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Dépenses Publiques et Croissance en Côte d'Ivoire

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JUIN 2007

E. N° 138
POLITIQUE ECONOMIQUE ET DEVELOPPEMENT

DEPENSES PUBLIQUES ET CROISSANCE ECONOMIQUE


EN COTE D’IVOIRE :
UNE APPROCHE EN TERME DE CAUSALITE

KEHO Yaya

Cellule d’Analyse de Politiques Economiques du CIRES

Année de publication : Novembre 2008


Résumé

L’objectif de la présente étude est d’analyser la causalité entre les dépenses publiques et la croissance économique et
de tirer les enseignements en termes de politiques économiques. Dans cette perspective, nous avons mené une série de
tests de causalité suivant une méthodologie économétrique proposée par Toda et Yamamoto (1995). Les résultats
des tests indiquent que les dépenses publiques effectuées par l’Etat ivoirien sur la période 1970-2002 n’ont pas eu
d’effet positif significatif sur la croissance économique. En opérant une désagrégation des dépenses publiques, les
tests ne révèlent aucun effet keynésien significatif. Les dépenses publiques de consommation ont un impact négatif
sur la croissance. L’étude établit également que la croissance économique influence positivement l’évolution de
certaines dépenses publiques.

1
1. Introduction

Les dépenses publiques constituent un instrument pour influencer à la fois les objectifs de
croissance et de redistribution. Elles consistent le plus souvent en des investissements de long
terme dans les domaines de l’éducation et des infrastructures, ainsi que des dépenses sociales à
court terme dans l’éducation, la santé et la sécurité sociale. Cet instrument de politique
économique s’avère d’une grande importance pour les pays en union monétaire qui ne peuvent
utiliser la politique monétaire de façon discrétionnaire à des fins de politique conjoncturelle.

Toutefois, le débat sur l’efficacité des dépenses publiques en tant qu’instrument de régulation
conjoncturelle a connu ces vingt dernières années une ampleur considérable, tant par le nombre
élevé d’analyses théoriques et d’études empiriques auxquelles il a donné lieu, que par l’importance
des implications en termes de politiques économiques. Les arguments contradictoires à la base de
ce débat ont contribué aujourd’hui à reconsidérer avec prudence l’utilisation systématique des
finances publiques à des fins de politique économique.

Aujourd’hui, le contrôle des dépenses publiques ivoiriennes s’inscrit dans le contexte du respect
des critères de convergence imposés par l’Union Economique et Monétaire Ouest Africaine
(UEMOA) aux pays membres. Ces critères imposent en effet des seuils pour certaines variables
budgétaires en vue de renforcer la convergence des politiques macroéconomiques ainsi que les
bases de la monnaie commune. Ainsi, trois des quatre critères de premier rang du pacte de
convergence sont relatifs à l’amélioration de la gestion des finances publiques. Désormais, les
dépenses publiques sont contrôlées afin de limiter l’accumulation de déficits budgétaires excessifs
et les problèmes que celle-ci engendre pour l’économie nationale. Mais toutes les dépenses
publiques doivent-elles faire l’objet de restrictions budgétaires? N’existe-t-il pas des dépenses
publiques qui ne peuvent être comprimées au-delà d’un certain seuil, au risque de compromettre
fortement la croissance économique ? La définition de critères communautaires encadrant les
dépenses publiques au sein l’Union lie les mains des autorités budgétaires des différents pays.

Les limitations contenues dans le dispositif de surveillance multilatérale rendent donc nécessaire
l’examen plus approfondi du lien entre les dépenses publiques et la croissance économique. De
même, il s’avère indispensable, dans le prolongement des réflexions sur les facteurs endogènes de
la croissance, de considérer la structure des dépenses publiques en vue d’identifier les
composantes qui sont porteuses de croissance endogène et celles qui ne le seraient pas. L’objectif
principal de la présente étude est de déterminer le sens et le degré de la causalité entre les
dépenses publiques et la croissance économique dans le cas de la Côte d’Ivoire. Elle se propose
d’apporter des réponses aux interrogations suivantes: Quel est l’impact en terme de causalité des
dépenses publiques sur la croissance ? Quel est l’impact de la composition des dépenses
publiques sur l’évolution du produit intérieur brut ? L’évolution des dépenses publiques est-elle
influencée par la croissance économique ?

L’intérêt de conduire une telle analyse est potentiellement considérable pour la politique
budgétaire. En effet, si les dépenses publiques exercent des effets réels sur l’économie, il devient
inopportun de renoncer à la croissance au nom de l’austérité budgétaire telle qu’elle est
préconisée par le pacte de stabilité. Cet intérêt revêt une importance particulière pour l’économie
ivoirienne qui connaît une réduction considérable de ses dépenses publiques. De plus, ce pays
traverse depuis décembre 1999 une période d’instabilité sociopolitique qui a plombé ses
performances économiques et détérioré les conditions de vie des populations. Dans ce contexte,

2
les ajustements budgétaires pourraient affecter non seulement le sentier de croissance potentielle
de l’économie mais aussi ralentir, voire compromettre, la réduction de la pauvreté.

