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Polynômes en plusieurs indéterminées (commutatives)

Marc SAGE

29 octobre 2005 (màj mars 2018)

Table des matières


1 La A-algèbre A (Xi )i2I 2
1.1 Dé…nitions . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 2
1.2 Écriture canonique des polynômes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 4

2 Isomorphismes usuels 6
2.1 Injection de A dans A (Xi )i2I . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 6
2.2 Injection de A [(Xi )] dans B [(Xi )] si A ,! B . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 6
2.3 Permtutation des indéterminées . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 7
2.4 Réindextation des indéterminées . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 8
2.5 Intégrité de A [(Xi )] si A intègre . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 10

3 Fonctions polynomiales –Morphisme d’évalutation 10

4 Une application : formalisation des unités en physique 13

1
Soit A un anneau unitaire.

Nous généralisons ici la notion de polynôme à une indéterminée sur A –en somme A [X] –au cas de plusieurs
indéterminées indexées par un ensemble quelconque (non vide) –typiquement f1; :::; ng, N...

1 La A-algèbre A (Xi )i2I

Soit I un ensemble non vide, qui va servir à indexer nos indéterminées.


On sait qu’un polynôme à une indéterminée s’écrit
X
P = X
2N

où les sont presque tous nuls.


Si on veut étendre ceci à des indéterminées (Xi )i2I , on posera naturellement
X Q
P = ! Xi i

!2NI i2I

où ! 2 A est le coe¢ cients


Q de P associé au I-uplet !, avec les ! à support …ni.
Pour dé…nit le produit i2I Xi i , il faut que les ! soient presque tous nuls, ce qui s’écrit ! 2 N(I) .
(I)
Ainsi, P peut se dé…nir à partir d’une famille ( ! ) 2 A(N ) .

1.1 Dé…nitions

Dé…ntion.
On appelle polynôme sur A (à indéterminées indexées par I) toute application de N(I) dans A à support
…ni.
On note (I)
A (Xi )i2I := A(N )
l’ensemble des polynômes sur A. On abrégera en A [(Xi )] s’il n’y a pas ambiguïté sur l’ensemble I d’indexation.
On introduit également le I-uplet élémentaire correspondant à l’indice i tout seul
!
"i := i
2 N(I)
ainsi que la i-ième indéterminée
!
"i
Xi := 1A 2 A [(Xi )] .

Proposition (structure de A-algèbre sur A [(Xi )]).


A [(Xi )] est naturellement muni d’une structure de A-algèbre unitaire pour l’addition et la multiplication
scalaire usuelles sur A(?) ainsi que le produit de Cauchy. Plus précisément :
8
> N(I) ! A
> P + Q := !
>
>
> 7 ! P (!) + Q (!)
>
>
>
< a P := N (I)
! A
! 7 ! aP (!) .
>
> N(I) ! P A
>
> P Q :=
>
> ! 7 ! P (!
u ) Q (!
v)
>
> ! !
u+v =!
: !
1A[(Xi )] := 1A 0

D’autre part, si P1 ; :::; Pn sont n 1 polynômes dans A [(Xi )], on a


X
P1 :::Pn (!) = !) :::P (u!)
P1 (u 1 n n
!+:::+u!=!
u 1 n

2
Démonstration.
N(I) ! A
Il est clair que + est associative, commutative, et admet l’élément neutre ! .
u 7 ! 0
De plus, on a facilement la distributivité de sur + :

[(a + b) (P + Q)] (!) = (a + b) [P + Q] (!)


= (a + b) (P (!) + Q (!))
= aP (!) + aQ (!) + bP (!) + bQ (!)
= [a P ] (!) + [a Q] (!) + [b P ] (!) + [b Q] (!)
= [a P + a Q + b P + b Q] (!) .

