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Histoire Des Humanites Numeriques - Sinatra - Vitali Rosati

Histoire-des-humanites-numeriques

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CHAPITRE 3

Histoire des humanités


numériques
Michaël E. Sinatra et Marcello Vitali-Rosati

Parallèlement à l’histoire du développement d’Internet


et du web, une autre histoire est fondamentale pour
comprendre les enjeux de l’édition numérique : celle des
humanités numériques. Il y a encore quelques décennies,
on pouvait penser que les ordinateurs et les technologies
numériques étaient destinés uniquement aux sciences
dures, les sciences exactes dont le calcul et les mathéma-
tiques sont les principaux outils. Cette idée est manifeste-
ment fausse aujourd’hui : le numérique habite l’ensemble
de nos vies et touche aussi, et surtout, à nos activités
purement « humanistes », ou même « humaines ». Ce
chapitre a pour ambition de retracer l’histoire du rapport
complexe entre les sciences humaines et l’informatique
qui a mené des premières expériences de recherche
assistée par ordinateur, dans le domaine des sciences
humaines (humanities computing), aux actuelles digital
humanities, ou à un possible humanisme numérique.

Pratiques de lʼed. [Link] 49 2014-02-14 11:23


50   Pratiques de l’édition numérique

Qu’est-ce que les humanités numériques ?


L’expression « humanités numériques » est une traduction
de l’anglais digital humanities (DH), un domaine de recher­
che très vaste, caractérisé par une forte interdisciplinarité.
Dans le débat actuel, on essaie de ne pas penser les humani-
tés numériques comme une discipline et de plutôt les envi-
sager comme une approche globale, transdisciplinaire,
adoptant une attitude et un point de vue sur la recherche
qui devraient impliquer l’ensemble des chercheurs en
sciences humaines et sociales.
Loin d’être un simple développement technologique
ayant un impact sur le processus de recherche et de visua-
lisation des données en sciences humaines et sociales, les
humanités numériques nous amènent à repenser le sens
même de la recherche et, par conséquent, l’ensemble du
modèle de production et de circulation du savoir à l’époque
de l’édition numérique.
D’une part, les humanités numériques pourraient être
définies comme l’application d’une méthode d’analyse
informatique aux sciences humaines. En d’autres mots,
l’approche des DH consiste à prendre en compte le fait que
la puissance ne doit pas être limitée aux sciences dures,
mais peut et doit aussi être employée pour des recherches
en sciences humaines. D’autre part, les humanités numé-
riques transcendent cet aspect technique et peuvent être
pensées comme un regard global posé sur les changements
culturels déterminés par le numérique ; en ce sens, les
humanités numériques pourraient conduire à une sorte
d’« humanisme numérique ». Dans ces pages, nous traite-
rons de l’histoire de ce développement complexe ayant
porté à concevoir l’articulation de ces deux niveaux.

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Histoire des humanités numériques    51

Un changement de paradigme
Les textes qui ont orienté le développement d’outils destinés
à aider la recherche en sciences humaines et sociales pro-
posent en même temps une réinterprétation des structures
conceptuelles à travers lesquelles l’homme se rapporte au
monde et, surtout, structure et organise sa connaissance.
En d’autres mots, nous sommes face à un changement de
paradigme dans la façon d’agencer les contenus et, par ce
fait même, à une nouvelle conception du savoir et de sa
circulation dans la société.
Le texte de Vannevar Bush de 1945, « As We May Think1 »,
en est un exemple particulièrement significatif. Bush essaie
de définir une nouvelle manière d’organiser notre accès
aux documents, qui serait, à son avis, rendue possible par
l’inven­t ion des microfilms. L’idée proposée par Bush est
de cons­t ruire un bureau mécanique (Memex) qui puisse
stocker une grande quantité de documents en microfilms
et les relier entre eux grâce à des dispositifs mécaniques. Il
s’agit, en d’autres termes, de créer des liens entre des textes
et d’autres types de documents pour pouvoir organiser de
façon dynamique nos parcours de lecture et de recherche
et donc notre accès aux contenus. Vingt ans plus tard, Ted
Nelson2 reprend l’idée de Bush en l’adaptant aux techno-
logies numériques. Le Memex se transforme en Complex,
un dispositif électronique ayant les fonctionnalités du
bureau mécanique de Bush. C’est dans cet article que Ted
Nelson utilise pour la première fois le mot et le concept

