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Revue Africaine de Droit et Science Politique

Le Comité National de Désarmement,de Démobilisation et de Réintégration des ex-combattants de Boko Haram, RADSP
Copyright
© © All Rights Reserved
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Revue Africaine de Droit et Science Politique

Le Comité National de Désarmement,de Démobilisation et de Réintégration des ex-combattants de Boko Haram, RADSP
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Vol.

X
N°276
I S S N : 2306 - 191X

ĊěĚĊĆċėĎĈĆĎēĊĉĊĉėĔĎęĊę
ĉĊĘĈĎĊēĈĊĕĔđĎęĎĖĚĊ

Janvier-Juin
Spécial
2022
1 er Sem.
EDLK
Les Editions Le Kilimandjaro
REVUE AFRICAINE DE DROIT ET DE SCIENCE POLITIQUE
Directeur : Pr. Magloire ONDOA
Comité scientifique
• Joseph OWONA • Ferdinand MELIN SOUCRAMANIEN
Agrégé de droit public Agrégé de droit public et de science politique,
Professeur à l’Université de Yaoundé II (Cameroun) Professeur à l’Université Montesquieu - Bordeaux IV (France)
• Paul-Gérard POUGOUE • Léopold DONFACK SOCKENG +
Agrégé de droit privé et des sciences criminelles Agrégé de droit public et de science politique,
Professeur à l’Université de Yaoundé II (Cameroun) Professeur à l’Université de Douala (Cameroun)
• Adolphe MINKOA SHE • Marcellin NGUELE ABADA
Agrégé de droit privé et des sciences criminelles Agrégé de droit public et de science politique
Professeur à l’Université de Yaoundé II (Cameroun) Professeur à l’Université de Yaoundé II (Cameroun)
• Luc SINDJOUN • Jean-Claude TCHEUWA
Agrégé de science politique Agrégé de droit public et de science politique,
Professeur à l’Université de Yaoundé II (Cameroun) Professeur à l’Université de Yaoundé II (Cameroun)
• Magloire ONDOA • ATANGANA MALONGUE
Agrégé de droit public et de science politique, Agrégé de droit privé
Professeur à l’Université de Yaoundé II (Cameroun) Professeur à l’Université de Yaoundé II (Cameroun)
• Nadine MACHIKOU
• Janvier ONANA
Agrégé de Science politique
Agrégé de science politique
Professeur à l’Université de Yaoundé II (Cameroun)
Professeur à l’Université de Douala (Cameroun)
•Gérard PEKASSA NDAM
• Jean Marie TCHAKOUA Agrégé de droit public
Agrégé de droit privé Professeur à l’Université de Yaoundé II (Cameroun)
Professeur à l’Université de Yaoundé II (Cameroun) • Patrick ABANE ENGOLO
• Jean NJOYA Agrégé de droit public
Professeur à l’Université de Yaoundé II (Cameroun) Professeur à l’Université de Yaoundé II (Cameroun)
• Jean GATSI • Germain NTONO TSIMI
Agrégé de droit privé Agrégé de droit privé et de sciences criminelles
Professeur à l’Université de Douala (Cameroun) Maître de Conférences à l’Université de Yaoundé II (Cameroun)
• Victor Emmanuel BOKALLI • Robert MBALLA OWONA
Agrégé de droit privé Agrégé de droit public
Professeur à l’Université de Yaoundé II (Cameroun) Professeur àà l’Université de Douala (Cameroun)
• André AKAM AKAM • Fabien NKOT
Agrégé de droit privé Professeur à l’Université de Yaoundé II (Cameroun)
Professeur à l’Université de Yaoundé II (Cameroun) • Vincent NTUDA EBODE
• Martin BLEOU Professeur à l’Université de Yaoundé II (Cameroun)
Agrégé de droit public et de science politique • SPENER YAWAGA
Professeur à l’Université d’Abidjan Cocody (Côte d’Ivoire) Professeur à l’Université de Ngaoundéré (Cameroun)
• Théodore HOLO • Jacques BIAKAN
Agrégé de droit public et de science politique Professeur à l’Université de Yaoundé II (Cameroun)
Professeur à l’Université d'Abomey Calavi (Bénin) • Eric Mathias OWONA NGUINI
• Jean Du Bois de GAUDUSSON Professeur à l’Université de Yaoundé II (Cameroun)
Agrégé de droit public et de science politique • Cyriaque ESSEBA
Professeur à l’Université de Bordeaux IV- Montesquieu (France) Maître de Conférences à l’Université de Yaoundé II (Cameroun)
• Fabrice MELLERAY • Michel KOUNOU +
Agrégé de droit public et de science politique Maître de Conférences à l’Université de Yaoundé II (Cameroun)
Professeur à l’Université Montesquieu - Bordeaux IV (France) • Jacques KWIMO
• Alain ONDOUA Maître de Conférences à l’Université de Yaoundé II (Cameroun)
Agrégé de droit public et de science politique
Professeur à l’Université de Yaoundé II (Cameroun)

Comité de rédaction
•Alex TJOUEN • Martial ATEBA
Agrégé de droit privé et de sciences criminelles Docteur Ph/D en science politique
Maître de Conférences à l’Université de Yaoundé II (Cameroun) Chargé de cours à l’Université de Yaoundé II (Cameroun)
• Jean Luc ENGOUTOU • Yves Patrick MBANGUE NKOMBA
Docteur Ph/D en droit public
Chargé de cours à l’Université de Yaoundé II (Cameroun) Docteur Ph/D en science politique
• Aimé Christel MBALLA ELOUNDOU Chargé de cours à l’Université de Yaoundé II (Cameroun)
Docteur Ph/D en droit public Maître Assistant CAMES
Chargé de cours à l’Université de Yaoundé II (Cameroun) • Brice Christian ALOGO NDI
• Patrick Henri ASSIENE NGON Doctorant en droit public
Docteur Ph/D en droit public Assistant à l’Université de Yaoundé II (Cameroun)
Chargé de cours à l’Université de Yaoundé II (Cameroun)
Maître Assistant CAMES
Vol X, N° 27, spécial - 1er semestre

Revue africaine de droit


et de science politique
RADSP

© Les Éditions Le Kilimandjaro

EDLK
Les Editions Le Kilimandjaro
POLITIQUE REDACTIONNELLE

La Revue Africaine de Droit et de Science politique (RADSP) vise la pro-


motion des sciences juridiques et politiques. C’est pourquoi, elle reçoit des
contributions de doctrine livrant des réflexions sur les questions ou pro-
blématiques actuelles de droit privé, de droit public, de sciences criminelles
et de science politique. L’objectif est de fournir la preuve, au travers de
cette pluralité des grilles d’analyse, que la prétendue division des sciences
juridiques et politiques est beaucoup plus formelle que substantielle ; l’ana-
lyse profonde des rapports entre les Hommes dans la société ne saurait se
satisfaire d’une telle scission.
Sommaire
Droit
Roje TADJIE : Le Président de transition dans le nouveau constitutionnalisme des États
d’Afrique noire francophone ............................................................................................................................................................... 7
Odile Emmanuelle MFEGUE SHE : La répression des crimes internationaux par
les juridictions camerounaises ........................................................................................................................................................... 41
NCHANKOU NJINDAM : Le rôle du notaire dans la lutte contre l’escroquerie foncière
au Cameroun .................................................................................................................................................................................................. 65
Myriam Annie MEBOUTA : Réflexions sur les conflits directs de la succession
polygamique générés par les descendants successibles au Cameroun ....................................................... 91
Alice WANDA KOUEKEM : La qualité du médicament sur le marché camerounais .............. 113
Maginnot ABANDA AMANYA : Le contenu local dans les droits miniers africains :
approches comparées ........................................................................................................................................................................... 139
Jean Marie NDZALI : La protection des droits moraux à l’épreuve des réseaux sociaux
en droit camerounais ............................................................................................................................................................................ 173
Georges NFOUTCHA : Le Comité National de Désarmement, de Démobilisation et
de Réintégration des ex-combattants de Boko Haram et des groupes armés des Régions
du Nord-ouest et du Sud-ouest au Cameroun (CNDDR) : une paradoxale institution de
résolution d’une crise politique au regard de l’application du Droit pénal ......................................... 193
Jean Faustin EKONGOLO : La nature juridique du mécanisme de mobilisation des
créances commerciales par cession de créance a titre de garantie ................................................................ 219
Antoine Lionel BEKOLO ATEBA : Le recouvrement des impôts locaux et la
décentralisation au Cameroun ..................................................................................................................................................... 245

Science politique
Blaise-Jacques NKENE : Action publique et protection/promotion des créateurs d’œuvres
de l’esprit au Cameroun .....................................................................................................................................................................269
DEKOUM TA NDA H.M. : The Political Elites during Crises: Understanding the Role of
the Cameroon Political Elite in the Anglophone Crisis .........................................................................................287
MEKASSI ETOGO : Pouvoir discrétionnaire du Président de la République et
pression populaire dans le cadre de la formation des gouvernements et des
remaniements ministériels au Cameroun ........................................................................................................................... 317
Joseph Thierry OKALA EBODE : Le retour des coups d’État en Afrique noire francophone :
une histoire qui bégaie ?.......................................................................................................................................................................341
Sandrine FEUDJOU MBOMBA : Comprendre la société civile au Cameroun : entre
dépassement des canaux traditionnels et réinvention de la participation politique ?....................363
Rodrigue Juvial MBAPPE : La diplomatie économique camerounaise à l’épreuve de l’accord
de partenariat économique (APE) Union européenne – Afrique centrale ............................................387
La coordination de ce numéro de la Revue Africaine de Droit
Public a été assurée par Magloire Ondoa, Agrégé de Droit public
et de Science politique, Professeur à l’Université de Yaoundé II -
Soa (Cameroun)

Tous droits de reproduction, d’adaptation et de


traduction pour tous procédés réservés pour tous
pays sauf autorisation du directeur de la revue.

Édition, administration, abonnements


Les Éditions le Kilimandjaro,
B.P. : 5455 Yaoundé - Cameroun
Tél : 00237 222 72 86 49
Courriel : lekilimrevue@[Link]
ISSN- 2306 - 191X
Dépôt légal : Juillet 2022
Droit
Le Comité National de Désarmement,
de Démobilisation et de Réintégration des
ex-combattants de Boko Haram et des groupes
armés des Régions du Nord-ouest et du Sud-
ouest au Cameroun (CNDDR) : une paradoxale
institution de résolution d’une crise politique au
regard de l’application du Droit pénal
Georges NFOUTCHA

Résumé
L’application du Droit pénal demeure un dogme dans toute société politique. La violation
de cette discipline semble être incompréhensible. C’est le cas du Décret n°2018/719 du
30 novembre 2018 créant le Comité National de Désarmement, de Démobilisation, et
Réintégration des ex-combattants du Boko Haram et des groupes armés des Régions du
Nord-Ouest et Sud-Ouest. Une institution qui vient contourner les conditions d’applica-
tion d’une loi. Elle est non seulement anticonstitutionnel, mais aussi en contradiction avec
la mise en œuvre du Droit pénal. Son plausible passage du comité à la commission votée
par le parlement devrait résoudre cette épineuse contradiction. Nonobstant cette réalité, la
primauté du contexte socio-politique justifie, sans doute, le prétexte de violation du Droit
pénal par la politique de cette institution. L’application de la loi pénale est donc sacrifiée
au profit des exigences politiques. Il ne devrait pas être surprenant de constater que la
politique prime sur les normes, en ce sens, elle les faire codifier sous un élan de rapport de
force. Une curiosité qui se justifie par la nécessité d’une sociologie du Droit pénal qui doit
aussi intégrer nos habitudes de positivistes. Cette technique parait plus efficace qu’une
sanction dans le cadre du processus de construction de l’unité nationale. Cette institution
et ses services déconcentrés devraient être plus efficaces en impliquant au mieux le person-
nel militaire et les professionnels aguerris. Les stages de recyclage et de perfectionnement
devraient être organisés périodiquement afin que le triptype : « Désarmement », « Démo-
bilisation » et « Réintégration », soit de plus en plus une réalité.

