COLLOQUE INTERNATIONAL 24 – 25 – 26 Avril 2024
"Mondialisation et pluralité linguistique : enjeux sociaux, éducatifs, professionnels et
individuels.
Pour un regard croisé"
Axe 2
A2_C1 : L’écriture toute en lignes de Raharimanana : ou comment créer dans la pluralité
linguistique ? .............................................................................................................................. 2
A2_C2 : Autour des chansons malgaches populaires actuelles. De la médiation d’une réalité
sociolinguistique métissée à la cyclique réinvention d’une fraternité circonstancielle à
Madagascar................................................................................................................................. 3
A2_C3 : Être le même et vivre avec l'Autre dans l'œuvre de Amin Maalouf ............................ 4
A2_C5 : Les dérives de la mondialisation dans J’ai soif d’innocence de Romain Gary: pour
une réflexion didactique sur l’Autre en classe de français. ........................................................ 5
A2_C6 : Quand la contre-littérature africaine devient mainstream : exemples de Wilfried
N’Sondé et Sami Tchak.............................................................................................................. 6
A2_C7 : le chant zafindraony vis-a-vis du numérique ............................................................... 7
A2_C8 : Éthique et esthétique du soi dans Les nuits d’Antananarivo de Johary Ravaloson. .... 8
A2_C9 : La littérature malgache francophone : une vitrine pour la langue malgache ? ............ 9
A2_C10 : Émanations malgaches dans la poésie mauricienne à la fin du XIXe siècle et au
début du XXe siècle ................................................................................................................. 10
A2_C11 : « L’épreuve de l’ailleurs » : reconsidérer l’identité linguistique et culturelle en
contexte de mobilité ................................................................................................................. 11
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A2_C1 : L’écriture toute en lignes de Raharimanana : ou comment créer dans la pluralité
linguistique ?
Pr Jean-Louis CORNILLE, Université d’Antsiranana.
Quels sont les rapports aux langues et aux cultures en présence dans la réception et la production
d’œuvres littéraires francophones du Sud ? Quelles sont les pratiques d’écriture, de production
et de réception, mais de transgression aussi, lorsqu’on écrit dans la langue de l’Autre ? C’est
ce que l’on cherchera à montrer au détour d’une nouvelle de l’auteur malgache Raharimanana,
parue fin 2022 en ligne, dans le numéro 307 de la revue numérique Marginale, intitulé
« Balance ton peuple » et consacré au nationalisme et au populisme. « Corps de sable » est un
court texte empli de lyrisme. Corps palpable, sans doute, que ce conte, mais insaisissable en
même temps. Il semble cibler moins les légendes d’autrefois que l’impasse politique dans lequel
se trouve le pays depuis son indépendance. De quoi en retourne-t-il au juste ? D’une sorte de
Sauveur, dont on nous annonce le retour si souvent rêvé, « jamais advenu ». Cet « être
mythique », homme providentiel, innommé, dont on prophétise l’arrivée à jamais différée, de
quelle légende ancestrale est-il descendu jusqu’à nous ? Plutôt qu’à quelque héros local,
quelque divinité malgache, comment ici ne pas songer à ce « Génie » dont Rimbaud, dans ses
Illuminations, appelait de tous ses vœux la venue tout sauf christique ? Comment le comprendre
alors que l’auteur se défend de tout renvoi au canon français, dit ne se ressourcer qu’aux seules
légendes malgaches ?
Raharimanana, 1996 : Lucarne, Paris, Le Serpent à Plumes, Motif.
2008 : « Le creuset du possible », in Le Bris, M., Rouaud, J., Pour une littérature-monde en
français, Paris, Gallimard.
2022 : « Corps de sable », https://www.marginales.net/textes/corps-de-sable.
Cornille, J.L., 2019 : Lémures, Caen, Passage(s).
Rimbaud, A., 1973 : Poésies, Une Saison en enfer, Illuminations, Paris, Gallimard, coll. Poésie.
2
A2_C2 : Autour des chansons malgaches populaires actuelles. De la médiation d’une
réalité sociolinguistique métissée à la cyclique réinvention d’une fraternité
circonstancielle à Madagascar.