1. The Atlantic, 1945.


2. Complex Information Processing : A File Structure for the Complex, the
Changing and the Indeterminate, Proceedings of the ACM 20th National
Conference, ACM New York, 1965, p. 84-100.

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52   Pratiques de l’édition numérique

­ ’hypertexte, structure qui sera une des idées utilisées par


d
Tim Berners-Lee pour concevoir le web. On comprend que,
plus qu’un pur changement technologique, c’est un véri-
table changement de paradigme de la structuration du
savoir qui commence à se développer à partir de la fin
des années 1940. Les humanités numériques sont donc
une discipline chargée de réfléchir aux outils technolo-
giques dont les sciences humaines et sociales devraient se
pourvoir, mais aussi de produire l’appareil théorique pour
interpréter les structures conceptuelles fondamentales qui
caractérisent notre culture actuelle.

Un bref historique
Essayons de parcourir les étapes historiques fondamentales
de cette approche.
Les experts s’accordent à faire remonter aux travaux du
père Roberto Busa l’origine de l’approche des humanités
numériques. Entre la fin des années 1940 et le début des
années 1950, ce jésuite met en place avec IBM un projet
pour informatiser l’index de l’œuvre de Thomas d’Aquin
(l’Index Thomisticus). Ce projet utilise pour la première fois
l’informatique et démontre la puissance de cet outil pour
faire de la recherche en sciences humaines. Pour le père
Busa, l’informatique ne change en rien le sens des pratiques
de recherche : elle ne fait que les simplifier, les automatiser,
les rendre plus rapides. Ainsi, on parle à l’époque de literary
and linguistic computing, c’est-à-dire d’une discipline qui met
les outils informatiques à disposition des sciences humaines
pour augmenter la capacité d’analyser des textes grâce à la
puissance de calcul des premiers ordinateurs. Il s’agit, bien

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Histoire des humanités numériques    53

évidemment, d’outils très coûteux, réservés à la seule com-


munauté des chercheurs.
Dans les années 1960 et 1970, des travaux similaires à
ceux du père Busa apparaissent en Amérique du Nord et en
Europe avec, entre autres, la création de concordances pour
d’autres corpus (l’index de textes allemands médiévaux
de Roy Wisbey, et la concordance des poèmes de Matthew
Arnold et W.B. Yeats par Stephen Parrish), l’usage de statis-
tiques sur des corpus numérisés et le début de l’utilisation
des outils informatiques dans les questions d’identifica-
tion des auteurs3. La majorité de ces projets sont dédiés à
une amélioration du processus mécanique de recherche
et de la quantification de données, mettant à profit la capa-
cité de calcul offerte par les serveurs informatiques et les
programmes d’analyse de textes. Le brassage de textes à
grande échelle (une quantité loin du milliard de livres de
Google Books, mais qui aurait pris à l’époque plusieurs
années pour une recherche manuelle) commence aussi à
transformer de manière significative l’approche de certains
chercheurs, encore toutefois assez isolés, et détermine la
création de bases de données et d’outils dans plusieurs pays.
La popularité de ces travaux et l’intérêt grandissant pour
cette approche interdisciplinaire amènent à la fondation
de l’Association for Literary and Linguistic Computing
en Angleterre en 1972 et à la création, en 1976, de la revue
Literary & Linguistic Computing qui y est associée, une
revue qui existe encore aujourd’hui même si les articles

3. Susan Hockey, « The History of Humanities Computing », dans A


Com­panion to Digital Humanities, Susan Schreibman, Ray Siemens et John
Unsworth (dir.), Éditions Blackwell, 2004, p. 3-19.