La perspective méthodologique s’inscrit dans la lignée des travaux utilisant l’approche proposée
par Toda et Yamamoto (1995) pour tester la causalité entre des variables. L’avantage de la
méthodologie de Toda et Yamamoto par rapport à l’approche séquentielle habituellement utilisée
pour tester la causalité est qu’elle permet de minimiser les risques d’erreur associés aux tests
préliminaires de racines unitaires et de cointégration. En effet, l’approche suggérée par Toda et
Yamamoto ne nécessite pas une analyse préalable de la propriété de cointégration et peut
s’appliquer à des variables ayant des ordres d’intégration différents.

La suite de l’article s’organise de la façon suivante. La section 2 passe en revue quelques travaux
empiriques portant sur la relation entre les dépenses publiques et la croissance économique. La
section 3 présente les données et fournit quelques statistiques descriptives sur les variables. La
section 4 présente la méthodologie économétrique utilisée. La section 5 présente et discute les
résultats des tests de causalité. Finalement, la section 6 revient en conclusion sur les principaux
résultats de l’étude et en tire les implications pour la conduite de la politique économique.

2. Revue de littérature

Le rôle des dépenses publiques dans la régulation macroéconomique s’inscrit dans le débat
traditionnel portant sur l’efficacité de la politique budgétaire. Suivant l’optique keynésienne, la
régulation de l’activité économique par les pouvoirs publics passe par des actions contra-
cycliques. Cette perspective amène les pouvoirs publics à soutenir activement l’activité dès lors
que la demande des agents est déprimée et à la freiner lorsque son emballement fait craindre des
déséquilibres internes et externes. Ainsi, à court terme, les dépenses publiques peuvent servir à
stimuler la demande globale et à relancer une croissance économique jugée trop molle.
L’argument en faveur des dépenses publiques consiste à penser que certaines dépenses publiques,
notamment les investissements publics, comme les réseaux routiers, l’électricité, le transport, les
télécommunications, l’éducation et la santé génèrent des externalités qui améliorent la
productivité des facteurs privés et peuvent de ce fait soutenir la croissance économique (Blejer et
Khan, 1984 ; Aschauer, 1989 ; Tanzi et Zee, 1997). Néanmoins, il a fallut attendre le
développement des nouvelles théories de la croissance pour réaffirmer le rôle du capital public
dans la dynamique économique (Barro, 1990).

La vision néoclassique conteste l’effet vertueux du multiplicateur keynésien et prône au contraire


que la politique budgétaire expansionniste n’a pas d’effet favorable sur l’activité économique. Les
politiques de relance par les dépenses publiques peuvent même avoir des effets dépressifs sur
l’économie du fait notamment des effets d’éviction qu’elles exercent sur l’investissement et la
consommation privés. Ces effets négatifs résultent du fait que les agents économiques anticipent
les conséquences futures de la politique budgétaire et ajustent en conséquence leur
comportement de consommation et d’épargne (Barro, 1974 ; Feldstein, 1982). En fait, l’effet des
dépenses publiques sur la croissance dépend de la source de financement utilisée par les pouvoirs
publics. Si ces dépenses sont financées par une hausse de l’impôt direct, l’impact net sur la
croissance peut être négatif, en dépit d’un effet positif sur la productivité marginale du capital
privé. Si les dépenses sont financées par emprunts, alors les agents économiques, qui raisonnent
sur une longue période, comprennent que la non taxation d'aujourd'hui est un report de taxe dans
le futur. En conséquence, au lieu d’accroître leur niveau de consommation, ils épargnent le
surplus de revenu du à la non taxation d'aujourd'hui, pour payer les taxes futures. Ceci tant alors à
faire baisser la demande et le surcroît de dépenses publiques est compensé par la baisse de la
demande privée et la politique budgétaire s’en trouve ainsi réduite.

