Bref
CENTRE D'ETUDES ET DE RECHERCHES SUR L E S Q U A L I F I C AT I O N S
GÉOGRAPHIE DE L’INSERTION PROFESSIONNELLE
Plus de difficultés dans les régions du Nord et du Sud
Les conditions d’insertion professionnelle des jeunes varient selon la région dans laquelle ils ont suivi leur
formation initiale. La structure des niveaux de formation joue moins sur les disparités entre régions qu’on
aurait pu le croire. Ces disparités s’expliquent par le taux du chômage et la nature de marché du travail dans
chaque région, mais aussi par la mobilité des jeunes. Ils sont en effet nombreux à changer de région, que ce
soit en cours d’études ou en début de vie active.
Malgré une conjoncture plus favorable au début des an- de chômage sont plus élevées dans les régions du Nord et
nées 2000, les conditions d’insertion professionnelle des du Sud de la France, alors qu’elles sont relativement faibles
jeunes restent fort variables selon leur niveau de formation. en Île-de-France, Alsace, Rhône-Alpes, Bretagne et Pays-
La région dans laquelle ils ont suivi leurs études influe éga- de-la-Loire. Enfin, les écarts de rémunération sont importants
lement sur leurs conditions d’entrée dans la vie active. selon la région de formation. Après trois ans de vie active,
Ces disparités régionales d’insertion sont importantes, quel le salaire mensuel net médian de l’ensemble des jeunes at-
que soit l’indicateur considéré (cf. cartes ci-dessous). Trois teint 1 100 euros. Mais la rémunération des jeunes formés
ans après être entrés sur le marché du travail, moins de 7 % en Île-de-France est supérieure de 15 % à cette médiane
des jeunes sont au chômage en Alsace contre plus de 15 % nationale, alors que dans certaines régions du Sud elle est
en Languedoc-Roussillon. De même, les durées moyennes inférieure de près de 10 %.
CHÔMAGE ET SALAIRES DES JEUNES SELON LEUR RÉGION DE FORMATION
FORMATION
Pour les jeunes sortis du système scolaire en 1998.
■ Taux de chômage au bout de ■ Par
Partt du temps passé au chômage ■ Salaire net médian au bout de
trois ans de vie active au cours des trois premières années trois ans de vie active
(en %) de vie active (en euros)
14,4 (en %) 19,1 1 100
10,8
14,2 15,0 17,0 1 090 1 010
9,8 7,8 13,9 12,5 1 030 1 130
8,6 10,2 10,3 1 270
14,9 9,6 1 110 1 140
7,7 6,9 10,6 1 070
6,6 9,8 12,2 11,6 1 070
7,4 9,3
7,2 14,5 1 060 1 030 1 110
13,3 16,1 1 020 1 020
7,8 12,2
7,4 13,1 10,2 1 110
8,7 1 050
10,6 14,9 1 010
10,5 15,7 14,6 19,0 18,5 1 050 990 1 040
14,7
23,2 25,4 930
Moins de 7,7 % Moins de 11,6 % Plus de 1 260 euros
De 7,7 à 9,2 % Pour l’ensemble De 11,6 à 13,8 % Pour l’ensemble De 1 090 à 1 260 euros Pour l’ensemble
De 9,3 à 13,2 % des débutants : De 13,9 à 16,9 % des débutants : De 1 040 à 1 089 euros des débutants :
De 13,3 à 15,7 % 9,9 % De 17 à 19,1 % De 990 à 1 039 euros 1 100 euros
13,4 %
Plus de 15,7 % Plus de 19,1 % Moins de 990 euros
Source : enquête « Génération 98 », Céreq, 2001.
