GROUPES DIÉDRAUX
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Le but de cet article est de présenter les groupes diédraux. On considère que
le lecteur connaı̂t la description des isométries vectorielles du plan.
1. Définition
Définition 1.1. Soit n ≥ 1. On appelle groupe groupe diédral d’ordre 2n
l’ensemble Dn des isométries (affines) du plan affine qui conserve globale-
ment les sommets d’un n-gone régulier (dans le cas n = 1, le n-gone est
réduit à un point et si n = 2, le n-gone est juste un segment).
C’est clairement un sous-groupe du sous-groupe des bijections affines de R2 .
Remarquons qu’un élément de Dn fixe le centre O du n-gone régulier si
n ≥ 2. En effet, si n = 2, on utilise le fait qu’une isométrie préserve les
milieux, et si n ≥ 3, on utilise le fait qu’une isométrie conserve les distances
et que le centre du n-gone est le seul point du plan qui soit équidistant à tous
les sommets. Ainsi, un élément de Dn se confond avec sa partie vectorielle.
De plus, en prenant un repère du plan centré en O et dont l’unité de mesure
est la distance de O à un sommet, on peut toujours supposer que les sommets
du n-gone sont disposés sur le cercle unité. Notons
2kπ 2kπ
Ak = (cos , sin ) ∈ R2 pour tout k ∈ Z,
n n
ainsi que
−→
vk = OAk pour tout k ∈ Z.
Si l’on munit R2 de son produit scalaire canonique, l’analyse précédente
montre que si n ≥ 2, le groupe Dn est le sous-groupe des isométries vec-
torielles de R2 qui préservent globalement l’ensemble S = {vk | k ∈ Z},
c’est-à-dire
Dn = {u ∈ O(R2 ) | u(S ) = S }.
C’est aussi trivialement vrai pour n = 1. Ainsi, Dn peut se voir comme un
sous-groupe de O(R2 ).
Notons au passage que vk = v` dès que k ≡ ` [n], et donc que l’on a
S = {v0 , . . . , vn−1 }.
Commençons par lister quelques éléments du groupe diédral.
Date: 10 novembre 2019.
1
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2π
Lemme 1.2. Soit n ≥ 1. Soit r la rotation vectorielle d’angle , et soit
n
s la symétrie orthogonale d’axe (Ox). Alors, on a rk s` ∈ Dn pour tout
k ∈ J0, n − 1K et tout ` ∈ J0, 1K .
De plus :
2kπ
(1) pour tout k ∈ J0, n − 1K , rk est la rotation vectorielle d’angle ;
n
(2) pour tout k ∈ J0, n − 1K , rk s est la symétrie orthogonale dont l’axe
passe par O et le milieu du segment Ak−1 Ak (qui est donc le segment
An−1 A0 si k = 0).
En particulier, tous ces éléments sont distincts.
Démonstration. Il est clair que r ∈ Dn . Si l’on veut l’écrire explicitement,
il suffit de voir que r est une isométrie de R2 et que
r(vk ) = vk+1 pour tout k ∈ Z.
Comme l’application
Z −→ Z
k 7−→ k + 1
est bijective, on a le résultat (on peut aussi simplement considérer les indices
k ∈ J0, n − 1K et se rappeler que vn = v0 ). Cela fonctionne même si n = 1,
puisque dans ce cas, vk = v0 pour tout k ∈ Z.
De plus, s ∈ Dn puisque cette une isométrie de R2 et que
s(vk ) = v−k pour tout k ∈ Z.
Comme Dn est un groupe, on a bien rk s` ∈ Dn pour tout k ∈ J0, n − 1K et
tout ` J0, 1K .
Les propriétés élémentaires des rotations entraı̂nent clairement le point (1).