3
Malgré la pertinence des arguments théoriques en faveur des dépenses publiques, les études
empiriques énoncent des résultats contradictoires quant au signe de la relation entre les dépenses
publiques et la croissance du Produit Intérieur Brut. L’analyse empirique de l’impact des
dépenses publiques sur la croissance s’est orientée dans trois directions : la recherche de liens de
causalité, au sens économétrique du terme, entre dépenses publiques et croissance ; l’estimation
sur séries chronologiques de fonctions de production augmentées des dépenses publiques ; et
l’analyse en données de panel sur un ensemble de pays. Knight et al. (1993) et Nelson et Singh
(1994) ont mis en évidence un effet significatif de l’investissement public en infrastructures sur la
croissance dans un échantillon de pays en développement, notamment au cours des années 1980.
Easterly et Rebelo (1993) arrivent au même résultat en considérant les investissements publics en
transport et communication. En revanche, l’investissement public en agriculture ressort avec un
effet négatif sur la croissance. Pour leur part, Ojo et Oshikoya (1995) ont montré, dans le cas des
pays africains subsahariens, qu’une politique budgétaire expansionniste réduit la croissance par
tête de ces pays. Ténou (1999) qui estime sur données de panel les déterminants de la croissance
dans les pays obtient également le même résultat. Estimant des fonctions de production
augmentées en séries temporelles, et pour un échantillon de 43 pays en développement,
Devarajan et al. (1996) ont mis en évidence une relation positive entre les dépenses publiques de
consommation et la croissance, et une relation inverse entre cette dernière et l’investissement
public. Ce résultat s’expliquerait, selon les auteurs, par une mauvaise allocation des ressources
budgétaires en faveur des dépenses en capital et au détriment des charges d’entretien
d’infrastructures. Adoptant une approche vectorielle autorégressive, Ansari et al. (1997) ne
trouvent aucune évidence en faveur des effets keynésiens des dépenses publiques au Ghana, au
Kenya et en Afrique du Sud. En adoptant la même approche, Cheng et Lai (1997) établissent une
causalité réciproque entre les dépenses publiques et la croissance économique en Corée du Sud.
Ghali (1999) examine la causalité entre les dépenses publiques et la croissance dans 10 pays de
l’OCDE en utilisant les techniques de cointégration. Les résultats indiquent que les dépenses
publiques totales causent au sens de Granger la croissance économique dans tous les pays de
l’échantillon avec cependant des disparités concernant la proportion avec laquelle les dépenses
publiques contribuent à expliquer les évolutions des taux de croissance. Sur un panel de 87 pays
comprenant 25 pays d'Afrique Subsaharienne, Véganzonès (2001) a fait apparaître un impact
positif de l'investissement public en infrastructures sur la croissance et une relation de
complémentarité entre l’investissement public et privé. Certains auteurs se sont intéressés
particulièrement à la causalité entre les dépenses de défense nationale et la croissance. Ainsi,
utilisant l’analyse de cointégration et le test de causalité de Granger, Chang et al. (2001)
obtiennent une causalité réciproque entre ces deux variables en Taiwan. Halicioglu (2004)
démontre également une relation positive à long terme entre les dépenses de défense et
l’accumulation du produit en Turquie. L’impact des dépenses non militaires sur la croissance
apparaît substantiellement plus élevé que celui des dépenses militaires. Dans une étude portant
sur l’Inde, Chandra (2004) montre qu’à court terme, les dépenses publiques causent négativement
la croissance économique et aucun effet de long terme n’apparaît entre ces deux variables.
D’autres auteurs ont également souligné l’importance de la composition des dépenses publiques
pour la croissance économique. Gupta et al. (2005) ont montré, à partir d’un échantillon de 39
pays à faibles revenus, que les pays où les dépenses publiques sont dominées par les salaires ont
tendance à enregistrer des taux de croissance faibles, tandis que ceux qui accordent plus
d’importance aux dépenses en capital connaissant une expansion plus rapide. Plus récemment,
Ouattara (2007) examine la problématique de la causalité entre les dépenses publiques, la
corruption et la croissance économique dans les pays de l’UEMOA sur la période 1980-2004 en
adoptant une approche d’estimation en données de panel. Les résultats obtenus montrent que les
dépenses publiques et la croissance économique s’influencent mutuellement. Cependant,
l’approche économétrique adoptée par cet auteur ne permet pas de tirer des résultats différenciés

4
par pays. Or, dans une union monétaire hétérogène comme l’UEMOA, il est probable que la
spécificité de chaque économie puisse révéler des causalités variables d’un pays à un autre. De
plus, l’étude n’opère pas une désagrégation des dépenses publiques, ce qui ne permet pas d’isoler
la contribution des différents types de dépenses publiques à la promotion de la croissance dans
les pays étudiés. La présente étude considère différents types de dépenses publiques et examine
leur impact sur la croissance économique.

3. Description des données

Cette section s’articule autour de deux points. La première sous-section présente les sources des
données qui servent de support pour l’analyse empirique et fournit une première grille d’analyse
de ces données, susceptible d’aider à mieux comprendre les relations qui pourraient exister entre
les dépenses publiques et la croissance économique. La sous –section suivante examine la
propriété de stationnarité des séries.

3.1 Les données de l’étude

Les données utilisées dans cette étude proviennent de plusieurs sources statistiques et portent sur
la période 1970-2002. Les données relatives aux dépenses publiques totales proviennent du
Ministère de l’Economie et des Finances de Côte d’Ivoire. Les dépenses d’éducation et de santé
sont tirées du Ministère de l’Economie et des Finances et complétées par African Development
Indicators de 2004. Cette dernière fournit également le ratio de l’investissement public par rapport
au PIB. Les données sur le PIB et la consommation publique proviennent du CD-ROM de la
Banque Mondiale de 2004.

L’étude considère également la répartition sectorielle de l’investissement public. A cet égard, elle
considère cinq secteurs: l’agriculture, les mines et le secteur manufacturier, les transports et
communications, l’éducation et la santé. La répartition de l’investissement public entre ces
secteurs s’appuie sur les travaux de Berthélemy et Bourguignon (1996), de la Banque Mondiale
(1998) et les données de la Direction de la Planification du Développement. Ainsi, l’étude
considère au total douze variables dont onze variables budgétaires. Elles sont prises en termes
réels.

Le tableau 1 donne l’évolution du PIB et des dépenses publiques. On peut ainsi observer qu’après
la longue période de crise des années 80 et début 90, les dépenses publiques connaissent une
régression significative, leur part dans le PIB ne cessant de diminuer, passant de 35,86 pour cent
en moyenne annuelle sur la période 1980-1989 à 28,85 pour cent au début des années 90, puis à
18,33 pour cent à partir de 1999. Cette diminution de la taille de l’Etat fait suite à la mise en
oeuvre des programmes d’ajustement structurels dont l’objectif principal était de réduire
considérablement les dépenses publiques. Cette politique restrictive a eu des conséquences sur
les autres postes de dépenses publiques qui vont aussi connaître une contraction. Il s’agit
notamment des dépenses de consommation, des dépenses sociales et des dépenses en capital.

