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Chap 6 Séries

Suite et série L2

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Licence de mathématiques Université de Brest

L2 suites & séries

Notes de cours

TL
Table des matières

Notations 1

Chapitre 1. Suites numériques 3


1.1. Rappels 3
1.2. Convergence 4
1.3. Critères de convergence 6

Chapitre 2. Séries numériques 11


2.1. Généralités 11
2.2. Convergence 12
2.3. Séries à termes positifs 15
2.4. Série et intégrale généralisée 21
2.5. Convergence absolue 23
2.6. Série à termes quelconques 27

Chapitre 3. Suites de fonctions 31


3.1. Définitions 31
3.2. Convergence 32
3.3. Continuité 36
3.4. Dérivabilité 39
3.5. Intégration 43

Chapitre 4. Séries de fonctions 49


4.1. Définitions et convergence 49
4.2. Continuité 55
4.3. Dérivabilité 57
4.4. Intégration 59

Chapitre 5. Séries entières 63


5.1. Définitions et convergence 63
5.2. Somme et produit 69
5.3. Continuité, dérivation, intégration 71
iii
iv Table des matières

5.4. Développement en série entière 73


5.5. Développement de (1 + x)α 77

Chapitre 6. Séries de Fourier 79


6.1. Séries trigonométriques 79
6.2. Séries de Fourier 83
6.3. Théorème de Dirichlet 90
6.4. Formules de Bessel et Parseval 94

Index 101
Notations

0n adopte les notations et conventions suivantes :


— N = {0, 1, 2, 3, . . .} est l’ensemble des entiers naturels et N∗ = N r {0} = {1, 2, 3, . . .} ;
— Z est l’ensemble des entiers relatifs et Z∗ = Z r {0} ;
— Q est le corps des nombres rationnels et Q∗ = Q r {0} ;
— R est le corps des nombres réels et R∗ = R r {0} ;
— C est le corps des nombres complexes et C∗ = Cr{0} ; on a C = R⊕iR où i vérifie i2 = −1 ;
— R+ , resp. R− , est l’ensemble des réels positifs ou nuls, resp. négatifs ou nuls ;
— R∗+ = R+ ∩ R∗ , resp. R∗− = R− ∩ R∗ , est l’ensemble des réels strictement positifs, resp. stric-
tement négatifs ;
— R = R ∪ {−∞, +∞} où −∞ < a < +∞ pour tout a ∈ R ; on pose R+ = R+ ∪ {+∞},
R− = R− ∪ {−∞} ;
— soient a ≤ b deux réels, les intervalles ouverts, fermés et semi-ouverts sont désignés par ]a, b[
[a, b], ]a, b] et [a, b[ ; on note (a, b) l’un quelconque de ces intervalles ; on adopte des notations
analogues lorsque a = −∞ ou b = +∞ ;
— la partie entière de x ∈ R est notée E(x) ;
— soient m ≤ n deux entiers relatifs, on pose Jm, nK = {m, m + 1, . . . , n − 1, n} ⊂ Z ;
— soient p ≤ q deux entiers naturels, on pose p! = 1 × 2 × · · · × p (avec la convention 0! = 1)
q q!
et p = p!(q−p)! ;
— soit E un ensemble et F un sous-ensemble de E, le complémentaire de F dans E est noté
{E F et {F ou c F s’il n’y a pas d’ambiguïté.

Dans toute la suite on désigne par K l’un des corps R ou C et l’on pose K∗ = K r {0}.
On rappelle que |λ| est le module 1 d’un nombre λ ∈ K. Si λ = α + iβ ∈ C on a donc
√ p
|λ| = λλ̄ = α2 + β 2 . Soient r ∈ R+ et a ∈ K, le disque ouvert, resp. fermé, de centre a et rayon
r est le sous-ensemble D(a, r) = {z ∈ K : |z − a| < r}, resp. D0 (a, r) = {z ∈ R : |z − a| ≤ r} ;
lorsque K = R on a donc D(a, r) = ]a − r, a + r[ et D0 (a, r) = [a − r, a + r].

1. C’est la valeur absolue si λ ∈ R.

1
Chapitre 1

Suites numériques

1.1. Rappels

On rappelle que K = R ou C. Une suite numérique est une application

u : N −→ K, n 7−→ u(n) = un .

Soit p ∈ N ; si u est une application définie sur {n ∈ N : n ≥ p} et à valeurs dans K on dit encore
que u est une suite numérique 1.
On convient d’écrire « soit (un )n une suite numérique » à la place de « soit u : N → K une
suite numérique » (ou « soit u : {n ∈ N : n ≥ p} → K une suite numérique »). Le sous-ensemble
{un }n de K est l’image de la suite (un )n . La suite (un )n est dite réelle si un ∈ R pour tout n.
Une suite extraite de la suite (un )n est une suite définie par u ◦ φ : N → K où φ : N → N
est une application strictement croissante ; cette suite extraite est alors notée (uφ(n) )n . En prenant
φ(n) = 2n ou φ(n) = 2n + 1 on extrait ainsi la sous-suite des termes d’indice pair ou impair.
On dit que la suite (un )n possède la propriété P à partir d’un certain rang s’il existe p ∈ N tel
que les termes un vérifient P pour n ≥ p. Exemples :
— la suite (un )n est stationnaire s’il existe p tel que un = up pour n ≥ p ;
— la suite réelle (un )n est positive (négative) à partir d’un certain rang s’il existe p ∈ N tel
que un ≥ 0 (un ≤ 0) pour n ≥ p ;
— la suite réelle (un )n est croissante 2 (strictement) à partir d’un certain rang s’il existe p ∈ N
tel que un ≤ un+1 (un < un+1 ) pour n ≥ p.
La suite numérique (un )n est dite bornée s’il existe A ∈ R tel que |un | ≤ A pour tout n. Si
la suite est réelle, on dit qu’elle est majorée, resp. minorée, s’il existe A ∈ R tel que un ≤ A,
resp. un ≥ A, pour tout n
Soit E ⊂ R une partie non vide. On rappelle que (si elle existe) la borne supérieure, resp. borne
inférieure, est le plus petit des majorants, resp. le plus grand des minorants, de E dans R. On note
alors sup E, resp. inf E, la borne supérieure, resp. inférieure, de E (on démontre facilement qu’elle
est unique). Une des propriétés fondamentales du corps des nombres réels est le résultat ci-dessous :

1. On se ramène à la définition précédente en définissant ũ : N → K par ũ(n) = u(n + p).


2. On a une définition similaire pour une suite décroissante et on parle de suite monotone si elle est soit croissante,
soit décroissante (à partir d’un certain rang).

3
4 1. SUITES NUMÉRIQUES

Théorème 1.1.1. Soit E ⊂ R une partie non vide majorée, resp. minorée. Alors E possède un
borne supérieure, resp. inférieure, dans R.

Rappelons que l’on peut caractériser s = sup E par la réalisation des deux conditions suivantes :
(a) x ≤ s pour tout x ∈ E ;
(b) pour tout  > 0, il existe x ∈ E tel que s −  < x.
On a une caractérisation analogue pour t = inf E en observant que −t = sup(−E) où −E = {−x :
x ∈ E}.
On note
KN = {u : N → K} = {(un )n }
l’ensemble des suites numériques. La structure de K-espace vectoriel de K induit une structure de
K-espace vectoriel (de dimension infinie) sur KN . Explicitement, les lois sont (pour λ ∈ K) :

(un )n + (vn )n = (un + vn )n , λ (un )n = (λun )n .

On peut aussi définir une multiplication sur KN en posant (un )n (vn )n = (un vn )n . Ces lois sur KN
vérifient les axiomes usuels d’associativité, distributivité et commutativité.
Une suite complexe (un )n ∈ CN possède une partie réelle (αn )n et une partie imaginaire (βn )n qui
sont des éléments de RN . On les obtient en écrivant un = αn + iβn avec αn , βn ∈ R pour tout n.
p 
Observons que la suite (|un |)n = αn2 + βn2 n
est une suite réelle positive.

1.2. Convergence

Limite d’une suite. On dit que la suite numérique (un )n converge vers ` ∈ K si :

∀  > 0, ∃ n0 ∈ N, n ≥ n0 ⇒ |un − `| ≤ .

Dans ce cas le nombre ` est unique et est appelé la limite de la suite (un )n ; on pose alors lim un =
n→+∞
limn un = `. Si (un )n ne possède pas de limite dans K on dit qu’elle diverge. Observons que

lim un = ` ⇐⇒ lim (un − `) = 0 ⇐⇒ lim |un − `| = 0.


n→+∞ n→+∞ n→+∞

Rappelons quelques propriétés des suites convergentes.


(1) Si un = an + ibn ∈ C avec an , bn ∈ R, alors (un )n converge vers ` = α + iβ ∈ C (α, β ∈ R) si, et
seulement si, limn an = α et limn bn = β.
(2) Soit p ∈ N. La suite (un )n converge si, et seulement si, la suite (un )n≥p converge.
(3) Une suite convergente est bornée, i.e. il existe A ∈ R+ tel que |un | ≤ A pour tout n (la réciproque
est fausse).
(4) Si lim un = `, alors lim uφ(n) = ` pour toute suite extraite (uφ(n) )n de (un )n .
n→+∞ n→+∞
(5) Si lim u2n = lim u2n+1 = `, alors lim un = `.
n→+∞ n→+∞ n→+∞
1.2. CONVERGENCE 5

(6) L’ensemble des suites convergentes est un sous-espace vectoriel de l’espace vectoriel KN et on a
(lorsque les suites écrites convergent et λ ∈ K) :

lim (un + vn ) = lim un + lim vn , lim (λun ) = λ lim un ,


n→+∞ n→+∞ n→+∞ n→+∞ n→+∞
 
lim (un vn ) = lim un lim vn , lim |un | = lim un .
n→+∞ n→+∞ n→+∞ n→+∞ n→+∞

(7) Si lim un = ` 6= 0, alors les un sont non nuls à partir d’un certain rang et lim (1/un ) = 1/`.
n→+∞ n→+∞
Supposons que (un )n ∈ RN est une suite réelle. On dit que lim un = +∞ si :
n→+∞

∀ A ∈ R, ∃ n0 ∈ N, n ≥ n0 ⇒ un ≥ A.

De même lim un = −∞ si lim (−un ) = +∞, c’est-à-dire :


n→+∞ n→+∞

∀ B ∈ R, ∃ n0 ∈ N, n ≥ n0 ⇒ un ≤ B.

On peut ainsi parler des suites réelles ayant une limite dans R = R ∪ {±∞}.
Signalons les propriétés suivantes des suites réelles comparables pour la relation d’ordre. Soient
(un )n , (vn )n ∈ RN telles que un ≥ vn à partir d’un certain rang. Si lim un = a ∈ R et lim vn =
n→+∞ n→+∞
b ∈ R, alors a ≥ b. Si lim vn = +∞ alors lim un = +∞ et, similairement, lim un = −∞
n→+∞ n→+∞ n→+∞
implique lim vn = −∞.
n→+∞
Rappelons qu’il y a des cas où l’on ne peut déterminer la limite d’une somme ou d’un produit
de suites lorsque l’une des limites est infinie, ce sont les classiques formes indéterminées :
0 ±∞
(+∞) + (−∞), 0 × (±∞), , .
0 ±∞
Suite de Cauchy. La suite (un )n ∈ KN est une suite de Cauchy si :

∀  > 0, ∃ n0 ∈ N, p ≥ n0 , q ≥ n0 ⇒ |up − uq | ≤ .

Une suite complexe est de Cauchy si, et seulement si, sa partie réelle et sa partie imaginaire le sont.
La construction du corps R fait que les notions de « suite convergente » et de « suite de Cauchy »
sont équivalentes (on dit que K = R ou C est complet).

Théorème 1.2.1. Soit (un )n ∈ KN . Alors (un )n converge si, et seulement si, (un )n est de Cauchy.

Suites équivalentes. Soient (un )n , (vn )n deux suites numériques. On dit que ces deux suites
sont équivalentes, ce que l’on écrit un ∼ vn , s’il existe une suite (εn )n telle que :

un = vn (1 + εn ) et lim εn = 0.
n→+∞

Cette notion est une relation d’équivalence sur l’espace des suites numériques.
Si ` ∈ K on écrit un ∼ ` lorsque la suite (un )n est équivalente à la suite constante égale à `.
Observons qu’une suite ne peut être équivalente à 0 que si elle est identiquement nulle. Il est
6 1. SUITES NUMÉRIQUES

fréquent de réserver la notion d’équivalence aux suites non nulles à partir d’un certain rang ; dans
ce cas on a :
un
un ∼ vn ⇐⇒ lim
= 1.
n→+∞ vn
On rassemble quelques propriétés de l’équivalence dans la proposition suivante.

Proposition 1.2.2. Soient (un )n , (vn )n deux suites numériques et ` ∈ K.


(1) On suppose ` 6= 0. Alors (un )n ∼ ` si, et seulement si, limn un = `.
(2) Si un ∼ vn , alors limn un = ` si, et seulement si, limn vn = `.
(3) On suppose que (un )n et (vn )n sont réelles et que un ∼ vn .
(i) On a limn un = +∞ si, et seulement si, limn vn = +∞. Idem lorsque limn un = −∞.
(ii) On suppose de plus que un ≥ 0 et vn ≥ 0 (pour tout n). Alors il existe λ > 0 et µ > 0 tels que
λvn ≤ un ≤ µvn à partir d’un certain rang 3.
x n
converge vers ex . En effet, on a

Exemple. Soit x ∈ R ; la suite de terme général 1 + n
 x x
n ln 1 + ∼n =x
n n
et il en résulte que
x n    x 
= exp n ln 1 +
1+
n n
n n 1 n+1 n
tend vers ex quand n → +∞. On en déduit par exemple que lim
 
n+1 = e puisque n =
n→+∞
1 n

1+ n tend vers e.

Théorème de Bolzano-Weierstrass. Rappelons qu’une suite numérique convergente est bor-


née mais que la réciproque est fausse (considérer par exemple un = (−1)n ).

Théorème 1.2.3. Soit (un )n une suite numérique bornée. Il existe une suite extraite (uφ(n) )n qui
converge.

1.3. Critères de convergence

Critères de convergence. Nous donnons ci-dessous quelques résultats permettant de dé-


montrer la convergence de suites à termes réels. Pour une suite à termes complexes, on pourra les
appliquer aux parties réelle et imaginaire.

Théorème 1.3.1 (Théorème des gendarmes). Soient (un )n , (vn )n , (wn )n ∈ RN trois suites réelles.
On suppose que :
vn ≤ un ≤ wn à partir d’un certain rang.
Si les suites (vn )n et (wn )n convergent vers la même limite ` ∈ R, alors (un )n converge vers `.

3. Voir le Corollaire 2.3.6 pour une démonstration de ces inégalités.


1.3. CRITÈRES DE CONVERGENCE 7

Théorème 1.3.2 (Théorème la suite monotone). (1) Soit (un )n ∈ RN une suite réelle croissante
(à partir d’un certain rang).
(i) Si la suite (un )n est majorée, alors elle converge et on a lim un = sup un .
n→+∞ n∈N
(ii) Si la suite (un )n n’est pas majorée, alors lim un = +∞.
n→+∞

(2) Soit (un )n ∈ RN une suite réelle décroissante (à partir d’un certain rang).
(i) Si la suite (un )n est minorée, alors elle converge et on a lim un = inf un .
n→+∞ n∈N
(ii) Si la suite (un )n n’est pas minorée, alors lim un = −∞.
n→+∞

Énonçons une reformulation de ce théorème pour les suites croissantes (le lecteur écrira l’ana-
logue pour les suites décroissantes).

Corollaire 1.3.3. Soit (un )n ∈ RN une suite réelle croissante (à partir d’un certain rang). Alors :
– (un )n converge si, et seulement si, l’ensemble {un : n ∈ N} est majoré ;
– (un )n diverge si, et seulement si, l’ensemble {un : n ∈ N} n’est pas majoré et on a dans ce cas
lim un = +∞.
n→+∞

Théorème 1.3.4 (Suites adjacentes). Soient (un )n , (vn )n ∈ RN deux suites réelles. On suppose
que :
(i) (un )n est croissante ;
(ii) (vn )n est décroissante ;
(iii) lim (vn − un ) = 0.
n→+∞
Alors (un )n et (vn )n convergent et on a lim un = lim vn (= supn un = inf n vn ).
n→+∞ n→+∞

Exemples. Rappelons le résultat sur la convergence d’une suite géométrique.

Proposition 1.3.5. Soit ρ ∈ K.


(1) On suppose 0 ≤ ρ < 1. Alors la suite géométrique (ρn )n converge vers 0.
(2) La suite géométrique (ρn )n converge si, et seulement si, |ρ| < 1 ou ρ = 1.

Preuve. Posons un = ρn .
(1) L’assertion est évidente pour ρ = 0, on suppose donc 0 < ρ < 1. On va montrer l’existence
β 1
d’un β ≥ 0 tel que 0 ≤ ρn ≤ n pour n ≥ 1. Puisque lim = 0, le Théorème 1.3.1 permettra de
n→+∞ n
conclure que lim un = 0. Écrivons
n→+∞

1 1
 
=1+ −1
ρ ρ
8 1. SUITES NUMÉRIQUES

1 1
et posons α = ρ − 1. Comme ρ < 1 on a ρ > 1 et donc α > 0. Remarquons que par la formule du
binôme
1 n(n − 1) 2
n
= (1 + α)n = 1 + nα + α + · · · + αn > nα.
ρ 2
1 1
Il en résulte ρn < nα et β = α convient.
(2) Remarquons que si ρ = 1, la suite (ρn )n est constante égale à 1, donc converge vers 1.
Supposons |ρ| < 1. Comme 0 ≤ |ρn | = |ρ|n on déduit de (1) que limn |ρn | = 0, c’est-à-dire limn un =
0.
Supposons |ρ| ≥ 1, ρ 6= 1, et que (un )n = (ρn )n converge vers `. Observons que |un | = |ρ|n ≥ 1,
donc |`| = limn |un | ≥ 1. Puisque l’application φ : n 7→ n + 1 est strictement croissante, la suite
(uφ(n) )n = (ρn+1 )n converge vers ` ; de ρn+1 = ρρn on déduit alors que ` = ρ`. Comme ρ 6= 1 on a
` = 0, ce qui contredit |`| ≥ 1. Par conséquent la suite (un )n diverge lorsque |ρ| ≥ 1 et ρ 6= 1. 

Étudions maintenant la « série géométrique ».

Théorème 1.3.6 (Série géométrique). Soit ρ ∈ K. On pose, pour n ∈ N :


n
X
sn = ρk = 1 + ρ + ρ2 + · · · + ρn .
k=0

1
La suite (sn )n converge si, et seulement si, |ρ| < 1. On a dans ce cas lim sn = .
n→+∞ 1−ρ
Preuve. Rappelons que :
1 − ρn+1


 si ρ 6= 1 ;
sn = 1 + ρ + ρ2 + · · · + ρn = 1−ρ


n+1 si ρ = 1.

On en tire limn sn = +∞ lorsque ρ = 1. Supposons ρ 6= 1. On sait par la proposition précédente


que la suite (ρn+1 )n converge si, et seulement si, |ρ| < 1 et qu’alors limn ρn+1 = 0. On en déduit
que (sn )n converge si, et seulement si, |ρ| < 1 et que :
1 − ρn+1 1
lim sn = lim =
n n 1−ρ 1−ρ
comme voulu. 

Rappelons que si s ∈ R et x ∈ R∗+ on pose xs = es ln(x) . On peut ainsi définir le réel strictement
positif
n
X 1 1 1
ζn (s) = =1+ + ··· + s
k=1
ks 2s n
pour tous s ∈ R et n ∈ N∗ . Pour s = 1 la suite de terme général
1 1
ζn (1) = 1 + + ··· +
2 n
1.3. CRITÈRES DE CONVERGENCE 9

est appelée la « série harmonique ».

Théorème 1.3.7 (Série de Riemann). (1) On suppose s ≤ 1 ; alors lim ζn (s) = +∞.
n→+∞
(2) On suppose s > 1 ; alors la suite de terme général ζn (s) converge. Sa limite est notée ζ(s).
1
Preuve. Posons ζn = ζn (s). Observons que ζn+1 = ζn + (n+1)s , donc la suite (ζn )n est strictement
croissante.
(1) Supposons s = 1 et considérons
1 1 1
ζ2n − ζn = + + ··· + .
n+1 n+2 n+n
1 1 1
Puisque n+k ≥ n+n = 2n pour k ≤ n, on obtient :
1 1 n 1
ζ2n − ζn ≥ + ··· + = = .
2n 2n 2n 2
Si la suite (ζn )n converge, alors (ζ2n )n converge vers la même limite, ce qui implique
1
lim (ζ2n − ζn ) = 0 ≥
n→+∞ 2
et une contradiction. On déduit alors du Corollaire 1.3.3 que lim ζn = +∞.
n→+∞
1 1
Supposons s ≤ 1. Il résulte de s ln(k) ≤ ln(k) pour k ≥ 1 que k ≤ ks . Par conséquent ζn (1) =
Pn 1
k=1 k ≤ ζn (s). Puisque lim ζn (1) = +∞ on obtient lim ζn (s) = +∞.
n→+∞ n→+∞
(2) Introduisons la suite auxiliaire (νn )n définie par :
1 1 1 1
νn = ζn + s−1
= 1 + s + ··· + s + .
(s − 1)n 2 n (s − 1)ns−1
Montrons que les deux suites (ζn )n et (νn )n sont adjacentes. On a déjà observé que la suite (ζn )n
est croissante. D’autre part
1 1 1
νn+1 − νn = ζn+1 − ζn + s−1
− s−1
= + f (n) − f (n − 1)
(s − 1)(n + 1) (s − 1)n (n + 1)s
où l’on a posé :
1
f (x) = pour tout x ≥ 0.
(s − 1)(x + 1)s−1
1
La fonction f : R+ → R est dérivable avec f 0 (x) = − . Soit x ≥ 1 ; en appliquant le théorème
(x + 1)s
des accroissements finis 4 à f sur l’intervalle [x − 1, x] on trouve cx ∈ ]x − 1, x[ tel que
1
f (x) − f (x − 1) = f 0 (cx ) = − .
(cx + 1)s
Pour x = n ≥ 1 on a ainsi montré que
1 1
νn+1 − νn = s
− .
(n + 1) (cn + 1)s
4. Voir l’énoncé dans la preuve du Théorème 3.4.1
10 1. SUITES NUMÉRIQUES

1 1
Puisque 0 < cn + 1 < n + 1 on obtient (n+1)s < (cn +1)s et νn+1 − νn < 0. Donc la suite (νn )n est
1
décroissante. Enfin, νn −ζn = (s−1)ns−1
et s−1 > 0 impliquent limn (νn −ζn ) = 0. Le Théorème 1.3.4
permet alors de conclure que les suites (ζn )n et (νn )n convergent vers la même limite ζ(s). 
Chapitre 2

Séries numériques

2.1. Généralités

Définitions et remarques. On continue avec les notations du Chapitre 1.

Définition 2.1.1. Soit (un )n ∈ KN une suite numérique. La série numérique de terme général un
est la donnée de la suite numérique (Sn )n des sommes partielles
n
X
Sn = uk = u0 + u1 + · · · + un , n ∈ N.
k=0
P P
Cette série est désignée par n un . Lorsque les un sont réels on dira que n un est réelle.
P
Remarques 2.1.2. 1) Le nombre Sn est appelé la n-ième somme partielle de la série n un . On
a Sn − Sn−1 = un , par conséquent la donnée de la suite (Sn )n est équivalente à celle de (un )n .
2) Dans le cas où la suite (un )n est donnée pour des indices n ≥ p, on définit la série
P
n un par la
suite (Sn )n≥p des sommes partielles
n
X
Sn = uk = up + up+1 + · · · + un , n ≥ p.
k=p

Rappelons que, quitte à poser ũn = un+p pour n ∈ N, on peut ramener ce cas à celui de la définition
précédente.
3) Rappelons qu’il existe une structure de K-espace vectoriel sur l’ensemble KN des suites nu-
mériques. On peut donc additionner et multiplier par un scalaire λ ∈ K les suites des sommes
P P
partielles associées à deux séries n un et n vn . On obtient ainsi une structure d’espace vectoriel
sur l’ensemble des séries numériques pour les lois :
X X X X X
un + vn = (un + vn ), λ un = (λun ).
n n n n n

Exemples. Les exemples qui suivent introduisent des séries qui jouent un rôle important dans
l’étude des séries et leurs applications.
Série télescopique. Soit (vn )n une suite numérique. Définissons (un )n≥1 par un = vn − vn−1 . La série
P
n un est dite télescopique ; sa n-ième somme partielle est

Sn = u1 + u2 + · · · + un = vn − v0 .
11
12 2. SÉRIES NUMÉRIQUES

L’étude de la suite (Sn )n est donc équivalente à celle de la suite (vn )n .


Série alternée. Soient (an )n une suite réelle telle que les an gardent un signe constant et posons
un = (−1)n an . La série réelle na
P P
n un = n (−1) n est dite alternée.
Série géométrique. La série géométrique de paramètre ρ ∈ K est la série de terme général ρn . On a
vu au Théorème 1.3.6 que les sommes partielles associées sont :
1 − ρn+1


 si ρ 6= 1 ;
Sn = 1 + ρ + ρ2 + · · · + ρn = 1−ρ


n+1 si ρ = 1.
1
Série de Riemann. La série de Riemann de paramètre s ∈ R est la série de terme général . Les
ns
sommes partielles associées sont donc (cf. § 1.3) :
1 1
ζn (s) = 1 + s
+ ··· + s.
2 n
Dans le cas s = 1 cette série est appelée la série harmonique.

2.2. Convergence

Définitions et notations. La définition de la convergence d’une suite a été rappelée au § 1.2.


P
Soit n un une série numérique.
P
Définition 2.2.1. On dit que la série n un converge (ou est convergente) si la suite des sommes
P
partielles (Sn )n converge dans K. Si cette suite ne converge pas on dit que la série n un diverge
P
(ou est divergente). Si n un converge on pose :
+∞
X
un = lim Sn = lim u0 + u1 + · · · + un ).
n→+∞ n→+∞
n=0
P+∞
On dit que n=0 un est la somme de la série.

converge signifie qu’il existe S ∈ K (la somme de la série)


P
Par définition, dire que la série n un
tel que :
∀  > 0, ∃ n0 ∈ N, n ≥ n0 ⇒ |u0 + u1 + · · · + un − S| ≤ . (2.2.1)
P P+∞
Si la série n un converge vers S = n=0 un on définit son reste d’indice n en posant :

Rn = S − Sn . (2.2.2)

On convient d’écrire :
+∞
X n
X +∞
X
Rn = uk − uk = uk .
k=0 k=0 k=n+1
P
La convergence de n un vers S se traduit alors par :

∀  > 0, ∃ n0 ∈ N, n ≥ n0 ⇒ |Rn | ≤ .
2.2. CONVERGENCE 13

P+∞
Remarques. 1) Il faut bien comprendre que n=0 un est la limite de la suite (Sn )n et que le
P+∞
symbole n=0 n’est qu’une notation : l’addition d’une infinité de termes n’a pas de sens algébrique.
P
2) La série n un converge vers S si, et seulement si, lim Rn = 0.
n→+∞
3) Si les termes de la suite (un )n sont définis pour n ≥ p et que la série
P
n un converge, sa somme
P+∞
est la limite de la suite des sommes partielles up + · · · + un et est notée n=p un .

P P P
Définition 2.2.2. On dit que deux séries n un et n vn sont de même nature lorsque n un est
P
convergente (divergente) si, et seulement si, n vn est convergente (divergente).

Propriétés et exemples. Donnons les premières opérations sur les séries convergentes :

Proposition 2.2.3. (1) L’ensemble des séries numériques convergentes est un sous-espace vectoriel
sont convergentes et λ ∈ K on a :
P P
de l’espace vectoriel des séries numériques. Si n un , n vn
+∞
X +∞
X +∞
X +∞
X +∞
X
un + vn = (un + vn ), λ un = (λun ).
n=0 n=0 n=0 n=0 n=0

(2) Soit (vn )n une suite obtenue à partir de (un )n en changeant un nombre fini de termes, i.e. vm =
P P
um à partir d’un certain rang. Alors n un converge si, et seulement si, n vn converge.
(3) Si un = an + ibn avec an , bn ∈ R, la série
P
n un converge si, et seulement si, les deux séries
P P
réelles n an et n bn convergent. On a alors :
+∞
X +∞
X +∞
X
un = an + i bn .
n=0 n=0 n=0

Preuve. (1) On sait, cf. § 1.2, que l’ensemble des suites convergentes est un sous-espace vectoriel de
l’espace des suites numériques. L’assertion découle de ce résultat appliqué aux suites des sommes
partielles.
Pn Pn
(2) Posons Sn = k=0 uk et Σn = k=0 vk . Supposons que uk = vk pour tout k ≥ p. Si n ≥ p il vient
Pn Pn Pn
Sn = Sp + k=p+1 uk et Σn = Σp + k=p+1 vk = Σp + k=p+1 uk . Par conséquent Σn = Σp −Sp +Sn .
Comme Σp − Sp est fixe, la suite (Sn )n converge si, et seulement si, (Σn )n converge.
P  P 
n n
(3) On écrit Sn = k=0 ak +i k=0 bk et on applique le résultat classique sur la convergence
des suites de nombres complexes. 

On rassemble dans le théorème qui suit les premiers exemples classiques de séries convergentes.

Théorème 2.2.4. (1) Soit (un )n≥1 une série télescopique, c’est-à-dire un = vn − vn−1 pour une
P
suite (vn )n . Alors n un converge si, et seulement si, la suite (vn )n converge et on a dans ce cas
P+∞
n=1 un = −v0 + lim vn .
n→+∞
n P+∞ n
converge si, et seulement si, |ρ| < 1. On a dans ce cas
P
(2) Une série géométrique nρ n=0 ρ =
1/(1 − ρ).
P 1
(3) Une série de Riemann n ns converge (vers ζ(s)) si, et seulement si, s > 1.
14 2. SÉRIES NUMÉRIQUES

Pn
Preuve. (1) résulte de Sn = k=0 un = vn − v0 .
(2) & (3) On applique les théorèmes 1.3.6 et 1.3.7. 

Le théorème qui suit donne une condition nécessaire pour qu’une série converge.
P P
Théorème 2.2.5. Soit n un une série numérique. Pour que n un converge il est nécessaire que
lim un = 0. En d’autres termes : si le terme général d’une série ne tend pas vers 0 alors la série
n→+∞
diverge 1.

converge vers S ∈ K, i.e. lim Sn = S (où les Sn sont les sommes


P
Preuve. Supposons que n un n→+∞
partielles). Alors lim Sn−1 = S et donc lim un = lim (Sn − Sn−1 ) = 0. 
n→+∞ n→+∞ n→+∞

Remarques 2.2.6. 1) La condition du théorème n’est nullement suffisante : la série harmonique


P 1
n n diverge, cf. Théorème 2.2.4, alors que lim 1 = 0.
n→+∞ n P P
2) Soient (un )n , (vn )n deux suites numériques et wn = un +vn . Si n un converge et n wn diverge,
P
alors n vn diverge, cf. Proposition 2.2.3 (1).
P P P
Si n un et n vn divergent on ne peut a priori rien dire sur la nature de la série n wn =
+ vn ). Considérons par exemple ρ ∈ R+ et :
P
n (un
1 1
un = , vn = ρn − un = ρn − .
n n
On a donc wn = ρn et la série harmonique diverge. Si ρ > 1 il vient lim vn = lim ρn =
P
n un n→+∞ P n→+∞
P P n P
+∞, donc les séries n vn et n wn divergent. Si ρ < 1 la série géométrique nρ = n wn
1
ρn − vn
P
converge ; puisque n = la série n vn diverge par la remarque précédente.
P
Critère de Cauchy et convergence absolue. Soit n un une série numérique ; rappelons
que la série converge si, et seulement si, la suite des sommes partielles Sn = u0 + · · · + un converge.
Grâce au Théorème 1.2.1 on obtient :
P
Théorème 2.2.7. Il y a équivalence entre n un converge et (Sn )n est de Cauchy, c’est-à-dire :

∀  > 0, ∃ n0 ∈ N, q > p ≥ n0 ⇒ |Sq − Sp | = |up+1 + · · · + uq | ≤ .

P
Définition 2.2.8. On dit que n un converge absolument, ou est absolument convergente, si la
n |un |
P P
série réelle converge. Lorsque n un est convergente mais ne converge pas absolument, on
P
dit que n un est semi-convergente.
P (−1)n 1
Exemples. 1) Soit s > 1 ; alors la série n ns est absolument convergente : on a |un | = ns et
n |un |
P
est une série de Riemann convergente.

1. Dans ce cas, on dit souvent que la série diverge grossièrement.


2.3. SÉRIES À TERMES POSITIFS 15

2) Définissons la suite (un )n par :


1 −1
u2p = , u2p+1 = .
p+1 p+1
Observons que u2p + u2p+1 = 0 pour tout p ∈ N ; on en déduit :
1
S2n+1 = 0, S2n = S2n−1 + u2n = u2n = .
n+1
P
Il en résulte que lim S2n = lim S2n+1 = 0 et donc lim Sn = 0. Par conséquent n un
n→+∞ n→+∞ n→+∞
1
converge vers 0. Par contre, |u2p | = |u2p+1 | = p+1 et la somme partielle d’indice 2n + 1 de la série
n |un |
P
est :
 1 1 
Σ2n+1 = |u0 | + |u1 | + |u2 | + |u3 | · · · + |u2n | + |u2n+1 | = 2 1 + + ··· + .
2 n+1
1 1

Comme la série harmonique diverge, on a lim 1+ 2 +···+ n+1 = +∞ et donc lim Σ2n+1 =
n→+∞ n→+∞
n |un |
P P
+∞, ce qui implique que la série diverge. La série n un est donc semi-convergente.