De plus, pour tout k ∈ J0, n − 1K ,on a
det(rk s) = det(r)k det(s) = −1,
et rk s est une isométrie indirecte, donc une symétrie orthogonale. De plus,
on a
rk s(v0 ) = rk (v0 ) = vk et rk s(v1 ) = rk (v1 ) = vk−1 .
vk−1 + vk
En particulier, s fixe . Comme l’ensemble des points fixes d’une
2
symétrie est son axe, on en déduit que l’axe de rk s est la droite passant par
O et le milieu du segment Ak−1 Ak . Le fait que ces 2n éléments soient tous
distincts est clair.
Remarque 1.3. Si n est impair, on peut voir que l’axe de la symétrie rk s
passe par le sommet An−k , et cet axe est donc la droite (OAn−k ).
En revanche, si n est pair, l’axe de la symétrie rk s passe par deux sommets
si k est pair, et passe par les milieux de deux côtés opposés si k est impair
(mais ne passe par aucun sommet).
GROUPES DIÉDRAUX 3
Proposition 1.4. Soit n ≥ 1. Alors, Dn possède 2n éléments.
Plus précisément, tout élément de Dn s’écrit de manière unique sous la
forme
rk s` , k ∈ J0, n − 1K , ` ∈ J0, 1K ,
2π
où r la rotation vectorielle d’angle , et soit s la symétrie orthogonale d’axe
n
(Ox). En particulier, Dn = hr, si. De plus, r est d’ordre n, s est d’ordre 2
et srs−1 = r−1 .
Démonstration. Il est clair que r est d’ordre n et que s est d’ordre 2.
L’isométrie srs−1 étant de déterminant 1, c’est une rotation. Pour déterminer
son angle, il suffit de déterminer l’image de v0 . Or, on a
srs−1 (v0 ) = sr(v0 ) = r(v1 ) = v−1 .
2π
Ainsi, srs−1 est la rotation d’angle − , c’est-à-dire r−1 .
n
Démontrons le reste de la proposition.
Commençons par le groupe D1 . Si u ∈ D1 fixe v0 . Si u est une rotation,
c’est donc l’identité. Si u est une symétrie, puisque l’axe de u est l’ensemble
de ses vecteurs fixes, u est la symétrie d’axe (Ox), c’est-à-dire. On a donc
D1 = {Id, s}, ce qui est bien ce que l’on voulait montrer.
Considérons maintenant le cas du groupe D2 . Dans ce cas, v1 = −v0 . Soit
u ∈ D2 . Alors, u fixe v0 et v1 , ou les échange. Supposons tout d’abord que
u soit une rotation. Si u fixe v0 et v1 , nécessairement u = Id. Si u échange
v0 et v1 , u est la rotation d’angle π (puisque l’angle formé par v0 et v1 est
plat), c’est-à-dire u = r. Si u est une symétrie, et si u fixe v0 et v1 , alors u
fixe (Ox), et on a donc u = s. Si u échange v0 et v1 , puisque s(v0 ) − v0 = 2v1
est orthogonal à l’axe de u, on en déduit que u est la symétrie orthogonale
d’axe (Oy). Mais il est facile de voir cette symétrie n’est rien d’autre que rs.
On a donc démontré que D2 = {Id, r, s, rs} dans ce cas. Notons que ces
quatre éléments sont bien distincts.
On suppose jusqu’à la fin que n ≥ 3. Les vecteurs v0 et v1 n’étant pas
colinéaires puisque n ≥ 3, (v0 , v1 ) est une base de R2 . Un élément u ∈ Dn
est donc déterminé de manière unique par les images de v0 et v1 . Puisque
u préserve les angles non orientés, il préserve l’angle formé par les deux
vecteurs v0 et v1 . Il existe donc k ∈ Z tel que {u(v0 ), u(v1 )} = {vk , vk+1 }.
Dit autrement, en tant qu’isométrie du plan affine, u envoie une paire de
sommets consécutifs sur une paire de sommets consécutifs.