On véri…e en…n que


[1A P ] (!) = 1A P (!) = P (!) .
Ainsi, A [(Xi )] est un A-module pour les lois + et .
P ! est à support …ni et à valeurs dans N, donc
La somme ! u +!v =! dé…nissant le produit est bien …nie car
chacune des coordonnées i de ! ne peut se décomposer que d’un nombre …ni de façons
Il est moins clair que est associative. On calcule de deux manières :
X !
[(P Q) R] (!) = [P Q] R (!
w)
! ! !
+w=
0 1
X X
= @ P (!
u ) Q (!
v )A R (!
w)
! ! ! ! !
+w= u +!
v=
X
= P (!
u ) Q (!
v ) R (!
w)
!
u +!
v +!
w =!

et
X !
[P (Q R)] (!) = P (!
u ) [Q R]
! !
u + =!
0 1
X X
= P (!
u)@ Q (!
v ) R (!
w )A
! ! !
u + =! !
v +!
w=
X
= P (!
u ) Q (!
v ) R (!
w).
!
u +!
v +!
w =!

Reste à véri…er la distributivité de sur + :


X
[P (A + B)] (!) = P (!
u ) [A + B] (!
v)
!
u +!
v =!
a
X
= P (!
u ) (A (!
v ) + B (!
v ))
!
u +!
v =!
a
X X
= P (!
u ) A (!
v)+ P (!
u ) B (!
v)
!
u +!
v =!
a !
u +!
v =!
a
= P A (!) + P B (!)

et exactement pareil à droite.


!
En…n, on s’assure que 1A 0 est bien le neutre pour :
h ! i X !
1A 0 P (! u)= 1A 0
vP
! (!
w ) = P (!
u).
!
v +!
w =!
u

A [(Xi )] est donc un anneau pour les lois + et .

3
Montrons que ces deux structures sont compatibles. Soient P; Q deux polynômes et a 2 A. Alors
X
[P (a Q)] (!) = P (!u ) [a Q] (!
v)
!
u +!
v =!
X
= P (!
u ) aQ (!
v)
!
u +!
v =!
X
= a P (!
u ) Q (!
v)
!
u +!
v =!
= a [P Q] (!) ,

et idem pour [(a P ) Q] (!).

On montre ensuite par récurrence la formule donnant le produit P1 :::Pn . Pour n = 1, la formule est tauto-
logique. Pour n = 2, c’est la dé…nition du produit. Pour n 3, on écrit

P1 :::Pn (!) = [(P1 :::Pn 1 ) Pn ] (


!)
X !
= [P1 :::Pn 1] Pn (u!
n)
!
+u!
n=
!
X X
= !) :::P
P1 (u (un !1 ) Pn (u!
1 n 1 n)
! !+:::+u !=!
+u!
n=
! u
1 n 1
X
= !) :::P (u!) .
P1 (u 1 n n
!+:::+u!=
u 1 n

1.2 Écriture canonique des polynômes

Proposition (commutativité des indéterminées).


Les indéterminées Xi commutent deux à deux, de sorte que le produit
Y
Xi i
i2I

fait sens pour chaque ! 2 N(I) . On a plus précisémenent


Q !
Xi i = .
i2I

Démonstration.
Il su¢ t d’écrire X X ! !
! "i +!
Xi Xj (!) = Xi (!
u ) Xj (! "i "j "j
v)= !
u !v
= !
!
u +!
v =! !
u +!
v =!

qui est indépendant de l’ordre entre i et j.


Ensuite, on note que pour n 1 on a
X X ! ! n!
Xin (!u)= !) :::X (u!) =
Xi (u 1 i n
"i
u 1
"i
! ::: u!
n
= !
u
"i
.
!+:::+u!=!
u !+:::+u!=!
u u
1 n 1 n

On peut ainsi calculer


Q X Y X Y !
P i 6=0 ! !
(! Xi i (! i "i i2I i "i
Xi i
u)= vi ) = !
vi
= !
u
= u.
!
i2I P ! P
i 6=0
i2I vi =!
u i2I i 6=0
i2I
!
vi =!
u i2I

Corollaire (écriture canonique des polynômes).

4
Chaque polynôme P de A [(Xi )] s’écrit de façon unique sous la forme
X Q
P = ! Xi i
!2N(I) i2I

où les ! 2 A sont à support …ni. On a en fait


! = P (!) pour chaque ! 2 N(I) .

