A. Jodin - M - Ponsich
A. Jodin - M - Ponsich
PAR
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FIGURE 1
La céramique estampée en Méditerranée occidentale
Cl::HAMIQlTE ESTAMP'~E DU MAHOt: HOMAIN 280
Hares sont les vases intacts ou complets. Mais les exemplaires présentant
un profil typique et tous les décors dignes de remarque ont été pris en considé-
ration.
La répartition de cette céramique ne correspond pas, en fait, aux limites de
la province, postérieures au repli ordonné par Dioclétien en 2R4-285. En effet,
les habitants des cités évacuées par les garnisons romaines continuent à utiliser
les produits d'importation, tout comme le christianisme restera leur religion
jusqu'à l'arrivée des cavaliers de Sidi Okba : nous cn avons des preuves tangibles
et cc n'est pas Il' moindre enseignement que l'on peut tirer de l'étude de cette
poterie, car non seulement les sites de Volubilis, mais aussi ceux de Sala et de
Mogador, conservent dans leur sol des échantillons de céramique paléochrétienne.
Au nord de la frontière de Dioclétien, les cités de J .ixus, Tamuda et Ad Mcrcuri
en sont, comme il se doit, abondamment pourvues. La datation est d'ailleurs
parfailement assurée par les monnaies et notamment celles du règne de Cons-
tantin, ainsi que par les lampes chrétiennes: dans le seul gisement de Mogador,
une quarantaine de « petits bronzes » de Constantin et de ses successeurs ont été
retrouvés en même temps que la céramique rouge à décor estampé. A Lixus,
on la rencontre aussi avec des monnaies de Constantin ou des lampes à huile en
terre cuite décorées du chrisme. On peut donc considérer que le Maroc romain
presque entier a connu cette céramique tardive.
Parlant du Maroc de la lin du Ille siècle, IVr. J. Carcopino 1 reconnaît que
« nous abordons ici une histoire sans paroles. Mais il y a les faits ... », Ce sont ces
faits que nous essaierons de faire parler il l'aide du meilleur « fossile » archéolo-
gique qui soit, c'est-à-dire la céramique.
A la suite de ses fouilles de Vintimille 2, N. Lamboglia a proposé une classi-
fication chronologique de la céramique romaine, fondée sur la stratigraphie du
terrain et l'étude du contexte archéologique :3.
1I est possible de la suivre au Maroc. Presque tous les gisements onl fourni
des séries complètes allant de la campanienne A à la sigillée claire n. A Tamuda,
ont été recueillis de beaux plats complets, à reliefs d'applique de l'époque Sévé-
rien ne ; puis apparaissent des spécimens sans décor, à marli plat, mais dont la
face inférieure porte de larges entailles sur son pourtour, alternant avec des
enfoncements qui semblent faits au poinçon (fig. 6, a) : on peut classer ces vases
dans la catégorie D de la sigillée claire et même dans la phase de transition avec
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FIGURE 2
La céramique estampée au Maroc
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FIGURE 3
Graphique quantitatif des gisements du Maroc
Il n'était pas inutile, croyons-nous, d'insister sur ces points, car il s'agit
des antécédents immédiats de la céramique estampée constantinienne, objet de
cette étude: rien n'est plus frappant que la similitude des profils de plats à
marli horizontal (fig. 6, b) appartenant à la fois à la sigillée claire D et à l'estampée.
1 -- RÉPARTITION GÉOGRAPHIQUE
1 A. L. Delattre, Sujets chrétiens figurés sur le fond intérieur de vases de belle poterie
rouge trouvés à Carthage, Revue de l'Art chrétien, 1888, VI, p. 219-223.
292 A. JODIN ET M. PO"SICH
\
\
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FIGURE 4
Sigillée claire D : profils en crochet
CÉRAMIQUE ESTAMPÉE DU MAROC ROMAIN 293
1
~-------_.. ~
~•....