1 Céreq Bref n° 186 - MAI 2002
Bref
LA GÉOGRAPHIE DE L’INSERTION DIFFÈRE
LES CONDITIONS D’INSER TION
D’INSERTION SELON LES NIVEAUX DE FORMATION
SELON LE NIVEAU DE FORMA TION
FORMATION
Pour les jeunes sortis du système scolaire La qualité de l’insertion des jeunes est fortement corrélée
en 1998, selon la région dans au niveau de formation qu’ils ont atteint. Ainsi le risque de
laquelle ils ont terminé leur chômage est beaucoup plus élevé pour les moins qualifiés :
formation initiale. après trois années passées sur le marché du travail, leur
taux de chômage est de 29 %, contre 5 % pour les jeunes
sortis de l’enseignement supérieur long (bac+3 et plus). Ces
grandes tendances nationales se retrouvent dans toutes les
régions métropolitaines. À chaque niveau de formation, la
géographie de l’insertion est toutefois légèrement différente
(cf. cartes ci-contre). Ainsi, Les jeunes de niveau CAP ou
Ensemble BEP formés dans le Nord-Pas-de-Calais ou la Haute-Nor-
des jeunes mandie peinent à accéder à l’emploi. Les diplômés de
l’enseignement supérieur long formés dans ces régions bé-
néficient en revanche de conditions d’entrée dans la vie
active particulièrement favorables. Dans quatre régions, les
jeunes s’insèrent dans de bonnes conditions quel que soit
Peu de précarité, salaires élevés
leur niveau de formation : l’Île-de-France, Rhône-Alpes, l’Al-
Insertion rapide
sace et la Franche-Comté. Inversement, ceux formés en
Chômage modéré
Languedoc-Roussillon connaissent plus de difficultés
Insertion plus précaire
Chômage relativement élevé
qu’ailleurs à s’insérer, qu’ils sortent de l’enseignement se-
condaire ou supérieur.
Les disparités d’insertion selon la région où les jeunes ont
effectué leurs études semblent peu liées à des différences
de niveau de formation. La structure de ces niveaux est en
effet similaire dans la plupart des régions. Seules font ex-
ception l’Île-de-France où la moitié des jeunes quittent le
système éducatif pourvus d’un diplôme de l’enseignement
supérieur, et la Corse où, au contraire, la proportion de sor-
Jeunes de niveau tants de l’enseignement supérieur est nettement plus faible
CAP ou BEP qu’ailleurs, beaucoup de jeunes allant poursuivre leurs étu-
des sur le continent. Dans la plupart des régions, les
conditions d’insertion sont liées à d’autres facteurs tels que
le niveau global du chômage, la pyramide des âges et la
nature des emplois disponibles. Elles dépendent aussi de la
Accès rapide à l’emploi mobilité géographique des jeunes. Celle-ci est en effet très
Chômage peu fréquent importante que ce soit en cours d’études ou durant les pre-
Plus de précarité mières années de vie active.
Chômage et précarité
Cinq indicateurs ont été utilisés pour comparer l’insertion
selon la région de formation présentée dans les cartes
ci-contre :
• la durée d’accès au premier emploi,
• la part du temps passé au chômage au cours des trois
premières années de vie active,
Jeunes de niveau • le taux de chômage au bout de trois ans de vie active,
bac+3 et plus • la part de jeunes ayant un emploi précaire (CDD, inté-
rim ou emploi aidé), parmi les jeunes travaillant au bout
de trois ans de vie active.
• le salaire mensuel net médian, toutes primes compri-
ses, également au bout de trois ans.
Insertion rapide et stable
Pour la Corse, seuls les résultats globaux, tous niveaux
Peu de précarité
de sortie confondus, sont disponibles.
Plus de précarité Source : enquête
Accès à l’emploi plus lent « Génération 98 »,
Céreq, 2001.
2 Céreq Bref n° 186 - MAI 2002
Bref
INSERTION, MIGRATION DES JEUNES ET derniers sont en concurrence avec les adultes dont on sait
MARCHÉS DU TRAVAIL RÉGIONAUX qu’ils sont attirés par cette région. En Nord-Pas-de-Calais,
les jeunes qui entrent sur le marché du travail sont nom-
19 % des jeunes changent de région de résidence entre la breux et se heurtent également à un chômage élevé. Cela
classe de sixième et leur sortie du système éducatif, et 20 % les conduit à migrer vers d’autres régions. Les diplômés du
au cours des trois premières années de vie active. Parmi les supérieur s’insèrent favorablement grâce à leur mobilité géo-
diplômés de l’enseignement supérieur, ces proportions at- graphique ou aux recrutements locaux d’enseignants. Enfin,
teignent respectivement 32 et 31 %. Ces migrations font en Limousin, la population est relativement âgée et les dé-
apparaître cinq France qui se distinguent en matière d’in- butants ne souffrent guère de concurrence. Cette région perd
sertion (cf. graphique ci-dessous). toutefois beaucoup de diplômés en début de vie active, les
• Tout d’abord, l’Île-de-France, l’Alsace et Provence-Alpes- postes de cadres y étant rares.
