Edouard Glissant et le Tout-Monde
Charles Laval, Femmes au bord de la mer dit La Martinique (1887) DP
En quittant leurs sombres vallées vers les rivages extrêmes du monde, les cultures
occidentales sont venues se heurter à d’autres imaginaires, d’autres peuples et
sensibilités. Il trouvèrent richesses et splendeurs dans des mondes inconnus qui leur
furent une énigme. Des empires coloniaux ne tardèrent pas à apparaitre et avec eux
l’exploitation, l’esclavage et la destruction. Aux Antilles comme aux Amériques,
apparut un monde de plantations et d’industries qui fonctionna sur la traite des
esclaves en provenance d’Afrique, modifiant à jamais la géographie humaine de ces
régions. Ce sont avec les mots de traces, de dérives et de chaos que débute l’histoire
que nous conte le poète, rappelant les accents des langues africaines à
l’embarquement des navires négriers jusqu’aux parlers créoles des plantations qui
vont par couches successives secouer la langue française et proposer une autre lecture
de l’histoire. Aux Antilles plus qu’ailleurs, la cohabitation entre cultures diverses a
suscité une réponse au grand trouble des identités vacantes et muettes. Des siècles
de créolisation dans la langue et la culture vont construire une nouvelle identité
composite, inventive et mouvante, véritable creuset qui s’affranchit des tutelles.
Les sources du monde créole et le contexte caraïbéen
Avec l’arrivée des européens et la disparition des indiens Caraïbes, les Antilles s’en
remirent à l’importation d’esclaves africains qui finirent par supplanter en nombre
les blancs européens jusqu’à constituer la majorité de la population. Vinrent ensuite
les coolies de Chine et d’Inde qui apportèrent d’autres couleurs et résonances. Ni les
européens, ni les anciens esclaves ne formaient des groupes homogènes car ils
venaient d’endroits très différents et parlaient des langues multiples. Forcés de
s’adapter dès leur arrivée, les esclaves laissaient derrière eux des pans entiers de leur
culture qui ne subsistaient que comme traces dans l’acceptation ou la transgression
fondues dans le syncrétisme et le métissage.
William Clark, esclaves coupant la canne à sucre, DP
La créolisation est issue de la rencontre et du choc des cultures, de la faculté de
transformation et de la capacité qu’a l’être humain de se réinventer. La population
créole, principalement noire et mulâtre est issue du métissage et sa culture puise dans
tous les apports et les substrats. Y vivent le souvenir des anciens Caraïbes et les coups
de fouet, l’entassement dans les cases et les couleurs des provinces françaises, de la
Hollande protestante et des rivages de Guinée ou du Congo. Longtemps la culture
resta populaire et orale, mâtinée d’Afrique et des musiques interdites que l’on
entendait la nuit lorsque le monde dort et que se réveillent la mémoire des dieux.
Avec le temps et la fin de l’esclavage, une bourgeoisie métisse s’est constituée dont
les fils jouèrent un rôle de plus en plus important. Depuis le dix-septième siècle, date
de l’arrivée des colons, une cassure entre culture populaire locale et culture du vieux
continent occulte la réalité du pays et de ses habitants. La littérature en est
l’illustration, qui tente de copier les modèles parisiens et donne des Antilles une image
idyllique de plage de sable fin et de cocotiers, lieu d’une innocence joyeuse qui sévit
encore aujourd’hui et où ne peuvent se reconnaitre ceux qui y vivent.
