Méthodologie en politique comparée
Méthodologie en politique comparée
En démocratie libérale, nous sommes soumis à la constitution qui est perçue comme la
norme suprême protectrice des droits et libertés fondamentaux. Or, il existe un risque,
celui de la « tyrannie de la majorité". Dans un système démocratique, les gouvernants sont
élus par une majorité et gouvernent en fonction de cette dernière, les minorités sont donc
souvent délaissées.
Introduction :
L’expression du choix > les institutions sont soumises aux choix des électeurs. En
démocratie, l’opposition est fondamental et l’état doit promouvoir l’expression des choix des
citoyens
Equilibre des pouvoirs > Pour qu’on ne puisse abuser du pouvoir, il faut que, par la
disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir. En France, la centralisation du pouvoir à
Paris pose de nombreuses questions.
Les comportementalistes ont déplacé le niveau d’analyse macro (pays) au niveau micro
(individus), s’attardant sur le comportement des individus et leurs interactions au sein d’une
communauté politique et de la société. Cette étude repose sur l’échantillonnage et les
statistiques qu’il génère sur les comportements humains et sociaux.
L’empirisme se fonde sur les expériences. Les empiristes soulèvent des questions puis y
répondent en élaborant des théories basées sur des chiffres réels ex : comment on définit la
pauvreté : comme le fait de gagner – d’1/3 du salaire moyen d’un pays. Cependant, il existe
est possible de faire des observations qui se contredisent. Ainsi, il faut justifier d’un lien de
cause à effet ex : la crise sanitaire à été à l’origine de la fermeture de certaines entreprises.
Si aucun fait ne prouve la théorie, l’hypothèse n’a aucune valeur
Karl Popper > une théorie doit être réfutable : elle doit pouvoir être mise à l’épreuve par des
faits pouvant la contredire.
Selon Aristote, le discours scientifique est dynamique et en perpétuel mouvement,
contrairement à une vision statique. La métaphysique découle de l'observation de la nature :
elle commence par interroger l'existence des choses et des événements tels qu'ils
apparaissent, puis cherche à décrire et expliquer ce qui existe réellement. La définition des
concepts est essentielle et doit précéder l’enquête sur les faits, car une théorie doit être
formulée de manière à anticiper les phénomènes observables. En sciences politiques, une
explication n’est jamais absolue, mais reste une hypothèse réfutable. Le
comportementalisme introduit un nouveau langage pour décrire les phénomènes sociaux.
La politique comparée :
La méthode de la politique comparée repose sur l'utilisation de différentes sources orales
et écrites ex : texte de lois, données statistiques, sondages, journaux, archives,… On
distingue 3 sources orales :
Small-N : Ce terme désigne des études utilisant un nombre restreint de cas pour
effectuer des comparaisons. L'échantillonnage empirique, souvent basé sur des
sondages, se concentre sur un échantillon de la population plutôt que sur l’ensemble de
celle-ci. Cela permet de recueillir des données pertinentes tout en maintenant une
certaine profondeur d’analyse.
On distingue deux méthodes de traitement des données :
Arendt a élaboré sa théorie du totalitarisme en réponse aux régimes totalitaires des États
allemand et italien (fascisme et nazisme) pendant la Seconde Guerre mondiale. Le
totalitarisme est un régime qui prétend s'immiscer tant dans la sphère publique que dans la
sphère privée des citoyens. Lorsque la distinction entre ces deux sphères disparaît, l'État
acquiert des droits illimités et peut interférer dans la vie intime des individus, ce qui constitue
une violation de ses prérogatives ex : l'Allemagne avant 1989 et la Corée du Nord. La
distinction faite par Hannah Arendt entre la sphère publique et la sphère privée fait écho à
la différenciation que Rousseau a établie entre l'intérêt particulier et l'intérêt général. La
science politique se consacre à l'étude des décisions publiques qui revêtent un caractère
d'autorité. Le domaine public est celui de l'action collective, distinct de la sphère familiale et
intime.
L’autorité publique ou politique découle des ressources mises à la disposition des acteurs
politiques pour mettre en œuvre leurs décisions, notamment à travers les impôts et la
redistribution des richesses. Ces ressources vont au-delà de l’aspect financier ; l'État a la
capacité de persuader, d'inciter et, si nécessaire, de contraindre par la force (la coercition). À
la différence du pape, qui ne peut obliger personne, l'État dispose de mécanismes tels que
les crédits d'impôt et les amendes pour exercer son autorité. Cette comparaison des
différentes méthodes d'action publique met en lumière à la fois les avantages et les limites
des politiques fiscales. Dans notre analyse, nous constatons qu'il existe une relation
d'exclusivité entre les formes démocratiques et autoritaires d’un régime.
La démocratie est un système politique qui assure le respect des droits civils et politiques
fondamentaux de ses citoyens, où les dirigeants sont élus lors d'élections libres organisées
dans un État de droit. Cette démocratie repose sur la représentation des citoyens, bien que
ce principe ne soit jamais parfait. Les élections représentent un cadre formel permettant
d’exprimer des choix, au sein duquel les partis s’affrontent. Trois éléments principaux
caractérisent une démocratie : l'expression des choix, la compétition des partis lors des
élections et l’existence d’un parlement. En revanche, l’autoritarisme se définit comme tout
régime qui ne respecte pas au moins l'un de ces trois éléments essentiels à la
démocratie. Il existe plusieurs types de régimes autoritaires :
● Totalitarisme : caractérisé par une intrusion de l'État dans la vie privée des citoyens.
● Monarchie : lorsque le pouvoir du roi est considéré comme illégitime. ● Oligarchie :
lorsque le pouvoir est détenu par une minorité, ex : Afrique du Sud sous l'apartheid ou
au Zimbabwe avec le pouvoir militaire, Chine
● Première vague : dans la première moitié du XXe siècle, la majorité des pays
occidentaux adoptent des régimes démocratiques.
● Deuxième vague : dans les années 1960, plusieurs pays, tels que l'Inde et le Nigéria,
obtiennent leur indépendance et des régimes autoritaires sont progressivement
remplacés par des démocraties.
● Troisième vague : de 1974 à 1994, des démocratisations ont lieu en Europe du Sud,
dans plusieurs pays africains, en Asie de l'Est et en Amérique latine. Les anciennes
républiques soviétiques se sont également démocratisées très rapidement après
l'effondrement de l'URSS en 1991.
Concernant le Printemps arabe de 2011, bien qu'il ait entraîné des changements de régime,
les résultats des révoltes populaires restent ambigus, car les nouveaux régimes ne sont pas
nécessairement démocratiques. Il est donc prématuré de parler d'une quatrième vague de
démocratisation.
Pourquoi certains états restent des démocraties et d’autres des dictatures ? Est-ce que la
forme démocratique ou dictatoriale offre une meilleure performance économique ?
Machiavel et Rousseau, deux grands penseurs du contrat social, reconnaissent certaines
qualités à une dictature qui pourrait se situer au-dessus des lois. Ils proposent une approche
iconoclaste qui consiste à comprendre qu'il n'est pas toujours pertinent de juger un régime
comme étant uniquement bon ou mauvais.
Plusieurs auteurs ont tenté de conceptualiser la démocratie.
Robert Dahl, dans les années 1970, soutient que les chercheurs doivent adopter une
définition minimaliste ou procédurale de la démocratie. Selon lui, il est essentiel d'examiner
les régimes à travers leurs institutions et leurs procédures. Plusieurs auteurs ont tenté de
conceptualiser la démocratie. Dahl identifie ainsi deux dimensions essentielles de la
démocratie pour évaluer si un régime peut être qualifié de démocratique :
Il se concentre sur les procédures et les institutions d'un État, plutôt que sur ses principes.
Selon lui, partir des principes pourrait mener à une impasse, et il est donc crucial de se
concentrer sur les procédures pour déterminer si elles promeuvent la contestation et
l’inclusion ex : dans le cas de l'Union soviétique, il y avait une grande inclusion mais une
contestation très limitée ; en Chine, on observe une inclusion et une contestation faibles, car
le parti élu n'autorise pas d'élections au-delà du niveau municipal.
Voici trois types d’opérationnalisation qui suivent les deux dimensions de Dahl, basés sur les
travaux de différents groupes de chercheurs :
Type n°1 :
Les chercheurs J.A. Cheibub, J. Gandhi et J.R. Vreeland définissent la démocratie comme
des régimes dans lesquels les fonctions gouvernementales sont remplies à la suite
d'élections contestées. Cette définition reprend les deux principes de Dahl : la compétitivité
des élections et l'inclusion. À partir de cette définition, ils construisent une base de données
pour mesurer la démocratie en établissant quatre règles de classification :
Type n° 2 :
Le groupe Polity IV a examiné 167 pays sur 192, en plaçant ces pays sur une échelle
allant de -10 (régime autoritaire) à 10 (démocratie). Pour établir un score pour chaque
pays, ils utilisent cinq variables :
Concernant la cinquième variable, les chercheurs mesurent la manière dont se déroulent les
élections et vérifient la mise en compétition des partis, assurant ainsi qu'il y a plusieurs choix
possibles au moment du vote.
Type n°3 :
Le centre de recherche Freedom House publie (depuis 1971) chaque année des mesures
de la liberté dans chaque pays, en se basant sur deux dimensions : les droits politiques
et les droits civils. Ils distinguent trois catégories pour définir les droits politiques :
L'État de droit est une notion fondamentale qui vise à protéger les citoyens contre l'arbitraire
de l'État. Cela signifie que le gouvernement doit se conformer à la constitution du pays et
respecter les pratiques civiques ex : L’interdiction d'emprisonner des individus sans raison
valable.
Les trois groupes de recherche mentionnés classent des pays tels que l'Australie, la Suède
et les États-Unis comme des démocraties, tandis que la Chine, la Corée du Nord et l'Arabie
Saoudite sont considérées comme des dictatures. Toutefois, toute définition qui sert à
classifier des régimes implique une simplification de l'idée. Par exemple, avec Dahl, cette
simplification est très marquée, car il ne propose que deux principes à observer. Selon
Dahl, sans cette simplification, il serait impossible de mener des tests empiriques. Chaque
groupe de chercheurs impliqué dans ce type d'analyse doit expliquer comment il construit
ses mesures. Concernant la conceptualisation, les approches de Démocratie-Dictature et
Polity IV adoptent une vision minimaliste qui suit strictement les préceptes de Dahl. En
revanche, Freedom House propose une vision plus substantielle en se concentrant sur la
notion de liberté. Les deux premiers groupes attribuent un score sans porter de jugement
de valeur sur les régimes évalués.