FIGURE 5
Sigillée claire D : profils carénés
FIGUHE 6
. Sigilée clair~ D : marli horizontal
Ci-~HAl\lIQl'F ESTAMI'J::E ne MAHoe HOMAI!\"
1 DUJll Lcclercq, Dict. dArchéol, Chrétienne, Il,2, p. :~271, art. Cératniquc; id, Monnet
a'. \ ['(·III'of.Chrétienne, II, Paris, HW7, cf Chap. X l la terre cuite, § VI, p. 5:~O.
~ 1) o III Leclcrcq, Dict. ri' A rchéol, Chrétienne, XI\', 1, p. 1175, art. l'laI
;J Dom Leclercq, Op. ci!., art. Céramique: " Au Bas-Empire, la céramique servait surtout
il la constructlon des édifices. l r'autres prodult s con tlnuaicut ,\ sortir des lahrtqucs dl'
poterie, mais d'un prix. si bas, d'un usage si humble, d'une fabrication si négligée qu'on
n'a gUl're songé les épargner
à lorsque le hasard d'une fouille en a ramené quelques-uns
Ù la su dace du sol »,
1 G. Camps, La nécropole de Draria el Achour, Libyca, Ill, Hl;)!), p. 2:2ri-2l)~1.
5 Y. Allais, No/es sur quelques tessons de Dicmila, Lihycn, V, Hl;)7, p. :l7-42.
l'. dl' l'aloi Sulellas, op. cit., Voir aussi:
(i H. Zeiss, Spütro/llÎs('hr stcmpetoezlertc
Kcramik OIIS Pnrltujal und Spanien, Homenagem a Martin Surmcnto, Guhnaraes, t u:n,
p. 'H)ï. . ..
A .. JODl!,; ET M. PONSICH
lions son terme de céramique estampée comme étant le plus logique et prêtant le
moins ù confusion. Selon lui, les abondantes trouvailles faites dans la Péninsule
proviennent en grand majorité du Levant et du Sud-Est. Les pàtes et les vernis
rosés sont plus fréquents que les vernis orangés brillants; la décoration est très
uniforme et l'ornementation estampée pure prédomine: les motifs à palmettes
triangulaires, les divers types de cercles, les carrés formant damier, combinés de
diverses façons, sont très courants; enfin le chrisme et la colombe ont été t.rouvés
aux Baléares el Ampurias. Tarragone a fourni de très abondanls fragments de
à
nombreux plats, dont plus de la moitié sont en céramique rouge, décorés d'une
rosace centrale formée de palmettes. A Elche, on a recueilli des fragments de
plat rouge avec palmettes et cercles concentriques; l'un des tessons porte un
chrisme. Les fouilles de Belo (Province de Cadix) 1 ont donné notamment le
centre d'un plat avec une étoile de palmettes, des cercles et un fond avec cercles
concentriques. Au Portugal 2 dans le site de Condeixa-a-Velha, on a mis au jour
un fragment de plat rouge avec une étoile il six pointes formée par des palmettes
entre lesquelles sont inclus des cercles, et en Algarve, un plat avec chrisme estampé
el, deux paons disposés symétriquement. A Lagos, un fragment de plat à étoile
de palmes circonscrites dans line zone de carrés en damiers. Pour la Péninsule
entière, P. de Palol cite une trentaine de gisements et l'on peut être assuré que
la liste est loin d'être close.
Dans les limites de l'ancienne Gaule, les trouvailles semblent n'être pas
moins nombreuses. G. Gaudron a donné récemment 3 une bibliographie concer-
nant la céramique wisigothique, où nous voyons que, dès 186n à Nantes et en
1876 il Bordeaux, l'on s'intéressait à la céramique estampée des IVe ct Ve
siècles. Dclort ·1 lit, au débu t de ce siècle, des recherches qui montrèrent l'impor-
tance de cette poterie du Bas-Empire en Auvergne. « A cette époque du déclin
1
1
1
200 l!.50 350 400
450
SIGILLE"- CLAII!'E. D
Al81NrtHILIUN
t.:>TAIdPH. l1.0UG"f.
ALTAVA
f.!:>TAMl'El:. G1HSE.
