République du Niger
Ministère de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche et de
l’Innovation SWISS-UMEF UNIVERSITY of NIGER
Procédure Civile
Thème :
L’exécution d’une décision judiciaire
Présenté par : Sous la direction de :
M. Bachir Amadou
Nadia IBRAHIM TOUDOU
Idris SEINI YAYE
Djibrilla MOUSTAPHA CISSÉ
Nafissatou GAYA MAIZOUMBOU
Alinsar ALHADA ALKACHE
Abdoul Malik ALI ADAMOU
Mariama DOULLA BARKIRÉ
Maka KARIMOUNE DJIBO
Année académique 2021-2022
Plan :
Introduction.........................................................................................................................................2
I. Procédures d’exécution souple.....................................................................................................3
A. L’exécution provisoire......................................................................................................3
B. L’exécution à l’amiable.....................................................................................................4
II. Procédures d’exécution rigide......................................................................................................5
A. L’exécution forcée.....................................................................................................5
B. L’astreinte.....................................................................................................................7
1
Introduction
Hébraud, dans un article publié en 1957 consacré à l'exécution des jugements civils, constatait
combien l'effectivité de cette exécution était cruciale pour la crédibilité de la justice. Souvent,
les décisions de justice sont rendues mais plus rien n’est remarqué dans les faits, en dépit de
leur force exécutoire.
L'exécution est la réalisation effective des dispositions d'un jugement ; ce qui permet de faire
passer le droit dans les faits ; et la décision de justice, quant à elle, est un acte juridique émanant
d'une autorité qui est parfois le pouvoir judiciaire et qui se prononce, par exemple, en matière
civile, pénale, administrative, etc. Son exécution renvoie à l'imperium (pouvoir de
commandement du juge) et non à la iuris dictio (qui correspond à son pouvoir de dire le droit) :
ce qui est en jeu dans l'exécution du jugement, c'est la mise en œuvre éventuelle d'une
contrainte, d'une coercition, afin de permettre la réalisation effective du droit subjectif qui a été
reconnu devant une juridiction, civile notamment.
Cet exposé se basera sur les différentes procédures utilisées pour faire exécuter une décision de
justice, tout en écartant les difficultés qui s’y rattachent.
La pertinence de cette analyse découle du fait qu’elle permet d’explorer la suite logique du
procès judiciaire et en ce faisant, les diverses modalités d’exécution des décisions de justice en
matière civile. Ainsi, il devient important de constater que la justice doit non seulement être
rendue mais aussi appliquée.
Un nombre de question se posent alors, dont en particulier, celle de savoir : Comment s’effectue
l’exécution des décisions de justice en matière civil ?
Pour apporter une réponse à cette question, il conviendra d’aborder en premier lieu les
procédures d’exécution souple des décisions (I) et enfin d’examiner les procédures plus rigides
(II).
2
I. Procédures d’exécution souple
Généralement, l’exécution d’une décision de justice est soumise à certains critères et certaines
exigences établies par la loi. Par exemple, l’exécution de toute décision de justice est sujette à la
signification de la décision à la partie adverse, procédure obligatoire pour faire courir les délais
d'appel et exiger l'exécution de la décision. Néanmoins, par rapport aux procédures
d’exécutions, il est possible de les repartir en deux catégories : les procédures souples, et les
procédures rigides.
Une procédure d’exécution souple est une procédure qui se caractérise par sa simplicité et la
facilité de son exécution. Les procédures d’exécution souple comportent l’exécution provisoire
(A) et l’exécution à l’amiable (B).
A. L’exécution provisoire
L'exécution provisoire est une décision accessoire autorisant la partie qui a obtenu gain de cause
à poursuivre l’exécution du jugement rendu contre son adversaire, malgré les recours qu'il
pourrait ou aurait déjà engagés et donc sans attendre l'écoulement du délai des voies de recours.
L'exécution est prononcée à titre provisoire, soit de droit, en vertu d'une disposition
légale émanant du juge ayant rendu la décision principale.
Selon l’article 398 du Code de Procédure Civil du Niger (CPCN), l’exécution provisoire ne peut
être poursuivie sans avoir été ordonnée d’office ou à la demande des parties, si ce n’est pour les
décisions qui en bénéficient de plein droit. Sont notamment exécutoires de droit à titre
provisoire les ordonnances de référé, les décisions qui ordonnent des mesures provisoires en
cours d’instance ainsi que celles qui ordonnent des mesures conservatoires.
L’alinéa 2 du même article remarque notamment qu’en aucun cas, l’exécution provisoire ne
pourra être prononcée pour les dépens.
