Introduction au Lidar et ses applications
Introduction au Lidar et ses applications
La télédétection par laser ou LIDAR, acronyme de l'expression en langue anglaise « light detection and ranging »
ou « laser imaging detection and ranging » (soit en français « détection et estimation de la distance par la
lumière » ou « par laser »), est une technique de mesure à distance fondée sur l'analyse des propriétés d'un
faisceau de lumière renvoyé vers son émetteur.
À la différence du sonar qui utilise des ondes acoustiques et du radar qui emploie des ondes
électromagnétiques de plus basse fréquence (ondes radio), le lidar utilise des ondes électromagnétiques
proches de la lumière visible (du spectre visible, infrarouge ou ultraviolet). La lumière utilisée par le lidar est
presque toujours issue d’un laser, ce qui permet d'avoir une source lumineuse directionnelle, monochromatique,
polarisée, de haute amplitude et cohérente.
Le principe de la télémétrie (détermination de la distance d’un objet), qui concerne une grande partie des
applications du lidar, requiert généralement l’utilisation d’un laser impulsionnel. La distance est donnée par la
mesure du délai (aussi appelé « temps de vol ») entre l’émission d’une impulsion et la détection d’une impulsion
réfléchie, connaissant la vitesse de la lumière. Quand la source laser est entretenue et modulée en fréquence, on
parle de lidar FMCW (Frequency Modulated Continuous Wave).
Une autre classe d’applications permet de déterminer la vitesse de l’objet visé en employant un laser à spectre
d’émission fin (une fréquence bien déterminée) et en mesurant l'effet Doppler-Fizeau, c'est-à-dire le décalage de
la fréquence de l’onde réfléchie et reçue.
Beaucoup d’autres paramètres (concentrations de gaz et de particules spécifiques, densité, température, etc.)
peuvent être mesurés dans l’atmosphère et les autres milieux diffus si l’on sait isoler l’effet des différentes
interactions entre la lumière et la matière le long du faisceau laser.
Résumé des utilisations courantes
Le lidar, instrument de télédétection active1, trouve des applications en topographie2 (géomorphologie, altimétrie
et bathymétrie), géosciences (risque sismique3,4, météorologie5, physique de l’atmosphère6) et sciences de
l’environnement (étude de la pollution atmosphérique7, agronomie & sylviculture8), mais aussi dans
l’archéologie9, la prospection éolienne10, la régulation du trafic aérien11, le guidage automatique12 de véhicules
terrestres ou spatiaux, ou encore la sécurité routière13 ou l'industrie militaire14.
Histoire et dénomination
Peu après leur invention au début des années 1960, les premiers lasers à rubis naturellement impulsionnels de
Théodore Maiman sont exploités pour la télémétrie fine à grande distance. Aux États-Unis, Louis Smullin et
Giorgio Fiocco du Massachusetts Institute of Technology (MIT) les emploient pour mesurer précisément la
distance Terre-Lune en mai 1962 (Project Luna See)15, alors que Guy Goyer et Robert Watson du National Center
for Atmospheric Research (NCAR) les appliquent parallèlement à la mesure de la hauteur des nuages16. Ils
appellent leur système « radar optique ».
L’utilité et la précision des systèmes lidar deviennent connus du grand public en 1971 lors de la mission Apollo
1517, qui cartographie la Lune à l’aide d’un altimètre laser. Alors que le mot lidar avait originellement été créé par
l’assemblage de « light » et « radar »18, on considère à partir de cette même époque que leur dénomination est
plutôt l’acronyme de « Light Detection And Ranging » ou « Laser Imaging Detection And Ranging », à l’instar de
radar ou sonar.
Le terme lidar couvre une très grande variété de systèmes de mesure à distance par laser. Mais ces systèmes
sont parfois désignés autrement. On trouve parfois l'acronyme « LADAR » (LAser Detection And Ranging), qui est
plutôt utilisé dans le domaine militaire sur des cibles dures ou dans la littérature anglo-saxonne19. On trouve
également le sigle « ALSM » (Airborne Laser Swath Mapping)20 pour les applications spécifiques de topographie
aéroportée. En français, l'expression « radar laser » est improprement employée par analogie, surtout pour les
jumelles de contrôle de vitesse en sécurité routière13.
Alors que le terme radar est maintenant lexicalisé, l'écriture de son équivalent optique ne fait l’objet d’aucun
consensus. Si bien que l’on peut trouver dans différentes publications de référence, parfois même dans le même
document, les acronymes « LIDAR », « lidar », « Lidar » ou « LiDaR ».
Le marché du LiDAR automobile devrait croître d'environ 15 fois en cinq ans pour atteindre 4,7 milliards de
dollars en 202821.
Généralités
De manière générale, le fonctionnement du lidar ressemble à celui du radar (basé sur l'écholocalisation), la
différence étant le domaine spectral des ondes électromagnétiques employées. Alors que le radar fonctionne
dans le domaine des micro-ondes (fréquences de 1 à 100 GHz, longueurs d’onde millimétriques et
centimétriques), le lidar est fondé sur des lasers rayonnant dans le domaine infrarouge, le domaine visible ou le
domaine ultraviolet proche (fréquences au-delà de 10 THz, longueurs d’onde de 250 nm à 10 µm). Dans les deux
cas, l’onde électromagnétique émise est cohérente et polarisée. Mais dans le domaine spectral visible, elle est
beaucoup plus directive et elle peut interagir avec des objets de taille microscopique.
