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Valeurs absolues sur Q : Archimédienne et p-adique

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Valeurs absolues de Q.

Abdellah Bechata

www.mathematiques.fr.st

Résumé
Nous définissons et explicitons toutes les valeurs absolues de Q. Dans cet article, p désignera systématiquement
un nombre premier.

Définition 1
Soit k un corps. On appelle valeur absolue sur k toute application || de k dans R+ telle que

∀x ∈ k, |x| = 0 ⇔ x = 0 (1)
∀x,y ∈ k, |xy| = |x| |y| (2)
∀x,y ∈ k, |x + y| 6 |x| + |y| (3)

Un corps muni d’une valeur absolue s’appelle un corps valué.


1 1
L’égalité (2) et (1) montre que |1| = 1 (x = y = 1), |−1| = 1 (x = y = −1) puis que = .
x |x|

Définition 2
Une valeur absolue constante || est dit triviale ssi |x| = 1 ∀x ∈ k × et |0| = 0.
Il est évident qu’une valeur absolue triviale est une valeur absolue !.

Exemple 1 (valeur absolue archimédienne sur Q)


La valeur absolue usuelle sur Q est une valeur absolue sur Q !
On l’appelle valeur absolue archimédienne de Q et on la note désormais ||∞ .

Exemple 2 (valeur absolue p-adique sur Q)


Soit p un nombre premier. On considère la fonction ||p définie par
a
∀x ∈ Q× , |x|p = p−k si x = pk avec (a,p) = (b,p) = 1 et |0|p = 0.
b
où (a,b) désigne le pgcd de a et de b.

Lemme 1
L’application x 7→ |x|p est une valeur absolue sur Q .Elle vérifie, en outre, l’inégalité (ultramétrique)

∀x,y ∈ Q, |x + y|p 6 max(|x|p , |y|p ). (4)

Cette valeur absolue ||p est appelée valeur absolue p-adique de Q.


Preuve :
Par définition de ||p , l’égalité (1) est satisfaite.
a 0 c 0 ac
Si x = pk et y = pk avec (a,p) = (b,p) = (c,p) = (d,p) = 1 alors xy = pk+k et (ac,p) = (bd,p), ce qui nous
b d bd
donne
0 0
|xy|p = p−(k+k ) = p−k p−k = |x|p |y|p

1
et démontre l’égalité (2).
D’autre part, en supposant que k 6 k 0 (sinon on échange x et y), on a |y|p = max(|x|p , |y|p ) et
p

a c ad + cbp k0 −k
0
x + y = pk ( + pk −k ) = pk ( ).
b d bd
0 0
Puisque ad + cbpk −k est un entier, il existe deux entiers r et a0 tels que ad + cbpk −k = pr a0 avec (a0 ,p) = 1 et
r > 0. En outre, p est premier à b et d donc p est premier à bd, ce qui nous donne l’inégalité
|x + y|p = p−(k+r) 6 p−k = max(|x|p , |y|p ) 6 |x|p + |y|p ,
qui démontre les inégalités (3).et (4)
Remarque 1
Il est de notoriété publique que l’ensemble des entiers relatifs Z est un ensemble non borné pour la distance usuelle
sur R induit par la valeur absolue archimédienne ||∞ . Par contre, si p désigne un nombre premier, tout entier n
s’écrit sous la forme pr m où r est un entier positif et m0 un entier relatif premier à p donc
∀n ∈ Z, |n|p = p−r 6 1,
ce qui implique que l’ensemble Z est borné pour toute valeur absolue p-adique ||p .