L’exemple ci-dessus montre que la convergence d’une série n’implique pas sa convergence abso-
lue. Mais on a :
P
Théorème 2.2.9. La convergence absolue de la série numérique n un implique la convergence de
P
n un et on a dans ce cas :
+∞
X +∞
X
un ≤ |un |.
n=0 n=0
P
Preuve. Supposons que n un est absolument convergente et appliquons le Théorème 2.2.7. Soit
 > 0 ; il existe n0 tel que pour q > p ≥ n0 on a (en utilisant l’inégalité triangulaire) :

|up+1 + · · · + uq | ≤ |up+1 | + · · · + |uq | ≤ .


P
Le Théorème 2.2.7 appliqué à n un assure alors la convergence de cette série.
n |un |. Par l’inégalité
P P
Soient Sn et Σn les sommes partielles des séries n un et triangulaire il
P+∞ P+∞
vient |Sn | ≤ Σn et en passant à la limite on obtient n=0 un ≤ n=0 |un |. 

2.3. Séries à termes positifs

Séries à termes de signe constant. Dans cette section nous allons étudier des séries à termes
réels.

est à termes positifs, resp. négatifs, si un ≥ 0, resp. un ≤ 0,


P
Définition 2.3.1. La série réelle n un
pour tout n.
P
Remarque. L’étude d’une série à termes négatifs n vn se ramène à celle de la série à termes
P
positifs n (−vn ). Nous nous limiterons donc à considérer les séries à termes positifs.
16 2. SÉRIES NUMÉRIQUES

P
Lemme 2.3.2. Soit n un une série à termes positifs. Alors la suite (Sn )n des sommes partielles
P
de n un est une suite croissante de réels positifs.
Pn
Preuve. Il suffit d’écrire que Sn+1 = k=0 uk = Sn + un ≥ Sn puisque un ≥ 0. 

Ce lemme a pour conséquence :


P
Théorème 2.3.3. Soient n un une série à termes positifs et (Sn )n la suite de ses sommes par-
tielles.
(1) Les assertions suivantes sont équivalentes :
P
(i) n un est convergente ;
(ii) la suite (Sn )n est majorée.
(2) On a :
P+∞
∈ R;
P
— ou bien n un converge et n=0 un
P P+∞
— ou bien n un diverge et n=0 un = +∞.

Preuve. Les résultats découlent du fait qu’une suite croissante (Sn )n de réels positifs est convergente
si, et seulement si, elle est majorée et que l’on a lim Sn = +∞ si elle n’est pas majorée. 
n→+∞

Remarque 2.3.4. Puisque la convergence d’une série ne change pas si l’on modifie un nombre fini
de ses termes , cf. Proposition 2.2.3, on pourra appliquer tous les résultats de cette partie aux séries
dont le terme général est positif à partir d’un certain rang.

Comparaison des séries à termes positifs. Le Théorème 2.3.3 permet de comparer les
séries à termes positifs :
P P
Théorème 2.3.5 (Théorème de comparaison). Soient n un et n vn deux séries à termes positifs.
(1) On suppose qu’il existe µ > 0 et N ∈ N tels que un ≤ µvn pour n ≥ N . Alors :
convergente ⇒
P P
(i) n vn n un convergente ;
divergente ⇒
P P
(ii) n un n vn divergente.
(2) On suppose qu’il existe λ > 0, µ > 0 et N ∈ N tels que λvn ≤ un ≤ µvn pour n ≥ N . Alors les
P P
séries n un et n vn sont de même nature.

Preuve. (1) Quitte à remplacer les termes uk et vk par 0 pour k < N on peut supposer que un ≤ µvn
Pn Pn
pour tout n (cf. Proposition 2.2.3). Notons Sn = k=0 uk et Tn = k=0 vk les sommes partielles
des deux séries. Par hypothèse on a 0 ≤ Sn ≤ µTn pour tout n. Il en résulte que : lim Tn < +∞
n→+∞
implique lim Sn < +∞ et lim Tn = +∞ implique lim Sn = +∞. Le Théorème 2.3.3 permet
n→+∞ n→+∞ n→+∞
alors de conclure.
(2) résulte de l’assertion (1). 
2.3. SÉRIES À TERMES POSITIFS 17

P P P
Corollaire 2.3.6. Soient n un , n vn deux séries. On suppose que n un est à termes positifs
et que un ∼ vn . Alors :
(1) Il existe λ > 0, µ > 0 et N ∈ N tels que λvn ≤ un ≤ µvn pour n ≥ N .
P P
(2) Les séries n un et n vn sont de même nature.

Preuve. (1) On sait que vn = un (1+εn ) avec lim εn = 0. Soit n1 ∈ N tel que 0 ≤ 1+εn ≤ 3/2 (par
n→+∞
exemple) pour n ≥ n1 ; puisque un ≥ 0 il vient 0 ≤ vn = un (1 + εn ) ≤ 23 un pour n ≥ n1 . De même
il existe n2 tel que un ≤ 23 vn pour n ≥ n2 . Donc si n ≥ N = max(n1 , n2 ) on a 32 vn ≤ un ≤ 23 vn .
(2) est conséquence de (1) et de l’assertion (2) du Théorème 2.3.5. 

Attention : nous verrons au § 2.6 que le résultat du corollaire précédent est faux pour des séries
qui ne sont pas à termes de signe constant ; on peut avoir un ∼ vn avec
P P
n un convergente et n vn
divergente.
Signalons une variante du Corollaire 2.3.6 :
P P P
Corollaire 2.3.7. Soient n un , n vn deux séries telles que n un est à termes positifs. On
un P P
suppose que lim = ` > 0, alors n un et n vn sont de même nature.
n→+∞ vn

Preuve. Il suffit de remarquer que un ∼ `vn , donc les séries


P P
n un et n (`vn ) sont de même nature
par le Corollaire 2.3.6. Comme ` 6= 0 on en déduit que
P P
n un et n vn sont de même nature. 

3 √
3 √
3
n5 −1 n5 −1 n5 1
∼ un =
P
Exemples. 1) La série n n2 −3n−2 est divergente. On a vn = n2 −3n−2 n2
= n1/3
et la
P P
série de Riemann n un (qui est à termes positifs) diverge car 1/3 < 1. Donc n vn diverge.
2n +3n
2) La série n n2 +5n +2 ln(n) converge. On a 2n + 3n ∼ 3n et n2 + 5n + 2 ln(n) ∼ 5n , donc vn =
P

2n +3n n n n
∼ un = 53n = 35 ≥ 0. Puisque la série géométrique n un = n 35 (qui est à
P P
n2 +5n +2 ln(n)
P
termes positifs) converge, c’est aussi le cas pour n vn .

Règles de convergence pour les séries à termes positifs. Le théorème de comparaison


permet d’énoncer des règles pour déterminer la nature de séries à termes positifs. Commençons par
la comparaison avec les séries de Riemann.
P
Théorème 2.3.8 (Règle de Riemann). Soit n un une série à termes positifs.
que la suite (nα un )n est majorée ; alors n un
P
(1) On suppose qu’il existe α > 1 tel est convergente.
(2) On suppose qu’il existe α ≤ 1 tel que la suite (nα un )n est minorée par un réel strictement
P
positif ; alors n un est divergente.

Remarque. Il suffit que lim nα un = 0 pour que la suite (nα un )n soit majorée.
n→+∞

µ 1
Preuve. (1) Il existe µ ≥ 0 tel que un ≤
P
nα pour tout n. Par le Théorème 2.2.4 la série n nα
P
converge ; donc par le Théorème 2.3.5 il en est de même pour n un .
18 2. SÉRIES NUMÉRIQUES

λ 1
(2) Il existe λ > 0 tel que un ≥
P
nα pour tout n. Par le Théorème 2.2.4 la série n nα diverge ; donc
P
par le Théorème 2.3.5 n un diverge. 

Nous allons utiliser la comparaison avec des séries géométriques pour établir les règles de
d’Alembert et Cauchy. Démontrons tout d’abord une conséquence du théorème de comparaison.

P P
Théorème 2.3.9. Soient n un et n vn deux séries à termes positifs.
(1) On suppose qu’il existe N ∈ N tel que pour tout n ≥ N :
un+1 vn+1
un > 0, vn > 0, ≤ .
un vn
Alors :

converge ⇒
P P
(i) n vn n un converge ;

diverge ⇒
P P
(ii) n un n vn diverge.

(2) On suppose qu’il existe N ∈ N et λ ≥ 1 tels que pour tout n ≥ N


vn+1
vn > 0, ≥ λ.
vn
P
Alors n vn diverge (grossièrement).
(3) On suppose qu’il existe N ∈ N et 0 ≤ ρ < 1 tels que pour tout n ≥ N
un+1
un > 0, ≤ ρ.
un
P
Alors n un converge.

uN
Preuve. (1) Posons µ = ∈ R∗+ . Pour n ≥ N on obtient :
vN
un un−1 uN
≤ ≤ ··· ≤ = µ.
vn vn−1 vN
On en tire 0 < un ≤ µvn pour n ≥ N et le Théorème 2.3.5 donne le résultat voulu.
(2) On prend ici un = λn et on obtient 0 < λn ≤ µvn pour n ≥ N . Puisque λ ≥ 1 la suite (λn )n a
P
pour limite 1 ou +∞. Donc la série n vn diverge grossièrement.
(3) On pose vn = ρn . Puisque ρ < 1 la série géométrique n
P P
nρ converge. Donc, par (1), n un
converge. 

P
Corollaire 2.3.10. Soit n un
une série à termes positifs.
√ 1/n
(1) On suppose qu’il existe N ∈ N tel que n un = un ≥ 1 pour n ≥ N . Alors n un diverge
P

(grossièrement).

(2) On suppose qu’il existe N ∈ N et 0 ≤ ρ < 1 tels que on a n un ≤ ρ pour tout n ≥ N . Alors
P
n un converge.
2.3. SÉRIES À TERMES POSITIFS 19

√ n
n ≥ 1n = 1 donc n un diverge (grossièrement).
n
P
Preuve. (1) On a un =
(2) Pour n ≥ N on a un ≤ ρn avec n
P P
nρ convergente, car ρ < 1, donc n un converge par le
Théorème 2.3.9. 

P
Théorème 2.3.11 (Règle de d’Alembert). Soit n un une série à termes positifs. On suppose que
un+1
lim = ` ∈ R+ existe (ce qui sous-entend un > 0 à partir d’une certain rang). Alors :
n→+∞ un
P
(i) si ` > 1 (en particulier ` = +∞) la série n un diverge (grossièrement) ;
P
(ii) si ` < 1 la série n un converge ;
P
(iii) si ` = 1 on ne peut rien conclure sur la convergence de n un .

Preuve. Si ` ∈ R, par définition on sait que pour tout  > 0 il existe n0 ∈ N tel que :
un+1
`−≤ ≤ ` +  pour tout n ≥ n0 .
un
un+1
(i) Si ` ∈ R et ` > 1 on peut choisir  > 0 tel que λ = ` −  ≥ 1. On a donc un ≥ λ pour n ≥ n0 ;
diverge. De même si ` = +∞ et λ > 1 il existe n0 ∈ N
P
par le (2) du Théorème 2.3.9 la série n un
un+1
tel que λ ≤ un pour n ≥ n0 et on conclut de la même manière.
un+1
(ii) Comme ` < 1 on peut choisir  > 0 tel que ρ = ` +  < 1. On a donc un ≤ ρ pour n ≥ n0 ;
P
par le (3) du Théorème 2.3.9 la série n un diverge.
1
avec s ∈ R. Alors lim un+1 = 1. Pour s ≥ 1 la série
P
(iii) Soit un = ns n un diverge et pour
n→+∞ un
s > 1 cette série converge. 
n! un+1 (n+1)nn n n

Exemple. Soit un = nn . Alors un = (n+1)(n+1)
= n+1 . L’exemple du § 1.3 montre que
lim un+1 1 P
= < 1. Par conséquent la série n un converge.
n→+∞ un e

un+1
Remarque 2.3.12. Adoptons les notations du Théorème 2.3.11. Si lim = 1+ , c’est-à-dire
n→+∞ un
lim un+1 un+1
≥ 1 à partir d’un certain rang, alors
P
n→+∞ un
= 1 avec un n un diverge : il suffit d’utiliser
le (2) du Théorème 2.3.9.

P
Théorème 2.3.13 (Règle de Cauchy). Soit n un une série à termes positifs. On suppose que

lim n un = ` ∈ R+ existe. Alors :
n→+∞
P
(i) si ` > 1 (en particulier ` = +∞) la série n un diverge (grossièrement) ;
P
(ii) si ` < 1 la série n un converge ;
P
(iii) si ` = 1 on ne peut rien conclure sur la convergence de n un .

Preuve. Si ` ∈ R, par définition on sait que pour tout  > 0 il existe n0 ∈ N tel que :

` −  ≤ (un )1/n ≤ ` +  pour tout n ≥ n0 .


20 2. SÉRIES NUMÉRIQUES


(i) Si ` ∈ R et ` > 1 on peut choisir  > 0 tel que ` −  ≥ 1. On a donc un ≥ 1 pour n ≥ n0 ; le
n
P √n u ≥ 1 pour
Corollaire 2.3.10 implique que la série n un diverge. Si ` = +∞ on a évidemment n
n assez grand et le résultat s’en suit.

(ii) Comme ` < 1 on peut choisir  > 0 tel que ρ = ` +  < 1. On a donc n
n ≤ ρ pour n ≥ n0 ; le
P
Corollaire 2.3.10 implique que la série n un
converge.
1 1 √ √ P
(iii) Soient un = n et vn = n2
. Alors lim n un = lim n vn = 1, la série n un diverge et la
P n→+∞ n→+∞
série n vn converge. 
an √ √
Exemple. Soient a ≥ 0 et un = . On a n un = √a et donc lim n un = 0. Par conséquent la
nn/2 n n→+∞
P
série n un converge.

Remarque 2.3.14. La règle de d’Alembert est en général d’un usage « plus facile » que celle
de Cauchy, qui, elle, est bien adpatée aux séries dont le terme général contient essentiellement
des puissances. Le résultat qui suit montre que la règle de Cauchy est « plus forte » que celle de
d’Alembert dans le sens suivant : si la règle de d’Alembert donne une limite des quotients un+1 /un

égale à `, alors la suite des racines n un a aussi pour limite ` ; par contre la réciproque est fausse
et la règle de Cauchy permet de lever des indéterminations lorsque la limite de un+1 /un vaut 1−
ou n’existe pas (voir l’exemple dans la preuve de la proposition ci-dessous).

Proposition 2.3.15. Soit n un une série à termes positifs. Alors lim uun+1 = ` ∈ R+ implique
P
n→+∞ n

lim n un = `. La réciproque est fausse.
n→+∞
un+1
Preuve. Supposons 0 < ` < +∞. Soit  > 0 tel que  < `. Il existe n0 ∈ N tel que `− ≤ un ≤ `+
pour n ≥ n0 . Il en résulte que pour p ≥ 1 :
un0 +p
(` − )p ≤ ≤ (` + )p .
un0
Par conséquent :
1/(n +p)
u1/(n
n0
0 +p)
(` − )p/(n0 +p) ≤ un0 +p0 ≤ un1/(n
0
0 +p)
(` − )p/(n0 +p)
1/(n0 +p)
pour p ≥ 1. Lorsque p → +∞ les suites de terme général un0 , (` − )p/(n0 +p) et (` + )p/(n0 +p)
ont pour limites respectives 1, ` −  et ` + . On en déduit l’existence de p0 ∈ N tel que :
1/(n +p)
` − 2 ≤ un0 +p0 ≤ ` + 2 pour p ≥ p0 .
1/n
Ceci démontre que lim un = `.
n→+∞
Supposons ` = 0. Soit  > 0 ; il existe alors n0 ∈ N tel que 0 < un+1 ≤ un pour n ≥ n0 .
1/(n +p) 1/(n0 +p)
On en tire un0 +p ≤ p un0 et donc 0 ≤ un0 +p0 ≤ p/(n0 +p) un0 pour tout p ≥ 1. Puisque
1/(n +p) 1/(n +p)
lim p/(n0 +p) un0 0 =  on obtient p0 ∈ N tel que 0 < p/(n0 +p) un0 0 ≤ 2 pour p ≥ p0 , ce
p→+∞
1/(n +p) 1/n
qui implique 0 ≤ un0 +p0 ≤ 2 pour p ≥ p0 . Par conséquent lim un = 0.
n→+∞
2.4. SÉRIE ET INTÉGRALE GÉNÉRALISÉE 21

Supposons ` = +∞. Soient A > 0 et n0 ∈ N tels que un+1 ≥ Aun pour n ≥ n0 . Il vient un0 +p ≥
1/(n +p) 1/(n0 +p) 1/(n0 +p)
Ap un0 , puis un0 +p0 ≥ Ap/(n0 +p) un0 pour tout p. On déduit de lim Ap/(n0 +p) un0 =A
p→+∞
1/(n +p) 1/n
l’existence de p0 ∈ N tel que un0 +p0 ≥ A/2 pour p ≥ p0 . Par suite lim un = +∞.
n→+∞
Soient a > 0 et b > 0. Définissons la suite (un )n par :

u2n = an bn , u2n+1 = an+1 bn .


√ √ √ √ n+1 n √ √
Alors lim 2n u2n = a b et lim 2n+1 u2n+1 = lim a 2n+1 b 2n+1 = a b, ce qui fournit
n→+∞ n→+∞ n→+∞
√ √ √ √
lim n un = a b = ab. On a d’autre part u2n = a et uu2n+2
u2n+1
2n+1
= b. La règle de Cauchy assure
n→+∞
converge si ab < 1. Par contre si ab < 1 avec a ≥ 1 et b < 1 (d’où a 6= b), ce qui précède
P
que n un
montre que la suite (un+1 /un )n n’a pas de limite et la règle de d’Alembert ne s’applique pas. 

2.4. Série et intégrale généralisée

Soient A > 0 et f : ]0, A] → R une fonction continue. On peut définir une primitive F de f ,
c’est-à-dire F : ]0, A] → R dérivable telle que F 0 (x) = f (x) pour tout x, en fixant a ∈ ]0, A] et en
posant : Z x
F (x) = f (t) dt.
a

Définition 2.4.1. Soient f : ]0, +∞[→ R une fonction continue et a > 0. On dit que l’intégrale
Z +∞ Z A
f (t) dt converge si lim F (A) = lim f (t) dt existe dans R ; cette limite est alors notée
A→+∞ A→+∞ a
Za+∞
f (t) dt. Sinon, on dit que cette intégrale diverge.
a

Série associée à une fonction positive décroissante. En utilisant la positivité de l’inté-


grale, un raisonnement classique sur les limites de nombres réels donne :

Proposition 2.4.2. On adopte les notations de la Définition 2.4.1 et l’on suppose de plus que f
Z +∞
est à valeurs positives. Alors l’intégrale f (t) dt converge si, et seulement si, la suite (F (n))n
a
converge et on a : Z +∞ Z n
f (t) dt = lim F (n) = lim f (t) dt.
a n→+∞ n→+∞ a

Dans toute la suite de cette section on fixe une fonction continue f : ]0, +∞[→ R+ . On peut donc
P
Z +∞
associer à f : d’une part la série à termes positifs n≥1 f (n), d’autre part l’intégrale f (t) dt.
a

Théorème 2.4.3. Soit Z f : ]0, +∞[→ R+ une fonction continue positive et décroissante. La série
P +∞
n≥1 f (n) et l’intégrale f (t) dt sont de même nature, c’est-à-dire :
a
X Z +∞
f (n) converge ⇐⇒ f (t) dt converge.
n≥1 a
22 2. SÉRIES NUMÉRIQUES

Remarque. Ce résultat est valide s’il existe a > 0 tel que la fonction f est décroissante positive
avec p ≥ a).
P
sur [a, +∞[ (quitte à considérer n≥p f (n)

Preuve. Soient k ∈ N∗ et t ∈ [k, k + 1] ; comme f est décroissante on a f (k + 1) ≤ f (t) ≤ f (k). En


intégrant sur [k, k + 1] il vient
Z k+1
f (k + 1) ≤ F (k + 1) − F (k) = f (t) dt ≤ f (k). (?)
k

Notons Sn = f (1) + · · · + f (n) la n-ième somme partielle de la série. En sommant les inégalités (?)
de k = 1 à n on obtient :
n+1
X n
X
f (k) = Sn+1 − f (1) ≤ F (n + 1) − F (1) ≤ Sn = f (k). (??)
k=2 k=1

Puisque la fonction f est positive, la suite de réels positifs (F (n))n est croissante. Par conséquent
la suite (F (n))n converge si, et seulement si, elle est majorée. Par la Proposition 2.4.2 ceci équivaut
Z +∞
à dire que f (t) dt converge si, et seulement si, (F (n))n est majorée.
a
converge. Alors, par (??), on a F (n + 1) ≤ Sn + F (1) ce qui
P
Supposons que la série n≥1 f (n)
montre que (F (n))n est majorée, cf. Théorème 2.3.3. Réciproquement, si (F (n))n est majorée il
découle de (??) que Sn ≤ Fn+1 + f (1) − F (1), donc (Sn )n est majorée et
P
n≥1 f (n) converge
(cf. Théorème 2.3.3). 

Applications. On peut appliquer le théorème ci-dessus pour déterminer la nature des séries
de Riemann, cf. Théorème 2.2.4, et des séries de Bertrand :

1
Corollaire 2.4.4 (Séries de Riemann). Soit s ∈ R+ . La série de Riemann
P
n≥1 ns converge si, et
seulement si, s > 1.
1
Preuve. Considérons la fonction t 7→ f (t) = sur R∗+ . Il vient :
ts

Z x ln(x) si s = 1 ;

F (x) = f (t) dt = x 1−s 1
1 
 − si s 6= 1.
1−s 1−s
1
On en déduit que lim F (x) = +∞ si s ≤ 1 et lim F (x) = s−1 si s > 1. Le résultat se déduit
x→+∞ x→+∞
donc du Théorème 2.4.3. 

1
Corollaire 2.4.5. Soit β ∈ R. La série de Bertrand
P
n≥2 n ln(n)β converge si, et seulement si,
β > 1.
1
Preuve. Considérons la fonction t 7→ f (t) = sur R∗+ ; cette fonction est dérivable et on a
t ln(t)β
β−1 (ln(t)+β)
f 0 (t) = − ln(t)t2 ln(t)2β . Par conséquent il existe a ≥ 2 tel que f 0 (t) < 0 pour t ≥ a et f est donc
2.5. CONVERGENCE ABSOLUE 23

décroissante sur [a, +∞[. Il vient :



ln(ln(x)) − ln(ln(a)) si β = 1 ;
Z x 

F (x) = f (t) dt = ln(x) 1−β ln(a)1−β
a 
 − si β 6= 1.
1−β 1−β

ln(a)1−β
On en déduit que lim F (x) = +∞ si β ≤ 1 et lim F (x) = β−1 si β > 1. Le résultat découle
x→+∞ x→+∞
du Théorème 2.4.3. 

Corollaire 2.4.6 (Séries de Bertrand). Soient α, β ∈ R. Alors :


X 1
converge ⇐⇒ α > 1 ou (α = 1 et β > 1).
n≥2
nα ln(n)β

Preuve. Lorsque α = 1 l’assertion n’est autre que le Corollaire 2.4.5.


ns
Supposons α > 1 et soit s ∈ R tel que 1 < s < α. On a lim α β = 0 car α − s > 0. La règle
n→+∞ n ln(n)
P 1
de Riemann, cf. Théorème 2.3.8, assure la convergence de la série n≥2 nα ln(n)β .
1
Supposons α < 1. Comme lim n nα ln(n)β = lim n1−α ln(n)−β = +∞, on a 1
nα ln(n)β
≥ 1
n à partir
n→+∞ n→+∞
P 1
d’un certain rang ; donc, par la règle de Riemann, la série n≥2 nα ln(n)β diverge. 

2.5. Convergence absolue


P
Critères de convergence absolue. On rappelle que la série numérique n un est dite abso-
n |un |
P
lument convergente si la série à termes positifs converge, cf. Définition 2.2.8. On a vu au
Théorème 2.2.9 que la convergence absolue implique la convergence (la réciproque étant fausse).
n |un |
P
Les résultats démontrés au §§ 2.3 & 2.4 s’appliquent à la série et fournissent donc des
P
critères pour vérifier si la série n un converge absolument.
P
Dans les trois théorèmes qui suivent on fixe une série numérique n un .

Théorème 2.5.1 (Riemann). (1) On suppose qu’il existe α > 1 tel que la suite (nα un )n est bornée.
P
Alors n un est absolument convergente.
(2) On suppose les un réels et qu’il existe α ≤ 1 tel que lim nα un = +∞ ou −∞. Alors
P
n→+∞ n un
diverge.

Preuve. (1) Par hypothèse la suite (nα |un |)n est majorée, donc la série n |un |
P
converge par la
règle de Riemann, voir le Théorème 2.3.8.
(2) Quitte à changer un en −un on peut supposer que lim un = +∞. Si A > 0 est donné il existe
n→+∞
n0 tel que nα un ≥ A pour n ≥ n0 . La suite de réels positifs (nα un )n≥n0 est donc minorée par A > 0
P
et le Théorème 2.3.8 montre que la série n un diverge. 
24 2. SÉRIES NUMÉRIQUES

Théorème 2.5.2 (d’Alembert). On suppose que


un+1
lim = ` ∈ R+ .
n→+∞ un
P
(1) Si ` < 1 la série n un est absolument convergente.
P
(2) Si ` > 1, y compris ` = +∞, la série n un diverge (grossièrement).
(3) Si ` = 1 on ne peut rien conclure.

Preuve. Rappelons que l’hypothèse inclut (implicitement) que un 6= 0 à partir d’un certain rang.
un+1 |un+1 |
(1) On a un = |un | et on applique le Théorème 2.3.11.
(2) Supposons ` ∈ R et ` > 1. Soit  > 0 tel que λ = ` −  > 1 ; il existe alors n0 tel que
|un+1 |
|un | ≥ λ pour n ≥ n0 . On en déduit que |un0 +p | ≥ λp |un0 | > 0 tout p ≥ 0. Puisque λ > 1 il vient
lim λp |un0 | = +∞ et donc lim |un0 +p | = +∞ ; par conséquent
P
p→+∞ p→+∞ n un diverge grossièrement. Si
|un+1 |
` = +∞, on fixe λ > 1 ; il existe alors n0 tel que |un | ≥ λ pour n ≥ n0 et on termine de la même
manière.
(3) Voir le Théorème 2.3.11. 
P (−1)n (−1)n
Remarque. Nous verrons dans l’exemple 2.6.2 que la série alternée n n , i.e. un = n ,
un+1 n
converge alors que lim un = lim = 1.
n→+∞ n→+∞ n+1

Théorème 2.5.3 (Cauchy). On suppose que


q
n
lim |un | = ` ∈ R+ .
n→+∞
P
(1) Si ` < 1 la série n un est absolument convergente.
P
(2) Si ` > 1, y compris ` = +∞, la série n un diverge (grossièrement).
(3) Si ` = 1 on ne peut rien conclure.

Preuve. (1) On applique le Théorème 2.3.13.


p
n
(2) Supposons ` ∈ R et ` > 1. Soit  > 0 tel que λ = ` −  > 1 ; il existe alors n0 tel que |un | ≥ λ
pour n ≥ n0 . On en déduit que |un | ≥ λn tout tout n ≥ n0 . Puisque λ > 1 il vient lim λn = +∞
n→+∞
et donc lim |un | = +∞ ; par conséquent
P
n→+∞ n un diverge grossièrement. Si ` = +∞, on fixe λ > 1 ;
p
n
il existe alors n0 tel que |un | ≥ λ pour n ≥ n0 et on termine de la même manière.
(3) Voir le Théorème 2.3.13. 
(−1)n Qn un+1 (a+n+1)2 1
Exemples. 1) Soit a ∈ R. Posons un = (2n)! k=1 (a + k)2 . Il vient un = (2n+1)(2n+2) → 4
quand n → +∞. Donc
P
n un est absolument convergente par le Théorème 2.5.2.
1 n 1
 p
n
2) Soit λ ∈ R. Posons un = λ + n . Alors |un | = λ + n a pour limite |λ| quand n → +∞.
Donc, si |λ| < 1 la série
P
n un est absolument convergente par le Théorème 2.5.3.
n n
3) Soit α > 1. Posons un = ln 1+ (−1) . Puisque ln(1+x) ∼ x au voisinage de 0, on a ln 1+ (−1)
 
nα nα =
2.5. CONVERGENCE ABSOLUE 25

(−1)n 1
lim ε(n) = 0. D’où |un | ∼
P
nα (1 + ε(n)) avec nα et on en déduit que n un est absolument
n→+∞
convergente par le Théorème 2.5.1 et le Corollaire 2.3.6.
P P
Produit de Cauchy. Soient n un et n vn deux séries numériques. Le produit (un vn )n des
P
suites (un )n et (vn )n définit une « série produit » n un vn . Ce produit ne doit pas être confondu
P P
avec le « produit de Cauchy » de n un et n vn que nous allons définir ; ce dernier généralise le
produit usuel défini sur l’ensemble des polynômes à coefficients dans K qui est, lui, un « produit
de convolution ».
P P
Définition 2.5.4 (Produit de Cauchy). Soient n un et n vn deux séries numériques. On définit
pour tout n :
n
X X
wn = uk vn−k = up vq .
k=0 p+q=n
P P P
La série n wn est appelée le produit de Cauchy de n un et n vn ; on pose :
X X  X 
wn = un . vn
n n n
P P
Remarque. La convergence de n un et n vn n’implique pas la convergence du produit de
P
Cauchy n wn . Posons
(−1)n
un = vn = √ .
n+1
P P
Nous démontrerons au § 2.6 que la série n un = n vn converge (cf. Exemple 2.6.2). Il vient :
n n
X X 1
wn = uk vn−k = (−1)n p .
k=0 k=0
(k + 1)(n − k + 1)
1
Observons 2 que pour 0 ≤ k ≤ n on a (n + 2)2 ≥ 4(k + 1)(n − k + 1). On en tire que √ ≥
(k+1)(n−k+1)
2
(n+2) puis
n
X 1 n+1
|wn | = p ≥2 ≥ 1.
k=0
(k + 1)(n − k + 1) n+2
P P
Par conséquent le produit de Cauchy ( n un ).( n vn ) diverge grossièrement.
P P
Lorsque les deux séries n un et n vn sont absolument convergentes, le produit de Cauchy
possède un bon comportement. Commençons par étudier le cas des séries à termes positifs.
P P
Lemme 2.5.5. Soient un et n vn deux séries convergentes à termes positifs. Alors le produit
P P n  P 
de Cauchy n wn = n un . n vn converge et l’on a
+∞ +∞ +∞
! !
X X X
wn = un vn .
n=0 n=0 n=0

2. On écrit (n + 2)2 = ((n − k + 1) + (k + 1))2 .


26 2. SÉRIES NUMÉRIQUES

Preuve. Posons pour n ∈ N :

I(n) = {(p, q) ∈ N × N : p + q ≤ n}, J(n) = {(p, q) ∈ N × N : p ≤ n, q ≤ n},


n
X n
X n
X
Un = uk , Vn = vk , Wn = wk ,
k=0 k=0 k=0
+∞
X +∞
X
U= un , V = vn .
n=0 n=0

Observons que I(n) ⊂ J(n) ⊂ I(2n) et


X X X
Wn = up vq , Un Vn = uk v` , W2n = up vq .
(p,q)∈I(n) (k,`)∈J(n) (p,q)∈I(2n)

On en déduit que Wn ≤ Un Vn ≤ W2n . Puisque la suite (Un Vn )n est majorée par U V , la suite (Wn )n
P+∞
≤ U V . D’autre part lim W2n = W
P
l’est aussi. Ceci montre que n wn converge et W = n=0 wn n→+∞
implique U V ≤ W et on obtient W = U V . 
P P
Théorème 2.5.6. Soient n un et v deux séries numériques absolument convergentes. Alors
P P  n
n
P 
le produit de Cauchy n wn = n un . n vn est absolument convergent et l’on a

+∞ +∞ +∞
! !
X X X
wn = un vn .
n=0 n=0 n=0

Preuve. On conserve les notations introduites dans la démonstration du lemme précédent. Posons
Pn
xn = |un |, yn = |vn |, zn =
P
k=0 xk yn−k . Par le Lemme 2.5.5 le produit de Cauchy n zn converge
et l’on a :
+∞
X +∞
X +∞
X
Z= zn = XY où X = xn et Y = yn .
n=0 n=0 n=0
Puisque |wn | ≤ zn pour tout n, la série
P
n wn est absolument convergente (Théorème 2.3.5). De
plus si L(n) = J(n) r I(n) il vient Un Vn − Wn =
P
(p,q)∈L(n) up vq , d’où :
X
|Un Vn − Wn | ≤ xp yq = Xn Yn − Zn .
(p,q)∈L(n)

En passant à la limite on obtient |U V − W | ≤ |XY − Z| = 0 et donc W = U V . 

Série exponentielle. Nous allons appliquer les résultats ci-dessus pour étudier la série de
zn
terme général n! .
P zn
Théorème 2.5.7 (Exponentielle). Soit z ∈ K. La série numérique n n! est absolument conver-
gente. On pose :
+∞
X zn z2 z3 zn
ez = exp(z) = =1+z+ + + ··· + + ··· .
n=0
n! 2 6 n!
2.6. SÉRIE À TERMES QUELCONQUES 27

zn un+1 |z| un+1


Preuve. Si un = n! il vient un = n+1 , donc lim un = 0 < 1. Le Théorème 2.5.2 assure
P n→+∞
que n un est absolument convergente. 

Corollaire 2.5.8. On a ea eb = ea+b pour tous a, b ∈ K.