Démonstration.
Il su¢ t d’écrire
2 3
X Q X Q X !
4 P (!) Xi i 5 (!
u)= P (!) Xi i
(!
u)= P (!) !
u = P (!
u),
!2N(I) i2I !2N(I) i2I !2N(I)

d’où l’existence en posant ! = P (!).


Concernant l’unicité, si on a une décomposition
X Q
P = ! Xi i ,
!2N(I) i2I

le calcul ci-dessus montre que nécessairement ! = P (!) pour chaque !.

Remarques. Vue l’égalité "indicielle" ! = P (!), on laissera de côté la notation fonctionnelle de P :


!
son -ième coe¢ cient sera désormais noté [P ]! , à l’instar de l’écriture matricielle.
!
Usuellement, on note X = (Xi )i2I , et on laisse même tomber toutes les ‡èches. La forme ci-dessus s’écrit
alors X X
P = X , voire X
2N(I)

où les a sont presque tous nuls.


On dispose alors de la propriété fondamentale
hX X i
X = X () [8 ; = ].

En outre, pour un produit de n 1 polynômes, on a l’identité


0 1
X X
P1 :::Pn = @ [P1 ]u!1 ::: [Pn ]u!n A X
! !+:::+u!=!
u 1 n

(remplacer [P1 :::Pn ]! par sa valeur calculée précédemment).


Plus précisément, on a :
X X X (1) (n) u!+:::+u!
(1) (n)
X ::: X = ! ::: u! X
u 1 n
1 n
par multidistributivité
!;:::;u!
u 1 n
0 1
X X (1) (n)
= @ ! ::: u! A X en regroupant les termes.
u 1 n
! !+:::+u!=!
u 1 n

On notera que, si A est commutatif, on a


X X X X X X
+ +a
X X = X = X = X X
; ;

et donc A [(Xi )] est commutative.

Le passage de l’intégrité est plus délicat et utilise les isomorphismes usuels exposés en seconde partie.

5
2 Isomorphismes usuels

2.1 Injection de A dans A (Xi )i2I

Proposition.
L’anneau A (considéré comme A-algèbre) se plonge canoniquement dans l’algèbre A [(Xi )] via

A ,! A [(Xi )]
a 7 ! a1

où l’on a noté 1 le neutre de A [(Xi )] par commodité.

Démonstration. Notons l’application considérée.


L’injectivité s’obtient en écrivant

(a) = (b) =) [a1]!


0
= [b1]!
0
=) a = b,

le caractère "morphique" de découle de

(ab + c) = (ab + c) 1
= ab1 + c1
= (a1) (b1) + (c1)
= (a) (b) + (c) ,

de
(a x) = (a x) = (a) (x) = a1 (x) = a (x)
et de
(1A ) = 1A 1 = 1.

2.2 Injection de A [(Xi )] dans B [(Xi )] si A ,! B

Proposition.
Soient ' : A ,! B un morphisme injectif d’anneaux unitaires.
Alors la A-algèbre A [(Xi )] s’injecte canoniquement dans la B-algèbre B [(Xi )] par

A [(Xi )]
P ,! P
B [(Xi )]
.où abrège ' ( ) pour chaque 2 A.
X 7 ! X

Démonstration. Notons l’application considérée.


Pour trois polynômes P; Q; R, on peut toujours écrire
!0 1
X X X
aP Q + R = a X @ X A+ X
0 1
X X X
= a@ AX + X
+ =
0 1
X X
= @ +a AX .
+ =

En appliquant , en utilisant que ' est un morphisme d’anneaux, puis en remontant le calcul ci-dessus, on voit
que est un morphisme d’algèbres.
L’injectivité découle de celle de '.