Définition 3

– On appelle corps valué, tout couple de la forme (k, ||) où k est un corps et || est une valeur absolue sur k.
– On appelle distance induite sur k par || , la distance d|| sur k définie par
∀x,y ∈ k,d|| (x,y) = |x − y| .
(je laisse au lecteur le soin de vérifier qu’il s’agit bien d’une distance)
– On dit que deux valeurs absolues sur k, ||1 et ||2 , sont équivalentes ssi leurs distances associées respectives
induisent la même topologie sur k.
Rappellons que deux distances d1 et d2 sur un espace métrique X définissent la même topologie si les ouverts
pour la distance d1 sont les ouverts pour la distance d2 .
Lemme 2
Soit k un corps et ||1 , ||2 deux valeurs absolues sur k.
Les valeurs absolues ||1 et ||2 sont équivalentes ssi pour toute suite (xn )n∈N de k (|xn |1 → 0) ⇔(|xn |2 → 0).
n→+∞ n→+∞

Preuve :

– Supposons que les valeurs absolues ||1 et ||2 sont équivalentes.


Soit (xn )n>0 une suite de k convergeant vers 0 pour la distance d1 . Alors, pour tout ouvert V de 0 (pour
la distance d1 ), il existe un rang n0 tel que ∀n > n0 , un ∈ V. Or tout ouvert pour d2 est un ouvert de d1 ,
donc pour tout ouvert V de 0 (pour la distance d2 ), il existe un rang n0 tel que ∀n > n0 , un ∈ V ce qui
démontre que (xn )n>0 converge vers 0 pour la distance d2 .
– Supposons que pour toute suite (xn )n∈N de k (|xn |1 → 0) ⇔(|xn |2 → 0).
n→+∞ n→+∞
Démontrer que les ouverts pour d1 sont les ouverts pour d2 revient à démontrer que les fermés pour d1 sont
les fermés de d2 (le complémentaire d’un ouvert est un fermé et vice-versa). La caractérisation séquentielle
des fermés montre que F est fermé ssi pour toute suite (xn )n>0 d’éléments de F convergeante vers x dans k
pour la distance d1 alors x ∈ F .
Soit F un fermé pour la distance d1 et soit (xn )n>0 une suite d’éléments de F convergeante vers x ∈ k pour
la distance d2 . Alors d||2 (xn ,x) = |xn − x|2 → 0 ⇔ |xn − x|1 = d||1 (xn ,x) → 0. On en déduit que la suite
(xn )n>0 converge vers x dans k pour la distance d1 et, puisque F est fermé pour la distance d1 , x ∈ F.
L’ensemble F est donc fermé pour la distance d2 . En échangeant les rôles de d1 et d2 , on conclut.

2
Théorème 1
Soient ||1 et ||2 deux valeurs absolues sur k, alors ||1 et ||2 , sont équivalentes ssi il existe un réel positif a tel que

∀x ∈ k, |x|1 = |x|a2

Preuve :
L’implication réciproque est évidente grâce au lemme 2.
Pour l’implication directe, soit x un élément de k tel que |x|1 < 1.
La suite (xn )n∈N converge vers 0 (|xn |1 = |x|n1 ) dans (k,d||1 ) donc elle converge vers 0 dans (k,d||2 ) c’est-à-dire
|x|n2 = |xn |2 → 0 d’où |x|2 < 1. En échangeant le rôle joué par les deux valeurs absolues, on obtient que
n→+∞

∀x ∈ k, (|x|1 > 1) ⇔ (|x|2 > 1)

1
ensuite en remplaçant x par (x 6= 0), on obtient
x
∀x ∈ k, (|x|1 > 1) ⇔ (|x|2 > 1)

et par conséquent
∀x ∈ k, (|x|1 = 1) ⇔ (|x|2 = 1)
Ainsi si ||1 est la valeur absolue triviale, on en déduit que ||2 est également la valeur triviale.
Supposons ||1 ne soit pas triviale : il existe x0 ∈ k tel que |x0 |1 > 1 (donc |x0 |2 > 1) ce qui implique qu’il existe
ln |x0 |1
a ∈ R+ tel que |x0 |1 = |x0 |a2 (a = > 0).Soit x ∈ k tel que |x|1 > 1. Considérons le réel b pour lequel
ln |x0 |2
p
|x|1 = |x0 |b1 . Pour tout rationnel < b, on a les équivalences suivantes :
q
p p
q xq q
|x|1 < |x0 |1 ⇔ |xq |1 < |xp0 |1 ⇔ p < 1 ⇔ |xq |2 < |xp0 |2 ⇔ |x|2 < |x0 |2 .
x0 1

