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com
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« Tous les humains, même les plus normaux, sont ca-


pables de rêver. »

Publié en 1901, Sur le rêve offre une synthèse vivante de


la monumentale Interprétation des rêves, qui est au cœur
de la méthode psychanalytique. En une dizaine de courts
chapitres, décryptant plusieurs rêves dont les siens, Freud
propose une typologie des rêves, explique leur fonction-
nement et le rôle qu’y jouent le désir, la censure et le re-
foulement. Ce faisant, il aborde divers thèmes comme les
rêves des enfants, la créativité du rêve ou la part d’éro-
tisme que recèlent nos rêves, sans oublier d’initier son
lecteur à l’art délicat d’interpréter les symboles oniriques.

Traduction inédite
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sigmund freud
aux éditions payot & rivages

Cinq leçons sur la psychanalyse, suivi de : Contribution


à l’histoire du mouvement psychanalytique
Psychopathologie de la vie quotidienne
Totem et tabou
Introduction à la psychanalyse
Essais de psychanalyse
Dora. Fragment d’une analyse d’hystérie
Le Petit Hans, suivi de : Sur l’éducation sexuelle des enfants
L’Homme aux rats. Un cas de névrose obsessionnelle, suivi
de : Nouvelles Remarques sur les psychonévroses de
défense
L’Homme aux loups. D’une histoire de névrose infantile
Le Président Schreber. Un cas de paranoïa
Malaise dans la civilisation
L’Homme Moïse et la religion monothéiste
Sur le rêve
Psychologie de la vie amoureuse
La Féminité
Notre relation à la mort
Trois essais sur la théorie sexuelle
Au-­delà du principe de plaisir
Psychologie des foules et analyse du moi, suivi de :
Psychologie des foules (Gustave Le Bon)
Le Moi et le Ça

(Suite en fin d’ouvrage)


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Sigmund Freud

Sur le rêve

Traduction inédite de l’allemand


par Olivier Mannoni

Préface de Sébastien Smirou


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Retrouvez l’ensemble des parutions


des Éditions Payot & Rivages sur
payot-­[Link]

Couverture : Conception graphique : Sara Deux.


Illustration © Costa/Leemage

titre original :
Über den Traum

Conseiller scientifique : Gisèle Harrus-­Révidi

© Éditions Payot & Rivages, 2016


pour la présente traduction française,
la préface et la présente édition

ISBN : 978-2-228-91606-6
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préface

Un portrait de l’invisible

par Sébastien Smirou

Souvent négligé par les psychanalystes eux-­


mêmes, Sur le rêve est un texte bref, publié
en 1901, qui a en revanche tout pour plaire
à ceux qui découvrent Freud. Quelques mois
à peine après la publication de son grand
œuvre (L’Interprétation du rêve), l’inventeur
de la psychanalyse revient en effet dans cet
essai, avec le plus de pédagogie et de simpli-
cité possible, sur les mécanismes de forma-
tion de nos rêves et sur le sens qu’on peut
leur attribuer par l’analyse. Il ouvre même
une porte sur l’exploration de l’inconscient
dans une acception plus large.
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8 / Sur le rêve

Le b.a.-­ba de l’interprétation
des rêves
Mais alors pourquoi ce désintérêt de la part
des cliniciens et/ou des spécialistes de Freud ?
D’abord parce que Sur le rêve ne leur est pas
destiné. La richesse clinique et le raffinement
interprétatif du génie de L’Interprétation du
rêve laissent place à un exposé didactique
rédigé « sans véritable plaisir 1 » et qui vise
d’abord à l’efficace. En 1916‑1917, Freud
reviendra, avec le même souci pédagogique
— lui dit : « de manière un peu brute, destinée
à la masse 2 » —, sur sa technique d’interpré-
tation du rêve. Il y consacrera, à l’attention
d’étudiants viennois, toute la deuxième partie
de l’Introduction à la psychanalyse. Mais ici,
ses explications sont plus ramassées : il nous