Principe de l’écholocalisation.
Un lidar est un système opto-électronique composé d’un émetteur laser, d’un récepteur comprenant un collecteur
de lumière (télescope ou autre optique) et un photodétecteur qui transforme la lumière en signal électrique, ainsi
que d’une chaîne électronique de traitement du signal qui extrait l’information recherchée.
Schéma général d’un système lidar et du principe de la mesure. Noter que l’émission et la
réception peuvent utiliser la même optique.
Excepté à courte portée (moins d'un kilomètre), afin de capter un signal suffisamment fort, il est nécessaire
d’utiliser :
un laser de forte puissance moyenne (typiquement supérieure à 100 mW). Ceci doit être concilié avec les
exigences de sécurité oculaire dans les applications proches du sol ; la sélection de longueurs d’onde hors du
domaine de transparence de la cornée de l’œil (400 à 1 400 nm) ou le balayage du laser aident grandement
dans ce sens.
D’autre part, un filtrage de la lumière reçue est indispensable pour s’affranchir de la lumière de l’environnement,
qui constitue un fort parasite. On filtre le plus souvent à la fois :
spatialement, en limitant le champ de vision de l’optique de réception étroitement autour du faisceau laser, à
l’aide d’un diaphragme de champ si nécessaire,
spectralement, à l’aide d’un filtre ne laissant passer qu’une gamme étroite autour de la longueur d’onde du
laser ou d’un interféromètre.
Par opposition à cette détection dite « directe », il existe des lidars à détection dite « cohérente » ou
« hétérodyne », identique à celle du radar. Dans ce cas, on effectue à la réception un mélange entre l’onde
lumineuse reçue et une partie de l’onde émise, qui a été décalée d’une fréquence connue, par exemple par un
modulateur acousto-optique (onde dite « d’oscillateur local »). L’interférence de ces deux ondes génère un terme
oscillant autour de cette fréquence dans le signal de sortie du photodétecteur, en plus des termes proportionnels
à la puissance reçue et à la puissance d’oscillateur local. En filtrant électroniquement le signal dans une bande
étroite autour de la fréquence en question, on obtient un signal dit « hétérodyne ».
Avec la puissance et la phase, désignant l'onde reçue et désignant l'oscillateur local, on a l'intensité
du signal, dépendant du temps , qui est proportionnelle à :
é é é
où est le décalage en fréquence fixe introduit sur l'oscillateur local, est la vitesse radiale de la cible et
la longueur d'onde du laser.
le mélange interférométrique multiplie l’amplitude du signal utile, éliminant le besoin d’un photodétecteur ultra-
sensible.
l’information de phase de l’onde reçue est conservée, alors qu’elle était perdue en détection directe.
on a ainsi effectué un filtrage spectral extrêmement fin (quelques dizaines de MHz, soit environ 10-4 nm) de la
lumière reçue autour de la fréquence centrale, tandis que la condition de cohérence spatiale nécessaire à
l’interférence implique un filtrage spatial parfaitement ajusté autour du faisceau émis. Ceci s’apparente à une
détection synchrone, méthode éprouvée pour amplifier des signaux de faible amplitude à bande étroite.
L’impact de la lumière parasite en lidar cohérent est donc négligeable.
il requiert une émission laser spectralement fine qui semble a priori incompatible avec la forte puissance
nécessaire au lidar.
un fonctionnement impulsionnel à commutation-Q dans la cavité laser, qui crée des impulsions puissantes
mais trop courtes et sans relation de phase, empêche également d’avoir une fréquence bien définie. L’émission
doit donc être soit continue, soit contrôlée par un oscillateur maître, soit découpée en impulsions « longues »
(plusieurs centaines de nanosecondes) a posteriori puis ré-amplifiée.
des bruits supplémentaires liés à la turbulence atmosphérique et aux mouvements des cibles (variations du
« speckle ») perturbent la mesure en détruisant la cohérence entre les ondes mélangées.
Ce système est directement applicable à la mesure précise de la vitesse de la cible via l’effet Doppler,
exactement sur le même principe qu’en radar Doppler. Cet effet provoque un décalage en fréquence de l’onde
réfléchie par un objet proportionnellement à sa vitesse en direction de l’observateur, dite vitesse radiale.
Il est difficile de classifier les lidars par principe ou par application ; toutefois, dans la suite, on se propose de les
aborder par le type de cible (dure ou diffuse) et le type d’interaction lumière/matière qu’ils observent.
avec la vitesse de la lumière (environ 299 800 km s−1). La précision de cette mesure est inversement
proportionnelle à la durée de l’impulsion et augmente avec l’énergie que l’on est parvenu à récupérer sur le
photodétecteur du lidar.
On appelle « équation lidar » le bilan de liaison du lidar entre son émission et sa réception, c’est-à-dire l’énergie
lumineuse de l’impulsion rétrodiffusée par une cible (supposée lambertienne, c'est-à-dire qui diffuse la lumière
uniformément) située à une distance et captée par le lidar22 :
est la fonction de recouvrement entre le faisceau émis et le cône de réception du lidar (à valeur entre 0
et 1) ;
est la transmission (à valeur entre 0 et 1) de l’atmosphère sur l’épaisseur (cf. section lidar
atmosphérique) ;
est la transmission (à valeur entre 0 et 1) et la surface (en m2) du système optique de réception ;
est la surface de la cible éclairée par le laser (en m2) ; est la surface totale (en m2) de la tache
(« spot ») laser à la distance . Par définition, , d’où pour une cible résolue
(cible plus grande que le faisceau) et pour une cible non résolue (cible moins grande que le
faisceau).
