Cours 2023 International
Cours 2023 International
Introduction
4
constitué le premier fondement du droit international pénal
dont l’édification n’a pas été encore achevée.
Les avis ont divergé concernant les origines de cette
discipline. En effet, des auteurs ont souligné que la naissance
de cette dernière remonte au 19ème siècle. Pour certains
d’entre eux la matière du droit international pénal a pris
naissance avec les premières condamnations qui ont été
rendues en se fondant sur les violations graves du droit
international public. Selon les autres cette matière a pris
naissance avec les textes internationaux, les conventions
internationales ayant déterminé les violations graves du droit
international public.
L’élément qui distingue le droit international pénal des
autres domaines du droit international public consiste dans le
fait que le droit international pénal a été l’œuvre de la
doctrine avant sa concrétisation dans le droit positif.
On a assisté à une activité doctrinale acharné après la
première guerre mondiale. On assistait également à l’échec
du droit international avec le déclenchement de cette guerre.
Les ruptures de la paix , des déportations de populations,
toutes sortes d’exactions, la non observation des traités sont
des éléments parmi d’autres qui ont caractérisé la première
guerre mondiale.
L’indignation était tellement forte et importante que de
nombreux juristes ont exigé la justice et ont fini par être
convaincu de la nécessité d’avoir recours au droit pénal afin
5
d’imposer le respect des règles fondamentales du droit
international public.
§1-La naissance de la discipline du droit international pénal
Dans le cadre de ce paragraphe on étudiera dans un premier
lieu l’impact de la doctrine, dans un deuxième lieu, l’origine
de la dénomination de la discipline et le champ de la
discipline en troisième lieu.
A-L’impact de la doctrine
L’impact de la doctrine a été ressenti à partir de la fin du
19ème siècle. Soucieuses d’œuvrer pour le développement
pénal du droit international public, des institutions ainsi que
des sociétés savantes ont joué un rôle primordial dans
l’internationalisation du droit pénal. Parmi ces sociétés et
instituions, on cite d’abord l’Union internationale de droit
pénal qui a été fondée en 1899. Elle a oeuvré pour le
développement du droit pénal international. Cependant elle a
fait l’objet de dissolution avant le déclenchement de la
première guerre mondiale. On cite en deuxième lieu
l’Association internationale de droit pénal. Elle a reçu le
soutien d’éminentes personnalités politiques ainsi que des
autorités judiciaires. Cette association s’est fixé comme
objectif, l’élaboration d’un droit pénal commun, d’un droit
pénal international qui peut contribuer au renforcement de la
solidarité internationale ainsi qu’à l’instauration de la paix
mondiale. Les fondateurs de cette association ont souhaité
qu’elle représente la volonté et le désir des Etats fervent
6
défenseurs de l’humanité et oeuvrant pour la paix de
coopérer ensemble afin de protéger l’humanité du fléau de la
criminalité qui ne cesse de prendre de l’ampleur. En l’année
1929, l’Association a confié à une commission le soin
d’élaborer un statut pénal international.
On cite En troisième lieu, la création de l’Union
interparlementaire en 1899 par deux parlementaires ayant
reçu le prix Nobel qui sont Randal Cremer et Frédéric Passy.
Créée en premier lieu comme étant une association, l’Union
parlementaire a connu un changement au niveau de sa
nature juridique en devenant la première organisation
mondiale des parlements nationaux et un permanent forum
pour les négociations politiques ayant lieu entre plusieurs
Etats.
A l’instar des associations précédentes, l’Union parlementaire
a contribué au développement du pénal du droit
international public. Elle s’est fixée comme objectif l’action
pour l’établissement de la paix , la coopération entre les Etats
et la consolidation des démocraties représentatives.
Une Conférence interparlementaire a été organisée à
Washington en 1925 au cours de laquelle l’Union
parlementaire a décidé d’adopter un code répressif des
nations . Deux ans plus tard, la Conférence
interparlementaire avait précisé que le projet de code
répressif des nations devra considérer la guerre comme un
7
crime contre le droit international à l’exception du droit de
légitime défense.
Une réunion s’est tenue à Londres en 1930 à l’issue de
laquelle les conclusions relatives au code répressif des
Nations ont été adoptées.
On souligne enfin, la création de l’International Law
Association qui a apporté sa contribution dans ce domaine.
Parmi les figures de doctrine qui ont marqué leur
détachement figure Le professeur de droit à l’Université de
Bucarest et également député : Vespasien V. Pella. De tous
les juristes il était le plus déterminé et le plus défenseur de la
formation d’une nouvelle discipline, d’une nouvelle branche
du droit international public qu’est le droit pénal
international. Il est reconnu comme son principal créateur.
D’ailleurs, il n’a pas hésité à exprimer ses propositions dans
son ouvrage intitulé : La criminalité collective des Etats et le
droit pénal de l’avenir, paru en 1925. Il s’est vu confier la
responsabilité de rapporteur unique du plan d’un code
répressif mondial terminé en mars 1935. Ce code a été publié
par l’Association internationale de droit pénal.
B-L’origine de la dénomination droit international pénal
Il est important de rappeler que le droit pénal international
n’est pas considéré comme une discipline nouvelle. Dans les
ordres juridiques internes, la compétence répressive des
Etats dans le domaine de lutte contre la criminalité
8
caractérisée par la présence d’un élément international a été
admise. L’élément international peut être soit la nationalité
du coupable, soit la nationalité de la victime, soit le lieu de
commission de l’acte objet de répression. L’évolution du droit
pénal international s’est réalisée dans un souci de protéger
l’Etat ainsi que pour donner à ce dernier le droit de procéder
à la répression d’actes qui ont été commis à l’extérieur de son
territoire.
A côté du droit international pénal, on évoquait Le droit
pénal international qui a été élaboré pour réprimer les
comportements et les actes des particuliers que la société
internationale et la morale condamnent. Ces actes ont acquis
le rang des crimes du droit des gens. Ils pouvaient faire l’objet
d’une répression universelle. La naissance du droit pénal
international a été réalisée par la convergence des
législations internes ainsi que par la solidarité. Le droit pénal
international a pour objectif l’incrimination ainsi que la
répression d’actes commis individuellement par exemple :
l’esclavage, la piraterie, la diffusion de publications obscènes
le commerce de drogues nuisibles
C-Champ de la discipline du droit international pénal
A travers son œuvre Vespasien Pella a examiné les moyens
relatifs à la pénalisation des violations graves du droit des
gens dans le cadre des relations internationales afin de
protéger l’ordre public international. Il a également relevé les
difficultés relatives à la détermination de l’essentiel de la
9
discipline du droit international pénal ainsi que les difficultés
relatives à la détermination des personnes ayant commis des
infractions internationales.
Selon le même juriste la question de la responsabilité pénale
de l’Etat en qualité de personne morale a fait l’objet de
divergences doctrinales. Certains auteurs ont défendu cette
idée comme Donnedieu de Vabres. Mais la majorité de la
doctrine est fervente défenseuse des principes issus du droit
romain ainsi qu’à l’adage societas delinquere non potest. Cet
adage signifie que les sociétés n’ont pas le pouvoir de
commettre un délit. Vespasien a défendu la responsabilité
pénale de l’Etat cumulativement à celle de l’individu.
S’agissant des sanctions pénales qui pourraient être
appliquées à « l’Etat criminel », Vespasien prévoyait des
sanctions diplomatiques et juridiques. Parmi ces sanctions il
prévoyait le fait de priver des nationaux de l’exercice des
droits civils, l’amende, ainsi que des sanctions d’ordre
territorial exemple : l’occupation temporaire. A ces sanctions
s’ajoutent les mesures de sûreté par exemple la destruction
des voies ferrées stratégiques ainsi que des mesures relatives
à la garantie de non-répétition et de prévention criminelle.
Vespasien Pella a exclu des peines le fait d’exclure l’Etat
coupable de la Société des Nations ainsi que le refus de
reconnaître son existence juridique. Selon lui il n’existe pas
de différence entre de telles mesures et la peine de mort.
L’effort de Vespasien Pella dans la formation du droit
international pénal est considérable. Le volontarisme y est
10
pour beaucoup. Cependant Le Professeur Chérif Bassiouni a
affirmé que le droit international pénal s’est développé grâce
aux valeurs et espoirs communs dégagées par la
communauté internationale. Il a considéré qu’il est primordial
que tous les membres de la communauté internationale se
soumettent à un minimum de règles de conduite.
§2-La naissance des règles du droit international pénal
Le droit pénal a pour objectif fondamental de protéger l’ordre
social de tout gouvernement ainsi que de le défendre. C’est
avec justesse que Marcel Sibert pensait que la répression
pénale doit avoir une place dans les relations internationales.
A-Actions incriminées
Les actions incriminées couvrent l’incrimination du recours à
la guerre et l’incrimination des comportements dans la
guerre.
1)L’incrimination du recours à la guerre
La doctrine de la « guerre juste » a fait l’objet d’un
développement de la part des premiers internationalistes.
Selon Vittoria, le déclenchement de la guerre doit avoir une
cause unique celle relative à la violation d’un droit. Il a
également souligné que des sanctions pénales peuvent être
appliquées après la fin de la guerre. Quant à Grotuis, il a mis
l’accent sur la nécessité d’unir toutes les forces afin de punir
les coupables et maintenir la paix. Il a posé le principe de la
répression universelle, un principe défendu par Vattel.
11
La doctrine de la « guerre juste » a eu deux conséquences. La
première est la permission de soustraire la guerre de la
domination de la force et la soumettre au droit. La deuxième
consiste à attribuer deux fonctions au recours à la guerre. En
effet le recours à la guerre permet d’apporter une limitation
au droit à la défense dans le cadre de rapports de force entre
puissances. Ce fait permet d’établir une certaine distinction
entre la guerre licite et l’abus de force. De même, le recours à
la guerre peut représenter un moyen de lutte contre
l’impunité. La lutte contre l’impunité est une action qui
dérange les parties qui violent les règles du droit des gens.
Afin de réduire l’usage de la force, des moyens ont été mis en
place. Ils consistent dans l’extension des procédures de
règlement pacifique des différends à travers les Conventions
de La Haye de 1899 et de 1907. Ces moyens consistent aussi
dans la conclusion du Traité de Versailles qui condamne les
guerres d’agression. Le mouvement relatif à la réduction de
l’usage de la force s’est poursuivi, en ayant pour objectif, le
développement et le renforcement du système de sécurité
ayant été mis en place par le Pacte de la Société des Nations.
Dans ce cadre, il est important de citer le projet de Traité
d’assistance mutuelle qui a été élaboré sous les auspices de la
Société des Nations en 1923.
2)Incrimination des comportements dans la guerre
Le comportement dans la guerre doit être un comportement
qui obéit au droit et non au règne de la force. D’où
12
l’appellation de jus in bello. D’après Spinoza, toute activité
suppose une « morale ». Selon la formule de la doctrine
allemande Krieg ist Krieg,il existe une différence entre la
guerre et la violence pure ou la barbarie. En effet, la guerre
doit avoir un motif légitime. Elle doit être menée
conformément à des règles. Elle doit obéir à des règles.
Les civilisations les plus anciennes ont mis en place les
premières règles destinées à régir le comportement des
combattants. En occident on assistait également à la mise en
place de règles réglementant les conflits armés. La question a
été étudiée par certains imminents auteurs comme Saint-
Thomas d’Aquin , Vittoria et Ayala. Dans ce sens il est
important de souligner la réaction hostile de Grotius face à
aux violations des droits humains et du droit divin en temps
de guerre.
L’église catholique a énoncé les règles applicables à la
conduite de la guerre. Cependant, son autorité a été affaiblie
et ce fait a conduit à l’inobservation totale de ses règles.
L’idée relative à la nécessité de mettre en place des règles
limitant les actions des belligérants a réapparu au 16ème et au
17ème siècle. Il convient de noter que à la fin du 18ème siècle, le
général Hugo ainsi que Napoléon, ont démontré la nocivité
du pillage . Ils ont également démontré son inutilité dans un
contexte de guerre.
Un droit coutumier de la guerre a commencé à se former et à
émerger. Les Etats l’ont graduellement incorporé dans leurs
13
règlements militaires. On relève qu’aux Etats-Unis, les tous
premiers articles relatifs à la guerre ont été promulgués en
1775. Ils prévoient entre autres des sanctions pour les
officiers qui ne parviennent pas à faire respecter les règles
relatives à la conduite de la guerre par leurs troupes.
Cependant ces dispositions étaient rares et courtes.
Chapitre II-Spécificités et sources du droit international
pénal
Section 1-Spécificités du droit international pénal
Le droit international pénal a des traits caractéristiques qui le
distinguent des autres branches du droit international public.
Ces spécificités sont au nombre de quatre : le nombre
restreint de crimes, le caractère complémentaire du DIP,
l’importance de la coopération des Etats ainsi que l’existence
d’un déséquilibre normatif et le caractère instable.
§1-Un nombre restreint de crimes
Le droit international pénal s’applique à une catégorie
d’infractions qui présente une gravité particulière, ou il
s’applique aux crimes ayant des effets internationalisés. Cette
internationalisation a des effets transfrontaliers c'est-à-dire
qu’ils sont des crimes dont les effets dépassent la frontière
d’un seul Etat. L’effet internationalisé peut être en rapport
avec l’espace ou sur le territoire duquel les crimes ont été
commis.
14
Pendant les années 1990, le droit international pénal a été
axé sur les crimes « les plus graves », résultant des violations
massives et systématiques des droits de l’homme et du droit
international humanitaire. Ces crimes comme l’ont relevé les
Professeurs Robert Kolb et Damien Scalia « s’attaquent aux
valeurs fondamentales de la communauté internationale et
de l’humanité ». Les crimes « les plus graves » sont des
crimes qui entrent dans la compétence de la cour pénale
internationale. En effet le préambule du statut de la CPI
prévoit que « La Cour pénale a compétence à l’égard des
crimes les plus graves touchant l’ensemble de la
communauté internationale ». Dans ce cadre, il convient de
rappeler que la CPI est compétente pour juger les crimes de
guerre, les crimes contre l’humanité, le génocide et le crime
d’agression.
Les crimes sanctionnés par le droit international pénal sont
considérés de nos jours comme des « crimes politiques ». Ils
sont commis notamment par des agents des Etats, des hauts
responsables des Etats ayant reçu des ordres de mettre en
exécution une politique délibérée de purification ethnique,
une politique relative à la conduite illégale des hostilités et
l’extermination.
§2-Le caractère complémentaire du droit international pénal
Le droit international pénal est considéré comme le droit qui
sanctionne les violations des droits formant des branches
entières du droit international public exemple : le droit
15
international humanitaire, le droit international des droits de
l’homme et le droit de maintien de la paix.
Le droit international humanitaire est un ensemble de règles
juridiques qui indiquent la manière avec laquelle il faut réagir
face aux conséquences des violations des branches du droit
international public citées. La réaction se manifeste à travers
la mise en oeuvre de la responsabilité internationale de l’Etat
pour fait illicite ainsi que de la responsabilité pénale
individuelle.
§3-L’importance de la coopération des Etats
A l’instar des autres droits, le droit international a des objets
ainsi que des buts. La réalisation des buts représente une
mission assez délicate qu’il ne peut pas assurer tout seul.
Pour cette raison, il a nécessairement besoin des droits
internes des Etats pour y parvenir. Afin de mieux expliquer
cette idée, il est important de citer l’exemple des traités
relatifs à la protection des droits de l’homme. Ces traités ne
peuvent être effectifs que lorsqu’ils sont mis en application
par les organes interne de chaque Etat. Cette règle s’applique
également au droit international pénal. Ce droit ne peut être
effectif que grâce à la coopération des Etats. On cite à ce
stade l’exemple de la cour pénale internationale qui ne peut
être efficace que lorsque les Etats acceptent sérieusement de
coopérer avec elle.
§4-Le déséquilibre normatif et le caractère instable du droit
international pénal
16
Les années 1990 sont les années pendant lesquelles le droit
international pénal a connu une certaine explosion ainsi
qu’une certaine maturité. Le droit international pénal
comprend des insuffisances et des confusions. Une
jurisprudence frappée d’incertitudes a comblé ces
insuffisances graduellement. Des questions importantes ont
été posées. Par exemple quelles peines faudrait -il appliquer
en droit international pénal. Cette question a été posée vu
l’absence de code fixant les peines. Dans une tentative de
répondre à cette question, on a suggéré l’application des
peines relevant des droits pénaux internationaux et qui sont
applicables aux crimes contre l’humanité. Une deuxième
question a été posée relative à la procédure appliquée. Il était
difficile de trouver des réponses adéquates à ces questions.