Mots clés
Sociologie du Droit pénal, société politique, institution, parlement, positiviste.
194 Revue africaine de droit et de science politique

Abstract
The application of the Criminal Law remains a dogma in any political society. Violation
of this discipline seems incomprehensible. This is the case of Decree No. 2018/719 of
30 November 2018 creating the National Committee for the Disarmament, Demobi-
lisation and Reintegration of ex-combatants of Boko Haram and armed groups in the
North West and South West Regions. An institution that circumvents the conditions
of application of a law. It is not only unconstitutional, but also in contradiction with the
implementation of criminal law. Its plausible passage from the committee to the commis-
sion voted by the parliament should resolve this thorny contradiction. Notwithstanding
this reality, the primacy of the socio-political context undoubtedly justifies the pretext of
violation of criminal law by the policy of this institution. Criminal law enforcement is
thus sacrificed to political demands. It should not be surprising to note that politics takes
precedence over norms, in the sense that they are codified under the impetus of a power
struggle. This curiosity is justified by the need for a sociology of criminal law that must
also integrate our positivist habits. This technique seems more effective than a sanction in
the process of building national unity. This institution and its decentralised services should
be more effective by involving military personnel and seasoned professionals. Refresher
and advanced training courses should be organised periodically so that the triptych: “Di-
sarmament”, “Demobilisation” and “Reintegration”, becomes more and more a reality.

Keywords
Sociology of criminal law, political society, institution, parliament, positivist.
Le Comité National de Désarmement, de Démobilisation et de Réintégration des ex-combattants ... 195

Introduction tion préalable.


D’après les termes de l’article 2 du Dé-
Depuis l’année 2011, le Cameroun vit cret, le désarmement consiste à accueillir,
au rythme des crises politiques dans le et à déposséder les ex-combattants des
septentrion1 et dans les Régions du Nord- armes, à collecter, à répertorier et à stoc-
ouest et du Sud-ouest2. Dans l’optique de ker les armes et munitions remises vo-
favoriser le retour à la paix et à la stabilité, lontairement par eux, et enfin à prendre
plusieurs modes alternatifs de résolution3 toutes les dispositions appropriées pour
ont été mis en œuvre4. Dans cette veine, la destruction desdites armes, minutions
le président de la République par Décret et explosifs en liaison avec les adminis-
n°2018/719 du 30 novembre 2018, a trations compétentes. La démobilisation
procédé à la création du Comité Natio- renvoie à l’ensemble des opérations visant
nal de Désarment, de Démobilisation et à mettre en œuvre un dispositif permet-
Réinsertion des ex-combattants. Ce texte tant de décourager ou de relâcher l’action
a pour finalité de résoudre la situation des ex-combattants. Il s’agit en d’autres
critique qui y prévaut. L’opérationnalité termes d’assurer la gestion, l’encadrement
de cette décision repose sur trois actions de ces derniers, leur apporter une assis-
essentielles, notamment le désarmement, tance multidimensionnelle dans le cadre
la démobilisation et la réintégration des de leur préparation à la réinsertion sociale.
ex-combattants. Ces trois modes opéra- La réinsertion quant à elle consiste en la
toires sont chacun pourvus d’un sens et prise des dispositions nécessaires face à
d’une signification qui ne peuvent aisé- la radicalisation des ex-combattants, de
ment être saisis qu’à travers leur clarifica- mener des actions de sensibilisation et

1. La secte Boko Haham trouve ses origines directes dans le Nord du Nigéria afin de s’étendre dans la
partie septentrionale du Cameroun, ayant pour principal revendication le radicalisme musulman. Sur la
question confère : Adam Higazi, « Les origines et la transformation de l’insurrection de Boko Haram
dans le Nord du Nigeria », Revue Politique africaine, 2013/2, n° 130, pp. 137-164 ; Seignobos (C.), Boko
Haram : « Innovations guerrières depuis les monts Mandara », Revue Afrique contemporaine, 2014/4, pp.
149-169 ; Pekekue Aretouyap (A.S.), La vulnérabilité du Cameroun face à la montée en puissance du djihadiste :
la cas de Boko Haram dans la partie septentrionale du Cameroun, Paris, Edilivre, 2014, 156 p.
2. Ce conflit découle de la situation sociaux-politique spécifique des Régions du Nord-Ouest et du
Sud-Ouest du Cameroun depuis 12 octobre 2016. Il s’agit précisément de la revendication corporatiste
des avocats et des enseignants, qui a basculé progressivement jusqu’à nos vers des revendications. Sur
la question, voir : Bouopda Kame (P.), La crise anglophone au Cameroun, Harmattan, Yaoundé, 2018, 189 p.
3. Nyimi Bekono (L.), « Crise anglophone au Cameroun et mode alternatif de résolution : Le Grand
Dialogue National », Revue Africaine de Droit et Science Politique, 1er Semestre, 2020, P. 257.
4. Il s’agit notamment de la création de la Commission Nationale du Bilinguisme et du multicultura-
lisme, et le Grand Dialogue National tenu au palais des Congrès de Yaoundé du 30 septembre au 4
octobre 2019.
196 Revue africaine de droit et de science politique

d’apporter une assistance multidimen- pénal dont la finalité est la sanction de


sionnelle aux communautés d’origine, l’infraction pour dissuader de telles éven-
aux fins de faciliter la réintégration des tualités et favoriser si possible la réinser-
démobilisés, d’aider à leur réinsertion par tion sociale du délinquant6. Dans cette
l’organisation, la formation, la mise à dis- perspective, si l’on admet en réalité, la
position d’outils ou moyens de produc- convergence des finalités entre le Décret
tion et d’assistance à la création d’activités et le droit pénal, pour la résolution de la
génératrices de revenus. crise dans les régions susmentionnées,
Les orientations ainsi déclinées du Co- le Décret est en contradiction avec la lo-
mité, permettent de prendre acte de ce gique de l’application de la loi pénale. Il
que ce dernier, s’identifie à la fois comme en est ainsi dans la mesure où, ce texte
une approche curative et préventive de privilégie l’exonération de la sanction pé-
telles crises politiques. Il s’agit d’une in- nale au profit du pardon7. Qui plus est,
citation sélective5 visant à résoudre une la satisfaction, du moins psychologique,
crise à court et à long termes par l’offre des victimes collatérales8, serait de voir les
de la repentance, du pardon, de la réinser- criminels en subir des sanctions pénales
tion et la réintégration sociale. En dépit proportionnées à leurs faits domma-
de cette intention vertueuse au regard geables. Il faut relever que le Droit pénal
de l’idéal recherché, le Décret portant est certainement l’une des branches du
création dudit comité semble a priori en Droit criminel9 ayant pour objet tradi-
contradiction avec l’application du droit tionnel la prévention et la répression des

5. Mancur (O.), La logique de l’action collective (1966), Paris, Trad., PUF, 1978.
6. La réintégration social est nul doute l’une des finalités du Droit pénal. Elle n’y échappe aux préoc-
cupations actuelles de la politique criminelle.
7. L’on admet certes que l’admission dans les centres régionaux qui ont été créés à cet effet tient compte
de la gravité des crimes commis par les éventuels ex-combattants à intégrer. Toutefois, le hiatus de-
meure dans la procédure de qualification de la gravité de l’infraction, dans la mesure où sincérité du
délinquant à dévoiler les crimes commis peut être sujette à caution.
8. À titre illustratif, Ceux qui ont perdu un membre ou des édifices du fait des criminels de la secte
Boko Haram et des séparatistes des zones du nord-ouest et du sud-ouest.
9. Cette expression renvoie au « Droit des crimes », appréhendant ainsi la matière sous sa dimension
« normative » (La norme) ou « incriminatrice » (L’incrimination). Si, pour certains, l’expression est
synonyme de « Droit pénal », pour d’autres, elle a une portée plus large. Ainsi est-il soutenu que le
« Droit criminel » offre une « vision juridique du phénomène criminel » dont le Droit pénal n’est qu’une
composante : Kolb (P.) et Leturmy (L.), Cours de Droit pénal général, Paris, 5e Gualino, 2020, P. 23. Selon
Roger Bernardini, le Droit criminel s’intéresse à un « phénomène social particulièrement grave qui
recouvre les multiples aspects du « phénomène criminel » : il import au préalable d’en saisir l’état. Ce
permettra de cerner autant que possible les conceptions et mises en œuvre très variées de la lutte que
les sociétés doivent mener contre ce phénomène (...) ». Cette définition attribuée au Droit criminel fait
Le Comité National de Désarmement, de Démobilisation et de Réintégration des ex-combattants ... 197

infractions10. Il gouverne « l’ensemble tant qu’organe et mécanisme14. La propo-


des règles ayant pour objet de détermi- sition d’une définition institutionnelle du
ner les actes antisociaux, de désigner les contrat en Droit privé ne cesse de nous
personnes pouvant être déclarées respon- ébranler l’esprit en doctrine15.
sables et de fixer les peines qui leur sont Toutes ces données ne devraient pas
applicables »11. occulter la principale difficulté dans
L’institution quant à elle, est une idée l’étude du Comité National de Désar-
d’œuvre ou d’entreprise qui se réalise et mement, de Démobilisation, et de Ré-
dure juridiquement dans un milieu so- intégration des ex-combattants du Boko
cial ; pour la réalisation de cette idée, un Haram et des groupes armés des Régions
pouvoir s’organise qui lui procure des or- du Nord-Ouest et Sud-Ouest en contra-
ganes ; d’autre part, entre les membres du diction avec l’application du Droit pé-
groupe social intéressé à la réalisation de nale. Que révèlent-elles de l’application
l’idée, il se produit des manifestations de contradictoire de la loi pénale de ce texte
communion dirigées par les organes du et les nécessités sociales ? C’est donc dans
pouvoir et réglées par des procédures12. la perspective de la sociologie du Droit
Elle se caractérise donc par sa durée et pénal qu’il convient de mener cette ré-
sa construction organisée13. En ce sens, flexion16. Il s’agit en d’autres termes de
l’institution découle de deux visages, en voir comment les rapports entre le fait so-
générer le crime, parmi les trois infractions connues, dans son aspect sociologique. Pourtant, le délit
incarne une entité logée dans le Droit pénal, qui fait lui-même partie du Droit criminel à notre avis.
10. Cornu (G.)(dir), Vocabulaire juridique, Paris, 13e éditions PUF, 2020, p. 747.
11. Kolb (P.) et Leturmy (P.), Cours de Droit pénal général, [Link]., p. 23.
12. Hauriou (H.), Aux sources du Droit : le pouvoir, l’ordre et la liberté, Paris, coll. Cahiers de la Nouvelle journée,
1993, p. 96.
13. RICCI (J. C.), Introduction à l’étude du Droit, Paris, 3e éd, Hachette, 2012, p. 107.
14. Puisque le vocabulaire juridique Gérard CORNU la définit en ces termes : « En sens général et
large, éléments constituant la structure juridique de la réalité sociale ; ensemble des mécanismes et
structure juridique encadrant les conduites au sein d’une collectivité » : CORNU (G.)(dir), Vocabu-
laire juridique, [Link]., p. 553.
15. Moneboulou Minkada (H. M.), « La question de définition du contrat en Droit privé : essai d’une
théorie institutionnelle », Revue de l’ERSUMA, n° 06, Janvier 2016, p. 128 : « L’enjeu mineur a consisté
en la proposition d’une définition institutionnelle du contrat. À ce titre, on a défini comme un accord
de volonté assujetti aux règles préétablies pour pouvoir produire des effets de Droit ».
16. Une discipline qui intègre non seule l’application du Droit, assortie des variantes sociologiques. Elle
diffère de la criminologie, en ce sens que la sociologie du Droit pénale est dépourvue de la statistique,
la médecine légale, la psychologie. C.f. Faget (J.), Sociologie de la délinquance et de la justice, Paris, Erès, 2009,
160 p. ; Cauchie (J-F), Compte rendu du livre de Philippe Robert, la sociologie du crime, Paris, La Découverte, 2005 ;
Mucchielli (L.), « Les champs de la sociologie pénale. Vingt ans de recherche et de débats dans (1977-
1997) », Revue Déviance et société, 1999, pp. 3-40. ; Jean (J-P), Sociologie du Droit. La nuit et le Droit pénal,
définitions juridiques et représentations sociales, Paris, PUF, 1976, 22 P.
198 Revue africaine de droit et de science politique

