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Espaces vectoriels normés : continuité et compacité

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Espaces vectoriels normés 2 :

continuité, compacité, connexité


Marc Sage (collab. Michel Wigneron)

29 mai 2017

Table des matières


1 Tendances fonctionnelles 2
1.1 Tendances, convergence, limite . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 2
1.2 Tendances étendues . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 5
1.3 Propriétés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 8

2 Continuité 15
2.1 Dé…nitions & propriétés usuelles . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 15
2.2 Continuité uniforme, continuité au sens de Lipschitz . . . . . . . . . 28
2.3 Cas des applications (multi)linéaires . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 33

3 Compacité & dimension …nie 42


3.1 Compacité séquentielle . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 42
3.2 Propriétés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 49
3.3 Topologie en dimension …nie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 56

4 Connexité par arcs 65


4.1 Motivations (hors programme) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 66
4.2 Chemins continus . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 66
4.3 Connexes par arcs, cas des intervalles . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 70
4.4 Théorème des valeurs intermédiaires . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 80

5 Le point des compétences 87

1
On invoque pour tout ce cours un K-espace vectoriel normé E ainsi qu’une norme
de E, notée indi¤éremment N ou e 7! kek.

1 Tendances fonctionnelles

Fixons une partie A E, un espace vectoriel normé F et une application f :


A ! F.

Avertissement : cette première partie est plutôt théorique, les exemples non tri-
viaux devront attendre.

1.1 Tendances, convergence, limite

Dé…nition –Propriété (tendance, convergence, limite) Soit 2 A.


1
Soit ` 2 F . On dit que f tend vers ` en si
déf.
f ! ` () 8" > 0; 9 > 0; 8a 2 A; ka k< =) kf (a) `k < ".

FIG
On dit que f admet une limite …nie (ou converge) en s’il y a un point de F
vers lequel f tend en :
déf.
f admet une limite …nie en () 9` 2 F; f ! `.

Un tel ` est alors unique et est appelé la limite2 de f en . Cette limite est notée

lim f := l’unique ` tel que f ! ` (si cela fait sens).

Démonstration
Il s’agit d’établir que f ne peut tendre en
vers deux points distincts. Soient
0 k`0 `k 0
donc ` 6= ` dans F tels que f ! ` et f ! ` . Notons " := 2 , lequel véri…e " > 0
0
(car ` 6= `0 ), soient ; > 0 comme dans les dé…nitions de f ! `; `0 resp. et soit a 2 A
0
tel que ka k < min ; (permis car3 2 A). On a alors les comparaisons

k`0 `k k`0 f (a)k + kf (a) `k < "+" = 2", contredisant la dé…nition de ".
| {z } | {z }
<" car ka k< 0 <" car ka k<

1 On dit aussi que « f (a) tend vers ` quand a tend vers » , tendance alors notée f (a) ! `.
a!
Dans ce cas, la lettre a est partout muette.
2 On parle aussi de « la limite de f (a) quand a tend vers » , limite alors notée lima! f (a).
Dans ce cas, la lettre a est partout muette.
3 C’est là qu’intervient l’hypothèse 2 A.

2
Exemple : imposons 8a 2 A; f (a) = 0 et soit 2 E. Soit " > 0, notons := 1 et
soit a 2 E tel que ka k < . La comparaison kf (a) 0k < " se réécrit alors 0 < ",
ce qu’on a. Il en résulte la tendance4 f ! 0. Conclusion :

l’application nulle tend vers 0 en chaque point source.

Remarques Soient 2 A et ` 2 F .
1. Sanity check : quand E R
F = K , on retrouve la dé…nition de première année en
remplaçant les barres de modules par celles de normes.
2. Sanity check : quand f = IdE , la tendance f (a) ! est valide (imposer :=
a !
" dans la dé…nition ci-dessus) et s’énonce « a tend vers quand a tend vers » ,
ce que valide également le français5 .
3. Comme pour les suites, chaque tendance dans F se ramène à une tendance
dans R (vers 0) vu les équivalences
f ! ` () f ` ! 0 () kf `k ! 0.

En particulier, lorsque f est constante partout égale à `, l’application kf `k


est nulle, donc tend vers 0 en chaque point source, ce qui montre que
chaque application constante tend, en chaque
point source, vers sa valeur constante.
4. Comme pour les suites, l’égalité lim f = ` exprime une relation binaire entre
deux objets (d’une part la limite lima f , d’autre part le vecteur `) et fait sens
ssi chacun de ces objets fait sens, i. e. ssi f converge en , au contraire de la
tendance f ! ` qui fait toujours sens (et qui n’exprime pas une égalité entre
deux vecteurs). Par conséquent :
l’égalité lim f = ` n’exprime pas la même chose que la tendance f ! ` !

Au locuteur donc de savoir si il/elle veut énoncer une tendance ou bien une éga-
lité avec convergence sous-entendue. Bien souvent une tendance seule convient.
5. Abus linguistique. Comme pour les suites, on lira souvent (en le point a
invoqué) le mélange
« f converge vers ` » pour signi…er « f converge et f tend vers ` » .
Encore une fois, si la convergence n’est pas pertinente (ce qui est très souvent le
cas), on écrira alors simplement « f tend vers ` » a…n de respecter sa pensée.
6. Tendance suivant une partie6 . Lorsque A0 dénote une partie de A à laquelle
adhère , on trouve parfois la notation
f (a) !` pour signi…er fjA0 ! `, ce qui se lit
a!
a2A0
« f (a) tend vers ` quand a tend vers suivant A0 » .
4 Ni le imposé ni l’hypothèse ka k < n’ont servi. De fait, les implications 8a 2 A; ka k<
=) kf (a) `k < " sont tautologiques à ; " > 0 …xé.
5 De la même façon que la tautologie « il faut beau quand il fait beau » .
6 Lorsque E = R
, on retrouve la tendance à droite en (idem à gauche).
A0 ] ;1[

3
Les analogues discrets de ces tendances sont les tendances des suites extraites.
En particulier, la tendance suivant A0 résulte de celle suivant A (immédiat par
dé…nition), la réciproque étant généralement fausse (en le réel 0, l’application
"partie entière" tend vers 0 suivant R+ et tend vers 1 suivant R ).
7. Caractère local de la tendance. Soit V un voisinage de dans A tel
que fjV ! ` et soit r > 0 un réel tel que B (a; r)\A V (permis par dé…nition
d’un voisinage relatif). Soit " > 0 et soit > 0 tel que 8v 2 V; kv k < =)
kf (v) `k < " (permis par l’hypothèse fjV ! ` et l’égalité fjV (v) = f (v)).
Chaque a 2 A tel que ka k < min f ; rg véri…e alors ka k < r, donc
tombe dans B (a; r) \ A V et véri…e par ailleurs ka k < , d’où la majo-
ration kf (a) `k < ". Il en résulte la tendance f ! `, ce qui montre avec la
remarque précédente les équivalences7
voisinage voisinage
9V ; fjV ! ` () f ! ` () 8V ; fjV !`
relatif de relatif de

Analogue discret : les tendances séquentielles "ne dépendent pas des premiers
termes", elles ont lieu "au voisinage de 1" au sens où à a 2 AN …xé la ten-
dance a ! équivaut à l’existence 9N 2 N; (an )n2[N;1[ ! (resp. aux
tendances 8N 2 N; (an )n2[N;1[ ! ).
8. Mnémo (ordre -source "-but). Le choix de comme symbole muet n’est
pas anodin. D’une part, fera penser à « di¤érence » (su¢ samment petite)
tout comme " fera penser à « erreur » (aussi petite que voulue). D’autre part,
la comparaison kf (a) `k " concerne les images (donc l’ensemble but) et
celle ka k concerne les arguments (donc l’ensemble source) : en vertu de
l’ordre canonique "source ! but", nous choisissons pour une lettre venant
avant ".
C’est toutefois bien la donnée préalable d’un " > 0 qui nous permettra alors
d’invoquer un > 0 : c’est la marge d’erreur désirée à l’arrivée qui renseigne la
marge d’erreur qu’il su¢ t d’imposer au départ8 –et non l’inverse !
9. Tendance en un point source. Imposons 2 A et f convergeant en ,
mettons f ! b pour un certain b 2 F . Soit " > 0 et soit > 0 comme dans
la dé…nition : puisque 2 A, on peut remplacer a par dans l’implication de
la dé…nition, ce qui donne 0 < =) kf (a) bk < ", i. e. kf (a) bk < ".
Finalement, la norme kf (a) bk est nulle, d’où l’égalité b = f (a). On retiendra
donc :
chaque application convergeant en un point donné
de sa source tend vers l’image de ce point.
10. Tendance en un point non adhérant à la source9 (hors programme).
Soit10 d 2
= A. Le réel := inf a2A ka dk véri…e alors > 0 : il y aurait sinon
une suite a 2 AN telle que kan dk ! 0 et d adhérerait à A. Soit " > 0.
n!1
À a 2 A …xé, la prémisse de l’implication dans la dé…nition de f ! ` est alors
d
7 On dit que la tendance en est une notion locale.
8 Bien prendre garde : l’ordre en pratique est donc source but !
9 Cette remarque motive la restriction 2 A de la dé…nition.
1 0 d comme « détaché » (qui "n’adhère pas")

4
in…rmée (par dé…nition de ), donc l’implication est tautologique, d’où l’énoncé
universel 8a 2 A; :::. Il en résulte l’énoncé existentiel 9 > 0; :::, ce qui montre la
tendance f ! `. Finalement, f tend vers chaque point de F , tendance d’une
d
part ne présentant aucun intérêt et d’autre part devant choquer notre intuition
de première année habituée à l’unicité de la limite.
11. Tendances, boules, ouverts, voisinages (hors programme). Dans la dé-
ka k<
…nition de la tendance f ! `, les comparaisons se ré-
kf (a) `k < "
a 2 B( ; )
écrivent , ce qui montre que11
f (a) 2 B (`; ")

chaque tendance …nie s’exprime uniquement en termes de boules ouvertes.

Un peu de soin (laissé à la lectrice et au lecteur) permettrait par ailleurs de


remplacer le langage des boules ouvertes par celui des voisinages, au sens des
équivalences12

boule ouverte boule ouverte


f !` () 8C ; 9B ; f (A \ B) C
centrée en ` centrée en
ouvert de F ouvert de A
() 8 , 9O ; f (O)
contenant ` contenant
voisinage voisinage
() 8W , 9V ; f (V ) W .
de ` dans F de dans A

Chaque tendance peut ainsi s’exprimer uniquement en termes de voisinages ou


uniquement en termes d’ouverts.

1.2 Tendances étendues

Pour étendre les dé…nitions ci-dessus, il su¢ t de reprendre les neuf tendances f !
vues en première année lorsque F = K et A est un intervalle de E = R (selon
que et soient …nis ou in…nis), toujours en doublant les barres des modules. Nous
rajouterons une dernière ligne, spéci…que aux espaces vectoriels normés.

Soient 2 A et ` 2 F . On souhaite remplir le tableau suivant13 :


1 1 On quali…e de …nies les tendances f ! ` par opposition aux tendance in…nies que nous allons
voir.
1 2 Suivant l’usage ! " (ordre alphabétique suivant celui canonique "source ! but"), nous
utilisons les lettres B ! C, O ! (français ! grec) et V ! W .
1 3 La lettre a est partout muette.

5
(cas F = R) (cas F = R)
but f (a) tend f (a) tend f (a) tend
source
vers ` vers 1 vers 1
quand a tend vers ? ? ?
quand a tend vers 1
? ? ?
(cas A R non majorée)
quand a tend vers 1
? ? ?
(cas A R non minorée)
quand kak tend vers 1
? ? ?
(cas A non bornée)

Selon la colonne puis la ligne, la dé…nition cherchée s’obtient grâce aux deux
tableaux suivants14 :
colonne dé…nition de la forme (les « » sont
f (a) tend vers ` 8" > 0; kf (a) `k " à substituer
f (a) tend vers 1 8N > 0; f (a) > N selon le
f (a) tend vers 1 8N < 0; f (a) < N second tableau)
ligne à substituer aux « »
quand a tend vers 9 > 0; 8a 2 A; ka k < =)
quand a tend vers 1 9M > 0; 8a 2 A; a M =) .
quand a tend vers 1 9M < 0; 8a 2 A; a < M =)
quand kak tend vers 1 9M > 0; 8a 2 A; kak > M =)

On obtient ainsi le tableau suivant où, pour chaque couple (i; j), la dé…nition de la
tendance située à la case (i; j) s’obtient en substituant la i-ième case de la dernière
colonne aux « » de la j-ième case de la dernière ligne :

9 > 0; 8a 2 A;
f (a) ! ` f (a) ! 1 f (a) ! 1
a! a! a! ka k < =)
9M; 8a 2 A;
f (a) ! ` f (a) ! 1 f (a) ! 1
a!1 a!1 a!1 a > M =)
9M; 8a 2 A;
f (a) ! ` f (a) ! 1 f (a) ! 1
a! 1 a! 1 a! 1 a < M =)
9M; 8a 2 A;
f (a) ! ` f (a) ! 1 f (a) ! 1
kak!1 kak!1 kak!1 kak > M =)
8" > 0; source
8N; f (a) > N 8N; f (a) < N but
kf (a) `k < "

Remarques
Sanity check : retrouver dans la case en haut à gauche la dé…nition de la
section 1.1.
Ordre M -source N -but. Pour décrire ce qui se passait dans un voisinage de 0
(à la source comme au but), nous avions utilisé les lettres (source) et " (but) dans
l’ordre alphabétique. Suivant la même cohérence, pour décrire ce qui se passe dans
un voisinage de 1 (à la source comme au but), nous avons utilisé ici les lettres M
(source) et N (but) dans le même ordre alphabétique.
1 4 Les quanti…cations « 9M » et « 8N » portent indi¤éremment sur les entiers ou les réels.

6
Abus usuel. Dans chacune des dé…nitions ci-dessus,

la quanti…cation « 8a 2 A » est la plupart du temps sous-entendue.


Comme pour les suites, attention donc si l’on souhaite nier une tendance. Par exemple,

ka `k <
la négation de f ! ` s’écrit 9" > 0; 8 > 0; 9a 2 A; .
kf (a) `k "

On verra à la section 1.3 un critère séquentiel de tendance explicitant la négation


ci-dessus de façon pratique.
Limites à droite, à gauche (hors programme). Dans le cas A R, on
pourrait rajouter également deux lignes correspondant aux tendances à droite et à
gauche de , notées, resp. f ! L et f ! L.
+

Forme générique d’une tendance. Chacune des douze tendances ci-dessus


est de la forme f (a) ! L où :
(a)!

1. la lettre dénote15
(a) ou bien l’application Id ;
(b) ou bien l’application "norme" N (auquel cas = 1 et A n’est pas bornée).
16
2. le symbole dénote
(a) ou bien un point invoqué dans l’adhérence A ;
(b) ou bien 1 (auquel cas E = R et A n’est pas minorée) ;
(c) ou bien 1, auquel cas
i. ou bien = Id, E = R et A n’est pas majorée ;
ii. ou bien = N et A n’est pas bornée ;
3. le symbole L dénote17
(a) ou bien un point invoqué dans F ;
(b) ou bien 1 (auquel cas F = R) ;
(c) ou bien 1 (auquel cas F = R).
Tendances & voisinages (hors programme). Regardons les trois entrées de
la dernière ligne du tableau ci-dessus. Chaque énoncé de la forme « 8" > 0; kf (a) `k <
boule ouverte
" » se réécrit sous la forme « 8B ; f (a) 2 B » , forme équi-
centrée en `
voisinage
valente à « 8W ; f (a) 2 W » . De même, chaque énoncé de la
de ` dans F
voisinage
forme « 8N; f (a) > N » se réécrit sous la forme18 « 8W ; f (a) 2
de 1 dans R
W » (idem pour les tendances vers et les voisinages de 1). En transformant de
1 5 doit faire penser à argument (comme celui du complexe ei ) car s’applique à l’argument de

l’expression f (a) dans la tendance f (a) ! L.


(a)!
16 est le point en lequel on regarde la tendance.
1 7 L est à penser comme la limite en .
1 8 Rappel : un voisinage de 1 dans R est une partie contenant un intervalle de la forme [a; 1[.

7
même les quatre entrées de la dernière colonne du tableau ci-dessus, ce dernier peut
alors se résumer sous la forme
9V E voisinage de ;
f (a) ! L
(a) ! 8a 2 A; (a) 2 V =) ,
8W F voisinage de L; f (a) 2 W source
but
résumé permettant d’uni…er grâce aux voisinages les douze tendances ci-dessus en
l’unique équivalence

voisinage voisinage 1 1
f (a) ! L () 8W ; 9V ; (V ) f (W ) .
(a) ! de L dans F de dans A
f
Sanity check : lorsque L = , la tendance à gauche s’énonce « (a) tend vers L
quand (a) tend vers L » , ce que valide le français. La lectrice et le lecteur pourront
véri…er que cette tendance est bien valide formellement19 .

Exemple : soit P 2 C [X] non constant dont on note d le degré et C le coe¢ cient
dominant. On a alors l’équivalence P (a) Cad , d’où (puisque C 6= 0 et d > 0)
jaj!1
la tendance jP (a)j ! 1.
jaj !1

1.3 Propriétés

Cette section reprend et étend aux espaces vectoriels normés les propriétés des
tendances vues en première année : elle serait pénible à rédiger exhaustivement. Le
parti est par conséquent pris d’utiliser la forme générale20 f (a) ! L des douze
(a) !
tendances au programme –ce a…n d’uni…er les énoncés –ainsi que sa traduction (hors
programme) en termes de voisinages –ce a…n d’uni…er les démonstrations.

On invoque désormais , L et comme ci-dessus.

Propriétés (opérations usuelles sur les tendances)


8
>
> f (a) ! L
>
< (a)!
g:A !F M 2 F q f 1; 1g g (a) ! M . Alors :
Soient et21 tels que
:A !K 2 K q f 1; 1g >
>
(a)!
>
: (a) !
(a)!

1.
(a) (norme22 ) on a la tendance kf (a)k ! kLk ;
(a)!

1 9 Quand f = (qui est surjective), l’inclusion à droite se réécrit V W et le membre de droite


de l’équivalence ci-dessus se reformule en « chaque voisinage de L dans F contient un voisinage de
dans A » , i. e. (distinguer les cas) en l’égalité = L.
2 0 Cf. deux dernières remarques
2 1 La non-…nitude de M restreindrait (A; F ) comme le ferait celle de L.
2 2 même si L = 1, auquel cas kLk = j 1j = 1

8
(b) (somme) si fL; M g 6= f 1; 1g, on a la tendance f (a) + g (a) !
(a)!
L+M :
(c) (homothété) si et L sont …nis23 , on a la tendance (a) f (a) !
(a)!
L.
2. Si l’espace vectoriel but F est en outre une algèbre à multiplication continue,
alors :
(a) (produit) si fkLk ; kM kg 6= f0; 1g, on a la tendance f (a) g (a) !
(a)!
LM ;
1 1
(b) (inverse24 ) si L 2 Int F , on a la tendance f (a) ! L ;
(a)!
f (a) L
(c) (quotient) si M 2 Int F , on a la tendance g(a) ! M.
(a)!

Démonstration : reprendre (si = Id) celles de première année (les points 1c et 2a


sont alors confondus) en doublant les barres, puis adapter ces reprises au cas = N .

Remarque –Inversibles dans une algèbre de dimension …nie. Lorsque l’es-


pace vectoriel normé F est une algèbre de dimension …nie, d’une part sa multiplication
est continue, d’autre part on pourrait montrer (hors programme) que ses inversibles
forment une partie F ouverte25 . Par conséquent,

dans ce cas, si le vecteur lima f fait sens et est inversible, alors26


l’application f1 fait sens au voisinage de a et tend en a vers lim1a f .

Propriété (composition des tendances)


Soit g une application à valeurs dans un espace vectoriel normé telle que g f fait
sens et soit27 un point de F q f 1; 1g. On a alors l’implication
8
< f (a) !
(a)!
=) g (f (a)) ! L.
: g !L (a)!

Démonstration
8
< f (a) !
(a)!
Supposons . Soit W un voisinage de L dans Im g, soit V un
: g !L
voisinage de dans Dom g tel que g (V) W (permis car g ! L), soit V voisinage

2 3 Cette tendance reste valide si j j = 1 = kLk mais ce cas (où l’on a alors K = R = F ) est traité

par le point 2a.


2 4 Rappel : pour chaque anneau R (ring ), on note R la partie formée par les éléments inversibles
de R.
2 5 L’hypothèse « de dimension …nie » est en général nécessaire : lorsque F = K [X] (vu comme

espace de suites et muni de la norme uniforme), le polynôme 1 est inversible mais est limite de la
X
suite 1+ n
dont aucun terme n’est inversible.
n2N
2 6 Sanitycheck : lorsque F = R, on retrouve un résultat de première année.
2 7 Encore une fois, la non-…nitude de restreindrait les hypothèses sur F ainsi que sur Dom g.

9
1
de dans A tel que f (V ) V (permis car28 f (a) ! ). On a alors les
(a)!
inclusions
1 1
[g f ] (V ) = g f (V ) g (V) W , ce qui conclut.
Mnémonique : dans g (f (a)), mettre f (a) dans une "boîte noire29 " en l’enca-
drant f (a) , ce qui donne g ( ).

Exemples
1 1
1. Vu les tendances t ! 0 et kak ! 1 , on a la tendance !
kak kak!1 0.
t! 1 kak!1

1
2. Vu les tendances cos ! 1 et !
kak2 +1 kak!1
0 , on a la tendance cos kak12 +1 !
kak!1
0
1

Proposition (critère séquentiel de tendance)


On a l’équivalence
h i
f (a) ! L () 8a 2 AN ; (an ) ! =) f (an ) ! L .
(a)! n!1 n!1

Démonstration
Les neuf cas où = Id sont réglés en reprenant les démonstrations de première
année et en doublant les barres. On peut donc imposer les égalités = 1
N .
(= Supposons par contraposée que f (a) ne tend pas vers L quand kak tend
vers 1, ce qui s’écrit
voisinage kak > M
9W ; 8M 2 N; 9a 2 A; .
de L dans F f (a) 2
=W

Soit un tel voisinage W . L’axiome du choix nous donne alors une suite a 2 AN
kaM k > M
telle que 8M 2 N; , ce qui permet d’une part d’a¢ rmer la ten-
f (aM ) 2
=W
dance kaM k ! 1, d’autre part de nier celle f (aM ) ! L, d’où la conclusion.
M !1 M !1
=) Soit a 2 AN telle que (an ) ! , soit W un voisinage de L dans F ,
n!1
1
soit V un voisinage de dans A tel que f (V ) W (permis par l’hypo-
thèse f (a) ! L), soit N 2 N tel que 8n 2 ]N; 1j[ ; (an ) 2 V (légitimé
(a)!1
1
par la tendance (an ) ! et soit n 2 ]N; 1j[ : on a alors an 2 (V ),
n!1
1
d’où f (an ) 2 f (V ) W . Nous venons de montrer30
voisinage
8W ; 9N 2 N; 8n 2 ]N; 1j[ ; f (an ) 2 W , i. e. f (an ) ! L, c. q. f. d.
de L dans F n!1

2 8 Cette tendance permettrait, avec l’inclusion Im f Dom g, de véri…er que le point adhère bien
au domaine de dé…nition de g, ce qui est requis par le programme pour donner sens à l’hypothèse
g ! L.
2 9 La boîte est dite noire car l’on ne veut pas savoir ce qu’il y a dedans : seul importe que son

contenu soit le même pour chaque boîte.


3 0 Cette preuve du sens =) est en fait valide pour chaque – pas seulement 1N
.

10
Remarque – Vu d’une part le critère ci-dessus lorsque = Id, d’autre part le
caractère invariant de la "relation" de tendance séquentielle par passage à une norme
équivalente, pour chaque 2 A,

la "relation" de tendance en est inchangée par passage à une norme équivalente


(dans l’espace vectoriel normé source comme dans l’espace vectoriel normé but)

Corollaire (tendances …nies "produit")


Ei Ai i
Soit Fi fi `i une famille31 …nie telle que, pour chaque i, Ei et Fi sont des
( i ; `i ) 2 Ai Fi
espaces vectoriels normés, Ai est une partie de Ei et32 . Alors
fi : Ai ! Fi
Q
1. la famille ( i ) dé…nit un point source adhérant à la partie Ai ,
Q Q
2. la famille (fi ) dé…nit une application Ai ! Fi ,
Q
3. la famille (`i ) dé…nit un point but dans Fi et

l’on a l’équivalence (fi ) ! (`i ) () 8i; fi ! `i .


( i) i

Démonstration
L’idée est la suivante : d’après la proposition précédente, chaque tendance fonc-
tionnelle se ramène à des tendances séquentielles et, d’après une proposition cha-
pEvn1 ? ? ?, chaque tendance séquentielle dans chaque produit cartésien …ni équivaut
à chaque tendance "coordonnée" associée, ce qui permet de conclure.
Formellement, traitons a…n d’alléger les écritures le cas où l’ensemble indexant
est f1; 2g et où l’on aura renommé33 fg B A L
M := ff12 A 1 1 `1
A2 2 `2 . On déroule alors les
équivalences34
3 1 L’ensemble indexant est sous-entendu a…n d’alléger les écritures : la lettre i est ainsi partout

muette.
3 2 Ici, les limites ` restent …nies.
i
3 3 Signalons l’abus consistant à dé…nir A := A (la lettre A a déjà été invoquée en début de
1
section !). Il aurait fallu, en toute rigueur, imposer A = A1 .
3 4 Sanity check : le point ( ; ) adhère bien à A B vu l’appartenance ( ; ) 2 A B et l’égalité A

B = A B (cf. exemple ?? section ?? chapitre evn1 ? ? ?).

11
f L
!
g ( ; ) M
critère séquentiel N f L
() 8c 2 (A B) ; cn ! ( ; ) =) (cn ) !
de tendance n!1 g n!1 M
N an f (an ) L
reparam étrage 8a 2 A
() ; ! =) !
c=:(a;b) 8b 2 B N bn n!1 g (bn ) n!1 M
(
tendances séquentielles 8a 2 AN a ! ! L f (an )
n!1
() ; =)
"co ordonnées" 8b 2 B N b ! g (bn ) ! M
n!1
(
?
8a 2 AN ; a ! =) f (an ) ! L
() n!1
8b 2 B N ; b ! =) g (bn ) ! M
n!1
(
critère séquentiel
f !L ce qui conclut, à condition de
() g !M , ?
de tendance justi…er l’équivalence () .

Le sens (= étant tautologique, montrons celui =). Soit a 2 AN tel que a ! .


Puisque 2 B, on peut invoquer une suite b 2 B N tendant vers . La suite ab
(
f (an ) ! L
tend alors vers , d’où par hypothèse les tendances n!1 : la première
g (bn ) ! M
n!1
su¢ t à notre bonheur. (Raisonnement analogue pour établir 8b 2 B N ; b ! =)
g (bn ) ! M .)
n!1

Exemple : imposons A = E = C [X] muni de la norme uniforme sur [1; 7].


Cette norme étant sous-multiplicative, la multiplication de A est continue et l’on
2
a la tendance P 2 ! (X + 1) d’après les propriétés algébriques des tendances.
P !X+1
Par ailleurs, dans l’espace vectoriel C ([1; 7] ; R) muni de la norme uniforme, on a
la tendance f (e) ! ln e = 1 (majorer jf (e) ln ej kf lnk). Il en résulte les
f !ln
P2 (X+1)2
tendances f (e) ! 1 .
( )!(X+1
P
f ln )

Proposition (tendances …nies "coordonnées")


Imposons l’espace vectoriel normé but F de dimension …nie, soient B F une
35
partie basique et ` 2 F . Pour chaque
Lb2Bvecteur de base 2 B, notons la projection
sur la droite K parallèlement à b6= Kb et signalons par un exposant la compo-
f = f
sition à gauche par , de sorte à abréger . On a alors l’équivalence
` = (`)

f (a) ! ` () 8 2 B; f (a) ! ` .
(a)! (a)!

En particulier, l’application f converge en a ssi l’application "coordonnée" f converge


en a pour chaque 2 B.
3 5 Ici, la limite ` reste …nie.

12
Démonstration
(= L’hypothèse se réécrit (f (a)) ! (`) pour chaque 2 B.
(a)!
P
Puisque 2B = IdF , ajouter ces tendances (f (a)) ! (`) livre la ten-
(a)!
dance f (a) ! `.
(a)!
=) La preuve la plus directe à notre connaissance utilise (sans cercle vi-
cieux !) des notions que nous allons voir dans les prochaines sections. Soit 2 B : le
projecteur étant continu en tant qu’endomorphisme d’un espace vectoriel de dimen-
sion …nie (cf. exemple 6 section 2.1), on peut "composer" l’hypothèse f (a) ! `
(a)!
à gauche par , d’où la tendance désirée (f (a)) ! (`).
(a)!

1
!
th kak kak2 +1
Exemple : quand F = M2 (R), on a la tendance !
ch kak12 +1 1
sh kak kak!1

1 0
vu chacune des tendances (obtenues par composition lorsque kak ! 1)
1 0
( 1 1
th kak ! lim1 th = 1 kak2 +1
! lim c+1 =0
1 et c!1 .
ch kak2 +1 ! lim0 ch = 1 sh 1
! lim0 sh = 0
kak

Faute à ce stade d’applications intéressantes, nous proposons un seul exercice


d’application, éclairant – une fois n’est pas coutume – d’un regard algébrique les
notions d’analyse sus-développées.

Exercice d’application
Par commodité, on désinvoque la lettre f pour cet exercice.
Pour chaque f : E ! F et pour chaque partie P E, on notera f P l’application
coïncidant avec f sur P et nulle ailleurs.
Soit a 2 E. Appelons d’une part V l’ensemble des voisinages de a (dans E),
d’autre part A la partie de KE formée des applications convergeant en a.
a. Pour chaque f : E ! F , montrer l’équivalence

8` 2 F
; f ! ` () f V ! `.
8V 2 V a a

b. Montrer que l’application lima est un morphisme d’algèbres A ! K tel que

8f 2 A
; ' (f ) = ' f V .
8V 2 V

c. Soit ' : A ! K un morphisme d’algèbres véri…ant les égalités de la ques-


tion (b).
i. Montrer l’inclusion Ker ' Ker lima . On pourra raisonner par contrapo-
sée.

13
ii. En déduire l’égalité ' = lima .
———————————————————————————————–
a. Soit un tel f et soit (`; V ) 2 F V : puisque f et f V coïncident alors sur V ,
on a l’égalité fjV = f V jV , d’où les équivalences

caractère lo cal de caractère lo cal de


f !` () fjV ! ` () f V jV
!` () fV ! `.
a la tendance en a a a la tendance en a a

Remarque –Cette question traduit le caractère local de la tendance en a vu en


cours d’une façon permettant de formuler cet exercice sans parler de quotients
(cf. remarque en …n d’exercice).
b. Le fait que A soit une algèbre et lima un morphisme d’algèbres résulte
d’une part de la tendance de l’application constante36 1A ! 1K , d’autre part
a
des opérations usuelles sur les tendances (somme, homothété et produit).
La question (a) montre par ailleurs pour chaque (f; V ) 2 A V l’éga-
lité lima f = lima f V .
c.
i. Soit f 2 A tel que lima f 6= 0. On peut alors invoquer un V 2 V sur
lequel la restriction de f ne s’annule pas, ce qui donne sens à l’applica-
1
tion g := f sur V . On a alors les égalités
0 ailleurs

f f1 sur V 1 sur V
fg = = = 1V ,
f 0 ailleurs 0 ailleurs

d’où celles
' préserve hyp othèse ' est
1 = ' (1) = ' 1V = ' (f g) = ' (f ) ' (g) ,
l’unité sur ' multiplicatif

ce qui empêche la nullité de ' (f ), c. q. f. d.


ii. Soit f 2 F et notons := ' (f ). On a alors les égalités
' est dé…nition
'( f ) = ' ( 1A f) = ' (1A ) ' (f ) = 1 = 0,
linéaire de

d’où (avec la question précédente) l’égalité lima ( f ) = 0, i. e.


lima f = 0, et la conclusion37 ' (f ) = = lima f .
Remarques –Cet exercice montre que lima est l’unique morphisme d’algèbres

ff : E ! K ; f converge en ag ! K

ne "voyant" pas ce qui se passe "loin de a", au sens des égalités38 ' (f ) = ' f V de
la question (b).
3 6 Ne pas oublier le neutre multiplicatif !
3 7 La lectrice et le lecteur avertis auront décelé en …ligrane le classique suivant : deux formes
linéaires non nulles (ici ' et lima ) sont colinéaires ssi leurs noyaux sont égaux.
3 8 Observer que seules nous ont servi les égalités ' (1) = ' 1V .

14
Cependant, un esprit purement algébrique désirant caractériser la limite en a cher-
chera à traduire
a algébriquement ces dernières égalités. Cela peut se faire en quotientant
la partie de KP formée des applications convergeant en a par la relation « coïn-
P E
cider sur l’intersection des sources » . On obtiendrait ainsi une algèbre39 (notons-la G)
et l’on montrerait alors l’existence d’un unique morphisme d’algèbres G ! K (dé…ni
par f 7! lima f ) : la caractérisation cherchée.
Cet exercice possède un analogue discret a¢ rmant que l’application lim dé…nie
sur l’ensemble KN cv des suites scalaires convergentes est l’unique morphisme d’al-
gèbres KNcv ! K invariant par extraction. La lectrice et le lecteur à l’esprit algébrique
pourront chercher une traduction de cet énoncé en termes purement algébriques.

2 Continuité

On garde invoqués les espaces vectoriels normés E et F , la partie A E et


l’application f : A ! F .
La norme de E invoquée est toujours notée N ou avec des doubles-barres, lesquelles
pourront également –selon le contexte –dénoter la norme de F .

