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Olympe de Gouges : Éveil à l'égalité féminine

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Objet d’étude : Littérature d’idées du XVIe au XVIIIe siècle / Parcours : Écrire et combattre pour l’égalité

La Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, Olympe de Gouges, 1791.

Lecture linéaire 2 : 1er extrait du Postambule

Introduction : Ce texte suit immédiatement les articles et ouvre le postambule de la Déclaration. Il fait écho au texte introducteur interpellant les hommes. Ici, ce
sont les femmes qui sont amenées à se réveiller, à réagir. Olympe de Gouges cherche à réveiller la conscience des femmes pour qu’elles réagissent et réclament ce qui
leur est dû. Le début du postambule se présente comme une vigoureuse incitation à l’action dont «la» femme doit être l’actrice. Le style martial, les tournures et les
phrases lapidaires donnent un caractère incisif à cet extrait, destiné à produire un choc, un sursaut pour exhorter la femme à prendre conscience de sa réalité et de son
pouvoir.

Problématique : Quelle stratégie Olympe de Gouges adopte-t-elle pour convaincre les femmes de se battre pour obtenir l’égalité?

Mouvement :

1. Du début jusqu’à « injuste envers sa campagne » : Exhortation de la femme à prendre conscience qu’elle est assujettie à l’homme
2. De «O femmes !» jusqu’à « auriez-vous à répondre » : Tentative pour vaincre les réticences des femmes en les sortant de leur aveuglement
3. De «S’ils s’obstinaient » jusqu’à la fin de l’extrait : Incitation à mobiliser leur intelligence pour vaincre les résistances des hommes à accepter l’égalité

Analyse linéaire :

Citations Procédés Interprétations

1er mouvement

«Femme», 1er mot du texte Apostrophe au singulier Gouges interpelle sa destinatrice et la singularise pour donner de la vigueur à son adresse.
L’apostrophe « femme » interpelle le groupe humain désigné et fait écho à l’adresse aux
hommes qui précèdent l’écriture des articles de la déclaration : « Homme, es-tu capable
d’être juste ? ». On pourrait considérer l’adresse aux hommes comme un préambule et celle
faite aux femmes appartient au postambule, à savoir à la conclusion

« réveille-toi », « reconnais » Impératif présent (2e pers. du sing.). Cette injonction invite à l’action et en montre l’urgence. L’impératif à valeur d’ordre
commence le texte de façon dynamique comme si l’auteure voulait réveiller les femmes de
l’état de torpeur dans lequel elles se trouvent : « Femme, réveille-toi ». La rédactrice voudrait
que les femmes ouvrent les yeux sur leurs droits qu’elles semblent avoir oubliés

« le tocsin de la raison se fait Métaphore sonore et allégorie de la Gouges présente ce moment comme un tournant, un éveil à la conscience et à l’action, un
entendre» raison. point de départ, dont le héraut est la raison. La métaphore « le tocsin de la raison » rappelle
un réveil en fanfare, bruyant : c’est le réveil de la conscience. Le déterminant indéfini
« tout » en lien avec le groupe nominal « l’univers » met en évidence le caractère universel
de ces propos. Ces droits doivent toucher non seulement les femmes françaises, mais les
femmes dans le monde. Les cloches du tocsin incitent à la révolte et au soulèvement. Les
femmes ont été endormis par des dogmes (= vérités incontestées) injustes, elles doivent se
réveiller.

«ne… plus » Négation : rupture temporelle. Insistance sur l’opportunité du moment qui voit la fin d’une ère d’injustice.
« a dissipé. » Passé composé : fin d’un phénomène

«préjugés, fanatisme, Champ lexical de l’obscurantisme et Une énumération nominale qui explique la fin de cette ère.
superstition, mensonges, de l’injustice. Ces mots définissent le monde auquel Gouges veut tourner le dos
sottise, usurpation»

«tocsin de la raison» Métaphores Ces images font références aux idéaux des Lumières (la raison, la nature et la vérité). Les
«puissant empire de la nature» images concrètes légitiment la revendication des femmes.
« flambeau de la vérité » Le langage de’Olympe de Gouges est assez imagé. « le flambeau de la vérité » pourrait être
relié au soleil, au feu et à la lumière puisqu’il dissipe l’obscurité de l’ignorance et de la
sottise humaine. La vérité s’oppose à l’ignorance et rappelle le mouvement des Lumières,
celles de la Raison.

