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Cours Optique Quantique

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Optique Quantique

Denis Werth

Département de Physique, École Normale Supérieure Paris-Saclay

1
Ce cours se base sur les notes laissées par Chris Westbrook pour son cours d’op-
tique quantique enseigné en M1 Phytem. Nous avons essayé de suivre avec fidélité le
cheminement du cours, on y trouvera la quasi totalité des thématiques abordées. J’espère
que ce nouveau polycopié prêtera main-forte à nombreux d’entre vous et participera à la
réussite de tous. Bonne lecture 1 ...

1. Je ne garantis absolument pas l’absence de fautes ou de coquilles.

2
Table des matières
1 Rayonnement du corps noir 4
1.1 Approche de Rayleigh . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 4
1.2 Approche de Planck . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 5
1.3 Approche d’Einstein . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 5

2 Oscillateur harmonique quantique 7


2.1 Variables réduites . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 7
2.2 Opérateurs d’annihilation et de création . . . . . . . . . . . . . . . . . . 7
2.3 États propres . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 9

3 Quantification du champ électrique 9


3.1 Champ électrique classique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 10
3.2 Quantification d’un mode du champ électrique . . . . . . . . . . . . . . . 11
3.3 Quadratures du champ . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 12
3.4 Champs multimodes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 13

4 États du champ électrique 13


4.1 États nombres et vide quantique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 14
4.2 États cohérents . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 15
4.3 États comprimés ("squeezed states") . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 18

5 Interaction champ-matière 21
5.1 Dipôle électrique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 21
5.2 Théorie des perturbations dépendantes du temps . . . . . . . . . . . . . 22
5.3 Transitions dipolaires avec un champ quantique . . . . . . . . . . . . . . 25
5.4 Modèle de Jaynes-Cummings . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 27

6 Émission spontanée 30
6.1 Transitions avec un champ quantique multimode . . . . . . . . . . . . . . 30
6.2 Effet Purcell . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 32
6.3 Théorie de Weisskopf-Wigner . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 35

7 Détection de photons 37
7.1 Règle d’or de Fermi : transition entre un état discret et un continuum . 37
7.2 Effet photoélectrique avec un champ classique . . . . . . . . . . . . . . . 39
7.3 Effet photoélectrique avec un champ quantique . . . . . . . . . . . . . . . 40
7.4 Lame séparatrice . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 42
7.5 Interférométrie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 44
7.6 Détection homodyne . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 46
7.7 Détection de deux photons . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 48
7.8 Champs électriques pulsés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 51
7.9 Impulsions de photon unique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 53
7.10 Bruit de détection et précision dans un interféromètre . . . . . . . . . . . 55

3
1 Rayonnement du corps noir
Un corps noir est une cavité fermée de volume V contenant un gaz de photons en
équilibre thermodynamique avec un thermostat à la température T . Dans ce système,
les atomes de la paroi émettent un rayonnement électromagnétique qui dépend unique-
ment de la température de cette paroi. Le spectre de ce rayonnement est continu et sa
répartition spectrale est donnée par la loi de Planck.

1.1 Approche de Rayleigh


Dans un article de 1900, Rayleigh donne une explication pour comprendre le com-
portement du rayonnement du corps noir à basses fréquences. L’idée principale est de
traiter les modes du champ électromagnétique comme des oscillateurs harmoniques. De
tels oscillateurs ont deux degrés de liberté dont l’énergie moyenne vaut kB2T à l’équilibre
thermodynamique 2 .
Chaque oscillateur possède alors une énergie kB T et pour déterminer l’énergie totale
du rayonnement dans la cavité à une fréquence donnée, nous devons calculer la densité
de modes ρ(ω)dω dans un intervalle [ω, ω + dω]. Nous pouvons donc calculer la densité
d’énergie par unité de volume et par unité de fréquence
1
kB T ρ(ω)
u(ω) = (1)
V
Pour une particule libre (ici le photon) en supposant des conditions limites périodiques
dans la cavité, nous pouvons montrer que la densité d’états en vecteur d’onde s’écrit

− V
ρ( k ) = (2)
(2π)3


En écrivant ρ( k )d3 k = 4πk 2 ρ(k)dk = ρ(ω)dω et en sachant que ω = kc et que le
photon possède deux états de polarisation 3 , on trouve

ω2
ρ(ω) = V (3)
π 2 c3
On obtient finalement

Formule de Rayleigh-Jeans

kB T 2
u(ω) = ω (4)
π 2 c3

Cette formule est valable à basses fréquences, u(ω) est en J.m−3 .Hz −1 .

2. En utilisant le théorème d’équipartition de l’énergie.


3. On a donc un facteur 2 dû à la dégénérescence.

4
1.2 Approche de Planck
La théorie électromagnétique est valide à des hautes fréquences et donc la somme
sur tous les modes de la densité d’énergie de Rayleigh-Jeans diverge. Si l’on suppose
qu’un mode du champ électromagnétique est un oscillateur harmonique quantique, la
loi de Boltzmann stipule que la probabilité d’occuper un état d’énergie ~ωn à une
température T est
− k~ωn
pn = Ce B T
(5)
− k~ωT
où C = 1 − e B est un facteur de normalisation. Le nombre moyen d’occupation
est alors 4
X 1
n̄ = npn = ~ω (6)
e −1 kB T

L’énergie moyenne des oscillateurs est alors n̄~ω et cette quantité doit remplacer kB T
dans la formule de Rayleigh-Jeans. On a dans ce cas

Loi de Planck
~ω 3 1
u(ω) = 2 3 ~ω (7)
π c e kB T − 1

Cette formule est valable pour toutes fréquences, u(ω) est en J.m−3 .Hz −1

Le succès de cette loi, dont la formule de Rayleigh-Jeans n’est qu’une approxima-


tion, était une indication claire de l’existence de "quanta" de champ électromagnétique,
objets que nous appelons photons aujourd’hui.

1.3 Approche d’Einstein


Après l’introduction du modèle de l’atome dont les niveaux d’énergie ont été quan-
tifiés, un modèle d’interaction entre lumière et l’atome quantifié fût introduit. L’idée
d’Einstein, publiée dans le fameux article de 1917 5 , a été de considérer des atomes
quantifiés. Par simplicité, nous supposons que ces atomes sont des systèmes à deux états
|f i et |ei. Nous définissons ~ω0 l’écart en énergie entre ces deux états. L’atome peut
changer de niveaux d’energie selon trois processus :

— absorption, transition de |f i vers |ei avec un taux Bf,e u(ω0 ) ;


— émission stimulée, transition de |ei vers |f i avec un taux Be,f u(ω0 ) ;
— émission spontanée, transition de |ei vers |f i avec un taux A.

4. On somme sur toutes les énergies.


5. Les premières pages sont faciles à comprendre.

5
Les deux premiers processus ont des taux proportionnels à la densité d’énergie à la
fréquence de résonance de l’atome tandis que le troisième processus est indépendant de
la présence d’un quelconque rayonnement irradiant l’atome. Dans ce modèle, nous ne
quantifions pas le rayonnement.

L’existence de ces processus mènent aux équations de Bloch optiques pour les po-
pulations des deux états considérés. Nous définissons les populations σi = Ni /Ntot , où Ni
est le nombre d’atomes dans l’état i et Ntot est le nombre total d’atomes. Nous avons
(
σ˙f = −Bf,e u(ω0 )σf + Be,f u(ω0 )σe + Aσe
(8)
σ˙e = −σ˙f
Nous n’avons pas émis d’hypothèse sur la nature du rayonnement ni son spectre jus-
qu’ici. Nous émettons simplement l’hypothèse que les atomes sont en équilibre thermo-
dynamique avec le rayonnement à la température T . Cette hypothèse conduit au fait que
le processus doit être considéré stationnaire (σ˙f = σ˙e = 0) et que les populations doivent
−~ω0
σe
être distribuées selon une loi de Boltzmann σf
= e kB T . De simples manipulations
conduisent à
A
u(ω0 ) = ~ω0 (9)
Bf,e e kB T
− Be,f
La condition u(ω0 ) → ∞ losque T → ∞ impose Bf,e = Be,f = B. La fonction u(ω0 ) a
alors la même forme que la loi de Planck. Nous oublions l’indice sur ω0 car le raisonne-
ment fait est valable pour n’importe quelle valeur de ω0 . Nous obtenons la forme exacte
3
de la loi de Planck si l’on écrit A = B π~ω
2 c3 .

Ce résultat a été démontré simplement en supposant un équilibre thermodynamique


entre un champ radiatif et un atome avec des niveaux d’énergie discrets.

Les photons n’interagissant pas entre eux, un gaz de photons est un système avec
un volume et une température fixés mais avec un nombre de particules non fixé. Il en
découle qu’un gaz de photons possède un potentiel chimique nul ce qui amène Bose en
1920 à introduire la distribution de Bose-Einstein qui se généralise aux bosons. Cette
statistique peut être mise en évidence seulement avec une hypothèse d’équilibre thermo-
dynamique et la quantification de la matière (les atomes).

Statistique de Bose-Einstein
1
n̄ = ~ω (10)
e kB T
−1

n̄ (#photons/mode) est le nombre moyen de photons dans un mode du rayon-


nement à la température T et à la pulsation ω.

6
2 Oscillateur harmonique quantique
Nous faisons ici un bref rappel sur l’oscillateur harmonique quantique, indispensable
pour le cours qui suit. Considérons le hamiltonien d’un oscillateur harmonique de pulsa-
tion ω suivant 6

Hamiltonien de l’oscillateur harmonique quantique

p̂2 1
Ĥ = + mω 2 q̂ 2 (11)
2m 2

2.1 Variables réduites


Afin de généraliser le problème et d’utiliser des variables adimentionnées, nous pas-
sons aux variables réduites par changement d’observables.

Variables réduites
r
mω p̂
Q̂ = q̂ P̂ = √ (12)
~ m~ω
avec [Q̂, P̂ ] = i. Nous obtenons le hamiltonien suivant
1
Ĥ = ~ω(Q̂2 + P̂ 2 ) (13)
2

Nous utilisons volontairement la notation habituelle de coordonnées généralisées car


(q̂, p̂) ne correspondent pas toujours à la position et à l’impulsion. Nous verrons que dans
le cas du champ électrique, ces variables désignent les quadratures du champ.

2.2 Opérateurs d’annihilation et de création


La résolution du problème (trouver les vecteurs propres et valeurs propres de cet ha-
miltonien) par une approche algébrique est simplifiée par l’introduction des opérateurs
suivants

6. Nous considérons un oscillateur harmonique unidimensionnel.

7
Opérateurs d’annihilation et de création
1 1
â = √ (Q̂ + iP̂ ) ↠= √ (Q̂ − iP̂ ) (14)
2 2

avec [â, ↠] = 1. Si l’on inverse le système on a


1 1
Q̂ = √ (â + ↠) P̂ = √ (â − ↠) (15)
2 2i

Ces opérateurs jouent un rôle crucial dans toute la suite de ce cours. Nous définissons
également l’opérateur nombre

Opérateur nombre

N̂ = ↠â (16)

L’opérateur nombre est hermitien, c’est donc une observable. Dans ce cas, le hamil-
tonien s’écrit plus facilement

Ĥ = ~ω(N̂ + 1/2) (17)


Les opérateurs nombre, d’annihilation et de création satisfont les relations de com-
mutation suivantes 7

[N̂ , â] = −â [N̂ , ↠] = ↠(18)


Notons |ni les vecteurs propres de N̂ dont les valeurs propres sont notées n. Nous
montrons par la suite que n est un entier positif et trouvons les fonctions propres du
hamiltonien projetées sur la base des positions φn (Q).

On considère le module du vecteur â |ni. Par définition, cette quantité est positive.
Ainsi, nous avons ||â |ni ||2 ≥ 0. D’autre part, nous avons ||â |ni ||2 = hn| ↠â |ni =
hn| N̂ |ni = hn| n |ni = n hn|ni = n. Ainsi, nous avons démontré que n ≥ 0.

Avec les relations de commutation entre N̂ , â et ↠, nous montrons facilement que
N̂ â |ni = (n − 1)â |ni et N̂ ↠|ni = (n + 1)↠|ni. Ce résultat est à l’origine de l’appella-
tion opérateurs d’annihilation et de création.

Les équations précédentes montrent que â |ni = αn |n − 1i et ↠|ni = βn |n + 1i. Nous
choisissons αn et βn réels.

7. Laissé en exercice.

8
† †
On a â√ â |ni = n |ni
√ = αn â |n − 1i = αn βn−1 |ni. D’où αn βn−1 = n. On en déduit
que αn = n et βn = n + 1. Ainsi,

Valeurs propres de â et â†


√ √
â |ni = n |n − 1i ↠|ni = n + 1 |n + 1i (19)

p À partir de l’équation aux valeursppropres de â, nous obtenons (en itérant) ân |ni =
n(n − 1)...1 |0i et donc ân+1 |ni = n(n − 1)... − 1 |−1i. Ceci est impossible (la quan-
tité dans la racine est négative) donc on en déduit que n est un entier. Finalement,
n ∈ N.

2.3 États propres


Nous allons trouver la fonction en position de l’état fondamental de l’oscillateur har-
d
monique. Nous savons que hQ| P̂ = −i dQ (P̂ agit comme une dérivée spatiale en repré-
sentation position). En écrivant â |0i = 0, nous avons l’équation différentielle suivante

(Q̂ + iP̂ ) |0i = 0 (20)


Puis en représentation position
dφ0
Qφ0 (Q) + (Q) = 0 (21)
dQ
Cette équation se résout en 8

État fondamental de l’oscillateur harmonique


2 −Q2
φ0 (Q) = ( )1/4 e 2 (22)
π

Pour obtenir le premier niveaux excité, nous utilisons â |1i = |0i puis en connaissant
φ0 , nous pouvons résoudre cette équation différentielle. Pour déterminer φn , il faut alors
procéder par itération.

3 Quantification du champ électrique


Nous souhaitons ici trouver un moyen d’exprimer les champs électrique et magnétique
comme des observables correspondant à des opérateurs hermitiens 9 (Ê, B̂) agissant sur
´
8. La constante se trouve en normalisant la fonction d’onde φ20 (Q)dQ = 1.
9. La condition d’hermicité doit être vérifiée car les champs électrique et magnétique peuvent être
mesurés.

9
un espace de Hilbert où les vecteurs d’état |ψi décrivent l’état du champ. Nous rappe-
lons que lors d’une expérience, nous n’observons pas d’opérateurs ni de vecteurs d’état
mais seulement des probabilités ou des valeurs moyennes comme hψ| Ê |ψi. L’introduc-
tion de cette description est principalement justifiée par son succès à prédire les résultats
expérimentaux.

Pour quantifier le rayonnement sachant que le champ électromagnétique est solution


d’une équation d’onde, la première idée est qu’un mode de ce champ doit posséder le
comportement d’un oscillateur harmonique. Cette intuition vient aussi du fait que les
niveaux d’énergie de l’oscillateur harmonique sont espacés d’une quantité fixe ~ω que
l’on identifie à un échange quantifié d’énergie 10 .