Aimé Césaire et les sources de la négritude
C’est cette situation qui va alerter Aimé Césaire qui dans les années 1930, est un jeune
poète créole alors élève à la Sorbonne. A Paris, le jeune étudiant va rencontrer des
hommes de tous les continents et se lier d’amitié avec le poète sénégalais Léopold
Sédar Senghor, avec lequel il se met à rêver d’une littérature, d’une pensée et d’un art
proprement nègre. Il y rencontrera aussi de nombreux écrivains noir-américains du
mouvement du Harlem Renaissance, tel Langston Hughes et Claude Mc Kay qui lui
permettront de découvrir une littérature qui tente de retrouver l’héritage africain et
d’infiltrer l’énergie de la civilisation urbaine contemporaine. A Harlem, banlieue de
New-York, résonne le jazz frénétique, symbiose de la musique européenne et de la
science africaine du rythme. Le roman, la poésie et la peinture y sont en effervescence
et s’appuient sur les sciences sociales et le folklore, et, à l’instar de Zora Neale
Hurston, tentent de recréer une oralité littéraire et redonner aux descendants des
africains une assisse nouvelle qui soit leur reconquête. Ce pas est immense et va dans
le sens des penseurs antillais qui dans le sillage d’André Ménil, ont créé la revue
« Légitime défense » dont le but avoué est de se réapproprier une identité en se repliant
sur ce qu’il reste d’authentique chez le nègre des Antilles.
Au Brésil, dans les années 1920, le mouvement
Moderniste brésilien de Mario et d’Oswald de
Andrade propose avec « le manifeste de
l’anthropophagie et « Bois Brésil » de dévorer la
culture colonisatrice en un gigantesque festin, de
l’assimiler pour la digérer en une véritable culture
métisse, où les cultures diverses d’Europe,
d’Afrique et des mondes indiens brisent
l’ancienne hégémonie. Les français d’outremer,
marginalisés par rapport à la Métropole ne
pouvaient que se reconnaître dans ces expériences
métisses. D’Haïti aussi, les poètes poursuivent la
promesse que le monde noir peut s’affranchir et
célèbrent Toussaint Louverture en héros.
D’Europe, souffle un grand vent de création qui
Mario de andrade appelle à libérer les esprits emmurés dans une
tradition mortifère et anachronique. Après la
Première Guerre Mondiale et sous l’impulsion du mouvement surréaliste d’André
Breton, lui-même passionné par les Arts dits « primitifs », les poètes et artistes du
siècle vont s’attacher à remodeler la psyché moderne en laissant parler les rêves et la
psychologie profonde. Ce message sera entendu par nombre d’intellectuels des
tropiques qui y voient l’occasion de faire germer du terreau ancien le ferment du
renouveau de l’homme « nègre » et ainsi décoloniser les esprits.
Ceux-ci ont pour nom Aimé Césaire, René ménil, Léopold Sédar Senghor, Jacques
Rabemananjara et Jean-Joseph Rabearivelo , Léon-Gontran Damas, Wilfredo Lam et viennent
des Antilles, du Sénégal, de Guinée, de Madagascar, de Guyane ou de Cuba et tous
veulent transformer la réalité en lui donnant son vrai visage, celui de son aliénation
et de son devenir qu’ils voient dans les rythmes et les images nourricières. Ce travail
participera à jeter les bases de la lutte pour les droits civiques et des guerres de
décolonisation et trouvera un écho fort dans le nouvel imaginaire créole, faisant une
priorité de la langue et de l’éducation afin que l’homme créole puisse reprendre en
main son destin et ne s’en remettre à nul autre que lui-même pour « formuler sa
culture ». La poésie par la même devient sociale et politique.
Du Discours sur le colonialisme aux Cahiers d’un
retour au pays natal, de Ferrements aux Armes
miraculeuses, le poète puise dans les déchirures
de l’homme antillais privé de sa dignité et
maintenu dans une extrême pauvreté pour se
livrer à un véritable travail de rénovation
intérieure à partir de sa chair. C’est ce que
tentent les cahiers d’un retour au pays natal où dans
une frénésie brutale il jette en pâture les
éléments qui encombrent sa mémoire et
entravent sa liberté. Le long poème devient
programmatique et dit la souffrance et la
frustration d’être encore sous le joug de
l’Europe dont le génie subordonne celui de sa
race. Il crée ainsi une œuvre unique et totale
qui résonne comme un appel à la libération
dans une poésie à la langue puissante et
savante, rythmique et imagée semblable à
l’énergie désespérée d’un Wilfredo Lam dont la violence est comme une transe, une
magie dénonciatrice qui insuffle aux mots l’éclair de la révolte. Il y a dans la poésie
de Césaire toute la rupture que le monde noir exige pour retrouver son Être au monde,
fusse-t-il de colère et de défi. Mots qui n’ont besoin de rien pour tenir debout, que la
force contenue comme un chemin de retour.
