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A. Jodin - M - Ponsich

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~ ~

LA CERAMIQUE ESTA~IPEE DU MAROC ROMAIN

PAR

I\I'\])H~: JOnIN et MICIIEL PONSICH

La céramique romaine du Bas-Empire reste assez mal connue. La poterie


décorée à la molette du Nord de la Gaule a fait l'objet d'une étude appro-
fondie de la part de G. Chcnèt 1, mais les productions des autres parties du monde
romain, contemporaines de cette dernière, sont restées généralement en dehors
des préoccupa Lions des chercheurs.
L'accord même n'est pas fait sur son appellation. La céramique rouge du
IVe siècle est traditionnellement qualifiée d'africaine parce qu'un certain nombre
d'exemplaires onl été retrouvés en Afrique, et plus particulièrement à Carthage:
cela ne signifie pas nécessairement, nous le verrons plus loin, qu'elle ait été
fabriquée sur les rives méridionales de la Méditerranée. Par ailleurs, la cérami-
que grise qui lui succède se voit accoler souvent l'épithète de wisigothique bien
que son apparition sail très antérieure à l'arrivée des Wisigoths en Gaule et en
Espagne. Notons enfin que, par son décor comme par son contexte, la céramique
rouge du IVe siècle est considérée, à juste raison comme paléochrétienne.
Dans une communication au Ive Congrès Archéologique du Sud Est, à
Elche 2, P. de Salol Salellas a effectué une première synthèse de celte céramique
estampée pour le territoire espagnol et nous nous référerons souvent à lui.
Etant donné la centralisation des colleclions archéologiques du Maroc et les
facilités de travail que cela implique, il nous a paru intéressant d'établir un
corpus typologique aussi complet que possible dc tous les échantillons de céra-
mique tardive trouvés jusqu'à présent en Maurétanie tingitanc 3.

1 G. Chenet, La céramique gallo-romaine d'Argonnc du Ive siècle ci la Terre Sigillée


décorée à la molet!e, Mâcon, 1941.
2 P. de Palol Salellas, La ceramica csiampada romano-cristiana, Cronica del IV Con-
greso Arqueologico deI Sudeste Espanol, Elche, 1948, p. 450-469 ; id., Ceramica esiampada
palcocrisiiana, 1 Congreso arqueologico dei Marruecos Espafiol, Tetuan, 1954, p. 431-4:~4.
3 Nous reconnaissons volontiers le caractère provisoire et imparfait de nos conclusions
car, à part celle de P. de Palol, les synthèses sont encore à faire et nous manquons souvent
de termes de comparaison.
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• MOGAbOP.
FIGURE 1
La céramique estampée en Méditerranée occidentale
Cl::HAMIQlTE ESTAMP'~E DU MAHOt: HOMAIN 280

Hares sont les vases intacts ou complets. Mais les exemplaires présentant
un profil typique et tous les décors dignes de remarque ont été pris en considé-
ration.
La répartition de cette céramique ne correspond pas, en fait, aux limites de
la province, postérieures au repli ordonné par Dioclétien en 2R4-285. En effet,
les habitants des cités évacuées par les garnisons romaines continuent à utiliser
les produits d'importation, tout comme le christianisme restera leur religion
jusqu'à l'arrivée des cavaliers de Sidi Okba : nous cn avons des preuves tangibles
et cc n'est pas Il' moindre enseignement que l'on peut tirer de l'étude de cette
poterie, car non seulement les sites de Volubilis, mais aussi ceux de Sala et de
Mogador, conservent dans leur sol des échantillons de céramique paléochrétienne.
Au nord de la frontière de Dioclétien, les cités de J .ixus, Tamuda et Ad Mcrcuri
en sont, comme il se doit, abondamment pourvues. La datation est d'ailleurs
parfailement assurée par les monnaies et notamment celles du règne de Cons-
tantin, ainsi que par les lampes chrétiennes: dans le seul gisement de Mogador,
une quarantaine de « petits bronzes » de Constantin et de ses successeurs ont été
retrouvés en même temps que la céramique rouge à décor estampé. A Lixus,
on la rencontre aussi avec des monnaies de Constantin ou des lampes à huile en
terre cuite décorées du chrisme. On peut donc considérer que le Maroc romain
presque entier a connu cette céramique tardive.
Parlant du Maroc de la lin du Ille siècle, IVr. J. Carcopino 1 reconnaît que
« nous abordons ici une histoire sans paroles. Mais il y a les faits ... », Ce sont ces
faits que nous essaierons de faire parler il l'aide du meilleur « fossile » archéolo-
gique qui soit, c'est-à-dire la céramique.
A la suite de ses fouilles de Vintimille 2, N. Lamboglia a proposé une classi-
fication chronologique de la céramique romaine, fondée sur la stratigraphie du
terrain et l'étude du contexte archéologique :3.
1I est possible de la suivre au Maroc. Presque tous les gisements onl fourni
des séries complètes allant de la campanienne A à la sigillée claire n. A Tamuda,
ont été recueillis de beaux plats complets, à reliefs d'applique de l'époque Sévé-
rien ne ; puis apparaissent des spécimens sans décor, à marli plat, mais dont la

Carcopino, Le Maroc antique, 13e éd., Paris, 1948, p. 2:32.


1 J.

N. Lamboglia, Gli seaui di Albintimilium e la cronoloçia della ceramica romi/nl!.


2
Campagne di scauo 1038-1940, Hordighera, 1050 ; id., Terra siqillata chiara, Rev. Ingauna e
Intemelia, VII, 1, 1941.
3 N. Lamboglia a pu distinguer dans cette céramique quatre types différents corres-
pondant f\ une suite évolutive: la sigillée claire A est contemporaine des produits de la
Graufesenque, la catégorie 13 conserve encore quelques profils de cette dernière, le type C
correspond aux fabrications de l'époque des Sévères. Quant à la sigillée claire D, elle est
contemporaine des débuts de la céramique chrétienne et elle est répandue dans les gisements
datés de la première moitié du IVe siècle.
290 A. JOnI1\: ET M.' PONSICH

face inférieure porte de larges entailles sur son pourtour, alternant avec des
enfoncements qui semblent faits au poinçon (fig. 6, a) : on peut classer ces vases
dans la catégorie D de la sigillée claire et même dans la phase de transition avec

TANGnrO~~)"iLJ(~AR ~nl1l.
l'.LBf.NIA~ i
AbMEUCUtll _ ~AMUDA
"eSU1AU
L IXUS • TAlIf.llNA'E:

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o SIGIUU. CLAIQt. n
(j) :lIGILLE.E. UAIII.l<
f.!IoTA"PE~ QOUGoB
E:lTA"P"f~ C>1l'1>E.

