Revue Africaine de Droit et Science Politique
Revue Africaine de Droit et Science Politique
X
N°276
I S S N : 2306 - 191X
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Janvier-Juin
Spécial
2022
1 er Sem.
EDLK
Les Editions Le Kilimandjaro
REVUE AFRICAINE DE DROIT ET DE SCIENCE POLITIQUE
Directeur : Pr. Magloire ONDOA
Comité scientifique
• Joseph OWONA • Ferdinand MELIN SOUCRAMANIEN
Agrégé de droit public Agrégé de droit public et de science politique,
Professeur à l’Université de Yaoundé II (Cameroun) Professeur à l’Université Montesquieu - Bordeaux IV (France)
• Paul-Gérard POUGOUE • Léopold DONFACK SOCKENG +
Agrégé de droit privé et des sciences criminelles Agrégé de droit public et de science politique,
Professeur à l’Université de Yaoundé II (Cameroun) Professeur à l’Université de Douala (Cameroun)
• Adolphe MINKOA SHE • Marcellin NGUELE ABADA
Agrégé de droit privé et des sciences criminelles Agrégé de droit public et de science politique
Professeur à l’Université de Yaoundé II (Cameroun) Professeur à l’Université de Yaoundé II (Cameroun)
• Luc SINDJOUN • Jean-Claude TCHEUWA
Agrégé de science politique Agrégé de droit public et de science politique,
Professeur à l’Université de Yaoundé II (Cameroun) Professeur à l’Université de Yaoundé II (Cameroun)
• Magloire ONDOA • ATANGANA MALONGUE
Agrégé de droit public et de science politique, Agrégé de droit privé
Professeur à l’Université de Yaoundé II (Cameroun) Professeur à l’Université de Yaoundé II (Cameroun)
• Nadine MACHIKOU
• Janvier ONANA
Agrégé de Science politique
Agrégé de science politique
Professeur à l’Université de Yaoundé II (Cameroun)
Professeur à l’Université de Douala (Cameroun)
•Gérard PEKASSA NDAM
• Jean Marie TCHAKOUA Agrégé de droit public
Agrégé de droit privé Professeur à l’Université de Yaoundé II (Cameroun)
Professeur à l’Université de Yaoundé II (Cameroun) • Patrick ABANE ENGOLO
• Jean NJOYA Agrégé de droit public
Professeur à l’Université de Yaoundé II (Cameroun) Professeur à l’Université de Yaoundé II (Cameroun)
• Jean GATSI • Germain NTONO TSIMI
Agrégé de droit privé Agrégé de droit privé et de sciences criminelles
Professeur à l’Université de Douala (Cameroun) Maître de Conférences à l’Université de Yaoundé II (Cameroun)
• Victor Emmanuel BOKALLI • Robert MBALLA OWONA
Agrégé de droit privé Agrégé de droit public
Professeur à l’Université de Yaoundé II (Cameroun) Professeur àà l’Université de Douala (Cameroun)
• André AKAM AKAM • Fabien NKOT
Agrégé de droit privé Professeur à l’Université de Yaoundé II (Cameroun)
Professeur à l’Université de Yaoundé II (Cameroun) • Vincent NTUDA EBODE
• Martin BLEOU Professeur à l’Université de Yaoundé II (Cameroun)
Agrégé de droit public et de science politique • SPENER YAWAGA
Professeur à l’Université d’Abidjan Cocody (Côte d’Ivoire) Professeur à l’Université de Ngaoundéré (Cameroun)
• Théodore HOLO • Jacques BIAKAN
Agrégé de droit public et de science politique Professeur à l’Université de Yaoundé II (Cameroun)
Professeur à l’Université d'Abomey Calavi (Bénin) • Eric Mathias OWONA NGUINI
• Jean Du Bois de GAUDUSSON Professeur à l’Université de Yaoundé II (Cameroun)
Agrégé de droit public et de science politique • Cyriaque ESSEBA
Professeur à l’Université de Bordeaux IV- Montesquieu (France) Maître de Conférences à l’Université de Yaoundé II (Cameroun)
• Fabrice MELLERAY • Michel KOUNOU +
Agrégé de droit public et de science politique Maître de Conférences à l’Université de Yaoundé II (Cameroun)
Professeur à l’Université Montesquieu - Bordeaux IV (France) • Jacques KWIMO
• Alain ONDOUA Maître de Conférences à l’Université de Yaoundé II (Cameroun)
Agrégé de droit public et de science politique
Professeur à l’Université de Yaoundé II (Cameroun)
Comité de rédaction
•Alex TJOUEN • Martial ATEBA
Agrégé de droit privé et de sciences criminelles Docteur Ph/D en science politique
Maître de Conférences à l’Université de Yaoundé II (Cameroun) Chargé de cours à l’Université de Yaoundé II (Cameroun)
• Jean Luc ENGOUTOU • Yves Patrick MBANGUE NKOMBA
Docteur Ph/D en droit public
Chargé de cours à l’Université de Yaoundé II (Cameroun) Docteur Ph/D en science politique
• Aimé Christel MBALLA ELOUNDOU Chargé de cours à l’Université de Yaoundé II (Cameroun)
Docteur Ph/D en droit public Maître Assistant CAMES
Chargé de cours à l’Université de Yaoundé II (Cameroun) • Brice Christian ALOGO NDI
• Patrick Henri ASSIENE NGON Doctorant en droit public
Docteur Ph/D en droit public Assistant à l’Université de Yaoundé II (Cameroun)
Chargé de cours à l’Université de Yaoundé II (Cameroun)
Maître Assistant CAMES
Vol X, N° 27, spécial - 1er semestre
EDLK
Les Editions Le Kilimandjaro
POLITIQUE REDACTIONNELLE
Science politique
Blaise-Jacques NKENE : Action publique et protection/promotion des créateurs d’œuvres
de l’esprit au Cameroun .....................................................................................................................................................................269
DEKOUM TA NDA H.M. : The Political Elites during Crises: Understanding the Role of
the Cameroon Political Elite in the Anglophone Crisis .........................................................................................287
MEKASSI ETOGO : Pouvoir discrétionnaire du Président de la République et
pression populaire dans le cadre de la formation des gouvernements et des
remaniements ministériels au Cameroun ........................................................................................................................... 317
Joseph Thierry OKALA EBODE : Le retour des coups d’État en Afrique noire francophone :
une histoire qui bégaie ?.......................................................................................................................................................................341
Sandrine FEUDJOU MBOMBA : Comprendre la société civile au Cameroun : entre