2.1 Dé…nitions & propriétés usuelles

Dé…nition (continuité ponctuelle, continuité globale)


Soit a 2 A. L’application f est dite continue en a si l’une des conditions sui-
vantes équivalentes40 est véri…ée :
1. on a la tendance f ! f (a) ;
a
2. l’application f converge en a ;
3. le vecteur lima f fait sens et est …ni ;
4. on a les implications 8! a 2 AN ; an ! a =) f (an ) ! f (a) ;
n!1 n!1
5. il y a un voisinage V de a dans A tel que fjV ! f (a) ;
a
6. pour chaque voisinage V de a dans A, on a la tendance fjV ! f (a).
a

Soit41 D une partie de la source de f . On quali…e f de continue sur D si elle


est continue en chaque point de D. L’ensemble des applications continues D ! F
est noté C (D; F ) ou C 0 (D; F ).
L’application f est dite continue (tout court) si elle est continue sur sa source.

Remarques Soit a 2 A.
3 9 Culture hors programme : cette algèbre (G comme « germes » , le nom de ses éléments) est appelée
la limite inductive des algèbres ff : V ! K ; f converge en ag lorsque V décrit les voisinages de a.
(L’algèbre K [X] est de même la limite inductive de celles Kn [X] lorsque n parcourt N.)
4 0 Les points 1, 2 et 3 sont équivalents par dé…nition, le point 4 leur équivaut d’après le critère

séquentiel de tendance et les points 5 et 6 leur équivalent d’après le caractère local de la tendance.
4 1 D comme « sous-domaine »

15
Caractère ponctuel de la continuité. La dé…nition ci-dessus montre que
la continuité (tout court) est une notion ponctuelle, au sens où elle équivaut à une
conjonction de continuités ponctuelles :

8D A; [f continue sur D () 8d 2 D; f continue en d] .

Caractère local de la continuité ponctuelle. En remplaçant f (a) par fjV (a)


dans les points 5 et 6, on obtient les équivalences

voisinage
9V ; fjV continue en a () f continue en a
relatif de a
voisinage
() 8V ; fjV continue en a .
relatif de a

Par conséquent, et comme pour la tendance en a, la continuité en a ne voit pas ce qui


se passe "loin de a" : on dit que c’est une notion locale.
Invariance de la continuité par équivalence de normes. La continuité en a
se dé…nissant par une tendance (fonctionnelle) en un point de A, elle est invariante
par passage à une norme équivalente (dans l’espace vectoriel normé source comme
dans l’espace vectoriel normé but). En particulier,

la continuité est inchangée par passage à une norme équivalente


(dans l’espace vectoriel normé source comme dans l’espace vectoriel normé but).

Caractère localement borné des applications continues. Imposons f


continue en a, notons ` := f (a) et soit > 0 tel que42 8b 2 A; kb ak < =)
kf (b) `k < 1. On a alors pour chaque b 2 B (a; ) \ A les majorations kf (b)k
kf (b) `k + k`k 1 + k`k, ce qui montre que f est bornée sur le voisinage B (a; ) \ A
relatif de a. Par conséquent :

chaque application continue est bornée au voisinage de chaque point source.

Exemples
1. Imposons f constante. Elle tend alors en chaque point de sa source vers sa valeur
constante, d’où pour chaque a 2 A la tendance f ! f (a). Il en résulte que
a

chaque application constante est continue.

2. Les propriétés usuelles sur les tendances montrent les continuités de :


(a) la norme E ! R,
(b) l’addition E 2 ! E,
(c) la multiplication scalaire K E ! E,
(pour les points suivants, on impose en outre que E soit une algèbre à multipli-
cation continue)
(d) la multiplication E 2 ! E,
4 2 Le majorant 1 ne joue aucun autre rôle que celui d’être un réel strictement positif.

16
(e) l’inversion E !E et
(f) la division E E ! E.
0 0 0 0
3. La tendance ! montre que l’application rg n’est pas
0 n1 n!1 0 0
continue en la matrice nulle (le critère séquentiel impliquerait sinon la ten-
dance 1 ! 0).
n!1
4. Imposons que E soit un produit …ni d’espaces vectoriels normés. Chaque ten-
dance dans E impliquant alors les tendances coordonnées correspondantes,

la projection de chaque produit …ni sur chacun de ses facteurs est continue.
a;b2A
5. Imposons A …ni, notons " le minimum de l’ensemble fd (a; b)ga6=b [ f1g (lequel
fait alors sens et véri…e " > 0), soient a 2 AN et 2 A tels que a ! et
soit N 2 N tel que 8n 2 [N; 1j[ ; d (an ; ) < ". La dé…nition de " impose alors
le caractère stationnaire de la suite a (à partir du rang N ), d’où celui de la
suite n 7! f (an ), laquelle converge donc vers f (aN ) = f ( ). Il en résulte43

la continuité de chaque application de source …nie.

Plus généralement, l’application f sera continue dès que, pour chaque 2 A, le


point n’adhère pas à44 A nf g (remplacer alors le " ci-dessus par inf a2Anf g d ( ; a)).
6. Nous verrons à la section 3.3 que

si E est de dimension …nie, alors


chaque application linéaire de source E est continue.

L’hypothèse est bien nécessaire : si l’on norme K [X] par P 7! max[0;1] jP j, la


n
X
suite p
n
tend alors vers le polynôme nul (sa "norme" p1n tend
n2N p n2N
n 1
vers 0) mais la suite "dérivée" nX n2N
ne tend pas vers la dérivée du
polynôme nul (elle n’est pas bornée), ce qui montre la non-continuité en 0 de la
dérivation P 7! P 0 , application linéaire de source K [X].
7. Nous verrons à la même section la continuité de chaque application multi linéaire
de source chaque produit d’espaces vectoriels normés de dimension …nie. En
particulier,

si l’espace vectoriel E est une algèbre de dimension …nie,


sa multiplication est alors continue.

En résulte pour chaque naturel n la continuité de la multiplication matricielle


sur Mn (K).
n o
a
8. Imposons A fermée et f continue dont on note G := f (a) le graphe.
a2A
`
Soit g 2 GN convergeant dans E F vers un certain m et dont on note xy
les suites "coordonnées". Composer par les deux projections livre alors (d’après
4 3 Ces continuités sont quasiment tautologiques et présentent donc peu d’intérêt.
4 4 Culture : un tel point est dit isolé car il possède un voisinage dans A dont il est le seul élément.

17
x !`
la remarque 4) les tendances , d’où (par continuité45 de f en `)
y !m
celle f x ! f (`). Or, puisque g prend ses valeurs dans le graphe de f , on a
l’égalité séquentielle f x = y, d’où les égalités m = lim y = lim f x = f (`) et
l’appartenance lim g 2 G. Conclusion :

est fermé le graphe de chaque application continue de source fermée.

Remarques Soit D A.
1. De la continuité de f en chaque a 2 A on déduirait celle de f en chaque d 2
D, i. e. celle de f sur D. Par conséquent, la "continuité-sur" passe à la sous-
partie, au sens des implications

f continue sur A =) f continue sur D.

2. Continuité & restrictions. Imposons f continue sur D, soient d 2 D et 2


DN tels que ! d. La continuité de f en d livre alors la tendance f ( n ) !
n!1
f (d), i. e. fjD ( n ) ! fjD (d), ce qui montre la continuité de fjD en d. Il en
n!1
résulte les implications :

f continue sur D =) fjD continue.

La réciproque est cependant fausse en général46 : pour chaque point a 2 A où f


n’est pas continue, l’application fjfag est continue (car constante) mais f n’est
pas continue sur fag (car ne l’est pas en a).
Montrons qu’elle tient si D est ouvert dans A : pour chaque d 2 D, l’ouvert
relatif D étant alors voisinage relatif de d, il y a47 un voisinage relatif V de d
tel que fjV ! f (d), ce qui est l’une des descriptions de la continuité en d. On
d
pourra donc retenir les équivalences

8O ouvert de A; f continue sur O () fjO continue .

3. Caractère local de la continuité. Pour chaque a 2 A, notons Va l’ensemble


des voisinages de a dans A. On a alors le cycle d’implications
rem arque 1
f continue sur A =) 8a 2 A; 8V 2 Va ; f continue sur V
rem arque 2 et
=) 8a 2 A; 9V 2 Va ; fjV continue
Va 6=; à a2A …xé
caractère p onctuel
=) 8a 2 A; 9V 2 Va ; fjV continue en a
de la continuité
caractère lo cal de
() 8a 2 A; f continue en a
la continuité en a
caractère p onctuel
=) f continue sur A.
de la continuité
4 5 Lalimite ` reste bien dans A car ce dernier est fermé par hypothèse.
4 6 Attention donc à ne pas faire dire au caractère ponctuel de la continuité plus que ce qu’il dit !
4 7 Imposer V := D et utiliser l’hypothèse f
jD ! f (d).
d

18
Ce cycle bouclant, les implications en jeu sont des équivalences. En ne retenant
que le deuxième énoncé de droite, nous pouvons a¢ rmer que48

f est continue ssi chaque point de sa source admet


un voisinage auquel la restriction de f est continue.

Cela s’énonce parfois sous la forme plus "compacte" (bien s’assurer que tous les
implicites de cette forme soient clairs)

f est continue ssi elle l’est au voisinage de chaque point.

Application : soit (Oi )i2I un recouvrement de A par des ouverts de A à chacun


desquels la restriction de f est continue. Soit a 2 A et soit i 2 I tel que a 2 Oi : la
partie Oi étant alors voisinage de a dans A, nous avons la continuité de f au voisinage
de a. Le caractère local de la continuité permet donc d’a¢ rmer :

pour chaque recouvrement de la source par des ouverts (de la source),


la continuité équivaut à celle de la restriction
à chaque ouvert du recouvrement considéré.

Exemple : soient C; C 0 A fermés (relatifs) tels que A = C q C 0 et impo-


fjC 0
sons f 0 = 1 . Les fermés C et C 0 sont alors ouverts dans A (car complémentaires
jC
dans A et fermés) et recouvrent A. L’application f étant par ailleurs continue sur
chacun de ces ouverts (car y est constante), le caractère local de la continuité montre
que f est continue.
FIG
Cet exemple a de quoi surprendre : l’application f est continue mais "saute"
pourtant de 0 à 1 quand les fermés C et C 0 sont non vides ! Ce fait contre-intuitif49
vient de ce que la partie C q C 0 n’est alors pas "connexe" –au sens intuitif d’être faite
"d’un seul tenant". Nous verrons à la section 4.4 que cette surprise ne peut avoir lieu
quand A est connexe par arcs.

Propriétés (stabilité de la continuité ponctuelle par opérations algé-


briques, par composition) Soit a 2 A.

1. Les applications A ! F continues en a forment un sous-espace vectoriel


de F A . Si de plus F est une algèbre à multiplication continue, ce sous-espace
vectoriel est alors une sous-algèbre de F A .
2. Soit g une application à valeurs dans un espace vectoriel normé et donnant sens
à la composée g f . On a alors l’implication

f est continue en a
=) g f est continue en a.
g est continue en f (a)

4 8 Ondit que la continuité (tout court) est une notion locale.


4 9 Notreintuition se fourvoie précisément lorsqu’elle parle d’un "saut", en préjugeant de l’existence
d’un point où aurait lieu ce "saut".

19
Démonstration

1. Soient ' et deux applications de F A continues en a, soit 2 K. L’appli-


cation ' + tend alors (d’après les opérations usuelles sur les tendances) en a
vers
' et sont
lim '+lim = ' (a)+ (a) = [ ' + ] (a) , d’où sa continuité en a.
a a continues en a

Supposons de plus que F est une algèbre à multiplication continue. L’applica-


tion ' tend (d’après les opérations usuelles sur les tendances) en a vers ' (a) (a) =
[' ] (a), d’où sa continuité en a. L’application constante50 1F fait par ailleurs
sens et est continue (car constante).
8
>
< f a! f (a)
2. La prémisse de l’implication désirée se réécrivant g ! g (f (a)) , il
>
: f (a)
en résulte (par composition des tendances) la tendance g f ! g (f (a)), d’où
a
la continuité de g f en a.

Corollaires (stabilité de la continuité par opérations algébriques, par


composition)

1. La partie C (A; F ) de F A en est un sous-espace vectoriel. C’en sera même une


sous-algèbre si F est en outre une algèbre à multiplication continue.
2. Soit g une application à valeurs dans un espace vectoriel normé et continue
sur Im f . Si f est continue, alors la composée g f fera sens et sera continue51 .

Démonstration : se ramener aux propriétés précédentes en utilisant le caractère


ponctuel de la continuité.

Exemples
1. Soit N 2 N et imposons que E est une algèbre à multiplication continue52 .
Par composition, la multiplication E N ! E est alors continue, donc (par
combinaisons linéaires)

chaque application E N ! E polynomiale à N indéterminées est continue .

2. Soit n 2 N. L’algèbre Mn (K) étant alors de dimension …nie, sa multiplication


2
est continue et, en identi…ant Mn (K) à Kn , l’exemple précédent appliqué au
E K
cas N = n2 livre

les continuités de la trace et du déterminant sur Mn (K) .

Proposition (continuités "produit" et "coordonnées")

5 0 Ne pas oublier l’unité de l’algèbre !


5 1 En d’autres termes : dès qu’elle fait sens, chaque composée d’applications continues est continue.
5 2 Par exemple si la norme de E est sous-multiplicative ou si l’algèbre E est de dimension …nie.

20
1. Soit E i Ai
F i fi une famille53 …nie telle que, pour chaque i, Ei et Fi sont des
espaces vectoriels normés, Ai Ei et f : Ai ! Fi . Alors
Q Q
Ai ! Fi
l’application "produit"
(ai ) 7 ! (fi (ai ))
est continue ssi l’application fi est continue pour chaque i.

2. Imposons l’espace vectoriel normé but F de dimension …nie et soit B F une


partie basique. Pour chaque vecteur de base 2 B, notons f Lla composée à
b2B
gauche de f par la projection sur la droite K parallèlement à b6= Kb. Alors

f est continue ssi f est continue pour chaque 2 B.

Démonstration
1. En notant ' l’application dé…nie par la famille (fi ), on a les équivalences
dé…nition de
Y
' est continue () 8a 2 Ai ; ' ! ' (a)
la continuité a
dé…nition
Y
() 8a 2 Ai ; ' ! ( fi (ai ))
de ' a
prop osition corresp ondante Y
() 8a 2 Ai ; 8i; fi ! fi (ai )
sur les tendances "produit" ai
?
() 8i; 8 2 Ai ; fi ! fi ( )
dé…nition de
() 8i; fi est continue.
la continuité

?
L’équivalence () se justi…e comme la proposition correspondante sur les ten-
dances "produits" (sens (= aisé, sens =) plus délicat).
2. On a les équivalences
dé…nition de
f est continue () 8a 2 A; f ! f (a)
la continuité a
prop osition corresp ondante
() 8a 2 A; 8 2 B; f ! f (a)
sur les tendances "coordonnées" a
interversion de
() 8 2 B; 8a 2 A; f ! f (a)
quanti…cateurs 8 a
dé…nition de
() 8 2 B; f est continue.
la continuité

Exemples Soit n 2 N.
Mn (K) ! Kn
1. Montrons la continuité de l’application a 7 ! tr ai . D’après
i2[1;nj]
le point 1 ci-dessus, il s’agit d’établir à i 2 [1; nj] …xé la continuité de a 7! tr ai ,
laquelle résulte (par composition) de celles des applications polynomiales tr
et a 7! ai .
5 3 L’ensemble indexant est sous-entendu a…n d’alléger les écritures : la lettre i est ainsi partout

muette.

21
Mn (K) ! Kn [X]
2. Montrons la continuité de l’application "polynôme caractéristique" .
a 7 ! a
D’après le point 2 ci-dessus, en choisissant la base canonique de Kn [X] il su¢ t
de prouver que l’application a 7! Coef i
a est continue pour chaque i 2 [0; nj].
X
Or, étant donné un tel i, l’application a 7! Coef
i
a est polynomiale (à n2 coor-
X
données), donc continue, c. q. f. d.
Mn (K) ! Mn (K)
3. Montrons la continuité de l’application "comatrice" .
a 7 ! com a
Il s’agit à i; j 2 [1; nj] …xés d’établir la continuité de l’application a 7! Coef com a :
Ei;j
or cette application est polynomiale car est un déterminant en les coordonnées
de la matrice-argument, ce qui conclut.

La proposition suivante décrit la continuité exclusivement en termes topologiques.


Elle est à rapprocher de la remarque 11 section 1.1 décrivant les tendances en termes
d’ouverts ou en termes de voisinages.

Proposition (continuité, ouverts, fermés)


Parmi les points suivants, le point 1 implique les points 2 et 3 :
1. l’application f est continue ;
2. l’image réciproque par f de chaque ouvert de F est ouverte dans A ;
3. l’image réciproque par f de chaque fermé de F est fermée dans A.

Démonstration
Montrons plus généralement que les trois points sont équivalents.
2=)1 (hors programme) Soit a 2 A. Soit C une boule ouverte centrée en f (a) :
l’image réciproque f 1 (C) contient alors a et est ouverte (d’après 2), donc contient
une boule B centrée en a, d’où les inclusions f (B) f f 1 (C) C. Il en résulte la
tendance f ! f (a), i. e. la continuité de f en a.
a
Sanity check : deux normes équivalentes induisant les mêmes ouverts, elles in-
duisent bien les mêmes applications continues.
1=)2 Soit un ouvert de F . Montrons que son image réciproque O :=
f 1 ( ) est ouverte dans A. Soit o 2 O. On a alors l’appartenance f (o) 2 , d’où (vu
que est ouvert) un réel " > 0 tel que B (f (o) ; ") . Par ailleurs, la continuité de f
livre la tendance f ! f (o), d’où un réel > 0 tel que f B (o; ) \ A B (f (o) ; ").
o
Des deux inclusions précédentes résulte celle f B (o; ) \ A , i. e. B (o; ) \ A
O, ce qui conclut d’après la caractérisation des ouverts relatifs en termes de boules.
3=)2 Soit un ouvert de F . Vu pour chaques parties X; Y F l’éga-
c
X
lité f (Y nX ) = f (Y ) f (X) , remplacer Y par F livre l’égalité f 1 ( ) =
1 1 1

A f 1 (c ) . Le complémentaire c étant par ailleurs fermé, son image réciproque


par f est par hypothèse fermée, donc le complémentaire A f 1 (c ) = f 1 ( ) est
ouvert dans A, ce qui conclut. (Raisonnement identique pour l’autre sens.)

22
Remarques
On pourrait dans les points 2 et 3 remplacer F par n’importe quelle partie
contenant Im f (en particulier par Im f ).
La proposition précédente s’énonce parfois sous la forme concise
le caractère ouvert (resp. fermé) est préservé par préimage continue54 .
Si l’on remplace dans les points 2 et 3 les images réciproques par les images
directes55 , les implications annoncées tombent en défaut (sauf cas pathologiques).
En e¤et, chaque application constante est continue mais l’image directe (par une
telle application) de chaque partie non vide est un singleton, lequel n’est pas ouvert
si E 6= f0g. De même, pour chaque vecteur b 2 F , l’application continue a 7! (th kak) b
envoie le fermé E sur l’intervalle f bg 1< <1 , lequel n’est pas fermé ssi b 6= 0.

Exemples
1. Sanity checks : soit r 0 un réel. Chaque sphère de rayon r est alors fermée
comme image réciproque du fermé frg par l’application continue "norme". De
même, chaque boule fermée de rayon r est fermée comme image réciproque du
fermé [0; r] par l’application continue "norme" – et chaque boule ouverte de
rayon r est ouverte comme préimage continue de l’ouvert ] 1; r[. En…n, la par-
tie Z est fermée dans R comme image réciproque du fermé f0g par l’application
continue t 7! sin ( t).
2. Soit n 2 N . Le groupe linéaire GLn (K) est alors ouvert dans l’espace vectoriel
normé Mn (K) comme image réciproque de l’ouvert K par l’application conti-
nue det. De même, le groupe spécial linéaire SLn (K) = det 1 (f1g) est fermé
comme préimage continue du fermé f1g.
3. Le lieu d’annulation de chaque application réelle continue sur E est fermé comme
image réciproque du fermé f0g. Réciproquement, chaque fermé de E est le lieu
d’annulation de l’application "distance à ce fermé", laquelle est continue comme
nous le verrons à la section 2.2 (exemple 3). On pourra donc retenir que
les fermés de E sont les lieux d’annulations
des applications réelles continues sur E.
Remarque –hors programme. Cet exemple motive, en remplaçant le cadre
analytique des applications réelles continues par le cadre algébrique des appli-
cations polynomiales, l’étude des variétés algébriques dé…nies par les racines
de polynômes à plusieurs indéterminées. Ces variétés forment les fermés de la
topologie de Zariski dont il a été question au chapEvn1 ? ? ?.
4. Soient r n deux naturels. L’application qui à chaque matrice de Mn (K)
associe la famille de ses mineurs de taille m m où m parcourt ]r; nj] est
alors continue (chaque de ses applications "coordonnée" est continue car po-
lynomiale), donc son lieu d’annulation est fermé. Le rang de chaque matrice
étant par ailleurs le plus grand "côté" d’une de ses matrices extraites inver-
sibles, le lieu d’annulation considéré est formé des matrices de rang au plus r,
ce qui montre le caractère fermé de l’ensemble fa 2 Mn (K) ; rg a rg.

5 4 Par
« préimage continue » on entend « image réciproque par une application continue » .
5 5 Culture
: chaque application préservant le caractère ouvert (resp. fermé) est dite ouverte (resp.
fermée).

23
Proposition56 (continuité et densité)
Soit D A dense dans A, soit g : A ! F , imposons f et g coïncidant sur D
et continues (sur A). Les applications f et g sont alors égales.

Démonstration
Soit a 2 A et soit d 2 DN tel que d ! a (permis puisque D est dense dans A).
Vu l’inclusion D A, l’égalité f (dn ) = g (dn ) fait alors sens pour chaque n 2 N et
est véri…ée par hypothèse : appliquer limn!1 livre alors (grâce aux continuités en a
de f et g) l’égalité f (a) = g (a), c. q. f. d.

Exemples
1. Soit a : R ! R une application continue préservant l’addition. D’après un
exercice classique (cf. ? ? ?), la restriction ajQ est alors une certaine homothé-
tie q 7! q : cette dernière étant continue sur R, dans lequel Q est dense, on a
l’égalité a = IdR .
2. Imposons A = E 6= f0g et f nulle partout sauf en un nombre …ni non nul de
points. Les applications f et 0 coïncident alors sur une partie dense (l’espace
privé d’une partie …nie57 ) et ne sont pas égales, donc l’une des deux n’est pas
continue. Comme l’application constante 0 est continue, c’est f qui ne l’est pas.
En d’autres termes58 ,
pour chaque partie E …nie, chaque application
continue sur E et constante sur E n est constante.

3. Soit n 2 N et soit a 2 Mn (K). On véri…e alors aisément l’égalité des polynômes


caractéristiques ab = ba pour chaque matrice b inversible (cf. ? ? ?chapRéduc).
Vu la densité de GLn (K), cette égalité se propagera pour chaque matrice b 2
Mn (K) si l’on montre la continuité des applications M 7! aM et M 7! M a , la-
quelle résulte (par composition) de celle de l’application59 M 7! (aM; M a; M ).
4. Regardons comment l’application "comatrice" agit sur les conjugaisons. Soit n 2
N et soit P 2 GLn (K). On a alors pour chaque matrice a 2 GLn (K) les
égalités60
1 1 t 1 1
com P aP = det P aP P aP = (det a) t P t a 1 t
P 1

t
= P (det a) t a 1 t
P 1
= t P (com a) t P 1
.

Les applications a 7! com P aP 1 et a 7! t P (com a) t P 1 coïncident donc


sur GLn (K) : pour montrer qu’elle sont égales, il su¢ t d’établir leur continuité.
Or d’une part l’application "comatrice" est continue, d’autre part l’application
linéaire a 7! P a; aP 1 ;t a est continue (l’espace source est de dimension …-
1
nie), d’où (par composition) la continuité de a 7! t PP aaPt P 1 et (toujours par
com(P aP 1 )
composition) celles de a 7! t P (com a) t P 1
, c. q. f. d.

5 6 En termes plus concis : deux applications continues coïncidant sur une partie dense sont égales.
5 7 On pourrait remplacer « …nie » par « dénombrable » .
58 comme « …ni »
5 9 Les multiplications par a sont continues car linéaires sur un espace de dimension …nie.
6 0 On rappelle pour chaque matrice a carrée l’égalité a t com a = (det a) Id.

24
Exercices d’application
1. Soient n 2 un naturel et f : U ! R continue. Montrer alors l’existence
2 i
d’un u 2 U tel que f (u) = f u e n .
2. Soit n 2 N . Établir alors pour chaques matrices a; b 2 Mn (K) les égalités
n 1 n 2
det com a = (det a) , com com a = (det a) a et com ab = com a com b.

3. Montrer l’équivalence des quatre énoncés suivants :


(a) f est continue ;
(b) 8P A; f P f (P ) ;
1 1
(c) 8Q F; f (Q) f Q ;
1 1
(d) 8Q F; f (Q) Int f (Q).
4. Soit F un recouvrement de A par un nombre …ni de fermés de A.
(a) Montrer que f est continue ssi sa restriction à chaque élément de F est
continue.
(b) Discuter les hypothèses.
———————————————————————————————–
f e2 i(t+ n ) dé…nie sur R et dont
1
1. Notons61 l’application t 7! f e2 it
on veut prouver l’existence d’un zéro. Elle est continue en tant que
Pndi¤érence de
composées d’applications continues. Vu l’égalité "télescopique" i=1 ni = 0,
i i+1
il y a un i 2 [1; nj[ tel que n n 0 (les termes de la somme précédente
seraient sinon strictement du même signe et leur somme ne saurait être nulle) et
le théorème des valeurs intermédiaires livre alors (par continuité de ) un zéro
de comme désiré.
Remarque –S’agissant d’une adaptation "complexe" du théorème de la corde
universelle, ce résultat pourrait s’appeler théorème de l’argument universel.
2. On a pour chaque a 2 GLn (K) les égalités
abréger t 1 n n 1 n 1
det com a = det a = det t a 1
= = (det a) .
:=det a

Or la composée det com est continue (comme composée d’applications conti-


nues) et l’itérée det (n 1) est continue car polynomiale (bien utiliser n 1) : de
leur coïncidence sur la partie dense GLn (K) on peut donc déduit leur égalité.
On a pour chaque a 2 GLn (K) les égalités
1 n 1 a n 2
com com a = det com a t (com a) = (det a) = (det a) a.
det a
Or le carré com 2 est continu (comme itéré d’une application continue) et l’appli-
n 2
cation a 7! (det a) a est continue (elle est polynomiale en chaque coordonnée
61 pour « di¤érence »

25
lorsque n 2 et est constante égale à 1 lorsque n = 1) : on peut donc conclure
comme ci-dessus.
On a pour chaques a; b 2 GLn (K) les égalités
1
com ab = det (ab) t (ab) = (det a) (det b) t a 1 t b 1
= (det a) t a 1 (det b) t b 1 = com a com b.

Or la multiplication de Mn (K) est continue (car polynomiale), donc ses deux


composées avec l’application continue "comatrice" seront continues et l’on peut
2 2
conclure comme ci-dessus en utilisant la densité de GLn (K) dans Mn (K) .
Remarque – Sans topologie, toutes ces égalités peuvent s’établir sur chaque
corps K en les montrant tout d’abord en les matrices (Xi;j )i;j2[1;nj] et (Yi;j )i;j2[1;nj]
inversibles dans Mn (L) où L := K (Xi;j ; Yi;j )i;j2[1;nj] est le corps des fractions
rationnelles à n2 indéterminées, puis, à a; b 2 Mn (K) …xés, en évaluant les
égalités obtenues selon X i;j
Yi;j 7! abi;j
i;j
pour chaques i; j 2 [1; nj] (évaluations
légitimes car chacun des membres est polynomial).
3. On pourrait montrer les quatre implications (b) =) =)
(= (c) (= (d) uniquement
à l’aide de considérations ensemblistes sur les images réciproques et de la dua-
lité adhérence-intérieur. La continuité étant ici ce qui nous intéresse, montrons
plutôt que le premier point équivaut resp. à chacun des trois autres62 .
(a) =) (c) Pour chaque Q F , l’image réciproque par f du fermé Q Q
est fermée (par continuité de f ) et contient celle de Q (par croissance de B 7!
f 1 (B)), donc est un fermé contenant f 1 (Q), d’où l’inclusion f 1 (Q)
f 1 Q .
(c) =) (a) Pour chaque fermé63 C F , remplacer Q par C = C donne f 1 (C)
1 1
f (C), d’où le caractère fermé de f (C).
(a) =) (d) Pour chaque Q F , l’image réciproque par f de l’ouvert Q
Q est ouverte (par continuité de f ) et incluse dans celle de Q (par crois-
sance de B 7! f 1 (B)), i. e. est un ouvert inclus dans f 1 (Q), d’où l’in-
clusion f 1 (Q) Int f 1 (Q).
(d) =) (a) Pour chaque ouvert O F , remplacer Q par O = O donne
1 1 1
l’inclusion f (O) Int f (O), d’où le caractère ouvert de f (O).
(a) =) (b) Soit P A, soit q 2 f P , soit 2 P tel que q = f ( ) et
N
soit p 2 P tel que p ! (permis car 2 P ). La suite (f (pn ))n2N est alors à
valeurs dans f (P ) et tend (par continuité de f ) vers f (lim p) = f ( ) = q, d’où
l’appartenance q 2 f (P ).
(b) =) (a) Soit par l’absurde 2 A en lequel f n’est pas continue et
N
soit a 2 A tendant vers sans que la suite (f (an ))n2N ne tende vers f ( )
(permis par le critère séquentiel de continuité). On peut alors invoquer une
extractrice x et un réel " > 0 tel que 8n 2 N; f ax(n) f ( ) > ". Le
point = limn!1 ax(n) adhérant alors à la partie P := ax(n) n2N , on a
6 2 Il serait plus court d’établir le cycle d’implications (a) =) (b) =) (c) =) (d) =) (a).
63 C comme « closed »

26
l’appartenance 2 P , d’où celle f ( ) 2 f P . Le membre de droite conte-
nant par hypothèse f (P ), le point f ( ) adhère à f (P ), d’où un q 2 f (P ) tel
que kq f ( )k < ", ce qu’empêchent les minorations ci-dessus 8p 2 P; kf (p) f ( )k >
".
4.
(a) Le sens direct est immédiat, la continuité impliquant celle de la res-
triction à chaque partie.
Pour le sens réciproque, vu la stabilité du caractère "fermé dans A" par
réunion …nie, une récurrence immédiate permet de ramener le nombre de
fermés à 2 (le cas d’un recouvrement à une seule partie est trivial). Soient
donc C; C 0 A deux fermés de A à chacun desquels la restriction de f est
continue, soient 2 A et a 2 AN tels que a ! . Les parties I := a 1 (C)
et I 0 := a 1 (C 0 ) recouvrent alors N, donc l’une des deux au moins est
in…nie : discutons selon que les deux sont in…nies ou non.
Supposons I in…nie et I 0 …nie. En notant N := supN I 0 + 1, on a
alors l’inclusion [N; 1j[ N nI 0 I et la suite (aN +n )n2N est à valeurs
dans a (I) C ; puisqu’elle tend vers , le caractère fermé de C livre
l’appartenance 2 C. La continuité de fjC et le critère séquentiel de
continuité livrent alors la tendance f (aN +n ) ! f ( ), i. e. f (an ) !
n!1 n!1
f ( ), ce qui conclut.
Supposons I et I 0 in…nis. On les paramètre alors à l’aide de deux
extractrices i et i0 . Comme ci-dessus, la limite = limn!1 ai(n) adhère
à a (I) C et appartient à C, d’où la tendance f ai(n) ! f ( ) ; on
n!1
montrerait de même celle f ai0 (n) ! f ( ). Les images I et I 0 resp. de i
n!1
et i0 recouvrant par ailleurs N, on peut conclure à la tendance f (an ) !
n!1
f ( ).
(b) Si F est nul, chaque restriction de f est continue (car alors constante)
et l’équivalence est tautologique. Même conclusion si chaque point 2 A
véri…e 2 = A nf g . On imposera donc pour les contre-exemples suivants
que F est non nul et que A contient un point tel que64 2 A nf g , ce qui
permet d’invoquer un vecteur u 2 F unitaire et une suite injective a 2 AN
tendant vers . Montrons alors que, ces cas pathologiques étant mis à part,
chaque hypothèse est nécessaire.
Si f est nulle partout sauf en où l’on a f ( ) := u, le critère séquen-
tiel de continuité en est alors nié (donc f n’est pas continue) mais la
restriction de f au fermé fpg pour chaque point p 2 A est continue (car
constante) et ces fermés recouvrent bien A. La …nitude du recouvrement
est donc indispensable en général. (On peut bien sûr s’en passer dans le
cas particulier du recouvrement in…ni par les boules fermées unité de A.)
Soit n un naturel et imposons f nulle partout sauf sur A0 := f g [
fai gi2[1;nj[ où l’on impose f ( ) = u et f (ai ) = iu pour chaque i 2 [1; nj[.
Chacune des n images réciproques f 1 (b) lorsque b décrit [0; nj[ u est alors,
à l’exception de f 1 (f0g), fermée (car …nie), la restriction à chacune de
ces images réciproques est continue car constante mais l’application f n’est
6 4 Culture : un tel point (non isolé) est appelé un point d’accumulation de A.

27
pas continue en 0 (le critère séquentiel de continuité en n’est pas véri…é).
Par conséquent, on ne peut se passer en général du caractère fermé de
chaque partie du recouvrement …ni considéré, quel que soit son cardinal.
(On peut bien sûr s’en passer dans le cas particulier des recouvrements par
des ouverts.)