Le laser émet de plusieurs dizaines à plusieurs centaines de milliers d’impulsions chaque seconde. En y
associant un système de balayage angulaire (« scanner », typiquement à l’aide de miroirs qui dévient l’axe
d’émission et de réception d’un angle connu), où en profitant du déplacement connu du porteur du lidar (avion ou
satellite), on est capable de localiser les nombreux échos recueillis dans l’espace à trois dimensions. Ceci
permet la cartographie en 3D de la surface de la cible du lidar, avec une précision qui peut atteindre quelques
centimètres, ou une portée qui peut atteindre plusieurs centaines de kilomètres pour des systèmes spatiaux.
la télémétrie en temps réel pour le guidage automatique de véhicules terrestres12 (voiture autonome et
systèmes d'aide à la conduite) ou spatiaux25 (rendez-vous orbital, exemple : ATV-5 Georges Lemaître),
le contrôle de vitesse portatif pour la sécurité routière (jumelles dites à « radar laser »13) par télémétrie
différentielle : on mesure la variation de la distance de la cible en fonction du temps.
depuis un avion ou depuis l’orbite, la topographie à haute précision de la Terre2 (lidar GLAS des satellites
ICESat) ou des corps rocheux du système solaire26 (altimètre MOLA de la sonde martienne Mars Global
Surveyor) pour obtenir un modèle numérique de terrain. En archéologie et géomorphologie cette technique
aide à détecter des sites enfouis sous la végétation27 ou l’eau28 ou bouleversés par la guerre29,30. En
février 2018, une équipe découvre une cité maya de plus de 2 000 km2 au Guatemala31. En foresterie, elle sert
à mesurer la hauteur de la canopée ou de la couronne des arbres, ce qui permet d’établir des bilans de
couverture végétale, de biomasse ou de risque incendie à de très grandes échelles2. Dans ce dernier cas, on
note l’utilisation de lidars à large empreinte et à « onde complète » qui extraient les structures de la même
manière que les lidars atmosphériques détaillés ci-après.
Pour le guidage automobile Approche et arrimage Cartographie de Mars par le lidar MOLA de la
automatique de l'ATV 5 sonde MGS
Georges Lemaître par lidar
Vue de Folsom Street (en) (San Francisco) par un lidar Ouster OS1 monté sur une voiture. L'image est une projection
orthogonale de points capturés par un système de cartographie et localisation simultanées. Chaque point est coloré en
fonction de l'intensité du signal retour.
De par sa capacité à détecter un décalage en fréquence, le lidar à détection cohérente s'applique directement à
la mesure de vitesse d'une cible dure.
Le signal hétérodyne, partie variable du courant en sortie du photodétecteur (en A), s’écrit :
avec le décalage fixe imposé à l’oscillateur local, la vitesse radiale de la cible (projetée vers le lidar), la
longueur d’onde émise et donné par l’équation lidar adaptée au cas du lidar cohérent (en supposant l’émission
laser continue) :
Dans cette équation, plusieurs termes nouveaux apparaissent (les autres sont explicités dans la sous-section
précédente) :
le rendement hétérodyne (à valeur entre 0 et 1), d’autant meilleur que les fronts d’ondes interférents se
ressemblent, et très sensible à la propagation du faisceau,
Le traitement du signal s’effectue par l’estimation de la fréquence instantanée du signal hétérodyne (opération
parfois appelée démodulation, comme en radio), afin de remonter à la vitesse de la cible. Il est à noter que, le
lidar ayant une longueur d’onde 10 000 fois plus courte que le radar, la sensibilité en vitesse est d’autant
décuplée par rapport aux radar Doppler : 1 MHz de décalage en fréquence correspond approximativement à une
vitesse de 1 m/s. Sur des périodes longues, avec une émission laser continue visant une cible dure, on est ainsi
capable de sonder des vitesses inférieures au micromètre par seconde.
Applications:
Jusqu’à la fin des années 1990, seuls d’imposants et coûteux lasers à gaz CO2 (infrarouge thermique,
µm) avaient les caractéristiques nécessaires de finesse spectrale et de puissance, réservant ce lidar à des
applications militaires apparentées au radar32. Il s’agit principalement de l’imagerie/télémétrie/vélocimétrie à
très grande portée (jusqu’à plusieurs centaines de kilomètres). Il est possible d’aller sonder jusqu’à la forme et
les mouvements des satellites et débris spatiaux en orbite terrestre basse, inaccessible aux radars, dont le
faisceau est trop divergent.