dépassement des canaux traditionnels et réinvention de la participation politique ?....................363
Rodrigue Juvial MBAPPE : La diplomatie économique camerounaise à l’épreuve de l’accord
de partenariat économique (APE) Union européenne – Afrique centrale ............................................387
La coordination de ce numéro de la Revue Africaine de Droit
Public a été assurée par Magloire Ondoa, Agrégé de Droit public
et de Science politique, Professeur à l’Université de Yaoundé II -
Soa (Cameroun)
Résumé
L’application du Droit pénal demeure un dogme dans toute société politique. La violation
de cette discipline semble être incompréhensible. C’est le cas du Décret n°2018/719 du
30 novembre 2018 créant le Comité National de Désarmement, de Démobilisation, et
Réintégration des ex-combattants du Boko Haram et des groupes armés des Régions du
Nord-Ouest et Sud-Ouest. Une institution qui vient contourner les conditions d’applica-
tion d’une loi. Elle est non seulement anticonstitutionnel, mais aussi en contradiction avec
la mise en œuvre du Droit pénal. Son plausible passage du comité à la commission votée
par le parlement devrait résoudre cette épineuse contradiction. Nonobstant cette réalité, la
primauté du contexte socio-politique justifie, sans doute, le prétexte de violation du Droit
pénal par la politique de cette institution. L’application de la loi pénale est donc sacrifiée
au profit des exigences politiques. Il ne devrait pas être surprenant de constater que la
politique prime sur les normes, en ce sens, elle les faire codifier sous un élan de rapport de
force. Une curiosité qui se justifie par la nécessité d’une sociologie du Droit pénal qui doit
aussi intégrer nos habitudes de positivistes. Cette technique parait plus efficace qu’une
sanction dans le cadre du processus de construction de l’unité nationale. Cette institution
et ses services déconcentrés devraient être plus efficaces en impliquant au mieux le person-
nel militaire et les professionnels aguerris. Les stages de recyclage et de perfectionnement
devraient être organisés périodiquement afin que le triptype : « Désarmement », « Démo-
bilisation » et « Réintégration », soit de plus en plus une réalité.
Mots clés
Sociologie du Droit pénal, société politique, institution, parlement, positiviste.
194 Revue africaine de droit et de science politique
Abstract
The application of the Criminal Law remains a dogma in any political society. Violation
of this discipline seems incomprehensible. This is the case of Decree No. 2018/719 of
30 November 2018 creating the National Committee for the Disarmament, Demobi-
lisation and Reintegration of ex-combatants of Boko Haram and armed groups in the
North West and South West Regions. An institution that circumvents the conditions
of application of a law. It is not only unconstitutional, but also in contradiction with the
implementation of criminal law. Its plausible passage from the committee to the commis-
sion voted by the parliament should resolve this thorny contradiction. Notwithstanding
this reality, the primacy of the socio-political context undoubtedly justifies the pretext of
violation of criminal law by the policy of this institution. Criminal law enforcement is
thus sacrificed to political demands. It should not be surprising to note that politics takes
precedence over norms, in the sense that they are codified under the impetus of a power
struggle. This curiosity is justified by the need for a sociology of criminal law that must
also integrate our positivist habits. This technique seems more effective than a sanction in
the process of building national unity. This institution and its decentralised services should
be more effective by involving military personnel and seasoned professionals. Refresher
and advanced training courses should be organised periodically so that the triptych: “Di-
sarmament”, “Demobilisation” and “Reintegration”, becomes more and more a reality.
Keywords
Sociology of criminal law, political society, institution, parliament, positivist.
Le Comité National de Désarmement, de Démobilisation et de Réintégration des ex-combattants ... 195
1. La secte Boko Haham trouve ses origines directes dans le Nord du Nigéria afin de s’étendre dans la
partie septentrionale du Cameroun, ayant pour principal revendication le radicalisme musulman. Sur la
question confère : Adam Higazi, « Les origines et la transformation de l’insurrection de Boko Haram
dans le Nord du Nigeria », Revue Politique africaine, 2013/2, n° 130, pp. 137-164 ; Seignobos (C.), Boko
Haram : « Innovations guerrières depuis les monts Mandara », Revue Afrique contemporaine, 2014/4, pp.
149-169 ; Pekekue Aretouyap (A.S.), La vulnérabilité du Cameroun face à la montée en puissance du djihadiste :
la cas de Boko Haram dans la partie septentrionale du Cameroun, Paris, Edilivre, 2014, 156 p.
2. Ce conflit découle de la situation sociaux-politique spécifique des Régions du Nord-Ouest et du
Sud-Ouest du Cameroun depuis 12 octobre 2016. Il s’agit précisément de la revendication corporatiste
des avocats et des enseignants, qui a basculé progressivement jusqu’à nos vers des revendications. Sur
la question, voir : Bouopda Kame (P.), La crise anglophone au Cameroun, Harmattan, Yaoundé, 2018, 189 p.
3. Nyimi Bekono (L.), « Crise anglophone au Cameroun et mode alternatif de résolution : Le Grand
Dialogue National », Revue Africaine de Droit et Science Politique, 1er Semestre, 2020, P. 257.
4. Il s’agit notamment de la création de la Commission Nationale du Bilinguisme et du multicultura-
lisme, et le Grand Dialogue National tenu au palais des Congrès de Yaoundé du 30 septembre au 4
octobre 2019.
196 Revue africaine de droit et de science politique
5. Mancur (O.), La logique de l’action collective (1966), Paris, Trad., PUF, 1978.
6. La réintégration social est nul doute l’une des finalités du Droit pénal. Elle n’y échappe aux préoc-
cupations actuelles de la politique criminelle.