Partir.
Comme il y a des hommes-hyènes et des hommes-
Panthères, je serais un homme-juif
Un homme-cafre
Un-homme-hindou-de-Calcutta
Un homme-de-Harlem-qui-ne-vote-pas …
Aimé Césaire, Cahier de retour au pays natal, Présence africaine
Edouard Glissant et la pensée du Tout-Monde.
Le mouvement de la négritude a engagé colonisés et anciens esclaves à revendiquer
la fierté noire perdue, fournissant une méthode et un précédent à la libération des
cultures opprimées. L’identité antillaise retrouve sa composante noire et entame un
travail de reconstruction. Asservissement, colonisation, privation des droits
fondamentaux, les années d’après-guerre sont une époque de lutte où le reste du
monde reprend ses privilèges à l’occident. Aux Antilles, Frantz Fanon avec « Peau
noire, masques blancs », profite de la guerre d’Algérie pour affirmer ses idées sur la
décolonisation tandis que le poète de la Barbade, Kamau Brathwaite, radicalise une
poétique noire spécifiquement antillaise. De tous les endroits du monde se lèvent des
voix qui revendiquent la différence et s’acharnent à donner une voix à leur peuple.
La lutte est politique, révolutionnaire, culturelle et littéraire et donc, poétique.
Edouard Glissant à Saint-Malo en 1999 ©Getty - Ulf Andersen
Dans ce concert des voix qui se lèvent, celle d’Edouard Glissant, poète, écrivain et
essayiste, prend un tour nouveau et s’éloigne de celle de Césaire. A la polarisation
autour du concept de négritude, le poète entrevoit la diversité et le multiple. Chaque
aspect du monde renvoie à un vaste ensemble où les différences, les correspondances
et les contradictions se répondent dans un processus de relation constante. Rien n’est
tel qu’en lui-même et la poésie ou la poétique est la valeur suprême car elle permet
de concevoir la lumière de ce qui semblait un chaos. Si tout est mouvement, rien ne
se fige et rien n’est clos. La relation entre les choses et les êtres est le principe
dynamique que le poète saisit et qui semble comme le lieu « d’une nouvelle région du
monde ». Sans rien perdre de son individualité ni de son ancrage, des luttes qui le
constituent, le poète a conscience que l’endroit qu’il habite renvoi à tout ce qui existe
dans un jeu continue de rejets et de correspondances complexes. A lui s’impose
l’image de l’archipel plutôt que celle de l’île, où les trajets entre les terres et les mers
expriment la multiplicité. Créolité, diversité, relation, opacité, traces, chaos. Ces mots
tissent la vaste toile du vivant où le poète tente de percevoir ce qui se joue tant dans
le tremblement infime d’une aile de colibri que dans le frémissement des feuilles.
Voilà la force du métissage et de la créolisation dont le Tout-monde est une
expression et dont le tableau « la Jungle » de Wilfredo Lam semble faire le portrait.
Cette pensée, enracinée dans la réalité
composite des Antilles, puise dans une
compréhension du monde très ancienne mais
est aussi très moderne. Le modèle antillais de
la créolisation ainsi que peut être sa nature
tropicale, le pousse à penser en termes
pluriels. Moderne, car nous sommes à l’ère de
la mondialisation et ce sujet préoccupe qui à
Paris, a suivi les cours de Gilles Deleuze qui
lui a transmis sa pensée du Rhizome, symbole
d’une postmodernité ouverte et incessante.