P an P bn
Preuve. Calculons le terme général wn du produit de Cauchy des séries n n! et n n! . En utilisant
la formule du binôme on trouve :
n n
X ak bn−k 1 X n! 1
wn = = ak bn−k = (a + b)n .
k=0
k! (n − k)! n! k=0 k!(n − k)! n!
P
Par les théorèmes 2.5.6 et 2.5.7 le produit de Cauchy n wn converge et l’on obtient :
+∞ +∞ +∞ +∞
! !
X 1X X an X bn
wn = (a + b)n =
n=0 n=0
n! n=0
n! n=0
n!

c’est-à-dire ea+b = ea eb . 

2.6. Série à termes quelconques


P
Soit n un une série numérique dont le terme général ne garde pas un signe constant. Pour
étudier une telle série on doit utiliser d’autres règles que celles démontrées pour les séries à termes
positifs ; c’est le cas pour les séries des type suivants :
P n avec an ≥ 0 ou ≤ 0 pour tout n (ou à partir d’un certain
— Séries alternées : n (−1) an
rang).
P P P inθ avec an ∈ R.
— Séries trigonométriques : n an cos(nθ), n an sin(nθ) ou n an e

Séries alternées. Soit


P n une série alternée. Quitte à changer an en −an on peut
n (−1) an
supposer que les an sont positifs, ce que nous ferons dans ce qui suit. On note
n
X
Un = (−1)k ak la n-ième somme partielle.
k=0

Théorème 2.6.1 (Règle de Leibniz). Soit


P n
n (−1) an une série telle que (an )n est une suite
décroissante de réels positifs vérifiant lim an = 0. Alors :
n→+∞
P n P+∞ n
(i) la série n (−1) an converge vers U = n=0 (−1) an ;

(ii) U2n+1 ≤ U ≤ U2n pour tout n ;


P+∞ k
(iii) le reste Rn = U − Un = k=n+1 (−1) ak vérifie |Rn | ≤ an+1 pour tout n.
28 2. SÉRIES NUMÉRIQUES

Preuve. (i) Démontrons que les deux suites (vn = U2n )n et (un = U2n+1 )n sont adjacentes :

vn+1 − vn = U2n+2 − U2n = a2n+2 − a2n+1 ≤ 0,


un+1 − un = U2n+3 − U2n+1 = −a2n+3 + a2n+2 ≥ 0,
vn − un = U2n − U2n+1 = a2n+1 → 0 quand n → +∞.

Par conséquent (U2n )n et (U2n+1 )n convergent vers la même limite U ∈ R, cf. Théorème 1.3.4 ; il
en résulte que lim Un = U , c’est-à-dire que
P n
n→+∞ n (−1) an converge vers U .
(ii) Comme (un )n , resp. (vn )n , est croissante, resp. décroissante, on a un ≤ U = lim un =
n→+∞
lim vn ≤ vn pour tout n.
n→+∞
(iii) De (ii) on tire que U2n+1 ≤ U ≤ U2n ≤ U2n+2 . Il vient donc

|R2n+1 | = |U − U2n+1 | = U − U2n+1 ≤ U2n+2 − U2n+1 = a2n+2 ,


|R2n | = |U − U2n | = U2n − U ≤ U2n − U2n+1 = a2n+1 .

Ceci prouve que |Rn | ≤ an+1 pour tout n. 

1 1
Exemple 2.6.2. Soient α > 0, an = nα et un = (−1)n an pour n ≥ 1. Si α > 1 on a |un | = nα et
P P
n un est donc absolument convergente. Si 0 < α < 1 la série n un ne converge pas absolument
mais, puisque (an )n est une suite décroissante de réels positifs de limite nulle, le Théorème 2.6.1
P
s’applique et montre que n un est semi-convergente.
P+∞ n
Calculons la somme n=1 (−1) an lorsque α = 1. Rappelons que
1 tn+1
= 1 − t + · · · + (−1)n tn + (−1)n+1 pour t 6= −1.
1+t 1+t
En intégrant sur [0, 1] on obtient :
(−1)n
Z 1 Z 1 n+1
dt 1 t
= ln(2) = 1 − + ··· + + (−1)n+1 dt.
0 1+t 2 n+1 0 1+t
R 1 tn+1 R 1 n+1 1 1
Observons que 0 ≤ 0 1+t dt ≤ 0t dt = n+2 . Comme lim n+2 = 0 on en déduit
n→+∞

+∞ +∞
X (−1)n X (−1)n+1
= = ln(2),
n=0
n+1 n=1
n
ce qui implique :
+∞
X (−1)n
= − ln(2)
n=1
n

P P
Remarque 2.6.3. On a démontré au Corollaire 2.3.6 que si n un et n vn sont deux séries à
termes positifs telles que un ∼ vn , alors ces séries sont de même nature. Donnons un exemple pour
2.6. SÉRIE À TERMES QUELCONQUES 29

montrer que ce résultat est faux si les un ou vn ne gardent pas un signe constant. Posons :
(−1)n 1 (−1)n 1
un = √ , vn = un + = √ + .
n n n n
(−1) n (−1) n
Par l’exemple 2.6.2 (avec α = 21 ) la série
P
n un converge. D’autre part vn = 1+ =
√ √
n n
(−1) n
→ 0 ; on a donc vn ∼ un . Si la série
P
un (1 + ε(n)) avec ε(n) = √
n n vn était convergente il en
serait de même pour la série harmonique n n1 = n (vn − un ), ce qui est faux.
P P

Transformation d’Abel. Le Théorème 2.6.1 peut aussi être démontré par un argument plus
général : la transformation d’Abel. Cette transformation est l’analogue pour les séries (i.e. dans le
cas discret) de l’intégration par parties.
P P
Lemme 2.6.4 (Transformation d’Abel). Soient n un et n vn deux séries numériques. On pose
Pn
Vn = k=0 vk . Soient p < q deux entiers. Alors :
q
X q−1
X
uk vk = [uq Vq − up+1 Vp ] − Vk (uk+1 − uk ).
k=p+1 k=p+1

Preuve. Compte tenu de vn = Vn − Vn−1 il vient :


q
X q
X
uk vk = uk (Vk − Vk−1 )
k=p+1 k=p+1

= uq Vq − up+1 Vp + Vp+1 (up+1 − up+2 ) + · · · + Vk (uk − uk+1 ) + · · · + Vq−1 (uq−1 − uq )


q−1
X
= [uq Vq − up+1 Vp ] − Vk (uk+1 − uk ).
k=p+1

D’où le le résultat. 

Théorème 2.6.5 (Règle d’Abel : cas particulier). Soient (an )n et (bn )n deux suites numériques
telles que :
(i) la suite de terme général Bn = b0 + b1 + · · · · · · + bn est bornée ;
(ii) la suite (an )n est réelle positive décroissante et lim an = 0.
n→+∞
P
Alors la série n an bn est convergente.
Pn
Preuve. Soit M ≥ 0 tel que |Bn | ≤ M pour tout n et posons Sn = k=0 ak bk . Appliquons le
Lemme 2.6.4 avec un = an et vn = bn , de sorte que Vn = Bn . Si 0 ≤ p < q il vient Sq − Sp =
Pq
k=p+1 ak bk et, par inégalité triangulaire,

|Sq − Sp | ≤ aq M + ap+1 M + (ap+1 − ap+2 )M + · · · + (ak − ak+1 )M + · · · + (aq−1 − aq )M,

puisque |Bk | ≤ M et |ak+1 − ak | = ak − ak+1 grâce à l’hypothèse (i). Il en résulte que |Sq − Sp | ≤
2M ap+1 . Soit  > 0 ; comme lim ap+1 = 0 il existe n0 tel que si n0 ≤ p < q on a |Sq − Sp | ≤
p→+∞
30 2. SÉRIES NUMÉRIQUES

2M ap+1 ≤ . Par conséquent la suite (Sn )n est de Cauchy, donc converge, cf. Théorème 1.2.1, ce
P
qui équivaut à dire que la série n an bn est convergente. 

Exemples 2.6.6. 1) Le Théorème 2.6.5 implique le Théorème 2.6.1 : avec les notations de ce
dernier théorème, prenons bn = (−1)n ; alors Bn = 0, 1 et le résultat s’ensuit.
P P P inθ avec θ, an ∈ R. En
2) Étude des séries trigonométriques n an cos(nθ), n an sin(nθ) et n an e
Pn ikθ Pn iθ )k
observant que k=0 e = k=0 (e on obtient :

n
X n + 1
 si θ ≡ 0 (mod 2π) ;
eikθ = ei(n+1)θ (2.6.1)
k=0 1 −

sinon.
1 − eiθ
En prenant les parties réelle et imaginaire on en déduit que pour θ 6≡ 0 (mod 2π) :
n n
X sin((n + 1)θ/2) X sin((n + 1)θ/2)
cos(kθ) = cos(nθ/2) , sin(kθ) = sin(nθ/2) . (2.6.2)
k=0
sin(θ/2) k=0
sin(θ/2)
Pn Pn
Si θ ≡ 0 (mod 2π) il vient k=0 cos(kθ) = n + 1 et k=0 sin(kθ) = 0.
Soit (an )n une suite décroissante de réels positifs telle que lim an = 0. Alors :
n→+∞

einθ converge si θ 6≡ 0 (mod 2π) ;


P
(1) la série n an

converge si θ 6≡ 0 (mod 2π) ;


P
(2) la série n an cos(nθ)
P
(3) la série n an sin(nθ) converge pour tout θ.
Ces résultats découlent du Théorème 2.6.5 appliqué, selon le cas, aux suites bn = einθ , cos(nθ) et
sin(nθ). En effet par (2.6.1) et (2.6.2) on a :
2 1
(1) |Bn | ≤ |1−eiθ |
= | sin(θ/2)| lorsque θ 6≡ 0 (mod 2π) et bn = einθ ;
1
(2) |Bn | ≤ | sin(θ/2)| lorsque θ 6≡ 0 (mod 2π) et bn = cos(nθ) ;
1
(3) Bn = 0 si θ ≡ 0 (mod 2π) et |Bn | ≤ | sin(θ/2)| si θ 6≡ 0 (mod 2π) lorsque bn = sin(nθ).
Chapitre 3

Suites de fonctions

3.1. Définitions

Soit X un ensemble non vide quelconque. On désigne par F(X, K) le K-espace vectoriel des
fonctions définies sur X et à valeurs dans K. Rappelons que les lois dans cet espace vectoriel sont :
(f + g)(x) = f (x) + g(x), (λf )(x) = λf (x) pour tous f, g ∈ F(X, K) et λ ∈ K. On peut aussi définir
le produit de f et g par (f g)(x) = f (x)g(x) ; la fonction constante égale à λ ∈ K est encore notée λ.

Définition 3.1.1. Soit f ∈ F(X, K). On dit que f est bornée s’il existe A ∈ R+ tel que |f (x)| ≤ A
pour tout x ∈ X. On pose alors :
kf kX = sup |f (x)|.
x∈X
Si f n’est pas bornée on pose kf kX = +∞ . Lorsque f est à valeurs réelles on dit que f est majorée,
resp. minorée, s’il existe µ ∈ R tel que f (x) ≤ µ, resp. f (x) ≥ µ, pour tout x ∈ X.

Remarque. Le sous-ensemble B(X, K) ⊂ F(X, K) des fonctions bornées est un sous-espace vecto-
riel qui est stable par produit. L’application f 7→ kf kX sur B(X, K) vérifie :
(1) kλf kX = |λ| kf kX
(2) kf + gkX ≤ kf kX +kgkX
(3) kf kX = 0 ⇐⇒ f = 0
pour tous f, g ∈ B(X, K) et λ ∈ K. On dit que k kX est une norme sur B(X, K). On a de plus
kf gkX ≤ kf kX kgkX .

Définition 3.1.2. Une suite (fn )n de fonctions définies sur X et à valeurs dans K est la donnée
d’une application
f : N → F(X, K), n 7−→ fn .
Si fn ∈ F(X, R) on dit que la suite (fn )n est réelle.

On écrira souvent « soit (fn )n ⊂ F(X, K) » à la place de « soit (fn )n une suite de fonctions
définies sur X et à valeurs dans K ».

Remarques 3.1.3. 1) Soit (fn )n ⊂ F(X, K). Tout x ∈ X permet de définir une suite numérique
(fn (x))n .
31
32 3. SUITES DE FONCTIONS

2) Une suite numérique (un )n peut être considérée comme une suite de fonctions sur X en identifiant
le scalaire un à la fonction constante un : x 7→ un (x) = un .
3) L’ensemble des suites de fonctions est un K-espace vectoriel que l’on notera parfois F(X, K)N .
Les lois proviennent de celles de F(X, K), c’est-à-dire : (fn )n + (gn )n = (fn + gn )n , λ(fn )n = (λfn )n
pour (fn )n , (gn )n ∈ F(X, K)N et λ ∈ K.
4) Si (ϕn )n ⊂ F(X, C) on peut définir les suites réelles (fn )n ∈ F(X, R)N , (gn )n ∈ F(X, R)N ,
formées des parties réelles et imaginaires, en écrivant ϕn (x) = fn (x) + ign (x) avec fn (x), gn (x) ∈ R
pour tout x ∈ X. On a alors (ϕn )n = (fn )n + i(gn )n .
5) De même que pour les suites numériques on peut dire qu’une suite de fonctions (fn )n vérifie une
propriété P à partir d’un certain rang s’il existe un n0 ∈ N tel que fn vérifie P pour tout n ≥ n0 .
6) Il se peut que les termes de la suite de fonctions (fn )n ne soient définis que pour n ≥ n0 ; on
adopte à ce sujet les mêmes conventions que pour les suites numériques.

La notion de fonction bornée permet d’introduire celle de suite bornée de fonctions :

Définition 3.1.4. Soit (fn )n ⊂ F(X, K). On dit que la suite (fn )n est (uniformément) bornée sur
X s’il existe M ∈ R+ tel que kfn kX ≤ M pour tout n, c’est-à-dire

|fn (x)| ≤ M pour tous n ∈ N et x ∈ X.

Remarque. Si (fn )n est une suite bornée de fonctions, il est clair que les fn sont bornées pour
tout n. La réciproque est évidemment fausse : il suffit de considérer une suite numérique (un )n telle
que lim un = +∞ comme une suite de fonctions bornées.
n→+∞

Exemples. 1) X = [0, 1], fn (x) = xn pour n ≥ 0. Alors fn ∈ B(X, R) avec kfn kX = 1.


2) X = C, fn (z) = z n /n! pour n ≥ 0. La fonction fn n’est pas bornée sur C.
1−x2n
3) X = R, fn (x) = 1+x2n
pour n ≥ 0. Alors fn ∈ B(X, R).
nx
4) X = R, fn (x) = 1+n2 x2
pour n ≥ 0. Alors fn ∈ B(X, R).
xn
5) X = R, fn (x) = 1+x2n
pour n ≥ 0. Alors fn ∈ B(X, R).

n 2 x

si |x| ≤ 1/n
6) X = R, fn (x) = pour n ≥ 1. Alors fn ∈ B(X, R).
1/x

si |x| > 1/n

3.2. Convergence

On conserve les notations du § 3.1. Soit (fn )n ⊂ F(X, K) une suite de fonctions. La dépendance
en n ∈ N et x ∈ X de fn (x) permet d’introduire deux notions de convergence : la convergence simple
et la convergence uniforme

Convergence simple. On fixe une suite de fonctions (fn )n ⊂ F(X, K).


3.2. CONVERGENCE 33

Définition 3.2.1. (1) On dit que (fn )n converge en a ∈ X si la suite numérique (fn (a))n converge
dans K.
(2) On dit que (fn )n converge simplement sur X si elle converge en tout point de X, i.e. la suite
numérique (fn (a))n converge dans K pour tout a ∈ X. Dans ce cas la fonction f : X → K définie
par f (a) = lim fn (a) est appelée la limite simple de la suite (fn )n
n→+∞

Remarque 3.2.2. Si la suite (fn )n converge simplement vers la fonction f sur X nous écrirons
quelquefois fn −→ f .
s
On a donc : fn −→ f si, et seulement si,
s

∀ a ∈ X, ∀  > 0, ∃ n0 ∈ N, n ≥ n0 ⇒ |fn (a) − f (a)| ≤ . (3.2.1)

Il faut noter que l’entier n0 = n0 (a, ) dépend à la fois de a et de .

Exemples. Reprenons les exemples du § 3.1.


1) fn (x) = xn : on a fn (1) = 1 pour tout n et lim xn = 0 si 0 ≤ x < 1, donc fn −→ f où f (x) = 0
n→+∞ s
si x ∈ [0, 1[ et f (1) = 1.
2) fn (z) = z n /n! : on a lim z n /n! = 0 pour tout z ∈ C ; ceci peut se déduire par exemple du
n→+∞
P zn
fait que la série exponentielle n n! étant convergente pour tout z, voir Théorème 2.5.7, son terme
général tend vers 0. Donc fn −→ f où f est la fonction nulle.
s
1−x2n
3) fn (x) = 1+x2n
: si x = ±1 on a fn (±1) = 0, lim x2n = 0 si |x| < 1, lim x2n = +∞ si
n→+∞ n→+∞
|x| < 1. Il en résulte que fn −→ f avec f (±1) = 0, f (x) = 1 si x ∈ ] − 1, 1[ et f (x) = −1 si
s
x ∈ ] − ∞, −1[ ∪ ]1, +∞[.
nx 1
4) fn (x) = 1+n2 x2
: on a fn (0) = 0 et |fn (x)| ≤ n|x| pour x 6= 0 et n ≥ 1. Donc fn −→ f où f est la
s
fonction nulle.
xn 1
5) fn (x) = 1+x2n
: on a |fn (x)| ≤ |x|n , donc lim fn (x) = 0 si |x| < 1, et |fn (x)| = |x|n (1+1/|x|2n )
,
n→+∞
1
donc lim fn (x) = 0 si |x| > 1. Par conséquent fn −→ f où f (1) = 2 et f (x) = 0 si x 6= 1.
n→+∞ s

n 2 x

si |x| ≤ 1/n
6) fn (x) = : on a fn (0) = 0 ; si x > 0 il existe n0 ∈ N∗ tel que x > 1/n pour
1/x

si |x| > 1/n
n ≥ n0 , donc fn (x) = 1/x pour n ≥ n0 ; on montre de même que fn (x) = 1/x lorsque x < 0. On
obtient ainsi fn −→ f avec f (0) = 0 et f (x) = 1/x pour x 6= 0.
s

Convergence uniforme. On continue avec une suite de fonctions (fn )n ⊂ F(X, K).

Définition 3.2.3. Soit f ∈ F(X, K). On dit que la suite (fn )n converge uniformément vers f sur
X si :
∀  > 0, ∃ n0 ∈ N, n ≥ n0 ⇒ ∀ a ∈ X, |fn (a) − f (a)| ≤ . (3.2.2)
34 3. SUITES DE FONCTIONS

Remarques 3.2.4. 1) Si la suite (fn )n converge uniformément vers la fonction f sur X nous
écrirons quelquefois fn −→ f .
u
2) Avec les notations de la Définition 3.1.1, on a fn −→ f si, et seulement si, lim kfn − f kX = 0,
u n→+∞
c’est-à-dire :
∀  > 0, ∃ n0 ∈ N, n ≥ n0 ⇒ kfn − f kX ≤ . (3.2.3)
Il faut ici noter que l’entier n0 = n0 () dans (3.2.2) et (3.2.3) ne dépend que de .
3) Il peut être difficile de calculer explicitement kfn − f kX . Pour prouver la convergence uniforme
sur X il suffit de trouver une suite (αn )n ∈ RN telle que lim αn = 0 et kfn − f kX ≤ αn pour
n→+∞
tout n.
4) De même, s’il existe une suite (βn )n ∈ RN
+ qui ne converge pas vers 0 et telle que kfn − f kX ≥
βn ≥ 0 pour tout n, alors (fn )n ne converge pas uniformément vers f sur X.

La remarque 4) précédente est souvent utilisée sous la forme suivante :

Proposition 3.2.5. Soient f ∈ F(X, K) et (fn )n ⊂ F(X, K) une suite de fonctions. S’il existe
une suite (an )n de points de X telle que la suite (fn (an ) − f (an ))n ne converge pas vers 0 dans K,
alors la suite (fn )n ne converge pas uniformément vers f .

Preuve. Observons que 0 ≤ |fn (an ) − f (an )| ≤ supx∈X |fn (x) − f (x)| = kfn − f kX . Donc, si fn −→ f
u
sur X il découle de lim kfn − f kX = 0 que lim (fn (an ) − f (an )) = 0 ; d’où le résultat par
n→+∞ n→+∞
contraposée. 

Proposition 3.2.6. Soit (fn )n une suite qui converge uniformément vers la fonction f sur X.
Alors (fn )n converge uniformément vers f|Y sur tout ensemble Y ⊂ X. En particulier : fn −→ f sur
u
X implique fn −→ f sur X ; la réciproque est fausse.
s

Preuve. Il est clair que

fn − f|Y = sup |fn (x) − f (x)| ≤ sup |fn (x) − f (x)| = kfn − f kX .
Y x∈Y x∈X

Donc lim kfn − f kX = 0 implique lim fn − f|Y = 0, ce qui démontre le résultat voulu,
n→+∞ n→+∞ Y
cf. Remarque 2) dans 3.2.4. Soit a ∈ X, en prenant Y = {a} on obtient que fn −→ f sur X entraîne
u
que lim fn (a) = f (a). D’où la deuxième assertion. On verra dans les exemples qui suivent que la
n→+∞
convergence simple n’implique pas la convergence uniforme. 

Exemples 3.2.7. 1) Soient X = [0, 1] et fn (x) = xn pour n ∈ N. On a vu que fn −→ f où f (x) = 0


s
si x ∈ [0, 1[ et f (1) = 1. Montrons que (fn )n ne converge pas uniformément sur Y = [0, 1[ vers
la fonction nulle, donc (fn )n ne converge pas sur uniformément vers f sur X. En effet, kfn kY =
supx∈[0,1[ xn = 1 ne tend pas vers 0 quand n → +∞. Par contre (fn )n converge uniformément sur
Z = [0, a] vers la fonction nulle pour tout a ∈ [0, 1[ : on a kfn kZ = supx∈[0,a] xn = an → 0 quand
3.2. CONVERGENCE 35

n → +∞ puisque 0 ≤ a < 1.
2) Soient X = C et fn (z) = z n /n! pour n ∈ N. On sait que fn −→ f = 0, mais (fn )n ne converge
s
pas uniformément sur C vers la fonction nulle puisque kfn kC = supz∈C |z|n /n! est égal à +∞.
3) Soient X = R et fn (x) = nx
1+n2 x2
pour n ∈ N∗ : on a vu que fn −→ f = 0. La fonction fn est
s
n(1−n2 x2 )
impaire et dérivable sur R avec fn0 (x) = (1+n2 x2 )2
. Il en résulte que kfn kR = |fn (±1/n)| = 1
2 ; la
suite (fn )n ne converge donc pas uniformément vers f = 0 sur R. Similairement, si Z = [a, +∞[ ou
] − ∞, −a] avec 0 ≤ a < 1 on obtient kfn kZ = |fn (±1/n)| = 21 , ce qui montre que (fn )n ne converge
1 1
pas uniformément vers 0 sur Z. Soit Y =] − ∞, −1] ∪ [1, +∞[ ; il vient |fn (x)| ≤ n|x| ≤ n et donc
lim kfn kY = 0. Par conséquent fn −→ 0 sur Y .
n→+∞ u

n2 x

si |x| ≤ 1/n
4) Soient X = R et fn (x) = pour n ∈ N∗ . On a fn −→ f avec f (0) = 0 et
s
si |x| > 1/n
1/x

f (x) = 1/x pour x 6= 0. Soient a > 0 et Y = {x ∈ R : |x| ≥ a} ; alors fn −→ f|Y sur Y (avec
u
f|Y (x) = 1/x). En effet, si n0 ∈ N est tel que a ≥ 1/n0 on a fn (x) = 1/x pour n ≥ n0 et x ∈ Y ;
il vient donc fn − f|Y = 0 pour n ≥ n0 , ce qui montre la convergence uniforme annoncée. On
Y
peut utiliser la Proposition 3.2.5 pour montrer que (fn )n ne converge pas uniformément vers f sur
R : on a fn (1/n2 ) = 1, d’où kfn − f kR ≥ |fn (1/n2 ) − f (1/n2 )| = |1 − n2 | = n2 − 1, qui a pour limite
+∞ quand n → +∞.
5) Soient X = [0, 1] et fn la fonction affine par morceaux définie pour n ∈ N∗ par : fn (x) = 0 si
2 1 2
n ≤ x ≤ 1, fn (x) = −nx + 2 si n ≤x≤ n et fn (x) = nx si 0 ≤ x ≤ n1 . On a fn (0) = 0 ; si x ∈ ]0, 1]
on peut trouver n0 ∈ N∗ tel que x ≥ 2/n0 , ce qui implique fn (x) = 0 pour tout n ≥ n0 . Il en résulte
que fn −→ f = 0 sur X. Il n’y a pas convergence uniforme sur X carkfn − f kX = supx∈[0,1] fn (x) = 1
s
ne tend pas vers 0 quand n → +∞.

Nous venons de voir des exemples de suites (fn )n ⊂ F(X, K) qui ne convergent pas sur X mais
sur des sous-ensembles de X. Lorsque X est un intervalle de R on rencontre souvent le cas où ce
sous-ensemble est un intervalle fermé borné, on dit aussi intervalle compact, [α, β] contenu dans X.
On introduit donc la définition suivante :

Définition 3.2.8. Soient X ⊂ R un intervalle quelconque et (fn )n ⊂ F(X, K) une suite de fonc-
tions. On dit que (fn )n converge uniformément sur tout compact (de X) si (fn )n converge unifor-
mément sur tout intervalle compact contenu dans X.

On a rappelé qu’une suite numérique converge si, et seulement si, elle est de Cauchy. Pour la
convergence uniforme d’une suite de fonctions on doit utiliser une condition de Cauchy uniforme :

Définition 3.2.9. La suite (fn )n ⊂ F(X, K) est uniformément de Cauchy sur X si :

∀  > 0, ∃ n0 ∈ N, n0 ≤ p < q ⇒ ∀ a ∈ X, |fq (a) − fp (a)| ≤ . (3.2.4)


36 3. SUITES DE FONCTIONS

La condition (3.2.4) s’écrit aussi :

∀  > 0, ∃ n0 ∈ N, n0 ≤ p < q ⇒ kfq − fp kX ≤ . (3.2.5)

Théorème 3.2.10. Soit (fn )n ⊂ F(X, K). Les assertions suivantes sont équivalentes :
(i) la suite (fn )n converge uniformément sur X (vers une fonction f ∈ F(X, K)) ;
(ii) la suite (fn )n est uniformément de Cauchy sur X.

Preuve. (i) ⇒ (ii) : Par (3.2.3) on a :

∀  > 0, ∃ n0 ∈ N, n ≥ n0 ⇒ kfn − f kX ≤ 

où n0 ne dépend que de . Si n0 ≤ p < q il vient donc (voir la remarque après la Défintion 3.1.1) :

kfq − fp kX ≤ kfq − f kX +kf − fp kX ≤ 2,

ce qui établit (3.2.5).


(ii) ⇒ (i) : Soit  > 0. Par (3.2.4) il existe un n0 , ne dépendant que de , tel que :

n0 ≤ p < q ⇒ ∀ a ∈ X, |fq (a) − fp (a)| ≤ . (†)

Soit a ∈ X. Ce qui précède montre que la suite numérique (fn (a))n est de Cauchy dans K, elle
converge donc vers f (a) ∈ K. On définit alors la fonction f : X → K par a 7→ f (a). À p ≥ n0 et
a ∈ X fixés, le passage à la limite quand q → +∞ dans (†) donne

∀  > 0, ∃ n0 ∈ N, n0 ≤ p ⇒ |f (a) − fp (a)| ≤ .

Puisque n0 ne dépend que de , on a ainsi momtré que lim kfp − f kX = 0, i.e. fn −→ f sur X. 
p→+∞ u

3.3. Continuité

Continuité de la limite. On fixe un intervalle (non nécessairement borné) I = (α, β) de R,


où −∞ ≤ α < β ≤ +∞. Soit (fn )n ⊂ F(I, K) qui converge simplement vers f ∈ F(I, K). Soit
x0 ∈ I tel que les fonctions fn sont continues en x0 ; alors, comme le montrent les exemples qui
suivent, la fonction limite f n’est pas nécessairement continue en x0 .

Exemples. 1) Considérons fn (x) = xn sur I = [0, 1] pour n ∈ N. On a vu que fn −→ f où f (x) = 0


s
si x ∈ [0, 1[ et f (1) = 1. 
Les fn sont continues en x0 = 0 mais f ne l’est pas.
n2 x

si |x| ≤ 1/n
2) Considérons fn (x) = sur I = R pour n ∈ N∗ . On a fn −→ f avec f (0) = 0
s
1/x

si |x| > 1/n
et f (x) = 1/x pour x 6= 0. Donc les fn sont continues en x0 = 0 mais f ne l’est pas.
nxe−x (1+x2 )
3) Soit fn : x 7→ fn (x) = 1+nx sur I = R+ pour n ∈ N∗ . Les fonctions fn sont continues sur
e−x (1+x2 )
I et fn (0) = 0 pour tout n. Pour x 6= 0 on a fn (x) = 1+1/nx → e−x (1 + x) quand n tend vers
3.3. CONTINUITÉ 37

+∞. D’où fn −→ f sur I avec f (0) = 0 et f (x) = e−x (1 + x) pour x 6= 0. Donc f n’est pas continue
s
en 0.

On a vu lors de l’étude des Exemples 3.2.7 que les suites étudiées en 1) et 2) ci-dessus ne
convergent pas uniformément sur I. On va voir que la convergence uniforme est suffisante pour
assurer la continuité de la limite 1.
On note C(I, K) ⊂ F(I, K) le sous-espace vectoriel des fonctions continues sur l’intervalle I.

Théorème 3.3.1 (Théorème de continuité). Soit (fn )n ⊂ F(I, K) qui converge uniformément vers
f ∈ F(I, K). Si les fonctions fn sont continues en a ∈ I, alors la fonction f est continue en a. En
particulier, (fn )n ⊂ C(I, K) implique f = lim fn ∈ C(I, K).
n→+∞

Preuve. Soit  > 0. Puisque fn −→ f sur I il existe n0 ∈ N tel que |fn (x) − f (x)| ≤ 3 pour n ≥ n0 .
u
La fonction fn0 étant continue en a, il existe η > 0 tel que |x − a| ≤ η tel que |x − a| ≤ η implique
|fn0 (x) − fn0 (a)| ≤ 3 . Par conséquent

|f (x) − f (a)| ≤ |f (x) − fn0 (x)| + |fn0 (x) − fn0 (a)| + |fn0 (a) − f (a)| ≤ /3 + /3 + /3 = 

dès que |x − a| ≤ η. Donc f est continue en a. 

Corollaire 3.3.2. Soient X ⊂ R un intervalle quelconque de R et (fn )n ⊂ F(X, K) une suite qui
converge uniformément sur tout compact de X vers f ∈ F(X, K). Si les fonctions fn sont continues
sur X, alors la fonction f est continue sur X.

Preuve. Soit a ∈ X. Il existe alors un intervalle compact I ⊂ X contenant a. Le Théorème 3.3.1


s’applique à la suite des restrictions (fn )n ⊂ C(I, K) et montre que f est continue en a. Par
conséquent f ∈ C(X, K). 

Remarques. 1) On peut utiliser le Théorème 3.3.1 pour montrer qu’une suite (fn )n de fonctions
continues sur I ne converge pas uniformément vers la fonction f : si f n’est pas continue en a ∈ I
on obtient une contradiction. Considérons par exemple la suite de fonctions continues sur I = R
1−x2n
définie par fn (x) = 1+x2n
. On a vu que fn −→ f où f (±1) = 0, f (x) = 1 si x ∈ ] − 1, 1[ et f (x) = −1
s
si x ∈ ] − ∞, −1[ ∪ ]1, +∞[. Comme les fonctions fn sont continues mais que f n’est pas continue
en ±1, la convergence vers f n’est pas uniforme sur R.
2) On vient de voir que la convergence uniforme est une condition suffisante pour que la li-
mite soit continue. Ce n’est pas une condition nécessaire. Reprenons les fonctions du 5) dans les
Exemples 3.2.7 : I = [0, 1], fn définie pour n ∈ N∗ par : fn (x) = 0 si 2
n ≤ x ≤ 1, fn (x) = −nx + 2
1 2
si n ≤x≤ n et fn (x) = nx si 0 ≤ x ≤ n1 . On a fn −→ f = 0 sur X. La fonction f = 0 est continue
s
mais l’on a montré que la convergence n’est pas uniforme sur I.
1. On résume ce résultat par « une limite uniforme de fonctions continues est continue », ou encore « la continuité
est préservée par convergence uniforme ».
38 3. SUITES DE FONCTIONS

Corollaire 3.3.3. Soient (fn )n ⊂ F(I, K) une suite de fonctions continues sur I et (an )n une suite
de points de I telle que lim an = a ∈ I. On suppose que fn −→ f sur I. Alors lim fn (an ) = f (a).
n→+∞ u n→+∞

Preuve. Soit  > 0. Il existe n0 ∈ N tel que |fn (x) − f (x)| ≤ /2 pour tout x ∈ I. Puisque f est
continue sur I par le Théorème 3.3.1, elle l’est en a. Comme lim an = a, il existe n1 ∈ N tel que
n→+∞
|f (an ) − f (a)| ≤ /2. D’où, si n ≥ max(n0 , n1 ) :

|fn (an ) − f (a)| ≤ |fn (an ) − f (a)| + |f (an ) − f (a)| ≤ .