Ces différentes approches ne permettent pas nécessairement de parvenir aux mêmes
conclusions ni de répondre aux mêmes questions. Par exemple, la perspective de Freedom
House ne permet pas d'explorer si un régime démocratique favorise l'égalité
socio-économique, car cette variable est déjà intégrée dans la définition de la démocratie
qu'ils adoptent. La conceptualisation est donc déterminante pour toutes les théories, car
elle influence les types de questions auxquelles on peut répondre. Il est essentiel de poser
la question de la validité d'une mesure, c'est-à-dire de vérifier sa correspondance avec les
concepts (les attributs qui composent ces concepts). Ces attributs s'organisent autour de ce
concept et s'accumulent. Le choix des concepts représente un choix méthodologique qui
permet de construire une théorie à tester par la suite.
La fiabilité de la mesure est cruciale. Elle doit produire les mêmes résultats lorsqu'elle est
appliquée à des cas identiques. En sciences politiques, toutes les recherches doivent
pouvoir être répétées. Par exemple, Polity IV exige que sa base de données soit accessible
au public pour permettre la vérification des hypothèses formulées à partir de ces données.
Les mesures sont considérées comme fiables lorsqu'elles sont observables. Il est
relativement facile d'observer les élections pour désigner le chef de l'exécutif, tandis qu'il est
plus complexe de mesurer les droits civiques. Les mesures fiables sont celles qui peuvent
être répétées et vérifiées.
Le produit intérieur brut (PIB) est souvent utilisé comme un élément de comparaison entre
les pays. La richesse d’un pays est un facteur politique majeur, car les citoyens s'attendent
généralement à ce que leur gouvernement soutienne la croissance économique. Un
développement économique robuste peut générer de nouvelles ressources pour la
population.
Cependant, un PIB élevé peut dissimuler d'importantes inégalités économiques au sein
d'un pays. Par exemple, aux États-Unis, les villes côtières sont souvent beaucoup plus
riches que celles situées à l'intérieur des terres. De même, en Chine, les zones rurales
sont
généralement beaucoup plus pauvres que les villes. Dans de nombreux pays, des besoins
économiques fondamentaux demeurent non satisfaits.
Dans les pays riches, l'industrialisation a engendré de nouveaux défis politiques, tels que
la protection de l'environnement et le coût social d'une population dont l'espérance de vie
augmente. En France, par exemple, le système de retraites mis en place après la Seconde
Guerre mondiale est aujourd'hui en crise, car il n’est plus adapté à une population vivant
plus longtemps.
Le développement économique a généralement suivi un modèle commun, caractérisé par
une transition d'une économie agraire à une économie industrielle. Dans ce contexte, l'État
joue un rôle crucial.
Le philosophe politique John Locke soutient que la propriété est un facteur essentiel au
développement d'une communauté prospère. Selon lui, sans propriété individuelle, il n'y a
pas de base pour une communauté politique prospère. Les individus n'investissent ni leurs
biens ni leur travail dans un processus de production sans la protection que l'État doit
fournir.
En l'absence de garanties pour la propriété, l'économie d'un pays resterait à un niveau de
subsistance. La possibilité d'investir est directement liée à la sécurité de la propriété.
Lorsque l'État n'est pas en mesure de protéger cette propriété, le développement
économique d'un pays est gravement entravé ex : une famille qui cultive les mêmes terres
depuis des années peut les perdre si l'État ne parvient pas à les protéger. Les économistes
néoclassiques ont également démontré l'importance du rôle de l'État, non seulement pour
garantir la propriété, mais aussi pour assurer une compétition équitable entre les
entreprises et garantir l'accès à l'information. Ce cadre permet aux consommateurs et aux
producteurs d'échanger des biens sur le marché. Ainsi, la compétition des entreprises, la
protection de la propriété et l'accès à l'information sont les trois éléments fondamentaux au
bon fonctionnement des marchés, garantis par l'État. De plus, l'État a un rôle crucial dans le
fait de fournir de biens publics, c'est-à-dire des biens dont tout le monde peut bénéficier,
comme les services publics ex : hôpitaux, écoles ou les infrastructures publiques ex : bancs,
feux rouges. Tout ce qu'une personne peut utiliser devient également accessible à toute la
communauté ex : si la qualité de l'air s'améliore pour un individu, elle s'améliore pour tous.
B. La théorie de la modernisation
Un autre aspect à considérer est le contexte des décolonisations des années 50. Lorsque
les puissances coloniales se sont retirées, elles ont transféré le pouvoir à une élite choisie
par elles. En agissant ainsi, ces nouvelles élites ne sont plus dépendantes de leurs
citoyens, mais des anciennes puissances coloniales qui leur ont confié le pouvoir. Les fonds
nécessaires pour soutenir des programmes d'éducation et de modernisation provenaient de
l'extérieur. Par exemple, l’aide accordée à certaines dictatures peut avoir pour effet de
freiner le processus de démocratisation.
Cela soulève la question de savoir si l'émergence de la démocratie est le résultat d'une
transformation interne ou si elle nécessite un soutien extérieur. En 1945, un ordre
international a été établi, principalement dominé par des démocraties. Tocqueville, qui a
analysé les inégalités économiques au XVIIIe siècle, est également reconnu comme un
grand penseur de la démocratie. Sa thèse soutient que l’égalité économique est cruciale
pour l’émergence et le maintien des institutions démocratiques. En d'autres termes, la
démocratie ne peut exister que si un certain niveau d'égalité économique est présent entre
les citoyens. Il a également réfléchi à la pérennité des institutions démocratiques dans le
temps. Si la démocratie émerge dans une société inégalitaire, elle engendre des clivages
sociaux basés sur la richesse, ce qui accroît les inégalités et suscite des pressions en faveur
d'une redistribution des richesses. Cela peut conduire à un mécontentement social
souhaitant renverser la structure démocratique en place.
Bien que cette thèse soit convaincante et ait eu un impact significatif, elle n'a pas toujours
trouvé confirmation dans les faits. Par exemple, l’auteur Carles Boix, dans ses travaux
sur
la Révolution française et la démocratie américaine, a montré qu'un pays riche peut
demeurer démocratique même en présence d'importantes inégalités. Ce constat
est particulièrement pertinent aujourd'hui, où les inégalités continuent de croître tout
en maintenant des structures démocratiques en place.
La vie politique se développe au sein d’une communauté où les citoyens doivent ressentir
un sentiment d’appartenance pour pouvoir s'engager activement. Ce sentiment est une
condition essentielle, car sans se sentir concernés par l'action publique de l'État, par
exemple, on ne participe pas aux élections. Comment comprendre cette communauté ? La
forme la plus familière de cette communauté est la nation, concept théorisé par le politiste
irlandais Benedict Anderson. Il décrit la nation comme une « communauté imaginée »,
soulignant qu’elle résulte d'un effort d'imagination collective. Fils de diplomate, il a eu
l'opportunité d'observer diverses nations, y compris des nations émergentes. En s'appuyant
sur un contexte historique, il explique que cet effort d'imagination est particulièrement
possible dans les sociétés industrielles, où l'impression à grande échelle des journaux
permet à tous les citoyens de lire le même contenu. Cela crée un sentiment d'appartenance,
car chacun peut se dire que, simultanément, des milliers, voire des millions d'autres citoyens
partagent cette expérience de lecture. Anderson conceptualise ainsi la communauté
politique comme un sentiment d’égalité entre des citoyens que l'on ne rencontrera
probablement jamais, en raison de leur nombre.
Cette vision diffère de celle d'Aristote, qui soutenait que pour qu'une communauté politique
soit authentique, elle ne devait pas être trop vaste. Il souhaitait pouvoir se tenir sur une
colline et voir tous les citoyens, car sans cette vision collective, il ne ressentait pas un
véritable sentiment d’appartenance. En d’autres termes, Anderson met l’accent sur
l’imagination, tandis qu’Aristote se concentre sur le réel.
Anderson affirme qu'au sein des sociétés industrielles, il est nécessaire de faire un effort
d'abstraction et d'imagination pour être un citoyen moderne. Cela implique de développer
un sentiment d'égalité, même si cette égalité reste abstraite, car il est impossible de
connaître chaque citoyen. Pour lui, la communauté politique est limitée uniquement par
l'existence d'autres communautés.
● D’une part, comme une notion fondamentale, où l’on naît dans une culture à
laquelle on est intrinsèquement lié.
● D'autre part, comme une notion construite, acquise au fur et à mesure que l'on
grandit et devient adulte.
Les théories affirmant que la culture influence significativement les régimes politiques ont
été élaborées dès le XVIIIe siècle par deux penseurs, donnant naissance aux arguments
culturalistes. Montesquieu a soutenu que la monarchie convenait aux pays européens,
tandis que le despotisme était approprié pour les pays orientaux. Cette vision culturaliste
du monde, bien qu'encore influente aujourd'hui, peut parfois sembler caricaturale, car elle
implique que chaque forme politique est intrinsèquement liée à une culture spécifique.
John Stuart Mill a également avancé que pour qu'un peuple vive dans un gouvernement
"civilisé", il devait posséder certaines caractéristiques morales. Bien que ces idées
puissent paraître simplistes, elles continuent de susciter des réflexions contemporaines. La
question que soulève Mill demeure pertinente : une culture civique est-elle une condition
nécessaire à la démocratie ?
La culture civique se définit par l'existence d'une confiance interpersonnelle, une préférence
pour des changements sociaux progressifs plutôt que radicaux, et un soutien au système
politique en place. Cela traduit un sentiment d'implication dans le système politique auquel
on appartient, sans exclure une volonté de réforme, mais en visant une amélioration
collective de l'existant.
Le débat sur la causalité entre culture et démocratie a été relancé dans le livre Civil Culture
publié en 1963 par Almond et Verba. Les auteurs y affirment que la culture civique,
fondée sur la conscience interpersonnelle, est une condition essentielle à la démocratie.
Selon eux, un fonctionnement démocratique est impossible sans cette confiance mutuelle
entre citoyens. Dans le domaine des sciences politiques, la question de la mesure et de
l'opérationnalisation de ces concepts se pose constamment.
Almond et Verba ont réalisé des enquêtes et des sondages portant sur les sentiments des
citoyens envers leurs institutions et les acteurs politiques. Leur recherche a révélé qu'une
culture civique est associée à une "attitude démocratique".
Pour expliquer le lien de causalité entre culture et démocratie, deux écoles de pensée
émergent :
● La première soutient que le développement économique transforme la culture, et que
cette transformation est le prélude à la démocratie.
● La deuxième affirme que le développement économique mène à la démocratie, ce
qui, à son tour, modifie la culture.
Exemples :
La première école est illustrée par une étude de 2005, menée par R. Inglehart et d'autres,
qui affirme qu'à mesure qu'une société se développe, ses membres valorisent davantage
l'expression personnelle que la sécurité. Ce changement d'attitude favoriserait la
démocratie, suggérant que la revendication d'une plus grande participation politique prime
sur une confiance aveugle envers l'État. Pour vérifier cette thèse, on peut analyser l'impact
du changement social dans des pays ayant ou non des valeurs culturelles favorisant
l'expression personnelle. On observe que certains pays se sont enrichis sans se
démocratiser, tandis que d'autres, en enrichissant leurs citoyens, ont vu émerger la
démocratie, permettant l'expression des choix personnels.