A côté de ses questions des problèmes d’ordre pratique ont
jailli. Ils ont trait par exemple à la définition du viol en droit
international pénal. Le viol n’a pas été défini en droit
international pénal. Ils ont trait également au fait de savoir si
la pression exercée sur une personne pour qu’elle commette
un crime constitue un motif d’exonération de sa
responsabilité pénale internationale ou u motif de diminution
de la peine ?
Le droit international pénal demeure une discipline assez
complexe. Il est un mélange de droits pénaux internationaux,
du droit international, des droits de l’homme ainsi que du
droit international humanitaire. Les composantes du droit
international pénal sont développées mais d’une manière
17
inégale. On y remarque par exemple que la définition des
crimes de guerre est logiquement détaillée tandis qu’on
décèle l’absence entre autres de règles bien déterminées
relatives à la participation de plusieurs personnes à la
commission des crimes.
Le droit international pénal n’est pas une discipline fixe. Au
contraire elle connaît un développement permanent afin
d’être en phase avec l’évolution des circonstances. La
jurisprudence joue un rôle considérable dans ce processus de
développement.
Section 2-Les sources du droit international pénal
Le droit international pénal constitue une branche du droit
international public. Il n’est pas ainsi étonnant que tous les
deux ont les mêmes sources. Cependant, il convient de
rappeler que l’application des sources du droit international
général
On distingue l’existence de deux sources : les sources
primaires appelées aussi sources normatives ainsi que les
sources secondaires appelées aussi sources auxiliaires.
§1-Les sources primaires
Les sources primaires sont des sources constituées par les
conventions internationales, la coutume ainsi que les
principes généraux de droit.
A-Les conventions internationales
18
La convention de Vienne du 23 mai 1969 sur le droit des
traités définit le traité international comme suit « accord
international conclu par écrit entre Etats et régi par le droit
international, qu’il soit consigné dans un instrument unique
ou dans deux ou plusieurs instruments connexes, et quelle
que soit sa dénomination particulière ». Les conventions
internationales sont considérées comme l’épicentre du droit
international pénal. La ratification des traités est réalisée par
un vote du parlement. Ce fait leur procure une haute
légitimité.
Les conventions internationales sont non seulement
considérées comme des sources principales du droit
international pénal, elles en sont également des sources
écrites. Les sources écrites sont préférables aux sources non
écrites en raison de la présence de plusieurs éléments très
importants que sont la clarté, la précision, le caractère
explicite et l’engagement indéniable des parties
contractantes. Les traités peuvent contribuer à la clarification
d’une règle de droit existante. Ils peuvent également codifier
une coutume. Les parties non contractantes ne sont pas liées
par les conventions internationales. Les traités expriment un
consensus relatif à un domaine restreint. Ils peuvent se
limiter à consacrer des principes dont l’application directe
reste délicate. Cette lacune ou insuffisance ne peut être
comblée que par une codification de tout le domaine
juridique. En examinant le Statut de la CPI, on peut constater
sans doute qu’il a précisé que la définition du crime de
19
génocide, la définition des crimes contre l’humanité ainsi que
la définition des crimes de guerre qui y figurent ne valent
qu « aux fins du statut ». Le même statut a aussi précisé que
les dispositions qui y figurent ne doivent en aucun cas être
interprétées comme des dispositions qui restreignent ou
altèrent les règlent du droit international en vigueur ou que
sont en cours de formation qui visent d’autres fins que celles
prévues dans le statut. Le fait que les définitions citées aient
été consacrées dans le statut n’altère en rien le fait qu’elles
influencent le développement du droit international pénal
coutumier.
En matière de droit international pénal, les conventions
internationales occupent une place très importante due au
principe de la légalité. Cela implique qu’on juge si acte
commis représente un crime international en se fondant sur
les textes des conventions internationales qui régissent la
matière pénale. Les conventions internationales
représentent un critère en vertu duquel on juge si un acte
constitue un crime international ou non.
Les conventions internationales que sont les sources du droit
international pénal sont de deux catégories.
D’abord il existe des conventions internationales qui régissent
le droit matériel en rapport avec la matière pénale. Parmi ces
conventions on cite les quatre conventions de Genève de
1949 ainsi que leurs deux protocoles additionnels, la
convention pour la prévention et la répression du crime de
20
génocide du 10 décembre 1948 ainsi que la convention
contre la torture de 1984.
Ensuite il existe les statuts des tribunaux pénaux
internationaux ad hoc exp : le statut du tribunal pénal
international pour l’ex-Yougoslavie et le statut du tribunal
pénal international ad hoc pour le Rwanda. On cite aussi les
statuts des tribunaux hybrides comme le statut du tribunal du
Timor oriental et celui du tribunal de la Sierra Leone. On cite
également le statut de la cour pénale internationale.
B-La coutume
Le champ d’application de la coutume est plus élargi que celui
du droit conventionnel car elle est applicable à tous les Etats.
Contrairement au droit conventionnel, elle connaît une
faiblesse au niveau de la clarté ainsi qu’au niveau de la
sécurité juridique. Ces deux éléments sont d’une extrême
importance compte tenu du principe nullum crimen sine lege
(un principe fondamental du droit pénal selon lequel les
incriminations et les peines doivent être créées par une loi).
Ce principe a été consacré dans le Pacte international relatif
aux droits civils et politiques. L’alinéa 1 de l’article 15 de ce
Pacte a permis à certains auteurs d’aboutir à la conclusion
suivante « un acte délictueux selon le droit international
suffit ». on peut lire dans l’alinéa 2 de ce même article ce qui
suit : « Rien dans le présent article ne s’oppose au jugement
ou à la condamnation de tout individu en raison d’actes ou
omissions qui, au moment où ils ont été commis, étaient
21
tenus pour criminels, d’après les principes généraux de droit
reconnus par l’ensemble des nations ». A ce stade, il convient
de préciser que la notion de principes généraux de droit cité
dans cet article n’est pas une notion telle qu’elle a été définie
par les auteurs. La notion de principes généraux de droit telle
qu’elle a été prévue dans l’article cité est une notion qui
renvoie à la coutume. En examinant les principes généraux de
droit et la coutume on remarque qu’ils partagent certains
points communs. En effet, ils n’ont pas un caractère formel .
Cependant, ils dérivent du comportement étatique et de
déclarations d’opinion ou ils dérivent du droit national.
Au cours du 21ème siècle, la théorie du droit coutumier a
connu une évolution considérable et est constamment
changeante. Le droit coutumier classique tel qu’il a été défini
dans les ouvrages du droit international public est le résultat
d’un comportement répétitif affectif du plus grand nombre
possible d’Etats. S’ajoute au comportement répétitif et
effectif, la conviction des Etats du caractère obligatoire de
leur comportement. Ce qui est à relever aujourd’hui c’est
qu’au sein de la communauté internationale, on peut
difficilement observer le comportement effectif du plus grand
nombre d’Etats. On note aussi que le droit coutumier devient
un droit de plus en plus dérivé des déclarations émanant des
Etats qui sont des déclarations approximativement officielles.
Il est également dérivé de la doctrine et considérablement de
l’opinion publique. Le célèbre juriste français René-Jean
Dupuy qualifie le droit coutumier qui dérive de ces éléments
22
de « coutume sauvage ». La coutume sauvage se distingue de
la coutume sage. Cette dernière dérive d’un comportement
effectif des Etats. En matière des droits de l’homme, il
convient de souligner que le comportement effectif des Etats
joue un rôle dans le déclenchement du droit international. La
jurisprudence internationale a eu son mot à dire dans la
question du droit coutumier comme source du droit pénal. En
effet dans l’affaire Tadic, la Chambre d’appel du tribunal
pénal international pour l’ex-Yougoslavie a considéré qu’en
principe le droit coutumier peut modifier des normes
conventionnelles. Cependant elle a estimé que ce fait n’a pas
été le cas à l’égard de l’applicabilité des Conventions de
Genève dans les conflits internes. Le jugement de la Chambre
d’appel est intéressant dans la mesure où cette dernière a
exprimé son avis relatif aux éléments sur lesquels elle se fond
pour constater l’existence d’une coutume internationale ou
universelle. En effet en matière de droit international
humanitaire, il faudrait plutôt compter sur les déclarations
que sur les actes effectifs, parce qu’il est impossible de
déterminer avec précision le respect du droit international
humanitaire sur le terrain. Sur ce point on peut constater un
certain rapprochement entre la coutume et les principes
généraux de droit. La Chambre d’appel a considéré qu’il
n’existe pas une différence considérable à ce niveau entre les
principes généraux et le droit coutumier
En matière de droit international pénal, la coutume a joué
des rôles importants.
23
En premier lieu, la coutume a servi de fondement pour les
incriminations pénales. Par exemple pendant les procès qui
ont lieu après la fin de la seconde guerre mondiale, des
crimes de guerre ont été jugés en se fondant sur les textes
des conventions internationales applicables en la matière.
Quant aux autres, ils ont été jugés en se fondant sur la
coutume. C’est le cas du tribunal pénal international ad hoc
pour l’ex-Yougoslavie et du tribunal pénal international ad
hoc pour le Rwanda. En deuxième lieu, la coutume a joué un
rôle dans l’interprétation du droit écrit. Il est important de
relever dans ce sens que le tribunal pénal international ad
hoc pour l’ex-Yougoslavie a interprété le mot « viol » en se
référant à la coutume et aux principes consacrés dans les
ordres juridiques internes.
§2-Les sources secondaires
Les sources secondaires du droit international pénal sont les
suivantes : les principes généraux de droit, les précédents
judiciaires, les résolutions de l’Assemblée générale et du
Conseil de sécurité de l’ONU, les projets de la commission du
droit international, les projets des associations scientifiques
privées de renom, la doctrine des éminents publicistes ainsi
que les manuels militaires comme expression de l’opinio juris
et de la pratique des Etats.
A-Les principes généraux de droit
Il est à noter que les principes généraux de droit constituent
une source indépendante. Certains internationalistes comme
24
Pierre-Marie Dupuy et Yann Kerbrat les qualifient de source
subsidiaire. Les principes généraux de droit sont considérés
comme des principes du droit national exclusivement, des
principes qui s’appliquent au niveau universel . De ce fait ils
sont des principes à transposer en droit international.
L’article 38 du statut de la CIJ précise que les principes
généraux de droit reposent sur la reconnaissance de telles
règles par les nations civilisées. Aujourd’hui la notion de
« nations civilisées » veut dire toutes les nations. Le statut de
la CPI a établi la distinction entre les principes et règles
généraux du droit international ( le droit coutumier ainsi que
les principes du droit international ) et entre les principes
généraux qui dérivent du droit national.
a-Principes généraux du droit national et différence entre
droit romano-germanique et common law
On applique les principes généraux du droit national lorsque
le droit coutumier n’est pas suffisant. Ceci est valable pour les
domaines du droit pénal relatifs aux motifs d’exonération, au
droit procédural et au droit pénitentiaire. Le développement
des principes généraux dérivés du droit national n’a pas été
aisé. Au contraire il a été confronté à des obstacles
manifestés par deux traditions juridiques que sont la common
law et le droit romano-germanique (appelé également droit
continental). L’examen du droit pénal montre que sa
conception est radicalement opposée à la common law et au
droit romano-germanique. Est-ce que les principes généraux
du droit national doivent être appliqués d’une manière
25
identique en common law et en droit continental ? Il n’est
pas nécessaire d’analyser tous les systèmes juridiques du
monde pour donner une réponse à cette question. Dans leur
enquête pour donner des éléments de réponse à cette
question, les juges des pays de common law et ceux des pays
du droit continental n’ont pas abouti au même résultat. Le
résultat de l’enquête doit être un principe général et non pas
une norme.
L’application des principes généraux du droit national n’est
pas une application à prendre à la légère. Au contraire, elle
doit prendre en considération la différence au niveau de la
structure entre l’ordre juridique national et l’ordre juridique
international. Il est important de souligner que tous les
principes généraux des droits nationaux ne sont pas
compatibles avec l’ordre juridique international : un ordre
fondé sur l’indépendance des sujets du droit international
public que sont les Etats. Une deuxième question se pose :
comment les principes généraux du droit national doivent
être modifiés afin de s’adapter à la structure de l’ordre
juridique international ? Il semble que la réponse a été
apportée par la jurisprudence pénale internationale. En effet
on peut relever que la Chambre d’appel du TPIY s’est
exprimée dans l’affaire Blaskic dans les termes
suivants : « Les points de vue ou les approches judicaires
internes doivent être maniés avec la plus extrême prudence
au plan international, de crainte de ne pouvoir tenir compte
des caractéristiques uniques de la procédure pénale
26
internationale ». Le Statut de la CPI a abondé dans le même
sens.
b-Principes généraux du droit international dans le droit
international pénal
Dans ce cadre il convient de savoir si les principes généraux
du droit international relèvent des principes qui sont
mentionnés dans l’article 38 du statut de la CIJ, ou s’ils
peuvent dériver de principes internationaux. Dans le domaine
du droit international pénal, il est primordial d’accorder une
reconnaissance suffisante aux considérations humanitaires.
D’ailleurs, la CIJ dans son arrêt rendu dans l’affaire du Détroit
de Corfou, a souligné qu’il existe des obligations qui peuvent
se fonder sur des conventions internationales, sur la coutume
et également « sur certains principes généraux et bien
reconnus, tels que des considérations élémentaires
d’humanité ». Le TPIY dans l’affaire Tadic a évoqué « des
considérations élémentaire d’humanité et de bon sens »
comme justification pour l’application de dispositions
relatives aux conflits armés internationaux et aux conflits
internes. Ce faisant, la Cour n’a indiqué aucune autre source
de droit. La CPI a partagé la même vision que celle du TPIY. La
consécration des considérations humanitaires sert à rejeter
les oppositions de nature formelle relatives au fait que telle
disposition ne peut pas être appliquée à un cas bien
particulier. Les principes généraux du droit international ne
peuvent pas sanctionner un comportement sans le support
du droit coutumier ou du droit conventionnel à cause de leur
27
manque de précision. Notons que la précision est un élément
requis voire indispensable en matière de droit pénal.
B-Les précédents judiciaires
L’article 38 di statut de la CIJ prévoit « les décisions judiciaires
…comme moyen auxiliaire de détermination de la règle de
droit ».
En matière de droit international public en général et de droit
international pénal en particulier il n’existe pas de règles
juridiques qui imposent au juge de suivre un précédent ou
d’être lié par un précédent. Lorsque le juge rend une décision
ou un arrêt, cette décision ou cet arrêt n’a de force
obligatoire que pour le cas d’espèce. Ces décisions ou ces
arrêts ne peuvent pas lier le juge dans le futur. Cependant et
malgré ce fait il existe des précédents qui évidemment ne
s’imposent pas aux juges mais qui les inspirent, qui les aident
à interpréter un texte juridique obscur ou qui constituent une
source de décision importante . Donc les précédents
judicaires peuvent avoir une grande autorité pour la
jurisprudence postérieure. Là est la différence. Il est judicieux
de souligner que les jugements émis par des tribunaux
nationaux ne sont pas mentionnés dans l’article 38 du statut
de la CIJ.
C-La doctrine des éminents publicistes
28
Les opinions émises par les professeurs et les experts du droit
international pénal jouent un rôle important dans
l’interprétation des règles du droit international pénal.
D-Les résolutions de l’Assemblée générale et du Conseil de
sécurité des Nations Unies
On cite à ce stade que les résolutions de l’Assemblée
générale de l’ONU relatives à l’aide humanitaire sont la
manifestation de l’opinio juris de la majorité des Etats
membres de l’ONU. Elles peuvent contribuer à
l’interprétation des normes du droit international.
S’agissant des résolutions du Conseil de sécurité des Nations
Unies, il est important de rappeler qu’elles prévoient les
compétences des TPI et jouent un rôle considérable dans leur
jurisprudence. Dans l’affaire Tadic, le TPIY a estimé que « les
résolutions adoptées à l’unanimité par le Conseil de sécurité
présentent un intérêt particulier pour la formation de l’opinio
juris ».
Chapitre III- L’infraction internationale
Dans le cadre de ce chapitre, il convient d’étudier en premier
lieu les crimes contre la paix et la sécurité de l’humanité et les
autres infractions internationales en deuxième lieu.