Dr Andry Solofo ANDRIAMIARISETA, Université d’Antananarivo.
Mots-clés : Chansons populaires malgaches actuelles – musiques métissées – fraternité –
liens sociaux.
Notre propos sur les chansons contemporaines malgaches des années 2000 s’inscrit dans un
double dynamique de recherche la première disciplinaire de par notre filiation à l’anthropologie
; la deuxième de par les problématiques et préoccupations de recherche du Laboratoire de
recherche en médiation culturelle telles : formes artistiques, identités et représentations des
identités, société malgache contemporaine, au sein duquel nous sommes associé. La présente
communication tente de dresser une archéologie des thématiques contenues dans les chansons
populaires actuelles dont les caractéristiques sont 1- l’usage, de manière décomplexée, du
discours mixte à outrance ; 2- des rythmiques musicales à dominante africaine ; 3- une
production musicale dominée par les artistes malgaches issus des périphéries. En effet, ces
chansons deviennent un sujet d’étude très pertinent dans la mesure où elles offrent une
perspective nouvelle pour comprendre les états et les trajectoires d’imaginaires thématiques
artistiques qui y sont en médiation. Ces imaginaires circulent et deviennent des idéologies
sociales en émergence du présent factuel. Des formes artistiques qui useraient leur puissance
symbolique pour revisiter au quotidien le mythe du « vivre ensemble malgache ». Mais au-delà
de la dimension sociolinguistique de notre communication, aborder les contenus thématiques
et analyser leurs contextes de médiation permettent de saisir la dimension anthropologique du
présent en contexte malgache et y trouver une des possibles réponses à la complexité du « faire
lien » dans la société malgache contemporaine.
Andriamiariseta, A. S. (2010). « Le contact des langues : pratiques langagières, pratiques
artistiques », In Y.-S. Live et J.-F. Hamon (éds), Construction identitaire et interculturalité
dans le monde Indoocéanique, Kabaro Revue Internationale des sciences de l’homme et des
sociétés, V. 6-7, L’Harmattan, pp. 367-372. ISBN 978-2-269-12734-0.
Arendt, H. (1972). La crise de la culture. Gallimard.
Bastide, R. (1977). Art et société, Payot.
Calvet, L.-J. (1985). « La chanson comme métissage », in Vibrations. Musiques, médias, société
numéro thématique : Métissage et musiques métissées, 1 pp. 71-80.
https://www.persee.fr/doc/vibra_0295-6063_1985_num_1_1_855
Chaumier, S. et Mairesse, F. (2017). La médiation culturelle, 2è édition, Armand Colin.
Cunniah, B. « Identité culturelle et mutation à travers la chanson contemporaine en langue
créole à l’île Maurice », https://journals.openedition.org/oceanindien/1863
Frith, S. (1996). « Music and Identity », dans : S. Hall et P. Du Gay (éds), Questions of Cultural
Identity, Sage Publications Usa, pp. 107-127.
Heinich, N. (2017). Des valeurs. Une approche sociologique. Editons Gallimard – NRF.
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A2_C3 : Être le même et vivre avec l'Autre dans l'œuvre de Amin Maalouf
Fadoua El MSILI, Université Chouaîb Doukkali.
Mots-clés : Mondialisation, identités, individualité, l’altérité
L'œuvre de Amin Maalouf a pour trait majeur son historicité, en l'associant à la fiction Maalouf
cherche à formuler des questions aux interrogations qui occupent l'esprit de l'homme moderne
surtout celles se rapportant à la perception de son identité, voire de son individualité et sa
relation avec l'Autre, le différent.
L'ère de la mondialisation où nous vivons a rétréci les distances entre les cultures et les ethnies
leur rencontre est devenue une évidence, la mise en contact une nécessité. Cependant, ces
rencontres n'échappent pas aux inimitiés dues primordialement à la différence entre le même et
l’Autre. Une investigation de l’histoire pour dégager l’étiologie des conflits est adoptée par
l’écrivain dans ses œuvres, telles que Samarcande, Léon l’Africain, Les périples de Baldassare,
le fanatisme religieux, le chauvinisme, les systèmes politiques totalitaires sont pointés du doigt.