Par la suite, le développement des lasers fibrés (infrarouge proche, µm), compacts, robustes et moins
onéreux, ont ouvert d’autres champs d’application sur cible dure, notamment la vibrométrie laser à grande
distance :
pour la surveillance de la santé mécanique des grandes structures par leurs modes de vibration naturels, qu’il
s’agisse d’ouvrages d’art33, d’une falaise sur le point de se décrocher34 ou des grands bâtiments d’une ville4
après un séisme. L’intérêt est de ne pas avoir à s’approcher d’une structure qui peut potentiellement
s’effondrer, ou de pouvoir balayer sa surface pour étudier la forme des modes de vibration (par exemple pour
repérer des discontinuités causées par des fissures) sans avoir à y déposer des dizaines de capteurs.
pour la détection de mines terrestres enfouies, révélées par un scan des vibrations du sol soumis à une
excitation sonore35
par ailleurs, dans la défense, les lidars vibromètres sont applicables à la détection36 et à l’identification à
grande distance37 de véhicules terrestres ou aériens par leurs vibrations spécifiques, ou encore à
l’espionnage38. Ces applications sont toutefois relativement récentes et donc exploratoires.
Les lidars peuvent effectuer des mesures à travers différents milieux diffus (océan, forêt) outre l’atmosphère,
mais nous nous concentrerons sur ce dernier cas, majoritaire et représentatif. Dans l’atmosphère, il s’agit
d’analyser les échos lumineux provenant des molécules de l’air ou des particules (aérosols, gouttelettes d’eau ou
cristaux de glace) en suspension dans la colonne traversée par le faisceau laser. On étudie l’intensité de la
rétrodiffusion ou de l’atténuation de la lumière par ces constituants. Comme dans une échographie, le signal
reçu représente une coupe de l’atmosphère.
La difficulté du traitement de ce signal est de séparer les effets d’atténuation de ceux de la rétrodiffusion, ainsi
que la contribution respective des particules en suspension et des différentes molécules39. C’est un cas
exemplaire de problème inverse mal conditionné pour lequel on tente, avec peu d’observables mais un bon
modèle mathématique du système physique observé, de remonter aux paramètres caractéristiques du système.
Si l’on sait résoudre ce problème, on peut alors accéder à la densité et la concentration de constituants de
l’atmosphère, leurs propriétés optiques qui renseignent sur leur nature, mais aussi des paramètres physiques
tels que la température ou la vitesse des vents, en fonction de l’altitude. On parle donc « d'inverser » le signal
lidar pour le fait de résoudre l'équation qui le décrit.
L’extinction (atténuation) et la rétrodiffusion sont en effet la somme de termes associés aux différentes
particules et molécules présents dans l’atmosphère, et dépendent parfois fortement de la longueur d’onde.
Chaque terme est le produit de la concentration de l’espèce (en m-3) par la section efficace d’interaction (en m2
pour l’extinction ou m2.sr-1 pour la rétrodiffusion). Ces sections efficaces donnent une idée de l’ordre de grandeur
des phénomènes d’interaction.
Section efficace de
Interaction Caractéristiques
rétrodiffusion
Diffusion de Mie (particules aérosols) 10-8 - 10-10 cm2sr-1 Instantanée, élastique (même longueur d’onde)
Le profil lidar est usuellement la représentation de l'évolution du signal lidar (parfois corrigée de la
dépendance en ) ou d'un paramètre dérivé du traitement de ce signal, en abscisse, en fonction de
l'altitude , en ordonnée.
Une série temporelle lidar est une figure en trois dimensions représentant l'évolution du signal lidar (en
couleur) en fonction du temps (en abscisse), et de l'altitude (en ordonnée).
Ces lidars sont pour la plupart basés sur des lasers puissants (énergie de plus de 10 mJ par impulsion) émettant
entre le proche infrarouge et le proche ultraviolet. La longueur d'onde sera choisie courte si l'on souhaite
maximiser l’interaction avec les molécules et petites particules (cas Rayleigh/Raman)41, ou longue dans le cas
contraire (cas Mie). De nos jours, les lasers au néodyme, émettant à 1 064 nm (proche infrarouge), 532 nm (vert)
et/ou 355 nm (proche ultraviolet) par doublage ou triplage de fréquence, sont souvent employés.
Détail de l'interaction laser-atmosphère en lidar atmosphérique et éléments de calcul de l'équation lidar.
On étudie la rétrodiffusion directe des constituants de l’atmosphère à la même longueur d’onde que celle qui a
été émise. La diffusion est dite « élastique » : elle se produit sans échange d’énergie entre les photons incidents
et le diffuseur rencontré. On distingue la diffusion « Rayleigh » des molécules (la taille du diffuseur est largement
inférieure à la longueur d’onde utilisée) de la diffusion « de Mie » des particules aérosols (la taille du diffuseur est
du même ordre de grandeur que la longueur d’onde utilisée).
L'« équation lidar » est dans ce cas l’expression de la distribution verticale d’énergie lumineuse rétrodiffusée par
une tranche d'atmosphère d'épaisseur et captée par le lidar, en fonction de l’altitude , que l'on cherche le
41
plus souvent à résoudre pour trouver le profil d'extinction ou de rétrodiffusion :
est la fonction de recouvrement entre le faisceau laser émis et le cône de réception du lidar à la
distance z (à valeur entre 0 et 1) ;
est la taille de la case distance ou résolution en distance (en m), fixée par Δt qui est le
maximum entre la durée de l’impulsion et le temps de réponse de la détection ;
est la transmission (à valeur entre 0 et 1) et la surface (en m2) du système optique de réception ;
Il est à noter que les coefficients d’extinction et de rétrodiffusion sont la somme de contributions particulaire ( )
et moléculaire ( ) évoluant différemment avec la longueur d'onde et l'altitude :
Sachant que l'énergie exacte transmise est rarement connue avec suffisamment de précision, l'équation
lidar devient une équation à 5 inconnues au total. Il faut user d'hypothèses simplificatrices pour la résoudre.