§1-Les crimes contre la paix et la sécurité de l’humanité
Les crimes contre la paix et la sécurité de l’humanité sont les
crimes contre l’humanité, le génocide, les crimes de guerre
ainsi que les crimes d’agression.
29
A-Le crime contre l’humanité
La première définition du crime contre l’humanité est
apparue dans le statut du tribunal militaire international de
Nuremberg crée le 8 août 1945. On peut y lire ce qui suit
« c)Les crimes contre l’humanité : c’est –à-dire l’assassinat,
l’extermination, la réduction en esclavage, la déportation, et
tout autre acte inhumain commis contre toutes populations
civiles, avant ou après la guerre ; ou bien les persécutions
pour des motifs politiques, raciaux ou religieux, commis à la
suite de tout crime rentrant dans la compétence du Tribunal
international ou s’y rattachant, que ces persécutions aient
constitué ou non une violation du droit interne du pays où
elles ont été perpétrées »
Bien que la jurisprudence interne ainsi qu’internationale soit
abondante dans ce domaine, la notion de crime contre
l’humanité continue à faire l’objet de confusion et de manque
de clarté. En effet, il ya une tendance à confondre la notion
du crime contre l’humanité avec la notion du crime de
génocide ou aussi avec celle du crime de guerre. Cette
confusion trouve son origine notamment dans les articles
suivants du code pénal français (de l’article 211-1 à l’article
213-5). Ces articles ont intégré la notion de crime de
génocide dans celle du crime contre l’humanité. L’examen du
droit international montre clairement que ce dernier a établit
une réelle distinction entre la notion du crime contre
l’humanité et celle du crime de génocide. D’ailleurs toute une
convention qu’est la convention pour la prévention et la
30
répression du crime de génocide du 10 décembre 1948 a été
relative exclusivement au crime de génocide et non au crime
contre l’humanité. L’impact de la convention citée a eu
tellement d’importance que la définition du crime de
génocide qui y figure a été adoptée aussi bien par les deux
tribunaux pénaux internationaux ad hoc pour l’ex-
Yougoslavie et le Rwanda que par la cour pénale
internationale.
A côté de la distinction entre la notion du crime contre
l’humanité et celle du crime de génocide, une autre a été
établit entre le crime contre l’humanité et le crime de guerre.
Cette distinction est claire dans le dictionnaire de droit
international public sous la direction de Jean Salmon.
Concernant la définition des crimes contre l’humanité, le
dictionnaire a repris celle qui figure dans le statut du tribunal
militaire international de Nuremberg. S’agissant du crime de
guerre, il a été définit dans le même dictionnaire comme suit
« A. Violations des règles applicables dans les conflits armés
internationaux (jus in bello) susceptibles d’engager la
responsabilité pénale individuelle de leur auteur »,
dictionnaire de droit international public sous la direction de
Jean Salmon, Bruylant, Bruxelles, 2001, p.287.
Le crime de guerre est constitué par la violation des lois et
coutume de la guerre qui sont codifiées dans les conventions
de La Haye ainsi que celles de Genève.
31
Contrairement à ce qui a été consacré dans ces conventions,
désormais le crime de guerre est constitué par la violation
des lois et coutumes de la guerre en temps de guerre ainsi
qu’en temps de paix.
Les normes qui régissent le crime contre l’humanité ont des
spécificités qui lui sont propres. Elles ne sont pas simples. Au
contraire, elles sont complexes. Elles sont également
hétérogènes parfois internationales, parfois internes. Elles
peuvent avoir des origines conventionnelles ou coutumières.
Elles peuvent aussi être soit l’œuvre de la doctrine soit
l’œuvre des juges.
L’examen des crimes contre l’humanité montre clairement
qu’ils présentent des caractéristiques variantes que sont les
suivantes : l’inhumanité des actes, le caractère criminel des
actes commis, le lien avec un conflit et des actes constitutifs
énumérés à titre exhaustif.
a-L’inhumanité
Les crimes contre l’humanité sont des actes inhumains d’une
extrême gravité et qui engendrent l’indignation de la
communauté internationale. Ce sont aussi des actes commis
sur une grande échelle d’où leur ampleur.
1)La gravité
Parler de gravité implique d’évoquer des conséquences
fâcheuses terribles et lourdes de certains actes commis. La
32
gravité n’est pas une notion objective. Elle est subjective et
varie selon les opinions et les conceptions.
La gravité des actes commis est un sujet qui a été débattu au
sein de la commission du droit international des nations
unies, à l’occasion de la préparation du projet de code des
crimes contre la paix et la sécurité de l’humanité. Il était
question de discuter des critères de gravité. Monsieur
Doudou Thiam, ancien rapporteur spécial sur le sujet de
projet de code des crimes contre la paix et la sécurité de
l’humanité a considéré qu’un fait internationalement illicite
est considéré comme un crime faisant partie des crimes
contre la paix et la sécurité de l’humanité prévus dans le
projet du code cité à condition qu’ils soit d’une extrême
gravité et à condition également que la communauté
internationale le considère comme tel.
Selon la CDI et s’agissant de la responsabilité internationale
de l’Etat, une violation d’une obligation découlant d’une
norme impérative du droit international général est une
violation grave lorsqu’elle représente « un manquement
flagrant ou systématique à l’exécution de l’obligation ».
La CDI a souligné que les facteurs de gravité sont l’existence
d’une intention de violer la norme, l’ampleur et le nombre
des violations et leurs implications graves pour les victimes.
Du point de vue morale, les critères de gravité demeurent des
critères très controversés.
2)L’ampleur
33
Le crime contre l’humanité a un caractère massif. Ce
caractère massif peut être interprété de deux manières
différentes : Selon la première interprétation un acte est
considéré comme un crime contre l’humanité lorsqu’il est
commis sur une grande échelle. Donc un acte commis par une
seule personne peut être considéré comme un crime contre
l’humanité lorsqu’il constitue une partie de cette vaste
action. Selon la deuxième interprétation, pour qu’un acte soit
considéré comme un crime contre l’humanité, il faut qu’il soit
générateur d’un nombre élevé de victimes. Toujours selon
cette deuxième hypothèse, un acte particulier engendrant la
mort d’un seul individu ne pourrait pas faire partie des actes
constituant des crimes contre l’humanité.
En examinant le droit international positif, on décèle
l’existence de trois critères qui permettent de distinguer le
crime contre l’humanité des autres actes considérés comme
isolés ou accidentels. Dans son arrêt rendu dans l’affaire
Drazen Erdemovic le 7 octobre 1977, la chambre d’appel du
TPIY a considéré que la personne coupable de crime contre
l’humanité doit avoit participé à : « une attaque généralisée
et systématique contre un groupe relativement nombreux ».
La doctrine a eu son mot à dire sur ce sujet. En effet le
commentaire du projet de Code de la CDI a considéré que
pour qu’un acte soit considéré comme un crime contre
l’humanité, il faut qu’il soit dirigé contre une multitude de
victimes et ceci soit à travers le cumul d’une série d’actes
34
inhumains ou à travers un acte individuel inhumain ayant une
ampleur colossale.
S’agissant de l’acte individuel, on souligne qu’il a fait l’objet
d’un grand débat et a fait couler beaucoup d’encre. La
jurisprudence a été divergente sur ce sujet. On note à ce
stade qu’après la deuxième guerre mondiale, les tribunaux
américains ont exigé que les actes constituant des crimes
contre l’humanité aient un caractère massif. Les juridictions
de la zone d’occupation britannique ne partageaient pas cet
avis. Au contraire, elles estimaient que le caractère massif
n’était pas indispensable pour définit un crime contre
l’humanité. D’après elles ce qui compte c’est l’existence d’un
lien entre l’acte commis et le régime cruel qui est le régime
nazi. La doctrine qui est venue après la deuxième guerre
mondiale est une doctrine relativisée. Elle considérait que le
critère de la massivité est un critère alternatif et non un
critère dominant. La pratique a montré que prouver
l’existence d’un critère massif pour juger si un acte constitue
ou non un crime contre l’humanité n’est pas une mission
aisée. A contraire elle est semée d’embûches. Conscient de
cette difficulté et de cette situation délicate, le rapporteur de
la CDI sur le code des crimes contre la paix et la sécurité de
l’humanité à l’époque Mr Doudou Thiam a estimé que le
critère de la massivité était énormément controversé et
comme conséquence, il a décidé de ne pas le retenir et de
l’éliminer. Il a considéré que : « …l’incrimination de crimes
contre l’humanité doit en vérité être interprétée comme
35
comprenant, à côté d’actes dirigés contre des victimes
individuelles, des actes de participation à des crimes
massifs ».
b-Le dessein criminel
L’intention criminelle joue un rôle d’une immense importance
dans la qualification d’un acte de crime contre l’humanité. Il
est important d’étudier d’abord la fonction de l’intention
criminelle et préciser le rapport qui existe entre elle et les
éléments qui définissent les crimes contre l’humanité. Ensuite
il convient de préciser ce qui caractérise l’intention criminelle.
Enfin, il est judicieux de débattre sur la nécessité d’un
élément discriminatoire.
1)La fonction du dessein criminel dans la qualification du
crime contre l’humanité
S’agissant du crime de génocide, l’élément intentionnel est
déterminant dans la qualification de ce crime. En est-il de
même pour le crime contre l’humanité ? Il n’est pas aisé de
répondre à cette question. L’élément intentionnel n’est pas
mentionné expressément dans les statuts des juridictions
pénales internationales. La nouveauté est venue avec la
création de la CPI. Le statut de cette cour à prévu
expressément l’élément intentionnel. On peut y lire ce qui
suit : « en connaissance de cette attaque ». L’Assemblée des
Etats parties en 2002 chargée d’interpréter la définition des
crimes prévus dans le statut de la CPI a mentionné qu’il existe
un élément constitutif du crime contre l’humanité. Cet
36
élément consiste dans le fait que « l’auteur savait que son
comportement faisait partie d’une attaque généralisée ou
systématique dirigée contre une population civile ou
entendait qu’il en fasse partie ». Cette formulation comprise
dans le statut de la CPI a deux significations essentielles.
D’abord l’auteur de l’acte constituant un crime contre
l’humanité doit avoir conscience de l’existence d’une attaque
généralisée ou systématique et également du lien entre son
comportement et l’attaque.
L’élément psychologique a un rapport avec le contexte
criminel dans le cadre duquel un ou plusieurs actes inhumains
ont été commis. Ce fait doit être prouvé. L’élément
psychologie doit aussi être démontré lorsque des actes
inhumains ont constitué des crimes contre l’humanité.
Notons en plus que l’existence d’une attaque généralisée et
systématique doit être prouvée et démontrée. Elle constitue
un élément matériel du crime contre l’humanité. La chambre
d’appel du TPIY s’est prononcée sue le sujet des actes isolés
et qui ne sont pas rattachés aux crimes contre l’humanité en
expliquant que ces actes sont considérés comme tels « si,
compte tenu du contexte et des circonstances de sa
commission, il est si éloigné de l’attaque en question que nul
ne saurait raisonnablement soutenir qu’il en faisait partie ».
2)Les spécificités du dessein criminel
Il existe deux spécificités qui permettent de distinguer le
crime contre l’humanité des autres infractions
37
internationales. D’abord, l’existence d’actes systématiques et
criminels ayant été commit dans le cadre d’une politique ou
d’un projet discuté et décidé. Ensuite, l’existence d’une
puissance ou d’une autorité publique parmi les personnes qui
sont les inspiratrices de cette politique.
*Le crime contre l’humanité une traduction d’une politique
planifiée
Dans le cadre du jugement de Nuremberg, le premier chef
d’accusation était le « plan concerté ou le complot qui avait
pour objet de commettre des crimes contre la paix, des
crimes de guerre et des crimes contre l’humanité » ou un
chef d’accusation qui impliquait « la perpétration de ces
crimes ». La planification des agissements ainsi que les
agissements constituaient des crimes contre l’humanité. En
relation avec ce qui a été relevé on peut lire dans le jugement
de Nuremberg ce qui suit « le programme d’action contre les
juifs comprenait la perte du droit de vote, la mise à l’index, les
refus des droits civils, l’exercice de la violence contre leur
personne et leurs biens, la déportation, l’asservissement, le
travail foré, la famine, l’assassinat et l’extermination de
masse… ». L’acte d’accusation a conclut que : « Ces méthodes
et crimes faisaient partie implicite ou intégrante d’une ligne
de conduite systématique ».
Le tribunal de Nuremberg a rejeté la théorie du complot. Le
crime contre l’humanité est composé d’un acte programmé.
Cette programmation traduit « une préméditation politique,
38
idéologique ou dogmatique ». Il traduit un dessein et ce
dessein ne se trouve pas forcément dans une œuvre
doctrinale. La programmation peut être déduite et comprise
à travers la manière dont l’acte a été commis, et plus
précisément à travers leur caractère généralisé ou
systématique.
Quelle place accorder à une telle politique ou à une telle
planification ? Les juridictions pénales internationales
contemporaines ont essayé d’apporter des éléments de
réponse à cette question. Le TPIY a considéré que la politique
ou la planification ne constitue pas un élément du crime
contre l’humanité. Cependant elle constitue une preuve de la
commission d’un acte généralisé et systématique. Le TPIR a
considéré que l’existence d’une attaque généralisée et
systématique afin de prouver l’existence du crime contre
l’humanité. Le statut de la CPI, considère que l’attaque est
constituée par une série d’actes accomplis « en application
ou dans la poursuite de la politique d’un Etat ou d’une
organisation ayant pour but une telle attaque ».
*La politique d’un gouvernement étatique ?
Parler de gouvernement étatique peut être considéré comme
inapproprié vu que les juridictions pénales internationales
ont été mises en place afin de juger des individus et non des
Etats. Mais il faut rappeler que le contexte de l’époque du
jugement de Nuremberg, la politique devait être celle de
l’Etat. Exemple la politique de l’Allemagne nazie à l’égard des
39
juifs. La participation de l’Etat dans la programmation des
actes constituant des crimes contre l’humanité a été
confirmée par les TPIY et TPIR. La jurisprudence du TPIY a
écarté l’exigence d’une intervention purement étatique
directe. En effet dans l’affaire Tadic, la chambre de jugement
du TPIY a confirmé que « le droit relatif aux crimes contre
l’humanité a évolué de sorte à tenir compte de forces qui,
bien que n’étant pas celles d’un gouvernement légitime,
exercent le contrôle de facto sur un territoire particulier ou
peuvent s’y déplacer librement ». Cette vision a été partagée
par la commission de droit international dans ses travaux
relatifs au projet de Code des crimes contre la paix et la
sécurité de l’humanité. D’après la CDI, les actes énumérés
doivent être commis « à l’instigation ou sous la direction
d’une organisation ou d’un groupe quelconque ». La CDI est
allée plus loin en considérant que des individus « pourvus
d’un pouvoir de fait ou organisés en bandes ou groupes
criminels, (peuvent) eux aussi commettre le genre de
violations systématiques ou massives ».
Pour qu’un crime contre l’humanité soit rattaché à une entité
politique, il faut prouver l’existence de cette dernière. Il
arrive que le juge ne qualifie pas un acte de crime contre
l’humanité à cause de la nature du régime. L’affaire Touvier
soumise à la chambre d’accusation de la cour d’appel de Paris
constitue un bon exemple. Le TPIY pour l’ex-Yougoslavie a été
plus directe que la chambre citée dans le sens où il a établit la
liaison entre les atrocités commises à l’encontre de la
40
population musulmane bosniaque et la politique
discriminatoire mise en place par l’entité des Serbes de
Bosnie, la république serbe de Bosnie. Le statut de la CPI a
abondé dans le même sens que celui du TPIY. Il a précisé
qu’une attaque peut résulter de la « politique d’un Etat ou
d’une organisation ». Les juges de la CPI se sont penchés sur
la question de la détermination des critères de l’organisation.