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Tableau 1 : Evolution du PIB et des dépenses publiques

Variable 1970-79 1980-89 1990-93 1994-98 1999-2002


Croissance du PIB réel 7,30 -0,23 -0,37 5,23 -0,58
Dépenses publiques totales (%PIB) 29,92 35,86 28,85 22,83 18,33
Dépenses de consommation (%PIB) 15,83 17,87 19,58 10,42 8,83
Dépenses d’éducation (%PIB) 5,97 6,78 6,85 4,35 4,43
Dépenses de santé (%PIB) - 1,20 1,57 1,24 0,87
Investissement public (%PIB) 9,01 6,39 3,99 5,31 3,00
Investissement éducation (%PIB) 0,77 0,64 0,23 0,50 0,47
Investissement santé (%PIB) 0,11 0,16 0,24 0,30 0,27
Investissement agriculture (%PIB) 2,63 1,97 1,41 1,12 0,58
Investissement transport (%PIB) 1,95 1,51 0,48 0,65 0,64
Investissement énergie (%PIB) 1,52 0,28 0,12 0,24 0,15
Investissement Mines et manufacture (%PIB) 0,1 0,04 0,04 0,17 0,06

Ces évolutions contrastent avec celles du taux de croissance du produit intérieur brut. En effet,
alors que les dépenses publiques totales ont augmenté de 1970-79 à 1980-89, l’économie n’a pas
enregistré une croissance remarquable. Au contraire, le taux de croissance de l’économie est passé
de 7,30 pour cent à -0,23 pour cent. De même, alors que les dépenses publiques baissent de 1990-
93 à1994-98, l’économie ivoirienne connaît une croissance de 5,23 pour cent.
Enfin, on peut constater que les investissements publics ont été principalement orientés dans
l’agriculture. Cependant, après 1993, on observe une réorientation sectorielle des investissements
vers les autres secteurs sociaux de l’éducation et de la santé, même si l’agriculture demeure
toujours prépondérante. Globalement, la part des investissements publics dans les différents
secteurs reste modeste relativement à la taille de l’économie (moins de 3 pour cent du PIB).
Pour les estimations économétriques, les variables ont fait l’objet d’une transformation
logarithmique. Ainsi, dans la suite, les notations suivantes seront adoptées :

- LPIB : PIB réel ;


- LDeptot : Dépenses publiques totales ;
- LConsg : Dépenses de consommation publique ;
- LEduc : Dépenses publiques d’éducation ;
- LSant : Dépenses publiques de santé ;
- LInvg : Investissement public total ;
- LInvAgri : Investissement public dans l’agriculture ;
- LInvEduc : Investissement public dans l’éducation ;
- LInvEnerg : Investissement dans le secteur de l’énergie ;
- LInvManuf : Investissement dans le secteur des mines et manufacture
- LInvSant : Investissement public dans la santé ;
- LInvTransp : Investissement public dans le transport.

Avant de présenter la méthode d’analyse, il convient d’examiner la stationnarité de ces variables.

6
3.2 Test de stationnarité

Pour étudier la stationnarité des variables, nous recourons aux tests de racine unitaire de Dickey-
Fuller augmenté (ADF) et de Phillips-Perron (PP). Ces tests ont fait l’objet de nombreuses
présentations dans la littérature empirique. Ils ne seront donc pas formellement présentés ici.
Rappelons que contrairement au test ADF qui prend en compte uniquement la présence
d'autocorrélation dans les séries, le test PP considère en plus l'hypothèse de présence d'une
dimension hétéroscédastique dans les séries. Pour ces deux tests, l’hypothèse nulle est celle de
l’existence d’une racine unitaire. Pour que la série soit considérée comme stationnaire, il faut que
la statistique reportée soit inférieure à la valeur critique. Les résultats de ces tests sont synthétisés
dans le tableau 2.

Selon les tests de Dickey-Fuller et de Phillips-Perron (PP), il ressort que, à l’exception de LEduc,
toutes les autres variables ne sont pas stationnaires au seuil de 5 pour cent. En effet, les
statistiques des tests ADF et PP reportent des valeurs supérieures aux valeurs critiques à 5 pour
cent, qui autorisent à ne pas rejeter l’hypothèse nulle de racine unitaire. Pour la variable LEduc,
les deux statistiques de test reportent des valeurs inférieures aux valeurs critiques à 5 pour cent, ce
qui implique que cette variable est stationnaire.
Tableau 2 : Résultats des tests de stationnarité
Variables En niveau En différence première
ADF PP ADF PP
Production
LPIB -2,042 -2,160 -5,628* -5,628*
(-3,557) (-3,557) (-2,960) (-2,960)
Dépenses publiques
LDeptot -2,282 -2, 305 -3,742* -3,742*
(-2,957) (-2,957) (-1,952) (-1,952)
LConsg -1,838 -1,853 -5,069* -5,070*
(-3,557) (-3,557) (-1,952) (-1,952)
LEduc -2,998* -2,996* -5,303* -5,301*
(-2,957) (-2,957) (-1,952) (-1,952)
LSant -0,273 -0,290 -2,277* -5,523*
(-1,957) (-1,957) (-1,959) (-1,958)
Investissements publics
LInvg -0,035 -0,036 -4,592* -4,562*
(-1,951) (-1,951) (-1,952) (-1,952)
LInvAgri -2,232 -2,124 -5,375* -5,373*
(-3,557) (-3,557) (-1,952) (-1,952)
LInvEduc -2,097 -1,721 -3,909* -3,846*
(-2,960) (-2,957) (-1,952) (-1,952)
LInvEnerg -0,259 -0,254 -4,529* -4,532*
(-1,951) (-1,951) (-1,952) (-1,952)
LInvManuf -4,758* 0,011 -4,947* -4,988*
(-2,971) (-1,951) (-1,952) (-1,952)
LInvSant -3,425 -3,481 -7,330* -7,317*
(-3,557) (-3,557) (-1,952) (-1,952)
LInvTransp -1,802 -1,803 -5,220* -5,154*
(-2,957) (-2,957) (-1,952) (-1,952)
Note : (*) indique le rejet de l’hypothèse nulle à 5%. Les nombres entre parenthèses
correspondent aux valeurs critiques à 5%.