Dans la haute atmosphère (>10 km), il n'y a habituellement pas de particules, et un lidar Rayleigh étudiant
uniquement la diffusion des molécules peut remonter, en sachant que , au coefficient
d'extinction. Celui-ci étant proportionnel au nombre de molécules, on obtient ainsi des profils de densité de la
stratosphère et de la mésosphère. D’autre part, à l’aide d’un interféromètre spécifique placé à la réception
(détection dite à « haute résolution spectrale »), il est possible de mesurer le décalage spectral par effet
Doppler du spectre de rétrodiffusion des molécules, donnant accès à la vitesse du vent42.
Dans la troposphère (<10 km), il faut utiliser des hypothèses simplificatrices (profil de densité moléculaire,
albédo des particules), pour réduire le nombre d’inconnues. On remonte ainsi au profil d'extinction des
particules (aérosols, gouttelettes ou cristaux dans les nuages) en fonction de l'altitude, qui renseigne sur leur
concentration. Différents concepts d’instruments récents (avec une mesure de la dépolarisation de la lumière
reçue, ou l’utilisation de plusieurs longueurs d’onde à l’émission) peuvent contribuer à déterminer la nature des
particules43 (« spéciation » : pollution, poussières, cendres, gouttelettes, cristaux) ; par exemple, la phase des
nuages (eau liquide : pas de dépolarisation, cristaux de glace : forte dépolarisation).
Applications : De manière générale, les systèmes Rayleigh/Mie sont très divers et conçus spécifiquement en vue
d'une application particulière (sol ou aéroporté, particules/molécules, basse ou haute altitude). Beaucoup
mettent en œuvre de multiples canaux (Rayleigh, Mie, Raman, dépolarisation…) simultanément pour maximiser
le nombre d'observations.
Plusieurs modèles de lidar Rayleigh-Mie sont commercialisés depuis le milieu des années 200044 et
commencent à équiper des réseaux de surveillance de la basse atmosphère à l'échelle nationale et
internationale45. Un réseau mondial de lidar à micro-impulsions (émettant des milliers d'impulsions microjoules
par seconde, plutôt que les quelques dizaines d'impulsions millijoules par seconde des lidars), MPLNET, a
notamment été développé par la NASA46 :
mesure de densité et de température de la moyenne atmosphère (10 à 100 km) terrestre depuis le sol par lidar
Rayleigh47,48 (mise en évidence d'ondes de gravité dès 1967) ;
étude de la pollution atmosphérique particulaire7 (pour la compréhension de ses sources, son impact sur le
réchauffement climatique49, la prévision de la qualité de l’air50) et des transports de particules aérosols
(pollen, poussières désertiques51, cendres volcaniques52…) depuis le sol ou par satellite (lidar CALIOP sur le
satellite CALIPSO, partenariat CNES/NASA) ;
observation des nuages de glace53 et poussières54 dans l’atmosphère de Mars par le lidar de la sonde Phoenix
(NASA), inclus à la station météo canadienne MET55 ;
mesure de la vitesse du vent par satellite pour l’amélioration des modèles de prévision météorologique (lidar
ALADIN sur le satellite ADM-Aeolus56), et potentiellement par avion pour la mesure de vitesse air sans sonde
Pitot et la détection de turbulence en avant de l’appareil57.
Structure de nuages cirrus mis en évidence par le Cloud Physics Lidar (NASA), lidar aéroporté pour l'étude des nuages
Le système communément appelé « lidar vent » est un lidar à diffusion de Mie à détection cohérente hétérodyne,
monostatique (une seule optique d'émission et de réception), pour la mesure du champ de vent dans la couche
limite atmosphérique : il donne vitesse et direction du vent en fonction de l'altitude, potentiellement jusqu'à 1 ou
2 km, dans la couche proche du sol où des particules (aérosols) réfléchissent son émission. Il s'agit donc d'une
version dans le spectre visible du profileur de vents.
L'amplitude du signal peut-être exploitée pour calculer la concentration des aérosols, mais on s'intéresse
majoritairement à la phase du signal, dont la dérivée est proportionnelle à la vitesse radiale (projetée sur l'axe du
faisceau) du vent Vr de par l'effet Doppler.
S'il n'a accès qu'à la composante radiale de la vitesse du vent, comme figuré ci-contre, une mesure suivant 3
axes ou plus (avec une précision ~cm/s) suffit en théorie à reconstituer, par changement de base, le vecteur vent
en trois dimensions (avec une précision meilleure que le m/s). En pratique, on opère souvent un balayage du
faisceau incliné suivant un cône autour de la verticale58, pour mesurer la vitesse suivant des axes multiples.
Applications : Développé dans les années 1980 pour la dynamique atmosphérique par la NOAA à l'aide
d'imposants laser CO2 (longueur d'onde 10,6 µm) continus puis des lasers solides Tm/Ho:YAG (2 µm)59, il se
répand plus largement dans les années 2000 grâce à la technologie des lasers à fibre à 1,55 µm60,58 dont les
composants issus de l'industrie des fibres optiques pour les télécommunications sont fabriqués en grande série.