A travers l’une des décisions préliminaires, les juges de la CPI,
ont mentionné non pas un seul critère mais plusieurs critères
pour définir et préciser ce qu’est une organisation. Les
critères sont les suivants : i) le groupe a un commandement
responsable ou a établi une hiérarchie ; ii) le groupe a dans
les faits les moyens de mener une attaque généralisée ou
systématique ; iii) le groupe exerce le contrôle d’une partie
d’un territoire étatique ; iv) le groupe a pour dessein principal
une attaque contre une population civile : v) le groupe
manifeste explicitement une intention d’attaquer une
population civile ; vi) le groupe appartient à un groupe plus
large qui remplit certains ou l’ensemble des critères
précédents. Ces critères ont émané d’une décision de la
chambre préliminaire de la CPI à l’occasion de l’affaire
relative à la Situation en République du Kenya rendue le 31
mars 2010. Dans le cadre de cette affaire , la chambre
préliminaire de la CPI a considéré que au vu des critères
retenus, un crime contre l’humanité a pu être organisé par un
groupe composé d’hommes politiques et d’hommes
d’affaires qui sont associés à des partis politique et se
41
fondant sur des policiers. Cependant, elle n’a pas évoqué le
contrôle de facto d’un territoire.
*Un élément discriminatoire nécessaire ?
Affectée et indignée par les crimes commis par les nazis
pendant la seconde guerre mondiale, la doctrine de l’après
deuxième guerre mondiale a considéré que le crime contre
l’humanité est incriminé non pour protéger l’individu en tant
que tel. Mais il est incriminé pour protéger l’individu comme
étant un individu appartenant à une communauté précise, à
un groupe politique, national, racial ou ethnique. Cette
opinion trouve son fondement dans la spécificité des victimes
qui ont fait l’objet d’atrocités et des violations massives et
systématiques des droits de l’homme et du droit international
humanitaire pendant la seconde guerre mondiale. La plupart
des victimes étaient des juifs ainsi que des tzigans. Cet
élément discriminatoire n’est pas sans importance. Les
professeurs Hervé Ascensio, Emmanuel Decaux et Alain Pellet
ont rapporté ce qu’a écrit Jean Graven sur ce sujet. On peut y
lire ce qui suit : « Pour Jean Graven, la « qualité spéciale de la
victime » constitue « l’essence même » des crimes contre
l’humanité et permet de les distinguer des crimes de
guerre ». Ainsi l’individu ou la victime doit appartenir à une
communauté précise. La politique d’extermination ou la
politique de persécution massive et systématique est menée
en se fondant sur cette appartenance. Ce fait peut impliquer
deux significations particulières et divergentes. La première
consiste dans le fait de considérer la communauté comme
42
une communauté qui existe réellement dans une société
déterminée. Une communauté qu’on peut aisément repérer
en raison des caractéristiques qui différencient ses membres
du reste de la société. Ces caractéristiques sont mentionnées
dans les statuts des tribunaux pénaux internationaux. La
deuxième est que la communauté est considérée par l’auteur
ou les auteurs des crimes contre l’humanité comme une
entité cible. Les deux significations donnent lieu dans ce
cadre à quelques problèmes non négligeables. Concernant la
première signification, il faudrait déterminer les critères ou
les caractéristiques des membres d’une communauté bien
déterminée et qui sont mentionnées dans les statuts des
tribunaux pénaux internationaux d’une manière objective.
S’agissant de la deuxième signification il convient de souligner
que les auteurs des crimes contre l’humanité peuvent viser
un individu ou plusieurs individus car ils les considèrent
comme des individus qui sont membres d’un groupe bien
déterminé au sens des statuts des tribunaux pénaux
internationaux.
La chambre d’appel du TPIY dans le cadre de l’affaire Tadic
ainsi que le statut de la CPI n’ont pas retenu le critère de
discrimination comme un élément constitutif des crimes
contre l’humanité.
c-Les caractéristiques de la population visée
43
L’étude de la définition des crimes contre l’humanité montre
que les victimes doivent être membres d’un groupe
appartenant à la « population civile ».
La « population civile » est une expression très employée en
matière de droit international humanitaire. Son emploi vise à
établir la différence entre le régime juridique applicable aux
civils et celui applicable aux combattants. Il semble que la
jurisprudence a transposé la notion de « population civile »
du droit international humanitaire au droit international
pénal. D’ailleurs elle s’est fondée sur la définition des civils
telle qu’elle figure dans le Protocole I aux Conventions de
Genève. Elle s’est également fondée sur le sens ordinaire du
terme. C'est-à-dire qu’elle a considéré la « population civile »
comme une population composée de personnes non
membres de forces armées. Telle a été l’approche du TPIY. Ce
dernier a exclu de la « population civile », les combattants
ainsi que les personnes mises hors de combat.
Cependant, ce principe connaît des exceptions. Ces
exceptions sont conditionnées. On peut relever à titre
d’exemple que les personnes hors combat peuvent
également être considérées comme des victimes de crime
contre l’humanité lorsqu’elles se trouvent au sein d’une
population civile qui est visée à titre principal. Ceci était
l’approche du TPIY. Son approche était inspirée par
l’approche de la jurisprudence française à l’occasion des deux
affaires Barbie et Touvier. On peut constater clairement dans
ce cas que si les personnes hors combat ont constitué les
44
cibles principales d’une attaque, dans ce cas la qualification
de crime contre l’humanité n’a plus de sens et elle est
écartée. On pourra qualifier les actes commis dans ce cas de
crimes de guerre. Un autre fait est envisageable : une seule
victime peut subir successivement une série d’actes qui se
traduisent par trois crimes distincts et dont les définitions
s’excluent. Cela veut dire que par exemple que une définition
du crime contre l’humanité peut exclure une définition du
crime de guerre et vice versa. Pour qu’on puisse affirmer
catégoriquement l’existence d’une « population civile », il
faut que le nombre des combattants qui s’y trouvent ne soit
pas trop grand. C’est ce qu’a affirmé le TPIY à l’occasion de
l’affaire Dusco Tadic.
d-Le lien du crime contre l’humanité avec un conflit armé
La définition du crime contre l’humanité telle qu’elle a été
consacrée dans le statut du tribunal de Nuremberg, ne peut
être appliquée qu’en cas d’établissement d’un lien entre le
crime contre l’humanité et d’autres crimes : le crime de
guerre ou le crime contre la paix. Cela montre clairement que
le crime contre l’humanité n’est pas un crime autonome. La
définition du crime contre l’humanité telle qu’elle figure dans
le statut du tribunal de Nuremberg n’a pas été transposée
dans sa totalité aux statuts de quelques juridictions pénales
internationales postérieures que sont le TPIY, le TPIR et la CPI.
L’exigence de ce lien trouve son origine dans le fait que les
rédacteurs du statut du tribunal de Nuremberg ont cherché à
45
trouver dans le droit international un fondement pour la
compétence du tribunal de Nuremberg relative aux crimes
commis par l’Allemagne (crimes contre l’humanité) à
l’encontre de ses ressortissants. Ce fondement recherché est
inexistant en droit international. Il fallait donc chercher une
solution à ce problème. On a songé donc à rattacher le crime
contre l’humanité à des crimes pour qu’il puisse être jugé par
le tribunal de Nuremberg. Ces crimes étaient soit la guerre
d’agression, soit le crime de guerres. Cette approche des
rédacteurs du statut du tribunal de Nuremberg, n’a pas
convaincu le professeur Luigi Condorelli qui a relevé que
l’existence du crime contre l’humanité n’est pas conditionné
par l’existence du crime de guerre.
Durant la période qui a suivi le jugement de Nuremberg, le
critère de lien entre le crime contre l’humanité et le crime de
guerre n’a pas été retenu ni par la doctrine, ni par le droit
interne, ni par le droit international. On peut dans ce cadre
citer à titre d’exemple que le rapport du Secrétaire général
des Nations Unies relatif à la résolution 808 (1993) du Conseil
de sécurité des Nations Unies énonce que les crimes contre
l’humanité « …sont interdits, qu’ils aient ou non été commis
au cours d’un conflit armé international ou de caractère
interne ». On peut constater clairement que ce critère
d’attachement du crime contre l’humanité à un état de
guerre est absent aussi bien du Statut du TPIR que de celui de
la CPI. Quant à la chambre d’appel du TPIY, elle a considéré à
l’occasion de l’affaire Dusco Tadic que « l’absence de lien
46
entre les crimes contre l’humanité et un conflit armé
international est maintenant une règle établie du droit
international coutumier ». Elle a également considéré que
l’exigence du lien entre le crime contre l’humanité et le crime
de guerre ou l’état de guerre est une limitation à sa
compétence et non un critère constitutif du crime contre
l’humanité.
e-Les actes constitutifs du crime contre l’humanité
Dans son rapport de 1994, la commission du droit
international a accordé moins d’importance aux actes
constitutifs du crime contre l’humanité qu’aux
«…considérations d’échelle et de ligne d’action délibérée ».
Le développement des règles du droit international pénal et
la multiplication des atrocités et des barbaries, ont
profondément heurté la conscience de la communauté
internationale. La jurisprudence pénale internationale ne
cesse de se développer dans ce domaine. La liste des actes
constitutifs du crime contre l’humanité n’est pas une liste
définitivement établie. Au contraire c’est une liste qui connaît
un élargissement croissant. En revenant au Statut du Tribunal
de Nuremberg, on constate qu’il a énuméré une série d’actes
constitutifs du crime contre l’humanité. On peut y lire ce qui
suit : «tout acte inhumain (tel que) l’assassinat,
l’extermination, la réduction en esclavage, la déportation,
commis contre toutes populations civiles…ou bien la
persécution pour des motifs politiques, raciaux ou
religieux… ». L’étude du Statut du TPIR a montré que ce
47
dernier a ajouté d’autres actes que sont : l’expulsion,
l’emprisonnement, la torture et le viol. Quant au Statut de la
CPI, il a encore élargi la liste. Les Professeurs Ascensio,
Decaux et pellet on relevé qu’il a ajouté à la déportation, « le
transfert forcé de population, à l’emprisonnement toute
« autre forme de privation grave de liberté physique en
violation des dispositions fondamentales du droit
international » ; au viol, l’esclavage sexuel, la prostitution
forcée, la grossesse forcée, la stérilisation forcée et « toute
autre forme de violence sexuelle de gravité comparable ». Il
adjoint deux nouveaux éléments au catalogue : les
disparitions forcées et l’apartheid. Quant aux « autres actes
inhumains de caractère analogue », il précise qu’il s’agit de
ceux qui causent « intentionnellement de grandes
souffrances ou des atteintes graves à l’intégrité physique ou à
la santé physique ou mentale » ».
*La première catégorie des actes constitutifs du crime
contre l’humanité
La première catégorie des actes constitutifs du crime contre
l’humanité comprend le meurtre, l’extermination, la
réduction en esclavage, la déportation ou transfert forcé de
population, l’emprisonnement, la torture, le viol (esclavage
sexuel, prostitution forcée, grossesse forcée…), les
disparitions forcées, l’Apartheid ainsi que d’autres actes
inhumains.
48
-Meurtre
Le meurtre constitue un crime contre l’humanité sous
certaines conditions que sont les suivantes : l’auteur du
meurtre doit avoir tué une ou plusieurs personnes, le
comportement de l’auteur doit faire partie d’une attaque
généralisée ou d’une attaque systématique dirigée contre
une population civile ou d’une attaque comprise comme
généralisée ou systématique et dirigée contre une population
civile.
-L’extermination
L’extermination est le fait d’imposer à des individus des
conditions de vie comme la privation de la nourriture et des
médicaments. Cette imposition est intentionnelle. Elle a été
prévue dans le but de détruire une partie de la population.
L’extermination obéit aux mêmes conditions que celles du
meurtre. Il est important de faire la distinction entre
l’extermination et le génocide et entre l’extermination et le
meurtre. Ce qui différencie l’extermination du génocide c’est
qu’elle n’est pas uniquement réalisée pour des raisons
relatives à la langue, à la nationalité, à la race, à la religion ou
à la politique. Sa distinction du meurtre réside dans le fait
qu’elle est commise dans l’intention de tuer une population
ou de tuer une partie importante d’une population « par
opposition à une seule personne ».
-La réduction en esclavage
49
La « réduction en esclavage » a été définie par le Statut de la
CPI comme suit « par réduction en esclavage », on entend le
fait d’exercer sur une personne l’un ou l’ensemble des
pouvoirs liés au droit de propriété, y compris dans le cadre de
la traite des être humains, en particulier des femmes et des
enfants ». La réduction en esclavage est étroitement liée au
droit de propriété. Cela veut dire que la réduction en
esclavage peut impliquer le fait d’acheter des personnes, de
vendre des personnes, de prêter des personnes, de les
troquer. Elle peut impliquer également le fait de leur imposer
une privation de liberté. Dans certains cas ou dans certaines
circonstances la privation de liberté, est étroitement liée au
travail forcé ou elle peut être étroitement liée à l’utilisation
ou au recours aux moyens dont les conséquences se
manifestent par la réduction d’une personne à la servitude.
La réduction en esclavage a été également abolie dans la
Convention supplémentaire de 1956 relative à l’abolition de
l’esclavage, de la traite des esclaves et des institutions et
pratiques analogues à l’esclavage.
-La déportation ou transfert forcé de population
La déportation ou transfert forcé de population a été
consacré par l’article 7§2-d du statut de la CPI comme un acte
constituant un crime contre l’humanité. La déportation ou
transfert forcé de population se traduit par le fait de déplacer
des personnes, de les expulser d’un territoire où ils se
trouvent légalement vers un autre, d’une région où ils se
trouvent également vers une autre et ce sans motifs légaux
50
en droit international. Sont exclus des déportations et
transferts forcés des populations selon l’article 49 de la
quatrième convention de Genève de 1949, les déplacements
justifiés et fondés en droit international, les évacuations en
cas d’urgence ou de catastrophe qui menacent la vie ou le
bien être d’une population.
-L’emprisonnement
On constate que l’article 7§1e) du statut de la CPI prévoit que
l’emprisonnement ou autre forme de privation grave de
liberté physique en violation des dispositions fondamentales
du droit international sont des actes constitutifs du crime
contre l’humanité.
-La torture
On peut lire dans l’article 7 §2e) du statut de la CPI, ce qui
suit : « Par « torture », on entend le fait d’infliger
intentionnellement une douleur ou des souffrances aigües,
physiques ou mentales, à une personne se trouvant sous sa
garde ou sous son contrôle ; l’acception de ce terme ne
s’étend pas à la douleur ou aux souffrances résultant
uniquement de sanctions légales inhérentes, inhérentes à ces
sanctions ou occasionnées par elles ; ». A l’instar des autres
actes constituant des crimes contre l’humanité, les actes de
torture doivent être des actes faisant partie d’une attaque
généralisée ou systématiques contre une population civile.
De même l’accusé d’un acte de terroriste doit être conscient
51
du fait qu’il a commis une attaque généralisée ou
systématique contre une population civile.
-Viol, esclavage sexuel, prostitution forcée, grossesse forcée,
stérilisation forcée et toute autre forme de violence sexuelle
de gravité incomparable.
S’agissant du viol, il a été défini comme suit « l’auteur a pris
possession du corps d’une personne de telle manière qu’il ya
eu pénétration, même superficielle, d’une partie du corps de
la victime ou de l’auteur par un organe sexuel, ou de l’anus
ou du vagin de la victime par un objet ou toute partie du
corps ». La « grossesse forcée » a été considérée par le statut
de la CPI comme un acte constituant un crime contre
l’humanité. On peut lire dans son article 7§2-f) que la
« grossesse forcée » signifie « la détention illégale d’une
femme mise enceinte de force, dans l’intention de modifier la
composition ethnique d’une population ou de commettre
d’autres violations graves du droit international. Cette
définition ne peut en aucune manière s’interpréter comme
ayant une incidence sur les lois nationales relatives à
l’interruption de grossesse ».
-Les disparitions forcées
Concernant la question des disparitions forcées, l’article 7§2-i
du statut de la CPI prévoit que : « Par « disparitions forcées
de personnes », on entend les cas où des personnes sont
arrêtées, détenues ou enlevées par un Etat ou une
organisation politique ou avec l’autorisation, l’appui ou
52
l’assentiment de cet Etat ou de cette organisation, qui refuse
ensuite d’admettre que ces personnes sont privées de liberté
ou de révéler le sort qui leur est réservé ou l’endroit où elles
se trouvent, dans l’intention de les soustraire à la protection
de la loi pendant une période prolongée ».
-L’Apartheid
L’examen de la question de l’Apartheid montre que cette
pratique a été en principe abolie dans les pays concernés. Il
est important de rappeler que la CPI n’a pas une compétence
rétroactive. Ceci implique son impossibilité de punir les
coupables des crimes d’Apartheid qui ont été commis avant
sa création. Ce fait n’a pas empêché les rédacteurs du statut
de la CPI de le prévoir comme un acte constituant un crime
contre l’humanité. Cette action entre dans le cadre d’une
certaine prévention de sa réapparition. L’article 7§2-b du
statut de la CPI définit l’Apartheid comme un acte « commis
dans le cadre d’un régime institutionnalisé d’oppression
systématique et de domination d’un groupe racial sur tout
autre groupe racial ou tous autres groupes raciaux et dans
l’intention de maintenir ce régime ».