1. « De mon côté j’écris le rêve sans véritable


plaisir », lettre du 14 octobre 1900, in Sigmund
Freud, Lettres à Wilhelm Fliess (1887‑1904), traduit
par Françoise Kohn et François Robert, Paris, PUF,
2006, p. 538.
2. Voir Sigmund Freud, Leçons d’introduction à
la psychanalyse (1916‑1917), in Œuvres complètes,
vol. XVI, Paris, PUF, 2000, p. ix.
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Préface / 9

livre en quelque sorte le b.a.-­ba de l’interpré-


tation des rêves.
Nous sommes au début de l’existence
publique de la psychanalyse et il s’agit de
convaincre des non-­ initiés de la pertinence
de ce qui se présente alors comme une nou-
velle science de l’esprit humain. Or, à ce
moment précis, l’entreprise échoue encore
assez douloureusement. L’Interprétation vient
de paraître à Vienne et ne se vend pas (cent
vingt-­trois exemplaires seulement au cours
des six premières semaines de commerciali-
sation du livre chez Franz Deuticke). C’est
donc dans un climat d’inquiétude que se
présente à Freud, début 1900, la proposition
d’un confrère, le psychiatre allemand Leopold
Löwenfeld, d’exposer ses découvertes dans
un ouvrage collectif. L’ouvrage en question
fait partie des « Grenzfragen des Nerven-­und
Seelenlebens » (« Questions aux frontières
de la vie nerveuse et de la vie d’âme »), une
collection que codirige Löwenfeld et que
publie l’éditeur J.F. Bergmann à Wiesbaden,
en Allemagne. Il est nourri par et destiné
à des médecins dont la plupart, pour être
confrontés à la même clinique que Freud,
ne sont cependant pas familiers de la psy-
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10 / Sur le rêve

chanalyse. Löwenfeld, quant à lui, travaille


depuis plusieurs années à Munich sur la
neurasthénie et l’hystérie, et il se montre
très curieux de savoir ce qui, dans le tra-
vail de Freud avec ses patient(e)s, peut
bien produire, hors hypnose, des résultats
thérapeutiques. Il fait partie des happy few
qui viennent de lire L’Interprétation, et c’est
cette lecture qui motive son invitation. Sur
le rêve fournit ainsi à Freud l’occasion de
promouvoir en Allemagne une partie de
ses découvertes, d’une autre manière que
par son opus magnum — sous la forme
d’un digest. C’est un point important : ces
explications sur le rêve fonctionnent alors
en quelque sorte comme la pointe avancée
de ses théories sur l’inconscient et l’appareil
psychique en général.
Il faut se souvenir que les articles ou les
livres de vulgarisation rédigés par Freud
ne sont pas exceptionnels dans son travail.
Ils forment même un long fil rouge, jusqu’à
l’Abrégé de 1939. On pourrait presque parler
d’une sorte de « littérature mineure » à l’inté-
rieur de ses œuvres complètes. On n’ira pas ici
jusqu’à affirmer, comme Deleuze et Guattari,
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Préface / 11

qu’« il n’y a de grand, et de révolutionnaire,


que le mineur 1 » ou le minoritaire. Mais si l’on
veut bien ne pas se focaliser sur ce que Sur le
rêve aurait de moins que la Traumdeutung (la
théorie de l’appareil psychique exposée dans
son chapitre vii, par exemple), on peut alors
prêter attention à ce qu’il contient éventuelle-
ment de plus. C’est ce que je tenterai de faire
au cours de cette présentation en soulignant
le caractère performatif du texte, c’est-­à-­dire
en montrant en quoi il constitue lui-­même…
une forme de rêve. Mais commençons par
en parcourir brièvement le contenu, repla-
çons-­le dans le contexte de sa rédaction,
et éclairons un peu sa fonction pour Freud
— sinon sa fonction dans l’économie géné-
rale de l’homme, du moins son rôle dans la
réception de son travail en France.

Freud est tiraillé


Pour bien saisir le contexte de production
de Sur le rêve, on peut prendre appui sur un
passage de Psychopathologie de la vie quoti-

1. Gilles Deleuze et Félix Guattari, Kafka. Pour


une littérature mineure, Paris, Minuit, 1975, p. 48.
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12 / Sur le rêve

dienne 1, un livre qui traite des oublis qu’on


fait de temps à autre et de ce qu’ils traduisent
de nos mouvements inconscients. Les deux
textes ont été rédigés presque simultané-
ment, en 1901, une année extrêmement dense
pour Freud puisqu’elle abrite également sa
brouille définitive avec son mentor et confi-
dent, Wilhelm Fliess, la préparation des Trois
essais sur la théorie sexuelle 2 et celle du Mot
d’esprit 3. Qui plus est, les trois derniers mois
de l’année, au cours desquels Freud rédige
Sur le rêve, sont marqués par la cure de
Dora 4, sa patiente hystérique peut-­ être la
plus célèbre. En clair, pris dans cet intense