cio-politique et la règle de droit peuvent la violation flagrante de la loi pénale par


interagir de manière à déterminer le choix le Décret présidentielle (I) ; mais, celle-ci
d’appliquer ou de violer cette dernière. peut se justifier par les contraintes situa-
En privilégiant l’approche sociologique, tionnelles liées au contexte social, les-
l’on admet que la norme juridique est à quelles siéent avec la solution alternative
la fois le produit de rapports de force que propose le Décret (II).
sociopolitiques et l’instrument privilégié
de régulation des comportements des I. La transgression regrettable du
acteurs qui vivent au sein d’une société droit pénal par le décret portant
donnée17. Par conséquent, les usages du création du comité national de
droit dépendent de leur portée sociale18. désarmement, de démobilisation
En mettant en exergue cette corrélation et réintégration des ex-combat-
entre le social et le juridique pour saisir tants Boko Haram et des groupes
la contradiction entre le Décret portant armés des régions du Nord-Ouest
création de cette institution et la loi pé- et Sud-Ouest
nale19, l’on voudrait ici assumer le postulat
suivant lequel le contexte détermine l’ap- Le Droit pénal semble être la norme
plication ou la violation de la loi pénale la moins transgressée à raison de son
en fonction des situations et des rapports caractère intimidateur, contrairement à
de force socio-politiques qui prévalent. d’autres disciplines. C’est une réalité ir-
En d’autres termes, il peut arriver qu’un récusable, à travers les condamnations
contexte sociopolitique impose la trans- et les peines qu’il secrète. Les personnes
gression du droit pénal au profit d’une physiques s’en méfient dans leur quoti-
méthode alternative, l’important étant dien 20. Les personnes morales n’en sont
tributaire de la finalité recherchée. Dans guère épargnées21. Nonobstant toutes
le cas d’espèce, on peut certes regretter ces mesures, le Droit pénal emprunte
17. Chevallier (J.), Droit et Politique, note présentation, C.U.R.A.P.P, Paris, P U F, 1993, p. 5.
18. Lochak (D.), Les usages sociaux du droit, C.U.R.A.P.P., Université Picardie Jules Verne, Paris, 1989, 335
p. ; Israel (L.), Sacriste (G.), Vauchez (A.) Et Willemez (L.), Sur la portée sociale du droit. Usages et légitimité
du registre juridique, Paris, P.U.F, 2005, 395 p.
19. Il existe un « cordon ombilicale » entre l’institution et la loi. C’est la loi qui crée l’institution, c’est-à-
dire une idée d’œuvre notamment à vocation perpétuelle. En sens général et large, élément constituant
la structure juridique de la réalité sociale ; ensemble des mécanismes et structures juridiques encadrant
les conduites au sein d’une collectivité (….) : Cornu (G.), Vocabulaire juridique, [Link]., p. 552.
20. Seules capables d’intelligence, de volonté, pouvant être responsables et punissable d’infraction.
À ce titre, Bernardini (R.), Droit criminel volume II- L’infraction et la responsabilité, Bruxelles, 2e éd Larcier,
2015, P. 508.
21. Delmas-Marty (M.) et Alii, « La responsabilité pénale dans l’entreprise, vers un espace judiciaire
unifié ? », Revue de Science Criminelle et de Droit comparé, 1997, pp. 253 et s ; Danti –Juan (M.), « La respon-
Le Comité National de Désarmement, de Démobilisation et de Réintégration des ex-combattants ... 199

un développement considérable avec les le Droit pénal classique demeure le plus


nouvelles infractions telles que la cyber- saisissant. Il a toujours été à l’épicentre de
criminalité et le blanchiment des capi- toute politique criminelle dans les États
taux, entre autres. Elles sont nées natu- africains en général, et au Cameroun par-
rellement de l’évolution de la société. Les ticulièrement.
données scientifiques nouvelles et les in- Le Comité National de Désarmement,
dispensables réflexions juridiques qu’elles de Démobilisation, et de Réintégration
entrainent, s’inscrivent dans le cadre de des ex-combattants du Boko Haram
cette discipline essentielle et réaliste, im- et des groupes armés des Régions du
prégnées aussi bien des préoccupations Nord-Ouest et Sud-Ouest justifie cet
vives de l’opinion que des conceptions état de chose. Il est né dans un contexte
modernes de politiques criminelles22. La nécessitant de mettre fin aux atrocités
prise en compte de la réalité sociale par le qui sévissent dans la partie septentrio-
législateur ne saurait être « taillée sur me- nale et les Régions du nord-ouest et du
sure », puisque le Droit n’a pas de réponse sud-ouest. Il a été créé par décret du
à tout, mais a vocation à tout régir23. L’ef- Président de la République n°2018/719
facement de la légalité trouve une autre du 30 novembre 2018 dans le contexte
explication dans l’incapacité scientifique d’une offre de paix25. Mais cette création
du législateur de tout prévoir24. Sur ce, devrait s’arrimer aux cadences de la léga-

sabilité pénale des sociétés », RPDP, 2002, pp. 91 et s ; Matsopoulou (H.), « Les conséquences de la
responsabilité morale des personnes morales », Droit et patrimoine, 2006, pp. 48 et s ; Boeringer (C.)
et Millerand (A.), « La responsabilité des personnes morales : une casuistique diverse au sein d’une
jurisprudence cohérente », Dr. Pén., 2014, étude n°5 ; Faivre (P.), « La responsabilité pénale des per-
sonnes morales », RSC, 1958, pp. 547 et s ; Franchi (F.), « A quoi peut bien servir la responsabilité des
personnes morales ? », RSC, 1996, pp. 277 et s.
22. Bernardini (R.), Droit criminel, Volume I-Eléments préliminaires, [Link]., 308 p.
23. Moukete Ekoume (F.G), Le droit des affaires et la fiction, Thèse Université de Douala, 2019, P. 2.
L’auteur corrobore les pertinents propos de son homologue sur le fait que le Droit français brille par
son incapacité de rendre compte de certains phénomènes : BOUCHARD (C.), La personnalité morale
démythifiée. Étude de Droit comparé franco-Québécois sur la notion de personnalité morale et de patrimoine d’affectation,
Québec, Les Presses de l’Université de Laval, 1997, P. 23.
24. Mayaud (Y.), Droit pénal général, Paris, 5e éd PUF, 2015, P. 34.
25. Soit trois semaines seulement après l’annonce de sa mise sur pieds le 06 novembre 2018 par
le Président de la République lors de sa prestation de serment à l’issue de brillante réélection à la
Magistrature suprême. Il a réitérée cette offre de paix dans son important message à la nation le 10
septembre 2019 en ces termes : « J’ai adressé une offre de paix aux membres des groupes armés, en
les invitant de déposer les armes et à bénéficier d’un processus de réintégration de la société. À cet
effet un comité national de désarmement, démobilisation et de réintégration a été créé. Les centres
régionaux de désarmement accueillent progressivement de nombreux ex combattants qui acceptent
volontairement de déposer les armes. Nous allons continuer à déployer nos efforts nécessaires pour
que ce processus soit pleinement opérationnel ».
200 Revue africaine de droit et de science politique

lité, surtout de la légalité constitutionnelle. (1). Elle a notamment pour conséquence


Il s’agit d’un décret pris dans le cadre des palpable, la transgression de la hiérarchie
règlements. L’article 27 de la loi constitu- des normes juridiques (2).
tionnelle du 18 janvier 1996 dispose que :
1. La violation permissive de la norme
« Les matière autres que celles qui sont du pénale
domaine de la loi ressortissent au pouvoir
réglementaire ». La loi est votée par le par- Les combattants de Boko Haram et
lement26. La détermination des crimes et des groupes armés des Régions du Nord-
délits, et l’institution des peines de toute Ouest et Sud-Ouest commettent des
nature, entre autres, relève de cette loi27. infractions portant atteintes à la sûreté
La mise en place de cette institution intérieure de l’Etat. Il s’agit précisément
traduit une double transgression du Droit de l’infraction de bandes armée prévue
pénal au regard des difficultés fonction- et réprimée par l’article 115 de la loi n°
nelles (A) liées à la faiblesse de ses fonde- 2016/007 du 12 juillet 2016 portant Code
ments structurels (B). pénal28. Le premier paragraphe de cette
disposition légale précise que : « Est puni
A. Une transgression procédurale du de l’emprisonnement à vie tout indivi-
Comité National de Désarmement, du qui, dans le but de commettre l’une
de Démobilisation, et Réintégration des crimes de sécession, guerre civile,
des ex-combattants Boko Haram et
de révolution, ou pour empêcher l’ac-
des groupes armés des Régions du
Nord-Ouest et Sud-Ouest dans l’en- tion de la force publique contre les au-
vironnement pénal teurs de ces crimes, organise une bande
armée ou y exerce une fonction ou un
Le Comité National de Désarmement, commandement quelconque ou parti-
de Démobilisation, et Réintégration des cipe avec cette bande à l’exécution ou à
ex-combattants du Boko Haram et des la tentative d’exécution de ces crimes ».
groupes armés des Régions du Nord- À ce titre, tout individu ayant seulement
Ouest et Sud-Ouest risque d’être un participé à la réunion de cette bande est
« cailloux dans la chaussure » au proces- puni d’un emprisonnement de dix (10)
sus de mise en œuvre du Droit pénal, à à vingt (20) ans29. L’alinéa 3 de ce texte
travers la violation de la norme pénale ajoute que : « Constitue une bande armée
26. Article 26 alinéa 1 de la loi constitutionnelle du 18 janvier 1996.
27. Article 26 alinéa 6 de la constitution du 18 janvier 1996.
28. C.f. Dzeukou (G. B.) (dir), Code Pénal annoté et commenté, t. 1, Bafoussam, Editions juridique camerou-
naise, 2007 ; 575 p ; Anoukaha (F.), Le Code pénal du 12 juillet 2016 et lutte contre la corruption au Cameroun,
Yaoundé, Les Grandes éditions, 2017, 189 p.
29. Art. 115 alinéa 2 du Code pénal.
Le Comité National de Désarmement, de Démobilisation et de Réintégration des ex-combattants ... 201

pour l’application du présent article, tout en mouvement par l’administration est