-Autres actes inhumains de caractère identique causant
intentionnellement de grandes souffrances ou des atteintes
graves à l’intégrité physique ou à la santé physique ou
mentale
L’article 7§1 du statut de la CPI énumère des actes qui violent
les règles du droit international ainsi que les principes
53
d’humanité qui sont universellement reconnus. Les autres
actes inhumains de caractère identique causant
intentionnellement de grandes souffrances ou des atteintes
graves à l’intégrité physique ou à la santé physique ou
mentale figurent des conditions particulièrement cruelles de
mise à mort et des violences post mortem.
*Les persécutions
Il est important de souligner dans le cadre de l’étude des
persécutions que ces dernières n’ont jamais été définies en
soi. Le terme persécution n’a jamais été défini « dans le
contexte du droit pénal international. C’est ce qui ressort du
jugement émis par le TPIY dans l’affaire Tadic. Le tribunal
pénal international pour l’ex-Yougoslavie ainsi que les
rédacteurs du statut de la CPI ont œuvré pour définir la
persécution en se fondant sur la doctrine et la jurisprudence.
Le professeur Chérif Bassiouni a défini la persécution comme
suit : « action ou politique d’un Etat visant à harceler,
tourmenter, opprimer ou discriminer à l’égard d’une
personne en vue de lui causer des souffrances physiques ou
mentales ou de lui nuire économiquement, en raison des
convictions ou opinions de la victime ou de son appartenance
à un groupe identifiable donné ». Le tribunal pénal
international pour l’ex-Yougoslavie a souligné que « Les crime
contre l’humanité du « type persécution » étant distincts de
ceux du « type meurtre », il n’est pas nécessaire qu’il y ait un
acte inhumain distinct pour qu’il y ait persécution ; la
54
discrimination en soi rend l’acte inhumain ». Les actes et les
omissions constitutifs du crime de persécution sont
nombreux : meurtre, assassinat, viol, violences et voies de
fait, vol, vol qualifié, destruction de biens, crimes liés aux
atteintes illégales aux droits de l’homme fondamentaux,
crimes énumérés dans les différents statuts des juridictions
pénales internationales. La jurisprudence a souligné
l’existence d’actes qui n’ont pas été énuméré dans les statuts
des juridictions pénales internationales. Il s’agit d’actes ayant
pour but d’astreindre ou de soumettre des individus ou des
groupes d’individus à une forme de vie ou la jouissance de
certains droits leur est niée d’une façon répétée ou
permanente. La commission du droit international a préparé
un catalogue dans lequel elle a énuméré un ensemble d’actes
constitutifs du crime d’agression que sont : l’interdiction de la
pratique de certains cultes religieux ; la détention prolongée
et systématique d’individus qui représentent un groupe
politique, religieux ou culturel ; l’interdiction de l’emploi
d’une langue nationale même en privé ; la destruction
systématique de monuments ou bâtiments représentatifs
d’un groupe particulier , social, religieux, culturel, etc. Le
projet de code de 1996 a donné la définition suivante du
crime de persécution : « la persécution peut revêtir bien des
formes, dont le dénominateur commun est le refus de
reconnaître les droits de l’homme et les libertés
fondamentales auxquels chacun peut prétendre sans
distinction, ainsi que le reconnaissent la Charte des Nations
55
Unies (art. 1er et 55) et le Pacte international relatif aux droits
civils et politiques (art. 2) ». L’article 7§2-g du statut de la CPI,
dispose que les persécutions sont un « déni intentionnel et
grave des droits fondamentaux en violation du droit
international, pour des motifs liés à l’identité du groupe ou
de la collectivité qui en fait l’objet ». La seule restriction
prévue pour le crime de persécution consiste dans la
nécessité d’établir une liaison entre le crime de persécution
et un autre acte constitutif du crime contre l’humanité ou
avec un autre crime entrant dans la compétence de la cour
pénale internationale.
B-Le génocide
a-Définition du génocide
La convention pour la prévention et la répression du crime de
génocide du 10 décembre 1948 définit le génocide comme
suit :
« Dans la présente Convention, le génocide s’entend de l’un
quelconque des actes ci-après, commis dans l’intention de
détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique,
racial ou religieux comme tel.
a) Meurtre de membres du groupe ;
b) Atteinte grave à l’intégrité physique ou mentale de
membres du groupe ;
56
c)Soumission intentionnelle du groupe à des conditions
d’existence devant entraîner sa destruction physique totale
ou partielle ;
d) Mesures visant à entraver les naissances au sein du
groupe ;
e)Transfert forcé d’enfants du groupe à un autre groupe. »
Malgré l’importance du texte de cette convention, il présente
des insuffisances. Mais les actes constituant le crime de
génocide qui y figurent sont incontestables. D’ailleurs dans
son avis consultatif rendu le 28 mai 1951 sur la question des
réserves à la convention pour la prévention et la répression
du crime de génocide, la CIJ a souligné que cette convention
est une codification de la coutume. Elle a également qualifié
l’interdiction du crime de génocide de norme impérative du
droit international. La cour pénale internationale a abondé
dans le même sens que celui de la CIJ et a inclut le contenu de
la convention pour la prévention et la répression du crime de
génocide dans son statut. Les conclusions de la commission
du droit international sur ce sujet n’étaient pas différentes de
celles de la CIJ et de la CPI. Ce fait se reflète dans son projet
de code des crimes contre la paix et la sécurité de l’humanité.
La convention pour la prévention et la répression du crime de
génocide a qualifié ce dernier de crime contre le droit des
gens. Le génocide est le crime le plus grave contre
l’humanité.
57
Afin de mieux examiner le crime de génocide, il convient de
s’arrêter sur les éléments qui caractérisent sa définition.
1)L’existence d’un élément moral
Le crime de génocide n’est pas uniquement un acte matériel.
Il est fondé également sur l’intention de l’auteur du crime.
D’ailleurs l’élément intentionnel est cité dans le texte de la
convention . On peut y lire ce qui suit « l’intention de
détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique,
racial ou religieux, comme tel ». En pratique les tribunaux
pénaux internationaux dont les statuts répriment le crime de
génocide procèdent à la recherche des projets élaborés soit
par les Etats, soit par des organisations étatiques visant à
détruire partiellement ou complètement l’un des groupes qui
sont protégés par la convention.
Pour établir l’existence d’un crime de génocide il faut
apporter des preuves relatives au projet de commettre le
crime, à la connaissance de l’auteur du crime de ce projet.
Dans l’affaire Jelisic , le tribunal pénal international pour l’ex-
Yougoslavie a considéré que le crime de génocide peut être
commis par un particulier agissant seul ayant une intention
génocidaire pour commettre ce crime. Dans l’affaire Omar Al
Bashir, la cour pénale internationale semble ne pas avoir
retenu l’approche du tribunal pénal international pour l’ex-
Yougoslavie.
2)L’élément quantitatif
58
La Convention pour la prévention et la répression du crime de
génocide a précisé que la destruction du groupe peut être
soit totale soit partielle. Cette précision n’a pas été établit
d’une manière anodine. Au contraire, elle vise à répondre à
deux difficultés. En premier lieu, elle a pour objectif de
clarifier le fait que les actes isolés de violence motivés par la
haine ne constituent pas nécessairement des crimes de
génocide. En deuxième lieu, cette précision établit le fait que
la définition du crime de génocide nécessite la preuve d’un
critère quantitatif. Cependant, il n’est pas essentiel que la
totalité du groupe soit visée. A ce stade, il convient de
rappeler qu’en 1982 ; l’Assemblée générale des Nations Unies
dans sa résolution 37/123, avait qualifié le massacre de
centaines de réfugiés palestiniens dans les camps de Sabra et
Shatilla comme des actes tombant sous le coup du crime de
génocide. Malgré son importance, la résolution n’a pas
obtenu l’unanimité et plusieurs délégations importantes ont
considéré qu’elle était excessive. Un seul meurtre commis
peut être qualifié de génocide s’il ya intention de détruire le
groupe totalement ou partiellement. Cependant lorsque
d’autres indicateurs sont absents, il n’est pas aisé d’aboutir à
une telle constatation. Lorsqu’on est devant une situation
dans le cadre de laquelle le nombre de victimes dépasse des
centaines de milliers d’individus ( le cas du Rwanda et de
Srebrenica), on conclut sans doute à l’intention de
commettre le génocide.
3)Les groupes protégés
59
La définition du génocide contenue dans la Convention pour
la prévention et la répression du crime de génocide énumère
quatre groupes que sont les suivants : les groupes nationaux
raciaux ethniques et religieux. D’autres groupes ont été
écartés. En ce qui concerne les groupes linguistiques, ils ont
été écartés afin d’éviter l’abondance excessive et non
justifiée de termes dans le discours. S’agissant des groupes
politiques économiques et sociaux ; ils ont été écartés
intentionnellement. La résolution 96 (I) de l’Assemblée
générale de 1946 avait intégré les groupes politiques dans sa
définition. Les groupes politiques étaient prévus dans le
projet de la Convention pour la prévention et la répression du
crime de génocide. Mais finalement ils ont été écartés. Des
auteurs ont tenté d’élargir la définition du génocide comme
Van Schaack. En 1998, à l’occasion de l’adoption du statut de
la CPI, des amendements ont été proposés afin d’intégrer les
groupes politiques dans la définition. Ces propositions ont été
rejetées. Une proposition a émané du tribunal pénal
international ad hoc pour le Rwanda. Ce dernier a suggéré à
l’occasion de l’affaire Akayesu, l’interprétation de la
définition du crime de génocide d’une manière qui lui permet
de comprendre d’autres groupes ayant une nature semblable
(ejusdem generis). Mais la jurisprudence majoritaire n’a pas
abondé dans ce sens.
Les quatre catégories de groupes prévues dans la définition
du crime de génocide posent des problèmes d’interprétation.
Ce problème peut constituer un obstacle relatif à l’application
60
de la Convention.En ce qui concerne le « groupe national »,
sa définition selon le tribunal pénal international ad hoc pour
le Rwanda doit se fonder sur le jugement de la cour
internationale de justice rendu dans l’affaire Nottebohm en
1955. A l’occasion de cette affaire, la CIJ a suggéré l’existence
de liens juridiques qui découlent de la citoyenneté.
L’approche retenue par la CIJ est excessivement limitative
parce qu’elle exclut les minorités nationales qui peuvent ne
pas avoir de reconnaissance de la part de l’Etat sur le
territoire duquel elles vivent, mais qui peuvent être victimes
de génocide. S’agissant du « groupe racial », ce terme doit
faire l’objet d’une large interprétation fondée sur la
Convention relative à l’élimination de toute forme de
discrimination raciale. Le tribunal pénal international pour le
Rwanda dans son interprétation du terme « groupe racial »
s’est montré excessif car il a exigé l’existence de traits
physiques héréditaires. Pour les groupes ethniques, leur
identification est fondée sur la langue et la culture. Les
groupes religieux sont des groupes qui partagent soit une
religion soit un culte.
La jurisprudence a retenu des critères objectifs lui permettant
de constater l’existence de groupes faisant partie des groupes
protégés par la Convention pour la prévention et la
répression du crime de génocide. Ce fait ne l’a pas empêché
de retenir également un critère subjectif qu’elle a favorisé. Ce
critère consiste dans le fait de reconnaitre l’existence du
61
groupe par les auteurs du crime de génocide et par les
victimes. L’existence du groupe est exigée.
4)Le mobile
Le mobile est un critère qui figure dans la Convention pour la
prévention et la répression du crime de génocide. L’examen
de cette dernière montre que des mots « comme tel »
figurent à la fin de la définition. Le terme mobile peut poser
problème dans le sens que certaines délégations ont constaté
qu’il pourrait représenter un fardeau pour un procureur. Par
exemple une personne ayant participé au crime de génocide
peut être motivé par des sentiments n’ayant aucun rapport
avec la haine raciale. Ces sentiments peuvent être : la
jalousie, la crainte ainsi que perversité sexuelles. Devant ce
fait la personne ayant participé au crime de génocide doit
être acquittée du crime. Dans ce cas elle va être condamnée
pour une infraction moindre à condition que le mobile
génocidaire fasse partie de la définition. La personne sera
condamnée pour crime de génocide dans le cas contraire. La
jurisprudence pénale internationale et plus précisément la
chambre d’appel du tribunal pénal international pour le
Rwanda a précisé à l’occasion de l’affaire Niyitegaka que
l’expression « comme tel » est un élément important pour la
définition du crime de génocide. Cet élément est un élément
qui permet la condamnation même lorsque l’auteur du crime
de génocide est animé par des sentiments n’ayant aucun
rapport avec la discrimination raciale ou avec la haine raciale.
62
5)Les actes constitutifs de génocide
La Convention pour la prévention et la répression du crime de
génocide prévoit dans son article II cinq actes qui constituent
le crime de génocide. Il est d’apporter quelques clarifications
importantes dans ce cadre. En effet le crime de meurtre est
un crime qui ne pose pas de difficulté relative à
l’interprétation. Ce n’est pas le cas pour « l’atteinte grave à
l’intégrité physique ou mentale de membres du groupe ». Les
Etats Unis d’Amérique ont formulé une déclaration lors de la
ratification de la Convention et ont également considéré qu’il
est primordial qu’il y ait des séquelles permanentes et non
temporaires. Cette opinion n’a pas été partagée par le
tribunal pénal international ad hoc pour le Rwanda. Ce
tribunal a considéré que le viol ainsi que les crimes sexuels
peuvent être considérés comme des actes de génocide, des
actes qui portent atteinte à l’intégrité physique ou mentale
de la victime. Sur ce sujet, la cour pénale internationale a
considéré qu’une atteinte grave « peut comprendre, mais
sans s’y limiter nécessairement, des actes de torture, des
viols, des violences sexuelles ou des traitements inhumains
ou dégradants ».
Parmi les actes constituant le crime de génocide, la
Convention a prévu « la soumission intentionnelle du groupe
à des conditions d’existence devant entraîner sa destruction
physique totale ou partielle. L’expression « conditions
d’existence » peut être traduite par le fait de priver tout le
groupe ou une partie du groupe des moyens indispensable à
63
sa survie, tels que la nourriture, les soins médicaux ainsi que
l’expulsion systématique des logements. La Convention fait
également référence à une forme de génocide : le génocide
biologique. Ce génocide se traduit par la prise de mesures
visant à entraver les naissances au sein du groupe. Elle a
également retenu une autre forme de génocide qu’est le
génocide culturel. Il se traduit par le transfert forcé d’enfants
du groupe à un autre groupe.
Pendant la période de la rédaction du texte de la Convention
pour la prévention et la répression du crime de génocide,
consciente de la nécessité de renforcer l’effectivité de cette
convention, la Syrie a proposé l’intégration de la répression
de la commission d’atrocités dans le but de convaincre un
peuple de quitter un territoire déterminé. Cette proposition a
été motivé par des considérations historiques notamment
l’histoire du Moyen Orient. Cette proposition a été rejetée
sous prétexte d’être trop éloignée du crime de génocide.
L’idée a ressurgi près d’un demi siècle plus tard sous
l’appellation d « ‘épuration ethnique ». L’épuration ethnique
consiste dans le déplacement et non dans la destruction du
groupe. Il est donc important de préciser que lorsque
l’intention est le déplacement et non la destruction du
groupe, l’épuration ethnique concorde difficilement avec le
crime du génocide. La cour internationale de justice a partagé
cette constatation à l’occasion de l’affaire relative à
l’application de la Convention pour la prévention et la
64
répression du crime de génocide qui a opposé la Bosnie
Herzégovine à la Serbie-et-Monténégro.