Ainsi le poète oppose la racine-unique qui
détruit tout autour d’elle à la notion de
Rhizome qui est comme une racine grouillante,
mouvante et créatrice de chaos qui lui semble
refléter la complexité de la vie et prône une
pensée ouverte qui se refuse à l’enfermement,
au clos et au définitif, où les circulations et les
Manuscrit du roman "Mahogany" échanges contribuent à l’invention de la
diversité. C’est vers une pensée du métissage,
des apports multiples des cultures et des langues qu’il oriente sa pensée. La notion
de relation lui devient alors essentielle car elle rend possible la dynamique du chaos où
l’énergie vitale gagne et organise son propre espace en synchronicité.
Une œuvre polymorphe
Son œuvre interroge le monde et l’écriture, elle est multiple, polyphonique et
rhizomique et met en relation différents thèmes, personnages, modes de création qui
se mêlent et souvent se recoupent en se répondant car la vie ne se laisse pas arrêter
ni définir. Ainsi la poésie d’« Un champ d’île », « Pays rêvé, pays réel» et du « sang rivé »
cherchent une ardeur de la parole poétique proche d’une langue chamanique. Poésie
de l’oralité et de la résonnance, elle est d’abord une voix diffuse au fil de l’œuvre.
J’étreignais le sable, j’attendais entre les roches, j'embrassais
L’eau puis le sable, les rochers — ce cœur des choses rêches, — puis un arbre ! M’écriant
Que le langage se dénoue et que telle baigne, en ce lieu,
Qui aurait allumé plus pur encore le mirage.
― Les trois orties de l’ignorance ont poussé devant ma porte !
Quel est ce lieu, quel est cet arbre sur la falaise
Et qui ne cesse de tomber ?
Édouard Glissant, La Terre inquiète [éditions du Dragon, 1955]
Selon Hedi Bouraoui, la poésie d’Edouard Glissant est souterraine, faite de ruptures
qui illuminent l’opacité de la condition humaine et jaillit, interpelle et sonde les temps
immémoriaux dans une errance de l’effeuillement des gouffres. Cette quête poétique
se mesure à la réalité du monde opaque et le poète laisse remonter de la mémoire et
de l’enfance un monde sensible, véritable chemin de piste où se mêlent les strates
contées et enfouies, l’océan et les mornes, la nature rebelle et les trajectoires
humaines. On y retrouve souvent les mêmes protagonistes et le monde respire,
semble souffler l’histoire au poète qui devine et révèle les mots. Ainsi de livre en
livre, les personnages et les thèmes tissent une vaste fresque qui questionne tous les
points de vue, du marronnage au dialogue des genres d’un « Tout-Monde » où un
emmêlement narratif tente de restituer la totalité chaotique du monde. En conteur
de mythes, le poète-romancier veut tout embrasser en une totalité poétique qui
dépasse le récit singulier et de strates en strates, maintient le monde en suspens.
Parallèlement à son œuvre poétique et romanesque et inextricablement lié dans la
forme, le poète entreprend une réflexion critique qu’il poursuivra jusqu’en 2009 avec
« Philosophie de la relation ». Dans « soleil de la conscience » œuvre qui ouvre le cycle
des « Poétiques », le poète, cherche cet autre Soi de l’Europe colonisatrice qu’il parvient
à rejoindre dans l’hiver et la neige au cours d’un voyage à Paris et décrit le
dépaysement que lui procure cette désorientation, si loin de son monde tropical.