La deuxième école soutient que les valeurs culturelles sont une conséquence et non une
cause de la démocratie. Cette hypothèse suggère que l'expérience de la démocratie est un
intermédiaire entre le développement social et les valeurs culturelles. Il est également
possible d'estimer l'effet du changement social sur les valeurs culturelles, en prenant en
compte l'expérience démocratique.
En adoptant l'une ou l'autre de ces perspectives, il est possible de mener des enquêtes et
des comparaisons entre les pays. Le livre Civil Culture a structuré un champ de recherche
sur le rapport entre culture et démocratie, s'appuyant sur des comparaisons internationales.
L'une des enquêtes les plus reconnues est le World Value Survey, qui a établi un réseau
mondial de chercheurs pour réaliser des études comparatives. Pour faciliter ces
comparaisons, les réponses sont codées (par exemple, "La démocratie peut avoir des
problèmes, mais elle est meilleure que toute autre forme de gouvernement. Êtes-vous
d'accord, pas d'accord, ou fortement en désaccord ?").
Pour les partisans des arguments culturalistes, la question de la causalité est essentielle.
Il est crucial de s'interroger sur les raisons qui les amènent à établir qu'une variable est la
cause d'un phénomène donné.
C. Religion et démocratie
Étant donné l'importance croissante de la religion dans nos sociétés, il est crucial de
reconnaître son influence sur la démocratie. De nombreux penseurs culturalistes ont
examiné la relation entre démocratie et religion, et leurs arguments, souvent sous une forme
simplifiée, ont eu un impact significatif sur les politiques publiques. Par exemple, le
gouvernement américain, particulièrement sous la présidence de George W. Bush, a été
influencé par les travaux de Samuel Huntington, notamment son livre The Third Wave:
Democratization in the Late Twentieth Century. Huntington y avance des arguments
culturalistes en suggérant qu'il existe inévitablement des conflits entre cultures, chaque
culture étant associée à un système politique qui lui est propre, ce qui soulève la question
de la compatibilité de certaines religions avec la démocratie.
La relation entre religion et démocratie n'est pas un sujet nouveau. Max Weber, dans son
ouvrage L'Éthique protestante et l'Esprit du capitalisme publié en 1930, avance que l'accent
mis par le protestantisme sur la responsabilité individuelle a joué un rôle clé dans le
développement économique des pays protestants, comme le Royaume-Uni et l'Allemagne,
et a ainsi soutenu leurs formes de gouvernance démocratique.
Dans les années 1990, Huntington a relancé le débat sur les valeurs asiatiques, soutenant
que le confucianisme ne favorise pas la démocratie. D'autres chercheurs, tels que Lucian
Pye, ont renforcé cette idée en soulignant le respect de l'autorité inhérente à cette doctrine.
Cependant, ces affirmations ont été largement critiquées, notamment du point de vue
historique, car le confucianisme avait été contesté par Mao, tout aussi chinois que
Confucius. Cette thèse reste donc problématique, mais elle s'inscrit dans une approche
culturaliste.
Conclusion :
La première question à aborder est celle de la mesure de la démocratie, qui constitue la
première étape de toute recherche. Toutes les tentatives de mesure de la démocratie que
nous avons examinées présentent des limites, et aucune ne prétend avoir la définition ultime
de la démocratie. Le travail d'un politiste consiste donc à expliciter les limites des définitions
sur lesquelles il s'appuie.
Les changements structurels dans l'économie d'un pays influencent sa forme de
gouvernement. Par exemple, la démocratie britannique a émergé lorsque la couronne a
cherché le soutien de l'élite commerçante, transformant celle-ci en une élite politique au sein
du Parlement. Dans toutes ces analyses, la dimension temporelle est essentielle pour établir
des relations entre démocratie et économie politique. En effet, la transformation
économique du Royaume-Uni, pionnier de la révolution industrielle, a nécessité plusieurs
siècles pour changer le régime politique du pays. En revanche, il est très difficile de tirer des
conclusions sur la forme politique des pays qui n'ont connu des développements que depuis
un demi-siècle.
La culture politique française se caractérise par une tension entre deux aspects opposés :
d'un côté, une vision de la politique comme un espace de conflit et de contestation, et de
l'autre, une attente d'un État fort capable de prendre des décisions et de protéger l’intérêt
collectif.
Le clivage gauche-droite, qui structure aujourd'hui la plupart des démocraties, trouve son
origine en France. Cette division repose sur une vision spatiale de l'Assemblée, où la
gauche et la droite représentent des positions idéologiques opposées, un modèle de
représentation politique qui se retrouve même dans des contextes de répression politique,
comme lors de la grève des députés démocrates à Hong Kong après la répression par
Pékin.
● L’école publique, laïque et obligatoire : elle occupe un rôle structurel dans la vie
politique, un modèle que l’on ne retrouve pas avec la même intensité dans les autres
pays occidentaux.
● La laïcité : la loi de 1905 sur la séparation de l’Église et de l’État est un pilier de la
culture politique française, née de la volonté de cesser les subventions aux écoles
catholiques, mettant en avant une éducation libérée de toute influence religieuse.
Inspirée par le positivisme d'Auguste Comte, cette philosophie valorise les faits et le
raisonnement scientifique au détriment de tout dogme, un principe que la Troisième
République a introduit dans l'enseignement.
B. Un état fort
Alexis de Tocqueville interprète la Révolution française non pas comme une rupture totale
de l’ordre politique monarchique, mais plutôt comme la continuation d’un processus de
centralisation de l’autorité de l’État, initié sous l’Ancien Régime. Pour Tocqueville, la
Révolution a renforcé le rôle d’un État centralisé, aboutissant à la tradition jacobine d’un «
État fort » en France, où l'État est perçu comme la seule entité de gouvernement légitime.
Cette tradition de l'État fort se manifeste également par la capacité et la facilité des
dirigeants français à intervenir militairement à l’étranger. Ces interventions sont souvent
justifiées par une vision héritée de la Révolution, où l'armée est perçue comme représentant
« le peuple en armes » et défendant des idéaux universels de liberté. Sous Napoléon, cette
conception s'est concrétisée avec la formation de la Grande Armée, une force militaire
réorganisée qui a eu une influence considérable en Europe. Aujourd’hui, cette vision persiste
dans le fort déploiement militaire de la France à l’étranger, avec plus de 30 000 soldats
stationnés dans diverses régions du monde, plaçant la France parmi les nations les plus
actives militairement après les États-Unis.
Cependant, la tradition de l'État fort semble aujourd’hui fragilisée par plusieurs facteurs.
L’intégration européenne et la décentralisation politique, amorcée dans les années 1980,
ont introduit de nouveaux défis à cette centralisation historique. Bien que les institutions
françaises restent concentrées, certains politologues, comme Loïc Blondiaux, pointent une
perte de vision stratégique de l’État. En effet, des enjeux centraux, comme la politique
migratoire, manquent d’un discours cohérent qui puisse intégrer les valeurs humanistes de
la France en tant que terre d’asile avec les réalités économiques et sociales actuelles. Cette
polarisation autour de la question migratoire, exacerbée à l’approche des campagnes
présidentielles, révèle l’absence de réflexion stratégique qui pourrait harmoniser les
aspirations nationales avec les besoins du pays.
Malgré cette crise de l'État central, les Français continuent de percevoir l’État comme
essentiel à la vie commune. Cependant, les réductions budgétaires successives n’ont pas
conduit à une redéfinition claire des missions de l’État, qui reste opaque et difficile à
adapter
aux nouveaux défis. Pour répondre aux attentes des citoyens dans un contexte globalisé,
l’État français devrait être en mesure de définir des politiques économiques, écologiques,
et sociales porteuses d’un projet de société commun. Cette ambition exige autant le
soutien des électeurs que celui des fonctionnaires, qui jouent un rôle crucial dans
l'application des politiques publiques.
Ainsi, l’action des agents de l’État, en tant qu’intermédiaires entre les citoyens et les
institutions, est aussi déterminante que celle des électeurs pour la réussite de cette vision
d’un État fort, capable de répondre aux défis contemporains et de maintenir un projet de
société unifié.
C. Culture française de la puissance
Du Moyen Âge jusqu'à la Seconde Guerre mondiale, la France a occupé une place
importante sur la scène internationale, affirmant son statut de grande puissance influente
dans de nombreux domaines. En termes de puissance, une grande puissance est une
nation capable d’imposer sa volonté dans divers domaines face aux autres puissances
mondiales. Pour les Français, le modèle de référence en matière de puissance est l’empire
romain, une forme d’inspiration impériale qui s’est incarnée en France à trois reprises : sous
Charlemagne, sacré empereur d’Occident en 800 ; sous Louis XIV, avec le premier empire
colonial qui étendit la France au Canada, aux Caraïbes et en Polynésie ; et sous Napoléon,
avec l’empire européen.
Louis XIV symbolise l’hégémonie française, menée non seulement par la force militaire,
mais aussi par le rayonnement culturel, illustré par le prestige de Versailles et de la cour du
Roi-Soleil. Cependant, la Révolution française de 1789 a profondément transformé cette
puissance en transférant la souveraineté de la monarchie vers la nation, marquant une
rupture historique. Cette révolution introduit la notion de souveraineté populaire, un héritage
politique qui demeure essentiel dans la France contemporaine. Depuis lors, la grandeur
française repose non seulement sur sa puissance militaire, mais aussi sur un message de
liberté adressé au monde, un idéal universel ancré dans l’esprit révolutionnaire. Au XIXe
siècle, ce message a trouvé une nouvelle incarnation sous Napoléon III, qui s'est positionné
en défenseur du droit des peuples à l’autodétermination, notamment en soutenant
militairement l'unification italienne. Sous la Troisième République, établie en 1871, cette
ambition universelle s’est exprimée à travers la « mission civilisatrice » dans les colonies,
une doctrine controversée mais présentée comme un projet d’émancipation et de progrès
universel.
Cette continuité et cette stabilité ont érigé le Royaume-Uni en modèle pour de nombreux
pays, tels que l’Inde, l’Australie, le Canada et même les États-Unis. Pourtant, le système
politique britannique, qui garantit la stabilité dans ces nations, peine à l’assurer en Irlande du
Nord, bien qu’elle fasse partie intégrante du Royaume-Uni.
Cependant, malgré sa longévité, l’État britannique a traversé des crises majeures qui ont
mis en péril son unité et sa stabilité :
Le Brexit est la plus récente et peut-être la plus marquante de ces crises, ayant révélé des
divisions profondes au sein du pays et soulevé des questions sur l’avenir de l’union et de la
stabilité politique britannique.