Si ce problème persiste à notre époque Maalouf ne perd pourtant pas foi en l’homme et en sa
capacité à faire de la mondialisation un lieu de rencontre sain entre le même et le différent. Il
écrit dans Les Identités meurtrières que : « Sans doute mes propos sont-ils ceux d’un migrant,
et d’un minoritaire. Mais il me semble qu’ils reflètent une sensibilité de plus en plus partagée
par nos contemporains. N’est-ce pas le propre de notre époque que d’avoir fait de tous les
hommes, en quelque sorte, des migrants et des minoritaires ? »
En se basant sur une approche thématique de quelques œuvres de Amin Maalouf, nous nous
sommes assignée les objectifs suivants : Dans un premier temps mettre en lumière la face
souriante et tragique de la mondialisation selon le romancier. Ensuite, répertorier les différents
modes d’être, proposés par l’auteur, permettant au Moi de préserver son identité tout en tissant
des liens harmonieux avec l’Autre et sa différence.
KAUFMANN, J. C (2008), Quand je est un autre, Armand Colin.
MAALOUF, A (1998), Les identités meurtrières, Grasset & Fasquelle.
MORIZOT, B, (2016). Pour une théorie de la rencontre, Paris : Libraire philosophique.
TODOROV, T, (1989), Nous et les autres : La réflexion française sur la diversité humaine,
Seuil.
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A2_C5 : Les dérives de la mondialisation dans J’ai soif d’innocence de Romain Gary:
pour une réflexion didactique sur l’Autre en classe de français.
Asmae LAHLOU, Université Hassan 1er Settat.
Mots-clés : mondialisation, numérique, représentations, enjeux éthiques, altérité.
Notre communication se donne pour objectif d’expliciter les représentations de la
mondialisation et de l’altérité dans une nouvelle de Romain Gary J’ai soif d’innocence en vue
de souligner que celle-ci peut servir de support didactique pour amener les apprenants à
développer une pratique de réception réflexive sur les dérives axiologiques de la société-monde.
Nous essayerons de démontrer en quoi un récit de voyage peut conduire à une réflexion morale
sur les travers éthiques de la mondialisation qui, certes est une entreprise ayant contribué au
développement des pays, mais n’a fait qu’accroître l’instinct matérialiste de l’Homme et faire
aspirer son identité et les valeurs inhérentes à sa culture locale par le tourbillon du capitalisme
sauvage.
Pour répondre à notre problématique, nous présenterons d’abord les enjeux littéraires et
didactiques de la nouvelle. Autrement dit, nous soulignerons dans une première partie la portée
esthétique et morale du récit qui se transforme, au fil de l’eau, en une sorte d’apologue faisant
percevoir la distorsion ironique que l’auteur a pu installer entre les propos innocents du
narrateur et ses actes, bien plus condamnables. S’agit-il d’une quête « d’innocence » ou d’une
imposture mercantile présentée sous couvert de candeur ?
Ensuite, nous soulignerons les représentations de l’altérité ainsi que la face cachée de la
mondialisation que l’on voit à travers le prisme de ses habitants naïfs. Ainsi, est-il question d’un
« paradis originel » abritant des gens naturellement bons ou d’une contrée en proie à la
mondialisation ?
Enfin, la littérature étant un observatoire des évolutions sociales, nous proposerons des pistes
didactiques ouvrant aux enseignants de français des voies de prolongement artistique et culturel
qui permettraient aux élèves de construire une posture réflexive sur l’altérité à l’ère de la
mondialisation.
Abric, J.-C. (2011a). Les représentations sociales : Aspects théoriques. Dans J.-C. Abric, In
Quadrige. Pratiques sociales et représentations (7 e éd., p. 15‑46). Paris : Quadrige/PUF.
Brunel, M., & Bouchardon, S. (2020). Enseignement de la littérature numérique dans le
secondaire français : Une étude exploratoire. Revue de recherches en littératie médiatique
multimodale, 11. https://doi.org/10.7202/1071476ar consulté le 10 décembre 2023.