FIGURE 2
La céramique estampée au Maroc

la céramique estampée. D'autres plats (pl. III, El Benian) portent à l'intérieur


un décor estampé régulier, obtenu à l'aide d'une molette de potier. Ce type de
poterie n'est pas rare au Maroc et a été retrouvé notamment à Volubilis, Lixus,
Tamuda, Sala et Mogador.
A la même époque, les profils de la sigillée. claire D ne sont pas très variés;
on remarque surtout des jattes atteignant parfois plus de 30 cm de diamètre et
des plats d'assez grandes dimensions. Les différentes figures présentées ici illus-
CÉRAMIQUE ESTAMPÉE DU MAROC ROMAIN 291

trent, mieux qu'une longue description, les caractéristiques essentielles de cette


céramique. On peut distinguer trois type principaux: les jattes à large rebord
en crochet (fig. 4), les plats à profil caréné (fig. 5) et ceux à marli horizontal
(fig. 6).

~ENSITE nE
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FIGURE 3
Graphique quantitatif des gisements du Maroc

Il n'était pas inutile, croyons-nous, d'insister sur ces points, car il s'agit
des antécédents immédiats de la céramique estampée constantinienne, objet de
cette étude: rien n'est plus frappant que la similitude des profils de plats à
marli horizontal (fig. 6, b) appartenant à la fois à la sigillée claire D et à l'estampée.

1- LA CÉRAMIQUE ESTAMPÉE ROUGE

1 -- RÉPARTITION GÉOGRAPHIQUE

Avant d'aborder l'étude de la céramique estampée du Maroc, il est bon


d'examiner rapidement les principales trouvailles faites dans les diverses régions
du monde romain. Nous avons vu que la qualification d'africaine vient de ce que
les découvertes faites à Carthage et alentour ont reçu une meilleure publicité
qu'ailleurs. Le P. Delattre la signale dès 18881 et il en compte à cette époque

1 A. L. Delattre, Sujets chrétiens figurés sur le fond intérieur de vases de belle poterie
rouge trouvés à Carthage, Revue de l'Art chrétien, 1888, VI, p. 219-223.
292 A. JODIN ET M. PO"SICH

\
\
\

FIGURE 4
Sigillée claire D : profils en crochet
CÉRAMIQUE ESTAMPÉE DU MAROC ROMAIN 293

72 fragments, chiffre porté à plus de 100 en 18991 ; en 1897, P. Gauckler dénom-


bre à Oudna, dans les déblais des thermes {(plus de 300 estampilles entières,
sur fond de plats et de patères sans compter d'innombrables tessons plus ou
moins endommagés» 2. Malgré cette abondance, Cagnat et Chapot n'accordent
guère que quelques lignes à cette production 3, mais A. Audollent 4 dans Carthage
romaine étudie en 1901 les plats et vases chrétiens: {(Parmi les autres terres
cuites, ... on rencontre des plats d'un travail plus fin, presque toujours en terre
rouge, tantôt nus, tantôt décorés de figures allégoriques. Ces derniers ont été
exécutés et possédés par des chrétiens car les emblèmes qu'on y a imprimés en
creux sont la croix seule ou répétée plusieurs fois» ; Audollent se demande si
toutes ces pièces de céramique déterrées à Carthage sont d'origine ou de fabrica-
tion carthaginoise et il ajoute: {(Le P. Delattre, qui a dressé de longues listes
de signatures attribue encore à l'Afrique» celles qui se composent d'un seul nom
inscrit en entier sur deux lignes dans une empreinte rectangulaire ... » Il est fort
à craindre que le P. Delattre n'ait pris la poterie d'Arezzo pour de la céramique

1
~-------_.. ~
~•....

FIGURE 5
Sigillée claire D : profils carénés

1 A.L. Delattre, Musée Lavigerie de Saint-Louis de Carthage, Paris, 1899.


2 P. Gauckler, Rapport épigraphique sur les découvertes archéologiques en Tunisie,
B.C.T.H., 1897, p. 456.
3 R. Cagnat et V. Chapot, Manuel d'Archéologie romaine, II, 1920, p. 460 : « Les vases
estampés ne sont pas moins modestes de prétentions; les enjolivements produits par l'ap-
position, sur la pâte encore fraîche de poinçons gravés ne sont guère que des lignes ou
des points d'une grande monotonie. Au surplus, ces articles que Déchelette a pu dater
pour la plupart du Ve s. sont à peine de l'époque romaine )J.
4 A. Audollent, Carthage romaine, Bib. des Ecoles Fr. d'Athènes et de Rome, Paris
1901, cf p. 671.
294 A. JODIN ET M. PONSICH

FIGUHE 6
. Sigilée clair~ D : marli horizontal
Ci-~HAl\lIQl'F ESTAMI'J::E ne MAHoe HOMAI!\"

chrétienne. cc qui ne résout nullement le problème. I( Toutefois - continue


Audollcnt , il ne restreint pas à la capitale ce mode d'estampilles, il parle dl'
l'industrie africaine en général. .. », Et l'auteur pense que si la poterie a été
importée durant les premiers siècles, l'industrie céramique fut plus spécialement
indigène ù partir du IVe siècle, « car les larges bords surchargés d'ornements
des lampes décèlent un travail africain », Il est inutile de souligner la faiblesse
dl' cd argument.
l ,a même incertitude règne chez Dom Leclercq 1 : ,( Si la terre cuite, dit-il,
tient lin rang honorable dans l'archéologie chrétienne, la céramique y est peu
ou mal représentée ... Instruments culinaires, plats en terre cuite, lampes, moules
suivent la pente d'universelle décadence. La fine terre rouge qui servait autre-
fois, [aiL place ù une argile pâteuse de teinte indécise, jaunâtre, tiranl sur le
gris el les produits de cette industrie misérable sont désormais barbouillés d'un
vernis gluant el épais, sorte de barbotine à peu près incolore, qui have el coule
dl' manière Ù offrir l'aspect le plus désobligeant ». Ce jugement sévère est tempéré
cependant par un article ultérieur 2 : « L'Afrique du Nord a fourni un certain
nombre dl' plats, g(~néralemenL des fragments, qui n'ont rien à envier, quant à la
Iahrication, aux produits romains ». Il est diflicile de reprocher à ces chercheurs,
par ailleurs si bien informés, une incompélence cèramologiquc quasi universelle
:1 leur époque où, seule, la fouille monumentale complait :1. Mais l'étude de celle
céramique a pris récemment un intérêt nouveau avee les belles trouvailles de
(;. Camps dans la nécropole de Draria el Achour :' et de Mlle Y. Allais à Djemila .>,
Les deux auteurs en font une étude typologique sérieuse et s'efforcent de remettre
un peu d'ordre clans un secteur si longtemps négligé.
Par un dl' ces paradoxes dont l'archéologie est coutumière, les Italiens n'ont
encore fourni que dl' rares études sur la céramique estampée du IVe siècle donl
leur pays est certainement très riche. Par contre, la carte de la Péninsule ibé-
rique se couvre de noms de gisements paléochrétiens (Hg. 1) : cela est dû, pour
une grande part. ù la solide élude dl' P. de Palol Salellas 6 déjà citée. Nous rcpre-