Côte d’Azur (PACA) attirent à la fois des jeunes en cours • À l’inverse, certaines régions perdent beaucoup de jeu-
d’études et des débutants durant leurs trois premières an- nes en cours d’études mais attirent les débutants. Tel est le
nées de vie active. Les gains de population sont cas de la Franche-Comté, du Centre et de l’Auvergne où les
particulièrement importants en Île-de-France. Cette région jeunes accèdent à l’emploi dans des conditions plutôt favo-
bénéficie d’apports massifs d’élèves et d’étudiants, mais rables : ils sont relativement peu nombreux et s’insèrent dans
reçoit également beaucoup de jeunes en cours d’insertion, des économies où le chômage est modéré. Par ailleurs, nom-
notamment des diplômés attirés par les nombreux recrute- bre de jeunes quittent la Picardie à l’entrée dans
ments de cadres. En revanche, l’Île-de-France voit partir une l’enseignement supérieur, l’offre de formations supérieures
fraction de ses plus de trente ans, qui laissent ainsi la place
étant relativement réduite dans cette région. Il en va de
aux débutants sur le marché du travail. La région PACA at-
même pour la Corse Ceux qui y arrivent après avoir terminé
tire les jeunes en cours d’études et durant leurs premières
leurs études s’insèrent difficilement. Il est à noter que, parmi
années de vie active, mais aussi les plus de trente ans, ce
les régions qui perdent des jeunes en cours d’études, aucune
qui crée une forte concurrence pour les débutants sur le
ne comble totalement ce déficit avec l’arrivée de débutants.
marché du travail. Nombre de jeunes, enfin, migrent en
Alsace où ils bénéficient d’une large palette de formations • Enfin, un dernier groupe de régions perd des jeunes aussi
supérieures, d’une situation économique favorable et du bien en cours de formation que d’insertion. Il recouvre la
dynamisme de l’emploi frontalier.
• Certaines régions du Sud – Rhône- D’UNE RÉGION À LL’AUTRE
’AUTRE : LES MOBILITÉS DES JEUNES
Alpes, Languedoc-Roussillon, Midi-
Pyrénées – attirent des élèves et des Régions qui perdent des élèves Régions qui attirent les élèves
étudiants mais perdent une partie des et des étudiants et des étudiants
débutants. Le solde de ces migrations entre la 6e et leur sortie du système éducatif
est toutefois positif. Rhône-Alpes se 15 %
trouve, comme souvent, dans une po-
Régions qui attirent les débutants
sition moyenne : elle accueille des Île-de-France
jeunes en cours d’études et perd une
Picardie
fraction de ses débutants. Les jeunes 10
au cours de leurs trois premières années de vie active
s’y insèrent favorablement grâce à un
marché du travail bien orienté. Les ré- Ré
Corse at gi
gions Languedoc-Roussillon et, dans tir on
une moindre mesure, Midi-Pyrénées je en s5 q Alsace
Centre un t l u
attirent de nombreux jeunes en cours es es i
d’études. Mais elles offrent peu de dé- Franche-Comté Ré
pe g
bouchés aux débutants : les postes de Auvergne rd ion Provence-Alpes-Côte d'Azur
cadres sont rares et la concurrence des je en s q
un t d u
adultes expérimentés aiguë. Leurs étu- -15 % -10 -5 es es
i 0
5 10 15 %
Rhône-Alpes Languedoc-Roussillon
Régions qui perdent des débutants
des terminées, une partie des jeunes
partent vers d’autres régions. Pays-de-la-Loire
Lorraine Midi-Pyrénées
• L’Aquitaine, le Nord-Pas-de-Calais Champagne-Ardenne
Basse-Normandie Aquitaine
et le Limousin attirent également des
Haute-Normandie
jeunes en cours d’études, en particu- Bretagne
lier des étudiants, mais perdent Poitou-Charentes Bourgogne Limousin
beaucoup plus de débutants. Ce -10
Nord-Pas-de-Calais
groupe de région est toutefois hété-
rogène. En Aquitaine, le taux de
chômage, qui est supérieur à la
-15 %
moyenne nationale, ne favorise guère
Source : enquête « Génération 98 », Céreq, 2001.