6
Applications. Le cas le plus courant est celui de l’inclusion R ,! C, qui permet de voir un polynôme
réel dans C a…n de le scinder. Par exemple, soit A une matrice réelle nilpotente. Son polynôme caractéristique
0 1
peut ne pas avoir de racines, à l’instar de 1 0 = X 2 + 1, mais en le plongeant dans C on lui trouve n
n
racines i , lesquelle doivent toutes véri…er i = 0 en itérant par A su¢ samment de fois. Ceci montre que
toutes les racines de A dans C sont nulles, d’où A = X n dans C [X], donc dans R [X] par injectivité du
plongement R [X] ,! C [X]. Évidemment, ce raisonnement fonctionne en plongeant un corps quelconque dans
sa clôture algébrique.
On utilisera également cette injection pour montrer que deux matrices de Mn (k) semblables dans une
extension k ,! K sont en fait semblables dans le petit corps : voir le cours sur les invariants de similitudes.
Il peut également être intéressant de plonger un anneau intègre dans son corps des fractions, à l’instar
de Z ,! Q. En e¤et, l’étude des irréductibles de Z [X] passe par celle des irréductibles de Q [X].

Corollaire. '
Soient A et A0 deux anneaux unitaires isomorphes, mettons A ' A0 .
Alors la A-algèbre A [(Xi )] et la A0 -algèbre A0 [(Xi )] sont canoniquement isomorphes via

A [(Xi )]
P ' B [(Xi )]
P 0
0 où := ' ( ) pour chaque 2 A.
X 7 ! X

2.3 Permtutation des indéterminées

Proposition (permutation des indéterminées).


Soient I et J deux ensembles non vides. On note I th J leur réunion i disjointe.
On notera par commodité (Yj ) les indéterminées de A (Xj )j2J et (Zk ) les indéterminées de A (Xk )k2ItJ .
Alors les A-algèbres A [(Xi )] [(Yj )] et A [(Yj )] [(Xi )] sont tous deux isomorphes à A [(Zk )] par l’application
canonique (
A [(Yj )] [(Xi )] ' A [(Zk )]
P 2N(I) .
P 7 ! 2N(J) [[P ] ] X Y

Démonstration. Notons l’application considéréen, soient P et Q dans A [(Yj )] [(Xi )].


Concernant la linéarité, tout se passe bien :
X
(aP + Q) = [[aP + Q] ] X Y
;
X
= [a [P ] + [Q] ] X Y
;
X
= a [[P ] ] + [[Q] ] X Y
;
X X
= a [[P ] ] X Y + [[Q] ] X Y
; ;
= a (P ) + (Q) .

Pour le produit, on s’y prend en deux fois :


X
(P Q) = [[P Q] ] X Y
;
X X
= [[P ] 0 [Q] 00 ] X Y
; 0+ 00 =

X X X
= [[P ] 0 ] 0 [[Q] 00 ] 00 X Y
; 0+ 00 = 0 + 00 =

7
et
X 0 0 X 00 00
(P ) (Q) = [[P ] 0 ] 0 X Y [[Q] 00 ] 00 X Y
0; 0 00 ; 00
X 0 00 0 00
+ +
= [[P ] 0 ] 0 [[Q] 00 ] 00 X Y
0; 00 0 ; 00
X X 0 00 0 00
+ +
= [[P ] 0 ] 0 [[Q] 00 ] 00 X Y
; 0 00
+ =
0 00
+ =
X X X
= [[P ] 0 ] 0 [[Q] 00 ] 00 X Y .
; 0+ 00 = 0 + 00 =

Montrons maintenant l’injectivité :


X
(P ) = 0 =) [[P ] ] X Y =0
; 2N(I) N(J)

=) 8 2 N(I) ; 8 2 N(J) ; [[P ] ] = 0


=) 8 2 N(I) ; [P ] = 0
=) P = 0.

En…n, pour la surjectivité, il su¢ t de noter que N(ItJ) est en bijection avec N(I) N(J) via

7 ! jI ; jJ .

Ainsi, chaque R 2 A [(Zk )] s’écrit


0 0 1 1
X X X X X
R= Z = X jI Y jJ = ; X Y = @ @ ; Y AX A.
2N(ItJ) 2N(ItJ) 2N (I) 2N(I) 2N(J)
2N(J)

Ceci conclut les véri…cations.

On notera par conséquent indi¤éremment


0 1
X X
@ ; Y AX

XX
; Y X
X
; X Y
;
XX
; X Y
!
X X
; X Y

selon que l’on considère le polynôme dans A [(Xi )], A [(Yj )] ou A [(Zk )].