Comme toute autre décision de justice, l’exécution provisoire se doit d’être motivée. L’article
399 du CPCN dispose que le juge peut la prononcer pour la totalité ou pour partie seulement de
la condamnation. Il peut également la subordonner à la constitution d’une garantie réelle ou
personnelle suffisante pour répondre de toute restitution ou réparation (Néanmoins il n’y aura
pas lieu à garantie soit s’il y a 1) titre authentique ou privé qui n’est pas contesté, 2) promesse
reconnue ou accord intervenu entre les parties ou 3) condamnation précédente par jugement
devenu définitif ; soit si les sommes à provenir de ladite exécution ont fait l’objet d’une
3
consignation). La garantie que doit, le cas échéant, fournir le demandeur à l’exécution
provisoire est précisée dans le jugement et doit être suffisante pour répondre éventuellement de
toutes restitutions et réparations.
Cette garantie est nécessaire du fait de la possibilité de recours ouverte à la partie adverse à
l’encontre de l’exécution provisoire. Lorsque l’exécution provisoire a été ordonnée, elle ne peut
être arrêtée en cas d’appel que par le Président de la Cour d’Appel. Celui-ci accorde des
défenses à l’exécution provisoire lorsque notamment celle-ci :
1°) est interdite par la loi ou a été ordonnée hors les cas prévus par la loi ;
2°) est de nature à entraîner des conséquences manifestement excessives ou irréparables. Dans
ce dernier cas, il peut aussi subordonner l’exécution provisoire au paiement d’une caution
suffisante pour garantir toutes restitutions ou réparations.
Lorsque l’exécution provisoire a été refusée par la juridiction de premier degré, ou si ayant été
demandée, la juridiction a omis de statuer, elle peut être demandée en cas d’appel, au Président
de la Cour d’Appel.
B. L’exécution à l’amiable
Un jugement peut être exécuté volontairement si les parties s'entendent de façon amiable, sans
qu'il n'y ait de difficulté ou quelque problème qui peut subvenir. Effectivement, l’article 407 du
CPCN dispose qu’une partie peut toujours exécuter la décision de justice qui la condamne,
même sans attendre qu’elle soit devenue définitive.
La procédure d’exécution à l’amiable tend à se faire de façon agréable c'est à dire qu'elle essaie
d'éviter la confrontation entre les parties et encourage l’entente par l’exécution sans contestation
de la décision et dans une atmosphère de compromis et de négociation. Ainsi, selon les
dispositions de l’article 408, le juge, lorsqu’une décision est devenue définitive, peut désigner
sans frais, pour tentative d’exécution amiable, un huissier. Ce dernier, au vu d’une simple
expédition délivrée sans frais, convoque les parties, donne connaissance à la partie condamnée
de la décision et l’invite à l’exécuter. Si celle-ci acquiesce, il est dressé un procès-verbal.
Au cas contraire, si les parties n'arrivent pas à s'entendre ils peuvent faire recours en une
exécution forcée qui est traité par un huissier de justice.
De plus, pour accentuer cette atmosphère d’entente, l’article 409 dispose que les parties
peuvent, en cas d’exécution amiable, prendre sur les modalités de règlement tous arrangements
4
conformes à leur intérêt qui doivent être constatés par écrit, ou mentionnés dans le procès-
verbal prévu à l’article 408.
Cette procédure favorise la préservation de la relation des parties après le litige et assure une
exécution rapide et la plupart du temps moins couteuse. Il faut noter les dispositions de l’article
410 du CPCN qui dispose que l’huissier commis ne perçoit à l’occasion de la tentative
d’exécution amiable que le droit fixe prévu au tarif des frais de justice en matière civile et
commerciale.
II. Procédures d’exécution rigide
La procédure d’exécution rigide fait allusion à une procédure plus complexe dans son
exécution. Celle-ci intervient la plupart du temps lorsque la partie à l’encontre de qui la
décision a été rendue, ne s’adonne pas à remplir ses obligations et par conséquent conduit au
recours à l’exécution forcée (A) ou à l’astreinte (B).
A. L’exécution forcée
Une décision de justice met un terme à un conflit. La solution adoptée par le juge peut donc être
appliquée par les parties d’une manière ou d’une autre y compris, des fois, par le recours à la
force. On dit ainsi que la décision est dotée de la force exécutoire. De plus, pour demander
l’exécution d’une décision de justice, il est nécessaire au préalable de porter le jugement à la
connaissance de la partie condamnée par notification. Il s’agit d’une formalité par laquelle un
acte de procédure ou une décision est porté à la connaissance d’une personne. Effectivement,
l’article 411 du CPCN stipule que nul jugement, nul acte ne peut être mis à exécution s’il ne
porte la formule exécutoire et s’il n’a été notifié à moins que l’exécution ne soit volontaire ou
que la loi en dispose autrement.
Une exécution forcée intervient lorsque la personne qui est condamnée par une décision à faire
quelque chose (payer une somme d’argent, par exemple), ne le fait pas volontairement. On peut
alors la forcer à respecter les termes de la décision, en faisant appel à un huissier de justice
comme le stipule l’article 420 qui dispose que les huissiers ont seules qualités pour procéder à
l’exécution forcée des décisions de justice et des actes. Ils ne peuvent agir que sur les
réquisitions de celui à qui la décision profite, de son représentant légal ou de son mandataire.