Dufays, J.-L. (2016, mars). Comment et pourquoi développer la compétence de lecture littéraire
? Communication présentée à la conférence de consensus Lire, comprendre, apprendre, Lyon,
France.
https://dial.uclouvain.be/pr/boreal/object/boreal%3A227869/datastream/PDF_01/view
consulté le 5 novembre 2023.
Gary, R. (2012). J’ai soif d’innocence et autres nouvelles à chute. Paris : Larousse.
Valadier, P. (2001). La mondialisation et les cultures, Etudes 11 (Tome 395), 505-515, DOI
10.3917/etu.955.0505 consulté le 20 novembre 2023.
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A2_C6 : Quand la contre-littérature africaine devient mainstream : exemples de Wilfried
N’Sondé et Sami Tchak
Pr Bernard DE MEYER, University of KwaZulu-Natal.
Mots-clefs : littérature contemporaine, littérature africaine d’expression française, réparation,
littérature mondiale
Les littératures africaines d’expression française, au départ l’exemple le plus parfait de la «
contre-littérature » (Mouralis, 1975), ont, au cours des dernières décennies, intégré la «
République mondiale des lettres » (Casanova, 1999) pour devenir progressivement plus
acceptées par le centre parisien. Cette adhésion est parfois forcée, à coup de manifestes, comme
celui pour une « littérature-monde en français » paru en 2007, mais force est de noter que les
romanciers africains et afrodescendants adoptent de plus en plus une posture d’écrivain à la
mode, privilégiant les thématiques et les formes d’écriture en vigueur, celles qui permettent de
décrocher d’importants prix littéraires. En conséquence, leurs œuvres sont analysées
conjointement avec celles d’auteurs français, comme le montre les travaux récents d’Alexandre
Gefen par exemple. Dans cette communication, deux romans de l’extrême-contemporain,
Femme du ciel et des tempêtes de Wilfried N’Sondé (2021) et Le continent du tout et du presque
rien de Sami Tchak (2021) seront étudiés dans leur rapport avec la littérature mondiale. Une
trace africaine (l’expédition d’un ethnologue chez les Tem au Togo dans les années 1970 chez
Tchak et la découverte de l’ancienne sépulture d’une princesse noire sur la péninsule de Yamal
en Russie chez N’Sonde) est le point de départ d’un récit dans lesquels des personnages tâchent
d’interpréter certains signes et de donner un sens à leur vie. Utilisant des approches différentes,
Tchak optant pour une narration par un personnage impliqué dans les événements mais prenant
une attitude détachée et N’Sondé pour une multiplicité de voix qui narrent des aventures
rocambolesques, les deux auteurs utilisent toutefois des recettes stéréotypées et se situent dans
la courant contemporain de la littérature comme réparation. Cette communication mettra ainsi
en valeur la façon dont les pratiques mondialisées d’écriture, de production et de réception se
manifestent chez ces écrivains.
Casanova, P. (1999). La république mondiale des lettres. Paris : Éditions du Seuil.
Gefen, A. (2017). Réparer le monde : La littérature française face au XXIe siècle. Paris :
Éditions Corti (Les Essais).
Mouralis, B. (2011 [1975]). Les contre-littératures. Paris : Hermann (Fictions pensantes).
N’Sonde, W. (2021). Femme du ciel et des tempêtes. Arles : Actes sud.
Tchak, S. (2021). Le continent du tout et du presque rien. Paris : JC Lattès.
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A2_C7 : le chant zafindraony vis-a-vis du numérique
Emilson RAFENOMANANTSOA, Université de Fianarantsoa.
Mots-clés : Enseignement, Zafindraony, Culture, Betsileo, Numérique
A Madagascar, chaque région est dotée d’une littérature orale spécifique pour ne parler que du
hiragasy en Imerina et du rija au Betsileo. La vie en société ne cesse d’évoluer ; alors, au
XIXème siècle, le chant zafindraony est né au terroir betsileo. Sur ce sujet, quelques questions
se posent : quels sont les rôles joués du chant zafindraony ? Avec la conjoncture de la
mondialisation, les Betsileo voire les Malgaches, tendent peu à peu vers la dévalorisation de la
culture. Face à ce phénomène, quelles solutions pourrait-on amener pour les inciter à aimer et
à revaloriser le chant zafindraony vis-à-vis de l’accélération du numérique ?