1. Sigmund Freud, Psychopathologie de la vie


quotidienne (1901), traduit par Samuel Jankélévitch,
Paris, Payot, coll. « Petite Bibliothèque Payot »,
2001.
2. Sigmund Freud, Trois essais sur la théorie
sexuelle (1905), traduit par Cédric Cohen Skalli,
Olivier Mannoni et Aline Weill, préface de Sarah
Chiche, Paris, Payot, coll. « Petite Bibliothèque
Payot », 2014.
3. Sigmund Freud, Le Mot d’esprit et sa relation à
l’inconscient (1905), traduit par Denis Messier, Paris,
Gallimard, coll. « Folio », 1992.
4. Voir Sigmund Freud, Dora. Fragment d’une
analyse d’hystérie, traduit par Cédric Cohen Skalli,
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Préface / 13

bouillonnement psychique, il considère pro-


bablement qu’il a mieux à faire qu’écrire
ce texte pour Löwenfeld, qu’il lui a pour-
tant promis depuis le mois de janvier. Pire :
quelque chose l’en empêche au point d’en
différer sans cesse la rédaction.
Mais justement, c’est cette promesse
qui le place dans une situation d’inhibi-
tion. Il explique lui-­ même pourquoi, dans
Psychopathologie de la vie quotidienne, en
revenant sur la façon dont il oublie de ren-
voyer à l’éditeur du texte (Bergmann) ses
corrections sur les épreuves. C’est un peu
long, mais tout de même très intéressant à
suivre : « Bergmann, de Wiesbaden, m’envoie
des épreuves, me priant de les corriger au
plus tôt, car il veut faire paraître le fascicule
avant Noël. Je corrige les épreuves le soir
même et les dépose sur mon bureau, pour
les expédier le lendemain matin. Le lende-
main, j’oublie totalement mon projet et ne
m’en souviens que l’après-­ midi, en aperce-
vant le paquet sur ma table. J’oublie encore
d’emporter les épreuves l’après-­midi, le soir,

préface de Sylvie Pons-­Nicolas, Paris, Payot, coll.


« Petite Bibliothèque Payot », 2010.
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14 / Sur le rêve

et le matin suivant ; enfin, dans l’après-­midi


du deuxième jour, je me lève brusquement,
m’empare des épreuves et sors précipitam-
ment pour mettre mon paquet dans la pre-
mière boîte aux lettres. Chemin faisant, je me
demande avec étonnement quelle peut bien
être la cause de mon retard. Il est évident que
je ne tiens pas à expédier les épreuves, mais
je ne trouve pas le pourquoi. Au cours de la
même promenade, j’entre chez mon éditeur
de Vienne qui a publié mon livre sur les rêves
[Franz Deuticke, donc] et lui dis comme
poussé par une inspiration subite : “Savez-­
vous que j’ai écrit une nouvelle variante du
Rêve ? — Ah, pardon ! — Calmez-­vous : il
ne s’agit que d’une brève monographie pour
la collection Löwenfeld-­ Kurella.” Il n’était
pas rassuré ; il craignait un préjudice pour
la vente du livre 1. »
Que conclut Freud de ce petit épisode ?
« Il me semble que c’est la même appréhen-
sion que celle manifestée par l’éditeur qui a
été la cause de mon hésitation à renvoyer les
épreuves. » Autrement dit : s’il a eu tant de

1. Sigmund Freud, Psychopathologie de la vie


quotidienne, op. cit., p. 197‑198.
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Préface / 15

mal à rédiger Sur le rêve, c’est qu’il craignait


qu’un nouveau texte sur le sujet ne porte
préjudice à l’éditeur de L’Interprétation.
La chose semble tout à fait plausible, mais
elle apparaît dans le même temps révéla-
trice d’un autre phénomène chez Freud : il
se sent en fait tiraillé entre la fidélité à son
œuvre maîtresse et la nécessité de promou-
voir plus activement son travail auprès de la
communauté scientifique allemande. C’est du
reste le même tiraillement qu’on retrouve,
chez les lecteurs du texte, entre les psycha-
nalystes — qui pratiquent et cherchent des
appuis théoriques détaillés à leur expérience
clinique — et les néophytes, qui sont avant
tout curieux des réflexions de Freud sur le
rêve.