7
En considérant les séries en différence première, les statistiques de test de racine unitaire donnent
des valeurs inférieures aux valeurs critiques, ce qui nous amène à rejeter l’hypothèse nulle de non
stationnarité au seuil de 5 pour cent. En définitive, les données correspondant aux variables
retenues, à l’exception de LEduc, peuvent être considérées comme les réalisations de processus
intégrés d’ordre 1.

4. Méthode d’analyse et test de causalité

L’étude cherche à examiner la relation de causalité entre les dépenses publiques et le PIB. Dans
cette perspective, elle mobilise la notion de causalité au sens de Granger (1969). On dit qu’une
variable X cause au sens de Granger une autre variable Y si les valeurs passées de X influencent
significativement les valeurs futures de la variable Y. Sur le plan statistique, le test de causalité au
sens de Granger revient à un test de significativité globale des coefficients associés aux valeurs
passées de la variable causale dans l’équation de la variable causée. Le cadre économétrique de ce
test suppose la stationnarité des variables en jeu.

Deux grandes familles de tests de causalité au sens de Granger sont envisageables. On distingue,
en premier lieu, les procédures de tests dites séquentielles qui imposent d’étudier de manière
précise la stationnarité des variables et la présence éventuelle d’une relation de cointégration avant
de conduire le test de causalité. Lorsque les séries sont intégrées du même ordre et cointégrées,
l’estimation d’un VAR en différences premières n’est pas appropriée ; il convient de reparamétrer
le modèle sous la forme d’un modèle vectoriel à correction d’erreurs (Engle et Granger, 1987;
Johansen, 1988). L’existence d’une relation de cointégration suggère une causalité dans au moins
une direction. Les approches séquentielles permettent ainsi d’effectuer un test de causalité sur la
dimension de court terme et un test sur la dimension de long terme (Toda et Phillips, 1993).

Cependant, le recours à ce protocole de tests préliminaires peut conduire à des biais importants
potentiels à chaque étape tels que l’inférence causale devienne incertaine. D’une part, on sait que
la puissance des tests de racines unitaires est faible pour des petits échantillons et rien n’indique
que l’on élimine totalement les biais par une combinaison de tests de racines unitaires (Dejong et
al. 1992). Dans l’approche standard du test de causalité, lorsque les variables sont intégrées à des
ordres différents, elles sont rendues stationnaires en considérant les différences premières. Mais
cette différenciation, même si elle semble justifiée du point de vue statistique, fait perdre des
informations importantes contenues dans le niveau des variables. Etant donnée que le niveau des
variables contient de l’information, celle-ci doit être exploitée pour enrichir la dynamique du
modèle plutôt que d’être supprimée. D’autre part, comme l’ont montré par simulations Toda
(1995) et Cheung et Lai (1993), le test de cointégration de Johansen sur échantillon réduit est très
sensible au choix d’un certain nombre de paramètres de nuisance. Il s’agit notamment du nombre
de retards et de la présence ou non de tendances déterministes dans l’espace de cointégration et
dans le VAR. Le risque d’une sous-paramétrisation du VAR sous-jacent à la procédure de test et
la perte de degrés de liberté introduisent des distorsions de niveau qui affaiblissent l’efficacité du
test de cointégration. Ainsi il a été montré que la statistique du test de Johansen est biaisée dans le
sens d’un rejet trop fréquent de l’hypothèse nulle d’absence de cointégration. Il en résulte alors
un risque de biais supplémentaire qui s’ajoute à celui des tests de racines unitaires et qui rend
moins probante l’issue des tests de causalité (Toda et Yamamoto, 1995). C’est à la lumière de ces
biais potentiels que la validité des résultats d’études empirique utilisant l’approche séquentielle
peut être questionnée.

8
Selon Toda et Yamamoto (1995), ce qui importe fondamentalement pour l’économiste n’est pas
de savoir si les variables sont integrées voire cointégrées, mais de tester des restrictions
matérialisant des hypothèses théoriques. En poussant plus loin ce raisonnement, on entrevoit
clairement que l’implémentation du test de causalité de Granger peut s’abstraire des tests
préliminaires de cointégration. Cette idée est à la base des procédures non séquentielles de tests
de causalité. Ces procédures consistent plus précisément à effectuer des estimations corrigées de
VAR en niveau pour tenir compte d’une éventuelle relation de cointégration, sans pour autant
étudier explicitement cette cointégration. Ce faisant, elles permettent en un unique test, de valider
l’existence d’une causalité globalement sur le court et le long terme. L’approche du test de
causalité développée par Toda et Yamamoto (1995) permet d’étudier la causalité dans un système
de variables non stationnaires éventuellement cointégrées. La nécessité d’étudier la cointégration
est outrepassée par une surparamétrisation non optimale du VAR.