2.4 Réindextation des indéterminées

Proposition (réindexation des indéterminées).


Soit J un ensemble en bijection avec I, disons J = ' (I).

8
h i
Alors les A-algèbres A (Xi )i2I et A (Xj )j2J sont canoniquement isomorphes par
( h i
A (Xj )j2J ! A (Xi )i2I Y
' '(i)
P P où l’on a noté X := Xi .
'
2N(J) X 7 ! 2N(J) X i2I

Démonstration. Notons l’application considérée. Comme toujours, on y va la tête haute...


La linéarité :
X
'
(aP + Q) = [aP + Q] X
X
'
= (a [P ] + [Q] ) X
X X
' '
= a [P ] X + [Q] X

= a (P ) + (Q) .

La multiplicativité :
X
'
(P Q) = [P Q] X
X X
'
= [P ]u [Q]v X
u+v=
X X
= [P ]u [Q]v X (u+v) '

u+v=
X X
= [P ]u [Q]v X u ' X v '

u+v=
X X
= [P ]u X u '
[Q]v X v '

u v
= (P ) (Q) .

L’unitarité : Y ! Y Y
! 0 '(i)
(1) = 1X 0 '
= Xi = Xi0 = 1 = 1.
i2I i2I i2I

'
Pour obtenir l’injectivité, il faut tout d’abord remarquer que les X sont distincts quand varie dans N(J) :
0 Y Y 0
' ' '(i) '(i)
X =X =) Xi = Xi
i2I i2I
0
=) 8i 2 I; '(i) = '(i)
0
=) 8j 2 J; '(' 1 (j)) = '(' 1 (j))

0
=) 8j 2 J; j = j

=) ! = !0 .

Ainsi,
X
'
(P ) = 0 =) [P ]a X =0

=) 8 2 N(J) ; [P ] = 0
=) P = 0.

La surjectivité découle de
0 1
X X 1 X
X = ' 1 X '
= @ ' 1 X A.
2N(I) 2N(J) 2N(J)

9
La dernière proposition nous dit que l’on peut se ramener au cas où I est un ensemble de référence de
cardinal …xé. On prend naturellement la "suite" des cardinaux (@ ) indexée par les ordinaux.
Par exemple, lorsque I est …ni de cardinal n 1, on prend comme ensemble de réréférence le n-ième
cardinal n= f0; :::; n 1g. Alors1 N(I) = NI = Nn , donc chaque polynôme P de A [X1 ; :::; Xn ] s’écrit
X
P = 1 ;:::; n
X1 1 :::Xn n où les 1 ;:::; n sont à support …ni.
( n
1 ;:::; n )2N

Ces quatre isomorphismes – par ailleurs complètement naturels, il faut s’en convaincre – étant acquis, on
peut passer à l’intégrité de A [(Xi )].

2.5 Intégrité de A [(Xi )] si A intègre

A s’injectant dans A [(Xi )], une condition nécessaire pour avoir l’intégrité de A [(Xi )] est évidemment
que A soit intègre. La réciproque se trouve être vraie.

Proposition.
Si A est intègre, alors l’algèbre A [(Xi )] est intègre.

Démonstration.
On part d’une relation P Q = 0 où P et Q sont des polynômes. Regroupons les indéterminées Xj qui
apparaissent dans P et Q, lesquelles sont enh nombrei…ni, et notons J le sous-ensemble …ni de I qui les indexe.
L’égalité P Q = 0 peut donc se voir dans A (Xj )j2J en remontant les injections
h i h ih i p ermutation h i réindextation
A (Xj )j2J ,! A (Xj )j2J (Xk )k2 InJ ' A (Xl )l2Jt InJ ' A (Xi )i2I .