3.1 Champ électrique classique


Considérons d’abord le cas classique. Plaçons nous dans une boîte de volume V = L3
avec des conditions limites périodiques (le vecteur d’onde est alors quantifié k = 2π L
n
selon les trois directions de l’espace) et considérons un unique mode d’un champ électro-
magnétique sous forme d’onde plane à la fréquence ω se propageant selon k.

Champs électrique et magnétique classique



 E(r, t) = eE0 ei(kr−ωt) + c.c.
(23)
B(r, t) = k ∧ e E0 ei(kr−ωt) + c.c.
k

avec k = |k| = ω/c

Le symbole c.c. veut dire complexe conjugué. Nous avons choisi cette écriture car
c’est cette dernière qui va correspondre au cas quantique. Le vecteur de polarisation e
est orthogonal à la direction de propagation et s’inscrit dans un plan perpendiculaire à
k. Pour une onde se propageant dans la direction de z, nous pouvons écrire e en termes
de vecteurs unitaires

e = x ex + y ey (24)
Pour des valeurs réelles de x et y , nous avons une polarisation linéaire. Pour
1
e = √ (ex + iey ) (25)
2
nous obtenons une polarisation circulaire. Par soucis de simplicité, nous supposons
que le champ électromagnétique se propage selon z et nous notons
10. Ces quanta de champ électrique sont par la suite appelés photons, surtout suite au traitement
d’Einstein de l’interaction matière-rayonnement.

10
(
E = iωex (cei(kz−ωt) − c? e−i(kz−ωt) )
(26)
B = ikey (cei(kz−ωt) − c? e−i(kz−ωt) )
L’idée est de remplacer l’énergie de ce champ par un oscillateur harmonique quantique
et d’identifier les différents termes. L’énergie classique de ce champ électromagnétique en
négligeant les termes oscillant à 2ω s’écrit
ˆ
1 1
H= dV (0 E 2 + B 2 ) = 2V 0 ω 2 cc? (27)
2 µ0
Si l’on pose
 p √ p
 2ω V 0 c = ω mq + i √m

p √ p (28)
2ω V 0 c? = ω mq − i √

m
On trouve 11 le hamiltonien d’un oscillateur harmonique pour l’instant classique

1 p2
H = ( + mω 2 q 2 ) (29)
2 m
Il faut avoir en tête que q et p sont la position et l’impulsion d’un oscillateur fictif.
Si l’on fait le même calcul pour deux modes d’énergie H1 et H2 , nous allons trouver que
l’énergie totale du champ est la somme des énergies des deux modes H = H1 + H2 .

3.2 Quantification d’un mode du champ électrique


Afin de quantifier le champ, nous remplaçons q par q̂ et p par p̂ avec [q̂, p̂] = i~. Pas-
sons aux variables sans dimension 12 Q̂ et P̂ et introduisons les opérateurs d’annihilation
et de création â et ↠.

Nous obtenons finalement

Champs électrique et magnétique quantique



 Ê = iex E0 (âei(kz−ωt) − ↠e−i(kz−ωt) )
(30)
B̂ = i ey E0 (âei(kz−ωt) − ↠e−i(kz−ωt) )
c
q

avec E0 = 20 V
. Nous obtenons alors pour un mode
1
Ĥ = ~ω(↠â + ) (31)
2

11. Le calcul est laissé en exercice.


12. Voir le rappel sur l’oscillateur harmonique quantique.

11
Comme vu précédemment, les opérateurs â et ↠augmentent ou diminuent le nombre
d’excitations dans l’oscillateur (ou le champ). Nous avons alors une nouvelle image à se
faire du champ électromagnétique. Il est présent partout et est peuplé par endroit par
des quanta ~ω.

L’état d’un unique mode peut être exprimé comme superposition des états propres
du hamiltonien (états de Fock |ni). Connaissant un état arbitraire |ψi, nous pouvons
alors déterminer des grandeurs comme hÊi (valeur moyenne du champ électrique) ou hĤi
(énergie moyenne du champ électromagnétique).

La contribution ~ω/2 de l’hamiltonien s’appelle le point d’énergie zéro du champ


électromagnétique et fait que l’écart-type (ou variance) du champ non excité (n = 0)
n’est pas nul (le vide fluctue). De plus, la précédente écriture du champ permet d’écrire
des opérateurs hermitiens que l’on peut séparer en une contribution qui contient les fré-
quences positives Ê (+) s’exprimant avec l’opérateur d’annihilation â et une contribution
qui contient les fréquences négative Ê (−) s’exprimant avec l’opérateur de création ↠.

Champ électrique selon les fréquences positives et négatives

Ê = Ê(+) + Ê(−) (32)


avec Ê(+) = Ê(−)† .

3.3 Quadratures du champ


Nous rappelons que les opérateurs Q̂ et P̂ ne sont pas la position et l’impulsion du
champ électromagnétique mais la position et l’impulsion d’un oscillateur fictif correspon-
dant au champ.

Les opérateurs Q̂ et P̂ ont cependant une interprétation claire en termes de champ


électromagnétique. En effet, nous pouvons écrire

Quadratures du champ
r

Ê = ex i (Q̂ sin(kz − ωt) + P̂ cos(kz − ωt)) (33)
0 V

p Q̂ et P̂ correspondent aux deuxQquadratures du champ qui possède une ampli-


Ainsi,
tude Q2 + P 2 et une phase cos φ = √ 2 2 .
Q +P

Dans un plan de Fresnel 13 (Q, P ), la norme du vecteur est l’amplitude du champ et


13. On a Q = hQ̂i et P = hP̂ i.

12
l’angle qu’il fait avec l’axe des abscisses est sa phase. Nous verrons par la suite comment
déterminer expérimentalement les quadratures du champ. Gardez en tête que connaître
Q et P permet d’avoir à la fois l’amplitude du champ ainsi que la phase du champ. Bien
évidemment, le champ électrique maintenant est quantique donc les quadratures vérifient
la relation d’incertitude (qui se traduit par une incertitude sur l’amplitude et la phase)
1
∆Q̂∆P̂ ≥ (34)
2

3.4 Champs multimodes


Pour les même raisons que dans le cas classique, les différents modes du champ élec-
tromagnétique contribuent de manière indépendantes au hamiltonien sous forme d’os-
cillateurs harmoniques. La procédure de quantification développée précédemment peut
facilement se généraliser au cas multimode.

Champ électrique multimode


r
X ~ωk
Ê = ies (âk,s ei(kz−ωt) − â†k,s e−i(kz−ωt) ) (35)
k,s
20 V

avec ωk = kc et où la somme porte sur les différents modes k et les deux


polarisations es . Nous avons alors une énergie totale de tous les modes
X 1
Ĥ = ~ωk (â†k,s âk,s + ) (36)
k,s
2

L’indépendance des oscillateurs est assurée par le fait que les opérateurs correspondant
à des modes différents commutent

[âk,s , â†k0 ,s0 ] = δk,k0 δs,s0 (37)


Un état multimode peut être exprimé en termes d’états de chaque mode |ψi =
|nk1 , nk2 , ...i et plus généralement comme combinaison linéaire de ces derniers
X
|ψi = ck1 ,k2 ,... |nk1 , nk2 , ...i (38)
k1 ,k2 ,...

4 États du champ électrique


Nous devons à présent spécifier l’état approprié pour un champ électromagnétique.
La quantification d’un système de bosons a été faite par Fock. L’espace de Hilbert
correspondant est appelé espace de Fock dont les vecteurs de base sont les états de
Fock {|ni} (aussi appelés états nombres). Comme tous les champs sont écrits comme
superposition de modes indépendants, nous pouvons construire des états pour chaque

13
mode et à partir de cela obtenir des états pour par exemple un champ multimode ou un
champ purement quantique.

Afin de simplifier l’écriture, nous oublions la polarisation du champ électrique et nous


supposons le champ à la position z = 0. Ainsi, nous considérons dans la suite un champ
de la forme
r

Ê = i (âe−iωt − ↠eiωt ) (39)
20 V
Gardez en tête que parfois nous avons besoin d’inclure une phase due à la propagation
de ce champ.

4.1 États nombres et vide quantique


Comme l’énergie d’un mode du champ est un hamiltonien d’un oscillateur harmonique
quantique, les différents modes sont décrits par les états propres de cet hamiltonien : les
états nombres |ni. L’entier positif n désigne le nombre de "quanta" (ou de photons) dans
le mode considéré. Par exemple, un état |1i est un mode ne contenant qu’un photon.

Bien que le vide |n = 0i est l’état fondamental du champ, nous voyons ici qu’il n’est
pas "vide". Son énergie est ~ω/2. Nous pouvons utiliser l’opérateur champ électrique pour
déterminer la valeur moyenne du champ (son amplitude mesurée)
r

h0| Ê |0i = i (h0| â |0i e−iωt − h0| ↠|0i eiωt ) = 0 (40)
20 V
Par contre, h0| Ê 2 |0i =
6 0. En effet 14 ,
~ω 2 −2iωt ~ω
h0| Ê 2 |0i = − (â e + â2† e2iωt − â↠− ↠â) = (41)
20 V 20 V
et donc
~ω 2
(∆Ê)2 = h0| Ê 2 |0i − h0| Ê |0i = (42)
20 V
Cela veut dire que le vide quantique est une quantité qui fluctue avec une moyenne
nulle. Pour les autres états nombres, nous avons un comportement similaire

hn| Ê |ni = 0 (∆Ê)2 = (n + 1/2) (43)
0 V
Les états |ni représentent des états du champ à n photons. Le champ moyen pour ces
états est nul. Ceci est en accord avec le principe d’incertitude car l’opérateur nombre N̂
ne commute pas avec le champ Ê. Si le champ était parfaitement connu, alors le nombre
de photons dans un mode du champ serait incertain. Il y a ici un lien avec la notion de
phase d’un champ électrique. En physique classique, l’amplitude et la phase d’un champ
peuvent être bien définies simultanément. Ce n’est pas le cas en physique quantique. Tout
14. â et ↠ne commutent pas.

14
comme l’énergie est conjuguée au temps et la position à l’impulsion (par des relations de
type Fourier), le nombre de photons est conjugué à la phase du champ.

Nous pouvons montrer que la variance (fluctuation) du nombre de photons dans un


unique mode d’un champ thermique est

(∆n)2 = hni2 + hni (44)


où hni est le nombre moyen de photons 15 . Ainsi, les fluctuations d’un gaz de photons
est amplifié par rapport au cas classique : on parle d’amplification bosonique.

4.2 États cohérents


En physique classique, nous avons des champs très bien définis aussi bien en amplitude
qu’en phase. Ainsi, il est naturel d’identifier le champ classique par la valeur moyenne du
champ quantique dans un état donné. Cependant, nous avons vu que la valeur moyenne
du champ dans un état nombre est nulle. Les états nombres ne peuvent donc pas repré-
senter des champs avec une amplitude et une phase bien définies (le laser est un bon
exemple d’un tel champ). Comme le champ électrique s’exprime en termes de â et ↠, il
est naturel de chercher les états propres et les valeurs propres de ces opérateurs. Ces états
sont appelés états cohérents. Comme â n’est pas hermitien, sa valeur propre est complexe.

États cohérents
Les états cohérents |αi sont les états propres de â dont la valeur propre α est
complexe.

â |αi = α |αi hα| ↠= hα| α? (45)


Ils s’expriment comme combinaisons linéaires des états nombres
+∞
−|α|2 X αn
|αi = e 2 √ |ni (46)
n=0 n!

Les états cohérents ne sont pas orthogonaux. La valeur moyenne du champ électrique
dans un état cohérent |αi où l’on note α = |α|eiφ est
r r
~ω −iωt ? iωt ~ω
hα| Ê |αi = i (αe −α e )=2 |α| sin(ωt − φ) (47)
20 V 20 V
Avec un état cohérent, nous obtenons un comportement classique du champ électrique.

15. On rappelle que l’opérateur nombre N̂ est hermitien et que sa valeur moyenne hψ| N̂ |ψi donne le
nombre moyen de photons dans l’état |ψi.

15
L’intensité du champ électrique (ou nombre moyen de photons dans le champ élec-
trique), proportionnelle 16 à h↠âi, est alors

h↠âi = |α|2 (48)


L’expression explicite d’un état cohérent nous permet d’obtenir la distribution du
nombre de photons (la probabilité de détecter n photons pour une mesure du nombre de
photons dans le champ électrique).

Distribution du nombre de photons d’un état cohérent

2 |α|2n
Pn,|αi = | hn|αi |2 = e−|α| (49)
n!

On obtient une loi de Poisson.

Pour |α|  1, cette distribution approche une loi gaussienne, sinon elle est asymé-
trique par rapport à sa moyenne. Tout comme le bruit de grenaille (le bruit de la pluie
qui tape contre la fenêtre), les photons dans un état cohérent sont en quelque sorte indé-
pendants.

Nous résumons les éléments importants dans l’encadré qui suit (certains résultats sont
laissés en exercices).

16. L’intensité du champ est I = hÊ (−) Ê (+) i

16
Résultats statistiques des états cohérents
Le nombre moyen de photons dans le champ se détermine en évaluant la
moyenne de N̂ .

hN̂ i = h↠âi = hα| ↠â |αi = |α|2 (50)

Nous avons aussi

hN̂ 2 i = hα| ↠â↠â |αi = |α|4 + |α|2 = hN̂ i2 + hN̂ i (51)

Ce qui permet de calculer les fluctuations du nombre de photons

(∆N̂ )2 = hN̂ 2 i − hN̂ i2 = hN̂ i (52)

Ce résultat est caractéristique d’une loi de Poisson. Notons que l’incertitude


relative sur le nombre de photons est

∆N̂ 1 1
=q = (53)
hN̂ i |α|
hN̂ i

Nous pouvons aussi calculer les deux quadratures du champ électrique Q̂ et P̂ . Les
résultats sont laissés en exercice.

Quadratures des états cohérents

Re(α) Im(α)
Q = hα| Q̂ |αi = √ P = hα| P̂ |αi = √ (54)
2 2

1
∆Q̂∆P̂ = (55)
2

L’expression en termes de quadratures permet de représenter l’état du champ dans un


plan (Q, P ). Un état cohérent |α|eiφ peut être représenté par un vecteur de longueur |α| et
faisant un angle φ avec l’axe des Q. Le fait que Q̂ et P̂ vérifient la relation d’incertitude est
exprimé par un cercle de rayon 1/2 dessiné par le bout du vecteur (on a une incertitude sur
l’extrémité du vecteur qui créé une incertitude sur l’amplitude du champ et sa phase). Le
vide est aussi décrit par un cercle centré à l’origine. Pour cette raison, certains qualifient
un état cohérent de "vide déplacé".

17
4.3 États comprimés ("squeezed states")
La représentation d’un état dans un espace des phases (Q, P ) peut être généralisée à
n’importe quelle état quantique.