Donc lim fn (an ) = f (a). 


n→+∞

Double limite. Reprenons les notations et hypothèses du Théorème 3.3.1. La continuité de la


fonction f au point a s’écrit lim f (x) = f (a). Compte tenu de f (x) = lim fn (x) pour tout x ∈ I
x→a n→+∞
et fn (a) = lim fn (x) (car fn est continue en a), la conclusion du théorème est donc :
x→a
h i h i
lim lim fn (x) = lim lim fn (a) .
x→a n→+∞ n→+∞ x→a

Ce résultat qui consiste à permuter lim et lim est un cas particulier du théorème qui suit.
x→a n→+∞

Théorème 3.3.4 (Théorème de la double limite). Soit I = (α, a[ avec −∞ ≤ α < a ≤ +∞. Soit
(fn )n ⊂ F(I, K) une suite de fonctions vérifiant les hypothèses suivantes :

(i) fn −→ f sur I ;
u

(ii) lim fn (x) = `n ∈ K existe pour tout n.


x→a

Alors la suite (`n )n converge vers ` ∈ K et on a ` = lim f (x), c’est-à-dire :


x→a
h i h i
lim lim fn (x) = lim lim fn (x) .
n→+∞ x→a x→a n→+∞

Preuve. La suite (fn )n est uniformément de Cauchy sur I (cf. Théorème 3.2.10) on a donc :

∀  > 0, ∃ n0 ∈ N, n0 ≤ p < q ⇒ ∀ x ∈ I, |fq (x) − fp (x)| ≤ . (∗)

Remarquons qu’en prenant la limite quand q → +∞ on trouve :

∀  > 0, ∃ n0 ∈ N, n0 ≤ p ⇒ ∀ x ∈ I, |f (x) − fp (x)| ≤ . (∗∗)

On peut aussi passer à la limite quand x → a dans (∗) et il vient :

∀  > 0, ∃ n0 ∈ N, n0 ≤ p < q ⇒ |`q − `p | ≤ .

Ceci prouve que la suite (`n )n est de Cauchy dans K, donc converge vers ` ∈ K.
Supposons a ∈ R et fixons  > 0. Puisque ` = lim `n il existe n1 ∈ N tel que |`n − `| ≤ 
n→+∞
pour n ≥ n1 . D’autre part `n = lim fn (x) pour tout n, donc il existe ηn > 0 tel que |x − a| ≤ ηn
x→a
3.4. DÉRIVABILITÉ 39

implique |fn (x) − `n | ≤ . Soit m = max(n0 , n1 ). Pour cet entier m et |x − a| ≤ ηm on obtient, à


l’aide de (∗∗) :
|f (x) − `| ≤ |f (x) − fm (x)| + |fm (x) − `m | + |`m − `| ≤ 3.
On a ainsi montré que ` = lim f (x).
x→a
Lorsque a = +∞ on reproduit la démonstration du cas a < +∞ en remplaçant la propriété
« |fn (x) − `n | ≤  pour |x − a| ≤ ηn » par « |fn (x) − `n | ≤  pour x ≥ ηn ». En utilisant le même
entier m on obtient que |f (x) − `| ≤ pour x ≥ ηm , d’où ` = lim f (x). 
x→+∞

3.4. Dérivabilité

On conserve, en général, les notations du § 3.3 : I est un intervalle quelconque de R (que nous
supposerons non réduit à un point) et (fn )n ⊂ F(I, K) est une suite qui converge simplement vers
f ∈ F(I, K).

Dérivée de la limite. Soit a ∈ I tel que les fonctions fn sont dérivables en a ; on cherche
des conditions suffisantes pour que la limite f soit dérivable en a. Rappelons que la dérivabilité
implique la continuité et que si K = C la dérivabilité d’une fonction équivaut à celle de ses parties
réelle et imaginaire.

Théorème 3.4.1 (Théorème de dérivabilité 1). Soit J = [α, β], avec α < β, un intervalle fermé
borné de R et (fn )n ⊂ F(J, K) une suite satisfaisant aux hypothèses suivantes :
(i) chaque fonction fn est continue sur J et dérivable sur ]α, β[ ;
(ii) il existe x0 ∈ J tel que la suite numérique (fn (x0 ))n converge ;
(iii) la suite de fonctions (fn0 )n ⊂ F(]α, β[, K) converge uniformément sur ]α, β[ vers une fonc-
tion g ∈ F(]α, β[, K).
Alors :
(1) la suite (fn )n converge uniformément sur J vers une fonction f ∈ C(J, K) ;
(2) la fonction f est dérivable sur ]α, β[ et l’on a f 0 (x) = g(x) pour tout x ∈ ]α, β[, c’est-à-dire :
 0  
lim fn = lim fn0 sur ]α, β[.
n→+∞ n→+∞

Preuve. Quitte à considérer les parties réelle et imaginaire, on supposera que les fonctions sont à
valeurs réelles. Nous utiliserons le théorème des accroissements finis :

Théorème (TAF). Soient a < b deux réels et ϕ : [a, b] → R une fonction continue sur [a, b] et
dérivable sur ]a, b[. Il existe c ∈ ]a, b[ tel que ϕ(b) − ϕ(a) = ϕ0 (c)(b − a).

Pour établir l’assertion (1) on va montrer que la suite (fn )n est uniformément de Cauchy
(cf. Théorème 3.2.10). Soient  > 0 et p < q deux entiers. Soit x ∈ J ; appliquons le TAF à la
40 3. SUITES DE FONCTIONS

fonction fq − fp sur l’intervalle [x, x0 ] ou [x0 , x] (selon le cas). Il existe alors c = c(x) strictement
entre x0 et x tel que

(fq − fp )(x) = (fq − fp )(x0 ) + (x − x0 )(fq0 − fp0 )(c).

La suite numérique (fn (x0 ))n étant de Cauchy, il existe n1 = n1 (x0 ) ∈ N tel que |fq (x0 )−fp (x0 )| ≤ 
pour q > p ≥ n1 . Puisque (fn0 )n converge uniformément sur ]α, β[ il existe n2 = n2 () ∈ N tel que
fq0 − fp0 ≤ /(β − α) pour q > p ≥ n2 . Comme c ∈ ]α, β[ on a en particulier |fq0 (c) − fp0 (c)| ≤
]α,β[
/(β − α) si q > p ≥ n2 . Il en résulte que pour q > p ≥ n0 = max(n1 , n2 ) :

|fq (x) − fp (x)| ≤ |fq (x0 ) − fp (x0 )| + |x − x0 | |fq0 (c) − fp0 (c)| ≤  + (β − α)/(β − α) = 2.

Puisque n0 = max(n1 , n2 ) ne dépend que de  et x0 , cette inégalité est vraie uniformément en x ∈ J


et on a démontré que (fn )n est uniformément de Cauchy. Elle converge donc uniformément sur J
vers une fonction f ∈ F(J, R). De plus, par le Théorème 3.3.1, f est continue sur J car les fn le
sont.
Démontrons maintenant que f est dérivable sur ]α, β[ avec f 0 (x) = g(x) pour tout x. Rappelons
que cela signifie :
f (t) − f (x)
lim = g 0 (x).
t→x, t6=x t−x
Fixons x ∈ ]α, β[ et définissons hn : J → R par :

 fn (t) − fn (x)


si t 6= x,
hn (t) = t−x
f 0 (x)

si t = x.
n

Comme les fonctions fn sont continues sur J et dérivables sur ]α, β[, les fonctions hn sont continues
sur J. Puisque (fn )n converge (simplement) vers f sur J et que (fn0 )n converge (simplement) vers
g sur ]α, β[ on peut définir h : J → R comme étant la limite simple des hn , c’est-à-dire :
f (t) − f (x)
h(t) = si t 6= x, h(x) = g(x).
t−x
f (t)−f (x)
Si l’on prouve que h est continue au point x on aura lim h(t) = h(x), i.e. lim t−x =
t→x, t6=x t→x, t6=x
g 0 (x), comme voulu. Nous allons montrer que hn −→ h sur J ; puisque les hn sont continues sur J,
u
le Théorème 3.3.1 donnera la continuité de h sur J et le résultat cherché. De manière équivalente,
on va démontrer que (hn )n est uniformément de Cauchy.
Si t 6= x, Remarquons que :
1 1
hq (t) − hp (t) = [(fq (t) − fq (x)) − (fp (t) − fp (x))] = [(fq − fp )(t) − (fq − fp )(x)].
t−x t−x
Le TAF appliqué à la fonction fq − fp sur l’intervalle [x, t], ou [t, x], fournit c strictement entre t
et x (donc dans ]α, β[) tel que (fq − fp )(t) − (fq − fp )(x) = (t − x)(fq0 (c) − fp0 (c) ; on obtient ainsi
3.4. DÉRIVABILITÉ 41

hq (t) − hp (t) = fq0 (c) − fp0 (c).


Si t = x on a hq (t) − hp (t) = hq (x) − hp (x) = fq0 (x) − fp0 (x) par définition.
Rappelons que (fn0 )n étant uniformément de Cauchy sur ]α, β[, pour tout  > 0 il existe n0 ∈ N
tel que |fq0 (s) − fp0 (s)| ≤  pour tous s ∈ ]α, β[ et q > p ≥ n0 . En appliquant à s = x ∈ ]α, β[ et
s = c ∈ ]α, β[, les observations ci-dessus donnent |hq (t) − hp (t)| ≤  pour q > p ≥ n0 et tout t ∈ J.
Donc (hn )n est uniformément de Cauchy. 

Remarque. Si l’on suppose les fonctions fn dérivables sur J = [α, β] (i.e. fn dérivable à droite en
α et à gauche en β) et si la suite (fn0 )n converge uniformément vers g sur J, alors la démonstration
fournit f 0 (x) = g(x) pour tout x ∈ J = [α, β].

Rappelons que la continuité et la dérivabilité d’une fonction ϕ définie sur un intervalle I de R


sont des propriétés locales, c’est-à-dire : si x0 ∈ I la continuité, resp. dérivabilité, de ϕ de en x0 est
équivalente à celle de la restriction de ϕ à un intervalle ]α, β[⊂ I contenant x0 . On en déduit le
résultat suivant :

Théorème 3.4.2 (Théorème de dérivabilité 2). Soit I un intervalle quelconque de R et (fn )n ⊂


F(I, K) une suite satisfaisant aux hypothèses suivantes :
(i) (fn )n converge simplement vers la fonction f sur I ;
(ii) chaque fonction fn est dérivable sur I ;
(iii) la suite de fonctions (fn0 )n ⊂ F(I, K) converge uniformément sur tout intervalle compact
[α, β] ⊂ I vers une fonction g ∈ F(I, K).
Alors :
(1) la suite (fn )n converge uniformément sur tout intervalle compact [α, β] ⊂ I vers la fonction f ;
(2) la fonction f est dérivable sur I et l’on a f 0 (x) = g(x) pour tout x ∈ I, c’est-à-dire :
 0  
lim fn = lim fn0 sur I.
n→+∞ n→+∞

Preuve. On remplace (fn )n par la suite des restrictions, à un intervalle compact J = [α, β] avec
α < β. Les hypothèses du Théorème 3.4.1 découlent alors de celles faites sur la suite (fn )n dans
le théorème à prouver. Il en résulte que : fn −→ f sur J, f est dérivable en tout point x ∈]α, β[ et
u
f 0 (x) = g(x). Puisque la dérivabilité est une propriété locale, l’assertion (2) est démontrée. 

Remarque 3.4.3. Nous verrons au Corollaire 3.5.3 une autre démonstration de ce résultat dans
le cas particulier où les fonctions fn sont de classe C 1 sur I.
x
Exemples. 1) On définit les fonctions fn : R+ → R par fn (x) = pour tout n ∈ N∗ . Les
x+n
n
fonctions fn sont dérivables sur R+ avec fn0 (x) = . Il est clair que la suite (fn )n converge
(x + n)2
42 3. SUITES DE FONCTIONS

simplement sur R+ vers la fonction f = 0. Il n’y a pas convergence uniforme de (fn )n vers 0 sur
R+ : on a kfn kR+ ≥ fn (n) = 21 , donc kfn kR+ ne tend pas vers 0.
Puisque x+n ≥ n pour tout x ∈ R+ il vient |fn0 (x)| ≤ n
n2
= 1
n (on peut aussi observer que fn0 atteint
son maximum 1
n en x = 0). Par conséquent fn0 −→ g = 0 sur R+ . Le Théorème 3.4.2 s’applique ; il
u
montre que fn −→ f = 0 sur tout compact de R+ (et que f = 0 est dérivable avec f 0 = g = 0).
u
NB : La convergence uniforme sur tout compact de R+ peut s’obtenir directement en écrivant que
β
|fn (x)| ≤ n pour tout x ∈ [α, β] ⊂ R+ .
2) Il est possible que la suite (fn )n de fonctions dérivables sur I converge uniformément sur I vers
f dérivable, mais que la suite (fn0 )n des dérivées ne converge pas sur I. Considérons par exemple
sin(nx)
fn (x) = √ pour x ∈ I = R et n ∈ N∗ . Puisque kfn kR ≤ 1/n il y a convergence uniforme de
n √
(fn )n vers f = 0 sur R. On a fn0 (x) = n cos(nx) pour tout x ∈ R et la suite numérique de terme

général fn0 (π) = (−1)n n ne converge pas. Il ne peut donc pas y avoir convergence simple de (fn0 )n
sur R.

Le Théorème 3.4.2 peut être itéré et permet de démontrer que la limite uniforme sur tout
compact de fonctions de classe C p , p ∈ N ∪ {∞}, est encore de classe C p . Le cas p = 0 n’est autre
que le Théorème 3.3.1 et pour p ∈ N∗ on a :

Théorème 3.4.4. Soient p ∈ N∗ , I un intervalle quelconque de R et (fn )n ⊂ F(I, K) une suite


satisfaisant aux hypothèses suivantes :
(i) (fn )n converge simplement vers la fonction f sur I ;
(ii) chaque fonction fn est de classe C p sur I ;
(k) 
(iii) pour tout k ∈ J1, pK, les suites de fonctions dérivées fn n
⊂ F(I, K) convergent uniformé-
ment sur tout intervalle compact [α, β] ⊂ I.
Alors :
(1) la suite (fn )n converge uniformément sur tout intervalle compact [α, β] ⊂ I vers la fonction f ;
(2) la fonction f est de classe C p sur I et f (k) est la limite (uniforme sur tout compact) des fonctions
(k) (k)
fn pour k ∈ J1, pK, i.e. : f (k) = lim fn pour tout k ∈ J1, pK.
n→+∞

Preuve. On procède par récurrence sur k ∈ J1, pK. Le cas k = 1 résulte du Théorème 3.4.2 et du
fait qu’une limite uniforme de fonctions continues est continue. En effet : f 0 est limite simple des
fn0 , donc f 0 est limite uniforme sur tout compact des fn0 , par l’hypothèse (iii), ce qui implique f 0
continue.
(k) 
Si le résultat est vrai pour k ∈ J1, p − 1K on applique le cas k = 1 à la suite fn n
pour obtenir
(k+1)
que f (k+1) = lim fn et f (k) de classe C1. Donc f est de classe C k+1 . 
n→+∞

Pour obtenir le cas p = ∞ il suffit de rappeler qu’une fonction de classe C ∞ est une fonction de
classe C p pour tout p ∈ N. On déduit alors du théorème précédent :
3.5. INTÉGRATION 43

Corollaire 3.4.5. Soient I un intervalle quelconque de R et (fn )n ⊂ F(I, K) une suite satisfaisant
aux hypothèses suivantes :
(i) (fn )n converge simplement vers la fonction f sur I ;
(ii) chaque fonction fn est de classe C ∞ sur I ;
(k) 
(iii) pour tout k ≥ 1, les suites de fonctions dérivées fn n
⊂ F(I, K) convergent uniformément
sur tout intervalle compact [α, β] ⊂ I.
Alors :
(1) la suite (fn )n converge uniformément sur tout intervalle compact [α, β] ⊂ I vers la fonction f ;
(2) la fonction f est de classe C ∞ sur I et f (k) est la limite (uniforme sur tout compact) des
(k) (k)
fonctions fn pour k ≥ 1, i.e. : f (k) = lim fn pour tout k ≥ 1.
n→+∞

3.5. Intégration

Rappelons que si h : I → R est uneZ fonction continue sur un intervalle I de R alors h possède
x
des primitives sur I : la fonction x 7→ h(t) dt, où a ∈ I est fixé, est l’unique primitive de h qui
a
s’annule en a.
Le butZ de cette section est de donner des résultats qui permettent de permuter les opérateurs
lim et .
n→+∞

Intégration d’une suite de fonctions sur un intervalle compact. On suppose ici que
I = [α, β], α < β, est un intervalle compact de R et que (fn )n est une suite de fonctions sur I
que, pour simplifier, nous supposerons réelles (mais tous les résultats sont vrais pour les fonctions
à valeurs dans C en considérant les parties réelle et imaginaire).

Théorème 3.5.1. Soit (fn )n une suite de fonctions continues sur I qui converge uniformément
vers la fonction f sur I. On note Fn et F les primitives de fn et f qui s’annulent en a ∈ I. Alors
la suite (Fn )n converge uniformément vers F sur I, c’est-à-dire :
Z x Z x

lim fn (t) dt = lim fn (t) dt uniformément en x.
n→+∞ a a n→+∞

Preuve. Vérifions que l’on peut appliquer le Théorème 3.4.1 à la suite (Fn )n :
(1) Fn est dérivable sur I puisque Fn0 = fn ;
(2) la suite (Fn (a))n est constante égale à 0, donc converge ;
(3) la suite (Fn0 )n = (fn )n converge uniformément sur I vers la fonction f par hypothèse.
On en déduit que (Fn )n converge uniformément sur I vers une fonction F telle que F 0 = f , c’est-
à-dire une primitive de f . En outre, F (a) = lim Fn (a) = 0 montre que F est l’unique primitive
n→+∞
de f qui s’annule en a. 
44 3. SUITES DE FONCTIONS

Le théorème d’intégration sur un intervalle compact prend la forme suivante :

Théorème 3.5.2 (Intégration sur un intervalle compact). Soit (fn )n une suite de fonctions conti-
nues sur I = [α, β] qui converge uniformément vers la fonction f sur I. Alors on
Z β Z β
lim fn (t) dt = f (t) dt,
n→+∞ α α

c’est-à-dire : Z β Z β

lim fn (t) dt = lim fn (t) dt.
n→+∞ α α n→+∞

Remarque. Sous les mêmes hypothèses et par la même preuve, une fois établie l’intégrabilité de
la limite f , on peut obtenir le résultat du Théorème 3.5.2 pour les fonctions Riemann intégrables,
e.g. les fonctions continues par morceaux 2.

Preuve. Nous allons donner deux preuves du résultat.


1re démonstration. On prend a = α et x = β dans la conclusion du Théorème 3.5.1.
2e démonstration. Soit  > 0. Par hypothèse il existe n0 ∈ N tel que |fn (t) − f (t)| ≤ /(β − α) pour
tous t ∈ I et n ≥ n0 . On en déduit
Z β Z β Z β Z β
fn (t) dt − f (t) dt = (fn (t) − f (t)) dt ≤ |fn (t) − f (t)| dt ≤ 
α α α α

pour n ≥ n0 , ce qui démontre l’assertion. 

Nous pouvons en déduire le Théorème 3.4.2 dans le cas où (fn )n est une suite de fonctions de
classe C 1 , cf. Remarque 3.4.3 :

Corollaire 3.5.3. Soit I un intervalle quelconque (non réduit à un point) de R et (fn )n ⊂ F(I, K)
une suite satisfaisant aux hypothèses suivantes :
(i) (fn )n converge simplement vers la fonction f sur I ;
(ii) chaque fonction fn est de classe C 1 sur I ;
(iii) la suite de fonctions (fn0 )n ⊂ F(I, K) converge uniformément sur tout intervalle compact
[α, β] ⊂ I vers une fonction g ∈ F(I, K).
Alors :
(1) la suite (fn )n converge uniformément sur tout intervalle compact [α, β] ⊂ I vers la fonction f ;
(2) la fonction f est de classe C 1 sur I et l’on a f 0 (x) = g(x) pour tout x ∈ I, c’est-à-dire :
 0  
lim fn = lim fn0 sur I.
n→+∞ n→+∞

2. La définition d’une fonction continue par morceaux est rappelée dans la Définition 6.2.1.
3.5. INTÉGRATION 45

Preuve. Fixons un intervalle compact J = [α, β], avec α < β, contenu dans I et soit x ∈ J
quelconque. En appliquant le Théorème 3.5.2 à la suite (fn0 )n qui converge uniformémement vers
Rx 0
fn (t) dt = αx g(t) dt. Puisque fn0 est continue (sur J) il
R
g sur [α, x], ou [x, α], on obtient lim α
Rx 0 n→+∞ 
vient α fn (t) dt = fn (x) − fn (α) ; en outre, par hypothèse, n→+∞
lim fn (x) − fn (α) = f (x) − f (α). Il
Rx 0
s’ensuit que f (x) = f (α) + α g(t) dt pour tout x ∈ J. Les fonctions fn étant continues il en est de
même pour g par le Corollaire 3.3.2 et on tire de l’égalité ci-dessus que f est dérivable sur J avec
f 0 (x) = g(x). L’intervalle J étant quelconque, on a f 0 = g sur I.
Il reste à prouver que (fn )n converge uniformément vers f sur J. On sait maintenant que :
Z x
fn (x) − f (x) = (fn0 (t) − f 0 (t)) dt + fn (α) − f (α).
α

Fixons  > 0. Soit n0 ∈ N tel que kfn0 − gkJ = kfn0 − f 0 kJ ≤  pour n ≥ n0 et soit n1 ∈ N tel que
|fn (α) − f (α)| ≤  pour n ≥ n1 . De

|fn (x) − f (x)| ≤ |x − α| fn0 − g J + |fn (α) − f (α)| ≤ (β − α) fn0 − g J + |fn (α) − f (α)|

on déduit que |fn (x) − f (x)| ≤ (β − α) + 1  pour tout x ∈ J et n ≥ max(n0 , n1 ). On a donc
fn −→ f sur J. 
u

Signalons, sans démonstration, un théorème plus général que le Théorème 3.5.2.

Théorème 3.5.4 (Convergence dominée 1). Soit (fn )n une suite de fonctions continues par mor-
ceaux sur I = [α, β] qui converge simplement vers la fonction continue par morceaux f sur I. On
suppose qu’il existe une fonction ϕ continue par morceaux sur I telle que :

|fn (x)| ≤ ϕ(x) pour tout x ∈ I et tout n ∈ N.

Alors on a Z β Z β
lim fn (t) dt = f (t) dt.
n→+∞ α α

Remarque. On peut affaiblir les hypothèses dans ce théorème : il suffit de demander que les
fonctions fn , f et ϕ soient (Riemann) intégrables sur I, ce qui est le cas pour les fonctions continues
par morceaux. Il faut remarquer que l’hypothèse essentielle est la domination des fn par la fonction
ϕ qui est indépendante de n (i.e. |fn (x)| ≤ ϕ(x) pour tout x ∈ I et tout n).

Exemples. 1) Le Théorème 3.5.2 ne donne que des conditions suffisantes pour permuter « limite »
et « intégrale ». Considérons fn : x 7→ fn (x) = xn pour x ∈ I = [0, 1]. On a vu que fn −→ f où
s
f (x) = 0 pour x ∈ [0, 1[ et f (1) = 1. Cette convergence n’est pas uniforme, cf. § 3.3, on ne peut
donc pas utiliser le Théorème 3.5.2. Néanmoins, on a
Z 1 Z 1
1
fn (t) dt = , f (t) dt = 0,
0 n+1 0
46 3. SUITES DE FONCTIONS
R1 R1
et par conséquent lim fn (t) dt = f (t) dt. Remarquons que ce résultat découle par contre du
n→+∞ 0 0
Théorème 3.5.4 puisque les fonctions fn sont dominées par la fonction constante ϕ : t 7→ ϕ(t) = 1.
1
2) Soit fn : x 7→ fn (x) = x2 + 1/n2 ) 2 pour x ∈ I = [−1, 1]. Les fn sont dérivables sur I et l’on a
1
lim fn (x) = x2 ) 2 = |x| = f (x). Donc fn −→ f sur I. Montrons que la convergence est uniforme.
n→+∞ s
Posons gn = fn − f . Pour x ∈ [0, 1] on a f (x) = x et il vient
1
x − x2 + 1/n2 ) 2 1/n2
gn0 (x) = 1 =− 1  1  < 0.
x2 + 1/n2 ) 2 x2 + 1/n2 ) x + x2 + 1/n2 ) 2
2

On en déduit que gn est décroissante sur [0, 1] et que son maximum est gn (0) = 1/n. Comme
lim 1/n = 0 on en tire que fn −→ f sur [0, 1]. Les fonction fn et f étant paires il en résulte que
n→+∞ u
fn −→ f sur I.
u
Le Théorème 3.5.2 fournit alors :
Z 1 Z 1 Z 1 Z 1
1
2 2
f (t) dt = |t| dt = 1 = lim t + 1/n ) dt = lim2 fn (t) dt.
−1 −1 n→+∞ −1 n→+∞ −1

3) Soit (αn )n une suite de réels strictement positifs. On définit des fonctions fn continues et affines
par morceaux sur I = [0, 1], pour n ∈ N∗ , en posant : fn (t) = αn t si 0 ≤ t ≤ 1/(2n), fn (t) =
αn (−t + 1/n) si 1/(2n) ≤ t ≤ 1/n et fn (t) = 0 si 1/n ≤ t ≤ 1. On montre sans difficulté que (fn )n
converge simplement sur I vers la fonction nulle f = 0. D’autre part, un calcul immédiat donne
Z 1
αn
fn (t) dt = .
0 4n2
Remarquons que :
αn
kfn − f kI = sup |fn (t)| = .
t∈I 2n
Par conséquent fn −→ f = 0 si, et seulement si, lim α2nn = 0 (ce qui est par exemple vrai si
u n→+∞

αn = n). Dans ce cas, le Théorème 3.5.2 s’applique et on trouve (l’évidence) : lim 01 fn (t) dt =
R
n→+∞
αn R1
lim
n→+∞ 4n
2 =0= 0 f (t) dt.
Supposons, par exemple, αn = n. Alors (fn )n ne converge pas uniformément vers f et on ne peut
pas utiliser le Théorème 3.5.2, mais l’on a toutefois :
Z 1 Z 1
αn 1
lim fn (t) dt = lim 2
= lim =0= f (t) dt.
n→+∞ 0 n→+∞ 4n n→+∞ 4n 0
αn 1
Observons que les fonctions fn sont ici dominées par la fonction constante ϕ(t) = 2n = 2 et le
Théorème 3.5.4 peut être utilisé.
αn 1
Si, par exemple, αn = n2 , il n’y a pas convergence uniforme de (fn )n et 4n2
= 4 implique :
Z 1 Z 1
1
lim fn (t) dt = 6= 0 = f (t) dt.
n→+∞ 0 4 0
3.5. INTÉGRATION 47

Intégration d’une suite de fonctions sur un intervalle quelconque. On suppose ici


que I = [α, b) avec −∞ < α < b ≤ +∞. Soit f : I → R une fonction continue par morceaux 3.
Généralisons la Définition 2.4.1 :
Z b Z X
Définition 3.5.5. On dit que f (t) dt converge si lim f (t) dt existe dans R.
α X→b α

Le théorème de convergence dominée sur un intervalle compact se généralise alors à un intervalle


quelconque sous une forme similaire (nous admettrons ce résultat) :

Théorème 3.5.6 (Convergence dominée 2). Soit (fn )n une suite de fonctions continues par mor-
ceaux sur I = [α, b) qui converge simplement vers la fonction continue par morceaux f sur I. On
Z b
suppose qu’il existe une fonction ϕ continue par morceaux sur I telle que ϕ(t) dt converge et
α

|fn (x)| ≤ ϕ(x) pour tout x ∈ I et tout n ∈ N.

Alors on a Z b Z b
lim fn (t) dt = f (t) dt.
n→+∞ α α

n x
Exemple. Soit (fn )n la suite définie par fn (x) = , pour n ≥ 1, sur I = [α, +∞[ avec
1 + n2 xµ
1
α > 0 et µ > 2 . Observons que

n x 1
fn (x) = |fn (x)| ≤ 2 µ = 1 pour x ∈ I.
n x nxµ− 2
1
Comme supx∈I |fn (x)| ≤ 1 on a lim kfn kI = 0 et la suite (fn )n converge uniformément, donc
nαµ− 2 n→+∞
simplement, vers f = 0 sur I. On a aussi :
1
fn (x) = |fn (x)| ≤ ϕ(x) = pour x ∈ I et n ∈ N∗ .
µ− 12
x
Supposons de plus que µ > 3/2 et remarquons que dans ce cas :
Z +∞ Z +∞ +∞
1 1 −1 1

ϕ(x) dx = dt = =
µ− 21 (µ − 3/2) x µ−3/2 (µ − 3/2)αµ−3/2
α α x α

Par conséquent le Théorème 3.5.6 s’applique et on obtient (pour µ > 3/2) :


Z +∞ √
n t
lim dt = 0.
n→+∞ α 1 + n2 tµ

3. La définition d’une fonction continue par morceaux s’étend de manière naturelle au cas d’un intervalle non
borné.
Chapitre 4

Séries de fonctions

4.1. Définitions et convergence

On a vu au Chapitre 2 comment associer à une suite numérique (un )n une série numérique
P
n un . Nous allons procéder de la même manière pour définir une série de fonctions.

Série de fonctions. On fixe un ensemble non vide X et on adopte les notations du Chapitre 3
relativement aux suites de fonctions définies sur X et à valeurs dans K.

Définition 4.1.1. Soit (fn )n ∈ F(I, K)N une suite de fonctions. La série de fonctions
P
n fn de
terme général fn est la donnée de la suite de fonctions (Sn )n des sommes partielles
n
X n
X
Sn = fk = f0 + · · · + fn : I → K, x 7→ Sn (x) = fk (x).
k=0 k=0
P
La fonction Sn est appelée la n-ième somme partielle de la série n fn .

Les observations générales sur les séries numériques faites au § 2.1, e.g. dans les Remarques 2.1.2,
P
se transportent à une série de fonctions n fn sur X.
— On a fn = Sn − Sn−1 . Si p ∈ N, on peut définir une série de fonctions indexée par n ≥ p ;
son étude se ramène à celle d’une série définie pour n ≥ 0.
— Pour x ∈ X fixé la série
P
n fn (x) est une série numérique ; on pourra donc lui appliquer les
résultats du Chapitre 2.
— Une série numérique est un cas particulier d’une série de fonctions (le terme général est une
fonction constante sur X).
— L’ensemble des séries de fonctions est un K-espace vectoriel.

Convergence simple et convergence uniforme. Commençons par introduire les notions


de convergence simple, convergence absolue et convergence uniforme d’une série 1. Comme pour les
séries numériques elles sont fondées sur la convergence des sommes partielles.
P
Définition 4.1.2. Soit n fn une série de fonctions définies sur X et (Sn )n la suite de ses sommes
partielles.
converge au point a ∈ X si la série numérique
P P
(1) La série n fn n fn (a) converge dans K. On

1. On dit aussi que la série converge simplement, absolument ou uniformément.

49
50 4. SÉRIES DE FONCTIONS

est simplement convergente 2 sur X si elle converge en tout point de X. Dans ce cas
P
dit que n fn
la somme de la série est la fonction :
+∞
X +∞
X
S = lim Sn = fn : I −→ K, x 7−→ fn (x).
n→+∞
n=0 n=0
P+∞
Le n-ième reste de la série convergente est alors noté Rn = S − Sn = k=n+1 fn .
P P
La série n fn est absolument convergente sur X si les séries à termes positifs n fn (a) le sont
pour tout a ∈ X, i.e. n |fn (a)| converge pour tout a ∈ X.
P
P
(2) On dit que n fn est uniformément convergente sur X si la suite de fonctions (Sn )n est uni-
formément convergente sur X au sens de la Définition 3.2.3, c’est-à-dire : il existe une fonction
S ∈ F(X, K) (la somme de la série) telle que :

∀  > 0, ∃ n0 ∈ N, n ≥ n0 ⇒ ∀ a ∈ X, |Sn (a) − S(a)| ≤ . (4.1.1)


P
Remarque. Avec les notations de la Définition 3.1.1, la convergence uniforme de n fn vers S =
P+∞
n=0 fn sur X s’écrit :

∀  > 0, ∃ n0 ∈ N, n ≥ n0 ⇒ kRn kX = kS − Sn kX ≤ . (4.1.2)


P
Cette condition équivaut à dire que n fn converge simplement vers S sur X et que la suite
(Rn )n = (S − Sn )n des restes de la série converge uniformément vers 0 sur X.
P
Proposition 4.1.3. Soit n fn une série de fonctions définies sur X.
absolument convergente sur X ⇒
P P
(1) n fn n fn simplement convergente sur X.
uniformément convergente sur X ⇒
P P
(2) n fn n fn simplement convergente sur X.
est télescopique, i.e. fn = ϕn − ϕn−1 pour une suite (ϕn )n ⊂ F(X, K), on a :
P P
(3) Si n fn n fn
(uniformément) convergente sur X si, et seulement si, (ϕn )n (uniformément) convergente sur X.

Preuve. L’assertion (1) résulte du Théorème 2.2.9 et (2) de la Proposition 3.2.6 appliquée à la suite
(Sn )n . Pour le (3) il suffit d’écrire Sn = ϕn − ϕ0 . 
P
Remarques 4.1.4. 1) Pour une série numérique n un la convergence uniforme équivaut à la
convergence puisque les un sont considérées comme des fonctions constantes. L’exemple de la série
P n
n (−1) /n montre donc que la convergence uniforme n’implique pas la convergence absolue.
2) On a vu dans les Exemples 3.2.7 que la convergence simple d’une suite de fonctions (ϕn )n
n’implique pas sa convergence uniforme. En considérant la série télescopique de terme général
fn = ϕn − ϕn−1 on voit qu’il en est de même pour la convergence des séries.