La liste des actes de génocide contenue dans la Convention a
été divisée en trois parties : le génocide physique, le génocide
biologique et le génocide culturel. La notion de génocide
culturel a été exclue de la Convention car elle n’était pas
conforme à ses buts. On a estimé que le génocide culturel
devrait plutôt être protégé par les règles relatives à la
protection des minorités nationales. La jurisprudence
majoritaire a restreint la définition du génocide. Cette
dernière ne couvre que le génocide physique et le génocide
biologique.
b-Obligation de prévention
A côté de l’obligation de répression, la Convention vise
également la prévention. Pour la CIJ, la prévention est plutôt
une obligation de comportement plus qu’une obligation de
résultat. L’obligation incombe à tous les Etats parties à la
Convention de mettre en œuvre tous les moyens mis à leur
disposition afin d’empêcher dans la mesure du possible, la
commission d’actes de génocide. A ce niveau, il convient de
distinguer deux choses essentielles. La première est que la
responsabilité de l’Etat ne peut pas être engagée quand le
résultat escompté n’a pas été atteint. Cependant, elle est
engagée lorsque l’Etat a manqué à son obligation relative à
mettre en œuvre les mesures de prévention du génocide qui
étaient à sa portée. En ce qui concerne cette obligation de
65
prévention, la CIJ, dans son arrêt rendu à l’occasion de
l’affaire relative à l’application de la Convention pour la
prévention et la répression du crime de génocide a indiqué
certains facteurs sur lesquels elle a insisté. Ces facteurs sont
étroitement liés à l’obligation de prévention et sont :
l’éloignement géographique de l’Etat par rapport au lieu où
les événements ont eu lieu, l’importance et l’amplitude des
liens politiques et de tous ordres entre les autorités de l’Eta
auquel incombe l’obligation de prévention et les auteurs
directs du crime de génocide. Des critères juridiques doivent
être retenus afin d’évaluer l’aptitude d’influence de l’Etat . En
effet , il est évident que chaque Etat est limité par la légalité
internationale quand il déploie ses actions.
Les facteurs cités par la CIJ ne sont pas sans nous rappeler
une notion importante en droit international public celle de la
responsabilité de protéger. Cette notion est d’une extrême
importance et a été reconnue par le Sommet des chefs d’Etat
et de gouvernement au mois de septembre 2005. On peut lire
dans le texte du document final du Sommet mondial cité ce
sui suit « Il incombe également à la communauté
internationale, dans le cadre de l’Organisation des Nations
Unies, de mettre en œuvre les moyens diplomatiques,
humanitaires et autres moyens pacifiques appropriés,
conformément aux Chapitres VI et VIII de la Charte, afin
d’aider à protéger les populations du génocide… ». L’Etat
n’est pas autorisé à outre passer les limites juridiques et
employer la force pour prévenir le génocide.
66
L’obligation de moyens signifie selon la cour internationale de
justice l’obligation de l’Etat de prévenir le génocide lorsque
ce dernier est commis en dehors de son territoire. Par contre
lorsque le génocide est commis sur le territoire d’un Etat ,
l’obligation de ce dernier n’est plus une obligation de moyens
mais une obligation de résultat.
c-La participation criminelle
L’examen de l’article III de la Convention pour la prévention
et la répression du crime de génocide montre que cette
dernière a prévu cinq modalités du crime de génocide. En
plus du crime de génocide qu’elle a visé lui-même, la
Convention a prévu d’autres actes comme le complot,
l’incitation directe et publique ; la tentative ainsi que la
complicité. Ces actes ont été repris dans les deux statuts des
tribunaux pénaux internationaux ad hoc pour l’ex Yougoslavie
et le Rwanda. Contrairement au statut des deux tribunaux
cités, la conférence de Rome s’est limitée à la définition du
crime de génocide telle qu’elle a été cité dans l’article II de la
Convention. Les modalités du crime de génocide ont été
prévues dans une autre disposition . Cette disposition
s’applique aux infractions qui relèvent de la compétence
matérielle de la CPI.
Il convient de s’attarder sur les cinq modalités du crime de
génocide afin de les examiner et de mieux les assimiler.
1)La complicité
67
Il est judicieux de rappeler que le droit pénal comprend des
principes généraux en vertu desquels, la personne qui a
participé à l’infraction ou au crime en aidant ou en
encourageant l’auteur principal voit sa responsabilité pénale
engagée et la partage avec l’auteur principal. Au cas où
l’auteur principal du crime ou de l’infraction est exonéré ou
libéré parce qu’il bénéficie d’une quelconque immunité, la
responsabilité de la personne complice reste toujours une
responsabilité engagée. Ainsi la notion de complicité n’est pas
une notion à prendre à la légère. En matière du crime de
génocide ainsi que d’autres crimes similaires, elle revêt une
immense importance. Cela s’explique par le fait que l’auteur
principal est souvent le commandant, le dirigeant ou
l’organisateur, donc une personne qui est éloignée de l’action
ou qui ne participe pas à une action ou à des actions. Sa
responsabilité ne peut être que secondaire.
La notion de complicité n’a pas été expliquée dans la
Convention. Mais elle a été expliquée dans les statuts des
deux tribunaux pénaux internationaux ad hoc pour l’ex-
Yougoslavie et le Rwanda. Les deux statuts prévoient que
cette notion s’applique à toute personne qui « a planifié,
incité à commettre, ordonné, commis ou de toute autre
manière aidé et encouragé à planifier, préparer ou
exécuter… ». Quant au Statut de Rome, il a considéré comme
complice toute personne qui « ordonne, sollicite ou
encourage la commission ». Est considérée en plus comme
complice selon le même Statut la personne qui « en vue de
68
faciliter la commission d’un tel crime, apporte son aide, son
concours ou toute autre forme d’assistance à la commission
ou à la tentative de commission…y compris en fournissant les
moyens de cette commission ». Est considéré également
comme complice toujours selon les même Statut la personne
qui « en vue de faciliter la commission d’un tel crime,
…apporte son aide, son concours ou toute autre forme
d’assistance à la commission ou à la tentative de
commission ».
La contribution des tribunaux pénaux internationaux ad hoc
pour l’ex-Yougoslavie et le Rwanda à la précision de la notion
de complicité s’est traduite par leur élaboration d’une
certaine théorie de participation criminelle appelée
« entreprise criminelle commune ». Selon cette théorie si une
personne a participé volontairement à un projet commun
ayant un caractère criminel peut être considérée comme
ayant commis un crime de génocide. De même des actes
commis par des complices s’ils sont une conséquence
prévisible du projet commun peuvent être considérés comme
un crime de génocide. Cette théorie n’est pas convaincante
parce qu’il est inconcevable d’imaginer que l’auteur principal
participe à un projet qui ne soit pas complètement
génocidaire mais dans le cadre duquel ses complices
commettent des actes de génocide.
L a Cour pénale internationale ne semble pas avoir été
convaincu par cette théorie. Elle a été plutôt manifesté sa
préférence pour une théorie louée par la doctrine allemande
69
appelée « co-action ». Selon cette théorie c’est l’auteur qui
contrôle le crime même s’il existe des actes ayant été commis
par d’autres personnes.
2)Le complot
D’après la Convention et les deux statuts des tribunaux
pénaux internationaux ad hoc pour l’ex-Yougoslavie et le
Rwanda, le complot représente une forme de participation au
crime de génocide. Dans la tradition romano-germanique, le
complot est plutôt une sorte de complicité et il ne peut être
considéré comme commis que lorsque le crime principal a été
commis. Dans le système juridique du Common law, le
complot est considéré comme un crime inaccompli ou
incompatible. Il consiste en la concertation de deux ou de
plusieurs personnes afin de commettre un crime même si
aucun acte précis n’a découlé de leur concertation. En
analysant les travaux préparatoires de la Convention, il est
aisé de constater que cette dernière s’est inspirée du
concept de complot tel qu’il a été conçu par le système
juridique du common law. L ’adoption de cette conception du
complot a eu comme conséquence des condamnations
nombreuses pour complot ainsi que pour génocide. Le
complot constitue une infraction distincte de celle du
génocide. La jurisprudence tergiverse sur ce point. La notion
du complot selon la common law ne figure pas dans le Statut
de Rome.
70
Afin de prouver l’existence d’un complot, il faut obtenir l’aveu
d’un ou de plusieurs personnes qui y ont participé. Lorsqu’il
est difficile d’obtenir l’aveu d’un ou de plusieurs participants,
une preuve circonstancielle s’impose. Dans ce cadre il est
impératif de démontrer l’existence d’une volonté de
concertation.
3) La tentative
L’article III de la Convention prévoit la tentative comme une
modalité de la commission du crime de génocide. Il est à
mentionner que des difficultés d’interprétation subsistent car
la frontière entre l’acte de simple préparation qui n’est pas
un acte pénalisé et une vraie tentative diffère d’un système
de droit pénal à un autre. L’article 25 (3) (f) du statut de
Rome a indiqué que la tentative consiste en « des actes qui,
par leur caractère substantiel, constituent un
commencement d’exécution mais sans que le crime soit
accompli en raison de circonstances indépendantes de sa
volonté. Toutefois, la personne qui abandonne l’effort
tendant à commettre le crime ou en empêche de quelque
autre façon l’achèvement ne peut être punie…si elle a
complètement et volontairement renoncé au dessein
criminel ». On remarque que dans la grande majorité des
systèmes de droit pénal, la tentative est punie mais elle est
punie moins sévèrement que le crime lui-même. Georges
Fletcher, juriste américain et professeur de droit a considéré
que sur le plan pratique, le génocide est une tentative car il
n’est jamais achevé.
71
4) L’incitation directe et publique
L’incitation directe et publique constitue une forme de
complicité. Elle est punissable lorsque le crime principal est
commis. La Convention prévoit la répression de l’incitation
même en l’absence de preuve de résultat. Il est à relever que
l’incitation directe et publique constitue un crime incomplet.
C’est ce qui ressort des travaux préparatoires de la
Convention. La jurisprudence du TPIR lui a attribué également
le même caractère. Quant au Statut de Rom il prévoit que
l’incitation directe et publique constitue un crime punissable
en l’absence de résultat. Ceci s’applique uniquement au
crime de génocide. Le mot public ne pose aucun problème.
Cependant les travaux préparatoires de la Convention ne
rendent pas l’interprétation du mot direct facile.
5)La responsabilité des commandants
La Convention pour la prévention et la répression du crime de
génocide ne prévoit pas le fait qu’un commandant peut être
jugé coupable du crime de génocide pour des actes qu’il n’a
pas commis mais qui ont été commis par ses subalternes.
Même en l’absence de preuves qui prouvent sa connaissance
des évènements, le commandant peut être jugé coupable du
crime de génocide. La Convention a consacré ainsi un principe
de responsabilité pénale . Ce principe a été reconnu dans
quelques procès qui ont eu lieu après la deuxième guerre
mondiale. (il a par exemple été reconnu par la Cour suprême
des Etats-Unis d’Amérique). L’examen du principe de
72
responsabilité pénale montre qu’il constitue véritablement
une forme de responsabilité pour négligence. Dans le
domaine du droit disciplinaire militaire, la négligence des
commandants constitue une origine de responsabilité. Mais
elle demeure difficilement conciliable aves des crimes se
fondant sur une intention spécifique à l’instar du crime de
génocide et des crimes contre l’humanité. Les deux tribunaux
pénaux internationaux ad hoc pour l’ex-Yougoslavie et le
Rwanda ainsi que le Statut de Rome ont prévu la possibilité
de juger un commandant pour crime de génocide sur la base
de la responsabilité de négligence. Dans le cadre du Statut de
Rome, on remarque sans difficulté que ce dernier établit la
distinction entre le commandant militaire et le supérieur civil
tout en excluant la responsabilité pour négligence. Au sein de
ce Statut la responsabilité pour négligence a été remplacée
au profit de la culpabilité morale ou de l’esprit criminel
appelé en latin : mens rea. Dans l’affaire Akayesu, le TPIR a
exprimé des incertitudes relatives à la considération d’un
supérieur civil comme coupable de crime de génocide pour
négligence relative à la surveillance de ses subordonnés. Le
TPIR a prononcé des condamnations pour crime de génocide
en tant que tel et aussi pour crime de génocide sur la base de
la responsabilité des supérieurs. Une jurisprudence
postérieure a rejeté ces condamnations.
d-Les moyens de défense
Dans le cadre des moyens de défense, il convient d’analyser
en premier lieu la qualité officielle et l’immunité du chef
73
d’Etat, en deuxième lieu les ordres supérieurs et en troisième
lieu la contrainte et la nécessité.
1)La qualité officielle et l’immunité du chef d’Etat
Le Statut du tribunal de Nuremberg a considéré que les
dirigeants étatiques, sont interdits de présenter des moyens
de défense. Ce principe a été consacré par la suite aussi bien
dans la Convention pour la prévention et la répression du
crime de génocide que par les statuts des TPIY, TPIR ainsi que
celui de Rome. On a tendance à confondre l’objection
d’immunité du chef d’Etat avec la non-pertinence de la
qualité officielle. L’exclusion de l’immunité du chef d’Etat
comme objection de la compétence de la CPI a été consacrée
dans le statut de cette dernière. D’après la jurisprudence de
la CPI (affaire Omar Al Bachir), cette règle s’applique aussi à
l’égard du chef d’un Etat non-partie. De sa part, la CIJ a
expliqué que l’immunité est prise en considération lorsque
les poursuites pour crime de génocide ont été entamées
devant le tribunal d’un Etat tiers.
2)Les ordres supérieurs
Concernant les ordres supérieurs, il semble que le Statut du
tribunal de Nuremberg, et la jurisprudence des tribunaux
crées après la guerre excluent la défense relative à l’ordre
supérieur. Mais la Convention pour la prévention et la
répression du crime de génocide est restée silencieuse sur ce
point qui est considéré comme un point très sensible. Quant
au statut de Rome, il a consacré ce principe mais sa
74
consécration a été conditionnée. En effet le Statut de Rome
retenu la défense de l’ordre supérieur, lorsque certaines
conditions strictes sont réunies : l’ordre supérieur donné ne
doit pas être un ordre illégal. Le Statut a également indiqué
que l’ordre de commettre le crime de génocide est un ordre
illégal.
3) contrainte et nécessité
Une distinction a été établit entre les moyens de défense de
contrainte et de nécessité et entre les moyens de défense de
l’ordre supérieur. Il est utile à ce stade d’expliquer que
s’agissant des moyens de défense de l’ordre supérieur,
l’accusé essaie de se désengager de sa responsabilité en
prétendant avoir agi sur l’ordre de son supérieur hiérarchique
militaire ou civil et avoir agi par respect pour la hiérarchie
quelle soit une hiérarchie militaire ou civile. En ce qui
concerne les moyens de défense de contrainte et de
nécessité, il convient à ce niveau de préciser que l’accusé
affirme qu’il se trouvait devant une situation dans laquelle il
n’avait pas la liberté de choisir : soit commettre le crime de
génocide, soit subir des conséquences graves. La
jurisprudence pénale internationale a tergiversé sur ce point.
Le TPIY a rejeté les moyens de défense de contrainte et de
nécessité pour l’accusation de crime contre l’humanité. La CPI
l’a retenu par contre pour accusation de crime de génocide.
e-Les tribunaux compétents
75
L’article VI de la Convention pour la prévention et la
répression du crime de génocide dispose que « les personnes
accusées de génocide ou de l’un quelconque des autres actes
énumérés à l’article 3 seront traduites devant les tribunaux
compétents de l’Etat sur le territoire duquel l’acte a été
commis, ou devant la Cour criminelle internationale qui sera
compétente à l’égard de celles des Parties contractantes qui
en auront reconnu la juridiction ».
1)Les juridictions internes
La Convention exclut la possibilité pour un Etat d’intervenir
judiciairement en se basant sur la compétence personnelle et
la compétence universelle. Il convient ici de s’attarder sur la
notion de compétence universelle afin de mieux la
comprendre. La compétence universelle a été définie comme
suit « Aptitude reconnue aux tribunaux de tout Etat à juger
des fais commis à l’étranger, quels que soient le lieu de
l’infraction et la nationalité de l’auteur ou de la victime (ubi te
invenero, ibi te jubicabo) : où je t’aurai trouvé, je te jugerai).
L’objectif de cette compétence est d’assurer une répression
sans faille pour certaines infractions particulièrement
graves », Dictionnaire de droit international public sous la
direction de Jean Salom, Bruylant, Bruxelles, 2001, p.212.Des
suggestions ont été faites afin de combler cette lacune. Ces
suggestions sont manifestées par une interprétation qui n’est
pas soumise à des contraintes ou à des restrictions. Ces
suggestions sont également manifestées par une
interprétation progressive. Cependant on observe que
76
l’Assemblée générale des Nations Unies a rejeté cette
suggestion. Des Etats ont procédé à la modification de leurs
droits internes pour pouvoir juger des crimes de génocide en
se fondant sur la compétence universelle. Malgré
l’importance de cette dernière, des craintes et des réticences
de la part de plusieurs Etats se sont manifestées lors de
l’adoption de l’article VI de la Convention.
