableau 11 Equilibre offre-demande des huiles dans les trois pays du Maghreb
(U = tonnes). Les trois pays du Maghreb présentent des
différences importantes sur le plan du stock
Offre Demande Ecart pêchable et des politiques menées en
matière de production et de transformation
H.G 41.600 191.600 -150.000 des produits de la mer.
Maroc Le Maroc est certainement le pays qui dis-
H.O 35.000 34.000 + 1.000 pose du plus haut potentiel halieutique, c'est
également le pays où la production est la
H.G 0 100.000 -100.000 plus forte et où l'industrie de transformation
Tunisie est la plus développée.
H.O 106.000 51.000 + 55.000 Les prises de pêche réalisées annuellement
-364.000
par la flotte marocaine sont estimées entre
H.G 0 364.000
Algerie 450 et 500.000 tonnes (sans tenir compte
H.O 3.000 3.000 0 des prise hauturières opérées par les navi-
res étrangers; soit 125 .000 tonnes environ).
H.G=huile de graine; H.O=huile d'olive; (- )=importations; (+ )=excédents exportés. Le nombre d'unités spécialisées dans la
transformation halieutique (conserve de
poisson + congélation + surgélation +
Tableau 12 Disponibilités par habitant et taux de couverture des besoins - Année 1990. salaison) s'élevait à 89 en 1990. Ces unités
sont surtout concentrées sur la côte atlanti-
Maroc Tunisie Algérie que, entre Casablanca et Agadir.
Le potentiel des conserveries s'établit à
Disponibilités/ha en kg/ha 60 92 101 1.500 tonnes de poissons par jour, soit
Taux de couverture par la production nationale en % 66 54 33 375.000 tonnes par an, à raison de 250 jours
de travail. Cependant les quantités de pois-
sons effectivement traitées oscille générale-
seule société industrielle la «SOMAGES», elles sont de l'ordre de 8,3 kg en Tunisie; ment entre 80.000 et 100.000 tonnes; le
implantée à Mohammedia. et de 5,2 kg au Maroc. La production des taux d'utilisation reste donc relativement fai-
b) Les produits avicoles viandes de volailles représente 52 % de la ble. Dix (10%) pour cent seulement de la
production totale des viandes en Algérie; production de conserves sont livrés au mar-
L'aviculture a connu un essor remarquable 42% en Tunisie; et 34% au Maroc. Dans les
dans les trois pays du Maghreb, surtout à ché local.
trois pays, cette progression rapide de la Les exportations qui représentent 90% de
partir du milieu des années 1970. production avicole est due principalement
Au Maroc, la production des viandes blan- la production se répartissent ainsi:
à une importante expansion du secteur - CEE, 44%,
ches est poussée de 17.000 tonnes en 1960 industriel qui a fait l'objet d'un programme
à 125.000 tonnes en 1988 (dont 95.000 ton-
- Afrique, 43%,
de développement initié et encadré par - Moyen Orient, 5 % ,
nes au niveau du secteur moderne), alors l'Etat. Cette progression rapide de la pro-
que la production d'oeufs a augmenté pen- - Autres, 8%.
duction s'est accompagnée d'une augmen- La sardine qui représente environ 70% des
dant la même période de 230 millions à 1,1 tation importante des importations des fac-
milliard d'unités. captures nationales constitue la base de ces
teurs de production, notamment l'alimen- industries.
En Algérie, ou le développement de l'avi- tation de la volaille . En Algérie, la demande
culture a été le plus remarquable, la produc- L'industrie des sous-produits s'est dévelop-
en aliments destinés à l'aviculture est esti- pée très rapidement, et elle est même con-
tion de viandes blanches est passée de mée à 18 millions de quintaux, dont la plus sidérée comme concurrente à l'industrie de
27.000 tonnes en 1973 à 269,000 tonnes en grande partie provient de l'étranger. la conserve, car elle absorbe la plus grande
1990 et celle des oeufs, de 220 millions Les importations de maïs inférieures à partie de l'offre de poissons industriels. En
d'unités à plus de trois milliards d'unités 100.000 quintaux en 1.960, ont atteint 2 effet, l'industrie des sous-produits s'acca-
durant la même période. millions de quintaux en 1980 et, 15 millions pare plus de 40% du produit de la pêche
Les disponibilités en viandes blanche C) de quintaux à partir de l'année 1989. Au côtière. En 1990, elle a traité 179 389 ton-
par habitant ont atteint 10,8 kg en Algérie; Maroc, l'industrie des aliments composés est nes, soit deux fois plus que la quantité trans-
dépendante à 60% de l'étranger pour ce qui formée par l'industrie de la conserve, pour
Cl Ces ratio ont été calculés , pour l'année 1990 en
concerne les approvisionnements en matiè- fournir 1 100 tonnes de farine et 4 776 ton-
Algérie, l'année 1991 en Tunisie et l'année 1988 au res premières, notamment le tourteau de nes d'huile de poisson.
Maroc. soja et le maïs. La congélation et la surgélation ne concer-