Le critère de Cauchy pour les séries numériques se généralise à la convergence uniforme des
séries de fonctions.
2. On simplifie souvent en disant « série convergente ».
4.1. DÉFINITIONS ET CONVERGENCE 51

P
Théorème 4.1.5 (Critère de Cauchy uniforme). La série de fonctions n fn est uniformément
convergente sur X si, et seulement si, la suite (Sn )n est uniformément de Cauchy sur X, c’est-à-dire
q
X
∀  > 0, ∃ n0 ∈ N, n0 ≤ p < q ⇒ ∀ x ∈ X, |Sq (x) − Sp (x)| = fk (x) ≤ 
k=p+1

(voir la Définition 3.2.9).

Preuve. L’assertion est conséquence de la définition et du Théorème 3.2.10 appliqué à (Sn )n . 


P
On sait que si une série numérique n un converge, le terme général un tend vers 0 et que la
réciproque est fausse. C’est aussi le cas pour la convergence (uniforme) des séries de fonctions :
P
Proposition 4.1.6. Soit n fn une série de fonctions définies sur X. Alors :
P
(1) si n fn converge simplement sur X, (fn )n converge simplement sur X vers la fonction nulle ;
P
(2) si n fn converge uniformément sur X, (fn )n converge uniformément sur X vers la fonction
nulle.
Dans les deux cas la réciproque est fausse.

Preuve. Puisque fn = Sn − Sn−1 les assertions résultent du fait que


P
n fn est (uniformément)
convergente si, et seulement si, (Sn )n est (uniformément) de Cauchy. En effet, pour  > 0 il existe
dans ce cas n0 tel |Sn (x) − Sn−1 (x)| ≤  pour tout n ≥ n0 ; cette inégalité vaut pour tout x ∈ X
dans la condition de Cauchy uniforme.
 
1 1 1 1
sur X = R+ . Puisque 0 ≤ ≤
P
Considérons la série n≥1 x+n x+n n la suite de fonctions x+n n
1 1
sur R+ converge uniformément vers 0 ; pour x ∈ R+ fixé on a x+n ∼ n, donc la série ne converge
en aucun point de R+ . Voir également le 3) des Exemples 4.1.10. 

Convergence normale. Introduisons une nouvelle notion de convergence pour les séries de
fonctions : la convergence normale.
P P
Définition 4.1.7. Soit n fn une série de fonctions définies sur X. On dit que n fn converge
P
normalement, ou que n fn est normalement convergente, sur X s’il existe une série numérique (à
P
termes nécessairement positifs) convergente n αn telle que

|fn (x)| ≤ αn pour tout n ∈ N et tout x ∈ X. (4.1.3)

La condition 4.1.3 s’écrit aussi

kfn kX ≤ αn pour tout n ∈ N. (4.1.4)

On en déduit :
P
Proposition 4.1.8. La série n fn converge normalement sur X si, et seulement si, la série
n kfn kX
P
numérique à termes positifs converge.
52 4. SÉRIES DE FONCTIONS

P
Preuve. Adoptons les notations de la Définition 4.1.7. Si (4.1.4) est vrai avec n αn convergente, on
n kfn kX
P
en tire que converge. Réciproquement, si cette condition est satisfaite il suffit de prendre
αn = kfn kX pour retrouver la définition de la convergence normale. 

Remarque. Puisque |fn (x)| ≤ kfn kX pour tout x, pour montrer qu’une série ne converge pas nor-
malement il suffit de trouver une suite (xn )n ⊂ X telle que la série n |fn (xn )|
P
diverge (cf. Théo-
rème 2.3.5).
P
Théorème 4.1.9. Soit n fn une série de fonctions sur X. Alors :
converge normalement sur X ⇒
P P
(1) n fn n fn converge uniformément sur X ;
converge normalement sur X ⇒ converge absolument sur X ⇒
P P P
(2) n fn n fn n fn simplement
sur X.
Aucune implication réciproque n’est vraie.
P
Preuve. (1) Supposons que n fn est normalement convergente et adoptons les notations de la
P
Définition 4.1.7. Montrons que n fn vérifie le critère de Cauchy uniforme. Soient p < q deux
entiers et  > 0. Il vient :
q
X q
X
|Sq (x) − Sp (x)| = fk (x) ≤ αk pour tout x ∈ X.
k=p+1 k=p+1
Pq
il existe n0 ∈ N tel que ≤  pour q > p ≥ n0 .
P
Par le critère de Cauchy appliqué à n αn k=p+1 αk
P
On en déduit que n fn vérifie le critère de Cauchy uniforme donc converge uniformément, voir le
Théorème 4.1.5. Ceci démontre (1).
Puisque 0 ≤ |fn (x)| ≤ αn pour tout n et tout x, la série
P
n fn est absolument convergente sur
X, ce qui implique la convergence simple, d’où (2).
On verra dans les exemples ci-dessous des contre-exemples aux implications réciproques. 

arctan(n4 |x|s )
Exemples 4.1.10. 1) Soient s un réel > 1. On pose fn (x) = pour tous x ∈ R
ns + x4
π
et n ∈ N∗ . On a |fn (x)| ≤ αn =
P P
. La série n αn converge (règle de Riemann), donc n fn
2ns
converge normalement sur R.
P
2) Soit X = R+ . Définissons la série n≥1 fn sur R+ en posant :
 2
 sin (x)

si x ∈ [nπ, (n + 1)π] ;
fn (x) = n
0 si x ∈
/ [nπ, (n + 1)π].

1
On a kfn kX = supx≥0 |fn (x)| = n kfn kX
P
n (prendre par exemple x = 3π/2). Donc n’est pas
P
convergente, i.e. n fn n’est pas normalement convergente. Montrons que cette série est uniformé-
ment convergente sur R+ . Soient x ∈ R et m(x) = E(x/π), d’où m(x)π ≤ x < (m(x) + 1)π. On
4.1. DÉFINITIONS ET CONVERGENCE 53

déduit de la définition des fn que, si p < q sont entiers, dans l’expression

|Sq (x) − Sp (x)| = fp+1 (x) + · · · + fq (x)

un seul terme fk (x) peut être non nul (c’est alors fm(x) (x) = sin2 (x)/m(x)) et cela ne se produit
que dans le cas où m(x) ∈ Jp + 1, qK. Soit  > 0 et n0 = E(1/) + 1, d’où n0 − 1 ≤ 1/ < n0 .
Supposons n0 ≤ p < q. Si x/π ∈ [0, n0 ] on a x ∈
/ [(p + 1)π, qπ] (car x ≤ n0 π < (p + 1)π),
donc |Sq (x) − Sp (x)| = 0. Si x/π ∈ ]n0 , +∞[, alors m(x) ≥ n0 implique 1/m(x) ≤ 1/n0 < . Par
conséquent |Sq (x)−Sp (x)| ≤ sin2 (x)/m(x) ≤ 1/m(x) < . On a ainsi prouvé que |Sq (x)−Sp (x)| ≤ 
pour tout x ∈ R+ . Par le critère de Cauchy uniforme, la série
P
n fn est uniformément convergente
sur R+ . (Puisque les fn sont positives, cette série est aussi absolument convergente.)
x2
3) Définissons la suite (fn )n sur X = R+ pour n ≥ 1 en posant : fn (x) = 3 . Montrons que
n + x3
(fn )n ne converge pas uniformément sur R+ . Pour p < q entiers il vient :
q q
X
2
X 1 (q − p)x2
|Sq (x) − Sp (x)| = fk (x) ≥ x = .
k=p+1 k=p+1
q 3 + x3 q 3 + x3
1
et n0 ∈ N tel que
P
Supposons que n fn soit uniformément convergente sur R+ . Soit 0 <  < 2
n0 ≤ p < q implique |Sq (x) − Sp (x)| ≤  pour tout x. On en déduit que pour x = q :
(q − p)q 2
 ≥ |Sq (q) − Sp (q)| ≥ .
2q 3
(q−p)q 2 1
Mais lim 2q 3
= 2 implique alors  ≥ 12 , d’où une contradiction.
q→+∞
P
Remarquons que n fn converge normalement (donc uniformément) sur [0, a] pour tout a > 0. En
a2 P a2
effet on a |fn (x)| ≤ αn = n3
pour 0 ≤ x ≤ a et la série n n3 converge par la règle de Riemann.
P
Convergence sur tout compact. Soit n fn une série de fonctions sur l’ensemble X. Si
Y ⊂ X est un sous-ensemble (non vide), la Proposition 3.2.6 appliquée à la suite des sommes
P
partielles montre que la convergence uniforme de n fn sur X implique la convergence uniforme
sur Y . De même la convergence normale sur X implique la convergence normale sur Y puisque
kfn kY ≤ kfn kX . Comme dans la Définition 3.2.8 on introduit la notion de convergence sur tout
compact :
P
Définition 4.1.11. Soit n fn une série de fonctions sur l’intervalle (non vide) X de R. On dit
P P
que n fn converge uniformément, ou normalement, sur tout compact de X si n fn converge
uniformément, ou normalement, sur tout intervalle fermé borné (i.e. compact) contenu dans X.

Par le Théorème 4.1.9 la convergence normale d’une série sur tout compact implique sa conver-
gence uniforme sur tout compact et sa convergence absolue. Une telle série est fournie par le 3)
où fn : R → R est
P
dans les Exemples 4.1.10. On peut aussi considérer la série exponentielle n fn
donnée par fn (x) = xn /n!. Cette série converge normalement sur tout compact de R puisque si
54 4. SÉRIES DE FONCTIONS

a > 0 et |x| ≤ a il vient |fn (x)| ≤ αn = an /n! avec convergente (vers ea ). Observons que
P
n αn
P
n fn ne converge pas uniformément sur R car (fn )n ne converge pas uniformément vers 0 sur R,
cf. le (2) des Exemples 3.2.7.

Règle d’Abel uniforme. Nous avons vu au Théorème 2.6.1 une condition suffisante pour
qu’une série (réelle) alternée converge, voir aussi le Théorème 2.6.5. Nous allons généraliser ce
résultat aux séries de fonctions.

Théorème 4.1.12 (Leibniz uniforme). Soit (ϕn )n une suite de fonctions sur X à valeurs réelles
telle que :
(a) ϕn (x) ≥ 0 pour tout x ∈ X et tout n ∈ N ;
(b) pour tout x ∈ X, la suite réelle (ϕn (x))n est décroissante (i.e. ϕn (x) ≤ ϕn+1 (x) pour tout n) ;
(c) la suite de fonctions (ϕn )n converge uniformément vers 0.
Alors la série de fonctions
P nϕ converge uniformément sur X.
n (−1) n

Remarque. En changeant ϕn en −ϕn on a le même résultat pour une suite (ϕn )n croissante formée
de fonctions négatives.

Preuve. Le (i) du Théorème 2.6.1 pour les séries numériques assure que, si x ∈ X est fixé, la série
P n P+∞ n P n
n (−1) ϕn (x) converge vers S(x) = n=0 (−1) ϕn (x). Donc n (−1) ϕn converge simplement
sur X vers la fonction S. Par le (iii) Théorème 2.6.1 on sait que le n-ième reste Rn = S − Sn vérifie
|Rn (x)| ≤ ϕn+1 (x). Puisque la suite (ϕn )n converge uniformément vers 0 on obtient que la suite
P n
(Rn )n converge uniformément vers 0, c’est-à-dire que la suite de fonctions n (−1) ϕn converge
uniformément vers S sur X. 
(−1)n
Exemple 4.1.13. Soit (fn )n la suite de fonctions définies sur R+ par fn (x) = pour n ∈ N∗ .
x+n
1
Définissons ϕn par x →
7 ϕn (x) = x+n . Soit x ∈ R+ ; la suite numérique (ϕn (x))n est clairement
positive et décroissante. De plus kϕn kR+ = 1/n donc (ϕn )n converge uniformément vers 0. Le
P
Théorème 4.1.12 montre alors que n fn converge uniformément sur R+ . Rappelons que la série de
| fn |
P P
fonctions = n ϕn ne converge en aucun point de R+ , voir la preuve de la Proposition 4.1.6,
P
donc la série n fn n’est pas normalement convergente.

Nous avons déduit de la règle d’Abel, cf. Théorème 2.6.5, que certaines séries trigonométriques
convergent, voir Exemples 2.6.6. Nous allons prouver un résultat de convergence uniforme pour ces
séries (nous y reviendrons au Chapitre 6).

Proposition 4.1.14. Soit (an )n une suite décroissante de réels positifs telle que lim an = 0. On
n→+∞
définit fn : R → C par fn (x) = an einx . Alors, la série
P
n fn est uniformément convergente sur
tout intervalle compact [α, β] contenu dans ]2kπ, 2(k + 1)π[ avec k ∈ Z.
4.2. CONTINUITÉ 55

Remarque. En considérant les parties réelle et imaginaire de la fonction fn on obtient le même


P P
résultat de convergence uniforme pour les séries du type n an cos(nx) et n an sin(nx).

P
Preuve. Par le 2), cas (1), des Exemples 2.6.6 on sait que n fn converge simplement sur X =
Pn ikx
R r 2πZ et que k=0 e ≤ M (x) = 1/| sin(x/2)| pour x ∈ X. Puisque la fonction fn est 2π-
périodique il suffit de considérer le cas où [α, β] ⊂ ]0, 2π[. Démontrons la convergence uniforme à
l’aide du critère de Cauchy uniforme (Théorème 4.1.5).
Soient p < q deux entiers. On a établi dans la preuve du Théorème 2.6.5 que |Sq (x) − Sp (x)| ≤
2M (x)ap+1 pour tout x ∈ X. On a [α/2, β/2] ⊂ ]0, π[, donc si x ∈ [α, β] il vient :

| sin(x/2)| = sin(x/2) ≥ C = min sin(α/2), sin(β/2) > 0.
2
On obtient ainsi |Sq (x) − Sp (x)| ≤ C ap+1 pour tout x ∈ [α, β]. Il résulte alors de lim ap+1 = 0
p→+∞
P
que n fn est uniformément de Cauchy sur [α, β]. 

4.2. Continuité

On suppose comme au § 3.3 que I = (α, β), avec −∞ ≤ α < β ≤ +∞, est un intervalle
quelconque de R. Soit (fn )n ⊂ F(I, K) une suite de fonctions et
P
n fn la série que l’on peut en
Pn
déduire. Rappelons que (Sn )n désigne la suite associée des sommes partielles, i.e. Sn = k=0 fk .
Nous allons appliquer les résultats du § 3.3 pour étudier le comportement de la limite en un point
P+∞
de la somme S = n=0 fn de la série (lorsqu’elle converge).

Continuité de la somme. Commençons par étudier la continuité de S.

Théorème 4.2.1 (Théorème de continuité). On suppose que :


(i) les fonctions fn sont continues sur I pour tout n ;
P
(ii) la série n fn converge uniformément vers S sur I.
Alors la fonction S est continue sur I et l’on a :
 +∞
X  +∞
X
∀ a ∈ I, lim fn (x) = fn (a).
x→a
n=0 n=0

Preuve. Par définition la suite de fonctions continues (Sn )n converge uniformément sur I vers S. Il
suffit donc d’appliquer le Théorème de continuité 3.3.1 à cette suite. 

Puisque la continuité d’une fonctions est une propriété locale on obtient :


P
Corollaire 4.2.2. On suppose que les fonctions fn sont continues sur I et que la série n fn
P+∞
converge uniformément sur tout compact de I vers une fonction S = n=0 fn . Alors S est continue
sur I.
56 4. SÉRIES DE FONCTIONS

Preuve. Si [α, β] est un intervalle compact contenu dans I, le théorème de continuité précédent
s’applique aux restrictions des fn à [α, β]. Par conséquent S est continue sur tout [α, β] ⊂ I et donc
sur I. 

Double limite. Comme nous l’avons déjà signalé au § 3.3 le théorème de continuité pour
la limite d’une suite de fonctions est un un cas particulier d’un théorème d’interversion de deux
limites. Pour les sommes de séries ce résultat prend la forme :

Théorème 4.2.3 (Théorème de la double limite). Soit I = (α, b[ avec −∞ ≤ α < b ≤ +∞. Soit
P
n fn une série de fonctions sur I vérifiant les hypothèses suivantes :
P
(i) n fn converge uniformément vers S sur I ;
(ii) lim fn (x) = un ∈ K existe pour tout n.
x→b
converge vers ` ∈ K et l’on a ` = lim S(x), c’est-à-dire :
P
Alors la série numérique n un
x→b
+∞
X +∞
X
lim fn (x) = lim fn (x).
x→b x→b
n=0 n=0

Remarque. On a un résultat similaire lorsque I =]a, β) avec −∞ ≤ a < β ≤ +∞.

Preuve. Appliquons le Théorème 3.3.4 à la suite de fonctions (Sn )n ⊂ F(I, K). On a Sn −→ S sur I
u
par définition. D’autre part :
n
X n
X
lim Sn (x) = lim fk (x) = uk = `n existe pour tout n.
x→b x→b
k=0 k=0

converge, vers ` ∈ K et ` = lim S(x). 


P
On en déduit que la suite (`n )n converge, i.e. la série n un
x→b

Exemples 4.2.4. 1) Soient I = ] − 1, 1[ et fn : x 7→ fn (x) = xn pour tout n ∈ N. On sait que


1
pour tout x ∈ I. Montrons que cette
P
la série géométrique n fn (x) converge vers S(x) = 1−x
convergence n’est pas uniforme sur I. On remarque que lim fn (x) = un = 1 pour tout n et la série
P x→1 P
n un ne converge donc pas. On déduit du théorème précédent (appliqué avec a = 1) que n fn
ne converge pas uniformément vers S sur I. Notons que lim S(x) = +∞. Pour obtenir ce résultat
x→1
on pourrait aussi observer que lim fn (x) = un = (−1)n pour tout n et que la série n
P
n (−1) ne
x→−1
converge pas ; par contre on a lim S(x) = 12 .
x→−1
(−1)n−1
2) Considérons les fonctions fn : x 7→ fn (x) = pour x ∈ I = ]0, +∞[ et n ≥ 2. Soit
nx
a > 0 ; la série n fn converge uniformément sur [a, +∞[. En effet, de 0 ≤ n1x ≤ n1a pour x ≥ a on
P

tire que la suite de fonctions ϕn : x 7→ ϕn (x) = 1/nx converge uniformément vers 0 sur [a, +∞[.
P
Comme de plus la suite (ϕn (x))n est décroissante, le Théorème 4.1.12 montre que n fn converge
P+∞
uniformément sur [a, +∞[. Puisque les fonctions fn sont continues, la somme S : x 7→ n=2 fn (x)
est continue sur I. Vérifions que la convergence de la série vers S n’est pas uniforme sur I. On a
4.3. DÉRIVABILITÉ 57

lim fn (x) = (−1)n−1 = un . Si


P
n fn converge uniformément sur I, le théorème de la double limite
x→0 P P n−1
donne que la série n un = n (−1) converge, ce qui est absurde.
3) K. Weierstrass a publié, en 1872, le premier exemple de fonction continue sur R qui n’est dérivable
en aucun point de R. Cette fonction est la somme d’une série que l’on peut définir comme suit.
On fixe a et b dans R∗+ et l’on suppose que 0 < a < 1. On définit la suite de fonctions (fn )n≥1
sur R en posant fn (x) = an cos(πbn x) pour x ∈ R. Puisque kfn kR ≤ an et que n
P
na converge,
P P+∞
la série n fn est normalement convergente sur R. Par conséquent la somme F = n=1 fn est
une fonction continue sur R. Weierstrass a démontré que si ab > 1 + 3π/2 (et que b est un entier
impair) alors la fonction F n’est dérivable en aucun point de R 3. En 1916, G. H. Hardy a établi que
l’hypothèse 0 < a < 1 et ab ≥ 1 suffit pour assurer cette non dérivabilité, mais la démonstration
est sensiblement plus difficile.

4.3. Dérivabilité
P
On continue avec les notations du § 4.3. On fixe une série de fonctions n fn sur l’intervalle I.
P+∞
On va étudier la dérivabilité de la somme S = n=0 fn (quand elle existe).

Dérivée de la somme. Commençons par traiter le cas d’un intervalle compact.

Théorème 4.3.1 (Théorème de dérivation terme à terme). Soit J = [α, β], avec α < β, un
P
intervalle fermé borné de R et n fn une série de fonctions sur J satisfaisant aux hypothèses
suivantes :
(i) chaque fonction fn est continue sur J et dérivable sur ]α, β[ ;
(ii) il existe x0 ∈ J tel que la série numérique
P
n fn (x0 ) converge ;
P 0
(iii) la série de fonctions n fn converge uniformément sur ]α, β[.
Alors :
P+∞
∈ C(J, K) ;
P
(1) la série n fn converge uniformément sur J vers une fonction S = n=0 fn
P+∞ 0 
(2) la fonction S est dérivable sur ]α, β[ et l’on a S 0 (x) = n=0 fn (x) pour tout x ∈ ]α, β[,
c’est-à-dire :
 +∞ 0 +∞
fn0 sur ]α, β[.
X X
fn =
n=0 n=0

Remarque. Si l’on suppose les fonctions fn dérivables sur J = [α, β] (i.e. fn dérivable à droite en α
0 P+∞ 0 
converge uniformément sur J, alors on a S 0 (x) =
P
et à gauche en β) et si la série n fn n=0 fn (x)
pour tout x ∈ J = [α, β],

Preuve. On applique le Théorème 3.4.1 à la suite (Sn )n des sommes partielles :

3. La preuve est abordable, voir les arguments dans [G. Valiron, Théorie des fonctions, Masson, 1966, § 77].
58 4. SÉRIES DE FONCTIONS

Pn
(i) les fonctions Sn = k=0 fk sont continues sur J et dérivables sur ]α, β[ puisque les fk le sont ;
P+∞
(ii) il existe x0 ∈ J tel que (Sn (x0 ))n converge (vers n=0 fn (x0 )) ;
Pn
(iii) la suite de fonctions Sn0 = 0
k=0 fk converge uniformément sur ]α, β[ vers une fonction g (car
Sn0 0
P
les sont les sommes partielles de la série n fn ).

On en déduit que (Sn )n converge uniformément sur J vers S, nécessairement continue sur J, et que
S 0 = g. Ceci établit le résultat cherché. 

Soit maintenant I ⊂ R un intervalle quelconque. Comme la continuité, la dérivabilité est une


notion locale. On en déduit :
P
Corollaire 4.3.2. Soit n fn une série de fonctions sur l’intervalle I quelconque satisfaisant aux
hypothèses suivantes :
(i) chaque fonction fn est dérivable sur tout intervalle compact contenu dans I ;
P P+∞
(ii) n fn converge simplement sur I vers la fonction S = n=0 fn ;
P 0
(iii) la série de fonctions n fn converge uniformément sur tout compact de I ;
Alors :
converge uniformément sur tout compact de I vers la fonction S ∈ C(I, K) ;
P
(1) la série n fn
P+∞ 0 
(2) la fonction S est dérivable sur I et l’on a S 0 (x) = n=0 fn (x) pour tout x ∈ I, c’est-à-dire :

 +∞ 0 +∞
fn0 sur I.
X X
fn =
n=0 n=0

Preuve. On applique le théorème précédent aux restrictions des fonctions fn à tout intervalle com-
pact J = [α, β] contenu dans I. 

Série de fonctions de classe C p . On a vu au Théorème 3.4.4 que la limite uniforme sur tout
compact de fonctions de classe C p est encore de classe C p . Un résultat analogue s’en déduit pour
les séries :

Théorème 4.3.3. Soient p ∈ N∗ , I un intervalle quelconque de R et


P
n fn une série de fonctions
satisfaisant aux hypothèses suivantes :
P
(i) n fn converge vers la fonction S sur I ;
(ii) chaque fonction fn est de classe C p sur I ;
(k)
(iii) pour tout k ∈ J1, pK, les séries de fonctions dérivées
P
n fn convergent uniformément sur tout
intervalle compact [α, β] ⊂ I.
Alors :
P
(1) la série n fn converge uniformément sur tout intervalle compact de I vers la fonction S ;
4.4. INTÉGRATION 59

(2) la fonction S est de classe C p sur I et S (k) est la somme (uniforme sur tout compact) des séries
(k) P+∞ (k)
pour k ∈ J1, pK, i.e. : S (k) = pour tout k ∈ J1, pK.
P
n fn n=0 fn

Preuve. On procède par récurrence sur k ∈ J1, pK en appliquant le Théorème 3.4.4 aux suites des
(k)
dérivées (Sn )n des sommes partielles. 

Dans le cas où les fonctions fn sont de classe C ∞ on obtient :


P
Corollaire 4.3.4. Soient I un intervalle quelconque de R et n fn une série de fonctions sur I
satisfaisant aux hypothèses suivantes :
P
(i) n fn converge vers la fonction S sur I ;
(ii) chaque fonction fn est de classe C ∞ sur I ;
(k)
(iii) pour tout k ≥ 1, les séries de fonctions dérivées
P
n fn convergent uniformément sur tout
intervalle compact [α, β] ⊂ I.
Alors :
P
(1) la série n fn converge uniformément sur tout intervalle compact de I vers la fonction S ;
(2) la fonction S est de classe C ∞ sur I et S (k) est la somme (uniforme sur tout compact) des
(k) P+∞ (k)
pour k ≥ 1, i.e. : S (k) = pour tout k ≥ 1.
P
séries n fn n=0 fn

Preuve. On applique le Théorème 4.3.3 pour tout p ∈ N. 


(−1)n
Exemple 4.3.5. Considérons les fonctions fn , n ≥ 1, définies sur I = R+ par fn (x) = .
x+n
Il est clair que fn ∈ C ∞ (I, R)
P
et on a vu à l’Exemple 4.1.13 que la série n fn est uniformément
(k) (−1)n+k 1
convergente sur I. Soit k ∈ N ; il vient fn = . On en déduit que kfn kI ≤ nk+1 et
(x + n)k+1
P (k) P+∞
n fn converge donc normalement sur I pour k ≥ 1 (règle de Riemann). Soit S = n=0 fn ; on
peut appliquer le Corollaire 4.3.4 et on obtient S ∈ C ∞ (I, R) avec :

X (−1)n+k
S (k) (x) =
k=0
(x + n)k+1

pour tout k ∈ N et tout x ≥ 0.

4.4. Intégration

On a vu au § 3.5 des résultats sur l’intégration de la limite d’une suite de fonctions ; ils vont
s’appliquer ici aux séries de fonctions.

Intégration d’une série sur un intervalle compact. Rappelons que l’on peut définir l’in-
tégrale 4 des fonctions continues par morceaux. On suppose que J = [α, β] est un intervalle compact
de R (et pour simplifier que les fonctions sont à valeurs réelles).
4. On peut utiliser l’intégrale de Riemann ou toute autre théorie.
60 4. SÉRIES DE FONCTIONS

P
Théorème 4.4.1 (Théorème d’intégration terme à terme). Soit n fn une série de fonctions
P+∞
continues sur J qui converge uniformément vers la fonction S = n=0 fn sur J. Alors la série
XZ β
numérique fn (t) dt converge et l’on a :
n α

+∞
XZ β Z β Z β +∞
X 
fn (t) dt = S(t) dt = fn (t) dt.
n=0 α α α n=0

Remarque. Comme dans le Théorème 3.5.2 ce résultat est valide pour des fonctions fn continue
par morceaux.

Preuve. On applique le Théorème 3.5.2 à a suite (Sn )n des sommes partielles de la série. Comme
Rβ Rβ Rβ Pn Rβ
Sn −→ S sur J, on obtient que lim Sn (t) dt = α S(t) dt. Puisque α Sn (t) dt = k=0 α fk (t) dt,
u n→+∞ α
le résultat s’ensuit. 

Intégration d’une série sur un intervalle quelconque. On suppose que I = (a, b), avec
−∞ ≤ a < b ≤ +∞, est un intervalle quelconque de R. Si α ∈ I on a introduit dans la Défi-
Rb
nition 3.5.5 la notion de convergence de l’intégrale α h(t) dt pour une fonction continue par mor-
ceaux h sur I. Si l’on écrit I = (a, α]∪[α, b) on en déduit la définition de la convergence de l’intégrale
Rb Rb Rα
de h sur I : on dit que a h(t) dt converge si α h(t) dt et a h(t) dt existent, c’est-à-dire
Z b Z Y
h(t) dt = lim h(t) dt existe. (4.4.1)
a X→a, Y → b X

Nous allons énoncer sans démonstration deux résultats permettant de calculer l’intégrale de la
somme d’une série. Commençons par un théorème « de type Fubini ».

Théorème 4.4.2. Soit (fn )n une suite de fonctions continues par morceaux sur I. On suppose
que :
P P+∞
(i) la série n fn converge simplement vers la fonction S = n=0 fn continue par morceaux
sur I ;
Z b XZ b
(ii) les intégrales |fn (t)| dt sont convergentes pour tout n et la série numérique |fn (t)| dt
a n a
converge.
XZ b Z b
Alors la série numérique fn (t) dt et l’intégrale S(t) dt convergent, de plus on a :
n a a

+∞
XZ b Z b  +∞
X  Z b
fn (t) dt = fn (t) dt = S(t) dt.
n=0 a a n=0 a

Nous avons aussi un théorème « de type convergence dominée » :

Théorème 4.4.3. Soit (fn )n une suite de fonctions continues par morceaux sur I. On suppose
que :
4.4. INTÉGRATION 61

P P+∞
(i) la série n fn converge simplement vers la fonction S = n=0 fn continue par morceaux
sur I ;
(ii) il existe une fonction g, continue par morceaux sur I, telle que :
n
X
∀ n ∈ N, ∀ t ∈ I, |Sn (t)| = fk (t) ≤ g(t);
k=0
Z b
(iii) l’intégrale g(t) dt converge.
a
Z b
Alors l’intégrale S(t) dt converge et l’on a :
a
+∞
XZ b Z b  +∞
X  Z b
fn (t) dt = fn (t) dt = S(t) dt.
n=0 a a n=0 a

où fn est définie, pour n ∈ N∗ , sur R par :


P
Exercice. Étudions la série n fn

e−nx
fn (x) = .
1 + n2
Observons que les fonctions fn sont de classe C ∞ sur R.
P
Convergence. Si x < 0 on a lim fn (x) = +∞, donc n fn (x) diverge. Remarquons que
n→+∞
1
|fn (x)| ≤ 2 pour tout x ≥ 0 et tout n ∈ N∗ , donc la série n fn converge normalement (donc
P
n
uniformément) sur R+ vers la fonction continue S = +∞
P
n=1 fn . Nous allons par conséquent étudier
la série sur l’intervalle I = [0, +∞[.
Dérivabilité. Le calcul des dérivées successives donne pour tout k ∈ N :
nk −nx
fn(k) (x) = (−1)k e pour tout x ∈ R+ .
1 + n2
(k) n k (k) (k)
On a fn (0) = (−1)k 1+n k 1
2 ; il vient donc fn (0) ∼ (−1) n2−k . Par conséquent la série
P
n fn (0)
(dont les termes sont de signe constant) diverge pour tout k ≥ 1.
(k)
Soit a > 0. Si x ∈ [a, +∞[ il vient |fn (x)| ≤ αn = nk e−na . Remarquons que lim n2 αn =
n→+∞
lim nk+2 e−na = 0, il en résulte que la série
P
n→+∞ n αn converge (cf. Théorème 2.3.8). On en déduit
(k)
convergent normalement sur [a, +∞[ pour tout k ∈ N. Elles
P
que les séries de fonctions n fn
convergent donc normalement sur tout compact de ]0, +∞[ et le Corollaire 4.3.4 assure que S est
de classe C ∞ sur ]0, +∞[ avec :
+∞
(k) k
X nk −nx
S (x) = (−1) e pour tout x > 0.
n=1
1 + n2
(k)
ne converge pas uniformément sur ]0, +∞[ lorsque k ≥ 1. Pour le voir,
P
Observons que n fn
(k) (k)
utilisons le théorème de la double limite. On sait que lim fn (x) = fn (0) existe ; si la série
x→0
62 4. SÉRIES DE FONCTIONS

P (k) P (k)
n fn était uniformément convergente sur ]0, +∞[ le Théorème 4.2.3 impliquerait que n fn (0)
converge, ce qui est faux comme on l’a vu ci-dessus.
P
Intégration. Par le Théorème 4.4.1 on peut intégrer terme à terme la série n fn sur tout
intervalle compact [α, β] ⊂ [0, +∞[.
Étudions l’intégration sur l’intervalle [0 + ∞[. Le calcul fournit pour n ≥ 1 :
Z +∞ Z +∞ Z +∞ −nt
e −1 h
−nt
i+∞ 1
|fn (t)| dt = fn (t) dt = dt = e = .
0 0 0 1 + n2 2
n(1 + n ) 0 n(1 + n2 )
P 1
Par la règle de Riemann, la série n n(1+n2 ) converge. Le Théorème 4.4.2 s’applique donc et donne :
Z +∞  +∞
X e−nt  Z +∞  +∞ +∞
X Z +∞ +∞
X  X 1
dt = fn (t) dt = fn (t) dt = .
0 n=1
1+ n2 0 n=1 n=1 0 n=1
n(1 + n2 )
Chapitre 5

Séries entières

5.1. Définitions et convergence

Définition et exemples. Les notions relatives aux séries de fonctions à valeurs dans K ont
été introduites au Chapitre 4

où fn (z) = an z n avec z ∈ K
P
Définition 5.1.1. Une série entière est une série de fonctions n fn
et an ∈ K pour tout n. Les scalaires an sont appelés les coefficients de la série ; on écrit
P n
n an z
P n P
Lorsque les an sont réels et que x ∈ R on dit que la série entière
ou n an x à la place de n fn .
P n
n an x est réelle.

n pour un p ∈ N∗ (c’est-à-dire que les coefficients an


P
Il se peut que la série s’écrive n≥p an z
ne sont définis que pour n ≥ p) ; son étude se fait de la même manière. Les théorèmes démontrés
sur les séries de fonctions vont s’appliquer aux séries entières. Nous avons déjà rencontrés plusieurs
exemples.