7. L’on admet certes que l’admission dans les centres régionaux qui ont été créés à cet effet tient compte
de la gravité des crimes commis par les éventuels ex-combattants à intégrer. Toutefois, le hiatus de-
meure dans la procédure de qualification de la gravité de l’infraction, dans la mesure où sincérité du
délinquant à dévoiler les crimes commis peut être sujette à caution.
8. À titre illustratif, Ceux qui ont perdu un membre ou des édifices du fait des criminels de la secte
Boko Haram et des séparatistes des zones du nord-ouest et du sud-ouest.
9. Cette expression renvoie au « Droit des crimes », appréhendant ainsi la matière sous sa dimension
« normative » (La norme) ou « incriminatrice » (L’incrimination). Si, pour certains, l’expression est
synonyme de « Droit pénal », pour d’autres, elle a une portée plus large. Ainsi est-il soutenu que le
« Droit criminel » offre une « vision juridique du phénomène criminel » dont le Droit pénal n’est qu’une
composante : Kolb (P.) et Leturmy (L.), Cours de Droit pénal général, Paris, 5e Gualino, 2020, P. 23. Selon
Roger Bernardini, le Droit criminel s’intéresse à un « phénomène social particulièrement grave qui
recouvre les multiples aspects du « phénomène criminel » : il import au préalable d’en saisir l’état. Ce
permettra de cerner autant que possible les conceptions et mises en œuvre très variées de la lutte que
les sociétés doivent mener contre ce phénomène (...) ». Cette définition attribuée au Droit criminel fait
Le Comité National de Désarmement, de Démobilisation et de Réintégration des ex-combattants ... 197
sabilité pénale des sociétés », RPDP, 2002, pp. 91 et s ; Matsopoulou (H.), « Les conséquences de la
responsabilité morale des personnes morales », Droit et patrimoine, 2006, pp. 48 et s ; Boeringer (C.)
et Millerand (A.), « La responsabilité des personnes morales : une casuistique diverse au sein d’une
jurisprudence cohérente », Dr. Pén., 2014, étude n°5 ; Faivre (P.), « La responsabilité pénale des per-
sonnes morales », RSC, 1958, pp. 547 et s ; Franchi (F.), « A quoi peut bien servir la responsabilité des
personnes morales ? », RSC, 1996, pp. 277 et s.
22. Bernardini (R.), Droit criminel, Volume I-Eléments préliminaires, [Link]., 308 p.
23. Moukete Ekoume (F.G), Le droit des affaires et la fiction, Thèse Université de Douala, 2019, P. 2.
L’auteur corrobore les pertinents propos de son homologue sur le fait que le Droit français brille par
son incapacité de rendre compte de certains phénomènes : BOUCHARD (C.), La personnalité morale
démythifiée. Étude de Droit comparé franco-Québécois sur la notion de personnalité morale et de patrimoine d’affectation,
Québec, Les Presses de l’Université de Laval, 1997, P. 23.
24. Mayaud (Y.), Droit pénal général, Paris, 5e éd PUF, 2015, P. 34.
25. Soit trois semaines seulement après l’annonce de sa mise sur pieds le 06 novembre 2018 par
le Président de la République lors de sa prestation de serment à l’issue de brillante réélection à la
Magistrature suprême. Il a réitérée cette offre de paix dans son important message à la nation le 10
septembre 2019 en ces termes : « J’ai adressé une offre de paix aux membres des groupes armés, en
les invitant de déposer les armes et à bénéficier d’un processus de réintégration de la société. À cet
effet un comité national de désarmement, démobilisation et de réintégration a été créé. Les centres
régionaux de désarmement accueillent progressivement de nombreux ex combattants qui acceptent
volontairement de déposer les armes. Nous allons continuer à déployer nos efforts nécessaires pour
que ce processus soit pleinement opérationnel ».
200 Revue africaine de droit et de science politique
30. « J’ai décidé ce jour de l’arrêt des poursuites pendantes devant les tribunaux militaires contre 289
personnes arrêtées, pour des délits commis dans le cadre de la crise dans les régions du nord-ouest et
du sud-ouest. Cette décision devra être mise en œuvre à la diligence du Ministre délégué à la présidence
chargé de la défense », avait martelé le Président de la République du Cameroun, sur son compte twister
le 13 décembre 2018.
31. Ayuk Tabe, président du gouvernement imaginaire de l’Amazonie et ses 9 coaccusés compa-
raissent depuis le 6 décembre 2018 pour apologie d’actes de terrorisme, sécession, financement d’actes
de terrorisme, révolution, insurrection et hostilité contre la patrie.
32. Sans toutefois avoir un nombre exacte des repentis dans les centres de Bamenda et de Buea, cer-
tains indiscrétions laissent croire que le taux de désistement de ces bandes armés est relativement crois-
sant. Le théâtre des combats a diminué malgré quelques potentiels aventurés en proies de sécession. Ils
sont parfois influencés par des substances mystiques, c’est-à-dire « Odeshi », empruntées naturellement
des voisins du Nigéria. Au début des hostilités de cette crise, un sécessionniste ne pouvait réellement
être atteint par bale de nos forces de défense et de sécurité que par l’effet d’une légère ritualisation sur
l’arme, assortie d’un petit tissu rouge. La nation a été vendue au diable il y a longtemps par un groupe
Le Comité National de Désarmement, de Démobilisation et de Réintégration des ex-combattants ... 203
Les combattants du Boko Haram et les dans la moralité de fait, dans l’intention
groupes armés des Régions du Nord- de l’agent : on les appelle crimes ou dé-
ouest et Sud-ouest se repentissent pro- lits. Les autres ne sont que des infractions
gressivement. Ce taux médiocre semble matérielles à des prohibitions ou à des
se loger dans l’environnement pénal où prescriptions de la loi ; elles existent par
la hiérarchie des normes parait être en le seul fait de la pénétration ou de l’omis-
ballotage. Pourtant, cette hiérarchie des sion, et indépendamment de l’intention
textes relatifs à la légalité pénale participe de l’agent : ce sont les contraventions »39.