LIXUS
FIGURE 7
Evolution chronologique de la céramique du Bas-Empire
1.f. Déchelette. Les vases céramiques ornés de la Gaule Romaine, Paris, 1904, II, voir
p. 327-334, § 5. Vases estampés.
2 H. Rolland, Fouilles de Saint-Biaise, 1951-1956, VIle sup. à Gallia, 1956, p. 72-75.
3 G. Chenet, op. cil.
208 A. JODIN ET M . PONSICH
FIGUR 8
E stampéc roua"De . décorE rayonnant (ty pe 1)
CERAMIjJUE ESTAMPÉE DU MAROC ROMAIN 299
siècle, et cela ne fut pas le moindre sujet de surprise lorsque nous avons entrepris
cette étude. Seuls, deux diocèses antiques sont connus au Maroc, Tanger et
Lixus, et il ne semblait pas qu'on puisse retrouver quelque trace de poterie
chrétienne en dehors des limites de la Diocoesis H ispaniarum. Mais il est
aujourd'hui avéré que des relations ont longtemps subsisté entre le ord et les
territoires du Sud du Loukkos.
Les fouilles effectuées en 1930 sur l'emplacement de l'ancienne Sala par
M. Borély, avaient fourni des tessons de céramique estampée restés inédits 1.
En 1950, M. Koeberlé recueillit à Mogador divers fragments de poterie dont
certains fonds de plat décorés de motifs estampés. Dans la suite, d'autres exem-
plaires en furent retrouvés lors des fouilles entreprises par le Service des Antiqui-
tés: leur date ne pouvait faire de doute, car le site de Mogador a livré en même
temps de nombreuses monnaies de Constantin, de Constance II, etc.
A Volubilis, on peut mentionner des plats sans décor, à marli horizontal,
et quelques fragments de plats rouges estampés; la céramique tardive y est
rare, mais non inexistante. Les sites de Banasa et de Thamusida n'ont encore
donné que de la sigillée claire C, contemporaine des Sévères. Ce sont surtout des
stations côtières, accessibles par la mer, qui ont été fréquentées par les porteurs
de cette céramique, postérieurement au retrait de l'administration impériale.
La majorité des trouvailles a été faite dans le nord du pays 2. Le sol de
Lixus a permis de recueillir la documentation la plus abondante; Tamuda 3 est
un autre centre important, avec sa forteresse et sa nécropole du Bas-Empire.
Les sites intermédiaires d'Ad Mercuri, Suiar, El Benian, ont aussi apporté
leur contingent de céramique estampée. Au bord de la mer, le gisement d'Al-
cazarseguer a révélé plusieurs pièces dont un beau fragment à large décor. Seule,
Tanger pose un problème irritant: principale ville de la Tingitane, riche en
souvenirs de l'époque chrétienne, son sol n'a pas encore livré un seul tesson de
céramique tardive estampée, si ce n'est peut-être au hasard des travaux de
construction ou d'urbanisme, auquel cas les objets exhumés ont été dispersés.
Nous avons vu pourtant que la ville de Belo, de l'autre côté du détroit de Gi-
braltar qui a tant de rapports avec Tanger, a donné plusieurs beaux fragments
identiques à ceux de Lixus ou de Tamuda.
1Nous tenons à exprimer nos vifs remerciements à M.. Jean Boube, Conservateur du
Musée de Rabat, qui a bien voulu nous confier ces tessons pour étude.
2 Nous remercions également M. Miquel Tarradell qui a mis notre disposition les
à
tessons des divers gisements de la zone Nord du Maroc et une abondante documentation
sur les trouvailles espagnoles.
3 P. Quintero Atauri, Excavaciones en Tamuâa, Mémoire nv 5, Junta Superior de
Monumentos Historicos y Artisticos, Larache, 1942.
300 A. JOnIN ET M. PONSICH
FIGURF. !)