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54   Pratiques de l’édition numérique

publiés vont désormais au-delà des questions initiales,


plutôt circonscrites à l’analyse des fréquences de mots ou
à l’assignation d’autorité textuelle. Le mouvement est bien
sûr international, comme l’atteste la création de l’Asso-
ciation for Computers and the Humanities, en 1978, aux
États-Unis, et le Consortium pour ordinateurs en sciences
humaines / Consortium for Computers in the Humanities,
en 1986, au Canada. Lou Burnard indique que cette com-
posante institutionnelle, qui voit se multiplier les centres
et les programmes de formation universitaire au cours des
années 1970 et 1980, détermine le passage du literary and
linguistic computing aux humanities computing4. Les pratiques
de recherche informatisées dans le domaine des sciences
humaines et sociales ne sont plus l’activité de chercheurs
isolés mais deviennent une véritable approche interdisci-
plinaire, partagée par des communautés de recherche qui
commencent à se structurer et à s’organiser en tant que
telles.
Le changement de nom, de humanities computing à digital
humanities, se profile dès la deuxième moitié des années
1990 et se concrétise en 2004 avec la publication du Com­
panion to Digital Humanities, sous la direction de Susan
Schreibman, Ray Siemens et John Unsworth5. Cet ouvrage
démontre la vitalité et le caractère interdisciplinaire des
humanités numériques et en retrace l’histoire. La maturité
des travaux, découlant de plusieurs décennies de recherche,

4. Lou Burnard, « Du literary and linguistic computing aux digital huma-


nities : retour sur 40 ans de relations entre sciences humaines et informa-
tique », dans Pierre Mounier (dir.), Read/Write 2, OpenEdition Press, 2012,
p. 45-58.
5. Blackwell Éditions, 2004.

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Histoire des humanités numériques    55

atteste d’une intégration suffisamment poussée de l’aspect


scientifique (évoqué par le terme « Computing ») aux sciences
humaines. Cette intégration est désormais claire et il est
possible de s’émanciper de la référence directe à l’outil infor­
matique : le nom de l’approche peut lui-même changer pour
indiquer cette évolution. C’est le début d’une prise en compte
de la révolution que ces outils ont engendrée en changeant
profondément le concept même de humanities, c’est-à-dire
l’ensemble des disciplines humanistes. La naissance d’In-
ternet et sa diffusion rapide au milieu des années 1990
accroissent l’impact de cette évolution. Le changement de
nom marque ainsi une étape importante, car il confirme la
transformation d’une approche méthodologique en une
discipline à proprement parler.
En effet, l’arrivée d’Internet est un moment clé dans
le développement des humanités numériques, car il n’est
pas un simple outil supplémentaire pour la recherche :
il devient aussi un objet de recherche et, finalement, une
technique qui modifie l’ensemble de nos pratiques au-delà
de la communauté savante et, plus généralement, notre
façon de voir le monde. Internet a aussi un effet direct sur
les questions d’édition, permettant aux créateurs et aux uti-
lisateurs de dépasser le processus de production tradition-
nel (auteur-éditeur-maison d’édition), comme l’évoquent
plusieurs chapitres dans ce manuel. En effet, il ne s’agit plus
seulement d’une question technique, mais d’une question
de structuration du savoir en général. Cela signifie que,
désormais, même un livre papier ne peut plus être conçu
de la même manière, tant pour l’auteur que pour le lecteur.
De la même façon, avec le changement des supports, des
modalités de publication et des mécanismes de visibilité,