PN k
Exemples 5.1.2. 1) Un polynôme k=0 ak z est une série entière dont les coefficients sont nuls
pour k > N .
P zn 1 z
2) La série exponentielle n n! a pour coefficients an = n! et converge vers e pour tout z. Elle
zn rn
converge normalement sur {z ∈ K : |z| ≤ r} pour tout r ∈ R+ car n! ≤ n! .
P n converge sur le disque D = {z ∈ K : |z| < 1} et elle converge
3) La série géométrique nz
normalement sur {z ∈ K : |z| ≤ r} pour tout r ∈ R+ tel que r < 1, puisqu’alors |z n | ≤ rn . On sait
que cette série ne converge pas uniformément sur D car la suite de fonctions (z 7→ z n )n ne converge
pas uniformément vers 0 sur D, voir Exemples 3.2.7.
4) Considérons la série entière réelle
P n−1 xn . On a |(−1)n−1 xn /n| ≤ rn pour |x| ≤ r (et
n (−1) n
n ≥ 1), donc la série converge normalement sur tout intervalle [−r, r] si r < 1. On a vu dans
l’Exemple 2.6.2 qu’elle converge également pour x = 1.
1
Montrons qu’il y a convergence uniforme sur [0, 1]. On intègre l’égalité 1+t = 1 − t + ··· +
tn
(−1)n−1 tn−1 + (−1)n 1+t pour obtenir

(−1)n−1 n
Z x Z x n
dt 1 t
ln(1 + x) = = x − x2 + · · · + x + (−1)n dt.
0 1+t 2 n 0 1+t
63
64 5. SÉRIES ENTIÈRES

Pn k−1 xk /k ;
Soit Sn (x) = k=1 (−1) il vient pour x ∈ [0, 1] :
Z x n Z 1
t 1
|ln(1 + x) − Sn (x)| = dt ≤ tn dt = .
0 1+t 0 n+1
1 n−1 xn
converge uniformément vers la fonction x 7→ ln(1+x)
P
Comme lim = 0 la série n (−1)
n→+∞ n+1 n
sur [0, 1].
Il n’y a pas convergence uniforme sur ] − 1, 0]. Supposons que ce soit le cas. Soit 0 <  < 1 ; le
critère de Cauchy uniforme, cf. Théorème 4.1.5, donne n0 ∈ N tel que si n0 ≤ p < q, alors :
q
X xk
|Sq (x) − Sp (x)| = (−1)k−1 ≤ .
k=p+1
k

up+1 uq
En posant u = −x ∈ [0, 1[ on obtient p+1 + ··· + q ≤  et en faisant tendre u vers 1 il vient
q−p 1 1
≤ + · · · + ≤ .
q p+1 q
q−p
Mais alors lim q = 1 fournit une contradiction.
q→+∞

Nous allons voir que ces exemples sont typiques du comportement d’une série entière. Signalons
P n
auparavant que la convergence de n an z n’implique absolument pas que les an tendent vers 0
P n
quand n → +∞. L’exemple de n z , où an = 1 pour tout n, le montre ; on peut très bien avoir
lim an = +∞, cf. 5) dans les Exemples 5.1.10.
n→+∞
Proposition 5.1.3. Soit
P n une série entière. On suppose qu’il existe un z0 6= 0 tel que la
n an z
suite (an z0n )n est bornée, i.e. :

∃ A ≥ 0, ∀ n ∈ N, |an z0n | ≤ A.

On a :
(1) si 0 ≤ r < |z0 |, alors la série n converge normalement dans le disque fermé D0 (0, r) =
P
n an z
{z ∈ K : |z| ≤ r} ;
(2) si |z| < |z0 | la série
P n
n an z converge absolument.

Remarque. Rappelons que si K = R le disque D0 (0, r) n’est autre que l’intervalle compact [−r, r].

Preuve. Soient r < |z0 | et z ∈ K tel que |z| ≤ r. On observe que :


n n
z r

|an z n | = |an z0n | ≤ αn = A .
z0 |z0 |
r
converge, ce qui prouve la converge normale sur le disque D0 (0, r).
P
Puisque |z0 | < 1 la série n αn
Soit z tel que |z| < |z0 | ; il existe alors un r > 0 tel que |z| < r < |z0 |. La convergence normale
sur D0 (0, r) implique alors la convergence absolue de n
P
n an z sur ce disque. 

Cette proposition va nous permettre de définir le rayon de convergence d’un série entière.
5.1. DÉFINITIONS ET CONVERGENCE 65

Rayon de convergence. On fixe une série entière


P n.
n an z

Notation 5.1.4. On définit un sous-ensemble J de R+ et un élément R de R+ = R+ ∪ {+∞} en


posant :
J = {ρ ∈ R+ tel que la suite (|an |ρn )n est bornée} et R = sup J.

Remarquons que :
— J n’est pas vide car 0 ∈ J ;
— J majoré ⇐⇒ R ∈ R+ ;
— J non majoré ⇐⇒ R = +∞.

Théorème 5.1.5. Soit R comme dans la Notation 5.1.4. Alors :


(1) si R = 0 la série
P n
n an z ne converge que pour z = 0 ;
(2) si R = +∞ la série
P n
n an z converge absolument pour tout z et est normalement convergente
sur D0 (0, r) pour tout r ≥ 0 ;
(3) si R ∈ R∗+ , on a
P n converge absolument pour tout |z| < R ;
— n an z
zn diverge (grossièrement) pour tout |z| > R ;
P
— n an
zn converge normalement dans tout disque D0 (0, r) où 0 ≤ r < R ;
P
— n an
— si |z| = R on ne peut a priori pas conclure 1.

Preuve. (1) On a J = {0}, donc pour z 6= 0 la suite (|an ||z|n )n n’est pas bornée et par conséquent
(an z n )n ne tend pas vers 0. La série diverge donc (grossièrement).
(2) Puisque J n’est pas borné, pour tout r > 0 il existe ρ ∈ J tel que ρ > r. On peut alors
appliquer la Proposition 5.1.3 avec z0 = ρ et le résultat s’ensuit.
(3) Supposons 0 ≤ r < R ; il existe alors ρ ∈ J tel que r < ρ. La Proposition 5.1.3 (avec z0 = ρ)
n converge normalement dans le disque D0 (0, r). Si z est tel que |z| < R, il
P
montre que n an z
existe ρ ∈ J et r > 0 tel que |z| < r < ρ ; la même proposition implique que
P n
n an z converge
absolument. Si |z| > R, la suite (|an ||z|n |) n n’est pas bornée et donc la série diverge. Nous verrons
dans les Exemples 5.1.10 ci-après les différents comportements possibles de la série pour |z| = R. 

Définition 5.1.6. Soit


P n une série entière. L’élément R = sup J ∈ R+ défini dans la
n an z
Notation 5.1.4 est appelé le rayon de convergence de la série entière. Le disque D(0, R), avec la
convention D(0, +∞) = K, est le disque de convergence (on parle d’intervalle de convergence lorsque
K = R) 2 de n.
P
n an z

1. Le comportement de la série ne résulte pas d’un théorème général.


2. Rappelons à nouveau que si K = R on a D(0, R) =] − R, +R[.
66 5. SÉRIES ENTIÈRES

Remarques 5.1.7. Signalons des conséquences immédiates du Théorème 5.1.5.


P n converge pour tout z ∈ D(0, R). Le plus grand sous-ensemble de K sur
1) On sait que n an z
zn
P
lequel n an converge est appelé l’ensemble, ou domaine, de convergence de la série, il contient
donc le disque de convergence.
2) Si R = 0 on a D(0, 0) = ∅ et n converge dans D0 (0, 0) = {0}, qui est le domaine de
P
n an z
convergence.

Nous pouvons interpréter la définition du rayon de convergence de la manière suivante :

Corollaire 5.1.8. Soit


P n une série entière de rayon de convergence R. Soit R0 ∈ R+ ; on
n an z
suppose que la série converge pour |z| < R0 et qu’elle diverge pour |z| > R0 . Alors R0 est égal au
rayon de convergence R de
P n.
n an z

Preuve. On tire du Théorème 5.1.5 :


P n converge si |z| < R, d’où R0 ≥ R ;
— la série n an z
zn diverge si |z| > R, d’où R0 ≤ R.
P
— la série n an
On a donc R0 = R. 

On peut donner une autre caractérisation du rayon de convergence.

Corollaire 5.1.9. Soit


P n
n an z une série entière de rayon de convergence R. Alors on a :
n converge} = sup ρ ∈ R+ : lim an ρn = 0 .

R = sup {ρ ∈ R+ :
P
n an ρ n→+∞

Preuve. On sait que pour 0 ≤ ρ < R la série


P n converge ; il vient donc R ≤ R1 =
n an ρ
sup {ρ ∈ R+ : ρn ρn converge, on a nécessairement lim an ρn = 0
P P
n an converge}. Si la série n an n→+∞
et il s’ensuit que R ≤ R1 ≤ R2 = sup ρ ∈ R+ : lim an ρn = 0 .

n→+∞
Soit z ∈ K. Si |z| > R2 , il existe alors ρ ∈ R+ tel que ρ ≤ |z| et la suite (an ρn )n ne tend pas vers 0.
Par conséquent la limite de la suite (an z n )n n’est pas nulle et n
P
n an z diverge grossièrement. Si
|z| < R2 , il existe ρ ∈ R+ tel que |z| ≤ ρ < R2 et lim an ρn = 0. La suite (an ρn )n est donc bornée
P n→+∞
n
et la Proposition 5.1.3 implique que la série n an z converge. Il résulte du Corollaire 5.1.8 que
R = R2 , d’où R = R1 = R2 . 

Exemples 5.1.10. 1) Un polynôme a pour rayon de convergence +∞.


2) Le rayon de convergence de la série exponentielle est +∞, cf. Exemples 5.1.2.
n xn est R = 0. En effet (n|x|)n = en ln n+n ln |x| =
P
3) Le rayon de convergence de la série entière nn
e(n ln n)(1+ln |x|/ ln n) tend vers +∞ si x 6= 0.
P n
4) Le rayon de convergence de la série géométrique nz est R = 1. Elle ne converge en aucun
point tel que |z| = 1, donc D(0, 1) est son ensemble de convergence.
P zn
5) Plus généralement, si a 6= 0 le rayon de convergence de la série entière n an est égal à |a| car
5.1. DÉFINITIONS ET CONVERGENCE 67

z n
 P+∞ z n a
converge pour |z/a| < 1 et diverge pour |z/a| > 1. Observons que = − z−a
P
n a n=0 an pour
|z| < |a|.
6) La série entière réelle
P n−1 xn a pour rayon de convergence R = 1. Si ρ > 1 on a
n≥1 (−1) n
lim ρn /n = +∞, donc R = sup J ≤ 1. On a vu dans le 4) des Exemples 5.1.2 que la série
n→+∞
P −1
converge pour |x| < 1, d’où R = 1. Pour x = −1 on obtient la série n n , qui diverge. On a
déjà montré, loc. cit, que la série converge pour x = 1. Par conséquent l’ensemble de convergence
de
P n−1 xn est l’intervalle ] − 1, 1] (qui contient strictement l’intervalle de convergence
n≥1 (−1) n
] − 1, 1[).

Calcul du rayon de convergence. Rappelons que l’on a établi au § 2.5 des règles de conver-
gence pour les séries numériques, en particulier les règles de d’Alembert et Cauchy (voir Théo-
rème 2.5.2 et Théorème 2.5.3). Nous allons en déduire des formules pour le rayon de convergence
d’une série entière.
Commençons par la règle de d’Alembert. Nous adoptons la convention suivante : si ` = +∞,
alors 1/` = 0 et si ` = 0, alors 1/` = +∞.

Théorème 5.1.11 (Formule de d’Alembert). Soit


P n
n an z
une série entière de rayon de conver-
an+1
gence R telle que an 6= 0 à partir d’un certain rang. On suppose que ` = lim ∈ R+ existe.
n→+∞ an
1 an
Alors R = , ou encore R = lim (si cette limite existe dans R+ ).
` n→+∞ an+1

un+1 an+1
Preuve. Posons un = an z n pour tout n et supposons z 6= 0. Il vient un = an |z| et donc
un+1
lim un = `|z| ∈ R+ (en convenant que +∞|z| = +∞).
n→+∞ P
Si `|z| > 1 (y compris ` = +∞) alors par le Théorème 2.5.2 la série n un diverge, c’est-à-dire :
|z| > 1/` implique zn
P P
n an divergente. Si `|z| < 1 le Théorème 2.5.2 donne que la série n un
converge, c’est-à-dire : |z| < 1/` implique zn
P
n an convergente. Le Corollaire 5.1.8 fournit donc
1
R= . 
`
P n /n!, P n xn , P zn
Exemples. 1) On retrouve que le rayon de convergence des séries nz nn n an et
P n−1 xn sont, respectivement, R = +∞, R = 0, R = |a| et R = 1 puisque an+1 1
n≥1 (−1) n an = n+1 ,
(n+1)n+1 1 n
nn = (n + 1)(1 + 1/n)n , |a| et n+1 .
P zn an+1 1
2) Soit α ∈ R et considérons la série entière n nα . Alors an = (1+1/n) α tend vers 1 quand

n → +∞. On a donc R = 1. Rappelons que sur le bord du disque de convergence D(0, 1) la série
peut, ou non, converger ; par exemple, si 0 < α < 1 elle converge pour z = −1 et diverge pour
z = 1.

Utilisons maintenant la règle de Cauchy.


68 5. SÉRIES ENTIÈRES

Théorème 5.1.12 (Formule de Cauchy). Soit


P n
n an z
une série entière de rayon de convergence
q
n 1
R. On suppose que ` = lim |an | ∈ R+ existe. Alors R = .
n→+∞ `

an+1 p
n
Remarque. Rappelons, cf. Proposition 2.3.15, que si lim = ` alors ` = lim |an |.
n→+∞ an n→+∞

Preuve. Considérons un = an z n pour tout n. Par hypothèse on a lim n
un = |z|` (en convenant
n→+∞
que +∞|z| = +∞ si z 6= 0).
P
Si `|z| > 1 (y compris ` = +∞) alors, par le Théorème 2.5.3, la série n un diverge, c’est-à-dire :
|z| > 1/` implique zn
P P
n an divergente. Si `|z| < 1 le Théorème 2.5.3 donne que la série n un
converge, c’est-à-dire : |z| < 1/` implique zn
P
n an convergente. Le Corollaire 5.1.8 fournit donc
1
R= . 
`
Exemple. Soient a > 0 et b > 0. Considérons la série n an z n où la suite (an )n est définie par
P
√ √
a2n = an bn et a2n+1 = an+1 bn . Alors lim n an = ab (voir la preuve de la Proposition 2.3.15)
n→+∞
1
et donc R = √ . Rappelons que la limite de (an+1 /an )n n’existe pas si a 6= b et on ne peut donc
ab
pas utiliser, dans ce cas, la formule de d’Alembert.

n
p
n
|an | n’ait
P
Soit n an z une série entière. Il arrive fréquemment que la suite de terme général
pas de limite (et donc la suite (|an+1 |/|an |)n n’en a pas). C’est souvent le cas pour une série non
nulle telle que an = 0 pour une infinité d’indices n. On peut parfois se ramener à une application
de la formule de Cauchy, comme dans l’exemple suivant.
q
Exemple. Supposons que la suite (an )n vérifie a2p+1 = 0 pour tout p. Si lim 2p
|a2p | = ` 6= 0,
p→+∞
p
n
la suite ( |an |)n n’a pas de limite. On peut montrer que R = 1/` en effectuant un changement
P n P 2 )p P p en posant bp = a2p et x = z 2 . La série entière
d’indice. On écrit n an z = p a2p (z = p bp x q
P p 2 p
|bp | = `2 . Donc
P n
n bp x a pour rayon de convergence 1/` puisque lim
p→+∞ n an z converge,
resp. diverge, si |z 2 | < 1/`2 i.e. |z| < 1/`, resp. |z 2 | > 1/`2 i.e. |z| > 1/`. On a donc R = 1/`.
Le même argument permet de traiter le cas des séries entières telles que a2p = 0 pour tout p : on
P n P 2 )p et l’on pose bp = a2p+1 , x = z 2 .
écrit n an z =z p a2p+1 (z

P n.
Dans le cas général il existe une formule pour exprimer le rayon de convergence de n an z
Avant de donner cette formule, rappelons tout d’abord la définition de la limite supérieure d’une
suite (un )n de nombres réels. On dit que λ ∈ R est une valeur d’adhérence de (un )n s’il existe une
suite extraite (uφ(n) )n qui converge vers λ. La limite supérieure de la suite (un )n est alors la plus
grande valeur d’adhérence de (un )n ; on la note lim supn un , c’est un élément de R.
En revenant à la définition R = sup J (cf. Notation 5.1.4) il n’est pas très difficile d’établir le
résultat suivant :
5.2. SOMME ET PRODUIT 69

Théorème 5.1.13 (Formule de Cauchy-Hadamard). Soit


P n
n an z une série entière. Le rayon de
convergence de la série est donné par :
1
R= p .
lim supn n |an |
Exemple. Considérons la suite réelle (an )n définie par :




(−1)n si n ≡ 0 (mod 3) ;

an = 1 1 n

 2 + n si n ≡ 1 (mod 3) ;


n si n ≡ 2 (mod 3).

1
p
n

On vérifie que la suite |an | n
possède deux valeurs d’adhérence : 2 et 1. On en déduit que le
xn
P
rayon de convergence de n an est R = 1.

5.2. Somme et produit

L’ensemble des séries entières à coefficients dans K est un sous-espace vectoriel de l’espace
vectoriel des séries de fonctions définies sur K, la somme de deux séries entières et la multiplication
par un scalaire sont données par :
X X X X X
an z n + bn z n = (an + bn )z n , λ an z n = (λan )z n .
n n n n n

Il résulte de la Définition 2.5.4 que cet espace vectoriel est stable par le produit de Cauchy :
X  X  X X
ap z p . bq z q = cn z n avec cn = ap bq pour tout n.
p q n p+q=n

Théorème 5.2.1. Soient


P n P n
n an z et n bn z deux séries entières de rayon de convergence res-
pectifs R1 et R2 . Alors :
(1) pour tout λ ∈ K∗ le rayon de convergence de λ n
P
n an z est égal à R1 ;
(2) le rayon de convergence R de
P n P n
n an z + n bn z est supérieur ou égal à min(R1 , R2 ) ;
(3) si R1 6= R2 on a R = min(R1 , R2 ).
En particulier, si |z| < min(R1 , R2 ) on a (dans K) :
+∞
X  +∞
X  +∞
X
ap z p + bq z q = (an + bn )z n .
p=0 q=0 n=0

Preuve. (1) est évident (noter que si λ = 0 alors λ


P n
n an z = 0 a +∞ pour rayon de convergence).
(2) Soit |z| < min(R1 , R2 ) ; puisque zn n convergent on en déduit que R ≥
P P
n an et n bn z
min(R1 , R2 ).
(3) Supposons, par exemple, R1 < |z| < R2 et donc min(R1 , R2 ) = R1 . Alors
P n
n an z di-
zn zn zn diverge, d’où R ≤ R1 . Ainsi
P P P
verge et n bn converge, par conséquent n an + n bn
70 5. SÉRIES ENTIÈRES

R = R1 = min(R1 , R2 ).
La dernière assertion découle de (2). 

Théorème 5.2.2. Soient


P n P n
n an z et n bn z deux séries entières de rayon de convergence res-
P  P 
pectifs R1 et R2 . Alors le produit de Cauchy p q
p ap z . q bq z a un rayon de convergence
R ≥ min(R1 , R2 ). En particulier, si |z| < min(R1 , R2 ) on a (dans K) :
+∞
X +∞
X  +∞
X X 
ap z p bq z q = ap bq z n .
p=0 q=0 n=0 p+q=n

Preuve. Posons un = an z n , vn = bn z n et wn =
P P
p+q=n up vq , de sorte que n wn est le produit de
P n P n. P P
Cauchy de n an z et n bn z On sait que les séries n un et n vn sont absolument convergentes
pour |z| < min(R1 , R2 ). Le Théorème 2.5.6 donne que
P
n wn est absolument convergente pour ces
nombres z et qu’alors
 +∞
X  +∞
X  +∞
X
un vn = wn .
n=0 n=0 n=0
Ceci démontre les assertions du théorème. 
P n n n P 1
Exemples. 1) Les séries nx
n 2 x ont pour rayon de convergence R1 = 1 et R2 =
et 2
1
(cf. Exemples 5.1.10). La somme n (2n + 1)xn a pour rayon de convergence R = min(R1 , R2 ) =
P
2
n+1 +1
puisque lim 2 2n +1 = 2. Pour |x| < 21 on peut écrire :
n→+∞

+∞ +∞ +∞
1 1 X X X 2 − 3x
+ = xp + 2q xq = (1 + 2n )xn = .
1 − x 1 − 2x p=0 q=0 n=0
(1 − x)(1 − 2x)
P n) a pour rayon de convergence R3 = 1, mais la somme
P n P n)
La série n (−x nx + n (−x =0a
pour rayon de convergence R = +∞ > min(R1 , R3 ) = 1.
xn et 1 − x ont pour rayon de convergence R = 1 et R = +∞. Le produit de
P
2) Les séries 1 2
P n 
n
Cauchy est n x .(1 − x) = 1, donc son rayon de convergence est R = +∞ = max(R1 , R2 ) >
min(R1 , R2 ).
3) Généralisons l’exemple 1). Soit F (x) = P (x)/Q(x) une fraction rationnelle à coefficients dans C,
c’est-à-dire que P (x), Q(x) ∈ C[x] sont des polynômes (on peut les supposer premiers entre eux).
On sait que
R(x)
F (x) = f (x) + avec f (x), R(x) ∈ C[x] et deg R(x) < deg Q(x).
Q(x)
Le rayon de convergence de f (x) est +∞ et la fraction rationnelle R(x)/Q(x) se décompose en
éléments simples :
s X mj
R(x) X ak,j
= où ak,j ∈ C et mj ∈ N∗ .
Q(x) j=1 k=1 (x − αj )k
5.3. CONTINUITÉ, DÉRIVATION, INTÉGRATION 71

On suppose que tous les αj sont non nuls, i.e. 0 n’est pas un pôle de F (x). Le 5) des Exemples 5.1.10
1 1 P+∞ n
montre que l’on a =− n=0 x/αj pour |x| < |αj |. Il résulte alors du Théorème 5.2.1
x − αj αj
et du Théorème 5.2.2 que pour |x| < min(|α1 |, . . . , |αs |) on peut écrire F (x) = +∞ n
P
n=0 cn x comme
somme d’une série entière.

5.3. Continuité, dérivation, intégration

Nous allons appliquer les résultats du Chapitre 4 aux séries entières, même s’ils sont valides
pour z ∈ C nous nous limiterons à les énoncer pour x ∈ R. Rappelons que si an ∈ K et n ∈ N la
(k)
fonction fn : x 7→ an xn est de classe C ∞ sur R avec fn (x) = n(n − 1) · · · (n − k + 1)an xn−k pour
(k) n
0 ≤ k ≤ n et fn (x) = 0 pour k > n. Soit
P
n an x une série entière de rayon de convergence R > 0,
on désigne par
+∞
X
S : ] − R, R[ −→ K, x 7−→ S(x) = an xn ,
n=0
la fonction qui est la somme de la série sur son intervalle de convergence ] − R, R[.

Continuité. On va utiliser la continuité de la fonction x 7→ an xn .

Proposition 5.3.1. Soit


P n
n an x une série entière de rayon de convergence R > 0. Alors la
fonction S est continue sur l’intervalle ] − R, +R[.

Preuve. Soit 0 ≤ r < R. Par le Théorème 5.1.5 on sait que la série


P n
n an x converge normalement
sur l’intervalle [−r, r]. Le Corollaire 4.2.2 prouve la continuité de la fonction S sur ] − R, R[. 

Dérivation. Commençons par établir la dérivabilité de la fonction S.

Lemme 5.3.2. Soit


P n
n an x une série entière de rayon de convergence R.
+ 1)an+1 xn est égal à R.
P
(1) Le rayon de convergence de la série entière n (n
(2) La fonction S est dérivable sur ] − R, R[ et l’on a :
+∞ +∞
0
X X
n
S (x) = (n + 1)an+1 x = nan xn−1 .
n=0 n=1

Preuve. (1) Supposons |x| > R. On sait que xn diverge car la suite (an xn )n ne tend pas
P
n an
vers 0, voir la preuve du Théorème 5.1.5. Alors
1 1
|(n + 1)an+1 xn | = (n + 1)|an+1 xn+1 | ≥ |an+1 xn+1 |
|x| |x|
+ 1)an+1 xn diverge grossièrement.
P
montre que la série n (n
Supposons |x| < R et soit r tel que |x| < r < R. La suite (|an |rn )n est donc bornée par A > 0 et il
vient :
A
|(n + 1)an+1 xn | ≤ un = (n + 1) |xn |.
rn+1
72 5. SÉRIES ENTIÈRES
 
un+1 n+2 x un+1 x P
On a un = n+1 r , donc lim = < 1 et la règle de d’Alembert montre que n un
n→+∞ un r
xn
P
converge. Par conséquent n (n + 1)an+1 converge (absolument).
+ 1)an+1 xn est égal à R.
P
On a ainsi démontré que le rayon de convergence de n (n
(2) Compte tenu de (1) les hypothèses du Corollaire 4.3.2, avec fn (x) = an xn et I =] − R, R[,
sont satisfaites. Le résultat s’ensuit. 

On en déduit le cas général :

Théorème 5.3.3. Soit


P n
n an x une série entière de rayon de convergence R. Alors la somme S de
la série est une fonction de classe C ∞ sur ] − R, R[. Les dérivées de S sont de rayon de convergence
égal à R et l’on a pour tout k ∈ N :

(i) S (k) (x) = +∞ n


n=0 (n + k)(n + k − 1) · · · (n + 1)an+k x =
+∞
n=k n(n − 1) · · · (n − k + 1)an x
n−k ;
P P

1
(ii) ak = S (k) (0) ;
k!
(iii) S = 0 sur ] − r, r[ avec 0 < r < R ⇐⇒ an = 0 pour tout n ∈ N.

Preuve. On raisonne par récurrence sur k. Le cas k = 0 est évident et le cas k = 1 a été démontré
P
dans le Lemme 5.3.2. Si l’assertion est vraie pour k on applique ce lemme à la série n≥0 (n +
k)(n + k − 1) · · · (n + 1)an+k xn qui est de somme S (k) sur son intervalle de convergence ] − R, R[.
0
On en déduit que S (k) = S (k+1) a le même intervalle de convergence et est donnée par la formule
voulue, d’où le (i). On obtient (ii) en observant que S (k) (0) = k(k − 1) · · · 1.ak + 0 + · · · = k! ak . Le
(iii) résulte immédiatement de (ii). 

Il en résulte que deux séries entières qui coïncident sur un intervalle ouvert contenant 0 sont
égales :

Corollaire 5.3.4. Soit


P n, P n,
n an x resp. n bn x une série entière de rayon de convergence R1 ,
resp. R2 , et de somme S, resp. T . Si S = T sur ] − r, r[ avec 0 < r < min(R1 , R2 ), alors an = bn
pour tout n ∈ N.

− bn )xn dont la somme est S −


P
Preuve. On applique le (iii) du Théorème 5.3.3 à la série n (an
T = 0. 

Intégration. On continue avec les mêmes notations.

Théorème 5.3.5. Soit


P n
n an x une série entière de rayon de convergence R. Alors, pour tout
intervalle compact [α, β] ⊂ ] − R, R[ on a :
Z β +∞
X  +∞
X Z β
n
an t dt = an tn dt.
α n=0 n=0 α
5.4. DÉVELOPPEMENT EN SÉRIE ENTIÈRE 73

En particulier, pour tout x ∈ ] − R, R[ :


Z x Z x +∞ +∞
X  X an n+1
S(t) dt = an tn dt = x .
0 0 n=0 n=0
n+1

Preuve. On applique le Théorème 4.4.1 à la suite de fonctions fn : cette suite converge normalement
sur tout intervalle [−r, r] ⊂ ] − R, R[ si 0 ≤ r < R, donc sur [α, β]. On peut alors intégrer terme à
terme la série, d’où la première assertion. En prenant [α, β] = [0, x], ou [x, 0], on obtient la deuxième
assertion. 
1
= +∞ n n
n=0 (−1) x pour x ∈ ] − 1, 1[. Il vient donc :
P
Exemples 5.3.6. 1) On sait que
1+x
+∞
xn+1
Z x
1 X
ln(1 + x) = dt = (−1)n pour |x| < 1.
0 1+t n=0
n+1
1
2) En prenant x = t2 dans 1) on obtient = +∞ n 2n pour |t| < 1, donc
P
n=0 (−1) t
1 + t2
Z x +∞ 2n+1
1 n x
X
arctan(x) = dt = (−1) pour |x| < 1.
0 1 + t2 n=0
2n + 1

Il faut remarquer que dans les exemples précédents le domaine de définition des fonctions
x 7→ ln(1 + x) et x 7→ arctan(x), qui sont ] − 1, +∞[ et R, contiennent strictement l’intervalle de
convergence ] − 1, 1[ des séries qui servent à les exprimer. Nous allons étudier cette situation dans
la section suivante.

5.4. Développement en série entière


P n
Nous avons vu que si n an x une série entière de rayon de convergence R, sa somme S est
une fonction de classe C∞ sur I = ] − R, R[. On peut se demander s’il existe une réciproque à ce
résultat : étant donnée une fonction f de classe C ∞ sur un intervalle I de R contenant 0, existe-t-il
P+∞ n
un R > 0 tel que f (x) = n=0 an x pour |x| < R ? La réponse à cette question est négative ; un
exemple est donné par la fonction définie sur R par :

e−1/x2

si x 6= 0 ;
f (x) = (5.4.1)
0

si x = 0.

Une récurrence immédiate montre que f est de classe C ∞ sur R∗ , sa dérivée k-ième étant de la forme
p(x) 2
f (k) (x) = 3k e−1/x où p(x) est un polynôme de degré < 3k. Il en résulte que lim f (k) (x) = 0 ; on
x x→0
en déduit que f est k-fois dérivable en 0 avec f (k) (0) = 0. Si l’on pouvait écrire f (x) = +∞ n
P
n=0 an x
1 (n)
pour |x| < R on aurait an = n! f (0) = 0 pour tout n (cf. Théorème 5.3.3), ce qui impliquerait
f (x) = 0 pour tout |x| < R et une contradiction.
74 5. SÉRIES ENTIÈRES

Définition 5.4.1. Soit f : I → K une fonction définie sur un intervalle I contenant 0. On dit que f
est développable en série entière au voisinage de 0, s’il existe un R > 0 et une série entière
P n
n an x
P+∞ n
telle que f (x) = n=0 an x pour x ∈ ] − R, R[.

Remarque 5.4.2. On dit qu’une fonction ϕ : I → K est développable en série entière au voisinage
d’un point x0 ∈ I s’il existe une suite numérique (an )n et un R > 0 tels que la série de fonctions
P+∞
avec ϕn (x) = (x − x0 )n , converge vers ϕ sur ]x0 − R, x0 + R[, i.e. ϕ(x) = n=0 an (x − x0 )
n
P
n an ϕn ,
pour |x − x0 | < R. Remarquons qu’en posant f (x) = ϕ(x + x0 ), cette définition équivaut à dire que
la fonction f est développable en série entière au voisinage de 0. Nous nous limiterons donc, sans
perte de généralité, à l’étude des développements au voisinage de 0.

Nous avons déjà rencontré des exemples de fonctions développables en séries entières au voisi-
1
nage de 0, e.g. x 7→ ex , x 7→ 1−x , x 7→ ln(1 + x), x 7→ arctan(x), etc.
On sait par le Théorème 5.3.3 qu’une fonction f développable en série entière sur ] − R, R[ est
nécessairement de classe C ∞ sur ] − R, R[.

Proposition 5.4.3. Soient f, g deux fonctions développables en séries entières sur ] − R, R[.
(1) La somme f + g et le produit f g sont développables en séries entières sur ] − R, R[.
(2) Les dérivées de f sont développables en séries entières sur ] − R, R[.
Z x
(3) La prinitive F : x 7→ F (x) = f (t) dt est développable en série entière sur ] − R, R[.
0

Preuve. Les assertions résultent des théorèmes 5.2.1, 5.2.2, 5.3.3 et 5.3.5. 

Remarque. Les résultats cités dans la preuve du théorème précédent montrent que :
– le développement en série entière de f + g, resp. f g, s’obtient en faisant la somme, resp. le produit
(de Cauchy), de ceux de f et g ;
– les développements en séries entières des dérivées de f , ou d’une primitive de f , peuvent être
obtenus en dérivant, ou intégrant, terme à terme le développement en série entière de f . C’est ce
qui a été fait dans les Exemples 5.3.6.

Nous allons donner une condition nécessaire et suffisante pour qu’une fonction f soit dévelop-
pable en série entière au voisinage de 0. Nous aurons besoin d’utiliser la formule de Taylor ; nous
en donnons deux formes ci-dessous. Pour utiliser la formule de Taylor-Lagrange nous supposerons
que f est à valeurs réelles ; le cas général se traite en séparant partie réelle et partie imaginaire.
On fixe une fonction f de classe C ∞ sur un intervalle I = ] − a, a[ contenant 0. Le polynôme de
Taylor à l’ordre de n de f (en 0) est :
n
X f (k) (0) k
Tn (x) = Tn (f )(x) = x
k=0
k!
5.4. DÉVELOPPEMENT EN SÉRIE ENTIÈRE 75

Il existe alors une fonction x 7→ Rn (f )(x) = Rn (x), appelée le reste de Taylor à l’ordre n, tel que

f (x) = Tn (x) + Rn (x) pour x ∈ ] − a, a[. (5.4.2)

Il y a plusieurs expressions possible du reste de Taylor, citons :


xn+1
(1) le reste de Taylor-Lagrange (f à valeurs réelles) : Rn (x) = f (n+1) (c) pour un c
(n + 1)!
strictement compris entre 0 et x ;
(x − t)n (n+1)
Z x
(2) le reste de Taylor sous forme d’intégrale : Rn (x) = f (t) dt.
0 n!