Hamiltonien non-linéaire
L’idée générale est de produire par interaction non-linéaire un état dont la relation
d’incertitude ne se traduit plus par un cercle dans l’espace des phases mais par une ellipse
(par exemple on enlève un peu d’incertitude selon Q pour la mettre sur P ). De tels états
s’appellent états comprimés de la lumière ("squeezed states"). Ils sont produit par une
interaction non-linéaire (par exemple un cristal) dont le hamiltonien s’écrit

Ĥ = i~g(â†2 âp − â2 â†p ) (56)


où âp correspond au champ du laser pompe à 2ω qui entre dans le cristal et â cor-
respond au champ produit à ω (c’est celui qui nous intéresse). On suppose (et c’est en
pratique le cas) que le laser pompe est un état cohérent |αi donc on peut remplacer âp
et â†p par leurs valeurs moyennes αp et αp? (on moyenne cet hamiltonien Ĥ → hα| Ĥ |αi).
Ainsi, nous avons

Ĥ = i~g(â†2 αp − â2 αp? ) (57)


Partant d’un état |ψ(0)i à l’instant initial, l’état évolue en |ψ(t)i = e−iĤt/~ |ψ(0)i.

Calcul des quadratures de l’état comprimé


Nous cherchons par la suite à exprimer Q et P .
1 ? â2 −ξâ†2 )
Notons Ŝ(ξ) = e 2 (ξ . On a Ŝ(−ξ) = Ŝ † (ξ) d’où Ŝ Ŝ † = 1 (Ŝ est unitaire).

Si l’on note ξ = reiθ , le lemme de Baker-Hausdorf stipule 17 que


(
Ŝ † âŜ = âch(r) − ↠eiθ sh(r)
(58)
Ŝ † ↠Ŝ = ↠ch(r) − âe−iθ sh(r)

On choisit comme état initial le vide |ψ(0)i = |0i. Ce choix est justifié par le fait que
le vide est représenté par un cercle centré sur l’origine dans l’espace des phases et l’idée
est de déformer ce cercle (même si ce choix n’a pas été apprécié en cours d’un point de vue
expérimental car on détecte le "vide" et que la propagation d’un tel état dans un montage
optique n’est pas idéologiquement concevable...). On a alors |ψ(t)i = |ξi = Ŝ(ξ) |0i.

On peut calculer les valeurs moyennes de â et â2 dans le but calculer (∆Q̂)2 et (∆P̂ )2
et ainsi représenter l’état |ξi dans l’espace des phases. On a

hξ| â |ξi = h0| Ŝ † âŜ |0i = h0| (âch(r) − ↠eiθ sh(r)) |0i = 0 (59)
17. On pourra s’amuser à montrer ce résultat.

18
De même pour hξ| ↠|ξi. On a aussi 18

hξ| â2 |ξi = h0| Ŝ † ââŜ |0i = h0| Ŝ † âŜ Ŝ † âŜ |0i = −e−iθ sh(r)ch(r) (60)
Ainsi, on a

Q = hξ| Q̂ |ξi = 0 P = hξ| P̂ |ξi = 0 (61)


et
1

(∆Q̂)2 = ch2 (r) + sh2 (r) − 2sh(r)ch(r) cos(θ)
 
2 (62)
(∆P̂ )2 = 1 ch2 (r) + sh2 (r) + 2sh(r)ch(r) cos(θ)
 
2

que l’on réécrit


1

(∆Q̂)2 = (e2r + e−2r ) − (e2r − e−2r ) cos(θ)
 
4 (63)
1
(∆P̂ )2 = (e2r + e−2r ) + (e2r − e−2r ) cos(θ)
 
4

Ainsi, nous pouvons représenter l’état comprimé |ξi dans le plan (Q, P ).

Avec θ = 0, on obtient
1 −r

∆Q̂ = √ e


2
(64)
1
∆P̂ = √ er


2

L’état est allongé verticalement. Pour θ = π, l’état est allongé horizontalement. Re-
marquons que nous avons toujours ∆Q̂∆P̂ = 1/2, nous avons simplement déséquilibré
l’incertitude entre Q et P . Pour le côté expérimental, allez voir les notes de JFR. Retenez
qu’on détecte cet état (on mesure Q et P ce qui nous permet d’obtenir l’amplitude et la
phase du champ) par détection homodyne, méthode présentée par la suite.

Probabilité de détecter n photons dans le vide comprimé


À partir des résultats précédents, nous pouvons calculer la probabilité de détecter n
photons dans le vide comprimé lors d’une mesure du nombre de photons. Nous avons

Pn,|ξi = | hn|ξi |2 = | hn| Ŝ(ξ) |0i |2 (65)


1 ? 2
(ξ â −ξâ†2 )
P∞En 1écrivant Ŝ(ξ) = e 2 comme une série en développant l’exponentielle :
? 2 †2
k=0 2k k! (ξ â − ξâ ), on s’aperçoit que si n est impair, cette probabilité est nulle. De
façon plus générale, nous pouvons montrer 19 que pour n ∈ N
18. Le calcul est à faire.
19. Si quelqu’un est chaud pour faire le calcul afin de vérifier si le résultat est correct, qu’il se lance...

19

P2n+1,|ξi = 0

2n
(66)
  
2n 1 1
P2n,|ξi =
 th(r) pour θ = 0
n ch(r) 2

De manière intuitive, les photons viennent par paire. Lorsqu’on regarde la forme du
hamiltonien, nous pouvons concevoir que un photon à 2ω du laser pompe se convertit
en deux photons à ω dans le champ sortant (et inversement pour la partie hermitique
conjuguée). Le changement de fréquence est caractéristique d’un processus d’optique non-
linéaire, que l’on peut voir dans la forme du hamiltonien (présence de â2 ).

Calcul de l’énergie moyenne d’un état comprimé


Il est tout de même intéressant de calculer l’énergie du champ électromagnétique
dans un état de vide comprimé. Rappelons tout d’abord que pour le vide |0i, nous avons
hĤi = h0| Ĥ |0i = ~ω h0| ↠â + 1/2 |0i = ~ω/2.

Pour un état de vide comprimé, le même calcul donne 20

hĤi = hξ| Ĥ |ξi


= ~ω h0| Ŝ † (N̂ + 1/2)Ŝ |0i
(67)
= ~ω h0| Ŝ † ↠âŜ |0i + ~ω
= ~ω/2 + sh2 (r)~ω
On peut voir par ailleurs que pour r = 0 (donc ξ = 0) nous obtenons l’énergie du
vide. Donc partant de l’état vide quantique, cet état n’évolue pas. Ce qui est confirmé
car dans ce cas le hamiltonien d’interaction est nul.

Si l’on ne souhaite connaître que l’essentiel, l’encadré ci-dessous rassemble les points
importants des états comprimés.

20. On utilise le fait que Ŝ Ŝ † = 1.

20
États comprimés
Les états comprimés sont générés par une interaction non-linéaire décrite par
un hamiltonien du type

Ĥ = i~g(â†2 αp − â2 αp? ) (68)

Partant de l’état vide |0i, nous pouvons montrer que cet état évolue en un état
comprimé

1 ? â2 −ξâ†2 ) ξ2
|ξi = Ŝ(ξ) |0i = e 2 (ξ |0i = |0i + ξ |2i + |4i ... (69)
2

L’état |ξi décrit une ellipse dans l’espace des phases (Q, P ) au lieu d’un cercle
(cas de |0i ou d’un état cohérent). Une des deux quadratures du champ cède de la
variance (de l’incertitude) à l’autre quadrature, contrairement au vide ou à un état
cohérent où l’incertitude est également répartie. Utilisés de façon astucieuse, de tels
états peuvent permettre de réduire le bruit dans une mesure interférométrique.

5 Interaction champ-matière
Afin de rendre cette théorie applicable en laboratoire, nous devons décrire comment le
champ électrique quantique décrit précédemment peut être détecté. Ce champ est détecté
via son interaction avec des atomes et c’est pourquoi nous voyons maintenant comment
ce champ interagit avec la matière.

5.1 Dipôle électrique


On considère un atome possédant un électron lié au noyau par un potentiel coulom-
bien. Le noyau est fixé en r = 0. Lorsque l’on éclaire l’atome par une onde plane d’un
champ électrique monochromatique, on admet (on peut toutefois le montrer par un choix
de Jauge particulier 21 ) que l’on remplace l’impulsion de l’électron p̂ par p̂ − qA où q est
la charge et A le potentiel vecteur.

En négligeant le terme quadratique devant le terme linéaire lorsque l’on développe


le hamiltonien d’interaction et en supposant que le champ électrique est uniforme sur la
taille de l’atome (ceci est correct si la longueur d’onde du champ est très grande devant
la taille caractéristique de l’atome), on obtient le hamiltonien dit d’interaction dipolaire.

21. Voir cours de symétries et intégrales de chemin.

21
Hamiltonien de l’interaction dipolaire

Ĥ = −D̂.Ê (70)

où D̂ = qr̂ est l’opérateur dipôle de l’électron dans l’atome et Ê est l’opérateur


champ électrique (que l’on peut aussi considérer classique).

Ce terme dipolaire est le premier terme d’un développement dit multipolaire 22 qui
s’obtient en faisant un développement du potentiel vecteur autour de l’origine au lieu de
juste prendre sa valeur à l’origine.

5.2 Théorie des perturbations dépendantes du temps


Nous donnons dans cette partie une méthode générale pour résoudre le problème d’un
hamiltonien avec un terme de perturbation. Cette méthode perturbative va nous per-
mettre de déterminer les états propres et valeurs propres (énergies) d’un tel système.
Concrètement, le hamiltonien à résoudre est la somme du hamiltonien de l’atome auquel
on ajoute une perturbation, ici un terme dipolaire correspondant au champ électrique.
Commençons par présenter la résolution générale 23 et ensuite nous traiterons le cas par-
ticulier d’un atome à deux niveaux avec une perturbation sinusoïdale.

Méthode générale pour déterminer une probabilité de transition


On considère un système décrit par un hamiltonien dont la perturbation dépend du
temps

Ĥ(t) = Ĥ0 + V̂ (t) (71)


On appelle {|ni} les états propres de Ĥ0 et En les énergies propres correspondantes.
L’opérateur V̂ (t) peut dépendre explicitement du temps et ne commute pas avec Ĥ0 afin
d’introduire des transitions entre différents états propres de Ĥ0 . L’objectif est de déter-
miner la probabilité de trouver le système dans un des états propres de Ĥ0 après une
évolution pendant un temps t donné.

On commence par développer le vecteur d’état que l’on cherche à déterminer sur la
base des états propres 24 de Ĥ0
X
|ψ(t)i = cn (t)e−iEn t/~ |ni (72)
n

En appliquant l’équation de Schrödinger on obtient


22. Cet hamiltonien n’est qu’une approximation, comme toujours...
23. Comme dans le cours de Beugnon.
24. Les états |ni ici ne sont pas des états nombres, c’est juste une notation.

22
X iEn
 X  
i~ c˙n (t) − cn (t) e−iEn t/~ |ni = cn (t)e−iEn t/~ Ĥ0 + V̂ (t) |ni (73)
n
~ n

En simplifiant et après projection sur hk|, on obtient un système d’équations différen-


tielles
X
i~c˙k (t) = cn (t)e−iωnk t hk| V̂ (t) |ni (74)
n

où l’on introduit les pulsations de Bohr ωnk = (En − Ek )/~. L’évolution du système
est déterminée de façon exacte par ces équations et une condition initiale pour l’état du
système (cn (0) pour tout n).

On suppose que le terme dépendant du temps V̂ (t) est petit devant Ĥ0 . On va rem-
placer 25 V̂ (t) par λV̂ (t) où λ joue le rôle d’un paramètre sans dimension pour effectuer
les développements. On suppose que ck (t) peut être développé en puissance de λ
(0) (1) (2)
ck (t) = ck (t) + λck (t) + λ2 ck (t)... (75)
Si on injecte ce développement dans 74 et qu’on identifie les termes de même puissance
en λ, on aboutit à
 (0)
i~ċk (t) = X


0
(1) −iωnk t
c(0)

i~ċk (t) = n (t)e hk| V̂ (t) |ni





 n


.

(76)


 .




 .
 (p)
X
c(p−1) (t)e−iωnk t hk| V̂ (t) |ni

 i~
 k
 ċ (t) = n
n

En partant de cette structure, on peut résoudre le problème de façon itérative.

Par exemple, on retrouve qu’à l’ordre 0 le système reste dans son état initial comme
s’il n’y avait pas de perturbation. De plus, on montre facilement que pour un système
initialement à t = 0 dans un état |ii et si on se restreint au premier ordre, la probabilité
de trouver le système dans un état |f i différent de |ii est

25. On ne développe que ce que l’on cherche, ici ck (t). Il n’est pas question de développer le hamiltonien
qui est connu.

23
Transition entre un état initial |ii et un état final |f i au premier ordre
ˆ t 2
2 (1) 1 0 iωf i t0 0
Pi→f (t) = | hf |ψ(t)i | = |cf (t)|2 = 2 dt e hf | V̂ (t ) |ii (77)
~ 0

pour un hamiltonien Ĥ(t) = Ĥ0 + V̂ (t) et au premier ordre.

Au premier ordre, la probabilité de transition est nulle si l’élément de matrice couplant


les deux états est nul. Pour que cette approximation soit valable il est nécessaire que
Pi→f  1. De façon plus intuitive, on conçoit qu’il faut que la perturbation soit faible
et appliquée pendant un temps suffisamment court pour que la probabilité de transition
reste faible.

Cas d’une perturbation dipolaire par un champ classique


Jusqu’ici, la perturbation V̂ (t) était quelconque. Nous traitons maintenant le cas d’un
système à deux niveaux |f i et |ei de fréquence de résonance ω0 avec une perturbation
dipolaire par un champ électrique classique. Nous résolvons alors le hamiltonien

Hamiltonien d’un atome en présence d’un champ électrique classique

Ĥ(t) = Ĥ0 + V̂ (t) où V̂ (t) = −DE0 sin(ωt) (78)

Nous supposons qu’à l’instant initial, le niveau |ei est vide donc ce (0) = 0. Le résultat
précédent nous donne
ˆ t 2
| he| DE0 |f i |2 0 iωef t0 0
Pf →e (t) = dt e sin(ωt ) (79)
~2 0

En ignorant la polarisation du champ électrique par soucis de simplicité et en calcu-


lant l’intégrale 26 , on trouve

Transition dipolaire entre l’état fondamental |f i et l’état excité |f i


 2  
dE0 2 t
Pi→f (t) = sin (ω − ω0 ) (80)
~(ω − ω0 ) 2

où d = he| D |f i, ω0 correspond à la pulsation résonnante de l’atome supposé à


deux niveaux et ω est la pulsation du champ électrique supposé classique.

26. On passe par les exponentielles et on néglige les termes croisés car ils oscillent rapidement (ap-
proximation séculaire).

24
Cette expression est valide même pile à résonance avec l’atome ω = ω0 , à condition
d’avoir t dE~ 0  1. Dans ce cas, nous avons une probabilité quadratique.