A partir de ces questionnements, nous avançons comme hypothèses que le chant zafindraony,
a sa diversité culturelle et sa force vitale pour le développement de la société betsileo voire
Madagascar. Vu la vie quotidienne, la manipulation du numérique est le centre d’intérêt des
générations actuelles. Cela nous mène à penser que, l’utilisation de plateforme numérique
éducative est plus réussissant pour l’enseignement de cet art oratoire, devant la numérisation de
la vie courante.
Ainsi, l’article vise à étudier la valeur du chant zafindraony au sein de la société betsileo et sa
place à l’ère du numérique. Il a pour but aussi d’établir ladite plateforme dédiée à
l’enseignement de cet art oratoire, et de chercher les solutions pour inciter la société numérisée
à redonner vie à cette culture immatérielle malgache en voie de disparition. Pour atteindre ces
objectifs, nous collecterons et étudierons les documents inhérents des arts oratoires malgaches,
en analysant celui du zafindraony. La descente sur terrain a également fait partie dans notre
exigence.
Andrianarahinjaka, L. X. M. (1986). Le système littéraire betsileo. Fianarantsoa :
Ambozontany, p. 190.
Dubois, H. (1938). Monographie du Betsileo. Paris : Institut d’ethnologie, 1510 p.
Noiret, F. (1994). Les Chants Zafindraony du Sud-Betsileo (Madagascar). Paris : Karthala, pp.
10-264.
Raison-Jourde, F. (1977). L’introduction des techniques linguistiques dans une civilisation de
l’oral. Paris : Karthala, 486 p.
7
A2_C8 : Éthique et esthétique du soi dans Les nuits d’Antananarivo de Johary Ravaloson.
Georges Joseph RAZAFIMAMONJY, Université de Tuléar.
Mots-clés : Culture, identité, l’Autre, éthique, esthétique
Dans cette communication, je poursuis trois objectifs à l’occasion de la lecture des nouvelles
de Johary Ravaloson, recueillis sous le titre Les nuits d’antananarivo (Ravaloson, 2015). Dans
un premier temps, je tenterai de démontrer que, pour l’écrivain, le travail d’écriture littéraire
est le lieu d’expression de la vision du monde, de l’identité, de la culture et de l’histoire
(Riondet, 2008, pp. 2-11). S’il est tout naturel de penser que la langue maternelle en est le
véhicule privilégié, la question que cela implique est forcément celle de savoir : comment
penser une expression littéraire authentique en contexte mondialisé où l’adoption d’une langue
internationale d’expression et de production devient une nécessité ? Ce qui m’amène à l’autre
objectif, celui d’illustrer que l'utilisation de la langue véhiculaire de l’Autre, ici le français, chez
Johary Ravaloson, n’est pas pour autant une entrave à l'expression authentique : derrière la visée
affichée d’un lectorat plus vaste et plus varié, se manifeste une éthique doublement traduisible
en termes de responsabilité morale et sociale et en termes de reconnaissance de l’autre et de soi
(Ricoeur, 2004, pp. 111-219). Dans un troisième temps, je proposerai une analyse de l’écriture
comme lieu de déploiement de l’empirisme littéraire Johary Ravaloson pour qui les signes, les
images, les symboles, les rythmes choisis et exprimés dans la langue de l’autre sondent les
profondeurs de l’être sous le signe d’une esthétique du soi dans son rapport avec l’autre.
Ravaloson, J. (2015). Les nuits d’Antananarivo. Nouvelles, Antananarivo, no comment éditions.
Antananarivo: no comment editions.
Ricoeur, P. (1986). Du texte à l'action. Essai d'hérméneutique II. Paris: Seuil.
Ricoeur, P. (2004). Parcours de la reconnaissance. Paris: Stock.