Estampée rouge; décor rayonnant (type 1)
CÉHAl\lIQUE ESTAMPl,E DU MAHoe HOMAI]\; :~() 1
2 - ESSAI DE TYPOLOGIE
M. "ON~/CN
d
FIGURE 10
Estampée rouge: décor à zones concentriques (type 2)
CÉRAMIQUE ESTAMPÉE DU MAROC R01VIAli'\
Le décor
FIGURE 11
Estampée J'ouge: décor à zones concentriques (type 2)
Cependant, dans l'inventaire des décors estampés marocains, on ne trouve
que de rares tessons portant ces décors figurés (fig. Il, c). La croix a étt' retrouvée
sur des t essous dont l'un vient de Lixus (fig. 1f, a et pl. Ill) leL d'autres dl' Sala
(fig. lt, h et pl. II 1) ; un fragment, de Lixus (fig. 11, c el pl. 1Il) rcpréscn Il' un
petit animal, sans doute un bélier, estampé sur le bord d'un plat. Chacune des
croix ornait Il' médaillon central d'un plat. entouré de plusieurs cercles conccn-
triques ; la pàte dl' celui de 1.ixus est orangée, celle des exemplaires dl' Sala
est. rouge brique; on peut les rapprocher, comme aspect et comme dimensions,
de la croix figurée sur un tesson dl' Montroy ~. Le bélier ne peut se comparer
qu'an dauphin et au lièvre estampés sur des hords dl' plats :\ découverts dans le
même gisemenl.
Il existe au contraire des constantes certaines dans les figures gl'ométriques
estampées el dans leur ordonnance. Les éléments sont très variés el nous nous
contenterons dl' décrire les principaux d'entre eux:
a) lu palnu: tient une place importante: d'une nervure centrale, simple Olt
double, partent deux rangées symétriques dl' foliolcs. Presque tous les giselllents
marocains onl fourni des plats décorés de ce motif. Sur des tessons dl' Mogador
el dl' Lixus, ses dimensions sont telles que la longueur de la nervure centrale est
égak, ou presque, au rayon du médaillon circulaire formé par le fond du plat
(fig. X, a et ~l. a). Celte longueur varie dl' 7 mm Ù :>:3 mm el la largeur, dl' l) ù
21 mm.
il) /11 [cuille dl' IO/lf/àl' est un estampage étroit el allongé, cxécut« au lIIoyl'n
d'un hâl onnct strie, qui dérive dl' la palme etalee (fig. 1:~); ce motif scmhlc
plus récent que le préccdcnt , car on le retrouve sur la poterie grise. On remarque
tantôt un simple registre dl' traits parallèles, en échelle (fig. 1:3, d el g) Lantùl
deu x registres syrnèt riques, a III our d'une nervure l'l'Il trale (fig. 1:3, a, h, c, l', f)
ce qui donne réellement l'impression d'une feuille dl' Iougèrc ou d'une an\ll' dl'
poisson.
l') /1'8 rouelles sont obtenues à l'aide d'une matrice ronde sur laquelle des
cercles concentriques ont dé tracés au compas, en nombre plus ou moins grand.
selon une disposition variée (fig. X, a ; 10, C ; 11, a). Ces motifs sont parfois
agrement cs, sur leur pourtour, de petits traits irradiés (fig. X, b et l'). La rouelle se
rencontre sur des tessons dl' Belo, cil' Carthage, de Draria el Achour, dl' Djemila.
d) La rosel/l', évolut ion du type précédent, se présente sous diverses formes
rappelant toujours une fleur aux pétales l'talés: rose (fig. 0, h) ou pàqucrct te
(fig. X, d l'le; fig, n, a ; fig. 10, h et l' ; fig. 1:3, e).
l') les tnoti]« quadrillés ont pu être obtenus ù l'aide de cylindres ou dl' cubes,
1 Cc u-sson a pté pllhli(' par :'Il. H. 'l'houveuot : Les ori qines chrétiennes l'II Xl uurctunie
ii nqitunc, B.S.G.A.O., lD:~5, p. :~l,I, Hg. :~.
~L. Siret, /If!. cit., pl. XX\"III, n" 2.
:J l b ùl ., pl. XXVIII Il''- ï Pt ~l.
~l
306 A. ,JOOI1'\. ET
.• M , POKSICH
9
/ h
FIGURE 12
,
Estampée rouge: decor a'zones concentriques (type 2)
<:t::RAMIQUE ESTAMP"~E Ill: MAHO!: H()M.\I~ JO,
sur lesquels ont éL(~ tracés des sillons. ù la scie. régulièrement espacés et entre-
croisés.