Transition dipolaire à résonance avec l’atome ω = ω0


2
t2

dE0
Pi→f (t) ≈ (81)
~ 4

Cette méthode fonctionne bien évidemment avec un atome à plusieurs niveaux mais
le calcul est plus laborieux.

5.3 Transitions dipolaires avec un champ quantique


Après avoir fait un rappel sur les transitions dipolaires avec un champ électrique
classique, nous souhaitons faire de même pour un champ quantique. Nous associons à un
unique mode du champ électrique à la pulsation ω l’opérateur
E0 † iωt
â e − âe−iωt

Ê(t) = (82)
2i
q
2~ω
où E0 = 0 V
. Nous avons oublié toute polarisation par soucis de simplicité. Nous
obtenons donc un hamiltonien qui agit dans l’espace 27 de Hilbert constitué des états
{|γ, ni} où γ = e ou f (les deux états de l’atome) et n = 0, 1, 2, ... (les états du champ
électrique).

Le hamiltonien devient alors

Hamiltonien d’un atome en présence d’un champ électrique quantique

E0
D̂ ↠eiωt − âe−iωt

Ĥ(t) = Ĥ0 + V̂ (t) où V̂ (t) = −D̂Ê(t) = − (83)
2i

avec D̂ = qx̂ l’opérateur dipolaire. Nous avons oublié la polarisation par soucis
de simplicité.

Nous pouvons utiliser la même procédure que précédemment pour trouver une solution
perturbative. Si l’on suppose que ce (0) = 0, on obtient la probabilité de transition vers
27. Nous travaillons à présent dans un espace produit tensoriel entre l’atome et le champ H = Hatome ⊗
Hchamp .

25
un état |e, mi (état excité de l’atome dans le mode à m photons du champ) partant d’un
état |f, ni.

P|f,ni→|e,mi (t) = |c(1)


e,m |
2

 2 ˆ t  2 (84)
E0 0 † i(ω+ω0 )t0 −i(ω−ω0 )t0

= dt he, m| D̂â |f, ni e − he, m| D̂â |f, ni e
2~ 0

Comme l’opérateur dipole électrique D̂ n’agit que sur la partie "atome" de l’état
|γ, ni, nous voyons que cette probabilité est nulle si m 6= n − 1 et m 6= n + 1 car sinon
par exemple he, m| D̂↠|f, ni ∝ hm| ↠|ni ∝ hm|n + 1i = 0 et donc l’intégrale est nulle.

Nous voyons que pour les éléments de matrice dans l’intégrale, l’un évoque une tran-
sition de |f i vers |ei en créant un photon (↠) alors que l’autre évoque une transition
de |ei vers |f i en annihilant un photon (â). Proche de la résonance, ces processus sont
supprimés par l’oscillation rapide des exponentielles 28 .

Finalement, nous obtenons

Transitions dipolaires avec un champ quantique


  2  
dE0 2 t
P|f,ni→|e,n−1i (t) = ~(ω − ω ) sin (ω − ω0 ) 2 n



0
 2   (85)
 dE0 2 t
P|e,ni→|f,n+1i (t) = sin (ω − ω0 ) (n + 1)


~(ω − ω0 ) 2

où d = he| D |f i supposé réel a , ω0 correspond à la pulsation résonnante de


l’atome supposé à deux niveaux et ω est la pulsation du champ électrique quantique.
?
a. Dans ce cas d = he| D |f i = hf | D |ei = hf | D |ei car l’opérateur position est hermitien.

Nous remarquons √ ici une différence fondamentale avec le cas semi-classique, nous avons

en effet hm| â |ni = n + 1δm,n+1 à cause des relations de commutation des opérateurs
de champ. Cela signifie que même si le champ électrique est dans l’état vide |0i, il y
a une certaine probabilité qu’un atome excité se désexcite 29 ! De plus, nous voyons que
chaque probabilité est proportionnelle à n (ou n + 1) l’énergie totale du champ (modulo
un facteur de proportionnalité).

Ainsi, nous avons retrouvé les phénomènes d’émission stimulée et spontanée, postulés
par Einstein sur des fondements complètement différents. Cela a été un des premiers
succès de la quantification du champ électromagnétique.
28. On rappelle que la conservation de l’énergie peut être violée mais durant un temps très court (voir
cours de physique subatomique).
29. C’est vraiment badass... car on le voit par le calcul.

26
5.4 Modèle de Jaynes-Cummings
Même si un mode du champ possède plusieurs photons, traiter le champ comme un
unique mode peut paraitre une approximation grossière. Cependant avant de poursuivre
avec un traitement du champ multimode, nous allons considérer une situation où un
traitement du champ dans un unique mode a du sens même pour un petit nombre de
photons. Cela se produit lorsque l’atome est dans une petite cavité de sorte que le champ
électrique associé à un photon dans un mode particulier est beaucoup plus étendu que le
champ associé à d’autres modes. Dans ce cas, un atome excité peut émettre un photon
dans la cavité mais le photon ne va pas disparaître à l’infini, il va être réfléchi sur les
parois de la cavité de sorte à être absorbé de nouveau par l’atome.

La solution de Rabi au problème semi-classique


Nous présentons d’abord le calcul des oscillations 30 de Rabi. Afin d’étudier cette
situation, retournons à l’équation de Schrödinger pour un atome à deux niveaux per-
turbé par un unique mode d’un champ électrique classique.
d E0
D̂ eiωt − e−iωt |ψi

i~ |ψi = Ĥ0 |ψi − (86)
dt 2i
Pour simplifier les notations, nous allons traiter l’atome à deux niveaux comme un
spin 1/2 σ fictif pour lequel "up" correspond à l’état |ei et "down" correspond à l’état
|f i. On note
 
1 0
σ̂z = (|ei he| − |f i hf |) = (87)
0 −1
et
   
0 0 0 1
σ̂+ = |ei hf | = σ̂− = |f i he| = (88)
1 0 0 0
L’opérateur σ̂± monte ou descend le spin (excite ou désexcite l’atome). Avec cette
notation et en définissant ~Ω = −dE0 , le hamiltonien s’écrit
1 1
Ĥ = ~ω0 σ̂z + ~Ω eiωt − e−iωt (σ̂+ + σ̂− )

(89)
2 2i
Maintenant nous faisons l’approximation résonante qui consistait à négliger le terme
d’absorption σ̂+ lorsque ce dernier est accompagné d’un terme de fréquences négatives
eiωt et le terme d’émission σ̂− lorsque ce dernier est accompagné d’un terme de fréquences
positives e−iωt (on néglige les termes croisés). Nous pouvons réécrire le hamiltonien sous
la forme
1 1
Ĥ ≈ ~ωσ̂z + ~Ω(eiωt σ̂− − e−iωt σ̂+ ) (90)
2 2i
Nous pouvons facilement résoudre l’équation de Schrödinger en prenant un état
du type
30. Ce calcul est archi-classique !

27
|ψ(t)i = de (t)e−i∆t/2 e−iω0 t/2 |ei + df (t)ei∆t/2 eiω0 t/2 |f i (91)
où ∆ = ω − ω0 . L’équation de Schrödinger devient alors deux équations différen-
tielles couplées à coefficients constants dont la solution est souvent appelée "solution de
Rabi" et on montre 31 que pour ∆ = 0 (à résonance) et pour ce (0) = 0 (état excité non
peuplé initialement), on obtient

de (t) = −i sin(Ωt) df (t) = cos(Ωt) (92)


Ainsi, la population oscille entre les états |ei et |f i avec une fréquence Ω (fréquence
de Rabi).

Modèle entièrement quantique


Par analogie avec le calcul des oscillations de Rabi où la perturbation se faisait par
un champ électrique classique, nous faisons ici le même calcul mais avec un unique mode
d’un champ quantique. Ainsi, nous résolvons le hamiltonien (toujours avec la même sim-
plification) suivant
1
Ĥ ≈ ~ω0 σ̂z + i~g eiωt ↠σ̂− − e−iωt âσ̂+

(93)
2
q
où ~g = d 2~ω 0V
est appelé "fréquence du vide de Rabi" pour des raisons qui vont
paraître plus claires par la suite.

Avant d’aller plus loin dans le calcul, essayons de prédire ce que cet hamiltonien fait
qualitativement. Les termes non-diagonaux couplent les états |e, 0i avec |f, 1i. Cela si-
gnifie que aucun des deux états n’est état propre du système et que si le système est
initialement préparé dans l’état |e, 0i, il va osciller entre cet état et l’état |f, 1i et ce à
la pulsation 2g. Ainsi, des oscillations de Rabi peuvent apparaître même dans le vide à
l’exception que ce dernier n’est pas exactement le vide car l’un des état (ici |f, 1i) contient
un photon.

Jetons maintenant un coup d’oeil aux états propres du système. Pour se faire, intro-
duisons l’énergie du champ ~ω(↠â + 1/2) qui jusqu’à présent n’a jamais joué un rôle dans
la dynamique du système et donc a toujours été négligé. De plus, pour rendre le hamil-
tonien plus joli, nous enlevons la partie temporelle de l’opérateur champ électrique. Ce
changement se comprend en utilisant la représentation de Schrödinger. Nous obtenons
le hamiltonien de Jaynes-Cummings
1 1
ĤJC = ~ω(↠â + ) + ~ω0 σ̂z + i~g(↠σ̂− − âσ̂+ ) (94)
2 2
Nous avons jusqu’ici exprimé l’opérateur champ électrique comme dépendant du
temps agissant dans un espace de Hilbert où les états du champ sont indépendant
du temps. Ceci correspond à la représentation de Heisenberg. Nous pouvons trans-
former cette représentation en celle de Schrödinger en utilisant une transformation.
31. Le calcul est laissé en exercice.

28
Considérons ÔH un opérateur dans la représentation de Heisenberg et |iiH un vecteur
correspondant. Les opérateurs de Schrödinger ainsi que les états sont définis par

ÔS = e−iĤt/~ ÔH eiĤt/~ |iiS = e−iĤt/~ |iiH (95)


Remarquons que cette transformation conserve les valeurs moyennes des opérateurs
(ce que l’on mesure) : hi| Ô |ii se conserve peut importe la représentation.

Considérons maintenant ÔH = e−iωt âeiωt ↠et Ĥ = ~ω↠â. Vous pouvez vérifier que
l’opérateur correspondant dans la représentation de Schrödinger est â + ↠et l’état
correspondant est e−iωt |ni. Afin de vérifier ce résultat, vous avez besoin du lemme de
Baker-Hausdorf pour deux opérateurs  et B̂

(iλ)2
eiλ B̂e−iλ = B̂ + iλ[Â, B̂] + [Â, [Â, B̂]] + ... (96)
2!
Cette transformation nous permet de nous débarrasser de la dépendance temporelle
du hamiltonien. Ce dernier peut être représenté par bloc
 
Ĥf 0 0 0 ...
 0 Ĥ0 0 ...
 
Ĥ = 
 0 0 Ĥ1 ...
 (97)
 . . . ...
. . . ...
avec

+ ω20
ω 
~ω ~ω0 −ig
Ĥf 0 = − Ĥ0 = ~ 2 (98)
2 2 ig 3ω
2
− ω20
et

(n +√12 )ω + ω20
 
−ig n + 1
Ĥn = ~ ω0 (99)
ig n + 1 (n + 1 + 21 )ω − 2
Ce dernier hamiltonien peut s’écrire plus facilement pour n ≥ 0
   ∆
√ 
1 0 −
√ 2 −ig n + 1
Ĥn = ~(n + 1)ω +~ ∆ (100)
0 1 ig n + 1 2
Gardez en tête que cet hamiltonien agit dans l’espace des états {|f, n + 1i , |e, ni}. La
diagonalisation de cet hamiltonien donne les énergies
p
En,± = ~ω(n + 1) ± ~ (∆/2)2 + g 2 (n + 1) (101)
et les vecteurs propres
θ θ

|n, +i = cos n |e, ni + sin n |f, n + 1i

2 2 (102)
|n, −i = − sin |e, ni + cos θn |f, n + 1i
 θn
2 2
g

avec tan θn = 2 ∆ n + 1. On lève ainsi une dégénérescence (voir diagramme énergé-
tique dans les notes de cours).

29
6 Émission spontanée
Nous avons vu précédemment comment un unique mode d’un champ électrique en
interaction dipolaire avec un atome (ou plutôt un électron de l’atome) amène aux notions
d’émission stimulée et spontanée. Nous allons maintenant traiter le cas plus réaliste d’un
champ électrique multimode. Cela va nous permettre de calculer le taux de désexcitation
par émission spontanée d’un atome excité. Il sera nécessaire de considérer un champ
multimode et de prendre en compte tous les modes vers lesquels le photon émis est
susceptible d’aller. La notion bien connue de densité de mode va apparaître.

6.1 Transitions avec un champ quantique multimode


Nous avons calculé précédemment les probabilités de transitions dipolaires avec un
unique mode d’un champ quantique (voir équation 85). La dépendance temporelle proche
de la résonance est quadratique (ceci est aussi le cas avec un champ traité classiquement).
Une différence fondamentale avec le cas d’un unique mode est que la somme sur plusieurs
modes (que l’on va considérer comme un continuum) va créer une dépendance temporelle
linéaire proche de la résonance.

Un atome réel est en pratique couplé avec plusieurs modes du rayonnement. Nous
considérons alors un opérateur champ électrique multimode
r
i X 2~ωk  
Ê = âk,p ep ei(kr−ωk t) − â†k,p ep ? e−i(kr−ωk t) (103)
2 k,p V
où k désigne un mode tel que ωk = kc et p une polarisation (p peut prendre deux
valeurs correspondant aux deux polarisations orthogonales). Pour chaque mode nous pou-
vons calculer 32 une probabilité de transition. Pour inclure tous les modes, nous sommons
les probabilités de transition avec un unique mode. Nous pouvons le faire car les modes
sont tous orthogonaux. L’orthogonalité assure que les différents états finaux du champ
sont indiscernables et donc il n’y a aucune interférence entre ces états. La probabilité de
transition d’un état |e, 0i (atome excité et aucun photon dans le champ électrique) vers
un état |f, {1}i (atome dans son état fondamental avec un photon dans n’importe quel
mode du champ) s’écrit alors (voir le résultat pour un champ monomode)
X 2ωk sin2 (ωk − ω0 ) t

P|e,0i→|f,{1}i (t) = 2
2
| hf | D̂.ep |ei |2 (104)
~0V (ωk − ω0 )
k,p

La notation {1} signifie que exactement un photon est présent dans un des modes de
la somme. Passons à la limite continue maintenant et intégrons sur les pulsations 33 (on
invoque ici une densité de modes).

ˆ
ω 2 2ω sin2 (ω − ω0 ) 2t

V X
P|e,0i→|f,{1}i (t) = dΩdω 3 | hf | D̂.ep |ei |2 (105)
(2π)2 p c ~0 V (ω − ω0 )2

32. Fait précédemment.


33. Cette étape est à faire et est un très bon exercice.

30
où ici l’intégrale sur dΩ = sin θdθdφ est une somme sur la dépendance angulaire de
D̂.ep . Concentrons nous sur l’intégrale sur les pulsations. Pour des longs temps d’inter-
sin2 ((ω−ω0 ) 2t )
action, nous pouvons remplacer le terme (ω−ω0 )2
par πt
2
δ(ω − ω0 ) (voir le cours de
Beugnon et l’allure de la fonction sinus cardinal au carré).