Notons maintenant qu’il y a au plus n choix pour k (puisqu’en fait S =
{v0 , . . . , vn−1 }), et au plus deux choix possibles pour le couple (u(v0 ), u(v1 )),
à savoir (vk , vk+1 ) et (vk+1 , vk ). Il y a donc au plus 2n choix possibles, donc
au plus 2n éléments (c’est bien au plus , puisqu’il n’est a priori pas garanti
que tous les choix soient possibles). Le lemme précédent montre alors que
Dn possède au moins 2n éléments, qui sont exactement ceux de l’énoncé. On
a donc bien |Dn | = 2n, ainsi que la description annoncée de ses éléments,
l’unicité de l’écriture venant du fait que tous ces éléments sont distincts. De
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plus, puisque r, s ∈ Dn , on a
hr, si ⊂ Dn = {rk s` | k ∈ J0, n − 1K , ` ∈ J0, 1K} ⊂ hr, si,
d’où l’égalité Dn = hr, si. Ceci achève la démonstration.
Remarque 1.5. Le groupe Dn est non abélien si n ≥ 3. En effet, on a
srs−1 r−1 = r−2 6= Id,
puisque r est d’ordre n ≥ 3. Ainsi, r et s ne commutent pas.
En revanche, D1 est abélien d’ordre 2, donc isomorphe à Z/2Z. De plus, D2
est abélien d’ordre 4. Comme tous les éléments de D2 sont d’ordre 1 ou 2,
on a D2 ' (Z/2Z)2 .
2. Quelques caractérisations des groupes diédraux
On va donner ici quelques caractérisations du groupe diédral.
Théorème 2.1. Soit n ≥ 1 un entier. Soit G un groupe engendré par deux
éléments σ, τ ∈ G vérifiant les conditions suivantes :
(1) o(σ) = n, o(τ ) = 2 et τ στ −1 = σ −1
(2) τ ∈
/ hσi si n = 2.
Alors, G est d’ordre 2n, et tout élément de G s’écrit de manière unique sous
la forme
σ k τ ` , k ∈ J0, n − 1K , ` ∈ J0, 1K .
De plus, Dn vérifie les conditions précédentes, et tout groupe vérifiant ces
conditions est isomorphe à Dn .
Démonstration. Soit G un groupe engendré par deux éléments σ et τ
vérifiant (1) et (2). En utilisant la relation τ σ = σ −1 τ , on voit aisément
qu’un élément de G = hσ, τ i est de la forme σ k τ ` , avec k, ` ∈ Z. Comme
σ est d’ordre n et τ est d’ordre 2, on voit que l’on peut se restreindre à
k ∈ J0, n − 1K et ` ∈ J0, 1K. Ainsi, on a
G = hσ, τ i = {σ k τ ` | k ∈ J0, n − 1K , ` ∈ J0, 1K}.
Montrons que tous ces éléments sont distincts. Soient k, r ∈ J0, n − 1K et
`, s ∈ J0, 1K tels que
σk τ ` = σr τ s.
On a donc σ k−r = τ s−` . Supposons que s − ` soit impair. Alors, τ étant
d’ordre 2, on obtient τ = σ k−r ∈ hσi. En particulier, τ et σ commutent. On
a alors
σ −1 = τ στ −1 = σ,
d’où σ 2 = 1G . Comme σ est d’ordre n, cela force à avoir n = 1 ou n = 2.
Le cas n = 2 est exclu par hypothèse, et le cas n = 1 ne peut se produire,
car sinon on aurait σ = 1G , et donc τ = 1G , qui n’est pas d’ordre 2. Bref,
s − ` est pair. Comme −1 ≤ s − ` ≤ 1, on a alors s − ` = 0, soit s = `. Mais
alors, σ k−r = 1G . Comme σ est d’ordre n, on obtient k − r ≡ 0 [n]. Puisque
−(n − 1) ≤ k − r ≤ n − 1, on en déduit que k − r = 0, soit k = r.
GROUPES DIÉDRAUX 5
Ainsi, on obtient bien que G est d’ordre 2n, et que tout élément de G s’écrit
de manière unique sous la forme
σ k τ ` , k ∈ J0, n − 1K , ` ∈ J0, 1K .