« il n’y aura plus de culture sans toutes les cultures, plus de civilisation qui puisse être métropole
des autres, plus de poète pour ignorer le mouvement de l’Histoire » … Né d’un bouillon de
cultures, dans ce laboratoire dont chaque table est une île, voici une synthèse de races, de mœurs,
de savoirs, mais qui tend vers son unité propre. (Soleil de la Conscience, 11-15)
Car il ne suffit pas au poète d’évoquer les gouffres et le chaos de l’expérience
intérieure et du monde, il lui faut le comprendre dans les serres même de la poésie,
qu’il voit comme la plus haute forme de la pensée. Il tente cette réflexion par à-coups
successifs entremêlant poèmes, récits et essais qui tels un rhizome, s’étend pour
former un entrelac de compréhension jamais définitif, attentif aux paysages et
connivences rencontrés en chemin, . comme le poète québécois Gaston Miron ou le
peintre chilien Eduardo Matta. Tout l’interroge et la poésie pour lui est quête,
tentative d’ordonner son regard sans rien figer.
La pensée du tremblement éclate partout, avec les musiques et les formes suggérées par les
peuples. Elle nous préserve des pensées de système et des systèmes de pensée. Elle ne suppose
pas la peur ou l’irrésolu, elle s’étend infiniment comme un oiseau innumérable, les ailes semées
du sel noir de la terre. Elle nous réassemble dans l’absolue diversité, en un tourbillon de
rencontre. Elle est l’Utopie qui jamais ne se fixe et qui ouvre demain : comme un soleil ou un
fruit partagés
Édouard Glissant, La Cohée du Lamentin. Poétique V, Gallimard, 2005.
Bibliographie
Edouard Glissant , poèmes complets Gallimard 2015
- Malemort, Paris, Editions du Seuil, 1975, Gallimard, 1997.
- Tout-Monde, Paris, Gallimard, 1993
- Pays rêvé, pays réel, Gallimard coll. « Poésie », 2000 (suivi de Fastes et Les Grands Chaos).
- Poèmes complets, Paris,Gallimard, 1994.
- Soleil de la conscience, « Poétique I », Gallimard, 1997.
- Poétique de la Relation, Paris, Gallimard, 1990.
La terre le feu l'eau et les vents. Une anthologie de la poésie du Tout-monde, Editions Galaade 2010
L'imaginaire des langues. Entretiens avec Lise Gauvin (1991-2009), Paris, Gallimard, 2010.
Alain Ménil, Les voies de la créolisation. Essai sur Edouard Glissant, Paris, De l'incidence éditeur, 2011.
Aimé Césaire La poésie, Paris : Seuil, 2006.
- Cahier d’un retour au pays natal, Présence africaine
- Cadastre ; suivi de Moi, Laminaire : poésie. Paris : Seuil, 2006. 178 p. (Points. Poésie)
- Tropiques : 1941-1945 : collection complète Paris : J.-M. Place, 1994,
Suzanne Césaire, Le Grand Camouflage. Ecrits de dissidence (1941-1945) Seuil, 2015
Léon-Gontran Damas, Black-Label/Graffiti/Poèmes nègres, Poésie-Gallimard 2011
Romuald Fonkoua, Aimé Césaire, 1913-2008. Paris : Perrin, 2010.
Raphael Confiant, éloge de la créolité folio essai
Patrick Chamoiseau Écrire en pays dominé, éditions Gallimard, 1997
- Antan d'enfance (Une enfance créole, I), éditions Hatier, 1990
- Texaco, Gallimard, 1992 – prix Goncourt 1992
- Césaire, Perse, Glissant : Les liaisons magnétiques, Philippe Rey, 2013
Haroldo de Campos, De la raison anthropophage, Nous 2018
Gilles Deleuze et Félix Guattari, Rhizome, édition de Minuit 1979
Claude Mc Kay, Banjo, André Dimanche 2000
Roland Brival, Nègre de personne, Gallimard 2016
Villa Saint-Hilaire, 1 impasse E. Boursier-Mougenot (ex Bd A. Maure) – 06130
GRASSE Tel : 04 97 05 58 53 https://www.mediatheques.grasse.fr/