rassemblement d’au moins cinq (05) per- écartée, puisque l’institution créée est la
sonnes dont l’une au moins est porteuse forte volonté du Chef de l’État et Chef
d’une arme apparente ou cachée ». suprême de l’administration. Néanmoins,
Les auteurs, complices ou conspira- les ayant-droits des victimes conservent
teurs de ces infractions qui se repen- leurs droits de poursuites judiciaires.
tissent auprès du Comité National de Toutefois, certaines mesures tendant
Désarmement, de Démobilisation, et à mettre fin à l’action publique existent
Réintégration des ex-combattants du lorsqu’elle est déclenchée. Il s’agit de
Boko Haram et des groupes armés des l’arrêt de poursuite commandée par l’ar-
Régions du Nord-Ouest et Sud-Ouest ne ticle 64 du Code de procédure pénal. Ce
sont nullement mis à l’abri quant à leur texte précise que : « Le Procureur Gé-
responsabilité pénale. Ces représailles néral près une Cour d’Appel peut, sur
existent bel et bien. Les pouvoirs publics autorisation du Ministère de la Justice,
tiendront leur promesse à ne pas le faire, requérir par écrit puis oralement, l’arrêt
puisque cette institution est créée pour des poursuites pénales à toute stade de
résoudre un problème précis, en l’occur- la procédure avant l’intervention d’une
rence la fin des hostilités dans ces parties décision au fond, lorsque ces procédures
du territoire. Cependant, toute victime sont de nature à compromettre l’intérêt
même indirecte, est fondée à mettre en social ou la paix publique ». À l’analyse,
mouvement l’action publique. A titre il- l’intérêt social ou la paix publique, semble
lustratif, le cas d’un assassin ayant causé être la condition qui détermine l’arrêt de
la mort à presque toute une famille qui l’action publique. Le Code susvisé ne le
loge paisiblement dans l’un des centres définit guère, ce qui laisse penser à un
dédiés par cette institution. Le Ministère concept flou et couronné de subjectivité.
public, au nom de la loi doit pouvoir À l’égard des présumés auteurs de tant
déclencher les poursuites. Rien ne l’em- de bestialités, l’arrêt de poursuites engagé
pêcherait. D’autres procédés de mise en par l’Autorité judiciaire au nom de l’inté-
mouvement de l’action publique sub- rêt social ou la paix sociale serait-il perti-
sistent. L’article 60 du Code de procédure nent ? La seule option d’interpellation des
pénale prescrit que : « L’action publique bandes armées, et autres, même s’ils en
est mise en mouvement et exercée par le sont libérés plus tard, pourrait dénaturer
Ministère public. Elle peut aussi être mise l’objectif visé par le Comité National de
en mouvement par une administration ou Désarmement, de Démobilisation, et Ré-
par la victime, dans les conditions déter- intégration des ex-combattants Boko Ha-
minées par la loi ». En l’espèce, la mise ram et des groupes armés des Régions du
202 Revue africaine de droit et de science politique

Nord-Ouest et Sud-Ouest. Le taux de re- pour la paix et la stabilité socio-écono-


pentis demeurerait certainement faible, si mique dans cette partie du territoire na-
aucun criminel n’était interpellé. En effet, tional.
l’intérêt social et la paix publique ne sau- Au vu de ce état de chose, ces combat-
rait justifier la libération des criminels. Le tants et groupes armés qui ont bien l’in-
Président avait alors procédé à l’arrêt des tention de se repentir dans ces centres,
poursuites contre 289 personnes arrêtées ont peur des représailles. Cette crainte
pour des délits commis dans le cadre de s’explique par l’absence d’une institution
la crise anglophone30. Cette aubaine ré- adéquate. Elle nait d’une volonté poli-
sulte de « La volonté du Chef de l’État tique certes, mais avec un impact sur la
de permettre à nos jeunes compatriotes hiérarchie des normes qui, semble être
de ces deux régions désireux de renoncer mise en ballotage.
à la violence et de revenir dans le droit
2. La hiérarchie des normes juridique
chemin de pouvoir de nouveau participer en ballotage
à la grande construction nationale », pré-
cise un communiqué du Secrétaire Géné- La création du Comité National de
ral de la Présidence de la République du Désarmement, de Démobilisation, et
Cameroun, Ferdinand Ngoh Ngoh. Elle Réintégration des ex-combattants du
concerne seulement les délits. Les prin- Boko Haram et des groupes armés des
cipaux leaders de la cause séparatiste ne Régions du Nord-Ouest et Sud-Ouest
sont pas concernés par cette mesure, ce par décret présidentiel n° 2018/719 du
qui semble une faiblesse de cette décision 30 novembre 2018 semble salutaire dans
politique31. La prise en compte des crimes l’environnement social. Le bilan le dé-
devrait y avoir une tournure significative montre relativement ces derniers jours32.

30. « J’ai décidé ce jour de l’arrêt des poursuites pendantes devant les tribunaux militaires contre 289
personnes arrêtées, pour des délits commis dans le cadre de la crise dans les régions du nord-ouest et
du sud-ouest. Cette décision devra être mise en œuvre à la diligence du Ministre délégué à la présidence
chargé de la défense », avait martelé le Président de la République du Cameroun, sur son compte twister
le 13 décembre 2018.
31. Ayuk Tabe, président du gouvernement imaginaire de l’Amazonie et ses 9 coaccusés compa-
raissent depuis le 6 décembre 2018 pour apologie d’actes de terrorisme, sécession, financement d’actes
de terrorisme, révolution, insurrection et hostilité contre la patrie.
32. Sans toutefois avoir un nombre exacte des repentis dans les centres de Bamenda et de Buea, cer-
tains indiscrétions laissent croire que le taux de désistement de ces bandes armés est relativement crois-
sant. Le théâtre des combats a diminué malgré quelques potentiels aventurés en proies de sécession. Ils
sont parfois influencés par des substances mystiques, c’est-à-dire « Odeshi », empruntées naturellement
des voisins du Nigéria. Au début des hostilités de cette crise, un sécessionniste ne pouvait réellement
être atteint par bale de nos forces de défense et de sécurité que par l’effet d’une légère ritualisation sur
l’arme, assortie d’un petit tissu rouge. La nation a été vendue au diable il y a longtemps par un groupe
Le Comité National de Désarmement, de Démobilisation et de Réintégration des ex-combattants ... 203

Les combattants du Boko Haram et les dans la moralité de fait, dans l’intention
groupes armés des Régions du Nord- de l’agent : on les appelle crimes ou dé-
ouest et Sud-ouest se repentissent pro- lits. Les autres ne sont que des infractions
gressivement. Ce taux médiocre semble matérielles à des prohibitions ou à des
se loger dans l’environnement pénal où prescriptions de la loi ; elles existent par
la hiérarchie des normes parait être en le seul fait de la pénétration ou de l’omis-
ballotage. Pourtant, cette hiérarchie des sion, et indépendamment de l’intention
textes relatifs à la légalité pénale participe de l’agent : ce sont les contraventions »39.
de la substance même de ce principe33. Voilà la division la plus naturelle des ac-
Elle lui donne une portée supérieure, tions punissables ; elle est à l’abri de l’ar-
avec pour effet de soumettre l’incrimina- bitraire et du caprice des législateurs, car
tion à des règles, et d’associer la réaction les législateurs ne sauraient modifier le
pénale à la philosophie de la souveraine- caractère des faits40.
té34. Le partage de compétence entre la Le Comité National de Désarmement,
loi et le règlement est en réalité un par- de Démobilisation, et Réintégration des
tage déséquilibré, le règlement étant su- ex-combattants du Boko Haram et des
bordonné à la loi35. Il n’a pour fonction groupes armés des Régions du Nord-
que de déterminer le régime juridique des Ouest et Sud-Ouest relève du décret,
contraventions36, lesquels en sont les fils ou du règlement en général41. La loi n°
des délits37 et les petits-fils des crimes38. 20167007 du 12 juillet 2016 portant
Parmi les actions punissables, « Il n’existe Code pénal qui règle les bandes armés,
qu’une seule division qui soit vraie, parce sécession, guerre civile, de révolution,
qu’elle est puisée dans leur nature. En est une loi au sens étroit. Il s’agit évidem-
effet, les unes prennent leur criminalité ment d’une loi votée par le Parlement et

de personnes : Machikou (N.), « Utopie et dystopie amazoniennes : Dieu, les dieux et la crise anglo-
phone au Cameroun », in Politique africaine, [Link] du 16/05/2022.
33. Mayaud (Y.), Droit pénal général, Paris, [Link]., P. 25.
34. Ibid.
35. Kolb (P.) et Leturmy (L.), Cours de Droit pénal, [Link]., p. 41.
36. Les infractions punies d’un emprisonnement qui ne peut excéder dix (10) jours ou d’une amende
qui ne peut excéder vingt-cinq mille (25 000).
37. Les infractions punies d’une peine privative liberté ou d’une amende lorsque la peine privative
de liberté encourue est supérieure à dix (10) jours et n’excède et n’excède pas dix (10) ans ou que le
maximum de l’amende est supérieur à vingt-cinq mille (25000) francs.
38. Les infractions punies de la peine de mort ou d’une peine privative de liberté dont le maximum est
supérieur à dix (10) ans et d’une amende lorsque la loi en dispose ainsi.
39. Kolb (P.) et Leturmy (L.), Cours de Droit pénal, [Link]., p. 126.
40. Chauveau et Faustin (H.), Théorie du Code pénal, Charleston, 4 éd Nabu Press, 1861, n°15.
41. Puisque dans le cadre du Règlement découlent aussi des arrêtés et des circulaires.
204 Revue africaine de droit et de science politique

promulguée par le Président de la Répu- tunité structurelle s’articule au travers de


blique. Dans la hiérarchie des normes si ses pouvoirs limités (1) et nécessite un
chère au Maitre autrichien Henskelsen42, aménagement conséquent (2).
elle est supérieure au décret. En consé-
1. Le pouvoir limité du Comité National
quence, un décret du Chef de l’Etat ne se de Désarmement, de Démobilisation,
saurait instituer des conditions d’extinc- et Réintégration des ex-combattants
tion des mesures élaborées par le législa- Boko Haram et des groupes armés des
teur. Au cas d’espèce, le Comité National Régions du Nord-Ouest et Sud-Ouest
de Désarmement, de Démobilisation et Le Comité National de Désarmement,
de Réintégration des Ex-combattants du de Démobilisation, et Réintégration des
Boko Haram et des groupes armés des ex-combattants du Boko Haram et des
Régions du Nord-Ouest et Sud-Ouest groupes armés des Régions du Nord-
n’est pas juridiquement qualifié pour ré- Ouest et Sud-Ouest ne devrait guère
gler le repentir de ceux qui ont consom- s’occuper des repentis des groupes armés
mé les infractions de bandes armés et et assimilés. La nature de ces infractions
assimilées. S’il le fait, les représailles judi- laisse croire que cette institution semble
ciaires de ces infracteurs demeurent. inopportune. Ces infractions relèvent
des crimes et sont de la compétence du
B. Une transgression matérielle du législateur, c’est-à-dire du Parlement,
Comité National de Désarmement, en cela la loi est la source des règles pé-
de Démobilisation et Réintégration nales43. Exceptionnellement, le Président
des ex-combattants Boko Haram et
de la République pourrait le faire en guise
des groupes armés des Régions du
Nord-Ouest et Sud-Ouest dans l’en- d’ordonnance avec l’autorisation du Par-
vironnement pénal lement. L’article 28 de la loi Constitution
de 1996 dispose que : « Dans les matières
Le Comité National de Désarmement, énumérées à l’article 26 alinéa 2 ci-dessus,
de Démobilisation, et Réintégration des le parlement, peut autoriser le Président
ex-combattants du Boko Haram et des de la République, pendant un délai limité
groupes armés des Régions du Nord- et sur des objets déterminés, à prendre
Ouest et Sud-Ouest semble donner nais- des ordonnances… ». Il ne s’agit pas
sance à une structure inopportune dans donc dans ce cas de figure du champ des
le paysage du Droit pénal. Cette inoppor- ordonnances.

