La trigonalisation simultanée : un corrigé
1 Un exemple simple
1. On remarque que (−2, 0, 1) est propre pour f associé à la valeur propre 4. L’opération C3 ←
C3 − 2C1 donne alors
λ−1 3 −2
χf (λ) = (λ − 4) 3 λ+2 0
0 −3 1
L’opération L1 ← L1 + 2L3 puis un développement par rapoort à la dernière colonne donne alors
(après factorisation)
χf (λ) = (λ − 1)2 (λ − 4)
2. On en déduit que Sp(f ) = {1, 4} .
La multiplicité de 4 vaut 1 est le sous-espace propre associé est donc de dimension 1. Comme on
a donné ci-dessus un vecteur propre, on conclut que E4 (f ) = Vect((−2, 0, 1)) .
La dimension du sous-espace propre associé à 1 vaut 1 car A − I3 est de rang au moins égal à 2
(le noyau est donc de dimension ≤ 1 et il est aussi de dimension ≥ 1 par définition d’une valeur
propre). Comme (1, 1, −1) est propre pour 1, on a donc E1 (f ) = Vect((1, 1, −1))
La somme des dimension vaut 2 < 3 et donc f n’est pas diagonalisable .
On pose g1 = (−2, 0, 1) et g2 = (1, 1, −1) en sorte que f (g1 ) = 4g1 et f (g2 ) = g2 . On pose
g3 = (1/3, 0, −1/3) en sorte que f (g3 ) = g2 +g3 (calcul simple). On vérifie que B 0 = (g1 , g2 , g3 )
est libre (déterminant non nul) et, par cardinal, c’est une base de E. Par les relations données,
on a alors
4 0 0
MB 0 (f ) = 0 1 1
0 0 1
3. Supposons que f g = gf . Les sous-espaces propres de f sont alors stables par g. Comme ils sont
de dimension 1 engendrés par g1 et g2 , il existe a, b ∈ R tels que g(g1 ) = ag1 et g(g2 ) = bg2 . On
en déduit que MB 0 (g) est triangulaire (ses deux premières colonnes sont (a, 0, 0) et (0, b, 0)).
On a ainsi trouvé une base de co-trigonalisation.
1 0 0
4. Soit h tel que MB0 (h) = 1 1 0 . h est trigonalisable (χh = (X − 1)3 est scindé) et 1 est
1 1 1
son unique valeur propre avec E1 (h) = Vect(g3 ).
Soit (h1 , h2 , h3 ) une base de trigonalisation de h. h1 est alors propre pour h et est donc colinéaire
à g3 . Comme g3 n’est pas propre pour f , (h1 , h2 , h3 ) n’est pas une base de trigonalisation de f .
f et h ne sont pas co-trigonalisables .
2 Le cas d’endomorphismes qui commutent
5. Si tous les éléments de P sont des homothéties alors dans toute bases, tous les éléments de P sont
représentés par des matrices scalaires et donc triangulaires. Ainsi, dans ce cas, P est trigonalisable .
1
6. Comme h ∈ P , h est trigonalisable et donc χf est scindé. Ainsi Sp(f ) 6= ∅ .
Comme h n’est pas une homothétie, F 6= E et donc q = dim(F ) ∈ [[1, n − 1]] ({0} ⊂ F ⊂ E
avec des inclusions strictes).
7. Si f ∈ P alors f h = hf et tout sous-espace propre pour h est stable par f . En particulier
∀f ∈ P, f (F ) ⊂ F
Bf Df
Cette stabilité montre que MB (f ) a une forme bloc triangulaire avec Bf qui est la
0 Cf
matrice dans la base de F choisie de l’induit de f sur F . En particulier,
Bf est carrée de taille q et Cf est carrée de taille n − q
8. Par un calcul de déterminant bloc-triangulaire, on a
∀f ∈ P, χf = χBf χCf
et le caractère scindé de χf (qui découle du caractère trigonalisable de f ) entraı̂ne celui de χBf
et χCf . Ainsi
∀f ∈ P , Bf et Cf sont trigonalisables
Par ailleurs, un calcul par bloc à partir de MB (f )MB (g) = MB (g)MB (f ) donne (en identifiant
les blocs diagonaux)
∀f, g ∈ P , Bf Bg = Bg Bf et Cf Cg = Cg Cf
9. Pour f ∈ P , on note f˜ l’endomorphisme canoniquement associé à Bf (c’est un endomorphisme
de K q ) et fb celui associé à Cf (endomorphisme de K n−q ).