1 DUJll Lcclercq, Dict. dArchéol, Chrétienne, Il,2, p. :~271, art. Cératniquc; id, Monnet
a'. \ ['(·III'of.Chrétienne, II, Paris, HW7, cf Chap. X l la terre cuite, § VI, p. 5:~O.
~ 1) o III Leclcrcq, Dict. ri' A rchéol, Chrétienne, XI\', 1, p. 1175, art. l'laI
;J Dom Leclercq, Op. ci!., art. Céramique: " Au Bas-Empire, la céramique servait surtout
il la constructlon des édifices. l r'autres prodult s con tlnuaicut ,\ sortir des lahrtqucs dl'
poterie, mais d'un prix. si bas, d'un usage si humble, d'une fabrication si négligée qu'on
n'a gUl're songé les épargner
à lorsque le hasard d'une fouille en a ramené quelques-uns
Ù la su dace du sol »,
1 G. Camps, La nécropole de Draria el Achour, Libyca, Ill, Hl;)!), p. 2:2ri-2l)~1.
5 Y. Allais, No/es sur quelques tessons de Dicmila, Lihycn, V, Hl;)7, p. :l7-42.
l'. dl' l'aloi Sulellas, op. cit., Voir aussi:
(i H. Zeiss, Spütro/llÎs('hr stcmpetoezlertc
Kcramik OIIS Pnrltujal und Spanien, Homenagem a Martin Surmcnto, Guhnaraes, t u:n,
p. 'H)ï. . ..
A .. JODl!,; ET M. PONSICH

lions son terme de céramique estampée comme étant le plus logique et prêtant le
moins ù confusion. Selon lui, les abondantes trouvailles faites dans la Péninsule
proviennent en grand majorité du Levant et du Sud-Est. Les pàtes et les vernis
rosés sont plus fréquents que les vernis orangés brillants; la décoration est très
uniforme et l'ornementation estampée pure prédomine: les motifs à palmettes
triangulaires, les divers types de cercles, les carrés formant damier, combinés de
diverses façons, sont très courants; enfin le chrisme et la colombe ont été t.rouvés
aux Baléares el Ampurias. Tarragone a fourni de très abondanls fragments de
à

cette céramique: l'ouest de la crypte de la basilique ont été découverts de


à

nombreux plats, dont plus de la moitié sont en céramique rouge, décorés d'une
rosace centrale formée de palmettes. A Elche, on a recueilli des fragments de
plat rouge avec palmettes et cercles concentriques; l'un des tessons porte un
chrisme. Les fouilles de Belo (Province de Cadix) 1 ont donné notamment le
centre d'un plat avec une étoile de palmettes, des cercles et un fond avec cercles
concentriques. Au Portugal 2 dans le site de Condeixa-a-Velha, on a mis au jour
un fragment de plat rouge avec une étoile il six pointes formée par des palmettes
entre lesquelles sont inclus des cercles, et en Algarve, un plat avec chrisme estampé
el, deux paons disposés symétriquement. A Lagos, un fragment de plat à étoile
de palmes circonscrites dans line zone de carrés en damiers. Pour la Péninsule
entière, P. de Palol cite une trentaine de gisements et l'on peut être assuré que
la liste est loin d'être close.
Dans les limites de l'ancienne Gaule, les trouvailles semblent n'être pas
moins nombreuses. G. Gaudron a donné récemment 3 une bibliographie concer-
nant la céramique wisigothique, où nous voyons que, dès 186n à Nantes et en
1876 il Bordeaux, l'on s'intéressait à la céramique estampée des IVe ct Ve
siècles. Dclort ·1 lit, au débu t de ce siècle, des recherches qui montrèrent l'impor-
tance de cette poterie du Bas-Empire en Auvergne. « A cette époque du déclin

1 P. Paris, G. Bonsor R. Ricard, A. Laumonier, C. de Mergclina, Fouilles de Belo


(Bolonia, Province de Cadix) 1917-1921, Rib. de l'Institut des Hautes Etudes Hispani-
ques, Bordeaux, 1923, Cf Tome II, La Nécropole, p. 181, fig. 95.
2 Pour le Portugal, on peut citer: A. Vian a, O. de Vciga Ferreira, Ceramique de l.aqo«
(lllgarllc), A.E.A., XXVI, 195:~, p. 11:1-138. Cf planche II, nO 25 (inv. îrag. na 1:{55).
A. Dias de Deus, Pc H. da Silva Louro, A. Viana, Apontamento de eslaçaoes roman.as
l' oisiçoticas du reqiao de El/Jas (Portugal), III Congreso Nacional de Arqueologia, Gnlicia,
1 \):'i:~ (Zaragoza, 1955), p. 568, :")78, cr pl. I, n" 1. Voir aussi au Musée Leite dc Yasconcellos,
objet Il'' 50 227 (Torre de Palma, Monforte, Alentejo) grand plat orné de (j palmettes
rayonnantes et rouelles, avec rainures sur la face intérieure du plat; et objet nv 50 980,
même origine, fragment de palme; voir aussi plusieurs tessons provcnant de Mertola.
3 G. Gaudron, Symbolisme du Cerf dans l'Antiquité, Congrès Préhistorique de France
C.r. de la XV" session, Poitiers-Angoulême, 1956 : voir p. 521, note 2.
4 J.B. Delort , Happart sur les fouilles de Chastel-sur-Murat (Cantal), Congrès de l'Asso-
ciation Françaisc pour l'Avancement des Sciences, c.r, de la XXX Ill" session, Grenoble,
1!)()4, p. 1140.
CÉRAMIQUE ESTAMPÉE DU MAROC ROMAIN 297

de la domination romaine, dit-il, il convient de rapporter les divers fragments


couverts de motifs en creux, parmi lesquels dominent la feuille de fougère et
l'ornementation rosacée. Celle-ci est constituée par deux petites circonférences