A. La forme de l’Etat
Écosse
Aujourd’hui, le parlement écossais dispose de pouvoirs élargis : il peut voter des lois, définir
son budget, et initier des politiques publiques. En 2007, le Scottish National Party (SNP) a
remporté la majorité aux élections législatives écossaises, ouvrant la voie au référendum de
2014 sur l’indépendance, rejetée de peu par la population. Cependant, la question de
l’indépendance reste d’actualité, notamment en raison des tensions liées au Brexit.
Pays de Galles
Le parlement gallois possède moins de pouvoirs législatifs que son homologue écossais et
se concentre sur les affaires locales. Il fonctionne de manière bilingue (anglais et gallois) et
adopte un mode de scrutin mixte alliant majorité et proportionnelle. Le Parti travailliste
domine généralement le parlement gallois, bien qu’il ait parfois besoin du soutien du Parti
nationaliste gallois pour former un gouvernement.
La dévolution a créé une diversité d’expressions du pouvoir législatif local, mais le
Royaume-Uni reste un État fortement centralisé, avec Westminster comme seule source
d’autorité législative pour tout le pays. Blair n’a pas instauré de parlement pour
l’Angleterre,
et l’économie britannique demeure fortement centrée sur Londres, accentuant les disparités
régionales en termes de richesse.
Le National Health Service (NHS) est une institution emblématique du centralisme
britannique et un pilier de l’État-providence. Le NHS, soutenu par un consensus
populaire, assure une couverture universelle et gratuite à tout résident du Royaume-Uni.
Le système fiscal, progressif et centralisé, alimente cet État-providence, qui représente
une autre manifestation de l’universalité et du centralisme britannique.
B. Le rapport au monde
La culture politique britannique intègre une vision particulière de son rôle dans le monde,
souvent symbolisée par la "relation spéciale" avec les États-Unis. Cette alliance stratégique,
marquée par une coopération militaire soutenue, transcende les divisions partisanes et
est largement acceptée comme un pilier de la politique étrangère britannique. Le
Royaume-Uni a ainsi participé à plusieurs interventions militaires aux côtés des États-Unis,
notamment en Irak et en Afghanistan. Cet interventionnisme militaire, influencé par
l'alignement sur les États-Unis, s'enracine aussi dans la mémoire collective de la Seconde
Guerre mondiale, où le Royaume-Uni se voit comme ayant contribué de manière décisive à
la libération de l'Europe de l'Allemagne nazie.
Cette image d'un Royaume-Uni puissant a ressurgi lors de la campagne pour le Brexit, les
partisans de la sortie de l'UE invoquant la nécessité de "retrouver" une forme de puissance
et d'indépendance sur la scène internationale. Ils ont argué que l'Union européenne limitait
le rayonnement international britannique et entravait sa souveraineté. Cependant,
paradoxalement, bien que l’UE soit le principal partenaire commercial et la première source
d’investissements étrangers du Royaume-Uni, cette relation a été perçue comme une
contrainte plutôt qu'un atout.
C. Le libéralisme
Le libéralisme, une idéologie politique axée sur la primauté de la liberté individuelle sur
l’égalité, trouve ses racines dans les travaux de John Locke au 17e siècle. Locke
considérait que l’État devait avoir un rôle restreint, limité à garantir des droits fondamentaux
comme la vie et la propriété, ce qui a influencé la conception de l'État comme arbitre des
libertés individuelles et des droits. Cette approche a évolué avec le temps, notamment
avec les idées de John Maynard Keynes. Bien que Keynes soit considéré comme libéral,
il défendait une intervention active de l'État dans l’économie pour stabiliser les marchés et
réguler les cycles économiques, position qui souligne une forme de libéralisme révisé où
l’État joue un rôle de stabilisateur et de régulateur.
Dans le contexte du Brexit, les résultats du référendum ont mis en lumière des divisions
profondes au sein du Royaume-Uni, révélant des forces centrifuges qui fragilisent la
cohésion nationale. La campagne pour le Brexit a été marquée par une polarisation
extrême, reflétant des clivages culturels, régionaux et politiques. En effet, l’Écosse et
l’Irlande du Nord ont voté majoritairement pour rester dans l’Union européenne, tandis que
l’Angleterre et le Pays de Galles ont choisi de la quitter. Ces résultats montrent non
seulement une divergence dans les priorités et les visions politiques de chaque région, mais
aussi une fracture dans l’unité du Royaume-Uni qui persiste encore aujourd’hui, exacerbée
par les demandes récurrentes d’indépendance en Écosse et les tensions en Irlande du
Nord.
En somme, le Brexit a cristallisé des tensions autour de l'identité nationale et de l’avenir
du Royaume-Uni, en rappelant que la nation britannique reste une union fragile de quatre
nations aux aspirations parfois contradictoires. Ces forces centrifuges, amplifiées par des
divergences idéologiques sur le rôle de l'État et de la souveraineté nationale, laissent
entrevoir des défis majeurs pour la cohésion et la stabilité de l'État britannique dans les
années à venir.
B. Le régionalisme
L'Allemagne est une république fédérale composée de 16 États (Länder), qui possèdent une
autonomie importante dans des domaines comme l’éducation, la police, et l’urbanisme. La
Constitution allemande établit clairement la répartition des compétences entre les Länder et
le gouvernement fédéral, assurant un partage précis des pouvoirs.
Les frontières des Länder, tout comme celles de la République elle-même, n’ont pas une
grande identité historique, car elles ont été redéfinies de façon relativement arbitraire par les
Alliés après la Seconde Guerre mondiale. Au niveau fédéral, la Constitution prévoit une «
unité des conditions de vie » pour tous les citoyens. Cela implique que l'État fédéral mette
en œuvre une politique de redistribution fiscale, transférant des ressources des États les
plus riches vers les moins favorisés. Cette politique de redistribution a permis de réduire les
écarts économiques et sociaux entre les régions, contribuant ainsi à forger une communauté
politique nationale plus unie.
Néanmoins, certains clivages régionaux persistent :
Berlin, la capitale, occupe une position particulière. Jadis divisée par le mur qui symbolisait
la séparation entre l’est et l’ouest, elle est géographiquement située dans l’est du pays.
Berlin est aujourd’hui un carrefour européen, capable de fédérer des populations marquées
par différents clivages historiques et sociaux, incarnant pleinement le rôle de capitale
unificatrice de l’Allemagne.
C. L’unification
La République fédérale allemande, fondée en 1949, a existé sous une forme divisée
pendant ses 40 premières années, scindée entre la République fédérale d'Allemagne (RFA)
à l'ouest et la République démocratique allemande (RDA) à l'est, de régime socialiste. Ce
n’est donc que depuis 1989, après la chute du mur de Berlin, que l’Allemagne est
véritablement unifiée, ce qui fait de cette unification une expérience relativement récente
pour une seule génération.
L'héritage du communisme, qui a marqué l'Allemagne de l'Est, laisse des traces
importantes, bien que progressivement atténuées. Cette partie du pays s'était définie en
opposition au nazisme, et la question de la responsabilité historique liée au régime nazi est
généralement moins présente dans l'ex-RDA que dans l'Ouest. On constate également des
différences de comportements politiques : les Allemands de l'Est, en particulier ceux de la
vieille génération, tendent à voter moins fréquemment et sont plus réceptifs aux idéologies
d'extrême gauche et d'extrême droite.
Malgré ces distinctions entre l’Est et l’Ouest, l'unification est considérée comme un succès,
notamment grâce à une politique active de redistribution et d'harmonisation
économique. Les enquêtes d'opinion actuelles révèlent d'ailleurs une convergence des
vues entre les citoyens de l'Est et de l'Ouest, qui partagent désormais des positions de plus
en plus similaires sur les grandes questions politiques nationales.
D. L’immigration
La présidence de Donald Trump, en particulier ses dernières années, a mis en relief les
tensions au sein de la démocratie américaine. Élu malgré sa posture critique envers les
institutions démocratiques (notamment en matière de fiscalité), il a également provoqué le
plus long « shutdown » de l’histoire, marquant un blocage institutionnel significatif.
A. Une communauté de valeurs
Les États-Unis, fondés par des vagues successives d’immigration provenant d’Europe puis
d’autres régions du monde, forment une société extrêmement diverse. En tant que pays
d’immigration, l’unité politique repose davantage sur une adhésion commune à des valeurs
que sur une histoire partagée. Devenir américain implique ainsi d’adopter un ensemble de
valeurs morales et politiques :
● La liberté : Cette notion diffère de celle en vigueur en Europe. Selon Isaiah Berlin, la
liberté américaine correspond à la "liberté négative" — c’est-à-dire, la liberté comme
absence de contraintes. Ce concept est au cœur de la communauté politique américaine
et sous-tend des débats comme celui sur le droit de porter des armes.
● L'individualisme : L’individualisme est valorisé comme une qualité positive,
incarnant l’effort personnel, l’autonomie et l’entreprenariat. Contrairement à la
perception plus nuancée voire critique de l’individualisme en Europe, les Américains
voient dans cette valeur un moteur de réussite personnelle et collective.
● L'égalité : L’égalité est perçue sous l’angle des "chances" plutôt que des conditions
de vie, à la différence de la vision européenne ou allemande. Cette approche de
l’égalité encourage les politiques de quotas dans les universités et sur le marché du
travail pour garantir un accès équitable aux opportunités, même si elles ne sont pas
garanties dès la naissance.
● La démocratie : Héritée des luttes contre l’absolutisme au XIXe siècle, la démocratie
américaine repose sur l’idée que l’État doit toujours institutionnaliser l’assentiment du
peuple. La participation citoyenne est donc cruciale pour légitimer les gouvernants et
garantir que l’État agit au nom et avec le soutien des citoyens.
B. Polarisation de la politique
Entre décembre 2018 et janvier 2019, le gouvernement américain a connu une période de
shutdown qui a duré 35 jours, marquant le blocage le plus long de l’histoire du pays. Ce
shutdown résulte d’un conflit intense entre le président Trump et le Congrès, principalement
autour du financement du mur à la frontière avec le Mexique. Ce blocage a paralysé de
nombreux services publics, laissant des centaines de milliers de fonctionnaires sans salaire
et révélant les tensions extrêmes qui caractérisent la politique américaine contemporaine.
Depuis Bush, les présidents, Obama y compris, les présidents américains on fait usage de
modes plus exécutives ex : exécutif orders, …
Question du collège électoral > en 2016 Trump n’avait pas obtenu le soutien populaire
mais avait pu obtenir le pouvoir grâce au collège électoral. Certains auteurs et politiste
souhaitent la suppression de ce collège électoral
La ligne de masse :
La ligne de masse est une pratique politique mise en place par Mao Zedong au sein du
Parti communiste chinois (PCC) pour impliquer le peuple, surtout les paysans, dans
l’élaboration des politiques. Selon cette méthode, le Parti devait écouter les préoccupations
de la population pour formuler des politiques en phase avec leurs besoins.
