Dette publique et croissance en MENA
Dette publique et croissance en MENA
Jamel BOUKHATEM
Department of Economics, College of Islamic Economics and Finance
Umm al-Qura University, P.O. Box 715 Makkah 21955, Saudi Arabia
Email : [email protected]
Malèk KAABI
Faculty of Economic sciences and Management
University of Tunis, Tunisia.
(Juillet 2015)
Résumé
Malgré la diversité des études théoriques, la problématique de la relation dette publique
– croissance économique reste une question controversée. L’objet de ce papier consiste
donc à expliciter la nature d’une telle relation dans les économies de la région MENA.
Un modèle de croissance standard a été spécifié puis estimé sous forme quadratique
moyennant la méthode des moments généralisés en panel dynamique. Les résultats
montrent une relation non linéaire entre la dette publique et la croissance économique.
La dette publique stimule la croissance économique lorsqu’elle ne dépasse pas le seuil
de 15% du PIB. Les tests de robustesse montrent que la dette publique booste les
conditions économiques des pays dotés de politiques macroéconomiques saines et
d’une bonne qualité institutionnelle.
Keywords: public debt, threshold effect, institutional quality, panel data, GMM
JEL Classification: C33, F34, H63, O43
1
1. Introduction
La forte hausse de la dette publique n’est pas réservée uniquement pour les pays
de la zone euro, mais aussi elle a été marquée dans d’autres régions et sur la
même période. Dans le Royaume-Uni, les ratios d’endettement public
relativement faibles en 2007, ont passé ainsi de plus de 40% du PIB à presque 85%
du PIB fin 2011. Aussi, aux Etats-Unis le taux d’endettement public a passé de plus
de 60% du PIB à environ 100% du PIB fin 2011. Encore au Japon, le taux
d’endettement qui était déjà élevé en 2007, 50% du PIB, grimpait pour atteindre
240% du PIB.
Il est évident que cette forte augmentation du taux d’endettement observée ces
derniers temps est directement liée, d’une part, aux programmes de soutien
accordés au moment de la crise et, d’autre part, aux baisses des recettes induites
par la récession économique suite à la crise. Il convient donc de signaler que la
croissance des déficits budgétaires forme effectivement le majeur déterminant de
l’augmentation du ratio de l’endettement public. Même si, depuis l’année 2010, la
situation économique était enfin maîtrisée, la dynamique à la hausse du taux
d’endettement de la plupart des pays surtout avancés s’est continue. En effet,
cette évolution a amené économistes et décideurs politiques à étudier d’une façon
plus précise les effets de la dette publique sur la croissance économique. Dans ce
2
contexte, une littérature abondante a traité les impacts économiques de
l’endettement public. Ainsi, Ricardo (1820), Barro (1974), Elmendorf et Mankiw
(1999) et autant d’autres, ont fourni de bonnes revues de littérature en
développant un support théorique pour étudier la relation dette publique –
croissance économique. Un peu plus tard, Clements et al. (2003), Singh (2006) et
Cohen (2011) présentent une revue bien étendue et relativement exhaustive
quant à la nature de la relation entre dette publique et croissance économique.
Par ailleurs, la plupart des travaux empiriques sur le sujet essayent de rechercher
un seuil optimal au ratio dette / PIB, et ce en l’absence d’un modèle théorique clair
montrant les interactions entre les niveaux de la dette publique et la dynamique
de la croissance (Reinhart et Rogoff, 2009 et 2010 ; Ferreira, 2009 ; Kumar et Woo,
2010 ; Checherita et Rother, 2010 ; Panizza et Presbitero, 2012, etc.). Seulement,
faut-il souligner que malgré les critiques adressées au cas Reinhart et Rogoff et
l’erreur révélée dans leurs travaux, le seuil alarmant de 90% semble très important
du fait qu’il remplit un gap dans la littérature sur le sujet.
Notons que ces travaux portent essentiellement sur des panels de pays
développés et émergents de l’Europe, de l’Asie ou de l’Amérique. Pour la région
Moyen-Orient et Afrique du Nord (MENA), certains pays sont, dans les meilleurs
des cas, intégrés dans les échantillons déjà considérés. Et, à notre connaissance,
aucun travail n’a été entièrement consacré à l’examen de la relation entre dette
publique et croissance économique dans la région MENA.