1
1
1
200 l!.50 350 400
450

SIGILLE"- CLAII!'E. D
Al81NrtHILIUN

t.:>TAIdPH. l1.0UG"f.
ALTAVA

f.!:>TAMl'El:. G1HSE.
LIXUS

FIGURE 7
Evolution chronologique de la céramique du Bas-Empire

concentriques formant fleuron et une suite de folioles en bâtonnets rayonnant sur


la périphérie ». Et il cite les stations de Chalinargues, St-Flour et Chastel-sur-
Murat, comme lui ayant fourni de la « poterie rosacée» (fig. 1). Déchelette 1
publie à la même époque son étude sur les vases ornés de la Gaule romaine. Il
note la présence de céramique rouge estampée à Marseille, Arles et Narbonne,
notamment. Les mêmes décors se retrouvent dans chaque site. Le Musée de
Narbonne en possède de bons exemplaires. Enfin, les fouilles de Glanum et de
St-Blaise 2 ont fourni à M. H. Rolland d'abondantes récoltes de tessons rouges
estampés, ainsi que de la poterie grise wisigothique.
La céramique tardive d'Argonne 3 se différencie de la nôtre par son décor
à la molette. Son domaine s'étend, au sud, jusqu'à la vallée de la Loire et jus-
qu'à Lyon où il semble qu'on puisse de même, sans trop d'erreur, fixer la limite
septentrionale d'expansion de l'estampée rouge, ci-devant africaine (fig. 1).
Ce long préambule n'était sans doute pas inutile pour essayer de dégager
les traits essentiels de la céramique estampée: les éléments dispersés à travers le
monde romain sont trop rarement signalés pour ne pas être tous pris en considé-
ration.
** *
Presque tous les gisements classiques de Maurétanie tingitane (fig. 2) ont
fourni des tessons ou des plats entiers de céramique estampée rouge du IVe

1.f. Déchelette. Les vases céramiques ornés de la Gaule Romaine, Paris, 1904, II, voir
p. 327-334, § 5. Vases estampés.
2 H. Rolland, Fouilles de Saint-Biaise, 1951-1956, VIle sup. à Gallia, 1956, p. 72-75.
3 G. Chenet, op. cil.
208 A. JODIN ET M . PONSICH

FIGUR 8
E stampéc roua"De . décorE rayonnant (ty pe 1)
CERAMIjJUE ESTAMPÉE DU MAROC ROMAIN 299

siècle, et cela ne fut pas le moindre sujet de surprise lorsque nous avons entrepris
cette étude. Seuls, deux diocèses antiques sont connus au Maroc, Tanger et
Lixus, et il ne semblait pas qu'on puisse retrouver quelque trace de poterie
chrétienne en dehors des limites de la Diocoesis H ispaniarum. Mais il est
aujourd'hui avéré que des relations ont longtemps subsisté entre le ord et les
territoires du Sud du Loukkos.
Les fouilles effectuées en 1930 sur l'emplacement de l'ancienne Sala par
M. Borély, avaient fourni des tessons de céramique estampée restés inédits 1.
En 1950, M. Koeberlé recueillit à Mogador divers fragments de poterie dont
certains fonds de plat décorés de motifs estampés. Dans la suite, d'autres exem-
plaires en furent retrouvés lors des fouilles entreprises par le Service des Antiqui-
tés: leur date ne pouvait faire de doute, car le site de Mogador a livré en même
temps de nombreuses monnaies de Constantin, de Constance II, etc.
A Volubilis, on peut mentionner des plats sans décor, à marli horizontal,
et quelques fragments de plats rouges estampés; la céramique tardive y est
rare, mais non inexistante. Les sites de Banasa et de Thamusida n'ont encore
donné que de la sigillée claire C, contemporaine des Sévères. Ce sont surtout des
stations côtières, accessibles par la mer, qui ont été fréquentées par les porteurs
de cette céramique, postérieurement au retrait de l'administration impériale.
La majorité des trouvailles a été faite dans le nord du pays 2. Le sol de
Lixus a permis de recueillir la documentation la plus abondante; Tamuda 3 est
un autre centre important, avec sa forteresse et sa nécropole du Bas-Empire.
Les sites intermédiaires d'Ad Mercuri, Suiar, El Benian, ont aussi apporté
leur contingent de céramique estampée. Au bord de la mer, le gisement d'Al-
cazarseguer a révélé plusieurs pièces dont un beau fragment à large décor. Seule,
Tanger pose un problème irritant: principale ville de la Tingitane, riche en
souvenirs de l'époque chrétienne, son sol n'a pas encore livré un seul tesson de
céramique tardive estampée, si ce n'est peut-être au hasard des travaux de
construction ou d'urbanisme, auquel cas les objets exhumés ont été dispersés.
Nous avons vu pourtant que la ville de Belo, de l'autre côté du détroit de Gi-
braltar qui a tant de rapports avec Tanger, a donné plusieurs beaux fragments
identiques à ceux de Lixus ou de Tamuda.

1Nous tenons à exprimer nos vifs remerciements à M.. Jean Boube, Conservateur du
Musée de Rabat, qui a bien voulu nous confier ces tessons pour étude.
2 Nous remercions également M. Miquel Tarradell qui a mis notre disposition les
à

tessons des divers gisements de la zone Nord du Maroc et une abondante documentation
sur les trouvailles espagnoles.
3 P. Quintero Atauri, Excavaciones en Tamuâa, Mémoire nv 5, Junta Superior de
Monumentos Historicos y Artisticos, Larache, 1942.
300 A. JOnIN ET M. PONSICH

FIGURF. !)
Estampée rouge; décor rayonnant (type 1)
CÉHAl\lIQUE ESTAMPl,E DU MAHoe HOMAI]\; :~() 1

2 - ESSAI DE TYPOLOGIE

Nous avons déjà comparé les profils de la sigillée claire et de la céramique


estampée rouge. Le décor estampé se trouve généralement dans le médaillon
central du plat. On pourrait peut-être, selon la différence des profils et des thèmes,
déceler des types propres il des ateliers distincts; mais, faute de recherches suffi-
santes, il n'est pas possible, pour le moment, de localiser ces ateliers.
Les dimensions sont assez variables et il est intéressant de les comparer.
Si l'épaisseur des plats trouvés au Maroc est de 2 à 4 mm, le type 1 de Mlle
Allais l a de 4- à [) mm, son type II de 4 à 7 mm. Le diamètre des plats varie
dans d'assez grandes proportions. Nous comparerons les dimensions des plats
marocains avec ceux d'autres régions du monde romain:

Dimensions de quelques plats estampés


O~~ ~mè~ Hauteur
Tamuda 2 275 mm 27 mm
4 295 mm 25 mm
Draria 1. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 408 mm
Djemila 5 180 mm 15 mm
6 200 mm 13 mm
13 180 mm
Tipasa ...................... 390 mm
Carthage ...................... 420 mm
2 410 mm
Chastel
S IMurat . 380 mm
Moulinas (grise) . 310 mm
Montroy (Villaricos) . 515 mm
La pâte des plats estampés est extrêmement homogène, sans dégraissant
visible et très cuite. En effet, sa sonorité comme sa dureté dépassent celles de
la céramique sigillée, sa couleur rouge indique un très haut degré de cuisson
(environ l 000°) et une oxydation complète. On ne peut la comparer qu'à la
tuile mécanique moderne, pour la couleur comme pour la sonorité. Ces carac-
tères différencient beaucoup les plats estampés des oenochoés ou de la vaisselle
courante de même époque, à pâte jaune ou beige pâle. Alors que la sigillée
claire est généralement enduite d'un engobe orangé, la poterie estampée du
1Ve s. se présente sans aucune couverte, la dureté de sa pâte dispensant de la
protéger sous un épiderme quelconque, vernis ou glaçure. C'est pourquoi ces
plats ont toujours un aspect assez mat et un contact légèrement rugueux.

l Y. Allais, op. cil., p. 42, Hg. ,1 à 6, et Hg. 11 à 13.