p
En faisant tendre vers b dans R, on obtient que |x|2 6 |x0 |b2 .
q
p
En appliquant le même raisonnement à un rationnel > b puis en passant à la limite, on obtient que |x|2 > |x0 |b2
q
ce qui nous fournit l’égalité
b 1
a a
|x| = |x0 | = |x0 | = |x| ⇒ |x| = |x|a
b
2 2 1 1 1 2
1
valable pour tout élément x de k tel que |x|1 > 1. En remplaçant x par et en utilisant la multiplicativité des
x
valeurs absolues, on en déduit que

∀x ∈ k, tel que |x|1 6= 1, |x|1 = |x|a2 .

x x |x|1 1
Soit x ∈ k tel que |x|1 = 1. L’élément qui vérifie = = < 1 donc on a
x0 x0 1 |x0 |1 |x0 |1
a
x x
= ⇔ |x|1 = |x|a2
x0 1 x0 2

(car |x0 |1 = |x0 |a2 ), ce qui nous permet d’affirmer

∀x ∈ k, |x|1 = |x|a2 .

3
Corollaire 1
Deux valeurs absolues ||p et ||l sont équivalentes ssi p = l
Preuve :
La réciproque est triviale. Pour l’implication directe, il suffit de considérer la suite (pn )n>0 . Elle converge vers 0
pour ||p car |pn |p = p−n → 0 quand n → +∞) et si p 6= l, elle ne converge pas vers 0 pour ||l car |pn |l = 1 9 0.

Théorème 2 (Ostrowski)
Toute valeur absolue sur Q est équivalente à la valeur absolue archimédienne ||∞ ou à une certaine valeur absolue
p-adique ||p ..
Preuve :
Soit || une valeur absolue sur Q non triviale.
1. Cas où Z est un ensemble borné pour || .
Pour tout n ∈ Z\{0}, la suite (nk )k>0 est bornée donc la suite ( nk = |n|k )k l’est également, ce qui démontre
que
∀n ∈ Z, |n| 6 1. (5)
La valeur absolue || n’est pas triviale. Il existe alors un nombre entier non nul n0 tel que |n0 | < 1 (sinon
a a
pour tout entier non nul n, l’égalité |n| = 1 est vérifiée donc pour tout rationnel , on a = 1, ce qui
0
b b
contredit l’hypothèse). Pour ce nombre n , il existe des nombres premiers p1 ,..,pr deux à deux distincts et
des entiers positifs l1 ,..,lr tels que n0 = ±pl11 ..plrr donc |p1 |l1 .. |pr |lr = |n0 | < 1. Chacun des facteurs de ce
produit est inférieur à 1 et le produit est strictement plus petit que 1 donc il existe un nombre premier pi
tel que |pi | < 1. Désormais, nous noterons p le nombre premier pi .
Le théorème de Bezout montre que pour tout nombre n premier à p, il existe des entiers relatifs ak et bk tels
que ak pk + bk nk = 1. Supposons que |n| < 1 alors

ak pk = |ak | |p|k 6 |p|k → 0 et bk nk = |bk | |n|k 6 |n|k → 0.