Établissons maintenant la table de multiplication de G. Pour tous k, r ∈
J0, n − 1K , et tous `, s ∈ J0, 1K , on a
(σ k τ ` )(σ r τ s ) = σ k (τ ` στ −` )r τ `+s
`
= σ k (σ (−1) )r τ `+s
= σ uk,`,r,s τ v`,s ,
où uk,`,r,s est le reste de la division euclidienne de k + (−1)` r par n, et
v`,s est le reste de la division euclidienne de ` + s par 2. Par définition,
uk,`,r,s ∈ J0, n − 1K , et v`,s ∈ J0, 1K , et ne dépendent que de k, `, r et s, et
pas du groupe G.
Par conséquent, deux groupes vérifiant les conditions du théorème ont même
table de loi de groupes , et sont donc isomorphes. Pour préciser un peu,
si G0 est un groupe possédant deux éléments σ 0 , τ 0 ∈ G0 vérifiant (1) et (2),
l’application
ϕ : G −→ G0
σ k τ ` 7−→ σ 0k τ 0`
est un isomorphisme de groupes (où k ∈ J0, n − 1K , et ` ∈ J0, 1K). En effet,
ϕ est bien un morphisme de groupes, car pour tous k, r ∈ J0, n − 1K , et
tous `, s ∈ J0, 1K , on a
ϕ((σ k τ ` )(σ r τ s )) = ϕ(σ uk,`,r,s τ v`,s )
= σ 0uk,`,r,s τ 0v`,s
= (σ 0k τ 0` )(σ 0r τ 0s )
= ϕ(σ k τ ` )ϕ(σ r τ s ).
De plus, ϕ est surjective, d’après la description des éléments de G0 , donc
bijective car G et G0 ont même nombre d’éléments.
Pour obtenir la dernière partie, il suffit donc de constater que Dn vérifie
les conditions du théorème. Or, on sait déjà que les éléments r, s ∈ Dn
engendrent Dn , et qu’ils vérifient (1). De plus, on a s ∈
/ hri, puisque s est
une symétrie orthogonale, alors que les éléments de h1i sont des rotations
(ceci est même valable pour tout n ≥ 1). Ceci achève la démonstration.
Corollaire 2.2. Soit n ≥ 1 un entier. Les propriétés suivantes sont équivalentes :
(1) G est isomorphe à Dn ;
(2) G est d’ordre 2n, et il existe deux éléments σ, τ ∈ G vérifiant les
conditions suivantes :
(a) o(σ) = n, o(τ ) = 2 et τ στ −1 = σ −1
(b) τ ∈
/ hσi si n = 2.
Démonstration. Supposons tout d’abord que G soit isomorphe à Dn . Comme
les propriétés (1) et (2) sont conservées par isomorphisme, il suffit de considérer
le cas G = Dn . Or, on sait que Dn est d’ordre 2n et vérifie les conditions
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demandées d’après la proposition précédente. Réciproquement, soit G un
groupe d’ordre 2n vérifiant les conditions de l’énoncé. Toujours d’après la
proposition précédente, on a hσ, τ i ' Dn . En particulier, hσ, τ i possède 2n
éléments. Comme hσ, τ i ⊂ G. On obtient alors G = hσ, τ i ' Dn .
On continue en identifiant Dn à un produit semi-direct.
Lemme 2.3. Soit n ≥ 1. Alors, on a Dn = hri o hsi. De plus, on a
Dn ' Z/nZ ×ρ Z/2Z,
où ρe1 ∈ Aut(Z/nZ) est donné par
ρe1 (m) = −m pour tout m ∈ Z/nZ.
Démonstration. Le sous-groupe hri est distingué dans Dn , puisqu’il est
d’ordre n, donc d’indice 2. On peut également le démontrer directement en
remarquant que
rrr−1 = r ∈ hri et srs−1 = r−1 ∈ hri,
ce qui suffit à démontrer que hri est distingué dans Dn , puisque r et s
engendrent Dn .