302 A. JODIN ET M. PONSICH

M. "ON~/CN
d

FIGURE 10
Estampée rouge: décor à zones concentriques (type 2)
CÉRAMIQUE ESTAMPÉE DU MAROC R01VIAli'\

Le décor

La caractéristique essentielle de cette céramique est évidemment son décor.


Le plat était agrémenté de cannelures périphériques et de cercles concentriques
disposés sur le fond même du récipient; puis le médaillon central, dans certains
cas dépourvu de toute ornementation, était le plus souvent recouvert de motifs
estampés. Le poinçon ou la matrice étaient enfoncés assez profondément dans la
pâte encore fraîche; il se composaient de pièces de bois, d'os ou de métal:
on connaît les molettes métalliques qui servirent à l'ornementation des céra-
miques d'Argonne; des pièces en bronze, très semblables, ont dû servir aux
fabricants de poterie estampée; mais on imagine fort bien que des cylindres ou
des cubes d'os ou de bois dur dont l'une des extrémités a été travaillée à la scie
ou à la lime, puissent donner par estampage des motifs géométriques tels que
des cercles ou des carrés quadrillés (fig. 9 et 10). De même, l'utilisation du compas
donne des rouelles à cercles multiples, des rosettes et des marguerites (fig. 10,
b, c, d).
La plupart des provinces romaines connaissent la céramique à motifs
figurés: personnages, scènes, animaux. A Carthage, le P. Delattre a remarqué
le motif de la croix latine surmontée d'une colombe tournée à droite ou à gauche 1;
Audollent 2 signale « la croix seule ou répétée plusieurs fois ou encore surmontée
de l'agneau, de la colombe, du poisson, de l'orante, du pêcheur » ; à Tipasa, le
centre d'un plat est occupé par ((deux personnages estampés » 3. P. Gauckler 4 a
noté qu'à Oudna « les estampilles ont un caractère chrétien nettement accusé.
Elles représentent le chrisme avec la boucle tournée tantôt à droite, tantôt à
gauche ... les diverses formes de la croix ... dix types différents de colombes », etc.
A Djemila 5 on trouve des ((colombes ou poissons uniformément répétés dans
la bande circulaire qui entoure le fond du plat ».
Une série espagnole abondante est celle que L. Siret a recueillie sur le site
de Montroy, près de Villaricos 6. Quelques figures sont géométriques mais beau-
coup représentent des scènes ou des symboles chrétiens; l'un des tessons figure
la partie droite d'un personnage qui lève la main en signe d'oraison, cette atti-
tude étant identique à celle décrite sur un fragment de Carthage; des plats
sont décorés de lièvres courant et de dauphins. Il est inutile de rappeler que tous
ces symboles se retrouvent sur les lampes chrétiennes.

1 A. L. Delattre, Sujets chrétiens ... , 10 337, nv 2.


2 A. Audollent, op. cil., p. 671.
3 Dom Leclercq, op. cit., Article Plal, XIV, 1, p. 1175.
4 P. Glauck ler, op. cil., pl. VIII et IX.
5 Y. Allais, op. cil., p. 41 et fig. n" 19.
6 L. Siret, Villaricos!J Herrerias, Memorias de la Real Acad emia de la Historia, XIV,
1909. Cf p. 4:19, pl. XXVIII et XXIX.
304 A. JODlN ET M. PONSICH

FIGURE 11
Estampée J'ouge: décor à zones concentriques (type 2)
Cependant, dans l'inventaire des décors estampés marocains, on ne trouve
que de rares tessons portant ces décors figurés (fig. Il, c). La croix a étt' retrouvée
sur des t essous dont l'un vient de Lixus (fig. 1f, a et pl. Ill) leL d'autres dl' Sala
(fig. lt, h et pl. II 1) ; un fragment, de Lixus (fig. 11, c el pl. 1Il) rcpréscn Il' un
petit animal, sans doute un bélier, estampé sur le bord d'un plat. Chacune des
croix ornait Il' médaillon central d'un plat. entouré de plusieurs cercles conccn-
triques ; la pàte dl' celui de 1.ixus est orangée, celle des exemplaires dl' Sala
est. rouge brique; on peut les rapprocher, comme aspect et comme dimensions,
de la croix figurée sur un tesson dl' Montroy ~. Le bélier ne peut se comparer
qu'an dauphin et au lièvre estampés sur des hords dl' plats :\ découverts dans le
même gisemenl.
Il existe au contraire des constantes certaines dans les figures gl'ométriques
estampées el dans leur ordonnance. Les éléments sont très variés el nous nous
contenterons dl' décrire les principaux d'entre eux:
a) lu palnu: tient une place importante: d'une nervure centrale, simple Olt
double, partent deux rangées symétriques dl' foliolcs. Presque tous les giselllents
marocains onl fourni des plats décorés de ce motif. Sur des tessons dl' Mogador
el dl' Lixus, ses dimensions sont telles que la longueur de la nervure centrale est
égak, ou presque, au rayon du médaillon circulaire formé par le fond du plat
(fig. X, a et ~l. a). Celte longueur varie dl' 7 mm Ù :>:3 mm el la largeur, dl' l) ù
21 mm.
il) /11 [cuille dl' IO/lf/àl' est un estampage étroit el allongé, cxécut« au lIIoyl'n
d'un hâl onnct strie, qui dérive dl' la palme etalee (fig. 1:~); ce motif scmhlc
plus récent que le préccdcnt , car on le retrouve sur la poterie grise. On remarque
tantôt un simple registre dl' traits parallèles, en échelle (fig. 1:3, d el g) Lantùl
deu x registres syrnèt riques, a III our d'une nervure l'l'Il trale (fig. 1:3, a, h, c, l', f)
ce qui donne réellement l'impression d'une feuille dl' Iougèrc ou d'une an\ll' dl'
poisson.
l') /1'8 rouelles sont obtenues à l'aide d'une matrice ronde sur laquelle des
cercles concentriques ont dé tracés au compas, en nombre plus ou moins grand.
selon une disposition variée (fig. X, a ; 10, C ; 11, a). Ces motifs sont parfois
agrement cs, sur leur pourtour, de petits traits irradiés (fig. X, b et l'). La rouelle se
rencontre sur des tessons dl' Belo, cil' Carthage, de Draria el Achour, dl' Djemila.
d) La rosel/l', évolut ion du type précédent, se présente sous diverses formes
rappelant toujours une fleur aux pétales l'talés: rose (fig. 0, h) ou pàqucrct te
(fig. X, d l'le; fig, n, a ; fig. 10, h et l' ; fig. 1:3, e).
l') les tnoti]« quadrillés ont pu être obtenus ù l'aide de cylindres ou dl' cubes,

1 Cc u-sson a pté pllhli(' par :'Il. H. 'l'houveuot : Les ori qines chrétiennes l'II Xl uurctunie
ii nqitunc, B.S.G.A.O., lD:~5, p. :~l,I, Hg. :~.
~L. Siret, /If!. cit., pl. XX\"III, n" 2.
:J l b ùl ., pl. XXVIII Il''- ï Pt ~l.