Les cadres locaux recueillaient les demandes du peuple, les remettaient aux dirigeants, qui
les adaptaient en politiques publiques. L’objectif était de renforcer la légitimité du Parti en
apparaissant comme à l’écoute de la population, tout en consolidant son contrôle. Cette
approche a permis au Parti de maintenir un lien symbolique et idéologique fort avec les
masses, leur donnant une forme de participation politique indirecte. Aujourd’hui, bien
que le concept soit moins appliqué, son héritage reste présent à travers des mécanismes
modernes de retour d’information.
L’idéologie de l’égalité
La chine est l’un des pays les plus inégalitaires au monde mais pourtant, l’idéologie de
l’égalité reste centrale dans le discours de Xi Jinping. C’est l'État qui possède les secteurs
centraux tel que la propriété des terres, l’industrie, … De plus, l'État a mis en place
d’importantes campagnes de lutte contre la corruption dans de nombreux domaines et au
sein même de son administration.
La fonction d’un parti politique est de représenter les citoyens lors des élections, dans le but
de conquérir le pouvoir ou de participer à sa prise. Un parti se constitue autour d’un
programme idéologique et d’un discours. Selon Duverger, un parti politique se forge au fil
de son histoire, qui inclut des élections, l’élaboration de programmes idéologiques, ainsi que
l'expérience de partis ayant exercé le pouvoir et accompli des actions concrètes au sein de
l'État.
En 2016, Emmanuel Macron a diagnostiqué que les partis traditionnels avaient perdu
leur attractivité. Fort de son expérience au sein du Parti socialiste et de ses fonctions
ministérielles, il a constaté que ces partis ne parvenaient plus à bien représenter les
citoyens. C’est pourquoi il a lancé « En Marche », à l’origine un mouvement politique, avec
l’idée de créer une nouvelle forme politique, en particulier au niveau régional, pour
reconquérir le pouvoir central. Ce projet a rencontré un réel succès, et ce n’est qu'après sa
victoire à l’élection présidentielle que ce mouvement s’est transformé en parti politique.
A. L’enracinement
Il est nécessaire d’avoir une certaine ancienneté pour s’imposer dans le paysage politique.
Par exemple, des partis comme La France Insoumise, le MoDem (Mouvement Démocrate)
ou l'UMP (Union pour un Mouvement Populaire) sont aujourd’hui bien établis, car ils ont
réussi à dépersonnaliser leur structure. Pour qu’un parti s’enracine durablement, il doit
exister indépendamment de son leader. Par exemple, Marine Le Pen a dû céder la direction
du Rassemblement National à un tiers pour pouvoir se présenter à l’élection présidentielle.
Un parti politique est également une organisation qui peut se diversifier, et en France, la
création de nouveaux partis est assez fréquente, illustrant une grande fluidité dans le
paysage politique.
Les partis français s’inspirent souvent les uns des autres et se mélangent. L'UDF (Union
pour la Démocratie Française) a duré 30 ans (1978-2007), ce qui peut sembler long, mais
comparé à la durée des partis au Royaume-Uni, cela reste relativement court. Malgré cela,
l'UDF a eu une existence structurée en dehors de la personnalité de son leader, car il
jouait un rôle clé lors des élections. Le MoDem, fondé en 2007, et le NPA (Nouveau Parti
Anticapitaliste), qui a pesé politiquement malgré ses 5% de voix depuis 2009, illustrent
également la dynamique des partis français.
Prenons l'exemple de "En Marche", qui a traversé une crise liée à une loi sur l'immigration,
ce qui a provoqué de nombreux départs au sein du mouvement en raison de désaccords.
Cela aurait pu être un tournant pour que le parti change de direction, mais cela ne s'est pas
produit sous la direction de Macron. Bien qu'il soit un parti en place, "En Marche" connaît
des divisions internes, signe de son existence en tant que véritable parti politique.
B. Consécration institutionnelle
Dans son ouvrage de 1951, Duverger propose une thèse selon laquelle l’organisation et la
structure interne des partis déterminent la dynamique de la représentation politique qu’ils
exercent et la manière dont leur discours s'adresse aux citoyens. À partir de cette définition,
Duverger construit une typologie des partis politiques, qu’il base sur une analyse
comparative et historique (surtout post-Seconde Guerre mondiale).
Il voit les partis comme étant nés au XIXe siècle, dans le contexte des Lumières, à travers
des regroupements dans des salons pour discuter de politique. À la fin du XIXe siècle, ces
partis étaient principalement des "partis de cadre" ou bourgeois. Selon Duverger, ces
premiers partis étaient des groupes restreints de personnes qui se consacraient à la
politique et cherchaient à élaborer un programme d’action publique par la discussion. Ils
fonctionnent davantage comme des clubs politiques, une idée toujours présente au
Royaume-Uni aujourd'hui, où les partis sont relativement fermés, les primaires étant
accessibles uniquement aux adhérents.
Les partis de masse émergent quant à eux dans l’entre-deux-guerres (années 1920) avec
des partis comme les communistes, les socialistes et les fascistes. Ces partis cherchaient à
structurer la société autour d’un programme politique et à intégrer les masses populaires
comme acteurs principaux de la vie politique. Dans certains pays, comme l'Italie ou l'Union
soviétique, ces partis ont même conduit à la création de régimes politiques où les partis ont
"phagocyté" l'État.
L’idée des partis de cadre et la transformation qu’ils ont engendrée ont aussi été
développées par Kirchheimer dans son ouvrage The Transformation of the European Party
System (1966), où il analyse la fonction d’intégration sociale des partis politiques. Selon
Kirchheimer, avant la Première Guerre mondiale, les partis étaient principalement des partis
de masse, et le socialisme en particulier a facilité la transition économique vers
l’industrialisation. Les partis de masse ont été essentiels pour permettre aux nouveaux
citoyens, issus du monde industriel, de participer à la vie politique, jusqu’alors réservée aux
élites. Après la guerre, notamment pendant la Guerre froide, les partis ont adopté la forme
des "catch-all parties" (partis attrape-tout). Ces partis, en compétition pour attirer le plus
grand nombre de voix, ont abandonné le discours idéologisé des partis de masse et ont opté
pour un discours plus modéré pour élargir leur électorat.
Les partis "catch-all" s'adressent ainsi à un plus large éventail de la population et
cherchent à inclure autant de groupes que possible pour maximiser leur soutien électoral.
Cette évolution s'est accompagnée d’un changement de stratégie où l’idéologie s’est placée
au second plan par rapport à la recherche de nouvelles voix électorales. Cependant, à partir
des années 1990, Katz et Mair dans leur ouvrage Changing Models: The Emergence of the
Cartel Party (1995) critiquent cette évolution des partis "attrape-tout". Selon eux, cette
stratégie d’élargissement du soutien électoral n’explique pas pleinement l’évolution des
partis dans une société post-industrielle. Ils soutiennent que la structure des partis est
moins déterminée par les transformations sociales que par les ressources qu'ils reçoivent
de l’État. Avec la professionnalisation croissante des élites politiques, les partis deviennent
des organisations où une classe dirigeante s’élabore, coupée du reste de la population.
Katz et Mair parlent ainsi de la "symbiose entre l’État et les partis", où l'État soutient les
partis à travers des ressources financières et organisationnelles, ce qui rend la politique
plus accessible à une élite.
Dans ce contexte, des partis comme "En Marche !" de Macron, qui ont émergé de cette
professionnalisation, ne sont pas des entités complètement nouvelles, mais plutôt des
projets politiques fondés sur des dynamiques internes aux partis existants. En effet,
Macron, bien qu’il ait fondé son mouvement en dehors des partis traditionnels, venait déjà
du Parti socialiste, illustrant ainsi cette continuité.
Ainsi, bien que la typologie des partis de Duverger soit encore pertinente pour analyser la
dynamique des partis aujourd'hui, il est clair que les enjeux politiques ont évolué et que la
manière dont les partis sont structurés et fonctionnent diffère aujourd’hui de celle des
premières formations partisanes, particulièrement dans les sociétés modernes où la relation
entre l’État et les partis est de plus en plus marquée par des liens de professionnalisation et
de ressources partagées.
B. Organisation et démocratie
Selon Duverger, le mode de scrutin joue un rôle déterminant dans la formation des systèmes
de partis et dans leur structure. Par exemple :
Au sein de ces trois grands systèmes, il est possible de nuancer la typologie. Le nombre de
partis pertinents est crucial. Par exemple, aux États-Unis et au Royaume-Uni, bien qu'il y ait
plus de deux partis, on parle de dualisme car seuls les partis majeurs (Démocrates et
Républicains aux États-Unis, Travaillistes et Conservateurs au Royaume-Uni) dominent
réellement le système politique. Les partis plus petits, comme UKIP ou les Verts, influencent
l’élection, mais ne sont pas assez forts pour modifier la structure du système. Duverger
explique que ce phénomène est lié à la nature du scrutin uninominal majoritaire, comme
le « first past the post » en Angleterre, où le candidat ayant la majorité absolue au premier
tour remporte les élections. En revanche, en France, avec son système
à deux tours, il existe une plus grande diversité partisane, mais le système reste dualiste en
raison de l’influence dominante de certains partis.
L’approche quantitative de Duverger est particulièrement pertinente. Des chercheurs ont
tenté de classer les systèmes de partis en fonction du nombre de sièges obtenus par
chaque parti lors des élections. Ils ont constaté qu’un parti fait partie du « nombre pertinent »
lorsqu’il obtient plus de 3% des voix. ex : l'index du multipartisme est de 3,5 en
Grande-Bretagne, de 5 en France (parti multiple souple), de 3,5 en Allemagne (parti multiple
rigide) et de 6 en Italie. Cet index permet de comprendre le niveau de multipartisme dans
chaque pays.
Du point de vue qualitatif, Alan Ware identifie deux logiques présentes lors des élections : la
compétition et la coopération. L’Allemagne est un exemple de coopération, avec une
succession de coalitions entre les deux principaux partis (la CSU/CDU et le SPD) de 1980 à
2000. Leur domination sur la scène politique a été telle qu'Alan Ware se demande s'il ne
serait pas plus juste de parler de bipartisme allemand.
Bipartisme :
Aux États-Unis et en Grande-Bretagne, le système électoral est basé sur un scrutin
majoritaire à un tour, appelé « First past the post ». Malgré ce mode de scrutin commun, il
existe des différences notables dans l'organisation des partis politiques entre ces deux
pays.
Multipartisme :
En 1976, Giovanni Sartori a proposé une typologie des systèmes partisans,
distinguant deux grands types de multipartisme :
● Système pluraliste modéré : Ce système est caractérisé par une faible distance
idéologique entre les partis principaux. ex : en Allemagne avec la grande coalition
s’est reformée à plusieurs reprises, en 1966-1969, 2005 et 2018.