de la substance même de ce principe33. Voilà la division la plus naturelle des ac-
Elle lui donne une portée supérieure, tions punissables ; elle est à l’abri de l’ar-
avec pour effet de soumettre l’incrimina- bitraire et du caprice des législateurs, car
tion à des règles, et d’associer la réaction les législateurs ne sauraient modifier le
pénale à la philosophie de la souveraine- caractère des faits40.
té34. Le partage de compétence entre la Le Comité National de Désarmement,
loi et le règlement est en réalité un par- de Démobilisation, et Réintégration des
tage déséquilibré, le règlement étant su- ex-combattants du Boko Haram et des
bordonné à la loi35. Il n’a pour fonction groupes armés des Régions du Nord-
que de déterminer le régime juridique des Ouest et Sud-Ouest relève du décret,
contraventions36, lesquels en sont les fils ou du règlement en général41. La loi n°
des délits37 et les petits-fils des crimes38. 20167007 du 12 juillet 2016 portant
Parmi les actions punissables, « Il n’existe Code pénal qui règle les bandes armés,
qu’une seule division qui soit vraie, parce sécession, guerre civile, de révolution,
qu’elle est puisée dans leur nature. En est une loi au sens étroit. Il s’agit évidem-
effet, les unes prennent leur criminalité ment d’une loi votée par le Parlement et
de personnes : Machikou (N.), « Utopie et dystopie amazoniennes : Dieu, les dieux et la crise anglo-
phone au Cameroun », in Politique africaine, [Link] du 16/05/2022.
33. Mayaud (Y.), Droit pénal général, Paris, [Link]., P. 25.
34. Ibid.
35. Kolb (P.) et Leturmy (L.), Cours de Droit pénal, [Link]., p. 41.
36. Les infractions punies d’un emprisonnement qui ne peut excéder dix (10) jours ou d’une amende
qui ne peut excéder vingt-cinq mille (25 000).
37. Les infractions punies d’une peine privative liberté ou d’une amende lorsque la peine privative
de liberté encourue est supérieure à dix (10) jours et n’excède et n’excède pas dix (10) ans ou que le
maximum de l’amende est supérieur à vingt-cinq mille (25000) francs.
38. Les infractions punies de la peine de mort ou d’une peine privative de liberté dont le maximum est
supérieur à dix (10) ans et d’une amende lorsque la loi en dispose ainsi.
39. Kolb (P.) et Leturmy (L.), Cours de Droit pénal, [Link]., p. 126.
40. Chauveau et Faustin (H.), Théorie du Code pénal, Charleston, 4 éd Nabu Press, 1861, n°15.
41. Puisque dans le cadre du Règlement découlent aussi des arrêtés et des circulaires.
204 Revue africaine de droit et de science politique
42. C.f. Kelsen (H.), Théorie pure du Droit, LGDJ, Paris, 1999, 376 p ; Théorie générale des normes, PUF,
Paris, 1996, 616 p ;
43. Bernardini (R.), Droit criminel, volume I- Eléments préliminaires, [Link]., p. 194.
Le Comité National de Désarmement, de Démobilisation et de Réintégration des ex-combattants ... 205
44. L’intention n’est pas un élément déterminant de culpabilité, contrairement aux infractions dites
« intellectuelles », qui possèdent un élément psychologique. À ce titre Bernardini (R.), Droit criminel
volume II- L’infraction et la responsabilité, [Link]., P. 230. La faute contraventionnelle serait présumée à partir
de la seule preuve du faite matériel : Francois (A.), L’erreur en Droit pénal, in quelques aspects de l’autonomie
du Droit pénal, Paris, Dalloz, 1956, P. 241 ; Merle (P.), Les présomptions en Droit pénal, Thèse Université
de Nancy, 1970, p. 113 ; Schmild (J-C), « L’élément intentionnel en matière de contravention et plus
spécialement en matière de contravention de grande voirie », RPDP, 1932, pp. 397-398.
45. Mayaud (Y.), La loi pénale, instrument de valorisation social, in Code pénal et Code d’instruction criminelle-Livre
du Bicentenaire », Dalloz, Paris, 2010, p. 3.
206 Revue africaine de droit et de science politique
ventif. Bentham a justement développé Chef de l’État. Le droit est sans doute un
dans ce sens la nécessité d’une politique rapport de force politique. Pour le mo-
criminelle, ce que Baccaria n’avait fait ment, le Parlement est constitué de la ma-
qu’entrevoir46. Même embryonnaires, jorité du parti politique au pouvoir tant à
ces analyses font de ce traditionnel au- l’assemblée nationale qu’au Senat. Toutes
teur un des précurseurs en matière de les propositions de loi dans cette sphère
prévention47. L’ordre que le Droit pénal d’élaboration des normes juridiques
incarne ne peut être que social, pour re- sont validées au nom de la discipline du
joindre un fonds commun de références parti Rassemblement Démocratique du
censé correspondre à la sensibilité du plus Peuple Camerounais52. Le système poli-
grand nombre48. La peine édictée ne doit tique camerounais est fortement domi-
pas être d’une sévérité excessive au regard né par ce parti politique IL impulse les
de la gravité du comportement interdit49. lois sous le visage déguisé de l’article 25
Tout individu qui commet un acte in- de la Constitution. Ce texte indique que
terdit par le Droit pénal, doit se rende l’initiative des lois appartient concurrem-
compte de la justice criminelle, quel que ment au Président de la République et au
soit son état psychique et physique, car, parlement.
dans le domaine de la défense sociale, la La création d’une Commission Natio-
loi doit lier tout le monde50. L’Homme est nale de Désarmement, de Démobilisa-
nécessairement responsable de ses actes, tion, et Réintégration des ex-combattants
par le seul fait qu’il vit en société51. du Boko Haram et des groupes armés des
Rien n’empêche que cette institution Régions du Nord-Ouest et Sud-Ouest est
soit renforcée par une loi, votée par le souhaitable. Ce souhait mettra fin à ce co-
Parlement et promulguée plus tard, par le mité dénué de toute compétence dans la
46. Bernardini (R.), Droit criminel, volume I- Éléments préliminaires, [Link]., p.87.
47. Ibid.
48. Mayaud (Y.), Droit pénal général, [Link]., p. 27.
49. Kolb (P.) et Leturmy (L.), Cours de Droit pénal, [Link]., p. 41.
50. Ferri (E.), La sociologie criminelle, Paris, 3e éd Librairie Nouvelle de Droit et jurisprudence Arthur Rousseau,
1974, p. 73.