On est donc ramené au cas où I …ni. De plus, vu l’isomorphisme

A [X1 ; :::; Xn ] [Xn+1 ] ' A [X1 ; :::; Xn+1 ] ,

il su¢ t de regarder le cas où I est réduit à un élément. Pp Pq


Notons X l’indéterminée correspondante. Dans l’égalité P Q = 0, si P = i=0 pi X i et Q = j=0 qj X j sont
non nuls, leurs degrés p et q sont 0, d’où
X
0 = [P Q]p+q = P (i) Q (j) = P (p) Q (q) 6= 0, contradiction.
i+j=p+q

3 Fonctions polynomiales –Morphisme d’évalutation

On considère A une A-algèbre unitaire. Rappelons que cela induit un morphisme d’anneaux

A ! A
:= .
a 7 ! a 1A

Si A est une algèbre non nulle sur un corps, par exemple A = Mn (K) ou A = K [X], il est facile de voir que
est injectif (d’où la notation ).
1 On notera un léger abus de notations : le produit cartésien étant dé…ni comme un espace de fonctions, par exemple Nn := Nn ,

l’ensemble N1 n’est pas ensemblistement égal à N, bien que l’on dispose d’une bijection évidente.

10
Mais cela est faux en général : considérer un anneau A non intègre, disons ab = 0 avec a et b non nuls, et A
une algèbre de neutre a, par exemple A = A 1 a . L’image de a modulo (1 a) est clairement le neutre 1A ,
mais alors l’image de b par est ab = 0.
Par exemple, en regardant a = 3 et b = 4 dans A = Z 12 , l’idéal considéré s’écrit (1 a) = ( 2) = (2), de
sorte que l’algèbre A se réduit à Z 2 (selon la parité des éléments de A). Un argument de cardinaux su¢ rait
pour conclure à la non injectivité de .
P
Ceci étant dit, soit P = X un polynôme de A [(Xi )] et ! a un I-uplet d’éléments de l’algèbre A.
On peut leur associer un élément de A en évaluant P en ! a , i.e. en donnant aux indéterminées la valeur
spéciale Xi = ai pour chaque i, l’évaluation étant alors notée P (!a ) ou P (a).
Pour que cette dernière fasse sens (un problème qui n’apparaît qu’avec au moins deux indéterminées),
l’évaluation ne doit pas dépendre de la place des indéterminées dans une écriture de P , en particulier de leur
ordre dans chaque monôme de P . Comment en e¤et évaluer le polynôme XY = Y X en un couple (a; b), les
deux évaluations candidates étant ab et ba ? La commutativité Xi Xj = Xj Xi doit ainsi se répercuter sur la
famille !
a et l’évaluée P (!a ) fera donc sens ssi2

8 2 Supp P; 8i; j 2 Supp ; ai aj = aj ai .

Notons AIP la partie de AI formée de tels !


a . On dispose ainsi d’une application polynomiale (pas d’accent
circon‡exe sur l’adjectif !)
AIP ! PA
Pe := .
a 7 ! a
I
\ sens ssi 8P 2 A [(Xi )] ; a 2 AP ,
Par ailleurs, raisonnant cette fois à a …xé, évaluer chaque polynôme en a fera
3 I I I
i. e. ssi les coordonnées de a commutent deux à deux : notons Acom := AP la partie de A formée
P 22A[(Xi )]
de tels a. On dispose alors d’un morphisme d’évaluation (ou de spécialisation)

A [(Xi )]
P ! PA
Evala := si 8i; j 2 I; ai aj = aj ai .
X 7 ! a
!
Par exemple, pour A = A [(Xi )] et a = X 2 AIcom , on trouve
! X
Pe X = X = P.

Ceci justi…e la notation P (X) pour un polynôme P à une indéterminée : cela dit, cette notation a l’énorme
inconvénient que l’on peut rapidement confondre le polynôme formel P (X) avec le scalaire P (x) où x est un
point donné, surtout dans les premiers temps.

Proposition.
1. Si A est intègre in…ni et injectif, alors P 7! Pe est injectif.
2. L’application Evala fait sens ssi les coordonnées de a commutent deux à deux : dans ce cas, Evala est un
morphisme d’algèbres unitaires ssi chaque coordoonnée de a centralise4 A.
3. Dans le cas d’une seule indéterminée, pour chaques polynômes P; Q 2 A [X], si chaque coordoonnée de ! a
commute avec chaque coe¢ cient de Q, on aura alors l’égalité

P (a) Q (a) = [P Q] (a) .