« l’homme esclave», «briser Champ lexical de l’esclavage et de Insistance sur l’égoïsme et l’ingratitude de l’homme qui n’a pas partagé son émancipation
ses fers » l’affranchissement. avec les femmes : L’homme s’est libéré en asservissant la femme et cette libération a conduit
«devenu libre» // «devenu Parallélisme. à une forme d’injustice envers sa compagne. Il semblerait que la révolution française n’ait
injuste »
pas permis aux droits des femmes d’évoluer, c’est contre cette injustice que la rédactrice
s’insurge. Le ton est indigné.
2ème mouvement

« Ô femmes! femmes » Apostrophe emphatique au pluriel. Le passage du singulier au pluriel tend à incarner l’adresse qui devient plus concrète et vise
Répétition. toutes les femmes sans exception.

« quand cesserez-vous d’être Question rhétorique. Cette question provocatrice rend les femmes responsables de leur servitude pour provoquer
aveugles ? » Adjectif péjoratif. une prise de conscience. Les femmes se sont éloignées des lumières de la vérité et de la
justice. Elles ont été aveugles. Il est temps qu’elles deviennent lucides. Les diverses
questions rhétoriques qui suivent renforcent cette indignation et cet appel à la révolte de la
conscience.

De « Quels » à « répondre ». Questions-réponses en cascade Le discours s’anime par un dialogue fictif entre la pamphlétaire et les femmes.

« avantages » / « mépris », Antithèse des connotations 1er dessillement : la connotation positive du mot « avantages » disparaît au profit de termes
«dédain ». péjoratifs qui soulignent la dépossession subie par les femmes. La réponse donnée à la
question : « quels sont les avantages que vous avez recueillis dans la Révolution ? » est la
suivante : « Un mépris plus marqué, un dédain plus signalé ». Les deux noms à caractère
péjoratif « mépris » et « dédain » mettent en avant le manque d’estime et d’intérêt porté au
sexe féminin.

« régné sur la faiblesse » Champ lexical du pouvoir illusoire. 2ème dessillement : Les siècles qui ont précédé celui-ci sont disqualifiés par l’auteure qui
«empire détruit » parle de « siècle de corruption », car les intrigantes se sont servies des faiblesses de l’homme
pour obtenir des droits, au lieu de suivre des actions vertueuses que le droit pourrait rétablir.
« ne… que » Négation restrictive. Les femmes se sont bercées d’illusions et ont tout perdu, sauf « la conviction des injustices
« que vous reste-t-il donc ? » Question rhétorique. des hommes ». Cette certitude, moteur de l’action, est mise en relief puisqu’elle est la
réponse à la question rhétorique qui appelait une réponse décevante (rien).

« le bon mot du législateur des Groupe nominal ironique. L’ironie de cette formule cible le caractère fondateur de la réplique qui place les femmes à un
noces de Cana » rang inférieur. On lit indirectement une critique du mariage à travers la référence biblique
aux noces de Cana. Il s’agit dans cet épisode biblique de l’eau qui se change en vin qui
montre l’alliance entre Dieu et son peuple. Ici, Olympe de Gouges ne s’intéresse pas à la
dimension religieuse de cet épisode, mais plutôt au mariage qui pour elle « est le tombeau de
la confiance et de l’amour. » (plus loin dans le postambule, ), parce que « la femme mariée
peut impunément donner des bâtards à son mari, et la fortune qui ne leur appartient pas. Celle
qui ne l’est pas n’a qu’un faible droit (…). » Elle évoque le législateur des noces de Cana,
celui qui fait les lois. Le mariage protège, l’absence de mariage rend les femmes vulnérables
et les enfants peuvent alors se retrouver dans la misère.