2)Les juridictions internationales
Il est important de rappeler que le premier génocide qui a eu
lieu au 20 ème siècle était le génocide arménien. Il a été
commis en 1915 et curieusement il n’a pas fait l’objet de
répression. En effet le Traité de Lausanne de 1923 lui
accordait une amnistie. Quelques année plus tard, en 1919, à
l’occasion de la Conférence de Paix de 1919. Une disposition
du Traité de Sèvres du 10 août 1920 (conclu à la suite de la
première guerre mondiale entre les alliés victorieux et
l’empire Ottoman. Ce traité a confirmé l’armistice de
Moudros (l’armistice de Moudros a été conclu à la fin de la
première guerre mondiale entre l’empire Ottoman et les
alliés mettant fin à la guerre au proche –orient). Le traité de
Sèvres prévoyait entre autres le renoncement officiel et
définitif par l’empire ottoman à ses provinces arabes et
africaines). Le traité de Sèvres prévoyait une disposition
relative à la création d’un tribunal international pour juger les
responsables du crime de génocide. Mais cette disposition
n’est jamais entrée en vigueur. La responsabilité pénale pour
internationale pour l’entreprise d’extermination
77
systématique menée par l’Allemagne Nazie contre le peuple
juif pendant la deuxième guerre mondiale, a constitué l’un
des thèmes centraux du procès des grands criminels de
guerre même si les accusés ont été jugés pour crimes contre
l’humanité et non pour génocide. Le terme génocide a été
utilisé dans le cadre d’autres procès de crimes de guerre
exemple : le tribunal national suprême de Pologne. Il a été
également utilisé dans le cadre de quelques procès à
Nuremberg ayant été tenus devant des juridictions militaires
américaines.
On relève que le secrétariat des Nations Unies a suggéré le
premier projet relatif à la convention sur le crime de
génocide. L’annexe de ce projet comprend deux éventualités
relatives à un statut d’une future cour pénale internationale.
Ces éventualités imitent le Traité des la Société des Nations
relatif à la répression du terrorisme. Les rédacteurs du projet
de la Convention sur le crime de génocide se sont limités à la
reconnaissance du principe de la juridiction internationale.
Par la suite ; c’est la Commission du droit international qui
s’est chargée d’élaborer un statut pour la future cour pénale
internationale. En 1994, la Commission de droit international
a présenté son projet final à l’Assemblée générale des
Nations Unies. Le projet de la Commission a fait l’objet de
plusieurs négociations. Finalement, le Statut de Rome a été
adopté le 17 juillet 1998. Le Statut de la cour pénale
internationale a reconnu à l’unanimité le crime de génocide
comme l’épicentre le la compétence ratione materiae de la
78
cour. En 2010, la chambre préliminaire de la CPI a accueilli
une demande d’émission d’un mandat d’arrêt à l’encontre de
Omar Al Béchir, le président du Soudan.
Par la résolution 827 du 25 mai 1993, le Conseil de sécurité a
crée un tribunal pénal international ad hoc pour l’ex-
Yougoslavie chargé de poursuivre et de juger les personnes
coupables de violations graves du droit international
humanitaire sur le territoire de l’ex-Yougoslavie à compter du
1er janvier 1991. Egalement par la résolution 955 du 8
novembre 1994, le Conseil de sécurité a crée un tribunal
pénal international ad hoc pour le Rwanda chargé de juger les
personnes responsables d’actes de génocide des Tutsis au
Rwanda, et d’autres crimes contre l’humanité commis sur le
territoire du Rwanda, ou par des citoyens rwandais sur le
territoire d’Etats voisins, entre le 1er janvier et le 31 décembre
1994. Le Procureur du tribunal pour l’ex-Yougoslavie a
beaucoup hésité avant d’émettre des actes d’accusation de
crime de génocide. On relève que plusieurs accusations pour
crimes de génocide ont été rejetées par les juges du TPIY.
Seules ont été acceptées les accusations relatives au
massacre de Srebrenica en juillet 1995. Dans le cadre de
l’affaire relative au massacre de Srebrenica, le TPIY, a élaboré
une image d’un conflit qui n’a pas d’une manière générale les
caractéristiques d’un génocide. En 2004, la Chambre d’appel
du même tribunal a annulé la condamnation du général
Radovan Karadzic pour crime de génocide. La Chambre
d’appel a substitué au crime de génocide l’incrimination de
79
complicité. En 2010, des condamnations ont été prononcées
par le TPIY, pour crime de génocide en tant que tel. S’agissant
du tribunal pénal pour le Rwanda, il est important de
souligner que la quasi-totalité de ses condamnations
concernent le crime de génocide. Les procès devant ce
tribunal ont montré l’existence d’accusés ayant avoué avoir
commis des crimes contre l’humanité afin de négocier à
travers leurs avocats le retirement de la plainte pour crime de
génocide. Si le crime de génocide est consacré dans les
statuts des TPIY et TPIR comme un crime compris dans la
compétence matérielle, il ne figure pas dans celle du Tribunal
spécial pour la Sierra Leone.
f-Les sanctions pénales
L’étude de la Convention pour la prévention et la répression
du crime de génocide montre qu’elle n’a pas précisé de peine
pour ce crime. Elle est restée silencieuse sur ce sujet.
Cependant, elle a imposé dans son article V la consécration
de « sanctions pénales efficaces » dans les droits internes.
Dans le cadre du tribunal militaire international de
Nuremberg, on constate que la Charte de ce dernier a prévu
la peine de mort. D’ailleurs plusieurs coupables ont été
exécutés au cours des semaines après les jugements.
Plusieurs décennies après les procès de Nuremberg, la peine
de mort, a connu une importante évolution et a été abolie en
droit international. L’examen de la justice pénale
internationale notamment des statuts du TPIY, TPIR et de la
cour pénale internationale montrent qu’ils ont restreint la
80
peine à la détention à perpétuité. Des peines de détention
non à perpétuité ont été prononcées par les TPIY et TPIR en
présence de facteurs d’atténuation. Ce fait n’a pas empêché
la consécration de la peine de mort par certains Etats pour
crime de génocide. En 1998, le Rwanda a appliqué la peine de
mort avant de l’abolir dix ans après.
g-L’extradition
La Convention pour la prévention et la répression du crime de
génocide prévoit dans son article VII qu’en ce qui concerne
l’extradition, le génocide ne doit pas être considéré comme
un crime politique. Cet article impose l’obligation pour les
Etats parties à la Convention « d’accorder l’extradition
conformément à leur législation et aux traités en vigueur. »
Cette disposition semble présenter des lacunes. Des auteurs
ont suggéré qu’en cas d’absence d’une convention
d’extradition entre deux Etats-parties à la Convention, le
Convention pour la prévention et la répression du crime de
génocide constituera un traité d’extradition. L’application de
l’article VII de la Convention n’est pas facile. Elle est difficile
car il existe des normes juridiques applicables dans le cadre
des droits internes des Etats membres qui protègent les
citoyens accusés de génocide des demandes d’extradition.
L’extradition a été prévue dans les Statuts des TPIY et TPIR.
Ces derniers ont employé deux termes pour évoquer
l’extradition : le « transfert » et la « traduction » des
personnes suspectées d’avoir commis le crime de génocide.
En ce qui concerne le Statut de Rome, on remarque qu’il a
81
établi dans son article 90, la distinction entre la procédure de
remise qui est propre à la Cour pénale internationale et celle
d’« extradition ».
C-Les crimes de guerre
La notion de « crimes de guerre » est une notion dont les
origines sont difficiles à cerner et à préciser. Cette notion a
connu un développement simultanément à la codification et
à l’évolution graduelle du droit des conflits armés. Ce
développement a été réalisé plus précisément avec
l’institution des juridictions pénales internationales. La notion
de « crimes de guerre » a finalement fini par avoir un sens
propre précis en droit international contemporain avec le
jugement prononcé par le tribunal de Nuremberg.
En remontant l’histoire, on remarque que les Etats
belligérants se sont posés la question suivante : quelles sont
les actes commis dans le contexte d’une guerre ou se
rapportant à celle-ci, pour lesquels ils pourraient poursuivre
les combattants et les civils appartenant à d’autres Etats
belligérants ou à un tierce Etat ?
En droit international, la notion de crimes de guerre est une
notion liée à la compétence de poursuivre ainsi que de punir.
Le droit international n’a pas défini les actes incriminés qui
composent les crimes de guerre et les pénalités qui s’y
appliquent. Cette mission a été réservée au droit interne et
plus spécifiquement les codes militaires. Le droit
international comprend des règles relatives à la
82
reconnaissance de la compétence des belligérants à
poursuivre à poursuivre pénalement les coupables de
certaines catégories d’actes composant les crimes de guerre.
En vertu du droit international, les belligérants ont
l’obligation de punir les auteurs. L’analyse du droit
international classique montre que la non observation ou la
violation des règles du jus in bello (le jus in bello, est composé
par un ensemble de règles qui règlementent la manière dont
la guerre est conduite et qui vise à limiter les souffrances) est
une violation qui engage la responsabilité de l’Etat belligérant
et non de l’individu qui a commis l’acte. Par la suite, la
responsabilité individuelle a connu un développement
chronologique en se fondant sur les obligations de punir
individuellement les auteurs ayant commis certaines
violations du jus in bello.
a-Origines et évolution des crimes de guerre
Afin de mieux comprendre les origines et l’évolution des
crimes de guerre, il est judicieux de s’arrêter sur trois
périodes essentielles que sont les suivantes : la première
période se situe entre le code de Lieber et la deuxième guerre
mondiale. La deuxième période se situe après la deuxième
guerre mondiale. Quant à la troisième période, elle est
relative à l’institution des juridictions pénales internationales.
1)Du code de Lieber à la deuxième guerre mondiale
83
Dans ce cadre, on va examiner en premier lieu les premières
codifications et en deuxième lieu les Conventions de Genève
avant la deuxième guerre mondiale.
*Les premières codifications
Les violations des lois et coutumes de la guerre, ont été
incriminées dans le code de Lieber de 1963 , qui représente le
premier effort des temps modernes relatif à la codification du
droit de la guerre. Mais l’idée de répression des violations des
lois et coutumes de la guerre, est une idée cachée dans les
lois et coutumes de la guerre. Le code de Lieber doit son nom
au juriste et philosophe politique germano-américain Francis
Lieber. Il a été préparé par ce dernier dans le contexte de la
guerre civile américaine. Ila été promulgué par le Président
américain à l’époque Abraham Lincoln, le 24 avril 1963. Le
Code est également appelé « Instructions pour le
comportement des armées des Etats-Unis en campagne ». Il
prévoit à plusieurs fois le principe de la responsabilité pénale
individuelle. D’ailleurs son article 44 prévoit que : « Toute
violation délibérée contre les personnes dans le pays envahi,
toute destruction de biens non ordonnée par un officier
qualifié, tout vol, pillage ou mise à sac, même après la prise
d’une place de vive force, tous viol, blessure, mutilation ou
mise à mort de ses habitants, sont interdits sous peine de
mort ou toute autre peine de mort ou de toute autre peine
grave proportionnée à la gravité de l’offense
84
Tous soldat, officier ou sous-officier, se livrant à de telles
violences et désobéissant à un supérieur qui lui ordonne de
s’en abstenir, peut également être mis à mort sur place par
ce supérieur ».
Le Code de Liebel, est un code qui relève du droit interne
américain et qui est destiné en principe à s’appliquer sur le
territoire américain. Mais, il a largement influencé les efforts
du droit de la guerre qui ont été réalisés ultérieurement au
niveau international. Il a également largement influencé de
nombreux manuels militaires. Le Code a représenté une
immense inspiration pour la Conférence de Bruxelles de
1874. Dans le cadre de cette Conférence un projet a été
adopté nommé « Déclaration internationale concernant les
lois et coutumes de la guerre ». Malgré l’importance de cette
déclaration, elle n’a pas été soumise à ratification et elle ne
prévoyait aucune mesure relative à la répression des
violations.
Les juristes ont joué un rôle considérable dans la
continuation des efforts de codification à travers l’institut du
droit international. Leurs efforts ont abouti à l’adoption du
« Manuel d’Oxford » en 1880.(le Manuel d’Oxford indique
deux ouvrages ayant été préparés par l’institut de droit
international. Ces ouvrages rassemblent des règles relatives à
la conduite de la guerre. Le premier ouvrage est le Manuel
des lois de la guerre sur terre adopté en 1880 et qui
comprend des règles relatives à la guerre sur terre. Il a
constitué un fondement important pour les Conventions de
85
La Haye de 1899 et de 1907 relatives aux lois et coutumes de
la guerre sur terre. Le second ouvrage est le Manuel des lois
de la guerre maritime publié en 1913. Il comprend des règles
relatives à la guerre sur mer. Le Manuel d’Oxford de 1913 a
été adopté en 1994 en version modernisée L’institut de droit
international a estimé que ce manuel devrait servir de
fondement pour l’élaboration de codes ou de manuels
militaires internes conformément aux lois et coutumes de la
guerre. L’article 84 de ce Manuel stipule : « Si des infractions
aux règles qui précèdent ont été commises, les coupables
doivent être punis, après jugement contradictoire, par celui
des belligérants au pouvoir duquel ils se trouvent .
Les violations des lois de la guerre sont passibles des
châtiments spécifiés dans la loi pénale ». Ainsi on remarque
sans difficultés, que le Manuel d’Oxford a mentionné la
sanction pénale individuelle car à l’instar du Code de Lieber, il
ne constitue pas un instrument international, mais un
spécimen de législation interne.
L’étude des Conventions de La Haye de 1899 et de 1907,
montre qu’elles n’ont pas prévu des incriminations
individuelles en cas de violations de lois et coutumes de la
guerre. Les conventions de La Haye citées ont codifié les lois
et coutumes de la guerre. Dans le cadre de ses deux
Conventions, la responsabilité se limitait à la responsabilité
internationale de l’Etat. Il est judicieux de rappeler que la
responsabilité internationale de l’Etat qui a apparu dans la
quatrième Convention de La Haye. Cette quatrième
86
Convention est venue réviser la Convention de La Haye de
1899. L’article 3 de la Convention (IV) de La Haye, dispose que
« La Partie belligérante qui violerait les dispositions dudit
Règlement sera tenue à indemnité s’il ya lieu. Elle sera
responsable de tous actes commis par les personnes faisant
partie de sa force armée ». Une «Commission des
Responsabilités » a été mise en place par les alliés à la fin de
la première guerre mondiale par les Puissances alliées. Sa
mise en place avait pour objectif d’établir la responsabilité
des auteurs de la guerre et les violations des lois et coutumes
de la guerre qui ont été commises par les Puissances
ennemies. La Commission avait également pour d’établir la
responsabilité pénale individuelle des membres des forces
armées ennemies et d’instituer un tribunal pour juger les
responsables de crimes de guerre. La Commission des
responsabilités avait dressé une liste comprenant 32 actes
pouvant être qualifiés de « crimes de guerre ».
En ce qui concerne le traité de Versailles (le traité de
Versailles est un traité de paix qui a été signé le 28 juin 1919
entre l’Allemagne et les alliés, à la fin de la première guerre
mondiale), il convient de rappeler que ses articles 228 à 230
prévoient la reconnaissance par le Gouvernement allemand
de la compétence des puissances alliés pour juger les
personnes responsables des crimes de guerre. Les articles
cités prévoyaient également l’obligation pour le
Gouvernement allemand de transférer les personnes
présumées coupables aux autorités alliées pour qu’elles
87
soient jugées. Les articles citées du traité de Versailles ne
sont pas sans nous rappeler le Traité de Sèvres conclu entre
la Turquie et les puissances alliés en 1920. On note aussi un
autre article très important du traité de Versailles : l’article
227. Ce dernier prévoit la poursuite de l’empereur Guillaume
II devant un tribunal international « pour offense suprême
contre la morale internationale et l’autorité sacrée des
traités ». Cette expression annonce par avance les « crimes
contre la paix » de Nuremberg. Les dispositions citées n’ont
jamais été mises en œuvre. Elles auraient fait l’objet d’une
forte objection de la part de l’Allemagne. Cette dernière s’est
proposée elle-même de déférer les responsables de crimes
de guerre devant la Cour suprême du Reich, à Leipzig. Cette
opération s’est terminée par une parodie de procès. Les
personnes responsables de crimes de guerre et qui ont été
jugées par la Cour suprême du Reich étaient peu
nombreuses. Les peines prononcées étaient non seulement
insignifiantes mais aussi elles n’ont pas été exécutées.