Le rêve transforme nos pensées


Comparé aux quatre ans de travail qu’a
nécessité L’Interprétation du rêve, ses cent
soixante rêves et ses centaines de pages, Sur le
rêve mentionne une douzaine de rêves et se lit
d’une traite. À qui aborderait la planète Terre
en 1901 en ayant manqué les épisodes précé-
dents — depuis Homère (viiie siècle avant J.-­C.)
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16 / Sur le rêve

et Artémidore (iie siècle), jusqu’aux approches


biologisantes de la fin du xixe siècle —, il pro-
pose une compréhension nouvelle des rêves et
de leur signification. En partant des plus simples
(les rêves d’enfant), il établit d’abord une chose
fondamentale à ce moment-­ là pour Freud :
tout rêve est un accomplissement de souhait,
il ­
réalise un désir inassouvi. (C’est ce que
démontrait le chapitre iii de la Traumdeutung.)
La chose est évidemment plus ou moins lim-
pide en fonction des rêves qu’on fait. Dans
la plupart des cas, cet accomplissement de
souhait est maquillé, dissimulé au rêveur :
­
c’est bien pourquoi nous nous réveillons par-
fois en ayant le sentiment de ne rien saisir de
ce dont nous nous souvenons.
Pour comprendre, on doit retracer le che-
min que les pensées du rêve ont emprunté
pour se présenter au rêveur, en l’écoutant
parler de ce que ces contenus lui évoquent
spontanément. Il faut avoir à l’esprit, montre
Freud, qu’il existe deux types de contenu
dans un rêve : un contenu latent, qu’il appelle
aussi « les pensées du rêve » (c’est le souhait
accompli par le rêve, et qui nous reste spon-
tanément caché), et un contenu manifeste (ce
sont les scènes que nous voyons en rêve et
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Préface / 17

les émotions qui les accompagnent, tout ce


dont nous nous souvenons après coup). Pour
passer de l’un à l’autre type de contenu, le
rêve procède à un travail de transformation
dont Freud décompose les mécanismes. Il en
détaille en fait trois principaux : la drama-
tisation, la condensation et le déplacement.
La dramatisation est un ajout conceptuel à
L’Interprétation. Freud l’utilise pour désigner
le fait que le rêve agit comme un metteur en
scène : il transforme nos désirs en situations
concrètes, jouées dans le rêve. Condensation
et déplacement sont des procédés un peu
moins immédiats à appréhender.
On saisit cependant très bien ce que Freud
repère de la condensation si l’on va voir sur
Internet les « photos composées » de Francis
Galton dont il est question p. 77. En super-
posant les portraits des différents membres
d’une famille, par exemple, cet anthropologue
constate que les différences physiologiques
s’estompent au profit des traits communs. Il
en résulte une sorte de visage moyen de la
famille. Arthur Batut (1846‑1918), un photo-
graphe français qui utilisait le même procédé
que Galton, parle lui d’un « portrait de l’in-
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18 / Sur le rêve

visible 1 ». C’est une formule très juste parce


que l’image ainsi obtenue ne représente pas
une prise de vue, un extrait de réalité ; il s’agit
d’une véritable création. Or ce même méca-
nisme créatif opère dans la vie onirique : nous
y fusionnons des personnages (un homme, dans
un rêve, peut être à la fois le rêveur et son
père, par exemple) comme nous y fusionnons
des mots (dans l’exemple que prend Freud
p. 93, le mot « propylène » est le condensé
des mots « Propylées » et « amylène »).
Le déplacement est un phénomène au moins
aussi important que la condensation. En effet,
Freud montre que, pour brouiller encore les
pistes, le rêve place au premier plan de sa
mise en scène les éléments les moins signifi-
catifs du désir du rêveur. Inversement, pour
le psychanalyste, les détails apparemment
les plus insignifiants du rêve en contiennent
potentiellement les pensées clés.
Toutes ces explications sur le travail du
rêve constituent l’essentiel de cet essai. Au-­
delà, à partir du chapitre viii, les choses sont