Définition 5.4.4. Soit f une fonction de classe C ∞ sur un intervalle I de R contenant 0. La série
P f (n) (0) n
de Taylor de f en 0 est la série entière n n! x .

Pn f (k) (0) k
Observons que le polynôme de Taylor Tn (x) = k=0 k! x est la n-ième somme partielle de
la série de Taylor de f . Rappelons qu’il peut arriver que la série de Taylor de f soit de rayon de
convergence nul alors que f est non nulle sur tout intervalle ] − R, +R[, voir l’exemple de la fonction
définie en (5.4.2).
Avec ces notations on obtient :

Théorème 5.4.5 (Développement en série de Taylor). Soit f une fonction de classe C ∞ sur un
intervalle I de R contenant 0. On écrit f (x) = Tn (x) + Rn (x) où Tn , resp. Rn , est le polynôme,
resp. reste, de Taylor de f à l’ordre n. Pour que f soit développable en série entière au voisinage
de 0, il faut et il suffit qu’il existe R > 0 tel que lim Rn (x) = 0 pour tout x ∈ ] − R, R[ (i.e. la
n→+∞
suite de fonctions (Rn )n converge vers 0 sur ] − R, R[). Dans ce cas, f est la somme de sa série de
Taylor sur ] − R, R[ :
+∞
X f (n) (0) n
f (x) = x pour |x| < R.
n=0
n!

Preuve. Puisque Tn (x) est la n-ième somme partielle de la série de Taylor de f , l’égalité f (x) =
P+∞ f (n) (0) n
n=0 n! x pour |x| < R est équivalente à

lim (f (x) − Tn (x)) = lim Rn (x) = 0 pour |x| < R,


n→+∞ n→+∞

d’où le théorème. 

Corollaire 5.4.6. Soit f une fonction de classe C ∞ sur un intervalle I de R contenant 0. S’il
existe R > 0 et A ∈ R+ tel que

|f (k) (t)| ≤ A pour tout k ∈ N et |t| < R,

alors f est développable en série entière au voisinage de 0.


76 5. SÉRIES ENTIÈRES

Preuve. Utilisons le reste de Taylor-Lagrange de f (ou de ses parties réelle et imaginaire). Il vient :
xn+1 Rn+1
|f (x) − Tn (x)| = |Rn (x)| = f (n+1) (c) ≤A
(n + 1)! (n + 1)!
Rn+1
pour tout n ∈ N et |x| < R. Comme lim = 0, le Théorème 5.4.5 donne le résultat. 
n→+∞ (n+1)!

Il faut noter que dans le corollaire ci-dessus on demande une borne uniforme en k et en t.
C’est ainsi le cas pour la fonction f : x 7→ sin x ou cos x sur R puisque f (k) (t) = ± sin t ou ± cos t
est borné par 1. Ces fonctions sont donc développables en séries entières sur R (voir 1) dans les
Exemples 5.4.7 pour un autre argument).
Faisons deux remarques, conséquences de la Proposition 5.4.3.
– Si f est développable en série de Taylor on obtient les séries de Taylor des dérivées, ou des
primitives, de f en dérivant, ou intégrant, terme à terme la série de Taylor de f .
– Si f et g sont développables en séries de Taylor, les séries de Taylor de f + g, resp. f g, sont
obtenues en faisant la somme, resp. le produit (de Cauchy), de celles de f et g.

Exemples 5.4.7. 1) Puisque les fonctions exponentielles x 7→ e±x et x 7→ e±ix sont développables
en séries entières (au voisinage de 0) sur R, c’est le cas pour toutes les fonctions que l’on construit
en faisant des sommes ou produits de ces fonctions. On peut ainsi obtenir le développement de
Taylor de x 7→ cos x, x 7→ cosh x, x 7→ sin x, x 7→ sinh x, etc.
1
2) Connaissant le développement de Taylor de f : x 7→ 1−x sur ] − 1, 1[ on en déduit celui de ses
1
dérivées x 7→ f (k) (x) = (1−x)k
. On a par exemple :
1 1
= 1 + 2x + 3x2 + 4x3 + · · · , = 1 + 3x + 6x2 + 10x3 + · · ·
(1 − x)2 (1 − x)3
pour |x| < 1. (Voir le 3) pour une généralisation.)
3) L’un des exemples les plus importants est celui de la « fonction binôme » x 7→ (1+x)α . Rappelons
que si u ∈ R∗+ et α ∈ R on pose uα = eα ln(u) . On définit alors la fonction f sur ] − 1, +∞[ par :

f (x) = (1 + x)α = eα ln(1+x) . (5.4.3)

Afin d’unifier les notations et de généraliser la définition du coefficient binomial entier, on introduit
α
un coefficient binomial généralisé k pour tout α ∈ R et k ∈ N en posant :
! !
α α(α − 1) · · · (α − k + 1) α
= pour k ≥ 1 et =1
k k! 0
En utilisant ces notations on peut écrire le développement de Taylor de f sous la forme :
+∞
!
X α k
(1 + x)α = x pour |x| < 1. (5.4.4)
k=0
k
5.5. DÉVELOPPEMENT DE (1 + x)α 77

Pour ne pas alourdir la présentation des exemples, la démonstration de cette égalité est reportée
au § 5.4.
1
4) Grâce au développement de t 7→ √1
1−t
= (1 − t)− 2 (ici α = − 12 ) et en prenant t = x2 pour
1
|x| < 1 on trouve le développement de Taylor de g : x 7→ (1 − x2 )− 2 . Puisque les fonctions
arcsin : [−1, 1] → [−π/2, π/2] et arccos : [−1, 1] → [0, π] ont pour dérivées, respectivement, g et
−g, on obtient 3 en intégrant le développement de Taylor de g et −g ceux des fonctions arcsinus et
arccosinus pour |x| < 1 :
1 x3 1 × 3 × 5 × · · · × (2n − 1) x2n+1
arcsin(x) = x + + ··· + + ···
2 3 2 × 4 × 6 × · · · × 2n 2n + 1
π 1 x3 1 × 3 × 5 × · · · × (2n − 1) x2n+1
arccos(x) = − x − − ··· − − ···
2 2 3 2 × 4 × 6 × · · · × 2n 2n + 1
5) On a montré dans l’exemple 3) à la fin du § 5.2 qu’une fraction rationnelle x 7→ F (x), dont
les pôles α1 , . . . , αs sont non nuls, possède un développement de Taylor sur ] − R, R[ où R =
min(|α1 |, . . . , |αs |). Pour établir ce résultat on peut également utiliser le développement de Taylor
(−1)m (−1)m
de 1
(x−αj )m = αm m = αm (1 − x/αj )−m que l’on trouve à l’aide de l’exemple 3).
j (1−x/αj ) j

5.5. Développement de (1 + x)α

On rappelle que x 7→ f (x) = (1 + x)α est définie sur I = ] − 1, +∞[ par f (x) = eα ln(1+x) ,
cf. (5.4.3). Si α = 0 la fonction f est égale à 1 et son développement est trivialement égal à
P+∞ 0 k α
k=0 k x = 1, voir la définition de k . Nous supposerons donc α 6= 0. La fonction f est de classe
C ∞ et l’on a, pour tout k ∈ N :
!
α−k α
f (k)
(x) = α(α − 1) · · · (α − k + 1)(1 + x) = k! (1 + x)α−k . (5.5.1)
k
En effet, la formule est vraie pour k = 0 et si elle l’est pour k on dérive pour obtenir
k k
Y 1 (α−k) ln(1+x) Y
f (k+1) (x) = (α − j) e = (α − j)e(α−k) ln(1+x)−ln(1+x)
j=0
1+x j=0
k
!
Y
α−(k+1) α
= (α − j)(1 + x) = (k + 1)! (1 + x)α−(k+1)
j=0
k+1

comme voulu.
Écrivons la formule de Taylor à l’ordre n avec reste intégral au point 0 ∈ I, voir (5.4.2). Compte
tenu de (5.5.1) il vient :
n
! !Z
X α k α x
f (x) = x + Rn (x) où Rn (x) = (n + 1) φ(x, t)n (1 + t)α−1 dt
k=0
k n+1 0

3. Les calculs sont laissés au lecteur.


78 5. SÉRIES ENTIÈRES

x−t
avec φ(x, t) = . Montrons que :
1+t
|φ(x, t)| ≤ |x| pour tout x ∈ I et t entre 0 et x.
x−t t−x
Remarquons que |φ(x, t)| = 1+t si x ≥ 0 et |φ(x, t)| = 1+t si x < 0. Si x ≥ 0 on a 0 ≤ t ≤ x et
x−t t−x
1+t ≤ x = |x|. Si x < 0, de −1 < x ≤ t ≤ 0 on tire 1+t < −x = |x|. Ceci prouve que |φ(x, t)| ≤ |x|.
Puisque |φ(x, t)n | ≤ |x|n et (1 + t)α−1 > 0, en intégrant (selon le signe de x) de 0 à x, ou de x
à 0, on obtient :
Z x Z 0 Z x
φ(x, t)n (1 + t)α−1 dt = φ(x, t)n (1 + t)α−1 dt ≤ |x|n (1 + t)α−1 dt .
0 x 0
Z x ix
1h 1
Le calcul fournit K(x) = (1 + t)α−1 dt = (1 + t)α = [(1 + x)α − 1], d’où :
0 α 0 α
!
α
|Rn (x)| ≤ (n + 1) |x|n |K(x)|.
n+1
α  α(α−1)···(α−n)
Posons bn = (n + 1) n+1 = n! . On a
bn+1 α − (n + 1)
= −→ 1 quand n → +∞.
bn n+1
P n
Le rayon de convergence de la série entière n bn x est donc égal à 1. Ceci implique en particulier
α 
que lim bn xn = 0 lorsque |x| < 1 et on obtient lim (n + 1) n
n+1 |x| |K(x)| = 0 pour |x| < 1. Il
n→+∞ n→+∞
s’ensuit que lim Rn (x) = 0 pour tout x ∈ ] − 1, 1[. Le Théorème 5.4.5 s’applique et on en déduit
n→+∞
le développement en série entière annoncé en (5.4.4) :
+∞
!
α
X α k
(1 + x) = x pour |x| < 1.
k=0
k
Chapitre 6

Séries de Fourier

6.1. Séries trigonométriques

Fonctions périodiques. Soit T un réel > 0. Une fonction F : R → C est dite périodique de
période T , ou T -périodique, si :

F (x + T ) = F (x) pour tout x ∈ R.

Remarquons que l’on obtient alors F (x + mT ) = F (x) pour tout m ∈ Z. Si F est T -périodique, ses
parties réelle et imaginaire le sont ; par exemple, les fonctions suivantes sont T -périodiques :

x 7→ e2iπx/T , x 7→ cos(2πx/T ), x 7→ sin(2πx/T ).

Soit F une fonction T -périodique ; posons f (u) = F (T u/2π). Alors, la fonction f est 2π-
périodique. Réciproquement, si f est 2π-périodique la fonction F définie par F (x) = f (2πx/T )
est T -périodique. Par suite : il n’y a pas de perte de généralité à travailler avec les fonctions 2π-
périodiques, ce que nous ferons dans tout ce chapitre.
On pose :

F2π (R, C) = {f : R → C : f 2π-périodique},


C2π (R, C) = {f : R → C : f 2π-périodique et continue}.

Il est facile de voir que C2π (R, C) ⊂ F2π (R, C) sont des sous-espaces vectoriels du C-espace vectoriel
F(R, C). En revenant à la définition on montre que si f est 2π-périodique et dérivable sur R, alors
f 0 est aussi 2π-périodique. On étend les notations précédentes en posant, pour k ∈ N ∪ {+∞},
k
C2π (R, C) = {f : R → C : f 2π-périodique et de classe C k }.

La connaissance d’une fonction 2π-périodique sur une période, c’est-à-dire un intervalle de la


forme I = [a, a + 2π[, ]a, a + 2π] ou [a, a + 2π], pour a ∈ R, détermine la fonction f sur R. En effet,
si x ∈ R et m = E((x − a)/2π) on a 2mπ ≤ x − a < 2(m + 1)π, donc a ≤ x − 2mπ < a + 2π
implique
f (x) = f (x − 2mπ) avec x − 2mπ ∈ I.
Par conséquent la restriction de f à I = [a, a + 2π[ détermine f (on fait un raisonnement similaire
lorsque I =]a, a + 2π]). Inversement, si ϕ : I → C est une fonction quelconque on peut lui associer

79
80 6. SÉRIES DE FOURIER

une unique fonction 2π-périodique f en posant

f (x) = ϕ(x − 2mπ) où m = E((x − a)/2π).

On dit alors que l’on a prolongé ϕ par périodicité. Les choix de a les plus fréquents sont a = 0 ou
a = −π, auxquels cas l’intervalle I est

[0, 2π[ ou ]0, 2π], [−π, π[ ou ] − π, π].

Définition 6.1.1. Un polynôme trigonométrique de degré ≤ n est une fonction de la forme


n
X
x 7→ P (x) = [ak cos(kx) + bk sin(kx)] où ak , bk ∈ C pour tout k.
k=0

Une série trigonométrique est une série (de fonctions) de la forme 1


a0 X
+ [ak cos(kx) + bk sin(kx)] où ak , bk ∈ C pour tout k.
2 k≥1

a0
où hn : x 7→
P
Remarque. Dans cette définition la série de fonctions associée est 2 + n≥1 hn
an cos(nx)+bn sin(nx). Pour alléger la rédaction on ne fera pas de différence entre les deux écritures.

Il est clair qu’un polynôme trigonométrique est une fonction 2π-périodique. Les sommes par-
a0 Pn
tielles Sn = 2 + k=1 [ak cos(kx) + bk sin(kx)] d’une série trigonométrique sont des polynômes
P+∞
trigonométriques. Si cette série converge sur R, sa somme S : x 7→ n=0 [ak cos(kx) + bk sin(kx)]
appartient donc à F2π (R, C).
Donnons la forme exponentielle de la définition précédente. On rappelle que :
1 1 ikx
eikx = cos(kx) + i sin(kx), cos(kx) = (eikx + e−ikx ), sin(kx) = (e − e−ikx ). (6.1.1)
2 2i
On en tire
ak cos(kx) + bk sin(kx) = ck eikx + c−k e−ikx
où l’on a posé :
1 1 1
c0 = a0 , ck = (ak − ibk ) et c−k = (ak + ibk ) pour k ≥ 1. (6.1.2)
2 2 2
Avec ces notations on a donc 2 :

ak = ck + c−k , bk = i(ck − c−k ) pour k ≥ 0. (6.1.3)

1. La présence de a20 s’explique lorsque l’on considére la forme exponentielle, voir (6.1.3) et (6.1.5), et les coefficients
de Fourier d’une fonction, cf. Proposition 6.2.5.
2. Observer que a0 = c0 + c−0 = 2c0 .
6.1. SÉRIES TRIGONOMÉTRIQUES 81

On obtient ainsi les écritures sous forme exponentielle :


n n
ck eikx + c−k e−ikx
X X  
P (x) = [ak cos(kx) + bk sin(kx)] = (6.1.4)
k=0 k=0
a0 X
ck eikx + c−k e−ikx .
X 
+ [ak cos(kx) + bk sin(kx)] = c0 + (6.1.5)
2 k≥1 k≥1

Remarquons que les fonctions

hn : x 7→ an cos(nx) + bn sin(nx) = cn einx + c−n e−inx

sont de classe C ∞ sur R. Nous pourrons donc appliquer à la série trigonométrique c0 +


P
k≥1 hk tous
les résultats du Chapitre 4. En particulier, le corollaire suivant découle de la Proposition 4.1.14 :

Corollaire 6.1.2. Soient (cn )n∈N et (c−n )n∈N∗ deux suites réelles positives décroissantes (à partir
d’un certain rang) telles que lim cn = lim c−n = 0. Alors la série (6.1.5) converge simplement
n→+∞ n→+∞
pour x ∈ R r 2πZ et uniformément sur tout intervalle compact [α, β] ∈ R r 2πZ.

Convergence normale. Les conditions du Corollaire 6.1.2 ne sont pas toujours réalisées et ce
résultat ne permet pas de traiter la convergence des séries trigonométriques générales. Nous allons
commencer par examiner le problème de la convergence normale.
Soit
a0 X
ck eikx + c−k e−ikx
X 
+ [ak cos(kx) + bk sin(kx)] = c0 +
2 k≥1 k≥1
une série trigonométrique comme dans (6.1.5).

Lemme 6.1.3. On a :
(1) |cn | + |c−n | ≤ |an | + |bn | ≤ 2(|cn | + |c−n |) ;

n (|cn | + |c−n |) converge ⇐⇒ n (|an | + |bn |) converge.


P P
(2)

Preuve. (1) Par définition des cn , an , bn il vient (cf. (6.1.2)) :


1 1
|cn | + |c−n | ≤ (|an | + | − ibn |) + (|an | + |ibn |) = |an | + |bn |.
2 2i
La deuxième inégalité résulte alors de |an | ≤ |cn | + |c−n | et |bn | ≤ |cn | + |c−n |, cf. (6.1.3).
(2) résulte de (1) grâce au théorème de comparaison sur les séries à termes positifs. 

ck eikx + c−k e−ikx une série trigonométrique. Les assertions


P  
Théorème 6.1.4. Soit c0 + k≥1
suivantes sont équivalentes :
(i) la série est normalement convergente sur R :

n (|cn | + |c−n |) converge :


P
(ii) la série

n (|an | + |bn |) converge.


P
(iii) la série
82 6. SÉRIES DE FOURIER

Preuve. L’équivalence de (ii) et (iii) a été établie au Lemme 6.1.3. Rappelons que la convergence
cn einx + c−n e−inx converge. Le théorème résulte donc de
P
normale signifie que la série n sup
x∈R
l’assertion :
sup cn einx + c−n e−inx = |cn | + |c−n |. (6.1.6)
x∈R
On a clairement cn einx + c−n e−inx ≤ |cn | + |c−n | pour tout x. Démontrons l’inégalité inverse. Pour
1
n ∈ Z on écrit cn = ρn eiθn avec ρn = |cn | ≥ 0 et θn ∈ R. Soit t = 2n (θ−n − θn ) ; il vient :
1 1 1 1
θn + nt = θn + (θ−n − θn ) = (θn + θ−n ), θn − nt = θ−n − (θ−n − θn ) = (θn + θ−n ).
2 2 2 2
On en tire
i
cn eint + c−n e−int = (ρn + ρ−n )e 2 (θn +θ−n ) = |ρn + ρ−n | = |cn | + |c−n |.

Par conséquent sup cn einx +c−n e−inx ≥ cn eint +c−n e−int ≥ |cn |+|c−n |, ce qui prouve (6.1.6). 
x∈R

Signalons la conséquence suivante pour la dérivabilité d’une série trigonométrique :

Corollaire 6.1.5. On conserve les notations du Théorème 6.1.4. Soit k ∈ N ; on suppose que la
P k (|c | + |c−n |) converge. Alors la série trigonométrique converge normalement sur R et
série nn n
P+∞ 
cn einx + c−n e−inx est de classe C k sur R. De plus, pour tout

sa somme S : x 7→ S(x) = c0 + n=1
p ∈ J1, kK on a :
+∞
(in)p cn einx + (−in)p c−n e−inx .
X
S (p) (x) =
 

n=1

k (|c | + |c
−n |)
P
Remarque. Le Lemme 6.1.3 montre que la convergence de la série nn n équivaut à
nk (|a n| + |bn |).
P
celle de n

(p)
Preuve. Rappelons que la fonction hn : x 7→ cn einx + c−n e−inx est de classe C ∞ . On a hn (x) =
(p)
(in)p cn einx +(−in)p c−n e−inx pour tout p ∈ N ; les
P
n hn sont donc des séries trigonométriques. En
np (|cn | + |c−n |) ≤ nk (|cn | + |c−n |) pour p ≤ k, l’hypothèse implique que n np (|cn | +
P
outre, comme
P (p)
|c−n |) converge. Puisque |(±in)p c±n | = np |c±n | pour tout n ∈ N, les séries n hn sont normalement
convergentes sur R pour p ≤ k par le Théorème 6.1.4. Le résultat découle donc du théorème de
dérivation terme à terme, cf. Théorème 4.3.3. 

Unicité des coefficients. Nous admettrons le résultat qui suit ; il est fondamental pour l’étude
des séries trigonométriques et l’unicité du développement en série de Fourier (voir § 6.2 et § 6.3).
Sa démonstration est un peu délicate. Le lecteur intéressé se reportera au Théorème (3.1) du
Chapitre IX dans [A. Zygmund, Trigonometric Series, vol. I, Cambridge University Press, 1986],
ou à son exposition par B. Randé dans [Unicité du développement en série trigonométrique, Revue
de Mathématiques Spéciales, mai-juin 1998, pp. 984-988].
6.2. SÉRIES DE FOURIER 83

Théorème 6.1.6 (Cantor, Riemann). On suppose que la série trigonométrique


a0 X
ck eikx + c−k e−ikx
X 
+ [ak cos(kx) + bk sin(kx)] = c0 +
2 k≥1 k≥1

converge sur R et que sa somme est nulle. Alors an = bn = 0 pour tout n ∈ N (i.e. cn = c−n = 0
pour tout n ∈ N).

On en déduit :

a0 a00 0 cos(kx) + b0k sin(kx)]


P P
Corollaire 6.1.7. Soient 2 + k≥1 [ak cos(kx) + bk sin(kx)] et 2 + k≥1 [ak
deux séries trigonométriques qui convergent sur R et dont les sommes sont égales. Alors an = a0n
et bn = b0n pour tout n ∈ N.

Preuve. Le Théorème 6.1.6 appliqué à la série


a0 − a00 X 
(ak − a0k ) cos(kx) + (bk − b0k ) sin(kx)

+
2 k≥1

fournit le résultat. 

6.2. Séries de Fourier

On cherche à répondre à la question suivante.


Étant donnée une fonction 2π-périodique f : R → C, trouver des conditions pour
qu’il existe une série trigonométrique convergente de somme égale à f .
Sans mettre des conditions sur f il est évidemment impossible de répondre à cette question ; nous
verrons dans la section suivante des cas où l’on peut obtenir une réponse positive. Des questions
supplémentaires se posent : quel type de convergence impose-t-on ? y a-t-il unicité de la série trigono-
métrique ? Commençons par préciser la classe de fonctions avec laquelle nous allons travailler. Cette
classe contient celle des fonctions 2π-périodiques continues (ou de classe C k ) introduite au § 6.1.

Fonctions de classe C k par morceaux. On fixe un intervalle compact I = [a, b] de R.

Définition 6.2.1. Soit f : I → C une fonction. On dit que f est continue par morceaux sur I s’il
existe une subdivision
a = a0 < a1 < · · · < an−1 < an = b
telle que pour i ∈ J0, n − 1K :
(i) f est continue sur l’intervalle ouvert ]ai , ai+1 [, ;
(ii) f est prolongeable par continuité à [ai , ai+1 ], c’est-à-dire que lim f (x) et lim f (x)
x→(ai )+ x→(ai+1 )−
existent.
84 6. SÉRIES DE FOURIER

On note CM(I, C) l’ensemble des fonctions continues par morceaux sur I. Pour I = [a, a + 2π]
on note
CM2π (R, C) = F2π (R, C) ∩ CM(I, C)
l’ensemble des fonctions 2π-périodiques sur R et continues par morceaux sur I ; on prendra souvent
I = [0, 2π] ou [−π, π].

Remarques 6.2.2. 1) L’ensemble CM(I, C) est un sous-espace vectoriel de l’ensemble des fonctions
sur I et CM2π (R, C) est un sous-espace vectoriel de l’ensemble des fonctions 2π-périodiques sur R.
De plus, ces sous-espaces sont stables par produit.
Z b
2) Si f ∈ CM(I, C) l’intégrale f (t) dt existe. De plus si g ∈ CM(I, C) vérifie f (x) = g(x) sauf
a Z b Z b
pour un nombre fini de x ∈ I, alors f (t) dt = g(t) dt.
a a

On peut généraliser la définition aux fonctions de classe C k :

Définition 6.2.3. Soient f : I → C une fonction et k ∈ N ∪ {+∞}. On dit que f est de classe C k
par morceaux sur I s’il existe une subdivision

a = a0 < a1 < · · · < an−1 < an = b

telle que pour i ∈ J0, n − 1K :


(i) f est de classe C k sur l’intervalle ouvert ]ai , ai+1 [, ;
(ii) f possède un prolongement de classe C k à [ai , ai+1 ] (i.e. les dérivées d’ordre ≤ k à droite et à
gauche existent en ai et ai+1 ).

On note CMk (I, C) l’ensemble des fonctions de classe C k par morceaux sur I et

CMk2π (R, C) = F2π (R, C) ∩ CMk (I, C)

l’ensemble des fonctions 2π-périodiques sur R et continues par morceaux sur une période I =
[a, a+2π]. Il est clair que CMk (I, C) et CMk2π (R, C)
 
k k
sont des suites décroissantes d’ensembles
(pour l’inclusion). Comme dans le cas k = 0, où l’on a CM0 (I, C) = CM(I, C), les ensembles
CMk (I, C) et CMk2π (R, C) sont des espaces vectoriels stables par multiplication.

Coefficients de Fourier. Commençons par la définition :

Définition 6.2.4. On fixe une fonction 2π-périodique f : R → C. Lorsque les intégrales qui suivent
existent :
(1) les coefficients de Fourier exponentiels 3 de f sont
Z 2π
1
cn (f ) = f (t)e−int dt pour n ∈ Z.
2π 0
3. On dit aussi coefficients de Fourier complexes.
6.2. SÉRIES DE FOURIER 85

(2) les coefficients de Fourier trigonométriques 4 de f sont


Z 2π Z 2π
1 1
an (f ) = f (t) cos(nt) dt, bn (f ) = f (t) sin(nt) dt pour n ∈ N.
π 0 π 0

Remarque. Les coefficients de Fourier existent donc pour toute fonction 2π-périodique continue
par morceaux. Observons que b0 (f ) = 0, on définit donc souvent les bn (f ) pour n ≥ 1. On posera
cn = cn (f ), an = an (f ) et bn (f ) = bn s’il n’y a pas de confusion possible.

On résume dans la proposition qui suit les principales propriétés élémentaires des coefficients
de Fourier.

Proposition 6.2.5. On conserve les mêmes notations.


(1) On a :
1 1 1
c0 (f ) = a0 (f ), cn (f ) = (an (f ) − ibn (f )), c−n (f ) = (an (f ) + ibn (f )) pour n ≥ 1,
2 2 2
an (f ) = cn (f ) + c−n (f ), bn (f ) = i(cn (f ) − c−n (f )) pour tout n ≥ 0.

(2) Soit α ∈ R, alors


Z α+2π Z α+2π Z α+2π
1 1 1
cn (f ) = f (t)e−int dt, an (f ) = f (t) cos(nt) dt, bn (f ) = f (t) sin(nt) dt.
2π α π α π α
pour tout n.
(3) Si f, g sont deux fonctions 2π-périodiques et λ ∈ C, alors cn (λf + g) = λcn (f ) + cn (g), an (λf +
g) = λan (f ) + an (g) et bn (λf + g) = λbn (f ) + bn (g) pour tout n. De plus si f et g ne diffèrent qu’en
un nombre fini de points, on a cn (f ) = cn (g), an (f ) = an (g) et bn (f ) = bn (g) pour tout n.
(4) Si f est paire on a, pour tout n :
Z π
2
cn (f ) = c−n (f ), an (f ) = f (t) cos(nt) dt, bn (f ) = 0.
π 0

Si f est impaire on a, pour tout n :


Z π
2
cn (f ) = −c−n (f ), bn (f ) = f (t) sin(nt) dt, an (f ) = 0.
π 0

(5) Si f est à valeurs réelles, an (f ) ∈ R et bn (f ) ∈ R pour tout n. Plus généralement, soit f : R → C


la fonction définie par f (x) = f (x) ; alors f est 2π-périodique et on a cn (f ) = c−n (f ) pour tout n.
(6) S’il existe M ∈ R+ tel que |f (t)| ≤ M pour tout t ∈ [0, 2π], alors |cn (f )| ≤ M , |an (f )| ≤ 2M et
|bn (f )| ≤ 2M pour tout n.

Remarque. On prend fréquemment α = −π dans (2) ; il vient ainsi :


Z π Z π Z π
1 1 1
cn (f ) = f (t)e−int dt, an (f ) = f (t) cos(nt) dt, bn (f ) = f (t) sin(nt) dt.
2π −π π −π π −π

4. On dit aussi coefficients de Fourier réels.


86 6. SÉRIES DE FOURIER

Preuve. (1) Il suffit d’écrire


Z 2π Z 2π
1 1
an ± ibn = f (t)[cos(nt) ± i sin(nt)] dt = f (t)e±int dt = 2c∓n .
π 0 π 0

(2) Il vient (en posant x = t + 2π dans la troisième intégrale de la première ligne) :


Z α+2π Z 0 Z 2π Z α+2π
f (t)e−int dt = f (t)e−int dt + f (t)e−int dt + f (t)e−int dt
α α 0 2π
Z 0 Z 2π Z α
= f (t)e−int dt + f (t)e−int dt + f (x)e−inx dx
α 0 0
Z 2π Z 0 Z α
= f (t)e−int dt (car f (t)e−int dt = − f (x)e−inx dx)
0 α 0
= 2πcn .

Le résultat pour les an , bn découle alors de (1).


(3) La linéarité de l’intégrale entraîne celle des applications f 7→ cn (f ), f 7→ an (f ) et n 7→ bn (f ).
Il est classique que l’intégrale d’une fonction (quand elle existe) ne change pas si l’on modifie la
fonction en un nombre fini de points.
(4) Supposons f paire ; en utilisant le (2) avec α = −π et en faisant le changement de variable
x = −t on obtient :
Z π Z π
1 −int 1
cn (f ) = f (t)e dt = f (x)einx dt = c−n (f ).
2π −π 2π −π

L’assertion pour les an , bn résulte alors de (1). La preuve est similaire dans le cas où f est impaire.
(5) On écrit
Z 2π Z 2π Z 2π
1 −int 1 1
cn (f ) = f (t)e dt = f (t)eint dt = f (t)eint dt = c−n (f ).
2π 0 2π 0 2π 0

Puisque f est à valeurs réelles si, et seulement si, f = f , on obtient dans ce cas cn (f ) = c−n (f ) et
an (f ), bn (f ) ∈ R résulte de (1).
Z 2π Z 2π
(6) On utilise |f (t)e−int | = |f (t)| ≤ M et g(t) dt ≤ |g(t)| dt pour toute fonction g intégrable.
0 0
On trouve ainsi le résultat pour cn et celui pour an ou bn est conséquence (par exemple) de (1). 

Avant d’aborder l’étude de la convergence des séries de Fourier, voir § 6.3, nous allons nous
assurer que les suites (cn )n , (an )n , (bn )n des coefficients de Fourier ont pour limite 0. Ce résultat
peut être démontrer à l’aide d’un théorème général (que nous admettons) :

Théorème 6.2.6 (Lemme de Riemann-Lebesgue). Soit f : [a, b] → R une fonction intégrable,


e.g. continue par morceaux. Alors on a
Z b Z b
−iλt
lim f (t)e dt = lim f (t)eiλt dt = 0
λ→+∞ a λ→+∞ a
6.2. SÉRIES DE FOURIER 87

et donc Z b Z b
lim f (t) cos(λt) dt = lim f (t) sin(λt) dt = 0.
λ→+∞ a λ→+∞ a

Pour « justifier » ce théorème, indiquons la preuve lorsque f est une fonction de classe C 1 . Soit
λ > 0, une intégration par parties fournit :
Z b Z b
1 ±iλb 1
f (t)e±iλt dt = [e f (b) − e±iλa f (a)] − f 0 (t)e±iλt dt.
a ±iλ ±iλ a

Comme f et f0 sont continues ce sont des fonctions bornées sur [a, b], disons par A ∈ R+ . En
utilisant |e±iλt | = 1 il vient
Z b
2A A
f (t)e±iλt dt ≤ + (b − a).
a λ λ
en faisant tendre λ vers +∞ on obtient le résultat voulu. On utilise ensuite les formules (6.1.1)
pour traiter les assertions avec cos(λt) et sin(λt).
Le corollaire qui suit résulte du lemme de Riemann-Lebesgue en prenant λ = n ∈ N. On en
donnera une autre démonstration au Corollaire 6.4.3.

Corollaire 6.2.7. Si f ∈ CM2π (R, C), alors on a :

lim cn (f ) = lim c−n (f ) = lim an (f ) = lim bn (f ) = 0.


n→+∞ n→+∞ n→+∞ n→+∞

On a signalé au § 6.1 que si f est 2π-périodique et dérivable, sa dérivée f 0 est 2π-périodique.


On va comparer les coefficients de Fourier de f à ceux de f 0 .
k (R, C). Alors :
Théorème 6.2.8. Soient k ∈ N et f ∈ C2π
(1) cn (f (k) ) = (in)k cn (f ) pour tout n ∈ Z (en particulier cn (f 0 ) = incn (f )) ;
(2) les suites nk c±n (f ) n , nk an (f ) et nk an (f )
  
n n
convergent vers 0 (en particulier elles sont
bornées).
k−1
Remarque. Le théorème est vrai si l’on suppose f ∈ CMk2π (R, C) et f ∈ C2π (R, C), i.e. f de
classe C k−1 et de classe C k par morceaux (dans la preuve qui suit, ces hypothèses autorisent à
faire une intégration par parties et à utiliser le fait que la fonction continue par morceaux f (k) est
bornée).