Le reste du papier est comme suit. La deuxième section relatera l’ensemble des
travaux théoriques et empiriques réalisés sur la relation dette publique – croissance
économique. Ensuite la troisième section sera consacrée à la spécification du modèle et à
la méthodologie économétrique. La quatrième section exposera les résultats obtenus et
leurs interprétations économiques. Enfin, la dernière section conclut le papier.
2. Revue de la littérature
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courante sera octroyée aux prêteurs étrangers. Selon Krugman (1988), Sachs
(1989), Pattillo et al. (2002), l’hypothèse de surendettement suggère que s’il ya
une probabilité future que la dette externe publique sera plus grande que la
capacité de remboursement du pays, les coûts prévus du service de la dette
découragent davantage l’investissement domestique et étranger et nuisent à la
croissance économique. Dans ce contexte, Sachs a constaté que la capacité de
remboursement de la dette du pays concerné est affaiblie par un niveau
d’endettement important, donc les coûts futurs du service de la dette découragent
l’investissement national. Ce principe est connu sous le nom du fardeau virtuel de
la dette ou « debt overhang ». Cette théorie est perceptible à travers la courbe de
Laffer selon laquelle l’alourdissement de la dette baisse la probabilité de son
remboursement.
Singh (2006), admet qu’un niveau élevé de la dette publique a des incidences
négatives sur la croissance et sur d’autres indicateurs du développement
économique, et par conséquent sur la stabilité macroéconomique. Par ailleurs, les
travaux d’Alesina et Tabellini (1989) et de Cerra et al. (2008) ont prouvé l’existence
d’une relation entre l’accroissement de la dette et la fuite de capitaux. Ainsi, les
pays à faibles institutions ont tendance à accumuler la dette et donc décourager
les entrées des capitaux tout en favorisant les fuites de capitaux. Dans les années
quatre-vingt, les économistes ont mis en exergue le rôle nuisible qu’exerce la dette
sur les anticipations des agents économiques, et par la suite sur l’investissement :
c’est bien la théorie du fardeau virtuel de la dette. Selon cette théorie, lorsqu’un
pays ne peut plus faire face à son service de la dette, il y aurait moins de
motivation pour investir, et ce, en tenant compte des coûts prévus de ce service.
Ceci exerce un effet dépressif sur l’investissement en affectant directement les
mouvements de capitaux.
Christensen (2005), d’une part, et Hanson (2007), de l’autre, ont montré que pour
les pays qui ont une part importante de dette intérieure, l’investissement privé est
limité ce qui provoque une diminution de l’épargne nationale nette et une
augmentation des taux d’intérêt, et par conséquent l’on assiste à une modération
du crédit. Le rationnement du crédit est du au transfert des risques aux banques
en cas d’une longue échéance vu le taux fixe de l’emprunt interne et donc une
réduction des rendements.
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ressources qui pourraient être canalisées vers l’investissement seront utilisées au
remboursement du service de la dette. Le souci de remboursement du service de
la dette présente un obstacle pour la réforme économique (Clements et al, 2003).
Jusque-là, ces travaux ont montré l’impact négatif d’un niveau élevé de la dette
publique sur la croissance économique sans s’interroger sur la nature d’une telle
relation. En effet, la dette publique a un impact positif sur la croissance jusqu’à un
certain niveau ; au-delà de ce seuil, l’effet de la dette devient négatif. En outre, un
excès de dette publique peut affecter la croissance économique à travers plusieurs
canaux de transmission.
Selon les auteurs cette relation non linéaire peut être expliquée par la notion
d’intolérance à la dette. En effet, lorsque l’économie atteint les limites prévues de
tolérance à la dette, on observe une augmentation des taux d’intérêt du marché.
Cette hausse des taux engendre une élévation des impôts qui, entraine par la suite
de sévères ajustements budgétaires.
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30% est de 3.7%. L’écart est de deux points de pourcentage, ce qui plaide en
faveur d’une relation dette publique – croissance plus forte dans les économies
émergentes.