Concrètement, la procédure de Toda et Yamamoto se réalise en deux étapes. Tout d’abord, il


s’agit de déterminer l’ordre d’intégration maximal ( d max ) des séries et le nombre de retards
optimal (k) du processus VAR en niveau. Cette étape est réalisée en utilisant les tests de
stationnarité. Ensuite, il faut estimer un modèle VAR en niveau augmenté d’ordre p  k  d max .
Si les séries sont stationnaires, aucun retard additionnel n’est introduit dans le VAR, et la
procédure de test suit l’approche standard. En revanche, si les séries sont intégrées d’ordre un,
alors un seul retard supplémentaire est introduit dans le modèle. Si x t et y t désignent
respectivement la variable de dépense publique et le PIB, le modèle qui sert de base pour
l’inférence causale est spécifié de la façon suivante :

k k  d max k k  d max
yt   0   1i yt i   2 j yt  j  1i xti   2j xt  j   1t  1t (1)
i 1 j k 1 i 1 j  k 1

k k  d max k k  d max
x t   0    1i y t i   2 j y t  j  1i xt i   2j x t  j   2 t   2t (2)
i 1 j  k 1 i 1 j  k 1

Pour réaliser le test de causalité sur le modèle « augmenté », on applique des tests de restrictions
uniquement sur les k premiers cœfficients. Les autres coefficients sont en réalité nuls et sont une
surparamétrisation volontaire qui sert à incorporer dans le VAR la dimension potentiellement
cointégrée des variables. Ainsi dans l’équation (1), l’hypothèse que x t ne cause pas y t revient à
tester la nullité des coefficients 1i . De même, dans l’équation (2), l’hypothèse que y t ne cause pas
x t revient à tester la nullité des coefficients  1i .

La statistique de test suit asymptotiquement une distribution du chi-deux et reste indépendante


de l’ordre d’intégration des variables. La procédure de test est robuste même si les variables sont
intégrées d’ordres différents ou possiblement cointégrées. L’unique condition reste toutefois que
l’ordre maximal d’intégration possible des variables n’excède pas l’ordre AR du VAR.

9
5. Résultats et discussions

L’analyse des résultats empiriques se fera en deux étapes. Dans la première étape, nous
présentons les résultats des tests de causalité. La deuxième étape fait une discussion de ces
résultats et en tire des recommandations pour la conduite de la politique économique.

5.1 Résultats des tests de causalité

Les tests de racines unitaires effectués précédemment indiquent que l’ordre d’intégration maximal
des variables est égal à un. Ainsi, nous estimons des VAR en niveaux augmentés d’un seul retard
supplémentaire. La mise en œuvre des tests de causalité conduit alors aux résultats synthétisés
dans le tableau 3. Les statistiques de test indiquent que les dépenses publiques totales et les
dépenses d’éducation n’ont pas d’impact significatif sur le PIB. Les efforts budgétaires consentis
dans l’éducation n’ont pas eu un impact significatif sur l’accumulation du produit intérieur brut.
En revanche, les dépenses publiques de consommation et de santé exercent un effet négatif
significatif sur la croissance. Ce résultat est en contradiction avec les prédictions des modèles de
croissance endogène qui justifient les dépenses publiques d’éducation par leurs effets favorables
sur la productivité et la croissance.

Tableau 3: Résultats des tests de causalité

Nombre H 0 : la dépense publique H 0 : le PIB ne cause pas la


de ne cause pas le PIB dépense publique
Type de dépense
retards
publique k Prob k Prob
2 2
k  1i
i 1
 1i
i 1

Dépenses publiques
Dépenses totales 1 0,053 0,351 0,554 0,559 0,516 0,472
Consommation 1 -0,193 12,078* 0,001 0,405 0,306 0,579
Education 1 -0,109 2,088 0,148 0,796 2,065 0,150
Santé 4 -0,021 25,164* 0,000 0,307 2,544 0,636
Investissements
publics
Investissement total 1 0,008 0,046 0,830 1,602 1,506 0,219
Santé 1 0,000 0,001 0,978 3,283 3,637** 0,056
Agriculture 1 -0,002 0,005 0,940 2,204 2,539 0,111
Education 2 0,024 1,165 0,558 1,424 1,017 0,601
Energie 2 0,007 0,715 0,699 -0,179 5,399** 0,067
Manufacture 2 0,014 1,948 0,377 -0,020 1,743 0,418
Transport 1 0,022 0,376 0,539 4,082 5,534* 0,018
Note : La statistique du  2 est celle de Wald du test de causalité de Granger. * (**) indique le rejet
de l’hypothèse nulle à 5% (10%).

10
En ce qui concerne les dépenses d’investissement, il ressort des différents tests que celles-ci n’ont
eu aucun impact significatif sur l’évolution du PIB. Cette absence de causalité caractérise aussi
l’investissement public dans les différents secteurs. Pour certains secteurs, la causalité semble
jouer dans le sens contraire. Ainsi, l’évolution du PIB influence positivement les dépenses
publiques dans les secteurs de la santé et des transports, et négativement les dépenses dans le
secteur de l’énergie. On retrouve ainsi la loi de Wagner qui stipule que la croissance économique
peut être à l’origine d’une augmentation de certaines dépenses publiques. Cette augmentation
serait notamment liée à une demande accrue de services publics (l’éducation, la santé, la sécurité
et la défense, et les infrastructures de transport) et aux ressources financières plus importantes de
l’Etat dans les situations conjoncturelles favorables.