2.2 Continuité uniforme, continuité au sens de Lipschitz

Dé…nition (continuité uniforme, caractère lipschitzien)


L’application f est dite lipschitzienne65 si
9L > 0; 8a; b 2 A; kf (a) f (b)k L ka bk .
L’application f est dite uniformément continue si
8" > 0; 9 > 0; 8a; b 2 A; ka bk < =) kf (a) f (b)k < ".
Rappelons à …ns de comparaisons que f est continue ssi
8a 2 A; 8" > 0; 9 > 0; 8b 2 A; ka bk < =) kf (a) f (b)k < ".

Remarques
Étant donné un réel L comme ci-dessus, on quali…e f de L-lipschitzienne.
Soit un tel L, soit N une norme équivalente à N et soient ; > 0 tels que N
N N. On a alors à a; b; 2 E …xés les comparaisons
1 L L
N (f (a) f (b)) kf (a) f (b)k ka bk N (a b) ,

L
ce qui montre que f est -lipschitzienne pour la norme N. Il en résulte66
l’invariance du caractère lipschitzien par passage à une norme équivalente.
Lorsque F = K, l’application f est lipschitzienne ssi les taux d’accroisse-
ments f (a)a fb (b) sont bornés lorsque (a; b) décrit les couples de points distincts de A.
Le graphe de f est donc "coincé" dans un cône d’ouverture 2 arctan L en chaque point
de son graphe :
FIG
On retrouve ainsi, via la formule des accroissements …nis, que chaque application
dérivable (de source un intervalle réel) est lipschitzienne ssi sa dérivée est bornée.
En terme de graphes, l’application f est uniformément continue si son graphe
est compris, pour chaque point G de ce graphe, dans un rectangle centré en G de
hauteur " et de largeur associée :
FIG
Il apparaît ainsi graphiquement que
6 5 De
Rudolph Lipschitz, mathématicien allemand de la …n du XIX e siècle.
6 6 La
continuité uniforme est elle aussi invariante par passage à une norme équivalente (cf. remarque
en …n de l’exercice 2a).

28
chaque application lipschitzienne est uniformément continue67 .

En calquant les dé…nitions des continuités uniforme et "simple", la seule di¤é-


rence apparaissant est un échange de quanti…cateurs :

continuité "simple" : 8"; 8a; 9 ; 8b;


continuité uniforme : 8"; 9 ; 8a; 8b; .

Le terme uniforme (littéralement le même partout) se réfère par conséquent au ci-


dessus : dans le cas de la continuité uniforme, on peut imposer le même partout à
la source (i. e. pour chaque point a 2 A). Par ailleurs, cette di¤érence étant mise à
jour, l’implication suivante devient tautologique :

chaque application uniformément continue est continue.

Il serait aisé de montrer que les caractères lipschitzien et uniformément continu


sont stables par combinaisons linéaires :

les applications lipschitziennes (resp. uniformément continues) sur A


forment un sous-espace vectoriel de F A .

Exemples
1. Les comparaisons triangulaires jkak kbkj ka bk expriment précisément
le caractère 1-lipschitzien de la norme de E (à valeurs dans l’espace vectoriel
normé R). En conséquence :

la norme de E est continue.

2. Appelons isométrie toute application entre parties d’espaces vectoriels normés


qui préserve les distances68 . Par exemple, les translations de E sont des isomé-
tries, les rotations et les ré‡exions de R2 en sont des isométries. Une isométrie
étant 1-lipschitzienne,

chaque isométrie de E est continue.

De même, pour chaque scalaire , chaque homothétie a¢ ne de E de rapport


multiplie les distances par j j, donc est j j-lipschitzienne. Par conséquent,

chaque homothétie a¢ ne ou translation de E est continue.

3. Imposons A non vide, ce qui donne sens à l’application "distance à A" dé…nie
par
E ! R+
:=
e 7 ! inf a2A d (a; e)
et soient p et q deux points de E. Vu pour chaque a 2 A les majorations
com paraison
(q) = inf d ( ; q) d (a; q) d (a; p) + d (p; q) ,
2A triangulaire

6 7 Formellement, lorsque f est L-lipschitzienne, imposer (à " > 0 …xé) dans la dé…nition de l’uni-
"
forme continuité := L
6 8 Formellement, l’application f est une isométrie ssi 8a; b 2 A; kf (a) f (b)k = ka bk

29
la di¤érence (q) d (p; q) minore l’ensemble fd (a; p)ga2A , donc minore sa borne
inférieure (p), ce qui s’écrit (q) d (p; q) (p), i. e. (q) (p) kp qk.
Observer la symétrie des rôles joués par p et q livre alors69 la majoration (p)
(q) kq pk, d’où la conclusion j (p) (q)j kp qk et le caractère 1-
lipschitzien de . En conséquence,

l’application "distance à A" est continue (sauf si A est vide).

4. Munissons le sous-espace vectoriel E (N) de E N formé des suites stationnant à 0 de


la norme d’indice 1 associée. Les comparaisons triangulaires ka bk kak + kbk
et la linéarité de l’addition montrent alors que70

E (N) ! P E
l’opérateur "somme" est continu car 1-lipschitzien.
a 7 ! n2N an

5. Soit S un segment in…ni de R et munissons


R l’espace
R C (S; K) de la norme uni-
forme. Les comparaisons triangulaires S ' S
j'j et la linéarité de l’intégra-
tion montrent de même que71

C (S; K) ! RK continu car


l’opérateur "intégrale sur S" est
' 7 ! S' ` (S) -lipschitzien.

Application : soit a 2 AN telle que inf p;q2N


p6=q d (ap ; aq ) > 1 et montrons l’existence
d’une application A ! R continue non bornée. Pour chaque naturel n notons Bn :=
B (an ; 1), nommons n l’application "distance au fermé c Bn " (laquelle est continue
d’après
[ le point 3 encadré) et appelons l’application E ! R nulle en dehors
de Bn et telle que coïncide avec n n sur Bn pour chaque naturel n.
n2N

FIG cônes sur chaque Bn


[
L’hypothèse sur a montre alors d’une part que la réunion Bn est fermée
n2N
(chaque suite convergente à valeurs dans cette réunion est à partir d’un certain rang
à valeurs dans l’un des réunis Bn ), d’autre part à n 2 N …xé que la boule B (an ; 2) ne
rencontre Bm pour aucun naturel m 6= n et donc que et n n coïncident
[ sur B (an ; 2).
Finalement, l’application est continue (car nulle) sur l’ouvert c Bn et est à n 2
n2N
N …xé continue sur l’ouvert B (an ; 2) (car y coïncide avec l’application continue n n ).
Ces ouverts recouvrant par ailleurs E, l’application est continue72 . Vu en…n à n 2 N
les égalités n (an ) = 1 et (an ) = n, l’application n’est pas bornée.

Exercices d’application
6 9 Appliquer le même raisonnement en échangeant les lettres p et q.
7 0 Culture hors programme : la conclusion est maintenue en remplaçant les familles …nies de E par
les familles sommables de E.
7 1 La notation ` (S) désigne la longueur du segment S.
7 2 On a utilisé le caractère local de la continuité.

30
1. Montrer que le caractère lipschitzien est préservé par composition (dès que cela
fait sens).
2.
(a) Montrer que f est uniformément continue ssi73
8a; b 2 AN ; an bn ! 0 =) f (an ) f (bn ) ! 0.

(b) En déduire que l’application réelle t 7! cos t2 n’est pas uniformément conti-
nue sur R.
(c) Déterminer l’intérieur dans l’espace C (R+ ; R) muni de la norme uniforme
de la partie formée par les applications uniformément continues.
3. Soit c 2 A. Montrer alors que l’application74
a6=b k' (a) ' (b)k
' 7! k' (c)k + sup
a;b2A ka bk
dé…nit une norme sur l’espace des applications lipschitziennes de A vers F . Ces
normes sont-elles équivalentes lorsque c décrit A ?
———————————————————————————————–
1. Imposons f lipschitzienne, soit g une application75 lipschitzienne sur Im f ,
soient L; M > 0 des réels tels que f et g soient resp. L-lipschitzienne et M -
lipschitzienne. On a alors pour chaques a; b 2 A les majorations
k[g f ] (a) [g f ] (b)k = kg (f (a)) g (f (b))k
g est M - f est L-
M kf (a) f (b)k M L ka bk ,
lipschitzienne lipschitzienne

ce qui montre que la composée g f est LM -lipschitzienne.


2.
(a) Supposons f uniformément continue et soient a; b 2 AN dont la di¤é-
rence tend vers 0. Soit " > 0, soit > 0 associé à " par l’uniforme continuité
de f et soit N 2 N tel que kan bn k < pour chaque naturel n > N . On a
alors (pour un tel n) la comparaison kf (an ) f (bn )k < ", ce qui conclut.
Supposons f non uniformément continue. On a alors76
ka bk < 21n
9" > 0; 8n 2 N; 9a; b 2 A; .
kf (a) f (b)k "

Soit un tel ". L’axiome du choix nous donne alors deux suites a; b 2 AN
kan bn k < 21n
telles que 8n 2 N; . En particulier, la suite a b
kf (an ) f (bn )k "
tend vers 0 mais les comparaisons kf (an ) f (bn )k " > 0 empêchent la
tendance f (an ) f (bn ) ! 0, ce qui conclut par contraposée.
n!1
Remarque –Puisque le prédicat « tendre vers 0 » est inchangé par pas-
sage à une norme équivalente, il en est de même pour la continuité uniforme.
7 3 Cette équivalence est un critère séquentiel d’uniforme continuité.
7 4 Rappel : la borne supérieure considérée l’est dans R+ .
7 5 L’espace vectoriel normé but de g est sous-entendu.
7 6 Remplacer (dans la dé…nition de l’uniforme continuité de f ) le 1
par 2n
pour chaque naturel n.

31
(b) Notons f l’application considérée. L’idée est que f oscille de plus en
plus p
vite entre deux même valeurs ( 1). Dé…nissons donc une suite a :=
n 7! n et soit n 2 N .
FIG
On a alors d’une part les égalités et tendances
p p (2n + ) (2n )
a2n+1 a2n = 2n + 2n = p p
2n + + 2n
p ! 0,
2n n!1

d’autre part les égalités

f (a2n+1 ) f (a2n ) = cos (2n + ) cos (2n ) = 2,

ce qui contredit le critère séquentiel d’uniforme continuité établi à la ques-


tion 2a.
(c) La partie considérée est un sous-espace vectoriel strict (elle ne contient
pas l’application t 7! cos t2 d’après la question 2b), donc est d’intérieur
vide d’après l’exo ? ? ?chapEvn1 ? ?
3. Notons N l’application proposée. Elle fait sens77 par dé…nition des applica-
tions lipschitziennes. Imposons f lipschitzienne, soit g lipschitzienne, soit un
kf (a) f (b)k
scalaire et notons S := supa;b2A
a6=b ka bk .
Supposons N (f ) = 0. Chacun des termes de N (f ) étant positif, chacun
d’eux est alors nul : la nullité du second revient à la nullité des normes kf (a) f (b)k
lorsque a et b décrivent A, i. e. à la constance de f ; la nullité du premier terme
montre alors que f est nulle.
Vu d’une part les égalités

k[ f ] (c)k = k f (c)k = j j kf (c)k et (pour chaques a 6= b dans A)


k[ f ] (a) [ f ] (b)k = k f (a) f (b)k = k (f (a) f (b))k = j j kf (a) f (b)k ,

d’autre part l’égalité sup (pP ) = p sup P valide pour chaque réel p positif et
pour chaque partie P R+ , on peut réécrire

a6=b kf (a) f (b)k


N ( f ) = j j kf (c)k + sup j j
a;b2A ka bk
!
a6=b kf (a) f (b)k
= j j kf (c)k + sup = j j N (f ) .
a;b2A ka bk

Soient en…n a 6= b dans A. On a alors les majorations

k[f + g] (a) [f + g] (b)k = kf (a) + g (a) f (b) g (b)k


= kf (a) f (b) + g (a) g (b)k
kf (a) f (b)k + kg (a) g (b)k ,
7 7 Même si la partie dont on prend la borne supérieure est vide, cette dernière fait sens car

vaut supR+ ; = min R+ = 0.

32
d’où (en divisant par ka bk) celles
k[f + g] (a) [f + g] (b)k kf (a) f (b)k kg (a) g (b)k
+
ka bk ka bk ka bk
6= kg ( ) g ( )k
S + sup .
; 2A k k
k[f +g](a) [f +g](b)k kg(a) g(b)k
Il en résulte la majoration supa6a;b2A
=b
ka bk S +supa6a;b2A
=b
ka bk .
Ajouter [f + g] (c) = f (c) + g (c) livre alors la majoration N (f + g) N (f ) +
N (g), ce qui …nit d’établir que N est une norme.
Montrons que les normes considérées sont dans la même classe d’équiva-
lence. Soit c0 2 A et notons N 0 la norme induite sur Lip (A; F ) par c0 . On a
alors les majorations
N 0 (f ) N (f ) = kf (c0 )k kf (c)k kf (c0 ) f (c)k S kc0 ck
(S + kf (c)k) kc0 ck , d’où N 0 (f ) (1 + kc0 ck) N (f ) .
Échanger les rôles de c et c0 montrerait alors l’équivalence de N et N 0 , ce qui
conclut.

2.3 Cas des applications (multi)linéaires

Les trois continuités sus-présentées se confondent –et même se simpli…ent –dans


le cas des applications linéaires, au sens de la proposition suivante.

Proposition (continuité d’une application linéaire)


Imposons f linéaire. On a alors l’équivalence78

f est continue () 9C > 0; 8a 2 E; kf (a)k C kak .

Démonstration
(= Vu pour chaques a; b 2 E les majorations

f est hyp othèse


kf (a) f (b)k = kf (a b)k C ka bk ,
additive

l’application f est lipschitzienne, donc continue.


=) Remplacer " par 1 dans la dé…nition de la continuité de f en 0 permet
d’invoquer un > 0 tel que 8a 2 A; ka 0k < 2 =) kf (a) f (0)k < 1. Soit
a
alors a 2 E non nul et notons v := kak , lequel est

a a
de norme kvk = =j j = 1=
kak kak
a f est
et d’image f (v) = f = f (a) .
kak linéaire kak
7 8 Le membre de droite 9C > 0; 8a 2 E; kf (a) f (0)k C ka 0k s’énonce parfois « f est
lipschitzienne en 0 » .

33
De la majoration kv 0k < 2 l’on peut alors déduire celle kf (v) f (0)k < 1, d’où
les majorations
kak kak kak 1
kf (a)k = f (v) = kf (v)k < = C kak en notant C :=
|{z} | <1
{z }
>0

La majoration kf (a)k C kak restant valide lorsque a = 0 (elle s’écrit alors 0 0 par
linéarité de f ), on a terminé.

Notation : l’ensemble des applications linéaires continues de E vers F sera noté


Lc (E; F ) := L (E; F ) \ C (E; F ) .
Remarques
Dans le monde linéaire, la continuité est une a¤aire de majorations.
=0 k'(a)k
Sur l’espace vectoriel Lc (E; F ), l’application ' 7! supa6a2E kak =: jjj'jjj fait
79
sens et l’on pourrait montrer (hors programme) qu’il s’agit quand E = F d’une
norme d’algèbre80 sur l’algèbre Lc (E). Cette norme est un cas particulier de l’exer-
cice 3 section 2.2 où le point c est imposé nul.
Continuité d’une application multilinéaire (hors programme). Un peu
de travail permettrait d’obtenir la généralisation suivante. Soit I un ensemble …ni,
imposons que E soit un produit d’espaces vectoriels normés indexé par I et que f soit
multilinéaire. On a alors l’équivalence81
Y
f est continue () 9C > 0; 8a 2 E; kf (a)k C kai k .
i2I

Le sens direct est une adaptation immédiate de la preuve ci-dessus, celui réciproque
est établi dans la dernière preuve de cette section (preuve au programme).
Sanity check : si E est une algèbre, sa multiplication est alors bilinéaire, donc
(d’après l’équivalence ci-dessus) continue ssi 9C > 0; 8a; b 2 E; kabk C kak kbk.
On retrouve bien notre "dé…nition" d’une algèbre à multiplication continue donnée
au chapitre evn1 ? ? ? en …n de section Normes, distances, équivalence de normes.

Exemples
1. Soit E un ensemble et imposons E = B (E; F ) (muni de la norme uniforme). Les
8e 2 E
majorations ; kf (e)k kf k montrent alors que
8f 2 E
chaque évaluation sur B (E; F ) est continue (car 1-lipschitzienne).

En particulier, lorsque FE = K N
, les majorations 8n 2 N; jan j kak pour
chaque suite a 2 E convergente donnent (en appliquant lim) la majoration jlim aj
kak, d’où
la continuité sur KN
cv de l’application lim (qui est 1-lipschitzienne).
7 9 Nous l’avons de fait établi au chapitre evn1 ? ? ? dans le cas particulier de l’exo d’entrainmen-

tEvn1 ? ? ?normesMatrcieSubordonée ? ? ?
8 0 On a plus généralement la majoration jjjg f jjj jjjgjjj jjjf jjj pour chaque espace vectoriel
normé G et pour chaque g 2 Lc (F; G), dès que f 2 Lc (E; F ).
8 1 L’espace vectoriel normé produit E est normé comme d’habitude par (a )
i i2I 7! supi2I kai k.

34
2. Toujours sur B (N; K), le "tapis roulant" := a 7! (a1 ; a2 ; a3 :::) vers la gauche
est 1-lipschitzien vu à a 2 B (N; K) …xé les majorations
reparam étrer
k (a)k = sup j (a)n j = sup jan+1 j = sup jam j sup jam j = kak .
n2N n2N m:=n+1 m2N m2N

De même, le "tapis roulant" := a 7! (0; a0 ; a1 ; a2 ; :::) vers la droite est une


isométrie (le terme nul rajouté ne change pas la borne supérieure), donc est 1-
lipschitzien et a fortiori continu.
P
3. Imposons E = K [X] normé par P 7! n2N P (n) (0) (il s’agit de la norme d’in-
n
dice 1 associée à la base Xn! n2N ). Vu pour chaque P 2 K [X] les majorations
X X
kP 0 k = P (n+1) (0) = P (m) (0) = kP k jP (0)j kP k ,
n2N m2N

on peut a¢ rmer le caractère 1-lipschitzien et la continuité de la dérivation. Nous


avons en revanche vu (cf. exemple 6 section 2.1) que cette dernière n’était pas
continue pour la norme P 7! max[0;1] jP j.

Proposition (continuité des applications linéaires en dimension …nie)

Si E est de dimension …nie, alors chaque


application linéaire de source E est continue.

Démonstration
Imposons E de dimension …nie et f linéaire. La continuité de f étant alors inva-
riante par équivalence de normes, il su¢ t d’établir cette continuité pour une norme
de E. Soit pour cela une partie basique B E …nie (légitime car E est de di-
mension …nie),
P laquelle induit (d’après l’exercice ? ? ?chapEvn1) une norme N sur E
véri…ant N b2B b b = sup b2B j b j pour chaque 2 KB . On a a alors pour
chaque a 2 E, en notant ( b )b2B la famille des coordonnées de a dans la base (b)b2B ,
les majorations
!
X X X
kf (a)k = f bb = b f (b) j bj kf (b)k
|{z}
b2B b2B b2B
sup 2B j j=N (a)
!
X
kf (b)k N (a) , ce qui conclut.
b2B

Corollaire (caractère fermé des sous-espaces vectoriels de dimension


…nie)
Chaque sous-espace vectoriel de E de dimension …nie est fermé.

Démonstration

35
Soit V un tel sous-espace vectoriel et soient v 2 V N et ` 2 E tels que v ! `.
Notons alors W := V + K` et soit 2 L (W ) dont l’ensemble des points …xes est V
(si ` 2 V , alors W = V et l’identité IdW convient, sinon le projecteur sur V parallèle-
ment à K` fait l’a¤aire). L’espace vectoriel W est de dimension …nie au plus 1 + dim V
et est naturellement normé par la norme induite par celle de E : en particulier, la
tendance82 v ! ` a lieu dans E comme dans W . En tant qu’application linéaire
de source un espace vectoriel de dimension …nie, l’endomorphisme est continu,
d’où la tendance (vn ) ! (`). Or chaque terme de la suite v tombe dans V ,
n!1
i. e. est …xe par , donc la tendance précédente se réécrit vn ! (`), d’où les
n!1
égalités (`) = lim v = `, ce qui montre que ` est …xe par , i. e. appartient à V ,
c. q. f. d.

Remarques
Cette preuve est assez …ne : sans utiliser la continuité des endomorphismes en
dimension …nie, laquelle repose sur l’équivalence des normes en dimension …nie (un
gros théorème), il semble délicat d’établir le résultat annoncé.
Quand E est déjà de dimension …nie, une preuve plus courte est toutefois
disponible. Chaque sous-espace vectoriel se décomposant comme intersection …nie
d’hyperplans, il su¢ t de montrer que chaque hyperplan de E est fermé. Or chaque
hyperplan de E est le noyau d’une forme linéaire sur E, laquelle est continue puisque E
est de dimension …nie ; un tel hyperplan est donc fermé comme image réciproque du
fermé f0g par une application continue.
Il peut bien sûr y avoir des sous-espaces vectoriels non fermés ! Ceux-là seront
néanmoins de dimension in…nie, à l’instar de K [X] qui ne contient pas, bien qu’elle
lui adhère, la limite uniforme exp dans C ([0; 1] ; K).

Finissons par une généralisation de la proposition précédente. La preuve proposée,


malgré son aspect technique, reprend fondamentalement les mêmes ingrédients que la
preuve "1-linéaire".

Proposition (continuité des applications multilinéaires en dimension …-


nie)
Imposons que E soit un produit …ni d’espaces vectoriels normés chacun de dimension …nie.
Chaque application multilinéaire de source E est alors continue.

Démonstration
Imposons f multilinéaire. On peut alors invoquer une famille …nie (Ei )i2I d’espaces
vectoriels normés chacun de dimension …nie dont E est le produit. On peut ensuite
Bi
invoquer comme dans la preuve "1-linéaire" une famille N i i2I
telle que, à i 2 I …xé,
d’autre part Bi est une partie basique …nie de Ei , d’autre part Ni est une norme
sur Ei véri…ant

X (pour alléger la lecture, on a abusivement


8 2 KBi ; bb = sup j b j
b2B noté kek := Ni (e) pour chaque e 2 Ei ).
b2Bi

8 2 Cette tendance se réécrit kvn lk ! 0 dans R.


n!1

36
Montrons alors la continuité de f pour la norme produit N := ai i2I 7! supi2I ai
induite par la famille de normes (Ni )i2I , ce qui conclura en vertu de l’équivalence des
normes de E. Q
Quitte à reparamétrer le produit E = i2I Ei et à renommer ses facteurs, on peut
imposer I = [1; nj] où n := Card I et réécrire à …ns de visibilité le produit E sous la
forme E1 E2 En .
Soit a =: a1 ; a2 ; :::; an 2 E. Pour chaque i 2 I, notons ib b2Bi la famille des
coordonnées de ai dans la base (b)b2Bi . On majore alors comme dans la preuve "1-
linéaire" :
!
X X X
1 2 n
kf (a)k = f b b; b b; :::; bb
b2B1 b2B2 b2Bn

f est X
1 2 n
= b 1 b2 bn f (b1 ; b2 ; :::; bn )
n-linéaire
b2B1 B2 Bn
X
1 2 n
b1 b2 bn kf (b1 ; b2 ; :::; bn )k
b2B1 B2 Bn
| {z }
ka1 k ka2 k kan k
X
1 2 n
a a ka k kf (b)k
b2B1 B2 Bn
X
= C a1 a2 kan k en abrégeant C := kf (b)k .
b2B1 B2 Bn

Concluons en montrant la tendance f (x) ! f (a). Quand f était la multiplica-


x!a
tion K2 ! K, nous avions établi cette tendance grâce à une égalité "télescopique"
de la forme xy ab = (x a) y + a (y b). Généralisons cette dernière83 .
Soit x 2 E. On a alors les égalités
n
X
f a1 ; :::; ai 1
; xi ai ; xi+1 ; :::; xn
i=1
n
X
f est f a1 ; :::; ai 1 ; xi ; xi+1 ; :::; xn
=
multi-additive f a1 ; :::; ai 1 ; ai ; xi+1 ; :::; xn
i=1
Pn
f (x) + i=2 f a1 ; :::; ai 1 ; xi ; :::; xn
= Pn 1 1 i i+1
i=1 f a ; :::; ; a ; x ; :::; xn f (a)
Pn
reparam étrage fP(x) + i=2 f a ; :::; a ; x ; :::; xn
1 i 1 i
= n 1 j 1
j:=i+1 en bas j=2 f a ; :::; ; a ; xj ; :::; xn f (a)
= f (x) f (a) .
Q
À l’aide des majorations 8e 2 E; kf (e)k C i2I f ei sus-établies, on peut
8 3 Pour trois facteurs, on utiliserait une égalité de la forme xyz abc = (x a) yz + a (y b) z +
ab (z c).

37
alors majorer84
n
X
kf (x) f (a)k = f a1 ; :::; ai 1
; xi ai ; xi+1 ; :::; xn
i=1
n
X
f a1 ; :::; ai 1
; xi ai ; xi+1 ; :::; xn
i=1
n
X
C a1 ai 1
xi ai xi+1 xi+1 .
i=1

Vu à i 2 I …xé la tendance xi ! ai (voilà tout l’intérêt d’utiliser la norme "uni-


8 x!a
< 8j 2 [1; ij[ ; aj = Ox!a (1)
forme" N ), on peut écrire xi ai = ox!a (1) , ce qui montre (après
:
8j 2 ]i; nj] ; xj = Ox!a (1)
multiplication) que chaque terme de la somme ci-dessus est un ox!a (1). Cette somme
est donc elle-même un ox!a (1), ce qui conclut en majorant kf (x) f (a)k ox!a (1) !
x!a
0.

Remarque – Il est conseillé d’expliciter cette démonstration dans le cas n = 2


a…n d’éclairer la technicité du cas général.

Sanity check : lorsque E est une algèbre à multiplication continue de dimension


…nie, la multiplication E n ! E est alors à n 2 N …xé n-linéaire, donc continue.

Exercices d’application
1. Soient n un naturel et a > 1 un réel. Montrer qu’il y a un réel C > 0 tel
que 8P 2 Kn [X] ; jP (a)j C sup[ 1;1] jP j.
2.
(a) Imposons E formé des suites scalaires bornées et muni de la norme uni-
forme. Étudier la continuité de la "dérivation discrète" a 7! (an+1 an )n2N .
(b) Imposons E formé des applications scalaires bornées sur [0; 1] et muni de
la norme uniforme. Étudier la continuité de f 7! f (0) f (1).
(c) Imposons E formé des applications scalaires continues sur [0; 1] et muni de
la norme uniforme. Étudier la continuité de f 7! [t 7! f (0) + t (f (1) f (0))].
3. Imposons A = E et f linéaire. Montrer alors l’équivalence des assertions sui-
vantes :
(a) f est continue ;
(b) l’image réciproque de la sphère unité est fermée ;
(c) pour chaque suite a 2 E N tendant vers 0, la suite (f (an ))n2N est bornée.
8 4 La
Q
…n de cette preuve montre la su¢ sance des majorations 8e 2 E; kf (e)k C i2I f ei
pour établir la continuité de l’application multilinéaire f .

38
4. On impose pour cet exercice f linéaire.
(a) Imposons de plus F = K. Montrer alors que le noyau de f est fermé (resp.
dense) si f est continue (resp. n’est pas continue).
(b) Retrouver85 le caractère fermé de la somme de chaque sous-espace vectoriel
de E fermé et de chaque sous-espace vectoriel de E de dimension …nie.
(c) (plus di¢ cile) Imposons cette fois Im f de dimension …nie (sans hypo-
thèse sur l’espace vectoriel normé but F ). Montrer alors que f est conti-
nue ssi Ker f est fermé et donner une interprétation géométrique de cette
équivalence. (On pourra admettre, étant donnés un groupe abélien et trois
parties G; H; S de ce groupe dont S est un sous-groupe, l’implication G
S G + H =) S = G + H \ S.)
(d) Discuter les hypothèses ci-dessus.
———————————————————————————————–
1. On veut montrer la continuité de la forme linéaire "évaluation en a" pour
la norme P 7! sup[ 1;1] jP j. L’espace source Kn [X] étant de dimension …nie,
c’est immédiat. (Le minorant 1 < a ne joue aucun rôle.)
2.
(a) Notons l’application considérée : s’agissant de la somme du "tapis
roulant" vers la gauche et de l’identité, elle est linéaire. Par ailleurs, pour
chaque a 2 B (N; K), vu à n 2 N …xé les majorations

j (a)n j = jan+1 an j jan+1 j + jan j kak + kak ,

on peut majorer k (a)k 2 kak, ce qui montre que continue (car 2-


lipschitzienne).
(b) On montre comme ci-dessus que l’application considérée est linéaire
(di¤érence de deux évaluations) et 2-lipschitzienne.
(c) Notons ' l’application considérée86 . Vu l’égalité ' = eval0 + eval1
où := t7! 1 t
t7!t , on déduit de la linéarité des évaluations celle de '.
Par ailleurs, pour chaque f 2 C ([0; 1] ; R), l’application a¢ ne t 7! f (0) +
t (f (1) f (0)) est extrémale en l’une de ses bornes, où elle vaut f (0) ou
f (1), d’où l’égalité et la majoration

k' (f )k = max fjf (0)j ; jf (1)jg kf k ,

ce qui montre que ' est continue (car 1-lipschitzienne).


3. Notons S la sphère unité de F et montrons les implications (a)=)(b)=)(c)=)(a),
les deuxième et troisième par contraposée.
Supposons (a). Chaque sphère de F étant fermée, l’image réciproque par f
de chaque sphère est fermée (par continuité de f ), en particulier celle de S,
d’où (b).
Supposons non-(a), i. e. (puisque f est linéaire) 8C 0; 9a 2 E; kf (a)k >
C kak. En imposant C entier, on en déduit (via l’axiome du choix) une suite a 2
8 5 Cf. exercice ? ? ?chapEvn1 ? ? ?section Fermés ? ? ?p47
8 6 L’application ' associe à chaque fonction continue la fonction a¢ ne coïncidant avec sur f0; 1g

39
E N telle que 8n 2 N; kf (an )k > n kan k. La suite p an fait alors sens87
nkan k n2N
et tend vers 0, cependant que sa suite "image" n’est pas bornée vu à n 2 N les
minorations et tendance
an f linéaire f (a ) kf (an )k n kan k p
f p = p n =p >p = n ! 1,
n kan k n kan k n kan k n kan k n!1

ce qui montre non-(c).


Supposons non-(c) et soit a 2 E N tel que a ! 0 et (f (an ))n2N non bornée.
On peut alors de a extraire une suite telle que kf ( n )k ! 1, ce qui donne
n!1
sens88 à la suite n 7! kf (
n
n )k
, laquelle prend ses valeurs dans f 1
(S) vu à n 2 N
les égalités

n f linéaire 1 1
f = f( n) = kf ( n )k = 1.
kf ( n )k kf ( n )k kf ( n )k

1
Or les suites ( n )n2N et kf ( n )k
tendent chacune vers 0, donc leur produit
n2N
1 N
aussi, ce qui montre que la suite kf (
n
n )k
de f (S) tend vers un point
n2N
hors de f 1 (S) : cette dernière image réciproque n’est pas donc pas fermée, d’où
la conclusion non-(b).
4.
(a) Si f est continue, son noyau est alors fermé comme préimage continue
du fermé f0g (déjà vu en cours). Supposons à présent f non continue et
soit e 2 E. Comme à l’exercice 3, la linéarité de f et sa non-continuité
permettent d’invoquer une suite a 2 E N telle que 8n 2 N; jf (an )j >
n kan k. La suite n 7! e ff(a(e)
n)
an fait alors sens (d’une part car F = K,
d’autre part car 8n 2 N; jf (an )j > 0) et prend ses valeurs dans Ker f vu
à n 2 N …xé les égalités89

f (e) f linéaire f (e)


f e an = f (e) f (an ) = 0.
f (an ) f (an )

an kan k
Vu par ailleurs à n 2 N les majorations et tendance f (an ) = jf (an )j <
1
!
n n!1 0, la suite considérée (à valeurs dans Ker f ) tend vers e, ce qui
conclut à la densité voulue.
Sanity check : on retrouve le fait que chaque hyperplan est ou bien fermé
ou bien dense (exo ? ? ?chapEvn1) en associant à l’hyperplan considéré une
forme linéaire non nulle dont il est le noyau (la non-nullité excluant le cas
fermé et dense).
(b) Soient F et deux sous-espaces vectoriels de E resp. fermé et de
N
dimension …nie, soient s 2 (F + ) et ` 2 E tels que s ! `, soient f 2
F N et ' 2 N tels que s = f + '.
8 7 Pour
chaque naturel n 1, la minoration kf (an )k > n kan k empêche la nullité de an .
8 8 Quitte
à extraire à nouveau, on peut toujours imposer 8n 2 N; kf ( n )k > 0.
8 9 Comme si on unitarisait a et e relativement à f au lieu de relativement à la norme de E.
n

40
Une récurrence immédiate permet d’imposer que soit une droite
vectorielle en somme directe avec F . Notons alors le projecteur de F
sur parallèlement à F , soit v 2 E tel que = Kv et notons v la forme
linéaire "coordonnée dans la base (v)" dé…nie sur la droite . La forme
linéaire := v a alors pour noyau
1 1
Ker = Ker (v )= (Ker v ) = (f0g) = Ker = F,

lequel est fermé, et la question 4a) livre la continuité de , d’où la ten-


dance (sn ) ! (`). Vu par ailleurs à n 2 N …xé les égalités
n!1

(sn ) = [v ] (fn + 'n ) = v ( (fn + 'n )) = v ('n ) ,

la suite ' = (v ('n ) v)n2N tend vers (`) v, donc la suite s ' = f tend
vers ` (`) v, d’où les égalité et appartenance

`= lim f + (`) v 2 F + , c. q. f. d.
| {z } | {z }
2F car F est ferm é 2Kv=

(c) Le sens direct se traite comme précédemment. Supposons à présent Ker f


fermé et soit B une partie basique de Im f . Pour chaque 2 B, notons f
la composée à gauche de f par la -ième forme linéaire coordonnée dans la
base (b)b2B . Alors d’une part la continuité de f équivaut à celle de f pour
chaque 2 B, i. e. (d’après la question 4a) au caractère fermé de Ker f
pour chaque 2 B,
\
d’autre part on a l’égalité Ker f = Ker f ,
2B

laquelle fournit au passage une interprétation géométrique comme demandé :


pour chaque famille …nie H d’hyperplans de E,
l’intersection \ H est fermée ssi chaque élément de H est fermé.