Les familles (f˜)f ∈P et (fb)f ∈P sont composée d’endomorphismes qui commutent deux à deux et
qui sont tous trigonalisables. Comme ces endomorphismes agissent sur des espaces de dimension
dans [[0, n − 1]], on peut leur appliquer l’hypothèse de récurrences et les familles sont trigonali-
sables. Ceci se traduit matriciellement par l’existence de Q ∈ GLq (K) et R ∈ GLn−q (K) telles
que
∀f ∈ P, Q−1 Bf Q et R−1 Cf R sont triangulaires supérieures
Posons alors S = diag(Q, R). C’est une matrice de taille n inversible d’inverse S −1 = diag(Q−1 , R−1 ).
Un calcul par bloc montre que
−1
Q Bf Q ?
∀f ∈ P, S −1 MB (f )S =
0 R−1 Cf R
et cette matrice est triangulaire supérieure ce qui montre que P est trigonalisable et clôt la
récurrence.
3 Algèbres de Lie
10. Soit M ∈ V. Par hypothèse, X est propre pour M et il existe un unique λ(M ) ∈ C tel que
M X = λ(M )X. Ceci définit donc une application λ de V dans C.
Si M, N ∈ V, on a d’une part (M + N )X = M X + N X = (λ(M ) + λ(N ))X et d’autre
part M + N ∈ V (c’est un espace vectoriel) et donc (M + N )X = λ(M + N )X. Par unicité,
λ(M + N ) = λ(M ) + λ(N ).
On prouve de même que λ(kM ) = kλ(M ) pour k ∈ C et M ∈ V.
On a donc montré que
2
∃λ ∈ L(V, C), ∀M ∈ V, M X = λ(M )X
11. Si M ∈ V alors comme M, A ∈ U, [M, A] ∈ [U] ⊂ V. Ainsi
∀M ∈ V, [M, A] ∈ V
12. On procède par récurrence sur i pour prouver que (1) est vérifiée pour tout M ∈ V.
- Initialisation : on a M X0 = λ(M )X0 = λ0 (M )X0 ce qui correspond à (1).
- Hérédité : supposons la relation (1) vérifiée pour tout M ∈ V et jusqu’au rang i.
Soit M ∈ V. On a alors
M Xi+1 = M AXi = [M, A]Xi + AM Xi
Comme [M, A] ∈ V, on peut appliquer l’hypothèse de récurrence non seulement à M mais
aussi à [M, A]. On obtient les deux relations
i i+1
X i X i
AM Xi = λi−j (M )Xj+1 = λi+1−j (M )Xj
j j−1
j=0 j=1
i i
X i X i
[M, A]Xi = λi−j ([M, A])Xj = λi+1−j (M )Xj
j j
j=0 j=0
En sommant ces relations, on trouve
i
X i i
M Xi+1 = λi+1 (M )X0 + + λi+1−j (M )Xj + λ0 (M )Xi+1
j−1 j
j=1
i
+ ji = i+1
Comme j−1 j et comme les deux termes hors de la somme correspondent aux
termes pour j = 0 et j = i + 1, on obtient la relation (1) au rang i + 1 pour M .
La relation (2) s’obtient en utilisant (1) avec [M, A] qui est bien dans V. On a montré que
i i
X i X i
M Xi = λi−j (M )Xj et [M, A] Xi = λi−j+1 (M )Xj
j j
j=0 j=0
13. L’ensemble {r ∈ N, (X0 , X1 , . . . , Xr ) est libre} est une partie non vide de N majorée par n − 1
(une famille de libre de Cn a au plus n éléments). Elle admet donc un plus grand élément q.
Ainsi,
il existe q ∈ N tel que (X0 , . . . , Xq ) est libre et (X0 , . . . , Xq+1 ) est liée
14. On a Xq+1 ∈ G par définition de G (et donc le résultat encadré ci-dessus). Ainsi
A(G) = Vect(AX0 , . . . , AXq ) = Vect(X1 , . . . , Xq+1 ) ⊂ G
Par ailleurs, les relations (1) et (2) montre que
M (G) ⊂ G et [M, A](G) ⊂ G
On a donc montré que
M , A, [M, A] sont stables par G
3
et il induisent donc des endomorphismes sur G.
15. Avec les trois stabilités, on a
[M, A]G = M G AG − AG M G
Par linéarité de la trace et comme la trace de uv est égale à celle de vu (ici, comme ci-dessus,
on omet le symbole ◦ de composition), on en déduit que
Tr([M, A]G ) = 0
16. Les relations (2) donnent l’image par [M, A]G des éléments de la base de G. Ainsi
La matrice de [M, A]G dans la base (X0 , . . . , Xq ) est ji λj−i+1 (M )
0≤i,j≤q
On a naturellement numéroté les colonnes de cette matrice de 0 à q.