Tableau 13 Evolution des principales grandeurs économiques du secteur agro-industriel.


Annee 1986 1987 1988 1989 1990 Evolution Moyenne 90/86

Chiffre d'affaires (MDH) 24.232 26.644 28.747 31.059 35.644 10,13%


Production (MDH) 23.076 25.367 27.698 29.228 32.215 8,70%
Valeur ajoutée (MDH) 6.541 7.494 9.203 8.847 10.197 11,74%
Emplois permanents 49.133 50.318 52.128 52.454 53.949 2,37%
Emploi Total 81 .601 85.884 96.020 116.584 99.270 5,02%
Investissement (MDH) 938 808 1.062 1.496 2.046 21,55%
Exportation (MDH) 2.523 2.930 3.351 4.196 5.325 20,53%
Importation (MDH) 2.626 2.001 2.288 3.015 2.820 1,80%
Nombre d'établissement 1.311 1.398 1.433 1.455 1.496 3,36%
Taux de couverture 96% 146% 146% 139% 189% -

MOH: Millions de DH . . .
Source: Ministère de Commerce et d'Industrie repris par M.RAHMANI; .Ies industries agro-alimentaires au Maroc. Octobre 92 - BARI.

44
MEDIT N ° 1/93

nent que 3 à 4% des quantités débarquées les du secteur des industries de transforma- - SANDERS (compléments minéraux vita-
dans les ports marocains. tion plus particulièrement, diffèrent d 'un minés),
Les produits halieutiques transformés (con- pays à l'autre: - CERNA (compléments minéraux vita-
serves , farine et huile de poisson) destinés - au Maroc , la majeure partie des entrepri- minés),
à l'exportation ont atteint en 1990 une ses est détenue par le privé, - BELL (fromage),
valeur de 1.884 milliards de DH, soit plus - en Tunisie, les entreprises agro- - NESTLE (lait et dérivés),
de 35% de la valeur des exportations de alimentaires appartiennent au secteur privé - ALFA-LAVAL (équipements laitiers).
l'ensemble du secteur de la transformation. (47%), public (40%), et coopératif (13 %). Cependant le rôle de ses firmes reste limité,
Les exportations totales des produits de la - en Algérie, l'industrie alimentaire est lar- elle n'ont pas jouer le rôle qui était espéré
mer (y compris, poisson frais, mollusques ... ) gement dominée par les entreprises publi- lors de leur implantation, notamment en ce
représentent en 1988 42 % des exportations ques . qui concerne l'introduction de nouvelles
de ce secteur, et elle tendent à en atteindre Dès l'année 1986, le Maroc a entamé une technologies et le développement d'un
les 50 % . politique de désengagement au profit du savoir faire local.
La production halieutique a également secteur privé. Cette politique s'est concré-
connu un développement notable en Tuni- tisée tout récemment par les privatisations
sie où le volume des captures qui était de annoncées des entreprises étatiques à carac- Principaux groupes et entreprises
l'ordre de 12 .000 à 13.000 tonnes dans les tère agricole, et par la part de l'Etat, très agro-alimentaires
années 1950, a dépassé les 102 .000 tonnes modeste (5%) dans l'enveloppe des inves- En Algérie les entreprises agro-alimentaires
en 1988. La conserverie de poisson compte tissements industriels réalisés au cours de les plus importantes appartiennent au sec-
24 unités qui produisent de 7.000 à 8.000 l'année 1990. L'Etat reste cependant pro- teur public . Par contre au Maroc, les prin-
tonnes de conserves par an. La situation de priétaire ou co-propriétaire d'un certain cipaux groupes et entreprises agro-
cette industrie est caractérisée par une sous- nombre d'entreprises agro-alimentaires, alimentaires sont privés. En Tunisie, les
utilisation des équipements installés. Le notamment les sucreries, la fruitière Maro- grands groupes industriels privés sont au
potentiel de transformation n 'a été utilisé, caine de transformation (FRUMA T» spécia- nombre de deux et ont plusieurs activités
au cours des dernières années, qu 'à raison lisée notamment dans la production de jus au sein et en dehors de l'agro-alimentaire.
de 27% pour les usines de conserves de sar- d'orange . Le contrôle gouvernemental sur Dans l'agro-alimentaire, ils sont présents
dine et 18% pour celles du thon . l'industrie vinicole s'exerce surtout par le dans l'aviculture, l'aliment du bétail, la
En 1982, le nombre d 'unités de congélation biais de la Société de Développement Agri- minoterie et ses dérivés.
était de 37 dont la capacité frigorifique était cole (SODEA) qui possède 75% des régions En Algérie, les deux secteurs présentent des
de 314 tonnes/jour. où l'on cultive les raisons de cuves . structures fondamentalement différentes : le
La congélation s'applique essentiellement Le secteur coopératif englobe les laiteries secteur public dispose de très grandes entre-
pour les produits de haute qualité (crusta- (50% des unités), la production de vin, et prises qui regroupent plusieurs unités de
