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Inégalités de genre dans l'éducation

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fiallosjohanna1997
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Cours 11

On s’est penché sur les statistiques à l’ULB des rapports entre hommes et
femmes dans les différentes filières universitaires. Passons à l’explication.

 Expliquer
Via ces mesures, on observe que les filles réussissent mieux à l’école,
mais cette réussite ne se reflète pas dans le choix de filières porteuses
d’emploi.
La possibilité de choisir notre parcours est un puissant vecteur
d’émancipation identitaire. Ceci peut être discuté par deux points :
 Les choix éducatifs jouent un rôle essentiel dans la construction de
l’identité individuelle
 La socialisation continue et la perpétuation des normes de genre
contribuent à la formation de ces choix, des perceptions
individuelles et à la formulation d’attentes plus ou moins
conscientisées

Bien que rien ne force à suivre l’un ou l’autre parcours, les étudiants se
moulent à ce que la société attend d’eux. L’effet de ce parcours
inégalitaire, et peut être plus du second point, peut mener à de lourdes
inégalités professionnelles.

On entend parfois des choses tel que « Va dans une classe de 1e


maternelle – tu verras, les filles sont sages et dessinent, les garçons
courent dans tous les sens » comme justification. Bien qu’il y ait des
comportements qui différent, les faits observables ne sont pas source
d’explication.
Pour prendre un autre exemple, 44% de la population carcérale est
étrangère à la Belgique. Est-ce qu’on pourrait dire que c’est un facteur de
culture ? Si l’on regarde des études (INCC, 2021), on observe que ceux qui
ne sont pas nés en Belgique, à crime égal, courent un risque
d’incarcération plus importants que les Belges. On parle ici non pas de
stéréotypes mais bien du droit belge.

Ainsi, pourquoi est-ce que les parcours sont si différentiés ?


En 1992, Gray a sorti le livre Les hommes viennent de Mars, les femmes
viennent de Vénus. Dans le livre, le concept central est que les hommes
et les femmes sont intrinsèquement différents en raison de leur
caractéristiques biopsychologiques et émotionnelles. Il suggère que
ces différences sont innées et préexistantes, en raison de la biologie et
des hormones en premier lieu, et que les hommes et les femmes ont des
styles de communication et des besoins émotionnels distincts en raison
de ces différences fondamentales.
Ce qui est intéressant ici, c’est qu’on ne parle pas d’inégalités mais de
différences. Il y a une quasi-survalorisation des différences de sexe, ce
qui invisibilise les inégalités. Cette vision des choses aura plusieurs
autres effets importants :
 Les différences sont naturelles, acceptables et dépendantes selon le
genre
 Les inégalités sont des constructions sociales, injustes, et
indépendantes du genre

Cette vision a imprégné la société depuis longtemps. Elle s’exprime par la


théorie essentialiste, proposant un déterminisme biologique fondé sur
la nature. Elle oppose tout ce qui est naturel et tout ce qui est culturel.
Cette théorie vise à rendre compte de l’essence de la féminité et
masculinité pour en dégager certaines caractéristiques visibles et
objectives, éternelles et inaltérables, inhérentes aux individus. On est sur
l’idée d’une complémentarité entre les sexes, puisque la nature est bien
faite.
A l’opposé, le constructionnisme rejette tout déterminisme. Ce
paradigme propose se résume bien par une phrase de Simone de
Beauvoir ; On ne naît pas femme, on le devient, et c’est pareil pour
l’homme. Le paradigme met en évidence la manière dont les acteurs
sociaux, via des discours et des actions, construisent une identité sociale
– les hommes et femmes sont socialement fabriqués. Ces
constructions sont arbitraires et non pas naturelles, ce qui résulte en
des rapports de pouvoirs inégaux, et des rapports sociaux inégaux entre
sexes. Autrement dit, les inégalités sont dénaturalisés pour leur
donner un caractère construit, et historiquement explicable. Il n’y
a pas de destin biologique qui expliquerait cela.