Sans spécifier le terme D̂.ep , nous ne pouvons pas aller plus loin dans le calcul. Rete-
nons tout de même le résultat suivant

Transition dipolaire avec un champ quantique multimode


Pour un champ électrique quantique multimode de la forme
r
i X 2~ωk  
Ê = âk,p ep ei(kr−ωk t) − â†k,p ep ? e−i(kr−ωk t) (106)
2 k,p V

nous obtenons la probabilité de transition d’un état |e, 0i vers un état |f, {1}i
en sommant les probabilités pour un champ monomode
X 2ω sin2 (ω − ω0 ) t

P|e,0i→|f,{1}i (t) = 2
2
| hf | D̂.ep |ei |2 (107)
k,p
~0 V (ω − ω0 )

La différence principale avec le cas monomode est que après calcul de la


somme a , cette probabilité de transition possède une dépendance temporelle li-
néaire b .
a. On passe à la limite continue et on fait l’approximation des temps longs d’interaction.
b. Le cas monomode présentait une dépendance temporelle quadratique.

Pour aller plus loin, prenons un exemple concret. Considérons un atome ne possé-
dant qu’un électron (l’hydrogène) et considérons la transition |n = 2, l = 1, m = 0i →
|n = 1, l = 0, m = 0i. Nous rappelons que l’opérateur dipole électrique est D̂ = qr̂ où
r̂ = x̂ex + ŷey + ẑez est l’opérateur position de l’électron.

En écrivant les fonctions d’onde 34 des deux états considérés en représentation position

ψe (r) = R2,1 (r)Y1,0 (θ, φ) ψf (r) = R1,0 (r)Y0,0 (θ, φ) (108)


avec
2 −r/a 1 r
R1,0 (r) = e R2,1 (r) = √ e−r/(2a) (109)
a3/2 2 6a 3/2 a
et
34. On rappelle que les fonctions d’onde s’écrivent avec une partie radiale R et une partie angulaire
(les harmoniques sphériques).

31
r
1 3
Y0,0 =√ Y1,0 = cos θ (110)
4π 4π
et en passant en coordonnées sphériques pour r, nous pouvons montrer 35 que

hf | x̂ |ei = hf | ŷ |ei = 0 hf | ẑ |ei = d = 0, 745qa (111)


où a est le rayon de Bohr. Par ailleurs, nous pouvons montrer 36 que p |ez .ep |2 =
P

sin2 θ. Nous pouvons alors achever le calcul et obtenir le taux de transition de |n = 2, l = 1, m = 0i


vers |n = 1, l = 0, m = 0i
ˆ
dP 1 d2 ω03 3 1 d2 ω03
Γ= = 2 sin θdθdφ = (112)
dt 8π ~0 c3 3π ~0 c3
Ce calcul nous donne un temps de désexcitation de Γ−1 = 1, 6 ns pour la transition
de l’hydrogène (λ = 121, 5 nm), en bon accord avec l’expérience.

Nous pouvons faire le même calcul et aboutir au même résultat en utilisant la règle
d’or de Fermi mais cette méthode sera plutôt utilisée pour étudier l’effet photoélectrique
présenté plus tard.

6.2 Effet Purcell


Parfois il n’est pas légitime de considérer un volume infini pour quantifier le champ
électrique. Dans ce cas, certaines propriétés comme le taux d’émission spontanée peuvent
être changées. Comme exemple, nous allons considérer l’émission spontanée entre deux
plaques de métal séparées selon l’axe z par une distance a. Le volume de quantification
est alors V = L2 a.

Avec une orientation particulière du dipôle électrique de l’atome et une séparation


entre les plaques suffisamment petite, il est possible de stopper l’émission spontanée.
L’expérience de Hulet, Hilfer et Kleppner de 1985 en donne une démonstration
claire.

Dans cette expérience, un jet d’atomes a été préparé dans un état excité |n = 22, l = 21, m = 21i
(atomes dits de Rydberg). La seule transition dipolaire autorisée par les règles de sélec-
tion est avec l’état |n = 21, l = 20, m = 20i. Cette transition correspond à une longueur
d’onde λ = 460 µm et possède un taux de désexcitation dans le vide Γ = 2, 2.103 s−1 .
Lorsque la séparation entre les plaques de métal est plus petite que λ/2, il est possible
de rendre le taux de désexcitation infiniment petit.

Nous commençons par identifier les modes qui peuvent exister dans une telle géomé-
trie. Le vecteur d’onde prend la forme
35. Deux intégrales sont nulles car on intègre sur R une fonction impaire (la partie angulaire).
36. D’une part ez .e2 = 0 si l’on paramétrise le système comme dans le polycopié de cours et ez .e1 =
sin θ.

32
2π π 2
 ω 2
k= (nx ex + ny ey ) + nz ez |k| = (113)
L a c
Nous sommes libres d’imposer des conditions limites périodiques selon les axes x et
y mais pas selon z. Les quantités nx et ny sont de grands entiers mais nz est très petit.
En effet, si a < λ2 , alors nous devons avoir nz = 0 et donc le seul mode qui est autorisé
est dans le plan (x, y). La polarisation étant orthogonal à la propagation, cette dernier
est forcément selon l’axe z. De plus, nous pouvons montrer 37 que l’élément de matrice
du dipôle électrique he| D̂ |f i est polarisé circulairement.

Hulet, Hilfer et Kleppner ont alors construit une situation dans laquelle la po-
larisation du dipôle électrique et celle du champ électrique étaient orthogonales et donc
ont réussi à arrêter l’émission spontanée.

Pour comprendre ce phénomène, commençons par changer de base. Nous passons


du champ électrique multimode (somme sur les âk ) à un champ électrique stationnaire
(somme sur âc et âs ).
1 1
âc = √ (âk + â−k ) âs = √ (âk − â−k ) (114)
2 2
Ces nouvelles définitions satisfont les relations de commutation habituelles. Nous pou-
vons conclure que ces nouveaux opérateurs correspondent aussi à des oscillateurs harmo-
niques quantiques indépendants. Nous pouvons alors réécrire le champ électrique

r
~ωk X
âc,p ep e−iωk t − â†c,p ep ? eiωk t cos kz + i âs,p ep e−iωk t + â†s,p ep ? eiωk t sin kz
  
Ê = i
0 V c,s,p
(115)
En dimension trois, un champ multimode entre deux plaques (z = 0 et z = a) peut
s’écrire

X  
Ê = i2 Eω âK,kz ,s,p ep e−iωt eiKr + â†K,kz ,s,p ep ? eiωt e−iKr sin kz z
K,kz >0,p
i X   (116)
+√ ez Eω âK,kz =0 e−iωt eiKr − â†K,kz =0 eiωt e−iKr
2 K,kz =0
q 2
où Eω = ~ω
0 L2 a
et Kr = kx x + ky y. Nous avons ωc = K2 + kz2 . Nous avons
éliminé le cosinus car il ne satisfait pas les conditions limites. Afin de calculer le taux de
désexcitation, nous passons à la limite continue dans le plan (x, y)
 2 ˆ
X L
→ KdKdφ (117)
K

Mais la somme selon z reste discrète
37. En utilisant les règles de sélection dans le cours de Beugnon.

33
X X  L 2 ˆ  π 
→ KdKdφ sin θdθδ(cos θ − nz ) (118)
K,kz ,p n ,p
2π ka
z

où k 2 = ( ωc )2 = ( πa nz )2 + K 2 . La présence du dirac signifie simplement que l’on impose


cos θ = kkz . En intégrant sur les pulsations plutôt que sur les vecteurs d’onde et en faisant
l’approximation des temps longs (on remplace le sinus cardinal au carré par un dirac),
on obtient

X 1  L 2 ˆ ω π π 2~ω z
Γ= 2 2
dωdΩ δ(ω−ω0 )δ(cos θ−nz )×2 2
sin2 (π nz )| he| D̂.ep |f i |2
n ,p
~ 2π c 2 ka 0 L a a
z
(119)
Nous avons besoin maintenant d’expliciter le dipôle électrique. Ce dipôle est polarisé
circulairement dans le plan (x, y). En procédant de la même manière que pour l’exemple
de la transition dipolaire de l’atome d’hydrogène, nous avons
d
he| D̂.ep |f i = √ (ex − iey ).ep (120)
2
Pour simplifier le calcul, nous ne considérons dans la somme que le terme nz = 1 qui
correspond à λ2 < a < λ. Ainsi, nous avons après calcul 38

d2 ω02 1 π2
 
2 π
Γ= 1 + sin z (121)
~0 c2 2a (ka)2 a
π2
Si l’on suppose que a est un tout petit peu plus grand que λ/2 alors (ka)2
≈ 1 et

1 d2 ω02 π
Γ= 2
sin2 z (122)
a ~0 c a
Pour un atome au milieu des deux plaques z ≈ λ/4, nous avons Γ = 3Γvide alors que
ce taux disparaît pour un atome proche des deux plaques (z ≈ 0 ou z ≈ a).

Nous retiendrons le résultat suivant

Effet Purcell
En imposant des conditions limites périodiques au champ électrique traité quan-
tiquement, nous pouvons stopper l’émission spontanée d’un atome a dans une ca-
vité.
a. Voir le calcul précédent pour une étude quantitative.

38. Pour les courageux...

34
6.3 Théorie de Weisskopf-Wigner
Dans cette partie, nous calculons explicitement le taux d’émission spontanée d’un
atome. Pour cela, nous calculons l’état quantique du champ électrique émis après l’émis-
sion spontanée d’un atome traité comme un système à deux niveaux. La pulsation de la
transition entre un état fondamental |f i et un état excité |ei est notée ω0 .

Nous travaillons dans l’espace de Hilbert produit tensoriel de l’espace de l’atome


et l’espace du champ électrique H = Hatome ⊗ Hchamp dont les états sont notés |γ, ji où
γ = f ou e (l’atome) et j = 0 ou 1k,p (zéro ou un photon avec une polarisation p dans le
mode k). Si l’atome est dans l’état excité alors il n’y a pas de photon dans le champ et
si l’atome est dans l’état fondamental (par exemple après désexcitation) il y a un photon
dans le champ mais nous ne savons pas dans quel mode (alors on les considère tous).

Commençons par écrire un état arbitraire combinaison de tous les états |γ, ji que l’on
cherche à déterminer
X
|ψ(t)i = a(t)e−iω0 t |e, 0i + bk,p (t)e−iωk t |f, 1k,p i (123)
k,p

En considérant un hamiltonien de la forme habituelle Ĥ = Ĥ0 + V̂ (t) où Ĥ0 représente


l’atome et V̂ (t) = −D̂.Ê, nous pouvons utiliser la résolution perturbative dépendante du
temps 39 habituelle afin d’obtenir des équations différentielles pour a(t) et une expression
pour bk,p (t).
 ˆ t
1 0 −i(ω0 −ωk )t0

 b k,p (t) = − hf, 1 k,p | D̂.Ê |e, 0i dt e a(t0 )
i~

 0
ˆ t (124)
1 X
2 0 −i(ω0 −ωk )(t0 −t) 0
 ȧ(t) = − ~2 | hf, 1k,p | D̂.Ê |e, 0i | dt e a(t )



k,p 0

Comme dans l’exemple de la transition dipolaire de l’atome d’hydrogène traité précé-


demment, on montre 40 que
~ωk
| hf, 1k,p | D̂.Ê |e, 0i |2 = d2
sin2 θ (125)
20 V
où θ est l’angle entre l’axe du dipôle et la direction du photon émis spontanément. Le
photon émis possède un vecteur d’onde k correspond au mode du champ électrique dans
lequel le photon arrive. En passant à la limite continue
ˆ 2π ˆ π ˆ ∞
X V
→ 3
dφ sin θdθ k 2 dk (126)
k
(2π) 0 0 0

et en intégrant sur les pulsations ω = kc, on obtient


39. Voir section précédente pour une présentation détaillée de cette méthode.
40. On écrit le champ électrique quantique comme somme d’un mode k sur les deux polarisations et
on utilise la géométrie sphérique comme dans le polycopié de cours.

35
ˆ ∞ ˆ t
d2 0
ȧ(t) = − 2 dωω 3
dt0 e−i(ω0 −ω)(t −t) a(t0 ) (127)
6π 0 ~c3 0 0
0
Le terme e−i(ω0 −ω)(t −t) est un terme oscillant dans l’intégrale. Si ce terme oscille très
rapidement (proche de ω0 donc si ω0  ω) alors l’intégrale sera globalement nulle donc on
ne garde que le terme ω ≈ ω0 (proche de la résonance) pour que l’exponentielle n’oscille
pas rapidement. On remplace alors ω 3 par ω03 .

L’intégrande oscille à une fréquence proche de ω0 , on peut donc sortir a(t0 ) de l’inté-
grale à condition que ce terme varie sur une durée typique τ  ω2π0 . De plus, l’intégrale
peut être étendue à l’infini car l’intégrande ajoutée oscille tellement vite que sa contribu-
tion est presque nulle une fois intégrée. on obtient finalement 41
ˆ ∞
d2 a(t) 3 d2 ω03
ȧ(t) = − 2 dωω δ(ω0 − ω) = − 2 a(t) (128)
6π 0 ~c3 0 6π 0 ~c3
Ainsi, si l’on suppose que a(t) = e−Γt/2 , on trouve le taux de désexcitation par émis-
sion spontanée.

Taux de désexcitation par émission spontanée


La théorie de Weisskopf-Wigner nous permet par une méthode perturbative
dépendante du temps d’obtenir une expression du taux de désexcitation (en s−1 )
par émission spontanée d’un atome pour une transition de pulsation ω0 entre un
état |ei et un état |f i.

d2 ω03
Γ= (129)
3π0 ~c3

où ded = | hf | D̂ |ei | avec ed le vecteur unitaire donnant l’orientation du dipôle


électrique.

Nous avons aussi montré que la désexcitation d’un atome par émission spontanée est
exponentielle. En effet, la probabilité que l’atome soit dans l’état excité au temps t est
donnée par

Pe (t) = | he, 0|ψ(t)i |2 = |a(t)|2 = e−Γt (130)


Par ailleurs, comme nous avons obtenu une expression pour a(t), nous pouvons dé-
terminer une expression pour bk,p (t) ce qui nous donnera une expression de l’état final
|ψ(t → ∞)i. Après calcul et en prenant la limite des temps infinis t → ∞, nous obtenons
41. On utilise pour cela le résultat de l’intégrale de l’exponentielle complexe en fonction de la valeur
principale de Cauchy et en négligeant la partie imaginaire du résultat qui ne contribue pas au taux de
désexcitation.