Dans le même sens, le FMI (2002) effectue une étude empirique afin d’examiner le
lien entre dette et croissance. Les résultats tirés de cette étude ont montré que
lorsque la dette représente 160% à 170% des exportations et 35% à 40% du PIB,
elle affecte négativement la croissance économique. Aussi, il semble que l’écart de
croissance entre les pays peu endettés et les pays très endettés est en moyenne
plus de 2% par an. Selon l’étude du FMI, les pays peu endettés sont ceux où la
dette représente moins de 100% des exportations ou 25% du PIB alors que la dette
des pays très endettés représente plus de 367% des exportations ou plus de 95%
du PIB. Enfin, lorsqu’on enregistre une diminution de la dette de 200% à 100% des
exportations, un gain de l’ordre de 1 point de la croissance par habitant est
constaté.
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En se basant sur un échantillon de 101 pays développés et en développement
entre 1980 et 2008, Caner et al. (2010), ont obtenu des résultats similaires à ceux
de Reinhart et Rogoff (2010a). Dans le cas des pays développés, ils ont estimé le
seuil optimal de la dette publique à 77% du PIB. Au-delà de ce seuil, un point de
pourcentage supplémentaire du ratio de la dette coûte 1.7% de la croissance réelle
annuelle. Pour les pays en développement, le seuil est de 64% du PIB, en
dépassant cette limite, le taux de croissance baisse d’environ 2% du PIB.
Effectivement, le non linéarité du lien entre la dette publique et la croissance
économique montre que pour un niveau d’endettement modéré, la hausse de la
dette publique par rapport au PIB favorise le développement des investissements
en vue d’attraper une croissance plus rapide, mais il faut mentionner qu’une
hausse de la dette au-dessus des seuils déjà trouvés réduit la croissance
économique.
Kumar et Woo (2010) examinent l’impact d’une dette publique élevée sur la
croissance économique à travers un panel d’économies avancées et émergentes
au cours de la période 1970-2007. Les résultats ont montré l’effet linéaire négatif
de la dette publique sur la croissance économique. Ainsi, une hausse de 10% du
ratio d’endettement public engendre un ralentissement de 2% du taux de
croissance économique. Cette relation n’est pas non plus toujours linéaire comme
le souligne les auteurs. Pour un taux d’endettement inférieur à 30% du PIB, les
pays avancés connaissent une augmentation de 3.2% du PIB par habitant, tandis
que cet accroissement ne s’élevait qu’à 1.9% pour un taux d’endettement
supérieur à 90% du PIB. On remarque ici que plus modeste est la dette publique
plus forte est la hausse moyenne du PIB par habitant à prix constant. Enfin, pour
les pays en développement, la hausse du PIB par habitant à prix constant est plus
élevée à mesure que la dette publique diminue. Concernant les pays en
développement et les pays émergents, une relation négative peut être constatée
entre le niveau d’endettement et la formation brute de capital fixe. Ce constat
peut confirmer l’existence d’un canal de transmission qui agit par le biais de la
formation brute de capital. Par contre, cette relation n’apparaît pas dans les pays
avancés.
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quadratique entre la dette publique et la croissance économique. Les résultats
obtenus prouvent que la dette a une relation en forme de courbe en U inversée
avec la croissance et confirment ainsi, l’hypothèse de non linéarité. Au-delà d’un
seuil de 90% à 100% du ratio dette / PIB, la dette publique est préjudiciable à la
croissance économique. Toutefois, lorsque la dette atteint 70% du PIB, ses effets
négatifs sur la croissance apparaissent.
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Cependant, dans certains cas, plusieurs faits observés infirment ce seuil. C’est le
cas du Japon dont la dette dépasse 200% du PIB. Il n’existe donc pas un seuil
magique bien défini à partir duquel la croissance fléchit sensiblement. Il est donc
indispensable lors de l’analyse du seuil critique de la dette de tenir compte des
caractéristiques économiques, budgétaires et institutionnelles de chaque pays à
part.