42. C.f. Kelsen (H.), Théorie pure du Droit, LGDJ, Paris, 1999, 376 p ; Théorie générale des normes, PUF,
Paris, 1996, 616 p ;
43. Bernardini (R.), Droit criminel, volume I- Eléments préliminaires, [Link]., p. 194.
Le Comité National de Désarmement, de Démobilisation et de Réintégration des ex-combattants ... 205

Cette institution devrait plutôt faire 2. La création d’une Commission


partie du paysage des contraventions, in- Nationale de Désarmement, de Démo-
bilisation, et Réintégration des ex-com-
fractions dites « matérielles »44 relevant de
battants Boko Haram et des groupes
la compétence exclusive du Président de armés des Régions du Nord-Ouest et
la République. Mais, une difficulté suscite Sud-Ouest
à l’esprit, celle relative à la qualification de
ces actes perpétrés par ces criminels. Le La création du Comité National de Dé-
théâtre des hostilités dans ces parties du sarmement, de Démobilisation, et Réin-
territoire est loin d’être du domaine des tégration des ex-combattants du Boko
contraventions, mais davantage celui des Haram et des groupes armés des Régions
crimes et des délits. Cette dernière caté- du Nord-Ouest et Sud-Ouest a été créée
gorie des infractions ne sont pas d’actua- par le décret n° 2018/719 du Président
lité. Le pouvoir du Comité National de de la République, le 30 novembre 2018.
Désarmement, de Démobilisation, et Ré- Il fait naitre les centres de Buea, Bamen-
intégration des ex-combattants du Boko da et de Mora dans l’extrême nord dont
Haram et des groupes armés des Régions l’objectif est de mettre fin aux atrocités
du Nord-Ouest et Sud-Ouest devrait se qui sévissent dans ces partie du territoire.
limiter aux contraventions. Étant donné Ceci à travers le désarmement effectif et
que ces contraventions sont inoppor- les procédés de resocialisation, c’est-à-
tunes, l’on déduit que cette institution, dire la réintégration et la réinsertion. La
intéressante dans une perspective sociale, loi est un instrument de valorisation so-
n’a aucune légalité dans la mise en œuvre ciale45. Les normes pénales ne sauraient
du Droit pénal. Il faudrait modestement nullement se limiter aux châtiments au
la repenser afin qu’elle s’intègre dans un nom des valeurs supérieures. Elles de-
tel environnement. vaient mettre l’accent sur le caractère pré-

44. L’intention n’est pas un élément déterminant de culpabilité, contrairement aux infractions dites
« intellectuelles », qui possèdent un élément psychologique. À ce titre Bernardini (R.), Droit criminel
volume II- L’infraction et la responsabilité, [Link]., P. 230. La faute contraventionnelle serait présumée à partir
de la seule preuve du faite matériel : Francois (A.), L’erreur en Droit pénal, in quelques aspects de l’autonomie
du Droit pénal, Paris, Dalloz, 1956, P. 241 ; Merle (P.), Les présomptions en Droit pénal, Thèse Université
de Nancy, 1970, p. 113 ; Schmild (J-C), « L’élément intentionnel en matière de contravention et plus
spécialement en matière de contravention de grande voirie », RPDP, 1932, pp. 397-398.
45. Mayaud (Y.), La loi pénale, instrument de valorisation social, in Code pénal et Code d’instruction criminelle-Livre
du Bicentenaire », Dalloz, Paris, 2010, p. 3.
206 Revue africaine de droit et de science politique

ventif. Bentham a justement développé Chef de l’État. Le droit est sans doute un
dans ce sens la nécessité d’une politique rapport de force politique. Pour le mo-
criminelle, ce que Baccaria n’avait fait ment, le Parlement est constitué de la ma-
qu’entrevoir46. Même embryonnaires, jorité du parti politique au pouvoir tant à
ces analyses font de ce traditionnel au- l’assemblée nationale qu’au Senat. Toutes
teur un des précurseurs en matière de les propositions de loi dans cette sphère
prévention47. L’ordre que le Droit pénal d’élaboration des normes juridiques
incarne ne peut être que social, pour re- sont validées au nom de la discipline du
joindre un fonds commun de références parti Rassemblement Démocratique du
censé correspondre à la sensibilité du plus Peuple Camerounais52. Le système poli-
grand nombre48. La peine édictée ne doit tique camerounais est fortement domi-
pas être d’une sévérité excessive au regard né par ce parti politique IL impulse les
de la gravité du comportement interdit49. lois sous le visage déguisé de l’article 25
Tout individu qui commet un acte in- de la Constitution. Ce texte indique que
terdit par le Droit pénal, doit se rende l’initiative des lois appartient concurrem-
compte de la justice criminelle, quel que ment au Président de la République et au
soit son état psychique et physique, car, parlement.
dans le domaine de la défense sociale, la La création d’une Commission Natio-
loi doit lier tout le monde50. L’Homme est nale de Désarmement, de Démobilisa-
nécessairement responsable de ses actes, tion, et Réintégration des ex-combattants
par le seul fait qu’il vit en société51. du Boko Haram et des groupes armés des
Rien n’empêche que cette institution Régions du Nord-Ouest et Sud-Ouest est
soit renforcée par une loi, votée par le souhaitable. Ce souhait mettra fin à ce co-
Parlement et promulguée plus tard, par le mité dénué de toute compétence dans la

46. Bernardini (R.), Droit criminel, volume I- Éléments préliminaires, [Link]., p.87.
47. Ibid.
48. Mayaud (Y.), Droit pénal général, [Link]., p. 27.
49. Kolb (P.) et Leturmy (L.), Cours de Droit pénal, [Link]., p. 41.
50. Ferri (E.), La sociologie criminelle, Paris, 3e éd Librairie Nouvelle de Droit et jurisprudence Arthur Rousseau,
1974, p. 73.
51. Ibid.
52. En abrégé RDPC, est le parti politique au pouvoir du Cameroun depuis le 24 mars 1985 à Bamen-
da. Il remplace l’Union national camerounaise, ancien parti unique fondé par Ahmadou Ahidjo, ancien
président de la république du Cameroun, qui a dominé la vie politique depuis l’accession à l’indé-
pendance en 1960. C.f. Ateba Eyene (C.), RDPC : la grande indiscipline et ses conséquence : points de vue d’un
militant-citoyen (du dernier congrès ordinaire à ce jour), Yaoundé, JV-Graf-Ydé, octobre 2013, 109 p. ; Eyafa
(J.M.B.), RDPC : Fleuron du renouveau (histoire électorale et perspectives), Yaoundé, RDPC/CPDM, 2011,
208 p.
Le Comité National de Désarmement, de Démobilisation et de Réintégration des ex-combattants ... 207

mise en œuvre des crimes et délits. Cette sident de la République prend un acte et
nouvelle structure institutionnelle pourra le parlement le rétabli. Ce chevauchement
galvaniser ces groupes armés, édifiés cer- semble fondamental dans une perspec-
tainement des mécanismes de l’environ- tive positiviste. Ce souhait couronné de
nement pénal, à se repentir sans crainte, porosité, pourra aussi recouvrer toute sa
ni représailles judicaires. vitalité dans une lutte effrénée et passive
Le Cameroun n’est pas le seul théâtre contre les bandes et armées et assimi-
de ces bandes armées. Les mesures poli- lées. Nonobstant ce prisme juridique, le
tiques fortes existent en vue de dissuader primat contextuel du Doit pénal dans
les acteurs de telles atrocités. Contraire- la mise en œuvre du Comité National
ment à notre pays, une commission na- de Désarmement, de Démobilisation,
tionale de désarmement, démantèlement et Réintégration des ex-combattants du
et de réinsertion a été réactivé le 11 mars Boko Haram et des groupes armés des
2019 en Haïti53. A la base, initialement Régions du Nord-Ouest et Sud-Ouest
créée par le décret du 28 août 2006, elle devrait se justifier. Cette structure Eta-
était chargée de coordonner et d’appli- tique est animée par des acteurs pétris
quer la politique de l’État en matière de de compétence. Les faits le démontrent
désarmement, de démantèlement des sensiblement ces derniers moments. Le
groupes armés et de réintégration des Droit pénal semble donc être embrigadé
individus désarmés. Par la suite, l’institu- par le politique.
tion Haïtienne s’est employée à faciliter
la création d’un climat de confiance et de II. Le primat du contexte socio-
dialogue entre tous les protagonistes afin politique comme prétexte de
de parvenir à un désarmement effectif. transgression du droit pénal par
En réalité, une mutation du Comité à la politique du comité national de
la Commission Nationale de Désarme- désarmement, de démobilisation,
ment, de Démobilisation, et Réintégra- et réintégration des ex-combat-
tion des ex-combattants Boko Haram tants Boko Haram et des groupes
et des groupes armés des Régions du armés des régions du Nord-Ouest
Nord-Ouest et Sud-Ouest demeure né- et Sud-Ouest
cessaire pour la rendre efficace et effi-
ciente. L’on passerait alors d’une norme Le postulat de la primauté de l’intérêt
décrétale à une norme législative : le pré- sociopolitique comme motif de viola-

53. En Sierra Léone, au Libéria, en Namibie, en Angola et plus récemment en Côte d’Ivoire et au
Mali, le DDR a démarré après la signature des accords de paix. Mais, ceux-ci sont loin de résoudre le
résoudre la difficulté de la mise en œuvre du Droit pénal, celle la voie ouverte reste l’amnistie.
208 Revue africaine de droit et de science politique

tion du droit pénal par la mise en œuvre n’est pas pour autant d’infliger les sanc-
du Comité National de Désarmement, tions punitives aux éventuels coupables.
de Démobilisation, et Réintégration La finalité du droit pénal est surtout de
des ex-combattants Boko Haram et des favoriser la réintégration-réinsertion so-
groupes armés des Régions du Nord- ciale du délinquant. D’où la connivence
Ouest et Sud-Ouest, tient tant sur sa visée établie entre la politique criminelle et la
curative (A) que sur sa portée préventive politique sociale du Comité National
de ce type de conflit (B). de Désarmement, de Démobilisation,
et Réintégration des ex-combattants
A. Une approche curative de réso- Boko Haram et des groupes armés des
lution de la crise politique Régions du Nord-Ouest et Sud-Ouest.
Admettre que la mise en œuvre du Son but premier n’est pas de sanctionner
Comité National de Désarmement, de les criminels, mais plutôt de les réintégrer
Démobilisation, et Réintégration des dans la société en leur faisant l’offre de
ex-combattants Boko Haram et des la repentance et l’exonération des peines
groupes armés des Régions du Nord- en fonction des cas. L’approche privilé-
Ouest et Sud-Ouest participe de la ré- giée ici est celle de l’apaisement en raison
solution curative de la crise anglophone, même de la nature de la crise. En effet, la
revient à montrer la pertinence des inci- crise anglophone est avant tout une crise
tations mises en place à cet effet. Au rang de légitimité de l’État-Nation54. Les récri-
de ces incitations à la démobilisation et minations pour la plus part font état des
au désarment, figurent l’offre de la re- marginalisations dont cette partie du pays
pentance et du pardon au détriment de la en crise dit être victime. Cette orientation
sanction pénale (1), d’une part, et la réin- de la politique de présente institution
sertion socioprofessionnelle des ex-com- obéit à l’ensemble des récriminations du
battants (2), d’autre part. gouvernement pour justifier la crise. Elle
est par conséquent révélatrice de l’une
1. L’offre de la repentance au détri-
ment de la sanction pénale comme des diverses figures du rapport entre droit
alternative d’apaisement et politique55. La violation du droit pénal,
notamment son volet répressif au profit
Si l’on admet que le droit pénal est du pardon est une approche sociale de
fondamentalement répressif, sa finalité résolution d’une crise politique. Elle per-