● Système pluraliste polarisé : Dans ce système, les partis sont idéologiquement très
éloignés les uns des autres. En France, le système partisan est fragmenté, avec la
formation de nouveaux partis à presque chaque élection.
Dans ces différents systèmes, les partis peuvent se concentrer, se fragmenter ou former
des coalitions. Ces dynamiques constituent les systèmes de partis propres à chaque pays,
qui évoluent au fil du temps. Cependant, des tendances durables peuvent être observées à
travers l’histoire.
Par exemple, en Allemagne, bien que le système soit multipartite, le nombre de partis a
considérablement diminué de 1953 à 1987, car pendant cette période, 80% des voix
étaient partagées entre les deux grands partis, la CDU et le SPD.
IV- Les partis politique français
L'extrême gauche
Jean-Luc Mélenchon est devenu la figure centrale de l'extrême gauche en France. Ses
premières campagnes remontent aux années 70, et ses positions ont été façonnées par les
mobilisations sociales des décennies suivantes. En 2005, l’extrême gauche a joué un rôle
clé dans le rejet de la Constitution européenne, un moment où la polarisation des débats
politiques en France était particulièrement forte.
Les radicaux
Les radicaux sont une vieille force politique modérée qui a souvent changé de forme et de
nom. Bien qu'ils aient formé une coalition avec les socialistes en 1997, aujourd'hui, la
tradition radicale est principalement incarnée par le modèle de François Bayrou, qui
représente le centre politique.
Les Verts
Le mouvement écologique, né en 1974, a longtemps été marginalisé en raison de difficultés
d'intégration dans le système des partis français. Cependant, en 1997, les Verts sont
devenus un élément indispensable de la gauche plurielle, soutenant des réformes telles que
le quinquennat, la parité homme-femme et les 35 heures. Ils sont également les premiers
à avoir instauré un système de primaire pour choisir leur leader, un processus innovant dans
la politique française. Toutefois, les Verts souffrent encore d'un manque de leadership fort.
En résumé, la gauche en France a traversé de multiples évolutions, marquées par des
alliances, des crises internes et des défis économiques et sociaux qui ont transformé ses
partis au fil du temps.
B. La droite
René Rémond, historien, dans son ouvrage Les droites en France (1954), explique que la
droite française se divise historiquement en trois courants : l'ultra droite (extrême),
l'orléanisme (modéré) et le bonapartisme.
Ces éléments sont repris aujourd'hui par Emmanuel Macron, qui incarne un leadership fort
et un charisme politique. Après De Gaulle, Jacques Chirac a créé le Rassemblement pour
la République (RPR) en 1976, qui a adopté un programme gaulliste pour répondre aux
besoins économiques de la France au tournant du XXIe siècle, incluant des privatisations
et une dérégulation économique, tout en défendant un ordre public assuré par l'État.
Chirac s'est également distingué de De Gaulle sur le plan international en revenant sur la
question du soutien à l'OTAN, ce que De Gaulle avait remis en question pour préserver
l'indépendance de la France vis-à-vis des États-Unis. Aujourd'hui, l'héritage gaulliste est un
élément consensuel au sein de la droite, incarné de manière directe par Macron, notamment
avec ses idées de leadership et de charisme politique.
La droite orléaniste
Il existe également une droite modérée non-gaulliste, incarnée à la fin des années 1970 par
le parti Union pour la Démocratie Française (UDF), fondé par Valéry Giscard d'Estaing en
1978. Ce parti était une fusion des chrétiens-démocrates, des radicaux et des républicains
indépendants, et représentait un centre politique émergent en France, avec des membres
issus de la tradition radicale, certains inclinant vers la droite, d'autres vers la gauche. Sur le
plan social, les membres de cette droite modérée étaient souvent des notables de province,
ancrés dans les régions. Cependant, l'UDF a disparu après les élections régionales de 1998,
où les candidats du parti n'ont pas pu s'entendre sur une alliance possible avec le Front
National. L'UDF a donc été dissous, et Chirac a créé l'Union pour la Majorité Présidentielle
en 2002 pour dynamiser sa réélection, ce qui a été un succès. Nicolas Sarkozy a repris
cette dynamique en 2004, mais il faut noter que ces partis ne sont pas nécessairement liés à
un leader unique.
● Le moment des élections : Ce moment est crucial pour les partis. En France, c'est
souvent l'occasion de la création de nouveaux partis. Au Royaume-Uni, l'histoire
montre une dispersion du vote vers des partis minoritaires d'une manière totalement
nouvelle. En effet, jusqu'en 2015, la démocratie britannique s'était structurée autour
d'un bipartisme entre les travaillistes et les conservateurs.
● Le pôle culturel de l'adhésion : Tout comme en France, le Royaume-Uni observe
une chute drastique des adhésions aux partis politiques. Alors que la structuration de
la société britannique par les partis était auparavant très marquée, cette dynamique
a fortement diminué depuis les années 1970.
C. Le parti travailliste
Depuis les années 2000, marquées par la figure de Tony Blair (New Labour > volonté
d’accroître la croissance économique), le Parti travailliste n'a pas été au pouvoir au
Royaume-Uni. Les conservateurs sont au pouvoir depuis 2010. Cette année-là, une primaire
a eu lieu, un procédé que le Parti travailliste utilise toujours pour choisir son leader. C’est Ed
Miliband qui en est sorti vainqueur. Miliband, élu deux ans après la crise financière de 2008,
pensait que cette crise, plus marquante au Royaume-Uni qu'en France, provoquerait un
virage à gauche de l’opinion publique. Il a donc mené une campagne résolument à gauche
pour se différencier de l’héritage de Blair et du New Labour. Son programme proposait une
taxation des riches à plus de 50 %, la régulation des prix de l’énergie, l’introduction d’un
revenu minimum social et des critiques systématiques du capitalisme qu’il opposait à un
capitalisme productif. Cependant, ce programme n’a pas rencontré de succès électoral :
bien qu’il ait remporté les primaires, il a perdu lors des élections législatives. Les membres
du Parti travailliste avaient voté pour lui, mais les Britanniques dans leur ensemble ont rejeté
son programme. La victoire de Cameron en 2010 a montré que c’était davantage la
personnalité du leader, perçue comme compétente (bien que de façon illusoire), qui avait
séduit les électeurs. La politique d’austérité, bien qu’inadaptée aux réalités sociales, était
perçue comme une réponse efficace à la crise et a ainsi contribué à la victoire électorale des
conservateurs.
Le leader actuel du Parti travailliste est Keir Starmer, un modéré, tandis que ses
prédécesseurs, Jeremy Corbyn et Ed Miliband, étaient plus radicaux. Corbyn (qui a gagné
les primaires de 2015), opposé à la politique d’austérité, proposait de nationaliser les
chemins de fer, d’augmenter le salaire minimum, de renforcer les droits syndicaux et de
retirer les plafonds imposés par les conservateurs sur les aides sociales. Il était également
un fervent militant antinucléaire, prônant la dénucléarisation du Royaume-Uni. Le problème
de son programme résidait dans le fait qu’il avait réussi à créer un mouvement populaire au
sein même du Parti travailliste, "Momentum", qui attirait surtout la jeunesse, mais il restait
largement impopulaire parmi les députés du Labour. Cette tension entre les électeurs et les
députés est essentielle, car un parti ne peut gouverner sans réconcilier ces deux groupes.
La situation particulière de Corbyn dépassait même cette tension interne, car bien qu’il ait
été élu par une large majorité des membres du parti, il était extrêmement impopulaire parmi
l'ensemble de la population britannique, y compris parmi les élus travaillistes. Dans la
politique de formulation d’un programme, il est crucial de prendre en compte la place des
adhérents au sein du parti et leur relation avec l’électorat plus large : qui veut-on
convaincre?
Un autre acteur important dans le paysage politique britannique est le Parti des
Libéraux-démocrates (LD), qui, en 2010, est entré au gouvernement en coalition avec
les
conservateurs, après que ces derniers n’aient pas obtenu la majorité absolue. Cette entrée
en coalition fut perçue comme une victoire pour les Libéraux-démocrates, mais elle s’est
révélée fatale pour eux, car ils ont été assimilés à la politique de Cameron pendant les cinq
années suivantes. Leurs votes étaient historiquement une forme de contestation contre les
partis conservateur et travailliste. En 2015, les électeurs déçus par le gouvernement de
coalition, qui n’étaient pas convaincus par le programme de gauche de Miliband, se sont
retrouvés dans une position difficile : ni les Libéraux-démocrates, associés aux
conservateurs, ni le Labour, trop à gauche, ne les satisfaisaient. Ces élections étaient un
choix entre les Tories et le Labour, dont les programmes se définissaient au moment des
primaires. Les Libéraux-démocrates, qui étaient un parti de contestation, n’avaient jamais
réellement eu d’ambition de former un gouvernement, et leur rôle d'équilibre dans le
bipartisme a disparu avec leur alliance avec les conservateurs.
Depuis 2015, d’autres partis ont gagné en importance, notamment les partis nationalistes
écossais et gallois. Tony Blair avait institué des parlements régionaux à la fin des années
1990, et aujourd'hui, les Gallois et les Écossais votent pour des parlements régionaux où se
forment de nouveaux partis nationalistes. Bien que le bipartisme reste dominant, ces partis
régionaux ont pris une place plus importante depuis 2015, en partie à cause de
l’affaiblissement du rôle contestataire des Libéraux-démocrates.
Le vote en faveur du Brexit en 2016 est un produit direct de la fragmentation des partis
depuis 2015 et de l’émergence de l’UKIP comme parti contestataire. L’unique élément de
leur programme était la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne. Cependant, après le
Brexit, l’UKIP s’est effondré. Il existe également un petit mais significatif Parti vert, qui, bien
que souvent ignoré lors des législatives, joue un rôle important au niveau local.
La "République des partis" désigne le rôle central que les partis politiques jouent dans la
structuration de la vie politique en Allemagne, un rôle inscrit dans la Constitution allemande.
Contrairement à la France et aux États-Unis, où les partis sont des associations privées, en
Allemagne, l'État garantit leur existence. L'article 21 de la Loi fondamentale stipule que "les
partis contribuent à la formation de la volonté politique du peuple ; leur création est libre,
mais leur organisation interne doit respecter les principes démocratiques". En ce qui
concerne les partis, l'un des plus importants est la CDU (Christlich Demokratische Union).
En Allemagne, il existe aussi une branche bavaroise, la CSU (Christlich-Soziale Union), qui,
bien que distincte, fait partie de la même force politique. Ensemble, la CDU et la CSU
forment un seul et même bloc politique dominant dans l'histoire de la République Fédérale.
La CDU a gouverné l'Allemagne pendant 47 à 67 ans. Créée en 1945 pour reconstruire la
politique du pays après la Seconde Guerre mondiale, la CDU est également le parti
d'Angela Merkel.