Cordella et al. (2010), montrent dans une étude sur les pays en développement
que le lien entre dette publique et croissance économique dépend non seulement
de l’ampleur de l’endettement mais aussi de la qualité des politiques et des
institutions. Les auteurs prouvent l’existence d’un surendettement dans les pays
dotés de bonne qualité institutionnelle, et ceci lorsque la valeur actuelle nette de
la dette s’élève au-dessus de 20 à 25% du PIB, mais au-delà d’un taux de 70 à 80%
du PIB la dette n’a aucun effet. Dans les pays dotés de mauvaise qualité
institutionnelle, les taux sont plus faibles que dans les autres pays mais sans
pourtant négliger l’importance du poids de la dette. Dans le même sens, Presbitero
(2008), et pour un panel de 114 pays en développement, a montré que le lien
entre dette publique et croissance économique dépend des politiques et des
institutions des pays.
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effet à long terme est positif uniquement dans le cas d’un cadre institutionnel
stable.
Somme toute, les études précédentes suggèrent que la dette publique affecte les
conditions économiques des pays dotés de politiques macroéconomiques saines et
d’une bonne qualité institutionnelle.
Spécification du modèle
Ou encore
L’hypothèse de base de notre travail consiste à vérifier l’effet d’une dette très
élevée sur l’activité économique. L’hypothèse de convergence conditionnelle
implique une valeur négative et significative du coefficient de la valeur retardée du
PIB par tête. Dans ce cas, les variables de contrôle et l’effet spécifique individuel
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accrochent le niveau de revenu par tête de long terme vers lequel chaque pays
converge. Au contraire, une valeur positive de ce coefficient signifie le rejet de
l’hypothèse de convergence, définie comme un processus de rattrapage.
La variable endogène étant la croissance annuelle du PIB par tête. Les variables
explicatives sont présentées en annexe 2. Comme indicateur de performance de
l’activité économique, on retient le taux de croissance annuel du PIB par tête.
Cette mesure étant la plus appropriée permettant de vérifier l’hypothèse de
convergence conditionnelle. Cette variable fut explicitement utilisée dans la
littérature empirique (Patillo et al., 2004; Schclarek, 2004 ; Ferreira, 2009 ;
Checherita & Rother, 2010 ; Kumar & Woo, 2010 ; Presbitero, 2010 et Baum et al.,
2013).
Les statistiques descriptives relatives à ces variables ont été calculées pour la
totalité de l’échantillon (annexe 3).
Méthodologie économétrique
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La méthode économétrique adoptée étant la méthode des moments généralisés
GMM (General Method of Moment) sur données de panel dynamique. En fait,
l’estimateur de ce modèle par la méthode des MCO conduit à des estimateurs
biaisés et non convergents surtout lorsque la variable dépendante retardée est
corrélée avec les effets individuels 𝜇𝑖 .
Plus loin, Blundell et Bond (1998) proposent l’estimateur GMM en système. Ils
combinent les équations en différences premières avec les équations en niveau
dans lesquelles les variables sont instrumentées par leurs différences premières. A
travers les simulations de Monte Carlo, Blundell et Bond (1998) ont prouvé que
l’estimateur GMM en système est plus performant que celui en différences
premières. En effet, lorsque les instruments sont faibles, l’estimateur GMM en
différences premières nous donne des résultats biaisés dans des échantillons finis.
4. Résultats et interprétations
Deux tests de stationnarité sur données de panel seront appliqués, le test de Levin
Lin et Chu LLC (2002) et le test Im Pesaran et Shin IPS (2003). Le tableau 1
récapitule les résultats de ces tests. Rappelons que ces deux tests se basent sur
l’hypothèse nulle de racine unitaire.
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autorégressive par le biais du test TPS (2003) modifie sensiblement les résultats
obtenus par LLC (2002). Seules les variables institutionnelles sont non stationnaires
en appliquant le test d’IPS (2003).
Les tableaux 3 et 4 récapitulent les résultats des estimations sur panel dynamique
du modèle retenu en utilisant la méthode des moments généralisées (GMM) en
différences premières d’Arellano et Bond (1991). Le tableau 3 résume toutes les
régressions linéaires et non linéaires (quadratiques) en fonction des trois variables
institutionnelles, de l’indicateur d’endettement et des variables de contrôle prises
dans les différentes spécifications. Le tableau 4, quant à lui, présente les
différentes estimations après l’introduction de nouvelles variables de contrôle.