5.2 Discussion des résultats

Les résultats des tests de causalité doivent être discutés du moment où ils n’arrivent pas à
corroborer les prédictions des modèles de croissance endogène qui suggèrent que certaines
dépenses publiques sont favorables à la croissance. Pourquoi, les dépenses publiques de
consommation exercent-elles un impact négatif sur la croissance ? Comment expliquer l’absence
de causalité du PIB par l’investissement public? Plusieurs éléments peuvent être avancés pour
expliquer certains résultats empiriques obtenus. A priori, les dépenses publiques de
consommation alimentent la demande globale et devraient entraîner, par le biais du multiplicateur
keynésien, une croissance à court terme du PIB. Néanmoins, dans une économie ouverte sur
l’extérieure, l’effet du multiplicateur keynésien est d’autant plus faible que la propension
marginale à importer de l’économie est élevée. Cela ne pourrait expliquer l’impact négatif des
dépenses publiques de consommation sur la croissance, étant donné le profil d’exportatrice nette
de biens et services de consommation de l’économie ivoirienne. Les dépenses publiques de
consommation finale dont il est question ici sont des dépenses en biens et services qui permettent
d’assurer le fonctionnement quotidien de l’administration publique. Elles ne s’inscrivent donc pas
nécessairement dans un objectif de croissance. Elles correspondent à ce que certains auteurs ont
appelés des dépenses improductives. Il n’est pas exclut aussi que ces dépenses publiques fassent
souvent l’objet de surestimation dans les comptes nationaux.

L’absence de causalité positive du PIB par les dépenses sociales et les investissements publics
pose tout naturellement la question de l’efficacité de ces dépenses publiques. Si les dépenses
d’éducation devraient avoir un impact sur la croissance, cela ne pourrait se faire qu’à travers
l’influence de l’éducation elle-même sur la croissance. Or, l’on a toujours reproché au système
éducatif des pays africains de ne pas s’adapter aux exigences du marché du travail. En effet, les
efforts en matière d’éducation et de formation déployés aux lendemains de l’indépendance de la
Côte d’Ivoire répondaient à une préoccupation bien ciblée : former des cadres ivoiriens pour
occuper les postes libérés par l’administration coloniale et donner à tous les citoyens le savoir
indispensable à leur pleine participation au processus de développement. Cet engagement pour
l’éducation s’est traduit par la multiplication de grandes écoles prestigieuses de formation de
hauts cadres. Depuis des décennies, le système de formation n’a pas été réformé pour prendre en
compte les nouveaux défis de la vie socio-économique. Le système de formation a été en partie
conservé. L’Etat dépense assez de ressources pour former des individus qui se retrouvent en
chômage à la fin de leur formation. Il se pose donc un problème d’incompatibilité du produit des
écoles et des universités avec la nature de la force de travail exigée. On pourra caricaturer en
disant que les gouvernements dépensent "inutilement" dans l’éducation puisqu’ils formeront des
cadres qui ne seront pas impliqués dans le processus de production.

11
Par ailleurs, les forts taux de redoublements et d’abandons réduisent aussi l’efficacité de
l’éducation en Côte d’Ivoire. En 2000, les redoublements au primaire représentaient 24% des
effectifs scolarisés tandis que ce taux représentait respectivement 18 et 19 % dans le premier cycle
et le second cycle du secondaire. Gupta et al. (1997) ont calculé des ratios d'efficacité de la
dépense publique sur un échantillon de pays africains. Les estimations obtenues par ces auteurs,
pour la Côte d'Ivoire sur la période 1984-87, indiquent que 65% des dépenses publiques en
éducation pouvaient être considérées comme inefficaces.

De plus, en dépit de tous les efforts réalisés par le gouvernement ivoirien dans le domaine de
l’éducation, la population ivoirienne reste en majorité non instruite. En effet, d’après les données
du recensement général de la population de 1998, près de 60% de la population ivoirienne reste
sans instruction. La forte proportion de cette population est principalement le fait des femmes.
En effet, près du tiers des femmes en 1998 n’ont aucun niveau d’éducation, alors qu’elles
pourraient jouer un rôle important dans la croissance notamment par leur participation à
l’agriculture vivrière. Les femmes ont un faible accès aux différents niveaux de l’éducation.
Seulement 0,5% des femmes ont un niveau d’éducation supérieur. De fortes disparités demeurent
également entre les régions et les zones, urbaine ou rurale, de résidence.

Concernant les dépenses de santé, elles occupent encore une faible proportion des dépenses
publiques totales. Outre les dépenses pour le personnel de santé, la grande partie de ces dépenses
concerne les programmes de vaccination, la construction de centres de santé et les programmes
spéciaux d’urgence et de distribution de médicaments ou de matériels de protection. Il s’agit donc
essentiellement de dépenses dont les effets sur la croissance ne sont pas immédiats. A l’instar du
système éducatif, le système sanitaire ivoirien souffre d’inefficacités et de disparités qui expliquent
les niveaux relativement bas d’accès de sa population aux services de santé et de certains
indicateurs de développement humain (Gupta et al. 1997).