B. Les sociaux-démocrates
Angela Merkel, une chrétienne démocrate (CDU) a dirigé l'Allemagne pendant 16 ans, avec
deux de ses quatre mandats effectués au sein d'une grande coalition avec la SPD (Parti
Social-Démocrate). Fondée en 1863, la SPD est le plus ancien parti politique au monde et a
maintenu un comité exécutif en exil pendant le IIIe Reich. Ce parti de centre-gauche accorde
une grande importance au rôle de l'État dans l'économie et défend une conception solide de
l'État-providence. Récemment, la SPD a aussi adopté une position en faveur des droits des
minorités. En 1933, elle fut le seul parti à s'opposer à la loi des pleins pouvoirs d'Hitler.
Toutefois, en 1949, lors des premières élections législatives de la République fédérale, la
SPD n'a recueilli que 29 % des voix, contre 31 % pour la CDU, principalement en raison d'un
manque de leadership et de l'attrait du programme libéral de la CDU.
Gerhard Schröder a gouverné de 1998 à 2005 et a largement contribué à repositionner le
parti vers le centre.
Merkel a bénéficié de son héritage politique, notamment grâce aux réformes économiques
qu'il a mises en place, telles que la réduction des impôts, la libéralisation de l’économie et
la promotion de l'investissement. Cependant, depuis, la SPD traverse une crise
perpétuelle, incapable de réconcilier les factions de gauche et de centre. D'autres partis
jouent également un rôle significatif dans le paysage politique allemand.
C. Les libéraux démocrates (FDP)
Le Parti des Libéraux-Démocrates (FDP) est un parti centriste et libéral qui défend le libre
marché ainsi que les droits civiques et politiques. Ses électeurs sont principalement des
chefs de petites entreprises et des entrepreneurs. Sa stratégie électorale ne consiste pas à
rassembler tous les électeurs, mais à conserver le soutien de l'électorat bourgeois, avec une
grande flexibilité idéologique. Cette position lui permet de jouer un rôle clé dans de
nombreuses coalitions gouvernementales.
En Allemagne, il est stratégique pour un parti minoritaire comme le FDP de participer au
gouvernement, même s'il n'obtient pas une majorité absolue. L'élection législative de 1957
fut la seule fois dans l’histoire de la République fédérale où l'un des deux grands partis
obtint une majorité absolue. Dans le système politique allemand, les gouvernements sont
presque toujours des coalitions (telles que la grande coalition CDU/SPD ou celles intégrant
la FDP). Le FDP occupe un rôle crucial en tant que pivot, car le système électoral garantit
une représentation proportionnelle au parlement pour tous les partis qui recueillent plus de 5
% des voix. Grâce à cette loi fondamentale, le FDP a participé à 16 des 20 gouvernements
formés depuis 1945.
D. Les verts
Les Verts sont l'un des partis les plus puissants d'Europe et participent activement au
gouvernement. Leur actuelle dirigeante a eu une influence majeure en politique et sa
participation à la coalition semblait presque assurée. De 1990 à 2005, les Verts ont été au
gouvernement avec Joschka Fischer, ancien leader des Verts, vice-chancelier de Schröder
et ministre des Affaires étrangères, qui a joué un rôle crucial. Ils ont adopté des lois
marquantes comme celle sur la nationalité, la plus libérale de l’histoire allemande, ainsi que
la légalisation du mariage homosexuel en 2002. Le mandat a également marqué un
tournant avec l'abandon de la position pacifiste de l'Allemagne : Schröder a soutenu
l’intervention militaire au Kosovo en 1999 et en Afghanistan, permettant pour la première fois
le déploiement de soldats allemands hors du pays.
Outre les quatre grandes forces politiques, plusieurs partis minoritaires ont également eu un
impact significatif sur la politique allemande :
● Die Linke (gauche) : Fondé en 2007 par la fusion de l'ancien Parti Communiste de
l'Est et d'une fraction de la SPD, Die Linke est un parti marqué par des idées
d'extrême gauche, prônant une forte intervention de l'État dans l'économie, une
redistribution des richesses, et un pacifisme en politique étrangère. Bien qu’il ait
obtenu 12% des voix en 2009, le parti a rapidement dérivé vers une radicalisation
extrême, notamment avec des critiques de la politique migratoire de Merkel, ce qui a
nui à sa popularité par la suite.
● AFD (Alternative für Deutschland) : Parti d’extrême droite fondé en 2013,
initialement néo-libéral et anti-euro, l'AFD a opéré un virage à droite en 2015, en
plaidant pour la fin de l'euro et des politiques plus restrictives sur l'immigration.
Malgré un programme radical, l'AFD a obtenu 12% des voix en 2017, marquant un
tournant historique en devenant le premier parti d'extrême droite à obtenir un tel
score depuis le Troisième Reich. Cependant, lors des élections récentes, leurs
résultats ont été moins significatifs, le parti ayant surtout joué un rôle de contestation
en 2016.
● NPD (Parti national-démocrate d'Allemagne) : Fondé en 1964, le NPD
(Nationaldemokratische Partei Deutschlands) est un parti d’extrême droite, souvent
accusé de néonazisme. Il défend une rhétorique nationaliste, xénophobe et
anti-immigration. Bien que sa présence soit principalement marginale, il a obtenu
des sièges dans certains parlements régionaux, principalement à l'Est de
l'Allemagne, mais n'a jamais réussi à entrer au Bundestag.
Les partis sont organisés au niveau local par les assemblées des États, qui établissent les
règles pour les primaires et pour l’élection des membres du Congrès. Les électeurs qui
souhaitent participer aux primaires doivent simplement se déclarer comme démocrates ou
républicains, mais ils ne peuvent pas participer aux deux.
La machine électorale américaine est un système organisé utilisé par un parti politique pour
gagner des élections. Elle repose sur des réseaux locaux, la mobilisation des électeurs, et
une gestion efficace des ressources humaines et financières. Elle implique souvent des
campagnes de porte-à-porte, des appels téléphoniques, des publicités et des collectes de
fonds. Les machines électorales peuvent aussi utiliser la politique de patronage, en
attribuant des emplois ou des avantages en échange de soutien électoral. Historiquement,
des machines comme celle du Parti démocrate de Chicago ont joué un rôle crucial en
contrôlant les élections locales. Cependant, elles sont parfois critiquées pour favoriser le
clientélisme, la corruption, et la concentration du pouvoir. Maurice Duverger, un
politologue français, a formulé deux arguments clés pour expliquer pourquoi il existe
principalement deux partis majoritaires aux États-Unis. Ces arguments sont basés sur les
structures électorales et les dynamiques politiques propres à ce pays.
Aux États-Unis, la structure du bipartisme est ancrée dans l'histoire et le système politique,
et cette typologie explique en partie pourquoi les partis démocrate et républicain restent les
principaux acteurs. Les partis mineurs existent, mais ils sont rarement capables de menacer
la domination des deux grands partis, car les électeurs tendent à se rallier aux deux partis
majeurs pour maximiser leur influence dans les élections.
● Les petits partis ont du mal à gagner des sièges, même s'ils attirent un nombre
considérable de voix à l'échelle nationale. Cela décourage les électeurs de
soutenir des partis mineurs, car le vote pour un petit parti semble être "gaspillé" et
n'a pas d'impact sur l’élection.
● Les deux partis majeurs (le Parti démocrate et le Parti républicain) ont une large
base électorale et sont capables de concentrer suffisamment de voix dans chaque
circonscription pour gagner. Ainsi, ils deviennent des choix pragmatiques pour les
électeurs qui souhaitent éviter la dispersion des voix et maximiser leurs chances de
voir leur préférence représentée au pouvoir.
En résumé, selon Duverger, la typologie des partis et l'influence des modes de scrutin
contribuent à la prééminence des deux grands partis aux États-Unis. Le système électoral
majoritaire uninominal à un tour favorise le bipartisme. Dans ce système, un candidat
remporte l'élection s'il obtient le plus de voix dans une circonscription, ce qui incite les
électeurs à soutenir les partis dominants pour éviter que leur vote ne soit "gaspillé",
rendant difficile l'émergence de partis tiers.
Les primaires aux États-Unis sont des élections internes où chaque parti désigne ses
candidats pour les élections générales. L'organisation de ces primaires varie selon les règles
propres à chaque État : elles peuvent être fermées (réservées aux membres du parti),
ouvertes (accessibles à tous les électeurs) ou semi-ouvertes. Les primaires ou caucus
permettent de désigner des délégués qui soutiendront un candidat lors de la convention
nationale du parti. Le processus débute généralement en janvier, et les résultats déterminent
les candidats à l’élection présidentielle. Toutefois, depuis les années 1990, on constate une
plus grande volatilité électorale, avec de nombreux électeurs alternant entre les partis
démocrate et républicain. Par ailleurs, un nombre croissant d'électeurs se définissent sans
filiation, malgré une radicalisation accrue des partis.
Le fossé idéologique entre les deux partis s'est profondément creusé au fil des années. Au
Congrès, les votes se concentrent de plus en plus sur des lois libérales ou conservatrices,
laissant peu de place à des compromis modérés. Les législateurs s'engagent souvent dans
une logique de partisanerie exacerbée, rendant les accords inter partisans rares. La
présidence d'Obama a été un moment clé de cette polarisation, avec des affrontements plus
marqués entre les partis, en particulier sur des sujets comme la réforme de la santé et les
politiques économiques. Ce phénomène a été en grande partie alimenté par l'émergence du
Tea Party, un mouvement républicain qui a renforcé l'aile conservatrice du Parti républicain
et fait disparaître les figures modérées des deux partis. Le Tea Party a ainsi poussé les
républicains à adopter une posture plus radicale, tandis que les démocrates se sont
également polarisés autour de positions progressistes, augmentant la difficulté de parvenir
à des compromis sur des questions majeures.
Ce clivage idéologique entre les partis a également conduit à de nombreux blocages
institutionnels, en particulier lorsque le président et le Congrès appartiennent à des partis
opposés. Dans de tels scénarios, il devient difficile de faire avancer les réformes ou
d’adopter des législations, car chaque côté tente de s'imposer, souvent au détriment de la
coopération nécessaire au bon fonctionnement des institutions.
Enfin, la singularité du système politique américain persiste avec la forte indépendance des
candidats politiques régionaux, qui mènent souvent leurs campagnes de manière
autonome, sans se soumettre strictement aux lignes directrices des partis revendiqués. Ces
candidats locaux, qui s'adaptent à des enjeux spécifiques à leur région, privilégient leurs
propres stratégies électorales, ce qui renforce encore le caractère distinctif du système
politique américain par rapport à d'autres démocraties.