Enfin, le tableau 5 synthétise les différents seuils déterminés.
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Tableau 3 : Résultats des estimations du modèle linéaire et quadratique (échantillon total)
Variable dépendante : taux de croissance du PIB par tête
Spécifications linéaires Spécifications non linéaires
(1) (2) (3) (4) (1)’ (2)’ (3)’ (4)’
gdp_cap_growth_rate (-1) -0,444 -0,380 -0,478 0,000 -0, 342 -0,560 -0,301 -0,497
(0,009)* (0,058)*** (0,041)** (0,995) (0,066)*** (0,023)** (0,232) (0,078)***
lag_log_gdp_percapita -0, 317 -0,267 -0,321 -0,201 -0,406 -0,320 -0,353 -0,273
(0,003)* (0,000)* (0,000)* (0,000)* (0,002)* (0,002)* (0,003)* (0,020)**
log_invest 0, 036 0,023 0,027 0,027 0,034 0,027 0,026 0,027
(0,004)* (0,008)* (0,007)* (0,036)** (0,001)* (0,035)** (0,049)** (0,054)***
loginflation -0,000 0,001 0,003 -0,003 0,000 0,001 0,002 -0,000
(0,977) (0,605) (0,235) (0,138) (0,985) (0,431) (0,100) (0,852)
log_openess 0,313 0,021 0,021 0,058 0,044 0,016 0,042 0,042
(0,101) (0,153) (0,102) (0,000)* (0,000)* (0,380) (0,002)* (0,002)*
log_scola 0, 094 -0,115 -0,086 0,009 0,116 -0,026 0,011 0,083
(0,291) (0,137) (0,492) (0,930) (0,191) (0,745) (0,898) (0,415)
log_public_debt -0, 018 -0,024 -0,017 -0,014 0,096 0,087 0,143 0,135
(0,075)*** (0,003)* (0,002)* (0,087)*** (0,002)* (0,028)** (0,000)* (0,000)*
log_pub_debt_carr -0,018 -0,018 -0,026 -0,025
(0,003)* (0,000)* (0,000)* (0,000)*
account 0,044 0,050
(0,059)*** (0,054)***
regl_quality 0,035 0,013
(0,041)** (0,200)
corrup -0,028 -0,019
(0,020)** (0,228)
Nombre d’observations 137 81 81 81 137 81 81 81
Test de Sargan 4,834 3,663 3,171 10,358 2,303 2,391 5,29 6,502
(1)* (1)* (1)* (1)* (1)* (1)* (1)* (1)*
AR(1) -0,556 -0,033 0,627 -1,396 -0,628 0,569 -0,698 -0,078
(0,577)* (0,973)* (0,53)* (0,162)* (0,529)* (0,569)* (0,484)* (0,937)*
AR(2) 0,534 0,469 -0,069 1,276 0,765 -0,127 0,584 -0,105
(0,593)* (0,638)* (0,944)* (0,201)* (0,443)* (0,898)* (0,558)* (0,916)*
*, ** et *** significatif respectivement à 1%, 5 et 10%.%. Les chiffres entre parenthèses sont des p-values. Sargan-Hansen : test de validité des instruments. AR(1) et AR(2) : statistique
d’Arellano-Bond du test d'autocorrélation des erreurs, respectivement d’ordre 1 et 2 : l’hypothèse nulle étant l’absence d’autocorrélation de premier et de deuxième ordre.
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La lecture des résultats montre que les coefficients liés à la variable PIB / tête
retardée sont tous négatifs et fortement significatifs. L’hypothèse de convergence
conditionnelle est donc acceptée dans la totalité des cas au seuil de 1%. Ce résultat
confirme donc l’hypothèse de convergence conditionnelle mise en œuvre aussi
bien dans les travaux de Barro et Sala-i-Martin (1995) que de Mankiw et al. (1992).
Le coefficient négatif du revenu par tête s’interprète ainsi par un rattrapage du
niveau de revenu de long terme vers lequel chaque pays converge.