36
hf, 1k,p | D̂.Ê |e, 0i /i~
bk,p (t → ∞) = (131)
i(ωk − ω0 ) − Γ/2
La probabilité que l’atome soit dans son état fondamental avec un photon dans le
mode k du champ électrique avec une polarisation p est

2 2 | hf, 1k,p | D̂.Ê |e, 0i |2 /~2


Pf,k,p (t) = | hf, 1k,p |ψ(t)i | = |bk,p | = 2 (132)
(ωk − ω0 )2 + Γ4
Cette probabilité est lorentzienne centrée en ωk = ω0 . Il est alors d’autant plus pro-
bable d’émettre un photon dont la pulsation est proche de la pulsation de résonance de
l’atome. Ce résultat est intuitif mais on garde tout de même une probabilité non nulle de
ne pas conserver l’énergie (énergie du photon émis pas exactement égale à l’énergie de la
transition atomique). Ceci est un phénomène purement quantique.

Ayant calculé les a(t) et bk,p (t), l’état quantique en régime stationnaire t → ∞ final
s’écrit

1 X hf, 1k,p | D̂.Ê |e, 0i


|ψ∞ i = |f, 1k,p i (133)
i~ k,p i(ωk − ω0 ) − Γ/2

On remarque que les coefficients bk,p se distribue de manière à être centrés 42 autour
de ω0 , pulsation de la transition de l’atome.

7 Détection de photons
Pour être apte à discuter des prédictions de la mécanique quantique, nous devons
définir précisemment ce qu’est une mesure. Dans ce cours, nous discutons donc de la
détection des champs électromagnétiques et plus précisément de la détection d’un photon.
Le point de départ est l’effet photoélectrique. La détection du rayonnement passe par
son interaction avec la matière (les atomes), d’où toute l’étude précédente. En effet, un
champ électrique peut faire passer un électron (dans un atome) d’un état lié à un état
libre. L’électron libre (donc dans un continuum d’énergie) peut donc être détecter. Nous
supposons alors qu’un appareil classique peut détecter cet électron. Tout ce processus se
fait par exemple dans une carte photographique aussi appelée carte CCD. La détection
d’un électron correspond alors à la détection d’un photon.

7.1 Règle d’or de Fermi : transition entre un état discret et un


continuum
L’étude de l’effet photoélectrique nécessite de calculer la probabilité ou le taux de tran-
sition entre un état discret (l’électron lié à l’atome) et un continuum (l’électron libre).
Ce calcul se fait par la règle d’or de Fermi que nous présentons ici.

42. Pour ωk trop éloigné de ω0 , le coefficient bk,p est presque nul.

37
Le calcul du taux de transition entre deux états discrets se fait par la méthode des
perturbations que l’on a présenté précédemment (une partie entière est consacrée à cette
résolution). Rappelons le résultat principal. La probabilité de trouver le système (ici
l’électron) dans un état final |f i partant d’un état initial |ii (ces deux états étant couplés
par un hamiltonien V̂ supposé constant) est
2
1 2 sin (ωf i t/2)
Pi→f (t) = | hf | V̂ |ii | (134)
~2 (ωf i /2)2
où ωf i = ωf − ωi . Pour des temps suffisamment longs, on peut prendre la limite

sin2 (ωt/2)
lim = 2πtδ(ω) (135)
t→∞ (ω/2)2
Ce qui donne
2πt
Pi→f (t) = δ(Ef − Ei )| hf | V̂ |ii |2 (136)
~
À partir de cette expression, nous pouvons calculer le taux de transition Γi→f =
dPi→f (t)
dt
.

Γi→f = δ(Ef − Ei )| hf | V̂ |ii |2 (137)
~
La présence du dirac dans la formule signifie que pour une perturbation constante de
durée suffisamment longue, on va coupler seulement l’état initial à un état final de même
énergie.

On considère maintenant que parmi les états propres de Ĥ0 (dans notre cas le hamilto-
nien de l’électron) certains forment un continuum que l’on peut repérer par un ensemble
d’indices que l’on nomme k (k correspond au vecteur d’onde de l’électron libre). Pour
simplifier la présentation dans la suite, on considère que les états sont uniquement carac-
térisés par leur énergie. Ainsi, en partant de l’état initial |ii le taux de transition vers un
domaine d’états finaux Dk s’écrit
2π X
Γi→Dk = δ(Ek − Ei )| hk| V̂ |ii |2 (138)
~ k∈D
k

En passant à la limite continue (on remplace la somme par une intégrale en faisant
intervenir la densité d’états du continuum ρ(E)), on obtient la règle d’or de Fermi

38
Règle d’or de Fermi

Le taux de transition (en s−1 ) d’un état |ii vers un continuum d’énergie Dk est
donné par

Γi→Dk = ρ(Ek = Ei )| hEk = Ei | V̂ |ii |2
~
2π X (139)
= | hEk | V̂ |ii |2 δ(Ek − Ei )
~ k∈D
k

où ρ(E) est la densité d’états en énergie du continuum.

7.2 Effet photoélectrique avec un champ classique


Commençons par étudier l’effet photoélectrique avec un champ électrique classique.
Nous faisons cette première étude pour montrer que la quantification du champ n’est
pas nécessaire pour comprendre l’effet photoélectrique (nous avons seulement besoin de
quantifier la matière donc les atomes). Pour simplifier, nous résolvons le problème à une
dimension selon l’axe x. La fonction d’onde de l’électron vérifie l’équation de Schrödin-
ger
 2 
d p̂x
i~ |ψi = + V̂ |ψi (140)
dt 2m?
où m? est la masse effective de l’électron dans un cristal semi-conducteur (par exemple
?
m = 0, 067me dans un cristal GaAs). Nous modélisons le potentiel subi par l’électron
lié dans l’atome par un puit de largeur l à l’intérieur d’une boîte carré de longueur L où
sont les états libres (le continuum). Les fonctions d’onde unidimensionnelles des états liés
et libres de l’électron sont très bien approximées par
r r
2 π  2 π 
hx|f i = cos x hx|ki = sin x (141)
l l L L
où k = Lπ pour l’état libre dans le continuum. La règle d’or de Fermi donne le taux
de transition (en s−1 ) de l’état lié |f i vers le continuum {|ki}
2π X 2π
w= | hk| V̂ |f i |2 δ(Ek − Ef − ~ω) = | hk| V̂ |f i |2 ρ(Ek ) (142)
~ k ~
Si l’on écrit le champ électrique classique sous la forme
i
E = E0 ep ei(kγ r−ωt) − e?p e−i(kγ r−ωt)

(143)
2
où kγ est le vecteur d’onde du photon dans le champ, nous pouvons écrire le potentiel
d’interaction de type dipolaire
E0 −(kγ z−ωt)
V̂ = −D̂.ep e + c.c. (144)
2

39
Nous pouvons alors voir 43 que le taux de transition w est proportionnel à E02 donc à
l’intensité du rayonnement. Si l’on fait l’approximation des grandes fréquences optiques
2
kl  1 et que Ek = (~k)
2m?
, on peut faire le calcul entier pour trouver
s
2
q 2
w ≈ π 2 ~2 E 2 = AE02 (145)
l m Ek5 0
?2

Nous retiendrons le résultat suivant

Taux de détection par effet photoélectrique pour un champ classique

Le taux de transition de l’électron dans un état lié |f i vers un continuum


d’énergie Ek par irradiation d’un champ électrique classique est donné par

w = AE02 (146)

où A ne dépend que des paramètres du détecteur et E02 est l’intensité du champ


électrique.

7.3 Effet photoélectrique avec un champ quantique


Étudions maintenant l’effet photoélectrique avec un champ électrique quantique défini
par
i
Ê = E0 ep âei(kz−ωt) − e?p ↠e−i(kz−ωt) = ep Ê (+) + e?p Ê (−)

(147)
2
q
où E0 = 2~ω0V
. De même que dans les études faites précédemment, l’espace de Hil-
bert contient des vecteurs du type |i, ψi où i correspond à l’état de l’électron et ψ
correspond à l’état du champ électrique monochromatique (état nombre, état cohérent,
état comprimé, chat de Schrödinger, etc...). Choisissons une polarisation ep = ex . La
règle d’or de Fermi donne le taux de transition de l’état lié |f, ψinitial i vers un état de
continuum |k, ψf inal i.

2π X
w= | hk, ψf inal | V̂ |f, ψinitial i |2 δ(Ek − Ef − ~ω)
~ k,ψ
f inal
(148)
2π X
= | hψf inal | Ê (+) |ψinitial i |2 δ(Ek − Ef − ~ω)| hk| − ex .D̂ |f i |2
~ k,ψ
f inal

La conservation de l’énergie supprime le terme Ê (−) . Si le champ est monochromatique


ou possède un spectre fréquentiel étroit comparé à la réponse du détecteur donnée par
la dépendance énergétique hk| − ex .D̂ |f i, nous pouvons considérer ω fixe et séparer la
somme sur ψf inal de celle sur k. Une relation de fermeture donne
43. Le calcul est laissé en exercice.

40
X X
| hψf inal | Ê (+) |ψinitial i |2 = hψf inal | Ê (+) |ψinitial i hψinitial | Ê (−) |ψf inal i
ψf inal ψf inal
X
= hψinitial | Ê (−) |ψf inal i hψf inal | Ê (+) |ψinitial i
ψf inal (149)
X
(−) (+)
= hψinitial | Ê (|ψf inal i hψf inal |) Ê |ψinitial i
ψf inal
(−)
= hψinitial | Ê Ê (+) |ψinitial i
car Ê (−) = Ê (+)† . Nous voyons dans ce cas que la quantification du champ remplace
le terme E02 par hψinitial | Ê (−) Ê (+) |ψinitial i et ne dépend que de l’état initial du champ
électrique. En toute généralité, Ê (−) et Ê (+) dépendent de la position du détecteur r
et du temps t. Pour un champ monochromatique, la dépendance temporelle sous forme
d’exponentielle s’annule 44 . Si le champ est multimode, il faut être plus vigilant. Retenons
le résultat suivant

Taux de détection par effet photoélectrique pour un champ quantique

Le taux de transition de l’électron dans un état lié |f i vers un continuum


d’énergie Ek par irradiation d’un champ électrique quantique

Ê = ep Ê (+) + e?p Ê (−) (150)


est donné par

w = A hψ| Ê (−) Ê (+) |ψi (151)

où A ne dépend que des paramètres du détecteur et |ψi est l’état initial du


champ électrique a .
a. État nombre, état cohérent, état comprimé, chat de Schrödinger, etc...

Afin de se familiariser avec le formalisme, donnons un exemple. Nous omettons la


constante propre au détecteur et ne traitons qu’un champ électrique ne contenant qu’un
photon. On a donc

w ∝ hψ| Ê (−) Ê (+) |ψi ∝ hψ| ↠â |ψi (152)


45
Pour un état nombre du champ |ψi = |ni, nous obtenons

w∝n (153)
Pour un état cohérent du champ |ψi = |αi, nous obtenons 46
44. On peut s’en convaincre par le calcul.
45. On rappelle que ↠â |ni = N̂ |ni = n |ni.
46. On note hni = hN̂ i.

41
w ∝ |α|2 = hni (154)
Et par conséquent, nous retenons le résultat suivant

Taux de détection par effet photoélectrique pour un champ quantique


Le taux de détection w est simplement proportionnel a au nombre moyen de
photons hni = hN̂ i donc à l’intensité du rayonnement.
a. Pour n’importe quel état car tous les autres états sont combinaisons linéaires des états
nombres.

7.4 Lame séparatrice


Après avoir étudié la détection de photons, étudions la lame séparatrice. L’étude est
justifiée car une telle lame permet de créer des mélanges entre différents modes et donc
ˆ
de les additionner ou de les soustraire. Considérons quatre modes décrits par â, b̂, ĉ et d,
deux en entrée et deux en sortie de la lame comme sur la Figure 1.

Figure 1 – Lame séparatrice

L’action d’une lame séparatrice est représentée par une transformation unitaire 47
entre les états entrant et les états sortant. De manière générale, on modélise cette trans-
formation par une matrice unitaire 48 dont les coefficients peuvent être choisis réels, quitte
à changer de base.

47. Le fait que la transformation soit unitaire assure la conservation de l’énergie â↠+ b̂b̂† = ĉĉ† + dˆdˆ† .
48. Cette matrice n’est a priori pas hermitienne car ce n’est pas une observable que l’on peut mesurer.

42
Transformation unitaire de la lame séparatrice
   
ĉ â
ˆ =U (155)
d b̂
avec a
 
t r
U= (156)
−r t
a. r et t sont respectivement les coefficients de réflexion et de transmission en amplitude
vérifiant t2 + r2 = 1.

Vous pouvez vous assurer que le fait que U soit unitaire implique que ĉ et dˆ vérifient
les relations de commutations habituelles de deux oscillateurs harmoniques quantiques
indépendants. Ceci garantit la conservation de la probabilité : si un photon a une proba-
ˆ
bilité de 1 d’être dans le mode â ou b̂ alors il en sera de même dans le mode ĉ ou d.

Par cette transformation, nous pouvons aisément changer de base (passer de (â, b̂) à
ˆ Par exemple, si l’on prépare un état arbitraire en entrée à partir du vide
(ĉ, d)).
1
|na , nb ia,b = √ (↠)na (b̂† )nb |0, 0i (157)
na !nb !
Nous pouvons réécrire cet état dans la base de sortie de la lame séparatrice
1
|ψic,d = √ (tĉ† + rdˆ† )na (−rĉ† + tdˆ† )nb |0, 0i (158)
na !nb !
Si l’on connait l’état d’entrée et que l’on veut calculer le taux de détection à la sortie
ĉ, on écrit

wc ∝ hψ| ĉ† ĉ |ψi = hψ| t↠+ rdˆ† |ψi (159)

Exemples
Le taux de détection à la sortie ĉ étant donnés un état nombre en entrée â et le vide
en entrée b̂ est

wa ∝ hna , 0| ↠â |na , 0i = na


wb ∝ hna , 0| b̂† b̂ |na , 0i = 0
(160)
wc ∝ hna , 0| (t↠+ rb̂† )(tâ + rb̂) |na , 0i = t2 na
wd ∝ hna , 0| (−r↠+ tb̂† )(−râ + tb̂) |na , 0i = r2 na
Le même exemple mais avec un état cohérent en entrée â donne

wc ∝ hα, 0| t2 ↠â |α, 0i = t2 |α|2


(161)
wd ∝ hα, 0| r2 ↠â |α, 0i = r2 |α|2

43
Si on considère un état cohérent dans les deux canaux d’entrée, on obtient

wa ∝ |α|2
wb ∝ |β|2 (162)
wc ∝ t2 |α|2 + r2 |β|2 + rt(α? β + αβ ? )
√ √
Si l’on suppose 49 que α = na et que β = nb eiφ , on a

wc ∝ t2 na + r2 nb + 2 na nb cos φ (163)
On obtient des interférences. Mais si les états cohérents sont remplacés par des états
nombres, on obtient

wc ∝ t2 na + r2 nb (164)
et donc les interférences disparaissent. On retiendra le résultat suivant.