On se distance donc de l’idée d’une différence naturelle acceptable pour


aller vers une injustice sociale. La question n’est pas celle de la
différence ou la similarité entre homme et femme, mais bien d’égalité et
inégalité entre hommes et femmes. Et, aujourd’hui, on penche plutôt vers
l’inégal.

Le constat évident est que nous avons tous recours, d’une manière ou
d’une autre, aux stéréotypes. Ils sont par leur existence utiles,
permettent une économie mentale, mais qui mènent parfois à des
généralisations et à des simplifications.

 La notion de genre
Selon l’OMS, le genre renvoie aux rôles, comportements, activités et
attributs socialement construits qu’une société donnée considère
appropriés pour les hommes et les femmes. Le genre permet de
catégoriser et hiérarchiser les valeurs attachées au masculin et féminin.
La théorie du genre, n’existe pas. On ne peut pas l’élaborer par une seule
hypothèse, une seule orientation. Le concept est utilisé par beaucoup de
pratiques théoriques et études empiriques – les gender studies.
Les deux termes de sexe et de genre sont employés comme synonymes ;
cependant, on considère le sexe comme les différences biologiques entre
hommes et femmes.
La question intéressante devient alors la suivante – comment, dans une
société moderne, ces différences biologiques non-pertinentes entre les
sexes viennent-elles à sembler d’une importance sociale ? (Oakley, 1972).
En effet, c’est à partir de ces différences que nait un traitement
différencié, et surtout, inégalitaire.

Les stéréotypes de genre sont directement connectés, concernant les


traits masculins et féminins. Généralement, les qualités
stéréotypiquement associées à l’homme sont instrumentales, et pour
les femmes, relationnelles. Ces stéréotypes sont largement répandus et
partagés dans la société – l’éducation, les discours parentaux, les rapports
sociaux…
Ils se caractérisent par leur aspect hautement descriptifs – ils disent ce
que les femmes et hommes sont – et par leur dimension proscriptive – ils
définissent ce qu’hommes et femmes doivent et ne doivent pas être. Ainsi
apparait un certain modèle binaire du genre, avec des normes, rôles
sociaux attentes comportementale polaires.

Ces constructions seraient issues de la socialisation du genre, un


processus par lequel chacun, dès a naissance, apprend à se comporter,
parler, se tenir et penser au sein du monde en fonction de son sexe. On
apprend directement des pratiques, gestes et réflexes, reçus de nos
parents mais plus largement de la société, qui nous sembleront par la
suite naturels puisqu’ils sont présents dès notre premier jour. Le genre
peut donc être perçu comme le résultat des ordres sociaux auxquels on se
soumet avec plus ou moins de liberté selon les époques, les pays,
l’éducation reçue et la spécificité de nos histoires individuelles.

Pourtant, si l’on interroge les enseignants, ils expliqueront tous que ce


n’est pas à l’école que ça se joue. En effet, la plus grande partie du
processus se passerait dans un cadre privé et familial – on vend des jouets
mimant des outils cuisines, coloriés en rose, avec des petites filles qui y
jouent ; de la même façon, on vend des outils de construction en
plastique, bleu ou rouges-noirs, ciblant les garçons.
Le discours parental est également très impactant : le garçon entendra
plus souvent comme tu es fort ; tu es un comique toi et la fille comme tu
es jolie et douce ou dans la bouche d’une fille, c’est pas très joli.

 Curriculum scolaire caché


Le curriculum caché fait référence aux leçons, valeurs et
comportements non explicitement enseignés, mais qui sont néanmoins
transmis de manière indirecte à travers l’environnement scolaire. Ces
éléments ne sont donc pas officiels dans le programme mais ils
influencent la manière dont les élèves comprennent le monde,
interagissent avec les autres et développent leur identité.
En d’autres termes, il englobe tout ce que les élèves apprennent en
dehors des matières académique ; les normes sociales, les attitudes
envers l’autorité, les relations interpersonnelles… et même les
stéréotypes. Ces enseignements implicites peuvent voir un impact
significatif sur la socialisation des élèves, et contribuer à la façonner leur
perspective sur la vie en société.