1. Arthur Batut, La Photographie appliquée à


la production du type d’une famille, d’une tribu ou
d’une race, Paris, Gauthier-­Villars, 1887, p. 17.
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Préface / 19

un peu moins structurées, moins démonstra-


tives. Si Freud ajoute quelques mots sur le
rôle du rêve comme « gardien du sommeil »
ou sur la fonction symbolique de différents
éléments de nos rêves, il profite surtout de
l’occasion pour mentionner d’autres concepts
indispensables à la méthode psychanalytique
en tant que « procédé pour l’investigation des
processus animiques 1 ». Censure et refoule-
ment sont ainsi abordés. Ils permettent d’ex-
pliquer au lecteur néophyte pourquoi le rêve
s’échine à dissimuler au rêveur des désirs
que, pourtant, il accomplit… Si un rêve nous
reste obscur, montre en effet Freud, c’est
qu’il contient des pensées érotiques inter-
dites. C’est la grande révélation freudienne
des années 1900 2. D’où la formule peut-­être
1. Sigmund Freud, « “Psychanalyse” et “Théorie
de la libido” » (1923), in Œuvres complètes, vol. XVI,
Paris, PUF, 2010, p. 183.
2. Vingt ans plus tard, Freud corrigera ces pre-
mières conclusions en constatant que certains rêves
« ne se laissent plus ramener au point de vue de l’ac-
complissement de désir, pas plus que les rêves qu’on
voit se produire dans les psychanalyses et qui nous
ramènent le souvenir des traumatismes psychiques
de l’enfance ». Voir Sigmund Freud, Au-­delà du
principe de plaisir (1920), traduit par Jean Laplanche
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20 / Sur le rêve

la plus volontairement précise du texte : la


plupart des rêves sont « des accomplissements
voilés de souhaits refoulés ».
Aussi essentiels soient-­ ils, ces derniers
éléments sont traités très rapidement, en
contraste important en tout cas avec les deux
premiers tiers du livre. Lors de la première
édition de ce texte, Freud n’établit pas de
conclusion, pas de sommaire : il a probable-
ment hâte d’en finir.

« Sur le rêve » en France


Cette hâte n’a cependant pas empêché
Sur le rêve de concourir, vingt-­cinq ans plus
tard, à ce pour quoi Freud l’avait conçu,
c’est-­à-­dire à la découverte de ses théories.
Pas tant en Allemagne qu’en France, « res-
tée seule [alors] indifférente à ses travaux »,
comme l’écrit André Breton 1. On a coutume
de mettre ce retard hexagonal quant à l’ac-
cueil de l’inconscient freudien sur le compte
d’une opposition tenace dans les rangs des

et J.-­B. Pontalis, préface d’Élise Pestre, Paris, Payot,


coll. « Petite Bibliothèque Payot », 2010, p. 87‑88.
1. André Breton, Les Pas perdus (1924), Paris,
Gallimard, 1990.
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Préface / 21

intellectuels français de l’époque, héritée de


1870 et de la Grande Guerre, à tout savoir
germanophone. C’est peut-­être juste, mais en
partie seulement, car Freud y a également sa
part, lui qui a longtemps retardé la traduc-
tion en français des livres qu’il jugeait les plus
complexes, comme L’Interprétation du rêve et
Le Mot d’esprit. Il estimait en effet que, pour
réaliser pareilles traductions, « il faut être soi-­
même psychanalyste et capable de substituer
aux exemples et matériaux que j’y utilise
des exemples et matériaux empruntés à sa
propre expérience. C’est d’ailleurs ce qu’ont
fait les traducteurs en d’autres l­angues 1 ».
Sans ­psychanalystes étrangers confirmés, pas
de traduction de ces textes pourtant primor-
diaux… pour qui envisage de devenir psycha-
nalyste. Cette réticence explique en tout cas
que des textes considérés par Freud comme
plus simples d’accès, moins ancrés dans
l’idiome psychanalytique, aient été traduits
avant ces deux œuvres majeures.

1. Lettre de Sigmund Freud à Samuel Jankélévitch


(1920), citée par Jacques Sédat dans « La récep-
tion de Freud en France durant la première moitié
du xxe siècle. Le freudisme à l’épreuve de l’esprit
latin », Topique, no 115, 2/2011, p. 51‑68.
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22 / Sur le rêve

Sur le rêve en fait partie, qui paraît donc


en France en 1925, juste avant la traduction
de L’Interprétation du rêve (chez Félix Alcan,
en 1926, sous le titre La Science des rêves).
Depuis trois ou quatre ans à peine, sous l’im-
pulsion d’André Gide, Eugénie Sokolnicka,
Rudolph Loewenstein et René Laforgue, la
France commence à découvrir Freud, et les
éditeurs à se disputer ses livres 1. D’autres
titres ont précédé celui qui nous intéresse
ici, notamment Psychopathologie de la vie
quotidienne (Payot, 1922), Totem et tabou
(Payot, 1924), et surtout un premier livre
à vocation pédagogique : Introduction à la
psychanalyse (Payot également, 1922). Un
compte rendu de lecture d’Eugène Lenoble
illustre la réception glaciale de cette première
tentative — Freud a déjà soixante-­six ans —
au pays de son maître Charcot : « De ce
côté-­ci du Rhin, l’accueil fut beaucoup plus
réservé […] ; on resta même généralement
froid devant les prétendues merveilles de
la psychanalyse, et si “le freudisme” obtint