« morale longtemps accrochée Métaphore comparant la morale à un Gouges montre la persistance regrettable de cette « morale » biblique dans la « politique » de
aux branches de la politique » animal ou à une plante. l’État non laïc qu’était la France.

« Tout, auriez-vous à Conditionnel présent. La réponse d’Olympe de Gouges vise à tenir tête à la domination masculine et à l’inégalité
répondre.» entre les deux sexes. Le pronom indéfini « tout » le traduit : tout différencie les hommes et
les femmes qui ne sont pas inférieures en droit et en intelligence aux hommes. Le verbe
« avoir » conjugué au conditionnel présent implique une possible réponse qui ne va pas dans
le sens des législateurs masculins. Une réponse qui s’oppose à la domination masculine est
donc possible.
=> Par ce dialogue fictif, Gouges tente de détruire progressivement et systématiquement
les réticences des femmes à regarder leur sort en face ainsi que les usurpations dont elles ont
toujours été les victimes.

3ème mouvement

« S’ils […] principes » Propositions subordonnées Gouges prévoit les obstacles que les hommes pourraient élever face à la démarche des
« Quelles que […] oppose » circonstancielles d’hypothèse puis de femmes pour affermir et renforcer leur détermination. Olympe de Gouges imagine des
concession. objections, des scénarios dans lesquels il serait possible de répondre aux législateurs sans se
laisser faire. Ces scénarios imaginés et préparés à l’avance sont visibles dans la
proposition subordonnée circonstancielle d’hypothèse « s’ils s’obstinaient » , sous-
entendu dans leur erreur, il suffirait alors pour la rédactrice de se réfugier derrière les
lumières de la raison et en particulier de la philosophie qui est, au sens étymologique, l’amie
de la sagesse, de l’équilibre, du droit et donc de la justice. La philosophie est donc considérée
comme un remède contre l’injustice.

«opposez / réunissez-vous / Impératif présent. Rythme ternaire. Les trois propositions semblent mimer l’amplification du mouvement des femmes pour
déployez » réclamer leurs droits.
« s’obstinaient », « faiblesse», Opposition entre un vocabulaire Gouges invite les combattantes à opposer au possible entêtement ridicule des hommes un
« inconséquence», «vaines péjoratif (hommes) et mélioratif courage et une détermination sans faille.
prétentions de supériorité», (femme).
«orgueilleux» ≠
«courageusement », « force»,
«étendards », «énergie »

«principes », « raison», Champ lexical de la pensée et de la L’autrice présente les armes à brandir dans ce combat : l’intelligence.
«philosophie», « caractère » sagesse.

«pouvoir » / «vouloir » Antithèse. Gouges remet aux femmes la clé de leur combat : c’est à elles qu’il appartient de décider si
« il est en votre pouvoir », Tournure impersonnelle. elles veulent obtenir l’égalité.
«ne… que» Négation restrictive.
=> Olympe de Gouges se fait le porte-parole de la cause féministe. Elle propose des
solutions :
1) Se baser sur la philosophie.
2) résister
3) Suivre les droits naturels divins (inaltérables et imprescriptibles) pour le salut de tous
(en faisant référence à « l’Être suprême», à savoir Dieu)
4)Vouloir l’égalité pour tous. La volonté est présentée comme un rempart contre la
passivité, contre les contraintes et l’absence de liberté. Elle renvoie à la force intérieure et à
la philosophie qui cultive une liberté intérieure et une force d’âme. Les Stoïciens de
l’Antiquité (Epictète, Sénèque, Marc-Aurèle) estiment que ce sont nos jugements et nos
opinions sur les choses qui forgent notre caractère. Notre volonté est donc en notre pouvoir et
nous pouvons nous en emparer pour lutter contre toute forme d’injustice.

Conclusion :

Olympe de Gouges montre que le premier obstacle à l’émancipation de tout être est une résistance intérieure qu’il s’agit de vaincre, et ce avant toutes les forces
d’oppression objectives qui s’exercent sur lui. Ainsi , elle s’adresse aux femmes en cheffe de guerre et elle les dépeint en combattantes des Lumières devant lutter sans
peur avec les ressources de leur esprit pour obtenir l’égalité.

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