Soit 2 B. L’idée est de rajouter au sous-espace vectoriel fermé Ker f


un nombre …ni de vecteurs a…n d’obtenir le noyau Ker f , la question 4b
livrant alors le caractère fermé de ce noyau et la conclusion. Utilisons pour
cela l’implication admise avec E pour groupe abélien : puisque Ker f
Ker f E, si l’on trouve un sous-espace vectoriel E de dimension
…nie tel que E Ker f + , remplaçant (G; H; S) par Ker f; ; Ker f
dans l’implication admise montrera que Ker f est la somme du fermé Ker f
et du sous-espace vectoriel de dimension …nie \ Ker f et la question 4b
conclura.
Puisque B Im f , chaque b 2 B admet un antécédent par f , d’où90
une famille (ab )b2B 2 E B tel que 8b 2 B; b = f (ab ). Notons alors :=
Vectb2B ab et montrons l’inclusion91

E Ker f + , ce qui conclura vu que B est …ni.


9 0 L’axiome du choix est ici inutile puisque B est …ni.
9 1 On pourrait plus précisément établir les égalités Ker f = Ker f + Vect ab . L’implication
b2Bnf g
admise permet d’alléger la rédaction en ne raisonnant plus à …xé.

41
Soit e 2 E. On a alors les égalités
!
X X X
b b b
f (e) = f (e) b = f (e) f (ab ) = f f (e) ab ,
b2B b2B b2B
P
d’où l’appartenance e f b (e) ab 2 Ker f , ce qui montre celle e 2
P b2B
Ker f + b2B f b (e) ab Ker f + , c. q. f. d.
(d) Le sens direct ne requiert aucune autre hypothèse que la continuité
de f . Montrons cependant que le sens réciproque est faux en général. On
imposera que E et F admettent chacun une base-suite, mettons a 2 E N
et b 2 F N chacune libre (en tant que famille de vecteurs) et formée de vec-
teurs unitaires (quitte à unitariser ces vecteurs). L’application linéaire92 '
dé…nie par an 1 7! nbn pour chaque naturel n 1 est alors injective, i. e.
de noyau nul (a fortiori fermé), mais les égalités k'(a n 1 )k
kan 1 k = nkb1n k = n
pour chaque n 2 N nient la continuité de '.

3 Compacité & dimension …nie

On garde invoqués les espaces vectoriels normés E et F , la partie A E et


l’application f : A ! F .
La norme de E invoquée est toujours notée N ou avec des doubles-barres, lesquelles
pourront également –selon le contexte –dénoter la norme de F .

Le caractère compact est un analogue topologique du caractère de dimension …-


nie en algèbre linéaire. De nombreux théorèmes se récoltent dans ce cadre (dont le
théorème fondamental de l’algèbre), ce qui en fait une notion centrale.

3.1 Compacité séquentielle

Dé…nition (compacité séquentielle)


La partie A est dite compacte si chaque suite à valeurs dans A admet une valeur
d’adhérence dans A, i. e. si

9x extractrice
8a 2 AN ; ; ax(n) ! `.
9` 2 A n!1

Remarque –La "relation" de tendance étant inchangée par passage à une norme
équivalente, le prédicat ci-dessus (d’argument A) l’est également, ce qui montre que

la compacité est inchangée par passage à une norme équivalente.

9 2 Pour réaliser ce contre-exemple, on pourra imposer f = [P 7! XP ] dans E = K [X] = F muni de


Xn P n
la base n!
et normé par n2N an Xn! 7! maxn2N jan j (il s’agit de la norme uniforme associée
n2N
à la base considérée).

42
Avant de donner quelques exemples, voyons deux restrictions topologiques des
compacts. D’une part, ces restrictions permettent de manipuler la dé…nition ci-dessus,
d’autre part elles décrivent complètement les compacts de chaque espace vectoriel
normé de dimension …nie (cf. section 3.3), ce qui en donne la pleine intuition dans ce
cadre.

Propriété
Chaque compact de E est fermé et borné.

Démonstration Soit93 K un compact de E.


N
Soit k 2 K convergente. Par compacité de K, on peut invoquer une extractrice x
et un point 2 K tels que kx(n) ! . La suite k convergeant, chacune de ses
n!1
sous-suites tend vers lim k, d’où la tendance kx(n) ! lim k et (par unicité de la
n!1
limite) l’égalité lim k = . L’hypothèse 2 K permet alors de conclure lim k 2 K.
Raisonnons par contraposée et supposons K non borné. On a alors 8n 2 N; 9k 2
K; kkk > n, d’où (par l’axiome du choix) une suite k 2 K N telle que 8n 2 N; kkn k >
n. Vu alors la tendance kkn k ! 1, on a pour chaque extractrice x la tendance kx(n) !
n!1 n!1
1, donc aucune sous-suite de k n’est bornée –a fortiori ne peut converger.

Exemples
1. Pour chaque e 2 E, chaque suite à valeurs dans le singleton feg est constante
et tend vers e, donc admet une sous-suite (elle-même) tendant vers un point
de feg. Par conséquent,

chaque singleton est compact.

Sanity check : chaque singleton de E est fermé et borné.


2. Si E est nul, il est alors compact en tant que singleton, sinon il n’est pas borné,
a fortiori non compact d’après la propriété précédente. Par conséquent :

la partie pleine E n’est pas compacte (sauf si E est nul).

Plus généralement, aucun sous-espace vectoriel de E n’étant borné (sauf cas


trivial),

aucun sous-espace vectoriel de E n’est compact (sauf le sous-espace vectoriel nul).

3. Vu d’une part la validité de chaque énoncé de la forme 8a 2 ;; (tautolo-


gique), d’autre part l’égalité ;N = ;,

la partie vide ; est compacte.

Sanity check : la partie vide est fermée et bornée.


4. Pour chaque naturel n 2, le groupe spécial linéaire SLn (K) n’est pas borné
(il contient la transvection In + E1;2 pour chaque scalaire ), donc n’est pas
compact.
9 3 Les compacts (en allemand Kompakt ) sont traditionnellement notés avec la lettre K, la lettre C

étant plutôt réservée aux convexes (malgré la graphie allemande).

43
5. On impose que E soit l’espace vectoriel des suites scalaires bornées muni de la
norme uniforme. Lorsque A est formée des suites resp. stationnant à 0, tendant
vers 0, convergentes, périodiques, elle n’est pas compacte en tant que sous-
espace vectoriel strict. Lorsque A est formée des suites dont 0 est une valeur
d’adhérence. (resp. croissant strictement), elle contient la suite ( ; 0; 0; 0; :::)
j j
(resp. n 7! n+1 ) pour chaque scalaire , donc n’est pas bornée, a fortiori n’est
pas compacte.
6. Les segments réels sont compacts94 d’après le théorème de Bolzano-Weiertrass
vu en première année. En d’autres termes :

chaque boule fermée de R est compacte.

Rappelons une preuve expéditive de ce théorème. Chaque suite bornée mo-


notone convergeant, il su¢ t d’établir le lemme suivant :

de chaque suite réelle on peut extraire une suite monotone.

Soit donc a une suite réelle. Si l’ensemble

I := fi 2 N ; 8n 2 ]i; 1j[ ; an ai g

est in…ni, mettons I = fi0 < i1 < i2 < g pour une certaine suite i 2 NN ,
la sous-suite (ain )n2N croît alors. Sinon, l’entier M := 1 + max I fait sens et
l’on a alors pour chaque naturel i M la non-appartenance i 2 = I, laquelle
s’écrit 9n 2 ]i; 1j[ ; an < ai , ce qui légitime la dé…nition de l’application

[M; 1j[ ! [M; 1j[


f :=
i 7 ! min fn 2 ]i; 1j[ ; an < ai g

dont l’itération fournit une extraction livrant une sous-suite af n (M )


n2N
dé-
croissante.
7. Nous verrons plus généralement (cf. section 3.3) que95

si E est de dimension …nie, alors chaque fermé borné de E est compact


et chaque suite bornée à valeurs dans E admet une valeur d’adhérence.

(Le second point découle du premier, une telle suite prenant alors ses valeurs
dans une boule fermée, a fortiori dans un compact.)
8. (plus di¢ cile) Soit a 2 E N une suite convergente et soit une suite à valeurs
dans K := fan gn2N [ flim ag. Si cette suite atteint au moins un point de K une
in…nité de fois, on pourra alors en extraire une suite constante valant partout
ce point, donc convergeant dans K, d’où une valeur d’adhérence dans K. Sinon,
on peut (par un exercice classique de première année) en extraire une suite
injective évitant n’importe quelle partie …nie de K, en particulier évitant le
point lim a, laquelle sous-suite est alors la forme ai(n) n2N où i : N ,! N est
injective ; l’injectivité de i livrant la tendance i ! 1 (classique de première
9 4 Sanity check : chaque segment réel est fermé et borné.
9 5 La réciproque est valide, hors programme et sera établie à la section 3.3.

44
année), on obtient la tendance ai(n) ! lim a, d’où une valeur d’adhérence
n!1
dans K. Conclusion :
les termes et la limite de chaque suite convergente de E N
forment une partie compacte de E:

Sanity check : d’une part chaque suite convergente est bornée (et rajouter un
point ne change pas le caractère borné), d’autre part les termes de la suite
convergente considérée forment (d’après l’exercice ? ? ?chapEvn1) une partie dont
l’adhérence vaut K, d’où le caracère fermé de ce dernier.

Remarque – Culture hors programme. La compacité se dé…nit plus généra-


lement en termes d’ouverts96 : on parle alors de compacité topologique ou au sens
de Borel-Lebesgue, à mettre en regard de la compacité séquentielle (dé…nie ci-dessus
en termes de suites) ou au sens de Bolzano-Weierstrass. Dans les espaces vectoriels
normés (et même dans les espaces métriques), les deux notions coïncident mais ce ne
sera plus le cas en topologie générale.
Apprécions la convenance de la dé…nition topologique à l’aune de l’exemple 8 ci-
dessus. Soit (Oi )i2I une famille d’ouverts recouvrant K. Soit 2 I tel que lim a 2 O :
puisque a ! lim a, la suite a prend alors ses valeurs dans l’ouvert O à partir d’un
certain rang N . L’hypothèse livre alors
S 8n 2 [0; N j] ; 9i 2 I; an 2 Oi , d’où une partie
…nie97 I telle que fan gn2[0;N j] '2 O' . La partie K est …nalement recouverte
par les ouverts Oi lorsque i décrit l’ensemble …ni [ f g.

Proposition (convergence dans un compact)


Soit K un compact de E. Alors chaque suite à valeurs dans K converge ssi elle
possède une unique valeur d’adhérence.

Démonstration
Le sens direct est immédiat, l’unique valeur d’adhérence étant alors la limite de la
suite considérée.
Soit maintenant a 2 K N possédant une seule valeur d’adhérence, notée `, et sup-
posons par l’absurde que a ne tend pas vers `. Il y a alors une extractrice x et un
réel r > 0 tels que 8n 2 N; d ax(n) ; ` > r. D’une part, la suite ax(n) n2N prend ses
valeurs dans le compact K, donc possède une valeur d’adhérence, laquelle est aussi
valeur d’adhérence de a (puisque ax(n) n2N est extraite de a), donc vaut `, d’autre
part la minoration inf n2N d ax(n) ; ` r > 0 empêche la tendance vers ` de chaque
sous-suite de ax(n) n2N : contradiction.

Proposition (théorème de Heine98 ) (compacité et continuité uniforme)


Imposons A compacte. Chaque application continue sur A y est alors uniformé-
ment continue.
9 6 Culture hors programme : la partie A est compacte ssi de chaque recouvrement de A par une

famille d’ouverts on peut extraire un recouvrement …ni.


97 comme « …nie »
9 8 Culture historique : ce théorème a été publié en 1872 par Eduard Heine dans le Journal de

Crelle.

45
Démonstration
Imposons f continue et supposons-la par l’absurde non uniformément continue.
Il y a alors99 deux suites a; b 2 AN dont la di¤érence tend vers 0 telles que la
suite (f (an ) f (bn ))n2N ne tend pas vers 0. Cette non-tendance permet d’invoquer
un réel r > 0 et une extractrice x tels que 8n 2 N; f ax(n) f bx(n) > r. Soient
alors (par compacité de A) une extractrice y et un point 2 A tels que ax(y(n)) ! .
n!1
La tendance a b ! 0 livre alors celle bx(y(n)) ! , d’où (par continuité de f
n!1
en ) la tendance f ax(y(n)) f bx(y(n)) ! f( ) f ( ) = 0, ce qu’interdisent
n!1
les comparaisons f ax(n) f bx(n) > r.
Autre preuve (hors programme) : soit " > 0 et dé…nissons
n "o
O := O ouvert ; 8o; ! 2 O \ A; kf (o) f (!)k < .
2

Pour chaque a 2 A, la continuité


[ de f en a livre alors un réel > 0 tel que100 B (a; ) 2
O, d’où l’inclusion A O. La compacité de A livre alors une partie …nie
[ O2O
O telle que A O, donnant ainsi sens au réel101
O2
h i
O; 2
:= min fd (O; )gO\ =; [ f1g > 0.

Soient en…n a; 2 A tels que ka k < et soient O; 2 tels que (a; ) 2 O :


la dé…nition de permet alors d’invoquer un i 2 O \ , d’où la conclusion102
" "
kf (a) f ( )k kf (a) f (i)k + kf (i) f ( )k + ".
2 2
Remarque – Réciproque (hors programme). On montrera aisément l’uni-
forme continuité de f si l’on peut minorer inf a;b2A
a6=b d (a; b) > 0 (la partie A est alors
103
dite écartelée ). Modulo ce dernier cas peu intéressant, le théorème de Heine carac-
térise les compacts au sens où chaque application continue sur A y est uniformément
continue ssi A est réunion d’un compact et d’un écartelé.

Exercices d’application
1. Soit n 2 N . Montrer alors la compacité des groupes orthogonal On et spécial
orthogonal SOn .
2. Imposons f d’image compacte et de graphe fermé. Montrer alors la continuité
de f .
9 9 Par le critère séquentiel de continuité uniforme, cf. exercice 2a section2.2.
1 0 0 Invoquer convenant pour 4" et majorer kf (o) f (!)k par kf (o) f (a)k + kf (a) f (!)k.
1 0 1 Rappel : on a l’équivalence d (O; ) > 0 () O \ = ; pour toutes parties O; E (le
singleton f1g n’est là que pour garantir la …nitude de dans le cas où chaque O 2 rencontre
chaque 2 ).
1 0 2 Les appartenances a; i 2 O et la continuité de f livrent la majoration kf (a) "
f (i)k 2
(idem
pour ; i 2 ).
1 0 3 Chaque < inf a;b2A
a6=b d (a; b) convient alors, indépendamment du " > 0 invoqué.

46
3. Montrer que la distance de chaque compact de E à chaque fermé de E est nulle
ssi ces deux parties se rencontrent.
4. Soit S un segment réel in…ni et imposons E = B (S; K) (muni de la norme
uniforme). Montrer alors que sa sphère unité n’est pas compacte.
5.
(a) Soient K E un compact et r > 0 un réel. Montrer alors que l’on peut
recouvrir K par un nombre …ni de boules de rayon r. On pourra admettre
l’existence d’une application104 c : P (K) ! K telle que c (P ) 2 P pour
chaque partie P K non vide.
(b) Soit K un compact de C (A; F ) muni de la norme uniforme. Montrer alors
l’énoncé
8" > 0 8v; w 2 V
; 9V voisinage de a dans A; ; kf (v) f (w)k < ".
8a 2 A 8f 2 K

———————————————————————————————–
1. L’espace vectoriel Mn (R) étant de dimension …nie, il s’agit d’établir les
caractères fermé et borné de On et SOn . Puisque SOn est l’intersection de On
avec le fermé SLn (R), il su¢ t de montrer que On est un fermé borné. Or d’une
part la transposition et la multiplication de Mn (R) sont continues, donc On est
fermé comme image réciproque du fermé fIn g par la composée continue a 7!
a t a, d’autre part, à o 2 On …xé, chaque colonne de o est de norme 1 (pour p le
produit scalaire canonique de Rn ) car n > 0, donc o est de norme euclidienne n,
ce qui montre que On est borné (car inclus dans une sphère).
Sanity checks : on retrouve la compacité de la paire O1 = f 1; 1g.
2. Soit a 2 AN convergente. On veut alors montrer la convergence de la
suite (f (an ))n2N , ce qui revient (par compacité de Im f ) à montrer qu’elle admet
au plus une valeur d’adhérence. Soient donc x une extractrice et ` 2 f (A) tels
ax(n)
que f ax(n) ! `. La suite f (ax(n) )
est alors à valeurs dans le graphe
n!1
n2N
de f et tend vers ` , d’où (puisque ce graphe est fermé) l’égalité ` = f ( ), ce
qui conclut (la seule valeur d’adhérence possible est f ( )).
Remarque – Cet exercice est une réciproque de l’exemple 8 section 2.1 sous
une hypothèse de compacité, laquelle est en général nécessaire : l’inversion de R
prolongée par 0 7! 0 a un graphe fermé mais n’est pas continue.
3. Soient K E un compact et C E un fermé, notons la distance inf c2C k2K d (k; c).
Si K et C se rencontrent, mettons en un certain point a, on a alors la minora-
tion d (a; a) = 0 et la conclusion = 0. Supposons réciproquement = 0.
Le compact K n’est alors pas vide (sinon la distance serait in…nie), donc la
restriction à K de l’application continue "distance à C" atteint sa borne infé-
rieure en un certain a 2 K. La nullité de la distance = d (a; C) et le caractère
fermée de C livrent alors l’appartenance a 2 C, ce qui montre que K et C ne
sont pas disjoints.
1 0 4 Un tel c est appelé une application de choix sur K car elle nous permet de "choisir" un élément

dans chaque partie (non vide) de K : il su¢ t pour cela d’appliquer l’application de choix c sur une
telle partie.

47
4. Notons105 : R ! R l’application t 7! max f0; 1 j1 2tjg, soit s 2 S N
t sn
croissant strictement et, pour chaque naturel n notons n := t 7! sn+1 sn

FIG

laquelle est nulle en dehors de [sn ; sn+1 ] (car est nulle en dehors de [0; 1]) et
appartient à la sphère unité de E vu

sn + sn+1 1
les majorations j nj max j j = 1 et les égalités n = = 1.
2 2

On a alors pour chaques naturels p 6= q les minorations


sp +sp+1
sp + sp+1 2 2[s
= q ;sq+1 ] 1
k p qk j p qj = 0 = 1,
2 2

ce qui montre que la suite ( n )n2N ne possède aucune valeur d’adhérence, d’où
la non-compacité voulue.
Remarque –On montrerait de même à l’aide de la suite t 7! enit n2N que la
boule unité de C ([0; 2 ] ; C) muni de la norme d’indice 2 n’est pas compacte.
Ce sont deux applications du théorème de Riesz (cf. exercice 1c section 3.3).
5.
(a) Raisonnons par l’absurde et soit r > 0 tel qu’aucune famille …nie de
boules de rayon r ne recouvre K. Soit c une application de choix sur K
(livrée par l’énoncé). On dé…nit alors une suite k 2 KN par la récurrence106
-n 1 !
[
8n 2 N; kn = c K B (ki ; r) .
i=1

Par compacité de K, la suite k admet une valeur d’adhérence, d’où deux na-
turels p < q tels que kkq kp k < r, i. e. tels que kq 2 B (kp ; r). Vu la majo-
Sq 1
ration p q 1 entre entiers, on a alors l’appartenance kq 2/ i=1 B (ki ; r) ;
Sq 1
or, par dé…nition de la suite k, le terme kq tombe dans K i=1 B (ki ; r) ,
d’où la contradiction.
Autre Ssolution (expéditive, hors programme) : extraire du recouvre-
ment K k2K B (k; r) un recouvrement …ni.
Remarque –La propriété montrée sur K s’appelle sa précompacité. Nous
venons ainsi de montrer que chaque compact est précompact. On pourrait
(hors programme) montrer que A est précompacte ssi de chaque suite à
valeurs dans A on peut extraire une suite de Cauchy, d’où l’équivalence
entre les caractères compact d’une part et complet et précompact d’autre
part.
105 comme « Dirac » , les applications n étant des analogues continus des Dirac séquentiels.
1 0 6 L’argumentde c est bien non vide par hypothèse sur r. Observer en particulier la valeur du
premier terme k0 = c (K).

48
(b) Soient " > 0 et a 2 A. D’après la question précédente,
S on peut invoquer
un ensemble …ni I et une famille k 2 K I tel que i2I B (ki ; ") K. En
A ! KI
notant alors := , l’application est continue
7 ! (ki ( ))i2I
par continuité de chaque application "coordonnée" de la famille k, donc on
peut invoquer un voisinage V de a tel que 8v; w 2 V; k (v) (w)k < ".
Soit en…n f 2 K et soit i 2 I tel que f 2 B (ki ; ") : on peut alors pour
chaques v; w 2 V majorer

kf (v) f (w)k kf (v) ki (v)k+kki (v) ki (w)k+kki (w) f (w)k < 3",
| {z } | {z } | {z }
kf ki k<" k (v) (w)k<" kki f k<"

ce qui conclut (quitte à diviser rétrospectivement " par 3).


Remarque – Culture hors programme. La propriété établie sur la
famille (k)k2K s’appelle son équicontinuité107 . Par exemple, sont équi-
continues à L > 0 …xé chaque famille d’applications L-lipschitziennes et
à E …xé chaque suite de B (E; K) convergente. Le résultat prouvé admet
une réciproque attribuée à Giulio Ascoli (1883, Lincei ) et à son collègue
Cesare Arzelà (1893, Bologna).

3.2 Propriétés

Propriétés (stabilité de la compacité)

1. Chaque fermé relatif de chaque compact est compact.


2. Chaque union …nie de compacts est compacte.
3. Chaque produit cartésien (…ni) de compacts est compact.
4. Chaque image continue108 de chaque compact est compacte.

Démonstration Soit K un compact de E.

1. Soit C un fermé relatif de K et soit c 2 C N . La suite c est alors à valeurs


dans le compact K et l’on peut donc invoquer une extractrice x telle que la
suite cx(n) n2N converge dans K. Cette suite prenant ses valeurs dans le fermé
relatif C, sa limite reste dans C, c. q. f. d.
2. On raisonne comme pour les fermés. Il su¢ t par récurrence de montrer que
la réunion de deux compacts reste compacte. Soit donc L un compact de E et
soit a une suite à valeurs dans K [ L. Puisque la réunion a 1 (K) [ a 1 (L) =
a 1 (K [ L) = N est in…nie, l’une des deux parties a 1 (K) ou a 1 (L) de N est
in…nie, mettons a 1 (K), d’où une sous-suite à valeurs dans K, de laquelle on
extrait (par compacité de K) une sous-suite convergente dans K K [ L.
1 0 7 L’équicontinuité implique l’énoncé obtenu en intervertissant les quanti…cateurs 9V et 8f , lequel

énonce la continuité de chaque f 2 K, d’où la terminologie : le même voisinage V pour chaque f 2 K.


1 0 8 Par « image continue » on entend « image directe par une application continue » .

49
3. Il su¢ t par récurrence de traiter le cas d’un produit de deux compacts. Soit
N
donc L un compact, soit a 2 (K L) et notons109 k` 2 K N LN les suites
"coordonnées" de a. On extrait alors (par compacité de K) une suite kx(n) n2N
convergente dans K, puis on extrait (par compacité de L) de `x(n) n2N une
suite `x(y(n)) n2N convergente dans L. La sous-suite ax(y(n)) n2N tend alors
limn!1 kx(n)
vers limn!1 `x(y(n))
, donc converge dans K L.
N
4. Imposons A = K et f continue, soit ` 2 f (K) . On a alors 8n 2 N; 9k 2
K; `n = f (k), d’où (via l’axiome du choix) une suite k 2 K N telle que 8n 2
N; `n = f (kn ). On extrait alors une suite kx(n) n2N tendant vers un certain 2
K, d’où (par continuité de f en ) la tendance `x(n) = f kx(n) ! f ( ) et
n!1
l’appartenance lim ` 2 f (K).

Remarques
Le point 2 est faux pour une réunion in…nie : la réunion ]0; 1] des compacts n1 ; 1
lorsque n décrit N n’est pas fermée, a fortiori non compacte.
Culture hors programme : que devient le point 3 pour un produit in…ni ? D’une
part il s’agirait avant tout de dé…nir une topologie sur un tel produit (ce qui n’est vrai-
ment pas un attendu des concours), d’autre part un théorème publié en 1930 par An-
drey Nikolayevich Tykhonov a¢ rme que ce point reste valide. La démonstration de
ce théorème nécessite toutefois l’axiome du choix, au sens où ce dernier équivaut110 à
la compacité de chaque produit de compacts (au sens de Borel-Lebesgue).
Extraction diagonale. Notre preuve du point 3 contient une idée qui, bien
qu’originellement tournée vers la topologie des produits in…nis d’espaces vectoriels
normés (hors programme), peut se rencontrer dans la préparation des concours (cf.
exercice d’entraînement 7). Soit (n x)n2N une suite d’extractions et pour chaque na-
turel n notons n X := 1 x 2 x n
x . La suite := (n Xn )n2N est alors une
111
extractrice vu à n 2 N …xé les minorations
n+1 dé…nition n n+1 n n+1
n+1 = Xn+1 =
n+1 X
X x n+1
= X x (n + 1)
de
n n
X croît et X croît
n n
X (n + 1) > Xn = n.
n+1 x Id strictem ent

On parle d’extraction diagonale car la suite correspondant à la diagonale d’un


tableau où la case d’indice (i; j) contient le terme i Xj .

Exemples
1. Avec les compacités des singletons et des segments réels, le point 2 livre

les compacités de chaque ensemble …ni de E


et de chaque réunion …nie de segments réels.

1 0 9 Rappelons K N LN g ! (K L)N
l’isomorphisme canonique d’espaces vectoriels .
(k; l) 7 ! ( (kn ; ln ) )n2N
1 1 0 Cette équivalence a été prouvée 1950 par John L. Kelly et publiée dans la revue polonaise Fun-

damenta Mathematicae.
1 1 1 Rappel : chaque extractrice x véri…e 8n 2 N; x n.
n

50
/
2. Soit K un compact : son bord K K est alors d’une part fermé, d’autre part
inclus dans l’adhérence K = K (chaque compact est fermé) qui est compacte,
donc est fermé dans un compact. Par conséquent :

la frontière de chaque compact est compacte.

3. Le disque unité de C étant l’image par l’application continue (r; ) 7! rei du


compact [0; 1] [ ; ], les points 3 et 4 livrent

la compacité de la boule unité fermée de C (muni du module complexe).

4. Chaque boule fermée étant l’image continue de la boule unité fermée par une
homothétie puis une translation, l’exemple 3 et le point 4 fournissent

la compacité de chaque boule fermée de K (muni du module complexe).

5. Nous avons vu, lorsque E est un espace vectoriel normé produit, que ses boules
sont les produits de boules de ses facteurs. En particulier, lorsque E = K pour
un certain ensemble …ni , l’exemple 4 et le point 3 livrent la compacité des
boules fermées de K . Chaque sphère de E étant par ailleurs le bord d’une boule
fermée (donc d’un compact), l’exemple 2 donne

la compacité des boules fermées et sphères de K (pour la norme uniforme).

Application : montrons que la sphère de E est compacte ssi sa boule unité fermée
l’est.
Notons S et B les sphère et boule considérées. La sphère S étant la frontière de B,
la compacité de B implique celle de S d’après l’exemple 2. Réciproquement, si S est
compacte, le produit [0; 1] S est alors compact (comme produit …ni de compacts),
donc son image par l’application continue ( ; s) 7! s est compacte ; or cette image
vaut B, ce qui conclut.

Proposition (compacité & extrémalité)


Si A est compacte et f continue, l’application f est alors bornée.
Si en outre A est non vide et f est à valeurs réelles, l’application f atteint alors
ses bornes112 .

Démonstration
Imposons A compacte et f continue. L’image f (A) est alors compacte (d’après
une propriété précédente), donc est bornée.
Imposons de plus A non vide et f réelle. La partie f (A) R est alors un fermé
borné (car compact) non vide (car A 6= ;), donc sa borne supérieure fait sens et lui
appartient, ce qui s’écrit 9a 2 A; f (a) = supA f . On prouverait de même que inf A f
est atteint.

Remarques
1 1 2 Cette propriété est essentielle ! Elle caractérise même (hors programme) les compacts non vides.

51
Soit f une application bornée de source E à valeurs dans un espace vecto-
riel normé. On dit parfois que f atteint ses bornes pour dire que l’application
positive kf k atteint les siennes. Avec ce vocabulaire, la proposition précédente se
reformule113 :

chaque application continue sur chaque compact non vide y atteint ses bornes .

Compact ou extrémal ? (hors programme) La proposition précédente est


vitale : sa conclusion se révèle très proli…que en analyse et est à ce titre très désirable.
C’est pourquoi elle aurait pu être prise comme dé…nition des compacts, comme le
faisait Fréchet en 1906 dans sa thèse lorsqu’il quali…ait d’extrémales les parties
compactes. On pourrait de fait montrer que, si chaque application continue sur A est
bornée, alors A est compact (le gros du travail a déjà été e¤ectué à l’application en
…n de section 2.2).

Exemples
1. Soient K et L deux compacts non vides de E. L’application (a; b) 7! a b est
alors 1-lipschitzienne sur E 2 (à détailler), a fortiori continue, donc atteint sa
borne inférieure sur le compact K L. En particulier, quand L est un singleton,
nous venons de montrer que

la distance de chaque point à chaque compact est atteinte.

2. Soient O E un ouvert et K O un compact. Montrons alors, en abré-


geant B := B (0; 1), qu’il y a un réel r > 0 tel que114 K K + rB O.

FIG

Appelons r la distance du compact K au fermé E nO : ces deux parties ne


se rencontrant pas, l’exercice 3 section 3.1 montre la minoration r > 0. Si
l’ouvert O ne contenait pas K + rB, il y aurait alors un couple (k; b) 2 K B tel
que k+rb 2= O, d’où les majorations r d (k; k + rb) = krbk < r : contradiction.
3. Sanity check : retrouvons le théorème de Heine. Imposons A compacte et f
continue. Soit " > 0. La partie P := (a; b) 2 A2 ; kf (a) f (b)k " est
alors fermée (par continuité de f ) dans le compact A A, donc est compacte.
Le réel := inf (a;b)2P ka bk est par conséquent atteint en un certain ( ; ) 2 P
et est non nul vu les implications
( ; )2P
= 0 =) k k = 0 =) = =) " kf ( ) f ( )k = 0.

Chaque couple (a; b) 2 A2 tel que ka bk < ne peut alors appartenir115 à P ,


donc véri…e kf (a) f (b)k < ", ce qui conclut.

Exercices d’application
1 1 3 Bienvéri…er la cohérence de cette terminologie avec le cas des applications réelles.
1 1 4 Culture: la partie K + rB s’appelle le r-voisinage de K.
1 1 5 On aurait sinon les comparaisons ka bk inf (u;v)2P ku vk = .

52
1.
(a) Montrer que la somme (…nie) de chaques compacts de E reste compacte.
(b) Montrer que la somme de chaque fermé de E et de chaque compact de E
reste fermée. Cette somme est-elle compacte ?
(c) Donner une condition nécessaire et su¢ sante simple pour que la somme
de chaque fermé borné de E et de chaque compact de E reste compacte.
(On pourra admettre que la sphère unité de E est compacte ssi E est de
dimension …nie.)
2.
(a) Imposons f continue injective et A compacte. Montrer alors que f induit
!f (A) continue de réciproque continue116 .
une bijection Ag
(b) La conclusion tient-elle en remplaçant l’hypothèse « A compacte » par « f (A)
compacte » ?
3. Soit (Kn )n2N
T une suite décroissante de compacts de E. Montrer alors que l’in-
tersection n2N Kn est compacte et non vide117 (sauf cas pathologique à préci-
ser).
4. Imposons d’une part A compacte non vide et stable par f , d’autre part f conti-
nue et telle que

8a; b 2 A; a 6= b =) kf (a) f (b)k < ka bk .


n
On note alors An := f
\ (A) pour chaque naturel n puis l’on dé…nit K :=
An .
n2N

(a) Montrer que f admet un unique point …xe.