15
nombre réduit des secteurs économiques dynamiques et compétitifs sur le plan
international. Ces explications trouvent ses échos dans les travaux de la Banque
Mondiale (2007).
16
même en introduisant les variables institutionnelles, la dette publique continue à
freiner la croissance économique.
Tests de robustesse
Nous testons la robustesse des résultats déjà obtenus par l’ajout d’autres variables
de contrôle à savoir, le taux de croissance de la population (log_popgrowth) et le
taux de chômage (log_unempl_rate). Les résultats relatifs à cette spécification sont
présentés dans le tableau 4.
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Tableau 4 : Dette publique et croissance économique (variables de contrôle supplémentaires)
Variable dépendante : taux de croissance du PIB par tête
18
Encore une fois les conditions de convergence conditionnelle sont vérifiées. Les
résultats obtenus ne divergent pas beaucoup de ceux obtenus précédemment.
S’agissant de la variable investissement (log_invest), il faut souligner que les
résultats sont, en majorité, significatifs et conformes aux différents travaux
théoriques. Ainsi, et comme le suggèrent les théories, le taux d’investissement
exerce un effet bénéfique sur la croissance. Toutefois, en introduisant la variable
taux de chômage dans la spécification non linéaire (1)’, l’effet du taux
d’investissement sur la croissance devient négatif et non significatif. Ce résultat
peut être justifié par la réduction des investissements directs étrangers dans la
région MENA liée, d’une part, à la récession économique mondiale, et de l’autre, à
l’incertitude croissante provenant des transitions du printemps arabe dont les pays
touchés par l’agitation affichent des primes de risque plus élevées que les autre
pays de la région.
A partir des résultats présentés ci-dessus, on peut remarquer que l’ajout des
variables de contrôle influent sur la significativité et les signes attendus des
coefficients des variables d’intérêt. En ce qui concerne le taux de chômage, les
résultats de la majorité des régressions montrent un effet négatif mais non
significatif du taux de chômage sur la croissance économique. De même, on
remarque que tous les coefficients da la variable taux de croissance de la
population (log_popgrowth) sont de signes attendus pour l’ensemble des
régressions. Conformément aux modèles théoriques de croissance, on constate
que la croissance économique est influencée négativement par le taux de
croissance de la population.
19
L’effet seuil
Comme on l‘a déjà mentionné, l’approche non linéaire repose sur l’idée
d’introduire le carré de la variable « dette publique » dans le groupe des variables
exogènes et prend généralement la forme suivante :
𝑑𝑦𝑖𝑡 𝛽
= 0 ⟹ 𝛽1 + 2𝛽2 𝐷𝑖𝑡 = 0 ⟹ 𝐷𝑖𝑡 = (− 2𝛽1 )
𝑑𝐷𝑖𝑡 2
20
5. Conclusion
L’objectif de cet article est d’expliciter la relation, si elle existe, entre la dette
publique et la croissance économique dans les économies de la région MENA.
Après une revue relativement exhaustive des principaux travaux théoriques, il a
été question de tester empiriquement la nature de la relation entre dette et
croissance. Les estimations ont porté sur un panel de 19 pays moyennent la
méthode des moments généralisés (GMM).
Par ailleurs, le seuil à partir duquel la relation dette publique – croissance change
de signe est aux alentours de 15%. Ce seuil n’est pas surprenant du fait des faibles
taux d’endettement de plusieurs pays de la région MENA surtout ceux
exportateurs de pétrole, relativement aux pays développés.
21
engagements. Enfin, une infrastructure juridique et institutionnelle développée
luttant particulièrement contre la corruption et respectant l’état de droit et les
droits de propriétés est de nature à canaliser les fonds empruntés vers les usages
les plus productifs.
22
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26
Annexes
Annexe 1 : Liste des pays
Algérie, Arabie Saoudite, Bahreïn, Djibouti, Egypte, Emirats Arabes Unis, Iran, Iraq,
Jordanie, Koweït, Liban, Libye, Malte, Maroc, Oman, Qatar, Syrie, Tunisie, Yémen.