États interférents à travers une lame séparatrice

Pour deux états cohérents a |αi et |βi en entrée d’une lame séparatrice, on
observe des interférences en sortie et on mesure un taux de détection

wc ∝ t2 na + r2 nb + 2 na nb cos φ (165)

Pour deux états nombres |nia et |nib en entrée d’une lame séparatrice, on
n’observe pas d’interférence en sortie et on mesure un taux de détection

wc ∝ t2 na + r2 nb (166)
√ √
a. Tels que α = na et β = nb eiφ .

On peut se convaincre en faisant le calcul que si l’un des états en entrée est cohérent et
l’autre nombre, il n’y a pas non plus d’interférence. Nous pouvons voir ce résultat comme
une tentative pour mesurer la phase d’un état nombre relativement à un état cohérent.
Nous trouvons que en moyenne la phase possède un comportement comme si elle était
aléatoire d’où l’idée que "les états nombres n’ont pas de phase". Mais attention, cela ne
veut pas dire que des états nombres ne peuvent pas créer d’interférences !

7.5 Interférométrie
Dans cette partie, nous nous intéressons aux phénomènes d’interférences. Pour cela,
considérons l’interféromètre le plus simple qui existe : un interféromètre de Mach-
Zehnder dont un schéma est présent sur la Figure 2.
49. La phase acquise peut être due à une différence de marche entre les deux faisceaux incidents i.e.
par une différence de longueur de trajet parcouru.

44
Figure 2 – Interféromètre de Mach-Zehnder

Les deux lames séparatrices sont notées 1 et 2, et on introduit les champs à l’intérieur
de l’interféromètre ê et fˆ. Par ailleurs, nous notons â et b̂ les champs entrant et ĉ et dˆ les
champs sortant de l’interféromètre.

Ainsi, grâce à la transformation unitaire induite de la lame 1, nous pouvons écrire

ê = t1 â + r1 b̂ fˆ = −r1 â + t1 b̂ (167)
Notons que nous devons aussi tenir compte de la propagation des champs ê et fˆ
à l’intérieur de l’interféromètre en incluant une phase accumulée entre les deux lames
séparatrices. Nous avons donc

ĉ = t2 êeikLe + r2 fˆeikLf dˆ = −r2 êeikLe + t2 fˆeikLf (168)


avec Le et Lf les longueurs des deux chemins parcourus. On définit la phase relative

ϕ = k(Le − Lf ) (169)
et on suppose que les lames séparatrices sont des lames 50/50 donc r1 = r2 = t1 =
t2 = √12 . Ainsi, nous obtenons
1 ik(Le +Lf )/2  iϕ/2 −iϕ/2

ĉ = e (â + b̂)e + (−â + b̂)e (170)
2
que l’on peut écrire sous la forme
1  ϕ ϕ 
ĉ = eik(Le +Lf )/2 −i sin â + cos b̂ (171)
2 2 2
Nous pouvons ainsi déterminer le taux de détection au niveau du détecteur c.

45
Taux de détection pour un interféromètre de type Mach-Zehnder
Le taux de détection à la sortie d’un interféromètre a de type Mach-Zehnder
pour deux champs â et b̂ en entrée est

wc ∝ hψ| ĉ† ĉ |ψi


1 
† † † †
 (172)
= hψ| (1 − cos ϕ)â â + (1 − cos ϕ)b̂ b̂ + i sin ϕ(â b̂ − b̂ â) |ψi
2

où |ψi est un état arbitraire du champ entrant dans l’interféromètre b .


a. Nous avons choisi r1 = r2 = t1 = t2 = √12 pour les deux lames séparatrices.
b. C’est un état |ψa , ψb i de l’espace de Hilbert produit tensoriel des espaces des deux champs
H = Ha ⊗ Hb .

Pour prendre un exemple, nous envoyons le vide dans le canal b. Ainsi, on a |ψi =
|na , 0i. Nous obtenons

wc ∝ hna | (1 − cos ϕ)↠â |na i = (1 − cos ϕ)hna i (173)


Nous venons montrer que même si les "états nombres n’ont pas de phase", nous
observons des interférences. De plus, deux photons n’interagissent pas entre eux mais le
calcul précédent montre que un photon peut interférer avec lui-même 50 .

7.6 Détection homodyne


Les photodétecteurs d’aujourd’hui ne sont pas capables de suivre une oscillation d’un
champ électrique car ce dernier oscille trop rapidement. Cependant, on arrive à détecter
des champs dans le but de les caractériser (son amplitude et sa phase). La détection ho-
modyne est une méthode indirecte pour déterminer les quadratures Q et P d’un champ
inconnu et donc de déterminer son amplitude et sa phase. Cette méthode se base sur un
champ de référence appelé oscillateur local.

Le dispositif optique utilisé pour une détection homodyne est une lame séparatrice
50/50 comme celle de la Figure 1. Nous considérons que le canal b comporte le champ in-
connu noté |ψi et nous injectons dans le canal a un état cohérent |αi qui sert d’oscillateur
local. Nous pouvons écrire les taux de détections des détecteurs c et d en sortie

wc ∝ hψ, α| ĉ† ĉ |ψ, αi


(174)
wd ∝ hψ, α| dˆ† dˆ|ψ, αi
On réécrit les expressions précédentes en fonction de â et b̂ (on oublie les facteurs 1/2)
50. Penser à l’expérience des fentes de Young.

46
wc ∝ hψ, α| (↠+ b̂† )(â + b̂) |ψ, αi
(175)
wd ∝ hψ, α| (−↠+ b̂† )(−â + b̂) |ψ, αi
On développe les expressions précédentes en faisant attention que les opérateurs ne
commutent pas et on fait agir les opérateurs qui agissent sur l’oscillateur local |αi
 
wc ∝ |α|2 + hψ| b̂† b̂ |ψi + α? hψ| b̂ |ψi + α hψ| b̂† |ψi
  (176)
wd ∝ |α|2 + hψ| b̂† b̂ |ψi − α? hψ| b̂ |ψi + α hψ| b̂† |ψi
En soustrayant les deux signaux détectés, on obtient

wc − wd ∝ α? hψ| b̂ |ψi + α hψ| b̂† |ψi (177)


On pose maintenant α = |α|eiθ . On peut régler la valeur de θ en variant la phase
accumulée (longueur du chemin optique) de l’oscillateur local. Ainsi,

wc − wd ∝ hψ| b̂ |ψi e−iθ + hψ| b̂† |ψi eiθ (178)



On voit que pour θ = 0, on obtient (on oublie ici un facteur 2)

Q = hψ| Q̂ |ψi
∝ hψ| (b̂ + b̂† ) |ψi
(179)
= hψ| b̂ |ψi + hψ| b̂† |ψi
∝ wc − wd
De même pour θ = π/2, on obtient (le facteur i s’élimine avec la définition de P̂ )

P = hψ| P̂ |ψi
∝ hψ| (b̂ − b̂† ) |ψi
(180)
= hψ| b̂ |ψi − hψ| b̂† |ψi
∝ wc − wd
Ainsi, soustraire les deux signaux wc et wd permet en faisant varier la phase de l’os-
cillateur local de mesurer les quadratures Q et P d’un champ inconnu et donc de le
représenter dans l’espace des phases. On peut ainsi remonter à son amplitude et sa phase.

Cette méthode permet en outre de mesurer des états comprimés dont l’étude et la
production ont été discutées au début de ce cours.

47
Détection homodyne
La détection homodyne permet de mesurer les quadratures d’un champ
inconnu à partir d’un champ de référence appelé oscillateur local, état cohérent
|αi avec α = |α|eiθ .

Pour a θ = 0, on obtient

Q ∝ wc − wd (181)

Pour θ = π/2, on obtient

P ∝ wc − wd (182)

Une telle mesure permet donc de représenter un champ dans l’espace des phases
(Q, P ) et ainsi remonter à son amplitude et sa phase.
a. On règle la valeur de θ en faisant varier la phase de l’oscillateur local.

7.7 Détection de deux photons


Nous avons montré précédemment que la détection du champ électrique produit par
un photon se fait par la mesure de l’opérateur Ê (−) Ê (+) . Nous démontrons dans cette
(−) (−) (+) (+)
partie que le bon opérateur à mesurer pour détecter deux photons est Êa Êb Êb Êa
où les indices a et b correspondent aux deux électrons a et b détectés 51 . On rappelle
qu’une mesure d’un opérateur  correspond à la valeur moyenne de cet opérateur pour
un état donné hψ| Â |ψi.

Nous imaginons alors la photoionisation de deux électrons a et b par un même champ


électrique. Nous souhaitons calculer le taux de détection w(2) correspondant au taux de
photoionisation de deux électrons qui passent de leurs états liés (dans l’atome) aux états
libres de vecteurs d’onde k1 et k2 .

L’opérateur dipôle électrique à considérer ici est

D̂ = q(r̂a + r̂b ) (183)


où r̂a et r̂b sont les opérateurs positions des deux électrons a et b. La méthode per-
turbative au premier ordre habituelle ne suffit pas dans notre cas car

hk1 , k2 | V̂ |a, bi ∝ hk1 , k2 | r̂a |a, bi + hk1 , k2 | r̂a |a, bi (184)


et l’opérateur r̂a par exemple n’agit que sur l’électron a donc le premier terme de la
somme est proportionnel à hk2 |bi qui est nul car ce sont deux états orthogonaux. Il en
51. On rappelle que la détection d’un photon se fait par effet photoélectrique et donc que la détection
d’un photon correspond à la détection d’un électron libre ionisé par le champ électrique de ce photon.

48
est de même pour le deuxième terme de la somme. Ainsi, nous avons besoin d’aller au
deuxième ordre dans le développement perturbatif.

Avec le calcul au deuxième ordre 52 dont la méthode générale est présentée précédem-
ment, nous déterminons l’amplitude 53 de la transition de l’état |a, bi (les deux électrons
sont liés dans l’atome) vers l’état |k1 , k2 i (les deux électrons sont libres avec des vecteurs
d’onde k1 et k2 ).

ˆ t
(2) 1 X 0
c|a,bi→|k1 ,k2 i (t) = dt0 hf | V̂ (t0 ) |ni c(1) 0 −iωnf t
n (t )e
i~ n 0
ˆ ˆ t0 !
1 X t 0 0 00 00 −iωif t00 0
=− 2 dt hf | V̂ (t ) |ni dt hf | V̂ (t ) |ii e e−iωnf t
~ n 0 0
(185)
où |ii = |a, bi est l’état initial, ωnf = ωn − ωf et la somme porte sur les états propres
notés |ni de l’hamiltonien de l’atome (voir méthode perturbative dépendante du temps).

Nous définissons D̂a = qr̂a et D̂b = qr̂b pour ainsi définir V̂a = −Ê.D̂a et V̂b = −Ê.D̂b .
L’expression précédente une fois développée présente des termes croisés D̂a .D̂b qui sont les
seuls termes qui vont donner un résultat non nul une fois évalués pour les états considérés.
Ainsi, on obtient

ˆ ˆ 0
(2) 1 X t 0 t 00 00 0
c|a,bi→|k1 ,k2 i (t) =− 2 [ dt dt hf | V̂a (t0 ) |ni hn| V̂b (t00 ) |ii e−iωin t e−iωnf t
~ n 0 0
ˆ t ˆ t0 (186)
00 0
+ dt0 dt00 hf | V̂b (t0 ) |ni hn| V̂a (t00 ) |ii e−iωin t e−iωnf t ]
0 0

Nous avons vu que seul l’opérateur Ê (+) contenant les fréquences positives devait être
pris en compte dans ce calcul dans l’expression de V̂a et V̂b . Or cet opérateur ne contient
que l’opérateur d’annihilation du champ et donc V̂a et V̂b commutent. On obtient

ˆ ˆ 0
(2) 1 X t 0 t 00 00 0
c|a,bi→|k1 ,k2 i (t) =− 2 dt dt hf | V̂a (t0 ) |ni hn| V̂b (t00 ) |ii e−iωin t e−iωnf t (187)
~ n 0 0

Par le calcul des deux intégrales 54 , nous voyons que les parties temporelles correspon-
dant aux électrons a et b se découplent et on obtient
1
c|a,bi→|k1 ,k2 i = hψf , k1 , k2 | Ê (+) (rb )D̂b Ê (+) (ra )D̂a |ψi , a, bi
~2
sin (ωk1 − ωa − ω) t/2 sin (ωk2 − ωb − ω) t/2 (188)
×
(ωk1 − ωa − ω) (ωk2 − ωb − ω)
52. En connaissant la solution au premier ordre que l’on utilise pour déterminer le terme d’ordre deux.
53. Cette amplitude prise en module carré donne la probabilité de transition.
54. Cette étape est très technique, nous ne la présentons pas ici mais le calcul est expliqué en détail
dans les notes de Chris.

49
où |ψi i et |ψf i sont respectivement l’état initial et final du champ électrique. Nous
pouvons alors déterminer la probabilité correspondante (toujours en utilisant la même
approximation qui consiste à remplacer le sinus cardinal en un dirac)

π t2 X
P(2) (t) = ( )2 4 | hψf | Ê (+) (rb )Ê (+) (ra ) |ψi i |2 | hk1 | D̂a |ai |2 | hk2 | D̂b |bi |2
2 ~ k ,k ,ψ (189)
1 2 f

× δ(ωk1 − ωa − ω)δ(ωk2 − ωb − ω)

Comme cette probabilité est quadratique par rapport au temps, nous définissons le
(2)
taux de coïncidence par w(2) = P t2(t) et non comme la simple dérivée temporelle de la pro-
P
babilité dans le cas d’un photon. En utilisant la relation de fermeture ψf |ψf i hψf | = 1̂,
on obtient finalement

Taux de coïncidence
Le taux de détection (ou de coïncidence) de deux photons est donné par
(−) (+)
w(2) = Aa Ab hψ| Êa(−) Êb Êb Êa(+) |ψi (190)

où |ψi est l’état initial a du champ électrique et Aa et Ab ne dépendent que des


paramètres des détecteurs
2π X
Aa = | hk1 | D̂a |ai |2 δ(Ea − Ek1 − ~ω)
~ k
1
(191)
2π X
Ab = | hk2 | D̂b |bi |2 δ(Eb − Ek2 − ~ω)
~ k
2

a. C’est un état |ψa , ψb i de l’espace de Hilbert produit tensoriel des espaces des deux champs
H = Ha ⊗ Hb .

La quantité w(2) est le taux de détection de deux photons, l’un sur le détecteur a et
l’autre sur le détecteur b.

Prenons quelques exemples. Pour un état nombre |1i (un photon unique), on a

w(2) ∝ h1| Ê (−) Ê (−) Ê (+) Ê (+) |1i = 0 (192)


Nous trouvons un résultat intuitif : nous ne pouvons pas détecter deux photons si-
multanément lorsqu’il n’y a qu’un photon unique.