cés et céphalopodes). La quantité totale con- le stockage des céréales (sociétés coopéra- production; la plupart de ces unités, notam-
gelée peut être estimée à 15.000 tonnes; elle tives agricoles marocaines). Le reste de ment celles réalisées après l'indépendance
est destinée en grande partie à l'exportation; l'industrie agro-alimentaire, c'est à dire la du pays , sont de forte capacité et jouissent
alors que pour les produits de la conserve- plus grande partie relève du secteur privé . d 'une technologie moderne. Par contre ,
rie, la part exportée est très modeste . En Par contre, en Algérie, les entreprises publi- dans le secteur privé, les entreprises se
outre , depuis les trois dernières années, on ques assurent plus de 75 % de la production réduisent le plus souvent à une unité de pro-
a assisté à un développement des exporta- brute du secteur des industries agro- duction de petite taille.
tions de poissons frais (loup, daurade, thon). alimentaire ; le privé contribue pour moins De ce fait , le secteur public avec 26 entre-
La politique d 'encouragement à l'exporta- de 25 % ; la forme coopérative est pratique- prises accapare les trois quarts de la produc-
tion menée depuis quelques années a per- ment absente , à l'exception de quatre coo- tion brute, le secteur privé y contribue à
mis une évolution rapide de cette activité pératives dans la transformation des fruits 25 % avec plus de 4 600 entreprises.
qui a rapporté 104 milliards de DT en 1990. et légumes. L'Etat occupe une position Pour les quatre produits de base; les entre-
En Algérie, la production halieutique a bien dominante dans les industries qui transfor- prises ou offices publics disposent pratique-
progressé , en passant de 45 .000 tonnes ment les produits de base. Les entreprises ment du monopole de la production indus-
(1977) à 100.000 tonnes (1990); cependant publiques assurent 92% des disponibilités trielle:
elle reste relativement faible comparée à en blés, 68% de celles du lait; elle assurent - le sucre est totalement produit par une
celle des deux pays voisins; la production le totalité des approvisionnements en huile seule entreprise, l'Enasucre qui assure 26%
par habitant s'établit de la manière suivante, de table raffinée et en sucre. blanc. Le sec- du marché. Une autre entreprise publique
dans les trois pays: teur privé est dominant dans les industries de distribution, importe et distribue les 76%
Maroc (1990) = 20 kg de seconde transformation, dans la produc- restants,
- Algérie (1990) = 4 kg tion de viandes rouges et les produits de la - l'huile de graine est raffinée par l'ENCG
- Tunisie (1988)= 13 ,3 kg pêche. qui couvre à elle seule l'ensemble du
La production des conserveries est passée marché,
de l.200 tonnes en 1977 à environ 7.000 - la transformation des blés est effectuée
tonnes en 1990; mais cette activité reste Rôle des firmes multinationales par cinq entreprises (ER lAD) qui constituent
caractérisée par la vétusté des équipements En Algérie , les firmes multinationales sont l'intégralité du circuit industriel et apportent
et l'obsolescence de la technologie. La salai- totalement absentes. Les principaux textes 92 % des disponibilités nationales totales;
son de l'anchois a connu une baisse impor- qui régissent la création et le fonctionne- 8% empruntent le circuit traditionnel ,
tante, surtout en raison des problèmes rela- ment des sociétés étrangères en Algérie et - le lait industriel est traité par trois offi-
tifs à la fixation des prix. des sociétés en partenariat n'ont été publiés ces (Orlac, Orelait, Orolait) qui contribuent
qu 'au cours de l'année 1990. pour près de 70% aux disponibilités tota-
En Tunisie , la présence des firmes multina- les ; les 30% correspondent à la production
Les structures industrielles tionales se réduit à celle de la firme NESTLE nationale de lait cru non collectée et qui se
qui fabrique des farines pour bébés , et des répartit entre l'autoconsommation, le col-
Importance relative des secteurs préparations instantanées pour petits déjeu- portage et l'approvisionnement de quelques
ners. unités de production agro-alimentaire pri-
publics, privés et coopératifs Les firmes étrangères implantées au Maroc vées. Au Maroc, les industries laitières et de
Les formes d'organisation du système agro- sont au nombre de six (6) : production des huiles de table sont domi-
alimentaire d'une manière générale, et cel- - LE SAFFRE (levure boulangère) , nées par des filiales de l'Omnium Nord Afri-