Il est à noter que la résolution en distance est parfois obtenue par défocalisation sur des systèmes fibrés à
émission continue61, le rendement hétérodyne étant beaucoup plus élevé au point de focalisation d'un faisceau
convergent.
Prospection du profil vertical de vent en amont de l'implantation d'un parc éolien pour prévoir sa production
énergétique10.
Surveillance des tourbillons de sillage, en bout62 ou sur toute la longueur63 des pistes de décollage des
aéroports, pour régler les intervalles de départ dans les hubs internationaux à fort trafic tels que l'aéroport de
Paris-Charles-de-Gaulle64.
Cartographie des champs de vent autour des aéroports pour détecter les cisaillements de vent dangereux à
l'atterrissage11,65.
Mesure de vitesse air sur hélicoptère66, les sondes de vitesse classiques étant fréquemment perturbées par le
flux d'air du rotor.
On étudie la rétrodiffusion « Raman » de la lumière sur un constituant de l’atmosphère à une longueur d’onde λ
différente de celle de l’émission λ0, choisie a priori, et caractéristique d’un composé chimique. Toutefois, ce type
de diffusion a typiquement moins d’une chance sur mille de se produire pour chaque photon diffusé, ce qui rend
le signal ténu et difficile à isoler.
La diffusion Raman est dite « inélastique », c’est-à-dire qu’il y a échange d’énergie entre le photon et la molécule
qui le diffuse ; le photon peut mettre en vibration ou en rotation la molécule au repos, ou absorber l’énergie de
vibration ou de rotation d’une molécule excitée. De par la mécanique quantique, les niveaux d’énergie vibro-
rotationnels accessibles aux molécules sont quantifiés, et spécifiques à celles-ci. Le spectre de diffusion Raman
consiste donc en une série de raies à des longueurs d’onde particulières. C’est une « empreinte digitale » de la
molécule. De plus, l’intensité des raies est directement proportionnelle à la concentration des molécules dans
l’atmosphère, et leur importance relative dépend de la statistique d'excitation des molécules et peut renseigner
sur la température.
Pour l’exploiter, il faut employer à la réception un monochromateur ou plusieurs filtres interférentiels étroits afin
de sélectionner ces raies. Un laser de forte puissance est indispensable pour compenser la faiblesse de la
diffusion Raman par rapport à la diffusion élastique classique. La mesure de jour en présence de lumière solaire
reste difficile.
En contrepartie, l’équation du lidar Raman est simple à résoudre car la rétrodiffusion n’est le fait que d’une seule
espèce chimique. Elle s'écrit dans ce cas :
Cette équation se résout donc facilement si l’on dispose d’un canal de réception « élastique » en parallèle, ou si
l’on fait le rapport de la diffusion Raman de deux espèces à des longueurs d'onde proches.
Applications : À longue portée dans l'atmosphère, cette technique relativement nouvelle (années 1990) nécessite
des lasers puissants qui sont le plus souvent l’apanage des laboratoires de recherche, mais quelques lidars
Raman atmosphériques commerciaux ont récemment été mis sur le marché67. On peut envisager à terme un
véritable lidar météorologique qui fournirait température et humidité atmosphériques en lieu et place des
radiosondes actuellement utilisés en météorologie opérationnelle5.
Utilisation de la rétrodiffusion du diazote atmosphérique comme une référence afin de résoudre totalement le
problème inverse du lidar Rayleigh-Mie (section précédente) ; on détermine alors précisément la réflectivité
(albédo) des particules aérosols et potentiellement leur concentration massique dans la colonne d'air68,
Mesure de la concentration de gaz traces spécifiques comme la vapeur d’eau69 et autres gaz à effet de
serre70,
À plus courte portée, le lidar Raman serait applicable au contrôle à distance de l’alcoolémie des automobilistes
par l’analyse du taux d’alcool dans l’habitacle de la voiture73 (bien que la réalité de cet appareil ait été remise en
cause depuis). Plus vraisemblablement, il a servi à la détection de substances74,75 et à la localisation de fuites
de gaz76, toxiques ou dangereux, à distance de sécurité ou dans des installations inaccessibles.
Spectre de la diffusion Raman et de la fluorescence exploitables par un lidar à diffusion
inélastique pour le sondage d'espèces chimiques spécifiques.
Lidars à fluorescence
La fluorescence est le phénomène par lequel à la suite de l'excitation d'une molécule ou d’un atome par
absorption d'un photon, un autre photon est immédiatement ré-émis (exemple de photoluminescence).
Cette ré-émission peut se faire à la même énergie et longueur d'onde (fluorescence résonnante) ou à une énergie
inférieure (et longueur d'onde plus grande) lorsqu'il y a eu une légère relaxation non radiative entre-temps (10-10
s). Dans tous les cas, l'excitation a une durée de vie pouvant aller jusqu'à 10-7s et la ré-émission se fait
statistiquement avec un léger retard, en suivant une décroissance exponentielle. Il est à noter que contrairement
à la diffusion, la ré-émission fluorescente est pratiquement isotrope, c'est-à-dire qu'elle se fait indifféremment
dans toutes les directions.