1. Alain de Mijolla retrace ces aventures édito-


riales dans Freud et la France (1885‑1945), Paris,
PUF, 2010. Voir en particulier p. 219 sq.
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Préface / 23

d’abord un certain succès de curiosité, il ne


tarda pas à soulever les protestations les plus
vives. […] Si l’on pèse [les] découvertes [de
Freud] à leur juste poids, elles ne légitiment
sûrement point le ton de confiance préten-
tieuse avec lequel elles sont présentées et
elles ne sont pas appelées à révolutionner la
psychologie ni la science 1. » Pareille prédic-
tion fait aujourd’hui sourire, mais elle n’amu-
sait ni Freud ni ses amis ; sa correspondance
regorge ainsi de mentions d’attaques plus
ou moins argumentées dans les journaux ou
en revue. S’il n’y répond pas, il s’y montre
cependant assez sensible 2. C’est qu’au-­ delà
du travail clinique avec les patients, il a tou-
jours nourri beaucoup d’ambition, à la fois
pour la psychanalyse et pour lui-­même. Son

1. Eugène Lenoble, « Dr Sigmund Freud,


Introduction à la psychanalyse » (1922), Revue des
sciences religieuses, t. 4, fasc. 2, 1924, p. 378‑381.
2. « Un rectificatif à ces entrefilets, cela ne
me semble vraiment pas en valoir la peine. […]
D’ailleurs l’expérience prouve que ces choses ne
laissent dans le public aucune impression durable. »
(Lettre à René Laforgue du 25 septembre 1925). Voir
« S. Freud/R. Laforgue, correspondance 1923‑1937 »,
Nouvelle revue de psychanalyse, 15, 1977.
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24 / Sur le rêve

travail sur le rêve, en l’occurrence, revêt à


ses yeux une importance capitale. Une lettre
à Fliess 1 révèle sans fard ses aspirations à la
reconnaissance, voire à la gloire, au moment
où il s’y attelle :

Crois-­
tu vraiment qu’il y aura un jour sur
cette maison une plaque de marbre où on
pourra lire :

« Ici se dévoila le 24 juillet 1895


Au Dr Sigmund Freud
Le mystère du rêve. »

La date mentionnée sur cette plaque com-


mémorative « rêvée » est celle du célèbre

1. « Je m’attache maintenant à distance aux


symptômes réactionnels accompagnant l’entrée
de la psychanalyse dans cette France longtemps
réfractaire. […] Des objections d’une incroyable
candeur se font entendre, comme celle selon
laquelle la délicatesse française serait choquée
par la pédanterie et la balourdise des dénomina-
tions psychanalytiques […]. Le génie latin ne sup-
porterait absolument pas la façon de penser de la
psychanalyse. » Sigmund Freud, Autoprésentation
(1925), in Œuvres complètes, vol. XVII, Paris, PUF,
2006, p. 109‑110.
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Préface / 25

rêve dit de « l’injection faite à Irma 1 », qui


traverse toute L’Interprétation du rêve et qui
constitue pour Freud une sorte de révélation.
Au lieu de la reconnaissance tant désirée,
donc, un quart de siècle plus tard, la France
lui résiste toujours, et c’est dans ce contexte
que paraît la première traduction de Sur le
rêve dans la langue de Molière. Or ce qui
retient rétrospectivement l’attention dans cet
essai, c’est précisément que les ambitions de
Freud et certains mécanismes du rêve y sont
étroitement mêlés.