(b) Montrer que K est un compact non vide …xé par l’application P 7! f (P ).
(c) En déduire que K est un singleton.
(d) Montrer que, pour chaque a 2 A, la suite dé…nie par itération de f avec
départ a tend vers le point …xe de f .
———————————————————————————————–
1.
P
(a) Soit (Ki )i2I une famille …nie de compacts de E. La somme i2I Ki est
Q EI ! PE
alors l’image du compact i2I Ki par l’application continue
(ai ) 7 ! i2I ai
(addition de E), donc est compacte.
N
(b) Soit C un fermé de E, soit K un compact de E, soient a 2 (C + K)
et ` 2 E tels que a ! `. On a alors 8n 2 N; 9 (c; k) 2 C K; an = c + k,
N
d’où (via l’axiome du choix et l’identi…cation (C K) ' C N K N ) un
c N N
couple de suites k 2 C K telles que a = c + k. Par compacité de K,
1 1 6 Culture : une telle application bijective est dite bicontinue et s’appelle aussi un homéomor-

phisme.
1 1 7 Ce résultat s’appelle le théorème des compacts emboîtés et généralise celui des segments

emboîtés.

53
il y a une extractrice x et un 2 K tels que kx(n) ! . La suite c x =
n!1
a x k x tend alors vers ` et prend ses valeurs dans le fermé C,
donc la limite ` reste dans C, d’où l’appartenance ` 2 C + C + K,
c. q. f. d..
Lorsque C n’est pas borné et K est non vide, la somme C + K n’est
pas bornée, donc non compacte. (Le cas où C est fermé et borné est traité
à la question suivante.)
Remarque – Nous avons déjà vu (exo ent 4 evn1 ? ? ?) que la somme de
fermés n’était pas toujours fermée.
(c) Soit C un fermé borné de E et soit K un compact de E. Quand E est
de dimension …nie, C est alors compact et la somme de compacts C + K
reste compacte d’après la question 1a. En revanche, si E n’est pas de dimen-
sion …nie, sa sphère unité n’est pas compacte d’après le théorème de Riesz
(admis), donc sa somme avec le compact f0g n’est pas compacte. Finale-
ment, une condition nécessaire et su¢ sante simple comme voulu est « E
est de dimension …nie » .
2.
(a) Notons g : f (A) ! A la réciproque de f . Il s’agit de montrer la
continuité de g. Soit donc C un fermé de A, i. e. (par compacité de A)
un compact de A : l’image réciproque f (C) de C par g est alors compacte
comme image continue (par f ) du compact C, donc est fermée, ce qui
conclut.
Remarque – Le pré…xe homéo signi…e semblable et est plus lâche que
homo ou iso (signi…ant même ou égal ). C’est sans doute cette nuance
qui a amené les topologues à parler d’homéomorphismes au lieu d’homo-
ou d’isomorphismes d’espaces topologiques. Par exemple, une tasse et un
doughnut n’ont pas du tout la même forme, donc sont littéralement non
homomorphes mais sont pourtant homéomorphes au sens topologique.
[ ; [ g ! U
(b) Lorsque f = , l’image Im f = U est compacte,
t 7 ! eit
l’application f est continue et bijective mais sa réciproque g n’est pas
continue118 car l’image [ ; [ par g du compact U n’est pas compacte
(elle n’est pas fermée).
T
3. Le compact Kn étant fermé pour chaque n 2 N, l’intersection n2N Kn
est fermée dans le compact K0 , donc est compacte. Étant par ailleurs incluse
dans KN pour chaque naturel N , elle sera vide si la suite (Kn )n2N prend une
valeur vide, i. e. (par décroissance) si elle stationne à ; : voici notre cas patho-
logique.
Excluons à présent ce dernier, ce qui s’écrit 8n 2 N; 9k 2 E; k 2 Kn .
L’axiome du choix permet alors d’invoquer une suite k 2 E N telle que 8n 2
N; kn 2 Kn . Vu à n 2 N …xé l’inclusion Kn K0 , la suite k prend ses valeurs
dans le compact K0 et admet donc une valeur d’adhérence `. Or, pour chaque
naturel N , les inclusions 8n 2 ]N; 1j[ ; Kn KN montrent que la suite (kn )n>N
prend ses valeurs dans le fermé KN ; cette suite admettant par ailleurs ` comme
i
1 1 8 On peut aussi nier le critère séquentiel de continuité à l’aide des deux suites e n .
n2N

54
T
valeur d’adhérence, cette limite reste dans KN . L’intersection n2N Kn contient
par conséquent `, ce qui conclut.
T
Autre solution (hors programme) : quand l’intersection n2N Kn est vide, le
compact K0 E peut être recouvert par les ouverts On := E nKn (complémen-
taire du fermé Kn ) lorsque n décrit N, donc (par compacité de K0 ) est recouvert
par un nombre …ni d’entre eux, d’où (par croissance de la suite (Kn )n2N ) un
naturel N tel que K0 E nKN et la conclusion KN = K0 \ KN = ;.
4.
(a) L’application f Id étant continue, elle atteint sa borne inférieure sur
le compact A en un certain point119 : si ce dernier n’était pas …xe par f ,
on aurait en notant 0 := f ( ) les majorations
0
6=
kf ( 0 ) f ( )k < k 0 k = kf ( ) k,
d’où kf ( 0 ) 0
k < inf kf (a) ak ,
a2A

ce qui est absurde vu l’appartenance f ( ) 2 A.


Soit par ailleurs a 2 A …xe par f . On a alors l’égalité kf (a) f ( )k =
ka k, donc l’implication a 6= =) kf (a) f ( )k < ka k livre par
contraposée l’égalité a = .
Remarque – Culture hors programme. La compacité intervient sou-
vent dans les théorèmes d’existence de point …xes. Citons celui célèbre
publié en 1912 par Luitzen Egbertus Jan Brouwer120 dans les Mathe-
matische Annalen ainsi qu’une généralisation publiée en 1930 par Ju-
liusz Schauder121 dans la revue Studia Mathematica, laquelle livre l’exis-
tence de solutions à certaines équations di¤érentielles très générales (cf.
un théorème de Giuseppe Peano publié en 1880 dans les Mathematische
Annalen).
(b) À n 2 N …xé, d’une part la partie An est compacte en tant qu’image
du compact A par l’application continue f n , d’autre part appliquer f n
à l’inclusion f (A) A (laquelle traduit l’hypothèse « A stable par f » )
livre l’inclusion An+1 An . La suite (AN )N 2N décroissante de compacts
est par conséquent (et d’après la question 3) d’intersection K compacte.
FIG : "contraction" vers un singleton

On a déjà les inclusions


!
\ \ \ reparam étrage \
f (K) = f An f (An ) = An+1 = Am K.
m:=n+1
n2N n2N n2N m2N

Montrons à présent l’inclusion K f (K). Soit k 2 K, ce qui s’écrit 8n 2


k = f (a)
N; 9a 2 A; : l’axiome du choix donne alors une suite a 2 AN
a 2 An
1 1 9 Nous prouverons l’égalité f g = K, d’où la notation .
1 2 0 Si E est de dimension …nie, chaque application continue de la boule unité fermée de E dans
elle-même admet alors un point …xe.
1 2 1 Chaque application continue sur chaque compact convexe non vide de E dans lui-même admet

un point …xe.

55
k = f (an )
telle que 8n 2 N; , d’où (par compacité de A) une extrac-
an 2 An
trice x et un point 2 A tels que ax(n) ! . La continuité de f livre
n!1
alors la tendance f ax(n) ! f ( ), ce qui s’écrit k ! f ( ), ou en-
n!1 n!1
core k = f ( ) et l’on montre par ailleurs (comme à la question 3) que la
limite reste dans K, ce qui conclut à l’appartenance k 2 f (K).
(c) Montrons l’égalité K = f g. Soit k 2 K. L’application (a; b) 7! d (a; b)
étant continue sur le compact K 2 , elle atteint son maximum en un certain
couple ( ; ) 2 K 2 . L’inclusion K f (K) montrée à la question 4b) livre
alors deux points a; b 2 K tels que = ff (a)
(b)
: si ces points étaient
distincts, l’hypothèse livrerait alors les majorations
a6=b
sup d (u; v) = k k = kf (a) f (b)k < d (a; b) ,
u;v2K

d’où la contradiction puisque a; b 2 K. Il en résulte les majorations


a=b
d ( ; k) sup d (u; v) = kf (a) f (b)k = 0,
u;v2K

d’où d ( ; k) = 0, c. q. f. d.
(d) Soit a 2 A et notons i la suite de ses itérés par f . Si l’on montre la
convergence de i, vu les appartenances 8n 2 N; in 2 An , la limite tombera
alors (comme à la question 3) dans l’intersection K = f g, ce qui conclura.
Puisque i est à valeurs dans le compact A, il su¢ t de montrer qu’elle admet
au plus une valeur d’adhérence : or, pour chaque extractrice x, la limite
éventuelle de la suite ix(n) n2N tombe (toujours par le même argument)
\
dans Ax(n) K = f g, ce qui conclut à l’unicité voulue.
n2N
Autre solution (esquissée) : si i atteint , c’est …ni. Sinon la suite :=
n 7! d (in ; ) décroît strictement, donc tend vers inf , supposé non nul par
l’absurde. Extraire ix(n) ! ` livre alors 0 < inf = limn!1 ix(n) =
n!1
f continue
k` k d’où ` 6= et f ix(n) ! kf (`) f ( )k < k` k,
n!1
d’où l’absurde x(n)+1 < inf pour n assez grand.
Remarque – Les compacts An ont pour avantage, comparé à la dernière
solution esquissée, de donner une vision "générale" de la convergence des
suites d’itérés en les "enserrant" chacune vers le point …xe .

3.3 Topologie en dimension …nie

Nous sommes à présent armés pour démontrer le principal résultat sur les espaces
vectoriels normés.
Rappelons que la norme de E invoquée est notée N ou a 7! kak.

Théorème (équivalence des normes en dimension …nie)

56
Quand E est de dimension …nie,
ses normes forment une même classe d’équivalence

Démonstration (non exigible)


Supposons E de dimension …nie et soit N une norme sur E. On veut mon-
trer 9 ; > 0; 8a 2 E nf0g ; N (a) kak N (a). Par positivité de N et positive
122 a
homogénéité de N , cela revient à 9 ; > 0; 8a 2 E nf0g ; N(a) ou en-
core à dire que l’application N est bornée sur la sphère S := fa 2 E ; N (a) = 1g par
des valeurs strictement positives. Si l’on montre – pour une certaine topologie judi-
cieusement choisie –que N est continue et que la sphère S est compacte, alors N sera
bornée sur S et y atteindra ses bornes, son minimum ne pouvant être nul puisque N
ne s’annule qu’en le vecteur nul (lequel n’appartient pas à S), ce qui conclura.
Nous allons à présent imposer rétrospectivement la norme N : cela ne changera
rien à notre démarche puisque nous aurons alors montré que chaque norme de E est
équivalente à N, d’où une seule classe d’équivalence (celle de la norme N).
Soit B une partie basique de E (laquelle est …nie par hypothèse). La conclusion
découle alors des cinq points suivants :
g! P EKB
1. d’après l’exo ? ? ?evn1, la bijection ' := est une iso-
7 ! b2B b b
123
métrie lorsque KB est normé par la norme uniforme et E par N := a ! 7
' 1 (a) 1 .
2. vu pour chaque e 2 E les majorations124
!
X X X
kek = eb b jeb j kbk kbk N (e) ,
|{z}
b2B b2B b2B
N(e)

on a à u; v 2 E …xés les majorations


!
X
jkuk kvkj ku vk kbk N (u v) ,
b2B

donc la norme N est lipschitzienne –a fortiori continue –pour N ;


3. d’après une remarque 5 précédente, la sphère unité de KB est compacte pour la
norme uniforme ;
4. l’image ' (SKB (0; 1)) de cette sphère unité vaut S vu à a 2 E …xé les équivalences
1
noter :=' (a) ' isom étrie
a2S () d (' (0) ; ' ( )) = 1 () d (0; ) = 1
() ' 1 (a) 2 SKB (0; 1) () a 2 ' (SKB (0; 1)) ;

5. puisque ' est continue125 , la sphère S est compacte en tant qu’image continue
du compact SKB (0; 1).

1 2 2 Lorsque a = 0, l’encadrement se réécrit 0 0 0, ce qui est trivial.


1 2 3 Lanorme est la norme uniforme de KB "transportée" via l’isomorphisme '.
1 2 4 On note (e )
b b2B la famille des coordonnées de e dans la base (b)b2B .
1 2 5 Rappel : une isométrie est 1-lipschitzienne, a fortiori continue.

57
Remarques
Dans la démonstration ci-dessus, remplacer les sphères unité par les boules unité
fermées montrerait que

E possède une norme dont la boule unité fermée est compacte.

Sanity check : la compacité de S (0; 1) équivaut à celle de B (0; 1) d’après une appli-
cation section 3.2.
Produit …ni d’espaces vectoriels normés. Dans ce cours, nous avons normé
les produits …nis d’espaces vectoriels normés à l’aide de la norme uniforme. Le théo-
rème ci-dessus montre que n’importe quelle autre norme aurait fait l’a¤aire. (Le choix
de celle uniforme était motivé par pure et simple commodité, à savoir que les boules
"produit" soient les produits de boules.)

Corollaires
Lorsque l’espace vectoriel E est de dimension …nie :
1. aucune des notions topologiques dé…nies dans ce cours et récapitulées ? ? ?chapEvn1 ? ? ?
ne dépend de la norme de E invoquée ;
2. les compacts de E sont ses fermés bornés ;
3. chaque suite bornée de E N possède une valeur d’adhérence ( théorème de Bol-
zano-Weiertrass126 ) et converge ssi elle possède une unique valeur d’adhé-
rence ;
4. chaque application linéaire de source E est continue ;
5. si E est de plus un produit …ni d’espaces vectoriels normés127 , alors chaque
application multilinéaire de source E est continue.

Démonstration

1. Nous avons vu (à diverses endroits du cours) que chaque notion récapitu-


lée était invariante par passage à une norme équivalente. Or, par le théorème
précédent, chaque norme de E équivaut à N , ce qui permet de conclure.
2. L’inclusion a déjà été établie. Imposons à présent A fermée et bornée.
D’après une remarque ci-dessus, on peut invoquer une norme sur E dont la
boule unité fermée B est compacte ; par le point 1, la partie A est alors fermée
et bornée pour cette norme. On peut en particulier invoquer un réel r > 0
tel que A rB : la boule rB étant compacte comme image continue128 du
compact B par l’homothétie de rapport r, le fermé A est inclus dans un compact,
donc est compact, ce qui conclut avec le point 1.
3. Soit a 2 E N une suite bornée et soit B une boule fermée contenant chaque
terme de a. Puisque B est fermée et bornée, le point 2 montre qu’elle est com-
pacte, donc d’une part la suite a 2 B N admet une valeur d’adhérence, d’autre
part la proposition "convergence dans un compact" (section 3.1) s’applique et
permet de conclure.
1 2 6 Tel quel, cet théorème (qui généralise celui vu en première année) n’est pas explicitement au

programme – la suite du corollaire si.


1 2 7 Chacun des espaces vectoriels normés facteurs est alors de dimension …nie.
1 2 8 Rappel : chaque homothétie est continue car lipschitzienne.

58
4. Établi à la section 2.3.
5. Démontré à la section 2.3.

Remarque –Inutilité de préciser la norme. Le point 1 légitime l’abus (cou-


rant) consistant à
omettre, en dimension …nie, de préciser la norme sous-jacente.

De nombreux exemples ayant été vus en amont de la démonstration du théorème


principal, nous conclurons cette section par une digression hors programme sur la
dimension in…nie.

Lemmes129 (culture hors programme)

1. Pour chaque sous-espace vectoriel strict de E de dimension …nie, il y a un point


de la sphère unité de E à distance 1 de ce sous-espace vectoriel ;
2. Si E n’est pas de dimension …nie, il y a alors une suite s 2 E N libre telle que

8n 2 N; d sn ; Vect si = 1 = ksn k .
i2[0;nj[

Démonstration

1. Soit V E un sous-espace vectoriel strict de dimension …nie et soit a 2


E nV : la distance d (a; V ) est alors non nulle (sinon a adhérerait à V , i. e. lui
appartiendrait car V est fermé en tant que sous-espace vectoriel de dimension
…nie) et est atteinte d’après l’exercice 1a ci-dessous, ce qui permet d’invoquer
1
un point v 2 V tel que d (a; V ) = d (a; v) et tel que le réel := d(a;V ) fait sens.
130
On a alors les égalités
! V) =
d ( va;
6=0 ! V) =
d ( va;
>0 ! V)=
d (va; d (a v; V v) = d (a; V ) = 1,
!
va
ce qui montre que le vecteur unitaire est à distance 1 de V .
!
k k va
2. L’idée est d’utiliser le lemme 1 pour construire de proche en proche une
suite comme voulue, le sous-espace vectoriel considéré à un rang donné étant
l’engendré des termes contruits jusqu’alors.
Formellement, comme à l’exercice 5a section 3.1, soit c : P (E) ! E telle
que c (P ) 2 P pour chaque partie P E non vide131 . On dé…nit alors une suite
comme voulu par la récurrence132

8n 2 N; sn = c a 2 E ; d a; Vect si = 1 = kak ,
i2[0;n[

les inégalités d sn ; Vecti2[0;n[ si 6= 0 assurant la liberté désirée.


1 2 9 Le premier lemme est un classique.
1 3 0 Les égalités V = V = V v résultent de ce que V est un sous-espace vectoriel.
1 3 1 L’axiome du choix permet d’invoquer une telle application, appelée application de choix sur E.
1 3 2 À n 2 N …xé l’argument de c est bien non vide d’après le lemme 1.

59
P
Exemple : dans l’espace vectoriel normé K [X] muni de la norme n2N an X n 7!
maxn2N jan j, la base canonique véri…e les propriétés requises. Vue dans l’espace vec-
toriel normé B (N; K), cette suite devient celle des Dirac133 . Un analogue continu
serait la suite ( n )n2N de l’exercice 4 section 3.1.

Corollaires134 (culture hors programme)


Imposons que E ne soit pas de dimension …nie. Alors :
1. les compacts de E ne sont pas ses fermés bornés ;
2. il y a une suite bornée divergente possédant une unique valeur d’adhérence ;
3. il y a un endomorphisme et une forme linéaire de E non continus ;
4. il y a un sous-espace vectoriel de E non fermé ;
5. il y a une famille de normes de E deux à deux non équivalentes indexée par R.

Démonstration On note S la sphère unité de E.

1. Soit s 2 SN comme au lemme 2. La condition sur les distances montre


alors pour chaques naturels p 6= q la minoration d (sp ; sq ) 1, d’où l’on
p;q2N
tire inf p6=q d (sp ; sq ) > 0, de sorte que la suite s n’a pas de valeur d’adhé-
rence, d’où la non-compacité de la sphère S. Cette dernière étant par ailleurs
fermée et bornée, on peut conclure.
2. Soit s 2 SN comme au lemme 2 et notons := (s0 ; 0; s1 ; 0; s2 ; 0; s3 ; [Link]).
Cette suite est alors bornée (car à valeurs dans S [ f0g), elle possède 0 comme
valeur d’adhérence (extraire suivant les termes impairs), elle diverge (sinon la
suite s extraite de suivant les termes impairs tendrait vers la valeur d’adhé-
rence 0 de et cette valeur adhérerait au fermé S, i. e. lui appartiendrait) et
pour aucun naturel N le point sN est valeur d’adhérence de (chaque terme
de étant à partir du rang 2N + 1 à distance 1 de sN ). En…n, la suite prenant
ses valeurs dans le fermé S [ f0g, ses valeurs d’adhérence restent dans ce fermé,
ce qui montre que 0 bien est la seule valeur d’adhérence de .
3. Soit s 2 SN comme ci-dessus, soit T un supplémentaire de Vectn2N sn
(cela utilise encore et requiert l’axiome du choix) et dé…nissons un endomor-
phisme ' 2 L (E) nul sur T et tel que sn 7! nsn pour chaque naturel n. La
suite k'(s n )k
ksn k = (n)n2N fait alors sens et n’est pas bornée, ce qui montre
n2N
la non-continuité de '. En imposant sn 7! n au lieu de sn 7! nsn , on obtient
de même une forme linéaire de E non continue.
4. La forme linéaire précédente n’étant pas continue, son noyau n’est pas fermé
(cf. exercice 4a section 2.3), i. e. est un hyperplan non fermé, a fortiori un sous-
espace vectoriel non fermé.
5. Soit s 2 SN et T comme ci-dessus, soit N une norme sur T (il y en existe,
cf. evn1 ? ? ?) et pour chaque réel notons
L
E=TP n2N Ksn ! PR
N := .
t + n2N n sn 7 ! N (t) + n2N j n j n
1 3 3 Pour
chaque naturel n, le Dirac en n est la suite nulle partout sauf en n où elle vaut 1.
1 3 4 L’hypothèse
« de dimension …nie » est donc toujours nécessaire (pas seulement en général ) dans
les propositions du cours correspondantes.

60
On véri…era alors pour chaque réel que l’application N fait sens (utiliser la
liberté de la suite a) et est une norme sur E. Par ailleurs, étant donnés deux
N (s ) 0
réels > 0 , la suite N 0 (snn ) = n n’est pas bornée, ce qui
n2N n2N
montre que les normes N et N 0 ne sont pas équivalentes.

Remarque –Tous ces contre-exemples peuvent se réaliser dans l’espace vectoriel


normé K [X] muni de la norme d’indice 1 en imposant135 que la suite s du lemme 2
invoquée soit la base canonique (X n )n2N :
1. la suite (X n )n2N à valeurs dans la sphère unité n’a aucune valeur d’adhérence ;
2. la suite 1; 0; X; 0; X 2 ; 0; X 3 ; ::: est bornée, diverge et possède une seule valeur
d’adhérence ;
3. l’endomorphisme P 7! XP 0 et la forme linéaire P 7! [XP 0 ] (1) ne sont pas
continus ;
P n
P
4. l’hyperplan n2N an X ; n2N nan = 0 est un sous-espace vectoriel non
fermé ;
P n
P
5. la famille n2N an X 7! n2N jan j n 2R
est formée d’une in…nité de normes
deux à deux non équivalentes.

Exercices d’application
Soit a 2 E et notons S la sphère unité de E.
1.
(a) Soit V un sous-espace vectoriel de E de dimension …nie. Montrer que la
distance d (a; V ) est atteinte.
(b) En déduire l’impossibilité, lorsque E n’est pas de dimension …nie, de recou-
vrir la boule unité fermée par un nombre …ni de boules ouvertes de rayon 1.
(c) En déduire (à l’aide de l’exercice 5a section 3.1) que E est de dimension
…nie ssi S est compacte.
2. On impose dans cet exercice que l’espace vectoriel E soit de dimension …nie.
(a) Soient C un fermé de E. En notant := d (a; C), montrer que le point a
adhère à la somme C + S (sauf cas pathologique à préciser) et en déduire
que la distance du point a au fermé C est atteinte.
(b) Retrouver le résultat de la question 1a.
(c) (plus di¢ cile) Discuter les hypothèses de la question 2a.
3. On impose dans cet exercice que l’espace vectoriel E soit de dimension …nie.
(a) Imposons f continue à valeurs réelles et telle que136 f (a) ! 1. Mon-
kak!1
trer alors que f atteint sa borne inférieure.
1 3 5 Ce cas singulier permet d’éviter l’utilisation de l’axiome du choix pour invoquer un supplémen-
taire T ainsi qu’une norme dessus.
1 3 6 Les hypothèses impliquent que A soit non bornée.

61
(b) Retrouver les résultats de l’exercice 2.
4. Théorème fondamental de l’algèbre. Imposons dans cet exercice E = C et
soit P 2 C [X] non constant.
(a) Soient v 2 N , 2 C et Q 2 C [X] tels que

P = 1 + X v + X v+1 Q.

Montrer alors l’existence d’un complexe c tel que jP (c)j < 1.


(b) Montrer les implications

8a 2 C; P (a) 6= 0 =) 9b 2 C; jP (b)j < jP (a)j .

(c) En déduire que P s’annule.


———————————————————————————————–
1.
(a) Soit v 2 V N tel que d (a; vn ) ! d (a; V ) (permis par dé…nition de la
n!1
distance d (a; V )). La suite ( kvn ak )n2N convergente est alors bornée,
donc la suite v également vu les majorations 8n 2 N; kvn k kvn ak +
kak. La suite v admet donc une sous-suite convergente, mettons vx(n) !
n!1
` pour un certain ` 2 V . La continuité de l’application "distance à a"
donne alors la tendance d a; vx(n) ! d (a; `), d’où les égalités d (a; `) =
n!1
limn!1 d a; vx(n) = limn!1 d (a; vn ) = d (a; V ), ce qui conclut.
Remarque – Le résultat est faux en général si V n’est pas de dimension
…nie. Il su¢ t que V soit un sous-espace vectoriel non fermé et d’avoir a 2
V nV , par exemple quand E = C ([0; 1]) muni de la norme uniforme, V =
K [X] et a 2 E nV (le sous-espace vectoriel V est alors dense).
(b) n’est pas de dimension …nie, soit par l’absurde137 C
Supposons que E [
E …nie que B (0; 1) B (c; 1), soit a 2 E hors du sous-espace vecto-
c2C
riel V := Vect C (permis car V est de dimension …nie et pas E) et soit v 2 V
tel que d (a; v) = d (a; V ) (permis par la question 1a). Puisque V est fermé
et ne contient pas a, la distance d (a; V ) n’est pas nulle, donc le vecteur
! !
unitaire av! fait sens. Soit alors c 2 C tel que av
av
2 B (c; 1) (permis
kav k k !k
av !
par l’inclusion S B (0; 1) et l’hypothèse), ce qui s’écrit ! c < 1,
kav k
! kavk
i. e. kav ! ck < kavk,
! ou encore ka (v kavk ! c)k < d (a; V ), d’où la
!
contradiction vu l’appartenance v kavk c 2 V .
(c) Nous savons déjà que S est compacte quand E est de dimension …nie.
Réciproquement, si la sphère S est compacte, elle est alors précompacte (cf.
exercice indiqué), donc on peut la recouvrir par un nombre …ni de boules
de rayon 21 , à plus forte raison par un nombre …ni de boules ouvertes
de rayon 1, d’où (en rajoutant la boule ouverte unité) un recouvrement
de B (0; 1) = S [ B (0; 1) par un nombre …ni de boules ouvertes de rayon 1
et la question 1b montre (par contraposée) que E est de dimension …nie.
137 C comme « centres »

62
Remarque – Cette équivalence est attribuée à Frigyes Riesz. Une autre
preuve en est donnée plus haut (point 1 des corollaires "culture hors pro-
gramme").
2.
(a) Soit c 2 C N telle que d (a; cn ) ! d (a; C) et notons sn := cn +
n!1
cn!
a
d(a;cn ) pour chaque naturel n.

FIG

La suite s est est alors à valeurs dans la somme C + S et véri…e à n 2 N


…xé les égalités et tendance

cn!
a
ksn ak = cn!
a = 1 cn!
a
kcn!
ak kcn!
ak

= 1 kcn!
ak = j kcn!
akj ! 0,
kcn!
ak n!1

ce qui montre l’appartenance a 2 C + S. Or la sphère S est compacte


(nous sommes en dimension …nie), donc sa somme avec le fermé C est
fermée (cf. exercice 1b section 3.2), d’où l’appartenance a 2 C + S, met-
tons a = + pour un certain ( ; ) 2 C S. On conclut en évaluant la
distance

d ( ; a) = ka k=k k = j jk k = = d (a; C) .

Tout ce qui précède fait sens dès que est …ni, i. e. ssi C est non vide (le
cas pathologique à préciser).
Remarque – L’idée originelle de cette preuve était de se ramener au
cas = 0 immédiat à traiter, la nullité de la distance à chaque fermé équiva-
lant à l’appartenance à ce fermé. La lectrice et le lecteur intéressés pourront
plus généralement à B E …xé établir, en notant := d (A; B), la nullité
de la distance d (A + S; B + S) pour chaques réels ; de somme .
(b) Plaçons-nous dans l’espace vectoriel V + Ka normé par la norme de E.
Dans cet espace vectoriel normé de dimension …nie (qui contient bien le
point a), le sous-espace vectoriel V est fermé car de dimension …nie, donc
le point 2a s’applique.
(c) Imposons E non nul et montrons alors l’existence d’une partie non
fermée (non vide) à n’importe quelle distance de a et telle que cette distance
n’est pas atteinte. Pour chaque réel r > 0, le point a est à distance r de la
partie fv 2 E ; d (a; v) > rg (laquelle est non vide si E 6= f0g) mais cette
distance n’est pas atteinte car cette partie est disjointe de la sphère S (a; r).
Soit E un espace vectoriel normé qui n’est pas de dimension …nie et
montrons l’existence d’un fermé (non vide) de E dont la distance à l’ori-
N
gine
[ n’est pas atteinte. Soit s 2 E comme au lemme 2 et notons C :=
1 + n1 ; 2 sn . Vu à n 2 N …xé les égalité et tendance d 0; 1 + n1 sn =
n2N
1+ n1 ! 1, on peut majorer d (0; C) 1, Chaque c 2 C étant par ailleurs
n!1

63
de la forme sn pour un certain réel > 1 et un certain naturel n, donc
de norme > 1, la distance d (0; C) vaut 1 et n’est pas atteinte.

FIG : le "hérisson" C

Montrer en…n que C est fermé. Soit c 2 C N convergente, soit P 2 N tel


que 8Q 2 [P; 1j[ ; d (cP ; cQ ) < 1 (permis par convergence de c), soit Q > P
un entier, soient p; q 2 N et ; > 1 tels que ccQ P
= sspq (permis par les
appartenances cP ; cQ 2 C et par dé…nition de C) : si p > q, on aura alors
l’appartenance cQ = sq 2 Vecti2[0;p[ si , d’où les minorations

d (cP ; cQ ) d sp ; Vect si =d sp ; Vect si


i2[0;p[ i2[0;p[

= d sp ; Vect si = > 1,
i2[0;p[

ce qui contredira l’invocation de N (raisonnement analogue sih p < q).iLa


suite c prend donc à partir du rang N ses valeurs dans le fermé 1 + p1 ; 2 sp
h i
(image continue du compact 1 + p1 ; 2 par l’application ksp k-lipschitzienne 7!
sp ), donc sa limite reste dedans, a fortiori dans C, c. q. f. d.
Remarque –La lectrice et le lecteur désireux d’un contre-exemple "concret"
pourront ou bien adapter l’exemple général précédent au cas singulier E =
K [X] ou bien se placer dans l’espace vectoriel E := C 0 ([0; 1] ; R) normé
par f 7! kf k1 + kf k1 et montrer que l’application partout égale à 1 est à
distance 1 du fermé formé par les applications de E s’annulant en 0 mais
que cette distance n’est pas atteinte.
3.
(a) La partie A étant non bornée, elle est non vide et l’on peut invoquer
un 2 A. Soit alors r > 0 un réel tel que

8a 2 A; kak > r =) f (a) > f ( ) .

La restriction de f au compact K := B (0; r) atteint alors (par continuité


de f ) sa borne inférieure, mettons f ( ) = inf K f pour un certain 2 K.
Observer au passage l’appartenance 2 K, l’implication ci-dessus livrant
sinon l’absurde minoration f ( ) > f ( ).
Montrons pour conclure que f est minimale en .

FIG

Soit a 2 A. Si a 2 K, on peut alors minorer f (a) inf K f = f ( ) et l’on


a …ni. On a sinon kak > r et l’on peut (par invocation de r) minorer
2K
f (a) > f ( ) inf f = f ( ) , ce qui conclut.
K

64
(b) Observer pour chaque partie P non bornée les minorations et tendance
(à p 2 P …xé)
ka pk jkpk kakj kpk kak ! 1.
kpk !1
p2P

Si le fermé C est borné, il est alors compact, donc l’application conti-


nue "distance à a" y atteint sa borne inférieure. Dans le cas contraire,
l’observation ci-dessus permet d’appliquer la question 3a.
Si le sous-espace vectoriel V est nul, il est compact et l’on conclut
comme ci-dessus. Sinon, il n’est pas borné et l’on conclut pareillement.
4.
(a) Soient r > 0 et deux réels. On a alors les égalités
i v
P re = 1+ rei + rv r ei(v+1) Q rei
| {z }
b orné quand r!0

= 1 + rv eiv + or!0 (rv ) .


Le deuxième terme devient j j rv en imposant son argument valant ,
(i. e. en imposant rétrospectivement Arg + v = ), le troisième terme se
majore en module par j 2 j rv en imposant r assez petit et, en…n, la somme 1
1
j j rv est positive en imposant de plus r < p v
. Sous ces restrictions, on
j j
peut majorer
P rei = 1 + rv eiv + or!0 (rv ) = j1j j rv + or!0 (rv )j
j j v j j v
j1 j j rv j + jor!0 (rv )j 1 j j rv + r =1 r
2 2
< 1, ce qui conclut en dé…nissant b := rei .
P (a+X)
(b) Soit a 2 C tel que P (a) 6= 0. Le polynôme P := P (a) fait alors
P (a+0)
sens, véri…e P (0) = = 1 et est de valuation …nie non nulle (sinon P
P (a)
serait constant), donc est de la forme 1+ X v +X v+1 Q comme à la question
4a. On peut donc invoquer un complexe c tel que jP (c)j < 1, ce qui
s’écrit jP (a + c)j < jP (a)j, d’où la conclusion en notant b := c + a.
(c) L’application c 7! jP (c)j est continue sur C et véri…e la tendance jP (c)j !
jcj!1
1 (cf. exemple en …n de section 1.2), donc atteint sa borne inférieure (cf.
question 3a) en un certain a. Si P ne s’annulait pas en a, la question 4b
fournirait alors un complexe b tel que jP (b)j < jP (a)j = inf C jP j, ce qui
contredirait la minimalité de a.

4 Connexité par arcs

On garde invoqués l’espace vectoriel normé E et la partie A E. (Les lettres f


et F sont libres.)
La norme de E invoquée est toujours notée N ou avec des doubles-barres.