51. Ibid.
52. En abrégé RDPC, est le parti politique au pouvoir du Cameroun depuis le 24 mars 1985 à Bamen-
da. Il remplace l’Union national camerounaise, ancien parti unique fondé par Ahmadou Ahidjo, ancien
président de la république du Cameroun, qui a dominé la vie politique depuis l’accession à l’indé-
pendance en 1960. C.f. Ateba Eyene (C.), RDPC : la grande indiscipline et ses conséquence : points de vue d’un
militant-citoyen (du dernier congrès ordinaire à ce jour), Yaoundé, JV-Graf-Ydé, octobre 2013, 109 p. ; Eyafa
(J.M.B.), RDPC : Fleuron du renouveau (histoire électorale et perspectives), Yaoundé, RDPC/CPDM, 2011,
208 p.
Le Comité National de Désarmement, de Démobilisation et de Réintégration des ex-combattants ... 207
mise en œuvre des crimes et délits. Cette sident de la République prend un acte et
nouvelle structure institutionnelle pourra le parlement le rétabli. Ce chevauchement
galvaniser ces groupes armés, édifiés cer- semble fondamental dans une perspec-
tainement des mécanismes de l’environ- tive positiviste. Ce souhait couronné de
nement pénal, à se repentir sans crainte, porosité, pourra aussi recouvrer toute sa
ni représailles judicaires. vitalité dans une lutte effrénée et passive
Le Cameroun n’est pas le seul théâtre contre les bandes et armées et assimi-
de ces bandes armées. Les mesures poli- lées. Nonobstant ce prisme juridique, le
tiques fortes existent en vue de dissuader primat contextuel du Doit pénal dans
les acteurs de telles atrocités. Contraire- la mise en œuvre du Comité National
ment à notre pays, une commission na- de Désarmement, de Démobilisation,
tionale de désarmement, démantèlement et Réintégration des ex-combattants du
et de réinsertion a été réactivé le 11 mars Boko Haram et des groupes armés des
2019 en Haïti53. A la base, initialement Régions du Nord-Ouest et Sud-Ouest
créée par le décret du 28 août 2006, elle devrait se justifier. Cette structure Eta-
était chargée de coordonner et d’appli- tique est animée par des acteurs pétris
quer la politique de l’État en matière de de compétence. Les faits le démontrent
désarmement, de démantèlement des sensiblement ces derniers moments. Le
groupes armés et de réintégration des Droit pénal semble donc être embrigadé
individus désarmés. Par la suite, l’institu- par le politique.
tion Haïtienne s’est employée à faciliter
la création d’un climat de confiance et de II. Le primat du contexte socio-
dialogue entre tous les protagonistes afin politique comme prétexte de
de parvenir à un désarmement effectif. transgression du droit pénal par
En réalité, une mutation du Comité à la politique du comité national de
la Commission Nationale de Désarme- désarmement, de démobilisation,
ment, de Démobilisation, et Réintégra- et réintégration des ex-combat-
tion des ex-combattants Boko Haram tants Boko Haram et des groupes
et des groupes armés des Régions du armés des régions du Nord-Ouest
Nord-Ouest et Sud-Ouest demeure né- et Sud-Ouest
cessaire pour la rendre efficace et effi-
ciente. L’on passerait alors d’une norme Le postulat de la primauté de l’intérêt
décrétale à une norme législative : le pré- sociopolitique comme motif de viola-
53. En Sierra Léone, au Libéria, en Namibie, en Angola et plus récemment en Côte d’Ivoire et au
Mali, le DDR a démarré après la signature des accords de paix. Mais, ceux-ci sont loin de résoudre le
résoudre la difficulté de la mise en œuvre du Droit pénal, celle la voie ouverte reste l’amnistie.
208 Revue africaine de droit et de science politique
tion du droit pénal par la mise en œuvre n’est pas pour autant d’infliger les sanc-
du Comité National de Désarmement, tions punitives aux éventuels coupables.
de Démobilisation, et Réintégration La finalité du droit pénal est surtout de
des ex-combattants Boko Haram et des favoriser la réintégration-réinsertion so-
groupes armés des Régions du Nord- ciale du délinquant. D’où la connivence
Ouest et Sud-Ouest, tient tant sur sa visée établie entre la politique criminelle et la
curative (A) que sur sa portée préventive politique sociale du Comité National
de ce type de conflit (B). de Désarmement, de Démobilisation,
et Réintégration des ex-combattants
A. Une approche curative de réso- Boko Haram et des groupes armés des
lution de la crise politique Régions du Nord-Ouest et Sud-Ouest.
Admettre que la mise en œuvre du Son but premier n’est pas de sanctionner
Comité National de Désarmement, de les criminels, mais plutôt de les réintégrer
Démobilisation, et Réintégration des dans la société en leur faisant l’offre de
ex-combattants Boko Haram et des la repentance et l’exonération des peines
groupes armés des Régions du Nord- en fonction des cas. L’approche privilé-
Ouest et Sud-Ouest participe de la ré- giée ici est celle de l’apaisement en raison
solution curative de la crise anglophone, même de la nature de la crise. En effet, la
revient à montrer la pertinence des inci- crise anglophone est avant tout une crise
tations mises en place à cet effet. Au rang de légitimité de l’État-Nation54. Les récri-
de ces incitations à la démobilisation et minations pour la plus part font état des
au désarment, figurent l’offre de la re- marginalisations dont cette partie du pays
pentance et du pardon au détriment de la en crise dit être victime. Cette orientation
sanction pénale (1), d’une part, et la réin- de la politique de présente institution
sertion socioprofessionnelle des ex-com- obéit à l’ensemble des récriminations du
battants (2), d’autre part. gouvernement pour justifier la crise. Elle
est par conséquent révélatrice de l’une
1. L’offre de la repentance au détri-
ment de la sanction pénale comme des diverses figures du rapport entre droit
alternative d’apaisement et politique55. La violation du droit pénal,
notamment son volet répressif au profit
Si l’on admet que le droit pénal est du pardon est une approche sociale de
fondamentalement répressif, sa finalité résolution d’une crise politique. Elle per-
54. Nyimi Bekono (L.), « Crise anglophone au Cameroun et mode alternatif de résolution : Le Grand
Dialogue National, [Link]., P. 257.