Dans ce cadre, les enseignants restent peu incités à décoder, dans une
perspective de genre, les facteurs discriminants à l’œuvre dans leur
pratique et donc de les prévenir. Ce manque de décodage des rapports
sociaux traversant le système scolaire contribue à y réitérer les inégalités
sexuées.
Ce programme latent qui marque le cursus des filles en général ainsi que
celui des enfants des classes populaires selon des modalités parfois
proches, entraîne la construction d’un rapport différent au savoir,
étayé par le masculinisme des contenus. Ce rapport différent au
savoir est repris dans les point suivants.

 Comportements différenciés des enseignant à l’égard des


filles et des garçons
Des études qualitatives ont montré que :
 Les garçons sont davantage encouragés à parler que les filles – ils
dominent l’espace sonore
 Les filles sont davantage réprimandées que les garçons en cas
d’écart de comportement – ça transmet l’idée que les garçons
sont autorisés à s’écarter de la norme. Cependant, les filles
sont complimentées quand elles sont calmes
 Les questions posées aux garçons sont plutôt ouvertes et
demandent du raisonnement ; elles sont fermées et demandent de
la restitution chez les filles
 Les retours que fait l’enseignant sur les réponses aux questions qu’il
pose sont plus nombreux pour les garçons que les filles – les
garçons reçoivent donc plus d’évaluation formative que les
filles, soit un enseignement de meilleur qualité
 Les bonnes copies sont mieux évaluées si elles portent un nom de
garçon et au contraire, une mauvaise copie est moins bien notée si
elle porte le nom d’une fille – ceci s’expliquerait par l’idée selon
laquelle une fille aura fait ce qu’elle pouvait, alors que si le garçon
rate, c’est le fruit de la paresse
 Les manuels utilisés restent stéréotypés – les femmes sont invisibles
dans certaines matières et surreprésentées dans d’autres

D’autres études s’intéressent à d’autres caractéristiques scolaires :


 Aucun texte écrit par une écrivaine n’a été proposé lors d’une
épreuve de littérature entre 2003 et 2016. En 13 ans, 22 œuvres ont
été publiées, toutes venant d’hommes
 Pour Dominique Rabaté, professeur de français du 20 e siècle, la
polémique est justifiée. Il explique que Certes, l’histoire de la
littérature française est par essence masculine, et on peut faire
entendre que le rôle de l’école est de transmettre une histoire
établie sans placer une femme au programme juste parce qu’elle
est une femme. Mais, sur la période contemporaine, il est
choquant de constater un manque d’appréciation objective
de la place majeure des femmes écrivaines
Rabaté cite plusieurs écrivaines – Marguerite Duras ; Madame de La
Fayette ; Annie Ernaux ; Marguerite Yourcenar… ces écrivaines ne
sont pas spécialement intéressantes parce que ce sont des femmes,
mais elles méritent d’être étudiées parce qu’elles ont apporté
d’essentiels à la littérature et à la société

Aujourd’hui, en FWB, les phénomènes inégalitaires restent invisibles pour


les enseignants, et sont justifiés comme une attribution erronée lorsqu’ils
sont perçus, sous le compte des différences, de la diversité de la
complémentarité… Les inégalités sexuées sont donc peu questionnées,
peu comprises, pourtant combattues au quotidien.
Ivinson et al (2000) montrent également que peu de temps est
consacré à la réflexion et à la formation sur le genre dans les
programmes de formation des enseignants ; l’enseignement sur les
stéréotypes, qui permettrait de faire face aux inégalités, n’est simplement
pas là.

Et pourtant, c’est majoritairement aux filles qu’on vise à faire


entendre le discours égalitaire. Les garçons seraient-ils déjà informés,
ou est-ce qu’on les perçoit comme non-concernés ?
Vu que peu d’élèves se plaignent de cela, l’idéologie essentialiste
perdure, justifié par des différences naturelles, respectables, liées au
fonctionnement de leur gènes et hormones.

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