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56   Pratiques de l’édition numérique

d’accessibilité à l’information et de circulation des contenus,


c’est l’ensemble de notre rapport au savoir qui est remis en
question. D’une part, il est donc nécessaire de s’interroger
sur l’implémentation de nouveaux outils – de recherche,
d’édition, de diffusion, d’encodage, de forage (data mining),
de curation (data curation) ou encore de visualisation et de
représentation des données (textuelles, sonores, visuelles,
etc.) – conçus par et pour les humanités, et de mesurer
l’impact de ces outils sur la transformation de la recherche.
D’autre part, il est tout aussi nécessaire de mettre en place
une recherche qui puisse structurer le développement d’une
théorie et d’une pensée du numérique. Pour le dire autre-
ment, les humanités numériques doivent développer une
réflexion sur la façon dont les outils numériques chan­gent
la recherche en sciences humaines, mais aussi mettre en
place une recherche théorique sur ce qu’est le numérique
lui-même.

Vers un humanisme numérique


Si la réflexion sur les outils numériques que l’on peut mettre
au service de la recherche est très développée, plus rares
sont les études sur l’impact qu’a le numérique sur les catégo­
ries conceptuelles qui structurent notre système culturel.
À ces études ont contribué significativement les travaux de
Milad Doueihi, qui conçoit le numérique comme un événe-
ment culturel. Selon Doueihi, on peut parler d’une véritable
« conversion numérique6 », un changement culturel qui
peut être comparé à une conversion religieuse, car le numé-

6. Milad Doueihi, La grande conversion numérique, Seuil, 2008.

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Histoire des humanités numériques    57

rique, comme une religion, touche à l’ensemble de notre


vision du monde.
L’existence de ces deux approches des humanités numé-
riques détermine une certaine ambiguïté caractérisant ce
domaine de recherche : s’agit-il de se demander comment
la technologie peut aider le développement des sciences
humaines et sociales ou de porter un regard théorique sur
la technologie ? Le numérique est-il le sujet ou l’objet des
humanités numériques ? Cette ambivalence n’est pas tou-
jours prise en compte. Les chercheurs en humanités numé-
riques se sentent souvent obligés de choisir entre les deux
approches : d’une part une recherche qui met au centre les
outils, de l’autre un regard exclusivement théorique.
Cela nous amène à considérer l’histoire plus récente des
humanités numériques, soit le changement de paradigme
que la technologie a apporté aux sciences humaines et
sociales, au-delà de son impact pragmatique, et à réfléchir
au concept d’humanisme numérique proposé par Milad
Doueihi. Avec cette notion, il ne s’agit pas, selon Doueihi,
d’adapter l’ancien concept d’humanisme à l’époque du
numérique, ni de régler le monde des nouvelles technolo-
gies sur les valeurs de l’humanisme. L’humanisme numé-
rique est plutôt une situation de fait : il est « le résultat d’une
convergence entre notre héritage culturel complexe et une
technique devenue un lieu de sociabilité sans précédent7 ».
Cette approche permet d’éviter de penser la technique
comme quelque chose qui s’oppose à l’humain, allant au-
delà du cliché d’un conflit entre l’homme et la machine,
pour penser, au contraire, une convergence entre technique

7. Milad Doueihi, Pour un humanisme numérique, Seuil, 2011, p. 9.

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58   Pratiques de l’édition numérique

et culture. Une convergence qui est donc un fait : le numé-


rique est d’ores et déjà une culture, une civilisation. Cette
révolution copernicienne renverse le statut du numérique
et le transforme d’objet en sujet : si le numérique est une
nouvelle culture, il faut le penser comme une dimension de
l’humain ou, encore mieux, il faut voir de quelle manière il
change le sens même de l’humain.
Dans ce sens, une thèse de Tim Bray est particulièrement
éclairante : « nous ne sommes plus de simples utilisateurs,
mais tout simplement des humains8 ». En d’autres termes,
nous ne sommes pas des humains qui, entre autres, utili­
sent les nouvelles technologies ; l’humain est aussi constitué
par la présence de la technique numérique. Nous sommes
donc des humains numériques.
Une fois dépassée l’opposition apparente entre humanité
et technologie, il n’est plus nécessaire de choisir entre une
approche axée sur les outils et une approche théorique, car
l’une ne peut pas exister sans l’autre : penser le numérique
signifie développer des pratiques ; concevoir des outils
signifie théoriser sur le numérique.