45
MEDIT W 1/93

Tableau 14 Echanges extérieurs des produits alimentaires.


1985 1986 1987 1988 1989 1990 1991

Importations alimentaires
- 10,6 dollars 2.180 1.850 1.750 1.810 2.900 2.090 1.940
- 10,6 dinars 10.965 8.713 8.470 10.733 22.069 18.664 35.172
Part dans les importations totales en % 22,2 20,0 24,8 24,6 31,5 21,9 25,5

Exportations alimentaires
- 10,6 dinars 281 123 145 178 264 450 -
Solde= 10,6 DA -10.684 - 8.590 -8.325 -10.555 -21.805 -18.214 -
Balance (') 2,6 1,4 1.7 1,7 1,2 2,4 -
(') Taux de couverture des importations par les exportations.
Exportation/Importations en %.

cain (ONA), le groupe d'entreprises privées consommation alimentaire est assurée de produits de base , les industries de transfor-
le plus important au Maroc . plus en plus par les produits transformés qui mation sont de plus en plus approvisionnées
En ce qui concerne la production laitière, contribuent pour une large part à la couver- par les importations. Pour les autres pro-
une filiale du groupe ONA, la Centrale Lai- ture de la demande en produits de base. duits, on note une nette sous-utilisation des
tière Maroc Lait (CLML) représente 60% du En effet, l'expansion du secteur des indus- capacités de production: conserves de fruits
lait frais du Maroc . Le reste de la capacité tries agro-alimentaires ne s'est pas accom- et légumes, transformations de produits
de collecte et de traitement est départagé pagnée d 'une diversification notable des halieutiques, sucreries .. ...
entre des coopératives (06) regroupées au productions traitées et de la consommation; Ensuite, les contraintes en aval concernent
sein de l'Union Nationale des Coopératives elle s'est plutôt fondée sur le développe- soit la faiblesse de la demande intérieure
Laitières (UN CAL) et des sociétés privées. ment rapide de la transformation des pro- pour certains produits, soit les difficultés
Pour ce qui est de la production des huiles duits de base: les céréales, le sucre, les hui- rencontrées sur les marchés d 'exportation.
alimentaires de table, toute la capacité de tri- les , et le lait. Et enfin, les contraintes au niveau de la ges-
turation des graines oléagineuses et 50% de Cette évolution de la consommation et de tion des entreprises sont nombreuses et
la capacité de raffinage des huiles brutes la production s'explique également par les variées; elles sont dues en général à la fai-
sont détenues par des filiales du groupe politiques économiques des Etats . Dans les blesse de l'encadrement technique , à
ONA. Par contre, la production du sucre est trois pays la politique alimentaire a été fon- l'absence de" recherche , à la persistance de
réalisée dans 25 unités dont 13 sont publi- dée, à différents degrés , sur deux instru- l'interventionnisme des Etats, etc .....
ques et 2 privées. ments clés: La politique alimentaire menée par les trois
- la subvention des prix à la consomma- pays jusqu'au milieu des années 1980 a
tion, montré ses limites; les réformes économi-
Bilan et perspectives - et les importations des quatre groupes de ques actuellement en cours accordent une
produits de large consommation. importance particulière à l'ensemble de la
Au cours des deux dernières décennies, Le développement du secteur des industries sphère alimentaire. Par sa position charnière
dans les trois pays du Maghreb central, agro-alimentaires procède également de entre l'agriculture et la consommation,
l'industrie agro-alimentaire a connu un cette politique,puisque, quelque soit le pays l'industrie agro-alimentaire occupe une
développement notable . D'une manière et ses orientations économiques, deux place privilégiée dans la nouvelle politique.