65
4.1 Motivations (hors programme)

Un théorème fondamental en analyse réelle est celui des valeurs intermédiaires138


a¢ rmant intuitivement que, dans le plan, une "courbe" reliant deux points séparés par
une droite doit "traverser" cette dernière. Formellement : l’image de chaque intervalle
réel par chaque application R ! R continue est un intervalle.
L’idée de la "connexité" (le fait d’être "connexe") est de formaliser la notion
intuitive d’être "d’un seul tenant" dont nous quali…ons volontiers les intervalles et
disquali…ons les ensembles …nis de cardinal au moins 2 (lesquels seront plutôt pensés
comme étant "éclatés"). Si l’on souhaite139
1. conserver le théorème des valeurs intermédiaires (i. e. exiger que la "connexité"
soit préservée par image continue),
2. nier la "connexité" de la paire f0; 1g (un représentant des ensembles …nis de
cardinal au moins 2),
alors pour chaque "connexe" C chaque application continue C ! f0; 1g devra
être constante. Cette conséquence peut de fait être prise comme dé…nition de la
connexité, équivaut précisément à la conjonction de nos deux souhaits140 et permet
de décrire les intervalles de R comme ses parties connexes. Sachant par ailleurs que
chaque partie est connexe ssi l’on ne peut la partitionner en deux de ses fermés
non vides, on retrouve l’idée originelle "d’un seul tenant". (Aucune a¢ rmation de ce
paragraphe n’est immédiate ni bien di¢ cile à établir.)
Une autre façon de formaliser cette idée originelle est de décréter une partie "d’un
seul tenant" si l’on peut en "relier" deux points quelconques par un "arc" tracé dans
cette partie. Ce décret sera la dé…nition de la connexité par arcs, plus restrictive que
la connexité tout court mais confortant davantage notre intuition que l’indécomposa-
bilité ci-dessus en termes de fermés relatifs –et surtout au programme.

4.2 Chemins continus

Dé…nition (chemin141 reliant deux points)


On appelle chemin (à valeurs) dans A toute application de but A et de source
un segment réel in…ni142 .
son origine est l’image de min S,
Soit un chemin dans A dont on note S la source : .
sa …n est l’image de max S
Soient a; 2 A. On appelle chemin dans A de a à tout chemin dans A
d’origine a et de …n . Lorsque A = E, on parle de chemin (tout court) de a à .

Exemples
1 3 8 Ce résultat a été publié par Bernard Bolzano en 1817 aux éditions Gottlieb Haase.
1 3 9 Ces souhaits sont indépendants : la classe des ensembles satisfait (1) mais pas (2), celle des
ensembles ayant au moins trois éléments satisfait (2) mais pas (1).
1 4 0 En d’autres termes, la classe des connexes est maximale pour les propriétés (1) et (2).
1 4 1 Seuls les chemins continus sont au programme.
1 4 2 Autoriser la source d’un chemin à être …nie ne rajouterait que des chemins constants, lesquels

sont déjà pris en en compte dans la dé…nition.

66
[0; 1] ! E
1. Ligne droite. Soient a; b 2 E. L’application ! est alors
t 7 ! a + tab
un chemin d (a; b)-lipschitzien de a à b, appelé la ligne droite143 de a à b. Son
image est le segment [a; b].
FIG
! C [ ; ]
2. Arc de cercle. Soient ; 2 R. L’application 1-lipschitzienne144
7 ! ei
est alors un chemin continu de ei à ei (dans le plan C), son image est l’arc de
cercle de ei à ei parcouru dans le sens positif.

FIG

3. Courbes de Peano (hors programme). Il semblerait intuitif d’appeler courbe


l’image de tout chemin continu. Toutefois, en 1890, Giuseppe Peano publie dans
2
les Mathematische Annalen un article où il démontre que le carré [0; 1] est une
145
courbe (par la suite nommée en son honneur ). Cela a de quoi choquer notre
intuition topologique : comment un segment, de longueur …nie, pourrait-il recou-
vrir une surface de "longueur" in…nie ? Bien qu’un chemin continu d’image A
soit intuitivement un tracé de la partie A sans lever le crayon, gardons bien
en tête que la "vitesse" de tracé n’a aucune raison d’être limitée, le caractère
borné de la vitesse de tracé traduisant en e¤et le caractère lipschitzien du che-
min. L’exercice 4 ci-dessous montrant qu’aucun chemin lipschitzien ne saurait
recouvrir le carré, notre intuition est sauve.

Remarques
Indépendance en l’espace sous-jacent. Un chemin continu dans A est un
chemin dans A par lequel l’image réciproque de chaque ouvert de A est ouverte.
Cette continuité s’exprime donc uniquement en termes d’ouverts de A, ce qui permet
d’oublier l’espace vectoriel normé E sous-jacent146 . On parlera ainsi volontiers et
sans plus de précisions de chemins continus dans R+ , R , [0; 1], Z, Q, U, GL18 (C),
O42 (R)...
Segment source. Soit S ! A un chemin et notons L la 8 longueur du seg-
< [0; 1] g! S
ment S. Quitte à composer à droite par le paramétrage canonique147 t 7 ! min S + tL ,
: s min S
L j s
on pourra toujours au besoin imposer le segment source valoir S = [0; 1], a fortiori
n’importe quel segment in…ni.
Chemins sans recoupements (hors programme). Soient a 6= dans A : si
la partie A contient un chemin continu de a à , elle contiendra alors148 un tel chemin
"sans boucles", i. e. injectif.

1 4 3 Un !
tel chemin est dérivable et de vitesse constante ab. Il est donc parcouru d’autant plus rapi-
dement que la distance d (a; b) est grande.
1 4 4 L’espace vectoriel C est ici normé par le module.
1 4 5 Nous construirons une telle courbe de Peano au chap ? ? ?
1 4 6 On quali…e ainsi la notion de "chemin dans" d’intrinsèque.
1 4 7 Sa réciproque fait bien sens : on peut diviser par L car le segment S est in…ni.
1 4 8 Cette a¢ rmation constitue l’exercice 1.4 de l’ouvrage Algèbre & théories galoisiennes de Régine

et Adrien Douady.

67
Exercices d’application
0
1. Soit F un espace vectoriel normé, soit B F , soient ab ; ab0 2 A B tels
qu’il y a un chemin continu dans A de a à a0 et un chemin continu dans B
de b à b0 . Montrer alors l’existence d’un chemin continu dans A B de ab à
a0
b0 .
2. Soit n 1 un naturel. On pourra admettre que le groupe SLn (K) est engendré
par les matrices de transvections149 .
(a) Montrer l’existence d’un chemin dans SLn (K) de In vers chaque matrice
de transvection.
(b) Montrer pour chaque matrice s 2 SLn (K) l’existence d’un chemin continu
dans SLn (K) de s vers In .
(c) En déduire pour chaque matrice g 2 GLn (R) l’existence d’un chemin
continu dans GLn (R) de g vers In où le signe est celui de det g.
R+ 2
3. Pour chaque réel r, notons Dr la demi-droite frg si r Q du plan R2
R 2
=
a
et appelons P le "peigne" Dr .
r2R

FIG : le peigne P
(a) Soit i un réel irrationnel, soit c : [0; 1] ! P un chemin continu d’ori-
gine un point de Di , appelons xy les applications "coordonnées" de c et
notons O+ la partie de [0; 1] où y prend des valeurs positives150 .
i. On suppose que le réel o := inf O+ fait sens. Établir alors la majora-
tion y (o) < 0 et en déduire une contradiction.
ii. Conclure que le chemin c reste à valeurs dans la droite Di .
(b) En déduire que chaque chemin continu dans P est d’abscisse constante.
2
4. (plus di¢ cile) Montrer l’absence de chemin lipschitzien surjectif sur le carré [0; 1] .
On pourra à n 2 N …xé faire passer un tel chemin par chaque point du
a b
"carré" n; n a;b2[0;nj[
et considérer les distances entre des antécédents de
2
ces n points.
———————————————————————————————–
(0) a
1. Soit : [0; 1] ! A continu tel que (1)
= a0, soit : [0; 1] ! B
(0) b [0; 1] ! A B
continu tel que (1)
= b0 et notons le chemin
t 7 ! ( (t) ; (t))
dans A B. Les applications "coordonnées" de étant chacune continues, le
(0)
chemin est continu, son origine est (0) = (0) = ab et sa …n est (1) =
0
(1)
(1)
= ab0 , ce qui conclut.
Remarque – Le résultat se généralise immédiatement par récurrence à n’im-
porte quel produit …ni d’espaces vectoriels normés.
1 4 9 Rappel : une matrice de M (K) est de transvection si elle s’écrit I + E
n n i;j où 6= 0 est un
scalaire et où i 6= j tombent dans [1; nj].
1 5 0 O + comme « ordonnée positive »

68
2. Abrégeons G := SLn (K).
(a) Soit T 2 G une matrice de transvection, soient i 6= j dans [1; nj]
et 2 K tels que T = In + Ei;j . La ligne droite t 7! In + t Ei;j est
alors un chemin continu de In vers T à valeurs dans G (vu à t 2 [0; 1] …xé
l’égalité det (In + t Ei;j ) = 1).
(b) Soit s 2 SLn (K), soit (Ti )i2[1;N j] une famille …nie de transvections
dont s est le produit (permis par la question précédente) et soit (ci )i2[1;N j]
telle que à i 2 [1; N j] …xé ci est un chemin continu [0; 1] ! G de In
QN QN
vers Ti . Le produit i=1 ci est alors un chemin continu de i=1 ci (0) =
QN QN QN
i=1 In = IQn à i=1 ci (1)
QN
= i=1 Ti = s dans G (vu à t 2 [0; 1] …xé les
QN
N
égalités det i=1 ci (t) = i=1 det ci (t) = i=1 1 = 1).
1
det g 0
(c) Soit g 2 GLn (K) et notons s := 0 In 1
g, de sorte à avoir
1
les égalités g = det0 g In0 1 s et det s = det0 g In0 1 det g = 1. L’ap-
partenance s 2 SLn (K) livre alors par la question précédente un che-
min c continu dans SLn (K) de s à In ; en invoquant par ailleurs un
chemin continu dans ]0; 1[ de 1 à jdet1 gj , on obtient un chemin t 7!
i(t) det g 0 i(0) det g 0 det g 0
0 In 1
c (t) continu dans GLn (R) de 0 In 1
c (0) = 0 In 1
s=
i(1) det g 0 det g 1 0 det g
gà 0 In 1
c (1) = jdet gj 0 In 1
In = jdet gj In , ce qui conclut.

3.
(a)
i. Par dé…nition de la borne inférieure o, l’application y reste stricte-
ment négative sur l’intervalle [0; o[, i. e. (vu le "peigne" P où c prend
ses valeurs) l’application x n’y prend aucune valeur rationnelle. La
continuité de x (qui résulte de celle de c), le théorème des valeurs in-
termédiaires et la densité de Q livrent alors la constance de x sur [0; o[,
d’où (par continuité de x à gauche en o) l’égalité151 x (o) = x (0).
L’abscisse x (o) est donc irrationnelle, ce qui s’écrit y (o) < 0. Or l’ap-
plication y est positive sur O+ , donc (par continuité de y) reste positive
sur l’adhérence O+ , en particulier en inf O+ = o, d’où la contradiction.
ii. Il s’agit de montrer que l’application x vaut partout i. La question
précédente montrant (par l’absurde) la vacuité de P , on peut majo-
rer y < 0, ce qui revient à dire que x ne prend aucune valeur ration-
nelle, i. e. (comme ci-dessus) que x est constante, d’où x = x (0) = i,
c. q. f. d.
(b) Soit par l’absurde c : [0; 1] ! P continu d’abscisse notée x et non
constante. Comme ci-dessus (mais en utilisant cette fois la densité de R nQ ),
l’application x atteint un irrationnel, mettons c (s) 2 Di pour un cer-
[ s; 0] ! P
tain (s; i) 2 [0; 1] R nQ . Les chemins continus cj[s;1] et
t 7 ! c ( t)
1 5 1 Attention : le passage à la limite à gauche en o n’est valide que si [0; o[ est non vide ! Dans le cas

contraire, le réel o de [0; 1] est négatif, i. e. nul, et l’on a directement x (o) = x (0).

69
sont alors chacun continus dans P et d’origine c (s), donc d’abscisse constante xc(s)
d’après la question 3a. L’application "abscisse" est par conséquent constante
sur les images c ([s; 1]) et c ([0; s]) de ces chemins, a fortiori sur la réunion c ([0; s])[ c ([s; 1]) =
c ([0; 1]), ce qui contredit l’invocation de c.
2
4. Soit s : [0; 1] [0; 1] un chemin surjectif et soit n 2 un naturel. Observer
a b
alors que les n2 points du "carré" n; n a;b2[0;nj[
sont chacun à distance au
moins n1 des autres. Par surjectivité de s, ces n2 points possèdent n2 antécédents
dans [0; 1]. En recouvrant ce dernier par les N := n2 1 intervalles iN1 ; Ni où i
parcourt [1; N j], le fait qu’il y a strictement plus d’antécédents que d’intervalles
montre que deux antécédents ; tombent dans le même intervalle152 et sont
a;b2[0;1] js(a) s(b)j
donc à distance au plus N1 . La borne supa6=b ja bj est par conséquent
1
js( ) s( )j n2 1
minorée par j j
n
1 = n ! 1, empêchant s d’être lipschitzienne.
N n!1
2
Remarque – Passer par chacun des n points ci-dessus montre que la sur-
2
face [0; 1] est de "longueur" aussi grande que voulu (éplucher une pomme153
pour s’en convaincre intuitivement), contrairement à un segment. En termes
dynamiques, nous avons montré que la vitesse d’un coureur parcourant le carré
2 2
devra excéder n n 1 entre deux certains points de n1 [0; nj[ .

4.3 Connexes par arcs, cas des intervalles

Propriété –Dé…nition (composantes connexes par arcs, parties connexes


par arcs)
La relation formée des couples (a; ) 2 A2 tels qu’il existe un chemin continu
dans A de a à est une relation d’équivalence sur A. Ses classes d’équivalences sont
appelées les composantes connexes par arcs de A.
La partie A est dite connexe par arcs154 si elle possède une unique composante
connexe par arcs (qui vaut alors A), i. e. si pour chaques a; 2 A il y a un chemin
dans A continu de a à .

Démonstration
Notons la relation considérée (appelons-la une connexion155 ) et soient a; ; a0 2
A.
Le chemin [0; 1] fag est continu, prend ses valeurs dans A et va de a à a, d’où
la connexion a a.
Imposons a , soit156 c : [0; 1] ! A un chemin dans A continu de a à
0
et notons c le chemin t 7! c (1 t). Ce dernier est alors un chemin dans A continu
de c0 (0) = c (1) = à c0 (1) = c (0) = a, d’où la connexion a.
1 5 2 Culture hors programme : l’argument combinatoire utilisé s’appelle (depuis Dirichlet) le prin-

cipe des tiroirs, sa simplicité ne doit pas cacher les nombreux services qu’il rend au mathématicien
depuis quatre siècles.
1 5 3 Culture : la lectrice et le lecteur trouvant léger l’exemple de la pomme pourront se renseigner sur

le mythe de la création de Carthage dont le territoire aurait été délimité par... la peau d’une vache !
1 5 4 Terminologie : si l’on appelle arc l’image de tout chemin continu, la partie A est alors connexe

par arcs ssi deux points de A sont toujours "connectables" par un arc inclus dans A.
1 5 5 même si "connectabilité " serait plus juste
1 5 6 Rappel : on peut imposer le segment source de chaque chemin.

70
a f : [0; 1] ! A
Imposons et soient des chemins continus allant resp.
a0 8 g : [1; 2] ! A
< [0; 2] ! A
de a à
0 . L’application f (t) si t 1 est alors continue sur [0; 1[
de à a : t 7 !
g (t) si t 1
(car y coïncide avec l’application continue f ), continue sur ]1; 2] (même argument
avec g), est continue à gauche en 1 (car coïncide sur [0; 1] avec l’application conti-
nue f ) et à droite en 1 (même argument avec g), donc est un chemin continu de a
à a0 dans A, d’où la connexion a a0 .

FIG chemin "inverse", chemin concaténé

Remarques
La continuité du chemin [0; 2] ! A de la preuve ci-dessus peut s’établir plus
directement à l’aide de l’exercice 4 section 2.1 vu les continuités de ses restrictions f ,
et g aux fermés [0; 1] ; f1g et [1; 2] en nombre …ni.
Intuitivement, une partie connexe par arcs est "d’un seul tenant", son caractère
"d’un seul tenant" étant assuré par la possibilité d’en et d’y relier continûment deux
points quelconques.
Sanity check : nous verrons dans la prochaine série de remarques que chaque
composante connexe par arcs de A est bien connexe par arcs.
Demander si une partie donnée est connexe par arcs cache une question plus …ne,
à savoir quelles en sont les composantes connexes par arcs. (De même que demander
si une partie donnée d’un groupe …xé en est un sous-groupe cache la détermination
du sous-groupe engendré par cette partie.)
Caractère intrinsèque de la connexité par arcs. La dé…nition de la
connexité par arcs et des composantes connexes par arcs ne fait intervenir E que dans
la topologie "trace" de la partie A considérée. Par conséquent, on oubliera souvent en
pratique de préciser l’espace vectoriel normé sous-jacent, sans ambigüité aucune.
Invariance topologique de la connexité par arcs. Dans la dé…nition des
composantes connexes par arcs, la norme de E n’intervient que dans la continuité des
chemins. La continuité étant inchangée par passage à une norme équivalente, il en est
de même pour les composantes connexes par arcs. En particulier,

le caractère connexe par arcs est inchangé par passage à une norme équivalente.

Connexité par arcs & produit cartésien. En utilisant l’exercice 1 sec-


tion 4.2, on montrerait aisément que la connexité par arcs passe au produit cartésien
…ni, au sens où

dans chaque produit …ni d’espaces vectoriels normés,


chaque produit de parties connexes par arcs est connexe par arcs.

Réunion de connexes par arcs. Soit (Ci )i2I une famille de parties connexes
\ [
par arcs d’intersection non vide, soit a 2 Ci , soit c 2 Ci , soit i 2 I tel
i2I i2I
que c 2 Ci ; vu alors les appartenances
[ a; c 2 Ci et la connexité par arcs de Ci , il y a
un chemin continu dans Ci Cj d’origine a et de …n c. En conséquence :
j2I

71
est connexe par arcs la réunion de chaque famille
de connexes par arcs d’intersection non vide157 .

Exemples Soit n 1 un naturel.


1. chaques complexes unitaires u; v 2 U étant reliables par un arc de cercle,

le cercle U unité de C est connexe par arcs.

2. Pour chaques a; b 2 A, la ligne droite de a à b est à valeurs dans le segment [a; b],
donc dans A si ce dernier est convexe. Par conséquent :

chaque convexe de E est connexe par arcs.

En particulier, la partie pleine E, la partie vide ;, chaque singleton et chaque


boule sont connexes par arcs.
3. Soit ~ 2 A telle que A est étoilée en ~ et soient a; a0 2 A : puisque A contient
les segments [~; a] et [~; a0 ], on a les connexions a ~ et ~ a0 , d’où (par
0
transitivité de ) la connexion a a . Conclusion :

chaque partie étoilée de E est connexe par arcs.

Sanity check : chaque convexe non vide de E est étoilé.


4. a
Reprenons les notations de l’exercice 3 section 4.2 et montrons que le "peigne" P :=
Dr a pour composantes connexes par arcs les demi-droites Dr pour r dé-
r2R
crivant R (il ne sera donc pas connexe par arcs). Une telle demi-droite étant
connexe par arcs (car convexe), il s’agit d’établir l’absence de chemin continu
dans P dont l’image rencontre deux telles demi-droites (distinctes), ce qui re-
vient à montrer que chaque chemin continu dans P est d’abscisse constante. Or
cela a été prouvé dans l’exercice en question.
5. Imposons A …nie. Si Card A 1, alors A est vide ou est un singleton, donc
est connexe par arcs (cf. exemple 2). Soient sinon a 6= b dans A, soit c un
; 2A
chemin continu dans A d’origine a, notons " := min 6= d ( ; ) (lequel est
158
majoré par d (a; b)), et soit > 0 un réel tel que 8t; t 2 [0; 1] ; jt t0 j
0
0
=) kc (t) c (t )k < " : par dé…nition d’", la dernière majoration équivaut
à l’égalité c (t) = c (t0 ), donc le chemin c est constant sur chaque intervalle de
longueur , i. e. est constant, donc ne peut atteindre le point b. Conclusion :

aucune partie …nie n’est connexe par arcs


(à l’exception du vide et des singletons).

En corollaire, toujours quand A est …nie, ses seules parties connexes par arcs
sont ses singletons (et le vide), ce qui montre que

les composantes connexes par arcs de chaque


partie …nie (non vide) sont ses singletons.
1 5 7 La réunion de deux singletons distincts n’étant pas connexe par arcs, l’hypothèse « d’intersection

non vide » est nécessaire en général.


1 5 8 Permis par uniforme continuité de c, laquelle découle du théorème de Heine.

72
6. La partie R (de R) n’est pas connexe par arcs : il y aurait sinon un chemin
continu [0; 1] ! R reliant 1 et 1 et le théorème des valeurs intermédiaires
fournirait alors un zéro à ce chemin –contradiction. Montrons toutefois que

l’espace épointé E nf0g est connexe par arcs


dès que E contient un plan réel.

Soient a; b 2 E nf0g . Si 0 2
= [a; b], la ligne droite de a à b est valeurs dans E nf0g
et on a terminé. Dans le cas contraire, les vecteurs a et b sont colinéaires et on
peut invoquer un troisième vecteur c 2 E nRa : les couples ac et cb étant
alors R-libres, les segments [a; c] et [c; b] ne contiennent pas 0, d’où un chemin
continu (en ligne "brisée") dans E nf0g de a vers b.

FIG

En particulier, la partie C (de C) est connexe par arcs.


7. L’exercice 2 section 4.2 montre que

d’une part le groupe spécial linéaire SLn (K) est connexe par arcs,
d’autre part le groupe GL+n (R) et la partie GLn (R) sont connexes par arcs.

8. Quand E = Mn (R), les matrices de dilatation ne forment pas une partie connexe
par arcs159 : chaque matrice de dilatation étant inversible,il y aurait sinon un
chemin continu dans GLn (R) reliant In à In 2E1;1 , d’où (en composant à
gauche par det) un chemin continu dans R reliant 1 et 1, contredisant le
théorème des valeurs intermédiaires. Ce raisonnement s’adaptant à chaque partie
de GLn (R) contenant deux matrices de déterminants de signes opposés160 ,

le groupe linéaire GLn (R) réel n’est pas connexe par arcs.

Plus précisément, l’exemple 7 montrant la connexité par arcs des parties GL+
n (R)
et GLn (R) dont la réunion GLn (R) n’est pas connexe par arcs,

les composantes connexes par arcs de GLn (R) sont GL+


n (R) et GLn (R) .

9. Montrons que GLn (C) est "étoilé par arcs en In ", au sens où chaque matrice
complexe inversible est "connectable" dans GLn (C) à la matrice identité. Il en
résultera (grâce la transitivité de ) que

le groupe linéaire GLn (C) complexe est connexe par arcs.

Soit g 2 GLn (C), trigonalisons g = P T P 1 où P 2 GLn (C) et T 2 Mn (C) est


triangulaire à diagonale inversible, pour chaques i 6= j dans [1; nj] notons ci;j
la ligne droite de ti;j à 0 et, pour chaque i 2 [1; nj], soit ci;i : [0; 1] ! C un
chemin continu de ti;i (qui est non nul car T est inversible) à 1 (permis car C
[0; 1] ! Mn (C)
est connexe par arcs) : le chemin "produit" est
t 7 ! (ci;j (t))i;j2[1;nj]
1 5 9 Sanity check : lorsque n = 1, les matrices de dilatation sont les matrices inversibles, GL (R)
1
s’identi…e à R et l’on retrouve l’exemple 6.
1 6 0 La preuve précédente est en substance exactement celle du théorème des valeurs intermédiaires

que nous verrons à la section 4.4.

73
alors continu (car chaque application "coordonnée" est continue), à valeurs dans
les matrices triangulaires inversibles (car ci;j = 0 pour chaques i < j dans [1; nj]
et car ci;i ne s’annule pour aucun i 2 [1; nj]), est d’origine T et de …n In , d’où
la connexion T In . En composant par l’application M 7! P M P 1 continue
(car linéaire et de source de dimension …nie), on obtient un chemin continu
de P T P 1 = g à P In P 1 = In , c. q. f. d.
R+ ! R
10. (plus long) Imposons A formée du graphe de l’application f := .
t 7 ! cos 1t
Comme à l’exemple ? ? ?egChapEvn1SectPoints adhérents, adhérence,h i parties
0 0
denses Eg4 ? ? ?, on décrit l’adhérence A = A q S où S := 1 ; 1 . Mon-
trons alors que les composantes connexes par arcs de A sont A et S.

FIG

Tout d’abord, d’une part le segment S est connexe par arcs (car convexe),
[xa ; xb ] ! A
d’autre part, pour chaques a; b 2 A, le chemin t est
t 7 ! f (t)
xa
continu (comme f ) et va de f (x a)
= xyaa = a à b (calcul analogue), donc A
est connexe par arcs. Il s’agit par conséquent d’établir l’impossibilité de relier
continûment dans A deux points de A et S resp., par exemple 00 et cos1 1 .
Soit par l’absurde c : [0; 1] ! A un chemin continu de 00 à cos1 1 dont on
note xy les applications "coordonnées" (chacune continue). L’image fx (t)gt2[0;1]
contient alors (par le théorème des valeurs intermédiaires) chaque valeur de [x (0) ; x (1)] =
[0; 1], en particulier le réel n1 pour chaque naturel n > 0, ce qui donne sens à
la suite161
1
n 7! n := min t 2 [0; 1] ; x (t) = .
n
Observer au passage que, la suite xc( n ) n2N restant strictement positive, la
suite (c ( n ))n2N prend ses valeurs dans A nS = A, i. e. dans le graphe de f ,
d’où pour chaque n 2 N les égalités
1 n
y( n) = yc( n)
= f xc( n)
=f = cos n = ( 1) .
n
Or, à n 2 N …xé, l’image fx (t)gt2[0; n ] contient l’intervalle [x (0) ; x ( n )] =
0; n1 , donc contient (n+1)
1
, d’où (par minimalité de n+1 ) l’appartenance n+1 2
N
[0; n ]. La suite 2 [0; 1] est par conséquent décroissante, donc converge
dans [0; 1], d’où (par continuité de y sur [0; 1]) la convergence de la suite n 7!
n
y ( n ) = ( 1) : contradiction.

Remarques
Connexes par arcs, ouverts, fermés. Il n’y a aucun lien direct entre les
caractères connexe par arcs et ouvert (resp. fermé) :
1. le convexe [0; 1[ de R est connexe par arcs mais n’est ni ouvert ni fermé (comme
chaque intervalle semi-ouvert borné) ;
1 6 1 Chaque borne inférieure considérée est un minimum par continuité de x.

74
2. ni l’ouvert R ni le fermé [ 2; 1] [ [1; 2] ne sont connexes par arcs (chaque
chemin réel continu de 1 à 1 devant s’annuler).
Connexes par arcs & adhérence. Dans l’exemple 10 ci-dessus (réalisable
dans chaque plan réel de E), la partie A est connexe par arcs (dans le plan R2 ) mais
son adhérence ne l’est pas. Par ailleurs, si E est nul ou est une droite réelle, ses
connexes sont ses intervalles, lesquels sont préservés par l’application "adhérence".
Conclusion :

la connexité par arcs n’est pas préservée par adhérence (sauf si dimR E 1).

Caractère maximal des composantes connexes par arcs. Notons les


classes d’équivalence pour la relation à l’aide de barres horizontales. Soit a 2 A,
soient c; c0 2 a et soit un chemin continu de c à c0 dans A (permis car c = c0 ). Chaque
point de Im est alors la …n d’un chemin continu d’origine c (restreindre ), donc est
"connectable" à c, i. e. appartient à la classe c = a, ce qui montre que le chemin
est à valeurs dans a et, par conséquent, que la classe a est connexe par arcs. Soit par
ailleurs C une partie de A connexe par arcs contenant a et soit c 2 C : puisque a 2
a C, on a la connexion a c, d’où l’appartenance c 2 a et l’inclusion C a.
Finalement :

les composantes connexes par arcs de A


sont ses plus grandes parties connexes par arcs.

Description "interne" des composantes connexes par arcs. Soit a 2 A.


Les images des chemins continus dans A d’origine a sont alors d’intersection non vide
(chacune contient a) et chacune connexes par arcs, donc leur réunion est connexe par
arcs. Par ailleurs, la composante a est le plus grand connexe par arcs de A conte-
nant a et chacun de ses points est (par dé…nition de ) l’image de 1 par un chemin
continu [0; 1] ! A d’origine a, d’où les inclusions
c chem [
in continu
composante connexe par c chem in continu
Im c f…n de cgdans A d’origine a .
arcs de A contenant a
dans A d’origine a

La …n de chaque chemin appartenant à son image, ces inclusions bouclent et sont


donc des égalités.
Composantes connexes par arcs d’ouverts. Imposons A ouverte, soit C une
composante connexe par arcs de A, soit c 2 C et soit r > 0 un réel tel que B (c; r) A
(permis car c 2 C A = A) : la boule B (c; r) est alors connexe par arcs (car convexe)
et contient c, d’où (par maximalité de C) l’inclusion B (c; r) C et le caractère ouvert
de C. On montrerait de même que les autres composantes connexes par arcs de A sont
ouvertes : leur réunion162 A nC est donc ouverte, ce qui montre que C est relativement
fermée dans A. Par conséquent :

chaque composante connexe par arcs de chaque partie ouverte


est ouverte (tout court) et relativement fermée.

Culture hors programme : le caractère ouvert de la partie considérée est nécessaire en


général. Dans l’exemple 10, la composante connexe par arcs A de la partie A = A q S
1 6 2 Rappel : la partie A est partitionnée par ses composantes connexes par arcs.

75
n’est pas relativement fermée163 (elle a pour adhérence relative A q S). La lectrice
et le lecteur intéressés pourront par ailleurs, dans le plan C, établir que la réunion
des demi-droites R+ ein pour n décrivant N est dense et d’intérieur vide, que ses
composantes connexes par arcs sont ces demi-droites et que chacune d’entre elles est
d’intérieur vide164 .

Théorème (connexes par arcs de R)


Les connexes par arcs de R sont ses convexes, i. e. ses intervalles.

Démonstration
Chaque intervalle est connexe par arcs car convexe. Soit réciproquement I un
connexe par arcs de R, soient a; b 2 I et soit c : [0; 1] ! I un chemin continu
de a à b : l’image Im c contient alors, d’après le théorème des valeurs intermédiaires,
le segment [c (0) ; c (1)] = [a; b], d’où la convexité de I.

Application (ouverts de R) : soit O un ouvert de R. Chaque ensemble muni d’une


relation d’équivalence étant partitionné par ses classes d’équivalences, la partie O est
réunion de ses composantes connexes par arcs. Chacune de ces dernières étant d’une
part un intervalle (par le théorème précédent), d’autre part ouverte (par une remarque
précédente), l’ouvert O est réunion disjointe d’intervalles ouverts de R. On montrera
au chap ? ? ? que l’ensemble de ces intervalles ouverts est dénombrable, au sens d’être
en bijection avec une partie de N.
On se gardera
acependant de vouloir ordonner "naturellement" ces intervalles : l’ap-
1+
plication 7! 2n stabilise en e¤et l’ensemble des ouverts inclus dans [0; 1]
n2N
et nous laissons à la lectrice et au lecteur le plaisir (hors programme) de découvrir la
complexité165 des itérés de l’ouvert ]0; 1[ par cette application.

Remarque –Connexes par arcs & intersection. La convexité étant préservée


par intersection, la connexité par arcs le sera si E est une droite réelle d’après le
théorème précédent. Elle l’est également quand E est nul, chacune de ses parties (à
0
savoir ; et E) étant alors connexe par arcs. Soit sinon ab libre dans E et notons ab0 :=
a 0 0 0 0
b : les réunions [a; b] [ [b; a ] et [a; b ] [ [b ; a ] sont alors chacune connexes par
arcs (comme réunion de connexes par arcs ayant un point en commun) mais leur
intersection fa; a0 g n’est pas connexe par arcs (comme partie de cardinal 2 vu que a
n’est pas nul). Total :

la connexité par arcs n’est pas préservée par intersection (sauf si dimR E 1).

FIG
1 6 3 Ceci montre au passage que le caractère fermé (contrairement à celui ouvert) ne passe pas aux

composantes connexes par arcs. [


1 6 4 Ce contre-exemple s’adapte à l’espace vectoriel normé E en considérant l’"oursin" ]0; a] où
a2A
l’on a imposé A dense et d’intérieur vide dans la sphère unité de E. Une telle partie A peut s’obtenir
à partir d’une partie dense et d’intérieur vide dans un hyperplan a¢ ne (formée par exemple de
vecteurs de norme rationnelle) et en envoyant ce dernier sur la sphère unité de E (privée d’un point)
à l’aide d’une projection stéréographique.
1 6 5 On e- eure ici les très hors programme nombres ordinaux qui permettent justement de mettre

un peu d’"ordre" dans cette complexité.