55. J. Chevallier (J.), « Science du droit et science du politique. De l’opposition à la complémentarité »,
In Droit et politique, [Link]., P. 251.
Le Comité National de Désarmement, de Démobilisation et de Réintégration des ex-combattants ... 209
met de voir comment dans leur rapport, en retour, la résistance des combattants
politique et droit se saisissent mutuelle- sécessionnistes. L’offre de la repentance
ment. Ainsi, le positivisme peut imposer est une approche sociologique de réso-
l’application stricte du droit pénal, alors lution d’un conflit qui tient compte de
que le contexte politique peut recourir à l’état psychologique des combattants.
une alternative qui exempte de la sanction Elle tend à renouer le lien de nationalité
que prône le droit pénal. Cette imbrica- à travers le pardon et la revitalisation du
tion mutuelle invite à réajuster, ou tout au sentiment d’appartenance à une même
moins, à redéfinir, à défaut de le restruc- nation. Ainsi, les perceptions et ressen-
turer, le rapport entre droit et politique. timents anglophones de marginalisation
Le choix de la repentance au détriment du fait de l’État et ses « Francophones »
de la sanction pénale se justifie par le ca- se trouvent confrontés à la stratégie gou-
ractère politique, dans la mesure où son vernementale de la solidarité. Cette stra-
orientation apparait comme l’expression tégie ou approche parait plus efficace que
de la volonté générale, c’est-à-dire des la sanction, dans la mesure où, non seu-
valeurs, des préférences des hommes qui lement elle a une dimension persuasive,
forment la communauté politique, enten- mais aussi une dimension dissuasive56.
due comme un ordre cohérent. Ce choix Persuasive, en ce qu’elle repose sur des
apparait plus adapté au contexte critique. institutions qui, assurent la réinsertion et
En évitant la sanction pénale, on tend la réintégration des ex-combattants plu-
plus vers l’apaisement et la décrispation. tôt que sur la duplicité qui, constituerait
L’application de la sanction en contexte un guet-apens pour les mettre aux arrêts.
d’une crise, a fortiori politique, serait de Cette sincérité renforce la dimension dis-
nature à amplifier celle-ci. Dans la mesure suasive en ce que cette dernière, à travers
où le recours à la répression en pareille l’offre de la formation et de l’emploi, em-
circonstance peut s’apparenter à l’élucida- pêche aux ex-combattants de rallier les
tion de la crise anglophone comme une rangs des sécessionnistes en s’occupant
position martiale de l’État, et susciter, au quotidien57.
56. L’application du Droit pénal révèle aussi une dimension dissuasive à travers son châtiment afin
d’éviter la récidive de l’infracteur. Elle ne s’y intérêt guère à la dimension persuasive à travers l’offre
d’une quelcontre formation et d’emplois.
57. Certains repentis déclarent avoir rejoint les groupes sécessionnistes parce qu’il leur avait été promis
des emplois. C’est du moins ce qui ressort de la déclaration d’une ex-combattante lors de la tenue du
grand dialogue national organisé au Palais des Congrès de Yaoundé du 30 septembre au 4 octobre
2019.
210 Revue africaine de droit et de science politique
En tout état de cause, le primat du par- tion des ex-combattants Boko Haram
don et de la réintégration sur la sanction et des groupes armés des Régions du
se justifie au regard des développements Nord-Ouest et Sud-Ouest est révélatrice
qui précèdent. Le choix de réinsérer les de la contribution de cette institution à
ex-combattants présumés criminels, plu- l’intégration nationale (1). L’on doit par
tôt que de les punir pénalement, a une conséquent renforcer son efficacité (2).
portée sociale et humaniste. En donnant
1. La contribution du Comité Natio-
le travail aux ex-combattants présumés nal de Désarmement, de Démobilisa-
criminels, on favorise leur intégration. tion, et de Réintégration des ex-com-
Car, le travail leur procure un revenu, et battants Boko Haram et des groupes
permet, du même trait que ces derniers armés des Régions du Nord-Ouest et
Sud-Ouest à l’intégration nationale
puissent s’identifier socialement consécu-
tivement à la place qu’ils occupent dans le Toute société, pour être légitime, s’in-
processus de production des biens. C’est vestit dans l’intégration nationale de ses
dire si le choix du pardon et de la réin- membres à travers leur socialisation62.
tégration des ex-combattants contribue Pour mieux appréhender la contribution
assurément à renforcer la cohésion so- du comité national de Désarmement,
ciale. Un tel choix a par ailleurs une visée de Démobilisation, et Réintégration
préventive d’éventuels conflits. des ex-combattants Boko Haram et des
groupes armés des Régions du Nord-
B. La perspective préventive des Ouest et Sud-Ouest à l’intégration natio-
crises politiques par le Comité nale, il importe au préalable de clarifier ce
National de Désarmement, de que l’on entend par ce couple notionnel.