l’insertion des débutants. De plus, ces
3 Céreq Bref n° 186 - MAI 2002
Bref
Champagne-Ardenne, la Haute et la Basse-Normandie, la
Lorraine et la Bourgogne, régions où l’emploi est relativement LA MIGRATION DES JEUNES
MIGRATION
industriel et peu qualifié, ce qui ne concourt pas à fixer les
jeunes. En Haute-Normandie, la situation est aggravée par un Évolution du nombre de jeunes entre l’entrée en classe de sixième
chômage globalement élevé. Ce groupe comprend également et la fin de la troisième année de vie active en mars 2001
les régions du grand Ouest – Bretagne, Pays-de-la-Loire et
Poitou-Charentes – qui se démarquent par une économie plus
agricole et des débouchés modestes en matière de tertiaire
supérieur. Les jeunes formés en Bretagne et Pays-de-la-Loire
s’insèrent assez favorablement dans un marché du travail où
le chômage est limité. En revanche, les débutants formés en
Poitou-Charentes connaissent des difficultés et sont nombreux
à quitter cette région.
Globalement, la mobilité des jeunes oppose le Nord et le Sud
Source : enquête « Génération 98 », Céreq, 2001.
de la France, avec des effets contrastés sur l’insertion
professionnelle. À l’exception de l’Île-de-France et de l’Alsace,
les régions d’une grande moitié Nord perdent des jeunes entre
la classe de sixième et la troisième année de vie active (cf.
carte ci-contre). Ces départs profitent essentiellement aux
diplômés de l’enseignement supérieur qui restent, et qui
s’insèrent convenablement même dans les régions où l’entrée
dans la vie active est pourtant difficile comme le Nord-Pas-
Augmentation Supérieure à + 10 %
de-Calais ou la Picardie. Les régions d’un grand quart Sud-est,
De + 5 à + 9,9 %
exception faite de la Corse, enregistrent elles un solde
De + 0,1 à 4,9 %
migratoire de jeunes positif. Mais lorsque l’insertion est difficile,
Diminution De 0 à - 4,9 %
comme en Languedoc-Roussillon ou en PACA, cet afflux de
Supérieure à - 5 %
jeunes contribue à saturer un marché du travail qui attire par
ailleurs nombre d’adultes expérimentés.
L’ENQUÊTE « GÉNÉRATION 98 »
GÉNÉRATION
Patrice Caro (Théma, centre associé au Céreq
de Besançon) et Daniel Martinelli (Céreq).
Les données présentées dans ce Bref s’appuient sur les
résultats de l’enquête « Génération 98 » réalisée par le
POUR EN SAVOIR PLUS Céreq en 2001. Cette enquête reconstitue les parcours
professionnels des jeunes sortis du système éducatif en
• Génération 98. À qui a profité l’embellie économique ? D. 1998, de tous les niveaux et de toutes les spécialités de
Epiphane, J.-F. Giret, P. Hallier, A. Lopez et J.-C. Sigot, Bref, formation.
n° 181, Céreq, décembre 2001. Elle a été effectuée sur un échantillon 55 000 jeunes et
• Évaluation des politiques régionales de formation profes- permet de réaliser des analyses régionales sur les jeunes
sionnelle 2000-2002, Comité de coordination des programmes des niveaux CAP ou BEP, bac, bac+2, bac+3 et plus. Elle
régionaux d’apprentissage et de formation continue-Groupe permet en particulier d’observer les mobilités interrégiona-
statistique pour l’évaluation, document accessible sur le site les des jeunes entre la classe de sixième, l’entrée sur le
internet du Céreq, [Link], rubriques « Études et recher- marché du travail en 1998, et la fin des trois premières
ches », « Politiques de formation professionnelle ». années de vie active en 2001. Des extensions régionales
• Les études supérieures : un motif de migration, Ph. Julien, ont par ailleurs été effectuées à la demande des régions
J. Laganier et J. Pougnard, INSEE première, n° 813, INSEE, Aquitaine, Île-de-France, Languedoc-Roussillon, Provence-
novembre 2001. Alpes-Côte d’Azur et Rhône-Alpes, pour obtenir des résultats
• Projections régionales de population pour 2030 : l’impact plus fins.
des migrations, L. Omalek, INSEE première, n° 805, INSEE, L’ensemble des principaux résultats de cette enquête se-
septembre 2001. ront publiés courant juin par le Céreq sous le titre Quand
• Les migrations en France entre 1990 et 1999. Les régions de l’école est finie… Premiers pas dans la vie active de la
l’Ouest de plus en plus attractives, B. Baccaïni, INSEE pre- Génération 98.
mière, n° 758, INSEE, février 2001.
Céreq
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Commission paritaire n° 1063 ADEP.
4 Céreq Bref n° 186 - MAI 2002