76
Exercices d’application
1. Quelles sont dans R les composantes connexes par arcs de Q ? de R nQ ?
2. Déterminer les composantes connexes par arcs dans R2 des parties respectives
formées des couples dont
(a) chaque coordonnée est rationnelle ;
(b) aucune coordonnée n’est rationnelle ;
(c) au moins une coordonnée est rationnelle ;
(d) au plus une coordonnée est rationnelle ;
(e) exactement une coordonnée est rationnelle.
3. Soit n 1 un naturel et soit r 2 [0; nj].
(a) Montrer que les matrices idempotentes de Mn (C) de trace r forment une
partie connexe par arcs.
(b) Même question en remplaçant C par R.
4. Soit C E un convexe tel que C A C.
(a) (plus di¢ cile) Montrer pour chaque a 2 A l’existence d’un chemin continu
dans A de …n a et d’origine un point de C.
(b) En déduire que A est connexe par arcs.
(c) Le résultat tient-il en remplaçant l’hypothèse « C convexe » par « C
connexe par arcs » ?
———————————————————————————————–
1. Soient a; b reliables dans Q par un chemin continu : si a 6= b, ce chemin
atteindra (par le théorème des valeurs intermédiaires) chaque point de l’inter-
valle ]a; b[, donc atteindra (par densité de R nQ dans ]a; b[) un irrationnel, ce
qui sera absurde. Par conséquent, les composantes connexes par arcs de Q sont
ses singletons.
Raisonnement analogue en échangeant partout les parties denses R nQ et Q.
Remarque –Culture. Les parties Q et R nQ sont dites totalement disconti-
nues.
2.
(a) Soient ab et dans Q2 , soit c un chemin continu les reliant dans Q2 .
L’application continue "abscisse de c" a alors pour image un intervalle réel
inclus dans Q (même argument qu’à l’exercice 1), donc est un singleton,
d’où l’égalité a = (et l’on montrerait de même celle b = ). Finalement,
les composantes connexes par arcs de Q2 sont ses singletons.
(b) Raisonnement analogue166 en échangeant partout les parties denses R nQ
et Q.
1 6 6 Les parties Q2 et (R nQ )2 sont donc totalement discontinues.

77
(c) Soit ab 2 R2 tel que a 2 Q : la ligne droite de ab à a0 prend alors ses
valeurs dans l’espace considéré (car est d’abscisse constante a rationnelle),
de même pour la ligne droite de a0 à 00 (car est d’ordonnée constante 0
rationnelle). Un raisonnement/analogue tiendrait en supposant b 2 Q au
2
lieu de a 2 Q. Finalement, R2 (R nQ ) est connexe par arcs.
(d) pRaisonnement analogue en remplaçant le rationnel 0 par l’irration-
nel 2.
(e) Établissons que les composantes connexes par arcs de la partie considé-
rée sont ses singletons. L’idée est de remarquer que, pour chaques rationnels p; q 2
Q , la partie considérée ne rencontre pas la droite d’équation y = px+q, ce
qui constitue autant d’"obstacles" aux chemins continus dans cette partie.
Nous utiliserons uniquement les droites de pentes p = 1.
Soient P et Q deux points du plan R2 et soit c un chemin de P
à Q dans la partie considérée. Si l’on trouve un rationnel q tel que les
points P et Q soient d’une part et d’autre de la droite d’équation y =
x + q, l’application continue t 7! xc(t) + q yc(t) devra alors s’annuler
par le théorème des valeurs intermédiaires, d’où un point d’une part sur
la droite d’équation y = x + q, d’autre part dont l’une exactement des
coordonnées est rationnelle – ce qui est impossible puisque la di¤érence q
de ces coordonnées est rationnelle. Par conséquent167 , l’application t 7!
(xP + t yP ) (xQ + t yQ ) est positive sur Q, a fortiori sur R (par conti-
nuité), donc les racines de cette application polynomiale de degré 2 sont
confondues, ce qui s’écrit yP xP = yQ xQ . Un raisonnement analogue
avec les droites de pentes 1 livrerait les égalités yP + xP = yQ + xQ . Ad-
ditionner et soustraire ces deux égalités fournit alors 2x 2xQ
2yP = 2yQ , d’où
P

l’égalité P = Q, c. q. f. d.
3.
(a) Notons C la partie considérée et montrons qu’elle est "étoilée par
arcs en I0r 00 ", au sens où chacun de ses éléments y est continûment re-
Ir 0
liable à 0 0 , ce qui conclura. Soit donc p 2 C, soit P 2 GLn (C) tels
Ir 0
que p = P P 1 (permis car p est un projecteur de trace168 r) et
0 0
soit c un chemin continu dans GLn (C) de P à In (permis car GLn (C)
1
est connexe par arcs). Le chemin continu t 7! c (t) I0r 00 c (t) est alors
Ir 0
à valeurs dans C (conjuguer le projecteur 0 0 par c (t) donne un pro-
Ir 0 1 Ir 0 1
jecteur de même trace r) et va de c (0) 0 0 c (0) =P 0 0 P =p
Ir 0 1 Ir 0 Ir 0
à c (1) 0 0 c (1) = In 0 0 In = 0 0 , ce qui conclut.
(b) D’une part le raisonnement précédent s’adapte si det P > 0 en utilisant
la connexité par arcs de GL+ n (R), d’autre part la conclusion reste valide
si r = n (auquel cas le singleton Pr = fIn g est connexe par arcs). Dans les
1 6 7 Notre preuve, qui en substance utilise juste la continuité des deux applications (a; b) 7! a b,
permet d’éviter les pénibles discussions de cas sur les positions relatives des points P et Q.
1 6 8 Rappel : pour chaque corps K, chaque projecteur p 2 M (K) a pour trace (rg p) 1 .
n K

78
cas contraires, on se ramène au cas det P > 0 en remplaçant169 P par Q :=
P In0 1 01 vu les égalités det Q = det P det 01 In0 1 = det P et170

Ir 0 1 In 1 0 Ir 0 In 1 0 1
Q Q = P P
0 0 0 1 0 0 0 1
r<n Ir 0 1
= P P = p:
0 0

4.
(a) Soit a 2 A, soit c 2 C N tendant vers a (permis car a 2
[A C), soit t 2
N
[0; 1] croissant strictement de 0 à 1 (on a alors l’égalité [tn ; tn+1 [ =
n2N
[0; 1[) et notons171 ` le chemin dans C de …n a tel que

tn+1 tn
8n 2 N; 8 2 [tn ; tn+1 [ ; ` ( ) = cn + cn+1 .
tn+1 tn tn+1 tn

FIG observer ` (tn ) = cn


Le chemin ` est alors à n 2 N …xé continu sur ]tn ; tn+1 [ (comme restriction
d’une ligne droite) et est continu en tn (car tend vers cn =[` (tn ) à droite et
(si n > 0) à gauche en tn ), donc est continu sur la réunion [tn ; tn+1 [ =
n2N
[0; 1[. Il su¢ t donc pour conclure de montrer da continuité en 1.
Soit " > 0 un réel, soit N 2 N tel que d (a; cn ) < " pour chaque
[n2N
naturel n > N (permis car c ! a), soit 2 [tN ; 1] = [tn ; tn+1 [
n N
et soit n N un naturel tel que 2 [tn ; tn+1 [ : la boule B (a; ") contient
alors les points cn ; cn+1 et est convexe, donc contient le segment [cn ; cn+1 ],
a fortiori le point ` ( ), d’où la majoration k` ( ) ` (1)k < ", ce qui
conclut.
(b) Soient a; a0 2 A et soient c; c0 2 C reliables continûment dans A resp.
à a; a0 (permis par la question précédente) : la connexité par arcs de C
permet alors de relier continûment c et c0 dans C (donc dans A), d’où par
transitivité un chemin continu de a à a0 , c. q. f. d.
(c) Supposons cette fois C connexe par arcs et remplaçons dans la dé…-
nition de ` la ligne droite (de cn à cn+1 ) par un chemin continu dans C :
notre preuve s’adapte alors très bien, à l’exception (détail en toute …n !) de
l’appartenance172 ` ( ) 2 [cn ; cn+1 ]. Et pour cause : l’adhérence de chaque
connexe par arcs étant comprise entre un connexe par arcs (lui-même) et
1 6 9 En termes de base, l’idée est la suivante : étant donnée une base diagonalisant le projecteur p,

opposer son dernier vecteur donne encore une base diagonalisant p avec une matrice de passage de
déterminant négatif.
1 7 0 Attention : si l’on n’exclut pas le cas r = n, le produit In0 1 01 Ir 0
0 0
In 1 0
0 1
pourra
valoir In et non p !
1 7 1 Le chemin ` décrit le recollement de l’in…nité des lignes droites [c ; c
n n+1 ] qui "convergent"
vers fag. Ses valeurs sont bien dans C par convexité de ce dernier.
1 7 2 En e¤et, n’étant a priori plus des lignes droites, les chemins de c à c
n n+1 pourraient partir "très
loin" de a quand n ! 1.

79
son adhérence, elle serait (si l’on pouvait e¤ectivement a¤aiblir l’hypo-
thèse comme indiqué) connexe par arcs, ce qui contredirait une remarque
du cours a¢ rmant que la connexité par arcs n’est pas préservée par adhé-
rence.

4.4 Théorème des valeurs intermédiaires

Proposition173 (théorème des valeurs intermédiaires)


Imposons A connexe par arcs et soit f une application continue de source A à
valeurs dans un espace vectoriel normé. L’image directe f (A) est alors connexe par
arcs.
f (a) i
Démonstration : soient i; 2 Im f , soient a; 2 A tels que =
, soit c :
f( )
[0; 1] ! A continu de a à . La composée f c est alors un chemin continu [0; 1] !
Im f de f (c (0)) = f (a) = i à f (c (1)) = f ( ) = , ce qui conclut.

Exemples Soit n 2 N .
1. Sanity checks :
(a) Le cercle U est l’image du connexe par arcs R par l’application continue t 7!
eit , donc est connexe par arcs.
(b) L’image R du groupe GLn (R) par l’application continue det n’étant pas
connexe par arcs, ce groupe n’est pas connexe par arcs174 .
(c) Quand A = E = R, l’image continue de chaque segment est un segment
(d’après le théorème des valeurs intermédiaires vu en première année),
lequel est bien connexe par arcs.
(d) Imposons A …nie et connexe par arcs : pour chaque 2 A, l’image directe
de A par l’application continue "distance à f g" est alors un connexe par
arcs …ni de R contenant d ( ; ) = 0, i. e. un intervalle réel …ni contenant 0,
à savoir f0g, d’où les égalités 8a 2 A; d (a; ) = 0, i. e. (par séparation)
les égalités 8a 2 A; a = , d’où l’inclusion A f g. Finalement, A est de
cardinal au plus 1.
2. Dans les hypothèses du théorème ci-dessus, l’application a 7! (a; f (a)) est conti-
nue et a pour l’image le graphe de f , ce qui montre que175
le graphe de chaque application continue de
source connexe par arcs est connexe par arcs.
3. Dans les hypothèses du théorème ci-dessus, si le connexe par arcs Im f est de
plus …ni, il est alors de cardinal au plus 1 (cf. exemple 5 section 4.3), ce qui
montre que
chaque application continue de but …ni (non vide)
et de source connexe par arcs est constante.
1 7 3 En termes concis : la connexité par arcs est préservée par image continue.
1 7 4 Nous avions en fait utilisé exactement le même argument à l’exemple 8 section 4.3.
1 7 5 Sanity check : on retrouve la connexité par arcs de la partie A de l’exemple 10 section 4.3.

80
a
4. Pour chaque réel r > 0 et chaque point c 2 E, l’application a 7! c + r kak est
continue et sa source E nf0g est connexe par arcs (sauf si K = R et si E est une
droite). Il s’ensuit que

chaque sphère de E est connexe par arcs (sauf si E est une droite réelle).

5. Si le complémentaire de la sphère unité de E était connexe par arcs, son image


par l’application "norme" serait un connexe par arcs de R+ ; or cette image
vaut R+ nf1g dès que E est non nul. Par conséquent :

le complémentaire de la sphère unité de E


n’est pas connexe par arcs (sauf si E est nul).

6. Le groupe SO2 (R) est l’image du connexe par arcs R par l’application conti-
nue t 7! cos t sin t
sin t cot t , donc est connexe par arcs
176
. Nous utiliserons ce résultat
au chapitre ? ? ? pour établir …xé la connexité par arcs du groupe SOn (R).
7. Imposons A connexe par arcs et soit B E connexe par arcs : la somme A + B
est alors l’image du connexe par arcs A B par l’addition (a; b) 7! a+b continue,
donc est connexe par arcs. Le raisonnement tiendrait en remplaçant « addition »
par « multiplication » en rajoutant des hypothèses convenables :

est connexe par arcs la somme de chaque


famille …nie de parties connexes par arcs
et, si E est de plus une algèbre à multiplication continue, alors
est connexe par arcs le produit de chaque
famille …nie de parties connexes par arcs

8. Sanity check : les parties C et SLn (C) sont connexes par arcs, donc leur pro-
duit GLn (C) par la multiplication continue ( ; s) 7! 0 In0 1 s est connexe par
arcs. Le même raisonnement avec les parties R+ (resp. R ) et SLn (R) nous
ferait retrouver la connexité par arcs de la partie GL+
n (R) (resp. GLn (R)).
9. Dans l’ensemble P des matrices idempotentes de Mn (K), l’exercice 3 section 4.3
montrait que les n + 1 parties maximales de trace constante étaient chacune
connexes par arcs. Soit par ailleurs C une composante connexe par arcs de P :
l’image continue tr C est alors un connexe par arcs (non vide) de la partie
…nie [0; nj], i. e. est un singleton, ce qui montre que C est incluse dans l’une
des n+1 parties précédentes. Ces dernières sont par conséquent les composantes
connexes par arcs de P .
10. Imposons A connexe par arcs, soient F; G A fermés (relatifs) tels que A =
F qG et imposons ffjF = 01 . Un exemple section 2.1 montre alors la continuité
jG
de f , donc son image f (A) est un connexe par arcs de la partie …nie f0; 1g, i. e.
A F
vaut f0g ou f1g ou ;, d’où l’une des inclusions A G et l’égalité fF; Gg = f;; Ag.
Finalement :
aucune partie connexe par arcs n’est la réunion
disjointe de deux de ses fermés non vides.
1 7 6 Culture : les groupes U et SO (R) étant homéomorphes, la connexité par arcs de l’un équivaut
2
à celle de l’autre.

81
En termes contraposés, plus a¢ rmatifs177 :

dans chaque connexe par arcs, chaque


partie ouverte et fermée est vide ou pleine.

Culture hors programme : nous venons de montrer que chaque partie connexe par
arcs est connexe (au sens de la section 4.1), la réciproque étant valide quand A
est ouvert (chacune de ses composantes connexes par arcs étant alors ouverte et
fermée dans A) mais fausse en général178 , par exemple lorsque A vaut le "peigne"
étudié plus haut ou encore l’adhérence dans le plan du graphe de t 7! sin 1t (deux
bons exercices).
11. Soit B E telle que d A; B > 0. Le caractère disjoint des fermés A et B
permet alors de calculer l’adhérence relative

Adh A = A \ (A [ B) = A \ A [ A \ B A [ A \ B = A,
AqB

d’où le caractère fermé de A dans A q B. On montrerait de même que B est


fermé dans A q B et l’exemple 10 impose alors, si A q B était connexe par arcs,
la vacuité de l’une des parties A ou B. Conclusion179 :

la réunion de chaque paire de parties non vides


.
d’adhérences disjointes n’est pas connexe par arcs

FIG
Sanity check : la réunion [ 2; 1] [ [1; 0] n’est pas connexe par arcs, aucune
partie …nie de cardinal au moins 2 n’est connexe par arcs.

Remarques
Connexes par arcs & intérieur. Pour chaques a; b 2 E tels que d (a; b) > 2, la
réunion B (a; 1) [ [a; b] [ B (b; 1) est connexe par arcs mais son intérieur vaut B (a; 1) [
B (b; 1) dès que E contient un plan réel et n’est alors pas connexe par arcs d’après
l’exemple 11 (les adhérences B (a; 1) et B (b; 1) des réunis sont disjointes).

FIG "haltère"

Par ailleurs, si E est nul ou est une droite réelle, ses connexes sont ses intervalles,
lesquels sont préservés par l’application "intérieur". Total :

la connexité par arcs n’est pas préservée par intérieur (sauf si dimR E 1).

Connexes par arcs & frontière. Chaque segment in…ni de R est connexe
par arcs et a une frontière non connexe par arcs (car formée de deux éléments). Par
ailleurs, si E n’est pas une droite réelle, la "bande sphérique" formée des vecteurs
1 7 7 En particulier, à l’exception des cas triviaux ; et E, l’espace vectoriel normé E n’admet aucune

partie ouverte et fermée.


1 7 8 La lectrice et le lecteur intéressés par ces subtilités topologiques (bien loin des concours) pourront

consulter avec pro…t l’ouvrage Counterexamples in Topology de Lynn Arthur Steen et J. Arthur See-
bach, Jr publié en 1970 (puis 1978).
1 7 9 Il serait immédiat de généraliser ce résultat à chaque famille d’au moins deux parties (non vides)

dont chaque distance mutuelle est non nulle.

82
de norme appartenant à [1; 2] est connexe par arcs (image continue par ( ; s) 7! s
du produit de connexes par arcs [1; 2] S (0; 1)) et a pour frontière S (0; 1) [ S (0; 2)
(utiliser l’égalité N 1 (I nJ ) = N 1 (I) N 1 (J) avec I := [1; 2] et J := ]1; 2[) qui
n’est pas connexe par arcs (réunion …nie de fermés disjoints). Conclusion180 :

FIG bande sphérique

la connexité par arcs n’est pas préservée par frontière (sauf si E est nul).
L’exercice 5c ci-dessous montre cependant que chaque fermé est connexe par arcs si
sa frontière est connexe par arcs.

Applications
1. Appelons homéomorphisme toute bijection continue de réciproque continue.
Montrons alors l’absence d’homéomorphisme entre R et C ainsi qu’entre181 R
et U, de trois façons di¤érentes.
(a) Chaque bijection continue h : Cg !R induit par restriction une bijec-
tion C nf0g g !R nfh (0)g continue de source connexe par arcs et de but
non connexe par arcs, ce qui contredit le théorème des valeurs intermé-
diaires. Il n’y a donc aucune telle bijection, a fortiori aucun homéomor-
phisme entre C et R. Raisonnement et conclusion inchangés en remplaçant
partout C et 0 resp. par U et 1.
(b) Chaque injection continue182 C ,! R induit par restriction une injec-
tion continue u : U ,! R dont l’image est un connexe par arcs compact non
vide (car U est connexe par arcs, compact et non vide), i. e. un segment S.
Pour chaque s 2 S, la restriction de u au connexe par arcs U u 1 (s) est
alors continue, donc son image S nfsg est connexe par arcs, d’où l’appar-
tenance s 2 fmin S; max Sg, ce qui montre que S = u (U) est un singleton,
contredisant l’in…nitude de U et l’injectivité de u.
(c) Chaque injection continue C ,! R induit par restriction une injec-
tion continue u : U ,! R et la composée de u à droite par la bijection
] 1; 1] g ! U
continue livre une injection continue ] 1; 1] ,! R
t 7 ! e it
tendant en 1 et en 1 vers u ( 1), ce qui contredit sa stricte monotonie.
Remarque – Les deux dernières preuves montrent un peu plus que demandé
(ni C ni U ne peuvent s’injecter continûment dans R), la dernière recourt exclu-
sivement à des outils d’analyse réelle (de première année).
2. Donnons une troisième preuve du théorème de Darboux183 . Soit I un intervalle
réel in…ni, soit f : I ! R dérivable, notons T := (i; j) 2 I 2 ; i < j (lequel
T ! R
"triangle" est connexe par arcs car convexe), F := a f (b) f (a)
b 7 ! b a
(laquelle est continue car f est continue) et C := Im F (laquelle image est
1 8 0 On peut également si l’on dispose d’un hyperplan fermé H invoquer un point a 2 E nH et

considérer la "bande hyperplane" H + [0; 1] a.


1 8 1 On dit que R n’est homéomorphe ni à C ni à U.
1 8 2 Remarque – Chaque homéomorphisme est injectif et continu.
1 8 3 Deux autres preuves sont données au chapitreCOnveité ? ? ?

83
connexe par arcs, i. e. est un intervalle, comme image continue du connexe
par arcs T ). L’image Im f 0 contient alors l’intervalle C (d’après les égalités des
accroissements …nis) et est incluse dans son adhérence C (chaque nombre dérivé
étant limite d’un taux d’accroissement), donc est un intervalle184 , c. q. f. d.
2
3. Soit r : C ! C continue telle que 8c 2 C ; r (c) = c. Chaque image par
l’application c 7! r(r(c)c) étant alors de carré 1, cette application continue est à
valeurs dans la paire f i; ig ; étant par ailleurs de source C connexe par arcs,
2
elle est constante. En notant " sa valeur constante (de carré ( i) = 1), on a
alors à c 2 C …xé les égalités

r (c) = r ( ( c)) = " r ( c) = "2 r (c) = r (c) , d’où r (c) = 0,

contredisant l’inclusion Im r C . Il n’y a par conséquent aucune racine carrée


continue sur C , aucun moyen d’exprimer globalement185 et continûment les
racines du binôme X 2 a = (X r (a)) (X + r (a)) pour chaque complexe a 6= 0
(on peut toutefois le faire localement ou non continûment).

Exercices d’application
1. Dans l’espace vectoriel C (R+ ; K) muni de la norme uniforme, déterminer les
composantes connexes par arcs des parties formées resp. par les applications
(a) tendant vers 0 en 1 ;
(b) convergeant en 1 ;
(c) croissantes ;
(d) strictement croissantes ;
(e) s’annulant une in…nité de fois ;
(f) périodiques.
2. Soit n 1 un naturel et étudier la connexité par arcs de la partie de GLn (K)
formée des matrices diagonales.
3. Imposons que E soit de dimension …nie et que A soit un sous-espace vectoriel
de E. Montrer alors que le complémentaire E nA est connexe par arcs ssi186 A
n’est pas un hyperplan réel de E.
4. Montrer l’absence d’application187 :C ! R continue telle que 8c 2 C ; c =
jcj ei (c) .
5.
(a) Soient F; G deux fermés de E tels que F [ G et F \ G sont connexes par
arcs. Montrer alors que F et G sont connexes par arcs.
1 8 4 Chaque partie de R comprise entre un intervalle et son adhérence s’obtient en e¤et à partir de

l’intervalle considéré en rajoutant (peut-être) l’une ou l’autre de ses bornes. Sanity check : utiliser
l’exercice 4 section 4.3.
1 8 5 Culture : voici typiquement un exemple d’énoncé local (existence d’une racine carrée continue)

dont la version globale n’est pas valide.


1 8 6 Culture : la condition nécessaire et su¢ sante donnée se réécrit codim A 6= 1.
R
187 comme « argument »

84
(b) Discuter les hypothèses.
(c) Montrer la connexité par arcs de chaque fermé dont la frontière est connexe
par arcs. Discuter les hypothèses.
———————————————————————————————–
1. Montrons que chaque partie considérée est connexe par arcs : elle ne contien-
dra alors qu’une seule composante connexe par arcs (elle-même).
(a) La partie considérée est un sous-espace vectoriel, donc connexe par arcs.
(b) Idem.
(c) La partie considérée est convexe188 , donc connexe par arcs.
(d) Idem.
(e) La partie considérée est étoilée189 en 0, donc connexe par arcs.
(f) Idem.
2. Dans le cas complexe K = C, la partie considérée est l’image par l’applica-
tion continue 7! Diag du connexe par arcs C n (puissance cartésienne …nie
du connexe par arcs C ), donc est connexe par arcs.
Dans le cas réel K = R, les matrices diagonales In 2 GL+ n (R) et In 2E1;1 2
GLn (R) n’étant pas dans la même composante connexe par arcs de GLn (R)
(cf. exemple 8 section 4.3), la partie considérée n’est pas connexe par arcs.
Kn g ! fmatrices diagonales de Mn (K)g
Remarque –La bijection :
7 ! Diag
étant un isomorphisme d’espaces vectoriels normés qui préserve les normes uni-
formes, les composantes connexes par arcs de la partie considérée sont les
images réciproques par de celles de son image réciproque K n . Nous lais-
n
sons à la lectrice et au lecteur le Qnsoin de montrer que les 2 n composantes
n
connexes par arcs de R sont les i=1 R"i où " parcourt f ; +g . En d’autres
termes, deux matrices a; b diagonales sont reliables continûment dans GLn (R)
ssi 8i 2 [1; nj] ; ai bi > 0.
3. Si dimR A = dimR E, le sous-espace A est alors plein et son complémentaire
est vide, a fortiori connexe par arcs.
Si dimR A = dimR E 1, soit190 alors ' une forme linéaire non nulle de
noyau A : si c A était connexe par arcs, son image R par ' (laquelle est continue
car E est de dimension …nie) serait alors connexe par arcs, ce qui serait absurde.
Supposons en…n dimR A dimR E 2 et soit S un sous-espace vectoriel
supplémentaire de A, de sorte à avoir les égalités A S = E et c A = A+(S nf0g ).
Le R-espace vectoriel S étant alors de dimension dimR E dimR A 2, l’espace
épointé S nf0g est connexe par arcs (cf. exemple 6 section 4.3) ; le sous-espace
vectoriel A étant par ailleurs connexe par arcs, la somme A + (S nf0g ) est
connexe par arcs (cf. exemple 7 section 4.4), c. q. f. d.
Remarque – Lorsque E n’est plus de dimension …nie, tout ce qui précède
pourrait s’adapter et la condition nécessaire et su¢ sante simple deviendrait « A
n’est pas un hyperplan réel fermé191 » (a…n de garantir la continuité du ' ci-
dessus).
1 8 8 Même si elle n’est pas un sous-espace vectoriel, l’opposé de Id décroissant strictement.
1 8 9 Même si elle n’est pas convexe, le milieu du segment [1 sin; 1 + sin] ne s’annulant jamais.
1 9 0 Rappel : les hyperplans de E sont les noyaux de formes linéaires non nulles.
1 9 1 La lectrice et le lecteur intéressés trouveront plus de détails à l’exercice d’entraînement 8.

85
4. Nous proposons trois preuves. Soit par l’absurde un tel .
p (u) 2
(a) L’application r := c 7! jcjei 2 est continue et véri…e 8c 2 C ; r (c) =
c, ce qu’exclut l’application 3 ci-dessus.
(b) La restriction jU est d’une part continue et réelle, d’autre part in-
jective vu à u 2 U …xé les égalités u = juj ei (u) = ei (u) , ce qu’exclut
l’application 1b ci-dessus.
[0; 2 [ ! R
(c) L’application := est continue et tend en 2
t 7 ! eit
i2 i0
(par continuité de ) vers e = e = (0) ; étant par ailleurs
injective vu à t; u 2 [0; 2 [ …xés les implications
it iu
=) ei (e ) ei (e )
dé…nition
(t) = (u) =) ei (t)
= ei (u)
=
de
hyp othèse jt uj<2
=) eit = eiu =) t = u [2 ] =) t = u,
sur

elle croît strictement, d’où la comparaison stricte (0) < lim2 et la


contradiction.
Remarque –Nous venons de montrer l’absence d’argument continu dé…ni glo-
Re c
balement sur C . Rappelons au passage que l’application c 7! 2 arctan jcj+Im c
est un argument continu sur C nR :

FIG

5.
(a) Soient a; b 2 F , soit c un chemin continu dans F [ G de a à b (permis
car F [ G est connexe par arcs) et notons := c 1 (G), laquelle partie est
fermée dans [0; 1] (comme préimage continue du fermé G). Si est vide,
le chemin c est à valeurs dans (F [ G) nG F et on a terminé ; imposons
donc le contraire, ce qui donne sens au réel m := min .

FIG

La restriction cj[0;m[ est alors à valeurs dans F et le point c (m) = limm c


reste dans F (si m > 0 par continuité de c et car F est fermé, sinon
car c (0) = a 2 F ) , d’où l’appartenance c (m) 2 F \ G. On montrerait de
même en notant M := max l’appartenance c (M ) 2 F \ G : la connexité
par arcs de F \G permet alors de relier c (m) à c (M ) dans F \G, a fortiori
dans F , d’où avec les restrictions cj[0;m] et cj[M;1] un chemin continu dans F
de a à b, ce qui conclut.
(b) Les implications considérées étant tautologiques lorsque E est nul
(chacune de ses parties étant alors connexe par arcs), on imposera E non
nul pour la discussion, ce qui permet d’invoquer un vecteur u 2 E non nul.
Montrons alors que chaque hypothèse est en général nécessaire, l’équiva-
lence étant fausse en général
i. si F [G n’est pas connexe par arcs (imposer F = f0; ug et G = f0; 2ug),

86
ii. si F \ G n’est pas connexe par arcs (imposer F = [0; u] q [2u; 3u]
et G = f0g q [u; 2u]),
iii. si F ou G n’est pas fermé (imposer F = [0; u[ q f2ug et G = [u; 2u] q
f3ug),
F
iv. pour un nombre …ni de fermés supérieur à 3 (imposer G = E; et
rajouter f0; nug pour autant de naturels n 1 que l’on souhaite avoir
de fermés).
Élargir les hypothèses permettrait toutefois d’établir la généralisation
suivante : si F dénote un ensemble de fermés tel que, pour chaque parti-
tion F = G q H, les réunion et intersection de [G et \H sont connexes
par arcs, alors chaque F 2 F est connexe par arcs (remplacer G par fF g
et utiliser la question 5a).
(c) / Soit F un fermé tel que Fr F est connexe par arcs et notons G :=
E F . Le complémentaire G de l’ouvert F est alors fermé, l’intersection F \
/
G = F \ c F = F F = Fr F est connexe par arcs et la réunion F [ G
c
F[ F = E est connexe par arcs, donc le point 5a s’applique et livre la
connexité par arcs de F (ainsi que de c F ).
Pour discuter les hypothèses, on impose de nouveau que E soit non
nul.
Le résultat tombe en défaut sans l’hypothèse « Fr F connexe par
arcs » , le caractère fermé ne su¢ sant pas en général à assurer la connexité
par arcs (imposer F réunion de deux fermés non vides disjoints).
Le résultat tombe en défaut sans l’hypothèse « F fermé » : pour
chaque forme linéaire continue192 ' 6= 0, la partie E nKer ' n’est pas
connexe par arcs (sinon composer à gauche par ' un chemin continu d’un
point de l’hyperplan ' 1 (f1g) à un point de l’hyperplan ' 1 (f 1g) livre-
rait une application [0; 1] ! R continue prenant deux valeurs de signes
opposés) mais sa frontière Ker ' est connexe par arcs (comme sous-espace
vectoriel).

5 Le point des compétences

Formulaire
On …xe deux K-espaces vectoriels E et F , une partie A E et une application f :
A ! F.

1. Tendances & limites


1 9 2 Culture
hors programme : l’existence d’une forme linéaire continue non nulle sur E (i. e. d’un
hyperplan fermé) découle d’un théorème attribué d’une part à Hans Hanh (et publié en 1927 dans
le Journal de Crelle ), d’autre part à Stefan Banach (et publié en 1929 dans la revue Studia Mathe-
matica ). Le dit théorème de Hanh-Banach équivaut à une certaine forme de l’axiome du choix.

87
E ! E E ! R
On notera l’une des applications IdE : ou N : .
e 7 ! e e 7 ! kek

Tendance en un point adhérant à la source. Soient 2 A et ` 2 F . On


dit que f tend vers ` en si
déf.
f ! ` () 8" > 0; 9 > 0; 8a 2 A; ka k< =) kf (a) `k < ".

On dit aussi que « f (a) tend vers ` quand a tend vers » , tendance alors
notée f (a) ! `.
a!

Tendances étendues. Plus généralement, on va dé…nir chacune des douze


tendances du tableau suivant (où la lettre a est partout muette) :

(cas ` 2 F ) (cas F = R) (cas F = R)


but f (a) tend f (a) tend f (a) tend
source
vers ` vers 1 vers 1
quand a tend vers
f !` f !1 f ! 1
(cas 2 A)
quand a tend vers 1 .
f !` f !1 f !1
(cas A R non majorée) 1 1 1
quand a tend vers 1
f !` f ! 1 f ! 1
(cas A R non minorée) 1 1 1
quand kak tend vers 1
f (a) ! ` f (a) ! 1 f (a) ! 1
(cas A non bornée) kak!1 kak!1 kak!1

À cette …n, pour chaque couple (i; j), la dé…nition de la tendance située à la case (i; j)
dans le tableau suivant s’obtient en substituant la i-ième case de la colonne tout à
droite aux « » de la j-ième case de la ligne tout en bas :

9 > 0; 8a 2 A;
f (a) ! ` f (a) ! 1 f (a) ! 1
a! a! a! ka k < =)
9M; 8a 2 A;
f (a) ! ` f (a) ! 1 f (a) ! 1
a!1 a!1 a!1 a > M =)
9M; 8a 2 A;
f (a) ! ` f (a) ! 1 f (a) ! 1
a! 1 a! 1 a! 1 a < M =)
9M; 8a 2 A;
f (a) ! ` f (a) ! 1 f (a) ! 1
kak!1 kak!1 kak!1 kak > M =)
8" > 0; source
8N; f (a) > N 8N; f (a) < N but
kf (a) `k < "

(les quanti…cations « 9M » (colonne de droite) et « 8N » (ligne du bas) portent


indi¤éremment sur les entiers ou les réels).

Limite …nie en un point adhérent à la source. Soit 2 A. S’il y a un


point de F vers lequel f tend en , un tel point est alors unique, est appelé la limite
de f en et est noté

lim f := l’unique ` tel que f ! ` (si cela fait sens).

88
On parle aussi de « la limite de f (a) quand a tend vers » , limite alors no-
tée lima! f (a).

Limites étendues. Soit plus généralement193 2 A q f 1; 1g. S’il y a un


194
point de F q f 1; 1g vers lequel f (a) tend quand (a) tend vers , un tel point
est alors unique, est appelé la limite de f (a) quand (a) tend vers et est noté

lim f (a) := l’unique ` tel que f (a) ! ` (si cela fait sens).
(a)! (a)!