Les cercles sont quadrillés à angle droit (fig. 10, a et fig. 12, e) ou en losange
(Hg. 12, a). Les carrés sont quadrillés selon des lignes perpendiculaires (Hg. 9, f)
ou en diagonale (fig. \), d, fig. 10, d, fig. Il, d, fig. 12, cet d). Parfois des poinls
sont inscrits dans le quadrillage (fig. H, e et g).
Ce motif se rd rouve il Montroy 1, Ù Poitiers 2, fi [)jemila:1, il Draria ci Achour'
el au Portugal '-'.
f) des mo/ifs oariés résultent souvent d'une évolution des èlérnents précé-
dents. Ainsi, une sorte de trèfle Ù qualre feuilles (fig. \), c, tig. 10, f) n'est qu'une
roselle développée; un triple carré, rempli par cinq petits cercles évoque une
face de dé ù jouer el combine des éléments géométriques simples (lig. 12, h) ;
la juxtaposition circulaire de petits rectangles ressemble il une roue dentée
(fig. 11, il et d). A l'aide d'un simple ébauchoir rectiligne, on peut obtenir des
chevrons (Iig. Il, c) ou des échelles (fig. 13, b) et avec un roseau creux, des est.am-
pages ellipsoïdes (Iig. 12, g). Les losanges (Hg. Il, c) sont faits avec une pièce
dl' hais quatre
à pans, .dont la section est décorée d'incisions.
La dimension de tous ces éléments diffère selon les régions: les plats de
Carthage el d'Algérie sont discrètement décorés de petits motifs qui laissent de
larges espaces vides. Ainsi, les palmes de Djemila mesurent de 30 il :~5 mm,
tandis que celles de Mogador dépassent 50 mm (fig. X, c).
Les décors se combinant loujours selon des thèmes simples, nous avons
t.cn lé de les classer en quelques types de base:
Type Il ; décor à zones concentriques (Hg. 10, Il, 12). Ici, le médaillon corn-
porte deux parties: line zone circulaire centrale dénuée d'ornements ou décorée
de palmettes rayonnantes et une zone marginale, comprise entre deux cercles
FIGURE
décor 13 . f uzère (type 3)
Estampée l'OU",O"e •. . .' a feuilles de .0 '"
CÉRAMIQUE ESTAMPÉE DU MAROC ROMAn, 309
a ,
/
M PON-lICH
FIGURE 14
Estampée rouge: motifs divers, a, C, Lixus ; h, Sala
Chronologie
Le contexte archéolouiquc de la céramique estampée marocaine comprend,
dans chaque gisement, des éléments qui permettent de dater celle-ci avec assez
de précision, Si les inscriptions sont fort rares, les monnaies, par contre, sont
;HO .\ .. JODIN ET M. PONSICII
1 1\1. Ponsich, LI~s lampes romaines NI lerre cuite de la Muurélauie iin qitune, P.S.A.M.,
1;), l!HH, uo t anuueut type IV, p. 105 sq.
:l Un procédé convaincant consiste :1 prendre des empreintes de mot.ils estampés avec
dl' la pàtc il modeler et à les comparer avec des décors de lampes chrétiennes.
:J l'.A. Février, Fouilles dl' Frëius de 1955, Gallia, XIV, 195H, p. 47.