Démobilisation, et Réintégration
Par intégration nationale il faut entendre,
des ex-combattants Boko Haram
et des groupes armés des Régions le processus par lequel les membres
du Nord-Ouest et Sud-Ouest d’une société intériorisent un ensemble
de valeurs, de croyances et représenta-
La visée préventive de la politique so- tions communes, de manière à créer un
ciale du Comité National de Désarme- sentiment de solidarité et d’appartenance
ment, de Démobilisation, et Réintégra- à une même nation. Les défis de l’inté-
62. C.f. Dubet (F.) et Martuccelli (D.), « Théorie de la socialisation et définition sociologiques de
l’école », Revue française de sociologie, 1996, pp. 511-535 ; Darmon (M.), La socialisation, Paris, Armand
Colin, 2016, 128 p ; Jourda (R.), Socialisation et orientation de nos ados, Paris, L’Harmattan, 2016, 240 p. ; Cario
(R.), Jeunes délinquants, à la recherche de la socialisation perdue, Paris, L’Harmattan, 2000, 416 p. ; Tourrilhes
(C.), Construction sociale d’une jeunesse en difficulté : innovations et ruptures, Paris, L’Harmattan,
2008, 205 p.
Le Comité National de Désarmement, de Démobilisation et de Réintégration des ex-combattants ... 213
63. C.f. Makasso (I.), Les défis de l’intégration nationale au Cameroun, ASSEJA, htt://[Link]. du
25/01/2022 ; Fogui (J-P.), l’intégration politique au Cameroun : une analyse centre-périphérie, Paris, LGDJ, 1991,
380 p. ; Bopda (A.), Yaoundé et le défi camerounais de l’intégration, Yaoundé, CNRS, 2003, 422 p.
64. Jiotsa (A.), « L’intégration nationale à l’épreuve des replis identitaires au Cameroun », Revue Doit,
Politique et Sociale en Afrique, volume 1, numéro1, 2019, pp. 2630-1423.
65. Ibid.
66. Ce qui contribuerait certainement à effacer les blessures profondes du fait de la réunification
des deux Cameroun (Conférence constitutionnelle de Foumban de septembre 1961). Il s’agit d’un
mariage que les anglophones qualifie mariage de dupe », pour la simple raison qu’ils estiment d’avoir
214 Revue africaine de droit et de science politique
été pris au piège par l’ancien Président Amadou Ahidjo. Nul doute, la crise qui sévit dans les Régions
du Nord-ouest et du Sud-ouest-est purement politique. À ce titre, la solution semble être politique à
travers les méthodes politiques. .
67. L’application stricte du Droit pénal semble inopportune ici.
Le Comité National de Désarmement, de Démobilisation et de Réintégration des ex-combattants ... 215
Les agents administratifs étant donc des des élites que constituent les militaires
acteurs de premier plan, ils méritent à cet mais aussi des civiles que sont les popu-
effet qu’une oreille attentive leur soit ac- lations. Autrement dit, il y’a relativisation
cordée dans le cadre de la conception de du clivage armée et civil, clivage ayant
politique de cette institution. fortement contribué à cristalliser les crises
En ce qui concerne le fonctionnement, sociales, en ce sens que les deux catégo-
il est nécessités de repenser cette institu- ries étatiques ont longuement été perçues
tion qui a été créée dans l’urgence. Une comme opposés. Une telle cohabitation
logistique appropriée incombe à cet effet conduit au fait que le militaire puisse pen-
pour marquer l’effectivité de cette struc- ser une structure d’insertion sociale des
ture et son apport quotidien à la gestion civils et ex-combattants dans un esprit
pacifique d’une crise qui commence à de socialisation citoyenne soucieuse du
ruiner l’État et ses populations. vivre-ensemble.
Les reformes du Comité National de La réforme du Comité National de
Désarmement, de Démobilisation, et Désarmement, de Démobilisation, et
Réintégration des ex-combattants Boko Réintégration des ex-combattants Boko
Haram et des groupes armés des Régions Haram et des groupes armés des Régions
du Nord-Ouest et Sud-Ouest à envisager du Nord-Ouest et Sud-Ouest sur le plan
peuvent être ressorties à deux niveaux. technique et professionnel est également
D’abord sur le plan politico-administra- à envisager. En effet ses projections se-
tif, puis concernant les dimensions tech- raient fondées sur la tendance de plus en
nico-professionnelles. plus perceptible d’une professionnalisa-
Sur le plan politico-administratif, l’avè- tion de l’action publique68. À cet effet,
nement des centres de réinsertion sociale le militaire professionnel des questions
constituent un nouveau label, une nou- de désarmement, de démobilisation et
velle technologie politique et adminis- de réinsertion sociale et étatique se doit
trative qui indique de plus en plus que d’être à la hauteur de la tâche, de la mis-
les crises sécuritaires et notamment les sion qui n’est plus spécifiquement ou ex-
conflits armés sont des phénomènes so- clusivement d’ordre militaire ou d’ordre
ciaux ordinaires, comme tous les autres. judiciaire. Il faut à cet effet capitaliser
À cet effet, il y a lieu de repenser le sys- d’autres ressources. D’abord, celles d’un
tème sécuritaire comme un système so- intellectuel qui conçoit autrement que par
cial qui exige la participation aussi bien la voie de la guerre la résolution des crises
68. C.f. Le Bianic (T.) et Vion (A.) (dir), Action publique et légitimité professionnelles, Paris, LGDJ, 2008, 347
p. ; Bajard (F.), Crunel (B.), Frau (C.), Nicolas (F.) Et Parent (F.) (dir), Professionnalisation et État, Lille,
PUS, 2018, 322 p.
216 Revue africaine de droit et de science politique
69. Le passage d’un comité de création décrétale à une commission nationale de désarmement, de
démobilisation et de réintégration, des ex-combattants Boko Haram et groupes armés des Régions
du Nord-ouest et Sud-ouest de source légale permettrait non seulement de donner une vitalité à la
Résolution de cette crise socio politique.
70. Il s’agit du centre Régional de Mora dans la partie septentrional et les centres de Buea et Bamenda
dans les Régionaux du Nord-ouest et du Sud-ouest.