Preuve. (1) On procède par récurrence sur k Le cas k = 0 est évident. Supposons l’assertion vraie
pour f (k) . Alors, à l’aide d’une intégration par parties on obtient :
Z 2π h i2π Z 2π
2πcn f (k+1) = f (k+1) (t)e−int dt = f (k) (t)e−int f (k) (t)e−int dt

+ in
0 0 0
Z 2π
f (k+1) (t)e−int dt = 2π incn f (k)

= in
0
= 2π(in)k+1 cn (f ) par hypothèse de récurrence.
88 6. SÉRIES DE FOURIER

(2) Puisque f (k) est continue sur [0, 2π], donc bornée, on déduit de (1) et de la propriété (5) de
la Proposition 6.2.5 que les suites considérées sont bornées. Pour obtenir qu’elles convergent vers 0
on fait appel au Corollaire 6.2.7 appliqué à la fonction f (k) . 

Série de Fourier. On fixe une fonction 2π-périodique f intégrable sur [0, 2π], e.g. f ∈
CM2π (R, C) ; on peut donc définir ses coefficients de Fourier, cf. Définition 6.2.4. Remarquons
que le (1) de la Proposition 6.2.5 implique :

ak (f ) cos(kx) + bk (f ) sin(kx) = ck (f )eikx + c−k (f )e−ikx pour tout x ∈ R.

Définition 6.2.9. La série trigonométrique


a0 (f ) X
ck (f )eikx + c−k (f )e−ikx
X 
S[f ] = + [ak (f ) cos(kx) + bk (f ) sin(kx)] = c0 (f ) +
2 k≥1 k≥1

est appelée la série de Fourier associée à f . Si la série S[f ] converge au point x, sa somme est notée

a0 (f ) +∞ +∞
ck (f )eikx + c−k (f )e−ikx
X X 
S(f )(x) = + [ak (f ) cos(kx) + bk (f ) sin(kx)] = c0 (f ) +
2 k=1 k=1

On dit souvent que f est développable en série de Fourier sur une partie E de R si sa série de Fourier
converge sur E vers la fonction f , c’est-à-dire que l’on a égalité des fonctions f et S(f ) : x 7→ S(f )(x)
sur E.

Cette définition soulève deux questions :


(a) en quels points la série S[f ] converge-t-elle ?
(b) si S[f ] converge en x, que peut-on dire de S(f )(x) ?
Nous donnerons au § 6.3 un résultat, le Théorème de Jordan-Dirichlet, qui permet de répondre
à ces questions dans le cas où f est de classe C 1 par morceaux.
Nous avons énoncé au Corollaire 6.1.7 un résultat sur l’unicité des coefficients d’une série tri-
gonométrique. On peut le préciser dans le théorème (admis) suivant ; il affirme que si une fonction
intégrable est la somme d’une série trigonométrique sur R, alors cette série est la série de Fourier
de f .

Théorème 6.2.10 (Riemann). On suppose que la série trigonométrique


a0 X
ck eikx + c−k e−ikx
X 
S= + [ak cos(kx) + bk sin(kx)] = c0 +
2 k≥1 k≥1

converge sur R et que sa somme ϕ est intégrable sur une période (e.g. continue par morceaux).
Alors S = S[ϕ], c’est-à-dire an = an (ϕ), bn = bn (ϕ) et cn = cn (ϕ) pour tout n.

Nous démontrerons ce théorème dans des cas particuliers, voir le Théorème 6.2.12.
6.2. SÉRIES DE FOURIER 89

Remarque. Signalons que la convergence d’une série de Fourier n’est pas assurée, on a par
exemple :
Théorème 1 (Du Bois-Raymond, 1873). Il existe une fonction 2π-périodique continue (sur R)
dont la série de Fourier diverge en un point.
Théorème 2 (Kolmogorov, 1926). Il existe une fonction 2π-périodique intégrable (sur R) dont
la série de Fourier diverge en tout point.

Nous allons démontrer le Théorème 6.2.10 dans le cas où la convergence de la série trigonomé-
trique est uniforme sur [0, 2π], c’est-à-dire sur R par périodicité. On a besoin du lemme élémentaire,
mais important, suivant :

Lemme 6.2.11. Soient p, q ∈ Z, alors on a :



Z 2π 1 si p = q,

1 ipx −iqx
e e dx = δp,q =
2π 0 0

si p 6= q.

Preuve. On a :

 2π dx = 2π
R
Z 2π Z 2π si p = q,

ipx −iqx i(p−q)x 0
e e dx = e dx = h i2π
0 0  1
 e i(p−q)x =0 si p 6= q,
i(p−q) 0

d’où le lemme. 

Théorème 6.2.12. On suppose que la série trigonométrique


a0 X
ck eikx + c−k e−ikx
X 
S= + [ak cos(kx) + bk sin(kx)] = c0 +
2 k≥1 k≥1

est uniformément convergente sur [0, 2π] ; soit ϕ sa somme. Alors on a S = S[ϕ], c’est-à-dire
an = an (ϕ), bn = bn (ϕ) et cn = cn (ϕ) pour tout n.
P+∞
avec h0 = c0 et hk : x 7→ ck eikx + c−k e−ikx pour
 
Preuve. La fonction ϕ est la somme n=0 hn
tout k ≥ 1. Puisque la convergence est uniforme sur [0, 2π] on peut intégrer terme à terme cette
série, cf. Théorème 4.4.1, il vient grâce au lemme précédent :
+∞ +∞
Z 2π ! Z 2π Z 2π
X 
−int ikt −int −ikt −int
X
2πcn (ϕ) = hk (t) e dt = ck e e dt + c−k e e dt
0 k=0 k=0 0 0
+∞
X
= 2π {ck δk,n + c−k δ−k,−n } = 2πcn .
k=0

Donc cn (ϕ) = cn pour tout n et on a ainsi prouvé que la série de Fourier de ϕ est la série S. 

La convergence uniforme de la série de Fourier implique la continuité de la somme :


90 6. SÉRIES DE FOURIER

Proposition 6.2.13. Soit f telle que sa série de Fourier S[f ] converge uniformément sur un
intervalle [a, a+, 2π]. Alors la somme S(f ) est une fonction continue sur R.

Preuve. On observe que les fonctions hk : x 7→ ck eikx + c−k e−ikx sont continues sur R et que la
 

convergence uniforme sur [a, a+, 2π] implique (par périodicité) la convergence uniforme sur R. Il
suffit donc d’utiliser le Théorème 4.2.1. 

Rappelons que la convergence normale implique la convergence uniforme. Les résultats obtenus
au § 6.2 sur les coefficients de Fourier donnent une condition suffisante pour qu’une série de Fourier
converge normalement :
2 (R, C). Alors la série de Fourier S[f ] converge normalement sur R.
Corollaire 6.2.14. Soit f ∈ C2π

Preuve. Grâce à l’hypothèse et au Théorème 6.2.8 on sait que les suites (n2 cn )n∈N et (n2 c−n )n∈N
n |cn | n |c−n |
P P
sont bornées. Par la règle de Riemann, cf. Théorème 2.5.1, les séries et convergent
et le corollaire résulte donc du Théorème 6.1.4. 

Remarques 6.2.15. 1) Dans l’énoncé précédent on n’affirme pas que la série S[f ] converge vers
la fonction f . Pour obtenir ce résultat nous devrons, par exemple, faire appel au Théorème 6.3.5.
2) La remarque suivant le Théorème 6.2.8 entraîne, par la même preuve, que le Corollaire 6.2.14
est vrai pour f de classe C 1 et de classe C 2 par morceaux. En fait, la série de Fourier S[f ] converge
normalement si f est continue et de classe C 1 par morceaux, cf. Théorème 6.4.4 ; nous indiquerons
1 (R, C).
la démonstration lorsque f ∈ C2π
k (R, C) pour un entier k ≥ 2, il découle de la combinaison du Théorème 6.2.8 et du
3) Si f ∈ C2π
Corollaire 6.1.5 que la somme S(f ) de la série de Fourier de f est de classe C k , ses dérivées s’obtenant
en dérivant terme à terme S(f ), cf. Corollaire 6.1.5. En outre, des arguments généralisant ceux des
deux remarques précédentes impliquent que f (p) = S(f )(p) pour tout p ∈ J0, kK.

6.3. Théorème de Dirichlet

Rappelons qu’une fonction f ∈ CM2π (R, C) possède un nombre fini (nul si f est continue)
de points de discontinuité sur un intervalle fermé de longueur 2π. Donnons quelques exemples et
notations.

Exemples 6.3.1. 1) Soit f : R → C la fonction 2π-périodique définie par f (x) = x pour x ∈


] − π, π]. Alors f est continue par morceaux sur [0, 2π] : elle possède une discontinuité au point
x0 = π avec des limites à droite et à gauche en ce point :

f (π + 0) = f ((π)+ ) = lim f (x) = −π, f (π − 0) = f ((π)− ) = lim f (x) = +π.


x→π, x>π x→π, x<π

Sur R les discontinuités de f sont situés aux points xk = (2k + 1)π, k ∈ Z, avec (par périodicité) :

f (xk + 0) = f ((xk )+ ) = −π, f (xk − 0) = f ((xk )− ) = +π.


6.3. THÉORÈME DE DIRICHLET 91

2) Soit f : R → C la fonction 2π-périodique définie sur ] − π, π] par






−1 si −π < x < 0,

f (x) = 0 si x = 0,



1 si 0 < x ≤ π.

Alors f ∈ CM2π (R, C) : ses points de discontinuité sont les xk = (2k + 1)π, yk = 2kπ pour k ∈ N.
On a :

f (xk + 0) = f ((xk )+ ) = −1, f (xk − 0) = f ((xk )− ) = +1,


f (yk + 0) = f ((yk )+ ) = 1, f (yk − 0) = f ((yk )− ) = −1.

3) Soit f : R → C la fonction 2π-périodique définie par f (x) = x2 pour x ∈]0, 2π]. On a f ∈


CM2π (R, C). Les points de discontinuité de f sur R sont les xk = 2kπ, k ∈ Z, avec :

f (xk + 0) = f ((xk )+ ) = 0, f (xk − 0) = f ((xk )− ) = 4π 2 .

On voit facilement que les fonctions des exemples ci-dessus appartiennent à CM∞
2π (R, C), c’est-
à-dire qu’elles sont de classe C ∞ par morceaux.

Régularisée d’une fonction. On fixe une fonction f ∈ CM(R, C). Pour tout a ∈ R on peut
définir les limites à droite et à gauche en a. On pose, comme dans les Exemples 6.3.1 :

f (a + 0) = f ((a)+ ) = lim f (x), f (a − 0) = f ((a)− ) = lim f (x).


x→a, x>a x→a, x<a

Si la fonction est continue en a, il est clair que f (a) = f (a + 0) = f (a − 0).

Définition 6.3.2. Soit f ∈ CM(R, C). La régularisée de f est la fonction fe : R → C définie par :
1
fe(x) = [f (x + 0) + f (x − 0)] .
2
Proposition 6.3.3. Avec les notations précédentes on a :
(a) fe(x) = f (x) si f est continue en x ;
(b) fe = fe ;
e

(c) si f ∈ CM2π (R, C), alors fe ∈ CM2π (R, C) et on a c±n (fe) = c±n (f ), an (fe) = an (f ), bn (fe) =
bn (f ), pour tout n ∈ N, par conséquent S[fe] = S[f ].

Preuve. (a) est évident puisque que f (x) = f (x + 0) = f (x − 0) si f est continue en x.


(b) Soit a ∈ R. Comme f est continue par morceaux, il existe  > 0 tel que fe(x) = f (x) pour
x ∈ ]a − , a + [r{a}. Il en résulte que

fe(a + 0) = lim fe(x) = lim f (x) = f (a + 0).


x→a, x>a x→a, x>a
92 6. SÉRIES DE FOURIER

On a de même fe(a − 0) = f (a − 0). Il vient donc :


1 e  1
fe(a) = f (a + 0) + fe(a − 0) = [f (a + 0) + f (a − 0)] = fe(a).
e
2 2
(c) La définition de fe et la périodicité de f assurent que fe ∈ CM2π (R, C). Puisque f et fe ne
diffèrent (au plus) qu’en un nombre fini de points sur une période, l’assertion découle du (3) de la
Proposition 6.2.5. 

Exemples 6.3.4. On donne ci-dessous les régularisées des trois fonctions des Exemples 6.3.1, dont
on conserve les notations.
1) On a : 
x si x 6= xk = (2k + 1)π

fe(x) =
0

si x = (2k + 1)π.
2) On a : 



 0 si x = xk = (2k + 1)π ou yk = 2kπ,

fe(x) = −1 si x ∈ ](2k − 1)π, 2kπ[,



1 si x ∈ ]2kπ, (2k + 1)π[.

3) On a : 
x 2

si x ∈ ]2kπ, 2(k + 1)π[
fe(x) =
2π 2

si x = xk = 2kπ.

Nous admettrons le théorème suivant :

Théorème 6.3.5 (de Dirichlet, ou Jordan-Dirichlet). Soit f une fonction 2π-périodique de classe
C 1 par morceaux, i.e. f ∈ CM12π (R, C).
(1) La série de Fourier de f ,
a0 (f ) X
ck (f )eikx + c−k (f )e−ikx ,
X 
S[f ] = + [ak (f ) cos(kx) + bk (f ) sin(kx)] = c0 (f ) +
2 k≥1 k≥1

converge en tout point vers la fonction régularisée fe, c’est-à-dire :

a0 (f ) +∞
X
S(f )(x) = + [ak (f ) cos(kx) + bk (f ) sin(kx)]
2 k=1
+∞
ck (f )eikx + c−k (f )e−ikx
X  
= c0 (f ) +
k=1
1
= [f (x + 0) + f (x − 0)]
2
pour tout x ∈ R. En particulier, S(f )(x) = f (x) si f est continue au point x.
6.3. THÉORÈME DE DIRICHLET 93

(2) La série S[f ] converge uniformément vers f sur tout intervalle compact [α, β] sur lequel f
1 (R, C) la série de Fourier S[f ] converge uniformément
est continue. En particulier, si f ∈ C2π
vers f .

Remarques. 1) Rappelons, voir la Proposition 6.2.13, que si S[f ] converge uniformément sur un
intervalle, alors sa somme est continue sur cet intervalle. Donc si f ∈ CM12π (R, C) n’est pas continue
en tout point, la convergence de S[f ] vers f ne peut pas être uniforme (sur [0, 2π], c’est-à-dire sur R).
2) On peut démontrer que si f ∈ C2π (R, C) et si S[f ] converge sur R, alors f = S(f ).

La convergence uniforme de la série de Fourier d’une fonction 2π-périodique de classe C 1 , cf. (2)
dans le théorème de Dirichlet, peut être précisée :

1 (R, C). Alors la série de Fourier de f converge normalement vers f .


Corollaire 6.3.6. Soit f ∈ C2π

Remarque. Le point clef sera donné dans la preuve du Théorème 6.4.4. Ce résultat est vrai dès
que f est continue et de classe C 1 par morceaux.

Preuve. En utilisant le Théorème 6.4.4 on obtient que S[f ] converge normalement sur R. Le Théo-
rème 6.3.5 assure alors que f = S(f ). 

Exemples 6.3.7. On reprend les définitions et notations des Exemples 6.3.1 et 6.3.4. On a déjà
remarqué que les fonctions considérées sont de classe C ∞ par morceaux ; le théorème de Dirichlet
s’applique donc.
1) Pour la fonction 2π-périodique donnée par f (x) = x sur ] − π, π[ on remarque que f est impaire.
Par conséquent an = an (f ) = 0 pour tout n ; le calcul fournit :
2
bn = bn (f ) = (−1)n+1 .
n
P (−1)n+1
La série de Fourier de f est donc S[f ] = 2 n≥1 n sin(nx). Le théorème de Dirichlet donne
alors : 
+∞ si x 6= xk = (2k + 1)π
(−1)n+1 x
X 
S(f )(x) = 2 sin(nx) = fe(x) =
n=1
n 0

si x = (2k + 1)π.
La fonction f n’étant pas continue aux points xk , la convergence de S[f ] n’est pas uniforme sur
tout intervalle contenant un point de la forme (2k + 1)π, k ∈ Z.
Si l’on prend x = π/2 on a sin(pπ/2) = 0 pour p pair et sin(pπ/2) = (−1)n si p = 2n + 1. On tire
de S(f )(π/2) = f (π/2) = π/2 que
+∞
X (−1)n π
= .
n=0
2n + 1 4
94 6. SÉRIES DE FOURIER

2) De même, la fonction f de l’exemple 2) est impaire sur ] − π, π[. On trouve :



0 si n pair

an = 0, bn =
 4

si n impair.

On déduit du théorème de Dirichlet que :




 0 si x = xk = (2k + 1)π ou yk = 2kπ,
+∞


X 4 
S(f )(x) = sin((2n + 1)x) = fe(x) = −1 si x ∈ ](2k − 1)π, 2kπ[,
n=0
(2n + 1)π 


1 si x ∈ ]2kπ, (2k + 1)π[.

Il n’y a pas convergence uniforme de S[f ] sur tout intervalle contenant un point xk ou yk .
Utilisons S(f )(x) = f (x) = 1 en x = π/4 ∈ ]0, π[. Il vient sin(nπ + π2 ) = (−1)n et on retrouve
P+∞ (−1)n
l’égalité n=0 2n+1 = π4 .
3) Pour la fonction f (x) = x2 sur ]0, 2π] on obtient :
8π 2 4 4π
a0 = , an = , bn = − pour n ≥ 1.
3 n2 n
Par le théorème de Dirichlet on trouve que :

4π 2 +∞
X 4 4π
 
S(f )(x) = + 2
cos(nx) − sin(nx)
3 n=1
n n

x 2

si x ∈ ]2kπ, 2(k + 1)π[
= fe(x) =
2π 2

si x = xk = 2kπ.

Ici encore il n’y a pas convergence uniforme sur tout intervalle contenant un xk , k ∈ Z.
4π 2 P+∞ 4
En prenant x = x0 = 0 il vient S(f )(0) = fe(0) = 2π 2 , c’est-à-dire 3 + 2
n=1 n2 = 2π , ce qui
fournit :
+∞
X 1 π2
ζ(2) = = .
n=1
n2 6

6.4. Formules de Bessel et Parseval


2 + |bn |2 ) où an , bn sont les coefficients
n (|an |
P
Dans cette section nous allons étudier les séries
de Fourier d’une fonction.

Produit scalaire. Soient f, g deux fonctions continues par morceaux 5 sur [0, 2π]. On définit
un élément de C en posant :
1 2π
Z
(f | g) = f (t)g(t) dt. (6.4.1)
2π 0
Donnons les premières propriétés de l’application (f, g) 7→ (f | g).

5. Plus généralement, on peut travailler avec des fonctions intégrables.


6.4. FORMULES DE BESSEL ET PARSEVAL 95

1 2π
Z
(a) On a (f | g) = (g | f ) et (f | f ) = |f (t)|2 dt ≥ 0. Si f est continue, alors (f | f ) = 0
2π 0
implique f = 0 sur [0, 2π], car une fonction continue positive d’intégrale nulle sur un segment est
identiquement nulle sur ce segment.
(b) Soient h une autre fonction continue par morceaux et λ ∈ C. La linéarité de l’intégrale
entraîne que (f + g | h) = (f | h) + (g | h) et (f | λg) = λ(f | g) (donc (λf | g) = λ(f | g) par (a)).
(c) Si f, g sont 2π-périodiques sur R, alors
Z a+2π
1
(f | g) = f (t)g(t) dt pour tout a ∈ R.
2π a

Il suffit de reproduire la preuve de l’assertion (2) de la Proposition 6.2.5.


(d) Soit n ∈ Z. Notons χn : R → C la fonction 2π-périodique définie par

χn (x) = einx .

Alors, par définition des coefficients de Fourier, il vient :


Z 2π
1
cn (f ) = (χn | f ) = f (t)e−int dt
2π 0

pour toute fonction f ∈ CM2π (R, C).


(e) Le Lemme 6.2.11 s’écrit (χq | χp ) = (χp | χq ) = δp,q pour tous p, q ∈ Z.

Inégalité de Bessel. Soit f ∈ CM2π (R, C). Les coefficients de Fourier de f sont notés cn , c−n
et an , bn . Comme précédemment, on définit les fonctions hn = hn (f ) pour n ∈ N par : h0 = c0 χ0 = c0
et hn = cn χn + c−n χ−n si n ≥ 1, c’est-à-dire hn (x) = cn einx + c−n e−inx = an cos(nx) + bn sin(nx).
Soit N ∈ N ; on définit le polynôme
P
Avec ces notations la série de Fourier de f est S[f ] = n≥0 hn .
trigonométrique SN = SN (f ) : R → C en posant
N
X N
X
SN = cn χn = hn .
n=−N n=0
PN inx a0 PN
On a donc SN (x) = n=−N cn e = 2 + n=1 [an cos(nx) + bn sin(nx)] pour tout x.

Proposition 6.4.1. Soit f ∈ CM2π (R, C). Alors on a :

(1) (χk | f − SN ) = 0 pour tous N ∈ N et k ∈ J−N, N K ;


PN
(2) (SN | SN ) = n=−N |cn |2 pour tout N ∈ N.

Preuve. (1) Grâce aux propriétés de ( | ) on obtient :


N
X N
X
(χk | f − SN ) = (χk | f ) − (χk | SN ) = ck − cn (χk | χn ) = ck − ck δk,n = ck − ck = 0.
n=−N n=−N
96 6. SÉRIES DE FOURIER

(2) Il vient :
N
 X N
X  N
X N
X
(SN | SN ) = ck χk c` χ` = ck c` (χk | χ` )
k=−N `=−N k=−N `=−N
N
X N
X N
X
= ck c` δk,` = |ck |2
k=−N `=−N k=−N

comme voulu. 

Théorème 6.4.2 (Inégalité de Bessel). Soit f ∈ CM2π (R, C). Alors la série numérique
X
|c0 |2 + (|cn |2 + |c−n |2 )
n≥1

converge et l’on a :
+∞ Z 2π
X 1
|c0 |2 + (|cn |2 + |c−n |2 ) ≤ (f | f ) = |f (t)|2 dt.
n=1
2π 0

|a0 |2 1 X
De manière équivalente : la série numérique + (|an |2 + |bn |2 ) converge et l’on a
4 2 n≥1

|a0 |2 1 +∞
Z 2π
X 1
+ (|an |2 + |bn |2 ) ≤ |f (t)|2 dt.
4 2 n=1 2π 0

Preuve. Soit N ∈ N. Posons g = f − SN , de sorte que f = SN + g et

(f | f ) = (SN | SN ) + (SN | g) + (g | SN ) + (g | g).

Par la Proposition 6.4.1 on sait que (χk | g) = 0 si k ∈ J−N, N K ; il en résulte que (SN | g) =
PN
k=−N ck (χk | g) = 0 et donc (g | SN ) = 0. Puisque (g | g) ≥ 0 on obtient :

(SN | SN ) = (f | f ) − (g | g) ≤ (f | f )

Par conséquent la suite de réels positifs ((SN | SN ))N est majorée par (f | f ), donc est convergente.
Comme
N
X
(SN | SN ) = |c0 |2 + (|cn |2 + |c−n |2 ),
n=1
cf. Proposition 6.4.1, on a ainsi démontré que la série |c0 |2 + n≥1 (|cn |
2 + |c−n |2 ) converge et que
P

sa somme est majorée par (f | f ).


|a0 |2 1 2
n≥1 (|an | + |bn |2 ) découle de ce qui précède et des
P
L’assertion relative à la série 4 + 2
relations cn = 12 (an − ibn ), c−n = 1
2 (an + ibn ), cf. Proposition 6.2.5. 

On peut déduire de l’inégalité de Bessel une démonstration du Corollaire 6.2.7 :


6.4. FORMULES DE BESSEL ET PARSEVAL 97

Corollaire 6.4.3. Soit f ∈ CM2π (R, C). Alors on a :

lim cn (f ) = lim c−n (f ) = lim an (f ) = lim bn (f ) = 0.


n→+∞ n→+∞ n→+∞ n→+∞

2 + |c−n |2 ) converge, cf. Théorème 6.4.2, son terme général |cn |2 +


n (|cn |
P
Preuve. Puisque la série
|c−n |2 tend vers 0. Il en résulte que lim cn = lim c−n = 0, ce qui équivaut à lim an =
n→+∞ n→+∞ n→+∞
lim bn = 0. 
n→+∞

Nous pouvons maintenant justifier le 2) des Remarques 6.2.15 et donner une démonstration
complète du Corollaire 6.3.6.

Théorème 6.4.4. Soit f continue et de classe C 1 par morceaux. Alors la série de Fourier de f
converge normalement vers f .

1 (R, C) ; elle est identique pour f


Preuve. Nous allons donner la démonstration lorsque f ∈ C2π
continue et de classe C 1 par morceaux si l’on a démontré le Théorème 6.2.8 dans ce cas (voir la
remarque suivant ce dernier théorème).
P
Nous voulons tout d’abord montrer que la série n (|cn (f )|+|c−n (f )|) est convergente, cf. Théo-
rème 6.1.4. Par le Théorème 6.2.8 on a cm (f ) = im1
cm (f 0 ) pour tout m ∈ Z∗ . Rappelons que
ab ≤ 21 (a2 + b2 ) pour tous a, b ∈ R et appliquons cette inégalité à a = |m| 1
et b = |cm (f 0 )|. Il vient
1 1 1
 
|cm (f )| = |cm (f 0 )| ≤ + |cm (f 0 )|2 pour tout m ∈ Z∗ .
|m| 2 m2
On en déduit que
1 1 0 2 0 2

0 ≤ |cn (f )| + |c−n (f )| ≤ + |cn (f )| + |c−n (f )| . (?)
n2 2
Le Théorème 6.4.2 appliqué à la fonction (continue) f 0 donne que la série 0 )|2 + |c 0 2
P
n (|cn (f −n (f )| )
1
+ |c−n (f )|) converge.
P P
converge. Puisque n n2 converge, il résulte de (?) que n (|cn (f )|
Enfin, par le Théorème 6.3.5 la somme de la série de Fourier S[f ] est égale à f , donc S[f ]
converge normalement vers f . 

La formule de Parseval affirme que l’on a égalité dans l’inégalité de Bessel. Nous admettrons le
théorème suivant :

Théorème 6.4.5 (Formule de Parseval). Soit f ∈ CM2π (R, C). Alors on a :


+∞
|a0 |2 1 X
Z 2π
2
X
2 2 1
|c0 | + (|cn | + |c−n | ) = + (|an |2 + |bn |2 ) = |f (t)|2 dt.
n=1
4 2 n≥1 2π 0

Rappelons, cf. propriété (c) du produit scalaire ( | ), que pour tout α ∈ R :


Z 2π Z α+2π
1 2 1
|f (t)| dt = |f (t)|2 dt.
2π 0 2π α
98 6. SÉRIES DE FOURIER

De la formule de Parseval on peut déduire qu’une fonction continue 2π-périodique est unique-
ment déterminée par ses coefficients de Fourier.

Corollaire 6.4.6. Soient f, g ∈ C2π (R, C). Les assertions suivantes sont équivalentes :
(i) f = g ;
(ii) cm (f ) = cm (g) pour tout m ∈ Z ;
(iii) an (f ) = an (g) et bn (f ) = bn (g) pour tout n ∈ N.

Preuve. Compte tenu des propriétés des coefficients de Fourier, et en considérant la fonction f − g,
le corollaire équivaut à : f = 0 si, et seulement si, cm (f ) = 0 pour tout m ∈ Z. Lorsque f est
continue on sait que : f = 0 ⇐⇒ |f |2 = 0 ⇐⇒ (f | f ) = 0. Par le Théorème 6.4.5 ceci est
P+∞
équivalent à |c0 |2 + n=1 (|cn |
2 + |c−n |2 ) = 0, ou encore à |cm (f )|2 = 0 pour tout m ∈ Z. D’où
l’assertion. 

Exemples 6.4.7. Nous allons écrire la formule de Parseval pour les fonctions des Exemples 6.3.1.
Nous avons donné les coefficients de Fourier de ces fonctions dans les Exemples 6.3.7.
1) Pour la fonction f (x) = x sur ] − π, π] il découle de an = 0 et bn = (−1)n+1 n2 que :

1 +∞ π2
X 4 Z π
1
2
= x2 dx = .
2 n=1 n 2π −π 3
On retrouve ainsi :
+∞
X 1 π2
ζ(2) = = .
n=1
n2 6
2) Si f est la fonction qui vaut 1 ou −1 selon que 0 ≤ x < π ou −π < x < 0 on déduit de
4
b2n+1 = (2n+1)π :
1 +∞
Z π
X 16 1
2 2
= dx = 1.
2 n=0 (2n + 1) π 2π −π

Après simplification il vient


+∞
X 1 π2
= .
n=0
(2n + 1)2 8
Remarquons que cette formule peut aussi s’obtenir en écrivant :
+∞ +∞ +∞
π2 X 1 X 1 X 1 π2
= ζ(2) = + = + .
6 n=0
(2n + 1)2 n=1 4n2 n=0 (2n + 1)2 24
8π 2 4
3) Les coefficients de Fourier de la fonction f qui vaut x2 sur ]0, 2π] sont a0 = 3 , an = n2
et
bn = − 4π
n pour n ≥ 1. On a donc :

16π 4 1 +∞ 16π 2  16π 4


X  16 Z 2π
1
+ 4
+ 2
= x4 dx = .
9 2 n=1 n n 2π 0 5
6.4. FORMULES DE BESSEL ET PARSEVAL 99

π2
En utilisant ζ(2) = 6 il vient :
+∞
X 1 16π 4 8π 4 16π 4
8 + + = ⇐⇒
n=1
n4 9 6 5
+∞
X 1 4 1
h 1 1 i 4π 4
8 = 16π − − = .
n=1
n4 5 9 12 45
Il s’ensuit que :
+∞
X 1 π4
ζ(4) = 4
= .
n=1
n 90
Index

Abel simple d’une suite de fonctions, 32


règle d’, 29, 54 uniforme d’une série de fonctions, 49
transformation d’, 29 uniforme d’une suite de fonctions, 33
uniforme sur tout compact, 35, 53
borne supérieure, 3
dérivabilité
Cauchy d’une série de fonctions de classe C p , 58
critère de, 14, 50 d’une suite de fonctions de classe C 1 , 44
produit de, 25 d’une suite de fonctions de classe C p , 42
règle de, 19 de la limite d’une suite de fonctions, 39, 41
coefficient binomial, 76 de la somme d’une série entière, 72
coefficients de Fourier, 84 de la somme d’une série, 57
des dérivées, 87 dérivation
comparaison d’une série entière, 72
série et intégrale, 21 d’une série trigonométrique, 82
théorème de, 16 terme à terme, 57
continuité développement en série entière, 75
de la limite d’une suite de fonctions, 37 disque de convergence, 65
de la somme d’une série, 55 divergence
de la somme d’une série entière, 71 d’une série, 12
convergence grossière, 14
absolue, 14, 23 domaine de convergence, 66
absolue d’une série de fonctions, 49
disque de, 65 fonction
domaine de, 66 bornée, 31
ensemble de, 66 continue non dérivable, 57
intervalle de, 65 continue par morceaux, 83
normale d’une série de fonctions, 51 développable en série de Fourier, 88
normale d’une série de Fourier, 90 développable en série entière, 73
normale d’une série trigonométrique, 81 de classe C k par morceaux, 84
normale sur tout compact, 53 majorée, 31
rayon de, 65 minorée, 31
simple d’une série de fonctions, 49 périodique, 79

101
102 Index

formule de convergence d’une somme, 69


de Cauchy, 68
de Cauchy-Hadamard, 68 série
de d’Alembert, 67 à termes positifs, 15
de Taylor, 74 absolument convergente, 49
formule de Parseval, 97 absolument convergente, 14, 23
Fourier alternée, 12, 27, 54
coefficients de, 84 convergente, 12
série, 88 de Bertrand, 23
de fonctions, 49
inégalité de Bessel, 96 de fonctions continues, 55
intégrale de fonctions dérivables, 57
convergente, 21, 47, 60 de Fourier, 88
intégration de Riemann, 9, 12, 13, 22
d’une série de fonctions sur un intervalle compact, de Taylor, 75
59 entière, 63
d’une série de fonctions sur un intervalle exponentielle, 26, 53
quelconque, 60 géométrique, 8, 12, 13
d’une série entière, 72 harmonique, 9, 12
d’une suite de fonctions, 43, 46 normalement convergente, 51
terme à terme, 59, 60 numérique, 11
intervalle de convergence, 65 reste d’une, 12
semi-convergente, 14
lemme de Riemann-Lebesgue, 86, 96
simplement convergente, 49
limite
somme d’une, 12
d’une suite numérique, 4
télescopique, 11, 13
d’une suite de fonctions, 33
trigonométrique, 27, 30, 54, 80
supérieure d’une suite, 68
uniformément convergente, 49

polynôme trigonométrique, 80 séries

produit équivalentes, 16

de Cauchy, 25, 69 de même nature, 13

de convolution, 25 séries à termes positifs


comparaison des, 16
régularisée d’une fonction, 91 somme
règle d’une série, 12
d’Abel, 29 d’une série de fonctions, 49
de Cauchy, 19, 24, 68 partielle, 11, 49
de d’Alembert, 19, 23, 67 suite
de Leibniz, 27, 54 bornée de fonctions, 32
de Riemann, 17, 23 convergente, 4
rayon de Cauchy, 5
de convergence, 65 de fonctions, 31
de convergence d’un produit, 70 de fonctions continues, 37
Index 103

de fonctions dérivables, 39
extraite, 3
géométrique, 7
numérique, 3
uniformément de Cauchy, 35
suites
équivalentes, 5
adjacentes, 7

théorème
de Bolzano-Weierstrass, 6
de convergence dominée, 47, 60
de Dirichlet, 92
de la double limite, 38, 56
de la suite monotone, 6
des accroissements finis, 39
des gendarmes, 6
transformation d’Abel, 29
trigonométrique
polynôme, 80
série, 80

unicité
du développement en série trigonométrique, 82
du développement en série entière, 72

valeur d’adhérence d’une suite, 68

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