~l
306 A. ,JOOI1'\. ET
.• M , POKSICH

9
/ h

FIGURE 12
,
Estampée rouge: decor a'zones concentriques (type 2)
<:t::RAMIQUE ESTAMP"~E Ill: MAHO!: H()M.\I~ JO,

sur lesquels ont éL(~ tracés des sillons. ù la scie. régulièrement espacés et entre-
croisés.
Les cercles sont quadrillés à angle droit (fig. 10, a et fig. 12, e) ou en losange
(Hg. 12, a). Les carrés sont quadrillés selon des lignes perpendiculaires (Hg. 9, f)
ou en diagonale (fig. \), d, fig. 10, d, fig. Il, d, fig. 12, cet d). Parfois des poinls
sont inscrits dans le quadrillage (fig. H, e et g).
Ce motif se rd rouve il Montroy 1, Ù Poitiers 2, fi [)jemila:1, il Draria ci Achour'
el au Portugal '-'.
f) des mo/ifs oariés résultent souvent d'une évolution des èlérnents précé-
dents. Ainsi, une sorte de trèfle Ù qualre feuilles (fig. \), c, tig. 10, f) n'est qu'une
roselle développée; un triple carré, rempli par cinq petits cercles évoque une
face de dé ù jouer el combine des éléments géométriques simples (lig. 12, h) ;
la juxtaposition circulaire de petits rectangles ressemble il une roue dentée
(fig. 11, il et d). A l'aide d'un simple ébauchoir rectiligne, on peut obtenir des
chevrons (Iig. Il, c) ou des échelles (fig. 13, b) et avec un roseau creux, des est.am-
pages ellipsoïdes (Iig. 12, g). Les losanges (Hg. Il, c) sont faits avec une pièce
dl' hais quatre
à pans, .dont la section est décorée d'incisions.
La dimension de tous ces éléments diffère selon les régions: les plats de
Carthage el d'Algérie sont discrètement décorés de petits motifs qui laissent de
larges espaces vides. Ainsi, les palmes de Djemila mesurent de 30 il :~5 mm,
tandis que celles de Mogador dépassent 50 mm (fig. X, c).
Les décors se combinant loujours selon des thèmes simples, nous avons
t.cn lé de les classer en quelques types de base:

Type 1 ; décor « rayonnant» (lig. X et 9) : les éléments rayonnant sont ici


des palmes qui, partant du centre du médaillon, vont jusqu'au cercle extérieur;
le dessin ressemble ù une étoile ou il une roue à rayons multiples (le nv a de la
figure X provenant de Mogador en possède onze). Entre les palmes, il y a autanl
de motifs en rosace ou de rouelles, parfois des carrés à grilles (Hg. !), d et f).
Ce décor tauonnant le plus fréquent se retrouve ù Lixus, Mogador, Sala, Ad
Mercuri, Tamuda, Suiar.

Type Il ; décor à zones concentriques (Hg. 10, Il, 12). Ici, le médaillon corn-
porte deux parties: line zone circulaire centrale dénuée d'ornements ou décorée
de palmettes rayonnantes et une zone marginale, comprise entre deux cercles

l 1bid., pl. XX IX, plat. nO 5.


2 F. Eygun, Moulaçc d'une boîte tnérooin qiennc ml MI/sée de Poitiers, Gallia, XV, lfl57,
p. ~15.
3 Y. Allais, 0Ji. cii., )J. 42, Hg. 15.
4 G. Camps, OJl. cil., )J. 2:16, Hg. 5, nO 6.
r, A. Viana, O. Vciua Farcira, of!. cit., pl. II, nv 25.
308 A. JODIN" ET 1. POl'\SICH

FIGURE
décor 13 . f uzère (type 3)
Estampée l'OU",O"e •. . .' a feuilles de .0 '"
CÉRAMIQUE ESTAMPÉE DU MAROC ROMAn, 309

concentriques portant des motifs variés. Un curieux document provient d'Alea-


zarseguer : autour des sept palmettes centrales, une zone de cercles quadrillés
ne laisse aucun espace libre (figure 10, a) ; un autre tesson, trouvé à Volubilis
(fig. 11, c), fait alterner ocelles et losanges; sur un fragment de Lixus enfin
(fig. 11, d), le centre est occupé par trois cercles concentriques, autour sont des
carrés quadrillés maladroitement disposés et, à l'extérieur, règnent des cercles
cloisonnés.
Type III ; décor à « feuilles de fougère » (fig. 13), fréquent à Lixus ; le motif
estampé, long et étroit, ressemblant à une mince feuille de fougère, est réguliè-
rement répété de façon à former des chevrons qui courent autour d'une zone
centrale dépourvue d'ornements. Des rouelles ou des rosettes meublent les inter-
valles (e, f, g) ; dans un cas (fig. 13, c) le motif est isolé.

a ,
/

M PON-lICH

FIGURE 14
Estampée rouge: motifs divers, a, C, Lixus ; h, Sala

Chronologie
Le contexte archéolouiquc de la céramique estampée marocaine comprend,
dans chaque gisement, des éléments qui permettent de dater celle-ci avec assez
de précision, Si les inscriptions sont fort rares, les monnaies, par contre, sont
;HO .\ .. JODIN ET M. PONSICII

assez abondantes; ù Volubilis, la rareté du numéraire constantinicn répond


il la parcimonie avec laquelle le sol a livré de la poterie paléochrétienne; ù
Lixus, HU contraire, vestiges céramiques tardifs el monnaies du IVe siècle sont
I"rl'qUl'nts el voisinent; ù Tamuda, on a mis au jour, tant dans la forteresse du
l sus-Empirc que dans la nécropole, des spécimens complets de céramique est am-
pl'e el dl' nombreuses pièces frappées après 324 ; dans la longue série mondain'
d';\d Mercuri enfin, les petits bronzes tardifs tiennent une place importante.
Celle céramique estampée est toujours, comme il se doit, accompagnée de
lampes romaines tardives ou chrctienncs t. On a observé que les lampes portaient,
couunc les plats, des décors ù motifs géométriques (cercles, carrès, cœurs, 1'0-
sel les) (Hg. El) ; le médaillon central est aussi fréquemment orné d'un chrisme.
Mais, au contraire de la céramique estampée, tous ces sujets sont en relief. Il est
simple d'l'Il comprendre la raison: les lampes romaines de toutes époques étaient
IllOIIkl'S et c'est le moule lui-même qui était estampé. Ainsi, les moules du IVe s.
I"ahriqlll's par les potiers qui produisaient aussi les plats, étaient décorés par les
memes matrices, le dessus dl' lampe obtenu n'etant que le négalif de ces estam-
pages. Le rapprochement entre une lampe dl' Tipasa (fig. 1:1, l) et deux frag-
men l.s dl' pla i.s dl' Lixus (fig. 10, l' el f) esl sig ni Iica li f : les éléments SOli t les

mêmes, dans le premier cas en relief, dans le deuxième cas, en creux 2.