Démonstration.
1. L’application P 7! Pe étant un morphisme de groupes additifs, on invoque un P dans son noyau. En
prenant les indéterminées qui apparaissent dans P , on se ramène au cas I …ni. Il s’agit donc de montrer
que si P 2 A [X1 ; :::; Xn ] vu en tant que fonction polynomiale s’annule sur Ancom tout entier, alors P est
le polyôme nul. Puisque est injectif, on peut imposer P nul sur Ancom . Puisque A est commutatif (car
intègre), on peut imposer P nul sur An .
2 On a noté les supports Supp P := 2 N(I) ; 6= 0 et Supp := fi 2 I ; i 6= 0g.
3 Le sens (= est immédiat, pour le sens =) invoquer i; j 2 I et imposer P := Xi Xj .
4 Rappel : le centre d’une partie P A est formé des éléments de A qui commutent avec chaque p 2 P . Un élément centralise
P s’il appartient au centre de P .

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Le cas n = 1 est immédiat : on plonge A dans son corps des fractions K où P (en…n, son plongé...)
admet une in…nité de racines (A est in…ni !), d’où la nullité du plongé et P = 0.
Dans le cas général, en considérant l’isomorphisme A [X1 ; :::; Xn ] ' A [X1 ; :::; Xn 1 ] [Xn ], on peut
toujours écrire
0 1
X X X i
X
P = i1 in
i1 ;:::;in X1 :::Xn = '@ i n 1A
i1 ;:::;in 1 ;i X1 :::Xn 1
1
Xni = Pi (X1 ; :::; Xn 1 ) Xni
i1 ;:::;in 0 i 0 i1 ;:::;in 1 0 i 0
| {z }
=: Pi (X1 ;:::;Xn 1)

Tuons la dernière variable en évaluant en Xn = a pour P un a non nul dans A (possible car A est intègre).
Par hypothèse, le polynôme à n 1 indéterminées i 0 Pi (X1 ; :::; Xn 1 ) ai s’annule sur An 1 , donc est
nul par récurrence, ce qui s’écrit
X X in 1 i
i1
i1 ;:::;in 1 ;i X1 :::Xn 1 a = 0,
i 0 i1 ;:::;in 1

ou encore i1 ;:::;in 1 ;i ai = 0 pour chaque (i1 ; :::; in 1 ; i), d’où i1 ;:::;in = 0 pour chaque (i1 ; :::; in ), i. e.
P = 0.
2. Notons e l’évaluation en a pour alléger les notations.PLa linéarité de e étant évidente, il s’agit de
P =P X
véri…er e (P Q) = e (P ) e (Q) pour deux polynômes . Cela n’est que du pur calcul formel
Q= X
mais utilise l’hypothèse 8i; 8 2 A; ai = ai :
0 0 1 1 0 1
X X X X X X
e (P Q) = Eval @ @ AX A = @ A a ai centralise
=
A
a a = e (P ) e (Q) .
! a p our chaque i
+ = + =

Réciproquement, supposons l’égalité e (P Q) = e (P ) e (Q) pour chaques P; Q 2 A [(Xi )], soit i 2 I et


P
soit 2 A : en imposant Q = Xi , l’hypothèse se réécrit [Xi ] (a) = Xi (a) (a), i .e. [ Xi ] (a) = ai ,
ou encore ai = ai , CQFD.
Évidemment, on n’oublie pas le caractère unitaire, n’est-ce pas ? De toute façon, il su¢ t de dire que
c’est trivial –parce que ça l’est vraiment !
3. Soient en…n P , Q et a comme dans l’énoncé. En reprenant le calcul établissant l’implication "A
commutatif =) A [(Xi ) commutatif]", on voit que l’hypothèse sur a permet de valider le même calcul
où l’on a remplacé partout X par a, d’où la conclusion5 .