D’autre part, on a |Dn | = 2n = |hri||hsi|, puisque r est d’ordre n et s est
d’ordre 2. Enfin, s n’appartient pas à hri puisque ce dernier sous-groupe ne
contient que des rotations. Par conséquent, hri et hsi s’intersectent triviale-
ment, d’où la première partie du lemme. Pour la seconde, posons σ = (1, e 0)
e k e `
et τ = (0, 1). Alors, on voit aisément que σ = (k, 0) et que τ = (0, `) pour
e
tous k, ` ≥ 0. On en déduit alors que σ est d’ordre n et τ est d’ordre 2. De
plus, on a
τ σ = (1, e
0)(0, e
1) = (1, e
1),
et par conséquent
τ στ −1 σ = (τ σ)2 = (1, e 1) = (1 − 1, 1]
1)(1, e + 1) = (0, e
0),
d’où τ στ −1 = σ −1 . Enfin, on a clairement τ ∈
/ hσi (comparer les secondes
coordonnées). On applique alors le théorème 2.1 pour conclure.
On finit par une description des groupes engendrés par deux éléments d’ordre
2.
Théorème 2.4. Soit G un groupe engendré par deux éléments a, b ∈ G
d’ordre 2. Alors, G ' Dn , où n = o(ab).
Démonstration. Posons σ = ab et τ = b. Enfin, notons n = o(ab). On a
donc o(σ) = n et o(τ ) = 2. De plus,
G = ha, bi = hab, bi = hσ, τ i,
ainsi que
τ στ −1 = b(ab)b−1 = ba = b−1 a−1 = (ab)−1 = σ −1 .
Enfin, si n = 2, on a τ ∈ / hσi. En effet, dans le cas contraire, on aurait
τ = 1G , ce qui est impossible puisque τ est d’ordre 2, ou τ = σ, ce qui n’est
pas possible non plus puisque dans ce cas on aurait a = 1G , qui n’est pas
d’ordre 2. Le théorème 2.1 montre alors que G est isomorphe à Dn .
GROUPES DIÉDRAUX 7
Les résultats précédents permettent de donner plusieurs avatars de Dn . Par
exemple, on peut vérifier que les groupes suivants sont isomorphes à Dn :
(1) le sous-groupe de GL2 (R) engendré par les matrices
cos( 2π 2π
R= n ) − sin( n ) et S =
1 0
sin( 2π
n ) cos( 2π
n )
0 −1
(2) le sous-groupe des bijections de C dans lui-même engendré par les
fonctions 2iπ
z 7−→ e n z et z 7−→ z
(3) le sous-groupe de Sn engendré par
σ = (1 2 · · · n) et τ = (1 n − 1)(2 n − 2) · · · (m m + 1)
si n = 2m + 1, et par
σ = (1 2 · · · n) et τ = (1 n − 1)(2 n − 2) · · · (m − 1 m)
si n = 2m.
3. Sous-groupes, sous-groupes distingués
On s’intéresse ici aux sous-groupes de Dn . En guise d’échauffement, on com-
mence par déterminer son centre.
Lemme 3.1. Soit n ≥ 1 un entier. Alors, on a
Dn si n = 1, 2
Z(Dn ) = {Id} si n ≥ 3 et n est impair
n
{Id, r 2 } si n ≥ 3 et n est pair
Démonstration. Puisque D1 et D2 sont abéliens d’après la remarque 1.5, on
a Z(D1 ) = D1 et Z(D2 ) = D2 . Supposons maintenant que n ≥ 3. Pour tout
k ∈ J0, n − 1K , on a
r(rk s)r−1 = rk+1 sr−1 = rk+1 (sr−1 s−1 )s.
Comme srs−1 = r−1 , on a sr−1 s−1 = r, et ainsi r(rk s)r−1 = rk+2 s. Par
conséquent,
r(rk s)r−1 (rk s)−1 = rk+2 ss−1 r−k = r2 6= Id,
puisque n ≥ 3. Ainsi, rk s et r ne commutent pas. Par conséquent un élément
de Z(Dn ) est nécessairement de la forme rk , avec k ∈ J0, n − 1K .