Par exemple, un composé organique excité par un rayonnement ultraviolet peut réémettre de la lumière visible
par fluorescence, sur un spectre étendu. La spectroscopie de fluorescence est une technique courante de
vision et d'analyse en chimie organique, biochimie et biologie, car de nombreuses molécules organiques et du
domaine du vivant sont fluorescentes. On s'affranchit ainsi aisément de la diffusion simple à la longueur
d'onde d'excitation sur les autres constituants du milieu, mais l'énergie réémise étant dispersée sur un plus
grand domaine spectral, cela complique sa récupération.
On peut aussi exploiter la fluorescence résonnante qui existe aux raies d'émission/absorption proches des
espèces métalliques de l'atmosphère. Elle a l'avantage de ne pas être étendue spectralement.
Lidars à fluorescence moléculaire (non résonnante)
Un lidar à fluorescence avec une émission dans le domaine ultraviolet et une réception filtrée dans le domaine
visible est ainsi capable de détecter la présence et la concentration de molécules organiques fluorochromes, à
distance. Cela rend possible une télédétection spécifique du vivant dans l'atmosphère ou dans l'océan.
Par ailleurs, en visant des cibles dures tout en profitant de la résolution temporelle du lidar, on peut détailler la
décroissance de la fluorescence avec le temps (la réémission peut durer plusieurs dizaines de nanosecondes),
ce qui permet parfois de reconnaître le matériau de la cible (« spectrofluorométrie résolue dans le temps »).
Une première difficulté du lidar à fluorescence moléculaire réside dans la dilution temporelle (plusieurs dizaines
de nanosecondes) et spectrale (plusieurs dizaines voire centaines de nm) de l'énergie réémise. Ceci complique
fortement l’isolation de la réception du lidar des sources de lumière parasite et limite la portée de ces systèmes.
Dans beaucoup de cas visant une espèce particulière, une autre difficulté demeure le réglage précis de la
longueur d’onde d’émission laser sur la raie d’absorption de l’espèce étudiée.
D'autre part, si la détection de fluorophores (particules fluorescentes) est aisée, la détermination précise de leur
concentration peut devenir assez complexe :
en premier lieu, la forte absorption de l'espèce visée éteint rapidement l'énergie du laser.
de plus, à cause du retard de la fluorescence, qui évolue en , avec son temps caractéristique qui
peut aller jusqu'à quelques dizaines de nanosecondes, l'excitation et la réémission durent souvent plus
longtemps que l'impulsion laser et la résolution temporelle de détection, ce qui brouille spatialement la couche
de fluorophores observée avec son environnement.
Typiquement, dans l'atmosphère, pour une couche de concentration (en m-3) dont le plancher se trouve à
une altitude , l'équation lidar devient dans le cas d'une fluorescence longue devant la durée d'impulsion et la
résolution temporelle41 :
avec :
Une correction apparentée à une déconvolution est possible pour remonter à la concentration des particules
fluorophores. Il faut alors connaître leur coefficient d'extinction massique et le temps caractéristique de
fluorescence, ce qui implique de savoir leur nature exacte et d'avoir caractérisé ces propriétés en laboratoire.
Dans le cas où la durée de l'impulsion n'est pas négligeable, il faut également connaître la forme de celle-ci.
Applications :
Dans l'atmosphère, détection à distance des attaques biologiques par dispersion d’aérosols77.
Sur cible dure, en archéologie, reconnaissance des matériaux de construction par spectroscopie résolue dans
le temps, ou mise en évidence de la détérioration biologique d’un site historique9.
Plusieurs espèces non organiques de la haute atmosphère peuvent aussi être caractérisées par leur
spectroscopie de fluorescence dite résonnante, si elles sont excitées à la longueur d'onde d'une raie spectrale
d'absorption/émission. On étudie ainsi les confins de la mésosphère où des espèces métalliques telles que le
sodium et le fer sont constamment déposées par les météores, ou l'azote ionisé de l’ionosphère, malgré la
distance (~100 km)81.
Espèce Na Fe K Ca N2 +
un laser continu asservi à la longueur d'onde voulue par absorption saturée dans une cellule du gaz visé joue
le rôle d'oscillateur maître ;
son émission est décalée par un modulateur acousto-optique de quelques centaines de MHz (Δƒ)
alternativement de part et d'autre de la raie pour sonder les atomes de différentes classes de vitesse ;
un laser impulsionnel injecté par ce flux produit une émission impulsionnelle plus puissante ;
trois échantillonnages à –Δƒ, 0 et +Δƒ suffisent à reconstituer la fréquence centrale (liée à la vitesse radiale du
vent par l'effet Doppler) et l'élargissement (lié à la température) de la raie d'absorption des atomes sondés.
Parce que les impulsions laser sont émises en résonance avec la raie de l'espèce étudiée, la puissance ré-émise
est magnifiée d'un facteur 1014 par rapport à la simple diffusion Rayleigh.
En utilisant un laser modeste (impulsions de quelque 10 mJ) et un télescope de taille métrique, un lidar à
fluorescence résonnante peut sonder température et vent au-delà de la mésopause (80 km) en quelques
minutes. Ces deux mesures sont directes (sans supposition de densité de l'air ou d'équilibre hydrostatique) et
simultanées.
Applications :
Étude de l’ionosphère (couche externe de l’atmosphère où apparaisse les aurores boréales) via la fluorescence
de l’azote ionisé83.