L'étude stratigraphiquc confirme ces rapprochemenls: les niveaux du
l V" s. il Lixus, contiennent lampes chrétiennes, monnaies dl' Constantin et
ceramique estampée el le même fait se reproduit il Tarnuda et ù Mogador; il
l'II est ainsi en dehors du Maroc: les gisemenls espagnols déjà cités, le. site dl'
Saint-Blaise en Provence et celui dl' Vintimille en Italie, onl toujours livré des
lampes chrétiennes avec des tessons estampés. A Fréjus :l dans les fouilles de la
butte Saint-Antoine, on a mis au jour, parmi la poterie tardive « un fragment dl'
lampe, rouge et grise, ornée dl' grilles, de palmettes stylisées et de rouelles ».

II -- LA CÉRAMIQUE ESTAMPÉE GRISE DITE « WISIGOTHIQUE»

Dans la plupart des gisements européens, une céramique grise estampee se


trouve mêlée à la poterie estampée ronge, ou lui succède immédiatement. Les
motifs et symboles sont, peu dl' choses près, les mêmes;
à la pâte intérieure est
gris mat et la couverte est le plus souvent noire lustrée ; quant aux profils, ils
correspondent il ceux de la céramique rouge, généralement avec un large marli
horizontal. Mais la décoration s'applique aussi à des vases hauts el ù dl' petites
jarres.

1 1\1. Ponsich, LI~s lampes romaines NI lerre cuite de la Muurélauie iin qitune, P.S.A.M.,
1;), l!HH, uo t anuueut type IV, p. 105 sq.
:l Un procédé convaincant consiste :1 prendre des empreintes de mot.ils estampés avec
dl' la pàtc il modeler et à les comparer avec des décors de lampes chrétiennes.
:J l'.A. Février, Fouilles dl' Frëius de 1955, Gallia, XIV, 195H, p. 47.
C~RAMIQUE ESTAMP~E DU MAROC ROMAI . 311

a b c

d e f
FIGURE 15
Lampes chrétiennes: éléments de décor semblables Î\ ceux de la céramique estampée:
a,b,c, HIPPONE (d'après E. Maree, Monuments chrétiens d'Hippone, p. 213-214) ; d,
TANGER (nv inv. 22); e, TUNISIE (G. Hannezo, Notes archéologiques sur la Tunisie,
de la lampe antique, Mâcon, 1898, pl. V, nv 41) ; f, TIPASA (J. Baradez, Libyca, II,
1 er sem. 1954, Disque de lampe chrétienne, p. 262, fig. p. 263)
J12 .\. JODl:\" ET M. PO:\"SICH

On a trouvé celte céramique grisc dans tout le Sud dc la France: à Saint-


Flour et Chastel sur Murat 1, à Bordeaux 2, il St-Hlaisc ? à Gergovie et jusqu'à
Orleans (aux ahords de la cathédrale Sainte-Croix) .~. A Narbonne, la céramique
grise apparaît dans une sépulture avec des monnaies d' Arcadius ~).Xous avons
donc l<'lun précieux point de repère chronologique: la céramique grisc est géné-
rnk-mcut postérieure ù la rouge et règne jusqu'au début du \le siècle.
l.c premier travail important sur la question et l'un des seuls, est celui de
Mlehel Clerc fi qu i, dans ses Découueries archéologiques Il M orseille a consacré un
chapitre aux poteries qrÎses Il décor estampé. Au cours de travaux efîcctuès dans
la ville même, il avait ramassé une cinquantaine de tessons de céramique grise,
auxquels il a consacré trois planches entières dans son ouvrage. D'après lui,
il s'agit généralement de fonds dl' vases circulaires bords relevés. L'un d'eux
ù

est un morceau de plat rond peu profond (6 cm) et fond plat; entier, il ne
à

elevait pas mesurer moins de 0,:10 m de diamètre; le profil et la dimension se


rapprochent dl' ceux des plats estampés rouges du Maroc. Ce type « rappelle les
assit'! les ù soupe creuses encore en usage dans nos campagnes. C'est la forme la
plus Iréqucut.c. Viennent ensuite des vases plus profonds, bols ou coupes hords à

rahal t us, dl' dimensions moins considérables », M. Clerc remarque ensuite que
« ce qu'il y a de plus intéressant dans cette céramique, c'est précisément la
décoration, qui révèle un système parfaitement déterminé, un véritable style
ayant ses sujets, Sl'S habitudes et ses partis pris. « Cette décoration» n'est pas
Iaitc ù la main, mais imprimée il l'aide de cachets ou poinçons qui ont produit
sur la p.rtc encore molle des creux et des reliefs », Los rouelles constituent l'orne-
nu-nt le plus répandu. Mais on trouve aussi des carrés, des cercles concentriques,
des feuilles stylisées et même un cerf. Malgré l'avis de Dèchclctte qui y voyait

1.I.B. DolorL, Ofl. cil. ; ,1. Pages Allurv , Vases de Chostel-sur-Murat (Cantal), Bull. de la
Soc. préh. rrml~'aise, YI r, .1DIO, p. 55-FiR, Hg. 7-R ; A. Guebhard , IVole ail X X X\' /1/"
rapnor! de la Commission d'étude des enceintes préhistorique», n.s. P. F., Y 1J, 1!)J Il, p. :n:!-
'277" :1 lig.
~ A. Blanchct, Actes du Congrès Archéologique de Frunce, elle Session, Bordeaux-
Havnnnc, 1!1:1!),p. 5XR (faux RR5) : " Ces tessons étaient associés il des monnuics dl' l'époque
coustuutlnicnnc. Cette céramique est fine, noire et lustrée et laisse voir des motifs cxtam-
pés ... ».
:11 r. Bolland, 01'. cit., p. 74, Hg. 5:1.
~ .1. Lemaire, Fouilles Il Orlrtui«, GalIia, Xli, 1!154, p. 5(H : « Une céramiqu« noire,
(!t"cor<,l' duu médaillon entouré de palmettes et dans lequel se voient en l'l'eux une croix
et lin quadrupède ù gauehe, peut-être un agneau ... ».
5.1. Dcchclett.e, op, cil.
fi 1\1. Clerc et G. Arnaud d'Agnel, Découuertes arctiëotoqioue« Ii Marseille, \larseille,
1~)()1. Cf p. 17-45, chapitre: Poteries çrlses ci déror estampé,
CI::RAMIQUE ESTAMPÉE Ill- MAfloe RoMAI:'\ 313

des produits du Haut Moyen ,\ge, M. Clerc n'hésite pas à attribuer cette poterie
a u x Ligu res, ù déîau L de toute indication stratigraphique 1.