cf. (5) k→+∞ cf. (5) k→+∞

On en déduit que
∀k ∈ N, 1 = |1| = ak pk + bk nk 6 ak pk + bk nk → 0
k→+∞

ce qui est absurde (on remarquera que dans l’inégalité précédente || désigne notre valeur absolue et non la
valeur absolue archimédienne qui est notée ||∞ ). Ainsi pour tout nombre n premier à p, on a |n| = 1. Tout
a
nombre rationnel non nul x s’écrit sous la forme x = pk avec (a,p) = (b,p) = 1 donc
b
a ln |p|
∀x ∈ Q, |x| = |p|k = p−ka = pk = |x|ap avec a = − > 0.
p ln p
Ainsi si Z est un ensemble borné pour ||, alors || est équivalente à une certaine valeur p-adique.
2. Cas où Z est un ensemble non borné pour || .
Soit a un entier non nul positif tel que |a| 6= 1 (donc a ∈/ {0,1} ⇒ a > 1). Tout entier naturel n s’écrit dans
rn ln n
qm am avec km ∈ {0,..,a − 1},qrn 6= 0 et rn 6 (car arn 6 nrn arn 6 n).
P
la base a sous la forme n =
m=0 ln a
Si l’on pose M = max (|s|), il est immédiat que
s∈{0,..,a−1}

rn
X
|n| 6 M |a|m .
m=0
rnk
0 am avec r ln nk ln n
D’autre part, pour tout entier k, l’entier nk peut s’écrire nk =
P
qm nk 6 =k ce qui
m=0 ln a ln a
nous fournit l’inégalité
rnk
k
X
.∀k ∈ N, |n| = n k
6M |a|k (6)
k=0

4
Supposons qu’il existe un entier a > 1 tel que |a| 6 1. alors l’inégalité (6) montre que
1 1
k ln n ln n
∀n ∈ N,∀k > 0, |n| 6 M (rnk + 1) 6 M (k + 1) ⇒ |n| 6 M k (k + 1) k .
ln a ln a
1 ln n 1 ln n
Puisque ln(k + 1) ∼ ln(k ) → 0, en faisant tendre k vers +∞ dans l’inégalité précédente,
k ln a k→+∞ k ln a k→+∞
on obtient que ∀n ∈ N, |n| 6 1. L’ensemble N donc Z est bornée pour || ce qui est absurde.
Ainsi pour tout entier naturel a > 1, on a |a| > 1. Nous reprenons l’inégalité 6 pour un entier a > 1 (donc
|a| > 1) ce qui nous donne

1 1 1 1
|a|rn +1 − 1

M k k ln n
+1
∀n ∈ N,∀k > 0, k
|n| 6 M ( k
) = (|a| ln a − 1) k
|a| − 1 1 − |a|
ln n
La suite (|a|k ln a +1 )k tend vers +∞ lorsque k → +∞ donc

1 ln n 1 ln n ln n 1  ln n
 k ln n
ln n
ln(|a|k ln a +1 −1) = [ln(|a|k ln a +1 )+ln(1−|a|−(k ln a +1) )] ∼ − ln |a|k ln a +1 ∼ ln a
ln |a| → ln |
k k | {z } | {z } k→+∞ k k→+∞ k k→+∞ ln a
→+∞ →0

En faisant tendre k → +∞ dans l’inégalité ci-dessus


ln n
× ln |n| ln |a|
∀a ∈ N tel que a > 1,∀n ∈ N , |n| 6 |a| ln a ⇔ 6
ln n ln a
ln |n|
Si l’on échange le rôle de a et de n dans l’inéquation précédente, on obtient que le rapport est constant
ln n
sur les entiers strictements plus grand que 1. Désignons par d cette constante : alors pour tout entier naturel
n > 1, |n| = nd , la formule étant trivialement vérifiée pour n = 0 et n = 1. On peut étendre par
multiplicativité cette formule aux entiers relatifs (|−1| = 1) puis à l’ensemble des rationnels.
>0
z }| {
ln |a|
On peut remarquer que le réel d ∈]0,1] est positif (d = pour tout entier a > 1) et plus petit que 1
ln a
|{z}
>0

+ .. + 1} 6 |a|∞ |1| = a).


(|a| = 1| + 1 {z
a fois
Ainsi, si Z est un ensemble borné pour ||, alors || est équivalente à la valeur absolue archimédienne ||∞ .

Définition 4
Une valeur absolue sur Q est dite

– archimédienne ssi elle est équivalente à la valeur absolue ||∞


– non archimédienne ssi elle est équivalente à une certaine valeur absolue p-adique.

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