*Les Conventions de Genève avant la deuxième guerre
mondiale
Les Convention de Genève ont connu une certaine évolution
qui laisse percevoir un commencement appréhensif de
l’incrimination individuelle en cas de violation du jus in bello.
En remontant à la première Convention de Genève de 1864,
relative à l’amélioration du sort des militaires blessés dans les
armées en campagne, on remarque qu’elle n’a consacré
aucun système particulier relatif à la répression des violations
88
de ses dispositions. Cette première Convention a fait l’objet
de révision en 1906. Lors de cette révision la question des
infractions à la Convention ainsi que leur répression a été
examinée. La quatrième commission de la Conférence de
révision de la Convention de Genève de 1864, avait adopté
avec le plus grand nombre de voix, un texte qui a prévu la
répression de toutes les infractions et ceci sans distinction. La
Conférence de révision a fini par adopter l’article 28 qui
dispose que : « Les Gouvernements signataires s’engagent
également à prendre ou à proposer à leurs législatures, en
cas d’insuffisance de leurs lois militaires, les mesures
nécessaires pour réprimer, en temps de guerre, les actes
individuels de pillage et de mauvais traitements envers les
blessés et malades des armées, ainsi que pour punir par
usurpation d’insignes militaires, l’usage abusif du drapeau et
du brassard de la Croix-Rouge par des militaires ou des
particuliers non protégés par la présente Convention ».
La Convention de Genève de 1864 a connu une deuxième
révision en 1929. A cette occasion, un projet du comité
international de la croix rouge a proposé d’ajouter à la fin de
l’article 28 de la Convention citée la phrase qui suit : «… et
d’une manière générale tous actes contraires aux dispositions
de la Convention ». Finalement cette phrase n’a pas été
incluse à la fin de l’article 28 mais dans un article séparé de
l’article cité. C’est l’article 29. Cet article dispose que : « Les
Gouvernements des Hautes Parties Contractantes prendront
ou proposeront également à leurs législatures, en cas
89
d’insuffisance de leurs lois pénales, les mesures nécessaires
pour réprimer, en temps de guerre tout acte contraire aux
dispositions de la présente Convention ».
Il est à relever que malgré l’importance de la Convention
relative au traitement des prisonniers de guerre, adoptée en
1929, ne comprend aucune disposition relative aux violations
de la Convention ainsi que leur répression.
Dans le cadre des crimes de guerre, on note que jusqu’à la fin
de la deuxième guerre mondiale, c’est à l’Etat belligérant lui-
même à travers son droit interne qu’incombe la pénalisation
des violations des règles du jus in bello. La pénalisation des
violations des règles du jus in bello comprend la définition des
crimes de guerre ainsi que des pénalités qui s’y appliquent.
Cette compétence exercée par l’Etat belligérant à travers son
droit interne, est une compétence qui ne peut ordinairement
être exercée que par référence aux règles du jus in bello et
dans les limites que ces dernières posent. Après cette
période, on assistait à une intervention du droit international
dans la définition directe des crimes de guerre. Cette
définition a ainsi été extraite aux règles des droits internes.
Cela veut dire qu’elle n’a plus fait l’objet des règles des droits
internes.
2)L’après deuxième guerre mondiale
Il convient dans ce cadre d’étudier d’abord le procès de
Nuremberg ensuite les Conventions de Genève de 1949.
90
*Le procès de Nuremberg
Dans le cadre du Procès de Nuremberg, il convient de
rappeler que le 30 octobre 1943, a eu lieu la « Déclaration sur
les atrocités allemandes » appelée également « Déclaration
de Moscou ». Cette déclaration a été émise par les trois
puissances alliées que sont les Etats Unis d’Amérique, la
Grande Bretagne ainsi que l’Union soviétique. Dans cette
déclaration, les trois puissances alliées ont exprimé leur
intention de poursuivre et de punir les criminels de guerre
des puissances de l’Axe. On peut lire dans cette Déclaration
ce qui suit : «…les officiers et soldats allemands et les
membres du parti nazi qui ont été responsables de ou ont
pris part volontairement dans les atrocités précitées, dans les
massacres et exécutions, seront renvoyés dans les pays dans
lesquels ces actes abominables ont été commis, à l’effet qu’ils
puissent être jugés et punis selon les lois de ces pays libérés
et des gouvernements libres qu’elles y mettront en place ».
La Déclaration semble réserver une procédure particulière
aux « criminels allemands dont les crimes sont sans
localisation géographique précise ». La Déclaration a
également précisé qu’ils feront l’objet d’une « décision
conjointe du gouvernement des Alliés ».
Le 8 avril 1945, à la suite de la Déclaration de Moscou, la
France, la Grande Bretagne, les Etats-Unis d’Amérique et
l’Union soviétique, ont signé l’ « Accord de Londres ». Cet
accord décide de mettre en place un tribunal militaire
international « pour juger les criminels de guerre dont les
91
crimes sont sans localisation géographique précise, qu’ils
soient accusés individuellement, ou à titre de membres
d’organisations ou de groupements, ou à ce double titre ».
Le statut du tribunal militaire international est un statut qui
est annexé à l’Accord de Londres. Il en faisait partie
intégrante. L’article 6 du statut du tribunal militaire
international de Nuremberg précise la compétence du
tribunal. On y lit ce qui suit : « Le Tribunal établi…pour juger
et punir toutes personnes qui, agissant pour le compte des
pays européens de l’Axe, auront commis, individuellement ou
à titre de membres d’organisations, l’un quelconque des
crimes suivants :
Les actes suivants…sont des crimes soumis à la juridiction du
Tribunal et entraînant une responsabilité individuelle :
a)Les crimes contre la Paix (…)
b)Les crimes de guerre (…)
c)Les crimes contre l’Humanité (…)
L’article 6 alinéa b du statut du tribunal de Nuremberg
prévoit une première définition des crimes de guerre.
L’article 6 alinéa b prévoit à titre exhaustif une série d’actes
qui constituent le crime de guerre. Ces actes constituent des
violations des lois et des coutumes de la guerre. Ces
dernières comprennent selon l’article 6, « sans y être
limitées » :
92
« l’assassinat, les mauvais traitements ou la déportation pour
des travaux forcés ou tout autre but des populations dans les
territoires occupés, l’assassinat ou les mauvais traitements
des prisonniers de guerre ou des personnes en mer,
l’exécution des otages, le pillage des biens publics ou privés,
la destruction sans motif des villes et villages, la dévastation
que ne justifient pas les exigences militaires ».
Dans l’un de ses jugements, le Tribunal de Nuremberg a
souligné qu’il est lié par la définition des crimes de guerre
telle qu’elle a été formulée dans son statut et plus
précisément dans l’article 6 de son statut. Il a aussi expliqué
que la qualification des crimes de guerre des actes énumérés
n’a pas un fondement unique celui de l’article 6 cité. Elle a
également pour fondement le droit international général.
Dans ce cadre, il est pertinent de citer un passage du
jugement cité : « (…) dès avant le Statut, les crimes de guerre
énumérés à l’article 6b) tenaient du droit international leur
qualification de crimes de guerre. Ils étaient prévus aux
articles 46, 50, 52 et 56 de la Convention de La Haye de 1907,
et aux articles 2, 3, 4, 46 et 51 de la Convention de Genève de
1929. Il n’est pas douteux que la violation de ces textes
constitue un crime, entraînant un châtiment ».
Apportant plus de précisions, le tribunal a ajouté que les
règles contenues dans la Convention de La Haye de 1907 et le
Règlement annexé étaient des règles du droit international
général dont l’applicabilité faisait l’objet de contestations en
raison de la clause si omnes On s’attardera sur la définition
93
de la clause si omnes afin de mieux la comprendre. La clause
si omnes appelée également clause de participation générale
a été définie comme suit : « Disposition conventionnelle qui
subordonne l’application de la convention multilatérale dans
laquelle elle est insérée à la condition que tous les Etats
impliqués effectivement dans la situation prévue soient aussi
liés par cette convention ».
…
Elle empêche donc qu’une telle convention trouve application
entre les Etats parties uniquement à l’exclusion d’autres Etats
impliqués mais restés hors du cercle conventionnel »,
Dictionnaire de droit international public, sous la direction de
Jean Salmon, Bruylant, Bruxelles, 2001, pp.185-186. Le
tribunal a indiqué que les règles comprises dans la
Convention de La Haye de 1907 et le Règlement annexé
étaient en 1939 déjà des règles « admises par tous les Etats
civilisées et regardées par eux comme l’expression codifiée,
des lois et coutumes de la guerre auxquelles l’article 6(b) du
Statut se réfère ». Il a également fait référence à la question
de la guerre totale (on explique dans ce cadre qu’à l’instar de
la première guerre mondiale, la deuxième guerre mondiale
est considérée comme une « guerre totale », en raison du fait
que le monde entier à quelques exceptions près était plongé
dans ce conflit. Mais ce fait n’est pas la seule raison pour
qualifier la deuxième guerre mondiale de « guerre totale ».
En effet la qualification « guerre totale » est aussi due aux
moyens mis en œuvre par les belligérants). Le Tribunal de
94
Nuremberg n’a pas manqué de relever que les puissances de
l’Axe pendant la guerre totale qui est rappelons le une
caractéristique de la deuxième guerre mondiale, ont commis
des crimes « contraires aux conventions internationales et
plus spécifiquement contraires à l’article 46 du Règlement de
la Haye de 1907, aux lois et coutumes de la guerre, aux
principes généraux du droit criminel, tels qu’ils dérivent du
droit criminel de toutes les nations civilisées, aux lois pénales
internes des pays où furent commis de tels crimes et à
l’article 6b) du Statut ».
Le Tribunal militaire international de Tokyo crée le 19 janvier
1946, a abondé dans le même sens que celui du tribunal de
Nuremberg en ce qui concerne les crimes de guerre.
Les principes du droit international ayant été reconnus par le
Statut du Tribunal de Nuremberg ainsi que par ses jugements,
ont été confirmés par l’Assemblée générale des Nations Unies
dans sa résolution 95 (I) du 11 décembre 1946. Par ailleurs
l’Assemblée générale a chargé dans sa résolution 177 (II) du
21 novembre 1947, la Commission du droit international de
rédiger ces principes sous forme de texte selon la formule
adéquate. Les crimes de guerre ont fini par être définis dans
le rapport de la commission de droit international à sa
deuxième session en 1950. Ils ont été définis comme étant
des violations des lois et coutumes de la guerre. Le rapport a
repris presque textuellement l’article 6b) du Statut du
Tribunal de Nuremberg.
95
La définition des crimes de guerre contenue dans le rapport
de la CDI ainsi que dans le statut du tribunal de Nuremberg a
fini par séduire un grand nombre d’Etats. Plusieurs d’entre
eux l’ont adopté dans leurs législations internes. Le même
sort a été réservé aux crimes contre l’humanité et au crime
de génocide.
*Les Conventions de Genève de 1949
L’examen des Conventions de Genève qui ont été adoptées
après le procès de Nuremberg montre clairement l’absence
du terme « crimes de guerre » dans les articles relatifs à la
« répression des abus et des infractions ». Cependant on y
constate que certaines violations sont qualifiées
d’«infractions graves » à condition qu’elles soient commises
« contre des personnes ou des bien protégées par la
Convention ». Une comparaison entre les infractions graves
contenues dans les articles communs aux quatre Conventions
de Genève et les crimes de guerre tels qu’ils sont définis dans
le statut du Tribunal de Nuremberg montre une certaine
similitude. On relève dans ce cadre que le statut du tribunal
de Nuremberg a cité un ensemble d’actes qui constituent le
crime de guerre. Ces actes sont les suivant « …l’homicide
intentionnel, la torture ou les traitements inhumains, y
compris les expériences biologiques, le fait de causer
intentionnellement de grandes souffrances ou de porter des
atteintes graves à l’intégrité physique ou à la santé, la
destruction et l’appropriation de biens, non justifiées par des
nécessités militaires et exécutées sur une grande échelle de
96
façon illicite et arbitraire ». Cette disposition est identique
aux articles 50 et 51 des Conventions de Genève I et II. Mais
elle est visiblement différente dans certaines dispositions des
Conventions III et IV. Cette différence change en fonction de
l’objet de ces deux Conventions. On souline à ca niveau que la
Convention III, relative au traitement des prisonniers de
guerre prévoit l’ajout des actes suivants dans son article 130.
On y lit ce qui suit «…le fait de contraindre un prisonnier de
guerre à servir dans les forces armées de la Puissance
ennemie ou celui de le priver de son droit d’être jugé
régulièrement et impartialement selon les prescriptions de la
présente Convention ». De même, l’article 147 de la
Convention IV, relative à la protection des personnes civiles
en temps de guerre, a jouté les actes suivant « la déportation
ou le transfert illégaux, la détention illicite…la prise
d’otages… ».
S’agissant du Protocole additionnel I, aux Conventions de
Genève adopté en 1977, relatif à la protection des conflits
armés internationaux, on observe qu’il a repris et développé
l’essentiel des règles de combat qui figurent dans le
Règlement de La Haye. L’article 85 paragraphes 3 et 4 du
Protocole additionnel I a prévu ce qui suit :
« 3. (…)les actes suivants, lorsqu’ils sont commis
intentionnellement, en violation des dispositions pertinentes
du Présent Protocole, et qu’ils entraînent la mort ou causant
des atteintes graves à l’intégrité physique ou à la santé, sont
97
considérés comme des infractions graves au présent
Protocole :
a)soumettre la population civile ou des personnes civiles à
une attaque ;
b)lancer une attaque sans discrimination atteignant la
population civile ou des biens de caractère civil, en sachant
que cette attaque causera des pertes en vies humaines, des
blessures aux personnes civiles ou des dommages aux biens
de caractère civil, qui sont excessifs (…) ;
c)lancer une attaque contre des ouvrages ou installations
contenant des forces dangereuses (…) ;
d)soumettre à une attaque des localités non défendues et des
zones démilitarisées ;
e)soumettre une personne à une attaque en la sachant hors
de combat ;
f)utiliser perfidement (…) le signe distinctif de la croix rouge,
du croissant rouge (…) ou d’autres signes protecteurs
reconnus par les Conventions ou par le présent Protocole.
4. (…) les actes suivants sont considérés comme des
infractions graves au Protocole lorsqu’ils sont soumis
intentionnellement et en violation des Conventions ou du
présent Protocole :
a)le transfert par la Puissance occupante d’une partie de sa
population civile dans le territoire qu’elle occupe, ou la
98
déportation ou le transfert à l’intérieur ou hors du territoire
occupé de la totalité ou d’une partie de la population de ce
territoire, en violation de l’article 49 de la IVème Convention ;
b)tout retard injustifié dans le rapatriement des prisonniers
de guerre ou des civils ;
c)les pratiques de l’apartheid et les autres pratiques
inhumaines et dégradantes fondées sur la discrimination
raciale, qui donnent lieu à des outrages à la dignité
personnelle ;
d)le fait de diriger des attaques contre les monuments
historiques, les œuvres d’art ou les lieux de culte clairement
reconnus qui constituent le patrimoine culturel ou spirituel
des peuples auxquels une protection spéciale a été accordée
en vertu d’un arrangement particulier, par exemple dans le
cadre d’une organisation internationale compétente,
provoquant ainsi leur destruction sur une grande échelle (…) ;
e)le fait de priver une personne protégée par les Conventions
ou visée au paragraphe 2 du présent article de son droit
d’être jugée régulièrement et impartialement ».
On lit au début du paragraphe 3 de l’article 85 du Protocole
additionnel I ce qui suit « Outre les infractions définies à
l’article 11 ». Il est donc important de s’attarder sur l’article
11 du protocole cité afin de comprendre de quelles
infractions il s’agit. L’article 11 est intitulé « Protection de la
personne ». Son examen nous a permis de constater qu’il
99
interdit toutes atteintes à l’intégrité physique ou mentale des
personnes qui sont au pouvoir de partie adverse, et plus
spécifiquement les expériences médicales ou scientifiques ,
prélèvement d’organes…L’article 85 considère les actes cités
comme des infractions graves.
100