C~RAMIQUE ESTAMP~E DU MAROC ROMAI . 311
a b c
d e f
FIGURE 15
Lampes chrétiennes: éléments de décor semblables Î\ ceux de la céramique estampée:
a,b,c, HIPPONE (d'après E. Maree, Monuments chrétiens d'Hippone, p. 213-214) ; d,
TANGER (nv inv. 22); e, TUNISIE (G. Hannezo, Notes archéologiques sur la Tunisie,
de la lampe antique, Mâcon, 1898, pl. V, nv 41) ; f, TIPASA (J. Baradez, Libyca, II,
1 er sem. 1954, Disque de lampe chrétienne, p. 262, fig. p. 263)
J12 .\. JODl:\" ET M. PO:\"SICH
est un morceau de plat rond peu profond (6 cm) et fond plat; entier, il ne
à
rahal t us, dl' dimensions moins considérables », M. Clerc remarque ensuite que
« ce qu'il y a de plus intéressant dans cette céramique, c'est précisément la
décoration, qui révèle un système parfaitement déterminé, un véritable style
ayant ses sujets, Sl'S habitudes et ses partis pris. « Cette décoration» n'est pas
Iaitc ù la main, mais imprimée il l'aide de cachets ou poinçons qui ont produit
sur la p.rtc encore molle des creux et des reliefs », Los rouelles constituent l'orne-
nu-nt le plus répandu. Mais on trouve aussi des carrés, des cercles concentriques,
des feuilles stylisées et même un cerf. Malgré l'avis de Dèchclctte qui y voyait
1.I.B. DolorL, Ofl. cil. ; ,1. Pages Allurv , Vases de Chostel-sur-Murat (Cantal), Bull. de la
Soc. préh. rrml~'aise, YI r, .1DIO, p. 55-FiR, Hg. 7-R ; A. Guebhard , IVole ail X X X\' /1/"
rapnor! de la Commission d'étude des enceintes préhistorique», n.s. P. F., Y 1J, 1!)J Il, p. :n:!-
'277" :1 lig.
~ A. Blanchct, Actes du Congrès Archéologique de Frunce, elle Session, Bordeaux-
Havnnnc, 1!1:1!),p. 5XR (faux RR5) : " Ces tessons étaient associés il des monnuics dl' l'époque
coustuutlnicnnc. Cette céramique est fine, noire et lustrée et laisse voir des motifs cxtam-
pés ... ».
:11 r. Bolland, 01'. cit., p. 74, Hg. 5:1.
~ .1. Lemaire, Fouilles Il Orlrtui«, GalIia, Xli, 1!154, p. 5(H : « Une céramiqu« noire,
(!t"cor<,l' duu médaillon entouré de palmettes et dans lequel se voient en l'l'eux une croix
et lin quadrupède ù gauehe, peut-être un agneau ... ».
5.1. Dcchclett.e, op, cil.
fi 1\1. Clerc et G. Arnaud d'Agnel, Découuertes arctiëotoqioue« Ii Marseille, \larseille,
1~)()1. Cf p. 17-45, chapitre: Poteries çrlses ci déror estampé,
CI::RAMIQUE ESTAMPÉE Ill- MAfloe RoMAI:'\ 313
des produits du Haut Moyen ,\ge, M. Clerc n'hésite pas à attribuer cette poterie
a u x Ligu res, ù déîau L de toute indication stratigraphique 1.
jusqu'ici inconnue Cil Afrique, alors que les trouvailles de céramique grise sem-
blent plus abondantes l'Il France et en Espagne que la poterie rouge estampée ;
au Maroc, il n'en a dl' découvert que de rares tessons, provenant dl' Lixus ou dl'
Sala (fig. 1G). Trois d'entre eux sonl des bords de plats creux dont les profils
sont identiques ù ceux dl' l'autre catégorie; le marli, horizontal, est limité par
un rebord large, souligné lui-même par une faible rainure ; l'épaisseur des parois
varie dl' 7 ù 12 mm ; la pâte est gris clair, homogène, couverte d'un vernis brun-
noir, brillant. Un autre fragment provient d'un vase ù col vertical, sans rebord.
1)ans les trois premiers cas, le décor couvre le marli. Le premier exemplaire
(fig. W, a) est. orné dl' st ries parallèles groupées par trois et perpendiculaires
au bord du plat. Le second tesson (fig. Hl, il) est décoré dl' rouelles composées
chacu ne dl' cinq cercles conccn lriq ucs, La disposi lion es L identique il celle des
spécimens dl' Marscillc:' où les marlis sont couverts d'ocelles ù stries radiales.
Le troisième fragment de plat est agrémenté de rainures parallèles (fig. Hi, c).