Soit k ∈ J0, n − 1K . Si rk ∈ Z(Dn ), rk et s commutent, et donc srk s−1 r−k =
Id. Or, on a
srk s−1 r−k = (srs−1 )k r−k = r−2k .
On obtient donc r−2k = Id, soit encore r2k = Id. Puisque r est d’ordre n et
que 2k ∈ J0, 2n − 2K , on en déduit que 2k = 0 ou n. Puisque k est un entier,
le second cas ne peut se produire que si n est pair. On a donc Z(Dn ) ⊂ {Id}
n
si n est impair, et Z(Dn ) ⊂ {Id, r 2 } si n est pair. Les autres inclusions étant
n
évidentes puisque r 2 = −Id, ceci démontre le résultat voulu.
Nous allons maintenant décrire les sous-groupes de Dn . On a le théorème
suivant.
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0
Théorème 3.2. Soit nq ≥n1 unyentier. Pour tous diviseurs positifs d et d
de n, et pour tout k ∈ 0, d0 − 1 , on pose
n n
Hd = hr d i et Hd0 ,k = hr d0 , rk si.
Alors, tout sous-groupe de Dn est égal à un sous-groupe Hd pour un unique
diviseur positif d de n ou à un sous-groupe
q n Hd0 ,ky , pour un unique diviseur
0
positif d de n et un unique entier k ∈ 0, d0 − 1 .
De plus, Hd est cyclique d’ordre d, et Hd0 ,k est isomorphe à Dd0 .
Démonstration. Soit H un sous-groupe de Dn . On note r1 , . . . , rp , s1 , . . . , sq
les éléments de H, avec p, q ≥ 0, où r1 , . . . , rp sont des rotations et s1 , . . . , sq
sont des symétries orthogonales. On a en particulier
H = hr1 , . . . , . . . , rp , s1 , . . . , sq i.
Notons que hs1 , s2 i = hs1 , s1 s2 i, et que s1 s2 est une rotation, puisque son
déterminant est égal à 1. On en déduit aisément que l’on peut toujours
supposer que q = 0 ou 1. Enfin, remarquons que, d’après la description des
éléments de Dn , chaque rotation ri est une puissance de r. Ainsi, hr1 , . . . , rp i
est un sous-groupe du groupe cyclique hri, qui est d’ordre n. Il est donc de
n
la forme hr d i, où d est un diviseur positif de n.
n
Vu la description des éléments de Dn , on a finalement H = hr d i ou H =
n
hr d0 , rk si, avec k ∈ J0, n − 1K. Notons que dans le second cas, on peut
q y n
toujours supposer que k ∈ 0, dn0 − 1 . En effet, si k = a 0 + `, avec
q y d
` ∈ 0, dn0 − 1 , on a
n n n n n n n
hr d0 , rk si = hr d0 , (r d0 )a r` si = hr d0 , (r d0 )−a (r d0 )a r` si = hr d , r` si.
Bref, on a donc H = Hd ou H = Hd0 ,k .
Le groupe Hd est clairement cyclique d’ordre d. Montrons que Hd0 ,k ' Dd0 .
n
Pour cela, posons σ = r d0 et τ = rk s. Alors, σ est d’ordre d0 et τ est d’ordre
2. De plus, on a
n n n
τ στ −1 = rk (sr d0 s−1 )r−k = rk r− d0 r−k = r− k0 = σ −1 .
Enfin, supposons que d0 = 2. Alors, τ ∈ / hσi car τ est une symétrie orthogo-
nale et les éléments de hσi sont des rotations. Le théorème 2.1 montre alors
que Hd0 ,k ' Dd0 .