Remarques. Le premier point nous dit qu’il est inutile de distinguer polynômes et fonctions polyno-
miales (sous les bonnes hypothèses). Le cas le plus courant est celui de A = A un corps in…ni, par exemple A = R
ou C. On notera par conséquent toujours P (! a ) au lieu de Pe (!
a ), quand bien même P 7! Pe ne serait pas injectif.
Le second point est très utile en algèbre linéaire lorsque l’on parle de polynômes d’endomorphismes. Le cadre
est alors A = k un corps et A = L (E) où E est un k-ev. Les éléments de A sont alors scalaires, donc centraux
et chaque évaluation K [X] ! L (E) est un morphismes d’algèbres.
Noter tout de suite que le neutre 1A de L (E) est l’identité IdE et non la fonction contante égale à 1, qui
n’a aucun sens (1 peut-il appartenir à E ?).
La propriété sur le produit permet alors d’écrire des choses agréables comme
n
" n # n
!
Y Y Y1
(u i Id) = (X i ) (u) = (u i Id) (u n Id)
i=1 i=1 i=1
ou encore
P (u) Q (u) = P Q (u) = QP (u) = Q (u) P (u) .
On renvoie pour une utilisation de ces formules à l’exercice 10 de la première feuille sur les polynômes (qui
porte sur le caractère scindé et les opérateurs de dérivations), ainsi qu’au cours sur les invariants de similitudes
(réduction de Frobenius).
Quant au dernier point, il ra¢ ne le deuxième quand I est un singleton et nous servira pour une démonstration
de Cayley-Hamilton où l’on considère l’anneau A = Mn (K) non commutatif.

5 Dans le cas général, il faut en outre donner sens à P (a) et Q (a) puis justi…er les égalités a a = a + à l’aide d’une
8 2 Supp P; 8i 2 Supp ;
hypothèse comme a a = aj ai , laquelle permet de donner par ailleurs sens à P Q (a) (utiliser l’inclu-
8 2 Supp Q; 8j 2 Supp ; i j
sion Supp P Q Supp P + Supp Q).

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4 Une application : formalisation des unités en physique

On se donne des unités (J; m, A, kg, W , Hz, K, C, N , , s, mol, V , P a, cd...) que l’on met dans un ensemble
noté U (comme "unité"), on plonge l’algèbre intègre R (Xu )u2U dans son corps des fractions R (Xu )u2U et
l’on considère alors l’algèbre intermédiaire

R [(Xu )] R Xu ; X u 1 R ((Xu ))

engendrée par les indéterminées-unités Xu et leurs inverses Xu 1 .


Pourquoi prendre R comme anneau de base ? Car ses éléments – les nombres réels – ont été précisément
conçus pour mesurer6 . Pourquoi dans une algèbre contenant les unités et leurs inverses ? Car l’on pourra, en
identi…ant abusivement chaque unité u 2 U à son indéterminée correspondante Xu , multiplier et diviser ces
unités sans se poser de questions existentielles sur ce qu’est un ohm-newton ou encore un kilogramme-mètre-
carré-coulomb-moins-un-seconde-moins-deux (hint : c’est un volt).
Comment faire alors apparaître des égalités "dimensionnelles" du type Hz = 1s ou A = Cs ou J = W s ou
encore N = kgs2m ? Il su¢ ra de quotienter7 notre algèbre par les relations analogues au niveau des indéterminées,
par exemple (reprenant les égalités précédentes) par l’idéal engendré par Hz s 1 , C As, J W s, et N kgs2m .
On pourra alors écrire des expressions comme
p
kg 3
3m + 7
+c
s
sans avoir l’épée dimensionnelle de Damoclès nous paralysant pour avoir osé additionner une longueur avec une
fréquence et une vitesse. Tout ce qui précède montre qu’une telle expresssion est complètement sensée au niveau
formel. Lui trouver un sens physique est une tout autre question.

Remarque. Le système MKSA permet d’exprimer n’importe quelle unité à partir de m, kg, s et A.
Formellement, cela signi…e que l’on peut imposer U = fm; kg; s; Ag et retrouver toutes nos unités dans l’al-
gèbre R Xu ; Xu 1 .

6 lire par exemple les Philosophiae naturalis principia mathematica d’Isaac Newton publiée en 1687
7 cf. mini-cours sur les quotients

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