Quand = Id, on parle plus simplement de « la limite de f en » , notée


alors lim f .

Critère séquentiel de tendance. Sous réserve que fassent sens les tendances
2 A q f 1; 1g
suivantes, on a pour chaques l’équivalence
` 2 F q f 1; 1g
h i
f (a) ! ` () 8a 2 AN ; (an ) ! =) f (an ) ! ` .
(a)! n!1 n!1

Tendances dans un produit Q …ni d’espaces vectoriels normés. Imposons


que F soit un produit …ni195 Fi d’espaces vectoriels normés et, pour chaque i,
196
notons fi la i-ième application
Q "coordonnée " de f . On a alors pour chaque 2
A q f 1; 1g et chaque ` 2 Fi l’équivalence

f (a) ! ` () 8i; fi (a) ! `i .


(a)! (a)!

Imposons F de dimension …nie et soit B F une partie basique. Pour chaque


vecteur de base 2 B, notons f la -ième application "coordonnée197 " de f selon B.
L’application f admet alors une limite …nie en ssi l’application "coordonnée" f
admet une limite …nie en pour chaque 2 B.

2 A q f 1; 1g
g:A !F
Opérations algébriques sur les tendances. Soient et L; M 2 F q f 1; 1g
:A !K
8 2 K q f 1; 1g
>
> f (a) ! L
>
< (a)!

tels que g (a) ! M . Alors :


>
>
(a)!
>
: (a) !
(a)!

1. (somme) si fL; M g =
6 f 1; 1g, on a la tendance f (a) + g (a) ! L+M ;
(a)!

2. (homothété) si et L sont …nis, on a la tendance (a) f (a) ! L;


(a)!

1 9 3 Le cas = N correspond à la dernière ligne du tableau précédent. Quand = Id, les cas 2 A,
= 1 et = 1 correspondent resp. à ses deuxième, troisième et quatrième lignes.
1 9 4 Les cas où ce point tombe dans F , vaut 1 et vaut 1 correspondent resp. à la deuxième,
troisième et quatrième colonne du tableau précédent.
1 9 5 L’ensemble indexant est sous-entendu a…n d’alléger les écritures : la lettre i est ainsi partout

muette. Q
1 9 6 dé…nie par la composée de f à gauche par la i-ième projection canonique F Fi
1 9 7 dé…nie par la composée de f à gauche par la projection sur la droite K parallèlement à
Lb2B
b6= Kb.

89
3. si F est en outre une algèbre à multiplication continue, i. e. telle que supa;b2F
kak=1=kbk kabk <
1, alors
(a) (produit) si fjLj ; jM jg =
6 f0; 1g, on a la tendance f (a) g (a) ! LM ;
(a)!
1 1
(b) (inverse198 ) si L 2 Int F , on a la tendance f (a) ! L ;
(a)!
f (a) L
(c) (quotient) si M 2 Int F , on a la tendance g(a) ! M.
(a)!

Ces trois dernières tendances auront en particulier lieu si F est une algèbre de
dimension …nie199 .

2 F q f 1; 1g
Composition des tendances. Soit G un espace vectoriel normé, soient
L 2 G q f 1; 1g
et g une application à valeurs dans G donnant sens à g f . On a alors l’implication200
8
< f !
(a)!
=) g (f (a)) ! L.
: g !L (a)!

2. Continuité
Continuité ponctuelle. Soit a 2 A. La tendance f ! f (a) équivaut alors
a
aux implications 8!a 2 AN ; an ! a =) f (an ) ! f (a). Dans ce cas, l’applica-
n!1 n!1
tion f est dite continue en a.

Continuité globale. Soit D une partie de la source de f . L’application f est


alors dite continue sur D si elle est continue en chaque point de D. L’ensemble des
applications continues D ! F est noté C 0 (D; F ) ou

C (D; F ) := f' : D ! F ; 8d 2 D; ' continue en dg .

On quali…e f de continue (tout court) si elle est continue sur sa source.

Opérations algébriques & continuité. La partie C (A; F ) de F A en est un


sous-espace vectoriel. C’en sera même une sous-algèbre si F est en outre une algèbre
à multiplication continue.

Composition & continuité. Dès qu’elle fait sens, chaque composée d’appli-
cations continues est continue.

Densité & continuité. Soit D E dense et soient '; 2 C (E; F ) coïncidant


sur D. Les applications ' et sont alors égales.

Images réciproques & continuité. Si l’application f est continue, alors :


1 9 8 Rappel : pour chaque anneau R (ring ), on note R la partie formée par les éléments inversibles
de R.
1 9 9 On a alors (hors-programme) l’égalité Int F =F .
2 0 0 Mnémonique : dans g (f (a)), mettre f (a) dans une "boîte noire" en l’encadrant f (a) , ce qui
donne g ( ).

90
1. l’image réciproque par f de chaque ouvert de F est ouverte dans A ;
2. l’image réciproque par f de chaque fermé de F est fermée dans A.

Continuité uniforme. L’application f est dite uniformément continue si

8" > 0; 9 > 0; 8a; b 2 A; ka bk < =) kf (a) f (b)k < ".

Chaque application uniformément continue est continue.

Continuité au sens de Lipschitz. L’application f est dite lipschitzienne


si
9L > 0; 8a; b 2 A; kf (a) f (b)k L ka bk .
E ! R
Par exemple, est lipschitzienne l’application "distance à A" .
e 7 ! inf a2A d (a; e)
Chaque application lipschitzienne est uniformément continue.

Continuité des application linéaires. Quand f est linéaire, on a l’équiva-


lence
si f est
f est continue () 9C > 0; 8a 2 E; kf (a)k C kak .
linéaire

L’ensemble des applications linéaires continues de E vers F est noté

Lc (E; F ) := L (E; F ) \ C (E; F ) .

Continuité en dimension …nie des applications multilinéaires. Impo-


sons que E soit un produit …ni d’espaces vectoriels normés chacun de dimension …nie.
Chaque application multilinéaire de source E est alors continue. En particulier, on a
l’implication

E est de dimension …nie =) Lc (E; F ) = L (E; F ) .

Continuité en dimension …nie des applications polynomiales. Soit N 2


N.

Si E est une algèbre chaque application E N ! E polynomiale


de dimension …nie, à N indéterminées est alors continue.

2
En particulier, le déterminant det est continu sur MN (K) (identi…é à KN ).

3. Compacité
La partie A est dite compacte (ou est appelée un compact de E) si chaque
suite à valeurs dans A admet une valeur d’adhérence dans A.

Si A est compacte, alors chaque suite de AN converge ssi elle possède une seule
valeur d’adhérence.

Si E est de dimension …nie, chaque suite de E N bornée converge ssi elle possède
une seule valeur d’adhérence.

91
Chaque compact de E est fermé et borné. Réciproquement,

si E est de dimension …nie, ses compacts sont alors ses fermés bornés .

Sont compacts :
1. chaque fermé (relatif) de chaque compact,
2. chaque produit …ni de compacts,
3. l’image directe f (A) si A est compact et f continue.

Théorème de Heine. Si A est compact, chaque application continue sur A y


est alors uniformément continue.

Théorème des bornes atteintes.

atteint alors ses bornes chaque


Si A est un compact non vide,
application A ! R continue.

4. Connexité par arcs


Soient a; 2 A. On appelle chemin continu dans A de a à toute appli-
cation continue c : [0; 1] ! A telle que c(0)
c(1)
= a . Lorsque A = E, on parle de
chemin continu (tout court) de a à .

La relation formée des couples (a; ) 2 A2 tels qu’il existe un chemin continu
dans A de a à est une relation d’équivalence sur A. Ses classes d’équivalences sont
appelées les composantes connexes par arcs de A.

La partie A est dite connexe par arcs si elle possède une unique composante
connexe par arcs (qui vaut alors A), i. e. si pour chaques a; 2 A il y a un chemin
dans A continu de a à .
Par exemple, est connexe par arcs chaque partie étoilée, en particulier chaque
convexe.

Les connexes par arcs de R sont ses intervalles.

Si A est connexe par arcs et f continue, l’image directe f (A) est alors connexe
par arcs.
En particulier, quand E = R, on retrouve le théorème des valeurs intermédiaires.

5. Normes équivalentes
Équivalence des normes en dimension …nie. (démonstration non exigible)

Quand E est de dimension …nie, ses normes forment une seule classe d’équivalence.

Toutes les notions suivantes sont invariantes par passage à une norme équiva-
lente :
1. la "relation" de tendance fonctionnelle en un point donné (entre applications et
points) ;

92
2. la continuité en un point donné, la continuité sur une partie donnée, la conti-
nuité tout court (d’une application) ;
3. la continuité uniforme et le caractère lipschitzien (d’une application) ;
4. la compacité (d’une partie) ;
5. les composantes connexes par arcs (d’une partie) ;
6. le caractère connexe par arcs (d’une partie).

93
Exercices d’entraînement
On invoque pour ces exercices un espace vectoriel normé E dont la norme est
notée e 7! kek.

1. F Notons V l’espace vectoriel des séries scalaires absolument convergentes


P P1
(a) Montrer que l’application an 7! n=0 jan j est une norme sur V .
(b) Les vecteurs-séries de V de somme 1 forment-ils une partie ouverte ? fer-
mée ? bornée ? compacte ? connexe par arcs ?
(c) Montrer que les vecteurs-séries de V dont le terme général stationne à 0
forment une partie dense de V . Cette partie est-elle dense dans l’espace
vectoriel B (N; K) muni de la norme uniforme ?
2. FFSoit c 2 C, notons f := z 7! z 2 + c et R := 2 + jcj
(a) Soit a 2 C tel que jaj R. Montrer alors les minorations 8n 2 N; jf n (a)j
(n + 1) R.
(b) En déduire la compacité de l’ensemble des complexes a tels que la suite (f n (a))n2N
est bornée.
N
p 2 KN [X]
3. FFSoient A une algèbre à multiplication continue et N un naturel, soient
a 2 AN
2 KN [X] p !
et tels que . Montrer alors la tendance pn (an ) !
2A a ! n!1
( ).
4. FFSoit K un compact convexe non vide de E.
(a) Soit f : K ! K a¢ ne continue. En considérant la moyenne des itérés
d’un point de K, montrer que f admet un point …xe.
(b) Soit un ensemble …ni d’applications a¢ nes de C (K; K) commutant deux
à deux. Montrer alors l’existence d’un point …xe par chaque élément de cet
ensemble.
5. FFSoit K un compact de E, soit f : E ! E continue stabilisant K, dont la
restriction à K est injective et telle que chaque point de K a un voisinage sur
lequel la restriction de f est injective. Montrer alors l’existence d’un ouvert O
contenant K sur lequel f est injective.
6. FFImposons E de dimension …nie et soit K un compact de E. Montrer alors
que les endomorphismes de E stabilisant K forment une partie compacte de L (E)
ssi K engendre E.
n P o qP
7. FFImposons E = a 2 KN ;
2 2
jan j converge normé par a 7! i2N jai j
et soit 2 E. (On admettra que la norme imposée est bien une norme sur E.
Le choix de la lettre vient de ce que la suite va nous servir à majorer.)
Montrer alors que la partie a 2 KN ; 8n 2 N; jan j n est un compact de E.
(On pourra utiliser une extraction diagonale.)
8. FFFSoit H un R-hyperplan de E. Montrer alors que E nH n’est pas connexe
par arcs ssi H est fermé. (On pourra utiliser les exercices 4a section 2.3 et 4
section 4.3.)

94
9. FFFImposons E non de dimension …nie, notons S sa sphère unité (dont on
admettra la non-compacité), soit K E un compact et soit c 2 C := E nK .
!
ck
(a) Montrer l’existence d’un vecteur unitaire de E ne valant ! pour au-
ck
cun k 2 K.
(b) Soit s 2 S comme à la question 9a. Montrer alors que la demi-droite c+R+ s
reste incluse dans C.
(c) En déduire que C est connexe par arcs.
(d) Discuter les hypothèses.
10. FFFImposons E de dimension …nie et soit A un convexe dense de E.
(a) Montrer que l’intersection de A avec chaque R-hyperplan de E est dense
dans cet hyperplan.
(b) En déduire l’égalité A = E.
(c) Discuter les hypothèses.
(d) Chaque convexe dense est-il nécessairement un sous-espace vectoriel ?

95
Solutions des exercices d’entraînement
1.
(a) L’application considérée (notons-la N ) fait sens par dé…nition de la
convergence absolue. Soient v; w 2 V et P 2 K. Si N (v)
P1= 0, on a alors
n
pour chaque n 2 N les majorations jvn j jv
i=0 i j i=0 jvi j = 0, d’où
la nullité de la série v, ce qui montre que N sépare les points de V . On a
par ailleurs les égalités (montrant que N est positivement homogène)
1
X 1
X 1
X
N ( v) = j[ v]n j = j vn j = j j jvn j
n=0 n=0 n=0
1
X
linéarité de
P= j j jvn j = j j N (v)
a7! 1 n=0 an
n=0

et les majorations "triangulaires"


1
X 1
X 1
X
croissance de
N (v + w) = j[v + w]n j = jvn + wn j P (jvn j + jwn j)
n=0 n=0 a7! 1n=0 an n=0

1
X 1
X
additivité de
P= jvn j + jwn j = N (v) + N (w) .
a7! 1 n=0 an
n=0 n=0

(b) Notons A la partie considérée. Il s’agit


P1de l’image réciproque du single-
ton f1g par la forme linéaire := v 7! n=0 vn . La suite u := (1; 0; 0; [Link])
tombant dans A, le translaté A u := Ker est un hyperplan vectoriel
de V , donc est d’intérieur vide (comme sous-espace vectoriel strict) et non
borné (en tant que sous-espace vectoriel non nul). Ces deux caractères
étant préservés par translation, ils sont également portés par la partie A,
laquelle n’est donc ni ouverte ni compacte.
P1
P1 D’autre part, les comparaisons triangulaires 8v 2 V; j n=0 vn j
n=0 jvn j a¢ rment précisément le caractère 1-lipschitzien de , d’où la
continuité de cette application a¢ ne. L’image réciproque A par du fermé
convexe f1g est donc fermée et convexe, a fortiori connexe par arcs.
1
Remarque – En résumé, la partie A = (f1g) d’une part est un hy-
perplan a¢ ne (car est une forme linéaire), donc est d’intérieur vide (a
fortiori non ouverte), non bornée201 (donc non compacte) et convexe (donc
connexe par arcs), d’autre part est fermée par continuité de .
(c) Notons P la partie considérée (P comme « polynômes » ). Il s’agit bien
d’une partie de V car chaque série n’ayant qu’un nombre …ni de termes non
nuls converge
P1 absolument. Soit alors Pv 2 V , soit " > 0 un réel, soit M 2 N
tel que n=M jvn j < " (permis car vn converge absolument) et notons p
la série dont le terme général coïncide avec v sur [0; M j[ et est nul ailleurs.
2 0 1 Puisque V n’est pas de dimension 0 ou 1 (il contient chaque suite nulle à partir d’un certain

rang), chacun de ses hyperplans contient une droite, donc est non borné.

96
La série p est alors un vecteur de P et véri…e les majorations
1
X M
X1 1
X
d (p; v) = N (p v) = jpn vn j = jpn vn j + jpn vn j
n=0 n=0
| {z } | {z }
n=M
=0 =jvn j
1
X
= jvn j < ", d’où la densité voulue.
n=M

Montrons
P en revanche que P n’est pas dense dans B (N; K). Notons u
la série 1 (grossièrement divergente), soit p 2 P et soit M 2 N tel
que pM = 0 : on a alors les minorations

d (p; u) = kp uk1 = sup jpn un j jpM uM j = j0 1j = 1,


n2N

ce qui montre que u n’adhère pas à P (ni même à l’ensemble des séries
dont le terme général s’annule).
2.
(a) Abrégeons an := jf n (a)j pour chaque n 2 N et montrons les minora-
tions voulues 8n 2 N ; jan 1 j Rn par récurrence.
De l’hypothèse jaj > R découle la minoration ja0 j R, d’où l’initiali-
sation.
Soit ensuite n 2 N tel que jan 1 j Rn. On a alors, en notant r :=
jcj = R 2, les minorations
2 2
jan j = a2n 1 +c a2n 1 r jan 1j r jan 1j
?
R2 n2 = Rn2 R 2n2 R (n + 1) R

où la dernière minoration (qui conclurait) découle de la positivité de R et


de la minoration 2n2 n + 1, laquelle se réécrit (2n + 1) (n 1) 0, ce
qu’on a puisque n 1.
(b) Soit a un tel complexe. La question 2a et la tendance nR ! 1
n!1
n
montrent alors qu’aucun terme de la suite (f (a))n2N n’est hors de la
T 1
boule B := B (0; R), donc a appartient à l’intersection I := n2N [f n ] (B).
Réciproquement, si a tombe dans cette intersection, alors –par dé…nition
de I –la suite (f n (a))n2N est à valeurs dans B, donc est bornée.
Il s’agit par conséquent de montrer que I est bornée et fermée (l’es-
pace vectoriel normé C étant de dimension …nie). Le caractère borné dé-
1
coule de l’inclusion I f 0 (B) = Id 1 (B) = B. Le caractère fermé
1
de I découle d’une part de celui à n 2 N …xé de chaque [f n ] (B), pré-
image continue du fermé B par l’application polynomiale f (de degré 2n ),
n

d’autre part de celui de chaque intersection de fermés.


Remarque –L’ensemble des complexes considéré porte le nom de Gaston Julia
et Pierre Fatou qui l’ont étudié dans des articles publiés entre 1917 et 1920. Il
est source de …gures fractales facilement trouvables en ligne (et animées) dont
nous laissons la lectrice et le lecteur apprécier la beauté.

97
3. Observer tout d’abord que, l’espace KN [X] étant de dimension …nie, la
tendance pn ! a lieu pour chacune de ses normes, ce qui lève l’ambigüité
n!1
de cette hypothèse. Soit ensuite n 2 N et majorons

kpn (an ) ( )k kpn (an ) (an )k + k (an ) ( )k .

La multiplication de A étant continue, l’application polynomiale est continue,


ce qui montre avec l’hypothèse a ! que202 le second terme k (an ) ( )k
tend vers 0 quand n ! 1.
Montrons à présent que le premier terme tend aussi vers 0 quand n ! 1,
ce qui conclura. Réécrivons-le kpn (an ) ( )k = kzn (an )k où la suite z :=
(pm )m2N tend vers 0 dans KN [X].
Notons K le compact formé des termes et de la limite de la suite a. Vu que
chaque polynôme induit une application continue sur A, a fortiori sur K, et que
chaque application continue sur le compact K y est bornée, l’on dispose d’une
injection i : KN [X] ,! B (K; K) où l’espace but est muni de la norme uniforme.
Cette injection induit alors (cf. exoEvn1 ? ? ?) une norme N := P 7! ki (P )k1
sur KN [X], ce qui permet de conclure en majorant
car z !0
kzn (an )k = k [i (zn )] (an ) k ki (zn )k1 = N (zn ) ! 0.
n!1

4.
(a) Soit a 2 KP(permis car K est non vide), notons la suite des isobary-
centres n 7! n1 i2[0;nj[ f i (a), laquelle fait sens (car f stabilise K) et prend
ses valeurs dans K (par convexité de ce dernier), ce qui permet (par compa-
cité de K) d’en invoquer une valeur d’adhérence, mettons ` = limn!1 x(n)
pour une certaine extractrice x. On alors à n 2 N …xé les égalités
0 1
X n 1 n
1 f est 1 X reparam étrage 1 X j
f ( n) = f @ f i (a)A = f f i (a) = f (a)
n a¢ ne n
i=0
j:=i+1 n j=1
i2[0;nj[

f n (a) a K b orné et
= n + = n + on!1 (1) ;
n stable par f

remplacer n par x (m) et appliquer limm!1 livre alors (avec la continuité


de f ) l’égalité f (`) = `, d’où un point …xe comme désiré.
(b) Pour chaque naturel n notons Fn l’énoncé

8C E compact
, 8F C 0 (C; C) ;
8 convexe non vide
< 8f 2 F, f est a¢ ne
F …ni et Card F = n =) [9c 2 C; 8f 2 F; f (c) = c] .
:
8f; g 2 F; f g = g f

et montrons 8n 2 N ; Fn par récurrence (F0 est tautologique). Il en ré-


sultera la conclusion en remplaçant C par K (la preuve qui suit éclairera
2 0 2 Utiliser le critère séquentiel de continuité.

98
a posteriori le choix d’inclure la quanti…cation 8C dans l’énoncé de récur-
rence).
La question 4a établit précisément F1 .
Soit ensuite n 2 N tel que Fn , soit C E un compact convexe non
vide, soit F C 0 (C; C) …ni de cardinal n + 1 formé d’applications a¢ nes
commutant deux à deux, soit f 2 F et notons := F nff g . La partie Fix '
est alors pour chaque ' 2 d’une part stable par f (car f commute
avec '), d’autre part fermée (resp. convexe) comme image réciproque du
fermé (resp. convexe) f0g par l’application continue (resp. a¢ ne) ' Id,
donc l’intersection de ces fermés est stable par f , convexe et fermée dans
le compact C, a fortiori compacte. Elle est par ailleurs non vide d’après
l’hypothèse Fn appliquée à l’ensemble . La question 4a livre alors un point
de …xe par f , i. e. un point de C …xe par chaque élément de [ff g = F,
ce qui conclut à Fn+1 .
Remarque –Il serait aisé de lever l’hypothèse de …nitude en utilisant (hors pro-
gramme) la compacité au sens de Borel-Lebesgue. Le théorème établi a été
publié (sous des formes plus générales) en 1936 par Andreï Andreïevitch Mar-
kov dans les Comptes rendus de l’Académie des sciences de l’URSS et en 1938
par Shizuo Kakutani dans les Proceedings of the Imperial Academy (de Tokyo).
5. D’après le cours (exemple 2 section 3.2), si O désigne un ouvert répondant
à la question, il y a alors un réel r > 0 tel que K K + B (O; r) O et
l’ouvert K + B (O; r) répond aussi à la question. Nous allons donc montrer
qu’un tel ouvert convient.
Supposons par l’absurde que f n’est injective sur K + B (O; r) pour aucun
f (a) = f (b)
réel r > 0. On a alors les existences 8n 2 N ; 9a; b 2 K+B O; n1 ; ,
a 6= b
9a; b 2 E ka kk < n1 f (a) = f (b)
ou encore 8n 2 N ; ; et . On peut
9k; ` 2 K kb `k < n1 a 6= b
alors invoquer (grâce à l’axiome du choix) quatre suites a; b 2 E N et k; ` 2
kan kn k < n1 f (an ) = f (bn )
K N telles que 8n 2 N ; et . Par com-
kbn `n k < n1 an 6= bn
2
pacité de K , on peut invoquer une extractrice x et un couple 2 K2
tel que k` x(n) ! . Les majorations précédentes montre alors la ten-
x(n) n!1
ax(n)
dance bx(n)
! et les égalités 8n 2 N ; f ax(n) = f bx(n) livrent
n!1
(avec la continuité de f sur K) l’égalité f ( ) = f ( ), d’où (par injectivité
de fjK ) celle = . Alors, pour chaque voisinage V de = , étant donné
un N 2 N tel que aN ; bN 2 V (il y en a vu la tendances ab x(n) ! ),
x(n) n!1
f (aN ) = f (bN )
les conditions nient l’injectivité de fjV , ce qui est contraire
aN 6= bN
aux hypothèses.
6. L’espace vectoriel normé L (E) étant de dimension …nie (le carré de celle
de E), sa topologie est sans ambigüité et la compacité de la partie F :=
ff 2 L (E) ; f (K) Kg considérée revient à son caractère fermé borné.
Montrons tout d’abord que F est fermé sans conditions. Pour chaque suite f 2
F N convergente, on a les stabilités 8n 2 N; fn (K) K, i. e. les apparte-
nances 8n 2 N; 8k 2 K; fn (k) 2 K, i. e. 8k 2 K; 8n 2 N; evalk (fn ) 2 K

99
où l’évaluation en k est continue pour chaque k 2 K (car linéaire et de source
l’espace vectoriel L (E) de dimension …nie, d’où (après passage à la limite) les
appartenances 8k 2 K; evalk (lim f ) 2 K, i. e. (le compact K étant fermé)
l’inclusion [lim f ] (K) K, i. e. l’appartenance lim f 2 F.
Il s’agit donc de montrer l’équivalence [F borné] () [Vect K = E]
Soit S un supplémentaire dans E de Vect K et, pour chaque naturel n,
notons fn l’endomorphisme de E nul sur Vect K et valant n Id sur S (c’est un
élément de F). La suite (fn )n2N 2 F N est alors bornée ssi S est nul, d’où (par
contraposée) l’implication [F borné] =) [Vect K = E].
Supposons réciproquement Vect K = E, ce qui permet d’invoquer une
base K de E formée d’éléments de K, soit R > 0 tel que K B (0; R) (permis
car le compact K est bornée), soit f 2 F, notons M := MatK f et soit un
"élément" de la base K. Puisque f stabilise K, on peut majorer kf ( )k R ;
cette norme valant par ailleurs la borne supérieure des modules des coe¢ cients
de la colonne de M correspondant au vecteur de base , on peut (en désinvo-
quant ) conclure kM k1 R. En normant L (E) par ' 7! kMatK 'k1 , nous
venons de montrer que la partie F est bornée par R.
2
7. Notons A la partie considérée. Chaque suite a 2 A véri…ant 8n 2 N; jan j
2
P 2 P 2
n , la convergence de la série n assure celle de jan j , d’où l’inclusion A
E.
Soit ensuite (n a)n2N 2 AN . Pour chaque naturel N , la suite (n aN )n2N est à
valeurs dans le compact B (0; N ) de K, d’où une extractrice x et un scalaire 2
B (0; N ) tels que x(n) aN ! . On en déduit (via l’axiome du choix) une
n!1
suite (xN )N 2N d’extractrices et une suite de scalaires véri…ant pour chaque
xN (n)
naturel N la majoration j N j N et la tendance aN ! N (observer
n!1
au passage l’appartenance 2 A). Notons alors := n 7! [x1 x2 xn ] (n)
la suite obtenue à partir de x par extraction diagonale, de sorte à avoir pour
chaque naturel N la tendance (n) aN ! N . Montrons alors la conver-
n!1
(n)
gence a ! , ce qui conclura.
n!1
P 2
Soit " > 0, soit N 2 N tel que n>N n < " (permis par convergence
P 2 PN 2
de la série n ) et soit 2 N tel que i=0 (n) ai i < " pour chaque
(n)
naturel n > (permis vu les tendances 8i 2 [0; N j] ; ai ! i ) : on a alors
n!1
à n 2 N …xé les majorations
(n)
a2A
(n) (n)
ai i ai + j i j i + i = 2 i , d’où (si de plus n > )
et 2A
2 2
(2 i) =4 i
N
z }| {
2 X 2 X 2
(n) (n) (n)
a = ai i + ai i < 5", ce qui conclut.
i=0 i>N
| {z } | {z }
< " car n> P 2
4 i>N i < 4"

8. Soit ' une forme R-linéaire non nulle de noyau H. Étant non nulle, elle est
surjective, d’où les égalités ' (E nH ) = ' (E) n' (H) = R nf0g = R .
Si l’hyperplan H est fermé et de complémentaire connexe par arcs, la
forme ' est alors continue (cf. exercice 4a section 2.3) et l’image R par '

100
du connexe par arcs E nH n’est pas connexe par arcs, ce qui contredit le théo-
rème des valeurs intermédiaires. (Autre preuve : la partie E nH = ' 1 R+ q
' 1 R partitionnée en deux ouverts relatifs non vides ne saurait être connexe
par arcs.)
Supposons à présent H non fermé : il est alors dense (cf. exo ? ? ?chapEvn1),
donc chacun de ses translatés est dense. En particulier, étant donné un a 2
E nH , l’hyperplan a¢ ne A := H + a est dense et inclus dans E nH , d’où les
inclusions A E nH A avec A convexe, ce qui permet de conclure (avec
l’exercice 4 section 4.3) à la connexité par arcs de E nH .
9.
8
< K ! S
!
(a) L’application := ck fait sens (aucun dénomina-
: k 7 ! !
ck
!
teur ck ne s’annule car c 2 = K), est continue (comme quotient d’applica-
tions lipschitziennes) et de source compacte, donc est d’image compacte.
La sphère S étant par ailleurs non compacte (c’est le théorème de Riesz
admis par l’énoncé), l’application ne saurait être surjective, d’où un s 2 S
non atteint par , ce qui conclut.
!
(b) Pour chaque 2 R+ tel que k := c + s 2 K, on a les égalités ck =
s2S ! >0
ck s
k sk = j j ksk = et (k) = ! = =s2
= Im , ce qui est absurde.
>0 ck
On en déduit les non-appartenances 8 2 R+ ; c + k 2 = K, ce qui est
l’inclusion désirée (chaque vecteur c + k reste dans E).
(c) Soit R > 0 un réel tel que K B (0; R) (permis car le compact K est
borné). Nous allons relier c par un chemin continu dans C à un point de
la sphère S (0; R), ce qui conclura puisque cette dernière est connexe par
arcs (E n’est pas de dimension réelle 1).
Si kck > R, la ligne droite de c à Rc convient alors car prend ses
valeurs dans E B (0; R) E nK = C.
R+ ! R
Supposons à présent kck < R. L’application
7 ! kc + sk
est alors continue (composée d’applications lipschitziennes), prend une va-
leur moindre que R (car kck < R), et tend vers 1 en 1, donc atteint R
par le théorème des valeurs intermédiaires en un certain . La ligne droite
de c à c + s prend alors ses valeurs dans la demi-droite c + R+ s C et
relie c à un point de S (0; R) (par invocation de ), ce qui conclut.
(d) Lorsque E est de dimension …nie, sa sphère unité S est compacte ;
lorsqu’il est de plus non nul, la partie E nS n’est pas connexe par arcs (cf.
exemple 5 section 4.4). Cependant, en dimension nulle, chaque partie est
compacte et connexe par arcs. Conclusion : chaque espace vectoriel normé
est de dimension nulle ou in…nie ssi le complémentaire de chacun de ses
compacts est connexe par arcs.
10.
(a) Soit H un hyperplan réel de E, soit ' une forme R-linéaire de noyau H
(alors continue car sa source E est de dimension …nie), soit h 2 H, soit " >

101
0 un réel, soit a 2 A \ B (h; ") (permis par densité de A) dont on note a0 :=
2h a le symétrique par rapport à h. Si a0 2 H, on a alors terminé ; nous
pouvons donc imposer := d (a0 ; H) > 0, i. e. r := min f ; "g > 0, et
invoquer (par densité de A) un b 2 A \ B (a0 ; r).
FIG
La majoration r d (a ; H) montre alors que la boule B (a0 ; r) ne rencontre
0

par H, donc la forme ' ne s’y annule pas, i. e. (par continuité) y garde un
' est H Ker '
signe constant –celui de ' (a0 ) = ' (2h a) =
2' (h) ' (a) =
linéaire
!
' (a). L’application continue f := t 7! ' a + t ab prend donc en 0
et 1 des valeurs de signes opposés, donc s’annule, d’où par le théorème
des valeurs intermédiaires un h0 2 H \ [a; b], mettons h0 = a + b pour
certains ; 2 [0; 1] de somme 1. On a alors d’une part l’appartenance h0 2
[a; b] A (par convexité de A), d’autre part les majorations
kh0 hk = k a + b ( + ) hk = k (a h) + (b a0 ) + (a0 h)k
ka hk + kb a0 k + ka0 hk < 3", ce qui conclut.
| {z } | {z } | {z }
<" car a2B(h;") <" car b2B(a0 ;r) =ka hk<"

(b) On raisonne par récurrence sur dimR E. Pour chaque naturel n, no-
tons Pn l’énoncé
8V espace vectoriel normé de dimension réelle n,
8C V convexe dense, C = V
et montrons 8n 2 N; Pn par récurrence (d’où la conclusion en rempla-
çant VC par E A ).
Dans chaque espace vectoriel normé nul, chaque partie dense est non
vide, a fortiori pleine, d’où l’énoncé P0 .
Soit n 2 N tel que Pn , soit V un espace vectoriel normé de dimen-
sion réelle n + 1, soit C un convexe dense de V , soit v 2 V , soit H
un hyperplan de V contenant v. L’intersection H \ C est alors convexe
(comme intersection de convexes) et est dense dans H d’après la ques-
tion 10a, donc l’hypothèse Pn s’applique à l’espace vectoriel normé H (qui
est bien de dimension n) et livre l’égalité H = H \ C, d’où l’apparte-
nance v 2 H = H \ C C, ce qui conclut à l’inclusion V C et à Pn+1 .
FIG
(c) Vu la validité de l’énoncé P0 , on imposer E 6= f0g pour discuter les
hypothèses.
Sans l’hypothèse de densité, les boules unités sont deux contre-exemples
convexes. Sans l’hypothèse de convexité, les vecteurs de norme rationnelle
forment un contre-exemple dense.
Sans l’hypothèse « E de dimension …nie » , la preuve ci-dessus achoppe
en deux poins : la récurrence …nie ne tient plus et surtout la continuité de '
fait défaut (on va pouvoir passer "à travers" l’hyperplan). De fait, chaque
hyperplan dense est un contre-exemple, comme K [X] dans K [X] K exp
(vu dans C (S; K)).

102
(d) D’après la question précédente, il faut chercher en dimension in…nie.
Par exemple, dans C ([0; 1] ; K), l’enveloppe convexe de K [X] et de exp est
convexe (c’est une enveloppe convexe) et dense (car contient la partie dense
K [X]) mais n’est pas un sous-espace vectoriel (car ne contient pas 2 exp)

FIG Conv(plan+point au-dessus)

103

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