A ce problème d’efficacité s’ajoute celui de la qualité actuelle des investissements publics réalisés.
Il est vrai que la Côte d’Ivoire a su tirer profit de l’embellie des cours des matières premières en
se dotant d’un réseau d’infrastructures économiques relativement développé, en comparaison
avec d’autres pays de la sous-région: un réseau routier de 81 996 km dont 6 514 km sont bitumés,
deux ports en eau profonde (Abidjan et San Pedro), 3 aéroports internationaux et une ligne
ferroviaire de 1 200 km reliant Abidjan à Ouagadougou. Toutefois, il apparaît que l’infrastructure
routière est à présent vieillissante et des problèmes de maintenance et d'entretien se posent. Par
exemple, 63 pour cent du réseau revêtu en 2005 est âgé de plus de 15 ans, et plus de 40 pour cent
du réseau routier ivoirien en terre est dégradé (Sangaré, 2006). Ce mauvais état du réseau routier
est handicapant pour le développement de l'activité économique, notamment pour le transport et
la mobilité des personnes et des biens.

6. Conclusion

L’objectif de cette étude était d’analyser la causalité entre les dépenses publiques et la croissance
économique en Côte d’Ivoire sur la période 1970-2002. Pour cela, nous avons utilisé une série de
tests de causalité au sens de Granger suivant la méthodologie proposée par Toda et Yamamoto. Il
ressort des résultats des tests que les dépenses publiques de même que les dépenses
d’investissement, prises globalement, n’ont eu aucun effet significatif sur la croissance
économique. En d’autres termes, les dépenses effectuées par l’Etat ivoirien sur la période 1970-
2002 n’ont pas eu d’effet positif significatif sur la croissance économique. En revanche, les
dépenses publiques de consommation, quant à elles, ont eu un impact négatif sur la croissance.

12
En considérant la composition des dépenses, les résultats des tests de causalité n’appréhendent
aucun effet keynésien significatif : aucune dépense publique ne cause positivement le produit
intérieur brut. Au contraire, certains résultats obtenus sont favorables à la loi de Wagner selon
laquelle le niveau de certaines dépenses publiques est influencé positivement par la croissance
économique. Ainsi, les dépenses de santé et d’infrastructures de transports sont causées par la
croissance économique.

L’absence d’effet keynésien des dépenses publiques pose le problème de l’efficacité de ces
dépenses et justifie la nécessité d’une gestion saine et rigoureuse des finances publiques. Mais il
serait inapproprié de vouloir réduire de façon drastique les niveaux actuels des dépenses
publiques. En effet, les dépenses publiques restent indispensables pour le financement de
l’économie et de la lutte contre la pauvreté. Il faut tirer les leçons de la mauvaise gestion
macroéconomique des années 1970-1980 et mettre l’accent sur l’utilité effective des dépenses de
l’Etat et la bonne gouvernance. Il est reconnu que la dégradation du niveau de vie de la
population est imputable non seulement à la situation financière des ménages mais aussi à la
dégradation de la quantité et de la qualité de l'offre des services publics notamment d'éducation et
de santé. Pour améliorer l’efficacité des dépenses d’éducation et de santé, des choix ciblés
devraient être opérés en faveur de certains groupes de la population, notamment les femmes et
les populations rurales. Mais la problématique du chômage des jeunes diplômés interpelle
également l’Etat. Celui-ci devra intervenir pour réformer en profondeur le système éducatif en
tenant compte des évolutions du marché du travail.

Par ailleurs, dans son rapport mondial de 1994 consacré à la problématique des infrastructures
dans le monde, la Banque Mondiale relevait l’insuffisance d’infrastructures comme l’un des
handicapes majeurs au développement économique et social des pays en développement. Le
développement d’infrastructures non seulement accroît les opportunités de croissance, mais aide
aussi à assurer que cette croissance soit plus diffusée et équitable. Aussi, serait-il utile de
déterminer un niveau optimal de dépenses publiques d’investissement nécessaire au
développement économique du pays. Cette préoccupation sera abordée dans une étude ultérieure.

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15
C A P E C

 Membres du Comité de Pilotage

1. M. KOMENAN Mougo, Directeur de l'Activité Industrielle, Président du Comité de Pilotage ;

2. M. Maurice SERI-GNOLEBA, Ex-Président du Conseil Economique et Social ;

3. Pr. TEA Gokou Célestin, Président de l'Université de Cocody ;

4. Pr. ASSEMIEN Alexandre, Directeur Général du Plan ;

5. M. AHOUTOU Koffi, Directeur de Cabinet du Ministre de l'Economie et des Finances ;

6. M. AHOUA Don Mello, Directeur Général du Bureau National d'Etudes Techniques et de


Développement (BNETD), représentant de la Primature ;

7. M. KOUASSI Kouamé, Directeur Général du Budget et des Finances ;

8. Honorable ZEREHOUE Yoro Edouard, Rapporteur de la Commission des Affaires Economiques et


Financières à l’Assemblée Nationale ;

9. M. YEBOUE Koffi Lazare , Président de la Commission des Affaires Economiques et Financières au


Conseil Economique et Social ;

10. Pr. Mama OUATTARA, Directeur du CIRES.

 Directeur

Pr. Aké G. M. N’GBO

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