27
d'inscriptions dans l’UNESCO
l'enseignement primaire, quel
que soit leur âge, exprimé en
pourcentage de la population
en âge officiel d'éducation
primaire.
la part de la population active
Chômage total (% de la qui est sans emploi mais qui WDI, World
unempl_rate
population) est disponible pour et à la Bank, 2012
recherche d'un emploi
Kaufman,
Cette variable reflète le degré
Etre à l’écoute Kraay et
selon lequel les citoyens d’un
et rendre account Mastruzzi,
pays participent à la sélection
compte WGI, World
de leurs gouvernants.
Les variables institutionnelles
Bank, 2010
Reflète la capacité du
gouvernement à formuler et Kaufman,
mettre en œuvre des politiques Kraay et
Qualité de
et des réglementations qui Regl_quality Mastruzzi,
réglementation
permettent et favorisent le WGI, World
développement du secteur Bank, 2010
privé.
Kaufman ,
On peut la définir comme Kraay et
Lutte contre la
usage de pouvoir public pour Corrup Mastruzzi,
corruption
des gains privés. WGI, World
Bank, 2010
28
PRIVATE_CREDITS 41.02635 26.89194 133.7432 1.801788 395
BANKING_CREDITS 58.69140 41.93782 191.1657 -65.93389 395
PUBLIC_DEBT 61.55173 53.61776 493.6570 0.000000 328
ACCOUNT -0.893943 0.657746 1.340725 -2.041984 247
POLI_STAB -0.288572 0.981025 1.544366 -3.176309 247
GOV_EFFECT -0.163035 0.775914 4.815000 -1.947077 248
REGL_QUALITY -0.250167 0.794369 1.401450 -2.165947 247
RULE_LAW -0.131896 0.768774 1.598709 -1.925797 247
CORRUP -0.169588 0.714830 1.683118 -1.576253 247
29
Annexe 4 : les matrices de corrélation
ECO_ POP_ GDP_ UNEMPL_ PRIVATE_ BANKING_ PUBLIC_ POLI_ GOV_ REGL_ RULE_
GROWTH GROWTH PER_CAPITA INFLAT INVEST RATE SCOLA OPENESS CREDITS CREDITS DEBT ACCOUNT STAB EFFECT QUALITY LAW CORRUP
ECO_GROWTH 1,000
POP_GROWTH 0,567 1,000
GDP_PER_CAPITA 0,395 0,615 1,000
INFLAT 0,135 0,077 -0,144 1,000
INVEST 0,218 0,146 -0,208 0,167 1,000
UNEMPL_RATE -0,175 -0,375 -0,726 0,089 0,248 1,000
SCOLA 0,030 0,089 0,090 -0,215 0,167 -0,176 1,000
OPENESS -0,067 -0,063 0,282 -0,232 -0,277 -0,238 -0,163 1,000
PRIVATE_CREDITS -0,100 -0,156 0,269 -0,284 -0,281 -0,305 -0,215 0,802 1,000
BANKING_CREDITS -0,060 -0,157 0,167 -0,283 -0,320 -0,284 -0,206 0,629 0,881 1,000
PUBLIC_DEBT -0,177 -0,183 -0,379 -0,309 -0,348 0,202 -0,080 0,092 0,127 0,363 1,000
ACCOUNT -0,103 -0,159 0,334 -0,311 -0,286 -0,279 -0,317 0,743 0,785 0,736 0,098 1,000
POLI_STAB 0,095 0,172 0,568 -0,380 -0,357 -0,565 0,015 0,689 0,718 0,623 0,105 0,701 1,000
GOV_EFFECT 0,051 0,028 0,442 -0,322 -0,186 -0,304 -0,139 0,749 0,862 0,691 -0,053 0,757 0,815 1,000
REGL_QUALITY 0,008 0,063 0,499 -0,409 -0,348 -0,328 -0,220 0,797 0,856 0,696 0,007 0,771 0,746 0,883 1,000
RULE_LAW 0,018 0,092 0,563 -0,377 -0,418 -0,507 -0,187 0,785 0,862 0,764 0,112 0,796 0,878 0,868 0,901 1,000
CORRUP 0,185 0,246 0,708 -0,330 -0,258 -0,522 -0,170 0,642 0,741 0,589 -0,108 0,713 0,792 0,833 0,825 0,872 1,000
30