Riondet, O. (2008, Janvier). Paul Ricœur : Le texte, le récit et l'histoire. Bulletin des
Bibliothèques de France, 54(2), pp. 2-11.
8
A2_C9 : La littérature malgache francophone : une vitrine pour la langue malgache ?
Pr Dominique RANAIVOSON, Université de Lorraine.
La mise en évidence d’une langue est un des éléments-clé de tout nationalisme et donc de toute
résistance à une intégration qui équivaudrait à une assimilation dans un ensemble linguistique
et / ou culturel plus vaste, interprété comme un effacement. La coexistence, à Madagascar, de
deux productions littéraires, en malgache et en français, est le signe à la fois d’un passé colonial
et de l’ouverture au monde, de la vitalité de la langue nationale et de la capacité d’un certain
nombre d’acteurs de se situer dans une position ouverte entre le local et l’international. Opposer
ces deux corpus reviendrait à entretenir les tensions entre des systèmes fermés et donc
concurrents. Les expériences scripturaires récentes témoignent de défis à la fois linguistiques
et sociaux, voire politiques, d’écrivains qui adoptent des postures diverses en faveur de la
langue malgache. Pour reprendre la formule d’Edouard Glissant qui dit écrire « en présence de
toutes les langues du monde » (Traité du Tout-Monde,1997), nous analyserons comment les
écrivains malgaches écrivent en français en présence du malgache.
Nous nous proposons d’analyser comment David Jaomanoro dans les nouvelles écrites à la
première personne (Je descends à Vohidala, Le petit os, Jaombilo, in Œuvres complètes, 2017)
, Johary Ravaloson (Amour, patrie et soupe de crabe, 2019) et Michèle Rakotoson
(Ambatomanga, 2023) font entendre différemment le malgache sous / à travers une écriture en
français.
Nous nous interrogerons sur les processus stylistiques, entre calques, emprunts, citations,
inflexion du lexique ou de la rhétorique. Dans un second temps, nous tenterons d’évaluer les
effets de réception de ces tentatives. Entre incompréhension, charme exotisant, brouillage,
démonstration et opacité, comment les lecteurs français perçoivent-ils la présence d’une langue
inconnue. Notre démarche s’appuie sur les réflexions à ce sujet de l’algérienne Assia Djebar
qui écrit en français en entendant les autres langues qui l’habitent, sur les notions de posture et
de réception (Meizoz) et sur une réflexion sur l’intégration de cette production dans l’archipel
que Glissant nomme « Tout-Monde ».
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A2_C10 : Émanations malgaches dans la poésie mauricienne à la fin du XIXe siècle et au
début du XXe siècle
Bruno CUNNIAH, Université de Maurice.
Mots clés : Madagascar, Maurice, représentations poétiques, XIXe siècle, XXe siècle.
La présence de Madagascar dans l’imaginaire poétique mauricien coïncide avec la période où
la Grande Île est perçue comme un Eldorado par de nombreux Créoles conscients des
opportunités de plus en plus limitées dans leur pays d’origine. De nombreux aventuriers
décident alors de tenter leur chance dans ce pays qui les passionne à la fois pour ses perspectives
économiques et son aspect culturel. Le sommet de cette fascination pour Madagascar se situe
autour du tournant du XIXe siècle. Cependant, dans les faits, très peu de poètes mauriciens se
sont réellement intéressés à la Grande Île. Ceci peut s'expliquer en partie par la complexité de
la culture malgache, qui demeure inaccessible à la grande majorité des lecteurs mauriciens.
Nous en avons un exemple avec des poèmes tels que L’Hospitalité malgache (1897) de Charles
Guevin ou Ramanenjara (1925) de Robert-Edward Hart. Il est indéniable qu’à l'époque
coloniale, le destin des îles du sud-ouest de l’océan Indien était lié, favorisant ainsi
l’établissement de liens littéraires, économiques et sociaux. Cependant, avec l’avènement des
indépendances, chaque île a suivi sa propre voie, entraînant un repli identitaire et une
diminution de l’intérêt pour les autres îles de la région. Ce phénomène s'est également reflété
dans la littérature, marquant ainsi une nouvelle étape dans l’évolution des relations entre
Maurice et Madagascar.