Le défi de l’édition numérique


Cette courte histoire nous fait comprendre le rapport com-
plexe que le développement d’outils techniques entretient
avec une réflexion théorique sur notre façon d’être au
monde et, en particulier, de produire et d’organiser notre
savoir. Les humanités numériques nous enseignent que
les choix techniques qui sont à la base de la structuration
des contenus ne sont pas neutres et qu’ils témoignent et

8. No More Users, 2010.

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Histoire des humanités numériques    59

promeuvent des idées et des valeurs particulières. Pratiquer


l’édition numérique signifie prendre en compte ce lien
étroit entre la technique et la culture. Le risque du numé-
rique est ce qu’on pourrait appeler un « déterminisme
tech­nologique » : nos pratiques et notre façon de penser
pourraient finir par être déterminées par les outils. C’est le
danger entraperçu par Nicholas Carr9, par exemple, quand
il déclare que la facilité d’accès aux contenus et leur mul-
tiplicité engendrent une fragmentation de l’attention et
une incapacité à suivre des argumentations complexes. La
réflexion théorique devrait aider à éviter ces écueils et ce
déterminisme.
Il ne s’agit donc pas seulement de comprendre ce que le
numérique implique puisque nous ne pouvons pas limiter
la pensée à une série de constats passifs : la pensée n’a de
sens que si elle est normative, d’autant plus que l’évolution
du monde numérique doit manifestement beaucoup à des
événements extérieurs, impensables. L’évolution techno-
logique est faite, surtout ces dernières années, d’une série
de petites révolutions déterminées par des idées et par des
pratiques qui émergent dans la communauté des usagers ;
c’est pourquoi il est si difficile de prévoir le développement
des nouvelles technologies et de parier sur une évolution
plutôt qu’une autre. La plupart des innovations récentes ont
produit des bouleversements majeurs dans le monde numé-
rique, bouleversements imprévisibles et souvent issus d’une
série de hasards. C’est le cas de Google ou de Facebook, dont
le succès et l’influence sur la culture numérique ont lar­ge­
ment dépassé les intentions premières de leurs concepteurs.

9. « Is Google Making Us Stupid ? », The Atlantic, 2008.

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60   Pratiques de l’édition numérique

Dans ce contexte, les pratiques éditoriales assument


un rôle fondamental. La structuration des contenus, leur
organisation, la mise en place de dispositifs permettant
leur validation et assurant leur visibilité ainsi que leur
accessibilité sont les pratiques qui feront le web de demain
et, par le fait même, le monde de demain. L’édition se trans-
forme en éditorialisation : l’ensemble des pratiques d’orga-
nisation et de structuration de contenus sur le web. La
différence principale entre le concept d’édition et celui
d’éditorialisation est que ce dernier met l’accent sur les
dispositifs technologiques qui déterminent le contexte et
l’accessibilité d’un contenu, ainsi que sur la réflexion autour
de ces dispositifs.
En d’autres termes, il ne s’agit pas seulement de choisir,
de légitimer, de mettre en forme et de diffuser un contenu,
mais il s’agit aussi de réfléchir à l’ensemble des techniques
que l’on va utiliser ou créer pour le faire, ainsi qu’aux con­
textes de circulation produits par l’espace numérique. Si les
humanités numériques s’occupent de produire des outils et
de réfléchir à leur impact sur la production et la circulation
du savoir, alors l’éditorialisation devient l’objet central de
leur travail.
Le prochain chapitre de l’histoire des humanités numé-
riques reste impossible à prévoir car nous en serons les
acteurs : mettre en place de bonnes pratiques qui influence-
ront le développement culturel est sans doute le plus grand
défi de l’édition numérique.

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