Ainsi, l’huissier compétent est celui dans le ressort duquel l’exécution doit être poursuivie.
5
Les procédures d’exécution forcée ont généralement pour objet de saisir, par divers moyens, les
biens appartenant au débiteur, afin de les mettre à la disposition du créancier à hauteur de la
somme qui lui est due. Parmi les voies d’exécution forcée les plus courantes, on peut citer :
- La saisie des rémunérations, qui oblige l'employeur du débiteur à bloquer une partie de
ses salaires, afin de les délivrer au créancier. Toutefois, seule une fraction du salaire est
saisissable, fonction du montant annuel de la rémunération (Arrêt 104, du 8 Novembre
2006, Cour d’Appel de Niamey).
- La saisie-attribution, qui consiste généralement à confisquer les sommes présentes sur
les comptes bancaires du débiteur (Arrêt 4, du 10 Janvier 2007, Cour d’Appel de
Niamey),
- La saisie-vente, qui consiste à mettre en vente les biens du débiteur afin de rembourser
sa dette (Arrêt 70, du 9 Mai 2007, Cour d’Appel de Niamey).
Néanmoins, selon l’article 413 du CPCN, si le bénéficiaire d’un jugement ou d’un acte décède
avant d’en avoir obtenu l’exécution, ses héritiers ou bien le légataire après acceptation du legs,
sont tenus de faire la preuve de leur qualité. S’il s’élève une contestation de cette qualité,
l’huissier en dresse procès-verbal et renvoie les parties à se pourvoir. Néanmoins, il peut, après
s’être fait autoriser par ordonnance du président du tribunal, procéder à une saisie conservatoire
pour sauvegarder les droits de la succession.
A l’inverse, si celui qui est poursuivi décède avant l’exécution totale ou partielle, le jugement
est notifié à ses héritiers qui ont un délai d’un (1) mois pour l’exécuter, à l’expiration duquel il
sera procédé à l’exécution forcée. Les biens meubles de la succession peuvent être l’objet d’une
saisie conservatoire dès la notification (Article 414 du CPCN).
Il faut tout de même noter que d’après les dispositions de l’article 417 du CPCN, les jugements
qui ordonnent une mainlevée ou une radiation de sûretés, un paiement, une mention, une
transcription, publication ou quelque chose à faire par un tiers ou à sa charge, ne sont
exécutoires par les tiers ou contre eux que sur présentation du certificat du greffe attestant qu’il
n’existe ni opposition, ni appel, et constatant la date de la signification.
Viennent s’ajouter aux dispositions générales se rapportant aux procédures d’exécution forcée,
les faits stipulés à l’article 418 du CPCN, qu’aucune mesure d’exécution ne peut être
commencée avant huit heures ou après dix-huit heures, sauf cas de nécessité et avec
l’autorisation écrite du président du tribunal de grande instance. La partie saisissante ne peut,
6
sauf nécessité constatée par le président du tribunal de grande instance, assister aux opérations
de saisie
Toute partie qui ferait opposition a l’huissier lors de ses actes d’exécution forcée pourrait faire
face à des poursuites pénales. Effectivement, l’article 421 du CPCN dispose que l’huissier qui
serait l’objet d’outrages, de résistance ou de violences lors de l’exécution forcée des titres
exécutoires fait le constat de l’incident après en avoir informé l’auteur. Copie de ce constat sera
adressée au Procureur de la République près le tribunal de grande instance compétent et il est
procédé conformément aux dispositions du Code de Procédure Pénale et du Code Pénal.
B. L’astreinte
Aux termes de l'article 423 du CPC, les cours et les tribunaux peuvent, même d'office, ordonner
une astreinte pour assurer l'exécution de leurs décisions. L'astreinte est une mesure
comminatoire de nature judiciaire qui permet d'exercer une pression financière sur le débiteur
afin qu'il procède à l'exécution de la décision de justice exécutoire prononcée à son encontre. La
condamnation principale peut encore assortie d'une astreinte qui est une condamnation à payer
une certaine somme proportionnelle à la durée du retard de l'exécution, indépendamment des
dommages et intérêts avec lesquels elle se cumule. Par conséquent l'astreinte est indépendante
des dommages-intérêts. Elle est prononcée par le juge qui a rendu la décision, même d'office.
L'astreinte est un moyen indirect de contrainte à l'exécution, principalement des obligations de
faire. Elle est provisoire ou définitive. L'astreinte est considérée comme provisoire, à moins que
le juge n'ait précisé son caractère définitif. En cas d'inexécution totale ou partielle ou de retard
dans l'exécution, la juridiction qui a ordonné l'astreinte doit procéder à sa liquidation. Le taux
de l'astreinte définitive ne peut être modifiée par le juge lors de sa liquidation, sauf s'il est établi
que l'inexécution de la décision judiciaire provient d'un cas fortuit ou d'une force majeure. Le
juge peut modérer ou supprimer l'astreinte provisoire même en cas d'inexécution constatée.
7
8