En Espagne, cette production est très abondante; elle a élé trouvee ù


Arnpurias, Barcelone. Tarragone, Malaga, Mérida et dans tous les grands centres
du Levant et du Sud-Est espagnol, notamment Elche 2. Elle était, semble-t-il,
à

jusqu'ici inconnue Cil Afrique, alors que les trouvailles de céramique grise sem-
blent plus abondantes l'Il France et en Espagne que la poterie rouge estampée ;
au Maroc, il n'en a dl' découvert que de rares tessons, provenant dl' Lixus ou dl'
Sala (fig. 1G). Trois d'entre eux sonl des bords de plats creux dont les profils
sont identiques ù ceux dl' l'autre catégorie; le marli, horizontal, est limité par
un rebord large, souligné lui-même par une faible rainure ; l'épaisseur des parois
varie dl' 7 ù 12 mm ; la pâte est gris clair, homogène, couverte d'un vernis brun-
noir, brillant. Un autre fragment provient d'un vase ù col vertical, sans rebord.
1)ans les trois premiers cas, le décor couvre le marli. Le premier exemplaire
(fig. W, a) est. orné dl' st ries parallèles groupées par trois et perpendiculaires
au bord du plat. Le second tesson (fig. Hl, il) est décoré dl' rouelles composées
chacu ne dl' cinq cercles conccn lriq ucs, La disposi lion es L identique il celle des
spécimens dl' Marscillc:' où les marlis sont couverts d'ocelles ù stries radiales.
Le troisième fragment de plat est agrémenté de rainures parallèles (fig. Hi, c).
Dans les trois cas, si les estampages ont été faits dans la pâte fraîche, avanl
cuisson, les bords ont été entaillés après coup, l'aide d'une lame aiguisée:
à

l'Il dIel, ces entailles ont mis la pâte grise il vif.


Le col dl' vase est orné dl' traits pointillés obtenus par l'impression répétée
cl'un peigne, exactement comme les impressions dites Il la roulette des vases
campanilormes.
Le fond des plats devait, sans aucun doute, porter un décor semblable à
l'eux que nous connaissons d'après certains exemplaires espagnols: ainsi, à

Elche ,1 le fond complet d'un plat àpâte grise et il couverte noire, porte une rosace
formée de huit grandes palmes, entre lesquelles sont intercalées des rouelles.

1 l'our la France mérldiouale, J'étude la plus récente est celle de M. Y. et Mme .1.
Higoir : Elénu-n!» IIpporl,'s ,i t'étiutc dl' III céramique grise du Bas-lempire par les l'milles
d'.1 ix-cn-Proncnre, Actes du K:3" Congrès National des Sociétés Savantes, Aix-en-Provence,
1!):ïK (1 !)(iO), p. (iD-KO, 10 fig. contenant une bibliographie abondante sur ce sujet.
M. et Mille Higoir l'appellent siqillé« grise et la considèrent comme une production
locale dl' la sigillée elaire D. Voir aussi pour Marseille; G. Vasseur et Hcpclln , Déconncrtcs
dl' la ccramiuuc cslam pcc (roncllrs et palmettes) dans iui abri sous roche des ennirons dl' "[(11'-
scille, Bull. Soc. Archéol. de Provence, 1!)04, p. K:3-!lO.
~ l'our la céramique dElcho, voir; A. Ramos Fulques Miu,« arcbéotoqico dei termitio
mnuicipol dl' Wc/II: (.\lic([nlc) ; A.I·:.A., XXVI, l!)fi:{, p. :{2:1-35L cr tig. 1:{a (tessons de
la Alcudia d'Elche, céramique wisigothique identique à celle de Lixus), et Mnscu Arquee-
Jogico N ucloual, objet n" 17 K!l1, fond plat ù motif rayonnant.
:l M. Clerc, C. Arnuud d'Agnel, op. cit., p. 16, pl. II, nOS 1, :3, 4, H, 7, 11, 12, 13.
4 Voir note nO 2, Museo Arqueologico Nacional.
314 A. JODIN ET M. PONSICH

,
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" ,1,
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FIGURE 16
Céramique estampée grise dite wisigothique
Nous pOU\"OIlS donc constater que le répertoire des motifs décoratifs ne
difTl\n' glll'n' dl' celui dl' la céramique estampée rouge, ù quelques détails près.
1rans cd le dernièrt-, le marli est généralement dépourvu de décoration.
1.a r-hronolouic précise dl' Cl'S productions n'est pas aisée, mais il est incon-
l csl a hlc qu'elles sont issues directement cie la céramique estampée rouge, donl
elles ont l'tl' un certain temps contemporaines (fig. 7) 1.

***
La cl'r:lIllique cstumpé« du Maroc, rouge ou grise, sc caractérise donc par
la run-Lè dl' motifs autres que géométriqucs, par la grande dimension
dl' la surface décorée el des estampages et par l'unité d'inspiration de ses thèmes.
Il l'sI dillicile d'r-n connaître l'origine exacte. Aucun four ni aucun atelier dl'
cd Il' epoque nnnl pli Nrl' retrouvés sur le sol marocain; mais, d'après ce que
IlOUS S<1\"OIlSdl' l'Espagne, il est presque certain que c'est vers la Péninsule
iberique que nous devons tourner nos regards el que c'est de là que nous viendra
la solu t.iou du problèm« : la carle des gisements de l'occident romain (Iig. 1)
est éloqucutc il cet l'gard.

1 1 r. HolI:1lld, °11. rit., [J. «:


316 A. JODl r ET M. PONSICH

PLANCHE 1
Céramique estampée provenant de Lixus
CÉRAMIQUE ESTAMPÉE D . MAROC ROMAIN 31ï

LlXUS

MOGADOR

TAMUDA

o j 5eH
L.......! !

PLANCHE II
Céramique estampée provenant de Lixus, Mogador, Tamuda
318 A. JODIN ET M. PONSICH

AD M[!lCURI

VOL:UBILIS KSAR SRIR E.L BENIAN

SUIAR

LlXUS

o
•.....•
l SeM
·1

PLANCHE III
Céramique estampée provenant d'Ad Mercuri, Volubilis, Ksar Srir, El Benian, Suiar, Lixus

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