54. Nyimi Bekono (L.), « Crise anglophone au Cameroun et mode alternatif de résolution : Le Grand
Dialogue National, [Link]., P. 257.
55. J. Chevallier (J.), « Science du droit et science du politique. De l’opposition à la complémentarité »,
In Droit et politique, [Link]., P. 251.
Le Comité National de Désarmement, de Démobilisation et de Réintégration des ex-combattants ... 209

met de voir comment dans leur rapport, en retour, la résistance des combattants
politique et droit se saisissent mutuelle- sécessionnistes. L’offre de la repentance
ment. Ainsi, le positivisme peut imposer est une approche sociologique de réso-
l’application stricte du droit pénal, alors lution d’un conflit qui tient compte de
que le contexte politique peut recourir à l’état psychologique des combattants.
une alternative qui exempte de la sanction Elle tend à renouer le lien de nationalité
que prône le droit pénal. Cette imbrica- à travers le pardon et la revitalisation du
tion mutuelle invite à réajuster, ou tout au sentiment d’appartenance à une même
moins, à redéfinir, à défaut de le restruc- nation. Ainsi, les perceptions et ressen-
turer, le rapport entre droit et politique. timents anglophones de marginalisation
Le choix de la repentance au détriment du fait de l’État et ses « Francophones »
de la sanction pénale se justifie par le ca- se trouvent confrontés à la stratégie gou-
ractère politique, dans la mesure où son vernementale de la solidarité. Cette stra-
orientation apparait comme l’expression tégie ou approche parait plus efficace que
de la volonté générale, c’est-à-dire des la sanction, dans la mesure où, non seu-
valeurs, des préférences des hommes qui lement elle a une dimension persuasive,
forment la communauté politique, enten- mais aussi une dimension dissuasive56.
due comme un ordre cohérent. Ce choix Persuasive, en ce qu’elle repose sur des
apparait plus adapté au contexte critique. institutions qui, assurent la réinsertion et
En évitant la sanction pénale, on tend la réintégration des ex-combattants plu-
plus vers l’apaisement et la décrispation. tôt que sur la duplicité qui, constituerait
L’application de la sanction en contexte un guet-apens pour les mettre aux arrêts.
d’une crise, a fortiori politique, serait de Cette sincérité renforce la dimension dis-
nature à amplifier celle-ci. Dans la mesure suasive en ce que cette dernière, à travers
où le recours à la répression en pareille l’offre de la formation et de l’emploi, em-
circonstance peut s’apparenter à l’élucida- pêche aux ex-combattants de rallier les
tion de la crise anglophone comme une rangs des sécessionnistes en s’occupant
position martiale de l’État, et susciter, au quotidien57.

56. L’application du Droit pénal révèle aussi une dimension dissuasive à travers son châtiment afin
d’éviter la récidive de l’infracteur. Elle ne s’y intérêt guère à la dimension persuasive à travers l’offre
d’une quelcontre formation et d’emplois.
57. Certains repentis déclarent avoir rejoint les groupes sécessionnistes parce qu’il leur avait été promis
des emplois. C’est du moins ce qui ressort de la déclaration d’une ex-combattante lors de la tenue du
grand dialogue national organisé au Palais des Congrès de Yaoundé du 30 septembre au 4 octobre
2019.
210 Revue africaine de droit et de science politique

L’efficacité de l’approche par la le tout premier ex-combattant, le 28 jan-


non-sanction pénale peut s’apprécier vier 2019, nous n’avons tué aucun ; nous
au regard des résultats escomptés. De n’avons envoyé aucun en prison. Il faut
sources officielles58, l’offre de la repen- que les autres sortent. L’État a pris des
tance et du pardon a en effet conduit à mesures pour cela. Ils ont commis des
la libération de trois cent (300) ex-com- erreurs, mais se sont nos enfants »59. Le
battants sécessionnistes. Dans la même processus de ladite institution vise à en-
veine, deux cent-quarante-cinq (245) ont courager les anciens combattants à de-
intégré le centre régional de Buea, par- venir des participants actifs au processus
mi lesquels, six (06) sont en prison cor- de paix : récupérant les armes se trouvant
rectionnelle du fait de la gravité de leurs aux mains des combattants : retirant les
crimes. Ces derniers cas permettent de combattants des structures militaires afin
prendre acte du recours à la sanction dans de les intégrer sur le plan social et écono-
la mise en œuvre de la politique du comité mique60.
national de Désarmement, de Démobi-
2. La réinsertion sociale des ex-com-
lisation, et Réintégration des ex-com- battants comme approche préventive
battants Boko Haram et des groupes des crises sociales
armés des Régions du Nord-Ouest et
Sud-Ouest. Cet usage simultané des Suivant le décret portant création du
deux approches peut renforcer l’efficaci- Comité National de Désarmement, de
té de l’approche de cette institution pour Démobilisation, et Réintégration des
atteindre sa finalité, qui est aussi en réalité ex-combattants Boko Haram et des
celle du droit pénal. Le recours aux deux groupes armés des Régions du Nord-
approches est d’autant plus nécessaire ici Ouest et Sud-Ouest, la réinsertion
en ce qu’il existe des cas de récidive. Le consiste en la prise des dispositions
centre régional de Buea a par exemple nécessaires face à la radicalisation des
enregistré trente-six (36) déserteurs. Ce ex-combattants, de mener des actions
qui permet de relativiser son efficacité de sensibilisation et d’apporter une as-
et justifier le recours à la sanction pour sistance multidimensionnelle aux com-
ces derniers cas. Selon le Coordonnateur munautés d’origine, aux fins de faciliter
national de cette institution, Faï Yengo la réintégration des démobilisés, d’aider à
Francis, « Depuis que nous avons reçu leur réinsertion par l’organisation, la for-

58. www. [Link] du 30/03/2020


59. Interview parue dans la livraison du quotidien Mutations du 19 novembre 2020.
60. Ibid.
Le Comité National de Désarmement, de Démobilisation et de Réintégration des ex-combattants ... 211

mation, la mise à disposition d’outils ou lorsqu’ils ne peuvent pas eux-mêmes


moyens de production et d’assistance à la s’auto-employer. A titre d’illustration,
création des activités génératrices de reve- le centre régional de Buea sur lequel on
nus. À la lecture de cette orientation, deux s’appuie comme exemple de la mise en
notions sont à distinguer au préalable. Il œuvre de la politique du Comité Natio-
s’agit notamment de la réinsertion et de nal de Désarmement, de Démobilisation,
la réintégration. et Réintégration des ex-combattants
La première notion, à savoir la réinté- Boko Haram et des groupes armés des
gration, est opérationnelle, et relève d’une Régions du Nord-Ouest et Sud-Ouest
dimension de la seconde, la réintégra- a déjà favorisé l’insertion socioprofes-
tion. L’on s’intéresse prioritairement ici sionnelle de trente-cinq (35) ex-com-
à l’insertion, l’intégration y faisant suite. battants sécessionnistes dans la société
L’insertion porte sur un ensemble d’opé- parapublique Camtel61. La réinsertion
rations qui permettent à un individu de socioprofessionnelle offre une garantie
jouer un rôle social en tant que membre pour que les ex-combattants renoncent
d’une société. La réinsertion sociale par au recours à la violence en contribuant
le biais de la formation et l’offre des ou- à renforcer la cohésion de la nation et
tils appropriés au criminel pour jouer un le climat d’apaisement. L’offre de l’em-
rôle social, semble plus adéquate dans le ploi participe de l’épanouissement du
cas de la résolution de la crise anglophone délinquant plutôt que l’anxiété que crée
que l’incarcération de celui-ci. Compara- l’environnement carcéral. Voltaire ne re-
tivement à l’incarcération qui consisterait marquait-il pas fort opportunément que
à priver l’individu de sa liberté et à limiter le travail éloigne de l’individu trois grands
son apport social dans un espace, la ré- maux, à savoir le vice, l’ennui et le besoin.
insertion, par l’offre d’une formation et En formant les ex-combattants et leur
d’un savoir et d’un pouvoir faire, est sus- en offrant un cadre de travail décent, cela
ceptible d’apporter une plus-value globale peut décourager les relents de subversion
dans la société. En formant les ex-com- ou de résistance contre l’autorité étatique.
battants dans les activités génératrices En revanche, le recours à la sanction pé-
de revenus, on prédispose ces derniers nale peut plutôt nourrir de telles velléités.
à pouvoir contribuer au développement Ainsi, l’une des revendications des séces-
économique et social tout en se prenant sionnistes, partagée par une catégorie de
en charge. Ils constituent ainsi une main la classe politique, est la libération de cer-
d’œuvre importante pour les entreprises, tains sécessionnistes incarcérés.

61. [Link] du 21/02/2020


212 Revue africaine de droit et de science politique

En tout état de cause, le primat du par- tion des ex-combattants Boko Haram
don et de la réintégration sur la sanction et des groupes armés des Régions du
se justifie au regard des développements Nord-Ouest et Sud-Ouest est révélatrice
qui précèdent. Le choix de réinsérer les de la contribution de cette institution à
ex-combattants présumés criminels, plu- l’intégration nationale (1). L’on doit par
tôt que de les punir pénalement, a une conséquent renforcer son efficacité (2).
portée sociale et humaniste. En donnant
1. La contribution du Comité Natio-
le travail aux ex-combattants présumés nal de Désarmement, de Démobilisa-
criminels, on favorise leur intégration. tion, et de Réintégration des ex-com-
Car, le travail leur procure un revenu, et battants Boko Haram et des groupes
permet, du même trait que ces derniers armés des Régions du Nord-Ouest et
Sud-Ouest à l’intégration nationale
puissent s’identifier socialement consécu-
tivement à la place qu’ils occupent dans le Toute société, pour être légitime, s’in-
processus de production des biens. C’est vestit dans l’intégration nationale de ses
dire si le choix du pardon et de la réin- membres à travers leur socialisation62.
tégration des ex-combattants contribue Pour mieux appréhender la contribution
assurément à renforcer la cohésion so- du comité national de Désarmement,
ciale. Un tel choix a par ailleurs une visée de Démobilisation, et Réintégration
préventive d’éventuels conflits. des ex-combattants Boko Haram et des
groupes armés des Régions du Nord-
B. La perspective préventive des Ouest et Sud-Ouest à l’intégration natio-
crises politiques par le Comité nale, il importe au préalable de clarifier ce
National de Désarmement, de que l’on entend par ce couple notionnel.
Démobilisation, et Réintégration
Par intégration nationale il faut entendre,
des ex-combattants Boko Haram
et des groupes armés des Régions le processus par lequel les membres
du Nord-Ouest et Sud-Ouest d’une société intériorisent un ensemble
de valeurs, de croyances et représenta-
La visée préventive de la politique so- tions communes, de manière à créer un
ciale du Comité National de Désarme- sentiment de solidarité et d’appartenance
ment, de Démobilisation, et Réintégra- à une même nation. Les défis de l’inté-