Le Comité National de Désarmement, de Démobilisation et de Réintégration des ex-combattants ... 217
sur des incitations pacifiques, contribue Minkoa She Adolph72. L’auteur montre
efficacement à la résolution d’une crise. qu’à travers l’ordonnance n°62/OF/18
Les militaires et les civils professionnels du 15 décembre 1962 portant répression
devraient fortement être impliqués dans de la subversion73, la science politique est
le cercle administratif de ces institutions confortée. En tout état de cause, les pre-
afin que ces opérations désarmement, miers cas d’application de la législation
de démobilisation et de réintégration de anti-subversive « annonçaient en quelque
ces groupes armés soient efficaces et ef- sorte de couleur » sur l’identité de subver-
ficientes. sif dont le statut était largement laissé à
La réintégration s’avère valorisant au la sagacité des gouvernants par une légis-
profit des sanctions pénales dans notre lation imprécise à souhait74. Ce moment
contexte sociopolitique. Il s’agit inéluc- d’antan faisait jaillir quelques soubresauts
tablement les deux visages de la finalité contre l’unité nationale. Le contexte so-
du Droit pénal, injustement transgressé ciopolitique n’est pas le même actuelle-
par ledit comité. En ce sens, la science ment. L’on constate des stigmates d’une
politique est au secours du Droit pénal71. crise sociopolitiques aux « contours im-
Cette approche semble antinomique précis ».
à celle fort élaborée par le Professeur
71. La science politique est, d’une manière générale, une discipline scientifique qui étudie les phéno-
mènes politique. Le débat entre les juristes et les polistes ont toujours été très houleux. Ces derniers
pensent que là ou Droit éprouve des limites, c’est en ce moment que la science politique commence à
mieux s’exprime : Séminaire organisé par le CERCAF à l’université de Yaoundé 2, 2015, sur la nature
du régime politique camerounais.
72. A. Minkoa She, « Ruptures et permanences de l’identité de subversif au Cameroun : le Droit pénal
au secours de la science politique ? », [Link] du 12/11/2021.
73. Cette ordonnance est complétée par la loi n°63/30 du 25 octobre 1963 fixant l’organisation
judiciaire militaire.
74. Ibid.
Protocole de rédaction
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et de ses abonnés des articles originaux (40 pages blications.
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tionnelle pour le contenu et au protocole de ré- but à la fin de l’article. L’appel de note doit suivre
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nom, adresse et courriel ; plus bas, le titre (60
- pour ouvrage, thèse et mémoire : exemple:
lettres au maximum) de l’article suivi du résumé
Kamto (M), Pouvoir et droit en Afrique noire :
et des descripteurs.
essai sur les fondements du constitutionnalisme
- Résumé : dans les États d’Afrique noire francophone,
Fournir un résumé de l’article (50 à 100 mots). LGDJ, Bibliothèque Africaine et Malgache, Pa-
- Descripteurs : ris, 1987, page de l’élément cité.
Identifier 5 à 10 descripteurs (ou thèmes clés - pour les articles scientifiques : exemple : On-
de l’article) qui situent le lecteur sur le contenu de doa (M), «La constitution duale : Recherches sur
l’article scientifique. les dispositions constitutionnelles transitoires au
- Mise en page : Cameroun», Revue africaine de droit et de science poli-
Présenter le manuscrit dactylographié à double tique, Vol.1, n°2, 2000, page de l’élément cité.
interligne avec marge de 2 cm, 25 lignes par page. Au-delà des éléments déjà énoncés et qui
On doit pouvoir en faire des photocopies claires. peuvent restés en l’état, les publications de Science
- Citations : politique devront respectées les exigences sui-
vantes relatives à l’appel de références et à la bi-
Lorsqu’une citation a plus de 4 lignes, la mettre
bliographie :
en retrait (c’est-à-dire aller à la ligne). Elle est suivie
de l’appel de la référence. Mettre entre crochets [ ] Enoncer les références à l’intérieur du texte.
les lettres et les mots ajoutés ou changés dans une Exemple : à la suite d’une idée développée par le
citation, de même que les points de suspension professeur Maurice Kamto, on trouvera la réfé-
pour l’omission de un ou plusieurs mots. rence qui suit, placée avant la ponctuation : (Kam-
to, 1987 : 4). Ici, les deux points permettent d’in-
- Tableaux :
diquer la page. Si c’est une idée développée par
Rendre les tableaux et les graphiques lisibles au plusieurs auteurs, on fera la même chose en sépa-
premier coup d’œil. rant simplement les références par des points vir-
- Mise en relief : gules. Exemples : (Kamto, 1987 : 4 ; Ondoa, 2000
Mettre en italique les titres de livres, revues et : 5). Ici, le lecteur est renvoyé à la bibliographie
journaux, les mots étrangers, les mots et expres- pour y retrouver les titres des livres et articles, cor-
sions qui servent d’exemples dans le texte ; mais respondant aux références ci-haut mentionnées.
«mettre entre guillemets» (sans les souligner) les Leur présentation obéit au schéma ci-après :
titres d’articles et chapitres de livres ainsi que les - Pour les livres et mémoires
mots et expressions que l’on désire mettre en relief.
Kamto, M. 1987, Pouvoir et droit en Afrique noire tation ici obéit au sché- ma de «Appel des réfé-
: essai sur les fondements du constitutionnalisme dans les rences», avec indication du nombre total de pages
Etats d’Afrique noire francophone, Paris : LGDJ, Bi- de la production scientifique citée.
bliothèque Africaine et Malgache. N.B : Les articles sont envoyés à la Revue Afri-
- Pour les articles scientifiques caine de Droit et de Science Politique (R.A.D.S.P)
Ondoa, M. 2000. « La constitution duale : Re- en deux exemplaires dont l’un est un fichier nu-
cherche sur les dispositions constitutionnelles mérique (Word) et l’autre un tapuscrit ou version
transitoires au Cameroun », Revue Africaine de physique. L’auteur d’un article reçoit gratuitement
Sciences Juridiques et Politiques, 2(1) : 80-115 (situer un exemplaire du numéro de parution de son ar-
l’article dans la revue, c’est-à-dire indiquer les ticle. Tout article publié à la Revue Africaine de
pages qu’il couvre dans ladite revue). Droit et de Science Politique devient sa propriété.
- Liste des références : S’il avait déjà été publié dans une autre Revue, son
auteur doit le signaler au directeur de la R.A.D.S.P.
Dresser la liste des œuvres citées et des publi-
cations utilisées pour préparer l’étude ; les classer
dans l’ordre alphabétique des auteurs. La présen-