Chapeau haut de forme


et bec Auer
De ses ambitions, il ne fait pour le coup
presque aucun mystère : il expose même
avec la plus grande honnêteté, au chapitre iv,
le court rêve du « chapeau haut de forme
en verre » (voir infra, p. 82). Un chapeau en
verre transparent posé sur ses genoux, auquel

1. Voir Sigmund Freud, Le Rêve de l’injection


faite à Irma, traduit par Olivier Mannoni, préface
d’Élise Pestre, Paris, Payot, coll. « Petite Bibliothèque
Payot », 2011.
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26 / Sur le rêve

Freud associe « par de brefs détours » de pen-


sée l’idée du bec Auer.
« Le bec Auer », qu’on nomme aussi « bec
à incandescence », est une innovation techno-
logique de 1886 qui fait briller beaucoup plus
intensément qu’avec l’ancien « bec Bunsen »
la lumière produite par une lampe à gaz. Il
a permis, à la fin du xixe siècle, d’éclairer les
villes européennes d’une lumière nouvelle.
C’est aussi, pour n’importe quel psychana-
lyste, un symbole phallique évident, une sorte
de super-­pénis qui confère puissance et gloire
à son propriétaire. La preuve : le nom de son
inventeur (« le Dr [comme Freud] Auer von
Welsbach ») est devenu le nom de l’inven-
tion elle-­même, le « bec Auer ». C’est encore
plus fort qu’une plaque commémorative sur
une maison : c’est un nom qui brille dans
toutes les rues grâce à l’éclairage public et
dans chaque foyer grâce aux lampes à gaz
individuelles. Un peu comme si, au lieu de
penser, le matin au réveil, « j’ai fait un rêve
étrange », chacun se disait, depuis l’invention
de cette méthode d’investigation géniale du
Dr Freud : « J’ai fait un freud étrange. »
Grâce à son association, Freud comprend
en tout cas que le chapeau haut de forme
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Préface / 27

de son rêve représente son invention à lui,


la psychanalyse. Un phare de la pensée, en
quelque sorte, une invention « qui [le] rende
aussi riche et indépendant que [son] compa-
triote », et grâce à laquelle il espère « faire
des voyages au lieu de rester à Vienne ».
Jusqu’en Allemagne ou en France, par
exemple. « Dans le rêve, ajoute-­t‑il, je voyage
avec mon invention, ce haut-­ de-­forme en
verre — qui n’est cependant pas encore uti-
lisable. » C’est qu’il faut finir de le mettre au
point — nous ne sommes qu’en 1901 — et
c’est justement ce à quoi Freud travaille en
écrivant ce petit livre destiné à démocratiser
ses réflexions. On pourrait ainsi considérer
que Sur le rêve — le livre lui-­même — parti-
cipe au même accomplissement de désir que
le chapeau haut de forme rêvé. Ce rêve du
chapeau serait une métonymie du livre qui
le contient, et qu’on pourrait alors entendre
à son tour comme un rêve.
Pour examiner cette hypothèse, suivons
Freud dans ses définitions. Il distingue en
effet trois catégories de rêves :
– ceux qui revêtent à nos yeux un sens
logique et qu’on peut s’approprier sans dif-
ficulté ;
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28 / Sur le rêve

– ceux qui ont du sens mais dont le sens,


précisément, nous déconcerte et qu’on ne sait
pas comment intégrer à notre vie psychique ;
– ceux qui nous semblent incohérents,
confus, absurdes et dont, par définition, nos
pensées ne peuvent rien faire.

Un rêve d’enfant
La plupart de nos rêves font partie de la
troisième catégorie, ce sont eux qui requièrent
l’intervention du psychanalyste pour être
compris. Mais Sur le rêve, tel que nous l’en-
visageons, est beaucoup plus limpide, plus
directement lisible. S’il est lui-­ même un
rêve, ou un rêve agi, il appartient bien plus
sûrement à la première catégorie, celle dans
laquelle « contenus manifeste et latent coïnci­
dent, et où il semble donc que l’on ait fait
l’économie du travail du rêve ». Il ressemble
en effet au rêve ingénu du début du cha-
pitre iii, dans lequel une petite fille privée de
fraises pour cause d’indigestion en remange
imaginairement en dormant — pas assez à
son goût 1. De la même manière que le désir