En ce qui concerne la première partie, il reste donc à démontrer que les
sous-groupes décrits sont deux à deux distincts. Remarquons que l’on ne
peut avoir une égalité du type Hd = Hd0 ,k , puisque Hd ne contient que des
rotations, tandis que Hd0 ,k contient la symétrie rk s. De plus, Hd étant clai-
rement cyclique d’ordre d, les groupes Hd sont donc deux à deux distincts
lorsque d parcourt l’ensemble des diviseurs positifs de n. Supposons main-
tenant que Hd01 ,k1 = Hd02 ,k2 , avec des notations évidentes. Puisque Hd0i ,ki est
isomorphe Ddi , il possède 2d0i éléments. Ainsi, on a d01 = d02 . Notons d0 cette
valeur commune. Sans perte de généralité, on peut supposer que k1 ≤ k2 .
GROUPES DIÉDRAUX 9
Puisque rk1 s ∈ Hd0 ,k1 = Hd0 ,k2 , d’après le théorème 2.1, il existe un unique
k ∈ J0, d0 − 1K et un unique ` ∈ J0, 1K tels que
n
rk1 s = (r d0 )k (rk2 s)` ,
soit
nk
rk1 s = r d0 +k2 ` s` .
En comparant les déterminants, par exemple, on obtient ` = 1, puis par
simplification
nk
r d0 +k2 −k1 = Id,
d’où dn0 k + k2 − k1 ≡ 0 [n], puisque r est d’ordre n. En particulier, on obtient
k2 − k1 ≡ 0 [ dn0 ]. Mais, on a
n0
0 ≤ k2 − k1 ≤ k2 < ,
d
d’où k2 − k1 = 0, soit k1 = k2 . Ceci achève la démonstration.
On peut maintenant décrire les sous-groupes distingués de Dn
Corollaire 3.3. Soit n ≥ 1. Alors, les sous-groupes distingués de Dn sont :
(1) les sous-groupes Hd , d | n et Dn si n ≥ 1 est impair
(2) les sous-groupes Hd , d | n, H n2 ,0 , H n2 ,1 et Dn si n ≥ 2 est pair.
Démonstration. Commençons par montrer que Hd est un sous-groupe dis-
tingué de Dn pour tout d | n. Or, on a
n n
rr d r−1 = r d ∈ Hd ,
ainsi que
n n
sr d s−1 = r− d ∈ Hd ,
ce qui suffit à démontrer que Hd est distingué dans Dn . Cherchons mainte-
nant les sous-groupes distingués de la forme Hd0 ,k . On doit avoir
r(rk s)r−1 = rk+2 s ∈ Hd0 ,k .
Mais alors, (rk+2 s)(rk s) = r2 ∈ Hd0 ,k .
n n
Comme les rotations de Hd0 ,k sont les éléments de hr d0 i, on a r2 ∈ hr d0 i, puis
o(r2 ) | d0 . Si n est impair, r2 est d’ordre n, et on a hr2 i = hri. Ainsi, n | d0 | n,
d’où d0 = n. Mais alors, nécessairement k = 0 et Hd0 ,k = hr, si = Dn . Si n
n n
est pair, r2 est d’ordre . On obtient alors | d0 | n.
2 2
Si d = n, on obtient encore le groupe Dn . Si d0 = n2 , on a k = 0 ou 1, et on
0
obtient les groupes H n2 ,0 et H n2 ,1 . Vérifions que ces deux sous-groupes sont
bien distingués dans Dn . Soit k = 0 ou 1. On a
n n n n
r(r 2 )r−1 = r 2 ∈ H n2 ,k et s(r 2 )s−1 = r− 2 ∈ H n2 ,k
ainsi que
r(rk s)r−1 = rk+2 s = r2 (rk s) ∈ H n2 ,k = hr2 , rk si
et
s(rk s)s−1 = r−k s = (r2 )−k (rk s) ∈ H n2 ,k ,
10 [Link]
ce qui suffit à démontrer le résultat souhaité. Ceci achève la démonstration.
Remarque 3.4. Le lecteur vérifiera que si n = 1 ou 2, on obtient que tous
les sous-groupe de Dn sont distingués, ce qui est normal, puisque Dn est
abélien dans ces deux cas.