Pour un état cohérent |αi, on trouve

50
w(2) ∝ hα| Ê (−) Ê (−) Ê (+) Ê (+) |αi
E4
= 0 hα| ↠↠ââ |αi
16 (193)
E04 4
= |α|
16
(1)
= wa(1) wb
Ainsi pour un état cohérent, la probabilité de détecter deux photons est proportion-
nelle à la probabilité de détecter chaque photon individuellement.

Il est plus commun d’utiliser deux détecteurs à la sortie d’une lame séparatrice. Si
l’on note comme d’habitude â et b̂ les champs en entrée et ĉ et dˆ les champs en sortie, le
taux de coïncidence aux deux sorties sera

Taux de coïncidence pour deux détecteurs

Le taux de détection (ou de coïncidence) de deux photons pour deux détecteurs


à la sortie d’une lame séparatrice a est donné par
(2) (−) (+)
wcd = Ac Ad hψ| Êc(−) Êd Êd Êc(+) |ψi
∝ hψ| ĉ† dˆ† dĉ
ˆ |ψi (194)
= hψ| (t↠+ rb̂† )(−r↠+ tb̂† )(−râ + tb̂)(tâ + rb̂) |ψi

où |ψi est l’état initial b du champ électrique et Ac et Ad ne dépendent que des


paramètres des détecteurs.
a. Nous notons â et b̂ les champs en entrée et ĉ et dˆ les champs de sortie.
b. C’est un état |ψa , ψb i de l’espace de Hilbert produit tensoriel des espaces des deux champs
H = Ha ⊗ Hb .

(2) (1) (1)


Pour un champ électrique |α, 0i en entrée, nous obtenons wcd = wc wd mais pour
un unique photon on obtient un taux de coïncidence nul. Ainsi, une telle mesure permet
de distinguer facilement un unique photon d’un état cohérent. Nous définissons pour cela
une fonction d’auto-corrélation que nous ne développons pas dans ce cours.

7.8 Champs électriques pulsés


Notre formalisme ne permet pas de traiter la lumière pulsée, qu’elle soit sous forme
d’état cohérent ou d’états à nombres fixes de photons. Pour obtenir des impulsions, il
faut introduire la notion de champ à large bande spectrale.

51
Impulsions classiques
Afin d’introduire un aspect temporel à un champ quantique, rappelons comment cela
se fait en électrodynamique classique. Une impulsion est représentée par une somme sur
différentes composantes fréquentielles que nous traitons comme des ondes planes. Nous
donnons un exemple à une dimension.
E0 X
E(z, t) = αn ei(kn z−ωn t) + c.c. (195)
2 n
où E0 est l’amplitude du champ électrique et αn est un nombre complexe arbitraire.
L’intensité du champ (en faisant l’approximation séculaire) est

E02 X ?
I(z, t) ∝ E ? E = α αm e−i(kn z−ωn t) ei(km z−ωm t) + c.c. (196)
4 n,m n

que nous pouvons écrire sous forme d’intégrales


ˆ ˆ
0
I(z = 0, t) ∝ dωe α (ω) dω 0 α(ω 0 )e−iω t
iωt ?

ˆ ˆ (197)
iδt Ω+δ Ω−δ
= dδe dΩα? ( )α( )
2 2
où l’on a fait le changement de variables ω = Ω+δ
2
et ω 0 = Ω−δ
2
. Le profil temporel de
l’intensité est donc la transformée de Fourier de l’auto-convolution de la fonction α(ω).

Champ quantique pulsé


L’approche classique précédente peut facilement être généralisée à une somme de
champs quantiques, chacun dans un état cohérent |ψi = |α1 , α2 , ...i.
r
X ~ωn
ep ân,p ei(kn z−ωn t) − e?p â†n,p e−i(kn z−ωn t)

Ê = i
n,p
20 V
(198)
X
(+)
= ep Ên,p + e?p Ên,p
(−)

n,p

= Ê(+) + Ê(−)
où la somme porte sur les différents modes n et sur les deux polarisations orthogonales
p. En utilisant la règle d’or de Fermi pour calculer le taux de photodétection comme fait
précédemment, on trouve
X
w(1) (t) ∝ ||Ê(+) (z, t) |ψi ||2 = hψ| Ên(−) (z, t)Êm
(+)
(z, t) |ψi (199)
n,m

Pour un état cohérent, on trouve


r r
X ~ωn ~ωm
(1)
w ∝ ? i(kn z−ωn t)
αn e αm e−i(km z−ωt) = E0? E0 (200)
n,m
20 V 20 V

Ce résultat est similaire au cas classique à condition que l’on définisse

52
E0 = hα1 , α2 , ...| Ê (+) |α1 , α2 , ...i (201)

7.9 Impulsions de photon unique


Nous pouvons construire une impulsion réaliste multi-fréquencielle à un photon en
regardant la solution de Weisskopf-Wigner (voir précédemment) sur l’émission spon-
tanée. Après qu’un atome soit dans son état excité avec aucun photon dans le champ
électrique |e, 0i, il peut se désexciter par émission spontanée de manière certaine au bout
d’un temps infini et l’état de l’atome dans son état fondamental avec un photon dans le
champ électrique s’écrit
X r ωk 1
|ψ(t → ∞)i = d sin θk |f, 1k i (202)
k
20 V ~ i(ωk − ω0 ) + Γ/2
où la somme porte sur les différents modes dans lequel peut se trouver le photon.
Nous pouvons utiliser cet état pour calculer le taux de détection pour un détecteur situé
en z = L étant donné un atome à la position z = 0 et supposé excité à t = 0.

Nous nous intéressons maintenant au profil temporel d’une impulsion. On a


r
X ~ωm
(1) (+) 2
w (t) ∝ ||Ê (L, t) |ψi || = || i âm e−(km L−ωm t) |ψi ||2 (203)
m
20 V

On définit une nouvelle variable τ = t − Lc et on utilise km /ωm = c. Nous avons une


double somme sur les opérateurs de champs m (les plusieurs modes considérés) et les
états du champs n qui s’annule pour ne faire qu’une somme. Nous obtenons (on passe à
la limite continue en introduisant la densité d’états)
2
(1)
X ωn e−iωn τ
w (t) ∝ d
n
20 V ω0 − ωn − iΓ/2
ˆ (204)
2
d V 1 3 e−iωτ
= dωω
20 V (2π)3 c3 ω0 − ω − iΓ/2
Remarquons que le résultat ne dépend pas du volume V (et heureusement). Cette
intégrale peut être réécrite
ˆ 2
(1) e−i(ω−ω0 )τ
3
w (t) ∝ dω(ω − ω0 + ω0 ) e(−iω0 τ ) (205)
ω0 − ω − iΓ/2
Le terme de phase e−iω0 τ peut être enlevé de l’intégrale (car c’est le module carré qui
compte) et on fait le changement de variables u = ω0 − ω. On utilise le théorème des
résidus pour calculer cette intégrale. On intègre sur un contour dans le plan complexe.
Nous avons un unique pôle dans le partie supérieure du plan complexe pour u = iΓ/2.
Si τ < 0, le contour peut être fermé par dessous et l’intégrale est nulle. Si τ > 0, nous
refermons le contour par dessus et le calcul du résidu donne le résultat suivant

53
2
Γ Γ
w (t) ∝ (ω0 − i )3 e− 2 τ
(1)
(206)
2
que l’on peut réécrire sous la forme suivante

Profil temporel d’une impulsion de photon unique


Le taux de détection d’un photon unique émis par un atome a à t = 0 détecté
à une position z = L présente le profil temporel suivant
L −Γ(t− L )
w(1) (t) ∝ θ(τ )e−Γτ = θ(t − )e c (207)
c

où θ est la fonction Heaviside. Cela correspond à une impulsion avec une


durée bien déterminée commençant au temps t = Lc et qui décroît de manière
exponentielle.
a. Par exemple par émission spontanée.

Notre formalisme introduit précédemment concernant l’effet d’un lame séparatrice


reste valide avec la nouvelle définition d’un photon "multi-fréquentiel"
r
X ~ωk  
Êa = i ep âa,k ei(ka z−ωk t) − e?p â†a,k e−i(ka z−ωk t) (208)
k,p
20 V

ˆ
De même pour b̂, ĉ et d.

Lorsque l’on observe continûment la lumière émise par un ensemble de sources irradiées
de manière continue, nous pouvons mesurer le taux de coïncidence pour deux temps
différents
(2)
wc,d ∝ ||Ê (+) (z, tc )Ê (+) (z, td ) |ψi ||2 (209)
En utilisant une lame séparatrice, nous pouvons mesurer le taux de coïncidence à
deux endroits (détecteurs) et deux temps différents
(2)
wc,d ∝ ||Ê (+) (zc , tc )Ê (+) (zd , td ) |ψi ||2 (210)
Si l’ensemble de sources est un unique atome, nous trouvons w(2) (tc = td ) = 0 et
pour des temps séparés de plus du temps de relaxation de l’atome (|td − tc |  Γ−1 )
nous trouvons w(2) = w(1) (tc )w(1) (td ). En d’autres termes, pour une courte séparation
temporelle nous observons un comportement non-classique alors que au temps longs la
source ressemble à une source classique. On parle de phénomène d’antibunching et de
bunching. La mesure de la fonction d’auto-corrélation en intensité permet de quantifier

54
ces effets et d’identifier un critère expérimental qui assure que la source est par exemple
une source de photons uniques 55 .

7.10 Bruit de détection et précision dans un interféromètre


Précision pour une mesure d’intensité
Un état cohérent est une superposition de différents états de plusieurs photons (états
nombres). Ainsi, si l’on détecte son intensité en mesurant le taux de détection par ef-
fet photoélectrique w(1) ∝ h↠âi, nous espérons trouver différents taux pour différentes
réalisations (fluctuation statistique purement quantique). Cet effet est caractérisé par un
variance

(δw(1) )2 ∝ hα| (↠â)2 |αi − hα| ↠â |αi2


= h↠↠ââ + ↠âi − |α|4
(211)
= |α|4 + |α|2 − |α|4
= |α|2
On peut alors en déduire le résultat suivant.

Précision de mesure d’intensité


La précision relative d’une mesure d’intensité, si le champ est un état cohérent
|αi, est

δw(1) 1 1
(1)
= =√ (212)
w |α| n̄

où n̄ = hN̂ i est le nombre moyen de photons dans l’état du champ considéré.

On peut se convaincre que si une telle mesure est faite après une lame séparatrice
caractérisée par un coefficient de transmission t, alors on obtient

δw(1) 1 1
= = √ (213)
w(1) t|α| t2 n̄
Nous avons une limitation purement quantique de la précision évoluant avec la racine
carrée du nombre de photons détectés.

Précision pour une mesure de phase


Afin de mesurer la phase d’un champ, nous utilisons la méthode de détection homo-
dyne présentée précédemment. Introduisons l’opérateur homodyne de la manière suivante

ĥ = ĉ† ĉ − dˆ† dˆ (214)


55. Par exemples des centres NV (Nitrogen-Vacancy).

55
Nous rappelons que si l’un des deux champs envoyés dans la lame séparatrice est un
état cohérent qui sert de référence (oscillateur local), la mesure de ĥ donne les quadra-
tures d’un champ inconnu injecté dans la deuxième voie de la lame séparatrice en faisant
varier la phase de l’oscillateur local.

La transformation unitaire d’un interféromètre qui créé un déphasage de ± ϕ2 dans


chaque bras est représentée par la matrice
  iϕ
cos ϕ2 i sin ϕ2
    
1 1 1 e2 0 1 −1
U= ϕ = (215)
2 −1 1 0 e−i 2 1 1 i sin ϕ2 cos ϕ2
où la première et la dernière matrice correspondent à une réflexion parfaite sur un
miroir et celle du milieu au déphasage de ± ϕ2 dans chaque bras. La matrice U sert à
ˆ
transformer (â, b̂) en (ĉ, d).

On a alors

ĥ = ĉ† ĉ − dˆ† dˆ = cos ϕ(↠â − b̂† b̂) + i sin ϕ(↠b̂ − b̂† â) (216)
Pour un état |α, 0i (le champ inconnu est le vide |0i), on trouve

hĥi = cos ϕ|α|2 (217)


Et un calcul de la variance de ĥ donne

(∆ĥ)2 = hĥ2 i − hĥi2 = |α|2 (218)


On définit la précision pour une mesure de phase

δ ĥ ∂ ĥ 1
q
δϕ = = hδ ĥ2 i/ = (219)
∂ ĥ
| ∂ϕ | ∂ϕ sin ϕ|α|

Comme pour une mesure d’intensité, la précision d’une mesure de phase varie comme
la racine carrée du nombre de photons détectés. La plus petite incertitude est atteinte
pour ϕ = π/2.

Curieusement, nous pouvons trouver un autre point de fonctionnement pour lequel


1
δϕ = |α| . Si l’on ne regarde qu’une sortie de l’interféromètre sur une frange sombre, même
si le signal est quadratique par rapport à ϕ, il y a moins de bruit. En effet, on considère
la mesure de dˆ† dˆ pour une phase ϕ proche de zéro.

ϕ ϕ2 †
dˆ† dˆ = sin2 ↠â + cos2 ϕb̂† b̂ ≈ â â (220)
2 4
Considérons que l’on met en entrée un état |α, 0i. La variance est donné par

hdˆ† dˆdˆ† di
ˆ − hdˆ† di
ˆ 2 = hdˆ† dˆ† dˆdi
ˆ + hdˆ† di
ˆ − hdˆ† di
ˆ2
= hdˆ† di
ˆ (221)
ϕ
= h↠âi sin2
2

56
La précision de mesure est alors donnée par

δ dˆ ∂hdˆ† di
ˆ 1 sin ϕ2 1
q
δϕ = ˆ = hδ dˆ2 i/ = ϕ ϕ ≈ (222)
∂d
| ∂ϕ | ∂ϕ |α| sin 2 cos 2 |α|

Nous obtenons exactement le même rapport signal/bruit que dans la configuration


homodyne présentée précédemment.

Précision de mesure en interférométrie avec des états comprimés


Considérons un état comprimé |ξi = |0i + ξ |2i (nous ne considérons que le premier
ordre de développement du vide quantique 56 ). Cet état est donc le champ inconnu que
l’on cherche à mesurer par détection homodyne. Nous avons donc en entrée de la lame
séparatrice un état |α, ξi. Avec les même notations que précédemment, on peut calculer

hĥi = cos ϕ|α|2 (223)


En calculant la variance en prenant ϕ = π/2, on trouve

hδ ĥ2 i = hα, ξ| ĥ2 |α, ξi


= |α|2 − ξhâ†2 i h0| b̂2 |2i + hâ2 i h2| b̂†2 |0i (224)

= |α|2 (1 − 2 2ξ cos 2θ)
où θ est la phase de l’état cohérent par rapport à l’état comprimé si l’on note α =
|α|eiθ . Un choix approprié de θ donne le même signal avec un bruit réduit.
q
∂ ĥ 1 √
δϕ = hδ ĥ2 i/ = (1 − 2ξ cos 2θ) (225)
∂ϕ sin ϕ
Le rapport signal/bruit est alors amélioré.

56. Voir équation 69.

57

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