Lidars à absorption différentielle : « DIAL »
Espèces gazeuses mesurables par lidar DIAL et lasers utilisés. C'est dans
les bandes d'absorption de l'atmosphère (maxima de la courbe) que l'on
trouve les raies d'absorption des molécules indiquées (invisibles à cette
échelle car souvent très étroites) pouvant servir au DIAL.
Un puissant concurrent du lidar à diffusion Raman (très ténue et difficile à observer de jour ou à grande distance)
pour la mesure de concentration de gaz traces dans l'atmosphère est le lidar à absorption différentielle (en
anglais : Differential Absorption Lidar, DIAL).
on émet des impulsions à deux longueurs d'onde, l'une (dite « ON ») correspondant à une raie spectrale
d'absorption d'une espèce moléculaire de l'atmosphère, l'autre (dite « OFF ») très proche mais hors de cette
raie d'absorption,
la lumière à ces deux longueurs d'onde est absorbée très différemment lors de sa propagation, mais a priori
réfléchie de manière égale par les constituants de l'atmosphère,
En effet, d'après l'équation lidar, on a pour chacune des deux longueurs d'onde ON et OFF :
Or, si est le profil de concentration de l'espèce recherchée (en m-3), sa section efficace d'absorption
2
(en m ), et proche de :
Donc, avec la différence de section efficace d'absorption entre les deux longueurs d'onde et :
et on peut déterminer :
La figure ci-dessus répertorie quelques espèces gazeuses mesurables par cette technique84, en plaçant leur
raies d'absorption sur le spectre UV-Visible-IR, et les types de laser utilisés pour ce faire. Il est à noter que
certaines espèces présentes sous forme d'aérosols sont aussi sondables de cette manière85.
Certains lidar DIAL utilisent la technique de la détection hétérodyne84 pour s'affranchir totalement du parasite de
la lumière ambiante et effectuer des mesures de jour comme de nuit.
Il faut disposer d'un laser bi-fréquence accordable en longueur d'onde pour viser le sommet de la raie
d'absorption de l'espèce à mesurer (λON), ainsi que son pied (λOFF).
La précision de cette mesure dépend très fortement de l'absorption cumulée de l'espèce mesurée dans
l'atmosphère (épaisseur optique). Il existe une épaisseur optique optimale à atteindre, qui contraint le choix de
la raie d'absorption, du laser et donc la conception du système d'émission dans son ensemble, en fonction de
la configuration d'observation (depuis le sol, depuis un avion, faible ou forte concentration, gamme d'altitudes
d'intérêt…).
Plus important encore, le phénomène de décalage par la pression (pressure shift) de raies spectrales
d'absorption étroites biaise les mesures lidar faites sur de grandes gammes d'altitude, puisqu'au fur et à
mesure que la pression décroît en montant dans l'atmosphère, la raie s'écarte de λON et l'absorption diminue. Il
faut donc placer λON au flanc de la raie à pression standard, pour qu'elle se rapproche plus du maximum avec
l'altitude, et étalonner rigoureusement ce biais pour le soustraire aux mesures.
Applications
Mesure des concentrations de gaz à effet de serre tel que le dioxyde de carbone90 ou le méthane91. Le
satellite franco-allemand MERLIN92, en développement, devrait mesurer à partir de 2018 le méthane
atmosphérique par la méthode DIAL intégré (la mesure n'est pas résolue en altitude, pour avoir un signal
suffisant).
Mesure de gaz polluants divers dans la troposphère (basse atmosphère) : ozone, dioxyde de soufre, dioxyde
d'azote, toluène, éventuellement de manière simultanée par un lidar DIAL à 5 longueurs d'onde93, système
commercialisé par la société allemande Elight jusqu'au début des années 2000.
Lidars « supercontinuum »
À l'aide de lasers à impulsions femtosecondes, ou maximisant les effets non-linéaires dans des fibres optiques
ou cristaux spécifiques, il est possible de générer des impulsions lumineuses de spectre très large, couvrant des
bandes spectrales de plusieurs micromètres (lumière blanche). On appelle une telle émission
« supercontinuum ».
Ceci a amené à envisager un lidar supercontinuum, pour la résolution de l'équation lidar à toutes longueurs
d'onde afin d'accéder simultanément à la concentration des espèces gazeuses polluantes94, aux distributions de
taille des aérosols95 et aux molécules organiques fluorescentes96. Le système franco-allemand Téramobile97 en
est une incarnation renommée.
Toutefois, par la dispersion spectrale de leur puissance et les effets dissipatifs de la propagation dans
l'atmosphère des faisceaux en régime de forte puissance crête, un problème de bilan de liaison limite la portée
et, par conséquent, les applications de ces systèmes. Les derniers travaux à longue portée que l'on peut trouver
remontent à la fin des années 200098, alors que les travaux récents se concentrent sur la discrimination de gaz à
courte portée, sans résolution en distance99.
Notes et références
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Télémètre laser, Vibromètre laser, Scanner tridimensionnel, assimilables à des lidars de courte portée.
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laser), CARS (spectroscopie Raman anti-Stockes cohérente), Vélocimétrie laser.
Le principe du lidar appliqué au contrôle de fibres optiques : la technique de l'Optical Time Domain
Reflectometer.
CALIOP, lidar franco-américain sur le satellite CALIPSO, en orbite depuis avril 2006, et ALADIN, lidar français
sur le satellite ADM-Aeolus.
Liens externes