Dans les trois cas, si les estampages ont été faits dans la pâte fraîche, avanl
cuisson, les bords ont été entaillés après coup, l'aide d'une lame aiguisée:
à
Elche ,1 le fond complet d'un plat àpâte grise et il couverte noire, porte une rosace
formée de huit grandes palmes, entre lesquelles sont intercalées des rouelles.
1 l'our la France mérldiouale, J'étude la plus récente est celle de M. Y. et Mme .1.
Higoir : Elénu-n!» IIpporl,'s ,i t'étiutc dl' III céramique grise du Bas-lempire par les l'milles
d'.1 ix-cn-Proncnre, Actes du K:3" Congrès National des Sociétés Savantes, Aix-en-Provence,
1!):ïK (1 !)(iO), p. (iD-KO, 10 fig. contenant une bibliographie abondante sur ce sujet.
M. et Mille Higoir l'appellent siqillé« grise et la considèrent comme une production
locale dl' la sigillée elaire D. Voir aussi pour Marseille; G. Vasseur et Hcpclln , Déconncrtcs
dl' la ccramiuuc cslam pcc (roncllrs et palmettes) dans iui abri sous roche des ennirons dl' "[(11'-
scille, Bull. Soc. Archéol. de Provence, 1!)04, p. K:3-!lO.
~ l'our la céramique dElcho, voir; A. Ramos Fulques Miu,« arcbéotoqico dei termitio
mnuicipol dl' Wc/II: (.\lic([nlc) ; A.I·:.A., XXVI, l!)fi:{, p. :{2:1-35L cr tig. 1:{a (tessons de
la Alcudia d'Elche, céramique wisigothique identique à celle de Lixus), et Mnscu Arquee-
Jogico N ucloual, objet n" 17 K!l1, fond plat ù motif rayonnant.
:l M. Clerc, C. Arnuud d'Agnel, op. cit., p. 16, pl. II, nOS 1, :3, 4, H, 7, 11, 12, 13.
4 Voir note nO 2, Museo Arqueologico Nacional.
314 A. JODIN ET M. PONSICH
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:.-
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FIGURE 16
Céramique estampée grise dite wisigothique
Nous pOU\"OIlS donc constater que le répertoire des motifs décoratifs ne
difTl\n' glll'n' dl' celui dl' la céramique estampée rouge, ù quelques détails près.
1rans cd le dernièrt-, le marli est généralement dépourvu de décoration.
1.a r-hronolouic précise dl' Cl'S productions n'est pas aisée, mais il est incon-
l csl a hlc qu'elles sont issues directement cie la céramique estampée rouge, donl
elles ont l'tl' un certain temps contemporaines (fig. 7) 1.
***
La cl'r:lIllique cstumpé« du Maroc, rouge ou grise, sc caractérise donc par
la run-Lè dl' motifs autres que géométriqucs, par la grande dimension
dl' la surface décorée el des estampages et par l'unité d'inspiration de ses thèmes.
Il l'sI dillicile d'r-n connaître l'origine exacte. Aucun four ni aucun atelier dl'
cd Il' epoque nnnl pli Nrl' retrouvés sur le sol marocain; mais, d'après ce que
IlOUS S<1\"OIlSdl' l'Espagne, il est presque certain que c'est vers la Péninsule
iberique que nous devons tourner nos regards el que c'est de là que nous viendra
la solu t.iou du problèm« : la carle des gisements de l'occident romain (Iig. 1)
est éloqucutc il cet l'gard.
PLANCHE 1
Céramique estampée provenant de Lixus
CÉRAMIQUE ESTAMPÉE D . MAROC ROMAIN 31ï
LlXUS
MOGADOR
TAMUDA
o j 5eH
L.......! !
PLANCHE II
Céramique estampée provenant de Lixus, Mogador, Tamuda
318 A. JODIN ET M. PONSICH
AD M[!lCURI
SUIAR
LlXUS
o
•.....•
l SeM
·1
PLANCHE III
Céramique estampée provenant d'Ad Mercuri, Volubilis, Ksar Srir, El Benian, Suiar, Lixus