1. Voir infra, p. 65.


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Préface / 29

accompli en rêve par cette enfant pourrait se


traduire par la phrase « Je mange les fraises
que j’aime tant et dont je suis privée », celui
qu’accomplit le rêve-­livre de Freud pourrait
s’énoncer simplement : « J’écris un livre sur la
façon dont j’interprète les rêves pour ­porter à
la connaissance du plus grand public possible
la nouvelle de ma découverte. »
Évidemment, pour faire ce rêve, Freud ne
dort pas : il sait qu’il est en train de rédiger
un texte dont la vocation est de convaincre
ses lecteurs du bien-­fondé de son travail. Il
s’agit donc plutôt d’un « rêve éveillé » ; il
entrerait, au sein de la nomenclature freu-
dienne, dans la catégorie des « fantaisies
diurnes ». À propos de ces fantaisies, l’au-
teur de L’Interprétation du rêve est très clair :
« Comme les rêves, elles sont des accomplis-
sements de souhait ; comme les rêves, elles se
basent pour une bonne part sur les impres-
sions d’expériences vécues infantiles ; comme
les rêves, elles jouissent d’un certain relâche-
ment de la censure pour ce qui est de leurs
créations. Si l’on cherche à déceler comment
elles sont édifiées, on s’aperçoit que le motif-­
souhait qui est à l’œuvre dans leur production
a jeté pêle-­mêle, réordonnancé et agencé en
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30 / Sur le rêve

un nouvel ensemble le matériel avec lequel


elles sont construites 1. » C’est exactement ce
genre de nouvel ensemble ou de synthèse que
constituait le « portrait de l’invisible » auquel
pensait Arthur Batut à la fin du xixe siècle 2.
Et c’est exactement ce à quoi ressemble, à
son tour, notre Sur le rêve.
Sébastien Smirou 3

1. Sigmund Freud, L’Interprétation du rêve


(1900), in Œuvres complètes, vol. IV, Paris, PUF,
2004, p. 543.
2. À propos de ce travail, Arthur Batut posait
la question suivante : « Reproduire à l’aide de la
photographie une figure dont la réalité matérielle
n’existe nulle part, un être irréel dont les éléments
constitutifs sont disséminés sur un certain nombre
d’individus et qui ne peut être conçu que virtuel-
lement, n’est-ce point un rêve ? » (Manuscrit du
26 décembre 1905, Labruguière, ADT/Espace
Arthur Batut.)
3. Écrivain, psychanalyste et psychologue cli-
nicien, il a notamment publié Un temps pour se
séparer. Notes sur Robert Capa, Paris, Hélium, 2016.
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Note d’édition

Éditions allemandes
1901 Über den Traum, in Grenzfragen des
Nerven — und Seelenbens, vol. VIII,
Leopold Löwenfeld et Hans Kurella
(éd.), Wiesbaden, J.F. Bergmann
Verlag, p. 307‑344.
1911 2e éd. augmentée du chap. xii, chez
le même éditeur.
1921 3e éd., Munich, Wiesbaden, Bergmann.
1925 Publié in Gesammelte Schriften, t. III,
Leipzig, Vienne, Zurich, Internationale
Psychoanalytischer Verlag.
1942 Réédité in Gesammelte Werke, t. II-­
III, Londres, Imago Publishing Co. ;
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32 / Sur le rêve

puis in Taschenausgabe, Francfort-­sur-­


le-­Main, Fischer Taschenbuch Verlag.
1994 Repris in Schriften über Traüme
und Traumdeutung, introduction de
Hermann Beland, Francfort-­sur-­le-­
Main, Fischer Taschenbuch Verlag.

Traductions françaises
1925 
Le Rêve et son interprétation, traduit
par Hélène Legros, Paris, Gallimard ;
rééd. 1969, 1988.
Sur le rêve, traduit par Cornélius
1988 
Heim, préface de Didier Anzieu, Paris,
Gallimard ; rééd. coll. « Folio », 2006.
2010 
Sur le rêve, traduit par Fernand
Cambon, introduction de Maurice
Dayan, Paris, Flammarion, coll.
« Champs ».
2011 
Sur le rêve, traduit par Jean-­Pierre
Lefebvre, présentation de Fabien
Lamouche, Paris, Points, coll. « Essais ».
2012 
Du rêve, in Œuvres complètes, t. V,
André Bourguignon et Pierre Cotet
(éd.), traduit par Pierre Cotet et Alain
Rauzy, Paris, PUF.
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Note d’édition / 33

2016 
Sur le rêve, traduit par Olivier
Mannoni, préface de Sébastien
Smirou, Paris, Payot, coll. « Petite
Bibliothèque Payot ».

Traductions anglaises
1914 
On Dreams, traduit par M.D. Eder,
Londres, W. Heinemann.
1952 
On Dreams, in The Standard Edition
of the Complete Psychological Works
of Sigmund Freud, traduit par James
Strachey, Londres, Hogarth Press.

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