● Le scrutin majoritaire : Il repose sur le principe qu'un candidat ou un parti doit obtenir
la majorité des voix pour remporter un siège. Il existe en version à un tour (le
candidat avec le plus de voix gagne) et à deux tours (un second tour est organisé si
aucune majorité absolue n'est obtenue au premier tour). Ce système favorise
souvent les grands partis et conduit à un bipartisme, comme en France pour les
élections présidentielles.
● Le scrutin proportionnel : Les sièges sont attribués en fonction du pourcentage de
voix obtenues par chaque liste. Ce système permet une représentation plus fidèle des
partis, favorisant un multipartisme et la formation de coalitions. Il est utilisé lors des
élections européennes en France et dans de nombreux autres pays.
● Principe de liberté : Ce principe émerge à la fin du 19e lorsque le droit de vote est
devenu un exercice formel qui doit être garanti. Le mode de scrutin doit garantir le
secret du vote ainsi que le droit à l'abstention.
● Principe de justice : Le système électoral est à la fois l'infrastructure du jeu politique
et le produit d'un choix politique. Il doit garantir une représentation équitable des
citoyens. Si ce n'est pas le cas, des réformes électorales peuvent être nécessaires.
Ex : le système allemand cherche à allier équité et personnalisation du vote : les
électeurs disposent de deux bulletins, l'un pour un candidat direct et l'autre pour une
liste de partis. Au Royaume-Uni, chaque nation a mis en place des commissions, dès
1944, pour revoir tous les 15 ans le découpage des circonscriptions, dans un souci
d'égalité. Ainsi, en 1983, le nombre de députés est passé de 635 à 650. Aux
États-Unis, la Cour suprême s'est également prononcée sur des cas de
"gerrymandering", dénonçant des abus dans le découpage électoral.
● Principe de la majorité : La question de la majorité est toujours relative. Le système
First past the post (Royaume-Uni) attribue une représentation disproportionnée aux
partis gagnants, même avec une faible majorité. En 2005, le Labour Party a obtenu
35 % des voix mais 55 % des sièges. Cette situation est souvent justifiée par la
doctrine du mandat, qui permet au parti majoritaire d'imposer des réformes.
Certains pays recourent à des procédures de démocratie directe, telles que le référendum,
qui permettent aux citoyens de se prononcer directement sur des textes ou des sujets
précis. Ce processus échappe ainsi aux règles classiques des modes de scrutin, où les
électeurs choisissent des représentants pour prendre des décisions en leur nom. Le
référendum peut être un moyen efficace d'impliquer la population dans des décisions
importantes.
Cependant, l'utilisation du référendum n'est pas toujours désintéressée. Ex : sous
Napoléon, il a été employé non seulement pour consulter le peuple sur des questions, mais
aussi pour légitimer un pouvoir autoritaire. Dans ce cas, l'instrumentalisation du
référendum a permis
de renforcer son autorité, en utilisant un outil démocratique pour consolider un régime
personnel. De ce fait, le référendum peut aussi devenir un instrument de manipulation
politique, parfois qualifié de démagogie, lorsque les dirigeants l’utilisent pour valider des
décisions qu’ils ont déjà prises ou pour légitimer des actions politiques qui ne sont pas
nécessairement en faveur du bien commun.
● Royaume-Uni Les référendums sont perçus comme une manière de résoudre des
conflits que les partis politiques ne peuvent trancher, comme le montre le référendum
de 1979 en Écosse et au Pays de Galles sur la décentralisation. En 1975, il y avait
déjà un un vote pour quitter la CE
● États-Unis : Les référendums ont lieu au niveau des États ou des autorités locales.
De plus, 13 États ont instauré un système de "recal", permettant aux citoyens de
mettre fin au mandat d’un élu. 40 états permettent le référendum au niveau de l'État ou
à plus petite échelle. De plus, dans beaucoup d’états il est possible de faire des
propositions loi au congrès de ce dernier avec un certain nombre de signatures.
● Suisse : La Suisse est un modèle emblématique de démocratie directe. ● France :
La Convention citoyenne pour le climat illustre un exemple de participation citoyenne,
avec des citoyens tirés au sort pour débattre de propositions.
● Scrutin proportionnel : Utilisé pour les élections municipales dans les communes
de plus de 1 000 habitants et pour les élections européennes.
● Scrutin majoritaire à deux tours : utilisé pour les élections législatives et
présidentielles.
Sous Valéry Giscard d'Estaing, l'Union des Démocrates pour la République à permis
d'unifier la droite avec comme volonté de créer une majorité. Cette politique a permis de
créer une stabilité qui a commencé à se perdre sous le gouvernement de Mitterrand qui a
connu la première période de cohabitation. Cependant, l’augmentation du vote contestataire
du Front nationale va faire accroitre cette instabilité jusqu’à la fin des années 90 avant de se
stabiliser de nouveaux..
Le scrutin à deux tours permet de faire un premier vote de choix et un second vote en
opposition. Pour les législatives, ce mode de scrutin permet la création d’alliances et de
coalitions entre partis.
En France, en 1958 la variabilité des tailles de circonscription a eu des impacts ex : les
communistes obtiennent 18% des votes mais seulement 2 sièges. Cela va entraîner un
redécoupage des circonscriptions
Thomas Piketty et Julia Cagé ont analysé les résultats des élections présidentielles
françaises de 2022 en identifiant trois blocs de vote principaux : un bloc social-écologique
(PS, LFI), un bloc libéral-progressiste (Ensemble), et un bloc national (RN, LR, Reconquête).
Ils soulignent également l'importance de la dimension géographique et des caractéristiques
sociales dans les choix électoraux, mettant en lumière une division entre les classes
urbaines (riches et pauvres) et les classes rurales (également divisées entre riches et
pauvres)
VI - Les états-unis
Les états-Unis : Le système du collège électoral est critiqué de manière unanime par
tous les politistes américains.
Le système du collège électoral est un mécanisme utilisé lors des élections présidentielles
aux États-Unis, dans lequel les citoyens ne votent pas directement pour un président, mais
pour des grands électeurs. Ces derniers sont répartis entre les 50 États et le District de
Columbia en fonction de leur population et du nombre de sièges qu’ils possèdent au
Congrès (Sénat + Chambre des représentants). Le total des grands électeurs est de 538, et
un candidat a besoin d'une majorité absolue, soit 270 grands électeurs, pour gagner
l’élection. Chaque État a un nombre de grands électeurs (élu dans 30 états et choisi par les
partis dans les états restants) équivalent à son nombre de sénateurs (2) plus le nombre de
représentants à la Chambre des représentants, qui varie en fonction de la population de
l’État.
Un candidat peut gagner le vote populaire (c’est-à-dire obtenir plus de voix à l’échelle
nationale) tout en perdant l'élection présidentielle. Par exemple, en 2000, Al Gore a obtenu
plus de voix que George W. Bush, mais Bush a remporté l'élection grâce au collège
électoral. De même, en 2016, Hillary Clinton a obtenu plus de voix que Donald Trump, mais
ce dernier a gagné grâce à la répartition des grands électeurs. Ce système favorise les
petits États. Ex : un État comme le Wyoming, avec une faible population, a un nombre de
grands électeurs disproportionné par rapport à sa population, tandis qu’un État très peuplé
comme la Californie a plus de grands électeurs, mais sa voix individuelle compte moins
proportionnellement. Cela mène à un déséquilibre de la représentation. De plus, les
candidats se concentrent sur les swing states (États indécis), car ce sont eux qui peuvent
faire basculer l’élection. Les États considérés comme sûrs pour un candidat (républicains ou
démocrates) reçoivent peu d'attention, ce qui mène à une campagne électorale qui néglige
une partie importante du pays. Dans la plupart des États, celui qui gagne le plus de voix
remporte tous les grands électeurs de l’État, ce qui élimine la possibilité pour les voix
minoritaires d’être représentées au sein du collège électoral. Cela renforce la polarisation
politique et peut donner une représentation biaisée des préférences électorales.
C’est aux États-Unis que la sociologie électorale a vu le jour, avec une attention particulière
portée à la question : "Qui est représenté par le vote ?". Dans les années 1940, l’école de
Columbia, avec des chercheurs comme Lazarsfeld, a mené des études pionnières sur le
comportement électoral. En 1944, elle a conclu que les campagnes électorales avaient un
impact limité sur le choix des électeurs. Les individus les plus engagés politiquement étaient
minoritaires, tandis que la majorité des citoyens restaient influencés par des facteurs
préexistants, tels que leur environnement social, leur éducation et leurs affiliations
culturelles. Ces études ont démontré que les choix électoraux étaient souvent
prédéterminés et rarement remis en question.
En 2020, l’élection présidentielle américaine a reflété des tendances fortes selon les
groupes ethniques. 87 % des Afro-Américains et 67 % des Hispaniques ont voté pour Joe
Biden, alors que 57 % des électeurs blancs ont soutenu Donald Trump. Ces chiffres
montrent l'importance persistante des variables raciales et sociales dans le comportement
électoral. Kamala Harris, a joué sur la dimension identitaire et sur le vote minoritaire :
étant une femme noire d’origine sud-asiatique, elle incarnait un symbole de diversité.
Cependant, cette stratégie a fait l’objet de critiques, certains estimant qu’elle
instrumentalisait son identité pour gagner des voix parmi les minorités.
En 1976, Seymour Martin Lipset, Stein Rokkan, et Ronald Inglehart, des figures
majeures en sociologie politique, ont proposé une analyse affirmant que les comportements
électoraux évoluent significativement. Ils ont mis en évidence que les individus ne votent
plus principalement en fonction de leur appartenance à une catégorie sociale ou à un
groupe (comme les classes ouvrières, les agriculteurs ou les élites), mais davantage en
fonction des enjeux et des valeurs qui leur semblent prioritaires.
VII - Le royaume-unis
Au Royaume-Uni, le système électoral First Past the Post permet à un candidat de
remporter un siège en obtenant une majorité relative des voix dans sa circonscription, sans
nécessiter de majorité absolue. Ce mode de scrutin favorise historiquement un bipartisme
entre le Parti conservateur et le Parti travailliste, consolidant leur rôle en tant que principaux
acteurs politiques.
Les élections législatives de 2010 ont marqué un tournant avec l’apparition d’un "hung
Parliament" (Parlement sans majorité absolue), une situation rare depuis 1974. Les
Conservateurs, sous David Cameron, ont remporté 307 sièges (36,1 % des voix), mais
sans majorité suffisante pour gouverner seuls. Les travaillistes, dirigés par Gordon Brown,
ont obtenu 258 sièges (29,1 %), et les Libéraux-Démocrates, sous Nick Clegg, 57 sièges
(23 %). Ces résultats ont conduit à la formation d’une coalition entre Conservateurs et
Libéraux-Démocrates, une première depuis la Seconde Guerre mondiale. Cette élection a
mis en lumière des failles du système First Past the Post, souvent critiqué pour favoriser
les grands partis et distordre la représentation parlementaire.