générale, ces trois pays avaient hérité au len- objectifs sont toujours fixés à l'industrie Cependant, la libéralisation des prix et le
demain de leur indépendance d'une indus- agro-alimentaire: désengagement de l'Etat posent un grand
trie de transformation de produits agricoles - la satisfaction des besoins alimentaires, nombre d'interrogations et soulèvent des
très peu développée. Elle était constituée de notamment des centres urbains et des popu- incertitudes surtout en Algérie où les entre-
quelques unités de petite dimension dont lations défavorisées, grâce à un approvision- prises agro-alimentaires traversent une
la production était surtout orientée vers nement régulier en produits de première période particulièrement difficile. La situa-
l'exportation; en fait cette activité se limi- nécessité . tion du secteur des industries agro-
tait souvent aux premières transformations - la réduction des importations des pro- alimentaires est en effet plus critique en
et au conditionnement nécessaires à l'expor- duits finis (voir même l'autosuffisance ali- Algérie . Il est vrai que l'amélioration de la
tation . Cependant, malgré son état mentaire) par une industrialisation de subs- consommation alimentaire a été plus remar-
embryonnaire, le secteur des industries titution aux importations. quable en Algérie, mais c'est également le
agro-alimentaires occupait déjà une place Parallèlement à cette expansion de l'indus- pays où la production a le moins progressé;
relativement importante. En effet les écono- trie des «produits de base», le Maroc et dans les industries de transformation des produits
mies maghrébines étaient de type agricole une moindre mesure la Tunisie, ont déve- de base sont pratiquement alimentées en
et les industries agro-alimentaires consti- loppé des industries de transformation totalité par les importations. Il convient éga-
tuaient le principal secteur industriel orientées vers l'exportation: conserves lement de souligner que les contraintes
puisqu 'elles assuraient une grande partie de végétales, produits halieutiques , huile naturelles sont plus fortes et les désiquilibres
la production et des emplois de l'industrie d 'olive .... .. Ce développement rapide des macro-économiques plus accentués en Algé-
de transformation. Un taux d'accroissement agro-industries a généré un grand nombre rie . Par contre, au Maroc , les réformes éco-
démographique élevé , combiné à une urba- de problèmes, certains communs aux trois nomiques semblent donner des résultats
nisation rapide , ainsi qu 'une amélioration pays, d 'autres plutôt spécifiques à chacun. plus satisfaisants; le secteur des agro-
des revenus plus ou moins importante selon D'une manière générale le fonctionnement industries connait un essor important depuis
le pays , ont engendré une forte demande en des industries agro-alimentaires se heurte à l'année 1987. Les exportations de ce secteur
produits alimentaires transformés . Actuelle- trois types de contraintes. . ont atteint en 1990 16 % des exportations
ment l'industrie de transformation des pro- Tout d'abord, en amont du secteur agro- totales. Cependant, compte tenu des poten~
duits agricoles occupe une place importante industriel, la faiblesse de l'agriculture n 'a pas tialités de production du pays, l'industriè
dans l'économie nationale des trois pays , et permis à la production locale de suivre le agro-alimentaire reste bien en deçà des pos-
dans leur économie agro-alimentaire . La rythme de la demande . Pour la plupart des sibilités. •

46

Vous aimerez peut-être aussi