62. C.f. Dubet (F.) et Martuccelli (D.), « Théorie de la socialisation et définition sociologiques de
l’école », Revue française de sociologie, 1996, pp. 511-535 ; Darmon (M.), La socialisation, Paris, Armand
Colin, 2016, 128 p ; Jourda (R.), Socialisation et orientation de nos ados, Paris, L’Harmattan, 2016, 240 p. ; Cario
(R.), Jeunes délinquants, à la recherche de la socialisation perdue, Paris, L’Harmattan, 2000, 416 p. ; Tourrilhes
(C.), Construction sociale d’une jeunesse en difficulté : innovations et ruptures, Paris, L’Harmattan,
2008, 205 p.
Le Comité National de Désarmement, de Démobilisation et de Réintégration des ex-combattants ... 213

gration nationale au Cameroun semblent que la crise anglophone en regard de ses


être une réalité63. Mais des efforts mé- motifs est une crise de l’intégration na-
ritent d’être accentués, puisqu’elle est un tionale qui se manifeste par la récusation
processus dont l’aboutissement induit permanente de la forme de l’État actuelle
le sentiment commun d’appartenance et la volonté pour la partie anglophone de
et de construction solidaire de la nation s’autonomiser comme une entité particu-
par l’ensemble de ses populations64. En lière. Ce motif peut justifier le choix pour
d’autres termes, l’intégration nationale le gouvernement d’orienter les missions
traduit la situation dans laquelle les indi- de cette institution vers les vecteurs d’in-
vidus participent de manière solidaire à la tégration nationale plus souples.
construction durable de leur nation tout En dehors de la politique de réinser-
en s’y sentant membres à part entière65. tion qui apparait ici comme instrument
Dire que la politique de cette institution primordial de cette intégration nationale,
est orientée vers le renforcement de l’in- il convient également de convoquer le
tégration nationale revient à se montrer pardon au détriment de la sanction. L’ap-
attentif aux vecteurs qui participent de proche gouvernementale du Comité Na-
processus d’intégration dans la mise en tional de Désarmement, de Démobilisa-
œuvre de la politique de cette institution tion, et Réintégration des ex-combattants
créée pour résorber la crise anglophone. Boko Haram et des groupes armés des
En scrutant les opérations du Comité Na- Régions du Nord-Ouest et Sud-Ouest
tional de Désarmement, de Démobilisa- adoptée par le gouvernement permet
tion, et Réintégration des ex-combattants de reconstruire une identité collective,
Boko Haram et des groupes armés des socle de l’État-nation. Le pardon et la
Régions du Nord-Ouest et Sud-Ouest, réinsertion des ex-combattants sur les-
ses orientations notamment, il y a lieu de quelles s’appuie ladite institution sont de
constater que celles-ci visent à réintégrer nature à rétablir le sentiment de solidarité
les ex-combattants dans la société came- et d’appartenance à une même nation66.
rounaise. Il n’est pas fortuit de rappeler ici Par contre, le recours à la sanction peut

63. C.f. Makasso (I.), Les défis de l’intégration nationale au Cameroun, ASSEJA, htt://[Link]. du
25/01/2022 ; Fogui (J-P.), l’intégration politique au Cameroun : une analyse centre-périphérie, Paris, LGDJ, 1991,
380 p. ; Bopda (A.), Yaoundé et le défi camerounais de l’intégration, Yaoundé, CNRS, 2003, 422 p.
64. Jiotsa (A.), « L’intégration nationale à l’épreuve des replis identitaires au Cameroun », Revue Doit,
Politique et Sociale en Afrique, volume 1, numéro1, 2019, pp. 2630-1423.
65. Ibid.
66. Ce qui contribuerait certainement à effacer les blessures profondes du fait de la réunification
des deux Cameroun (Conférence constitutionnelle de Foumban de septembre 1961). Il s’agit d’un
mariage que les anglophones qualifie mariage de dupe », pour la simple raison qu’ils estiment d’avoir
214 Revue africaine de droit et de science politique

davantage renforcer le sentiment d’ex- initiative invite d’abord à desceller les


clusion et de marginalisation sur lequel se faiblesses actuelles de cette institution
fondent les sécessionnistes pour justifier à l’effet d’en proposer les perspectives
les crimes qu’ils commettent dans leur d’amélioration.
résistance contre l’Etat67. La mise en œuvre actuelle de ladite ins-
La réintégration se révèle ainsi être une titution recèle un certain nombre d’exi-
stratégie capable de favoriser au maxi- gences que l’on inscrit ici dans l’ordre
mum un climat social de paix, de stabilité de la conception et du fonctionnement.
et d’unité. C’est pourquoi, en regard de S’agissant de la conception et du point
ses faiblesses, il importe de faire un plai- systémique, le Comité National de Dé-
doyer pour le renforcement de l’efficacité sarmement, de Démobilisation, et Réin-
du Comité National de Désarmement, tégration des ex-combattants Boko Ha-
de Démobilisation, et Réintégration ram et des groupes armés des Régions du
des ex-combattants Boko Haram et des Nord-Ouest et Sud-Ouest devrait obéir à
groupes armés des Régions du Nord- la logique de la décentralisation en cours
Ouest et Sud-Ouest. à travers la consécration des résistances
régionales. A ce titre les centres régio-
2. Plaidoyer pour le renforcement
de l’efficacité du Comité National de naux, en dépit du caractère sensible du
Désarmement, de Démobilisation, phénomène militaire, devrait bénéficier
et Réintégration des ex-combattants d’une certaine autonomie qui accentue-
Boko Haram et des groupes armés rait la démarche administrative. L’effica-
des Régions du Nord-Ouest et Sud-
cité d’une telle réduction du circuit de la
Ouest
décision peut permettre de régler à temps
Plutôt que d’axer les réflexions sur la opportun les éventuelles crises. Il y aurait
violation de la législation en vigueur par également un regain d’attention au sein
le Décret portant création du Comité Na- des centres régionaux si les procédures
tional de Désarmement, de Démobilisa- de délibération afférentes aux modali-
tion, et Réintégration des ex-combattants tés d’accueil, prenaient en compte que
Boko Haram et des groupes armés des les acteurs régionaux qui étaient des ac-
Régions du Nord-Ouest et Sud-Ouest, teurs de terrain, donc dotés de la capa-
il convient de se pencher sur sa portée cité de discernement nécessaire pour la
sociale et sa finalité recherchée. Une telle conception des plans de resocialisation.

été pris au piège par l’ancien Président Amadou Ahidjo. Nul doute, la crise qui sévit dans les Régions
du Nord-ouest et du Sud-ouest-est purement politique. À ce titre, la solution semble être politique à
travers les méthodes politiques. .
67. L’application stricte du Droit pénal semble inopportune ici.
Le Comité National de Désarmement, de Démobilisation et de Réintégration des ex-combattants ... 215

Les agents administratifs étant donc des des élites que constituent les militaires
acteurs de premier plan, ils méritent à cet mais aussi des civiles que sont les popu-
effet qu’une oreille attentive leur soit ac- lations. Autrement dit, il y’a relativisation
cordée dans le cadre de la conception de du clivage armée et civil, clivage ayant
politique de cette institution. fortement contribué à cristalliser les crises
En ce qui concerne le fonctionnement, sociales, en ce sens que les deux catégo-
il est nécessités de repenser cette institu- ries étatiques ont longuement été perçues
tion qui a été créée dans l’urgence. Une comme opposés. Une telle cohabitation
logistique appropriée incombe à cet effet conduit au fait que le militaire puisse pen-
pour marquer l’effectivité de cette struc- ser une structure d’insertion sociale des
ture et son apport quotidien à la gestion civils et ex-combattants dans un esprit
pacifique d’une crise qui commence à de socialisation citoyenne soucieuse du
ruiner l’État et ses populations. vivre-ensemble.
Les reformes du Comité National de La réforme du Comité National de
Désarmement, de Démobilisation, et Désarmement, de Démobilisation, et
Réintégration des ex-combattants Boko Réintégration des ex-combattants Boko
Haram et des groupes armés des Régions Haram et des groupes armés des Régions
du Nord-Ouest et Sud-Ouest à envisager du Nord-Ouest et Sud-Ouest sur le plan
peuvent être ressorties à deux niveaux. technique et professionnel est également
D’abord sur le plan politico-administra- à envisager. En effet ses projections se-
tif, puis concernant les dimensions tech- raient fondées sur la tendance de plus en
nico-professionnelles. plus perceptible d’une professionnalisa-
Sur le plan politico-administratif, l’avè- tion de l’action publique68. À cet effet,
nement des centres de réinsertion sociale le militaire professionnel des questions
constituent un nouveau label, une nou- de désarmement, de démobilisation et
velle technologie politique et adminis- de réinsertion sociale et étatique se doit
trative qui indique de plus en plus que d’être à la hauteur de la tâche, de la mis-
les crises sécuritaires et notamment les sion qui n’est plus spécifiquement ou ex-
conflits armés sont des phénomènes so- clusivement d’ordre militaire ou d’ordre
ciaux ordinaires, comme tous les autres. judiciaire. Il faut à cet effet capitaliser
À cet effet, il y a lieu de repenser le sys- d’autres ressources. D’abord, celles d’un
tème sécuritaire comme un système so- intellectuel qui conçoit autrement que par
cial qui exige la participation aussi bien la voie de la guerre la résolution des crises

68. C.f. Le Bianic (T.) et Vion (A.) (dir), Action publique et légitimité professionnelles, Paris, LGDJ, 2008, 347
p. ; Bajard (F.), Crunel (B.), Frau (C.), Nicolas (F.) Et Parent (F.) (dir), Professionnalisation et État, Lille,
PUS, 2018, 322 p.
216 Revue africaine de droit et de science politique

sécuritaires. Ensuite, le professionnel du en vigueur. Cette conformité de l’institu-


centre devrait être expérimenté. Il devrait tion à l’ordre juridique national permettra
suivre périodiquement des séminaires de à coup sûr donner toutes les possibilités
formation, avec le concours de l’État et à la commission nationale de Désarme-
ses partenaires. ment, de Démobilisation, et Réintégra-
tion des ex-combattants Boko Haram
Conclusion et des groupes armés des Régions du
Nord-Ouest et Sud-Ouest de mener ses
Quand la production d’une institution missions en toute légitimité69
de résolution d’une crise politique fait Sur le plan socio-politique, l’approche
problème : l’effet paradoxal du Décret de cette institution en contradiction à
portant création du Comité National l’application du Droit pénal, est porteuse
de Désarmement, de démobilisation et de fruits. Le pardon et la réinsertion des
de réintégration des ex-combattants de ex-combattants sont de nature à rétablir
Boko Haram et des groupes armés de le sentiment de solidarité et d’apparte-
Régions du Nord- ouest et du Sud-ouest. nance à une même nation. La réintégra-
Une telle réflexion fait naitre la ques- tion vise une stratégie capable de favoriser
tion de la mise en exergue en application au maximum un climat social de stabilité
contradictoire de la loi pénale et les néces- et de convivialité. Le sentiment de soli-
sités sociales. Il s’agit là de la question de darité et l’appartenance à la même na-
la sociologie du Droit pénal. tion devaient animer nos esprits. L’État
Cette institution tantôt en contradic- devrait veiller à ces exigences sociales.
toire avec l’application du Droit pénale, Parfois, le recours au pardon et la repen-
tantôt en harmonie avec le contexte so- tance pourrait justifier la violation de la
cio politique d’une crise qui sévit dans le loi pénale dans un contexte politique. Il
pays, laisse naitre certaines préoccupa- se traduit par l’intégration des ex-combat-
tions. Sur le plan juridique, il est urgent tants dans les Centres Régionaux créés à
de régulariser le statut juridique de la cet effet70. Elle permet de réaliser com-
présente institution qui, en l’état actuel ment une approche de désarmement, de
entre en contradiction avec la législation démobilisation et de réinsertion basée