17. Les coefficients diagonaux de la matrice précédente sont tous égaux à λ1 (M ) = λ([M, A]). La
trace de la matrice est donc égale à (q + 1)λ([M, A]). Comme elle est nulle et comme q + 1 6= 0,
on a λ([M, A]) = 0 .
18. Ainsi, AM X = M AX et donc λ(M )AX = M (AX). AX est donc nul ou propre pour M associé
à λ(M ) qui est la valeur propre associée à X pour M . Ceci montre le théorème 1 .
4 Algèbres de Lie résolubles
19. La propriété revient à dire que
{M , M ∈ U} est trigonalisable
20. Les colonnes (C1 , . . . , Cn ) de P forment une base de Cn . Notons Fi = Vect(C1 , . . . , Ci ). On
conviendra que Fk = {0} quand k ≤ 0 et on notera, comme dans l’énoncé,
N0 = TP et ∀k ∈ [[1, n]], Nk = {M ∈ TP , ∀i ∈ [[0, k − 1]], Di (P −1 M P ) = 0}
On a immédiatement {0} = Nn ⊂ · · · ⊂ N0 = TP .
De plus,
M ∈ N0 ⇐⇒ ∀i, M (Fi ) ⊂ Fi
∀k ∈ [[1, n]], M ∈ Nk ⇐⇒ ∀i, M (Fi ) ⊂ Fi−k
Si A, B ∈ N0 alors A1 = P −1 AP et B1 = P −1 BP sont triangulaires supérieures. A1 B1 et B1 A1
le sont alors aussi et ont même diagonale. Ainsi P −1 [A, B]P = A1 B1 − B1 A1 est triangulaire
supérieure et à diagonale nulle ou encore [A, B] ∈ N1 . Ceci montre que
[N0 ] ⊂ N1
Soit k ∈ [[1, n − 1]] et soient A, B ∈ Nk . On a alors
[A, B](Fi ) ⊂ A(B(Fi )) − B(A(Fi ))
⊂ (A)(Fi−k ) + B(Fi−k )
⊂ Fi−2k ⊂ Fi−k−1
On en déduit que
∀k ∈ [[1, n − 1]], [Nk ] ⊂ Nk+1
On a donc les propriétés (A) et (B) pour la suite d’ensembles N0 , . . . , Nn . Ces propriétés en-
traı̂nent la stabilité des Nk par passage au crochet et comme les Nk sont aussi des espaces
vectoriels, ce sont des algèbre de Lie. Finalement
4
Tp est une algèbre de Lie résoluble
21. Soit U une algèbre de Lie dont les éléments sont simultanément trigonalisables via une matrice
de passage P . On a alors U ⊂ Tp . La suite (U ∩ Nk )0≤k≤n montre que U est résoluble.
Une algèbre de Lie co-trigonalisable est résoluble
22. Si U est une algèbre de Lie résoluble de longueur 1 alors deux élément de U commutent et d’après
la partie 2, U est co-trigonalisable. Ainsi
Une algèbre de Lie résoluble de longueur 1 est co-trigonalisable
23. U1 est une algèbre de Lie résoluble de longueur p − 1 et, par hypothèse de récurrence elle est
co-trigonalisable par une matrice de passage P . La première colonne de P est alors propre pour
tout M ∈ U1 .
il existe un vecteur propre commun à tous les éléments de U1
24. E est stable par tout élément M ∈ U car c’est le cas pour la partie génératrice de E donnée
par l’énoncé.
Par ailleurs, le théorème 1 indique que puisque pour tout M ∈ U1 , X est une colonne propre
pour M (disons M X = λX) alors pour tout A ∈ U, M (AX) = λ(AX) et donc (en itérant) pour
tout élément Y de la famille génératrice de E, on a M Y = λX. Comme c’est le même λ pour
tous les Y , c’est aussi le cas pour tout élément de E par combinaisons linéaires. Ainsi
les vecteurs non nuls de E sont propres pour tout élément de U1
25. On vient de voir que si B ∈ U1 , il existe λ tel que ∀Y ∈ E, BY = λY , c’est à dire que BE est
une homothétie.
Comme M, M 0 ∈ U, [M, M 0 ] ∈ [U] ⊂ U1 et donc
[M, M 0 ]E est une homothétie
On montre comme en question 15 que Tr([M, M 0 ]E ) = 0 .
26. Comme la trace de [M, M 0 ]E vaut λ dim(E), on a λ = 0. Les M E commutent donc deux à deux.
Ces éléments sont donc co-trigonalisables. En particulier, on a un vecteur propre commun à tous
les éléments de U. On peut alors, comme dans la partie 2, conclure à l’aide d’une récurrence sur
la dimension de l’espace.