L’étude qui suit analyse la production littéraire qui s’échelonne de la dernière décennie du XIXe
aux années 20. Notre objectif est de démontrer comment Madagascar est dépeinte dans la poésie
mauricienne. Les évocations de la Grande Île, éparses dans la production poétique mauricienne,
relèvent de plusieurs thématiques dont les plus saillantes sont la royauté, l’hospitalité et les
perceptions personnelles. Indépendamment du parti-pris idéologique des poètes mauriciens, il
n’en demeure pas moins que chaque évocation de Madagascar est teintée d’une magie poétique
où des sympathies occultes côtoient un amour de cette terre à la fois si proche et si mystérieuse.
Guevin, C. (1897). Rêves et échos. Port Louis, Île Maurice : The Central Printing
Establishment.
Hart, R.E. (1925). Mer indienne. Port Louis, Île Maurice : General Printing & Stationery C.Y.
LTD.
Toussaint, A. (1961). Histoire de l’océan Indien. Paris : P.U.F.
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A2_C11 : « L’épreuve de l’ailleurs » : reconsidérer l’identité linguistique et culturelle en
contexte de mobilité
Leïla ALENDROIT, Université de La Réunion.
Mots clés : Mobilité étudiante, expériences vécues, pratiques langagières et culturelles,
sécurité identitaire, acculturation
Dans le contexte réunionnais, les étudiants ont rarement tendance à considérer le créole comme
une langue à part entière, au même titre que le français. Actuellement, il est encore courant de
catégoriser le créole comme une « langue basse » tandis que le français est perçu comme une «
langue haute » (Adelin & Lebon-Eyquem, 2009). La question qui se pose concerne leurs
représentations de la langue et la culture créole lorsqu’ils font l’objet de l’expérience de
mobilité (Ballatore, 2007) nationale (vers l’Hexagone) ou internationale que nous qualifions de
mobilité extra-territoriale. Cette communication abordera la question de l'impact de
l'expérience de mobilité sur les perceptions ainsi que les pratiques langagières et culturelles des
étudiants réunionnais.
L'objectif de cette présentation est de fournir un aperçu des changements linguistiques et
culturels que les étudiants réunionnais opèrent en raison de leurs déplacements. Nous partons
de l'idée que les expériences de mobilité contribuent à renforcer le lien des étudiants avec la
culture créole ainsi qu'avec la langue. Il s’agit pour l’étudiant en situation de mobilité de
consolider sa sécurité identitaire en préservant son attachement à sa culture d’origine (Forlot,
2013). L'analyse se concentre sur la manière dont la mobilité induit des transformations dans
les choix linguistiques, culinaires et musicaux, mettant en lumière quelques éléments de
représentations.
Notre approche est compréhensive et vise à construire un certain savoir sur un objet (la mobilité)
lié aux expériences vécues des étudiants. L'objectif est d'analyser le discours des étudiants en
procédant à une catégorisation des contenus correspondant aux différentes étapes du projet de
mobilité (avant/pendant/après), les processus d’acculturation (Berry, 1997) influant sur les
changements chez l’étudiant. Les réponses sont recueillies à partir d’une grille d’entretien
portant sur l’expérience de mobilité ainsi que la dimension linguistique.
Adelin, E., & Lebon-Eyquem, M. (2009). L’enseignement du créole à la Réunion, entre coup
d’éclat et réalité. Tréma, 31, 121-132.
Ballatore, M. (2007). L’expérience de mobilité des étudiants ERASMUS : les usages
inégalitaires d’un programme d’ « échange ». Une comparaison Angleterre/ France/ Italie
(thèse de doctorat). Université d’Aix-Marseille I.
Berry, J. W. (1997). Immigration, Acculturation, and Adapta[on. Applied Psychology, 46(1),
5-34.
Forlot, G. (2013). Pratiques langagières et identitaires dans le parcours. Avec sa langue en
poche... : Parcours de Français émigrés au Canada (1945-2000) (p. 115-190). Presses
universitaires de Louvain.
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