69. Le passage d’un comité de création décrétale à une commission nationale de désarmement, de
démobilisation et de réintégration, des ex-combattants Boko Haram et groupes armés des Régions
du Nord-ouest et Sud-ouest de source légale permettrait non seulement de donner une vitalité à la
Résolution de cette crise socio politique.
70. Il s’agit du centre Régional de Mora dans la partie septentrional et les centres de Buea et Bamenda
dans les Régionaux du Nord-ouest et du Sud-ouest.
Le Comité National de Désarmement, de Démobilisation et de Réintégration des ex-combattants ... 217

sur des incitations pacifiques, contribue Minkoa She Adolph72. L’auteur montre
efficacement à la résolution d’une crise. qu’à travers l’ordonnance n°62/OF/18
Les militaires et les civils professionnels du 15 décembre 1962 portant répression
devraient fortement être impliqués dans de la subversion73, la science politique est
le cercle administratif de ces institutions confortée. En tout état de cause, les pre-
afin que ces opérations désarmement, miers cas d’application de la législation
de démobilisation et de réintégration de anti-subversive « annonçaient en quelque
ces groupes armés soient efficaces et ef- sorte de couleur » sur l’identité de subver-
ficientes. sif dont le statut était largement laissé à
La réintégration s’avère valorisant au la sagacité des gouvernants par une légis-
profit des sanctions pénales dans notre lation imprécise à souhait74. Ce moment
contexte sociopolitique. Il s’agit inéluc- d’antan faisait jaillir quelques soubresauts
tablement les deux visages de la finalité contre l’unité nationale. Le contexte so-
du Droit pénal, injustement transgressé ciopolitique n’est pas le même actuelle-
par ledit comité. En ce sens, la science ment. L’on constate des stigmates d’une
politique est au secours du Droit pénal71. crise sociopolitiques aux « contours im-
Cette approche semble antinomique précis ».
à celle fort élaborée par le Professeur

71. La science politique est, d’une manière générale, une discipline scientifique qui étudie les phéno-
mènes politique. Le débat entre les juristes et les polistes ont toujours été très houleux. Ces derniers
pensent que là ou Droit éprouve des limites, c’est en ce moment que la science politique commence à
mieux s’exprime : Séminaire organisé par le CERCAF à l’université de Yaoundé 2, 2015, sur la nature
du régime politique camerounais.
72. A. Minkoa She, « Ruptures et permanences de l’identité de subversif au Cameroun : le Droit pénal
au secours de la science politique ? », [Link] du 12/11/2021.
73. Cette ordonnance est complétée par la loi n°63/30 du 25 octobre 1963 fixant l’organisation
judiciaire militaire.
74. Ibid.
Protocole de rédaction
- Appel à contribution : - Informations sur l’auteur :
La R.A.D.S.P souhaite recevoir de ses lecteurs Indiquer votre profession et vos principales pu-
et de ses abonnés des articles originaux (40 pages blications.
au maximum) et des notes de jurisprudence. Les - Notes de bas page :
textes doivent se conformer à la politique rédac- Numéroter consécutivement les notes du dé-
tionnelle pour le contenu et au protocole de ré- but à la fin de l’article. L’appel de note doit suivre
daction pour la forme. La revue accepte les textes le mot avant toute ponctuation.
envoyés par courriel et les textes sur supports
- Appel des références :
amovibles (Word ou Wordperfect).
Appeler les références dans le texte et les énon-
- Page de titre :
cer en notes de bas de page. Leur présentation
Inscrire sur la 1ère page, en haut à gauche, les obéit au schéma ci-après :
nom, adresse et courriel ; plus bas, le titre (60
- pour ouvrage, thèse et mémoire : exemple:
lettres au maximum) de l’article suivi du résumé
Kamto (M), Pouvoir et droit en Afrique noire :
et des descripteurs.
essai sur les fondements du constitutionnalisme
- Résumé : dans les États d’Afrique noire francophone,
Fournir un résumé de l’article (50 à 100 mots). LGDJ, Bibliothèque Africaine et Malgache, Pa-
- Descripteurs : ris, 1987, page de l’élément cité.
Identifier 5 à 10 descripteurs (ou thèmes clés - pour les articles scientifiques : exemple : On-
de l’article) qui situent le lecteur sur le contenu de doa (M), «La constitution duale : Recherches sur
l’article scientifique. les dispositions constitutionnelles transitoires au
- Mise en page : Cameroun», Revue africaine de droit et de science poli-
Présenter le manuscrit dactylographié à double tique, Vol.1, n°2, 2000, page de l’élément cité.
interligne avec marge de 2 cm, 25 lignes par page. Au-delà des éléments déjà énoncés et qui
On doit pouvoir en faire des photocopies claires. peuvent restés en l’état, les publications de Science
- Citations : politique devront respectées les exigences sui-
vantes relatives à l’appel de références et à la bi-
Lorsqu’une citation a plus de 4 lignes, la mettre
bliographie :
en retrait (c’est-à-dire aller à la ligne). Elle est suivie
de l’appel de la référence. Mettre entre crochets [ ] Enoncer les références à l’intérieur du texte.
les lettres et les mots ajoutés ou changés dans une Exemple : à la suite d’une idée développée par le
citation, de même que les points de suspension professeur Maurice Kamto, on trouvera la réfé-
pour l’omission de un ou plusieurs mots. rence qui suit, placée avant la ponctuation : (Kam-
to, 1987 : 4). Ici, les deux points permettent d’in-
- Tableaux :
diquer la page. Si c’est une idée développée par
Rendre les tableaux et les graphiques lisibles au plusieurs auteurs, on fera la même chose en sépa-
premier coup d’œil. rant simplement les références par des points vir-
- Mise en relief : gules. Exemples : (Kamto, 1987 : 4 ; Ondoa, 2000
Mettre en italique les titres de livres, revues et : 5). Ici, le lecteur est renvoyé à la bibliographie
journaux, les mots étrangers, les mots et expres- pour y retrouver les titres des livres et articles, cor-
sions qui servent d’exemples dans le texte ; mais respondant aux références ci-haut mentionnées.
«mettre entre guillemets» (sans les souligner) les Leur présentation obéit au schéma ci-après :
titres d’articles et chapitres de livres ainsi que les - Pour les livres et mémoires
mots et expressions que l’on désire mettre en relief.
Kamto, M. 1987, Pouvoir et droit en Afrique noire tation ici obéit au sché- ma de «Appel des réfé-
: essai sur les fondements du constitutionnalisme dans les rences», avec indication du nombre total de pages
Etats d’Afrique noire francophone, Paris : LGDJ, Bi- de la production scientifique citée.
bliothèque Africaine et Malgache. N.B : Les articles sont envoyés à la Revue Afri-
- Pour les articles scientifiques caine de Droit et de Science Politique (R.A.D.S.P)
Ondoa, M. 2000. « La constitution duale : Re- en deux exemplaires dont l’un est un fichier nu-
cherche sur les dispositions constitutionnelles mérique (Word) et l’autre un tapuscrit ou version
transitoires au Cameroun », Revue Africaine de physique. L’auteur d’un article reçoit gratuitement
Sciences Juridiques et Politiques, 2(1) : 80-115 (situer un exemplaire du numéro de parution de son ar-
l’article dans la revue, c’est-à-dire indiquer les ticle. Tout article publié à la Revue Africaine de
pages qu’il couvre dans ladite revue). Droit et de Science Politique devient sa propriété.
- Liste des références : S’il avait déjà été publié dans une autre Revue, son
auteur doit le signaler au directeur de la R.A.D.S.P.
Dresser la liste des œuvres citées et des publi-
cations utilisées pour préparer l’étude ; les classer
dans l’ordre alphabétique des auteurs. La présen-

Cheminement des articles


- Accusé de réception : - Décision de publier :
Sur réception d’un texte, il est émis un accusé Sur réception de ces évaluations, le comité
de réception. scientifique décide de publier ou non le texte.
- Première lecture : L’auteur est informé de la décision et reçoit un
Le texte est lu en premier lieu par un membre résumé des parties pertinentes des évaluations. Il
du comité de rédaction qui évalue sa conformité peut lui être demandé de relire son texte ou de le
à la politique rédactionnelle de la revue. Si le texte présenter en se conformant aux suggestions et
n’est pas retenu, l’auteur en est informé. Le ma- observations du comité scientifique.
nuscrit n’est pas retourné. - Assignation au numéro :
- Seconde lecture : Le texte prêt pour publication est assigné à un
Le texte est ensuite soumis à un comité de lec- numéro de la revue en tenant compte de la place
ture regroupant les spécialistes ou experts du su- disponible.
jet, pour évaluation et commentaires (il est donc N.B : La rédaction se réserve le droit de modi-
important de présenter un texte clair susceptible fier les résumés et les descripteurs.
d’être photocopié).
Note sur les contributeurs
Roje TADJIE Georges NFOUTCHA,
Docteur/Ph.D en droit public Docteur en Droit privé,
Chargé de Cours à la Faculté des Sciences Juridiques Assistant à la Faculté des Sciences Juridiques et Politiques de
et Politiques l’Université de Douala (Cameroun).
Université de Ngaoundéré (Cameroun)

Antoine Lionel BEKOLO ATEBA


Odile Emmanuelle MFEGUE SHE Doctorant en Droit Public, Université de Douala (Cameroun)
Chargée de Cours Enseignant-Vacataire à la National School of Local Admi-
Université de N’Gaoundéré (Cameroun) nistration (NASLA), Buea (Cameroun)
Ex-Conseiller Technique en Finances Locales, GIZ-
Dr NCHANKOU NJINDAM PRADEC, Yaoundé (Cameroun)
Chargé de Cours
Université de Yaoundé II
Blaise-Jacques NKENE
Maitre de Conférences, FSJP/Université de Yaoundé 2
Myriam Annie MEBOUTA
Ph. D en Droit Privé
Assistante à la Faculté des Sciences Juridiques et Politiques de DEKOUM TA NDA H.M. Ph.D,
l’Université de Bamenda Senior Lecturer, Faculty of Laws and Political Science, The
University of Bamenda

Alice WANDA KOUEKEM


Docteur/ Ph.D en Droit privé MEKASSI ETOGO
Assistante à la Faculté des sciences Juridiques et Politiques Docteur/Ph.D en science politique
Université de Yaoundé II Université de Yaoundé II

Joseph Thierry OKALA EBODE, Ph.D


Maginnot ABANDA AMANYA Enseignant-Chercheur
Docteur/Ph.D en droit des affaires Assistant/Université de Douala/FSJP/
Assistant à la Faculté des Sciences Juridiques et Politiques de Département de Science Politique
l’Université de Yaoundé II.
Membre du groupe recherche en Droit des ressources naturelles Sandrine FEUDJOU MBOMBA
et de l’énergie en Afrique de la Chaire GoldCorp de l’Université Université de Yaoundé II (Cameroun)
de Laval (CANADA).

Jean Marie NDZALI Rodrigue Juvial MBAPPE


Docteur/Ph.D en Droit Privé IRIC
Enseignant à l’Université de Yaoundé II Université de Yaoundé-II

Dr Jean Faustin EKONGOLO


Docteur/Ph.D en droit public
Assistant, FSJP, Université de Yaoundé II
Imprimé en Tunisie
DL : 1er semestre 2022
ISSN - 2306 - 191X
DLK
E
Les Editions Le Kilimandjaro
Édition - Publications - Librairie - Consultations - Conseils
B.P. 5 455 Yaoundé - Cameroun
Tel.: +237 222 72 86 49
E-mail: lekilimedit@[Link]
lekilimrevue@[Link]

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